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REVUE CRITIQUE
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DE L'IMPRIMERIE DE REAL. A Saiott-GarinaM-sn-Làrt.
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LIVRES NOUVEAUX
PUBLIÉS PENDANT L'ANNÉE 1837,
REDIGEE PAR
LIBRAIRIE CHEFTBULIEZ ,
Paris,
RDI SAINT- ANDRE-DES-ARTS , N° 68
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BULLETIN LITTÉRAIRE
ET SCIENTIFIQUE.
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LITTERATURE, HISTOIRE.
OEUVRES DE MOLIERE, avec 1rs noies de lous les commentateurs; 2e édi- tion publiée par M. L. Aimé-Martin. — Paris, 183;, chez Lefèvre. 4 vo- lumes in-8" demi-compacts. 24 fr.
Le Molière de M. Aimé-Martin jouit déjà depuis long temps d'une réputation bien méritée. En effet, sous le titre modeste de Notes de tous les commentateurs il renferme un commen- taire tout nouveau qui résume et complète tous ceux qu'on possédait jusqu'alors. On y reconnaît cette pureté de goût , cette délicatesse de sentiment , cette sagacité et cette finesse qui distinguentM. Aimé-Martin, et en ont lait l'un des meilleurs lit- térateurs de notre époque. Il a choisi tout ce qu'offraient d'in- téressant les notes des anciens commentateurs, et y a joint ses propres observations, qui, exemptes de toute pédanterie, de toute couleur d'école , présentées avec simplicité et empreintes d'une vraie admiration pour les beautés du texte, sont un bel hommage rendu au génie.
Le théâtre de Molière, ce chef-d'œuvre sublime, le plus beau titre de gloire littéraire pour la France , ne vieillira sans doute jamais comme peinture de caractères, parce que, sauf quelques modifications extérieures , la nature humaine reste au fond toujours la même , et se reproduit à toutes les épo- ques, à peu près, avec les mêmes travers, les mêmes pen- chants , les mêmes passions Mais dans maints détails il se ren- contre des traits comiques basés soit sur les mœurs du temps ou sur des usages qui n'existent plus , soit aussi sur des dictons populaires, sur de vieilles anecdotes ou farces dramatiques j aujourd'hui presque entièrement oubliées. C'est sur ces pas- sages-là qu'ont principalement été dirigées les recherches de M. Aimé-Martin , et les résultats intéressants qu'il a obtenus ajoutent un nouveau charme à la lecture de Molière , dont on ne perd plus aucune pensée , aucune intention comique.
Plus on relit Molière, plus on admire son inépuisable verve, ainsi que sa parfaitecon naissance ducœur et de l'esprit humain.
2 LITTERATURE ,
On voit qu'il étudiait la nature avec une attention soutenue, et M. Aimé -Martin nous le montre portant sur la scène maintes circonstances de sa vie privée , peignant dans le Mis- anthrope ses malheurs domestiques, se prenant lui-même pour modèle du personnage d'Alceste, et ayant en vue son ami Chapelle dans celui de Philinte. « On a dit, observe le commentateur, que cette opposition de caractère était une savante combinaison de l'art; c'est mieux encore, c'est une profonde observation de la nature! »
Cette habitude du poète de chercher ses modèles autour de lui , dans le monde et dans la vie réelle , était si bien connue de ses contemporains, qu'on vit souvent des seigneurs de la cour de Louis XIV s'empresser à lui fournir des traits ridicules dont il pût profiter pour quelque nouvelle comédie. C'est ainsi qu'il a pu créer des chefs-d'œuvre immortels, et traduire sur la scène tous les travers de son siècle avec une vérité de- vant laquelle ses ennemis eux mêmes demeuraient muets d'é- tonnement. Aussi, est-ce dans ses ouvrages qu'il faut étudier l'art dramatique, plutôt que d'aller puiser ses inspirations dans les ébauches également sublimes sans doute, mais encore in- formes , d'un siècle plus reculé. Après la fièvre anglo-ger- maine qui a régné depuis quelques années parmi nos jeunes littérateurs à la mode , il me semble que cette nouvelle pu- blication du Molière de M. Aimé-Martin est un signe favo- rable du retour au bon goût et aux véritables maîtres , d'au- tant plus qu'elle fait partie d'une collection de classiques fran- çais qui renfermera tous les principaux écrivains de cette belle langue si claire, si pure, si éloquente, à laquelle nos témé- raires novateurs ont porté tant de rudes coups de massue, et qu'ils prétendaient déjà avoir laissée pour morte sur le champ de bataille. La lutte n'aura sans doute pas été inutile. Il en restera quelque chose . un peu moins d'exclusisme dans le goût, un peu plus de liberté dans l'allure de l'esprit. Mais les grands écrivains des siècles passés reprendront leur place au premier rang , et l'on reconnaîtra peut-être que pour s'asseoir à côté d'eux il ne faut pas débuter par vouloir les renverser.
M. Lefèvre , l'éditeur de cette nouvelle Bibliothèque clas- sique , est un des libraires qui montrent la plus intelligente activité pour multiplier les éditions des chefs-d'œuvre de la littérature française. Il les a présentés tour à tour sous les formes les plus diverses, depuis l'in-32 jusqu'au grand format à deux colonnes. Ses collections fournissent ainsi toutes les bibliothè- ques, depuis les plus riches, où se trouvent ses magnifiques in-8° de luxe, jusqu'aux plus modiques, où ses éditions com- pactes, réunissant le double avantage d'être à bon marché et d'occuper peu de place , ont fait entrer la plupart des bons
HISTOIRE. 3
écrivains du domaine public. La nouvelle collection qu'il commence , et qu'il appelle demi-compacte , est imprimée avec beaucoup de soin , dans le format in-8° ordinaire; les volumes étant assez épais , et le caractère serré , quoique gros, le prix n'en sera pas très élevé. C'est une heureuse combinai- son destinée, je crois, à remplacer avantageusement ces lourds volumes à deux colonnes, qu'on ne sait comment lire ni comment porter.
ALBERT LOVE ou I Enfer, poème, par M. René Clément. Paris, chez OUi- vier, 1837; in-8°, 6 fi\
Un nouveau poëme de l'Enfer , après celui du Dante , c'est bien de la hardiesse, et l'auteur eût mieux fait, je crois, de ne pas donner lieu par son titre à une comparaison semblable. Mais, du reste , ce n'est pas le séjour des peines éternelles qui est le sujet de ses chants , c'est plutôt l'enfer sur la terre, cette existence de misères et de douleurs qui n'est que trop souvent le lot du génie ici-bas, cette lutte continuelle qu'il est appelé à soutenir contre les séductions d'un monde trompeur semé d'écueils , ou contre les obstacles innombrables qui gênent sa liberté et le froissent de toute part. L'égoisme et la vénalité , qui régnent aujourd'hui avec plus d'effronterie peut-être qu'à nulle autre époque, ont rempli le poète d'une sainte indigna- tion, et, allumant sa verve aux flambeaux des Euménides , lui ont inspiré une boutade violente plutôt qu'un poëme. Albert- Lové est un type dans lequel il a cherché à rassembler tous les traits les plus caractéristiques de notre temps ; c'est une ima- gination poétique et fougueuse qui succombe, victime de ses élans passionnés ; c'est un cœur chaud et généreux qui vient se glacer au souffle impur du inonde; c'est un esprit avide de savoir, qui ne sait trouver dans la science que l'incrédulité et le néant.
«Cependant, tourmenté par de durs souvenirs, Ébranlant, chaque jour, dans ses ardents désirs, L'arbre de la science aux racines amères, Albert ne rencontrait partout que des chimères, Fantômes creux et vaius enfantés de la unit, Que l 'enfer pétrissait de misère et de bruit: Dans les livres, beaucoup d amour et de sagesse; Chez les hommes, beaucoup de haine et de bassesse Au dehors la veitu, mais le vice au dedans: L'égoisme partout. — Ce fut dans ces instants, Où Love, dégoûté des choses de la vie, Se tournait vers la tombe avec un œil d'envie )
4 LITTÉRATURE
Que l'esprit ténébreux, se révélant à lui, Tendit au jeune Albert son bras eomme un appui, Albert, sans soupçonner quel était cet archange Dont le rare savoir lui paraissait étrange, Ouvrit avidement l'oreille à ses discours, Se détournant parfois , mais l'écoutant toujours ; Car, dans son œil ardent , la lumière infernale Comme un pâle reflet, passait par intervalle. »
Voilà une action bien engagée et qui nous promet pour la suite un drame sans doute très noir, avec les flammes de l'en- fer, et un brasier bien ardent pour conclusion.
Mais non :
- Satan , comme l'a peint la moderne croyance , A pris, en vieillissant, plus grande expérience ; Il fait que son teint noir ferait rire aujourd'hui; Aussi nul , en ces jours, n'est aussi blanc que lui; Et , pour complaire à tous, tentateur sociable, ïl a depuis long-temps dépouillé le vieux diable.»
D'ailleurs, l'auteur ne paraît pas pouvoir suivre long-temps la même idée ni savoir s'astreindre à un plan régulier. Il perd facilement de vue son but, et saute volontiers d'un sujet à un autre, sans même songer à une transition qui serait cependant fort nécessaire pour l'intelligence de son livre. La langue elle- même n'est pas toujours respectée dans ces brusques passages; et un peu plus de travail, un peu moins de hâte de se faire im- primer n'auraient certainement pas nui à la réputation du poète. En fait de vers, surtout dans un long poème, la médio- crité n'est pas supportable ; le public exige la perfection , et quelques morceaux écrits avec chaleur ne suffisent pas pour en assurer le succès. C'est à tort qu'on s'imagine souvent qu'il suffit de divaguer et d'extravaguer en rimant pour être poêle. iJne semblable erreur est malheureusement trop communes de nos jours.
SATHANIEL, par Frédéric Soulié. 2 vol. iu-8°. i5 fr. — CHRISTOPHE SAUVAL, ou les Deux familles, histoire contemporaine, par M. Emile de Bonnechose. 2 vol in-8°. i5 fr. — MONSIEUR ET MADAME, par le baron de Lamothe-Langon. 2 vol. in-8°. i5 fr. — LE CHATEAU DE SAINT-GERMAIN, par H. A ni an d (M°>e Charles Reybaud). 2 vol. in- 8°. Xj fr, — m. LE MIDSH1PMAN AISÉ, par le capitaine Matryat, trad. de l'anglais par Defauconpret. Paris, 1837. 1 vol. in S". i5 fr.
S'athariiel forme la seconde livraison des romans historiques du Languedoc. Tous les éloges donnés par les journaux à cette nouvelle production de M. Soulié ne nous empêcheront pas de
HISTOIRE. î
la déclarer fort médiocre. L'auteur n'a pas mieux réussi à pein- dre les mœurs des Visigoths et des Maures que celles des Celtes et des Romains. Ce sont toujours des tableaux exagérés, où l'i- magination ne laisse guère de place à l'histoire. La nature et la vérité n'ont certainement pas servi de modèles; et si Salhaniel est ce qu'on appelle en style de feuilleton , une création il faut avouer que c'est une bien triste créature.
Avec cela le style de M. Soulié seinbledevenir toujours plus prétentieux , toujours moins français ; il est chargé de mots insolites , de phrases baroques , et paraît viser à l'imitation du bavardage de M. Janin. Or, si , à force d'esprit, de vivacité et souvent même d'extravagance , M. Janin éblouit ses lecteurs et leur fait prendre son clinquant pour de l'or pur , il n'en est pas de même de ses imitateurs ; on ne pardonne pas à ceux- ci l'ennui de ce stvle fatigant, qui, sautillant sans cesse, ne se repose jamais : vrai caquetage de pie plutôt que langage d'homme. Aussi lira-ton avec un bien plus grand plaisir Christophe Sauvai, roman sagement conçu , sagement écrit, et dans'un but excellent. Cependant M. de Bonnechose aurait pu y jeter un intérêt mieux soutenu; l'action languit parfois un peu. L'auteur, après avoir entrepris de démontrer com- bien la raison est impuissante à diriger l'homme sans le se- cours de la religion , semble perdre de vue cette intention. Son héros ne doit sa position qu'à des circonstances tout-à-fait indépendantes des idées religieuses, et l'on ne comprend pas tout d'abord quelle influence aurait pu avoir la religion sur sa vie. Au reste les opinions de M. de Bonnechose paraissent en général vagues et peu arrêtées. Il parle de liberté et de loyauté , de Charles X et de la révolution de juillet , avec les mêmes éloges , le même enthousiasme. Il met dans la bouche de l'un de ses personnages une prédiction en forme de satire contre les partisans des capacités intellectuelles qui est fort peu raisonnée , et ne se comprend pas de la part d'un écrivain aussi distingué. Mais, malgré ces défauts, Christophe Sauvai est remarquable sous plusieurs rapports : le style en est sim- ple et naturel , et les détails y sont en général vrais, sans pré- tention ni recherche.
— Monsieur et Madame est une de ces productions que M. le baron de Lamothe-Langon fabrique à la vapeur ou par quelque autre procédé expéditif de son invention ; car il est impossible qu'une^seule main suffise à écrire tous les volumes qu'on publie sous son nom. Pour ce qui est de l'esprit, il est possible qu'il en possède un assez vaste pour conduire de front l'histoire , le roman , les mémoires , etc. , d'autant plus qu'en général il le ménage beaucoup, et n'en met qu'une fort petite dose dans chacun de ses livres.
6 LITTERATURE,
-—Le Château de Saint-Germain nous dévoile un pseudo- nyme. C'est à une femme que nous devons les Aventures d'un renégat , cette peinture si touchante et si naïve qui faisait es- pérer mieux que le roman de Pierre, qui l'a suivi de près. L Château de Saint-Germain est fort supérieur à ce dernier. C'est une intrigue amoureuse du cardinal Mazarin qui en forme la trame, et les incidents dont l'auteur l'a brodée sont d'un grand intérêt. On n'y trouve point de ces exagérations prétentieuses si communes aujourd'hui dans les ouvrages de nos femmes auteurs.
M. le Midshipman Aise' est le digne compagnon de Peter Simple et de Jacob Fidèle. On y reconnaît bien la même tou- che originale , mais un peu monotone. Ces plaisanteries con- tinuelles , ces jeux de mots répétés sous toutes les formes , ces calembourgs sur le nom du héros, fatiguent le lecteur, et ne sont rachetés ni par le charme des détails, ni par l'intérêt de l'action. D'ailleurs ce genre d'esprit perd beaucoup à la traduc- tion, qui brise ou émousse presque toutes les pointes de l'o- riginal.
VOYAGES. RELATIONS ET MEMOIRES ORIGINAUX, pour «ervir à l'histoire de la découverte de l'AtiERIQUE; publiés pour la première fois en français, par Henri Ternaux. Paris, chez Arthns Bertrand, 1S37. 3 vol. in-S°. 19 fr. 5o c.
L'époque de la découverte de l'Amérique est sans contredit l'une des plus importantes de l'histoire moderne. Lorsque le génie de Christophe Colomb eut trouvé le Nouveau-Monde, tous les regards de l'Europe se tournèrent vers cette terre de promission , vers cet Eldorado où il semblait qu'on n'eût qu'à se baisser pour ramasser l'or à pleines mains. Etrange aberra- tion de l'esprit humain ! on ne vit d'abord , dans ce pays si riche en végétation et en productions de toute sorte, qu'un brillant joyau d'or et d'argent , qu'une mine à exploiter pour remplir les bourses européennes ; il semblait que l'or fût la source première de l'abondance et de la prospérité des Etats. En ces temps où la science de l'économie politique n'était pas même née, on ne voyait pas que h; métal le plus précieux n'est qu'un représentant qui facilite les échanges, mais que dans sa valeur intrinsèque, il est moins utile à l'homme que le fer on le plomb. On ne comprenait pas que, sous ce rapport, le seul résultat de la découverte des mines du Pérou serait de faire baisser la valeur de l'or en le rendant plus commun. Hélas! aujourd'hui même, après trois siècles de travaux, de révolutions et d'études , combien de préjugés tiennent encore
HISTOIRE. 7
tète à la science , combien d'erreurs s'érigent encore en prin- cipes sans avoir pour excuse l'ignorance naïve des temps passés !
Le seizième siècle offrait un singulier mélange de barbarie et d'idées religieuses qui donnait aux hommes de cette épo- que un caractère tout-à-fait particulier. Aux motifs d'intérêt ou d'ambition qui poussaient une foule d'aventuriers vers le Nouveau-Monde venait se joindre la pensée, alors puissante, de convertir à la foi catholique les nombreuses peuplades sau- vages qui l'habitaient La découverte de l'Amérique était con- sidérée comme une conquête sur l'idolâtrie, comme un triom- phe pour le christianisme, qui, dépouillant ce caractère de douceur et de support dont, son fondateur l'avait empreint , revêtait la dure cuirasse et saisissait l'arme de la persécution. Au nom d'un Dieu de paix et de charité, on portait le désordre, le pillage et la mort chez des populations paisibles, dont le culte grossier et accompagné de superstitieuses pratiques était certainement plus agréable à l'Eternel que le ctuel fanatisme de leurs persécuteurs. L'avidité la plus insatiable ne reculait, pour se satisfaire , devant aucun tourment, et la religion était toujours là pour servir de prétexte ou d'excuse aux actes les plus atroces. Chose étrange! les hommes qui abusaient ainsi de ce qu'il y a de plus grand , de plus sacré , n'étaient pas des hypocrites; ils avaient une foi bien peu éclairée, bien barbare sans doute, mais ferme, et capable aussi de grands dévoue- mens, de mâles actions. C'était elle qui leur donnait le cou- rage d'affronter tant de périls, la persévérance nécessaire pour surmonter les obstacles innombrables qui s'offraient à eux , la résignation avec laquelle ils supportaient les privations et les misères de tout genre auxquelles ils s'exposaient.
Les ouvrages publiés à cette époque même, les relations des premiers voyageurs qui traversèrent la grande mer océane , peuvent seuls nous offrir un tableau vrai de ces curieuses ex- péditions, tout à la fois religieuses , guerrières et mercantiles. La collection de 31. Henri Ternaux promet donc d'être fort in- téressante , si l'on en juge surtout d'après les trois premiers volumes déjà publiés. Ce sont :
1°. Histoire de la province de Santa-Cruz, que nous nommons ordinairement le Brésil, par Pero de Magalhancs de Gandavo ; dédiée au très illustre seigneur D. Lionis Pereira, ancien gouver- neur de Malacca et de plusieurs parties de l'Inde méridionale.
Cette description du Brésil est écrite avec une grande sim- plicité. L'auteur débute par s'indigner de ce qu'on a ôté à cette province son nom primitif pour lui donner celui d'un bois de teinture qui s'y trouve. « On nomme, dit-il , ce bois Brasil parce qu'il est rouge et ressemble à de la braise; et de là ce pays a reçu le nom de Brésil. 31ais afin de narguer en
* LITIERATURK,
cela le démon, qui a tant travaillé et travaille tant pour effa- cer de la mémoire des hommes et éloigner de leur cœur la sainte croix par laquelle nous avons été rachetés et délivrés de sa tyrannie , il est bon de rendre son nom à cette province , et que nous la nommions , comme dans le principe, province de Santa-Cruz. Joande Barros, cet illustre et fameux écrivain, le prouve aussi dans sa première décade, en parlant de la même découverte. En vérité, les nations chrétiennes doivent plus es- timer un bois sur lequel s'est opéré le mystère de notre sainte Rédemption, qu'un boisqui ne sert cpi'à teindre du drap et d'autres choses semblables. »
Du reste , cet ouvrage , publié pour la première fois à Lis- bonne en 1576, est remarquable par les notions exactes qu'il renferme , ainsi que par le petit nombre d'erreurs qui s'y trouvent mêlées.
2° Belle et agréable narration du premier voyage de Nicolas Federmann le jeune , d'Ulin aux Indes de la mer océane , et de tout ce qui lui est arrivé dans ce pays jusqu'à son retour en Espa- gne, écrite brièvement, et divertissante h lire.
L'empereur avait accordé aux frères Welser , riches négo- ciants d'Augsbourg , la souveraineté de la province de Vene- zuela, qu'ils devaient aller conquérir à leurs frais et dépens. JNicolas Federmann , un de leurs agents, fut chargé de diriger une des expéditions entreprises dans ce but. Les négociants d'alors étaient obligés d'avoir des commis aussi expérimentés dans l'art militaire que dans les affaires de négoce, car ils pos- sédaient des vaisseaux de guerre comme des vaisseaux mar- chands. Nicolas Federmann était un brave soldat, un peu rude , mais habile, qui , avec une poignée d'hommes bien ar- més , prit au nom de ses patrons possession de contrées vas- tes, riches et peuplées. Il raconte en détail tous les combats qu'il eut à livrer , tous les obstacles qu'il eut à vaincre. Son premier soin , chaque fois qu'il rencontrait quelques nouveaux caciques, était de les baptiser, puis de leur faire prêter ser- ment de fidélité à l'empereur. Il ne perdait pas son temps à les sermonner, cal-, dit- il, il était bien inutile de leur expli- quer et de vouloir leur faire comprendre la doctrine catholi- que , puisqu'on les forçait d'abjurer. Dans la conviction que tous ces malheureux Indiens idolâtres étaient des suppôts de Satan , il ne craignait pas non plus de les exterminer par cen- taines, et pensait accomplir la volonté de Dieu en massacrant ces innocentes peuplades. Sa relation présente le tableau le plus naïf et le plus complet de la manière dont les Européens prétendaient porter en Amérique la civilisation et le christia- nisme.
3° Véritable histoire description d'un pays habité par tù
HISTOIRE. 0
hommes sauvages, nus, féroces et anthropophages, situe dans le Nouveau- Monde nommé Amérique, inconnu dans le pays de Hesse avant et depuis la naissance de Jésus Christ, jusqu'à l'année dernière. Hans Staden de Homberg, en Hesse, l'a connu par sa propre expérience , et le fait connaître actuellement par le moyen de l'impression.
Ce titre seul dénote déjà la bonhomie allemande , et c'est en effet le caractère qui distingue essentiellement cette narra- tion. Hans Staden , digne arquebusier, plein de courage, de probité et de piété , s'élant embarqué sur un vaisseau espa- gnol qui faisait voile pour l'Amérique, fit naufrage et fut pris par les sauvages tupinambas , qui le gardèrent pendant six mois avec eux. Ce fut une rude épreuve pour lui , car il s'at- tendait toujours à être mangé , et il regarda comme un miracle d'avoir pu sortir sain et sauf des mains de ces anthropophages. Il lui fallait une bien forte dose de résignation religieuse pour ne pas s'abandonner au désespoir. Mais au lieu de se laisser abattre , il tournait sans cesse ses regards vers le ciel avec une foi vive , et savait profiter de toutes les chances qui s'offraient à lui pour adoucir ses ennemis, les regardant toujours comme des inspirations divines. Son long séjour chez les Tupinambas lui a permis d'observer leurs moeurs, et il en rapporte une foule de détails intéressants sur la fidélité desquels on peut ci- ter le témoignage d'un auteur contemporain , qui en parle en ces termes :
« Ainsi ce livre de Jean Staden , qui de naguères a esté ini- » primé en latin, et désire bien qu'il le soit en françois, of- » fiant, si on le veut faire, de bailler ce que j'en ai jà de traduit » et de l'embellir de choses notables , mérite semblablement » d'être leu de tous ceux qui désirent savoir au vrai les cous- » tûmes et façons de faire vraiment sauvages des Brésiliens. » Joint qu'il témoignera avec moi que Thevet a été superlati- » vement effronté menteur, tant en ce qu'il a mis en général » en sa Cosmographie et ailleurs en ses œuvres touchant ce » qui se fait et se voit en Amérique, que particulièrement de » Quoniambègne , avec lequel Staden , ayant esté à la guerre » et long-temps prisonnier sous lui , combien qu'il le desci ive » très cruel et inhumain envers tous ceux qu'il pouvait attra- » perde ses ennemis, tant il y a toutefois qu'il ne dit pas que » cefust un géant, ains seulement impuissant homme, moins » qu'il portast des pièces d'artillerie pour les tirer de dessus » ses épaules toutes nues après ses ennemis, comme Thevet l'a » barbouillé et fait pourtraire en sa fabuleuse Cosmographie.»-
i<> LITTERATURE,
LES APRES-DINERS DE S. A. S. CAMBACÉRES , second consul, etc., ou Révélations de plusieurs grands personnages sur l'ancien régime, le di- rectoire, l'empire et la restauration; recueillies et publiées par le baron E.-L. de Lamothe-Langon.— Paris, 1837. 4 vol. in-8", 3o fi. — COR- RESPONDANCE ET RELATIONS DE J. FIEVÉE avec Bonaparte, premier consul et empereur, pendant onze'années(i8o2-i8 t3j, publiées par l'auteur. Paris, i83;. 3 vol. in-8°. 22 fr. 5o c. — L'EMPIRE, ou Dix ans sous Napoléon; par un ancien chambellan. Paris, iS3(i. 4 \ol. in-8°. 3ofr.
Ordinairement les idoles renversées n'ont plus d'adorateurs, ou si elles en conservent quelques uns , c'e->t dans l'on dire et le silence qu'ils pratiquent leur culte muet. Mais il parait que Napoléon fait exception à la règle , car les courtisans ne man- quent pas plus à sa mémoire , qu'Us ne manquaient à l'éclat de son trône. Le despote est encensé dans sa tombe , autant et plus peut-être qu'il le fut jadis sous la pourpre im- périale. Cette main de fer a si Lien courbé les hommes sous son joug pesant, qu'ils ne peuvent se redresser encore, quoi- qu'elle ait disparu déjà depuis quelque temps. La gloire mili- taire éblouit si bien les yeux , qu'on ne veut pas voir que le grand guerrier fut un maître absolu , qui, sacrifiant l'avenir de son pays à ses vues ambitieuses, refoula, avec une brutale violence , l'essor que l'esprit humain venait de prendre. Guerre et civilisation sont dem contraires diamétralement opposés l'un à l'autre, quoi qu'on ait pu dire, dans notre siècle de phiaséologie, sur la mission des conquérans , sur la fatale destinée des peuples , etc., etc. Les baïonnettes, même les plus intelligentes, n'ont jamais rien civilisé, et ce n'est certai- nement pas à coup de canon qu'on édifie quoi que ce soit. Mais un longtemps s'écoulera encore avant que ces idées aussi simples que vraies se fassent jour à travers tous les préjugés qui encombrent et cernent de toutes parts les avenues du bon sens. En attendant, il nous faudra sans doute subir bien des plates apologies de l'empereur, bien deséloges de la générosité etdela grandeur d'âme de l'homme qui a jonché l'Europe de cadavres, qui a porté le fer et le feu dans toutes les contrées , qui a semé partout sur ses pas le deuil et la misère.
Dans les Après-dîners de Cambaeérès , et dans l'Empire, ou Dix ans sous Napoléon, on trouvera beaucoup de ce commérage de cour qui a encore tant d'amateurs. Des anecdotes déjà con- nues s'y rencontrent ça et là, mais il y en a aussi de nouvelles, assez piquantes, qui dévoilent les petits ressorts et les secrètes intrigues du gouvernement impérial.
La Correspondance de Fiéoée offre un tout autre genre d'intérêt. C'est un cours de despotisme et d'obscurantisme que l'auteur rédigeait pour l'empereur seul. Les maximes les plus
HISTOIRE. i r
absolues en fait de gouvernement y sont naïvement exposées . et développées avec une impitovable logique dans toutes leurs rigoureuses conséquences. M. Fiévée appelle en particulier l'attention de l'empereur sur les principes philosophiques, qui, se glissant dans les collèges, y exercent, dit il, l'nfluence la plus déplorable , et il prédit que la jeune génération , si l'on n'y apporte un prompte remède, deviendra bientôt tout-à-fait impossible à gouverner; il fortifie toutes les préventions de l'empereur contre les idéologistes , et en toutes choses, émet des opinions directement opposées à celles qui ont générale- ment cours en France depuis cinquante ans. Cependant il affi- che une complète indépendance, et, en effet, c'est avec une assez grande liberté qu'il adresse des conseils à Napoléon qui ne les souffrait guère. Il vante aussi beaucoup son désintéres- sement, et répète souvent qu'il n'eut jamais d'ambition ni pour l'argent ni pour les honneurs. Il est fâcheux qu'avec de pareilles dispositions et l'ascendant qu'il avait su prendre sur l'esprit de l'empereur , il n'ait pas puisé ses inspirations dans une sphère plus haute. Mieux eût valu l'ambition d'éclairer sa patrie, d'assurer à ses compatriotes une liberté large, féconde et pros- père. C'était assurément là un but plus noble et plus digne que celui d'asseoir un soldat sur un trôneabsolu, et d'étouffer sous des nuages de poudre à canon tout élan du cœur , tout mou- vement de l'âme , tout essor de l'esprit.
DEP.MERE EPOQÏ E DE L'HISTOIRE DE CITMUES X . ses derniers
voyages, sa maladie, s^ mort, ses funérailles,' son caractère el ses habi- tudes daus l'exil; par M. de Montbel. Paris, i836, Jn-8°. 3 fr. 5o c.
Ce petit écrit est un panégyrique du roi chassé par la révo- lution de i83o, fait par un courtisan fidèle, dont l'affection n'a été ébranlée , il faut lui rendre cette justice , ni par l'exil de son maître , ni par sa mort. Il renferme du reste des détails assez niais , et n'est guère curieux que par la hardies«e des opinions, qui témoigne de la liberté dont, à certains égards surtout, la presse jouit maintenant en France.
RELIGION, PHILOSOPHIE, RELIGION, PHILOSOPHIE, MORALE, ÉDUCATION.
ESPRIT DE L/V LÉGISLATION MOSAÏQUE, par J. E. Cellerier fils. Genève et Paris, chez Ab. Cherbuliez et Ce. 1837. 1 vol. iu 8°. 1 1 fr.
Admettant en principe et comme article de foi la divinité de l' Ancien-Testament, M. Cellerier a tracé un tableau de la lé- gislation établie par Moïse au milieu du peuple hébreu , dans lequel il cherche à faire ressortir la portée de chaque disposi- tion particulière, et son rapport avec le but général que Dieu s'était, dit-il, proposé d'accomplir en choisissant le peuple hé- breu pour objet de sa protection spéciale. Cet exposé est rempli d'un vif intérêt, et sera lu avec plaisir et avec fruit, non seu- lement par les théologiens, mais encore par les gens du monde, qui y trouveront une foule de détails curieux et un commen- taire explicatif de maints chapitres obscurs de la Bible.
L'auteur commence par examiner les antécédents du peuple juif, son état d'asservissement et d'abjection au milieu des Egyptiens, son ignorance, son caractère obstiné et stupide, ses préjugés, ses habitudes , en un mot toutes les considérations que devait d'abord mûrement peser Moïse avant d'entrepren- dre de le régénérer. Il décrit également la contrée qu'il de- vait aller habiter, et nous raconte dans un style animé et plein de charmes les merveilles naturelles de ce beau pays de Chanaan , promis aux Israélites. «Mettons-nous, dit-il , à la place du voyageur qui le parcourait au temps de Moïse ou un siècle plus tard; quel aspect lui présentait alors cette terre cé- lèbre, et quelquefois, de nos jours, si mal dépeinte.
» De nombreux troupeaux couvrent les montagnes ou par- quent dans les plaines ; pendant ce temps, le bœuf trace le sil- lon ou foule le grain ; les chameaux du désert partent pour exporter les fruits secs, les blés et le baume de Galaad, ou ar- rivent par la route de transit du Jourdain à Tyr. Taudis que ces laborieux animaux sont charges des travaux fatigans et des pénibles transports, l'âne, en général plus heureux , aux por- tes des villes et sur les chemins fréquentés, sert de monture aux femmes, aux vieillards, aux grands personnages et aux rois. Ce précieux animal reçoit du climat, ou tient peut- être d'une race particulière , une taille, un degré de force , un poil fauve et brillant, inconnus dans nos contrées. Ces trois qua- drupèdes sont d'un usage distinct, mais continuel et indispen- sable , tandis que le cheval, plus coûteux, est bien moins utile. Il peut sembler, en effet, déplacé dans la Palestine, où les cou-
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trées fertiles sont montueuses et coupées. Il y serait, pour les simples propriétaires , un luxe accablant et superflu; mais, pour les chefs et les grands , il serait , comme pour les Arabes de nos jours , un instrument d'oppression et de brigandage ; pour les rois , un signe de faste et un emblème guerrier , d'un mauvais augure aux yeux des sujets.
» Les bètes sauvages , chassées de proche en proche par les défrichemens successifs , trouvent encore un asile dans un pe- tit nombre de forets respectées parla main des laboureurs. De là sortent la nuit le loup et le chakal pour boire dans les eaux des torrens , le renard pour chercher sa proie. Là séjournent des milliers de vautours prêts à fondre sur la contrée pour la délivrer des cadavres d'animaux. D'autre part, les chiens fé- roces de l'Orient accomplissent la même tâche dans les villes, d'où ils ne s'éloignent guère ; au milieu de leurs courses et de Leurs hurlemens nocturnes, ils les nettoient de mille ordures infectes. Le lion , l'ours, le tigre, habitent de préférence le Li- ban et ses abîmes. On les aperçoit cependant au bord du Jour- dain , le long duquel ils viennent se désaltérer ou chercher leur proie. Ils s'y établissent même çà et là dans les taillis épais et peuplés qui le bordent sur quelques points.
» En dehors des forêts primitives, on trouve encore quel- ques bouquets d'arbi es aussi vieux que le monde, qui, sur des hauteurs , protègent un culte idolâtre, ou bien ombragent des camps rustiques dans les vallées, au bord des eaux ; à cela près, la culture n'est guère interrompue que par des villes ; c'est-à-dire par de petites enceintes murées , placées sur des hauteurs de difficile accès, à l'abri des incursions ennemies. Les coteaux se couvrent de vignes soutenues par des murs en étages successifs , culture industrieuse , signe certain d'un ciel propice, d'une terre féconde et d'un peuple laborieux. De rustiques habitations se distinguent aux bouquets de figuiers entrelacés de vignes, cpii les abritent. Le figuier arrive, en Pa- lestine, à une taille dont nos climats ne nous donnent aucune idée. Le palmier, maintenant inconnu dans cette terre esclave, y était assez fréquent et assez beau pour avoir servi de symbole à l'antique Judée. Les bords du Jourdain nourrissaient en abondance les arbres d'où découlait la résine précieuse, tour à tour nommée, de l'une ou de l'autre des deux rives, baume de Galaad ou baume de Jéricho.
» A côté de ces objets rians , la nature, amie des contrastes, déploie quelques unes de ses plus effrayantes scènes , et cette oasis presque enchantée est entourée de spectacles de souffrance et de mort. On se rappelle les déserts de sables qui, au sud et à l'est de la Palestine, se prolongent jusqu'à l'Egypte, la mer Rouge et l'Euphrate. On connaît le simoun , ce feu qui les ba-
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laie de temps à autre, tantôt pendant quelques heures, tantôt pendant quelques minutes. Mais un seul instant lui suffit pour tuer tous les êtres organisés qui l'ont senti. Son approehe est annoncée par des nuées rougeâtres , par l'obstination des cha- meaux (dont l'instinct le pressent) à enfoncer leur museau dans le sable. A leur exemple, le voyageur expérimenté se hâte d'y appliquer son visage pour ne point respirer ce vent empoi- sonné qui, en général , souffle à un ou deux pieds au-dessus du sol. Quand cet invisible incendie a passé , les plantes sont brûlées, et les animaux eux-mêmes refusent de se nourrir des moissons qu'il vient de consumer. Les corps des victimes pa- raissent plongés dans un paisible sommeil, mais les chairs sont comme décomposées , et restent pour ainsi dire aux mains de ceux qui veulent déplacer les cadavres. Dans une seule nuit, au témoignage de Thévenot, en 1660, quatre mille personnes furent atteintes de ce fléau, et deux mille en 1658. »
Après le tableau du sol et du climat, viennent quelques do- cumens sur les divers peuples qui devaient se trouver limitro- phes des Hébreux ou entretenir quelques relations avec eux. Ces données étant établies, l'auteur passe à l'examen des lois du Pentateuque. Il les prend une à une, et montre comment tout, jusqu'aux moindres dispositions de cette législation di- vine, était admirablement bien combiné pour faire des Juifs un peuple agricole , pour les fixer au sol , leur interdire la vie nomade, les isoler des nations idolâtres, dont ils n'avùent que trop de penchant à adopter les funestes erreurs. Maints règle* mens de détails, traités avec dédain et ironie par des observa- teurs superficiels, sont interprétés d'une manière nouvelle par M. Cellerier, qui y reconnaît également l'intention du légis- lateur d'attacher fortement les Hébreux à la contrée dont il leur avait montré le chemin. Si Moïse interdit aux Juifs l'u- sage de la graisse d'animaux et du beurre, et leur prescrit d'em- ployer l'huile pour 'apprêter leurs alimens , c'est afin de les forcer à cultiver l'olivier , et de tourner ainsi leur attention vers l'agriculture. S'il leurdéfendde manger certainsanimaux, c'est pour leur rendre impossible la vie nomade et les éloi- gner des habitudes de ces peuples errans dont ces animaux for- ment justement la principale nourriture. La circoncision, pra- tiquée parmi les prêtres des Egyptiens, au milieu desquels les Israélites avaient vécu , est adoptée par Moïse comme un moyen de rehausser les Juifs à leurs propres yeux , en leur donnant ainsi une marque particulière , destinée à les distin- guer comme une nation supérieure aux autres , comme un peuple de sacrificateurs et de serviteurs de Dieu. Tout est ha- bilement calculé par le législateur, qui sait profiter des défauts comme des vertus de son peuple , qui se sert des préjugés déjà
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existants pour assurer son empire , atin de pouvoir, plus tard les combattre avec plus de facilité ; qui fait concourir tous les moyens à son but, et parvient à créer avec des esclaves mie nation indépendante et libre ; avec des brutes ingnorantes, un peuple adorateur du vrai Dieu, ennemi de l'idolâtrie, et bien- tôt vainqueur de toutes les nations voisines, jusqu'alors plus avancées que lui dans la civilisation.
Moïse préparait ainsi , dit M. Cellerier, la route au christia- nisme , qui devait trouver chez les Juifs ie dépôt sacré du théisme pur, et féconder , en les développant quand le temps serait venu , les germes de la vraie religion, conservés dans cette nation choisie entre toutes pour 1 accomplissement des hautes destinées de l'humanité.
Le véritable esprit de la législation mosaïque est donc l'ac- tion providentielle qui se manifeste à nos faibles regards dans tous les événements de l'histoire des Juifs dune manière plus marquée, plus suivie, plus évidente, que nulle part ailleurs. La vérité devait arriver au monde par une voie lente et péni- ble, par une marche graduelle qui semble être la loi univer- selle de formation en toutes choses , et qui est en effet la plus conforme à la haute sagesse de Dieu. Le peuple de Moïse est le seul de l'antiquité à nous connu chez lequel brille un rayon de ce flambeau divin. Il est l'unique chaînon qui nous ratta- che à ce vieux monde d'Orient dont les destinées sont encore un mystère pour nous Cette seule raison suffirait pour don- ner une haute importance à toutes les recherches qui onfpour but son histoire, ses lois , ses mœurs. Sous ce rapport donc , le livre que nous annonçons mérite déjà d'être bien accueilli du publir ; mais l'esprit de piété haute et éclairée qui le distin- gue , la sage mesure dans laquelle l'auteur a su concilier la foi avec la raison , la religion avec la critiqne historique, lui as- surent un succès non moins grand que celui qu'ont déjà ob- tenu tous les autres ouvrages de M. le professeur Cellerier. Ce judicieux écrivain possède à un haut degré le talent bien rare de présenter la théologie sous une forme attrayante, de la faire sortir de l'école pour s'introduire dans les salons et les familles, et de lui donner une allure douce et conciliante qui obtient les suffrages des hommes éclairés de toutes les commu- nions religieuses.
t6 RELIGION. PHILOSOPHIE,
LA VRAIE PII OENOLOGIE, ou l'Unité d'un principe intellectuel et moral dans l'homme, fondée sur l'accord de l'expression rationnelle du verbe et de la conscience du moi, avec la notion de l'être universel ; par /.-/?.- M. tercet. Paris , chez Leleux, 1 83 7. In 8°. 1 fr. 2 5 c.
Laphrénologie, en devenant à la mode en Fiance, ne pouvait manquer de tomber tout-à-fait dans le matérialisme, doctrine funeste qui ne trouva toujours que trop de disciples chez une nation vive et légère, ennemie de tout raisonnement abstrait et trop occupée de vivre pour avoir le tempsde beaucouppen- ser. C'est en effet ce qui est arrivé. On a fait du génie une fibre du cerveau et chacune des qualités bonnes ou mauvaises de notre esprit n'a plus eu d'autre cause que la forme de telle ou telle partie de la matière renfermée dans notre crâne. On va même jusqu'à vouloir diriger l'éducation d'après les bosses que présente la tète d'un enfant, et il ne faut pas désespérer que de conséquence en conséquence on arrivera à inventer des moules pour modeler le crâne encore tendre des nouveau-nés. Chacun alors choisira le moule qu'il préférera pour ses enfants, et l'on fabriquera , en quelque sorte , les hommes de génie à volonté.
C'est contre ce matérialisme phrénologique que s'élève M. Gence , et sa biochure est destinée à repousser avec force de semblables doctrines. Mais, malheureusement, le spiritualisme de M. Gence est tellement mystique, qu'il est bien difficile de comprendre son langage. Peut-être paraîtra t-il plus clair aux personnes habituées à se livrer à de profondes études philoso- phiques , mais nous avouons notre complète incapacité à cet égard. iNous nous bornerons donc à donner la table des ma- tières de cet opuscule , en souhaitant vivement que l'auteur réussisse par ses efforts à réhabiliter l'âme contre laquelle le corps semble aujourd'hui vouloir se révolter, en la rabaissant au rang de l'un de ses organes :
Section lie. Des modernes sjsTènies qui ont Dieu et l'homme pour objet : — spiritualisme physico-moral. Rationalisme, — Eléments de la philosophie rationnelle.
Section 2e. Le verbe ou son équivalent dans les langues. — De l'action d'affirmer propre au verbe. — Rétablissement du. verbe confondu avec le modïficatif.
Section 3e. Le moi dans l'homme. ■ — Le moi humain indé- pendantdes sens. — Sur la craniologie, science destructive de l'unité du moi. — De l'unité du moi détruite également par la science dite phrénologie, dont la substitution- à, la craniologie est pure- ment nominale. — De l'unité du. moi sous le rapport logique. — - Sur le somnambulisme magnétique et le svedenborgisme. —De
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limité du moi intellectuel et moral. — Sur la psychologie (esptrtt et âme ).
Section 4e. Le verbe et le moi absolu eu Dieu. — L'ontologie. — Profession de joi de l'auteur.
ESSAIS SUR LA PHILOSOPHIE DES INDOUS,parM. H.- T. Colebrooke, trad. de l'anglais et augmentés de textes sanscrits et de notes nombreuses par G. Pauthier. Paris, chez V. Masson, rue de l'Ecole-de-Médecine, n° 4. 1 vol. in-8°. 8 fr.
La philosophie des Iudous est , pour les savants européens , l'objet d'études profondes et du plus haut intérêt , car elle peut offrir quelques notions sur l'état de la science chez les peuples d'Asie dans l'antiquité; aussi quelles que soient les dif- ficultés qui entourent le sanctuaire de Brahina quelque aride que puisse être une telle étude , surtout dans ses premiers pas, de hardis travailleurs sont parvenus, à force de zèle et de veilles , à dérouler à nos yeux tout le tableau des diverses doctrines des plus anciens philosophes indous. Il y avait non seulement à vaincre les obstacles que présente une langue qui ne se parle plus, et dont il fallait reconstruire en l'étudiant la grammaire et la syntaxe , mais encore l'obscurité très grande de la plu- part des idées, les subtilités souvent puériles de ces systèmes, semblaient bien faites pour décourager les efforts les plus constants. Cependant , au milieu des superstitions grossières et du mysticisme inintelligible qui remplissent une grande partie de ces anciens traités , on y rencontre des traits de lumière qui jettent un jour brillant sur lespremiersàgesde l'humanité. Ainsi que le dit le traducteur dans sa préface : « Au milieu de ce monde presque tout nouveau pour nous , l'Inde , avec sa langue sanskrite sisavanteet si métaphysique, avec sa pensée religieuse si profonde et si sublime , sa pensée philosophique si abstraite et si hardie , son imagination si poétique et si gi- gantesque, et sa nature si merveilleuse et si féconde, nous apparaît comme le grand et antique foyer de la pensée hu- maine , comme le point central et rayonnant de ce vaste cercle d'idées philosophiques et religieuses , d'idiomes frappants de consanguinité , qui a enveloppé la Haute- Asie et qui a fini par embrasser presque tout l'ancien inonde. C'est en effet sur les hauts plateaux de l'Asie qu'a été jetée primitivement l'énigme du genre humain ; c'est de là que le grand fleuve de la civi- lisation est parti avant de couvrir l'Europe et avant de laisser derrière lui de vastes déserts de sables. »
Les essais de M Colebrooke sont au nombre de cinq, savoir: i* Philosophie sa'nhhya ; 20 Systèmes nya'ya et oais'éthihaj
i» RELIGION, PHILOSOPHIE,
Traduction de la sa'nkhya-ka'rika' , ou vers remémoratifs de la philosophie sa'nkliya , par Is'vara-Krichn'a; 3° Première mimansa, philosophie qui a pour ohjet de déterminer le sens de la révélation ou l'interprétation des Vêdàs ; 4° Philosophie véda'nta i 5° Sectes hétérodoxes.
Le traducteur a ajouté à ces essais des développements fort importants; entre autres un essai sur les Bouddhistes qui ren- ferme plusieurs rapprochements tirés des livres chinois , et un spécimen extrait d'une traduction complète du Tao-te-Ring (livre du tao ou de la raison primordiale suprême et de la vertu), ouvrage philosophique de Lao-Tseu, dont l'âge remonte après de 6oo ans avant notre ère. Il a de plus donné en notes les textes sanscrits les plus intéressants, sur lesquels est hase le travail de M. Colebrooke, et une table explicative des termes philosophiques et des mots sanskrits employés dans le cours de L'ouvrage, De cette manière, ce livre a le double avantage d'offrir aux savants un sujet d'études, et aux gens du monde une exposition assez claire de la philosophie des Indous. Quel- qu'abstrait que soit un pareil sujet, après avoir vaincu les premières difficultés, on s'y attache vivement, et c'est avec un véritable intérêt qu'on lit le résumé de ces antiques opi- nions sur l'essence de l'âme , sur la destinée humaine , sur les attributs et la puissance du Dieu éternel qui est le créateur de tout ce qui existe.
LES VOLEURS, physiologie de leurs mœurs et de leur tangage, par E.-F. Vidocq. Paris, 1837. 2 vol. in-S", ornés du portrait de fauteur. i5 fr.
Dictionnaire argotique , aveedes développements assez éten- dus sur les ruses et l'adresse des voleurs , et semé d'anecdotes assez curieuses. Vidocq publie ce livre dans le but d'être utile aux honnêtes gens, et de faire servir ses connaissances, très profondes en pareille matière, à les prémunir contre le vol et la fraude. Il est placé de manière à pouvoir donner de précieux renseignements à ce sujet, et, quelqu'étrange qu'il paraisse de voir Vidocq faire le moraliste , son opinion n'est point sans quelque poids. Il a vu d'assez près les gens qui peuplent or- dinairement les prisons, pour les connaître et pour apprécier quels sont les meilleurs moyens de les réformer. Ce n'est donc pas indifférent de l'entendre se prononcer contre la surveil- lance et repousser la peine de mort.
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EMILIE, ou la Jeune fille auteur, par mademoiselle S. Ullinc Trémadeure, i vol. in-i2°, fig. 3 fr. 5o c. Paris, 1837, chez Didier, quai des Augustins.
Parmi les écrivains assez nombreux aujourd'hui qui s'oc- cupent de la jeunesse et travaillent à lui procurer plaisir et instruction , à former son cœur et à orner son esprit , made- moiselle Ulliac Trémadeure occupe certainementl'unedes pre- mières places. Une morale pure , une raison éclairée, brillent dans tous ses ouvrages ; mais ce qui surtout la distingue d'une manière toute particulière , c'est la modestie et la simplicité
3ui s'unissent chez elle à un talent très remarquable. Jamais e prétentieuses préfaces , de pédantesques programmes , jamais de ces phrases 10 fiantes si communes de nos jours parmi nos femmes de lettres, qui ne savent écrire une page sans parler de mission, de régénération sociale, etc. « La femme , providence terrestre du foyer domestique, en devient le fléau du moment qu'elle livre son âme à l'amour de la renommée , » telle est la pensée qui domine chez made- moiselle Ulliac, et il y a quelque courage à l'exprimer. En notre époque de mensonge , il faut du crenr et de l'âme pour se dé- clarer fidèle disciple delà vérité; et, au milieu du ridicule fracas avec lequel on encense d'impudiques idoles , en présence des innombrables sophismes sur lesquels on édifie les plus absurdes et les plus monstrueuses théories d'émancipation de la femme , de nouveau système social, etc., honneur au noble et ferme caractère qui méprise les clameurs de la foule et se renferme dans le sanctuaire sacré de la famille, cette ancre de salut de la société, qui peut seule lui offrir repos et consolation après les révolutions politiques ou religieuses dont le monde est depuis si long- temps tourmenté.
Dans Emilie, mademoiselle Ulliac a voulu combattre la fu- neste influence des folles idées du jour , enfantées par les Saint-Simoniens , et recueillies après le décès de ceux-ci par une foule toujours prête à exploiter les systèmes les plus faux et les plus insoutenables , influence plus générale qu'on ne le pense, qui se glisse dans la plupart des pensionnats et donne à l'éducation des jeunes filles la direction la plus dangereuse. Si les théories saint-simoniennes n'ont pas trouvé d'écho en ce qui concerne la participation de la femme au pouvoir civil et politique , il n'en est pas de même pour ce qui touche le développement des facultés intellectuelles On a généralement accueilli avec un engouement peu raisonné la pensée de l'é- mancipation de la femme sous ce rapport, et former des femmes de lettres est devenu le but de maints efforts jusque là trop mal dirigés pour pouvoir en faire de bonnes mères de fa- mille.
ao RELIGION, FHiLOSOPHIE,
Emilie est engagée à embrasser cette périlleuse carrière par une dame qui s'intéresse à elle, et qui pense y voirie moyen le plus certain d'assurer à cette jeune fille un avenir heureux , et de lui fournir les ressources nécessaires pour soutenir son grand-père et sa vieille cousine, les seuls parents qui lui restent avec son frère qui est à l'armée. Le grand-père ire consent pas sans peine à livrer sa petite-fille à tous les écueils de la carrière des lettres ; mais aucun autre état ne pouvait promettre des chances aussi belles de réussite , et l'amour-propre paternel, flatté de l'espoir de voir Emilie se faire un nom célèbre, acheva bientôt de combattre toutes les objections.
La jeune fille débuta donc en essayant ses forces comme traductrice. Animée de l'ardeur la plus vive , heureuse de songer qu'elle allaitpouvoirenfinprocurerquelque aisance aux siens , elle eut bientôt terminé une traduction. Son grand père on revit le style , et il ne manqua plus qu'un éditeur pour la publier. Alors commencèrent les tribulations du mé- tier, les désappointements d'auteur. La plupart des libraires . peu capables d'apprécier le mérite d'un ouvrage , spéculent plutôt sur les chances qu'offre un nom déjà connu du public, et ne se soucient guère d'encourager les débutans. Emilie essuie donc plusieurs refus cruels à la fois pour son amour- propre et pour son creur , car les lettres lui semblaient une ressource certaine contre la misère. Cependant, grâce à la re- commandation de sa protectrice , elle finit par trouver un éditeur qui lui donne 3oo francs de son manuscrit; et, dans sa joie d'avoir obtenu une pareille somme du premier produit de son travail , elle oublie toutes les peines qu'il a fallu pour cela, et sent revivre toutes ses brillantes espérances. Le livre s'imprime sans qu'elle songe seulement à en revoir les épreu- ves ; il paraît enfin, et c'est un grand jour de fête pour Emilie, pour son grand-père et sa vieille cousine, lorsqu'on leur ap- porte les exemplaires qui leur appartiennent. Mais le plaisir est quelque peu empoisonné par la découverte d'une fouie de fautes d'impression qui défigurent le style. Vient ensuite la critique qui est toujours une rude épreuve pour l'écrivain; puis le livre, à peine annoncé par les journaux , qui n'ouvrent leurs colonnes qu'aux sollicitations de la camaraderie ou à l'éclat de beaux deniers comptants , se vend fort peu, et lors- qu'une nouvelle traduction est prête , la pauvre Emilie ne peut trouver à la placer qu'aux plus dures conditions. Elle se voit obligée de. consentir à faire passer son travail pour celui d'un autre, ou du moins à se cacher sous des initiales qui puis- sent faire supposer un nom plus connu que le sien. Devant ses tristes réalités, les illusions passent vite. Aussi Emilie éprouva- t-elle un complet découragement; elle renonça même
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tout-à-fait à écrire pendant quelque temps. Mais le travail avait développé chez elle des facultés qui demandaient à s'exercer, et, malgré sa résolution de déposer la plume, elle la reprit bientôt pour se livrer entièrement à ses propres in- spirations. Cette nouvelle tentative fut plus heureuse. Quel- ques amis s'intéressèrent à elle; on la produisit dans le monde, et bientôt sa réputation s'établit , son nom devint célèbre. Alors la scène changea; les trompettes de la renommée n'eurent plus pour elle que des paroles flatteuses ; elle devint l'auteur à la mode, et se vit comme telle recherchée de tous , entourée d'hommages et d'adulations.
C'est bien là l'histoire de la plupart de ces brillantes renom- mées de salon que le monde élève et rabaisse tour à tour suivant sescapi-ices. Si mademoiselle, Ulliac a oublié quelques traits dans ce tableau, c'est qu'il ne convenait peut-être pas de les mettre sons les yeux de la jeunesse. Mais il est facile d'y suppléer. A côté des peines sans nombre , des humiliations , des désap- pointements, dont les abords de la carrière des lettres sont tou- jours semés, la femme surtout y rencontre encore maints écueils plus dangereux. A combien d'intrigues l'exposent sa jeunesse , sa pauvreté , ses talens , ses succès eux-mêmes ! Dans ces salons où brille sa gloire , elle trouvera des périls sans nombre. 11 faut acheter à tout prix les bonnes grâces des jour- nalistes; il faut hanter la société des gens de lettres , société souvent assez immorale, composée de femmes pl'usque légères, d'hommes sans principes. Si nous voulions descendre dans les déta.ils de cette existence dont l'éclat est si séduisant, nous aurions bien d'autres misères à dévoiler, mais nous préférons continuer l'analyse du charmant ouvrage qui nous occupe.
Emilie, au milieu de ses triomphes, éprouve parfois des dé- goûts profonds quand elle voit l'intrigue rivaliser avec le talent, s'élever même au-dessus de lui avec le secours de l'envie et de la jalousie, ses dignes auxiliaires. C'est dans un de ces 1110- mens d'abattement qu'elle consent à donner sa main à un homme riche et probe qui la lui demande T et met pour con- dition à son mariage l'abandon de ses travaux de plume ; car il est persuadé que la vie agitée de l'écrivain ne peut con- venablement s'allier avec les devoirs de la mère de famille. Emilie , tout entière à sa nouvelle position . tient d'abord parole , se renferme dans son intérieur, et, si elleécrit encore, n'écrit que pour elle. La lutte qu'elle soutient entre ses pen- chants et son devoir est parfaitement bien décrite. Rien déplus vrai et de plus naturel que ces rechutes fréquentes de la pauvre Emilie, qui cherche vainement à étouffer l'inspiration , à re- fouler ses pensées , à enchaîner son imagination. Les souvenirs de ces succès enivrants , de ces applaudissements dont le passé
sa LEGISLATION,
ornait sa vie, viennent encore résonner à ses oreilles, et, faible femme , elle succombe et sacrifie le bonheur domestique à la gloire. Dès lors plus de tranquillité, plus de paix intérieure pour elle ; son mari, son enfant lui deviennent presque étran- gers ; c'est dans le tourbillon du monde qu'elle va cueillir les palmes qu'il faut à sa vaniteuse ambition. Voilà donc une vie gâtée par les succès littéraires ! Et, si la carrière des lettres embrassée par nécessité ne produit trop souvent que de tels résultats , combien est fausse la direction imprimée aujour- d'hui à l'éducation des filles, combien est dangereuse la pensée de classer l'état d'écrivain parmi ceux qui offrent les meilleures chances à l'avenir des jeunes personnes pauvres et intelli- gentes !
Mais faut-il donc renoncer à cultiver les facultés intellec- tuelles dont tant de femmes sont douées ? Non sans doute ; tout ce que la nature place en nous est bon à cultiver ; mais , à côté de ces facultés , elle a placé aussi chez la femme des devoirs plus précieux et plus importants encore qui doivent marcher avant tout. Les lettres sont un noble délassement qui élève l'âme et qui dans l'occasion peut devenir une ressource fort utile , mais elles ne doivent jamais être l'objet d'une vaine gloire. Concluons donc avec mademoiselle Ulliac Trémadeure que la gloire mondaino est incompatible avec les devoirs d'une mère de famille ; que la vie agitée de l'écrivain à la mode tue le bonheur domestique , et que, si le génie se rencontre dans une tète de jeune fille , c'est une raison de plus d'appliquer tous ses efforts, dans l'éducation , à lui faire estimer et chérir par-dessus tout les inaltérables jouissances de la vie de fa- mille.
Il serait à souhaiter que la femme ne songeât à écrire pour le public, qu'à l'époque où ses enfants, élevés par ses soins, ne réclament plus tout son temps. Son talent y gagnerait plus de maturité, et le public trouverait certainement dans ses ou- vrages une connaissance plus profonde du cœur humain , une expérience du monde qu'elle n'aurait du moins ^pas acquise aux dépens de sa modestie ou de son bonheur.
LEGISLATION, ECONOMIE POLITIQUE, COMMERCE, ETC.
ETUDES SUR L ECONOMIE POLITIQUE, par J.-C.-L. Simonde de Sistnondi. Paris, i837,t. icT, in-8°. 7 i'r. 5o c.
Ce volume , qui fait suite aux Etudes sçciçles du même au- teur , publiées en avril dernier, renferme divers fragments de
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M. de Sismondi qui ont déjà paru dans des recueils pério- diques, et qu'il rassemble aujourd'hui en corps d'ouvrage , soit pour les sauver de l'oubli, soit pour en former un tout qui offre l'exposé de ses doctrines et serve d'appui à son sys- tème. On demandera sans doute quelles sont ces doctrines , quel est ce système ; mais il n'est pas très facile de répondre à une pareille question. En économie politique , comme en science sociale, M. de Sismondi paraît ne pas très bien savoir ce qu'il veut , ou du moins il ne l'expose point d'une manière claire et logique. Ce qui ressort le mieux de son Introduction", c'est qu'il s'est déclara l'ennemi des machines, et que, voyant le paupérisme devenu l'objet de l'attention et des investiga- tions d'un grand nombre d'économistes, il proclame le triom- phe de ses idées à cet égard, puisque, dit-il, les machines n'ont fait qu'augmenter partout le nombre des pauvres. Mais il faudrait d'abord savoir si réellement, en proportion de l'ac- croissement des populations , le paupérisme a fait de grands progrès , ou bien si cette prétendue augmentation ne résulte pas seulement de ce que la science a , depuis peu , porté ses recherches vers cet objet, qui autrefois était tout-à-fait dédai- gné. Ensuite, si ce mal est réel, est-ce bien l'introduction des machines qui l'a produit ?
Or, sur le premier de ces deux points, M. de Sismondi nous apprend lui-même que . dans les siècles passés, l'homme du peuple , le prolétaire , Le serf, en un mot la gent corvéable, taillable , etc. , était considérée comme si peu importante dans un Etat, que personne ne songeait à s'en occuper , et que pas un seul écrivain ne nous a laissé sur elle des documents de quel- que étendue. On ignore donc tout-à-fait quelle était sa condi- tion , et les rares détails qu'on peut rencontrer à ce sujet dans de vieux chroniqueurs nous peignent tous des misères plus af- freuses encore que celles qui tourmentent aujourd'hui nos clas- ses pauvres. L'imprévoyance et le désordre , suites assez 01 di- naires d'une éducation mauvaise et d'une instruction négligée, sont, d'ailleurs, bien plus souvent que toute autre chose , les causes qui font la ruine et le malheur des ouvriers. Ces causes ont pu devenir plus intenses depuis l'introduction des machi- nes, parce que, maintes jouissances étant mises ainsi à la por- tée d'un plus grand nombre , les tentations ont augmenté de même, et que, tandis qu'on discutait sur l'utilité ou le danger de ces machines, débat oiseux puisque leur établissement était un fait que nul ne pouvait empêcher de s'accomplir, personne n'a songé à préparer la classe ouvrière à la nouvelle carrière quis'ouvrait pour elle. Les machines, affranchissant l'homme de ces travaux purement manuels qui le réduisaient en quelque sorte à l'état delà brute, lui laissent tout ce qui ressort du do-
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maine de l'intelligence, et l'obligent ainsi à cultiver ses facultés intellectuelles. De cette manière, elles opèrent sur toutes les classes de la société ce que M. de Sismondi regarde mal à pro- pos comme étant l'apanage d'une seule , en disant qu'il est bon qu'il y ait dans un Etat des gens riches qui n'aient rien à faire , afin que, dans leurs loisirs , ils puissent cultiver leur es- prit, faire avancer les lettres et les arts, qui sans eux retombe- raient bientôt dans la barbarie. Or, nous le demandons, fut-ce jamais la richesse oisive qui enfanta le génie ? N'est-elle pas propre plutôt à le corrompre et à le perdre ? Ces riches oisifs, qui n'ont rien à faire qu'à rechercher les moyens de dépenser des revenus qu'ils n'ont pas acquis , ne sont le plus souvent que de véritables fléaux pour les artistes et les écrivains, qu'ils forcent de comparaître à leur tribunal et de se soumettre aux capricieux jugements delà mode. M. de Sismondi s'extasie de- vant les palais des villes d'Italie , bâtis la plupart par des fa-* bricants et des négociants à une époque où il n'existait pas en- core de ces puissantes machines qu'il maudit , et habités au- jourd'hui par d'autres industriels qui n'ont pas de quoi les meubler et les entretenir. Mais comment n'a-t-il pas juste- ment vu dans ce contraste la condamnation du passé? Per- sonne , sans doute, ne lui contestera que les corporations et les privilèges, en monopolisant les industries, ne favorisassent les gros bénéfices, et n'assurassent, par conséquent, la fortune de ceux assez heureux pour pouvoir s'y livrer ; mais à côté des palais s'élevaient des chaumières en plus grand nombre encore sans doute. Et qui nous apprendra ce qu'elles étaient? Les murs des palais se taisent à cet égard, ou plutôt leur silence est un enseignement pour qui sait le comprendre. Le mono- pole de l'industrie amena celui de la richesse, qui ne tarda pas a engendrer celui du pouvoir, et la liberté fut bientôt étouf- fée; car au jour du danger il ne se trouva plus, d'un côté que des riches égoïstes , et de l'autre que des pauvres esclaves. D'ailleurs que signifie cette guerre contre les machines, de la part d'un ami sincère de la liberté et de la civilisation ? N'est-ce pas une étrange erreur que de persister ainsi à ac- cuser les premiers et les plus féconds éléments de ces deux bien- faits? Sans machines, l'homme serait incapable de sortir de l'état de barbarie le plus complet ; bien plus même , il ne pourrait soutenir long - temps sa misérable existence. Cha- que pas qu'il fait dans la civilisation est marqué justement par l'invention d'une nouvelle machine ; et qui pourrait tra- cer la limite où il 'doit s'arrêter, qui oserait prétendre inter- dire à l'homme tout nouveau progrès par le motif d'un ma- laise momentané, dont fut accompagnée toujours chaque con- quête de son intelligence.
ECONOMIE POLITIQUE, ETC. ij
Ne nous laissons donc pas aller au découragement en pré- sence d'obstacles qui existèrent jadis comme-aujourd'hui ; pre- nons garde surtout de faire chorus avec ces partisans du passéf prêts à rappeler les ténèbres de l'ignorance pour exploiter paisiblement les peuples à leur profit. C'est à peine si la science de l'économie politique commence à se dégager des langes qui enchaînaient son enfance, et déjà vous voulez prononcer la condamnation de ses principes, qui n'ont pu encore obtenir nulle part une application complète , un entier développe- ment. De tous côtés, la liberté du commerce, la liberté de l'industrie, sont entravées par mille dispositions malveillantes, par mille institutions ennemies , et vous les accusez d'impuis- sance pour le bonheur des hommes.
Ah ! ne désertez pas ainsi la sainte cause de l'humanité ! Ces accusations, qui vous sont arrachées par le spectacle des souf- frances de la classe ouvrière , adressez-les plutôt à ces vieilles institutions d'un autre âge qui sont toutes empreintes de l'es- prit de monopole et de privilège qui dominait le passé ; adres- sez-les plutôt à cet égoïsme corrupteur qui isole l'homme de la société et lui fait sacrifier sans cesse le bien du plus grand nombre à son intérêt particulier, à son ambition personnelle, à toutes les passions les plus mesquines, les moins nobles. Ne voyez-vous pas poindre à l'horizon l'aurore d'un meilleur ave- nir ? La propriété industrielle ne tend-elle pas, comme la pro- priété rurale , à se diviser? La grandeur toujours plus gigan- tesque de ses opérations ne force-t-elle pas les hommes à se rapprocher, à s'unir pour être plus forts? Si une fois l'esprit d'association s'empare des classes ouvrières , si , au lieu de le rendre dangereux à l'ordre public en le forçant à se cacher comme un crime, on lui laisse son libre développement, en cherchant seulement à le diriger sur la bonne voie , ne sera-t- il pas le régénérateur de la société , le souffle de vie qui doit ranimer ce corps languissant, le gage d'une prospérité future plus grande et plus générale qu'il n'en exista jamais dans le passé? Sans doute l'égalité des biens est une folle utopie, mais ce n'en est pas une de demander une répartition plus ration- nelle de la richesse , et par conséquent du bonheur, par une division plus juste et mieux proportionnée des charges , de cette part de sacrifices que 'chacun doit faire à l'état social. Ce n'en est pas une d'exiger l'égalité absolue devant la loi , et l'abolition complète de tout privilège tendant à favoriser une classe ou un individu delà société aux dépens des autres. Tant qu'on n'aura pas obtenu ces deux conditions essentielles de la vie sociale , on cherchera vaineinent des remèdes aux maux qui tourmentent la plupart des Etats.
Les bornes de cet article nous empêchent d'examiner en dé-
26 LEGISLATION,
tail chacun des neuf essais qui composent ce volume. Nous nous contenterons d'en indiquer les titres :
1. Balance des consommations avec les productions.
2. Du revenu social.
3. Quelle est la distribution de la richesse territoriale qui pro- cure le plus de bonheur à la société?
4. De la condition des cultivateurs de race gaélique en Ecosse, et de leur expulsion.
5. De la condition de cultivateurs irlandais , et des causes de leur détresse.
6. De la condition des cultivateurs en Toscane.
Ces deux essais contiennent une foule de détails du plus haut intérêt , auxquels le talent de l'écrivain a su donner un vif attrait
7. Des devoirs du souverain envers les cultivateurs irlandais, et des moyens de les tirer de leur détresse.
8. Des effets de l'esclavage sur la race humaine.
Nous n'avons pas besoin de dire que M. de Sismondi se pro- nonce contre l'esclavage avec toute la chaleur de son cœur gé- néreux. Il expose avec beaucoup de force tous les résultats fu- nestes qu'entraîne cette détestable institution ; il en montre tous les dangers, non seulement pour les malheureux qui en sont victimes, mais pour les intérêts mêmes des maîtres qui emploient les esclaves, et pour la liberté du pays qui les tolère. « L'esclavage, dit-il , entraîne un pays libre vers le despo- tisme politique , et met dans un danger perpétuel l'indépen- ' dance des nations. »
9. De la marche à suivre pour retirer les cultivateurs nègres de l'esclavage.
Ce dernier essai renferme des vues pleines d'une vraie phi- lanthropie, qui méritent de fixer l'attention des législateurs , et qui rencontreront sans doute de vives sympathies pai mi tous les amis des lumières. Nous terminerons en nous associant aux vœux que forme l'auteur « pour que le plus grand crime que sanctionnent encore les lois des nations chrétiennes, et la plus grande erreur où les entraîne encore leur cupidité, soient repoussés d'un commun accord par elles ; pour que la race d'hommes qu'elles ont le plus fait souffrir obtienne d'elle les dédommagements auxquels elle a droit, et soit ramenée par elles à l'intelligence, à la moralité et à la liberté ; pour que la so- ciété humaine tout entière enfui s'occupe partout efficacement du bonheur de la classe d'hommes sur laquelle repose toute la société humaine , et pour que le cultivateur, quelle que soit la couleur de sa peau , trouve dans les mœurs , dans les lois , dans la sympathie de tous , une garantie de son aisance, de
ÉCONOMIE POLITIQUE, ETC. i-
son indépendance , de son avenir , dont il a été trop long- temps privé. »
DE LA POPULATION dans ses rapports avec la nature des gouvernements. Paris, 1837. x gros vol. in-8°. 5 i'r.
Je ne saurais mieux qualifier cet ouvrage. qu'en disant que c'est de l'économie politique à l'envers. L'auteur émet les plus étranges idées qu'il soit possible d'imaginer. Après avoir établi que tous les maux dont se plaignent les peuples viennent de l'accroissement continuel de la population , il prétend que cet accroissement lui-même est dû surtout à l'abandon des principes du pouvoir absolu , à l'établissement des gouverne- ments constitutionnels. Il prévoit que dans l'avenir la popu- lation croîtra toujours en Europe , et s'écrie avec une naïveté vraiment curieuse : Quel gouvernement pourra subsister au milieu de ces misérables ? Déjà la Suisse lui sert d'exemple ; selon lui, la patrie de Guillaume Tell n'est plus aujourd hui qu'une caverne de brigands , et sous peu les puissances de l'Eu- rope devront s'entendre pour anéantir ce repaire, dont l'exis- tence ne saurait plus être tolérée. Quand on a l'audace d'é- crire de telles paroles , il faudrait avoir aussi le courage de les signer et dévouer son nom au mépris de tous les hommes, de quelque parti qu'ils soient, qui ont dans le cœur quelque sen- timent généreux , dans l'esprit quelque parcelle de justice et de raison.
Du reste, les étranges aberrations de l'auteur indiquent plutôt une tête un peu troublée- qu'un caractère méchant. Il ne voit de salut pour l'humanité que dans le despotisme d'un seul , et regarde l'établissement du tutoiement entre le père et ses enfants dans les familles comme une des plus mons- trueuses innovations de cette abom i nable philosophie moderne qui travaille à la ruine de la société. La division de la pro- priété lui paraît aussi la première cause de la misère des peuples. Enfin la Chine est son point favori de comparaison ; il dit que l'Europe marche à grands pas vers l'état du céleste empire , et nous annonce que le pouvoir absolu viendra bientôt , il faut l'espérer, nous réunir tous en une vaste famille, dans laquelle les enfants seront les esclaves du père, et, sans doute, les pères ceux du roi , pour le plus grand bien de tous. O félicité par- faite ! ! ! !
28 LÉGISLATION, ÉCONOMIE POLITIQUE, ETC.
EST-IL PERMIS, en certaines circonstances, d'attenter à la vie du chef de l'Etat? Dialogue entre Jules-César et Cicéron, par Émer de Vattel. Paris, i837.In-8°.
Ce dialogue , extrait des papiers d'Emer de Vattel , fait partie d'une nouvelle édition du Droit des gens de cet auteur , qui doit paraître sous peu. Les éditeurs ont jugé à propos de le publier d'abord séparément, car il leur a paru être en quel- que sorte devenu un ouvrage de circonstance. C'est un mor- ceau remarquable , dans lequel César demande à Ciceron quel bénéfice la république a retiré de sa mort , et celui-ci avoue qu'il s'était à tort réjoui, dans le premier moment, de l'acte de Brutus. Après quelques explications réciproques , tous deux s'accordent à reconnaître que l'assassinat ne saurait jamais être excusable ; que dans aucun cas il ne cesse d'être un crime digne de la haine et de, l'exécration du genre humain. Ad- mettre que le chef d'un Etat, fut-il même un tyran, peut être en butte aux attaques de tous les mécontents . c'est remettre le sort de l'empire entre les mains du premier fanatique , et ex- poser la société à de continuels bouleversements. « Qu'un ci- toyen courageux prenne des mesures pour s'opposer aux fu- reurs d'un tyran , qu'il lève l'étendard contre lui : toute la nation pourra le seconder, si elle approuve l'entreprise ; ou le réprimer, si elle est contente du gouvernement, ou si elle aime mieux supporter ses maux que de s'exposer aux dangers d'une révolution ; elle décidera de son propre sort, ce qui est très juste. » Mais nul n'a le droit de se mettre au-dessus des lois, de se faire juge à la place de la nation , et il faut être insensé pour oser manifester une telle prétention.
Ces principes sont si simples et si évidents, qu'il a bien fallu toutes les passions de l'esprit de parti pour aveugler les hom- mes au point de les leur faire oublier.
CONSIDERATIONS SUR LA. VIE DES PEUPLES, sur les institutions de leurs différents âges, et en particulier sur celles du peuple français à son entrée dans la carrière de la liberté, par C.-H. Fèvre. Paris, 1837. 1 vol. in-8°. 7 fr.
M. Fèvre a tracé un tableau rapide des diverses vicissitudes politiques des peuples , et particulièrement du peuple fran- çais. 11 montre à toutes les époques les rois luttant contre les intérêts populaires, qui, une fois lancés dans la carrière , ne s'arrêtent plus, et marchent d'exigence en exigence. En vain la répression la plus violente est-elle opposée à cette démo-
SCIENCES ET ARTS. 20
cratie toujours croissante en nombre, en lumières, en in- fluence, le torrent n'en suit pas moins son cours, entraînant avec lui les digues qu'on prétend opposer à ses débordements , qui n'en sont que plus terribles.
Chaque fois que les gouvernements , aveuglés par l'instinct de leur propre conservation et par la crainte assez juste de vois ébranler les antiques bases de la société, ont essayé de refou- ler l'élan des peuples, d'arrêter leur marche, ou même de les faire rétrograder , cette tentative a bientôt été suivie d'une réaction impétueuse qui a compromis beaucoup plus grave- ment l'existence de l'ordre social ; car les passions se sont dé- chaînées avec une fureur qui menaçait de tout détruire , et ne s'apaisait qu'après avoir assouvi sa soif de vengeance.
Les sympathies de l'auteur sont toutes pour la liberté con- ciliée avec ces conditions d'ordre qui ne sauraient s'en sé- parer puisqu'elles en sont elles-mêmes un despremiers éléments, mais développée aussi largement que possible dans toutes ses sonséquences. La manière dont il juge Napoléon, son règne , ca gloire , est remarquable par la hardiesse et l'indépendance avec lesquelles il stigmatise les funestes actes de ce soldat am- bitieux, qui, placé au premier rang pour assurer le triomphe de la liberté et le bonheur des peuples , ne comprit rien à ce rôle sublime , dédaigna cette noble tâche , et ne sut qu'ajouter un nom de plus à la liste de ces fléaux du monde qu'on appelle des conquérants.
SCIENCES ET ARTS.
COURS ÉLÉMENTAIRE D'ASTRONOMIE , à la portée de tous les lec- teurs, par Emmanuel de Veley , professeur de mathématiques à Lau- sanne, etc. 3e édition. Lausanne , chez B. Corhaz ; Paris et Genève , chez Ah. Cherbuliez et Ce. i836. In-8°. Fig. 7 fr. 5o c.
Le succès soutenu de cet excellent ouvrage est la meilleure recommandation auprès du public. On manquaitM'un^livre élémentaire sur cette science si importante et si pleine d'at- traits. Les abrégés qu'on avait étaient tous plus ou moins an- ciens, et en arrière des progrès que l'astronomie a faits depuis une trentaine d'années. M. de Yeley a fort heureusement comblé cette lacune en publiant son cours, dont la clarté précieuse et la méthode remarquable font la meilleure intro-
3o SCIENCES
duetion à l'étude de la science des astres. S'écavtant de la route suivie par ses devanciers , il fait accompagner chaque exposi- tion de phénomène de son explication , autant du moins qu'on peut y arriver par des notions de mathématiques élémentaires. Cette méthode a l'avantage de ne jeter aucune obscurité dans l'esprit des élèves, de les accoutumer à se rendre compte des choses avant de les adopter, à soumettre les faits au critérium de la raison, et à se défier des apparences, souvent trompeuses. Elle doit aussi contribuer fortement à graver les leçons dans la mémoire, car rien n'apprend mieux une chose que sa dé- monstration mathématique.
Après les notions de géométrie, de trigonométrie et de dy- namique indispensables pour l'intelligence de ce cours, l'au- teur commence par examiner les premiers phénomènes célestes qui frappent nos regards et attirent notre attention. Ses pre- miers chapitres ont pour objets le mouvement diurne et la figure de la terre , le mouvement de la lune , ses phases , ses éclipses, ses taches, les mouvements réels ou apparents du so- leil et des planètes. Puis il passe à la description des instru- ments nécessaires pour observer les phénomènes astronomiques, et entre dans de grands détails, soit sur leur fabrication, soit sur leur origine, soit sur leur usage et la manière la plus avan- tageuse de s'en servir. Tiennent ensuite les latitudes etles lon- gitudes pour la mesure du globe, les ascensions droites et les déclinaisons des astres, le calcul du temps vrai et du temps moyen, l'equatorial , le parallélisme et l'inclinaison de l'axe de la terre et les conséquences qui en résultent pour l'observation , la parallaxe annuelle et les lois de Klep- per ; parallaxes horizontales et de hauteur , passages de Vénus sur le soleil, distances des planètes, distances des étoiles fixes , dépression et étendue de l'horizon sensible ; le système du monde, la gravitation universelle, la précession des équi- noxes et Limitation, l'aberration, enfin les réfractions at- mosphériques.
Ainsi se trouvent passés en revue tous les phénomènes cpii constituent les éléments de l'astronomie ; et , après avoir étudié ce cours on en sait assez, soit pour suivre avec intérêt la marche de la science, soit pour aller plus loin et pouvoir com- prendre des livres plus savants si l'on veut se vouer à cette sublime étude.
Des additions de l'auteur et des notes diverses contiennent encore plusieurs morceaux intéressants, soitsurles étoiles fixes, le soleil . les planètes et leurs satellites , soit sur les comètes , sur les effets de la gravitation, le calendrier , les étoiles mul- tiples, les nébuleuses, la formation des étoiles etc., etc.
Cet ouvrage rendra un grand service en contribuant à po-
ET ARTS. 3t
pulariser l'étude du ciel, dont l'influence morale est certaine- ment puissante et ne peut produire que les meilleurs résultats. « L'étude de l'astronomie, -dit M. de Veley , agrandit les idées ; sans elle nous croyons que tous les corps célestes sont subor- donnés à la terre : le soleil est fait pour nous éclairer, nous réchauffer , faire mûrir nos récoltes ; la lune et les étoiles sont destinées à embellir nos nuits età nous récréer les yeux; tout, dans l'univers, est fait pour l'homme. Mais quand noussavons que le globe terrestre a neuf mille lieues de tour , et que sa surface contient cinquante mille neuf cent vingt-sept millions d'hectares , nous commençons à trouver que l'homme occupe bien peu de place sur la terre. Et que devenons-nous à nos propres yeux quand nous apprenons que Jupiter , une de ces étoiles faites , disions-nous , pour nous réjouir la vue , est une espèce de terre douze à treize cents fois plus grosse que la nôtre ; que le soleil, placé à trente-quatre millions de lieues de nous, égale en volume plus d'un million de fois notre globe ; que toutes les étoiles sont des soleils , autour desquels cir- culent des corps opaques; et que le soleiln'est lui-même qu'une étoile ! — Queile surprise n éprouvons-nous pas quand nous sommes forcés de reconnaître que cette étoile que nous appe- lons le soleil estpresque perdue dans le nombre infini des corps lumineux qui peuplent l'espace !.. . Car où sont les bornes de l'univers? Quelles sont les limites qui lui ont été assignées?... Voilà donc l'homme, qui naguère prenait follement son horizon pour les bornes du monde, le voilà déchu de la haute place qu'il croyait occuper dans la création. Yoilà le globe même sur le- quel il rampe réduit en quelque sorte au rang des infiniment petits.
« Mais ce qui doit relever l'homme à ses propres yeux, c'est cette intelligence qui constitue son essence proprement dite. C'est elle qui lui fait percer les profondeurs de l'espace , suivre les mouvements des corps célestes, apprécier leurs distances, leurs grosseurs, la quantité de matière qu'ils contiennent , le plus ou moins de poids des corps placés à leur surface. Cette intelligence , aidée du calcul, qui est aussi son œuvre, rétro- grade dans les siècles écoulés pour y suivre les mouvements des corps célestes , et plonge dans les siècles à venir , pour mettre d'avance sous nos yeux et réaliser en quelque sorte les phénomènes que le ciel présentera un jour aux habitants de la terre. Nous avons ainsi une vue distincte des états passés et futurs de cet univers, ouvrage de la sagesse éternelle ; et la vue de ce sublime spectacle nous fait éprouver le plus noble des plaisirs réservés à la nature humaine. >'
3a SCIENCES ET ARTS.
SANTÉ DES FEMMES, parle docteur H. Chomet. Paris, i836. In-S > 5 fr.
Beaucoup de belles phrases , peu de bonne science ; beau- coup de paroles , peu de faits ; beaucoup de papier blanc , peu de texte ; voilà le contenu de ce petit volume qui pourrait facilement se resserrer en une mince brochure de trois ou quatre feuilles au plus. C'est de la médecine littéraire ou bien de la littérature médicale , je ne sais laquelle des deux ; mais le style de l'auteur se rapproche plus souvent de celui d'un Paul de Kock que de celui des maîtres de la science. Cela n'a pas empêché qu'on ne fit dan« certaines feuilles l'éloge le plus pompeux de cet ouvrage , et bien des gens sans doute . se laissant encoie séduire par ces annonces adroites , auront acbeté ce livre , comptant y trouver un manuel d'hygiène rédigé de la manière la plus complète et d'après les meilleurs auteurs, ainsi que des conseils basés sur une expérience longue et éclairée. Au lieu de cela, M. Chomet laisse courir sa plume facile, mais très superficielle; il cède à la tentation de faire du style, et après avoir tracé quelques tableaux, dont les couleurs ne sont que trop vives, il se contente de donner quelques directions générales qui ne contiennent rien de nouveau , et n'offrent qu'une fort médiocre utilité. A la vérité,les personnes qui désirent en savoir davantage peuvent aller le trouver , car sa demeure se trouve indiquée sur le titre au-dessous de celle du libraire. Il arrive souvent que de semblables publications ne sont que des espèces de cartes d'adresse-prospectus , par lesquelles l'auteur cherche à attirer des clients ; mais alors il nous semble qu'elles devraient se distribuer gratuitement. Du reste, comme nul n'est obligé d'acheter un livre, chaque au- teur est bien le maître d'y mettre le prix qu'il veut; et l'on doit plutôt s'élever contre les journaux qui trompent souvent le public par des annonces pompeuses, qu'ils lui donnent pour des analyses raisonnées et impartiales. En agissant ainsi , non seulement ces feuilles manquent au véritable devoir de la cri- tique , mais encore elles font le plus grand tort à l'auteur , qu'elles risquent de faire passer pour un charlatan, en donnant à ses ouvrages beaucoup plus d'importance qu'ils n'en ont réel- lement , et qu'il n'a prétendu y mettre lui-même.
PARIS— Imprimerie de BOURGOGNE ei MAP.TINKT. ru» Jaeob, So
BulUtut ftittévaire
ET SCIENTIFIQUE
5' ÊLiuée. — gA^ 2. — &»ueo 1837,
LITTERATURE, HISTOIRE.
CENT fables nouvelles, en quatrains, par C.-L. Mollevaut, mem- bre de l'Institut, etc. — Paris, 1836, chez l'auteur, rue St. -Dominique- St.-Germain, 99. I vol. in- 18.
M. Mollevaut a en quelque sorte ressuscité l'apologue des anciens, dont le mérite gît surtout dans le laconisme de l'ex- pression, joint à l'énergie et au tour ingénieux de la pensée morale. Dépouillé des ornemens qui donnent tant de char- mes aux fables, et permettent au talent du poète de se dé- ployer à son aise, l'apologue, véritable essence du genre, doit concentrer en fort peu de mots l'action et la morale. Un quatrain est la limite étroite que M. Mollevaut s'était assignée comme la plus propre à se graver dans la mémoire. Il a fallu resserrer en quatre vers le fait qui sert de démonstration et l'idée morale qui ressort de ce fait. C'est un véritable tour de force littéraire, dans lequel notre auteur a souvent obtenu le plus lieureux succès. Après les vaines tentatives de tant d'écrivains pour se traîner sur les traces de Lafontaine, il était sage de chercher ainsi une autre voie, et le public accueillera sans doute le petit recueil de M. Mollevaut avec toute la fa- veur qu'il mérite. Cependant ses Apologues ne sont pas tous également remarquables. Quelques critiques peuvent être adressées à l'auteur ; par exemple dans celui-ci :
.Un visir fait abattre un chêne respecté. «Tremble, dit le mourant. — Moi, trembler de ta haine! Non, non.» Mais l'orgueilleux, bieutôt décapité, S'écrie : « O Mahomet ! le billot est de chêne. »
La haine d'un arbre n'est pas une expression bien juste ni bien appliquée. Dans cet autre :
Un faux jeton criait, en faisant du tapage :
« Tu n'as pas, or maudit, notre bruit enchanteur. »
34 LITTÉRATURE,
L'or s' irrite, cl répond : « Laisse ton bavardage : Le bruit ne fait pas la valeur. «
L'idée est très-bonne sans doute, mais je crois l'exemple mal choisi, car l'or sonne mieux que le faux jeton. Mais laissons ces critiques de détail, et citons plutôt quelques-unes de ces petites fables qui resteront certainement comme des modèles du genre. Ces quatrains nous offrent des maximes morales de toute sorte, de sages leçons qui ont le double mérite d'être courtes et frappantes. Chacun y trouvera quelque vérité con- solante, quelque salutaire avertissement, quelque piquante épigramme. Aux malheureux s'adresse celui-ci :
Le teint frais, le front liant , dame Prospérité Insultait les pâleurs de l'humble Adversité; « Oui, l'on souffre avec moi, lui dit la vierge pure, Mais je suis le creuset où la vertu s'épure. »
Voici pour les courtisans :
ci Viens, criait la Faveur, ah! viens donc admirer! Mou palais est de marbre, et l'or brille à la rampe. — Mais la porte est bien basse, eh! comment donc entrer ? — Rampe. «
Et voici pour les rois :
Une brebis s'égare et fuit loin du hameau. Le berger, la frappant, jure, crie et tempête; « Que ne me gardais-tu ! lui dit la pauvre bêle. Princes, ne frappez point, gardez votre troupeau. «
Je ne sais si je me trompe, mais il me semble que ce laco- nisme, avare de phrases et riche de pensées, doit nécessaire- ment produire un heureux contraste au milieu de la litté- rature du jour, qui, dans la poésie surtout, se distingue par l'abondance des mots et la rareté des idées. Par exemple, le quatrain suivant n'exprime-t-il pas la noble ambition du gé- nie en regard du calme de la vie paisible et retirée, mieux que ne le pourraient faire de longues et pompeuses périphrases ?
Un fier ruisseau disait : w Point, d'ancre ni de cable! J'ignore la tempête, et porte des bateaux! »
La Mer répond au pauvre diable : « Te connais la tempête, et porte des vaisseaux.»
HISTOIRE. 35
Et cette même ambition ne trouve-t-elle pas ici une leçon aussi juste que bien dite?
Un vaisseau, chargé d'or, naviguait plein d'ardeur, Et des flots et des vents affrontait la menace; Un écueil, à fleur d'eau, le heurte et le fracasse : Il se nommait, dit-on, l'écucil de la Faveur.
u'écho nu panorama des LANGUES, dans le système d'unité lin- guistique; par A. Latouche. Tome Ier, lre livraison. — Paris, 1830, chez l'auteur, rue Clément, 4. — Le Panorama paraîtra le l01 de chaque mois. Prix : 14 fr. pour l'année.
Ce journal est destiné à faire connaître et à propager un nouveau système sur l'origine des langues, leur rapport et leur enseignement. L'auteur admet comme langue primi- tive, ou du moins comme la plus ancienne qu'on connaisse, l'hébreu, dont il fait ressortir les analogies avec le grec, le latin, le français, l'allemand, l'anglais, etc. En étudiant ces diverses formes du langage, M. Latouche croit avoir décou- vert la chaîne qui les unit tous, la clé des sons par lesquels l'homme a dû, dès les premiers temps, exprimer ses sensa- sions d'abord, ensuite ses pensées.
« Le langage est un, partout : la vue de l'objet sous telle ou telle face, le choix et le changement des lettres homopho- niques, le renversement ou la transposition des sons qui con- stituent un mot, font seuls la différence des langues. »
Tel est le principe sur lequel repose la méthode de l'auteur, et d'ingénieux exemples viennent à l'appui de sa théorie. Il nous montre les consonnes q, r, n, servant à exprimer le mot corne dans sept langues différentes ; il cite vingt mots de di- vers langages dans lesquels les consonnes bl, pi, fl, vl, expri- ment une idée de faiblesse, de langueur, de lâcheté; et passe ainsi en revue les principales combinaisons de lettres qui peu- vent lui servir à asseoir sa méthode. En présence de ces sin- guliers résultats, il a conçu la pensée d'une classification de ; langues par leurs racines, divisée en ordres, familles, genres et espèces, comme celles dont on se sert en histoire naturelle. Cette classification des racines est un essai fort curieux, qui mérite'certainement de fixer l'attention de tous les amateurs de linguistique, car pour peu qu'il fût possible de lui donner une base sûre, de bien marquer ses divisions et de perfec- tionner son ensemble, on ne saurait nier les immenses bien- faits qu'en retirerait l'étude des langues.
M. Latouche range toutes les racines du langage sous quatre ordres Le premier est celui des liquides r, l, qui ren-
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ferme neuf familles; le second, celui des dentales s, r, d, z, en compte sept; le troisième, des labiales m, b, p, pu, en con- tient cinq; le quatrième, des gutturales g,q, c, k, en a sept. Cette classification est, dans ce premier numéro de Y Echo, appliquée à l'hébreu, dont l'enseignement doit, suivant l'au- teur, précéder celui de toute autre langue. Mais on comprend facilement que le système une fois établi, les autres langues viendraient se groùpper d'elles-mêmes autour de cette pre- mière, et que le chemin serait tout tracé pour descendre de l'une à l'autre. Cette idée est grande et féconde ; on sent qu'elle doit se rapprocher de la vérité, et que les organes de la voix étant partout les mêmes chez l'homme, il doit néces- sairement exister en effet des rapports généraux entre les sons divers que leur ont fait produire sous différens climats des passions qui sont aussi partout à peu près les mêmes. Mais on arriverait à un résultat plus facile et plus complet peut-être, en faisant porter de pareilles recherches sur plu- sieurs langues antiques qui sont regardées comme primitives, et qui, du moins plus rapprochées de la première origine du langage, peuvent fournir sur sa formation des données beau- coup plus certaines que nos langues modernes compliquées, polies et toujours plus éloignées de la nature. Le sanskrit, le chinois, l'arabe, l'hébreu, demandent à être étudiés et com- parés avec soin pour confirmer les théories de M. Latouche; mais en attendant on ne peut que lui savoir gré des efforts qu'il fait pour perfectionner l'étude des langues, si riche en résultats utiles pour l'avancement de la civililation.
HISTOIRE DE LA CONFÉDÉRATION SUISSE, par Jean de Muller, /{. Gloutz-Blotzheim et /.-./. Hottinser; trad. de L'allemand avec des notes nouvelles, et continuée jusqu'à nos jours par MM. Ck.'Monnard et L. Vulliemin.— Paris, 1 837, chez Th. Ballimore, rue Hautefeuille, 20; Genève, chez Ab. Gherbuliez et compe. Tom. 1"". I vol. in- 8, 7 fr. L'ouvrage complet formera 10 volumes.
Ce premier volume renferme les origines de la nation suisse et les commencemens de son histoire jusqu'à l'an 1218. C'est un tableau rapide du pays, de sa configuration géogra- phique, des premiers habitans qui en défrichèrent le sol et s'y établirent à demeure fixe, des immigrations successives qui peuplèrent toutes les vallées des Alpes, des guerres qui les désolèrent à diverses reprises, et des institutions qui y pri- rent naissance sous les différentes dominations par lesquelles la Suisse passa avant d'arriver à une existence indépendante. La forme fédérative paraît être en quelque sorte inhérente au
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sol do L'Helvétie, car dans les temps les plus reculés dont on ait conserve quelque souvenir, on trouve ses citoyens unis par ce lien bienfaisant. « Les Helvétiens étaient un peuple paisible, endurci par son climat et son genre de vie, coura- geux néanmoins, et qu'on appelait riche, parce que les tor- rens alpestres charient quelques paillettes d'or. Ils apprirent à écrire l'alphabet grec. Divisés en quatre cantons, ils for- maient une confédération, Ils jouirent en paix de la liberté, jusqu'à ce qu'une nation étrangère divisa les confédérés en excitant chez quelques-uns le désir de plus grandes ri- chesses. »
La guerre contre les Romains entraîna les Helvétiens dans une longue série de maux et de calamités. Ils subirent le joug de Rome et furent en butte à toutes les exactions qui pesaient sur les provinces du grand empire. Cependant, sous le règne de Flavius Vespasien, l'Helvétie put respirer et voir de meil- leurs jours: une longue paix répandit ses bienfaits sur le pays.
« L'industrie humaine pénétra dans les Alpes, et observa les » arbres, les plantes, lesoiseaux indigènes, les poissons de leurs .» lacs, la froide demeure des lièvres blancs, les cavernes des » marmottes, les diverses espèces de marbre, les forteresses » naturelles des chamois et des bouquetins, les grottes des » cristaux, où l'on admirait un morceau de cinquante livres » autant qu'aujourd'hui une masse de sept quintaux. Les » vaches alpestres devinrent l'objetd'un commerce productif: » quoique petites et maigres, elles étaient excellentes pour le » travail, et abondantes en lait. Les fromages des Alpes ac- » quirent de la célébrité. On fit des essais d'agriculture; on » perfectionna la charrue ; le vignoble de la Rhétie rivalisa » avec les coteaux de Falerne : en général, les Helvétiens » honoraient singulièrement le dieu du vin, et conservaient » ses dons, sinon dans des caves, du moins dans des tonnes. » Ils rendaient un culte au soleil, qu'ils nommaient Bélin, le » dieu invincible, et à sa sœur, la déesse de la lune, Isis ; ils » honoraient les sylphes protecteurs et les dieux mânes. Les » règles de leur sagesse pratique semblent tracées dans ces » pensées d'une épitaphe : Ils ont vécu comme nous, nous mour- » rons comme eux ; ainsi s'écoule la vie : Passant, songe à toi. » » On les couchait dans leurs tombeaux avec leurs épées et » quelque argent, tournés vers le lever du soleil, principe de » la résurrection de la nature. »
Les invasions des barbares replongèrent l'Helvétie dans une nouvelle série de désastres. Elle ne fut pas plus que les autres contrées de l'Europe exempte de toutes les misères qui sui- virent le passage des Huns et de tant d'autres peuplades de
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l'Orient. Plus tard elle se trouva sous la domination des Bourguignons et des Ostrogoths, puis sous celle des rois francs jusqu'à l'époque du démembrement de la monarchie Carlo- vingiemie. Elle fit encore partie du nouveau royaume de Bourgogne qui se forma alors, et passa avec lui sous la domi- nation des Empereurs, puis sous la juridiction des ducs de Zaeringen , qui gouvernaient la Bourgogne et les évèchés de Lausanne, Genève et Sion pour l'Empire. Cela dura ainsi jus- qu'en 1218. Alors seulement pour là première fois on enten- dit parler des hommes libres des Waldstetten, qui, depuis la victoire de César, avaient pendant 1300 ans vécu ignorés, oubliés et heureux au milieu de leurs montagnes. Une que- relle avec un couvent voisin, au sujet de pâturages que les moines prétendaient s'approprier, mit pour la première fois en évidence ces paysans simples, mais probes et courageux, qui se sont toujours distingués par leur amour pour l'indé- pendance et pour leurs antiques institutions. L'abbé d'Ein- silden voulut forcer les pâtres de Schwitz à céder à ses injustes prétentions; il les cita devant la diète de l'Empereur et les fit condamner à renoncer aux pâturages en litige, sous peine d'être mis au ban de l'Empire.
Alors les paysans dirent : « Si l'Empereur veut , à notre préjudice et au mépris du souvenir de nos pères, donner nos Alpes à d'injustes moines, la protection de l'Empire nous est inutile; à l'avenir nous nous protégerons nous-mêmes de nos bras. » Par là, ils tombèrent dans la disgrâce de l'Empereur, et furent mis au ban; Hermann, évêque de Constance, les excommunia. Mais eux renoncèrent à la protection de l'Em- pire; Uri et Unterwalden les imitèrent. Ils ne craignaient ni l'Empereur ni l'excommunication ; ils ne pouvaient se figurer que la défense d'une cause juste fût un péché devant Dieu. Us firent le commerce avec Lucerne et Zurich, où, confor- mément aux libertés municipales, le marché était aussi ou- vert à des excommuniés; ils obligèrent leurs prêtres à célé- brer le service religieux, et firent paître leurs troupeaux sans aide et sans crainte. »
Ainsi débute cette histoire, si riche en nobles actes et en grandes leçons. On attendra avec impatience les autres vo- lumes, car l'intérêt ira toujours croissant, et aujourd'hui plus que jamais peut-être l'histoire des républiques a besoin d'être étudiée pour vaincre bien des résistances, détruire bien des préjugés. Les extraits que. j'ai donnés offrent un échantillon delà manière dont la traduction est écrite. Elle a le rare mérite d'une grande fidélité unie à une allure franche et nullement .gênée. M. Monnard a voulu conserver autant que possible le tour de phrase concis et vigoureux de Muller. Autant que
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5e génie différent dos deux langues le permettait, il a cherché à rendre les beautés originales du style allemand. Quelques
Personnes lui reprocheront peut-être d'avoir parfois sacrifié élégance à cette ambition ; mais , d'un autre côté , l'his- toire toute républicaine des pâtres suisses ne comporte guère le langage policé des salons; à des caractères énergiques il faut des traits énergiqueinent tracés et c'eût été défigurer Muller que de noyer son beau style dans la périphrase fran- çaise. - -
HISTOlRR DES FLAMANDS du Haut-Pont et de Lyzcl.— Iles flottantes. Portus Itius. — Histoire des abayes de Watten et de Clairmarais etc. ; par H. Piers, bibliothécaire à Saint -Orner. — Saint - Orner, 183G. ln-8, 3 fr.
Ce volume renferme de consciencieuses recherches histori- ques qui ne manquent pas d'intérêt, quoique les sujets sur lesquels elles roulent soient bien restreints. La ville de Saint-Omer, ses faubourgs et ses environs sont explorés par M. Piers avec une persévérante patience. Il paraît en possé- der d'une manière complète les antiques annales et tous les souvenirs qui se rattachent à leurs vieux monumens. On retrouve avec plaisir ces vestiges de mœurs et d'usages an- ciens que la centralisation toujours croissante efface insensi- blement dans toutes les provinces du royaume de France. Ils offrent une teinte d'originalité et de naïveté qui tranche d'une manière fort piquante avec l'uniformité monotone et souvent prétentieuse des mœurs actuelles. Sous ce rapport, V Histoire des Flamands du Haut-Pont et de Lyzcl renferme des détails très-curieux. Les habitans de ces deux faubourgs ont conservé une physionomie tout-à-fait particulière, et quoique les progrès de la civilisation aient sans doute exercé sur eux une salutaire influence en faisant disparaître tout ce qui te- nait à la barbarie des âges précédens, ils les ont cependant laissés dans bien des choses tels qu'ils étaient il y a 60 ou 80 ans. M. Piers rend hommage à la pureté et à la simplicité de leurs mœurs, à leur courageux dévouement, et à leur par- faite probité. Maintes anecdotes pleines d'intérêt nous font connaître des traits de leur caractère dignes d'être enregistrés dans les fastes de l'humanité, et nous racontent des coutumes et des jeux dont on ne trouve des traces nulle autre part.
A la suite de cette histoire vient une notice sur Saint-Mo- melin et sur la destruction des mémoires de Jacques II, perte due aux frayeurs exagérées d'une femme, sous le règne de la Terreur; puis une histoire de Watten, lieu mémorable où s'é-
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leva jadis une forteresse romaine, et qui fut le théâtre d'évé- nemens militaires assez importans à diverses époques; une petite histoire de Ruminghem, autre village qui joua aussi un rôle dans les faits des siècles passés ; une description des îles flottantes, ces phénomènes naturels dont on ne trouvera bientôt plus de vestiges que dans les livres; une histoire de l'abbaye de Clairmarais, et enfin une notice sur le séjour de saint Thomas de Gantorbéry dans la Morinie.
Ces fiagmens historiques non-seulement peuvent contri- buer à éclaircir quelques points douteux, à rétablir quelques faits obscurs, oubliés, ou mal connus ; mais encore ils sont un excellent moyen de ranimer et d'entretenir les sentimens pa- triotiques si nécessaires à la conservation des Etats. En cul- tivant ainsi chez l'homme l'amour et le respect pour les lieux qui l'ont vu naître on l'attache à la forme politique qui lui en garantit la paisible jouissance.
HISTOIRE DE LA GUERRE DE MEHEMET-AL1 CONTRE LA PORTE ottomane, en Syrie et en Asie-Mineure; 1831-1833; ouvrage en- richi de cartes, de plans et de documens officiels; par MM. de Cadal- vène et E. Barrault. — Paris, chez Arthus Bertraad. 1837. 1 gros vol. in-8, cartes, 10 fr.
LA Turquie, ses ressources, son organisation municipale, son com- merce, suivis de considérations sur l'état du commerce anglais dans le Levant, par D. Urquhart, secrétaire d'amhassade à Constantinopîe, trad. de l'Anglais par X. Raymond; ouvrage précédé d'une intro- duction par M. G.-D. E., ex-membre du bureau d'économie politique à Athènes. — Paris, chez Arthus- Bertrand. 1836. 2 vol. in-8 ornés d'une carte, 1G fr.
La question turque a passé des journaux dans les livres, et depuis quelque temps les publications abondent sur ce sujet important. L'Orient est plus que jamais visité par les voyageurs européens; la Turquie et l'Egypte sont surtout le but de leurs excursions, et ces contrées, toujours mieux connues, sont décrites avec les plus grands détails. Le mou- vement de réforme qui s'opère au milieu d'elles et qui tend à les rapprocher de la civilisation européenne, est sut tout l'ob- jet des investigations les plus nombreuses. On suit avec un vif intérêt ses moindres pas ; et avec cette ardeur impatiente qui emporte toujours l'homme vers les âges futurs, chacun veut devancer l'avenir, deviner ses mystères et prédire les conséquences d'événemens encore à peine accomplis.
Les deux ouvrages que nous annonçons nous paraissent foi t remarquables par les nombreux détails qu'ils renferment soit sur l'administration de l'Egypte et de la Turquie, soit sur les
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mœurs des deux peuples et l'influence exercée par les innova- tions de Mahmoud et de Méhémet-Ali. La guerre de ces deux rivaux, entre eux, a déjà montré la supériorité incontestable de la nouvelle discipline et de la nouvelle organisation sur les vieilles routines de l'empire turc. La marche triomphale d'Ibrahim jusqu'aux portes de Constantinople a prouvé que le nombre n'était plus la meilleure garantie de la victoire. Les Arabes éloignés de leur patrie, déjà fatigués par des mar- ches longues et pénibles, mais soumis à la discipline euro- péenne, commandés par des chefs habiles, ont mis deux fois en complète déroute l'armée ottomane beaucoup plus nom- breuse et défendant ses foyers contre l'invasion ; car on était alors généralement persuadé que le pacha d'Egypte ne s'ar- rêterait pas en si beau chemin, et n'hésiterait pas à quitter Alexandrie pour Constantinople. Le récit de MM. Cadalvène et Barrault est fort animé et rempli de l'intérêt le plus piquant. Quoiqu'ils n'aient point fait partie de l'expédition égyptienne, ils ont parcouru tous les mêmes lieux et on recueilli une foule de faits de la bouche même de gens qui prirent une part plus ou moins active à cette campagne. A l'aide des do- . eu mens qu'ils sont parvenus ainsi à rassembler, ils ont tracé une relation assez suivie et détaillée, dans laquelle ils ont semé une foule de traits qui peignent fort bien les mœurs encore barbares des populations de l'Orient, et forment un singulier contraste avec les institutions que leurs souverains empruntent à notre vieille civilisation.
De son côté, M. Urquhart, dans son livre intitulé : La Turquie, nous offre un tableau fort curieux de l'état actuel de l'empire ottoman. Il raconte brièvement l'histoire des réformes opérées par Mahmoud, les résistances qu'elles ont éprouvées, et les succès que le sultan est parvenu à obtenir par sa persévérante' fermeté. Tout ce qu'il rapporte de la législation turque et de ses institutions municipales, est d'au- tant plus intéressant qu'en général on en sait fort peu de chose, et qu'on y trouve une raison d'espérer que les tenta- tives de civilisation porteront fruit dans cette belle contrée et ne tarderont pas à en faire un pays heureux et florissant. Après avoir d'abord repoussé comme des sacrilèges les inno- vations du sultan, les Turcs ont fini par céder à la fortune de celui-ci, et par y voir un arrêt de cette fatalité à laquelle ils se soumettent toujours avec la plus complète résignation. Il est vrai que si la volonté puissante qui les a ainsi domptés vient à s'éteindre, on peut redouter de les voir retomber dans tous les excès de leur vieille barbarie ; car les innombrables abus de la tyrannique oppression, qui a si long- temps pesé sur la Turquie, sont encore debout. Pour vaincre les résis-*
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tances religieuses et populaires, Mahmoud a été forcé de mé- nager les pachas et les grands, dont l'appui lui était néces- saire. Il faut maintenant qu'il ait le temps et la force de détruire toutes ces petites puissances absolues qui rayonnent autour du maître, le circonviennent et perpétuent dans tout i'empire ce monstreux arbitraire avec lequel tout progrès est frappé de mort. Il faut qu'il ait le temps et la force de porter hardiment la réforme dans tous les détails d'une administra- tion essentiellement vicieuse. C'est la partie la plus difficile de sa tâche, et celle dont dépend la durée de son œuvre, qui sans cela mourra probablement avec lui. M. Urquhart et l'auteur de l'introduction qui précède son ouvrage, sem- blent ne pas douter du succès et prédisent à l'empire otto- man une ère de gloire et de prospérité sans exemple. Mais c'est une hypothèse encore très-hasardée, et qui se fonde en partie sur la prédilection assez marquée que ces messieurs semblent avoir pour les Turcs. Au reste, sans partager toutes leurs espérances, on ne peut qu'en souhaiter vivement l'ac- complissement. Ce serait bien la meilleure solution de la question turque.
récits de L'histoire des peuples axciens, faits aux jeunes enfans, par G. Hesse. 1 vol. in-18, 75 c.
manuel de chronologie universelle, publié par L.-A. Sédillot, professeur d'histoire au collège royal de Saint-Louis, nouvelle édition revue et augmentée. 1 vol. in-,18, 2 fr. 50 c — Paris, 1836, chez E. Ducrocq; Genève, chez Ab. Cherbuliez et cornp".
Les peuples anciens, dont l'histoire fait le sujet des récits contenus dans le premier de ces deux petits volumes, sont : les Egyptiens, les Assyriens, les Lydiens, les Phéniciens, les Syriens, les Perses, les Macédoniens, les Carthaginois, les Chinois, les Indiens et les Scythes. L'auteur, par la clarté de sa narration et la simplicité de son style, sait très-bien in- téresser les jeunes enfans auxquels sa collection est destinée. Pas une expression nouvelle ne se rencontre sans être aussi- tôt expliquée, en sorte que les enfans y puiseront non-seule- ment la connaissance des principaux faits historiques, mais encore celle d'une foule de mots qui leur rendront facile plus tard l'intelligence de tout livre d'histoire. Sans sortir des limites étroites qu'il s'est assignées, M. Hesse a su éviter la sécheresse ; il parle aux enfans le langage qui leur convient, et ses explications pleines de clarté sont rédigées en général de manière à instruire sans fatiguer, et à se graver promptement dans la mémoire, à l'aide surtout des exercices qui se trou-
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vent à la fin de chaque article. Nous relèverons seulement la singulière acception qu'il donne an mot anarchie, en disant qu'on appelle ainsi la situation d'un pays sans maure légitime. Cette phrase renferme deux idées fausses, du moins pour la France. La première, c'est qu'un roi est le maître du pays sur lequel il règne; la seconde, c'est que ce roi doit absolu- ment être légitime. Ce ne sont pas là les principes du gouver- nement constitutionnel, et même dans la monarchie abso- lue, si l'on voulait s'y tenir à la lettre, on tomberait dans l'absurde; car il faudrait appeler aussi une cruelle anarchie tout le règne de Napoléon, ce qui serait exactement le con- traire de la vérité, puisque jamais le pouvoir ne fut plus con- centré et plus un qu'à cette époque. L'Académie, dans son dernier dictionnaire, définit l'anarchie comme « l'état d'un » peuple qui n'a plus ni chef, ni autorité à laquelle on » obéisse, ni lois auxquelles on soit soumis. »
— Le Manuel chronologique de M. Sédillot est un petit livre bien fait et destiné à rendre de grands services aux éco- liers en leur épargnant des recherches longues et difficiles. Outre les tables de tous les chefs des Etats, depuis les temps . les plus reculés jusqu'à nos jours, avec l'indication des faits les plus saillans et des principales époques de l'histoire, il renferme un petit dictionnaire des noms de tous les hommes célèbres, avant et après Jésus-Christ, avec l'indication de leur patrie, du genre dans lequel ils se sont fait remarquer, la date de leur naissance et celle de leur mort. Mais pourquoi, dans un manuel de chronologie universelle, la Suisse est-elle tout- à-fait oubliée? C'est une omission à réparer dans une nou- velle édition ; car si la république helvétique n'a pas une liste de princes à présenter, son histoire fournit une série d'évé- nemens remarquables, qui n'occupent certainement pas la dernière place dans les fastes de l'Europe ; elle offre de grands exemples, de nobles vertus, de beaux caractères, et peut pré- tendre à occuper un rang distingué dans le tableau des pro- grès de la civilisation.
MÉMOIRES DE LA SOCIETE ACADEMIQUE DES SCIENCES , ARTS ET belles-lettres de falaise, année 1835.— Falaise, 183G, chez Brée l'aîné, et Paris, chez Lance, rue du Bouloy, 7. 1 vol. in-8, 5 fr.
Une description des Algues des environs deJFalaise, par MM. de Brébisson et Godey; unemote sur les truffes, par M. de Brébisson ; quelques observations ornithologiques de M. de La Fresnaye; un tableau des hauteurs barométriques des principaux points du' Calvados, par M. Bunel, et un rap-
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port sur l'établissement romain de Jort, par M. Galeron ; voilà ce qui compose la partie scientifique de ces mémoires. Le reste est consacré à la littérature, et l'on y trouve une anecdote sur Nicolas Poussin, par M. de Lottin Laval ; le cliâ- leau de Falaise, par M. Julien Travers, et une épisode du siège du Mont-Saint-Michel, par M. Ephrem Honel ; ces trois fragmens sont d'un intérêt assez vif et d'un style agréable. Vient ensuite Sélim III, tragédie en cinq actes, par M. Pierre David. La tentative de réforme dont Sélim succomba vic- time, et qui est aujourd'hui si heureusement continuée par Mahmoud, fait le sujet de cette pièce écrite froidement, en vers quelquefois assez rudes ou du moins peu poétiques. L'au- teur a cherché à peindre les mœurs turques , mais son style manque d'originalité et d'énergie. Les am'ateurs de poésie trouveront plus de plaisir à parcourir les divers morceaux qui terminent le volume, parmi lesquels ceux de M. Wains- JJesfontaines, J. Travers, V. E. Pillet se distinguent d'une manière fort remarquable. Je citerai entre autres la pièce suivante du premier de ces trois auteurs :
Où vas-tu , nacelle rapide ?
Où vas-tu, sans voile et sans guide ?
Réponds I.... mais tu ne le sais pas; L'onde t'entraîne.... et toi, tu suis le cours de l'onde. Ainsi l'homme, entraîné sur l'Océan du monde ,
Ignore le but de ses pas.
Où va-t-il? — Où vas-tu? — Demandez au rivage Où va le flot qui, chaque jour, Vient se briser contre la plage
Et s'en éloigne saus retour?
Demandez au bosquet.... Demandez a la plaine Où va la fleur que l'ouragan entraîne, Où va la feuille, alors que l'aquilon Courbant le front des bois sous sa bruyanle haleine. L'abat, et puis l'emporte à travers le vallon.
Pour toi, nacelle fugitive, L'ancre pourrait encore, en dépit des autans, Soudain t'enchaîner a la rive Et te fixer sur ces flots inconstans ; Mais nous, pauvres nochers, quand la vague en furie Nous emporte,... c'est pour toujours! De notre esquif, sur la mer de la vie, ' 0llcl'e ancre tutélairc arrêterait le cours ?
Rien n'arrête l'homme qui passe ; Une voix lui dit : Marche... et lui, va son chemin
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Et sa fuite ici-bas laisse encor moins de trace Que la barque qui fuit n'en laisse à la surface Du flot qui l'emporle en son sein !
Où va-t-il?.... Où vas-tu?.... Réponds, pauvre nacelle!
Réponds! Mais déjà sur les eaux
Tu fuis sans écouter ma voix qui te rappelle
A demain!.... Sur ces bords, au rendez-vous fidèle.
Je reviendrai te demander aux flots. Je reviendrai,.... mais de ma voix plaintive Demain, la mort peut-être aura glacé les cris!....
Demain,, nacelle fugitive,
Peut-être l'algue de la rive
Couvrira-t-elle mes débris!
RELIGION, PHILOSOPHIE, MORALE, EDUCATION.
LA bible, traduction nouvelle avec l'hébreu en regard, avec les points-voyelles et les accens toniques, et des notes philologiques, géographiques et littéraires, par S. Cahen. Tome VIII, contenant les livres des Rois ; prix : G fr., chez l'auteur, à Paris, Vieille-rue-du Temple, 78; et chez Cherbuliez, libraire, rue St.-André-des-Arts, 68.
Nous avons déjà eu occasion de faire connaître le travail de M. Cahen ; et le jugement que nous en avons porté a été confirmé. Des préjugés défavorables avaient accueilli cet ou- vrage ; mais les continuels efforts du nouveau traducteur, à améliorer son travail, à rendre les notes de plus en plus in- structives et curieuses et surtout sa persévérance à avancer toujours, toutes ces causes réunies ont affaibli bien des pré- jugés, et il n'y a qu'une voix maintenant sur l'utilté et l'op- portunité de cette remarquable production.
Dorénavant si l'on veut connaître où en sont les travaux bibliques en Allemagne, quelle est sur tel passage difficile l'opinion des rabbins du moyen-âge et celle des hébraïsans, parmi les Israélites modernes, on n'a qu'à lire la Bible de M. Cahen qui résume tous ces travaux ; et, certes, c'est un un service important rendu aux étudians français et aux hommes qui ont plus de désir de s'instruire que de loisir pour le satisfaire; c'est un service important, disons-nous, que leur rend M. Cahen, que de leur épargner, ce qui est en- core plus précieux que l'argent, le temps.
46 RELIGION, PHILOSOPHIE,
ANTONIO GIOVIAN1 , par Mm* Manine Souvestre. — Brest, 1836. 2 vol. in-12, fig., 6 fr.
« L'habitude de céder à ses désirs, prise dès l'enfance, est » la source de presque toutes nos fautes. Le premier et le plus » important emploi que l'enfant doive faire de sa volonté est » donc contre lui-même. » Telle est la vérité morale déve- loppée dans ce charmant conte qui, écrit avec un talent fort remarquable, sera lu, je crois, par les païens avec autant de plaisir que par les enfans. La scène est Naples ; l'époque, le règne de Murât. Antonio est un petit paysan, gardeur de chèvres, rempli d'intelligence et de gentillesse. Malheureu- sement deux vilains défauts gâtent son caractère. C'est une faiblesse très-grande qui le porte à céder à tous ses désirs, à satisfaire toutes ses fantaisies, et une habitude du mensonge dont il use sans ménagement pour pallier ses sottises. Un écureuil appartenant à un voisin, avait séduit Antonio par la vivacité et l'amabilité de ses petites manières. Chaque fois qu'en allant conduire ses chèvres au pâturage, il passait devant la boutique du propriétaire de ce joli petit animal, il éprou- vait une forte tentation de se l'approprier. Enfin la violence de ce désir devint telle, qu'Antonio succomba, et, profitant de l'absence du maître, il grimpa un jour jusqu'à la fenêtre sur laquelle était la cage et s'empara de l'écureuil. C'était un vol, mais l'enfant , tout entier à la joie de posséder enfin ce qu'il avait convoité si longtemps, ne songea à l'énormitédesa faute que pour en détourner de lui les fâcheuses conséquences par le mensonge. Une fable fut bientôt imaginée pour expliquer comment cet écureuil se trouvait entre ses mains. Il l'avait pris dans la forêt voisine, et ce n'était même qu'après être resté à l'affût pendant plusieurs heures qu'il avait réussi à s'en emparer. Mais il se trouve que le jour où il disait avoir fait cette belle chasse, un assassinat se commettait à l'endroit même où il prétendait s'être caché pour guetter l'écureuil. Le cadavre d'un officier français avait été trouvé dans une clairière de la forêt voisine. Antonio fut donc appelé comme témoin ; car il devait nécessairement avoir vu ce qui s'était passé, si réellement il avait bien été ce jour-là, dans la forêt, à l'affût pendant plusieurs heures. Notre petit menteur est d'abord effrayé à l'idée des suites qu'entraîne après lui son premier mensonge ; mais son amour propre recule devant un désaveu, et le désir de voir Naples, où on le conduira sans doute pour déposer devant le tribunal, le pousse à broder une nouvelle fable encore plus coupable que l'autre, puis- qu'elle com])romet'l'e\istenced'un homme. En effet, les dé-
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lails circonstanciés inventés par Antonio, donnent une grande force à son témoignage, et lorsqu'on lui demande le signale- ment de l'assassin, il désigne celui d'un homme qu'il a ren- contré dans la forêt, et qui s'est adressé à lui pour demander son chemin. Or, cet homme qu'il fait ainsi condamner à mort par ses mensonges se trouve être le bienfaiteur de sa mère, et quand le malheureux Antonio le découvre, il se sent frappé d'un coup terrible, saisi d'un affreux désespoir. Voilà donc où l'a conduit la déplorable faiblesse avec laquelle il avait cédé d'abord à ses désirs en s'emparant d'un écureuil qui ne lui appartenait point ! Quelle suite de mensonges ac- cumulés pour cacher une première faute! Quel terrible exemple des écueils contre lesquels on va se heurter, dès qu'on s'écarte du droit chemin, dès qu'on abandonne un in- stant la franchise et la probité !
Antonio est anéanti par la pensée que sa fausse déposition va coûter la vie à son bienfaiteur. Une fièvre violente s'em- pare du pauvre enfant. Heureusement, à cet âge, la nature forte et vigoureuse, reprend bientôt le dessus. Le remords .développe subitement en lui une énergie et une résolution di- gnes d'un homme fait. Il a commis une grande faute, un crime même : car c'en est un que le faux témoignage ; eh bien, pendant qu'il en est temps encore, il réparera cette faute, il sauvera l'existence qu'il a compromise, et donnera sa propre vie plutôt que de laisser mettre à mort un innocent, qui n'a contre lui d'autre charge que son accusation menteuse.
Ce changement produit dans le caractère d'Antonio, est plein de vérité et de naturel , quelque prompt qu'il puisse paraître, car il est de ces positions qui, par l'impression puis- sante qu'elles produisent, font passer presqu'instantanément l'enfance à l'âge viril. Il est d'ailleurs peint avec une simpli- cité qui frappe d'autant plus, que l'auteur se borne à racon- ter sans déclamations ni phrases, et sait jeter sur tout son récit une teinte de profonde sensibilité qui émeut vivement parce qu'elle vient du cœur. Avec quel intérêt ne s'attache- t-on pas alors à toutes les démarches de ce méchant enfant, qu'on ne regardait n«aguères qu'avec un sentiment de peine et de répugnance ! Avec quelle anxiété ne le suit-on pas chez chacun des juges auxquels il court faire l'aveu de sa four- berie ? Et combien ne sent-on pas son cceur serré lorsqu'on le voit repoussé par le plus grand nombre sans avoir pu se faire entendre, honteusement chassé par le président du tribunal, qui refuse d'ajouter foi à sa nouvelle version.
Mais un recours en grâce auprès du roi lui reste encore. C'est le dernier moyen qui puisse sauver le bienfaiteur de sa mère. Il part aussitôt pour aller implorer la clémence d'.
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Murât; il parvient à pénétrer jusque chez la reine ; il lui fait en sanglottant le récit de ses détestables mensonges ; il l'inté- resse par son désespoir. Mais le roi refuse de faire grâce ; la seule concession qu'on obtienne de lui, c'est que l'on pourra essayer de faire évader le condamné. Cette idée remplit An- tonio de joie, et la reine charge un agent dévoué et sûr de cette mission dangereuse. Celui-ci se sert d'Antonio pour exé- cuter son projet, et l'enfant rachète son crime par le zèle chaleureux et l'admirable dévouement avec lesquels il par- vient à remplir sa tâche, à soustraire à l'échafaud cette tête innocente qu'il avait risqué d'y faire rouler, pour n'avoir pas su se passer d'un écureuil qui excitait sa convoitise.
Une sèche analyse ne peut pas dire tous les détails gra- cieux de -cette jolie composition ; elle ne saurait donner qu'une idée assez imparfaite de la manière dont l'auteur a envisagé son sujet, et nous conseillons à nos lecteurs de ne pas s'en tenir là. Ils trouveront dans Antonio Giovanni, non- seulement un bon livre d'éducation, mais un excellent ou- vrage de littérature. Une seule chose m'a paru mériter peut- être quelque critique. C'est l'intérêt trop vif qu'inspire Antonio repentant, l'héroisme trop séduisant qu'il déploie.
J'ai toujours trouvé quelque danger à ces peintures si at- trayantes de pécheurs repentans. Elles enthousiasment la jeu- nesse, et n'est-il pas à craindre que, pour avoir l'occasion d'un semblable héroïsme, elle ne soit parfois tentée d'imiter d'a- bord les fautes afin de pouvoir ensuite les réparer?
LE SPECTACLE DE LA NATURE ET DE L'INDUSTRIE HUMAINE , OU
les chefs-d'œuvre de Dieu et des hommes, répandus sur la surface de la terre; par Ch. Delattre. — Paris, 1837. 2 vol. in-12 avec 10 gra- vures, prix : 7 fr. ; par la poste, 9 fr. : chez Mllc Désirée Eymery, édi- teur de la Bibliothèque d'éducation, quai Voltaire, 15, à l'entresol.
Ce livre est de ceux qu'on place le plus volontiers entre les mains des cnfans, car il est destiné à éveiller en eux les sentimens les plus nobles et les plus purs, à élever leur âme par la contemplation des œuvres de la nature, et à leur faire admirer la puissance du Créateur dans le génie de l'homme et dans les prodiges de l'industrie humaine.
,Le premier volume, qui traite des OEuvrcs de Dieu, ren- ferme un cours de sciences naturelles et d'explication des phénomènes les plus curieux, mis à la portée des enfans. La clarté brille dans ce petit exposé, écrit d'un style animé et coloré. Mais cependant il ne s'adresse qu'aux jeunes gens
MORALE, ÉDUCATION. 49
de 12 à 15 ans, car des enfans moins avancés ne seraient guère en état de le comprendre.
Apres avoir retracé rapidement l'histoire de la création et des révolutions du globe, d'après les livres saints et les découvertes modernes de. la science, M. Delattre passe en revue les di- verses parties de la terre, et décrit toutes les particularités remarquables que présente chaque contrée. Les merveilles naturelles de tous les climats , les principales beautés des trois règnes de la nature, sont offertes à l'admiration de la jeunesse; on lui fait ainsi parcourir les montagnes, et leurs glaciers et leurs volcans, les vallées et leur riche végétation ; on la transporte tour-à-tour au milieu des glaces éternelles du pôle, et sous les rayons brûlans du soleil de l'équateur ; on lui montre partout les productions de la nature, parfaitement adaptées au climat qu'elles sont destinées à habiter, et on lui inspire par là une profonde vénération pour la sagesse et la puissance du Créateur. Des considérations morales, fort bien déduites du sujet, font ressortir les divers rapports qui lient entre eux les différens phénomènes naturels, et conduisent à former d'ingénieuses hypothèses sur le but de la création.
Le second volume contient une esquisse de l'histoire de l'art et de l'industrie, depuis les temps les plus anciens jusqu'à nos jouis. C'est un tableau du développement successif de l'es- prit humain aux diverses époques de l'histoire. Les grands monumens de l'architecture de tous les peuples y trouvent leur, place, et leur description est accompagnée de données historiques et de détails de mœurs du plus grand intérêt. Les prodiges du commerce antique, qui avait fondé au milieu des déserts de l'Asie des villes, des palais, et ceux de l'industrie moderne, qui semble promettre un si brillant avenir à la civilisation, sont également présentés de la manière la plus propre à exciter la curiosité et à fixer l'attention des jeunes gens. L'industrie humaine et ses bienfaisans travaux méri- tent bien mieux que la guerre et ses désastreuses conquêtes d'être offerte à l'admiration de nos enfans. Rien n'est plus contraire à l'esprit de notre époque que cette brillante au- réole de gloire dont on entoure le front des grands guerriers, dans la plupart des livres destinés à la jeunesse. La défense de la patrie peut seule légitimer la guerre qui, sans cela, n'est que le meurtre et le pillage exécutés sur une grande échelle. Les plus fameux conquérans furent des fléaux pour l'humanité, tandis que chaque découverte de la science, cha- que progrès de l'industrie, ont augmenté la somme des jouis- sances, ont amélioré d'une manière réelle et durable la con- dition de toutes les classes de la société.
50 RELIGION, PHILOSOPHIE,
BIBLIOTHÈQUE UNIVERSELLE D'ÉDUCÀTIONj
CONTES AIX JEUNES NATURALISTES, par Mllc UUiuc-Trèmadeuie . 1 vol. in-12, fig. 3 fr. 50 c— récréations morales, par M.meGuizot. 1 vol. in-12. fig. 3 fr. 50 c— théâtre des Marionnettes , par
Mmc Laure Bernard. 1 vol. in-12, fig. 3 fr. 50 c. — Paris, 1837, tenez Didier; Genève, chez Ah. Cherbuliez et comp".
Dans les Contes aux jeunes Naturalistes, mademoiselle Ulliac a fort bien réussi à mêler d'intéressantes notions d'histoire naturelle à des récits amusons, de manière à présenter la science sous la forme la moins sévère, et à, offrir en même temps l'application en maintes circonstances de la vie, d'une foule de connaissances qui, ainsi apprises, s'oublientbeaucoup moins. Les animaux domestiques, leurs mœurs, leur usage, forment le sujet de ce volume, qui sera suivi, il faut L'espérer, de plusieurs autres; car l'histoire naturelle est un champ fé- cond où l'on peut faire d'abondantes récoltes sans craindre de l'épuiser. Les trois premiers contes de cette jolie série, sont : Manette ou la fâche noire, Pyramide ou le Cheval du lancier, et Jacquot ou la Basse-cour de ma grand' tante. L'auteur se plaît à faire ressortir l'instinct admirable qui sert de guide aux animaux, et qui, développé par l'éducation et les soins affec- tueux de l'homme, produit souvent des résultats' fort curieux. Pyramide surtout est un petit récit du plus grand intérêt, très-bien fait sous tous les rapports. Mademoiselle Ulliac a rendu avec beaucoup de vérité cette intimité qui s'établit entre le soldat et son cheval lorsqu'ils ont long-temps vécu ensemble dans les camps, courant les mêmes dangers, suppor- tant les mêmes privations, éprouvant en quelque sorte l'un et l'autre les mêmes peines et les mêmes misères. L'esquisse du vieux militaire est tracée avec un naturel parfait; ons'attache volontiers à lui, on suit avec intérêt tous les épisodes de sa narration lorsqu'il raconte ses campagnes, et plus d'une foison verse une larme sur ses infortunes si peu méritées, on éprouve une vive svmpathie pour les élans de son cœur généreux, comme pour les sages raisonnemens de son excellent bon sens. Et ce vieux cheval arabe qui a suivi son maître depuis les Pyramides et a partagé' pendant vingt ans toutes les vicissi- tudes de son existence errante ; avec quel intérêt ne lit-on pas tous lrsdétails qui nous peignent si bien son caractère intelli- gent, ce mélange de licite naturelle et de docilité acquise, son attachement pour le lancier qui le traite eu enfant chéri, et ne saurait avoir un plaisir sans le partager avec Pyramide. En vérité, ce conte trouvera une foule de lecteurs, jeunes ou vieux, et je suis bien persuadé surtout qu'il séduira tous les
MORALE, ÉDliCATloN ,i
petits garçons. Pyramide et son lancier ne tarderont pas à ob- tenir un succès tout populaire dans les pensions et les collèges.
— Les Récréations morales de madame Guizot offrent un choix de contes cliarmans pour la jeunesse, qui ne pourra y puiser que les meilleurs principes et y rencontrer des exem- ples excellens à suivre. Madame Guizot sait admirablement bien faire des applications claires et faciles à saisir, de manière à présenter aux cnfans des leçons morales qui les intéressent vivement et dont ils peuvent cependant fort bien comprendre la portée. C'est donc avec un vif plaisir qu'on verra multiplier les éditions des livres qu'a laissés cette femme si remarquable, et l'on saura gré à l'éditeur de les mettre ainsi à la portée de toutes les bourses, car jusqu'à présent leur prix élevé avait restreint leur succès et leur heureuse influence dans des limites assez étroites. M. Didier a fort bien compris que de semblables ouvrages sont destinés à devenir tout-à-fait popu- laires, et à remplacer ceux qui depuis long-temps composaient la bibliothèque des enfans et qui ne sont plus du tout enhar- monie avec les principes de l'éducation actuelle. Aussi, non- seulement il en a considérablement diminué les prix en adop- tant un format plus compacte, quoique très-élégant, mais encore il publie tous ces contes en volumes in-18, qui se ven- dent séparément à très-bon marché. Il fait de même pour ceux de mademoiselle Ulliac Trémadeure, en sorte que ces char- mantes et utiles productions ne tarderont pas à se répandre dans toutes les classes de la société, où elles ne peuvent que produire le plus grand bien. L'éducation prise ainsi au sérieux et dirigée vers le but du perfectionnement moral est certaine- ment la véritable route qui conduit un peuple à la liberté et au bonheur.
— Le Thédlrc des marionnettes fait, il faut le dire, une assez triste figure à côté des deux volumes précédens. Nous aurions mieux aimé ne pas le voir paraître dans la Bibliothèque d'édu- cation; nou pas que nous voulions rejeter ce genre d'amuse- ment qui est sans doute fort innocent, et peut encore servir à fixer l'attention des enfans et à leur offrir d'utiles lerons; mais madame Laure Bernard nous a paru n'avoir pas su em- ployer ce moyen d'une manière très-convenable. Ses petites scènes renferment plus de prétention dramatique qu'il n'en faut pour un tel objet. Elle semble chercher plus à frapper par du patbos ou de la charge, qu'à instruire en se fusant comprendre. Elle suit l'ornière tracée par Séraphin, et c'est justement ce qu'il faudrait éviter. Aussi conseillerons-nous aux personnes qui désireraient procurer à leurs enfans le plai- sir des marionnettes, de prendre plutôt pour répertoire de leur théâtre, les œuvres de madame Guizot, de mademoiselle Ulliac, et de dialoguer quelques-uns de ces jolis contes qui
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font toujours éprouver aux enfans un plaisir nouveau, parce que tout y est vrai, naturel, parce qu'ils s'y reconnaissent eux et leurs compagnons de jeux ou d'études, parce qu'enfin la morale y est si bien alliée au sujet, à l'action, qu'il est impos- sible qu'elle échappe à leur jeune intelligence.
LEGISLATION, ECONOMIE POLITIQUE, COMMERCE,
LES classes OUVRIÈRES; moyens d'améliorer leur sort sous le rap- port du bien-être matériel et du perfectionnement moral ; par Emile Beres; ouvrage couronné par l'Académie française, par la Société de la morale chrétienne et par celle d'agriculture, sciences et arts de Maçon. — Paris, chez Charpentier. 1836. 1 vol. in-8. 7 fr.
Venir en aide aux classes ouvrières, soulager leurs souf- frances, assurer leur avenir sans avoir recours aux institu- tions de bienfaisance, voilà le noble but auquel M. Emile Bères a consacré son talent et sa plume. Dès les premières pages de son livre, il se déclare franchement l'adversaire des sociétés de charité et des hôpitaux. Les unes humilient le pauvre, détruisent en lui le sentiment de l'honneur et lui of- frent trop souvent un oreiller de paresse sur lequel il s'endort dans l'oisiveté et la misère ; les autres peuvent de plus con- tribuer à affaiblir les liens de famille ou d'amitié en leur ôtant les occasions de se développer, de faire acte de dévoûment et de puiser une nouvelle vie dans ces épreuves salutaires. De semblables principes étonneront par leur hardiesse, mais leur vérité se fera jour petit à petit, et finira par luire aux yeux de tous.
Le malaise des classes ouvrières est un fait incontestable ; il est tellement évident chez toutes les nations européennes ; il s'est manifesté avec tant d'énergie à chaque occasion de ré- volte ou de désordre, que personne ne saurait songer à le nier. C'est donc plutùt sur la cause du mal que la discussion a roulé entre les divers écrivains qui ont abordé cette grande question. L'introduction des machines dans l'industrie et leur emploi toujours plus étendu, a été surtout accusée par la plupart; d'autres ont prétendu qu'une longue paix favori- sait trop l'accroissement de la population ; d'autres enfin ont crié haro sur les progrès de la civilisation elle-même qui, di- sent-ils, ont semé l'ambition et le goût du luxe dans toutes les classes. Tandis qu'on débattait ainsi, s'attaquant à des faits sur l'accomplissement desquels nous ne pouvons exercer près-
caauVOMIE POLITIQUE, ETC. â3
qu'aucune influence, le mal n'a fait qu'empirer sans qu'on y ait porté le moindre soulagement.
M. Emile Bères n'a point suivi la même route; ces causes qu'on allait chercher si loin, il a cru les trouver tout près de lui, il les a découvertes dans l'examen attentif de ce qui se passe chaque jour dans les petits détails de la vie ordinaire. Est-il surprenant que l'ouvrier soit misérable, lorsque de son modique salaire, qui constitue tout son avoir, les impôts lui ravissent la meilleure part; lorsqu'il ne peut boire un verre devin, consommer une livre de viande ou une once de sel, sans payer au fisc le quart, le tiers ou la moitié de la valeur de l'objet? Doit-on s'étonner si des maladies viennent l'épui- ser et lui ôter tout moyen d'existence, lorsqu'on le voit ainsi forcé de se priver souvent d'une nourriture que rendent né- cessaire à sa santé les travaux pénibles auxquels il se livre, ou bien exposé à toutes les fraudes dangereuses que l'avidité inspire aux débitans de produits grèves par l'octroi? Enfin est-il surprenant qu'il soit malheureux, quand, après avoir fait si peu pour lui procurer une bonne éducation, une ins- truction convenable, on l'exploite comme un esclave qu'on n'a pas acheté et qu'on remplacera facilement, on l'accable de travail et l'on marchande son salaire sans lui permettre même d'en discuter les conditions ! Paria de la société qui n'a pour lui que peines, fatigues, puis mépris ou pitié humi- liante, parce qu'il travaille de ses mains à la nourrir ou à la vêtir, l'ouvrier ne peut qu'être souvent porté à se révolter contre elle, à enfreindre ses lois, ou à chercher dans un stu- pide abrutissement l'oubli de maux qu'il ne peut éviter. La société peut être juste suivant ses loi3, quand elle le punit ou l'abandonne, mais elle n'est certainement pas équitable, car elle a entre les mains les moyens de détruire le mal dans sa racine, et il ne lui manque que la volonté de le faire. Sui- vons M. Bères dans l'exposé de ces moyens, qui nous offriront le plan le plus judicieux d'une régénération complète et effi- cace de la classe ouvrière, l'espoir le mieux fondé d'une prospérité future, où les biens et les charges de la société, plus également répartis, effaceront petit à petit ces contrastes si révoltants qu'offrent de nos jours les chaumières misérables de nos pauvres laborieux et honnêtes, à côté des palais somp- tueux de tant de riches oisifs et corrompus.
L'autorité aura d'abord maintes mesures à prendre pour contribuer à cette œuvre utile. C'est à elle à donner l'exem- ple. Elle est une, et par conséquent peut agir avec bien plus de facilité et de promptitude; son influence d'ailleurs déter- minera bientôt le mouvement. Qu'elle avise donc sans retard aux ressources à créer pour remplacer les impôts qui frap^
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pent sur les besoins de première nécessité. Elle les trouvera bien vite, si elle veut les chercher dans des modifications économiques à apporter aux diverses branches de l'Admi- nistration.
Outre cela, il faudrait une surveillance rigoureuse sur la vente et la préparation des substances alimentaires, car c'est une condition nécessaire de la santé publique. Il faudrait surtout une activité plus grande dans l'exécution des mesu- res destinées à assainir les quartiers insalubres des villes ma- nufacturières. L'entassement des ouvriers et de leurs familles dans des rues sales et étroites, où L'air circule à peine , est une des principales causes des maladies qui les assaillent. Il serait bon également, de surveiller plus qu'on ne le fait l'exercice de certaines professions dangereuses pour la santé des ouvriers. Des établissemens d'alimentation économique, par le moyen de la gélatine par exemple, et des institutions financières dans l'intérêt des classes ouvrières, devraient aussi être fortement encouragées par le gouvernement, car ce serait le plus sûr moyen de soulager et de préserver en même temps.
M. Bères voudrait de plus, qu'on excitât le zèle des ou- vriers par des récompenses convenablement distribuées , par des distinctions honorables , par une protection toute pater- nelle et par l'assurance de trouver dans sa vieillesse un asile contre les infirmités, des invalides gagnés par lui à aussi juste titre certainement que par les soldats, et d'une manière plus utile au pays.
Les chefs d'industrie, propriétaires et maîtres exercent sur les ouvriers une influence directe, qui a les conséquences les plus importantes pour leur sort. Ils peuvent contribuer puis- samment à leur amélioration et à leur bonheur, soit en ap- portant plus de justice dans la fixation des salaires, et dans celle des heures de travail , soit en surveillant avec sollici- tude la conduite des ouvriers et en introduisant de bons ré- glëmeris dans les fabriques. Il faut que les relations de chefs à ouvriers prennent un caractère de bienveillance et d'égalité, plus prononcé et perdent toujours davantage ce qu'elles peu- vent avoir conservé de commun avec celles qui existent de maîtres à esclaves.
Enfin les ouvriers eux-mêmes doivent faciliter l'œuvre en remplissant leurs devoirs avec assiduité, et en observant cer- taines règles d'ordre et d'hygiène, auxquels ils ne sont cpie trop enclins à se soustraire. Le choix des vètemens , les soins du corps, l'attention d'assortir autant que possible le choix d'Un métier aux dispositions du corps, sont autant de pré- cautions propres à conserver la santé. En réfléchissant un
ECONOMIE POLITIQUE, ETC. 65
peu, ils comprendront aussi combien il leur est nuisible de fêter le lundi , de fréquenter les foires et les marchés , de chômer les jours de fêtes supprimées.
A coté de ces considérations intéressantes sur les améliora- tions dont est susceptible l'état matériel des classes ouvrières, la troisième partie de ce volume en contient d'autres d'un ordre plus relevé , sur les moyens de travailler à leur perfec- tionnement moral. Depuis quelques années, on a générale- ment compris les bienfaits de l'instruction pour toutes les classes de la société; mais on n'a fait encore que bien peu de chose, car il ne suffit pas d'enseigner à lire, à écrire, à comp- ter ; il faudrait encore chercher à inculquer dans le cœur des principes solides, des règles de conduite pour toute la vie»; il faudrait procurer aux ouvriers des lectures utiles, morales et capables en même temps de les intéresser. C'est une littérature populaire à créer, car il n'existe que bien peu de livres encore qui remplissent ce but, la plupart de ceux qu'on a faits jusqu'ici ont le grand défaut d'être écrits par des auteurs qui connaissaient fort peu le public auquel ils s'adressaient; d'être rédigés pour des lecteurs déjà instruits, tandis qu'il faudrait les mettre à la portée de gens qui ont tout à apprendre, et ne possèdent même pas cette foule de notions que la conversation habituelle de leurs parens rend familières aux enfans des classes aisées. Des bibliothèques à l'usage des ouvriers seraient un excellent moyen de leur of- . frir des distractions honorables , de les détourner des excès qu'entraîne trop souvent le défaut de jouissances intellectuel- les. Dans ce même but, des fêtes populaires organisées sur un plan sage et libéral pourraient produire un vrai bien. Le grand jour de la place publique est plus favorable aux bonnes mœurs et aux bonnes pensées, que l'atmosphère chaude et épaisse du cabaret La Suisse offre à cet égard d'heureux exemples à imiter.
Les salles d'asile , les écoles industrielles offriront égale- ment des ressources efficaces pour contribuer à l'œuvre de régénération morale. M. Emile Bères termine en donnant un excellent modèle de leçons de morale populaire. Ce mor- ceau intitulé : Entretiens ditn maître d'école sur las vices et les vertus des classes ouvrières, demanderait à être imprimé à part et répandu en grand nombre dans le public, car il contient d'excellens conseils présentés avec la plus grande simplicité. A la fin du volume se trouvent divers documens, modèles de règleniens, de livrets, décrets et lois les plus nécessaires aux ouvriers.
La distinction accordée à ce livre par l'Académie Française et par deux sociétés particulières sera vivement approuvée, car
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on ne peut qu'applaudir à la philanthropie éclairée qui pré- side à tous 1rs détails de ces utiles recherches. Mais il ne suf- fit pas non plus de décerner des prix à de semhlahles travaux ; c'est ne faire que la moitié de ce qu'on doit. Il faut appli- quer à la pratique ces excellentes théories, et ne pas attendre pour la réparer que la maison tombe, car on pourrait bien périr enseveli sous ses ruines. Les académies instituées pour apprécier les travaux des savans et des moralistes, n'ont-elles pas le droit d'exiger que l'Administration écoute leurs juge- mens et en profite ?
SCIENCES ET ARTS.
NOUVEAU SYSTÈME DE PHYSIOLOGIE VEGETALE et de botanique, fondé sur les méthodes d'observation qui ont été dévelopées dans le nouveau système de chimie organique, accompagné d'un atlas de 60 planches d'analyses dessinées d'après nature et gravées en taille douce; par F.-V. Raspail. — Paris, 1837. 2 vol. in-8 et atlas, 30 fr
L'observation , trop souvent négligée par les faiseurs de systèmes et de nomenclatures, l'observation est la base sur' laquelle reposent tous les travaux de M. Raspail. C'est avec le microscope qu'il interroge la nature et cherche à. sonder ses mystères , en découvrant son action dans les plus petites parcelles de matière organisée. Cette sage direction donne une grande importance à ses paroles et ne permet pas qu'on rejette sans examen les idées neuves qu'il émet , quoiqu'el- les puissent paraître bien hardies , et soient sans doute en- tre-mêlées de plus d'une erreur. Dans une série de théorè- mes qui s'enchaînent les uns aux autres , il suit pas à pas tous les phénomènes de la végétation en essayant d'expliquer leurs causes et leurs effets. Il trace ainsi l'histoire de tous les organes et les ramène tous à une même origine, à un type primitif et commun qui- est une vésicule organique à parois ligneuses , imperforées visiblement et incolores , que tapisse une vésicule colorée, glutineuse, et qui engendre, dans son sein, un système de deux spires de nom contraire, ou de plusieurs spires en nombre pair, mais s'accouplant par paires.
« Cette vésicule , au contact de l'air , s'aimante pour ainsi dire, acquiert deux pôles opposés, deux directions op- posées; l'une vers le zénith, et l'autre vers le nadir; l'une vers la lumière, et l'autre vers l'obscurité; l'une vers l'at- mosphère, et l'autre vers les entrailles <le la terre. C'est une
SCIENCES ET ARTS. 57
cellule allongée dans le sens vertical; le bout supérieur de- vant fournir la plumule, le bout inférieur la radicule.
» La vésicule aspire l'air et l'élabore en liquide, puis le li- quide en organes ; mais cette dernière élaboration est déter- minée par le concours, par la rencontre, par l'accouplement de deux agens de noms contraires , de deux spires de direc- tion contraire.
» De cet accouplement naissent ou des organes internes , c'est-à-dire des organes qui se développent dans l'intérieur de la vésicule génératrice , ou des organes externes , c'est-à- dire des organes qui se développent bors de la paroi de la vésicule génératrice.
» Les vésicules internes , en continuant ce double dévelop-
Î)ement, donnent lieu à la formation du tissu cellulaire, par eurs générations internes, et à celle du système vasculaire , par leurs générations externes. De cette série toujours crois- sante de développemens résulte l'accroissement en longueur et en diamètre de la cellule génératrice , qui passe ainsi peu à peu à la dénomination de tige et de tronc.
» Les organes externes , engendrés par l'accouplement des spires, sur la paroi de la vésicule génératrice, prennent la direction du milieu dans lequel ils se trouvent plongés. Sur la portion souterraine de la vésicule génératrice, ils deviennent racines ; sur la portion aérienne, ils deviennent rameaux.
» La racine et le rameau s'organisent également dans le -sein d'une gemmation qui , en restant close , eût été dans les airs un ovaire, et sous la terre une bulbe. Le développement ultérieur de l'embryon que recèle la gemmation aérienne, ainsi que la gemmation souterraine , est le produit de tout autant de fécondations que l'on y voit succéder d'organes ; le développement de cbacun de ces organes équivaut à la ger- mination. Ce qui distingue la germination de l'épanouisse- ment de la gemmation, c'est que l'une a lieu sur le bourgeon détacbé de la plante , et l'autre sur le bourgeon qui est resté adbérant à la tige.
» Tout organe clos fait l'office d'ovaire, il subit la fécon- dation ; une fois ouvert , s'il ne s'atrophie pas , il fait l'office d'étamine ; il féconde l'organe qu'il recèle , et qui va , par le même mécanisme, former le deuxième chaînon des généra- tions futures.
» Dans le principe de leur apparition , il n'est pas un seul organe qui ne soit réduit à la simplicité du globule; d'un au- tre côté , il n'est pas un globule qui ne soit apte à devenir toute espèce d'organes. Pour apparaître sur une paroi , il faut qu'il ait été conçu; pour se développer, il faut qu'il ait été fécondé.
58 SCIBMCES ET ARTS
» Avant la fécondation , il était organisé ; après la fécon- dation , il devient un organe , et dès-lors son accroissement peut être indéfini, sans qu'il soit apporté la moindre modi- fication à son type.
» Un individu n'est qu'un organe isolé de l'organe mater- nel; il est tout entier dans chacune de ses parties; car cha- cune d'elles est apte à devenir individu à son tour.
» La disposition des organes, soit rudimentaires, soit déve- loppés, soit souterrains, soit aériens, soit externes, soit inter- nes, résulte du nombre et de la vitesse des spires de nom contraire, qui les engendrent en s'accouplant. Avec deux spires d'inégale vitesse, on obtient la disposition en spirale, par trois, quatre, cinq, etc. rangs, selon que, tandis que l'une des spires décrit un tour, l'autre en décrit trois, quatre, cinq, etc. Avec deux paires de spires, on obtient la disposi- tion opposée croisée; avec un plus grand nombre on obtient des verticilies alternes d'autant de pièces qu'on admet de paires de spires. »
Tel est le résumé du nouveau système que l'auteur pré- sente sous le titre de Théorie spiro-vésicidairc, et qu'il pense applicable aussi bien aux animaux qu'aux plantes.
Il appuie ses raisonnemens sur une masse imposante de faits et d'expériences qui ne demandent qu'à être vérifiés. Quelle que soit l'opinion qu'on professe sur les principales questions soulevées par l'auteur, on ne peut qu'admirer un travail aussi consciencieux ; c'est de la vraie science profonde, utile, sans préjugés d'aucune espèce, qui cherche la vérité avec ardeur, et ne recule devant aucune peine pour en ap- procher, ne fût-ce que d'un seul pas.
Cette histoire des organes des plantes est rendue plus inté- ressante encore et plus intelligible parles nombreuses plan- ches de l'atlas, qui renferment des analyses faites dans le plus grand détail et avec une perfection, soit de dessin soit de gra- vure, qui ne laisse rien à désirer. Une seule plante fournit quelquefois jusqu'à 16 sujets de figures. L'analyse est pous- sée aussi loin que possible, et, persuadé que la grandeur et la puissance de la nature se manifestant surtout dans les ob- jets les plus petits et les plus simples, c'est là que l'auteur veut la prendre sur le fait et prétend soulever un coin du voile mystérieux derrière lequel s'accomplit son oeuvre. Avec une rare patience et une persévérance admirable, il est ainsi parvenu à rectifier mainte idée fuisse et à enrichir la science d'une foule de découvertes précieuses.
\piès la description des organes et des phénomènes qui s'y .Accomplissent, M. Raspai! passe à X Organophrsic ou physi- que de /'organisation végétale. Cette partie est divisée en deux
SCIENCES ET ARTS. 59
sections : l'une traite des influences actuelles sur la végétation, l'autre des influences antédiluviennes. Dans la première, l'auteur cite les nombreuses expériences sur l'influence de la lumière et des ténèbres, de l'eau, de l'air, du terrain, des en- grais, sur les influences météorologiques et perturbatrices, et l'effet qu'elles exercent, soit sur la végétation en- général, soit sur ebaque organe en particulier. Il discute les erreurs qu'ont pu commettre les Senebier, de Saussure, Spallanzani et autres expérimentateurs dont il apprécie les utiles tra- vaux , mais qui se laissèrent trop souvent dominer par l'état de la science à leur époque, et ne surent pas secouer ses ebaînes en présence des faits nouveaux que la nature leur révélait.
La seconde section nous offre un tableau largement tracé, de l'origine des êtres organisés, des créations spontanées, filles de l'air et de l'eau, des pbénomènes géologiques dont la terre conserve tant de traces pour l'observateur attentif.
Ici M. Raspail se montre également hardi novateur. Sans s'inquiéter des théories reçues et adoptées par d'autres , il examine les faits et raisonne d'après eux seulement. Il ar- rive ainsi à des conclusions tout-à-fait différentes, et ren- verse entièrement le système géologique de Cuvier. Pour lui, il n'y a pas eu divers bouleversemens, suivis chacun d'une nouvelle création instantanée. Un seul déluge a aussi bien pu amener les résultats que nous voyons. La nature, procé- dant toujours de la manière la plus simple, lui paraît avoir dû établir des lois d'une action plus lente et plus régulière, dont il trouve d'ailleurs la preuve dans tous les phénomènes qui se passent aujourd'hui sous nos yeux. Enfin si dans le bassin de Paris, et sur quelques autres points qui ont été fouillés, bien superficiellement encore, il est vrai, on n'a pas rencontré d'hommes fossiles ; il ne saurait y voir une raison de prononcer que l'homme n'existe que depuis ce bouleverse- ment, car la terre est vaste et nous ne sommes pas au bout des découvertes que recèle son sein.
La nouvelle classification que propose notre auteur, divise les végétaux en deux grandes classes : les plantes nocturnes, qui ne croissent que la nuit, et n'élaborent pas la matière verte ; et les plantes diurnes, qui ne croissent que le jour, et se distinguent, à tous les âges, parleurs tissus herbacés.
Cette première division, un peu hasardée peut-être, lui paraît préférable à celle de la méthode dite naturelle, fondée sur la présence et le nombre de cotylédons difficiles à recon- naître et à constater. Mais nous laisserons à de plus habiles la tâche de discuter le mérite de cette nouvelle classification, dont nous avouons ne pas avoir bien compris toute l'utilité
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et qui devra être l'objet d'une critique sérieuse et pro- fonde.
M. Raspail termine son travail par la technologie, ou ap- plication pratique des principes physiologiques à la culture des végétaux, à l'industrie, à l'économie animale, etc. On y trouvera plusieurs procédés nouveaux, signalés à l'attention des industriels et maintes données précieuses pour la pra- tique, qui pourra en retirer des résultats avantageux et utiles.
De pareils ouvrages sont utiles à la science , en provoquant la discussion, et quand on lit dans la préface de l'auteur tous les obstacles qu'il a eu à vaincre, tous les déboires qu'il a dû subir de la part des établissemens qui semblent surtout destinés à encourager et aider les jeunes sa vans, on est presque tenté d'excuser les jugemens un peu acerbes qu'il porte sur les académies et les académiciens. Mais il ne faut pas oublier qu'en tout temps, avec ou sans académies, tout homme qui apporta quelque idée nouvelle à ses semblables, fut en butte à l'envie, au soupçon et à la haine.
Il ne faut pas oublier surtout que les meilleures institu- tions seront toujours accompagnées d'abus, et qu'il est inutile, et souvent même dangereux, de se livrer à l'amertume de re- proches violens, d'accusations passionnées qui nuisent aux sa vans, sans faire nul bien à la science.
MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ DES SCIENCES NATURELLES DE NEU- CHATEL. Tome Ier. — Neuchâtel, 1836; Paris, chez Ab. Cherbuliez et compe. 1 vol. in-4 orné de planches dont plusieurs coloriées. Prix : 20 fr. pour la Suisse.
La Suisse fut toujours la patrie des sciences naturelles. Ses montagnes offrent des trésors aux botanistes, aux géologues, aux minéralogistes ; on y peut faire d'abondantes récoltes d'objets qui ne se trouvent pas ailleurs. La nature y déploie un luxe de productions diverses qu'on ne pourrait recueillir qu'en des climats différens ; des vallées fertiles et chaudes servent souvent de base à des montagnes dont la cime, per- due dans les cieux, est couverte de neiges éternelles. Cette richesse, qui frappe tous les observateurs, excite aussi leur zèle et augmente leur nombre, en répandant le goût de l'his- toire naturelle dans toutes les classes. Aussi presque tous les Cantons suisses ont-ils leurs sociétés savantes qui se livrent à des travaux importons, et dont plusieurs publient des re- cueils d'un haut intérêt.
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La Société des sciences naturelles de Neuthâtel, qui est fondée depuis 4 ans seulement, fait paraître le premier vo- lume de ses mémoires, et se place déjà au premier rang. Elle rivalise, pour l'importance des mémoires et l'exécution des planches epui les accompagnent, avec la Société de physique et d'histoire naturelle de Genève, dont la collection attire l'at- tention des savans et devient de plus en plus remarquable. Cette noble émulation entre les sociétés savantes des divers Cantons suisses, est un signe du mouvement scientifique qui anime cette contrée, et une preuve que la confédération est beaucoup plus favorable que la centralisation, aux pro- grès de la science comme à beaucoup d'autres choses.
Comparez ces recueils à ceux qui se publient en France hors de Paris, et vous serez effrayés de la distance à laquelle la capitale laisse la province en arrière d'elle, et vous com- prendrez tout le danger de cette espèce de pompe aspirante qui dessèche tout le pays au profit d'une seule ville.
Le premier volume des Mémoires de la Société des sciences naturelles de Neuchdtel renferme :
i° Le Réglemeot de la Société.
2° Pxésumc des travaux de la section de phvsique, chimie et ma thématiques, et de celle d'économie rurale, de technologie et de statistique; par M. de Joannis.
3° Résumé des travaux de la section d'histoire naturelle et de celle des sciences médicales, pendant l'année i833-j834; par M. Agassiz.
4° Description de quelques espèces de Cyprins du lac de Neuchâ- tel, qui sont encore inconnues aux naturalistes; par M. Agassiz.
Dans ce mémoire, après quelques considérations générales sur les difficultés que présente l'étude de la famille des cy- prins, dont les espèces très-nombreuses ne diffèrent souvent les unes des autres que par des caractères fort peu saillans, l'auteur donne le tableau de toutes les espèces européennes, et passe à la description de celles du lac de Neuchàtel qui sont nouvelles. Celles-ci sont au nombre de trois, savoir : le Leuciscus rodens, connu en Suisse sous le nom de Ronzon. « C'est un petit poisson de forme élégante qui passe la belle saison, en troupes, sur les bords de nos lacs et dans nos ri- vières, et qui, à l'approche de l'hiver, regagne les grandes profondeurs. » Il a été confondu par plusieurs naturalistes avec divers autres cyprins dont on doit le séparer, à cause des différences qu'il présente soit dans sa forme extérieure, soit dans sa structure interne; le Leuciscus maialis, appelé vulgairement Poissonnet, et auquel l'auteur applique la dé- nomination de maialis, parce qu'il fraie en mai et n? ▼» — **
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pas sur les côtes de nos lacs avant le commencement «.le ce mois ; enfin le Leuciscus prasinus, connu sous le nom de ven- geron, et qui, dans presque tous les ouvrages qui traitent des poissons de la Suisse, a été confondu avec le Leuciscus rut/lus dont il se distingue par sa forme plus allongée et ses écailles plus grandes.
5° Mémoire sur le terrein crétacé du Jura, par M. Auguste de Mo ni molli a.
L'auteur traite d'une manière assez approfondie la ques- tion du calcaire jaune qui excite depuis long-temps l'atten- tion des géologues. Il donne un tableau des principaux, fos- siles qui s'y trouvent et émet quelques hypothèses sur les révolutions qui ont contribué à la formation de ce calcaire tel qu'on le trouve adossé aux montagnes de la ebaîne jurassique.
(S0 Essai sur le calcaire lithographique des environs de la Chaux- de-Fonds, par A.-C. Nicolet.
M. Nicolet exprime la pensée que, malgré l'imperfection du calcaire lithographique trouve jusqu'à présent dans le Jura, il ne faut pas désespérer d'en découvrir, par de nou- velles recherches, une carrière qui pourra fournir aux be- soins de la Suisse, et y faire prospérer Fart delà lithographie, qui jusqu'à présent y est resté fort en arrière des progrès qu'il a faits en d'autres contrées.
n° Note relative aux variations du niveau du lac de Neuchâtel, pendant les années 1817 a i834>
Cette note est accompagnée d'un tableau dressé par les soins de l'auteur et de plusieurs autres, contenant les observations de M. L. Coulon sur le même sujet.
S0 Observations sur quelques-unes des mœurs des animaux do- mestiques, par M. Allamand fils, de Fleurier.
Sujet curieux qui demande à être plus développé que ne l'a fait l'auteur; mais il ne s'arrêtera sans doute pas à ce court mémoire et donnera suite à ses observations, car une fois qu'on aborde cette partie de l'histoire naturelle, on ne peut qu'être captivé et entraîné par les résultats intéressans qu'on obtient. La vache est l'animal sur lequel M. Allamand nous donne le plus de détails peu connus ou nouveaux.
90 Observation sur un anévrisme faux consécutif, guéri par la ligature de l'artère crurale, par le docteur de Caslellane, mé- decin et chirurgien de l'hôpital Pourtalès.
io° Observation d'hydrophobie, parle docteur Borel.
On verra avec plaisir figurer ces mémoires ici, car il est à
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désirer qu'un recueil soit ouvert à cette foule d'observations importantes, que la pratique des hôpitaux fournit à nos mé- decins et chirurgiens. Peut-être vaudrait-il encore mieux que des recueils spéciaux se créassent dans ce but; mais en atten- dant, on doit savoir gré aux sociétés qui accordent dans leurs mémoires une place aux plus remarquables de ces observa- tions, qui du moins ainsi ne seront pas perdues pour la science, comme il arrive trop souvent.
ii° Mouvement de la population du pays de Xeucliâtel , par M. Aug. de Montinollin père.
Ces notions de statistique, quoique sur une bien petite échelle, offrent de l'intérêt, car ce sont toujours quelques'ma- tériaux de plus pour servir de base à cette science si impor- tante et encore si peu avancée.
12° Description de quelques animaux nouveaux ou peu connus, qui se trouvent au musée de Neuchâtel, par M. L. Coulon fils.
Les animaux décrits dans ce mémoire sont : quatre espèce^ d'écureuils, dont une seulement parait être nouvelle ; c'est le Sciuriis httmcralis, ou écureuil à épaules noires, origiuaire de l'île de Java ; les trois autres, déjà décrites, n'avaient pas en- core été figurées, et M. Coulon en donne des planches colo- riées, exécutées avec un grand soin; enfin une perruche à longs brins, que l'auteur pense être le Palaeonnis Bcngalcnsis et qui est remarquable par la beauté de son plumage.
1 3° Notice sur ies fossiles du tercein crétacé du Jura neuchâtelois , par L. Agassiz.
Ce travail, dont la première partie seulement est publiée, renferme la description des Eclùnidcs, au nombre de douze espèces, dont huit entièrement nouvelles.
i4° Notice sur l'élévation du lac de Neuchâtel au-dessus de la mer, par M. Osterwald.
i5° Mémoire sur la formation de la surface actuelle du globe, par H. Ladame.
Savante dissertation qui tend à ramener aux principes mathématiques la théorie du refroidissement de la terre et des soulèvemens, de manière à pouvoir donner les lois de la distribution des montagnes et des continens, et fixer la durée des époques géologiques.
i6° Prodrome d'une monographie des radiaires ou échinodermes. par L. Agassiz.
Le Bulletin bibliographique, qui vient à la suite, contient, un mémoire de Ch. Lyell sur les preuves d'une élévation
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graduelle du soi dans certaines parties de la Suède, extrait des transactions philosophiques de la Société royale de Lon- dres, et traduit par M. P. L. A. Coulon. Ce morceau, du plus haut intérêt par les documens curieux qu'il renferme et l'ex- cellente description qu'il offre du sol de la Suède, des terrains qui le composent, et des fossiles qu'on y trouve, est aussi suivi d'une analyse rapide de Monographia generis Mcloes au- rtoribus Doct. J. F. Bratult et ÎV. E. ÈricAson, et de Gênera dyticeorum auctore doct. G. F. Erichson, par M. Ch. Godet.
TRAITÉ HISTORIQUE ET PRATIQUE DES MALADIES EP1ZOOTIQUES
des Bêtes à corne et à laine , ou sur la Picote et la Clavelée ; par M. Dupùy. — Paris, 1837, In-8, 7 fr. 50 c.
Ouvrage complet et bien rédigé, qui pourra rendre de grands services aux agriculteurs qui se livrent à l'élève du bé- tail. Il serait à désirer de voir de semblables livres se multi- plier et se répandre dans toutes nos campagnes, où trop sou- vent encore l'ignorance et la superstition s'opposent à l'emploi des meilleurs moyens pour combattre les épidémies de ce genre.
ESSAI SUR LA théorie DES AFFUTS et des voitures d'artillerie , par J.-C. Migout et C.-L. Bergery. — Paris, 1837. 1 vol. in-8. 5fr.
EXPERIENCES SUR LES ROUES HYDRAULIQUES à aubes planes, et sur Jes roues hydrauliques à augets, par A. Morin. — Paris, 1837. In-4, fig., 9 fr.
HISTOIRE DE L'ART MODERNE EN ALLEMAGNE, par le comte Atha- nase Raczynski. — Paris, 1837. 3 vol. grand in-4 et atlas.
Le premier volume de ce magnifique ouvrage est en vente, prix : 100 fr. Il est orné de 77 gravures sur bois d'une exé- cution bien supérieure à tout ce qu'on a fait en ce genre jusqu'ici, d'un frontispice gravé, de 2 lithographies, et ac- compagné d'un atlas de 11 grandes planches gravées sur
Dt l'imvMMBRIB de BEAU, ». SAmT-GERMi.IN-BN-i.AYI.
JhiUitm Kittévaire
ET SCIENTIFIQUE
5" &U*U. — aA^ 3. — cAbaw 1837.
LITTERATURE, HISTOIRE.
LA camaraderie ou la Courte-Échelle, comédie en cinq actes et en prose, par M. Eugène Scribe. — Paris, 1837, in-8, à fr.
Suffit-il défaire représenter une pièce sur le Théâtre Fran- çais et d'inscrire pompeusement sur le titre : Comédie en cinq actes , pour que cette pièce soit une véritable comédie? Je ne le pense pas ; et je crois ne pas me tromper en disant qu'il faut de plus qu'on y trouve des caractères vrais et fortement dessinés; une action bien conçue, bien conduite; des inten- tions comiques puisées dans la nature et dirigées vers un but moral; enfin, un ensemble qui prouve que l'auteur a observé et bien observé l'époque qu'il a voulu peindre. Or, je ne vois rien de tout cela dans la pièce de M. Scribe , qui res- semble à un long vaudeville dans lequel l'auteur a oublié les couplets , bien plus qu'à une comédie en cinq actes.
La camaraderie est sans doute l'un des travers les plus saillans du présent siècle. De quelque coté qu'on se tourne , on la trouve sousuneformeousous une autre. Elle a envahi presque- toute la presse périodique , elle encombre les avenues du pouvoir , elle fait loi dans la plupart des salons. Courbez la tête sous son joug , et, fussiez-vous un sot , elle fera de vous un homme de génie; restez en dehors , gardez votre indé- pendance, et, eussiez-vous les talens les plus remarquables, toutes les routes vous sont fermées, vous ne rencontrez par- tout qu'obstacles, nul ne s'informe qui vous êtes, nul ne prend garde à vous. Mais cette assurance mutuelle de gloiiv et de succès s'exerce-t- elle comme M. Scribe nous la peint, s'affiche-t-elleavec une impudente franchise, s'organise- t-ellr réellement en société , et trace-t-elle ainsi d'avance ses plans? Non, pas précisément; car le public ne se laisserait pas long- temps mener par le nez dune pareille manière, et M. Scribe a fait une caricature plutôt qu'un portrait ressemblant. Tous ses personnages sont exagérés. Son héros est un jeune avo-
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rat, qui, api es avoir Ion g- temps hésité, et convaincu enfin que son talent et son indépendance ne le mèneront jamais ;i rien , se décide à entrer dans la camaraderie. Aussitôt il est accueilli, fêté, prôné comme le plus grand esprit du siècle. Il s-'agit de l'élection d'un député, et c'est sur lui que se portent les suffrages des camarades. Mais diverses intrigues surviennent à la traverse , et font changer à plusieurs repri- ses leurs batteries. Des influences prépondérantes agissent tour- à-tour, et à chaque nouveau candidat, la camaraderie exé- cute aussitôt un changement de front brusque et rapide qui peut faire rire sur la ccène, mais qui tient plus de la farce que de la haute comédie. Les caractères sont sans dignité et sans force. Un seul , celui du docteur , se soutient assez bien ; il est le membre le plus actif de la coterie , et sou dé- vouement absolu aux ordres d'une protectrice qui change de résolution au gré de ses caprices , donne lieu à des qui- proquos assez plaisans. Mais tous les autres camarades sont de sots personnages dont le dialogue est semé de lieux com- muns qui courent les rues. La comédie doit avoir des pa- roles plus graves , des attaques plus vives pour cette lèpre de notre époque , pour ce mensonge officieux qui prend à tâche de corrompre les mœurs et le goût, d'avilir les lettres, d'a- planir le chemin devant l'intrigue et de décourager la pro- bité unie au talent. L'auteur, surtout, ayant à peindre l'in- fluence de la camaraderie sur les élections , devait frapper d'autant plus fort que l'abus est plus révoltant et entraîne des conséquences désastreuses pour l'avenir du pays. Mais M. Scribe est trop habitué aux allures badines du vaude- ville, pour pouvoir s'élever beaucoup plus haut ; et il y a certainement moins de vraie comédie dans les cinq actes de sa pièce que dans les petites scènes électorales des proverbes de Leclercq.
Les traits que Molière décochait contre les tartufes de son temps, contre les pédantes et les beaux esprits, contre les marquis et les précieuses qui se mêlaient alors de vouloir régenter la cour et la ville , étaient mieux acérés et plus vi- goureusement lancés. Non-seulement ils excitaient les rires «les spectateurs , mais ils portaient coup et clouaient sur la sellette les adversaires contre lesquels ils étaient dirigés; tan- dis que la camaraderie de M. Scribe ne clouera personne et demeurera sans influence ni résultat. Je me trompe, elleaura pour résultat de procurer d'excellentes recettes à son auteur, dont le nom est déjà depuis long-temps en possession de la laveur publique. Tout autre qui l'eût faite n'aurait obtenu ■ans doute aucun succès, mais pour lui les rires etles applau- dissemens des spectateurs sont toujours prêts avant même
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que la toile soit levée. H y a de l'engouement dans cette ad- miration peu raisonnée ; il faut avouer cependant que les charmans et nombreux vaudevilles de M. Scribe expliquent et justifient quelque peu ce privilège. Le public français ne compte jamais avec ceux qui savent l'amuser. Or, il suffit de peu de chose pour le faire rire, et cette facile indulgence de- vient un écueil contre lequel avortent bien des talens, qu'une critique plus sévère et plus éclairée aurait pu développer et faire grandir.
OEUVRES de MOLIÈRE, avec les notes de tous les commentateurs; 2me édition publiée par M. L. Aimé-Martin. — Paris, Lefèvre. 1837. Tomes III et IV. 2 vol. in-8.
Le Numéro de janvier du Bulletin littéraire a déjà parlé de cette belle édition de Molière, mais j'y reviens avec un nou- veau plaisir; car on ne saurait trop vivement apprécier le mérite d'un travail qui a pour but de nous rendre Molière tout entier avec les intentions comiques de chaque scène , de chaque parole , et avec les allusions de l'époque qui ajoutaient encore à l'effet, et qui donnent seules la clé d'une foule de traits incompréhensibles aujourd'hui sans commentaire. Il est d'autant plus utile d'appuyer là-dessus, que beaucoup de gens rejettent les commentaires avec dédain ou indifférence, et n'attachent aucun prix à des recherches intéressantes ce- pendant par elles-mêmes aussi bien que par les résultats qu'elles produisent. Il est vrai qu'on a souvent abusé du titre de commentateur. Bien des écrivains ont prétendu se faire une renommée de littérateurs érudits en glosant à tort et à tra- vers sur les moindres phrases d'un auteur du grand siècle, en épiloguant à tout propos , et en dissertant à perte de vue sur quelques misérables subtilités grammaticales. Mais ce défaut , trop commun en effet, est justement la raison qui doit faire accueillir avec empressement le Molière de M . Aimé-Martin qui, dans les notes de tous les commentateurs, a choisi avec tact et avec goût celles qui méritaient d'être conservées, et les a complétées par un travail rédigé dans le véritable esprit qui doit présider à de semblables recherches. M. Aimé-Martin a fort bien compris que le meilleur commentaire d'un livre est l'histoire de son auteur et le tableau de l'époque qui l'a vu paraître. C'est donc à ces deux sources qu'il a été puiser, cher chant dans la vie privée de Molière ainsi que dans les mœurs du xvnme siècle la solution de tout ce que ses comédies pou- vaient offrir de problématique, l'explication de tous les
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passades difficiles à comprendre , et plus d'une lois la clé de maints traits de génie que Molière avait l'art d'emprunter à la nature pour les transporter sur la scène.
C'est ainsi que dans le Mysanthrope , le commentateur retrouve les caractères des principaux sujets de la troupe de Molière, celui de l'auteur lui-même , et maints incidehs de leurs relations réciproques dont le souvenir s'est conservé. (Test ainsi que dans lesFàcheux, il nous montre les seigneurs de la cour venant eux-mêmes fournir des modèles à Molière, et tenant, en quelque sorte, à honneur d'être joués par lui, sans doute pour plaire au maître ; il cite, à ce sujet, des faits curieux qui ajoutent un chapitre de plus à l'histoire des cour- tisans du grand Roi. Dans le Tartufe, c'est l'époque tout en- tière qui est mise en scène, c'est le vice le plus généralement répandu alors qui fournit le sujet; c'est l'hypocrisie, la fausse dévotion, l'abominable morale des Jésuites que l'auteur at- taque hardiment, démasque devant le public, et livre à la ri- sée et au mépris delà foule. Quand on se reporte au temps où Molière vivait, on est vivement frappé de sa courageuse au-' dace ; car, aujourd'hui même que l'on ose tant de choses, quel écrivain serait assez hardi, quel directeur de théâtre assez in- dépendant, pour arracher le masque aux tartufes du jour? Et quand, au milieu de notre siècle corrompu, deux hommes se rencontreraient dans une pareille intention, leurs géné- reux efforts ne viendraient-ils pas se briser devant les impi- toyables ciseaux de la censure? Molière prenait ses modèles autour de lui, dans la haute société, à la cour même. Si quel- que vice ou quelque ridicule le frappait, aussitôt il s'emparait du personnage, quel qu'il fût, qui lui offrait ce type, et le tra- duisait sur la scène sans crainte ni hésitation. Dans Tartufe, on reconnaît une foule de traits puisés dans la vie de hauts et puissans seigneurs.
L'hypocrisie était alors de mode, et, dans les grandes fa- milles surtout, elle consommait la ruine de ses victimes au point de les réduire, commeOrgon, à tout attendre de la bonté du roi. En attaquant avec tant de vigueur les faux dévots, Molière s'exposait donc à de violentes persécutions. Mais, avec une adresse et un art parfait, il s'assurait en même temps une haute protection par les éloges justes et vrais qu'il sait faire du roi; par l'habileté avec laquelle il enchâsse dans le dialogue plusieurs mots spirituels attribués à Louis XIV; enfin par l'admirahle rôle qu'il lui réserve dans son dé- nouement, en proclamant qu'à lui seul appartient le droit de condamner et de punir les hypocrites qu'il, sait mieux que personne deviner et démasquer. Molière sentait qu'il avait absolument besoin de l'appui du roi , et c'est par
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!a flatterie la plus délicate et en même temps la plus con- forme à la vérité qu'il s'assure cette protection, indispensable au succès de sa pièce. M. Aimé-Martin signale dans ses no- ies tous les traits de cette haute satire contre les mœurs de l'époque, et il exprime la plus vive admiration pour les in- nombrables beautés qu'elle renferme. « Oui, une noble pen- » sée , s'écrie-t-il en terminant, une pensée sublime in- » spira le dessein du Tartufe. Mais comment Molière va-t-il » tenter une aussi vaste entreprise? comment fera-t-il res- » sortir d'une peinture enjouée et comique, une leçon si im- » portante et si grave? C'est ici surtout qu'il faut admirer les » ressources du génie. Chacun de ses principaux personnages » représentera une classe de la société. C'est le monde qu'il •> met en scène ; il le partage en hypocrites , en crédules et » en honnêtes gens. La douce piété de Cléante est le flambeau » qui doit nous guider dans la route de la vertu. La faiblesse » d'Orgon a sou tvpedans la multitude; mais cette multitude » se laisse toujours dominer par les charlatans et les fripons, » et c'est au milieu de ces derniers que l'auteur ira chercher » le Tartufe. Autour de ces trois personnages se groupent les » ligures secondaires; elles sont la. pour animer les passions, » et pour en faire jaillir le comique : ainsi l'insolence de Do- » rine déconcerte l'hypocrite, et met en scène la timidité de » Marianne et la faiblesse d'Orgon; ainsi le caractère inconsi- » xléré de Damis contraste avec la prévovante douceur d'El- » mire, et la coquetterie de celle-ci avec la parfaite innocence »> de Marianne : enfin les chastes amours de Valère font mieux » ressortir les désirs effrontés de Tartufe. Au milieu du choc » de tant de passions, un homme seul se montre animé de l'a- » mour pur de la vertu. L'auteur place habilement Cléante » entre l'impiété d'un fourbe qu'il ne peut confondre, et la » crédulité d'un homme faible qu'il ne peut éclairer; mais » il ne l'oppose à personne dans l'action : son but n'était pas » d'en tirer des contrastes , mais de nous présenter un modèle.
» Il est remarquable que l'éloge du roi prononcé par » l'exempt est comme le résumé de la sagesse de Cléante : » ainsi Molière prête quelque chose de divin à cette sagesse, » qui paraîtrait impuissante, si, en la rendant propre au cœur » du prince, il ne la faisait éclater dans sa justice et sa clé- » mence.
» Il est remarquable aussi que Molière loue la sagesse du » roi pour se couvrir de sa protection; car son but n'était pas » seulement de rendre hommage à cette sagesse, mais de » montrer aux hypocrites un ennemi qu'ils fussent obligés de » respecter.
» Si donc le but de la comédie est d'instruite en divertis-
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» sant, si elle doit corriger les vices par le ridicule, peindre »les mœurs, développer les caractères, toucher les cœurs, » éclairer les esprits, rien ne manque à ta gloire, ô Molière ! » non -seulement tu as rempli toutes les conditions de ton » ait, mais tu as agrandi son empire, en faisant de Tartufe » la leçon des peuples et des rois. »
A côté de ce sublime chef-d'œuvre, on retrouve des traces du génie de Molière jusque dans les farces de Pourceaugnac et du Bourgeois-Gentilhomme. Après avoir frappé sur les tra- vers de la Cour, c'est aux ridicules de la bourgeoisie et de la finance qu'il s'adresse puis il attaque le corps médical et son pédantesque charlatanisme ; il poursuit les précieuses et les savantes, et finit par exercer ainsi une véritable influence sur les mœurs de son siècle dont il devient le réformateur. Le premier, et le seul peut-être, il a su donner à la comédie ce haut et noble caractère qu'il est si difficile de ne pas laisser dégénérer en licence ou en personnalités dangereuses. Aussi sa gloire, loin de diminuer, va-t-elle toujours croissant. Plus on l'étudié, mieux on le comprend, et plus on l'admire. Un travail tel que celui de M. Aimé -Martin jette un nouvel éclat sur cette grande renommée; et, séduit par l'attrait de ces notes si judicieuses et si intéressantes, on se sent en- traîné à relire, avec un plaisir plus vif que jamais, ces admi- rables pièces de théâtre qu'on a déjà lues et relues vingt fois.
liE chaxsox de rolaxd ou de Roncevaux , du XU° siècle, publiée pour la première fois d'après le manuscrit de la bibliothèque Bod- léienne à Oxford, par Francisque Michel. — Paris, 1837. 1 vol. in-8, papier vélin, 30 fr.
Ce volume, imprimé avec un* très-grand luxe et tiré seule- ment à 200 exemplaires, renferme le roman de Roncevaux, ouvrage qui était très- répandu au moyen âge et y jouissait d'une grande renommée. Le sujet du poème est la défaite de l'arrière-garde de Charlemagne, dans les Pyrénées, en 778, alors qu'il revenait de l'Espagne qu'il avait conquise. Depuis long-temps, on attendait cette publication , déjà annoncée plusieurs fois. M. de Musset en avait promis une édition, qui n'a jamais paru. M. Bourdillon s'en occupait, disait-on, égale- ment; maïs M. Francisque Michel a eu le bonheur de pou- voir, le premier, reproduire en son entier ce vieux monument de notre antique littérature. Il a' enrichi son édition d'une description des manuscrits où se trouve la Chanson de Ro- land, d'observations sur le texte, d'un glossaire el d'un in- dex; enfin, d'appendices nombreux offrant «les extraits et des
IUST01R-E.
analyses fie tous les poèmes des diverses littératures étran- gères qui ont rapport à la bataille de Roncevaux.
AKT POÉTIQUE d' Horace , traduit vers pour vers par 3Joltei.au/, de 1'Iustitut, etc. I vol. in-18.
Le mérite d'une traduction gît surtout dans sa fidélité, à condition toutefois que celle-ci se trouve autant que possible unie à l'élégance du style et surtout ne violente jamais le génie de la langue; car l'exemple de M . de Chateaubriand nous montre dans quelles tristes aberrations peut entraîner le sys- «ème de la traduction littérale ou mot- à- mot. Mais la fidé- lité ne consiste pas à se traîner, en esclave, à la suite de chaque mot d'un auteur; ce sont ses pensées surtout qu'il faut ren- dre, sans les fausser ni les tordre, et sans les noyer dans de misérables périphrases. Pour bien traduire un poème vers pour vers, il faut, ainsi que le dit très-justement M. Molle- vaut, « embrasser, en maître, son ensemble et ses parties, connaître à fond la langue et le mérite de l'original, et tout ce que peut lui offrir, en compensation, le génie de la muse française qui s'attache aux grandes pensées, aux formes har- dies, aux coupes heureuses, aux brillantes images, à l'har- monie imitative , aux expressions enflammées, omet sans crainte un détail oiseux, et le remplace, s'il est possible, par un trait de génie sans compter servilement jusqu'au dernier mot, ouvrage d'une critique fausse ou ignorante. »
La tache du traducteur ainsi tracée n'est pas facile à ac- complir. Il faut avoir assez d'inspiration pour comprendre entièrement celle de l'original, et cependant demeurer tou- jours maître de ses émotions, de ses élans; car on a un sentier à suivre et non à chercher, on doit rendre des pensées déjà exprimées, et non eu exprimer de nouvelles. L'imagination du poète, alliée pour ainsi dire à l'exactitude du copiste, con- stitue un talent assez rare cpie M. Mollevaut paraît posséder à un haut degré. Le succès avec lequel il est parvenu à tra- duire de cette manière l'art poétique d'Horace, le place cer- tainement au premier rang ; car la concision de la langue la tine, sa syntaxe complaisante qui lui permet de se jouer des mots et de les ranger en quelque sorte à son gré dans l'ordre qui convient le mieux au poète , enfin sa prosodie large et harmonieuse qui n'est pas entravée par les liens de la rime, étaient autant d'obstacles qui rendaient la tâche encore plus difficile. M. Mollevaut a vaincu tous ces obstacles avec plus ou moins de bonheur, il a forcé la langue française» à se plier à ces formes si différentes des siennes, et si quelquefois il n'a
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pu éviter des phrases un peu étranges, en général l'harmonie et l'élégance régnent dans sa traduction qui demande seule- ment à être lue avec intelligence, de manière à éclaircir, par les inflexions de la voix, ce que peut présenter d'insolite ou d'obscur le laconisme que le poète a été obligé d'admettre. Quelques citations viendront à l'appui de cet éloge.
Maxima pars vatum, patcr, et juvenes pâtre digni, Decipimur specie recti. Brevis esse laboro, Obscurus fio : seclantem levia, nervi Deficiunt animique : professus grandia turget : Serpil huini, tutus niniium timidusque procellae. Qui variare cupit rem prodigaliter unain, Delphinum sylvis appingit, fluclibus aprum : In vitium ducit culpae fuga, si caret arte.
Souvent l'amour du beau nous entraîne au naufrage : Pour être court je sue, et mon vers n'est qu'obscur : Je perds les nerfs et l'âme à force d'être pur; Mon style, pour grandir, et s'enfle et se répète; Je rampe sur le sol, si je crains la tempête, Et mets, pour varier mon poème aux abois, Un sanglier dans l'onde, un dauphin dans les bois: Sans l'art, lu fuis la faute, et tombes dans le vice.
Ce fragment offre dans ces huit vers un spécimen assez complet de l'art avec lequel le traducteur a su lutter avec l'original, soit en laissant de côté les détails inutiles, et en pro- fitant de la place que cela lui donnait pour exprimer la pen- sée de l'auteur avec les développemens indispensables, soit en le suivant pas à pas toutes les fois que cela se pouvait sans nuire à l'harmonie. On y trouve également, dans le dernier vers, un exemple des difficultés que présente un pareil tra- vail. Pour bien rendre le latin, il eût fallu dire : Sans l'art, tu fuis la faute pour tomber dans un vice , ou plutôt, faute d'art, la fuite de la faute conduit dans le vice.
Mais de semblables minuties méritent à peine d'être rele- vées par la critique la plus sévère, et on les oublie volontiers en lisant des morceaux tels que les suivans :
L'enfant. qui déjà parle, et court d'un pied certain, Joue, avec ses égaux, pour un rien rit et pleure, Enfle, abaisse son ire, et change comme l'heure. Le jeune homme, enfin libre, aime, en ses vifs ébats, ' La meute, les coursiers et le bruit des combats; . Prodigue, Apre aux conseils, de cire pour le vice, Lent appréciateur de l'utile service.
HISTOIRE. 73
Il désire, et soudain rejette son désir.
L'âge et le cœur virils, songeant moins au plaisir.
Cherchent l'or, les amis, aux honneurs sacrifient ;
Dans la peur du remords, des fautes se méfient.
Le vieillard, en ses maux ne peut se réjouir;
11 désire, il possède, et tremble de jouir;
Glacé, lent et timide en tout ce qu'il opère,
Il craint pour l'avenir, et toujours il espère;
Difficile et grondeur, il vante 1 âge ancien,
Blâme l'âge nouveau, car il n'est plus le sien.
Ce tableau des divers âges de l'homme est plein de charme, et, quoique traduit exactement vers pour vers, on n'y sent point la gêne, il est certainement plus fiançais que maintes poésies modernes qui ne sont cependant pas traduites du la- tin. J'en dirai autant de celui-ci :
Du style et de l'esprit le Grec a la puissance :
Avide de la gloire, avant tout il l'encense.
Dans Rome la jeunesse apprend de toutes parts.— -
Quoi donc ? — à diviser un as jusqu'en cent parts. —
« Qui de cinq enlève un, que restera-t-il ? — Quatre. —
» Très-bien! Tes intérêts tu les sauras débattre. —
» Un et cinq combien? — Six. — Quel ûlrc intelligent ! »
O rouille de leur âme! ô soin de leur argent !
L'huile de cèdre unie au cyprès qui conserve
Ne gardera jamais l'ouvrage de leur verve.
Voilà des vers où la pensée n'est pas enfouie sous une foule d'images pompeuses, de mots inutiles, de phrases tour- mentées. Nos jeunes poètes ne feraient pas mal, je crois, d'étudier un peu plus leur Horace. Ils y trouveraient, si ce n'est le secret d'en faire de pareils, du moins des conseils ex- cellens à suivre.
Au courtisan qu'il veut ne pas juger en vain , Un roi donne, avec art, la torture du vin : Toi, si tu fais des vers, si tu les veux sans tache, Grains la peau du renard qui sur l'ami s'attache. Si de Quintilius on consultait le goût : « Ce vers, cet autre vers, corrigez les, surtout.
— Trois fois je lai tenté, j'ai rayé sous ma plume.
— Pas assez! remettez ces lourds vers sur renclume. » Voulait-on se défendre, et ne point corriger,
Lui, sans, par de vains mots, en maître s'ériger, Vous laissait, se coulant le long du péristyle, Admirer, sans rival, et vous et votre style.
74 LlTTÉttATUHJi,
l,A PIEKKE l>E TOUCHE, par M11' S. Ulliac-Trémadeure. 1 vol. in-12, 6 fr.
LA PIERRE DE touche, par l'auteur de Valida. 1 vol. in-8, 15 fr.
Le Bulletin littéraire a déjà dit quelques mots au sujet du conflit qui s'est élevé entre ces deux pierres de touche, mais un procès devant décider la question de contrefaçon, il n'a pas jugé devoir anticiper sur le jugement. Aujourd'hui le tribu- nal a prononcé et a déclaré qu'il n'y avait pas contrefaçon, puisqu'il n'existait pas le moindre rapport entre ces deux li- vres qu'on ne pourrait jamais confondre l'un avec l'autre. Sans nous arrêter à considérer si c'était bien là en effet la question qu'il y avait à résoudre, nous nous inclinons devant l'arrêt et nous l'appuyons de toute notre force. En effet, il n'existe pas le plus léger point de ressemblance entre les deux Pierres de Touche. La première, celle de mademoiselle Ulliac- Trémadeure, est un excellent livre de morale ; l'autre, celle de l'auteur de Valida, est un détestable roman profondément immoral. Dans la première, la pierre de touche est la con- science, et ce guide précieux conduit au bonheur un jeune homme plein de persévérance et de courage, qu'il soutient et protège au milieu des écueils de la vie; c'est un modèle à of- frir à la jeunesse, qui ne pourra y puiser que les plus beaux et les plus nobles principes, et en même temps, c'est une compo- sition pleine d'intérêt qui se distingue par une simplicité et une pureté de style rares aujourd'hui.
Dans la seconde, la pierre de touche c'est l'argent ; et l'é- trange société dans laquelle nous introduit l'auteur, offre un hideux mélange des vices les plus bas, des passions les plus honteuses. Dès le premier chapitre, nous trouvons le héros couché au bord d'un fossé , sur une grande route. C'est un misérable jeune homme obligé de se cacher, parce qu'après avoir déshonoré de la manière la plus infâme une jeune fille, il a tué son père qui lui en demandait raison. Ce vagabond inconnu est accueilli à bras ouverts par une jeune dame no- ble, qui s'est éprise de lui en le voyant couché sur le bord de la route, dans sa blouse de charretier. Elle l'héberge dans son château, lui donne des vêtemens, et dès la première en- , trevue avec lui laisse voir qu'elle l'adore déjà. Comme il parle de s'en aller, et fait sonner bien haut ses sentimens d'honneur et de délicatesse, la duchesse lui demande une preuve de dé- vouement, et comme il s'écrie : « Mettez-moi à l'épreuve, vous » verrez si je sais comprendre, si je sais agir? »
« Louisiane, épouvantée du feu qui animait les regards et
HISTOIRE. 7$
les paroies de son hôte, et, croyant à son tour pouvoir sur- prendre son secret par une question étourdissante, lui dit du plus grand naturel :
« Avez-vous déjà assassiné quelqu'un ?
» L'inconnu se troubla et rougit.
» Non...., pas — précisément, » répondit-il, en hésitant un peu. » Mais il n'est pas à cela près, et, plus tard, lorsqu'il apprend que la duchesse est mariée, il lui propose tout sim- plement de tuer ce mari pour ùter tout obstacle à leur union. La duchesse n'accepte pas, mais elle ne refuse pas non plus pré- cisément, et elle abandonne bientôt la maison conjugale pour suivre son amant, auquel il faut qu'elle prodigue l'or pour contenter son avidité. Alors arrivent des idées de repentir; la duchesse s'enferme dans un couvent, se livre à la dévotion, sans cependant renoncer pour cela aux joies de ce monde ; car elle sait très-bien arranger des rendez-vous avec son Amé- dée et allier l'amour avec le cloître. Cependant des circon- stances d'argent la rapprochent de son mari, elle renonce enfin à l'amant qui depuis long-temps ne songeait plus à elle, et ou- blie dans le tourbillon du grand monde l'homme à la blouse du fossé de la grande route.
Mais un jour elle se rend avec une amie à Bicètre pour as- sister au départ de la chaîne, digne récréation de grande daine, en vérité! et, au milieu des forçats qu'on'ferre et qu'on enchaîne, elle reconnaît Amédée. Scène pathétique, touchante reconnaissance ! émotion sublime ! Son amour renaît aussitôt dans toute sa force, elle dit adieu à Paris, à ses salons, à son luxe. Elle part pour. Brest, elle réussit à faire évader son amant, et s'embarque avec lui pour l'Amérique, où elle pos- sède une terre que son oncle lui a laissée en mourant. Amé- dée convoite déjà la possession de cette terre, il presse la du- chesse de l'épouser comme elle le lui a promis. Mais un autre obstacle survient, l'oncle a laissé un fruit de ses amours avec une négresse; c'est une jeune mulâtresse qui remet à la du- chesse une lettre de l'oncle par laquelle il demande à sa nièce d'assurer à sa fille, après en avoir joui sa vie durant, la pro- priété de sa terre. Amédée furieux de ce contre-temps trouve bientôt le moyen de tout arranger, il séduit la mulâtresse et empoisonne la duchesse.
Ainsi finit cette monstrueuse production, ce dévergondage d'immoralité où sont entassés à plaisir tous les crimes les plus atroces et dont le style sautillant et léger contraste avec la noirceur des actes, avec la perversité des personnages. Ce livre est écrit comme un feuilleton, et plusieurs passages nous ont rappelé ce fameux Chemin de Traverse dont l'apparition fut si- gnalée, l'an dernier, par le journal des Débats, comme un
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événement littéraire de la plus haute importance, et dont nul ne parle aujourd'hui, tant sont passagères les gloires mondai- nes, les célébrités de la camaraderie, les splendeurs du char- latanisme !
Il est donc bien certain que, sous aucun rapport quelcon- que, on ne saurait confondre ensemble les deux Pierre-de- Touche. Ainsi qu'on le voit, tout diffère entre elles : but, moyens , principes , style, tout est diamétralement opposé. L'une est faite pour épurer l'âme , anoblir l'esprit , réchauffer le cœur. L'autre ne nous fait voir que les impuretés de la corruption, les turpitudes de la débauche, les extravagances d'une imagination sans frein. C'est donc avec raison que le tribunal a déclaré qu'on ne pouvait absolument pas prendre la Pierre de Touche de l'auteur de Valida, pour une contre- façon de la Pierre de Touche de mademoiselle Uiliac-Tréma- deure. Quant à la question de l'identité du titre, elle a été d'autres fois jugée différemment ; ainsi un tribunal défendit à M. de Montémont de prendre pour sa traduction de Walter- Scott les titres que M.Defauconpret avait donnés à plusieurs des romans de cet auteur. On comprend alors que, indépen- damment de l'intérêt qu'elle avait à n'être pas confondue avec l'auteur de Valida, mademoiselle Ulliac-Trémadeure a pu se croire fondée à poursuivre. Malheureusement, pour elle, il paraît cpi'il existait déjà d'anciens ouvrages portant ce même titre ; ouvrages d'un genre fort différent sans doute du sien, mais qui ne sauraient, je crois, en différer davantage que cette histoire d'un quasi -assassin et d'une femme impudique qui forme le sujet du roman nouveau.
Épisodes VEXDÉENS, par A.-C. O (de la Loire-Inférieure). —
Paris, chez Schwartz et Gagnot. 1837. 1 vol. Ln-8, 6 fr.
Ce volume, inspiré par les souvenirs de la guerre civile, renferme diverses scènes de l'intérêt le plus vif. La lutte que soutint la Vendée contre les armées républicaines fut ri- che en incidens héroïques, en aventures romanesques, en dévouemens sublimes. Dans les deux camps, les circonstan- ces iirent surgir de grands caractères, et les romanciers peu- vent y trouver une mine féconde à exploiter. Malheureu- sement la plupart de ceux qui jusqu'à présent ont été y chercher les sujets de leurs compositions, étaient trop pré- occupés par des préjugés et des passions politiques pour eu tirer tout le parti possible. Rien n'est plus Contraire à fin-
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spiration , à toute œuvre d'imagination ou de poésie. L'au- teur des Episodes Vendéens a complètement échappé à un semblable reproche. Son ouvrage est tout littéraire; l'histoire et la politique n'y jouent qu'un rôle secondaire, ou du moins, si elles y forment le nœud de l'intrigue, elles n'en absorbent pas tous les développemens, et nulle part l'on ne rencontre cette injuste partialité qui , oubliant que tous les hommes sont également sujets à se laisser dominer par les passions, prétend mettre toutes les vertus d'un côté et tous les vices de l'autre. Ces épisodes se refusent à l'analyse, car ils sont détachés les uns des autres; et leur principal mérite réside soit dans la vérité des tableaux, soit dans maintes situations dramatiques qui ne peuvent être séparées de la narration. Le style est simple, sans emphase ni affectation. L'auteur a très-bien senti qu'avec des élémens tels que ceux qu'il employait, toute déclamation ne servirait qu'à atténuer l'ef- fet et diminuer l'intérêt. On ne saurait que l'encourager dans cette voie où il débute avec bonheur. Au milieu de la foule de romans insipides , qui se succèdent sans relâche et ali- mentent à la fois les cabinets de lecture et les boutiques d'épiciers , on est heureux de rencontrer quelqu'un de ces rares volumes qui surnagent et méritent d'être distingués. On se sent alors porté à les juger avec indulgence, parce qu'ils ont le mérite de demeurer vrais et naturels; et c'est avec plaisir que la critique, sans les soumettre trop sévère- ment à son creuset , les signale au bon goût des lecteurs dé- goûtés de tant d'inepties et d'extravagances, quon leur vante effrontément en criant au chef-d'œuvre.
le poxtificat DE GRÉGOIRE vu (XIe siècle), roman épique, par V. Philippon de la Madelaine. 2 vol. in-8, 15 fr. — PITIÉ POl'R ELLE, par Couailhac. 2 vol. in-8, 15 fr. — PCBLIC.VTIOXS BIT
FIGARO : Un Homme à marier, par Paul de Kock. In-8, 2 fr. 50 c. Un Ménage à bord, histoire conjugale du capitaine Lenoir, par M. Pitre-Chevalier. — Paris, 1837. In-8, 2 fr. 50 c.
Le Pontificat de Grégoire VII est un roman tout-à-fait chevaleresque, où les moines, les chevaliers, les ménestrels remplissent la scène et jouent les principaux rôles. Les intri- gues et les agitations qui précédèrent et suivirent l'élection du Souverain Pontife, forment le sujet de l'action qui est fort animée, je dirai même embrouillée; car les incidens y abon- dent, s'y croisent en tous sens, de telle façon qu'on perd souvent de vue la marche des événemens et le but de l'au-
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teur. Il a voulu peindre l'époque ; et le désordre de ces temps d'anarchie féodale, de querelles intestines, de guerres san- glantes et impies se reflète peut-être assez bien dans cps pages où l'empereur Henry d'Allemagne et le moine Hildebrand , plus tard Grégoire VII , luttent ensemble avec acharnement, se disputant la domination de la vieille Rome , qui finit par échapper à l'Empire pour devenir le siège temporel de la puissance des Papes. Mais j'avoue que ie style pompeux adopté par l'auteur, me paraît fort peu propre à exciter et soutenir l'intérêt. J'aimerais beaucoup mieux que ce roman fût moins épique. Cette forme poétique, adaptée à la prose, ressemble trop à de la prétention , et M. Philipon de la Madelaine , qui paraît apprécier dignement le talent de Wal- ter-Scott , quoiqu'il ait la singulière fantaisie de placer Mme Cottin à côté du grand romancier 'écossais , M. Phi- lipon, dis-je, aurait dû étudier le style toujours simple, toujours yrai , toujours naturel du maître. Il aurait dû sur- tout renoncer à ces allégories , que l'auteur se voit obligé d'expliquer dans sa préface et d'expliquer encore dans ses notes , parce que sans cela personne n'y comprendrait rien. Ainsi l'on trouve dans son livre , un certain grand vilain serpent qui y occupe beaucoup trop de place et représente, dit-il, la religion d'Odin. Ce sont là de ces emblèmes sym- boliques qui sont tout-à-fait déplacés dans un roman. L'his- toire du serpent monstrueux peut exister dans les vieilles chroniques, mais c'est comme fable superstitieuse et non comme allégorie.
— M. Couailhac paraît avoir du goût pour les titres bi- zarres. Il sait sans doute que l'enseigne attire les chalands, et il cherche à frapper par l'originalité de celles qu'il inscrit sur sa boutique littéraire. Son premier roman était intitulé : Avant l'Orgie, celui-ci c'est : Pitié pour Elle. Quelque malin cri- tique pourrait bien s'écrier : Pitié pour lui ! car si l'héroïne du roman, pauvre femme victime de l'inconstance d'un mari léger qui l'abandonne et la livre en quelque sorte à un séduc- teur, mérite la pitié, il faut avouer que le roman lui-même n'est pas moins pitoyable sous plus d'un rapport. Ce sont de ces petites intrigues, de ces commérages, de ces roueries de grand monde qu'on a déjà rencontrées dans maints autres vo- lumes de cette espèce. Le style vaut mieux que l'action, il est coulant et facile. J'ajouterai qu'à la fin de ce roman l'auteur a fait, en quelques pages, une assez bonne satire contre la corruption des mœurs en France. Son séducteur voyage dans diverses contrées de l'Europe, comptant triompher partout comme à Paris ; mais, 6 désappointement cruel ! il ne trouve partout que refus, que mépris, que tristes mésaventures.
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A la suite de Pitié pour Elle, sont deux autres courtes nou- velles, dont l'une roule sur la conspiration qui éclata et fut aussitôt réprimée en Russie après la mort d'Alexandre.
— Figaro s'est établi fabricant de romans. Les pointes, les lazzis, les calemhourgs, qui faisaient jadis sa fortune, ont déserté totalement de chez lui ; et , peur se consoler de cette perte, il s'est mis à débiter des romans en détail et en gros. Pauvre Figaro ! qu'est devenu ton esprit ? Chaque jour ses colonnes offrent au lecteur une scène, un chapitre de roman; et quand un ouvrage est complet on le réunit en un volume qui se vend à un prix fort modique. Mais quels romans que ceux ainsi fabriqués au jour le jour! On dit, il est vrai, que la célèbre Clarisse Harlow parut de cette manière et tint en haleine toute l'Angleterre pendant une année. Mais il n'est pas certain d'abord que Richardson n'eût pas fait d'avance sou roman tout entier, puis une correspondance souffre bien mieux ce mode de publication, et enfin les Richardson ne sont pas communs. Aussi les premiers volumes que Figaro nous donne sont-ils, sous tous les rapports, de médiocres compositions, bonnes tout au plus pour figurer dans les feuilletons d'un petit journal. L' Homme à marier, de Paul de Rock, est un épisode qui, renfermé dans les étroites limi- tes d'une scène de 5 ou 6 pages, aurait pu être fort plaisant, parce que l'auteur excelle à peindre les ridicules et les tra- vers de la bourgeoisie parisienne ; mais délayé dans un vo- lume, il perd tout son prix et n'est plus que trivial sans gaîté. Un Ménage à bord vaut encore moins peut-être, quoi- que l'auteur semble croire qu'il marche sur les traces de Fénimore Cooper, dans la route du roman maritime. C'est une plaisanterie dont les traits ne sont pas toujours d'un goût bien pur ni d'un esprit bien fin. Le mérite le plus réel de ces deux volumes est de se vendre à bon marché , en comparaison au moins des autres romans du jour; car du reste une semblable littérature est toujours trop chère.
les HÉBERARD, légende des Baronies, par A. liarginet. 2 vol. in-8. 15 fr. — LES PARASITES , roman de mœurs, par Jules Lacroix. 2 vol. in-8, 15 fr. — LES MÉANDRES , romans et nouvelles, par Léon Gozlan. 2 vol in-8, 15 fr. — LE FILS DU BANQUEROUTIER , esquisse de mœurs, par L. Àrthaud. 2 vol. in-8, 15 fr. — LA RUE AUX OURS, par M,ne Mêlante Valdor. — Paris, 1837. In-8, 7 fr, 50 c.
Les romans, dont la publication s'était un peu ralentie depuis quelque temps, ont tout-à-coup redoublé d'activité,
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et nos écrivains paraissent vouloir être aussi féconds cette année que la précédente. Quand on veut les passer tous en revue , il ne faut pas s'amuser en route, car on n'en vien- drait jamais à bout. Mais heureusement la plupart ne valent pas la peine d'être analysés , et les auteurs ne se mettant guère en frais d'imagination , soit pour trouver quelque sujet nouveau, soit pour varier les moyens d'intrigue, qui en a lu deux ou trois, les connaît tous; un coup-d'ceil suffit pour reconnaître à quelle espèce ils appartiennent.
— Les Héberard sont du genre historique ainsi que le titre l'indique. C'est dans le xvue siècle que l'auteur a été pui- ser ses personnages et son sujet. Il montre une imagination féconde en moyens d'intrigues, en incidens de toute sorte , capables d'exciter la curiosité du lecteur. Mais la marche de l'action est souvent entravée , et l'intérêt languit parfois au milieu d'un luxe de détails fatigans. Les descriptions et les dialogues abondent; c'est le faible de tous les écrivains qui essayent de suivre la route tracée par Walter-Scott. Mal- heureusement cette richesse, si belle dans les œuvres du romancier écossais , devient souvent un défaut chez ses imi- tateurs, qui ne savent pas garder une juste mesure, et tom- bent trop facilement clans les longueurs et les minuties. Ils dressent en quelque sorte l'inventaire de chaque lieu où ils placent une scène de. leur 'roman , tandis que Walter-Scott décrit à grands traits l'ensemble des tableaux. Us font dis- • courir leurs personnages, tandis que Walter-Scott laisse par- ler les siens.
— Les Parasites de M. Jules Lacroix appartiennent au genre forcé et faux que cet écrivain cultive de préférence; mais ils sont encore bien inférieurs à tous ses autres ouvrages. C'est une dégoûtante histoire de tous les raftinemens de l'é- goïsme porté au plus haut degré. Les parasites que l'auteur met en scène sont des sangsues qui sucent jusqu'à la der- nière goutte de sang de la victime qu'elles exploitent, et cela avec une effronterie sans pareille. Il me semble que les tra- vers et les vices de la société sont déjà assez révoltans, sans qu'il soit nécessaire de les regarder avec des verres grossis- sans, et c'est une triste manière d'amuser le public, que de lui peindre de telles monstruosités.
— Quant aux Méandres, quelle que soit la renommée que les journaux ont faite à M. Léon Gozlan, je n'hésite pas à dire que c'est un vrai salmigondis, où l'on chercherait vainement une pauvre petite étincelle de bon sens ou de talent. L'au- teur paraît prendre le bavardage pour de l'esprit. Il est vrai qu'il n'est pas le seul, et qu'on a vu plus d'une fois le public s'y tromper de même. Mais M. Gozlan est moins pardonnable
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qu'un autre, car il a montré qu'il pouvait faire mieux. La plupart des iragmens qui remplissent ces deux volumes pa- raissent avoir été écrits pour des feuilletons de journaux ; ils roulent sur maints sujets divers, et la marine, entre autres, v joue un rôle assez long, mais fort peu intéressant.
— Le Fils du Banqueroutier est une esquisse de mœurs dont je ne me souviens pas d'avoir rien à dire. J'en demande par- don à l'auteur, mais je ne sais comment cela se fait, j'ai iu son livre, et rien ne m'a frappé, car il ne m'en est rien resté du tout.
— Madame Mélanie Valdor, qui a fait un ou deux petits ouvrages d'éducation assez remarquables, me parait se four- vover complètement sur la route du roman. La Rue aux Ours n'offre ni vraisemblance, ni intérêt, ni talent d'imagination. C'est un sujet rebattu, qui n'est rajeuni ni par des incidrns heureux, ni par de gracieux détails. Le style est simple, sans prétention, mais c'est en vérité le seul mérite du livre. L'hé- roïne est la fille d'un marchand de perles de la rue aux Ours, riche négociant, mais qui vit avec la plus grande simplicité, et élève sa Clotilde à l'ombre de son obscure boutique. Un cou- sin, François, qui aide M. Duparc dans son commerce, est destiné à devenir l'époux de Clotilde qu'il aime tendrement. Mais un beau cavalier, qui vient à passer le long de la rue aux Ours, dérange tous ces beaux projets. L'innocente et timide Clotilde ne peut l'apercevoir sans en être éprise, et bientôtelle se laisse enlever par lui, séduire et emmener dans les îles, où il l'abandonne. Cependant le bon François devient furieux de se voir ravir ainsi sa fiancée, et il jure une haine éternelle à tous les aristocrates. Or il faut savoir que tout ceci se passait à l'époque de la première révolution, et durant la période de la Terreur François trouve à satisfaire largement son désir de vengeance. Cependant, attendri par les supplications de Clo- tilde qui est revenue en France, il sauve la vie de son rival, à condition que celui-ci réparera ses torts en épousant Clotilde. Et ils ne vécurent pas tous bien Leureux, vu que François regretta toujours Clotilde, et que Clotilde finit par regretter François.
Un autre conte, intitulé la Tour sans Venin, se trouve à la suite de la Rue aux Ours; c'est l'histoire assez peu intéressante d'un marquis émigré qui revient prendre possession de ses terres, et qui se fait de mauvaises affaires avec ses pavsans.
Sa LITTÉRATURE,
i,A chine, par J.-F. Drwis, ancien président do ta "Compagnie des Indes en Chine; trad. de l'anglais par A. Piciiard; revu et augmenté d'un appendice par Bazin aine. — Paris, 1837. 2 vol. in-8, fig., 15 fr.
M. J.-F. Davis a tracé un tableau complet du céleste em- pire, qu'un long séjour dans les établissemens de la Compa- gnie des Indes lui a permis d'étudier d'une manière ap- profondie. Il donne les détails les plus curieux et le* plus circonstanciés sur les mœurs, les usages, le caractère du peu- ple chinois. Son livre est plein d'intérêt; l'esprit observateur s'y allie au savoir, et l'on y trouve la description la plus com- plète de cette singulière nation, qui nous apparaît en quelque sorte comme un reste fossile d'une civilisation antédiluvienne. Il combat et détruit bien des fausses idées répandues sur la Chine, et paraît faire avec assez de justice la part du bien et du mal dans l'organisation civile de cette contrée.
L'appendice de M. Bazin contient plusieurs fragmens de littérature chinoise de différens genres qui ne manquent pas de mérite malgré leur étrange caractère.
CIXQ MOIS AUX ÉTATS-l'XIS DE L'AMÉRIQUE DU SOUD , depuis le 29 avril jusqu'au 23 septembre 183j; journal de voyage de M. Ra- mon de la Sâgra ; trad. de l'espagnol par M. René Baissas. — Paris, 1837. In-8, fig., 7 fr. 50 e.
Ce volume renferme une foule de détails fort intéressans sur la civilisation des Etats-Unis, sur les mœurs, l'industrie, le caractère des habitans, sur les institutions de tout genre qui y existent. M. Ramon de la Sagra mérite d'autant plus de confiance, qu'il n'est pas allé en Amérique avec un système arrêté d'avance , pour ou contre l'état de choses qui régit Flnion. Il rapporte tout simplement les impressions diverses qu'il a éprouvées en étudiant le pays, et, si on le voit se. dé- clarer paitisan de la démocratie américaine, cela n'inspire ni surprise ni défiance, car on le suit pas à pas à mesure qu'il avance dans srs observations, et l'on comprend comment ii r»st amené à admirer les beaux résultats qui se déroulent sous ses veux, liien plus, on est entraîné, bon gré malgré, à parta- ger son admiration, car on reconnaît que, tandis qu'on perdait ers Europe un temps précieux à discuter sans connaissance de cause ni d'effet, la valeur de la foi nie gouvernementale adop- tée par les Américains, ceux-ci en ont développé librement tous les heureux résultats, et y ont trouvé la solution d'une
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foule de questions qui touchent aux plus chers intérêts des nations, au bonheur du peuple et à son perfectionnement. M. Ramon de la Sagra donne des renseigneinens nombreux sur les prisons des Etats-Unis, sur le système pénitentiaire qui y est en vigueur, sur les établissemens qui ont pour ob- jet d'offrir un asile et du travail aux condamnés libérés. Il parle avec beaucoup de détails des écoles destinées à répandre l'instruction et ses bienfaits dans toutes les classes de la so • ciété, il nous montre les citoyens américains travaillant sans relâche à augmenter la prospérité du pays et à perfectionner les institutions qui le régissent. Son livre offre un tableau animé de la marche rapide de ce jeune peuple sur la route de la civilisation. Il est fâcheux que la forme du journal ait été adoptée par l'auteur, car c'est celle qui offre le moins d'in- térêt à une lecture suivie. Le style de la traduction aurait aussi demandé à être plus soigné. Il est souvent incorrect et négligé.
HISTOIRE DE FRANCE, depuis la fin du règne de Louis XVI Jusqu'à Tannée 182.">, précédée d'un discours préliminaire et (l'une intro- duction historique sur la monarchie française et les causes <|ui ont amené la dévolution ; par l'abbé de Montgaillard ; ouvrage faisant suite aux histoires de France puhliées jusqu'à ce jour. 3"1U édition, ! j vol. grand in-18, 15 fr. — Paris, chezSchwartz etGagnot, libraires, place Saint-Germain -l'Auxerrois, 20.
ANNALES françaises, ou complément de Pfiîstoir'é de Frajacc pu-
hliée, en 1827, sous le nom de l'abbé de Montgaillard; histoire en- tièrement refondue, etc. par le comte Maurice Montgaillard. — Paris, Delaunay. 1836. In-8.
Il est peu d'histoires de la révolution française qui offrent un intérêt aussi piquant que celle-ci. M. Montgaillard ra- conte les événemens et peint les hommes avec une verve spi- rituelle et entraînante qui attache le lecteur, le captive et lui fait en quelque sorte oublier ce que ses jugemens peuvent avoir de trop passionné. Il y a certainement beaucoup de causticité dans son esprit, et il ne faut pas lui demander la froide impartialité de l'historien. C'est un témoin de la tour- mente révolutionnaire qui raconte ce qu'il a vu, et semble écrire sous l'influence de chacun des faits qu'il rapporte. L'é- motion du moment guide sa plume; c'est jour par jour qu'il inscrit les souvenirs de cette terrible époque, en sorte qu'on le voit toujours sous l'impression des circonstances, et s> n livre en reçoit une teinte dramatique très-prononcée. Comment, pu effet, demeurer calme et impassible en présence des san- gl ans trophées de la Terreur? Comment juger de sang-froid la
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lièvre chaude qui agitait et transportait tout un parti nom- breux et redoutable? Plus on considère la Révolution, plus on s'aperçoit combien il est encore difficile, et même impos- sible, que nous en ayons une histoire tout-à-fait impartiale. Les hommes qui en ont traversé toutes les phases ne peuvent que nous offrir le reflet de ses agitations, de ses contrastes, de ses grandeurs et de ses excès. Ils n'ont pu y jouer un rôle sans en partager plus ou moins les passions; et le tableau qu'ils nous en donneront sera toujours vivement coloré. Mais je ne saurais dire que cela soit un mal ; en faisant la part de l'esprit de parti, il restera toujours dans leur œuvre cependant quel- que chose de vrai, et l'on v puisera sans doute une connais- sance plus approfondie de ces temps si curieux à étudier.
M. de Mon tga illaid se pose en quelque sorte comme le critique des hommes et des choses pendant la période révo- lutionnaire. Appartenant par sa famille à la noblesse, émigré d'abord avec celle-ci , puis rentré en France lorsqu'il vit qu'elle trahissait sa pairie en appelant l'étranger pour l'enva- hir, il s'est trouvé fort bien placé pour juger les partis. Son es- prit caustique n'en épargne aucun. Il lance contre tous de violentes accusations. Mais en vérité, au milieu du délire qui semblait s'être alors emparé de toutes les têtes, il n'était guère possible à l'homme indépendant et chaleureux déjouer un autre rôle. On peut lui reprocher trop de vivacité dans ses attaques, trop de précipitation dans quelques-uns de ses juge- mens, mais on conviendra aussi que dans tout le cours de la révolution il ne se présenta peut-être pas un homme dont la conduite fût entièrement irréprochabble et méritât une com- plète apologie. Le bon sens était étouffé sous les passions, foulé aux pieds par les partis. Cette raison, dont on proclamait le règne, semblait avoir abandonné la terre pour aller sans doute recevoir du haut des cieux les hommages de la répu- blique, le culte de son dictateur. Dans l'épouvantable mêlée qui suivit le bond impétueux par lequel le peuplé français voulut arriver tout d'un coup à ia liberté, on cherche vaine- ment quelque arbre sain et. solide, dont les branches offrent une voie de salut pour échapper au torrent dont les flots bourbeux entraînaient tout sur leur passage. Les idées les plus giandes, les plus généreuses se trouvaient alliées dans le même esprit aux théories les plus monstrueuses. La probité d'un Robespierre, la philanthropie d'un Saint-Just, n'étaient pas des phénomènes isolés. De tels contrastes se retrouvaient sous mille formes diverses dans les individus de toutes les classes, et jusque dans les niasses populaires. Les idées répu- blicaines, jetées au milieu de l'ignorance populaire et de la barbarie des mœurs, avaient produit cette fermentation uni-
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verselle. C'était le feu du volcan inonda ut ses alentours de cendres et de débris.
La verve de notre auteur semble inépuisable et s'exerce sans retenue. Peu de personnages éminens échappent à ses traits acérés. Il n'a, je crois, des paroles louangeuses que pour deux ou trois hommes : Washington, Lafayette, Napo- léon. Ce dernier nom fait une singulière figure à côté des autres. C'est le despote en présence des deux plus grands citoyens de cette époque. Mais M. de Montgaillard a partagé l'admiration aveugle qu'inspirait l'éclat militaire de Bona- parte, et, fatigué du désjordre révolutionnaire, il saluait avec acclamation l'établissement de l'Empire, qui venait cepen- dant détruire une à une toutes les conquêtes de la liberté, si chèrement achetées.
Dans les Annales françaises qu'il se propose de publier en 12 ou 13 volumes in-8°, et dont il vient défaire paraître le discours préliminaire, il refondra toute cette histoire, et la complétera , dit-il, par l'addition de notes et de fragmens nombreux. En attendant, le public saura gré aux éditeurs de l'ancienne édition d'en avoir baissé le prix de manière à la mettre à la portée de toutes les bourses. MM. Schwarz et Gagnot se trouveront bien sans doute de cette opération, et cette piquante galerie historique obtiendra un succès tout populaire.
Un tel ouvrage, tenant du pamphlet presque autant que de l'histoire, devait donner lieu à de nombreuses récriminations. Aussi son auteur débute- t-il dans ses annales par répondre à maintes attaques dont il a été l'objet. Du reste, la plupart, étant anonymes, ne méritaient guère d'être relevées, et puis- que M. dé Mon tgaillard prépare une nouvelle édition de cette histoire, il fera bien peut-être d'adoucir ce qu'il v a de trop acerbe dans ses jugemens, de modérer la causticité de son es-
Î>rit, de donner enfin à son livre une forme et une allure plus ùstoriques.
GÉOGRAPHIE ANCIENNE comparée avec la géographie moderne; par MM. Meissas et Michelot. — Paris, chez Hachette. 1837 In -12, 2 fr. 50 c.
Ce petit ouvrage, destiné à l'enseignement des collèges'', est rédigé avec une grande clarté, et ses auteurs ont heu- reusement évité cette s'eheresse , qui ne se rencontre que trop souvent dans la plupart des abrégés de géographie. Pro- fitant de tous les travaux des géographes anciens , et des Lumières nouvelles que les investigations des voyageurs mo-
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dernes ont répandues sur rMvets points obscurs, ils re- construisent l'ancien inonde tel que le connaissaient les Grecs et les Romains, en ayant soin de donner toujours, autant du moins que cela se peut, le nom moderne à côté du nom antique pour toutes les villes dont on connaît bien exactement la position et l'bistoire; le nom latin s'y trouve aussi" de manière à faciliter toutes les recherches et à aider les écoliers dans l'intelligence des auteurs classi- ques. Des notions historiques courtes, mais bien rédigées, jettent un intérêt véritable sur tous ces détails ordinaire- ment si vides, et si peu attrayans. Ce qu'on sait de la fon- dation des vdles, de leur destinée et des causes de leur chute, est raconté rapidement. MM. Meissas et Micbelot ont eu le rare talent de vaincre les difficultés que présente la tâche de resserrer un grand tableau dans un petit cadre. Les innombrables peuplades diverses qui couvraient autre- fois l'Europe, et sur la plupart desquelles nous n'avons d'autres renseignemens que quelques passages plus ou moins obscurs des historiens romains, offraient un dédale dont ils se sont tirés avec bonheur. L'Asie n'est pas moins bien traitée; ils nous en offrent un tableau complet, en mention- nant les principaux faits de l'Histoire-Sainte qui s'y ratta- chent. Enfin ils ont rassemblé