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Vous pouvez effectuer des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l'adresse |http : //books . qooqle . corn BCU - Lausanne 1096173137 Digitized by Google Digitized by Google NOUVEAU RECUEIL DE FABLIAUX ET CONTES. • Digitized by Google DE L'IMPRIMERIE DE CRA.PELET. Digitized by Digitized by Google Digitized by F\ELUHX ET. CONTES x.îr vr a v î: s: v i. î ks, # :T;J ■'') Digitized by Digitized by NOUVEAU RECUEIL DE FABLIAUX ET. CONTES INÉDITS, DES POÈTES FRANÇAIS DES XII e , XIII", XIV e ET XV e SIÈCLES; PUBLIÉ PAR M. MÉON, EMPLOYÉ AUX MANUSCRITS DE LA BIBLIOTHEQUE DU ROI. TOME PREMIER. A PARIS, CHEZ CHASSERIAU, LIBRAIRE-ÉDITEUR, RUE NEUVE-DES-PETITS-CHAMPS , N° 5. M dccg xxra. Digitized by Digitized by Google AVERTISSEMENT. Ce nouveau recueil de Contes en contient de deux sortes. Le premier volume est composé de la même manière que les quatre volumes publiés en i8o8( ¥ ); mais une partie de ces Contes ayant été prise sur des copies faites pour M. de Sainte-Palaye , on y trouvera quelques mots évidemment mal copiés, et qu'il a été impossible de rectifier faute du manuscrit original. Le second volume ne contient que des Contes dévots extraits des manuscrits de la Bibliothèque du Roi. Le Grand d'Aussy en a fait connoître plusieurs , entre autres celui de X Ermite qui s'acompaigna a l'Ange, et qui paroît avoir servi de modèle au joli conte de Zadig, par Voltaire. Ce conte , traduit du latin comme tous ceux de ce genre , se trouve dans tm manuscrit où il ne fait qu'un avec celui de XErmile qui se désespéra pour le Larron qui ala en paradis avant que lui 9 et qui en est le commencement. Il présente des différences qui prouvent que les poètes traduc- teurs ne s'astreignoient pas à rendre littéralement le texte dont ils s'occupoient , ou que le ihême sujet a été traité par deux auteurs différera. On lit dans le manuscrit latin, qu'un ermite dont l'ermitage n etoit pas éloigné de la retraite d'un lar- (*) On en trouve encore quelques exemplaires chei MM. Treuttel et Wiirtz, rue de Bourbon, n° 17. Digitized by vj AVERTISSEMENT, ron, ayant vu en vision que les anges portaient son âme au ciel , murmura intérieurement contre les juge- mens de Dieu. Un ange lui apparut aussitôt , qui lui, dit : Viens avec moi , et je te prouverai que les juge- mens de Dieu sont justes. Et l'ayant conduit dans la cellule d'un ermite qui demeuroit près de la mer, ils en furent très bien reçus ; mais , étant allé se promener sur mer après le repas, l'ange y précipita son hôte, * qui fut noyé ; ce qu'ayant vu l'ermite son compagnon, il en fut très affligé. L'ange lui dit : Ne t'affliges point. Ils allèrent ensuite chez un autre ermite , qui les reçut également bien. Il avoit une coupe très belle , à la- quelle il étoit très attaché, et qu'il gardoit avec le plus grand soin ; mais le matin , avant de sortir , l'ange la lui enleva ; ce qui , ayant été vu par son compa- . gnon , le scandalisa beaucoup. Ils vinrent ensuite dans la maison d'un homme de bien, qui leur donna l'hospitalité ; et le lendemain il les fit accompagner par un sien jeune serviteur, pour leur montrer leur chemin ; mais l'ange le précipita du pont dans le fleuve en présence de l'ermite ; il y fut bientôt noyé. L'ermite en fut fort affligé. Ils allèrent ensuite demander l'hos- pitalité à un bourgeois, qui les reçut avec joie, et leur donna tout ce dont ils avoient besoin. Il avoit un fils unique, encore enfant, qu'il aimoit tendre- ment, et qui , n'ayant fait que crier et pleurer toute la nuit , empêcha tous les habitans de la maison de dormir. L'ange l'ayant entendu, se leva à l'insu de son compagnon , et l'étrangla. Il lui dit ensuite : Dor- Digitized by Google AVERTISSEMENT. vij mez tranquillement, vous n'entendrez plus crier l'en- fant, car je l'ai étranglé. L'ermite ayant entendu cela, en fut très fâché, et s'imagina qu'il étoit plutôt un envoyé de Satan qu'un ange. Enfin , en sortant de là, ils vinrent à l'entrée d'une forêt, où ils trouvèrent un homme dormant sous un arbre , et qui avoit beau- coup d'argent caché dans son sein. L'ange dit à l'ermite : Je vais lui prendre tout doucement cet argent. L'ermite ne voulut pas s'éloigner, et lui re- procha tout ce qu'il avoit fait depuis qu'ils étoient ensemble. Alors l'ange lui dit : Tu es très étonné de tout ce que tu m'as vu faire , et ce n'est pas sans rai- son ; mais je n'ai rien fait sans cause , parce que , comme le dit Salomon , rien ne se fait sur terre sans motif. Cet homme à qui je viens de prendre son ar- gent , est un très méchant larron , car aujourd'hui il a assassiné un voyageur, et lui a pris cet argent. Pendant qu'il disoit cela, tous ses voisins vinrent chercher le voleur , en criant et disant tout ce qu'il avoit fait. Alors l'ange les ayant appelés , leur donna tout l'argent , en leur disant comment il l'avoit assas- siné et comment il lui avoit repris l'argent , qu'il leur ordonna de rendre à son épouse et à ses enfans. Alors il dit à l'ermite : Ne vaut-il pas mieux que cet argent soit rendu à la femme et aux enfans du mort que ce qu'il reste à ce voleur ? En outre , tu as été très scan- dalisé de ce que j'ai étranglé cet enfant qui crioit la nuit. Je l'ai fait, parce qu'avant sa naissance ses père et mère employoient au service de Dieu , et à donner Digitized by viij AVERTISSEMENT. l'hospitalité aux pauvres , tout ce qu'ils pouvoient avoir; mais, depuis sa naissance, ils ne s'occupoient qu'à amasser pour lui laisser de la fortune. Quant à ce jeune homme que j'ai précipité du pont , dans le fleuve , apprends qu'il avoit le projet d'assassiner son maître la nuit suivante , et d'emporter tout ce tju'ii possédoit. Pour l'ermite à qui j'ai pris la coupe, saches qu'il y étoit trop attaché, et qu'à çause de cette coupe, il a perdu l'occasion de faire beaucoup de bien , et négligé le service de Dieu. De plus , celui que j'ai précipité de la roche dans la mer, s étoit proposé de Jomiquer le lendemain ; et comme Dieu ne vouloit pas qu'il perdît la récompense des bonnes œuvres qu'il avoit faites , je l'ai noyé. Enfin , quant à l'ermite qui s'est cassé le col en retournant dans le monde, apprends que, présumant trop de ses mé- rites , et qu'étant fâché de ce que Dieu avoit usé de miséricorde vis-à-vis de ce larron très méchant, il n'a pas compris que Dieu ne veut point appeler les justes, mais les pécheurs, pour faire pénitence, et parce qu'au lieu de rendre des humbles actions de grâces du salut de ce voleur dont il avôit entendu la confession , et à qui il avoit imposé la pénitence ci- dessus par envie et par orgueil et par colère , et il est damné : ainsi l'orgueil nous fait perdre Dieu , l'envie notre prochain , et la colère nous-même. Digitized by NOUVEAU RECUEIL DE FABLIAUX ET CONTES INÉDITS, DES POÈTES FRANÇAIS DES XIV 6 , XIIP, XIV* ET XV e SIÈCLES. . LÀ MULE SANZ FRAIN, ou LA DAMOISELE A LA MURE, PAR PAIEJÎS DE 4KAISIBRB4 . lu vilains dist en reprovier Que la chose a puis grant mestier Que ele est viez et ariez mise : Por ce par sens et par devise Doit chascuns lou sien chier tenir, Qui l'en puet moult tost biens venir A chose qui mestier auroit. Mains sont prisiées orendroit Les viez voies que les no vêles, TOME X. T Digitized by NOUVEAU RECUEIL Por ce qu'en les tient à plus bêles, Et si sont miaudres par sanblant ; Mès il avient assez sovçnt Que les viez en sont les plus chieres* Por ce dist Paiens de Maisieres Qu'en se doit tenir totes voies Plus as vies qu'as noveles voies. Ici commence une aventure De la Damoisele à la Mure Q'à la Cort au roi Artu vint. Un jor de Pentecoste avint Qfte li rois Artus Cort tenoit A Cardoil, si con il soloit, Et s'i ot chevaliers assez De totes terres amassez Qui à la Cort venu estoienu Avec la Roïne restoient Les dames et les damoiseles Don il i ot assez de bêles Qui à la Cort erent venues. Tant ont les paroles tenues, Que li baron, après mengier, Furent aie esbanoier. Parmi la sale amont, as estres , Si regardent par les fenestres Tôt aval très parmi un pré. Mès moult i orent pou esté Que il virent sor une mure Vers le chastel grant aléure Venir une seule pucele Qui moult ert avenanz et bele. La Damoisele issi venoit Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Que en sa mule point n'avoit De frain , ne mès seul lo chevestre. Li chevalier ce que pot estre Entr'ax durement s'en merveillent , Moult en parolent èt consellent , Et dient que lou sauroit La Roïne , s'ele i estoit , far quel besoing vient en la terre. Kex , fait Gauvain , alez la querre , Et au Roi dites qu'il i viegne, Que nul essoigne no detiegne Que à nos ne viegne orendroit. Li Senechax s'en va tôt droit Où la Roïne et li Rois sont. Sire , fet Kex , venez amont Où vostre chevalier vos mandent, Et il maintenant li demandent : Senechal , que nos voillent-il ? Venez en avec moi , fet-il, Et je le vos ensaignerai , L'aventure vos montrerai Que nos avons trestuit véue. Atant la pucele est venue Et devant la sale descent. Gauvain vet encontre courant, Et des autres moult en i corent , Et moult la servent et anorent ; Mès bien paroit à son sanblant Quel n'avoit de joer talant , Car moult ayoit eu grant poinne. Li Rois la mande , et l'en li moinne. Tantost con ele fu venue 4 > NOUVEAU RÉCUEIL Devant lou Roi , si lo salue. Sire, fet-ele, bien véez Qu'iriée et triste sui assez , Et toz jorz mès ensi serai , Ne jamès jor joie n'aurai Tant que mes frainz me soit renduz 80 Qui mauvaisement m'est toluz, Don perdu ai tote ma joie. ** Je sai bien que je lou r'auroie - Se caiens avoit chevalier » Qui de ce s'osast afichier , Qui vousist ceste voie enprendre ; Et se il lo me voloit rendre , Que trestote soe seroie Sitost con je mon frain r'auroie Sanz chalonge et sanz contredit : 90 Et je orendroit sanz respit Por la soe amor tant feroie Que ma mule li bailleroie Qui lou menra à un chastel Moult bien séant , et fort et bel , Mès il ne l'aura mie en pès. À cest mot s'est Kex avant très , Et dit qu'il ira lo frain querre, Jà n'iert en si estrange terre , Mès il vialt qu'ele lou besast 100 Primes ain cois qu'il i alast; Et baisier la vost maintenant. Ha ! sire , fet-el , jusq a tant Que lou frainc aiez , lo beisier Ne vos voil-je mie otroier; Mès quant li frains sera renduz , Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. S Lors vos iert li chastiax renduz , Et li baisiers et l'autre chose, Kex plus angoissier ne l'en ose ; Cele li redit et conmande 110 Que la mule onques ne desfende Quele part qu'ele voille aler. Kex n a cure de demorer Iluec o ax plus longuement , A la mule s en vet errant : Il i est montez par restrier r H n'ot cure de convoier. Quant il voient que il s'en va* Toz seus, que compaignon n'i a, Ne il n'i a armes portée 120 Fors que tant seulement s'espée, La pucele rêmest plorant , Por ce que bien voit et créant Que de son frainc ne r'aura mie A ceste foiz , queque il die , Qui a l'aler desor la mure Qui s'en vet courant l'ambléure , Et la mule bien lo convoie Qui bien a aprise la voie. Et tant avoit Kex cheminé , ' i3o Estes-le-vos enforesté En une forest haute et grant ; Mès n'ot gaires alé avant Quand les bestes dtflaienz sont Trestotes amassées , sont Lions et tigres et liépart , Totes s'en vienent cele part Por Kex qui i devoit aler. r Digitized by Google $ NOUVEAU RECUEIL Mès ainz qu'il i poïst passer Se sont tant les bestes hastées , i4o Q a rencontre H sont alées, Et Kex en a eu paor Si grant conques mès n'ot graignor , Et dist que s'il n eust enprise La voie , por nule devise Qu'en li séust faire des mois, N'entrast-il jamès en cest bois. Mès les bestes, par conoissance De la dame , et par enorance De' la mule que ëles voient , i5o Les deus genoux à terre ploient. Ensi por l'anor de la Dame S'agenoilloient de la jame, Et por ce aséur se tiënent , * Qu'en la forest gisent et vienent. Ne la puent jflus anorer ; Mès Kex ni vost plus dehiorer, Plustost qu'il piiet d'iluec s'en part , Et li lion et li lîepart S'en vet chascuns â son abit, 160 Et Xex en un Sentier petit Où la mule s'ert énbatuz , Qui n'estoit mie trop batuz , La mule lôu Sehtiér bien sot, Que maintes foiz aie i ôt, Qui fors de la forést lo tnainne Où moult avoit éu grant pairnie. Estes-lo.vos desfôreté, Mès n'ot gaires avant aie, Quant il vint en une valée Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 170 Qui moult estoit parfonde et lée , Et si estoit moult perillouse, Moult cruex et moult tenebrose , Q'o siècle n'a home si fort Qui ni éust paor de mort , S'en la valée trespassast. Tôt adès covient qu'il i past, Voille o non , entrer li estuet : s 11 i entre, quant il miax ne puet. A quelque poine i est entrer, 180 Mès moult i est espoentez Que il véoit el fons dedenz Moult grans coluevres et serpenz, Escorpions et autres bestes Qui feu gitoient par les testes , De coi il ist moult grant puor; Et pis li faisoit la paor , Que dès cele ore qu'il pot nestre Né fu mès ensi puant estre , Et bien se va qu'il n'est chaûz. 190 A po qu'il n'est do sen issuz , Et dist qu'il vousist estre ançois Avecques les lions o bois Où il avoit devant esté. Jà ne fera si grant esté , Ne de chaut si très grant ardure , Que laienz n'ait toz jorz froidure Con o pltis mestre cùer d'iver : Tôt la mauvestié de Viver Qui laiens adès est assise. 200 Ef tôt adès i vente bise Qui la grant froidure i apent, Digitized by 8 NOUVEAU RECUEIL Si reventent li autre vent Qui là dedenz sont ahurté. Tant i a de maléurté Que n'en diroie la moitié. Tant a tote voie esploitié, Qu'il est venuz jusq a l'issue. Atant une plainne a véue , Si est auques aséurez , aïo Tant fet qu'il en est eschàpez. De l'ardure , de la puor Jà ne quida véoir lo jof Que il fiist de ce leu issuz : En une plainne est descenduz^ A sa mule a la sele ostée. Lors voit-U eve en mi la prée, Moult près d'iluec une fontaine Qui moult estoit et clere et sainne, Et qui moult bien i ayenoit. aao Avironnée entor estoit De flors d'epus et de genoivre. Maintenant sa mule i aboivre Que ele en avoit grant mestier^ Il méismes , por refroidier y Por ce que bele li sanb&nt, De la fontainne autresi boit , Puis a atornée sa mure, Si se remet en l'anbléure, Car grant li sanble estre la voie ; a3o Jà ne quide mès que il voie Ce que il aloit porchaçant. Tant a aie Kex chevauchant, Qa une grant eve est venuz ; Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 9 Mès dé ce fu moult esperduz Que parfonde la vit et large, Et si ni trueve nef ne barge , Ne nule planche , ne passage. Tant a aie pur lou rivage , Que par aventure a trovée â4o Une planche ne gaires lée , Mès nequedant bien lo portast Se par desor aler osast, Que ele estoit de fer trestote. Auques lou passage redote . Puis que issi noire la voit : Si quide bien que nul esploit > Ne porroit faire de passer , Encor li vient miax retorner Que il soit iluec perilliez, 2S0 Ançois en iert miax conseillez Et dit bien que dahez ait-il Se il se met en tel péril Por tel noient, por tel oiseuse. Trop li sanble estre périlleuse La voie xjue venus estoit, Mès li passages li sanbloit Estre plus peril&us assez. Atant s'en est Kex retornez, Si se remet en son train : 260 Bien a tenu le droit chemin Ensi con il venuz estoit. A la valée vint tôt droit Où trova là pute vermine : De chevauchier onques ne fine Tôt droit parmi tant qu'il fu fors. Digitized by io NOUVEAU RECUEIL Si fu-il moult doillanz de cors , Et debrisiez et debatuz. En la forest s'est enbatuz O les bestes sauvages sont : 270 Encontre venues li sont. * Tantost con eles 1 aperçurent Par tel aïr vers lui coururent , Que je quit bien qu'il lo menjassent Se por la mure nou laissassent ^ A qui il portoient anor. Et Kex en a eu paor Si grande que por dis citez Ne vousist estre o bois entrez , Ne por tôt l'avoir de Pavie. 280 Fors do bois en la prâerie Est entrez devant lo chastel Li rois Artuz cui moult fu bel De ce que revenir le voit. As fenestres venuz estoit Et Gauvains et Gucheriez Et messire Yvain et Girflez , Et autres chevaliers assez Que il i avoit apelez. Quant lo sénéchal venu voient, 290 Por la Damoisele querre envoient; Damoisele , font-il , venez , Vostre frains orendroit aurez , Que Kex est jà bien aprbchiez , Si a lou fraine, bien le sachiez. Mès il mentent, qu'il n'en a mie , Et cele à haute voiz s'escrie : Certes s'il avoir lo déust, Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Jà sitost revenuz ne fust. Lors ront ses chevox et detîre : 3oo Qui lors véist lo grant martire Qu'ele demoinne, et lo duel, Morte seroie jà mon vuel , Fet se ele , se Diex maït. Et Gauvain en riant li dist : Damoisele , un don me donez. Sire , quel? Que mès ne plorez , Ainz mengiez et si soiez liée : Jà mar en seroiz deshaitiée, Que je vostre frain vos rendrai , 3io Et de bon cuer vos aiderai. Sire, dit-ele, dites vos Que mon frainc aurai à estros ? Oïl voir. Et je iriengerai Et tote haitiée serai / Mès qu'en convenant le m'aiëz. Lofs s'ën est Gauvain afichiez Que se jà nus avoir lou doit,. Q lou r'aura où que il soit. Lors s'est la pucele esméue, 320 Au pie de la sale est venue A sa mule, et Kex est alez A son ostel toz adôlez , Moult tristes et moult angoisseus. Et li rbis no tient mie à jeus Quant dite li fu et retrete La malvaistié que Kex ot tété, Et por ce n'ose à Cort venir. La parole plus maintenir Ne voil à lui à ceste foiz ; Digitized by 33o 34o 35o NOUVEAU RECUEIL Mès de la Damojsele orroiz Conment ele est au Roi venue. Tant à la parole tenue Que Gauvain li a créauté Que li frains sera aporté , Et dist que il l'aportera , Jà en si fort leu ne sera Son frainc, mès que il ait congié. Moult volentiers U otroi-gié , Fet se li Rois et la Roïne % Qui Foutraient. El lor encline Et si fet moult Gauvain haster. Mès Gauvain la vialt acoler Primes ançois qu'il s'en alast ; Il fu bien droiz qu'il la besast, Ele moult volentiers lo bese. Or est la pucele moult aise, Car ele set bien tôt sanz faille Quel lou r'aura conment qu'il aille : N'i est donc plus ses plaiz tenuz. Gauvain à la mule est venuz , Si sailli dedenz les arçons z Plus de trente benéiçons Li a la Damoisele oré, Et tuit l'ont à Dieu conmandé. Gauvain iluçc plus ne séjorne, Mès d'iluec maintenant s'en torne , Mès s'espée n'i laissa mie. Entrez est efh la praerie Qui lo mainne vers la forest O les bestes sont à recet , Et li lion et li liepart. DE FABLIAUX ET CONTES. Maintenant s'en vet cele part ; Là o Gauvain passer devoit : A lencontre li vont tôt droit. Tôt maintenant que il revoient La mule que il conoissoient , Les deus genouz à terre plient, Vers lou chevalier s umelient Par amor et par conoissance, Et ce est la senefiance Que à force lou frains r'aura , Jà en si fort leu ne sera. Mès quant Gauvain les bestes voit , Si quide bien* et apparçèit Que péor ot quant il passa , Et Kex por ce s'en retorna. Riant s'en est outrepassez , Où petit sentier est entrez Qui droit lou moinne à la valé« Qui si estoit envenimée. Si s en va sanz arestement , Que il nés redote noient , Tant que d'autre part est venuz. En mi la plainne est descenduz Où estoit la fontainne bele; A sa mule a osté la sele , Si la torche, si la ratorne. Ilueques gaires ne séjorne Que trop li est grieve la voie : Gauvain chemine tote voie Tant que il vint à l'eve noire Qui estoit plus bruianz que Loire; De li tant voil dire sanz plus , NOUVEAU RECUEIL Conques si laide ne vit nus , Si omble ne si cruel : Ne sai que vos en déisse el , Et si vos di, sanz nule fable, Que ce est li fluns au déable. Par sanblant et par avison N'i voit-l'en se déables non; Et ni a mie de passage. Tant est alez par le rivage Que il a la planche trovée , Qui n'est mie plus d'un dor'lée , Mès ele estoit de fer trestote. Auques lou passage redote, Et par ce voit bien et entent Que Kex n'osa aler avant, Et que d'iluec est retornez. Gauvain s'est à Dieu conmandez Si fiert la mule , et ele saut , Sor la planche qui pas ne faut, Mès assez sovent avenoit Que la moitié du pié estoit Fors la planche, par de desor N'est merveille s'il a péor, Mès plus grant paor li faisoit Ce que la planche li pleioit. Passez est outre à quelque painne, Mès ice est chose certaine , Que se la mule ne séust La voie, que chéoiz i fust : A ceste foiz s'en est gardez , Maintenant s'est acheminez , » Qui fortune otroie et promet. DE FABLIAUX ET CONTES. En un petit sentier se met Qui lou moinne vers un chastel Moult bien séant, et fort et bel. Li chastiax si très forz estoit, 43o Que nul asalt ne iredotoit, Que clos estoit à- la réonde Dune eve grant, lée et parfonde, Et si estoit tôt qjjtor clos De granz piex bien aguz et gros , Et en chascun des piex avôit , Mès qu'en un seul où il failloit, Une teste de chevalier. Gauvain ne vost mie laissier, ^ Ne huis ne porte n'i avoit. 44o Li chastiax si fort tornoioit Con muele de molin qui muet, Et con la trompe que l'en suet A la corgiée démener ; Tôt adès li covient entrer, Mès moult durement se mervelle. A soi méismes se conselle Que senefie et que puet estre : Moult en voudroit bien savoir l'estre , Mès n'en est mie recréant. 45o Atant sor lou pont tornoiant Est arestez devant la porte, Et hardement moult li enorte Que de bien fere ne recroie. Li chastiax tôt àdès tornoie , Mès il dist que tant i sera Q'à quelque painne i entrera : Ce li revient à grant anui Digitized by i6 NOUVEAU RECUEIL Que quant la porte est devant lui, Que ele Fa moult tost passé. 46o. Moult a bien son point esgarde , Et dit que il i entrer^ » Quant la porte endroit lui sera , Que que il li doie avenir* Âtant voit la porte venir, Si point la mule de ration , Et ele saut por l'esperon , Si s'est en la porte férue ; Mès ele s'est conséue Par deniers si que de la queue 47a Près de la moitié li desneue. Ensi est entrez en la porte, Et la mule moult tost l'enporte Parmi les rues do chastel. Cele qui do véoir fu bel Et de ce est auques dolanz Que il n'en a trové la jenz , Feme , ni home , ne enfant. Tôt droit par desoz un auvant D'une maison s'en est venuz ; 48o Mès ançois qu'il fust descenduz , S'en vint uns nains parmi la rue Toz abrivez, si lo salue : Si li dist, Gauvain bien veignant, Et Gauvain ne rest mie lant, Si li rent moult tost son salu Et li a dit : Nains , qui es-tu ? Qui est ta dame et qui tes sire ? Mès onques ne li vost plus dire Li nains, ainz s'en reva tôt droit. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 17 490 Gauvain mesconnut ce qu'il voit, Et se mervellè qu y estre puet j Et li nains rèspondre ne vuet , Et s'il se daigrtast à li prendre , Il li convenist raison rendre , Mès volentiers aler l'en lesse. Maintenant vers terre seslesse, Parmi une arche a regardée Une cave parfonde et lée , Qui moult estoit basse soz terre ; 5oo Mès il dit qu'il voudra enquerre Toz les reduitz aiuz qu'il s'en aille : Ne se prisoit une maaille Se trestot l'estre ne savoit. Atant es-vos que issir voit De la cave amont un degré , Un vilain trestot herupé ; Bien déist qui l'énst véu , Qu'il éust son oirre perdu : Moult sanble estre li vilains fel. * 5 10 Plus estoit granz que saint Marcel , Et sor son col a aportée Une jusarne grant et lée ; * Mès moult se mervelle Gauvain De ce que il vit lo vilain Mor resanble de Moretaigne , Ou de ces vilains de Champaigne Que li solax a toz tanez. Devant Gauvain s'est aprestez , Si Ta maintenant salué, 5 20 Et Gauvain a moult regardé Sa contenance et sa figure , tome 1. a * Digitized by i9 NOUVEAU RECUEIL Et tu aies bone aventure , Fet Gauvaift , se por bien lo diz. Oïl certes, mès à hardiz Te tieng, quant çaiens ies venuz, Et moult as or bien tes pas perduz , Qu'il ne puet estre en graignor serre Li frains que tu ies venuz querre, Que bones gardes a entor ; 53o Moult t'estuet rendre grant estor, Si m'ait Diex, ainz que tu Taies. De noient, fet Gauvain, t'esmaies, Que certes assez en rendrai , Si m'aït Diex , ainz i morrai Que je lo frainc n'aie tôt quite. Et cil onques plus rie respite, Mès por ce qu'il voit aserir y Cil s'entremet de lui servir, Et tôt droit a l'ostel lo moinne. 54o De lui aséoir moult se painne , La mule r a bien ostelée ; Une blanche toaille léè A deus bacins prent li vilains-, Si li done à laver ses mains , Que laiens n'a plus de maisniée. Jà estoit la table dreciée , O Gauvain assist au mengier, Si menja, qu'il en ot mestier, Et cil l'en done à grant plenté , 55o Si lo sert à sa volenté. Tôt maintenant que mengié a , Et li vilains la table osta, Et si li a levé aportée. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Une grant coche haute et lée Li a fete por lui cochïer, Car moult lo vialt bien aïsier Con à tel chevalier covient. Maintenant delez lui revient : Gauvain, fet-il, enz en cest lit Sans chalonge et sans contredit Sirras-tu toz seul anuit , mès Ice te déniant tôt en pès, Ançois que tu tailles cochier, Por ce que t'ai oï prisier, Te partis orendroit jeu. Et por ce que je voi mon leu , Si pren tôt à ta volenté. Et Gauvain li a créanté Qu'il en prendra loquel que soit. Di, fet Gauvain, que orendroit, Si m'ait Dex , l'un en prendre , Ne de mot ne te mentiré, Que je te tieng à mon bon oste. Anuit , fet-il , la teste moste A ceste jusarme trenchant, Si la m'oste par tel convant Que la toe te trencherai Lou matin quant je revenrai : Or pren , fet-il , sanz contredit , Moult sauré , fait Gauvain , petit, Se je ne sai louquel je preingne , Je prendre , conment qu'il avigne , Anuit la toe trencherai, Et lou matin te renderai La moie , se viax que la rende. ao NOUVEAU RECUEIL Mal dahez ait qui miax demande , Fet li vilains , or en vien donc. Lors lou moinne desor un tronc , Li vilains lo col li estent , 590 Maintenant la jusarme prent Gauvain , si li coupe la teste À un cop, que plus n'i areste. Li vilains resalt maintenant Sor ses piez et sa teste prent , Dedenz la cave en est entrez , Et Gauvain s'en est retornez, Si s'est couchiez isnelement, Jusqu'au jor dort séurement. Lendemain dès qu'il ajorna, 600 Gauvain se lieve et atorna. Atant ez-vos que li vilains Revint toz haitiez et toz sains, Et sa jusarme sor son col : Or se puet bien tenir por fol Gauvain , quant il ot regardée La teste que il ot coupée ; Mès ne lou redota noiant. Et li vilains parole atant , Qui nestoit de rien esperduz : 6 1 o Gauvain , fet-il , je sui venuz , Et si te rapel de covent. Je nel' contredi de noient, Que bien voi que fere l'estuet , Ne conbatre pas ne se puet, Et si lou déust-il bien faire ,* . Mès desloiauté ne yiaut fere Por ce que coven li avoit , Digitized by # DE FABLIAUX ET CONTES. Dist que volentiers H tendroit. Or vien donc , fet li vilains. 620 Fors de îaiens s'en ist Gauvains; Lou col li estent sor lo tronc , Et li vilains li dist adonc : Lesse col venir à plenté. Je n'en ai plus , fet-il , par Dé , .Mès fier i se ferir i viax. Ce seroit domaines et diax, Si m ait Diex , s'il i feroit. Sa jusarme hauce tôt droit , Qu'il lo fet por lui esmaier, 63o Mès n'a talant de lui tochier, Por ce que moult loiax estait, Et que bien tenu li avoit Ce qu'il li avoit créanté. Et Gauvain li a demandé Gonment lou fraine porra avoir. Bien lou porras, fait-il, savoir; Mais-ainz que midis soit passez Auras-tu de bataille assez, Que de gaber ne te tendra , 64o Que conbatre te convendra A deus lions enchaenez. % N'est mie trop abandonez Li frains, ainz i a maie garde : Maufens et maie flame marde, S'il i avoit dis chevaliers, Tant sai les deus lions à fiers, Que jà nus n'en eschaperoit , Qui conbatre les lesseroit, Mès que ge ti auré mestier ; * n Digitized by aa NOUVEAU RECUEIL 65o Si t'estuet ainz un poi mengier Que tu voises à la bataille, Por ce que li cuers ne te faillé Ne que ne soies plus pesanz. De mengier seroit-il noienz , Fet Gauvain, en nule manière; Mès porchasses une arméure Dont je me puisse aparellier. Çaienz a , fet-il , bon destrier Que nus ne chevaucha des mois, 660 Si a assez autre harnois Que volentiers te presterai ; Mès tôt ariçois te monstrerai Les bestes, que tu armez soies, Savoir se tu te recreroies De conbatre avec le lions Si maït Sainz Pantelions , Fait Gauvain , jà ne les verrai Jusque à ax me conbatrai; Mès armes moi delivrement. 670 Et cil l'arme tôt erramment Darmes bones de chiés en chiés, Qui bien en sot vejnir à chief , Et # si li amainne un destrier. Gauvain i monta par restrier, Que il n'est de rien esperduz. Si li aporte sept escuz Qui li auront moult grant mestier. Et li vilains vet deslier Un des lions , si li amoinne : 680 Et li lions tel orgoil mainne , Si grant forsen et si grant tage, Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. a3 Que o ses piez la terre arrache Et sa chaenne range as dent. Quant il par fu fors de laienz, Et li choisi lo Chevalier, Lors se conmence à hericier, Et de sa queue se débat, ' Certes qui o lui se conbat, D'escremir li convient savoir, 690 Ne ne li convient mie avoir Guer de chievre ne de limace. Devant en une onie placé Lou lesse li vilains aler. Gauvain nou daigne refuser , Ainz li passe, trete s'espée , Et cil a sa hure levée , Si lou fiert, et cil refiert lui ; Bien s'entrefierent amedui. Au premier cop l'a si féru 700 Que il li a l'escu tolu Li lions , et à lui sachié. Cil li a autre aparellié Li vilains , et Gauvain lou prent : Lou lion fiert par mautalent Parmi Teschine , de l'espée $ Mès la piax est dure et serrée , Si dure que ne puet tranchier. Li lion n'a que correcier, Si li revient conme tempeste , 710 Si lou refiért parmi la teste De sa coe , et li a tolu Lou secont et lo tie^z escu, ♦ Si que do quatre n'en a-il mès» Digitized by H NOUVEAU RECUEIL Or piiez-tu trop atqndre mès, Par ma barbe, fait li. vilains. Lors lou fiert messire Gauvains A estrox, que tote s'espée . Li enbat jusqu'en la corée, Que lou lion estuet morir. » 720 Or me laissiez l'autre venir , Fait-il , et li vilains le lesse. Moult fet grant duel et si sengresse , De son compaignon que mort voit. Vers lou chevalier vient tôt droit) Si lou requiert de tel vertu , Q'au premier cop li a tolu. Et li vilains autre aparelle Et de quanquil puet le conselle. Et li lion ? li vient corant , y3o Qui moult Tenchauce par devant ; As ongles jusq'à la ventrailte Li derompi tote la maille , Et si li retout son escu. * Et cil li a autre rendu ; Mès or set bien et aperçoit Gauvain que se il li toloit Gestui , que ce seroit moleste. Parmi la grève de la teste Lo fiert de l'espée trenchant Que jusques denz tôt lo portant , Et li lions ehiet à la terre. De cestui est finé la guerre , Fet Gauvain , et fete la pès ; Or me Vent ; fet-il , desormès Lou f raine, foi que tu dois top père.* i Digitized by • DE FABLIAUX ET CONTES. # a5 N'ira mie issi , par sairft Pere , Fait cil , ni aura mestier ganche , Je verre ainz tote ta manche De ton hauberc de sanc vermel : 75o Se tu viax croire mon consel, Desarmes to»et si menjue Tant que force te soifrvenue ; Mès il ne vialt por nule peine. Et li vilains tôt droit lo mainne Parmi chambres et parmi huis , Que bien savoit toz les réduis , Tant qu'en la chambre vient tout droit Où li chevaliers se gisoit , Qui parmi lou cors ert fèruz. 760 Gauvain , bien soies-tu venuz , Fait-il, tantost con véu là , Fortune t'a envoie cà Por ce que je sui jà gariz , Et si es-tu assez hardiz ; Mès combatre o moi t'estuet. Dès q autrement estre ne puet , Jà , ce dit , no contredira : Et cil maintenant se leva , Qui s arme tôt à son voloir. 770 Mès trespassé vdfc dui avoir Ce que ne doi pas trespasser, Ainz fait nKoult bien à réconter , Por ce que navrez se levoit. Une costume tele avoit, Quant un chevalier d'autre terre Por la pucele venoit querre Lp frainc qui là dedenz estoit, DigRized byLjOOQle • NOUVEAU RECUEIL A lui conbatre se devoït , Et s'il estoit par lui vaincuz , 780 Jà eschanges n'en fust renduz , Se de la teste non trenchier , . Et puis en un des piez fichier De coi li chastiax clos estoîft ; Et si autrement ajrenoit Que cil refust par lui vaincuz , Un autre piex seroit feruz Tant qu'autres chevaliers venist Que cil par bataille vainquist. Ensi sont cil andui armé , 790 Et li vilains a amené A chascun d'ax un bon destrier, Et il i saillent sanz estrier, Et les escuz pendent as cox : Desormès en orroiz les cox. Maintenant qu'il furent monté, Lors a li vilains apresté Deus lances grosses , si lor baille Por conmencier cele bataille. Lors s'esloingnent li un de l'autre , 800 Puis s'enlrevienent tôt sanz, faudre ; Par vertu tiex cox s'entredonent , A pou qu'il ne se desarçonent. Les lances brisent et esloissent, Et li arçon derrière froissent, Et deronpirent li estrier : N'i reraest corroie à trenchier, Que ne puent lou fès soffrir, A terre les estuet venir. Tôt maintenant em piez revienent , Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. * n 810 Et les escuz enbraciez tienent. Durement à ferre s'essaient, Sor les escuz tiex cox se paient , Que les estanceles en volent , As espées les escuz dolent Si que les pièces en abatent. Deus Huées s'entreconbatent Que seulement plain pié de terre Ne puet luns sur l'autre conquerre. Si a moult Gauvain anuié 830 De ce qu'il a tant detrié ; Si lou requiert de tel vertu Que trestot li a porfendu Li aume et lo cercle coupé , Et si l'a lors si estoné , Que il est enbrunchier vers terre , , Et lo vassal à lui lou serre. Gauvain lou sache par grant ire , Et fait sanbknt de lui ocirre ; Et cil maintenant li escrie : 83o Gauvain , ne m'ocire tu mie : Fox fui quant à toi me prenoie, Mès encor hui matin quidoie Que soz ciel n'éust chevalier Qui contre moi s'osast drecier; Et tu m'as à force conquis, Et si te monte or à grant priSj Et je te quidoie trenchier La teste, et en ce pel fichier Où il n'en a miles fichiées. $4o Si ai totes celés trenchiées Qui tôt entor ce paliz sont, Digitized by a8 * NOUVEAU RECUEIL A chevaliers qui çaiens ont Venu por autretel afere : Ausi quidoie-je toi fere , Mès soz ciel tel chevalier n'a. Gauvain lo let et il s'en va ; En la chambre s'est desarmez. Vilains , fet Gauvain , or pensez Gonment porrai lo frainc avoir. 85o Gauvain, fet-il, vîax-tu savoir Que tu as à fere premiers? A deus serpens félons et fiers Qui sanc gietent de leus en leus, Et par la boche leur sait feus, Conbatre te convient ançois ; Mès bien saches que cil harnois Ne t'aura jà vers ax mestier : Un autre vet aparellier Qui plus est forz et plus tenanz. 860 H a bien çaienz quatre cenz Haubers treslis , forz et entiers Qui furent à ces chevaliers Dont tu vois les testes coupées. Armes li a tost aportées Li vilains , de plusors manières. Une armes forz et entières Li baille por soi atorner. Lors dist Gauvain, va amener Les diables que tu disoies 870 .•••(*) Fet cil , mès ainz que soit passez (*) Il manque 119 vers ici. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Midis , auras afere assez : Il n'a soz ciel home si fier, Fors moi , qui, les ost aprimier , Ne qui les ost néis véoir. Gauvainr li dist , ne te chaloir. Lors va deslier les serpans Qui moult par sont* et fiers et granz , Li vilains, et amainne amont, Qui moult sauvages bestes sont , Si que partot , de leu en leu , Est ses escuz enpris de feu. Par vertu Gauvain lou requiert, Tel cop de lespée lo fiert , Si con l'escriture tesmoingne , Si que la teste li réoingne , Si la tué isnelement. Ne sai que j'alasse acontant, Mes ainz que midis fust passez , Les a andeus si conréez , Que tuit sont mort et detrenchié : Auques a lo vis entochié Db sanc et de la porreture. Li vilains reprent Tarmeure De coi il conbatuz estoit; Mès ançoiz qu'il desarmez soit Li nains petiz li vint devant, Qui primes par de soz l'auvant "Vint à lui, si Ion salua, Ne plus dire ne li daigna, Ainz s'en ala si fièrement. Gauvain, fet-il, je vos présent De par ma Dame, lo service , 3o NOUVEAU RECUEIL % Mès que il soit par tel devise Que avecques li mengeras Et à son voloir en fieras Tôt sanz contredit et sanz guerre Do frainc que tu ies venuz querre. Lors dist Gauvain qu'il ierait 910 Se li vilains lo conduisoit , Car moult bien se fioit en lui. Main à main s'en vont amedui , Moult l'a bien li vilains mené. Tant ont de chanbre en chanbre alé Qu'en la chanbre vienent tôt droit O la dame en un lit gisoit Qui avoit envoie lo nain Por querre monsaignor Gauvain. Maintenant que venu lo vit , 920 Contre lui va, si li£ dit : Gauvain , bien soiez-vous venu ! Si m'est-il par vos avenu Moult granz anuiz et grans domages , Que totes mes bestes sauvages Avez* mortes en ceste voie : Si vos covient-il tote voie Avec moi orendroit mengier ; Onques voir mellor chevalier Ne plus preu de vos ne conui. g3o Es liz s'asient amedui, Mès ne fu mie, ce me sanble, Li liz ne de sauz ne de tranble O la dame et Gauvain séoient, Que li quatre pecol estoient Tuit de fin argent sororé. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES, îjus avoit un paile roé Qui toz iert à pierres ovrez, Et autres richeoes alsez. Se descrire les vos voloie, Trestot mon tens i sueroie ; Mès de ce nestuet à parler. L'eve demande por laver , Li vilains maintenant lor baille Les bacins .d'or, et la toaille Lor aporte por essuier. Atant asient au mengier La dame et messire Gauvains. Li nains les sert et H vilains, Que laienz n'a plus de mesnie. Moult par est la dame haitie , Et bele chiere fet son ostè. Trestot delez li , coste à coste > Lo fet seoir la damoisele , Et mengier à une escuele Qui moult la loe et moult la prise. Des mès ne fez autre devise , Ne plus ore ne vos %n eont ; Mès maintenant que mengié ont, Et la table lor fu ostée , L'eve a la dame demandée : Li vilains maintenant li baille. Gauvain est tart que il s'en aille , Qui moult quide avoirs demoré : Lors à la dame a demandé Lo frainc , que bien lo doit avoir. Sire , fet-ele , mon pooir Et moi met en vostre servise , NOUVEAU RECUEIL Que moult avez grant chose enpriae Por ma seror en ceste voie , Je sui sa suer et ele^est moie, - Si vos en doi moult anorer : S'il vos plaisoit à demorer Çaiens, à saigndr vos prendroie Et tôt cest chastel vos rendroie, Dont j'é encore trente et tiit. Dame , fet-il , ne vos anuit , Tart m'est , ce vos di par ma foi , Que je soie à la Gort lo Roi , Que ensi lai mis en covent ; Mès donez moi delivrement Lo frainc que je sui venuz querre. Trop ai esté en ceste terre , Or e§t ensi , plus n i serai , Et neporquant bon gré vos sai Do bien que vos me présentez. Gauvain , fet-el , lo frainc prenez , Vez lou là à ce clo d'argent. Et il tôt maintenant lou prent , Et moult très grant pie en demoine. Et li vilains la mule amoinne. Gauvain met lo frainc et la sele , Gongié prent à la Damoisele, Et ele conmande au vilain Qu'il face monsaignor Gauvain Tôt sanz enconbrier fors issir, Et lou chastel féist tenir Tôt qoi tant o'outre fust passez. Messire Gauvain est montez , Qui de la voie fu moult bel. DE FABLIAUX ET CONTES, iooo y vilains commande au chastel Qu'il fust toz coiz , et il s'esta. Gauvain séurement passa , Et quant il a lou pont passé , Vers lou chastel a regardé , Et si a lors parmi les rues Si granz eonpaignies véues De gens qui laienz queroloient , Et si grant joie demenoient , Que se Diex l'éust eonmandé , i o i o N'i eus t- il pas plus joé. Li uns à l'autre se déporte, Encor estoit desor la porte Li vilains qui lot fors mené , Et Gauvain li a demandé Quiex senefiance c'estoit , Que là dedenz véu navoit , A l'entrer , ne petit ne grant , Et lors i voit joie si grant Que trestuit de joie tençoient. 1020 Sire, fet-cil , repost estoient Es crotes por les cruautez Des bestes c'ocises avez , Qui si grant effrois demenoient , Que quant par aventure issoient Les genz fors por aucune ovraingne , Ne remansist q a quelque painne Ne les eonvenist deslier , Ses aloient toz depecier Par lor orgoil et par lor rage ; io3o Et or dient en lor langage , Diex les a par vos délivrez TOME T. 3 34 NOUVEAU RECUEIL Et de toz biens enluminez : La gent qui en ténèbre estoient , Si grant joie ont*de ce qu'il voient, Qu'il ne puent gpaingnor avoir. Tce , sachiez très bien de voir , A Gauvain moult bien atalente. Maintenant se mist en la sente Qui vers l'eve lo moinne droit io4o O la planche de fer estoit : Outre passe séurement. Tant ala après chevauchant , Qu'il est venuz en la valée Qui de vermine est aornée : Outre est séurement passez , Dedenz la forest est entrez O les bestes sauvages sont. Maintenant q'aparcéu l'ont, Contre li vont , si lou convoient , io5o Les deus genoz à terre ploient, Et de lui aprochier s'ae&ent. Les piez et les janbes li baisent , Et font à la mule autresi. Gauvain de la forest issi Qui de laler ne tarda mie : Entrez est en la praerie Qui do chastel estoit voisine. Li Rois Artus et la Roïne Furent aie esbanoier, 1060 Et avecques maint chevalier Qui de lor conpaignie sont, De la sale es loges amont ; Et Gauvain tôt adès venoit. DE FABLIAUX ET CONTES. Si l'a as chevaliers roostré. A Tencontre li sont aie Et chevalier et damoiseles : Moult fu life de ces noveles La Damoisele quant ele ot 1070 Que messire Gauvain vepot, Cele cui estre doit li frains. Venuz est messire Gau vains, Et la pucele va encontre. Sire, fet-ele, bon encontre v Vos doint Diex, et tôt lo déduit C'on puet avoir et jor et nuit ! Et vos aiez bone aventure , Fait cil qui descent de la mure . A terré j>ar Testrier d'argent. 1080 La pucele en ses bras lo prent, Si lou baise plus dé cent foi» : Sire , fait ele , il est bien droiz Que je mete tôt à devise Lo mien cors en vostre servise , Que bien sai que jà ne l'eusse Par nul home que je séusse Dedenz lo chastel envoier , Car mort en sont maint chevalier Qui les testes coupées ont, 1090 Qui de lavoir nul pooïr n ont. Lors li a Gauvain recontées Les aventures q'ot trovées, De la grant valée et do bois, Et de la fontainne à espois/ Et de l'éve qui noire es toit, La Roine primes lo voit, 36 NOUVEAU RECUEIL Et do chastel qui tornoioit, Et des lions que il ocist, Et do chevalier qu'il conquist , Et del vilain lo. convenant, zioo Et la bataille do serpent, \ Et del nain qui lo salua Et plus dire ne H daigna ; Et conment après li revint , Et conment mengier lo convint En la chanbre à la damoisele Qui suer estoit à la pucele ; Et conment li frains fu renduz , Et quant do chastel fu issuz , Et conment il avoit véues 1 1 10 Les quaroles parmi les rues , Et conment issuz s'en estoit Sanz enconbrier et sanz destroit. Quant Gauvain a ce raconté , Et la pucele a demandé Gongié as Barons de la Cort, La Roïne Genièvre i cort , Et li Rois et li Chevalier I sont alé por li proier Qu'avec ax laienz demorast il 20 Et des Chevaliers un amast Qui sont de la Table réonde. Sire , Dame-Diex me confonde , Fet-ele , se ionques osasse , Se volentiers ne demorasse; Mès je ne puis por nule painne. Sa mule demande, on li amainne, Si est montée par l'estrier, DE FABLIAUX ET CONTES. 37 Et li Rois la vet convojer; Mès ele dit que nul conduit li3o Ne vialt avoir, ne lor anuit. Et si estoit-il auques tart. Gongié prent , et si s'en départ Si se remist en lanbléure. De la damoisele à la mure Qui s'en est tote seule alée , Est ci l'aventure finée. Digitized by 38 NOUVEAU RECUEIL DE RICHAUT. Or faites pais , si escotez Qui de Richaut oïr volez : Sovante foiz oï ayez Conter sa vie. Maistresse fu de lecherie , Mainte famés ot en baillie Qu'ele a trait tôt à sa guise Par son atrait. Encor nule ne s'an retrait , 10 Et chacune Richaut se fait De sa voisine. Ne voit-en mais jone meschine Qui soit à grant bonté encline , * Por po d'avoir s'estant sovine Qant on li done. El mont n'en a nés une bone , Ainz se lient à la corone , C'est de puterie la some , Et lo fardet 20 Metent-eles en lor rayet. Chascune de soi s'entremet Bien atorner. Qant un valiez a que doner , Biçn se sofrent à acoler Por lui traïr et afoler : Digitized by Google DE FABLIAUX ET CONTES. 3y C'est lecherie; Mais il lor vient d'ancesserie. Totes sevent de trecherie Conmunaument , 3o Mais ce fu par l'enseignement Richaut , qui fu moult longuement Par tôt lo monde : Bien les aprist à la réonde. Nostre Sires Richaut confonde Qui tant ,mal fist, Car de Nonain reçut labit , Mais ele lo tint moult petit. Escotez, se Dex vos ait, Quele devin.t. 4o Fors de l'a baie san vint, Nonains i avoit plus de vint ; N'i vost plus èstre , Ainz enmena o soi lo Preste , Et li toli règne celestre, Car il fu pris, O li demanbrez et ocis. Ce fist-el faire à ses amis Don ele a maint par lo païs. Richaut a fait riche maudis 5o Por Herselot. Dou preste ot-el bien son escot , Et si réfist tenir por sot Lo chevalier. ( Nés dan Guillaume dernier Qui ere-atornez à Deu p>oier) Refit-el boivre lo destripr Et lo hernois. Digitized by Google NOUVEAU RECUEIL Richaut desingle lo cortois , Glers et Chevaliers et Borjois Et les vilains. Par tôt giete Richaut ses mains , Si déçoit les autres putains. Richaut sert moult , Lo corage a fier et estout , Or diroie sa voie , escout De li un conte Qui trestoz les autres sormonte , Et si ne laira pas por honte Que je nel' die : Qui de Richaut conte la vie Ne puet parler par cortoisie. Ele ot un fil Qui moult avoit l'angien sotil ; Mainte famés mist à éssil. La face ot clere , Moult tenoit bien lo mors sa mere. Richaut ne sot onques son pere , Et nequedant So mist-el sus à plus de cent : Moult en conquist or et argent. Or escotez Conmant il fu concuz et nez , Norriz , apris et dostrinez , Et en quel vie destinez , Quel non il ot. Entre Richaut et Herselot A cel jor firent un escot , Au feu n'orent plus que un pot ; Bons vins ferrez DE FABLIAUX ET CONTES. 41 90 La nuit burent à grant plantez Et à mangier.orent assez Por lo Noël. # Moult ont parlé et d'un et «Tel. Ce dit Richaut la ménestrel A sa conpeigne : Par les sainz c'an quiert an Bretaigne Moult ai del Preste grant desdaigne Qui si me triche , Ainz n'ai del sien fors une afiche , 100 Et si n'a nul veisin plus riche. De soi ' % " Il mafia l'autrier sa foi . Et lou vestir et lou conroi 1 Ainz q'à venir poïst à moi : Or ne Van chaut s'ai fain o soi* Mantie Fa : Hui a huit jorz qu'il ne vint ça ; Par Saint Denis , mar mi tricha , Se jel' puis faire. 1 10 Moult par est ore de mal aire ; Si est avers : « Croistre vialt et noiant doner. Herselot , sez me que loer Gonmant m'an vanche ? Charmez li chiere par la vanche , Escrivez brief de sanc et d'anche. Faites heraudes Don les' y mages soient chaudes Et refroidies. 120 Dit Richaut, deùs poires porries Ne pris-je pas ces sorceries : Digitized by NOUVEAU RECUEIL Ce m'est avis Jà par charaies n'ert conquis. A moi méismes ai conseil pris Con jel' déçoive ; Miauz est que atonie herbe boive , Puis f.. trai tant que je conçoive, Si metrai sore Au Preste, et méisme Tore Don li lou-je qu'il me secore , Et s'il lo nie , Jà îlichaut n'ait bien en sa vie Se à l'Evesque ne l'anviè : Sel' tien à Cort, Il perdra ainz qui s'an tort. S'ansi lo fez , Lo Preste aurai dedanz mes laz , Or en entrerai en porchaz Hastivement. Don nel' me loes-tu, Hersant? Dit Herselot, je mantirat Se tôt bien non. Richaut no nîist en sospeçon, Ainz quist une herbe qui ot non Mandagloire : Richaut en but , o ele esclairé ; Puis n'i ot guieres demoré , Ainz croist à toz. Tant a aie desus desoz Et a retrait , sofert et boz Qu'ele est ençainte. Or a la face megre et tainte, Dès or vialt faire sa conplainte. DE FABLIAUX ET CONTES. 43 Au Preste en vint , A sa maisele sa main tint, Plore et sopire, soflant vint, Puis dist itant : Moult malement mes covenant Et s an atant pis en avant 160 Assez, Sire Preste, bien la savez. Richaut , ne sai que vos avefc, Ce dist li Prestes, Moult m'a mostrez chiere meleste. Que je ai-, Sire ? Je ai assez coroz et ire ; Mais par Saint Pere e% Saint Pol Moult saurai pol se nel vos sol , Si Vos ferai tenir à fol. 170 Li danz li met les braz au col, Soef Tanbrace. Richaut s'estort si se délace , Plore formant , moult lo menace. « Oies , vos die , oies vos tace , De vos sui prainz. Richaut , je euit que tu te fainz. No faz, danz Preste, par toz Sainz N'est pas controve ; Véez con lo ventre se prove. 180 Li Prestes moult celer lo rove, Icel ce croi. Richaut , fait- il , je te mescroi : Cuides-tu donc ce soit de moi ? Nenil voir. Richaut respont , jel' sai de voir , Digitized by Google 44 NOUVEAU RECUEIL Jà ne puisse-je bien avoir, Ainz soie ocisse Se je nan portoie un joisse Que de vos fu dedanz moi mise 190 Iceste chose Don nie véez ençainte et grosse. Ne cuidiez pas jel' giet en fosse Ne en mostier , Se vos ne nie volez aidier. Richaut, ne di, Je ne voil pas que soit ensi : La inoie foi , Biohaut , t'afi , Se viax del mien , Jà ne voldras icele rien 200 N'en puisses prendre, Por quoi me feroies raienbre, N a J'Evesque messe desfandre ; Mais or celez Geste groisse tant con poez, Et qant li anfés sera nez , Sel' metez sore Un autre : Se Dex me secore , Ne vos faudrai puis nés une ore. Richaut se plaint moult et si plore, a 10 Et puis li dit: Certes ne vos ain pas petit; Moult duremant, se Dex m'ait Lo Tôt puissant, Se je ne vos amasse tant, Nel' celasse , ne tant ne qant* O députe orse Qui lo prevoire si amorse ! Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. «5 La main li fait mestre a la borse , Cinq sax li tant or a rescosse, 220 Ce prenez ore, Vos auroiz plus des miens encore. Et li Prestes moult bien Testore. Richautose charge, De son preu faire ne se targe : Bien a trové lo Prestre large Por lacolée. Moult s an veit bien soz aisselée De pain et (l'el Ploiant s an veit à son ostel. 23o O ele trova seignor viel, Un chevalier Qui faisoit tenir son destrier, O lui Hersant por donoier A Herselot. Gele saut sus con sa dame ot. Lf Chevaliers vers li s'esjot , Si la salue , Et Richaut se tint un po mue , Pas ne li rant , 240 Sanblant fait de grant maltalant. De Herselot s aproche atant , Met ce en sauf. De mautalant su et eschauf Qant je te voi : Tu m'as mantie la tee foi ; Moult par est foie La damoisele qui t'acole : N'a si aver jusq a Nicole. * C'oi-je do tuen • Digitized by Google NOUVEAU RECUEIL Dès que fis l'autrîer ton buen ? Lasse moi cline ! Mar mi cochai soz toi sovine; Maldite fiait vostre racine Qui si poi giete ! J'estoie encor bien jovenete ; Or n'en iert mais qui s'entremete De moi amer : Vos m'avez fait lo flanc lever, Ne me valt mais rien à cefler, De vos sui grieve. . m Véez lo vantre qui se lieve , Et de lanfant li termes abrieve , Or m'an aidiez. Si m'ait Dex , sel' reniez , Vos en seroiz toz essilliez , Jel' di por voir, Vos n'en avez si fort menoir Que je ne vos féisse ardoir Et mètre en çandre , Se sor vos nel' voliez prandre. Miauz me lairoie ardoir o pandre , Pas ne vos mant Que n'en aùssié longuement. Je sui née de bone gent , Sept Chevaliers sont mi parant , Si r'ai amis , Si tost auroie omé ocis. Li Chevaliers en fait un ris , Si li respont ; Richâut , li vins te monte el front , Ne sai de ces menaces sont DE FABLtAUX ET CONTES. De moi porquoi És-tu ençainte ? est-ce de moi ? Oïl , amis ; et je l'otroi , Pas neT reni. Dit Herseloz : sire, aidiez îi , Volantiers , chiere , • Dis sax a trait de s'aumoniere, Puis li done à liée chiere ; Après la baise. Qui putain loe, si l'apaise. Ainz qu'il san tort , firent lor aise Sor l'obier frois. Envoiez , dist-il , en ETois , Por de la char et por de§ pois, Et por de bon vin Orlenois. Ce dit Richaut, cist est cortois, Alez san est. Richaut ne panse Fors d'atorner iche despanse. Luors décline : . 9 Entre Richaut et sa meschine Aprestent moult tost la cuisine Plusor 11 laissèrent la nuit del lor. Richaut se dort. Qant vint an jor Richaut s apreste , Despandu a , or voit en queste. Chiés un borjois En vait Richaut, preu et cortois, Qui moult ère en grant sopois Qu'il navoit oir : Onques ne pot enfant avoir. 48 NOUVEAU RECUEIL Richaut garde, vit lo chéoir Sor sa fenestre. Or li voudra conter son estre. Prist lo par l'espaule senestre , Dist li :l)iau Sire, Je vos yoldrois un secré dire. 3so Cil fu cortois , pas ne s'aïre , Bel li respont. En une chanbre andui en vont , Desor un lit asis se sont. Asisse là, Richaut panse, puis si parla : Sire , je sui venue ça , Car mes granz J^soins m i chaça , Pas ne me fain , De vos méisme à vos me plain , 33o Car li termes n'est pas lointain Quiert travailliée : Sire , por vos sui moult iriée , Car je sui de vos enpreigniée. De 'moi ! c'est gas. Non est , Sire , par §aint Thomas. Certes , Richaut , manti i as. Et plore et gient , A sa maisele sa main tient : Sire, fait-el, ne vos sovient 34o D'un jor entier Que me feistes el solier . Lo comun jeu ? Oïl, Richaut, de ce te veu. Cestes , biau sire , en icel leu Prist-je cest fais. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Taisiez, Richaut, nel' dites mais. Dex me confonde , se m'en tais. Richaut , ne sai, Bien puet-estre je l'anjandrai : 35o Icist soit miens , S'il est valiez , ni faudra riens Que il ne soit oirs de mes biens. Sire, espoir Que vos auroiz de moi mâle oir, Mais il m'estuet de vostre avoir , J'en ai besoin. Cil met en sa borse lo poin , Vint sax li livre , Jà n'en s'an verra mais délivre. 36o Or lo moine Richaut con ivre De la putain : Envoiez ça, dist-il, demain, Si auroiz char et vin et pain. El l'en? mercie. • Richaut s an vait tost estosie : Plus conquiert-el par sa boidie * Et par sa lobe , Que cil qui prant et robe. ' Richaut se tient et cointe et noble , 370 Et bien se vest , Et se conroie bien et pest : Plus est suianz que lisse en gest. Bien les atrait Tant qu'il les a mis en son plait. N'i a si cointe que n'en ait Plus que lo droit. Bien les enplume et déçoit. TOME I. /j, 5o NOUVEAU RECUEIL Richaut a tout quanqu' ele voit. La grô$se borse 38o Enguil se fait , puis devient orse. Lo pas moine home , et puis la torse Par sa boidie. N'i a celui cui el ne die Que de lui est-ele enpraingnie : Vos m'avez , fait-ele , ençaintie , Del tuen me done. Richaut trestofc en araisone, Les garçons pranç et enprisone, Puis les raaint. 390 De totes pars les mains lor tant , Moult se conroie richemant. N'i a mestier, N'i a vilain ne pautonier , Ne Bacheler, ne essarter Que nèF mainne. Oïstes mai» si maie famé Qui tôt jors quialt et rian ne seme ? Maf fust el née , Qui si nos fu mal destinée ! 4oo Mar perist-il ceste ventrée ! Par icel germe . Si a plorée mainte lerme. Or est Richauë venue au terme , Or couche, or lieve, Or plore, or crie, Tore abrieve, Mal soit de Tore quel ne crieve, Ce fust grant joie. Herselot à la crine bloie Qui reconforte sa dame oie Digitized by Google DE FABLIAUX ET CONTES. Qu'atam-je tânt ? Or se délivre d'un ënfant Maslê. Il crie et brai| plus duii rasle î Hersanz lo levé , Baigne , conroie et asoevé , En dras lo couché , Tôt lo covre , ne mès la boche. Richauz acline Acouchiée est , en la jecine Herselot la sert qui ne fine. Plus que lo sattt En vient au Preste qui ne faut : Sire , dist-ele , Dex vos saut ! Et vos , ma bele. Dire vos sat hoene novele. Et qui est-ce , ma damoisele? Un fil avez. Taisiez , Hersan , soef parlez , Je sai moult bien que vos querez , Venez à moi. Chargié li a tôt le conroi, Puis Fan envoie en seeroi. Vientàl'ostel, Descharge soi, vait al viel Et au borjois. Cil li charge jusq'à un mois. Or gist Richaut , De la jecine moult se deut ; Mais ele a tôt qanqu'ele veut. Bien li estait ; Et Herselot très bien san paist, NOUVEAU RECUEIL Malede est qui malade trait, Enprës mangier Porte Herselot à un mostier Lo fil Riohaut por prinseignier A Saint Germain. Les marraines et li parrain Lievent lanfant à la putain : Or a lo non de son parrain Seignor Sanson. Hersanz en revint en maison A tôt l'aube. Or a Richaut sa volante * Et Herseloz la sert à gré De char, de vin et de claré Et de peurées, De fruit , de nieles et d'oblées Et de parmainz. Bien se cotéist en ses bainz , De tote parz vient li gaainz. Richaut se jut , A grant joie manja et but Jusqu'au terme que ele dut A messe aler. Ele ot lo vis vermeil et cler, Moult entant à soi acesmer. Frescbe color , Richaut s'acesme au mereor. A masse en vont Mantel a ver, grant coe trait. N'i a lecheor ne agait, Tuit ont mervoille. Luns à l'autre dit et consoille , DE FABLIAUX ÉT CONTES. O el prant ce don saparoille. Lo vis a bel O prist-ele si bon mantel ? Et cel chainse ride novel Qui si traîne : Ele a éu bone gecine. Richaut devenue est meschine Par son tripot. S'ofrandre fait et la messe ot, Puis «en repert à Herselot Lo pas arrière , Grant coe trait par la podriere. Richaut se tint et baude et fiere, Nï valdroit rien, fait-il, proiere, Que nus me croisse : Sanblant fait q an ne là conoisse. Richaut les met en grant angoisse , Moult les travaille. Ele soloit f.tre por maaille Ains que venist del tôt à faille, Enorgoillir Se vialt Richaut à engorllir , Un denier part qui vialt ferir Desus l'anclume. Or a Richaut mué costume , Li lechéor en font grant frume ; Ele les esprant et alume Par ses blandiz. Toz les reçoit granz et petiz f Jà nus n'en ira escondiz f Mais el ne puet sofrir les cris Que li fait Sansonez ses fiz : V 54 NOUVEAU RECUEIL Quiert li norrice Por démener son taelice. En vient au Preste , si l'antice , Ne li laira croiz ne calice, 5io Se il la croit. Soixante sax ot par destroit , Tant, dist-ele qu'eje devoit A son enfant* Au Chevalier en vint corant, De lui en resache autretant ; Puis au borjois Cent sax en sache d'Orlenois. Jà Richaut no laira ençois Qu'il ert où val , 5 20 Richaut aura ovré maint mal* Oïstes mais putain corsai Qui syi déçoive ? Po sont des homes qui n'en boive , Et do queque soit reçoive : Or a gros neu. A l'ostel vient, si fait grant feu. Dame Herselot est queu , A grant foison Et volaille , et venison , 53o Et claré plus dolz que poison. Richaut s'entremet de Samson • Par moult grant cure. Richaut ot bone noiriture , Richaut a preste sovant dure Qui lo resanble , Toz li cuers de joie li tranble , Et chascun jor lo soen li enble. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 55 La Ménestrel Au borjois redit autretel , 54o Et dit au Chevalier viel Qu'il iere suens. Moult par est preuz et biax et buens ; Se en genre Faust uns Guens Ne fust plus biax. Or a Richaut toz ses aviax Por Sansonet : De lui bien vestir s entremet Et à toz cez soie lo met Qui li ont fait. 55o N'i a si cointe do ele n'ait, Car trop set d'art. Richaut lace de totes parz. Tant crut Sansofis qu'il fu granz garz Par la parole : Fu Sansonez mis à escole , Moult ot cler sans , N'ot si sotil en toz les rans. Son sautier sot en po de tans , Chanta deus anz, 56o Voiz ot sor les autres enfanz , Moult sot et conduiz et sochanz; Vait à gramaire En un en sot bon ditié faire : Con plus aprant , et plus esclaire. Tant a fait vers Qu'il en set faire de divers ; N'ot en Fescole si. * Moult bien aprant, Et li maistres bien i entant , Digitized by 56 NOUVEAU RECUEIL Por lo grant loier qu'il en prant 570 Del Preste fol. Tant la Richaut fera el mol Qu'il la grisset au col, Or est au lange. Au borjois vialt to chanje, Et par menace, et par blanje Que par proier , A tant mené lo Chevalier, Que tôt li a fait engagier . Et terre et feu. 5 80 Qant Richaut est en icel leu ^ Moult li aconte Que Sanson sanble fil de Conte : . Car preuz est, isnelemant monte Sor son cheval. Ne dote mont , conbe ne va.1 , Einz s essaie con bon vasal , Nelui ne crient. Sire , fait-ele , il t'apartient , Car moult est fiers et sages , 590 II est autex conme tu ies. Moult safiche sor les estriers , Bien s'ademet. En cest païs n'a nul vallet Qui plus sache de Sansonet. Viex acroit, del suen i met. Au borjois dit • Que Sansonet son fil ait , Del conter faifrà grant esploit , El li dit voir, se il la croit, 600 Ne n ert pas grief, Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 5 Et sa rante metra en brief. Ce dit au Preste Que Sansons est des autres mestre , Moult aime en escole à estre Por plus savoir. Li danz set bien qu'ele dit voir, Si li charje tôt son avoir. Richaut lo prant , | Si s'en conroie richement , 610 Car li garçons pas nés despant. Qui croit Richaut et qui la fot Moult est chaitis, Or a Richaut ses trois amis Par son engin fin fussiax mis ; Et Sansonez a tant apris Par son cler sans Qui est dialeticiens. Lo jeu des dez aprist par tans Et lo lechois ; 620 Valantiers vait o les cortois. Sonez set faire et servantois Et rotruanges. Famé déçoit par ses losanges, Ses costez lace à longues franges Et sa çainture ; Coetée a sa vestéure , En lecherie met sa cure : Chascuns retrait à sa nature. Sanson revate, 63o N'i a si roide qu'il n'abàte, Ne si cointe qu'il ne mate ; Moult set caraudes. Digitized by 58 NOUVEAU RECUEIL Les famés fait plus que feu chaudes, Les plus comtes fait estre baudes Et envoisiées , Sor soi les fait estre enragiées; Au bordel en a envoiées Plus d'un millier Que il a mise au mestier. 6/fo Moult par les set bien engignier Et baréter. De si à Bar n'en a son per De lecherie , Car il li vient d'ancesserie. Richaut sa mere lo chastie : Sanson biax fiz , di moi quel vie Tu mèneras; Voiz lo Preste de Saint Thomas , Moult sera liez s'à lui t'an vas, 65o Ou au borjois Tan vas, si changeras a pois; Ou à dan viel lo çortois Biax fiz , tan va. Par Deu, mere, ne ça ne là N'est l'aler preuz : Car apovrez les avez toz , Ne puis sofrir malvais de groz. Richaut s'an rit par de desoz. Sanson fait here , 660 Mais or me dites, bele mere, Liquex de ces trois est mes père. Biax fis, ne sai, Car à chascun de trois copiai , Et à mil autres : pas n'en ai Digitized by GooQle DE FABLIAUX ET CONTES» Envers toi honte. Famé sor cui tex pueples monte, Conmant sauroit tenir lo cont« De ses enfans ? Ne sai de cui conçoit , ne quanz De ses trois va au plus menant , Met t'an à chois. Mere, ne çà ne là ne vois, En cest païs plus ne n'estois , Aler m'en voil , Jà n'erf prodom dedanz spn soil As riches cors panre escoil De cortoisie. Une messe sai de clergie , Connoistre voil chevalerie , S'auré les famés. Et les cortoises riches dames. Moult les metrai encor en brames Et en error . Se puis encor del lor Et par boidie et par amor. Richaut s an rit , Biax fiz Sanson , que as-*tu dit ? Jà sez-tu encor si petit De cest tripot ? Envers les famés n'en sez mot , Les famés font tenir por sot. Mere, cil qui entend et ot Ses bons a tors, Set bien de famés les tristors, Car il descovre bien lor mors Et lor nature. 60 NOUVEAU RECUEIL Fiz , cil qui sevent les escriture Soient amer à démesure ; 700 Cil qui plus set, Aime plus tost et plus tost et S'il voit chose qui li agrée. Cil qui set plus Est par famé plus tost mis jus Que cil qui conoissent les us Qui que s'en gart. Famé cointe de maie part Si se fait bien ver lo musart Et cointe et fiere. 710 Mere , je sa bien la manière , Mainte en ferai encor corsiere ; N'i a si cointe Que je ne face vers moi jointe, Se je tant faz que Taie pointe , Tôt li torrai , Jà nule rien ne li lairaû Avoi , Sanson , certes bien sai , Encor te la reproverai Ceste parole : 720 N'i a si cointe clerc d'escole Que n aie mis en ma jaïole Et toz raans. Biax fiz Sanson , si con je pans , Encor auras perdu lo sans Par art de famé ; Moult crien qu'ele ne se raame. H n'a , dist-il , si bele famé En cest païs Qui tant fusse de lui espris , Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Que j'en poisse estre à pie mis , S an sui toz fiz. S'ainsi lo faiz , Samson , con diz , Don sai-je bien que ies mes fiz. Richaut ne fine , Sansonet aprant et dostrine Cornant doit joer à meschine Et servir Dame soz cortine : Estroit la corbe bien , sanz pairie , Soef la bâist , vers soi l'estraigne Tant qu'ele l'aint : Qu'est debonaires, tôt jorz vaint : Tôt dis prometé, Vers famé soit totjorz en dete, De soi servir bien s'antremete De bel parler. Moult set Richaut de l'art d'amer , Qui Sansonet vialt dostriner, Qui moult en cuide Sansonez savoir par Ovide. Richaut sa mere li aïde ; La nuit séjorne A sa mere ; qant il ajorne A pris congié , puis si s'an torne . Voit s'an à Cort. Sansons ne fu ne fox ne lors , Ançois se fist amer à toz : Car il set tant Que n'en i a petit ne grant Qui ne li face bel sanblant. Et si ot grâce , Ne lor desplaist chose qu'il face : 6a NOUVEAU RECUEIL Par sa parole les enlace. Par amistié Et par angin a porchacié Sanson don a ahernechié Son palefroi. Richement vàit à bel conroi , Bien set parler devant un roi Et devant Conte 770 Bel et cortoisement sanz honte, Mar fu qant à enor ne monte , ■ Mais il ne puet ; De Richaut sa mere li muet La nature , qu'il li estuet •Sore et tenir. Après ne puet i pas venir , Car del lechors ne puet partir : Il nel' laïroit Por trestot l'avoir qu'il avoit : 780 Non feroit-il , qui li donroit L'anor de Rome. Delecherie set la some : En nule Cort Ne trove ne si lonc ni si cort Qui tant en sace ; N'i a nul qui taisir ne face. O qui vicgne soe est la place , Tant set de bordes , De proverbes et de falordes. 790 Mains a bêles , ne plaines ? non gordes , Famés afole. Voiz a ; bien chante et farin parole , Bien en porroit tenir escole , Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 63 Moult i entant. Soz ciel n'en a cel instrument Don Sansons ne sache grantmant. Plus set Sansons Rotruange , conduiz et sons ; Bien set faire les lais Bretons. 800 Si set des dez Plus que homme de mere nez ; Onques n'en pot estre enciènez En nule guise. Trestoz ses conpeignons jostise , Mainz en fait tranbler à l'assise , Il les despoille. Englootie a mainte coille , Car il est forz ; Plusors en a gitié as porz 810 Et as putains puanz et orz Plus que lanternes. Onques rien ne perdi en quernes Na enbesa n'a deus en ternes , Totjorz à quines Endeus des trois bouez ot quines. Tuit li plusor Des lecheors en font seignor Il les esvoille. Sansons les met en la corboille, 829 Qui mis n'i est , pas ne somoille , Sansons les bat ; Jà n'ert si comtes qu'il no mat Ainz qu'il s'an tort. Des Londres jusq'as Monz n'a Cort O Sansons ne voist et sejort. Digitized by NOUVEAU RECUEIL Sansons est biax ; A cez citez , à cez chastiax As famés bastist griés cenbiax, Tost lor deniers , dras et anîaux , Néant à force. Un cotel a don les escorce , C'est la losange. Ce est Sansons qui toz nos vange Des pautenieres Qui si se font envers nos fieres : Plus de mil en a fait corsieres. Moult est sauvaje La meschine que il n'asaje : As dames fait muer coraje ; Se il s'an poine , N'i a si cointe qu'il n enmoine. Sansons les point jusq'à la. vaine , Il les met en la grant alaine Les mal senées , Plus de sept cens en a menées , Puis les lait , qant les a robées. Sansons a droit, Si les famés tient en destroit , Bichaut sa mere homes déçoit Et ses alumj*. Sansonez les famés enjaingne , N'en a son per jusc'à Viane De bien deçoivre ; Del Noagre de ci à Coivre N'aira qui miauz sache deçoivre Char de femele. Sansons set tant de la favele , DE FABLIAUX ET CONTES. Que les plus cointes en apele , Del jeu 860 Envi lor fait, s'il en a leu. Sansons ne a terre ne feu , Mais des famés quialt lo toneu Par Alemaingne , Par Lonbardie et par Bretaigne , Et as Françaises regaaigne # * Aucune chose. En Engleterre passer ose Qui de la mer est tote enclose, Nés en Irlande 870 Font les dames qan qu'i conmande; Et de ci q'an Inde la grande A-il esté : Iluec a-il moult conquesté. Sor putains a la poesté Li fiz Richaut : Cele qui l'escondit s'an diaut. Sansons est sages , De totes Corz set les usages ; Entre amanz porte les mesages 880 Cortoisement. Asanblé en a plus de cent, Si ne li chaut si sont parant , Ces espose, c'une n'enpraht Mais qu'il gaaint. Ce,set-il bien qulen pechié maint, * Mais li deliz do mont lo yaint Qui moult li plaist. De ce ce vit , de ce ce paist Richemant; jà ne cuit qu'il laist NOUVEAU RECUEIL Iceste vie. En volante m est que vos die De ses péchiez Une partie Des criminaux. Moines devint à Cleryax , Sot les blans dras, c'ert moines faux Et tôt sanz loi A ses frères manti sa foi , Fuit s an , s'en mena o soi Un cheval sor , Si enporta tôt lo trésor , Croiz , calices d'argent et d or : IA fox, li ivres Bien enporta soixante livres , Car grant despense Moine Sanson, qu'il n&sasanse, De fuir tant ne se panse, Mais despensant Partot ravist, par tôt despant. Maint cuer a fait triste et dolant L'aingin Sanson : Jusqu'au flun Jordain n'a maison Ne covant de religion O n'ait pris ordre : Qant lui plaist , bien s'an set estordre , Mais il vialt ainz ses frères mordre : ïrestoz les robe. Pechié ne dote, ne porbre Toz les vaint Sansons par sa lobe. Il devint prestes : Sacrez fu , ce dit , à Vincestre. A ces nonains dist qu'il vialt estre Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Lor Chapelains ; Mar lo créirent les nonains, Car les plusor en fist putains , Puis les roba. Tant a aie et ça et là Que plus de cent en afola. ; Une abéesse En amena grosse et espesse, Puis devint-ele jugleresse. Sanson enchante Trestotes celés o il ante. I f..t la nièce et puis la tante, Puis les serors. A droit lo fait et à rebors. De sor toz autres lecheors Iert-il lec^ieres ; Sor eles a esté trechieres Plus que gorpille Qui par engin prànt la cornille. Sanson art famés et essille; La mere f... et puis la fille Et les coisines. Sanson les f... totes sovines, Les genoz lor met as poitrines : Il croist en coste , Et a copresse et à saposte ; Sanson croist bien •A bâcher et à pissechien. Plus set Sansons , Car il les croist à estupons. Pardonez nos s'ansi parlons Vos qui entandez nos raisons , NOUVEAU RÉCUEIL Tex est l'estoire , N'en volon oster ne acroire : De bien croistrejot Sanson gloire , Et pris et los. Maintes en monta sor les dos A cui il fist croistre les os ; Onques Sansons n'ot repos De lecherie. D'angigner ot il la màîtrie, Toz les vainqui de lecherie. Sansons set tôt , Une estorce set et un bot, N'i a putain se il la f... Qanque li face dire trop D'el que de boche. Mal ait Sansons qui si le»toche. Cele robe avec cui coche En recelée. Mainte en aura ensi menée , Et qant ce vint à l'ajornée Trovoit sovine. Cel jor l'estovoit estre an mue , Ne se demonstroit pas en rue. Trop set Sansons qui si treslue Et qui si enble A totes celés où asanble. Richaut sa mere bien resanble Qu'il fu ses fiz. Ainz Sansons ne fu escharniz Fors par Richaut la meretriz : Seignor , oez Conmant Sansons fu enganez , DE FABLIAUX ET CONTES. 69 Bien lo sai dire. Sansons qui des famés est sire, Set anz o plus fu en Sezille, Puis s'an avança vers S. Gile 990 Droit à Tolose Que H Rois Henris tant golose , Mainte meschine et mainte espose Il fist dolante. Qant Festre plus ne li talante , Vint en Berri Là o ; sa mère lot norri : Véoir la veut : . Cuida fust la o heter sueut , N'i estoit pas dame Richaut. 1000 Sansons s'an torne Les chastiex. vait en chant a orne : A Paris vient , iluec sejorne Une quinzaine y Grant joie et grant déduit i moine; Mainte putain i mist en poine. Vient à Biauvez, Iloques tient Richaut ses plaiz. Qant Sansons vint, moult fu destroiz Des citeuins, 1010 Tuit li demandent s'il est sains. Sa guère quiault vers les putains. Richaut lo voit , A lui ?st venue tôt droit r El lo salue. Il li raut, mais ne se remue, Sansons ne la pas conéue, Car douze anz.a ne Tôt véue. Digitized by 7<> NOUVEAU RECUEIL Richaut se rit Des deduiz que faire li vit. 1020 A soi méismes panse et dit : Si m'ait Dex , De nos deus est li plus cruex , O je vers ome , o li vers famés , Car nous seines Saje de l art. Sansonet escot et esgart En cel carrage. Richaut n'atant plus , ainz s'aproche , Vient à l'ostel. io3o Herselot trova la lael, Tote jor n'antandoit à el , Fors au panser Conmant porroit Sanson gaber Et engigner. Richaut fait Herselot baignier , Au col li mist bon mantel chier , D'orfrois li lace Les deus costez , et entre brace. De blanchet li povoit la face io4o Et lo menton; El vis asist lo vermillon De sor lo blanc , Por ce que del natural sanc Po i avoit. Hersanz part bele , pas n'estoit , Ainz ert boschiée. Richaut se haste ainz que s'an chiéè Cele color : Bien sanble fille de contor. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. io5o Par li ert Sansons en error , Se Richaut puet : Cointemant ovrer lor estuet. Richaut o Herselot s'esmuet, Vont s'an lo pas De l'autre part chiés dan Thomas , Un riche marchéant de dras. Une béasse Avoit en la maison moult grasse Qui de tripot sot une masse : 1 060 Richaut Fapele , Parlez à moi, ma damoisele, Dire vos sai bone novele , Or de Taidier ; Se tu viax avoir bon loier , Monte laissus en cel solier O Herselot , Que vostre gent n'en sache mot , Tout li a conté lo tripot : Or monte sus. 1070 Richaut s'an ist, ne tarda plus. Ensi con ele issoit de l'ius De la maison, • Garde , si voit venir Sanson , Encontre Va mist la raison. Tint soi moult simple , Qu'il ne saunte mist sa guinple Sor son viaire. Primes parole por atraire , Après, soef, por miaux atraire, 1080 Sansons nies pas , par S. Alaire, Frans , ne cortois , ne debonaire , NOUVEAU RECUEIL Por noiant te vantes Q'antremetre te sez de tantes. N'a moi ne viens, n'a moi ne antes : Moult par fais mal. Jà tant n'iras n'amont naval Que tu vieignes à mon ostal , Sansons vien i. Il n'est pas loin , voiz lo le ci : 1090 La moie foi, Sansons t'afi, Se vialx do mien. Jà ne voldras icele rien Que tu n'aies , car je t'ain bien. Amis Sansons , avec moi vien. Sansons Vantant , Bien aperçoit qu'ele li mant , Et sel' trais à decevement, Ne l'araisone : Haï , quel nonain et quel moine ! 1 100 Moult set chascuns de faloine Et de boidie. Sansons li dist à voiz série : Cornant avez vos non , amie ? Amis, *n m'afele Florie. Florie ! bele , Benoiete soit tex damoisele Qui son ami enssin apele ! Merciz et grez Del bel apel que fait m'avez ; 1110 Jà dites vos que vos m'amez t Et je ain vos. Sansons garda li aurillox ; Amont à la fenestre , DE FABLIAUX ET CONTES. 7 3 Vit Herselot à la fenestre : Florie , dit por Saint Silvestre, Qui est cela ? Voi2 quel cors et quel vis ele a. Où? dist Riehaut, ce n'a mestier, C'est la fille à un chevalier il 20 Prou et cortois, Qui la mise chiés un borjois Qui l'aprant à oyrer orfrois Avec sa fille. Sanson d'angoisse frecille ; Or ne se prise une corquille S'il ne se levé. Florie bele , car te levé. ' Vers cui ? vers moi , qu'ele me seve Et qu'ele m aint. n 3o Ostez , dist-ele , à rien n'ataint , De lui aidier Riehaut se faint. S'amor, dit-il, lo cuer m'estraint Desoz f aissele ; De si qu'à Rome n'a si bele , Non , de si qu'as porz de bordele. Florie , va , del jeu lapés , Se tant fais que mete ma sele, Je sui tes hom , Si pran del main tôt à bandon. n4o Richant en vait en la maison Faire proiere : Trestot dit à la chamberière , Con lo feront , en que manière. A Sansons san rêvait arrière : Po de chose Digitized by 74 NOUVEAU RECUEIL Avez rien fait ? oïl. Quel chose ? Vaincue l'ai la flor de rose , Mais moult par sui herdie et ose Que ç'ai enpris. i ijo Par la foi que doi Saint Denis , Trestot l'avoir de cest païs Ne me garroit, Se li Chevaliers lo savoit , Que n'aûsse de mort destroit. Moult sui desvée , Moie corpe malaûrée Je ai la meschine enjannée , Mais or tan va , S'anprès à vespres revien ça , 1 160 Car, se je puis , ele i vanra . Hastivement ; Mais il est moult de haute jant , Si convient bel atornement : Là où si riche rien descent Auroies tu nés point d'argent ? Sansonez Tôt, Bien aperçoit quele l'anclot , Puisque do suen vialt faire escot Mais lui sovient 1170 Qu'il ne done ce que chier tient A ce qu'il aime , à poine vient. Sansons foloie , Cinc sax li done de monoie, Et cele dit que plus acroie , S'an a mestier, Il sora tôt au repairier. Sansons la cuide engignier, Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 7 5 Et ele Sanson. Richaut a receu son dan 1180 Par ton tenant; Herseloz trait son vis avant, Si li a fait un bel sanblant. Richaut la cine de son gant , El se retrait. Amis Sanson , tu as ton plait , Va , si revient. Sanson s'an vait. Richaut remaint , Del couroi faire ne se faint , Del autrui en a-el fait maint 1 190 Des biax acors. Et Richaut quiert set lecheors Qui li venissent à secors D'un home prandre : Tôt lor tripot lor fait entandre , Tôt lor aprant , Qant il vanra celéemant A la meschine , Tôt lo despoillent par ravine , Nés tochent d'espée acerine 1 200 Ne de baston , Qar bien savoit que c'est Sanson Ses fiz , Qui ainz ne pot estre escherniz Gaber lo vialt la meretriz. Ci li otroient , Car si detor trestuit estoient , A l'ostel liée l'an envoie. Richaut repaire , Vient à l'ostel , lo feu esclaire , r Digitized by Google 7<> NOUVEAU RECUEIL 1210 Jons et flors espandre par Taire, Et li jors faut. Ez -vos Sanson en l'ostel saut. Qui moult estoit et liez et baut. Florie, fait-il y Dex vos saut, Li Fiz Marie ! Sanson, Dex te benéie. Don n'est encor venue m amie ? Nenil,amis, Que diz ? Sanson trop ies hastis , 1220 Encor ne puet , n'est mie asis. Ez vos Hersant. Sansonez par la main la prant. La pute tranble dant à dant. Avoi ! Florie, Avez me vos donques traïe ? Sanson li dist, nenil, amie, Nenil, ma bele, Mais vostre amor moult me favele Li cuers m'estraint de soz l'aissele 1 23o Por vostre amor , Se je par vos n'en ai retor , Jà n'aura mais joie nul jor. Et Herselot Li respont au miauz quele sot y Plore et sangle mot à mot, Tôt par faintie. Florie, mal as esplotie Qui à Sanson m'as acointie; Mais or li otroi mamistie 1 240 Par vostre lox. Herdic sui qant faire l'ox, Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Moult par sui foie. Dit Richâut, jà n'en iert parole. Et Sansons la baise et acole , Et ele plore. El haster Sanson se demore Mais del f..tre estoit tans et ore Jà li feist Se Herseloz li consantist; i25o Mais el tressant , tranble et fremist Con s'el fust chaste. Richaut qui tôt prant et tôt gaste , La table a mise, Les Sanson s'est Hersant assise , Des mes mangèrent à devise Et burent moult De bon vin ferré et estolt. Herselot avoit cler lo volt A la chandoille : 1 260 La face avoit clere et vermoille , Par que ce soit une mervoille Del vermeillon. Après mangier la prist Sanson , Si l'anmoine, o voille, o non ; El lit lestant Les dras li lieve. El se desfant Por les lecheors qu ele a tant ; Si estoit ele nequedant En grant engoisse 1270 Del* reçoivre plus que n'est moisse. A deslacer. Sansons sesloisse, Par le peignil qui sanble moisse, Li mist l'outil, Digitized by 7 8 NOUVEAU RECUEIL Car la pute tôt son penïl , Dès qu'il s'ahurte au dusil , Au corz aferive. Il n'i trova ne £bnz ne rive Plus qu i féist en une huie. Sanson s'esmaie, 1 280 Arrière saut , si se desraie. Ahi, dist-il, pute f resaie, Escharni m'as ; Mauvais serai s'ensi t'an vas , Einçois me laisseras tes dras : Certes jà ne m'an gaberas. Il lieve sus , Et Herselot lo retrait jus. Ez vos les lechéors à l'ius , Traient les branz. 1 290 Que féist un encontre tanz ? Ne vos movez , dit li plus granz : I l'ont saisi. Ce dit Richaùt , seignor , merci Por quoi Favez si asailli ? Ce est folie. Li uns respont, Florie, Nostre parante avez honie , Et vos et il perdroiz la vie. Moult lo menacent, 1 3oo Lo mantel del col li délacent , Tôt lo despoillent : Ne li font mal don il se doille. Sanson crient que mort ne recoille, Demande lor : Por coi me honissiez? Seignor, Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 79 Ce dit li uns , por ma seror Que ayez traite à desenor. Richaut lor prie par amor Qu'il ne Tocient; i3io Et cil ne font mais que s'an rient. Piégiez lo moi, Ce dit Richaut ; desor ma foi Di li plus maistres , l'otroi. Or est plegiel , En la maison se gist toz liez. GI FENIT DE RICHAUT. Digitized by Google NOUVEAU RECUEIL DIS DE LE VESCIE A PRESTRE, Ijn lieu de fable vos dirai Un voirs ensi k'oï dire ai, D'un prestre hi astoit manans Deleis Anwiers : li remanans Estoit mult biaus de son avoir, Car plains estoit de grant savoir, Si navoit pas tôt despendut , A amassier avoit tendut. S'estoit riches hons et moblés , Buez et vaches , brebis et blées Avoit tant c on n'en savoit conte ; Mais li mors qui roi , duc ne conte N'espargne , Tôt par son message Somont al naturel passage. Entropikes ert devenus, De nul home n'estoit tenus Ki li promesist longe vie. Li prestes qui out grant envie De bien morir et justement , Manda tost et isnelement Son doiien et toz ses amis , Son avoir entre lor main mis Por donner et por départir PAR JAKES DE BÀSIU. DE FABLIAUX ET CONTES. 81 Cant ilh verront que départir J De son cors estovra lame. Jowel, cossin, pot, nè escame, Cuete, tuelle, neiz une nape, Brebis , moutons , buef , ne sa chape Ne li remaint que tôt ne donne, 3o Et nome chasconne persone A cui ilh wet c'on doinst ses chozes Descovertes, non pas closes * Lettres saeler et escrire En fist , que ne le vos puis dire Plus briement ; quant qu'il avoit Il dona tôt quant qu'il savoit Con chil qui n'a voit /espérance D'avoir de son mal aligance , Car sa maladie ert amere. 4o Atant se sont d'Anwier duj^rere De Saint Jake issu por prechier , Qui mult se wellent estachier Cant aucun desviiet ravoient. Cele part tôt droit ont lor voie, Si sunt chil le |>restre venus , I estre quidarent retenus Al mangier , à joie et à feste (*) Si c autrefois esté i furent; 5o Mais ne mangierent ne ne burent, Car malade ont trové le prestre. Nonporquant li ont de son estre Demandé et de son afaire. (*) Il manque un vers ici. tome i. 6 Digitized by NOUVEAU RECUEIL Ses mains manient, son viaire, Ses piés, ses jambes regardèrent, Et tôt son cors ratflt bien tansterent Si lor sembla bien par droiture C'awoir ne poist de son mal cure, Kl ne l'en coviengne morir. Trop lonc tans la laisié norrir, Si n'est pas legiers à curer ; Mais désir nos covient curer, Dist l'uns à l'autre, c'est passé, Ke del avoir k'a amassé Doinst à nostre maison vingt livres , A le por refaire nos livres ; Se nos le poons ensi faire A nos prius devera plaire , Et si en seront liet no frère. Vos dites vct* par Dieu, no per'e; Frère Lowis, or i parra Liqueis miez à lui parlera , Et mostrera nostre besongne. Al prestre qui out grant esoingne De maladie ont dit sans /aille : Sire, cbis maus mult vos travaille, Vos nos sembleis mult agreveis,. De vostre ame penser deveis; Doneis por Dieu de vostre avoir, Dist li prestes , ne puis savoir K'aie cacbé sortout ne cote, Neis les linchnes à coi me frote Ke tout n'aie por Deu doné. Cornent aveis vos ordené, Dient li fere, vos besongne? DE FABLIAUX ET CONTES. 85 Li escriture nos temongne C'on doit garder à cui on done, S enploiiet est à la persone A cui on wet aumône faire. qo Li prestes respont sans contraire : J'ai à mes povres parentiaus Doné brebis , vaces et viaus , Et as povres de cele vilhe Ai doné ausi , par Saint Gilhe, De bleis qui vaut plus de dis livres, Por ce ke je soie délivres De ce ke j'ai envers iaus mespris, Car en toz iaus mon vivre ai pris. Si ai doné as orfenines , 100 A orfenins et à béguines, Et à gens de povre puisance, Et si ai laisiet nor pitance Cent souz as frères des cordeles. Ces amuenes se sunt mult bêles, Et as frères de no maisons Aveis-vos fait nule raison ? Ce dient li doi frère al prestre. Nai voir. Ce conment puet estre ? En maison a tant de preudômes; 1 10 Et à vos prochain voisien somes» Et si vivons mult sobrement; Vos ne moreis pas justement Se del vostre ne nos laiiés. Li prestes trestous esmaiés Respont : par les celz de ma teste A doner n ai ne bleif ne beste , Or, ne argent, chanap ne cope. Digitized by 84 NOUVEAU RECUEIL Ghascons des frères li rencope Et li mostre , par exemplaire , 120 K'ilh puet bien un de ses dons retraire Et rapeler por iaus doner. No nos vorimes mult pener Ke vostre ame fust adrechie , Car chaiens a esté drechie Soventes fois bien notre escuele , Et li amuene si est biele Ki est à nostre maison mise. Nos no vestons nulle cbemise Et si vivomes en pitance : i3o Ce sache Diex, por la valhance De vostre argent nel' disons mie. Li preste Tôt, si s'en gramie, Et pense qu'il s'en vengera, S'ilh puet , et qu'il les trpfera : Mar le vont or si près tenant. As frères respont maintenant : Appenseis sui , doner nos welh Un Jowel ke mult amer suel , Et aime encore par Sains Piere ; i4o Je n'ai chose gaires plus chiere, Milh mars d'argent n'en prenderoie , Et se je bien haitiés estoie , Je n'en voroi mies avoir Deus cens raarchies d'autre avoir, Diez vos a chaiens asseneïs, Vostre prieus me ramineis , Si vos en ferai conissanche Ains que de vie aie faillance. Li frère , sans duel et sans ire , Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 85 1 5o Ont respondut , Diex le vos mire ; Cant voleis-vos çfue revenons , Et nostre prieuz ramenrons? Demain, je sui où diex plaisir, Vo premesse devers saisir Ains que je trop aggreveis soie. Atant ont acuelli lor voie Li frère : à Anwier sont venu , Si ont lor chapitre tenu , Chascons s'aventure raconte; 160 Mais chil n'ont cure de lonc conte, Ains ont dit haut en audience , Faites venir bone pitance. Deux cens libvres gaangniet avons , A un prestre ke nos savons Malade chi a une vilhe. Frère Nichole et frère Gilhe, Frère Guilhiame et frère Ansiaus Vinrent oïr ces mos nouviauz Ki mult forment lor abelissent. 170 De ces grans poisons mander fisent , Viez vin novel , fions et pasteis , Chil grans mangier fu mult hasteis. Ghascuns de lui bien aisier pense , Ne burent pas vin de despense, De boire et de mangier bien s'aisent, Por le prestrë le hanap baisent Ki le jowel lor ot promis. Cant en lor testes orent mis De ce bon vin, grant feste fisent, 180 Lor cloches so vent en bondissent Ausi con ilh i awist cor sain. Digitized by NOUVEAU RECUEIL N'i a voisin qui ne se saint, Et se merveillent. qu'il avoient. Qui miez miés as preschers s'avoient Por la grant merveilhe esgarder. Nus d'iauz ne se savoit garder De mener vie deshoneste , Car chascons a ferre la reste De bon vin et de lor pitance. A lor diverse contenance Et al maintieng et à lor estre Semblèrent bien hors de sens estre. Chascons Ki les voit, s'en merveilhe, Et frère Lowis s aparailhe De demander con faitement H poroient plus sagement Al prestre querre lor promesse. Demain anchois c'on chante messe Se fera bon mètre à la voie ; Dist chascons , se Jhesu m'avoie,' Anchois ke li mors le sorprengne, Si conment ke la choze prengne, De no don aions conissance : Nos i arons mainte pitance , Si s'en doit-on mult bien pener. Frère Lowis : lesquels miner Ivoreis-vos, or le nos dites. Frère Guilhiames li ermites En venra , et frère Nicole , Bien savons dire la parole, Et si venra frère Robiers , Çaiens n'a ni sage convers , Si portera no bréviaire 5 Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 87 De no prieus n'avons ke faire. Ensi ont le plait orriiet. Lendemain se son avoiiet Tôt droit vers la maison le preste, Jà ni cuidierent à tans estre; Mais ans ke li jors fut passeis 2210 Amassent ilh miex estre asseis A Anwiers dedens lor maison. Atant ont le prestre à raison Mis, et de Deu l'ont salué, Puis demandent s'il a mué Son mal en nul aligement. * Li prestes mult très sagement Lors dist : bien soiiés vos venu : Je n'ai mie desconéu La don ke promis vos a voie, a3o Encors en sui-je bien en voie : Faites les escbevins venir , Et le maieur, si kau venir Ne vos en puist nule grevance $ Devant iaus la reconissanee Mult volentiers vos en ferai, Et la chose vos nomerai * Et vo dirai ù ele ert prise. Entrués ke li prestes devise Frère Robers a tant pené, 240 K'ilh a le maieur aminé Et tbz les escbevins ensemble» Li quatre frère , ce me samhle , Les ont hautement benvigniés. Ii prestres qui fu ensigniés, Si a parlé premièrement, Digitized by NOUVEAU RECUEIL Et lor a dit si fortement : Sangnor, vos estes mi ami 9 Por Dieu , or entendeis à mî. Frère Lowis , frère Symons Vinrent ier chi (aire sermons K'ilh me cuidoient en santé; Mais Dieu par sa grasce a planté En moi maladie si grieve , C'aparant est ke mais m'en lieve. 11 me Tirent et esgarderent, Et après si me demandèrent Se j'avoie pensé de m'ame , Et je lor dis par nostre Dame Ke javoie trestot donet. Ilh demandèrent s'ordiné A lor maison riens née avoie. Et je dis non. Se Diex m'avoie H ne m'en estoit sovenu. Or estoient trop tart venu , Je n'avoie mais que doner. Non, dissent ilh, trop mal mené Vos voi, mavaisement moreis S'en cestui propoz demoreis , Se vos ne nos doneis del vostre : Et je , par sainte patenostre Ne welh pas morir malement , Si ai pensé si longement Kapenseis me sui d'une coze Ke j'ai en mon porpris encloze, Ke j'aime mult et ting mult chiere , Mais je lor doin en tel manière H'ilh ne l'aront tant con vivrai, DE FABLIAUX ET CONTES. 89 Car onkes ne le délivrai En autrui garde qu'en la moie. 280 Sachiés ke durement l'amoie Et amerai toute ma vie. Sans convoitise et sans envie Lor done chi en Re chil devant le renvoia. L'escuier le chanse ploia, Al tiers chevaliers est venus Et li offre. Là retenus Est li changes mult liemeRt, Et dist ke le conmandement La dame volentiers fera : De chanse miex armeis sera Ke de nul arme qu'il avoit. Digitized by NOUVEAU RECUEIL f Son paleftoit, dont plus ti'avoit, Done à l'escuier , et li rueve Ke lues u ilh sa dame trueve, Ke de par lui grasces li rende Do bel don, et qu'ele en gré prende Ce qu'il pora d armes ens faire. La nuis s'en va , li jors esclaire, Hiraut crient, lachiés, lachiés ; Li chanses estoit enbrachiés Do bacheler estroitement, Baisiet l'avoit mult dolcement Plus de milhe foies la nuit, Et dist bien anchois qu'il anuit Fera ens d'armes tel jornée Conques ne fu à nul jor née Dame por cui tele fuist faite. Mult s'esjoïst et se rehaite Et loie amors quant tant l'oneure. Coardise en cui paurs meure Li ramentoit d'achiers les brans Dont il aura trenchiés les flans. Des espales et des costeis Onques mais ne rechut toz tez Bachelers con rechiveras , Ta proeche deceveras Por la biele et por truferie : Morte est la char, t'ame perie, Dieu et le siècle pers ensamble. Toute la chars fremist et tramble De ce ke paùr li raconte ; Mais ses cuers noiant ni raconte A cui coûte riens la besongne : DE FABLIAUX ET CONTES. Àmors li dist et li tesmogne • K'al chanse vestir aquerra Tel joie qu'antre ne querra; Ele li mostre conpangnie De bele dame et d'ensengnie, Duz regars , acolers , biaz rires , Et baisiers ki n'est pas li pires , Sage parler et enhrachier Si en doit faire sa cbar achier 190 Por tant de desduis rechivoir. Or perchoit ilh que décevoir Le Vf et paùr et coardise. D'autre part proecbe l'atïse Et li dist qu'ensi astoit Ke ilh la chanse ne vestoit C'à blâme ne li seroit torné , S'il avoit son cors atome , Si k'avoir ne péust grevance 200 Por cop d'espée ne de lance, Petit prj£ d'armes doit aquerre; Mais s'il est en pieche de terre Mal montés , à pou d'arméures , Et il ose colées dures Rechivoir et à son pooir rendre o Autrui, por ce ne pert-ilh mie Pars d'armes, ne grasce d'amie, Et si jugor jugent droiture, a 10 Ensi proeche l'asséure Et de bien faire lir enprte. (*) H manque un vers ici. TOME I. 7 98 NOUVEAU RECUEIL Amors l'enhardie et conforte - Tant ke del chanse li changiers Al plus treffort haubert dangiers * Ne li plairoit, et si seiust K'a sa dame ausi Bfyen pleiust ✓ le chanse avoir vestu Trop a alarmes arestu , Ce li saqible , les chauce lace. 220 L'espée chaint, l'escut enbrache, Monte à cheval, son elme a prise, Por pou ke ses*estriers ne brise, Si s'afiche sus à l'esmuevre, Por sa dame tel cuer recuevre K'ilh ne crient mort ne bleçéure k * Vers son content tôt l'ambléure S'en va en l'escut enbuisies Ses contraires a si buisies Al branc d achièt, et tant malhies 23o Ke lor escus a detalheis, Lors habiers ros et enbareis t Lors hiames, et ja ert debaïreis Ses chauses, et mult depechiés Et s'ert ses cors forment blechiés. Maïs li cuers noient ne s'enmaie , Il ne sent angoise de plaie Ki li seit à l'espée faite. Tout adés a la main entaite De lui al branc. asséurer. 240 Se ses cors jtewist endurer Ce que li cuers oisajste m prendre Tous les covenist àjui rendre. Adés est en la plus grant presse Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. De cos mengiers^ son chanse anesse Et d autrui armes paist s'espée. Tant a le char par lius copée Ke tous li chanse? en sanc bangne , Chascona ki l'apercholt l'espargne, Mais ce n'est pas par son voloir ; a5o Ce li fait plus le cuer doloir K'il ne trueve ki sor lui fiere, Ke de ses plaies la haschiere. De content en content s acfointe Adés li membre de sa cointe Ki le chanse li ot tramis, Bien s'est maintenus con amis. Tant fu férus et tant feri Que mult de sa force péri. Por tôt le tornoi l'aventure 260 Conoist-on qu'il ça arméure Fors ke le chanse seulement. En trente liés crueusement Fu navreis, mais ne recroit mie , Toute jor maintient l'eskermie Tant ke li tornois fu. espars. On li done, de totes par$ , Le pris do tornoi , et en voie Chascuns al hosté le convoie. Il fait ses plaies remuer, 270 Por mal qu'il ait ne puet muer Ke ce chanse garder ne face j Tout ensi ne wet oster tache, Ne le donroit por tôt à perdre , Ce jure ilh par le Roi celestre. Chascuns ki Tôt , mult s'en merveille. Digitized by Google ioo NOUVEAU RECUEIL Li escuiers soi r'apareilhe Ki le chanse avoit aporté , A sa dame a mult enorté K'ele pense do chevalier ' 280 Ki por s'amor est contalhiés Tant qu'il a del tornoi le pris ; Mais tant a le cors entrepris De plaies ke niens est de vie. n Je serai de sa mort copable , Il a miés fait son dit estauble Ke li autre dui qui plus dissent. Dame, fait chil, le chanse prisent, Mais ne l'osèrent retenir. 290 L'escuier fait sovent venir La dame al chevalier playet , Tout son despens li a payet , Et son amur li a donée. Chis dons a la plaie sanée Al chevalier qui plus li griéve , Por un petit qu*il ne se lieve, Contre le duch cop désiré. Li autre dui sont mult iré Cant ilh le chanse refusèrent, 3oo En lor cuer forment s'en blâmèrent, Non pas por tôt, por le damage De l'amor de la dame sage , Mais por ce ke mains sont hardis Ke chil qui del prendre enhardi, Chascons se tient à engeneis. (*) Il manque un vers ici. Digitized by Google DE FABLIAUX ET CONTES, la bachelers fu près saneis Des plaies k al tornoi a prises* Li maris à la dame aprises Avoir bêles cors à tenir , 3io Encor les volçit maintenir, Car pas n'iert apovris d'avoir. . Il li prent volenteis d'avoir Sor son fiez et sor ses tenures * Festes de jostes d aventures. Tant porcacha qu'eles i furent Toutes planieres, huit jors durent. Après i out tornoiement , Là out donné maint parement Et maint mangier cortois et riche. Li bacheler n'ot pas cuer niche 3 20 Ki à la dame estoit maris, Largece amoit plus ke Paris N'amaist onkes nul jor Helaine; Cort tint ki ne fu pas vilaine ; •Tôt chil qui vorent i mangierent 'Et orent quant qu'il sohaidierent tant ke por boire et por manger. La feme al seignor del; manger Servi , o li mainte puceles. 33o Li chevaliers plaiiés noveLes Sout ke la dame sert à table A sa cort ti est honerable : . Son çhanse errament li renvoie Por §on escuier et li proie Ke pôr l'amur de li le veste, Cant k'ele ait servi à sa feste Desore toz sez paremens, Digitized by io% NOUVEAU RECUEIL Ce li ert mult aligemens. Li escuiiers le chanse a pris, ?4o A la dame , con bien apris , Dist son message sans mesprendre. La dame tent sa main pb» prendre Le chanse ki mult ert solhiés 9 Et dist, por ce qu'il est molhiës Dou salie à son ami lôiaul , Tient ele à parement loial Le chanse , car or fins ne pieres Ne poroient estre sï chieres Ke li sanc dont ilh estoit tainr i5o Et dist que le yestiroit ains K ele tenist vin ne viande Puis ke ses duz amis* li mande. Lors l acole de bon corage, Après le vestit. Or ne sa-ge Liqueis d'iaus dous fist plus grand chose L'uns por l'autre ; chascons l'en cose De trestoz chi&us k'ele a servi, • Et dient qu'elle a deservi C'en li face grant desonur , 56o Car ele la por faire honur A aucun chevalier vesti. Il sevent bien trestot cesti Ke ses sires ne porsuit armes. Trestot plerent à chaudes larthes Por ce ke hors det sens le quident. Cant ont mangié, sa sale wident, - Es gardiens vont esbanoiier. La dame al chanse reploiier Et al regarder met s'entente. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES^ io3 870 Mult en fu à son seignor ente y Mais ilh ne fist semblant ne chiere, On ne l'en vit muer manière, Ne mains parler , ne mains taisir. Or prie Jakes de Basiu As chevaliers et as puceles, As dames et as damoisieles, Et "as chevaliers ensiment K'il fâchent loial jugement ^ Liqueis d'iaz fist plus grant emprise, 38o U chil qui sa vie avoit mise En aventure , aimant sa daine , U cele ki honte ne blâme Ne cremi tant ke lui irer , Por s'amor s ada atirer Del chainse ; si ç'ai dit deseure : Jugiés droit, k'amurs vos honeure. Digitized by io4 NOUVEAU RECUEIL LE POVRE CLERC. Je ne vol pas faire lonc conte : Cist fabliaux nos dit et raconte Que à Paris ot dempré "* Un Clers tant que par povreté Li covint la ville à laissier, Et qu'il n'ot mais que engagier Ne que vandre , don rien aûst. Très bien vit que pas ne poùsfc En la vile plus demorer. Car mf^vais fust lo séjprner , 10 Puis qu il ne s'an saûst o prandre , Miauz valt-il laissier son aprandre. A la voie s'est li Clers mis, Et si s'an va en son païs Con cil qui en ot grant taiant ; Mais n'ot o soi gote d'argent, Si en est moult desconforté. Cel jor en est li Clers alez , Onques ne but ne ne manja. * En une vile qu'il trôva 20 S'an est chés un vUaih entrez , N'i a fors la Dame trové Et la béasse solemant. Moult fu de fier contenemant i Digitized by BE FABLIAUX ET CONTES. io5 La Dame, ce li fu avis : L'ostel li a li Clers requis Par charité et par amor. Danz Clers , fait-ele, mon seignor N'est mie ceianz orandroit , Et je cuit qu'il me blasmeroit , 3o Se je avoie herbergié Vos ne autrui san son congié. Lors dist li Clers une parole : Dame , fait-il , je vien d'escole , Si ai hui aie moult à toise 9 Mais or faites conme cortoise , Si me herbergiez sanz plus dire. Ele l'esquialt à escondire . Plus quele n'avoit fait devant. Ez vos un vallet tôt errant 4o Qui deus baris de tin portot : La Dame , au plustot quele pot, Les bariz reçut et muca. La baiasse s'apareilla Un gastel rasti quele a voit; Char de porc qui el pot estoit A traite et mise en un platel. , fc Certes , Dame , moult me fust bel , Fait li Clers , de remaindre o vos. c Et elle dit tôt à estrox : > 5o Dans Clers , ne vos vôil herbérgier , Alez vos aillors .porcbacier. Atant li Çlers de li se part ,* Et la Dame à cui il fu tart, As talons li a l uis fermé. Mais il n'a gaires loin alé Digitized by 106 NOUVEAU RECUÉIL Qant il encontre un Prevoire , Enbrunchié en sa chape noire, Qui par delez lui s'an passa : Onques un mot ne li sona. 60 En la maison s an est entrez Là don li Clers san fu tornez. Si con li Clers se demantoit En quel leu ostel troveroitl Un prodom l'oï demanter; Tantost lo prist à apeier : Qui estes vos, qui là alez? Certes uns Clers sui moult lassez , Car je ne finai hui d'aler , Et si ne puis, ostel trover. 70 Por fleu et por Saint Nicolas , Danz Clers , ne vos esmaiez pas , Car vos avez ostel trtfvé. Dites moi , avez vos esté tin ceste maison qui est ci ? Sire, orandroit que j'an parti , Je ne vos ai que aprester. Lors prant li Sires à jurer. Or retornez hafcdiemant, Que foi que je doi Saint Climant, 80 L'ostel est miens, sel' presteré Et vos et autre que voldré. Je vieing del molin auramant, Si port farine de fromant Por faire à mes enfanz do pain. Or s'an vont andui main à main, Araumant vienent à la porte 4 ; Et li prodom qui son fais porte, DE FAStlAUX ET CCfNTËS. Apele et crie duremant , Tantost con li Prestes l'amant. 90 * Lasse ! Fait-el , s'est mon seigrior , A ! sire prestes; par araor, Esploitiez vos tost et muciez En cele croiche , et si soiez Moult aséur, car gel' ferai Cochier au ainz que je porrai. Et li prestes sauz demorance * Tantost en la croiche s'elance. Tant a l^Sires apelé Quele li a luis desfermé. 100 II et li Glers sont anz entré. Sire Clers, or vos desfublez, Fait li Sires , et si soiez Liez et bauz et toz envoisiez, Car j'en seroi moult joios. Dame, fait-il, que faites^vos? Naprestez vos que nos manjon ? Sire , se avé-ge pardon , Je vos di que aprester. Lors prant li sires à jurer, 110 Por les sains Deu, dites vos voir? Certes vos poez bien savoir Q'os laisastes au matin Qant vos alastes au molin. Dame, fait-il , je n'y pans mie, Se Dame Dex oie benéie , Por solement cest Clerc me tient. Sire, fait-ele, or vos covient Faire do miajtfe que vos porez, Tost est uns mangiers trespassez. io8 - NOUVEAU RECUEIL 120 Esploitiez tost, fait la béasse, Prandre la flor et se en passe , Don tu lor faces à mangier Del pain, puis s'aillent cochier. Li sires fu moult coreciez. Lors avoit son Clerc araisnié : Dan Clerc, se Dex me benéie, Maintes chose avez jà oïe, Car nos dites une escriture O de chànçon*, o d'aventure, i3o En tant de tans conme Tan cû^st Ce que mangier, devons enuit. Li Clers li respondi briément : Sire , fait-il ne sai cônmant Fables déisse, que ne sai, Mais une péor que g'i ai , Que je ai eu diré bien , Car de fablel ne sai-je rien : La péor je la vos dirai. Et je quite vos clamerai , i4o Fait li sires , por la péor , Car je sai bien que fableor N'estes vos mie par nature ; Mais or nos dites l'avanture, Fait li par amors li prodome. • Sire, fait li Clers, c'est la some , Que hui par un bois trespassai ; Qant Foi trespassé , si trovai Après un moult grant flou de pors Granz et petiz et noirs et sors , 1S0 Mais li pastor pas n'i est oit/ Et de moult gras pors i avoit. r* DE FABLIAUX ET CONTES. Si con je ses pors esgardoie, Et un granz lox aquialt sa voie, Si enporte tôt de randon : Assez estoit gras par raison , Bien en fu la char aussi grasse Conjne cele que la béasse Trait or n'a gaires de son pot. Tantost conme là Dame l ot, , 160 Si esperdi tôt son espoir. Q'est-ce , Dame ? dit li Clers voir , Fait li sires , de ce - qu'il dit ! > - Cfle set bien que escondit Ne li vausist une maaille , Oïl, sire, fahvel , sanz faille r A Je en avoie prochacié. * ' » Dame, fait-il, d# ce sui lié , Que or a viande convenant. Ore, dan Clers, del dire avant , 170 Que enuit non- n'avons-nos garde» Li Clers del dire ne se tarde : Sire, fait-il, eotime je vi Que li lous ot lo porc saisi , Certes si m'an pesa formant. Li lox del mangier n'ert pas lant , Ançois lo deront et depiece. Je l'esgarde une grant pièce, Conme li sans en degoutoit , Bien autre vermax estoit z8o Conme li vins que li garçons Aporta en ceste maison Anuit qant ostel demandoie. - La Dame ne sert qu'ele doie Digitized by Google no NOUVEAU RECUEIL Dire, tant par est cpreciëe. JLors l'a li sires araisniée. Qu'est-ce , Dame, avon-nos vin? Oïl , sire , par saint Martin , Nos en avon à grant planté, J'avoie bien de vos pansé 190 Assez mialz que je ne disoie. Dame , fait-il , se Dex me voie , Saviez mon , j'en sui moult liez : Por cest Clers qui est herbergiez. Cërtes en sui-je plus joiant. Danz Clers , dites encor a*ant. Certes, fait li Clers, volantiers. Sires t lilous estent moult fiers, Si ne soi que faire déusse , Mais esgardé se je péusse 200 Trover chose don lo ferisse. Ne sai que plus vos en déisse, Une pierre lée trovai, Si cuit que pas n'en mantirai, Que U gastiàx qui est ceianz, Que la béasse fist orainz , Est moult plus lez quel© n'estoit. *" La Dame set et ot et voit * Que il n'i a mestier celée : Lors l'a li sires regardée, 210 Qu est-ce , Dame , avon-nos gastel ? Oïl certes, et boen et bel, Fait la Dame, tôt à eus fait. Don amande moult nostre plait , La Deu merci, fait lo jeignor : Par foi, dan Clers, cestepeor Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. A esté de boene manière ; Ôr poez faire belé cbiere , Car pain et vin et char a von, Si n'en sai gré se à tos non. 220 Or est vostre péor faillie. Non est, se Dex nie benéie, Ne faudra pas en itel guise, Car qant je oi la piètre prise , Je la cuidai au lou giter , Et il m'aquialt à esgarder Tôt autresin conme li prestes Qui m'esgarde des los fenestres De cele crèche qui est là. Prestes ! li sir^s s'escria , a3o A-t-il donques preste ceianz? Lors sailli en piez, ne pot ainz, Tantost corut lo preste prandre. Li provoire se volt desfandre j De moult grant noiant sentremist. j Et li prodom tantost lo prist , Si li avoit la robe ostée : La cote et la chape a donée ^ Au Clerc qui la peor ot dite, Bien li a rendu sa mérite, 240 Et li Prestes ofi assez honte. Cist fabliax nos dit et raconte Q an son respit dit li vilains Que à celui doint Tan del pain , Qan ne cuide jamais véoir : , Car Tan ne cuide pas savoir Tel chose qui vient moult sovant , C'est domage al plus de la jent j Digitized by NOUVEAU RECUEIL Et à la Dame tôt première Qui au clerc fist si laide chiere Qant il oustel li demanda, De quanque il la nuit conta, N'aûst-il jà un mot soné, S'el li aust l'ostel preste. Digitized by Google DE FABLIAUX ET CONTES. i#3 DE CONNEBERT, PAR GAUTlERS. XO ao Gjlutibrs qui fist de preste taint, Tant a alé qu'il a ataint D'un autre preste la matière Qui n'ot mie lacoille entière, Qant il s'an parti 4a celui Qui li ôt Èiit honte et anui , Ensin con i poez entendre Se vos un po vêlez aprandre. Je vos dirai trestot briément La fin et lo conmancemant , Conme li prestres fu sentez , Et en après don il fu. nez ; Lo non de lui et de la Dame Por que il reçut si grant dane Qu'il énporta lo v.. sanz coille : Tote baiene et tote doille Convint méismes à tranchier A un moult boen rasor d'acier; Mais il lo fist moult à enviz , Car moult en enpira ses v... Li prestes ot à non Bicharz TOME I. Digitized by xk4 : NOUVEAU RECUEIL Qui moult estoit fox et musarz , • " Et si fa nez de Cocelestre, fit il et trestot son encestre. En la vile chantant estait il lonc tans chanté avoit : Grant avoir i avoit conquis , Et avoit au mains * tant pris Don il perdoit les donans cox , 3o Car maint prodome avoit fuit cox. Por ce qu'il ert de haute gent , S'avoit assez or et argent, Si estoit moult noble et moult cointe ; De mainte Dame estoit acointe. La famé d'un fevre ot amée Qui moult ert par lui renomée , Por ce qu'ele ert et bêle et blanche , Et de moult cortoise sanblance : Formant lavoit li prestres chiere , 4o Car moult l'amoit de grant manière. La Dame avoit non Mahalt , Et li prodons ot non Tiebaut. Tiebauz estoit de bone gent, T£n la contrée ot maint parant , A ax se plaint tôt en apert De ce que ainsi enor pert Por lo preste qui tant nel* dote, Que sovant à son huis ne bote , Et qu'il ne vieigne en sa maison 5o Pat moult vilaine desraison : Si en voldroit vanjance prandre , S'il l'i pooit nule foiz prandre , Et se j a voie vostre effort, # Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES- n5 Vostre aïde et vostre confort. Don respondirent tôt dç plain Cil qui erent coîsin germain , Amis tôt délaissiez ester, Vos n i poez rien conquester De si très faite ovre entremet re, Tjfe la doit nus hom avant mètre : . • 60 Chastoiez vo famé la foie , Qui tôt vos flestruit et afole. N'iron oan por li à Rome, Ainz remandron corne prodome. Cil respondi par mautalant , Je ai de l'ocirre talant, Mais trové tos ai à l'essai, Vos estes cox , que bien lo sai. Li prestes toz nos desenore, . 70 Tel i a son aafant enere , * Moult m an sui bien apercevra , ^ y ? Honiz nos a et decéuz ; * * Â^s Mais cil n est pas cortois ne frans Qui set que il est oox. sofranz : * Puis qu'il lo set et il lo s*fre, Lan le devroit ardoir «n sofre. Tote la première fbèée Li part lo fiel desor lo fcriee; Je l'ai sofert, ce poise mi, 80 Ce entandent bien mi antt; Mais je m'an cuit bien vangier, Ainz que l'an doie vandangiçr. Cil oent bien qu'il a^bk dit, De Deu soit li prestes maudit, Et si i ot assez de ceus Digitized by NOUVEAU RECUEIL Qui san toruerent tuit honteus. Ensi li parlemanz départ , ( Et il s'an vont de totes parz ; Et cil arrière s'an retorne Iriez , dolanz , pansis et morne. Li prodons un sergent avoit Qui son afaire bien savoit : D'une part à consoil lo trait , Si li conte tôt et retrait. Biax dolx frère , biax doz amis , Vos m'aviez pieça promis Que vos feroiez mon voloir Trestot selone vostre pooir, Je vos dirai un po d'afaire Que moi et vos covient à faire , En vos, ce. sachez, me voii croire. Je me voil vangier del prévoire Qui me fait moult grant descordance Je ai en vos^poult grant fiance , Je Tocirré se vos volez , Et vos seroiz toz jorz delez. Et cil respont , je n'ai envie Qui perde jà^par moi la vie , Mais se gel' puis ceianz tenir, Ne à l'aler , ne au venir , Je li voldrai coper les cous Par cui je sui eluol et cous. Por Deus, amis, or en pansez Si q'an façoiz mes volantez. Li valiez dit, ainz Tajornée Sera ceste chose eschevée Se vos i volez poine mètre DE FABLIAUX ET CONTES. Et de lui gaiter entremetre. Ce laissierent à cele foiz, Mais il se plevirent lor foiz Que cil tainent lo chapelain, Il lo metront en mal pelain. • Or entandes conmant avint. i Un po ançois la mienuit . Avoit cil qui moult ert recuit , Une forje desus la voie , Que nus ni passe qu'il ne voie : En sont endui venu ensanble. Li vilains les charbons* asanble, Puis sofla tant qu'il fu espris; As tenailles a un fer pris , * . Tant lo chaufa que il escume. Après lo coucha sor l'anclume, Si ferirent tôt à bandon Plus de cent foiz en un Tandon. Qant li prestes ot et antantji Plus ni areste, ni atant ; Isnelement do lit se lieve , Que nuie chose ne li grieve , Qant de la dame li remanbre, Dont li frémissent tuit li manbre. Li v..z li conmance à drecier Qui moult fait la chose coitier. Vers la maison celui c'est mis i Qui n'estoit mie ses amis. Qant là dedans en est venuz , , Si se despoille trestoz nuz , Si s'est couchié dedanz.lo lit A grant joie, à grant 4elit, . n8 NOUVEAU RECUEIL La Dame en ses braz lo reçut , 1 5o Et li vilains s an aparçut Qui tote nuit l'avoit gaitié Et atandu et soaidié : Si a dit à son vallet , oste, Je cuit que nos avons un oste, Ne sai se il est despoilliezV Or doint dex qu'il soit escoilliez , Que maie honte li aveigne 160 Ençois que arriers s'an revaigne; Si fera-il se onques puis. A icest mot a overt Fuis, Si ont lo fer tôt coi laissié , Venu i sont tuit eslaissié. Li vilains ala vers sa famé, Et li prestes ert sus la Dame, 4 Qu'il la tenoit en tel engoisse Que par un po qu'il ne l'escùisse. Qant li orlag es fa chéuz , 170 Et Gonneberz fa repéuz Don li prestes ot toz ses debiaux Et ses déduis et ses aviaz , La Dame baise en la boche, Puis li a dit , amie doce , Don n'estes-vos trestote moie? Ele respont, se Dex me voie , Yostre est mes cûers, vostre est mes cors Et par dedanz et par defors; Mais li eus si est mon mari, 180 Cui j'ai fait mainte foiz marri. Dame, fait cil, li eus soit suens, Et toz li autres cors soit miens, Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 119 Mais je lo li batrai savent ; . , Ce li met-je bien en çavant ; Il est bien droiz que jç 1q hace , Por lo vilain qui me menace, A cest mot ez vos ^ingnant - Et son seignqr et son «ergçnl, Lo preste, et hors du lit^hjjé Y - 190 Et si ni ont gaires tancié, Et li ont tant batu lo dpj , . . Conques U fyœns YUatty M*dps Q ele tenoit por Çurpiq, ^ - Ne feri tant $QT Baudoin , Qant il traist Drian de l$i fosse Qui tant est virible çt enosse.- Qant il Font ba$u et fautré, De la coroie d'un baudré Li lient amedos les poinz,, 200 Si qu'il le* tint ensanblp joins $ Puis li lacèrent en la gprje* * Si lo menèrent vers la fprje. Cil lor crie mffrci et dit t . > Seignor, fait-il , qui preste ©ciï, II ne puet mie preste randrç* Si vos me fctfs^ez à reanfyre, Je vos donrai bèep dçus ce«£ Ubvre*, Si les aurai* demain de&rçç#. Dist li vilains 9 de vcptrë a*o>» , , 210 Ne quer«rj© ja denier avoir j .. ^ . Mais vos c v Ues qui maîmfôi $W Jfî . Me bat mon cul sor moi* defpi^, * En aura ja mal guerredon, * Se Dex me face avoir pardoji, # Digitized by NO tfVEA.U RECUEIL A ces paroles la aers , Et par lo v~ et par les ners U li e..lon erent pendant , Si l'anmenerent tôt tandatit A l'osteî joste la fornaise , Don fu li prestes en mal aise. Et cil par la elle lo prant Cil qui nul secors n'i atant , Car li valiez li dist par irè, Conmant que l'Evesques s'aïre, En charité, danz prestes fox, Vos i lairez les elles endox. Se vos i faites cri ne noise , Jà n'i querré bas ton ne hoise Que je orandroit ne vos fire , Por la cerveles desconfire , De cest martel o mes deus mains. Des elles perdre soiez sertains , Car vos n'en poez esçhaper. Don li va la elle enhaper Que il avoit au cul pandue , Sor Festoc li a estandue, Si a feru cinc clos parmi , Les quatre entor, et l'un parmi, Mais li graindres est pâr dedanz. Li prestes rechingne les danz, Et cil dienf endui ensanble, Sire prestes, que vos en sanble? Adonc n'est or li eus vangiez Qui si a esté laidangiez ? Puis a un rasor desploié, Si l'a sor l'anclume apoié , DE FABLIAUX ET CONTES, iai Après li font les mains délivres : ... Il ne fust si liez por cens libvres; Don dist li prôdom, par mes iauz, a5o Ma forje est moult povres et vialz, Il n'a paior de si qu'au Tarse , Je voldroie quele fust.arse; Se li hernois estoit ostez, Jà i seroit li feus botez. li valiez qui moult estoit fors, En a lo hernois gitié fors : Qantril ot osté les costiax, Les tenailles et les martiax, Don mistrent lo feu en la raime. a6o Se li prestes tant sa elle aime Qu'il ne la cope ne ne tranche, Ne l'aura que la mort ne santé : Car se la grant flame l'ataint, Jà aura lou viaire taint; Des chevox sera desevrez Et les sorcis aura branlez. Quant voit que li feus lo sorprant, Enz en sa main lo razor prant*, Sa elle cope par tel haste 270 Q an en poïst faire un grant haste De ce qu'il en laissa arrière. Car il em prist en telle manière Qu'il i laissa les deus'c Àutresi grans con deus roignons. La pel est si grant et si rosse t Qan en poïst faire une borsse Qant li prestes fu. esgenez , Lors dit que de maie ore est nez; Digitized by n*a NOUVJEÀU RECUEIL jÇt li valiez qui fu au prone 280 Li a gietée une ranpone. Sire f ma dame vos esgarde Ses . eus n'a de vos cilles garde , Vos li avez trêves donées , Or sont remeses les pognées; Vos ne batroiz jamais crepon , Aînz manroiz vie de chapon. Li prestes ne sona un mot De ce que cil lo laidanjot, Qui malement est atirez : 290 II est batuz et detirez , Si estoit brûliez comme pors, S'avoit perdu toz ses depors Por la elle don il n'a mie : Puis li covint mander un mire Qui lo sena moult longuemaot Par la force d'un oignémant. Qant li termes fu trespassez Qu'il fu gariz et repassez , Si s'ap ala clamer à cort , 3oo Mais il n'i ot ne lonc ne cort Qu'il ne déist treatot à hait, Si lor aïst Dex, bien a ferit, Car fussient or si atorné Tuit li preste de mere né Qui sacrement de mariage » Tornent à honte et à putage ! Ainz cil n'en ot autre droiture. Ensine define l avanture Et si est veritez provée. 3io Puis i fu. la elle trovée, Digitized by DE FABLIAUX ET CÎONTES. Sor les charbons , moult bien rostie , Plus ne fu en son cul santie ; Ençois la pristrent dui mastin Qui la mangierent sanz conmin. 1*4 NOÙVEAU RECUEIL DE BRIFAUT. 'un vilain riche et non sachant , Qui aloit les marchiez cerchant > A Arras , Abeville alanz M'est venu de conter talanz , S'en dire , s'oïr me volez. Moult doi bien estre escoutez, De ce di-ge que fox que nices , Que tiez hom n'est pas de sens riches Où l'en cuide moult de savoir , S'il est povres et sans avoir 10 Que l'en tenroit pour fol prové. Issi avons or esprové Lou voir et fait devenir fax, Li Vilains *voit non Brifax. Un jor en aloit au marchié , A son col avoit enchargié Dix aunes de moult bonne toile Par devant li bat à l'ortoille Et par deriers li traïnoit. Un lerres derrières venoit 20 Qui sapensa d'une grant guille. Un fil en une aguille enfille , La toille s'oslieve de terre Et moult près de son piz la serre , DE FABLIAUX ETVXONTES. ia5 Si la qeust Rêvant à sa cote , Près à près do vilain se frote Qui embatuz s'ert en la foie. Brifax en la presse se foule , Et cil la bouté et sachié Qu'à la terre Ta trebuchié 3o Et la toille li est chaûe, Et cil la tantost recéue , Si se fiert entre les vilains. ». Quant Brifax *vit vuides ses mains D«nt n'ot en lui que çorrocier En haut commença à huchier. Diex ! ma toille , je lîai perdue , Dame Sainte Marie aïue ! Qui a ma toille? qiy, la vit? Li lerres s'estut un^^it 4q Qui la toille avoit soi? son col , Au retorner lo tint pour, fol , Si s'en vient devant lui ester , Puis dist , qu as-tu à demander , Vilains ? Sire, je ai bien droit 4 • Que j'aporté ci orendroit Une grant toille, or l'ai pfrdue. Se l'eusses ausi cosue A tes dras com je ai la moiç , Ne l'eusses gitiée en voie , 5o Dont s'en vait et lou lait atant, 'De sa toille fist son commant. Car cil doit bien la chose perdre Qui folement la let aerdre. Atant Brifax vient en maison , * Sa feme lou met à raison , Digitized by ia6 NOUVEAU RECUEIL Si li demande de* deniers. Suer, fait-il, va à ces greniers, Si pren do blé et si lo vent , Se tu viax avoir de l'argent , 60 Car certes jo n'en aporte gote. Non, fait-ele , la maie goûte Te puist hui cest jor acorer. Suer , ce me doitwtu bien orer Et faire encor honte graignor. Ha! par la Crois au Sauveor, Qu'est donc la toiile devenue ? Certes , fait-il , je l'ai perdue. Si com tu as menconge dite Te preigne maie mort soubite ! jo Brifaut , vos l'avez brifaudée , Car fust or la langue eschaudée Et la gorge par où passèrent Li morsel qui si chier côsterent t Bien vos devroit-en dévorer. Suer , si me puist mors acorer Et si me doint Die* maie honte Se ce n'est voirs que je vous conte ! Maintenant morz celui acore , Et sa feme en ot pis encore, 80 •• Que ele enraja tote vive Cil fu tost mors , mais la chaitive Vesqui à dolor et à raje. Ensi plusçr par 1er otrage Muèrent À dolor et à honte. * Tiex est la fins dg nostre conte. CI FENIT DE BRIFAUT* Digitized by DE FABLIAU* ET CONTES. ia 7 DO CHEVALIER A L'ESPÉE. Cil qui aime e nd uit et joie Viegpe avant } si entende et oie Une aventure iguj a vint Au bon Chevalier qui maintint j^oiauté, proece et anor Et qui n'ama aucnies nul jor Home coart, fax ne, Je cont de mon saignor^Gauvain Qui tant par ert bien ensaignieZ} Et qui fu dçs armes prisiez Que nus reconter ne sauroit. Qui ses bones teches ypudroit Totes retrere et mètre ejjt- brief , Il n'en vendroit coicques à> chief. Se je nés puis totes retrere, Por ce ne me doi-je pas tere Que je ne die totes voies L'en ne doit Grestien de Troies f •Ce m'est vis, par raison blasmer, Qui sot $ou Roi Artu conter , p De sa Cort et de sa mesniée Qui jfcant fu loée et prisiée , Et qui les fez des autres conte , Et onques de lui ne tient conte : Digitized by LfOOQ IC nouveau Recueil Trop ert preudon à oblier ; Por ce me plest à reconter Une aventure tôt premier Qui a vint au bon chevalier. Li Rois Artus , en un esté, Estoit à Gardoil sa cité , lui la Roïne et Gauvain, Keu lo Senechal et Yvain , Et des autres vingt solçment. A Gauvain prist tôt jors talent D'aler desduire et déporter. Lors fist son cheval aprester , Cortoisement s'aparrella , Uns espérons à or chauça Sor unes chauces decopées De drap de soie bien ouvrées. Si ot unes braies chauciées Moult très blanches et moult dongiées, Et chemise gascorte et lée, De lin menuement ridée , Et un mantel îfàir afublé. Moult richement fu atorné , Puis s'en est de la ville issu. Tôt lo droit chemin a tenu Tant que en la forest entra. Lou chant des oisiax escouta Qui moult chantoient doucement. Tant i entendi longuement , •Por ce qu'il en oï plenté, Que il entra en un pensé * • Dune aventure qu'il savoit Qui avenue li estoit. DE FABLIAUX ET CONTES. îag Tant longuement demora f Qu'en la ; forest se desvoia * Et qu'il perdi son chemin ; Li solax torna à déclin, 60 Si commença à porpênser , * % Et il prenoit à àvesprer f Quant de cel penser issu ; Mès onques ne sot où il fu. Lors cuida r^orne» arrière, * Puis entra en une charriere ^ * Qui toz jors avant lou mena*, Et il plus toz jors anuita, Et que il ne sot où aler. Il conmença à esgarder 70 Devant lûi , aval une voie Parmi*urte clere fustoie, Si vit un grant feu alumé. Cele part est son^pas aie , Car il quida que il trovast Aucun home qui Tavoiast, * Ou boscheron ou charbohier. Lors vit lez lou feu un destrier Qui fu à uf^arbre aresnez : * Il est desci au feu alez, 80 Si vit un Chevalier séant. Salué la de maintenant. - Cil Diex, fet-il, qui lo momVnst^ Et les ames es èors nos mffet, Vos doint, bkx Sire, en lui grant part ! Amis, fait-il, et Diex vos gart, Car me dites d'où vos venez «Qui a tele eure seus alez. tomêi. * 9 Digitized by Google N0UVEÀU RECUEIL Et Gauvain a^ot conté De chief en chief la vérité , > Gonment il en desduit ak Et puis çonment il esgara En la forest por un pensé il se fil trop^oHié , Si qne.il en perdi!sa voie.: Et li Chevaliers li otroie Qfu il lou repaetra kai main Moult Vblentiers en son chemin , Ne mès qup li se deniorast Et conpagnie li portast < , Tant que cele nuit fyst passée. Ceste proiere est créantée, Jus mist sa lance et son escu,* De son cheval êst descendu,* * Sou lia à un,aubrisel » Et s'escovri de son mantel , , • Puis s'est delez lou feu aséis. Li uns (fax a à l'autre enquis ♦ Coument il ont lou jor erré , Et Gauvain li a tôt eonté , C onques mentir ne li daigfea : Et li Chevaliers U fausa, Onques mot de voir ne li dist : Assez orroi»'por coi lo fist. Quant if orent assez vellié Et de plusow choses plaidié , < Lez «lo feu se sont endormi. A l'ajornement s'esperi Messire Gauvain tôt premier, Puis esveUla lo Chevalier. DE FABLIAUX ET.CONTE6. 120 Ma meson de ci est moult près, Deux Hues i â ,'et non. mèfo Si vos pri # que*vos i venez} Et sachiez que vos ilaurez Os tel moult bel efvoj en tiers. Lors montèrent sor lor destriers , Lor escuz et Jor lancés prisèrent, Et lor espées, si se mfotrenj * . Tantost èn*u*i chemin ferre. N'orent mie granment erré^, i3o Quant de la forest Sont issu , Et au plain païs sont venu. * Li Chevaliers l'araisona, \ Sire , fet*il , entendez cà. ♦ Toz jors «st costumée ef usage, S'uns Chevaliers cortoU et sage Enmoinne un autre aveques lui , m Que il envoie , devant lujLj. - Fere son ostel atorner, Que il i porroit tost trover, i4o Qui lor venue ne sauroit, Tel chose qui li desplairoit;* Et je n'ai cui g'i envoi; Ce véez bien , ne mes moi ; Si vos pri qu'il ne vos desplaisç. Venez bêlement à vostre aise, Et je irai grant oirre devant. * Lez un plesséiz ça avant Est un val , verrez ma meson. Gauvain set bien que c'est raison i5o Et afaitement que il dit, Por ce se mist à pas petit, -Digitized by Google 1$% NOUVEAU RECUEIL Et cil s'en va grant aléure. Messire Gauvain à droiture A quatre pastoriax trovez* . Deiez lo ehemin arestez ; Saluez les a doucement , ^ El non Dieu son salu li rent, Trespassa les, ae lor dist plus. Ahi ! fet li uns, tant mar fus 160 Biax Chevaliers genz et adroîs ; Certes il ne fust mie drois Que fussiez bleciez ne laidiz. Gauvain en fii toz ésbahiz Qui les paroles bien entent; De ce se mtervella forment Par quel raison il la plaignoitnt Quant il de rie» nel' conoissoienfc Vistement à ax retorna, Tôt de rechief les salua , 170 Docementlor a demandé Que il li dient la vérité Por coi il ont dit que mar fu ; Et li uns li a respondu : Sire , dist-il, pitié avon De ce que seuré vos veon : Ce chevalier qui là devant S'en va sor cel cheval ferrant, Moult en a véant nos mené, Mès nus qui en soit retorné 180 N'avons-nos pas encor véu. Et Gauvain dist , amis, sez-tu Se il lor fet rien, se bien non? Sire, par cest païs dist-l'on Digitize'd by DE FABLIAUX ET CONTES. i33 Coin a quil' contredit de rien, Que que ce soit , o mal , o bien, En son ostel 1© fet ocirp : Nos neF savons que d'oïr dire, Car onques encore ne vit 1 - Nus bon qui delà revenist; 190 Et, se nos croire vos vo]^z , Jà avant plain pié no sivsez,, Se vos avez vostre cors chier; % Tant par.iestes biax Chevalier , Que domache iert, s'il vos ocist. Et messire Gauvain lor dit : Pastorel, àrtÇieu vos conmanfc, Ne voil, por lou dit d'uji enfant, • Leissier Toirre de son païs : S'il fust séu'en son païs 2ùo Que il l'éust por tant lessié, A toz jors li fust reprochié. L'ambléure de son «heval Erra pensant *de ci al val • Que cil ensaignié li avoit. Delez un grânt plesséiz voit* » Sor une motg un bel çhastel # Qui estoit fermez de novel : Lou fossé voit lé^et parfont, * Et el baille devant lo pont * ♦ 2T0 Avoit moult riche herberjage. Onques Gauvain en son aage Nus plus riche njpt mès véu, Se à Prince o a Jïbi ne fa ; £ Mès je ne me voil demorer» Au herberjage dévier , Digitized by i34 NOUVEAU RECUEIL Mès que moult estait bia* et riche*. H est venu» desci qu'as lices , Ainz est par rai la porte entré , Et a lou baille trespâssé 9 220 Et est au chief do pont venu* Encontre lui est acoufu Li Sires qui fait grant sanblant Qu'il soit de son venir joiant. JL.es armes reçut un vàslet, Uns autres prlst lou gringalet , Li tiers içs «sperrons fi oste : Lors l'a par la main pris son oste , Si la lo pont amont mené, 1 *. Et ont un modlt biau feu trové a3o En la sale devant la tor , Et moult riche seoir entor *, • Covert d'une* porçfre de Soie. A une part, que il lo voie, Li ont son cheval* establé , • * Et si li a-l'en aporté % A grant plenté avoinne ét fain. De to* lo nïercia Gauvain Que de riens no -«oust contredire. Li ostes li a dit :Tnax sire, a4o L'en atorne -rôstre diârièr , Et sachiez <|ue de> l'apprester Se hastent forment li serjantf^ Or vos déduisiez à itant , Soiez toz liez et à vostre aise : Se rien i*a qui vos desplaise , Si lou dites «éurement. Gauvain dist que à*0n talent Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. t35 Est l'ostel do tôt atome. Li sire est en la chambre entré 2S0 Por une soe fille querre , Qu'il n'ot entre tpte la terré Damoiselle de sa valor. Je ne.vos porroie , 4 nul jor , La biauté tote ne demie Dqp ele estoit plainne et garnie ; Ne je né la voil trespasser, .4 Si la voil à briés moz conter. Quanc'onques nature, sot fere Qui à cors d'orne déust plere, 260 • De cortoisie et de biauté , Ot tôt entor li*asanblé. Li ostes qui n'm pas vilain, L'a prise par la dfestre main, Si l a en la sale amenée. Et GauvanTgui Ta esgardée La grant biauté qui ert en 1$» A bien pou i|tt il ne s'esbahi , Et neporquant si sailli sus. La damoiselle encore plus, 270 Quant ele ot Gauvain esgardé, S'esbaï de sa grant biauté Et de son grant afaitement ; ' Et neporcant cortoisement , Et à briez moz*la salua. Tantost par la main H^baiBa Tantôt à mon saigner Gauvain , Si li a dit, je vos amaift Ma GÙp , qu'il ne vos anuit , . Car je n ai nul plus bel desduk Digitized by ,36 NOUVEAU RECUEIL 380 A vos déduire et déporter : Ele vos saura bien porter, S'ele vialt , bele conpaignie. , Je voil qu'il no desvoille mie; Tant a en vos sens et valor Que s'el vos amoit par amor , Jà n'en auroit se anor non. Endroit moi vos en fais un don , # Que jà de vos n'iere jalous, Ainçois li coumant oiant vqs zgo Que jà de rien ne vos desdic Gauvain bonementl'en mercie, Qui contredire no viautpas : Et cil s'en ist enreslou pas Vers la cuisine demander S'en porroit à pièces disner. Lez la pucele s'est assis Gauvain qui moult ert entrepris Por loste qu'il dpte forment , Et neporquant cortoisemeirt 3oo Et sanz un point de mesprison . Mist de maintenant à raison. La damoiselle o lou chief blou L'en ne li dist ne trop ne poi , Sajement l'a à raison mise. Moult li offre btf son servise, * Et tant li dist de son côrage, Que cele qui preuz ert et sage Aperçut et entendi bien Qu'il l'ameroit sor tote rien 3 10 Se il li venoit à plaisir. Lors ne se set auquel tenir, Digitized by Google \ 1 ê DE FABLIAUX ET CONTES. i3*7 A l'escondire , bu, au graer : Tant Tôt cortoisement parler, Et tant lo voit de bones mors , Que ele l'amast par amers , * Sele descovrir li osast ; Mès por néiant li créantaftt A faire li vers li entendre Quant il n'i poïst jà plus prendre : 3j2 o Bien set quele feist que vilaine , Sel lou méist d amors en paine Don el ne traissist jà à chief. Mès leséondire li est grief, Tant a vers lui son cuer torné : Lors a cortoisement parlé. Sire , dist-el , je entendu Que mes pères m'a deffendu Que je de rien, ne vos desdie , « Or ne sé-je que je vos die 33o Que se vos avoie créante A fere vostre volenté, James à bon ehief n'en trairoie , Et mort et traï vos auroie; ^ Mès d'une chose vos chasti, Et par bone foi le vos di , Que vos gardez de vilenie, Ne rien que mes pères vos die , ♦ Que que cë soit, o mal, o bien , Mar lou contredirpiz de rien , 34o * Que morz seriez à itant; Ne'jà mar faciez sanblant Que soiez de rien acointié. Estes-vos Toste repairié Digitized by NOUVEAU RECUEIL Qui vers la cuisine ert alez , * Et li meogiers ju aprestez , Si a-l'en levé demandée* Ne vêll ci fere demorée , Quant» lavé orent, si s'asistreift , Et li serjant les napes mistrefat , Desus les dobliers blans et biax, Les salières et les coutiax, • Après lou pain, et puis lo vin Es copes d argent et d'or fin. Mès je ne voit plus demorer As mes un à un aconter , * Mèsj moult orent char et peson , Oisiax rostiz et venoison, Et moult mengierent Ijéement. Et li oste efforça forment * Gauvain de bowre, et l&pucele, Et si dist à la damobele , Qu'elle çfforçast lou Chevalier , Et dist , moult vos poet prisier Que je vôil quiel soit vos*re amie. Gauvain bonement t*en mercie. Quant mengié orent à plenté, Lors furent serjant apresté Qui dohliers et napes ostereut, Et qui l'eve lor «portèrent , Et la toaille à essuier. Li ostes dist après mçngier Qu'il vialt aler ses bois véoir , Et si rova Gauvain seoir Et déduire o la Damoisele : Endementres Gauvain apele DE FABLIAUX ET COUTES." ' t3t) Et U a dit et conmanda^ . . * '■' , * * Qu'il ne s en aut josqu'il venra \ Et dbnmanda à un serjant ; • Que se il fait' do*rien saablant , f 38o Que il lou preignent demanois. Gauvain qui preuz ert et cortpis , H Vôit bien que remanoip l'es%u^t, F Et qu'aufreraçnt estre ne £uet : ,; *Si li avgit dit érranment . ^ Que il n'avoit d'errer talent Por qu'il lo vaille herbergier. L'osée monta sor son destrier, 4 <$ Si s'en va ntoult grant aléure , • * Ht va querre une autre* aventure, . 390 Que de cçste est-iWséur Qu'il a enclos dedenz son mur. « - La'Damoisele a Gauvain pri* Par la main , si se sont assis À une^ part, por deviser Conment il se pdrra garder. Docement et bel lou confcrte , . ^ Mès de ce est traie et morte Qu'ele ne set Ja tolenté Que ses pères a en pensé ;« 4oo Se le séust; et li mostrast Par quel engin il eschajtast ; * Mès onques n'en volt nule dire. Or se gart de li contredire , * S'il porra par tant eschaper. Or laisons , fet-iï^ ce ester , Jà ne me fera se bien son : Il m'amena en sa meson , Digitized by Np^UVEÀlTRECUEIL Si m ï a fet mou]/, bél sanblant Ne jà dès ici en avant , Quant il ma fet anor et bien No doteré de nule rien* De si que je sache et voie * *Por quel raison doter lou doie. Ele li disl^ 1ce n'a mestier , Li vilains dist en reprovier , * Si lou dient encor plusor, # Q'au vespre loe-l'en lo jor * Quant l'en voit que bele est la fin Si fet-l'en son oste au matin , Ét Diex , si com je lo désir , Vos en doint à joie partir De vostre oste, sanz mautalent. Quant parlé orent longuement, Et moult parlé de ce et del , Li ostes revint à l'ostel. Encontre lui sailli Gauvain Et la pucele main à main , Moult Vont doucement salué. . Il lor dist qu'il s'est moult hasté , Qu'il cremist, se il demorast, Que Gauvaiti ainz ne s'en alast ; Por ce ne vost plus demorer. Il commença à âvesprer , Et il ostes si demanda As serjans que il soupera. Sa fille li dist par déduit, Povez demander vin fruit, Et nule autre chose par droit , Qu'assez menjastes orendroit. # DE FABLIAUX ET CONTES. 44<> Il a maintenant demandé , Il a premièrement lavé , Puis lor fu mis li fruis devant. Lbu vin aporterent li sërjant A plenté de mainte manière. Sire, car fêtes bele chiere, v Fét-il , à mon saignor # Gauvain ' D'une chose soiez certain*, Il me coste sovent et poise Quant jé oste qui ne s'en voise , 45o Et qui ne dit sa voleirté*; D Sire, sachiez la vérité, Fet Gauvain^ que je sui haitiéf* Quant il orent lo fruit mengié , Lee liz conmanda l'oste à fere, Et dist , je jerré en ces^ aire , W' Et cist Chevaliers en mon lit : No faites mie trop petit , 9 Car ma fille jerra*o li; A si bon Chevalier lo qui 46o Qu'ele est en lui bien enploiée. Ele doit estre moult haitiie De ceu qu'en lor a 'créante. Amedui l'en ont mercié , Et fcmt sanblant que moult lor plese. Or est Gauvain moult à mal aise , Que il crient, s'il si va cochier, Qu'il lou face tôt detrenchier ; Et si set bien , sil' contredit # En son ostel, que il l'ocit. ' 470 L'ostes de cochier se hasta , Par la main' la prist, si mena Digitized by .14* «OTJVEAU* RECUEIL Dedenz la chambre demanois. * La Damoiseleo lo vis frois I,est ensanfcfte o lui alée. La chambre ert bien encortinée ff Et douze eiergtoM ardoient * • Qui tQt entor lo lit estaient, Si gîtaieat moult çrant clarté» Et li liz ert bel atorné 48o Défriches coûtes et de blans drasj « Mès je ne voîl demorer ^as En ,1a riçhece £e*iser D^dras de soie d'outremer, De Patâltie et de Romeni^ « Don la chambre ëstoit enbelie , De Sebelins , de vai^de ^is , ?t fPba mot te. vos devis anque convient à Chevalier Et à*cors de Dame atilUer, 490 Et en iver et en esté ,* * I avoit à moult grant plénté. Là ot maint riche garnement , Gauvain s'en^nervella forment » De la richece que il i vit, Et li Chevaliers li'* dit : u Sire , ceste chambre est moult beleï Entre vos et ceste pucefè * I girpis , jà ni aura plus , Damoisele , fermez les us , Soo Sigfaites son conmandement , Que je sai bien que itel gent N'ont* mie de presse mestier; Mès d'itant vos voil chastoier Digitized by DE FABLIAUX. BT CONTES. . i£3 Que les cierges i*en estaigniez Que j'en seroie moult iriez. * Jo voil, por ce l'ai conmandé Qu'il voie vo£$r# grarit biauté Quant vos girpiz entre ses bras , Si en aura giyignop solas , r 5io Et que vo^véoiz son.gent cors. Lors.se mist-Je la chambre fors , ♦ Et la pucelejl uis ferma. y Messire Ç au vain se toucha , Cele est o liferevenue, 1 Si s'est lez lui çochiée q^ie : * Onques proiere jïi estut , * Et cele tote la nuit jut Entre ses brag, nioult docement. Moult la besejet acéie sovent , fc 5 20 Et si est tant* ayant aie, Qu'il en féist sa volenté , t ;i ■ Qua^t ele dist : Sire, merci, Il ne puet pas aler issi, Je ne sui pas o vos sànz gaBjj fc r Gauvain de totes parz esgarde , Si ni vit nule rien vivant : Bele, fait-il, je vds demant ^ Que me dites qui me desfenjt A fere de vos mon talent. 53ô Ele respont , jo *vos djrai Moult volentiers ce que j'en safe: Véez-vos cel branc qui là pent Qui a cel entrecor d'argent, Et lou pw et lou lieu d'or fin, Geste chose gas ne devin ... Digitized by 144. /NOUVEAU RECUEIL « Que vos m'orroiz jà crconjer, Ainz l'ai véu bien esprover. M^s pères Tainme durèment , Que il li ocist bien sovent 54o De moult bons chevaliers de pris* Sachiez bien qu'il en a pcis t Solement çaïens plus de vint, * Mès je ne sai don il li vint : Jà n'entrera en ce$te porte Chevaliers qui vis en estorde.» Mes pères biax sanblant lor fet , Mès jà à si petit forfet Ne lou prendra qu'il ne l'ocie : Garder l'estuet de vilenie. 55o Moult lou convient charçoier droit. Maintenant as apris lo d^oit , S'il entreprent de nule rien, Et se cil se garde si bien Qu'il ne soit de rien entrepris , • La nuit à moi cochier est mis $ , Lors est-il venuz à sa mort; Savez por coi nus n'en estort. S'il fait sanblant en nule guise De volenté qui li soit prise 56o De faire lo moi, maintenant Lou fiert par mi lou cors lo branc $ Et se il viaut vers lui rier Por prendre le et por oster, Tôt par lui sait do fuerre fors, Si li done parmi lou cors , Et sachiez de voir que l'espée Est en tel manière faée, Digitized by DE FABÉIÂUX ET ÇpNTES. Qu'ele me garde toz jors si, Jà par moi ne fussiez garni. 5yo Mès tant iestes cortois et sages % Quft-ce seroit moult granz domages, 4 Si m'en peserôit mais«toz. dis, Se par moi estiez eoif^, - é Or ne set GaUvain que il face, Onques mais de si gpant manace ? Noï parler jor de sa vie , * Et si dote qi*'ele lou die * Por soi mé$me garantir Que il n'en face son plaisir. 58o D'autre part si s'est porpensçz Qu'il n'en*porroit éstre celez Que il «e4ust partot séu Que i^ auroit o li géu Tôt sol, nu à. nu , en son lit , Et si avoit por sol son dit Laissié à faire son pleisir , * Miax vient-il à anor morir Qu'à^ionte vivre longuement. Bele , fet-il ^$e est néient, 5§© Puisque vônuz sui josque-ci, En fin voil estre vostre ami : Vos n'en poez par el passer. 4 Vos ne m^en poez pas blasmer , * Fet-ele. Dès» or en avant • Il est de»li aprimiés tant Que ele en a gité un cri, Et li brans do fuèrre sailli , * Sili fiert rés à rés de costé, SI qu'il li a do cuir osté , * • ' TOBfK I. * IO i46 'NOUVEAU RBCÙffIL 600 Mai^ne Ta paa granment blecié : Outre a lou cotivertor percié, Et \oz le* dras desci au-fuerre , Puis se fiert arriers en son ftierre. f Gauvain remest tôt esperdu, Si a son talant espferdu , * Lez li se jut tôt esbahi. Sire, fet-el, por Dieu merci ,* V6% quS^ez que jou déisse Por ce que de vous me voûsisse 610 Desfendre por tel ackoison : Onquas certes, se à, vos non, A Chev^iiefp ne le conté , Et sachiez que grant mervelle é Que vo* n'iestesj sanz nul Vesori, Trestot au primerain cop mort. • Por Dieu , or vos gisiez en pès , Et si vos gardez desormès De tochier à moi en tel guise*: * Un sages hom a tost emprise £20 Tel chose qui à .mal li tome. Gauvain remest ^ensis et morne •# Qu'il ne set conmetit se contiegne Se Diex donç qu'il s en reviegne Jamès arriers en sa contrée, Jà ceste*cfeose n'iert celée Que il ne soit*par«ot séu * * Qu'il aura sol à sol jéu t * * Anwitiée o une pucéte ■ ■ Qui tant es\ avènanz et belé , 63o Si que onqiîes rien nelr fisfcj • Ne 4é rien ne Ircontredist, Digitized by Google DE FABLIAUX »ET CONTErS. 147 Fors* la manaçe 4 une espée -a Qui de nelui'n'ert adeeée, * Si seroit mes to^ jor^honè Se iili eschapoittssî : * * Et si li font môuh jramt aniti ^ ê Li cierge qu'if voi^ntorMgL^ Qui renvoient inoult gf ai* clarté , , Par qui il voit sabrant bùfuté. * 64o # Lou chief£ot blàfet plain lo fronjt , * » Et ses sorcis qui dogié soj||, . ^4 Les iauz vers 9 lo nés bien assis , Et frès et coloré lo vis* , % La boche petite et riant*,* Et son col l<5nc et*a venant, Les brassons et blanches les mains . , Et les costez soués et $|ain$ ; Soz lei dras la char blértc^e êfc tendre, Nus^n'i séus^ riens que reprendre, . 65o Tant ot lo cor* jont et bien fet. ^ + Il s'est vers li doucement tret Corne cil qui n'«ert pas vibtQ ; - Jà li féist lou jeu c*rtàin " ^ Quant l'espée do fu#re sait , * Lors \\ a fet uft autre asalt , Do plat lo fiert parmi lo^qpl, , A poi qu'il ne se tient por fol , Mès l'espée un poi cl^paela, # : " Sor la destre espaule torna ; . & 660 Que du cuir li trencha tjpis doie , Et fiert en la coûte- de soie ' Que ûne pièce ep a trenehiée, Puis s'est en son guerre fichiée. Digitized by NOUVEAU RECUEIL Quant Gauvain se senti navré En l'espaule f *et où costé , • • * Et voit qu'il ne poat à chief tfaire Moult est dolanz , ne set que fere . Et anui a de son depoçt. Sire, fet-ele* iëstes-vouls mort? Damoisele , fet-il, je non , Mès anuit m#s vous doint un^don Que vpus avez rovés de moi. * Sine, fet-eie, par ma foi, Se eles fussent lors donées Quelles furent demandées, Il fust or plus l>el endroit vos. Moult par fu Gauvairi angdissos, Et la Damoisele autrési: Ne l'uns ne l'autres ne dormi , Ainz veillierent à tel dolor * Tote la nuit de si au jor. * Vistemènt et tost se* leva ■ Li ostes dès qu'il ajorna, Puis est en la chambre venuz : Ne fu mie taisanz ne muz , Ainz apela moult durement. Et la Damoisele erraumant Ovri luis et puis est venue , Si s'est lez lui couchiée nue , Et li Chevaliers vjint après. Andeu^les vit gésir en pès, Si lor demande que il font, fit messire Gauvain respont : Sire , bien jà , vostre merci. Quant li Chevaliers «ntendi DE FABLIAUX ET CONTES. i4 9 Qu'il garla si hautement , Sachiez que il fu roouit dola*t , Que moult estoit fel et eschis.* Conmant, fet-il, iestes-volis vis? 700 Par foi , fet messire Gàu*4tns, Je sui trlestoz délivre et sains ; * Sachiez que je n'ai chose Jet • » Par coi je doie e$tre à mort tref , ^ Et se vos, en yostre ineson, ♦ . Me féissiez sanz achoison ♦ Mal et anui , ce aeroit tort. „ 1 -> Conman*, fet-il ^ si n'estes* mort Moult m'anuje quant vous vivrez. Puis est avant un poi alez^ , 710 Si a à descovert véu La coûte quï»trehchiée fu $ , Et les linciax ensangle»tez. Vasax , fet-il , or me contez Delivrement dont cest sajnc vint. Et messire -Gauyain se tint, Qui pas mentir ne li voloit, £. * Que nule achtison ne savoit » Don il bel covrir se péust . Que cil ne s'en apercéust. ¥ 72* L'osted de parler s$ hasta, * * Vassax, fait-il, entendez ça, Par droit noient lo me celez : Vos vousistes vos volentez 4 De' cele Damoisele faire, Mès n'en péustes à «hief trere ^ Por lou branc qui le contredist. Et messire Gauvain li dist : *■ ' Digitized by !5ô JVGUVÉA.Ù RECUEIL Sire, vos dites vérité, % ^ , Li branz m'a en d&is»leu* navré , ^3o Mçs ne ma pas biecié forment. * Et quant H Gfevaliers^, entent Que il n'est paJiiàvrez è 'mort , Biax sire , ^fait-il , à bon port lestes «renuz, mès orme dites, Se vos, votez eschaper quites, Vostre çaïs et vostre non : De tel jent et de tel retfcm Poez éfcffce, et de td àYére , ' Que toz vos bons m'éstouvra fafre , 740 Mès j'en voi^estre bien certain. « Sire , fat-ii , j'ai non Gauvain , Et sui niés -au bon toi Ârûir; De ce soiez tôt* aséur 4 • * Que onques n^on^hon ne c^anjai. Par foi, fait J'ostes , bien lo sai Qu'en vos a moult bon chevalier; De nul mellor parler ne quier, f BPa vostre per jusc'à Maogre , N'en tôt lou roiaume dë fcogre 75o JTe seroit-il mie trovez. ' Savez conment j'é esprovez* * Treltoz les CheValièrrdo mont Qui aventures querré vont, Péussent en eest lit gésir ; " Et toz lés convenist morir Un à un , tant qu'il avenist , 4 Que toz li fhiaudres i venist. Li brans \o me devoit e&irë, Car il no devoit pas ocirre Digitized by DE FABLIAUX ET COUTES. Lou miaudre quant il i viendroit : Et si est esprovez à droit, Qu'il vos a choisi au mellor. Et quaig Diez vos a f et anbr , Ne sai ne choisir , ne véoir Qui miax doie ma fille avoir : Je la vos otroi et créant;* Ne jà mal descien avant Auroiz nule garde de moi * Et si vos doinSjpar bone foi A toz le&jors de vostre vie De cest chastel la seigneurie, S'en faites vbstre volenté. Lors l'en a Gauvain mercié Qui moult en fu joiajiz et liez. , Sire, dit-il, bjen sui paiez De la pucéle seulement; De vogkre or ne de vostre argent , Ne de ce chastel n ai-je cure. Lors se levèrent à .droiture Entre Gauvaifîet Ja pucele. Par lou (Aïs v^it ]a novele * C uns Chevaliers verçuz éstoit Qui la pucele avoir voloit , Sor qui li branz sert deus fois fret, Que poirft de mal ne U ot frt, , Et qui ainz ainz i vienent twit. $f oult ot o chàgtel gvmt déduit De dames et de cbév^Uers^ ( Et fij moult riehes li mengîqj Que li pères fist atoroer, : . : ■ Mès je ne me voil deœorer < i5i NOUVEAU RECUEIL A aconter quel li mes furent, Mès assez mengierent et burent. Quant mengié orent à plenté Et li doblier furent osté, Cil lecheor dont moult i ot Mostra chascuns ce que il sot. Li uns atempre sa vi^le , Cil flaùste , cil chalemele , 800 Et cil autres rechante et note Ou à la harpe, o à la rote : Cil list romanz et cist dist fables. Cil Chevalier jeuent as tables Et as esches de l'autre part , O à la mine, o à hasart. Issi faite vie ont menée • * Tôt lo jor jusq'à lavespréte , Puis souperent à grantâléduit. * Assez i ot oisiax et fruit 810 Et de bon vin à grant plen^. Quant à graut joie orent soupe, Delivrement cochîer alerent : j La pucele et Gauvain menèrent En la chanbre de maintenant * Où il jurent lou soir devânt : Et li ostes o ax ala 4 Qui de son gré les esposa , * ' ^ Puis mist entanble sanz dangier La pucele et lo Chevalier ^ « 820 Si s'en issi etfernja Tus. Que vos en diroie-je pluâ? • La nuit a sa volonté 'fete, Onques espée ni ot trete. Digitized by Google > DE FABLIAUX ET CONTES. i53f SU* recovra , pas ne m'en poise , A la damoisele cortoise , A qui il ne greva noient^ Issi demora longuement A tel joie et à tel revel ' * Monseignor Gauyain ochastel; 83o Puis si s'est *de ce porpensé Que lonc tens i ot demoré ; Que si parent et ses amis Quidoient bien qu'il fiist ocis. A Yo&e ala congié querre, Sire, dist-il , en cestê terre Ai demorë tant longuement Que mi ami et mi parent 4 Quident que je soie péri, Si demain la vostre merci 84o iou congié de l'aîer arrière , Et si fêtes en tel manière?- Cele Damoisele atorner Que j'aie anôr de H méner, Et vos qui la m avez donée, Quant je venré to ma contrée Qu'en die que j'ai bêle drue,. Et qu'ele est de bon leu venue. Li ostes li doue congié, * Et Gauvain s'en est repairié 85o Et la Damoisele ensement. Ses palefrois fu richement , Atornez de frainc et de sele : Sus est montée la pucéle , Et Gauvain sor son cheval moqte. Que vos feroie plus lonc conte? Digitized by i54 NOUVEAU RECUEIL Ses armes prist qu'il avorta, Au congié de loste s'e,n va Liez et joian£ da s'aventure ; 860 . Et quant fors de la porte vint, La Dsrmoisele son frainc tînt. ILli^demande ce que doit; * Sire, fet-ele , je ai droit , Que j'é fejt trop grant obliée : Sachiez que de ceste contrée \ Je m'en irai moult à envjz , . Sans mes lévrier* il y ^por quel besoing Estçs-vost si tost retornezPi, » Sire , dist-il r que oj>lioz > A vostre fille $e& lévriers , Si me dist qu el les a moult chiers , 880 Et que. sans ax ne s'en ira*. Et li ostes les apela , • Si les bailla moult volentiers. ^ Et Gauvain a toz les lévriers S en revêt moult délivrèrent . A la pucele qui l atent. Lors se, resqnt acheminé, (*) Il manque un ?«n toi. Digitized by DE FACIAUX ET CONÎES. i55 r Bt sont en h» for«# entné Par où il estbient ^enul Lor,s„ ont un chevajïer véu s * • 890 * Qui lou cheinin Benoit contr eus : m Li Chevaliers Vfenotrôoz seus , ^ Mès iL ert armez* mouh. très î>i#n Qu'il ne li failloit nule runr e De quanqu estuet à Chevalier* ; ^ * * » Eît séoft sor.un bai deçtri^r Fort et'isnel et renfuant. Li Chevaliers venoit errant Tant que il vint H'ax auques près, Et Gauvain lou quida e* pès * v 900 Saluer lui et puis enquerre + Qui il estoit et de quel terrtf. Mès cil qui ot autre pensé , A lou cheval e&perioné * ■ Si durement qtôilfcse lança ; Et onques un mot ne sona , Entre la pucele et Gauvain * * Si la prise parmi lo /rain , r ^ Puis si revêt moult tost arrière : * m Et cele, sanz autre proiene / f 910 S en vet delivrement o lui. Se Gauvain ot ire fct anui' ; Quant i l'en voit issi mener*, H ne fet mie à demander, Car il not arme o lui portée * Fors escu et lance et espée p Et cil qui bien estoit armez., Et fçrz et granz pt sdrquk^z , % Si ot vers lui mal jeir paati,< * 7 Digitized by NOUVEAU RECUEIL Et ne.porquant, conrae -battu ^ Point Gauvaki vers lui lo dôstrier Por la piicele chalongier. Vasax , fet-il , grant vilenie \ Avez fet cpi avez raamie Saisie si çstroiteraent ; * * * Mçs or fêtes un hardement • ,Tel eorime*je deviserai. Vos véez moult bien que jfc n ai * Fof#sol ma lance ef mon escu, * Et lou branc au costé pendu ; Je vos conmant à desartner Tant que nos soions per à p^, Si ferez moult grant cortoisie:* Et se vos , par chevalerie, La poiez vers moi conquerre , * Si soit vostre sans autre guerre ; Et se vos ctf ne volez «feie , ■ Soiez cortois et debonaire, 1 Si m'atendez desoz ces charmés , Cirai emprunter unes" armes Ça arrier à un mien ami , *■ Et quant gïei$ d'armes garni, Je revenrai de maintenant. Et se vos d'ilutec en aVant La poez conquerrè vers moi , Sanz mâutalent la vos otroi , Issi de voir lo vos créant. Et cil respônt de maintenant : Jà à vos n'en iert congié pris, Et se g>'i ai de rien*mespris , Jà ne vos en querrai pardon. DE FABLIAUX ET CONTES . * i5? Se vos dôu*mien me faites don , M#ult par avez grant poesté* Per ceqiïe iestes désarmé, * - Que vos no taigniez à forfet , Vos iert jà un jeu parti fet. * * Vos dites qu'de est vostre drue^ ' , Por ce qu'ele est o TOM#ue , Et je redique fele est moîè : ' . , Or là meton en cqk voie , , 960 Si aille chgscunfr de sa j>q£t, ^ Puis soit do tôt en son esgart ^ lequel ele ainme plus de rios; jffc Et s'el »*en viÉt aler o vos , 9 Je la vof crj^tit Sf^troi ; S' ele s'en vijjt venir o moi, Donc est- il ^roiz qu'eue spit moie. |^ Gauvain boiiement li otroie * Qui Jant la créoit j£ amoit , Qu a escient devoir qmidpit ^ ■ gyo Quel nou lajssast por tôt le mont. Afcuit la lessen^ si s'en vont l * Et se tiaient un poi en sus. Bele , fopt-il , A n 1 a plus , Do t^jest k ^mtre plaisir Auquè^vos vo* voutiroi^ tenir /*' ■ t . Car vos lavons acreanté. . ' , Ele a l'un et l'autre esgardt; ^. f Primes celui , et puis Gauvain • Qui bien quidoit estre certain ' ' ** 980 D'avoir la tôt séurement, * * Et si se merveilloit forment Sol de ce qu'il se porpensoit ; 9 Digitized by GpoQle x58 .99° IOOO ÎOIO NOUVEAU RECUEIL Mes la pucele qui «bien sot ^ V Conment Gauvain se puet aidiez Reyialt savoir do Chevalier * .' Conment il e$t preu et vaillant. Sachiez treituit petit ettgranC,* Qui qu'en rie ne qui qu'en gronde, * N'a gairès nuie &me o monde , S'ele estoit dnye , et moîUver A tôt lo mellor Chev*)àer Qui soit jusqu'en Inde major ^ Jà por lui n'auroit tele amor Que s'il «'estoit preuz en l'ostel , Qu'el lou prisast un don fle sel, . Vos savez bien de Sire , fet-il , sanz contredit Doit la* Damoisele estre naoie. . Jà Diex , fet Gauvain , ne me Voie , Quaftt je contredit i métrai Ne quant je jà m'en conbatrai De chpse qui de moi n'a cure. Digitized by DE FÀBÛÎU* ET fcONTES. «9 Adonc s'en vont grant aléurè La pucele li Chetaliers ; ' Et Gauvain à t&& les lévriers S'en va en la soe contrée. La pucele s'est atestée >' 1020 Tantost eux o chief de la lande; * v ^Et li Chevaliers li demàtiàe 4 . Por qu'ele s «st aifesApiç. : x 1^ Sire # feUel , jà vosH^Qwie * Ne serai à j/jjfiàe ma vie De si que je soie saisie * De mes levriers^que ^là voi*, Qtfe cil vassax enmoinne o -soi : • Et il li dist, vos tes ^ffe; * ^ Puis s escrie : este^^èstez, # * ..... io3o Sire Vassax ;*je*vos conmant- * ^ Que vc* n'alliez plus en avant; * Puis vînt à lui toz abrivez. ' * V# Vassax , dist-il -, porcoi menez Les lévriers $ quant il vo nç^Qt? 1 # Et.messire Gauvain respbnt : ^ /; . Sirç, faitfil, jes taing*à miens , * ^ Et sepmlui i claftfame riens , ^ $| Conme miens les^^estuet desfendte f Et se vos en voliezfprendre* io4o Lourçeu parti qpe mj^féistes , % Quaril en' mi lo chçinin méistftft La damoisele por ^loisir ' \ Auqu#l el sfe vou- Gauvain que il conoissoient * Por sol tant que véu l'avoient 1060 Chfes lou pere à' la Dameisele. Gauvain les jpïst et àpele , Car moutt est liez que iLles a. Et la pucele araisona Le C^eyalier en eslou pas : Sire , fet-ele , ja plain pas N'irai o vo$, se Diex me voie, De si que je saisie soie De mes lévriers que je aim tant. Et il respont , sanz mon créant 1070 Nez en puet-il/nie mener, Puis avoit dît, lessiez ester, Vasa&, que vos nenmenrez mie. Et Gauvain clist : c'est vilenie Se vos en desdites ensi $ # Mès je sui des lévriers saisi,* Si vindrent à moi de lor gré , * Jà li : sires de Maïsté * Ne m'ait quant je lor faudrai ! DE FABLIAUX ET CQr&FESl . La damoisele Vos lessai 1080 Por sol tant^ que 4 vos»sj£ tint ,< * ^ Qui more estait et moi vint jr Dont me deVez-vos sanz dfcngïer^ * Pa#raison les lévriers laissier • Qtjaht il sonùmien e£ o moi vindfent , fît de lor gré à moi se tûidrent; J ■ > • Une chosç sachez de voir, Et s'el poez par moi jréoir»;' * • * Se vos volez tôt son plaisir v V A cele puc^e acompiir, . ;^ iqgo Vos auroiz de U cbrte joie» ^ * > ; Jb voil moult b^en quele m'o4e^ Que sachiez. ta«t coft»el fu moiey " Que ses bons Ji acpnplissoie ; : ' • w Or voiez con el m a s^ervi. * Il ne va pas de chien ksi j ^ . ' Con de feme, ce sachez bien/ ■ • Une cbose^sachiez detchien , Jàson mestre qui norrr Fa f ^ * V ♦ Por éstrange ne changera ; ? 100 Feme a moult îpst g^e^fi lo suen * Si ne li cpmpn^st tôt son buen. * * Si est meryeille de te^ehange, *' Qui Jlou suen laisse por estrangô $ ^ I4 lévrier jpe m'ont pas gflerpi 0- ; *% Dont ptds-je bien prover issî^ ^ Jà n'en seré^fediz de. rien, Que nature et amorce chien, • ^ Valt miajiz qu^jKe^eme ne^faik. r . Vassax, fait-i^lv vostre plqjfc* * v 11 10 Ne vos puet ici/ie|j|j|^ont^r 4 ^4^ - TOME I. ^ II *6a itforVEAURECTJ^JL S'orendroit nés lessiez ester : Garcfez-vos, quç je vas desfi. Lors a Garuvam l'escu saisi , Si Va devant Son pis sachié . * 9 Puis s'est l'uns vers l'autre eslessié Tant con ehevâx Upot raodir, Silou feri par tel air Desus la bockr ou l'escu taint, Que pecoié Ira et frahït , i iâo Si qu'en volèrent li tronçon Loing et haut le gtet d'ufttwzon; * Et .Gayvain l'a après feru O premier quartier de l'escu Si durement , si corf moi senble , Que lui et lou cheval ensanfele Abati en une charriere. * Cil chaï en une toiere n Entre les qmsses son destrier, Et Gauvain trait son branc d'acier , i iSo Tôt maintenant sor lui guenchi : , Alainz que il pot descendi , Si Va contre terre as poinz pris , Grant cop km £ert ptg*iii lo vis Et o chief , si que tôt Testone» Tote sa force l'absndone; # £ar moult lqu Itet por lo metffet Et por l'ani^L qu'il li afet. * Moult lou laidist et moult*» grteve , Lqju pan do hauber$ Ji solieve îiio Si li a maintenant botée . Parmi les flancs sa bone espée. 4 Lo^s lou let quant , vengiez se fu , j Digitized by 4 DE FABLIAUX BT CONTÇS. Cheval, ne haubfrc , ne escu Ne voust-il onques esgarder , Ainz va- les lévriers ap^ler Que il a voit forment aroez, r > Que biea se sônt vera K provez ; Et puis cort penre % destrier * Qui par lou bois ve^estrajert *' # , r£o Vistement la atainl^et prtsV «** Onques far li^ne fu requis Estriers, ajnz saiUt en la sele. ' - Sire , ce-dist la (kmouele , Por Dieu et por anoç vos $rï Que vos fie me- leseiez*ic4 , Que ce seroit grant vilf nie : * Se je fui foie et esbahie/ * No me devez à mal torner., Que je n'osoie p vos aler { i6q Tel paor oi quant je 4|pus yi Si povffement dWmesjgârni/ Et çilvert afmez si très bkfn Qu'il ne li faUloit nule ri$n. Bele, fait-il, œ est nçiant, ' v Pou vos vaut vostiç coujfpement; Rien ne valt cesteertrerture : Tel foi , tel anor , tel nature * Puet-l'en soient troyer en feme: Qui autre bief que il n'j^seme, 1 170 Voudroit recoillir en sa terre ^ -Ët cil qui en feme iptH queire^ Fors sa* nature , n'est pas sajge.^ Toz jors Font éu ^n usage Puis que Die* fiât la premeraine, V§i * # N.ouy^u RECUEIL »' *Qtti*de les seçvir plusse pain» Et plus k>r fait-tien ,et anor, , fc Pins s en jrepent au çhief/i.o tôr, ; ^Et qui plus les anoçe et sert % 4 Plus s'en çprrojjLcejet plus i pert* \ il 80 La pitié ne $9$ venoitjmie - t De garder «l'anor çt tna "vie ^ . Ainz vos venpittot d]autr^ chose* Li vilains dist^i la parclose # *\c\x, l'en o tote riens #e prueve : Cil qui fainte et fa use la truevé, . * Et la cliens* ajjime et^garde, " , Jà puis Diçx ne Toit en sa garder, * • Or gardez vostre^conpaignie.* ' ^Atant pa sole deguerpiè j , % 1 190 Si qu'il ne sot qu ele devint : A son droit ^cheiuin s'en revint. De s'aventure a moult pensé y* Tant a par la forçât erré , Qu'au vespre vint en son pais* ^ „ Grant joie en firent si aïiu\ * C'o quidierent avoir perdu. « - S'aventure, sj.cqn el fu, % Lor a de chief en çhief contéç f * » Moult volentiers f on^esooutée % 1200 A premiers bele et perillos^, v A Et après laide et an iose, ^or sa jnie que il perçli , *. Et puis con il se /jonbati les lévriers , à grant meschief. Ensi fina tôt à un cjiief. * Ct ©OU £HEVAU£R A. l/*SPEE. Digitized by DE FABLIAUX if CONÏ ES. ïè$ 4^ • rf 4flT l - QUI FU^RE^US IVE&IÉftE îi^S«RIN, Vnks gêna sont (fui anchois WfentN Une truffe y et plus* le conjoient' * K'une bien grande auciorrté : ^ . Pour ce truffe de vérité."- * v ^ Vous rf vorrai ci r J arfentevdÉr v $ • Si c'om le me conta de voir.* & En Hayrçau ot une botirgoi^e * En une ville assez courtoise , Plaine de jeu■ De vous tei\ chiére ne vi onques, Vous saveis tant de nostrt affaire Que boine chiere devea faire. DE FApHAUX ET CONTES. 167 ' La dame atairt se rapaisa, Chieus lacola et baisa, Conques cele ni mist défais. Teil vie ot menée autrefois Et plus avant un point loi». Assès ont but et dosnôié 60 Tant qu'il lor agréa et plot* Mais au Clerc durement desplot , # Qui repus s'estoit et tapis, Et la chose qui li fait pis , Ce est* que le vallet véoît Qui deleis la dame séoit Et y mesnoit si grant dosnoi : Au cùer en avait grant anoL Tant à la que li viespres vint, Li maris la dame revint 70 En sa maison , car il ert. nuis : Che fu au vallet grant aniûs Ki l'oi>, moult s'en effrço, % A la dame point n'agréa* Dame ; dist chieus, queii part iraif Dist la dame, jet* tous dirai, T$ 1 sai chose plus profitable. # Il a là drecié une table,. Teneis vous y celéement , Je menrai grant effiréement 80 Et vorrai mon mari tenchier * Tant que je le ferai couchier; Et quant point et heure en vèég, D'en voie aler vous pourvéés. «Chieus se repust au miex qu'il set. Li maris à guiae cte sot " Digitized by /■ NOUVEAU HE CU El L Hurta à Fuis hastéement , La dame ouvri iréement Et laidement le recueilli • Et par paroles 1 acueilli. . ' Dont veneis, ehaitis dolereus* « Mescéans et maléureus ? + . 1 » • Vous n'iestes onques en maison , Siestes uns bons sans raison En ort usage maintenais , Car de la taverne veneis , * Si me laissiés toute jour seule * 4 Honni soit vostre gloute geulef. Alons dormir, il en est tans. Bele suer , ne soués hastans, • II me contient ançoiâ mengîer. Cele le prent à laidengier, JEt chieus s'assist, si demanda A meitgier, et du vin manda Dont la bouçgoise se courouche, - Et sa mère forment en grouebe. Suer, dist-il, pour Dieu vous taisiqd Et par amours vous apaisiés ^ * Honnis soit qui s'esjnaiera, Car chieus là trestout paiera. * * - De nul hoste ne se gardoit, Son escrin eitséignoit au doie Qui adont estoit bien garnis. Li Clers cuida esfre «scBarjûs^ Bien cuidptque là le séust* Et qu'au venir véu 1 eust , Si douta* weià lui ne venist , Pour ce alns que baston tenist D.E ^IBLIAUX CONTER i6# « * Igsi fors et? si s'en ala Vers le hourgoîs et si parla : * . 120 Sire , fait-il , par le mort beu . ,■ . . » * Mal A ^>6mtpartiries le jeu . Se chieus n'en gaioit autretant * Qui là derrière est en estant . * ^ Deleis cele table af Or fu li «bourgôis ay3 Qui en son osteil otwHMidstes : Bien pooiçnt reire ses co§tea* Qui ensi du sien Vaaisdiént , Mais son ouvrage li feisoîerit. ^ «3q II fu debonaires et^raris; * Car il egtoit vihôs .sofftâns t ■ • Tousf cpis^fu, n r oi sokig- dé inesléey * Si a^e besojgne celêf^ * . * * * N'a à iaus mot dit lie parle , ■ ■ Et il s'eiKftqpt empais alé. Ne di plus qu'entre iaus lof aVlnt. Ne conment i%da^ne en couvint r ; Ne fu mie trop entreprise^ - : * ». Car dû mestier esfoit M aprfs£ # î4o Vrais wihas.estoit ses maris* ; Se ses cuers fii un*pou maris , Bien le*sot tout à.point remetre j - - Point ne m'en couviént entremette De dire quele redpondi f Ne coumçnt ele s'escQftdi : Ele en sot si-.bien à ch£e£ traire- Quçieatont.m'en-rorm^ < ** " * ' E X P L I C I T # Digitized by i 7 o . NOUVEAU RECUEIi. DO MAIGNIEN QUI F... LA PAME. Oa escoutez, laissiez moi dire, . Je vos dirai une matire Que ja ai volantiers aprise* Un Bachelers«ot famé prise Qui riches ert et aaisiez* Qant 11 ce fu a li cochiez f Ne sai par deus nùiz,p par trois, La Dame qui vost tenir frois Son cors, conmande à faire un bain. La chanberiere , sanz desdain , i Lo fist qant el Tôt conmandé; Et qant lo bain ot apresté , * Et la dame dedanz entrer Et donc ni yolt plus artstçr. La maison fu voide de gent , Qui n'avoit que aux deus loyânz> Por ce que il ni ot qu'eles deus. Une formete à trois* quepeus Avoit la bajasse aportée, . Et la Dame est desus monté* *a , Qui tote despoilliée fu. Li quepou erent vermolu # Et sor aux remest tôt lo fois.: Li quepou qui erent mauvais f Peçoient , et la dame chiet* Se sor une dove s'asiet Digitized by * DE FABLIAUX ET CONTES. nf Si que moult en faut grant achiée : Moult djurement se sent Mecïée. Sa meschinete i est alée Qant cele l'avoit apelée; ♦ 3k> Et la dame li dist, amie, - y Moult sut bleciée v Dex maudie ' Celui que ceste sele fist. * * Et la pucèle après li di& : Dame, fait-ele, max feus Larde ! la damé li dist leus : Car garde s'il n'i pert point» * * ta dame par devant s'esjotnt, Si s'est as estopons tornée. Cele n'est mie acostumée 4o Que par darriere veist>on. Dame , li foyes et li pormon Par lo mien ésciant lo chiet. Desor une dore s'asiet , . • Conment , faif>ele , pqjrt-il plaie ? Oïl, fait el; et moult s esmaie, Qui est fandue 4e un pié. Lasse , fait-ele , don sui gié, Se je n'en ai moult tost aïe ? Por amor Deu, ma doce amie, 5o Alez , si me querrea un mire : Ja cele rien ne saura dire Que je ne li doigne del mien. Atant oïrent un mamgmen Qui son mestier alok criant. Et la pucele maintenait Vient à Fuis, lo meignien apele Qui portoit une viez paele. Digitized by Tantost en la maison qptra, ♦ Et la tiafre li demanda' Se il savoit point de medne. Dame , j'aig£ticor,iel racine * * Qui Wgarrpit, n en dotez rien. La Dame ïrdist /por combien ?" c ' <*Pôr vint? et sis sous deJVIansôis, J N'en prandroie riKe Estâmpôis*, . Et sachiez .que bien vos gaffak Mais vint sous prenez sanz délai , Et jeV voterai ja baillier. . Ainz ne se yosi cirtràveiliier*, Ne estre ciel' cfcnter en'poine. Maintenant par. la main l'anmoine £i Fa cochiée sor un litv ( Li pautoniera^qui ot grôs'v.l. La f..t moult viguerosemerit, *" Après li demande convient' *' Li estoit. Et cele dit, tien : Se vos ave? éuletel mïen . Je nel' tien mie or à, perdu. Li pautoniers qui aisiez fu j * Reconmance, totfanz demore , Et sachiez, que en petit d ore La f..ti trois foiz près à près. Dame, fait-il, desoremais ' M an porrai-jë or bien^aler? Je ne voil ci plus demorer, Car vos estés tote garie. Biaz amïs /dune Juitre foie*, Fait la Dame 7 me fust moult bien. Par mon chief je n'en ferai rienj . DE FABLIAUX Ï^T COVÏES. , 7 S *9û tait-il \ or auriez Vos tort. é — / *Meult- ^x^^ffta^ilibrt f Costume n*a pefk enfant. * JWën ^oprpifljgà/ai^f i* D&môn oignaient; por di^libvres. jti hon est^trfip mmsarz H*lqè& t Qui a fahie fait nul marchié. Je m an vois à* votre çongig. • La dame a poine li otroie^ ' Atknt c'est dPmîs à*ia Vole. ioo . Par cest Wrôpl^lbi d^Éfetitf " " Que se nufde voàfeftfé pwmty > Vos lo'devez moule bien- sf^ir ? Ne faite.pa&vostre pooir - D'à H gésir au pt^iérain , ^ e Q^M^rw^arriçn^ * Por fol vos pôrriea tèhir ; * Si ne Ji porro&z fornir* Ce que auYéi/«L coriirtancié , * no Qui aifroit moult /dlf porelmcté li feroit/aùfcrtît o ^fusr ,^ V * Et por ce nel ^doU pafnsér nïks. ci" Fmr do maigSi£n. Digitized by i 7 4 * J*OUVE£U RECUEIL » LE REVENANT, f) PIERRE DiNfot. Sans plus longuement desiaier M'estuet conter d'un Chevalier Et d une Dame Favanture f Qui avint, ce dk l'escriture 9 N'a pas lonc tans en Normandie. Cil Chevalier Toloit s'amie Faire d'une Dame , étirant poft^e Sofroit por lui quel fust certaine * Que il 1 amoit , car il faisoft Totes les choses qui» savoit . *o Q'à la Dame déussient plaire. Je ne voil pas lonc conte faire : * Cil Chevaliers tant la requist Que la Dame à raison ]fi mist Un jor, et li demande^ et quiert De quel aconte qu'il la requiert D'amor, qani il jor de sa Vie Ne fist por li chevalerie Ne proece qui lui, pléust , Par qnoi,s'amQr avoir déust. (*) Celte pièce est sans titre dans le manuscrit , et j'ai j cru pouvoir lui donner c#Lui sous lequel Le Grand l'a fait connoître, tome n , page 334 dt l'Idition in-ia. Digitized by Google t ' D«E FABLIAUX ET CONTES» i 7 5 *o Si li dist, en rjant , sanz ire, Que de s amor n'ert-il jà sire De si tjue sâche, san dotance Conmant il j>orte escu et. lance, . Et s'il en set venir à çhief. Madame , ne tos soit 4onc grief, fr ljait li Chevaliers , mais otroi • ' Jtfe donez de prandre un tOrribi # Contre vostre Seigyior*, $t sqjt ^ De*aBt s% porte en tèl endroit # Jo Que vos ve oftMy erteroent Par trestot la tornoietweirt ; * Lors si *erroiz*se il v<* siet é * Conme lance et escui me siet. ;" • La Dame , sans nui iletfpièr , * Lo congié done uu Chevalier De prandre k> tornoiement. Il 4 an mercie bonnement : De maintenant, sanz plus atandq^ En vait lo tornoiement prandre. 4o Ez-vos que li tornoiz est pris , % Puis ont as Chevaliers de pris ^ , * Mandé e$ proié .qu'il  raient. Ensi pàT lo païs énvoiônt y * ^ Ne jusqu'au jermene pn«pe*t , Car moult edtalanté en erent , Et Men mandesent |p jor et 1 çr^ As Chevaliers, tôt sanz démode , Et vindrent granz^tropiax ensanble. * Ez vos que li tornois asanbie , ê 5o Et grarfz et orgoiltex ét fiert : Car qui véigt ce» £hevaU*r& 9 '£ Digitized by f7p f - nouveau recueic , - • Qant ore de tornoier $ " » * Haubers vefftjLc v hiaûmes lacer , • - Tost fu chascuns prest endroit soi, Li duî 'qui pri^tÉbtflo^rtioi . * * En la place furent^remiers , Armé sor les coranz destriers f prest de lances depedier. * « Lors saillent «us sanz delaî&r , 60 Les escjAjo^nz -, 1& lances baissent t Lachen^e^^egne*f*si s'eslaiss«pt ^ «•* %foblemant es estriers s'aâjjjjpsnt , *** Les lances bris^f^.et esclicçnt^ Onques de % rjen Jiè s'esp^rgnerent j . Deajespées 'ferefht a Ghpïcuns au t nii»^|ue il savoir , Li Chevalière qui*f*És avoit * Lo to^Bfci, et # juïé par-s'aroe Envers lo Seignor à la Dame ^ *yo Que i^voldraà lui joster Par tans , cu\ cpx*i doic coster Lors laisse ,cele part * r • s * -V Plustost que foille qui départ * D'arc, qant ele est Ijien entesée^ ». * « * Jus Tanporte lance levée, » -\ ^ NeV pot teniv poitrax jj^ cçngle r - Tôt chaï en un mont ensanble* Et qant la Dame a cm vén Q a son seignor est meschéu , * 80 D'urte partie en fu dotante De l'autre moult li atatante , : ^ue ses am^s lVst tien fait. . Que vos feroie plus loxif piait^ ^ Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Moult avoient biei^ conmancié A tornoier tuit, qant peehié v Lor corut sor, et enconbrier, Que mort i ot un chevalier, * Je ne sai pas dire raison Conmant fu morz , ne Fachoison } Mais tuit en furent mat êt morne > Lors l'anfoïrent soz un orme. Après por ce qu'il estoit tart, Li tornoiemanz se départ, Puis va chascuns son hostel prandre. Et la Dame, sanz plus atandre > Par deus gârz mande au Chevalier Que si con il vialt qu'el lait Chevalier, Ne jà por son ami lo. taigne • Qu'à li parler cele nuit veigne» Cil qui fu liez du mandemant, Dit qu'il ira moult boenemant $ Por trestot estre detranchiez Ne sera-il, ce dit, laissié ; Atant li gartz.de lui départ. Qant la nuit vinfr, moult li fu tart Qu'il fust là o aler devoit : Une pucele se prenoit Toz jors. garde de sa venue. Qant il vint là, si la^alue : A grant peor et à grant poine Dedanz une chanbre l'anmoine* Iluec li dit que il se taigne De si que sa Dame à lui veigne* Atant san torne la pucele i if sa Dame dit la novele ï. 7 $ NOUVEAU RECUEIL Del Chevalier, et qu'il e9toit En la chanbre o il atendoit. Diz-me tu voir ? Oïl , par m'aille. Et g irai jà , ce dit la Dame , 120 Qant mes sires sera cochiez. Au Chevalier a ennoié De ce qu'el meÉ tant à venir, Si ne se puet plus à tenir Que endormiz ne soit cochiez, Car il estoit moult traveilliez Des armes c'ot porté lo jor. Et la Dame qui ot peor De ce que tardié avoit tant , En lui en vient toi maintenant. 1 3o Lors esgaçde qu'il dort sans dote : Ele no hurte ne ne bote , Mais maintenant s'en va ariere. Si apela sa chamberiere : Va tost , fait-ele , sanz tardier i Si me dit à cel Chevalier Que il s'an aille vistemant. • La pucele fu en demant Porquoi c'estoit et la raison. Je t an dirai bien l'achoison, i4o Fait la Dame * por ce qu'il dort. Par lame Deu , vos ave» tort , Fait la meschine , ce me sanble. Tu manz , garce , trestot ensanble : Déust-il bien la nuit veillier Por solement un sol baisier D'une tel Dame con je sui ; Por ce si me tome à enui , Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Car je sai bien , se il m 'amast, Por cent Kbvres qui lui douast 1 5o N'en féist-il mie autretant : Va, sel' congée maintenait. Atant s'an tome la meschine, De si qu'au Chevalier ne fine Qui se dormoit desus son coude : Ele vait avant , si Je bote. Cil sailli maintenant en piez : Or ça, ma Dame, bien veigniezj Moult avez fait grant demorée. Por noiânt m'avez saluée , 160 Danz Chevaliers, fait la pucele, Par tans oroiz autre novele : Ma Dame ma ci envoiée Qui lez son seignor s'est cochiée , Si vos mande que ne soiez Si hardiz , ne si envoisiez Que vos jamais en nul endroit Veiniez en leu o ele soit. Avoi ! damoisele , por qwi ? Dites lo moi. J£t je l'otroi : 170 Por ce que pas ne déussiez Dormir en leu o vos fussiez Por si très noble Dame atandre, Si bele et si blanche et si tandre , Et si vaillant con est ma Dame. Damoisele , fait-il , par marne , J'an ai meffait, c'est vérité , ' Mais je vos pri en cherité , Que se de vos aie congié , D'aler là o il sont cochié Digitized by i8o NOUVEAU RECUEIL iSo Entre ma Dame et son seignor : Car sachiez brên c'onques graignor Talant n'oi mais de. faire rien. Tôt ice* vos otroi-jè bien En moie foi, fai Ia ^ucele. Cil qui fu liez de kr*no?ele , Sanz faire nule demorance , Tantost en la chanbrgrs'elance, 11 n'ot pas des jarrez lo chancre. Un© lampe âvoit en la chanbre, 190 Par costume ardoir i siaut. Li Chevaliers sa voie aquialt, L#t droit au lit en est venuz : Un poi en loki s'estoit tenuz, Et trat s'espée tote nue. Li sire, por la gràtit véue, Ovre les iauz, si l'aperçoit : * Li Chevaliers ne se movoit. - Qui estes-vos , fait se il là ? Li Chevaliers tantost parla 200 Qui n'ot cure de là targier, Je sui, fait-il, lo Chevalier Qui je hui matin fu mort , Bien en poez avoir recort. Si sai-je bien? et qui vos moine ? Sire , je sui en moult grant poine , Ne jamais jor rrçg istra marne De si àjtant que cele Dame Qui, o vos gist, pardoné, m'ait, Se il li plaist , un sol mesfait 210 Que je li fis con je vivoie. Que Dex. des ciax enor et joie , Digitized by DE FABLIAU^ ET CONTES. 181 Et de ses biens assez vas daint , Proiez qu ele lo rae pardoint : Car je vos ai dit la raison , Por quoi vien ci et l'achoison. - Dame, Dame, fait se H sire, Se avez mautalant ne ire , Ne coroz vers pe Chevalier, Pardonez li, j'o vos requier. , 220 N'en ferai rien , ce dit la Dame, En vain debatez yostre teste , Car s'est fantôme q> autre beste Qui nos afole tote nuit. Certes non est , si con je cuit. Non fait-je, sire, sanz dotance, Jai fait li Chevaliers eréance En Dame Deu et en sa Mere, Par la foi que devez Saint P$re. Dan Chevaliers, fait ce li Sire, 23o Don vient cist coroz et cist ire Que vers vos a la Damé enprise? Sire, certes en nule guise, Fait li Chevaliers , neï diroie , Car se jai mal , et pis auroie Se j'an avoie mot soné. Certes or vos iert pardoné , * Fait la Dame, dan Chevalier, Ne vos voil or plus traveillier. Vostre merci , ma doce amie , 240 Car*plus ne vos demant-je mie. Or s'an vait cil sanz arestée , Bien a sa bèsoigne atornée; Mais s'il* n aiist ensin ovré ' Digitized by NOUVEAU RECUEIL Il n'aûst jamais recovré L amor qu'il ot tôt de noTel. Pierres Danfol qui ce fablel Fist et trova premieremant , No fist fors por enseignemant A cez qui parler en feroient, Se tele avanture trovoient : Car nus ne Tôt qui n'an amant , Se mauyestiez trop ne sorprant. DE FABLIAUX ET CONÏES. i83 DE LA VIELLE QUI OINT LA PALME AU CHEVALIER. JLJ'une vielle vos voil conter Une fable por déliter. Deus vaches ot, se truis o livre, Un jor furent ensanble alées, Si les a li prevos trové^s, Mener les fait en sa maison. Qant la famé sot la raisop, Alée i est sanz plus atarwjre t Proie li que4i face randre. io Assez proie, mais ne li vaut, Que au félon Prévost ne chaut De qanquele dit, ne li veille. Par ma foi , dist-il, hele vigile, Ainz auroiz paie cest e#cot Des granz deniers mumz «1 p NOUVEAU RECUEIL Se la paume li avoit ointe , Ses vaches H feroit avoir Trestotes quites, sanz avoir, La bone famé a quîs del lart, Qui n'i an tant barat ne art. Au chevalier en vint tôt droit Qui devant sa maison estoit % Li Chevaliers ot mis ses mains Par avanture sor ses rains ; La famé par darriere vait , Lo lart par la paume li trait. Qant cil sant sa paume lardée, Si a la vielle Vesgardée : Bone famé , que fais-tu ci ? Sire, por amor Deu, merci, Si me fu dit c a vos venisse , Et que la paume vos oinsisse ; Et se je ce faire pooie , Mes vaches quites r'auroie. Cele c'o t'anseigna ci faire , Entandi tôt à autre afaire j Mais jà por ce rien ni perdras , Tes vaches quites r'averâs , Si t'abandon lo pré et Verbe. Lavanture de cest proverbe Retrai pôr riche home fauz , Qui plus sont loeiz et fax : Lor san et lor parole vandent , A nule droiture nentandent ; Chascuns à prandre s*abandone. Povres n'a droit se il ne done fc DE FABLIAUX ÏT CONTES. 189 LI DIZ DE L'ERBERIE, P1R RUTEB E4U F. Seigneur , qui ci tfste venu , Petit et grant, jone et chenu , Il vos est trop bien avenu , u Sachiez de voir : Je ne vos voel pas desovoir , Bien le porreiz aparsouvoir Ainz que m r en voize ; Aséeiz-vos, ne faites noize, r Si escoûteiz , c'il ne^vos poize. Je sui uns mires , Si ai estei en mainz empires; Dou Caire ma tenu li sires Plus d'un esté : Lonc tanz ai avec li estei, Grant avoir i ai conquestei. ♦Meir ai passée, * Si m'en rêving pailla Morée Où j'ai fait mout grant dèmorée , Et par Salerne, Par Burienne et par Byterne ; * En Puille , en Calabre , Palerme Ai herbes prises Qui de granz vertuz sunt emprises. Sus quelque mal quel soient mises, Digitized by HOUVEJLU RECUEIL Li maux c'en fuit Jusqu'à la rivière qui bruit. Dou flun des pierres jor et nuit Fui pierres querre : Prestres Iehans i a fait gjierre , Je n'ozai entrer en la terre, Je fui au port. Mont riches pierres en aport Qui font reswsciter le mort. Ce sunt ferrites , Et dyamans et crèsperite6, Rubis, jagonces , marguarites, Grenas, s&opaces, Et tellagons et galofaces : De mort ne doutent menaces ' Cil qui les porte, Foux est ce U ce de#conforte , N'a garde que lièvre» l'en porte Cil se tient bien. Si n'a garde d'aba de chien , Ne de reching d'azne anciien Cil n'est coars Il n'a garde de toutes pars. Carbonculus et gartelars Qui sunt tuit Inde. Herbes aport des dezers d inde Et de la terre Lincorinde Qui siet seur Fonde Elz quatre parties dou monde f » Si com il tient à la raonde. Or m'en créeiz , Vos ne saveiz cui vos véeiz , DE FABLIAUX ET CONTES. 187 Taisiez-vos , et si vos séeiz , Veiz m erberie. Je vos di par Sainte Marie Que ce n'est mie freperie , 60 Mais granz noblesce. ' J'ai Verbe qui les veiz redresce Et cel qui les c... estresee A pou de painne. De toute fièvre sanz quartainne Gariz «n mainz dune semainne , Ce n'est pas faute; Et si gariz de goûte fautre , Jà tant n'en iert basse ne haute, Toute l'abat. 70 Ce la vainne don cul vos bat , Je vos en garraî sanz débat , Et de la dent 1 Gariz-je trop apertement Par un petitet d'oignement Que vos dirai. Oeiz coument jou «onfifai , Dou confire ne mentirai, C'est eens riote. Prenez dou sayn de marmote , 80 De la merde de la linote ' Au mardi main , Et de la fueUe dou plantain, Et ée l'estront de la putain Qui soit biea viHe , Et de la pourre de l'estrille Et dou ruyl de la faucille Et de la lainne, Digitized by i88 NOUVEAU RECUEIL r Et de rescore de lVvainne * Pilez premier jor de semainne , 90 Si en fereiz Un amplastrè ; dou jus laveiz La dent , l'amplàstre ï metereiz Desufc la joe. * Bormeiz un pou, je le vos loe , San leveir ni a merde ou boe, Diex vos destruie ! ^ Escouteiz , c'il ne vos, anuie , » Ce n'est pas jornée de truie # Cui poeiz faire , 100 Et vos cni la pierre fait braire, Je vos^en garrai sanz contraire, Ce g'i met cure. .De foie eschauffei, de routure Gariz-je tout à démesure A quelque tort , Et ce vos saveiz home xort, Faites le venir à ma cort , Ja iert tous sainz. Onques mais nul jor n'oy mains, no Gp Diex me gari ces deux mains, Qu'il orra jà. Or oeiz ce que m'en çharja Ma dame qui m'enyoia sà : Bele gent , je ne sui pas de ces patfres preschejars, ne de ces povres herbiers qui vont par devant ces mos- tiers, à ces povres chapes mau cozues, qui portent boites et sachez , et si estendent un tapiz : car teiz vent poivre et coumin qui n'a pas autant de sachez com il ont. Sachiez que de ceulx ne sui-je pas, ainz sui à Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 189 une darne qui a non ma Dame Trote de Salerne, qui fait cuevrechief de ces oreilles , et li sorciz li pendent à chaaines d'argent par desus les espaules ; et sachiez que c'est la plus sage dame qui soit enz quatre parties dou monde. Ma dame si nés envoie en diverses terres , et en divers pais, en Puille , en Calabre, en Tosquanne , en terre de Labour, en Àlemaigne, en Soissonhie, en Gascoingne , en Espaigne, en Brie , en Champaingne, en Bdrgoigne , en la forest cFArdanne por ocirre les bestes sauvages et por mire les oignemenz, por doneir méde- cines à ceux qui ont les maladies- es cors. Ma dame si me dist et me commande que en queil que leu que je ■rçenisse , que je deisse aucune choze si que cil qui fus- sent entour moi i preissent boen essample , et por ce qu'ele me fist jureir seur srfinz , quant je me départi de li, je vos apànrai à gaVir du mal dat vers , se vos le xoleiz oïr. Voleiz oïr ? Aucune genz i a qui îfee demandent dont les vers viennent. Je vos fais à savoir qu'il viennent de diverses viandes reschauffées et de ces vins en futeiz et boteiz , si se congrient es cors*par chaleur fct par humeur : car si con dient li philosophe , toutes choses en sunt criées , et por ce si viennent li ver efc cors , qui montent jus- qu'au cuer et font morir d'une maladie c'on apele mort solitaire. Seigniez-vos , Diex vo» en gart tous et toutes. Por la maladie des vers garir , à vos iez la* véeiz à vos piez , la marchiez , la meilleure herbe qui soit elz quatre parties dou monde : ce est l'ermoize. Ces famés c'en ceignent le soir de la Saint Iehan et en font chapiaus seur les chiez , et dient quegoutë ne avertin ne les puet panre n'en chief , n'en bras, n'en pié, n'en main. Mais je me merveil quant les testes ne lor brisent et que Digitized by i<)0 IfOUYEAU RECUEIL H cor* Be rompent parmi , tant a l'erbe de Tertu en soi. En cele cha m peigne où je fui neiz l'apele hon marre- bore , qui vaut autant com la meire des herbes. De cele herbe panrroiz trois racines , cinq fuelles de sauge, neuf fuelles de planteing : Jtateiz ces choses en un mortier de cujrvre a un peteil de fer; desgeunez-vos dou jus par " trois matins , gariz serez de la maladie des vers, Osteiz voz chaperons, tendeiz les oreilles , regardeiz mes herbes que ma dame envoie en cest païs , et por ce qu ele wet que li povres i puist ausi bien avenir comme li riches , ele me dist que j'en feisse danrrée : car teiz a un denier en sa borce qui n'i a pas cinq sols ; et me dist et nie commande que je prisse un denier de la monoie qui couroit el pais et «h la contrée où je vanroie. À Paris un parisis; à Orliens nn orlenois; à Àumans un matisois ; à Chartres un ohartin ; à Londres en Aingle- terre un esterlin ; por dou .pain, por dou vin à moi; por don fain , por de l'avaiime à mon roucin : car cil qui auteil sert , d'auteil doit vivre. Et je di que cil estoit si povres, ou hom, ou famé , quil n'eust que douer , venisi avant , je IL presteroie luné de mes mains por Dieu , et Vautre por sa Meire , ne mais que d'ui en un an feist chanteir une messe de Saint Esperit , je di nouroéement por larme de ma dame qui cest mestier m'aprist. Que je ne fasse ja trois pez , que li quarz ne soit por larme de son pere et de sa mere en remission de leur péchiez. Ces herbes vos ne les man- gereiz pas , car il n'a si fort buef en cest païs , ne si fort destrier , que c'il en avoit ausi groz com un pois sor la langue , qu il ne morust de maie mort , tant sont fors et ameires , et ce qui est ameir à la bouche , si est boen au cuer. Vos les metreiz trois jors dormir en boen vin Digitized by DE FABlAATJX ET CONTES. 191 blanc; se vos n'aveiz blanc, si preneiz vermeil; se vos n'aveiz vermeil, preneiz de la bele yane clere : car teiz a un puis devant son huix , qui n'a pas un tonel de vin en son celier. Si vos en desgeunereiz par treize matins ; ce vos failleiz à un, preneiz autre, car ce ne sont pas charaies. Et je vos di par la paission dont Diex raau- dist Gorbïtaz le Juif qui forja les trente pièces d'argent en la tour d'Abilent à trots Hues de Jherusalem , dont Diex fu venduz, que vos sereiz gariz de diverses mala- dies et de divers mahainz , de toutes fièvres sanz quar- taine , de toutes goûtes sanz palazine, de Tenfleure dou cors , de la vainne dôu cul , c'ele vous débat ; car ce mes pères et ma mere estoient où pçril de la mort et il me demandoi.ent la meilleure^herbe que je lor peusse do- neir , je lor donroie ceste. En teil meniere venz-je mes . herbes et mes oignemenz ; qui vodra si en preingne ; qui ne vodra si les laist. Digitized by 1Q2 NOUVEAU RE ORTEIL ROMAN DE TRUBERT, PAR DOUINS. En fabliaus doit fables avoir , v Si a il , ce sachiez de voir , Por ce est fabliaus apelez , Que de faubles esc auriez. Douins quicç fabliau rima, Tesmeigne que il avint jà En la, forest de Pont-Alie Ot une famé hebergie : Vueve famé fu sanz seigneur ; 10 Mouk feisoit petit de labor. Une fille et uh fil avoit , En ce lieu norri les avoit^ S'estoient non-sachant et nice. Norri orent une geniqe , * Si l'avoient moult bien péue De foin , de Blé , d'erbe menue : Tant la norrirent que fu *granz. QuantVce vint au éhief*tie deus anz, Si s'est li valiez porpeqsez : 20 Mei*e, fet-il, vous ne savez, Alons vendre nostre gen^ce, S aura ma suer une pelice , Que bien véez qu'elle est trop nue. Tant com sera si mal vestue Digitized by Google DE FABLIAUX ET CONTES. i 9 3 Ne troverons qui la demant. Biax fiz , fet-elle , Dex t'ament Quant tu as tel chose pensé : Moult as bien dit et bien parlé j Tout jorz mès t'en ameré mex , 3o Maine la vendre se tu veus. Cil un par matin sa voie aqueut-j Au chastel où le marchié queut En a sa genice menée. Un macecrier l'a achetée, Dis sols li fit sanz riens lessier. Cil li dona moult volentier, Encor valoit-ele vingt sox, Mès cil estoit nices et fox , N'onques mès en tout son aé 4o N'avoit vendu ne. acheté. Des deniers ot-il vint , et cant Li valiez a son paiement , Einsi les avoit-il nombrez i En son giron les a noez. Li valiez regarde r si voit Une chievre cuns hom tenoit En un lien , et la velt vendre. Cil vint à lui , si li demande : Volez vendre la chievre , sire ? 5o Oïl j et. si vos os bien dire N'a si bone jusqu'à Doai. Dites por combien je l'aurai. Dirai , vous l'aurez por cinc sox. Quanz vinz sont-ce, ce dit li fox? Ce sont troi vinz, fet li vilains, Dites-vos troi ne plus ne mains ? TOME i. 1 3 Digitized by NOUVEAU RECUEIL Oïl voir , ce dit li prfeudon. Lors a desnoé son giron , Par troi foiz l'en a poié vint , Li vilains à poié se tint , Au bachelêr sa chievre livre r Et cil la prent toute délivre, Si l'en maine moult liéemant. H cuide et çroit veraiement Qu'il l'ait de deus para enginié*? Moult a redouté le pechié. Cil qui par aventure guile , S'en est entrez dedans la vile f Tout contremont s'en est aie» Tant qu'à un hais fesfarestez Où ot peint un viez croucefiz Et apareillié de verniz. Iluec s'est li bers arestuz, Il ne fu pas de parler mut, Ainz a le mestre salué , Et cil li a bon jor horé. Cil met son chiôf en la meson> Si a véu en un anglott Un croucefiz au mur drecié Qu'en la croiz est apareillié ; Bien cuide et croit veraiement Uns hom soit de char et de s&nc» Par foi, fet-il, ci a mal plait, Qu'avoit or cist preudon mefibt Qui en ce fust est enfichiez? Les eùlz éust-il or sachiez Cil qui einsi l'a conraé ? Lors l'en ont trestuit regardé i DE FABLIAUX ET CONÎES. Diva! font-il sez-tu ce qu'est? 90 Oïl moult bien , dit le vallet , Bien voi que c'est un home mort, Je ne sai à droit ou à, tort y Que qu'il ait fet, or le lesson, Dame Dex li face pardon ! Et si feites marchié à moi. Dit li mestres , et je de quoi? Ceste chievre que ci véez , Pour combien vous la me peindrez ? Li maistres entre en la corgie , ïoo Bien entent don fol la sotie : Amis , trqi sols de tes deniers M'en donras , et je volentiers La te paindré et bien et bel* Sire , fait cil , par Saint Marcel Bien sai que trop m'en demandez 5 Mais s'il vous plait vous en aurez Trois vinz, certes que plus n'en ai. Dit li mestres , et je ferai Ceste chievre qu'amené as 110 Et en tes biens fez me metras. Sire, fait-il, moult volentiers, Voil que soiez trestoz entiers. Li maistres la chievre apareille Inde, jaune, vert et vermeille, Moult en a feite bele beste , Li soz en demaine grant feste. La main a mise à son argent, Au mestre a fet son paiement. Sa chievre prent, d'iluec s'en torne, 120 Par devant le chastel s'erç torne pigitized by 196 NOUVEAU RECUEIL Où li Dus dou pais menoit. Aus fenestres en haut estoit La dame , o lui une pucele. Véez-vos or ma demoisele , Cele beste que cil hons maine, Qui de tantes couleurs a laine ? Par ma foi j en ai grant merveille , Onques mès ne vi la pareille. Alez le moi tost amener, i3o Dites que viengne à moi parler. Damoisele Aude i est alée, Jusques au fol n'est arestée : Tôt meintenant qu'ele vint là, La pucele le salua. Amis , fet-ele, Dex vos gart ! La chievre amenez ceste part, Si venez parler à ma Dame La Duchesse, qu'ele vous mande. Mande ? fet cil ,^'que me velt-ele ? . i4o Sire, ce dit la damoisele , Moult en devez grant joie avoir Qant ma Dame vous velt véoir Tant li dit et tant li loa Que li valiez dit , g'irai là Por savoir mon qu'ele me velt. D'iluec s'em part , sa voie aquelt , Et la damoisele l'en maine Jusques devant la chastelaine. Sitost com la dame le vit , 1 5o Se salua , puis si li dit : Amis*, la chievre nos vendez , S'il vous plet, et si en prenez Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. De nos deniers ce quelle Vaut. Dame, fet-il , se Dex me saut , Je la vous vandrai volentiers Un f..... et cinc sols de deniers La faz , itant en avérai, Ou je des mois ne la vandrai. Amis, du croistre vous taisiez, 160 Et gardez que plus n'en pleidiez. De nos deniers en prenez tant Que vous n'i perdez jà néant. Par foi, fet cil , et je m'en vois, Certes ne la vandrai des mois , Se un f..... ou cinc sols n'en ai, Jà de tant riens n'en lesserai. Ce dit Aude la damoisele , Dame, moult est la chievre bele, Por Dieu ne la lessiez aler , 170 Va, sote, il ne la velt doner Por mains d'un croistre et cinc sos. Ne vous chaut, dame, c'est un fos, Meintenant que ^era montez , Descendra , et puis si aurez La chievre qui tant par est bele. Tant li a dit la damoisele , La dame dit qu'ele fera Quanque au bachelër pleira. # • Ce dit Aude , vos avez droit , 180 Que ce ne fet ne chaut ne froit, Que jà pis ne vos en sera , Ne plus ne mains n'i aura jà. Le Bacheler en ont mené , En la chambre l'ont apelé 198 200 2IO NOUVEAU RECUEIt Qui toute estoit encortinée : Aude i a sa dame enfermée Avec le vallet sol à sol. Cil li a mis le braz au col , Si la gita enmi un lit , Si en a feit tout son délit. Aude se siet à la fenestre Qui bien set de sa dame l'estre , Garde , si voit le Duc venant. En la chambre s'en va corant : Dame , fet-ele , que feisiez ? Par la mort Dieu trop demorez Messires est jà à la porte, Se il vient ci vous estes morte. Ce dit la dame , sus levez , Amis, et si vos en alez Savec moi estiez trovez , Mort seriez et afolez. Dame, fet-.il , or vous soufrez, Ainçois sera un mois passez Que de vos soie rasazee : En ce païs où je fui nez 1 met en bien un mois entier. Dit la dame, ce n'a mestier. La dame a pris un cofinel A «on chevez où si joel Estaient, et si ert toz plains De Parisis et de Charteins : La dame en done au bacheler A ses jointiées sanz conter. Par troi foiz i bouta ses mains, Dis livres li dona aus meins ; DE FABLIAUX ET CONTES. Amis frère , or vos en alez , Et votre chievre remenez. A tant ala cil Fuis ovrir, 3*20 Ne l'osèrent plus retenir. La dame à Dieu le con manda , Et la pucele puis s'en va. A l'issue de la chaucie A encontre la chevauchie Le Duc, o lui si chevalier Qui reperoient de chacier. Trestuit à la chievre entendirent , Et moult grant serement en firent Ainz mès ne virent la pareille , a3o Tuit s'en rient à grant merveille; Li Duc méimes s'i areste, Plus que H autre en maine feste. Au vallet vient , si li demande , Amis , volez la chievre vendre ? Oïl„ sire , se vos volez. Frère , dites que vos Faniez Et por combien je laverai. Volentiers, sire, le dirai : Pour quatre paus dou cul l'aurez >4<> Et cinq sols, itant m'en donrez Se ma chievre volez avoir. Amis , tu ne diz pas savoir , Fet li Sires , se Dex me saut, Que ta chievre plus d'argent vaut : Je ne t'en veil pas enginier. Tuit s'en rient li chevalier De ce que paus dou cul demande. Li dus bêlement li demande : Digitized by *oo NOUVEAU RECUEIL Amis , conment ayez vos non ? 25o Trubert , sire, m'apele-l'on. Où fus-tu nez , ne celer mie. En la forest de Pont-Arlie. Trubert frère biax doz amis Quarante sols de parisis Vos ferai orendroït doner , Et si lessiez les peus ester * Qu'il ne vos vaudraient néant. Et dit Trubert , se Dex marnent , Quatre peus du cul en aurai 260 Et cinc sols , ou point n'en vendrai Ainçoïs sera sept anz passez. Ce dit li Du^ , vos les aurez. Voire, dient li chevalier, Mès qu'il li convendra sachier, Que vos ni metrez jà la main. Non, fet li Dus, par Saint Germein, Trubert, il les vos convient prendre * Ne me puis pas du tôt deffendre. Dit Trubert, et je les panrai 370 Touz quatre , jà plus n'en aurai. Mès prenez en à grant plenté. Li Dus li a le cul tourné , Apareillié et descouvert , Si que toz li fenduz apert. Trubert frère , or en prenez De cele part que vos volez $ Et Trubert a apareillié Un poinçonnet moult délié , En la nache li a féru ; 280 Jusc'au manche Ta embatu„ Digitized by DE FABLIAUX ÈT CONTES. Si le r a moult tost à lui tret. A pou li Dus ne crie et bret ; Amis, dit-il, tenez-vos coiz, Mal m'avez fet à ceste foiz : N'i touchez plus , je m'en repent, Car trop i tienent durement Cil poil , il m'auroient jà mort. Sire , ne me faites pas tort, S'il vos plest, congié me donez tigo Einsi com il est devisez ; Jà aurons cestui eslochié Se je l'eusse adroit sachié : Bien sai de voir je l'eusse or , Lessiez le moi tenir" encor. Ce dit li Dus , ce n'a mestier , Nés en lairoie touz sachier Qui me donroit cent mars d'argent, En cor se je séusse tant Qu'il fussent si enraciné , 3oo N'i eussiez ja cop tiré. Se la chievre me veùs lessier Je t'en ferai cent sols baillier , Si l'envoierai la Duchesse. Et dit Trubert qui de tout boise , Vos l'auroiz , ne l'os contredire. Cent sols li fit baillier li sire. Atant se meitent à la voie, Où chastel antrent à grant joie; Li Duz descendi au perron , 3io Et avec lui tuit si baron , Et montèrent tuit où palès. Si grant joiç ne verrez mès NOUVEAU RECUEIL Com il demainent por la beste, Tuit et toutes en font grant feste. Là est la Duchesse venue De sa chambre toute espardue. Aude apele , si li conseille , Coiement li dit en l'oreille , Regarde, c est la chievre au fol , Dahaz aie parmi le col , Se je n'ai moult très grant paor Qu'il n'ait conté à mon Seignor. Certes conté li a, ce croi Einsi com il jut avec moi. Non a , dame , n'en doutez jà , Onques li valiez n'e'n parla; Il s'osast mex toz les denz traire ; Mais alons enquerre Tafeire , Où ele fu prise et trovée. Dit la Duchesse , ce m'agrée : Adès a la Dame pàor. Ele s'en va à son seignor : Sire , dit-elle , bien veigniez, Or estes-vous bien traveilliez. # Dame, dit-il, vos dites voir,- N'ai cure de ces gieus véoir, En une chambre sont entré , Et li Dus a l'uis refermé , Si sont asis en mi un lit. Li Dus i a pou de délit , Car H point dou poinçon l'angoisse Souvent soufasche de la cuisse. Sire, pour Dieu car me contez, Se il vos plest et vos volez, DE FABLIAUX ET CONTES. aoS Où cele chievre fu trovée. • Dame, mar fust-ele onques f née Et li soz qui ça l'amena, Penduz soit-il , que honi ma ! La dame ne fu mie aaise , 35o Qu'ele n'ot chose qui li plaise; De paor li tramble li cors. Ha ! Dex , car féusse or là fors , Dit la dame , en tel leu iroie Que je jamès ne revenroie. Bien cuide et croit veraiement Que ses sires sache conment Trubert lavoit si escharnie. Mes de ce est bien engignie , Que li sires n'en savoit rien , 36o Mès de la plaie set-il bien Que Trubert li fit en la nache, Tout en ist dou sens et enrage. Dieu et tôt son pooir en jure Que se jamès par aventure Puet trover Trubert ne avoiT , Il le fera pendre ou ardoir. Lors a plus grant paor la dame, Dedanz le cors li tramble Famé : Dex, dit-ele, com mar fui née ! 370 Aus piez son seigneur chiet pasmée, Meins jointes li crie merci , Gentis hom , j'ai bien deservi Que tu m'ocies se toi plest. Cornent , dame , quavez-vos fet ? Dites le moi , ne me celez. Certes , sire , bien le savez ; Digitized by ao£ NOUVEAU RECUEIL Celer ne mi vâudroit néant, Et je vos conterai conment Cil à la chievre m'engigna. 38o Tant me dit et tant m'enchanta , Je ne sai cornent ne à quoi , Qu'en un lit se coucha o moi , Et de moi fit ses volentez , Si me mena li deffaez. Bien sai que j'en perdrai la vie , Car j'ai bien la mort deservie. Ne vous chaut , dame , or vos levez Que j'à por moi mal n'i aurez. Bien puet Une famé engignier 390 Cil qui déçoit un chevalier , Dame , voyant toute ma gent M'a si mené , ne sai cornent , Que ne puis sor mes piez ester. Or en lesson le plet ester , Se la gent la hors le sa voient ^ Tuit et toutes s'en gaberoient. Or a la Duchesse sa pès , De li ne conterai or mès , Ainz vos conterai de Trubert 4oo Qui plus gaaigne qu'il ne pert. Assez en porte de deniers , Quinze livres trestouz entiers , Tant a-il sa chievre vendue. Si tost s'en va que toz tressue ; Plus tost o dis liues alées Qu'en n'éust trois oes plumées. Tant ala que vint en maison , Sa mere l'a mis à raison ; Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. ao5 Biax fiz, fet-ele, dont viens-tu ? 4io Je voi bien que tout as perdu ; Ta suer n'a mie peliçon. En non Dieu, mère, ce n'a mon, Mès se Dex plest, un en aurai Les quinze liures fi gita En son giron trestouz ensamble : Mere, dit-il, c[ue vos en samble ? Tant ai vendu nostre génice. La mere qui moujt iere nice , Li dit, bon marchié en as fet, .4^0 II i gaignera, se Dex plëst , Li prendons qui la achetée. Lors a la, paelle lavée , Sa suer si fit une boulie. Quant ele fu apareillie, Ainz n'i ot parlé d'escuele, Tuit mengierent en la paele. Quant ont mengié si vont gésir , Trubert se prent à endormir Qui estoit travèilliez et las : 43o Le main ne s'en sentira pas. Moult tost se vest et apareille , Qu'il li est montez en l'oreille Qu'encore ira le Duc véoir Pour apenre et por savoir S'il auroit plus de son argent. De riens ne se va atargent , Prant doloere et besagne , Et coigniée et hache esmolue, Et s'atorne de quanqu'il puet 44o De ce qu'à charpentier estuet. Digitized by »o6 NOUVEAU RECUEIL Trubert s'est tost acheminez, Jusc'au chastel n'est arestez Où il ot sa chievre vendue. Entrez est en la mesure rue Et va criant tout contreval : Charpentier sui d'uevre roial. Au seigneur l'ala-en noncier Qu'en la vile a un charpentier Le meilleur qui onques fust nez. 45o Alez à lui, si m'amenez, Fet li Dus, j'en ai grant mestier. Tantost s'en torne un escuier Por son seigneur servir en gré. Tant l'a quis que il l'a trouvé. Li escuiers le salua, De par le seigneur dit li a : Bon entrastes en ceste terre Se vos savez feire bone euvre. 46o Oïl, dit-il, jusqu'à Aucerre N'a home si bien s'en entende. Dont venez au Duc, qu'il vos mande, G'i irai, fet-il, volentiers. Or l'emmaine li escuiers Aveiques lui grant aléure. Devant son seigneur à droiture Va Trubert, s'il est connéuz, , Tout meintenant sera penduz; Mès il est mpuh bien desguisez. 4 70 Tout meintenant en est alez Hardiement teste levée, A la Duchesse saluée Mestre , je vous sui venuz querre, DE FABLIAUX ET CONTES, Par cortoisie touz premiers , Puis le Duc et ses chevaliers. Mestre, fet le Duc , bien veigniez, Séez vos ci, moi conseilliez D'une maison que je voil faire, Cornent j'en porrai chief treire. Bien vos en saurai conseillier ; 48o N'a home jusqu'à Monpellier Qui tant en sache com je faz : Par Saint Tiebaut de Charpentaz, Tel la cuit feire et atorner Qu'en ce païs n'aura sa per. N'i aura chevron ne cheville , Toute tenra à tire lire. Dit li Dus , ce vpii-je moult bien, Et je vos donré tant du mien Einçois que de moi départez, 490 Que jamès povre ne serez. Li Dus a fet doner tantost A Trubert quote et seurequot Et uns estivaus de ffeiis : Si fez n'a voit euz jamais. Or fu bien chauciez et vestuz, Doit tout en tout fu bien venuz* Que vos feroie-je lonc plet ? Il ne velt chose que il n'ait. Le mengier fu tost aprestez 5oo Moult fu por le mestre amendez» Il i ot grues et roons^ Perdriz, ploviers, TmffgFi, plunsjons, Et autres mès i ot asez ; Ne vos auroie hui toz nomez. Digitized by Google NOUVEAU RECUEIL Il i ot assez à planté, Si com Dex l'eust* devisé. Âsis se sont et entablé , Li Dus a le mestre apelé , 4 Encoste lui le fet séir. 5io Qui véist escuiers vênir Aporter mès et entremès , L'un après l'autre , près à près , Bien puet dire par vérité , Ci a à mengier à plenté. Et por Trubert plus soulacier Avec Aude le font mengier, La damoisele la Duchaise. Il n a dame jusqu'à Pon taise Ne damoisele qui la vaille. 520 Trubert menjue et ele taille ; Moult se paine de lui servir. Quant ont mengié à grant lesir, Et en dut les tables oster , Trubert lesse un grant pet aler, Tel que tuit et toutès l'oïrent. Li chevalier moult s ? en aïrent , Mès ne sevent qui ce a fet ; N'i a celui honte n'en ait. Nés li Dus an fu corociez , 53o Estrubert a bouté des piez La damoisele , se li dit : Damoisele , se Dex'm'éit 7 A toz nos avez fet grant honte. Et celle seur le pié li monte , Samblant li fet que il se teise. Damoisele , par Saint Gerveise , Digitized by DE FABLIAUX Et CONTES. Ce dit Trubert , ce h*a mestier, S*en m'en devoft' les prez trenchier , Si en dirai-je*t<*ut le voir, 54o Amis, tu ne diz pas savoir, Dit cele qui côrpes $î a , Que par celui qui m'engendra Je ne fis hui ci vilenie. Je nel' créanteraie mie, Ce dit Trubert , je mentiroie. La damoisele simple et coie Lesse le plet ester atant , Et moult li poise durement De ce qu'ele la si servi. 55o Je méisme tesmoin et di, Qui à vilain fet bien se pert : Ausi fit Aude à Estrubert. Tuit se sont des tables levé j Li Dus a le mestre apélé : Maistre , fet-il , se vos volez , S'il vos plet et vous le loez , Nos en irons demein chacief En ce bois pour esbanoier , Et si porveifons dù merrien. 56o Dit Estrubert , ce lo-je bien ; Nos ieroiïs demain matin , S'il i a chesne ne sapin, Ne autre bois qui bon nos soit , Si le seignerons orendroit , Si que les puisson retrover Quant nos irons por l'amenefr , Einsi l'ont créante et dit. Li Dus conmande à faire un lit tOMR I* 210 58o 590 NOUVEAU RECUEIL Où li mestres ira couchier , Et en si fit sanz deloieiy En une chambre bele et cointe Li fet-en lit de éouche peinte Que uns rois i péuit gésir. Tuit et toutes se vont dormir. Trubert s'en est où lit entrez Dont li drap furent de deus lez ; Dormir cuida , mes il ne pot , Que li bons Hz li oste et tost. 11 ne l'avoit pas après tel, Souvent se torna en costé Et de selonc et de travers Et à endroit et à envers. Plus de cent fois torne et retorne , Tant torna qu'à dormir s'atorne A grant paine et à» maie mort , Mès il se resveille moult tost : Hé Dex ! dit-il r cora maie couche ! Que chancre li arde la bouche Qui la fist feire et qui la fit , Et qui tant de phimette i mist ! Li Dus la fit feire sanz faille, Mès ne me pris une maaille. Se je ne m'en venge ainz le jor. Estrubert sanz point de sejor De la chambre où il jut issi Moult coiement et moult seri , Qu'il n'a cure de faire noise. Droit à la chambre la Duchoise En est alez la droite voie. Je ne cuit que boute-en corroie DE FABLIAUX ET CONTES. Ne lechierres, tant soit hardiz, bsast feire ce %|ue il fit , Il va à I4 chambre tout H^oit Au$i com li str||$)fesoit. Or oiez qu'il «i énperisé » Il ot le soir tout çs^arclé ^ Bien vit que Ifsire et la dame N alerent pas gésir ehsamble, Mès chascun par li *en sa chambra. Bien li souvient et bien li menbre De éêle chainbre où il fu ja Quant à la dame s'acointà. A celle en est venuz droit, Il n'i boqta mie détroit , Mès de son doi moult doucement I fiert troi foiz en un tenant , Si que la dame s'esveilla, Et Trubert encore i hurta Un moult petitet de son doi. Diva ! dont n'çz-tu ce que joi, Dit la dame à sa pucele ? En non Dieu, dit hfdamoiselle, Bien lai oï et entendu. Et sauroies-tu que ce fu ? Naie voir , se c'en est measires. Quant Trubert li oï ce dire , Moult doucement à luis bouta. Aude demande qui est là. Cil qui fu sages et recoiz , Li respondi à basse voiz : Ouvrez tost luis , je sui li Dus. Quant Aude l'oï, si saut sus, aia NOUVEAU tlECUEIL Isnelement a Fuis ouvert. Léanz nule clarté n'apert, Et cil se test et ne dit mot, Au lit la Dame en vint tantost i Les dras liéve , au lit entra , Ainz la dame ne refusa, Qu'ele croit que ce soit ses sires , 64o Por ce ne l'ose contredire , Et Trubert la dame rembrace, Autre chose ne quiert ne trace : Touz ses bons et ses yolantez En fist , et puis est retornez. La dame dit en conseillant , Je m'en vois, à Dieu vos conmtat. Alez , sire , qui vos enchace ? Et la dame Trubert rembrace Qui son seigneur cuide tenir. 65o Par Saint Lorenz le bon martir, Sire y moult ies anuit legiers Et à merveilles bons ouvriers ! Ne vos avint mès , grant tans a. Et Trubert si la rembraça , Si reconmence laverrie, Et la dame en est moult lie. Assez menèrent leur déduit , Tant que fu près de mienuit. Trubert ne si atarde plus , 660 Dou lit se lieve et saut sus ; De la chambre ist , si s'en va , Tant cerche de ça et de là Qu'il est en sa chambre asenez> Son lit trueve, si est entrez, Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Endormiz s'est et acoisiez. A mienuit est esveilliez Li Dus, si prit à eschaujer, Talent li prist de famé aler. Du lit se lieve, si s'en va : , Jusqu'à la chambre n'aresta Où la Duchôise se gisoit. A Fuis bouta et Aude l'oit , • Enc£§#te dormet-ele mie ; Et qui est-ce là, Dex aïe ? Damoisele , je sui li Dus. Quant Aude loi' , si saut su? , Moult tost li ala ï'uis ovrir. Avec la Dairîe vet gésir Li Dus, si la beisè et acole. Cele qui fu de bone*escole , Simple , cortoise r et tleboneire , Li soufri ce que il volt feire, Ainz de riens ne li contredit, Et nequedant bien s'en^oufrist , Que Trubert l'avoit bien soignie. Ne set conment ele est guilie , A son seigneur dit en la fin , FoPque vos devez Saint Martin, Savez-vos or qtian tes foiz sont ? Oïl bien , li Dus li respont , Un muet les porroit conter ; Se Dex, me doint de ci lever, Il sont à ceste foix quatorze , Gardez la quinzième nestorde, Que nomper les devez lessier. Je ne sai que beùstes ier îi4 NOUVEAU RECUEIL Qui einsi vos fet roide et fort. Dame, fet-il , vos avez tort Quand vos de ce me menez plet , 700 Ne ferai mès ce que j ai fet, Encorvossoitetbel'etchier, Se je vos en puis conseiilier , Une foiz ou deus la semaine. Vos m'en avez fet bone estraine , ; Dit la dame , à cestui lundi ; Se tant en faites le Et touz les autres jorz après , Vos tenroiz moult le mestier^ près. Adont se corroce li sires , 710 Par mau talent li prist à dire : Dame, dame , or molt trop gros Bien savez geter vos seur os Por moi escharnir et gaber : Ne sui pas si preux ne si ber Com estoit li fox à la chievre. Lors vosit mex avoir la fièvre La dame , qu'ele éust dit mot , Quant ele oï parler du sot : Le cors li tramble de paor, 720 Grant merveille a de son seignor Qu'en tel meniere li respont. Sire , par tous les sainz qui sont, Ne vos dis anuit chose à gas. Teiziez, je ne vos en croi pas, i Fait li Dus, qu'encor ne savoit ' Por coi la Dame le disoit. De la chambre ist , si s'est couchiez Dedenz son lit touz corociez, Digitized by Google DE FABLIAUX ET CONTES. Et toz iriez et toz dolenz ; Il jure la langue et les denz Que por néant Fa eseharni , Et la dame tout autrési Est moult dolente et engignie : > Bien croi quelle soit corocie. Li jorz vint quant Dex l'amena, Li Dus par matin se leva , 11 et li autre chevalier Qui dévoient aler chacier. Es chevax montent , si s'én vont. Estrubert fu où premier front; Moult ala le Duc costoiant Et ses afeires devisant. Il li devise une meson Tout sanz carrel et sanz moulon , Et li sires en a grant joie , Car il croit que faire li doie Toute tele com il devise. Mestre , fet-il , par Saint Denise Buer vos acointates à moi. Sire , dit li gloz, bîen le croî. Atant vienent en la forest, Et Trubert devant lui se met ; Li sires se muet avec lui , Par la forest s'en vont il dui. Li Dus à ses chevaliers dit , Ainçois que dans s'en partit , Que par la forest s'espandissent Dui et dui , et si i quéissent Des plus droiz fuz tout contreval, Et il dui entrent en un val. NOUVEAU RECUEIL Tout contreval en sont aie , Tant qu'il ont un chesne trové. Estrubert le seigneur apele* Sire , ci a bone norele : Vez ci un chesne grant et gros, En vérité dire vous os * 4 Qu'il n'a si bon en <;e repaire Por tel euvre com je voil feûfle ; Moult nos an est bien avenu. Trubert est à pie descendu^ * Et cil qui mal porquiert et trace, Entre ses braz le chçsne embrace , Mais ne la pas tout embracié, Ainz s'en faut encor demi pié : Ce dit Trubert qui de tôt boise , Sire, vos avez plus grant toise Que je n'ai , car vos essaiez. Se embracier le porriez , S'en ferons planche de quartier , Car mex en sauriens le voir Combien de gros il puet avoir, Li Dus a le chesne embracié , Trubert si ot apareillié Le chevestre de son cheval : Or oiez que pense de mal. Le Duc et le chesne au poing ceint, Et li Dus de mal talent taint , Et dit, mestre,, lessiez ester, S'il vous plait , vostre mesurer, Vos mi porriez bien blecier. Et dit Trubert , ce n'a mestier , Encor ne m'eschapez vos mie, DE FABLIAUX ET CONTES. Avoi ! mestre , tel vilenie Ne feroiz-vos jà , se Dex plest , Que vos me faciez point de let, Ainsi m'auriez-vos traï , Ne vos ai mie deservi. N'ai cure de vostre bas ton , Ce dit Trubert , mèa^d'un baston 800 Vos batrai-jô jà les costez. Cornent déable, estes-vos tes! Jà je ne vos ai-ge riens ferfeft. Trubert li lesse ester le plet, Un baston a pris à deus mains , •Le Duc en fiert parmi les rains, Empiez et en jambe et enf brazj Et cil qui estoit pris au laz , -* . Crie , mestre , por Dieu , merci , Lessiez moi eschaper de ci , 81 q Je vos donrai dis mars d'argent. Je n'en penroie mie cent , . Dit Trubert, ice n'a mestier, Jà n'en aurai vostre deçîér. Contremont dreice le levier', Si li a tex sept cous paiez , Du meneur fut-il trop^revea Du tinet qui de chesne Ses deus braz parmi les oreilles Dou van les fit outrepasser ; Ainz mès n'oïstes ce conter. . Einsi l'a bien pris et lié Com s'en un cep l'éust coignié. a5o Mestres, feites apertement, Car je sui ci en grant tonnent, Nel' puis longuement endurer. Sire , ne me puis plus haster , Je voudroie^à avoir fer* De son sachet la boiste tret , . De cè qu'il a dede&z trouvé Li a le cors oint et doré. Dex! dit li Dus , biax Rois puîssaftz, Com par put or cist oignemesiz ! Ausi put com mei*de de chien. 260 Sire , vos devinez moult bien , Dit Trubert, par tans garirez. Por Dieu, mestres, or vos hastez Que je ne puis mie soufrir , Volentiess iroie jesir. Ne vos devez passitost plaindre, Il sanble vos vos veilliez feindre. Non faz voir , je n'en ai talent. Trubert tantost un baston prent 270 Vert et gresle tel corne une aune. • Le Dus en fiert et bat et aune ; * Quarante cous qu'anqu'il puet letter 23i TTOirVEAU RECUEIL Li a parmi le dos doné , Lors jure Dieu et sa. vertu Mar i aura plus cop fera : Cuidiez me vos einsi garir? Par Saint Estienne le martir Mex voudroie dis anz gésir, Voire vint et deus en langor , Que je soufrisse tel langor. Je cuit vos me tenez por fol : Dahaz aie parmi le col Se je vi ainz mes si fet mire. Sire, ce ne vaut riens à dire, Lessiez ester vostre pleidier , Gbéuz estes en mon dangie? : Lors li redone quatre cox. Pour le cuer bien estes vos fox?. Ce dit li Dus, tenez vos coiz, 1390 S'encore i ferez autre foiz , Je ferai venir ma mesnie Qui vos feront grant vilenie. Je ne pris gueres voz menaces. Lors le refiert parmi les braces , Li sires bret , et cil le frape, Chéuz estes en maie trape , Tet Estrubert, par Saint Thomas : Encor ne nreschapez-vos pas. Cest oignement que ci véez , lîoo De quoi estes oinz et dorez , Convient en vostre jcors einbatre. Trubert le reconmence à batre , Quarante cox de livroison Li a p#iez enjan randou. DE FABLIAUX ET CONTES. Quap| Tôt tant batu com li sît ?» En coste le seigneur* ^asit, Si li a tout rèno^elé Emsi &** # l^emenêï Ne li cela^mie Son nôn , * ♦ 3 1 o Trubei% dit cpte il avtoitfnW. Quant li Dus connut le glouton Au**uer en ot grant cuisgd^dl^: * Envers en eàt chéuz pwmm f<< % * A pou nîest mon, si esterez;* tfc < Et Trubert s'en est fo^ issuz * De Ja chambre tout pannfcl'uis; Puis f a après Fuis refermé^ * , , O lui en a la cléf porté. La Duchoise li vint devant \ 3ao Et li chevalier ensemant' Qui demandent de leur tfeigmeur Conment li est de sa doteur. Bign , ce dit Tru^eit, se Dex plgftt, Dont n'avez-vos oï le plelT Et la noise qu'il a meiâ&f Sa coste li ai repellée A un baston mex que je pos. Nos avons bien oï les cox Dès oi, dient li chevalier Moult vos a mené grant Afttgier , 33o Et juré Dieu et son*pooir?^ Est ore endormiz? oïl voir , Endormiz s'est et acoisiez, * ^ Mès n'est mie encore eschapez : Tantost com il s'engoissera , Li oignemenz l'esveillera, ft «NOUVEAU RECUEIL Si criera et fera noi^e. t * Me puet chaloir , dit la Duchoise Qui nule guile n'i entent, 34o Contre fort roal fort oigàeiqçnt : Mex li vient-il ajnâi soufrir* ¥ Que adès en tel point languir. . Or li ajiçge sa dolor , * - Endormiz s'est pour la douçor ; PorT)ien n^ li facfe nus noise. Nonfera-l'^n*, dit là Duchoise,' Ce deffen-je moult bien à toz y Que li dormirs li est moult douz; ne, dormi niés huit jorz a. 35o La dame Tmiberi embraca , «Et plus de. cent foiz la merciè , Ht toute la chevalerie Le mercient por lor seignor : Moult li portent tuifc grant honor. Et dit Trujt>cftît , je voi^aler Là fors aus chans por déporter M'entres que messires se dort. J£n li a amené tantost Un palefroi tout enseié 36o Dont li estrier ierent doré ; A ses piez se met uns garçons Qui li chauçà ses espérons; Trubert seur le cheval monta, Et la dame li demanda : Mestre, vôlez-vos conpaignie ? t Et dit Trubert, je «'en voil mie; Je serai moult tost revenuz. Atant est de la^cort issuz, DE FABLIAUX ET CONTES. Tou : sonef chevauche par guile , 13^0 Tant que il vint hors de la vile; Et quant il fu en son chemin , Ne samble mie pèlerin, Ainz chevauche grant aléure JjU* Et Trubert point ne s'aséure. Trubert fuit et nus ne le chace, De foïr à moult grant espace : De ce li est bien avenu. Moult Font au chas tel atendu Li chevalier , s ont fet folie ; i38o S'il puet il ne revenra mie. Li Dus qui est où van toz nuz , Est de pasm oison revenuz , Si s'escrie , Dex ! que ferai ? Secourez moi ou je morrai. Dame , dient li chevalier , Asez tost a li Dus mestier D'aucune chose, que ferons? Dit la dame, nos ieron^ Cil mestres a trop demblré. i3go Vers la chambre s'en sont aie, Luis ont trové clos et serré, Trubert l'avoit moult bien fermé Sire , dient-il , ouvre Tuis : Par foi , dit-il , et je ne puis ; Li glouz en a la clef portée , Honiz de Dieu et de sa mere Soit-il , qu'il m'a batu à mort Se ne me secourez tantost, Je sui alez sanz délai er, i4oo Et il tantost sanz recovrier *35 . - Digitized by Google 7.16 * NOUVEAU RECUEIL Ont Fais brisé et desconfit. Le Duc truevent où vent confit , Les deus braz parmi les oreilles. Tuit i acorent à merveilles , D où ven l'ostent isnellement, Agrantpaine et à grant f Pueent-il soufrir la puor. Moult a li Dus soufert dolor ; Tôt meintenant laver se fet , i4io C'est la chose pis li a fet : .| De la pueur a tant béu Tout en a le cuer esperdu. Le Dus ont en son lit couchié Si batuet si traveillié, Que jamès jor ne s'aidera. Ha! Dex corn mal mire ci a ! , Fet li Dus , qu'est-il devenuz ? * Gardez orendroit soit panduz Et traînez aval la vile , iifao S'aura comparée sa guile : Ce est Trubert li desloiaus , Li glouz qui tant m'a fet de maus, Par foi , sire , il s'en est alez. Non est , fet-il , vos le celez. Dit la Dame, si est par foi, S'en maine vostre palefroi. Des lors que de laienz issi , Un palefroi enseller fit , Dit qu'il iroit a us chans joer : t43o Encore est-il à retorner. i , fet-il , il est desvez , i foiz m'est-il eschapez; Digitized by r Dï FABLIAUX ET C ONTE S. Jà fussent tiât après aie, Mes li sires a conmandé Que bus ni voist juseau matin , Lors se metrqnt tjiit au chemin , Si le querront tant que il l'aient. Atam li chevalier le laissent Tant que ce vint à landemain*: 1 44<> Chascun s%n esveille moult main , Moult seront matin esveillié , Atorné et apafeillié Pour après Estrubert aler : Il n-'i a mais que du monter. Atant es-vos un chevalier Qui vient poignant seur un destrier, Droit au perron est descenduz. il ne fu pas de parler mua, Ainz demande hardiement: • *45o Seigneur, enseigniez ntoi conment Porrai parler au Duc Garnier. Amis dient li chevalier, Se ce ifest moult eelée chose, Dites le nos , qu'il se repose. Li Dus est traveilliez et las De ce qu'il joa aus eschas. Alez li dont dire erraument Que saparaut isnellement , Que li Dus Goulias li mande 1460 Et les trives li contremande , Et se dit encore autre chose , Que se li Dus combatre s ose En ce pré seul à seul à lui, Ou li ou chevalier por lui , Digitized by a38 NOUVEAU Rï^UEIL Autrement ne se quiert coift>atre, Se dou cheval le puet abàtre, Meintenant istra de sa terré , Ne jamès ne li fera guerre. Amis , tout ainsi li dirons , - 1470 Et à redire vos saurons w Ce que messires respondra. Quatre, chevaliers en vorit I࣠Tout droit là où li sires git , * Au Seigneur ont conté et dit : Sire, vos estes asigiez, Li rois Gouiîas est logiez Tout prés de ci à quatre lives , Et vos contremande les trives. Dites-vos voir ? oïl sanz faille , 9 i48o A demein requiert la bataille ; * Encor dit-il se vos avez Chevalier qui soit si osez Que à lui se veille combatre , Se dou cheval le puet abatre, Atant iert la^guerre finée , Si s'en ira en sa contrée. Sire mareschauz, dit li sires, Mauvès sui , ne puis estre pires; Metez conseil en cest afeire 1490 Du mex que vos le saurez feire : Seur vos en met toute la cure. Li seneschauS ne s'aséure t Isnellement s'en va arien Amis , dit-il au mesagier , Quant tu voudras si t'en repaire , Nos verrons que nos porrons feire; Digitized by DEFABLIAUX ET CONTES. a3*) . Se li rois vient, nos te Verrons , * Jà por lui ne nos eh fuiroas. \ Atant § en est li mès tornez , i5oo Tout sanz congié s'en est alez. Or a li Dûs moult à penser - De Trubert lessent tout ester, 11 ne pueent àler après., i Moult fu li senescbaus engrès Et porvoianz de la besoigne : 4 * Il mande par toute Borgpigne Et chastelains et vavasors Que à lui vienent au secors , Et mai^de par tout soudoiers , i5io Turpins , archiers , arbalestiers. Moult en a fet grant asamblée, Par tout en va la. renoméfc : Trubert en a oï parler , Il dit raençon : Ne" li a lessié c un roncin Qui cloche et si a le fresin. Moult fu de povres dras vestuz , Car les siens avoit despenduz. Trubert s'aconpaigna à lui, Vers le cnastel s'en vont anduî ; Trubert si li a demandé , Biax sire, où avez-vos esté? i55o Moult estes à povre conroi. Amis , je fui à un tornoi Où j'ai peçdu quanque jarvoie-; • Mès se je au chastel estoie, Moult tost seroie recouvrez , Que je surde cest païs nez De la sereur au Duc Garnier, Sires est de ce païs ci : Un mois a que je m'en parti. Sire, ce dit Truheçt, montez Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Seur cest palefroi et Testez 24 1 Ceste robe que j'ai vestue, Car ce serait desconvenue, S einsi entriez où chastel. 11 i doit ayoir un cembel, Assez i a de chevaliers, Et je sui ci uns escuiers ; De ce pais ne sui pas nez. Se Déx plest bien le me rendrez, i5yo Ce dit Trubert au chevalier, C'ausi vien-ge pour guerroier. Dit li sires , ja ni perdras , En ce marchié gaaigneras Qui vaudra^quatre mars d'argent, Car tu nie fez" bonté moult grant, Et je le te puis bien merir. Atarit se prent à desvestir j La robe Trubert a vestue, Et Trubert la soe remue. i58o Li sires monte où palefroi Dont la couverture est d'brfroi j Et Trubert deseur le roncin Qui touz estoit plains de farcin. Vers le chastel s'en vont errant , Li sires chevauche devant, Car ses chevaus soef l'enporte : Tant erre que vint à la porte. Quant il fu où chastel entrez, Moult cuijlè bien esïre arivez ; 1 590 Mès la Duchoise l'a véu , Por Trubert l'a reconnéu*, Tantost a 'dit au seneschàl, TOME T. l6 i6oo 1610 1620 NOUVEAU RECUEIL Vez là celui qui tast de mal Nos a fet et tant de tristor , Ce est Trubert qui mon seignor A batu jusques à la mort. Se nel' pendez vos avez tort^ C'est li chevaus qu'ier emnèna Et la robe que vestuë a , Vos li donastes l'autre soir. Par foi , dame > vos dites voir , Voirement e$t~it ce sans faille; Je ne me pris une maaille * Se je traîner ne le faz; Ce est li hons que je plus haz. Dit la dame , bien vos gardez, Que de nul* riens uel' créez; Il set plus de mal Digitized by DEJFABLIÀUX ET CONTES. a*7 Et preudons seur touz autres soies , Preuz et hardiz et cor^geus. Sire , ce dit Trubert .li fox, N'a si bon eu tout**iion pavage , Demain verra-len mon bernàge, Se je truis le roi Gobas, t Il a bien geté ambesas. Li dus lui demanda son nom. 1760 Sire , haut de cuer m'apele-on ; Onques Rollant certes ne fu Si forz ne de si graiit vertu Com je sui , la merci Ihesu , Meint chevalier ai abatu : Moult a le Duc aséuré. Tant ont le plet einsi mené Que il fu ore de souper. Ne voz sauroie deviser 1770 Les mès que il orent la nuit : Moult i ot Trubert de déduit , Tuit se painent de lui servir. Qu*ant ont mengié , si vont gésir, Et quant ce vint à landemain Par leanz se lièrent à plein. Li Dus se lieve et sa mesnie , Trubert- ne si atarja mie , Apareilliez s'est et levez, En la chapele en est alez 1780 Où li Dus est et sa mesnie : Dou Saint Espir ont messe oie. Trubert a feite sa proiere : Sainte Marie , mère cfoiere , $. *Tu me dones si esploitier Digitized by *4* NOUVEAU RECUEIL Que en maison revoise arier Sainz et hakiez , riches d avoir , Et que nus ne puisse savoir Qui je sui , ne qpnment j'ai non. Quant ot finée s oroison 1790 Et quant la messe fu chantée,. En une chambre encoitinée < Là ont-il Trubert amené , De toutes armes Font armé, Moult resamble bien chevalier. On li ameine le destrier Qui plustost cort c'oisiaz ne vole : Li Dus vient à lui , si lacole^ Biax sire , pensez de bien faire , Ma fille vos doing en doaire 1800 Et la moitié de quanque j'ai. Sire , dit-il , bien le ferai. La fille le Due li chauça Uns espérons , puis l'acôla Et dit , de m'amors vos soviegne , Portez en ma guimple à enseigne^ La Duchoise la acolé, Un annel d'or li a donné Qui bien valoit cent mars d'argent, Puis li a proié doucement 9 1810 Sire, dou bien faire pensez. Puis est seur le cheval montez ; Deus espiez rouve et en li tent , A chacun bras un escu j>ent, Toutes ses armes sont vermeilles , Trestufc se seignent à. merveilles De ce que deus escuz enporte. DE FABLIAUX ÉT COUTES. Trubert s'en ist parmi là porte * De la vile, et vint an, sentier, Grânt p^pr a de trebuchier, 820 Car ses chevaus est abrivez Et gras et gros et sejornez , Et Trubert l^ambes estraint, Des espérons le cheval point. Tantost com les espérons Trente piqz li sailli avant , , De pou que Trubert rfest chéuz - r Mès à l'arçon s'est bien tenuz. * * Sès lances li vont baloiant Et ces escuz aus eulz feranfc 83o Li chevax de papr s'esfroie , Droit en l'angarde aqueît sa voie, C'autre foiz i awit esté , * Dez ne fist heure sejorné, * Sitost alast com i^Tenporte , % Et Trubert moult se desconforte, Que grant paor a de mort* : A riens n'entend qu'à lui tenir. MauveisemenÇ li fu fermez Ses hiaumes qui li ert tornez ; 84o Par derrier en sontli oillier, Les eulz samble qu'il ait derrier. En l'angarde un espie a voit, De si loing com venir le vpit, Grant aléure en fuie torne , Nule part ne ganchit ne torne ; . An roi le conte toz marriz : Sire , ci vient uns anemis , Plus tost cort qu'aronde ne vole. 2$o NOUVjEÀU ftfeCUEJL 1SS0 Garde ne i^jfoU>*iier Seigneur ^ or £p soie* tuit Ji , A 4 Que c'est un 4«*We enparçèV ; Il Vient ci , fmdfegt* Je yer*ez. ïe le vi do^i <^^#«ir , Ainz puis ne %a*4e tfourjr , Car c'est 3 Et li Dus K demande et dit : Sire, estes vos auques navréz? Dites, por Dieu ne le celez. Je cuit, fet-il, bien en garraij En grant aventure esté ai. 1960 Knmi la eortest descendez, Par pièces li çhiez ses escuz. Li Dus le voit, de joie ettcrit , Aus chevaliers le montre et dit ; Vez, voi ci te plus hardi home Qui soit d'Illande jusqu'à Rome ; Il a plus cuer que Un lion. Cil respondent que ce à mon. Trubert a tret de sa loiere te cul et le ç*. qui i ère , 1960 Au Dus en a fet un présent, Li Dus entre ses mains le prent, Puis li demande que ce est. Sire , dit-il, la bouche i est De GouJias et les narilles. Par foi je croi bien , dit li sires' Einsi Êiite bouche avoit-il: Et qu est-ce ci , est-fce sorcil ? Ce sont les narilles par foi : Onques tnès ne vi si fet roi. 1970 Quant la teste li oi coupée , Volentiers l'éusse aportée , Mès onques ne la poi lever , N'oi . pas loisir de sejorner , Erraument en tranchai ce jus. Vos avez bien fet. dit li Dus. Li sires les fé% estuier Digitized by Google a54 NOUVEAU RECUEIL Dedanz son càtre bien fermer, Et puis prent par la raein Trubfert , Sire , fet-il , par Saint Lambert, 1980 11 n'a heme jusque* è v*)s Cui j'aing autant cOtirje ht vos , Car en grant r Et Truberfrqw sk tofc les «or» , v Entre ses d*n*"dit, *os njnftn, Encore enét&nio«$t ner'h&rréz. ^ Sire, dient le chevalier, r i ■ Cist sires fet meult à prjlier, 1 990 Sachiez de voir ifcàsf fefcitz hatto. Certes, fet li sires, c'est mon, S'il velt ma fille, li don rai, Que des ier main li présentai , Encor ne m'en repentie miè , Et Trubert le Dus en meroie : Sire , dit-il , biax est li dons, Mes pères est des Brebeirçons ; Site, s'en voit à lui parler, Je ne me doi pas marier 2000 Si feitement que il non sache Et Trubert à la voie sache, Jusqu'à quinzaine revenrai . . Et de mes amis amenrai Ceenz moult bele conpaignie, Puis si espouserai m'amie. ' Fait li sires , moult me grevez # Quant einsi,tost vos çn alez , Car demorez encore un mèk. Digitized by DE FABLIAUX Et CONTf S. ïfon ferai, fet-il, je m'en vois, 20 10 Haster me voil de retenir , Car ce mariage désir, y„ Dus Je fet avant mengier , Puis li fet un cheval baillier Qui soef porte lambléure; Et Trubert point ne s'aséure, Isnellement i est montez. Fet li sires, moult vo* hastes, N'en irez pas seul , se Dex plest, Que de ma gent avec vos nak 2020 Qui vos conduiront a Taler, Dix chevax li fet amener ïoz ensellez en mi la place. Dit Estruhert, jà Dex ne plade Je voie jor se cestui non, Se je enmain jà conpaignoB. Li Dus ne l'en ose proier , H demande se un somier En voudroit châtier devant lui , Dit Trubert, assez riches sùi, *o3o Quant je vendrai en morî pais Tant aurai de ver et de gris Que j'en serai toz anuiez. Quant il se fu asez proisiez , Congié demande, si s'en va. Li Dus à enviz li dona , Mes il ne le pot détenir : « Assez plorâ au départir, Estrubert an chemin se met, Moult fu liez quant départi s est >4o Du seigneur et de sa mesni*;, * Digitized by a56 NOUYEXU RECUEIL 2t>5o Il leur a fet grant vilenie, Hosiez les a et decéijz. . Li # niés au seigneur est penduz De quoi il est duel et demage. En la cort entra un mesage Que ti rois Golias envoie ; Devant le Duc va droite voie, > I$e parler a langue molue : Sire , Goulias vos salue, Li rois qui tant fet à douter, * ♦ Il se velt à vos acorder. Amis, dit-il, tu me falordes, De parler me sambles trop lordes ; Golias est morz , bien le sai , m La narille et la Bouche en ai Céanz en un cofre enfermé. Sire , sachiez de vérité , Car il est toz sainz et frétiez; De par lui sui ci envoiez , 2060 Meintes fpiz a seur vos praé , Or l'en ont si baron praé Et loé que à vosVacort, De quanque vos a fet de tort Or vos en velt feire l'amende. Vostre fille à famé demande , Puis si serjfc moult vostre amis , Diz me tu voir? est-il ainsis? Oïl , sire , j>ar Saint Thomas , Je ne vos gaberoie pas. 2070 Li Dus eu est toz tresmuez. Estrubert*s'en va bien loez , Vaillant vint mars d'argent enportp- DE FABLIAUX ET CONTES. Li palefroiz soef l'emporte ; Jà estoit cinc lives ayant. Estes- vos à pié un sergent Qui au neveu le Duc estoit, Après lui dou tornoi venoit : Son sire est au chastel penduz. A l'ancontre li est venuz 2080 Trubert et si le salua , Puis li enquist et demanda : Mesagier frère, qui es tu? Quel part iras et dont viens-tu ? Je sui , sire , à un chevalier De la sereur au Duc Garnier ; A un tornoi avons esté, Tuit i somes desbareté ; Messires i a tout perdu, N'en aporte lance n'escu , 2090 Haubert ne hiaume ne cuirie» Moult est plains de chevalerie, Li Dus l'aime seur toute rien. Amis, certes , je le cuit bien, Que je rencontrai ier matin Chevauchant un povre roncin , Meigre et las et tout farcineus ; Vers le chastel alloit toz seus. Asez chevauchasmes ensamble, Tant que me conta , ce me samble , 2100 Que de la sereur au Duc iere, * Toute me conta la manière , Et je por l'amor du seigiror Le Duc que j'aim de grant amor, Un biau palefroi que j a voie a58 .NOUVEAU RECUEIL Dont la seurcengle iere de soie , Li eschangai à son roncin Qui toz estoit plains de farcin. Sa robe chanjai à la moie , Puis nos méismes à la voie , 21 10 Où chastel entra devant moi , Onques puis nel' vi ne il moi. , Or te voil proier por l'amor Que fis si grant à ton seignor, Au Duc di de la moie part Que le cul et le c bien gart Qu'il a en son cofre enfermé ; Di li que tu m'as encontre. Sire , conment avez-vos non ? Amis , Trubert m'apele-l'oh ; ai 20 Par ce non bien me connoistra. Sire , dit-il , n'en dontez jà Que ce li dirai-je moult bien , Se plus li volez mander rien , Dites le moi , je li dirai. Qïl, pieça je li lessai Une moult bele chievre à let, Demandez lui qu'il en a fet, Et si li di que li sûviëgne De ce q'au cul li fis l'enseigne 2i3o Quant je li dui du cul sachier, Et de la dame au coït legier Cui rafetai trois foiz où Ut , Et li soviegne dou délit Qu'il ot où bois quant li lessai , Et de ce c'oan le couchai Et L'oing d'un moult cbier oignement. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Siire , je vos di loialment Que tout ainsi corn dit lavez, Dirai que moult vos sai bon grez ai4o De la bonté et de Vamor Que vos féistes mon seignor : Y m le méistes à chevaL li mes n'i entent point de mal^ D'iluec s'empartent a itant. Vers le cbastel s'en va «rraitt Li valiez qui vient dou tornoi, Mès ne set mie le dèsroi Que Trubert a par leanz fet. Que vos feroie-je loric plet ? ai5o Jtisque devant le Duc n'areste , lï li cuide faire grant feste j Au Duc a hautement parlé. Sire , dit-il , j'ai encontre Estrubert qui si grant honor Fist hui matin à mon seignor. „ Sa robe à la soe chanja, Et son palefroi li donaf Moult J'en devez savoir hàû gré : ffiva, vallet tu ies desvé, a 160 Bten en savons la vérité. * Trubert si fu ier tramé Aval ceste vile et penduz, Et tes sires n'est pas venuz. Par foi , si est des ier matin , Li Dus en tient le' cfoièf enclin, Quant il'ot parler de Trubert , A pou de diiel le sens ne pert. Vallet, tu mie contes mêrveilles, Digitized by a6o NOUVEAU RECtEÏL Onques mès n 'oï les pareilles , 2170 Je cuit et croi tu as béu , Qui diz que Trubert as véu. Voirement le di-je par foi, Et encor vos manda par moi Le cul et le c li gardez Que en vos cofres mis avez, Et de la chievre vos soviegne. Quant li Dus lot, cent foiz se seigne. Sire, encor vos mande-il plus. Tès-toi , amis , ce dit li Dus, 2180 Je sai bien que c'est il sanz faille , Or primes m a-il fet grant taille ; C'est mes niés qui fu hui panduz. Pasmez est à tèrre chéuz. Li chevalier l'en vont lever , Tuit le pranent à conforter ; Mais onques pour ce ne laissa , Onques hom tel duel ne mena. Le chevalier alerent querre , Despenduz fu et mis en terre , 2 1 90 En estré benéoit Font mis , Dex meite lame en paradis \ Moult est li sires adolez, Jamès si grant duel ne verrez Com li Dus fet por son cosin ; Il jure que jamès de vin Nè bevra jusqu'à tant qu'il ait te glouton qui ce li a fet. Li Dus le mesagier apele Qui du roi li dit la novele , 2200 Or me di, fait-il, biax. amis, Digitized by DE FABIIAUX ET CONTES. Tu me diz Golias «st vis Et à moi se >velt,aeorder . Et ma fille velt e«pou$er ? Voire, sire, ainsi le vos mande, Se n'est voir* j'otroi qu'en me pende* Amis , jà penduz n'en seras, A ton seigneur , ariere iras . Et si li diras de par moi Ma fille à famé li otroi, 22 io Volontiers et améement Li envoiasse mein tenant, Mès il me convint chevauchiez Je ne porroie soulacier h Jusqu'à quinze jorz la vien querre ; Je voil aler véoir ma terre Si l'en portera k à grant joie. Li mesagiers aqueut sa voie , Jusques en l'ost ne s'aresta, A Golias tantost conta 2220 Ce que li Dus li a mandé, Et Golias en fu moult lié. Du Duc vos voil dire et retraire , Il fet atorner son afeire, Car après Trubert velt aler. Landemain sanz plus demorer Monte li Dus et sa mesnie, Trente sont en sa compaignie : Dou chastel issent si s'en vont. Quierent et aval et amont 223o Par le païs et par la terre En trqi$.jorz ne finent de querre» Tant quierent amont et aval a6a NOUVEAU RECUEIL Qu'il sont lassé et li cheval; Ne sevent mes quel part aler , Jà s'en voloient retorner * Quant li sires s est porpensez. Seigneur , fet-il , vos ne savez Des lors que premiers le connui, Que la chievre achetai de lui , 224° Li demandai dont il estoit, Et il me dit qu'il repairoit En la forest de Pontellie. Là ont droit leur voie acueillie, Dedenz la forest sont entré. Tan/ ont aval le bois aie Qu'il ont véu une meison. Li Dus les a mis à reison , Seigneur, or pensez de bien feire, Je croi que vez ci son repeire , aa5o Gardez-vos bien que il n eschape , Il est chéoiz en maie trape Se nos le poons atraper ; Mès il nos covient bien garder. Sire, dient li chevalier , Nos irons devant et derrier, Sachiez que moult le tanrons cort. Et Trubert fu en mi la cort, De moult loin les aparcéuz. Tantost s est en maison feruz, 2260 N est pas merveille s'a paor : Tantost a dit à sa seror, Desvest toute ta robe tost , Si mest ma quote et mon seurquot, Si muce tost desoz cest lit. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. a6S £1 ne set porçoi il le dit. Desoz le lit muçe sanz plaît , Ainsi com il le dit la fet, Et Trubert ne s'atarge mie, Une coife à famé a lacie, 2270 Moult en a fe$ riche boban, Onques hom ne pensa tel sen. Moult par a bien Trubert pensé, Un peliçon a endossé Qui est touz blans a tout la croie, Sa mere un paletel li loie , Puis li a ceint une ceinture ; Moult a bien de famé future : . Seur le sueil s'en ala ester. Atant es-vos sans demorer 2280 Le Duc et toz ses chevaliers, Et par devant et par deniers Ont la maison environée» N'i a celui n'ait tret l'espée, Se léanz puet estre trouvez, Ocis sera et decoupçz. Li Dus est à pié descendra, Dedenz la meson s est feruz. Seur le soil a lessié Trubert, Paor a , la color empert , 2290 Et li Dus l'en a regardé, Bêlement l'a reconforté : Daraoiselle , n'en doutez mie , Ja ne vos ferons vilenie Mès que Trubert nos enseigniez , S'il vos plait et se vos daigniez, Car tant lavçn qui» à cheval Digitized by 26b NOUVEAU RECUEIL Par ce bois amont et aval , Moi et cist autre compaignon , Chaut en ai souz mon gambaison : a3oo S'il vos plait, si le m'enseigniez, Par si que vos bon le faciez. Estrubert respont meintenant A basse voiz tout simplement : Par foi, sire, il s'en est alez, Bien croï por vos est destornez De si loin g com venir le vit , Je ne sai por coi il le fit , Se feri en cest bois léanz. Par mon chief c'est un droit sarpenz, a3 10 Fet li Dus, ne sai ou chacier. Sire , dient li chevalier , N'i a tel , mès nos en alons ; Ceste damoisele en menons, Qu'en ce bois ne troveroit nus. Ce poise moi , ce dit H Dus , Foi que je doi Dieu nostre sire , Moult en ai à mon cuer grànt ire , Mès je nel' puis ore amender , Si m'en convient à conforter ; 2 3 20 Mès tant com le sache vivant , N'aurai joie entérinement , Tout jorz m'iert mès cit deus noviax. Atant remontent es chevai , Trubert ne laissierent-ils mie , Portent l'en à grant seignorie. Un des chevaliers devant lui. Lasse! dit com mar onques fui, Où m'enporte-on? que de\fcnrai? ' Digitized by Google DE FABLIAUX ET CONTES. a65 Damoisele , n'aiez esinai , a33o Fet li Dus, jà mal n'i aurez, < Avec mes puceles serez , Garde vos penroiz de ma fille. Et Trubert qui moult set de guile, Li a respondu simplement , Je ferai tout vostre commant. Or avez-vos dit que senée , Autrement n'auriez durée, Vostre frère m'a mal bailli, ^ . * Il a bien où cors Faaemi 234o Que je ne li ai riens forfet Et dou pis que il puet me «fet. Par lui ai mon neveu pandu, Et moi a-il souvent batu, Tant qu'encor m'en doil durement Plus que je ne faz le samblant. Tant ont einsi le plet mené, De jorz sont où chastel entré, Enmi la cort sont descendu ? Moult furent volentiers véu. a35o La dame grant joie leur fet, Puis leur demande, qu'avez fet? Por coi avez tant démoré ? Avez-vos dont Trubert trové ? Nenil , dame , c'est por néant , Il ne doute ne Dieu ne gent. Ce n'est pas hom, ainz est malfez Qui ainsi nos a enchantez : „ Dit la dame , mès n'oï tel ; Et fustes-vôs en son bostel ? a36o Oïl , dame, par Saint Tomas, Digitized by 266 - NOUVEAU RECUEIL Mèsilnenosatendipas; De si loing com venir nos vit, Dedanz la broce se feri Où nus hom ne péust trover. Un mois, certes, voires un an, * Que ne le préissons oan. Assez avons de mal éu , Ainz puis ne fusmes desvestu. 2370 Dit la dame , or vos reposez , Il fera encor mal assez , Que trop aaise se revelle ; Et qui est ceste damoiselle ? Ce est la suer au desloial, Ele ne set ne bien ne mal , * Onques mes ne fu entre gent. La dame par la mein la prent ; A ses puceles l'en mena, La mestresse la commanda, a38o Erraument s en revint arier. Les chevaliers fet aaiser. Et le mengier fist aprester , Car il ert ore de souper. Les tables mettent li sergent , Au mengier sasiéent errant, Bien furent servi cele nuit , Moult i ot Trubert de déduit ; Avec la pucele menja, Damoisele Aude li tailla 33§q Et si menja en s'escuellç. Moult fu vaillanz ta damoisele , Souvent de boivre le semont. Digitized by DE *AB1ÏÀUX ET COtfTES. Quant à grant loisir mengié ont , Si se sont des tables levées, Moult sont bêles et bien parées. Aude qui a le cors apert , Le non demande a Trubert. Dame , en m'apele Coille baude. a4oo Quant Aude Tôt , si en a ris Et toutes les autres ausis. Comment Par foi je neF dirai plus or ; Je voi bien que vos me gabez. Dit la mestresse , si ferez , Je le voil et si vos en proi. J'ai non Coille baude par foi, Einsi m'apele-l'en d'enfance. Ce dit la mestresse Coutance , *4io C'est assez biau non par raisoi Assez i a de mesprison Dou pendant qui i est nomez Entre vos ainsi lapelez 267 ML Si ait à non dame Florie. Dame, einsi lapelerons : Devisez comment nos gierrons , Car il est bien tans de couchier Ceste pucele en a mestier, 24^0 Dou cbevauchier est traveillie. Ce dit damoiselle Florie, S'il li plestavec moi gierra, Au souper avec moi menja , S est bien raison qu'avec moi gise. if Digitized by 268 *aU VEAU RECUEIL Ce dit damoisele Felise ^ Lessiez la gésir arec moi , Moult m'iert bel et moult vo§ en proi. Ce dit Belisent la cortoiie, Fille la sereur la Duchoise, Qui fille le seigneur eWoit, Boseite a non la damoisele , C'est la plus droite «t la plus bele $ Si oil resamblent de faucon ; Manche à la gouge et le menton , . La bouche petite et riant, Il ne covient plus bel enfant. â44° Aus autres dit, car vos teisiez , , Ne vos ne vos ne l'averez : Ânuit me fera compaignie , Et la mestresse li otrie , Ele ne l'ose corocier. Les damoiseles vont couchier, Devant leur lit sont desvestues , Et Trubert les vit toutes nues; < Voit les connez busis sans barbe , En son corage moult li tarde - a45o Qu'avec Roseite sdàt-couchiez. Moult est dolanz et-corociez Quant il rie s'ose devestir. Damoisele , venez gésir , Fet Rôseite qui est couchie. Damoisele, n'i irai mie Tant corn la chandoile ardera^ s43o Avec moi giërra enquenuitr, Soulaz me fera et dédit. Une petite eh i avoit DE FABLIAUX ET CONTES. a6 9 Roseite tantost la soufla Qu'à s'esponde estoit atachie , Pour le feu ne lera-il mie ! 2460 Quant la chandoile fu soudée, Trubert si a sa. robe ostée , Avec Roseite se coucha. La damoisele lacola , Et dit, compaigne, bien veigniez, Gardez tout aake soiez, Si ne vos soit de rien grevain , Certes quant ce vendra demain Richement vçstir vos ferai De tele robe come j'ai, 2470 Seurcpt. et quote de samiz. Dit Coiljebaude grant merciz. Roseite la tient embracie , N'i entent point de vilenie , Ainçois le fet par grant chierté Et par sa deboneireté. Quanqu'ele puet li feit solaz, Et Trubert gtst. entre , ses bras , N'en puet mès se.le.v.. li tent. Roseite à. sa cuisse le sent : 2480 Qu'est or ceci, dites le moi? Volentiers le dirai par foi ; Ce est un petit connetiax, Il est petiz, mès moult est biax. Qu'en feitesrvos? Par foi je mes Gésir en mon c tel foiz est, Grant aise me fet et grant bien. Et voudroit-il entrer où mien ? Oïl , se il vos connessoit , Digitized by a 7 o NOUVEAU RECUEIL Moult volentiers i eirterroit , 2490 Mès il le covient acointier. Celle le prant à aplaignier , Roseite entre ses mains le prent, Nule mauvestié ni entent; Bêlement le tient et manoie , Et li v.. en sa main coloie. Certes moult l avez or bien duit. Fet Roseite jà me commit, Il ne me mort ne esgratine. Ele le tient parmi l eschine , a5oo La teste lieve et ele en rit. A l'entrée doue, li mit, Plus droit qu elle puet li apointe, Et Trubert ne fet pas le cointe , Tout li a dedenz embatu. Onques mès tel beste ne fu , Dit Roseite , se Dex me gart, Dex le vos sauve et le vos gart ; Certes se un tel en a voie, Por nul avoir ne le donroie : 25 10 Pour Dieu, bele douce compaigne, Proiez lui c'un po avant viegne , Car moult m'est bon. et moult me plest. Au noB Dieu , dame , s'il vos plest , Jà porroit si avant aler Jamès ne porroit retorner v Ne porroit retrover la voie. Dit Roseite, je le voudroie Mès qu'il vos venist à plesir , Jamès n'en querroie partir. 2 5 20 Quanque il me fet tôt m'est bel , Digitized by DE FABLIAUX BT CONTES. Onques mès n'oi «i bon joel. **V Dame , jà le veiroiz jeer, Par leanz saillir et trjper. ; Por Dieu , compaigtmy^Nle biea>feire . Que ses jeux ne me puet desplaire. Et Trubert la commence à croisse Si que tout le lit en fet cr*>istre% Compaigne , or feites-vos moult bien , Hui mès ne senti- je si bifcn; a53o Feites adès que moult aie pfeit, Plus vos hastez et mex me fet. Et Trubert si se referme Si que trestoz li paus lï sue : Andui ont bien fet leur afeive , Dit Roseite la deboneire, Encore ne la quit-je mie^ Foi que je doi Sainte Marie, Encor li convendra entrer. Dame , lessiez le reposer 2.54o Que traveilliez est de joer, Ne Tan doit-en pas si haster. Dit Roseite n'a mie mal ; Sa main a mise contre val, Le v.. a sesi par la teste, Il ne li joe ne fet feste. Dit Roseite ci a mal plet, Je cuit nos li avons mal fet ; Asez estoit ore plus forz , Certes je dout qu'il ne soit morz, 255o Moult mal auriens esploitié. Tant la tenu et manoié Que pooir li est revenuz , • Digitized by i-p. NOUVEAU RECUEIL Un pou s'est en sa main méuz : Coillebaude, vos ne savez, Certes il a esté pasmez; Revenus est de pasmoison, Je croi qu'il n'aura se bien non. Moult ot chascun de son déduit, Onques ne dormirent la nuit, a56o Dit Roseite, moult m esta bien, Gardez que n'en parlez à rien , Chascune le vodroit avoir. Ne vodroie por nul avoir, Feit Roseite, qu'en le séust, Ne que autres de moi l'eust. Quinzaine menèrent tel vie, Roseite a la couleur changie, Toute pâle en son vis devint; La Duchoise garde s'en prinjt, 2570 Un jor Trubert eu apela A conseil si li demanda : Damoisele, dit la Duchoise , D'une chose forment me pobe. Dequoi, dame, dit Coillebaude Qui de parler est adès baude. De ma fille , ce dit la dame Qui ne samble avoir cors ne ame. Toute sa couleur a changiée , Moujt est durement empiriée, 258o Je ne sai dont ce li avient, Par foi , dame, toute nuit vient A nostre lit un$ colons blans , 11 m'est avis , et bien le pans , Que ce soit un angre enpanez. Digitized by Google DE FABLIAUX ET CONTES. Damoisele , vos me gabez. Dame , dit vos ai verîté , Encore anuit i a esté. Damoisele , dit la Duchoise , Vos n'estes mie bien cortoise 2590 Qui me gabez, votayez tort. Coillebaude jure la mort , 9 Et quanque de Dieu puet jurer Quelle n'a cure de gaber; Mès sachiez bien , n'en , doutez mie , Dou Saint Espir est ra emplie, Trestoute est plaine d'angeloz. Tant li dit et jura li soz Que la Duchoise bien l'en croit. Or oiez com il la decoit : 2600 Dit la dame, moult fui bon née Quant tel créature ai portée Qui angeléz conceit et porte , Je voudroie m ex . est re morte Jamès Golias en fut sires : A monseigneur le voudrai dire. Au duc s en va grant aléure, Si li a conté l'aventure f Tout ainsi com cil li a dit , Et li sires grant joie en fit : 2610 Dame Dex en soit graciez, Dit li sires, moult en sui liez, SU est einsi com dit m'avez. Oïl, jà mar en douterez, Einsi est-il com dit vos ai , Tant lai enquis que bien le sai, Que toute est plaine d'angeloz. tome 1. 18 a 7 4 NOUVEAU RECUEIL Or seroie sote et vos soz Se Golias l'avoit à famé. Certes nenil, ma douce dame, 2620 Jamès Golias ne l'aura, Ne à son costé ne gerra. Roseite feites bien garder Tant que viengne à l'enfanter. Que Dex nos porra bien doner Les angeloz ferons norrir, Granz biens nos empuet avenir. Par foi, sire , vos dites voir, Mès or nos covient-il savoir Que nos ferons vers Golias. 26 3o II ne le tenra mie à gas, Nostre fille voudra à famé , Metez i conseil , bele dame , Que de cestui n'aura- il mie , Par foi toute en sui conseillie, La suer Estrubert lui donrons , Que ceenz pucele n'avons Si bele ne si debonaire. Dit li Dus ce est bien à faire j Bien me plest et bien m'i acort. 2640 Entr'aus deus n'a point de descort % Bien se sont ainsi acordé. Et quant ce vint au jor nomé, Golias vint querre sa famé. Entre la mestresse et sa famé Ont Goillebaude apareillie, La dame et li Dus l'ont baillie Au roi Golias par la mein , Li rois a fet son chapelain "V. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. En la chapelle revestir , s65o Et il i vont por messe oïr. Sa famé a prise et espousée, Et quant la messe fu chantée, Golias le roi mercia , Congié demande si s'en va. Atant se meitent à la voie , Li Dus grand pièce le convoie, Puis les a à Dieu commandez. James tel joie ne verrez 1 Com li rois fet etsa mesiiie, 2660 Bien sont mil en sa conapaignie; N'i a celui qui n'ait chapel De rose et lorain novel. Du chastel issent, si s'en vont, Li menestrés grant joie font : Cornent, buisinent par déduit, De trois liues ot en le bruit, Et Trubert sit où palefroi Dont la sambue fu d'orfroi, De toutes parz à terre pent. 2670 Li lorains fu riches d'argent , De clocheites est trestoz plains. Lez lui se mist li chapelains. Dame, moult vos poez amer, Moult la commence à conforter Et mercier nostre seignor Qui vos a fet si grant honor Que demain serez mariée. De moult bone eure fustes née, Et vos de bien faire pansez , 2686 Si e au seigneur que vos avez Digitized by a 7 6 NOUVEAU RECUEIL " Faciez tôt son commandement. Et Trubert par la mem la prent, Si l'en mena à une part : Sire, dit-il, se Dex me gart, Moult m'avez or bien conseillie, Tout jors serez de ma mesnie ; Trubert si a fors .trait le v.. Si que le chapelains le vit : Sire prestes , ce dit Trubert , 2690 Vos oes ont-eles tex bés ? V Quant li prestre vit le v.. grànt Cent foiz se seigne en un tenant, Enfin retorne vers le roi « Et va criant à grant desroi : * Seigneur, fet-il, vos ne savez > Li Dus nos a toz enchantez. Et quant Trubert oï le prestre > Jusques devant le roi n areste ; a Devant le chapelain s'avance > a 7 00 11 a parlé en audience : Seigneur, fet-il, vos ne savez, Gist prestes est touz forsenez , Ainz mès ne vi tel chapelain , Jusqu'à mon c'a mis la main, Bien se va ne m'a efforcie. Et li prestes en haut escrie : Por Dieu, seigneur, lessiez moi dire* Et li roiz qui est toz plains d'ire, * Jure , certes riens ne direz, 2710 Vostre folie comparrez. Li rois méismes de sa main A si fera le chapelain n Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 2^7 Quà la terre la abatu* Li escuier i sont coru, J Se l'ont hatu jusqu'à la mort. * Onques mès hom à si grant tort Ne fu si malement menez. Atant s'en est li rois tornez. Douins de Lavesne tesmoigae 2720 Qu'il est moult fox qui de tout soingne. Si li prestres se fut téuz, Il n'éust mie esté batuz : Bon taisir tant, trop parler nuit. A grant joie et à grant déduit S'en va li rois à tôt sa famé ; '** A non Dieu fet-il, bele dame, Or vos aing plus c'ainz mès ne fis , De tout le cuer sui vostre amis , N'avez cure de rn^ivès plat# ^ 27)6 Me dex sire non , se Dex plest, Dit Estrubert qui de tôt boise, Onques ma mere la Duchoise Ne fist de son corr mauvestié , Et se Dex plest non ferai-gii. Li roi* l acole et si li dit Coiement que nus ne F6ï r Dame, ensamble gerrons anuît, Grant joie aurons et grant déduit, Çar mouK désir vostre soukz; 2740 Qùan* vos tenrai entre mes braz , Por nule riens ne vos 4onroie , C'est feriens cpiè plus desirroiev Sire, ce dit Trub«rt, merci f Por Dieu et par amors f|s pri. Digitized by 2 7 8 NOUVEAU RECUEIL Dame, par Dieu en qui je croi, Por vint marz d or, si corn je croi, Ne gierroie sanz vos anuit : Or ne vos empoit ne anuit. Tant ont einsi le plet mené 2^50 Qu'il entrèrent en la cité De quoi li sûres iere nez : Jamais plus riche ne verrez. Sa gent li sont encontre alez , Jamais tel joie ne verrez Com il mainent aval la vile ; Et Trubert qui moult set de guile , Ot avec lui une pucele, D une part la tret et apelle, A conseil li dit bêlement, 2760 Va, si m'achate isnellement Une borse grant et parfonde , Si la meterai à l'esponde Dou lit où je devrai gésir. ifc . Dame , tout à vostre pleisir Meintenant la borse avérez Tex com vos la deviserez. Or chevauchent tôt contre val Tant qu'il vienent à cort roial ; Descendu sont et sa mesnie , 2770 Moult i a bele compaignie. Grant joie moinent et grant bruit Toute la vile est en déduit : Moult i est Trubert bien venuz Et à grant joie recéuz. Toute la cort à lui encline , Tuit lapelent dame reine. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 379 Li rois en est forment jalous , Dou prestre li so vient tout-jorz Qui aus chans la vost effbrcier. 2780 Onque's puis ne la vost lessier ; Tout jorz la fet lez lui seoir, Il ne cuida jà tant véoir Que il soit avec lui couchiez. Il est bien du tout enginiez , Ne set mie la traïson De sa famé qui n'a pas c. Quant il fu heure de souper, L'iaue demandent por laver, En leur a tantost aportée. 2790 Un queus la Estrubert donée , Asis se sont et entablé , En leur a le mengier porté Largement et à grant foison , Premiers grues après roons Et puis malarz et puis chapons, Perdriz , ploviers et esturjons , Et puis leur aporte pastez , Jamès itant de mès ne verrez Com il orent icele nuit. 2800 Moult i ot Trubert de déduit, Et à boivre orent-il assez , Si com bons vins et bons clarez , More ferré et bon rosé, Et piment et citouaudé , Et il moult très bien se garda , Petit but et petit menja. Atant sont des tables, levé , En une chambre sont entré Digitized by Google t 2#0 NOUVEAU RECUEIL Le roi , la pucele et Trubert. 9810 Le chambellan qui le roi sert Les a fet ensamble couchier , De la chambre îst sanz deloier , Si a luis clos et refermé. Li roi a celui acolé, Et dit, dame, ça vos tréez. Por Dieu, sire, car vos soufrez, Fet Estrubert , se il vos plest. Dame, ne feites mie plet , Ce dit li rois, jà vos harroie. 282a Et Trubert adreice sa voie À l'esponde , la borse a prise Où sa pucele l'avoit mise ; Entre ses jambes la boutée : Sire, fefril, quant vos agrée Feites de moi voz volentez. Seur le ventre H est montez Li rois, c autre chose ne quiert* Son v.. en la borse li fiert Si que tôt li embat dedanz. a83o Trubert a tiré les pendanz, Et li rois tire et cil restreint , Quanque il puet viens ne s'en faint, Et li rois sache de rechief , Mès de 1 avoir ne vient à chief ; Et Trubert durement le tient, Desouz le roi s 'affiche et gient Ausi com famé c'on efforce. Sire, vos m'ociez à force , Dit «Trubert, et car vos soufrez. 2840 De destreice est H rois pasmez. DE FABLIAUX ET CONTES. Quant il rev'mtW*p***&Êùu, * Par foi aint mè§4i^*vi>t*kte, , Fait li rois, ne Wl*k*r devient; Et Trubert qtôtttottlt Biéli lét&nt, Sire, c'est un de*l%is, Si fet con ne verroiz jamais Au premier vos est 'ore ^troiz , Mez en istroiz à l'autre fok ; ■* Traiez le hors , vôV m'ociez. *85o Lor est li rois e#vertuez , De roit tire parlant air, Le v.. fet de h borse issir. Moult a esté en gram derftroit, Et encor cuide bien et croit Que sa famé ait êa trop pis. Dame, fet-il, il m'est avis Que cassée estes et blecie. Sîre, fet-il, ne mentez mie, Trop m'avez maternent menée, 2860 Efcdesachiée et tribouiée , Et Trubert n'a point de déBt, 11 s'est dreciez enmi le lit. Xi rois le prist à apeler , Qu'est-ce, dame, ou* volez aler? Qu'est-ce, dame, que pense^-vos? Fait li rois qui tant est jalotif, Où volez à ceste heure aler ? Sire, je me vueil relfever Por pissier, que mestier en ai. 2870 Dit li rois , avec vos irai. Sire, ce seroit vilenie, Se m'en créez, n'i venroiz mie. s *8* NOUVEAU RECUEIL Li rois une cordelle prent, Au pié li lie estroitement : Dame , dit li rois , or alez , Quant je trairai si revenez. Et Trubert est dou lit issuz , Tant est alez qu'il est venuz , Au Kt où la pucele git ^ 2880 Où pié la cordelle li mit. La pucele s'est esveillie , Qu'est-ce , fet-ele , Dex aïe ! Qui estes-vos , et que querez ? A ceste heure que demandez ? Je sui li rois, n'en doutez mie. Qu'est-ce , fet-ele > Dex aïe ! Biax sire , qu alez- vos querant ? Par foi je te di loialmsnt Que je t'ain de si grant amor , 2*890 Je ne cuit ja véoir le jor, : Avec toi me covient gésir. 9 Ainsi li covient à soufrir Que ne li ose contredire. Et Trubert trestout sanz plus dire En fit toutes ses volentez ; Et quant de joer fu lassez , Ainçok que dou lit se partist , Son afeire li conte et diu Tout son afeire li conta, 2900 Ainsi com le Duc engigna , Einsi com il croissi sa fille , Et si li a conté la guile Cornent le prestre batre fit , De^la borse li conte et dit. DE FABLIAUX ET CONTES. Quant trestoutJi a raconté , De chief en chief la vérité, La pucele moult se merveille , Dex, fet-elle , car me conseille : Ausi sui com toute enchantée. 2910 Et Trubert la reconfortée , Damoisele , n'aiez esmai , Faites ce que je vos dirai , Si seroiz moult bien conseillie. Cornent, fet-ele, Dex aïe, Tolu m'avez mon pucelage. Ne vos en chaut, or soiez sage, . Par Dieu se croire me volez , En cest marchié gaaignercz , Qui vaudra çiâc cent mài^z d'argétetl 2620 Hé ! Dex jaïde^ et je cornant ? * Dit Trub^, et je le dirai : : Or gardez, que naiez esalai, Demain serez dame et reine. ^ Dex aide ! dit la meschiÂe , v * Cornent poijroitvce avenir ? Jà ne vos faifct-ii qt*£ taisir, Feites ce que je ,vos-d*rai. Et je, fet-elè* le ferai ... Dit Trub#rt > <*t je démarrai 2930 Demain ci tant que ^s^furai f Cornent vo&poriéz esptoitiô»; Mes or vos veil*jei.e»seigmer • , Cornent vos iie^a o|jl il'gist. ♦ * Une cordeHe où pi&iqeHftit Orainz quant d'aited luijevài^ Et je où vostre la. liai • a $4 NOUVEAU RECUEIL Tout meintenant que je vin ci , Or gardez que ne dormex si Tout meintenant que il tirra ag4° cordelle , si alez là. Quant li rois la cordele tret, Cele se lieve entreset, Tout meintenant au lit ala, Sans noise arec lui se coucha. Dame, fet-il, pou m'avez chier, ; * Volez me-vos mener dangier? Por coi avez tant demoré, Qu'avez fet, où avez esté? Vos n'amez guère» mon solaz, 2$5o Dit la damoiséle, si fez Plus que je ne fez le samblant. Je vos conterai bien comment , J'ai fet si longue demorée ; Puis ai esté trois froiz pasmée, Dame ^ ppr coi pasmates-vos ? En nonDieu , sire, tôt por vos , Porce qu'orainz fustes pasmez t Je croi vous fustes avenez, Si en sui trestoute esmarrie. ag6o Dame, or ne vos esmaiez mie ; % Sachiez que je vos ai moult cMere , Moult estes de bone manière, Et en vos sont toutes boutez; Iftès ersoir fui si enchantez, Quant ensamble fumes couchié y Tantost com j'*i à vos touchié , C'a poi que %ie ûii afotez. Sire , ce me fit li râpez Digitized by >E Tfr* tàkj}& ,E£*|||T £ S'. «485 juoi b^usiïvw^ant «rsoir. 3970 Cïfrtfts, A*Me, vJI dites voir ; * N'a tel clafce -fr*y$fr& im *" Demain De mon réaume seKjp^ âame : Onques me fu si riche fomç. Sire, dh-eteygrajam&xiz. Aunt est li'^ou^jadomiu . 4 ; * Et la dament aveçj^, & ^ t 4 Braz à bras sf,4or^pt ^idui, Muta. Ce roman ne pwol^il tfcdtt^pg* le W^wrrft^ln citent pas davantage. r * ^ ^ ^ -^#ft> ^ Digitized by Google 'i 1 % NOUVEAU RECUEIL DE PORCELET. Or oiez un flabel cortois D'un vallet fil à un borjois, Qui prit famé cortoise et sage Par 16 conseil de son lignage , - Si lama engoiseussemant. N'ot pas o li esté grantmant Qui Tama tant que lo féist Tunber, se talant l'an préist. *■ De li fist s'amie et sa dame, 19 Sovant li recordoit sa grame. < Un jor estoient en lor lit O il faisoient lor délit , La dame à cui li jeus fu boens, Dist au valet que tôt est suens. Biax amis, car metomes non A vostre rien et à mon c... Dame , fait-il , ice est droiz "Que les nons amedeus metoiz. Tex don vostre plaisir sera. 20, Sire, fet*el , si me plaira Que mes es ait non porcelez , Por ce qu'il ne puet estre nés ; Et vostre rien , lie sai conmant. Je c#it qu'il aura non fromant, Car c'est 4>iax nons. Et j'otroi bien, Fait li vallet ^ce non au mien , Digitized by DE FABLIAU JC. ET CONTES. Dès qu'il vos plaist et il vos siet. Sire, fait-ele, or ne vos griet Que porcelez voldra mangier, 3o Ne li élites mie dongier . f - De vostre froment qui est boens. Dame, fait-il, il est tôt suens. Ensi furent moult longuemant , Tant qu'il avint, ne sai conmant, Que trestoz li fromans failli , Et la dame Ta asailli Por viande à son porcelet. Li valiez lait aler un pet El giron à la damoisele. 4o Que est-ce or , sire , fait- ele ? Qu'avez-vos fait en mon devant? Dame, ce est brans qui espant Por doner à vostre porcel , Que, foi que je doi saint Marcel, Do fromant qui est en despas Nï est remès fors que li brans. Conmant , sire , est donques failliz Li fromanz? Donc est mal bailliz * Porcelez , se Dex me doint sen , 5o Qu'il n'a cure de vostre bran. Dame , fait li valiez, par m'a me, Fox est qui por les bons sa famé Se grieve tant con je sui faiz : Vostre merci, laissiez m'an paiz, Que tant ai fait voz volentez , Que toz me sui desfromantez. Trop est vostre porc engoissex , Car récovrez vostre pertex Digitized by NOUVEAU HE CUEJi. Et vostre c. gui est punais , Jà par moi ne mànjera mais : Quant plus manjue, plus fain a , Fox ffc qui primes les trova. CI FENIT DE FOR CE LE T. DE FABLIAUX ET CONTES, «VVWiVtVk^, DO PRÉ TONDU- Ce fu la voille d un Noël , Q'an tient en maint leu riche ostel, A l'ôté fu d'un haut baron •Qu'il ot à bon fèu de charbon : E milieu un grant en ayoit Qui toz les autres destraingnoit ; Dist as autres , laissiez m'aler , Car je voldrai ardoir la mer ; Par ma force et par mon pooir Vodrai aler la mer ardoir. Jamais ne portera haranc , Ploiiz, ne poison ne melan; Ensi con il Ta dit, si fist, Ains ne fina , à la mer vint. Quant il lo vit , si s'escria ; Mer, car par envie d'ardre la , Fait-il, o puis haut de savoir, Garde toi , je te vois ardoir. Li charbons vient, en la mer saut, Tost s'estoiz, puis ne fist chaut. Je vo^ ai conté ce fablel Por ce qu'il fu d'un damoisel Tant con il fu à marier A toz jorz mené bone vie, Et qant il famé esposée, NOUVEAU RECUEIL Si a la teste plus mellée Assez que ne soit chiens de Flandres. Sales et ordes, plain de cendres, Mau vestujz et un grau* solers, De tôt est à si mal alez Cassez samble eharbonier Que il ne fait chevalier. Cil fu estainz «on li charbons Qui Mloit ardoir les poisons. Un prodom une famé prisf , A moult grant nobiece la mût": Lo premier an ti fist enor, Onques ne la desdist nul jor, Et cele aoottli Mi baudet , Par jeu li dona maint bufet. Quant li ékiés de tan fu passez, Les paranz la dame a mandez ; Qant béu orent et «angié , Li bachelers «'estoit drecié , Lo pere et la mère apela , Sire , fait-il, entendez ca. Vos me priestas antan Vostre fille, bien a un an , Ne lai férue ne toehiée , Me de son cors point enpiriée : Demandez li se je di voir, Par li le peez bien «avoir,. Non , fait-ele, vostre merci, Si Feusse biem deservi ; Or estoroit-il bien raison Que vos me otroiez un don , Que cist premier anz Cust passez DE FABLIAUX ET CONTES. »gi Que ne fusse desdis assez. . Otroié li ai boenament , 60 Mais ne fu a longuement : Car à poine part son hus , Ele soloit estre au desus. Geli qui point set de raison Devez tenir pop fol bricon , Qui sa faîne laisse puiier No premier an à so haueier , Que solement d'un êok regâtt Là o ele l'orra parler^ La face-il tote tranbler. 70 Et cil qui autre chose an fait Li porchace son mauvais plaît. Si vos reconst d'un païsant : Famé prist bele et avenant , Riches estoit , de grant lignaje , • Mais moult estoit de fel coraje , Car si très felonesse estoit Que nus vaincre ne la pooit. Un jor salèrent déporter Par une preé por joer ; 80 Li prodom a parlé premiers : Voir moult est cist prez bien fauché ! Et la famé a respondu , N'est pas fauchié , ainz est tonduz. Et cil en jure Saint Jehan Ne fu pas tondu en un an. Ele en jure Saint Orner Qu'il fu tonduz et bertodez» Qant li preudom s'oï desdire , Sachiez que moult en a grant ire ; Digitized by *9* 9° ioo /NOUVEAU RECUEIL Soixante cox de fivreison Li a donez en un randon. A la terre est chéue pâmée, Et ne dit mot d'une loée, ♦ La ne pot-ele mot soner, *" Convint c'à ses doîz motrer Qu'il est bertodez et tonduz. Moult ru li preudom espftrduz, Sa main lieye, si s'est seigniez, Moult s'est durement merveilliez ; Bien voit que ja ne la vaincra , A deiables la conmanda. CI UNIT 90 PAB TONDO, DE FABLIAUX ET COïfTfES. a 9 £ LI SOHÀIZ DESVBZ, PA1 JEBAH 0B BOVKà. XJ une avanture que je sai , Que j'oï conter à Douai , Vos conterai briémant la some Q'avint d'une famé et d'un home, .Ne sai pas de chascun lo non , Preude famé ert, et il prodon * y Mais tant vos os bien afichier Que li uns ot li autre moult chier* Un jor ot li prodom afai?e io Fors do païs : en son afaire Fu bien trois mois fors de la terre Sa besoigne si bien li vint Que liez et joianz s an revint A Douai un joudi à nuit. Ne cuidiez pas que il anuit Sa famé , qant ele lo voit Tel joie con ele devoit En a fait con de son seignor, 20 Ainz mais ne n'ot joie graignor. Qant Tôt acolé et baisié, Un siège bas et aaisié Por lui aaisier li apreste i * Digitized by Google NOUVEAU RECUEIL Et la viande refu preste, Si mangèrent, qant bonsr lor ftt , Sot un coisin delez lo fu Qui ardoit cler et sans foncière* Moult i ot clarté et lumière Deus mès orent, ehar et poisons Et vins d'Aucerre et de Soissons , Blanche nape , saine viande. De servir fu la dame engrande, Son seignor donoit Mais ne i'esv.oilte ne m bote , Qui la tenist sanprea à gkrtev Par cele jraiaon s'est ostée Del voloir et; die la pâmée Que la dame aroit envers lui , 70 Sandort par ire et pe* «mi. El dormir vos di sans roançonge Que la dame sonja m songe £ Q'ele ert à vm marchié annei , Ainz n'oïstes paaàev d« tel Ainz ni ot estai ne bojon y Ne ni ot loge île ftimo» , Changes, ne table, ne repair , Tan vandist ne gris ne vak*, Toile de lin , ne drax de laitie, 80 Ne alun, ne bresil , ne graine, . Ne autre avoir , ce H ert vis, Fors solement elles et v.. ; Mais de cez i ot sans raisons* Plaines estaient les maison* Et les chanbres» et M setter, Et tôt jorz venoient coler Chargiez de v.. de totes para *9* NOUVEAU RECUEIL Et à charretes et à ciun. Jà soit ce cassez en i Tient, 90 N'estoient mie por notant i Ainz vandoit bien cbascuns lo suen, Por trente sax lavoit-en boen , Et por Tint sax et bel et gent ; Et si ot ▼.. à poTre gent. Un petit ayoit en de déduit De dis sax et de neuf et d'nit A détail vendent et en gros* Li meillor erent li plus gros , Li pins chier et li mianz gardét 100 La dame a par tôt resgardé, Tant s'est traveilliée et penée C'a un estai est asenée, Qu'ele en vit un gros et lonc, Si s'est apoiée selonc. Gros fii darriere et gros par tôt, Lo musel ot gros et estot. Se lo voir dire k» en voil , L'an li poïst giter en l'oft Une cerise de plain vol xio N'arestast, si venist au fol De la elle que il ot tele Con la paleron d'une pele, Conques nus nom tele ne vit. La dame bargigna lo v. M A celui demanda lo fuer. Se vos estoiez or ma suer , NI donroie mains de deus mars $ Li v.z n'est povres ne eschars, Ainz est li mîaudres de Laraine, Digitized by DE FABLIAtJX ET CONTES. •iao Et si a elle Lor éame Qui bien feit à vandre au raaje : Prenez lou, si ferow que saje, Fait-cil 9 demantres qu'an vos proie. Amis , que vaudrait longue broie ? Se vos i cukliez e#tre sax , Vos en auroiz chiquante sax : Jamais n'en auroiz tant nu tat, Et si donrai io dernier Deu , Que Dex m'an doim joie certaine. i3o Vosl auroiï , fint^H , por Festraine, Que vers vos ne me voil tenir, Et tôt ce m'an puist avenir, Qu'à l'essaier m'an orerez: Je cuit q'ancor por moi direz Mainte oreison et mainte salme. I Et la dame bauce la- paume , Si la si durement esmée , Qant cuide ferir la paumée , Son seignor fert, raotflt bien l'arène i4o De la paume delez la caraa, Que li cinc doiz i sont escrit. La paume li fremie et frit Del manton de ci tj'an l'oroille : Et cil s'esbaïst, si s'^svoitte, Et en son esveiller tressant. Et la dame s'esvoille et saut Qui encor se dormist son voil , Car la joie li torne à duel. La joie en veillant li esloigne i5o Dou ele estait dame par congé, Por ce dormist son voil encor. Digitized by Google S£8 Jf CHJVBAJJ RECUEIL Suer , fait-il , car m» dit» or Que vos awyeg à etl eop Que vos me dwwstes tel cop r Dormiez o TeiUifT do myes ? ' Sire,je*»e vos fèn orques, Fait cele , nel' dite» jamais f Tôt par amor et tôt en pais. Par la foi fiie devez mon eovs , 160 Me dites que vo$ satebla lors ,. • Ne lo laissai par n«le rie». Tôt maintenant , ee sachiez bien, Gonmança la dame soft conte, Et moult volaa tiers li récente , O volantiers , : o à enviz, Gonmant ele sonj& les v.. , Conmant ereot mauvais et bons , Gonmant ele acheta lo suea Lo plus gros et lo plus pleniec 170 Cinquante sa* et u» denier. Sire , foh-ele > enfin avint , Lo marchié pckhaoier cdvint ; Qant cuidai feri* en la nÛA, Vostre joe feri de plata, Si fis conme famé endormie : Por Deu ne vos coreeièz mie Que se je ai fol» faite,. Et je m an raiit vers vos mesfaite, Si vos en pvi merci de cuer. 180 Par ma foi , fait-il 1 , bele swer, Je vos pardora r et Dtex si fece ! Puis l'acole estroit et enbrace,. Et li baise la boche taodre, Digitized by DE FABLIAtJX ET tONTES. 299 Et li y.z li c*niflané« à tandre Que cele resch**fc et ctakft&nte. Et cil en la plume li ptttnte Lo v... Qant un ft* irtea, Suer, fait-il, foi que me devez, Ne se Dex d'anor vos reveste , 190 Que vausist cestui à la feste , Que vos tenez en vostre main ? Sire, se je voie demain , Qui de tex éift âust jrfain côfre , N'i trovast qui i méist ofre Ne qui donast gote d'argent : Nés li v.. à la povre gent Estoient tel que uns toz seus ■ En vaudroit largement ces deus Tex con il" est , or eswardez 200 Que là ne fust jà regardez De demande , près ne de loin. Suer, fait-il . de ce n'ai-je soin ; Mais pran cestui et lai toz cax , Tant que tu puisse feirè miax : Et ele si fist, ce me sanble. » La nuit furent moult bien ensanble, Mais de ce lo tieng à estot , Que lajidémain lo dist par tôt , Tant que lo sot Johans Bediax, (*) 210 Uns rimoieres de flabliax; • • (*) Ce nom Johans Bediax seroit-il le même que Jehan de Bores ? Dans le prologue de la fable des Deux Chevaux , que Barbazan a fait imprimer, celui-ci y est si bien désigné, qu'il n'est pas possible de s'y méprendre : alors il faudroit supposer que, dans ce conte-ci, il n'a mis Bediax que pour la rime. Digitized by Google NOUVEAU RECUEIL Et por ce qu'il li sanWa boett*, Si l'asenbla avoc les suons, Por ce que plus ni fist alange , Fenist la dame ci son conte* * ^ D'iyer qui si m'argue , ^ * Lors ains bûche fendue, Charbon elica&t , ■ - /- * ^ Tison flanbant , * Feu décoche «Bospue : De joie en chant* Dex ! je Tain tan*, " * 10 Guer et cors m'esvertife. Qant yient au cochier, Certes moult m'agrée Fornille en fagot, Soiche san fum^e , Qui tost jn'esprant Etbreserant, Et je rai de grant moult sovant Lo piz et l'eschinée, Cailla char bien paùe ao Et de dras mal yestue Né quiert autre jornée , Et por la çhalor sue Tant que hors est issue ; La froidure est alée. Digitized by NOUVEAU RECUEIL C'est deliz de boens liz , De dras blanchis Qui sevent la buée. Tajnte xoverture C'est desconfiture. Lange sanz foréure, De celui n'ai-je cure , Car il n'est preii. Tant àttt lou feu . Que je voi la fuithire, A lui me vçm. Miauz a in i© feu Que deus dez de termine Qant je lief à pissier, A la matinée, * Certes moult m'est grief, Qant voi la fuftréé ; Au verreglaz Atorner faz Haste menu au 'broatt Del porcel mallotée Prise en une pasture, La longe sans ansure , Tote ai ma tenéure* Por botuRorsel douée , Por boen more Por fort raspez Que je ain miauz «*sc» Que cervoise ««famée. Qant il pluet et il towne, Et je sui lezla tone Qui totjorz me foison* , Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Lieute aucune Vin de haute personc C on me larde Fox est qui lo secoue, Fromaiche ros , Qant rosti lai, Et je li fai corone. Je ain poi grosillier, Nuilles et oublées , Roisoles, gaufres dorées , Perdriz, ploviers, Colons , ramiers , Fasans , vitecos. Boen mangîer* En endoilles salées» Je tien à fol qui doue - Son gaje et enprisone , Por tripes enfumées ; Et qant ce Tient 4 nom Mes ostes m araisone : Encontre mut Tôt par dédui* Lo chaudun cuit En chastaignes parée*. Taverne ai moult aînée, N'est pas droit que k hée, Tote ai m'amor douée A savor destranpae De garingal , De citoal. Et en chaude pevré* Ne fait pas mal 3o< » 9° 100 IlO 120 Entor Noal , Mostarde o char salée» - Anes, malarz, Phmous et blaie*. Chapons, chenevas, Gelines rosties, Grues, hairons, Cisnes, poons Et gçùte et raille Et morillons > Etporcel enfarcie. La langue ai moult amée De cerf entrfelaiidée ; Veneison ne iiaz mie , Chevroil nfe dain, ne lée Ne bon ansor botée En fort poivre flatée : Et lo jambon De fresehe salaison M'a randue la vie. En caresme à l'antrée Ain moult perche parée , Truite et tanche enversée En souchie gitée, Fresehe plaïz Et poison ftiz Et enguille salée. Gastiax rastiz , Menuz braïz Et flamiche salée : Bar ne hé pas Fandu à congnie, r DE FABLIAUX ET CONTES. lo5 Ne anguile de gort De sa piau voidie. Luz ne saumon , Congre nesturjon , Alose, braine ne gardon, Vandoise letansée , Escrevice parée , Bon foie sor tostée , v De roie refroidée 23o Et masquerel Près et novel , Et li autre bon morsel M'ont la borse voidée. Qant Pasques repaire Joie ne me lait taire ; Flaons , pastez voil faire , Por la costume atraire , Manju moston Au gras rongnon : 240 L'angnel faz fors traire De son pelicon. L'antancion m'est au poivre Deffaire. v Droit est que Tan aint Gras bués en porée Et tendre poucin , Oe en ranc gardée, Au tans novel La teste en rost après l'oel , a5o Et la paste salée. Joie ne me lait taire Por la costume atraire TOME T. 20 Digitized by NOUVEAU RECUEIL Pié de porc ensdcié En froit solier, . Que d'erbe fais jonchier, Menuement podrée. CI FBWIT LA DEVISÉ AU LBGHHOR. DE FABLIAUX ET CONTES. J07 DE CELUI QUI BOTA LA PIERRE. Vus Prestres bons fisicien Vint chiés un suen parrochien. La dame ert grasse et tendre et bele Qui lou provoire moult apele Et H dist que bien soit venu. Et li Prestres a respondu : • Dame , Jhesu vous benéie ! O est li sire ? Il ni est mie , Il est acheter une chose , 10 Et il ne venra pas de pose : Sire , car vos venez seoir. Dame , je nel vos doi néoir, A vos sui venuz en destlui , t Mais ne voil pas qu'il vos anuit. Non , fait-el, sire, ainz m'est moult bd. En mi Taire avoit un carrel Dont l'en devoit un mortier fere. La franche dame debonaire A tôt son pié bote la pire. 20 Li Prestres li commence à dire, Dame , laissez la pierre ester ; Ne la vost cele avant boter : Se la botez ne ça , ne là , Je cuit que je vos f..tré jà. Digitized by 3o8 NOUVEAU RECUÇIL La dame oï ce qui li plot , Ainz onques mendre peor n'ot, La pierre r'a avant botée. Et li Prestres la acolée , Si Va priie tôt maintenant , 3o En un lit vindrent'behordant Qui estoit fet en un recoi, La gitoit li Prestres soz soi Lou jeu li a fait au droit neu. Un enfançon séoit au feu Qui bien les vit es lit chaoir , Et au Prestre les rains movoir. En rooie foi , dist Tenfançon , Je cuit bien que issi f... l'on. L'enfés se tôt et ne dist plus, 4o Et li Prestres resailli sus , Si s en ala de maintenant. Puis n'ala guaires deroorant Que li preudon vint de labor Où il ot esté tote jor. La pierre vost oster de Taire. L'enfés li dist : Sire , ne faire , Se la boutex ne çà , ne là, Nostre Prestres vos f..tra jà Si com il fist ore ma mere : 5o Je lou vi bien de là o g'iere. Li preudon si estoit moult sage, Ne vost pas croire son domage , Mais il s'en venja bien après. De cest exanple n'i a mès , Me mais itant dire vos yoil Que Ven se gart do petit oil Digitized by 6o DE FABLIAUX ET CONTES. Et de larron (jui est prové , Car ainz^aura assez embié Que l'en s'en soit ajjercéu. Se l'enfançon neust.véu Lo Prestre joer à sa mere>, Il neV déist pas à son père* 3o« 4V, CI FP.NIT SE CELUI QUI BOT A LA PIEBRE. Digitized by Google 3io HOUVEAU RECUEIL DE LA SORISETE DES ESTOPES. Armés vos cont d'un vilain sot Qui famé prist , et rien ne sot De nul déduit q'apartenist A famé , se il la tenist , Conques entremis ne s'en fii ; Mais sa famé avoit jà séu Tôt ce que home sevent faire , Que à la vérité retraire Li Prestes son boen en faisoit 10 Qant il voloit et li plaisoit : Et que tant vint à icel jor Qu'ele asenbla à son seignor, Lui dist li Prestes, doce amie* Je voil à vos , ne vos poist mie , Avoir à faire, s'il vos loist, Ainz que li vilajns vos adoist. Et cele dit , volantiers , sire , Que je ne vos os escondire ; Mais venez tost et sanz demore, 20 Qant vos sauroiz qu'il sera ôre , Ainz que mes sires Tome face , Que perdre ne voil vostre grâce : Ensi fu enpris li afaire. Après ice ne tarda gaire Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 3tt Que li vilains sala cochier, Mais ele ne l ot gaires chier , Ne son déduit , ne son solaz , Et il la prant entre êes braz , Si l'anbraça moult duremant , 3o Que il n'en sot foire autrement , Et lu moult sor lui estandue. Et cele s'est moult desfondue , Et dist, qu'est-ce que volez foire? Je voil, fait-il , v.. avant traire , Si vos f...ai se ionques puis, . ^ Se vostre c. délivre truis. Mon c. fait^ele enneslo pas , Mon c. ne troverez-vos pas. O est-il donc ? Bel' me celez. 4o Sire , quant savoir lo volez 3 Jel' vos dirai o est , par marne, Muciez as piez do li ma dame O je hui matin lo laissai. Par saint Martin , je irai , Fait-il, ançois que je ne laie. De l'aler plus në se délaie , Ainz va querre lo c. lo cors; Mais la vile o estoît li bors O sa famé avoit esté née , 5o Loin d'iluec ert plus d'une lée , Endemantre que li vilains Fu por lo c. , li chapelains S'ala couchiér dedanz son lit A grant joie et à grant délit , Et fist qanque li plot à faire : Mais ne fait pas tôt à retraire * Digitized by 3ia NOUVEAU RECUEIL Cou H vilains fu dec^uz , Onques plus fox ne fu véuz. Qant vint chiez la mère sa famé , 60 Si li a dit, ma chiere dame, Vostre fille m anvoie cà » - Por son c. que ele muça , Ce dit , as piez de vostre Ut. La dame pansa un petit , Et en pensant s'aparcevoit Que sa fille lo decevoit Por faire aucune chose maie. A cest mot en la chanbre avale, Et trove un penier plain d'estopes , 70 Qui q'an ai fait . ele les copes : Cest panier li bailleroiz ci. Lors a cil lo panier saisi ; Mais es estopes ot tornée , Et bien s'i fu enveloppée . Une soriz sans nule dote. * Cele li baille, et il la bote Tôt maintenant desoz sa chape , Et au plustost qu'il puet s'eschape De li por revenir arrière. 80 Et qant il vint en la bruiere , Et dist une moult grant merveille : ** Ne sai, fait-il , se dort o veille Li es ma famé par saint Po , Mais moult volantiers par saint Vol , Lo f..sse ainz que je venisse A 1 ostel , se je ne cremisse Qu i m'esebapast à mi ces voies , Et s el f...ai-je totes voies , Digitized by DE FABLIAUX ET COUTES. 3iî Pôr savoir se s'est voirs ou non 90 Que Tan dit que u a en c:. * \.v Moult ddce et moujt tc0^ê^. Maintenant de son v.» îa testft A Le liéve , et fiï droiz cônnîL Et enz es estopes s'eîancè^ Si conmanoe à*parpiller^ *^ * Et la soriz saut dçl j&nier,^*» ** * Si s'ân tome parmi Jies J>^^ Après est li vilains, alez * ^ Grant aléure , et grant V**^ ' 100 Si cuide qu ele face éîygas, : » Et; si dit, De* ! si ïtele>b^te, Je cuit certes* que ç|e la t£^*& ' Soit-ele pas encor iree , Si n'a gaires qu ele fi r$e , Je voi bien que moult est petite. A Deu et à Saint^Es^rite La conmant et au&açrôor : * Je cuit certes qu'ele ait péor De mon v.. ; si ot êl por c voir , no Par les iauz Deu , qu ele jrit noir Et roge lo musel devant. ^ Las ! or me vois, agarceyant Que ele en ot peor acertes. Lasse ! con recevré granz pertes Se ele muert ! Sainte Marie! EJe iert jà noiée et perie En la fosse , se ele* i antre : Ele çn^unoillié tôt le vantre Et tôt et les eostez. x 10 Ostez , bia tic^ire Dex , osiez V Digitized by NOUVEAU RECUEIL Que ferai-je , se ele muert ? Li vilains ses deus poïnz detuert Por la soriz qui braint et pipe; Qui U véist faire la lipe Au vilain, et tordre la joe, Manbrer li poïst de la moe Que li singes fait qant il rist, Li vilains tôt bêlement dit : Biaux es ! doz es, tost revenez , Tote ma fiance tenez Que mais ne vos adeserai Devant que à l'ostel serai 9 Et tant que vos aurai livré A ma famé , si délivré Vos puis avoir de la rosée. Faite en sera mouk grant risée , S'an set qtfeschapez me soiez : Ahi ! vos seroiz ja noiez , Biax es, en la rosée grarit. Venez , si entrez en mon gant , Je vos métrai dedanz mon sain. Tôt ensi se travaille en vain , Que il ne sot tant apeler Que ele voille retorner, Ainz se pert en Verbe menue. Qant il voit que il la perdue, Si devient mornes et pansis. Atant s'est à la voie mis , N aresta jusqu'en sa maison. Tpt sanz parole et sanz raison S'estoit sor un banc deschauciez , Sachiez qu'il n'estoit mie liez ; DE FABLIAUX ET CONTES. 3i5 Et sa famé li dist, biau sire, Qu'est-ce ? je ne yos oi ifcot dire*} Don n'ester vos battiez et sains? * Je non , dame, fait li vilains, Qui tote voies se deschausse Et despoille, et aie li hauce La coverture et liéve en ha»t. 160 Et li vilains joste li saut Et se coche trestoz envers , Ne ne dist ne que uns convers Qiie li parlers est deffanduz , Ençois se gïst toa estanduz. Cele le? vit mu et taisant , • Sï li a dit de maintenant :. Sire^ donc n'avez-vos mon c. ? .. ie non % dame, jeaon', je non,* Mar Talasse-je onques querré, 170 Qui m'est la hors chçoiz à tewre , Si est jà noiez en ces prez. Ha ! fait-ele 9 vos me gabez. Certes , dame , faitril , non faz. Ele lo prant éntre ses l*?az : Sire , fait-ele ne vos chaièle , Il ot de vp$ péor sanz faille , Por ce qu'il ne vos connoissoit , Et chose qui li desplaisoit, Au mien cuider, li faisiez, ^ 180 Et se vos or le tenoiez, Q an. feroiez ? dites lo, moi. Je le f...oie par ma foi, Et néis en l'oil li boteroie Ensi que je lo creveroie Digitized by 5i6 * NOUVEAU fe'ïXUEIL Por le coroz que &ptf$ jâh~ * ; ' - Et elegâfe^p^i:^ .. . Sirë, il est ^OTtr^Js^$ jai»|jAt> Mais ne vosiâaip por tÉtampétV " Que il fust'^i'ritel f^fe|pez^ o v 190 Con il est en voz mains; fhfegg » Tôt soavet «t Wemant. : V ,* Et li vilains sa main i tant," Sel prant et dit, gel' tien tj^mainsv. Or l'aplaigniez daR'tot3$ft ^fiÊSÈfk^y ' Fait-ele, qu'il ne vos esto-rde , y* ^ v i Et n'aiez péor, qu'il vos cpordjl!' Tenez lo qu'il rie vo5 es&ia^' r Voire, fait-il, por nostre chat, Fait li, vilains, s'il l'ancontroit, 200 Jà Dex % merci nel' metroit 1 Qu'il nel' manjast , au mien cuidier. Lors lo conmance à aplaignier, Si sant moult ^ien^p . il esj; moiliiez* " Ha , las ! encor est-rîs&àt*^ De la rosée^l^chaï.ç t r\f > Li vilains dit, afci/'ahiT** 4 • -^0» > & Con vos m'ave^ hi% coreoîé ! Mais jà par moi n'en iert grdjptyp De ce que il est.avosez* ;v a 10 Or vos dormez et reposez, Que ne vos voil hui tnais grever r Las estes de core et d'aler. v Enseigner voil par ceste fable Que famé set plus que deiable : Et certain emànt lo sachiez , Les iauz enbedeus li sachiez , Digitized by 220 DE f AfitrlAUX ET CONTES. 3i7 Se ]{L à^scîant dit voir , Qant aie viâjp^Di^ décevoir , * Plus Tan deçcyt flMp^us l'afole T#t solemant pjfi^ parole , Que om ne fe^ît»d|r angirv De^ma/aWe •bfrî&fa , Qu% çhascuh sè jpj^àe la soe, fi fa|e la coe. CI FENIT DE LA SORISETE DES ESTOFE5. Digitized by NOUVEAU RECUEIL- LIJDIZ DOU SOUCRETAIN, r PAH. HHiJf LI CHAPELAINS. , ^sâges est en Normendie Que qui herbergiez est qu'il die Fable ou chançon die à l'oste : Ceste costume pas n'en oste Sire Jehans li Chapelain* ; Voura conter dou Soucretain Une avanture sans essoigne. 11 avint jadis en Bergoigne À Cligni la maistre alpaie Qui est de si grant seignorie Que la contrée est toute lor Sept lieues plaines , tôt entor; Mesmes le bourc de Challemaigne Ont-il tôt mis en lor demaine , Que il.nï a meson ne rue Qui tôt ne soit de lor tenue. En celi bourc, ce est la somme, A voit jadis à un riche home Qui de nouvel ot famé prise , Sage , cortoise et bien aprise , Bien ansaigniée , preuz et sage. Çhaucun jour avoit un usage Digitized by DE FABLIAUX J£T CONTES. Daler prier à sainte église , Et d'escouter tôt le servise Que li couvens si biau fasoit. Un matin si comme soloit Se leva et vint au mostier Pour orer et pour prier. Ez-vous le moine qui gardoit Le moustier, et si esgardoit Que riens , se bien non , n'i éust Qu'il au moustier nuire déust, Car il en estoit soucretain ; La dame a prise par lo main Qui delez un piler estut: Dame, dist~il, Dex vous salut, Et il me doinst la vostre amour , Car il a ja passé maint jour Que vous amai chiez voçtre pere , Petiz clerçons et emfés ère Et molt avoie petiz sans ; Mais or en est venus li tans Que je puis bien parier de salis : Se vous volez faire mes bons, Je sui touz sires du trésfor, Vous auriiez argent et or , De grant planté joiaus et roubes. Da Soucretain, ce sont bien lobes, Fait la dame , que vous contés Pour vostre avoir que vous avez , Né que vous poivriez avoir , Pour nul sens ne pour nul avoir, Ne pour toute vostre abaie Ne feroie-je tel folie ; * 3io ^ NOUVEAU RECUEIL À mil autre qua mon seignor. Se vous en parliez mais jour, Je lë diroie dant abbé. Dame, doi/t sui-je dant gabé, Fet li moines sans rebout 60 Quant vous m'escondisiez dou tôt : Morir vouroie si m'est tart. A itant cele d iluée se part A cui il ne tient pas au cuer , Et li moines revint au cuer , Puis remeit jusqu'à lonc tans Que li bourjois par son fou sans Vandi trestot son erité , Et si chaï en tel vite , Que il n'avoit mes que despendre. 70 Meson , vigne ne terre à vandre , Dras, ne cheval, ne nul chatel En tôt le monde fors l'ostel Où manoient près de la porte. La povretez la desconforte, Ne set que dire ne que faire, Car s'il vandoit son repaire Il n'auroit leu où il gesist Ne où sa povreté fenit. Si bien, ne si bel retenir, 80 Et il ne se puet mès tenir Qu'il ne le die à sa famé. Pour Dieu car me conciliiez , dame Ensamble avons eu maint bien Et mainte joie , or n'avons rien ; Dras ne chevax ne nulles* bestes, Fors la meson dçsor nos testes. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 3at Que dites-vous ? sera vendue ? Merci, dit>ele,«irQ Hue, Ja Dieu ne plasce ce soit voir 90 Que vous vandiez nostre manoir ; Ansois nous en irons an France , Et j'ai en Dame-Dieu fiance Mieus nous i chevirons que ci. Dame, dit Hue, je l'otri : . Le matin sans plus de demeure * Nous lèverons à icele eure Que nous orrons soner matines, Si que jà voisin ne voisine Biens ne sauront de nostre afaire , 100 Puis que ainsi le convient faire. Au matinet sanz nul séjour Se levèrent quant il tu jor, Qu'il oïrent les sains sonner.. Au moustier vindrent por brer- Por Dieu prier et pour requerre Qui les consaus hors de lor terre. A une part vers un piler Vat la dame qui pour prier En peine et en dolor se tient, iro Ez-vous le Soucretain qui tient Entre sa main, une chandeille; La dame vit qui molt fu bêle. Et il molt tost vers li se tret : Dame , dit-il, mal dehaz ait Qui chaut se vous avez m Aise Qui bien puissiez avoir aise , Si- créussiez nostre consoil. Sire , certes molt me roervoft ÏOMB 1, * 21 Digitized by 3aa NOUVEAU RECUEIL De quoi ce e$t qye vo#s me ctites 120 Il a passé dix ans tous jouîtes Que ne parlâmes pas à mo^ Ne je à voi*s, si cojn je eroi, Puis le premier au que je. ierte Départie d'en cbie% mon père : Lors parlâtes de droerie. Vous dites voir, ma douce amie, S'ancore tous vient à plaisir Que d'amour uje voilliez saisir Par un besiei? tant seulement. ï3o ... . . . ;.. . . r< . . • .-.(*) Cent sols que j'ai ou mol Hfy Et ainz qu'il soit demain midi Je vous ddnrai "argent et or Plus qu'il n ? aura ens^el trésor C Au plus riche honte de Gligni. Sire, vous me donroiz cçngié Quel tenue nous porrons avoir. Lors li lait la *laj«e asavoir Que dans Hues soit à la foire. i4o Dame, dit li souéretains, voire Vous me trouveroiz ci méimes M oit volontiers fiç ci a primes, Et me diroiz vostre "plaisir. De baisier ne ne. puis tenir , Et de cent sols que j'ai prenais. Bailliés ça dont, biaus -doa amis, Fist la dame%ii n'est pas foie. Le soucretain besô et acote, (*) U manque un ver* ici. DE FABLIAUX ET CONTES. ^ Et les cent sols met en sa bouxç$ , i5o Si s'en acort toute la corce Son seignour qui se mervoille , ,/ À cui cè est qu'ele conseille. Les deniers prent et si li baille : A ! suer, fait-il, se Dieus te vaille, Où*&s-ju pris tôt cest avoir ? Sire , volez-vous tôt savoir ? Li soucretains de ceste église , Les m'a bailliez par tel devise Que je ferai sa volonté , 160 Si aurai avoir à planté, Dras et joiaus, argent et or, Il effondera le trésor, Il me donra par tel couvent Plus qu Et cele à cui gaires n'en poise, L'acole et baise molt estroit , Et dans Hues qui tôt ce voit , ^ Ne pot sof&ir plus longuement , Ainz se leva tôt maintenant. 3*6 a5o 260 NOUVEAU AfcCUEÏL Tel li donna de sa maçue Où haterei que il le tue , Et à ces piés Vabati jus. Dame , fait-il, or ni à plus Fors de véoir que nous ferons , De veoir comment nous porrons Délivrer de cest vif déaMe , Si que sor nous n'en soit le blasttte. Haro, dant Hue, dit la dame , Mors ou escorchie* ou ars en fiame Serons ou au forches levé i Murtres ne puet estre celé , Geste chetive que fera ? Dame , ne vous estimiez jà , Ne dou moine né parle* mais , Je vous en ferai bonne pais, N'aiez ja doute? de sa mort. Le preudome qui moh fu fort , Leva le moine sor son col , Mè* ùt le tigne bien à fol Qu'il lanporte vers Vabaïe , En avanture met sa vie , Par celi méismes sentier Par le jardin , par le ehaHier , Par la poterne dont îssi , Le moine raporte.tot issi , Si conque» point n'i reposa , Devant lettre que le posa Sor le pertruis (Tune privée. La test^li a ancfinée i Et trait avant son chapftott , Et met en sa màht tm torenorf DE FABLIAUX ËT* ÇOWf Ef5> Si cora affiert à tel mestier, Puis s'an rétonîe drôît àrrif h Revenus e$t à son ostel. *■ 280 Dame , dist-il , or n'i à tél ; Que de bel et dè bien tïeScîàîrè ^ De nostre moine ëatefc dëtîtrè 5 Vous n'en orroft jamais nôuvëllë. k Mès alumez unë çhàndelë , Car il est bieirtem été c^ihfèr Car de porter cet àvèrfciér Sui touz travillie^ et laissez. Quant de ht nuit fil tant passez Que de mâtinés pàêfta 1 eùre #a 9° ... (*) Le comjtaignon au Soucrëtàiri , Chandoile ardahs tint ën sa njain , A son lit vint , quartt il hou fruëvë * Mauvaisement l'irevré reprùéve. Cil chetis la qui si à enivré , U ne porroft pas lôngue ViVré. A la privée droit ett Vint , Et vit le Soucretairi qui tint Un grant torchon dedans sa main. 3oo Par Dieu , dit-il*, dan Soucre&in , Vous bevez tant chaùcune nuit , Petit vous est cui il anuit , Qui tant demorez à sonner. Mais il ne li pot mot sonner , Et tant qiiè lï moine saïre, Il passe avant et si le tire (*) H manque un ver» ici. 328 NOUVEAU RECUEIL Le chaperon mok rendement ; Et cil qui tient mauvaisement , Chéi avant sot le viaire : 3lo Or a H moines plus à Cadre, Car il voit bien que il est mort. . Compains , fait-il , à molt grant tort Et à molt grant desraison Vous ai ocis sanz mesprison : Dieus, je me cuidoie joer, Or n'i a fors que dou voer De moi foïr hors de son règne. Dame-Dieus qui par tôt règne , Ne me donne secors par tens , 3ao Car je ne sai veoir le tens Gomment je m en puisse escondire ; Et non pourquant j'ai oï dire Que il amoit la famé Hue , Un marcheant de la grant rue. JeV yoel porter à sa meson , Si samblera molt miex reson Que Hues Tait tué que moi : Je sui plus fors que palefroi. À son col le prent , si s'en tome 33o Par le jardin pensas et mourne, Par la brèche , pat le fossé , Le Soucretain a endossé Tôt en estant à Fuis derierè % Puis s'an retorne droit ariere , Onques de riens ne fist samblant. Et la dame tôt en tremblant Se fu levée pour pissier , A Fuis vint droit où lavercier Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 329 Fu apuiez , si l'uevre ariere , / 34o Ennri le front la fiert arrière Si que l'abat tote estandue. Merci , fet-ele , sire Hue, Revenus est li Soucreta^n, Or n'i a fors que demain Serons pendu , destruit ou aip f Petit prise ore ces deus cent mars Que nous «ayons pour tel afaire. Mès dans Hues la refait taire , Que des voisins avoit paour. 35o Dame, dist-il, n'aiez fréour, Mès gardez bien vostre meson , Que il est bien droiz et reson * Que qui le brasse si le boive : Il est bien droiz que je reçoive De cest afaire tôt le mal. Le moine prent comme vassal , * ■ [ ' Desor son col la mis dans Hues, Si s'an torne toute la rue Tôt droit le grant chemin ferré, ; , 36o Mais il n'ot pas granment erré , . Que noise oï , mès n'en vit riens : Hélas ! fait-il , or sar-je bien Que je sui pris et retenus, Et à mon jugement venus. De l'autre part garde , si voit Une ruelle qui estoit i * Grans et parfonde , si i antre, „ * v Mès sachiez li cuers dou vendre De grant çaour el cors li tramblç. * 370 Estés-vous dui larron ensainfcle Digitized by 33o .NOUVEAU RECUEIL Qui portaient dni bacons gras Qu'ourent alnHé chefc dan Thouinàs , Un boulangier d'aval la vile. L'uns cTaus qui tnolt savoit de guile À dit à Fautre , que ferons f Ja ce bacon n'entpofterdtts Par mon consftil avant de ci Devant que nous aiens le cri Oï et yeu don tavertiier : 38o Metoris le ci en ce feinter Dedans ce sac que il ne pue. Et tôt ce ot mes sirè Hue Qu'an la ruelle c'estoit mis. L? larron si ont le sac pris, Si i boutèrent le bàôôn Où fumier où ot tnaint bâton Et mainte escroue à sauveté, Puis c'en retornerit dtfoit arrier Si s an revinent à lot* dste. 390 Et dans Hues son ntoing osté De la ruele Vistefflént , ' Si met au col tôt é&raunient, Grant aléiire au fumier Tint, Le sac deslie , si retint Le bacon et met le moine* Molt bien a faite sa bëàoigne, Le bacon prent, si èett rétorne, Et la, dame pensive ét iftorne Dé la grant doldr qu'ele ot , 4oo En son ottA dufer ne pot. *ïi sire est en mi là rue , Qant ele Voit «venir dain Hue Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 53i Et ele vit qui! fuchargièz, , Lasse, fet-ele, est enragiez * •* Cil traites qui lé raporte. Or sai-je bien que je sui morte Et qu'or est péchiez qui me nuit. Dame, fet-il , encor annuit Pourroiz dormir tôt aséttr, 4«o Car cil croissant vient nostre ëur. Le Sôucretain ai-je charigié A un bacon- qui n'iert imtngié Par nous dWà la Saint Denis. En estui ont lé bacon* mis , Lors se couchèrent se il voudf ent. Lies larrons qui le baoon ouf eut Dedans le sac où fumier mis , Ce sont dedans la taverne assis , Dou vin font largement frère : 420 Ostes, fbnt-il, largement fêtes, Nous voulons aler et venir , Chanter céans tôt à loisir ; A vous ferons un tel marchié Où assez plus de la moitié Gaignerez ce il vous plet. Seignour, dist-4!, mal dehas ait Qui le gaaignier refuse mie, C'est nostre rente, c'est nostre vie : Qu'est-ce donc que volez vendre ? 43o Sire , à vostrè oés le poez pendre , yn cras bacon à desmesure. Seignour , dist Toste, j'en ai cttre , Que pour musart ienùz soie D'acheter chose que ne vôie, et ♦ Digitized by 33* NOUVEAU RECUEIL ^ Alez le querre sou verrons , • # Tin fet marchiez tantost ferons, Se cè est voir que il soit gras. Et il s en tornent plus que lou pas Là où certainement savoient 44<> Que lou bacon laissée ayoient. Lou sac prirent , si le troussèrent , Si que à l'ostel FenooTterent , * Si en boutèrent hors le moine. ** Qant li ostes vit cestè besoigne , Si c'escrie , larrons , larrons \- Mal dehais ai or fcelz bacons ! Ci feroie-je mauvais^gaaing Cist sires est de laiafis Li Soucretains qu'avez ocis. * 45o Puis commande quç.fces amis Soient tuit quis , cousin et frère. Pour Dieu merci distl uns dps lerre , Pour l'amour Dieu comment qu'il voise, Jà en la vile ir*en soit noise Ne ja sergent ne s'en remust , Plus muet-on le fiens , plûs pust. Nous savons bien ou le préimes , Se il vous plait , illec méimes Delivrement l'enporterons , 46o Vostre ostel en délivrerons , Si que jamais n'en orroiz blâme. Alez , dist-il , au vif déable Hors de céans et vostre moine. Et cil s an vont grant aléure. Helas ! dist quelle -avanture , Que meséur, quel mescheance L • -> Digitized by DE FABLIAtfx ET COltécS. 333 Or estoie bien en fiance D'avoir deniers* et Vins assez. Or sommes-nous Bien gabez. 470 Onques navint çe à chetis. Compains , que te fii-il avis , Se c'eàtoit bacons ou moines \ Tais toi, fait-il, et si ne hoignes i Il'n a home dec'à Maçon Qui nç cuidast avoir bacon ; Ja ne véist-il que lpu gras. Adonc vindrent chifo dam Thoumas , Sï montèrent par le pignon A cel méimes chaatgnoft 48o Dont li bacons fu despendus , Ont le moine pendu^assus. Qifant ce avint que il fu jjùt , j- Au matin sanz plus de séjour Dai? Thoumas apëla Hbbin # Un sien garçon qui au .molin Devait aler 'ptortér blé , * * Mais a Robin en a^p|b]^ Molt grant escfcaçs si ejen rendort. Par Dieu, Robm, tu^as grsmt tort, 490 Fait dans Thoumas 4 de dormir iant. Et cil ifespont tôt en $ku*a&$$ ' Sire , mal dehas ait Rooin 5# t+ Se it i va âSi malin ^ * /v ; V * Devant qu'arai mbn r EJ^!tt^ Par Dieu , Robin , molt m'éiHst hel ,5 Dit la dame , dont levez sus*? ' Dou pain prenez encoVg plus Que ne féistes'mab avan. Digitized by *34 * Jf^lUVEAU «ECUEIL Dame, dist-il, par Saint Jehan Ja de pain sec ne mangerai 5oo Ne de céans ne mouverai , Jusqu'à tant que m'arez donnée Du bacon une charbonnée. Tu l'eusses molt volantiers , Mais tu sès bien qu'il est entiers , Fai-ce la dame, si auroit Vante perdue c il estoit Entamez de çà ne de la. Dame , ne vous esmaiez ja , J'en prendrai entor si très bel , 5io Que ja n'i parra que coustel I est touchié ne tant ne quant. Et quant ele ne puet en avant , Si li donne congié dou penre , * Ves-toi et chauce , si va panre. Une eschiele a mise amont, } } - Au moine vint qui pesa mout Et qui tenoit mauvaisement. A une main le grant sac prent, s > Le coutel à l'autre main prist , 5ao Taillier en voult, mais qant il fist. % Sachiez de voir petit li vaut, Li chaaignons dou col li faut Qui de la gueule li deserre, Tôt ensamble chient à terr^fe f' Si qu'il donnèrent molt grant cas. Qu'est-ce , Robin , fait dan Thoumas , Pour les sains Dieu es-tu chéoiz? Oïl , sire , mal dehas ait ^ Qui dut mètre le chaaignon ! Digitized by DE FABLIAUX ET €0NTE5. 335 53o Car entre moi et le bacon Sommes à la terre rul. 4 Par un petit ne m'a tué. Ne mais que je clw desij& Dans Thoumas atandra plu* Il et sa famé $e lqp ejrçiprt*, Au feu vinrent s'alunirent ; Le moine virent en mi ïairç. Hareu ! lasse , que pprrai faiçe , Fait ce la famé daji Thoninas ? 54o Mès que fera cia^ c^etift la^ , Qu'il ne puet traire ne pie vmixk , Et si cera ge^du^ d^Wnn. Lors ce&cxient à fautes yois Et en firent plus de cent croiz, Et si distrent m oit hautement , Or nous convint veoir comment , Fet dans Thoumas, que, nous puisaons Délivrer nous que ne scions Par cest afaire ars pendus. 5"5o II a céans un poulain dru Qui molt destruit avoine ej^ feiup , ' Ne onques neJe ne frainc, ^ Et si ne fu point d'eiperonr, ., Si me créez nous H metron* Et frainç et sele san» essoine, Et si metron* jjesus le moine; . Et le lierons àJa sele, . Et une lance sonz L'aisselé, . * Puis le lairona , si ne nous chaut ? 56o Ou çà, où là quel part il aju*, + Fors tant que nftH& en, avions quitus ? . Digitized by Nouveau recueil Ausi soit comme tous dites , Ce dit Robins delivrement. - Le poulain prennent erramment, Le moine ont sus la sele mis 9 Puis le lièrent tôt ainsis , Par luis c'en vat émmi la rue , Li poulains souz lui âe remue , Des espérons senti la pointe , Si s'en torna parmi importe De l'abaïe qu'ert overte, Et li. moine por lor grant perte Ce jour matin levés furent, Parmi la cort leans esturent, Ça un, ça deus, ça trois, ça quatre. Le Soucretain virent embatre Dedans la cort à tôt sa lance i Or furent-il bien en fiance Que ceistoit mauvais esperiz* Li moines sa lance feri Encontre un mur si quele froisse , Adont véissiez faire angoisse Et anfermer par ces maisons SergenS et moines et garçons, Que chaucuns de papur trambloit. En la cort une fosse avoit Qui ot cousté' cent mars d'argent, Grant et parfont molt durement Où il cuidoient faire un puis ; Mais n'i pooient trouver conduiz , Ne nulle sourdance par nature, Et U poulains par avanture Cele part vint à grant eslais, • DE FABLIAUX jsf CONjfcS. . 33 7 Dedans chai> tous à un jj{is. v Trestuit li moine* bien le courent, De la çrant joie qu'il ovra^f Firent trfcstouâ'Hfc sainz CmnW, " Et par 1« bou/c firent crier . 600 Que nul home «fe ren^ijisist Qu a la f^e* ne xM*%^V * En la chapefc^Stepoait. 1 * En molt j$u d euré en^^fcen* ** Qui ont k fos^ê%)sÇ^m*be^ 9. • ' Dont vépsiqfepar . . é Si li dit que li aut , boen erre , , So Demie de frdraache querre. Bau ça, fait-il ; lors s'an torna , Les degrez do celier monta, Si en va moult tost et isnel. Et li Normanz vint au tonel , Conmant qu'il praigne ne chiée, Si a la broche hors sachiée , Si fait lo vin aler par terre. Digitized by NOUVEAU RECUEIL Cil qui lo fro»ache ala querre, N'a mie grantmant atendu : Qant il voit son vin espandu, Moult ot au cuer et duel et irè ; Ainçois que.il volsist mot dire Au Normant , ne à lui tochièr i * Ala lo tonel estanchier. * Qant il ot la bfoche remise , Au Normant vient , si li devise Que vilainement a mespris : Par lo pan do sercot l'a prU, Tôt li covienVlo vin à randre, maintenant lo fera pandre. Li Normanz dit, laissiez m an pais, Ains plus fol de toi ne vi mais ; Ne sez-tu que tu me déis , D'un po de vin que m'espandis , Je gaaigneroie à planté ? Or saches bien de vérité , Que cens dobles doiz gaaignier , Que en ton vin te puez baîgnier Qui par ce celier cort à ruit , Par tans porras mener grant bruit Del gaaing qui te pant as iauz , Laisse, mestre, et si di miauz, Que moult te vient bien ta besoigne Si con ta parole tesmoigne , Icest san m'as-tu or^apris. Adonc la li tavemiers pris, Si lo saisist par grant efforz ; Mais li Normanz fu granz et forz , Contre un tonel l a Si hurté , DE FABLI4XIX ET CONTES. 341 90 A pou ne Ta escervelé. Li chantés torne , c'est péchiez , Et li toniax s'est eslochiea , Que trois des cercles en^ronpirent, Et les mesures jus chaïrent, Tuit sont brisié li mazerin. Baignier vq^ poissiez en vin Par lo cetier en plusor leus : Or ont fait d'un doraage deus. Cil s'entretienent duremant , 100 Mai* li Normanz moult justemant L'a entre deus fonz aenglé , Jà l'aûst m*rt et estranglé , Qant li voisin i sont venu , Lo tavernier ont secoru, Et lo Normant botent en sus , Mais onques ne lo tocha nus ; Mais tant li ont fait de desroi Qui Vont mené devant lo Roi. Qui que s'an lot, ne qui s'an plaigne, 110 C'est li Cuens Hanris de Chanpaigne , Qui tenoit la terre et l'anor. Qant devant li vint la clamor, Lrtaverniers tôt li reconte Con li Normant li ot fait honte , Tote sa perde li demande. Et li Rois au Normant conmande Et conjure que voirai die. Je n'an mantirai , fait-il , mie ; Lors li a conté maintenant , 1 20 Si con oï avez devant , Conques mot n'en daigna noi«r. Digitized by NOUVEAU RÏCUEït Li Rois demande au tavemîer Si c'est voira que il a dit : Oïl , sire , sanz contredit , Conques nï a taanti de mot. Et qant la gent Io Roi ce ot , Si bâtent lor paumes et dient Au Roi Hanri. trcstuit , et dient Que mais si haute lecherie Ne fu devant haut orne oie ; Por ce que il en ristrent tant , Se tindrent devers lo Normant ; Et li Rois si a respondu , Qui ait perdu, si ait perdu. * CI FBNIST LA PLANTEZ. DE FABLIAUX E^céWES. LI FABLIAUX tM& TBBÇfiS.O ms que je lai si gatw^ris,, /* » N'esjt droiz que je çpi$t repris * Rer angoisse n&|>or clestreces, A rimer le fableï 4es Treces . ^ Ai mis.de mon tens un petit , * ■ Or cgez*que ii faMiaus dit. 4 , Que unjxorjois preu.z et hardiz, Sages et èn faiz et en diz, * De bon es taches entadtuez « 10 Lez^sa famé sç fu couchiez \ Un mardi à soif enlson lit, * Que moult estok à grant delk , *. , Que bele estoit aérant merveille. * Cil s'andormi et cele vgijle Qui atendoit auQgè aventure. Ez-vos atant grant aléure, Ou fttst à tort ou à raison , Son ami anmi la maison Qui entroit par une fenestre, 20 Gomme cil gui biefi savoit Testre. Il vint au lit, si se déschauce, Qu'il ni laissa soller ne çhauce^, (*) Ce conte est une imitation d'un épisode -de celui du Derviche et du Voleur A tome I er des Contes et Fables indiennes de Bidpaie et Lockman. Digitized by Google 344 itetJVSAURECUÇIL Cote ne braies ne chemise , Et la dame — a à devise. Quant le sent vers li s'est tornée, ' ' Son mari fist la bestomée Qui delez son costel gisoit , Et cil de li fist son esploit Qu estoit venuz noveletnent. 3o Après se li fabliaus n'an niant, Fu tant la dame o son ami , - Qu'andui où lit sont endormi. Tuit troi dorment en une tire , Que nus nés sache ne ne tire. * Li borjois ses veilla premiers * Com cil qu'en iere costumiers , Devers sa famé se torna , Son bras par desouz li gita , *Si sent la teste d'autre part k 4o De celui qui ot el lit part : • Bien sot que ce fu ùpe ou, uns, * Qu'ainsis îi fust li Hz communs; Lors saillteus^pftr son effort Com cil qui fu en grant (effort. Celui qui lez sa famé jut , Print que eschaper ne li put. Cil se sent prjs , forment li grieve, Li i>6rjois à son col le lieve , * Qu'il n'iere de rien ses amis , 5o En une grant cuve l'a mis En qui n'aura point de déduit • ,.o (*) Il manque un vers ici. Digitized by D£ FABLIAUX ET CONTER. S'il ne^set por quoi.il i vint. Lrborjois à son Jit revint, Sa famé apele, si li dist; Or tost, feh-it, sanz Contredit. Prenez-le , si le saisissiez Par les chëvçs, si nou laissiez Por. riens qui vos doie grever, « G'irai la cbandoile alumer Si quenoistroi ce menigaut. 4 A ice n\ot là damç salit, , Son ami par les chfcvos prist , Ce pesa li com tan^ mesprist ; Mais el le fist contre son cuef n Et li borjois dist, bele suer , Gardez que il ne vos eschap , Vos n'i porriez avoir rachap Que vos n'i morissiez à honte. A ice mot n'i fist lonc conte , Lors va alumer la chanôVnle. La dame son. ami apele , > Or tost , fait-ele , vestez-vos , Ne soiez lans ne pereçous, Recréuz ne de çuer failliz. Cil est de la cuve saliz , Tantost se vest et aparôille. Or orrez jà fiere mervoille, Gommant famé set décevoir, Et mançonge dire por voir. * Un véel ot en la maison Qui fu liez à un baston Et atachiez d'une cprdele : Une genice estoit moult bele* *346 NOUVEAU RECUEIL fl -» . La dame s an ala la- voie, m La génice tantost desloie , Si la print par devers la teste , Dans la cuve* a mise la béste : Sef amis, vint à garisorç, . • 90 Tout sans ennui , sanz mesprison Conques la nuit il ne revint. Li borjois sofla le feu bien , * Tafht le sofla qu'à cuer qu'à paine Qu'à po que ne li faut Valaihe. , Quant la chandôille fu alumée , Plore des iex por la fumée. Lors sesf, tant hasté car il vient A la» cuve où la dame tient Le véel , se li print à dire : 100 Tien le tu bjen? oïl voir, sire, Et je aport, dit-il , m'espée , Si aura la teste copée. Quant vient à la cuve , si esgarde Le véel que la dame garde. Ahi ! dit li borjois, ahi ! ••••(*) Famé tant sez maie aventure " Souz ciel n'a nule créature Ni decéusses par verté. 110 Moult avez or tost tresgité Vostre lechéor par ma teste , Je ne mis pas ci ceste beste. Sire , fait ele , si féistes , Ainz autre chose n'i méistes. (*) Il manque un vers ici. Digitized by DE FABLIAUX ÉT CONTES. * ^ 347 Nel' dites pas, ce seroitfaus, Vos i mettez coin deeloiaùs^ * * % Dit li borjois, mais vos", puste. ofde. A ce mot la dame «an*torne , Si va o son ami gésir v • * * 120 Tout bêlement et par loisir, % * Qu'ele amoit moult et tenoitchier, Et li borjois s'ala couchier Qui iere las et travailliez .....o Si s'andormi, ne set que face, Et la dame bel se porchace Commant le puisse décevoir, Et la grâce de lui avoir . Lors apele une soe amie : i3o Ma douce suer, ne vos pôist mie, Ainz en alez de ci au jor Dormir avecques mon seignor, Et je vos paierai demain Cinc sous touz ses en vostre main*: Car se delez lui vos sentoit , Jà de moi ne li sovanroit , Ainz cuideroit que je se fusse Qui delez son costé géusse , Moult dout le blasnle de la gent. * i4o CeTe qui convoita l'argent, Li dîst tantost que ele iroit , Mais ne vorroit por nul androit Qu'il la ferist ne féist honte. Or tenez d'autre chose conte*, (*) Il manque un yers ici. Digitized by 3*8 ♦ NOUVEAU RECUEIL Dh la berjoise, ce ne puet estre. * Atant ode qui bien sot lestre , San est eft lestel embatne, Si s'est despoilliée tote nue, Se s'est fez le borjois conciliée 7 1 5o .Mais je* dont qu'il ne l'an mescbiëe t Car li borjois fu esveilliéz, Qui n'iere las ne trayeilliez Fors que de corronz et danui , Et quant il sent celi lez lui, Sa famé cmde avoir trovée. Ahi ! dit-il, foie provée, Estes vos revenue ci ? Se jamais ai de vos merci Dont soie-je honiz en terre, 160 Nala'pas loigmn baston querre , Qu'à son chevet en avoit deus. Lors le saisi par les cheveus , Que ele avoit luisanz et sors Tout autresi comme fins ors , Le chief sa famé resambloit. Cele qui de paor trembloit, N'ose crier , mais moult s'esmaie , Et li borjois tel cop la paie D'une part et d'autre por voir, 170 Tant que morte la cuide avoir ; Et quant dou hatre fu lassez , Ne li fu mie encor assez , Puis a juré son sairement o (*) Il manque un vers ici. * p Digitized by DE 1ABLIATJX ET COtfTESk 349 Qui il la honniroit dou cors* * Lors livesrache les treçes fors Au plus près qu'il pot dé la tes^. Cele s'an fuit, plus n'y^arcste, ' * % Fuiant san va caflfcme dhaitivfe,^ 180 A la borjoke naouk aitrive. . * Lors li conte la covenue Que li borjois li avoit faite , Toute l'eschine li a fraite. * * Ne gaagnera jamais son pain^ ^ Car sor li n'a ne pie ne main Ne soit brisiez, ce li est vis : Les larmes li chiéent dou vis , Et de ses treces ot tel duel > 4 190 Morte vossist estre à son vueil, : Quant la borjoise ot escouté Ce que cele li ot conté , Si la conforte à son pooir , Et dit que ele ira por voir P w Querre la cote et la chemise. Tantost s est à la voie mise, Si s'est en l'ostel ambatue. *" Cil qui la cuide avoir batue , S'est recouchiez et puis s'andort. 200 La dame quiert et serche fort Tant qu'ele a les treces trovées Qu'il ot souz le cossin boutées , Puis quiert la cote et la chemise Que cil ne s'an est garde prinse. (*) 11 manque un vers ici. Digitized by Google • ^NOUVEAU RECUEIL Tout prent et*estuie jmoult bien, Puisse porpense^ d'une jien & D'un ba/at moule en recjuoi. Latanz*àvoit un palefroi , t La (famé a'an vâ cele^açt Qui moult savoitf^'e^j^ et «l'art, Ai* cheval a la coe copée. Et desouz le chevet boutée , Puis si despoille sa chemise , Tout bêlement et par devise Lez son mari se traite et couche Qui se gisoit anmi la couche, Et quant li jors fu esclairiez , Que li borjois fu esveilliez f Sa famé sant , si la regarde : Par foi , dit-il, tu ies musarde Quant ies à lostel revenue , Car tu fus arsoir si batue , Que je cuidai, se Diex me voie , Que jamais n'alasses par voie. Or me gehissiez ne porquant , Quant je vos bati arsoir tant , Gommant avez nul recovrier , Certes moult me puis mervillier Se trop ne vos douiez des rains Et se vos avez les os sains : 4b ^ Vérité savoir en vorroie. Sire , por quoi me desdiroie , Dit la dame , que mal ai-je , Vous avez a nuit moult songie Que vos me cuidastes ce faire. Li borjois ot honte et contraire , Digitized by Google DE FABLIAUX ET COUTES. « 3S* A tateste li va«iastajit, * -, ^ Les treces H trwéve teïiajit * Et des chevos a gvant pîan^*. 240 Lors cuide bien ëfctre enchanté Et angignez et entrepris ; Par le chièf a cossiiv|Mris , Si le soulieVfe iSnelement ; La coé dou palefroi sent : Com la coe dou palefroi ot , * Por cent livres ne déist mot , Une grant pièce eû ru touz muz. Si durement fu esperduz*, Qu'il cuida par anchatitement , a5o Je le vos di apertetnent, * Li fust atfcnu ceste chose. La dame si le blasme et chose , Et dit se jà Diex la sequeure , # Que grant honte li a mis seure , Et sU li dit mais tel outrage , Tost i porra avoir domage. Li borjois li prie que li pardoint, Merci li crie et ses mains joint ; Damé, fah>il, se diex me voie > 260 Je vous cuidai bien toute voie Avoir honie à touz jors mais , Et les trecea^copées près ; Mais je vol bien que c'est mançongç , Ainz ne sonjai mais si mal songe Com } ai^mon cheval escoé , Dont j'ai forment mon cuer iré. Par cest fabliau poez, savoir Que cil ne*fait^mie savojr, \ \ Digitized by Ma N0UVEAU RECUEIL Qui cfoû famé de riens Deus puceles en un vergier Entrèrent por esben&ier : Lune des deus fu Eglantine > Et l'autre avoit non Hueline, Amont vindrent par lo jardin A la fontaine sor le pin : Lor mains lavèrent au ruisel , 10 Et puis lor cors , ce lor fu bel , Don conmancerent à plorer, Et lor amor à desmostrer. Eglantine s an fu hastée Qui a Clerc ot s'amqr dpnée ; Hueline li respondi D'un Chevalier a fait ami. Eglantine, dès qu'ele antant, Si li respont isnelemant : Damoisele , fait avez mal , 20 Dès or estes tornée à val : Car là avez amor bâtie Où il n'a point de cortoisie ; Jà en amor de Chevalier Ne troveroiz que cortoisier. xomk i. a 3 Digitized by 3S4 XOUFEAU RECUEIL y*M qui à Clerc lirre samor, De cortoîsie sant l'odor : Car plus set Qers de cortoiâe Que Chevaliers qui a amie. Hueline ne fa pas mue , 3o . Ainz dist, tel chose avez mène Don vos seroiz encor o moi, Mi esciant, si con je croi : Car il n a home en ceste vie Qui tant sache de cortoîsie Con Chevalier, se sachoiz bien ; Jamais en doteroiz de rien , Et ce vos ce volez noier : Je sui preste del renoier Que mains set Clers de cortoisie y 4o Que Chevaliers qui a amie. Eglantine respont riant : Dame , a bon conmancemant , Puisque avez mené tançon ; Soiez tenue par raison. Vez mon gaje , et lo main gant, De bien tenir mon convenant : Dites première , le lorrai , Et en après je respondrai. ' Fait Hueline , je lotroi , 5o Dame Eglantine , à moie foi , Jà vos dirai mien esciant , De vostre ami ce que j'antant. Vostre ami sel bien corecier , Si set chanter en cel mostier , Mais il n'ira jà en besoin Que son sautier n'aut en son poin. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 355 Qant mes amis va tornoier, Et cil vait lire son sautier : Et qant cil fiert son compaignon , Et cil fait ensolucion. Jà n'auroiz jor de lui barnaje Don vos puissiez estre plus large ; Mais mes amis porte cenbel, Et si asaut sovent chastel , Et moult se {ait hardiz por moi, Qant il cuide que je lo voi , Ne dote pas chevalerie Por moi à faire ne folie , Qant est armez de son conroi, Et il set bien que je Io voL Se Chevalier puet encontrer Qui li voille encontre ester, Va lo ferir de tel aïr Quescuz n'auberz nel pot garir Qu'il ne mete lo confenon Par mi lo cors tôt à bandon. Par les resgnes lo tient formant , Lors si satorne galopant, Et apele son escuier Que il plus aime et plus a chier : Amis , fait-il , pran cest destrier Isnelement , sans atardier , Et si lo presante à m' amie : Conquis l'ai par chevalerie. Dame Eglantine , par ma foi , Tôt cest desroi , fait-il , por moi ; Mais vostre amis n'ert jà véuz Que il ne soit rés ou tooduz ; Digitized by 35C NOUVEAU RECUEIL Ne jà por home n'istra hors , go Se il ne cuide encontrer cors. Qant une bière voit porter , Lors est séurs de son soper ; Miauz aime un mort que quatre ris , Toz nos voldroit avoir ocis : Ne ne fait rien por vostre amor Qui point vos tort à desenor , Fors solement lire et chanter Por la vostre amor recovrer. Bien set les ames conmander, 100 Et après tôt ce enterrer. Si gaaigne par covetise y Messes , matines , grant service : De cez deniers que il reçoit , Por les deniers que en li doit^ Vos conroie , dame Eglantine Con Fan doit faire tel meschine. Or redites ce que volez De mon ami voz volantez. Eglantine fu coreciée , 1 10 Qant ot que si fu laidangiée , Si li respont par mautalant : Dame , an si bon conmancemant Se ne me se ore desfandre , Par le col m'an estovra pandre. Moult avez foie contenance , Jà en sera prise vanjance : Se ore m'avez fait tançon , Or entandez bien ma raison. Ci vos vantez de tel amor 120 Qui vos menra à desenor j Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. $87 Mais mes amis est bien cortois , Aprjs d'amors en totes lois ; • Et li vostre est plains de pauverte , Et met ses gages en taverne , Et qant il vait à cez tornoiz , Don li estuet par fin destrois Deniers querre à emprunter Don il se puisse conréer. Tant con li durent cil denier , 1 3o A-il à boivre et à mangier : Jà por sa foi n aura garant $ Lo gaje estuet venir avant $ Qant il n'a mais que engager , Dou va à vos por enprunter Sercot , o mantel , o pelice $ \ Vos li prestez , 11'an poez mais , Très bien savez nel' verroiz mais, Adonc s'an va à un tornoi , Les deniers porte ensanble soi ; i4o Qant li faillent , don n'a que prandrô f Don il estuet son cheval vandre. Des deniers que il en aura , Bichemant s'an conroiera , Mais ja la foiz n'ert regardée 1 Que en gabois est obliée , Ne voz gajes qu'il a laissiez, Se vos volez, sés desgagiez ; Ou ce ce non , si atandez Qu'il vos die , dame, tenez, 1 5o Ce atandez que il vos die , Mais ce nert jà en vostre vie. Qant li chevax sera mangiez, Digitized by 35S NOUVEAU RECUEIL Et li hanberz ert engagiez , Ci hiannies ira an marchié , En po dore l'aura mangié; En lo prandra por un denier. On à enviz, on rolantiers Ira chiés lo bochier Fespée Por demie truie salée : 160 Or n'aura-il poincet de Tin Ne d'avoine , nés plain bacin. Don oovient-il , ma damoisele , Lo frain vendre , et puis la sele ; Les heuses vont à la provande , Car autre chose n'a que prandre. Or sont li gages engaigié , Ainz demi jor seront mangié ; A l'autre jor iert esgarez Don à la tierce soit disnez. 170 Se donc avez , si li aidiez , N'est pas droiz que vos li failliez. Icel besoinz li vient sovant , En Fan cinquante foiz ou cent. Mais tôt ice ne sai-je mie , Por itant sui au Clerc amie , Ainz me serré en ma cheere , De devant moi ma chanberiere Qui me dira que mes amis Viaut acheter peliçon gris, 180 Ou tel mantel , o tel bliaut Qui cent libres d'esteiiins vaut , Et si sachiez chascune nuit .Terra o moi dedanz mon lit. Ce m'est avis 5 c'est cortoisie Digitized by DE FABLIAUX ET COUTES. ' 3f>9 Daséurer de vilenie: Se or volez de moi parler , Il ne me doit pas trop peser. Hueline respont riant Qu'i li Tait auques anuiant, 190 Qar nos somes tant enviées Que amedeus somes iriées , • * Encor n avons-nus à fin trait Lo conmancemant de nos plait ; Alon encor querre seignor Qui nos jugent à grant enor. Li Clers set plus de ctfrtoisie Que Chevaliers qui n'a amie , En moie foi, fait Eglantirte; Jel' otroi , fait Hueline , 200 De ceste mise que ci rais Voil que li termes en soit mis : En cest vergier asanblerons , Ce vos plevis , puis entrerons. A icest mot sont départies , Qant les fiances furent prises : Ne demora pas longuement , Li termes vint del jugemant. Il chevauchèrent à bandon , Sanz mautalant et sanz tançon. 210 Enz en un bois espès ramu Sont entrées, moult bien foillu : Li chauz les vait moult aprimant , Joste lo bois vont chevauchant. Dame Eglantine ot une mule, Miaudre de li ne fu ainz nule , Tote blanche con un cristax , Digitized by NOUVEAU RECtJElL Qui s or li siet ne saut irai max ; Soef la porte i'ânbléure Qu'il ne sett imle autre aléure , Mais tant par vet sinplemant Que rosée ne sant noiant. Erain a où chief de grant para je, Qui moult fu fait de -grant barnaje ; La chevece fu tote d'or ^ En Esgipte la firent Mor : Les règnes sont à or hatues De fil de soie bien tissue?^ Sele ot bete , et Ifien ovrée , De tote part bibn ajorfiée , Et moult i ot assisses pierres Esmeraudes qui furent èhieres. 'De paile fu la coyerture, Qui cele a , d'autra n'a cure , Car tant p^r est dé grant bealté , Que jà sa per ne t*ovep#z. Li enel sont de blanc argent y Sororé sont et avenant. Li estrier sont d or noielé 4 Bien forbi et bién ajtorné : Uns espérons ot la pucele Dont ne vos os dire novele , Car plus sont chier si esperon Que li roiaumes Sale mon. Ele ot vestu un mantel gris , Afublée d'un propre bis. Por la chaleur dame Eglantine Destreciée ot sa bele crine Sor ses espaules contreval. DE FABLIAU X-ÏT CONTES. 36r D'or resanblent espfrécial. a5o Hueline ot un palefroi, Miaudres ne fu à cort (le Roi. Ele ot vestu un blanc chànsil , Et afublé noir osterin. Ele fu tant bien atornée , Jà par nul home n'ert blasmée. Ensi chevauchent les puceles Qui tant sont avenanz et bêles. , El bois deus bacheless troverent : Eglantine parla première , 260 Car Hueline fu darriere. Cil Dame Dex qui maint en haut , Il vos garisse et il vos saut ! Li bacheler furent cortois Et bien apris de totes lois , Et responent as deus puceles : Dex vos garisse , Dajnoiseles ! Se descendre ci voliez , Do reçoivre somes toz prez , Et se de nos avez mestier, zjo Vos lo porroiz bien essaier. Eglantine lor respondi , Seignor Donzel , vostre merci ^ Mais dites nos , par vostre enor , Où troverons lo Deu damor. Li uns li respont , par ma foi , Je vos dirai > si con je croi ; S'ansanble o nos volez aler, Nos vos ferons à lui parler , Si vos manrôns à son ostel , 280 Ainz mais n'en véistes nul tel. Digitized by 290 3oo 3 10 NOUVEAU RECUEIL Fait Hueline , si ferons, Alez avant , nos tos snirons. Atant s'an tornent moult joianz , Ne ne sont mie fnedîsam» Ne chevauchent pas un arpant Q'eles voient lo pavemafit , Et après ont choisi lo mur Qui tant par est et fors et dur , Que feu ne noif n'i puet passer , Pluie ne eve n'i puet entrer. Ensorquetot home coart. Dedanz ce mur n'i aura part. Et après voient lo palais , Ainz tel ne fu , në nfert jamais. La closture est dé flor de li£ , Soef en flaire. li pals ; Et tuit li tré sont de cristal , Li paleron de garmgal ; De ginbregien sont li chevron , Et de ciprès lo freste en son. De canele est l'antravéure , Et de basme la coverture ; Moult par est biax sanz nul redout. Li conpas est de requelice , Qui aportez fu d'outre Grice : Li pavemant sont tuir de Sors , Mil libres valent li péors ; Et moult est granz la doçors. Qui loianz est sanz nul redot Bien puet estre sires de tôt , Car moult i a boenes espices, Et moult i a de grant devices. DE FABLIAUX ET CONTES. 363 Je ne voil mie tôt nomer , Que grant chose est à raconter. Li soz fu faiz de flor de rose . Que ni fjast nule maie chose. Aprandre poez , ce m est vis , Se Dex i fiist de Paradis. Un bel aubre i ot enpris , $20 Si est tôt droit con un bozons. En toz tans est chargiez de flors ; Les branches sont espés ramu > De totes foilles bien vestu. Ilueques chantent li oisel Qui d'amors movent lo cenbel. Hoc descendent les puceles Qui à cort vienent por noveles , Et li baron tuit ensemant Qui vienent querre jugemant. Nota. Ce fabliau , qui , pour le fond , est le même que Flore et Blanche/leur, et le Jugement d'amour , renferme cependaut des diffé- rences considérables , quoiqu'il soit terminé ici dans le manuscrit de Berne ; mais on pourrait lui donner une fin , en reprenant le Juge- ment d'amour, tome iv de la nouvelle édition de Barbazan, page 36 1 , au yers ao5, jusqu'à la fin. Digitized by 364 NOUVEAU RECUEIL LE LUNAIRE QUE SALERONS FIST. Salemons qui la seignorie Ot de science et de clergie , De granz honors et de hautesce , Ot un enfant en sa joenece D'une dame qu'il moult ama, Qu'à bien po ne s'en renoia. L'anfés fu moult amé dou pere Pour amor qu'il ot à la mère : Roboam estoit apelez, 10 Moult fu l'anfés de grant biautez. Li pères qui moult estoit sages , Ainz que l'anfés éust aage De mal faire, ne le porpens, Li volt apenre tant de sens. Livres fist por lui mostrer Qu'il devoit tenir et ovrer , Et que haïr et que amer o Sor touz les biens quiji mostra. 20 • Dieu à amer li enseigna , Par tout bones genz honorer, Sa famé servir et amer ; Ne que jà félon ne créist , Ne son conseil ne li déist ; (*) Il manque un vers ici. s J Digitized by DE FABLIAU& ET CONTES. 365 Que par mal serf est malbailliz Bons sires et sovent traïz. Moult li dist de choses loigtaines , Puis li aprist des soveraines «■ Des arz moult bien Je doctrina 3o Et de la lune li mostra Toute la force e^touz les tovirz , • Et les croissanz-,et lgs dèscours. De la lune fist une* table , NeF devez pas tenir à fable « > Qui moult est c^ier* et honorée : » Table Salemon est nomée. A son fils enseignier vouloit Tout, si corn la lune naissoit ; (a) Le jor que prime estoit nomée , 4o Et des sages ainsins clamée, * t. Des autres jorz tout à délivre f* Si comme il est trovez en livre Est bon à faire et à laissier, A guerpir et à commencier. Salemons dist , qui pas ne ment 4 Que la lune au commencement Qui primeraine est apelée , Est de touz biens enlumine Cel jour bon commencier f 5o Arer qui gaaigner voudroit , Et bon vendre et bon acheter, Et tout faire fors que ambler : Icil qui la nuit amblera Longuement sires n'en (a) Far. En quel force la lune estoit, Digitized by 366 NOUVEAU RECUEIL Li enfés qui la nuit nestra, En paroles sages sera , Bons clers sera et bien letrez Et de plusors genz ert amez. Son saing delez sa bouche aura 60 Ou près de Teuil , jà n'i faudra. Paor de mort en eve aura , Mais du péril eschapera Se de set anz puet eschaper Bien porroit pub longues durer. La famé qui cet jor itestra En grant bien sa vie usera ; Chaste sera et franche et bele , Son saing aura souz la mamele, Ou en la bouche, ou près de lueil : 70 Ele n aura jà point d'orgueil. Se douze ans puet avoir durée , A seignor sera mariée. Qui en enfermeté charra * A tel jour , lo*c tens i sera. L'avision que l'en vterra Cele nuit , à grant bien venra ; Et cil qui saigtiier se fera, Devant tierce' bien li fera. Et cil qui famé esposera 80 Sanz doutance ainz de lui morra , Et qui istra de son pais « Bien le reverront ses amis. La seconde lune nos dist Si com nous trovons en e&crist, Qu'à cel jor fet bon acheter, Et vendre et monter et semer Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 367 Et en son nuef ostel entrer, Et en pèlerinage aleiv , A cel jor premier vestiras # 90 Tes novias dras se tu les as , Et qui marier se voura Cel jour, bon faire le fera- Bon fet commencier à arer , ^ Et planter arbres et semer. L avoir qui la nuit iert érables Prochainement iert retrovex. # Li enfés qui la nuit iert nez, » Biches ert et bien héritez, Et frans et cortois et senez 100 Si saura des letres asez ; S'il naist de serf franchiz sera Et son saing sor le fronit aura. Se le novieme an puet passer, Bien porra puis longues durer. La famé qui la nuit nestra Assez debonere sera , Ne mès cun po estre orguilleuse Envers home et contralieuse : A poines sera vergondée , 1 1 o Mès d'un seignor ert esposée. Son saing aura souz la mamele , Moult iert ceste aventure bele , Où el pié joste le talon, Et or créez sanz mesprisoa , Et s'ele puet passer quinze anz De son signor aura enfanz , Et s aucuns chiet en maladie Cel jor, de mal ne garra mie. Digitized by 368 NOUVEAU RECUEIL En la vision que verra 120 Ne bien ne mal ne conoistra ; La tierce lune n'a mestier A nule chose commencier, Ne doit vendre ne acheter, Ne riens faire fors esarter ' Mauveses herbes et racines Qui au bon es seront voisines , La rien» qui cel jor ert emblé, i3o Longuement ne sera celé; Qui en enfernieté charra, Ainz quint jor de mal resordra, Et se à cel jor n'est levez , Longue sera s'enfermetez. Li enfez qui la nuit nestra, Pereceus et malvis sera , Povres, trichierres, covoiteus Et de lautrui trop envieus. Jà jor n aura bien ne confort , i4o Et si morra de maie mort. La famé qui cel jour ert née Touz jorz ert povre et esgarée ; Jà n'iert de folie honteuse, Et de lavoir ert covoiteuse. Touz jors sera en lecherie De son cors et de sa folie Tant com de son tans i aura ; Mès en sa jonesce morra. Entre li et Tome devant i5o Auront lor saing où front devant. Ainz midi se face saigmer Icil qui en aura mestier. DE FABLIAUX ET CONTES. 36g En s'avision de la nuit Ne verras ne bien, ni profit : N est pas li jorz bons d'antamer Son cors por faire sanc ôster, La quarte lune tenez chier, Car il i fait bon commencier Ce que voudras edefier, Et qui voura par mer aler A cel jor en nef enterra ; 160 Ne mal ne péris n'i aura : Et s'aucuns a son enfant chier Cel jor le doit mètre à mestier ; Et qui voura chastel fermer, Molins faire en eve torner A cel jor le commencera, Ce sachiez, bien les afinera. La famé qui enfant aura A cel jor grant joie en aura. Moult aura paine en sa jonesce 170 Ainz qu'il ait gaire de richesce ; Fox et luxurieus sera Et moult grant paine sofferra ; Mais puis sera prodons et sages, Si amendera ses aages ; De granz honors sires sera , Et son saing sor son chief aura La famé qui la nuit ert née, Toz jorz ert povre et esgarée, En poine et en travail vivra 180 En autrui servise sera, Et de mauvese mort morra , Le jor que à la fin vendra , TOME X. 24 Digitized by 5 7 o NOUVEAU RECUEIL Et en tel leu son saing aura Où jà home ne le verra, Jà le larron joie n'aura De ce que la nuit emblera. Qui en enfermeté charra A cel jor lonc tans i sera. A grant joie tenir porras 190 Ce qu'en avision verras, Et se tu en as grant mestier , Devant tierce te faz saignier. La lune qui quinte est nomée Jà de nus ne doit estre anrée , (b) N'est pas profitable ce jor En bataille au defendéor. A cel jor ne te chaut prier Ton ami , se tu as mestier ; Cel jor à poine troveras aoo Qui taïst se mestier en as. Li enfés qui la nuit ert nez , De ses amis ert déboutez , Jà n'ert longuement en santé , Jà jor ne sera séné ; En grant poine ert et en torment , Mes ne vivra pas longuement. Icil qui garde s'en prendra , Sus son costé son saing aura. — ■ Jà n'aura ne bien ne honor — 210 La famé qui nestra cel jor , Toz tens sera de mate vie Et moult saura de sorcerie, {b) Var. Doit estre haïe et blasmée. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Sa vie en poverte usera Et de malvese mort morra : Cil qui an lit acouchera Par mal , à paines resordra. Ce que par songe aura véu La nuit , briefment ert connéu ; Et se ton avoir ert amblez , 220 A poines sera retrovez. Qui matin saignier se fera Sachiez jà bien ne li fera, (c) La siste lune on doit amer, Quar ele fet moult à loer. Cel jor se fait bon marier , Et aler chacier et vener ; Et qui sera apeléor En bataille , en aura l'onor : Et se aucuns a son forment 23o Que garder veille longuement Et degaster et d'empirier, Cel jor le mete en son grenier. Et se tu d'aide as mestier, Ce jor va ton ami proier* Li enfés qui nestra cel jor Adez aura joie et honor, Et si se fera moult amer S'il puet vint et quatre anz passer. Seur sa destre main puet trover (d) 240 Son saing qui i voura garder. La famé qui la nuit ert née , (c) Far. La sainie bone sera. (d) Sot le destre œil porra trover. 3 7 * NOUVEAU RECUEIL De deus mariz ert esposée ; Assez aura joie et honors , Mès n'iert pas chaste o ses seignors. Plentéive d'enfanz sera Et par bel aage vivra. Son saing li sera demostrez Souz Faissele où destre costez ; Et ce qui ert la nuit amblé a5o A poines sera retrové. Qui cherra en enfermeté Garra et venra à santé. Ce qu'en songe la nuit verras A nului nel descouverras ^ Fors que à Dieu tant seulement, Si le verras prochainement. Ne te chaut sanc amenuisier Le jor que tu n'en as mestier. La septième lune nous dit , 260 Si com nos trovons en escrit , Qu'à ce jor fet bon commencier Plusors choses qui ont mestier. Ce jor bon conbatre i fera . Celui qui son droit i aura, Et se ce est plaiz de folie , Ce jor ne se conbate mie. Qui ses bestçs voudroit chastrer, Mètre en charrue ne danter, Du fere ne soit pereceus 270 Cel jor, si en sera joieus : Et- se aucuns a marrement Vers son ami , ne mautalent , . Qui ce jor en vorroit parler , Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES- 3 7 3 Bien les porroit-on acorder. Bon aler fet à son mestier Marchéant qui veut gaaignier. * Buer fu li enfez engendrez Qui à celui jor sera nez* Seur toz ert larges et senez A 280 Et de plusors genz ert amez. Son saing li aparra où front Si que plusors genz le verront, La famé qui la nuit nestra  plusors genz lor bons fera ; De mains homes sera amée , Mès de sa parole ert blasmée. » Sa folie déguerpira , Et en esposailles morra , Et qui voura son saing trover 290 Sor le destre œil porra garder , On entoure la destre mamele , Entre le costé et l'aissele. Qui la nuit amblera avoir Longuement nel porra avoir. Se aucuns chiet en maladie, Il en garra s'il a aïe , Et qui verra avision La nuit , n'i verra se bien non. Tout le jor fera bon sainier 3oo A celui qu'en aura mestier. L'uitime lune doit estre amée Des uns, et des autres blasmée Bon est cel jor ses cham semer Et ses herbes à remuer. Li anfez qui la nuit ert nez , Digitized by 3 7 4 NOUVEAU RECUEIL Jà jor ne sera bien senez : De mout de genz ert connéufc Et de toz ert por fol tenuz. Son sain g où costé destre aura , 3io Et par eve mort recevra. La damoisele qui nestra Par sa biauté moult trovera De qui ele sera amée ; Mès d'un, seignor ert espousée. Moult d'ornes la covoiteront Por la biauté qu'en li verront , Et seur l'oreille aura son saing Ou près du poucier en la main. Jà li lerres joie n'aura 320 De ce que la nuit amblera. Cil qui par mal acouehera, Jà par santé n'en resordra, Et prochainement connistras Ce qu'en a vision verras : Se mestier en a ton ami Fai le seignier devant midi. La noviesme lune redit , Si com nos trovons en escrit , Bon fait en sa maison entrer 33o Et ses cortius fere semer, (e) Li enfés qui la nuit nestra En sa jonesce amans sera , Preuz sera et cortois et sage Tant com il ert en son aage , Et se huitime an puet passer (c) Far. Et ses vessiax fere porter. Digitized by DE FABLIAUX #T CONTES. 3 7 5 Jusqu'à trénte anz porra durer. Ja de l'autrui besoing n'aura Tant comme en sa vie sera. En sa destre oreille verra 34o Son saing qui garde i prendera. Ja mal testemoine n'aura La famé qui la nuit nestra ; Bone messàgiere sera , Et son seignor moult amera : Dieu criendra en toute manière , Et sera chaste et aumosniere , Et son saing li ert demoustré Où lieu où à Tomme est nommé. Qui de mal sera agroté 35o Bien en revendra à santé. Lavoir qui la nuit ert amfelé A poines sera retrovez* L'avision de celui soir Porras apertement véoir : Ce jor ne te chaut d'entamer Ton cors por malvès sanc ostér. La disime lune est créable Si com nos trovons en sa table ; Salemons qui fist l'escripture 36o Nos en demostre l'avanture. Si ton anemi vels grever , Ce jor te va de li clamer, Et se bataille veus fornir De ton droit n'i porras faillir Que tu n'en aies le meillor Comment qu'il voit au chief dou tor. Bon fera vendre et acheter Digitized by NOUVEAU RECUEIL A ce jor et terres semer , Jardins Étire et vignes planter Et en son nuef ostel entrer , Famé prendre et son enfant mètre A escole por savoir lettre. Li anfès qui la nuit nestra Escharnissant de genz sera , Mainz règnes avironera , Ne jà granz richesces n'aura. Sachiez que par eve morra , Ou par glaive , jà ni faudra. Son saing en l'oreille senestre Aura , nel' quier pas à la destre. La famé qui la nuit nestra , En jonesce povre sera» Quant en aage montera Toz jorz en bien amendera. Environ sa bouche ert véuz Son saing et bien apercéuz. Ce qu'ert emblé ert connéuz Et li 1 erres sera penduz. Et qui par mal acouchera Cel jor , prochainement garra. Jà bien ne mal n'ert connéu Ce qu'en songe sera véu. Bon fet de son cors sanc oster Par jarser ou par ventoser. De l'onsime lune dirai Ce qu'en lescripture trovai. Bon fet sa vingne vendengier, Arbres planter et blez soier , Et si fet bon puier sur mer DE FABLIAUX ET CONTES. 377 4oo Et en pèlerinage aler. (f) Li enfez qui la nuit ert nez Sera moult sages et seriez ; (^) Mès en folie ert chaleureus, Quar trop sera luxurieus. Des ars du siècle moult saura De marchandise vivra , Et en sa fin s'amendera Des folies que il fera. Son saing ert en lueil ou el front 4io Devers senestre bien amont ; Et cele qui sa fille aura , S el vit , de li grant joie aura ; De grant biauté ert renommée , Chaste sera et bien senée. Lonc tens o son seignor sera Sanz enfanz et puis en aura. « Où front ou entre la mamele Aura son saing la damoisele. Cil qui de mal sera grevez 4ao Garra bien de s'enfermetez ; Ainz tiers jor conoistre porras Ce qu'en avision verras. Bon fet ce jor ferfc seignier A celui qui en a mestier. La dousime lune nos dit Si com nos trovons en escrit, Moult fet cel' jor bon espouser , * Famé noçoier et mener ; (/) ^ ar * Ez asséoir et remuer. (tf) Sera moult preuz et moult osez* Digitized by GooQle 3 7 8 NOUVEAU RECUEIL Et fet bon semer son froment , 43o Des autres blez ne di noient. ' Son saing sor la mamele aura , Et de son cors foie sera. L'avoir qui la nuit ert amblez Ert renduz , mès moult ert celez, Cil qui de mal acouchera , Morra tost , ou moult languira. Ce qui ert en songe véu Ert en grant joie connéu. De son cors fet bon sanc oster 45o Ou par jarse ou par ventoser. La lune tresime nomée Ne sera jà de bien loée. Ne fet cel jor bon commenciçr Nule chose qui ait mestier , * À poines nus gaaingnera Cel jor en marchié qu'il fera. Jà la mère joie n'aura De l'anfant qui la nuit nestra. Il sera fox et orgueillex , 46o Et mesdisanz et covoitex , 440 Li anfez qui la nuit ert nez De granz biens sera esprovez : Il sera sages et piteus, Et moult sçra rehgieus. Moult aura travail en sa vie De granz richesces n'aura mie. Sor le genou aura son sain , Ce dit , ou en la destre main. De la famé qui sera née Ne sera pas grant renomée. DE FABLIAUX ET CONTES. $79 N'ert pas amez de toute gent Et ne vivra pas longuement ; Et la damoiselé ensement Sera moult foie en son jovent. Povre sera et orguilleuse Et de son cors luxurieuse. A mainz homes lor bon fera , Mais en sa joenesce morra :. Et entre li et l'orne auront Lor saing sus les cheveus amont , Et cil qui par mal ert grevez , Longue sera s'enfermetez. Et ce que la nuit songeras, Soit 1 biens ou max tu le verras , A poines sera retrové Ce qui sera la nuit amble. Ne fai ton sanc amenuisier Si comme tu as ton cors chier. La lune quatorsime el copte Si com Salemons nous raconte , Doit l'en moult amer et proisier , Quar il i fet bon commencier Toutes choses qui ont mestier. Fet bon cel jor à commencier Famé requerre et espouser , En sa nueve meson entrer , Et en pèlerinage aler , Et se marchéant veut aler Par terre ou par mer gaaignier , Cel jor i fet bon commencier. Li enfès qui la nuit nestra , Hardiz et corageus sera : Digitized by 38o NOUVEAU RECUEIL De plusors genz ert redoutez Par son orgueil , par sa fierté. Son saing aura joste les iax , Et tant vivra que touz ert viax. La famé qui la nuit nestra , Pain et viande assez aura , Et si perdra son pucelage Soo Ainz quele vieigne à mariage ; Et itiez hom l'espousera Qui jà de li honor n'aura. Joste le front ou el costé , Li sera ses sainz demostré. Se aucuns chiet en maladie , Gel jor, de mal ne morra mie. À grant joie véoir porras Ce qu'en avision verras. Bien te porras le jor seignier 5 10 Se tu voiz qu'il t'en soit mestier Si com nos trovons en escriz Que Salemons fist à son filz. La lune quinsime nomée , N'est pas moult bone ne loée, A mile chose commencier , Ne à faire , mès à laissier. Et se aucuns voloit avoir Son héritage ou son avoir Ne face pas le jor clamor 5 20 Quar il n 'i auroit jà honor. Ne te chaut prendre ne doner, Famé prendre ne esposer. La famé qui seignor prendra Cel jor, de lui joie n'aura, Digitized by 7 DE FABLIAUX ET CONTES. Ne celui de li ensement. Toz jors tençon et maltalent , Aura entre aus et jalousie Et si menront moult maie vie. Li enfés qui la nuit ert nez, 53o Larges , Gortois sera asez Mais longuement pas ne vivra , Par eve ou par glaive morra. Salemons dit que bien puet estre Son saing sor l'espaule senestre. La damoisele qui ert née Cele nuit sera moult amée , De moult d ornes , mais pou voudra Qu'en son pucelage morra. De son saing porra véôir l'estre 54o Jouste son espaule senestre; Et cil .qui de mal ert grevez Se ainz quinze jorz n'est levez , Longuement l'estovra languir, Et paor aura de morir. Et ce qu'ert en songe véu En joie sera connéu : Et se tu voiz fere tens cler, Bien porras de toi sajdc oster. Oiez de la sesime lune , 55o En tout le cors na pieur c'une. Cel jor ne te chaut commencier Nule chose qui ait mestièr , Ne riens vendre ne achater, Ne fors de ton pais aler, Famé esposer ne noçoier Ne ton enfant mètre à mestier. Digitized by 582 NOUVEAU RECUEIL Li enfés qui la nuit nestra De marchéandise vivra. N'ert pas trop en autrui dangier, 5 60 Si aura asez à mangier. Où destre costé ers véuz Son saing, et bientaipercéuz. La fille qui ce jor nestra , Franche et cortoise asez sera : Honteuse ert et moult soufferra Mesaîse , quar el né voudra Fere hontage ne folie Et si sera de bone vie , Ce sachiez , tant comme el vivra. 5yo Toz jors en bien amendera. Son saing li sera demoustré En tel leu où Tomme est nommé. A grant poine cil resordra Qui en enfermeté charra. L'avision qui ert véue La nuit sera bien conëue. Se malvès sa ne as en ton cors Bien le puez fere giter fors. La lune qui est apelee 5 80 Diseseptimè est moult loëe , Si com Salemons l'enseigna A son filz que il moult a ma. Moult fet le jor bon commencier Toutes choses qui ont nlestier. Bon fet cel jor ses chans semer, Vignes , arbres et bois planter , Famé espouser et noçoier, Et son enfant mètre à mestier. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 383 Vallet qui veut avoir honor 590 De chevalerie à cel jor, Praingne armes , il fera que sage , Mieudres en ert tout son aagé. Batailles seront apaisies Qui à cel jor seront gagies. Buer fu li anfés engendrez De pere qui ce jor ert nez ; Sages, cortois êt preuz sera , Jà en lui malvestié n'aura ; De largesce sera toé 600 Et si sera Ions ses aez. Où front ou el destre eosfé Li sera son saing demostré. La mere moult grant joie aura De la fille qu'enfantera : De maintes gerii sera aînée , Et si ert de grant renomée ; Asez aura joie et hônor , Et sera chaste o son seignor. Dieu et sainte Yglise améra , 610 Et aus povres gênz bien fera ; Enfanz aura de son seignor Et si morra à grant honor : Jà jor blasmée ne sera Et son saing où cliief portera. Et qui ce jor acouchera De celui mal briément garra. Li avoirs qui sera emblez Ne sera pas longues celez : Et ce que songeras le soir 620 Verras, soit ou mensonge où voir, Digitized by 384 NOUVEAU RECUEIL Bon sainier fera à cel jor A celui qui a grant chalor. La lune qui cort par dishuit , Moult est bone et de grant profist. A toutes choses est vaillant Si corne est cele de devant , Si comme Salemons le mestre Le nous dit qui bien connoist lettre , Por ce que tout autrement vaut. 63o De li parler plus ne m'en chaut. Moult vousisse nestre à cel jor Se Dieu pléust nostre signor. La diseneuvieme lune nos dit , Si comme Tescripture dit, Bon fet famé prendre et doner, Et chevax vendre et acheter, Et son enfant mestre à mestier, Prendre poisons et soi baignier. Li enfez qui la nuit nestra , 64o Sages, cortois et preuz sera , Et de tant com plus il croistra En bonté plus amendera. Sor le destre œil sera véu Son saing et bien apercéu. La damoisele qui nestra , Franche et bele et sage sera : En sa jonesce ert moult amée, Et de deus seignors espousée ; O le premier petit sera , ' 65o Mès du secont enfanz aura , Et son saing li sera moustré El lieu où à Tomme est nommé. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES, Cil qui par mal acouchera, Par médecine bien garra. Ce qu'en avision verras Ainz quart jor bien le connoistras. Ne te chaut cel jor entamer Ton cors por mauves sanc oster. La lune vintisme est mauvese, 660 Jà n'i ferez riens qui vos plese , Fors à son seignor fere hommage Et aler en pèlerinage. Li enfés qui la nuit nestra Orguellex et povres sera, Et covoiteus d autrui avoir, Et si n'ert pas de grant savoir. Ja mestier ne voudra aprendre , N'a nul bien ne voudra entendre» Jà son saing ne sera véuz , 670 Ne par nul homme connéuz. La pucele qui lors ert née , Si sera asez esgarée : Jà sanz aide ne vivra , Et te noauz qu'en li aura Ert qu ele sera orguilleuse Et de son cors trop folieuse. Jà ne sera cel homme né > De son saing sache vérité. Li lerres à honte rendra 680 Lavoir que la nuit emblera. Cil qui de mal sera grevé Ainz le quint jor aura santé , Et s'il ne relieve à cel jor Longuement sera en langor TOME I. WOUVEÀU recueil A nului ne desoouverras Le songe que la nuit verras. Le jor qui vient après premier Est bon son plet à porloingnier . A celui qui voudroit conquerre Vers son voisin avoir ou terre ; Et se aucuns a son forment , .Ou son avoir ou son argent , Et l'en vueille à lui emprunter , Ne li chaille à «el jor Uvrfer, Quar jamès n'en serait sesis Qu'il n'en fust iriez et marris. Mar fu li enfés engendrez Qui en cele nuit sera nez ; Jà jor ne sera sanz envie Et si sera de maie vie : Quar jà ne se porra garder De l'autrui prendre ne d'embler^ De sa folie ert connéuz , Deffez sera , ars ou penduz. # En la cuisse senestre aura Son saing et bien aparistya* La famé qui la nuit nestra , Franche et debonere sera ; Chaste sera et moult amée Et à seignor ert mariée. Dras et viande assez aura O son seignor tant com vivra : Joie aura de sa portéure , Tant vivra qu'ele ert vielle et dure. Jà saignie bien ne fera A celui qui se saignera. DE FABLIAUX ET CONTES. 387 Son saing aura sous la mamele , Ou el chief , ou desouz l'aisseleç Et qui de son païs istra Sain et sauf i repairera. Ce que en songe auras véu Ert à joie reconnéu. De son cors face sanc oster Qui de mal se voura garder. La lune vintime et seconde En toutes choses est faconde. Se aucuns est en mautalent Vers son seignor ou autre gent, S'en cel jor en fesoit parler Bien se porroient acorder ; Et se aucuns veut acheter Chevax et bestes por garder , Et il i vousist gaaignier , Gel jor i fet bon comraencier. Li enfés qui la nuit nestra , Pàine et travail asez aura. Jà d avoir ne sera mananz Et si aura famé et enfanz : Par sa povreté ert tout foi Et si aura son -saing où col. Tout d'autretel vie sera La famé qui la nuit nestra 5 Et qui par mal acouchera, De sa maladie garra. En joie et en bien connoistras Ce qu'en avision verras ; Et se sanc te fait mal où cors , Par saignie l'en giete fors. Digitized by 388 NOUVEAU RECUEIL De plusors genz ert renommée ^5o La lune Vint troisième nommée, Moult i ert le jor vrai et chier A toutes choses commencier , Quant de toz biens Y-o si loer Je nel' vueil mie dessèvrer. Li enf és qui la nuit nestra , En bataille se combatra, • Mès ne sai com li estera, S'il ert vaincuz ou s'il vaincra , Et sera plains de grant folie , 760 Et vivra de malvese vie. Sus le talon tout en apert Aura son saing à descouvert. La damoisele qui nestra En autrui servise morra. Qui d'enferté acouchera Ainz le quart jor de ce morra ; Et se le quart jor puet passer , A lonc tens porra retorner. En l'avision que verras 770 Jà bien ne mal ni entendras 2 De son cors face sanc t oster Qui de chalor se veut garder. La lune qui est apelée Vint quatrième doit estre amée De toz ceux qui véulent aler Por marchéandise achater, Ne riens où vueil lent gaaignier Cel jor lor est bon commencier. Cel jor ne marieras pas 780 Ton filz ou ta fille se l'as ; Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 389 Se meson nueve as aprestée ; Cel jor n'est pas bone l'entrée. Li enfés qui la nuit ert nez Moult sera cremu et doutez : Jà ne sera d'avoir mananz , Et morra ainz vint et cinc anz. Son saing li sera demoustrez Seur le nombril ou el costez. La famé qui la nuit nestra 9 790 Poine et travail asez aura ; Et cil qui la nuit emblera, A grant honte lavoir rendra. Prochainement de mal garra Qui en enfermeté charra : S ainz le quint jor n'ert relevez Longue sera s'enfermetez, L'avision que tu verras La nuit en joie connistras , Ainz tierce se face saignier 800 Icil qui en aura mestier ; La lune vint cinquième el conte , Si com Salemons nos raconte , Est la pior au commencier Toutes choses , qui ont mestier ; Nus n'i doit vendre n'achater , Ne famé prendre ne doner. Jà lavoir trové ne sera Que lerres la nuit emblera. Covoiteus et povres sera 8x0 Li enfés qui la nuit nestra ; Sa vie usera povrement , Et la damoisele ensement Digitized by 390 NOUVEAU RECUEIL Qui en celé nuit sera née , Toz jors ert povre et esgarée. Enmi le dos près de l'eschine Sera le saing à la meschitie ; Et le saing au Tallet sera En tel leu où nus nel* verra. A paine cil de mal garra 820 Qui en enfermeté charra. Ce qu'en avision verras A dolor conoistre porras. Garde se tu as ton cors chier Ce jor ne te faces saignier. La lune qu'est vkit et sisime , Autretant vaut 00m la cinquime , Quant je sai qu'à plus n'a mestier Je ne m'en vueil plus traveiliier. La lune vint et sept el conte, 83o Si com li livres dit et conte , En toz biens est dite et loée Si com la disime est nomée. Li enfts qui la nuit tiestra Riches , sages , cortois sera , Et la pucelé Estre connue la roïne. L'autre qui nert pas orfeline , Qui roïne de Navarre ert , S'en ist sor un cheval couvert De couverture mi partie : 160 De Navarre ert l'une partie, Et de Champaigne reru lautre. Adonc s'en vint lance sor foutre ^Contre cele de l'autre part ; Et cele des rans se départ , Moult durement s'en vint encontre , . Entr'eles font si dur encontre , Que les lances sont pecoiées. Adonc desrengent l'or mesnies De la partie d'ambedeus, 170 Toutes s'arestent sor eus deus. Moult très durement se travaillent , De desus ces deus dames maillent. Quant les autres routes revienent , Deus dames qui moult grant leutienent, L'une contre l'autre desrangent Des deus dames qui pas ne changent , Ainz s'entrevienent durement - L'Englesche et cele de Braibant Qui tant par sont chevalereuses , 180 Et d aquerre honor desirreuses* Moult très cruelroent se hurterent , Si qu'andeus à terre volèrent Si cruelment que c'est merveille. Ne véistes onques pareille Meslée qu'à ceste aferist ; A grant merveille la tenist. Digitized by 4oo WOUVEAU RECUEIL Les antres s'entrevienent tost , Vous déissiez ce fust un oft. • La roïne dTscose i vint 190 Qui en sa route ot quatre Tins De dames moult cheralerenses ; Celés vienent, ne sont douteuses Assanbler à eus liemant. C'est la dnchoise la Taillant Que tient la terre et le pais, > Dont assanblent , ce m'est avis , % Entr'eles deus moult fièrement , Si se fièrent communément , Ne s'entrepargnierent de rien. 200 Veraiement tous di-je bien Que s'entr'abatènt des chevaus. Eles cbéirent en un vaus Ambes dens , mes pas n'aresta La duchoise quel ne monta Et cort à la roïne sus , Grant cop li done de desus Le hiaume qu'ele ot en sa teste, Tant que par force et sanz arreste Li a fet fiancer prison , 210 Se cele mut en sa meson Sa raençon ne li envoie. Cele sor sa foi li otroie , Adonc se départirent lors , Et la roïne traisent hors Sa gent por reprendre s'alaine. Au tornoi sa route ramaine , D'Anjou la nobile contesse Qui lor a fet bele promesse Digitized by 220 â3o 240 DE FABLIAUX ET CONTES. De doner lor maint riche don. Adonc s'en vienent a bandon Celés de Gueille contre ces , Mès moult i orent maus retrès, Que cele d'Anjou prist lor dame Qui moult estoit cortoise famé : Malement furent recueillies , Ceus d'Anjou les ont assaillies, Ses pristrent moult mal à mener. Celés de Gueille qui mener S'i vit issi vilainement , Dont s'esforça moult malement Tant que sa route retorna Et que ceus delà dessevra , Moult vilainement les menèrent. Ceus d'Anjou se desconforterent Comme se virent réuser , Et toute lor prouece user. Adonques misent tout pour tout , Eles misent ensanble tout Le pooir que porent avoir , Ici poez-vous bien savoir Que ceus de Gueille ont mal menées Et vilainement démenées ; Que cele d'Anjou prist lor dame Qui moult estoit cortoise famé , Se li a fet lors fiancer Prison , et por plus essaucier, Se feri es greignor* meslées. Adonc se sont entremeslées Deus dames qui moult sont proisies, Et qui de cuer sont envoisies : ' 1. ^6 /,oa NOUVEAU RECUEIL Blanche de Bretaigne fu l'une, L*autre qui de bien ert commune, Estoit de Cleves dame riche. Durement es estriers s a fiche , Tout maintenant se desrengierent , Et au venir si fort se fièrent Que li cheval sont descenglé, Que par pou se sont estranglé. Granz cops se vont entredoner, 260 Bien se vuelent abandoner Et souffrir dolor et martire Por avoir l'onor, la matire , Si font les autres volentiers. Dont vint la dame de Poitiers , Contre li vint cele de Blois , Quar ele tint aus Champenois. La meslée fu fort et dure , Et li tornois longuement dure. Plus longue riote n'i fais , 270 Toutes assanblent à un fais , Et chascune ala à son droit Si comme il est reSons et droit. Quant "furent en une pelote , Qui là fust si oïst tel note Qu'eles fesoient desus hiaumes , Miex vaut à oïr que set siaumés. Moult durement se ddmagierent Et moult fofftiëht se ledengierent ; C'estoit merveilles à v%ir , 280 Qui véist les unes fuir, Les autres durement chaciçr , Et teles i ot manecier. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 4o3 Au pardestroit au départir Covint ceus de France partir De la place tout maugré aus. La place si fit communaus De ceus de Champaigne la fine. La coritesse cortoise et fine Demonstre sa proecé noble ; 290 L'espée que tint fu moult noble. Ele s'embat parmi les lices , De quatre lances fist esclices. Que vous diroie ? plus ni a, C'est cele qui le pris en a. % Vraiement a trestout vaincu , Bien i parut à son escu Et au cisne que li donerent Li hiraut qui s'aban donerent A ce qu'il l'en donent l'onor , 3oo Et ele fist moult grant honor A toutes celés qui esturent. Por li toutes semonsses furent , Lendemain matin au mengier, Eles n'en firent nul dangier, Ainz s'en vindrent à son ostel Où ele dona mengier tel Que teus ne fu , ce m'est avis. Lendemain vont en lou païs, Quar trop sont iluec sejornées. 3 10 Or vous ai les resons contées Par qoi fu le tornoiement. Ici faut le definement. EXPLICIT LE TORNOIEMENT AUS DAMB$. Digitized by 404 NOUVEAU RECUEIL LE DEPARTEMENT DES LIVRES. Chascuns enquiert et veut savoir Que je ai fet de mon avoir , Et comment je sùi si despris Que n ai chape ne mantiau gris r Cote , ne sorcot, ne tabart , Tout est aie à maie part. Li tremeriaus m'a abatu , Par ma folie ai tout perdu , Tout mon avoir et toz mes livres 10 Grant pieça que j'en sui délivres. En duel ai torné mon revel, Quar je cuit que il n ait chastel En France que je n'i alaisse , Et de mes livres ni lessaisse. A Gandelus lez La Ferté La lessai-je mon A. B. C. , * Et ma patrenostre à Soisson , Et mon credo à Monléon , Et mes set siaumes à Tornai, 20 Mes quinze siaumes à Cambrai , Et mon sautier à Besençon , Et mon kalendier à Dijon. Puis m'en reving par Pontarlie , lluec vendi ma letanie , Digitized by Google DE FABLIAUX ET CONTES. 4o5 Et si bui au vin mon messel , A la vile où l'en fet le sel, Aus espices à Montpellier Lessai-je mon antefinier ; Mes légendes et mon gréel 3o Lessai-je à Dun le chastel. Mes livres de Divinité Perdi à Paris la cité , Et cels d'art et cels de fisique , Et mes conduis et ma musique , Grant partie de mes auctors . Lessai à Saint Martin à Tors ; Et mes doves est à Orliens , Et mes chàcones à Amiens : A Chartres mes Théodelés , 4o A Roen mes Avionés. Mes Ovides est à Namur, Ma philosophie à Saumur, A Bouvines delez Dinant La perdi-je Ovide le grant. Mi régiment sont à Bruieres , Et mes gloses sont à Maisieres. Mon Lucan et mon Juvenal Oubliairjfe à Bonival. Estace le grant et Vigile 5o Perdi aus dez à Abevile. Mes Al&andres est à Goivre , Et mon grecime est à Auçoirre , Et mon Thobie est à Compiengne , Ne cuit que je jamès le tiengne , ' Et mon doctrinal est à Sens , La perdi-je trestout mon sens. Digitized by NOUVEAU RECUEIL Ainsi com je vous ai conté , lamés ne seront rachaté Mi livre en trestoute ma vie. Toute ai perdue ma clergie. Se je ne truis aucune gent Qui me doingnent de lor argent , Autrement ne les puis ravoir. Or li doinst Diex sens et savoir , Qui m'en donra par tel çonvent , Se je revieng en mon couvent, Je ferai proier en chapitre Que Diex ses péchiez li acquite. bxplicit. DE FABLIAUX ET CONTES. 4<>7 CE SONT LES DIVISIONS DES SOIXANTE ET DOUZE BIAUTÉS QUI SONT EN DAMES. Lan de grâce mile trois cens Et trente deus fui-je tracens A Encerre compaignons querre Por eulz compaignier et enquerre Des déduis , car iete à cel jour , En cel temps fu et à cel jour Que Chevaliers fu Jehan de France. Lors me sovint estre en souffrance D'une execusacion à faire . 10 Qui trop me fu de mal afaire , Pour ce assez tost la laissai , Et fis ces vers dont m'eslaissai En les faisant pour la matière * Qui nouvelle est dont la manière Mon cuer est du recort plaîsans , Où y ot mout de biax plaisans. Et s'aucuns ni avoit plaisance , Je me terrai car plesence. Ne doit-on en ce point plaidier , 20 Car des plés d'ui ne des plés d'ier Pas ne me porroient t^nt plaire. Mès aucuns plais me doit desplaire Digitized by 4o8 NOUVEAU RECUEIL Des vers dont en voist li esplais Si me plest du reçoit li plais Qu a fait Bertax en esploitant De Chasteillon me desploiz tant A fait sera qu'aura argent , Non contretant ce qu'il art gent. Gracieuse Dame entérine , 3o Digne pour estre une Roïne Entre les Dames de Paris Vous n'eussiez que je détermine Dame , Damoiselle ou meschine Très bele et propre à mon avis Diex sons detroys vous y devis. Du bien avez les deus foys sis Qu'en voit bien et quant adevine Ci après tous les vous descris. Bien soit seur vous , Dame , l'escris 4o Es sains privez souz la cortine. De vos biax semblans sanz retraire > Gente Dame , voudré retraire Ce que de si qu'en soit retrait. Car fine amour m'a fait retraire A vous «ervir , car tant à traire I a de biens , pour ce atrait Les retrairai car nul mal trait Ne sai por dire du contraire. Ne croy de nul soit ja pourtrait 5o Vo gentil façon ni estrait S'amors de lui nel' fait estraire , N'ai en ce faisant , ne mal trait. Tant avëz parfaite -figure Que nature qui tout figure , Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 409 Tele ne sauroit figurer : De biax membres sanz affaiture Et d'autres biax biens de faiture . Sur vaus sunt sanz affaiturer. Bien se sot nature enfourmer 60 De vous quant si vous vout former , N'i oublia droite mesure , Si bel vous sot amesurer Qui vous soit se veut mesurer A vous amer sanz desmesure. Poissance douse biens a mis , Nature en vous por fins amis Conforter de désir d'amie Tous contraires ci les devis , De tel corps croy pou soit devis , 70 A Dieu pri jà jour ne demie Troys d'un , troys d'el par la mestrie De nature qui vous mestrie > Formé vous a mout estris. Dire le veul que que detfie S'amors par grâce le m'otrie , Coument qu'en lace lonc destris. Trois Ions , trois cours. Lonc nez , Ions bras et lonc corsage A moult bien mesurez cest sage , Et qui la voit le doit savoir : 80 Courtes tettes a d'eritage Courtes fesses , ce dist le sage, Selonc le corps com poet véoir , Cours talons a au dire voir Digitized by Google NOUVEAU RECUEIL Au marchier et à l'asseoir Les voit ou il pert qu'ele nage , Quant levere va main et soir , N'est hom qui ne devroit voloir A li amer de vrai corage. Trois blancs, trois noirs. Blanche plus que noif et charneure y Blanc le blanc des iex sanz parsure , Le contraire, nulz n'i verroit , En bouche à blanche dentéure : Noirs sourcis, noire paupiéure Aussi noirs poinis avoir doit ; Et quant toutes ces choses doit Nature pas en vain n'ouvroit Quant fourmoit tele créature , N'est cuers si tristes si la voit Qu'en joie tost mué ne soit Diex li doint très bonne avanture. Trois gros, trois gresles. Gros entr'eul a. en son devis , Grosses quisses à mon avis , Grosse coume emprez qui bierv l'avise y Grelle corps bien a fait bien apris ; Grelletes deuz assez petites , Vermeilles a droite devise Grelles doir , mainz de bon assise Reploiant quant li plaist la guise , Aussi sont les dois drois traitis . C'est la façons c aucuns moult prise , 4 Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 4n Se telle Dame est d'amours prise Miex en devroit valoir ses pris. Trois gras , trois traitis. Gras corsage a ma Dame à point. Grasse corge qui moult m'espoint , Quant plus la voy plus m'en 'despointe , Gras membres , tiex ne voit-on point , Traitis iex qui sovent m'ont point, Au cuer dedenz einsi Fapointe , Traitice descendue a jointe 120 Du col sus l'espaule l'enpointe De parfaite façon Diex doint Que soie à celle Dame acointe , Traitices mains tant sage et cointe Qu'à nul ne seroit mescoint. Trois molz et tfois durs. Moles mains plus que d'alun gant , Ne plus mob genous dusqu'à gant Je croy ne porroit-on trouver : Mol ventre et apoint reboutant , Durs chevex blons, col reploiant, i3o Dures fesses sanz mal amer , Dures testes com un piler : Hé ! tel cors doit-on bien amer Quant un pou la vois remirant , Joie en mon cuer fait demdurer , Tout mon corps fait énamourer ,* Tous sa merci désirant. Digitized by NOUVEAU RECUEIL Trois larges , trois jointis. Large entrucal et large poitrine r Larges hanches près de l'eschine , Et sa gointise dentéure , Jointis guichet , blanche boutine , Jointis arceus riens n'i devine ; Qui voit le pié je di droiture , Tant par est de douce aléure : Il pert quelle voit s'ambléure Et tant par douce definine , Qu'en tous ses fais si s amesure Et son parler si bel mesure Quiconques Tôt bien li destine. Trois votis , trois fosseleus. Votis col bel et votis rains, Votis piez a et néentmains j Elle au l'aisseles foisselues , Fonceleus menton , crespés crains , Vis coulouré ne trop hautains , Tous jours les verroit-on itex , Focelex jointes les parex , Onques ne vi si desireùs : Ainsi c'est drois quant voy ses mains S'en pitié d'umble cuer pitex Regardoit ce poivre hontez Pas ne craindroit faye frans de vilains. Trois haus , trois bas. Haut front moien , haute foncelle Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES- Onques ne vi telle fors celle , Et ensivant haute boudiné , Basse en jointée Damoiselle En. tout le mont n'est mie telle Ne de si parfaite doctrine : Basse risée à tous encline , De tous vices très pure et fine , Bas escarnus trop ne revelle Son parler en maie couvine , En li auroit bonne voisine De qui elle auroit sa querelle. Trois gratis , trois petits. Grande verche et avec grant front > Grans iex et gros à loer front , Petites oreilles c'est drois > Petite bouche , neu lonc , Plusor qui tesmoingnié le m'ont, Et quant belle est en tous endrois , Et son corsage est à point drois , Petiz piez rons comme une nois, La pieare au passer pas ne font ; Einsi va elle toute foys , Se pas n'est contesse de Foys , Si n'a il si belle en cest mont. Trois simples , trois dangereuse Simple regars , très douce chiere , Simple en parler et non pas fiere , Onques ne vi en li fierté , Seur toutes a simple manière ; NOUVEAU RECUEIL Elle est de toute honnour mainiere : Ceste grâce a elle aquesté , Dangereusement regardé , A dangereusement donné Response qui qui le requiert Dangereusement otroié , De ce la où pou mestroié , Tant est en tous ses fois entière. Trois sanguins , trois poursuimns. Sanguin par mesure yiaire , Sangins lèvres de bon affaire , Sangins ongles tiex nesgardai , « 200 Poursuivans membres sans refaire , De ce doit-on avoir affaire ? Poursivant corps defui le say , En meintes dont veoir joie ay , Poursivant contenance et gay , Viaire pour amant atraire , Bien se par moy ne retreray Ses honnours que qui metray En dire ce qui me poet plaire. # * Trois avant et trois arrier. Avant paz et au droit port porte, 210 Avant pas qui miex se déporte , Nule n'est de si bïau déport , Arrière haut front de tel sôrte , Onques ne vi et ce m'en orte * De lui loer a grant effort , Arrière chief trousse dacort 9 A 14 190 Digitized by DE FAfrLIAUX ET CONTES. 4i5 Dénature a laz ce m'amort , Diex me consente ja soit morte ; Arrière espaules outre bort N'a arrivé est à bon port 220 Cil qui la seue amor emporte. Michiau del Evesque portier D'Aucerre tant de biau portier , Vous vi moy priant que portasse Vos mos esquiez me déportasse A les rimer moy déportant ; Rimez les ay dont déportant , Onques n'oy si les vous aport , Si seroie arrivé à port. Bon , se bien fait le vous portoie , 23o Afin qu'aucuns en déport oye : Se cil en bien fais se déporte Qui ces vers vous fist raporte De par Bertaut de Chatéillon , Sergant le Roy et compaignon , A tous bons fendus compaignofts Qui ensamble vous compaignons. EXPLOIT LES DIVISIONS DE 72 BIAU TES QUI SONT EN DAMES. Digitized by 416 NOUVEAU KECUfilL DE MARCO ET DE SALEMONS. JVÏoRTÂLitEz et guerre Est escil de terre Et cjestruiemenz , Ce dist Salemons. De putain sourt max Et ires mortax , Et péril de gent , Marcoul li respont. Tençons et envie Départ conpaignie De feax amis , Ce flist Salemons. Engens di putain Font parens prochains Mortiex anemis , Marcoul li respont. Jà tant n'en iert vins , Que jà li molins Mialx en tort ne muelle : Ce dist Salemons. Jà tant ne seroiz Por putain destroiz , Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Que miax vos en vuelle ; Marcoul li respont. 7 La pute et li sers Font tôt en travers En dit et en oevre ; Ce dist Salemons. 8 Or font bele chiere , Traïssent derrière , Lor corage cuevre , Marcoul li respont. 9 Sers de pute orine , . Goistrons de cuisine Font moult à doter, Ce dist Salemons. 10 Pute en cort norie N'est en abaïe Legiere à entrer , Marcoul li respont. 11 Moult fait foie chace (i) Cil qui porsuit trace De cointe gorpille , Ce dist Salemons. i a Maint pas fait en vain Qui trace putain , Tant ele gandille , Marcoul li respont. (i) AL Sovent se trestorne Et fet petit orne Qui porsuit gorpille , Ce dist Salemons. tome r. Digitized by 418 NOUVEAU RECUEIL 13 Perier mal gardez Est sovent crollez Gon il a que prendre , Ce dist Salemons. 14 Tant vous prisera Pute que saura Que aurez que tendre , Marcoul li respont. 1 5 Cheval sejornez A poinne est ferrez Qui mort et recane , Ce dist Salemons, 16 Moult a bone main Qui porroit putain Fere preude feme , Marcoul li respont. 17 Ce sachiez vos bien, Coustume est à chien De mengier charoigne , Ce dist Salemons. 18 Je pig bien en main Qui maintient putain , Jà n'iert sanz vergoigne , Marcoul li respont. 1 g Maigre char prenez , Jà n'i troverez Graisse ne saïn. Ce dist Salemons. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES 419 Putain blandissiez Et la chierrissiez, Jà n i métré fin , Marcoul li respont. Gitiez au plunjon O pierre, o baston , Et il plus se moille , Ce dist Salemons. Donez à putain Et hui et demain, Tant plus vos despoille Marcoul li respont. Bues mal ivernez En mars est lassez , Si chiet en la roie , Ce dist Salemons. Pute bien vestue Se demostre en me Por ce qu en la voie, Marcoul li respont. Là tent-en la glu Ol en a veu Repaire d'oisiax , Ce dist Salemons. Pute cerche foire Quant ele i espoire Planté de bordiax , Marcoul li respont. Digitized by NOUVEAU RECUEIL Qui voit le solel Au matin vermel , Si atende pluie, Ce dist Salemons. Pute à bele chiere Es taverne est chiere, Puis après anuie , Marcoul li respont. Jà nus useriers N'aura tant deniers Con ses cuers voldroit , Ce dist Salemons. La pute en sa vie N'iert tant replenie Que plus ne covoit , Marcoul li respont. Jà par sairement Con ni pert noient Mar querrez vilain , Ce dist Salemons. Bien let sa nature Con ele plus jure Qui mains croit putain , - Marcoul li respont. Chargiez à jument Ou plunc , o argent , Hei ne chault loquel , Ce dist Salemons. DE FABLIAUX ET CONTES. 4*i Pute ne tient conte Qui sor son cul monte, Tuit li sont igné) , Marcoul li respont. Ne vos chault semer Au sablon de mer , Jà n'i croistra grain , Ce dist Salemons. Bien pert la raison Qui vialt par sermon Chastoier putain , Marcoul li respont. Loez lo poon , Si fait à bandon Sa queue parroir, Ce dist Salemons. Pute se demonstre En rue et se monstre Por loenge avoir , Marcoul li respont. Li Ostors muiers Est plus soveniers Que n'est li sors , Ce dist Salemons. Con plus est en voie Plus sovent prent proie Pute o lou gent cors , Marcoul li respont* Digitized by NOUVEAU RECUEIL Li faucons sorsis Au premerain jor, Ce dist Salemons. Moult est déferrée Pute mal gardée Quant ele a loisor , Marcoul li respont. Gerfaulx n'espervier N'est mie legier A faire privé, Ce dist Salemons. Pute de mal aire Ne se set atrere A nule bonté, Marcoul li respont. Norrissiez Tostor, Si l'auroiz mellor Por bien rivoier , Ce dist Salemons. Putain destraingniez Et soz piez tenez Si vos aura chier, Marcoul li respont. De loing cort au vent Li chiens quant il sent O perdriz ou caille , Ce dist Salemons. Est auques ordis DE FABLIAUX ET CONTES: 4a3 48 De loing aperçoit Pute de cui doit Traire la maaille , Marcoul li respont. 49 Li cras porcelet Ne quiert pas lou net , Ainz quiert la palu , Ce dist Salemons. 50 A putain ne chaut Qui argent li baut Mès tost ait f..tu. Marcoul li respont. 51 Li petiz pouparz Fet moult large para De son pain au chien , Ce dist Salemons* 52 Bien vos entendra Pute, quant orra Que vos diroiz tien , Marcoul li respont. 53 Fol est , ce m'est vis , Qui les charbons vis Respont en son seing , Ce dist Salemons. 54 A droit gist en paille Qui son avoir baille En main de putain , Marcoul li respont. Digitized by NOUVEAU RECUEIL Chevax enselez Est bien aprestez De faire son oirre , Ce dist Saleraons. Pute bien corbée Est bien aprestée De f..tre et de poirre , Marcoul li respont. A droit pert s'onor Qui a trahitor Otroie baillie , Ce dist Salemons. Qui met à putain Ses biens entre main . A bon droit mendie , Marcoul li respont. Qui en sa meson Atret lou larron , Domage i reçoit , Ce dist Salemons. Qui putain anore En la fin en plore Quant il s aperçoit , Marcoul li respont. Quant lo chat est bel Et luisant la pel , Lors asauvagist , Ce dist Salemons. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Chérissiez putain , Donc soiez certain Qu eie vos guerpist , Marcoul li respont. Moult sot de la muse Qui vout fere escluse Por retenir Loire , Ce dist Salemons. • Pute commuhaus Et fols naturaus Ne font pas à croire , Marcoul li respont. Et la chenillete Menjue l'erbete , La fueille du chol , Ce dist Salemons. La pute se Test Et conroie et pest De lavoir au fol , Marcoul li respont. Quant chevrel est nez , De voir le savez , Il a le col blanc , Ce dist Salemons. Quant gars dist, tenez , Pute dist , venez Seoir en cest banc , Marcoul li respont. NOUVEAU RECUEIL Qui langor aura , Moult liez en sera Se vis en eschape , Ce dist Salemons. Qui putain croira , Ne li remainra Ne cote ne chape , Marcoul li respont. • Li petit poucin Sont bon en sain Atorné au poivre , Ce dist Salemons. Quant pute n'a vin , Art quiert et engin Comment ait à boivre , Marcoul li respont. Li singes est lais Et moult contrefais , Sa le cul pelé , Ce dist Salemons. Diex ne fist contrait Qui por argent n'ait De putain son gré , Marcoul li respont. Bien set li putois Son recet où bois Où il doit garir , Ce dist Salemons. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. Pute a les dois crois , Tout veut prendre à chois Quanques voit tenir , Marcoul li respont. Tels chace le dain Par bois et par plain Qui puis le pert tout , Ce dist Salemons. Tels-vest la putain Et pest de son pain C'uns autres la f... Marcoul li respont. La poire meure, Vaut miex que la dure , Cé savez vos bien , Ce dist Salemons. Pute a tel nature, De garçon n'a cure Puis que il n'a rien , Marcoul li respont. Roinsce acroche gent Et poile souvent Brebis et mouton , Ce dist Salemons. Pute proie et prent Tant comme ele sent Riens en son garçon, Marcoul H respont. NOUVEAU RECUEIL Le'coc où fumier Grate le paillier Por trover le grain, Ce dist Salemons. Pute a bon mestier De borse vuidier A cul de vilain , Marcoul li respont. Se n'estoit li chas Moult iroit li ras Souvent au bacon , Ce dist Salemons. Pute o ses blans bras De son c. fet las Por prendre bricon , Marcoul li respont. Li buès au vilain Gaaingne le pain Dont li siècles vit , Ce dist Salemons. Bien se lasse en vain Qui cuide putain Tuer à son v.. Marcoul li respont. Biens ne vaut aillée , S'ele n'est broiée Et fort pestelée, Ce dist Salemons. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 429 La pute est perdue S'el n'est bien batue Et souvent foulée, Marcoul li respont. Meson esventée Est tost alumée Quant li feus i prent , Ce dist Salemons. La pute tifée Est tost enversée Quant el voit l'argent , Marcoul li respont. Conins se repont En terre parfont Que il ne soit pris , Ce dist Salemons. Pute poile tant Garçon en riant Que il est chelis , Marcoul li respont. Anguille peschie N'ert jà empoignie , Tant fort se demaine , Ce dist Salemons. Pute vezie Pîert jà engingnie, Fols est qui s'en paine, Marcoul li respont. Digitized by 43o 97 98 99 100 101 102 NOUVEAU RECUEIL A molt grans tropiaus Vont les estorniaus Ce dist Salemons. Pute tient convent A vint ou à cent , Encore en aquiet , Marcoul li respont. Li liepars est fiers , A prendre maniers Et li lyons plus , Ce dist Salemons. Putain embraciez Ele dist , fuiez , Ainsi l'ont en us , Marcoul li respont. Asne avez véu Lessier fain menu Por rungier chardon , - Ce dist Salemons. Pute avez véu Lessier son bon dru Por mauvais garçon , Marcoul li respont. Moult est biaus estez Et la flor es prez Dont il i a tant , Ce dist Salemons. DE FABLIAUX ET CONTES. Se putain créez , Quanques vous avez Prendra en riant, Marcoul li respont. Jà ne parra trace Que culuevre face Desus pierre bise , Ce dist Salemons. La pute privée N'est prise provée S'en f..tant nest prise r Marcoul li respont. A bouche de four A si grant chalour Ja n'i croistra herbe , Ce dist Salemons. Ja cul de putain Au soir ne au main Ne sera sans merde , Marcoul li respont. Qui vilain blandist Et souef norrist, Adonc la pior , Ce dist Salemons. Qui putain honist , Et bat et laidist , Adonc l'a meillor, Marcoul li respont. NOUVEAU REÇUËIL Gars taste à sa borse Se trueve piau «Torse , N a mès que doner , Ce dist Salemons. Quant la pute Tôt Son c. li reclot , V.. n'i puet entrer, Marcoul li respont: Qui prise les dez , Fols est et dervez , Qar tost en est nus , Ce dist Salemons. Qui putain maintient, Toz maus l'en avient , Tost est confondus, Marcoul li respont. Li mules où pré À mavais soustré , Et sont de porri fain , Ce dist Salemons. Souz bel vestement Ort cul et puant De bele putain , Marcoul li respont. Feus en brueroy Art environ soy Quanques il ataint, Ce dist Salemons. Digitized by DE FÀBUÀtfX ET CONTES. 433 118 Pute ment sa foy, PÏe li chaut por coy ; Mais qu ele gaaint , Marcoul li respont. i ig Fox est qui c on mande Au lous en la lande Garder ses agniax , Ce dist Salemons. 1 20 Pute si demande Au musart viande Sovent et drapiax Marcoul li respont. 121 Cerf va cele part Où il set Tessart , Si paist volentiers f Ce dist Salemons. y 12a Pute de maie art Set bien de musart Traire les deniers , Marcoul li respont. 12 3 Dex ne fist poisson Qui sont de Tiave loin g Qu'à longues puist vivre , Ce dist Salemons. 124 Putain et garçon Boivent à tencon Tant que il sont yvré , Marcoul li respont. TOME 1. 28 Digitized by /*3^ NOUVEAU RECUEIL 12 5 Moult a li faisans Les plumes luisans Et les iex bien fais , Ce dist Salemons. 12 6 Pute a bele guimple Et la chiere simple , Mais li eus est lais , Marcoul li respont. 12 y Grenoulle en marais Est en son defois Tant con levé est bone, Ce dist Salemons. 128 Pute prend manois De tant est sordois Qi\z qui plus li done , Marcoul li respont. 12g Qui veut mesurer Les goûtes de mer, ' Molt est plain de rage*, Ce dist Salemons. i3o Qui tient en sa main La foy de putain , Molt a malvais gage , Marcoul li respont. i5i Qui se sent forfait Fol est s'il en plait Entre sans aïe, Ce dist Salemons. Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. 435 i3a Qui va vuide mains Deprier putains , il fet grant folie , Marco ul li respont. 133 Li chien aime bien Cil qui li dist , tien , Et non autrement , Ce dist Saleraons. 134 Quant on dit, tenez, Putain dit, venez, Tout à voz commant , Marcoul li respont. 135 La truie enserrée Est tantost levée Si lui vient pasture , Ce dist Salemons. 136 La putain qu'on f... I prent autre gout Se l'argent ne dure , Marcoul li respont. De blanche levriere Grant saut en bruyère , Ce dist Salemons. De grosse lodiere Grant vesse pleniere , Respont lui Marcon. Digitized by NOUVEAU RECUEIL Delez grant val grant mont , Ce dist Salemons. Delez grant cul grant c, Marcoul li respont. EXPLICIT MARCOUL ET SALOMON QUI NE VAUT PAS UN GRANT ETRON. DE FABLIAUX ET CONTES. «3 7 VOIÀGE D'OULTRE MER DU COMTE DE PONTIEU. El tans passé ot un Conte en Pontiu moult amant le siècle. En ce mëisme tans enclina le Conte dp Saint Pol : navoit nul oir de se car , mais il avoit une sereur qui Dame fu. de Doumart en Pontiu. Cele Dame si avoit un fil , Tiebaus avoit à non ; oirs fu de le Conté de Saint Pol , mais povres bacelers estoit tant con ses oncles vesqui. Li Quens de Pontiu avoit feme moult boine dame, en cele dame eut une fille. Cele fille cruit et monteplia en moult grant bien et eut bien xvi. ans d'âgtf, mais dedens le tierc en q'ele fii née, se mere morut , et li Quens se remaria tant tost , en pau de ter* mine s'eut un fil, et il cruit et monteplia en bien. Li Quens dit monsengneur Tiebaut et si lapela de se mais- nie , et quant il Tôt de sa maisnie , si monteplia li Quens de Pontiu en moult grant bien. Au repair d'un tour- noiement apiela li Quens monsengneur Tiebaut si li demanda : Tiebaut , qel joel de ma tere ameriés-vous le mex ? Sire , fait Tiebaut , je sui uns povres bacelers , mais de tous les joiaus de vostre terre je n ameroie tant nul con damoiselle vostre fille. Li Quens fu liés et dist : Tiebaut, je le vous donrai s'ele vous veut. Li Quens vint là où li damoiselle estoit , et dist : Fille} vous estes mariée s'en vous ne remaint. Sire, fait -elle, à cui? Digitized by Google 438 NOUVEAU RECUEIL Fille, fait-il, en men bon chevalier Tiebaut de Domart. À ! sire, fait-elle , se vostre Contes estoit Roiaumes et à moi denst rois venir, si me tenroie-jo à moult bien mariée en lui. Fille, fait-il, benois soit vostre cuers. Li mariages fu fais. Li Quens de Pontiu et cil de Saint Pol i furent , et maint autre preudome. A grant joie furent asamblé et à grant déduit vesquirent bien cinc ans ensamble , mais ne plut à Diu qu'il eusent nul oir , dont moult pesa à cascun. Une nuit jut me sire Tiebaut en sen lit , et pensa , Diu ! dont vient ço que j'aim tant ceste dame et ele mi , et ne poons avoir oir dont Dix soit servis et au siècle bien fais ? Il pensa de monsen- gneur Saint Jake qu'il dona as vrais requerans ço qu'il li demandoient et promist sa voie. La dame se dormoit : quant ele fu esvellie , il le tint entre ses bras et re- quist un don. Sîre , fait-elle , qel ? Dame , fait-il , est-ce seurtés que jo Tarai ? Sire , faites Voir qes qu'il soit , se je doner le puis , je le vous donrai. Dame , fait-il , congié d'aler à monsengneur Saint Jake^ et prierai mon'boin sengneur qu'il nos doinst oir dont Dix soit servis et sainte Eglise onerée. Sire , fait-ele , cis dons est moult courtois , et je le vous otroi. Moult furent en grant joie. Trespasa un jour et autre et tierc et jurent ensi en leur lit. Une nuit la dame li dist : Sire , je vous Fe- quier que vous me donés. Dame , fait-il , demandés , je vous donrai se je doner vous puis. Sire, fait-elle , congié d'aler avoec vous en ce voieage. Quant mesires Tiebaut Toi , si fu moult dolans et dist : Griés cose seroit à vostre oeus ; et elle li dist : Sire , n'en doutés mie que dou meneur Esquier que vous avés serés vous plus enblaés que de moi. Dame , fait-il , jel* vous otroi. Jors vint et noviele corut , et tant que li Qens de Pontiu le seut et Digitized by DE FABLIAUX ET CONTES. tf 9 manda monsengneur Tiebaut et li dist : Tiebaut , vous estes li pèlerins voés*, ce me dist-on , et me fille. Sire , fait-il , c'est voirs. Tiebaut , fait-il , de vous m'est bel et de li me poise. Sire , fait-il , je ne li peut escondire. Tiebaut, fait-il, movès quant vous volés et hastés vous : palefrois et roncis et somiers je vous liverrai asés et autre avoir. Sire , fait-il , grant merçis. Il s'aparelle et muet à moult grant joie , et va tant qu'il aproce mon- sengneur Saint Jake à mains de deus jornées. Une nuit jut en une boine ville. Au soir apella l'oste et demanda li de la voie dou demain quele elle seroit, et il li dist : Sire, près de ceste ville avérés un peu de forest à paser, après toute jour bele voie. Atant se teurent. Li lit furent aparellié , si vont jesir. El demain fist moult bel. Pèlerin se levèrent ains qu'il fust jors et fisent noise, et mesires Tiebaut s'esvella et se trova un peu pesant sen sanc, et dist à sen Ganbrelenc , lieve te et fai nostre maisnie lever* et tourser et aler leur voie, et tu reman- ras et torseras nostre lit , que je sui un peu pesans et mehaitiés. Cille conmanda et il s'en alerent. Petit de- moura après mesire Tiebaut se leva, li valés torsa, et li palefroi furent aparellié, si montèrent et n'estoit encore mie jors \ mais moult faisoit bel. Il isirent de la v;lle il troi sains plus de conpagnie fors que de Diu et aprocierent de la forest, et quant il i virent , si troverent deus voies, l'une bone et l'autre mauvaise, et dist au a Ganbrelenc : Fier des espérons, atàing nostre gent et di qu'il nos atengent : laide cose est à dame de chevau- cier par mi forest à pau de conpagnie. Cil s'en va grant aleure , et mesire Tiebaut vint à la forest et trova les deus voies, et ne seut lequel aler, et demanda le, dame, laquele irons- nous? et elle dist : Sire, se Diu Digitized by 440 NOUVEAU RECUEIL plaist, la bone. En là forest avoit larons qui la miba- toient la fause va-r rer , diviser 9 débarrasser. Desfende : Empêche. Desfermer : Ouvrir* Desforeté : Sorti de la forêt DES 467 Desfromenté : Dépourvu de froment. Desfubler (se) : Se découvrir, se débarrasser , se mettre à son aise. Deshaitié : Triste, abattu, malade. Desimes : Nous dîmes. Desingle : Dépouille. De si que : Jusqu'à ce que. D F sises : Dites ; desist : qu'il dit ; désistes: vous dites. Deslaieu. Voyez Delaier. Desneuer : Rompre , dislo- quer. Desor : Dessus; desoz : des- sous, devant. Desovoir : Tromper. Despandre : Dépenser; en despas : dépensé. Despoillier (se) : Se désha- biller. Despris : Pauvre, déguenillé. Desraier (se) : Se déranger. Desraison : Malice, folie. Desresnier : Se justifier. Desroi : Dégât , dommage , trouble, confusion, dés- ordre. Dessevrer : Détacher, sépa- rer. Destraindre : Tourmenter, réprimer. Destre : Droite. Destrecier : Défaire des très* ' ses, détresser. Destrier : Cheval de main et de bataille. De sx rois : Triste, chagrin , abattu , embarrassé. Destrois, destroit: sollicita- tion , import un ité , embar- ras, peine, détresse. Desvez : Fou , Jiors de sens. Desviet : Égaré. Digitized by 468 DOC Desvoier : Egarer , mettre hors de la voie. Desvoille : Qu'il refuse. Detiknne : Retienne. Detirier : Arracher. Detor : Débiteur. Detrenchier : Hacher, cou- per par morceaux , fendre • en deux. Detrier : Retarder, prolon- ger. Detuert : Détord, tord. Deu : Dieu. Déussjent : Qu'ils dussent. Deut (se) : Se plaint, souf- fre. Devenrai : Je deviendrai. Devices : Délices , richesses , abondance. Devin : Je devine , j'explique. Dévise : Convention , gré , volonté , avis , plaisir. Devise (à) : A volonté, à plai- sir. Deviser : Exposer, décrire. Diaut (s'en) : S'en repent, s'en chagrine. Diax : Chagrin , deuil. Die : Dise ; dient : disent. • Dire savoir : Bien parler. Disent : Us dirent. Ditié : Ouvrage , traité , dis- cours , pièce de vers. Diu , dix : Dieu. Diva : Dame, exclamation. Diz : Jour ; toz diz : toujours. Dïz. Voyez Ditie. Do : Du. Doble : Petite monnoie de cuivre qui valoit deux de- niers. Doblier : Petite nappe qui se met par-dessus la grande. Doce : Douce. Docement : Doucement. DRA Doçor : Douceur. Doel : Deuil , chagrin. Dogié : Fin, délié, menu. Doie : Doive. Doillanz : Souffrant , ha- rassé. Doille : Douillet , mou , ef- féminé. Doille (se) : Se chagrine, se plaigne. Doins : Je donne ; doint : qu'il donne , qu'il permette. Dolent : Souffrent , gémis- sent. Doloere : Doloire, instru- ment de tonnelier. Domache : Dommage , perte. Don : Donc , alors ; d'où. Donans cox : Marteaux au figuré. Doner : Accorder un don. Dongié. Voyez Dogik. Dongier. Voyez Dangier. Donoier : S'amuser, se ré- jouir , faire l'amour. Donrai : Je donnerai; don— roiz : vous donnerez. Dont : D'où. Donzel : Jeune gentilhomme. Dor : La quatrième partie du pied géométrique. Dosnoi (mener). Voyez Do- noier. Dostriner : Instruire , ensei- gner. Dotance , dote .- Crainte , in- certitude, doute. Doter, douter: Craindre ; do- teroiz : vous douterez. Douloir : Souffrir. Douteuses : Timides , crain- tives. • Dox : Le dos. Dr as : Robe , habit , vête- ment. Digitized by GooQlè EMP Drechie : Dressée, mise. Dreues : Dreux , ville. Droiture : Justice ; à droi- ture : A propos , avec rai- son. Dr9e : Amie , maîtresse. Druerie : Amour, galante- rie. Duch : Doux ; duce : douce. Duel : Chagrin , tristesse , deuil. END 469 Dui : Deux ; dui et dui : deux à deux. Dui : J'ai dû. Duit : Instruit , appris. Durement : A?ec excès, bien fort, beaucoup. Dus : Duc. Dus c'a : Jusqu'à. Dusil : Canal , fontaine , ro- binet. Duter. Voyez Doter. É : J'ai. Écoche : Écorce. Effonder : Enfoncer , rom- pre. Efforcier : Augmenter, pres- ser, exciter. Effréement (mener) : Se fâ- cher , se mettre en colère , faire du bruit. Effréer : Epouvantèr , fâ- cher , irriter. % Einçois : Avant , aupara- vant. Eït (m') : Pour m'ait : me se- coure. El : Au, en, dedans; autre chose ; s'el : et il le. Elmk : Heaume. Elnol : Arnould , nom d'hom- me et de saint. Embatre, enbatre .'Pousser, enfoncer , plonger ; s'em- batre : se fourrer , entrer. Embesa : Ambesas , terme du jeu de trictrac. Emblaé : Embarrassé. Embler : Voler, enlever de force, ôter. Empais : En paix. Empott (ne vos) : Que cela ne vous fasse pas de peine. Empris : Doué. Emprise : Entreprise. En : On ; an. Enbareis : Enfoncé. Enbrunchier : Couvrir, ca-» cher , baisser. Enchâené : Enchaîné. Enchargier : Charger. Enchassier : Chasser, ren- voyer. EnchauciEjR : PouiQuivre , presser, serrer. Encienez : Enseigné , ins- truit. Encliner : Saluer, remercier en saluant; mourir. Ençois : Volontiers. Encombrier : Dommage, per- te. Encortin^ : Tapissé , couvert de tapis. Encoste : A côté. $ Encui : Aujourd'hui , avant la fin du jour. Endementiers , endementre: Cependant , en ce moment, tandis que. Digitized by 470 ÉNO Endox , endui : Les deux, tous deux. Endroit moi : A mon égard , quant à moi. En el : Anneau. En es lou pas : Aussitôt , sur- le-champ. Enfançon : Petit enfant. En fermeté , enferté : Mala- die. EnForesté : .Enfoncé dans une forêt. Enfourmer : Instruire , ap- prendre. Engané , engeneis : Trompé , dupé. Engenré : Engendré. Engignier : Tromper. Engin, engens : Ruse, finesse, détour; instrument de pê- che, filet. Engoisse : Étreinte, oppres- sion. Engoisseusement : Avec af- fection. Engoissex : Exigeant. Engorllir : Enorgueillir. Engrant , engrès: Empressé, ardent. Engressier : Aiguillonner, presser. Enguil,: Anguille. Enhaper : Prendre, empoi- gner. Enjaingnier , enjanner. Voy. Engignier. Enmenrez : Emmènerez; en- moinne : il emmène. £nmi : Au milieu. Ennes-le-pas: Sur-le-champ, aussitôt. Ennoié : Ennuyé. Ennor , enor , enorance : honneur. Enorter : Exhorter, exciter. ENT EnoSse : Ennuyeux , pesant. En p âne : Ailé , qui a des plu- mes. EnpensEr : Observer. Enpraingnie , enpreigniée : Enceinte. * Enprendre : Entreprendre. Enpris : Entrepris , saisi , sur- pris ; auprès. Enquenuit : Aujourd'hui , avant la nuit. Enquérir , enquerre: deman- der, s'informer, examiner, rechercher. Ens : En, dedans , intérieure- ment. Ensachier : Mettre dans un sac. Ènsanlle : Ensemble. Ensement : Ainsi , en même temps , continuellement , pareillement. Ensengnie : Instruite. Enserrée : Renfermée. Ensi , yisin , enssin : Ainsi. Ensolucjon : Absolution , ab- soute. Ensorquetot : En outre , de plus ? surtout. Entaite : Attentive. Entalanté : Disposé, qui a bonne volonté. Ente : Injure , outrage. Entechié, entochié : Taché, souillé , sali. Entérine : Parfaite. Entérinement : Entière- ment. Entesé : Ajusté. Entor : Autour. Entrecor : Sainte - Palaye l'explique par tresse , ou frange. EntrefrotfI : Bouché , foulé. Entrepris : Embarrassé. Digitized by ESC Entres ait, entreset :enmème temps, cependant. Entretenir : Survenir. Entr'ociqient : Se tuoient l'un l'autre. Entropike : Hydropique. Entrées : Pendant, tandis. Enuit : Aujourd'hui. Envers : Renversé, mis sur le dos. Envi : Terme du jeu de dés , qui signifie augmenter, en- chérir. Enviz : Malgré soi, avec ré- pugnance. Envoisié : Gai , joyeux. Envoisier (s') : Se réjouir, s'amuser. Enz : En , dedans. Epus : Sainte-Palaye l'expii-^ que par épines. Erent : Ils étoieut; ert : il sera , il est. Erité : Héritage. Errant, erraument : A l'ins- tant , sur-le-champ, grand train. Erre : Marche, diligence. Errer : Marcher, aller, agir. Ersoir : Hier au soir. Esbahi : Étonné , surpris , étourdi. Esbanoier : S'amuser, se ré- créer , passer le temps. Esc ame : Escabelle , tabouret. Escerveler : Casser la tête , faire sauter la cervelle. EscHAR^sanz 1 : Sans épargne, avec pompe , grand train. Escrarnir : Railler, blâmer, injurier» offenser. Escharnjssant : Railleur , médisant , calomniateur. Eschars : Petit , mesquin ; raillerie , plaisanterie. ESJ 471 EscHEvi : Achevé , terminé ; évité , esquivé. Eschiés : Échecs. Eschinée : Échine. Eschis : Vagabond , déser- teur , lâche , poltron. Esciant , escient: Avis , con- noissance. Esclairieb : Expliquer, dé- voiler, éclaircir. E&clice : Tronçon de lance. Esclicier : Disséminer , sépa- rer , briser, Esçoer : Couper la queue. Esgoil : École. Escondire : Repousser, re- fuser , rebuter , congédier ; s' escondire : s'excuser , se défendre. Esconiht : Excuse , refus. Escorce : Écorce ; et au figu- ré , étui, gaine. Escorpion : Scorpion. Escot : Il écoute ; escotez : écoutez ; escout:\\ écouter Escovrir (s' ) : Se couvrir. Escremir : Escrimer, corn-* battre. Escreva : S'ouvrit, Escrin : Coffre, cassette. Escriture : Conte , his- toire. Escroue : Pièce de drap. Escuelle (s') : Son écuelle , son plat. Escuisser : Sainte-Palaye l'ex- plique par év entrer , ou fendre en deux. Esgarder : Regarder, exami- ner ; esgart : il regarde. Esgare : Hors de lui-même ; vagabond. Esgené : Délivré , sorti de la gêne. Esjoinore : Se serrer, se rap- Digitized by 47a ESP procher ; s'esjot : s'appro- che. Eskermie : Combat. Eslais : Galop , saut. Eslaisser, eslessier, eslois- ser: Sauter, lancer, s'élan- cer ; eslessié : empressé , réjoui. Eslochier : Ébranler, dépla- cer , arracher. Esloissent : Éclatent , bri- sent en éclats. Esmaier : Troubler , inquié- ter , étonner , fâcher , at- trister. Esmer : Ajuster , présenter. Esmeuve (àT) : Au départ. Es mo voir : Se mettre en mar- che , partir ; s'est ésméue : s'est levée ; s'esmuct : se lève, s'en va. Esoigne : Peine , chagrin , fatigue. Espée ( s' ) : Son épée. Esperdre : Perdre sans es- poir de recouvrer. Esperir : Reprendre ses es- prits, se réveiller. * Esperitarle : Spirituel , cé- leste. Esperite (Saint) : Le Saint- Esprit. Espiez : Javelot , pique. Esplais, esploit : Utilité, pro- fit, avantage. Esploitier : Agir, opérer, marcher, avancer; esplo- tie : tu as agi. Espoenter : Epouvanter, ef- frayer. Espoir : Peut-être. Espois : Sainte-Palaye l'ex- plique par épines. Esponde : Bois de lit. Espone : Explique , expose. EST Esposer : Épouser , marier. Ésprendre : Séduire , en- flammer. Esquialt : Il accueille. Esquier : Écuyer. Esquiex : Auxquels. Esraument. Voyez Errant. Essart : Champ inculte, rem- pli de broussailles. Essarter : Essarteur, défri- cheur. Essi : Sortit, s'en alla. Essil : Ruine , peine , afflic- tion. Essi l lier : Ruiner , rava- ger , détruire , bannir, exi- ler. , \ Essoigne , essoine : Embar- ras, affaire, excuse. Estarler : Mettre dans l'écu- rie. Estaindre : Mourir , finir. Estal : Boutique. Estant ( estre en ) : Être de- bout , se tenir droit. ^ Estaule : Ferme, stable. Ester : Être debout , se tenir droit , rester tranquille , être , subsister ; laissier ester: quitter, abandonner; laisa ce ester : il n'en parla plus ; encontre ester ; ré- sister ; estez : arrêtez. Este rl in : Monnoie, poids, valeur. Estes-le-vos : Le voilà ; estes- vous : Voici, voilà. Estivaus : Bottines , chaus- sure. Estoc : Billot qui porte l'en- clume. Estoire : Histoire. Estoiz (s') : S'éteint. Estoner : Étourdir. Estopes : Étoupes. Digitized by FAI Estor : Combat , duel , mê- lée» Estorck : Effort Estordre : Échapper , se soustraire , se débarrasser. Estorer : Garnir, restaurer, arranger. Estout, estolt, estot: Hardi, furieux , téméraire , fier. Estosie : Étonnée , surprise. Estouvra, estovra : Il faudra, il conviendra ; estovoit : il falloit. Estraier : S'écarter, ou pâ- turer , fourager ; d'estrain: paille, fourrage. Est r àin i>re : Serrer avec force , presser, comprimer. Estre : État, pays, situation, nature , étage élevé. Estrécier : Étrécir , resser- rer. F AU 47 3 Estriver : Quereller , dispu- ter. Estroit : Serré. Estros , estrox ( à ) : A l'in- stant, sur- le champ. Estuet : Il faut, il con\ient; estut : il fallut, il fut né- cessaire. Estuier : Serrer. Estupons (à} : Accroupie. Esturent : Étoient debout. Estut (s') : S'arrêta. Esvoille : Excite , engage. Es -vos , ez-vos : Voici , voilà. Eswardez : Regardez. Eulz : Yeux. Eur : Félicité , bonheur. Eure : Heure. Eus : OEufs. Eve : Eau. Evois : Nom de lieu forgé. Fablel : Fable , conte. Fabléor : Qui raconte des fables. Façoiz : Que vous fassiez. Faé : Enchanté. Faille : Manquement, dé- faut , faute. Faillir : Manquer, tromper, séduire. Faut : Foin. Fain : Je dissimule. Faintie : Dissimulation. Faire ( ne ) : N'en faites rien , l'infinitif mis pour l'impé- ratif. Fais : Charge , fardeau ; fa- çon, manière. Faitement : Parfaitement , heureusement. Faiture : Forme , façon , création. Fali : 11 manqua. Faloine : Fausseté. Falorde : Conte fait à plai- sir. Falorder : Tromper, se mo- quer. Far a : Faillira , manquera. Fardet : Fard , ruse , subti- lité. Farin parole : Je crois que cela signifie qu'il parle de fadaises , de niaiseries. Fat : Il faut. Faudra : Il manquera ;faut: , il manque. Fausdestueil : Fauteuil. Fauser : Tromper. Digitized by 4 7 4 FIE Faute* : Garniture d'une selle pour tenir la lance. Fautrer : Chasser, mettre dehors. Favele : Flatterie, cajole- rie. Faveler : Flatter, cajoler, dire des douceurs. Fax : Faux ; fou. Faz : Je fais. Feble : Foible, débile. Feiture : Façon , forme , figure. Tel, félon : Méchant , cruel, dangereux, perfide. Ferant : Frappant , du verbe ferir, frapper. Fer- armé : Homme armé de toutes pièces. Feroiez : Vous feriez. Ferrant (cheval) : Cheval gris, tirant sur le blanc. Ferre : Frapper. Ferré (vin ): peut-être, vio- lent, généreux. Feru : Frappé , battu. Férue ( s'est ) : S'est lancée. Fes : Charge, fardeau. Fesist : Qu'il fit. Fet : Fait , pareil. Fet-il : Dit-il. Feu : Fief. Fevre : Forgeron, maréchal, serrurier. Fez : Faits , actions. Fez : Je fais. Fi : Certain , assuré. Fiance : Foi , gage , pro- messe , confiance , espé- rance. Fiens : Ordure, fumier. Fier : Frapper;^/-/: il frappe. Fiert (se) : Se lance, se pré- cipite. Fiex , fil , fix , fiz : Fils. FOR Piex : Fief. Fin (traire à) : Terminer, finir. Fin : Vrai, entier, parfait. Finer : Cesser, s'arrêter. Fion : Espèce de pâtisserie. Fire : Je frappe. Fisent : Ils firent. Fisicien : Médecin. Flamiche : Espèce de gâteau ou galette qu'on fait cuire en chauffant le four. Flaon : Sorte de gâteau. Flauster : Jouer de la flûte. Flor : Fleur, fleur de fa-; rine. Flou : Troupe , affluence. Flun : Fleuve, rivière. Foiée : fois ; le foie. Foille : Dans le conte du Revenant , vers 74 * ce mot paroît avoir été mis au lieu de flèche. Foillu : Chargé de feuilles. Fol : ( rime ) Fond. Foxe : Foule. Folie r ,foloier : dire ou faire des folies , des extravagan- ces. Folieuse : Débauchée , li- bertine. Font (que ils) : Comment ils se portent. Foréure : Fourrure. Formant : Beaucoup , fort. Forment : Froment. Formete : E&cabelle , petit banc. Fornille : Feuillage à chauf- fer le four. Forois : Le Forez. Fors : Excepté %/ors sol: seu- lement. Fors : Hors , dehors. Forsen : Violence , colère. Digitized by GAR Fox : Fou , insensé. Frain : Frein , bride. Fraint, fraite : Caué, bri- sé. W Franche : France. Frecille : Frissonne. Fresaie : Chouette. Fresin : Farcin. Freste : Faîte d'une mai- son. Frime : Humeur, mauvaise mine. GER 475 Fu : Feu. * Ïufr : Tau* , valeur, pro- portion. Fuerre : Fourreau ; paille , paillasse. Fui : J'allai. Fuison : Foison , quantité. Fust : Bois , lance. Fustoie : Futaie. Futeiz : Tonneau. Fuz. Voyez Fust. G. Gaaigne , gaaing: Gain , pro- fit. Gaangnier : Gagner; gaainl: il gagne , il profite. Gaber : Railler, moquer. Gabois : Raillerie, plaisante- rie , dérision. Galie : Galère , brigantin. Gambeison : Pourpoint garni et piqué qui se mettoit sur la chair. Ganche : Subtilité, ruse, finesse. Ganchir : S'esquiver, se dé- tourner. Gandiller : Aller, tourner, échapper. Gangle : Mensonge. Garçon : Libertin , mauvais sujet , homme sans mœurs. Garde : Tort , dommage ; avoir garde : se méfier. Garder : Regarder , prendre garde , faire attention, ob- server ; se garder : s'abste- nir. Gardiens : Jardins. Garincal : Sorte d'épice. Gartr ': Guérir , préserver , garantir ; garrai : je gué- rirai. Garison : Garantie, salut. Garnement : Fourure, ha- billement , parure , meu- ble. Garni : Garanti , préservé. Gart : Il garde. Gartz , garz : Pupille, jeune homme. Gas : Badinage , plaisante- rie. Gascorte : Sainte -Palaye l'explique par très courte. Gastel : Gâteau. Gecine : État d'une femme en couche. Gehir : Confesser , décla- rer. Gel' : Je le. Genoivre : Genièvre, ar- buste. Genox : Genoux. Gent : Nation , famille , so- ciété. Gent : Beau, aimable, joli, Gerre : Guerre. Digitized by Google 4 7 6 GRE Gésir.: Coucher, être pis- sant ; géu : couché ; géusseï fus»e couchée. Gest : Filet, embûche, at- tache. Gvule : Gueule. Geurle : Paroît signifier un sac, une aumonière. Gient : Il se plaint. Giet : Jet, portée. Gin bregien : Sorte d'épice , P. e. gingembre. Gjreis , girois : Du verbe gé- sir: coucher, rester en place. Gîter : Jeter ; gitiée : jetée , pendue. Glai : Plainte, clameur. Glout , glouton , gloz : gour- mand , ivrogne , mauvais sujet. Go iv re : Nom de ville cor- rompu. Goloser : Envier, convoi- ter. Gorde : Lourde , pesante, engourdie. Gort : Pêcherie, biez de mou- lin. Gorpille : Renard. Gote : Point , rien , nulle- ment; goutte. Graer : Agréer, remercier. Graignor , graindre : plus grand. Graine : La cochenille. G ramier : Se plaindre , être mécontent. Grantment : Beaucoup. Grecime : Titre d'un ouvrage grammatical écrit en vers GUI latins , par Éberhard dfc Bélhune, en na/J- Gré el : Graduel , livre d'é- Grevince : Peine, chagrin. Grève de la teste : Le haut du front , suivant Sain te - Palaye. Grice : Grise. Griék. Voyez Grkvance. Grief , grieve , griés : Fâ- cheux, affligeant, nuisible, à charge. Grief : Grevé ; vexé , tour- menté, chagrin. Griever : Tourmenter, in- commoder, fatiguer \griet: il fait de la peine. Grignor : Plus grand, plus considérable. Gringalet : Cheval maigre et alerte. Gris : Fourrure grise très es- timée de nos aïeux. Grocier : Gronder , répri- mander. Groisse : Grossesse. Groucier : Murmurer, par- ler entre ses dents. Guenchir : Tourner, bais- ser. Guerpir : abandonner , quit- ter. Guerredon : Récompense , salaire. Gui le : Ruse , finesse , four- berie. Guiler : Tromper ; guilée : trompée. Guimple : Voile , mouchoir. Digitized by IAU IGN 477 H. Habiers : Haubert, cotte de mailles. Ha.ce : Que je haïsse. Hait : Gré , plaisir , volon- té. Haïti É : Alerte , gaillard , joyeux , jouissant d'une bonne santé. H an épier : Le haut de la tête , le crâne. Harace : Grand bouclier dont se couvroient ceux qui combattoient à pied. Hardement : Acte de cou- rage, de hardiesse. Haschiere : Plaie , douleur. Haste : Grillade, griblette. Hasti^ement (hurter) : Frap- per à coups redoublés. H aster : Fâcher, irriter. H astis : Pressé, emporté. Haterel : Le derrière de la tête. Haubert. Voyez Habiers. Hautece : Noblesse. Havene, havle: Havre, port. Hemap : Coupe, vase à boire. Heraude : Casaque, souque* nille , mauvais habit. Herbergier : Recevoir chez soi, donner l'hospitalité. Herbergiere : Hôte qui re- çoit chez lui , donne l'hos- pitalité. Herberie : Connoissance des plantes , réunion de plan- tes. Herberjage : Maison , bâti- ment, habitation. Herdie : Hardie» Hernoiz : Ustensile, armure, ou équipage d'un homme de guerre. Herupé : Hérissé, mal peigné. Het : Il hait. Heter : Hanter, ou s'amu- ser. Hetiex. Voyez. Haitié. Heu : Garde d'une épée , ou bouter oie d'un fourreau d'épée. Heuses, âoeuses : Bottines, chaussures. Hiaume : Heaume. Hoigner : Murmurer, gron- der. Honeré : Honoré. Honir : Déshonorer, diffa- mer, maltraiter. Horer : Prier. Hoste : Hôtel. Huchier : Crier, appeler, annoncer. Hui : Aujourd'hui. Huie : Huche , coffre. Huimais, huimès , humais : A présent , maintenant. Huis : Porte. Huy main : Aujourd'hui ma- tin. I. Iaus : Eux. Iaue , iax , iex : Yeux. Ice , icel : Ce , cela. Ignel : Égal. Digitized by Google 4^8 JOI 1ère (g') : J'étois; iere : il étoit ; iere : je serai ; ierent : ils étoient ; iert: il sera ; ies: tu es ; testes : vous êtes ; iete : c'est. Iles , illi, t loques , iluec : là , en cet endroit. In de : Couleur de bleu foncé, d'azur. Iowques : Jamais. Ire , ir ; é : Fâché, en colère. Iréement : Avec colère. J Jà : Bientôt, déjà. Jagovce : Grenat , sorte de pierre précieuse. Jaiole : Cage , prison. JàMjE : Jambe. Jant : Famille. Jarser : Scarifier., inciser, piquer la peau. Je : J'ai. Jecine : État d'une femme en couche. Jehir : Confesser , «vouer. Jehui : Aujourd'hui. Jel' : Je le. Jeht .* Gent , .nation , Camille. Jerra : Couchera ; Jerré : je coucherai , je reposerai, du verbe jesir. Jes : Je les. Jeu-parti : Alternative pro- posée ; mal jeu-parti : par- tie inégale. Jeuer, joer : Jouer, rîue , s'amuser. Jo : Je , j'ai ; jeu. Joe : Joue. Joël : Joyau , bijou. Joiaitt , joios : Gai , joyeux , content. 1 JUT Isnel : Prompt, vif , léger ; au plurier , isniax. Isif élément : Promptement. Issi : Ainsi ; is si faite : sem- blable , de cette ma nière. Issir : Sortir \ isirent : ils sor- tirent ; ist : il sort ; istra : il sortira. Itawt : De même , par cette raison , aussitôt. Itiez : Tel, semblable. lus ( rime ) : Porte. Jointiée : Poignée , main pleine. Joïsse : Jugement. Joïa : Faire féte à quelqu'un. Jone : Jeune. Jqnt : Bien fait. Joouewe : Jeune. Jor : Jour. Josow'il : Jusqu'à ce qu'il. Joste : Auprès , à coté. Joster : Jouter. Jostisier : Commander , or- donner, gouverner. Jovenete : Jeunette. Jovejit : Jeunesse. JovfEL. Voyez Joël. Juer : Jouer. Juglerf.sse : Bal a dîne , chan- teuse , femme de mauvaise vie. Jugor : Juge. Jui : Je couchai. Jurent : Couchèrent , du ver- be gésir. Jus : En bas , à bas. Jusarne : Hache à deux tran chans. Jut (se) : Se coucha , se re- posa. Digitized by LAR LEZ 479 Kaiere : Siège. Kex : Maître d'hôtel; ici, Kaviax : Cheveux. c'est le sénéchal du roi Ke : Que. Artus. Kéirknt : Ils tombèrent; Ki : Qui. kéue ; tombée. Labor : travail. Lacer : Enlacer , prendre dans ses filets , attacher , lier. Lachies , lachiés : Cri des hé- rauts pour avertir les che- valiers de lacer leurs heau- mes , parce que le tournoi alloit-commencer. La el : Fidèle. Lai : Pièce de poésie t[ui ré- pondoit à nos romances. Laidàngier : Insulter, outra- ger , injurier , mépriser ; laidanjot : înjurioit. Laidece : Insulte, outrage, mépris. Laidir. Voy. Latdangier. Làiehz : Là-dedans. Laira : Laissera ; lairoie : je laisserois ; lait : il laisse. Lais : Égarés, abattus. Laiseur : Permission , faci- Hté. Lange : Vêtement de laine , chemise. Laraine : Lorraine. Large , larj'e : Libéral , géné- Teux. Laskier, lasquier : Lâcher, se détacher , devenir libre. Lason : Laissons. Lasse : Hélas ! Lastex : Vilenie , chose peu importante. Latinier : Interprète. Le : Souvent mis pour la. Lé , lée : large. Lechéor , lechierre : gour- mand , friand , libertin , galant , chanteur » musi- cien. Le chérie , lechois 3 lechors : Débauche , libertinage, vie joyeuse, bouffonnerie,plai- santerie. Ledengier. Voyez Laid an - G1ER. Lée : Lieue." Lée : Laye, femelle du san- glier. Lerme : Larroe. Lebre : Voleur, larron. Let : Injure, offense. Let : Il laisse , il quitte. Leu : Lieu , place. Leus : Aussitôt. Lez : A côté* auprès. Digitized by 4&o MAI Li : Lui , elle , les* Libre : Livre. Liges : Barrière. Lie , liet : Gai , joyeux, con- tent. Lief : Je me lève. Liéement : Gaîment. Liever : Lever. Lif.part : Léopard. Linage : Lignage. Linchne : Linge , toile. Linciax : Draps. Lisse : Toute femeHe pleine ; lisse en getz : p. e. femelle prête à mettre bas. Liu : Lieu. Liue : Lieue. Lieuée : Heure de temps , es- pace d'une heure. Live : Lieue. Liverrai : Je livrerai. Livrée, livroison : Don, pré- sent. Lo , lou : Le. Lo : Je loue , je conseille. Lobe : Tromperie, fausseté, mensonge. Lodiere : Paysanne , terme de mépris. Loeiz: Corrompus par argent. MAI Loer : Louer , vanter , ap- prouver, conseiller. Loges : Galeries , étages d'en haut. Loi e : Il loue. Loien : Lien. Loier : Récompense, prix, gages, salaire. Loier : Lier. Loist : Il est permis , loisible. Lonc : Loin. Longues : Long-temps. Lor : Leur. Lorain : Rêne , bridç. Lorrai : J'approuverai , je conseillerai. Lors : Lourd , hébété. Los : Gloire , réputation , louange. Losange : Flatterie , caresse pour tromper. - Lot : Il approuve , il con- seille. Lou-je : Je conseille. Lox : Conseil. Lox : Loup. Lues: Aussitôt. Luor : Lueur, le jour. Luz : Brochet. M. Macecrier : Boucher. Magre : Maigre. Mahain : Douleur , indispo- sition. Maieur : Maire de ville , syn- dic. Mailler : Frapper avec un maillet. ^ Main : Matin ; mien. Mains : Moins ; as mains : au moins. Maint : Il demeure , il reste. Maintenant (de) : Aussitôt, N de suite. Maintenir (se) : Se conduire, fréquenter; maintenrai . je maintiendrai. Maire : Maîtrise. Digitized by MAO Maïs : Dorénavant , plus, ja- mais , jusqu'ici ; n'en pocz mais ; ce n'est pas votre faute. Maisele : Joue , face , visage. Mais nike : Domestiques, sui- te. Maïsté : Majesté. Maistbie : Puissance, supé- riorité. M a je. Voyez Maieur. Mal, mate : Mauvais , mau- vaise. Malarz : Le mâle de canes sauvages. Malavbée : Malheureuse. Malbailli : Maltraité, ruiné, en mauvais état. Malpit : Maudit. Maléurté : Infortune, mal- heur. * Malfez : Diable, démon. Maltalant : Dépit, rage, colère. Malvestié : Méchanceté , mauvaise action. Manace : Menace. Manant : Habitant. Mananz : Riche , qui est à son aise. Manbreb : Se ressouvenir. Mandagloire : Mandragore, plante. Mander : Demander. Manhis : Mendiant, qui de- mande l'aumône. ManeCier : Menacer. Manoir : Demeure, habita- tion. Manois : A l'instant. Manroiz : "Vous mènerez ; Manrons : nous mène- rons. Mantel : Manteau. Maogre : Majorque, île. tome i. MEN 481 Mar : Mal à propos , à tort , , pour son malheur. Marchande : Marchande. Marcisoit : Étoit limitrophe. . Margvarite : Pierre pré- cieuse , perle. I&arremfnt : Douleur, afflic- rion, plainte. Martel : Marteau. Masse : Quantité , grand nombre. Masse : Messe. Mat : Triste, abattu. Mater : Dompter , confon- dre , abattre. Mate re : Matière, sujet. Matin f.l : Déjeuner. Mau : Mal. Maufeus. Voyez Malfez. Mautalant : Colère, dépit, déplaisir. MAUvESTiÉ.Voy. Malvestié. Mau : Mal, maux. Mazerin : Bouteille , vases faits d'une espèce de pierre précieuse. Meffaire : Mal faire. Meffet : Tort , méchanceté, mauvaise action. Mehaitié : Mal à son aise , malade. Meins : Moins. Meleste : Triste , chagrin. Met.lée : Brouillée, étourdie. Mellor : Meilleur. Men : Mon. Menant : Riche, opulent. Menore : Moindre. Ménestrel : Joueuse d'in- struments, ici femme pu- blique ; menestrés : bouf- fon. Meneur : Moindre , plus pe- tit. Menjue : Mange. 3i Digitized by 482 MES Menoie : Maison, habitation. M en oit : Demeurait. Mené a : Mènera , conduira ; menront : mèneront. Menthe : Pendant que. Meeci ( vostre ) : Je vous rends grâce. Meeeoe : Miroir. Meeeteix : Prostituée. Merir : Récompenser. Mérite : Récompense. Merrien : Bob de construc- tion. Mervella : Étonna , fut sur- pris , ébloui. Mes : Mon. Mis : Mais , plus , davantage, dorénavant , à présent ; ne mes que : pourvu que. Mes : Mets; messager, en- voyé. Mesage : Message. Mesceant : Malheureux, mé- chant. Meschéance : Mésaventure, malheur. Meschéoir : Venir mal., tourner à mal. Meschief: Peine, infortune, malheur , accident. Meschine : Demoiselle, jeune fille , servante. Mêscroire : Ne pas croire, ne pas ajouter foi. Meséur : Malheur , peine , chagrin. Mesfait : Faute, crime. Mrslée : Querelle. Mesnie , mesniéc : train , suite, domestiques, mai- son d'un grand seigneur. Mesprison : Faute, mépris, offense. Messe : Association , confré- rie. M OR Mestiee : Resoin, nécessaire, utile. Mestre : Principal. Mesteie : Art , industrie , puissance. Mesteie : Il gouverne. Méde : Agitée. Meure : 11 demeure , il ha- bite. Mex : Mieux. Mi : Me , moi , mes. Mi : Milieu , moitié. Mialx, miauz : mieux. Miaudee , mieudre : meil- leur. Mie : Pas, point, non. Mine : Sorte de jeu de dés ancien. Miner : Mener, conduire. Mire : Médecin. Mirer : Récompenser. Mise : Débat , défi , gageure. Misent, misèrent : Ils mirent. Mix : Mieux. Moblé : Meublé. Moe : Moue, grimace. Moif. : Ma , mienne. Moillier : Femme mariée. Moiner : Mener, conduire; moiner despense : faire de la dépense. Mois (des) : De long-temps, pendant long-temps. Mol : Le gras de la jambe. Moleste : Tort , dommage, embarras. Mo lue : Aiguisée. Mon : Donc. Mont : Monceau, montagne; monde. Monter : Valoir , servir , être utile. Mor : Maure. More : Boisson composée de miel et d'eau. Digitized by NIC Moreis : Mourez. MoretaiOne : Mauritanie, région d'Afrique. Morillon : Espèce de raisin sec. Moronier : Marinier. Mors : Mœurs. Morsel : Morceau. Mortax : Mortel. ^ Mostier , moustier : Église. Mostrer : Montrer , faire connoître. Mole : Érainence. Moulon : Moellon. Moult : Beaucoup. Movoir : Partir , aller , agi- ter. Mu , mue : Muet , muette. NOR 483 Mucer , muchier : Cacher , couvrir. Mue : Prison , lieu de re- traite. Muert : Il meurt; muèrent: ils meurent. Muet : Troisième personne du présent de l'indicatif du verbe movoir, Muïsiz : Moisis , cachés. Mure : Mule. Murtre : Meurtre. Musart ; Fou , étourdi , de mauvaise vie. Muse : Etourderie, désœuvre- ment. Mut : Il alla , il changea. Muz : Muet. N. Nache , nage : Fesse. Nacier : Naviguer. Nai voir.: Non vraiment. Narilles : Narines Néant , néient : Rien , non. Neis : Même. Nel' : Ne le. Nelui : Nul , personne. Ne mês que : Pourvu que. Nenil voir : Non vraiment. Néoir : Nier. Neporquant, nequedant: Ce- pendant, néanmoins. Nerie : Noire, noircie. Nés : Ne les. Nés : Même ; nés un : aucun , pas même un. Nés : Navire , bateau. Nice , niche : Simple , niais , ignorant. Nicole : Paroit être mis pour Lincoln. Niele : Sorte de pâtisserie fort déliée , espèce d'ou- blié. Niés : Neveu. No : Ne , ne le; nous» Noal : Noël. Norile : Noble. Nohlois : Pompe, magnifi- cence. Noçoier : Épouser. Noez : Noué. NoiâNT , noient: Pas, rien , inutile. Noielé : Éraaillé. Noier : Nier. Noif : Neige. Nqiriture : Nourriture. Non ( si bien ) : Si ce n'est du bien. Non : Nom. Norois : Homme du Nord , orgueilleux. Digitized by 484 ONC Noter : Chanter. Nou : Ne le. Novel (dê) : Nouvellement. Noviele : Nouvelle. ÔRT Nue f : Neuf. Nueme : Neuvième. Nuille. Voyez Niele. Nus : Nous ; nul , personne. O. O : Où, dans, avec ; j'en- tends. Oan : Cet an , à présent. Oblige : Espèce de gauffre. Oblige : Oubli. Ocir : Tuer , assassiner , dé- truire ; ocisse : tuée, morte. Oe : Oie. Oeiz : Écoutez ; oent : ils en- tendent ; oez : écoutez , en- tendez. OFul : OEil. OEus : Volonté. Oi : J'ai , j'eus ; j'entends ; oie : qu'il entende , qu'il écoute. Oï : H entendit. Oiant vos : En votre pré- sence. Oie , oïl : Oui. Oïe : Ouie; oïe de tant de gent : en présence de tant de monde. Otl : OEil. Oitxifr : Visière du casque. OrwsissK : Oignisse. Oir , oirre : Héritier. Oïr : Entendre. Oirre : Dessein, projet, voya^ ge, coutume ; grant oirre: grand train , prompte- ment. OiSEtiSF. : Inutilité. Oit : Qu'il air On : On , homme. Oncques : Jamais ; onques mes : jamais auparavant. O itérée : Honorée. Onie : Unie. Oqoison : Cause , fait , rai- son , occasion. Or , ore : A présent. Orainz : Ci-devant , il n'y a pas long-temps. Orditter : Régler. Ore : Heure , temps. Orendroit : A. cet instant, à présent, désormais , à l'ave- nir , alors , avant. Ore nt : Ils eurent, ils avoient. Orer : Prier, supplier , sou- haiter , désirer ; orerez : vous prierez Dieu pour moi. Orfrois : Frange d'or , ga- lon , broderie en or ou en argent. Or coi l , orguiex : Orgueil, fierté. Orinf : Origine , lignée. Orison : Oraison , prière. Orlage : Sainte-Palaye l'ex- plique par horloge. Orlenots: Orléanois. Ornf. : Trace, ornière. Oroiz : Vous entendrez ; or- rons: nous entendrons. Orsf. r Ourse. Ort : Sale, malpropre , vi- lain , deshonnête. Ortoilt,f : Orteil , mis ici pour le pied. Digitized by Google PAN Os : J'ose ; ossez : vous osez ; ost : il ose. Ose : Hardie. Ost : Armée , camp. Ostal , osteil , ostiey: Hôtel, demeure, maison, domi- cile ; requerre ostel: deman- der 1 hospitalité. Oste : Hôte. Osteler : Héberger , loger , recevoir chez soi. Osterin : Sainte-Palaye l'ex- plique par une fourrure de plumes d'autour ou autre. Ostor : Autour , oiseau de proie. Ot : Il eut; iLavoit ; il en- tend. PAR 485 Otràge : Excès , outrage , mauvais traitement. Otragos : Violent, empor- té. Otrier , otroier , outroier : Odroyer, accorder. Otroi : Permission , congé. Oublées : Oublies. Ourent : Us eurent. Oustel : Hôtel , gîte. Ouvraingne , ovraigne : OEu- vre, ouvrage. Ovre : Œuvre , action. Ovrer : Ouvrer, travailler, agir, étudier ; ouvrir. Ox : J'ose. Oy : U entendit. . p. Paëlle : Poêle à frire , à fri- casser. Paile : Manteau , couverture de lit, étoffe de soie , dais, pavillon. Paior : Pire , plus mauvais. Paist : Il nourrit. Palazine (goutte) : Je crois que c'est lorsqu'elle ne per- met aucun mouvement , comme un paralytique. Palefroi : Cheval de parade à l'usage des dames. Paletel : Sorte de vêtement. Paliz : Clôture , palissade. Palme : Paume. Palmoier : Toucher dans la main. Palu : Marais , bourbier. Panet : Petit pain. Panre : Prendre. Pans : Je pense. Pansis : Pensif, rêveur. Pantelion : Saint Pantaléon. Paor : Peur , crainte. Par : Le superlatif très, beau- coup. Par : Il paroit. Parage : Parenté, race, li- gnée ; noblesse au figuré. Parglose (à la) : A la fin. Par de : Je perde. Pardoint : Pardonne. Pardon : Indulgence. Parfont : Profond. Parillie : Péri, exposé à pé- rir , en danger. Parlemanz : Conversation , entretien , conférence. Parisis : Monnoie frappée à Paris. Par li , par lui :Seu\. Parmain : Sorte de poire. Parmi : Au milieu, au trave¥s* Digitized by 486 PEU Parole* : Parler, discourir; paroil : je parle ; parra : il parlera. Parra : Paroitra ; part : il pa- roît. Partir : Divisé, partager; • part : se fend ; part son hus : partage avec elle le droit de passer le premier ; partir jeu : proposer le choix de deux choses. Past : Il passe. Pastoral , pastoriaux : Pas- teur. Pau : Peu. Paue : Nourrie. Paumée (ferir la) : Toucher dans la main pour marquer la conclusion d'un marché. Paurs : Crainte. Paus : Poils. Pautonier : Homme sans mœurs, libertin, souteneur de tripots. Pautoniere : Prostituée, fille publique. Pau verte : Pauvreté , mit sére. Pavement : Pavé, carreau» Pecie : Péché. Peçoier : Briser, mettre en pièces. Pecol : Pieds de lit. Pel :Peau. Pelain : Défaite , déroute. Pelice : Vêtement garni de fourrures. Peliçon : Manteau de lit, mantelet, robe fourrée. Penieh : Panier. Penre : Prendre. Peor : Peur, crainte. Peor : Pire, plus mauvais. Per : Pareil, semblable. Perchut : Aperçut. PL A Perde : Perte. Perdroiz : Perdrix. Perdurable : Éternel , sans fin. Pfre (Saint) : Saint Pierre. Perier : Poirier. Pèrillié. Voyez Parillié. Pertex , pertruis : Trou. Peschierb : Pécheur. Peser : Être à charge , causer du chagrin , de la peine. Prson , pesson : Poisson. Pest (se) : Se nourrit ; péue: nourrie ; peut : il nourrit. Peste lé : Pilé dans nn mor- tier. Peteil : Pilon. Peurée : Purée. Pevrée : Assaisonnement où il entre beaucoup de poi- vre. Peus : Poils. Pewist : Il pouvoit. Piaour : Pire , plus mau- vais. Pieça , pièce : Temps, espace de temps, depuis quelque temps ; à pièce : bientôt. Pieur , pior : Pire. Piex : Pieu , palissade. Piwgnoncel : jfenseigne, éten- dard. Pipe : Cri de la souris. Pire : Pierre. Pis : Poitrine , estomac. Pissechien : Terme d'injure, valet de chien. Piteus : Sensible , compatis- sant. Place : Qu'il plaise. Plaidier : Badiner, plaisan- ter , discourir. Plain (de) : Unanimement. Plaît, plaiz : Débat, discus- sion , discours, projet , des- Digitized by POI sein , accord , convention , audience. Plâïz : Plie , poisson de mer. Plasce : Plaise. Platel : Plat , assiette , bas- sin. Play et : Blessé. Plegiee : Promettre , garan- tir. Pleioit : Plioit , fléchissoit. Pleiust : Qu'il plût. Plentk : Beaucoup, un grand nombré, abondance. Plent^ive : Féconde, Plesséiz : Parc, clos, jardin entouré de haies. Plet. Voyez Plaît. Plevie : Promettre ayec ser- ment , assurer , engager. Plot : II plut ; plaçait. Plusor : Plusieurs, Plu vious : Pluvier , oiseau. Po : Peu \àpo : peu s'en faut. Pocin : Poussin, poulet. Podriere : Poussière. Poeiz , poez : Vous pouvez. Poesté : Pouvoir, puissance. Pognée : Marteau. Poi : Peu. Poi : Poix. Poi* : Payé. Poiez : Vous pouvez. Poignant : Piquant des épe- rons. Poiist : Il pourroit. Poiler : Enlever le poil ; au figuré, dépouiller. Poincet : Petite mesure. Poine : Peine. Poiner : Peiner. Point : Pique. Pointe : Piquée. Poinz : Piqûre. Poirre : Peter. Pois (à) : Dans peu de temps. POR 487 Poisee : Peser, être à charge, chagriner, faire de la peine ; ce poi.se moi : j'en suis fâ- ché ; ne vos poist : que cela ne vous fâche , ne vous dé- plaise. Poison : Potion , bouillon ; poisson. Puisse : Je pusse ; poissiez : vous auriez pu. Poist : 11 pouvoit ; poist : il pourroit , qu'il pût. Poitrax : Poitrail. Pol : Peu. Pon : Poignée , pommeau. Pontalir , Pontarlie : Pon- tarlier, petite ville du com- té de Bourgogne. Pooir : Pouvoir ; pooie : je pou vois ; poons : nous pou- vons. Poons : Paons. Porrre : Honte, opprobre. Porchacier : Poursuivre , chercher, s'intriguer, en- treprendre. Porchaz : Poursuite , entre- prise , intrigue. Porfant : Pourfend. Poroit : Il oint , il frotte. Porpans : Réflexion , pensée. Porpensee : Réfléchir , médi- ter. Poepre : Pourpre , étoffe , habit très riche. Porpris : Dépendance , jar- din , enclos. Porquiest : Il poursuit , il recherche. Poe rie : Ponrie. Poe sol tant : Par la raison seule. Poetaster : Tâter , tâtonner, Porteure : Grossess* Portot : Il portoit. Digitized by 488 QUA. Porveoir. : Pourvoir, avi- ser. QUE première bénédiction , bap- tiser Pose (de) : De long- temps. Pris : Je prise j'estime ; pri- Pot : Il put. sié : estimé , considéré. Pou : Peu. Pris : Pi^x , estime. Pourre : Poudre, poussière. Prisent ^pristrent : Ils pri- Pourvouec : Pour cela. rent. Praé* : Prié. Prison : Prisonnier. Prâer : Piller, faire du bu- Prius : Prieur. tin. Proece : Prouesse , action Praigne : Prenne : pranent: d'éclat. prennent ; preignint : sai- Proier : Prier , inviter, sissent. Proïere : Prière. Prainz : Enceinte d'enfant. Prone : Barrière, selon Sainte- Prametre : Promettre. Palaye. Prée : Prairie. Prou : Prudent, sage. Premerain : Premier. Provance : Preuve. Premis : Promis. Provande : Provision , pi- Prendés : Prenez. tance. Prestes : Prêtre. Prove, prueve : Il prouve. Preu : Bien , profit , ayan- * Provoire. Voyez Prevoire. tage, utilité. Puent : Ils peuvent ; puet : il Preu : Prudent, sage , vail- peut. Primes : D'abord; primes Putage : Vie déréglée, dé- lant. Prevoire : Prêtre , curé. Prez : Prêt. Pri,: Je prie. Puier , puiier : Monter ; puier sur mer : s'embarquer , na- viguer. Puor : Puanteur. ai ne ois : avant , aupara- vant. Primes : Premier. Prinseignier : Donner la bauche. Put , pute : Puant , infâme ; de pute eure : pour son mal- heur. Q'a : Qui a. Qanqu'i : Tout ce qu'il y. Qel , qes: Quel. Qoi : Tranquille , paisi- Quarole : Danse. Qubil : Quel. Quéisse : Que je demandasse, Q'os : Que vous. Quanque : Tout ce que. Quanz vinz : Combien de fois ble. je cherchasse. Quens : Comte. Quepeus , quepon : Pieds. Queque : Quelque chose que : que qu'enlr'aus ; pendant vingt. qu'entre eux. RAN Querwe : Carme, terme du jeu de dé. Que r ole r ; Danser, sauter, se divertir. Queroné : Couronné , ton- suré. Querre: Chercher,demander. Qoeu : Cuisinier. Queust : Coud. Queut : S'assemble. Qui : Qu'il. Qui : A qui. Qui : Je pense , je crois. Quialt : Recueille, amasse, lève. REC 489 Quiàult : Cherche. Quider : Penser , imagi- ner. ; Quier : Je cherche, je de- mande ; quiert : il cherche , il demande. Quiez : Quelle. Quil' : Qui le. Quins : Le cinquième. Quis : Cherché , demandé. Quist : Il cherche. Quit 2 Je pense. Quote : Veste , soubreveste , tunique. Raaint : II rançonne , il ra- chète ; raame : il se ra- chète. Raans : Rançonné. Raençon : Rançon. Rafetier : Caresser une fem- me. Raget : Colère , mauvaise hu- meur. Raiembre : Racheter, payer rançon. Rai m : Rranche. Raime : Fagot. Raison (mettre à) : Adresser la parole à quelqu'un. Ramentevoir : Faire ressou- venir, rappeler à sa mé- moire, conter. Rahineis : Ramenez. Rampone : Raillerie , moque- rie. Ramponer : Disputer. Ramu : Chargé de branches, branchu. Randir : Aller à toutes jam- bes , courir de randon. Randon : Impétuosité , force, vitesse ; de randon : avec violence, impétueusement. Raonde : Ronde. Rasor : Rasoir. Raspé : Espèce de vin. Rasti : Grillé. Ratorher : Réparer , rer faire. Ravine : Vitesse, impétuo- sité. Ravoier : Remettre dans le chemin. Re : Cette syllabe est Yiterum des Latins , et signifie de- rechef, encore une fois. Béanbre. Voyez Raiembre. Rebe : Robe. Recake r : Imiter le cri de Tâne ; ici hennir. Recelée (en) : En cachette. Recet : Lieu de défense et de retraite. Rechéu : Reçu. Reching : Cri de Tâne. Recput : Reçut. Digitized by 4go REM Rkcoi : Coin , lieu retiré. Recoillir : Recueillir. Reçoivrk : Recevoir. Recoiz : Fin , rusé. Reconter : Raconter. Recorder : Rappeler, se sou- venir. Recort : Souvenir, mémoire. Recovber : Recouvrer, re- commencer, réitérer. Recovrier (sans) : Sans dif- férer , sans délai. Rec béant : Lâche , las , vaincu, rebuté. Recroire : Lasser, rebuter, . dégoûter , cesser ; recre— roies : tu te rebuterois , te dégoûterois. Recueillir : Recevoir. Reçue vre : Il se tient sur ses gardes. Recuit. Voyez Recoiz. Redot , redout : Crainte. Re doter : Craindre. Refiert : Il frappe de nou- veau, à son tour. Refroidier : Refroidir, ra- fraîchir. Regaaingne : Il prend, il dé- robe , il escamote encore. Régiment : Conduite; mais ici , directoire , terme de rubrique. Règne : Royaume , rêne. Rehaitier : Se réjouir, en- courager. Reire : Raser ; reire les côtes: frapper, maltraiter. Remaindre : Demeurer, res- ter; s'en vous ne remaint : si vous n'y avez aucune ré- pugnance. Remanbrer : Se souvenir. Remanoir : Demeurer; re- mandron : Nous resterons ; REQ remanra : il demeura ; ré— mansist : qu'il restât ; re- menoit : restoit ; remest : il reste ; remese : restée. Remuer : Panser, traiter un blessé. Remuez : Changé. Rencoper : Déclarer cou- pable de nouveau. Renfuser : Refuser. Renoié : Renégat, ihÛdèle. Renoier : Désavouer, reje- ter , devenir renégat. Renomé : Celui sur lequel on jase , on fait courir * des bruits. Reoingnier : Couper. Reonde (à la) : Tout au- tour. Repaie : Retour. Repaire : Retraite, demeure. Repairier , repeirier : Re- tourner, se retirer, reve- nir , arriver , rentrer chez soi ; au repairier : en sor- tant, à la sortie. Repassé : Revenu en santé, guéri. Repellé : Repoussé. Replenie : Remplie. Repoier : Assurer, remettre de nouveau ; ici , enduire de poix. Repont : Dissimule , retire. Repost , repus : caché ; en repose : en cachette. Reprover : Condamner , re- procher. Reprovier : Proverbe. Reprueve : Il condamne, il blâme. Repust : Il se cacha. Reqere : Demander. Requelice : Réglisse. Requiert : Il attaque. Digitized by s Requoi (en) : En particulier, en cachette. Rés : Rasé, tondu. Rés a rés : Tout contre, joi- gnant. Resachier : Tirer encore , arracher de nouveau. Resaillir sus : Se relever ; resalt ; il se relève. Rescosse (à) : Sainte-Palaye l'explique, en cachette. Resgne : Réne. R esn a ble : Raisonnable. Resowgner : Craindre. Resordra : Rétablira. Rbsort : Ressource. Respit : Proverbe , sentence , délai. Respiter : Différer , retar- der. Responent : Us répondent. Respont : Il cache. Rest : 11 est. Restor , retor : Retour. Reté : Accusé , appelé en justice. Retenrai : Je retiendrai. Retout : Il enlève derechef. Retraire, retrere : Rappor- ter, raconter, retirer, re- trait : reculé ; retrete : ra- contée , récitée. Reube : Robe , habit. Réuser : Reculer, éloigner. Revaigne (arriers): S'en re- tourne. Revate ? Sainte-Palaye l'ex- plique, bat le pavé. S 491 Revechier : Examiner, re- chercher soigneusement. Revel : Plaisanterie, badi- nage, désordre. Reveller : Se révolter, se montrer, s'éveiller. Revfnist ; Qu'il revint. Revêt : Il retourne. Revialt : Il veut encore. Revoisent : Us retournent. Ride : Sainte-Palaye l'expli- 1 que, plissée. Riote : Rruit , tapage , dis- pute. Robe : Rutin , proie. Rober : Voler, dépouiller. Roé : Orné de ronds , ou roues. Roie : Sillon, chemin. Roiis : Roi. Roisole : Sorte de gâteau. Roiz : Filet. Roncis : Cheval de service. Ros : Rompu , brisé ; jaune» Rosse : Sainte-Palaye l'expli- que, roussie. Rote : Instrument de musi- que qui paraît être la vielle. Rotruahge : Air , chanson , refrain de chanson. Route : Troupe , compagnie. Routure : Rupture. Rouver, rover': Prier, de- mander ; rueve : il prie. Ruisel , ruit : Ruisseau. 1 Ruyl : Rouille. S. S : Cette lettre , quoique sim- droits, se prononce comme pie en beaucoup d'en- s'il y en a voit deux. Digitized by 49* SAN Sa : Ici. Sa : Je sais ; sa-ge : sais-je. Saca : Tira. ^ Sage : Qu'il sache. Sache à la voie : Se met en route. Sachez : Petit sac. Sachiee : Tirer , arracher par secousse. Sachoiz , sodés : Sachez , ap- prenez. S aelee : Sceller. Saighiee (se) : Faire le signe de la croix. Saillie : Paroître, avancer; saillir en piez : se lever ; saillir encontre : aller au- devant , saillir sus : s'avan- cer. Saïn : Graisse des animaux. Sain : Saint. Saing : Signe qu'on apporte en naissant. Sains : Sans; cloches. Saint : Reliques. Saint (se) : Qu'il fasse le signe de la croix. Saje : Sage. Sali : Il sauta, du verbe sail- lir; sait : il avance , il jail- lit. Salme : Psaume. Sambue : Housse d'une selle de cheval. Samis : Étoffe de soie brochée de fil» d'or ou d'argent. San : Sens , sentence. Sanblant (bel) : Bonne mine, bon visage. Sangle : Sanglotte. Sanllant : Semblant. Sanpres : Toujours. Sans : Sens, raison. Sansonez : Diminutif de Sam- son. SEN Saeat : Je saurai ; sares : tous saurez. Sas : Sac. Sauf ( en ) : En sûreté. SaÛst : Qu'il sût. Saut : Qu'il sauve , conserve. Saut : 11 saute ; saut sus : il se lève. Sautiee : Psautier , bréviai- re. Sauvement : Avec sûreté. Sauveté (à grant) : Sans cou- rir aucun danger. Sauz : Saute. Save bouse : Appétissante. Sax:So1s. Sax : Sauvé. Satn : Graisse d'animaux. Se : Sa, ce , et ; se à i>os non : sinon à vous. Se : Je sais. Sebelin : Marte zibeline. Secroi : Secret. Sfignee. Voyez Sajgnier. Seignre : Marquer , dési- gner. Sejorné : Frais, reposé. Sejort : Qu'il séjourne, qu'il demeure. Sel' : Et je le. Semés : Nous sommes. Semoipne : Qu'il appelle , qu'il invite , du verbe se- mondre : avertir , appeler , prier , d'où Semonant : Avertissant, com- mandant. Sen : Son. Sen : Sens , raison. Se ne : Synode. Sene : Sensé, sage, prudent. Senefiance : Marque , preu- ve, témoignage. Senee : Guérir. Senestre : Gauche. Digitized by SIS Senglement : Simplement , singulièrement. Sente : Sentier, chemin. Seoir : Siège. Séoit : Étojt assis. Sequeitre : Secoure. Sercot : Robe de dessus , vê- tement à l'usage des deux sexes. Serement : Serment. Sereur, seror : Sœur. Sergent, serjant: Serviteur, ouvrier. Seri : Doux, agréable, tran- quille , grave. Serré : Je m'asseoirai. Sers : Esclave. Sertain : Certain , assuré. Servantois : Chanson, son- net , chant royal. Ses (cinq sous touz) : Argent comptant. Set : Sept. Set : Ii sait. Seuist : Qu'il sût. Seurequot. Voyez Sfrcot. Seuros : Raillerie , mauvaise plaisanterie. Se os : Seul. Seve : Suive. Sevent : Ils savent. Sezille : Sicile. Si : Et, tellement , ses ; pa- reil , semblable , ainsi 1 . Si au me : Psaume. Siaut : Il a coutume. Siet : Il plaît , il convient. Sil' : S'il le. ; Sire : Mari, seigneur, maî- tre de la maison. Sirras : Tu coucheras. Sise NT qoi : Qu'ils restent assis tranquilles. Sist , sit : Il convint , il plut. Sistrent : Ils restèrent assis. 493 Sivrez : Vous suivrez. Soaidier : Souhaiter , dési- rer. Soavet : Dotf>£nient. Sochanz : Seconde partie, ac- compagnement d'un mor- ceau de musique. Soe : Sa , sienne. Soef : Doucement , agréable- ment. Soef : Doux , gracieux, agréa- ble. Soflànt : Essouflé. Sofrir : Souffrir , supporter ; se sofrir : consentir. Soi : Soif. Soi : Je sus. Soiche : Broussailles. Soie : Son , sa. Soier : Scier les blés. Soignou : Seigneur. Sol : Seul. Sol : Je paye , je solde. Solacier : Divertir, réjouir. Solas : Récréation , plaisir. Solax : Soleil. Solaz : Soulagement, diver- tissement , récréation.. Solent : Ils ont coutume. Solhié , soilliez : Souillé , gâté. Solier : Chambre haute , sal- le, galerie, salle à manger. Solieve : Soulève. Soixer : Soulier. Soloit : 11 avoit coutume. Some : La fin d'un ouvrage , le point essentiel d'une chose. Somier : Béte de somme. Somoille : Il sommeille , il dort. Somont : Averti. Son : Sommet , hauteur. Sonez : Petite chanson. Digitized by 494 TAL Sopois : Peine , chagrin. Sor , sore : Sur ; sor Cote rien : par-dessus tout. Sor , sorxb Bit c.l, roussâtre , de couleur jaune. Soa a : Payera. ' Sorcehie : Sorcellerie , sor- tilège. Sorois : Sourcils. Sore : Suivre. Sorisete : Petite souris. Sormon te : Il surpasse. Sorore : Surdoré , couvert d'or. Sor pr an dre : Étonner, sur- prendre ; s'emparer , maî- triser. Sorquidé : Arrogant, pré- somptueux. Sors : Sourd. Sospbçon : Soupçon. Sot : Il sut , il put, il savoit. Sotil : Avisé , fin , pénétrant, adroit. Sou : Et le. TAU Soubite : Subite. Soués. Voyez Soef. Souferroie : Je souffrirois, je pardonnerois ; or dos sou/rez : permettez , trou- vez bon. Souffire : Plaire , satisfaire. Soulas. Voyez Solas. Souprist : Il surprit. Sourt : N'ait. Soustre : Litière. Sovanroit : Souviendroit. Sovin : Couché sur le dos. Soz : Sous. Soz : Seuil. Sozliever : Soulever. Su : Je sue. Suel : J'ai coutume; suet, sueut : il a coutume. Suen : Son ,' sien. Suer : Sœur. Su i : Il suivit ; suirons : nous suivrons. Suianz : Agissant , .remuant. Tabart : Manteau court à l'usage des gens de guerre. Tables : Jeu de dames ou de trictrac Tace : Tache. Taione : Tienne ; taigniez : teniez ; tainent : tiennent ; taing : je tiens. Taint : Blême, défait, défi- guré. Tainte : Sale, noire. Taisir : Taire; taisant: qui se tait. Talant : Volonté , désir , plaisir. Talanter : Satisfaire, faire ' plaisir. Tencier : Disputer, querel- ler. Tançon : Querelle , dispute; mener tançon : quereller. Tans ( par ) : Avec le temps , dans la suite. Tant : Il tend. Tant ne quant (ne) : En au- cune façon , nullement. Tantes : Tant , un si grand nombre. Targier : Tarder , différer. Taules. Voyez Tables. Digitizéd by TOR Teche : Qualité bonne ou mauvaise. Teis : Tels. Tenant (en un) : De suite , sans interruption. Tenche : Dispute. Tenchier : Quereller ; ten- çoient: disputoient à qui se cliver tiroit mieux. Tenebror : Obscurité. Tenebrose : Ténébreuse , ob- scure. Tenist : Il prit , il tint , il eût tenu ; tenoiez : vous teniez ; tenroie : je tiendrois. Tenrement : Tendrement. Tenures : Domaine, biens. Termine : Temps. Tes , teus : Tel. Tes : Ton. Ttv : 11 garda le silence, Theodelés : Theodulus , au- teur d'un poème latin sur la vérité et le mensonge, qui se trouve au nombre des huit moralistes an- ciens. Tifée : Parée , ajustée. Tigne : Qu'il tienne. Tinel : Gros bâton. Tire (à) : L'un après l'autre ; en une tire : ensemble. Toaille : Serviette , essuie- main. • * Tochier : Toucher. Toe : Ta, tienne. * Toiere : Marre. Toise ( aller à ) : Aller grand train. Tollir : Oter , enlever de force ; tollu : ôté , enlevé. Tonel : Tonneau. Toneu : Tribut, impôt. Tor : Tour. Tor (au chief de) : A la fin. rk ^ 49/ Tornéeur : TourRetir. Torner : Tourner, lettre. • Tornoiement : 'Tournoi. Tornoier : Joûièr, fréquen- ter les tournois. Tornoyeres : Qui fréquente les tournois. Torrai : J'enlèverai. Torse : Sainte-Palaye l'expli- que par trot. Torseras. Voyez Tourser. Tort : Contrefait ; chiere tor- te : grimace , mauvaise mine. Tort : Il tourne ; s'an tort ; s'en aille, s'en retourne. Tost , tôt : prend , enlève. Tostée : Rôtie de pain , gril- lade. Tôt ( se ) : Se tut. Tôt diz : Toujours. Totes voies : Toutefois , ce- pendant. Tourser : Charger les baga- ges, emballer. Tracer : Chercher avec soin; tracens : allant. Traï : Trompé , trahi. Traie : Qu'il tire, du verbe traire : tirer, prendre , atti- rer, aller, se retirer; se traient en sus : ils s'éloi- gnent ; traiez arriers : éloi- gnez-vous; traire à chief: venir à bout ; traisent : ils tirent. Traîner : Sorte de supplice. Traître : Traître. Traitis : Bien fait , bien tourné. Trape : Piège, embûche. Trat : Il tire. Traveillié : Fatigué. Traveillier : Tourmenter, incommoder: accoucher. Digitized by VAL ife. .enverser , Treghkrie : Ruse, fourbe- rie, tromperie. Trechiere : Trompeur. Tremeriau : Sorte de jeu de hasard qui se jouoit avec des dés. Trere (se) : S'avancer, s'ap- procher ; trere avant : faire connoître , s'avancer , se présenter. Tresali , tressailli : Il sauta. Tresgiter : Mettre dehors , faire sortir. Treslis : Tissus. Treslue : Sainte Palaye l'ex- plique , brille. Tresmuez : Agité , troublé. Trespasser : Passer outre. Tressaut : Tressaille. Trestorner : Détourner , écarter. Trestot : Tout ; trestuit : tous. Tret : Tiré ; tret à mort : mis à mort. Trïpkr : Sauter, bondir. Tripot : Mauvaise manière, mauvais dessein. Tristors : Sainte-Palaye l'ex- plique par ruses, subtili- tés, détours. Tristre : Triste. Trives : Trêve. Trompe : Espèce de toupie. Tropel , tropiax : Troupeau, troupe. Trousser : Charger. Trove , trueve : Il trouve ; truis : je trouve ; truissent:^ qu'ils trouvent. Trueer : Railler , moquer. Truferie : Raillerie , trom- perie. Truffe : Conte en l'air, plai- santerie. Tuelle : Toile. Tuit : Tous. Turcople : Le peuple de Tur- quie, Sarrazins. U. Û : Ou, dans.. Uevre : OEuvre , action , ou vre. Uit : Huit. V. Uiz , uis y us : porte. - Umelier : Humilier. Un et el : Chose et autre. Us : Coutume , usage. Vainkiere.; Vainqueur. Vair : Fourrure de couleur gris-blanc mêlé , fort re- cherchée des anciens Fran- çais ; de diverses coût leurs. Vait : II va. Val (à) : En descendant, en se dégradant. Valdroit : Il vaudroit. Vallet : jeune homme , gar- çon. Digitized by VER Valor : Valeur , prix , mé- rite. Valt : Il vaut. V anche : Vengeance. Vanche : Il venge. Vanra : Il viendra. Varra : Il vaudra. Vas al , vasaar : Courageux , jeune gentilhomme , un homme au-dessous d'un autre, qui lui est subor- donné. Vausist : H vaudroit. Vaut : 11 veut. Vavassor : Arrière-vassal. Véant nos : A notre vue, devant nous. Véel : Veau. Verr . Refuser. Veicnant ( bien ) : Soit le bien venu. Veigne : Vienne. Veille : Qu'il veuille. ViiR : Voir ; véez-vos : voyez- vous j veiz : voyez. Veisin : Voisin. Vêlez : Vous voulez j vels : tu veux. Vener : Aller à la chasse. Venison, venoison : Venai- son, gibier. Vekisse : Que je vinsse; ue- not : il venoit. Venj anche : Vengeance. Venra : Il viendra. Vent : Van. Vente ailles : Entrailles, in- testins ; mais ici c'est Far- mûre du venire. Veoit : Il voyoit; véoiz : vous voyiez ; véons : nous ■voyons. Ver et gris. Voyez Vaît. Vermax: Vermeil, rouge. Vers. Voyez Vair. TOME I. 497 , VOI Verte : Vérité, V vschi : Voici. V . **RE , vietpres : te soir. Vfst ure , lou vestir : L'ha- bili en t. Vet : i. i. Veu (me^ Me voue. Vez : Voyt 1 voici. Vezie : Fine ~*isée. Viaire : Face . ; *age , figura. Vialt , viaut : i rut. V i a lz, viax y vie/, < ■ z : Vieux, âgé. Via ne : Vienne. Viax : Tu veux ; vieux. Vielle : Vieille. Vient (se Dé) : Si Dieu veut. Viez : Vieux. Viguer : Vigueur. Vilain : fluiume du peuple , roturier, paysan. Vile : Ferme , métairie. Vilenie : Action basse et in- fâme , injure , mauvais trai- tement. Ville : Vieille. Vjncestre : Bicétre. Vinrent : Ils virent. Virent : Ils vinrent. Vis: Visage, face, figure. Vis : Avis, avertissement; ce m'est vis : il me sem- ble. Vis : Vif, vivant. Viseter : Voir. Vite : Bassesse , discrédit. ViTEcos : Sainte-Palaye l'ex- plique par bécasses. Vo : Votre. Voé : Voué , consacré , pro- mis. Vo*l : Je veux ; voelle : qu'il veuille. Voie : Pèlerinage. 3a Digitized by 498 YGA Voie a : Conduire , mettre dans la voie. Voil : Je veux ; voïlle : qu'il veuille; son voil : volon- tiers. Voir, votre : Vrai, vérité; de voir : avec vérité , cer- tainement; pouvoir: vrai- ment. Vois : Je vais ; voise : j'aille ; voisent-s'en : qu'ils s'en ail- lent ; voist : il aille; voit s' an : il s'en va ; voize : j'aille. Vol ( Saint) ; La Sainte Face. Vol : Je veux. Volantbz : Volonté, désir. YND Voldrk* : Je voudrai ; vol- drois : je voudrois. Volt : Visage. Volt : Il veut , il voulut. Vorimfs : Nous voudrions; vorrai :]e voudrai ; vosisse: je voudrois ; vosist : il eût voulu ; vost : il veut , vou- ' drent: ils voulurent. Vos: Vous. Vostre : Vos. Vousisse : Je voulusse : vou- sist: il voudroit , il eût vou- lu; voust: il voulut. Vu rl (mon) : Selon mon vou- loir, ma volonté. w. Wari>er : Garder, être sur ses gardes. Wet : U veut. Wihos : Mari dont la femme est infidèle. Wit : Vide. Xort : Sourd. X. Y. Yaue : Eau. Ygàus : Pareil , semblable. Ynde : Couleur de bleu fon- cé , d'aeur. FIN DU QLÛSSA1KI. Digitized by TABLE DES PIÈCES CONTENUES DANS CE VOLUME. La. Mule sans frain. . , '. P a g e i De Richaut 38 Li dis de la Vescie à Prestre 80 Des trois Chevaliers et de la Chainse. . 91 Le povre Clerc 104 De Connebert 1 1 3 DeBrifaut 124 Du Chevalier à Fespée 127 Du Clerc qui fu repus deriere Pescrin i65 Do Maignien qui f. ... la Dame , 170 Le Revenant 174 De la Vielle qui oint la palme au Chevalier i83 Li Diz de TErberie 1 85 Roman de Trubert 192 De Porcelet 286 Do Pré tondu . . . . . 289 Li Sohaiz desvez 293 La Devise aux Lechéors 3oi De celui qui bota la pierre 3o7 De la Sorisete des Estopes f 3 10 Li Diz dou Soucretain 3i8 La Plantez 338 Li Fabliaux des Treces 343 De Hueline et d'Aiglantine 353 Y Le Lunaire que Salemons fist 364 ' Le Tournoiement aus Dames 394 Digitized by 5oo TABLE DES PIÈCES. Le Département des Livres Page 4°4 Ce sont les divisions des soixante et douze Biautés qui sont en Dames 4°7 De Marco et de Salemons 4*6 Voiage d'oultre-mer dn Comte de Ponthieu 4^7 FIN DE LÀ TABLE, Digitized by ERRATA. Page la, vers 334 î creauté ; lisez créante. 38, ao rayet; lisez raget. *9, ioi5 : raut ; /isex rant. — .— 89, 3o5 * afise ; lisez asise. 9 l > a frelon ; lisez félon. ibid. 12 fi 5 lises si. 9*> a8: despendre ; /«es despenderes. 93, 66 : prens ; lisez preus. 97» 306 : s'il ne fait flancher ne rendre. 98, a35 : s'enmàie j lisez s'esmaie. 100, — — 284 : lasse , dist-ele , s'ilh dévie. 1 16 , ni eluol j lisez elnol. 120 , 228 • hoise ; lisez boise. 164, 1189 pa \ lisez ta. a35, 1369 sonef $ lisez souef. a 56, 204a hosiez j //ses honiz. 297, 128 : dernier 5 /«e« denier. 33 7 , 6o5 : par.... $ /wes par l'abeîe. 36o, — — a45 • propre j focs porpre. 410, io5 deuz ; /tsez denz. fao, 33 heij lisez lui. Digitized by Google Digitized by Google Digitized by Google Digitized by Google