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HARVARD
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MEDICAL LIBRARY
IN THE
Francis A.Countway
LibraryofMedicine
BOSTON |-
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LÏBRÂRY
OF
CH ESTER N. FRAZ1ER
T. H. S^Btin [e jeune Scu.lp>.
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D'OPERATIONS
CHIRURGIE,
DR'MONTRE'ES AU JARDIN ROYAL,
Par M* D I O N I S $ Premier Chirurgien de feues Mefdames
les Dauphines , de Chirurgien Juré à Paris.
OU AT R IL* ME EDITION,
Revue > augmentée de Remarques importantes , & enrichie de
figures en t aille s-douc es qui représentent les Inftrumens nou-
veaux les plus en ufage.
Par G. dilaFaye, Chirurgien Juré à Paris*
#/?■
œ/nL&f+Ki,
A PARIS, rue Saine Severin*
Chez d'HoURy, fenl Imprimeur &: Libraire de Monfei-
eneur le Due d'Orléans.
M. DCC XL.
Avec Approbations & Vrivïlege du Roy;
_ .' ■ \ :,
<
AU ROY,
/ R E ,
Ce Cours d'Oplmtions de Chirurgie
ajue fofe préjenter aujourd'hui d VoTRE
Majeste',^^ hommage qui lui éft
dû j put f que ce fi en exécution de fes Ordres
âii
iv E P I T R E.
quelles ont été démontrées dans [on Jardin
Royal. VotreMaïeste^ toujours
attentive au bien defes Jujets • i? fur ce qui
peut contribuer à la perfection des Sciences
& des Aits , n a pas Jeulement ordonné par
nne Déclaration particulière , que les Ana-
tomies s'y fififient publiquement ; Elle a voulu
encore que les Opérations de Chirurgie y
fufifient démontrées à portes ouvertes & gra-
tuitement \ perjuadèe quil ne Jujftjoit pas au
Chirurgien de connoître l'homme pour le gué-
rir des maux dont il efit fi fouvent attaqué y
& quil lui étoit impojfible d'y parvenir ? sd
nétoit pleinement inftruit de toutes les Ope-
rations qui fie pratiquent fur le corps humain.
Si l'Anatomie doit [es plus grandes lumières
à cet établi (fiement 5 la Chirurgie nefi pas
moins redevable aux bonte^ de Votre
M A J E s T e' , qui lui a procuré les moyens
de Je perfectionner. L'autorité des premiers
Anatomijhs nous tenant enchaine^, ne nous
permettott pas de publier de nouvelles décou-
vertes; & l'attachement quon ayoitponr
r ancienne manière défaire les Opérations ?ious
împkhoit de chercher les moyens de les rendre
E P I T R E, v
plus heureufes & moins cruelles > mais par
les (oins paternels de Votre' Majesté',
nous fommes revenus de cette aveugle preven->
ûon pour les Anciens.] e fus choifts t S I R E ,
en 1672,3 pour démontrer les vérités Ana-
tomiques , & les Opérations Chirurgicales t
fat taché de m en acquitter avec toute lv ar-
deur & l'exactitude qui font dues aux or-
dres de Votre Majesté*. Les diverfes
Editions de PAnatomic de Phomme ,
telU que je l'ai démontrée au Jardin Rojal^
font voir quel le a été favorablement reçue du
Public \ mais comme on ne peut pas douter
que le fuccès tien fit du au nom augufîe de
Votre Ma/este' , fefpere auffi que
puifquElle ma permis de mettre ce même
nom à la tête de ce Cours d'Opérations dé-
montrées dans le même lieu , il ne fera pas:
moins bien reçu de tous les Chirurgiens en <£€-*>
neral, vu qnilsny trouveront plus ces fen
ardens 4S ces inflrumtns affreux dont les
Anciens épouvantoient leurs malades. J'ofe
même préfumer que ïimpreffon de ce Livre
deviendra également utile ZS aux jeunes
Elevés en Chirurgie , 4s *à ceux qui lapra^
aii|
vj E P I T R E.
tiquent fi dignement dans les Armées de
Votre Majesté'. Trop heureux > que
mon foible talent m ait procuré cette occajton
de marquer encore le ^ele ardent £b" le pro-
fond refpecl avec lequel je fuis 3
S I R E ^
be Votre Majesté* 5
Le trés-humble , très-obéiflànt
& très-fidele Serviteur ôc Sujet •>
Dïonis»
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4^?fe c»|«) tfs eis ef«3 &tô &*£ cms 54s tfs ws &s ?ys &fsetô&tô^55*
PRÉFAC È.
TOus les Philofophes conviennent de
l'importance de la Phyfique y qui pour
nous înftruîre de i'Hiftoire naturelle, ne fe
contente pas de monter] ufqu'âux Cieux,
d'examiner ce qui fe parle dans les airs , de
defcendre dans le fond des mers & de fouil-
ler dans les entrailles de la terre : mais qui
pénétrant dans chaque Etre en particulier,
nous fait connoître tout ce qui compofe
èc fait l'ornement de l'Univers»
La Phyfique ne pourroït pas déveloper
les refTorts qui font agir tous les corps que
nous voyons fans le fecours de rAnatomie y
c'eft par fon moyen que dùTequant de fé-
parant jufqu'aux moindres particules qui
composent un tout, elle découvre tous les
fecrets de la Nature j &; un cours dePhilo-
fophie fer oit imparfait, s'il étoit privé des,
lumières que lui donnent les Démonftra-
tions Anatomiques.
Si le Philofophe eft indifpenfablement
obligé d'avoir recours à l'Anatomie pour
découvrir l'intérieur de chaque Etre , que
ne doit pas faire le Chirurgien qui a pour
a iiij
viîj PREFACE.
objet le corps humain, l'ouvrage le plus
parfait qui foit forti des mains duCréateur.
Le premier contente fa curiolîté en aug-
mentant fes connoifTances par celles que
l'Anâtomie lui donne , mais l'autre ayant
à travailler fur l'homme, ne doit pas igno-
rer un leul des reflorts qui le font mouvoir 5
s'il veut être bon Chirurgien.
Il faut donc que la connoilïance du fujet
précède celle des Opérations qu'il doit y
faire : c'eft par cette raifon que chaque
liy ver au Jardin Royal on commence par
l'Anâtomie fur le premier cadavre qui fe
préfente, & qu'enfuite fur un autre on fait
toutes les Opérations de Chirurgie j 8c c'eft
cette même raifon qui m'a engagé de don-
ner au Public l'Anâtomie de l'homme a-
vant ce Cours d'Opérations que je lui don-
ne aujourd'hui.
Le Roi mieux informé qu'aucun de fon
Royaume de tout ce qui peut contribuer
au bien de fes Sujets , ordonna par une Dé-
claration particulière qu'il fît vérifier & en-
registrer en fa préfence dans le mois de
Mars 1673. que les Démonftrations de
l'Anâtomie Se des Opérations de Chirur-
gie fe feroient toutes les années dans fon
Jardin Royal à portes ouvertes & gratui-
tement , afin de faciliter aux Etudians en
Chirurgie les moyens de fe perfectionner
dans un Art qu'il a toujours regardé com-
me un des plus néceflàire dans un Etat,
PRFFACE. a
J'appelle la Chirurgie un Art pour me
renfermer dans fon éthimologie qui effcdé-
rivée de deux dictions grecques ; de Keir
qui fignifie main, 6c â'Ergon qui veut dire
Opération, de manière que Chirurgien &
Opérateur manuel font mots fynonimes,
qui font communs à tous ceux qui travail-
lent de la main. Quoique le Chirurgien
par cette éthimologie femble être confon-
du avec tous les autres artifans , c'eft d'el-
le néanmoins qu'il tire toute fa gloire y
puifqu'elle le diftingue & le met au-deflus
de tous les autres. Les Anciens qui ont
donné la dénomination à tous les Arts,
ont nommé Peintre celui qui fait les ta-
bleaux, Sculpteur celui qui fait les figu-
res, &c. Mais ils ont lamé par exellence
le nom de Chirurgien à celui qui travail-
lant fur le corps humain , avoit pour ob-
jet le plus noble de tous les Etres.
Ce feroit pourtant avec quelque juftice
qu'on pourroit qualifier la Chirurgie de
icience, contre l'opinion de quelques-uns
qui la traitent d'Art Amplement mécani-
que : il eft vrai qu'elle opère de la main 5
mais comme elle n'exécute que ce que l'en-
tendement lui dicte , elle ne mérite pas
moins le nom defcience, que les Mathé-
matiques qui tracent fur le papier avec la
règle & le compas , les figures & les dé-
monftrations quel'efprit imagine$ces deux
fciences ont également des inftrumens qui
x PREFACE,
leur font propres $ & comme Pufage de
ceux-là n'appartient qu'au Mathémati-
cien 5 l'ufage du fcalpel ôcde la lancette
eft propre au Chirurgien : car la féparation
de la Théorie d'avec la Pratique, eft éga-
lement impoffible dans l'une & l'autre de
ces Sciences $ & comme on eftimeroit igno-
rant un Mathématicien qui ne pourroit
pas former fes figures ni faire fcs Démon-
ftrations , on doit croire celui-là incapable
de foulager autrui, qui auroit befoin du
fecours d'une main étrangère pour guérir
des maux qu'il fe vanteroit^d'avoir décou-
vert. On peut non. -feulement mettre la
Chirurgie au rang des Sciences, mais enco-
re on doit la regarder comme la plus no-
ble, la plus certaine & la plus néceflaire de
•toutes $ puifque ce qui fait la noblefle d'u-
ne Science, c'eft la dignité de fon objet.
La Chirurgie a pour objet le même que
Dieu a eu pour celui de fa toute-puiffance ,
fur lequel il a bien voulu travailler de la
main 3 car pour former tous les autres , TE- -
criture nous apprend qu'il a feulement par-
lé, & ils ont été faits : &c lorfque cette
fcienee commande quelque chofe à prati-
quer par la fuite des conséquences qu'elle
tire defes principes,c'eft fur ce même corps
qn'elle opère. Eft-il rien de plus glorieux
pour le Chirurgien que de dire , que Dieu
après avoir fait l'homme & avoir donné la
forme & la figure à toutesles parties de for*
PRÉFACE. x]
corps convenables aux actions aufquelles
elles étoient deftinées , il l'abandonne en-
tre les mains du Chirurgien pour avoir foin-
de fa confervation , & le maintenir dans
cette conformation de toutes les parties
ou il a reçues du Créateur ? Dieu l'a prafci-
que étant lur la terre $ exerçant en toutes
occafîons cette Chirurgie parfaite en tou-
tes fes parties, qui en même-rems qu'elle
connoîtlemal y porte la main, & le re-
mède pour le guérir $ & les Apôtres fuc-
ceileurs de fa charité auffi-bien que de fon
f>ouvoir, ne dédaignoient pas d'appliquer
eurs mains fur les infirmitez des malades 5
&: par ces fecours charitables , ils conver-
tifloient une infinité de peuples, qui leur
voyant faire des cures extraordinaires , fe
1 amènent convaincre des véritez qu'ils en-
feignoient. Les Rois & les Princes raifoient
autrefois leur principale occupation de
panfer les malades qui imploraient leur
fecours , ne trouvant pas qu'ils fut au-def-
fous de leur dignité d'appliquer leurs mains
Royales pour guérir &; foulager le même
fujet que Dieu avoit formé de fes mains di-
vines , &: fans chercher des exemples dans
l'Antiquité , nous avons vu le Roi faire
préparer en fa préfence &: diftribuer chari-
tablement à tous ceux qui lui en deman-
doient, un Remède qu'il avoit reçu du
Prieur de Cabrieres ; ainfi de tous les tems
la Chirurgie a été regardée comme très-
xîj PREFACE.
digne d'être pratiquée par les plus Grands
de la terre.
La certitude de la Chirurgie eft mani-
festement prouvée par les effets merveil-
lieux qu'elle produit : en abattant les cata-
ractes , elle rend la vue aux malades fur
l'heure même. En vuîdant la poitrine par
le moyen de l'empyéme , elle fait parler les
muets. Et faifant les réductions des luxa-
tions de la jambe &: du pied y elle fait
marcher les boiteux. Enfin rien n'eft plus
fur que ce qu'elle fait y en ajoutant au
corps ce qui lui manque 3 en retranchant
ce qu'il a de fuperflu , et en le confervant
dans cette perfe&ion que lui a donnée
l'Auteur de la Nature : et quoique toutes
ces Opérations nous paroiflent des mira-
cles , parce qu'elles guériffent l'homme
dans un moment , ce ne font néanmoins
que les effets ordinaires de la Chirurgie %
dont la certitude ne peut être affèz ad-
mirée.
Pour fe laiiTer convaincre de la nécef-
fité abfolue de la Chirurgie , il n'y a qirà
faire réflexion, que toutes les autres Scien-
ces &; tous les autres Arts ne font nécef*
faires à l'homme que pour vivre commo-
dément j mais que la Chirurgie lui eft
néceffaire pour vivre abfolument 3 puif-
que dès le moment de fa naiflànce il im-
plore fori fecours pour lui faire une liga-
ture à l'ombilic , ou pour lui couper fous
PR'E'FACE. xîij
la langue le filet que fouvent il apporte
en naiflant , fans quoi il périroit aufli-tôt
qu'il a vu le jour. On peut ajouter que
fans cette Science la terre feroit prefque
toute dépeuplée , parce qu'il eft peu de
perfonnes à qui dans le cours de fa vie,
on n'ait pas fait quelque Opération qui
Tait empêché de mourir. Si on ne panfe
pas un coup d'épée ou dë'moufquet au
travers du corps , fi on ne trépane pas
quand on a le crâne fraduré , fi on ne
fait pas l'Opération du bubonocele dans
un étranglement du boyau , on meurt in-
failliblement , 6c par conféquent il faut
convenir de la néceflité de la Chirurgie
qui enlevé tous les jours plufieurs perfon-
nes du tombeau qui y delcendroient fans
elle. Combien dans les Armées a-t'elle
guéri de bleflez? Combien de grands Ca-
pitaines feroient péris par des plaies épou-
vantables lî elle ne les avoit pas fecou-
rus ? C'eft dans les Armées , c'eft dans
les Sièges que la Chirurgie triomphe ,
c'eft-là que tout reconnoit fon empire 84
fa néceflité i c'eft-là que les effets & non
pas les paroles font fon éloge. On entend,
les uns qui faifant le récit de leurs blef-
f lires , publient lui être redevables de la
vie : on voit les autres qui par la con-
fiance qu'ils ont dans la Chirurgie, expo-
fent encore leur vie avec plus de géné-
jofité pour le fervice du Prince, perfua-
xfv PREFACE.
dez avec juftice qu'ils trouveront chez elle
tous les fecours qu'ils en attendent.
Ce font les Opérations qui en produ-
fant des effets fi furprenans , rendent la
Chirurgie lî recommanciable : c'eft pour-
quoi celui qui s'engage dans cette pro-
felïîon , ne doit rien négliger pour s'en
initruire &c s'y perfectionner. Paris lui en
fournit les moyens mieux qu'aucune Ville
de l'Europe j il s'y fait des démonftrations
publiques en trois endroits différens, au
jardin Royal , à l'Ecole de Médecine, &
à Saint Cofme , qui toutes étant faites
par des Maîtres Chirurgiens Jurez de
Paris , s'y démontrent avec la dernière
exactitude.
j'ai fait pendant huit années celles du
Jardin Royal, où le concours des Etudians
étoit li grand , que la plus grande falle des-
tinée à ces Démonftrations n'en pouvoit
pas tenir la moitié, c'eft ce qui nous obli-
gea de faire des billets cachetez que nous
diftribuions aux Garçons Chirurgiens qui
fervoient les Maîtres, qui feuls y pouvoient
entrer, & cela pour éviter la confufion par
l'exclufion de ceux qui étoient en bouti-
que chez les Barbiers , & de ceux que la
feule curiofité pouvoit y attirer.
Ceft ce même Cours d'Opérations que j'ai
démontrées tant de fois au Jardin Royal j,
que je fends public aujourd'hui dans l'ef-
pérance qu'il ne fera pas feulement utile à
PR FF A C E. xy
ceux qui par l'éloignement des lieux , ou
par leurs féjours dans les Provinces n'ont
pas pu y affiftér,niais encore a ceux de Paris
qui ayant quelqu'une de ces Opérations à
faire en le lifant y trouveront ce qui fe fera
écliapé de leur mémoire.
Si ce Cours d'Opération eft reçu favo-
rablement des Etudians , & fi les connoif-
feurs le jugent digne de leur approbation >
c'eft à la Chirurgie de Saint Cofme que
tout le mérite en eft dû. Je n'ai fait que re-
peter les inftru&ions que j'ai puifées dans
cette Ecole célèbre en me faifant palier
Maître. Les quatre Prévôts qui font char-
gez de faire faire à l'Afpirant toutes les
Opérations fur le fujet pendant la femaine
Anâtomique , ne laiffant pafTer aucune cir-
conftance eflentielle j s'il s'enacquite bien
ils lui font rendre raifon pourquoi il les
fait ainfi , &: s'il manque en quelque chofe,
ils le redreflent &: lui apprennent j de forte
que celui qui a fait le chef-d'œuvre à Paris ,
fe peut dire fans conteftation Chirurgien
delà bonne roche.
Mr Félix le père dans le deflein de met-
tre un jour fon fils à fa place , voulut qu'il
fût Maître : il lui fit faire le chef-d'œuvre
avec toute la féverité qu'il demande. Mon-
sieur Maréchal qui remplit la même char-
ge de premier Chirurgien du Roi, a voulu
que fon fils fui vît cet exemple, il en a fait
tous les a&es avec la même axactitude que
xvj PREFACE,
font tous les autres. Pour moi qui al deux
fils qui ont voulu embraffer cette profef
fion 3 dont un a été Chirurgien ordinaire
de Madame la DuchefTe de Bourgogne , de
l'autre Chirurgien Major de l'Armée du
Roi en Efpagne j je les ai mis fur les bancs ;
auffi-tôt qu'ils fe font déterminez à être
Chirurgiens , ils ont faits les vingt-cinq
actes du chef-d'œuvre avec la dernière ri-
gueur l ôc dans cette Compagnie ils ont
puifé les lumières qu'on ne trouve point
ailleurs. Dieu veuille, que les aggrégations,
les arfociations , les légers examens qui y
en ont incorporé plufieurs qui ne fe fen->
toient pas allez forts pour y entrer par la
voye du chef-d'œuvre , ne diminuent rien
de fon ancienne fplendeur , ne la faflènt
point relâcher de la régularité dans (es
ades , en prodiguant la qualité de Maître
à des fujets indignes de la porter , & qu'en-
fin on continue de dire comme autrefois >
que l'Ecole de Chirurgie de Paris eftla pre-
mière du monde.
Ces Opérations ayant été démontrées
dans une des falles du Jardin Royal, ou on
avoit fait une efpéce d'amphitéâtre en at-
tendant que le Roi en eût fait faire un au-
tre plus fuperbe &: digne de fa grandeur,
comme il a été exécuté par la fuite 3 j'ai
fait graver la maifon du Jardin Royal que
j'ai mife à la tête de ce Livre, & en même-
tems le dedans de l'Amphitéâtre de Saint
Cofme
P R E* F A C Ë. kvîj
Cofme que vous voyez au commencement
de la première Démonftration , dans le-
quel tous les fpe&ateurs font aflemblez.
J'ai pris ce modèle comme le plus magnifi-
que de ceux qui font à Paris • 6c tel qu'il
doit être pour faire très-commodément
des Démonftrations publiques*
J'ai divifèce cours d'Opérations comme
mon Anatomie en dixjournées, La premiè-
re traite en général des Opérations ôc des
futures 3 la féconde , dès Opérations qui
fe pratiquent fur le bas- ventre 3 la troisiè-
me, de celles qui fe font fur la veffie , la
verge, de la matrice : la quatrième, de cel-
les que demandent les aînés , le ferotum &c
Panus : la cinquième , de celles de la poitri-
ne & du col: la fixiéme, de celles qui fe
font à la tête èc aux yeux : la feptiérne, de
celles qui fe rapportent à toutes les parties
du vifage: la huitième, de celles qu'on fait
aux extrémitez fupérieures $ la neuvième
de celles qui fe font fur les extrémitez in-
férieures 3 enfin , la dixième & la dernière
de celles qu'on peut pratiquer fur toutes
les parties du corps. J'ai cru cet ordre
moins embarafTant pour les Ètudians , que
fi je les avois mis confufément comme
nous les voyons dans les Auteurs,
J'ai mis à la tête de chaque Opération
une planche qui repréfente l'appareil tel
que. le Chirurgien le doit préparer avant
que de faire fon opération ; à celles qui fon£
xvîïj P R F F A C E.
légères, & qui ne demandent point d'appa-
reil je n'y en ai point mis , &: à celles où il
n'en faut pas un confidérable , j'en ai fait
graver plufîeurs fur une même planche ,
le nombre des figures eft de plus de foixan-
te, ce qui fait voir que je ne les ai pas épar-
gnées , que j'y en ai mis autant que j'ai jugé
qu'il en étoit néceflàire pour l'inftru&ion ,
èc pour la perfection de cet Ouvrage.
Il y a des lettres alphabétiques difper-
fées dans le fecours de chaque Opération ,
qui ont raport avec celles qui font gravées
dans la planche 3 de forte que celui qui
voudra sïnftruire de la manière de la faire $
trouvera marqué par A le premier inftru-
ment dont il doit fe fervir , &; continuant
par ordre, il finira par Pinftrument ou le
bandage marqué par la dernière lettre qui
fera gravé dans la planche.
Ceux qui voudront voir un plus grand
nombre d'inftrumens , je les renvoyé au
Livre qui a pour titre I Arfenal de Chirurgie
de S cuit et , fameux Chirurgien d'UImes 5
cet Ouvrage a été imprimé en latin à Fran-
fort , il y a plus de foixante ans , &: depuis
peu il a été mis en françois, &; imprimé à
Lyon j ce LivrereflTembleafTezàunArfenal
où l'on voit quantité d'Armes antiques, ca-
pables feulement de contenter la curiofitéj
mais qui ne font d'aucun ufage à préfent.
J'ai évité autant que j'ai pu les noms
rudes & barbares que les Grecs ont donnés
F R E* F À Ç Ë, xïx
aux Maladies, èc aux Opérations qu'elles
requièrent-, j'ai tâché déparier François,
& d'en difcourir fous les noms les plus ufi-
tez dans notre langue.
Je commence néanmoins par expliquer
leur ethnologie , afin que le jeune Chirur-
gien fçache d'où font dérivés des mots iî
difficiles à retenir , je continue par la dé-
finition, les différences, les caufes &c les
ïignes de chaque maladie ^ je prefcris les
reniédes convenables pour en obtenir la
diration. Et fi la maladie ne cède point à
ces remèdes, &; qu'il en faille venir à l'Opé-
ration, je marque ce qu'il faut faire devant,
durant , & après l'Opération , & comment
il faut fe conduire dans le panfement, de
forte qu'il ne tient pas à moi fi on n'obtient
pas la fin qu'on fe propofe, qui eft. la par-
faite guérifon.
Je rais plufieurs remarques , & je impor-
te iouvent des faits hiftoriques qui doivent
encourager le Chirurgien à entreprendre
les Opérations. Depuis plus de cinquante
ans que je pratique la Chirurgie à la Ville
&: à la Cour, j'ai tant trouvé d'occafions
de l'exercer, que tout ce que j'avance eft
fondé fur ma propre expériencejc'eft pour-
quoi oh peut m'en croire , 6c d'autant plus,
que je ne cite rien ou très-peu de chofes
ïur la bonne foi d*autrui.
Les portraits que je fais de plufieurs geiis
qui ont monté fur la fcehë pour jouer des
eij
xx PRFFA CE.
. rôles différens dans la Médecine &: dans lz
Chirurgie font tirez au naturel , on peut y
ajouter toute la foi poffîble, puifque j'en
ai connu les originaux , & que dans les hif-
toires que j'en fais, je parle avec ma fince-
rité ordinaire, je ne les rapporte que dans
la vue de rendre fervice au Public , afin
qu'il évite de fe livrer entre les mains de
ces fortes de gens qui promettent infini-
ment plus qu'ils ne peuvent tenir, &: de
ceux qui n'ayant qu'un remède, le donnent
têtQ baillée à tous ceux qui fe préfentent.
S'il y a quelqu'un qui s'en trouve offenfé y
ou par lui-même ou par fes amis , je lui dé-
clare que mon deflein n'eft point d'infulter
perfonne fur fa vie, fes mœurs & fa probité >
que je n'attaque que ceux qui prennent
impunément la qualité de Médecin ou de
Chirurgien, parce qu'ils auront quelque lé-
gère teinture de l'une ou de l'autre de ces
deux Sciences. Je ne blâme point ceux qui
charitablement diftribuent des remèdes
aux pauvres qui leur en demandent 3 je fçaî
qu'il y a quantité de perfonnes qui en don-
nent dans l'intention de foulager lesmala-
des &: fans aucun intérêt, &: je fçaiauffi
qu'on peut être fort charitable & zélé pour
le-prochain, &t en mêrne-tems ignorant
Médecin , & dangereux Chirurgien.
Enfin , pour remédier aux abus , ou plu-
tôt pour éviter les inconveniens qui arri-
vent quelquefois dans Pesercice de deux
PRE'F A C K xxj
•profefïïons fi néceflaires à la confervation.
de la vie des hommes , il femble qu'on ne
peut rien ajouter de mieux à la diicipline
qui s*obferv6 aujourd'hui, que les anciens
Reglemens des Ecoles de Médecine & de
Chirurgie de Paris : en effet on ne voit rien
qui nef oit fagement établi pour porter les
Elevés à la perfection de leur Art> par rap-
port à la faine Doctrine qu'on y apprend.
Les nouvelles inftitutions qui y ont été fai-
tes , en doivent encore beaucoup augmen-
ter la réputation & Te/time chez les Etran-
gers. M. Fagon non content des foins qu'il
prend à avancer la Botanique, la Chymier
& la Chirurgie, parle choix qu'il fait, ou
qu'il approuve des Profefleurs les plus ca-
pables dans ces trois parties delà Médeci-
ne , êc par les fecours qu'elles reçoivent de
fon grand crédit auprès du Prince , a pour-
vu depuis peu d'années le Jardin Royal
d'un Cabinet des plus rares de l'Europe, en
tout ce qui regarde les chofes naturelles ,
afin que dans le tems des Exercices de ce
lieu les Phyficiens de tout le Royaume ,
& des autres Pays les plus éloignés y puif-
fent venir s'inftruire de là nature & des
propriétés de tous les mixtes qu'on y ex-
pofe à leurs yeux , & dont on leur rapporte
Thiftoire la plus certaine , pendant que
d'un autre côte quelques-uns des plus illuf-
très de notre Compagnie, ont fondé des>
Leçons publiques, où nos jeunes Maîtres
ëiï]
xxf] . • PREFACE,
donnent tour à tour des preuves de leur
capacité dans les démonstrations & les ex-
plications qu'on les engage défaire del'A-
natomie, des Opérations, del'ufage méca-
nique des os & de leur maladie , en mê-
me -tems que M. le premier Chirurgien
nous anime tous par le zélé qu'il témoi-
gna tant à maintenir nos droits , qu'à pla-
cer dans des poftes avantageux qu'il a à
fa nomination les perionnes en qui il re-
marque un vrai mérite, &: par les exemples
Singuliers qu'il nous donne fi fréquemment
de la plus ingenieufe §c dç 1^ plus hçurçuf^
pratique.
XXllj
AVIS
DE L'AUTEUR
D ES
REMARQUE S
IL n'eft pas néceflaire de relever ici par un long
éloge le Cours d'Opération s de Chirurgie,
dont on donne une nouvelle édition. Il fuffit de dire
que c'eft l'ouvrage d'un des plus grands Maîtres de
l'Art , èc un ouvrage digne de la réputation de fon
Auteur j que c'eft un de ces Livres excellens aufquels
le Public a toujours rendu juftice, &: dont le mérite a
trouvé autant de fufrrages dans les pays étrangers que
dans le lieu de leur naiflfance.
Je me contenterai donc d'expofer en peu de mot'
ce que je me fuis propofé en compofant les remarque
dont j'ai augmenté la troifiéme édition & cette qua
triéme.
Mon buta été i°5 d'éclaircir certains endroits que
les Etudians n auroient peut-être pas bien entendu.
2.°. De décrire plus au long quelques opérations dont
j'ai crû qu'un détail plus exaâ feroit plaifir. 30. Enfin
d'ajouter les découvertes qu'on a faites dans la Chirur-
gie depuis que l'Auteur a donné fon Livre au Public.
Si je m etois borné à expliquer les endroits du texte
où il fe rencontre quelque difficulté j le nombre de
mes Remarques auroit été fort petit , car l'Auteur
s'explique prefque toujours avec une clarté qui ne
laiite rien à défireiv Mais comme fon Livre n'eft an-
xx iv AVIS.
tre chofe que le recueil de dix Démonftrations qu'il
a faites au Jardin du Roy , 6c qu'apparemment les
bornes du tems l'ont empêché de les étendre autant
qu'il auroit été à fouhaiter *, j'ai crû rendre fervice
aux jeunes Chirurgiens en leur expofant avec plus d'é-
tendue quelques opérations importantes, C'eft la ma-
tière de plusieurs de mes Remarques , longues à la
vérité, mais que je n'aurois pu abréger Tans en retran-
cher beaucoup déchoies fort utiles & que les Etu-
dians n'auroient trouvé qu'avec beaucoup de peine &c
de tems dans un grand nombre d'Auteurs , dont la
plupart leur font inconnus. Ainfi j'efpere qu'on ne
me fçaura pas mauvais gré de leur longueur.
Je me flatte qu'on recevra encore mieux celles ou
je rapporte les découvertes qu'on a faites depuis la
mort de l'Auteur. Les Arts fe perfectionnent tous
les jours , de la Chirurgie eft un de ceux dont les
progrès font actuellement plus fenfibles. Aucun fiécle
n'a été plus fécond' en Praticiens ftudieux Ôc habi-
les, Denujs le tems que M. Dionis adonné fon ou-
vrage au Public , on a trouvé pluileurs manières
d'opérer plus fimples , plus fuies & moins cruel-
les que celles qui étoient alors en urage , on a in-
venté plu fieurs inft rumens, Se l'on a fait des obfer va-
rions qui ont défabufé de quelques erreurs qu'un ref-
pect trop aveugle pour les Anciens & que la prati-
que ordinaire avoir accréditées, Aufli ceux qui de-
puis notre Auteur ont traire des Opérations , ont-ils
répandu de nouvelles lumières fur cette matière.
Cette réflexion auroit pu faire regarder le Livre
de M. Dionis comme un ouvrage incomplet. Il eft
vrai que l'Auteur y donne non- feulement la deferi-
f ion des Opérations & des Inft rumens , mais encore
une idée des maladies Chirurgicales & le détail des
appareils & des traitemens qui conviennent après
chaque 0f ératipn -, ce qu'on ne trouve pas du moins
A V I S. xxv
avec la même étendue , dans aucun autre Traité fur
cette matière. Mais comme depuis la mort de l'Au-
teur on a fait beaucoup de découvet tes , il faudroit
en reconnoiflTant la bonté de cet ouvrage , convenir
qu'il y manquerait bien des chofes importantes.
Pour remédier à ce défaut, qui fans ternir la gloire
de l'Auteur , fait honneur à l'application ôc à la fa-
gacité des Praticiens de nos jours , j'ai fait un nom-
bre confiderable de remarques qui renferment les
nouvelles découvertes de qui ferviront par-confé-
quent de fupplément.
Ceft avec confiance que je donne au Public cette
addition, parce que je ne l'ai point tirée de mon pro-
pre fond , mais de la le&ure des meilleurs Auteurs ,
des leçons & de la converfation des plus grands Maî-
tres de nos jours. J'avoue que c'eft 3. leurs dépens que
j'ai enrichi ce Livre d'une infinité d'obfervations
utiles & curieufes , & que c'eft par leurs travaux que
je me fuis trouvé en état de donner une Edition de ce
Cours d'Opérations beaucoup plus complette que les
précédentes.
Cette quatrième Edition a plufieurs avantages fur
la troifiéme. J'y ai ajouté plufieurs nouvelles Remar-
ques que j'ai jointes aux anciennes , & j'ai mis les unes
ôc les autres au bas des pages aufqueiles elles ont rap-
port , au lieu que dans la troifiéme Edition , elles ne
fe trouvoient qu'à la fin de l'Ouvrage , ce qui étoic
incommode. J'ai fait graver quatre planches des in-
ftrumens dont je parle. Comme la première des plan-
ches que l'Auteur a donnée , n'étoit pas afiez di-
ftin&e , j'ai crû devoir lui en fubftituer une où les
inftrumens fuifent gravés avec plus de foin : j'y ai
ajouté les pincettes a anneaux indiquées dans une de
nés Remarques par la lettre &.
Noms des Auteurs cités dans les Remarques,
ALbinus.
Antoine Maître-tean.
Arnaud.
Arnaud deRonfïl.
Ariitote.
Bai bette.
Belloite.
Berengarius.
Brififeau.
Boudou.
Bicnaife.
Caumont.
Chefelden.
Colot.
Cortefîus Johan. Baptifta*
Commercium Lùterarmm , &c.
Darçeat.
Denis.
Duverney.
Defprés.
Ephemerides d'Allemagne.
Foubert.
Eabricius at> aqua pendente.
Fabricius Hildanus.
Frère Jacques.
Gérard.
Granier.
GalTendi.
Galien.
Garengeot.
Guerin.
Goulard.
Habicot.
Hiftoire de l'Acad. des Scienc.
Joubert..
Jonnot
Journal des Scavans.
Junckers.
La Peyronniee,
Ledran.
La Haye*
Lecat.
La Motte.
Lktre.
Lafnier»
Morand.
Marchetis..
Manne.
Meuriffe.
Meekren.
Munnick.
Muys.
Mery.
Manget.
Mezeray,
Mercure de Fiance.
Michel.
Nuck.
Peyer.
Paré Ambroife^V
Petit.
Perchet.
Rulleau.
RamdorhêV
Rouhauk.
Rau.
Ruyfch.
Saviart.
Sennert.
Sabourin.
Sthal.
Tollet,
Thibault*
Taliacot.
Tulpius.
Vacher.
Verduin..
Virgili.
VerHier.
Ver duc.
Wertembergias*
Winflow,
XXV1J
TABLE
DES TITRES ET SECTIONS'
de ce Livn , contenant dix Bémonfirations.
PREMIERE DEMONSTRATION,
enfeignanr les chofcs néceflaires pour pratiquer
les Opérations,
D
V gênerai des Opérations r page i.
Des tnfirumens communs de chirurgie , i S
Des tentes & canules , 28
Des botirdonnets & plumaceaux , 3 6
Des emplâtres , 4 5!
Des comprejjes , 4 ?
Des bandages y 5 °
Des futures tant en gênerai qu'en particulier , 5 9
SECONDE DEMONSTRATION,
contenant les Opérations qui fe font fur le
ventre inférieur..
J>e la ligature de l'ombilic 3 7%
De la Gaftroraphie a 79
De VExemphale , 1 o 4
De T Epiplomphale y * 108
De VEnteromphale y ibid
De l'Epiplo-enteromphale% ibid.
De l'Rydromphale , ibid,
Qe U Pneumatomphale 3 ibid*
xxviij TABLE.
De la sarcomphale , i 0 ^
De la Varicomphale , I 0 p
De la Hernie ventrale , i i p
De la Paracentefe , 122
De l'Opération Ce [arienne y 122
TROISIEME DEMONSTRATION,
renfermant les Opérations qui fe pratiquent
fur la veffie , fur la verge & fur la matrice.
Del* extraction de la pierre , page 173
Des pierres trouvées dans les reins du Pape Innocent
**• 182
Du la fupprejfion d'urine , 1 p 1
Du Catheterifme , j y a
De la pnclwn au perinê ', 1 9 e
Du haut appareil , 221
De la pierre dans l'urètre y 2 3 2
D* la taille des femmes , 226
Hipire du Frère Jacques -„ <2 3 9 & fuiv.
£*j Opérations fur la verge , 25^
D« phjmojts. 2 ^ g
D« Paraphymojis , 2^2
Ite l'adhérence du prépuce , 265
D« porreaux de la verge , 2 6 7
D* / Wfr* ##j wV/l />4J /> w , 2 6 S
Z)w d^att « gland & des moyens dy remédier y
169
De la carnojîté ; 27 r
Des Opérations fur la matrice y 2 74.
Des accouchemens & des occajîons qui demandent le
Chirurgien , 2 8 3 , "2 8 4. & fuiv.
Des fuites des accouchemens , & des defcentes oit
chutes de matrice qi(i en arrivent y 3 a 3 & fuiv*
TABLE xxiV
QUATRIEME DEMONSTRATION^
traitant des Opérations qui fe font aux aynes ,
au fcrotum 3 8c à l'anus.
Des hernies -, de leurs caufes , & de leurs différente»
efpeces , page 3 1 3 & fuiv.
Dm bubonocele , 34,0
D?* hernies des femmes , 36a
jDw opérations du fcrotum , d* * pour le f quelles
on les fait, 388
Du fondement clos naturellement , 390
De la chute du fondement , ^ 392
D« condilomesy crêtes , r^ du pus m de l'eau con^
tenue dans la poitrine > 422
Des fiftule s du thorax > 4 4 *
&?s Opérations du mammtlon | - 444.
&xx TABLE
tj)es abfces a la mammelle > 44 g
[Du cancer 9 4,50
^Delagibbojîté , 466
|Z>* /<* faignée de la jugulaire ~ 470
iD^ /# Broncotomie > 4 7 £
SIXIE'ME DEMONSTRATION,
traitant des Opérations qui fe font à la tête &:
aux yeux.
fyes fr allures du crâne \ page 4 8 1
(P« Trépan , ç 1 ^
£)# panfement du Trépan > 522
!£>é l'hydrocéphale > * * 2 f
%>ç l'anchiloblepharon 3ou agglutination des paupières ■
pu Lagophtalmos , eu rttraclion de la paupière ftipe-
rieure, ç 35
tye l'Eiïropion > ou renverfement de la paupière infé-
rieure , * , K
5D« crithe ou grain d'orge * ^e d£j paupières , 53 g
difiichiajis , c?« «&«£fc r^ rfe #/£* 539
!D« phalangojîs , ou herifjement des cils , 540
'Du ptojis y ou renverfement des cils , ibici.
De s maladies des tuniques de l'œil , 542
*Be l'hypopion , ou colleclion du pus aux yeux , ibid*
pD« pterigion , ou excroiffance dans l'œil * 543
î)« proptojis , o« forgetement de l'œil , 547
rD* l'hypoebyma f ou cataraiïe , 54^
JD* s ordures entrées dans l'œil , 55g
D** maladies des angles des yeux , 5 59
Del'Eckantis, ibid.
Del'Anchilops , 5 60
%)t l'Mgilops 9 55 1
TABLE. ; &xxj
'Des moyens d'empêcher de loucher , *$yz
Des yeux artificiels t 57$
SEPTIEME DEMONSTRATION,
concernant les Opérations qui fe pratiquent
à toutes les parties du vifage.
Du polype, ^7%
De VoiLene > 585
Des plaies du nez. , 5$7
Des faignées de la Tête , 5 9°
De ï Artenotomie , 59 5
Du bec de lièvre , 597
Des opérations des gencives > 60 f
De celles des dents , 608
De selles de la langue , 623
De celles de la luette , 62 y
De celles des Amigdales , 6 3 z
De celles du gosier , *> 3 4»
De celles des oreilles > t 635
Des parotides , 63 8
Dugoetre 9 6 39
Des Ecrouelles , 641,
HUITIE'ME DEMONSTRATION,
expliquant les Opérations qu'on fait aux extré-
mités fupérieures.
De la faignée , & de tout ce qui raccompagne > 64,4,
De ÏÀnevriJme , 68 8
De la future du tendon , 7 I îi
Des doigts adherens , 7 1 y
De la courbure des doigts y 7 *T
Du Panaris , ibid*
De l'extirpation des doigts , 7 2 5
De la transfujïon > & pourquoi on Va condamnée > 71%
xxxij TABLÉ.
NEUVIEME DEMONSTRATION,
traitant des Opérations qui fe font fur les
extrémités intérieures.
De V amputation d'une jambe , 732
Des jambes de bois y 7 3 1
Des Varices f ; 7 76 z
De la faignée du pied , 767
Des pieds contrefaits , 77 $
De l'entorfe > 777
Des durillons & des cors aux pieds ? 780
De l'ongle qui entre dans la chair 7 % 1
Biftoires de quelques Empiriques , 7S6
DIXIE'ME ET DERNIERE
DEMONSTRATION,
comprenant les Opérations qu'on peut pratiquer
fur toutes les parties du corps vivant, ou
aptes la mort.
De Vextraclkn des corps étrangers , 797
Du Seton , S 14
De l'ouverture des abcès * 817
Du car bonde , 815
De l'antrax , 8 2 6
Des tumeurs Enhftées^ Bip
Des cautères , 835
Des Ventoufes , ,841
Desfangfues .847
Des Veflic atoires , 849
D* VEchimofe . 852
Df j Verrues ou porreaux . 8 5 ?
De l'ouverture d'un dsrps mort > 858
Ite l'Embaumement , 86 8
Fin de la Table»
COURS
■v'* '
la.Je-etirtr Le .
C O U R S
D'OPERATIONS
DE
CHIRURGIE,
DEMONTREES
AU JARDIN DU ROY,
DES OPERATIONS EN GENERAL.
PREMIERE DEMONSTRATION.
Ou s voici arîemblez , Meilleurs, fui-
vant la coutume fi fagement établie à
la gloire du Prince & à l'avancement
de la Chirurgie, pour commencer au-
jourd'hui fur le fiijet que vous voyez,
un Cours d'Opérations que j'efpere que nous achè-
verons dans les dix journées qu'on employé d'or-
dinaire à cet exercice.
Les Démonftrations que nous avons à vous faire,
font abiolument néceffaires à ceux quife deftinent
à la Chirurgie & qui Yeulenc mériter le nom de
A
Portrait
d'un bon
Chirurgien.
% Des Opérations de Chirurgie,
Chirurgien *, nom autrefois fi eftimé que les plus
grands Princes même ne dédaignoient pas de le
porter , en fe faifant appeller du nom de la partie
de Chirurgie dans laquelle ils exceiioient, comme
on peut juger par l'étymologie de ces noms d*Her-
cule , d'Efculape , de Machaon , &c. Il vantez pour-
leurs belles cures.
En effet cette Profefïîon s occupant toute a la
confervation èc au rétabliflement de la fanté de
l'homme , le chef-d'œuvre le plus accompli de l'U-
nivers , ne doit-on pas convenir qu'elle eft autant
au-deflus des autres emplois 9 que fon objet eft pré-
férable au refte des êtres , & (a fin aux plus grands
defTeins qu'on fe puifTe propofer i Pour peu aufîî
que l'on réfléchifïe fur les puilfans fecours qu'on ti-
re tous les jours de ce grand Art qui n'agit que fur
des principes fûrs 8c manif elles , on fera bien- tôt
convaincu que rien n'eft plus utile dans un Etat
que de bons Chirurgiens.
Par de bons Chirurgiens je n'entens pas parler
de ceux qui prétendent à cette qualité, parce qu'on
leur aura appris à faire une emplâtre & une faignée,
ni de ceux qui connoiflfant leur foiblefte n'ont ofé
s'expofer à fubir la rigueur du chef-d'œuvre ',
mais j'entens parler de ceux qui après une loua-
ble éducation > ont été inftruits des préceptes de la
Chirurgie par de bons Maîtres , qui ont enfuite
pratiqué dans les Hôpitaux des Villes & dans les
Armées félon les lumières & la faine méthode
qu'ils ont puifées dans l'Ecole de S. Corne , qui eft
âfTurément le lieu où fe forment les plus habiles
Chirurgiens de l'Europe. Je parle enfin de ceux
qui ont pour principal but de leurs travaux la gloi-
re de guérir ou de foulager autant qu'il eft pollî-
ble, généralement toutes les perfonnes qui ont be-
foin de leur affiftance } Se qui n'étant point avides
du gain , courent également chez les pauvres corn*
me chez les riches.
Première D e'm onstration. 5
La Chirurgie a été définie diverfement par dif- Définition
ferents Auteurs j les uns l'ont honorée du titre de ^ Ia chlrur-
fcience â les autres ont prétendu qu'elle étoit un
art amplement mécanique , &r d'autres ont foutenu
qu'elle étoit fcienee 6c art tout enfemble , 6c que
ces deux chofes n'en pouvoient être féparées Tans
la rendre imparfaite -, pour moi qui fuis du nombre
de ces derniers } je dis que la Chirurgie dans toute
fon étendue eft une habitude de l'entendement for-
mée par l'étude 6c par des réflexions fur l'expérien-
ce, pour connoître les maladies du corps humain 6c
en même-téms une dextérité acquile par un ufage
fréquent 6c bien ordonné , pour appliquer avec les
mains aidées des inftrumens les remèdes aux mala-
dies qui en ont befoim
Tous les anciens ont auffi divifé la Chirurgie en Divifion de
deux parties -, fçavoir sen Théorique & en Pratique, * lrurêic »
ils dilent que la première eft une fcienee qui enfei-
gne la manière d'opérer pour la guérifon des mala-
dies , & ils veulent que la féconde foit un art qui
guérit effectivement par l'opération de la main
adroitement dirigée. Il y a des Médecins qui ont
fuivi la même diviiîon qu'ils ont exprimée en des
termes differens 3 partageant toute la Chirurgie en
Chirurgie médicale 6c raifonnée , & en Chirurgie
manuelle 6c operative; C'eft en conféquence de
cette diftinétion qu'ils établirent deux fortes de
Chirurgie , qui peuvent être pofledées féparément
par différentes perionnes , prétendant que la pre-
mière eft le partage des Médecins , 6c que la fé-
conde appartient aux Chirurgiens.
Mais il faut demeurer d'acord qu'un Chirurgien
qui n'auroit que cette Chirurgie pratique , ma-
nuelle 6c operative pour fon partage, feroit un Chi-
rurgien qui coureroit fou vent rifque de tuer ou
d'eftropier fes malades , quand il n'auroit pas de
Médecin pour le conduire ; 6c même en la prefence
du Médecin ne feroit- il pas encore en danger de
4 Des Opérations î>e Chirurgie ;
faire des fautes , fi fa tête n'étoit la conductrice de
la main ? En effet pour marcher furement ii faut
avoir des yeux clairs voyans de des jambes fouples
Se agiles , l'un fans l'autre eft infuffifant. Un aveu-
gle,par exempte, qui aura de bonnes jambes,& qui
fera mené par un conducteur éclairé Se fidèle , ne
laifTeroit pas de trembler en marchant , parce que
la lumière fera féparée de la puifTance qui le fait
marcher : de même quelque expérience qu'un Chi-
rurgien puifTe avoir , s'il n'a pas la connoiiïance
xjui le doit régler dans fon ouvrage , il travaillera
-en aveugle *, Se s'il n'efl pas bon Théoricien , il ne
fera jamais praticien habile.
La Théorie \[ faut jonc qUe [e Chirurgien pofTede l'une Se
bie 'àc^î™' l'autre de ces deux parties de la Chirurgie. Lapre-
Pranque, miere s'acquiert par la connoiiTance des maladies
qui arrivent à l'homme , & la féconde par l'habitu-
de que l'on contracte à bien exécuter toutes les
opérations qu'elles peuvent demander pour erre
guéries. Celle là a été renfermée par le fameux
Guidon dans ilx Traitez , dont le premier parle
dts tumeurs , le fécond des playes , le troifiéme
des ulcères, le quatrième des fractures , le cinquiè-
me des luxations , Se le fixiéme des maladies qui
ne font point comprifes dans les cinq Trairez pré-
cédera , comme la teigne , la goutte , la vérole , la
perte Se beaucoup d'autres , dont l'intelligence ,
aufîi-bien que de celles que je viens de rapporter ,
fait ce qu'on appelle la Théorie Chirurgicale , fur-
laquelle doit être fondée la féconde partie qu'on
nomme la Pratique.
Je fuppofe donc que tous ceux qui font ici pré-
féra , ont déjà ces premières connoifTances de la
Chirurgie *, ci je me borne dans ce Cours à ne vous
entretenir que de ce que chacun entend par les
opérations Chirurgicales que je prêtera vous dé-
montrer toutes , Se qui rempliront abondamment
tout le tems qu'on a coutume de donner à ces
Leçons publiques.
Première D e'm o n s t r a t i o -n. $
Tout le monde fçait l'obligation indifpenfable Pour être
dans laquelle eft le Chirurgien d'être informé degi°cnn) ^f"^
TAnatomie avant que d'entreprendre de connoître être Anaço-
les maux auiquels nous fommes alïujettis ôc de fe mi
bazarder de faire aucune opération. . La connoiftan-
ce de la ftru£ture de nos corps eft la bafe ôc le plus,
ferme appui de la Chirurgie ^aufïï lui a-t'on don-
né le premier rang entre toutes les feiences qui for-
ment un habile Chirurgien,, C'eft pourquoi nous-
commençons toutes les années nos inftruétions
par les démonftrations Anatomiques , afin de dif-
pofer nos Auditeurs à ailifter avec fruit aux
Opérations de Chirurgie qu'on démontre dans la
fuite.
On doit entendre par opération de Chirurgie
une prudente ôc méthodique application de la
main fur le corps de l'homme pour lui conferver
ou lui rendre la fanté.
Toutes les opérations de la Chirurgie fe redui- Quatre (br...
fent fous quatre efpeces , dont la première rejoint tes d'°Fera~
ce qui a ete lepare , ôc le nomme Syntheie $ la fé-
conde divife les parties dont l'union eft contraire a
la fanté, ôc celle-là s'appelle Diérèfe -, la troifiéme
qu'on a comprife par le mot d'Exérèfe , ôte ce qui
eft étranger ; ôc la. quatrième qu'on appelle Pro-
thèie , ajoute ce qui y manque»
La Synthèfe eft une opération qui réunit ôc remet Ce qi«-c*efe
avec adrefle les parties de notre corps divifées ouqueSïntb* a
déplacées contre le cours ordinaire de la nature. El-
le eft de deux fortes , ou commune ou particulière,
la première fert à toutes les opérations , c'eft à cel-
le- la qu'on' rapporte l'application d&s attelles , des ■
comprefles, des bandages , la bonne lituation de la
partie malade, ôc généralement tous les inftrumens,
ôc toutes les manières qui peuvent contribuer à ré-
tablir, ou à rafermir les parties chacune en fon lieu»
La féconde s'exerce tant fur les parties molles , que
fur les parties duresjcelles des parties molles fe fak
A iï|
ë Des Opérations de Chirurgie.
en deux manières*, fçavoir , (ans divifion , Ôc alors
elle s'appelle taxis , c'en;- a-dire arrangement ; ou
bien avec divifion ôc on la nomme raphéaxx future.
Celle des parties dures a aulli deux efpeces , puif-
qu elle s'applique à ralîembler les os rompus , & à
remplacer les os luxez ou difloquez. (a) Cette opé-
ration a la prééminence fur les autres , parce qu'ou-
deSiMé'rèfe!^6 q^^ e^ la P^L1S nécefTaire , elle ufe encore
des moyens les plus fimples pour reftituer au corps
humain cette intégrité des parties qu'il a reçue de
l'Auteur de la nature.
La Diérèfe eft une opération qui divife ôc fépare
les parties dont l'union ôc la continuité eft un obf-
tacle à la guérifon , ou qui font jointes & collées
enfembie contre l'ordre naturel. Cette opération fe
pratique en quatre manières 5 fçavoir,en entamant,
en piquant , en arrachant Ôc en brûlant ; ces quatre
efpeces de divifions conviennent également aux
parties molles 6c aux parties dures , ôc cela s'exé-
cute en tant de différentes circonftances , que la
fubdivifîon que je vous en ferpis , vous feroit plus
ennuyeufe qu'utile, puifque j'efpere vous les faire
voir toutes dans le cours de ces opérations, (b)
(a) Quelques-uns aiment mieux divifèrla fynthèfe
çn fyntbèie de continuité & en fynthèfe de contiguïté.
La fynthèfe de continuité a pour objet les divisons con-
tre nature , qui font de deux efpeces -, fçavoir , les plaies
& les fraëtures, La fîtuation de la partie malade , le ban-
dage, l'agglutination & la future font les moyens que
la Chirurgie employé quelquefois féparement & quel-
quefois enfembie. La fynthèfe de contiguïté a pour ob-
jet le déplacement des parties , comme les hernies , les
luxations ,1a chute de la matrice, celle du vagin & de
l'anus. La première réunit ce qui a été divifé , la féconde
jemet dans la fîtuation naturelle ce qui a été déplacé,
(è ) On peut divifer la diérefe en commune ôc en par^
ticuliere. La diérefe commune renferme toutes les opé-
rations où Ton ne divife les parties que pour parvenir à
quelque fin. Jelie clt rincifen que Ton lait pour tiier
Première Démonstration, y
L'Exérèfe eft une opération qui retranche ôc tire ce que c»eft
hors du corps les choies qui lui font fuperflues ou^ i>Exe"
nuiiibles & étrangères. Cette opération fe fait en
deux manières , ou par extraction , comme lorfque
ion eft obligé de tirer des choies engendrées natu-
rellement dans lecorps,&: qui pourtant lui font de-
venues étrangères , comme un enfant mort *,, ou de
l'urine retenue -, ou par détraction , quand on ôta
du corps les çhofes contre nature qui ont été in-
troduites du dehors ; on en vient à bout > foit en
faifant playe , foit fans faire playe > comme lorfque
les matières fe font fourées dans des cavités qui
ont des iiïues aifez larges > telles que celles du,
nez , des oreilles , &c. Enfin pour bien exécuter
ce que l'Exérèfe demande *, il. faut examiner , 1%
quelle eft la partie dont on veut tirer quelque
chofe. 2°. quels font les corps étrangers que Ton
veut faire fortir , Ôc 30. quels fondes inftrumens.
qu'on y peut employer.
La Prothèie eft le quatrième genre d'opération d fcéfi,nitîo*
de Chirurgie par lequel on ajoute au corps quel- chèfe.
que inftrument qui fnpplée à des parties qui lui
manquent -, ces défauts viennent ou naturellement
comme quand quelque partie manque à un enfant
dès fa première formation > oui par accident , com-
me quand on a perdu à l'armée un œil , un bras ,.
ou une jambe 5 dans ce cas4à Ton a recours à quel-
que organe qui repare la partie dont on eft maU
heureufement privé. On tire quatre militez dif- vt'Ahé à*
ferentes de la Prothèfe, la première regarde lalal'r0Lhefe"
néceflîté de quelque action , comme d'ajouter une
Jambe de bois pour marcher ,- la féconde- eft f cfiS
les pierres hors la veflie > telle eft auffi celle que Ton
fait à la poitrine pour évacuer les rîuides épanchés , iu-
le diaphragme , etc. La cîir;èie particu ie« a pour U>t
la réparation des parties dont l'jnion eft contr ^natuv e.t
Elire remédie , par exemple ,à Timperforation de l'anu** 5,
à celle du va^ïn dans les femmes", & du gland dans te&
hommes, &cr
A iiij
S Des Opérations de Chirurgie.
rendre à quelque pâme Ton ufage, ou pour en
faciliter l'action , comme quand on arj>lique a la
route de l'intérieur de la bouche de ceux qui ont
le palais rongé ou percé une petite platine d'ar-
gent ou de plomb , fans quoi ils ne pourraient
parler que du nez 9 5c n'avaleroient qu'avec pei-
ne j la troifiéme pour l'ornement, comme quand
on enchaffe dans l'orbite un œil de verre peint
de figuré de même que le naturel j & la quatriè-
me pour redreiTer la mauvaife conformation de
quelque partie -, c'eft dans ce deîTein qu'on fait
porter un corfelet de fer à de jeunes enrans donc
l'épine ôc les cotez fe déjettent ôc prennent une
courbure vicieufe.
Quel ordre il Sous ces quatre efpeces d'opération font conv
faut tenir prifes toutes celles que j'ai à vous faire voir , mais
Pour dé™°""i'on ^ convient pas fur l'ordre que l'on doit tenir
radons. pour les démontrer •, les uns dont Tnevenin eft du
nombre veulent que l'on commence par celles qui
appartiennent à la Synthèie , que l'on continue par
celles qui regardent la Diérèie , enfuite que l'on
vienne à celles qui dépendent de FExéuèfe , & que
l'on finirTe par celles que la Prothèfe ordonne de
faire ; les autres , parmi lefquels eft Fabricius d' A-
quapendente, font précéder à toutes les autres opé-*
rations celles qui fe pratiquent fur la tête",ils paiTent
après à celles de la poitrine , ôc defeendent à ceU
les du ventre pour finir par celles des extrêmitezj&:
d'autres enfin prétendent que pour garder le fujet
aflfez de rems , il faut fuivre l'ordre Anatomique le
plus uiité j &c pour cet efret commencer par le bas
ventre , afin de le vuider incontinent après que l'on
aura achevé les opérations qui fe font à cette ré-
gion , d'où l'on montera à la poitrine , & de-là à la
teté 5 refervant les extrêmitez pour les dernières.
Ce fera auflî cet ordre que nous tiendrons comme
étant Se le plus commode pour la confervation
de notre fujet , &c le plus fuivi dans les demonftra-
Ùons publiques,
Première Démonstration. $
De toutes ces opérations il y en a de douces 8c.
qui font quelquefois fort aifées à faire , comme la
faignée j d'autres qui ont beaucoup de difhcukez
de de danger , comme l'opération du bubonocelle ",
8c d'autres , qui ne fe peuvent faire qu'avec de
très-grandes douleurs , 8c qui font horreur aux
fpe&ateurs , comme l'amputation d'un bras > ou
d'une jambe.
De plus 5 il y a des opérations dont les unes font Que les opé\.
tri f rr '- ' \ 1 ■ C 1> rations fonç
abiolument neceiiaires a la vie , enlorte que l on néceffairç$.
ne peut fe difpenfer de les faire fans expofer le ma-
lade à pérkjtel eft le trépan ou l'empiéme s 8c d'au-
tres qui ne font néceflaires que pour la commodité
de la vie , comme quand on tâche de fermer une
fiftule lacrimale , ou d'abatre une cataracte. Enfin
de ce grand nombre d'opérations que vous voyez
décrites dans les Auteurs , ils y en a pluiieurs que
l'on a rejettées , parce qu'elles étoient trop cruelles
ou tout à fait inutiles , comme ces grandes inci-
llons à la tête , 8ç ces cauterifations du foye , de
la rate 8c des jointures.
Ce n'eft pas feulement fur le nombre des opéra- l* chîruro
tlons que nous ne nous accorderons pas avec nos ^?e ^j^"-
Anciens , nous nous écarterons encore davantage 4ue jamais,
d'eux par la manière dont nous apprendrons à fai-
re pluiieurs de celles qu'ils nous ont enfeignées. Ils
les ontraportées comme on les pratiquoit dans leur
tems , où l'on ConnoirToit très-peu l'œconomie ani-
male -, mais aujourd'hui que la Chirurgie a acquis
parles foins 8c par le génie d'une infinité d'habiles
gens, plus de lumière 8c de politetTe qu'elle n'en a
jamais eu , l'on a feparé ce qu'elle avoit de rude
8c de barbare3l'on en a retranché cq^ fers ardens 8c
ces inflrumens affreux que les malades ni même les
alîiftans ne pouvoient voir fans trembler : 8c par
une méthode plus douce 8c plus humaine l'on gué-
rit encore plus furement les malades que l'on ne
faifoit autrefois avec ces grands préparatifs. çapa*
blés d'épouvanter les plus intrépides.
ïo Dès Opérations de Chirurgie,
Circonftan- Pour bien opérer , il faut le faire avec prompri-
res pour bien tu<^e & aflurance du fuccès, avec agrément du côté
opérer. du malade, Se avec dextérité Se fureté de la part de
l'ouvrier, La promptitude s'entend de la diligen-
ce qu'on apporte dans l'opération ou dans la guéri-
fon , la fureté fe connoît quand on fçait employer
les moyens que l'art preferit pour guérir parfaite-
ment le mal3& empêcher ou qu'il ne revienne , ou
que fa guérifon ne foit la caufe d'un autre plus
grand. L'agrément confifte à ne point faire de la
douleur que le moins qu'on peut , à ne point trom-
per le malade , c'eft- a-dire > à ne rien faire que de
fon confentement , Se a ne point imiter ces char-.
latans qui promettent toujours de rendre en peu de
temslafanté \ parce qu'il faut qu'un. Chirurgien fe
diftingue de ces fortes d'ignorans , Se que l'effet
fuive toujours les promeffes. Enfin la dextérité ou
l'adrelfe de l'opérateur doit paroître non-feulement
dans la délicatelfe & 1 exactitude de fon travail >
mais encore dans les mures réflexions qu'il eft
obligé de faire fur iix ou fept çirconftances que
l'on exprime communément par ce vers latin ,
€Juis } quid , ubi , quibus auxiliis , cur , quomodo , quando»
C'eft-à-dire , qui , qu'eft-ce , ou , quels moyens ,
pourquoi , comment y Se quand }
Oui , regarde le malade , fçavoir fi c'eft une per-
fonnefoible ou ïobu&e: Qu'e(l-ce, a rapport à la na-
ture du mal , fi c'eft un éclat de grenade , une baie
ou un morceau de bois ou de fer qu'on doit tirer s
Où i s'entend de l'endroit du corps où il faut opé-
rer , Se du lieu où l'on laiffera le malade , dans fon
lit ou dans une chaife -, Quels moyens , ce font les inf-
trumens , les machines Se les médicamens propres
à l'opération Se à traiter le mal } Pourquoi , c'eft
la fin qu'on fe propofe en prenant les meilleures
voyes , pour guérir le malade -, Comment , fignifie la
manière d'agir , Se c'eft ce que l'Art enfeigne > 8$
Premiers Démonstration, ii
Quand , dénote l'occafion pour bien prendre fon
rems , & ce tems eft de deux fortes , l'un que l'on
appelle tems de nécetlité , qui ne veut pas que l'on
dirrere 9 comme lorfqu'il eft queftion d'arrêter une
hémorragie 9 & l'autre que l'on nomme tems d'é*
le&ion , qui permet de choiiir un jour ou une fai-
fon commode loriqu'il n'y a point de néceffité
prenante , comme dans la Lithotomie.
Il ne fufrit pas au Chirurgien d'avoir fait fes ré-
flexions fur ce qu'on vient de dire pour bien ac-
complir ce que Ton Art demande , il faut encore
qu'il jette les yeux, i°. fur lui même, 20. fur le
malade , 3 °. fur les affiftans , 8c 4Q. fur les chofes
externes.
La perfonne du Chirurgien doit être avantagée Qualités per.
de trois fortes de qualitez , dont les premières font formelles du
dues à une nature bien élevée , les fécondes à une lrur&ien#
raifon cultivée, & les troiliémes à un grand ufage :
par Aa nature on comprend les dons du corps ,
les bonnes mœurs , & une difpoficion naturelle qui
nous fait préférer la Chirurgie a toutes les autres
Profeffions : par la raifon on veut qu'il ait un ef-
prit docile & capable de pofleder une feience d'une
aufîi grande étendue *, ôc par l'ufage , on prétend
qu'il ait beaucoup d'expérience acquife par un long
exercice. Il faut aufli qu'un Chirurgien foit ambi^
dextre , c'eft-a-dire 5 qu'il puifTe travailler égale-
ment des deux mains , y ayant des opérations qu'il
faut néceftairement faire de la main gauche. Mais
il doit fur rout être fon propre juge , Ôc fe rendre
à foi-même la juftice qu'il mérite , c'eft- à-dire que
quand il ne fe fent pas afTez fort ni aflez exercé
pour une opération difficile , il la doit laitier faire
à un autre plutôt que de l'entreprendre téméraire-
ment. ( a )
(a ) On pourroit ajouter ici qu'un jeune Chirurgien,
qui n'ayant pas encore beaucoup pratiqué , a d'ailleurs
toutes les qualités que l'Auteur demande, doit avane
il Des Opérations, de Chirurgie,
Difpofitions Trois difpofitions defprit font auiîi requifes dans
aumaude. un malade s'il a envie de guérir ,• fçavoir , une
grande confiance , de la patience 8c de l'obéifTan-
ce j en même tems que le malade fait choix d'un
Chirurgien , il doit croire qu'il n y en a point de
plus habile ; 8c dans cette perluafion n'écoutant plus
tous ceux qui lui propoferont des fecrets imaginai-*
res ou des remèdes particuliers , il s'abandonnera
entièrement à lui t comme s'il étoit fur que fa Tan-
te fur entre les mains de cette perfonne qui tra-
vaille à la lui rendre. La patience eft une fuite de
fa confiance , car il faut que le malade fouffre fans
murmurer tout ce que le Chirurgien lui veut faire,
ne doutant nullement que tout le traitement qu'il
en reçoit ne l'approche de plus en plus de fa gué-
rifon } 8c que s'il lui fait de la douleur , c'eft on
qu'elle eft inévitable , ou qu'elle donne occafion i
quelques efforts utiles -, rien au refte n'étant plus
dangereux pour un malade que de s'impatienter
8c de difîiper ce qu'il a de vigueur 8c d'efprit, à
fe tourmenter en vain. L'obéi [lance eft encore un
effet de fa confiance , car il faut que le. malade
fuive aveuglement tout ce que le Chirurgien lui
prefcrit , fçachant qu'il n'y a pas de moyens plus
fur pour recouvrer fa fanté.
Ce qu'il faut Les affiftans doivent auiii avoir trois vertus prin--
les afilftans"3 cipales , qui font la fageîfe , la fidélité de la difcré«
rion : s'ils n'étoient pas figes 8c prudens , ils infpi-
reroient fouvent au malade des chofes qui préjudi-
cieroient à fa fanté , 8c çondefeendant à fes défirs
ils lui accorderoient tout ce qu'il demanderoit ; ils
fuiront néanmoins toutes les manières rudes 8c
chaque opération confîderable , penfer plufîeurs fois >
i°. A ïo-dre qu'il doit Cuivre. 2°. A la ftructure tant na^
turelle que contre nature des différentes parties fur
Lfquelles il doit opérer. $°. Aux difficultés qu'il peuç-
ienco< trer en opérant. Ces réflexions le mettront çj\
{çat d'agir plus fûrç.nent.»
Première D e'm onstratiok. i 3
brufques , & feront complaifans en tout ce qui ne
le pourra pas blefter. Si l'on ne leur iuppofoit pas
de ia fidélité , l'on ne pourroit compter fur tout ce
qu'on leur ordonnerait , 8c au lieu d'avancer la
guérifon , ils la retarderoient ou l'empêcheraient
en changeant ou n'exécutant pas les chofes réglées
&c commandées : enfin s'ils n'étoient point difcrets,
ils iraient inconiidérement rapporter au malade
tout ce qu'ils auraient entendu dire de fa maladie ,
car un rapport imprudent peut mettre un malade '
dans un péril éminent de fa vie , comme il eft ar-
rivé pluheurs fois. Cette même vertu les engage
encore a tenir le fecretfur certaines imperfections
qu'ils découvrent ou qu'on leur déclare.
Les chofes externes aufquelles il faut avoir és;ard r Attention
pour la commodité du malade 8c la guenlon de la externes, ^j
maladie , comprennent la maifon ou la chambre
qui doit être en bon air, éloignée du bruit, 8c gar-
nie de tout ce qui eft nécelïaire pendant la cure j le
boire 8c le manger doivent être proportionnez à
l'état du malade. Les trop fréquentes vifltes qu'il
faut empêcher , ia joye que l'on doit procurer , la
triftefte qu'il faut bannir comme pernicieufe -, les
inftrumens même 8c les médicamens qu'on fera
préparer fuivant les facilitez du malade , 8c une in-
finité d'autres circonftances dont le détail ferait
trop long.
De tous ces préceptes généraux ■ il nous faut ti-
rer des infini étions qui nous conduifent à bien fai-
re chaque opération en particulier , 8c qui renfer-
ment ce qu'il faut obferver avant l'opération * du-
rant l'opération 8c après l'opération.
Avant que de fe mettre en état d'opérer , il faut Ce qu'il faut
convenir de l'importance 8c de la poiïibilité de Po~ l'opération,
pération , ce qui fe connoît à la conftitution , aux
fonctions &: aux liaifons de la partie offenfée, aux
forces du malade, 8c aux circonftances du tems,
du lieu , 8cc. Lqs réfolutions ayant été prifes , il
14 ses Opérations î>ê Chirurgie,
faut préparer tout ce qu'on juge néceffaire pour
l'exécution -, ce qui connfte en ce que l'on appelle
appareil ,* c'eft la coutume d'envoyer chez le ma-
lade , quelque tems avant que le Chirurgien ar-
rive , des ferviteurs pour difpofer tout * mais fou-
vent par la quantité de linges qu'ils coupent , par
les morceaux de charpie qu'ils tont , Se par l'étala-
ge de beaucoup d'inft rumens ils jettent la crainte
& l'épouvante dansl'efprit du malade, en lui don-1
nant une idée cruelle de l'opération qu'on va lui
faire. Je voudrois que les Chirurgiens ne Te préfen-
tafTent devant lui que dans le moment qu'ils doi-
vent opérer , & que les chofes dont ils ont befoin
fufTent toutes prêtes chez eux , ou dans une cham-
bre voifine de celle du malade , afin de lui épar-
gner la vue de tels préparatifs qui ne font qu'inf-
pirer de l'horreur pour ceux qui les font.
Ce qu'il Ce qu'on doit obferver durant l'opération eft par-*
ptaàzttVol ticulierement ce que l'on nomme le modus faciendi
P ération. ou la manière de la faire , qui confifte à mettre en
pratique dans le cas qui s'offre actuellement, tour-
tes les règles que l'Art enfeigne dans dts cas pa«=-
reils , s'acquittant de tous (es devoirs avec dou^
ceur , avec adrerfe , avec propreté Se avec délicat
te(fe. Je veux donc que le Chirurgien foit affable
à fon malade , qu'il l'encourage & le rafîure , qu'il
compatiflTe à fa peine , qu'il lui promette de ne lui
caufer que le moins de douleur qu'il fera polîible.
Il faut qu'un Chirurgien foit naturellement adroit
pour bien opérer , Se qu'il ait fortifié cette adrelîe
par un grand exercice dans fa Profeflîon* où il au*
ta appris à fituer fon objet , à choifir les inftrumens
les plus commodes,à en inventer de nouveaux dans
des cas particuliers , Se à s'en fervir d'une manière
qui apporte autant de foulagement au malade qu-
elle donne de fatisfa&ion aux fpe&ateurs, La pro-
preté donne par avance une bonne idée du Chirur-
gien^ elle n'eft pas une des moindres ckconftan-
Première D e'm onstration. 15
ces dans l'opération : la delicatefTe eft encore re-
commanciable 3 mais il ne faut pas qu'elle (oit ou-
trée , c'eft~à-dire qu'au lieu d'aller au fait prompte-
mentjon manie, on tourne la partie en cent façons,
ôc on en obfervefcrupuleufementdiverfes circonf-
tancespeuefTentielles} j'entens par délicatelîe cer-
te légèreté , cette dextérité ôc cette circonfpecte
application de la main du Chirurgien qui fait
avouer au malade que Ton a extrêmement ména-
gé fa feniibilité,& à ceux qui étoient préfens,qu il
ctoit impollible de mieux faire une opération»
Quoique l'opération foit achevée , le Chirur- c^"'11 y,a
gien n en elt pourtant pas encore quitte , s il ne re-i>opération.
medie aux défordres qu'elle peut avoir caufez ,
dont le principal eft la perte du fang qu'il doit ar-
rêter incelTamment par les moyens que fon Art lui
enfeigne , ôc que je vous expliquerai en vous dé-
montrant chaque opération en particulier* Il faut
enfuite panfer la playe , y mettre une tente ou des
plumaceaux fecs ou chargez de quelque médica-
ment félon que la nature du mal l'exige , puis un
emplâtre , une comprefTe ôc un bandage convena-
ble : il reftera au Chirurgien à juger delà (îtuation
qu'il doit donner à la partie affligée, préférant celle
où le malade fouhre moins de douleur , où la par-
tie eft le moins opprelTée ôc où le pus a plus de
pante au dehors $ ôc en dernier iieulil eft à propos
qu'il inftruife la garde Ôc les alîiftans de ce qui eft
de leur devoir , qu'il recommande le repos du ma-
lade , ôc qu'il l'oblige de fe tranquiliier par l'ef-
perance d'une prompte ôc parfaite guérifon , ôc
qu'enfin en le quittant il l'affure que l'opération
qu'il vient de lui faire étoit Tunique moyen de le
rétablir en fanté.
Il ne fuffit pas de vous avoir indiqué la conduite Mauvaue«
qu'un Chirurgien doit tenir en opérant , il faut en- ma"ie;es
& c m r 1 r ' u ^u ll fauc
core que je vous ralle remarquer plutieurs abus ou éviter,
manières choquantes qu'il doit abfolument éviter.
i£ Des Opérations de Chirurgie;
Il y a des Chirurgiens qui ne font pas fitôt entrez
dans la chambre du malade qu'ils y répandent l'a-
larme par le bruit & par mille queftions inutiles
qu'ils font,ou qui voulant témoigner un grand em-
preiTement lient leurs cheveux ôc trouffent leurs
bras comme s'il s'agiiToit de déployer toutes leurs
* forces , ce qui jette l'effroi dans l'efprit du patient
Se des pârens , ce procédé ruftique eft condamna^
ble aulli-bien que ces cérémonies mal placées que
quelques autres obfervent entr'eux à qui fera l'opé-
ration , fe préfentant les uns aux autres des cifeaux
ou un biftouri devant le malade qui par-là fe voit
miferablement expofé à tomber fous le couteau du
plus mal- habile. S'ils font pluiieurs en droit d'opé-
rer , c'eft au malade à choifir celui qui fera plus à
fon gré. Et lorfquele Chirurgien ordinaire a qui il
appartient de mettre la main à l'œuvre 9 croit être
obligé d'en faire la proportion à quelqu'autre , qui
par ion rang ou fon âge eft au-deifus de lui , cette
fcène fe doit paffer hors de la préfence du malade
qui eft a(fez affligé de ion mal fans être encore fa-
tigué par ces complimens hors de faifon.
e Cérémonies Je n'approuve point non plus que pendant une
inutiles, opération tous les Chirurgiens préfens aillent fon-
der ou mettre leurs doigts dans la playe ; ce (ont
autant de douleurs nouvelles qu'on fait eifuyer au
malade , qui ne font que prolonger le tems de fon
martyre , c'eft a celui qui opère à examiner ce qu'il
y a a faire 8c il ne doit tout au plus y admettre avec
lui qu'un des Chirurgiens confultans qui font-la
pour l'affilier de fes avis. Il eft des Chirurgiens qui
s'ofFenfent des cris d'un malade , qui le grondent
èc s'emportent contre lui , comme s'il devoit être
infenfible aux maux qu'ils lui font endurer j ces fa-
çons d'agir font trop cruelles , il faut qu'un Chi-
rurgien ait de l'humanité , qu'il exhorte fes mala-
des a la patience , qu'il compatiffe à la douleur
«qu'ils foufFrent , ôc s'il ne peut pas fe difpenfer de
leur
Première D e'm onstration. 17
leur en faire , du moins qu'il leur laiïïe la liberté dé
crier & de gémir. Je voudrois aufli qu'il n'aiîiftât
à une opération que les perlonnes qui y font nécef-
faires , car ce grand nombre de curieux ou defpec-
tateurs inutiles né fait qu'embaraiîer.
Une opération n'eft pas plutôt finie que le mala- Le JMfttf*
1 j r • 1 /-i • • r Sien doic ê*
de ôc les parens interrogent le Chirurgien lur ce tre circonf-
qu'il en penfe , c'efi pour lors que fa prudence pa- ?"& ef^sfes
toit en ne difant rien au malade qui le pùiiïb cha-
griner , & ne déguifant point la vérité aux amis &
aux proches. Qu'il ne reffemble donc pas a Ceux
qui par des craintes mal fondées mettent leurs ma-
lades fur le bord du tombeau , enforte qu'à les en-
tendre parler il eft toujours prêt d'y defcendre. Je
fçai que quelques-uns en ufent ainfi par un trait de
politique en ce que fi le malade meurt 3 l'on décla-
rera que le Chirurgien Tavoit prédit -•> de fi au-con-
traire il guérit , l'on publiera , difent-ils , qu'il lui
a fauve la vie. Il ne faut pas cependant prendre une
route toute oppofée , en promettant des guérifons
infaillibles ,* je n'ignore pas non plus que ceux qui
la fuivent , prétendent par ce moyen s'attirer plus
de pratique , croyant qu'il eft plus naturel a un ma-
lade de fe mettre entre les mains de celui qui l'afïu-
re de le guérir5qu'entre celles d'un Chirurgien donc
l'abord trille , le difeours compofé 3c le pronoftic
incertain 3c fâcheux femblent être les avant-cou-
reurs de la mort. Ces deux extrêmitez font autant
d'écueils que le Chirurgien doit éviter , parce que
le monde eft prévenu de toutes ces rufes , 3c qu'il
ne juge de la fincerité 3c de l'habileté des opéra-
teurs , que par l'événement des cures qu ils ont
entreprifes , il faut qu'ils tiennent un milieu entre
l'efpérance 3c la crainte , faifanr néanmoins plu-
tôt entrevoir de Pefpérahce que de la crainte ; parce
que l'une ne peut produire que de très-bons effets ,
3c la féconde eft capable de caufer des troubles
très-dangereux,
B'
ï8 des Opérations de Chirurgie 5
On doit Je vous ai dit qu'avant que d'entreprendre au-
pareureavan?cune opération , ii falloit préparer (on appareil : on
l'opération, entend par appareil toutes les chofes 9 fans quoi l'o-
pération ne peut s'exécuter , ôc que l'on réduit à fix
principales , qui font les inftrumens , les tentes , les
plumaceaux , les emplâtres , les compreffes ôc les
bandages. Je dis les principales ôc les plus univer-
felles , parce qu'il y a une infinité de chofes comme
des lacs , des attelles , des bancs , des boettes ôc
d'autres machines qui conviennent à des opéra-
tions particulières > dont je ne vous parlerai point
à prefent 3 me propofant feulement aujourd'hui de
vous faire connoîcre tout ce qui regarde les opéra-
tions en gêner;
pourquoi Ne (oyez point furpris fi je commence par les
on commen- inftrumens , Ôc fi je mets les bandages au dernier
^rumens!1 " ^eu 5 je Wk cn ce^a l'ordre dans lequel le Chirur-
gien employé tous ces moyens en opérant ; j'ai ju-
gé cette méthode plus inftructive qu'aucune autre:
j'ai cru auflî devoir faire graver ces fix fortes de
chofes chacune dans une planche à part , afin que
vous en conçuiîiez des idées plus diftin&es ôc plus
nettes.
DES INSTRUMENS DE CHIRURGIE.
IL n'eu: pas pofîible de fe pafTer d'inftrumens dans
la pratique Chirurgicale:les Anciens en ont tranf-
mis a la pofterité piufieurs deffeins q je nous voïons
dans leurs livres •, mais on peut dire à la louange des
Chirurgiens modernes que les inftrumens dont on
fe fert aujourd'hui , font plus commodes ôc moins
groiîiers , on ne s'eft pas contenté d'en retrancher
quelques anciens qu'on a trouvé inutiles ou trop
rudes , on a encore poli ôc perfectionné ceux donc
on a confervé l'ufage , ôc on en a inventé piufieurs
autres.
II. FIGURE . INSTRUMENTS COMMUNS A TOUTES LES OPERATIONS
Pi s
On
préparer
pareil a
l'opérati
Po
on coi
ce par
ilrum<
Première D e'm onstration. ï 9
Nous regardons Pinftrument comme une caufe
féconde , qui fait ou aide à faire quelque chofe 9
étant dirigé par une main induftrieufe,de force que
la main 8c Pinftrument , font deux caufes efficien-
tes fans lefquelles une opération ne pourrait pas
être exécutée 5 mais avec cette différence que la
main eft la principale , puifque c'eft celle qui pro-
. duit 8c qui règle le mouvement de Pinftrument9au
lieu que l'autre n'eft qu'une caufe Subordonnée*
Des inftrumens les uns font communs aux Chi-
rurgiens 8c à pluileurs autres artifans , comme des
Cifeaux , des Aiguilles , des Rafoirs ou des Cou-
teaux *, les autres font particuliers a la Chirurgie ,
comme une Lancette : entre ceux qui appartien-
nent proprement au Chirurgien il y en a que l'on
appelle généraux , parce qu'ils fervent à diverfes
maladies 8c à divetfes parties du corps , comme un
Biftourij 8c d'autres que l'on nomme propres,parce
qu'ils ne font employez que pour certains maux ,
8c dans telles ou telles parties , comme le trépan
pour les fractures du crâne.
La raifon 8c l'expérience doivent nous appren-
dre à nous bien fervir des inftrumens ; la première
nous fait choifir Pinftrument convenable à l'inten-
tion que nous nous propofons , 8c la féconde nous
rendant adroits nous donne de la hardiefte à le ma-
nier , n'y ayant rien qui affure 8C qui encourage
plus un Opérateur dans l'ufage des machines que
les heureufes épreuves qu'il en a faites.
Par les différentes machines qui peuvent être
employées dans une opération il y en a qui font né-
ceûaires pour l'exécuter , 8c d'autres qui contri-
buent feulement à la mieux accomplir : le nombre
des premières qui fervent à réunir les parties divi-
sées , à féparer les continues 5 à tirer les corps étran-
gers t à donner divers arrangemens , 8cc. eft in-
nombrable ; 8c fouvent les fecours que nous en ti-
rons , ne nous feraient jamais donnez par les mé-
zù Des O^e'ratïoks de Chirurgie ;
dicamens , ni par tout autre moyen : car comment
s'y prendroit-ôn pour faire fortir fans une fondé
les urines de la velîie , quand elle aura perdu fou
reflbrt 2 & comment abbatre une catara&e fans
une aiguille î Les fécondes, telles que font les lits ,
les cou-iïins ou les bancs , qui facilitent les opéra-
tions font auili en très-grande quantité 3 3c elles
«ne doivent pas être négligées 5 puifque leurs ufages
concourent à la perfedtion de l'œuvre.
Après vous avoir parlé du général àes inftru-
mens, il faut les examiner en détail : ceux que vous
voyez gravez fur ces planches conviennent pref-
qu^à toutes les opérations , c'eft pourquoi vous les
•devez connoître préferablement aux autres •> c'eft
aulïipar ceux-là que je commence cette Démon-
ft ration.
a. Les Cifeaux font les inftrumens les plus com-
cifeaux. niuns du Chirurgien *, cette première paire A. que
je vous repréfente eft plus forte que les autres,c'eft
celle dont on fe (ert pour couper les bandes , les
comprennes 3 les emplâtres , & pour faire les ouvra-
ges les plus groiliers , aufïi eft- elle proportionnée
à de tels fervices.
B. La féconde paire B. eft plus fine % les lames en font
plus déliées & plus longues , on les appelle Cifeaux
à incitions : le Chirurgien en doit avoir une qui ne
ferve qu'à les faire -, il y a un petit bouton au bout
de celle des lames qui doit erre introduite dans la
plaie *, ce bouton empêchant que la plaie n'en foit
piquée, fait éviter de caufer de l'irritation Se delà
douleur à la partie. L'acier de cette paire doit être
fin 3c bien tranchant , afin qu'elle coupe net 3c
proprement pour faire moins louffrir le malade,
c. Cette troifiéme paire C.eft appellée Cifeaux cour-
Cifeaux bes y les Jeux lames en font courbées pour pouvoir
faire des incitions en des lieux où des droits ne pou-*
roient fervir -, il y a aufïi un bouton à la pointe de
la lame externe qui eft toujours celle qui fe met
Ciieaux
incifions.
courbes.
Première Démonstration, iî
dans la plaie qu'on veut dilater (a). Il faut re-
marquer que les Chirurgiens ne doivent pas renie
les cifeaux de même que les femmes de les tailleurs
qui fourrent le pouce dans un des anneaux de le
doigt indice dans l'autre , mais il aura le doigt an-»
nulaire dans. le fécond anneau au lieu de L'indice ,
ce qui lui donnera plus d'adrefle de de force , par-*
ce que de cette manière les doigts indice de du
milieu appuyeront fur les, branches des cifeaux de
les conduiront.
Le Rafoir D.eft des plus anciens inflrumens de la r^^
Chirurgie. On s'en fervoit autrefois dans plufieurs
opérations pour incifer de trancher , mais n'étant
ferme fur fon manche , de y ayant d'autres outils
plus commodes 3 l'on ne s'en fert plus gueres que
pour rafer les endroits où il y a des cheveux ou des
poils.
Quoique le Scalpel E. ferve. particulièrement Scaf;e|,
dans les directions , il peut néanmoins être enco-
rc utile dans beaucoup d'opérations , comme dans
l'amputation où il faut couper la chair de les mem-
branes qui font entre les deux os d'un bras ou d'u-
ne jambe , avant que de les feier. Cet inftrument
rranche des deux cotez, de il y a un manche ou d'é*
beine ou d'y voire qui étant mince de plat par (on
extrémité fert à féparer les parties membraneufes
de fibreufes dans les préparations Anatomiques..
Cet autre Scapei F. .a un dos, c'eft- à-dire qu'il ne Autre scal»
tranche que d'un coté , c'en: un couteau dont la la- Pel-
me eft courbe -, il eft fort commode pour décharner
(a) te bouton qoe l'Auteur croit eflentiel aux ci*
fçaux , cil regardé ait-contraire comme inutile de même
comme embaraiïant , par tous les Praticiens , qui ne fe
fervent aujourd'hui que de cifeaux à pointe- moufle. Ces
cifeaux ont ce double avantage , qu'ils ne peuvent point
piquer les parties dans lefqueiles an les introduit , 8ç
qu'ils laiffent au Chirurgien la liberté de placer indife-
sémment fes doigts dans les anneaux-
8 i'i
cette
12 Des Opérations de Chirurgie l
un corps lorfquon veut l'embaumer ou faire un
fquelette.
.©• L'airigne G. eft encore un infiniment néceflaire
L'Aingne. ir difléquer 3 on l'a nommé ainfi parce qu'à Ton
extrémité il y avoit deux pointes courbes en façon
de pattes d'araignées \ mais ayant reconnu l'in-
commodité de ces deux pointes , l'on n'y en fait
plus qu'une qui fert à faire tenir par quelque fer-
viteur un vaiifeau ou un ligament que l'on veut
anatomifer \ de lorfquon en a befoin dans quelque
opération , comme dans le bubonocelle , on en
prend dont la pointe eft moufle ou aplatie,de crain-
te qu'en piquant quelques parties fenfibles 3 elle
n'excite de la douleur ôc de la convulfion.
H. La Lancette H. eft de tous les inftrumens le plus
une ^n-n^ce^re au Chirurgien , d'autant que fans celui-
là il ne peut faire l'opération la plus commune de la
Chirurgie,je veux dire la faignée3& comme il s'en
fert à toute heure il eft obligé d'en avoir plusieurs ;
les uns veulent qu'elles (oient fort pointues , les
autres qu'elles ayent peu de largeur s ceux-là pré-
tendent mieux conduire la pointe de leurs lancet-
tes dans la veine , ôc en les élevant plus ou moins
faire l'ouverture telles qu'ils la jugent à propos ; ôc
ceux-ci difent qu'avec une lancette large ils font
d'abord l'ouverture allez grande , fans être obligé
de foulever leur inftrument en le retirant du vaif-
fe'an , & qu ainfi ils exemptent de la douleur qui
n'eft pas tant caufée par la ponction que par cette
élévation. Celles dont je me fert tiennent un milieu
entre les pointues & les larges , Se n'obligent qu'à
faire' une petite élévation ; auflî la douleur qu'elles
font eft- elle très-legeres , on les appelle lancettes
à pointes de grains d'orge. LachaiTe eft ordinaire-
ment faite d'écaillé de tortue , elle doit être mince
& féparée en deux , pour la mieux nettoyer : c'eft
un abus que de les avoir garnies d'argent , parce
qu'alors étant trop lourdes , le Chirurgien ne peut
Première Démonstration. i$
les conduire avec la déiicatefle que demande la
faignée , au refte elles doivent être très- plares ôc
très polies , afin de faire à la veine pour l'ouvrir
la fente la plus menue qu'il eft pofïibie ôc la plus
aifée à refermer.
Cette autre Lancette I. eft bien plus grande que LaRCT;ne à
la précédente 3 elle eft deftinée pour des ouvertu- abfcès.
res longues ôc profondes que Ton ne pourroit faire
avec une lancette à faigner \ la pointe n'en doit
pas être trop fine , 6c le tranchant trop délié , de
peur qu'elle ne s'émouffe quand on vient à couper
des chairs ou des peaux un peu dures. On fâifoit
autrefois les lancettes pointues à leurs extrémités
ôc larges dans leur ventre , elles refïèmblent à une
feuille d'olivier : mais a prelent on les fait égales
depuis leur ventre jufqu'à la chafte j on les tient
plus fermes fous cette forme , ôc elles ne vacillent
point dans le tems qu'on s'en fert.
Ce petit infiniment K. eft appelle une fonde. K* ,
ru A ï o / , Ll / \ i Une ronde,
Liie elt ronde ôc égale par tout , excepte a un oout
où elle a une petite tête qui l'empêche de piquer
la plaie que l'on veut fonder. Il y en a de différen-
tes tant en groileur qu'en longueur. C'eft par le
moyen de la (onde que nous connoiflons le chemin
ôc la profondeur d'une plaie , c'eft la fonde qui
nous allure de Texiftence des corps étrangers ; fi le
coup a pénétré > ou fi les os font découverts : enfin
c'eft la (onde qui nous donne les premières lumiè-
res dont nous avons befoin pour parvenir à la gué-
rifon d'une plaie.
Cette autre marquée L. eft appellée une fonde *>
plate , elle eft d'un grand fecours en des endroits piatte»
ou la fonde ronde ne peut aller , car elle nous
fait connoître quand il y a des féifïures ou fêlures
aux os 3 ou quand, le periepane eft féparé 3 ainfi elle
n'eft pas moins utile que la première. M>
Cette troifiéme M. eft une fonde creufe en gou- Unc cfpeee
tiere? ayant prefque dans toute fa longueur une creeiJfe.n &
B nij
14 pes Opérations te Chirurgie;
cavité en forme de canelure pour conduire la poin-
te des inftrumens qui font des incitions -, elle eft
pour cet effet plus grolTe 8c plus force que les
deux autres , 8c ces deux petites anfes qui font à
(on extrémité la font tenir ferme de la main gau-
che au Chirurgien dans le tems qu'il s'en fert,
Ces fondes font ordinairement de fer , mais il eft
mieux qu'elles foient d'argent,,
N« Le Byftoury N. eft un inftrument fort en ufage,
t *} ° y° i\ y en a ^e pluïieurs fortes . celui-ci eft un tranchant
de tout un coté , mais de l'autre qu'on appelle fon
çIlos il ne tranche que iufqu'à fon milieu , il peut fé
déployer en avant 8c en arrière comme une lancet-
te à abfcès , au lieu de iaquelle il fert quelquefois,
il eft commode pour pluheurs efpèces d'incifions ,
particulièrement pour celles que l'on fait à la tête.
On fçait aiTez que dans l'ufàge de ces inftrumens
on doit tenir immédiatement avec les doigts les
lames qui circulent fur leurs manches , lefquels
fervent comme de contrepoids à la main pendant
qu'elle opère , 8c d'étuits aux lames dans un au-
tre tems.
unBifto Le Biftoury O. appelle droit, parce qu'il ne
droic. fe peut pas ployer en arrière comme l'autre, & que
la lame y demeure en droite ligne avec le manche
comme dans un couteau , il ne tranche auffi que
d'un côté , étant aplati de l'autre , on met quelque-
fois un petit bouton de cire à la pointe , afin qu'elle
ne bleiTe pas quand on eft obligé de la faire entrer
dans une plaie : cet inftrument eft fort utile aux
Chirurgiens d'Armées qui font des incitions à tous
momens 8c en toutes fortes de parties,
P. Cet autre P. eft un Biftoury courbe fait en forme
^0"r^c;ftoury de croiftant , le tranchant de ia lame eft en dedans
8c le dos en dehors ,* il y en a de petits , de moyens
8c de très-forts; ces derniers font nommez couteaux
courbes 8c font deftinez pour les grandes opéra-
tions , on ne choifit les courbes que lorfque tes.
Première Démonstration. 25
droits ne peuvent pas fervir, comme quand on veut
dans l'opération du bubonocelle dilater les anneaux
du mufcie oblique defcendant , en ce cas on coiir-
duit la pointe du biftoury dans la canelure de La
fonde creufe , ce qui exempte de mettre un bou-r-
ton à l'extrémité de la lame.
La Spatule Q. eft un inftrument nécelTaire au . Q- .
Chirurgien pour faire un emplâtre oc pour étendre
les onguents fur les plumaceaux , elle doit être
forte , plus large par un bout que par l'autre , pla-
te d'un côté 6c à demi ronde a l'oppofue , les Chi-
rurgiens un peu curieux en ont toujours une d'ar-
gent plutôt que de fer qui n'eft jamais fi propre ôç
qui falit davantage les mains.
Cet inftrument R. eft appelle feuille de mirthe _. R; ...
a cauie ae la reilemblance > d autres 1 ont nomme de mirthe,
demi fpatule , parce qu'il a prefque la figure d'une
fpatule qui toutefois eft pointue 3 moins étroite de
plus grolTe. Il fert à nettoyer le dehors d'une plaie ,
il y aune façon de cure oreille à fon extrêmité,avec
quoi l'on peut tirer les corps étranges entrez dans
les oreilles , ou les petites pierres arrêtées dans
l'urètre,
Cette autre feuille de mirthe S. eft beaucoup s.
plus mince que la précédente , étant à demi tran- ^"mirthe! *
chante,elle eft crochue à fon extrémité en forme de
déchauiloir. Outre l'ufage qu elle a de commun
avec la première , elle fert encore dans les direc-
tions lotfque Ton veut féparer des membranes ou
des filamens. Je l'ai toujours employée heureufe-
ment dans l'opération du bubonocelle % où je la
préfererois aux inftrumens tranchans, de crainte
de bleller l'inteftin.
L'élevatoire T. eft un inftrument qui prend fon TT T%,
nom de Ion ulage > vous en verrez plulieurs hgu- toire.
res dans la fuite de ces opérations , mais celui-ci eft
courbe par ces deux extrêmitez dont l'une eft quar-
rée 8c loutre ronde , pour fourrer celle-là dans des
z6 des Opérations de Chirurgie ,
ouvertures longues & larges , & celle-ci dans des
trous ronds , elles font toutes deux dentelées au de-
dans pour ne pas glilTer fous l'os que l'on veut
élever , il fert quelquefois à faire l'extraction des
corps étrangers , comme des baies ou des éclats de
grenades } mais il eft principalement utile à élever
une pièce dos enfoncée fur la duremere.
' Vt II y a des pincettes de plufieurs façons qui pren-
nent leurs noms des parties auiquelles elle reiiem-
blent , comme des becs de cane , de corbeau , ou
de 2rue,elles ont chacune leur ulaçe différent com-
me vous le verrez : je ne vous prefente ici qu'une
paire de pincettes V. qui eft la plus commune de
toutes , &c que les Chirurgiens doivent porter fur
eux dans un étuy par tout où ils vont. Il convient
mieux de les avoir d'argent que d'acier, parce que
ce dernier métal eft plus fujet à la rouille. L'extré-
mité fuperieure de cette paire fert à ôter quelque
efquille , ou à arracher des poils , elle a un redore
qui la tient toujours ouvertes , Se les branches in-
férieures étant plus longues que les fuperieures, el-
les font très-commodes pour lever les plumaceaux
de deiTiis une plaie , ou pour les y remettre. ( a )
«t«. *■' -u L'aisuille X. eft fort en ufage chez les Chirur-
Une aiguille, . *?:v r i r rr
giens ; ils s en fervent en tant de différentes occa-
fions qu'ils font obligez d'en avoir de toutes les
fortes, je vous en parlerai amplement en vous mon-
trant les futures -, celle-ci eft une aiguille droite
fort pointue , dont les deux cotez vont un peu en
s'élargirTant , ils font tranchans jufques vers le mi-
lieu , le refte eft rond , Se fa tête eft percée d'un
grand trou pour pafler le cordonnet. Elle fert a re-
coudre un corps dans les préparations d'Anatomies
publiques ou dans les embaumemens.
(a) On préfère aujourd'hui à ces pincettes une au-
tre efpece de pincettes ( <&c. ) , qui ont deux anneaux?*
Fextremité de leurs branches , & qu'on tient comme
des cifeaux Ces anneaux empêchent qu'elles ne puiffent
échaper , & leur ont fait donnei le nom de pincettes
à anneaux.
Première D e'm onstration. 17
Celle-ci eft une aiguille courbe Y. groiTe &c for- V.
te , elle doit être d'un bon acier , car Couvent elle coud*! *
ployé ou Te cafte , fur tout quand on s'en fert pour
coudre la peau d'un corps mort , laquelle eft
beaucoup plus difficile à percer que celle d'un
homme vivant. Elle a le même ufage que la droite,
& de plus elle eft abfolument néceilaire dans la
Gaftroraphie (a).
La Scie Z. eft un inft ruinent commun au Chi- unfscie,
rurgien &c à plufieurs artiians ,• mais celle du Chi-
rurgien étant toujours faite par de très- bons Cou-
teliers l'emporte fur les autres par fa propreté ôc
fa politelTe , & par la féparation prompte &c nette
qu'elle fait des parties aufquelles on l'applique ;
elle doit être petite & légère afin qu'on la puifte
manier avec plus de liberté , ôc elle a un manche
pour être tenue plus ferme : il faut que la lame en
foit exquife ôc les dents bien aiguifées pour fcier
avec plus de douceur , Ôc divifer dans le moins de
tems qu'il eft poftible les os d'un bras ou d'une
jambe , quand on en fait l'amputation : on ne peut
aulîi fe paiTer de fcie quand il s'agit d'ouvrir un
crâne ou pour embaumer la tête ou pour faire la
démonftration du cerveau.
Le petit nombre d'inftrumens que vous venez
de voir n'eft proprement que ceux que l'on ap-
pelle généraux , il y en a quantité d'autres parti-
culiers que je n'ai pas reprefentez dans ces tables ,
parce que je vous les ferai voir chacun dans l'opé-
ration où ils conviennent.
(a) Les aiguilles qui fervent à cette future , doivent
être extrêmement polies & tranchantes iur les côtés,
jufcju'à leur partie la plus large , très-aigues par leurs
pointes & arrondies par le talon. Eli ?s doivent avoir à
leur tête deux rainures affez profondes pour y lo^er le
fil » deforte qu'elles paftent aifément & fans blefîer les
parties. Ces rainures doivent être du côté du tranchant
& avoir une ouvertme où Ton puilfe paiTer le fil.
3.3 "t>es Opérations de Chirurgie
III. Fig. DES TENTES ET CANULES.
LEs Tentes ne doivent pas être les dernières
parties a confiderer dans la compofition d'un
appareil , il eft tant d'opérations qui en deman-
dent qu'il faut qu'un Chirurgien toit inftruit de
tout ce qui les regarde, ce qui peut fe réduire a trois
chofes que nous allons examiner ; fçavoir3 leur ma-
tières , leurs figures , & leurs ufages.
Je trouve cinq fortes de matières dont on, peut
former des tentes 3 c'eft au Chirurgien à choife
Première De'm o n s t r a t i o n. ïtf
celle qui convient le mieux à l'intention qu'il fe
propofe , car elles fe font de charpie , de linge a
d'épongé préparée > d'argent Se de plomb.
Les tentes de charpie (ont les plus mollettes &C
les plus douces,elles fatiguent moins une plaie que
les autres *, on s'en fert pour tenir un. médicament
au fond de la plaie , elles s'imbibent du pus liquide
de la fanie corrofîve , & par ce moyen elles empê-
chent que cet excrément ne nuife à la partie.
Celles que l'ont fait de linge font ordinairement
les plus gtoffes de toutes , elies font longues <5c du-
res, ayant a la manière des clous une tête épaiiTe de
plus large que le relie , afin qu'elles ne puiftènt
pas entrer dans la capacité de la poitrine 6c du
ventre , qui font les endroits où l'on s'en fert le
plus fouvent»
. On appelle éponge préparée celle que l'on fait
bouillir dans une liqueur où il entre de la cire ,
après quoi on la lie encore toute chaude avec de
menue ficelle pour lui donner une forme de ten-
te. Quand on veut dilater une plaie l'on met une
de ces tentes après en avoir ôtée la ficelle , qui ve-
nant a fe remplir des humiditez de l'ulcère s'en-
fle tellement , que l'on a de la peine à la retirer ;
il eft bon de s'en fervir quelquefois 5 mais l'ufage
continuel en feroit dangereux , parce qu'eu le
gonflant , elles pourraient par leur compreflîon
rendre calleufes ou fquitreufes les parties qu'elles
touchent»
Les tentes qui font d'argent s'appellent canules ,
parce que femblables à un tuyau elles font percées
félon toute leur longueur j l'on en fait de plusieurs
manières , telles que vous les voyez ici reprefen-
tées , je vous les expliquerai dans un moment,
elles fervent à conduire dehors les matières con-
tenues dans les grandes cavitez , & elles ont cela de
commode qu'avec une petite tente de linge qui
les bouche , on peut panferle malade fans les oter
de la plaie.
|o des Opérations de Chirurgie ,
On en fait aufïi de plomb qui ont la même fi-
gure , & le même ufage que celles d'argent *, il y a
des gens qui préfèrent le plomb à tout autre mé-
tal , difant qu'il eft ami de l'homme , puifqu'on a
vil des baies de plomb refter pendant toute la vie
dans le corps de diverfes perfonnes fans les in-
commoder -, mais fi ces baies ont pu demeurer
fi long-tems fans nuire , c'eft que leur figure s'a-
juftoit aux endroits où elles étoient cantonnées ,
Ôc Qu'elles fe trouvoient hors de l'action des fibres
mouvantes &c de la route des liqueurs 3 je crois
qu'une tente d'argent blefieroit encore moins par-
ce qu'elle fe maintiendroit mieux dans fa forme ,
étant d'une fubftance plus dure &c dont on doit
moins craindre qu'il fe détache des corpufcules mé-
talliques par la corrofion des fucs. Ce qu'il y a de
commode au plomb , c'eft qu'un Chirurgien peut
fabriquer lui même de ces tentes quand il n'y a
point dbrfévre pour en préparer d'argent , ou
quand les malades font fi pauvres qu'ils ne peu-
vent pas en faire la dépenfe.
Entre toutes les tentes qu'on ne peut guéres
mieux fe figurer que comme des clouds à tête ron-
de, il y en a de courbes de de longues,de menues 5c
de çrofTes , de plates & de rondes , il faut que les
unes &c les autres foient toujours proportionnées à
la figure , à la grandeur & à la profondeur de la
plaie , c'eft ce qui fait qu'on ne peut rien détermi-
ner en particulier de leur force , parce qu'elle dé-
pend du Chirurgien qui doit la faire quadrer avec .
la fin pour laquelle il s'en fert.
L'on tire quatre urilitez des tentes , la première
c'eft de porter les médicamens 5c de les tenir ap-
pliquez au plus profond des playes , la féconde ,
c'eft d'abfoiber la fanie qui y croupiroit 8c qui fe
filtre aifément dans les pores des tentes y la troi-
fiéme , c'eft de tenir une playe ouverte pour em-
pêcher que les lèvres ne reprennent avant que le
Pemiere Démonstration. ^31
fond foie rempli , & la quatrième , c'eft de con-
duire dehors les matières qui doivent fortir ,• d'où
vient qu'on la met toujours au plus bas lieu de
la plaie.
Quoique ces avantages des tentes foient confî-
dérables , il y a néanmoins des Chirurgiens qui en
condamnent l'ufage ; ils difent premièrement qu'il
faut éviter aux plaies de aux ulcères tout ce qui rait
' de la douleur , de crainte qu'il ne s'enfuive fluxion
ôc inflammation -, or félon eux la tente fait de la
douleur, donc on ne doit point s'en fervir. Ils ajou-
tent en fécond lieu , qu'elles meurtriffent & froif-
fent par leur dureté les chairs qui font délicates
étant dépouillées de la peau •, troisièmement , ils
allèguent que les tentes bouchant une plaie y re-
tiennent la fanie qui la ronge ôc la rend caverneufei
de en quatrième lieu ils prétendent que tout ce qui
empêche la réunion d'une plaie eft à fuir ,• or les
tentes mifes dans une plaie font qu'elle ne peut
pas fe réunir , il faut donc y concluent-ils, retran-
cher l'ufage des tentes.
Mais il eft facile de repondre à ces quatre rai-
fons ', quant à la première on convient que fur tou-
tes chofes on doit exempter de douleur fon mala-
de autant qu'il eft poftible 5 mais pour cela il n'y a
ici qu'à faire les tentes petites , égales , & fi unies
qu'elles ne bleiTent point -, pour la féconde , je ne
comprens pas comment des tentes peuvent faire
de la contufion à une plaie, car elles doivent être fi
molles qu'elles cèdent aifément au reflbrt naturel
des parties : contre la troifléme je fuis perfuadé
qu'une tente s'abreuvant de la fanie empêche que
la plaie en foit ulcérée & cavée , Se s'il y en avoit
tant que la tente ou les plumaceaux ne puflent pas
l'abforber toute, il faudroit panfer plus fouvent, ou
faire la tente de manière que le Superflu de cette
féroilté virulente pût s'échaper de la plaie. Pour
répondre à la quatrième raifon, je dis que fi l'on
31 T)ÉS Opérations de Chirurgie ,
s'obftinoit à laifTer trop long-tems des tentes dans
une plaie, on s'oppoferoit à la réuni- n , mais on les
met dans les commencemens pour faire for tir les
corps étranges , le fang grumelé ou extr avafé j en-
fuite quand elle eft mondifiée 8c que les chairs font
belles & vermeilles , on en ôte les tentes pour lui
permettre de venir à cicatrice : ainfi la rélolution
de cette queftion ne dépend que de fçavoir le
tems où il faut les employer 8c celui où il faut les
bannir*
-A : Examinons à prefent les tentes que vous voyez
Petite Tente ici gravées, la première A. eft très-petite, on la raie
charPie' de charpie tortillée j de manière qu'elle a une tête
faite de la même manière que le refte , on s'en ferc
dans l'ouverture des petits abfcès en l'accompa-
gnant d'un peu de mondicatif pour nettoyer les
chairs altérées par le féjour que le pus y a fait.
M B* " Cette féconde B. eft plus grofte 8c plus longue
Terate de que la premiere,elle eft faite aufli de charpie,avec
charpie. une t£ce ^uj pempêche d'enfoncer plus avant que
l'on ne veut j elle eft molle pour ne pas blefter >
8c néanmoins elle a afifez de refiftance pour fe
faire pafTage ôc pour tenir la plaie ouverte i on la
trempe dans quelque liqueur , ou bien on la cou-
vre de quelque onguent, elle convient à beau-
coup de plaies principalement quand elles font
fraiches.
c. La troiiiéme C. eft femblablement de charpie ,
Groffb Tente e[[e a beaucoup plus de volume que les préceden-
arpie. ^ „ ^ ^ ^ d'une même grofteur dans toute fâ
longueur : ladrefle du Chirurgien paroît a bien fai-
re ces fortes de tentes , car tous n'y réufliffent pas
également : elles fervent à plufieurs plaies , & par-
ticulièrement a celles de l'anus après que l'on y a
fait l'opération de la fiftule.
D. -~* Cette quatrième D. eft une tente de linge faite
Tente de Je plufieurs petits morceaux de toile roulez les uns
knfiC' - fur les autres ; la pointe en eft émouffée & éfilqe
pour
Première D e'm onst ration. 35
pour ne point offenfer les parties qu'elle doit tou -
cher, ôc quoiqu'elle ait une tête grolTe faite de mê-
me linge , on y met encore un fil alTez long , pour
pouvoir la retirer en cas qu'elle tombât dans quel-
que capacité : car on s'ea fert à la gaftroraphie , ôc
on l'applique à la partie inférieure de la plaie pour
y conferver un égom.
Cette grande canule E. eft d'argent auflï-bien que ^ E« „
& r . 11 1 ■ Grande Ca*
les quatre luivantes, elle a deux petits anneaux aux nulc.
deux cotez de la tête par lefquels on paffe un petit
ruban, afin de la tenir fujette dans la plaie, Ôc quoi*
qu'elle foit perfée d'un bout à l'autre, elle a encore 1
deux petits trous proche fon extrémité intérieure ,
pour laiiïer échapper le pus ou l'urine «jiiand les
membranes de la veilie, des pellicules , ou des gru-
meaux de fang touchant le tout de cette extré-
mité le bouchent -, c'eft principalement après la li-
thotomie , ou la ponction du périnée que l'on fe
fert de cette canule.
En voici une autre F. que Ton appelle canule à c^. ^
platine , parce qu'a fa tezt elle a une petite plaque platine,
ronde percée de deux petits trous qui font traver-
fez par un ruban ; on s'en fert à Pempiême ou bien
à la paracenthèfe préferablement à celle qui a des
anneaux , le pus Ôc les eaux étant mieux retenues
par une platine qui s'applique exactement contre
la peau autour de l'ouverture extérieure de la playe
qu'on a faite.
Celle-ci G. eft une canule platte garnie dune pla- . O»
tine de même que la précedente,dont elle ne diffère anu cp te*
qu'en ce que fon corps eft ovalaire comme un ci-
lmdre applati par les cotez, au lieu que le corps de
celle-là eft tout rond comme un cilïndre ordinai-
re -, il faut qu'elle foit ainfi quand on trouve des
fujets qui ont les côtes tellement ferrées que Ton
ne peut pas faire entr'elles une ouverture affez
grande qui puifte recevoir une canule ronde. h*
La canule H. eft courbe > elle a auiîî une platine 9 anulc coaf*
34 frÊS Opérations de Chirurgie,
pour le même ufage qu'aux autres , le corps de cet*
re canule eft courbe pour s'accommoder à la figure
des playes où les droites ne conviennent pas.
#etk<: Ca- ^a dernière & eft une très-petite canule qui a
«iule. deux anneaux à fa tête , & dont le bout qui doit
entrer dans la playe eft percé latéralement de deux
trous l'un au defliis de l'autre pour le partage de
l'air qui entre par la bouche après l'opération de
la broncotomie > à quoi elle eft particulièrement
deftinée.
*. Si je mets ici les fêtons au rang des tentes , c'eft
eton' qu'on fe fert des uns 8c des autres pour la même
intention ? ôc que l'effet de ceux-là a un très-grand
rapport avec ceiui des tentes.
On appelle féton un petit cordon qui traverfe
une playe depuis (on entrée jufqu'à fa for rie h ce
cordon K. étoit autrefois fait de crin de cheval ;
mais ayant reconnu qu'il coapoit & incommodoit
une playe , on en a quitté l'ufage , les uns fe fervent
de ces mèches de cotton qu'on met dans les lam-
pes , Ôc les autres de plufieurs fils de chanvre unis
enfemble ; pour moi je ne trouve rien de meil-
leur qu'une petite bande de toile , parce que le
linge convient aux plaies.
%. Pour parler le féton au travers de la playe , il faut
•éton6aillC * avo*r utl Pec^ *nftrumcnc l» °lue *'on appelle ai-
guille a féton $ elle eft ronde , &c a la pointe faite en i
tête d'ail pour ne pas piquer la playe en panant *,
elle eft percée d'un grand trou vers fa tête par où
1 on enfile le féton , ôc il faut quelle foit fort lon-
gue pour aller de l'entrée à la fortie d'une plaie qui
perce la cuifTe de part en part.
Somment il Le féton eft d'un grand fecours pour porter
^^"lé médicament tout le long de la plaie i il doit
être fort long , parce qu'à chaque panfement il
faut retirer la première partie qu'on a parlée ,
&: en faire fuivre une féconde que l'on aura cou-
verte d'onguent autant qu'il eft néceflàirs pour
Première Démonstration. 35
occuper toute la longueur de la plaie ,* on coupe
enfuite ce qui en eft iorti 8c qui a amené avec loi
la matière 8c le pus : quand tout le féton eft ufé 8c
que l'on a befoin de s'en fervir encore , il ne faut
pas en palier un nouveau avec l'aiguille , mais on
l'attachera au bout de celui qui finit : on obfervera
de faire entrer le féton par le côté fuperieur de la
plaie 8c de le faire fortir par celui qui en eft l'égoût.
Quelques-uns objecteront que le féton eft un ; tftiîUl du
corps étranger qu on entretient dans la plaie , 8c
qu'ainfi la pratique en doit être défendue : mais
comme il a toutes les utilitez des tentes ; fçavoir ,
d'empêcher que les entrées 8c les ilTu.es des playes
ne fe ferment avant le milieu , de porter les remè-
des dans toute leur profondeur , de conduire aifé-
ment au dehors les matières nuilibles , ôec. Il y a
toujours des cas où l'on ne peut sy&n difpenfer.
La plaie étant mondifiée , on ôte le féton 8c alors
elle fe guérit parfaitement bien, (a)
L'on ne peut pas preferire pofitivement le tems
qu'il doit refter dans les playes , c'eft au Chirur-
gien à en décider fuivant l'état où il les trouve : les
unes tardent plus à fe déterger ou fe purger que les
autres , 8c il ne faut pas le retirer fitôt d'une plaie
darquebufade que d'une playe qui auroit été faite
par un coup d'épée , mais il faut prendre garde de
ne pas l'y laifTer trop long-tems , car la plaie de-
viendroit calleu(e 8c fiftuleufe.
Ce que j'appelle ici féton c'eft le cotton ou la Ce qu'il faut
bandelette que l'on introduit dans la playe \ 8c que s"c£e0nnf e pac
l'on y laiiTe quelques jours ; je ne prétend pas par-
ler prefentement de l'opération du féton que l'on
fait à la nucque du col , 8c que je vous enfeignerai
dans fon lieu.
(a ) Il faut avoir foin de mettre enfuite une compreiïe
an peuépaifîë, ou de la charpie brute fur toute la lon-
gueur de l'endroit fous lequel le féton a paiîé, En rapro-
chant par ce moyen les parois du fmus , on procure une
prompte réunion.
Cij
3<£ Î>£S OPERATIONS I>E CHIRURGIE,
IV. Figv DES PLUMACEAUX.
Q
Uand après une opération la plaie demande
rne tente ou une canule , on y en met une de
celles que je viens de vous faire voir , mais dans ies
plaies où il n'en faut point , on le ferc alors de
bourdonnets qui font des tampons de charpie donc
on remplit les cavitez , 5c de plumaceaux dont on
les couvre.
D'où rient j^s mot je plLll-naceau prend Ton origine de ce
/îwmaceau. que les Anciens Te fervoienc de plumes couiues en-.
Première D e*m o n s tration. ^j
■tre deux linges , qui non- feulement s'imbiboienc
des matières , mais qui éroient encore très-propres
à défendre la partie contre le froid qui eft toujours
ennemi des playes 8c des ulcères, parce qu'en y
refTeurant les fibres qui font très-délicates , il cor-
rompt leur arrangement 8c arrête le mouvement
par lequel les liqueurs purulentes tendoient à fe
réparer.
Nous remarquons que' dans les premiers tems?
on fe fervoit d'une efpèce de champignons pour
panfer les playes , en d'autres tems de mèches 8c
d eroupes , 8c en d'autres de cotton 8c d'épongés s,
mais aujourd'hui que le linge eft plus commun
on a ceffé d'employer ces autres fortes de fub-
ftances , 8c nous ne nous fervons plus que de Ta
charpie qui certainement eft préférable a tout
ce que- les Anciens avoient inventé dans ces oc-
cafions.
La charpie e(l faite de. linge éfilé ; pour cela c* nue c**m
l'on déchire de la toile en pluheurs petits mor- quc charPiV
ceaux dont on tire les fils les uns après les au-
tres j il faut que la toile ne foit ni groile. ni fine ,
ni neuve ni trop ufée j il faut donc qu'elle tienne
le milieu entre ces quatre qualitez y 8c fur tout
qu'elle foin nette 8c blanche de lefiive.
De cette charpie on fait des plumaceaux 8c des
bourdonners qui ont retenu le nom des Anciens
■quoiqu on en ait changé la matière. On leur don-
ne une figure proportionnée à celle de la playe
•pour les y appliquer ou fecs ou couverts d'onguent*
ou trempez dans quelque liqueur fuivant l'inten-
tion pour laquelle on les met*
Les bourdonners 8c les plumaceaux ont cinq vfa&s «te*
ufages important Par le premier ils nous fervent ®°'^$onp^
à arrêter le fang qui coule abondamment d'ane maeesH**.
plaie > 8c c'en: pour cette raifon que dans le pre-
mier apaxeil on ne mes ordinairement dans la plait
€ii|
38 des Opérations de Chirurgie ,
que de ia charpie féche : (a) fecondement on tient
par leur moyen une plaie dilatée , quand il s'agit
de faire fortir quelque corps étranger ou une ef-
quile. En troifiéme lieu ils iniinuent les médica-
mens dans toutes les parties d'une plaie. Quatriè-
mement ils pompent les matières virulentes 8c les
férofitez acres qui s'écoulent de la plaie , empê-
chant ainfi qu'elles ne la corrompent. Enfin en der-
nier lieu , ils garantirent la plaie des impreffions
d'un air froid ou chargé de particules nuifibles ; ce
font particulièrement les plumaceaux plats dont on
la couvre qui ont ce dernier ufage.
chatpieron- On prépare une efpèce de charpie qui corri-
geante. me les méches de Cilicie confument & mangent
les chairs baveufes qui mrviennent aux playes &:
aux ulcères. Pour cet effet on lave & on parfume
des morceaux de toile avec du fouffre , du nitre
&: d'autres chofes fembiabies , enfuite dequoi on
les réduit en charpie. On fe fert encore d'une char-
pie raclée que Ton fait en ratifiant de la toile avec
un couteau \ cette charpie eft très-fine & fa prin-
cipale utilité eft de delTécher une playe pour la dif-
pofer à la cicatrifer plutôt.
On fait des plumaceaux en manière de tam-
pons que l'on appelle bourdon nets , 8c il y en a
d'autres qui font plats retenant le nom de pluma-
ceaux •, les premiers rempliffent la playe , & les-
feconds la couvrent ; ceux-là ont pour l'ordinai-
re la figure d'une olive , Se de ceux-ci il y en a-
de ronds , ôc d'autres en ovale , comme ceux qui
font repref entez par cette planche que je vais vous
expliquer.
a. "B. e. Ces trois premiers bourdonnets A , B , C , que
donnetf.OUr" V0QS voyez î dont l'un e^ peut » l'autre moyen ,
de l'autre plus gros , font faits de charpie tortil-
(*) Cette charpie doit être brute & fans préparation 3
on lai préfère même de petits morceaux de toile ufée &
déchirée par lambeauxt
Première D e'm onstration. $9
lée de façon qu'ils relfembient à des noyaux d'oli-
ves. On les fait plus durs quand on en veut dila-
ter l'entrée d'une playe 5 mais quand on n'a âzC-
fein que de porter les médicamens ou d'abforber
le pus, on les fait mollets, pour ne point expo-
fer témérairement la partie au froiflement Se à la
contufîoiu Si la playe n'étoit pas grande on fe
ferviroit de ces petits , Se lorfqu'elle efl ample 8c
profonde on y en met de plus gros , il feroit toute-
fois plus à propos de la remplir d'un plus grand
nombre qui fulTent menus, parce qu'ils s'y arran-
geroient mieux..
Ces deux autres D* E. ont la même figure que d. e. deux
tes précédens , mais ils font plus gros , ils font liez Plu™aceaux
dans leur milieu par un fil, long de quatre ou
cinq pouces > ce font des bourdonnets que l'on
met premièrement dans le fond d'une plaie oa
dans un grand abfcès , on ne lie que les deux on
trois premiers , les autres n'ayant pas befoin d être
liez , parce qu'entrant les derniers ils fortent tou-
jours d'abord que l'on commence à retirer les pré-
cédens qu'ils couvrent : ce fil aide ainfi à dégager
les plumaceaux , 6c iL fait connoître quand il n'y
en a plus dans la playe , vu que ceux aufquels il
cft attaché par le bout font les derniers à mettre
dehors.
Ce gros tempon F. tient à un double fil vers la „, F- ®*®*
fcv D S, r • . n > , -'il Tampon».
tête , parce qu étant rait juire a la capacité de la
plaie , il arrive fouvent qu'il fe tuméfie afifez pour
qu'elle le prefie de telle forte qu'il faut que le fit
ioit fort pour le retirer , on s'en fert principale-
ment après l'opération du bubonocele pour bou-
cher l'ouverture que Ton a faite aux anneaux des,
mufcles de l'abdomen en intention d'empêcher
que l'épiploon Se les inteftins ne fortent point de
la capacité du ventre où on les a remis.
Ces deux plumaceaux plats G. H. (ont de R^ ©. K;
pire ronde , l'un eft petit, Se l'autre eft plus grand ^S^l
Ciiij
40 ces Opérations de Chirurgie ,
félon les endroits où l'on doit les appliquer -, on ne
leur donne pas beaucoup d'épaiffeur -, mais il faut
de l'exercice Se de ladreffe pour les faire propre-
ment.
i. k. Les dettx derniers I. K. font de grands plu-
ovalaires, maceaux plats figurez en ovale ; on s en lert très-
fréquemment » on en met plufieurs à côté les uns
des autres aux grandes plaies > Se quand un Chi-
rurgien fait fon appareil il en doit préparer un
plus grand nombre qu'il ne femble en avoir be-
loin , car fouvent il eft obligé d'en mettre plu-
fleurs les uns fur les autres > 8c principalement
lorfqu'il veut arrêter une hémorragie opiniâtre qui
demande une compreïïion confiderable des artè-
res 8c des veines par où fort le fang 5 ce qu'on pro^-
cure d'ordinaire plus ailément par ces moyens qui
affermifTent les ligatures qu'on a jugé à propos
de faire aux vaifïeaux , 8c qui retiennent les pou-
dres & les eaux ftyptiques plus long-tems appli-
qués fur les ouvertures. Ceci fufrira pour vous
donner une idée des bourdonnets 8c des pluma*,
ceaux : Venons à prefent aux emplâtres.
Première D e'm onstration. 4*
V. Fig. DES EMPLASTRES.
LEs Emplâtres font des comportions plus foli- Edmoiogie
des que les onguents &: que les cérats lefquel- #c£Slt~
les on amolit pour les étendre fur un linge ou fur
du cuir. On les applique extérieurement fur toutes
les parties du corps. Ce mot d'emplâtre vient du
mot Grec EmpUz,cin > qui fignifle appofer ou for-
mer fur quelque chofe , patee qu'on les applique
fur la peau qui leur fert comme de moule. La coi>
4* des Opérations de Chirurgie^
noiflance des emplâtres dépend de celle de leur
matière , de leur figure > & de leurs ufages»
Mztkre tes Par ^a matiere on entend deux chofes , ou l'éto-
€3î£iâtres. fe dont on les fait , ou la compofîtion dont on la
couvre. Aux parties délicates Se douloureufes com-
me les lèvres , les yeux , on fe fert de taffetas 8c
de linge fin : aux robuftes comme les bras 6c les
jambes , l'on prend de gros linge , ou de la futaine,
& quelquefois du cuir. Quant a la compofîtion il
eft très-difficile de la fpécifier , car on fait des em-
plâtres de tout ce qui fe trouve fur la terre j la cire »,
la poix , les huiles , & les graifîes , en font les ma-
tières les plus communes , on y ajoute de la lithar-
ge , de la cérufe , des gommes , des liqueurs , 8c
une infinité de fortes de poudres , fuivant la na-
ture de l'emplâtre que Ton veut faire 8c les pro-
priétés que l'on y requiert eu égard aux cas par-
ticuliers où on les employé. De toutes œs diffé-
rentes drogues les unes font la bafe de L'emplâtre
8c lui donnent du corps > 8c les autres y font mi-
fes pour y diftribuer 8c communiquer leurs vertus
qui patient jufques dans la partie à laquelle on l'a-
plique : le mélange 8c la cuiflbn de tous ces divers
ingrédiens forment un tout emplaftique qui s'atta-
che facilement, & qu'on peut garder long-tems
en rouleaux ou magdaleons , fans qu'il diminue de
fa bonté. Ce genre de remède à qui l'on donne
une confidence médiocrement dure a été imaginé
par les Anciens pour fomenter , ramolir , ou for-
tifier les parties par des médicamens capables d'y
refter pendant plufîeurs heures , ôc même plufîeurs
jours fans fe fondre. Quand on veut employer la
matière on l'aproche du feu pour la pétrir 8c l'é-
tendre fur quelque étofe mollete.
Fïpure des La figure des emplâtres varie en tant de façons
taplâcres. qU'on ne peut pas les marquer toutes -, on les réduit
feulement à deux efpeces générales qui font la
iigure droite 8c la figure courbe : fous la premiers
Première D e'm onstration. 4$
font comprîtes les emplâtres qui font bornez par
des lignes droites comme les longitudinaux 8c les
quarrez \ 8c fous la (econde font renfermez ceux
qui ont une circonférence courbe comme les ronds,
les ovales & ceux qui font faits en cronTans; ils
font encore divifez en petits , en moyens 8c en
grands , accommodez à la figure 8c à la grofleur de
la partie où l'on doit les impofer. De plus il y en
a d'univerfels qui conviennent à toutes les parties
du corps comme les ronds , 8c les quarrez , 8c de
particuliers qui ne peuvent fervir chacun qu'en un
feul endroit du corps comme celui du périnée pour
la lithotomie ; 8c celui fait en croix de Malche
pour les amputations.
Les emplâtres font néceflaires en général pour u rages des
contenir les autres remèdes mis dans une plaie ou mp a"res^
répandus à fa furface *, 8c en particulier pour im-
primer la vertu des médicamens dont ils (ont com-
pofez ; à ce dernier égard , les uns defféchent 8c
cicatrifent une plaie comme le Diapalme , les au-
tres cuifent 8c digèrent la matière du pus comme
le Diachilon , d'autres vuident 8c nettoyent com-
me le Divin , d'autres amoliflent 8c dillipent com-
me le Diabotanum 3 8c ainfi du refte.
De ces douze emplâtres gravez fur cette plan-
che font autant de figures différentes 8c qui pour
une plus grande propreté doivent tous avoir a tou-
te leur circonférence un bord de la longueur d'une
ou de deux lignes qui ne foit point couvert de la
compofition.
Le premier A. eftrond , c'eft le plus commun A
8c celui dont on fe fert le plus fouvent. Un Empli-
Le fécond B, eft quarré ; on en fait de grands tre r<£d*
8c de petits, Vn Empli-
Le troifiéme C. eft ovale -, c'eft-â-dire , plustrc *™té-
long que large fous une figure courbe > on s'en fert Un Empiâ-
à toutes les playes qui ont plus de longueur que de trc ovaic#
largeur, 8c on le fend par quelques coups de cifeaux
44 »*s Opérations de' Chirurgie ,
pour l'appliquer plus commodément quand on le
pofe fur des plumaceaux.
Ç. Le quatrième D. eft longitudinal , on lui doir-
«•e"^^^ Tie cette %ure quand on en veut entourer un bras.
éimi ou unc jambe dans une fracture j on en fait d'au-
tres plus petits & figurez de même pour mettre
autour d'un doigt.
e. 'm Le cinquième Er eft: taillé en croiftant ou en
wc en croifl demi-lune , convient à la fiftule de l'anus , lorf-
fant. qu elle eft à coté , on en taille.de même de très-
petits qui fervent aux paupières.
f. . Le fïxiéme F. eft l'emplâtre triangulaire figuré
^uhfml ^e & ^orte Pour s'aj«^er au plis de l'aine dans le
kire. bubonoceie. On en fait auffi à trois angles pour
la fiftule lacrymale, mais ils font beaucoup plus
petits que celui-ci.
G» Le feptiéme G. eft taillé en croix de Malthe , il
tte en Crofx eft très-commode pour appliquer fur le moignon %
éc MaUhe, c'eft-â-dire , à l'extrèmiré qui refte d'un membre
coupé ; on donne une pareille figure au petit em-
plâtre dont on fe fert après l'amputation d'un
un Empiâ- Le huitième H. eft l'emplâtre feneftré ainfi ap-
we feneftré. pe}}^ s parce qu'il eft percé dans fon milieu , il eft
d'ufage aux fractures avec plaie , cette ouverture
fait qu'on peut panfer la plaie fans être obligé' de
lever l'emplâtre de deflus ies endroits d'alentour ;
il convient auffi a la broncontomie.
i. Le neuvième I. eft nommé trapézial , il eft cou-
yn Empia- / ^^ c£s ^eux extrèmitez , de manière qu'il
etrapeziai. i . t.
peut s appliquer commodément iur des membres
sre
TT ?• . . Le dixième K, eft appelle 1 eculîon , parce qu il
UnEmplâ- rr 'r . t
tre en écuf- en a la figure ; on taille de cette raçon un grand
*on# emplâtre iorfque l'on veut appliquer des véfica*
catoires entre les deux épaules.
Vn Em r L'onzième L. fe nomme l'emplâtre ypfiloïde ,.
wrcypfiio^de" parce qu'il a la figure d'un Y. grec i il eft fait ajnfi
î* R E M I E K fi D e'm ONSTlAT I O tt. 4Ç
|>©ur s'en fervir au périnée après l'opération de la
lithotomie.
Le douzième M. a le nom de T. parce qu'il **•
lui rerTemhie j on l'applique fur des incirions qui treen x^
ont une telle figure , il y a de plurieurs autres for-
tes d'emplâtres que je ne rapporte pas ici 9 parce
qu'il dépend fouvent du génie du Chirurgien de
leur donner une figure conforme à la [partie ou
à la maladie qui les demandent.
VI. Fig. DES COMPRESSES.
jifi DÉS OPE*RATIOtfS DE CHIRURGIE ,
LEs Comprefles font des morceaux de linge
ployez en plusieurs doubles dont on couvre ou
on environne quelque partie : on les employé fé-
ches ou trempées en quelque liqueur ,felon l'inten-
tion qu'on fe propofe de remplir dans leur ufage.
Dnteïa'qid?e ^e nom ^e ComprefTes leur a été donné parce
comprefles. qu'elles font de la comprefîlon à l'endroit où on
les applique , & afin qu'il loit par tout également
prefle comme il doit l'être , il faut qu'elles n'ayent
ni coutures ni ourlets , circonftance que le Chi-
rurgien doit obferver dans tous les linges qu'il
employé aux panfemens des bleflez.
Vous aurez une entière connoiflance des com-
prefles , quand je vous aurai appris dequoi , com-
ment , Se pourquoi on les fait.
,Per qu0). La matière des comprefles eft toujours de linee
«lleslontiai» • j • a /. 0 ', , 11^
tes# qui doit être uni , mollet , propre & blanc de lef-
five, elles doivent avoir une épaifleur confiderable
quand il eft queftion de comprimer beaucoup , ou
de munir la partie malade contre un rude froid :
il ne faut point les faire de linge neuf, car c'eft
une règle générale que les linges qu'un Chirur-
gien employé doivent toujours erre à demi ufez ,
afin qu'ils obéiflent davantage de qu'ils foient plus
douillets.
Comment Nous ne pouvons ici vous preferire que fort
•nies fait, généralement la figure & la grandeur des com-
prefles, parce qu'on les doit proportionner à la for-
me de la partie , à la commodité du malade , 8c
à mille circonftances de la maladie ,* nous dirons
feulement qu'il faut toujours qu'elles débordent
d'un ou de deux doigts de tous cotez , les emplâ-
tres fur lefquels on les met. Il y en a de quarrées ,
de triangulaires , de longitudinales , de tranfver-
fales , de circulaires & de plufieurs autres figures ,
clans toutes lefquelles on n'obferve pas tant de ré-
gularité que dans celles des emplâtres. J'en ai fait
graver les principales dans cette Planche , que je
pRlitïtRïDï'MONSTKATlOH. 4?
yous expliquerai après que je vous aurai dit deux
mots fur leurs ufages. , Poot ^.^
Les comprennes fervent à cinq chofes. Premié- ic, £ai?.U 2°
rement elles afTurent & arTermiflent le bandage.
Deuxièmement elles conservent la chaleur de la
partie qu'elles défendent du froid. Troifiémement
elles fervent de moyen pour tenir fur le mal la li-
queur dont on les a imbibées. Quatrièmement elles
remplirent les inégalités d'un bras & d'une jambe,
£c font par-là qu'on les bande plus commodément.
Cinquièmement elles empêchent que les lacs ne
meurtriffent & n'écorchent une partie en y faifant
des extenfions , parce qu'alors on a foin de l'envi-
ronner d'une comprcfle circulaire.
La première A. de toutes ces comprennes eft la Co^-
quarree , c'eft celle dont on fefert le plus fouvent , quarrée.
parce qu'elle convient à quantité de maladies , Se
qu'elle fe peut appliquer fur beaucoup d'endroits.
On les fait plus ou moins grandes félon les occa-
sions.
Cette féconde B. eft appellée fplénique par les a.
Anciens , à caufe qu'étant plus loneue que large r Com?rcfre
11 i r i» £n • j-r 1Plcniaue«
elle a la figure d une rate. Elle reçoit encore dir-
ferens noms félon les diverfes manières de l'appli-
quer : étant mife en long elle fe nomme comprefle
longue , quand elle eft pofée de travers 3 elle s'ap-
pelle tranl verfaie j Se lorfqu'on l'applique de biais,
c'eft une comprefTe oblique.
La troifiéme C. eft appellée longitudinale quand Co£" ffe
©n la met le long d'un bras ou d'une jambe , Se longitude »
elle aura le nom de circulaire h* l'on s'en fert pour nale*
entourer ces parties : elle eft beaucoup plus étroite
que longue , on ne la pofe d'ordinaire fuivant la
longueur de la partie que fous un atelle ; Se quand
elle eft mife circulairement , c'eft pour ren-
dre un membre égal , ou pour empêcher que les
lacs dont on le garotte par deflus ne falïent de la
Couleur.
'jfl des Opérations de Chirurgie,
^ p La quatrième D. eft une comprelfe circulaire
titcuWite. 'fendue jufqu au milieu par un defes chefs > ce qui
donné des facilitez pour i'ajufter aux inégalitez
d'une partie , -& pour l'appliquer fur les fractures
des bras & des jambes , qui font les occafions où
Ton ne fçauroit s'en pafïer.
£• La cinquième E. eft une comprelfe que fa fiVu-
Comprefle c ' î • il
triangulaire, re a ^alc nommer triangulaire , elle convient aux
aynes , ôc on la fait toujours très-épauTe , parce
qu'elle doit comprimer fortement pour empêcher
que i'épipîoon ou les inteftins ne s'échapent par
les anneaux dilatez des mufcles de l'abdomen.
F> Cette fixiémeF. e(l coupée en croix de Makhe,
en crow^de afin qu'elle puiife emhralfer plus exa&ement un
-Maichc» moignon , car c'eft particulièrement aux ampu-
tations qu'on s'en fert -, on doit faire un point
à chaque angle , de crainte que les differens plans
de toile qui font fon épai(feur ne fe dérangent en
la pofant.
G. La feptiéme G. eft une comprelfe feneftrée ayant
fe^ftréPc?ffe llne ouvetture dans fon milieu pour laitier la liber-
té à l'air d'entrer Se de lortir par la trachée artère
après l'opération de la broncotomie 5 elle eft encore
d'un grand fecours aux fractures avec plar^.
H- La huitième H» eft la trapéziale figurée comme
trapcziaîe! * Pem plâtre de ce nom , c'eft- à- dire , qu'elle ell: fen-
due par i'ts deux extrêmitez pour s'appliquer plus
jufte à des membres de furrace inégale , fur lef-
quels on la pôle toujours circulairement.
t. La neuvième I. eft une grande comprelfe qnar-
Comprcflc r^e fendue depuis fes deux angles inférieurs juf-
pour .pa c ^ ^s ^ milieu pour s'ajufter à la figure de
l'épaule qu'elle doit recouvrir dans les luxations de
l'humérus avec l'omopolate.
k. Cette dixième K. eft une comprelfe appellée lo-
4ozan«prefî,e zange ' parce °iue ^es cotez ou pans qui font au
nombre de fix font entr'eux des angles obliques ,
dont ceux qui font oppofez l'un à l'autre font
égaux
Première D e9m o^stratî on. 49
égaux aufli-bien que les cotez. On donne fouvenr
cette figure à une comprefFe plutôt que de la faire
ronde , parce qu'elle a le même ufage que la cir-
culaire , ôc parce qu'il eft plus aifé Ôc plus prompt
de couper ainfi en droite ligne les quatre angles
d'une comprend quarrée , qui eft la plus commu-
ne ■ que de la tailler exactement en rond»
L'onzième L. eft compolée de trois comprefîes ^ ^ -
étroites ôc longues , dont les deux obliques s'entre- obliqua
croifent en forme de croix de Si André -, ôc l'autre
que vous voyez fituez verticalement les traverfe
par leurs angles aigus : on les applique avec fuccès
îous cet arrangement dans l'aneviâime ôc dans les
varices , parce qu'y ayant trois compreiTes dans
le milieu > cela comprime très-bien l'endroit où
le vaifieau eft ouvert ou dilaté.
La douzième M. eft une compreftè arondie , il U;
y en a de parfaitement rondes comme des boules b . Comptée
6c d'autres qui ne le font que d'un côté 9 comme
dts demi globes \ les unes ôc les autres fe mettent
fous l'aillelle avant que de faire le bandage après
la réduction de l'humérus luxé ,• on en met aufli
une dans la main à ceux qui ont eu des os du bras
ou difloquez ou fracturez*
Enfin cts -dernières font de petites comprend ;3*> &
dont les unes N. N* font quarrées ôc épaifTes pour p^îès, 0m*
les faignées du bras ôc du pied. Les deux O. O.
font longuettes j on s'en fert aux ligatures des
vaifleaux pour nouer le fil par defïus ,* ôc les deux
autres P. P. font roulées ôc très-petites l pour erre
employées dans les futures , ôc particulièrement
dans celle du tendon»
D
5© dès Opérations de Chirurgie ;
VII. Fig. DES BANDAGES.
Définition A Près avoir garni une plaie de tenues fk de
et Bandage. /^ pJuï-naceaux", & l'avoir couverte d'un emplâ-
tre & d'une comprefie , on finit par le bandage a
qui n'eft autre chofe qu'une circonvolution de baiv
des faites avec adreffe amour de quelque partie du
corps , pour lui conferver ou lui rendre la fanté.
ce que c»eft Avant que de pouvoir faire un bandage > il fauc
que an e, £.avojr ce ^uç c>efl. qU'une bandç. On appelle ban-
de un lien long & large dont on couvre de on en-
Première D e*m onstration. 51
velope les parties qui en ont befoin pour leur ré-
tabliifement. Remarquez donc que la différence
qu'il y a entre bande & bandage , c'eft que la
bande eft l'infcrument 3 ôc le bandage eft l'ufage
êc l'appoiition de la bande.
Les bandes différent entre elles en plufleurs fa- , différence
r . . * .. - des Baadcs.
çons , tçavoir , par leurs matières , car il y en a de
cuir Ôc de linge *, par leur figure qui doit être con-
venable aux divedes parties qu'il faut bander -y par
leur grandeur , vu que les unes font longues ôc
larges , les autres courtes Ôc étroites -, ôc par leur
Structure , plus ou moins artificielle a puifqu on en
doit tailler pluGeurs exprès pour divers cas parti-
culiers y Ôc qu'on en trouve d'autres toutes faites ,
comme une ferviete, une ceinture , ôcc.pour des
befoins ordinaires.
On confidere à une bande fon corps qui en eft.
la partie la plus ample & la plus forte , & les ex-
tiêmitez fe prennent félon fa largeur , ou félon
fa longueur y c'eft ce qu'on nomme chefs > ainfi
il y en a toujours quatre en une bande , quelque
petite-quelle foit , parce qu'elle ne peut manquer
d'avoir deux bornes à fa longueur , &: autant à fa
largeur.
La plupart âcs bandes reprêfentent des parallé-
logrames rectangles ou quarrez longs j mais on
fait quelquefois à leurs bouts ôc même dans leur
milieu plusieurs incifions , comme vous pouvez
l'appercevoir fur cette planche.
On veut qu'une bande ait quatre conditions Quatre con^
irions re-
a r • 1 • ' 1 • dit
pour être parraite ', la première que la matière en quifes à Hnc
ioit bonne ? c'eft-à-dire que fi c'eft du linge , il ne Bande,
foit ni trop vieux ni trop neuf, afin qu'elles foient
douces ou molles , déliées ou légères : la féconde
qu'elles foient nettes Ôc blanches pour n'impri-
mer aucune mauvaifes qualité •, latroifiéme , qu'el-
les foient d'une toile unie ôc pleine non ouvrée , de
qu'elles foient coupées de droit fil , d'autant que
Dij
52 eés Opérations de Chirurgie >
ce qui l'eft de biais fe relâche &c fe déchire j & là
quatrième 3 quelles foient égalés fans ourlets 8c
fans nœuds, comme les compreiTes , de crainte
de bleiTer : ajoutez qu'elles ne doivent point avoir
de liiiere , fi on veut que le bandage loir accom*
pli. Au refte on prendra de femblables précautions
pour faire des bandes de cuir ou d'étofe.
r^raîe °dc?éfc ^es bandages font où communs ou propres , les
Bandages, communs peuvent -être appliquez en plusieurs par-
ties pour xdifférens maux -, comme les bandages
fimples 3 tant égaux qu'inégaux , & les propres
ne conviennent qu'en certains endroits , & à telles
ou telles maladies :: &: le nombre de ces dernières
fortes eft auffi grand qu'on Compte de différentes
parties au corps. Je ne précens pas vous les ex-
pliquer ici toures , la difcution en eft d'une fi
grande étendue qu'elle demande un cours parti-
culier : je ne vous parlerai auiîi des bandages *
qu'autant qu'il eft nécelîaire pour vous faire com-
prendre les opérations que j'ai à vous démontrer.
ïje bandage eft ou ïlmple ou compote , on "ap-
pelle firaple , celui qui n'a qu'une forte de con-
tours , & qui fe fait avec une feule bande , à la-
quelle on n'a rien découpé ni ajouté. Ce bandage
eft de deux fortes , égal , ou inégal -, le iimpie
égal eft circulaire , il embralfe la partie en rond
comme un cerceau ,* la bande -en ell uniment ter-
aminée (ans imparité decircuits ; le iimple inégal fe
divife en quatre efpeces , on l'appelle doloire ,
lorfque les circonvolutions ne font que biaifer un
peu , en fe couvrant les unes les autres > il fe nom-
me mouife lorfqu'elles s'inclinent ôc gauchiffent
davantage *, il a le nom de rampant quand elles s'é*-
loignent tellement les unes des autres qu'elles laif-
fent entre elles des efpaces découverts , Se il eft
appelle renverfé i lorfque l'inégalité de la partie
oblige de faire des replis Se des renverfemens en
menant la bande fens deiîas deiîeus ; le bandage
Première Démonstration. $.$■.
compofé eft celui quife fait de plufieurs bandes
jointes enfemble , ou d'une, feule coupée en plu-
fieurs chefs. . Application
Tous les bandages ne font pas commencés de fi- desBamUge*.
nis de la même manière , les uns fe commencent
par une des extrèmitez de la bande comme ceux
des fractures ,. les autres à quelque diftance d'un
de fes bouts comme ceux des (aiguées , ou même
par le milieu de la bande , lorfqu'elle eft roulée à
deux chefs comme la capeline.
On pofe fouvent le premier chef de la bande
fur la partie malade j quelquefois fur la voifine x
d'autrefois fur une partie, éloignée & oppofée , 8c
toujours fuivant l'intention pour laquelle on fait le,
bandage ; mais il ne faut jamais le finir fur l'endroit,
de la plaie * parce que l'épingle dont on doit atta-
cher le dernier chef ne manquèrent, pas d'y faire
de la douleur.
Les bandages fervent aux remèdes , ou tiennent Leurs ufsges,.
eux-mêmes Heu de remèdes. Le nombre de ces
derniers efb fort grand ; car tous les bandages
u'on fait aux fraclures & aux luxations les guérif-
q
fent prefque feuls : les difrérens ulages qu'on re-
connoît aux bandages font qu'on les nomme dif-
féremment ', on appelle incarnatifs ceux qui ap-
prochent les lèvres d'une plaie l'une de l'autre *,,
expulfifs ceux qui conduisent au dehors les ma-
tières purulentes des àbfcès ôc des ulcères -, ces ma-
ladies fe guériiîènt affez ordinairement par ces
derniers moyens : quant aux premiers qui ne font
que fervir aux remèdes , on les appelle rétentifs ,
ils font très- communs en coraparaifon des autres
bandages , ils ne contribuent encore à la guérifoa
qu'en retenant les médicamens fur la partie mala-
de •■, il y en a plufieurs de ceux-ci qui ne convien-v
nent encore qu'à certaines parties , comme à la
gorge ou au ventre , lefquelles ne peuvent pas fup«
porter d'autres bandages*
Diij
'54 des Opérations de Chirurgie J
La matière du bandage ayant toutes les condi-
tions marquées ci-deffus, le refte dépend du Chi-
rurgien qui connoilfant les différences des banda-
ges , Se les cas où ils doivent être appliquez , n'a
plus qu'à pofer proprement les bandes ôc à les le-
ver avec adrefïe.
Manière de Qn bandera élégamment une partie (i l'on ob-
bien Taire un r , . n ° r . -\ r i
Bandage, ierve les circonltances luivantes : il raut que le
Chirurgien mette le malade dans une fituation
commode , qu'il faffe tenir la partie qu'il doit ban-
der , par un ou par plufieurs de Tes ferviteurs \ que
la bande étant roulée ferme Se fes circuits égale-
ment Se entièrement couverts les uns par les autres
comme des anneaux concentriques , il la prenne
d'une main & tenant le chef de l'autre , il la pofe
fans héiiter , ni donner foupçon qu'il ne fçait par
quel endroit commencer : dès ce moment pour ne
point faire languir fon malade , il doit avec autant
de diligence que d'exactitude entourer de la bande
la partie affectée ; (a) l'agrément Se la propreté y
font néceifaires , afin que le malade , les affiftans ,
Se l'Opérateur même (oient contens de l'ouvrage :
le bandage fait , il examinera fi les circonvolutions
font également conduites Se alïurées , s'il n'eu: ni
trop lâche , ni trop ferré , Se s'il quadre à la forme
Se au volume de la partie : enfuite il la mettra fur
des couffins de manière qu'elle ne puiffe point va-
ciller , ni fouffrir de douleur , obfervantpour règle
générale que le bras (oit iitué un peu ployé , Se la
jambe tout-à-fait étendue.
Si la dextérité du Chirurgien fe fait voir , lorf-
qu'ii fçait pofer les bandes avec juftelfe Se élégan-
ce , elle ne paroît pas moins , quand il eu: obligé
de lever ces mêmes bandes , Se qu'il s'en acquite
d'une manière ailée , fans confufîon Se (ans emba-
fa" Pour bien appliquer cette bande , il fau: la tenir
dar.i la main , & n'en dérouler à chaque circuit que ce
qui eil néceiïaire pour entou'rer la partie.
Première D e'm o n s t r a t ï o n. 55
ras. Pour débander la partie, il faut qu'il la mette ,£e f^°*
dans la même ntuation qu elle etoit quana il 1 a lever la ban-
bandée , qu'il la faflfe tenir ferme par des aiïiftans , de*
& qu'alors défaifant l'apareil , ôc levant les bandes
doucement & promptement , il le déroule tantôt
d'une main & tantôt de l'autre fans les laider écha-
per de les mains , Se obfervant fur tout de ne point
exciter de douleur : 11 les bandes font collées les
Unes aux autres , ou bien à la partie , il doit pour
les dégager plus facilement > les humecter de quel-
que liqueur qu'on diversifiera fuivant l'état de la
maladie , fe fervant d'huile par exemple quand la
partie eft douloureufe , du vin quand, il y a de la
ftoideur & de la débilité , doxicrat lotfqu'il y a
de l'inflammation.
Examinons à prefent quelques bandages qui pafJ^^
font reprefentez dans la Planche feptiéme , je n'y
ai fait graver que ceux dont on le fert tous les
jours , & qu'un Chirurgien doit fçavoit indiipen-
fablement.
Le premier A. eft le couvre-chef, ainfî appell
parce qu'il couvre & enveloppe toute la tête 1 il eft chef,
fait avec une ferviete pliée en deux pour être pofé
fur la tête 5 & des quatre angles qui pendent à cô-
té du vifage , il y en a deux qu'on noue fous le
menton , ôc les deux autres fur la nuque du col ,
ce bandage le plus uiité de tous convient a toutes
les plaies de la tête.
Le fécond B. eft le bandeau -, il eft de deux Le ^.^ ^
fortes , l'un fimple qui fe fait avec une bande tour-
née circulairement autour de la tête >9 êc l'autre fi-
gurée qu'on compofe de plufieurs morceaux ou de
plulieurs redoublemens de toile confus enfemble v
ayant quatre rubans aux quatre angles pour le
nouer derrière la tête , ce bandage eft particulier
pour le front.
Le troifiéme C eft le fcapuîaite , ainii nommé £ ^ ^
parce qu'il appuyé fur les épaules : il eft fait d'une iake.
1. A.
5^ des Opérations de Chirurgie,
pièce de toile de deux ou trois pieds de long fur
fept ou huit doigts de large ; on l'a fendu par le
milieu fuivant fa largeur pour y pafTer la tête ,
il fert à foutenir tous les bandages qu'on fait à
la poitrine & au ventre. L'un des C. le fait vok
hors du fujet , ôç l'autre le montre appliqué fur
le fujet,
4« D* Le quatrième D, eft la ferviette 5 on en prend
ta Serviette» ■ r ' rr \ C • i j -
une qui loit allez longue pour taire le tour du
corps , on la ployé de fan long en trois ou quatre ,
èc on en bande toutes les plaies de la poitrine ÔC
du bas ventre j on y attache par devant èc par der-
rière les extrêmitez du fcapulaire qui empêche
qu'elle ne tombe,
5. te. f. G. Le cinquième £. F. G. eft une bande a faigner l
faiener.6 * e^e e^ longue d'une aulne ou environ , &: large
de deux doigts , E. vous la fait voir avant que de
s'en fervir -, F. vous montre un bras qui en a été
bandé après la faignée , 8c G. vous apprend com-
ment fe fait le bandage de la faignée du pied , le-
quel on appelle l'écrier. Je vous parlerai plus am-
plement de ces deux bandages en faifant les lai-
gnées où ils conviennent.
6- h. 1. Lefîxiéme H. I. eft un bandage pour le bras ou
Un Banctage t ■ i n / t r C •
ïsmpanc. pour la jambe appelle rampant , il le tait avec uns
bande roulée à un chef de deux ou trois doigts
de large , & longue de deux aulnes ou environ.
Quand on le fait au bras on commence par un cir-
culaire ou deux autour du poignet , & on le con-
tinue jufqu'à l'épaule en laiflTant des eipaces entre
chaques circonvolutions , & lorfqu'on le pratique
à la jambe > on commence par un étrier , paftant
le premier chef par delTous la plante du pied 8c
montant en rampant jnfqu au haut de la cuilfe : ce
bandage eft amplement contentif, parce qu'il ne
fait que contenir les remèdes fur la partie H. en
eft un appliqué fur le bras , &c I. montre la bande
dont on fe fçrt pour le faire».
rea»
PlemiereDemonstratiok. 57
Le feptiérae L. eft le plus fimple de tous ; il le * *••
r * vil o ■■'»■?■ Bandage
mit avec une bandelette courte & qui n a que ce finale.
qu'il faut de longueur pour en faire un ou deux
tours circulaires fans monter ni delcendre.
Le huitième M. eft encore un fimple contentif ; A^r^nr
mais pour le faire il faut un morceau de toile plus dagc fimpi*
large que pour le précèdent : on y met quelquefois
de petits cordons , ou bien on le coud fur la partie.
Le neuvième N. eft un bandage convenable 9. n.
pour une jambe qu'on a defTe in de bander avec avfcX's9rï
fermeté , il fe fait avec une bande pareille à celle verf*
du rampant ; on jette le premier chef fous la plan-
te du pied , 6c en le remontant on le croife de ma-
nière qu'on fait fur le tarfe comme une croix de
faint André , après quoi on pourfuit les circonvo-
lutions jufqu'au jarret : 8c il faut remarquer qu a
l'endroit où commence le gras de la jambe on doit
faire des renverfés 8c les continuer jufqu a ce
qu'on ait atteint le plus épais de ce même membre ;
car autrement le bandage feroit des godets , §c ne
ferreroit. pas également h jambe comme elle a be^
foin de l'être.
Le dixième O. eft une bande roulée à deux chefs r îo- °*
/ 15 i- j- 1 •«• Bande rou«
égaux ; on 1 applique ordinairement par le milieu , iée à deux
tenant les deux chefs chacun dans une main. OnchcfSî
fait cette bande plus ou moins large ou longue
fuivant la différence des parties ou dos maladies.
Elle fert à faire la capeline 8c le fpica qui font des
bandages dont on ufe très-fouvenr.
L'onzième P. eft une petite bande large de deux * \- %
doigts 8c aflez longue pour faire deux tours fur *™&W où
la partie : elle eft fendue proche l'un de les bouts , uniflant,
pour y palier l'autre chef-, ce bandage eft appellé
incarnatif ou unifiant , parce qu'il réunit les lèvres
d'une plaie faite en long , afin d'épargner par ce
moyen une future. On le commence par le milieu
de la bande fur la partie oppofite de la plaie j paç
exemple , fï on veut s'en fervir au front où il con*
58 des Ope'ràtionts de Chirurgie J
vient particulièrement , on pofera le milieu de
la bande fur l'occiput , & coulant de part & d'au-
tre les deux chefs au-deiîîis des deux oreilles , on
en paflèra l'un par la fente de l'autre au droit de
la plaie *, puis les tirant tous deux , on fera join-
dre fi exactement les bords de la plaie l'un a
l'autre , qu'ils fe puiffent reprendre fans aucune
difformité.
Banda« à ^e douzième Q. eft un bandage à quatre chefs*
%uacre chefs, il fe fait avec une bande de toile dont les deux ex-
trêmitez ou chefs pris fuivant la longueur font fen-
dus chacun en deux : lorfqu'ils font fendus en trois >
tfeft un bandage à fix chefs , de quand ils le font
thacun en quatre il eft à huit chefs : ce bandage
s'accommode à plufieurs parties. Nous le mettons
principalement au rang des incarnatifs ou unifîans ,
vu qu'on s'en fert pour raprocher les lèvres d'une
plaie faite en travers. Avec ces deux derniers ban-
dages on évitera beaucoup de futures dont le Chi-
rurgien doit exemter fes malades autant qu'il eft
poflible , parce qu'ils aimeront toujours mieux
pour guérir être fournis au fentiment obtus d'un
bandage > que d'efïïiyer les douleurs aiguës des
futures.
ïo. R. £e dernier R. eft un bandage figuré reprefen-
T. *" age en tant un T. on l'appelle figuré parce qu'il eft fait de
deux bandes coufues enfemble j il y en a de fim-
ple comme celui-ci , ôc d'autres qui font fendus Se
doubles , dont on fe ferr en différentes occafions.
Ce bandage convient à plufieurs parties ; il eft em-
ployé fur tout après l'opération de la lithotomie
&delafiftuleii'anus.
Si j'entreprenois de defeendre dans le détail des
bandages , je vous demanderais bien plus de tems
qu'il ne nous eft permis d'en paffer a nos affem-
blées : ce que je vous ai appris fuffira pour vous
en donner autant de connoifïànce que vous en de-
vez avoir pour le prefent 5 venoas aux futures*
P R e'm 1ERE D e'm ONSTR.ATION. 59
VIIIe. Fig. LES SUTURES.
LA future eft une opération de Chirurgie qui §Dé*mïan de
par le moyen d une aiguille enfilée 5 aide à re- la SMtaïe* <<
joindre &: à remettre dans une parfaite continuité
les parties de notre corps violemment diviiées , ôc
encore fanglantes.
Ce mot de future fe prend en deux façons , ou
pour l'union des os du crâne joints enfembie en
manière de dents de fcie qui s'engagent les unes
entre les autres 5 ou pour une couture qu'on fait
éo des Opérations de Chirurgie y
aux plaies qui eu ont befoin , &c c'eft dans céder-*
nier fens que nous l'entendons , quand nous difons
que la future cft le meilleur moyen qu'on doive,
employer pour réunir les plaies nouvellement fai-
tes , lorfque le bandage favorifé de la fuuation la
plus avantageufe n'en peut venir à bout *, parce que
les lèvres de la plaie étant approchées les unes
contre les autres, par le iecours des points d'aiguil-
le , les extrêmitez. des principales fibres qui ont été
coupées Se déchirées le trouveront encore appli-
quées les unes aux autres, comme elles éto îent
avant que detre rompues &: féparées.
Ses divi- Les Anciens ont inventé pluueurs futures , qu'ils
ont réduites fous trois efpèces , les incarnatives ,
les reftrin&ives , & les confervatives. .
Suppreffion L 'incarnative eft ainfi appellée , parce que rejoi-
fuetur«elqdes gnant les bords d'une plaie , & les tenant unis en-
Anciens, femble par le moyen des fils dont on les a traverfez
avec une aiguille , elle fait quils fe collent , fe re-
prennent ôc s'incarnent comme ils écoient aupara-
vant. On la iiibdivife en cinc^, l'entrecoupée , l'en-
tortillée , l'enchevillée , ou emplumée , la future:
avec agraphes ,. &: la future féche. De ces. cinq fu-
tures nous en iupprimons deux comme trop cruel-
les & tout à fait inutiles , qui font l'enchevillée ou
l'emplumée , &c la future avec agraphes. La premiè-
re fe nommoit enchevillée , lorfqu'on fe fervoitde
petites chevilles , & emplumée quand on prenoit;
des tuyaux de plumes : on enfîloit deux ou trois
aiguilles d'un double fil qu'on paffoit au travers des
bords d'une plaie faifant un trou a un doigt de
diftance l'un de l'autre 3 &: dans les anfes de ces
fils on mettoit une cheville ou une plume , & on
en lioit une autre avec les bouts, du même fil , afin
que ces plumes t infient les bords de la plaie réu-
nis : (a) 8c pour faire la féconde on avoir des,
fa) La plupart des Praticiens d'aujourd'hui ne s'ae-*
«ordent pas lur c«t article avec noue Auteur. Ils rs^ax^
Première D e'm onstration. 6t
agraphes crochues & pointues par les deux bouts ,
êc on en fouroit une dans la partie fupérieure ,
de la plaie , 8c l'autre dans l'inférieure pour rap-
procher les lèvres. Vous jugez bien par le récit
que je fais de ces deux futures , de quelle cruau-
té elles étoient , Se en même-tems de leur inuti-
lité , puifque dans le cas où elles femblent le plus
néceiiàires , comme dans des plaies profondes où
la contraction des parties charnues coupées tient
les bords fort écartez , 8c dans les plaies des ten-
dons , elles expoferoient à des convuidons terri-
bles 8c à des froifTemens qu'on évite en diminuant
le mieux qu'il eft poflible par des comprenions mo-
dérées la dilatation de ces plaies , 8c en attendant
que les fibres fe relâchent je ne les ai jamais
pratiquées ni vu pratiquer par aucun autre , Se de
plus de quatre cens Chirurgiens que nous fommes
V R £ M I £ R £ D e'm t) N S T R A TI O N. #£
ici afïèmblez , je ne crois pas qu'il y en aie un
feul qui les ait va mettre en ufage.
Le feul avantage qu'on tire des furures c'eft la ^t*K^ de*
réunion} deuxehofes concourent a la procurer, ucur *'
le Chirurgien &c lanamre. Delà part du Chirur-
gien deux circonftances doivent abfolument être
obier vées , la première d'approcher les lèvres de
la plaie 1 une de l'autre , ôc la féconde de les main-
tenir dans cette fituation *, ôc du côcé de la nature ,
il faut qu'elle fe ferve de Ton baume comme d'un
<:iment le plus propre à coller ôc à réunir ces lè-
vres l'une avec l'autre. Ne vous étonnez pas iî
-je mets le Chirurgien avant la nature , elle tra-
vailleroit infru&ueufement fur une plaie s'il n*en
mettoit par fon induftne les parties en état de fe
réparer par les lues que cette fage œconome leur
fournit pour cela. Afin de concevoir comment fe Comment
fait cette réunion , il faut fçavoir que toutes les ^accomplie,
parties de notre corps ne font compofées que de
tuyaux perpétuellement traverfez par des liqueurs
qui tendent à fe répandre de toutes parts , ôc qui
lont inceffamment pouffées pour circuler d'une
'partie dans une autre. Delbrte qu'aulîitôt que le
Chirurgien a approché les lévresd'une plaie par le
moyen des futures & d'un bandage, ôc qiëil les
a afîùjetties dans certe difpofition , ces numeurs
qui cherchent à pafîer ôc à repalTer d'une lèvre
dans l'autre trouvant les conduits rompus s'exrra-
vafent j Ôc leurs parties les plus gluantes Ôc les plus
balfamiques s'arrêtant dans les intervales qui ref-
tent toujours dans une plaie la plus exactement
refermée , s'y épaifîifTent ôc s'y endurcirent par la
chaleur du lieu, ôc s'accrochant aux deux parois
de la plaie , elles les tiennent unies de relie ma-
nière que les extrêmitez dés filamens ôc des vaif-
feaux capillaires ramollies ôc repaitries recompo-
fent en peu de tems un tout continu ôc de même
çiiîu qu'avant leur défunion.
64 ces Ope'rations de Chirurgie ,
C'eft aux plaies tranfverfes qu'on ne peut pas
fe difpenfer de faire une future , 6c particulière-
ment a celles que le bandage ne peut pas réunir 3 (a)
car lorfque les bandages , tels que font les uniiTans
oc lés incamatifs 5 peuvent joindre immédiatement
l'un à l'autre les lèvres d'une plaie , il faut épar-
gner au malade les épreuves de toutes les autres
voyes. Les plaies déchirées où des morceaux dé
chair pendent , & celles d'un nez ou des oreilles
à demi coupées , demandent auiîi d'être coufues ;
mais c'eft un abus ]ue de vouloir faire la future à
des parties , telles que le nez & l'oreille , lorsqu'el-
les (ont entièrement féparées de leur tout , quoi-
qu'il y ait des Auteurs qui l'ayent confeillée &
c'eft une folie de croire qu'on puiiTe refaire un
nez emporté , en appliquant premièrement en fa
place un morceau de chair de la citifïè ou du bras à
figuré comme des narines 3 ainfi que quelque-ims
difent l'avoir tenté avec fuccès.
Cas ou ks Quoique les futures (oient des moyens infail-
fnutUes "w^^ies Pour j°m^re Àfê plaie, 6c en procurer la
nuifibles. réunion > il. y a néanmoins des occaîions où il
nous eft défendu de nous en fervir. En voilà ftl
ou.iept aufquelles elles ne fe dévoient point pra-
tiquer : i°. aux .plaies foupçonnées d'être veni-
meufes , parce qu'il eft à propos de donner iifue
au venin , 6c de faire pénétrer les remèdes dans
l'intérieur des parties où il s'eft infiniié ^ i°. aux
parties de la poitrine , à caufe de fon mouvement
continuel ', {b ) 30. à celles qui font accompagnées
de
fa) Il eft inutile aurti de faire la future aux plaies des
J parties dont la fïtuation feule fuffit pour maintenir lés
évresdelaplaie raprochées l'une de l'autre. Le bandage
& la fauation de la partie font deux moyens préférables
à la future 3 lorfqu'ils fuffifent.
(b) Les principaux mufcles qui recouvrent la poi-
trine ne fervent point à la rèfpiration , & n'ont dans le
tems de cette action qu'un mouvement qui leur eft corn"
Première Démonstration. 65
de grandes inflammations t parce que les points
d'aiguilles les augmenteraient encore j 40. aux
plaies contuks , vu que les chairs n'y auroient
pas allez de fermeté pour foutenk le fil, 50. a
celles où de grands vaiifeaux font ouverts , car il
s'agit de les fermer par la ligature ou par des aftrin-
gens *, 6°. aux plaies où les os font découverts , à
caufe de l'exfoliation qu'il en faut attendre } (a)
70. aux plaies où il y a une déperdition notable
de fubftance , parce qu'il en doit foi tir du pus
poar la régénération de la chair.
Lorfqu'une plaie n'eft point de la qualité de celles Appareil
que je viens de vous marquer , & qu'un Chirur- ^rSiies fu"
gîen eft convenu de la néceilitç d'y faire une fu-
ture, il doit avant que d'en venir a cette opération
manqué à tous en même tems par l'élévation des cotes >
&qui ne peut çueres caufer de tiraillement aux points
de la future. Il femble donc que le mouvement continuel
de la poitrine n'empêche point qu'on ne faflela future
aux plaies de cette partie qui ne font point pénétrantes»
On la fait tous les jours aveefuccès aux plaies du bas-
ventre) qui a comme la poitrine î un mouvement conti-
nuel.
(a) Ceci demande une explication, car files os font
découverts &: altérés, la luture n'y convient pas ; mais
s'ils font feulement découverts ,ou même divifés par un
initrument tranchant , les plus habiles Praticiens font
cette opération, îorfque les autres moyens de qu'il tienne mieux.
La canule doit être d'argent , plutôt courbe que
droite , pour s'en fervir en toutes les parties du
corps -, elle fera fenêtrée pour donner paflTage à l'ai-
guille , de fendue par fon bout pour laifîer fortir
le fil. ïl y en a qui prétendent que les doigts du
Chirurgien valent mieux qu'une canule pour tenir
le bord d'une plaie pendant qu'on la coupe j de
de fait il eft des occafions où l'on peut s'en paf-
fer , mais non pas en toutes. C. vous reprefente
Première D e'm onstration. 6j
comment elle doit être fabriquée (a).
En faifant une future il y a fix ou fept préceptes r.
généraux à obferver , dont le premier eft de bien ^e§les à
t> . r garder pouc
nettoyer la plaie de tous les grumeaux de lang ^'exécution
Se des autres corps étrangers > le fécond d'en faire des futures*
joindre les lèvres par un ferviteur qui les tienne
ainfi durant l'opération j le troifiéme de ne point
trop prendre de la peau en longueur en la per^
tant obliquement -, le quatrième de ne pénétrer
la chair en profondeur qu'autant qu'il faut pour
ne pas laiffer au fond de la plaie une efpace où
des humeurs pourroient s'amafïèr ôc fe corrom-
pre ; le cinquième de féparer les points les uns des
autres par des intervales médiocres j le flxiéme ,
c'eft d'éviter la piqûre des nerfs , des membranes
Ôc des tendons ^ Ôc le feptiéme confifte à mettre
quelquefois une tente au plus bas lieu de la plaie
pour lui faire un égoût. Inftruit donc de ces règles
générales on pourra mettre la main à l'œuvre,
mais comme l'entre-coupée , l'entortillée , ôc la
future féche fe font différemment , je m'en vais
vous démontrer ces trois fortes de futures l'une
après l'autre*
L'entre-coupée ou entrepointée s'apoelle ainfi , MéttIl0!3ê
,\ i \t ■ .,, ll « pour rentre»»
parce qua chaque point d aiguille on coupe le coupée,
fil après y avoir fait un nœud : elle fe pratique en
deux manières , ou avec un fil (impie , ou avec un fil
double. Pour la faire en la première , on prend de
la main droite l'aiguille enfilée , ôc la canule de la
gauche j il y en a qui veulent qu'on en trempe la
pointe dans de l'huile , afin qu'elle faiTe moins de
douleur en entrant , ôc alors appuyant de la canule
■ (a) On ne fe fert plus de cette canule dans aucun cas 3
parce qu'elle eft inutile, & qu'elle peut meurtrir lés
bords de la plaie. Le pouce & le doigt indice places à
l'endroit où doit fortir la pointe de "l'aiguille, font le
iftême effet que cet infiniment , & n'en ont point les
mconvéniens,
EÏj
&S D£s Ope'ratïoks de Chirurgie J
la lèvre fupérieure de la plaie > on enfonce l'ai*
quille de dehors en dedans , Ôc quand elle eft à
demi paliee dans la fenêtre delà canule , on la rire
tout-à- fait*, puis failant la même chofe à la lèvre in-
férieure j on paiTe le même fil de dedans en dehors -,
fi la plaie demande plu fi eurs points , on y en fait
autant qu'il en eft befoin , & enfuite on noue cha-
que point d'aiguille féparément, fe gardant de faire
le noeud fur la plaie , qui doit être a fa partie fu-
périeure -, il faut faire le nœud du Chirurgien qui
eft de paifer deux fois le fil par le même anfe %
parce qu'il tient plus ferme que le nœud fimple.
Il y en a qui mettent de très-petites comprelTes
de linge D. D. fous chaque nœud. L'autre efpece
d'entrecoupée fe fait avec un fil double enfilé dans
l'aiguille \ il fait un anfe par fon bout , & quand
on Ta pafTé par la plaie comme le précédent ,
lance qui eft la par rie inférieure de cette plaie
fe relevé vers la fupérieure , ôc on patTe un d^s
fils par cette anfe ; après quoi l'ayant noué d'un
double nœud on le coupe avec les cifeaux E. Cette
future ne diffère pas de l'autre feulement par le fil
fimple ou double , mais encore parce qu'il faut la
commencer par la lèvre inférieure de la plaie qui
eft l'endroit où le fil doit faire fon ance , cV elle a
cet avantage fur l'autre , qu'elle convient mieux
aux plaies profondes , parce qu'elle eft plus forte
&c qu'elle ferre plus exactement, (a) ,
(a) Cette future entrecoupée fe peut faire d'une ma-
nière plus fimple. On raproche les lèvres de la p'aie,
©nies fait tenir dans cette fituation par un aide; on
porte en fuite avec la main droite à quelque diitance de
Ja divifîon & à un pouce de fon extrémité la pointe d'une
aiguille enfiiee ; on met le pouce & le doi^.t indice de la
ma n gauche fur lecôtéoprofé à i'endroic où Ton doit
faire entrer la pointe derai^uiile ;on perce tout à la fois
le- deux lèvres delà plaie, Ilfautque l'a: gui ile paûe jus-
qu'au fond , & que fa pointe forte de l'autre côté vis-à-
vis de fon entrée & à une diitance égaie On tire l'ai-
guille par fa pointe , & l'on fait les antres points de fu?
Première D e'm onstrati, on. ê?
Pour bien faire les futures le Chirurgien doit cîrconft*».
avoir une pelote F* lardée d'aiguilles de toutes les ces nécefoi-
fortes , de droites, de courbes, de grandes, de tc prad^ue,"
petites , de rondes , de plates » de triangulaires ,
enfilées de plusieurs efpeces de fil , afin qu'il voye
devant lui toute prête celle qui conviendra à la
plaie qu'il doit coudre j autrement il feroit fou-
vent obligé ou de fe fervir d'une aiguille qui ne
feroit pas propre , ou d'attendre qu'on lui en eut
apporté une autre qu'il auroit envoyé chercher.
Après avoir fait la future il y a encore des cir~
confiances eiTentielles à. obferver , dont la princi-
pale eft de faire enforte qu'ayant joint enfemble;
le plusjufte qu'il étoit pofïïble les lèvres, d'une
plaie , elles puiuent demeurer en cet état.. Plu-
iieurs confeillcnt de mettre fur la plaie une pou-
dre qu'ils appellent confervatrice des futures 5 elle:
eft compofée avec des remèdes gluans ôc collans £,
tels que le maftic ,. la mirrhe , le bol , &c l'aioës >,
il y en a dans cette fiole G. D'autres prétendent:
que le meilleur remède eft le fuc nourriiiler qui
porté à la partie en fait la réunion j l'on employé
communément le baume d'A.rceus , qui eft dans,
ce petit pot A. dont on enduit ce petit plumaceau
I. qu'on met fur la future , & qu'on recouvre de
cet autre plumaceau K. qui eft a (fez grand pour
s'étendre jufques fur les nœuds , afin que l'emplâ-
tures fans couper les fils. Ces points doivent être à égale
diftance les uns des autres ,.& en nombre proportionné
à l'étendue de la plaie. Lorfqu'on les fait si faut tenir le.
fil fort lâche, deforte qu'il forme des anfes allez grandes.
On coupe ces anfes par le milieu , & l'on noué les fila
«le manière que le nœud ne fe trouve pas fur la divifîoiv
On applique fur la piaie un petit plumaceau couvert de
baume d'Àrceus, & au lieuse l'emplâtre que l'Auteut-
propofe, on fe 1ère d'une petite compreiïe iur laquelle;
on en met une ou deux autres plus grandes fouteni.es..
de plufïeurs tours de bande, qu'on dirige de maniera
qu'ils tendent à raprocha les lèvres ou quelqu'autre
decetteefpèce, eft très- ai^j'urinatif & préférable à 1%.
colle forte & à la farine. r#ëj|â avec le. bUnc d'œuf.
£ iiij
7i Des OrE'RATiQNS de Chirurgie.
Les deux endroits où ils font collez font éloignez
de l'extrémité des bords de la plaie d'environ un
doigt j enfuite tirant ces bouts de fil on fait ap-
procher les lèvres de la plaie , ôc liant ces fils
par un double nœud on tient ces lèvres jointes ,
dc(ouc que la réunion s'en peut facilement ac-
complir ; quelques-uns coufent ces dents les unes
aux autres , ou bien ils y mettent des agraphes
pour y paiTer un cordonnet ,* ôc d'autre ne fe fer-
vent que de deux petits morceaux de cuir marquez
S. S. couverts du même remède ôc garnis des mê-
mes fils ou rubans : mais cela ne change point l'ef-
pece Ôc ne va qu'à la même fin. Cette future eft
merveilleufe pour les plaies du vifage , parce qu'é-
vitant la difformité caufée par les points de l'aiguil-
le , elle fait qu'après la guérxfon la cicatrice ne
paroît que très-peu.
Je ne vous parie point des plaies angulaires &
figurées, parce qu'il s'en peut faire de tant de
différentes manières , qu'il eil impoffible de vous
montrer ici comment il les faut coudre toutes ; je
vous dirai feulement qu'en général on commence
toujours par des points de future entrecoupée dans
les angles quand il y en a , ôc dans le milieu de
leurs lignes ou droites ou circulaires 9 quand elles
font fans angles : on y fait autant de points que
leur longueur le requiert , obfervant de ne les fai-
re ni trop ferrez , ni trop éloignez , mais à une
diftance raifonnable les uns des autres félon que
la plaie paroit expofée a fe rouvrir , ferrant d'or-
dinaire le premier Se avec plus de force l'endroit
qui fait plus de violence à le dilater , parce qu'en
le contenant fermement rejoint , tous les autres
reftent comme d'eux-mêmes dans la îituation où
De quelle on les a mis-
façon l'on Quand une plaie eft réunie il eft queftion d'en
débarrafle les ; , r Lts \ r - J o
furies après o:er la future , ôc pour le faire avec prudence ôc
la réunion de avec a^relTe, il faut que le Chirurgien fâche deux
la plaie, ' * °
Première D e'm onstration. y$
chofo , le tems de l'ôter , 8c le moyen de le faire.
Il connoic le tems de Forer , quand il voit la plaie
parfaitement bien guérie , car alors il n'y a plus à
cicatrifer que les petits points faits par l'aiguille ,
leiquels tenant toujours ces trous ouverts les empê-
chent de fe boucher -, le moyen de les ôter eft diffé-
rent fuivant la nature de la future : autrement fe
levé une entre coupée, autrement une entortillée ,
8c autrement une future féche. Si c'eft une entre
coupée 3 il faut palTer une petite fonde fous le fil ,
puis le couper avec la pointe des cifeaux fur la
fonde proche du nœud, 8c enluite en tirant par
le nœud appuyer du doigt fur la plaie, afin quelle
ne puirTe pas fe rouvrir ; fi c'eft une entortillée ,
on défait le fil tourné autour des aiguilles , 8c on
rire avec dextérité ces mêmes aiguilles , prenant
bien garde de rien violenter , de crainte de renou-
veler la plaie ; 8c fi c'eft une future (éche , il ne
faut que de l'eau pour humecter ces morceaux de
toile ou de cuir attachez fur la peau , qui étanc
mouillez s'en détachent facilement.
Voilà > Meilleurs , tout ce que j'avois a vous
démontrer aujourd'hui fur le général des Opéra-
tions , 8c fur les futures -, demain nous commence-
cerons par les opérations qui fe pratiquent fur le
ventre inférieur pour fuivre l'ordre des Démonilra-
tions Anatomiques , où nous avons examiné d'a-
bord les parties contenues dans cette région , com-
me étant les plus fujettes à fe corrompre , 8c celles
où fe font les premières préparations des fucs qui
doivent être distribuez enfuite à tout le refte du
corps -y nous avons encore une autre raifon de
commencer par elles , en ce qu'elles font plus ex-
pofées que les autres , a des maladies dont le Chi-
rurgien doit principalement entreprendre la cure.
lin du générât des opérations.
OPERATIONS
CHIRURGIE
qui veut dire couper, parce qu'elle conûfte à faire
la fection du nombril d'un enfant qui ne vient que
de naître. Cette opération s dis^je , quoique des.
plus fimples de la Chirurgie , demande néant-
rhoins toute l'application de celui qui la fait, par-
ce qu'elle eft accompagnée de circonftances e£-
fentielles qui font très-délicates , puifqu on a vu
mourir plufieurs enfans 3 faute de l'avoir bien
faite. Voici la manière de s'en acquitter parfaite-
ment.
On prend du fil qu'on ployé en cinq ou fix don-,
blés , Ôc de la longueur d'environ un pied , on fait
un noeud à chaque bout de ces fils pour les tenir
enfemble , ôc empêcher qu'ils ne s'entremêlent en
fllA:.Pr?-faifant la ligature. De ce fil A. ainfî apprêté, on
pre a lier le . ■ . & x , 1 i • 5F j
cordon de lie le cordon a deux travers de doigt près du nom-
l'ombilic. fcÇy je penfant [ & Qn fait un double nœud d'a-
bord i puis retournant le fil de l'autre côté , on y
fait encore un femblable nœud qu'on recommen-
ce une troifiéme fois pour plus grande fureté ;
CifcauxB. enfuite on coupe avec de bons cifeaux B. ce cor-
don à un doigt au-de-là de la ligature 3 enforte-
Seconde Démonstration. 77
* 8c elles
ajoutent que de ces nœuds ceux qui font rouges ,
marquent les garçons , 8c les blancs les filles ; mais
comme ces nœuds ne font faits que par la dilata-
tion des vailTeaux qui font plus pleins de fang en
un endroit qu'en un autre , c'elt un abus de croire
qu'ils marquent le nombre des enfans qu'une fem-
me aura , puifqu'on en voit autant au cordon du
dernier enfant d'une femme qui accouchera a
quarante-cinq ans , qu'au cordon du premier en-
fant d'une autre qui fera accouchée à dix-huit ou
vingt ans. D'autres encore veulent qu'on faile la li-
gature tout proche du ventre de l'enfant quand
c'eft une fille , 8c plus loin quand c'eft un garçon ,
parce qu'elles s'imaginent que les parties de la gé-
nération ont du rapport arec ce cordon , 8c qu'el-
les feront dans la iuïte proportionnée à la mefure
qu'on lui donne alors : Mais vous ne devez avoir
aucun égard à ces préventions qui ne peuvent paf-
fer que pour des contes de bonnes-femmes.
Seconde Démonstration. 7^
OUoiquc la Gaftroraphie foit une des plus con- ®£STR,01U*
fidérables Opérations , ce n'eft cependant
qu'une future qui fe fait aux plaies du ventre. Ce
nom eft compofé de deux di&ions grecques , fça-
voir , dcgaz,e r , qui fignifîe ventre , de de raphé 9 Etimoîogi*
qui veut dire couture \ de comme cecte couture ne de çe mot•
fe pratique pas feulement à l'abdomen ,. mais en-
core à i'eftomac de aux inteftins , il eft a propos que
le Chirurgien foit inftruit des plaies qui arrivent
à ces parties.
Les plaies du ventre font de deux fortes , car ou
elles font pénétrantes > ou bien elles ne bleifenc
que les parties contenantes fans entrer dans la capa-
cité j de alors elles ne demandent pour être gué-
ries que le traitement qu'on fait aux plaies iimpies
de toutes les autres parties du corps ( a ).
Des plaies pénétrantes , les unes font fans léfîon
des parties contenues , de les autres avec léiion j
celles qui ne bieflent point les parties internes , fe-
ront encore panfées comme les plaies (impies , tâ-
chant d'en procurer au plutôt la réunion *. mais
pour celles où les parties contenues ont reçu quel-
qu'atteinte , il faut que le Chirurgien examine foi-
gneufement quelles de cts parties peuvent être of-
f enfées -, car de telles plaies ont toutes des lignes
particuliers qui nous indiquent le vifeere bleffé ,
de l'endroit où le coup a porté.
De toutes ces plaies , les unes font avec iflue
de quelque partie fans léfion 3 les autres font avec
irTue de i-éfion tout enfemble , de tant aux unes
qu'aux autres , ou c'eft l'épiploon qui fort , ou c'eft
(a) Il y a néanmoins des plaies non pénétrantes du
bas-ventre qu'on ne doit pas traiter comme de plaies
fimples. Telles font celles qui font faites par les armes ir
feu & par d'autres inftrumens contondans , & celles qui
pénètrent jufqu'à la guaine des mufcles droits , & qui
peuvent fe trouver compliquées de tous les accidens qui
fuivent le? blelfuïes des paities apQneuiQuques.
$o Des Opérations de Chirurgie,
l'inteftin , ou tous les deux de compagnie : Enfin
à ces fortes de blcflures où les parties font récem-
ment (orties les inteftins ne font pas encore enflez ,
ni l'épiploon altéré j au- contraire fi ces organes ont
été long-rems expofés à l'air , pour lors les inteftins
étant bourfouflez , ont befoin de remèdes carmi-
natifs & difcuflifs , pour les défenfler , ôc la partie
de lepipoloon qui fera poufïee au dehors , étant
altérée 3 il y faudra faire la ligature , pour la re-
trancher de la manière que je vous montrerai dans
un inftant»
il faut «a- Le bas-ventre peut recevoir une bleiïure de tout
ininer l'ïn- ■ n i i i> r J
ftrumenc qui ce qui eft capable d en faire dans toute autre partie
a fait la plaie, tJu corps, mais en quelqif endroit qu'il arrive plaie
il eft toujours de la prudence de le faire repréfen-
ter llnftrument avec quoi le malade a été oflenfé ,
de de l'examiner comme l'on fit lorfque le Roy
Henri III. fut bleiîé i on trouva que le couteau
dont le traître l'avoit frappé , étoit long d'un pied
Se enfanglanté plus de quatre doigts , ce qui fit ju-
ger que les inteftins étoient percez , eu égard à la
fituation delà playe , en quoi on le confirma par
les accidens qui fur vinrent , 6c par la .mort qui s'en '
enfuivit dix huit heures après le coup reçu.
Comment On connoît quand une plaie eft pénétrante , ou
on connoîtra par ^a (onje (a~j ou par Ce qui en fort y comme l'épi-
pénécre. plûon
(a) Pour découvrir la pénétration d'une plaie du bas-
ventre par le moyen de la fonde , on doit mettre, autant
qu'il eft poffible, le blefîé dans la fituation où il étoit
lodquila ie^u le coup. Cette méthode cependant ne
tentât pas toujours. Le changement de direction des
fibres qui ont été divifés , un corps étranger arrêté dans
la plaie , le gonflement qui arrive quelquefois autour
de la plaie par la rétention du fang , de la lymphe, ou de
l'air; l'iiTue de quelques parties engagées dans le trajet
de la plaie, font autant d'obftacles qui peuvent empê-
cher la fonde de pénétrer jufqu'au fond de la plaie.
Au refte la fonde ne fait connoître que la pénétration
des plaies fans découvrir fi les parties intérieures fo»c
Seconde Démonstration. Si
ploon 6c i'inteftin : 8c parce que les plaies qui pé-
nétrent peuvent blefïer toutes les parties contenues
dans le bas- ventre , c'eft au Chirurgien à. diftin-
guer parles fignes qui paroitTent,quelies font celles
qui font ofFenfées, Voici à peu près tous les fignes
généraux fan lefquels on ne fe peut guéres trom-*
Per*
La fîtuation de la bleffure donne ou Chirurgien pat \2 n£Ua-
la première notion de la partie qui peut être en- tion«
dommagée, puifque fcachant par l' Anatomie quel-
les font celles qui font placées dans chaque région
du ventre , il eft vrai-femblable de croire que fi le
coup a été reçu dans Phypocondre droit, par exem-
jple > c'eft le foye qui fera blefTé \ de Ci la plaie eft
blefiees ou non -, & comme le plus où le moins de pro-
fondeur d'une plaie n'en fait pas le danger > il me iem-
ble que la pratique de fonder les plaies du basventrè
eïl aifez inutile. Ce qui les tend dangereufes , c'eft prin-
cipalement la léfion des parties intérieures. Or les fym-
ptômes qui viennent derépanchement des liqueurs ott
de la divifion des parties neryeufes & membraneufes ,
font les feuls moyens par lefquels on peut connoïtre fï
les parties intérieures font endomagées. ,
II faut encore remarquer ici au fujèt de la pénétration
des plaies , qu'une plaie peut paroitre pénétrante , &
ne l'être pas effectivement. Par exemple , une épée perce
les tégumens extérieurs du ventre à un certain endroit,&:
fort par l'endroit oppofé : il femble alors quelle traverfe
le ventre. Cependant elle peut avoir gliffé le long du pé-
ritoine fans l'avoir percé , furtout ïi le blelTé eft Fort re-
plet. Un homme a deux bleflures à peu près femblables
au ventre, l'une par devant, l'autre par derrière: on
peut croire qu'elles ont été faites du même coup , & par
conféquentquerinftrumenta percé le ventre de part
en part. Elles pourroient néanmoins venir de deux coups
différents , & n'être point pénétrantes. Pour ne fe point
tromper en ce cas, il faut fçavoir diftinguer l'effet de
l'entrée des inftrumens d'avec celui de leur fortie. Les
inftrumens piquans tels que l'épée , font de plus grandes
ouvertures en entrant qu'en fortant ; au -contraire les in-
ftrumens contondans , tels que les baies de fufil , font de
plus grandes ouvertures en fortant qu'en entrant.
^ar le» ex
frétions,
ti Des Ope'ràttions de ChirUrgIiî
à gauche , ce fera la ratte > ôc ainfi des autres.
Les excrétions font des marques certaines de la
nature de la partie bieiTée , par exemple , fi c'eft le
foye , il fortira de la plaie une grande quantité de
fang affez vermeil ; fi c'eft la ratte > il n'en fortira
pas tant , mais il fera plus noir ôc plus épais , parce
qu'il eft moins atténué ôc qu'il féjourne davantage
dans ce dernier vifeere, fi c'eft l'eftomac , il s'en
écoulera des alimens i fi ce font les inteftins grê-
les , il fe fera perte dune lubftance blanchâtre ôc
chileufe; des gros boyaux percez, on verra éva-
cuer les matières fécales ; comme l'urine de la vef-
fie qui aura été ouverte.
Accidents Les plaies des parties du ventre ont encore cha-
|^/biaeu^ cime leurs accidens propres qui nous les font di-
ftes. ftinguer les unes âts autres. On appelle accidens
propres, ceux qui font particuliers à chaque or-
gane. Le foye i>le(fé fait fentir une douleur poi-
gnante qui s'étend jufqu'au cartilage xiphoide. Les.
ceins, les uretères ôc la veftie ne font point attaquez
enfemble ou féparément qu'il n'y ait difficulté d'u-
riner, ou que les malades ne rendent une urine
teinte de fang , ôc quelquefois du fang tout pur :
l'eftomac percé caufe le hoquet , le vomiffement ,
s • » a. E' • 1 V fort pas cou-
eft aitee a concevoir, c eit que 1 epiploon pour 1 or- jours avec
dinaire ne defeend point plus bas que le nombril ,l,inteftin*
en tire quelques conjectures *, car Ton fçait que les par-
ties flotantes du bas-ventre peuvent, félon les différen-
tes fituations ou attitudes du corps > changer de place &
en faire changer à quelques-unes de celles qu'on appelle
fixes. Il n'eft pas même inutile de feavoir l'attitude de
celui qui a porté le coup ; car un coup porté de haut en
bas &en certain endroit, bleffer a des parties différentes
de celles qu'il blefferoit s'il étoit porté de bas en haut vers
le même endroit. 3° Il eft bon de fçavoir, fi l'eftomac
n'étoitpas rempli d'alimens, & s'il y avoit long-tems que
le blefle avoit uriné lorfqu'il a reçu le coup , car la plé-
nitude de l'eftomac ou de la vefTie augmentant leur vo*
lume, les expofent davantage aux bleflures, & change
un peu la fituation naturelle des, parties voifines. 40. Si'
la blefiure à été faite par une épée , i! faut tâcher , s'il eft
poffible , de l'avoir pour confronter la différente lar-
geur qu'elle a dans fa longueur avec celle de la plaie.
On pourra conjecturer par là combien l'épée a pénétré.
Il faut remarquer au fujet de la tenfion , de la dou-
leur, de la difficulté de refp ire r, delà petiteffe&r d@ la
concentration du pouls , du froid des extrémités , des
naufées, des vomifiemens, delà fièvre > Se des autres
fymptômes de cette efpèce, qu'ils font plutôt les fuites de
l'inflammation ou del'épancnement de quelques liqueurs
dans la cavité , que les effets de la léfîon des parties , &
par conféquent, que les plaies du bas-ventre ne font
dangereuses que par l'épanchement qu l'inflammation
qui peuvent y furvenir.
. Fii
^4 Des Opérations de Chirurgie?
ce qui fait qu'aux plaies qui font au-deflbus de
l'ombilic , cette toile graifleufe ne paroît point an
dehors , fi ce n'eft à des perfonnes dans qui il oc-
cupe une plus grande étendue,tombant à quelques-
uns jufques dans le ferotum.
te ptogno- Nous ne parlerons ici que de la cure des plaies*
phi«C eft$ ^es inte^ms & de l'épiploon , parce qu'il n y a que
douteux, celles-là qui ayent befoin de l'opération que je vais
vous enfeigner. Mais avant qu'un Chirurgien i'en-
treprene , il doit «n faire un prognoftic douteux *
car il en meurt beaucoup plus qu'il n'en réchape :
il faut auffi qu'il fçache que les inteftins gicles font,
plus difficilement guéris que les gros , tant à caufe
de la ténuité & de la délicateffe de leur fubftance à
qui eft moins charnue de pat-conféquent moins
propre à fe cicatrifer , qu'à caufe que ce qui palTe
chez eux étant plus liquide * échape plus aifément
par la plaie.
Comment Venons à préfent aux moyens de remettre l'in-
Hntcftfn fors teftin tàfy& eft <"<*« , & qu'il n'eft point bleffé ï
&> nous travaillerons enfuke fur celui qui eft percé ,
ôc qui a befoin d'une future pour être guéri.
Un Chirurgien qui voit un inteftin dehors , Se
qui, comme je vous ai déjà dit, connoît à fon bom>
fouflement extraordinaire qu'il n'eft point ouvert ,
doit le faire rentrer dans le ventre au plutôt, après
avoir reconnu qu'il ne fait que de fortir ; car alors
il fera plus aifé de le remettre promptement , fur-
tout quand la plaie de l'abdomen eft affez grande »
Se il s'y prendra de la manière qui fuit. On pofe le
malade de forte que la plaie foit au plus haut lieu.
Si elle eft au dedans du nombril il fe tiendra de boue
ou aflis. Si elle eft au-deftbus, on le couchera, & on
lui mettra les feffes ôc les cuifïes beaucoup plus hau^
tes que le refte du corps ; quand elle fe trouve dans
la partie lombaire droite » on le couchera fur lar
gauche , 8>c au-contraireiî la plaie eft à la gauche,
on le mettra fur la droite , afin que dans de telles
Seconde Démonstration., 85
poftures le refte des parties internes ne pouffe pas
vers la plaie -, puis avec Les deux doigts indices, Se Remarque»
non pas avec des bougies comme vouloient quel- dc PratI(lue*
ques Anciens , il faut rèpôuflèr peu à peu l'inteftin
dans le ventre , obfervant de ne point retirer le
doigt qui eft au dedans , que celui qui eft au de-
hors ne foit entré , de peur que fi la partie de l'in-
teftin qu'on a fait rentrer nétoit toujours retenue
par un doigt , elle ne reflortîr*! l'inftant. Il faut
commencer à faire rentrer le boyau par le bout
fortile dernier, & finir par celui qui a paru le
premier ,. afin que chacun puifle être remis dans
fa place ordinaire. Si le malade pouvoir continuée
de poufler de de rendre fon haleine pendant qu'on
lui repoufïe les inteftins en dedans, ilsrentreroienc
plus commodément , parce que durant l'expiration
le diaphragme fe retirant en enhaut, la capacité du Le m^âe.
bas-ventre en feroit plus grande. Il faut faire tenir facilite l'o-
€n même tems avec les deux maihspar un ferviteur j^àn" f0na
les deux lèvres delaplaie pour empêcher quei'inre- haleine»
ftin ne refTorte; &: enfin agiter ôc fecouer le malade,
afin que les parties reprennent leur lieu natureL
Mais s'il y avoit long-tems que l'inteftin fur fbr-
ti , & s'il étoit tellement grofli 3c enflé qu'il fut
impofîible de le renforcer en cet état dans l'abdo-
men , il faudroit procurer ce remplacement en fai~
lant de deux choies l'une 5 fçavoir , de difïiper les
ventofitez , ou d'accroître la plaie.
Pour difïiper les ventofitez , dont la caufe eft Caufe du
toujours Pimprefîion de l'air extérieur , quirefroi- bourf°,ufl,!"w
T/Y i>* n*" r • i/i r\' 1 r • rr ment de 1 i»=
amant 1 mteftin rait obftruehon dans les vailleaux teft'm,
Se excite dans fes fibres charnues ôc tendineufes ,.
des convulfions qui le bourfouflent,on fomentera,
cet organe avec de Peau de du vin tiédes, lorfqu on
n'aura pas la commodité ni le tems d'y faire des fo^
menrations avec de gros vin dans lequel ou auroit
mis bouillir l'anis , le fenouil , la camomille , Ôc le Trémie*
mélilot 3 y ajoutant un peu defel commun. Sipaxm°ye" d*&
F iij
%6 Des Opérations de Chirurgie ,
malheur on étoit en pleine campagne où on n'eut
rien pour rechauffer Ôc amollir Pinteftin , il fau-
drait faire piller le blefle , & de fon urine route
chaude fomenter cette partie pour en diiîîper les
vents. Quelques Auteurs ordonnent de mettre
deffus des animaux , comme de petits chiens cou-
pez vifs -, Se Paré nous propofe de faire à Pinteftin
c. pluiieurs ponctions avec cette aiguille C. Il affure
v Aiguille. en avo jr vu ^e ^Qns effets > mais il faut que l'ai-
guille foit ronde , afin quelle ne faffe qu'écarter
les fibres de ce canal fans les couper ,' comme feroit*
une aiguille qui feroit tranchante, plate , ou trian-
gulaire (a).
Second si ce premier moyen tenté par toutes ces voyes
oycn* ne réufliffoit pas affez pour faire rentrer le boyau 9
il en faudroit venir au fécond , qui feroit d'agran-
dir la plaie (b) , Se pour le faire avec méthode ,
on doit examiner quatre chofes 9 qui font, i°. le
lieu qu'il faut amplifier. 2°. la grandeur de l 'ou-
verture qu'il y faut faire , 30. lesinftrumens qu'on
y employera ; Se 40. comment on s'y prendra pour
faire cette augmentation.
Quatre con- Pour le premier point , il faut avoir égard a\
£trT"c°i? a^eux chofes , la première , que les inteftins ne
première*, puiffent pas fortir librement par l'endroit qu'on
dilatera , Se la féconde , que la plaie fe puiffe re-
prendre Se agglutiner facilement , fans qu'il y fur-
vienne d'accidens qui embaraffent , Se qu'on évi-
(4 ) Il eft inutile & fort dangereux de faire ces fortes
de pondions à Pinteftin : les ouvertures qu'une aiguille
londe peut y faire ne font pas affez grandes pour don-
ner ilïuë à Pair qui y feroit renferme , & peuvent y oc-
cafionner une inflammationé
(b ) Quand on ne peut pas faire rentrer avec les doigts
les parties forties , il eft plus prudent de ne pas s'amu-
fer aux premiers moyens dont l'Auteur parle ici , & dû
recourir auffitôt au fécond. Tou? délai eft dangereux ,
parce que les parties étranglées fe gonflent & fe moitié
fient en peu detems.
Seconde Démonstration. $f •
tera en s'éioignant autant qu'il eft poffible , de la
ligne blanche qui neft formée que de parties ten-
dineufes de nerveufes ( a ).
Quant au fécond point qui concerne l'étendue ufecond^
de l'ouverture , il faut la proportionner au volume
de la portion d'inteftin (ortie qu'on a defîein de
faire rentrer , obfervant de n'agrandir la plaie que
préeifement autant qu'il en faut pour lui donner
paiTage , ôc l'aider a fe remettre en fa place [ b ].
Le troisième , confifte au choix qu'on doit faire ta troifHnrç
des inftrumens qui font de deux fortes , fçavoir >
«ne fonde , D.' & un biftoury E. La fonde doit
être cannelée , longue , forte de d'argent pour la
propreté. Le biftoury dont on fe fer vira fera cour*
be3 tranchant dun côté & applati de l'autre >/
ayant fur tout un bouton à fa pointe a de crainte^
de piquer Tinteftin.
Enfin le quatrième article eft fur le moins faciendu xaquatttéh»
Pour s'en acquitter on rangera doucement l'inte-
teftin à l'endroit de la plaie oppofé à celui où on
veut la dilater &c la fendre davantage. On le cou-
vrira d'une comprefte trempée dans du vin chaud ,
Se on le fera tenir fujet par un ferviteur y puis il
faudra prendre la fonde cannellée, l'introduire
avec adreflfe dans la plaie , la tourner enfuite de
eôté & d'autre , prenant garde de ne pas engager
Tinteftin entre-le péritoine &.la fonde. On tient en-
fa ) Comme la veme ombilicale eonferve quelquefois
fa cavité dans les perfonnes avancées en âge , & qu'on a
vu périr des fujets à qui elle avoit été coupée: on doit
auiii s'en éloigner le plus qu'il eft poflible , pour éviter
tinehemorrargie qui feroit peut-être mortelle. Fabricius e r
Hildanus rapporte qu'un jeune homme mourut fur leokfoxv.sC
champ d un coup d'epée qu'il avoit reçu aabas- ventre y
& qui avoit coupé cette veine,
( h ) Ce précepte regarde principalement le péritoine*
qui étant une partie membraneufe ne fe réiinit que par re-
coîement ,& qui ayant été une fois ouvert donne pre-Jà?
que toujours occasion à une feernie ventrale.
ÏTHîj
38 Des Opérations de Chirurgie ,
fuite cette fonde de la main gauche, pour foulever
en dehors par fon moyen l'endroit qui doit être
incifé j puis avec la main droite on tire un peu de
Pinteftin pour être afturé qu'il n'eft point engagé ;
après quoi prenant le biftoury de cette dernière
main, on en coule la pointe dans h cannelure de la
fonde , & on coupe à une ou plusieurs fois égale-
ment du péritoine , des mufcles 6c de la peau j ôc
on obfervera que ce foit avec le corps du biftoury,
je veux dire , ce qui s'étend du tranchant de cet
inftrument depuis le manche jufqu'à quelque di-
ftance de la pointe qui ne doit point trancher du
tout, parce qu'il faut qu'elle demeure toujours
dans la cannelure de la fonde , pendant qu'on re-
tire le biftoury en dehors en pouffant le tranchant
contre ce qu'il y a à couper ( <*).,
{a) On fera plus commodément Se plus fûremenc
ce, te dilatation avec le biftouri gaftrique A. inventé pa*
M.Morand : cet inftrument réunit en lui la fonde Se le
biftouri. Ainfî une feule main fuffit pour s'en fervir , tan-
dis qu'avec l'autre on range de côté les inteftins j avan-
tage d'autant plus confîderable ,. qu'on n'eft pas obligé
d'avoir recours à une main étrangère, dont on eft tou-
jours moins fur quç de la fîenne , & que d'ailleurs la
multitude des inftrumens ne fait cm'embaraiTer l'Opera-
teur. Deux pièces compofent cet inftrument , une fixe &
une mobile La pièce fixe eft femblable à un manche
de. cifeaux , excepté qu'elle eft plus longue ; elle eft ter-
minée d'un côté par un anneau & de l'autre par un ftilet
OU une fonde boutonnée Se un peu recourbée.4 La pièce
mobile eft plus courte; elle eftcompofçe d'une lame
dont le tranchant eft extérieur , & d'un petit manche
au bout duquel eft un anneau femblable a celui delà
Î>iéce fixe. La partie antérieure de la lame eft jointe à
a pièce fixe par une petite charnière à jonction paflee*
L'union de la pièce mobile à l'immobile eft à deux pou-
ces de diftance du bout du ftilet. On tient le biftouri
gaftrique par les anneaux , comme on tient des cifeaux ;
©n en porte perpendiculairement le ftilet dans l'endroit
que l'on veut dilater , on le fait glifTer , s'il eft poffible ,
plûrot fur rinteîlin que fur l'épiploon ; lorfqu'il eft en-
tré auffi avant qu'il eft néceffaire , on éloigne la partie
• Second? Démonstration. S?
La dilatation de la plaie étant mffifante , on doit Pratique
remettre I'inteftin de la manière que je vous ai^°rutrurçSsd?^
montré ci-devant. Voilà pour ce qui regarde l'in- teftins faite»
teftin quand il n'eft point bleflTé; examinons main-**1 es pUi**
tenant ce qu'il faut faire lorfqu'il y a plaie,
mobile de l'immobile , afin de couper avec le tranchant,
les parties qui font l'étranglement.
L'étranglement eft quelquefois (î confîderable , qu'il
n'eft pas poflible , avec quelqu'adrefle qu'on s'y prenne»
d introduire une fonde dans fa plaie. Quelques-uns pro-
pofent de porter alors dans le ventre par un des angles
de la plaie un petit ftilet moufle & à fa faveur une fonde
cannelée , fur laquelle ils veulent qu'onfaiTela dilatation
après avoir retiré le ftilet. Mais comment faire entrer
deux inftrumens enfemble où Ton ne peut faire entrer le
ftiilet ? Il faut donc avoir recours à quelqu autre moyen.
Le biftouri B. inventé par M. Petit & fait à la lime ,
convient en ce cas. Il eft droit &fixe dans fon manche ;
le tranchant de cette lame eft fait à la lime , & par-con-
fequent moufle , m^is afîez coupant pour divifer les par-
ties c^ui font tendues & qui lui refluent ; elle a à fon ex-
trémité un petit bouton , pour ne pas piquer les parties.
On porte perpendiculairement dans le ventre ce bi-
ftouri à l'endroit que l'on veut dilater -, & comme les
parties qui font l'étranglement, font les feules qui
foient tendues, elles font auffi les feules qu'il coupe.
Au défaut de cet inftrument voici une autre manière
de dilater l'étranglement. On place, le doigt indice de la
main gauche furies parties que l'on veut ménager , de*
forte que l'ongle foit au bord de la bride qui forme l'ob-
ftacle & à l'endroit où l'on veut dilater la plaie j fur cet
ongle qui fert , pour ainfî dire , de bouclier aux parties ,
on porte avec l'autre main la pointe d'un biftouri demi-
courbe , dont le dos regarde l'ongle ; à la faveur de cet
ongle ainfî pofé , on coupe la peau , on pouffe enfuite le
doigt un peu plus avant , &l*on incife de fuite les parties
qui font au defibus delà peau juiqu'au péritoine inclusi-
vement, fans ôter la pointe du biftouri de defîiis l'ongle.
Quand on a débridé les parties qui faifoienç l'étran-
glement , on réduit celles qui font forties , en portant les
deux doigts indices fuccefllvement & perpendiculaire-
ment dans le ventre. H faut prendre garde de ne point
engager I'inteftin & l'épiploon entré les mufcles & le
péritoine, ou dans la guaine du mufcle droit , principa-
lement au déficits de l'ombilic ^ où ce mufcle n'eft gueres
9© Des Opérations de Chirurgie ,
Quand on eft fur par les fignes que je vous air
marquez , que l'inteftin eft percé , Ci la plaie n'efl:
pas dans la portion qu'on voit dehors : il faut en
tirer encore davantage , afin de tâcher de fçavoir
ou elle eft *, quand on Ta découverte y on confidere
fi elle eft petite ou grande , s'il n*y en a qu'une ,
ou s'il y en a plufieurs. Lorfqu'elle eft très-petite »
comme feroit une plaie faite par un poinçon ou
par un ganif , il n'eft pas néceffaire de la coudre »
la nature peut la guérir étant fécondée d'une diète
très- exacte : mais fi elle étoit grande , ayant été
faite par un coup de couteau ou d'épée > ou qu'il y
en eût deux ou trois > comme il arrive quelque-
fois , il y faudroit faire la future du Pelletier.
T>e Ta future ^n aPPe^c am6 cette future , parce que les Pel-
ai Pelletier ,letiers ont accoutumé de coudre de cette manière
Cunet>.UtUre à^cs coupures qu'ils trouvent aux peaux faites par les
bouchers en les écorchant : on lui a donné aufti
îe nom de couture à fur jet , à caufe que le points
fe furjéttent l'un après l'autre fur les lèvres de la
plaie. On prend ordinairement de la foye F. plate
& crue ,* il faut qu'elle foit plate telle qu'eft celle
que les femmes employent dans leurs tapifTeries >
afin que chaque point étant plus large 5 ils bou-
chent mieux l'ouverture de la plaie; elle doit être
crue , c'eft-à-dire , non teinte , à caufe des diffé-
rentes drogues qui entrent dans les 'teintures 8c
qui pourroient envenimer la plaie en ( s'y dé-
trempant ; Se on fe fert d'une aiguille G. droite &
adhérent à la guaine. Car cela produiroit des accident
fâcheux.
Quand une plaie du bas-ventre a donné iffiië à l'épi-
ploon feul , & que l'étranglement de cette partie empê-
che de la faire rentrer -, il n'eft pas néceffaire de faire
alors de dilatation : ilfuffit de couper ce qui eft forti de
que de quelques-uns^
Seconde D e'm onstraîion. 91
ronde pourles raifons que je vous ai déjà dites.
On fait quatre petits doigtiers de linge H. H-Doigtieraïd*
H. H. dont deux fervent à mettre deux doigts d'unlinse H« *fc
ferviteur *, fçavoir , le pouce 6c l'indice de l'une
de Tes mains , 3c les deux autres pour les deux fem-
blables doigts de la main gauche du Chirurgien \
on fe fert de ces doigtiers , afin que l'inteftin rete-
nu avec ces quatre doigts ne s'échape pas comme
il feroit fi les doigts étoient à nud. L'Operateur Des poh*»
prend de fa main droite l'aiguille où la foye cftg^ fau€
paflee , il en traverfe les deux lèvres de la plaie à
un endroit fupérieur > &C il fait un peu au-defïbus
un fécond point de la même manière , n'oubliant
pas d'engager le bout de la foye fous ce fécond
point, plutôt que de nouer cette foye : il conti-
nue tout autant de points que la longueur de la
plaie en demande , & il laiife une diftance entre
chaque point d'environ l'épaifFeur d'un écu , R-
nifTant par un point qu'il fait au-delà du bout de
la plaie , comme il a commencé par un point plus
loin que le commencement de cette même plaie ,
afin qu'elle foit coufue 11 exactement qu'il n'y ait
aucune petite embouchure par où il puifte rien for- ^*
tir ; ôc enfin il engage fous le dernier point ce
qui refte de fa foye , pour n'être pas oblige de faire
de nœud.
On recommande de IaiiTer fortir par la plaie Précaution
du ventre, après avoir remis l'inteftin en fa place , Poufr retircr
un bout de la foye long d'un pied,pour avoir moyen ye*
de la retirer 3 lorfque la cicatrice étant faite à la
plaie du boyau elle en (era en même-tems féparée,
c'eft un fait de pratique qu'il ne faut pas obmettrev
& on a coutume , la future étant finie , de couper
la foye proche l'aiguille , ôc de IaiiTer ainfi le bout
à la fin de la future.
Mais je prétens qu'il eft beaucoup mieux de le Méthode
IaiiTer au commencement , Ôc voici comme je m'y particulière
prens : dès mon premier point , au lieu de paner Sx auwe*
fl DES OPERATIONS DE CHIRURGrE f
toute la longueur de la foye > j'en laiiTe pendre
un bout long d'un pied ou environ , 5c je n'en
paffe qu'autant que je juge qu'il en faut pour cou-
dre la plaie '•> j'arrête les deux bouts en les enga-
geant fous les points les plus proches , comme je
vous ai dit j Se je trouve que d'en ufer de cette ra-
çon , on en tire deux avantages , l'un que la cou-
ture s'en achevant plutôt , le boyau eft moins de
tems expofé aux injures de l'air , & plus prompte-
ment rétabli dans fon lieu j ôc l'autre 3 qu'on épar-
gne au malade la douleur que lui feroit cette lon-
gueur d'un pied de la foye , qui pafTeroit autant
de fois par fa plaie , qu'on lui feroit de points
pour la coudre. ( a )
ïnutiKcé du Les Auteurs ordonnent de mettre fur la future
un peu de poudre de maftic > afin qu'elle fe recolle
plus vite ; mais comme je la crois inutile , de que
même quand elle y feroit néceflaire , elle n'y de-
meureroit pas long-tems , je confeille de replacer
les boyaux au plutôt , parce que la chaleur natu-
relle du ventre leur fera plus de bien , que tous les
remèdes qu'on pourrait appliquer.
A.uflîtôt que l'inteftin eft place 9 on fonge à re-
(a) Il faut retirer le fil quelque tems après l'opéra-
tion. Si l'on en avoir engagé les extrémités dans le pre-
mier & le dernier point de future , comme l'Auteur le
prétend ici : on ne conçoit pas comment on pçurroit le
retirer fans de violens efforts , fans faire froncer l'inte-
ftin , & fans rompre les adhérences qu'il doit avoir con-
fiante alors avec les parties voifînes. Il femble donc plus
à propos de ne point engager les extremitez du fil. Il
femble auiîi qu'on en faciliteroit l'extraction en faifant >
autant qu'il eft pofïîble, les points de futures en longueur,
deforte que le fil fa(Te une ligne prefque droite , ou
comme Ta pratiqué M. Gérard , en paflant au travers de
la plaie de l'inteftin , par le moyen d'une aiguille , un
fil dont les bouts ioient aftez longs pour fortir par la
plaie des tégumens , & qu'on tire un peu pour appli-
quer la plaie de l'inteftin au péritoine. Si la. plaie eft
longue , on pafîe deux fils à égale diftance.
Seconde D e*m q n s t ration. 95
mettre i'épipooii quand il eft forti , mais aupara- ^^HS*
vant on regarde s'il eft altéré ou corrompu ; ce piploon."
qui arrive toujours pour peu qu'il ait refté au de-
hors. Il faut donc le lier &c en féparer la portion
altérée , avant que de le remettre : 8c pour le faire
avec méthode on prend du gros fil cire ou du petit
cordonnet , I. au bout duquel il y a une aiguille Manière a©
K. droite enfilée. On tire du corps un peu plus d'é- ll" ^>éPu
piploon qu'il n'en eft forti , afin de ne pas faire la
ligature fur ce qui eft altéré : on lie enfuite cette
membrane en faifant deux ou trois tours du cor-
donnet autour de la partie faine , la ferrant médio-
crement, de crainte qu'en la ferrant trop on ne
la coupât , ou qu'en la ferrant trop peu les vaiffeaux
qui y font en grande quantité , ne verfaifent du
iang dans la capacité du ventre. On pafte l'aiguille
à travers la propre fubftance de cet organe , afin
que la ligature ne s'échappe pas;, puis on le coupé
à un demi doigt de la ligature , laiffant paffer au
dehors un bout du cordonnet , aufli long que celui
de la foye , pour le retirer quand l'efearre eft tom-
bée. Enfuite on remet l'épiploon dans le ventre j
& afin qu'il puifle s'étendre fur les boyaux , qui
eft fa place naturelle , on remue ou on fecoue un
peu le malade.
Voilà la manière d'en ufer à l'égard de tépi- J™1****
1 r- ' 'i> rt** o/--r- M. Maréchal
ploon cnleignee par nos predecetleurs > & fuivie premier chu
jufqu'à préfent par les plus grands Praticiens : mais ™rslcn *»
M. Maréchal nous allure qu'il a remis pluiieurs °y*
ibis l'épiploon forti en partie , fans y faire ni de
ligature , ni d'extirpation , de qu'il n'en eft point
arrivé d'accidens. Sa grande pratique tant à l'Hô-
pital de la Charité de Paris , que dans la Ville ,
& fa haute réputation qui Ta élevé au premier de-
gré de la Chirurgie , ne nous permettent pas de
douter que ce qu'il avance ne foit vrai > c'eft pour-
quoi le jeune Chirurgien ne peut pas manquer ei>
l'imitant.
^4 Dis Ope'ratïons de Chirurgie,
Après avoir mis ordre à l'inteftin de a l'épiploon,
un ferviteur tiendra de Tes deux mains les deux lè-
vres de la plaie de l'abdomen approchées l'une de
l'autre 3 afin que ces organes ne refïortent point ,
pendant que le Chirurgien fe difpofera à faire la
future du ventre.
ce qu»il Les Auteurs nous propofent plufleurs manières
après que ces ^e ^a ^M*P ? Guidon veut qu'on coufe d'un côté de
parties font la plaie le pétritoine avec les mufcles , de que de
rentrées. paucre on fafle enfortc que les mufcles touchent au
péritoine > parce qu'il prétend que le péritoine fe
1 ejoint mieux avec les mufcles qu'avec lui-même :
Albucafis y employé la future entortillée > Lan-
franc approuve celle à laquelle de deux en deux
points on fait un nœud *, Celfe ordonne qu'on
prenne deux aiguilles courbes enfilées du même
fil , qaon les patte de dedans en dehors de la
plaie , & qu'enfui te les changeant de main , on
falfe autant de points que la plaie le requiert. Il
y en a d'autres qui confeilient la future enchevil-
lée ou emplumée , mais je me fers avec Galien de
l'entrecoupée qui eft la moins embarafifante Se la
plus fûre de toutes. Voici comment il la faut faire.
Le" manuel On aura deux grottes aiguilles courbes M. M.
de l'opéra- enfi^e fa même cordonnet N. qui vaut mieux
que du fil , parce qu étant plus gros il ne coupe
pas les lèvres de la plaie. On met un doigt indice
dans cette plaie afin de tenir le péritoine , les muf-
cles & la peau enlemble j puis de l'autre main on
introduit une des aiguilles dans le ventre , en con-
duifantfa pointe fur le doigt indice, pour évi-
ter de piquer l'épiploon ou les inteftins : on perce
de dedans en dehors un des bords de la plaie afTez
ûYant , afin que la future tienne mieux , & réfifte
au mouvement continuel du bas ventre ,• & ayant
tiré cette aiguille en dehors , on prend l'autre donc
on perce l'autre bord de la plaie de la même ma-
nière, & avec la même précaution qu'au premier
Seconde Démonstration. 9j
point , en obfervant que fi on a pris la première Obfermïo»
aiguille avec la main droite , pour pafTer le fil dedu a*c'
droit à gauche , on doit pafTer la féconde de gau-
che à droit avec la main gauche. Si la plaie eft
aflez grande pour y faire deux a trois ou quatre
points , on renfile autant de fois les deux aiguil-
les d'un autre cordonnet , qu'on pafTe de même
que le premier >• on fait enluite autant de nœuds
qu'il y a de cordonnets , on fait ces nœuds dou-
bles (ur la lèvre fuperieure en paflant deux fois
le cordonnet par la même anfe , ce qu'on appelle
le nœud du Chirurgien parce qu'il tient mieux que
les autres. ( 4 )
(a) Quelques Praticiens préfèrent àcetteefpece de
future , celle qu'on appelle enchevillée , & dont on a in-
diqué les avantages dans une des remarques précéden-
tes. Voici la manière de la faire. Le lien dont on fe fers
-eft fait de plufîeurs brins de fils unis & applatis , deforte
qu'il reffemble à un ruban. On fait avec ce lien les points
de future de la même manière que l'Auteur prefcrit ici
de les faire avec du cordonnet , mais au lieu de nouer ,
chaque bout du lien d'un côté avec celui qui eft oppofé
on le partage en deux , pour y mettre une cheville fur
laquelle on fait autant de doubles nœuds qu'il y a de
points de future j on en fait autant de l'autre côte de la
plaie; un Aide tient pendant tout ce tems-làles lèvres
de la plaie raprochées l'une contre l'autre ; on applique
enfuite fur la plaie un plumaceau couvert de baume
a Arceus , que l'on foutient en nouant un des deux
brins du lien de chaque double nœud qu'on a fait de
l'autre côté de la plaie avec l'un des deux brins du lien
de chaque double nœud qu'on a fait de l'autre côté: on
coupe les brins du lien qui relient inutiles. Les nœuds
qu'on fait pour tenir le plumaceau doivent être en ro-
iette , afin qu'on les puiffe dénouer plus facilement , lors-
qu'on voudra panfer la plaie. Suivant cette méthode ,
Ion ne met point de tente à la partie inférieure de la
plaie, comme le veut l'Auteur. Cette tente en confer-
vant une ouverture, ne peut fervir qu'à retarder la
guenfon. II vaut mieux couvrir la plaie & les chevilles
de petites comprelTes , que d'une emplâtre.
Si l'on avoit fait la future à i'mteftin , il faudroit pla-
-cer aux exurénuK* de la plaie les deux feoy^ ^ g} ^
p& Des Opérations de Chirurgie ,
Quand on fera obligé de faire plufieurs points *
on les commencera par la partie inférieure de la
plaie y 8c ils doivent être plus proche les uns des
autres au ventre qu'aux autres parties , à caufe de
fon mouvement > mais avant que de nouer les cor-
Ço«ament on bonnets > û faur PlaC€r une groffe tente de linge
fihis lapera- O. à la partie la plus baffe de la plaie , & attacher
tlon* i à la tête de cette tente un fil P. quoi qu elle ait une
tête Q. faite du même linge , de crainte qu'elle
n'entre dans l'abdomen* Elle y très-nécelîaire ,
tant parce qu'elle donne au fang extravafé, au pus ,
8c aux autres matières étrangères moyen de fortir >
qua caufe qu'elle entretient une ouverture jufqu'à
ce que l'inteftin & l'épiploon étant guéris y on en
puiffe retirer les fils : elle doit être courte , afin de
ne point pénétrer plus avant que lé péritoine , ÔC
il faut que fa pointe foit éfiiée > pour qu'elle ne
bleffe ni l'épiploon ni les inteftins lorfqu'ils vien-
nent à la fraper.
On couvre la plaie , la tente , Se les nœuds de
la future avec des plumaceaux plats R. R. cou-
àfiz^MLc* verts ^'un digeftif ou de quelque baume ; on met
après l'ope- enfuite un grand emplâtre aftringent S. puis une
«non. comprelfe T* trempée dans du vin chaud , ôc par
delfus le bandage circulaire fait avec la ferviette
toine > car les plaies des inteitins , comme celles du pé-
ritoine , ne fe guériflent pas de la même manière que les,
plaies des autres parties Les plaies des inteftins ne^ fe
guériflent qu'en contractant une adhérence avec le péri-
toine , ou avec l'épiploon , ou avec quelques-lins des
inteftins voifins. Il en eft à peu près de même de celles du
péritoine, elles ne fe guériflent que par la cohéfion de
leurs lèvres. De-U vient qu'elles font ordinairement fut*
vies d'hernie ventrale. Si l'on avoit fait la ligature à l'é-
piploon ,il faudroit laifîer pendre en dehors le bout du
fil , afin de pouvoir le retirer , lorfque la portion qui
aura été nouée fe fera féparée du relie. .
Seconde D e'm onstratio'n. 97
V. at^pnée au fcapulaire X. Il eft a propos de
faire uniç. embrocation fur toute la région du ven-
tre avec l'huile rofat & l'eau-de-vie , 8c fi les pre-
miers jours on fait des fomentations émollientes ,
& réfoiutives , on empêchera la tendon 8c l'in-
flammation , accidens qui accompagnent très-fré-
quemment ces fortes de plaies, (a)
Quelques Auteurs veulent qu'on faiTe à i'efto- Suture peu
mac une future pareille a celle qui fe pratique aux Pratuiua i6<
intérims , ils prétendent qu'étant & plus épais 8c
plus charnu que les inteilins , il peut fe reprendre
plus aifément : mais la prodigieufe quantité de /
nerfs dont il eft muni , 8c les furieux (ymptômes ,
que caufe un eftomac bleiîé , me feroient plutôt
craindre la mort qu'efperer une bonne iflîie de
cette méthode , d'autant plus que je vois beau-
coup de difficulté , pour ne pas dire d'impoffibi-
lité à coudre l3 eftomac à caufe de fa fituation , 8c
de fes mouvemens ordinaires de contraction , 8c
de dilatation : néanmoins comme il faut plutôt
elTayer un remède douteux que d'abandonner le
malade a un défaftre certain , je crois que le Chi-
rurgien doit faire tous fes efforts pour coudre cet
organe , furtout fi la plaie eft dans un endroit où
l'on puifle tenter la future. ( b )
(a) Outre l'embrocation & les fomentations émol-
lientes que 1* Auteur recommande ici , il ne faut point
oublier les faignées , ni la diette. Le nombre des faignées
& la quantité de fang que l'on tirera, doivent être pro-
portionnés aux forces du malade & aux accidens qui
peuvent furvenir.
(£) Si l'eitomac plein d'alimens ell ouvert par une voye2l'Hi-
bleiTure médiocre, on pouiroit le vuider par quelque ftoire de l'A-
vomitif, comme on l'a déjà pratiqué avec fuccès. On "demie des
empêche de cette manière Tépanchement des alimens Sciences »
dans le ventre , lequel épanchement eft mortel , & l'on nn c * 7* *
rend la plaie beaucoup plus petite II faut ênfuke préve-
nir les accidens par de copieufes faignées & par une
diette exacte , nefaifant prendre au blefle que très-peu
de nourriture à la fois. Si reftomac rempli ou vuide eft
G
9§ des Opérations de Chirurgie,
t)s tous les On trouve des Chirurgiens qui permettent de
ïeuîs jejunû &ViZ la future aux inteftins biefTez quand ce font les
& iléon peu- m-Qs , & qui la défendent quand ce font les grêles *,
vent être • • j • v\ rr 1
fournis aux mais je voudrois qu ils nous montraiient le moyen
fiituces, Jc coudre les gros boyaux s qu'on fçait être telle-
ment attachez dans leur place , qu'ils ne fortent
jamais par aucune plaie i Si ces Praticiens ne peu-
vent donc pas fe dilpenfer d'admettre la future des
inteftins • il faut qu'ils confentent qu'on la falfe
plutôt aux grêles ck'fur tout au Jéjunum ôc à ïlîeon ,
puifqu'il n'y a que ces deux boyaux qui peuvent
îorrir hors du ventre.
La feulf ùffié" ^ e^" Vautres §ens Qul ne veulent coudre ni les
plsîuxgran. inteftins grêles ni les gros , difant qu'une grande
-des plaies, diète eft une voye plus afturée que la future. Je
conviens qu'après avoir fait la future 5 un régime de
vie fort fobre eft encore nécelTaire j mais fi la plaie
eft tant foit peu grande 5 le mouvement periftalti-
que 3c perpétuel des inteftins récarteroit à tout
tnoment les lèvres de la plaie 11 elles n'étoient ar~
1-êtées enfemble par une future j ainfi la réunion
ne s'en pourroit pas accomplir par la diète feule. Il
eft pourtant vrai que quand la plaie eft à un des
gros inteftins , il faut s'en tenir à ce feul moyen
par l'impoMibilité qu'il y a de leur appliquer une
future ; de j'ai guéri plusieurs perfonnes à qui les
gros inteftins étant percés les matières fécales for-
ibleiïe versfon orifice fupérieur, il ne faut point devo*
jnitif, parce qu'il cauferoit a'ors une irritation dange*
leufe. La faisjnée &ladictxe font les feuis moyens indi-
quez en ce cas.
Il eft bon de remarquer ici que les bouillons 8c la ge-
lée pris en forme de lavement fupléent aux nourritures
qu'on prencircit par la beuche. Car il eit démontré qu'il
y a des vaitfaux lactés qui aboutirent aux gros inteftins ,
& plufîeurs expériences confirment ce qu'on avance ici.
Cette obfervation fur la manière de nourrir ceux qui
font bleffés à l'tftomac ,, regarde aufli ceux qui le ibnç
aux inteftins grêles.
Seconôé D e'm onstration. 9$
toient par la plaie , en ne leur faifant prendre les
premiers jours que deux cuillerées de confommé
ôc un jaune d'oeuf.
Ce qui eft arrivé à un Soldat des Invalides eft Cure .«»***
r .» r .. • ,- ,, . ordinaire,
un fait trop iingulier pour tenir lieu d exemple
dans la pratique , puifque c'eft la nature feule qui
la guéri , ôc que l'induftrie du Chirurgien n'y a
eu aucune part ; elle s'eft fait elle-même un égoûc
par la plaie du ventre , i'inteftin blefTé s'y étant
attaché : il vuide tous les jours par cette ouvertu-
re les excrémens qui fortent involontairement , ce
qui l'oblige d'avoir continuellement à cet endroit
une boëte de fer blanc pour les recevoir ,* ii ne rend
plus rien par l'anus , ôc ce qui fort par la plaie
n'a point de méchante odeur , parce que le pur
chil n'en eft pas encore tout à fait féparé , Ôc que
les fouffres groflîers n'y ont pas eu le tems de fe
déveloper par la fermentation qui furvient aux ex-
crémens qui féjournent»
Les Anciens défendent les lavemens aux plaies t>e Vahgt
«des inteftins , Ôc il y a des Modernes qui les aprou- aYCaîens*
vent *, ces derniers difent que ces remèdes rafraî-
chirent ôc fervent de bain-marie pour calmer le
mouvement du fang ôc arrêter le progrès des fymp-
tômes. Ces deux fentimens font aifez à concilier ,
puifqu'ils font l'un ôc l'autre fondez en raifon *, il
ne faut point donner de lavement quand ce font
les gros boyaux qui font bleflez > parce qu'il forti-
roit par la plaie > ôc qu'ainfi ii empêcheroit la réu-
nion : mais il en faut donner quand l'ouverture
eft aux menus boyaux , parce que les lavemens ne
pouvant pas aller jufqu'au lieu de la plaie à caufe
de la valvule du cœcum , ils ne peuvent point cau^
fer de détordre,
Pour finir ce que j'avois à vous démontrer fur la pe h foui*
Gaftroraphie , il ne s'agit plus que de donner une"v°a" c*a Jg!?*
fituation au blefle : la meilleure c'eft de le cou- du malade
cher fur fa plaie > les autres parties contenues dans.
ioo D-es Opérations de Chirurgie ,
le ventre appuyant fut celles qui font bleffées , les
obligent de fe tenir plus en repos ,ce qui en hâte
la cicatrice > de plus cette (ituation facilite la -for-
tic du pus , de des matières épanchées dans le bas
ventte > car quand même le malade feroit cou-
ché de quelque autre manière -, on doit en le pan-
fant après avoir ôté la tente , le faire pancher fur
l'ouverture, pour évacuer ce qui peut être con-
tenu dans la capacité. Quand les fils font tombez-,
8c qu'il n'y a plus qu'à laiffer reboucher la plaie ,
on diminue tous les jours la grolTeur ôc la lon-
gueur de la tente , 8c pour lors on fait coucher le
le malade fur le côté fain. ( a )
ra ) Les plaies pénétrantes dans le bas- ventre avefc
iffue des parties contenues , font affez rares. Celles qui
font accompagnées de la léfion de ces parties, mais
fans leur iffue 7 font plus communes. Elles peuvent être
fuivies de iymptômes qui viennent déhanchement de
quelque liqueur , ou de la lefion de quelque partie metiv-
braneufe ou nerveufe. Ces fymptômes dont on a parlé
plushauc, font pkis ou moins dangereux félon l'eipece
des parties lefées , & ne fe manifeitent pas toujours au
moment de la bleffure. Les faignées faites les unes près
des autres , la diète exacte , les embrocations & les fo-
mentations émollientes far le ventre, font prefque les
ieules reflburces de l'art, foit pour prévenir ces fymptô-
mes, foit pour y remédier.
L'inflammation eftle premier effet de l'épanchemenc
de quelque matière ,ou de la léfion ou
r r, j-, r • j / • ■ -ri par rupture
leule dilatation du péritoine qui lelon eux , peut de cette
s'étendre 3c prêter autant qu'il le faut pour for- ™embrane *
t i n i il r "• Surtout au
mer ces tumeurs quelques groiles qu elles (oient , droit de
puifqu'il fe dilate encore davantage aux hydro-l'ombllic'
piques.
Ces divers fentimens méritent une difeuffion
particulière ; cependant je ne recennois qu'une
%o6 Des Opérations de Chirurgis.
caufe des exomphales -, fçavoir , la rupture , j'en-
tens des exomphales des parties *, car la dilatation
que les Anciens & quelques Nouveaux admettent
me paroît impoflible à l'égard de l'omblic > qui
n'étant qu'un nœud fait en cette partie après la li-
gature du cordon , ne peut non plus avoir la li-
berté de s'allonger qu une cicatrice de quelque;
plaie delà peau : &: pour convenir de ce. que je dis
il n'y a qu'à remarquer que le nombril eft for-
mé par la réunion des vaiiïeaux ombilicaux , qui,
après la naifïànce fe rétrécirent , & en fe deûe-
chant dégénèrent en iigamens , dont les extrêmi-
tez étant unies avec la peau de le péritoine , en-
cet endroit , forment enfemble un petit corps
fembiable à un nœud incapable de s'allonger en
aucune manière.
i.*expérienee J'avoue que le péritoine, peut prêter dans. toute
le prouve, fon étendue 5 mais non pas dans l'omblic > & j'ofe
dire que j'ai l'expérience démon côté , puifque j'ai
ouvert pluiieursdc ces tumeurs, Se à des hommes
vivans & à des corps morts , où je n'ai jamais pu
remarquer que le péritoine les tapitfât intérieure-
ment , ainfi qu'il auroit dû faire il elles s'étoient
produites par fa fimple dilatation. Après avoir
coupé la peau je ne trouvois plus de membrane ,
ôc mettant mon doigt dans l'ouverture qui étoit au.
nombril 9 il entroit dans la capacité de l'abdomen
fans aucune réfiftance \ ce qui m'a confirmé dans
l'opinion où je perfifte , que la rupture feule fait
les exomphales faites de parties.
Biftinaion H &ut diftinguer les hernies du nombril d'avec
à faire des celle du ferotum , car le péritoine fe prolongeant
nombril & vers les aines pour conduire les vaifieaux fpermati-
des bourfes. ques jufqu'aux tefticules , l'épiploon ou les inteftins
ont beaucoup de difpofition à fe glilfer le long de
ces productions , & à tomber jufques dans le fcro-
tum fans rompre le péritoine *, mais il n'en eft pas de
même de l'ombilic qui n'étant pas fufceptibk d'une.
Seconde Démonstration. 107
pareille diftenfion ne peut donner paffage à aucune
partie qu'auparavant il ne fe foie rompu , ôc que
toutes les parties Te défuniffant ne permettent à
l'épipioon ou aux inteftins de forcir. ( a )
Ceux qui çroyent que les Exomphales fe peu- Caufcs d«
vent faire par la dilatation de lomblic , en attri- 'ExomPlu ft
buent la caufe à quelque humeur qui l'abreuve
fans ceffe. Mais s'il étoit vrai que cela fe fît ainiî
ces tumeurs auraient un très -petit commence-
ment , ôc augmenteraient par degrez , au lieu
qu elles fe font ordinairement tout d'un coup , ce
qui arrive lotfque par quelque grand effort le
nœud du nombril s'en: rompu ôc féparé. Ce qui
me confirme dans cette opinion , c'efl qu'il n'y a
prefque que les femmes qui ayent cette incommo-
dité , Ôc encore celles qui ont eu des enfans , par-'
ce que les douleurs de l'accouchement contrai-
gnent la mère défaire des erlortspour obliger l'en-
fant de iortir , ôc que pour lors ce nœud eft difpo-
fé à fe rompre par la grande étendue du ventre
vers la fin de la grofTefïe.
Toute les Exomphales ne font pas d'un égal Ces tumeurs
volume i il y en a d'aufîi petites qu'un œuf , on en feremes
voit de moyennes , groiTes comme le poing , ôc groffeurs,
d'autres qui font plus groffes que la forme d'un
chapeau : mais ces différentes girolïeurs n'empê-
chent pas qu'elle ne procèdent toutes de fracture
; (a) Il eft vrai que les Praticiens modernes ont tous
remarqué que le péritoine eft divifé , lorfque les parties
fortent par Paneau ombilical ,.& n'ont jamais trouvé de
fac herniaire en cet endroit. Néanmoins comme cette ',
envelope tapilîe intérieurement le trou ombilical ,fans
faire partie du nombril , qui n'eft autre chofe que la
cicatrice des vaifleaux ombilicaux î on ne voit pas pour-
quoi elle ne pourroit pas s'alonger en cet endroit comme
ailleurs. Ce qui donne lieu de croire que cela n'eft pas
impoiïible , c'eit qu'on a trouvé très-fouvent un fac her^
niaire formé par le péritoine , lorfqu? les parties ne for-
int pas precifément par l'anneau ombilical, mais à cote*
ioS Des Opérations de Chirurgie ,
8c de divifion , puifqu'elles fe forment fubitement ^
8c qu'elles font proportionnées aux efforts plus ou
moins violens qui écartent plus ou moins Pune de
l'autre les extrêmitez des vaifTeaux qui compofent
l'ombilic.
Chaque Exomphale a des fîgnes particuliers qui
la font reconnoître , & dont le Chirurgien doit être
parfaitement inftruit pour en porter fon jugement,
8c pour remédier à chacune félon fon efpece.
Signes cle L'Entevomphale fait une tumeur tendue 8c aifez
ees :naux. ^urê qUj groUîc quand l'haleine eft retenue , parce
que le diaphragme preffant fur les inteftins , les
oblige de s'échaper vers l'endroit qui cède le plus ,
'•De^n-c'eft-à-dire, du côté de la tumeur : elle eft plus
étroite à fa bafe , elle diminue lorfqu'on la preife
avec la main 3 8c on entend un petit bruit caufé par
le gargouillement que les inteftins font en rentrant
dans le ventre.
i. Del'E. L'Epiplompbde ne change point la couleur de la
pip omp a e. peau ^ ^ tumeur eft indolente , plus molle 8c plus
grande d'un côté que de l'autre , ayant une bafe
plus large j 8c lorfqu'on la comprime pour la ré-
duire , la partie rentre fans faire aucun bruit.
3. !>e rin- V Enteroépiplompbale a des /ignés communs à l'une
phaleTPl°m" ^ * ^autre de ces deux espèces dont je viens de
vous parler : la tumeur en eft plus groiTe , plus
douloureufe 8c plus inégale 5 8c li après avoir re-
poulFérinteftin , il refte encore quelque chofe dans
lé fac ,. on eft aiïuré que Pépiloon formoit une par-
tie de la tumeur.
Carafterc* VHydromphale fe diftingue âcs autres tumeurs
phaïc/ r°m" du nombril , en ce qu'elle eft motle 8c néanmoins
peu obéilTante au toucher , 8c qu'elle ne diminue
ni s'augmente en la comprimant , 8c lorfqu'on la
regarde à travers la lumière , on la trouve tranf-
parente.
De la Pneu- ta Pneumatemphale eft une tumeur molle qui
tnaiomp a e. ç^Q promptement aux doigts, 8c qui revient dans-
Secokde Démonstration, io^l
les mêmes bornes auili-tôt que la comprefîior*
cefle , 8c qu'elle eft libre , elle paroît toujours de
même figure 8c de même groiieur -, en quelque fi-
tuation que le malade fe mette , &: fi on frappe
deflus , elles raifonne comme un balon gonflé de
vents renfermez.
La Sarcompbale fait une tumeur dure qui n'obéit De U Sar«
point aux doigts quand on la touche ; elle aug- comPhale»
mente peu à peu à mefure que groffit la chair
qui la forme. Il y a des efpeces de Sarcomphales
douloureufes , 8c il y en a d'infenfîbles j 8c quel-
que effort qu'on fa(Te pour faire rentrer les unes
ou les autres , on n'y peut pas réulîîr , parce que
ce font des îurcroiftànces de chairs attachées au
nombril.
La Varicompbale forme, une tumeur inégale 8c t®* ]£jc*ru
variqueufe , dont la couleur eft brune 8c livide , à
caufe du fang croupi qu'elle contient *, 8c quand
elle eft faite par la dilatation ou par la rupture des
artères , on y fent un battement comme aux ané-
vrifmes.
Par la connohTance de tous ces fignes le Chi- ?u pwgno*
rurgien fera fon prognoftic , considérant toutes maL, e
les Exomphales comme des maladies dangereufes
par les accidens qui les accompagnent & par ceux
qui peuvent y furvenir \ car à ceHes_qui font fai-
tes de parties , il arrive quelquefois des étrangle-
mens qui caufent la mort , 8c à celles qui provien-
nent d'humeurs , il faut prefque toujours une opé-
ration pour les guérir ; de manière que tous ceux
qui font affligez de ces fortes de maux ont leur
vie en rifque , à moins qu'un Chirurgien éclairé
n'y remédie \ 8c voici comment il doit s'y pren-
dre.
Quand une Exomphale eft faite parPinteftin ou Cure de pe«
ar lepiploon , ou bien par tous les deux enfem- xomPh*lc.
le , ou doit repoulfer au plutôt ces parties dans
E
ïio Des Opérations de Chirurgie*
l'abdomen : Pour y réuflir il faut que le malade
couché fur le dos & ayant les genoux hauts , ( a )
refte un peu de tems fans refpirer ni crier , pen-
dant que le Chirurgien comprimant doucement la
tumeur fera rentrer les parties les unes après les
autres commençant par l'inteftin qui étant fitué
ious Pépiploon , doit être replacé le premier. Il
connoîtra que cette rédu&ion fera achevée par la
diminution de la tumeur , & par le bruit que ce
vifeere aura fait en rentrant ; enfuite de quoi on
preflera l'épiploon pour l'obliger de fe remettre
en fa place, ne précipitant rien dans ces réductions %
de crainte de meurtrir les parties , qu'il jugera
être toutes rentrées lorfqu'il verra le fac tout à fait
vuide.
Obftacks ^ j ces parties font tellement tendues que par le
fentent à "feul fecours des mains le Chirurgien ne punie pas
l'opération. \ts établir , il faut qu'il reconnoifte quels obfta-
clés s'oppolent à (on deiTein afin de les furmonter :
j'en trouve deux 3 l'un eft lorfque l'inteftin eft rem-
pli d'excrémens ou de vents , & l'autre quand le
trou par où il eft forti eft trop petit pour lui per-
mettre de rentrer. Dans ces cas il faut avoir re-
cours aux remèdes 3 dont les plus convenables font
les carminatifs pour difliper les vents > &c les émoi-
liens pour relâcher l'endroit qui fait l'étranglement,
lesfSn-COn rera une embrocation fur la partie avec de
«e*» l'huile de lis bien chaude , ou avec l'onguent d'al-
thœa , &: on y mettra un cataplafme fait avec tou-
tes les herbes adouciftantes & humectantes , def-
quelles on pourra faire boire la décoction , ou la
(a) Pour faire la réduction des Exomohales , il ne
fufïit pas que les genoux du malade foient élevés , il faut
encore que fa tête foitplus haute que ia poitrine , & fa
poitrine plus haute que le bas-ventre. _ Cette fîtuation
met les mufcles dans le relâchement où ils doivent être
lorfqu'on réduit les hernies.
Seconde Démonstration m
donner en lavemcns , de même préparer un demi-
bain pour y mettre le malade ( a ).
Ces parties étant ramollies ? le Chirurgien fera
une nouvelle tentative pour les réduire j la facilité
avec laquelle on y réunit d'ordinaire cette fécon-
de fois perfuade qu'on ne doit pas négliger l'ufage
de tels médicamens. Il s'agit après cela d'empê-
cher que ce qu'on a fait rentrer ne reflbrte ; car
jufques-là on n'a exécuté que la moitié de l'opéra-
tion qui confîîte en deux points , l'un de remettre
les parties dans leur lieu , de l'autre de les y tenir
étant réduites.
Cette féconde partie de l'opération s'obtient Comment
par un bon bandage circulaire A. fait exprès & dre popérï-.
proportionné à la groffeur de la perfonne *, la ban- tion fru-
de doit avoir fept ou huit doigts de large , ôc être ueu Ck
faite d'une toile forte ôc en plufieurs doubles ,• il
faut qu'elle ait dans fon milieu une élévation B.
en forme de demi boule ou de champignon > qui
foit pofée directement fur le nombril , afin qu'en
empliflant la cavité , on ôte aux parties l'occafion
de reifortir ,* ce bandage doit être foutenu par un
fcapulaire , ou par des bretelles C. faites d'un ru-
ban de fil blanc , & telles qu'en ont pour foutenir
leur culote ceux qui ont le ventre trop gros. Avant
que de mettre le bandage, il y faut appliquer
l'emplâtre C. contra rupturam , dont on fe fert aux
hernies , ôc^par deffus lequel on mettra une grande
compreiTe E. trempée dans du vin chaud où on
aura fait bouillir diverfes fortes de remèdes aftrin-
gens(£).
(a) Pendant l'ufage des remèdes émolliens tant in-
ternes qu'externes, il faut faigner le malade. Et s'il ar-
livoit que pendant ou après quelques-unes desfaignées
•il tombât en foiblefle , il faudroit profiter de ce moment
pour faire la réduction , car Iorfqu'on eil en foiblefle
toutes les parties font relâchées.
(b) Ge bandange a des défauts efTentiels. Il n'aiTu-
■Jettit pas les parties fi bien que ceux qui ont un écuflon
ni Des Opérations de Chirurgie ,
Je vous ai dit que les Exomphales faites d'hu-
meurs éroient de quatre efpeces , que les eaux, les
vents , les chairs 6c le fang en forment chacune
une efpece : elles demandent toutes quatre pour
leur traitement autant de manières différentes , ôc
fouvent les remèdes ne faifant que blanchir , elles
ont befoin de la main du Chirurgien pour être
guéries.
Médicamcns VEydromphale fe peut diffiper par des remèdes
Somphaîe. réfolutifs , principalement quand elle eft petite , on
doit donc mettre fur cette tumeur une éponge
imbibée d'un vin dans lequel on aura fait bouillir
les femences de cumin &: de lupin , les fleurs de
camomille , de fureau cV de rofes 3 l'écorce de gre-
nades , les bayes de laurier 6c le fel commun : 8c
fi malgré ces médicamens ou d'autres dont on fe
fera
&une ceinture de fer difpôfés à peu près comme l'éculîon
Scia ceinture des brayers^ ordinaires. Outre cela l'élé-
vation en forme de champignon qui doit remplir la ca-
vité, empêche en effet PïBue des parties ; mais elle
empêche auifi que le trou ombilical ne fe rétreciiTe. Le
bandage à édition n'a pas cet inconvénient. Il Rappli-
que directement fur le trou & n'y entre pas > if s'oppofe
à la fortie des parties fans entretenir une ouverture que
la*nature doit diminuer.
L'écuflon convient aux efpeces d'exomphales ou les
parties fortent à côté de l'ombilic , de même qu'à celles
ou elles fortent par l'anneau ombilical. Lorfque l'épi-
ploon a contracté des adhérences fi fortes qu'on ne peut
le faire rentrer , ce qui arrive aflez fouvent aux pcrfon-
îies grafles , la pelote qui eft fur l'écuflon doit avoir
dansfon milieu un enfoncement aîîez grand pour loger
les parties fans les comprimer. On remplit par dégrés
cet enfoncement à mefure que la tumeur diminue. Quel-
ques Praticiens pour fondre la tumeur , mettent delTus
avant d'appliquer le bandage , un emplâtre fait d'un
mélange égal de de vitro, de diabotanum &de nurem-
berg,&le renouvellent tous les quatre ou cinq jours.
Le bandage à écufibn ne convient pas aux exomphales
anciennes & confiderables ■■> il ne faut qu'un bandage
fîmplement contentif pour foutenir les parties déplacées
& empêcher qu'il n'en forte d'autres.
Seconde Démonstration. ïi£
fera fervi , la tumeur groilit 6c fait connoître qu'il
n'y a point de guérifon à efperer par^ la voye de
la résolution , il faudra fe difpofer à faire une
pon&iondans le milieu de l'ombilic, en cetre ma-
nière : on a un inftrument F. long de trois doigts , Manière de
& auiîi menu qu'un petit tuyau de plume , em- PjjPer 1>om"
manche par le bout , ôc pointu triangulairemenc
par l'autre pour pouvoir percer la peau ; on le
pafïe dans une canule d'argent G. fout mince , donc
la cavité eft proportionée à la longueur de cet
inftrument , qu'on plonge dans le milieu de la tu-
meur j puis on pouffe la canule un peu fortement
pour la faire entrer dans l'ouverture , Ôc ayant re-
tiré l'inftrument qui remplifïbit la canule > on voit
fortir l'eau qu'on laide couler jufqu a la quantité
que la maladie ou les forces du malade peuvent
permettre. La canule qui reliera dans la plaie fera
bouchée avec une petite tente faite comme un fo-
cet 9 laquelle on ote autant de fois qu'on veut tirer
de l'eau.
Cet inftrument fe peut appeller un trocart , vit Différence
qu il refTemble allez à celui que quelques Moder-^J^™°y
nés prétendent avoir inventé pour percer le ventre employé d'à.*
des hydropiques > & il n'en diffère , qu'en ce que 2^* "°"
celui-ci ne fait que le trou pour l'introduction
d'une canule , de que l'autre étant ouvert félon fa
longueur comme un tuyau , fait en même tems
l'office de poinçon Se de canule. Ils ont l'un ôc
Fautre leur utilité) celui des Modernes eft à la vé-
rité fort commode pour les ponctions de l'abdo-
men ) mais il ne conviendrait pas à celles de l'om-
bilic 5 parce qu'ici n'y ayant que la peau , fi on en
retiroit l'inftrument , & qu'il n'y reftât pas une ca-
nule , on ne feroit pas maître d'empêcher que les
eaux ne fortifient continuellement*
La Pmumatomphale fe guérit par le moyen des Tnitemene
remèdes cârminatifs qu'on applique delfus, ils ont matom^haTr
la vertu de difliper les vents en atténuant , incifant par les reme*
H de5«
:\
i*4 Des Opérations de Chirurgie ,
Se difeutant par leurs particules pénétrantes êc
tranchantes les matières vifqueufes de vaporeufes
qui entretiennent le mai , c'eft pourquoi on fe fer*
' vira de la rue , du romarin , du laurier , de i'abfin-
the , de Fanis , de la graine de cumin , des fleurs
de rofes , de camomille > de mélilot , du Tel de tar-
tre ou de fel ammoniac , &c* dont on fera des
fomentations ou des cataplafmes , félon qu'on
le jugera à propos. Si après l'ufage de ces remè-
des , la tenfîon fubfïftoit aufïi fort qu'auparavant ,
on auroit recours a une opération qui ne con-
fiée qu a prendre une grotte aiguille H. qui aura
un petit manche , de même que celles avec les-
quelles on abat les cataractes , 6c avec la pointe
de cette aiguille on feroit a la tumeur plufîeurs
pondions par où les vents s'échapperoient , com-
me ils font lorfqu'on pique une veffie enflée qui
s'affaifle incontinent : & fi tous les vents ne font
pas fortis par ces petites ouvertures , on reprendra
l'ufage des remèdes précedens qui diflîperont le
refte.
f ratlquè ta Sartompbale eft très-difficile à guérir , Se avant
pouriasar- que de l'entreprendre on doit examiner fi elle eft;
• traitable on non. Celle qui le peut traiter , c eft-
a-dire , celle où il y a efperance d'un heureux
fuccès , eft prefque fans douleur *, la tumeur en eft
égale , un peu vacillante , Se médiocrement dure >
il faut à celle-là faire une incifion en long fur la
tumeur avec ce biftoury I. afin de décpuvrir la
chair qui la forme , de dont on coupera toutes les
adhérences qu'elle a avec les parties voifines , pour
l'emporter toute entière. Mais comme en féparanc
& en difféquant cette chair , on eft obligé de
trancher les vaùTeaux qui la nourriflbient , ce qui
donne du fang quand ils font gros -, on doit fe fer-
vir alors de l'eau ftiptique ou de la poudre vitrio-
lée pour l'arrêter. La plaie fera panfée dans les
premiers jours avec un digeftif doux pour procu-
Seconde Démonstration. 115
ter la fupuration , enfuite avec un mondificatif ai«*
guifé pour manger Se confumer les petites racines
de cette exeroifl ance charnue : on procédera enfin
à la cicatrice , comme dans les autres plaies. Mais
fi la Sarcomphale étoit intraitable , c'eft-à-dire ,
qu'elle tint de la nature du cancer > ce qu'on con- De ]* Sit?
noitroit par Ion extrême adhérence , par linquie-cutabie>
tude du malade , par les douleurs lourdes qu'il
(entiroit) ôc par la nature variqueufe de la tu-
meur 9 il feroit dangereux d'y toucher : néanmoins
s'il y a quelque moyen de la guérir , c'eft par l'o-
pération fufdite* Je ne confeillerois pourtant point
à un Chirurgien de l'entreprendre , qu'après avoir
expofé aux parens les fuites fâcheufes qui en peu-
vent arriver.
La Var'tcomphale étant caufée par la rupture ou Remèdes
par la dilatation de quelques vaifTeaux artériels ou compile!""
véneux , fi la tumeur eft petite , il faut eflàyer de
la difliper par un remède aftringent fait avec du
bol d'armenie , du fang- dragon , de la terre figil-
lée , ôc de la folle farine y incorporez dans du blanc
d'œuf ; on l'appliquera fur la partie , Ôc on l'y tien-
dra par un bandage un peu ferré : Ci elle eft grofTe ,
Ôc qu'on n'ait point d'efpérance de la guérir par
les médicamens , il faut l'ouvrir de toute fa lon-
gueur avec ce fcalpel K. en vuider le fang > de met-
tre des boutons de vitriol L . L . L . fur les ouvertu- Opération
tes des vaiflfeaux , comme on fait aux anévrifmes. J^maT mÔ*
On en laiffe dans la fuite tomber les efearres d'eux-
mêmes j on fait revenir les chairs , ôc on procure
la cicatrice.
Avant que de faire aucune des opérations que
demandent ces quarre fortes d'Exomphales faites
d'humeurs , on ne manquera pas d'y préparer les Préparation
malades par les remèdes généraux , comme la fai- du jet|
gné ôc la purgation , Ôc de leur preferire , quand
on aura opéré un régime de vivre convenable à
leurs maladies , moyennant quoi on en obtiendra
Hij
ii£ Des Opérations de Chirurgie ,
la euérifon. Mais outre toutes ces eipèces d'opes
P " . i r ■ ••in
rations que je viens de vous taire voir 5 il eit en-
core des occasions où il en faut faire de pius gran-
des , comme lorique l'inteftin iorti ne peut le re-
placer , ce qui met le malade en un fi grand dan-
ger qu'il périroit indubitablement fi on ne le fal-
loir rentrer au plutôt.
r Opération II arrive donc fouvent à ceux qui ont des Exom-
v\s. confidé- phales d'inteftins , qu'en négligeant de porter. un.
rable pour f ^ - £ ° j r
remédier à bandage } ces parties le gonflent de vents , s em-
certains ac-pj^(jent ^e rnatieres , Ôc qu'alors ne pouvant plus
retourner par le même trou par où elles (ont for-
ties , elles excitent des douleurs infuportables , &c
des vomiiTemens qui durent autant que les intef-
tins relient hors de la capacité de l'abdomen. Àinfi
quand on n'a pas pu les faire rentrer par les moyens
que je vous ai expofez ci-devant 5 on y pourvoira
.comme au bubonocele -, (Ravoir , en faifanr une in-
cifion fur la tumeur , avec le bifloury M. prenant
bien garde de ne couper que la peau , &c de ne
point bleffer les intérims qui font immédiatement
deiîbus. Lorfqu'on a un peu fendu la peau , on
coule dans la plaie par le fecours d'une fonde creu-
fe, la pointe des cileaux N. avec laquelle on ouvre
le relie de la tumeur -, 3c s'il y avoir une poche on
des brides qui embarrafïenr , on les couperoit avec
ce déchaulïbir O. puis l'inteftin étant découvert ,,
on en tireroir au dehors plus qu'il ne feroit forti >
afin de donner une plus grande étendue aux matiè-
res qu'il renferme *, enfuite on fait entrer la fonde
çreufe (a) dans la capacité , 8c la tenant delà main
(») La fonde ailée, C inventée par feu M. Mery
célèbre Chirurgien de Paris , vaut mieux que la fonde
ordinaire. La plaque dont elle eft garnie empêche que
îes parties ne fe préfentent au tranchant de Pinftrument.
Si l'on ne peut pas l'introduire dans le ventre pour dé-
brider l'étranglement , on aura recours à quelques-uns
des moyens que Von a indiqué en parlant de laGaftro-
japhie»
Seconde D e'm o n s t r a t ï o n. 117
gauche on l'élevé en dehors , 6c dans fa canelure
on introduit de la main droite la pointe d'un bif-
toury courbe , a. avec lequel on coupe ce qui fait
l'étranglement. Enfin l'ouverture étant lufhlante ,
on fait rentrer les inteftins en les pouffant douce-
ment dans le ventre , 6c obfervant d'y rengager
les premiers ceux qui font fortis les derniers : (1
on trouve une partie de i epiploon dans la tumeur,
après avoir réduit les inteftins , on la lie d'un dou-
ble fil R. au bout duquel il y a une aiguille droi-
te g. 6c avant que de faire l'extirpation , on laifie
pafler un grand bout de fil par la plaie pour le tirer
quand la nature l'aura féparée elle-même. Il faut
fourrer dans la plaie un gros tampon T. ( a ) de-
charpie attaché à un long fil pour le pouvoir reti-
rer en cas qu'il tombât dans le vuide du ventre. On obfervacîo»
obfervera que les4 fils de Fépiploon & du tampon ^nle ^
foient de différentes couleurs , afin que fi par mal-
heur le tampon étoit entré 6c qu'on voulut le re-
tirer, on ne rifquât point de fe tromper, en ame-
nant le fil avec lequel on auroit lié i'épiploon. On
garnira la plaie de plumaceaux X. X. que l'on cou-
vrira de l'emplâtre Y. 6c de la compreife Z. pour
(ci) La tente a dans ce cas un inconvénient très-grand
fans avoir aucune utilité. Elle entretient une ouverture
qu'il faut refermer le plus promptement qu'il eil polîi-
ble. La pelote de M. Petit eft préférable. On la fait de
charpie brute qu'on enveloppe dans un petit morceau
de toile coupée en rond ; on l'environne d'un fil dont on
laine pendre un bout alTes long pour pouvoir la retirer».
On la met ditedement fur le trou ombilical; on panfe
le refte de la plaie avec de petits morceaux de linge ufé
& déchirépar lambeaux ; on couvre la plaie de cotn-
prefies que Ton foutient avec le bandage de corps. Il ne
Faut pas oublier de faire des embrocations d'huile émol-
liente, & d'appliquer fur tout le ventre un morceau de
flanelle qu'on trempera de deux en deux heures dans
une fomentation émolliente. On fera obferver au ma-
lade un régime très-exact , & on le faignera à proportion;
d* fes forces 3c de la grandeur des aççidens.
ïiS Des Opérations de Chirurgie,
appliquer le bandage de la même manière que je
vous ai montré dans la Gaftroraphie.
Danger de Vous jugez bien que cette opération eft très-
"0"e °Pér*"périlleufe & prefque toujours mortelle, parce
qu'on eft obligé de couper les aponévrofes qui en-
tourent le trou du nombril : je l'ai fait cependant
une fois avec un fuccès heureux. Le malade fentoic
des douleurs fi cruelles qu'il fouhaitoit la mort à
tous momens ; mais aufïitôt que les boyaux furent
remis , il ne fe plaignit plus , & il guérit parfaite-
ment. Je l'ai faite encore deux autres fois » mais.
à la vérité les malades en font morts. Il eft cer-
tain auffî que de cette opération il en périt plus,
qu'il n'en réchape ; c'eft pourquoi ceux qui ont de
ces Exomphales doivent plutôt fe pafïer de che-
mife que de bandage.
Méthodes \[ femble que les Anciens ayent pris plaifir à
cruelles de*. r i i r ce r
Ancien*, inventer pour les exomphales dirrerentes lortes
d'opérations toutes plus cruelles les unes que lest
autres. Quelques-uns veulent qu'on ferre l'exom-
phale entre deux morceaux de bois jufqua ce
qu'elle foit tombée en mortification : ÔC plufieurs;
ordonnent de palTer au travers de la tumeur un
double fil , dont ils font faire quatre chefs pour
en lier deux d'un côté de la poche 3 8c deux de
l'autre , les reiTerrant tous les jours jufqu a ce que
cette tumeur foit féparée du corps. Il y en a qui
demandent qu'après avoir pafte deux aiguilles à
travers de l'exomphale on faiTe une petite incifion
circulaire a la peau , afin que la ficelle avec la-,
quelle on ferrera la 'tumeur , h puifte couper plus
promptement. Je ne crois pas que ceux qui nous
ont laifle par écrit de telles opérations » ayent été
e(Tez hardis pour les pratiquer : je ne les ai jamais
vu faire , & je ne m'arrêterai point à vous les dé«*
montrer , parce que je fui afluré qu'elles vous ins-
pireraient plus d'horreur & de mépris pour l'an-
cienne Chirurgie , qu'elles ne vous inftruiroiçn.£
ou ne contenteroient votre curiofîté*
r Seconde D b'm onstration, ï 19
TOures les tumeurs qui font caufées par la for- hernie
tie de l'épiploon & des inteftins s'appellent du VentrA£E9
nom général de hernies, ôc elles ont des noms par-
ticuliers fuivant les endroits où elles fe font..Lorf- Dl£é,re?c6*
^, .,, t ... . des hernies,
rtent de 1 ombilic , on les nomme
des Exomphales , quand elles font une groffeur dans
laine ,. on les appelle des Mbonocelles , lorfqu'elles
defeendent jufques dans le ferotum , elles ont le
nom d'Ofcbeoceles ; ces deux derniers mots étant
dérivez de bubon Ôc dïofcbeon , dont l'un lignifie
l'aine , ôc l'autre le ferotum , Ôc de ce le > defeente y
ôc quand ces mêmes organes trouvent moyen de
s'échaper dans un autre endroit de l'abdomen ,
ce font des Hernies ventrales.
La caufe de ces fortes de hernies eft une rupture ' Cmtss **
qui te rait au péritoine , car il n eft pas vraifem-
blabie qu'elles fe puiûent faire par la {impie dila-
tation de cette envelope qui adhère trop auxmuf-
cles ôc aux aponévrofes qu'elle touche , pour s'é-
tendre autant qu'il faudroit , afin de former de ft
grofTes tumeurs ; c'eft donc toujours un déchi-
rement qui ne furviendra que par quelqu'effbrt
"très-rude , ôc qu'aux endroi ts où il y aura eu abfcès
ou plaie qui n'ayant pas été bien cicatrifée laiftera
lé péritoine fujet à fe déchirer ou à fe rouvrir.
Les iignes qui font connoître ces hernies , font ^urs &&**
qu elles fuccedent toujours à la violence cle quel-
qu'effort, qu'elles fe font tout d'un coup , quelles
rentrent pour peu qu'on les comprime, ôc qu'étant
rentrées il ne refte plus de tumeur à l'endroit oiï
elle était* «
Four guérir ces efpèces de ruptures, il faudrait Ee-la éurev
faire eniorte d'approcher l'une de l'autre les deux
lèvres de cette plaie du péritoine , ôc de les tenir
unies afin qu'elles pufTent fe rejoindre ôc(e repren-
dre enfemble*, mais je ne vois rien de plus difficile, Moyens pref~
& les moyens que Celfe propofe pour v parvenir \ rils Par€cU
Hiiij
izô Des Ope'ratiqns de Chirurgie,
me paroifTent trop rigoureux pour vous confeiller
de les mettre en pratique. Il dit qu'il faut lier la
poche avec un double fil parlé à travers la bafe de
la tumeur , &c qu'en la ferrant fortement on appro-
chera les Lèvres de la plaie du péritoine ', ou qu'on
peut faire deux infcifions en forme de croifTant qui
fuient oppofées l'une à l'autre , ôc qui le joignent
parleurs pointes, afin d'emporter le milieu qu'elles
comprendront , & qui étant plus long que large £
aura la figure d'une feuille de laurier ; il ordonne
enfuite de faire à cetce plaie une future pareille a
iticonvé- celle qu'on fait dans la Gaflroraphie. Outre la
nicns de cet cruauté de la première de ces opérations , c'eft
qu elles manquent tres-iouvent : car on n eit pas
certain de rejoindre la plaie du péritoine , en fai-
fant tomber en mortification toute la tumeur par
la ligature , vu que cette ligature ne peut (errer
que la peau ôc les mufcles, de nullement l'autre en-
veloppe , 6c on ne pourroit pas s'afTurer de réuilir
mieux par Tinciiion , d'autant que les hernies ven-
trales tu.cced.ant toujours aux plaies du péritoine
mal cicatrifées, il y auroit de la témérité de l'ouvrir
une féconde fois , &c d'entreprendre de le guérir
de cette nouvelle plaie , le Chirurgien n'ayant pu
obtenir une cure parfaite de l'ancienne»
cPef mfhdks! Ce feroit donc ên:e '^àifcret que de propofer
ou de promettre la cure radicale de ces hernies >
il faut ie contenter de la palliative, 8c chercher des.
moyens de rendre cette incommodité fupportable.
Pour cet effet on Ce fervira d'un bon bandage fait
en forme de ceinture , qui tenant les parties fu-»
jettes empêchera que la tumeur n'augmente , qui
eft tout ce qu'on doit prétendre pour le foulage-
ment du malade ( a )»
(a) L'expérience nous apprend qu'il y a des hernies
ventrales avec dilatation du péritoine. Celles ou le pé-
ritoine eft rompu & divifé , font communément la fuite
d'une plaie pénétrante dans la capacité du bas- venue x
Seconde D e*m onstration. xn
t>u de quelque coup violent porté deiTus. Celles ou le
péritoine eil dilaté font caufées par la foibleffe ou la rup-
ture de quelques fibres des mufcles de l'abdomen ou de
celles de la ligne blanche ; car il furvient quelquefois de
ces hernies le long de cette partie entre les mufcles
droits . de même qu'aux environs de Vanneau ombilical >
comme on Ta déjà dit dans une Jes remarques précéden-
tes. On a obfervé que plufleurs de ces hernies fîtuées
dans la région épig^ihique, entre les mufcles droits,
étoient formées par l'eitomac. La grofleur énorme des
hernies ventrales oul'a;.herence des parties avec le pé-
ritoine , ou enfin l'étranglement des parties forties em-
pêchent quelquefois de réduire ces hernies. Quand elles
font trop groïTes & adhérentes , il fuffit de les foutenir
par un bandage contentif. Quand les parties font étran-
glées, ce que von connoït aux fymptômes , il faut avoir
recours aux lignées , aux potions huileuies , aux cata-
plafmes émclliens, &c. Si les accidens refiitent à ces re-
mèdes, ou que la réduction des parties ne puiiTe pas fe-
faire , il en faut venir ù l'opération ; mais il faut le fou-
venir en la faifant qu'il y a des hernies ventrales par di-
latation du péritoine, & par-confequent renfermées
dans un fac. Voici la manière de la faire. On fait à la
peau un pli que Ton coupe tranfverfalement -, on paile
une fonde canelée fous un des côtés de la plaie pour y
faire avec un biitouri une féconde incifion ; on en fait
autant de l'autre côté pour donner à l'incifîon la forme
d'une croix ; on fepare les quatre angles , on déchire les
feuillets membraneux qui le trouvent fur le fac her-
niaire , s*il y en a , ou bien en les coupe avec des cï-
feaux à la faveur d'unefonde cannelée , cju'on glifie de
haut en. bas entr'eux & le fac. Après avoir ainfi décou-
vert le fac herniaire , quelques Praticiens confeiilent
d'introduire entre le fac & la bride qui forme l'étragle-
ment, une fonde, dans la cannelure de laquelle ils gliflènt
la pointe d'un biitouri , coupent l'cbitacle & reduifent
tout à la fois les parties & le fac. Si la clefcente eit con-
fïderable & ancienne , fi les accidens ont été violens ,
ou qu'ils foupçonnent que le fac forme l'étranglement
ils fuivent la méthode ordinaire que voki. Après avoir
découvert le fac , on l'eleve en le pinçant avec les on-
gles ou avec des pincettes à diiîequer , ou avec une
erine dont on fait entrer la pointe dans le fac , & on y
fait une petite ouverture avec un biitouri prefque cou-
ché fur la tumeur. On eleve le fac , ©n tient le biitouri
prefque couché , & l'on ne fait qu'une petite ouverture
pour ne pgins bleffei k$ parties renfermées dans la tu*
m Des Opérations de Chirurgie ,
meur, Om porte dans k petite ouverture une fonde, dans
la cannelure de laquelle on glifle des cifeaux t>our ouvrir
entièrement le fac ; l'on coupe enfuite ce qui forme l'é-
tranglement , & l'on fait rentrer les parties dans le ven-
tre. Il y a quelquefois dans le fac une ferofïté qui s'échape
aufïîtôr, qu'on l'a ouvert» On met fur l'ouverture une
pelotte. On panfe la plaie comme celle qu'on fait pour
guérir les exomph aies. S'il n'y a point de fac herniaire ,
on appeicoit les parties aumtôt qu'on a fait l'incifion à
la peau & à la graiffe : l'on débride l'étranglement & l'on
panfe la plaie de la même manière qu*on vient de dire.
XL Fig. POUR LA PARACENTHESE.
Second 5 D e'm onstrati ok. i z$
QUelqucs Auteurs donnent le nom de Paracen- *eîriaJ2B
thèfe à toutes les opérations qui fe font , ("oit caciaB du "
avec la lancette , {oit avec l'aiguille , en quelque mot de J? /*•
• , -ce * Ti > * A racenthefc^
partie du corps que ce punie être. Us n en excep-
tent pas même l'opération qu'on fait à l'œil pour
abbatre une cataracte , fe fondant en cela fur l'éci-
mologie de ce nom qui vient de para. > qui fignifie
au-delà 3 de kenuin ,' percer ou piquer \ beaucoup
d'autres ne lui donnent pas une fi grande étendue,
n appellant paracenthèfe que les ouvertures qu'on
fait à la tête , à la poitrine , au ventre , 8ç au fero-*
tum , pour en tirer les eaux qui y font contenues $
8c enfin la plupart bornent la paracenthèfe à la
feule opération pratiquée au ventre des hydropi-*
ques. Nous ferons du nombre de ces derniers £
parce qu'il n'y a point d'opération qui n'ait fou
nom particulier , 8c que celles qui s'exécutent fur
ces quatre parties pour en faire fortir les eaux ,
s'accompliftent de différente manière : ainfi nous
n'appelions paracenthèfe que celle que Thydropifie
du ventre demande , 8c c eft cçlle-là que je vais,
vous démontrer.
L'hydropifie eft regardée comme une tumeur Définition
contre nature , en laquelle tout le corps ou quel- l'bydtopiuc.
qu'une de cts parties eft d'une enflure 8c d'une
groffeur démefurée. On remarque que cette en-
flure peut être produite par trois différentes ma-
tières i fçavoir , par la pituite , par des vents , 8c
par de l'eau. Celle qui eft faite de piruite , fe
nomme anafarque ou leucophlegmatie i celle qui
eft caufée par dos vents , s'appelle timpanite ; ÔC
celle qui eft formée par de Peau , a le nom d*afcite.
Voila les différences- cirées .de leurs matières 8c _??_* dlvc^s
décrites chez nos Anciens qui ont traité de cette
maladie j mais elles ne me parahTent pas bien éta-
blies : parce que ce mot d'hydropifîe étant dérivé
de deux di&ions Grecques , &yhydw , qui fignifie
sm ) 8c de fmn , qui veut dire boire 3 il femble
noms.
114 Des Opérations de Chirurgie ,
que ceux qui lui ont donné ce nom n'ont enten-
du parler que de celle qui eft faite d'eau : ainfi l'a-
narfaque 8c la timpanite , dont l'une eft faite par
de la pituite , & l'autre par des vents , font des
maladies particulières qui ne devroient point être
appellées des hyduopifies.
ffctimologies L'Anarfaque eft un accroiffement 8c un bour-
oom°"$ e$ fouflement univerfel de tout le corps 5 produit 6c
entretenu par une pituite crafle 8c crue répandue
entre la peau 8c les chairs , ce- qui rend toute la
peau pâle ou blanchâtre. Anafarque , eft dérivé de
ana , deffus , 8c farx , chair comme pour figni-
fier une humeur extravafée fur les chairs. On l'ap-
pelle encore leucophlegmatie , ce mot vient de
leucos blanc , 8c de phlegma pituite , parce qu'elle
r Signes de eft faite d'une pituite blanche. Cette maladie éd.
l'Anafarque. faciie a diftinguer , le vifage eft tellement bouffi ,
qu'on a même de la peine à ouvrir les yeux j la
couleur de la peau eft jaunâtre ou blanche , 8c
{i molle que fi on y appuyé du doigt en quel-
que endroit le veftige y demeure , 8c la partie en-
î(fa "uf\fe- foncée ne fe relevé qu'après quelque tems. Ceux
«iens,. " qui croyent que le foye étoit le premier miniftre
de la fanguification , l'ont tous aceufé d'êcre l'au-
teur de cette maladie j ils difoient que ce vifeere
au lieu d'exécuter félon les règles les fonctions
aufquelles il étbit deftiné , fçavoir , de former un
fang bon 8c louable , propre a nourrir toutes les
parties , il ne leur envoyoit pour lors qu'un fang
pituiteux 8c phlegmatique qui ne faifoit que les
bourfoufler 8c les engourdir , au lieu de les vivi-
la cute en£er ^ Je }es fubftenter. Mais aujourd'hui on lui
«ft dans les , . n . a ., ri
feuis rerné- rend jultice , & on trouve d autres caules de cette
des généraux xTialadie fur lefquelles je ne m'étendrai point non
plus que fur fa cure , qui ne eonliftant qu'en des
remèdes généraux , fans avoir befoin d'opération
Chirurgicale pour être guérie, doit être traitée par
un habile Médecin. .
Seconds Démonstration, 125
La Tympanite eft une grande enflure du venue d»0ù vie**
caufée par des vents renfermez dans fa capacicé -, la Tympa.
on donne te nom de Tympanite à cette maladie ,
parce que la peau du ventre y eft tendue comme
celle d'un tambour. Hippocrate l'appelle hydro-
pifie féche , a caufe qu'elle eft faite de vents , à
la différence de l'anafarque &c de l'afcite , qu'il
nomme hydropifies humides , comme réfultant de
pituite 6c d'eau. Les fignes qui la font reconnoître,
font que le ventre n'eft point fi pefant que dans
l'afcite , qu'en le preffant des doigts , on n'y peut
laifïer aucune marque , qu'on le voit clair ôc tran£
parent , Se qu'en frappant defTus il raifonne comme
un tambour. Le foye à qui on s'en prenoit autrefois
de ces fortes de maladies , n'y a aucune part *, c'elt
pourquoi il en faut chercher la caufe ailleurs , de
on la trouvera dans l'eftomac Se les inteftins , lorf-
qu'ils ne peuvent pas exactement accomplir la dit
Solution des alimens.
Je ne vous rapporterai point ici tous les remèdes
dont on doit fe fervir contre les indigeftions , Se
par conféquent contre les difpofitions à la tympa-
nite •> la Médecine nous en fournit une infinité ,
je ne vous en dirai qu'un qu'on appelle le Koffolis ftépnwon
j x, c u • n./ Ci J du Rofïbhs
du Roy y parce que Sa Majefte en a ule pendant un du Roy.
tems considérable , 3c s'en eft très- bien trouvée.
Il fe fait de cette manière : on prend une pinte
d'eau - de - vie faite avec du vin d'Efpagne , dans
laquelle on met infufer pendant trois femaines
des femences d'anis , de fenouil , d'anet 3 de
cheruy , de carottes , de coriandre , de cha-
cune demie once j on y ajoute après l'infufion
une demie livre de fucre candy diflout dans de
i'eau de camomile 5 Se cuit en confiftence de ju-
lep y Se on paiTe le tout par la chaulTe; on en
prend une cuillerée le foir en fe couchant. Ce S» vertus,
remède eft excellent contre les cruditez Se les
coliques d ^ftomac , car il diflîpe les matières
ïi£ Des Opérations de Chirurgie;
indigeftes 8c les vents , & il fortifie les organes
de la digeftionb
Si par i'ufage dçs remèdes tant généraux que
particuliers les vents contenus dans la capacité de
l'abdomen ne fe diflipoient point > on pourroit y
faire quelques pondions avec Une aiguille , corn-
lue nous avons montré dans la pneumatomphale ,
& dans la gaftroraphie > mais comme il y a ici plus
d'épaiffeur que dans les parties où on fait ces deux
dernières opérations , 8c qui ayant la peau , les
mufcles & le péritoine à percer , il arrive qu'en re^
tirant l'aiguille , ces membranes & ces chairs re-
couvrent les ouvertures les unes des autres , em-
pêchant ainfi les vents de forcir * il faut alors re-
A. Trocar. courir au Trocar A. 8c s'en fervir de la façon que
je vais Vous montrer dans l'afcite , car cet infini-
ment étant cave dans toute fa longueur , il donne
ufage du moyen aux ventoiitez de fortir avec facilité. On
Trocar. ne \Q rccire qu'après que le ventre eft tout à fait
affairTé ; car il n'y a aucun danger de vuider les
vents tout d'un coup ; à la différence des eaux
qu'il faut tirer à plulieurs fois , parce que les fi-
bres membraneufes 8c mufculeufes ayant accou-
tumé d'être fortement tendues oc appuyées par ces
eaux , ne pourroient manquer tout à coup de ce
foutient , fans danger fde caufer une violente fe-
coufTe a toute l'habitude 5 de fufpendre le mou-
vement du cœur Se des autres principaux organes»
Définition ., L'Afcite eft une tumeur ou Une élévation extra-
&C1Divinon' ordinaire du ventre , faite par une grande quantité
de l'Afcitc, d'eau renfermée dans cette région. Le nom d'afeite
qu'on a donné à cette maladie eft dérivé d'afkos ,
qui lignifie peau de bouc , parce que les eaux qui
la produifent font raffembiées dans le ventre de la
- même manière qu'une liqueur l'eft dans une peau
de bouc oii on l'a mife pour la tranfporter d'un
lieu a un autre.
Toutes les fois qu'il y a des eaux épanchées oit
'Sïconde Démonstration. 127
jamaffées en quelque endroit , cela (e nomme hy-
dropifie fuivant 1 ethnologie que je vous en ai
rapportée. On en fait de deux fortes ; fçavoir , de
générales Se de particul ieres t les générales font
celles où l'eau eft répandue dans toute l'habitude
du corps , & les particulières font celles où elle
eft ramafïeedans quelque cavité. De ces derniers il
y en a plufieurs qui reçoivent differens noms, félon
les parties qui font remplies Se inondées de cette
lymphe : quand elle fait une tumeur à la tête fous
le cuir chevelu , elle s'appelle hydrocéphale >
lorfqu'elle emplit la poitrine , elle a le nom de
plévrocele -, fi c'eft dans le ventre qu'elle foit ren-
fermée , on l'appelle afeite , & quand elle s'a-
maffe dans le ferotum, on la nomme hydroceîe,
Mais quoique toutes ces infirmitez fuient de
vrayes hydropifies , néanmoins nous n'appelions d^^îe!î^
ordinairement hydropiques , que ceux à qui nous parâcenthèfe
voyons le ventre plein d'eau > ôc ce n'eft qu aC0QVlcm*
ceux-là que convient l'opération de la paracen-
thèfe que je vais vous démontrer 3 après vous avoir
fait connoître la nature de ces maladies autant
qu'il faut qu'un Chirurgien en foit inftruit pour
fçavoir s'il doit en entreprendre le traitement ôc
en efpérer la guérifon.
Il n'y a point d* Auteurs qui ne fe foient efforcez c« mal a été
de trouver la caufe de l'hvdropifie ; les uns l'ont *feS*,
d'abord cherchée dans le foye , les autres dans la°" ils imputoient à un tel organe
tous les déreglemens qui furvenoient à cette hu-
meur , Se particulièrement fa converiion en féro-
rofitez , qui regorgeant de la ma(Te du fang , ôc
inondant quelque partie , faifoient tous les dé-
fordres qui accompagnent la maladie dont nous
parlons. Ce qui les confirmoit extrêmement dans
cette penfée > c'eft qu'après avoir ouvert des corps
îi8 Des Opérations de Chirurgie ,
morts hydropiques > ils en trouvoient le foye
dur , fcirrheux Se altéré dans fa fubftance Se dans
fa couleur : il n'en falloir pas davantage pour leur
perfuader que ce perenchyme était la feule caufe
de l'hydropilie.
C&nx qui prétendoiënt que la ratte contribuait
à faire le lang , & qui pour cette raifon l'appel-
loient le vicaire du foye , croyoient erre en droit
. -^ de s'en prendre à elle des défauts qu'ils remar-
quoient dans la fanguification. La douleur que le
malade fentoit dans la région de la ratte par la
dureté &; la pefanteur de ce vifcere , les obitruc*
tions qu'on y étabiiftoit , Se letat enfin où on la
trou voit après la mort de l'hydropique , leur pa-
roiffbient des raifons aiTez fortes pour foutenir
qu'elle pouvoit être une caufe primitive de l'hy-
Confeil ^es dropifie , aufïi-bien que le foye, Se c'étoit pour
Anciens fur cela qu'ils nous ont ordonné de faire la paracen-
&ette théo- tj,^fe all coté gauche , quand on recormoit que
l'hydropiiie étoit caufée par le foye , Se de percer
au côté droit lorfqu'on avoit des fignes qu'elle
provenoit de la ratte; choiiiuant un côté plutôt
que l'autre par les motifs que je vous dirai dans
un moment.
Y Le vice du Je fçai qu'en ouvrant une perfonne morte d'hy-
ratte dftprf! clropine > on ^ni trouve le foye Se la ratte tellement
vient d avoir nage long-tems dans ceçte
qui remplifloit le ventre , & qui femblabie à de
la faumure dans laquelle on mettrait tremper de
la viande l'endurciroit avec le tems *, ainfl ces
fchirres du foye Se de la ratte ne doivent point
être regardez comme caufe d'hydropiiie , mais
a^i^n^lson comme un accident qui la fuit.
primitives & Les Auteurs qui ont rafiné fur les caufes de i'hy-
des fympa- dropifie nous difent qu'elles font de deux fortes ,
ce mai, donc les unes iont cauies primitives Se de loi , Se
les
Seconde D ê'm ônstHation. i 19
les autres ne le font que par fîmpatie avec les pre-
mières , qui font celles qu'on fait dépendre du
foye ou de la ratte , ôc qu'ils prérendent ne con-
firmer que dans le propre défaut ôc le vice de l'une
ou de l'autre de ces deux parties ,• au lieu que cel-
les qui produifent le mal par fimpatie réfident ail-
leurs que dans le lieu où il fe manifeile , comme
dans les poulmons > dans l'eftomac Ôc dans les in-
teftins , dans le méfeiltere , dans la véficule du fiel>
dans les reins > ou dans la matrice.
Sans nous arrêter davantage fur l'opinion des Sa vérira*
Anciens touchant les caufes de i'hydropifîe , jeble caufe*
vous dirai que je n'en reconnois qu'une 3 c'eft l'ob-
ftacle qui fe fait à la féparation de la férofîté du
fang par les reins ôc par la vefîie > car quand on
pifTe bien , on ne devient jamais hydropique ; de
vous remarquerez toujours que ceux qui le font
devenus n'urinent point autant qu'ils avoient de
coutume *, c'eft donc la fupprelîion totale ou en
partie de l'urine qui fait cette maladie. Il s'agit dé
découvrir quels peuvent être les empêchemens
qui ne permettent pas à l'urine de prendre (on
cours ordinaire. Je n'en connois que deux qui font
ou la rupture de quelque vaiffeau lymphatique, ou
le défaut des fels urineux.
Vous fçavez qu'il y a urè infinité de petits vaif- bbfheîes %
faux pleins d'une liqueur claire comme de l'eau , iltPfcrofi°é
appeliez des veines îimphatiques qui rampent fur-
toute la membrane du foye, ôc qui font parfemées
Ôc répandues par tout l'épiploon 5c le méfêntere >
que la tunique de ces vaifïaux eft très - mince ,
qu'ils charient fans cerTe la lymphe pour la veufer
dans la mafiTe du fang , ôc que fi par quelque caufe
que Ce ïoit , un de ces Vaiftaux vient à fe rompre >
ce qui peut arriver aifément a raifon de la délica-
tefle de leurs membranes , cette eau tombant ôc
diftillant goûte à goûte dans là capacité du ven-
tre l'emplit par fucceflion de tems : ainfi on conce*j
I
î^ô Des Opérations de Chirurgie,
via facilement qu'une telle liqueur qui fert a
détremper le fang , 6c à fe charger de fes parties
les plus acres ôc les plus falées , trouvant moyen
de s échapper peu à peu par l'endroit dans lequel
il y a un de ces vailfaux ouvert ou rompu , ne fera
plus portée en fi grande abondance aux reins , Se
qu'il ne s'y féparera plus autant d'urine qu'avant
que cette féroiité eut pris un autre cours ; de ma-
nière qu'il ne faut pas dire que l'hydropifie eft
caufe du peu de féparation qui fe fait de l'urine ,
mais que ceux qui n'urinent que très-neu, devien-
nent hydropiques : Et ne vous étonnez pas fi nos
„ Anciens n'ont point parlé de cette caufe de l'hy-
cette caufe a dropihe , puiique ces veines lymphatiques leur
été ignore étoient inconnues , n'ayant été découvertes que
des Anciens, . ' , \ r / i 1 • *
dans le liecle dernier.
t>»où pro* Le défaut des fels urineux que je vous ai dit être
vient ce dé- unç autre caufe de Phydropifie , n'eft pas moins
urineux, probable que celui-ci. Vous fçavez que les reins
font d'une fubftance fort compacte, qu'ils ont plu-
sieurs petits corps mammillaires percez d'une in-
finité de trous imperceptibles par où l'urine fe fé-
pare du fang 6c diftille continuellement dans leur
bafîinet , pour être conduite de là par les uretères
dans la veille. Si cette féroiité portée aux reins pat
les artères émulgentes eft ou trop épaifTe, ou trop
douce, il n'eft pas difficile de comprendre qu'elle
aura de la peine à paiTer par les porofitez de ces
corps mammillaires dont la fubftance eft plus fo-
lide que celle des autres glandes -, elle ne pourra
donc etçe fuffifamment filtrée , qu'elle n'ait ces
deux conditions , fçavoir de fubtile ôc de ialée ,
l'une afin qu'elle s'échape aifément par des trous
extrêmement petits -, 6c l'autre enfin , qu'étant
chargées des pointes aiguës &c piquantes que les
fels portent avec eux , elle s'ouvre un paiîage qui
feroit refufé à une liqueur infipide ôc dont les par-
ticules feroient trop gluantes.
Seconde Démonstration. 131
Quelques obfervations qu'on faiïe fur cette ma- P*euv« &*
Î, . -1 ■' ,11 • , caufes qu'oit
adie , on trouvera toujours qu elle provient de vient d'affl*
Tune de ces deux caufes. Si elle fuccede à une m- &ncr»
digeilion , comme.il arrive fouvent , c'eft que n'y
ayant pas un acide afTez fort dans l'eftomac ÔC
dans les inteftins , pour difloudre parfaitement la
nourriture 5 le chile encore crud ôc à demi fait ,
étant porté dans le lang , empêchera que la iêmi
Cité pleine de ces particules gioflieres du chile ne
paffe par des trous aufli petits que font ceux deâ
corps mammillaires des reins } c'eft-pourquoi re-
fluant dans le iang dont elle augmeme par trop la
mane , elle cherche quelqu autre endroit par où
s'échaper -, elle le répand dans les cfpaces qu'elle
rencontre , & fi elle demeure épanchée par toute
l'habitude du corps , elle fait une hydropifîe gé-
nérale , ou bien trouvant à s'amafTer dans quelque
cavité , elle en fait une particulière* - *
Quand le chile encore imparfait , eft porté atl < . CaU(é &
cœur , c'eft que les acides qu'il a trouvé dans làCMe impafS
bouche, dans l'eftomac & dans les inteftins, étoient*'aic«
înal-conditionnezj &c s'ils n'étoient point armez, de
pointes tranchantes ôc aflez puinantes pour lebri-
ïer entièrement , & le rendre autant fluide qu'il
doit être, ces mêmes acides trop doux n'auront pas
aufli la force requife pour fe faire un paflage dans
les reins par des trous qui ne peuvent être traver-
fez fans violence s car s'ils étoient afTez ouverts
pour laiher fortir l'humeur féreufe fans aucune dif-
ficulté , lefang & les autres liqueurs mêlées avec
lui prendroient cette route , ce que nous voyons
arriver lorfque par un excès d'acrimonie l'urine
paffant trop précipitament , fort encore toute fan-
glante.
L'hydropifîe eft fouvent précédée d une grande Vhémotà*
hémorragie , foit par le nez , foit par la matrice , gie eft /ou*
loitparles hémorroïdes , ce quon naura pas de antécédente
peine à expliquer. Après une perte de fang, la ma j£ 1'hyavance: Le vin de Bourgogne étant plus épais &
rient de dire moins piquant que celui de Champagne, paiTeaufli
moins promptement que ce dernier, qui ayant
plus de Cubcilité ôc participant davantage d'un Cel
tartareux , inciCe & Ce giifïe avec tant de précipi-
tation , qu'il excite les urines peu de temps après
lavoir bû. Je pourrois vous rapporter encore plu-
sieurs raiCons pour prouver mon Centiment, mais
cela nous meneroit trop loin , & en voila afTez
pour vous convaincre que les deux principales eau-
Seconde D e^m onstration. 133;
fes de l'hydropifie font ou la rupture de quelque
vaitfeau lymphatique , ou le défaut des fels uri-
neux. \
Il nV a suéres de maladies qui ait des fisnes sign,es de
1 rr 11 ^ a , °i ce mal»
plus atiurez que celle-ci. On connoit qu une ny-
dropifie commence , lorfqu'en urinant moins que
de coutume * le ventre s'enfle peu à peu par l'amas
des férofitçz qui y dégoûtent : quand le malade eft
couché fur le dos , fon ventre en: également écen-
du *, mais s'il fe couche fur un des côtés , alors
l'eau fe portant toute dans le côté inférieur , elle
y fait une grande poche par fon propre poids Se
par fon volume , Ôc pour peu qu'il te remue, on
entend floter l'eau dans la capacité comme dans
nn vaiflèau à demi-plein : le fccorum fe tuméfie
dans la fuite par une partie de la iéroiité qui y di-
ftile du ventre , la verge Se les lèvres de la matrice
deviennent bourfouflées par la thème férofité , les
cuilïes , les jambes & les pieds déterminent par
leur fltuation baffe , les humeurs à couler vers eux,
Se ces parties grofiftent extraordinairement par
l'afïluénce de ces eaux. La tète au contraire , la
poitrine Se les bras , amaigrirent tous les jours. Il
faut encore obferver ici que 1 enflure des extrémi-
tés inférieures précède toujours l'anafarquc , Se
qu'elle fuccede à laïcité 3 celle-ci fininiffanr par oit
l'autre commence.
Plusieurs fymp tomes accompagnent cette maîa- Ses prince
die. Voici les principaux. La lenteur du pouls eau- p^*Jym~
fëe par le chile crud Se indigefte , qui rendant le
fang plus péfant Se plus groflier , retarde fon mou-
vement 5 la pefanteur de tout le corps , qui vient
de ce que les efprits font comme éteints dans les
eaux , la difficulté de refpirer occaflonnée par la
tenfion du ventre qui repouflant le diaphragme en
en-haut Se diminuant le d'iamettre de la poitrine >
ne laifle pas aux poulmons la liberté de s'étendre
fuffifammenç : la foif exceflïf dépend de ce que
Iiij
*34 pES Opérations de Chirurgie ,
l'humidité qui fumte des glandes de l'œfophage
8c de l'eftomac pour entretenir la moiteur de ces
organes &c les rafraîchir , étant détournée ailleurs,
ces mêmes parties s'échauffent 8c fe deiTechent ,
excirant une altération continuelle. La lièvre lente
eft un effet de la crudité du chile 8c des autres le-
vains qui s'y trouvent confondus , 8c qui par leur
fermentation dérèglent les mouvemens du cœur,
pu qui n'ayant qu'une petite quantité d efprits ne
peuvent qu'affoiblir l'action de ce mufcle. Je ne
parle point de la difficulté d'uriner qui eft infépa-
rable de toutes les hydropifies a parce que^e la re-
garde comme çaufe 8c non comme accident.
caufe de u Qn remarque de plus la pâleur du vifage 8c de
fylrapiques. toac *e corPs > laquelle n'abandonne point ces ma-
lades \ elle provient de deux caufes , fçavoir de ce
qu'il y a dans les vaifleaux trop de lymphe qui dé-
laye 8c lave le fang , ou de ce' que le fang n'a pas.
encore allez de fermeté pour acquérir le degré de
rougeur ordinaire, La première dépend du vice
des reins qui ne fépare pas la féroâcé du fang -, 8c
}a féconde , d'une quantité exorbitante d'alimens:
indigeftes infinuez dans la maffe du fang , comme
il arrive après une grande hémorragie. Les mala-
des relient très-long tems pâles , parce qu'il faut
que le chile paffe à travers les fournaifes du cœur ,
8c que là par la chaleur qu'il y trouve 8c par la
comprelîion qu'il y fubit , il (oit élabouré , atté-
nué & fermenté à plufieurs reprifes , pour devenir
un fang rouge 8ç capable d'imprimer à la peau cette
couleur vermeille qui marque une fanté entière.
4e«0t?c°faC ; QLiantau prognoftic des hydropifies , on peuç
ladie. L répondre qu'elles font toutes mortelles t fonde fur
ce principe , qu'il faut faire une régie générale de
ce qui arrive le plus fouvent j 8c comme il en pé-^
rit beaucoup plus qu'il ne s'en fauve , on doit plu-
tôt faire entrevoir que le malade en peut mourir ,.
que d'aller témérairement affurej ou promettre la
Seconde Démonstration. ij$
guérifon j néanmoins ellesTie font pas toutes mor-
telles abfolument , puiique quelques-uns en font
guéris» Les mortelles font principalement celles oit
le foye eft devenu dur &c fchirreux, celles qui fuc-
cédent à une maladie aiguë , celles qui font in-
vétérées & aufquelles ilfurvient un flux de ventre»,
celles qui fe trouvent en un fujet foible &c vieux »
ou qui ne fe peut tenir debout ni aiîîs^ & celles en-
fin qui font accompagnées d'une grande toux. Les
curables font celles qui ne fe rencontrant pas dans
les mauyaifes circonstances que je viens de dire »
attaquent une perfonne robufte ôc jeune qui a allez,
de force ôc de courage pour faire les remèdes ôc
fournir les opérations néceftaires à la cure de ce
mal ( a J.
(a) La qualité des eaux que Ton tire pai la pondlîon 8t
l'état où fe trouve le malade après cette évacuation font
encore connaître ce qu'on doit craindre ou efperer
pour lui. Voici en abrégé les diverfes obfervations que:
feu M. du Verne/ le Chirurgien a fait à ce fujet fur un
grand nombre d'Hydropiques qu'il a traité.
i°. Les eaux des Hydropiques font ordinairement un
peu mucilagineufes , & falées S leur couleur eft celle de-
là tifanne citronnée , & leur odeur celle de l'urine. Plus,
elles s'éloignent de ces qualitez, moins il y a d'efpe-
rance de guérifon.
2°. Celles qui reiTemblent à peu près à l'eau de riviè-
re , & qui ne lahTent que peu de fédsment après leur
évaporation annoncent une mort prefque certaine, ÔC
qui eft ordinairement précédée d'une enflure de ventre:
& d'une boufiflure extérieure, qui augmente & s'en-
durcit en peu de tems.
5°. La mauvaife odeur des eaux & une couleur fan-
guinolente font de fort mauvais flânes , fur tout fi le
fang eft noirâtre , & s'il paroît avoir féjourne avec la
liqueur,
4e. Celles qui font fort hautes en couleur jaune on
rouge , marquent la mauvaife qualité de la bile. Celles
où il fe trouve des filets d'épiploon font connoître la.
fonte ou la fupuration de cette partie.
* 5°. Ceux à qui les urines relient rouges , Se briquetées
& en petite quantité après la ponction » caîx qui sprèfc
Iiiij
i%6 Des Opérations de Chirurgie y
On y doit Je ne fçai pourquoi il y en a qui mettent de la
feen™ re«e» différence entre hydropifle naiffante 8ç hydropifle
dier. formée, car quand on s'apperçoit d'un amas d'eaux
dans quelque capacité , cette maladie n'eft pour
lors que trop formée , 8c s'il ne paro.ît nulle part
des férofiués excravafées , il n'y a point d'hydropi-
fie: mais, pour peu qu'on, la îoupçonne en quelqu'en-
droit il ne faut pas négliger d'y faire des remèdes,
car cette maladie croiiTant 8c augmentant inceffa-
ment , elle mené prefque toujours fon malade au
tombeau , quand on n'en arrête pas de bonne
heure les progrès en reflerrant les pores trop dila-
tez , ou les fibres relâchées > 8c en remêlant la &
dicamens , car le fecours que le Chirurgien peur
lui donner par le fecours de la paracenthèfe , n'al-
lant point à lacaufe , ne remédie qu'a l'accident.
Il s'agit de travailler préfentement à la curation
9Voir été fôulaçez deviennent inquiets fans fujet ; ceux;
dont l'hydropifie a été précédée ce la jauniife, fur tout
fî la jauniffe a fubfiflé durant la maladie , & ceux dont
le ventre groflit de nouveau après la ponction gueriiTent
difficilement.
fo» Quand après la ponction le malade demeure pref-
que aufïi oprefle que devant , lors même que fon ventre
eftfoutenu par un bandage ; c'çft une marque qu'il y a
épancheraient dans la poitrine.
70. Lorfqu'un flux de ventre continue après l*opera-
tion , le mahde meurt extrêmement kc & tendu , cette
évacuation eit une fonte de la iiibltance des parties.
8°. Les accès de fièvre qui lui viennent après la ponc-
tion , & qui font marquez par des frifTons , ont pour
caufe ordinaire quelque fupuration. intérieure , ou quel-
que reflux ce matière.
ODferv.CXl. jj fe trquvg quelquefois cfu chyle mêlé dans les eaux
des Hydroyiqr.es MSaviart rapporte une obfervation
faite au fujet d'une femme de dix neuf ans , de laquelle.
on tira parla ponction à vingt reprises différentes deux
cens quatre vingt-neuf pintes d'une liqueur laiteufeôs
grumeleufe fcmbiable à du chyle.
Seconde De'mqnstration. 157
de cette maladie , 8c afin d'y réunir on accomplira Ç« "* «oïena
,,,.,• < 11 r d'évacuer lei
4eux choies -, la première , de viuaer les eaux ren- cau^
fermées dans le ventre j 8c la féconde , d'empêcher
qu'il ne s'y en amafle de nouvelles.
On fait fortir les eaux de deux manières , ou in-
fenfiblement ou fenfiblement , oeil- à-dire ou par
la Pharmacie ou par la Chirurgie,
Les médicamens que la Pharmacie fournit, font Deux fortet
encore de deux fortes. Ou ce font des remèdes ap- de "^im-
pliquez par dehors , ou des remèdes pris intérieur
rement.
Ceux-là doivent être fortement defïicatifs* Fa^ Proptictet
briçe du qu'il a vu de très-bons effets de l'ufage qu^n Ïpph.v.
d'une grande éponge trempée dans de l'eau de que au d«*
chaux 8c mife fur le ventre. Galien confeille au
malade de s'enfoncer tout nud dans un tas de bled,
parce que , dit-il, les laboureurs pour rendre les
bleds plus gros de plus pefans , y mettent des bou-
teilles pleines d'eau , lefqueiles fe vuident peu-a-
■ eu i d'où la conféquence lui paroît jufte , que il le
led a la vertu de tirer imperceptiblement l'eau
des bouteilles, il pourra bien faire fortir celle qui
eft contenue dans le ventre ; 8c il ajoute qu'en
Egypte on guérùToit les hydropiques en leur ex-
pofant le ventre au foleil , ou en les couchant fur
du fable échauffé par ics rayons de cet aflre*
Les remèdes qu'on prend par dedans font en fî R^^cs f^
grand nombre qu'il meferoit impofïible de les ra- «mes.
porter tous , ce font ceux qui animant les urines ,
poufîent vers les reins , 8c qui par leurs particules
meifives 8c piquantes peuvent s'ouvrir un chemin
pour s'évader ; on appelle ces remèdes apéritifs ou
diurétiques , dont les plus forts font les fels de
cloportes , de rhue , d'armoife , de tartre , de ge-
nièvres 8c de polyerefte. Mr. le Prieur de Cabrie-
res qui a donné au Roy (ts fecrets , y a inféré pour
un remède contre l'hydropine une poudre faitetie
limaille d'acier ôc d'elpiit de vitriol , dont, on fai-
E
138 Dis Opérations de Chirurgie,
foie prendre fix grains tous les jours. Il mettoit en-
core bouillir du (céleri fauvage dans du vin rouge*
y ajoutant un peu de fené 8c de cryftal minerai ,
pour en donner à boire un petit verre tous les ma-
tins , preferivant à Tes malades d'ufer alternative-
ment de ce vin & de cette poudre , 8c leur recom-
mandant furtout de répandre quelques goûtes d'ef-
prit de Tel dans les bouillons. Avec ces remèdes il
prétendoit guérir toutes fortes d'hydropifies y mais
quoiqu'ils foient des meilleurs qu'on connoifTe , il
n'eft pourtant pas fur qu'ils réufliiTent ordinaire-
ment. Si donc après s'en être fervi la maladie va
Des Reme.en augmentant , il faut avoir recours à la Chirur-
gfqu«h.irUr" §*e » CJ** nous ProP°^c deux lTJoyens , l'un d'ou-
vrir le ventre , Se l'autre de faire feulement des
fearifications en quelqu'autre partie , comme au
ferotum , aux cuiues , aux jambes , ou aux pieds*
Ueax qu'on Qn les fait aux bourfes de quelquefois à la verge j
doit fcarifîer, , , . , 1 F
ou aux lèvres de la matrice , quand ces parties iont
tellement gonflées qu'il femble impoilible de faire
écouler ces eaux autrement que par de petites
plaies , par où elles fuintent goûte a goûte , faifant
défenfler manifeftementla partie à mefure qu'elles
fortent. On eft obligé d'en faire auiïi aux cuuTes %
aux jambes , 8c aux pieds proche les malléoles ou
fur le tarfe , pour décharger ou faire regorger ces
parties qu'on voit tranfparentes comme des bou-
teilles pleines d'eau (4). La nature n'attend pas
(a) Si ces fearifications font quelquefois fui vies d'un
heureux fuccès, ceft principalement dans l'anafarque
qui eft une efpece d'hydropifîe univerfelle par infiltra-
tion de la limphe dans les cellules graifleufes, & non
pas dans Tafcite qui eft une efpece d'hydropifîe du bas
ventre par épanchement. Cependant îorfque cette der-
nière eft une fuite de l'anafarque ,les fearifications peu-
vent produire quelques bons effets. Les eaux infiltrées
s'écoulent continuellement par ces ouvertures , qui fe-
ront pour l'ordinaire à la partie moyenne & interne
de chaque jambe, & de la. longueur de deux ou trois.
on
Seconde Démonstration. iî$
toujours qu'on lui donne ce foulagement , car ces
parries fe crèvent fouvent d'elles-mêmes par Pa-
bondance^de laférofité qui les emplit & les tend \
quand cela arrive le malade en paroît foulage ,
mais il ne fait que trainer fon lien.
On en voit à qui toutes les eaux de l'abdomen utilités &
fe vuident par ces ouvertures ,• mais comme la four- J£°"sv* "*"f
ce ne s'en tarit point, elles ne fe peuvent refermer, ture s fyper.
L'eau qui en coule fans ceffe rend une chair blan-fiçiellc5,
châtre &c cadavereufe les bords de ces ulcères , ôc
quelquefois la gangrène y fur vient manque de cha-
leur naturelle, qui fe perd ou s'étouffe par la chute
continuelle de ces eaux. On n'affure point de lieux
particuliers où il faille faire ces icarifications >
mais les plus propres font aux endroits les plus tran
fparens Ôc ou la tumeur menace de crever , Ci or
ne lui procuré au plutôt une fortie. Fabrice pré-
tend mieux rencontrer quand il dit qu'il applique
un cautère à la jambe pour donner un égout à ces „
eaux , & par ce moyen leur faciliter une iffue. Il
y a quelques Médecins modernes qui préfèrent les
veificatoires aux tarifications \ mais cette pratique
eft mauvaife \ car outre qu'ils n'ouvrent pas la peau
comme la lancette ëc qu'ils ne font que faire éle-
ver des veifies fous 1 epiderme" , c eft que la gan-
grené y furvient infailliblement Se en peu de teins.
Quoiqu'il paroiiie moins cruel defearifier que LaponSïoi
de percer le ventre, toutefois je préfère la ponction Jair^us
travers de doigt. L'inflammation & la gangrène fur-
viennen: quelquefois à la fuite de cqs efpeces d'inci-
fions ; mais cqs accidens viennent fouvent de ce que
Ptncifîon ne pénétre point jufqu5 aux corps graûTeux ,
ou de ce qu'elle pénétre plus avant. Le billouri eit i'inf-
trument dont on fe fert pour les faire. Il but panfer les
petites plaies avec un plqmaceau chargé de baume d'Ar-
ceus, ou d'un fîmole emplâtre de Nuremberg & les
couvrir de comprefles chaudes , qu'on doit renouvelle?
lorfqu5 elles font mouillées par les eaux qui iuintent con-
tinuellçmçnt.
140 Des Opérations de Chirurgie ,
Raifons quipar plufieurs confidérations -, la première, c'efè
la font pré- qa'on n'eft pas obligé pour la faire d attendre iui-
iereraux fca- ^ ,v r, ? K c, . r . n >
% ifîcations. °iu a ce que les parties intérieures loient eniiees 8c
pleines d'eau , comme on fait aux fcarifications ;
la féconde , c'eft que par la ponction on vuide plus
d'eau en un quart d'heure , qu'on ne fait en huit
jours par les fcarificatîons > 8c ainfi on peut plus
* promptenaent fecourir le malade r la croinérrie c'eft
que les eaux abbreuvant les mufcies 8c les mem-
branes de tous ces organes , elles en relâchent les
fibres , de manière qu'il leur en relie une foiblefïe,
dont ils reviennent rarement , 8c la quatrième ,
c'eit que la plupart de ces hydropiques finifTenr par
le f phacéle qui furvient fouvent à l'endroit de ces
ouvertures.
Sans nous arrêter aux raifonnemens de ceux qui-
improuvent la paracenthéfe 3 je confeiilerai tou-
jours de la faire , plutôt que d'abandonner un ma-
lade à fon fort , 8c que de le voir mourir fans fe=-
cours. En effet ils nous repréfentent aflfez les diffi-
cultez qu'ils trouvent à l'exécuter, mais ils ne nous,
cnfeignent rien de meilleur. Je préférerai donc à
leur entêtement les expériences que j'en ai vues
fur plufieurs malades qui en font bien guéris ,* Ôc
' Cure faite j'en croirai Paré, lorfqu'il dit qu'un crocheteur
parhazard. hydropique à Orléans fut guéri par un coup de-
couteau qu'un de fes camarades lui donna dans le
ventre en fe battant avec lui ; toutes les eaux s'é-
tant écoulées par la plaie.
tes endroits La ponction qu on ordonne pour tirer les eaux
où on fait la de l'abdomen , fe peut faire en deux différens en-
pon ion, jrojts je cette région , fçavoir dans l'ombilic ou.
hors de l'ombilic.
Celle qu'on pratique au nombril ne diffère point
de celle que je vous ai montrée dansl'hydrom-
phale , on fe fert des mêmes inftrumens , 8c on
fuit la même manière d'opérer -, car ces deux ma-
ladies ne différent que du plus ou du moins , c'efl
Seconde D e'm gnstrat'ion. 141:
toujours l'eau qu'il faut évacuer } & il eft arrivé
quelquefois que pendant ne donner ifïue qua une
petite quantité de lymphe contenue dans la tu-
meur du nombril , on en a vu fortir par la plaie
tout ce qui remplifïbit le ventre , parce que fou-
vent l'hydromphale n'eil qu'un effet de i'afeite (a).
Il y a deux méthodes de faire l'ouverture hors
de l'ombilic , ou félon les Anciens avec la lancette,
ou félon les Modernes avec le trocar. Elles font
toutes deux bonnes ; néanmoins il y en a une meil-
leure que l'autre , vous en jugerez après les avoir
vues.
Nous trouvons dans la plupart de nos Auteurs Faux raifon-
des raifonnemens allez inutiles fur l'endroit diife™J;ô?x de
ventre où il faut faire l'ouverture : ils veulent ces endroits,
qu'on ouvre le côté gauche quand l'hydropifie
(a) Quoique cette méthode paroifTe être apuyée fur
plufieurs Obiervations , &: qu'on ait même vu quelque- l
fois les eaux contenues dans le bas ventre s'évacuer
par une ouverture que la nature s'etoit faite au nom-
bril : cependant les Praticiens lui préfèrent la méthode
ordinaire, qui eft de faire cette ponction dans le mi-
lieu de i'intervale qu'il y a entre l'ombilic, & l'épine
antérieure & fuperieure de l'os des îles. On évite par*
là le danger de percer les aponevrofes dont les blcfîu-
xes font dangereulès , on évacue une plus grande quan*
tité d'eau à la fois 3 & û le malade vient à guérir , on
ne craint point qu'il fe forme d'hernie dans le lieu de
la ponction , comme il auroit pu s'en former à l'om-
bilic, fi on l'avoit faite à cet endroit. Il eft néceflaire
avant de faire cette opération, de s'aiîûrer s'il y a une
quantité fufifante d'eau épanchée dans le ventre. Pour
le lcavoir, on met la main gauche à plat fur un coté
du ventre , & de l'autre on donne fur le côté oppoie des
petits coups avec le bout des doigts. Ces coups déter-
minent une colonne d'eau à aller fraper la main immo-
bile. Si cette colonne fe fait fentir foiblement il faut
différer l'opération, parce qu'il n'y a pas afîez d'eau,
épanchée pour la faire ; û elle ne le fait point fentir,
cJeft une marque qu'il y a peu ou moins d'eau dans la
cavité de l'abdomen , ou que les eaux font renfermées
dans un Kifte.
142- Des Opérations de Chirurgie ,
vient du foye , le côté droit lorfqu elle eft cauféê
par la ratre , ôc qu'on faite la ponction dans lô
milieu ii on reconnoît que le mal vienne des
interlins. Pour appuyer leur opinion , ils apportent
trois ou quatre raflons très-peu folides : ils difent
qu'un coté déjà afroibJi par la maladie , ne le doit
pas être encore par l'inciiion qui d'ailleurs étant
faite dans ce même côté obligeroit le malade à fe
coucher fur le côté oppofite j & pour lors le vif-
cere fchirreux, c'eft-à-dire le foye , la ratte ou Pin-
teftin , pendant en bas , cauferoit de la douleur
par la preffion qu'il fcroit fur les parties faines >
qu'il en arriveroit pis Ci le malade le couchoit fur
la plaie, parce que la feétion fait déjà alTez fourTir
le côté bieifé fans le fatiguer ainil davantage > ôc
enfin qu'il faut néanmoins être couché du cozé du
vifcere malade pour le fortifier par la chaleur du
lit.
Précaution fyjajs j[ efl- ^iCeàt répondre que cette plaie eft
pour le heu - r "1 , V
de cette pon. trop petite pour augmenter conliderabieiTient le
ftion« désordre plutôt dans une fituation que dans une
autre , ou qu'on ne peut gueres fçavoir lequel du
foye ou de la ratte eft le plus offenié dans un hy-
dropique ; on n'aura donc aucun égard aux raifons
précédentes 3 ôc on fera la ponction indifférem-
ment ou du cozé droit ou du côté gauche , le Chi-
rurgien prenant celui qu'il trouvera plus à fa main.
Toutefois je ne confeiilerai point de percer dans
le milieu du ventre à quatre doigts au-defïous de.
l'ombilic , à caufe des aponévroiès des mufcles de
l'abdomen qu'il faudroit couper -, lelquelles outre
la douleur qu'elles feroient fentir au malade dans
l'opération feroient très-difficiles à fe confolider :
on peut donc faire la ponction à l'un des deux co-
tez , ou pour mieux dire y tantôt à l'un ôc tantôt à
l'autre >• car comme on ne doit pas tirer l'eau toute
en une feule fois , ôc que fouvent on eft obligé de
l'évacuer à cinq ou fix reprifes > il faut pour lors,
I
mens.
Seconde Démonstration. 145
ouvrir des deux cotez alternativement.
Il s'agit a préfent de vous enfeigner la manière
de l'exécuter , & pour y procéder avec ordre , on
doit examiner ici comme dans une entreprife im-
portance , ce qu'il y a à faire avant l'opération ,
durant l'opération , de après l'opération.
Avant l'opération trois chofes font nécefïaires , ^éparatîf*
ï °. De préparer l appareil j 1 . De lituer le malade, opération, J
30. De convenir du lieu où on doit faire la pon-
ction.
Il faut avant tout dans cette opération aufïi-bien
ne dans les autres, difpofer fon appareil qui con-
îfte en inftrumens, emplâtres , comprefTes & ban-
dages convenables , tels que vous les voyez arran-
gez dans la Planche XL Les inftrumens font trois, condition
une lancette B. une fonde C. & une canule D. la ie_s_inftn*
lancette doit être pareille à celles dont on fait les
faignées , c'eft-à-dire petite , afin de ne pas faire
une trop grande ouverture :on enveloppera la lame
d'une bandelette de linge , ôc on n'en lairTera de.
découvert qu'autant qu'il en faudra pour pénétrer
jufqu'à l'eau. La fonde eft un petit ftilet d'argent
femblable à ceux dont on a coutume de fonder les
plaies -, elle doit erre allez menue pour parler par
la cavité de la canule qui fera de plomb ou d'ar-
gent ; ayant les conditions fuivantes , qui font i°.
d'être bien lilTée pour ne point bleffer. 20. D'avoir
une arrête à fa tête , de crainte qu'elle ne tombe
dans la capacité du ventre. $°. D'être percée de
route fa longueur $c à tes cotez. 40. De n'être pas
fi longue qu'elle puifTe toucher aux parties inter-
nes. 50. D'avoir deux petits trous à fa tête pour y
pafTer un ruban , E. E. qui l'empêchera de fortir.
6°. D'être proportionnée à l'inirrument avec "le-
quel on a fait la ponction , car fi elle étoit plus
grolFe a elle ne pourroit pas entrer , & il elle étoit
plus menue , les eaux s'échaper oient entr'elle & les
tords' de la plaie*
ï44 Dis Ope'ràtions de Chirurgie ,
Situation du L'appareil étant préparé, on limera le malade >* il
UjCCà * y en a qui le mettent à Ton féant dans Ton lit , 8c
d'autres qui le font lever pour le faire aileoir dans
un fauteiiil de commodité. Cette dernière fima-
tion eft la plus avantageufe > ear outre que les eaux
tombent librement dans un vaifleau mis à terre
entre lés jambes du malade * c'eft qu'on ne
court pas le rifque de répandre de l'eau dans le lit,
qui doit être dnpofé à recevoir le malade inconti-
nent après l'opération , ayant pour lors befoin, de
repos f a ).
L^ndrojt On lève enfuite la chemife du malade pour lui
perce" it°lc découvrir le ventre, 8c on marque avec un peu
ventre hy- d'encre l'endroit qu'on veut percer* Les Auteurs
dropigue. nous fcfem qae ct ^on fa£ quatre doigts au def-
fous 8c à côté de l'ombilic , afin d'éviter les apo-*
névrofes , 8c défaire la pondion dans le corps des
mufcles de l'abdomen ; mais fi dans le tems que le
ventre eft gonflé 8c plein d'eau , on ne laifloit que
quatre doigts entre le nombril 8c l'endroit où on
applique la pointe de la lancette , il arnveroit in-
dubitablement que la ponction fe feroit dans ces
aponévrofcs : il faut donc pour le plus fur la faire
fept ou huit doigts à côté 8c au deflous du nora^
btil ; 8c on verra que le ventre étant vuide & re-
nuelle dire- vcnu jans fon ^rat naturcl, elle ne fe trouvera plus
avoir lnnci- qu'a quatre doigts de ce milieu de l'abdomen , 8c
ûoru x[ eft a croire que les Auteurs l'ont ainfi entendu.
Ils ne conviennent pas encore fi on doit faire l'in-
cifion en long , obliquement , ou en travers *, ceux
qui la propolent en long difent qu'on évite par là
de
' \a) La meilleure fîtuâtion où l'on puiiîe mettre le
malade pour lui faire cette opération cil de le coucher
/ fur le bord de fon lit, de fort:? qu'il foit comme fur un
plan prefque horifontal , & qu'il foit feulement un peu
panchédu côté où l'on doit faire la ponction. Cette fi-
tuation détermine les eaux à fe porter vers ce lieu &
à forcir en plus grande quantité*
Seconde D ë'm onst ration i^
de couper les fibres du mufcle droit , ceux qui la
font de biais prétendent ne pas endommager les
mofcles obliques , & ceux qui la recommandent
en travers préfèrent la conservation du muicle
tranfverfeà celle des autres. Les premiers (e trom-
pent , car en éloignant la ponction du nombril >
elle ne fe fait point fur les mukles droits 5 les fé-
conds ne réufiitfent pas dans leurs prétentions ,
car la faifant de biais ? on coupe toujours les fibres
de l'un des deux obliques , parce qu'elles s'entre-
croifent j mais il la tant pratiquer comme les der-
niers , c'eft-à-direen travers , vu que de cette fa-
çon l'incifion (épare feulement les ribres du muf-
cle tranfverfe fans les couper , &C lorfqu'on vient 1
ôter la canule , elles fe raprochent les unes des au-
tres 3c rejoignent les lèvres de la plaie du péri-
toine qui leur eft adhérent , ce qui en avance la
cicatrice.
Les circonftances qu'il faut obfervcr pendant
l'opération , font celles-ci , un ferviteur doit être
placé derrière le malade , afin qu'appuyant de (es
mains les deux parties latérales du ventre , il faife
pouffer au dehors l'endroit qui doit être piqué , ÔC
que la pointe de la lancette ne touche à aucune des
parties contenues. Après cela le Chirurgien prend
de fa main droite cet inftrument B. qu'il plonge eh
travers jufqu'a ce qu il ait percé les mufcies obli-
ques : la il fait une petite paufe , puis tirant dé
l'autre main la peau un peu en en-bas , il achevé
d'enfoncer la lancette jufques dans la capacité ; ôC
lorfque par les eaux qui forcent aux deux côtés de
la lame il reconnoît qu'il y eft entré , il prend la
fonde C. de la main gauche 3 de il l'introduit dans
l'abdomen à la faveur de cette lame qui lui fert de
conducteur ; puis ayant retiré la lancette , ôc
l'ayant donnée à quelque garçon , il en reçoit de la
même main la canule D» dans la cavité de laquelle
il fait entrer le bouc de la fonde p 8c après avok
ï4-£ ©Es Opérations de Chirurgie ]
changé de main il la pouife avec un peu de vio-
lence jufqu'à ce qu'elle (bit dans la capacité >* alors
retirant la fonde , il voit fortir l'eau par l'ouver-
ture extérieure de la canule , de la même manière
que le vin fort d'un tonneau qu'on vient de per-
cer»
Ce n'eft pas inutilement que je vous ai dit qu'il
falloir percer le ventre en deux tems , 8c abaiiTer
un peu la peau j car par ce moyen la plaie n'étant
pas toute droite , l'ouverture des mulcles fera bou-
chée par la peau qu'on aura tirée en bas , 8c la réu-
nion s'en fera beaucoup plutôt. Il faut bien fe gar-
der de tomber dans la faute que commit un Chi-
rurgien de Montfort , qui faifant cette opérations
la femme d'un Officier du Roy y 8c voulant intro-
duire la canule , quitta par mégarde la fonde , qui
s'étant glifîée dans la capacité du ventre , n'en put
être retirée qu'après la mort de la malade *, 8c quoi-
que cet accident n'ait point été la caufe de cette
mort 9 néanmoins le peuple qui ne s'en peut ton-
jours prendre qu'à quelque chofe de fënhble , ne
laifla pas de la lui imputer : il ne faudra donc point
quitter la fonde en la changeant d'une main, qu'on
ne foit bien a(Turé de la tenir de l'autre.
La quantité d'eau qu'on doit tirer cette premiè-
re fois , n'eft point preferite. On la réglera félon
les forces du malade -, on en pourra évacuer deux ,
trois ou quatre pintes -, & ii on en croyoit les raa-
ladesvon en tiretoit encore plus , parce «qu'à mefure
qu'elle fort ils fe fentent foulagez , 8c ils refpirent
plus librement. Mais fuivez en cela l'avis des bons
Praticiens qui nous défendent de vuider le ventre
tout à une fois ; 8c véritablement il vaut mieux le
faire à trois ou quatre reprifes , que d'aller tout à
coup d'une extrême répletion à une extrême inani-
tion 5 parce que les fortes 8c démefurées évacua-
tions font mortelles , 8c qu'en général tout ce qui
excède cil ennemi de la nature qui procède lente-
Seconde Démonstration. 147
ment & par dégrez (a)* Durant que l'eau fort , on
peut donner au malade un doigt de vin ou quel-
qu autre liqueur pour 1 empêcher de tomber en
foibleflTe , ôc lorfqu'il y en a une quantité fuifi-
fante de fortie , on bouche le trou de la canule)
avec un petit tampon ¥. de charpie : deux ou trois t
jours après on revient , & en ôtant feulement le
tampon , on lailfe iôrtif autant d'eau qu'on le ju-
ge à propos , Ôc on continue ainli à ia tirer à plu-
iieurs fois jufqu'a ce que le ventre foit entière-
ment épuifé de ces féroficés étrangères.
Immédiatement après la première évacuation , Ce qu'il faus
le trou de la canule étant bouché, on y appliquera ?*"* *Près
,à ^ , c > j rS 1,, l'opération. j
un emplâtre G. de hgure quarree , chargée d un
médicament aftringenc , & on le couvrira d'une
GomprelTeH* qui déborde un peu , on met un fe-
(a) Les Chirurgiens de nos jours ne font point difficulté
de tirer tout à la fois les eaux, mais ils font prefler le ven-
tre à mefure qu'elles s'évacuent , ils appliquent enfuite
dellus cette partie une ou deux fervietes bien chaudes
& pliées en plufieurs doubles, & ferrent toute la circon-
férence avec une ferviete p'iee en long. Ils préviennent
par Ce moyen la foiblefle ou la défaillance qui fuit quel-
quefois cette opération.
On attribue ordinairement la caufe de cet accident I
la pefanteur du foye, aui n'étant plus foutenu par les
eaux ni par les mufcler, dont le refîort naturel eit perdu
pour un temps, tirai'.le en bas le diaphragme & le pe*
licarde» Quelques uns croyent qu'avant l'évacuation
des eaux, la comprefïion caufée par leur épancheraient
empêche le fang de cou'er avec abondance dans les ar-
tères de l'abdomen , & le détermine à fe porter en plus
grande quantité vers la tête ; mais qu'après l'évacua^
tion , la compreiïïon venant à céder , il fe trouve akrs
Un vuiie qui rapellant le fang dans les artères inférieu-
res, le détourne de quelque forte des fuperieures , Ôc
fait que le fuc nerveux n'eit plus porté dans toutes les
parties en fî grande abondance qu'à l'ordinaire , ce qui Vàyei Us
occafionne la défaillance ou la fyncope. Qu'elle foitj^moijes.d*
caufée p>ar la defeente du diaphragme > ou par le ^^Koyûedeî
tour précipité du fang dans les artères de l'abdomen , Sciences m*
le moien propofé convient également» 1729.
Kij
i4§ Des Opérations de Chirurgie;
puis en ôtant le pouce de deiïus l'ou-
verture > on voit fortir l'eau comme d'un robinet..
De ces Trois-carts on en a fait qui font emman-
chez &dont l'aiguille eft dans la cavité d'une petite
canule. Pour mettre l'une ou l'autre en ufage , on
fait afTeoir le malade dans un fauteuil , Se on com-
mande à un garçon d'apuyer fur les cotez du ven-
tre pendant qu'on en rire la peau un peu en haut ou
en bas , à l'endroit qu'on a deifein de percer :• puis.
on l'enfonce dans le ventre tout d'un coup, comme
on fait un foret dans un muid de vin [ a ) , on mec
(a) Pour faire cette opération , on tient dans I&
main :e manche du trocar, on allonge le doigt indica-
teur fur la canule, on porte la pointe de rinftrumenc
fur l'endroit où l'on veut l'introduire , & on le poufîè
perpendiculairement avec le creux de la main. Le doi^t;
indicateur modère la force avec laquelle on le pouiîe.
Il faut que i'initrument perce tous ces tegumens , c'eft
pour cela qu*on le porte perpendiculairement. Carfi
on le portoit obliquement, il pourroit glifïer entre ces
tenvelopes & n'en ouvrir qu'une partie. Il faut prendre
garde qu'il n'entre trop avant de peur qu'il ne perce
quelque vaiiïeau ou qu'il ne bhlTe quelque autre par-
tie intérieure. Ceft pour cela que îê doigt indicateur
doit modérer la force avec laquelle on le pouffe.
Quand le Trocar eft fumTamment entré -dans le
ventre , on en retire le poinçon , & on y laiiîe la canule
pour donner ilTue à l'eau épanchée* On la tient par le
pavillon ou par la cmlliere avec deux doigts , & un
Aide prefle légèrement & par degré le côté du, ventre
cppofé à celui qu'on a percé.
Il arrive quelquefois que les eaux, après avoir coule
pendant quelque tems a s'arrêtent tout d'un coup. H
?5
© ris Opérations de Chirurgie
pn bafîin aux pieds du malade , qui reçoit l'eatî
qui fort, & qu'on laiiîe écouler àdifcrétion. Lorf?
qu'on trouve qu'il en eft affez forti , il n'y a qu'à
retirer le trocar -, l'eau celle de fortir dans le rao^
ment , 6c on n'en voit pas fuinter une feule goûte,
parce que la peau, les mufçles ôc le péritoine fe ré-*
tabliiïant , bouchent les ouvertures les uns des au-
tres. On met feulement fur la ponction un emplâ-
tre de cérufe de la grandeur d'une pièce de quinze
fols. Quand il eft befoin de retirer de l'eau , on
fait des ponctions nouvelles alternativement des
deux cotez autant de fois qu'on le juge néceffaire
afin que l'un ne foit pas plus maltraite que l'autre ,
faifant enforte que les ponctions qui feront re-
nouvellées fur un même côté foient féparées en-,
tr'eiles d'environ deux doigts,
Raifon de Cette féconde manière l'emporte de beaucoup
qJof donne [m l'autre, & lui eft préférable par toutes fortes
à cette fe. de raifons *, il ne faut point un (i grand appareil ,
thock oiTk ^a Fon&ion e& plus petite & par-conféquent la
Trocar eft douleur moindre -, elle eft aurli plutôt faite , on eft:
employé, jj|£ ^ae ^s £aux ^ s echapent point, 6c il ne faut ni
compreife ni bandage , qui ne fon<: fou vent qu'em-
barafter. Je vous confeille donc de vous en tenir à
cette dernière méthode , vous en verrez certaine-,
ment de li bons effets que vous abandonnerez en-
tièrement comme moy, la méthode ancienne, pour;
faut alors introduire dans la canule une fonde bouton-
née , pour repouffer Tobitacle qui s'oppofe à leur {ortie ,
& qui eft ordinairement l'intestin ou l'épiploon. M,.
Morand après avoir fait la ponton à un malade , tira
une efpece de membrane très-fine & chifonnée , qui
s'étoit prefentée au tf ou de la canule , ce qui empechoiç
l'eau de iortir. Ce malade mourut trois mois après. M.
Morand ouvrit fon cadavre , & y trouva une autre por-
v 2l,Hi_tion de pareille membrane, qui probablement avoit
ftoiredel'A- fait avec la première une efpece d'en veloppe ou dekiftc
cadémie desqui contenoit les eaux. Il croit que ces membranes
Sciences, av oient été fermées des parties les plus épauTçs dç U
année > 7 * 3 • loueur,
Seconde Démonstration. 15*
ne vous plus fervir que du trocar qui a confervé la
vie à pluiieurs , entr'autres à l'Ecuyer de Madame
de Châteauneuf , à qui on a tiré plus de fix-vingt
pintes d'eau » par vingt-cinq pondions & qui con-
tinue toujours de vivre.
En l'année 1705 , Nolleigneurs les Princes étant
à Liancour , M. Duchef ne 8c moy nous fumes
priez de voir le Jardinier de M. le Duc de la
Rochefoucault, il étoit hydropique , nous conclû-
mes l'opération , 8c je lui tirai par le moyen du
Trocar fept pintes d'eau , 8c comme nous fumes
obligez de le quitter, nous chargeâmes un Chirur-
gien de Clermont de lui faire une féconde pon-
ction huit jours après , par laquelle il tira encore
quatre pintes d'eau > il lui fit prendre enfuite pen-
dant trois mois les remèdes que nous avions ordon-
nez , il en fut parfaitement guéri, 8c deux ans après;
il vint à Verfailles m'en remercier en très-bonne
fanté.
Je vous ai dit tantôt que pour guérir l'hydro-
pifie, deux choies étoient néceiTaires, l'une de faire
fortir les eaux , 8c l'autre d'empêcher qu'il ne s'en
amaiïatde nouvelles. La première intention s'ac-
complit par tous les moyens que je viens de vous
faire voir -, 8c la féconde par les remèdes pris in-
térieurement j deforte qu'après que le Chirurgien
a fait de fa part tout ce qui regarde l'opération , le
malade n'en doit pas demeurer là , il faut au-con-
traire qu'il s'alTujetine à prendre des remèdes apé-
ritifs 8c diurétiques capables de détourner ces fé-
routez de la route du ventre 8c de leur faire pren-
dre le cours que la nature leur a tracé pour être
évacuées : dans cette fage réfolution , il aura re-
cours à un Médecin habile qui lui preferive ce qui
regarde la pharmacie 8c la diète , d'où il doit at~
îendre la confirmation de fa fanté.
K iîi)
152 Des Opérations de Chirurgie.
XII. Fig. DE L'OPERATION CE'SARIENNE.
4u mot de ï 'Opération Céfarienne eft une in cifion qu'on
c^foieniîe. I ^ fait au ventre d'une femme grofîe pour tirer
i'enfant contenu dans fa matrice , lorlqu'il n'en
peut pas fortir autrement.On l'appelle Céfariennne
parce que Scipion l'Africain ayant été tiré du ven-
tre de fa mère par incifîon > fut nommé Céfar ,
pour cette railon ; & ce nom s'étant confervé à (es
aefçendans & à ceux qui étoient venus au monde.
Seconde D e'm onstration. 151
de même , on appella Céfarienne l'opération qui
avoir fait ainfi les Céfars > mais Pline qui en rap-
porte Fhiftoire , ne dit point (i ce fut du vivant ou
après la mort de la mère que cette ouverture fe fit »
circonftance qu'il ne devoit pas oublier. Il y a
néanmoins apparence que la mère étoit morte 5,
car il eftrare de trouver desperfonnes aiTez cruel-
les pour faire une pareille opération a une femme
vivante.
Il faut être aufîî barbare que le fut Henry VIII. En, °*mlîe
t» t> a 1 1 <* t ■-*€• 1 -r» occafion on
Roy d Angleterre auteur du Schiime de ce Roy au- a pratiqué
me. Il avoir époufé en troiiiémes noces Jeanne c.ecte °?&*m
Seimer Demoifelle d'Anne de Boulen fa féconde
femme : la Reine étant dans les douleurs de Fac-
couchement de fon premier enfant , on vint de-
mander au Roy lequel il vouloit qu'on fauvat , ou
la mère ou l'enfant , parce qu'on ne voyoit point
de moyen de les conter ver tous deux ; l'enfant , ré-
pondit-il , car pour des mères j'en trouverai allez.
Cette réponie ne laifla pas que d'étonner , quoi-
qu'on ne dut point en attendre d'autre d'un Prince
qui de fept femmes qu'il eût , en répudia les unes
ôc fit décapiter ou mourir miférablement les au-
tres , ôc qui venoit de renoncer à fa Religion.
Thevenin qui décrit cette opération , nous die
qu'elle fe fait en trois occafions différentes 'y fça-
voir , quand la mère & l'enfant font vivans , ou
quand la mère eft morte & l'enfant vivant. Il eft
même aifez hardi pour nous confçiller de la mettre
en ufage , mais il ne nous marque point l'avoir
faite, ni même qu'il l'ait jamais vit faire à perfonne.
Il y a quelques Auteurs modernes qui époufanc
{on fentiment nous rendent cette opération fi aifée,
par la defeription qu'ils en font , que fi nous les en
croyons , nous la pratiquerions dès qu*on trouve-
roit les moindres difficultés dans un accouchement*
mais s'ils avoient été témoins d'une telle opéra-
lion , ils changeraient bientôt d'opinion , ck ils
154 Des Opérations de Chirurgie >
conviendroient qu'un Chirurgien doit n'avoir pas
d'humanité pour i'entreptendre.
«ruauté d« Son idée feule feroit rrembler les plus, intrépi-
tiott, °P "" dç$* Jugez auiîi quelle réfolution il faut avoir *
pour aller à une femme vivante lui ouvrir le ven-
tre j en lui faifant une incifîon de plus d'un demi-
pied de long y enfuite fouillant dans la capacité de
l'abdomen 3 faire une ieniblabie plaie au corps de
la matrice , puis percer les membranes & tirer un
enfant par toutes ces ouvertures. Si cette opération
effraye le Chirurgien , quand même il i'exécure-
après la mort de la mère , quelle horreur ne doit-
elle point imprimer quand elle eft- accompagnée
. des cris d'une mère qu'on fait fournir avec une
cruauté fans exemple , de d'une quantité de fang
prodigieufe qui fortant par de fi grandes plaies ,
peut faire périr la mère dans l'inftant > de entre les
mains de l'opérateur.
Scinda qa* ^ e^ vm* qu'line égratignure faite par un
«en.. " coup d'ongle à la matrice , y catife des inflamma-
tions & fouvent la mort , Se qu'un ulcère pour
petit qu'il foit , y devient prefque toujours incu-
rable 3 quelle fuite facheufe ne doit-on pas atten-
dre d'une incihon longue de fix à fept pouces >
Ceux qui l'approuvent avancent deux chofes qui
ne s'accordent point avec l'expérience ; l'une que
la femme reffent très-peu de douleur quand on lui
coupe la matrice , & l'autre que l'hémorragie qui
en arrive n'eft point fi grande qu'on fe l'imagine.
La fenfibilité de la matrice détruit le premier pré-
jugé , puifquc de l'aveu de toutes les femmes les,
douleurs qu'elles re (Tentent à cette partie font in-
surmontables , 8c un léger ulcère y eft infiniment
plus douloureux qu'en aucun autre endroit du corps
le grand nombre de vaiifaux qui arrofent l'utérus ,
ôc leur groflfeur dans le tems qu'il renferme un
enfant , condamnent la féconde raifon qu'ils allè-
guent y car s'ils avoient ouvert une femme morte
Seconds D e'm onstratïon. 155
dans cet état , ils feroient furpris d'y voir tant de
veines ôc d'artères ; ôc ces vairfeaux qui lorfqu'une
femme n'eft point enceinte ne palfent point la grof-
feur d'une petite corde de luth , ont fur la fin de la
groffeiîè , acquis le diamètre d'un gros tuyau de
plume à écrire. Le moyen donc de couper tant de
canaux remplis de fang , & d'empêcher en même
tems qu'il n'en forte une abondance terrible. Ce ;
qu'ils répondent à cet article n'eft nullement rece^
vable , ils difent que l'enfant n'eft pas plutôt tiré
de la matrice , qu elle commence à reprendre fon
volume ordinaire , ôc qu'en fe rétréciffant elle
bouche les orifices des vaifîeaux que l'incifion a
ouverts j mais cet organe ne fe refferre que peu à
peu , ôc il lui faut deux ou trois jours au moins pour
revenir dans fon état naturel ; ôc dans l'efpace d'une
demi-heure au plus , une femme pourra perdre fon
fang jufqu'à mourir.
Ils ajoutent qu'on a vu des enfans crever le fac Hiftoif es qui
• 1 xa 1 t 1 • / 1 feirblenc la
qui les contenoit ôc tomber dans la capacité du retldre Pr«u
bas- ventre où ils ont demeuré pendant plufieurs suabl*
années fans que les mères en foient mortes. II. eft
vrai que j'ai lu quelques hiftoires qui avancent ce
fait. M. Bayle nous en a donné une , arrivée à
Touloufe , dans laquelle il rapporte que l'enfant
demeura vingt-cinq ans ou environ dans le ventre
de fa mère. Une autre femblable hiftoire m'a été
faite à Pont-à-MoutTon. La Cour y parlant en l'an-
née 1 673 , Frère Barbilart Apoticaire des Jéfuites
de cette ville , montra à la Reine qui vifitoit leur
Maifon , un enfant qu'il gardoit dans de l'eau- de-
vie , ôc qu'il difoit avoir été trouvé dans le ventre
de fa mère après fa mort. Je lui demandai fon fen-
timent fur un fait fi particulier , ôc il me répondit
en préfence de fa Majefté , qu'il croyoit que c'é-
toit un enfant jumeau avec la mère , qui avoit été
conçu en même tems qu'elle , comme font tous les
jumaux, ôc qu'il n'y avoit ici que cette différence
^5# Des Opérations fe Chirurgie *
fçavoir , que l'un avoir été formé dans le corps de
l'autre. Je lui fis voir que Ton opinion n'étoit pas
foutenabie , puifque cette femme n avoir point eu
de grofteur dans le ventre jufqu a l'âge de vingt-fix
ou vingt-fept ans, qu'étant devenue groiTe ôc ayant
atteint le terme de la groiTerTe, elle avoir certaine-
ment fenti de grandes douleurs qui ne fe terminè-
rent point par un accouchement j que vraifernbla-
blement llenfant dans le rems de fes douleurs avoir
crevé la poche qui le contenoit > & qu'étant forti
«lans la, capacité du ventre , il y avoir pu refter
pendant les vingt années qu'elle porta cette grof-
f eur , d'autant plus que les eaux mêmes ou l'enfant
flottoit dans cette poche s'étant épanchées dans le
ventre avoienr pu le conferver tout ce tems-là y
parce qu'ils lui renoient lieu d'une faumure dans
laquelle il s'étoit racourci ôc comme pétrifié 9
n'ayant prefque plus la figure d'un enfant,
examen de Ces deux hiftoires ne prouvent point la poflibi-
•es hiftoires. jjt^ je l'opération dont nous parlons à l'égard d'une
femme vivante , parce qu'il eft certain que ces
enfans trouvez dans le vuide de l'abdomen , n'ont
point été formez dans la cavité ordinaire de la ma-
trice que nous appelions fon fond , mais dans l'une
des trompes, n'étant pas impofiible qu'un œuf s'y
foit arrêté , & qu'ayant pris accroiftement jufqu'à
une certaine grandeur , cette trompe qui ne pou-
voit plus prêter davantage , fe foit rompue , pour
permettre à l'enfant de tomber dans quelqu'endroit
du ventre inférieur , 8c que les vaiffaux de cette
même trompe n'étant pas fi considérables que ceux
de la matrice , ils n'ayent pas verfé allez de fang
pour caufer la mort : ainfi je perfifte dans mon
fentiment , qui eft qu'un enfant quelques efforts
qu'il fafTe , ne peut point crever la matrice , parce,
qu'elle peut s'érendre autant qu'il eft befoin pour
le contenir ; &: nous voyons même tous les jours ,,
quelle eft capable d'en renfermer deux > &; fou-
Seconds De'monstr'àtïon. 15^
vent jufqu a trois , qui ne la font point rompre.
Je ne mets point en doute ces deux hiftoires que
je trouve poiïibles de la manière que je viens de
dire -, mais je fuis plus afïuré de celle-ci que je vais
vous raconter en deux mots , Se qui confirme ce
que j'avance* Dans le mois de Juin i6$i , une des
femmes de chambre de Madame la Dauphine ,
étant grolïè de iix mois ou environ , fut f urprife de
douleurs exceiïïves à la région de la matrice , les
cris qu'elle faifoit marquoient que cette partie n'eft
pas des moins fenfihles. Les convulfions furvin-
rent , on vit fon ventre s'enfler , de elle mourut un
quart d'heuie après. La Reine & Madame la Dau-
phine étonnées d'une mort fi prompte , m'ordon-
nèrent de faire l'ouverture de fon corps , pour en
fçavoir la caufe. Je la fis le lendemain en préfénee
de M. Daquin alors premier Médecin du Roy , de
de M. Fagon premier Médecin de la Reine. Je
trouvai la capacité du ventre toute pleine de fang,
3c un enfant couché fur les boyaux. J'examinai la
matrice qui n'éroit pas femblable aux autres > elle
avoit deux fonds , dans l'un je trouvai un faux ger-
me , de dans l'autre qui étoit la furnuméraire ,
avoit été formé l'enfant , lequel y ayant vécu juf.
qu'au fixiéme mois avoit crevé cette partie , qui
n'étant ni aufli ferme , ni aufîî épaule que le fond
d'un utérus ordinaire , n'avoit pu réfifter davan-
tage 5 mais les vaifTaux qui la nouriftbient ayant
par leur rupture répandu le fang en abondance
dans l'abdomen, la femme mourut en peu de tems.
J'en donnai au public une relation fous le Titre
d'Hiftoire anatomique d'une matrice extraordi-
naire avec les approbations de MM. les deux pre-
miers Médecins.
Ce n'eft pas feulement la cruauté de cette ope- fo„8utres-raî-
ration ? de la mort prefqu'inévitable qui la fuit , détouraent/
qui nous doive ôter lapenfée de la faire ; mais en-
eore la Religion
ft-oires au rang de celles qu'on débite fur les ef-
prits &c fur les forciers , je n'en crois rien du tout.
On publie tant d'extravagances , qu'un honnête-
homme doit fe méfier de tout > 8c ne croire que ce
<]ui eft rapporté par gens dignes de foi ,• .& comme
il n'y a pas un de nos célèbres Chirurgiens qui
osât la pratiquer , je fuis en droit de l'improuver
à leur exemple.
Réfutation Un Auteur moderne qui confeille ôc qui ap-
A\m Moder- prouve cecre opération, dit pour autorifer fou
procédé , qu'une femme de Chateau-Thiery vint
à l'Hôtel-Dieu de Paris pour fe faire traiter d'une
hernie ventrale exceflivement grofTe ; qu'après l'a-
voir panfée pendant trois mois . elle mourut , Se
que cette femme ayant alfuré de fon vivant qu'on
lui avoit fait autrefois l'opération Céfarienne , les
Chirurgiens de ce lieu eurent la curiofité de l'ou-
vrir après fa mort. Ils trouvèrent que la plaie du
ventre n'ayant pas été bien réunie , avoit donné
occafion a cette hernie de fe former , & on remar-
qua au corps de la matrice , tant extérieurement
qu'intérieurement, des lignes qui défîgnoient l'en-
droit où la cicatrice s'étoit faite. Je répons pre-
mièrement que ces lignes pouvoient être celles
Seconde Démonstration. 159
qui s'y trouvent naturellement , lesquelles ont Explication
trompé quelques Auteurs , ôc leur ont fait dire du &* qu'il
mal-à-propos , qu'elles féparoient la matrice enrapporce'-
deux cavitez, dont la droite étoit pour les garçons,
la gauche pour les Mes. J'ajoute que la plaie da
ventre pouvoit avoir été caufée par quelque grand
abcès à cette partie , ôc que fi cette femme afliiroit
qu'on lui avoit fait cette opération , qu'elle n'étoit
pas la première à qui apiîès avoir accouché dans
des convulfions 8c fans connoiflance , on avoit fait
accroire qu'on lui avoit tiré fon enfant par le coté ;
ôc enfin je conclus , que quand même une telle
hiftoire feroit véritable , elle prouve que cette
opération doit être mife au rang de celles qui
tuent les perfonnes fur lefquelles on les pratique ,
puifque cette femme n'a fait que traîner depuis
ce tems-la une vie miférable Ôc pleine d'incommo-
ditez qui l'ont à la fin conduite dans un hôoital ,
où elle a trouvée la mort. L'obfervation que nous
allons rapporter, paroit favorifer encore davantage
l'opinion où nous fommes préféntement. Autre fait
Le fieur Raleau Maître Chirurgien de Xaintes , ^ on tém
nousdit qu'en l'année 1689 il fit l'opération Cé-
farienne à la femme d'un Marchand de cette ville 5
qui n'avoitpas pu accoucher après trois jours de
travail ,- qu'il l'exécuta en préfence du fieur Jolin
fon confrère. L'enfant vécut deux jours, ôc la mère
en guérit. En pafTant par Xaintes avec le Roy d'Ef-
pagne ôc les Princes, je fus loger chez le fieur Mo-
reau habile Médecin, de qui je m'informai fi cette
hiftoire étoit véritable. Il me dit qu'il n'avoit
point été préfent à cette opération J qu'il avoit vu
la malade quinze jours après avec trois ou quatre
de Ces confrères, & qu'ils l'a voient trouvée en état
de guérifon j que cette femme en étoit demeurée
boiteufe > qu'elle n'avoit point eu d'enfans dans
la fuite , ôc qu'après la mort de fon mari elle s'é-
toit retirée de la ville pour aller demeurer en une
ipail on dç campagne.
i6o Des Opérations ds Chirurgie ,
> Mais cette hiftoire dont la fin femble avoir été
plus heurcufe que la précedenre , juftifie ce qu'on
difoit de ce Chirurgien , qu'il étoit trop entrepre-
nant g puifque trois jours de travail né (ont pas un
teins fufrifant pour défefperer qu'une femme puifTe
accoucher par les Voyes ordinaires \ que fçait-on fi
la matrice écoit bien cicatrifée , & s'il n'y eft pas
îefté une fiftulè ou un ulcère , qui iuintaht fans
celle , lui aura fait mener une vie languifiante le
peu de tems qu'elle a reftee au monde après cette
opération.
Je ne me rends point a de pareilles hiftoires »
non plus qu'à la raifon de ceux qui difent qu'il ne
faut faire l'opération que quand il y a de l'impof-
iibilité que la femme punie accoucher autrement ,
car vous trouverez très - peu de femmes qui rie
puiflent accoucher naturellement j c'eft toujours
l'impatience ou de la femme , ou de l'accoucheur,
ou des afïillans qui fait défefperer que l'enfant for-
te par la voyé ordinaire , il n'y a qu'à différer *, (i
une matrice fe trouvant d'une confidence très-
dure , eft tardive à s'ouvrit , ne vous impatientez
pas , elle fera en quatre ou en fix jours ce qu'elle
tio^5r^; n'a pas pu faire en deux. Une faut pas fouvent fe
fons précc- régler fur les cris de la femme , il y en â qui pour
«entes. les moindres atteintes qu'elles commencent à fen-
tir , fe plaignent plus fort que d'autres ne font dans
les plus grandes douleurs ; c'eft ce qu'il faut
examiner , & furtout prendre patience, parce
que l'accouchement étant l'ouvrage de la na-
ture , elle en vient toujours à bout , principale-
ment quand l'Accoucheur ôc la Sage- femme lui
aident par les moyens que l'art leur enfeigne , ôc
que la prudence leur fournit dans les cas parti-
culiers. On doit donc s'en rapporter à elle , puif-
qu'il eft certain que toutes les femmes ont com-
munément toutes les difpofitions nécefiaires pour
accoucher , les unes plutôt , les autres plûtard.
Il
Seconde D e'm o nstratïo m. lét
Il y a cinq ans qu a Verfaiiies Madame la Com-
tefTe de Clermont , groflfe de Ton premier enfant *
fentant les premières douleurs de l'accouchement %
Te mit entre les' mains de M. Mauriceau le plus
célèbre Accoucheur de Paris* Après trois jours de
douleurs Ôc malgré tous les efforrs de la mère ,
l'enfant n'ayant fait aucune démarche pour (ortir >
M. Dionis le fils fut appelle. Ils rirent l'un ôc l'au-
tre tout ce que leur art leur infpiroit , ôc néan<*
moins l'enfanc n'avançoit point -, le cinquième jour
les forces de la mère diminuant , ôc la voyant en
état de mourir fi on ne la fecouroit promptement »
ils réfoiurentde l'avis ôc en préience des Médecins
de la Cour , de l'accoucher de force , c'e(t-à-dire>
de tirer l'enfant avec le crochet. M. Dionis comme
le plus fort travailla, il planta fon crochet à la nuc-
que du col de l'enfant , où ayanu fenti un point
d'appui ferme , en tirant fortement il fit avancer
k tête ôc par-conféquent le corps , dont il la dé-
livra ôc lui fauva la vie. Si le fieur Raleau s'étoit
trouvé à un pareil accouchement, il auroit fait l'o-
pération Céfarienne -, mais ici il.n'en fut pas que-
ftion , elle ne fut pas feulement propofée* Deux
ans après cette Dame a eu un fécond enfant dont
M. Dionis l'a accouchée fans fe fervir d'inftru-
mens , Ôc aujourd'hui elle eft groflTe d'un troifiéme
dont il faut efperer qu'elle accouchera heureufe-
ment*
Par tout ce difeours vous voyez bien que je fuis
entièrement oppofé à ceux qui conleillent de faire
l'opération Céfarienne à une femme vivante. M.
Mauriceau qui a très-bien écrit fur tout ce qui re-
garde les accouchemens , la condamne abfoiument
dans ce cas. Vous pouvez en voir les raifons dans
le Chapitre où il parle de cette opération ,* mais je
fuis comme lui dans le fentiment qu'on la doit
faire , ôc que même on eft obligé par un comman-
dement exprès delà Loy 3 , d ouvrir le ventre à,tou-
L
%êi Dis Ote'rations de Chirurgie ,
tes l'es femmes grolTes dans le moment qu'elle!?
viennent d'expirer.
Deux principaux motifs engagent le Chirurgie!*
a faire i opération Céfarienne à une femme en-
ceinte auffitôt quelle a expiré : l'un efV pour ta-
_ cher deiauver la vie à l'enfant , l'autre eft pour le.
i>aptifer.
Si un Chirurgien fe trouve préfenc lorsqu'une
femme grofTe de huit ou neuf mois viendra d'être
arlalîinée , ou tuée par quelqu autre malheur 5 ou
qu'elle aura fubitement fini (es jours par une apo-
plexie , par une frayeur , &c. il n'eft pas impoiîi-
ole qu'en lui ouvrant incontinent le ventre , il
n'en tire incontinent l'enfant encore en vie , 6c
8c avec iefcapel K. il lui fait une incifion longitu-
dinale au milieu de l'abdomen , en commençant
au delfous du cartilage xiphoïde 8c finiifant au-
* «deiTus des os pubis. Auffitôt qu'il a percé le péri-
toine en un endroit , il y introduit un des doigts
/de fa main gauche pouf le foule ver , & avec des
cifeaux L. il achevé de l'ouvrir de toute la lon-
gueur du ventre. Il apperçoit d'abord la matrice,
parce que l'épipioon eft monté en haut 8c les in-
teftins rangez a côté y de avec le même couteau il
fend la matrice , en y faifant une incifion capable
de donner partage à l'enfant , qui fe trouvera en-
veloppé de fes membranes qu'il faudra déchirer Ci
elles (ont tendres , ou couper fi on les croit trop
dures pour pouvoir les ouvrir 8c les écarter avec
les ongles. L'enfant étant a découvert ,. on lui fou-
leve la tête de la main gauche > 8c de la droite lui
verfant de l'eau contenue dans la burette, M. on le
baptife fans aucun délai ; puis on le tire de la ma-
trice , on lui lie le cordon avec ce. fil , N. environ
à un pouce du ventre , 8c on le coupe enfuite à un
demi doigt au derîus de la ligature. Enfin on don-
ne l'enfant à quelque femme , qui l'ayant enve-
loppé dans un chaufoir fort chaud, le porte auprès
du feu , où on employé toutes fortes de moyens
pour le faire revenir de fa foibiefie , fou en le ré-
chauffant , foit en le lavant avec du vin tiède, foir
en lui en fouflant au vifage , 8c lui ouvrant la bou-
che afin qu i^puiiTe avaler quelques gouttes de li-
queur fpiritueufe.
Si je vous ai dit qu'il falloit tenir la bouche de
la mère ouverte pendant l'opération , ce n'eft pas
que fur ce chapitre je fois dans l'erreur du menu
Seconde Démonstration 165
peuple qui croit que l'enfant refpire dans le ventue
delà mère * de qui s'imaginèrent que trouvant
l'enfant mort , comme il arrive le plus fouvent *
ce feroit la faute du Chirurgien qui n'auroit pas
mis un bâillon dans la bouche de la mère. Je fçai
que cette circonftancc eft inutile > mais il ne la
faut pas obmettre , pour contenter le affiftans , 3c
pour éviter tous les focs difeours que feroient à
î'encontre du Chirurgien quelques femmelettes >
ou gens qui n'ayant aucune connonTance de l'Ana-
tomie , ne fçavent point qu'il n'y a point de corrw
municatioii de la bouche avec l'utérus*
Il ne faut pas faire l'ouverture delà matrice avec Autres, pré*
trop de précipitation a ni enfoncer le icapel trop
avant tout d'un coup , dans la penfée qu'elle auroit
l'épauTeur de deux travers de doigts , comme l'ont
avancé la plupart des Auteurs my car on ne manque-
xoit pas de biefïèr l'enfant , puifqu'il efl confiant
qu'elle eft plus mince dans les derniers tems de la
grorfeiTe que dans les premiers , 3c que femblable
aux autres membranes , elle diminue d'épaifteur â\
iriefure qu'elle s'étend. Ce qui a trompé cc^ An-
ciens, c'eft que l'aïant ouverte à l'endroit où le pla-
centa étoit attaché, c'eft- à-dire dans fon fond , ils
ont confondu l'épaiûeur de cet arrierefaix avec cel-
le de la propre fubftance de la matrice distinguée de
, fes vaiflaux fanguins &c lymphatiques 3 qui font véri~
tablement fort gros» mais dont les tuniques font fore
minces. Ils nous ont fait là-aeiîus bien des raifon-
nemens qui fe détruifent par l'expérience même.
Le Chirurgien doit être inftruit de cette difpo-
fition naturelle de la matrice , de crainte de fe
tromper en pareille occafion ; mais pour peu qu'il
ait d'adrefïe , il ne bleflera pas l'enfant , car fous
la matrice il y a des enveloppes qui contiennent
l'eau au milieu de laquelle nage cet enfant , ce qui
facilite l'opération , 3c empêche qu'on ne le bleiïèr
à moins que d y aller inconûdérement de à l'é*
i66 Des Ope'rations de Chirurgie.
Marques Onconnoît que l'enfant eft vivant ou mort en
^ Pcnf^nc touchant fon coudons fi on y fent un battement ,
eft en vis c'eft flgne qu'il eft en vie , & alors il le faut bap-
,uteius' tifer , & fi on n'en fent point , il y a tout fujet de
croire qu'il eft mort. Surquoi on fait alors une
queftion \ fçavoir , fi on doit le baptifer ou non ,
parce qui! y a des Cafuites qui veulent qu'on ait
des lignes certains delà vie pour admmiftrer le
Baptême j difaiit que ce feroit prophaner ce Sa-
crement que de le donner à un cadavre. Pour moi
je les baptifetous , Ôc cela pour deux raifons : Tune
eft qu'il peut arriver qu'un enfant foit en vie ôc
v À "qu'il lui refte encore quelques (bupirs à rendre,
quoiqu'on ne fente point de pulfation manifefte à
. ion cordon ombilical -, auquel cas ce feroit tomber
dans un inconvénient fâcheux, que de refufer le Ba-
ptême à un enfant vivant , parce qu'il n'auroitpas
allez de force pour donner des lignes certains de fà
vie. L autre, raifon eft que dans ces fortes d'opéra-
tions , la chambre eft toujours pleine de parensou
- de voilines, qui ont la plupart une imagination ti-
mide ôc occupée des préjugez les plus déraifonna-
blés. J'en ai vu qui prenant un enfant qu'on venoit
de tirer du ventre de fa mère , où il avoir celle de
vivre depuis plufieurs jours , le réchauffoient au-
près du feu, ôc qui au moindre mouvement qu'el-
les lui voyent faire , comme d'ouvrir tant foit peu
une paupière ,-de remuer la lèvre ; Sec. s'écriaient
& arluroient qu'il étoit vivant , lans confiderer que
ces petits mouvemens fontdes effets de ceux qu'el-
les f iifoienc faire à la tête de l'enfant en s'errorçant
de le ranimer. Si dans une pareille occarion un
Chirurgien ne vouloit pas ondoyer l'enfant, il s'at-»
tireroit la haine publique , Se toutes ces femmes
ne lui pardonneroient jamais.
Comment II y a encore un expédient qui remédie a rout ;
î4ftM?to c?e{l ¥&* donnant le Baptême à l'enfant , il le faut
faire fous condition x en difant ces paroles > avec
>--
Seconde Démonstration. i6j
intention de faite ce que l'Eglife Chrétienne or-
donne en pareille rencontre : Si tu es vivant , je te
baftïfe , au nom du Père , & du Fils y & du Saint
Efprit y Atnjt foit-il. De cette manière > Il l'enfant
eft vivant , il eft bien baptifé , s'il eft mort , on ne
baptife point un cadavre , Se les plus fcrupuleux ne
peuvent point blâmer un tel procédé > puifque l'E-
glife même ne baptile les enfans ondoyez dans une
néceilité preiïante , que fous condition , & qu'en,
cas qu'ils ne Payent pas été 5 lorfqu'on a été obligé
de les ondoyer*
Quand je preferis au Chirurgien y comment il
doit fe comporter pour baptifer un enfant , je fup-
pofe qu'il n'y ait point de Prêtre pour le faire , 8c
qu'on ait été tellement preflTé qu'on n'ait pas eu le
tems d'en avertir un , comme quand une femme
vient de recevoir quelque coup dont elle fera mor-
te à Imitant *, mais lorfquela maladie donne quel-
que loifir , il ne faut pas manquer d'envoyer que- ,
rir un Prêtre , furtout de la ParoifTe , &: de le prier
d'attendre auprès de l'agoniflànte le moment de
pouvoir baptifer (on enfant : le Chirurgien alors
ne fe doit mêler que de ce qui eft du fait de l'opé-
ration.
C'eft au Chirurgien à ne rien négliger pour dé^
couvrir fi l'enfant eft vivant ou non , parce que fé-
lon la coutume obfervée en beaucoup de pays , fi
l'enfant furvit la mère , le père eft héritier de tous
les effets mobiliers j au-contraire , s'il eft more
avant la mère 3 ce font les parens de la mère qui e»
héritent *, deforte que s'il intervient un procès en-
tre le père de les parens 5 comme il arrive fouvent ».
c'eft au Chirurgien à en décider > il eft maître de
faire perdre ou gagner le procès à l'un ou aux au*
très , & les Juges ne prononcent que fur fon rap-
port ; c'eft ce qui le doit engager de le faire avec
fureté du côté de la confeience*
L'opération faite avec toutes les précautions que^
Liiy
16% Des Opérations de Chirurgie ,
€e qu'il y a je viens de vous marquer , fi l'enfant eft vivant la
à taire aptes ' , r • • > i n -tri
Pextraftion parente en aura loin ; mais s il eft mort , il faut le
de l'enfant, prendre & le remettre dans le ventre de la mère ,
puis le recoudre de la même manière qu'on fait les
cadavres qu'on vient d'ouvrir.
Voilà , Meilleurs , toutes les opérations qui fe
partiquent fur le ventre inférieur , entre lesquelles
vous ne voyez point les cautérifations du ventri-
cule , du foye & de la ratte , que quelques Méde-
cins fe font imaginez pouvoir être faites. Ils pré-
tendent que loi (que ces parties font comme endor-
mies, ou qu'elles font par oître trop de lenteur dans
leurs fondions , en conféquence de quelque intem-
périe froide qui rallentit ieurs actions , il faut les.
réveiller , 6c les réchauffer par l'application de plu-
iieurs fers chauds ou ardens fur la région la plus
prochaine de ces parties -, mais les. douleurs que les
-malades doivent eifuyer dans ces fortes d'opéra-
tions ; fans aucun fruit , nous les font rejetter > ôc
accufer de cruauté ceux qui feroient capables de
les mettre en ufage.
AdoucifTe* j^a bonne Chirurgie a retranché le feu de toutes
nouvdkchu les opérations qui fe font fur la chair > elle ne fe
çurgie, fert pjU3 qlie ^e quelques boutons de feu fur les os
qui font infeufibies ,. encore ne les employé-telle
que rarement , elle a abbandonné ces manières ru-
des aux Maréchaux qui tourmentent avec des fers
rouges le^pauvres chevaux qu'ils pourroient gué-
rir autrement , 8c & leur méthode de fe fèrvir du
fer & du feu fait horreur a ceux qui leur voyent
pratiquer fur des animaux qui ne s'en plaignent
pas , que feroit-ce li on voyoit brûler le ventre
d'un 'homme qui par (es cris toucheroit le cœur le
plus endurci,
ion "de^eux ^ Y a environ trente ans qu'il s'éleva une cer-
qui encrepre- raine fecte de Chirurgiens qui s'applaudifToicnt de
"°te"#td* dé* s'être avifés les premiers d'une nouvelle opération,
qu'ils prétendoient mettre en pratique, elle corn
Sicon.de Démonstration. x^9
iîftoit à ôrer la ratte, ce qu'ils appeiloient dnatter.
Ils regardoient cette partie comme inutile, ôc
même nuifxbie , parce qu'ils n'en connoiiïbient
peut-être pas les ufages > & dans c!ec eiprit ils vou -
loient qu'on fit une inciilon à l'hypocondre gau-
che , qu'on en tirât la ratte 3 & qu'après avoir fait
une ligature a fes vaiffaux , on la retranchât har-
diment, Sut ce qu'ils l'avoient fait à quelques
chiens qui n'en étoient pas morrs fur le champ*
ils s'efforçoientde publier les avantages que l'hom-
me recevroir de certe opération : Mais tous les
animaux à qui on la faifoit étant morts peu de rems
après 5 il ne s'eft pas trouvé un f eul homme qui en
ait voulu fubir l'épreuve. C'eil donc avec jude
raifon qu'il n'eft: plus mention de ces cruelles opé^
rations , qui n'ayant été conçues que par des cer-
veaux creux * ont trouvé leur fépukure dans ceux '
de leurs inventeurs ( a ).
(a) Quoique cette opération ait été abfoïurnent prof*
crite par beaucoup d'Auteurs qui prétendent, corrn
me M," Dionis , qu'elle ne peut jamais réufifir , & qu'on
ne doit point la pratiquer du vivant de la mère ; néan-
moins il n'eit pas inutile de raporter ici les raifonsfus
lesquelles fe fondent ceux cjuiVen déclarent les Par-
ti 1 ans .
i°. La grande plaie qu'on eu obligé de faire aux tegiF
mens , tant communs que propres du bas ventre , n'a
lien d'effrayant ni qui puille îaire rejetter Tope ration.
Car on fçait , & l'expérience le confirme tous les jours ,
que de fembiables plaies fe referment ', & quand on
objedteroit le danger qu'il y a d'ouvrir quelque vailfeau
çoniîderable en incifant les tegumens : on répondroît
qu'on a un remède fur qui eft la ligature du yàideavi
ouvert.
2°. Les abcès qu'on a veu fè former aux différentes
régions du ventre inférieur , par l'ouverture def quels
les fœtus & leurs dépendances renfermez font fortis
tout -pourris de la matrice, font des preuves certaines
que les plaies de la matrice ne (ont pas abloUimentmor-»
telles , puifque plufieurs femmes qui ont été délivrées
de cette manière ont recouvré une fanté parfaite.; Ces
exemples ne peuvent cependant êtrç regarde? que corr>»
ffjë Des Opérations de Chirurgie.;
me des preuves que les plaies de la matrice font cura*
blés , mais non pas comme une preuve du fuccès de l'o-
pération^ Car dans le cas d'un abcès , la matrice con-
tracte des adhérences avec les parties voifînes, qui em-
pêchent Tépanchement des matières dans le ventre; au,
lieu que dans l'état naturel il ne s'en trouve point pour
empêcher i'é pencheraient du fang qui fortiroit des vaif-
feaux divifez. ^
3° L'opération de* la taille au haut apareil , femble
encore au oriler la fection Céfarienne. On. ouvre les
tegumens du bas ventre au-deiTus des os pubis & en-
fu te le fond de ,1a veiTie, fans entrer dans le ventre.
Cependant l'eau qu'on a injectée dans la veille avant
que de faire l'incifion aux tegumens , s'épanche rare-
ment dans le tilîu cellulaire qui l'entoure ; il ne fument
point d'hémorragie de confequence 5 la plaie faite aux
tegumens, & celle de la veflie toute membraneufe
qu'elle eit , fe guérit. A plus forte raifon une plaie qu'on
feroit à la matrice, qui eit. moins membraneufe pour-
loit-elle fe cicatrifer.
4°. La matrice eilun vifeere qui fe dilate à mefure que
l'enfant croît, mais qui fe contracte & fe refferre promp-
tement dès qu'il en eit forti. Sa contraction pourroit
donc faire à l'égard d'une p'aie qu'on y auroit faite , ce
que l'art fait à l'égard des plaies extérieures dont on
iaproche les lèvres. Les vaifTeaux divifez fe trouve-
roient alors légèrement comprimez; ce qui fuffiroit pour
empêcher que le fang ne s'épanchât dans le ventre »
lorfqu'on auroit fait la future aux tegumens,
5°. Si malgré toutes les précautions qu'on peut pren-
dre , le fang s'épanene dans la cavité lorfqu'on fait l'o-
pération , ou (î des matières purulentes s'y répandent
quelque temps après j on peut remédier à cet accident
en faifant coucher h malade fur le côté de l'incifon,
comme on le pratique dans le cas d'une grande plaie
du ventre.
6°. Enfin l'on ne peut oppofer aucun raisonnement à
certains faits dont voici les principaux.
Outre le fait rapporté par Raleau & par M, Saviartr
M. Jobert Médecin de Château,-Thierry , qui dans le
Tournai des Sçavans du 8. Juin 169$. confirme la relation
de M. Saviart , décrit en même-temps deux autres opé-
rations Céfariennes faites à une même femme , â vingt
mois de diftance l'une de l'autre, avec un fuccès fi heu-
reux , que cette femme & l'enfant tiré par la première
incifion vivoient encore de fon temps. On voit dans
Obf. 193. Schinckius , que, Vincent Villeau Chirurgien, fit une
Seconde Démonstration 17*
fncifion au côté gauche de l'abdomen d'une femme en-
ceinte , qu'il tira de la matrice un enfant tout pourri ,
& que cette femme quoique incommodée d'une hernie
ventrale , accoucha d'une fille deux ans après fa gue-
iifon , & d'un garçon deux ans après ce dernier accou-
chement M. de la Motte rapporte qv/u ne pauvre fem- OMV sjft
me ayant été en travail d'enfant pendant cinq ou iix^rai^é .;ea
J r • * ■ /» ri' 1er Accouche»
jours , fans avoir pu être foulagee par la Sage-femme m9 ns<
qui ne fit qu'arracher un bras qui fe prefentoit , fuc
heureufement délivrée par un Chirurgien du Pont La-
bé, qui lui fit au côté gauche du bas ventre uneinci- f
fion par laque le il tira un enfant tronqué d'un bras Se
le placenta. La plaie dont on confia au bout de cinq ou
fîx jours le foin au mari, fe cicatrifa par l'entremife d'u-
ne chair baveufe Se fpongieufe. On lit dans l'Hiitoire de
l'Académie des Sciences , année 1731 3 un fait à peu près
iemblable. Une femme âgée de 48 ans & groiTe de fon
premier enfant, apella une Sage -femme, qui trouva
que la tête e l'enfant fe prefentoit au paflage, mais
qu'elie étoit trop grotte pour qu'elle pût fortir- Cette
Sage- femme après avoir fait inutilement toutes les ten-
tatives pûïTibles , confu'ta M, Michel Médecin , qui de
fon côté ordonna ce qu'il crut convenir. Le quatrième
jour l'enfant fut ondoyé fous condition , Se la Sage-fem-
me tenta par l'avis du Mededin de le tirer avec le cro-
chet» Rien n'ayant pu réùifir , il ne reftoit plus que l'o- -
pération Céfarienne. La Sage-femme la fit le feptiéme
jour avec tant de dextérité & de courage , que la ma-
lade fut délivrée fans aucun accident ,■ & jouit d'une ^
parfaite fanté.
Quant aux cas où cette opération fepeut pratiquer,
ils font très-rares. Quelqu'un^ de ceux qui la conseil-
lent veulent qu'on ne la faiïe 7 que lors qu'il y a une
impoflibilité phifique d'accoucher autrement, foit que
cette impoiTibilité, vienne d'un vice de conformation
des os pubis , ou de ce qu'un enfant & ^qs dépendan-
ces, au lieu d'être dans la matrice, fe^ trouvent con-
fondus dans le ventre avec les autres vifeeres , fur les-
quels le placenta a pris racine. Dans ce dernier cas le
rétabliffement des vifeeres qui auront été dérangés par
la prefence de l'enfant & la preffion que feront les mus-
cles du bas ventre & le péritoine fur ces vifeeres en
reprenant leur reitort naturel fuffifent pour comprimer ,
les ouvertures àcs vaifleaux divifés par l'arrachement
du placenta , & pour prévenir i'épanchement qui pour-
rait fui vr ç un tel détachement La plaie des tigumens
lyi Des Opérations de Chirurgie,
peut donner un libre ifïue à la fuppuration des petites
plaies des vaifleaux.
Malgré tout ce que je viens de raporter en faveur de
l'opération Céfarienne, il faut convenir qu'elle eft dan-;
gereufe, & qu'elle preiente des difficultés infinies. Tou-
tes les raifons & les obfervations de fes Partifans ne
lafTûrent pas encore les Praticiens de nos jours contre?
la crainte qu'ils ont que l'épanchement ne faiïe périr
celles fur lefquelles on la fait. Cependant ces raifons-
&ces obfervadons m'ont parues aflfez importantes pour
mériter d'être rapportées ici en abrégé. L'intention des
Partifans de l'opération Cclarienne n'eft pas de confir-
ver la vie aux enfans aux dépens de celle de leur mère*,
mais de la conferver auxuns & aux autres, ou même
de la coi ferver aux mères feuies , quand leurs enfans
font mots, & qu'on ne peut les accoucher de la ma-*
ciere ordinaire. Ainlî loin de blâmer ceux qui la con-*
feillent, il eft jufte d'examiner fans prévention & avec
beaucoup de fcrupule & d'exactitude , ce qu'ils alk«*
guent en la faveur
tin de la féconde DétnwJlrAtien.
\
FIG. XfflPOUR LA LITHOTOMÏE , P, i73
(§^2L
T&S
^
^ S
OPERATIONS
DE
CHIRURGIE
Les Opérations qui fe pratiquent fur la
veflie , fur la verge ; & fur la matrice.
TROISIÈME DEMONSTRATION.
E S mêmes raifons , Meilleurs , qui
nous ont obligé de commencer nos
opérations par celles qui fe pratiquent
lur le ventre inférieur , nous enga-
gent à les continuer par celles que de-
mandent les maladies qui arrivent a la veflie , a la
verge > & a la matrice. Ces parties n'étant guéres
moins fujettes à fe corrompre que toutes les autres
du bas- ventre \ c'eft-pourquoi nous allons travaii-
vailler à les féparer de norre fujet.
Une des plus grandes & des plus difficiles opé-
rations de la Chirurgie , eft celle de tirer une L»extra£Kc
pierre de la veflie. Hippocrate la trouvent fi péni- de la pierre
Me Se fi dangereufe qu'il avoir réfolu de ne la plus.^^^;
enureprendre -, &c la plupart des Chirurgiens d'au- difficile.
jourd'hui à l'exemple des Anciens , fe.deffendent
ion
, 174 Ï)ês Ote'rations de Chirurgie ,
comme eux de la faire, lailîànt exécuter cette opé-
ration à ceux qui en font leur capital , Se qui ap-
portent tous leurs foins, pour s y rendre habiles.
Êtîmo^ogîe Les Grecs nommoient ces (ortes de Chirurgiens
inifte lth0t°" ^}0tomot > & nous ^es appelions aujourd'hui des
Lithotomifies j parce que cette opération s'appelle
Lithotomie. Ce mot efl: compofé de deux dictions
grecques, de lithos qui fignirle pierre y & de terri-
nein qui veut dire couper ou féparer. Cette étimo-
-,.. «. » îogie 3 quoique jufle , a trouvé des cenfeurs qui
xéponfe. ont prétendu qu eue ne convenoit point a 1 opéra-
tion dont il s'agit , puifqu'on n'y coupoit point la
pierre, Se que le mot de Kjfîitomie (ignifioit mieux
ce qui s'y pratiquoit 3 étant dérivé de Kyfiis , veiîie
ëe de temneïn , qui fignifie divifer, à cau.fe qu'elle
confiftoit dans une incifion qui fe fait à la veilie.
Mais on répond que le nom de Kyftitomie eft ce-
lui qu'on donne Se qui convient parfaitement à
l'opération qui fe fait à la veflîe pour en tirer l'u-
rine qu'on ne peut faire fortir autrement. Vous
en demeurerez d'accord quand je vous démontre-
rai une telle opération. D'ailleurs fous le nom de
Lithotomie font connues & décrites dans nos Au-
teurs toutes les opérations qui fe pratiquent pour
les pierres*, & ce feroit embaratTer les Chirurgiens
Se fatiguer inutilement les étudians que de les vou-
loir obliger à fe fervir d'un nouveau nom qui ne
feroit pas mieux entendre la chofe qu'elle efc déjà
connue de tout le monde par le mot ufité : ajoutez
que quoiqu'ordinairement on ne rompe pas la
pierre , néanmoins la fin pour laquelle on incifela
veflie , étant pour en tirer les pierres , pour les en
féparer Se les en détacher lorfqu'eiles y tiennent ,
pour les y atténuer quand elles font molles & fria-
bles , ou pour les brifer en morceaux , quand elles
font trop grottes , Se qu'on peut plus commodé-
ment les dégager des parties , on ne pouvoit pas
donner un nom qui exprimât mieux cette opéra-
tion que celui de lirhoromie.
Troî sieme'Dï'mon stratïon. 175
On entend donc par lithotomie une opération , ^«"«o»
1 V-f • • 1 ii 11 • 1 aecetceopc«s
de Chirurgie , par le moyen de laquelle on tire de ration,
la veffie les pierres qui y font contenues , 8c fous
le nom de pierre nous comprenons généralement
routes fortes de corps étrangers 'y comme des gru-
meaux de fang , des membranes , des chairs endur- ■
cies , qui par leur malTe , leur groifeur 8c leur
confidence empêchent le cours de l'urine 8c nous
obligent d'en venir à la même opération pour e»
débarraiferla veilie.
Nous trouvons tous les jours des pierres dansles Des !*«$*
reins 8c dans la veille ^ tant des hommes que des& ^ins la-
femmes , &. il en eft peu qui ne vuident avec lesvciîîc
urines du fable ou du gravier ou quelque petite
pierre ; mais il eft difficile de fçavok comment
ces corps étrangers fe peuvent engendrer. Il faut
toutefois qu'un Chirurgien s efforce d'en déveio-
per le fecret -, c'eft-pourquoi fans nous rebuter des
difhcukez , nous allons propofer ce que nouspen-
fons fur la manière de leur génération.
Tous nos Auteurs qui jufqu a préfent ont écrit Del'origin»
fur cette matière , 8c entr'autre Fernel , qui après du calcul*
Hippocrate , s'en: donné le plus de peine pour l'ex-
pliquer , nous ont dit que les. pierres étoient for-
mées de la partie la plus vifqueufe 8c la plus ter-
reftre de l'urine , que la portion la plusfubtile de
cet excrément étant confumée par la chaleur des
reins , la plus groffiere fe pétrifioit &: s'endurcif-
foit de même que les pots de terre molle s'afrer-
muTent 8c deviennent folides par la chaleur du
fourneau , 8c que lorfque les pores par lefquels l'u- '
rine fe fépare du fang fe trouvoient trop étroits, les
particules les plus épaifTes de l'urine s'embarafTant
dans ces conduits > s'y pétrifioient par leur féjour x
8c par la chaleur de ces parties, où elles grofif- Troîg -
foient par une continuelle appofition de matières du calcul fe-
l'une fur l'autre j deforte que félon eux, il y a trois ]°"n]ts An"
caufes de génération pour les pierres^ la matérielle ?
i-jG Des Opérations de Chirurgie,
fçavoir ce qu'il y a de plus gluant ôc de plus ter-
reftre dans l'urine j Pinftrumentale , qui font les
paiTages trop étroits des reins où cette matière eft
arrêtée ; ôc l'efficiente attribuée à la chaleur du
lieu , gui la délféchant , en forme du gravier ou
des pierres.
Ils étoient confirmez dans cette opinion , parce
\ J - qu'on obferve tous les jours que les enfans lont
plus fujets à la pierre que les grandes perfonnes , ÔC
principalement ceux qui font nouais d'alimens
greffiers & terreftres : en voici la raifon , les enfans
mangeant fort Couvent ne peuvent pas bien faire
exactement la digeition*, Ôc entr'aucres les enfans
cle païTans qui ne fe nourriffient que de pain lourd,
mal cuit Ôc mal fait , de fromages ôc de légumes
indigeftes ,• ilrefte unfuc crud Ôc mal digéré qui
étant porté aux reins avec le fang, s'embarrafTe dans
les porolitez de leurs caroncules mamillaires, ôcy
féjournant s'endurcit Ôc devient pierreux par la
chaleur naturelle qui fait exprimer à ces mamelons
ce qu'un tel fuc a de plus féreux , de manière que
ces trois çaufes dont nous venons de parler, fe
rencontrant plus fréquemment aux enfans , il ne
faut pas s'étonner fi on en trouve tant qui ont la
pierre.
Quels font La preuve de ce que j'avance eft manifefte dans
ceux w qui |£S écrouelles 5 les oreillons , les excroiflances , ôc
13 pierre s en» t * i " * * * \
gendrent plus tous les gonflemens de glandes qui arrivent tres-
fre^uemment fou vent dans le bas âge , la matière de ces tumeurs
eft un fuc crud diftribué aux glandes où il s'émba-
raiTe ôc féjourne à raifon de l'étroiteffe du paffiage :
Ôc la chaleur en eft la caufe efficiente , parce qu'en
confommant ce qu'il y a de plus liquide , elle y en-
durcit tellement cette matière , qu elle devient
toute pierreufe.
Ceux qui ontfouvent vidté l'Kôtel-Dieu ou la
Charité de Paris , qui font les deux endroits où on
taille le plus de perfonnes , conviendront que de
trente
*Troisie'mé Démonstration. 177
trente à qui on fait cette opération il y en aura
d'ordinaire plus des deux tiers qui n'auront pas dix
ans > ôc qui font prefque tous enfans de villageois \
ce qui marque évidemment que la première ôc la
plus générale caufe de la pierre eft la méchante
nourriture ôc que cette production trouve fon
principe dans les alimens terreftres , mal cuits ôc
mal digérez j ôc ce que nous lifons dans les Au-
teurs qui ont traité ce fujet, fçavoir , qu'on ne tail-^
lôit autrefois que depuis l'âge de lix ans jufqu a
quatorze , nous prouve que le nombre de ceux qui
étoient affligez de la pierre a été de tout tems plus
grand dans la jeuneiTe que dans un âge plus avancé.
Cette opinion fur la caufe de la génération des Principes de
pierres a paru fi vraifemblable à tous nos Anciens, !? for^ation
qu'avant eux on n a oie la concerter -, mais u s eft félon les Mo*
trouvé de nos jours des gens qui ont été plus har- dernes* -
dis êc qui ont avancé que ceux qui croyent que les
pierres réfuitent de la matière la plus groffiere dit
fang (ont dans l'erreur , foutenant au- contraire
qu'elles étoient formées des corpufcules les plus
fubtiis de cette humeur. Pour deffendre leur hy-
pothèfe 5 ils diftinguent dans l'urine deux princi-
pes ,* l'un êft unfel volatil Ôc urineux } femblable à
l'efprit de nître , ôc l'autre \in foufre étheré qui
tient de la nature de l'efprit de vin , ils appellent
le premier > efprit coagulateur, ôc ils veulent qu'é-
tant mêlez avec un autre efprit qu'ils trouvent dans
ce liquide excrémenticiel & qu'ils nomment ef-
prit terreftre ôc ftiptique , il s'en fane une conden^
fation qui forme un corps pierreux.
Pour prouver cette opinion ils ont recours à la
Ghymie, ôc difent que fi on mêle de l'efprit de vin
avec de l'efprit de nître , ou avec de l'elprit de fel
ammoniac > il s'en fait d'abord après quelque fer-
mentation > un coagulum qui peut devenir m\
corps folide ôc compacte comme de la pierre.
Loin de condamner ceux qui font de ce fend-
M
îyS Dès Opérations de Chirurgie,
riment , je les juge au-concraire très-dignes de
louanges d'avoir travaillé à pénétrer dans une
caufe fî cachée -, mais aufïi il ne- faut pas qu'ils
croyent que nous devions les fuivre aveuglement,
c'eft à nous à examiner fans prévention, ce qu'ils
nous propofent ■ à le confronter avec ce que nous
en ont dit les Anciens , 8c à prendre le parti oit
nous trouverons plus de folidké que de vraifem-
blance.
Ce dernier fyftême eft de l'ingénieux Vanhel-
-mont , qui avec ces trois efprits dont je vous ai
parlé , a befoin d'un autre efprit de putréfadion ,
excité par un ferment corruptif qu'il cherche dans
l'odeur de l'urine, pour mettre les autres en action
Se faire la coagulation de la pierre , mais quoique
l'imagination ait de la peine à le repréfenter tous
ces principes , néanmoins cette opinion moderne
ne nous eft pas inutile , car en la conciliant avec
l'ancienne, elles produifent enfemble dans nous
des lumières qui nous procurent la cônnoilTance
véritable de la génération de cette fubftance tarta-
reuie dont la pierre eft formée»
Cet parties j| y en a qU[ fonc jeux fortes de pierres , l'une
ïjread naik qu ils dilent être rormee dans les reins , bc 1 autre
famf dans }a vefïie : ils les différencient en ce qu'ils
veulent que celle du rein foit plus petite , plus
légère , 8c plus rouge , & que celle de la vefïie foit
plus grotte , plus dure 8c plus blanche , ajoutant
que les viellards font plus lujets à avoir le calcul
dans les reins , 8c les jeunes dans la veffie ,• mais
ces obfervatiôns ne font pas certaines, car aux jeu-
nes comme aux vieux on trouve d^s pierres de tou-
tes couleurs , de toutes figures , 8c de toutes grof-
feurs j 8c aux uns comme aux autres , elles com-
mencent à fe former dans le rein , 8c elles s'aug-
mentent dans la veffie : voici comment.
eoœment Le principe eiîentiel , ouïe fondement de la
f?l*1ïïï«»PiOTçeft toujours quelque particule d'un chib
T k o ï s t e'mê D ë'm onstràtion, 179
giroflier & mai digéré , qui étant porté avec la fé~
rofité urinaire aux reins^ ôc s'infinuant dans un des
petits tuyaux des corps mammillaires qui filtrent
cette férofité , s'y embarafle 6c arrête , de maniere
quavec le fecours dés efprits coaguiateurs ou des
acides , elle s'y endurcit ôc devient pierrey/e : la
partie tartareufe de l'urine venant enfuite à tou-
cher ce petit commencement de pierre , elle s'y
attache, s'y unit & en augmente le volume, ôc tous
les jours un nouveau tartre de l'urine s'y joignant ,
elle croit jufqu'à ce que le cours continuel de ce
fluide l'oblige à fe détacher ôc à tomber dans le
baflinet , d'où elle eft conduite par l'uretère dans
laveflie ; & alors trouvant un eipace vafte ôc libre
elle y féjourné plus aifément ÔL s'y groflit de plus
en plus par de nouvelles applications de matières >
jufqu'à ce qu'enfin caufant par ion volume , par
fon poids , ou par Tes pointes des douleurs Ôc des
incommodités infuportables , on eft contraint de
la tirer par l'opération.
Ce premier principe que quelques-uns ont nom- $e j^ femetî<-
rné la femenee de la pierre ôc qui en eft appelle le ce & du 3er^
,-, 1 i \ ■ rt "l me ou noyati
noyau par Fernei , n ayant pu palier par les mam- dit-on » cette opération , étoit dans ce cas. Cnr fl
«ni»,1 " la regarde comme impraticable en tous autre. Au refte
on ne fçait pas precifement quelles étoient la maladie
de l'Archer de Ba^nolet &r l'opération qu'on lui a fait 1
IgS feittimens des~Hiitoriens , font fort partagea lur c?
Trois r e'mî DeVonstr. a t ion. itt
fait, rapcrté par Mezeray. Quant à l'opération de la
Nephrotomie: voici ce qu'en dit M. Mcry , * dont le * Obferva.»
jugement mérite d'être refpe&é. „ La connoififance que ti°ns fur la
„ nous avons que cette opération a été pratiquée du m?"ere de
a, temps d'Hippocrate, jointe aux exemples qui ne font tai er*
3, point fort rares d'abcès des reins qui fe font faie.
„ ouverture dans la région des lombes,. dbiventempê-
3, cher que. cette proportion, ( celle de pratiquer la
„ Nephrotomie au moins fur des Criminels ) pareille
„ téméraire. Et on peut d'ailleurs aflûrer que la ne-
3, culte de remettre cette opération en pratique, eft
„ tout au moins a.ufïi grande, qu'a été celle d'y remet?
3, tre la précédente , (l'opération de la pierre dans la,
„ v-effie ) , puifcu'il y a tout au moins autant dèmalades
3, qui meurent de la pierre dans les reins que de la,
3, pierre dans la vefïïe. M, Mery ne voudroit-il pas dire ,
qu'elle n'eit praticable que dans le cas. d'un abcès.
Il paroït par un examen anatomique que cette opé-
ration ne peut réunir, à moins que le dérangement des
parties n'en préparent le fuccès.
Mii)
i§2. Des Opérations de-Chirurgie;
Pierres trouvées dans les reins du Pape Innocent XX.
De la dou-
leur néphré.
L'Orfqu'une pierre fe détache du reig, & qu'el-
le prend le chemin de la veilie , fi elle eft pe-
tite elle coule aifément dans cette poche \ mai fî
elle eft groffe , étant obligée de dilater l'uretère
pour fe faire paiîage, elle caufe des douleurs d'au-
tant plus gran3es que par Tes inégalitez &: par Tes
angles aigus , elle déchire 5c pique la membrane
«eryeuCç de ce tuyau, On appelle fouvent cette ma&
T Ro i s i e'm e D s'm o m s t r a t i o n. 1S5
iadie , colique néphrétique j mais c'eft impropre-
ment , puifque ce nom de colique ne doit être
donné qu'aux maux qui regardent le colon : elle eft
mieux nommée douleur néphrétique , de nepbri ,
qui veut dire rein , à caufe que ce qui fait la. dou-
leur vient du rein , ÔC non de l'inceftin colon.
Ces douleurs néphrétiques font excitées par du ûe h caufô
fable , par du gravier , ou par une pierre ; quand aé^hrléSu"8'
c'eft. du fable , les douleurs font légères , à moins q«e^
qu'il ne foit en une très-grande quantité y lorfque
c'eft du gravier , elles fe font lentir davantage ,
parce que les particules du gravier font rudes -, ii>
régulières <5c plus groftes que celles du fable ', Ôc
quand c'eft une pierre, elles font très -vives :on a
pour lors recours aux remèdes généraux qu'on or-*
donne fuivant les accidens qui preflent le plus.
Les fignes qui nous apprennent que c'eft une Catafee
douleur néphrétique , font qu'elle commence à ^la cjouîe^
l'endroit du rein , qu'elle fe continue le long de " ^ue*
l'uretère , & qu'elle répond à la région de la
veffie y on fent un engourdifTement dans la cuiffe ,
le tefticule du même coté eft tiré en haut par le
mufcie cremafter qui fourTre , on a de la peine à
uriner , ôc on vomit dans cette occallon. Je vous
renvoyé à la pratique ordinaire pour les remèdes
qui conviennent à ce mal. Je ne vous en ai parlé
que pour vous faire concevoir pourquoi on a rai-
fon de foupçonncr que celui qui urine difficile-
ment peut avoir une pierre dans la veffie , furtouc
lorfque cette difficulté aura été précédée par des
douleurs néphrétiques.
Après vous avoir expliqué comment la pierre
fe fait , il faut que je vous di(e ma penlée fur la
formation du fable. De même que vous voyez que & .
la partie tartareufe du vin eft adhérente à la fur- fur la^prod^.
face intérieure du muid où il eft renfermé , qu'elle ^ion &* f**-
s'attache aux vaiffaux où on fait bouillir des li-
gueurs épaiffes 3 £c que même il fe forme uns
Miiij,-'
184 Des Opérations de Chirurgie ;
croûte au dedans des tuyaux par où l'eau couî©
continuellement j aufïi ces fortes de corpufcules
contenus dans l'urine fe coiient-ils dans le baflinet
6c le long des uretères ; 6c y étant coagulez par un
cfprit acide , ou par l'entrelacement 6c l'union
étroite de leurs parties branchues s'y pétrifient , 6c
en boucheroient à la fin les conduits 9 fi l'humeur
glaireufe que les glandes des uretères réparent fans
ce(fe pour en enduire les cavités , de crainte que
leurs membranes ne foient offenfées par les fels uri-?
neux n obligeait ce tartre de fe détacher petit à
petit pour le lauTer entrainer par l'urine dans la
velïie où il tombe par petites particules féparées
comme du fablon •, 6c il eft peu de perfonnes qui
n'en vuident tous les jours avec l'urine*
Ce fablon eft f auvent blanc , 6c quelquefois
rougeâtre » on le trouve au fond du pot- de-cham-
bre \ 6c même lorfqu'on y laiMe féjourner l'urine»
on s'apperçoit que ce même tartre s'attache aux
parois du pot & y fait une croûte 9 d'où on conje-:
drureaflez furement qu'il y a dans l'urine une ma^
tiere propre à être condeniée , 6c un efprit capa-
ble de faire cette pétrification.
Expérience M. Toler. qui a très-bien écrit de la Lithotomie
fi'o^exHaor- aPr^s lavoir longtems pratiquée à l'Hôpital de la
dinaire du Charité de Paris , fous l'ilmitre M. Jeannot alors
cz cu le plus célèbre Lithotomifte , nous dit qu'il a taillé
un foldat Italien qui s'étoit fouré un feret d'ai-
guillette par l'urètre dans la veffie , qu'il fe forma
une pierre de la matière qui fe joignit à ce ferret*
8c s'y endurcit par lucceflion de tems. Il arriva la
même chofe à un autre à qui un coup de moufquet
fit entrer une baie dans la vefiie où elle fervoit de
bafe à une pierre dont il le fallut délivrer par la
taille quelques années enfuite. Ces expériences,
confirment bit \ I ^enfée de Fernel en ce qu'il dit
' que toutes les pierres ont un noyau,
il y a aufli une nature de pierre qu'on appelle
Troisie'me Démonstration. 1B5
fabloneufe , laquelle eft formée dans la veille , dcfj^^«^
plufieurs petits grains de fable qui fe joignent en-
femble par le moyen d'une glu qui leur fert de ci-
ment. Cette efpèce de pierre fe compofe en peu de
tems , mais elle n'eft pas fi dure que celle qui eft
faite par plufieurs couches pofées les unes fur les
autres t auffi fe brife-t'elie facilement fous la tc-
nette quand on la veut tirer par l'opération.
Je vous ai dit que les pierres paffoient par les Dilatation
uretères pour aller du rein dans la veffie : ceux àd^s Y« caW
qui cela eft arrivé , ont l'urètre dilaté à proportion cuieux,
des pierres qui font parlées par ce conduit , qui
n'ayant ordinairement que la grofleur d'un tuyau
de plume, fe trouve néanmoins fouvent de la grof-
fcur du pouce , Ôc quelquefois de celle d'un
inteftin , Si quoique cette partie foit capable
d'une telle extenfion , on voit cependant en
quelques-uns des pierres arrêtées dans fa cavité ,
ce qui arriva à M. Colbert 3 qu'on ouvrit après fa
mort, de a qui ontrouva des pierres très groffes re-
tenues dans le milieu des uretères, ce qui lui avoic
fait fouffrir durant les derniers jours de fa vie ,
d'effroyables douleurs néphrétiques ; mais ces for-,
tes de pierres reftées dans les reins ou dans les ure^
teres ne peuvent point être tirées par la Chirurgie,
c'eft- pourquoi palfons à celles qui fe rencontrent
dans la veffie qui font le fujet de notre opération. _
Avant que d y venir il faut être allure qu il y de preaves
ait une pierre dans la veille. Les fignes qui nous de j'exiften^
l'indiquent font de deux fortes, Les premiers qu'on pierre dans \
appelle communs ou équivoques , peuvent dépen- *a vçffie,
dre de plufieurs maladies de la veiîïe y autres que
celles qui font caufées par la pierre. Les féconds ,
font nommez propres ou univoquçs , ils ne con-
viennent qu'à la pierre feule.
Les fignes équivoques font en très-grand nom- Sign» dau*
bre *, le malade reflent dans la région de la veiîie teu*'
tine douleur continuelle ? qui s'augmente lorfcju'il
ilSo* Des Opérations de Chïrtj!igi£,
.veut uriner j c'eft ce qui lui fait différer le plus:
qu'il peut cette fonction ; mais la douleur en eft
encore plus violente , à caufe que l'urine par le
long féjour qu'elle fait dans la velîie , étant plus
échauffée de plus acre , elle irrite davantage les,
parties par où elle parle pour fortir-, outre que le
malade pouffant avec véhémence pour accélérer
l'évacuation, l'inteftin rectum s'allonge au dehors
le^cmenrt' Par ^cs e^orrs *pîîi fait pour piller. Cet accident
arrive rarement aux perfonnes avancées en âge ,
mais fou vent aux enfans , c'eft ce qu'on appelle le:
fondement forti. Les urines font quelquefois blan-
ches , crues 9 & tenues ; ôc d'autres fois troubles ,
bourbeufes &c fanglantes , ôc lorfqu'on les laiffe
repofer , on voit au fond un fédiment blanc fem-
8&limefls, de blabie à du pus , avec de la mucolité de du fablon,„
l'urine* Le malade fent au périnée une pefanteur caufée
par le poids de la pierre , ilporte fouvent fa main
à la verge qu'il tire pour fe îoulager, il lui furvient
„ . . v des érections involontaires ,. produites par une ir-
Irntation 3 . . . , ,, " r r r .r,
l'urètre ntation qui de 1 urètre le communique alternent
aux nerfs caverneux, il éprouve un picotement qui
repond au bout de la verge : il a de la peine à uri-
Difficulté ner ' ^ollvent: l'usine ne fort que goûte à goûte , Se
é'uriner. quelquefois elle eft entièrement fupprimée (a).
Quoique tous ces fymptomes dénotent ordinai-
rement l'exiftenee de la pierre dans la velîie , ils
n'en font pas néanmoins des lignes fi fidèles qu'il y
faille croire abfolument j car ils conviennent aux
inflammations & aux ulcères de la velîie &de l'urè-
tre , 8c c'eft ce qui les a fait appeller équivoques.
On doit donc avoir recours à d'autres qui foient
infaillibles.
(a) Le malade ne peut aller à cheval ni en voiture l
ni Te donner certains mouvemens fans refientir dans la
veffie de violentes douleurs , après lefquelles l'urine
qu'il rend eft fanguinolente, principalement fi la pierre
eft de l'efpece cjue les Lithotomiftes apellent murales,
c'eft-à-dire , henflfées d'énainences inégales coramç tes,
mures.
Troisib'mï Démonstration. \ty
Les fignes que nous appelions univoques, parce Marqué* "
qiùls ne peuvent fe rapporter qu'à la pierre , & £J£$g *
i qu'ils ne nous trompent point, font deux j l'un eft le *
doigt de l'Opérateur , &c l'autre la fonde. Voici
comment on s'y prend pour fe fervir de l'un & de
l'autre.
Le Chirurgien ayant rogné fes ongles, il frottera fo*f^er!*£
de quelqu'huile fon doigt indice ou celui du mi- le doig^
lieu. On fe lert communément d'huile d'olive \
puis ayant fait affeoir le malade fur le bord du lit
couché à la renverfe , les cuiffes hautes ôc écar-
tées , il lui introduira ce doigt dans l'anus , où il
le pouffera le plus avant qu'il pourra , &C n'y ayant
que 1 epaiffeur du re&um Se de la veilie entre (on
doigt de la pierre qu'elle renfermera , il lui fera
aifé de fentir ce corps étranger , furrout lorfqu'ap^
puyant de fon autre main contre la région hypoga-
ftrique du malade , il pouffera vers le re&um ce
qui fera engagé dans la veffie. Aux femmes la ma-
trice étant placée entre ce boyau & la veilie, le
Lithotomiite ne pourroit fentir la pierre s'il en
ufoit de même qu'aux hommes , c'eft-pourquoi il
faut qu'il infinue fon doigt dans leur vagin \ mais
aux filles pour plufieurs raifons que je paife fous fi-
lence , il ne doit point fe fervir du doigt , ni dans
le vagin, ni dans le rectum y il faut qu'à, leur égard
il fe ferve de la fonde ( à ').
Il n'eft pas aufîi facile de fonder un homme
qu'une femme, La longueur & la figure courbe de
l'urètre d'un homme , font la caufe des difficultés
qu'il y a d'y faire entrer la fonde ; il faut de l'a-
(a) Une tumeur dure 8c fchirreufè aux environs de
iave{îie,oùlôraeorni{ïlment des parois de cette par-
tie, peut en impofer au Chirurgien qui introduit fon
doigt dans l'anus ou dans le vagin, & lui faire pren-
dre cette tumeur ou la veffie pour une pierre , lorfqu'il
n'y en a pas réellement. La fonde eft par confequent le
meilleur moyen de s'allurer de rexiftence de la pieirç
dap,s la y die*
i88 Des^Ope'ratioks de Chirurgie;
dreffe Se de l'habitude pour y rénffir. On prend un©
fonde de la longueur de dix à onze pouces , Se de
la groffeur d'un petit tuyau de plume à écrire, faite
d'argent pour l'ordinaire , ayant dans la moitié de
fa longueur la figure d'un croiilànt , Se fan autre
moitié étant droite.Le bout de cette première moi-
tié tant foit peu plus menu que l'autre eft moufle ,
Se l'extrémité de celle qui eft droite eft garnie de-
deux anneaux , afin de la tenir plus ferme. On graif-
fe toute la fonde avec de l'huile 3 & on fe met en
devoir de la faire entrer dans la veffie , en intro-
duifant la partie courbe la première dans Furctre*
mé^dl"de % a deux manieres de fonder , c'eft au Chi-
fonder avec^urgien à choifir celle qu'il a le plus accoutumé de
*'inft*umcnt. pratiquer •■> l'une en prenant la verge du malade avec
deux doigts de la main gauche , fçavoir le pouce
Se l'indice , Se l'élevant en haut pendant qu'on
rient la fonde avec les deux ferîiblables doigts de la
main droite , enforte que la partie concave du
croifïant regarde le ventre du malade. Alors en
ayant introduit doucement le bout dans l'urètre on
la poufïe jufqu'à ce qu'on foit à la racine de la
verge qu'on baifle au même inftant , afin que la
pointe de la fonde montant en haut elle puiiîe en
paflant par deflbus l'os pubis aller jufques dans la
^e«onàe mé- veffie. L'autre manière diffère de la précédente »
en ce que le dos de la fonde regarde le ventre du
fujet , Se que l'ayant pouffée jufqu'à la racine de
la verge , on fait faire un demi tour à l'inltrumenc
en le penchant conjointement avec la verge vers
l'aine droite , Se enfuite lebaiffant , par ce moyen
la pointe de la (onde recevant une légère impulfion
entrera dans la veffie : Ôc c'eft de cette dernière
façon que fondent prefque tous les Lithotomi^
fies , qui font voir leur adrefte en donnant ce
ïrtconvé- tour ^e ma^r^. Si la fonde étant prête d'entrer
trient à évi-dans la veffie on fent quelqu'obftacle , il ne faat;
%*u rien forcer, parce qu'il peut être caufé. par una
Trois u'mê Démonstration. i8j
petite valvule qu'on nomme verumontanum , qui
eft à l'endroit où les vaifTaux éjaculatoires percent
l'urètre , 8c pour peu qu'on forçât , on ne man-
queroitpas d'endomager cette valvule , c'eft-pour-
quoi il faut alors retirer la fonde de la longueur
d'un travers de doigt pour la repouiTer enfuite en
s'éloignant de cet obâacle, on trouve ainfi le che-
min de la veiîie.
L'urètre d'une femme étant courte 8c droite , facilité fy
on n a ;pas beaucoup de peine d'y introduire la femmes!"
fonde. La malade étant couchée à la renverfe , on
lui écarte les nymphes avec la main gauche , 8c on
découvre l'orifice de l'urètre , qui eft un petit trou
rond, placé entre ces deux crêtes au defïous du cli-
toris. On prend de la main droite une fonde de la
même groffeur que celle des hommes , longue de
fix à fept pouces 8c de figure droite , 8c l'ayant
huilée ? on l'infinue doucement dans la veffie a 8c
tant aux hommes qu'aux femmes , en tournant la
fonde à droite 8c à gauche, s'il y a quelque pierre
on ne tarde pas à le reconnoître par la réfiftance
qu'elle fait à la fonde , 8c parle bruit même qu'on
entend en frappant du bout de la fonde fur ce
corps»
Si par la fonde on eft afïuré qu'il y ait une ou Néceflïcéde
plufieurs pierres dans la veffie , le feul moyen de l^ilfthoto"
les tirer , c'eftpar l'opération qu'on fera de l'une ,
des deux manières que je vais vous démontrer
dans peu de tems } car c'eft un abus de croire -qu'il
y ait des remèdes capables de diifoudre un calcul
dans les reins ou dans la veffie. Tous ceux qui fe
font vantés d'en avoir trouveront des charlatans 8c
des impofteurs , qui profitant de l'état pitoyable du
malade 8c de la frayeur qu'il a d'une telle opéra-
tion, lui promettent plus qu'ils ne peuvent tenir. Je
ne blâme point un malade qui cherche a s'épargner
de la douleur , il n'y a rien de fi naturel que de
s'abandonner entre les mains de ceux qui nous font
î«o Des Opérations dé Chirurgie *
entrevoir une guérifon fùre &c facile ; mais ces
fortes de gens font d'autant plus dignes de puni-
Abus fur le r*on ^ue *eurs Prome^es choquent le bon fens. Il
diffoivant de n'y a point de difloivant allez aéfcif tel qu'il puilfè
la pierre, £tre - pOLir foncJre une pieL-rc hors de la veille j à
plus forte raifon il eft impofîible d'en trouver qui
le faffent dans la veille même , après avoir pa(Té
par tous les différais chemins qu'il doit tenir pour
y parvenir*, étant pris par la bouche. S'il étoit aife^
puilïànt pour un tel effet ^ que ne feroit il point
ïur 1 eftomac 3 fur les inteftins , fur les vénes lac-
tées 3 fur le canal thorachique , dans le cœur , dans
lespoulmons > dans les artères, dans les reins de
dans les uretères j toutes parties qu'il faut qu'il tou-
che avant que de venir à la vefïie où eft la pierre
qu'ils prétendent diffoudre I ôc s'ils veulent le fé-
ringuer par l'uietre ; l'urine i? empêchera telle pas
qu'il n'agilfe , ou ne bléffera-t'il pas plutôt la
veille , qu'il ne rongera la pierre î
enarurcieîerre Ceft donG unc folble reffource que d'efpérer la
n'eft plus en guérifon par des remèdes quand la pierre eft une
attende1 par ^°*s ^ormée ' ^ D7 a cîLie 1 opération qui la puilfè
des remèdes, tirer de la veflîe : ainîi c'eft au malade à prendre
fon parti genereufement * & à s'y difpofer au plu-
tôt , lorfque la fonde l'a rendu certain que tous les
maux qu'il reifent font des effets dîme pierre dans
cet organe ,* car plus il différera , plus la pierre
groiîira , &c plus l'opération en fera difficile & dou-
loureufe. Mais fi en fondant il ne s'eft point trou-
vé de pierre , & que cependant le malade reffente
les accidens qu'elle a coutume de eau fer , Se par-
ia rétention ticulierement la fuppreilîon d'urine qui eft le plus
totale de i'u- fameux de tous , il faut que le Chirurgien le fe-
rme deman- ^ r • r
deunprompt coure le plus promptement que taire le prourra *,
(ecQurs, (0'it qU»ji [a regarde comme maladie d'elle-même *
ou comme l'effet d'une autre maladie.
T & o i s i e'm i D e'm o n s t r a t i o n. 191
A fuppreflîon d'urine eft d'une relie impor- D* k *•#*•
rance , qu'on ne peur gueres retenir Ton eau i>unne,
plus d'un jour fans être réduit à l'extrémité. Ce
mai ne demande point de retardement quand le
Chirurgien eft arrivé , car fouvent dans ces lottes
de maladies on ne l'envoyé chercher qu'après que
ie malade a pafTé un tems confîdérable fans uriner,
& pour peu qu'on diffère la veflie s'emplit de plus
en plus , la douleur ôc le péril augmentent j c'eft
pour cela qu'il faut fur le champ travailler , pour
lors les momens font chers , & on ne peut trop tôt
fatisfaire à l'impatience du malade qui implore
notre fecours avec emprefTemenr.
Ces raifons m'ont engagé à vous faire Yoir les
moyens de remédier aux fupprefîions d'urine avant
que de vous démontrer l'opération qu'on fait pour
l'extraction de la pierre. Il faur aller au plus prefle,
parce qu'on eft dans une nécefîité indifpenfable de
piiTer ; mais pour la taille on peut choifir rel tems >
telle faifon ôc tel jour qu'on veut.
Il y a trois fortes de fuppreflîon d'urine qui ont Trois efpé-
chacune leur nom particulier. L'une fe nomme ceS de |j|P*
DyfTurie , l'autre Strangurie , ôc la troifiéme If- tLc™*
churie.
Lotfque le malade ne pifle qu'avec difficulté , DeiaDyfïin
©n appelle cette incommodité DyfTurie. Ce mot eft ne*
dérivé de dys , qui veut dire difficile ôc à'ouron ,
qui fîgnific urine , parce qu'alors elle fort diffici-
lement ôc avec douleur.
Quand le malade ne pille que goutte à goutte , De la $»»w
cela fe nomme Strangurie , qui vienr de Strank , gune'
goûte , ôc à'ouron \ urine , parce qu'il n'en fort
qu'une goutte à la fois , ce qui a aufïi fait appeller
cette maladie piffe-goute*
Si l'urine ne fort point du tout , c'eft une ifchu- DcvMfch»#
rie s mot dérivé iïlfchein , retenir , ôc à'ouron ,
urine , car pour lors l'wrine eft retenue ôc la fup-
preflfon en eft entière*
rit
ï92- Des Opérations de Chirurgie;
Autre dïffe- H y a deux forces de fupprelîîons d'urine 5 l'une
jreffion^url quand cet excrément eft contenu dans la veiîie 8£
i-inc. qu'il ne peut point en fortir , &c i'autre lorfqu'il
eft an été au-deflus delà veiîie ( a ).
Des obfta- On trouve cinq ou fix caufes qui empêchent l'u-
f ôrmenr* à ° rnie de fottït de la verîie i i°* quand quelque
i*xc,rétion P^erre e^ placée à l'embouchure de l'urètre &C
contenue"6 qu'elle en ferme le paifage , alors il faut la recu-
dans la vef^ 1er avec une bougie, ou avec la fonde , ou bien en
faire l'extraction. 2°. Quand l'urètre eft affauTé ô£
ôc comme plifié , ce qui arrive aux vieillards *
lorfque la verge n'a plus d'érection , on y remédie
par des fomentations chaudes 6c aromatiques , qui
donnent de la vigueur à la partie , 30. Quand il
furvient une inflammation au coi de la veiîie , ou
au conduit de l'urine , on fe fert en ce cas de me*
dicamens qui appaifent la douleur Se qui tempè-
rent l'ardeur du fangi 40. Quand c'eft une pituite
craiîe & lente qui eft contenue dans la veiîie , on
la tire par la fonde* 5°* Lorfque la vefîîe étant
trop pleine , les fibres qui étoient exceiîivemenn
étendues par leur mouvement de rcfïbrt, & ne peu-
vent plus comprimer l'urine pour l'obliger de for-
tir; ce qui arrive fouvent aux enfans après avoir été
long-tems fans piffer : on leur frotte le penii ou
pubis avec des huiles , comme celle de câpres é ÔC
on a recours à la (onde* On ajoute un iixiéme em-
pêchement , qui eft la carnofité , qu'il faut confu-
merj mais je ne fuis pas bien perfuadé qu'il y en ait*
Nous
fa) Les Praticiens donnent aujourd'huy deux noms dif-
férens aux deux maladies, que l'Auteur appelle ici fup-
preffion d'urine.
Quand un vice de l'organe , ou quelque corps étran-
ger empêche l'urine de fe féparer de la malïe du fang 2
Cette efpece de maladie s'appelle fuprefïîon d'urine ou
douleur néphrétique.
Quand l'urine filtrée par les reins s'arrête dans la vefe
Ce; cette maladie s'apelle rétention d'urine
ÎROSIEME DEMONSTRATION. IO|
Nous trouvons deux caufes qui empêchent Tu- Des câures
rine d'être portée dans la veille : la première eft 2^™^'
une fièvre maligne & continue , qui par fa tropPunnenes'é-
grande chaleur , enflamme tellement les parties &c "^ dans la
particulièrement les rems , que les pores trop ref-
ferez , ou les fibres trop relâchées , ou bien les
fer mens fe trouvant mal conditionnez la réparation
de la férofité excrémenticieile du fang en eft in-
terceptée *, & la féconde , c'eft lorfque l'urine eft
retenue au-deflus de la veflie par des pierres , ou
dans les reins , ou dans les uretères qui lui bou-
chent le paflage.
On connoît que la fuppreilion de l'urine eft dans Ma.f<ïue$ -
ia veine , par la tumeur , la douleur ce la teniion ftingue n i'U*
que le malade relient à l'endroit du pénil ; au-con- nnf c,ft rct*"
■ • r i- n r i i r 1 i nue dans ia
traire li cette liqueur ek iupprimee au delius de la veffic,
veftie , cette région eft enfoncée > molle y cave 6c
fans douleur -, & lorfque l'urine ne peut pas être
fëparée du fang , il devient trop aqueux, les forces
diminuent de jour en jour & le malade meurt.
Le jugement que le Chirurgien doit faire fur les pf0gnûftic
fupprellions d'urine , c'eft que celles qui fe font de*0uchant ces
l'urine retenue dans la veflie par quelque caufe que up?re *
ce foit , fe peuvent guérir ; mais que celles qui fe
font au-deflus de la veille font très-fouvent mor-
telles , n'y ayant d'efpérance qu'en quelque crife
que la nature feule peut produire par un effort ex*
traordinaire > & il eft toujours certain qu'on ob-
tient la guérifon des fupprellions d'urine , lorf-
qu elle eft dans la veille par deux moyens , ou par
le fecours des médicamens, ou par celui des inftru-
mens*
Les médicamens font les bains , les embroca- ^« médica-
tions, les emplâcres, les ondions, les humecta- ^plcye.°n*
tions , les fomentations , &c. appliquez fur la
verge , furie pénil , ou au périnée , ou bien on en
introduit par la verge dans la veflie. Je ne vous en
ferai point ici la defeription , mille Auteurs en
ayant parlé, N
ip4 Des Opérations de Chirurgie ,
^?c^ef pour La cure °lu'on obtient par le fecours des inftru-
c€s maux, mens eft double , ou palliative, ou curative. Celle
qu'on appelle palliative , c'eft loL-fqu'on ne tente
point' de lever la caufe qui lubfifte toujours, quoi-
qu'on arrête , ou qu'on adouciiïe le fymptôme ,
comme quand on ne fait que repoufïer la pierre
pour donner paiTage à l'urine , une pierre pouvant
quelquefois ïe conferver quarante ans dans la.ve(-
lie. La curative , c'eft quand on ôte Se la maladie
.-&Ia caufe, comme lorfque l'humeur obftruanté
Se l'urine fortent à l'aide de l'inftrument qu'on a
introduit dans la veille.
r>u Cathéi- Cette opération eft appellée Cathéter ifme , à
teafrac caufe ^uc i!lnftmment ^ont on fe fm i fe nomme
en grec Cathéter , dérivé de Cata , qui veut dire
dedans , Se de Ein , qui fignifie envoyer. C'eft
une fonde creufe Se courbe qui fert à tirer l'urine
de la veille Se à reconnoître les maladies de ce
vifeere. Les François la nomment Algalie , mot
arabe , Se communément unefonde.
De ces fondes il y en a pour les deux fexes -,
celle qui eft marquée par A. eft une des grandes
pour les hommes j l'autre figurée par B. eft plus
petite pour les enfans -, Se cette troifiéme C. eft
pour les femmes. Vous remarquerez que celles des
hommes font beaucoup courbées , pour s'accomo-
der à la figure de l'urètre Se du col de la veille ;
Se que celle des femmes eft prefque droite Se plus
courte , parce qu'elles ont Puretre plus droit Se
plus court que les hommes. Il faut être muni des
unes 8c des autres. On en trempe le bout dans
l'huile qui eft dans ce petit vaifteau D. afin qu'el-
les entrent avec plus de facilité.
leur ma- Les Anciens faifoient ces fortes de fondes de
tiere, leur COrne , on les a enfuite fabriquées de cuivre, mais
}cur figure, a preient on les fait toutes d argent, il faut qu elles
foient creufes dans toutes leur longueur , Se que
leur. cavité foit garnie d'un ftilet : il ne faut pas
T r ô i s i e'm B D é'm ONSTRATïON. 195
•qu'elles foient percées par l'extrémité qu'on intro-
duit dans la veille , mais par les parties latérales de
cette extrémité , paice qu'en touchant aux mem-
branes de la veille par ce bout s s'il étoit percé >
elles le boucheroient > & l'urine ne pourrait pas
entrer dans la fonde , mais étant ouvert à côté ,
quand même la fonde toucheroit la veille , l'uriné
peut s'échaper aifémenc. Elles ne doivent point
être il foibles qu'elles foient en danger de plier ■>
ni trop groifes , de crainte de faire de la douleur \
8c elles doivent être unies 8c bien polies pour pou-
voir entrer avec facilité.
Quoique je ne vous faiïe voir ici que trois fon-
des , néanmoins le Chirurgien peut en avoir de
plufieurs groffeurs , de petites pour les petits en-
fans , de moyennes pour les jeunes gens , 8c de
grandes pour les hommes 5 mais il fuffit qu'il en
ait de deux fortes pour les femmes , une petite
Î)our les filles , 8c une plus grande pour celles qui
ont plus âgées.
Il s'agit d'introduire la fonde dans la veiîîe pour
en faire fortir l'urine , 8c comme il n'y a point de
différence entre i'introdu£tion qu'on en fait pour
reconnoître s'il y a une pierre , 8c celle-ci , vous
vous reflbuviendrez de ce que j'en ai dit ci-devant*
La fonde étant entrée dans la veille , il faut en Ce qui reïb
tirer le ftilet , afin que l'urine fe puilTe écouler par ,tfaire, a£rê*
canal ce la (onde. L urine étant toute fortie , on de la fonde,
retiré doucement la fonde , 8c on recommence
cette opération autant de fois que le malade veut
piller % 8c auffi iong-tems quelafuppreilionperfg-
vere-é
IL n'eil pas toujours aii pouvoir du Chirurgien £E tA p©n«
de tirer l'urine par le moyen de la fonde, parce CTI0N f u
qu'il y a fouvent des obftacles à l'introduction de ERINE'S*
cet inftrument dans la veille. Quelqu'adreiîe qu'ait
le Chirurgien , il ne peut quelquefois venir à
Nij
i$6 Des Opérations de Chirurgie J
bout de le fairs entrer dans ce vifcere. Les Litho*
tomides mêmes qui font dans la pratique journa-
lière de fonder , y ont renoncé à de certains fujets
par des ^ernpêchemens infurmontables qu'ils y
trouvoient.
Obftacles qqs empêcheniens font ou une inflammation au
fcutcntj " col de la veffie 5c aux proftates , laquelle gonfle
tellement ces parties que rien ne peut paffer par
l'urètre , ou des calloiïtez le long de ce conduit >
caufées par des cicatrices d'ulcères qui rétreciffenc
de manière que la fonde ne peut palier quelque*
fort qu'on fade pour la pouffer , ou enfin des tu-
meurs , ou quelques productions membraneufes
qui boucheront l'urètre , comme il arrive à de çer*
tains vieillards en qui ce canal fe pliffe de telle
façon que ni l'urine ni la fonde ne s'y peuvent ou-
vrir un palîage.
Néceffité de, i\ -ne -faut pas néanmoins laitier périr un mala-
la ponction. , ., * , «. l , . ,
de , Se il n y a qu une ponction au pennée qui
puilîe lui fauver la vie , parce qu'il faut qu'il pille
ou qu'il meure ; c'eft au Chirurgien à en avertir
les parens ou les amis du malade , & a leur faire
le prognoftic tel que le demande la nature de la
maladie. Ayant enfuite difpofé l'appareil , il fau-
M^thode dra fituer le malade fur le bord du lit Se le cou-
*xé£ucer cher àlarenverfeles deux eûmes écartées Se les
rion! °P ""jambes pioyées de manière que les talons touchent
les feffes , faifant tenir les jambes en cet état par
deux ferviteurs , Se par un autre lever fe ferotum
en en haut : puis l'Opérateur prendra un in-
-fotme ae (hument fait exprès en forme defcalpel , étroit ,
innftrumenc pointu Se long de quatre ou cinq pouces , tel qu'il
rS * dC eft marqué par E. Il le plongera 'droit dans la vef-
fie , en commençant la ponâion a côté du raphé ,
au même endroit où fe fait i'incifion dans la Li-
thoromie , Se il connoîtra qu'il eit. dans la veffie
par l'urine qui fortira à côté de l'inftrument ; mais
il faut avant que de le retirer, couler une fonde.
Trotsie'me Démonstration. 197
droite F. à côté du biftoury jufques dans la veille.
Cette fonde fe conduit de la main gauche , & Fin-
ftrument fe retire de la main droite, dont on prend
enfuiteune canule d'argent G. longue de quatre
pouces, qui a deux anneaux à fa tête, dans Ici quels
fera parlé un ruban H. long d'une aulne & demie.
On parle le bout poftérieur de la fonde dans l'anté-
rieur de la canule > ce qui fert à conduire celle - ci
dans la vellie -, car fi on retiroit l'inftruinent qui a
fait la ponction avant que d'avoir introduit la
fonde , on fe mettrait en rifque de ne pouvoir re-
trouver fon chemin en voulant y fourrer la canule,
c'eft - pourquoi la précaution de la fonde eft ab~
foluinent nécefTaire. Après que l'urine aura été
toute vuidée par la canule, on en bouchera, Tente pour
i, * t • • . boucher la
1 ouverture extérieure avec une petite tente decaRliie&pou-
linge , I. Se on la lairTera dans la plaie.Xe ruban vtircluandan
parlé dans les deux anneaux de la canule fert à Fat- v*
tacher à une ceinture , afin qu'elle ne forte point;
de la plaie. Toutes les fois que le malade veut pif-
fer on ôte la petite tente , & ainfi on vuidela vef-
fie autant de rois qu'elle fe remplit.
Des trois accidens que j'ai marquez qui obligent une dès"
de faire cette pondion , il n'y en a qu'un dont on""fesd"mal
vp r , f / t - n u- n a laquelle on
punie elperer la gueriion , qui eit i inriammation peut remé»
du col de la vefîie ou âcs proftates , car l'opéra- dicr*
tion étant faite on travaille à remédier à cette in-
flammation pat des faignées , d^s fomentations s
Ûqs linimens ôc d'autres remèdes anodins. Lorf-
qu'elle etl modérée , que l'enflure eft diminuée >
ou quelleeft. venue à fuppuration, comme il arrive
quelquefois , on ôte la canule , on bande étroite-
ment la plaie , & en ce cas on voit que Furine pre-
nant fon cours ordinaire , fort d'elle même par la*
verge. Mais quand des callofitez dans le conduit Câufesin«^
de l'urètre , ou un afFaiiTement caufé par la vieil- rable*»
leffe ont obligé de faire cette ponction , ii faut fe
refondre à porter la canule le refte de fa vie. Oa
Niij
?
ta:
Ï98 Des Opérations de Chirurgie >
doit alors au lieu de tente de linge fe fervir d'un
bouchon d'argent à ville s qui la fermera £ exacte-
ment que l'urine ne fuintera point , &: le malade
pourra vaquer à Tes affaires \ avec pourtant la fuje-
tion de ne pouvoir uriner qu'en débouchant la ca-
nule , comme j'en ai vu piufieurs qui en ont porté
jufqu'à leur mort.
ta connoik Cette opération quoiqu'elle ne confifte que dans
fancc de la une {impie ponction , demande qu'un Chirurgien
^partîe eft fç^che par l'anatomie la difpofirion des lieux où ii
ici requife. la fait, tant pour conduire fon fcaipei droit dans la
veilie , que pour connoître quelles font les parties
ue fon intirument peut offenfer en chemin fai-
sant. Il faut aufli qu'il l'ait vil faire piufieurs fois,
avant que de l'entreprendre , car elle effraye un.
Chirurgien qui n'eft pas fort verfé dans i'anatomie3
ou qui n'a jamais vu faire cette ponction j mais,
ceux qui en pofTedent la pratique la trouvent une
des plus facile de la Chirurgie.
Voilà la manière dont on s'eft fervi jufqu'à pré-?
fent pour faire la ponction au périnée , mais celle
que nous a apporté Frère Jacques pour tirer la,
pierre de la veilie , ôc dont je vous ferai l'hiftoire
tantôt , m*a donné occaiion de penfer qu'on pour-
roit faire plus fûrement cette ponction à l'endroit
de la vefîie 011 il fait i'inciiion pour le calcul , c'elt.-
à-dire dans le corps même de cet organe proche-
fon col *, deforte qu'il ne faut pas plonger le fcai-
pei dans l'urètre & le faire paner par le' col de la
veilie , qui dans une inflammation eft tellement
tuméfié que rien n'en peut fortir , 8c qu'on eft en
danger d'entamer ce col avec l'inftrument pour lui
faire un pafïage , ce qui peut redoubler les acci-
dens & fruflrer le malade du fruit qu'il attend de>
Avacs l'opération : mais fi on enfonçoitl'inftrument à un
de la metho- doigt du périnée , & qu'on perçât la veilie dans
dçqpropofer! ^on corPs Pr^s ^e *~on co^ ' Je cro*s C1L1C l'opération
en fer oit plus fiure §ç moins, douloureuie > puif*
Nouvelle
manière de
pratiquer
cette pon«
T r o i s i e'm e D e'm o n s t r a t ion. 1.99?
qu'on ne perceroit point l'urètre, qu'on n'offen-
f eroit point le col de ta veille , & que l'inflamma-
tion diminuée ou pafTée 3 l'urine fortiroit par Ton
chemin ordinaire en ôtant la canule , & fermant
la plaie qu'on panferoit à la manière accoutumée »
ôc qui îeguériroit aufli facilement que les autres •,
car on fçait à préfent que les plaies de la veille ne
font pas mortelles comme on le croyoit autrefois 5
pourvu qu'elles ne foient pas d'une grande éten-
due , & que quelque membrane voiflne le punie
coller contr'elies, Cette opération fe doit appelièr
Kiftitomie-, parce qu effectivement on ouvre le
fac urinaire (a )..
( a ) Comme M. Dionis n'a touché que légèrement ce
qui regarde la rétention d urine dans la veffie , je crois
devoir entrer dans un plus grand détail de cette ma-
ladie, qu'il elt d'autant plus important de connoître
qu'elle devient fort commune, &" fouvent très -dan-
gereufe par l'ignorance des Empiriques qui fe mêlent
de la traiter. J'ai particulièrement ici en vue l'initruc-
tion des jeunes Chirurgiens. Je tâcherai de raporter
avec précifïon- ce que les meilleurs Auteurs ont obfer-
vé de plus important fur cette matière , & ce que \ez
plus illuftres Praticiens de nos jours ont inventé pour
perfectionner le traitement de cette maladie.
L'urine retenue totalement dans la veffie , de quel-
que façon que ce puiffe être, caufe en peu de temps
beaucoup d'accidens très-fâcheux. Il paroït au-deiïus
des os pubis une tumeur étendue & douloureufe ; on
fent auffi en portant le doigt dans le fondement une
tumeur ronde ; la preffion que la veffie fait fur les par-
ties voifines par fa diftenfîon y produit en peu de tems
^inflammation-; le malade fent une douleur infuporta-
ble dans toute la région hypogaltrique , il a àes envies
continuelles d'uriner , il s'agite , il fe tourmente , &
tous fes efforts deviennent inutiles 5 bien-tôt il ne peut
refpirer qu'avec difficulté , il a des naufées, la fièvre
furvient , {es yeux , fon vifage s'enflâment , & s'il n'eft
fecouru promptement , il fe forme quelquefois en peu
de tems au périnée un dépôt foie purulent, foit gangre-
neux, foit urineux. Quelquefois l'inflammation exté-
rieure du périnée fe termine par fupurat'on , quelque^
fois par pourriture & gangrené 9 de dans ks deux cas
Niuj
jtoo Des Ope'rations de Chirurgie ,
J'urine après avoir percé le col de la veffie ou le corrH
mencement de l'urètre , s'épanche & fe mêle avec le
pus. Tous ces accidens font fuivis de la mortification
des parties voifines de la vefïie. La rétention d'urine
<]ui produit tout ce defordre , vient de plufieurs caufes
plus ou moins dificiles à détruire. Ces caufes fe peu-
vent partager en quatre clafl'es ; fcavoir , certaines ma-
ladies de la veffie , certains corps étrangers retenus
dans fa cavité, plufieurs chofes qui lui font extérieur
les , & quelques vices de l'urètre.
Les maladies de la vefïie qui peuvent oceafionner la
rétention d'urine , font ou l'inflammation de fon col
ou la paralifie de fon corps.
L'inflammation qui attaque le col de la veiTie , rétré-
cit fon ouverture de telle manière , que les efforts du
malade ne font pas fuffiians pour vaincre fa refiitan-
ce, qui augmente bientôt parce que l'inflammation fe
communique aux proftates & aux autres parties vo>
fines. Cette reftitance efl quelquefois fi grande, qu'u-
ne fonde introduite jufqu'au col de la Yeffie ne peut
paffer outre.
On a recours alors à tous les remèdes qui convien-
nent à l'inflammation, & qui font la faîgnée réitérée,
les bains , les boiifons adoueiflantes , les lavemens , &c
Si l'on peut introduire l'algalie dans la veffie pour en
évacuer les urines , les malades en font plus prompte-
ment foulagez. Car l'urine ainfi retenue entretient fou-
vent l'inflammation ; mais le col de la veffie eft quel-
quefois fi refferré que même après avoir employé tous
les remèdes dont on vient de parler, on ne peut pas
encore y faire panier une fonde. On eft obligé alors de
faire à la ve fie une pon&ion "avec un trocar un peu
plus long &*pius gros que celui dont on fe fert ordi-
nairement dans la paracenthéfe. Par ce moyen on éva-
cue les urines , on fait cefler la compreffion^ des par-
ties voifines delà veffie, ce qui diminue ordinairement
l'inflammation & permet peu de tems après l'introduc-
* Traité detion de l'algalie.
h Lithoro- Pour la faire au périnée , on place le malade fur fon
mie. p. 305;. jj^ ^ans une fituationà peu près femblable à celle où*
* BibL Chir. o» le mettroit fi on vou'oit le tailler. M.Tolec* excel-
Mantiti. t. ^ }ent. Litothomifte la faifoit à côté du raphé , dans le lieu
tm 3°^ où l'on taille par le grand apareil , 8c avec un trocar
* Cenfpetf. diffeent des autres, & dont il donne dans (on Livre
DeniT ci,0- la.%ure & la defcription. Nuck * eonfeille auffi de la
»ationes Çbî- faire'dans ce même endroit -, mais quelques autres Au-
rtrpça, ïmis , comme Junckers * veulent qu'on la fdfife- d$nt
ÎRO'ISI e'm E D e'm ON5TRATION. ICI
l'endroit cù Ton fait l'opération de la taille par Tapa-
ieil latéral. Cette dernière méthode paroït préférable
à l'autre , parce que la veffie étant alors fort tendue ,
fe jette fur les cotez & peut être facilement percée avec
letrocar, fans qu'on craigne de bleiîer l'urètre, ni le
col de la veffie , ni :es proilates , ni le rectum. M. Dio-
nis confeille de rare la ponction en ce même lieu , mais
avec un inftmment différent. Il faut obferver que cette
opération ne conviendroit pas , s'il y avoit quelque
dépôt au périnée > s'il falloit détruire quelque duretés
formées dans le canal, ou s'il falloit faire lupurer les
proihtes.
La paraîiiie qui furvient à la veffie peut avoir diffé-
rentes caufes jfçavoir, la commotion de la moelle de
de l'épine après quelque chute, la luxaxion d'une ou
plusieurs vertèbres des lombes 6V quelque affection du
cerveau. La rétention d'urine eft fouvent un fymptome
de ces maladies. Pour foulager le malade , on le fon-
de autant de fois que la veffie fe trouve remplie d'uri-
tandis qu'on travaille d'ailleurs à détruire la caufe du
mal,
La foiblefle ou la perte du r effort des fibres motri-
ces de ia veffie , eft quelquefois la feule caufe de la ré-
tention d'urine» Cette diminution ou cette perte d'ac-
tion eft une fuite de quelque débauche de vin , ou de
quelque grande évacuation d'urine , ou d'une rétention
volontaire d'urine , ou même de la vieilieiïe.
Le fecours le plus efficace que Ton puifie apporter
eft de fonder le malade pour vuider l'urine retenue
dans la veffie. On empêche par ce moyen qu'elle ne
perde de plus en plus fon refïort. Comme cette partie
a prefque toujours befoin de quelque tems pour re-
couvrer fon action , & qu'on la fatigueroit beaucoup
en y remettant fouvent la fonde : on. y iaiffera cet in-
itrument , que l'on retirera néanmoins de tems en tems
pour le nettoyer. Dans l'efpece de rétention d'urine
dont on parle, i'algalie pafTe ordinairement fans peine
& elle ne trouve pas de refiftanee, comme quand on
fonde pour une rétention d'urine occasionnée par une
inflammation du col de la veffie , ou par quelque vice
de l'urètre.
Lorfque l'urine eft évacuée, les parties voifines qui
ont foufïert pendant cette rétention font encore me-
nacées d'inflammation & de dépôt, de même que la'
veffie» Pour prévenir cesaccidens, on faigne le mala-
de félon fes forces , on lui fait obferver une diète
çn&ç, on lui donne pour boiffon une. eau de poules
201 Des Opérations de Chiulttrôïe,
ou des émulfions faites avec la graine de melon ; on
in-je&e dans la veffie deux ou trois fois par jour une
eau d'orge , & quand il n'y a plus d'inflammation à
craindre, on joint à cette eau d'orge une deuxième par-
tie d'eau vulnéraire.
On continue de faire ces injections jufqu'à ce que la
veffie ait recouvré fon reiTort. On a lieu de croire qu'il
eft rétabli , lorfque les urines coulent le long de la fon-
de & qu'elles font dans leur état naturel. On retire
alors l'algalie, & fi le malade peut uriner fans ce fe-
cours on ne la remet plus. La veffie ne refte ordinai-
rement qu'entre vingt ou cinquante jours dans l'inac-
tion dont on parle , pourvu que la rétention ne foit
point compliquée avec d'autres maladies. Néanmoins
la veffie a perdu quelquefois font rellort pour toujours.
Dans ce cas ou fonde les malades autant de fois que
leur veffie fe trouve pleine , ou ils s'accoutument eux-
mêmes à fe fonder.
Il elt bon d'obferver ici que la veffie doat les fibres
ont perdu leur refforr, , forme quelquefois une tumeur
v-oyezGoIot. au-delïus des os pubis. Ce feroit une erreur bien grof-
p* 265 , fiere que de prendre cette tumeur pour un abcès. Elle a
ta même circonfcription que fa veffie , on y fent par tout
une égale fludruation , ce qui ne fe rencontre point dans,
les abcès ,. d'ailleurs les fymptômes qui précèdent &qui
accompagnent cette tumeur , ne font pas les mêmes que
ceux qui précèdent & accompagnent les abcès. Il eft
vrai que le malade rend l'urine en quantité prefqu'égale
à iaboiîTon qu'il prend , fans qu'on voye aucune dimi-
nution de la tumeur , mais il faut faire attention que l'u-
rine fort en ce cas involontairement , & comme par re-
gorgement.
On peut tomber fi l'on n'y prend garde , dans une pa-
reille erreur ài'occafion des tumeurs qui femanifeitentà.
î'hypocondre droit. Il arrive quelquefois après une in-
flammation du foye &dela vei'Ficu'e du fiel que la bile
depofée dans cette vefficule ne pouvant s'écouler, s'y
atnaiTe, la remplit & forme à I'hypocondre droit une
tumeur où Ton appercoit une fluctuation fenfible , 8c
que l'on peut prendre pour un abcès , d'autant plus,
aifément que cette tumeur paroît après une inflamma-
tion 3 que la fièvre 8c la douleur diminuent &: que le ma-
lade a àcs friflons irréguliers. Pour éviter cette-meprife
il eil effentiel de fe rappeller ce qui s'eit paiTé dans le
cours de la maladie, de faire attention aux fymptômes.
qui ont précédé laçumeur & qui l'accompagnent, d'ob-
ferver iî la tumeur a la même ckconfcjiption que b
Troisi e'm e Démonstration, 2èj
vefficuie & ii la fluctuation fe faiçfemir dans toute \%
tendue de la tumeur, ce qui n'arrive pas quand c'eft un
abcès *. Le rapport de ces deux tumeurs qui donnent
Heu à une mememéprife a fait faire cette digreffion ,
que Ton pardonnera en faveur de l'importance de la
matière,
Les corps étrangers qu'on trouve dans la vefïie , & qui
forment la féconde claife des caufes de la rétention d'iK
rine , font la pierre , le pus , le fang , les fongus Se l'u-
rine même retenue long-rems dans la vefïie. ^
La pierre qui caiife la rétention d'urine eft çroife ou
petite. Si elle eft greffe, ce n'eft qu'en s' appliquant à
l'orifice interne de la veille & en la bouchant qu'elle em-
pêche l'urine de fortir. On porte alors une îonde dans.
la vefïie pour ranger la pierre. Au contraire fi la pierre
eft petite & fi l'urine nePentraine point au dehors , elle
s'engage dans le col de la vefïie ou dans le trajet de l'u-
retre. La londe fait connoït*e ce corps étranger- On
procure fa fortie en injectant de l'hude dans Puretre ,.
en faifant baigner le malade, &c» On faigne fi l'on
craint l'inflammation.
L'urine retenue par les petites pierres qui s'engagent
dans lé col de la veiTie , occafionne quelquefois au péri-
née un dépôt gangreneux & urineux, dont ou appercoit
bientôt les fymptômes Pour arrêter le progrès des acci-
dens & ôter en même tems la caufe de ce défordre , on
fait uneincifion au périnée, on tire la pierre par le
moyen de cette opération , & l'on met dans la veine
une canule garnie d'une petite bandelette de linge pour
îaiffer écouler librement les urines. Si la gangrené a
gagné le ferotum, on y fait les incifîons neceffaires , &
l'on feparetoutee qui eft pouii, quand même on dé-
pouilleroit par là les tefticuies. On panfe la plaie avec
des bourdonnets de des plumaceaux que l'on trempe
dans de l'eau de vie , & que l'on couvre dans la fuite
d'un digeftif ordinaire ; le refte de l'appareil eft le même
que celui dont on le fert après l'opération de la taille*
On fait fur le ventre des ernbrocations émollientes , &r
on y applique un morceau de flanelle ou de molton
trempé dans une décoction faite avec des plantes de mê-
me vertu ; & comme la velfie a quelque rois beaucoup
fouffert , on y fait les panfemens luivans , des injections
à'em d'orge pure, & enfuite d'eau d'orge mêlée avec
une dixième partie d'eau vulnéraire. Lorfque toute la
* Voyés l'Extrait d'un Mémoire de M. Petit , lu à la Séance
publique 4e l'Académie de Chirurgie, Mercure d* fiance tr.ois
4* J^in , année ij-lh
204 Des Opérations de Chirurgie,
pourriture eft tombée, aue la fuppuration eft établie- ».
& qu'il n'y a plus de gonflement , Ton ôte la canule , en
place de laquelle on met une tente de linge applatie
cju'on diminue à chaque panfement* Cette tente devient
inutile quelque tems après , & Ton achevé alors de gué-
rir la plaie comme on le fait après l'opération de la
taille-
Il arrive quelquefois que de petites pierres relient
plufïeurs années au col de la veffie, où elles parvien-
nent peu à peu à une grofleur considérable , & qu'elles
font enfin une tumeur au périnée , fans caufer d'autre
défordre que quelque difficulté dominer.
Quant aux pierres arrêtées dans le trajet de l'urètre ,
on agira conformément à ce qui eft p refait dans i'arti*
clede l'extraction de la pierre hors de l'urètre.
Si le malade a été bleiTé aux reins ou à la veffie , ou
s'il a rendu des urines fanglant?s peu de tems avant fa
maladie, on a lieu de conjecturer que la rétention d'u-
rine vient de quelque caillot de fang. Si fes urines ont
été purulentes , ce qui eft toujours caufé par un ulcère
au rein ou à la veffie, on doit attribuer la rétention àodu
pus épais &vifqueux qui bouche l'orifice interne de la
veffie. Dans ces deux cas il faut fonder les malades Se in-
jecter dans iaveifie quelque liqueur tiède pour dilïou-
dre les matières groffieres qui bouchent cet orifice.
Il fe forme dans l'intérieur de la veffie des excroiiïan-
ees charnues plus ou moins groftes qu'on appelle fon-
gus. Ces corps étrangers l'empêchent de fe contracter
pour chaffier l'urine, ou bouchent fon orifice interne. De
là vient une rétention d'autant plus fâcheufe que fa
caufe eft très-difficile à détruire. On confeille néanmoins
de faire au périnée une incifïon telle qu'on la feroit pour
l'extraction de la pierre. On entretient cette ouverture
avec une canule, la fuppuration qui furvient enfuite a
ces excroiffances les détache &" les détruit quelquefois ,
& les injections d'eau d'orge qu'on fait dans la veffie par
le moyen d'une fon de à femme, peuvent quelquefois la
nétoyer &la debarrafler totalement de ces corps étran-
gers.
Ces fongus croiiîent auffi quelquefois fur la fuperficie
dont on peut néanmoins fe
préferver en vivant fobrement , en appliquant au pe^-
riné & le long du canal des émoliens & des fondans , &
en introduisant dans le canal une bougie enduite d'on-
guent d'althea , qui en ramolit les duretés & le maintient
dans fon diamètre naturel. Par ce moyen on le rétablit
ou du moins il ne fe bouche pas allez pour empêcher
Mue de l'urine» Mais les fages confeils font rarement
fuiyis , & la débauche qui met les hommes dans cet état
les fait ordinairement tomber peu de tems après dans
une rétention d'urine totale.
Les Praticiens du fîftême des excroiflances charnues *
employent ordinairement pour ces fortes de rétentions
comme pour les difficultés d'uriner , des bougies char-
gées de ca uniques ou des fondes tranchantes , qu'ils
incroduifent dans l'urètre pour confumer ces prétendues
carnofaez , oupour les détruire. Ces cauftiques & ces
fondes caufent fouvent des défordres confîderables. Ils
irritent ces parties & en occafîonnent par là le gonfle-
ment & l'inflammation. Saviart Obferv. 74 ,'& pîufîeurs
autres Obfervateurs -, en ont rapporté de pernicieux
effets qui ont obligés à faire promptement des opérations
confîderables. Il eft étonnant après cela qu'on ofe au-
jourd'hui fe fervir de moyens fi dangereux. J'ai ouvert
des cadavres de perfonnes qui avoient été traitées par
cette méthode , & j'y ai trouvé dans le tilîu cellulaire de
l'urètre, des fînus de la longueur de deux pouces ou
environ & qui s'étendoient vers la glande proftate
fuperieure. J'ai remarqué que ces fînus rendoient du pus,
qu'ils étoient calleux, parfaitement ronds & allez grands
pour qu'on y pût introduire une* bougie, & que leur
ouverture étoit fîtuée au même endroit que l'obihcîè
qui avoit caufé la rétention d'urine , ce qui prouve que
ces fînus étoient des fauffes routes formées par les bon-
2o8 Des Opérations de Chirurgie ,
gies chargées de cauftiques ou parles fondes tranchai
tes.
Dans cette efpece de rétention d'urine, comme dans
toutes celles dont on a déjà parlé , quelque deforJreou
complication qu'il y ait, le premier loin que l'on doit
avoir eii de donner iflue à l'urine par le moyen de la
fonde qu'on introduit dans la vefïie , car plus on diffère
cette introduction , plus elle devient difficile. Le long fé-
jour de l'urine augmente la diftem ion de la veliie , & par
confequent l'inflammation & le gonflement du col. Mais
les duretés du canal , l'inflammation & le gonflement
variqueux du tilfu fpongieux de l'urètre « & quelquefois
même le gonflement ou l'inflammation de la glande pro-
iiate qui en retreciiïantle col, empêchent l'entrée de cet
infiniment.
Le gonflement & l'inflammation font quelquefois les
grands obilacles qui s'oppoknt à l'intromiificn de la
fonde, principalement lorfque les malades font attaqués
de rétention pour la première fois , & qu'ils ne fe font
point fervis extérieurement de bougie chargée de eau-,
itiques. Pour diminuer ces accidens on feigne le ma-
lade, on lui applique des cataplâmes anodins depuis le
periné jufqu'au nombril , on lui fait prendre le bain ou.
demi bain, & on fait de tems en tems des tentatives pour
introduire la fonde en obfervant de ne pas faire de fauf-
fe route dans le canal. Quelques Praticiens fe fervent,
utilement de la fonde E. percée par l'extrémité, au lieu
d'une fonde ordinaire. Le tiffu cellulaire de l'urètre étant
gonflé & variqueux, s'engage dans les yeux de cesder-;
nieres fondes, ce qui peut caufer une hémorragie par
l'irritation & le déchirement des parties. L'extrémité
par laquelle on introduit les premières , a comme on Ta
dit , une ouverture, & cette ouverture eifc fi exactement
bouchée parun petit bouton piramidalqui dent au lli-
let de la fonde , qu'il eiï impoffible que quelque chofe
s'y engage. Lorfque la fonde eil introduite dans la vef-
fie , on pouife le (filet , & le bouton s'éloigne de fou-
verture , qui devient alors allez libre pour donner paf-
fage aux mines. Ces tondes doivent avoir leur courbure
beaucoup plus douce que celle des autres fondes 3 8c
leur bec bien moins long.
Si c'eit le gonflement & l'inflammation de la glande
proftatefuperieure, qui en prelfantle col de laveifie ,
empêche l'urine de fortir , on trouve au col une réii-
ftance confiderable , parce qu'alors le col eft aufli en-
flammé. C'ell en ce cas qu'il faut que la fonde dont on fe
ïert foit aufli menue qu'il eft comble , pour qu'elle puifle
pafîcr. Quand
Trois ie'me Démonstration. 409^
Quand les remèdes dont on vient de parler» ont fa-
/ciliie l'introduction de 1* fonde, ce gui arrive allez fou^
vent : on la laiiTe dans la Veffie , jufqu'à ce que cette par-
tie reprenne fon réflbrt naturel que l'urine retenue lui a
fait perdre , & que le gonflement & l'inflammation cet-
fent' entièrement. On y fait cependant quelqu'injeftion
d'eau d'orbe, &on prefciit au malade un régime de
vivre auiïi exacl: que dans les autres efpeces de réten-
tions d'urine dont on a pailé.
Lorfque l'inflammation & ce gonflement font paflezSc
que la veille a pris fon reifort , on ôte la fonde à laquelle
ïmfubifitue une bougie, que Ton introduit de tems en
Jtems dans le canal » afin de le rétablir dans fon état. Le
degré de l'inflammation eil quelquefois fî grand , que
même après l'évacuation de l'urine , elle ne fe termine
pas toujours entièrement par réfolimon , mais quelque-
fois en paîtie par induration . De-là naiiîent fouvent les
durerez fchirreufes du canal & le gonflement des proffca*
tes. Il faut convenir cependant que le nombre des go-
riorrhées que les maîaaes auront eu , y contribuent or-
dinairement autant que l'inflammation même. Pour amo-
lir& fondre ces durerez > l'on applique au périnée des
cataplâmes& des emplâtres émolliens & réiolutifs , &
l'on introduit dans le canal une bougie ointe d'abord de
quelque médicament éroollient , tel que l'onguent de gui-
mauve , auquel on fubftitue dans la fuite quelque réfo-
lutif , tel aue le Neapoliranumi ou bien un onguent dont
M, Morand fe fert avec fuccès , Se dont \om la compo-
sition» Prenez de l'huile d'afpic > de l'ongvfent de la mère,
de chacun une once , de la panacée mercurielle un gro)i 5
qu'on mêle exactement le tout pour en grailler les^bou-
Les faignées promptement faites, îes bains , k^ lave>
mens émolliens , & les catâplâmes ne font quelquefois
aucun efleu En ce cas > il faut abfoiument avoir recours
à la ponction ou à l'in ci/ion au périnée, pour évacuer les
urines & prévenir d'autres accidens fâcheux , comme
un dépôt urineux ou gangreneux au périnée» La ponction
eft la plus douce des deux opérations > il faut néanmoins
lui préférer quelquefois l'incifion. Si l'inflammation & le
gonflement variqueux du tiflu de l'urètre font les feules
caufes de la rétention d'urine , on fait la ponction avec
letrocardans l'endroit déjà preferit. Mais s'il y a dans
je canal &au périnée des durerez & des callofîtez, on
fait l'incifion. Par cette dernière opération on facilite la
fonte des duretez du canal & du périnée , ce que la fini-
pie ponction ne fait poiflttli eft auflfi absolument hecefc
1TÔ DÈS OPE^RATlOtiS de Chirurgie ,
faire de faire î'incifion , lorfque les délais ou l'ufaçe des
bougies chargées de cauftiques ont occafionné un~ dépôt
tirinenx ou gangreneux au périnée. Si la gangrené a ga-
gné le ferotum, on coupe , comme on Fa déjà preferit ,
toute la pourriture , fans craindre de caufer aucun acci-
dent en découvrant les teiticules. MM» Guerin &■ Mo-
rand Font fait piufieurs fois avec fuccès. On remédie
par là à deux choies à la fois j à la gangrené & à la ré-
tention.
■ Après cette opération le gonflement de toutes les par-
ties fe diflfipe , les accidens ceffent, on établit la fuppu»
ration , l'on pafle dans le canal un féton , fî on le juge
neceflfaire , & on traite enfin la plaie comme on le dira*
11 fe forme quelquefois entre le col de la veïïîe & le
rectum , ou dans la glande proitate fuperieure, un abcès
quineparoit point a l'extérieur ,8c qui s'ouvre dans la
veille, foitde lui-même, foit lorfqu'on introduit l'ai-
galie, ou quelque tems après qu'on la introduite. Le pus
mêlé avec les urines fort par l'urètre , & bientôt après
l'inflammation & le gonflement des parties voifines fe
^iiTipent. Quoique la méthode ordinaire de guérir ces
fortes d'ulcères , quife manifeltent par l'écoulement du
pus , foit de faire une incîfîon au périnée , pour porter
iiir la partie malade les remèdes convenables , il elî
néanmoins âes cas où quelques petites frictions faite»
au perinSe avec la pommade mercurielle , fuffifent pouï
déterger ces ulcères. ]'en ai guéri de cette manière plu-
sieurs qui étoient furvenus à la fuite de gonorrhées.
Lorfqu'on fait ilncifîon au périnée, le pus contenu
dans l'abcès, paroît fouvent dés que les tégumens font
coupés.
Il eft bon de remarquer que de même que le pus perce
la veflfie de dehors en dedans & s'épanche dans fa ca-
vité, l'urine perce quelquefois l'urètre ou la vefTie, de
dedans en dehors en un ou plufieurs endroits , & forme
au périnée un dépôt urineux & purulent qu'il faut pex'4
cer fans différer, de peur queVurine ne s'infiltre dans
les parties voifines & n'y f'affe des ouvertures en plu-
sieurs endroits , comme il n'arrive que trop fouvent à h
fuite des retentions d'urine négligées j ce qui produit
au périnée & quelquefois ailleurs , autant de fiffules par
ou les urines s'écoulent. Lorfque ces dépôts s'ouvrent
d'eux-mêmes ; * les malades s'en trouvent foulagez , &
l'on peut même quelquefois introduire auffitôt dans la
veflie Palgaiie ou la bougie , par l'ufage defquels on
rétablit la liberté du canal , & l'on guérit ajfez fguyenfi
lêsfiitules même*
T R Ô ï S I ÎE*M E D È*M ÔNSTRATION. lis
Mais comme les duretez & les callofitez né (ont pas
fouvent détruites , le malade ne jouit pas longtems dé
ce rétablïiîement. Les difficultez d'uriner reviennent ,
augmentent de plus en plus, & menacent le malade à
chaque mirant d'une rétention d'autant plus fàcheufe ,
que les duretez Se les callofitez du canal pourront em-
pêcher d'y introduire la fonde ou la bougie.
Outre les duretez & les callofitez du canal, fouvent
la glande proflate fuperieilie fe gonfle ou fe durcit j il
fe Forme quelquefois le long du canal une fiifée fchir-
reufs , & au périnée des tumeurs de même efpecei d'où
elle femble prendre nakTance, la femence dans le tems
de l'éjaculation , au lieu de fuivre la route du canal , re-
monte quelquefois & tombe dans laveffie* ce qui fem-
ble venir de quelque bride qui fe trouve devant le veru-
njontanum* Les gonorrhées virulentes , la mauvaifé
qualité des urines, l'inflammation qui fuit ordinairement
les retentions d'urine , 8c fouvent l'ufage des bougies
enduites de cauftique, font les caufesde tout ce dé-
fordré.
Lorfque les chofes font portées à cet excès , rien na
peut guérir , ni même foulager les malades, que Vinci-
îîon au périnée. Par le moyen de cette opération , on dé-
truit les fiftules > on fait ion dre les duretez & les callo-
fitez tant du canal que du périnée , & on rétablit le ca-
nal dans fon état. Maïs avant que de l'entreprendre , il
faut examiner fila fiftule, en cas qu'il y en ait, n'eft
point trop haute pour être comprit dans i'incifion , ce
qui rendroit l'opération infruétueufe. S'il y aune com-
plication de virus verolique, il faut le détruire avant que
de faire l'opération. J'ai vu même quelquefois les filtu-
les fe guérir & let duretés fe fondre totalement par la
feule application de la pomade mercurielle. Il faut pro-
fiter dé 1 ouverture que Ton fait à l'urètre par l'icifîon ,
pour nétoyer cette partie, fi elleeft baveufe , déterger
les ulcères , s'il y en a , & la faire fuppurer fi elle etè
dure & racornie.
Dans tous les cas où Ton vient de propofer l'incifion
au périnée, la méthode de la faire eft la même, & là
traitement qui fuk l'opération n'eft pas beaucoup dif-
férent.
Le malade eft fîtué de la même manière que pour l'o-
pération de la taille au grand appareil. On introduit une
fonde canelée dans la veille , (ion le peut , ou du moins
aufTi avant dans l'urètre qu'il eft pofïible , pour fervjr
<âe suide. Les bourfes levées par unaide , on incife avec
un iichotgmç ordinaire à côté duraphé & fur la caust
Oij
ï\z Des Opérations s>e Chirurgie »
iure de b fonde , fi elle eft affez avancée , & l'on fe
conduit comme dans i'oper a don de la taille. Si Ton ne
peut faire l'incifïon fur la fonde , cette opération eft
beaucoup plus difHcile ; le Chirurgien obligé de tra-
vailler fans ce guide , doit fe bien reprefenter la ftru-
cture & la pofition des parties fur îefqueiles il opère. Si
après avoii fait rinciiion aux tégumens , il ne peut par-
venir à ouvrir l'urètre, il y introduit un trocar dont la
canule eft fendue > & à îa faveur de fa fente , il porte un
1?iftouri pour faire une incifïon à cette partie , après
avoir ôté le trocar. MM. Petit & Moi and ont pratiqué
cette méthode avec fuccès.
Lorfqu'on ne peut introduire la fonde affez avant dans
Turetre pour fervir de £uide; on peut alors porter à l'en-
droit où finit l'incifïon de la taille l«terale> un trocar
avec fa canule fendue , & glifler le long de cette fente
qui fertde canelure, la pointe d'un biftouri, pour faire
une incifïon fumTante.
On fait l'incifïon au milieu des duretez , on emporte
celles qui font extérieures en coupant le moins de chair
que l'on peut. On comprend dans l'incifion la fiftule, les
callofïtez qui l'accompagnent , Se même la glande pro-
ïtate , fi elle eft dure & fchirreufe , & s'il eïî poflible d'y
atteindre.
L'inciïïon faite , on introduit dans la veftie un gorge-
ret -, la fortie de l'urine prouve qu'il eft entré. On dégage •
la fonde & on la retire j puis tenant d'une main le gor-
geret , on conduit à fa faveur de l'autre main jufque9
dans la veifie , une canule garnie d'une petite bande-
lette de linge- On retire enjuite le gorgeret , & l'on faic
porter le malade dans fon lit, après avoir appliqué une
.compreffe fur la plaie. On met autour de la canule de*
petits bourdonnets , pardeïîus un plumaceau trempé
dans i'eau-de- vie , & le refte de l'appareil imbibé de la
même liqueur. Cet appareil connue en comprennes 9
çroutfe-bpurfe , ventrière , & bandage en double T.
Les iaignées , les embrocations '& les fomentations
fmollientes appliquées fur le ventre, les boiflbns adou-
cifTantes, & un régime très-exaft , préviennent & cor-
rigent les accidens quifuivent quelquefois cette opéia-
tion. On levé ordinairement le premier appareil vingts
quatre heures après l'opération. On ne retire la canule
qu'au deuxième ou au troifiéme panfement, & on le
peuE faire alors fans peine. On panfe la plaie les pre-
miers jours avecîun digeltif compofe de baume d'Arceus,
de fupuratif fe d'huile d'hypericum , avec lequel on cou-
vre les bourdonnets 3 les' plumacçaux & la canule.
T R O I s i e'm e D e*m onstration.zij
qu'on ôte & qu'on remet à chaque panfemenc.
Lorfque les accidens de l'opération font pafiez y & que
la fupuration eit établie , il faut travailler à détruire les
duretez & les callofitez du canal & des environs de la
plaie. On paffe dans l'urètre, avec une fonde convenabl «
qu'on fait fortir par, la plaie du pennée, un féton fais
d'une petite bandelette de linge éfilé fur les cotez. Ce
féton efl graine du digeilif indiqué y. auquel on ajouta
partie égale de précipité rouge & d'alun calciné. On met
ilans ce digeftif plus ou moins de cette poudre, félon
l'effet qu'elle produit. On couvre auffi de ce digeitif
compofé , les bourdennets dent on garnit la plaie , s'il
en eit néceffaire , les plumaceaux &Ta canule , excepté
fon extrémité qu'on ne couvre que du digeitif /Impie 3
parce que le précipité rouge & L'alun pourvoient caufer
quelqu'ïrritation à la veiTe. On applique oeiïus le tout
un emplâtre de diachyium gemmé percé à l'endroit de
îa canule , & le reite de l'appareil a l'ordinaire.
Quand la veiïie eit baveufë ou ulcérée , on y fait des.
injections par le moyen d'une fonde à poitrine , que Ton
y introduit par la plaie après en avoir été la canule. On
fait d'abord ces inje&icns avec une eau d'orge, à la-
quelle on ajoute quelque tems après du rr.iel rofat , &
enfui te une dixième partie d'eau vulnéraire* On en fait
îtuîfi par le canal pour le laver & le nétoyer. le féton
doit être très-long. La partie qui n'eit pas encore en-
trée dafis le canal doit être roulée Se enveloppée dans,
un linge. Chaquefois qu'on panfela plaie en en tire&
on en coupe ce qui a été dans le canal depuis le der^
nier panfement: Ton doit avoir graiiïe auparavant la
portion qui doit y entrer. Si les duretez du périnée ré-
fiftent dans la fuite à ces remèdes , on fait quelques fr£»
Plions d'onguent mercuriel , & Ton applique au lieu
de l'emplâtre du dyachylum , celui de B'wïgè , cum mer-
cïtrio cjuedruplicato.
Lorfqu'on a fondu les duretez du périnée , que le ea*
liai eit libre , & que les urines ne font plus baveufes ni
verjutees, comme elles le font fouvent dans les réten-
tions ; il ne refte plus qu*à deiTécher le canal en le
maintenant dans fon diamètre , & qu'à procurer la réu-
nion cle la plaie du périnée. On graille îeféten du poin-
pholix, ou l'on introduit à fa place dans le canal , une
bougie enduite du même médicament. Au lieu de la ca-
nule , on met dans la plaie une tente de linge applatie
qu'on diminue à chaque panfement ; fept ou huit jours
aprèf, on fupprime la tente & le féton i on paffe dans la
ve&e une algaiie, pour empêcher Vurine de prendre for*
Qiijj
2T4 Des Opérations de Chirurgie f
cours par la plaie , dont on tient les lèvres rapprochées
par de petites compreiïès qu'on applique à chaque côté »
& par le bandage en double Ton recommande au ma-
lade de ne point écarter les çuilTes. Enfin Ton regarde
h plaie (orame une plaie fimple , & on la traite comme
celle qu'on auroit fait pour tirer la pierre. Quand la
plaie eft fermée, on ne fe fertplus d'algalie, on intro-
duit pendant quelque tems d?,ns le canal , pour en main-
tenir le diamettre, une fonde de plomb ou uneboueie*
L'on ne parvient pas toujours à réunir parfaitement
les lèvres de la plaie , il reite quelquefois une petite fi-
ftule qui laiiîe un paffage continuel aux urine-. L'extrê-
me maigreur du malade en eft fouvent la caufe^ mais
dans ce cas, elle fe guérit ordinairement auflitôt que
le malade recouvre ion embonpoint. Il n'en eft pas de
même , fi elle vient d'un trop long ufage de la canule %
ou de l'acreté des urines , ou enfin de la trop grande dé-
perdition de fubftance de l'urètre occafionnée par la
chute de l'efcarre que la pourriture aura faite. Les fiitu-
ies de cette efpece fe çueriflent très- rarement , & I'oa
ne peut guéres remédier qu'à l'écoulement continuel
des urines qui s'échappent par la plaie. M. Arnaud a in-
venté peur ces fortes de fiftules un bandage ;fingulier ,
dont plufieurs malades fe font fervis avec fuccès. Il con?
vient auiïi auxperfonnes qui ont une incontinence d'u-
tine. Il eft même préférable à celui dont on trouve la fi-
gure dans Nuck , & à celui qui eft en forme d'anneau ,
& qu'on applique autour de la verge. Celui-ci faiteom-
preifion fur l'urètre j aulieu que celui de M. Arnaud la
fait au pennée, &par conféqùent au bulbe de l'urètre
près le coi de la veille ; c'eit en cela que confifte fa per-
fection.
Il n'eft pas inutile de faire ici quelques remarques fur
l'opération du catheterifme, & fur les différentes fondes
dorton fefert.
Lorfqu'on eft obligé de lailTerla fonde dans la veille ,
il faut préférer à toutes les autres fondes celle que M.
Petit a inventé F. & qu'on appelle fonde en S. Il n'eft pas-
néceîTaire cte i'att^cher pour la tenir en place; elle n'en>
pêche point les malades de fe tourner dans leur lit ,de
fe lever , & de fe promener. Elle imite bien par fa figure
en S. lesdifferens contours que fait l'urètre. Son bec eft
affez long pour paiïer le col de la vefTie; elle n'eft pas
percée fur les côtés comme les autres , mais à fon ex-
trémité.
Au défaut de cette fonde , on fe fert de celle qu'on a
décrit plus haut. En ce cas il ne faut poinç de bouton h
T K O I S I e'm £ D e'mO N S TRA.TT ON. ît J
l'extrémité du iliiet pour fermer l'ouverture. On fait
tenir la l'onde dans la veille par deux liens qu'on attache
à fes anneaux & qu'on noue , après les avoir paiTé par
delîous chaque cuiiTe, à une bande avec laquelle on
entcurele ventre. Ces fondes doivent avoir une petite
courbure & un bec moins long que les autres pour l'in-
troduire plus facilement ,& pour pouvoir évacuer par
fon moyen prefque toute l'urine. Les fondes qui ont un
long bec, ne font pas néanmoins inutiles en certains cas3
elles peuvent fervir , par exemple , à faire reconnoïtré
l'état de la veille , oc u elle renferme quelques corps
étrangers.
Lorfqu'on a peine à introduire la fon de dans la veifie £
il faut porter le doigt indice de la main gauche dans l'a-
nus pour diriger le bec delà fonde ; & déplier, pour
ainfï dire , la veine en pouffant fon corps.
Quand la fonde eft dans la veifie , 8^ que l'urine ne
fort point, comme cela arrive quelquefois, il fautpreiïer
doucement les côtés de cette partie.
il faut avoir foin d'ôter la fonde au moins tous les dix
à douze jours , afin de la nétoyer. Si les urines font limo-
neufes & graveleufes , il faut Fôter plus fouvent,. pour
empêcher qu'il ne fe faffe une incruîtation de petits gra-
viers autour de l'extrémité qui fe trouve dans la veifiey
ce qui cauferoit de vives douleurs lorfqu'on la retire-
yoit. M. Morand a eu occasion d'en faire la remarque
^plufieurs fois , & a montré des fondes incruitées , dont
unen'avoit féjourné que dix jours.
On doit boucher l'ouverture extérieure de. la fonde
avec un petit faulTet garni de linge , ou plutôt avec »n
petit morceau de cire en forme de faunet , & entouré
d'un linge 5 car l'humidité fait gonfler le bois. Lorfqu'on
débouche la fonde pour faire fortir l'urine, ou pour in-
jecter quelque liqueur dans la veifie ; & lorfqu'on la re-
bouche, il faut tenir fermement d'une main cet infini-
ment ,afin qu'il ne forte point delà veifie, ou qu'il ne
blefie point la paroi interne en y entrant trop avant.
Il faut enfin attacher aux anneaux de la fonde une pe-
tite languette de drap, pour empêcher les urines de coû-
ter le long delà fonde, & pour les conduire dans le
vaiffeau qu'on metdeffous pour les recevoir.
]e pourrois confirmer toutes les règles contenues dans
cette Remarque par un très-grand nombre dobferva-
îians que les meilleurs Auteurs & ma propre expérience
pourreientme fournir j mais cette Remarque n'eit déjà
çue trop longue, d'ailleurs j'ai defTein detraker quelques
jouis cette matière dans tome fon étendue.
O m\
2ï6 Des Opérations de Chirurgie ;
de i'EIx- Quand le doi et ou la fonde nous ont afturé qu'if
TRACTION DE f i° i ' /r* " m r t rr - *
ia Pierre, y a une pierre dans la veflie, lien iaut neçeflaire-
ment venir à l'opération , ç'eft au Chirurgien pour
lors à parler au malade en honnête homme y s'il
veut fe diftinguer des Charlatans 6c de Coureurs
de Provinces , à qui l'ignorance 6c la pauvreté
font faire mille bauefles 6c dire mille impolVures \
il faut qu'il porte fon prognoftic feîon l'efperance
6c la crainte que lui donne 1 état du malade , ne
promettant pas plus qu'il ne peut tenir , comme
font quelques-uns de ceux qui pratiquent l'opéra-
tion dont nous parlons.
Cirçonftan. pour ex^cuter cette opération en bon Praticien
ces a obier* , t t. .X r r. , a , .
reti &C méthodiquement x il raut raire réflexion fur
rrois chofes , ôc réfoudre ce qu'on doit faire avant
l'opération y durant l'opération , Se après l'opéra-
tion.
On réduit ce qu'il faut faire avant l'opération ^
k cinq circonftances -, la première à, choinr le tems^
la féconde a difpôfer lç malade par quelques remè-
des généraux , la troihéme à convenir fi on la fera
par le petit ou par le grand appareil , la quatrième
a drefîer les appareils , 6c la cinquième à bien fi-
tuer fon malade.
Deux tems Pour faire toutes les opérations on établit deux '
dent If pra. tem$ > ^m ^e néceffité qui ne veut pas qu'on diffè-
re* re , 6c Pautre d'éle&ion qui permet de choifir ce-
lui qu'on trouve le plus a propos. Les Anciens ont
donné la préférence au feconq, pour l'opération de
la taille , ils nous ont preferit de ne la faire que
dans le Printems 6c dans l'Automne : Mais c'efl:
une erreur de croire qu'on ne doive jamais la faire .
que dans ces deux faifons , car pourvu qu'on évite
le tems des excefïives chaleurs 6c celui du trop
grand froid , j'eftime qu'on la peut faire pendant
lerefte de l'année *, e'eft une ctuâuté de voir fouf-
frir des malades qu'on peut foulager prompte-,
ment. J'ai vu M, de Corneille Gentilhomme çpfa
Troisie'me De'monst r a tion. 217
dinaire du Roi , mourir en attendant le Printems ,
qu'on auroit pu guérir ii on 1 avoir taillé lorfque
le teins de nécefflcé le demandoit. Il en eft de cette
opération comme des Eaux Minérales , on a cru Ettcnr ton-
jutques-ici qu'on ne pouvoir les prendre qu'au e,hant l'ufcg©
Printems Se en Automne , Se que dans les autres neralest
faifons elles étaient mortelles ; mais des perfonnes
ilîuftres nous ont défabufé de cette prévention , y
ayant recouvré leur fanté en tous les temr, de Tan-
née , Se les plus célèbres Médecins , M» Fagon
entr'autres , y envoyant prefqu'auffl fouvent des
malades en Hy ver Se en Eté? qu'en des faifons plus
tempérées.
C'eft une précaution néceftaire avant l'opéra- P^parâehn
tion que de préparer fon malade. On le faigne une q^ "iVm" * "
fois ou deux ftuvant fes forces , on lui donne plu-avant fc.wiUi
fieurs lavement , Se on le purge deux fois > s'il eft c
replet , Se félon que MM. les Médecins le jugent à
propos 1 car ce font eux qui doivent préferire les
remèdes généraux^ Se qui iouvent de leurs confèils
& de leur préfence affluent ie Chirurgien dans ces
opérations. La réuilite dépend quelquefois, d'avoir
bien préparé le malade \ Se le Chirurgien ne doit
point opérer le jour ni le lendemain d'une purga-
tion , de crainte qu'un refte de médecine venant à
for tir pendant l'opération , ne la troublât.
Avant Jean de Romanis Médecin de Crémone, inventïo.»
qui fut le premier qui inventa l'ext raction de la ^|jjnd a?"
pierre par le grand appareil , Se qui le pratiqua à
Rome l'an 1 5 10. on taillait toujours par le petit
appareil j mais aujourd'hui comme on fe fert de
l'une Se de l'autre manière , il faut avant que d'o-
pérer t que le Chirurgien prenne fon parti > Se qu'il
réfolve duquel des deux moyens il prétend fe fer-
vir , afin de préparer ce qui lui eft néceifaire ou in^mmt^g
pour l'un OU pOUr l'autre. «écefTaires
Il ne faut que deux inflrumens pour le petit ap- K"^^"*
pareil , qui font un biltouri pour faire J'inficion p.oi# îa^i^
zi$ Des Opérations de .Chirurgie*.
fur la pierre , ôc un crochet pour faire fortir ce,
corps étranger lorfqu'il eft à découvert ; mais il en.
faut bien d avantage pour l'autre manière , ôc c'eft
ce qui l'a fait appeller le grand appareil. Ils font
expofez les uns Ôc les autres fur la table qui eft à la
tête de cette Démonftration : vows devez y jetter
les yeux.
^Commodité Afin que l'Opérateur travaille plus commode-
ejere^u chïl 11?ent * ^ doit âyolï attaché devant lui une Gibe-
rurgien, ciere dans laquelle il mettra tous fes inftrumens ,.
excepté le biftouri garni , qu'il fait tenir par quel-
que ferviteur qui le donnera en tems ôc lieu. On
tire deux utilitez de la Gibecière , l'une qu'on ca-
che aux yeux du malade ce nombre d'inftrumens
qui l'épouvanter oit , ôc l'autre que l'Opérateur les.
trouve fous fa main lorfqu'il en a befoin > fans être
obligé de les demander.
Le Lithotomifte ayant donc mis un tablier au-
tour de lui , attaché ta Gibecière par deftus le ta-
blier , Ôc garni fes bras de deux grandes manches
de toile , il fongera à iîtuer fon malade. Dans les,
Hôpitaux on a une çhaife faite exprès , mais dans
les maifons des particuliers on fe fert d'une table
haute , afin que le Chirurgien n'étant point obligé
^u^on du de fe baiflfer , puiffe opérer plus à ion aife. On
met le malade fur le bord de la table, après l'avoir
garnie d'un matelas , fous lequel on aura renverfé
une chaife pour former un plan incliné , parce
otv'ii faut que le malade y foit appuyé en arrière i
Moyen d'em. 1 *i ' i i *r j r
pêcher qu'il enluite avec deux echarpes longues de cinq ou lix.
ne fe remue , aumes chacune , ôc larges de deux ou trois doigts ,
& ne tafle f f. . . ° ,.« . T . °
manquer l'o- on le lie de manière quil ne punie point înter-
fétateur. rompre l'opération par aucun mouvement , n'étant
plus en fon pouvoir de remuer. Deux Serviteurs
prennent ces echarpes qu'ils plient en deux, ils
mettent le milieu derrière le col du malade , ôc
defeendant en faifanr quelques lofanges autour de
chaque bras , les cuiffes étant pliées contre le ven^
T & O I S I E*M E D B'M ONSTRATION, 2ic?
tre &c les talons contre les felïes , on lie tellement
enfemble le bras , la cuiife Ôc la jambe de chaque
côté , qu'on eft abfolument maître du malade. Il
faut cinq ferviteurs , deux qui tiennent a droite 8c Des div?r3
à gauche les jambes & les cuiftes du malade , &?fficts decsATa
qui les écartent 1 une de 1 autre le plus qu ils peu- aides,
vent i le rroifiq/me monte fur la table derrière le
malade 5 & appuyé de Tes deux mains fur Tes épau-
les; le quatrième eft fitué au côté droit du malade,
pour lui relever les bourfes d'une main y §c de
l'autre tenir pendant qu'on fait l'inciflon, la fonde
toujours engagée dans l'urètre jufqu'à la veille ; 5c
le cinquième pour préfenter le biftouri à l'Opéra-
teur , le reprendre après que la plaie eft faite , &C
donner enfuite ce qu'on peut avoir befoin. On
pofe fous la table une cuvette ou un fceau plein
d'eau tiède pour laver les inftrumens trop enfan*
giantez pendant l'opération , ayant eu foin de met-
tre fur une alliettede l'huile d'olives , pour grailler
les fondes avant que de les employer , ou fes doigts
avant que de les introduire dans l'anus. Voilà ce
qu'il y a à obferver avant l'opération.
Le tout ainii préparé il faut travailler le plutôt
que faire fe pourra, parce que je fuppofe qu'on
foit détermine fur la maniete dont on doit opérer ,
vu qu'pn peut tirer la pierre de la veflie ou par le
petit appareil 3 ou par le grand comme j'ai dit. Je
vais vous les démontrer , vous jugerez enfuite le- t™î u"!^!
i 'ti " t? cirer îd pierre
quel eft le meilleur ; car je ne vous parle point de chez les Ara»*
la manière dont on dit que quelques Arabes &; desbes*
Juifs tiroient la pierre , qui étoit fans faire inci-
{ïon , en dilatant l'urètre à force de le foufSer ,
parce que je la crois impofllble , quand la pierre
excède feulement la groffeur d'une très-petite
olive.
Le petit appareil a pris fon nom de ce que très-
peu d'inftrumens fufhfent pour le pratiquer ; fça«*
voir un biftouri Çc un crochet ; mais depuis qu'on
no Dès Opérations ri Chirurgie;
a mis en ufage le grand appareil on ne raille plus
^"«"ufïté" ^ue *CS en*"ans Pau *e Pctlu ^'eft Pour ce*a °iU'on n>a
ieuiemenc à pas befoin ici de ranr de ferviteurs , il n'en faut
tegvd des que deux ^ pun pOU1- teilir l'enfant , & l'autre pour
relever la verge & le fcrotum. Le premie t doit erre
un homme fort , qui s étant aflls fur une chaifc
aflez haute , met un oreiller fur lui , êc pardeftiis >
un drap qui pend jufqu'à terre de peur qu'il n'ait
les jambes enfangiantées ; il prend l'enfant fur fes-
genoux , de ayant paiTé fes mains fous les jarrets du
malade , il lui empoigne les deux bras , qu'il écar-
te de manière que cet enfant; eft retenu dans une
foliation très-commode pour être taillé. Le fécond
ferviteur relevé les bourfes avec fes deux mains ;
puis l'Opérateur ayant frotté d'huile deuxdoigs de
la main gauche , fçavoir l'indice de celui du mi-
lieu , il les introduit doucement dans l'anus & les.
poufïè fort avant , la paume de cette main étant
tournée en enhaut , il fent alors la pierre qui eft
dans laveftle, & il l'amené avec les deux doigts
proche le col de ce vifeere , Se la pouftànt le plus
qu'il peut en dehors , il fait que la pierre produit,
une tumeur apparente , fur laquelle il fait de fa
main droite avec le biftouri L. fon incifion pro-
. portionnée à la çrorTeur de la pierre. Il ne faut
qu'on doic point craindre d appuyer le tranchant de cecouteau
faire. , fUr la pierre de crainte de l'émouflet , il faut an-
contraire fendre exactement tout ce qui fe rencon-
tre de la tumeur jufqu a la pierre, fans épargner le
col de la veftie , afin qu'il ne refte aucun filament
qui puifte y retenir ce corps. L'incifion faite , l'O-
perateur rend le biftouri , & de la même main
prend un crochet V . qu'il coule derrière la pierre
Croch«! " Polu' ^a potiffer en dehors , à quoi il eft aidé par les
deux doigts-qui font dans le rondement. La pierre
étant fortie fans fe cafter , il faut examiner s'il n'y
Examen à en a point encore d'autres , parce qu'il faudroit les
faire après r, , A • 1 • i
Vextraaian. tiret de la même manière , ou bien avec la tenette*
Incony*-
pe*
Tro-isu'm'i Démonstration. ix#
fi on ne pouvoir pas faire autrement.
Cette opération quoiqu aifée à faire , n'eft pas
approuvée par tous les Lithoromiltes. Ils trouvent
qu'elle eft iouvent accompagnée de circonftances n^^u
qui la rendent facheufe : Par exemple , fi la pierre tu appareil
eft graveleufe , inégale 3 &c qu'elle ait plufieurs
angles aigus 5 on caufe des douleurs horribles au
malade en la pouffant pour l'approcher du pé-
rinée, les pointes ou inégalités piquant pour lors
la velîie qui eft très-fenfible. Ils ajoutent qu'étant
raboteufe on ne peut que difficilement achever
l'incifion fur fon corps , êc cela embaraffe l'Opéra-
teur qui paffe un tems très-long d faire cette inci-
iion auili.exa&e qu'elle doit être , pour permettre
à la pierre de fortir librement. Ce font ces incon-
véniens qui font que plufîeurs Opérateurs préfè-
rent le grand appareil au petit ( 4 ).
On appelle donc la féconde manière de tailler , D" g^ap*
le grand appareil , parce qu'on employé beaucoup mJnémcnc1*"
d'inftrumens pour la mettre à exécution*, c'eft celui ufi*é-
qu'on pratique le plus fouvent , 8c qui jufqu'à pré-
fent a été jugé le meilleur. Le malade étant fitué
comme je vous ai dit , ôc tenu ferme par les échar-
pes & par les ferviteurs diverfement poftez , l'O-
pérateur prend une fonde K. canelée ou creufée en
goutiere fur le dos de fa courbure , ôc proportion-
née au fujet en grandeur ôc groffeur , êc après l'a-
voir trempée dans de l'huile il l'introduit dans la
verge ôc la pouffe jufqn'au dedans de la veiîie. Il
cherche la pierre avec le bout de cet inftrument
avant que de faire l'ineifion , pour saffurer de
fa) Il faut néanmoins fe fervir du petit appareil ?
lorfque la pierre s*eft fait dans le col de la vefllo un loge-
ment, ou elle s'eft iï fort augmentée , qu'elle forme une
tumeur au périnée. Il fuffit quelquefois de tenir la peau
ferme & tendue fur la pierre , & de faite à cet endroit
une inçifion proportionnée % la grofTcur de ce corps
.étranger.
tu Dès Opérations de CHikùRGiÉ ,
rechef s'il y en a une , car il ne feroit pas impohV
ble qu'il fe fur rrompé la première fois en fondant*
S'il ne la trouvoit pas cette féconde fois , il ne dé-
t)e îMmpul- vroit point palier outre ', mais fentant ce corps au
fion de la j^^ ^Q ja [Qnfe ,. \\ ]la fa|c z&n[r J'une main par un
fonde cane* . ' A f
lée introdui-ierviteur qui la poulie en enbas par la tête, afin que
*f d,*ns l%co1 la partie courbe & la première introduite de cet
înltrument repouiiant en dehors 1 extrémité inté-
rieure de l'urètre , faffe mieux connoître &c fentir
à l'Opérateur l'endroit où il doit couper. Le même
ferviteur tient de l'autre main les bourfes élevées *
êc le Chirurgien avec deux doigts de la main gau-
che , fçavoir le pouce & l'indice , faifant bander
la peau du périnée , il prend de la main droite le
Avis fur la biftouri k. monté, que lui prefente 1 un defes aideg
manière de qui eft à fon côté droit 3 ôc qui doit fe Convenir
bletouri\ 1C ^e ^e Patenter Par ^c manche êc non pas par la
l'Opérateur, pointe , comme lit celui à qui M. Maréchal 9 au-
jourd'hui premier Chirurgien du Roi , l'avoir don-
né à tenir ior(qu'il tailla M- le Duc de Grammont >
de qui lui tendant ce biftouri la pointe en devant
le blelTa à la main , ce qui faillit a troubler l'opé-
ration > l'Opérateur fera enfuite avec toute l'arlu-
rance dont ileft capable l'incifïon au périnée a cô^
té du raphé , qui va du milieu des boiufes à l'a-
nus *, il ouvre les tégumens &c l'urètre! , avançant
fon inftrument jufques dans la canelure de la fonde
qui lui fert de guide pour ne couper que ce qu'il
Longueur de veur# Cette încilion doit avoir de longueur depuis
Vinciîion. deux jufques à quatre travers de doigts > félon la
grofleur de la pierre. Il y a des Lithotomiftes qui
tiennent eux-mêmes la fonde de la main gauche
pendant qu'ils incifent de la droite , cela dépend
de l'habitude qu'on a contractée , ou des maîtres
die qui on a été inftruit. (a) l'incifion n eft pas plû-
(a) Tous les habiles Lithotomiftes font aujourd'hui
dansiufaee détenir eux-mêmes la fonde , & c'eft le plus
fur. Un Aide- Chirurgien place au côté droit du malades
T k o ï s i è'm e D x'm ONÏTRATION. il j
tôt faite , qu'on rend le biftouri au même fervi-
teur qui l'a prétenté.
On fe fervoit autrefois de deux conducteurs faits ADM confo*.
c j • ■ •/ t jt w etcuxs a épee,
en forme de pentes epees , dont le premier M.
a voit un bec ^ui fe continuoit dans prefque toute
tient alors le ferotum, &tend la peau du périnée fur la-
fonde que l'Opérateur fait faillir en dehors le plus qu'il
eft poîïible; il pofe furleraphédu côté droit, le doigt
indicateur & celui du milieu de la main droite , & les
allonge le plus qu'il peut ; il applique les pareils doigts
de l'autre main du côté gauche le long de l'ifchion , & il
tend un peu la peau fur la courbure de la fonde. II cache
tous tes autres doigts dans fa main , de manière qu'il ne
comprime pas le ferotum ni les tefticules, ce qui pour-
voit faire des contufions & occafîonner des dépôts dans
tes parties dont la délicatefle eft extrême. L'Opérateur
tient la fonde fermement & de la main gauche , de ma-
nière qu'elle fafife un angle droit avec le corps \ il tou-
che avec le doigt index de la main droite , la faillie cjue
fait la convexité de la fonde Située entre les deux doigts
de l'aide. Il prend le Lithotome qu'un affiliant lui pre-
fente , il fait fui la crenelure de la fonde une incifion
qui commence au défions du ferotum & fe termine du
côté de l'anus. Il incife d'abord les tégumens , après quoi
il porte la pointe du Lithotome dans la crenelure de la
fonde, & coupe l'urètre j il incline un peu vers lui le
manche delà fonde, &gliffe en même tems la pointe
du biftourile long de la crenelure du côté du bec de la
fonde pour couper le bulbe de l'urètre, enforte que
l'incifion approche le plus qu'il eft pofllble du col de la .
veille, M. Boudou au lieu détenir la fonde droite , en in-
cline un peu le manche du côté de l'aine droite Par le
moyen de cette /ituation de la fonde, il coupe latérale-
ment, le col de la vefifie , & une petite portion 'du côté
gauche de la glande proftate fuperieure. Cette méthode
eft à peupres celledeM. Chetèlden. Quand l'incifion
eft faite , ce même aide prerîd doucement d'une main le
ferotum qu'il relevé, & de l'autre la chaiîe du Lithotome
que l'Opérateur lui donne à tenir , & dont la pointe
ïefte toujours dans lacanelure de la fonde , pour fervk
de guide au bec du conducteur mile ou du gorgeret,
que l'on glilTc Je long de fa lame jufques dans cette ca-
nelure, Quand l'Opérateur eft afluré que le bec de cet
inftrument y eft entré, il 'fe.it reçue* le Uthotçme &
COnyj&u.çfoq op&atioR»
£14 E*ES Opérations de Chirurgie ;
fa longueur, Ôc qu'on gliiïoic aifément dans la gotï*
tiere de la fonde jufqu a la veille , ôc le fécond N»
avoic une canelure à (on bout qui lui fervoit à Te
conduire fur le premier dans ce même organe, ôc
entre ces deux conducteurs on introduifoit la te-
nette 5 mais prefque tous les Opérateurs ont fub-
.Ou gorgeretftitll^ à leur place le gOrgeret O* qu'ils trouvent
préfète. beaucoup plus commode. L'Opérateur le cherche
dans fa Gibecière de la main droite , & de la gau-
che il reprend du ferviteur la tête de la fonde qu'il
lui avok fait tenir *, puis mettant le bec qui eft au
bout du gorgeret dans la canelure de cette fonde ,
il le conduit par le moyen d'une telle canelure juf-
ques dans la veffic * dont il facilite l'entrée à cette
machine , en éloignant du ventre avec la main gau-
gatiche la tête de la fonde,ce qui fait que la fonde Ôc
le gorgeret entrent de compagnie dans la veffie*
Dû Ajfaa- Quelques-uns après avoir fait une incifion de
aecïdens qui médiocre longueur ôc retiré la fonde , fe fervent
arrivent de fa dilatatoire R. pour agrandir la pîaie : ils pré-
tendent que la plaie agrandie par le dilatatoire fe
guérit plutôt que celle a qui on donne par incifion
une longueur conlidérablè 5 parce que félon eux
les fibres du col de la velfie ne font point coupées i
mais feulement féparées par le dilatatoire. Toute-
fois cette pratique n'eft pas approuvée univerfelle-
ment ; il y en a qui aiment mieux faire l'incilion
plus grande, que de fe fervir du dilatatoire : ils
croyent que la violente douleur qu'il excite peut
caufer une fluxion fur la vefîie Ôc produire de fâ-
cheux accidens f Ôc véritablement dans le tems
qu'on donne les deux coups du dilatatoire , l'un en
large ôc l'autre en long , on entend le malade re-
doubler Ces cris 'y ce qui prouve l'excès du mal qu'il
reifent pour lors , c'eft pourquoi on confeille de
s'en fervir le moins qu'on pourra (a). La fonde
étant
0») La plupart dés Lkhotomiftes de nos jours, au lis»
T r o i s i e'm fi D e'm onst ration. 225
&ant retirée de la main gauche , l'Opérateur prend
le eorgeret de cette même main f & de la droite il
prend une tenette P. dans la gibecière. Il fe fert or- t)e quelle
dinaircment d'une droite qu'il introduit fermée *lç°™"J%
dans la veiîie par le moyen de la cavité creufée leiacenetcein»
long du gorgeret. Immédiatement après cette in- trocilutc»
trodu&ion il retire de la main gauche le gorgeret
qu'il remet dans la gibecière > ôc avec la tenette
fermée il cherche la pierre de tous cotez dans la
veiîie : il ne faut pas qu'il ouvre ôc referme la te-
nette pendant qu'il fait cette perquifition , parce
qu'en l'ouvrant fouvent il pourroit meurtrir là
Veffie , ou la pincer en la refermant. Lorfque la
pierre fe fait fentir au bout de la tenette , l'Opé-
rateur met les deux mains à cet infiniment , il l'ou-
vre doucement & tâche d'y charger la pierre donc
il connoît la groiTeur par la diftance qu'il y a d'uti
anneau de la tenette à l'autre , ôc fi elle lui paroîfc
trop grofïe pour pouvoir la faire fortir par l'inci-
fion qu'il a faite , il tourne la pierre déjà chargée »
ôc la relâchant dans la veflie il tâche de la charger
d'une autre manière ; parce qu'il arrive fouvent
qu'une pierre ayant la figure d'un œuf5 c'eu>à~dire$ Manière àè
plus longue que large > la première fois on l'aura fâifirlâ Pie&
chargée par fa partie la plus longae , ôc une fecon** *
de fois on la faiiira par le côté le plus étroit, ôc pour
lors la fortie en fera beaucoup plus aifée % ôc fi au
contraire on s'obftinoit à vouloir dégager ce corps
étant faifî par fa longueur, on feroit fouffrirle
de faire la dilatation ai col de là veille avec le dilata-
Coire , introduifent peu à peu dans la goutiere du gor-
geret le doigt indicateur de la main gauche le plus avane '
qu'il eit poffible i en appuyant fur le rectum. Ils préten-
dent par là faire une efpece de dilatation graduée au
col de la vëlTie 3 $z que la préffion du rectum prépare Un
chemin plus large à la pierre. Lorfque la pierre eit prife
dans les tenettes , ils les tirent doucement , pour ne faire
que pardégrezla dilatation du col de la vefTie, en les
appuyant fur le re&um. 3 afin de s'éloigna des os pubis»
%i6 Des Opérations de Chirurgie *
martyre au malade , êc quelquefois inutilementv
Be ce qu'il H eft des pierres tendres &: gtaveleufes qui fe caf*
cultd îa^kr- ^enc fi>us *a renette ,* quand cela arrive , il en faut
ie fe cafie , retirer les morceaux le mieux qu'on peut, & il en
«op gCrofle , e^ ^e fi groiTes qu'il eft impoffible âcks tirer , on
ou qu'il en l^s laifTe alors , plutôt que de tuer le malade pour
tefte d'au» i • c>'1 i r î a i
creSj les avoir. i> il y en a deux 9 ce qu on connoit par le
bouton T. qui eft au bout delà curette S. après
que la première a été tirée on remet la tenette dans
la veffie ôc on la charge comme la précédente : s'il
y en avoit davantage , comme il s'en eft trouvé
quelquefois dix ou douze , on y retoutneroit avec
la tenette autant de fois qu'il refteroit de pierres à
tirer, (4) Quand la pierre s'eft logée a droite ou
a gauche dans un des cotez de la velîie , ôc qu'on
ne peut pas la toucher avec la tenette droite , on
en prend une courbe Q. avec laquelle on la peut
charger dans quelque endroit de la velîie qu'elle
foit cantonnée. Il eft des pierres écailleufes 3 de la
fuperficie desquelles il fe détâche quelques frag-
mens en les chargeant dans la tenette ; il en eft de
tesoccafioBs graveleufes qui s'écrafent fous la tenette , ôc fou-
le kcurette! vent & 1 a au ^oti^ ^e *a vefi*e un fablon ôc un gra-
vier qu'il eft néceiTairede vuider après l'extra&ion
de la pierre ; Dans ces occaiions on fe fert de la
curette S. avec laquelle on évacue à plulieurs fois
ce qui eft au fond de la velîie , l'opétation n'étant
point parfaite lors qu'il y refte quelque chofe d'é-
tranger. Ayant bien nettoyé la velîie , on prend
une canule X. dont on trempe le bout dans l'huile
rofat , ôc on l'introduit doucement dans la plaie ,
pour l'y laiffer durant quelques jours félon la né-
( a) L'infpe&ion de îa pierre fuffit , félon quelques U-
tboromiir.es , pour iuger fila veiï;e en contient d'autres.
Les pierres cu'on appelle murales à caufe de leur couleur
noire & dès afpêntez qui font autour , fe trouvent or-
dinairement feules. Celles où Ton apperçoitune ou plu-
sieurs furfaces lices & polies , font pieique toujours
accompagnées de quelques autres.
T & o i^ ï e'm è D e'm ohstràtion. li-f
teflicé , on l'attache à une ceinture avec un cordon
Y. pafTé dans deux anneaux qui font à la tête dé
ce tuyau , afin qu'elle ne puiffe point For tir de la
plaie.
Après vous avoir fait obfervèr ce qu'il y a à fai- De M curé
te avant & durant l'opération , il Faut finir par vous après qu'on
Faire remarquer ce qu'on fait après l'opération. La^1 a tiré l*
canule étant engagée & a(ÏÛL*ée, on met Fur la plaie les deux?remier*
plumaceaux Z. Z. couverts d'aftringens 3 énFuite1 U1
l'emplâtre à queue ï . Se une groiTe comprefTe 2.
par delTus* On Fait tout de Faite une embrocation
d'huile roFat qu'on a miFe dans un petit plat 3 . au
ferotum , à la verge & Fur tout le bas ventre. On
relevé les bourFes avec une compreiTe longitudi-
nale 4. qu'on appelle la trouflTe , Se on met Fur le
Ventre celle qu'on nomme la ventrière 5. Toutes
ces comprefFes Font trempées dans l'oxicrat qui eft
dans la terrine 6. 3c arrêtées par le bandage en T
marqué 9. dont les deux branches viennent Fe croi-
fer Fur la plaie & remontent par les aînés pours'at^
tacher au circulaire qui tourne autour du corps*
On lie enfemble les deux jambes par une petite '■
bande nommée la jarretière 7. afin qu'elles né
puuîentpas s'éloigner l'une dé l'autre, & rouvris
pij
%i% Des Opérations de Chirurgie ;
la plaie 3 8c on met en travers fous les jarrets une
travef fine qui tient les genoux un peu élevez : on
finit par donner quelques réftaurans au malade , ou
quelque liqueur qui puifTe un-peu rappelier Tes for-
ces abbatues. Je ne parlerai point des accidens qui
fuivent cette opération , ni du parifcment Se du
traitement qu'il faut obferver pour en obtenir la
guéïifon ,* il faudrait un volume entier pour cir-
conftancier toutes ces chofes, je vous renvoyé au
livre de M. Tolet , qui à allez bien traité cette
matière*
fcn quelles y[ Thevenin Chirurgien ordinaire du Roy Se
rencontres . » /
on ne doit J Lire a Pans , nous apprend qu il eit des occaiions
f ex «aîo" ou ^ ne ^aut Pas e^ayeu ^e tlïQÏ ^a pierrc de ^ ve^-
de l^pierre. fiQ , par exemple , lorfqu'on juge que la pierre eft
trop grofife , ou que le malade eft fi vieux 8c fi foi-
ble qu il ne pourrait fnpporter l'effort de la taille *
ni la violence des fymptômes qui .fuivroient une
incifion aufii grande que le demanderait le volume
de la pierre : mais fi ce corps étranger tombant fut
le col de la veflie la bouchoit 8c caufoit très-fou-
vent une rétention d'Urine , on ferait obligé de le
Moyen de repouller avec la fonde pour permettre à cet ex-
mlhïe daCns crément de s'échaper -, & comme les fréquentes en-
ïe$occafions.trées 8c (orties de la fonde , pourroient irriter le
pafiàge 8c y caufer la gangrené ? il propofe l'opé-
ration qui fuit. Il faut fituer le malade de la ma-
nière qu'on fait au grand appareil , puis introduire
une fonde canelée courbe dans la veïîie , 8c fur la
finuofité de l'inftrument on fait une incifion com-
me fi on vouloit tirer une pierre , excepté que la
plaie doit être beaucoup plus petite. Incontinent
après on fait entrer un ftilet dans la velïie , le glif-
fant le long de la canelure de la fonde -, ce ftilet fert
à y conduire une canule d'argent longue de quatre
doigts , en le paflànt dans la cavité de la canule :
on retire enfuite le ftilet , 8c on attache la canule à*
Une ceinture > par un ruban pafle dans les deux an-
Tr o i's'i evm s D e'm.o k s t ïl a t x o.k. 229
seaux qui font à fa tête. On laiffe continuellement Canuîe qi»;
dans la plaie cette canule, qui empêche la pierre de JSfdïnne.
fe préfenter davantage au col de la veflie de. de.fl.o-paffagp à.l'u-
ter deçà & delà, ce qui fait vivre le malade avectuie"
moins de douleur jufqu'à ce que Tes forces foient
rétablies pour foutenir la taille : mais quelquefois
la canule lui fera fi peu incommode , qu'il aimera
mieux la porter avec patience , que de s'expofer à
la taille , dont il pourrait mourir* Il faut que cette
canule ferme à vnTe pour retenir &c vuider l'urine,
quand on veut. On peut par le moyen de cette ca-
nule faire commodément des injections dans la vef-
fie pour beaucoup de maladies aufquelles elle eft;
lîijette.
Voilà la manière que M. Tlievenin nous enfeigne Moyeu p:ns.
pour faire cette opération. Suivant cette méthode ^nt^eT\
il faut nécessairement que le malade urine par la canule.
canule , car elle remplit le col de la veflie v c'eft>
pourquoi je confeilierois d'introduire une canule
de la même façon que je fais à ia ponction du péri-
née,je veux dire dans le corps de la veflie auprès de
fon col : il n'y a nul accident à craindre de la per-
cer en cet endroit , ôc le malade en recevrait les,
deux mêmes utilitez qu'il reçoit de la manière
qu'enfeigne M. Thevenin , qui ferait d'uriner
quand on en auroit envie , & d'empêcher que la
pierre ne tombe & ne pefe fur le coi de la vef-
fie. Mais un autre avantage que lui procurerait la
manière que jepropoie , c'eft que le col de la vef-
fie étant libre , ôc la pierre foutenue par le bout
de la canule qui doit entrer dans la capacité de
cet organe de la longueur de plus d'un doigt , l'u-
rine s'échaperoit , Oc for tirait par l'urètre Ion che-
min ordinaire ; de forte que. le malade n'aurait plus
que la feule incommodité de retenir la canule (ans
§tre obligé de 1 ouvrit toutes les fois qu'il voudrait
décharger fa veffie du poids de l'urine , au lieu qui!,.
Éaudroit qu'il débouchât autant de fois cette caim-
P iij
%$o Des Ope'ratïons de Chirurgie ,
le , quand elle occupe le paflage de l'urine.
Du haut La troifiéme manière d'extraire la pierre s'ap^
Appareil. ^^ je ^^ appareil , parce qu'on tire la pierre
par la partie fupérieure de la verHe : cette manière
n'eft plus, en ufage aujourd'hui. Nicolas Franco
Chirurgien de Lauzane , eft le premier qui l'ait
pratiquée 'x il dit l'avoir faite à un enfant dont la
pierre étoit fi grofTe , qu'il ne put pas la tirer par
le grand appareil. Il nous apprend que pour i'exe-
çuter il faut faire introduire deux doigts par un fer*
viteur dans l'anus du malade , & au lieu d'appro-
cher avec les doigts la pierre du col de la veiîic ?
ni fans
ouvrir la capacité du bas-ventre. Voici donc 1«|
manière dont on peut fe conduire!
T R O I S I E?M E D E*M QWSTIt A T I O N. l$t
Fig. XIV. POUR LE HAUT APPAREIL.
POur pratiquer heureufement cette opération , Moyens a«
il faudroit introduire dans la veffie une fonde ""f0r* ^ '
creufe A ^ dont Couverture extérieure feroit aiTez reufe*
ample pour y faire entrer le bout de la feringue B.
avec laquelle on empliroir la vefîie d'eau , qui au-
roit un degré de chaleur pareil à celui de lutine»
On feroit une ligature à la verge avec cttt& bande
Oafin qu'en feringuant l'eau ne s echapât point de- '
P iiif
^jï Des Opérations de Chirurgie ^
la veffie à coté de la fonde j & lorfqu'on jugeroî'e
parla quantité de l'inje&ion que la veilie dût être
pleine , on en retirerait la fonde , & on reflèrre-
roit un peu la ligature de la verge , afin de com-
primer l'urètre allez pour empêcher l'eau de for-
tir : enfuite le malade affis dans une chaife pref-
qu'à fon féant 3 on lui feroit une incilion longitu-
Du lieu où finale avec ^e fcalpel D. entre les deux têtes des
on doit por- mufeies droits , 8c les deux piramidauxj après quoi
ter le fcalpel, appUyant ^u doigt fur le fond de la veffie % on fen-
tiroit la fluctuation de l'eau dont elle feroit gon-
flée * èc pour lors on feroit avec une grolïe lan-
cette armée E« une ponction à cet organe dans ce
même endroit. On connoîtroit aifément quand la
veffie feroit ouverte , par l'eau qui eniortiroit 5 &C
auffitot avec le crochet F. on pourroit faire fortir
la pierre , ou bien on plongeroit une tenette Gn
longue de étroite dans l'ouverture , par laquelle
l'çau s'écouleroit , & ayant trouvé la pierre dans
la veffie , il feroit pour lors facile de la charger de
Traitement de k tîrçr par cette ouverture. La plaie fe guéri-
te la piaie a. roic fans peine , parce que tenant le malade en une
S«ra• & de plus l'urine trouverait tou-
jours fon chemin ordinaire pour s'écouler. Si la
plaie faite au ventre paroifïbit trop grande, ÔC
qu'on crût ne pouvoir pas la réunir avec facilité ,
on pourroit faire un point avec cette aiguille cour-
be H. enfilée d'un fil ciré I. ôç mettre fur la plaie
ce plumaceau K. couvert du baume d'Arceus, puis
l'emplâtre L. la compreffe M. par delfus , Se le ban-
dage circulaire N- fait avec une ferviette , pour
ènir par le fcapulaire O. qui a durera tout l'apareiL
Cette manière paroît la meilleure ; mais avant
que de lui donner la préférence fur les deux au^
T R O I S 1 1*M H D EJM ONSTRATION. 1$J
très , il faut qu'elle foit confirmée par plufieurs ex-
périences , donc la première fe pourroit tenter fur
quelque criminel condamné à mort , &ç qui auroic
la pierre. Je ne fuis pas le feuiqui approuve cette Approb
opération -, c'eft le {ennment de plufieurs Méde-df cette m4
cins 8c Chirurgiens 3 8c iurtout celui de M. Fagon
premier Médecin du Roy , dont l'approbation
l'emporte par les connoidances particulières qu'il,
a dans la Nature ( a ).;
atioff
XV. Fig. POUR LA PIERRE DANS L'URETRE,
TOutes les pierres trouvent leur principe dans
les reins , 8c groiitïenc dans la veille i mais
elles n'y féjournent pas toutes. Il y en a beaucoup
qui fuivent le courant de l'urine , 8c qui forcent
avec elles quand elles font encore petites : mais
quand une pierre a acquis une médiocre grofleur a
Se qu'elle a trouvé moyen d'encrer dans l'urètre >
(a) M, Morand a donné au public un Traité de îa
îaille par le haut appareil , où Ton trouve de fcayantes
Réflexions jointes à un extrait de touçcequi a été écris
4e plus intçrefian^ fur ce fuje^a
fc£4 ^ES Ope'ratiotNs de C»IRU-RGIt-J
elle s'y arrête fouvent , ôc foit par fa groffeur 3 folr
Kicéfficé Par ^*es inégalités elle y eaufe-de fi. grandes douleurs
a'un prompt qu'on erl obligé d'avoir recours au Chirurgien qui
ÊBçpurs* Jq jj Qins differer travailler à la faire fortir d'autant
plus que cette pierre bouchant le paffage, le mala-
de ne peut point uriner , ce qui auroit des fuites
çtès-fâcheufes ,, s'il n'étoit promptemenr fecoura...
Il eft très-facile de connoitre l'endroit où la- pier-
re eft arrêtée , le malade le montre lui-même , &c
pour peu qu'on y touche , on fent une dureté eau-
eeqaeî^o.fée par ce corps étranger. Le- Chirurgien doit d'a-
pérateur doic borJ effayer avec fes. doigts de la faire couler le-
bord/ ' long de l'urètre -, il. eft aidé a cela par i urine , qui,
la pouffe pour la faire fortir. Mais lorfqu'il ne peut
pas la faire avancer fans de grandes douleurs , il
Ligature faut qu'avec cette bandelette A» il lie la verge au
**icdee j*u"^" deffus de la pierre du coté du pénil , &c dans le
re. refte du canal de la verge il injecte de l'huile d'olive
„.Ut£té de avec une petite feringue B. la ligature empêche
d'nuile, que 1 injection ne repoufie la pierre , oc: qu elle ne
retourne fur fès pas.Le Chirurgien effaye de rechef
de faire avancer la pierre en dehors , ce qui s'éxe-
cute avec bien moins de douleurs , le canal ayant
été huilé ; s'il voit qu'elle ne r5uiiTe pas fortir fans
un plus., grand fecours, il prend une petite curette
C. longue de quatre ou cinq pouces y qu'il trempe
dans l'huile pour la fourrer dans la verge , ôc en
pouffer le bout à coté &c au-delà de la pierre , Se
par ce moyen la tirer au dehors.. Cet expédient
réufïit fouvent , mais s'il lui manque , il faut qu'il
en vienne à Topération fans retarder un moment
Préparation Le Chirurgien otera cette première ligature
Son' de "a" Pour t^rer kipeau qui couvre cette partie , le plus
verge au qU'il pourra vers la racine de la verge , & il remet-
rétre.dC 1U" tra enfuite la même ligature au deffus de la pierre j
puis tournant de la main gauche la verge , afin que
l'urètre foit en enhaut & tenant la pierre affùjettie
entre deux doigts 3 il fait avec un petit fcalpel B*
Tr o i s i e'm e D e'm onstratïon. %n
une incifion fur le corps de la pierre > coupant les
tégumens Se l'urètre fuivant la longueur de la par-
tie -, enfuiteil prend une petite curette E. emman- ufa?,e de h
chée , faite en forme de cure-oreille , qu'il coule Cfowt**.
(bus la pierre qu'il faitfortir auffitôt par ce moyen.
La pierre étant tirée , on ô.te la ligature , Se la
peau revenant dans fa place ordinaire , bouche la
plaie qu'on a faite à l'urètre > c'eft la raifon pour-
quoi avant l'opération on tire la peau , afin que les
plaies de la peau Se de l'urètre ne fc trouvent plus
vis - a - vis l'une de l'autre. On panfe ces plaies Fanfem^t
comme on fait les plus (impies avec un emplâtre dc la pra-iS* ■
de cerufe F. une compreiïe G. Se une bande H%
dont on fait des circulaires autour delà verge. L'u-
rine parlant par l'urètre , le nettoyé Se le guérit
avec le fecours de la Chirurgie,
J'ai vu fouvent que la pierre après avoir fait
tout le chemin de l'urètre s'atrêtoit à fon extrémi-
té j cela arrive à ceux dont l'ouverture du gland eft
plus petite qu'elle ne doit être , ce qu'on remarque
affez fouvent vers l'infertion de l'urètre à la racine
du gland. On m'apporta un jour un enfant qui avoit
une pierre arrêtée au bout de l'urètre, on en voyoit
même une des extrémitez qui fortoit. Je me fervis
de la pointe d'une lancette pour débrider en haut a^ger^n 1
Se en bas cette partie du conduit de l'urètre , Se calcul retenu
avec de petites pincettes je tirai la pierre. La pelli- *"rét°r"c pîL
cule qui couvre le gland en rétrecifïbit l'ouver- chc le gland,
ture , Se ceux à qui cette difpoiition arrive , font
plus longtems à pifïer que les autres. En coupant
deux petites brides qui ferrent l'entrée de i urètre ,
pn y remédie aifément , Se c'eft pour lors une des
plus légères opérations de la Chirurgie»
i$ê Des Opérations de Chirurgie.;
Fig. XVI. DE LA" TAILLE POUR LES FEMMES.
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Les femmes ^v Uoique l urètre des femmes foit plus coure
Tout fu;ettesf 1 0 î î i • i i r o
à la pierre. \g£ & plus large que celui des hommes , oc que
par cette diipofition les petites pierres , le fable de
le gravier puilfent fortir facilement avec l'urine ,
ctles ne font point pour cela exemptes d'avoir quei-
quefois dans la veille des pierres qui les incommo-
dent autant que celles des hommes , Se qu'il fàiiz
leur ôter par l'opération.
©eux manie- On taille ordinairement les femmes de deux
«es de tirer • i • -i t j
la pierre aux manières 3 ou par le petit appareil , ou par le grand
femmes. appareil.
La première Dans le petit appareil , outre qu'on y employç
fans incifion.peil d'inftmmens , on ne fait aucune inciiion.
y oici comment. La femme étant limée dans une
Trôisie'mê Démonstration, ï0
chaife haute , panchée en arrière , les cuifTes écar-
tées &: élevées , -on prend la fonde droite A. qu'on
trempe dans l'huile , &c qu'on introduit par l'urè-
tre dans la veilie pour chercher la pierre avec cet
inftrument. La caneiute qui eft à la fonde , fert
pour conduire dans la veille le dilatâtoire B. qui uf3ge fa
n'y cft pas plutôt encré , qu'on retire la fonde ; dilatâtoire
& avec le dilatâtoire on élargit l'urètre , en quoi
on n'eft pas obligé de faire de grand efforts , vu
que ce conduit eft dilatable au de-là de ce qu'on
en peut croire. On retiré enluite la machine , puis
l'Opérateur ayant huilé fes deux doigts de la main
gauche, il les introduit comme on a dit aupara- "
vànt dans le vagina fi c'eft. une femme t ou dans
Fanus fi c'eft une fille , 8c de fa main droite ap-
puyant fur le Ventre , il approche doucement la
pierre du col de la veilie , d'où elle entre aifé-
ment dans l'embouchure de l'urètre qu'on aura
dilatée. Lorfqu'il voit la pierre , il ôte fa main
droite de demis le ventre de la malalade , y fubfti-
fixant à la place celle d'un ferviteur , 8c tenant les
doigts de l'autre main toujours dans le Vagina dû
dans l'anus , avec lef quels il pouffe la pierre dans
f urètre , il prend un crochet C. qu'il coule der-
rière la pierre , pour la faire fortir dehors comme
ûux enfans qu'on taille par le petit appareil.
Il y a des Opérateurs qui prétendent que le grand La féconde
appareil eft moins douloureux que le petit /ce qui *£ i^t™
fait qu'ils lui donnent la préférence ": vous en pour-
rez décider , quand je vous aurai expliqué celui
qui nous refte.il faut firuer la malade fur la chaife,
lui mettre les écharpes tomme aux hommes , la
faire tenir par des ferviteurs , félon qu'on jugera que la
pierre fera plus ou moins groffe , on retire enfuite
le dilatatoire , & fur la fonde ou fur le condu-
its mouve- €teur G. qu'on aura palTé dans l'urètre, on conduit
dok donner'^2 tenette ï> dans ^a ve^e, Ôc on retire le condu-
à la cenecre. iteur : avec la tenette on cherche & on faifit la
pierre qu'on doit tirer au dehors par de petits mou-
vemens qu'on fait alternativement de côté ôc d'au*
trefans grande violence. On peut fe fervir d'un
petit gorgeret H. plus étroit que celui qu'on em-
ployé pour les hommes , Se il y en a qui fe con-
tentent d'une fonde creufe. Le moins d'inftrumens
dont on peut fe fervir } c'eft toujours le meilleur.
Dans la taîîe K. il y a de l'huile pour en froter
tous les inftrumens à mefure qu'on les fait fervir.
finconvéniêc De toutes les femmes qu'on taille , il y en a plus
tion" °péra" ^es tro^s <5uarts a qui il re^c un écoulement invo-
lontaire d'urine , furtout de celles dont on a tiré
une groffe pierre. Cet accident eft immanquable
par la trop grande dilatation qui force ôc rompt le
Moyens dèreiïbrt des libres de l'urètre Ôc du fphinder* Si on
l'éviter. pouvoir tirer la pierre par le haut appareil , on évi-
teroit cette incommodité; mais je n'ofe pas la con-
feiller avant que d'en avoir vu plufients expérien*
ces : toutefois comme ce moyen a pu réuflir à des
hommes 3 je ne doute point qu'il ne convienne
aulïi aux femmes. Il feroit donc à fouhaiter que
ceux qui font dans un ufage ordinaire de tailler ,
fiffent des elTais de cette pratique fur des fujets
privez de vie , & qu'ils fe hazardaffent de la
tenter fur des femmes qu'ils prévenaient ne pou-
voir être délivrées que très-difficilement ôc avec
beaucoup de danger par le grand ôc le petit appa^
*TroïsieVe De'mo*js t& ATïôrt. 139
ïeil , qui feront toujours plus pénibles aux îfcala-
•des , que le haut appareil (a)-.
Hijlùire de Frère Jacques
CE qui s'en: pa(Té à la Cour de à Paris au fujet
du Frère Jacques , regarde tellement les Li-
thotomiftes que jai crû qu'il étoit à propos d'en
rapporter l'hiftoire en œt endroit. Je le ferai très-
fidèlement , afin que le Public informé de la vérité
puiffe juger fi la manière d'opérer de ce nouveau
Lithotomifte doit être préférée à celles qu'on a
pratiquées juifqu a préfent.
Dans le mois d'Août de l'année 1697. arriva à G°ndl»«&
Paris une efpece de Moine , qui avoit l'habit de vie du Frère
■ Recôlet avec cette différence feulement, qu'il étoit Jaciues»
(*) Comme l'urètre des femmes eft très-court, &
qu'il peut être aifément dilaté , on a beaucoup Amplifié
l'opération de la Taille qui fe pratique fur elles. On met
la malade dans une fîtuation pareille à celle des hommes
qu'on taille par le grand appareil. L'Opérateur écarte
les nymphes avec deux doigts , pour trouver l'orifice de
l'urètre , par lequel il introduit jufques dans la vefïle un
Conducteur mâle , trempé dans l'huile , 8c avec lequel il
s'alTure de la préfence de" la pierre \ il introduit enfuite
3e conducteur femelle , 8z écarte ces deux inltrumens
afin de dilater l'urètre. Pour les tenir , il met leurs extrê-
mitez entre le doigt du milieu &1 indicateur de la main
gauche, de manière que les doigts de la main étant lu-
perieurs au poignet, & leur partie externe regardant le
périnée , les bras gauches de ces conducteurs foient en-
tre le doigt indicateur & le pouce, & les bras droits en-
tre le doigt du milieu & l'annuitaire. Il gliffe doucement
entre les conducteurs une te nette convenable à l'âge du
fujet , & l'introduit dans la vefïie. Il retire les condu-
cteurs, charge la pierre , & la tire avec les mêmes pré-
cautions qu'on prend lorsqu'on taille les hommes.
M. Jonnot très-habile Lithotomifte ne le fervoit, die
M. Tolet , que d'une fonde creufe ou d'un gros ftilet pour jra;t£ $t \9
conduire la tenette , & c'eit de lui dont ce dernier dit Lithocosiie^
avoir appris que l'incifîon à l'urètre étoit inutile pour&c.
çijer de la veiBe des femmes ? les piertes qui s'y formons.
243 Des Opé'ràt ïôns de Chirurgie 1
chauffé, & qu'au lieu de capuchon il portoit uii
chapeau. Il le faifoit appeller Frère Jacques , 8c il
paroiffoit {impie & ingénu. Il étoit fobre 5 ne vi-
vant que de potage & de pain* îl n avoir point d'ar-
gent & ne demandoit que quelques fols pour faire
fepafTer fes inftrumens , ou pour faire racommo---
dër fê's fpuiiers. Il s'étoit fait une Religion a fa
mode 9 avec des vœux dont il iaifToit la liberté à
fon Evêque de le difpenfer quand il voudroit.
tes propo- j| venoj,t pOUr |ols t|e Bourgogne , & étoit por-
ficions qu'il , r- / i -r °,& ■ , - r ,.,
Êr en arri- teur ûe quantité de certineats des opérations qu il
vanc a Pans. aVO£t £aiteS en differens endroits. Il fe fit connoître
à la Charité par M; Maréchal , premier Chirur-
gien du Roy , & trouva mauvais de ce qu'il ne
vouloit pas le laifïer tailler dans cet Hôpital, étant
venu exprès à Paris , difoit-il, pour apprendre aux
Chirurgiens une manière particulière d'exécuter
cette opération ; mais comme on n expoie point
les malades de l'Hôtel-Dieu ni de la Charité pour
faire des expériences , on lui donna un cadavre
à qui on avoit mis une pierre dans la velïîe. Il la
tira de la manière qu'il a accoutumé de faire , en
prélënce des Chirurgiens de là Charité , qui dès
cette première fois ne furent pas contens de fa fa-
çon d'opérer.
Sa réception Frère Jacques peu fatisfait de l'accueil -qu'on lui
avoit fait à Paris, en partit dans le mois d'Octobre
fuivantpour aller à Fontainebleau où la Cour étoit
pour lors. Il s'addreffa à M; Duchefne premier Mé-
decin des Princes , à qui il rendit quelques lettres
de recommandation qu'il avoit pour lui , & à qui
îl fit voir tous fes certificats. M. Duchefne fut
charmé du récit que lui fit Frère Jacques tant du
deifein qui l'avoit conduit à Paris & à la Cour *
que de fa manière d'opérer , & du grand nombre
d'opérations qu'il en avoit faites ', de par un zélé
qu'on ne peut affez louer , il en parla à M. Fagori
premier Médecin du Roy > à M< Bourdelot pre-
nnes
Troisië'me Démonstration. 24r
mier Médecin de Madame la Ducheiîe de Bour-
gogne & à divers autres 9 qui cous conclurent qu'il
le falloir voir travailler. Il fe préfenta un garçon Premïer fu„
Cordonnier de veriaiiies , qui écoit alors à Fontai-j«<ïui^ePré-
nebleau , & qui avoit la pierre. M. Duchefne le ht cncc'
mettre chez une garde s & lui fit fournir tout ce
qui lui étoic néceiiaire. Frère Jacques lui fit l'opé-
ration en prifence de Meilleurs les Médecins -, Se
de M. Félix qui écoit premier Chirurgien du Roi.
L'opération réuiïit heureufement , de ils en forci- Succès de
xent cous très-contens , de même M» Félix retira f?n "Po-
chez lui Frère Jacques qu'il logea de qu'il nourrit
pendant tout le voyage.
Cette opération rit beaucoup de bruit , elle fut Eloge qu'on
publiée par couce la Cour. M. Duchefne en infor-f^^ mé"
ma les Princes , ôe leur rendoic compte cous les
matins de la fancé du malade. Il regardoic Frère
Jacques comme un homme envoyé de Dieu pour
foulager ceux qui font affligez de la pierre , par
une méthode plus aifée de moins dangereufe que
celle qui fe pratiquoic. Effectivement les commen-
cemens de l'opération du Cordonnier furent heu-
reux ,• elle fut faite promptemenc , le malade pilTa
parle conduic ordinaire peu de tems après l'opéra-
tion *, elle ne fut accompagnée d'aucun accident fâ-
cheux , de on vit dans les rues ce Cordonnier fe
promenant trois femaines après avoir (ubi la taille.
Sur ce que Frère Jacques dit qu'il avoit encore Pratique à*
une manière particulière de guérir les hernies , on ?rf re fuc les
lui chercha des enfans de des hommes qui eutfent
des descentes ; il en fit trois ou quatre opérations
en préfence dts mêmes Médecins de Chirurgiens ,
qui lui ayanc vu ôcer le cefticule qu il tirait par Pin-
cifion faite dans l'aine , de qu'il retranchoit fans
héfiter , n'approuvèrent point cette façon d'opérer j
mais au contraire la condamnèrent, perluadez Déf âé
qu'on doit conferver les tefticules comme parties cette mecho*
ueceffaires. Cette dernière opération par laquelle dc*
0.
-2.41 E*ES Opérations de Chirurgie ,
à l'imitation de ces coureurs de campagne il émaf-
culoit tous ceux à qui il la faifoit , ayant donc été
unanimement rejettée , on s'en tint à celle qui re-
gardoit la pierre , ôc voici comment il fe prati-
qùoit.
^Tanière de La préparation chez lui n'étoit comptée pour
Jr«cr du r*en ' ^ ne ^ ^oucioK P°*nt 4ue *e malade eut été
faigné oc purgé avant l'opération. Il fait afTcoir le
malade fur le bord d'une table expofée au jour , il
le couche enfuite a la renverfe , lui mettant feule-
ment un oreiller fous la tète , & il le fait tenir les
deux cuiflfes écartées & ployées en enhaut les talons
proches les felïes par deux hommes très- forts , par-
xe qu'il ne le lie point , s'en fiant fur la force de
ceux qui le tiennent. Il introduit dans la verge une
fonde graiffée , qui n'eft point caneiée , dont le
bout lui fert à pouffer de la main gauche en dehors
-l'endroit de la veiîie où il doit faire fon ouverture *,
puis prenant de fa main droite un biftouri long fait
t'endrok en forme de poignard , H le plonge proche la poin-
tu il enfonce ^ ^e }a feflpe g^uSxQ deux doigts loin du périnée *
U poignard, rr i - 1 / °- 11 ,r< ••
ôc le poulîant droit vers la région de la veiîie , il
J'ouvre dans fon corps le plus près de fon col qu'il
peut : il ne retire point le biftouri qu'il ne l'ait ou-
verte autant que le demande la grofleur de la pier-
re. Il fc fert d'un conducteur pour conduire la te-
nette , qui eft à peu près femblable aux nôtres -, Se
fouvent avant que d'introduire cet inftrument , il
examine avec fon doigt fourré dans la plaie l'en-
droit où peut être la pierre, Quand elle eft chargée,
il la tiré promtement &c rudement ne réflechiftant
nullement fur les mauvaises fuites que peuvent
.avoir les violences qu'il fait pour l'extraire. S'il y
en a plulieurs , il les tire de même ^ue la première ,
8c îorfqu'il les voit toutes dehors , il croit avoir
tout fait *, car il ne fonge pas même a apprêter ua
appareil , 8c il ne s'embarrafte point de panfer fes
tnalades , ne fe fervant ni d'aftringens , ni de dé-
Troïsîe'me Démonstration. 24$
fenfifs, le contentant d'un peu d'huile & de vm^^'jjj;
pour tout remède appliqué fur la plaie > & lort de , après lui
qu'on lui a représenté le befoin que le malade a *J°b «ré la
d'être bien panlc , il a répondu , je lui ai tiré lapie'
pierre,, Dieu le guérira.
La Cour partant pour Verfailles , Frère Jacques ■ Son retour
prit ie chemin de Paris où fa réputation i'avoit dé- * arls*
vancé. Il y trouva tout le monde informé de ce
qu'ii a voit fait à Fontainebleau , ôc chacun s'em-
prelTa de lui procurer des iujets , croyant leur faire
plaifir } que de ies mettre entre les mains du Frère»
Il en . tailla cinq ou fix , dont il en mourut quel- é *°"vveeJ!eâ
ques-uns. Il vint a la Charité de Verfaiiles en tail- qu'il y fie»
1er quatre , entre lefquels il y avoir un Irlandois à*
qui il trouva au lieu de pierre dans la veilîe une
baie de plomp couverte d'une matière graveleufe ,
qui l'incommodoit autant ôc plus qu auroit fait une
pierre , ôc qui obligea de le tailler ; ce malade Exemple de
avoir reçu quatre ou cinq ans auparavant un coup fj guér\fo.n
1 r l 1 1 I J 1 u 1 • d une Plaie
de moulquet dans le bas ventre > dont la baie avoit faitcaucorps
percé la veffie , y avoir léjourné ôc s'y étoit grofîie 4e la Yefl"ie»
jufqu'au jour de l'opération : ce qui fait voir que
les plaies de la velîie fe guérirent aifément , ôc
qu'on pourroit fans crainte tirer les pierres par le
haut appareil. De ces quatre malades il y eut une
petite tille âgée de fept ans qui mourut 3 jours après
l'opération. M. Félix m'envoya chercher pour aller
avec lui en faire l'ouverture ; nous trouvâmes la
veffie ouverte dans Ton corps proche fon col *, c'eft-
à-dire, en l'endroit où il a Coutume de l'ouvrir j
nous vîmes au vagin une plaie de la longueur de *} &» *Û °r>
1 ongle , elle avoit été faite pat le tranchant du bit p^certe va*
touh en le poulïant le long du vagin pour aller à &»?•
la veffie. Frère Jacques dit à cela que les plaies du
vagin n'étoient d'aucune conféquenec > Ôc qu'il lui
arrivait fouvent de le percer. On étoic trop préve-
nu en fa faveur , pour concevoir de cet aveu aucu-
ne impreffion contre lui , on attribua la mort d$
144 ®ES Ope'ratïons de Chirurgie;
cette enfant à plufieurs vers qu'on lui trouva dahs
les boyaux , Se dont elle avoit vuidé quelques-uns
avant que de mourir.
te Frère eft Qn fe fervit de l'autorité des Magiftrats , $c en-
pourtaiikr tr'autres de M. le Premier Préiident , pour faire
aux Hôpi- orc|onner , que dans le Printems qui s'approchoit ,
ris! C *" & qui eft la faifon où on taille à l'Hôtel-Dieu 8c
à la Charité de Paris , ce feroit Frère Jacques qui
tailleroit dans ces lieux > car on écoit entêté que fa
'méthode étant la meilleure , H falloit s'en fervir de
abandonner déformais celle qu'on avoit mife en
pratique jufques alors. Il rit en pluiieurs fois envi-
Ton cinquante opérations dans l'un de l'autre de ce's
Hôpitaux. C'étoit un empreifement inconcevable
pour le voir travailler j il n'y avoit pas un Médecin
ni un Chirurgien qui ne tâchât d'y entrer s il falloir
"des gardes pour empêcher la fouie , &c il y a eu
jufques à deux cens perfonnes à la foispréfensà
fes opérations.
Évencmers De tous ces taillez le nombre decéux qui mouu
bî"sfde°rfcs rurent » ^ut plus-grand que de ceux qui guérirent,
opérations. On apprenoit tous lés jours la mort de quelqu'un >
&: il en mourut a la Charité jufqu à fept en un
'même jour. Cette quantité de morts qui devoit ou-
vrir les yeux aux partifans trop zélez de Frère Jac-
ques , fit un effet tout contraire *, car ne voulant
pas avouer qu'ils avoient porté leur jugement en
la faveur avec trop de précipitation,ils rejettoient
, la caufe de tant de malheurs fur les Chirurgiens de
la Charité , difant hautement qu'il falloir que par
jaloufie contre ce nouvel Opérateur , il eulïènt
empoifonné ces malades , prétendant qu'ils né
pouvoient avoir été péris en fi grand nombre Se ïi
promptement , que par quelque caufe étrangère à
l'opération,
véritables Qn n'a pas eu pour être convaincu que la caufe
de tous ces défaftres lui doit être uniquement at-
tribuée -, ôc il faudroit plutôt s'étonner de ce que
ks malades ne périnoient pas tous par les inçon-
véniens terribles qu'on a vu accompagner cette
opération que je vais vous rapporter.
N'y ayant rien qui retienne la pointe du biftouri, s? mtf&s*
Frère Jacques le pouffe d'ordinaire trop avant , ce inconnderé©
• r • >'i 1
il étoit obligé de faire une autre ouverture auprès
de ce même col pour en tirer la pierre > or jugez 11
une veille ainfi coupée peut fe guérir , & s'il ne
faut pas que le malade péri (Te.
Reftum ou- \[ e{|- {Cuvent arrivé que Ferre Jacques ouvroit
même Utho- auu** Ie rectum , parce que le biftouri coulant le
tomifte. long de ce boyau pour aller à la velîie , & l'appro-
chant de trop près un des deux tranchans de l'in-
ftrument y faiioit une incifion longitudinale -, on
ne peut pas douter que le rectum n'ait été ouvert »
vu les matières fécales qui fortoient par la plaie. Il
y a même eu quelques-uns qui ne font pas morts de
cet accident , Ôc à qui les gros excremens fortent
encore par une fiftule qui leur en eft reftée.
Je vous ai déjà dit que Frère Jacques ne s'éton-
noit point quand il avoir ouvert le vagin *, cela lui
arrivoit à prefque toutes les femmes qu'il tailloit y
il prétendoit que la plaie n'en étoit point mortelle.,
ni même dangereufe , & qu'elle Te guérifïoit faci-
lement. Je lui en ai vu tailler deux , à qui i'inci-
iîon faite , le fang fortoit par l'orifice externe de la
matrice j ce qui étoit une preuve certaine que le
vagin étoit ouvert.
L*inteftin On m a dit même qu'il y a quelques femmes à
lavefiie&le ,., ., . toi n
vagin traver. qu il il avoit ouvert le vagin ce le rectum tout en-
Uz eiifem» femble j les gros excremens leur fortant par le col
de la matrice ; de manière que ces pauvres* femmes
étoient dignes de compaflion , vu qu'elles fe trou-
voient en même tems trois plaies confidérables en
trois parties différentes > fçavoir à la veille , au
vagin & au re&um.
Il ne (unit pas d'avoir bien fait l'opération , il eft
de l'habileté du Chirurgien de bien traiter le ma-
lade , & de le conduire à fa parfaite gnérifon. Frère
Jacques étoit hardi à travailler , mais il ne fe met-
toit poinr en peine de procurer à la plaie une bon-
ne cicatrice: fon talent étoit d'aller de ville en ville*
T R O I 5 I E*M E D E*M ONS TR A T I ON. Ufl
& de tailler tout ce qui (e préfentoir ; il quittok
auiîl tôt fes malades , & les abandonnoit fans fe
foucier des fuites \ ôc c'en: la raifon pourquoi il piufieu»
avoit tant de certificats , parce qu'il fe hâtoit de les Certificats
prendre de ceux qui avoient ete prelens a i opéra- f rere»„
tion , Ôc qui pouvoient rendre témoignage de fon
adrefie & de fon habileté à tirer la pierre. Mais
s'il eut attendu à les demander après la guérifon,
ils n'auroient pas parié avec tant d'éloge qu'ils fai-
foient immédiatement après l'opération. Par exem-
ple , fi Frère Jacques eut demandé des certificats impa"faitea
à-Meffieurs les premiers.Medecins de la Cour aufil- <*« premier
tôt qu'il eût taillé ce Cordonnier à. Fontainebleau , taiTia. qU •
ils euflfent été très avantageux pour lui; mais après
l'avoir vu languira Verlailles, ôc mourir deux
ans après qu'il eut été taillé , parce que l'urine s'é-
couloit toujours parla plaie j les certificats alors:
rendant-témoignage de la vérité n'auroient point
été favorables à ce Litotomifte.
La mort prompte ôc cruelle de M. le MaréchaL
de Lorge , qui arriva le lendemain de l'opération,
que lui fit Frère Jacques r a défabufé tout le mon-
de ; fes partifans même n'ont pas ofé entreprendre
de l'excufer ; ils font convenus de fa faute , ôc M.
Fagon qu'on prefïbit de fe mettre entre les mains
du Frère , a pris le bon parti en fe mettant ensre
celles de M. Maréchal qui l'a heureufement tiré
d'affaires ; quoique les circonftan ces de ces deux
opérations ftident feniblales y car il y avoit à cha-
cun un fungus dans la veflie. M. Maréchal a fauve
la vie à M. Fagon , ôc Frère Jacques a tué M. le
Maréchal de Large y ce qui doit faire mettre une
grande différence entre le Charlatan ôc le bon Chi-
rurgien.
Tous les faks que je viens de rapporter , ont été
caufe que les applaudifTemens qu'on donnoit à Fre- n per&.fe
re Jacques n'ont pas continué , ôc que fa réputa- cff,ait & v*
1 i \ r »s t i \ ailleurs , otr-
tion a cnangc a ion déshonneur peu de tems après fateputauo*
o-iiij
î4§ Des Opérations de Chirurgie,
ne fê confer- fa naiffance > & ceux qui le vantoient le plus , ont
umpT. °ng" été obligé de fe taire. Il a pris le parti d'aller a Or-
léans, à Lyon Ôc en d'autres Villes du Royaume
où il a opéré comme à Paris. Les premières lettres
qu'on en a reçu écrites par ceux qui Pavoient vu
travailler > publioient fa grande dextérité ; mais les
dernières, a l'exemple de celles de Paris , ne lui
étoient point avantageufes : deforte qu'il n'eft
prefque plus mention de Frère Jacques: apparem-.
ment qu'il retournera a fon premier exercice-, ôc
qu'il fe contentera d'aller de village en village tail-
ler charitablement aux dépens des pauvres mal-
heureux qui Lui, tomberont entre les mains..
Avantages Quoique je n'approuve pas la manière d'opérer
tirer" de ft' de Frère Jacques , je ne la condamne pas abfolu-
giethode. ment -, il y a du bon dans cette opération ; j'en ai
tiré deux utilitez., l'une fur la ponction au périnée*
que je confeille de faire à l'endroit de la veflie ou
il fait fon ouverture pour en tirer la pierre , ôc
l'autre fur l'ouverture que je propofe de faire au
fond même de la veflie , pour en tirer la pierre par
Moyen de le haut appareil. Enfin je fuis perfuadé qu'un Chis
&htmcr" r utgien Don Anatomifte qui fçait conduire fon inf-
trument, Se qui eft maître de le porter où il veut \
pourroit réiïflir par la manière de Frère Jacques ,
parce qu'il éviteroit tous les accidens qui lui Ions
arrivez , mais c'eft trop expofer un malade , que de
le faire tailler par ce Frère , qui n'ayant aucune
connoifîàncedes parties qu'il faut couper , n'a de
hardieffeà y enfoncer fon poignard, que parce
qu'il manque de lumière pour en prévoir les çonfé-
quences. Il n'y avoir perfonne qui ne tremblât en le
regardant opérer , &: les Chirurgiens mêmes quoi-
qu'aguéris fur ces fortes d'opérations étoient effra-
yez de lui voir tenir fon couteau fi long-tems dans
la plaie.
Enfin le fruit de cette hiftoire eft de nous ap-
prendre qu'il ne faut pas applaudir avec tant de pré-
Troisième Démonstration. 249
çipitation fur ce qui nous .paroît nouveau -, il faut
dans la Médecine recevoir tous les remèdes qu'on
propofe , de dans la Chirurgie voir pratiquer ceux
qui fe vantent de faire mieux que les autres : nous
ne devons pas têce baillée donner dans toutes le§
nouveautez. En les examinant , on prend le bon ,
& on en laiile le mauvais, C'eft ainfi que les Arts;
fe font augmentez , Se c'eft ainfi que la Chirurgie
eft montée par dégrez a la perfection 011 elle fêtait
admirer aujourd'hui. ( a ),
(a) L'opération de Frère Jacques pratiquée de la ma-?
niere qui èft décrite par notre Auteur , eiî en effet dé-
fectueufe > incertaine & périlkuie, Mais cette opération
corrigée & perfedlionnée , eif. regardée aujourd'hui par
plufieurs grands Praticiens , comme excellente & préfé-
rable dans certains cas. Ce qu'on en va dire elt tiré d'un
Mémoire de M. Morand inféré dans ceux de l'Académie
Royale des Sciences , année 1731.
'm Frère Jacques ayant prefque perdu fa réputation à Pa-
lis , parcourut plufieurs villes de France , & palTa en
Hollande, où il pratiqua fa méthode avec tant de fuccès ,
qu'elle y fut accréditée en peu de temps- M. Rau qui tail-
loit alors à Amiterdam par le grand appareil, la goûta
bientôt. Il la corrigea félon quelques-uns, ou plutôt il
l'adopta félon M. Morand , oui prouvera bientôt dans un
ouvrage qu'il doit donner fur cette matière , que la mé-
thode de M. Rau étoit précifement celle de Frère Jac-
ques , telle que ce Moine l'avoit corrigée & perfection-
née , foit par fes propres réflexions , foit par les confeils
qu'on lui avoit donné à Paris. M. Morand prouve ce fais
par deux ouvrages très-rares, & par d'autres recherches
qu'il a faites au fujet de ce Frère. Le premier de ces Ou-
vrages a été donné au Public par Frère Jacques en 1702;
& l'autre eit un manuferit orné de figures. On voit dans
ces deux ouvrages, que Fiere Jacques avoit corrigé fa
méthode , & qu'il étoit toujours lur de faire fon incifîon
intérieure dans le même endroit , & découper le col
de la veffie. Cette opération eût entre les mains de M.
Rau beaucoup plus de fuccès qu'entre celles de Frère
Jacques , ce quin'eir. point étonnant. Ce dernierigno-
roit PAnatomie , fans les lumières de laquelle on ne va
qu'à tâtons, au lieu que le premier lafçavoit parfaite*
ment. Cette méthode palTa enfuite à Londres fous le nom
±5© Des Opération* de Chirurgie ,'
d'opération de M. Rau. M* Chefelden qui y pratiquée
Chirurgie avec grande réputation , reconnut par plu-
sieurs expériences qu'il eit dangereux de percer la veflîe
dans fon corps , furtout vers la partie inférieure. Il rem-
pliïîoit d'eau la veille , & l'eau smfïnuant dans la mem-
brane cellulaire qui environne le rectum , faifoit des
ulcères fordides avec pourriture. Il ellaya eniuite de
tailler précifément comme fvl. Albinus prétend que M.
Rau tailloit i & les inconveniens Rirent les mêmes de la
part de l'urine. C'eit pourquoi ii imagina une autre mé-
thode connue fous le nom d'appareil latéral, & qui n'eit
que l'opération de Frère Jacques & de M. Rau, encore
Î>lus perfectionnée qu'elle ne l'etoit alors. L'opération.-
atterale ne réunît pas moins à Londres qu'à Amlrer-
dam , & la renommée le publia bientôt à Paris, où elle
fut renouvellée avec beaucoup de fuccès par M* Morand,,
dont le zélé pour l'utilité publique eft connu. Meilleurs
Garangeot & Perchet l'ont fait aufïi. Le bruit du fuccès
de cette opération fe. répandit enfuite dans les Provinces
& jufqu'en Efpagne. M le Cat , Chirurgien en chef de
l'Hôpital de Rouen en furvivance, y taille avec luccès
par cette méthode. M. Lahaye Chirurgien l'a pratiquée
a Rochefort , & M. Virgili à Cadix, M. Morand a donné,
à ^Académie des Sciences l'énumération des experien*
ces faites depuis fon premier Mémoire.
Pour faire cette opération , le malade ayant été prépa-
ré à l'ordinaire, on le place fur une table horifontale de-
là hauteur de trois pieds , couverte d'un matelas ; on lui
met un oreiller fous la tète , on le lie , & on le fait tenir
comme pour le grand appareil. Enfuite l'Operateur in-
troduit une fonde bien caneiée dans la ve(Tie , il en inclk
ne doucement le manche vers l'aine droite du malade ,
prenant garde de ne la point pouiTer en devant Un Ai-
de placé a côté de celui qui a foin de tenir la cuille gau-
che , prend le manche de h fonde , le tient avec la main
droite fans la déranger de la fituation où l'Opérateur l'a
mife , 8ç relevé de la main gauche les bourfes. L'Opé-
xateur fait à la peau & à la graiiTe avec le biftouri de
A*. Chefelden G. une incifron , qui doit commencer
extérieurement près de l'endroit où finit celle du grand
appareil, & décrire une ligne oblique qui commence
a. quelque difltance du raphé , Se va vers la tuberofité
de l'ifchium entre les mufcles érefteur &: accélérateur
gauches , & à côté de l'inteftin rectum II introduit en-
fuite dans la plaie le doigt indicateur de la main g: u-
che , pour trouver la canelure de la fonde , en ap-
puyant , s'il veut , un ou deux doigts de la même mai»
Troisième De'monstration.içî
fur le re&um , pour l'affujettir en bas *, il incife à la fa-
veur de la fonde le commencement de l'utretre, la par-
tie latérale gauche de la glande proftate , & le col de la
veflTie, puis tenant toujours le doigt indicateur de la
main gauche fur la fonde , il quitte le biltouri pour
prendre le gorgeret, dont il met le bec dans la cane-
lure de la fonde, il prend enfuite de la main gauche le
Manche de la fonde , & introduit avec la main droite ,
le gorgeret dans la velïie , en le faiffant gliiîer douce-
ment le *ong de la canelure de la fonde. Quand l'urine
commence a couler le long delà goutiere du gorgeret,
il eit fur que cet inftrument eil entre dans la veflie. Sou-
Vert elle coule aufïitôt que l'incifion intérieure eft faite.
L'Opérateur ôte la fonde de la veine ; il prend je gorge-
ret de la main gauche ; il gliife de ia main droite le long
de la eoutiere unetenette , qui doit avoir les branches
un peu plus longues que celles des tenettes dont on fe
fert pour le grand apareih II retire enfuite le gorgeret,
& achevé l'opération à l'ordinaire avec une très-grande
facilité. S'il a ouvert quelque vaiflèau considérable qui
foit dans les grahTes , il en fait la ligature ; fi ce vaitTeau
ell plus profond il arrête le fangpar unbourdonnet
trempé dans quelque itiotique. On panfe le malade ,
comme fî on i'avoit taillé par le grand appareil
M. le Cat , qui dans les commencemens , faifoit
cette opération avec les mêmes inilrumens que M. Che-
felden, la fait à prefent avec des inilrumens nouveaux
qu'il a inventé , & un ancien qu'il a perfectionné.
La fonde H. dont il fe fert eft terminée par une plaque
longue , & un peu étroite qui tient lieu de manche ; car
c'elt par elle que l'Aide tient la fonde dans unefituation
fixe , lorfqu'on l'a introduite dans la veflïe.
L'inftrument I. L. a la figure d'un fcalpel à deux tran-
chans : Sa lame eit fixe dansfon manche, & partagée
par une rainure ou efpece de goutiere qui forme une
vive arrête de l'autre coté.
L'mftrument K. a fa lame un peu courbée & tran-
chant* par (apartie convexe. El'e eft aufli fixe dms ion
manche , & partagée par une rainure ou goutiere lon-
gitudinale qui ne forme point de vive arrête , parce que
rinftrument eft plus épais
Après avoir placé la fonde dans la veiïie, il fait avecf
l'inltrument I. une incifîon aux ter/umens & à l'urètre ,
mais un peu plus bas qu'on ne la fait ordinairement,
afin d'éviter l'artère honteufe externe , qu'on coupe
fou vent lorfqu'on fuit la méthode ordinaire 11 place la
pointe de rinftrurnent dans la crendure de la fonde 3 6^
l$z Des Opérations d-e Chirurgie*
glifle enfuitele long de la rainure de Pinftrument , Tau^
tre in [hument K. & retire le premier , ïorfque la pointé
de celui-ci eft parvenu jufcu'a la crenelure de la fonde-.
Il coupe enfuite le plus qu'il peut du col de la veCfie avec
Je dernier infiniment, qui par fa figure eft fort propre à
cette inci/jon» Il glifle le long de la goutiere de cet in-,
ftrument , dont la pointe eft dans la crenelure de la fon-
de le bec d'un gorgeret > & il finit fon opération à l'or-
dinaire.
La multiplicité des initrumens, pour faire une ope-,
ration , eft ordinairement un défaut dans une métho-
de ; mais eile eft un avantage dans celle-ci , & les^
goutieres des initrumens t. & K. rendent l'opération
plus facile & plus fûre.
Voye* î'ext. ®n vl^nt & v?'r ^ans cette ^marque & dans quel-
d»unmémoû^w«-unes des précédentes,, par quel degré l'opération
re lu par m. de la litothomie eft parvenue à ce point de perfection
Foubert à la où elle eft à prefent, Outre les différentes méthodes
^é^c|epu*dont onfe fert ordinairement, l'émulation à qui tous,
l' Acadein. de *es ^rts ^0ivent leur progrès, en a fait depuis peu
Chir. & infe- écldre une autre qui approche de la latterale, maisv
ré dans le qu'on exécute d'une manière différente.
■Mc.rc"re d" Pour préparer le malade à l'opération , on l'ac-
^"4 c°ûtume à retenir le plus long -rems qu'il peut fes
' urines pendant les trois derniers jours qui précèdent
l'opération, te jour même de l'opération , on le fait
beaucoup boire, & comme cette boiflon abondante
exiteroità uriner, on lui ferre la verge avec un petit
bandage à reiîort;ou fi l'on veut, au lieu de lui fai-
re retenir fes urines pendant plufieurs jours , & de le-
faire boire beaucoup , le jour même de l'opécation , on
injecte par le moyen d'un algalie, aflez d'eau pour rem-,
plir la veftie.
Pour faire l'opération 5 on place le malade à peu
près dans la même iîtuation où on le met pour faire l'o-
pération latterale, fuivant la manière ordinaire. On
lui fait comprimer le ventre au deftus des os pubis >
avec une pelotte faite exprès , & l'Aide qui le compri-
me relevé en même-tems les bourfes : l'Operateur intro-
duit le doigt index de la main gauche dans l'anus , pour
porter l'inteftin reclum & l'urètre vers le côté droit,
& plonge de la main droite entre l'anus & la tuberofi-
té de l'ïfchium à gauche, un trocar fort long, dont la.
canule eft fendue. Ce trocar à la longueur près, ref-
femble à celui D. dont j'ai parlé plus haut. Il le plonge
jufques dans Iavetfîe entre le col & l'urètre: pour fea-,
voir s'il y eft entré , il retire de quelques lignes le poin-
Tuoisi ê'me D e'm Ô KSTUATION. 2f$
*çon & l'écoulement des urines l'allure que l'inftrument
ett dans la veffie : il gliiTe alors dans la fente de la canu-
le une efpece de couteau droit un peu long & mince, ou
un couteau courbe & tranchant par fa partie convexe >
pour inciter de bas en haut les tegumens & enfuite la
veffie ; il étend Fincifion en retirant le couteau , il glifle
à la faveur de la crénelure de là canule un gorgeret dans
la veffie, & finit l'opération à l'ordinaire.
Pour faire un jufte choix parmi ces différentes mé-
thodes, il faut d'abord remarquer les différentes par-
ties que Ton inciie fuivant chacune , & réfléchir fur le*
-avantages & les inconveniens qui refultent. non-feule-
ment de l'incifion de ces parties mais de la méthode en
général.
Dans l'opération du grand appareil , on coupe l'urè-
tre avec Pinitrument tranchant s mais lorfque l'on in-
troduit les inltrumens & le doigt dans l'ouverture , &
tm'on tire la pierre, l'ûrétre & le col de la veiTie font
-déchirés jufqu'à Ton orifice, quifê divife auffi plus ou
moins félon que la pierre eit plus du moins greffe.
Dans l'opération de la taille latterale , l'on coupe le
^commencement de i'urétre , le col de la veille , & la par**
tie latteralle de la glande proitate , &: la divifion s'allon-
ge du côté de la veffie lorfqu'on fait l'extraction de là
pierre.
Suivant la méthode dont j'ai parlé en dernier lieu , on
fe propofe de faire l'ouverture de la veffie au même en-
droit où quelques-uns prétendent queM.Rau lafaifoiti
c'elt-à-dire , à côté du col de la veffie , entre cette par--
tie , les vefficules ieminalés > & l'uretère gauche. Cette
incifîon a huit lignes, ou environ d'étendue. Lorfqu'on
tire la pierre , elle s'allonge du côté de l'uretère gauche,
& fe prolonge fouvent jufqu'à cette partie même : quel-
quesfois l'on coupé la partie lâcerallé gauche de la glan-
de proftate fuperieure.
Quelque méthode que l'on cWffifîe pour faire l'ex-
tracîion de la pierre, il fe fait , comme l'on voir,
un déchirement plus ou moins grand ? & Une extenfion
plus ou moins considérable de fibres & de parties.
' L'ouverture de l'artère qui fe diilribue au tiffu fpon-
gieux de l'urètre , & le déchirement de l'extention
des fibres du col de la veffie, font les inconveniens
qu'on trouve dans le grand appareil. Il arrive rarement
qu'en ouvre l'artère, & lorfqu'ôn l'a ouverte , l'on efl
frefcfae toujours fur d'arrêter l'hémorragie. Quant à
extention de au déchirement des fibres du col de la
veffie, ils ne font confiderables qu'à proportion de la
±54 Des Opérations de Chirurgie ,
grafTeiti de la pierre. D'ailleurs les parties s'étendent
& prêtent beaucoup, pourvu qu'on ne fafiê l'extrac-
tion de la pierre que peu à peu éc par degré.
Les avantages de cette méthode font très-confîdera-
bles; elle convient a toutes les efpeces de veffie,gran~
de ? petite , malade ou faine , & a toutes les efpeces de
pierre dure , molle, grolïe , ou petite j ajoutez à cela la
Situation de la plaie, & le peu depaificur des parties
cju'on eu obligé d'jncifer dans le lieu où on la raie La
iituation de la plaie fait que les fragmens de pierres ,
fi quelques-uns font reltés dans la veine, & les pierres
mêmes qui échapentaux tenettes , font naturellement
entraînées par les urines* Le peu d'épaiiTeur des parties
divifées , fait qu'on peut facilement par le moyen d'u-
ne canule, injedter aans la veflfie quelque liqueur -, ce
qui eft encore un moyen de tirer les relies de pierre 8c
les petites pierres mènes. Ces injections fervent aufli
a nettoyer tes veflîes malades & baveufes : mais le plus
grand avantage au'on peut retirer de cette méthode,
c'eittuiefii'on eit obligé, de peur de fatiguer le mala-
de, de biffer dans la veflfie quelque pierre confidera-
ble, on peut facilement quelques jours après l'opéra-
tion , c'eit- à-dire , iorfque la fupuration eit établie , in-
troduire de nouveau les tenettes par la plaie pour en
faire l'extraction.
L'opération latterale a aufli fes avantages. Par elle
l'on eit toujours fur de couper prefque toutes les par-
ties qu'on eit obligé de déchirer par le grand appareil >
par conlequent lès malades foufvient moins , l'on tire
plus facilement les groffes pierres, & l'opération eit
moins longue & moins douloureufe. Mais la nécemré
de faire tenir la fonde par un Aide , & l'ouverture que
l'on fait quelquefois du tronc de l'artère qui fediitribue
au bulbe de l'urètre . & que quelques-uns^ appellent
Partere honteufe externe, îontlesinconveniensquine
fe trouvent point dans le grand appareil.
Quant à" la dernière méthode , on ne peut dis-
convenir qu'elle a quelques avantages, mais elle a
auflî fes inconvéniens. En la faivant on fait aife-
ment l'extradion des pierres, l'extention & le déchi-
rement àcs parties ne font pas confiderables , & on
ne craint point l'incontinence d'urine. Mai* , i°. Les
injeàions faites dans la veflîe pour la remplir , ou l'u-
rine qu'on fait retenir au malade jufqu'à ce qu'elle foit
pleine, ne peut-elle pas produire l'inflamation , la pa-
ralifîe de la veflîe, & plufîeurs autres défordres qu'on
a déjà reproché aux partifans du haut appareil ? D
"Troisième DVëomstraîiôk, 15c
plus l'eau ofc l'urine peut s'infiltre* dans le tifiu cellu-
laire qui entoure la veffis , comme M. Chefelden l'a re-
marqué. i°. il eft difficile d'ouvrir par cette méthode
les veiïies malades ou racornies , ou naturellement pe-
tites , ni celles des peribnnes graiTes , ainfi elle ne con-
vient pas à toutes fortes de iujets» 30. Dans les autres
méthodes , on le iert de la fonde , par le moyen de
laquelle on eftfûr d'ouvrir la Yeiïie ,& de l'ouvrir tou-
jours dans l'endroit que prefcrit celle de fes méthodes
que l'on fuit. Dans celle dont il s'agit 3 l'Operateur pri-
vé de ce guide, non- feulement n'eft pas fûx de l'en-
droit qu'il va percer, mais on ne fçait pas même cer-
tainement s'il atteindra la veifie. La preuve de cette
incertitude , c'eit que la figure de la veiîîe varie dans
îesiujets, & que les liqueurs qui enflent la veille ne
changent point fa figure en augmentant fon volume:
d'où il faut conclure qu'elles ne fuppléent à la fonde
quoiqu'il en foit cet hémorragie
eil un grand inconvénient/*0. Comme Ton porte rin-
ftrument tranchant fans être guidé par une fonde, il
peut arriver qu'on coupe lafymphife cîes os pubis , fur-
tout lorfque ces os font fitués un peu bas, fo Après l'o-
pération , la fituation de la plaie & Tépaiiîeur des par-
ties divifées, empêchent de nettoyer facilement les
vernis baveufes & malades , & de tirer aifément les
pierres reliées & les fraemens de pierres.
Il paroît par Texpofition que je viens de faire des
avantages & des inconveniens des différentes métho-
des de tailler , que dans la dernière , les incon-
veniens l'emportent far les avantages, Bc que~dans
les deux autres les avantages l'emportent fur les in-
conveniens. Il eft bon même de remarquer que celles-
ci ne différent pas beaucoup entr'elîes. Les mêmes par-
ties de la veffie font divifées dans l'une & dans l'autre ,
mais on déchire dans le grand appareil ce ^u'oe çeupe
«Uns l'appareil lacerai*
i$6 Des Opérations de Chirurgie ,
r fïè, XVII. POUR LES OPERAT. SUR LA VERGE,
f La Verge cft TP^i ^ toutes les parties de nôtre corps , il y en a
lujetce à JL/ peu qui foient fujettes à an plus grand nom-
ttaux.°Up ' Dre ^e maladies que la verge : de celles qui l'atta-
quent , les unes fe guérhTent par des remèdes tant
généraux que particuliers , ôc les autres deman-
dent l'opération de la main. C'eft de ces derniers
que j'ai à vous entretenir , en vous enfeignant ce
qu'il faut faire pour les guérir.
La
Y r o i s i e'm e D e'm onstration. 257
La verse a trois parties qui font ordinairement Tr0!s Pârt':es
r -r 1 • r \ ' . de la verge
ipumiles aux opérations > içavoir , le prépuce , le fouiffifes au*
gland , Se l'urètre. Au prépuce on en fait deux , le°Péta^on8'
phymofis , ôc le paraphyrnofis j au gland trois , car
on le fépare loriqu'il eft adhèrent , on en ôte les
poreaux , Se on le perce lorfqu'il eft bouché -, de à
l'urètre deux, qui (ont d'en confumer les callofitez,
Se d'en tirer . une pierre lorfqu'il y en a d'ancrée.
Je vous ai démontré cette dernière en faifant l'o-
pération pour la pierre , je vais vous montrer les
autres. Voilà celles qui font utiles , Se qu'on doit
nécellairement fçavoir t il y en a trois autres qu'on
doit rejetter comme inutiles , ce font celles du re-
cutili , de la circonciiion Se du bouclement 3 dont
je ne vous parlerai qu'autant qu'il faut que vous en
fçachiez , pour être les premiers à les condamner.
Par le recutili , les Anciens entendoient une t>elWtri-
opération qu'ils faifoient à là verge , lorfque le tion du R««
gland étôit trop découvert. Ils la pratiquoient en0"
deux manières t l'une en faifant une incifion circu-
laire à la peau de la verge vers la racine , Se tirant,
cette peau juiqu'à ce que te gland fût recouvert >
Se l'autre après avoir rehaufïéle prépuce fur la ver-
ge, ils incifoient en rond la peau interne du prépu-
ce proche le gland : puis à l'une Se à l'autre de ces
manières ils lioient le bout du prépuce fur une pe-
tite canule de plomb pour laiiTer fortir l'urine , Se
procuraient une cicatrice entre les deux lèvres de
l'incifion. Ils faifoient cette opération à ceux qui
ayant le gland toujours découvert fe fentoient in-
commodez par le frottement continuel de la che-
mife , Ôe qui vouloient à quelque prix que ce fût
l'avoir recouvert.
La Circonciiîon fe faifoit à une indifpofition 6e ïa cfo
toute oppoiée au recutili : c'étoit lorfque le gland concifion»
ne fe pouvoir pas découvrir , on faifoit une ligatu-
re au bout du prépuce au defïus de ce qu'on en voû-
tait couper , qui çtoit environ 1 epaiffeur d'un ou
R
ijS Des Opérations de Chirurgie ;
de deux écas , puis avec des cifeaux on coupoît
cette extrémité du prépuce , qui fait quelquefois
un cercle fi étroit, qu'il empêche qu'il ne fere-
broufle fur le gland. Cette opération n'eft plus en
tffage que chez les Juifs & les Turcs qui en font
une cérémonie , &c un myftere de leur Religion t
les Chrétiens ne la pratiquent point , mais les Ra-
bins Se les Mouftis la font à tous les enfans mâles
de leur Loi P peu de tems après leur naiftance.
r>u Boucle- je ne fçai pas qui eft l'inventeur du bouclement
ornent des car- t 3 t l , . , 11
500$. des garçons ; mais cette opération choque ie bon
fens. On tiroit le prépuce en dehors , & le travers
fant d'une aiguille enfilée on y laiiToit un gros fils
julqu'à ce que les cicatrices des trous fuftent faites^
puis retirant le fil , on pafloit à la place une groflfe
boucle de fer qu'on y laiiToit tout le tems que lé
fujet étoit dans un âge incapable de travailler à la
génération» Ils prétendoient que cette boucle l'em-
péchant d'avoir commerce avec des femmes , juf-
ques à l'âge de vingt - cinq ans qui eft le tems
qu'on l'ôtoit , les forces ne fe diffipoienc point , 8c
qu'elles fe confervoient pour engendrer des enfans
forts ôc en état de fervir la République.
Inutilité de Voilà trois opérations très-inutiles , fur tout en
ces trois n L • 0 v 1 ■ ■ -#
opérations, ces pays Septentrionnaux Se tempérez ou le prépu-
ce n'eft pas fujet à fe racourcir , ni à fe ralonger
excefïivement comme dans ces régions chaudes ,
où la Circoncilion eft fouvent néceiïaire , ôc où
la paflion d'amour porte de fi bonne heure les
hommes aux embraffemens. Venons aux opéra*
tions de pratique.
ïhj Phvmo. T E nom ^e pbymofis eft dérivé du verbe Grec
SIS« . X-jyhimoein, qui veut dire, ferrer ou étrecir, par-
!ogie.étlm0" ce que l'extrémité du prépuce eft tellement étroi-
te quelle ne permet pas au gland de fe découvrir ;
deforte que cette maladie n'eft autre chofe que le
prépuce trop ferré , dont l'extrémité forme une
Troisième Dë'Mo^str ATidN. 259
bride circulaire , qui empêche que le gland ne foie
libre dans Ton ufage : ce mal furvient ou naturel-
lement , ou par accident.
Cette indifpofition eil appelléé naturelle , quand
l'enfant a dès fa nailfance ie bout du prépuce fort
étroit. Il y en a plusieurs à qui cela eft arrivé , Se à
qui en croifïant il s'eft peu à peu élargi, deforte
que le gland s'en eft dépouillé naturellement , mais
il y en a d'autres a qui le prépuce eft tellement fer-
ré , qu'il leur eil impoillbie d'appercevoir l'extré-
mité du gland. On prétend que cela leur caufe
deux incommoditez , lune de nuire à la généra-
tion , en empêchant que la fëmence ne foit lancée
avec aiTez de vke(Te pour être reçue de la matrice , inco„v^
Se l'autre , qu'il s'engendre un crafTe blanchâtre niés de cetee
entre le prépuce ôc le gland , laquelle ne pouvant indifPofUîon*
pas être détachée s'aigrit par (on féjour , picote Se
caufe un prurit au gland , qui en eft d'autant plus
fatigué qu'il eft très-fenfible dans ces perfonnes.
Ces raifons néanmoins ne font pas fufïilantes pour
en venir à 1 opération : car pour répondre à la pre-
mière , je vous dirai que j'en ai vu qui avec cette
indifpofition ne laiftbient pas que de faire des en-
Fans ; il y en a mille exemples : Se on remédie ai-
fément à la féconde incommodité en tenant avec
les doigts le bout du prépuce ferré quelque tems ■
pendant que le fphinder de la vefîie eft lâché pour
pilfer , l'urine pour lors rempliftant le prépuce ba-
laye Se nettoyé le gland de la crade qui s'y étoic
amalfée & qu'elle entraîne avec elle eh fortant ra-
pidement quand on quitte le prépuce*
Cette maladie eft nommée accidentelle lorfqu'- phymofo
elle eft catifée par des chancres ou1 ulcères véroli- accidentel,
ques , qui fe cantonnent tout autour du gland , ou
par une bourfouflure Se une inflammation de la
verge ; qui fait que le gland trop ferré pour lors par
le prépuce tuméfié pourrait tomber en mortifica-
tion : dans ces deux occafions il faut en venir prom*
Ri;
'i6o Des Opérations de Chî&urgïS ;
ptemenc à l'opération qui confifte dans une incï-
Bon qu'on fait au prépuce depuis Ton extrémité
jufqu a la couronne du gland. Voici la manière de
s'en acquitter.
Situation du Ayant avant l'opération préparé le malade , s'il
aoalade, gfl. n^cejfaire ^ & difpofé l'appareil , on le fait
afïeoir dans un fauteuil un peu panché en arrière î
ôc alors le Chirurgien prend de fa main droite un
infiniment fait exprès , qui ne fert qu'à cette opé-
ration : il eft emmanché , ôc a la pointe ôc le tran-
Maniere d'o. cnant comme un canif. Vous le voyez marqué A.
I>e«r. Se comme il è(l pointu on met au bout une petite
boule de cire groife comme un grain de coriandre ,
qui empêche qu'il ne pique en le glifTant entre le
gland ôc le prépuce. Lorfque la pointe de l'inftr li-
ment eft parvenue à la couronne du gland , l'Opé-
rateur tient ferme la verge de fa main gauche , puis
pouffant rinftrument il en perce le prépuce qu'il
coupe depuis la Couronne du gland jufqu'à fon ex-
trémité en retirant l'inftrnment à lui : il faut faire
enforte que les deux membranes du prépuce foient
coupées -également-, -(a) On laiiTe couler un peu de
fang-pour dégorger la verge , puis on panfe la plaie,
■(s) Ceft en quoi confifte la perfection de cette opération
car fi Ton coupoit plus de la membrane interne du pré-
puce que de l'externe , l'opération feroit imparfaite ; &
n" l'on incifoît plus de l'externe que de l'interne 3 outré
que le gland ne pourroit point fe découvrir 3 on mettroic
une partie des corps caverneux à découvert Pour évi*
ter ces inconveniens , il faut porter rinftrument au*
delà de la couronné du gland, & retirer la peau de la
. verge vers le pubis avant de couper. Quelques Prati-
ciens fe fervent aujourd'hui de cifeaux moufles au lieu
de canif. On introduit une âçs deux lames à plat entré
le prépuce & le gland au-delà de la couronne , on en re-
levé enluite la lame , & on coupe tout ce qui fe rencon-
tre entre deux. Mais le biitouri herniaire M. avec l'ad-
dition que M. de la Peyronnie y a faite , paroït plus
commode que l'un & l'autre de ces inftrumens , &n'en
"a pas les inconveniens. On l'introduit aifement , par-
T R O I S ï ï'm'i D e'm'o N,S TR.AT10M. l.£f
.mettant un plumaceau B, couvert d'aftrigens ,un Panfeœen*
emplâtre C. fait en croix de Malthe, & percé dans a p aie*
fon milieu , afin qu'il ait une ilTue pour l'urine. >
avec une compreflè D. de même figure , trempée,
dans i'oxicrat , 8c une petite bande È* avec iar
quelle on fait des circulaires au tour de le verge :
on met ehiiiite la verge dans un petit fufpenfoir F.
attaché à une bande circulaire G. autour du ven-
tre , afin qu'elle ne pende point en en-bas , &: que
la fluxion n'y (oit pas excitée*
Cette opération eft abfolurnent néceflaire à ceux a qui i! im-
qui ont le prépuce ferré par des chancres , ou par ^e cqe"^a
des ulcères véroliques autour du gland. Pour gué- opération.
rir ces maux , il les faut panfer , ce qu'on ne peut
pas faire qu'on n ait découvert le gland : fi on nj
îaifoit point de remèdes , ces chancres rongeroienc
la verge , ou produiroient la vérole ; c'eft pour-
quoi on aura recours à l'opération. Mais on la doit
-éviter à ceux qui impatiens d'avoir leur gland dé-
couvert , veulent qu'on leur fafle : j'ai évité de la.
faire à quelques-uns qui ayant le prépuce étroit de
naufance > n'avoient point d'autre raifon de la de-
mander , que l'envie d'être faits comme les autres.
Je ne fçai point la raifon pourquoi on ordonne Vcndwkoû
de faire l'incifion a un des cotez de la verge -, ce °ôc faire &
n'eil pas pour éviter les vai(Taux , car il y en a é- cifion.
gaiement dans toute la circonférence du prépuce ;
ce qu'il n'eft point d'un gros volume j & on. ne rifqiie \
pas de piquer les parties en l'introduifant jufquà Ten-
oroit déïîgné, parce que fa lame eil cachée dans une
efpece de canule. Après avoir introduit cet inihument s
on ôte îa petite vis qui tient ce biftouri avec la canule»
on tire le prépupuce vers le pubis, &r on achevé Pope-
îation. Il faut avant que de la faire, elTayer des moyens
olus doux, tels que les faiçnées , les injections adou-
ciffantes entre le prépuce & le gland , les bains de cet*
tç partie , les cataphfmes : & ce n'eil qu'après l'es
avoir employez fans fuccès , ou eue dans une extrqa^
«©.kefiké , qu'oa doit en veafc à l'opération, -
R iijv
i6% Des Ope'ràtigns de Chirurgie ,
pour moi je la fais a la partie moyenne &: fupcrieu-
re delà verge *, je trouve qu'en cet endroit , l'inci-
fion eft plus profonde, le gland fe découvre mieux
à droit ôc a gauche , ôc la difformité eft: moins
grande que quand on la fait a un des cotez.
PH^Mofit^"4 T k mot de Paraphymofis eft compofé de par%
JL-^qui veut dire grandement , ou au delà , ôc de
pbimoeim , qui lignifie ferrer , parce que le gland
eft tellement ferré à fa racine par le rebrouiïement
du prépuce, au de-là duquel il eft avancé ■* qu'il
tomberoit en mortification , fi on n'y remédiok
promptement. Cette maladie eft toute contraire au
phymofis : dans celle-ci le gland eft trop couvert s
Ôc à celle-là il eft trop nud. Il y a des Auteurs qui
font deux fortes de paraphymofis , l'une qui arrive
naturellement , de l'autre par accident.
Du Para- Celui qu'ils appellent naturel eft lorfque le pré-
ÊSïnce °C Puce ^tant naturellement très-court 9 il fe retroufïe
tout entier derrière la couronne du gland y 3c on .
ne le recouvre plus : lorfque ceux qui ont cette lé-
gère incommodité demandent du fecours , quel-
ques Auteurs veulent qu'on leur faife l'opération
du récutilli, dont nous avons parléjmais elle ne fa
pratique plus : ceux qui ont été circoncis font fu-
jers à cette efpece de paraphymofis 9 parce qu'on a.
retranché du prépuce.
paraphymo- Le paraphymofis accidentel , eft lorfque par
fis qui vient vi0lence on a fait remonter le prépuce par deftus la
ce quelques , *- r r .. ,
«iForcs. couronne du gland , Se qu étant naturellement e-
troit , il ne peut plus defeendre &c recouvrir le
gland , étant arrêté au deiTus par la largeur de la
couronne. Cela arrive fou vent à des enfans donc
le gland n'a point encore été découvert , ôc qui par
fantaifie ie voulant voir ont par force fait remon-
ter le prépuce au deftus du gland , Ôc à de nouveaux
mariez qui font des efforts pour dépuceler de
jeunes fuies qu'ils auront éppufées s car alors par la,
T r o i s r e'm e D e'm o n S T R A T ï O N. 2%;
violence que la verge fait pour entrer , le gland fa
découvre , ôc ne fe peut plus recouvrir. J'ai vu un-,
jeune homme à qui cela arriva le jour de fon ma-
riage , ôc qui trois jours après me vint trouver avec
un furieux paraphymofis , croyant que c'étoit du
mal vénérien qu fa femme lui avoir donné : je lui
en fis la réduction , ôc lui dis que c'étoit au con-
traire une preuve que fa femme étoit pucelle } ôc
que fi elle n'eut pas été fage , elle lui auroit épar-
gné la douleur qu'il venoit d'endurer.
Il faut que ceux qui nous ordonnent de guérir
les paraphymofis par médicamens ne foient guéres
inftruits de cette maladie :. je ne comprends pas Application
comment on peur fa fier à des huiles , à des ccrats des médica-
, f r . ,, « mens mutiles,
ôc a des cataplaimes pour le traitement dunemala- en cette ren«*
die aufil prelfante > ôc qui veut qu'on ne diffère pas c°utrea
un moment à réduire la partie en fon état naturel ,
à moins qu'on ne veuille expofer la verge à tomber
cn gangrène. Au phymofis il faut avant que de tra-
vailler préparer (on appareil > mais au paraphymo-
fis il faut commencer par revêtir le gland de fon
prépuce , enfuite on prépare les remèdes ôc les ban-
des nécefiaires. Le pitoyable état d'une verge at-
taquée d'un paraphymofis , ôc les douleurs que ref-
fent le malade demandent un fecours plus prompt
que n'eft celui des topiques , ordonnés fouventpaç
des gens qui ne çonnoiffentpasle péril où eft cette
partie.
Il faut donc en venir à l'opération qui confifte A qti0l ^
à faire defcendre le prépuce fur le gland pour le ***»« l'op*-
recouvrir \ c eft ce qu il raut raire lur le champ :ôc
ne point quitter le malade qu'il ne foit recouvert,.
Pour y parvenir :- on met d'abord tremper la verge
dans de l'eau froide un peu de teras , afin que par
la fraîcheur de l'eau les efprits étant répercutez le
gland puifie diminuer de fon volume qui eft pour
lors fort gros Ôc très dur , puis prenant la verge en-
ttç les deux doigts indices, ôc du milieu des deux
Riiij
ration.
5.(^4 Des Opérations bi Chirurgie >
mains , dont les dos regardent le ventre du malade,
on amené le prépuce fur le gland qu'on repoufTé en,
même tems avec les deux pouces , tâchant de le
faire rentrer dans fabourfe. S'il n'y avoir pas long-
tems qu'il fût découvert 5 on pourrait eiperer de
réuilrr de cette manière ,- mais comme ces fortes de
maladies ne fe déclarent au Chirurgien qu'à l'ex-
trémité > quand la verge eft. beaucoup enflée , qu'il
y a des bouriets au prépuce pleins d'une eau rouiïa:-
te qui le tumifient extraordinairement , de qu'il
s eft même fait des crévaffes circulaires qui fépa-
rênt en partie le gland de la verge 3 on eft obligé de
faire avec la pointe de la lancette H. de petites in-
citons à la membrane interne du prépuce pour dé-
brider l'endroit par où il ferre trop le gland , (a)
on fait autant de ces petites incitions qu'il en faut-
* pour laiiïèr la liberté au prépuce de defeendre par-
delïus le gland , ce qui n'eftpas difficile pour lors,
en prenant la verge de la manière que je viens de
dire.
Traitement Quand le gland eft rentré dans fa We , l'opéra-
du malade n c ' s-^ > r P > r n '
après l'opé-tion elt tinie. On prépare ion appareil quon poie
wtion. de la même manière qu'on fait au. phymofis , on.
(a) LWuteur dit bien ici qu'il faut faire des incifions
à la membrane interne du prépuce, mais il ne mas-
que pas précifement l'endroit ou il les faut faire. La
membrane interne du prépuce forme dans cette mala-
die des bourlets,& entre eux des brides qui. ferrent corn-
me des efpeces de ligatures circulaires. Ces brides
produifent tout ie defordre, & ce font elles qu'on doit
principalement couper. Les petites incifîons fur les
bouriets ne débrident pas l'étranglement , & on ne doit
les faire que quand ils font fi gros qu'ils empêchent le
prépuce de couvrir le gland. Pour couper ces brides le
biftouri demi-courbe eft encore préférable à la lancette.
On en glifTe la pointe defïous la bride 3 en tournant le
dos de rinftrument du côté des corps caverneux , 8c
Ton coupe les brides en ie retirant II faut les cou-
per toutes, pour pouvoir recouvrir le gland avec i«
§>rçpuçe,
Trois ie'mï De'm on s t rations itij
fait une cmbrocation fur le ventre qu'on couvrira
d'une compreffe trempée en oxicrat , on en mec
une autre fur les bourfes 2, on faignc le malade quel-
que tems après l'opération , on lui tient le ventre
libre par des lavemens rafraichifans 9 on lui fait
obferver un bon régime de vivre pour éviter les
triftes fuites d'une pareille maladie , 3c au bout de ?
quelque jours , il fera bon de faire avec la feringue
I, des inctions déterfives fous le prépuce pour
mondiner 3c nettoyer les plaies des petites inci-
tons qu'on a été obligé d'y faire > 3c enfuite on en
procure la cicatrice*
Je trouve dans quelques uns de ces nouveaux confefl- â&
a • ' ' J A " t ' - • > i • quelques Au-
Auteurs qui ont écrit des Opérations , qu on doit t-eursà tnu
preflèr avec les deux pouces autour du gland pour ter»
le faire rentrer , 3c non pas pouffer contre fon exr
tremité vers la racine de la verge , parce qu étant
molet , on l'élargiroit en le pouffant ainfî , & on
lempêcheroiç de rentrer dans fa place. Ceux qui
nous donnent ce précepte 3 nous font connaître
qu'ils ne font guéres Chirurgiens , parce que s'ils
avoient pratiqué cette opération , ils fautaient que
pour lors le gland eil tellement tuméfié 3c dur t
que quelques efforts, qu'on faffe pour le recouvrir ,
il eft impoiïible de le rendre plus large en pouffant
contre (on extrémité : il faut s en rapporter a ceux
qui (ont dans l'ufage actuel des chofes , 3c perfon-
ne ne peut mieux inftruire les autres fur le fait des
opérations , que ceux qui les. ont pratiquées depuis
un grand nombre d'années,
L'Adhérence qui fefait quelquefois du prépu- De l'Aïiî,z®
ii in" ii ' r \ r i RENCE DU
ce avec le gland ett appelle tymphylis , de prepucb
fhein , qui veut dire enfembîe , 3c de S) m > qui "
iîgnifie attacher , parce que pour lors le prépuce
cft fortement attaché avec le gland. On a vu des
çnfans venir au monde ayant le prépuce collé avec
k gland, il eft très-difficile à réparer quand çeU
AVEC LE
SLAN».
%66 Des Opérations cb Chirur^ii ,;
vient de la naiftance , parce que ces deux parties,
ayant été formées enfemble.fe trouvent jointes dans,
toute leur circonférence ,. ôc comme ne faifanc
qu'une même partie continue. Il faut néanmoins,
tâcher de les féparer , avec une petite feuille de
' Manière myrthe K, un peu tranchant qu'on coule douce-
$%cifer„ inent entre le gland Ôc le prépuce , prenant garde
de ne pas percer le prépuce qui eft mince , ôc qui,
ne fe répareroit pas aifément. On peut encore en
tirant le prépuce en en-haut avec la pointe du fcaU
pel L.. difTéquer ôc féparer les deux membranes du-
prépuce ôc du gland, Ôcde même qu'un Anato--
mifte lepare deux membranes contigue l'une à l'au-
tre , ÔC (1 en faifant cette opération on ne pouvoi t
pas fe difpenfer d'anticiper fur Tune ou fur l'autre
de ces parties , il faudrait couper plutôt du gland'
que du prépuce : mais un Chirurgien adroit fépare:
ces parties fans les ofTenfer , ôc après cette opéra--
tion infirme tous les jours dans l'intervalle des par-
ties défunies une feuille dç myrthe d'y voire pour
en empêcher la réunion.
Du fympfcy- i[ arrive fou vent que cette cohérence vient après,
tel "de foiî 1 opération du paraphymofîs 3 car li on néglige de
origine. cicatrifer les plaies faites a la partie interne du pré-
puce , il ne manquera point de fe coller avec le
gland , ou bien -après des ulcères ou chancres qu'on
n'auroit pas eu foin de guérir parfaitement. Dans
ce cas il n eft pas fi difficile à être féparç , parce
qu'il n eft adhérent qu'aux endroits des ulcères , ôc
non pas dans la totalité , comme quand ce mal
vient de naifïance, C'eft une incommodité qui cha-
grine les gens mariez , parce que pour lors le de-
voir conjugal ne s'accomplit pas dans la perfection,.
C eft ce qui les fait recourir au Chirurgien qui fé-
psre ces parties de la manière que je viens de dire £
au^aiade"1 ^ féparati°n en étant faite , on coule entre le pré-
après i»opé- puce ôc le gland , de petits linges N. N. trempés
ration*- dans une eau defficative , comme eft l'eau vaine*
T R O I s i ï'm e D *'m onstration. %6j
raire ; ce qu'on continue jufqu'a ce que le tout (bit
entièrement cicatrifé.
IL vient fouvent à la verge de petites excroif- des pgr7
fances verrucales qu'on nojnme des porreaux. ™*™ DE %A
Les Italiens les appellent porrifigU , parce qu'elles
reflemblent a. des figues. Ces excroifiances fon fai-
tes d'une chair molle , baveuie de découpée fort
menu s elles fe multiplient bien vite ; c'eft-pour-
quoi on ne doit point différer d'y remédier. Ces,
fortes de porreaux viennent prefque toujours d'une
caufe impure contra&ée par des attouchemens vé-
nériens , ce qui oblige d'avoir recours au Chirur-
gien , fans quoi ils ne feroient que croître 8c fe
reproduire en divers endroits.
On nous propofedeux moyens pour guérir ces Deux moyens
maiadies, 1 un par medicamens , de 1 autre par Chi-
nr.
rurgie
Les medicamens dont onfefért , font de deuxmé^menl!
fcrtes ; les uns qui mortifient ces chairs en les ren-
dant blanches de flétries , de vives de rougeâtres
qu'elles étoient > telle eft la poudre de Sabine pui~
verifée & appliquée deflus. Les autres qui les con-
sument en les corrodant & les rongeant peu a peu ,
comme font les onguents de Calçitis ou d'Egyptiac,
La Chirurgie a aufli deux moyens pour les ôter , Moyens chï»
la ligature de les cifeaux. On fe fert delà ligature rur8^ucs«
à ceux qui ont la bafe étroite , on les lie avec cette
foyeO. fine&; rouge , &: ils tombent ordinaire-
ment en deux jours. Mais comme il y en a fouvent
beaucoup , de que rarement fe peuvent-ils lier, on
a bien plutôt fait de les couper avec les cifeaux P.
le plus proche de la peau que l'on peut. Il faut laif- Comment on
fer écouler le fang qui en fort , jufqu'a la quantité p™^"
d'une poillette 5 puis laver la verge dans du vin
tiède , de avec la pointe d'une pierre de vitriol ,
toucher les endroits dont il fort du fang. Le vitriol
«deux bons effets 3 l'un 4'arcêter le fang, l'autre
i6$ Des Opérations de Chirurgï».
de cauterifer l'endroit qu'il touche en brûlant le&
petites racines qui tombent enfuite avec i'efearre.
Il ne faut pas attendre la parfaite guerifon des
porreauxdela verge fans le fecoursdes remèdes
généraux , parce qu'étant produits par une efpè'ce
de virus il faut ufer de ptifannes fudorifiques \ les
pillules ou la panacée mercurielle en emportent k
caufe ,. fi. on veut les guérir abfolument,
BelVre. T Orfque Puretre n eil point percé , c'eft une
tM vcïéé. * " indilpofition qui vient de naiflànce. Il eil peu
de Chirurgiens qui n'ayent été appelles pour fecou^
rir des enfans nouveaux nez 9 a qui l'urètre n'étoit
point ouvert à fon extrémité , 3c qui par confé-,
quent ne pouvoient point pifier > d'où il eft mani-
fefte que la férofité dans laquelle nage l'enfant ,.
pendant qu'il eil dans la matrice , n'eft point de
ion urine , comme il y a beaucoup d'Auteurs qui
Font crû , puifque ces enfans imperforez ne pou-
voient point avoir uriné, ôc que néanmoins ils
a voient des eaux comme les autres.
L'opération confifte a faire au plutôt une ou-
verture , parce que l'enfant ne pourroit vivre long-
' >ftniere de tems fans rendre fon urine. On fait cette ouverture
%ion. à l'endroit où elle devroit être , avec cette feuille
de myrthe Q. emmanchée longue 6c pointue j ou
bien avec la lancette R. Ce trou eft aifé à faire
quand il n'y a qu'à percer la peau qui couvre le
gland. Mais quand ce font les parois du conduit qui
font adhérens , il faut profonder jufqu'à ce que l'u-
rine forte , qui eft la fin qu'on fe propofe ici. Il
faut faire l'ouverture plutôt grande que petite ,
pour plufieurs raifons } & je trouve qu'il eft inu- *
rile de mettre enfuite dans la plaie une canule de
plomb pour empêcher que les bords ne fe repre-
nent , puifque l'urine qui palTe fouvent par ce con-
duit , ne leur permet pas dt(t recoler.
Ce n'eft pas le feul défaut qui arrive au glania
' T S. C ï S I Iê'm E D E*M ONSTÎIATÏON, i£f
que de n'être pas peucé , il y en a encore trois au- J^stsau*p*
très qui demandent la main du Chirurgien pour les siand,
guérir , (çavoir quand le trou eft trop petit, quand
il n *eft pas percé dans Ton extrémité, & enfin quand
le filet eft trop court. Voyons les opérations qu'il
faut faire pour corriger ces trois défauts.
Sï le trou du gland eft trop petit, luriné ne peut
fortir que comme un filet , ou goûte à goûte ,
on eft trop de rems a pifFer, 8c la femence ne peut
être éjaculée allez prompcement. On doit donc
élargir cette ouverture, ce quife fait ou par reme- fies moyeni
des , ou par un inftrument. Les remèdes font une de reœe^l*cà
r ...... r ,,, au premier,
tente de moelle de (ureau , ou un morceau d épon-
ge préparée , qu'on met pour élargir peu a peu le
pafiage , 8c qu'on groffic à mefure que l'ouverture
s'agrandit *, mais cette manière eft trop lente , je
confeille de fefervir de la lancette avec laquelle on
accroît le trou par ces deux extrémitez en haut 8c
en bas. Cette opération s'accomplit en un moment,
étant plus prompte & moins douloureuie que la
tente. La canule de plomb n eft pas plus néceflaire
ici que quand le gland n'eft point percé.
Il arrive quelquefois que.le gland n'eft pas percé Caufe &^
dans l'endroit ordinaire , <8c qu'il l'eft au-deflbus convénienc
proche le filet : ceux qui ont cette incommodité 3 u- ec°° '
font obligez de lever la verge en en-haut pour uri-
ner ,• elle eft appellée hypofpadias de deux mots
Grecs bypo , qui veut dire deiîbus , 8c de ffw&em ,
quifignifie percer. Cela procède fouvent àc œ
qu'un enfant étant venu au monde fans ouver-
ture au gland > 8c les parens ne s'en étant point
apperçûs , l'urine qui cherchent à fortir , s'eft fait
un chemin proche le filet , qui eft l'endroit de
l'urètre le plus mince ; ceux qui ont l'urètre percé
de cette manière , ne peuvent engendrer : parce
que la femence fe répandant aux cotez du vagin , .1
slle ne coule que lentement de fans vigueur vers
ijo Dés OiPE'kÀTioNs de Chirurgie ,
l'orifice interne de la matrice -, c'eft pourquoi cet-
te indifpofition demande néceflairement l'opé-
ration.
bnk°dcSen|- ^ *aut aVec une ^eu^^e ^e myrt^c pointue Q.
parer. percer le gland comme il le doit être naturellement *
puis dans l'ouverture qu'on vient de faire , mettre
une petite canule de plomb S. affez longue pour al-
ler au-delà de l'ouverture inférieure qui efr à l'ut e-
tre , & pour conduire l'urine dehors par la nouvelle
ouverture : on travaille enfuite à refermer l'ancien-
ne , en rafraîchi iTant les bords par de petites inci-
fïons , 6c procurant la cicatrice : il faut laiiTer la ca-
nule dans l'urètre en la tenant attachée & liée av*ec
ce cordon T. jufqu à la parfaite guérifon 5 afin que
l'urine ne fortant plus par la première ouverture
Confeils et n'en empêche pas la réunion. Si on ne peut pas faire
queiquesPn-refemier ee trou , il y a quelques Auteurs qui com-
mandent pour lors de couper le délions du gland j
depuisla première ouverture jufqu a la féconde , en
le taillant comme une plume à écrire avec ce petit
biftouri V. De cette manière l'urine & la femencc
fortiront à plein tuyau , êc feront feringuées où
elles doivent aller,
caufe ex* j'ai yft Jes enfans qui avoient Tut être percé
d'une ouver- à deux ou trois doigts loin du gland ; c'étoit des
ture faite à enfans fujets à piller au lit < qui pour éviter le fouet
du gland. °m dont on les menaçoit &c dont on les regaloit fou-
vent , s'étoient lié la verge avec du fil , croyant
ce moyen infaillible , 3c à qui cependant l'urine
pouffant pour fortir , avoit fait , après de violen-
tes douleurs , une ouverture proche la ligature ,
par où cette férofité fortoit toujours dans la fui-
te. Pour les guérir il faut mettre dans l'urètre une
canule de plomb 9 qui paffe au-delà de l'ouvertu-
re y dont on tâchera de procurer la réunion,
incotnœo- Il y en a qui par une difpofition avec laquelle
ohé dutroi-.i r / i r • 11
fiémedéfauc.lls f°nt nes > onc *e *reln dc la ver§e troP eoLirt 5
ce frein tire en en bas le gland > particulièrement
ïkOISÏE'^É DEMONSTRATION. Ijl
^ansle tems de 1 ere&ion : d'où vient que l'ouver-
ture érant pour lors trop en deflbus , fi on nelevoit L'opérai
pas la verge en en-haut > on piiTeroit fur les jam- tî°n si» lfl
bes ou fur les pieds , ôc la femence né peut point ^u
être lancée droit dans la matrice , ce qui nuit à la
•génération* Par un petit coud de biftouri ou de
ces cifeaux X. on coupe ce rrem en travers , de
4a même manière qu'on coupe le filet qui eft def-
fous la langue t ôc ainfi on remédie par une opé-
ration fort légère aux deux incommodités que cela
•caufoir. J'en ai vu quelques-uns à qui un chancre
ayant rongé le frein , les a guéris de cette incom-
modité ■ mais je ne confeillerois pas de fe fervk
d'un remède aufli dangereux.
OUoique carnôfité foit un terme général qui De la car.
fignifie toute chair fuperflue engendrée en *° 1TE *
quelque partie du corps que ce foit , néanmoins
l'ufage fait entendre par ce mot une excroiiTance
de chair qui occupe de embrafTe le conduit de
l'urine* On a crû la réalité de cette maladie fi
bien établie par nos Anciens , que perfonne n'a
ofé le contefter i ils difoint que l'humeur virulen-
te d'une gonorrhée , fortant (ans ceiTe des profta*
tes > corrodoit par fon accrimonie le conduit de
l'urine , Se que des ulcères il en croifioit une chair
Fongueufe qui faifoit cette maladie. Ceux qui jfj^fo^jj
prétendoient avoir des remèdes particuliers pour mai.
la guérir , avoient intérêt de confirmer cette er*
reur , plutôt que d'en défabufer , 8c d'autant plus
qu'une telle maladie ayant été abandonnée des
véritables Chirurgiens , étoit devenue le partage
de ces coureurs ou diftributeurs de fecrets.
Jean-Baptifte Loifeau , Maître Chirurgien de Exemple re«
Bordeaux , dans des obfervarions Chirurgicales marquable.
qu'il a laiflees par écrit , nous dit qu'il fût appelle
Ï»our traiter d'une carnôfité le Roi Henri IV. qu'il
en avoit penfé de guéri , de qu'il en fut recom-
ïfl Dbs Opérations r>s Chirurgie*
penfé par une Charge de Chirurgien de Sa Ma-'
jefté que le Roi lui donna. Cette hiftoire quoi-*
que mémorable , ne prouve point qu'il y ait des
Ràifotô de carnoiltez ; elle fait voir que ce M. Lolfeau fait
4ouce. le my fterieux , & tient du charlatan , en . publiant
ce qu'il a fait, fans dire5 ni les moyens , ni les re-
mèdes dont il s'eft fervi. S'il avoit été vrai que le
Roi eut eu une carnofité , Ôc qu'il lui eût confu-
mée , il falloit qu'en écrivant cette hiftoire il ne
fit point un fecret , ni de la méthode , ni des
drogues qu'il avoit employées à une guérifon pour
laquelle il avoit été h* libéralement gratifié •, mais
jàuifqu'il (e tait fur l'eirentiel > je la tiens apo-
crife.
Qand on voyoit a quelqu'un une difficulté d'u-
riner , &c que l'urine fortoit déliée , fourchue > de
de travers , que le malade voulant piiTer étoit con-
traint d'aller à la felle par les efforts qu'il faifoit
pour pouffer fon eau dehors , & que la croyant
toute fortie , il en demeuroit néanmoins encore
'Expérience dans la vefïîe , on traitoit cela de carnofité : mais
te doute/ quelque diligence que j'aye faite en ouvrant des
corps qu'on aceufoit d'en avoir , je n'en ai point
encore remarqué t & je n'ai trouvé aucun Chi-
rurgien qui allure d'en avoir vu , j'entens parler
de ceux qui font dignes de foi.
Réponfe à Je {>ai qu'il y a beaucoup de gens qui ont les
«eue obiec- ; j a • ' ' j i u ■ *i
t;on,j accidens dont je viens de parler , mais ils ne iont
point caufez par les carnefitez ; ce font des fuites
d'une ou de plufieurs chaudepiffes qui ont ulcéré de
corrodé l'urètre en plufieurs endroits : or les cica-
trices qui fe font à ces ulcères étant durs , Se tenant
de la nature de la callofité , elles étréciftént le con-
duit de l'urine qui n'a plus par coniéquent tant de
facilité pour fortir , & ce font ces mêmes cicatrices
qui empêchent le paifage de la fonde qu'on croyoit
arrêtée par la carnofité.
Quoiqu'on connoiffe la véritable caufe de cette
maladie
Trois i e'me Di'jvîon s t rat ion. 275
maladie , elle n'en eft gueres moins difficile à gue-
*ir : pour cela il faut débaraffer l'urerre de ces ci-
catrices calleufes qui en rendent le parTage fi étroit,
que Purine ne fort que comme un filet ; 8c pour
cet effet la fonde ne pouvant point s'ouvrir le chc^
min i oit aura recours aux médicamens ,* car c'efë
fe tromper que d'efperer d'en venir a bout avec
des fondes tranchantes , décrites par Ambroifc
Paré , & par d'autres Auteurs , aufquels je vous
r envoyé pour en juger.
Le Chirurgien préparera fon remède cathereti- Rem«<*« O?*
que plus ou moins fort , ielon que la cicatrice ierapiiquer à c»
plus ou moins vieille *, il prendra une bougie Y. ma1,
dont l'extrémité qu'il fera entrer dans la verge *
fera un peu creufe , afin dé mettre de fon remède
dans cette petite cavité ; puis il introduira la bou-
gie dans l'urètre , en la pouffant doucement juf-
qu'à ce qu'elle foit arrêtée par la cicatrice , Ôc la
IaifTant dans la verge , afin que le remède qui tou-
chera pour lors la dureté agifiant defïus , en con-
fume une partie , dont il tombera une petite efcar-
re *, le lendemain il recommencera la même cho-
fe , tk continuera jufqu'à ce que le pafîage foit li-
bre. Il connoîc le progès qu'il fait en obfervahi: Ptottè9 ^
combien la bougie va plus loin les dernières fois la cure...
que les premières > mais il ne faut point s'impa-
tienter dans cette opération qui demande du tems, CnïndJqlù
car fi on vouloit faire fon remède plus corrofif à on précipit©
deffein de hâter la cure , la douleurs & l'inflam-1'0^00*
mation fur viendraient en rongeant plus qu'il ne
conviendroit , on aura foin de faire piffer le mala-
de avant que de porter le remède } afin que reliant
deux ou trois heures fur la caliofité , il ait le tems
d'en emporter une efcarre. Quand la bougie en^
tre jufques dans la vefîie , & que le malade urine
à plein canal, il n'y a plus rien à confumer ; il
faut alors deffécher les endroits que le remède a
touchez, ce qu'on fait par âc$ liqueurs deffica-
S.
274 Bes Opérations de CHmuftoiï ,
tives qu'on feringue fréquemment dans l'urètre*
:ôc par une fonde de plomb Z. frotée de vif-ar-
Fin dutrai- nt ; qLl'on introduit fouvent , afin d'entretenir
le conduit toujours libre ôc ouvert , pendant qui!
s'y forme de nouvelles cicatrices.
Fig. XVIII. DES OPERATIONS SUK LA MATRICE,
LA matrice n'eft pas moins fujette à la Chi-
rurgie que toutes les autres parties du corps*
elle eft attaquée d'une infinité de maladies > dont;
Ïroîsie'mê Di'Môtf STkÀTroft! 27$
|>lufieurs ne fe guériifent que par la main du Chi-
ïurgien : elle èft inconteftablement l'organe le plus
îenfibie du corps -, 8c il faut que le Chirurgien la
'traite avec plus de délicaterTe 8c de.précaution que
les autres.
De ces maladies qui demandent l'opération , il biverfes mt
y en a qui arrivent à l'orifice externe de l'utérus > ladie? de lÀ
8c d'autres à, Ton fond ■: celle de l'orifice externe
font de deux fortes *, fçavoir , quand il eft bouché ,
$c quand il y croît quelque chofe d'étranger ou
contre nature : celles du fond fe réduifent toutes
à l'accouchement 8c à (es fuites.
Cet orifice fe peut trouver bouché en deux en* ciotare de
droits différens, du aux lèvres , ou aux caroncules , 'l'orifice ex.
&ii faut que ie Chirurgien faffe une ouverture Eer e'
"dans l'un & dans l'autre de ces endroits, c'eft pour-
quoi il ne peut trop exa&ement en connoître les
différences pour ne fe point tromper.
Quand les deux lèvres font jointes eritemble , DifFerence*
elles le font totalement ou en parties. Elles ne le "nâion^dèi
peuvent être dans toute leur étendue que par un^vres de
vice de naiiTance , parce qu'ayant été feparée na-ce"e ?aE6*^
îurellement , l'urine qui fort fans ceffe ne leur per-
met plus de fe joindre eniemble d'un bout à l'au-
tre i fi elles ne le font qu'en partie , cela peut s'at-
tribuer à la première conformation , ou bien à '
quelque accident arrivé après la naiflance , comme
des ulcères mai pânfez , ou des pullules furvenues
dans une petite verolè entre lés lèvres , qu'elles
auront collées èc jointes en parties l'une avec l'au-
tre , en fe eicatrifanr*
Lôrfque la clôture de l'orifice externe fé trouve Uâ&Bi mm*
ç l'endroit des caroncules mirtiformes y elle s'eft ro"ç»lt»! 6**
faite dès la première cdnfôrmation,n'y ayant point
de calife /externe qui les puhfent unir abfolument.
Il y a d'ordinaire de petits filets membraneux qui
tiennent les quatre caroncules comme liées enfem-
ble > 8c qui les ferrant , font qu'elles reffemblent à
Vy6 Dés Ope*ratio&s dIe Chirurgie ,
jonèion ^é- unbouton de rofe à demi épanoui i Ct font ces û-
fedueufe qui bres qU [ en fe rompanc à la première approche du
mari , lorfque la verge les force pour entrer , ver-
fent quelquefois des goûtes de fang , ce qui eft la
marqué du pucelage -, mais quand au lieu de fim-
ples fibres la nature en formant le fœtus a mis une
forte membrane , qui raflTernblant les caroncules >
ne leur permet point de laifTer entrer la verge
dans le vagin , alors le mari fait des efforts inu-
tiles , il ne peut forcer cette barrière , &c il faut
que le Chirurgien avec fon biftouri lui en ouvre
le paffage.
Fauffe opî- Cette difpofition a jette les Anatomiftes anciens*
f»j.t. & Ie périple dans deux erreurs différentes. Elle a
fait que plufieurs Anatomiftes ont fuppofé une
membrane tranfverfale dans le col de l'utérus , à
laquelle ils ont donné le nom d'hymen ; &c parce
qu'ils ont vu en quelques fujets ces caroncules
jointes par une membrane , ils ont établi pour
certain qu'elle fe trouvoit dans toutes les filles , de
ils en faifoient la véritable preuve de la virginité ,
perfuadez que quand elle n'y étoit point , il falloir
que la fille eut été déflorée par quelque chofe qui
étoit entré dans le vagin. J'ai cherché cette mem-
brane dans plufieurs filles que j'ai ouvertes à tout
. âee -, & qui affurément avoient été fages j je ne l'y
Autre pré- 5 . ' n , . & > 7
mention. ai jamais trouvée *, c eit pourquoi avec tous les
Anatomiftes d'aujourd'hui je la crois imaginaire.
L'autre erreur eft populaire! ceux qui par cet ob-
ftacle n'ont pu confommer leur mariage , ont cru
qu'on leur avoit noué l'aiguillette *, car le peuple
prétend que dans le tems que le Prêtre marie
quelqu'un , un des aftiftans par un nœud qu'il fait
à une aiguillette , peut en prononçant de certai-
nes paroles , arrêtérja confomrnation du mariage ;
mais c'eft une folie que d'être dans cette peniée.
Quand un mariage ne peut pas être confommé ,
il n'en faut point chercher de caufe {urnaturelle 3
Trois ie*m'e Démonstration. 277
ni croire que ce Toit un effet du pouvoir des for-
ciers -9 qui n'ont de force que fur des efprits foibles
§c trop crédules : ce défaut eft toujours naturel 3 Ô£
fi on en examine bien le principe , on le trouve-
ra dans les parties génitales de l'homme ou dans
celles de la femme , Se fouvent dans leur imagi-
nation^
De toutes ces incommodités la plus preffante , Nécefïïté de
c'eft lorfqu une fille venant au monde, elle n'a ^Yavûi-
point la vulve percée j il faut l'ouvrir au plutôt ,* ve eft entie-
mais on ne s'en apperçoit ordinairement que le ^^nc ""*
deuxième ou le troifiéme jour après la nailïance ,
en remarquant que l'enfant n'eft point mouillé :
alors l'opération eft plus facile qu'immédiatement
après la naiflance , parce que l'urine fortie de la
velîie , étant arrêtée par les lèvres jointes eafem-
ble , les poufte en dehors par la tumeur qu'elle y
fait y & ainj(i la peau étant fort tendue , on voit la
ligne où on doit faire l'ouverture longitudinale ,
de manière que prenant le fcalpei A. ou un biftou-
ri B. on coupe la peau qui joint les lèvres, de
on y fait une ouverture proportionnée à la fi- Manière 4'©*»
gure & à Ja grandeur qu'elle doit avoir natureU per'
lement.
Les Grecs ont nommé les lèvres de la matrice
perïgomata, de péri , qui veut dire les ailes, à
caufe de la reiTemblance : quand elles ne fe tien- îe. qu1l] [h^
nent qu en partie , 1 opération en eft moins dim- vulve n'eft
cile , parce que l'ouverture qui y eft demeurée , ^ç^"'651"
aide beaucoup a achever la féparation ^ on ne la.
fait fouvent qu'aux grandes filles qui font prêtes à
fe marier. On appelle cette maladie Jîmpbijïs ,
comme celle du prépuce de (jm , qui veut dire
cnfemble , & de fbjein , qui lignifie attacher*
Pour faire cette opération avec fureté , il fauc
coucher la fille fur le- bord d'un lit , les jambes en
bas 8c écartées , puis avec ce petit dilatatoire C*
^u'on tient de la raain gauche 9 &: qu'on a mis dans.
Siij
%jt Des OPt'itAtiONS de Chirurgie ;
l'ouverture reftée , on dilate les deux lèvres par fe
le moyen d'un fçalpel A. dont on fe fert de la main
eonduite à droite. On fépare peu à peu les endroits unis , fai-
tenir' dans fant enforte de ne pas couper plus d'une lèvre que
cette opéra- , t, -\ c ' ■ \ ''■"■' j ri i
«ioBi de l autre , il faut éviter que la pointe du lcalpei
ne touche ou lès nymphes , ou les caroncules , ou
le clitoris , fi c'eft a la partie fupérieure qu'eft
l'agglutination -, c'eft pour cela qu'il faut couper ,
en retirant l'inftrument à foi , & ne le point faire
avec trop de précipitation. On voit par-là que
cette féparation eft plutôt une direction qu'un©
opération, la cure ne confîfte qu a appliquer fur
les plaies fuperficielles qu'on a faites , des remèdes
derficatifs qu'on tient fur les lèvres par un bandage
fait en double T. & à empêcher qu'elle ne fe re-
collent enfemblç..
Union vu Lorfque l'obftacle eft aux caroncules , il faut
£ieule des ca* i ^i ■ • *ii
roncules. encore que le Chirurgien y travaille , parce que
la verge ne pouvant pas entrer dans le vagin ,
la conception ne fe peut pas faire. On ne re-
çonnoit rimpoiïibilité de cette introduction qu'a-»
près le mariage , & c'eft dans cette occafion qu'on,
croit avoir l'aiguillette nouée , comme je l'ai dé-
jà expliqué j mais la caufe en étant naturelle , il
la faut chercher dans une liaifon trop étroite de.
ces caroncules , à laquelle il faut remédier,
â? wU«°iiai!' Cette liaifon eft de deux fortes , car bu les ca-
fons contre roncules font liées par des filets membraneux trop,
»aewre, forts , qui ne leur permettent pas de s'écat:sr , ôc
alors il n'y a qu'un très- petit trou dans, leur mi-
lieu par où les menftrues peuvent sMcouler , &*
par où la verge ne peut point paffer *, ou elles fe
font jointes par une membrane affez ferme qui
bouche entièrement l'ouverture , & qui comme
une barrière tranfverfale 5 empêche que rien ne
puiftè entrer ni fortir du vagin ; ces deux obftacles
quoique différens l'un de l'autre, ne fe lèvent que
par la main du Chirurgien*
Troisième Démonstration, ijf
On ne fait confidence au Chirurgien de ces in- , Moyen <&
. . , N • i S r r • o *es diitineuep
commoditczf., qu apr.es avoir tente pluiieurs rois & i>unede l'ai*
inutilement de. rompre cet embarras , de après que «*:
le mari §C la femme laffez de épuifez. par divers
efforts n'ont pu y parvenir ; le Chirurgien en re~
connoît la véritable caufe en touchant du doigt in-
dice ces caroncules > fi ce font des filets qui les
lient , iLfentira le bout du doigt ferré comme par
un anneau • de fi c'eft une membrane , il n'y trou-
vera point d'ouverture,.
Il ne faut pas s'imaginer que ces maladies ne
foient pas en effet telles que je vous les propofe ,
plufieurs Chirurgiens en peuvent rendre témoigna-
ge : j'en ai vu à quelques-unes ,.& entr'autres à une EXeœDjes(ïe.
jeune dame mariée depuis peu , qui fut plufieurs cesindifpciu
mois fans pouvoir confommer fon mariage , de qui [ncommodi"
n'auroit jamais eu cette fàtisfa&ion fans le fecours tés donc elles-
de la Chirurgie. Fabricius d'Aquapendente nous f°™/ccom~
Eapporte deux hiltoires qui continuent ce que j a-
vance: Tune eft d'une fervante que plufieurs éco-
liers ne purent pas dépuceler , de qui après avoirr
fait échouer toute leur vigueur contre les liens de
ces caroncules , fut obligée d'avoir recours a lui :
l'autre eft d'une fille qui n'étant point percée ne
pou voit pas être réglée , fes ordinaires étant rete-
nues par une membrane qui joignoit les caroncu-
les , de les fermoit entièrement , ce qui lui caufoic
une pefanteur dans le vagin , avec des douleurs in-
fupportables , il fit une ouverture longitudinale à
cette membrane, d'où il fortit quantité de fang •
noir de puant , dont elle fût foulagée £ de il la
guérit parfaitement.. Il y a même un Auteur qui
a fait un Traité Latin intitulé De ïmperforatis.
Il s'agit à prefent de faire voir comment on fé* Manière 4&
_. ° \ y r i \ i r réparer ks,
pare ces caroncules. La remme étant couchée lui* caroncules,.
le bord d'un Ut les. jambes ouvertes , on écarte les
lèvres de la matrice de. les nimphes pour découvrir
ks caroncules : on fait tenir la lévrè de ta nimphes
S iiij
z%o Dis Opérations be Chirurgie,
gauche par un ferviteur , pendant qu'on tient écar-
tée de fa main gauche l'autre lèvre & l'autre nim-
phe j puis l'Opérateur prend de fon autre main un
Eeur débri. tiftouri D. droit & à dos , avec lequel il donne
ifwitm, quatre coups , un à chaque efpace d'entre les ca-
roncules pour les débrider y de manière que les
quatre petites incifîons ont la figure, d'une croix
de faint André , ou de la lettre X. parce que les
caroncules fe trouvent lituées l'une en haut , l'au?
tre en bas , ôc les deux autres latéralement. Ces
caroncules ainfi débarraffées de leurs liens , s'écar-
tent ôc laiffent une ouverture fuffifante pour l'en-
trée de la verge , & c'eft. la fin pour iaquelle on
fait cette opération.
ComiHsnt Quand une membrane bouche entièrement le
jnembïane vagin , on met la femme-dans la même fituation ,
5"ilesa^em*5c avec une lancette montée E. on fait une feule.
olenrquelque , V i \ i n
fois. ouverture longitudinale a cette membrane , telle
que le fit Fabxicius à cette fille qui n'étoit point
percée : le fang retenu dans le vagin pouffe cette
membrane en dehors , de en facilite l'ouverture.
On ne peut pas déterminer la grandeur des inçi-
fions ou de l'ouverture , cela dépend de la pru-
dence du Chirurgien. Si on confultok le caprice
de quelques maris , on iesferoit très-perites : mais
fi on regarde l'avantage des femmes , on les fera
plutôt grandes que petites , parce qu'elic en accou*
; cheront plus facilement.
Opérations je trouve jans nos Auteurs quatre opérations
îurlaraatnce fi*r f 1. ■ C .t
décrites par différentes qu ils ordonnent de faire a la matrice ,
ics Auteurs. cç (ont 9 ^ i'excifion des nimphes, 2°. l'amputa-
tion du clitoris , 30. l'extraction du cercofis , 40. les
hermaphrodites. Ces opérations fe pratiquent fi
rarement , qu'elles pourroient être retranchées du
nombre des autres ; j'ai jugé à propos néanmoins
d'en inftruire le jeune Chirurgien , parce qu'il faut:
€ju'il n'ignore rien de ce qui regarde fa Profefîion 1
4c qu'il pourroit arriver que dans quelque cas ex-
Troisième Démonstration, %$i
rraordinaire il feroit obligé de les faire.
Les nimphes font des corps membraneux , longs Retranche»
ôc plats , ntuez dans la grande fente à côté de i'o- menF d'u?e.
.rr ' ' o. ; portion de*
rince externe de la matrice j on prétend qu elles nimphes,;
çroiffent quelquefois tellement , qu'elles pendent
hors des grandes lèvres , 8c alors il en faut couper
ce qui excède leur grandeur ordinaire. Pour cec
effet ayant fitué la femme a la renverfe > 3ç tenant
les lèvres écartées , on prend une des nimphes
dont on coupe avec des cifeaux F. ce qu'il y a de
fuperfluj en la tenant ferme avec les pinces G.
enuiite on en fait autant à l'autre , obfervant de
n'en pas plus oter de celle-ci que de celle-là , ôc
de ne les pas couper trop près de leur racines , par-
ce que l'ufagç des nimphes eu; de donner en s'é-
tend'ant,moyen à l'orifice externe de s'élargir dans
les accouchemens , ce qu'il ne pourroit pas faire
fi elles étoiçn.t entièrement coupées , d'autant que
les cicatrices qui feroient en leur place > ne prête-*
roient pas.
Si le clitoris ne fortoit point des bornes que la Amputation
, . r . ., \ t r • /, , du clitoris,
nature lui a preicntes , il n auroit pas beiom d ope-
ration > mais il croît quelquefois tellement qu'il de-
vient long & gros comme la verge de l'homme :
cela arrive fréquemment aux Egyptiennes. Les Eu-
ropéennes qui l'ont plus gros que les autres , font
appellées des Ribaudes , parce qu'elles en peuvent
abufer &c fe polluer avec d'autres femmes ; c'eft ce
qui en a fait propofer l'amputation , pour ôter à ces po^e çe«e
femmes le fujet d'une lafçivité continuelle : mais°pération,
il en eft peu qui fe foumettent à cette opération v
car fi une femme eft fage , elle n'en abufera pas ; fî
elle eft débauchée, elle ne fe privera pas volontaire-
ment d'une partie qui contribue au plaifir qu'elle
trouve dans la débauche. Si néanmoins un Chirur-
gien eft obligé de retrancher cette partie, il la pren-
dra de la main gauche pour la couper avec ce cou-
teau courbe H. le plus près de fa racine qu'il pour- .
à?£ Sss Opérations de- Chirurgie;
r-a , évitant de toucher ni à l'urètre , ni aux lacu4
nés qui font autour du clitoris , ce qui cauferoic:
s'il offenfoit ces endroits , un écoulement invo-
lontaire de l'urine ou de la liqueur féparée par les
glandes voifines du clitoris. Cette opération n'eft
pas fi dangereufe qu'on pourroit fe l'imaginer '%J
parce que ce n'eft qu'une partie fuperfl ue qu'on,
4^J,°êrr"gie ampute. Il n'y a.queje fang qui en fort , qui pour-
roit étonner ie Chirurgien : mais s'il laine bien
dégorger les vaiflaux , ôc qu'il mette fur la plaie
un gros plumaceauL couvert de poudres aftrin-
. . gentes , un emplâtre K. une compreiTe épai|Te L*.
ôc un bandage M. qui comprime le tout , il arrê-
tera bientôt le fang , à caule que les vaiflaux prek
fez entre l'os pubis ôc, lç bandage , ne pourront
plus en. verfer.
4uwrcofis°n ^n aPPeue cerc°fis une excroiffance de chair $
qui fortant de l'orifice de la matrice , le bouche ôc
le remplit ; elle eft quelquefois fi longue, qu'elle -
reftemble à une queue de renard , c'etl ce qui lui;
a fait donner ce nom dérivé de Kerkjn , qui veut
dire tromper , parce que la queue leur fert à trom-
per les autres animaux,, Cette chair eft affez fem-
blable à celles des polypes, aufll l'emporte-t'on de
la même manière > c'eft- à-dire , ou par L'extirpa-
tion en l'arrachant comme le polype avec cette
înftrutnens pince N. faite en bec de grue , ou par ligature en
arrachç cc«e î* uant tout proche fa racine avec ce fil (X ou par
shair^ incifion en la coupant entièrement avec ce cou-
teau courbe H. ou avec le fcalpel A. C'eft au Chi-
rurgien a fe fervir du moyen qui lui fera le plus
commode pour emporter cette chair 9 ôc iUe con-
duira d'ailleurs avec les circonfpe&ions néceflaires.
pour en confumer les racines , ôc procurer la cica-
trice,
^uatf t fo«. Le nom d'hermaphrodites eft donné à ceux > qui
phr^iites. en naiflant apportent les deux iexes \ il elt dérive
#Utmés> qui veut dire Mercure , ôc tfApbro.dïn,
T a o i s i i'm e Démonstration. H|
qui fignifie Vénus , c'eft-à-dire , homme 8c femme
tout enfemble. On en trouve de quatre fortes , i%
Ceux qui font véritablement hommes 3 ayant les.
parties de l'homme parfaites , &ç ceUes de la fem-
me imparfaites. %°. Ceux' qui au contraire font
femmes en effet , ôç ne font hommes qu'imparfai-
tement, 30. Ceux qui ne font ni hommes ni fem-
mes , les deux fexès n'étant point dans leur per-
fection. 49. Ceux qui font effectivement hommes
ôc femmes , de qui peuvent fe fervir également
des parties génitales des deux fexes : les loix or-
donnent pourtant d'opter , &: défendent de ne
mettre en ufage que le fexe dont ils- auront fait
choix. On ne peut pas preferke quelles opérations Ce qu o^ y
on doit faire en ces fortes dedifpoluions : qui font Pr*cuïue-
prefque toutes différentes : on peut feulement dire
que le fait du Chirurgien ne çoniifte qu'à ôrer ce
qui eft inutile , &: à retrancher les parties qu'il ju-
gera fuperflues •, comme font les organes , donc
l'ufage leur doit être interdit , pour rendre les au-
tres plus vigoureux.
Fig. XIX. POUR LES ACCOUCHEMENS.
l?4 Des Opérations de Chirurgie ;
un çhirur-y^-x Uoique les accouchemens foient ordinaire»
gien ne doit il x , i * * i
pointignorer V^x ment exécutez par des Matrones a qui on a
^d,accou- donné le nom de Sages-femmes,ils font néanmoins
compris dans le nombre des Opérations de la Chi-
rurgie, & celui qui en feit profeiîion ne fe peut
pas vanter de la. fçavoir , s'il n'eft inftruit de tour
ce qui concerne l'art d'accoucher : mais la Chirur-
gie eft d'une fi grande étendue > qu'il eft difficile
qu'un homme feul puiflfe en poffeder afiez parfai-
tement toutes les parties \ ç'eft ce qui a fait que les
accouchemens ont été le partage des femmes, comr
me les maladies des.os, celui des Bailleurs, 3c cel-
les des yeux , des dents 3 de la pierre , celui de
difterens Opérateurs qui ne s'attachent unique^-
menr qu'à une de ces fortes de maladies..
pudeur in- La pudeur qui eft la vertu des femmes a beau^
çiicrctte parce que fouvènt elle
celle quand il n'èft plus attaché par aucun vailïàu
à la matrice \ pour lors on attend qu'il forte de lui-
même , ou par le moindre effort que fait la femme*
comme lorfqu'elle fe prefente au barUm Mais fi le
flux de fang continue avec excès , la femme pour-
roi t mourir j avant que le faux germe fut fortii
pour la délivrer ,. il faut avec ce petit diiatatoirc
^tq"^v^ marqué A. dont on introduit le bout dans l'orifice
1er dans un interne , dilater doucement cet orifice pour pro-
fnn.if2"2 curer Tiffue du faux çerme , ce qu'on fait mieux
continuel,^ . o j. . v
avec cet inftrument qu av#e les doigts : ii après
cette dilatation les doigts n'ont point encore dé
prife fur ce corps étranger * on prend une tenette
faite en forme de bec de grue marqué B. dent on
gliiTe le bout le long de fon doigt , jufques fur ce
corps, qu'on pince avec l'inftrumcnt tkmr en faire
l'extraftion , prenant bien garde de ne point fé
tromper en pinçant quelques parties de la, matrice
Duttaitemétaii lieu du faux germe; Les breuvages qiièles Sa-
^^f^ges-femmes donnent pour exciter la ferrie de ces
conftances. corps étrangers font inutiles quand il n'y a tien qui
prefie , &c pernicieux lorfqu'il y a une perte y
parce qu'ils l'augmentent. Ce qu'il y a de meil-
leur dans ces occafîons , ce font de petits bouil-
lons peu nouriflans donnés de demie en demie heu-
re , parce que pafTant promptement dans la malle
du fang > ils reparent le fang perdu , & entrete-
Trois ie'me De'monsïration. itf
iiant la circulatioa , ils empêchent que la malade
'ne meure»
LA femme rfeft pas plutôt accouchée qu il la Comment o&
faut débarafïèr dune marie de chair qu'on ap-Ia01meraeuve"
pelle Arriere-faix ou placenta , 8c cela avant que pourvoyant
de faire la ligature du cordon. J'ai dit ailleurs* ett anç*
qu'on devoit lier le cordon promptement., de peur
que différant trop * l'enfant ne perdit beaucoup de
fang par les artères ombilicales , qui ont leurs em-
bouchures ouvertes par le détachement de Parriere-
faix 3 mais le Chirurgien remédie a cet inconvé-
nient en ferrant le cordon tourné autour de (es
doigts 3 ce qui empêche le fang de pafïer & de
fortir par ces artères 3 ainfi il a le tems de délivrer
•la femme fans préjudicier à l'enfant : au-contraire
s'il tardoit davantage à extraire Farriere-faix : la
matrice fe refermant ne lui permettroit plus de
l'exécuter avec la même facilité qu'aufîî-tôt que
l'enfant eftforti. Il faut que le Chirurgien tenant
le cordon > en tourne une partie autour de deux
doigts de fa main gauche , Ôc que le prenant de fa
droite le plus proche de Farriere-faix qu'il pourra,
il tire doucement , Se que par de petites fecouf- a^em^T
fes il l'ébranlé pour achever de le détacher , s'il ne qui fouiagêe
i'eft pas entièrement, ..ïamalad*
Si on oblige la femme de foufler dans fa main
fermée , fi on la fait touffer ou éternuer , fi elle
pouife en en bas comme pour faire une felle , fi
on lui fait retenir fon haleine , fi elle fe met ks
doigts dans la bouche pour s'exciter à vomir , ou
fila Garde preffe légèrement avec le plat de la
main le ventre de FÀccouchée en le frottant de
haut en has^ toutes ces différentes agitations ai-
deront la fortie de Farriere-faix , qu'il ne faut pas
cirer trop rudement : car il en arriverait un de ces
trois accidens , ou Fon cafferoit le cordon > ou
l'onQccafio^netoit une perte de fang , ou Fon ar-
^§8 Des Opérations de Cijirûrgîî ,
éaii?« de la ûreroit la matrice au dehors. De quelque caufè
rupture du que ce foit que le cordon ait été rompu , foit
qu on ait tire trop rort , loit que le placenta ait
été trop fortement attaché , foit qu'étant gros ôc
fchirreux il n'ait pas pu fuivre le cordon , ou que
l'enfant étant mort ôc le cordon pourri t il fe foit
rompu aifément , il le faut tirer le plus prompte-
ment qu'il eft poffible , parce que le féjour de et
corps étranger dans la matrice peut caufer des ac-
cidens terribles»
précaution Le Chirurgien fe roçriera de fort près les ongles
a prendre en , , . . Ç> . . ^ . ,-t • r, i„ .,&
tirant l'ark- des doigts de la main droite qu il oindra d huile ou
*e-faix. fe Deui:é y §r qU» ji introduira dans le fond de la
matrice, en y fourrant d'abord deux ou trois doigts
qui ouvriront le paffage au refte de la main -, il y
trouvera l'arriere-faix qu'il diftinguera aifément
d'avec la matrice , pour peti qu'il foit verfé dans
les accouchemens , ou qu'il ait liî les Anatomiftes
fur ces parties. Si le placenta eft tout-à-làit déta-
ché , on l'empoignera ôc on l'amènera dehors fans
peine ,' ôc s'il eft encore adhérent , on le féparera
adroitement en gliffant le côté de la main -entre
l'arriere-faix ôc la furface interne de la matyiee j
à quoi l'on réulîit quelquefois fans beaucoup de
fatigue , ôc de la même manière qu'on fépare lès
parties d'un gâteau- feuilleté ,* mais s'il tient fortes
ment , on en fera la fépararion avec douceur ôc
lentement , prenant garde de ne point égratigner
l'utérus. M. Moriceau confeille d y laifter plutôt
quelque petite portion du placenta attachée, la-
quelle a coutume de fortir par les vuidanges , que
de trop tirailler la matrice dont il pourroit s'en-
H faut faire frûvre une inflammation perilleufe : il faut tâcher
forcir toutes néanmoins de l'avoir entier , pour le montrer aux
i*arriaere!fafx alîîftans j ôc empêcher par-là tous les contes des
comeres qui dans ces occafions parlent fouvent fans
raifoh. Si l'arriere-faix a féjourné dans la matrice,-
Ôc qu'il ait commencé à s'y corrompre , ce qui
arrive
Troisième Démonstration. i2$
arrive quand il y a long-tems que l'enfant eft mort,
il faut après l'avoir tiré , faire des injections pré- injeftion
parées avec l'orge, l'aieremoiné & le miel qui né- "^«flaire **
r o • • • en- • Pres l'extra-
toyent oc entraînent ce qui par ion iejour ïncom- aion,
moderoit la matrice : on fe fért pour cet effet
d'une feringue qui eft particulière pour les fem-
mes , ayant fon canon courbé 6c percé par le bout
comme un àrrofqiri
LA Mole eft une fubftancé charnue , beaucoup Définition
plus dure que celle de l'arriéré - faix. Elle d'unc molei
remplit le fond delà matrice à laquelle elle eft ad-
hérente par pluiieurs petits vaiffaux qui lui appor-
tent fa nourriture , c'eft-pourquoi elle n'a ni cor-
don ni arrière- faix duquel elle puiffe comme l'en-
fant recevoir un tue nourricier qui doit par-côn-
féquént lui venir immédiatement dès vaiffaux dé
l'utérus.
il y en a de petites, de moyennes & de grandes. Différence
Les premières font de petits corps d'une nature f**^0®^
charnue &c membraneufe que quelques femmes fiftcnce& de
vuident après leurs ordinaires ou énfuite des per-,leut form• parce qu'on prétend <}ue n'y ayant pas
éû dans l'œuf defcëndu de l'ovaire à la matrice ,
des principes fuffifans pour former Un enfant , la
conceprion demeure imparfaite , & il n'en réfulte
qu'une petite maffe de chair qui eft ordinairement
rejettée hors de le matrice entre le deuxième & lé
troifiémé mois de iagrorTeffe. Les grandes moles
font des mafles de chair ou des amas de vefficules
qui fe tenant toutes les unes aux autres par de pe-
tites queues comme des grains de râilin j occupent
T
zyo Des Ope'ràtîôns de Chirurgie ;
toute la capacité de la matrice de la tiennent terw
due comme fi c'étoit un enfant , avec cette diffé-
rence que la mole la -gonfle plus également de ne la
Signes de pouffe pas ii en pointe que fait un enfant. La fem-
fcxiitence me groffe d'une mole n a point de lait au fein, elle
«s mo es. n£ gnc ^en remuer , de quand elle fe couche fin-
ie côté , la mole y tombe comme fi c'étoit une
groffe boule pefante. Cette femme en eft plus in-
commodée que d'un enfant, par des laiïitudes dans
les cuifles de dans les jambes , par des difEcultez
d'uriner , de par une pefanteur qu'elle fent au bas
du ventre caufée de ce que là mole par fon propre
poids entraine la matrice en enbas. Ces incommo-
dités légères dans le commencement deviennent
infupportables dans la fuite > ce qui l'oblige d'a-
voir recours au Chirurgien, pour en être délivrée.
_ Deux ma- Il en procurera la fortie en deux manières , fça-
5éUvtefeuneV0^r > en tâchant que la femme la pouffe d'elle -
femme, même au dehors, ou bien en l'allant chercher pour
l'extraire par l'opération de la main. Comme on
doit toujours commencer par les moyens les plus
doux avant que d'en venir aux plus forts , fi la fem-
Sçavoït par me n'a ni fièvre ni perte de fang , on lui donnera
mens^&pâr un purgatif un peu violent , de des clyfteres acres
^opération & piquans qu'on réitérera à plufieurs reprifes ,
a m in* afin d'exciter des épreintes qui faffent dilater la
matrice pour donner paffage à la mole j on peut
mettre en ufage le beure dont on frocera l'orifice
interne pour le rendre plus fouple de plus dilata-
ble > on fe fert d'injections émolientes , de la fai-
gnée du pied 3 ou du demi-bain , comme on le
jugera à propos. Si la mole n'eft que d'une groiTeur
médiocre de peu adhérente , elle pourra fprtir par
le fecours de tels remèdes , mais fi elle eft d'un
volume excefïif de fortement attachée , il faut la
main du Chirurgien , de en ce cas après avoir ro-
fné (es ongles , de frotté fa main d'huile ou de
eure , il l'introduit dans la matrice de la femme
T & 6 1 s i e'm k D e'm onstratîon. iji
qui doit être fîtuée a la renverfe fur le bord du
lit j ôi la coulant doucement entre l'utérus ôc la
mole pour la détacher * en commençant par l'en-
droit où elle eft le moins adhérente , il pourfui-
vra ainfi jufqu'à ce qu'elle Toit tôut-à-fait féparée
fans intercfïèr la matrice > ôc y procédera de la
même manière que j'ai dit pour l'extraction dé
l'arriere-Faix refté dans la matrice après la rupture
du cordon \ mais fi elle eft fî grofTe qu'elle ne puifîe
pas fortir , on fe fervira pour lors de ce crochet
marqué Bï avec lequel il la tirera , fi elle eft aflez
folide pour qu'il ait prife fur elle , ou bien il la
coupera en deux ou en plufieurs parties avec ce
crochet tranchant marqué E. afin de l'avoir par
morceaux , ne pouvant pas faire autrement. Il faut Obfervation
remarquer que les moles forcent ordinairement ^rs l^Q{^w
Vers le huitième mois de la grofTefïe , ôc qu'il eft
rare qu'elles aillent jufqu'a deux ôc trois années >
bu davantage , comme l'ont écrit plufîeurs Au-
teurs , Se entr'autres Ambrôife Paré qui nous dit
que la femme d'un Potier d'étain en a porté un©
pendant dix-feptanSi
OUand un Chirurgien eft appelle par une ferri- Manière les unes
'ne les ont que lès premiers mois, d'autres vuident
quelque chofe jufqu'au cinquième ou fixiémemois
éc il y en a à qui elles coulent pendant toute la
grofTeïTe , c'eft ce qui fait que les femmes fe trom-
pent quelquefois ne fâchant pas bien fouvent fi
«lies font groiTes, ni en quels termes elles fe trou-
vent. Je connois «ne Dame de la première qualité
qui a eu douze enfans , &: qui a toujours été ré-
glée dans fes grorTefTes.
*«:..*«,**.. Quand ce font les ordinaires qui fluent -, il faut
de la femme feulement taire tenir la remme en repos, mais lorl-
lement^de"""^116 c'e^ une P€rr€ > *e Chirurgien examinera fi
»iois. elle vient du fond de la matrice , ou fi elle ne
vient que des vaifïaux du vagin & de l'orifice in-
terne. Le moyen de s'en aiïurer , c'eft de tarer
avec le doigt fi l'orifice interne eft dilaté , & fî
l'introduifant dans cet orifice on va jufqu'aux rnem-
Dans la branes de l'enfant , c'eft une marque certaine que
^ui^rw f ro? ^ ^an§ V*ent C*U ^OVi^ ^C *a matr^ce > m^ls s'^ eft
vient point clos & bien fermé , le fang s'échape infaillible-
du fond de ^ vai{faux qUi arrôfent cet orifice Ôc le va-
i'uterus qu'o . 1. .- ■■ ,\ r •
trouve clos, gin *, c eft-pourquoi u ny a pour lors qu a taire
garder le lit à la femme , la faigner , la féparer de
fon mary pour quelque tems & ne lui donner au-
cun remède de crainte de l'émouvoir &. d'exciter
ou d'augmenter par là cette perte. Piufieurs fem-
mes ont porté leurs enfans jufqu'a leur terme or-
dinaire , quoique le fang qu'elles perdoient , fût
quelquefois accompagnée de caillots : Quand le
fang vient du fond de la matrice , c'eft toujours
T r o i s i e'm e D i'm o n s t r a t ï ô n. 295
parce que l'arriére- Faix en eft féparé ou totalement-
ou en partie , comme il ne fe reprend jamais 9 il
faut absolument que la femme en accouche. Cette Troîs caureS.
défunion fe peut faire par trois caufes , ou par la du détache.
trop grande abondance du fang de la mère, ou™en"ca "p*|
parce quête cordon fera tourné autour de quelque produit la
partie de l'enfant qui en fe remuant tiraillera l'ar-£*"rc laquelle
riere-faix & l'obligera cbfe décoler de la matrice , il en faut ve-
ou enfin par une chute ou par quelque coup qu'aura ^gn,loperà*
reçu la mère : de quelque caufe que procède la
perte de fang , il n'y a que la fortie de l'enfant qui
puirTe fauver la mère & fon fruit. Si toutefois le En quels,
rang ne flue qu'en petite quantité , fi i évacuation S^™ doi*
n eft pas continuelle , fila femme a des forces fuf-
fifantes , &s'il n'y a aucun autre accident fâcheux
on peut attendre le terme de l'accouchement fans
l'avancer y parce que le fang humectant la matrice
fait qiiinfenfiblcment elle fe dilate & permet à
l'enfant de fortir , &: pour lorsc'eftun pur ouvrage-
de la nature qui ne manque guéres de reffources
pour réuiîir dans ce qu'elle fait. Mais fi le fang où on, efê
fort très copieufement de qu'il coule fans interru- obi:gé d*ac.
>i r • i» • rr coucher la
ption comme s il iortoit d un gros vaiiiau ouvert , œaiadCa
ou (1 la femme tombe dans des fïncopes ou en con-*
vulfions, il ne faut pas différer l'accouchement ;•
qu'elle foit à terme ou non, qu'elle ait des douleurs,
ou quelle n'en ait point, il n'y a que ce feul moyen
pour lui éviter la mort,
Ces fortes d'occafîons font les plus fâcheufes Cîrconftan»
pour un Accoucheur. Si d'un côté il fait réflexion ^surfâpopf"
lui* ce qu'il doit craindre pour lui- même , il con- rat eur.
noît qu'il hazarde fa réputation , parce que fi la
femme meurt en l'accouchant ou peu de tems après
être accouchée , comme il arrive très-fouvent , à
caufe qu'il n'y a plus afTez de fang pour entretenir
la circulation, alors le public injuftene manquera
point de lui en attribuer la faute \ & fi d'un autre
tètç il regarde la femme > il fçait qu'il faut qiv &
T iij
25)4 ^55 Opérations de Chirurgie >
l'accouche , çai qu'il la laifie mourir , c eft ce qui
fait qu'il y a des Accoucheurs qui évitent autant
qu'ils peuvent de fe trouver dans ces embarras. Ce-
pendant la Charité Chrétienne doit l'emporter ,
& fans balancer , il faut qu'il prenne en honnête-
homme le parti çle fecouiïr la malade. Mais avant
que de travailler , il mettra fa réputation à couvert
Ptoj>fioftic en fnfant fon prognoftic , ôc pour cet effet il af-
vanfT às' ^m^era *es parens ou les amis dans une chambre
teos, S p3" prochaine &: leur fera voir le péril où cette femme
eft , leur difant que l'unique moyen de la fauver %
eft de l'accoucher, que cependant il ne réponcf
point de fa vie \ mais qu'en l'accouchant elle peut
en revenir, ôç que nç l'accouchant pas elle mourra
Situation de indubitablement, Auflitotle Chirurgien fans per-
la malade. dre Je tems fera coucher la femme en travers fur le.
bord du lit, les jambes écartées ôc tenues ployées
par deux perfonnes , une troifiéme étant derrière
la femme pour empêcher qu'elle ne recule dans le
tems de l'opération, Après avoir graifle fâ main
droite, il l'introduira dans'le vagin, puis il avancera
un doigt, enfuite deux, & enfin un troifiéme s'il le
peut , dans l'orifice interne delà matrice , avec lef-
quels il le dilatera peu à peu. Si les membranes de
1/enfant ne font pas ouvertes, il les rompra avec les,
doigts, ce qui lui permettra de le toucher immé-,
diatement, ôc de le bien tourner pour le tirer par les
Manière de pieds. Si l'enfant eft au-delfous de huit mois, ce
fm lquiCfe foftÊ ies pieds pour l'ordinaire qui fe rencontrent
jyé'erue dif- les premiers , parce qu'il n'a pas encore fait la cul-
bute pour prefenter la tête an patfage , ôc alors on
le dégagera facilement en le tirant par les pieds
qui donnent plus de prife que toute autre partie y
mais fi c'étoit la face ou le cul , ou un bras qui fe
prefentât, on le repoufferoit doucement pour aller
chercher un pied qu'on tireroit dehors Ôc qu'on
tiendroitdelamain gauche, pendant qu'on iroit
chercher l'autre. Quand on les a tous deux on les
%ercmmçnt.
Troisie'me Démonstration. 295
affemble & on les empoigne avec un linge chaud 9
afin qu'ils ne gliflent pas en les tirant , pour- Moyensd'a.
vu que l'enfant foit bien tourné , c'eft-à-dire , chsver l'o»
le vifage en deffous ; car s'il étoit en enhaut , Onperauorv
le retourneroit afin que le menton ne fut point
en danger d'être retenu par l'os pubis, au moment
qu'il y ferait parvenu pour paffer ; quand l'enfant
eft forti jufqu'au cartilage xiphoïde , on coule
une main à droite pour étendre le bras de l'enfant .
de ce même côté le long du corps , on en fait au-
tant à l'autre bras , Ôc api es cela l'enfant n'eft plus
arrêté que par la tête , qui eft la dernière ôc la plus
difficile à îortir. Il ne faut pas que le Chirurgien j Précaution
tire trop fortement , de crainte de la féparer d a- *u apnr|ïad^t J
vec le corps , ce qui eft quelquefois arrivé : il ne eft arrêtée aia
faut pas aufll qu'illaine trop long tems l'enfant paffag?a
pris de cette manière , pour éviter qu'il n'y meure,
ce malheur eft arrivé a un des fils du Duc de Sa-
voye , par la faute de la Sage-femme. Il doit faire
foutenir l'enfant par une perfonne 5 puis il coulera,
une main autour de la tête pour la débarafler peu
à peu , & il mettra le doigt du milieu de fon autre
main dans la bouche de l'enfant pour empêcher que?
ie menton ne s'accroche , &: incontinent il fera
tirer l'enfant par la perfonne qui le foutenoit : l'en-
fant fort de cette manière avec bien plus de facilité
que fi le Chirurgien ne lui aidoit pas avec f es deux
mains ainfi difpofées. L'enfant étant forti on déli-
vre la femme aifément , parce que l'arriere-faix
dans ces fortes de pertes eft toujours féparé de la
matrice aufîitôt que la femme eft accouchée l'é-
coulement du fane commence à diminuer & cefTe découle*
' N c • -, ° v ! . menr cette a=
tout a rait peu de tems après , parce que la matrice près la déli»
en fe refferrant bouche les orifices des vaiflaux qui viance*
verfoient le fang 3c qui étoient tenus ouverts par la
diftenûon que faifoit l'enfant, lorfqu'il étoit enco-
re dans ce vifcere, deforte que fi on ne droit point
l'enfantée fang fortiroit par ces mêmes emboucha*
T iiij
tc)6 Des Opérations de Chirurgie ,
res jufqu'à la dernière goûte. Avec toutes les pek
nés que donnent ces accouchement, le Chirurgien
a quelquefois le chagrin de voir expirer une femme
peu de tems après être accouchée : quand cinq ou
iix heures font pafTées depuis fon accouchement
ôc qu'elle a eu le loifir de prendre des confommez
pour réparer le fang perdu , elle eft fauvée. Mais
Caufe du fi elle finit fes jours une demi-heure ou une heure
péril où la
femme fe
trouve.
ver fon mouvement circulaire, ôc cette liqueur qui
eft le principe de la vie ne répandant plus de tous
côtés la chaleur ôc nourriture aux parties , la femme
paife alors comme une chandelle qui s'éteint faute
de fuif pour entretenir fa lumière. Ce qui doit
confoler un Chirurgien dans une pareille conjectu-
re , c'eft lorfqu'ii fçait n'avoir rien à fe reprocher
ôc qu'il croit avoir rempli fon devoir, aurifque
même de ce qu'on en pourroit dire.
la après fa délivrance , c'eft qu'il n'y avoit plus de
fang fuffifamment dans fes vaifTaux pour y confer-
Comment
on dégage un
enfant qui
pré fente la
înainla pre-
mière ,
LOrfque la tête de l'enfant ne fè prefente pas an
paffage , l'accouchement s'appelle laborieux ,
parce que l'enfant n'étant pas dans fa fituation
naturelle , il ne peut guéres fortir de la matri-
ce (ans le fecours du Chirurgien ou, de là Sage-
femme : or il fe peut prefenter dans une infinité
de poftures différentes ^ mais la plus fâcheufe
de toutes , c'eft lorfqu'une main fort la première.
Quand un Chirurgien fçait dégager un enfant
dans ces fortes d'accouchemens , il eft capable ,
fans conteftation , de fecourir les femmes dans
tous les autres , celui-ci étant le plus difficile de
tous : c'eft ce qui fait que je le propofe préfera-
blement a tout autre , Ôc que je m'attacherai à
faire voir les moyens d'y réufïîr. Si les Sages-
femmes appelloient du fecours quand elles Ten-
tent une main de l'enfant , auffitôt que les eaux;
fgnt perçéçs , on retournèrent l'enfant avec plus d§
T r o i s ï e'm i Démonstration. ±97
facilité -, mais elles n'en demandent fouvent qu'a-
près avoir tenté de délivrer l'enfant , en lui tirant
le bras en dehors , ce qui llayant engagé dans le
pa(Tage , rend encore l'accouchement plus labo-
rieux. Le Chirurgien appelle dans une fembla-
ble occafîon ? après s'être informé depuis quel
tems la main eft lortie , il commence par tâter le
poulx de l'enfant pour fçavoir s'il eft mort on non y
s'il fent le battement du poulx , il doit l'ondoyer en
jettant de l'eau fur cette main , parce qu'il ne peut
répondre de l'avoir vivant, Ayant pris cette pré-
caution , il fera fîtuer la femme fur le bord du lit , Manière de
couchée à la renverfe , les jambes écartées ôc rete- ^ad"
nues par deux perfonnes , ôc il fe mettra en état
de retourner l'enfant pour le faifir par les pieds ;
car il ne faut point qu'il prétende le pouvoir fau-
ver autrement : il arracheroit plutôt le bras de l'en-
fant qu'il ne le feroit forcir à force de le tirer par
ce membre. Quand un bras eft dans le paflTage , l'en-
fant eft de travers , ayant la tête dans un âts cotez
de l'utérus 3 ôc le corps dans l'autre , de manière
qu'il eft impoffible qu'il forte dans cette fitua-
tion : il faut donc le retourner , Ôc afin d'y par-
venir, le Chirurgien examinera la main de l'en-
fant pour fçavoir fî c'eft la droite ou la gauche s
Se de laquelle de fes deux mains propres il doit fe,
fèrvir ; il obfervera encore fi la pommëde la main Obferva-
de cet enfant eft en delïus , ce qui lui feroit con- Von deî dif~
noitre que I entant ett iur ie dos , car li elle ecoit ftures de
en défions il feroit fur le ventre. Ces obfervations Httî*nz>
Fayant déterminé , il frorera fa main de heure ou
d'huile , il l'introduira doucement dans la matri-
ce le long du bras de l'enfant , qu'il empoignera
proche l'épaule pour le pou(Ter du coté de la tête
de ce même enfant , Se l'obligeant de fe reculer du
paftage , il donnera moyen aux pieds de s'en ap-
procher , pour les pouvoir trouver plus prômpte-
ment3 ôc s'en ajQTurer. il doit auflitot qu'il en a un ,
i^S Bis Ope'ratio-ns de Chirurgie ;
Comment ^ t^I'er en dehors , ce qui fait que l'enfant fe rc«^
on s'aiïbre tourne de lui-même pour fe fituer favorablement ;.
ï'efifanc, ° mais quelquefois avant que d'aller chercher l'au-
tre pied , il fera à propos qu'il lie le premier avec
un ruban , parce que fi l'enfant le retiroit pendant
qu'on tâche d'avoir l'autre , on feroit obligé de
chercher le premier une féconde fois. Quand on,
a un pied , on glifie la main jufqu'au haut de la
cuifle du même côté ,. d'où on pafTe à l'autre en glif-.
fant jufqu'au pied qu'on amené au pafTage avec le
premier, pour les tirer tous deux à la fois, les tenant
envelopez d'une toile chaude, afin qu'ils ne gliflenc
pas. Si l'enfant eft fur le ventre , on continue à le
tirer au plutôt , mais s'il eft fur le dos , on le re-
tourne à mefure qu'on le fait avancer en dehors %r
on fe conduit pour le refte de la manière que j'ai
dit ci-devant,. Si le bras s'étoit tellement poufie
au dehors , ou, qu'il fût (\ gros qu'il ne permît
pas au Chirurgien de; pouvoir introduire fa main %:
Ôc qu'on eût des certitudes de la mort de l'en-
fant , Ambroife Paré çonfeille de couper ce bras ,.
& pour cet effet on le tire en dehors le plus qu'on
peut > on coupe les chairs avec le biftouri , puis on,
rompt l'os qui fe cafFe comme une rave , ou bien
on le coupe avec des tenailles incifives , un peu plus,
haut que les chairs coupées , afin que le bout de
l'os ne puifTe blefTer la matrice. M. Mauriceau
dit pourtant qu'on ne doit qu'à la dernière extré-
mité retrancher un bras, mais que fi on «y étoic
obligé, il çonfeille de le tordre deux ou trois tours,
pour rompre par çë moyen les ligamens >qui l'at-
tachent à l'ornoplate ,- qu'alors la féparauon s'en
fera aifément , à caufe du peu de confiftance Se de
fermeté des parties * ôç que fe faifant dans l'arti-
cle , elle n'aura aucune fuite fâcheufe : mais il
veut qu'on foit allure que l'enfant ne vit plus , ce
qu'on connoîtra certainement , fi en touchant foa
poulx , on n'y fent point de battement. Quantité
Troisième Démonstration. i$q
d'Auteurs anciens nous difent qu'il faut réduire Lafe4jai
à la pofture naturelle , toutes celles qui font con- à la poft,
lûfl
re
U-e nature-, c'eft-a>dire , qu'il faut "faire enforte ZTr^L%
que tous les enfans prennent dans la matrice une pratique,
pofture pour venir au monde la tête la première :
mais L'expérience journalière nous montre que cela
ne fe peut prefque jamais exécuter. Il eft impolîible
d'amener une tête dans le parTage , parce qu'elle
n'a point de prife > mais il n'eft pas difficile d'y
attirer les pieds , parce qu'on les peut empoigner
&c les conduire où on veut ; ainfi nous ferons mieux
de fuivre le fentiment de M. Mauriceau 3 qui pré-
tens que toutes les fois que l'enfant fe préfente en
mauvaife pofture , par telle partie du corps que ce
puifte être , le plutôt fait §ç le plus fur ? c'eft dç
le tirer par les pieds,
IL y a des fignes qui font connoître que l'enfant signes d'un
eft mort dans la matrice ; les principaux font fi c^de^ie/
la femme fent une grande pefanteur au bas de l'hy-
pogaftre, fi fon ventre ne fe foutient plus 3 &c fî
fon enfant tombe comme une boule du côté qu'elle
fe couche 3 fi en touchant l'ombilic , on n'y trouve
point de pulfatiqns , fi un bras ou une jambe de
ienfant étant forti on voit que l'épiderme s'en fé-
pare facilement , s'il fort de la matrice des humi-
ditez noirâtres , puantes 3 &c cadavereufes , de
enfin fi la mère ne fent plus remuer fon fruit :
alors le Chirurgien n'a plus lieu d'attendre de fe-
cours de la part de l'enfant , qui comme une maffe
de plomb , ne peut faire aucun effort pour for-
tir , que par fa propre pefanteur , ce qui rend
l'accouchement très-long & très-penible. On ne Danger de
doit pas non plus efperer beaucoup de la mère , la m.ere cn
dont les douleurs font fi foibles 8c fi lentes dansparci ca*
cette occafion , qu'elles ne fuffifent pas pour pouf-
fer l'enfant au dehors : il arrive même quelquefois
qu'elle n'en, a aucun© ; §c cela met le Chirurgien
3foo Î)es Ope'ràtîons de Chtrurgie»
dans la néceilité de la fecourir , fans quoi elle no
Moyen de pourrait accoucher. Si l'enfant; eft en bonne ficua-^
U délivrer,, tion, il faut tâcher de réveiller les douleurs qui font
comme endormies ; ce qu'on fait par des lavemens
forts & acres , qui picorant les boyaux , excitent
d^s épreintes qui peuvent faciliter la fortie de l'en-
fant. Je ne luis point d'avis de faire prendre des
potions , parce que fi elles. font compofées de mé-
dicamens doux , elles n'ont aucune vertu, ce font
des remèdes de bonnes femmes : fi au contraire elles;
font faites de drogues fortes & violenues 9 elles fe-
ront dangereufes , & pourront, çaufer-des aecidens
cruels & fouvent la mort. Si ces lavemens n'ont
pas eu l'effet qu'on attendoit , il faut que l'Ac-
coucheur travaille , ôc qu'il tâche par l'opération
de la main de retirer le plutôt qu'il pourra cet en-,
faut mort. Pour y parvenir , il fera iituer la fem-
me de la manière que j'ai die ci-devant , & s'il y
a long-tems qu'elle n'ait urinée, il introduira cette
fonde creufe marquée A. ointe d'huile , dans la vef-
fie. , pour en évacuer l'urine , qui remplifîant cet
^ organe, incommoderait dans l'accouchement : puis
niens^Tvî- cou^ant ^a main droite dans ^a matrice , s'il ne-
*«. trouve pas que la tête de l'enfant foit trop en-
gagée dans le palfage y il la repou fiera , & gliifant
cette main par defîous le ventre de l'enfant , il ira
chercher les pieds pour le retourner & le faire for-
tir j ainfi en obfervant les circonftances marquées-
dans l'article précèdent , Se prenant garde fur-tout
de ne point tirer trop fort , quand la tête demeure-
accrochée > de peur de décapiter cet enfant , ce?
qui arriverait à raifon de fa pourriture, il on le
tiroit avec trop de précipitation. Quelque précau-
tions que prennent les habiles: Accoucheurs ^ il peut
leur arriver que l'enfant fe décole , parce qu'il
fera tout corrompu *, en un tel cas il ne faudrait pas
laiffer féjourner la tête dans la matrice où elle fera
îeftoe feule. Pour en faire l'extraction on fe ferç-
Troisième De'monstratioh. 30Ï
■de ce -crochet moufle B. avec lequel on embrafïe
la tête d'un coté , pendant que le Chirurgien de fon
autre main l'appuyé contre ce même crochet pour
la conduire dehors. Mais fi la tête de l'enfant s'é-
tant préfentée la première étoit tellement avancée
Se engagée dans le paiTage , qu'elle ne pût être re-
pouflee fans faire trop de violence à la femme , il
- faudrait tâcher d'en procurer la fortie en cet état :
Se comme la tête eft ronde de glifiante à caufe des
-humiditez dont elle eft abbreuvée , le Chirurgien
n'a fur elle aucune prife avec fes mains , il faut donc
qu'il ait recours au crochet marqué C. qu'il pouf- ^ ttfrfce <**
/11 ,M *• 1. .' '• • ' ■ b'J'i Crochet poue
iera le plus avant qu 11 pourra entre la matrice ex la tirer ja tête
tête de l'enfant > conduifant cet infiniment au de-dec«enfant*
dans d'une de fes mains , de la pointe en étant tour-
née du côté de la ûtQ où elle doit s'accrocher dans
un endroit folide > de telle forte que le crochet ne
puifle gliiîer : étant ainfi affermi on amènera la tête
dehors, en appliquant la main gauche au côté oppo*
fé au crochet pour aider à le dégager & à la condui-
re plus directement hors du paiTage. Si la main ne
fufhfoit pas , on prendrait un fécond crochet mar-
qué D. qu'on introduirait dé la même manière que
le précèdent , de qu'on attacherait à la tête du côte
où on avoit là main 1 avec ces deux crochets on
tirera l'enfant également , quelque gros qu'il foit.
Si la tête étant fortie . l'enfant étoit arrêté par les . Moyen
/ 1 i i> • 1 1 tirer l'enUm.
épaules , on les dégagerait en coulant un ou deux arrêté parles
doigts de chaque main jufques fous les aiffelles , éPaules>
pour achever de tirer l'enfant par ce moyen tour-
à-fait au dehors. Quand il faut couper l'enfant
par morceaux , foit que le parTage ne puiffe être
allez dilaté , foit que les parties de l'enfant foient
exceiîivement grofTes , on fe fèrvira d'un crochet
E. fait en couteau courbe.
Voila la méthode dont on s'effc toujours fervi : avantage dtj
mais M. Mauriceau a inventé un inftmment qu'il
appelle tke-têce^ & qu'il crcûç incomparable-
fant
5©2. Des Opérations de Chirurgie ,"
ment meilleur que le crochet ,* il lui a donné ce
nom à canfe de fcn ufage qui eft de s'attacher à la
fcête de l'enfant , lorfqu'elie eft fortement engagée
entre les os du pafTage* Vous le voyez ici marqué
par la lettre F. avec ï'inftrument pointu 5 défigné
par la lettre G; il eft monté de toutes les pièces
capables de s'attacher à la tête d'un enfant. Je vous
renvoyé pour une plus ample inftrudtion à fon in-
venteur , qui vous montrera la manière de s'en fer-
vir. Mais foit du crochet , foit du tite-tête qu'on
£e ferve , il faut être très-certain que l'enfant foit
mort avant que de les employer : quel fpe<5fcacle
affreux feroit-ce que de trouver l'enfant encore
vivant ôc prefque expirant après l'avoir ain(i tiré ï
fk quoi l'on \{ faut donc éviter de tomber dans ce tèrtible in-
ptiniî w eonvenient , en ne mettant en ufage les inftrumens
que de fe fer- qu'après des preuves inconteftables de la mort de
ftxumens! m" l'enfant ', 3c ce feroit encore mieux de fe fervir de
{es mains , fî elles pouvoiënt fuppléer à tout , 8c
de n'employer les férremens qu'à la dernière ex-
trémité. Ces deux inftrumens , l'un marqué par Ho
Se l'autre par I. font quelquefois d'une grande uti^
iité à i'aecoucheun
TroisiêVe Bïmonstration. 30$
XX. Fïg. SUITE DES ACCOUCHEMENS.
LE S accouchemens font ordinairement fui- .D£. djUX
vis de tant d'accidens fâcheux, qu'il feroitincommodi-
difïicile de les rapporter tous. Je ne vous parlerai c" <îui fur~
i j rr ,., , • 1 ., t viennent aax
que de deux , parce qu ils .demandent 1 opération accouchemës
de la main : l'un eft la rupture de la fourchette la£oricMX' .
1, 1 i r 1 1 r Rupture de
çc 1 autre la delcente de la matrice. la fou* ctete,
ON a donné le nom de fourchette a la partie
inférieure de la vulve 3 parce qu'elle en a la
figure. Elle fait la féparation de la grande fente
d'avec l'anus. Il eft arrivé plufieurs fois , que par
Un accouchement rude &: laborieux , cette partie
s'ell rompue > de forte que de deux ouvertures -,
fçavoir \ de cejie de la matrice de de çetie de l'anus
304 Des OteVations de Chirurgie.
il nes'en étoit fait qu'une. Cette afïligente indif-
pofition feroit accompagnée de plusieurs incem-
moditez , (1 on ne faifoit point la réunion des
parties divifées -, la femme auroit de la peine à
retenir fes excrémens qui fortiroiênt par lune 6c
par l'autre de ces ouvertures , & fon mari n auroit
que du dégoût pour elle dans ce trifte état où
De l'opéra- e|[e fe ejépfàiroit fort à elle-même ; c'eft pour-
fàu" faire. yquoi il faut que le Chirurgien remédie a ce dé-
chirement par quelques points d eguilles. Pour
cet effet , il prendra une aiguille courbe A. enfilée
d'un gros fil ciré marqué B. qu'il tiendra de la
main droite , pendant qu'avec la gauche il fe fervi-
ra d'une canule courbe C. pouf appuyer la partie
pat où il doit paiTer fon aigtaille^il fera un ou
deux points ou davantage , félon la longueur de la
rupture , il coupera le fil avec ces cizeaux D. a cha-
que point qu'il nouera fur une petite compreffe
longitudinale E. qui fuffira pour tous les points;
Pânfement ji faut avant que cje coudre la plaie , la laver ôc
je
aie vous les rapporterai pas ici ; je vous dirai feule-
ment que les principaux font des fuites d'accou-
chemens laborieux. Nous n'entendons parler ici '
que des accidéns qui dépendent de quelques ma-
ladies , car il pourroit fè faire qu'un coup d'épée ,
ou de quelqu autre inftrumént féparât ces liens,
X
ces in*
3o£ Dis Ope'ratïons de Chirurgie »
Syptômes Dans ces maux les femmes reflentent une ex*
qni les ac- trême douleur à la région des reins Ôc des lom-
compagnent. ^ ^ ^^ ^ plaignent d'une grande pefanteur au
bas du ventre , Couvent accompagnée d'une diffi-
culté d'uriner , ôc elles ont befoin d'être prompte-
ment fecourues , fi elles veulent guérir -, car plus
ces infirmitez vieillilfent , plus il eft difficile d'en
obtenir la cure , qui ne confifte qu'en deux points 9
le premier de remettre la matrice dans la place
naturelle , ôc le fécond , de l'y contenir ôc de l'y
affermir.
Ctrnïttiem Les fimples defeentes de matrice ne demandent
on levé la pas une grande opération , il en faut avant toutes
caufe de cer & f r ». ,, f .
aaal, choies examiner la caule. Si 1 utérus elt leuiement
gonflé par la fuppreflion des ordinaires , ce qui le
rend pefant 5 il en faut procurer l'évacuation y ôc
fi c'eft par la foiblefle de fes ligamens qu'il defeend
trop bas , il faut les fortifier par des médicamens
aftringens Ôc corroboratifs , bouillis dans le gros
vin j où on trempe des comprefïes qu'on appliquera
fur les reins ôc fur le ventre , après l'avoir fait re-
monter à fa place j ce qui s'accomplit quelquefois
en faifant Amplement coucher la femme , ou en
appuyant de la pomme de la main fur fbn bas-ven-
tre , en pouffant la matrice en haut , ou bien en
introduifant dans le vagin une bougie a. faite en
Moyens de canule *, on la remet ainfi dans l'inftant en fon lieu
ïî«ricc. a naturel. Quelques-uns prétendent que la verge du
mari conviendrait mieux qu'une bougie ; mais ils
fe trompent , car la fympatie qu'il y a entre cts
parties , faic qu'elles ne fe quittent pas volontiers ,
la verge 3 à la vérité , poulie le fond de l'utérus où
il doit être \ mais auffitôt qu'elle fe retire il la fuit >
ôc il retombe même un peu plus bas qu'il ne fai-
foit avant cette action.
Dans les chûtes de matrices où le fond n'eft
point renverfé , le plus difficile n'eft pas de la re-
mettre en fa place 9 mais c'eft de l'y retenir étant
Trois ie'me Démonstration. 307
remife. Le remède le plus.fûr pour empêcher que peflaires
la matrice ne retombe , eft de Te fervir d'un pef- p?"* la r«e-
faire , qu'il faut introduire dans le col de la ma- iierUt
trice > afin qu'en foûtenant le fond de ce vifcere ,
il le tienne dans fa fituation ordinaire. La ma-
tière dont on fait les peffaires , eft communément
de liège pour être plus légers , on les trempe dans
de la cire fondue pour en remplir les vuides , afin
que les inégalitez ne bleflent point *, on en peut
faire d'argent , 8c ils en feroient plus propres. (rf)
On leur donne deux différentes figures , les uns
font ovalaires , tel qu'eft celui que vous voyez Maniei«d»a-
marqué G. qui eft fait comme un œuf: fa groftèur fnfirumens!
8c fa longueur font proportionnées au col de la
matrice , dans lequel il doit entrer 8c demeurer
après y avoir été introduit : il y a un cordon H.
qui a deux ufages , l'un pour le tirer lorfquon le
juge à propos , 8c l'autre pour l'attacher à un au-
tre ruban qui eft autour du corps , pour l'empêcher
de tomber à terre en cas qu'il vint à fortir en mar-
chant , à quoi ils font iujets , particulièrement
dans le tems des menftrues. Il y a des peflaires for-
mez autrement , les uns font circulaires , tel que
celui qui vous eft çeprefenté par I. & les autres un
peu ovalaires , comme celui qui eft marqué par
K. ayant la figure d'un petit bourlet : ils font dans
leur milieu percez d'un trou aflez grand , qui don-
ne paflage aux ordinaires , 8C qui recevant l'orifi-
ce interne dans leur cavité , l'appuyent &: le retien»
(a) Les humeurs du vagin altèrent l'argent , Se
forment aux peffaires faits de cette matière des trous ,
dans lefquels les chairs excoriées par les inégalités
qu'ils forment , s'engagent & rendent une matière
purulente. Ainfi les peffaires de liège enduits de cire,
valent mieux que les peffaires d'argent. Les person-
nes riches peuvent fe fervir de peffaires d'or, car on
a remarqué que les humeurs du vagin n'altèrent point
ce métal.
. va
&& Des OPE^RAncrNS de Chirurgie l
rient % ils font un peu larges , afin qu'entrant avec
Utîîité de un Pea ^e ^orce ^s en tiennent mieux. A l'un des
e« Peffaircs, deux il y-a un cordon qui fert à le tirer quand on
"veut , a l'autre il n'y en a point i parce qu'il y en a
qui le trouvent inutile , prétendant que le doigt
fuffit pour le faire fortir. Ces peiïaires étant une
fois placez ne fe doivent pas retirer pour les nécef-
fitez naturelles, parce qu'étant trouez , les excré-
tions de la matrice peuvent -fortir librement j Ôc
s'ils font bien faits , ils n'incommoderont point
8c n'empêcheront pas la femme qui les portera de
voir (on mari , &c même de devenir grofte , com-
;me il eft arrivé à plusieurs , parce que l'orifice irï-—
terne peut recevoit la femence éjaculée. Au
moyen de ces peftaires percez , on peut faire avec
cette feringue à femme M. dont le tuyau N. eft
courbe , pour faciliter a la malade le moyen de fe
feringuer elle-même , des injections qui fortifient
Bc qui nettoyent la matrice ,* de manière que pour
toutes ces raifons , ces derniers font préférables
à i'ovalaire.
Caa^e ordU Dans les chutes -de matrice où le fond eft ab-
chutes de folument renvêrfé comme on feroit une bourfe en
jnacrice, Ja retournant > il faut promptement-le repouffer en
dedans : & comme cet accident arrive très-fouvent
par la faute des Sages- femmes , qui en tirant trop
fort le cordon pour avoir l'arriére- faix , amènent
en dehors le fond de la matrice qui y eft encore
îl eft dan- adhérent , auftitôt qu'elles s'apper coi vent, que le
différer à re- f°nd a fi"** l'arriére faix , il faut qu'elles l'en fé-
mectre le parent , & remettent ce fond en le repouftant dans
matrice.6 * & pta< ce qui fe fait pour lors facilement , parce
que l'orifice interne a été extrêmement dilaté pour
laiffer fortir l'enfant. Mais fi la Sage-femme dif»
fere , cet orifice fe relTerre peu à peu , 5c on a en
ce cas beaucoup de peine a faire rentrer le fond
dans fon lieu , 8c fouvent une femme meurt ayant
T r o i s i e'm e D e'm on s t r a t i o n. 309
que d'être fecourue , comme je l'ai vu arriver-.
Néanmoins R le Chirurgien étoit appelle alTeztôt
pour remédier à un ren.verfement total de la ma-
trice,qu'il connoîtra en voyant entre les cunTes une Manière de
efpece de fcrotum fanguinolent , il commencera f?irel'°Péa?
par la faire uriner , 8c lui faire donner un lave-
ment , s'il y a long-tems qu'elle n'a été a la felle :
il la fera coucher à la renverfe les feiîes plus éle-
vées que la tête , puis après avoir fomenté avec
du vin ôc de l'eau tiède tout ce qui eft forti , il le
repouiTera doucement dans le lieu qui lui eft def-
tiné ; fi" ce fond fait trop de peine à rentrer , on y
fera une emhroçation d'huile d'amendes douces ,
ce qui en aidera la réduction y en rendant les fi-
bres de cet organe plus molafies & plus extenfibles.
Mais fi malgré tous les efforts, du Chirurgien , la
matrice ne peut être remife , foit a caufe qu'elle
fera trop tuméfiée , foit à caufe qu'on aura trop
attendu , elle eft en grand danger de fe gangrener
en peu de. tems : il y a des Auteurs qui confeillent
pour lors de l'extirper , de qui nous afîurent d'a*r
voir vu des femmes qui en ont guéri. Pour moi , . t^awirya».
je croirai l'extirpation de la matrice mortelle , juf- ^ncl cû
qu'à ce que j'en fois défabufé par quelques expé- tr0P h«v«t
riences. (a) dCMfv
(a) Le vagin peut encore fe relâcher & tomber au,
4ehors fans la matrice. Cette maladie, qu'on appelle
relaxation ou renverfement du vagin, fe connoit faci-
lement, & ne doit pas Être confondue avec la relaxa-
tion ou la chute de la matrice, Il paroît au dehors des
parties naturelles un bourlet molet plilTé & ridé, com-
me celui, que forme à l'anus l'inteitin rectum lorfqu'il
cil: tombé. Il y a une ouverture au milieu de ce bour-
let. Si l'on y introduit le doigt, on lent plus avant
l'orifice de la matrice > ce qui prouve qu'il ne faut pas
prendre cette ouverture extérieure pour cet orifice.
Pour remédier à cette- indifpofïtion, on fa'ç coucher
lit femme fur le dos , de manière que les lombes foienew
plus bas que les felTes. Si cette fituation ne fait pas ren#
&ei. le vagin 3 on embraffe la tumeur avec les doigts i
YiiJ
3io Des Opérations de Chirurgie ,
& on la fait rentrer , comme on feroit à l'égard de Pin-
teltin re&um tombé. On applique enfuîte fur les parties
naturelles une compreiTe trempée dans du vin aitringent
fait avec des noix de Cyprès , de l'alun , &c. Si ce re-
mède & cette fituation gardée quelque tems ne font
point d'effet , on fe fert d'un pefiaire convenable.
Lorfqu'on néglige cette maladie, il arrive quelque-
fois que la tumeur s'endurcit- En ce cas on ne peut la
faire rentrer qu'après l'avoir ramoiiie ou par les bains >
ou par l'application de fomentations érnollientes* Quand
la relaxation du vagin ou de celle de matrice n'eit point
ancienne , les femmes en guériiîent quelquefois par la
groiïefîe.
Ces deux maladies font communes aux filles & aux
femmes ; le renverlement de matrice n'arrive qu'à ces
dernières. On voit allez fouvent la matrice fe renverfer
& tomber au dehors des parties naturelles à la fuite
d'un accouchement, comme le dit notre Auteur. M.
Verdier en a donné un exemple dans fes cours , mais ce
qui eif. fîngulier, c'eft qu'on a vu ce renyerfement de
matrice arriver à la fuite de la fortie d'une mafTe de
chair renfermée dans ce vilcere. La figure, que la ma-
trice avoit alors , étoit différente de cefie qu'elle a or*
dinairement à la fuite des accouchemens ordinaires.
Néanmoins M. Morand ne s'y trompa pas, & décida que
la matrice étoit renverfée, & qu'il n'y avoit point d'in-
W convenient à en faire la ligature; car cette partie com-
mencoit à fe gangrener. Il femble que ce renverfement
ne peut fe faire que dans ces deux cas. La dilatation de
fon orifice interne laifle alors un pafTage libre à fon
fond , & les ligamens fe prêtent & s'allongent , de ma-
nière qu'ils ne peuvent plus refiiter à l'effort qui tend
à le tirer au dehors.
La matrice tombe ordinairement feule, lorfque fes
ligamens font relâchez, On l'a vue néanmoins plus d'u-
ne fois entraîner la veflîe dans fa chute. Le déplace-
ment de cette dernière partie occafîonnée par la chute
de la marice fait une complication de maladie. On le
peut regarder comme une hernie de veille , dont on
voit plufîeurs exemples dans les Obier vateurs. M. To-
let, fameux Lithotomifte en rapporte un remarquable
par fes circonstances.
* Traité de ,» je fus appelle , dit M. Tolet,, pour aller voir Ma-
3a Lichoco.. j,dame Lalleman âgée de 70 ans, Marchande Jouaillie-
miep, 276. „ re: fon indifpofîtion étoit une chute invétérée de tout
.7% s? le corps de l'utérus , qui formoit extérieurement une
A ■ J? tumeur groiïe, à peu près comme un petit melons'
T r o î s t e*m eDe'monstration. 3 1 1
3, outre cela elle avoit une difficulté & fréquence au-
„ rine accompagnée de grandes douleurs 5 ayant ma-
>, nié ce.te tumeur, qui etoiten partie.de confiftance
„ d'un paranchime, j'entendis un craquement qui me
„ fit juger qu'il y avoit plufieurs médiocres pierres , &
„ que la veffié avoit iuivi l'utérus dans fa chute , parce
„ qu'il me fut impotfible d'introduire la fonde dans Tu-
„ retre plus avant qu'une ou deux lignes. „ M. Tolet
ayant trouvé ce fait fingulier , appella plufieurs person-
nes éclairées , qui conclurent à l'opération , &enpre-
fence defquelles il la fit. „ Là malade, continue M.
s> Tolet, étant couchée fur le dos & au bord de Ton
>., lit , tenue par les bras Se par les jambes , je tins fer-
„ me la tumeur avec la main gauche , & dans le même-
5, tems, je fis à la partie fuperieuie, déclinant à la la-
„ terale gauche de la tumeur , une incifion longue à la
,,.fuperficie & profonde de deux travers de doigts, daus
„ laquelle j'introduifis l'indice de la main gauche, mais
33 n'ayant pas avec le doigt fenti les pierres à rud \ je
3> conduifis le biftouri le long du deigt du côté de l'ongle
53, en profond ant juiqu'au lieu où étoient les pierres. En-
„ fuite le long du même doigt que je n'en avois pas de-
>, placé * je conduifis une très petite tenette droite».
s> avec laquelle je tirai fix pierres, qui pefoient enfem-
,>ble deux onces & quatre dragmes. ... . . Je reduifis
„ avec les deux doigts joints , le corps de l'utérus dans
„fon lieu naturel, me'fervantenfuite feulement de pe=
,3 tits rouleaux de linge, figurez à peu près en peffai-
,> res trempez dans le vin , & du bandaee T. pour con-
3>. tenir l'appareil, & par confequent les parties dans
„ leur fituâtion nr tutelle. Cette réduction faite , je n'eus
M pas de peine d'introduire la fonde par l'urètre en la
3, manière ordinaine. Drms les premiers panfemens je
3, m'apperceus de quelque écoulement d'urine par le va^
,3 gin , & qui ne venoie point del'iarare; &: fix jours
>, après 1 opération la malade urina entièrement par
53 l'urètre , enforte que grâce à Dieu, elle a été gue-
„ rie parfaitement par ^opération en moins de huis
;, jours.
Il y a encore plu&urs indirpoiîtions qui arri-
vent tant aux orifices de la matrice qu'à fon col>
qui font des fuites des accouchemens laborieux ;
mais comme elles ne demandent pas l'opération de
la main t je ne les rapporte point a j'ai crû les de*
Viiij
âi2 Des Opérations de Chirurgie )
Mfeyen de vou: laiflTer à la prudence du Chirurgien, qui avant
connoîcre les toutes chofes doit les connoître par lui-même , ÔC
autres maux ■> r • r
delà matrice. ne s cn point rapporter aux femmes , qui iouvenr
?vec le dila- ne font pas des récits fidèles. Si le mai eft au col
de la matrice , il faut qu'il fe ferve de ce petit di-
Iatatoire O. qui étant introduit dans le vagin , en
écartera les lèvres , & donnera moyen de décou-
vrir le mal en quelque endroit qu'il Toit de ce
foureau : mais s'il y aVoit quelqu'ulcere a l'orifice
Commodu interne qu'on voulût voir , on fe ferviroit de cet
Yz du &""'■ autre dilatatoire à deux branches marqué P. ou bien
la m matricis. , .r ; , 11 /• »
ou miroir de de ce troiheme quon appelle jpeculum matricis >
a maçrice. miroir de \â matrice Q_. Il y a trois branches , lef-
quelles jointes enfèmble , font poulfées doucement
dans le col de la matrice , puis en tournant la viffe
marquée R. elles s'éloignent l'une de l'autre , Ôç
par l'efpace qu'elles lailTent entr'elles , permettent
qu'on voye diftin&ement l'orifice interne \ ce qui
allure de la nature des maux qu'il peut avoir ,• Se
qui facilite les moyens d'y porter les remèdes nér
çeflTaires,
Aujourd'hui néanmoins de très- habiles Accou-
cheurs ne fe fervent pour cela que de trois doigts
dune main , qu'ils engagent l'un après l'autre dans
îe vagin , où les écartant peu a peu quand ils font
introduits tous enfèmble , ils dilatent ce conduit
triangulairementenpiramide, ainfi que le fpec ulum
le montre , autant qu'il faut pour appercevoir tout
ce qui embraffe l'utérus , dont on fent ainfi au
toucher , comme aux yeux , les indifpofitions d'une
manière qui incommode moins le malade, & qu^
înflruit davantage.
fitidç h Troijiem Dmonfir athn.
4*3
OPERATIONS
CHIRURGIE»
gU AT RIE* ME DEMONSTRATION.
.Les Opérations qui fe font aux acnés ^
au jcrotum i& à l'anus.
ET PREMIEREMENT
DES HERNIES.
E t t e Démon&ration , Meflïeurs , Pourquoi le
ne fera pas moins remplie que les au- ffr0£um &
r . . ri anus ont
très , quoique je la renferme dans les fouvcnt be-
Opérations qui regardent le fcrotum £?? ât. la
o i> ' r n rr & i • Chirurgie*
& 1 anus. En effet % ces deux parties
étant des égouts les plus communs de tout le corps
font fujettes a une infinité de maladies, qui deman-
dent toutes les lumières de l'Opérateur , & toute
l adreflfe de fa main pour en obtenir laguérifon. Les nernies
Ceft une erreur de croire que les hernies ou ne font Pa$
4tfcen|es foient des maladies nouvelles j car fi on ^^yc&u*
314 Ees Opérations de Chirurgie,
entend dire communément qu elles croient autre-
fois inconnues, ôc que ce n'eft que depuis quelques
gkl; années qu on voit tant de gens en être affligez , ce
y* n'eft pas qu'elles ne fufïent connues du Chirurgien,.
mais c eft qu'on prenoit alors foin de les cacher ,
Ôc que la plûparc de ceux qui avoient des defeen-
tes , n'en informoient perfonne. Mais depuis.-
qu'on a inventé des bandages fort commodes pour
repouffer les parties dans, leur lieu naturel , ôc di-
vers médicamens pour refferrer Ôc fortifier les fi-
bres relâchées , ôc fur - tout depuis que M. le
Prieur de Cabrieres eft venu du Languedoc à la
Cour apporter au Roi plu fleurs remèdes qu'il difoic.
infaillibles pour la guérifon de quantité de mala-
dies y entre lefquels il y en avoit un particulier pour
les hernies :. ceux, qui avant ce tems4à cachoient
ces maux ,. n'ont plus fait Icrupule de les mon-
trer dans i'efperance detre guéris par ce remède.
Remèdes du Le Prieur de Cabrieres étoit un homme fort
Frieur deCa- charitable y qui diftribuoit beaucoup deremedes>
dans fa Province y il n etoit point intéreffé ni char-
latan , quoiqu'il fut fort royftérieux, ôc qu'il fît
feçret de tout. La grande réputation qu'il s'étoit
acquife dans fa Province , fit fouhaiter de le voir
à la Cour, il y arriva environ l'année 1680. il
eut quelques conférences avec le Roi > à qui il dé-
clara fon fecret pour guérir les defeentes, priant
inftamment Sa Majefté de ne le rendre public
qu'après fa mort.
Soins chari- ^a Majefté h" tmt paro*e > quoiqu'elle fut fa-
tables duRoi. chée de voirie Public fruftré de ce fecours : mais
fans manquer à ce qu'Elle avoit promis au Prieur
elle trouva moyen de foulager ceux qui avoient des
defeentes i elle voulut par une bonté finguliere x
fe donner la peine de compofer elle-même ce re-
mède , & d'en faire diftribuer charitablement à
tous ceux qui lui en faifoient demander. Pour ceç
effet le Roi commandoit qu'on lui apportât dans
Quatrie'me Démonstration. 315
fon cabinet quatre ou cinq fortes de drogues qu'il
fpecifioit à Tes Apoticaires ; ôc comme ce remède
ne confiftoit que dans le mélange d'un efprit de
fel avec du vin , ainfi que vous allez voir par la
defcnption que je vous en donnerai 5 Sa Majefté
ne fe fervant que de l'efprit du fel , faifoit jetter
fecretement les autres drogues , ôc cela dans la vue
de tenir religieufement la promerTe qu'elle avoit
faite à ce Prieur.
Ce fut pour lors qu'on découvrit combien de
gens étoient affligez de defcentes , par le grand DiftriBution
G . 1 ° • -j jl ° 1 gratuite du
nombre de ceux qui venoicnt demander ce remède. Remède pour
On s'adreOToit au premier Valet de Chambre du^sdefeentes,
Roi en quartier , on lui donnoit un petit billet de
l'âge de celui ou de celle qui avoit befoin du re-
mède ; quelques jours après on retournait querk
un petit paniet d'ozier , dans lequel II y avoit trois
bouteilles de chopine chacune pleine de vin mélan-
gé , dont on prenoit pendant vingt-un jour de la
manière que je vous rapporterai : il y avoit aufli
dans ce panier des emplâtres convenables ôc par-
ticulières à cette maladie.
De ceux qui ont pris ce remède , les uns ont af-
furé en avoir été guéris ou foulagez , les autres Divers fue-
ont dit qu'il ne leur avoit rien fait , ce qui montre"^* cc rc"
que ce remède eft dans les différentes perfonnes
qui en ufent dune vettu inégale , comme tous les
autres , ôc qu'il n'y en a point d'infaillibles. Je con-
feilierai néanmoins de s'en fervir 9 car quoique le
bandage aidé de l'emplâtre aftringentjuffife fou-
vent pour la cure de cette infirmité , il eft vrai
toutefois que l'efprit de fel mêlé dans le vin , ne
peut faire que du bien , étant pris intérieurement ,
en communiquant aux parties remifes dans leur
place , une aftnction qui eft eflentielie pour gué-
rir ces maladies.
La diftribution de ce remède s'eft fait pendant
quatre ou cinq années 2 c'eft-à-dire > tout autant de
ji6 Bë£ Opérations de Chirurgie,
tems que le Prieur de Cabrieres a furvêcu a la dé~*
claration qu'il en avoic faite à Sa Majefté... Immé->
diatement après fa mort , le Roi fit publier la ma-.
niere de s'en fervir , avec la cornpoiition de l'em-
plâtre qui doit contribuer à i'efticacité du breu-
vage , afin que tousi.es fujets puffent eux- mêmes
' préparer le remède contre une maladie qui n'eft
que trop familière ; ôc voici une copie de l'impri-,
mé du Roi.
Remède du Vtieur de Cahier es pour les âefcentes »
donné au public pat la bonté du Roi* Les originaux,
en font demeurez, entre les mains de Sa Majefté.
La dofe du remède eft différente félon les âges ,.
mais la préparation en eft toujours femblable , mê-
me pour les enfans à la mamelle , bien que le ban-
dage feul ait coutume de les guérir. Voici, la ma-
nière de le préparer ôc d'en ufer.
Depuis deux ans juj "qu'a Jîx.
Prenez de Pefprit de fel bien rectifié trois ou qua-.
tre goûtes ,-mêjez^ les dans une cuillerée ou deux
de vin , que vous ferez avaler tous les matins à jeuu
pendant vingt-un jours de fuite..
Dtpuisjêx ans jufqu à dix.
Tkréparation Prenez quatre fcrapules de cet efprit de fel,
de ce même a, , h ^ r 1 ri - • i
Rcmcde fe_ melez-les fort exactement dans une chopine de
^on les divers bon vin rouge, ôc en ordonnez tous les matins
environ la quantité de deux onces , en telle forte,
que cette dofe dure pour fept jours , après lefquels
vous^renouvellerez le remède , jufqu a ce que le
malade en ait pris vingt-un jours de fuite.
Depuis dix ans jufqti* quatorze..
Prenez deux gros du même efprit de fel , avec
Une chopine de vin rouge , & les mêlez.
Depuis quatorze ans jufqu à dix -fept.
Mêlez deux gros Se demi du même efprit dansù
rçne chopine de vin rougç*
XI û at rieVe Démonstration, ffi
t>epuis dix-fept ans , & durant tout le refie de la vie,
Verfez cinq gros d'efprit de Tel fur une chopine
de vin rouge.
Recepte de l'Emplâtre*
Prenez du marlic en larmes - - - demi-once*
Ladanum - = -----.- crois dragmes.
Trois noix de Cyprès bien féchée.
Hypocyftis, une dragme.
Terre figillée , - - une dragme. Defcr.
Poix noire , - _---_,- trois Onces, de l'cmptë-
Térébenthine de Venifè , - - — une once. tre*
Cire jaune , - - - — - une once.
Racine de grande cônfoude féchée , demi-once*
i'ulverifez ce qui le doit erre , ôc faites cuire le
rout en remuant toujours jufqu'à ce qu'il foit réduit
en bonne coniiftance d'emplâtre , pous vous en
fer vir comme il senfuiu
Manière de traiter les defeentes.
IL faut avoir un bon bandage qui tienne bieri
ferme , & mettre fur la rupture après avoir ra-
fé le iieu,ïine emplâtre ou deux s'il eft nécerîaire :
on obfervera de prendre le remède à jeun j Se de
battre la bouteille avant que de verfer le vin dans Qualités d«
le verre pour l'avaler incontinent j & il ne faut'banda2ei
ni boire ni manger , que quatre heures après avoir
pris le remède.
On en prendra vingt-un jours durant , & s'il
fait mal à l'eftomach , on peut parler un jour ou
deux fans en ufêr*
Pendant qu'on prend lé rêmede on eft obligé de
porter le brayer jour & nuit , de ne jamais s'afleoir 9 obfet ôc $e faire aucun excès de bou-
che ni d'aatres.
$i8 Des Opérations de Chirurgie
Il faut porter le brayer jour ôc nuit durant trois
mois , après les vingt- un jours de remède.
On ne peut monter à cheval qu'après les trois
mois^ ôc quand on y montera , il Faut encore por-
ter le brayer autant qu'on croira en avoir befoin
pour lai (Ter affermir les parties.
C'Eft la règle ordinaire de faire la defcription
de la maladie avant que d'en donner le remè-
de , mais l'hiftoire du Prieur de Cabriere nous a
engagez à changer cet ordre > ôc il n'importe que
le remède des hernies foit au commencement ou
à la fin de cette Démonftration y puifqu'il fera éga-
lement utile au Public.
De îa nature Les hernies , qu'on appelle aufli hergnes ou def-
dcs hernies, centes , font des tumeurs aux aines , ôc au fcrotum,
formées par i'inteflin ôc par l'épiploon , qui fe glif-
fent dans ces parties.
Cette définition convient aux hernies faites de
parties , non pas à celles qui font faites d'humeurs :
Différence car il y en a de plulieurs efpeces dont nous allons
des hernie^ ^ablir les aifférences.
De toutes les tumeurs qui viennent au fcrotuirT
les unes fons hernies , les autres apoftémes. Les
premières font de trois fortes , fçavoir i'enterocéie,
î'épiplocéle , l'enterocpiplocéle , ôc les autres fe
rapportent à cinq principales , qui font l'hydrocé-
le , la pneumatoccie f la farcocéle , la cyrfocéle ,
ôc l'hu morale j de manière que de ces tumeurs ,
les unes font véritablement hernies , &c apoftè -
mes par reilémblance , telles font les trois premiè-
res ; ôc les autres font de véritables apodèmes ,
ôc des hernies en apparence , telles font les cinq
dernières.
Toutes ces maladies ont chacune des fîgnes qui
les font connoître , ôc qui les différencient les unes
des autres -, le Chirurgien les doit fçavoir pour ne
fe point tromper , ôc pour faire à chacune les opé-
Qjcjàtrïe^me Démonstration. 319
rations qui lui conviennent : quand je les aurai
examinées les unes après les autres , je vous ferai
voir les opérations qu'elles demandent pour parve-
nir a la guêïifon*
Je commence par l'enterocéle 5 ce mot eft dérivé
<£Enteros , qui lignifie inteftin , & de Kele , qui Etimologïe
veut dire defcente } ainu* cette maladie eft une des-
cente de l'inteftin , que nous appelions ordinaire-
-ment hernie.
il y en a de deux fortes , l'une Completre , quand
l'inteftin tombe jufques dans le fcrotum , c'eft Pour ^nurocS"
lors une véritable enterocéle *, & l'autre incom-
plète , quand il s'arrête dans Fayne , tk qu'il y fait
une tumeur femblable a un bubon $ de alors on l'ap-
pelle bubonocéle.
C'eft toujours quelque grand effort qui caufe
cette maladie , ainfi que nous le remarquons aux Cau^BSi <*«
c 1 1 ' rr • \ • r i «es maladies.
entans qu on lailie trop crier , a ceux qui lont dans
un travail violent , 5c à des hommes qui portent de
trop pefans fardeaux , parce que les inteftins ex-
trêmement prenez , cherchent à s'échapper par les
productions du péritoine* (a)
Les hernies arrivent ou par la rupture , ou p2r la
iimple dilatation du péritoine } quand le péritoine
eft rompu , l'inteftin tombe tout d'un coup dans
les bourfes , 8c y fait une groflfe tumeur , mais
àuffi rcntre-t-il dans fa place avec la même fa-
fa ) Ajoutez à ces caufes celles qui font communes
â toutes les efpeces d'hernies ; feavoir , la refpiration
violente & fréquente , les toux continuelles , les fauts ,
les danfes , les vomiflemens , les voyages trop frequens
à cheval, Iagroffenfe, l'exercice des inftrumens à vent,
Se les rétentions d'urine. Il faut y joindre encore l'ufa-
ge des alimens gras & huileux , qui relâchent le me-
fentere, î'épiploon,le péritoine & les endroits qui don-
nent paffage aux parties ; ce qui fait que certains
peuples & certains Religieux qui font obligez de vivre
de pareils alimens , font plus fujets aux hernies que
Vautres.
Jiô Des Opérations de Chirurgie^
cilité qu'il y eft tombé ; mais lorfque cette mem-
brane ne fait c]iie prêter ôc s'étendre infenfible-
ment 5 l'inteftin tombe peu à peu , fe gliiîant dou-
cement dans la production du péritoine , qui eft
1 envelope commune du bas ventre , Ôc même fou-
vent il s'arrête dans l'ayne , ôc ne tombe pas dans:
le ferorum.
beiadef- -L'épiplocéle eft une tumeur faite dune partie
pîpioVdans ^,e 1 epipiçôn, qui a été pouffé dans une des produc-
la prodtiaion tions du péritoine > ce mot eft compofé à'Epiplooti,
péniomci ^ ^ggjjg eecre co*e*ffe graiffeufe qui flotte fur les
boyaux, ôc de Kele, defeente.
L'hernie faite de l'épiploon , n eft ni fi grotte ,
ni fi douloureufe , ni fi preffante que celle qui eft
faite par l'inteftin. J'en ai pourtant vu une à un
garçon de Verfailles , ejui étoit de la grofîeur du
poing * nous en fîmes l'opération fur la champ
M. Félix ôc moi , parce que certe patrie deman-
doit une prompte réduction 3 y ayant les mêmes
accidens que ceux qui font caufez par l'étrangle-
ment de l'inteftin. Nous trouvâmes la plus gran-
de partie de l'épiploon renfermée dans cette tu-
meur où elle étoit altérée dans le féjour qu'elle y
âvoit fait , Ôc nous fûmes obligez de la lier , Ôc
d'en faire l'extirpation 3 comme cette opération le
demandé;
Kcriiïes L'enteroépiplocéle eft une hernie faite de Pin*
compofées teftin ôc de l'épiploon , qui de compagnie for-
préccdVflees.tent ^e ^cur place pour tomber dans le ferotum 5
Pétimologie que je vous ai donnée de l'entérocéle
ôc de l'épiplocéle vous fait àifément comprendre
d'où dérive le nom de cette hernie compofée.
Cette hernie fait une tumeur plus groife que
les autres , parce qu'elle eft produite par plus de
partie , ôc elle eft même plus fréquente , en ce que
quand l'inteftin trouve à fe gliffer , l'épiploon qui
le recouvre ôc qui fe prolonge àifément , l'accom-
pagne prefque toujours.
Ces
Q U. AT R î e'M 1 D E'k ONSTRATION.337
cinq opérations que je viens de vous faire voir J
mais eft-ce conferver le teftieule que de lui ôter
fes fondions ■? . .
La féconde eft d oter le teftieule ', 8c voici com-
ment ils s'y prennent. On fait dans l'aîne une in-
çifion qui découvre les vahTaux , 8c paflTant le
doigt par deflous > on fait fortir par la plaie le tefti-
eule envelopé de fes membranes , on lie les vaif-
faux le plus proche de fes anneaux que faire fè
peut , on les coupe enfuite un demi doigt au dek
fous de la ligature ,* on lairfe le bout du fil aftèz
long pour le retirer quand la nature le fépare en
traitant la plaie à l'ordinaire. Cette manière em-
pêche certainement que la hernie ne fe reproduis
(£■ \ mais il eft peu de gens qui aux dépens dé
leurs tefticules demandent la guérifon de cette in-
firmité.
Les Opérateurs ambulans font adroits à fépârér ^reffe ét
tes organes , fans que les Spectateurs s'en apper- queues o«
Çoivent j> ils font la ligature des vaiffaux, avant cacherUie'tef-
que de tirer le teftieule hors du ferotuna , 8c avec sîcuie qu^iis
leur petit doigt pafte par deifous ces vanfaux qu ilsom fôparé*
coupent , ils le font fortir 8c le cachent dans leur
main , »pout le mettre dans leur gibecière fans
être vue : on a connu un de ces Opérateurs qui ne
nourriffoit fon chien que de tefticules ; le chien
fe tenoit fous le lit ou fous la table , proche fon
Maître , en attendant ce morceau friant , dont il chien nourri
le regaloit auflitôt après qu'il en avoit fait l'extir-de tefticules,
pation , a l'infcû des afîîftans qui auraient juré que
îe patient avoit toujours fes parties.
Les tefticules font des parties fî néceflaires à
l'homme , qu'on ne doit les ôter que dans une
nécefîité très - prenante t c'eft pourquoi on con-
damne ces fortes d'opérations comme contraires
aux Loix divines 8c humaines : elles feraient ce-
pendant excufables fur un Religieux qui préfé- '
ït roit la guérifon d'une bernie à fes tefticules qui
X
33^ I^s O-'pè'r attqks de Chirurgi ë ,
lui doivent être inutiles } &: il en tireroit pou£
lors deux avantages ; le premier • c'eft que ces
organes ne le tourmenteraient plus , ôc le fécond »
c'eft qu'il feroit guéri d'une fâcheufe maladie, (a)
(a) Il y a plufïeurs autres efpeces de hernies dont
? Auteur ne parie point ici. 11 arrive quelquefois qu'u-
ne portion de la veïïie fe déplaçant pâlie par Fanneau, de
tombe dans l'aine, ou même jufques dans le ferotum.
Quoique la veffie ne foit point renfermée dans le pé-
ritoine ; néanmoins comme elle y eft attachée par fon
fond, la portion de la veiTie qui fe déplace ne peut
pas defeendre jufques dans le ferotum, fans entraîner
avec elle une partie du péritoine , qui paffant par l'an-
neau, forme uneefpece de cul de lac, où fil eft facile
que l'épiploon 3c l'intcltin s'engagent enfemble où le-
parement,
Hiftolrede M Mery regardoit .cette efpece de hernie comme
PAcad. des un vice de conformation. Il allègue pour raifons que la
Sciences, an- ve{ïje eft fortement attachée de toute part , qu'elle eft
«ée 1 7 1 3. ^>un^ figUre r0nde , que fa plénitude & fon afailTement
l'empêchent également de paffer par les anneaux , &
qu'enfin I'efpece de hernie dont on parle feroit moins
rare qu'elle n'eft fi elle avoit des caufes occalronnel-
Hiftoke de les. M, Petit n'eft point de ce fentiment, & croit qu'u-
l'Acad. des ne freqUente fupreiîion d'urine ÔV la groftefle peuvent
SC7CiS7.an""re(ies caufes ac?dentelIes de cette hernie.
La difficulté d'uriner & une tumeur qu'on voit dans
Faîne ou dans le ferotum , dans laquelle on lent de la
fluctuation comme dans l'hydrocelle , & qui difparoît
lorsqu'on la comprime , font les lignes aufquels on re-
connoït cette maladie. Cette tumeur eft formée par
une certaine quantité d'urine renfermée dan j la por-
tion déplacée. La veflfie eft alors partagée en deux par*
ties qui ont communication entre-elles» Cette commu-
nication n'eft quelquefois pas fort libre à caufe d'un
étranglement occafionné par l'anneau. Dans ce cas on
ne peut faire difparoître la tumeur qu'en la prelTant&r
l'élevant , ce qui force l'urine à retomber dans la por-
tion delà vefïie qui eft en place. Mais fîlacommunica-
cation eft libre, cette tumeur difparoît d'elle-même ,
toutes les fois que le malade urine ; car la portion
déplacée eft plus haute que celle qui fe trouve en pla-
ce", & par conséquent l'urine qui fe trouve dans cel-
le-là , doit retomber d elle-même dans celle-ci, ex-
ÇKt à t r i è*m e D e'm.ô n s t à À t ro n. 3 5 9
cepté dans le cas d'étranglement , où il faut prefîer là
tumeur.
Lorfqu'il y a étrnnglement , le vomifTement ne fur-
Vient que rarement & fort tard. M. petit remarque qui!
«il fuivi du hoquet , au lieu que dans les autres hernies ,
il en eft précédé.
Si la hernie de veflie eil un vice de conformation , la
portion de la veille paiîée par l'anneau eil adhérente &
ne peut être réduite» il lùffit donc de faire porter ait
malade un iufpenfoîr, & de lui: recommander de levet
& de prelTer légèrement la tumeur chaque fois qu'il
urinera. Mais fi cette hernie vient de quelque caufe ac-
cidentelle , la portion de la veflie fortie par l'anneau
pourra quelquefois être remife en places après quoi
l'on appliquera un bandage tel que pour le bubono-
cele, & l'on pourra efperer une cure radicale.
Les femmes font fujettes à une efpece de hernie dé
Veflie qui leur eft particulière, & dont on a parlé plus
liaut. Mefïîeuis Tolet & Ruyfch nous fourniiîent chacun
un exemple de cette efpecë de defeente : on a rapporté
■en entier celui de M. Tolet. Péyer fait aufli mention
«l'une hernie femblable , avec cette différence néan-
moins qu'il ne trouva point de pierre dans la portion
déplacée de la veflie. Cette hernie étant une luite de
ia relaxation & de la chute du vagin eu de la matri-?
ce , la guérifon dépend aufli de la réduction de l'une
ou de l'autre partie qui a entraîné la portion de la
veflie.
Le ligament de Fallope forme une arcade fous la-
quelle dans l'état naturel paffe feulement les tendons
des mufcles pfoas & iliaque interne , & tes vaiflaux
crureaux. Le péritoine ferme fa partie intérieure, la
graifle & quelques glandes cohglobées recouvertes de
£>luiieurs fibres qui fe détachent du fafeialata en fer»
ment l'extérieur* Les parties frétantes du bas ventre s'é-
chapent quelquefois par delTous cette arcade, & c'eft
ordinairement du côté de l'angle qu'elle fait avec l'os
pubis , parce que les parties trouvent moins de récitan-
te de ce côté , 3c que Phcmme étant debout , cet en-
droit de l'arcade eft le plus bas* Elles tombent dans le
pli de la cuifle où elles forment une tumeur qu'on ap-
pelle hernie crurale, à caufe qu'elle fe trouve le long
de la route des vaiflaux cruraux. On a même vu les
parties déplacées fe prolonger jufqu au milieu de la
cuilTe. Les fignes de cette hernie font les mêmes que
ceux de la hernie inguinale, excepté que la tumeur ne
fe trouve pas dans l'aine comme à la hernie inguinal j
34° ^s Oe'rations de Cîïiritrgii ;
mais dans le pli de la cuiiïe Yers la partie fuperieuf a
& le long des vailTaux cruraux. Quand on veut ré-
duire les parties par le taxis , il faut diriger vers l'om-
bilic le mouvement de la main , & faire lever le ge-
nou du côté où elt la hernie ; foliation dans laquelle
on doit aufïi faire mettre le malade lorfqu'il y aura
étranglement.
Enfin il y a encore une dernière efpece de hernie
formée de parties forties du bas ventre par le trou ova-
le., & qui fe manifelle au-deflbus du pubis, proche
des attaches des mufcles triceps fuperieurs 6c pe&i-
neus.
Fig. XXII. DU BUBGNOCËLE,
Qu- a t r i e'm e De'm onstration. 54X
E Bubonocele eft une tumeur dans l'aine qui Du Bubono*
à la figure d'un bubon , ôc qui. eft placée dans £i«olo&ie?n"
l'endroit ou il vient. Son nom eft dérivé de Vouvon.
qui fignirle aine , ôc de Ke le qui veut dire hergne-
au deïcente , deforte que cette tumeur eft un bu-
bon par reffemblance , & réellement une defcente*.
Le Chirurgien ne doit pas fe tromper fur le ju-
gement qu'il a à faire de ces fortes de tumeurs , car»
s'il alloit prendre un bubonocele pour un bubon de
que croyant y trouver de la matière il l'ouvrit , il
tueroit ie malade : c'eft pourquoi il faut qu'il exa- Différence
mine ce mal en obfervant que le bubon vient peu ôc de la camomille , de:
prf^ce mil cnacun deux poignées , ôc un demi litron de grai-
nes de lin concaflees, on les fera bouillir dans trois:
pintes d'eau à gros bouillons , ôc à grand feu , juf-
qu'à ce que les plantes foient pourries de cuire , &
l'eau toute conlumée , pour parler enfuite le réfidix
par un tamis de crin^ ôc quand on en aura une
quantité fuffifante , on y ajoutera un morceau de
heure frais , ou d'axonge de porc i des huiles de-
lis ôc de camomille , pour faire cuire le tout en.,
confiftence de cataplafme.
Comment Ce cataplafme fait d'herbes émollientes doit
te u% de ce ^tre tl'ès~gras POLir mieux amolir , ôc rélâcher ; il le
faut mettre fort épais , Ôc le biffer douze heures,
fur la partie j en le levant pour en fubftituer un
nouveau : on tentera encore la réduction qu'on
obtient fouvent après l'ufage de ces cataplafme fans
être obligé d'en venir a l'opération (a).
Danger du Si deux ou trois jours fe paifent fans qu'on ait pu.
Z\ltlTJ!4 ^ire rentrer cette hernie, fi la douleur ôc le vo=,
tes moyens . i « i i • •
ne réufifTenc nullement augmentent au lieu de diminuer , le
¥% Chirurgien doit avertir le malade du péril qui le
menace , ôc lui propofer l'opération comme le feut
moyen de lui fauver la vie : il faut aulîi que tirant
à part les parens ; il leur faife voir le danger où le
patient fe trouve , afin qu'ils lui confeillent de ré-
gler les affaires de fa confeience Ôc de fa famille.
De l'opéra- Quand un Chirurgien a parlé avec fermeté an
tion qui lui malade t ôc qu'il l'a refolu de prendre un des deux
çeiïlhe* n " partis , qui font ou de fe réfoudre a mourir, ou de
fonrTrir l'opération , il n'y en a point qui ne.choi-
fîfïe celui de l'opération , on ne veut point mourir*
(a) Il ne faut point oublier dans le cas d'étrangle-
ment les fecours que l'on tire de la fituation conve-
nable où Ton met le malade , & encore moins celuif
qu'on tire de faignées cppieufe & rçiterées fuivanç fe$
fërçess
Qtf atri e'm e D e'm onstration. 545
3c quoiqu'on (bit afluré de fouffrir de grandes dou-
leurs , on les préfère toujours à la mort ; j'en ai vu
même qui prefloient tellement , qu'ils ne vouloient
pas donner le tems de préparer l'appareil , ôc j'en
ai trouvé d'autres qui la îoufrroient avec une pa-
tience angelique , ce qui fait voir qu'il n'y a rien
qu'on n'endure pour éloigner cette dernière heure.
Ayant fixé le tems ôc préparé l'appareil , tel que Difpofitio»
vous le voyez gravé fur la planche XXII. on ap- du ™la<*e &,
proche le malade fur le bord du lit , obfervant que teeur, P ""
le côté où eft ia tumeur foit le plus far le bord du
lit , ôc par conféquent le plus proche de l'Opéra-
teur , ôc on lui met un carreau fous les feues j le
Chirurgien étant agenouillé auprèsdu lit , ôc ayant Conduite de
placé un ferviteur à fa droite ,.. ôc un autre à fa gau- 1,0Pération*
che pour le fervir , il commence à opérer en pre-
nant la peau de deiïus la tumeur qu'il pince , Se
qu'il fait tenir par un ferviteur pour la couper avec
un biftouri droit A. il fait une infîcion de deux
pouces de long ,. puis écartant les lèvres de la,
plaie il déchire avec un déchaufïbir B.les membra-
nes qui enveloppent la tumeur -, il eft aidé par deux
garçons , qui au moyen de ces deux étignes mouf-
les C C. éloignent encore les lèvres de la pkie >,
il évite ici de fe fervir d'inftrumens tranchans , de
crainte d offenfer l'inteftin , qui eft toujours très-
proche de œs membranes : elles font néanmoins
quelquefois il dures , qu'on eft obligé de les cou-
per avec ce fcalpel E. C'eft pour lors que la patien-
ce eft requife , ôc qu'on doit aller doucement dans
i'apprehenfion de tout gâter, fi on fe preiToit d'ex-
pédier, car il n'y va pas moins que de la vie pour le
malade fî on perce le boyau , ôc de la réputation
du Chirurgien qui auroit fait cette faute.
Après avoir déchiré ou diflequé ces membranes*
on découvre la poche qui renferme l'inteftin ; on
l'ouvre doucement ôc avec grande circonfpeabion
en fe fervant du déchauftbir ou du fcatael : il ne
Y ni*
344 Des Opérations de Chirurgie,
Sortie de ht faudra point s étonner £ après lavoir un peu ouvert
férofité. le , on en voit fortir de la férofité > cette poche en
contient prefque toujours 5 'fy en ay remarqué une
fi grande quantité 3 que cette eau quelquefois re-
ôbrervatîonjalliiToit jufqu'au ciel du lit. Quand la liqueur eft
à faire en ou- fortie, on introduit une fonde creufe F,, dans Tou-
che?' Z p0" verture qui lui adonnépaffage, ôc avec des cifeaux
D. dont une branche eft dirigée par la canelure
de la fonde , on ouvre la poche félon toute fa Ion*
gueur 9 ôc on voit pour lors i'inteftin à découvert ::
on tire au dehors une fois plus d'inteftin qu'il n'en,
eft entré-dans la poche > afin que les matières dont
il eft plein , étant contenues dans un plus grandi
efpace facilitent la réduction de ce vifeere. On
prend eofuitela même (onde creufe F. qu'on intro-
duit dans les anneaux des mufcles par où le boyau,
eft forti , ôc ta levant en en-haut , deforte que le
boyau n'y foit point embarrafïe > on coule la poin-
te du biftouri combe G. dans la canelure de cette
fonde , ôc le levant en même tems qu'on le retire 5
on coupe le bord du dernier anneau qui eft celui
qui fait l'étranglement ; (4) en Tincifant on entend
(a) On ne fçauroit prendre trop de précaution pour
s'éloigner des parties dont la le&ionjeroit dangereufe,
ou pourroit retarder Toper ation. âinfi quoique Tarte-
re epigaffrique pafïe derrière le cordon fpermatique ,
& que les parties, qui forment la hernie le ^trouvent;
deffus ce cordon , il faut néanmoins pour éviter ce
vahTau, porter du côté des os des ifles, la fonde fur
laquelle on gliffe le biftouri demi courbe.
Quand la liernie eft nouvelle , & que les accidens.
d'étranglemens n'ont poi^été viplens , la méthode de.
M. Petit , dont on a déjà parlé au ftu\et de la hernie
ventrale , eft de débrider l 'anneau après avoir decou«.
vert le fac herniaire, & de réduire les parties avec le-
fac qu'on n'$uvre point. L'avantage de cette méthode,
eft qu'on ne fait point d'incifion au péritoine. On met
fur Touverture de Tanneau une petite pelotte telle qu'el-
le a été décrite: on garnit le relie delaplaiede bour-
donnets & de plumaceaux molets , & Ton applique te
fç&ç de t'appa$e|| à i'o*cUn.aiie. Néanmoins larfque U
Qu a t r i i'me D e'm onstratïok. $4f
un bruit comme fi on coupok du parchemin. La Brut-C qu»dft
plaie étant débarradée de la fonde de du biilouri >**'* c" cou~
on y porte le doigt pour fentir fi le pafTage eft li- **" ^nncau.",
bre , & s'il eft bien débridé } alors faifant rentrer
l'inteftm peu a peu , on continue jufques a ce qu'il
foie tout remis dans la capacité du ventre , ayant
obier vé de cepoufler le premier ce qui en étoit
fbrti le dernier > puis on die au malade de fe re-
muer un peu à droite & à gauche , afin que par ce
mouvement les intérims reprennent chacun leur
place ordinaire.
hernie eft ancienne, qu'elle a été accompagnée d'ac-
çidens violens & qui ont duré long-tems , qu'il y a lieu
de craindre l'altération des parties ou un abcès dans
le fac , que ces parues contenues dans h tumeur font
en grande quantité , & que Ton craint un étranglement
de la part du fac herniaire , M. Petit avertit que cette
méthode feroit dangereufe.
Pour débrider l'anneau avec plus de fureté, on a in-
venté plufieurs inftrumens differens , par exemple , la,
fonde dont on a parlé dans une des remarques précé-
dentes, & le biftouri herniaire M. qui eft compofé d'u-
ne fonde courbe & d'une lame qui y eft cachée. On por-
te l'extrémité de ce dernier inftrument au-delà de l'é-
tranglement, prenant garde d'engager l'inteftin entre
lui & la partie qu'on doit couper : on met le pouce fur
une petite plaque qui fait fouir le biftouri , & en éle-*
vantun peu l'iuftrument & le tirant à foi, on débride
l'anneau. Feu M. Thibaut vouloir, que le tranchant de
la lame fût du côté convexe. M. le Dran en a imagi-
né un autre L. à peu près femblable , & dont la dif-
férence conflits en ce qu'il eft droit, & qu'en preffant.
la petite plaque, le corps de la lame fort delà fonde
pendant que fa pointe y demeure toujours cachée. _
Si l'on ne peut pas faire rentrer les parties après avoif
débridé l'anneau, c'eft une marque qu'il y a un étran-
glement au-delà. En ce cas on introduit jufqu'à l'uran-
flement le doigt index, fur lequel on giifleà plat un.
iftouri à bouton, où l'on introduit une fonde cane-
lée, fur laquelle on fait gïhTer un biftoujipour cou*
per la bride qui forme l'obrtacle , ce qu'il faut faire
^vec beaucoup de ciiconfpe£tion , de pear d'endom-
spager l'inteftin*
'$$ Des Opérations be Chirurgie >
S'il n'y avoit que l'inteftin dans la tumeur , To^
tenir^qîand pération feroit finie quand il feroic rentré; mais fi.
i'épiploon I'épiploon étoit forti avec lui , il ne doit pas être
complgnédê remis avant 9UC d'avoir été lié , car peu de tem&.
l'inceftin, après que I'épiploon a été touché de l'air il s'altère,.
& il faut faire l'extirpation de ce qui en a été cor-
rompu :. c'eft. pourquoi on prendra un fil où il y ait
une aiguille enfilée à l'un des bouts , Ôc avec ce.
fil on liera la partie de i'épiploon qui étoit dans la
tumeur y de après l'avoir liée & noiiée ,. on paiïera
Comtî^rton l'aiguille à travers I'épiploon noiié , afin que le fil
$>ioon* ne coule pas , puis on coupera avec des citeaux 1 e»
pipioon au deffous du nœud , & on repouiTera ce
qui çft noiié , c'eft-à-dire , la portion laine au de-
dans de l'abdomen le plus diligemment qu'il fe
pourra.
Il faut obferver deux chofes dans la ligature de
I'épiploon *, la première , qu'en la faifant on doit
tirer affes; de ce vifeere. au dehors pour la faire fur
une partie de I'épiploon 5 qui n'a pas encore été
altérée par l'air: de la féconde, c'eft que h ligature
étant faite , il faut biffer- un bout de fil de la lon-
gueur d'un pied qui forte de la plaie , pour pouvoir
retirer le nœud fait a I'épiploon quand la nature
l'aura feparé. (a)
(a) Outre les remarques que l'Auteur fait ici a&
fujet de I'épiploon , on en ajoutera quelques-unes qui
rie parohfent pas moins effentielles.
Avant «jiie de faire la ligature de I'épiploon, il faut
examiner s'il n'envelope point quelque portion d'in-
teitin i car il feroit dangereux de la comprendre dans
la ligature. Si la portion d'épiploon renfermée dans le
fac herniaire n'eft pas confiderable ni totalement mor-
tifiée, il faut la réduire dans le ventre, parce que la
chaleur naturelle la rétablira. Mais fi l'on trouve une
grande partie d'épiploon dans le fac herniaire, ( ce
qui arrive fouvent , lorfqu'on néglige la réduction des
hernies , ) il faut la lier & la couper , quand même elle
feroit faine. Car le long fejour qu'elle a fait hors da
ventre, ou la grofleur à laquelle elle cit parvenue I*
Qu atiue'me De'monstr a tion. 347
Tqptes les opérations du bubonocele ne font circonflan»
pas h aifées a faite que ceile que je viens de vous Jj^tqcuels ^£
enfeigner. Il y a fouvent des çirçonftaiiceflr qui la rations diffi»
rendent très-difficile , l'adhérence en eft une des011"'
plus embarraffantes 6c des plus pénibles , comme
je l'ai vu quelquefois , Ôc entc'autres à un pou- Hiftoite'fuc
teur de bled" à Paris, qui avoir une vieille defcente ce **SF"
négligée , l'inteftin faifant fa réfidence dans le
fcrotum , où par un long féjour , 6c par des vif-
cofîtez ordinaires dans ces parties , il s'étoit atta->
ché aux membranes voifines , ôc par un nouvel
effort une autre partie des boyaux s'étoit gliflée
jend, pour ainfi dire, étrangère â l'égard de fon îieit
naturel , pu l'on ne pourroit pas la faire rentrer , fans
expoier le malade à des accidens très- dangereux, Quand
la quantité de i'épiploon contenue dans le fac herniai^
ie, oblige de faire la ligature près de l'eftomâc ou de
Tare du colon , il faut alors faire plufieurs ligatures à
côté l'une de l'autre, au lieu d'une feule qui pourroit
incommoder les deux parties dont on vient de parler»
Enfin quoique la crainte de l'hémoragie ait porté pref-
que tous les Auteurs à preferire de taire la ligature à
I'épiploon avant de le couper : Voici néanmoins un
cas où Ton s'çft écarté de cette règle générale, fans
qu'il en foit arrivé d'accident.
Un homme s'étant donné deux coups de rafoir , l'un Vo ^
à la gorge & l'autre au ventre , s'emporta deux per- d>une Séance
tions confiderables de I'épiploon. M. Verdier, qui fut publique de
appelle trouva que la plaie du bas ventre donnoit iflue l'A.cad- . de
à une Partie de l'inteftin jéjunum Se de l'arc du colon , chl*ur&,c »
r i i ' i - r au Mercure
iur lequel on voyoït encore des portions fort courtes d'Aouft
de i'épiploon. Comme cette partie avoit été déchirée 1734,
très-près de fon attache , on n'auroit pu en faire la li-
gature fans expofer le bleffé à des accidens très-dange-
jeux. D'ailleurs les vaiiTaux quoique déchirés très-près
de leur origine ne rendoient plus de fang, foit parce
qu'ils étoient reliez toute la nuit à l'air , foit parce que
les plaies faites par déchirement en rendent quelque-
fois fort peu. M. Verdier fe contenta de dilater la plaie
des tégumens , & de réduire les parties. Il fit enfuite
ta gaitroraphie à rordinatte? & Je malade guérit pa$*
faitemenç,
$é$ Des Opérations de Chirurgie ;
dans les anneaux des mufcles , 6c il s'y étoit^ut un
. étranglement qui obligea de faire l'opération. Ce
dernier boyau réduit , je trouvai le premier très-
adhérent -, il fallut le dirîèquer avec un fcalpel pou?
le dégager , ee que je fis avec beaucoup de pa-
tience dans la crainte d'ouvrir l'inteftin , je cou-
pois plutôt de la membrane du fcrotum que de
celle de ce conduit , 8c enfin je -réufît , le malade
guérit , ôc il n'eût plus de defcente le refte de fa
vie , quoiqu'il continuât de porter du bled -(a);
Je fis cette opération à la femme d'un tailleur
logée dans la rue du Bel-air a Verfailîes , en pré*
fence de M. Moreau premier Médecin de MadV
la Dauphine , l'inteftin étant réduit, je le priai M
. ^i*'*^ mettre le doigt dans la plaie pour lui faire connoî-
avec le doigt , ô , . V , r
ibuté dans latre que le tout etoit rentre dans la place* Ayant
finteft?nUeeft Panfé k malade > nous fôrtî.mçs enfemble, de nous
(a) Lorfque cette adhérence vient de l'inflammation
dès parties , c'ert-à-dire, qu'elle eft caufée par une cer-
taine humeur vifqueufe qui tranfpire des parties en-
flammées i il eft aifé d'y remédier en parlant le doigt
entre les parties qui ne font, pour ainfi dire, que co->
lées enfemble- Mais fi cette union des parties eft inti-
me, il faut les biffer au dehors , Se fe contenter , com-
me les Praticiens de nos jours, de les mettre à l'aife
en levant l'obftacle qui forme l'étranglement Car fi l'os
youloit, en fuivanç le fentirnent de notre Auteur , faire
la diffe&ion des parties pour les féparer ; l'opération
deviendroit beaucoup plus dangereufe , parce qu'on fe-
loit beaucoup plus de tems à fa faire , èc qu'il femblç
impoiîible de féparer l'inteftin d'avec le fac ians ouvrir
l'inteftin. Lorfque la quantité des parti es. for ties empê-
che d'en faire la réduction, ce qui arrive à ces ancien-
nes hernies , qui font devenues fortgrolTes parce qu'on
les a négligées, il faut fuivre la méthode qu'on vient de
propofer dans le cas d'adhérence intime. Il eft pour-
tant bon de rapporter à ce fujet une obfervation eC--
fentielle qui a quelque rapport avec celle dont l' Auteur
fait mention ici. M* Morand à qui on la doit, fit l'opéra-
tion à une perfonne dont la defeente étoit fort confî-.
derable. Mais quoique l'anneau fut bien débridé , les ac-
CÎdens de l'étranglement nç cefTerçnt pas. Il, en chejrch^
Q.U A T R I l'jM D E*M ONSTRATÏON. 349
en retournant il me dit que cette femme en mour-
rait. Je lui demandai fur quoi il en portoit un tel
Jugement t II me dit que le boyau étoit crevé *
parce que Ton doigt fentoit la matière fécale. Je
l'aflurai que cet inteftin étoit dans Ton entier , ôc
que mes doigts fentoient encore plus mauvais que
le lien , parce qu'ils avoient refté davantage dans
la plaie ; ôc derait* la malade guérit, ôc Te porte
bien encore aujourd'hui , quoiqu'il y ait plus de
quinze ans qu'elle a fouffert l'opération. Cette d»où vî«*
mauvaife odeur provenoit de ce que le plus liqui-la mauvaife
de des matières fécales enfermées ôc prefTées dansfen^da^ ^
l'inteftin avoit palTé par fes porrofités comme parPlaie»
un tamis très-fin , ôc avoit fait cette impreflion de
puanteur , dont nous nous étions apperçus , ce qui
n'a pas empêché que la malade n'en foit rechapée»
Il y a un malheur à craindre dans cette opéra- Pourquoi 2
tion 3 e'eft que fouvent pour avoir attendu trop de d^ferer"5
tard , on trouve le boyau gangrené ôc pourri quij'opération,
fe déchire comme du papier mouillé : cela arriva
d'ordinaire aux gens de qualité qui différent long-
tems à prendre leur parti , à cauîe du grand nom-
bre de perfônnes qui leur font attachées , ôc qui
leur propofent pîuiîeurs remèdes qu'ils veulent
faire , avant que de fe foumettre à l'opération qui
par ce retardement eft devenue inutile 5 ce que le
Chirurgien doit connoître par la rougeur ou pat *. *
. .. . ,P, , r o r Signesaaî»
la lividité quon peut remarquer a la tumeur , par quels on re,
connoît qu'«
laraifon, & il trouva qu*une petite portion d'inteftin^ elt ina,r
qui avoit depuis peu pane par l'anneau, étoit étranglée
par les parties anciennement tombées. Il la réduiiît fans
remettre les autres parties tombées , & les accidens cef-
ferent aufficôt.
Quoique les parties n£ foient pas réduites, les acci-
dens ceflent , & le canal inteftin al fait fes fonctions avec
fadlité, pourvu qu'il n'y ait plus d'étranglement. Ces
parties qu'on laifie hors du ventre, rentrent elles mê-
mes peu à peu après l'opération , où il fe fait une cica-
trice qui k$ recouvre.
J5<3 Des Opérations de Chirurgie*
la diminution des forces du malade > par YaiU
gmentation des fymptômês 9 8c par l'ancienneté dé
la maladie. Dans un état fi déplorable le Chirurgien
ne doit point entreprendree l'opération , puisqu'il
n'y a pius d'efperance de guérir ( a ).
(a) Plufieurs expériences ont appris que la gangre>
ne de l'inteftin n'èft pas une maladie abfolument incu-
rable, comme le penfe notre Auteur. Car il eft arri-
vé qu'après la réduction des parties, une portion d'u-
ne ou de plufieurs , ou même de toutes les tuniques
de l'inteitin font tombées en pourriture , & qu'en a fait
l'opération à des hernies dont les parties étranglées
étoient vifiblément gangrenées , fans que 3e malade en
foit mort*
Un malade à qui M. Arnaud avoit fait l'opéra-
tion de la hernie à caufe d'un étranglement, rendie
quelques jours après par l'anus avec fes excrémens une
portion d'inteftin, qui formoit encore un canal, &
qui parohToit être une exfoiiation que la nature avoit
faite de quelques-unes des tuniques internes de cette
partie. M- Morand m'a montré cette pièce. Le malade qui
guérit a toujours confervé le cours ordinaire dçs excré^
mens par l'anus.
A l'ouverture des cadavres de perfonnes à qui on avoit
fait l'opération de la hernie , j'ai trouvé l'inteitin adhé-
rent aux parties voiûnes, à caufe de l'exfoliation dé
quelques-unes des tuniques externes qui s'étoit faite
après l'opération* ■ .
J'ai vu auflfi plus d'une fois les excrémens fortir de la
plaie quelques jours après l'opération * ce qui fuppofe
qu'il s'étoit fait une ouverture à l'inteitin par l'exfolia-
tion de toutes fes tuniques.
Tous ces effets viennent de la violence de l'inflamma-
tion qui ne s'étant pas refolue après la réduction des
parties , s'eft terminée par la pourriture d'une partie de
quelques-unes ou même de toutes les tuniques de Tin-
teftin.
Dans le dernier cas , l'ouverture de l'inteftin eft plu*
ou moins grande, félon que l'impreftion gangreneufe*
a plus ou moins d'étendue. On pourroit craindre alors
1 epanchement des matières itercor aies dans le ventre-
Mais la pente que les parties qui ont été étranglées ont
vers le lieu d'où on les a dégagées , fait que l'ouverture
4e l'inteftin fe trouve preïque toujours vis-à-vis l'an-
Qù atrie'me De'mon st ration. $$f
fléau , & par conféquent à peu près paralelle à l'ou-
verture externe. D'ailleurs Pinteitin contracte très-fou-
vent dans le tems de fon inflammation , des adhéren-
ces qui ne lui permettent pas de s'éloigner beaucoup
de l'anneau , ce qui procure une illue aux matières
itercorales.
Cette (eparation de la partie pourrie de l'inteftin
fe fait communément le deux ou le troiiléme jour au-
près l'opération , & quelquefois même beaucoup plus
tard.
Voyons prefentement comment le Chirurgien fe doit
comporter lorfquei'inteftin eri gangrené. Si dans le tems
de l'opération, iefac herniaire étant ouvert, il trouve
une petite portion d'inteiHn , qui ayant été pincée par
l'anneau foit pourrie & percée , deforte que les matières
itercorales fortent librement par la plaie; il doit juger
que linteitin n'étant plus bleiTé par Panneau , la dilata-
tion de l'anneau devient inutile , de pourroit même être
4angereufe.
SiTon voit que Pinteitin étranglé foit fort altéré, quoi*
qu'il ne foit pas ouvert; il peut l'ouvrir dans le lieu de
fon altération, comme l'ont fait quelques Praticiens. * * Obfervat.
On empêche par ce moyen le progrès de la pourriture , 6o* dc M* l*
qui feroit peut-être fuivie d'accidens fâcheux. D'ail- Dran*
leurs cette ouverture fe feroit d'elle-même quelque
tems après. Dans ce dernier cas , comme dans le pre-
mier, il doit laiiTer les parties au dehors ; il ne doit
pK)int non plus débrider l'aniaeau, pourvu que les ma-
dères fécales fortent par la plaie. Quand Pinteitin eil
ouvert par la pourriture , il panfera la plaie molle-
ment & platement avec de (impies plumaceaux : il les
trempera dans quelque liqueur médiocrement fpiri*
tueuie , qu'il appliquera fur Pinteftin s'il eli hors du
ventre; il panfera le refte de la plaie avec àes pluma-
ceaux fecs en premier appareil, &dans la fuite avec
un digeftif fimple ; il couvrira le tout de comprelîes qu'il
foutiendra avec un bandage Amplement contentif, ou
avec le fpica ; il fera fur le ventre des embrocations é*
molientes , &des fomentations de plantes de même ver*
tu, & les renouvellera de deux en deux heures ; enfin
il faignera après l'opération , & réitérera la faignée fe*
Ion les forces du malade , les accidens qui iurvien-
dront , & l'état du ventre.
; Lorfque les fimptômes de l'inflammation feront en-
tièrement paiTez , il ne fera plus d'embrocations, ni de
fomentations , mais le malade obfervera un régime
très-exaft jufqu'lfa parfaite guérifon.
%$i Dis Opérations de Chirurgie $
On doit panfer fouvent ces fortes de plaies où Yirtë
ceftin eft ouvert , afin de les nettoyer des matières itex-
corales que l'inteftin fournit continuellement , & d'em«?
pêcher les érefïpeles & les excoriations que l'âcreté
cies matières occafionne quelquefois aux environs de
îa plaie. Si malgré cette précaution ces accidensfur-
viennent, il faut y remeoieren trempant les compref-
fes dans de l'eau de fureau , & une dixième partie d'eau-
de-vie mêlées enfemble, ou bien en appliquant furîa
partie un linge couvert de cerat de Galiên.
Après l'opération, prefque toutes les matières fter»
corales fortent par la plaie extérieure, il y en a très-
"peu , & même quelquefois point du tout qui prennent
leur cours par l'anus. Mais iorfque la pourriture eft en-
tièrement détachée, & que l'inflammation eft paiTée,
l'inteftin ouvert fe recole entièrement aux environs dg
l'anneau , ou à quelques parties voiîmes , & fi on l'a
laifte hors du ventre, il fe retire quelquefois infenfi-
blement en dedans. !Son ouverture fe referme alors peu
à peu , les excrémens paflent en plus petite quantité
par la plaie & reprennent leur cours , enfin l'ouver-
ture fe bouche entièrement 5 & les matières ne fortens
plus que par Van us.
On croyoit autrefois qu'il étoit très- difficile ou mê-
me impoiTiblè que les matières reprifîent leur cours
ordinaire; niais plufîeurs expériences ont defabufé les
Praticiens de cette opinion. Néanmoins Iorfque la per-
te que l'inteftin a fait de fa fubftance eft fort confide-
rable, c'eft-à-dire , qu'elle eft de la grandeur de plu-
fîeurs travers de doigts , ils tâchent de former dans l'ai-
ne, comme ont fait quelques anciens Praticiens , un
anus artificiel , en confervant vis-à-vis l'anneau la por-
tion d'inteftin qui repond à l'eftomach, s'il eft ppfïibïe
de le recohnoître , & en abandonnant celle qui con-
duit à l'anus. Le fuccès que cette méthode a eu en
quelques occafîons , Ta fait regarder comme une mer-
veille de l'art. Mais M. de la Peyrcnie Ecùyer , Con-
feilîer , Premier Chirurgien du Roy , en a fait une bien
plus grande, en procurant fans le fecours de cet anus
artificiel la guérifon de malades qui av oient une très-
grande portion d'inteftin gangrenné.
C'eft, fans doute, faire plaifir au Lecteur que d'inférer
ici l'extrait d'un Mémoire que cet illuftre Chirurgien a
envoie à l'Académie de ChirurgieiOn trouve cet extraie
dans leMerc. deFrancé, du mois de Juil. 1732. p. 1593;
a, La cure dont ce Mémoire contient le détail , prou-
ve qu'un courage éclairé peut fouvens trouver dans
Fart
Q.U A T R I e'm fi D E*M O N S T R A T I O N. 3 11
Ces trois fortes d'hernies arrivent également ail Pourquol
coté droit &c au côté gauche-, & quelquefois à tous l'épipioçèie
les deux enfcmbîe -, il y en a qui prétendent que l'é- S-Jjfi *£
piplocéle vient plus fouvent au côté gauche qu'au té. gauche;
droit , parce que , difent-ils , l'épiploon étant atta-
ché au fond de i'eftomach y delcendplus bas de ce
côté-là que de l'autre , de par conféquent qu'il
peut plus facilement entrer dans la production du
péritoine. ( a )
(a) Ileft bon de faire ici quelques réflexions au fii-
jet des parties qui forment la hernie inguinale , Se des
endroits qui donnent palîage à ces parties*
Les parties qui s?échapent du bas ventre pour Former
Cette efpece de hernie appellée inguinale , palTent fous
les dernières fibres charnues des mufcles tranfverfes &
obliques internes, & tombent dans -l'aine- ou dans le
ferotum par une des deux ouvertures ovales qui fe
trouvent aux parties inférieures & aponevrotiques des
muicLs obliques externes. Dans l'état naturel, ces ou-
vertures , qu'on appelle communément anneaux , ne
donnent pafîâge qu'aux cordons fpermatiques des hom-
tfies , 8c aux ligamens ronds des femmes. Elles font for-
mées par Lecartement des appendices apponevrotiqùes ,
qu'on nomme pilliers, & qu'on diitingue en fuperieu-
r'es,.& en inférieures , à caul'e de leur obliquité qui
fuit la direction des fibres aponevrotiques de chaque
mufcle oblique externe -, de manière que la partie iù^
perieurê dé l'ouverture èft éloignée de là ligne blan-
che , te que l'inférieure s'en approche. Quoique ht
ihiiàure de toutes ces parties foit à preferit bien con-
nue, on a cependant jug&à propos d'en faire ici un
petit détail, parce qu'il paroît que du tems que l'Au-
teur écrivoït, on croyoit encore qu'il y avoit trois ari-
îïeaux. Ce détail fait voir que quand on tente la ré-
duction des parties par le taxis , on doit toujours diri-
ger les mouvemens du côté de la crête des os des Mes»
Il faut remarquer que ces ouvertures font plus larges
à la partie fuperieure qu'à l'inférieure , & que les fem-
mes les ont plus étroites que les hommes de même
âge. De-là vient que ceux-ci font plus fujets à la her-
nie inguinale , & que celles-là font plus communément
incommodées de hernie crurale^ dont on parlera dâitâ
la fuite*
. X
3V2. Des O^'ratïons de Chirurgie;
Les caufes de toutes ces descentes font les mê^
mes -, fçavoir , rupture de dilatation -, mais elles ont
des lignes par lefquels on les diftingue ôc dans le
tems de leur fortie , & dans le tems de leur rentrée»
x>és Hgnes L'entrerocéle , ou fi vous voulez , la partie qui le
propres de . » . , r , >•>>.■ ^
elle rentre de même lorfqu'on la repouffe avec
adrelîe, & en rentrant elle fait entendre un gar-
gouillement qui marque que c'en: l'inteitinqui écoit
dehors : au contraire l'épiplocéle fe produit avec
Les parties qui en fortant du bas ventre forment la
delcente , font ordinairement enveloppées par une pois
xïon du péritoine, qui s'allonge peu à peu par leur im*
pulfion 3 & qui s'appelle fac herniaire. Lorfque la des-
cente vient à l'occaiîon de quelque plaie qui a péné-
tré jufques dans la capacité du ventre, ou de quelque
effort violent qui a rompu le péritoine, il n'y a point
de fac herniaire, parce que les parties qui forment là
defeente , ont paifé par l'ouverture qui a été faite au
péritoine. Dans le premier cas la defeeme s'appel-
Je hernie par dilatation j & (dans le fécond elle s'ap-
pelle hernie par rupture.
De tous les inteftins qui forment la hernie, l'iléon eft
celui qui tombe le plus fouvent *, le jéjunum , & le colon
où quelques-unes de fes cellules tombent quelquefois ;
mais rarement le cœcum ou fon appendix, & encore
plus rarement ie reclum. On n'a jamais remarqué que
le duodénum foit tombé. La hernie peut être formée
par un prolongement des tuniques de l'inteftin , qui
s'engage dans 1 anneau, fans que tout le diamètre du
canal y foit compris , ou f$ar un appendix en manie-
le de petit cœcum , formant un cul de fac contre na-
ture, & que Von a quelquefois trouvé fur Mi des in-
teftins dans la difïe£tion des cadavres. Enfin il n'y a
quelquefois qu'une fi petite portion du canal inteftinal
pincée par l'anneau ou aux environs de l'anneau, par
des fibres charnues, qu'elle ne fait point de tumeur à
l'extérieur. Mais alors les douleurs de coliques que l'on
pourroit prendre pour les accidens d'un volvulus fe
terminent à l'endroit où l'inteftin eft pincé. Si l'on tou-
che ce Heu, on caufe au malade une douleur qu'il ne
fent pas dans tous les autres points de la circonférence
du bas ventre,
Qu atri e'm e D e'm ons.trâtion. 32.3
lenteur 3 8c l'épiploon ne rentre qu'avec peine 8c
fans bruit* On connoît que c'eft un enteroépiplo-
céle , quand après l'inteftin réduit * ce qu'on a con-
nu par une efpece de gargouillement qu'il a fait ,
la tumeur n'eft que diminuée ? 8c ne difparoît pas
entièrement.
Sur ces maladies le Chirurgien tire fon prognoftic prognoftte
de deux choies , de l'âge du malade 8c delà naturel'00 endoie
de la defeente ,* ii c'eft un jeune homme , il en peut "
promettre la guérifon * mais û c'eft une perfonne
avancée en âge 5 il y aura peu d'efperance de faccès
dans le traitement de la maladie : aufti voit- on tous
les jous les enfans 8c les jeunes gens en guérir j au
lieu que quand un homme a parle trente ans > il
eft en danger de porter fa defeente lé refte de fa
vie. Quand l'hernie eft petite ou récente 3 8c
qu'elle ne provient que de la dilatation , elle eft
curable *, au lieu que îî elle eft vieille , ou grande »
on n'en guérit que très- rarement ; j'en ai vu dô
groffès comme la forme d'un chapeau, elles é-
toient incurables , 8c ce font de telles defeentes
ou ruptures , qui font dire au public que quand
tin homme eft rompu il ne guérit point. Ceux qui
font incommodez de ces maladies > qu'on appelle
plus communément hergnes , étant prefque tou-
jours de mauvaife humeur > ont fait donner le
nom de hergneux aux g*ns fâcheux 8c peu fo-
ciables.
Le fait du Chirurgien eft de foulager prompte- Sïtuatïpndu
ment ceux qui font affligez de ce mal * la première maJade«
chofe qu'on doit faire , c'eft de coucher le malade
fur le dos 5 la tête un peu plus baffe que les feffes ,
les ciiirTes 8c les genoux à demi pliez j puis avec Manière à'ô*
les cinq doigts d'une main d'embralfer la tumeur > Perer*
8c en la comprimant doucement de faire rentrer
les parties qui étoient forties de leur place : il
ne faut rien précipiter } 8c il eft plus à propos d'em-
ployer quelque tems à repouffer fes parties , qua
*$.£4 Dès Opérations de Chirurgie,
de les meurtrir en fe hâtant trop de les rétablir, (a J
Auili-tôt que l'inreftin ëc l'épiploon ont été remis
dans leur lieu , le malade ne ferït plus de douleur :
mais il ne fu frit pas à l'Opérateur d'avoir achevé
cette réduction 3 que le malade fait (buvette lui-
même , il doit empêcher qu'ils ne retombent , Se
faire enforte de leur fermer ce pafïàge pour tou-
jours , fi cela eft poffible.
(a) Lorfqu'on remet les parties dans ieur fîtUation
naturelle , il eft a. fouhaiter qu'on punTe faire rentrer
avec elles le lac qui les enveloppe > & cela fe peut
aiïez fouvent , fur tout lorfqùe la hernie eft nouvelle.
Si on iaiffe ce fac hors du bas- ventre, il entretient le
chemin par lequel les parties qu'on a fait rentrer peu-
vent aifement retomber dès qu'on ceiîe de fe fervir du
bandage > car le bandage ne fait tout au plus que ré-
trécir & durcir l'end oit du fac qui eft près lés an-
neaux^ & fi les parties retombent & qu'il fe forme un
étranglement par l'inflammation de l'anneau , ce fac
pourra en former un fécond.
M. le Dran rapporte dans fes obfervatiens pîuiîeufs
exemples de ces étranglemens formez par le fac herniai-
re. Ge qu'il dit d'une perfonne qui eft morte de cette
maladie mérite d'être remarqué. On étoit parvenu à
faire rentrer les parties & le fac par le taxis , néanmoins
les accidens ne cédèrent point , & cauferent la mort
de cette perfonne. On en fit l'ouverture , & l'on trou-
va une demie aulne d'inteftin renfermée dans le fac her-
niaire • dont on ne put la tirer qu'en dilatant l'ouver-
ture du fac
Voici un autre exemple fingûlier de ces efpeces d'é-
îranglemens. Un homme âgéd'environ 40 ans , attaqué
d'un bubonocele depuis plufieu-rs années , & qui ne por-
toit point de bandage pour contenir les parties réduites ,
ïefiTentit les douleurs que caufent l'étranglement de l'in-
teftin. Les remèdes ufitez en pareil cas me procurèrent
la facilité de faire peu à peu par le taxis la rédu-
ction des parties. Néanmoins les accidens ne ceiTerent
point. L'anneau étoit fort libre '■> mais en y portant
le doigt, nous Tentions moi Se M. Arnaud, avec le-
quel je voyois ce malade, malgré i'épailTeur des tégu-
-anens, xmè efpece de poche ronde qui venoit frapsr,
Q.u a t r i e'm b D i'm okstration. 3^.5
Le. moyen le plus fur pour y parvenir c'eft le Comment
bandage, & même fans lui on ne peut pas efpe- j^^ç11^
rer d'en guérir v c'eft pourquoi il en faut préparer la partie,
un qui (oit proportionné à l'âge 6c à la groffeur
de la perfonne a qui on dok l'appliquer. Remar-
quez qu'aux defcentes comme aux luxations ., il
faut commencer par remettre en leur place les
parties déplacées, ôc enfuite tailler [es bandes ?
car fi on commençoit par faire foa appareil , le
malade fouftriroit en attendant la réduction qui
deviendroit plus difficile , tant dans les defcen-.
tes que dans les luxations, qui ne demandent auV
eun délai.
On laide le malade couché dans la même fi~*
tuation qu'il étoit quand on a réduit les hernies^
S ikavoit du poil ,11 faudroit le rafer avec ce rafoir
A. avant que de mettre l'emplâtre , puis prendre ùh
morceau de cuir qu'on coupe en triangle B. poun
l'accommoder au pli de l'aine , 6c qu'on couvrira
l'extrémité de mon doigt îorfque je faifois touffer le ma?
ladejce qui nous fit juger que c'étoit le fac herniaire >
dans lequel les parties étoient encore renfermées. Pour,
nous en aiîurer davantage & les faire fortir, ie fis le-
ver & touiTer le malade. Les parties retomberertalors
en partie dans l'aïne, ce qui fait voir clairement que
l'anneau avoit permis la rentrée des parties , & que le '
fac dans lequel elles étoient, fbrmoit lui feul l'étran-
glement. Gomme les accidens fubiiitoient depuis quel-
que tems , & que d'ailleurs le retreciffement du fac fe-
roit reité , fuppofé que les parties fuiTent forties , 6c
auroit toujours expofé le malade aux dangers d'un nou-
vel étranglement , d'autant plus fâcheux qu'on n'auroit
pu faire fortir les parties par l'anneau": je fis fur le
champ l'opération à l'ordinaire. Je trouvai le fac her~
ïïiaire fort épais : il renfermoit une portion d'inteftin
groffe comme une noix , étranglée à l'entrée du fac , 80
que je reduiiîs dans le ventre j après quoi je débridai
cette entrée qui étoit li étroite que ie n'y pou vois mettre
Jebout du petit doigt, l'achevai l'opération , & je pen*
fel le malade > qui guérit enfuite parfaitement. .
X ni
y
32.6 Des Ope'rations de Chirurgie ,
de l'emplâtre contra, rupturam , décrite ci-après î
on fait une compreflfe G. de même figure , mais
un peu plus grande , parce qu'il faut qu'elle dé-
borde toujours l'emplâtre , &c on doit avoit une
Du panfe» bande D. d'environ quatre aulnes de long, Se
large de, deux doigts , faite de toile : ces trois cho-
(es préparées , on pofe l'emplâtre fur l'endroit;
des anneaux des mufcles de l'abdomen , par oi\
les parties rentrées a voient palTé pour fortir \ on
met enfuite la cornpreffe qui doit être fort épaiffe
pour mieux comprimer , Ôc on prend la bande
dont on met le chef fur la hanche oppofée a cel-
Conduite du le où étoit la hernie. Ayant palTé cette bande fur
3sndage. je ventL-e &; fur l'aine affligée , on la tourne au-
tour de la cuiffe du même côté , puis remontant
entre les bourfes Se la cuifTe , on la repaffe fur la
même aine où elle fait un© croix 3 Se fe portant
fur la hanche de ce même côté , elle va faire le
circulaire autour du corps , pour revenir pafTer
par defius la même bande où elle a commencé , Sç
faire le même chemin- décrit par la précédente
circonvolution : on continue ainfi le bandage juf-
qu'à la fin de la bande qu'on arrête fùrement à
l'endroit où elle finit. Il faut remarquer que ce
bandage doit être un peu ferré pour bien conte-
tenir x Se qu'il faut mettre une épingle à chaque
circonvolution qui paflTe par deiîus'ia comprefTe^
tant pour l'arTermifTement Se la fureté du banda-
ge , que pour empêcher la comprenne de tomber
quand le malade fe promènera , c'eft pourquoi on
aura plnfieurs épingles fur une pelote E. ce ban-
dage eft appelle inguinal , à'ingue n , qui fîgnifie
l'aine.
eommenc Quand la defc ente eft des deux cotez , après
©n traite la \z réduction faite de part Se d'autre , on y met
faTtTcs^eux deux emplâtres Se deux comprefTes de la même
çôçés, figure que la précédente. On prend enfuite une
bande F. roulée à deux chefs de fix aulnes de long *
Qlîatrïe'me Démonstration. 327
Se large comme la première : on en applique le mi-
lieu fur l'épine du dos vers fa fin , puis les deux
chefs allant l'un à droit Se l'autre à gauche pour
faire le circulaire , ils vont pafïer fur le penil , d'où
chacun coulant par deffus une des aines Se faifant
le tour de la cuiiîe de fon côté , il remonte par dcC-
fus la même aine où il fe croife -, puis retournant
tous deux faire un nouveau circulaire , ils revien-
nent reparler fur les aines , comme ils ont fait la
première fois, ce qu'ils continuent jufqu a ce qu'on
£;it à. la fin de la bande ;■ ce bandage eft appelle le
double inguinal.
Ces bandages ,3 quoique Amples , guériiTent fou- p J^Tn.
vent les enfahs.; mais quand ils font à la mamelle , fans à la
ou qu'ils ne font pas encore nets , il faut leur en mammç ll«»
changer tous les jours :, on montre la manière de le
faire à celle qui a foin de l'enfant^ pourvu qu'elle
ne le laifte pas crier, elle le guérira aufE-bien qu'un
Chirurgien.
Aux enfans plus âgez ,, Se qui commencent ^dfp^cna^on
courir , il faut un bandage plus ferme : on fe à champig-
fert pour lors de celui du champignon G. ainfi no" Pour ,Ies
f •-1-JLT entans plus
appelle , parce que la principale pièce du bandage avancez «*>',
a la figure d'un champignon H* qui eft fait de bois â&e'
de poirier ou de buis. On applique le dos de ce
champignon juftement au droit de la defeente où
il eft arrêté par un circulaire fait de toile ou de fu-
taine , auquel tiennent deux branches d'une étoffe
aufti ferme qui parlent entre les bourfes &c les
cuifïès pour l'empêcher de remonter 5 le tout étant
attaché avec de petites aiguillettes de figure Se
de grandeur proportionnée au fujet : fi la des-
cente étoit double , on mettroit un fécond cham-
pignon qui feroit arrêté de la même manière que
celui-ci.
Ceux qui font plus forts Se qui agifTent beau- De Vemçioy
*, r - i> t î * des Chirur-
coup y ont belom d un bandage qui contienne en- gicns hcra
core mieux j ce qui a fait inventer les bandages mair©^.
X iiij
32.8 Des Opérations de Chirurgie ,~
.d'acier , qu'on appelle brayers : vous en voyez un;
marqué I. Ils font faits d'un cercle d'acier forgé ,
battu §c appîati , qui environne les trois quarts
çlu corps , ôc dont 1 extrémité qui doit pofer fur la
defcente , eft allongée en en-bas en forme d'écuf-
fon , ôc c'eft de- la que fpn nom eft tiré \ ce cercle
d'acier eft garni de coton enfermé dans du cha-
mois 3 de crainte qu'il ne blefte. Au défaut de ce
cercle , qui n'achevé pas le tour du corps , il y a
une courroye percée de plufieurs petits trous pour
s'attacher à Pécuflbn > où il y a une pointe d'acier
qui entre dans l'un des trous de la courroye pour
ie ferrer plus ou moins félon qu'il eft néceflaire i
au derrière du bandage on coud une branche fai-
te de toile double , qui pafïant entre la cuifle ôc
les bourfes \ vient s'attacher à Pécuflbn , de même
que la courroye.
©es brajrers Plufieurs gens à Paris s'occupent uniquement à
adulte" ^ Clire ^es nernies s & à la fabrique de ces ban-
dages $ ce qui les fait appeller Chirurgiens Her-
niaires j on les reçoit à faint Cofme , où ils font
obligez de faire une efpece de chef-d'œuvre avant
que de pouvoir travailler pour le Public : il y en
a de très-habiles > à qui même beaucoup de Chi-
rurgiens s'addrefTent pour ces fortes de bandages :
mais en Province on n'a pas cette commodité»
C'eft pour cela que le Chirurgien doit être inftruit
de la ftruéture de ces machines , pour en fabri-
quer lui-même , iorfqu'ii ne pourra pas en avoir
^'ailleurs.,
Eaifon de la De ces fortes de bandages , il s'en trouve dont
diverficé des l'écufîbn eft plus larçe , ôc d'autres dont il eft plus
- long , les premiers lont pour ceux qm lont gras , de
les féconds pour les perfonnes maigres: quelques-
uns ont double éçuflbn K. pour les malades affligez
d'une defcente de chaque côté. Enfin il y a de ces
bandages qui font brifez par le moyen de deux ou
trois petites charnières qui leur permettent de fe
Qtf ATRI e'mê D Ê?M ONSTiATION, 32$
plier , comme ces demi- aulnes que les Marchands
portent dans leur poche.
L'aoplicarion des ces inftrumens eft aifée à faire , , Commdicé
1 r . i a o i /- de ces mas
ceux qui en portent les otent tk les remettent lansch-ines#
peine par l'habitude qu'ils en ont contractée, Mais
une circonftance eiTentielle à obferver , c'eft de ne
point mettre le bandage que la defcente ne fo.it en-
tièrement rentrée -, car s?il reftoit une partie de
♦l'inteitin ou de Pépiploon dans l'aine , le banda-
ge la meurtriiTant y caulerÔit de la douleur , de
l'inflammation , Se peut-être la gangrenne par la
fuite.
Il arrive quelquefois qu'il n'y a dès la naiffan- Casexcrar,
ce quun des tefticules dans le lcrotum , ôc quemarquero
l'autre n'y étant pas defcendu eft demeuré dans
l'aine i où il fait une petite tumeur dont les parens
venant a s'appercevoir ont recours au Chirurgien >
la prenant pour une defcente. C'efl à lui de bien
examiner le fait , car s'il alloit entreprendre de
faire rentrer le teflicule dans la capacité de l'ab-
domen 9 ou s'il le compriment par un bandage ,
croyant que ce fût une defcente , il cauferoit des
douleurs horribles qui pourroient avoir des fuites
très-fâcheufes.
On a inventé de nos jours une efpece de brayer Du bandage
qu'on appelle bandage à r effort L. parce qu'on a a tcÇ[0Tta \
attaché à l'écufTon un refïbrt qui pouffe le couffin
contre la partie fur laquelle il efl pofé. Ceux qui
fe fervent de ces fortes de brayers , prétendent que
quand on plie la cuifïe , il fe fait dans l'aine un an-
gle enfoncé, qui empêche le bandage ordinaire
d'appuyer fur l'endroit de la defcente , ôc qu'on
remédie à cet inconvénient par le refîort quipref-
fe continuellement , Se prefqu'également ctt en-
droit : c'efl aufîi la raifon pour laquelle le Prieur
de Cabrieres défendoit de s'affeoir , & ordonnoit
qu'on fe tint toujours debout ou couché , pour évi-*
|fr la çhiux dç Finteftin Qçcafip,nnée par loploye-s
3JO £)£s Opérations de Chïrurgif>
ment de la cuifTe : toutefois ce nouveau bandage-
n'elr, plus guère ufité. C'étoit le nommé Blegny qui
s'en difoit l'inventeur : ce nom feul qui n'eft que
trop connu , fait a(ïez retTouvenir combien cet
homme étoit remuant f 8c combien d?entreprifes
différentes il a faites pour s'établir dans le monde -%
comme il a joué un des principaux rôles entre
ceux qui en impofent au Public *, je vais en peu de
mots vous rapporter fon hiftoire. ( a )
Miftoin idu- nommé Blegny.
A Tant été pendant quelques années Clerc de
la Compagnie de S. Corne 9 où il entendoit
tous les jours parler de la Chirurgie dans les Ades
qui s'y font, il crut en fçavoir autant & plus que les
Maîtres qui la compofent : il prit un privilège > fe
logea au Fauxbourg S. Germain , & fe maria avec
une Sage -femme. Il établit chez lui des Confé-
rences de Médecine & de Chirurgie 3 dans lef-
quelles il, annonçoit chaque fois quelque fecret de
(a) De tous les bandages qu'on propofé ici , le brayer
fans reffort & qui n'elt point brifé , eit celui auquel
les Praticiens donnent la préférence, parce qu'il con-
tient plus furerrient les parties. Le bandage qu'on fait
avec une bande de toile & quelques comprefïes gra-*
duées qu'on pofe fur l'anneau , peut néanmoins con-
venir aux enfans qui font encore à la mammelle.
Un brayer bien conditionné eft l'unique moyen qui
puiflfe mettre en fureté la vie de ceux qui font affliges
de defcentes. Il les garantit des accidens de l'étrangle-
ment, & procure quelquefois la guérifon à des per-
fonnes même d'un âge avancé. Le repos & une cer-
taine fituation du corps peuvent auffi occaiionner Ja
guérifon radicale -, car on a vu des perfonnes guéries
fans aucun remède , pour s'être tenues couchées du
côté oppofé à la defcente. Fabricius Hidanus rapporte
qu'un homme âgé de 60 ans, qui portoit depuis vingt
ans une hernie > en fut parfaitement guéri fans medica-
mens , pour avoir été obligé de garder le lit pendant Bx.
mois à çaufe d'une autre maladie»
Qu a t r i e'm e D e'm ONSTRATÏON, 3 3 I
fon invention , les coins des rues étoient pleins
d'affiches qui informoient tout Paris des élixirs ,
des cafïolecces , des çaffetiers merveilleux avec
lefquels il devoit faire des miracles. Il trouva de
l'accès auprès de M, Daquin premier Méde-^
cin du Roi , qui fe fervit de lui pour faire la def-
cription du remède Anglois du fleur Talbot , à
qui le Roi avoit donné une fomme confidérable
pour rendre ce remède public. Il obtint de M.
le Chancelier un privilège de faire imprimer
chaque mois un Journal qui contenoit tous les faits
extraordinaires qui arrivoient dans la Médecine Ôç
dans la Chirurgie, tant en France que dans les pays
étrangers, Mais ce privilège dont un autre auroit
profité , ou du moins de les foulager , ils en ont cher- Se^7ef!
ché dans les opérations de Chirurgie 5 ôc ils ont quelles fttôc
crû en avoir rencontré de trois où quatre fortes i S^Se^
qui toutes font plus mauvaifes les unes que les au*
très -: les bons Chirurgiens les ont abandonnés ,
§c elles ne font pratiquées aujourd'hui que par des
Charlatans , qui s'embarraîTent peu des fuites de
leurs opérations* Je .vais vous montrer la manie*
re qu'ils nous ont propofée pour les faire , non
pas dans le defTein que vous les mettiez en pra^-
tique , car je fuis fur que vous les allez con-
damner ; mais parce qu'il faut qu'un Chirurgien
fçache le bon & le mauvais de fa Profeilion 3 le
premier pour le fuivre , ôc le fécond pour 1 éviter»
Celui qui a crû avoir le mieux réufîi dit qu'il
faut faire avec ce biftouri droit M * une inçifiorf
|34 ^ES Opérations î>e Chirurgie $
longitudinale dans l'aine qui fuive le chemin que
font les vaifTaux fpennatiques 5 qu'ayant décou-
vert avec cette feuille de myrthe N. dont le bout:
eft en déchaufToir pour s'en fervir en cas de befoin,
la production du péritoine qui les enferme , il la
opération" & ^aut coudre de toute fa longueur , y faifant la fu-
fes inconvé-ture du Pelletier avec cette aiguille droite O. en-
filée d'un fil ciré -, que par ce moyen on retreflic
cette production trop dilatée , de on empêche l'in-
teftin de s'y glilTer. Celui qui a inventé cette opé-
tion l'appelle irréprochable 3 parce qu'elle confer-
ve les vaifTaux &: le tefticule dans leur entier ;iî
lui a donné même le nom de Royale , parce qu'en
confervant ces parties , elle laide la liberté au
tefticule de faire fa fonction , qui eft de donner
des fujets à (on Roi. Je n'ai jamais vu pratiquer
cette opération * & je ne la crois pas ai fée a fai-
re , car je ne puis pas m'imaginer qu'on puifTe re-
trelîir la production du péritoine avec la même
facilité qu'on feroit un doigt de gand qui feroit
trop larges Thevenin lui-même qui nous en don-
ne la defeription , avoue qu'elle eft difficile & fu-
jette à la récidive*
Du point D'autres fe font perfuadez qu'il feroit plus avan-
tageux de faire une opération qu'on appelle le
point doré , mais elle n'a pas moins les diiticultez
que la précédente ; vous en jugerez. Ils veulent
que le malade étant couché fur une table la tête
plus baffe que les ferles , oft lui farte une incilioil
tranfverlale dans l'aine aftez profonde , pour dé-
couvrir les vaiftaux fpermatiques contenus dans le
prolongement du péritoine en évitant de les offen-
1er > & qu'enfuite on prenne cette aiguille courbe
P. emmanchée , qu'on aura enfilée d'un fil d'or
Q. pour la parler par defïus les vaifTaux Se la pro-
duction s puis ayant défilé l'aiguille , on tourne le
fil d'or avec cette pince R. deux ou trois tours >
prenant garde qu'il ne preffe point trop les vaif-
dû ÂTkïE^HE De'monstratïô'n. 53 f
faux de qu'il permette au fang de couler dans leurs
cavitez : on coupe les extrémitez du fil avec cette
tenaille incifive S. ôc on le reploye pour le laifier
dans la plaie 5 faifant enforte que ce qui eft re-
ployé ne bielle point les parties ; ils veulent qu'on
travaille a cicatrifer la plaie où ils lai(Tent le fil
d'or , & ils difent que fouvent ce fil tombe de lui-
même , & que la plaie étant cicatrifée > on eft par-
faitement guéri de la defeente.
Ceux qui fubftituent un fil de plomb à la place Le fil d&
du fil cl or , penfent avoir mieux rencontré , difant PIom£ PeuE
que le plomb elt ami de 1 homme , oc que n étant tué au fil
pas fi pointu que le fil d'or , il peut relier enfermé d'or'
dans la playe fans la blelïer.
Les fil d'or &c de plomb font défaprouvez par
quelques-uns qui veulent qu'on fe fervent d'un
gros fil de chanvre ciré , qu'on parle deux fois au-
tour des vaiilaux , fans le trop prefTer , & que
l'ayant lié & coupé proche le nœud qu'on en aura
fait , on le laiffe dans la plaie qu'on fera cicatrifer
au plutôt.
Les Sectateurs de ces opérations prétendent que Et le fîI.d*
ces fils d'or , de plomb ou de chanvre , ferrant la au fii d®
production du péritoine , empêchent l'inteftin ou ptomb»
î'épiploon d'y tomber , & qu'ainfi elles fe doivent
pratiquer à toutes les hernies faites par dilatation.
Mais puifqu'il nous eft permis de réfléchir fur ces
opérations > nous dirons qu'il peut en arriver deux
inconvéniens très- fâcheux 5 foit que le fil demeure
dans la plaie , foit qu'il en forte.
Le premier , c'eft que dans un effort l'inteftin £eux aécL>
trouvant toujours les anneaux des trois mufcles de dens à cram*
l'abdomen afTez dilatez pour le biffer fortir, il peut opérations!
fe nicher entre la ligature & les anneaux. Se y faire
une hernie incomplette,& même un étranglement;
èc quoi qu'on farfe la ligature le plus proche des
anneaux qu'il eft pofïible > comme le preferivent les
Auteurs , des efforts violens pourront toujours
"$*6 Des Ope'rations dé Chirurgie
pouffer cette ligacure , 8c la faifant defcendre }
laiffer la liberté aux parties de fe loger dans le do-
micile qu'elles s'étoient fait.
i. incon. Le fécond accident qui arrive infailliblement
renient. fi le fil fart de la plaie , c'eft qu'en ce cas il doit
avoir coupé les vaiflaux , 8c par eonféquent ôtc
la communication qu'ils avoient avec le tefticu-
le, qui devenant par-là inutile , châtre un hom-
me 8c le prive de la fécondité fans une nécefïité
abfoiue , ce qui rend ces opérations pernicieufes ,•
8c qui doit empêcher un Chirurgien de les met-
tre en pratique.
Autre opë- On a encore rafiné fur ces ©pérations , & il y eri
ration. a ^ a£n j 'épargner l'inciiion qu'on faifoit pour
découvrir la production du péritoine prennent une
aieuille courbe T* enfilée d'un eros fil de chanvre
bien ciré 3 8c ayant pafie J'aiguille proche des an-
neaux par deiïous la production du péritoine, lient
les deux bouts du fil fur une petite compretfe V. 8c
les ferrent de terns en rems i jufqu'à ce que le fil ait
coupé ce qu'il embraflbit, & qu'il tombe de lui-
même : cette opération ne doit pas être moins con-
jRaifonqti'oû damnée que les précédentes , parce qu'elle coupa
a de la ecn-&; mine les vaifîaux qui rendoient le tefticule pro-
pre a la génération.
Une perfonne dé la première qualité a néan-
moins produit depuis peu à la Cour un de ces Opé-
rateurs , 8c l'honorant de fa protection le vante ,
comme un homme incomparable qui guérit tou-
tes fortes de détentes 5 mais en bonne juftice
de tels empiriques mériteroient une punition
exemplaire.
Quelques Auteurs nous difent qu'on obtient la
4. Opéra, guérifon de ces defcentes par la Chirurgie en deux;
tions auffi manjere - la première en confef vanc le tefticule y
blâmables ' r , .
que les pré- 8c la féconde en otant le tefticule ; pour la pre*
cèdent. niiere maniei:e 3 i\s nom propofent les quatre on
cinq
Quatrie'me De'monstr atio^t. 35|
» l'art, des reiïôurces pour les maladies les plus defei-
3, perées.
„Un homme âgé de 63 ans , étoît attaqué depuis près
„de 30 an s d'une hernie qu'il avoit jui qu'alors contenue
„ avec fuccès , au moyen d'un bandage , mais ayant né-
9, gliççéde s'en fervir depuis deux ans, il tomba dansl'ac-
„ rident- de l'étranglement. Iln'eut recours à M. de la
s, Peyronie que le huitième jour de l'accidenti & quo>
â, qu'alors l'augmentation confîderable de la tumeur , fa
„ tenfïon & celle de tout le ventre, la violence des dou*.
„ leurs, le hoquet, le poux concentré, la lividité & pour-
^riture qui déjà avoient paru à l'extrémité de la tumeur,
„ & qui promettoient la fortie àcs matières fécales »
„ quoique tous ces défordres annonçaient une mort pro-
„ chaîne , M. de la Peyronie efpera affez de fecoars de la
„ Chirurgie pour entreprendre l'opération. Ayant ou-
2, vert le lac herniaire dans toute Ton étendue , il trouva
„ilx ou fept pouces des inteftins grêles entièrement gan-
5, grenez & criblez de trous qui laifloient iortir les ma-
„ tieres fécales. Il dilata l'anneau , & après avoir tiré
,§un peu les inte&ins pour ssafïurer du progrès delà
„ gangrenne , il emporta toute la portion du canal
3, qui parut gangrenée au point de ne pouvoir être ra-
yy nimée. Iifitenfuite au méientere un pli de façon àbou-
3, cher les deux bouts flotans de l'inteftin , & par un
3, point d'aiguille fait à ce pli , il affujettitles deux bou-
,, ches du canal inteftinal II fit enfin avec les extremi-
„tez du fil une anfe qui refta au dehors , & fervit à rece-
3, nir vers le haut de la plaie l'ouverture de l'inteftin :
3, précaution fans laquelle cet inteitin , qui n'avoit con=
jjtraété aucune adhérence aux environs de l'anneau,
3, eût pu faire dans la cavité du ventre un épanchemenc
3, de matières fécales qui eût été mortel. On eut grand
3, foin dans les panfemens de leur biffer une iifue libre*
,,Le vingt-cinquième jour de l'opération, le lien du me-
3, fentere fe fepara , & au bout de fîx femaines , les ex-
3, crémens ne fortirent plus avec la même abondance , le
3, malade en rendant une partie par les voies ordinaires.
33 La plaie n'a cependant été acatrifée qu'au bout de
,, quatre mois, & après que le malade fe fut réduit à*
3, une nourriture très-legere Se prife en tems éloignez.
„ Cette maladie , toute fàcheufe qu'on vient de la re-*
«prefenter, éîoit encore compliquée d'un gonflement
3, très-ancien & très-confideràble au tefticule, qu'on fut
„ obligé d'emporter malgré la groiîeur du cordon fper-
3, matique qui avoit près de deux pouces de diamètre, 8c
3i dont l'engorgement fe conûnuoit fort avant dans lç
Z
$54 ^>ES Opérations de Chirurgie ,
5, ventre. M. de la Peyronie lia le cordon à la hauteur des
„ anneaux , il le coupa un pouce au delTous. Cette
,, première ligature, quoiqu'extremement ferrée , s'é-
„ tant lâchée , & un champignon fort gros , & qui pa-
3, roiffoit carcinomateux , s'étant élevé de l'extrémité
5, du cordon coupé , il fit au bout de quelques jours
a, une nouvelle ligature , & emporta ce champignon,,
j, Le dix-huitiéme jour cette dernière ligature tomba , &
„ le cordon fe dégorgea entièrement par la fupuration.
a, M. de la Peyronie fait obferver que ce gonflement
3,étoit la fuite d'une caufe externe . A Fé-
„gard de la gangrené de l'inteftin, M. de la Peyronie
,j a plus d'une fois mis heureufement en pratique la mé-
5, thode qu'il expofe. Il eil même fait mention dans l'Hif-
j, toire de l'Académie Royale ries Sciences , année 1723.
3, des fuites heureufes d'une femblable opération qu'il
3, fit en 171a.
On peut joindre à l'exemple de M. de la Peyronie,
UttMriim , ce^01 "e M> Ramdohre , qui avoit entrepris de guérir ,
«bc. ««.1731'. fans le iecours d'un anus artificiel, une femme incom-
be»*/?™ friKSt modée d'une hernie inguinale , qui avoit été fuivie d'u-
ne inflammation confïderable , & de la pourriture d'une
très-grande partie de l'inteitin & du méfentere. 11 coupa
cette partie gangrenée , qui étoit de la longueur d'envi-
ron deux pieds , & qui étôit forcie car une ouverture
que la pourriture s'étoit fait d'elle même. Il rapprocha
les deux extremitez faines de l'inteitin , il en fit en-
trer une dans l'autre , & les tint en cet état pnr le
moyen d'un point d'aiguille. Le fuccès fut il heureux 5
que dès le lendemain de l'opération , les excrémens re-
prirent leurs cours ordinaire j ainii la malade fut bientôt
guérie. Après avoir vécu un an en bonne fanté , elle
mourut d'une pleuréfie. A l'ouverture de fon cadavre
on trouva que les deux extremitez de l'inteitin , qu'on
avoit raprochée , étoient parfaitement réunies & ad-
hérentes à la cicatrice.
On a dit que le malade doit obferver un régime de
vie très-exact , tant que l'inteftin elt ouvert ; il ne doit
prendre alors que de la gelée , du bouillon , &: de la
tifanne. Quand les excrémens ont repris leur cours or-
dinaire, il faut prendre de tems en tems & en petite
quantité quelques nourritures plus fortes , telles que la
crème de ris ou d'orge s quelques petites panades ou
loupes très-legeres.
Lorfqu'il eft parfaitement guéri, il .doit toujours fe
ménager avec beaucoup de foin , car l'abondance des
alimens peut lui caufer des coliques ctès-doulouieu-
Quatrième Démonstration. 355
L'inteftin & l'épiploon étant rentrez dans Tab- Deux cir-
domen , le malade ne fent pkis de douleur, la tran- confiances à
quillité fuccede aux plaintes qu'on lui entendoit p0Ur accom-
ïaire , ôc il goûte dans ce moment les fruits de PIir l'opéra.
l'opération. Mais avant que de la panfer on ob-
servera deux chofes pour rendre l'opération par-
faite : la première , c'eft de couper toutes ies
membranes qui faifoient la poche , ôc la féconde »
c 'eft que 11 l'hernie étoit tombée de l'aine 9 dans le
ïcrotum , il faudroit l'ouvrir tout de fon long , afin
"d'empêcher qu'il ne fît un fac dans fon fonds qui
recevroit les matières au tems de la fuppuration.
Toutes ces circonftances obfervées , l'opération paiement
eft finie , il s'agit de panfer la plaie au plutôt. On du malade,
commence par mettre la tente H. qui fera enduite
pour cette première fois , aufli-bien que les plu-
maceaux, de jaunes d'oeufs mélangez avec de l'hui-
le : il faut que cette tente (oit chapronée Ôc atta-
chée à un fil "I. ôc qu'elle foit allez grofFé pour oc-
cuper l'ouverture des anneaux , ôc même qu'elle y
entre de force , ( a ) on remplit de bourdonnets
Tes & quelquefois mortelles. L'inteftin qui a été ou-
vert fe trouve alors rétréci dans le lieu où il s'eft ci -
catrifé , ce qui empêche le partage des alimens , lorf-
qu'ils font en trop grande quantité. A l'ouverture des
cadavres de perfonnés mortes dans ces fortes de co-
liques , on a vu que les alimens n'ayant pu pafler par
le lieu du retreciflement , avoient crevé l'inteftin , 3c
étoient tombez dans le ventre 3 ce qui avoiç occafîon-
né la mort, /
^ (a ) Une tente mile avec force dans l'anneau , com-
me l'Auteur le recommande ici, diftend confïderable-
ment les fibres aponeviotiques , & comprime les vaif-
faux voifîns , ce qui caufe quelquefois > douleur , gon-
flement, inflammation, abfcès & pourriture aux par-
ties voifines ; elle peut détruire les adhérences qu'il eft
eÛentiei de conferver quand l'inteftin doit s'ouvrir ou
qu'il eft ouvert ; elle peut encore le blelîer en le tou-
chant par fon extrémité. Si cette tente eft mollette &
petite, & qu'étanuntrrodime elle ne déborde pas l'an*
Zij
■$■$6 Dis Ori'RATioNs de Chirurgie j
KK. le refte de la plaie , on la couvre avec des plu-
maceaux plats LL. on mec l'emplâtre M. &c pat
defTus, la comprefTe N. qui fera épailTe pour
mieux contenir la partie. On fera fur le ventre de
fur les bourfes une embrocation d'huile rofat con-
tenue dans la tafïè Q-. on appliquera la comprenne
quarrée P. fur le ventre , ôc la longitudinale Q,
Qualité du &rvira de trouffe au ferotum. Ces compreiîes fe-
bandage qu'il ront trempées dans du vin chaud 3 & la bande R„
«mande, les retiendra toutes. Le bandage eft un inguinal
qui a la forme du fpica > dont les circonvolutions
Beau du mufeie oblique externe, il paraît qu'elle ne
fera pas d'une grande utilité. On la met pour confer-
ver une Communication du dedans au dehors. Ce qui
peut interrompre cette communication , ce n'eft pas
que l'agneau puiiTe de lui-même fe fermer , car il n'eii:
autre ^ehofe que l'écartement des fibres aponevrotiques
du mufcle oblique externe , qui ne peuvent jamais fe
ïaprocher ;mais ce font Ievparois du fac herniaire, qui
en fe raprochant & fe coiant enfemble , peuvent le bou-
cher. Les chairs qui croilTent du fond de la plaie , con-
courent à ce même effet. Ceft ainfi que l'anneau fe re-
ferme, mais cela ne fe fait que peu à peu , deforte que
dans les commencemens les matières ilercorales ont
une iffue par la plaie, en cas que i'inteitin vienne à
s'ouvrir, comme on Ta vu plutëeurs fois. L'anneau ne
fe trouve pas mène fi bien bouché, qu'après la parfais
te guérifon les parties ne fe faiTent un paflage, û on
négligeoit l'ufage du brayer. Comme ce font tes parois
du fac herniaire, ouvert & coupé en partie, qui peu-
vent en fe rapprochant commencer à boucher l'an-
neau ; on peut prévenir cet effet en les écartant tou-
tes les fois qu'on panfera le malade , & en mettant en-
tre ce f3c ainii developé , & fur l'anneau une petite pe-
lote mollette, trempée dans quelque liqueur fpirkueu-
fe , pour éviter la fupuration de cette membrane. Cet-
te pelote eil la même que l'on a propofée dans une re-
marque plus haut , & dont la plupart des Praticiens de
nos jours fe fervem avec fuccès au lieu de tente. Par ce
moven on conferve fans aucun danger , une ouverture
nèceffaire en cas que Tint ftin vienne à s'ouvrir , ou
que quelques-unes de fes tuniques externes viennent
% s'exfolier.
Quatrième Démonstration. 157
fe feront autour du corps ôc de la cuilTe 5 la bande
remontant entre la cuilTe Se les bourfes comme au
bandage des hernies pour faire aufli une croix dans
Uaine , &c chaque fois qu'elle y palTe , on y atta-
che une épingle , afin de rendre le bandage plus
ferme.
Un Médecin qui a écrit des Opérations , con- Le bandage
feille de ne point faire ici de bandage , d'approcher ^ ££*
les cuifïes l'une de l'autre , êc de les attacher avec
une petite bande qu'on nomme jarretière , pour les
empêcher de s'écarter ? de même qu'on en^ufe à
l'égard de ceux qu'on vient de tailler. Il en parle
dans cette occafion , comme beaucoup de Sçavans
à qui dans le cabinet il naît des penfées que la pra-
tique détruit » cette idée en eft du nombre : s'il
avoit exécuté plufieurs fois l'opération que nous
examinons , ou qu'il eût un peu réfléchi , en la
voyant faire 3 il (eroit convaincu que la principale
intention qu'on y doit avoir, eft de fi bien fermer
ôc bander la partie ouverte , que les inteftins ôc
l'épiploon , qui ont une difpofition à fortir , ne le
puifTent faire *, car pour peu qu'on leur en laifïât la
liberté , ils retomberaient encore plus aifément >
qu'avant l'opération 3. parce que les anneaux cou-
pez , leur en ouvrent mieux le chemin. Si à la taille
on ne met qu'un bandage limplement contentif ,
c eft qu'on a intention de laitier fortir les grumeaux
de fang ■ ôc le gravier -, mais ici on en a une toute
oppofée , fçavoir d'empêcher que ce qui eft rentré
dans le corps n'en puiffe reflbrtir , & il n'y a que
le bandage qui remplifte ce deffein.
Quoique l'opération foit bien faite , êc que par Pourquoi les
conféquent les vomiffemens duiîent finir , ils con- conTinu^m"8
tinuent fouvent pendant quelques jours : mais il quelquefois
ne faut pas s'en étonner , cela arrive, parce que le JP"sn ?'°fié"
mouvement périftaltique des boyaux étant de pouf-
fer en en-bas ce qu'ils contiennent , quand les cho-
fes font dans leur état ordinaire , prend une direc--
Z iij
35S Des Opérations de Chirurgie ,
tion toute contraire dans le teras de l'étranglement^
lorfque le paflage étant bouché , les matières font
obligées de revenir en haut par un mouvement
antiperiftaltique qui dure quelques jours après l'o-
pération , les boyaux n'ayant pas encore repris leur
Remède pour reflbrt ôc leurs contractions naturelles : il y en a
ees maux. ^^ £Q^ avaler au malade des baies de plomb v
mais cette pratique eft dangereufe j il eft plus &
propos de lui donner quelques verres deptilanne
îaxative , pour conduire les matières par le chemin
qu'elles doivent tenir. J'en ay donné toujours heu-
reufement , ôc aufli-tôt que le malade avoit fait
une felle , le vomifTement cefloit : }'ay l'obligation,
de cette pratique à M. Mpreau premier Médecin
de Madame la Dauphine , à qui je l'ay vu ordon-
ner plufieurs fois avec fuccès.
Hiftoïtre fur £n aHanc audevant de Madame la DuchelTe de
UJ " Bourgogne , nous féjournâmes quelques jours à
L-yon ; dans ce tems-Jà M, Parifot , habile Chirur-
gien de Lyon , fit l'opération du Bubonocele à une
Demoifelle dans le Couvent des Nouvelles Con-
verties. Les Médecins s'allarmerent de ce que les
vomifïemens n'étoient point ceflez aufli-tôt que
l'opération eut été faite , ôc fuivant leur coutume ,
ils en aceuferent l'Opérateur , difant qu'il n'a voit
pas affez débridé les anneaux comme ils lui a voient
ordonné dans le tems de l'opération. On me pria
d'y aller , je trouvai l'opération fort bien faite ,
on avoit fait avaler à la malade plufieurs bàles de-
plomb , ôc trois ou quatre onces de vif argent par
deflus , prétendant qu'il couleroit plus vite que les
baies. Il y avoit quatre Médecins dont M. Falconet
étoit du nombre *, je leur fis voir les fuites fâcheu-
fes que pouvoit avoir cette pratique , en leur repré-
fèntant que la portion des boyaux qui avoit été en-
fermée dans la tumeur ayant dû être dilatée par les
matières qu'elle avoit contenues , & par confé-
quent étant affoiblie , ces baies Se ce vif- argent
Qtî A T R 1 E*M 1 D E*M ONST R A T t G N* 3 59
pouvoient s'arrêter dans cet endroit comme dans
une poche , Se par leur pefanteur faire crever le.
hoyau , Se caufer ainfi la mort : je leur raportai la
pratique de M. Moreau , Se on donna fur l'heure
un verre de purgatif,^ deux heures après un autre-,,
aullitôt que le ventre fe fut ouvert, le vomiffement
cefTa , la malade guérit Se les Médecins furent for-
cez de rendre juftice à M. Parifot.
Je fus étonné du procédé de ces Médecins à Pc- Mauvais
gard des Chirurgiens qu'ils traitent cavalièrement, ^k^mL
Se qu'ils controîient toujours dans le tems même deeinsà l'é-
de l'opération. Ces Meilleurs difent pour leur rai ^T^lc^
fon que les Opérateurs feroient inceifamment des des Apoti«
fautes s'ils n'étoient afliftés du confeil des Mede- cauc,r
cins. Mais fi un Chirurgien a befoin d'être fecouru
pendant qu'il travaille , il ne peut l'être mieux que
par un autre Chirurgien expert dans les opérations.
Les Chirurgiens ne font pas lesfeuls que les,
Médecins de Lyon fatiguent > les Apoticaires en;
font encore plus perfecutez. Ces Docteurs, ayant
comme entrepris de ruiner ceux-ci, envoyent tout
le monde acheter les médicamens qu'ils ordonnent
chez les PP. Jéfuites qui y ont une fameufe Apo-
ticairerie r Se les mêmes ont encore depuis fept oit
huit ans établi des Sœurs de la Charité à l'Hôpital
qui font Se débitent toutes fortes de comportions*
Le prétexte qu'ils ont pris pour autorifer cette nou-
veauté , c'eit que par ce moyen , difent-ils , les
pauvres profitent du gain qu on fait de la vente de
ces drogues. Mais cqs Meilleurs qui prétendent
par là faire valoir leur autorité , ne font point at-
tention qu'en perdant la Chirurgie &: la Pharma-
cie , ils font un tort confiderable à la Médecine
qui feroit refpe&ée de tout le monde , s'il y avoit
de l'union entre les trois Corps qui la compofent»
Le lendemain de l'opération enpanfant le ma^
lade , on n'ôte point la tente , Se fi elle étoit fortia
d'elle-même, on la remettroit : quand elle eft biefô;
Z iiij
$£o Dis Opérations de Chirurgie ;
panfctnent placée dansles anneaux a on l'y laiiTe deux ou trois
le lendemain jours , & on le fert d'un digeftif animé , pour évi-
de l'opéta. ter la pourriture qui ne vient que trop facilement
a ces parties *, on y ver le même quelques goûtes du
baume de Fioraventi pour vivifier la plaie , ôc on
aura foin de mettre la tente affez grotte afin qu'elle
occupe tout le paflage 5 on ne la diminue qu'à me-
fure que les chairs revenant ne lui permettent plus
pourquoi le d'y entrer fous un fi gros volume. Enfin la plaie
-ponV ie°1C étant guérie ôc cicatrifée , on fera porter une bon-
bandage plu- ne comprefle ôc un bandage pendant deux ou trois
«nfuicer°1S mois , dans la crainte que par quelque nouvel ef-
fort , le boyau ne trouve moyen de retourner dans
l'endroit d'où on l'a chafTé ; c'eft ce qui eft furvenu
quelquefois faute de cette précaution.
Avantage L'avantage qu'on tire de cette opération , c'eft
de cette 0- QUe qUanc[ e[[e a été bien faite > ôc qu'on eft bien
guéri d un cote 3 on n a plus de delcente a craindre
: de ce côré-là , parce que la cicatrice de toutes ces
parties retient les boyaux 6>c l'épiploon dans leur-
place. Elle peut arriver de l'autre côté , & il y a
des exemples d'opérations qu'on a été obligé de
faire à la même perlonne , des deux cotez en dif*
ferons, tems, (a)
De ea her» a pr£s vous avoir inftruits des moyens de guérir.
Î*IEDES f£M- f\ ^ 111 1> / • & 1
mes,, l *. tant par le bandage que par I opération 5 les
heçnies qui viennent aux hommes , il eft à propos
de parler de celles aufquelles les femmes font fu-^
jettes , afin de leur donner le fecours dont elles
n'ont pas moins befoin que lés hommes dans ces
cruelles maladies.
a quelles Les femmes ne font pas affligées , a la vérité
femme** fo^ d'autant d'efpeces de hernies que les hommes ,
fujettes.,
./a) L'expérience prouve cependant tous les jours
que ceux à qui on a fait l'opération de la hernie, fone
pour l'ordinaire obligez de porter un brayer pendanç
soute leui Yie 3 quoique l'opération au ili bien hk$*
Qu'àtrii*me Démonstration. $6i
elles n'ont que celles que nous appelions propre-
ment , hernies 5 fçavoir celles qui font faites de par-
ties , comme l'enterocéle , 1 epiplocéle , 6c l'ente-
roépiplocéle , ne connoiiîant point celles qui ré-
fultent d'un dépôt d'humeurs , & qui ne font her-
nies qu'en apparence , vu que les femmes n'ont
point de ferotum • qui eft le lieu où ces maladies
s'engendrent *, ôc par la même raifon leurs hernies
font prefque toujours incomplettes , les parties
étant le plus fouvent obligées de s'arrêter dans l'aï* l
ne , parce qu'elles ne trouvent point de bourfe telle >
que le ferotum pour s'y glifler , ôc former une
hernie complctte.
Les femmes ont à la matrice deux ligamens qu'on
appelle ronds à caufe de leur figure , ôc inférieurs
à caufe de leur iituation, ils naifTent des parties la- caufes des
térales du fond de la matrice , un de chaque côté, £e™ics des
ôc en defeendant ils paifent par les anneaux des
trois mu(cles de l'abdomen , puis fe dilatant en
forme de patte d'oye 9 ils vont s'inférer Ôc fe per-
dre dans les cuiffes : le chemin qu'ils font eft pref-
que femblable à celui des vailïaux fpermatiques
des hommes , ôc c'eft par ce même chemin qu'à
i'occaiion de quelqu'efFort 3 les inteftins ôc l'épi-
ploon fe gliiTent ôc font aux femmes des hernies
qu'on a autant de peine à guérir que celles des
hommes.
Jufqu a préfent tous les Anatomiftesont crûque ufage des
Pufage de ces ligamens étoit d'empêcher le fond ^J^ i>Us,
de la matrice de le porter trop en en-haut *, mais le seras,
fond ôc le col de la matrice n'étant qu'une même
continuité , ôc celui-ci tenant fi fortement aux par-
ties voifines, il n'eft pas poiîible que celui-là chan-
ge de place. Je trouverons les femmes bien mal»
heureufes , fî pour une utilité auflî imaginaire que
celle-là , elles étoient obligées de fournir des in-
commodités réelles > comme font les douleurs que
leur font ces ligamens dans la grofTeffe ? ôc les a :i
$Çi Des Opérations be Chirurgïb..
hernies aufquelles elles font fu jettes , & dont elles
feroient exemptes , s'il n'y avoit point de paflage
pour eux. J'y reconnois un autre avantage , 6c je
prétends qu'ils amènent le fond de l'utérus vers,
l'orifice externe , comme je l'ai dit dans mon Ana-
tomie v leur ftru&ure & la néceffité qu'il y avoic:
que la matrice vint au-devant de la femence pour
la recevoir , prouve ce que j'avance.
Les hernies des femmes demeurent ordinaire-
ment dans l'àîne , & quelquefois elles defeendent
jufques dans une des lèvres de l'orifice externe »,
étant toujours caufées par des efforts comme celles
' Moyen* de des hommes., On les guérit auffi par les mêmes re-
?e™ «nU medes > & Par le .bandage > excepté que celui d'a-
cier ne leur convient pas , de qu'on fe fert de l'in--
guinal ou du bandage à champignon.. Quand il fur--
vient un étranglement, on a recours à l'opération*
du bubonocele qui neft pas communément accom--
pagnéedans le fexe , de circonftances auffi fâcheu-
les que dans les hommes ; mais les femmes y font
auffi plus affûjetties , parce que le chemin par oife
pafTentles ligamens ronds , eft plus étroit que ce-
lui qui donne ifTue aux vaiffaux fpermatiques des
hommes. J'ai fait plufieurs fois cette opération ,
ôc j'ai obfervé que le nombre des femmes à qui je
lai pratiquée , a été plus grand que celui des
hommes (a),
(VLahern'e crurale eft celle dont les femmes font
plus incommodées. Cette efpece de heinie eil aflei raie
parmi les hommes»
Qu a t r i e'm e D e'm o n s t r a t ï o n. 363
pic. XXÎIL POUR LES OPERAT. DU SCROTUM.
JE vous ai montré , Meffieurs , le moyen de cinq fortes
guérir les hernies , il faut à prefent vous faire a* footum!
voir les opérations que demandent celles qui ne
font que des hernies apparentes & de véritables
tumeurs. Je vous ai dit qu'il y en avoit de cinq
fortes ,* fçavoir , Phydrocéle , le pneumatocéle , le
farcocéle > le circocéle , Ôc l'humorale.
Le mot d'hydrocéle vient à'hydros , qui veut^",™^
dire eau, & de Kele qui fignifiç defcente, de-cek.
5^4 ^ES Opérations &e Chirurgï-e >
forte que cette maladie eft un amas d'eau dans le&
bouufes , ce qui l'a fait appeller hydropifie du fcro-
tum. Elle a des iîgnes qui la diftmguent.de la des-
cente , qui fe fait tout d'un coup , les parties tom-
bant avec précipitation dans le fcrotum °, au lieu
que i'hydrocéle fe forme peu à peu par la diftilla-
tion de quelque férofité , qui tombe gouce à goû-
te des parties fupérieures , & qui enfin remplie
cette partie , où l'eau diftillée eft pour l'ordinai-
re contenue dans les membranes communes , (4}
6c quelquefois dans les propres du tefticule , ( b )
ôc dans ce dernier cas la tumeur eft plus diffici-
(a) La férofîeé qui forme cette première efpece d'hi-
drocele, s'infiltre dans le tiffu ceiluîeux qui eft entre
le fcrotum & le dartos. La peau du fcrotum eft alors
fort tendue & fort reluifante , fes plis font effacez \
fî Ton y applique le doigt , la marque de rinprefTion
y refte ; le malade y fent une pefanteur & une ten-
fîon 5 enfin l'infiltration gagne quelquefois la verge,
ce qui la gonfle de manière qu'elle parait centrer dans
le ventre.
(£ ) L'hydrocele dont on a parlé dans la dernière
Eemarque , s'appelle hydro celé par l'infiltration ; celle-
ci s'appelle hydrocele par épanchement , parce que les.
eaux qui la forment font épanchées dans la tunique pro-
pre du tefticule qu'on appelle vaginale , ou dans la tu-
nique qui envelope le cordon des vaiflaux fpermatiques »
& qui lui fert, pour ainfi dire de guaine. Il faut re-
marquer que la tunique vaginale & la guaine du cor-
don fpermatique, font une continuation du.tiiTu cel-
îuleux du péritoine, qui s'alonge pour enveloper le
cordon , & qui s'élargit pour enveloper le tefticule» À
l'endroit où cette continuation s'élargit , la nature a
formé une cloifon qui empêche la communication qui
fe trouveroit entre l'intérieur de la guaine du cordon
fpermatique , & celui de la tunique vaginale. C'eft
pourquoi les eaux peuvent s'épancher dans l'une &
clans l'autre feparement. Quand les eaux font épan-
chées dans la guaine du cordon fpermatique, la tu«
meur eft longue , & s'étend depuis l'aine jufqu'au tefti-
cule exclufivement i il eft difficile alors de fentir le cor*
don. Quand les eaux font dans ia. tunique vaginale*
Q^O A T R ï ê'm E D E*M O N S 1 R A T I O N. $£$
îe à guérir , tant parce que la réfolution ne s'en
fait pas aifément , quand on la traite par médica-
mens , que parce qu'il faut percer plus de mem-
brane 5 h on eft obligé de venir à l'opération.
Durant la jeunetTe on eft plus fujet à cette mala- l&* jeune*
die que dans un âge avancé : j'ai vu des enfans V£*-}J™* pUa
nir en monde avec de l'eau dans le fcrotum , Ôc on
reconnoît cette lymphe par la tranfparence des
bourres tuméfiée : car eri mettant une lumière der-
rière le fcrotum , on le voit clair comme une veiîie
pleine d'eau.
Quand l'hydrocéle fuccede à l'hydropifie , ( a ) £*£VÏ£
ce le.
la tumeur eft ronde, & ne fe trouve que dans îe fcro-
tum ; l'on ne fent point alors le teiticule. Si la cloi-
fon qui partage ces deux parties vient à fe rompre , a-
lors l'hydrocéle devient commune à l'une & à l'autre.
Il arrive quelquefois que les eaux s'épanchent en même-
cems dans l'une & dans l'autre , fans que la cloifon foit
rompue ; mais les eaux forment alors deux hydroceles,
Dans le premier cas , c'eft-à-dire , lorfque la cloifon
eft rompue , une feule ponction fait évacuer toutes les
eaux : dans le dernier cas , il faut faire la ponction à
l'une & à l'autre partie feparement.
Dans l'hydrocéle par épanchement , le fcrotum con-
serve fes rides y fi Ton met une lumière à i'opofîtedu
fcrotum , la tranlparence de la tumeur eit beaucoup
moins fenfible que dans l'hydrocéle par infiltration : la
tenfion & la douleur font ordinairement plus grandes,
'& la fluctuation plus profonde.
Les eaux peuvent s'épancher dans une membrane qui
couvre immédiatement le teiticule , que quelques-uns
appellent Pmîcftes, Feu M. Arnaud * ayant fait une in- * Traité
eifîon au fcrotum d'une perfonne incommodée d'une hi- d'Opération
drocele, trouva le teiticule très -gonflé, & jugeant Par M- Ga-
. que ce gonflement venoit d'un liquide qui étoit èpan- "n^eb°^tom*
cié, il y fit une ponction avec un petit trocar , 8c il t' édition!9'
en fortit de l'eau jaune & gluante, qui étoit apparem-
ment renfermée fous cette membrane qu'on nomme
?t rite fies.
Ça ) Toutes les efpeces d'hydroceîes ( excepté celles
qui font la fuite de Phydropifîe~afcite ) viennent de la
ienteur du mouvement' du fang, ou de fa diftblution.
§66 Des Ope'ratioîïs de CkiàûRGii j
ôc que c'eft de l'eau dont le bas ventre fe déchar-
ge dans le fcrotum , ôc même dans la fubftance
fpongieufe de la verge , qui en eft abreuvée ôc
toute boursouflée , il faut aller a la caufe du mal ,
li on veut guérir , puifqu a mefure qu'on vuide-
roit ces parties 5 l'abdomen fourniroit de nouvelle
eau qui les tiendrait toujours pleines -, mais quand
il n'y a que de l'eau dans, les bourfes , on entre-
prend la cure en deux manières , ou par médiea-
mens , ou par Chirurgie.
Les médicamens réufliffent , lorfque l'habitude
du corps eft bonne d'ailleurs , ôc qu'il n'y a de
l'eau qu'en petite quantité dans la partie. On fe
fert pour cela de remèdes defïicatifs tant généraux
que particuliers. Je laifTe aux Médecins à ordon-
ner lès généraux ■> mais comme Chirurgien je vous
'dirai que l'application dés remèdes aftringents Ôc
déflîcatifs , en guérit beaucoup i ainfi faites bouil-
lir dans du vin ronge i'abfinthe , lecoixe de grena-
des , le cumin , la camomille , le melilot , ôc un
peu d'alum , & de ce vin chaud baffinez le fcrotum
fur lequel vous laiflTerez toujours une compreife
trempée dans cette liqueur ; ou bien ou fera des
Catapîafmes cataplafmes avec les quatre farines refolutives ôc
&. autres re. [es pou^-gs Je cumin , de rofes , de camomille >
«e ce mal. " ôc de melilot , cuite dans une leiîive de farment :
on peut aoffi appliquer fur les bourfes une éponge
trempée dans l'eau de chaux. Tous ces remèdes
font excellens , ôc j'en ai vu guérir , quoiqu'il y
Les coups , les chutes , & les comprenions peuvent
encore contribuer à leur formation. La raifon eft que le
fans; s'arrête & croupit plus facilement dans les parties
du fcrotum,ce qui donne lieu à la ferofîté de s'épancher.
Sur ce même principe , les circonvolutions & les tours
ferpentins que forment les veines fpermatiques dans
leur route , en font la plupart du tems la caufe , pouf
peu de difpofïtion qu'il y ait de la part du fang ; car ne
circulant ici qu'avec peine, la ferofîté a tout le tems
mais qui en ôtant les racines , 6c canve»
allant à la caufe , empêche qu'il ne revienne.
L'opération qu'on fait pour guérir palliativement Trois ma«
s'achève en vuidant les eaux contenues dans le fcro- nieres ?d,°"
, ( . pererpourla
tum , ce qu on exécute en trois manières , ou par guérifon pal.
ïa ponction faite avec la lancette , ou par le féton ^anve.
ou par le trois-carts*
On prend une lancette à faio-ner A» 8c après Comment
λ • ii> *ii u * 1 1 on fait la
avoir ouverte , on 1 entortille d une petite bande p0n£tion a.
de linge , ne lai(Tant de découvert de la pointe de veciaiancct.
cet inftrument , que ce qu'on croit devoir entrer
pour aller jufqu'à l'eau -, on fait teniivles bourfes
par un ferviteur , qui élevé les tefticules pour les
éloigner de cette pointe , 3c qui pou(Te l'eau vers
ie bas du fcrotum , où la ponction f e doit faire.
Alors le Chirurgien prend de fa main droite la lan-
cette qu'il enfonce jufqu a ce qu'il voye for tir la
férofîté , puis de la main gauche il coule fur le
plat de l'inftrument un ftilec B. dans les bourfes :
568 Des Opérations de Chirurgie *
il retire auflitôt la lancetre , 8c de la même main
qu'il la tenoit , il prend une petite canule C. qu'il
conduit dans la plaie , en paflant le bout du ftilec
dans la cavité de la canule , qui gliffant ainfi le
long du ftilet , entrera très - facilement y le ftilet
étant retiré , on lailTe par le moyen dé la canule
évacuer toutes les eaux. Il y en a qui veulent qu el-
le y refte quelques jours , afin de favorifer le fuin-
tement des humiditez dont la partie eft pénétrée ,
8c en ce cas on met à la canule un petit ruban D*
pour l'attacher ; mais ordinairement après que les
eaux font forties , on ôte ce tuyau , 8c on met fur
l'ouverture un emplâtre de cerufe E* puis une
compreffe F. trempée dans du vin aftringent , 8c
le fofpenfoir G. afin que les tefticules n'étant plus
foutenus par les eaux , le foient par le bandage.
Voilà comment la plupart de nos anciens faifoient
cette opération,
opération Mais quelques-uns d'entre-eux ont foutenu que
^eclefécon.pajL- le moyen du féton on pouvoir plus commodé-
ment tarir lés eaux , particulièrement quand il y
avoit un hydrocéle de chaque coté >• ils difent qu'il
faut prendre une grotte aiguille droite H. afïez
longue , enfilée d'une mèche I. qu'on paffera au
travers des bourfes du côté gauche au côcé droit ,,
prenant garde d'oftenfer les tefticules ; puis on y
îaiffera la mèche , dont un des bouts fortira par
l'entrée que l'aiguille aura faite , 8c l'autre par ce-
lui de (a fortie. De ces deux bouts de4 mèches
l'eau diftille continuellement jufqu'à ce qu'il n'y
en ait plus Une feule goûte dans les cavitez ; quand
tout eft évacué on retire la mèche , on met deux
petits emplâtres fur les deux ouvertures , puis la
compreffe 8c le fufpenfoir comme à la précédente
opération.
Les Modernes ont inventé un petit inftrument
appelle trocar ou troifcart L. parce que fa pointe
eft triangulaire > il relïembleau trocart avec lequel
on
"Chi a t k i e'm e D ê9m onstratïôn.^9
on fait ia paracentèfe à l'abdomen , excepté que
celui-ci eft. un peu plus petit : cette reffemblance
d'inrlrument eft caufe que quelques-uns ont nom-
mé l'opération de l'hydrocéle , la paraccntèfe du
fcrotum-. On s'en acquirc ainfi î après avoir élevé
le fcrotum avec la main gauche , de le i: reliant ,,M*niefe a!
° . . l .- . ie lervir ici
afin que les eaux poullent vers la partie intérieure du trocar.
où on va faire la ponction , on enfonce tour d'un
coup cet infiniment qui perce avec facilité les
membranes , parce qu'elles font tendues , ôe l'ayant
retiré , on laiiïe dans la piaie la petite canule d'ar-
gent M* qu'on y a infinuée pendant que l'inftm-
ment y étoit encore pour la diriger ; de par ce
■moyen on tire les eaux jufqu'à la dernière goûte ;
on fe contente pour tout appareil de mettre le pe-
tit emplâtre de cerufe N. fur l'ouverture faite par _
l'inftrument*
Ces trois manières ne font que palliatives , com-
me je vous ai dit , & elles n'ont pour but que de
tirer l'eau contenue dans le fcrotum s'en s'emba^
raffer des fuites ; car quelques mois après l'eau
commence à s'y amafïer de nouveau de peu à peu :
les bourfes étant devenues aufïï groffes que la pre-
mière fois ; on fait une nouvelle ponction , qu'on
recommence autant de fois qu'il s'amaflé de l'eau
dans ces parties*
Quand on veut guérir radicalement un hydro- Ce qu'il fa^
cèle , il ne fuffit pas d'avoir vuidé les eaux , il énfalJl pouj.
faut empêcher le retour en rempliffant la cavité où caiemcnt ce"
elles fe ramafToient. Pour y parvenir , après avoir raaI*
préparé le malade par les remèdes généraux , on
applique une tramée de cautères potentiels le long
de la tumeur i & quand les cautères ont fait leur
effet, il faut fur l'ekare ouvrir ia tumeur toute
de fa longueur t de jufques au fond du fcrotum ,
afin qu'il ne refte point de fac : on remplit la plaie
de plumacealix , on procure la fupuration qui en-
traine avec elle les efeares de les membranes ake-
Aa
$jo Dés Opérations de Chirurgie >
rées par le féjour que les eaux y ont fait : on ne
touche point aux tuniques ou membranes propres
du tefticuie > qu'il faut défendre de conferver le
mieux qu'il eft pollible. Toutes ces parties ayant
fuffifamment fupuré , & la plaie étant bien mon-
difiée , on travaille à procurer une bonne cicatri^
ce , qui fe fait par l'union du tefticuie au fero-*
tum , ôc aux membranes qui fe joignent tellement
cnfemble , que ne reftant plus de vuide entre ces
parties , on n'a aucun lujet de craindre la réci-
dive. ( a )
De toutes ces méthodes la dernière eft la meil-
leure & la plus fûre , mais c'eft auili la plus lon-
gue que de
s'abandonner courageufement entre les mains de
l'Opérateur , qui en les délivrant d'une maladie
fort incommode , particulièrement aux gens ma-
( a ) Les inconveniens que les Praticiens ont trouvé1
dans l'ufage du cautère, leur ont fait abandonner cet-
te méthode. La plupart fe fervent de Tinflrument tran-
chant par préférence. On fait à la tumeur avec un bif-
touri droit, une incifion fuffîfante pour paflfer le doigt
indicateur de la main gauche , fur lequel on gliflfe une
branche de cifeaux , pour ouvrir dans toute fa longueur
la poche qui contient les eaux. On remplit enfuite la
plaie de charpie brute ou de petits lambeaux de linge
fin , prenant garde de ne point faire de compreffion fur
le cordon fpermatique ni fur le tefticuie. On fait fur la
partie & aux environs une embrocation d'huile d'yp?-
rïmm , on couvre le tout de comprefles , d'un couvre-
bourfe , & d'un bandage appelle fpica. On levé cet ap-
pareil deux ou trois jours après l'opération , on pan-
iè la plaie avec des bourdonnets applatis & des plu-
maceaux , qu'on couvre d'un digeitif un peu pourrif-
fant, afin de faire tomber par fupuration la membra-
ne qui contient les eaux j & l'on achevé à l'ordinaire
la guéiifon de la plaie.
QuÀflïU'MÈ DEMONSTRATION. &l
triez ., leur procurerait une guérifon certaine.
LE mot de Pnêumatocéle , vient dé Pneuma qui
fignifie efprit ou air & de Kele defcénte , de M^oC^m
manière que cette maladie eft un amas d'air & de Son étimo-
Vents dans le ferotum; ogIC*
Il y en a de deux fortes , lune quand les vents Ce mal eft
font répandus dans l'intervale des fibres des mem- teSi
branes communes de ces parties , qui font pour lors
dans un bourfouflement femblable à celui qu'on
Voir aux chairs des animaux que les bouchers ont
(ourlés immédiatement *après les avoir ruez , de
l'autre quand les vents font renfermés dans la ca-
vité du dartos : de même que les eaux dans l'hy-
drocéle , les vents n'occupent quelquefois qu'un
des deux cotez , &: d'autrefois ils remplirent les
deux cavitez dé cette membrane*
On diftingue ces deux fortes dé pnêumatocéle
en les touchant : quand c'eft un bourfouflement , on
fent un émphifemé , ôc la tumeur obéit au doigt ;
inais quand les vents font dans les cavitez du dar-
tos , la tumeur refifte , & le ferotum eft tendu
comme Un balon; J'ai vu de petits gueux qui fe $a forint*
perçoient le ferotum * & qui en (ourlant au de-tion.
dans par le nioyen d'un chalumeau de paille , l'em-
pliflbiént tellement dé vents , qu'il devenoit d'u-
ne gro fleur extraordinaire : ils lé couchoient en-
fuite à la porte d'une Eglife le ferotum découvert *
où touchant de pitié les pàflans , ils en recevoient
des chantez dont ils avoiènt obligation à cette
maladie fuppofée.
Le pnêumatocéle fait par bourfouflement fé gué^
fit par dés remèdes chauds 3c réfolutifs , pris tant
intérieurement qu'appliquez fur la partie : l'ufage
du rolTolis du Roi , dont je vous ai donné la des-
cription en parlant de la tympanite , y eft excel-
lent , de même que tout ce qui fortifie ôc qui aug-
mente la chaleur naturelle > parce c]ue cette mala-*
Aaij
il
-yfi Des Opérations î>e Cuïrurgîi >
die ne vient que par un défaut de vigueur ou un
relâchement de redorts qui rend la digeftion im-
parfaite : on fe fervira extérieurement de cataplaf-
mes fortifians ôc catminatifs , ôc on fera des fo-
mentations avec du vin , dans lequel on aura mis
bouillir des rofes , le cumin , la camomille , le me-
lilot ôc toutes les herbes aromatiques , qui en rap-
pellant la chaleur à cette partie , en diiîipetont les
vents.
Lorfque les vents font dans la capacité du fero-
tum 3 on y fait de petites ponctions avec cette ai-
guille emmanchée Ch pour les faite fortir : s'ils ne
s'évacuoient pas par ces ouvertures trop petites ,
on auroit recours au troifeart P. comme à l'hy-
drocéle. Les vents étant fortis par le moyen de la
petite canule , on y fait les mêmes fomentations
que ci-deiïus , on y met une comprefte trempée
dans le même vin le plus chaud qu'il fe peut fouf-
frir , ôc le fufpenfoir qui eft d'une grande utilité
dans cette occasion.
Du Sarco
CELE,
I E mot de farcocéle eft dérivé de Sarx , qui
, , . I ^ hVniiie chair , ôc de Kele , hergne : c'eft une
■D'ôu dérive ° j ' & i 1 n-
ce terme, tumeur contre nature , engendrée proche le tefti-
cule ôc faite d'une chair dure ôc fquirreufe , fou-
vent accompagnée de vaiftaux variqueux.
Caufesdece Cette tumeur eft quelquefois produite d'une
chair fongueufe Se infenlible , qui prend naiifan-
cc ôc qui croît fur le tefticule , comme on voit
venir de gros champignons fur des arbres *, certe
chair reiulte d'un tang groiîier ôc vifqueux , qui
n'ayant pu être rapporté a la maiTe , fe convertit
en chair , en s'inhltrant ôc s'arrêtant dans des par-
ties fibreufes en plus grande quantité qu'il n'eft
néceflaire pour leur nourriture , ôc fouvent c'eft
quelque coup , ou quelque froifïure foufterte au
tefticule qui donne lieu à la génération de cette
fubftance, parce qu'y ayant dilaceration aux libres
rzm$$
JTa.a. 3y3 .
Pauvre Mal ah ou,
auxjhd&r
DeA. eix. B/ il y a tut pied
£ ptnices de uu-c/e:tr~.
De C en .û, il y a un pied 3
pouce (j ■ #t un peu plus
Q.u a4t r i e'm e D e'm ONSTRATIOK. 37J
des membranes du tefticuLe , le fang qui s'y porte
fait une échymofe , de produit une chair forte-
ment attachée à ces membranes. La différence!
qu'il y a de ces fortes de tumeurs d'avec les véri-
tables defeentes , c'eft qu'elles font inégales , ra-
boteufes > & dures , qu'elles commencent par une
petite dureté , qui augmentant infeniiblement de-
vient extrêmement grofle : ces fongus croiffent de
la même manière que fait cette chair qui vient
dans les narrines , cju'on appelle polipe , c'eft le
contraire dans les defeentes 5 elles fur viennent
tout d'un coup , ôc la tumeur eft plus égale ÔC
plus molle.
Il y a des farcocéles de toutes fortes de groiTeurs,
Fabricius dit en avoir vu de la grofteur de la for-
me d'un chapeau •, mais en voici un que je vous
préfente , qui eft fi prodigieufement gros , qu'il
paroîtroit incroyable , s'il n'avoit été mandé par
une perionne qui n'eft pas capable ôc qui n'a aucun
intérêt d'en impofer au public.
C'eft à un pauvre Malabou à qui cette effroyable
-tumeur eft furvenue dans, le ferotum , 8c qui la por-
te encore prefentement , il eft à Ponticheri dans les
Indes Orientales , ôc c'eft un R. P. Jefuite qui me
la mandé , &c qui après en avoir fait défliner la
figure me l'a envoyée : la voilà que j'ai fait gra-
ver , & voici la Lettre qu'il m'a écrite , que je rap-
porte ici fans y avoir changé un feul mot.
COmme je fuis fort perfuadé que vous êtes cu-
rieux , fur tout ce qui regarde le corps hu-
main , j'ai crû que je vous ferois plailir de vous
faire part d'une curiofité des Indes y qui me paroîc
fort extraordinaire-.
Il eft venu cette année un pauvre Malabou de
cinq lieues d'ici qui avoit un farcocéie inégal dur
comme une pierre , il avoit un pied trois pouces
& fix lignas de longueur > & un pied trois pouces
Aa iij
374 Des Opérations de Chirurgie;
de largeur fur le devant , parce que fur le derrierq
il étoic plus petit -, il avoit de circonférence trois,
pieds fix pouces & fept lignes , il pefoit autant
que je l'ai pu juger foixante livres. J'ai cru que je
ne devois pas manquer a vous en envoyer la figu-
re , ce que je fais avec bien du plaifîr , afin que
vous en puifliez mieux juger : voici comme cela
lui eft arrivé a ce qu'il m'a dit.
A 1 -âge de dix ans il lui vint une tumeur au
{crotum , les Malabous la lui percèrent , il en
fortit de la matière bien louable , l'ayant panfé
pendant quelque tems , ils firent fermer cette
plaie , trois ou quatre mois après il commença de
fentir une pefanteur à cette partie , il n'y fit rien
de quejque tems. , & enfuite il commença à s'en-
fler un peu ; il fut trouver l'homme qui l'avoit
traité autrefois *, cet homme lui mit quelques re-
mèdes , cela ne put pas l'empêcher de croître de
la groflèur que vous voyez dans cette planche y
#u commencement il ne pouvoir point marcher ,
mais la mifere l'obligea d aller demander l'aumô-
ne de portes en portes , il s'eft accoutumé de
marcher peu à peu, 8c de prefent il ne lui fait
pas beaucoup de mal, mais ceia i'embarafle fort
par la pefanteur , de parce qu'il eft obligé de mar-
cher fort large.
L'année prochaine je vous envoyerai le derrière
delà figure , afin que vous en puifliez mieux juger \
s'il fe prefente quelqu'autre chofe , je vous en fe-
rai part , fuppofé que cela vous fafle plaifir , com-
me je n'en doute pas , & d j ofois , Moniteur , vous;
demander la même chofe , je le ferois , mais ne i'o-
fant pas > je vous laifle la liberté de le faire ou de
ne le pas faire.
Que fi vous me jugez capable de quelque cho-
fe dans ce pays-ci vous me feriez un fenfible plai-
fir de m'employer en tout ce qui dépendra de moi y
je vous ferai voir par îrioivattaçhçrnent que je n'ai
Quatrième Démonstration. 37J
pas de plus grand plaifir au monde que de rendre
fervice à une perfonne qui a tant de zélé pour la
çonfervation du corps humain : J'e^pere>Monfieur,
que vous en ferez bien perfuadé , puifque je fuis
avec refpec~fc de tout mon cœur >
Honneur ,
A Vontkheri ce 15. Votre très-humble Se très»
Février ijio.au obéifïant ferviter ,
Royaume de Car- M a z e r e t ,
vata y aux Indes de la Compagnie de Jefus.
Orientales*
THevenin propofe d'abord l'opération , qui
félon lui eft l'amputation , tant de la chair iu-
perftue , que du tefticule j niais un prudent Chi-
rurgien n'ira pas fi vite. Il ne faut pas qu'il ait re-
cours à l'opération avant que d'avoir tenté des re-
mèdes plus, doux , Se il n'eft pas impoffible dans
les commencemens de fondre cette chair >• ce que
j'ai vu réuflïr avec un emplâtre porté long-tems ÔC
foutenu d'un fufpenfoir ; je prenois de l'emplâtre
de Diabotanum , du Divin , Se du Devigo , de
chacun égales parties que je faifois difloudre,
avec de l'huile de lis , Se dont je couvrois un mor-
ceau de cuir qui envelopoit le tefticule ,• je renou-
vellois cet emplâtre tous les huit jours , Se j'en ai
vu de bons effets. A l'égard des durerez qui ref-
tent à ces parties après une chaudepiffe qui fera
tombée fur les tefticules ; les remèdes externes Se
les cataplafmes dont ont a coutume de fe fervir ,
font réfoudre le plus fubtil de l'humeur y mais le
plus grofîîer dont les membranes du tefticule font
abreuvées s'y defféchant3 y forme une dureté qu'on
fond avec les trois emplâtres que j'ai dit , mêlez»
enfemble.
Si la tumeur au iieuxîe diminuer groffit , il faù5
Aa iiij
37^ "Des Opérations de Chirurgie ,
poftr lois en venir à l'opération : mais on ne doit
pas d'aboid fe déterminer à emporter le tefticule»
Je conleiile de ne jamais prendre ce parti que quand
il eft impoilible de le faire autrement , car les tefti-
cules font des parties fi précieofes pour la confer-
vation du genre humain, que nous fommes obligez
ufage des d'en avoir un foin finguher ; ôc pour cet effet on
cauceres. appliquera une traînée de cautères au fcrotum le
long de la tumeur , on procurera la chute des ef*
carres , enfuite ayant découvert la chair attachée
au tefticule , on tâchera de la confumer petit à pe-
tit par les remèdes que l'art enfeigne , ufant ou de
poudres , ou d'onguens çorrofifs , Ôc faifant tous les
jours tomber un nouvel elcarre , afin de manger la
tumeur , ôc d'en dégager le tefticule , qui par ce
moyen pourra être confervé. J'ai vu des perfonnes
guénes par cette pratique , mais cette chair étoir
pref que inf enfible , & en la confumant les remèdes
raifoient très-peu de douleur au malade : j'en ai
rencontré auffi dont la chair étant plus folide ÔC
plus vive , caufoit une fi grande douleur au patient,
qu'on ne pouvoit employer aucun remède corrofif,
ôc alors il en falloir venir à l'amputation, Lorfqu'on
De Pampu.ne peut pas l'éviter , ôc qu'il faut avoir recours à
ïcfti°çule5?S cet extreme temede , l'ouverture ayant été faite
par les cautères , on fépare le tefticule des meirw
branes communes , Ôc après l'avoir tiré du fero^
tum , on fait une ligature aux vaiffaux fperma-
tiques avec un fil Q. Ôc on les coupe avec les ci~
zeaux R. un demi doigt au defibus de l'endroit lié i
anciennement le Chirurgien cauterifoit avec un fec
chaud l'extrémité de ces conduits , comme font les
Maréchaux aux chevaux qu'ils coupent , ôc cela
pour éviter l'hémoragie : mais aujourd'hui on fe
contente d'une ligature qui eft moins cruelle ôc
qui fufEt pour arrêter le fang. On laiffe paiTer
hors de la plaie un grand bout de fil , pour reti-*
-fer l'efçarre des vaiflaux lorfcju'il viendra à. ton>*
Quatrième Démonstration, 577
ber , & on emplit de plumaceaux la place du tefti-
cuie retranché > on fait fupurer les membranes ,
on mondiiie la plaie , 8c enfuite on en procure la
cicatrice.
Je fçai que le Chirurgien a plutôt guéri le ma-
lade quand d'abord il a emporté 8c la chair 8c le
tefticule : je préfère pourtant de tenter la confond
ption de cette chair avant que de fe réfoudte a (ou
extirpation ; car il faut pour l'une 8c pour l'autre
faire l'ouverture avec les cautères ; &• on ne re-
tarde la féconde opération que de quelques jours ,
pendant lefquels les remèdes pourront trouver la
chair obéiffante , ce qui donnera au Chirurgien
l'avantage d'avoir guéri le malade en lui confer-»
vant le tefticule *, 8c en tout cas il aura fuivi la re-*
gle qui lui eft prefcrite par les plus grands Maîtres
qui eft d'éprouver les -remèdes doux avant que d'en
venir aux rudes,
E Varicocéle 8c le Cirfocéle font deux maîa-*- nu Varïco-
rdies comprifes fous le Kirfokéle, qui veut dire £ELE & DW
j.. . * . lrr 1 * ClRSOCELLE.
une dilatation cLgs vailiaux , tant de ceux que nous D'où vient
appelions fpermatiques , que de ceux dont le fcro-1*. "oraéldç
tum 8ç le dartos font parfumez. L 'ethnologie de cç
mot fe déduit de Kir fis , qui lignifie varice , 8c de
Kele : hernie. Les Auteurs Latins ont donné le nom
de Ramex à cette maladie.
Il y a deux fortes de cirfocéle , l'un quand les
veines du fcrotum 8c du dartos font dilatées 3 alors
on l'appelle varicocéle , 8c l'autre quand la dilata-
tion eft aux vailïaux fpermatiques 3 ce qu'on nom-
me cirfocéle.
La vue feule fait connoître le varicocéle yfans
qu'il foit befoin d'y toucher , on apperçoit des vaif.
faux gros 8c tortueux qui rampent fur le fcrotum
en forme de ceps de vigne , & qui font pleins d'un
fang épais 8c groflier , dont le cours ayant été rai-
lenti dans le§ veines du fcrotum ? a caufé durant I§
11% Des Ope'rations de Chirurgie ,
fçjour qu'y a fait cette humeur inceiïàmment aug-
mentée par de nouvelle qui l'a fuivie y une dilata-
tion confîdérable des tuniques de ces tuyaux , en
quoi confîfte ce que nous nommons varices.
C'eft l'attouchement qui manifefte le cirfocéle %
on fent les vaifTaux attachez à la partie fupérieure
du tefticule durs §c gros comme les vers de terre %
dont ils ont la forme ordinaire , étant tortueux
comme quand ces vers fe racourciflent j c'eft la
même caufe qu'au varicocéle5 c'eft-à-dire , un fang
gluant ôc compacte qui a de la peine à remonter
pour fe remêler à la mafTe.
Caufes de je ^s avec tous \cs Auteurs que ces maladies,
font caufées par ' la groffiereté du fang * mais il y
faut ajouter deux dif pofitions qui dépendent de la
mécanique ôc de la ftiu&ure de ces parties. La pre^
miere , c'eft que le fang porté dans les vaifTaux du
ferotum n'ayant en lui-même aucun mouvement
qui le faffe avancer , il y doit féjpurner jufqu'à ce
qu'il foit contraint d'en fortir par l'avion de quel-
que organe ;. la féconde c'eft que n'y ayant ni mus-
cles ni membranes qui puiftent preffer les canaux
pour obliger le fang à continuer fa route , la portion
de cette humeur qui n'a pas pu remonter ôc celle
qui aborde de nouveau , contraignent par leur fé-
jour les tuniques de ces mêmes conduits
Ôc l'autre la preflion des mufeies ôc des membranes*
Ce dernier fecours manque ici , il n'y a donc qu§
le premier qui puifTe produire ce mouvement ,
ôc fouvent il n'eft pas aflfez fort pour obliger le
fang de continuer fa route > ce qui contribue à
ces maladies , principalement quand le fang eft
trop épais,
£n vous difànt que ces maladies étoient des di»
Quairie'me Démonstration. 379
lacations des vainaux du tefticule ôc du fcrorum , ns n'arrî-
ou du dartos , j'ai entendu parler des veines feu- v™1 qu'au»
i ii • veines,
leraent , car elles ne viennent jamais aux artères :
fi une artère fe dilatoit a ce feroit une anévrifrne ,
& il y auroit pulfation, mais ici c'eft toujours l'en-
gorgement des veines qui fait le varicocéle ', Ôç
le cirfocéle.
Ces maladies ne font point une extrême dou-r
leur , elles font fupportables , ôc elles ne caufent
qu'une pefanteur ôc une inquiétude qui chagrinent
ceux qui en font affligez , Ôc qui leur font avoir
recours au Chirurgien. Elles font plus ordinaires
aux gens replets ôc fanguins 3 ôc le plus fouvent à
ceux qui vivent dans la continence , ôç rarement
à ceux qui ufent des plaifirs du mariage.
La cure n'en eftpas ailée.: on peut la tenter au
varicocéle , mais elle n'eft pas heureufe dans le
cirfocéle , c'eft pourquoi le Chirurgien ne doit pas
témérairement en promettre la guérifon.
Si c'eft un varicocéle , il faut commencer par Préparario*
ordonner plufieurs faignées pour defemplir les *■ mala^ç*
vaifTaux , & faire ohferver un régime de vivre
exact , pour éviter la plénitude , puis mettre fur
Ja partie une groiTe comprefte trempée dans du vin
aftringent , Ôc par deiTus un fufpenfoir qui fou-
tienne ôc pretle ces parties pour faciliter au fanç
fon cours ordinaire. Les Anciens cautérifoient ces
veines en plufieurs endroits avec des cautères ac-
tuels ôc pointus j mais cette pratique trop cruelle
n'eft plus en ufage. C'eft avec bien plus de raifon
qu'aujourd'hui on les ouvre avec la pointe de la
lancette S. quand par les remèdes généraux , com-
me par le vin aftringent ôc Je fufpenfoir , le ma-
lade ne fe trouve point foulage : le Chirurgien ou-
vrira donc ces veines dans les endroits où elles font
le plus tuméfiées 5 il en fera dégorger tout le fang »
il fe fervira du même vin ôc du fufpenfoir , ôc paç
$e moyen il pourra parvenir à la guérifon en don-
3$o Des Opérations de Chirurgie 5
nant pafïâgeau nouveau fang pour continuer fa cir-
culation.
L'extirpa- Si c'eft un cirfocéle , tous les Auteurs convien-
fticuîe'UeftC*nent q}1 % n'y a qu'un feui moyen d'en guérir, qui
pire que le eft l'amputation du tefticule : je trouve le remède-
ma " pire que le mal , c'eft ce qui a fait que je ne m'en
luis jamais fervi. Je confeilie pour lors de fe faire
faigner de tems en tems , de ne point trop man-
ger , de ne pas faire d'exercice violent 3 & de por-
ter toujours un fufpenfoir qui épargne la douleur
que cauferoit le teliîcule s'il n'était pas foutenu >
& à moins qu'on n'y ioic obligé par une néceflitc
indifpenfable , on rie doint point propofer la gué-
rifon de cette maladie aux dépens d'un tefticule ,
puifque d'ailleurs on la peut rendre fapportable.
par le moyen que je viens de dire.
de i*heiu Y A cinquième Se dernière efpece de maladies
NIE HUMO- h \ r o v • 1
^ï.e, J~-> qui arrivent au ferotum , oc a qui on a don-
né le nom de hernie par reifemblance , eft l'hernie
humorale > ainU appellée 3 parce qu'elle eft faite,
d'humeurs qui fe jettent dans cette poche.
Définition, La hernie humorale eft donc un dépôt d'hu-
meurs qui fe fait peu à peu dans le ferotum , de-
forte que c'eft proprement un abfcés qui fe pro-
duit dans cet endroit..
Caiifes. Quand un corps eft cacochyme > &c que par la
corruption du fang il y a difpolîtion à abcès , le
dépôt fe peut faire au ferotum comme pair tout ail-
leurs; mais ordinairement cet abfcès eft déterminé
à telle ou telle partie par une caufe primitive com-
me ici un coup ou une chute qui aura froilTé ou
meurtri le ferotum , ou fi après la ponction faite &
une hydrocéle , on n'a pas porté un fufpenfoir y
ou qu'on ait fait un exercice violent , il en pour-
ra arriver une fluxion fur cette partie qui abfcé-
dera enfuite > comme je l'ai obfervé a un maître.
d'Hôtel de la. Reine i de quoi on Youiok imputée
' Qu atriî'me Démonstration. $8î
la faute au Chirurgien qui en avoit fait la ponc-
tion quoiqu'il l'eût très-bien faite. Une chaude-
' pifle mal panfée , &: qui fera tombée fur le tefti-
cule , y peut faire un abfcès , & plufieurs autres
accidens font capables de faire naître ce mal.
Les humeurs qui fe jettent dans le ferotum ne
font jamais en petite quantité , tant à caufe de fa
fituarion baffe , que parce qu'il eft capable de les
recevoir 3c de les contenir.
On connoît cette maladie par la aimeur & par signes»
la tenfiondesbourfes, parla douleur & par la
rougeur qui y lui* viennent , & par la fièvre qui
l'accompagne , ce qui engage le Chirurgien à
avoir promptement recours aux remèdes généraux
Se particuliers.
La faignée ne doit point être épargnée dans Préparation
cette occaiion , le régime de vivre doit être léger , u ma a e° ■
ne prenant de la nourriture que pour ne pas mou-
rir de faim ; il faut tenir le ventre libre par des
clyfteres doux & anodins , ôc fur-tout être cou-
.ché , afin de ne pas procurer aux humeurs un
moyen de tomber encore fur la partie affligée.
Le Chirurgien tentera la réfoîution par des re-
mèdes Se des cataplafmes chauds Ôc aftringens ap-
pliquez fur la partie : on les prépare avec les qua*
tre farines , les poudres de rofes 9 de camomille ,
de melilot , d'écorces de grenades , & la terre cy-
molée , le tout cuit avec l'hydromel & la leflïvô
de farment j ils doivent être renouveliez fouvent >
parce que les nouveaux font plus d'effet , &c par-
ce que cette maladie eft prefïante. Si après I'u-
fage de ces remèdes il ne voit point de diminua
tion > & qu'au contraire il s'apperçoive de queb-
que difpolition à la gangrené qui attaque bien vi-
te cette partie > il ne faut point qu'il en diffère
l'ouverture.
Qand la nécefîité prefTera il fera l'opération fur Opération,
le champ avealalancette a abfcès T. mais s'il la
$%% Dès Opérations dé Chirurgie;
peut retarder de deux ou trois heures , il faudra
qu'il applique une traînée de cautères fur laquelle
il fera Ion ouverture aptes qu'ils auront eu leur
effet* Cette manière eft préférable à la lancette *
parce que l'efcarre étant tombé , l'ouverture eft
plus grande , & on peut plus commodément por-
ter les remèdes convenables pour mondifier la
plaie , qu'il panfera enfuite avec des onguents vi-
vifians '6c balfamiques pour refifter a la pourriture
qui n'eft que trop fréquente aux abfcès de ces par-
ties , parce quelles font d'un tiMu fort lâche, Se
que les filtres qu'elles renferment peuvent recevoir
beaucoup d'humeurs. J'ai vu entr autres un ma-
lade où le ferotum & le dartos étoient ii gangrenez
qu'il tombèrent tous entiers , & les tefticules fu-
rent tous dépouillez de leurs membranes commu-
nes i ii guérit néanmoins par l'adretTe St les bons
foins du Chirurgien*
De ia r^la- a-v XJand le fcrotûm eft trop relâché , on appelle
Scrotum* U V*/ cette indifpofition Racofïîs dérivé du mot
Grec Racos , qui lignifie un morceau de linge u(é
ou mouillé, patee qu'en cet état le ferotum eft
tellement mince , allongé Se pendant , qu'il ref-
femble à du linge ufé Se mouillé ; mais ce mot de
Racofïîs eft pris en deux manières , ou pour la
maladie , ou pour l'opération qui y convient
Quand c'eft pour la maladie , il vient de Racos *
comme je vous ai dit j quand c'eft pour l'opéra-
tion , il eft dérivé de Roflein , qui fignifie couper ,
parce qu'elle confifte à couper du ferotum ce qui
en eft trop relâché.
On doit moins regarder ce relâchement comme
une maladie 9 que comme une infirmité a laquelle
on remédie en atTujettiiTant la perfonne à porter un
fufpenioir qui ne la fatigue point , Se qui ne l'em-
pêche pas de faire toutes les fonctions néceftakeS
à la vie.
Quatrième Démonstration. 3%
Cette relaxation vient d'une abondance d'hu- Caufe.
miditez qui abreuvenrcette partie Ôc qui la font
étendre plus qu'elle ne doit , comme il arrive à
une peau qui étant mouillée eft plus capable d'ex-
tendon que lorfqu'elle eft féche*
Les remèdes deflîcatifs Ôc aftringens convien- Médicament
tient à Ta guérifon \ tels font l'eau de chaux , le vin y^nnencT"
dans lequel on aura fait boiiillir de l'abfinthe , de .
la noix de galles ôc du cumin. Ces remèdes doivent
être préferez à l'opération , qu'on ne doit faire
qu'à ceux qui veulent en guérir promptement ôc
radicalement , ôc qui malgré tout ce qu'on leur
peut dire , font déterminez à la foufFrir.
Pour fe mettre en état de la faire, il faut comme
à toutes les autres opérations, difpofer fon appareil
qui coniifte en une paire de cifeaux , une aiguille
enfilée d'un fil ciré, quelques plumaceaux plats
couverts d'un aftringent , un emplâtre de cerufe ,
une compreffe ôc un fufpenfoir.
Avant l'opération on fera relever les tefticules Manier* d'©«
par un fervitettr -, puis tirant le fcrotum en enbas , pcrcr'
on coupera ce qu'on jugera de fuperfluavec ces ci-
feaux R. de la même façon qu'on coupe un mor-
ceau de drap qu'on trouve trop long -, enfuite avec
l'aiguille V. enfilée d'un fil ciré X. on joindra par
la future du pelletier les deux bords de la peau
coupée , ôc on mettra les plumaceaux fur cette fu-
ture, qu'on couvre de l'emplâtre Ôc delà comprefTe
ôc enfin du fufpenfoir.
Après l'opération on porte le malade dans le lit
qu'on lui fait garder pendant quelque tems ; on
panfera cette maladie comme une plaie fimple , ÔC
lors qu'on croira que laréiinion fera faite on ôtera
le fil , ôc après la parfaite guérifon on lui fera por-
ter encore le fufpenfoir pendant quelques mois.
Quoique cette opération foit peu pratiquée , elle ^ .[{ é
a néanmoins fon utilité lors qu'elle eft une fois fai-qU>on en rt*
tç> caries tefticules étant ainfi foutenus ôc ne pen-cite'
2$4 Eta Opérations de Chirurgie ,
dant point , ils ne tirent plus par leur propre poids
les vaiffaux fpermatiques , de ne caufent plus cette
inquiétude chagrinante qui défoie ceux qui ont
une telle incommodité*
?De ia Cas-Q I je vous ai parlé jufqu'à prefent de plufieurs^
t aation. Q opérations de Chirurgie , & fi je vous les ai dé^-
montrées , ce n'a été que pour vous inftruire des
moyens de les biens faire , 8c par leur fecours de
guérir une infinité de maladies qui les demandent*
Mais en vous entrenant aujourd'hui de la caftration,
a mon intention eft moins pour vous i'enfeigner que
Cette opé- , , , ,r or
ration de- pour vous détourner de la pratiquer, &: vous raire
vroit être voli: qu'une opération aulli pernicieufe au genre
défendue. , -1 v .f , . A ^ - . , &.
humain oc a 1 btat doit être aotolument bannie*
L'Auteur de la nature n'a pas voulu rendre les
êtres particuliers immortels par eux mêmes , mais
il a permis qu'ils Te perpétuaient en fe produisant
les uns les autres chacun dans (on efpece. Pour en-
tendre la manière dont fe fait la génération , il
faut fçavoir que de chaque animal il fe fait un é-
coulement d'une certaine matière , qui en fe joi-
gnant dans un lieu convenable , avec ce qui fe dé-
gage d'un animal d'un autre fexe, engerMre un troi-
îîéme animal qui tient de l'efpece des deux > 8c
de chaque plante il fe fépare une graine capable de
produire une plante femblable à celle dont elle a
été feparée. Ce qui fe détache de la femelle eft ap-
pelle un œuf, parce qu'il renferme en K petit un
animai que les corpufcules communiqués par le
mâle vivifient. C'eft un moyen uniforme dont
Dieu s'eft fervi pour former tout ce qui a vie ,
l'homme même n'étant pas excepté de cette règle
générale *, il y a cette feule différence que les ani-
maux volatiles , les poitlbns 8c les infectes couvent
l'œuf hors d'eux-mêmes , mais la femme &: les fe-
melles àcs autres animaux le couvent au dedans
d'elles-mêmes , défont qu'on peut dire que tous
les
Quatrïe'me Démonstration. $$\
fes erres viennent des œufs . donnant ce nom aux Les animaux-
graines, parce qu elles y ont un grand rapport ; mais ? les %hnrtcs
« Z r r • c \ r \ r * r ie produisent
tous ces œurs ieroient inféconds h la iemcnce mal- par des œufs.
culine n'étoit filtrée par les tefticules des mâles j li
donc on les ôre à l'homme, on rend les femmes ile-
riles , ëc amii on empêche la plus belle opération
de la nature * fçavoir la coniervacion perpétuelle
du genre humain par les reproductions fucceiîives.
Oeil pourquoi les Royaumes Ôc les Républiques
ont intérêt de s'oppofer à la caftration ; ceux à qui
on la fait (ont tous gens qui relient fort inutiles
étant incapables de faire fleurir les feiences , d'en-
tretenir le commerce , 6c de cultiver la terre ,
n'ayant aucune vigueur pour.foutenir les travaux $<
&c pour reiiiler aux ennemis*
On excuie les Turcs chez qui cette amputation Pourquoi k
eft en ufage. La pluralité des femmes qui leur eil pC?mife°chC2
permile par leur Loi , les engage d'avoir plufieursles ïurésî
domeftiqués pour les garder, ôc comme par la cha-
leur du climat les femmes de ce pays font fort a-
moureufes , & qu'au défaut du mari elles fatisfe-
roient leurs pallions avec les efclaves , ainli qu'il
eil arrivé très-fouvent , ils font châtrer ces encla-
ves avant qqf de les mettre avec leurs femmes , 8c
on les appelle pour lors Eunuques, à qui on coupe
dans ce tems-ci la verge 6c les tefticules, de crainte
qu'ils ne fe fervent de cette partie pour badiner
avec elles-.
Chez les Italiens là cailration eft auffi fort fré- Eft fréquent
quente, mais par un autre motif. Ils font tellement cc en lEaii^
amateurs de la Muiique, qu'aulîi-tôt qu'ils voyent
un enfant qui a de la difpofition à bien chanter 9
ils le font châtrer pour lui conferver la voix , fai-
fant ctzzc opération aux jeunes-gens dans un tems
où ils n'en prévoyent pas les confequences. Mais
par la fuite ils ont tout le loiiir de fe repentir de
l'avoir fouffert , comme je l'ai fouvent oiii-dire
aux Italiens de la Mufique du Roy , lefquels foni
Bb
$$6 Des Ope'rations de Chirurgie ,
au défefpoir , de fe voir pour le feul agrément de
la voix qui leur refte , dans un état d'imperfection
qui les (épare de la familiarité des autres , 6c les
expofe au mépris du beau fexe.
C'eft encore une erreur de croire que les châ-
trez foient exemts de certaines maladies , comme
de la goutte > de la ladrerie , ou de l'élephantiafis
vices des 8c de la mortfubite. L'expérience fait voir qu'avec
châtrez, j£S majaJies communes à tous les hommes , les
châtrez ont encore plusieurs défauts qui leur font
particuliers-, ils font puants, ils ont un teint jaune,
le vifageridé 8c la voix efféminée , ils font info-
ciables , dilîimulés , fourbes , 8c on ne leur voit
pratiquer aucune vertu humaine»
C'eft donc avec raifon que je condamne la ca-
ftration , Se que je ne prétends point vous faire
voir comment elle s'exécute. S'il y a des Chirur-
giens aflez barbares pour vouloir l'entreprendre >
je les envoyé aux Maréchaux 8c aux Chaudron-
niers qui la font aux chevaux 8c aux chiens , 8c
qui les en inftruiront mieux que moi , parce que
je ne l'ai point faite , ni n'ai jamais voulu la voir
Manière de faire. Je vous dirai feulement que s'il arrivoit que
faire la ca- ces parties fuiTent corrompues 8c quq^a perfonne
«ration. rA , . L i» .7 • \
ne put guérir autrement que par 1 extirpation , il
faudroit après avoir ouvert les membranes du fero-
tum , fans offenfer les vaiflaux fpermatiques ni leuf
guaine > lier ces vaiffaux environ un doigt audefîus
de ce qu'on veut retrancher, 8c après i'incifion bif-
fer pendre un bout de fil au dehors de la plaie , afin
qu'ils ne puiftent pas répandre du fang dans le ven-
tre après y avoir été remis, 8c qu'on ait la liberté de
retirer la'portion que la nature féparera: traitant au
refte cette plaie avec les digeftifs , les défenfifs >
Tembtocation, 8c fefervant de compreffes 8c du fuf-
penfoir fansoublier les remèdes généraux, pourévi-
ter là fluxion qui ne manquerait pas de s'y faire (a).
(a) M. Dîonis , qui femble d'abord condamner en
général la caftration , convient cependant ici qu'il faut
Qu À t k i è'm e D e'm onstràtion. 387
^T avoir recours lorfque le tefticule eft corrompu. Eri
effet, fi Ton a lieu de blâmer les nations & les perfon?
nés qui ôtrot fans néceflïtc à l'homme une partie , pa*
le moyen de laquelle il fe peut procurer une efpece
d'immortalité > on doit louer au contraire les Chirur-
giens, qui parle lecours de cette opération guériflent
clés maladies fouvent dangereufes, prefques toujours
incurables > & qui empêchent l'ufagç de la partie qu'on
jreti anche.
Ce qui oblige le plus fouvent de faire l'opération de
îa caftration T c'eft le gonflement & l'obftru&ion du
ciflu vafculaire qui compofe la mafle du tefticule.
Les coups , les chutes , une forte compreflîon de cet-
te partie, la rétention de la matière féminale dans les
hommes extrêmement fages , un dépôt d'humeurs qui Ce
forme après la fupreftion de l'écoulement d'une chaude-
pifle , & qu'on nomme improprement chaudepùTe tom-
bée dans les bourfes , font autant de caufes différente*
de cette maladie, qu'on pourroit appeller fpermato-
cele. L'inflammation , la tenfïon * une douleur qui fe
continue prefque toujours le long du cordon jufques
dans le ventre , & la fièvre , fimptome de la douleur j en
font les fuîtes ordinaires»
Des cataplafmes anodins appliqués fur la tumeur a
les faignées du bras réitérées , une diète exadte & hu-
mectante , & les lavemens émolliens font les remèdes
qu'il faut employer d'abord pour la guérir. S'ils font
cefier la douleur , & s'ils diminuent la tenfion , il faut:
joindre au cltaplafme anodin les émolliens. Quelque
tems après on employera les repercuffifs convenables
feuls. Enfin fi le tefticule fe trouve encore un peu dur
gonflé , on fera fur la partie de petites frictions d'on-
guent mercuriel , & on y appliquera l'emplâtre de
£)evigo ctirft merctorio qtiâdritplicato , ou celui que propo-
se l'Auteur en parlant du farcocele. Cependant on fe*
ra prendre intérieurement au malade des delayans des
apéritifs , des fbndans , & des purgatifs* Quand la ma-
ladie reiïfte à ces remèdes , il faut alots en venir à l'o-
pération. Car les liqueurs s'épaiiMent & fe confondent
avec les vaifîaux , deforte que le tefticule n'cft plus
iqu'un corps dur, fchirreuX ou carcinomateux , Se par
confequent incurable.
Les abfcès qui
Toutes les plaies du teiticule n'obligent pas toujours
à faire cette dangereufe opération , on en a traité fou-
vent avec fuccès lors même qu'une portion du tefticu-
îe a voit été emportée.
Lorlque le Chirurgien a reconnu la neceifité de l'ope-
ration, & qu'il a préparé le malade par les remèdes
généraux , il le place fur le bord d'un lit, il lui fait
tenir les bras & les jambes par quelques perfonnesj
il pince d un côté la peau du fcrotum , & la fait pin-
cer de Vautre , deforte qu'elle faîfe un plitranfverfal j il
prend fon biitouri , & fait au milieu de ce pli une in-
cifion qu'il étend haut & bas , c'eft-à-dire , depuis l'an-
neau jufqu'au bas du fcrotum , à la faveur d'une fon-
de crénelée introduite entre l'es membranes ; il décou-
vre ainfi la tumeur , fans toucher aux membranes pro-
pres du teiticule & du cordon j il dégage enfuitc le cor*
don & le tefticule des parties qui lés environnent , ce
qui fe fait , Toit en déchirant les membranes , foit en
les difîequant , il fait iufpendre le teiticule fans le ti-
rer ,- il paiTe autour du cordon & à quelque dîftance de
l'anneau plufieurs brins de fil de chanvre cirés & unis
enfemble , il fait d'abord deux nœuds {impies vis-à-
vis l'un de l'autre >■& enfuite celui du Chirurgien ; en-
fin il coupe le tefticule environ à un demi pouce de
diftance de la ligature. Si l'artère de la cloifon donne
du fang, il en fait la ligature avec du fil & une petite
aiguille courbe. Si le fcrotum fe trouve extrêmement
diftendu par le volume du tefticule , il en coupe une
partie. Il remplit la plaie de charpie brifte ou de pe-
tits lambeaux de linge ufé , il en environne le cordon ,
il couvre le tout de comprennes & d'un trouffe-bourfe ,
& le foutient avec un bandage appelle fpica de laine,
qui doit faire une médiocre compreflîon fur les os pu-
bis. Il prévient &r calme les accidens par les faignées ,
les lavemens émoliens & une diète exacte » il ne levé l'a-
pareilque deux ou trois jours après l'opération .• il pan-
fe la plaie avec des bourdonnets plats & mollets, dont
il Templit mollement tous les vuides, & qu'il couvre
de plumaceaux ; le tout doit être chargé d'un digeftif
Ample. On fait pendant les première jours une embro-
cation d'huile d'hypericum aux environs de la plaie &
fur le ventre. Dans la fuite on ne foutient i'apareil qu'a-
vec un fufpenfoir Quand on ne craint plus les acci-
dens, on traite la pi ie comme une plaie fïmple. Les
ligatures tombent ordinairement entre le huitième &
ledouxiéme jour de l'opération.
Quelques Praticiens, après avoir dégagé le cordon
Qu atri e'm e D e'm onstration. 3S9
des parties qui l'environnent } en font la ligature avant
que de dégager & de ieparer le teilieule des parties
voifines , & coupent l'anneau comme on le fait dans le
bubonocele.
Si le cordon fpermatique fe trouve plus sçros qu'à l'or-
dinaire , il faut examiner s'il n'eil point tombe dans fa
guaine quelque portion d'inteftin , comme cela eit quel*
qnefois arrivé ; car il faudroit en faire ia réduction a-
vant que de faire la ligature.
Il n'eil pas néceiîaire de palier le fil au travers du
cordon ', parce que route partie qui eit liée fe gonfle au-
defîus oc au-delîous deHa ligature, ce qui empêche le fil
de glufer & de tomber.
Dans cette opération , comme dans toutes les autres,
ou il eit néceîTaire que l'Operateur voye ce qu'il cou-
pe, il doit avoir beaucoup de petits lambeaux deiinr
ge pour etancher le fang.
Fig. XXIV. POUR LES OPERATIONS DE L'ANUS.
I9Q Des Opérations de Chirurgie,
De l'anus , ¥ 'Anus a Ces maladies autant 8c plus qu'aucune
& ce que 1 ^anrre partie du corps , parce qu'étant l'égout
des impuretés les plus groflîeres , 8c comme un
évier par où fortent toutes les immondices de la
cuifine f il doit être fouvent irrité 8c fujet à des
dépôts à raifon des matières acres qui font déter-
minées vers cet endroit. De ces maladies les unes
fe guérirfent par remèdes , fait univerfels , foit par-
ticuliers y 8c les autres par l'opération de la main ,
c'eil de ces dernière* dont je vais vous parler > 8c
en même-tems vous montrer les opérations qu'elles
iï demande demandent , & que je réduits à cinq ; fçavoir , la
cinq opéra, . ' 1 A ... "Z? . '
tions. première de percer I anus quand il eit clos , la fé-
conde de remettre le boyau quand il eft tombé *
la troifiéme , de guérir les condilomes , crêtes 5
ragades , 6c fungus qui furviennent à cette partie ,
ia quatrième de traiter les hémorroïdes \ 8c la çin*
quiéme d ouvrir les fiftules de l'anus,
Caufes de la /^\ Uelques Auteurs difent que le fondement
rQ
çiôcure de \^/ peut être clos en deux manières , ou naturels
lement quand l'enfant vient au monde fans y avoir
d'ouverture , ou accidentellement , quand par né-*
gligence on aura laiflfé les bords ulcérez de cette
partie fe coller 8c fe cicatrifer enfemble. l'ai yô
des enfans avoir en naiffant le fondement clos ,
mais je n'en ai point trouvé à qui il fe fut fermé
par accident^ 8c même je le crois impoflîble , par
ce que les gros excrémens qui fortent par là tous
les jours l'obligeant de s'ouvrir pour leur livrer
paiTage , ne donneroient pas le tems aux côtés
de l'ulcère qui s'y feroit formé , de fe joindre en-
femble , c'eft pourquoi regardant cette efpece de
clôture comme imaginaire , je ne vous parlerai
que de celle qui eft naturelle.
On ne s'apperçoit point ordinairement le pre-
mier jour de la nanlance > que l'enfant ait ce 44«
Q.U A T R I e'm E D e'm ONSTRATION. 39I
faut , mais le deuxième ou le troifiéme , quand il
ne fe falit point , on en doit chercher la caufe : il
faut que le Chirurgien y remédie auiïi-tôt qu'on
s'en eft apperçù , parce que l'enfant périrait , fi on
ne donnoit promptement ifïue aux excrémens rete-
nus : les mêmes excrémens facilitent quelquefois
l'opération •> car en pouffant la membrane qui leur
fert de barrière* ils découvrent l'endroit où on doit
en faire l'ouverture. Si cette membrane eft mince
on la perce aifément > mais fi elle eft épaifTe de for- Man\ere &
te , comme je 1 ai vu dans un iujet ou la marque
de l'anus ne paroiiloit prefque point , on a plus de
peine à y faire le trou néceflfaire. On peut pour
cela fe fervir de la lancette A. ou du biftouri B. ÔC
Tenfoncer jufqu a ce qu'on voie fortir une matière
noire appellée meeconium , que les enfans rendent
immédiatement après leur naiiTance. Cette ouver-
ture fe fera par deux incitions qui s'entrecroiferont
où doit être le lieu de l'ouverture du fondement ,
ce qui la difpofera davantage à prendre la figure
ronde de l'anus , que fi on n avoit fait qu'une (im-
pie incifion en long. Après qu'on aura donné à Pan fêlent
l'enfant le tems de le vuider , on mettra une tente
de charpie C. enduite d'un j'aune d'oeuf battu avec
un peu d'huile ; on doit proportionner la groiTeur
& la dureté de la tente , enforte qu'elle ne puiflTe
faire que peu de douleur , 3c qu'elle laiffe la li-
berté à de nouveaux excrémens de la pouffer de-
hors , en cas qu'il y en eût à fortir , puis on appli-
quera le plumaceau D. ôc l'emplâtre E* enluite
la comprefle F. ÔC par deftus l'autre comprefle G.
le tout étant retenu par la bande figurée en T* mar-
quée H.
Il eft inutile de fe fervir d'une tente canule e
comme on ferait dans d'autres ouvertures , parce
qu'on ne doit point appréhender ici que la réu-
nion fe fafTe. Si le premier jour on n'a voit pas
fait l'ouverture affez ample , ni de la figure qu'el-
Bbiiij
$9i Des Opérations de Chirurgie 5
le doit être , il faudrok la réformer le lendemain*
or? °œSifle ^ POUL perfectionner cette opération 3 on débris
cette opéra- deroit par le moyen de la pointe du biftouri cha-
eion. qUe pjj ^e |a circonférence de l'anus , en décou-
pant en forme de rofette la membmne qui en fai~.
foit la clôture > afin qu'il ne reftât rien qui pût-
dans la fuite l'empêcher de s'ouvrir autant que ies
gros excrémens le demanderoient pour fortir 9 8c
de fe fermer exactement après leur fortie.
Cette opération n'a pas befoin qu'on en prépare
{.'appareil l'appareil avant que de la faire , parce qu'en pre-
mier, lieu on perdroit des momens qu'il faut em-
ployer à foulager l'enfant qui fouffre , 8c que le
tems qui fe parlé nécessairement entre l'opération
8c le panfement pour donner moyen à l'enfant
de vuider le meeconium & les excrémens retenus 9
e£t fufïifant pour cette préparation.
réduction /^~> Et inteftin tombe quelquefois , & fe pouffe
*£ctumY.AU ^^ en dehors aux enfans quand on les a laines
trop crier 9 8c aux adultes qui fe feront efforcés en
différentes occalîons : il (e retourne pour lors,
comme on feroit un doigt de gand , & il fort plus
Qfl moins félon les efforts qu'on a fait : je l'ai va
fortir de la longueur d'un demi pied s & de la
groileur du bras. Cet accident arrive a ceux qui
ont une pierre dans la veine , par des efforts qu'ils
font pour piffer ; 8c fouvent durant l'opération de
la pierre , non-feulement ce boyau pouffe' au de-
hors avec violence les excrémens qu'il contenoit ,
mais encore il fort lui-même , y étant excité par
les douleurs qu'on fouffre dans cette opération $
ce qui ne doit point empêcher l'Opérateur de con-
tinuer fon chemin -, car après que la pierre eft re-
tirée , il remet facilement l'inteftin dans fa place»
eaufe de la Les épreintes caufées par diûenterie font fouvent
fortie du fortir ce boyau , 8c d'autrefois il tombe au dehors
par les rudes douleurs d'un accouchement laho-s.
Qu atri e'm e D e'm onstration, 393
rieux : on ajoute aux efforts extraordinaires , pour
caufe de ce mal la foibleiTe ou la paralifie des
mufcles releveurs de l'anus > ou bien l'exceiîive
abondance des humidités qui abreuvent ces par-
ties.
Un Chirurgien ne fe peut pas méprendre fur
cette maladie , puifque le premier coup d'œil la
fait reconnoître i ainii fans perdre de tems à quel-
tionner le malade ou les ailiftans fur ce qui peut
en être la caufe , il faut qu'il fe mette en état
de faire la réduction au plutôt , &c pour œt effet
il ne s'embarrafïera point de difpofer l'appareil qu'il
n'ait remis le boyau dans fa place. S'il peut avoir
promptement du vin chaud, il en badinera le
boyau forti avec un linge ou une éponge , puis le
comprimant doucement avec fes doigts , Se le
repoufTant il le fera rentrer , ce qui s'accomplit
quelquefois avec afTez de facilité. Ceux qui font
fajets à cette chute , en peuvent faire eux-mêmes
la réduction y comme ceux qui ont des defeenres
fe les réduifent fouvent avec mains de peine que
ne feroit un autre. Il y a des enfans qui par leurs
cris continuels en rendent la réduction plus diffi-
cile , auquel cas on prendra le tems que. l'inteftin
fe retreilit par un mouvement vermiculaire qui
lui eft propre ; car les efforts feroient inutiles , &± .
on le repouflfoit dans le tems qu'il groilit par fon
mouvement périftaltique.
La plus grande difficulté de cette opération n'ett
pas de remettre le boyau c'eft de le retenir en fa
place quand il eft remis ; pour y parvenir on met
fur l'anus auflitôt que la réduction eft achevée ,
une comprelfe qu'on fait tenir par quelqu'un pen^
dant qu'on prépare l'appareil , de crainte que le
boyau ne reiîorte durant ce tems-là.
L'appareil ne confiite qu'en deux cempreffes fort De I'app^
épailfes , dont l'une eft longitudinale F. pour la pia- rci ■
cet entre les deux ferles ? §ç l'autre quarrée ? G*,
5^4 D£S Opérations de Chirurgie »
pour appuyer fur l'anus avec un bandage en T. mar-
qué H. dont le chef pendant eft fendu en deux
pour les paffer à coté des bourfes > 6c les attacher
au circulaire qui tourne autour du corps» On trem-
pe les comprefles dans un vin aftringent fait avec
t'abfinthe , la noix de galles , l'écorce de grenades y
Falum , de les fruits verds du bois de gayac , le tout
bouilli dans du vin rouge. Il faut avoir de ce vin
tout prêt , parce que fi le boyau retomhoit , au
moment qu'on va à la felle , il faudroit avant que
de le réduire , le bafliner avec ce vin > qu'on fait
chauffer toutes les fois qu'on s'en veut fervir. Ce
remède eft excellent pour guérir ces chutes du
re&um , car en même tems que par fon aftticUon
il reflerre les fibres du boyau , par fa chaleur il en
fortifie les mufcles releveurs.
jyivttB ex- Ce qu'il y a de plus embarralïànt dans ces fortes
fmpècherh^ maladies , c'eft que toutes les fois qu'on fe pré-
leçhutc fente au fiege le boyau retombe , ou bien il eft prêt
à tomber ; pour l'éviter on ordonne que lemalade
foit aftis entre deux ais fort étroits., qui ferrant les
ferles empêcheront le boyau de fortir ,* il faut qu'il
ait les jambes étendues , ôc qu'il s'éforce le moins
qu'il eft polïible pour fe décharger des excrémeas*
On peut aufli faire à un ais un trou de la grandeur
d'une pièce de trente fols , 6c mettre au tour de ce
trou un petit bourlet , qui comprenant la circon-
férence de l'anus l'empêchera de tomber pendant
que le malade va à la felle : fi c'étoit un enfant , fa
mère ou celle qui a foin de lui , mettant deux de
ks doigts à côté de l'anus quand les excrémens s'é-
vacuent , préviendra la fréquente fortie de ce
boyau : & enfin toutes les fois qu'il fort, il faut le
bafliner avec le vin décrit ci-deiîus , puis le réta-
blir , & maintenir toujours deflus avec le banda-
ge une comprefle trempée dans le même vin , ce
qui l'accoutumera à relier dans fa place > comme
je l'ai vu arriver plusieurs fois.
Qu atri e'm e D e?m onstration. 395
Il y a eu des Auteurs allez cruels pour confeil- Abus dc
Jer d'appliquer tour autour de l'anus plufieurs eau- Cautères,
teres a&ueis à pointe d'olive rougis au feu , pour
cauterifer la circonférence de cette partie , ils pré-
rendent par ce moyen confumer l'humidité qui en
relâche les mufcles releveurs , ôc efperent que les
cicatrices qui en relieront , reiîerrant l'anus l'em^
pécheront de tomber. Je n'ai jamais vu pratiquer
cette opération , &c je crois que fi un Chirurgien
la vouloir mettre en ufage , il ne trouveroit per-
fonne qui ne s'y opposât , & avec juftice , puis-
qu'on peur guérir ces maladies fans fe fervir du
fer ardent qui fait horreur à ceux mçme qui en
entendent parler.
Le fleur Blegny qui ne manquoit pas d'inven- jayenùon
tions , vouloit qu'on retint le boyau dans fa place de Bkg»y«
avec le jabot d'un coq-d'inde , lequel on foufloic
pour le faire enfler après qu'on l'avoir introduit
dans l'anus , ce qui empêchoit bien que le boyau
ne defeendit j mais comme il faut ôter cette ma-
chine & la remettre toutes les fois que le malade
veut aller à la felle , & que c'eil dans de telles oc-
casions que le boyau retombe , je la crois de peu
d'utilité & très-incommode à s'en fervir 3 d'autant
plus que lescomprefles 8c le bandage font le même
effet y Ôç ne font pas fi embaraflans,
CE mot de Condilome eft dérivé de Kondylos , des Cakdis
qui fignifie joinrure , il a été donné par ref- L0MES» c*^
femblance , à caufe que les petites tumeurs qui DES & jUN^
font les condilomes , (ont femblables aux tumeurs Gus*
que font les jointures.
Le condilome eft un tubercule ou éminence c»uf« 6 Des Opérations de Chirurgie»
où on obferve quelquefois de l'inflammation ôc
de la douleur , Ôc toujours de la dureté qu'il faut
Eemedes. ramollir par médicamens doux , rafraichilfans ÔC
émolliens : on en a vu qui cédoient à ces remèdes,.
ôc qu'on a guéris fans être obligé d'en venir à l'o-
pération. Mais quand les remèdes généraux ôc par-
ticuliers n'ont pas réuiîi , la main y doit prêter fe-
eours.
Manière d'o- On ne peut pas marquer précifement la manière
pçrer. je £^re l'opération 5 parce qu'elle dépend de la
figure du condilome > s'il a la bafe étroite , il le
faut lier avec du iil de lin ou de la foye , Ôc l'ayant
bien ferré à divers reprifes on attendra qu'il tombe
de lui-même ; Si la bafe étoi: trop large pour fouf-
frir la. ligature , il la faudroit couper avec des ci-
féaux la tenant ferme par des pincettes > ~ôC on
l'emporteroit ainfi tout d'un coup. Mais (i les çi-
feaux n'y convenoient point , parce qu'il n'auroit
pas une figure commode pour cela , ou qu'il feroit
trop dur, on fe ferviroit du biilouri K. avec lequel
on le couperoit très-proche de la racine , ôc s'il
en fortoit beaucoup de fang , ce qui efl prefque
ordinaire à caufe de la quantité de veines qui ar-
rofent l'anus, on l'arrêtera avec les poudres aftrin-
gentes , Ôc enfuite on panfera la plaie par des re-
mèdes mondifians pour détruire ôc confumer les.
racines , ôc par des deiliçatifs pour en obtenir la
cicatrifation.
. Des crêtes \[ furvient au tour du fondement des éxcroif-
qui viennent r , 11 J *■ > 11 r
en cette par- lances qu on appelle des crêtes - parce qu elles rei-
*ie* femblent à des crêtes de coq. Il eft rare qu'on n'en
n remarque qu'une à la fois , il y en a d'ordinaire
plufieurs enfemble qui bordent l'anus. Quand ces
fortes de crêtes font petites ôc, qu'elles n'incommo-
dent point, je confeillerois de les lai(Ter ôc de n'y
point toucher ,• mais lorfqu'elles croilfent trop ôc
qu'elles embarraffent , il faut s'en défaire, ôc c'eft
toujours par l'opération qu'on y parvient j elle fe
Q.U ATR Ie'meDe'mON STRATION. 397
fait par ligature > ou par cautérifation f ou par
amputation.
Des trois manières, la dernière eft la meilleure, uûlkê de
parce qu elle eft la plus prompte Ôc la plus (Cire : le 1,aœpw«"»«
Chirurgien prendra de la main droite une paire de
cifeaux I. Ôc de l'autre il tiendra une crête qu'il
coupera proche de l'anus , les emportant toutes de
même les unes après les autres j & dès qu'il aura
lailîé couler une poëlette de fang pour dégorger
la partie, il répandra des poudres aftringentes pour
arrêter cet écoulement. Dans la fuite il panfera
toutes ces petites plaies avec des remèdes qui les
puifïent cicatrifer au plutôt,
Les ragades font des lcifïures j gerfures ou cre- def esRaSâ*
vafTes qui paroifïent à l'anus» Ce mot de ragade
vient du verbe grec ri&ein , qui veut dire couper , ♦
parce que l'anus eft tout entrecoupé de ces fortes
de fentes qui font de petits ulcères longs qui in-
commodent beaucoup , particulièrement quand
l'anus eft forcé de s'ouvrir pour la fortie des excré^
mens. L'acreté des humeurs & la dureté des excré-
mens font les caufes de ces maladies , qui dans
leur commencement font guéries avec les remèdes
deflîcatirs , comme eft l'eau vulnéraire , mais en
vieilli iîànt , elles deviennent dures & calleufes ,
ôc alors il faut confuraer la callofité pour en efpé-
rer la guérifon.
Il y a deux moyens doter la callofité -, Tune eft néuxmoïens
ié cauftique , ôc 1 autre le fer. Il y a des Praticiens de
qui fe fervent d'onguens corrofifs ôc mordicans ,
les autres préfèrent le biftouri K> avec lequel ils re-
nouvellent ôc rafraichiftent ces fortes d'ulcères.
Pour moi je fuis d'avis d'emploïer ces deux moïens$
de commencer par le biftouri avec lequel on cou-
pera les callofitez en piulieurs endroits * Ôc d'en
venir enfuite à des onguents moins corrofifs , que
fi on. s'étoit fervi d'abord de ces fortes de remè-
des. Par la on achevé de confumer ces durerez avec
ter.
598 Dés Ôfê'ràtions de Chirurgie ,
moins de douleur, peu à peu on deiTéche la partie*
Se avec des drogues convenables on procure la
cicatrice des plaies qu'on a faites ou renouvellées*
Il arrive encore à l'anus une excroiflfance de
chair , à qui on donne le nom de fie , de far corne y
& de fungus ou de champignon , c'eft ce que le
Du fie , ou vulgaire appelle mal de S. Fiacre. Cette carnofité
Nacrer aint s'engendre de croît de la même façon que ces cham-
pignons qu'on voit aux chênes , il en vient aufïi au
col de la matrice 3 8c enplufîeurs autres parties du
corps , mais celles de l'anus font plus difficiles à
guérir , parce qu'à raifon de fa (ituation , les hu^
meurs s'y portent en plus grande quantité > ce qui
fait qu'il en fort une lanie très-puante.
Gara L'opération confifte à extirper ce fungus , qui
par fucceflion de tems venant à croître , incom-
moderoit de plus en plus le malade^ On prépare le
corps par des remèdes généraux, comme ia faignée
ôc la purgation , puis avec le biftouri K. on coupe
le fungus tout proche fa racine , enfuite de quoi
on appliquera fur la plaie l'huile de vitriol tempé-
rée , les poudres de fabine verru-
cales s celles qui font dures & pleines d'un fang
adulte & mélancolique •> & veflicaîes , celles qui
font formées d'une humeur crue & pituiteufe. Ces
noms leur font donnez parce qu'elles reflèrnbient
à un grain de raifin , à une meure , à une verrue 5
&: à une veflie.
Les Anciens ont établis plufieurs autres diffe- opinion des
rences entre les hémorroïdes. Ils en font d'inter- Anciens,
nés 8c d'externes , dilant que les unes viennent de
la veine-cave , les autres de la veine-porte ,- que
celles-là vuident un fang plus pur , 3c celles-ci un
fang plus groflier j que celles qui procèdent de la
jfpo Des Opérations de Chirurgie ■
veine-cave déchargent les plétcgiques, & que cel-
les de la veine-porte purgent la cacochimie. Mais
la circulation du fang nous apprend que ces veines
n'apportent rien à l'anus , 8c qu'elles ne font au-
contraire que reporter dans la veiné-cave le fang
qui a été envoyé par les artères -, ainii toutes ces
veines ne font remplies que d'un même fang , qui
ayant de la peine à remonter ôc féjournant dans ces
vailïaux, les dilate peu à peu 8c forme les tumeurs
qu'on appelle hémorroïdes.
Dei'orgine ^n a a^gné plulieurscaufes aux hémorroïdes 3
de ces maux, & on y a fait beaucoup de raifonnemens inutiles :
mais ians nous embarafter de ce que les Anciens
nous en ont dit , il n'y a qu'a examiner la mécani-
que de la partie pour s'inftruire de la véritable ma-
nière dont les hémorroïdes (e produifent.
Èxplîcatîon Dans mon Anatomie j'ai fait voir que les artères
^t[^r for" hemorroïdales jettoient plus débranches au rec-
tum qu'il n'en falloir pour le nourrir , qu'un grand
nombre de ces artenoles finiiïoient aux glandes
dont il eft parfemé , que ces glandes féparoient Se
filtroient une partie des impuretez du fang 3 le£.
quelles étoient verfées par les vaifîaux excrétoires
de ces filtres dans le rectum , 8c que cette multi-
tude de conduits étoit néceifaire pour purifier 1g.
fang; J'ay ajouté que nous payons bien cher ce
fervice par les hémorroïdes qui en proviennent-, 8c
de fait la lymphe la plus déliée (e réparant du lang
quand il paiTe des artères hemorroïdales dans les
veines du même nom , il doit êcre plus épais 8c
plus pefant lorfqif il eft dans ces Veines , 8c par-
conféquenc il ne peut remonter que difficilement,
d'autant plus qu'il n'y a ni mufclès, ni aucune par-
tie qui puifTe lui aider à s'avancer vers les gros
troncs , parce que le re&um eft dans un bafîin of-
feux où ce liquide ne fouffre aucune eompreiîion
qui favorife fon cours > ainfi que font les mufcles
au fang qui eft obligé de remonter des ext rémitez •>
8c
Q_u atrie'me De'monstrationj 401
£c cette Humeur ne peut monter que iorfque les
veines hémorroïdales en étant extrêmement rem-
plies par les artères qui leurs en fourniiTent incef-
fam nient , fe déchargent dans des veines fupéneu-
res qui ont plus de facilité de fe vuider. Les efforts
qu'on fait par quelque eaufe que ce puifTe être »
8c particulièrement pour pouffer iés excrémens au
dehors , contribuent beaucoup à la production des
hémorroïdes , parce qu'au lieu d'aider le retour
du fané 5 ils le poiulent vers l'anus où étant obligé
de féjourner dans les veines hémorroïdaies comme
dans un fac 5 il les force de s'étendre 8c de caufer
cette cruelle maladie dont prefque perfonne n'eft
exempt.
Les hémorroïdes font faciles à connoîtrè, oa n'a teurs diffe.
eju'à y porter les doigts , ou y jetter les yeux pour"nces fcnrià
appercevoir dans la circonférence de l'anus , des
tumeurs de différente groffeur. Il y en a de grofles ,'
comme des noizectes , d'autres comme des noix »
8c d'autres comme de petits œufs >• leurs couleurs
varient félon la longueur du tems que le fang y à
féjourné. Ce font des externes dont je parle, je
n'en connois point d'autres •, car pour des internes
je n'en ai jamais vu , 8c même je ne conçois pas
comment il s'y en pourroit former. Je fçai feule-
ment que pluiieurs appellent hémorroïdes internes s *;
d'autres forces de maladies qui arrivent au redtum*
La guérifon des hémorroïdes eft très-difficile ^e leurcUîeft
pour né pas dire impoilible-. Les Auteurs nous pro-
pofent deux fortes de guérifon *, fçavoir la pallia-
tive 8c l'éradicative. Je confeillerai toujours a un
Chirurgien de les traiter palliativement , n'étant
gueres dans le pouvoir de la Médecine 8c de la
Chirurgie de les guérir radicalement;
Avant que de rien entreprendre , il faut exami-
ner fi elles fontfourdes ou fi elles font fluantes; On
appelle fourdes celles d'où il ne coule point de
fang , 8c fluantes celles qui en rendent de tems en
Ce
'402. E>ES Ope'ratîôns de Chïhuîigie
tems. Je dis de tems en tems , parce qu elles n'erî
verfent en grande quantité que lorfqu'on va à la
■felle , Ôc que le relie de la journée ce n'eft qu'un
fuintement qui ne fait que gâter la chemife.
Quand les hémorroïdes ne fluent que médiocre-
ment il n'y faut point toucher. On feroit autant de
tort à un homme qui a cette légère incommodité >
principalement quand la nature s'y eft habituée ,
de i?en vouloir guérir , qu'a une femme à qui on
voudroit fupprimeries ordinaires, c'eftla fanté
de beaucoup d'hommes, & il y en a même qui font
réglez comme des femmes Ôc qui fe trouvent in-
difpofez quand ce flux leur a retardé de quelques
mois. Mais quand il eft excefllf , qu'il diminue les
forces du malade qui en amaigrit ôc devient d'une
couleur bazanée , il faut travailler à le modérer ôc
non à le f upprimer : Et pour lors on obfervera deux
régimes , l'univerfel ôc le particulier. Par l'univer-
fel on entend la diette par laquelle on évite tout ce
qui peut faire trop de fang , la faignée qui défem-
plit ; les potions ôc les breuvages qui hume&ent ôc
adouciflent Facreté des humeurs font d'un grand
fecours > il faut aufîî éviter le grand travail Ôc s'é-
loigner dos fujets de chagrin Ôc de colère , ôc fur-
tout s'abftenir de l'ufage des médicamens ftipti-
ques ôc des alimens qui épaiflifïent le fang, comme
ris , coings , gros vin , eau-ferrée ; Et par le régime
particulier , on entend les remèdes appliquez fur
la partie , qui doivent être aftringents , comme de
petits fachets faits de fauge ôc de fon fricaflez
avec de l'huile rofat , de mirthe , &c.
Application Aux hémorroïdes fourdes qui ne font point
de quelques cou|antes & ou il y a de l'inflammation ôc de la
eemedes. .. c J .r
douleur , il raut commencer par appailer ces acci-
dens , ce qu'on procurera au moyen des remèdes
doux appliquez fur la partie , comme de la cafle
mondée j de la pomade faite avec le populeum ôc
le jaune d'oeuf, du lait dans lequel on aura fait;
Qu àtri è'm e D e'm onstràtion. 405
bouillir du cerfeuil , du plantain & du bouillon-
blanc , & plufieurs autres petits remèdes qui font
en un nombre infini , ôc dont il y a autant de for-
tes que pour la goutte ôc les maux de dents.
Lorfqu'après tous ces remèdes les hémorroïdes De l'ufage
ne diminuent point , ou que la douleur ôc la ten-^*, ^"gf1"*
r r\.ra. * 11 & de la Un»
lion iubliltent > ou que même elles augmentent , il cette.
faut trouver moyen de vuider ces tumeurs , ce qui
fe fait en deux manières j ou par l'application des
fangfues , ou par la ponction avec la lancette. Les
fangfues font préférables tarit parce que le malade
les craint moins que la lancette , qua caufe qu'el-
les font une ouverture plus petite & qui fe guérir
plus aifément. On applique donc une fangfue fur
chaque hémorroïde , on l'y laiffe fuccer jnfqu'à
ce que l'hémorroïde foit vuide $ après quoi on fait
tomber la fangfue , puis on ufe d'un Uniment fait
d'huile d'ceufs , de poudre de cerufe ôc de litarge
brûlée , mettant (urles hemorroides un plumaceau
imbibé de ce Uniment , une comprefïe par-defTus ,
ôc un bandage qui les prefTant un peu , empêché
qu'elles ne fe remplifTent fîtôr.
S'il arrivoit que les fangfues ne mordilTent pas,
ou qu'on crût le fang trop épais pour être tiré par
leur moyen , enforte qu'on fût contraint de fe fer-
vir de là lancette O. il en faudroit faire les ouver-
tures au plus bas lieu pour les vuider plus commo-
dément , ôc né faire ces ponctions que de la gran-
deur qu'on jugeroit nécefTaire pour donner iflue à
ce fang. On fe fert enfuit e du Uniment Ôc de l'ap-
pareil ci-delTusi
Le malade fe fent foulage immédiatement après
que les hémorroïdes ont'été défemplies , ôc la cef-
fation de là douleur ôc de la tention lui fait goûter
une tranquillité fort agréable *, mais il en refte un
fuintement continuel par ces ouvertures qui de-
vient très- incommode : il n'y a pourtant perfonné
qui ne le doive préférer aux douleurs qui ont pré-
Ge ij
4$4 £^s Opérations £>e Chirurgie >
cédé , 8c aux fuites fâcheufes qui en arriveroient >
fi on le fupprimoir. Il fe trouve néanmoins des ma-
lades qui s'impatientant dans la faleté de ce mal ,
oublient les raifons eifentielles qu'ils ont de ne pas
chercher d'être guéris radicalement ; 8c à quelque
prix que ce (bit veulent qu'on leur fade les opéra-
tions néceiïaires pour détruire entièrement certe
infirmité s c'eO: au Chirurgien à s'en défendre en
tepréfentant au malade qu'outre les douleurs de
l'opération , il peut lui en arriver de plus conlidé-
rables que ceux dont il veut s'exempter , en lui di-
sant que tous nos Anciens ne prognoftiquent que
malheurs à ceux qui font abfolument guéris des
hémorroïdes ,* 8c lui propofant au refte l'expédient
dont tous les Chirurgiens conviennent , qui eft de
lai (Ter de ces petites tumeurs pour conferver un
léger fumtement , 8c ne point s'expofer auhazard
d'être attaqué de toutes les maladies dont ces fa-
meux Praticiens nous ont menacés.
Préparation Quand le malade a pris fa réfolution, on le pré-
$» malade pare pair une ou pluf]eui:s faignées félon fes forces ,
3c par quelques purgations. On lui donne un lave-
ment peu d'heures avant que d'opérer pour vui-
der le rectum , 8c enfuiteonle fait coucher fur le
bord du lit , le ventre en delïous & les pieds en
bas ^ 8c les feffes étant tournées du côté du jour, on
les fait écarter par deux ferviteurs 3 puis l'Opéra-
teur prenant de la main gauche avec d^s pincettes
L. la poche de chaque hémorroïde , iMes coupe
l'une après l'autre avec des cifeaux I. qu'il tient
*le la main droite , obfervant à'Qn laifler une des
plus petites pour le maintient de la fanté , comms
nous avons dit. S'il reftoit quelque portion de ces
facs qu'ont n'eût pas pu couper à. caule du fang qui
embarafferoit dans l'opération , on la confumeroit
par la fuite avec des onguents propres pour cet
effet. L'appareil eft femblable à ceux des précé-
dentes opérations & à celui que je vais vous faire
voir a la fiftule de l'anus.
Qu atri e'me D e'm onstration. 405
Fig. XXV. POUR LA FISTULE A L'ANUS.
LA Fiftule eft appeliée par les Grecs Syrinx cE lA Fi.s-
fliite , dérivé du verbe grec Jrri%*etn lifler , TutE à L'A-
&: cela par métaphore , à caule que ce mal a une
cavité longue & étroite femblable à celle des fc-^^^"011
tes : Elle eft définie un ulcère profond & caver-
neux dont l'entrée eft étroite & le fond plus large,
avec iiïlie d'un pus acre de virulent , de ptc(°
Ce iii
406 Des Opérations de Chirurgie ,
que toujours accompagné de çalloiités.
Il arrive des fiftules en plulieurs parties de notre
corps enfuite des abfcès & des plaies de la poitri-
ne , du bas-ventre & des jointures y Se plus fou-
vent à l'anus qu'en aucune autre partie. Ce fera
l'opération qui fe fait à c^s dernières que je vous
démontrerai aujourd'hui , vous renvoyant pour la
guérifon des autres au général des ridules.
Il femble que cette maladie foit à préfent plus
fréquente qu'elle n'étoit autrefois. On entend
parler tous les jours des opérations qu'on en a fait
à des perfonnes qui n'en paroiftbient pas incom-
modées , c'eft une maladie qui eft devenue à la
mode depuis celle du Roy à quîon fut obligé de
faire l'opération pour l'en guérir. Plufieurs de ceux
qui la cachoient avec foin avant ce tems , n'ont
plus eu de honte de la rendre publique , il y a eu
même des Courtifans qui ontehoifi Verfailles pour
fe foumettre à cette opération , parce que le Roy-
s'informoit de toutes les circonftances de cette
maladie. Ceux qui avoient quelque petit fiiinte-
ment ou de fimples hémorroïdes ne differoient
pas à préfenter leur derrière au Chirurgien pour
y faire des incitions. J'en ai vu plus de trente qui
vouloient qu'on leur fit l'opération , Se dont la
folie étoit li grande qu'ils paroiifoient fâchez lors-
qu'on les afTuroit qu'il n'y avoir point de néceiîité,
de la faire,
La fiftule de l'anus eft toujours une fuite d'un
Gaufe. abfcès furvenu à cette partie. Il commence par une
petite dureté qui groilit ôc fe meurit en peu de
tems , on la prend ordinairement pour une hémor-
roïde , c'eft ce qui fait que fouvent on néglige de
la montrer au Chirurgien. Cet abfcès venant à
percer ou dans l'inteftin ou au botd de l'anus , on
fe fent foulage , & pour lors on fe croit guéri
fans le fecours du Chirurgien , c'eft en quoi on,
fe trompe } car la matière ne s'étaut fait qu'un petit
rQu a t r i ï'm e D e'm onstrat ion. 407
trou par où elle s'écoule , il demeure dans l'en-
droit où elle étoit , un vuide d'où il fort conti-
nuellement du pus , & qui ne fe guérit qu'en ou-
vrant ce lac pour le mondifier &c y faire revenir
une bonne chair qui le remplilTe entièrement (a)*
Quand on implore le fecours de la main avant , . _
u i_/~^ r - > \ r^W ■ J * Il n*en faut:
que 1 ablces (oit perce , le Chirurgien ne doit pojnc diffe-
point attendre qu'il s'ouvre de lui-même . parce rer i'°p&a*
r 1 • j 1 ■ c tio"»
que la matière rongeroit dans toute la circonre-
rence de la partie pour fe donner ifiue , ôc comme
le boyau eft plus tendre que la peau , elle aura plu-
tôt fait une ouverture dans l'inteftin qu'elle n'aura
percé la peau pour fe répandre au dehors ; ôc d'ail-
leurs cette purulence féjournant entre l'inteftin &
les parties charnues, elle les fépare de manière que
le boyau en étant dénué 9 il ne fe peut jamais réu-
nir avec les chairs voifines que par l'opération. Il
faut donc pour prévenir ces accidens , ouvrir ces
(a) Ces fortes de dépôts fe forment dans îe corps
graiffeux qui environne le rectum, ils tombent quel-
quefois en pourriture très-promptement , & .comme la
Fourriture s'étend fouvent plus vers l'intérieur que vers
extérieur , elle a pour l'ordinaire fait dqa de grands
lavages au dedans, lorfqu'elle fe manifelte au dehors.
Le malade reflent d'abord une douleur vive & profon-
de , avant même qu'il paroifie rien à l'extérieur. Mais
l'inflammation qui augmente en peu de tems forme
bientôt au bord du fondement une tumeur dure, dou-
loureufe & profonde. On voit paroître quelque tems
après au milieu de cette tumeur un oedème pâteux».
c'eft-à-dire qu'on
n'attendra pas une maturité parfaite. Il n'en faudra
pas faire l'ouverture avec des cautères, de crainte
de perdre du terns ôc de donner , par la douleur
qu'ils feroient , occalion à un plus grand dépôt
d'humeurs fur cette partie , & à la mortification. >'
caria gangrené y furvient en très-peu de tems. H
fera d'abord avec une lancette A. une ouverture
pour évacuer la matière , puis avec des cifeaux B.
il coupera du côté qu'eft le grand vuide , {uffifam-
ment pour porter les remèdes dans le fond de
la cavité , afin de la mondifier ôc de l'incar-
ner. Mais fi mettant un doigt dans la plaie qu'il
aura faite ôc un autre dans l'anus , il trouve le re-
ctum dénué , ce qu'il connaîtra par le peud'épaif-
feur qu'il fendra entre fes deux doigts, jl faut qu'il
incife cet inteftin jufqu'à l'extrémité de l'abfcès 5.
en quoi il fe dirigera en iniinuant une des bran-
ches de œs cifeaux dans la plaie ôc l'autre dans l'a-
nus y pour couper tout ce qui fera entre deux , ôç
même il faut qu'il coupe du boyau un peu plus
avant que le fond de l'abfcès, parce qu'on doit plu-
tôt rifquer de faire l'incifion plus grande qu'il n'eft
néceiTaire de l'épairTeur de deux écus 9 que moin-
dre de PépaiiTeur d'un écu, l'abfcès ainfi bien ou-
vert fera panfé de la manière que nous ferons voir
dans l'opération de la ridule ( a )..
(a) On fera donc une incifïon longitudinale à l'en-
droit où le pus fe manifefte , & Ton coupera le boyau
de la manière dont l'Auteur leprefcrit. Mais fi le pus
a fait un progrès confîderable du côté de la feiîe , on
y fera une autre incifîon , qui tombera perpendiculai-
lement fur l'incifion longitudinale; on coupera les an-
gles formez par ces incifions, pour rendre l'extérieur
de la plaie plus large que le fond, & pouvoir par ce
moyen la panfer plus aifement : Ton fera encore vers
la partie inférieure de la plaie une incifïon, qui feivira
Qu a t r i e'm e D e'm onstration. 40.9
Voilà ce qu'on doit pratiquer pour éviter la fi-
ftule ; mais quand elle eft formée , foit par la ti-
midité du Chirurgien qui n'aura pas aiTez ouvert ,
foit par i opinion du malade qui n'aura pas voulu
comme de goutiere à la fupuration , Se qui rendra la
plaie plus longue que ronde.
On panfera la plaie pour la première fois avec un.e
tente liée, qu'on introduira dans l'anus; on la rem-
plira de bourdonnets , ou de lambeaux de litige dé-
chiré -, on couvrira le tout de comprennes graduées ,
pour remplir l'entre -deux des fefles j on appliquera
enfuite à l'ordinaire le bandage en T. foutenu du fea-
pulaire qu'on doit mettre au malade avant l'opéra-
tion. On lèvera cet appareil le deuxième ou troifiéme
jour après l'opération , à moins que le malade n'ait
envie d'aller à la çarderobe. On fera le fécond pan-
fement, & les fuivans avec une mèche compofée de ph>-
/ieurs brins de charpie , & qui aura à fon extrémité
une petite tête femblable au bout d'une tente & de la
grandeur d'un travers de doigt ; on l'introduira dans
1 anus avec une fonde , & on en fera paiïer la tête au-
delà de la plaie faite à Tinteltin > on remplira le reifç
de la plaie avec des bourdonner mollets & des plu-
maceaux , on couvrira le tout d'un digelHf animé.
Si l'on trouve l'inteitin détaché au-delà de la partie
du doigt, comme cela arrive quelquefois parce que les
graiifes qui l'environnent (ont tombées en pourrirure;
on fe fervira d'une tente longue & mollette, que Ton
introduira dans l'anus , deibrte que fon extrémité foit
au-delà de la plaie de i'inteiiin. Cette tente le rapro-
chera des parties voifines , & empêchera le pus d'y
former un fac & d'y féjourner. Ce ne fera qu'après que
l'inteitin fe fera recolé , qu'on fe fervira de la miche
dont on vient de parler. Si les chairs deviennent mol-
les & baveuîes , on couvrira d'onguent brun les plu-
m sceaux , les bourdonnets & la mèche , excepté ion
extrémité qui doit être portée jufques dans la cavité de
l'inteitin. Lorfque les chairs auront rempli la piaie , on
la defîechera & on la cicarrrera avec l'onguent de
pompholix dont on couvrira la mèche & le pluinaceau
qu'on applique fur la plaie, & avec de la charpie fe-
che ou trempée dans de l'eau vulnéraire, Si les chairs
s'élèvent trop 3 on Us confumera avec Ja pienç in*
fcnak,
410 Des Opérations de Chirurgie ,
fe réfoudre à l'ouverture , il faut examiner la na-
ture de la fiftuîe avant que de prendre fon parti
pour l'opération*
Trois for- On établit en général trois efpeces de fiftules :•
m de fUtu- ja premiere quand l'ulcère eft ouvert en dehors &
non en dedans , la féconde y quand il perce l'inre-
ftin fans avoir d'iftue en dehors , de la troifîéme ,,
quand il communique au dehors & au dedans. Les
premières font apparentes & fe découvrent aifé-
ment , la fonde qu'on y introduit fait connoître Ci
elles font fuperfîcielles ou profondes. On eft cer-
tain de rexifter.ee des fécondes, lorqu'on voir qu'il
fort du pus avec les excrémens, Se particulièrement,
quand un abfcès a précédé , & on fent avec le-
doigt index fourré dans le fondement , (i l'ouver-
ture eft proche ou éloignée de l'anus. Les troifié-
mes fe manifeftent en mettant une fonde C. dans.
la flftule y Se le. doigt dans l'anus j car fi on fent le
bout de la fonde avec le doigt , on eft aiïuré que
le boyau eft percé ; ce petit dilatoire D. introduit
dans l'anus , eft très-commode pour en juger. On
appelle ces dernières fiftules , complettes , & les,
premières , borgnes > parce qu'elles n'ont qu'une
ouverture (a)*
Subdivifion Chacune de ces efpèces fe divife encore en plu-
fa filiales, fieurs fortes , dont les unes font près de l'anus , les.
autres en font éloignées d'un ou de deux travers
de doigt >• quelques-unes font au bord du boyau ,*
bc il y en a de plus profondes : on en trouve qui
n'ont qu'une i1nuoiité,&:beaucoup en ontplulîeurs-
en forme de pâte d'oye , on nomme ces differens
finus des clapiers ; telles tendent vers le rectum 5
& telles vers la velîie ou vers les os des hanches y
{a) les fiftules eu il n'y a qu'une ouverture , s'ap^
Fellent borgnes. Quand cette ouverture fe trouve* à
inteflin, la^fiftule s'appelle borgne & interne i fi Tou-*
vçrture çft au dehors , la filiale fe nomme borgne Se
externe*
Q.UATRI e'm E D e'm ONSTRATÏON.4ÏÎ
enfin elles font ou nouvelles , ou vieilles ôc calleu-
fes.
C'eft au Chirurgien à tirer fon prognoftic fui- Le progno.
vant la nature de la fiftule , 8c fans promettre plus ftiç'
qu'il ne peut tenir , il le fera toujours douteux ;
car quelOjU apparence qu'il y ait d'y réufïir , il ar-
rive néanmoins fouvent des accidens qui empê-
chent de pouvoir exécuter ce qu'on a promis.
On nous propofe trois moyens pour guérir les Treîs ma.
filiales 3 fçavoir le cauftique , la ligature , &: lin- nieres de
cifion. Après que nous les aurons examinez tous maux,
trois , nous déciderons lequel eft le meilleur.
Il y a environ trente ans qu'à Paris un nommé
Lemoyne s'étoit acquis une grofte réputation pour
la çuérifon des ridules, Sa méthode confiftoit dans
l'ulage du cauftique , c'eft-à-dire , qu'avec un on-
guent corrofif, dont il couvroit une petite tente
qu'il fourroit dans l'ouverture de l'ulcère , il en
çonfumoit peu à peu la circonférence , ayant foin
de groilir tous les jours la tente , de manière qu'à
force d'aggrandir la fiftule , il en découvroit le
fond. S'il y avoit de la callofité, il la rongeoit avec
fon onguent qui lui fervoit aufii à détruire les cla-
piers , & enfin avec delà patience il en guénfToic
beaucoup. Cet homme eft mort vieux &c riche s
parce qu'il fe faifoit bien payer 3 en quoi il avoit
raifon , car le public n'eftime les chofes qu'autant
qu'elles coutentoCeux à qui le cifeau faifoit hor-
reur , fe mettoient entre les mains *, & comme le
nombre des poltrons eft fort grand , il ne man-
quent point de pratique.
Thevenin préfère la ligature aux deux autres On opère
manières* pour guérir la fiftule à l'anus. IlaiïurePar Ia ^g*-
qull n'en a vu aucune qu'elle n'ait parfaitement
guérie \ Se voici comment il confeille de la faire.
Le malade fi tué fur fes pieds, ayant le corps courbé
&c appuyé fur le bord d'un lit , on lui ordonnera
d'abord d'écarter les jambes £ç les çuiffes qu'on fe~
tute.
%i% Des Opérations de Chirurgie1 ;
ra tenir fermes par deux fervireurs , de crainto
qu'il ne les refïerre & qu'il ne fe tourmente du-
rant l'opération : le malade ainfi difpofé , il faudra
que le Chirurgien mette dans l'anus le doigt index
de fa main gauche après l'avoir frotté d'huile d'a-
mande douce ou de quelque chofe de graiffeux >
afin qu'il entre plus doucement , puis de fa main
droite il prendra une fonde E. de ni de laiton , ou
d'argent recuit , enfilée d'un double fil F. de lin
crudou de crin de queue de cheval pour coupes
plus promptement : il introduira cette fonde dans
l'orifice de la fiftule , & en ayant rencontré le bous
avec le doigt qu'il a dans le boyau > il la recourbe
ëc la tire au dehors par l'anus , amenant avec elle
un des bouts du fil5 lequel étant parlé, on en fait
une ligature à nœud coulant avec l'autre- bout qui
fort par la fiftule , $c de jour en jour on le refTerre
jufqu'à ce que le lien ait coupé ce qu'il a embralfé*
Si la fiftule étoit borgne , finteftm n'étant point
percé 3 il ne faudroit point faire difficulté de le
percer avec l'extrémité de la fonde , ce qui s'exe^
cute aifément en l'appuyant fur le bout du doigt
qui eft dans l'anus , enfuite de quoi on recourbe
la fonde > 8c on lie les deux bouts de fil de la façon
que nous venons de dire,
yfage de La troifiéme manière > eft Tincifion. Comme
frmeifion, c»efl. [a p|us pratiquée & la plus univerfellement
fuivie 3 je m'y étendrai davantage que fur les au-
tres , afin de n'oublier aucune circonftànce , &C
d'en inftruire exactement les jeunes Chirurgiens.
Pour cet effet onobfervera qu'avant l'opération il
faut choiiir fon tems ; car 11 on fe trouvoit en Eté
ou en Hy ver , l'excès de la chaleur ou du froid
obligeroit d'attendre que l'air fe fut modéré , 8ç
on peut différer fans danger quand la fiftule n eft
pas récente : il faudroit enfuite préparer les. corps
par des faignées 6c des purgations convenables a la
conftitution dufuje.t > &. ayant déterminé le joux
Q.Û atrie'me Démonstration. 4Ï3
te l'heure on difpoferoit l'appareil tel que vous le
voyez fur la planche XXV.
On donnera un lavement deux heures avant l'o- pr^paratïô»
pératîon pour vuider l'inteftin , de crainte que les du fujec,
efforts qu'elle pourroic exciter ne pouflaftent des
excrémens dans le nez du Chirurgien, comme cela
eft arrivé quelques fois j c'eft-pourquoi il ne doit
pas fe placer directement derrière le malade, mais
un peu à côté pour éviter cette fufée qui feroit
très-défagréable : le malade fera finie fur le bord
tlu lit , ayant un traverfin fous le ventre pour éle-
ver les feiïes qui feront tournées du côté du jour ,
les ouiftès écartées &c afïujetties par deux fervi-
teurs , de peur qu'il ne remue dans le tems qu'on
opérera.
20. Durant l'opération le Chirurgien, ainfi que Troifiémç
dans la ligature , aura de l'huile G. dont il frotera™™re d'°*
le doigt indice de fa main gauche , afin qu'il entre
*kns l'anus (ans douleur , Ôc il prendra de la droite
•un ftilet H. qu'il introduira dans la fiftule par fon
ouverture extérieure, le conduifant jufqu'à ce
qu'il forte par le trou qui fera au boyau 9 ce qu'on
fentira avec le doigt fourré dans l'anus ; puis avec
le bout de ce même doigt onreployera le ftilet, 8c
on le fera fortir par le fondement , de telle façon
que tout ce qu'on doit couper fe trouve embaraiTé
entre les deux anfès du ftilet , puis avec un biftouri
I. ou des cifeaux K. on coupera en une ou deux
fois cette chair embralTée par le ftilet , s'aftiirant
qu'on aura coupé tout ce qu'il faudra quand le fti-
let fera entièrement débaralîe , on met enfuite le
doigt dans le fond de la fiftule , qui foùvent fe
trouvera pleine de finuoiité ou de clapiers qu'il
faut ouvrir jufques dans leur fond autant qu'on le
pourra , Se fi avec le doigt on fent de la callofité
dans la fiftule 9 on fera avec le même biftouri plu-
sieurs petites incifions à ces endroits endurcis ,
afin que les remèdes puiffent mordre deffus de les
4U E*ES Opérations de CkiktJRGië *
confumer. Il y en a qui au lieu de ftilet fe fervent
de cette fonde canelée L. qu'ils reployent comme
le ftilet même , de donc la canelure leur aide à
conduire la pointe des cifeaux (a)i
ïèr&âior» Voila comment jufqu a prefent tous les bons
aement de Praticiens ont fait cette opération. On a toutefois
tion. °P ra" depuis quelque tems rafiné fur les moyens de la
faire plus promptement , 6c on a inventé un bi-
ftôuri courbe N. au bout duquel éft attaché un fti-
let N* deforte qu'au lieu de deux inftruraens fé-
parez , ce n'en eft qu'un compofé d'un ftilet 6c
d un biftouri qui tiennent enfemble; 8c voici com-
ment on l'employé. Il faut d'abord par une petite
incifîon faite avec la pointe du biftouri ordinaire,
élargir l'orifice externe de la fiftule , afin de pou-
voir paffer plus aifément le biftouri qui portera un
(a ) On ne fe contente pas aujourd'hui de couper la
fiftule entre les deux extrémités du ftilet, comme Y Au-
teur le preferit s on fait une incifîon qui renferme dans
fon circuit ces deux extrémités , & par le moyen de
laquelle, en les tirant en même tems, on emporte tou-
te la fiftule qui fe trouve comme embrochée dans l'an-
fe formée par cet inftrument > on fait enfuite à la par-
tie inférieure de la plaie une incifîon qui fert comme
de goutiere à la fupuration , & qui en rendant la plaie'
plus^lonsue que ronde, en facilite la guéridon. Cette
manière ^d'opérer a un avantage confiderable ;on em-
porte tout le canal fiftuîeux , & on ne laiiTe point de
callofitez qu'il faille faire fondre , ce qui rend la plaie
fimple.
Néanmoins le Canal fiftuîeux pourroit être 'fi pro-
fond , ou le trou extérieur de la fiftule dans un lieu de
la fefle fi éloignée du fondement , qu'en faifant l'opé-
ration de la man;ere qu'on vient de décrire , on empor-
teroit une trop grande portion de fubftance. En ce cas
on ouvre fur une fonde canelée la fiftule dans fa lon-
gueur, & l'on fend fa partie poftérieure, pour facili-
ter la fonte des duretés du canal fiftuîeux. On porte
enfuite le doigt dans le fond de la plaie, pour recon-
noïtre les brides & les couper , s'il y en a. Il eft im-
portant de ne pas prendre les artères pour des brides*
Ces vaiflaux fe font fentir par leur battement.
Qu'à -f r i è'm ë Démonstration. 415
ftiiet long , pointu , recuit 3c non trempé , pour
pouvoir fe reployer fans peine* Ce biftouri doit
être courbe , mince , étroit , ayant le tranchant
couvert de cette chape O» de carton ou d'argent
faite exprès pour être introduite dans la fiftule
fans rien bleifer. L'inftrument ainfî difpofé , on
pouffe le ftiiet dans la fiftule , & on le ramené par
le fondement > 3c le biftouri étant entré après le
ftiiet , on retire doucement la chape qui envelo-
poit le tranchant j puis tenant d'une main le bout
du ftiiet & de l'autre le manche du biftouri , en
tirant à foi on tranche tout d'un coup toute la fi-
ftule, après quoi il faudra comme à l'ancienne ma-*
niere , porter le doigt dans le fond pour en con-
noître les finuofitez de les callofitez , aufquelles on
remédiera comme nous l'avons dit.
Voilà deux manières de faire l'opération de la
fiftule complette , elles font toutes deux également
bonnes , parce qu'elles ouvrent la fiftule jufques
dans fon fond , & elles ne différent qu'à raifon des
inftrumens avec lefquels on les pratique. Voyons
maintenant ce qu'il faut faire aux fiftules qu'on
appelle borgnes.
Je vous ai déjà enfemné en faifant l'opération étatique
, ... ' 1 !>• n." 9/ ' pour les fi*
avec la ligature que quand 1 înteitin n etoitpas ou-ftuics ^0Cm
vert , il le falloit percer , pour embraffer toute laSnes*
chair que le fil devoit couper , c'eft encore une
nécefîité abfolue de le percer ici avec le ftiiet , fans
quoi l'opération feroit imparfaite , mais le boyau
eft fi tendre qu'il refifte très- peu , quand le ftiiet
a fait fon trou à l'inteftin dans le fond de la fiftu-
le , on le retire par l'anus , 3c on continue l'opéra-
tion delà manière que je viens de vous montrer.
Si la fiftule eft feulement ouverte dans le boyau, 0é Ia ^^
8c qu'elle ne le foit point en dehors , l'opération qui n'eft pas
en eft plus difficile , car pour l'accomplir il faut ouvc"c»
trouver moyen de faire une ouverture en dehors.
Pour y parvenir on examinera s'il ne fe fait point
%i6 Des OeVrations de Chirurgie *
quelque petite tumeur au tour de l'anus } qui indi-
que que ce foit le fond externe de la iiftuie , ôc Ci
on n'y apperçoit point à la peau quelque altération,
ou de la rougeur qui marque l'endroit du vuide ,
parce que fur de telles apparences il feroit à pro-,
pos d'ouvrir ces endroits pour y parler i'inftrument
Ôc continuer l'opération comme ci-deflus. Quand
il n'y aura rien au dehors qui fa(Te connoître oii il
faut ouvrir , on prendra ce ftilet P. qui eft plié en
deux de dont un des bouts eft plus long que l'autre
le tenant par le bout le plus long > on l'introduira
dans l'anus , ôc au moment qu'on le retire en le
conduifant avec le doigt engagé dans l'inteftin on
tâche de faire entrer le bout du ftilet le plus court
dans l'ouverture de la fiftule , puis tirant à foy on
fentira à l'extérieur le bout du ftilet , fur lequel on
ouvrira la partie > êc avec l'inftrument qu'on y glik»
fera comme ci-derTus, on achèvera l'opération (a)i
' panrement 3 °« Après l'opération il faut panfer la plaie avec
de la plaie. un gros tampon de charpie Q. en forme de tente
qu'on trempera dans un Uniment compofé d'huile
de de jaune d'oeuf , & qu'on fera entrer par force
dans l'anus pour écarter les lèvres de la plaie , qu'->
©n garnira enfuite de plumaceaux R R. couverts
du
t'a) Lorfques les rtftules n'ont pas d'ouverture ex-
terne , & que rien ne défigne le lieu où il faut faire l'o-
pération > il y a deux moyens de le découvrir. Le pre-
mier eft de l'invention de feu M. Thibaut, qui portoit
le doigt index dans l'anus, & le recourboit enfuite en
le tirant un peu à lui pour ramener à l'extérieur le fo-
yer de la matière, tandis qu'il prelfoit avec un autre
doigt les environs du fondement. La douleur qu'il cau-
ibirTau malade marquoit le lieu où il falloit faire l'incs-
fionp; ur rendre la n*itule complette- Le fécond eft de
M. petit , qui met dans l'anus pendant 24. heure une
tente, qui bouchant l'ouverture de la fifhile, empê-
che le pus de s'écouler , & le ramaiTe en alTez grande
quantité, pour faire à l'extérieur une tumeur qui indi*
que le lieu où il faut faire l'opération.
Qtf A t rVé'm E D E*M ONSTàATlÔIÎ, 4Î7
du même Uniment : l'emplâtre S. la compreffe lon-
gitudinale T. puis la quarrée V. y doivent ètte
appliquées par ordre , ôc retenues par le bandage
X. On mettra le malade au lit 3 ou bien on le laif-
fera en repos jufques au foir qu'on lui tirera trois
poilectes de fang , pour éviter qu'il ne fe fafïe un
dépôt d'humeurs fur la partie affligée, (a)
Ges fortes de plaies font embarrarTantes a panfer,
à caufe que c'eft le chemin par où parlent les gros
(a Si l'on a ouvert quelque artère dont on crai-
gne l'hémorragie, on doit panfer le malade d'Une au-
tre manière. On cherche ce vaiffau avec le doigt ; on
eft fur de l'avoir trouvé quand le fang ne coule plus^
on met alors fur le vaiffau en place du doigt un petit
bourdonner trempé dans une eau fliptique , on le tient
avec le doigt , on porte le plus avant qu'on peut dans
le fondement plufîeurs lambeaux de linge de la largeur
de trois à quatre travers de doigt en quarré,& atta-
chés dans leur milieu par un long bout de fil , on fou-
tientlebourdonnet avec plufîeurs autres dont on rem-
plit la cavité de la plaie en faifant toujours compref-
iîon fur le vaiffau. On prend enfuite ks bouts du fil
que l'on a laiffé penche au dehors , & on les tire à
foi , tandis que l'on poulie par un mouvement oppo-
fé la charpie qui eft dans la plaie. En tirant le fil auquel
ces lambeaux de linge font attachées , on les dévelope,
& en pouffant extérieurement la charpie qu'on a mife
deffus , on comprime plus fortement le vaiffau. Enfin
on applique les compreffes graduées & le bandage à
l'ordinaire, & l'on fait appuyer la main de quelque per-
fonne fur l'appareil pendant quelques heures
Lorfqu'on a ouvert un vaiffau confiderable , & qu'on
met l'appareil à l'ordinaire fans s'en appercevoir , le
fang s'épanche dans la cavité de l'inteftin , parce qu'il
trouve de ce côté moins de refiftance que vers l'exté-
rieur , où tout eft exactement bouché par l'appareil. La
tenfion du ventre, de petites coliques ,1a petiteffe du
poux , le froid des extrémités , & la foibleffe où ie
malade tombe peu à peu font autant d'indices de cet-
te hémorragie , dont un feul furïit pour obliger le Chi-
rurgien à lever auffitôt l'appareil, & à examiner ce
qui fe paffe intérieurement. Après avoir fait fortir les
caiileaux de fang, il doit panfer le malade de la ma-
nière qu'on vient 4e décrire.
Dd
4*3 Des Opérations de Chirurgie,
excremens , & que fouvent il furvient un dévoyé-
ment qui oblige de lever l'appareil , & de panfer
fréquemment. On laifle pour lors un garçon Chi-
rurgien qui couche dans la chambre du malade \ ôc
qui le repanfe toutes les fois qu'il a été à la felle >
mais on tâche de régler cette évacuation enforte
qu'elle ne fe faiïe qu'une fois le jour , on envoyé le
garçon , qui une heure avant le panfement levé
l'appareil afin que le malade fe préfente à la chaife
■ percée, où il demeure quelque tems pour faire une
bonne (elle: on lave la plaie avec du vin tiède avant
que de la panfer après que le malade s'eft vuidé
les inteftins. On fe fert toujours du tampon cou-
vert d'un digeftif fort animé , pour mondifier ôc
pour empêcher qu'il ne croiife de méchantes
chairs 3 ce qui arrive très fouvent dans ces parties j
on continue la même chofe tous les jours , ôc on a
foin de ne diminuer la grofTeur du tampon qu'à
-mefure que les chairs emplifTent le fond de la
fiftule , on derTeche enfuite la plaie , ôc on travaille
à y procurer une bonne cicatrfee. (a)
jugement ^ n'e^ Pas difficile de décider laquelle de ces
des trois ma- trois manières eft préférable aux autres. Le caufti-
re^ddev^nt 4UC < une douleur continuelle pendant cinq ou
expliquées, fix femaines qu'on eft obligé de s'en fervir. La li-
gature ne coupe les chairs qu'après un long efpace
de tems & il ne faut pas manquer de la ferrer tous
les jours , ce qui ne fe fait pas fans douleur. L 'in-
ciiion caufeà la vérité une douleur plus.vive , mais
elle eft de fi peu de durée qu'elle ne doit point al-
(a) Les Praticiens préfèrent à prefent dans le fé-
cond panfement,&dans les Éuivans Tufage de la mè-
che dont on a parlé plus haut à ceui du tampon ou de
la tente que l'Auteur propoleici. Néanmoins lorfqu'on
a coupé dans l'opération une portion confiderable du
bord de l'anus , & eue les chairs commencent à rem-
plir le vuide ; il faut mettre dans l'ouverture de cette
parti? une tente un peu courte, qui en empêchant, le
reerecifîement lui conferve fon diamètre.
Qu atri ê'm e D e'm ONSTRATION. 4Î9
larmer une pcrionne qui veut guérir fans crainte
de retour ; car outre qu'elle achevé en une minute
ce que les deux autres manières n opèrent qu'en un
mois , c'eft que par celles-ci la guérifon eft douteu-
fe , de qu'elle eft sûre par l'incifion.
Ces raifons ont déterminé le Roy à prendre le
parti de fubir l'incifion , après avoir examiné tous
les autres' moyens qu'on lui propofoit pour le gué-
rir de la fiftule , dont je vais vous faire l'hiftoire
en peu de mots.
Dans l'année i686> il furvint au Roy une petite Hiftoire dé
tumeur proche l'anus , en tirant du côté du péri- J? fiftuie à
/ 11 L ,/ • a 1 • 1 S * anus lurve»
née , elle n etoit ni enriammee 5 ni beaucoup dou- nue au Roi,
loureufe. Elle grofïit peu à peu , 8c après avoir
meurie elle fe perça d'elle même, parce que le Roy
ne voulut pas fouffrir que M. Félix fon premier
Chirurgien en fît l'ouverture , comme il le propo-
foit. Ce petit abfcès eut la fuite ordinaire de ceux
où on ne fait pas d'ouverture fuffifante pour por-
ter les remèdes dans le fond de la cavité -, il ne fe
fit qu'un petit trou a la peau par où la matière s'é-
coula , il continua à fupurêr , & enfin il devint fl-
ftuleux.
Le feul moyen de guérir étoic l'opération ^ mais
on ne trouve pas toujours dans les Grands cette dé-
férence néceiTaire pour obtenir la guérifon. Mille
gens propo(oient des remèdes qu'ils difoient infail»
libles , 6c on éprouva une partie de ceux qu'on ju-
geoit les meilleurs, mais pas un ne réuiîit.
On dit à Sa Majefté que les eaux de Barege
étoient excellentes pour ces maladies , le bruit mê-
me courut qu'Elle iroit à ces eaux j mais avant que
de faire ce voyage on trouva à propos de les éprou-
ver fur divers ïujets. On chercha quatre perfonnes Expérience*
qui avoient le même mal , & on les envoya à Ba-
rege aux dépens-du Roi , fous la conduite de M.
Gervais Chirurgien ordinaire de Sa Majefté , le-
quel fit des injections de ces eaux dans leurs fiftulesi
Ddij
410 Des Opérations -dï Chirurgie ,
pendant un tems confiderable , il les y traira de la
manière <|u'il crut convenable pour leur rendre la
fanté , ôc il les ramena tout auiïi avancez dans leur,
guérifon que quand ils étoient partis pour y aller.
Une femme vint dire à la Cour qu'étant- allée
aux eaux de Bourbon pour une maladie particu-
lière , elle s'étoit trouvé guérie par leur ufage
d'iinefiftule qu'elle avoir avant que d'y aller. On
envoya a Bourbon un des Chirurgiens du Roy
avec quatre autres malades qui revinrent dans le
-même état qu'ils étoient , quand ils partirent.
Un Jacobin s'adreflTa à M. de Louvoy , ôc lui
dit qu'il avoit une eau avec laquelle il guéniîbit
toutes fortes de fiftules > un autre fe vantoit d'a-
voir un onguent qui n'en manquoit aucune , il y
en eût d'autres qui propoferent des remèdes dif-
férens , & qui citoient même des cures qu'ils pré-
tendoient avoir faites. Ce Miniftre qui ne vouloir
rien négliger pour une fanté aufïi précieufe que
<:elle du Roy , fit meubler pluiieurs chambres à la
Surintendance , où on mit des malades qui avoient
<âes fiftuies , ôc on les fit traiter en préfencede M.
Félix par ceux qui fe vantoient de les pouvoir
guérir. Une année s'écoula pendant toutes ces dif-
férentes épreuves fans qu'il y en eût un feul de
guéri.
M. Beflieres qui avoir examiné le mal , étant
interrogé par Sa Majeilé fur ce qu'il en penfoit ,
répondit librement au Roy , que tous les remèdes
du monde ne feroient rien fans l'opération.
Le Roy enfin a qui M. de Louvoy ôc M. Félix
rendoient compte de tout ce qui fe paiïoit, voyant
qu'il n'y avoir d efpérance de guérir que par l'opé-
rarion fur laquelle M. Félix infiitoir toujours , s'y
détermina^ mais il ne voulut en informer perfonne.
Il attendit qu'il fut de retour de Fontainebleau , ôc
un matin qu'on ne s eroir apperçu de rien , on fût
étonné qu'allant au lever du Roy , on apprit qu'il
Qu atri e'm e D e'm onstration. 411
s'étoit fait faire l'opération, de qu'il avoit condam-
nent fouffert toutes les, incitions que M. Félix,
avoit jugé à propos delui faire.
Ce fut le 21 Novembre 16S7 que cela fe paffi.
M. Félix a qui le Roy avoit laide la liberté de ®cux W*
i 1 A\ • • J ,-, 1 • 1 • ■ 1> * aillèrent à
prendre tel Chirurgien qu 11 lui plairoit pour 1 ai- cette opéra,,
der dans cette occailon , choifit M. Belîîeres qui tl0na*
fut prefent à cette opération , où il n'y avoit que
M. de Louvoy avec MM. Daquin 8c au nommé la Raye
garçon de M. Félix , quatre cent piftolcs.
Bd ii^
4ii
OPERATIONS
DE
CHIRURGIE,
CIN£UIE*ME DEMONSTRATION.
Des Opérations qui fe pratiquent à la
Poitrine O" au Col.
DE L'EMPYE'ME,
'Ordre que nous nous Tommes pref-
crit , Meilleurs , demande qu'après
vous avoir démonrré toutes les opéra-
tions qui fe pratiquent fur le bas-
' ventre, nous montions à celles qui
fe font a la poitrine , que nous continuions par le
col & la tête , & que nous Unifiions par celles des
extrémitez.
opérations La poitrine ardes maladies qui lui font propres ,.
pour^hpof. & par-conféquent elle aauffides opérations qui
lui font particulières , dont la principale eft l'em-
pyême. C eft par celle-ci que nous allons commen-
cer.
La plupart des Auteurs ayant égard à récimolg-
tnne,
IFIG. XXVÏ- POUR U EMPIEJMLE ^
C I N au I E*M E D e'm ONSTRATION. 42$
gie d'empyême qui fignifie changement en pus ou D'où vient
en fanie, nous difent que ce mot fe prend pour une J^eL em"
tranfmutation de matière en pus dans quelque par-
tie du corps qu'elle fe faffe , & particulièrement
pour une collection ou un amas de pus dans la ca-
pacité de la poitrine puais la coutume de le pren-
dre pour l'ouverture qu'on eft obligé de faire à 1&
poitrine afin d'en tirer du fang, du pus, ou de l'eau^
a prévalu. J'appellerai donc cette ouverture em-
pyême , auiîl cqzvc opération n'eft-elle connue que
fous ce nom par les Praticiens. Ainfi quand je par«
lerai d'empyême , j'entendrai une plaie qu'on a
faite à la partie inférieure de la poitrine entre deux
côtes pour donner iflue à ce qui eft épanché dans
fa capacité.
Trois fortes de matières obligent d*ên venir à Néccflîté dè-
Pempyême ; fçavoir du fang qui for tant de quel- "Jn! opeta*"
ques vaiifaux fanguins qui auront été coupez, fera
tombé fur le diaphragme, du pus qui s'y fera épan-
ché enfuite d'une plurefie , ou de l'eau qui s'y fera,
amaifée peu à peu dans une hydropifie. Voilà troi&
différentes occafions où. on fait l'empyême & où
il eft abfolumenr nécelfaire *, mais la plus prenante
de toutes , c'eft quand par une plaie au poumon le
fang tombe dans la poitrine dont il rempliroit
bientôt la cavité , avec danger d'étouffer dans peu
de tems le malade , fi on ne lui donnoit iffue par
une ouverture qu'on ne doit pas différer , ce qui
m'engage à vous en faire voir l'opération avanr
que de vous entretenir des autres*
Entre les plaies de la poitrine , les unes ne péné- ^«^de^S
trent point dans fa capacité , 8c alors elle font re- poitrine,.,
gardées comme fimples : les autres font pénétran-
tes , 8c de ces dernières quelques-unes font fans lé-
lion des organes internes 5 & en ce cas elles ne de-
mandent que la réunion j 8c d'autres avec léfion
des parties contenues -, Ôc celles-ci encore (ont oit
fensépanchement 4e fang dans la poitrine, ou bieis;
Dd iii|
4H E*ES Ope'ràtïons de Chirurgie *
elles font accompagnées de fang répandu dans cette
moyenne région. Ce font de ces dernières dont j'ai
à vous parler , parce qu'elles ne fe peuvent guérir
que par Pempyeme qui évacue ce fang dont le ma-
lade feroit Tuffoqué , Ci on ne le faifcit forrin
Signes d'une Les moyens pour connoîrre que la plaie eft pé-
plaie pêne» Jr > u t J i a o 1
trame, netrante , lont trois *, 1 attouchement , la vue & la
fonde. Si en touchant aux environs de la plaie vous
fentez un emphisême, c'eft-à-dire, une bourfouflu-
re femblable à celle des animaux qu'on foufle
après les avoir tuez, c'eft figne qu'elle pénètre dans
la capacité , ce gonflement n'ayant pu venir que de
ce que le vent pouffé au dehors par les poumons ,
s'eft répandu dans les efpaces des mufcles de la
poitrine , & fous les tégumens. On remarque par
fa vue fi la plaie eft grande Ôc fi elle pénètre , car
le fang qui s'en échape , eft rendu écumeux par
l'air qui s'y mêle Se qui fort de la plaie avec bruit,
en étant chaffez l'un &C l'autre avec vîtefle par les
poumons qui s'étendent on par les mufcles qui ref-
ferent la poitrine ; alors on ne peut douter que la
capacité ne foit ouverte , de que même le poumon
ne foit blefTé. Il y en a qui approchent de l'ou-
verture une chandelle allumée , & fi la flâme va-
cille y c'eft figne que le coup a entré dans la poi-
trine a l'air qui en fort étant l'unique caufe de ce
Preuve ]a petit mouvement. D'autres difent que Ci leblerTé
plus certaine étoit très-faible , il faudrait approcher un miroir
pte "11C <*e Maie > & quefl la g^ce fe terniObit , ce (e-
roit figne qu'il lortiroit de l'air &c que la plaie pé-
nétrerait -, mais la plus fure preuve , c'eft par la
fonde , car Ci i'introduifant dans la plaie elle entre
dans la capacité de la poitrine , il n'y a pas lieu de
douter que la plaie ne pénètre. Cependant quoi-
que fouvenr on ne puilïe pas avec la fonde trouver
le chemin qu'a fait l'inftrument , il n'en faut pas
conclure que la plaie foit bornée a la furface , il y
a des épées étroites qui n'entrant que de biais font;
C I N QJQ I E*M E D e'm O N S T R A T I O N. 42 f;
une fi petite plaie qu'on ne peut y conduire la (on-
de 5 ôc particulièrement 11 le bleiîe écoit en garde
lorfqu'il a reçu le coup. Il faudra donc en ce cas
fituer la per(onne comme elle étoit lorfqu elle a été
bleflée , & fi. avec cela la fonde n'entrait point ,
on dilateroit extérieurement la peau fans différer ,,
quand d'ailleurs on a des lignes que le dedans e(l
offenfé.
Il ne fuffit pas de fçavoir fi une plaie pénètre ou par où o»
non , il faut connoître s'il y a du fang épanché dans conn°lt y1'1*
la poitrine -, ôc trois chofes nous en inftruifent, i°. épancha.
La fituation de la plaie. 2°, Les excrétions. 30. Les
accidens qui l'accompagnent. I
V Anatomie nous apprend qu'il y a une artereôc
une vaine intercoilales qui font placées dans une
fçilTure qui règne le long de la partie inférieure de
chaque coté. Si le tranchant de l'inftrument qui a
fait la plaie 3 a coupé les mufcles intercoilaux dire-
ctement fous la cote , il doit avoir ouvert ces vaif-
faux 5 d'où il s'en fera fuivi un épanchement de
fang dans la poitrine ( a ).
(a ) M. Gérard a imaginé le moyen de faire la îigntii*
le des artères intercoftales , ioriqu'elles font ouvertes
dans quelqu'endroit favorable. Après avoir reconnu
le lieu qù Tartere a été coupé , on agrandit la plaie s
on prend l'aiguille O. affes courbe pour embraffer la
cote , & enfilée d'un fil ciré , au milieu duquel on a
noué un bourdonnet -, on la porte dans la poitrine à
côté du lieu où l'artère eft divifée, & du. côté de fon
origine, on la fait paffer derrière la côte où fe trou-
ve l'artère ouverte , la pointe fort par deiTus la côte»
©U prend cette pointe & on retire l'aiguille en ache-
vant de lui faire décrire une circonférence : quand
l'aiguille eft entièrement fortie, on tire le fil jufqu'à ce
que le bourdonnet fe trouve fur l'artère , on applique
fur le côté gui eft embraffé par le fil , une comprenne
un peu épaifle , fur laquelle on noue le fil en le fer-
lant fuffifamment pour comprimer le vaiifau , qui fe
trouve pris entre le bourdonnet & la côte. M. Gou-
lard Chirurgien de Montpellier a inventé c^puis , pour
fairç la ligature de cette mère , l'aiguille courbe P. qui
4i6 Dis Ope'ratioks de Chirurgie,
Signe d»an« Si la plaie eft grande, «Se qu'il en foute beaucoup
plaie au pou. Je fana c'eft nVne qu'il doit y en avoir dans la
mon. ■ ' c, • • 1 j i
capacité , ce principalement quand on entend un
fiflement à la plaie caufé par l'air qui en fort , cela:
marque qu'il y a ouverture au poumon , & comme
il eft- tout plein de vaifïaux , il ne peut pas être
bie(Té qu'il n'y en ait d'ouverts qui verfent du fang
dans cette capacité difpofée à le recevoir.
On connoît le fang épanché par les accidens qui
arrivent immédiatement après la blelTure ■ on fent
une grande pefanteur fur le diaphragme caufée par
le poid du fang qui s'y eft répandu , une forte ten-
fion à la poitrine du coté de la plaie .» le bleflé a
de la peine à refpirer , Se tombe fouvent en fyn-
cope ( a )-..
Ees plaies $i par le défaut de ces lignes le Chirurgien juge
trineane?gué- qu'il n'y a point de fang épanché , il doit travail-
riffenc pas ler à guérir la plaie le plutôt qu'il pourra, & quei-
' que foin qu'il y apporte , ce ne fera pas îitôt
qu'il feroit à fouhaiter , parce que les plaies de la
poitrine font plus difficiles à guérir que les autres,
a un manche. Après avoir fait palier l'aiguille par def-
fous la côte & percé les mufcles, & les tegumens aur
deflus r on dégage le fil qui eft dans les trous prati-
qués vers la pointe > on tire enfuite l'aiguille de la
même manière qu'on l'a fait entrer 3 & on fait la li-
gature de l'artère comme je viens de dire.
(a) Ajoutez à cesfîgnes d'êpanchement que leblefTé ref-
pire mieux couché fur un plan prefque horifontale que
debout ou affisi qu'il ne peut relier couché fur le côté
fain , c'eft-à-dire3 du côté où il n'y a pas d'êpanchement ,
au lieu qu'étant couché du côté de Pépanchement il
fouffre moins , qu'il ne peut fe tenir couché d'aucun
côté fi l'épanchement eft dans l'un & dans l'autre ca-
vité de la poitrine : qu'étant debout ou affis , il prend
une fïtuation telle que fon dos décrit un arc de cer-
cle. On obferve de plus que le côté de la poitrine où
eft l'épanchement a plus d'étendue que celui ou il n'y
en a point, ce qu'on reconnoît par l'examen du des
blefle" qu'on met à fen féant , enfin le bleiTé a une fueur
froide par tout fon corps , fes extrémités ont fioides »
frn pouls eft petit Se concentré.
Cinciuie'me Démonstration. 417
pour quatre raifons. La première à caufe que l'air ,
qui entrant par la plaie fans être modifié ni échauf-
fé comme celui qui palTe par la bouche > ne peuc
pas manquer d'incommoder les poumons. La fé-
conde , parce que le mouvement continuel de la
poitrine s'oppoteà la réunion qui fe doit faire. La
troifiéme confifte dans la difficulté qu'il y a de
porter les médicamens à une plaie des poumons^ 8c
a quatrième en ce que les matières n'ont pas la.
. iberté de fortir d'elles-mêmes 8c qu'on a de la
peine a les tirer quand elles font dans le fond de la
poitrine.
Il ne faut point s'arrêter a l'opinion de quelques
Anciens qui vouloient que par une future on rer-ia pratique*
mât toutes les plaies de la poitrine, prétendant que
l'air étranger qui y entroit, étoit extrêmement per-
nicieux. Nous rejetterons aurli le fentiment de
ceux qui confeilient.de les tenir très-long tems ou-
vertes. S'il n'y a point de fang épanché , il faut les
fermer au plutôt. S'il y en a on les tiendra ouver-
tes pour le faire fortir , 8c ainfî ç'eft le fang qui
doit en ceci régler la conduite du Chirurgien.
Quand il y a épanchement de fang , il eft né-
ceflaire de le vuider ; 8c pour cet effet le Chirur-
gien fe doit fervir des moyens les plus doux avant
que d'en venir aux extrêmes. On nous en propofe Cure <3e la
trois , le premier eft de iituer le malade de manière l]ziA™chlJ
que le fangpuiiTe fortir par la plaie , ce qu'on exe- ment de fang,
cute en lui faisant baiffèr la tête , lui élevant les
cuiftes , 8c le couchant fur la plaie même ; le fécond
eft d'aider au fang à fortir en ferrant le nez au blef-
fe > lui ordonnant de retenir un peu fon haleine >
Se lui ébranlant un peu le corps .*, 8c le troifiéme ,
c eft de fe fervir de i'inftrument appelle pyoulque
ou tirepus A. qui eft une feringue dont le canon eft
courbé pour s'accomoder à la figure de la plaie 5
on introduit ce canon jufqu'a l'endroit où le fang
eft tombé ; puis retirant le manche de la feringue*
4i8 Des Ope*ratïoî*s de Chirurgie.
on Templit de cette humeur extravafée , ôc ain'fi on\
la pompe à plufieurs fois.
Si par ces moyens on n'a pas pu. vuider la poi-
trine , il la faut ouvrir pour donner i(ïue de quel-
que manière que ce foie à cette matière. On s'y
prend de deux façons , l'une en dilatant la plaie ,
Ôc l'autre en faifant une contr'ouverture.
comment La dilatation de la plaie fe doit faire quand l'ou-
Mrdpov«!Tvemire eft ^ans *a partie- baffe de la poitrine, foit
terme. antérieurement , foit podérieurement -, car il n'efl:
pas rare que la plaie fe trouve vers l'endroit où on
feroit l'empyême , ôc quand même elle feroit de
quelques doigts^plus haut , il faudroit fe conten-
ter de la dilater , ce qu'on fait en fourrant une
fonde creufe B. dans lapiaiç , pour y- conduire la
pointe d'un infiniment qui doit être ou un biftouri
droit C» ou un courbe D. ôc on obfervera de faire
toujours en bas les incitions aux tégumens ÔC aux
mufcles extérieurs pour faciliter la fortie du fang*
Car pour la dilatation qu'on fait aux mufcles in-
tercoftaux -, elle- ne peut être qu'à l'endroit de la
plaie qui fe rencontre entre deux cotes , on met
enfuite le bielle dans une (ituation convenable à
l'évacuation du fang , on ne peut mieux le fituer
que de le coucher îur la plaie.
OMenration ^n ^es Gendarmes de Monfeigneur le Duc
d'une piaie de Bourgogne futbleffé à Befrort en 1703 , par un 1
de poitrine, fe çes camarac]es ç^[ [u[ donna un C0LTp d'épée dans .
la poitrine*, directement fous la mammelle droite ,*
ôc comme ce malheur lui étoit arrivé a demi-iieuë
de cette ville, la poitrine avoit eu tout le tems de
s'emplir avant qu'on me fût venu chercher pour le
panfer. Je me contentai de dilater la plaie fuffi-
famment pour évacuer le fang qui l'étourToit , ôc je
ne le panfai point ce premier jour. Je le fis cou-
cher fur la plaie pendant toute la nuit , ôc à me-»
Jure que le fang fortoit il refpiroit plus librement;
Le lendemain je trouvai la poitrine toute vuide *
C I N Q.U 1 E*M B D E'M ONSTRATION. 42.9
je le panfai & le lailTai entre les mains d'un Chi-
rurgien delà ville qui le guérir , de manière qu'un
mois après il vint nous rejoindre à l'armée-
Si la plaie eft à la partie fupérieure de la poi-
trine & qu'on (bit certain qu'il y a du fang épan-
ché, il faut denécefîité faire une contr ouverture ,
•qui fera ce qu'on appelle Empyême. Elle fe doit
faire à la partie déclive ou penchante delà poitrine
en deux endroits ; fç avoir en la partie antérieure,
ou en la pofterieure.
Quand on choillt la partie antérieure de la poi- En quel lie«
trine , l'opération fe fait entre la deuxième & la ?n doit faird
■ r' i a i t la contrc-ou-
troiiieme des vrayes cotes en comptant de bas en vcrcure.
haut. Le bleffé en tire cet avantage qu'il peut fe
panfer lui-même quand il eft obligé de quitter fon
Chirurgien , foit parce qu'il ne fera pas en état de
le payer , ou parce qu'il fera obligé de changer de
lieu , & quelquefois la longueur de la maladie im-
patiente tellement qu'on ne veut plus s'aftujettir
aux heures du Chirurgien. Mais l'incommodité
d^k pancher ou de fe coucher fur le ventre pour
faire fortir le fang ou le pus, fait préférer la partie
pofterieure 3 parce qu'étant couché fur le dos , la
matière fe porte aifément à l'ouverture , de fort
fans qu'on faile faire aucune violence aux pou-
mons.
Si on fe détermine de la faire à la partie pofte-
rieure , on enfonce lebiftouri à cinq ou iix travers
de doigts des apophifes épineules des vertèbres 3
entre la troifiéme Se la quatrième des faunes côtes,
comptant de bas en haut. Sans m'embaraûer de
compter les côtes > je la fais quatre doigts au-def-
fous de l'angle de l'omoplate > &c à cinq ou fix
doigts de l'épine , qui eft l'endroit où les côtes s'a-
vancent le plus en dehors , mais on doit furtouc
faire l'empyême du côté de Fépanchement , Ôc on
tachera de ne fe point tromper fur cet article.
h opération ayant été réfolue fur la néçefllté pref*
4$o Des Opérations de Chirurgie ,
fante d'ernpècher que le blefte n'étouffe , il ne faut
point s'amufer à dreifer l'appareil , on aura allez
de tems pour cela quand le fang s'écoulera de la
poitrine, ôc on ne doit point recommander au blef-
Té de fe tenir en fon féant , il y eft toujours porté
de lui-même , parce que c'eft la fituation où il
peut mieux refpirer. Après lui avoir tourné le dos
du coté du jour & fa chemife relevée , on pincera
les tégumens a l'endroit qu'on voudra ouvrir, & le
Chirurgien les faifant tenir d'une main par un fer-
viteur dans le tems qu'il les foulevera lui-même de
la main gauche , il les coupera avec un biftouri
droit C. qu'il tient de la main droite , puis ayant
lâché les tégumens il achèvera de traverfer tes
mufcies entre deux côtes y tournant le dos de fon
biftouri du côté de la côte fuperieure, pour ne pas
percer les vaiffaux qui font le long de la lèvre in-
férieure de cet os. Les mufcies étant coupez , il
ouvrira la plèvre avec la pointe de ce même in-
ftrument > qu'il retirera enfuite pour y porter fon
doigt , afin de fçavoir fi l'ouverture eft fuffifante ;
après quoi il fera pancher le malaile en arrière pour
faciliter la fortie du fang qui fe répand pour l'ordi-
naire en abondance , ôc on ne doit rien appréhen-
der en le laiffant tout fortir , car quand il eft une
fois dehors de fes vaiffaux, il ne fait qu'incommo-
der en quelqu'endroit qu'il féjourne.
Conditions On prépare une tente de linge E. qui félon les
oa'on* doi"cEe^ureuls^0^tavo^L ^lxcon^"ons : )a première,
ç réparer. qu'elle foit d'une groffeur proportionnée à la gran-
deur de la plaie ; la féconde , qu'elle foit molle de
crainte de faire de la douleur-, la troisième , qu'elle
foit courte &c moufle à la pointe , de peur de blel-
fer le poumon : la quatrième , qu'elle foit un peu
applatie pour s'accomoder à l'elpace qui eft entre
les deux côtes : la cinquième , qu'elle ait une tête
G. afin qu'elle n'entre pas dans la capacité ; & un
fil H. qui y foit attaché pour la retirer de ki poi-
Ci n au i è'm e D e'm ©nstratïon, 4^1
trineen cas qu elle y tombât : 8c la fîxiéme, qu'elle
foit trempée en quelque liqueur vulrieraire. Le Panfemenfe
fang étant forti , on met dans la plaie une tente e a p alCs
ainfi conditionnée , on fait une bonne embroca-
tion aux environs de la plaie qu'on couvre avec des
plumaceaux plats IL 8c un grand emplâtre K. de
Gratta Dei. On pofe une comprefîe quarrée L. par
deiïus , 8c puis le bandage circulaire qu'on fait au-
tour du corps avec cette ferviette M. ployée en
trois ou en quatre ; 8c qu'on a'fliire dans fon lieu
en l'attachant au fcapulaire N. par devant 6c par
derrière (a).
C'eft s'arrêter à des minuties que de fe mettre
en peine s'il faut conferver les fibres des mufcles
intercoftaux externes , ou celles des internes, 8c de
balancer à couper félon la rectitude des fibres des
uns plutôt que félon la direction des fibres des au-
tres. Il les faut couper également les unes Se les
autres 5 8c prendre garde feulement que le tran-
chant du biftouri ne touche aux côtes , de crainte
que l'incifion faite à leur période ne leur - donnât
occafion de fe^feécouvrir par la fuite.
Quelques Aurcurs ont prétendu rafiner en con- Mauvaife
feillant de ne point couper la plèvre avec la pointe m?nIfre f Pu
i 1,. « r l\ > \" • , vrirlaplaiç»
de 1 initrument , 8c voulant qu après avoir coupe
les mufeles 8c être parvenu à la plévre,on la poulie
(a) La tente qu'on propofe ici peut blefTer le pou-
mon qui vient frapper contre fon extrémité; elle bou-
che l'ouverture & empêche par confequent l'iffue des
matières épanchées ; elle écarte & irrite les parties au
travers desquelles elle paffe , ce qui eif. fuivi de dou-
leur , d'inflammation , & quelquefois de la carie des
côtes. C'eit pourquoi les Praticiens fe fervent aujour-
d'hui d'une petite bandelette de lin^e mollet, dont ils
introduifent un bout dans la poitrine ,. ils rempliiTent
enfuite la plaie de plufieursbourdonnets , & appliquent
le refte de l'appareil tel qu'il eft ici décrit. Cette ban-
delette ou mèche de linge empêche l'ouverture de la
poitrine de fe refermer , & permet fans bleiTer fe pou-
mon ni caufer de douleur au rnalade^une Ubre iffue
aux matières épanchées.
4$i Des Opérations de Chirurgie,
avec unegroffe fonde moufle pour la faire crever^
ils difent que de cette manière on ne rifque point
d ofrenfer le poumon avec la pointe du biftouri i
mais cette méthode eft blâmable ,'car pour éviter
un mal qui n'arrive jamais à un habile Chirurgien,
ils en font deux qui peuvent avoir des fuites fâ-
cheuies ; Tune , c'eft qu'ils féparent la plèvre des
côtes aux environs de la plaie par Pimpulfion qu'ils
font pour l'ouvrir ainfi -, & le fécond , c'eft qu'en
rompant les fibres de cette membrane , elle fouffre
un effort qui peut y caafer fluxion ôc inflamma-
tion.
C'eft la coutume dans le traitement des plaies 3
que de lever le premier appareil au bout de vingt-
quatre heures , mais les plaies de la poitrine ne
donnent point ce tems. Quand le malade fe fent
opprelfé , ce qui arrive quelquefois fix ou huit
heures après l'opération , il faut le repanfer afin
de donner ilTue au nouveau fang forti de fes vait
faux , c'eft-pourqitoi on aura des appareils tout
prêts pour panfer le malade autant de fois que la
néceflité le requerrera , furtout ibie faut pas épar-
gner la faignée du bras , parce qîe cette efpece de
révulfion empêche cette humeur de s'échaper par
Ja plaie du poumon.
On ne doit avoir égard qu'à la plaie faite par
l'opération , car la première n'étant plus confidéra-
ble on doit la laiffer refermer auflîtôt qu'elle y fera
difpofée. On en tire pourtant une utilité dont on
profite jufqu'à ce qu'elle foit guérie , puifqu'étant
obligé de faire des injections dans la poitrine pour
nétoyer& entrainer le pus de les humiditez fa-
nieufes qui y tombent, on feringue par la plaie fu-
perieure des liqueurs qui doivent fortir par l'infé-
rieure où la pente eft naturelle , de manière que
ces injections après avoir lavé la poitrine , s'écou-
lent ainfi fans effort ôc fans inconvénient.
Voila pour ce qui regarde l'opération qu'on au-
ra
C ï n ojj i e'm e D e'm onst^âtiôn. 453
rajugé néceffaire dans certaines plaies de poitrine, ACl£re 0&-
ôc qu'on ne doit pas faire légèrement comme onf«va«°n
vouloit que je la Me à M. de la Bonoifïiere Ecuyer p^rin»?6
du Roy qui futblefTé à Verfailles en 1701 , à la
mammelle droite * d'un coup d'épée qui étant en-
trée de biais dans la capacité de la poitrine, perçoit
le médiaftin ôc ailoit le perdre dans la cavité gau-
che. Les accidens qui furvinrent le troifiéme jour
fembloient indiquer qu'il y avoir du fang épan-
ché. Ceux qui le yoyoient avec moi étoient d'avis
que je ûttb l'empyêmé , je leur dis que je regar-
dois fa grande difficulté de refpirer comme un effet
de l'inflammation caufée au médiaftin, à raifon de
la plaie qui le perçoit : il eft vrai que le malade ne
pour oit le tenir couché , mais je ne remarquois
point de tenfion à" la poitrine, ni de pefanteur au
diaphragme. Je periuadai au père du bleflTé de
prier M. Félix de le venir voir & de nous aflifter
de fon confeil. Il fut de mon fentiment , on ne fie
point d'opération , &c le malade fut parfaitement
bien guéri.
Dans la même affaire qui fe pafïa a* minuit M. „.„ ... *>
\ r ~e y ' 1 >? V 1 1 1 Hiftotfe cru* j
Memer Lieutenant des Gardes de la porte de Sa ne guérifoR
Majefté, reçu't'ïui coup d'épée a la partie inférieure ten[ée pat"
de l'a poitrine du côté droit, Auffitôc qu'il fut ren-
tré chez lui , on alla chercher un fuceun II vint un
Tambour du Régiment des Gardes qui lui fuça fa
plaie , & qui l'affura que dans deux jours il feroit
guéri. Le lendemain au lever, on dit au Roi que dé
deux perfonnes qui avoient été bleffées la nuit
précédente , celui qui s'étoir fait fucer fe portoit
bien , &c que celui qui avoit été panfé par les Chi-
rurgiens fe mouroit. Cette nouvelle fe répandit
comme véritable ; mais l'après-midi du même
jour M. Meilier fe confefTa ôc reçut les Sacremens*
parce qu'il étoufoit. Il m'envoya chercher , me
iant de lui faire ce que je jugerois à propos. Je
ui dis que je le croyais guéri fur le récit qu'on
Ee
l
fie,
434 Des OrE'RÂTïONS de Chirurgie ,
en avoit fait au Roy ,• mais que je le trou vois très*-
mai par la nature de fa plaie ôc des accidens qui
l'accompagnoient. Un autre l'auroit peut-être laif-
fé périr entre les mains ide Ton fuceur , mais je crû
qu'il étoit de mon devoir de le fecourir dans une
néceffité auiïi prefTante. La plaie étant à la partie
inférieure delà poitrine , je la dilatai , 6c fis une
ouverture fufrifante pour donner ilTue au fang ré*
pandu yAcs ce moment il commença à fe fentir
foulage , je continuai à le panfer , 6c je l'ai très-
bien guéri (a).
L'opération de l'empyême fe fait encore, quand
il y a du pus épanché dans la cavité de la poitrine,
ce qui arrive pour l'ordinaire enfuite d'une pleu-
refie ou d'une peripneumonie.
Définition La pleurefie eft une inflammation de la plèvre
h pleure» cmféç par un fang boiiillant 6c impétueux qui s'ex-
travafe 6c fe grumele dans cette membrane. Il y en
a qui fur les picotemens que le malade relTent ,
prétendent quelle eft produite par une bile échauf-
fée qui s'amafle entre les côtes ôc la plèvre \ elle
eft toujours accompagnée d'une fièvre aiguë, d'une
(a) Les plaies de poitrine ne font fâcneufes qu'au-
tant qu'il furvient une inflammation , ou un épanche-
ment , comme on le voit par ces deux cbfervations.
Il n'eft pas aifé dans les commencemens de reconnoï-
tre lequel des deux accidens on doit prévenir.
On prévient l'inflammation , ou on la calme par de fré-
quentes faignées & une diète très-exacte.
On prévient l'épanchement par le même moyen. Si
Ton ne réuflît pas on fait la contre ouverture appellée
empyême, ou l'on dilate la plaie, en cas qu'elle foitfi-
tuée favorablement. Il faut remarquer ici que l'ouvertu-
re d'un gros vaiffau produit toujours un épanchement
mortel. On ne peut pas même remédier à l'épanchement
caufé par l'ouverture de petits vaifîaux , quand cette ou-
verture fe trouve en certains endroits. Par exemple lors-
que l'artère intercoftale eft ouverte près de fon origine ,
où l'on ne peut pas en faire la ligature , il eft impoftbîe
de rechaper le blefle.
Cinq.uie'me Démonstration. 435
irefpiration fréquente & difficile , &: d'une dou-
leur piquante ôc interne. Les Grecs l'appellent
fleuritis du mot plevron) qui (ignifle le côté , parce
qu'elle fe fait violemment fentir au coté de la
poitrine.
La péripneumonie eft une inflammation du pou- Caraftere
mon excitée par le dépôt qui s'y fait d'une ma- de la Po-
tière purulente qui fuccede à la fluxion de la poi- eum
trine , ôc dont les fign* (ont une fréquente ôc pe-
tite refpiration , avec une fièvre ôc rongeur de vi-
fage. Ce mot de péripneumonie eft dérivé de péri
quiveut dire au tour , ôc depneumon , qui lignifie
poumon , parce que cette maladie fe forme fou-
Vent dans la membrane qui enveloppe les poul-
inons.
Ces deux maladies font très- violentes , ôc elles
expédient leurs malades en peu de tems. Quand
l'humeur qui fait la pleurelie eft encore re: fermée
dans la plèvre , ôc que celle qui fait la péripneu-
monie eft dans la fubftance du poumon ou dans Ces
membranes , ces deux maladies font pour lors de
la jurifdidion de la Médecine , je veux dire que
les Médecins doivent pour les guérir , diriger la
cure par la diète ôc par la Pharmacie , auffi-bien
que par la Chirurgie qui pourra y emploïer les fri-
ctions , les ventoufes , ôc fur tout les faignées s
mais quand ces matières morbifiques ont abfcedé ,
ôc que le pus eft épanché dans la poitrine , elles
font principalement foumifes à la Chirurgie , par-
ce qu'il n*y a point d'autre moyen pour les éva-
cuer , que la main du Chirurgien.
C'eft à lui à examiner avant que de Tentrèpren- ,fcd ôc que tous
E e ij
sme.
43^ Des Opérations de Chirurgie ,
les parens la fouhaitoient , il fuc biamé de tout le
monde.
Hiftoire à Une affaire prefque femblahle arriva à Ver-
e ujcu failles en 1703 > à un des Chirurgiens du Roy, le-
• . * quel étoit venu de Rouen fe donner pour le plus
expert Chirurgien de l'Univers. M. Helvetius
vint voir le nommé Berteville Tapiffier du Roy ,
malade depuis long-tems v&c fe plaignant d'une
douleur a l'hypocondre droit. Ayant touché l'en-
droit , il crût qu'il y avoit de la matière 5 8c il
confeilla à ce Chirurgien de l'ouvrir , ce qu'il fit
à Finftant. Il ne s'v rencontra rien à évacuer , & le
„ malade mourut deux heures après l'opération. L'a-
vantage qu'en tira ce pauvre malade , fut d'être
en peu de tems délivré pour toujours de la douleur
qu'il fouffroit ôc de celle dont il pouvoir être me-
nacé dans la fuite. Un frater auroit été exculable
d'avoir eu cette foumiilion , parce que fes lumiè-
res font très-bornées j mais un Maître Chirurgien
doit être fur de fon fait , 8c il. ne doit point ten-
ter une opération de cette confequence fur la bon-
ne foy d'autrui.
Pluiieurs font dans la penfée que la nature feule
peut guérir ces maladies 9ils difent qu'elle a trois
voyes naturelles pour fe débarraiTer des matières ,
par les crachats > par les urines , 8c par les felles j
mais ce font des eipéces de miracles qu'il ne faut
pas toujours efperèr. Je fçai qu'il n'eft pas impof-
îible qu'elle évacue par l'un de ces trois moyens
l'humeur extravafée qui fera encore ou dans le
poumon ou dans la plèvre *,mais auflîtôt que l'abf-
cès eft crevé , 8c que le pus eft répandu dans la ca-
pacité de la poitrine 5 il n'y a que i'ernpiême qui
l'en puiflè faire forcir.
Signes d'un Les lignes qui nous marquent qu'il fe forme un
abfcès dans abfcès dans la plèvre font une inflammation , une
la plèvre, , , • £ • - j>
douleur algue 6c perçante qui attaque tout d un
coup > une pefanteur , une fièvre lente 8c continue
CiNauiE'ME Devions tr AT ion. 457
accompagnée de friflons , un pouls dur , ferré Ss
prorond , une roux féche avec altération , 6c une
difficulté preiïànte de refpiter.
Les figues qui nous indiquent que l'abfcès fe fait,
dans ia fubftance du poumon , font que le malade
fent une douleur fixe 6c fourde qui ne vient que
peu à peu , il ne refpite qu'avec peine , la fièvre
continue avec une foif immodérée qui ne l'aban-
donne point , fes crachats font purulens , [qs yeux
affairiez 6c enfoncez , fes joues rouges & vermeil-
les , 6c tout le corps devient fec 6c atrophié.
Les lignes qui nous avertirent que l'abfcès, foit
de la plèvre, foit des poumons eft. crevé > 6c que la
matière eft épanchée fur le diaphragme , font une g\gnes de u
diminution de tous ces fymptômes pour quelque matière érâ-
ii i n \ i . • / x • r r • chée lut le
tems, la douleur eit a la vente moins aiguë , te lai- diaphragme,
iant fentir vers les fauiles côtes, 6c le malade éprou-
ve quelque foulagement ; mais il fur vient des ac-
cidens qui ne font pas moins dangereux que les
premiers ,* car outre la difficulté de refpirer , le
pou] s s'élève , la fièvre s'augmente 6c devient ar-
dente , on a une grande inquiétude 6c on eit fati-
gué d'une peianteur fur le diaphragme accompa-
gnée de fluctuation : on ne peut fe tenir couché
que fur le côté malade j car fi on fe couche fur le
côté oppofé , on relient une douleur plus vive , 6c
une peianteur beaucoup plus grande , caufée par là
matière qui charge le mediaftin ,* c'eft alors qu'il
faut avoir recours à l'opération comme le feul
moyen de guérir ( a ),
(a ) Il y a auffi des empyêmes qui font occafîonnés par
des abfcès du foie. Voici ce que dit M. Verduc à ce fujer.
„J'ai vu, dit-il, pîufîeurs empyêmes venant d'abfccs
„au foie; ces empyêmes avoient été précédés par une
s, fièvre violente , une douleur vive & aî^ue , une grande
3, difficulté de refpirer , mais la douleur avoir toujours
„ été à la région du foie,& comme ces abfcès étoient
3, dans la partie convexe du foie & (a membrane, le pus
& avoit poiuri le diaphragme a & s'étoit enfuite répanda,
Eeiij
438 Des Opérations de Chirurgie ,
Deux ma- P°UL" frayer une iffiip à c^te matière , on peut
tiicrcs d'où- ouvrir la poitrine en deux manières , ou par l'inci-
tiiL h p01" ^on > ou Par ^ cautere potentiel ; car pour le tré-
pan de la côte 8c le cautere actuel que quelques
Auteurs nous propoient , ce font des moyens trop
cruels pour nous en fervir.
L'ouverture qu'on fait à la poitrine par incifion
pour en tirer du pus , eft femblable a celle qu'on
pratique pour en évacuer lefang. Je viens de vous
la faire voir , ç'eft-pourquoi il n'eft pas néceffaire
de la répeter ici , il y a feulement quelque diffé-
rence qu'il faut obferver , c'eft que la pieureiie
étant abfcedée, il fe fait quelquefois une élévation
entre deux cotes dans l'endroit où étoit l'abfcès, ÔC
il faut pour lors faire l'ouverture fur cette tumeur
que la nature femble produire , pour nous indi-
quer le lieu par où le pus cherche à fe faire jour.
La féconde manière de faire rempyême , c'eft.
par le cautere potentiel. Ayant marqué l'endroit
qu'on veut ouvrir , on y applique une pierre à
cautere O. &: par derTus un petit morceau de bois
3, dans la poitrine , où les mouvemens continuels de la
„ relpiration l'obligoient de monter en l'exprimant du
j, foie, & là il caufoit tous les accidens des épanchç-
<,,meiis dans la cavité de la poitrine fur le diaphragme»
„"& le mediaftin. J'ai vu quelques-uns de ces abfces ron-
a, ger la plèvre & les mufcles intercoftaux entre la deu^
j, xiéme& la troifîéme des fauflfes côtes, en comptant
9, de bas en haut, & former une tumeur 8ç un abfces en
„ dehors en ce même endroit, comme il arrive quelque-
„ fois dans les véritables empyêmes. J'en ai vu un qui s'é-
j» toit vuidé en paitie par les crachats, & voici comment ;
„ le poumon étoit attaché au diaphragme , à l'endroit où
„ le pus l'avoit ouvert, deforte que le poumon ayant
3, auiTi été rongé , le pus du foie fe vuidoit par ks cra-
„ chats ; c'eft ce qu'on connut par l'ouverture du corps
3, après la mort. On connoït ces empyêmes , & on les
„diftingue des autres , en ce que la douleur a été à la re-
33 gion du foie , & quand on les ouvre le pus eft fembla-
„ ble à des lavures de chairs , tel qu eft toujours le pus
il qui vient du foie , qui rarement eft blanc.
Cincxuie'me Démonstration. 439
P. rond ôc creux pour la prefTer & la faire mieux
pénétrer , on prétend que par cette compreflion
une feule pierre fait autant que trois : enfuite jur
l'efcarre , on ouvre la capacité avec le biltourh
Mais quoique Thevenin nous dife que cette façon
foit la plus aifée & la plus en ufage , je ne l'ai
pourtant point vu pratiquer^ & comme le cautère
peut en brûlant les mufcles intercoftaux , aller juf--
qu'aux côtes & les découvrir, c\ que l'efcarre ve-
nant a tomber il reftc une plaie trop grande pour
arrêter la canule ôc pour nous laiffer maîtres de re-
tenir la matière, ces inconvénieus font que je con-
feillerai toujours de s'en tenir à i'inciiion. .
A rempyême qu'on fait enfuite d'une plaie de Proportion
poitrine , onfe fert d'une tente de charpie ou deQ£ 3 caauIe*
linge , mais a celui qu'on pratique à Foccafion
d'une rupture d'abfcès , on met une canule d'ar-
gent dont on bouche l'ouverture avec un petit
tampon , afin de pouvoir laifTer fortir tant ôc fi.
peu de pus qu'on le juge à propos > c'eft- pourquoi
il faut faire l'incifîon d'une grandeur proportion-
née à la grofTeur de la canuie , qui doit occuper
toute l'ouverture , 8c avoir une tête R. qui l'em-
pêche d'entrer dans la poitrine , de qui foit percée
de deux petits trous SS. pour y paffer un cordon T..
qui entoure le corps , afin qu'elle ne forte que
quand on veut. Lorfque les côtes font trop ferrées
il faut que le corps de la canule foit plat comme
celle qui eft marquée V. pour s'ajufter aux efpaces.
de ces os , 5c ouverte de toute fa longueur , de
même qu'à côté de foa extrémité interne X. pour
laiffer évader le pus avec facilité.
Toutes les fois qu'on panfe le malade > on ôte Comment
feulement le petit tampon qui bouche l'ouverture ^ap^ c
de la canuie , de après l'avoir ôté , fi le pus ne fort
point , il faut avec une grofTe fonde moufTe re-
poufTer le poumon qui appuyant fur le bout de ce-
tuyau > empêche cette évacuation.. Les inje£bion&
E e iiij
44° Des Opérations de Chirurgie ,'
qu'on fait par le moyen de cette leringue Z. étant
entrées pat la cavité de la canule 3 on la bouche
pc^ir un moment , puis otant le tampon , pout peu
que le malade fe panche, elles fortent pat le même
conduit. Ces injections font néce(faites pout laver
la poitrine 3 il y a même des Praticiens qui laiflent
dans la capacité ces liqueuts adouciilantes &c détet-
fives durant l'intervale d'un panfement à un autre,
pour empêcher que la matière par fon acreté ne
Fade impreflîon fur les parties. Ces médicamens
injectez ne doivent êtte ni amers ni piquans , de
crainte d'exciter la toux , ce feront Amplement des
décodions de plantes vulnéraires , de l'eau de
fcabieufe & de pas d'âne , &c. aufquelles on peut
ajouter le vin où on aura diiTout le miel roiat ,
pour nétoyer & préferver de la pourriture.
Signes de 5 j [a maticr.e qui en fort eft de mauvaife odeur
mauvais & ,, ., . x , » 11 » /
de bon au- oC d une vilaine couleur , ce qu eue s évacue en
g*»rc»< grande quantité , fila fièvre fublifte , fi le malade
amaigrit notablement, ôc que (es forces diminuent
ces lignes ne promettent rien que de finirtre : mais
fi le pus eft égal , blanc , bien cuit , de bonne
odeur Se en petite quantité } fi les forces fe fou-
tiennent , & que le malade foit obéiilant , il gué-
rira. On ôte -la canule quand la matière commence
à fe tarir , ce qui doit arriver dans les quarante
jours ; car ce tems parlé la plaie dégénère en fi-
ftule 3 Ôç il faut des années pour en achever la
cure,
Je vous ai dit qu'il y avoit trois humeurs. Le
fang , le pus & l'eau ou la lymphe , dont l'épan-
chement nous obligeoit d'ouvrir la poitrine peur
l'en dégager : je vous ai parlé des deux premières >
examinons ce qu'il faut faire à la troifiéme.
De Phydro- H s'amafle quelquefois dans le thorax des féro-
winc.de P°U^tez qui diftillant peu à peu rempiiirent une de (ts
cavitez ôc fouventles deux enfemble, c'eft ce qu'on
appelle hydropifîe de poitrine > laquelle eft cauféû
C i n au i e'm e Démonstration. 441
comme celle des autres parties du corps , ou par la
rupture de quelque vaiiiau lymphatique, ou par
un défaut de fermentation qui rend les humeurs
trop aqueufes , ou qui empêche la réparation de la
lymphe par les urines & par d'autres voyes. On
connoît cette maladie par la toux lèche où le ma- figncs<
lade ne crache rien , par le friffon , par une fièvre
lente , par une courte haleine , par l'enflure des
jambes 5c furtout par une fluctuation Se un gar-
gouillement qu'on entend dans la poitrine quand
le malade fe remue, comme on en entendroic dans
un vaiiTau 1 demi plein d'eau qu'on agiterait. Si
le malade ne peut fe tenir couché que d'un côté 5
çeft une marque qu'il n'y a de l'eau que dans le
côté où il peur demeurer j mais s'il a autant de
peine à fe tenir fur l'un que fur l'autre des côtés #
8c qu'il affecte de refter iur le dos , ç'elt ligne qu'il
y a de l'eau dans les deux cavitez de la poitrine.
Il faut eifayer de vuider cette eau par les hydra- vMéJcamen
■> n \ t 1 ' ■ ' r 1 • r eflayer
gogues, c eit-a-dire par aes remèdes (uaorihques, avant que
apéritifs & diurétiques , qui tous vont à évacuer p^ine,1*
les férolicés , 5c dont je vous ai parlé dans l'hydro-
pifîe du ventre. Quand par ces remèdes qui pouf-
fent par iesfueurs ? par rimeniîble tranfpiration ,
8c par les urines , on n'a point pu réuiîir 5 on en
vient à l'ouverture de la poitrine , laquelle s'ac-
complit de la manière que je viens de vous mon-
trer.
Il ne faut pas s'étonner (i quelquefois après avoir
ouvert la plèvre on ne voit (ortir ni eau ni pus ,
quoiqu'il y en ait dans la poitrine. Quand le pou--
mon eit. adhérent à la plèvre à l'endroit où on a
fait l'opération 3 rien ne fe peut échaper , & il faut
alors que le Chirurgien introduife (on doigt dans
la plaie ,&: qu'il fépare doucement les iiiamens qui
font cette adhérence , après quoi il verra fortir ce
qui étoit contenu dans cette cavité. La feule crain*
tç de rencontrer cette adhérence qui cependant çft
44* Des Opérations de Chirurgie;
fort rare , m'empêche de propofer la ponction avec
inconve- le trocar a* comme plus facile 5c plus fûre pour
fage 'du6 crpZ l'hydropifie de la poitrine ; car avec un fimple trou.
«ar , & fes fait entre deux côtes à la partie inférieure du tho-
avantages. rax on tiferoit Jes eaux CQnCenues y on foulageroit
le malade a. l'inftant , & on éviteroit une grande
plaie qu'on fait pour l'empyême , &c qu'il faut
panfer long-tems , le trocar ne laifTant après lui
qu'une petite ouverture qui fe guérit d'elle-même ;
mais avec cet infiniment on feroit en danger de
percer les poumons s'ils adhéraient aux côtes.
©es FisTu-T Esfiftules du thorax fuccedent aux plaies de
¥oixKii,L *■ — ' cerce Parr^ 5 & quel qu'attention que le Chi-
rurgien ait pour empêcher ces plaies de devenir &-
ftuleufes , fouvent il ne peut i'éviter. Les plus ha-
biles les ont toujours regardées comme un éciïeii
contre lequel pluiieurs ont échoué par les difficul-
tez prefqu'iniurmontables qu'il y a de cicarrifer
' ©ifêcuîté du ces fortes de plaies ; mais un Chirurgien ne doit
traitement jamais fe rebuter, il les furmonte quelquefois dans
ux'letems même qu'il n'oferoit efperer de réiiiîir , il
faut qu'il donne toute fon application pour con-
noître les obftacles a la guérifon, çV qu'il n'épargne
point fa peine pour les vaincre.
Après avoir cherché les raifons qui rendent ces
fiftules incurables, on a trouvé que fe pouvoit être
l'une des cinq ou lix caufes que je vais vqus rap-
porter.
La première, eft le mouvement continuel dis.
thorax i la féconde, eft le peu de difpofition de la
plèvre à fe réunir , parce qu'elle eft mince : la trou
fïéme , eft l'altération qui furvient aux côtes dé-
couvertes ou endommagées , la quatrième , eft la
fituation de l'orifice externe de la fiftule , laquelle
eft fuperieure à l'égard de la fituation de (on oru
fice interne : la cinquième > la fécondité de la ma-
tière , quand la fiftule fuccede à une péripneumo-
C i n au ie'm i D e'm onstration. 445
nie , & ia fixiéme , quand ee pus vient des os du
fternum , ou qu'il fe traîne obliquement d'un ef-
pace inrercoftal à l'autre.
Il dépend du génie 5c de l'expérience du Chi-
rurgien de trouver les moyens de foulager ou de
guérir ceux qui ont de ces fîftules qu'on croit in-
curables , ôc qui effectivement ne le font pas entre
Jes mains d'un Operateur entendu.
Si c'eft le mouvement continuel de la poitrine Moyen d'y
qui s'oppofe à la réunion , il faut mettre le malade remédier.
au lit , l'empêcher de crier , de parler ôc de faire
aucun effort. Si c'eft la plèvre qui ne fe peut réu-
nir à caufe de fon peu d'épaiffeur , il faut par i'en-
tremife des chairs des mufcles intercoftaux auf-
quelles elle eft adhérente approcher les lèvres de
fa plaie ôc en procurer la cicatrice , ayant aupara-
vant confumé la callofité s'il, y en avoit. Lorfque les
côtes feront découvertes ôc cariées on les fera ex-
folier avec un petit bouton de feu qui fera con-
duit le long d'une canule jufques fur la côte altérée.
Quand la fiftule eft oblique outortueufe , il faut
couper toute la finuofité jufques dans fon fond. Si Pfaties Opérations de CrimuîiGiË ,
Effets de la ?1 y a des enfans voraces qui ne trouvant pas
enfant desfuffifamment de lait pour les raiïafier 5 fuccent le
mammeion avec tant de violence qu'il y vient des
- fentes Ôc des crevaffes à la bafe où il femble fe
vouloir féparer de la mammelle. Ce malheur eft
arrivé à plufieurs des Nourrices du Roi , à celles
qui n'a voient pas affez de lait pour contenter fa
faim , il leur mordoit les bouts jufqu'au fang , ÔC
comme elles ne pouvoient pas y réfîfter , on étoit
obligé d'en changer (ouvent : heureufement il fe
trouva Made. Anceiin , native de MonteMon , qui
ayant du lait en abondance , s'eft trouvée la feule
qui ait pu fatisfaire au grand appétit de ce Prince*
Elle l'a nourri pendant feize mois , ôc jufqu a ce
qu'il ait été en état d'être févré; ainfi c'eft elle
qui a donné le fondement à cette forte fanté qu'il
a prefque toujours eue.
Souvent après les couches , le lait fe portant
Du caïlie- avec afïluence dans les mammelles , s*y caille ôc
a^xnCmam-ait SV clur<5ir , ce qui peut venir de ce que la femme
meiies. aura fenti du froid , ou de ce qu'elle aura trop tôt
découvert fon fein , oit bien de ce qu'elle aura mis
quelqu'habillement qui l'aura trop preffée ; c'eft en
quoi les femmes ne lçauroient trop fe précaution-
ner , il faut qu'elles tiennent leur fein bien cou-
vert de linges matelalfez , parce que la chaleur em-
pêche le lait de fe grumeier , ôc lui ouvre les rou-
tes qu'il doit prendre pour fortir à celles qui ne
veulent pas être nourrices»
Ce qu'on Cet accident arrive quelquefois aux nourrices,
fa^rSfon"5 ^ il Y a quelqu'obfttu&ion dans les glandes du
du lait. feiri 9 quand elles auront été trop long-tems fans
donner à téter , ou quand le froid les aura faifies \
elles difent pour lors qu'elles ont le poil , & cette
indifpofition leur donne la fièvre pendant vingt-
quatre heures Ôc plus. Lorfque le mal vient d'ob-
ftrudtion, il faut faire un Uniment d'huile d'aman-
des ctauces fur le fein , ôc fe fervir de petits ca-
C î n a tr i è'm eDi'monstratïo^ 447
taplafmes anodins ôc émoliens. Si c'eft de l'excef*
five quanriré de lait , il y faut remédier par la fai*
gnée Ôc par la diette > &: fi le froid en eft la caufe ,
il fautpar la chaleur réparer le défordre qu'il a fait*
C'eft au Chirurgien de tâcher d'évacuer le laie
grumelé dans le fein , ou par fon féjour il ne man-
querait pas de caufer un abfcès. il y a deux ma-
nières pour l'en faire fortir , ou infenfiblement, ou
fenfiblement*
Inienfiblement , c'eft-à-dire par réfolution , en eommenÊ
fe fervant de cataplafmes doux , émoliens ôc réfo-01? évacue 1»
hâtifs. Si ces premiers ne réufliftent pas , on en fera "
de plus forts avec les quatre farines ôc la terre ci-
molée cuites dans l'hydromel y ajoutant l'huile
rofat.
Senfiblemcnt , en faifant fortir le lait par le
mammelon. On propofe pour cela trois moyens,
l'un de fe fervir d'une petite ventoufe de verre, C*
dont l'ouverture ne fera grande qu'autant qu'il faut
pour recevoir le mammelon , on la plonge dans de
l'eau bouillante d'où on la retire quand elle eft.
échauffée pour l'appliquer fur le fein , le mamme-
lon étant dans fon ouverture , elle s'y attache , ôt
après qu'on l'a couverte d'un linge bien chaud , on
la laillè s'emplir de Lût , ôc on la levé enfuite pour
la vuider ôc la remettre autant de fois qu'on le ju-
ge à propos, L'autre expédient eft de fe faire téter
par une femme faine ôc nette , qui ayant empli fa
bouche de lait , le crache pour recommencer à le
fucer ainfi jufqu a ce que le fein foi tvuide. Le
troifiéme moyen eft de fe tetter foi-même avec un
infiniment D. appelle tettine , ôc par les Italiens
Un école. Si une femme trouve que la petite ven- ufage de ^
toufe n'eft pas commode , ou que fa tetteufe luitecùne.
fait trop de douleur, elle fe pourra tetter elle-mê-
me avec cet inftrument de verre appliqué fur le
mammelon par fon extrémité la plus large E. la
femme ayant dans la bouche le bout F. du col de la
44S Dès Opè'ràtions de Chirurgie >
même machine; de cette manière elle fe fera moiriâ
de douleur , de elle continuera jufqu a ce que le
fein foie entièrement défempli.
Abfcès du Si malgré tous ces expédiais le lait féjournoit
mammelks" ^ans 'a mammd\e > il ne manquerait pas d*àbfce-
der , à. quoi il eft d'autant plus fujet , que peu de
changement fuirlt pour le convertir en pus. Dans
cet état il faut faire à la mammelle une ouverture
avec la lancette G. auilirôt qu'on y fent de la flu-
ctuation 3 pour empêcher que le pus ne caufe du
défordre dans Une partie auîîi délicate & auiîi feri-
fiblc.
Erreur des £'eft une erreur de bonne femme que de croire
qu on ne doit point employer le fer aux maladies
du fein. On trouve d^s femmes aiïez obftinées
pour ne le Vouloir pas fourfrir 5 il les faut pour lors
lailTer fe gouverner félon leur caprice, elles payent
fouvent bien cher leur entêtement ; car outre qu'el-
les fouffirentpluslqngtems en attendant que lepits
ronge la peau pour fe donner iffue , c'eft qu'au lietl
d'un trou que feroit la lancette , il s'en fait quel-
quefois cinq ou lïx qui mettent un fein dans un
pitoyable délabrement , & alors elles fe repentent
de leur obftination.
Mais quand une femme d foumife à fon Chi-
rurgien , il faut qu'il prenne une lancette enve-
loppée d'un petit linge qui ne laide de découvert
de la lame qu'autant qu'il eft néceffaire polir faire
l'incifion qui ne doit être que deux fois longue
comme celle d'une faignée , pour évacuer feule-'
ment la matière. On ne fe fert point de tente à ces
afkpS^ H. coupée
en croix de Malthe , qu'on relevé autant de fcis
qu'il y a de nouvelle matière à faire fortir , pour
moi après que l'ouverture eft faite 3 j'ufe toujours
d'un pareil emplâtre que je compofe avec l'on*
guent divin étendu fur un morceau de cuir dont
je couvre tout le fein, & je m'en fuis très-bien
trouvé» '
G i n ù.u i e'm e D i5m onstîiation, 44$
trouvé. La malade fe panfe elle-même, en relevant:
l'emplâtre trois ou quatre fois le jour pour l'eiTuyer;
& le réchauffant avant que de le remettre. Trois
ou quatre emplâtres renouveliez de tems en tems
amolliiïbient les durétez &c tonduifoient à une
parfaite guérifon ( a )-.
(a ) Lés bobs effets que l'onguent noir appelle vulgai-
rement onguent de la mère , dont on fait un grand ufa*
ge à l'Hôtel- Dieu de Paris , lui mérite la préférence fur
Fonguent divin que l'Auteur propofe ici.
Prenez de l'huile commune une livre ,
De la cire blanche ,
De l'axonge dé pofë.
Du beurre frais ,
Du fuif de mouton,
Delà litarge d'or, de chacun huit onces.
On met le tout enfemble fur le feu , & on le remué
lufqu'à ce qu'il devienne noir & qu'il ait la confidence
d'onguent.
Cet onguent de la mère réfout le lait des mammelles*
il ramollît leurs durerez, & celles des tumeurs humo-
rales qu'il conduit à la réfolution ou à ia fuppuration j
fuivant la difpofition qu'elles ont à fe terminer de l'une
ou de l'autre manière»
n
450 Des Ope'râtïons de Chirurgie >
Fig. XXVIII. POUR L'OPERATION DU" CANCER»
©u Cancer.
LE Cancer eft d'un confentemcnt unanime le
plus horrible de tous les maux qui attaquent
l'homme. Quoique la rage ôc la pefte tuent en
moins de tems, elles ne me paroiflent pas fî
cruelles que le cancer qui mené aulîi furement ,
mais plus ientementi'homme au tombeau en lui
caufant des douleurs qui lui font tous les jour6
fcuhaiter la mort.
C I N au I e'm E D e'm ONSTRATtON. 45 I
Le cancer n'attaque pas feulement le fein, mais Raif0îj ^
encore pluiieurs autres parties où il n'exerce pas fc* diffères
moins fa fureur. Il prend differens noms : quand iln#m8'
vient aux jambes , on l'appelle loup , parce que Ci
on le lai (Toit faire , il ne les quitteroit point qu'il
ne les eût dévorées. Lorfqu'il s'attache au vifageil
fe nomme mît me tangere, parce que il on y touche
on l'irrité Se il fait plus de ravage. On remarque
encore des tumeurs 8c des ulcères chancrèux en
divers endroits du corps , dont je ne vous parlerai
point aujourd'hui * me renfermant à vous-démon-
trer l'opération qu'on fait au cancer qui attaque la
mammelle.
Pour bien connoître le cancer , il le faut exami- Examen du
net en deux tems dirférens , fçavoir quand ce n'eft Canccr*
encore qu un apoftême 3 de quand il eft dégénéré
en ulcerei
Le cancer apoftême eft dans fon commence- Dans fon
ment une petite tumeur ronde & plate de la figure œcn°&ndaî»
d'une lentille qui refte quelquefois très-long-tems fes progrès*
fans groïfîr : Elle eft fouvent fans uouleur dans fa
naiftance 3 puis augmente peu à peu , la douleur y
furvient , & à mefure que la tumeur s'accroît s la
douleur augmente jufqu'a devenir infupor table *
non pas par fa grande violence , mais c'eft qu'étant
fourde 8c fatigante, elle incommode jour 8c nuit
rie lui donnant aucun repos. Quand le cancer a
grofli 3 la tumeur eft dure , fquirreufe , inégale 3
livide 8c doulouréufe 3 fort adhérente par quantité
de racines , 8c remarquable par des veines pleines .
d'un fang noir éparfes fur toute fa fuperficie.
Dans les premiers jours que le cancét eft ulcéré , Dans fon uk
il paroît comme une écorchure d'où il fuinte une eeratlon«
férofité acre 8c corrofive, qui par la fuite rongeant
la tumeur * y fait une ouverture qu'on a définie un
ulcère apparent , rond , horrible 8c puant, avec
des lèvres groffes , dures , noueufes 8c renverfées ,
de couleur livide ou obfcure , 8c environnées
FF ij
452. Des Opérations de ChirItrçte^
de veines remplies d'un fang mélancolique.
Idpiologîe. On a donné le nom de cancer à cette maladie ,
foit apoftemée, foit ulcérée, parce que quand elle
eft encore apoftême , les vaiUaux gonflez qu'on y
apperçoit 9 refternblent à des expanfions de pattes
d'écrevuTesj ajoutez qu'en cet état la tumeur eft
tellement enracinée dans les glandes de la mam-
rnelle , qu'on ne peut non plus l'en arracher , que
de faire quitter à un chancre ce qu'il a empoigné
avec fes pattes faites en tenailles \ 3c lorfqu'il y a
ulcère , ce mal déchire la partie en s'avançant de
dehors en dedans parle progrès de fes racines , en
quoi il paroît aller àreculons comme les écrevifles
ont coutume de faire.
Çattfcs, Les caufes des cancers , félon quelques-uns %
font externes & internes. Les premières fe rap-
portent à une forte conturion , ou bien à une com-
preflion , lefquelles donnent lieu à la lymphe de
s'arrêter dans les glandes des mammelles des fem-
mes , de s'y épaiflir , 3c d'acquérir de lacreté par
fonféjour. La principale des caufes internes eft
dans le vice des liqueurs féparées d'un fang terre-
ftre & vifqueux , tout rempli d'acides coagulahs
qui formant des obftru&ions dans les glandes , y
retiennent la lymphe &c l'y difpofent à s'aigrir juf-
qu a corrompre la fubftance glanduleufe qui la
renferme.
De vingt femmes qui auront des cancers il y en
aura quinze qui feront dans l'âge de quarante-cinq
à cinquante ans , où la nature a-"couturne de faire
celïer les évacuations menftruelles. Ce mal eft fort
fréquent dans les Couvents de filles. M. Duchefne
êc moi dans le voyage que nous fîmes en 1 700 ,
avec les Princes , nous en vîmes dans prefque tou-
tes les villes où nous paffâmes. Les malades appro-
choient toutes de cinquante ans , ou fi elles étoienc
plus jeunes , elles n'étoient pas bien réglées -, car il
y a tant de rapport du fein à la matrice , qu'awfii-
C i n au i e'm eDe'monstrati on. 455
toc que les ordinaires font prêtes de. venir , ou
quelles retardent de quelques jours , le fein ne.
manque pas de durcir ôc de faire de la douleur*.
On connoit un cancer au fein par la tumeur de Marque de
la partie qui paroît inégale à caufe du gonflement cancer au
des glandes qui font dures & engorgées, il eft fou- cin#
vent adhérent à la poitrine, les veines du fein font
apparentes de pleines d'un fang brûlé , & quand il
y a de la lividité fur la pointe de la tumeur , c'efl:
iigne qu'elle ulcérera bientôt. Lorfqu'il eft ouvert
la douleur eft incomparablement plus grande , par-
ce que la férofité qui en fort eft piquante de corro-
iive comme de l'eau forte , de que rongeant fans,
cefle ces parties , elle ne donne aucua relâche à la
malade.
Il y en a qui croyent que le cancer ulcéré neft . . . m
', r > 1 • î i* • r i • Opinion fin*
autre choie qu une multitude prodigieute de petits guiiere fur fa
vers qui dévorent de confument peu a peu toute k,caufc*
chair de la partie. Ce qui a donné lieu à 'cette opi-
nion j c'eft qu'avec le microfeope on a quelquefois
vu de ces infères dans les cancers, de que mettant
fur l'ulcère un morceau de veau , la malade fent
moins de douleur , parce que , dit-on , ces vers
rongeant pour lors ce veau , ils biffent la malade,
en repos pour quelque tems. Cette opinion, a eu fes -
partilans & fes cenfeurs , je n'entreprendrai point
ici de les accorder.
Le prognoftic n'en peut être que fâcheux 5 puif- Le progneu
qu'il n'y a point de maladie plus affligeante de qurftic*
doive donner plus d'appréhennon au malade que le
cancer ulcéré ; de il n'y en a point aufïï qui fatigue
plus le Chirurgien, Se qui lui donne plus.de peine,
parce que ce mal eft prefque toujours incurable. Si
on en croyoit Hyppoçrate , il ne faudroit point
toucher aux cancers , car en y touchant, remarque
cet Auteur , vous aigriifes le mal de vous avances
la mort du malade. En effet en traitant le cancer
Qn peut troubler la lymphe de les autres fucs qui
F f iij
454 Des Opérations de Chirurgie ,
fe diftribuent à la partie , Ôc les mettre en une
fermentation qui les aigrira 8c qui développant les
fels y caufera d'étranges ravages dans la fuite.
Mais comment relifter aux perfecutions d'une
pauvre malade qui fouffre 8c qui implore vôtre
fecours ? L'ahandonnera-t-on à la rigueur de fon
mal qui la tourmente jour 8c nuit ? Non , un Chi-
rurgien ne doit point être fi cruel : il doit cher-
cher les moyens de la guérir , & fi cela neft pas
dans fon pouvoir , il faut du moins qu'il travaille
à adoucir fon mal 8c à ie lui rendre fupor table.
Remèdes Quand je confeille defe fervir des remèdes qui
P?i iaci s. pallient le mal , j'entens qu'on le fafte aux cancers
ulcérez , dont les bords font renverfez , 8c où il y
a une notable déperdition de fubftance : il faut à
l'égard de ceux-là ufer de médicamens doux , qui
appaifent ou diminuent la douleur , comme des
fucs de plantain 8c de morelle , des plumaceaux
trempez dans une déco&ion vulnéraire pour en
garnir la plaie. Il y en a qui ne mettent dans l'ul-
cère qu'un petit morceau de rouelle de veau ; car
foit qu'il y ait des vers ou des férofitez rongeanr
tes, leur plus grande action s'exercera fur le veau
8c non fur la chair : c'eft ainli qu'avec de petits
remèdes , il faut amufer la malade , puifque de
tels maux il n'en faut attendre que la mort.
Trois Au. Avant que de vous montrer l'opération , je vous
reurs moder- j^ai que depuis c[nc, ou flx ans trois Médecins
nés lur cette < " i / i m-, • / i ^
maladie. nous ont donne chacun un Traite du Cancer.. L'un
eft M. Gendron Docteur en Médecine de la Fa-,
cuké de Montpellier, neveu de M. l'Abbé Gen-
. dron qui panfa la Reine-Mere du Roy , du cancer
qu'elle avoit à la mammelle, L'autre eft de M*
Alliot Confeiller-Médecin du Roy 8c de la Ba-
ftille , fils de M. Alliot Médecin de Bar-le-Duc ,
qu'on fit venir en 1665 pour panfer la même Rei-
ne, décernai. Et le troifiéme eft M, Helvetius,
Docteur en Médecine 8c très-connu à Paris fousl^
nom de Médecin Hollandais
C I N Q.U I l'M E D e'm CASTRATION. 455
Ces Auteurs fe font fait des idées particulières
fur la nature du cancer , Se ont établi tous trois 9
chacun un fyftême différent. C'eft à nous à embraf-
fer celui qui nous paroîtra le plus vraisemblable..
Les voici en peu de mots.
M. Gendron dit que le Cancer eft une transfor- Sl ftême *.
dation des parties nerveufes glanduleufes , Se des premier,
vaiilaux lymphatiques en une fubftance uniforme ,
dure t compacte , induToluble , capable d'accroif-
fement Se d'ulcération •, & il ajoute qu'il ne recon-
noît pour caufe de cette transformation que la cef-
fation des filtrations de la partie, qui par la perte
de fon reffort Se l'afFoibliiTement des tuyaux , de-
vient un tout capable d'accrohTement par une dif-
poiition mécanique des parties concigu es > ce qui
le rend irréduihble à ion premier état , Se il fou-
tient que l'ulcération dépend des feuis incidens
attachez à l'extrême accroi'Xement du corps tranf-
formé , qui par une preflion actuelle ou par des
altérations dans le fang qui en font la lividité y
caufe la rupture de la peau , qui eft au cancer , ce
que le période eft aux os , Se offre enfûite la
maiTe chancreufe aux impreffions de l'air dans les
circonstances de fa ftru&ure hors d'œuvre , c'eft-
à-dire dans un état a s'augmenter par fes racines
qui ont une efpece de végétation , pour fe ré-
pandre au voifinage , Se une conformation de
pores pour corrompre les humeurs dont elles font
imbibées.
M. Alliot dit que lecancer eft une tumeur très- Tâée qve }e
dure j quelquefois pierreufe , inégale Se livide , fécond don-
toujeurs accompagnée de douleurs plus ou moins ncdecema -'
violentes , fuivant que les circonftances qui s'y
rencontrent font plus ou moins fâcheufes. Il ajoute
que le cancer pris géneriquement eft une tumeur
fquirreufe puifqu'elie eft très-dure 3 mais doulou-
reufe , à la différence du fquirre qui eft indolenu
Il regarde la rougeur 5 l'inégalité , la lividité, les
Ff iiij
45^ d$ Opérations de Chirurgie a
veines éparfes comme fîgnes équivoques & acci-
dentels , ôc il confldere la douleur comme le cara«
&ere fpécifique ôc individuel du cancer. Il pré-
tend que l'humeur mélancolique qui forme le
fquirre , eft chargée d'un acide beaucoup moins,
développé que dans le cancer , où il ne parvient au
degré de corrofion que lorfque fes pointes aiguës
Çc tranchantes ont furmonté ôc anéanti , pour ainfi
dire , le fel volatil , favoneux Se balfamique du.
fang , ôc que piccotant pour lors & déchirant les,
^.parties nerveufes. ôc membraneufes par leur mou-
vement déréglé , elles excitent enfin ces. douleurs,
horribles qu'on refTent dans le cancer.
ta fource M. Helvetius croit que la fource ôc l'origine du
fo"^""^!" cancer , neft autre choie qu'une petite coagula-
iiéœe, tion de quelque goutte d'humeur dans une glande,
que cette coagulation vient d'ordinaire par un ac-
cident extérieur , comme coup, chute, fermement,
pu efforts, » qu'à mefure qu'il samaire de l'humeur
dans la glande 5 te cancer grofïit '■> qu'en grofïïfTanç
la douleur devient plus grande , parce que les fi-
lets nerveux prêtiez par la tumeur , font des élan-
cemens plus ou moins douloureux félon que ce
prelTement eft plus ou moins violent ; que le mal
augmente par les remèdes qu'on y applique , parce
que ces remèdes échauffent ôc par là réveillent ôc
aîgrifTent l'humeur qui refis comme aiToupie tout
le tems qu'elle n'eft irritée par aucune chofe qui
la puiffè mettre en mouvement -, que les remèdes,
foit fondans foit abforbans qui caufent de l'effer-
vefeence ,. font que le levain occupant plus d'efpace,
qu'auparavant , produit des douleurs effroyables,
ôc que ne pouvant plus être contenu dans la glande
pii il s'étoit jette , il la crevé ôc forme un ulcère
qu'on appelle un cancer ouvert , dont le ferment
le répand enfuite dans les parties voiiines.
fes méthodes Ces Auteurs ne font pas feulement en contefla-»
our le donner
cauftique au pUblic , comme on le voit à la fin 1 1 Livre de
• cet Auteur , qui foutient q-ie fon abforbant (eut
confume pied à pied les chairs imbibées par le vi-
rus carcinomateux *, que par fon ufcge on connoîc
de jour en jour ce qu'on fait en fuivantà la pifte
cet acide corrupteur , en le mortifiant Se l'ablor-
bant jufqu'où il a pu pénétrer ? fans crainte d'au-
cuns accidens. Il aflure que l'activité de fon efea-
rotique, n'eu: ni trop douce ni trop violente, qu'il
ne fe fond point comme les cauftiques ordinal
res , Se qu'il n'attaque que l'acide fon adverfaire,
lequel étant enfin détruit Se anéanti , diffipe toute
la dureté & fait ceiTer la douleur , la fuppuration,
louable intervenant qui chaffeles dernières efear-
res , après quoi on déterge, on incarne , 6c on pro^-
cure une bonne &-folide cicatrice*
Saivant M. M. Helvetius regarde le cancer clans trois états.:
Hclvetius. différens. Il dit i°. Que dans le commencement
c'eft un mal très-peu conhderable Se facile à guérir,
foit en dilTolvant cette petite portion d'humeur qui
n'eft encore qu'imparfaitement coagulée , foit en
la confumant par quelque petit remède cauftique*
a°. Que quand l'humeur s'eft entièrement endur-
cie, Se que la tumeur a groflie par la jonction d'une
nouvelle humeur qui vient inceffament fe coagu-
ler avec la première , il faut bien fe donner de
garde d'appliquer aucun remède , de peur d'irri-
ter cette humeur > de la mettre en mouvement Sç
C i n Q.TJ i e'm e D e'm onstration. 459
d'en difperfer ie levain y mais qu'il faut en ce cas
ouvrir la peau dans l'endroit où eft la tumeur , ôc
extirper la glande qui la forme, puifqne par là on
emporte en même tems le mal Ôc la caufe du mal.
3 °. Que quand le cancer eft venu à un tel état qu'il
s'eft ouvert , que le ferment s'eft répandu , ôc que
le malade s'y lent tirer par de petites cordes, il
■ faut faire auilitôt l'amputation de toute la partie
çhancreufe ôc de toute la mammelle a parce qu'a-
lors on peut emporter d'un feul coup tout ce qu'il
y a de ferment ôc tout ce qui en a été imbu.
4 Je vous ai fait en abrégé l'expoii tion de ces trois
fentiinens, pour tâcher de vous donner une idée de
la nature des cancers ôc pour vous indiquer diver-
les manières de les traiter. Vous avez entendu par-
ler trois habiles Médecins , voyons à préfent ce
que la Chirurgie nous ordonne de faire , car ce
n'eft point par des paroles , mais par des effets
qu'on peut vaincre ôc détruire ce mal,
La Chirurgie commande l'opération pour pré-
venir la mort qui feroit infaillible fans (on fecours^
Jorfque le cancer eft confirmé , parce qu'on peut
fou vent le détruire dans fa naiuance } il faut donc
emporter avec le couteau cette mafle de chair , Ôc
le plus promptement eft toujours le meilleur, après
avoir déterminé fi c'eft une extirpation ou une am-
putation qu'on veut faire -, car ce font deux, opéra-
tions différentes l'une de l'autre.
L'extirpation fe pratique quand le cancer n'eft comme»
point ouvert , Ôc qu'il n'eft encore qu'une tumeur on extirF^ te.
*i i m ' i, ■ ■ 1 1 i> • cancer.
de la groileur d une noix , ou au plus d un p©tit
œuf. On fait une incifion cruciate à la peau fur
cette élévation, On fépare de la glande avec le
fcalpei A. les quatre lambeaux de la peau qui font
les quatre angles de la plaie , puis avec quelqu'in-
ftrument on tient ferme la glande pour la difféquer
dans toute fa circonférence , ôc la lever toute en-
tière. On fe fervQit autrefois d'une oii deux éri$
4<£o Dss Opérations si Chirurgie.,
gnes B B. pour tenir la glande comme on fait aux
tumeurs enkiftées > mais M. Helvetius a inventé
une tenettç C., fort commode * à laquelle on a
donné Ton nom en l'appellant tenette Helvétienne,
C'eft une opération qui a fait beaucoup de bruit
à Paris. On convient quelle peut réufïir , pourvu
que la malade foit jeune & d'une bonne constitu-
tion , de on confeille même de l'entreprendre
quand le cancer n'occupe pas toute la mammelle ,.
que la tumeur n'eft point adhérente à fes parties
voifines , & qu'elle eft mobile par tout j mais pour
chanter victoire il ne faut pas avoir pris une glande
engorgée pour un cancer cara&erifé , comme font
quelquefois ceux qui fe vantent d'en avoir guéri
Miftoïre fur ^es ^nilliers. Une femme à qui je mis, un emplâire
cette matière fait de mucilage 3c de devigo difTqut avec l'huile
de lys , fur une petite tumeur qu'elle a voit an
ièin 3c qui fe diffipa par ce remède , dit quelques,
années après à M. Dodart le père , que je l'avois
guérie d'un cancer. Il vint chez moi me demander
avec quels remèdes j'avois fait cette guérifon. Je.
ne me fis point honneur d'une cure que je n'avois
point faite , Se je lui avouai que ce n etoit point
un cancer , mais feulement' une glande tuméfiée
qui s'étoit fondue en un mois de tems.
Il y a fepr ou huit ans que Madame la Marquife.
de Blanfac çn avoit une pareille dont elle a été
guérie , ôc Madame la Marquife de Dangeau en
avoit une aufii au fein il y a trois ans , qui s eft éva-
nouie par les remèdes qu'on y a fait. Si on avoit
fait l'extirpation de ces glandes , on ne manqueroit
pas de publier que ç'auroient été des cancers.
Héceffité de L'amputation fe fait quand le cancer occupe
^amputation toute la mammelle , ou qu'il eft ulcéré ayant des
lèvres horribles à voir , dures 8c renverfées, -, car
il n'y a point d'autre moyen pour délivrer une
perfonne de cet affreux mal , que de couper en-
tièrement la mammelle , ce qu'on exécute en obs
C IN ClU I E'M E D ErM O N S T k À T ï O N. 46!
fervantce qu'il y a à faire avant , durant ôc après
^opération.
Avanr l'opération il faut préparer la malade par prépami%
faignées , purgatiôns , opiates ôc autres remèdes
qui y conviennent* On attendra que fes ordinaires
ioient paffées fi elle eft encore réglée , ôc le jour
étant pris on difpofera fon appareil qui confifte en l>»apparei|)
une aiguille enfilée d'un cordonnet , un rafoir ou
tin couteau, des eaux ftiptiques , des poudres aftrin-
gentes - de petits boutons de vitriol en cas de be-
foin , des plumaceaux en quantité , un emplâtre ,
des comprennes , une ferviette & un (capillaire.
Dans l'opération , il faut fituer la malade com-^
modément pour elle & pour le Chirurgien , c'eft-
à-dire à demi-couchée à la renverfe , le bras du
côté de la tumeur doit être élevé Ôc porté en ar-
rière , afin qu'elle parroiffe davantage , Ôc que le
mufcle pectoral foit un peu retiré de defibus h
tumeur. Gn en marque enfuite avec de l'encre
toute ia circonférence qui eft l'endroit où on doit
faire l'incifion -, puis on parle une aiguille courbe
D. à travers le corps de la tumeur j elle eft enfilée
d'un cordonnet E. dont on lie les deux bouts , ôc
dont on fait une anfe qui fert à foutenir la tumeur
ôc en la tirant a l'éloigner des côtes.
Il eft inutile de parler l'aiguille deux fois , on Commetit
peut épargner cette douleur , car on foutient aùlîl on opere'
bien avec une anfe fimple qu'avec une double >
puis avec un rafoir F. ou un grand couteau plat G.
que je trouve plus commode que le rafoir qui peut
ployer dans l'opération, on coupe à l'endroit mar-
qué yÔc on enlevé tout le corps de la mammelle
en peu de tems. Il fe trouve plus de facilité dans
cette opération , qu'on ne s etoit imaginé avant
que de la faire \ car la mammelle fe fépare aufîï ai-
sément des côtes , que quand on lève l'épaule d'un
quartier d'agneau.
Après l'opération..» onlaifle c@uler le fang pen-
3Dd
mène
4&1 Des Ope'rations dé Chirurgie ^
ce ui refte dant quelque tems > on prefTe même avec la maiii
à fane après tout autour de la plaie pour faire dégorger des
l»opération» vemes ce farig noirâtre quelles reportoient de la
tumeur. On ne fe fert plus de boutons de feu , ni
de cette platine rouge Hi qu'on apptochoit de la
plaie pour deffécher & confumer ace qu'on croïoit
le refte de l'acide dévorant qui pouvoit être de-
meuré. Ces fers chauds faifoient frémir 5 Se n e-
toient d'aucune utilité , vu qu'il ne manque point
d'être entraîné avec ce qui s'exprime de la plaie*.
Si le fang fort trop copieufement , on met les pe-
' tits boutons de vitriol III. fur lés ouvertures des
artères qui le verfent j 3c on fe fert de poudres
aftringentes qu'on a dans cette boëte K. mais s'il
fan e* n'y a point d'hémorragie , on couvre feulement la
plaie avec des plumaceaux fecs LLLL. & par def-
ius on en met un grand M. fait d'étoupes , Se cou-
vert de poudres aftringentes incorporées avec lé
blanc d'œuf. On employé l'emplâtre Diacalciteos
N. puis la comptelte O, & la ierviette PP. dont
on fait un circulaire autour du corps , & qu'on
attache au fcapulaire Q. M. Helvetius fait met-
tre fur la poitrine une ferviette pliée enplufieurs
doubles & trempée dans la bierre &c lebeure frais
Fondu battus enfemble. C'eft un remède qu'on pra-
tique en Hollande, &c qui empêche l'inflammation
à ce qu'il nous apprend.
Il ne fuffit pas d'avoir fait l'amputation du carï^
cer , il faut par une bonne conduite tâcher d'en
guérir la plaie , a quoi il n'eft pas toujours dans lé
pouvoir du Chirurgien de parvenir. Le cancer
étant ôté on ufera des mêmes remèdes que s'il
fubfiftoit encore -, c'eft-à-dire qu'on obfervera un
régime de vivre exad , qu'on évitera avec foin les
alimens acides, terreftres ôc dans lefquels on foup-
çonnera des fels fixes , corrofifs , parce qu'ils coa-
gulent le fang ; au-contraire la nourriture doit être
pleine de fels alkalis volatils , parce qu'ils diffol-
"Ci n au i e'm ë D e'm onstràtïon. 46$
vent le fang 8c empêchent qu'il ne s'arrête dans les
parties. Il faut refpirer un air fubtil , afin de ren-
dre la lymphe plus fluide 8c plus coulante , le ven-
tre fera tenu libre, Se fi quelqu évacuation étoit
arrêtée, on fera tous fes efforts pour la provoquer*
On bannira tout fujet de colère , de chagrin Se
de triftelTe , parce que ces pallions coagulent les
liqueurs ; au-contraire la joye 8c la tranquillité de
lefprit contribuent à une douce fermentation dit
fang , 8c a une diftribution égale des efprits ani-
maux par toutes les parties du corps. Enfin il fau-
dra fe fervir de médicamens qui adoucifTent l'acri-
monie des férofitez , comme font les diaphoréti*
ques 8c les alkalis , tant fixes que volatils , donc
vous trouverez beaucoup de fortes dans la Patho-
logie de Verducà laquelle je vous renvoyé.
Le fait du Chirurgien eft de panfer la plaie avec Quarté deâf
des onguents qui abforbent cette férofité maligne, on&uents»
dont les parties voifines demeurent abbreuvées.
S'il reftoit encore de ces petits filamens qui atta-
choient le cancer aux efpaces intercoflaux 9 il fau-
droit par des etcarrotiques les détruire peu à peu.
Le remède de M. Alliot eil excellent dans cette
occafion. On peut pareillement fe fervir de l'on-
guent que M. Heivetius a donné par écrit dans fa
Lettre lur le cancer ,* 8c furtout on évitera les re-
mèdes qui font trop de douleur. Quand la plaie
eft bien mondiflée 8c que les chairs font belles 8c
vermeilles ,. il en faudra procurer la cicatrice qui
tarde toujours très-long tems a fe faire , tant à
raifon de la figure ronde de la plaie , que par là
qualité de l'humeur qui a caufé le mal, 8c qui d'or-
dinaire eft rebelle à toutes fortes de remèdes.
Quand la plaie eft cicatrifée , il ne faut pas difeon-
tinuer Pufage des remèdes internes pendant quel-
ques années , de crainte qu'une nouvelle humeur
ne fe jette fur quelquautre partie & ne faffe un
nouveau cancer»
4^4 Dfes Opérations de Chirurgie,
îiiftoire Je finirai cet arrive par l'hiftoire d'un cancer:
d'une ampu- qui fût amputé a Marfeille il y a plufieurs années.
En paiTant par cette ville avec les Princes , nous
fûmes priez M. Duchêne 6c moy de la part de M.
le Bàiliy de Noailles, de voir Made. de Montreiifl
incommodée depuis long-tems d'une tumeur ail
fein droit. Deux des plus fameux Médecins 6c
deuxChirurgienss'y trouvèrent à l'heure marquée
par M. Duchêne. Un de ces Médecins s'efforça par
un long difeours de prouver que la première caufé
de cette tumeur venoit de ce que cette Dame avoic
voulu nourrir pi defes enfans il y avoit dix ans*
L'autre crut avoir mieux rencontré, en prétendant
«que le mari ayant eu un mal de galanterie , l'avoit
pu communiquer à fa femme 3 6c que c'étoit la
véritable catife de la maladie en queftion. Quand
ce fut à moi à parler i je leur dis qu'ils avoienc
raifonné en habiles Médecins qui ne demeurent
point courts fur les caufes des maladies , &: qui
leur en trouvent fouvent de fort éloignées ; que
pour moi qui raifonnois en Chirurgien , je jugeois
que c'étoit un Cancer bien conditionné -, que fans
m'étêndre en de longs argùmens , pour le leur
prouver , ils n'avoient qu'à le regarder , ôc que je
ne trouvois point d'autre remède dans l'état pré-
fentque l'amputation. M. Duchêne qui fût de
mon fentiment confeilla à la malade de prendre fa
réfolution fur cette opération , n'y ayant nul autre
moyen de lui fauver la vie.
Le lendemain Made. de Montreûïl m'ayant fait
prier de l'aller voir , je lui confirmai ce que nous
lui avions dit le jour précèdent 5 je.lui reprefentai
qu'il n'y avoit qu'à choifir ou l'opération ou la
mort -, lui ayant fait voir que l'opération paroif-
foit plus affreufe qu'elle n'étoit douloureufe & de
fâcheufe fuite , elle s'y détermina comme tous les
malades qui préfèrent la vie à la perte de quelque
membre. Elle auroit fouhaité que je lui eufTe
fais
CïNauiE'ME Démonstration. 4^ç
F
©u il applique defîus un bourdonnet trempé dans de
i'eau alumineufe , ©u mêmefuivant la pratique de quel*
ques-uns il lave toute la plaie avec cette eau , aprts
quoi il rapproche le plus qu'il peut , les tégumens vers
îe centre de la diviflon. Il panfe enfuite la plaie avec de
la charpie brute , eu avec de petits lambeaux de linge
déchiré , par deflus lefquels il applique en tous fens
pîufieurs petites comprennes étroites & longues appel*
îées longuettes , il couvre le tout de deux ou trois corn-
prelfes quarrées^ du bandage appelle fpica. Vingt-qua.
ire heures après il levé le bandage & les comprefTes
quarrées , qu'il trouve endurcies par le fang ; il humecte
îe relie de l'appareil & les bords de la plaie avec de
l'huile d'hypericum : Il met de nouvelles comprefTes
quarrées qu'il foudent avec le bandage de corps. le
premier panfement quoique fîmple , foulage beaucoup
îe malade & facilite dans les panfemens fuivans la le-
vée des petites comprefTes & delà charpie qui touchs
Immédiatement la plaie.
Ci II Ô.U I fc*M E D Ë^M ÛNSTRÀTIÔft. 467
laiiTent la liberté de fe. mouvoir de côté ôc d'autre*
La tête eft pôfée fur là pointé de cette eolomne ,
les côtes Ôc les bras font articulés à fés cotés , ôc les
cuifFes à fa partie inférieure;, Elleeft comme la
bafe qui porte ôc fondent toute l'édifice du corps j
& c'eft eiie qui par fa droiture fait la belle taille g
&: qui en fe courbant en quelque maniéré que ce
ïoic _, rend l'homme difforme Ôc bofïii.
On remarque que l'épine fe courbe ôc fe déjétte t'épine fe
en cinq manières principales, i. En dedans ôc alors déjetcJ cn
il^a un creux au milieu du dos. 4. en dehors ou
elle forme une groileur qu'on appelle une boite. 3,
ou bien à droit , ce qui fait qu'on a l'épaule droite
plus haute que la gauche. 4. ou à gauche ce qui
élevé l'épaulé de ce dernier, côté davantage que
celle de l'autre. 5. ou enfin obliquement Ôc en S.
quand Une partie fe jette à droit ôc l'autre à gauche.
De toutes ces pervërfions celle qui arrive le plus
rarement , c'eit la courbure en dedans * à caufe de
On faitîê fécond panfémént & les fuivâns avec dès
plumaceaux très-épais couverts légèrement d'un dige-
ftif /împîe fk trempés dans du vin mielé. Quelques tems
après on panfe la plaie avec des plumaceaux plus min*
ces & trempés feulement dans du vin mielé, auquel on
joint un quart ou un tiers d'eau vulnéraire fîmple. Lors-
que les chairs ontpïefque rempli la plaie, on ne trempe
les plumaceaux que dans de l'eau vulnéraire. On peus
même fe fervir quelquefois de charpie féehe , ou de plu-
maceaux chargés légèrement d'onguent de pompholix*
Si les chairs s'élèvent trop on y patte la pierre infernale.
Si les glandes oui font fous TanTelIe étoient engor»
gées 3 il faudroit les emporter immédiatement avant ou
après l'opération , on féroit fur elles une ineifîon en
longueur qu'on termineroit vers le fèin -, on les tireroiè
avec lès doigts ou avec une érrine du avec un fil palTé
au travers , & on les difîequeroit avec le biftouri , doné
en tournerait le dos du côté des vaiflaux de pettr de les
ouvrir. Si elles en étoient trop proches on fe contente-
toit de les lier avec un fil pafïe au travers pour les faire
tomber pat fupuration* On panferoit énfuite cette plaie
de la même manière & en meint tems que celle du fein-
D^s Opérations de Chirurgie ;
la ftruéture des vertèbres & de l'impulfion que les
parties internes font ordinairement contre 1 épine
de dedans en dehors,
eàiïfes ex. On peut devenir boffu par caufe externe * où
ternes & M-par cau[è interne : par caufe externe , comme un
Coup ou une chute , à quoi on n'aura pas remédié
d'abord, des efforts en portant de pefâns fardeaux,
l'habitude , comme celle des vignerons qui font
toujours panchez pour labourer la terre Ôc pour
travailler aux vignes , ou la mauvaife coutume de
faire des révérences en fe panchant trop en devant*
ôc de s'humilier , comme ces Religieux qui ont
fans ceffe la tête baifïée. Les caufes internes , font
une trop grande chaleur qui defféchant quelques
Hgamens des vertèbres les empêche de prêter aifez
pour donner à l'épine toute l'étendue qu'elle doit
avoir , ou un excès d^umiditez qui abreuvant
ces mêmes ligamens d'un fuc glaireux , les relâ-
chent ôc leur permet de s'alonger au - delà des
bornes ,* mais je crois que la foiblefle y a autant
ôc plus de part que toutes ces caufes , nous en
avons eu un fâcheux exemple dans une perfonne
de la famille Royale.
Hiftoire de Ce Prince a été fort droit ôc de belle taille juf-
Monfeigneurqu'àl'âae de huit à neuf ans. Dans ce tems-là on
le Duc de x ° x , • >-i i i_ • * " »
Bourgogne, commença a s appercevoir qu il chercnoit a s ap-
puyer , ôc qu'il fe panchoit d'un côté pour fe fou-
tenir fur le bras de fon fauteuil ,• on examina l'é-
pine , ôc on trouva qu elle fe courboit du côté
droit , prenant la figure d'un croiffant : on recon-
nut qu'étant d'un tempérament très-délicat, c'étoit
la foibleffe de l'épine ôc de fes ligamens qui n é-
tant pas capables de foutenir la pefanteur des par-
ties du corps qui font depuis la ceinture jufqu'au
haut ployoient fous le faix. On lui fit de petits
corfets .de baleine pour affermir l'épine , ôc un
fauteuil commode pour appuyer cette partie de
toute fa longueur. A ce fauteuil il y avoir d^s cor-
C î N Q.u l E'M £ O E'^ ONSTRATION. 4&$
dons qui panant par defïous les aifTelles fuppor-
toienr toute la charge.du corps Ôc foulageoient les
vertèbres du poids des parties fupérieures. Mais
quelque précaution qu'on ait priie &c quelqu'in-
vention qa'on ait mite en ufàge pendant pluiieurs
années , on n'a pas pu éviter que Ta taille ne fe foie
gâtée j toutefois le coeur ôc les poumons n'en
étoient point preftez, ni les fondions vitales in-
commodées y mais la nature fôible fur cet article *
avoit récompenfé ce- défaut par mille bonnes qua^
lirez de l'efprit , par un génie (upérieur , par un
courage & une fagefTe qui nefe rencontrent poine
ailleurs-
La gibboiité n'eft pas toujours un mal héredU
taire qui palîe du père à l'enfant. Nous voyons
des pères ôc des mères avec cette imperfection 5
avoir des enfans fort droici , ôc on voit des pères
ôc des mères de belle taille, faire des enfans bofïiis,
c eft un malheur attaché a chaque fujet en parcic'u-*
lier , ôc un défaut dont on ne doit chercher la-
caule que dans celui qui en eft affligé,
Il ne faut pas que le Chirurgien prétende ren- Cc défaut
dre bien droit un enfant qui aura de la difpofition "'eft p« hé»
a être boiîu > il ne peut ni par les loms 9 ni par
toute fa bonne conduite , qu'empêcher ce vice
d'augmenter jufqu'au degré de difformité ou il
feroit parvenu il on n'avoit apporté du fecours y
c'eft-pourquoi il ne promettra point aux païens
plus qu'il ne peut accomplir , comme font des
couturières , des, tailleurs , ôc des fàbricateurs de
corps de fer , qui pour tirer de l'argent , aiTurent
de donner une taille auffi belle, comme fi on n'a-
voit jamais été contrefait.
On ne fauroit pas preferire poiirivement Ôc en
particulier ce qu'il faut faire à lagibbofité. Si l'é-
pine fe jette en dehors, on couchera l'enfant fur
un matelas un peu dur , l'y tenant fur le dos Ôc fanV
chevet 3 a£n que la tête ôc l'épine foient au même
GZH
47s Des Opérations de Chirurgie ,
niveau. Si elle fe porte à droit ou à gauche^ il faut
pat le moyen de petits corfets faits exprès compri-
mer doucement l'endroit qui pouffe. L'ufaçe des
croix de fer attachées à l'épine > aux épaules^ au
col , eft excellent pour tenir ces parties égales les
unes aux autres. C'eft au Chirurgien industrieux à
inventer des machines capables, de combattre la
difformité & de la corriger autant qu'il fe peut,
prenant garde fur tout de ne point preffer les par-
ties contenues dans la poitrine , lesquelles ne peu-
vent avoir trop de liberté dans, leurs mouvemens
|î néceffaires à la vie»
DeJ'ouver- T A faignée delà iagulairefe fait à Tune des
tute qu'on ° i f? j
fait à la ju- * * veines de ce nom. Il y en a quatre , deux m-
§u]4ire, ternes qui reçoivent le fang des finus de la durerne-
re , ôc qui le vetfent dans lesfouciavieres, & deux
externes qui recevant le fang de toute la face ôc
des parties externes de la tête ? le vont décharger
dans la même fouclaviereyce font ces dernières que
le Chirurgien eft obligé d'ouvrir dans de certaines
ipaladies.
On appelle ces deux dernières > externes , par-
ce qu'elles font plus fuperficielles que les autres ,
elles font aflfez apparentes lorfqu'elles font pleines^
on les voit étendues félon la longueur du col , 8c
il y en a une à droit , êc l'autre à gauche.
L'ouverture de ces veines embaralfe le Chirur-
gien pour deux raifons *, l'une , c'eft qu'il ne peut
guerre ferrer le col pour les faire gonfler, de crain-
te de trop preffer la trachée artère qui eft le paffa -
ge de la refpiration \ Se l'autre , c'eft que la peau
qui les couvre n'étant pas ferme , il a de la peine
à l'affujettir ; il faut toutefois l'ouvrir , Ôc voici
comment on s'y prendra.
On met le malade en fon féant , ou fur le lit s
ou dans un fauteuil. On prendra un mouchoir pour
fervir de ligature 3 qu'on roule comme un boudin^
C I î* Q.U 1 E'M E DEMONSTRATION. 47I
on en mec le milieu derrière le col enforte que les
bouta pendent fur le milieu du fternum , & qu'on
les donne à tenir aumalade avec Tes deux mains ,
afin qu'il ne ferre lui-même qu'autant que cela lui
laitfe la liberté de refpirer (a). On tient à la bou-
che une lancette ouverte comme dans une faignée
ordinaire , on la prend de la main droite ou de la
gauche félon le coté où il faut faire la faignée , 6c
de l'autre main affermififant la peau en la tirant en-
tre deux doigts on fait la pondion dans la veine ,
puis l'élévation pour fendre le vailïau en retirant
la lancette. Cette ouverture doit être plus grande
qu'aux faignées du bras, parce que ces veines du
col font plus grofiès*
On tire la quantité de fang néceîfaire 3c telle
que l'a ordonné le Médecin , qui eft prefque tou-
jours préfent à ces fortes de faignées , parce qu'il
arrive quelquefois que le malade s'évanouit par la
perte fubite que les organes renfermez dans la
tête , font d'une partie du fane qui les animoit
.. .. r . r ,, r&A •• Ce qu'on
ou bien il lurvient d autres tympto mes critiques met fur ia
qui doivent faire changer le traitement de la m^lz\lwnée&
('*) Cette ligature ne peut convenir aux perfonnes
grafles Se dont ie col eft court, on fe fert avec plus de
fuccez d'une ligature ordinaire niais étroite. On met
vers les clavicules & fur la veine qu'on a deflein de pi-
quer une comprefle épaifle , on fait enfuite deux tours
autour du col avec la ligature , deforte qu'elle foutienne
la cornprefle ; on la ferre un peu & on la noue vers la
nuque du col à deux nœuds , l'un fîmple & l'autre à ro -
fette , après y avoir engagé un ruban ou uae autre li-
gature , dont les deux bouts tombent par devant & vis-
a-vis la trachée artère, une perfon ne tire les deux bouts
de ce ruban ou de cette dernière ligature , ce qui em-
pêche que la ligature circulaire ne comprime la trachée
artère , & fait comprimer les veines jugulaires externes
& furtout celle fur laquelle eft la cornprefle *, on applt-
Sue le pouce fur cette comprefle & le doigt index au*
eflus , afin d'aflujettir le vaiflau & de tendre la peau^
enfin Ton ouvre la veine qui fe trouve gonflée entre ces
«Jeux doigts*
G g iiij
47* Des Opérations de Chirurgie *
ladie. La ligature étant ôtée , le fang ne coule plus,
parce qu'il tombe en droite ligne dans la foucla-
viere ; mais on nelaifTe pas d'y mettre une com-
prefle, &.par defllis une bande qu'on tourne au
tour du col , Ôc qu'on fert médiocrement ; c'eft
une des faignées que les Afpirans qui fe fontpaflfer
Maîtres a Paris , ont coutume défaire dans la fè-
maine dçs faignées.
Fig. XXIX. POUR LA BRONCOTOMIE.
De iaBr^n. #
A Broncqtomie eft une opération par laquelle
M é on ouvre la trachée- artère pour donner moyen
à l'air d'entrer dans les poumons , quand d'ailleurs
il y a q.ielqu'jbdacle qui ne lui permet pas de s'y
iniinuer. Fabricius dit qu'il a toujours regardé
cjptte opération comme une des principales Se des
plus néceilaires ; &ç véritablement aiiflltat qu'on a
C I N au I e' M E De*M O N S T R A T I O N. 475
fait à un pauvre malade qui étouffe manque de
refpiration, une petite ouverture entre deux bron-
ches ou deux anneaux de la trachée artère , pour
donner enrrée & iffue à l'air , vous le voyez re-^
venir, comme de la mort à la vie dès le même in-
ftant ; Se cet effet eft fi fenfible & Ci prompt qu'il
paroît un miracle.
Ce mot de Broncotomie eft dérive de Broncbos, Etîmologîç
qui lignifie Bronches , $£ de temnein qui veut direde ce mou
couper. On ne coupe pas néanmoins les bronches
dans cette opération 3 on fait feulement une légère
divifion encre deux bronches. Le nom de laringo-
tomie que quelques-uns lui ont donné ' ne lui con-
vient pas , parce qu'on ne touche point au larinx ,
'&c qu'au- contraire on recommande de s'en éloi-
gner le plus qu'il eft pollible , afin que l'incifion ne
puifle point augmenter l'inflammation qui eft aux
mufcles du larynx.
Il y a une grande conteftation entre les Auteurs , Conteftatïo»
pour fçavoir Ci on doit pratiquer, ou rejetter cette ^"fur çc '
opération 5 les uns de les autres ne manquent point fujet,
de raifons pour appuyer leur opinion. Je vais vous
les rapporter \ afin que vous jugiez avec plus de
lumière fur ce que vous devez entreprendre.
Ceux qui défaprouvent cette Opération difent
qu'elle eft abfolument inutile en beaucoup d'occa^
fions où il y a difficulté de refpirer , comme lorf-
que cette difficulté de refpirer dépend dune apo-
plexie , d'une pleurefie , d'une peripneumonie ,
ou d'une plénitude dans le conduit de la trachée
artère , de qu'il n'y a que dans l'efquinancie oit
elle peut avoir quelqu'avantage } mais qu'en ce cas
on l'ordonne fi tard, 8c quand le malade eft fi prêt
d'étouffer qu'en la pratiquant on avance fa mort »
& on encontre la hoftte de le mépris du public qui
au lieu de s'en prendre à la maladie qui étoit mor-
telle, aceufe le Chirurgien d'avoir égorgé le mala-
de 5 de Jabnçivwi m|me qui loue cette opération â
474 D£S Ope'rations de Chirurgie,
dit que les Chirurgiens de fon rems n'ofoient l'en-
treprendre , & qu'à leur imitation il ne l'a jamais
faite.
Les raifons de ceux qui la confèilient font qu on
ne la fait que comme l'extrême remède, tous les
autres ayant été inutiles, & le malade étranglant ôc
fuffoquant faute de refpirer , & quand on a des li-
gnes que ce cjui empêche l'air d'entrer eft au-deiïus
du iarinx *, ils ajoutent que cette opération n eft
point dangereufe d'elle-même & qu'elle ne peut
avoir de mauvaifes fuites , la plaie quelle fait
étant de celles qui fe guériftent avec \mpeu de pa-
tience v qu'elle n'eft pas des plus mal-aiiees à exé-
cuter ; que quand même on n'en tireroit pas le
fruit qu'on s'étoit propofé, & que le malade mour-
roit , ce ne feroit point l'opération , mais la mala-
die qui Tauroit tué : que le Chirurgien remplit
fon devoir en tentant xm remède incertain plutôt
que de laitier périr le malade 9 de qu'enfin on ne
doit point fe foucier des faux raitonnemens du
public , qui ne fâchant pas les conséquences nécef-
faires d'un mal , a coutume d'en attribuer les fini^
ftres évenemens aux circonftançes qui les accom-
pagnent.
La maladie qui nous oblige de faire la bronco-
nomie eft l'efquinancie ; mais comme il y a plu-
fîeurs fortes d'efquinancie, & que cette opération
ne confifte qu'à une d'elle > on eft obligé de la.
bien diftinguer des autres»
f)*ux fortes On établit en général deux efpèces d'efquinan-
^efquinaru q1q ^ ja ç^fe & ja vray£< u fau{fceft un dép&. dfr
férofitez ou de pituite qui abreuve les glandes de
la gorge fans fièvre , tans inflammation , & fans
grande difficulté d'avaler & de refpirer. La vraye
eft une inflammation Se un gonflement des muf-
cles du larynx avec fièvre , chaleur & ardeur a la
gorge , refpiration difficile , fuffocation 6c douleur
en cette partie 5 le malade ne peut refter couché a
Ç ï n o.u i b'm e De'monstratio n. 475
& toutes les matières liquides comme les bouillons
Se la boiffon qu'il veut avaler , lui reviennent par
le nez.
Mais il y a deux fortes de vrayes efquinancies , dJ^afl<^
l'une externe & l'autre interne. Celle-là eft une in- efquSies,
flammarion des mufcles extérieures du larynx dans
laquelle la gorge paroît plus tuméfiée en dehors
qu'en dedans , ôc alors elle eft moins dangereufe ,
parce que la tumeur fe jettant en dehors, ne prelïe
point les partages de l'air ni ceux du boire de du
manger ; l'interne confifte dans l'inflammation Sç
l'enflure des mufcles internes du larynx qui font
quatre petits mufcles rimez intérieurement dans
le larynx , deux qu'on appelle ariténoïdiens , êc
les deux autres tiroaritenoïdiens -, leur action eft
de fermer le cartilage aritenoïde qui a la forme du
bec d'une aiguière. Quand ces mufcles font enflez
ils font tellement clorre le cartilage que l'air ne
pouvant parler les malades font prêts d'étouffer 5
c'eft cette efquinancie qu'on juge mortelle par
cette raifon , & qui a beloin de notre fecours.
On fuppofe que le malade aura été faigné des
bras copieufement , ôc même de la jugulaire , que
tous les remèdes ordonnez & nécefïaires en pareil-
le occaflon où il s'agit de relâcher les fibres muC
culeufes 3c de diminuer l'effervefcence du fang ,
auront été pratiquez , qu'on eft certain que l'em-
pêchement de la refpiration eft au larynx > que le
malade a des forces îufHfantes , qu'il y a lieu d'ef-
perer qu'en faifant entrer l'air dans les poumons ,
on lui fauvera la vie , & qu'il périroit infaillible-
ment fans l'opération dont tous conviennent una-
nimement ; & voici comment on doit s'en ac-
quitter.
Avant l'opération il faut difpofer 1 appareil tel précaution
que vous le voyez fur la planche XXIX. On le™"^*
mettra dans un baflin qu'on fera tenir auprès de
foi par un ftrviteur _, puis on fituera le malade à,
47^ Des Opérations de Chirurgie,
fon avantage. Les uns veulent qu'il Toit couché
pour la commodité de l'Opérateur , d'autres pré-
tendent qu'il foit afîis , afin d 'avoir la refpiration
plus libre pendant 1 opération ; il y en a qui le font
coucher à demi , la tête panchée en arrière pour
mieux préfenter le col *, de d'autres s'oppofent à,
cette iituation difant que c'eft le moyen de faire
étrangler le malade quand le col tCt enflamé , de
qu'il y a une. enflure confiderabie ; mais on laiiTe à
îa difcrétion du Chirurgien de placer fon fujet de-
la manière la plus commode pour l'un de pour
l'autre. Enfuite il marquera l'endroit où il veut
faire fon ouverture. Quelques-uns veulent que ce
foit entre la deuxième [de la troifiéme des bron-
ches quand la tumeur n'eft pas groffe , de quand la
gorge n'eft pas enflée , ils confeillent d'ouvrir en-,
tre la troifiéme & la quatrième pour s'éloigner do,
larynx ; mais quelquefois cçtte partie efl il tumé-
fiée , ou le malade il gras qu*on ne peut pas au tou-
cher compter les cartilages , il faut alors marquer
l'endroit un pouce au-deflbus du larynx,
première Dans l'opération il faut pincer la peau à l'en-
partie de Po- droit défiçné , la faire tenir d'un côte par un fer-
viteur ^ de de i autre la tenir toi-même de la main,
gauche -, puis avec un petit biftouri droit A. cou-
per les tégumens fiir le lieu marqué , Se les ayant*
lâchez , on féparera avec un déchauffoir B. les
mufcles fternotiroïdiens qui montent du flernurrt-
le long de la trachée artère pour s'aller inférer aux
parties latérales du cartilage tiroïde. Ces mufçle»
étant feparez l'un de l'autre, on découvre les bron-
ches de la trachée artère, qui font des anneaux car-
tilagineux pofez de attachez les uns fur les autres ,
formant par leur union un conduit toujours ou<*
Seconde par- verc #clu on n°.mme ^a crachée ou l'âpre artère. On
«fci prend enfuite un petit infiniment fait comme un
perce-lettre appelle broncotomifle G ou a fon
défaut une lancette armée D. de environnée dluno.
C î N aU I e'aÏ E D E*M O N S T R A T I O N. 477
bandelette pour la tenir ferme avec fon manche >
on là plonge entre deux anneaux ■ & on ne l'en-
fonce point trop avant de crainte de piquer la tra- '
chéè -artère dans fa partie pofterieure. Avant que
de retirer Finftrument on introduit dans l'ouver-
ture un fti'et E. qui fert à y faire entrer Une canule nu£e Ia cïa
d'-ti'gent F. qui doit être courte de peur de toucher
au fond de la trachée-artere , percée de fon long
8c à fon extrémité > pour laiflér la liberté à Fair
d'entrer & de fortir , Se qu'on choifit platte pour
^accomoder à Fefpace d'entre les deux bronches ,
8c ayant deux petits anneaux à fa tête pour y parler
un ruban G. 8c Fat tacher au tour du col. Quand la
canule eft placée , Fair entre 3c fort librement , 8c
Fopération eft finie.
Quelques-uns veulent qu'on exécute cette ope- Bonne pt a*
ration par une ponction feule 3 8c qu'avec le bron-tIciucde<ïufeti*
•n. 11 1 © i> ques-uns,
cotomilte ou la lancette on ouvre la peau oc 1 en-
tre-deux des cartilages bronchiques , 8c qu'on ne
tire point Finftrument entré dans la trachée artère,
avant que d'y avoir mis un ftilet pour y conduire
la canule *, de cette manière Fopération eft plu-
tôt accomplie, moins cruelle, 3c plus aifée a
guérir.
Après Fopération on fait une petite pofe pour Panfetnenr*
îaifler refpirer le malade pendant quelque tems ,
puis on le panfe en mettant fur l'ouverture un petit
morceau d'épongé H. trempé dans du vin chaud, 8c
exprimé avant que de le mettre :'!il n'y faut point
fourer de cotton, ni de charpie, de crainte que Fair
n'en fit entrer quelque particule dans la trachée-
artere , Ce qui cauferoit Une toux violente comme
à ceux à. qui il eft tombé quelque goûte de liqueur
dans le larynx pour avoir voulu rire ou parler en
beuvant , 8c c'eft ce qu'on appelle faire du vin de
Nazaret. Si l'éponge étoit trop fine ou trop épaifîe
& que Fair eût de la peine à entrer , il la faudroit
changer 9 ou n'en point mettre , parce qu'on ne
478 Dès Opérations de Chirurgie ,
fait cette opération que pour laitier la liberté à
l'air de faire fan chemin. On met enfuite un em-
plâtre!, une comprcflc K. & un bandage fenëftré
L. qu'on ne ferre que médiocrement , à caufe duâ
ces parties étant nerveufes &c très-fouples , elles
ne peuvent fouffrir la contrainte fans incommoder
beaucoupi
Moyen de Cet appareil ne doit fubfîfter que trois ou qua-
plaic!"" ^ **e JoUls * car ^ans cerems-tèou le malade meurt*
ou l'obftacie qui interdifoit l'entrée à i'air5 eft levé*
deforte que l'inflammation étant cerTée , l'enflure
diminuée, 8c l'air reprenant fa.routé ordinaire, on
ôte la canule & on travaille à guérir la plaie. Pour
cet effet on en rapproche les lèvres l'une de l'autre
avec un bandage incarnatif M. qui fe fait en po-
fant le milieu de la bande derrière le col j d'où on
vient le pafTer par devant pour croifer les deux
chefs de la bande fur la plaie ; par ce moyen de
avec un baume qu'on met deflus on tâche de re-
coler au plutôt ces deux lèvres*
Si le bandage ne réùfliflbit pas, il faudroit faire
quelques points avec cette aiguille courbe N. en-
filée d'un fil ciré O. Car on ne fçauroit trop- tôt
rebouchet la plaie de la trachée-artere, vu que
l'air qui entre par cette ouverture , efl: regardé
comme un air étranger , parce qu'il n'eu: point
modifié 8c tempéré comme il âoït erre par la
bouche 8c par les narines , avant que de toucher à
une mbftance aufli délicate que celle des poumons
qu'il pourroit fatiguer par la fuite. Entre les mains
d'un bon Chirurgien la cure de cette plaie efl: fa-
cile , parce qu'il la traite avec méthode , 8c fui-
vant les règles confiantes de la meilleure pratique.
Fauffe opi. Il y a des Auteurs qui la croyent difficile 8c
IU9n* même impofllble. Ils difent que ces parties étant
cartiiagineufes elles ne peuvent pas fe reprendre
comme les charnues ; mais l'expérience détruit
cette raifon. Fabricius nous affûte qu'une fervante
C rft au i è'm ê D ë'm o à s t k A t îô n. 47$
qui s'était coupé la trachée artère , en guérit y de
j'ai panfé à Saint Germain un homme qui reçut un
coup de piftolet étant a une cha(Te de Sanglier , la
baie entrait par le côté droit du col , Ôc fortoit par
le gauche , lui perçant la trachée-artere s dont
néanmoins je l'ai parfaitement bien guéri (a).
(a) On ne manque point d'expériences oui confirment
ce que notre Auteur dit ici au fujet des plaies de la tra-
chée artère , & qui détruisent par-confequent les rai-
fons de ceux qui ne font point partifans de l'opération
de la Bronchotomi^
On trouve dans un petit Traité * fur cette opération
compofé pdï Habicot Chirurgien de Paris , plufieurs
exemptes de perfonnes qui ont été parfaitement gué-
ries de bleiTures faites à la trachée artère» Deux de ces
perfonnes y avoient été bleffées par un inftrument tran-
chant , & un autre l'avoit été par un coup d'arquebufe»
Il étoit furvenu à la gorge de ces trois bleiîés un gon-
flement & une inflammation fi confîderable qu'on avûit
lieu de craindre la furfocation. Habicot mit une petite
canule de plomb dans la plaie delà trachée artère de
deux de ces bleflfés , afin que l'air pût fortir & entrer
librement dans leur poumon i il fit une ouverture à la
trachée artère du troifiéme , pour le même fujet. Quand
les accidens cédèrent il ôta la canule , & les plaies gué-
rirent parfaitement. Un jeune-homme de 14 an s qui avoit
voulu avaler plufieurs pièces d'argent enveloppées dans
un linge pour les dérober à la recherche des voleurs ,
avoit penfé étoufer , parce que le paquet s'étoit engagé
dans le pharinx de manière qu'on n'avoit pu le retirer ni
le faire defeendre dans l'eltomach» Son col & fa face
étoient fi enflés\}u'il en étoit mèconnoifîable. Habicot
lui fit l'opération de la Bronchotomie après laquelle le
gonflement fe ditfîpa. Il fit defeendre avec une fonde de
Lorfque la plaie des tégumens n'eit point vis-à-vis de
celle de la trachée artère , Pair trouvanc un obftacle à la
fortie, peut s'infinuer dans letifiu cellulaire de la peau,
ce qui produit un emphifeme. Feu M. Arnaud vit un
* Queftion Chirurgicale, par laquelle il eft démontré que le
Chirurgien doit afliirément pratiquer l'opération de la Broncho-
tomie , &ca r 1 r
48d Des Ope'rations de Chîrrgie ,
jeune homme bïeffé depuis trois ou quatre jours a te
trachée artère d'un coup de piitolet, ce qui avoit pro-
duit un empbifeme univerfel. Cet habile Praticien di-
lata fur ie champ la plaie des tégumens , &: découvrit
celle delà trachée artère, pour mettre ces deux traies
vis-à-vis l'une de l'autre. Il appliqua fur l'ouverture de
h trachée artère un morceau de papier mouillé , & pan -
fa la plaie à l'ordinaire. Le malade défenfla peu à peu y
& guérit parfaitement.
Il eft bon de remarquer ici qu'une blefïure à la gorge
eft mortelle , lorfque les carotides & les jugulaires in-
ternes font ouvertes. Ainfî une perfonne quf auroit reçu
ou qui fe feroit fait avec un inlfrûment tranchant porté
en travers une bleffure qui péneweroît jufqu'à l'œfô-
Îmage triourroit infailliblement en peu nous y join-
drons celles qui fe font aux yeux & aux parties qui
en dépendent , afin de remplir le tems déftine *
notre Démonftration.
Il eft bien vrai que les Anciens en pratiquoient
un grand nombre à cette partie : ils faifoient au
front trois incirions en long jufqu'à l'os de la lon-
gueur de deux doigts 3 pour couper rous les vaif-
' T4$z Des Opérations de Chirurgie >
faux qui étoient entre deux taillades ; ils appel-
loient cette opération , hïfpofpattfme , du nom de
l'inftrument dont ils fe fer voient , qui avoir la fi-
gure d'une fpatule. Ils raifoient encore audeflbus
de la future coronale une incifion qui s'étendoit
d'une tempe à l'autre &: penctroit jutqu'âu crâne
duquel ils feparôient le pericrane : ils avoient don-
né à cette opération le nom de periskitifme, dérivé
de péri autour , &. de S&tiz~tin qui veut dire écor-
cher ou racler. Ils appliquoient aulli des cautères
Ou potentiels ou aduels fur la future coronale pour
corriger , à ce qu'ils prétendoient , l'intempérie
froide 8c humide de la tête. Leur deiTein étoit
d'empêcher par de tels moyens le dépôt des hu-
meurs fur les yeux de fur beaucoup d'autres parties
8c ainfi de les préferver d'une infinité de maladies,
mais on les a trouvé fi cruels & fi peu utiles qu'on
ne les pratique plus aujourd'hui.
L'opération du trépan que je me propofe de
vous démontrer , ne convient point aux plaies du
cuir chevelu , ni à celles des tégumens de la tête ,
c'eft-pourquoi je ne vous parlerai pas de ces plaies y
&r comme elle ne fe fait qu'aux bleiTures du crâne*
defquelles même il y en a quelques-unes où elle
n'eft pas néceifaire , il faudra vous en établir les
différences , afin que vous foyez inftruits de celles
qui en ont befoin , Se de celles où on fe difpenfé
de la faire.
' Différentes Les efpeces de fractures du crâne font en grand
fraduret^iu nombre ■> elles ont toutes leurs noms particuliers;
crâne. 8c comme ce font les Grecs qui les ont nommés, la
barbarie & la rudeflTe de leur prononciation pour*-
ra effrayer le jeune Chirurgien à qui ils paroîtronc
au commencement difficiles a retenir -, mais pour
peu qu'il s'y accoutume il demeurera d'accord
qu'il étoit mal-aifé de leur en trouver de plus con-
venables , de dont fétymologie fit auili bien en-
tendre la nature de ces plaies, .
S.ixie'mè Démonstration. 48$
Je les réduis à douze que je vais vous expliquer
les unes après les autres. Je rapporterai d'abord
leur nom grec , Ôc je vous dirai enfuite celui que
les Latins leur ont impofé , puis nous viendrons
au nom François fous lequel nous les connoifïonss
Cette méthode vous en donnera une idée qui s'im-
primera dans votre mémoire fans beaucoup de
peine.
Hedra dérivé à'hez.ein qui veut dire feoir s en De celîe
latin fe des ou vefîigium , en François marque ou qu'on nom.
Jîége , eft une très- fimple incifion au crâne où le^f^* ou
coup ne laide que la marque fans pénétrer au-de-
là.
Eccope e(l dérivé de en qui fignifie entre , ôc de Evé^upç,
caprin couper 5 en latin ïnc ijïo ou excijio , en fran-
çois coupure , incifion *, c'eft une folution de conti-
nuité en l'os , laquelle ne s'étend pas plus loin
dans la partie que imftrument qui a fait le coup,
Diacope vient de dia qui fignifie par , ôc de coprin Diacope. H
couper , en latin pr&cijîo ou diffeclio 9 enfrançois ,
taillade , diffeftïon j c'eft une efpece de fracture au
crâne dont le coup a été donné de biais 9 Ôc où la
pièce de l'os n'eft qu'à demi emportée.
Aposkeparnifmos eiï tiré de apo qui fignifie dé- De papor-
couper , ôc de skephamos une hache ou doloire , en keparaifmos»
latin dedolat'w , en François 5 dédolation j c'eft une
folution de continuité au crâne où la pièce eft em-
portée & coupée comme fi la doloire ou la hache
y avoient paifé.
Trichifmos qui vient de trix un poil , en latin
rima capillaris , en François /*»*£ capillaire ; eft unemoj,
fra&ure où la fente du crâne eft fi fineSc fi déliée,
qu'elle reffemble à un cheveu. Pour la découvrir,
il Faut quelqueFois mettre de l'encre fur le crâne ,.
ôc après l'avoir effuyé , on apperçoit la fente par
le trait que cette teinture y biffe.
Rogma de Rygnyin , qui veut dire diviier, en Darégme,
latin rima , fctffura 3 en François fente .ou fêlure, eft
Hhij
4$4 Des Oi?e'r.atiôns de ChiUûugib.
une fente apparence , qui s'étend au-de-là de i'in*
ftrument avec qui on a frappé , & par laquelle Fos
ne s'écarte point de fa place , Ces pièces divifées
reftant égaies de continues j ces fentes fe font au
crâne comme celles qui fe font aux pots de terre*
Définition Apikima de apo ôc de ikima qui veulent dire re-
de i'apikima.doubiement de fracas ou de bruit par écho 3 en la-
tin refonatio > en françois contrecoup ou contre fente >
eft une efpece de fracture du crâne faite en la par-
tie oppofée à celle qui a reçu immédiatement le
coup.
Du tlafîs. tUJis ou phUJis , en hxxacontufio 5 & en fran-
çois contujïon ou collujïon > c'eft-à-dire écachement
ou froifTure > eft une contufion en l'os > caufée par
quelqu'effort externe > ou ^>ien une depreflion ou
un enfoncement fait avec violence à la (uperficic
extérieure du crâne, laquelle eft rentrée en dedans
fans aucune fente 3 comme fe font les enfonçures
aux potsd'étain.
De l»entîa- Entlajts ou Ecphlajts , en latin introitus dejîden-
fement. Ct*"tia , ou illïjio , en françois embarure , dejïdence , ou
écraf entent > c'eft une fracture du crâne où il y a
plusieurs fentes , & où il eft brifé en plufieurs
morceaux.
Del'ccpief. £Cpiefma dérivé de ec qui veut dire dehors , &
àtpiez,ein preiTer , en latin deprejfio > en françois
enfonçure ou embarrure'avec ef quille s > c'eft une
rupture du crâne en plufieurs pièces , dont quel-
ques-unes ou toutes preiTent & bleiTent lés mem-
branes.
De l'engif- ^miffoma. dérivé de en qui fiçnifîe dedans , 8c
giffin courber , en latin appropwquatto } en fran-
çois approebement , c'eft une fracture du crâne , en
laquelle un des bouts de l'os féparé eft enfoncé fur
la dure-mere , l'autre bout relevé en dehors , fai~
fant le pont-ievis.
Du camaro. Camarejts de camare , qui veut dire une- voûte,
e** en latin tefiudinmo ou fornicatio , en françois w«-
Sixième De'monstratio n. 485
ture , eft une efpece de fracture du crâne où le mi-
lieu de l'os fracturé s'élève en forme de voûte, 8C
reflemble au dos d'une tortue.
Mais je réduis toutes ces fractures du crâne fous R^îu&icn
trois genres , fous l'inciûon , fous la fente, 8c fous ^c toutes «a
la contufion , qui renferment les douze fractures "
dont je viens de vous parler*
L'inciiion eft une petite plaie au crâne qui ne va De l'incifion»
pas plus loin que l'inflrument qui la faite : elle en
contient quatre qui font les premières -, fçavoir
ïhedra qui neft qu'une fimpie marque *, Xeccope %
qui eft une petite incifion , le dtacope , qui n'en-
levé point la pièce de l'os *, 8c l' Aposkeparnùfmos ,
qui emporte la pièce , comme un coup de hache j.
ces quatre plaies du crâne ne demandent point Le
trépan.
La fente eft une folution de continuité au crâne De îa cou»
qui va plus loin que l'arme qui a donné le coup ,
elle comprend trois fortes de fractures >• fçavoir a
le tnchifmos , ou la feiffure capillaire , le rogme ou.
la fente apparente , oc Yapichima* ou le contre-
coup. L'opération du trépan convient à ces trois .
efpeces.
La, contufion eft une dépreffion violente faite
par quelqu'inftrument contondant qui rompt 8c
répare les parties du crâne qui étoient unies enfem-
ble ; elle a fous elle cinq autres efpèces de fra-
ctures , fçavoir , le tlajis , ou l'enfonçure fans
fracture apparente , Yentlajïs ou l'écachement Se la
brifure de l'os, Yecpiefma , où les efquilles preffient
la dure-mere , Yengiffoma> où l'os eft en forme de
pont-levis , 8c le camarojîs , ou l'os eft en voûte
8c fait comme le dos dune tortue. Ces cinq for-
tes de fractures ne fe peuvent guérir fans le fecours
du trépan, excepté le ttajîs ou l'os peut aux enfana
faire redbrt 8ç. fe remettre immédiatement aprè^
le coup reçu.
On convient de toutes ces fractures du crâne »
Hhiij
486 Des Opérations de Chirurgie $
Du contre, excepté de Vapekiwa, qui eft le contre-coup.
coup. Tous les Anciens ont établi comme certain , 8c
ils nous en parlent comme s'ils l'avoient vu arriver
plusieurs fois , ils veulent que ce Toit l'air du de-
dans de la tète , lequel étant pouffé parla violence
„ du coup à la partie oppofée à celle qui a été im-
médiatement frappée , fait fendre celle-là plutôt
que l'autre, quand elle y eft beaucoup plus difpo-
iée , &: ils appellent cette plaie contre-fente. Mais
quelques Modernes la concèdent , croyant prou-
ver par des raifons phyfiques 8c démonftratives
que le contre-coup ne fe fçauroit faire , parce que
le crâne eft compofé de pîufieurs pièces jointes
enfemble , ce qui doit amortir le coup ; & qu'il
n'en eft pas de même du crâne que des pots de terre
qui par une vertu elaftique fe cafîent quelquefois
à la partie oppofée à celle qu'on frappe j car la
grande liaifon de leurs particules fait qu'elles ré-
fiftent toutes a la fois \ de lorfqu'il y a moins d'u~
nion & de fermeté en un endroit qu'en un autre ,
e'eft la où ils fe brifent. On ajoute que ces mêmes
Anciens donnant pour .ufage aux futures d'empê-
cher qu'une fracture ne paile d un os du crâne à un
autre , femblent contredire au principe fur lequel
ils fondent le contre-coup ; on fondent enfin que
s'il s'eft trouvé des fentes en d'autres endroits
qu'en celui ou le coup avoir été directement appli-
qué , cela vient par un fécond ou troifiéme coup
reçu 9 ou par une autre chute dont le bleiTé ne le
retîouvient point , parce que la force du premier
coup ou de la première chute l'ayant tout étourdi ,
l'aura empêché de fçavoir ce qui fe fera palîé ei>
fuite,
Hiftoire qui Je ferois afïez porté a fuivre le fentiment des
k prouvent^ jyf oc[ernes y ft deux faits qLîi me font tombez entre
les mains , ne me conmmoient pas dans l'opinion
des Anciens. Les voici. A Verfailles en 1690 , ua
Palfrenier de M. le Duc de Chevreufe > allant
S i x i e'm e D e'm onstratïûn, 4B7
abreuver les chevaux tomba la tête fut ie pavé , ou
le rapporta à l'Hôtel ayant perdu connoifiance. Je
fus appelle auilirot , ôc je lui trouvai une plaie fur
le coronai. je la dilatai allez pour y appliquer le
trépan. Le lendemain ayant vu une fracîure à l'os,,
je le trépanai, il demeura toujours (ans connoif-
iance. Trois jours après une tumeur ayant paru fur
l'occipital , je l'ouvris , ôc remarquant qu'il étoit
fracturé , j'y fis un fécond trépan ; ilfortit par Tua
de par l'autre beaucoup de fang,& àmefure que ce
fang (ortoit le jugement lui revenait : Je continuai
À le panier & liguent.. En 1692, une fille de
neuf ans (e trouvant auprès de gens qui joiioient
aux quilles , la boulle jettée en l'air au lieu de tom-
ber dans le quillier , tomba fir la tête de la petite
fille qui en fut allbmmée > on la porta chez Ton
père qui tenait un cabaret auprès des Recolets. On
me vint chercher ,' j'obfervai deux groiTes contu-
sions fur les pariétaux , j'ouvris la plus grolTe.ou
j'apperçus l'os fracturé , & je la trépanai , deux.
jours api es l'autre contuilon ne diminuant point 5
je fus obligé de l'ouvrir , 64 y' ayant trouvé une.
fracture 3. je ne pu pas me diipenfer- d'y faire en-
core un trépan , la connoiifance lui revint peu à
peu , les accidens fe diillperent à rnefure que les
plaies fuppuroient , & elle en guérit. La première
de ces hiftoires prouve le contre-coup de devant
en derrière , §c la féconde prouve qu'il fe peut
faire d'un côté de la tête à l'autre , car il n'eft pas
vrai qu'ils ayent reçu chacun deux coups differens^
6c juftement aux endroits où on établit les contro«
coups ( a ).
{a) On a pluHeurs exemples d'autres efpèces de con-
tre coup. On a trouvé la deuxième table d'un os b ifée ^>
quoique ta premere eût reiiité au coup. On a vu des ps
brifés au-defTus & au-deiîoûs âcs endroits où les coups
leur av-oie-nt été portées. Enfin on a rema; que qu'un os
voifin d'un autre osquiell frappé peut fe carier, fans
que celui-ci foit endommagé*
H h iiij
48S Des Opérations de Chirurgie ,
i Deux fortes *-es %nes des fra&ures du crâne tirez des meiU
de fîgncs. leurs Auteurs , & mis en ordre par les Modernes s
font de deux fortes 3 oufeniibles , ou rationels.
Les lignes fenfibles , font ceux qui tombent fous
les iens du malade ÔC du Chirurgien. Ceux qui re-
gardent le malade , font d'avoir oiii du bruit* & un
craquement à los au moment qu'il a été bleflfé s
d'entendre iorfqu'on frappe fur l'os découvert , un
fon comme celui d'un pot fêlé , de fentir un ébran-
lement douloureux qui lui répond a la plaie quand
il ferre quelque choie entre les dents. Ce dernier
iîgne n'eft pourtant pas confiant Ôc certain , j'en
ai vu à qui on faifoit ferrer un niouchoin entre les
dents , 6c qui en le tirant ne fentoient point de
douleur à la plaie , quoiqu'ils eufifent le crâne frar
(fburé t 1 Q. De la vue , iorfque
la frafture eft tellement apparente qu'il la décou-
vre par fes yeux- 2.0. Du toucher , quand il la peut
fentir avec le doigt. ;°. De la fonde, qui lui fait
rencontrer des inégalités à l'os.
Il eft iuutilede donner ici des raifons méchaniques
de ces accidens , ni de détruire celles qu'on allègue con-
tre leur pofïibilité dont prefque tous les Praticiens font
aujourdhui convaincus. Le témoignage d'un grand
nombre d'Anciens & de Modernes, Se rinfpeftion de
plufîeurs crânes que des curieux confervent dans leur
cabinet, fuffifent pour convaincre l'incrédulité de quel-
ques particuliers.
Il arrive quelquefois que des coups violens en brifant
les os en écartent les futures. Quand un coup eft porté
fur l'occipital, il f e peut faire qu'elles s'écartent en deux
endroits oppofés , comme quelques expériences l'ont
fait voir. Il fefofine une tumeur dans les endrçits de ces
çcartemeps.
Sîxîi'me Démonstration, 489
Les fignes rationels dépendent i°. De la eaufe
efficiente, 2.0, De la nature de la plaie. 30, Des aç~
cidens,
A la caufe efficiente il faut confiderer trois cho- Confiât™*
fes, 1. Celui qui a frappé , Ravoir s'il eft fort & £°« kg*
robufte, s'il étoit en colère, s'il a frappé avec vio- cicnce,
lence , 8c s'il étoit Gtué plus haut que celui qui a
été blefle. Toutes ces cirçonftances qui dénotent
que le coup a porté avec plus de force , au lieu que
des cirçonftances oppofées marquent le contraire,
2. Avec quoi on a frappé \ par exemple , fi c'eft un
bâton , on doit avoir égard à fa quantité 3 s'il eft;
gros ou menu , à fa maue , s'il eft d'un bois pefant
ou léger ; a fa figure , s'il eft égal ou inégal , s'il eft
rond , quarré , ou triangulaire : 8c enfin à la qua-
lité 8c à la forme de fa (ubftance. Si c'étoit un in-
ftrument de fer ou de plomb i tranchant ou obtus
8c contondant 3 ou bien Ci c'étoit une pierre , fçsfc
voir fi elle étoit groffe ou petite , fi elle eft tonw
bée de fort haut.
Touchant la nature de la plaie il faut examiner Sut u »a*
1. fa grandeur 3 car plus elle eft grande , plus on a p^de l*
lieu de foupçonner une fradture. 2. Si elle eft ac-
compagnée d une infigne contufion ^ ce qui mar-
quera que le coup aura été contondant. 3. La fitua-
tion , parce qu'étant fur un os mince comme le
pariétal , il pourra plutôt y avoir fracture que fur
un os épais 8c dur comme l'occipital.
Sur les accidens on obfervera de quelle nature
ils font , car il y en a de primitifs 8c de confécu^
tifs i ceux-là arrivent dans l'inftant de la biefîîire »
par exemple > le blefte aura d'abord été étourdi
comme un bœuf qu'on aftbmme , 8c il fera tombé
comme un fac de bled >* il lui fera fur venu auflitôt
un flux de fang par la bouche , par le nez ou par
les oreilles avec perte du jugement , de la voix
8c de la mémoire. Les confécutifs viennent en-
490 Des Opérations de Chirurgie,
fuite de la fracture 3 comme les naufées , le vch
rmiTement , la fièvre 8c raiToupiiTernent (a),
(a) Les fîmptômes quel* Auteur donne ici pour des
figues de la fracture du crâne, n'en font des fîgnes que
fort équivoques ••> car Couvent ils furvienneni iors mième
que cette partie n'en: point endommagée , & elle peut
être confiderablement fracturée Cans que ces fimptômes
paroilîent. On ne doit les regarder que comme des Cuites
du dérangement des fonctions du cerveau. Pour pr©u?
ver cette importante proportion , je m'étendrai un peu
au long fur les déCordres que ks coups portés à la tête
y caufent.
Ces coups ne Cont dangereux , que parce qu'ils dé*
rangent les fonctions du cerveau, Coit en l'ébranlant ,
foit en y occasionnant une comprefllon.
Je parlerai. Céparement de l'ébranlement ou commo-
tion du cerveau , & de fa compreffion.
LoiCque la tête eft frappée par quelque coup, ou que
dans une chute elle rencontre quelque corps durs , le
crâne ne peut recevoir de mouvement Cans le com-
muniquer, au moins en parti., à la fubitance du cerf
veau qui le remplit exactement. Plus le crâne réfute à
1* effort du coup, plus la portion du mouvement qu'M
communique au cerveau eft confîderable; c5 eft à-dire,
que s'il Ce rak une grande fracture au crâne., la < ommo-
tion du cerveau peut ëtf e légère : mais s'il demeure en-
tier ou Ce trouve peu fracturé, la commoton du cer-
veau eft proportionnée à la violence du coup. Une
expérience familière aidera à Caire concevoir ceci. On
prend par un bout une planche mince % comme celles
dont on fait les tonneaux, & l'on frappe avec force
fur quelque corps dur. Si e le ne Ce cafte point , une
bonne partie du mouvem nt que le coup aura occa-
fionné dans toutes les parties de- la planche , pafie dans
les mains qui ta tiennent, & y çaufeun éogAUidilTè?
ment fort douloureux. Si elle Ce cafte , les mains ne fe
reftertent prefque pomt du coup, ou plutôt ne s'en
leflentent qu'à proportion qu'elle eft plus ou moins
briCée. Il eft aiCé de faire pnr comparaifon l'applica-
tion de cette expérience à la matière qu'on traite.
Vofezl'Hift PluCeurs faits' confirment ce qu'on avance. „ Un
del'Acadéœ'jj criminel jeune & fort,, prit Ca fecoufle de quinze
des Sciences* „ pieds dans le cachot où il étoit renfermé, & la tête
année • • baiiïëe &- les mains derrière le dos, alla donner de
« la tête contre le mur oppolé en courant de toutft
Sixième D e'm- o n s t r a t i o n. 4^î
5, fa. force , il tomba fur la place roide mcrt j fans profé-
», rer une paro e , ni pouffer un ieul cri. M.Littre, appelle
„ pour vifker le cadavre ,rurfurp ris de ne trouver en de-
3; hors à la tête aucune contufîon, tumeur , plaie ou
fracture, & de trouver tout en dedans en fon état
naturel ï feulement le cerveau ne rempliiTok pas à
beaucoup près toute la capacité intérieur du crâne ,
„ comme, il fait ordinairement, & fa iubifance, âuifi
3, bien que celle du cervelet & de la moële allongée-,
j, étoit au toucher & à la vue plus ferrée & plus com-
„ pacte que de coutume. Voilà la feule choie à quoi
„ l'on puiiîe attribuer cette trort fubite. Le cerveau1
a, s'étoit afaiflé très-confidérablement par là /violente
3, commotion du o up , & comme il a peu de reifor-t
3, il n'avoit pas pu revenir de cet état , & par coh-
3, féquent la diitrib.uion des efprits dans tout le relie
3, du corps , neceiTaire pour tous les mouvemens , aveit
3, celle dans l'iniïant.
On a vu fouvent des crânes considérablement, fra-
caiïés , fans qu'il foit furvenu aucun fimptôme, &que
S3jj3]q S3[ ayent gardé le lit. On a remarqué au con-
traire que; de fortes contufions fans fractures , ou avec
de petites fractures appellées fentes capilaires , font
ordinairement accompagnées d'accidens fâcheux. Il
eil inutile de rapporter ici des exemples de ces faits ;
car en en rencontre tous les jours, & les Auteurs en
font pleins.
Déplus l'expérience fait voir que les fimptomes at-
tribués à la fracture des os (urviennent non- feulement
fans qu'il y ait de fracture, mais encore fans que la
tête ait été frappée. Un coup reçu au menton , une
chute de fort haut delTus les pieds , fur les genoux &
même fur les feîTes , les ont quelquefois pccafîonnésj
ce qu'on ne fçauroit expliquer, qu'en diiant que la
violence des coups reçus ailleurs qu'à la tête, peut fe
tïanfmettre de partie en partie jufqu'au cerveau , 8c
y caufer une commotion dont ces accidens font les
fuites.
Enfin l'expérience nous apprend encore que les fimp-
tomes peuvent furvenir fans qu'on ait reçu de coup,
ou loîfqu'on a été frappé par des corps mois & par
conféquent incapables d'oftenfer le crâne Par exem-
ple, fi une perfonne en prend une autre par les che-
veux & lui fecoue la tête , il peut caufer une com-
motion au cerveau, qui fera fui vie de fimptomes Un
lit de plumes , ou une botte de foin , peut en tombant
for la tête d'une perfonne produire le même effet*
4$* Des Opérations de Chirurgie ,
Ce qu'il y a de dangereux dans la commotion du
cerveau, c'eft i°. la perte du reiîort de fes fibres qui
produit l'afanTement du cerve u fur lui-même &: cel-
le du cervelet , zq. la rupture de quelque vaiiTau fan»
guin.
Le cerveau eft une maffe très-molle , compofée d'u-
rse infinité de fibres délicates , qui dans le moment de
la commotion peuvent perdre leur reffort en tout ou
en partie j & tomber les unes fur les autres. La per-
te totale du reffort de ces fibres.», s'il ne fe rétablie
promprement, caufe une mort fûbite, telle que celle
du prifonnier dont on a parlé.
Il y a une infinité de v âffaux fanguins qui entrens
dans la composition du cerveau, & dont les tuniques
font fort délicates. Il eft aifé par confequent qu'un ou
piufîeurs fe rompent, lorfque cette partie eft confidé^-
lablement ébranlée. En ce cas 'acommotion y occafios^
fie une compreffion formée par le fang qui s'épanche fur
la furface du cerveau , ou même dans fa fubftance. Cet
épanchement eft plus ou moins confidérable , & plus
eu moins de tems à le manifefter , à proportion que
le vaiiTau ouvert eft plus ou moins gros.
L'arToiblilTement du reiTort des fibres du cerveau &
Fépanchement des liqueurs font les caufes immédiates
èes fimptômes de la commotion, qui fe divifent en
primitifs & en confecutifs.
Les primitifs font ceux qui arrivent au moment de;
la b'elTure , comme la perte de mouvement & de con-
noifFance, la chute du bleiTècauféepar la paralifiemo*.
mentanée èes extrêmisez inférieures , l'ifîue involon-
taire de toutes les déjections, le vomiftement bilieux *
ou celui âes alimens , le faignement du nez , des yeux ,
des oreilles , & de la bouche.
On juge de la grandeur de la commotion , & du dé-*
jangement qu'elle caufe , par la durée , la violence &
îe nombre de ces fimptômes. Il faut aufli avoir égard-
à la délicatelTe du cerveau de celui qui a été bîeiTé.
les enfans , par exemple, ïont plus mol que les perfon-
nes avancées en âge.
Les lignes confecutifs font ceux qui furviennent quel-
que tems après la bleiTure. Tels font la léthargie, la fie^
vre , la phrenefie , & la plupart de ceux que l'on a mis,
parmi les primitifs , lorfqu'ils reviennent. Car il arri-
ve quelquefois que les premiers fimptômes celTent &
yeparoiiTent après un certains tems , comme deux ot*
irois heures ou même pluficurs jours après i'aeck
«ienu
S I X I E'M Ë D ë'm OJÎSÎRATiON. 49^
ta fièvre n'ell pas toujours une mauvaife mar-
que ; au contraire , dans les fortes commotions fon
abfcence n'eft pas un fîgne favorable. Tous ces fimp-
tômes tant primitifs que confécutifs viennent les uns
du dérangement ou défordre des efprits animaux,
& les autres du trouble qui arrive dans la circulation
du fange
Dans ces cas on faigne du bras, du pied & de la
jugulaire, pour prévenir l'épanchement, ou pour y re-
médier , & pour faciliter le rétabluTement des fibres
du cerveau. La faignée peut remédier à l'épanchement
qui fur vient dans le cerveau lorfqu'il eit petit, comme
elle remédie à ceux qui arrivent dans les autres parties
du corps ; elle peut en dégageant les vaiiïaux , faciliter
la rentrée des liqueurs. Néanmoins l'épanchement eft
queiquefoisfi confidérable qu'on ne peut évacuer que par
le trépan les liqueurs répandues. Mais pour l'appli-
quer il faut fcavoir l'endroit où l'élan chement eit for*
mé , & que d ailleurs il ne foit point dans l'intérieur
du cerveau où l'on ne peut pas pénétrer. Or il eft
prefque impofïible d'avoir des indices du lieu d'un
éparichement occafîonné par la feule commotion du
cerveau. Dans ce cas le fang épanché devient quelque
fois purulent & le malade meurt.
On a trouvé en ouvrant les cadavres beaucoup
d'exemples de ces fortes d'accidens.
Il eft important de remarquer ici au fujet des épan-
chemens occasionnés par la commotion, qu'il yen a
dont les fymptômes ne fe manifefteiit que long-terns
après le coup reçu. Combien a-t'on vu de perîbnnes
& principalement d'enfans qui avoient reçu quelque
Coup à la tête, mourir plufieurs mois après , fans qu'il
leur futfurvenu d'accidens que peu detems avant leur
mort. Les vaiiïaux qui fe rompent font quelquefois fï
fins , que ce n'elt qu'à la longue qu'il fe trouve une aiTez
grande quantité de liqueur épanchée pour produire les
fïmptômes, & caufer la mort.
En effet , en ouvrant les cadavres de ces perfonnes ,
on a trouvé du pus ou du fang épanché fur la dure-me*
re entre les méninges , ou dans le cerveau.
Ces exemples font voir qu'auflî-tôt qu'on a reçu un
coup à la tête quoique léger , il faut recourir aux re-
mèdes généraux-, Se démontrent la faufleté du préju-
gé de ceux qui s'imaginent qu'il n'y a rien à crain-
dre des coups reçus à la tête , lorfqu'il ne fur-
vient aucun fimptôme pendant les quarante premiers
jours.
494 E*ÊS Ope'ratiôms de Chirurgie i
La comprelfion du cerveau, qui eit le fécond effet
qu'on a à craindre des coups portez à la tête , peut
arriver de différentes manières.
Du fang ou quelqu autre liqueur épanchée fur la dure-
mere, entre cette membrane & la pie-mere, entre
celle-ci & le cerveau , ou dans la propre fubitance du
cerveau i quelque Portion d'os déplacée entièrement ou
en partie ; une pointe d'os qui pique la dure-mere ; le
corps qui a fait la plaie , s'il refte dans la plaie ; l'inflam-
mation des méninges occifîonnée par une petite divifion
ou par la contufion du pericrâne , font les caufes immé-
diates de la comprelfion du cerveau.
L'aflbupiffement , la perte de connoiiTance, le fai-
gnement de nez, des oreilles, & principalement de
celle qui eil du coté du coup, celui des yeux, la dure-
té du poux, la rougeur du vifage, l'inflammation des
yeux, la para'ifîe, la convulfïon , la douleur, & la
fièvre en font les fîmptômes ordinaires.
il faut remarquer que l'affoupifTement eil plus confi-
ner able , quand la compreffion vient de quelque portion
d'os ou d'un épanchement , que lqrfque la dure mère
eil piquée ou déchirée par quelque efquilles. Mais en
es dernier cas la douleur eit plus profonde ,'& la pe-
fanteur de la tête plus confîdérable. Tous les fîmptômes
en gênerai font moins violens loxfquils furviennent en
confequence delà contufion du pericrâne ; parce
qu'alors la dure mère n'étant lezée qu'en fécond, à eau-
fede la communication des vaiftaux de cette partie
avec le pericrâne , la compreffion eil moins confîdéra-
ble. La douleur eit alors plus extérieure & plus vive;
le malade fê réveille de fon aiToupifîement, Ioriqu'on
touche à quelque endroit de fa tête, oVfur tout à ce-
lui de la plaie ; (es yeux & fon vifage font moins rou-
ges y (es paupières font gonflées ; on voit fur toute fa
tête une tention & un gonflement œdemat ux, &
quelquefois inflammatoire , qui fe borne à l'origine des
mufcles frontaux occipitaux, & dont les oreilles font
exemptes. Ces derniers fîmptômes font ies marques les
plus certaines de la lefîon du pericrâne*
On remédie à la contufion du pericrâne par la faignée,
ou fî elle ne réuffit pas , par une incifîon cruciale qu'on
fait à cette partie avec un biftouri droit, dont on
porte obliquement la pointe fous la peau , afin que
cette incifîon s'étende plus (ur le pericrâne que furie
cuir chevelu. Par ce moyen on débride cette mem-
brane, on donne ilîiie aux liqueurs, on fait ceffer l'in-
flammation & les fîmptômes qui en font les fuites» On
Sixième Démonstration. 495
panfe cette plaie fimplement. On met fur l'os & fur le
pericrâne un piumaceau trempé dans une liqueur fpi-
ritueufe, telle que l'eau de vie -, on couvre d'un digeitif
fimple la plaie des tégumens > & Ton aplique fur toute
la tête des réfolutifs fpiritueux
Lorfque la compreflion vient dune autre caufe que
de la contufion du pericrâne , on a ordinairement re-
cours au trépan ; mais avant que faire cette opération ,
il faut connaître le lieu où eit le defordre , ce qui n'eiî
pas toujours aifé de fçavoir.
La vue découvre facilement une fracture qui eft à l'en-
droit de la plaie. Il y a lieu de croire alors que ie fang
épanché, ou quelque pièce oiTeufe détachée comprime
ou pique la dure mère, & caufe le defordre. On tré-
pane dans ce lieu pour donner ifîue au fang épanché,
ou pour pouvoir relever les pièces offcuies enfoncées
ou pour ôter celles qui fe font féparées de leur tout ,
& qui piquent la dure-mere» Peu de rems après les
fîmptômes fe dimpent, pourvu qu'il n'y ait point d'é-
panchement dans un endroit inconnu, que la com-
premon ne foit pas compliquée de commotion , &
que la fracture ne foit pas fi étendue qu'on ne puiffe
en découvrir la fin.
Il ell difficile de fcavoir l'endroit de la tête où eit la
caufe du defordre, fi l'on n'apperçoit point la frac-
ture au crâne dans le lieu de la plaie, & encore plus
s'il n'y a point de plaie aux tégumens. Lorfqu'il y a une
plaie on conjecture que l'épanchement s'ett formé au-
deiTous d'elle. Mais on ne fcait pas fi un contre coup
n'a pas cauié un épanchement dans un autre en-
droit.
S'il n'y â pas de plaie , ou fi l'on foupçonne un contre-
coup , quoiqu'il y ait une plaie , on fait rafer la tête & on
l'examine avec attention
Quand on trouve en quelque endroit de la tête une tu-
meur qu'on appelle vulgairement boiïe , il faut voir fi
elle eft avec pulfation ou fans pulfation.
La pulfation vient de l'ouverture d'une artère, ou de
l'effort que fait le cerveau pour fortir. Dans le pre-
mier cas, la tumeur eit un anevnfme. Plus elle eil greffe,
moins la pulfation ell fenfib'e.
Si la pulfation vient du cerveau , qui étant dépouillé
du crâne fait effort pour fortir , on fent , en touchant la
tumeur d'une certaine manière , des pièces offeufes fra-
calTées , qui en fefrotant les unes contre les autres font
un bruit de crépitation, qu'il ne faut pas confondre avec
la crépitation tômés qui marquent la lezion de la dure mère ou du cer-
veau en confequence de quelque fracture ou épanche-
ment. Car s'il n'y en avoit point , il faudroit regarder là
blefïure comme légère, & par conféquent né point
faire d'ouverture aux tégumens, à moins qu'en touchant
la tête , on ne reconnut par la crépitation ou par la pul-
fation , qu'il y a un grand fracas des os du crâne , 014
une tumeur anevrifmale»
On croit neceflaire de finir cet article par quelques-
unes des obfervations qui prouvent ce que l'on a avancé
aufujet des plaies de la têse & des fymptômes qui en
fenÉ
Sikie'mêDemônstrati'on. 497
font les fuites , & qui font voir non-feulement que les
fractures confide râbles ne font pas toujours fuivies de
fymptômes fâcheux , mais encore que les méninges peu-
vent être offenlées , '& que le cerveau peut perdre une
partie considérable de fa fubilance , fans que la blefîure
foit mortelle 3 ni même accompagnée d'un accident con-
sidérable.
Un enfant de dix à onze ans étant tombé fur le front, BiB ç.jliru^
une pièce de Vos coronal fe détacha & perça les menin- MangetLpafî
ges & le cerveau. La plaie des tegumens a voit beaucoup 577.
d'étendue, & on entrevoyoità l'endroit de la fracture
iine.portion coniîdérable de la fubilance du cerveau, il
ne furvint néanmoins aucun accident, 6V le blelTé fut
parfaitement guéri en peu de tems.
Sënnert rapporte qu'une perionne ayant été bleilée par Y o-
une hache qui lui tomba fur la tête , & dont le fer lui en ^j ' pas Yi
tra fort avant dans le cerveau, une portion de la fub-
itance de ce vifcere, groiïe comme une noix y fortit au
dehors par l'ouverture de la plaie, & rentra enfuite
peu à peu , deforte que le bleue fut guéri parfaitement.
Un foldat donna un ïi grand coup de la poignée dé
fon épèe à un payfan fur le côté droit de los coronal , *. . ^^
que le crâne ayant été fracaiTé, & les membranes rom- danusi Gens*
pues , la fubilance du cerveau qui étoit au-deffous fut obf, "
meurtrie, & fortit lés premiers jours par fupUratioii.
On vit auiîi dans le cerveau une cavité ou l'on auroit pu
mettre une noix. Il ne furvint néanmoins au blelTé au-
cun fimptôme , excepté une petite fièvre qui celîa après
la fapuration , & la plaie guérit heureufement.
M* de la Peyronie a guérie une peifonne à qui uhé
grande portion de la fubilance du cerveau avoit été Lettre de U
emportée „■ fans qu'il en eut aucun accident au corn- de la Peyroi
M mëncement , ni long-.tems après fa blelTure ,- & "'« à M*
„ fans qu'il lui en ait relié le moindre après fa gué- ^anne»
h rifon. Mais, dit M. de. la Peyronie, lorfque dans le
5, tems des panfemens , î.a cavité d'où cette fubilance
„ avoit été enlevée étoit pleine de fuppurations grafTes,
„ telles que le cerveau les fournit ordinairement, pen-
*, dant tout le tems que le poids de ces matières preffoic
u une portion du corps Calleux , le malade perdoit la vue
„ du côté oppofé à la preffion. Il recouvroit la vue,
j, lorique les matiees étoient vuidées par une réfpira-
i, tion forcée & retenue , où par je fecours d'une {erîn-
,,gue avec laquelle je la porripois > je fus même obligé
,, d'y faire des injedlions , ,pour délayer les matières, S£
„ pour vuider les flocons de la fubftance du cerveau ym
v avoient de la peine à fortin
498 Des Opérations de Chirurgie i
V. Je Merc Une perfonne ayant tiré imprudemment un fufil dans
de France , lequel la baguette étoit relié , un enfant de dix ans reçue
Janv, 1722. |e COUp% debout delà baguette luibrifa les os du crâne,
& une portion entra dans la iubilancedu cerveau de la
profondeur de deux travers de doigt. On ôta ce corps
étranger , & l'on tira pendant les dix-huit premiers jours
de la bleffure , & à différentes reprifes , dix-huit efquil-
les. Il n'arriva à l'enfant d'autres accidens que la fièvre,
qu'il eut pendant les huit premiers jours, & quand on
eut tiré le bout de la baguette & ks eiquilles , il fut gué-
li fort promptement.
Obferv d Le Prem*er Ma* I7lg# un f°^at ^ut bîefîé d'une Mèche ,
M. Briffcau/ W1 ayant fraduréla partie moyenne & latérale de l'os
pariétal du côté droit pénétra fort avant dans la fubftan-
ce du cerveau , où le fer refta jufqu'au (eptiéme du mê-
me mois, fans caufer aucun accident. Lorfqu'on eut
reconnu avec la fonde ce corps étranger , on appliqua
aubleffé deux couronnes de trépan. Il fortit avec impé-
tuosité par la première ouverture une grande quantité
de matière, & le bleffé devint paralitique du côté gau-
che. Plusieurs mois fe paiïerent , fans qu'on put tirer le
fer de la flèche. Le ir & le z? Aouft fuivant le blefféeut
de violentes convulfions. Enfin le 30 du même mois , on
tira le corps étranger. Aufïï-tôt les fimptômes ceiîerent ,
&: le bleffé à qui on avoit coupé une portion confîdera-
ble du cerveau fe trouva parfaitement guéri le 27 Sep-
tembre fuivant.
Obf de ^ne Perf°Hne ment de matière fur les meninees , avec déchirure
9, des membranes , avec folution de continuité dans le
„ cerveau jufqu'à la fubftance médullaire, avec abcès
„ dans cet organe, avec une petite pièce d'os enterrée
3, dans ce vifeere, dontlapréfence s'oppoleà l'entier
?, écoulement d'une grande quantité de pus qui paroit
Si^ie'me Démonstration. 495^
5, y croupir, foit une maladie grave; néanmoins rien
3,ne me touche dans ce fait , & je n'y trouve du mer-
„ veilleux que dans l'abfence abfoluë des fimptômes >
3, & qu'un bleffé marqué au coin d'une plaie telle que
„ je l'ai repréfentée , ait pu impunément pendant un
3, mo;s fe porter à tous les excès de travail & de bon-
5, che .».,... fans que la nature de fa plaie,
„ ni tous ces excès ayent jamais troublé en rien l'œco-
3, nomie animale : Voilà ce qui m'a paru nouveau 8c
s, digne de l'admiration & de la curiofïté des Sçavans*
Toutes ces obfervations prouvent clairement que les
coups portez à la tête ne font dangereux qu'autant
qu'ils dérangent les fondions du cerveau, foit en l'é-
branlant 3 foit en y occasionnant une compreiTion. Les
fraclures confîdérables du crâne, le déchirement des
méninges , la perte d'une partie de la fubftance du
cerveau peuvent non-feulement n'être pas mortelles»
mais même n'être accompagnées d'aucun accident fâ-
cheux, parce que les coups qui fracalTent le crâne,
déchirent les méninges & offenfent le cerveau même,
peuvent ne point caufer de commotion violente, &
ne point occafionner de comprefïion.
Ils peuvent ne point caufer de commotion confïdéra-
ble, parce que la portion du crâne fur lequel ils font por-
tés , cédant à leur violence , le relie du crâne peut n'être
prefque point ébranlé , & par conféquent ne commu-
niquer au cerveau qu'un fort petit mouvement.
Ils peuvent aufli ne point occafionner de compref-
(îon ; parce que l'ouverture qu'ils font, donne une
iiTu'é aux liqueurs qui en s' épanchant avoient com-
primé le cerveau.
La corinoiffance de tous ces lignes eft avantageu-
fe au Chirurgien pour porter Ton jugement qu'il
tire de trois chofes , de la nature de la plaie , de la
partie & des accidens : 1 . de la plaie , en ce quelle
pourra être grande feulement 10 it en apparence ,
comme celle où il y a de grands fracas ainfi qu on
en voit à l'armée ; fuit en conséquence , comme
celles qu'on nomme trichifmos & rogme qui ne pa-
roifTent que de petites fentes ôc qui quelquefois
font plus danger eufes que des embarures : 2. de la
partie qu'on prend ici ou univerfellement de tout
le corps comme de l'âge , de la température > 8c
ii «
$oo Dus Opérations de Chirurgie;
des forces j ou particulièrement , fçavoir de l'en-
droit où eft la plaie qui fera plus dangereufe à k
partie antérieure , parce que les os y font plus min-
ces , qu'à la poftérieure , où ils ont plus d'épaif-
feur ,* le péril étant encore plus éminent fur les
temples , à caufe de la délicatefTe de ces os ôc du
mufcle crocaphite qui eft très-fujet aux convul-
fîons : elles font auili très-dangereufes fur le fom-
mer de la tête au droit de la fontanelle , parce que
l'os y eft très-mince , ôc que le coup y tombe pius
à plomb , fur les finus fourcilliers à caufe de la li-
queur mucilagineufe qui en lort ; ôc plus fur les
futures qu'ailleurs par le déchirement des petites
fibres , Ôc des vaiftaux qui vont ôc qui viennent
pour la communication de cet endroit avec ladu-
re-mere , ce qui fait un épanchemènt de fang dans
ces parties. 3 . Des accidens qui font ou univerfels ,
comme la fièvre , la phrénefie , la convuifion ôc
la paralyfie ; ou particuliers qui font ou bons com-
me une petite tumeur , une chair vermeille ôc une?
fuppuration louable , ou mauvais comme une cou-
leur livide ou noirâtre , une grande contufion tant
des chairs que de l'os , une matière ou fanieufe
ou dune confiftence vifqueufe , des lèvres blafar-
des ôc applaties &c une âpreté de l'os qui de voit
être uni , poli ôc égal.
Première Faifant attention fur tout ce que je viens de vous
précaution, car il y en a qui ne paroifTent que légères
dans le commencement , ôc qui dans la fuite con-
duifent le malade au tombeau -, il faut fe tenir fur
fes gardes , beaucoup faigner pour empêcher l'ex-
travafion du fang dans le cerveau 3 Ôc ne pas imiter
le Chirurgien d'une perfonne de qualité de la
Cour , lequel ne voulut point faigner un Lieute-
nant des cent Suiifes du Roy , qui étant tombé à
la challe s'écoic fait une grande contufion à la tête :
Sixie'me Démonstration, 501
le fang épanché s'abfceda > & il mourut dans les
quarante jours.
- . Ceft une erreur dont il: faut fe défabufer de
croire qu'après les quarante jours le péril foit pafTé
il eft vrai qu'au bout de ce terme on a lieu de bien
efperer *, mais il s'en eft tant vu qui après ce tems
font morts de leurs bleflures , qu'on ne doit rien
promettre de pofitif.. Si le bleiTé fait quelque dé-
bauche de vin ou de femmç , s'il eft expofé aux
grandes chaleurs, ou au grand froid, s'il eft d'un
tempérament délicat , &que fon pouls ne reprenne
pas. fa première vigueur , ou enfin s'il n'a pas foin
cle fe conferver , il eft en rifque même après le ioi-
xantiéme jour. Les Jurifconfultes ont réglé en-
tr'eux que les dangers étaient paifez dans les 40
jours , ôc que il un blefïé expiroit après ce tems ,
ce n'étoit plus à caufe de la plaie -, parce qu'il fal-r
l'oit aux Juges un terme pour condamner ou pour
abfoudre ceux qui avoient bîelîé , mais un Chi-
rurgien prudent nç; doit répondre de rien qu au-
delà du centième jour..
La cure des plaies de tête , quand le crâne n'y 1* cure <*es
eft point inte.reffé > ne diffère de celles des autres ^es ^mll
parties qu'en quelques, circonftances qui font àdes autres,
obferver. 1. Il faut avant toutes chofes rafer les
cheveux , mais pour le faire avec moins de dou-
leur on les humectera avec de l'eau ôc de l'huile
mêlées enfemhle , à quoi on a donné le nom d'hy-
dradeum , prenant garde qu'il n'entre point de poil
dans la plaie : que ii on n'avoit pas pu empêcher
qu'il n'en fût entré , il la faudroit laver avec da
vin tiède avant que de la panfer. 2. On eft obligé
de fe munir davantage contre le froid aux plaies de
tête qu'aux autres , parce qu'il eft ennemi du cer-
veau , ôc il n'y faut jamais rien appliquer qui fok
" actuellement froid* 3. Dans le commencement on
couchera le malade fur la partie oppofée à la plaie
|>our éviter la fluxion ôc la douleur ôc dans la ..fuit et
H iij
5©i Des Opérations de Chirurgie »'
l'inflammation étant pafTée & la fupuration furve-
nantonle fera coucher fur la partie bleflee , afin
que le pus puiiîe fortir de la plaie avec plus de fa-
cilité,
Traitement Les plaies où le crâne eft d'abord découvert >
des plates de & cel[es ou {[ fe découvre par la fupuration qui fe
tête ou le c . . , . f * , i f • i,r ,/ * ■ •
crâne fe dé. tait du pericranc dans la luite , 1 os n étant point
couvre. ofrenfé > n'ont befoin d'être traitées que comme
les plaies (impies, (a) On doit faire fupurer plus
long-tems celles qu'une contufion a caufées ; que
celles qui ont été faites par incifion , Se quand le
crâne n'eft que très - peu découvert > il ne faut
(a Les plaies de ta peau ou du cuir chevelu , & celles
du pericrâne faites par des inftrumens tranchans, font
ordinairement fimples , & ne demandent d'autres foins
que celui de procurer leur réunion. Mais les piqûres
éc les contufions faites à ces tégumens , font fouvent
accompagnées d'accidens fâcheux ,, & méritent une at-
tention particulière.
Les bleflur es faites au cuir chevelu par un inftrument
! piquant ou contondant font quelquefois fuivies d'un
gonflement , d'une tentton , &: d'une inflammation qui
s'étendent fur toute la tête jufqu'aux oreilles. On a dit
dans la remarque précédente que les bleflures faites au
pericrâne caulent quelquefois ces mêmes accidens ,
mais que les oreilles en font exemptes. C'eit par cette
différence qu'on difeerne fï c'eit de la lezion de cette
membrane ou de celle du cuir chevelu que viennent
ces accidens. L'anatomie en fait voir la raifon. Dans
ces derniers cas, on fait au bleiTé quelques faignéess
on applique fur toute la tête des réfolutifs fpiritueux,
& s'il y a plaie, car il peut y avoir diviflon avec con-
tufion , on la couvre d'un plumaceau chargé de heaume
d'Arceus
Les inftrumens contondans , en divifant la peau feule
ou la peau avec le pericâne , y forment quelquefois
un lambeau , qu'il faut rajufter & maintenir par quel-
ques-uns des moyens que la iinthefe fournit. On faitfup-
pu rer légèrement les bords de la plaie ; on applique fur
tout le reite des réfolutifs fpiritueux , l'on met fur le mi-
lieu du lambeau une petite comprelTe, qui le raproche
mollement par le moyen d'un bandage convenable. Si
la contuilan ne fe réfout pas totalement , & qu'il fe faffè
Sixième Démonstration* 505
point trop tamponner la plaie , laiflant à l'os la li-
berté de Te recouvrir 3 ce qu'il fait quelquefois
fans s'exfolier , fur tout aux enfans. (a) Mais quand
il eft beaucoup dénué , il en faut attendre l'exfolia-
tion , qui arrive en plus ou en moins de tems,
félon que l'os eft plus ou moins fec ou humide ; Se
on ne mettra fur l'os rien d'onctueux , mais feule-
ment un plumaceau plat imbibé d'eau de vie ou
defprit de vin chargé d'une teinture d'aloës , ou;
bien on verfera fur 1 os un peu du baume blanc de
Fioraventi. L'exfoliation qui fe fait n'eu;, pas tou-
jours fenfible c'eft-à-dire , qu'on ne voit pas une
feuille d'os fe féparer toute d'une pièce , car elle
eft quelquefois infenfible , s'en allant avec la fu-
purction par petites parcelles imperceptibles;,
m'ais fait qu'elle (e faffe d'une manière ou d'une
une collection de matière deftous le lambeau , on fait
avec une lancette une petite-ouverture dans le lieu le
plus bas de la tumeur formée par le pus épanché , où l'on
ciécole , s'il eft poiTible , la plaie avec un ihlet , en quel-
qu'endroit. Par l'un ou l'autre de ces moyens , on donne
ifiiië au pus épanché , après quoi on panfe la plaie de la.
manière qu'on vient de décrire*
ra) C'étoit une opinion communément reçue parmi
les Anciens , que tous les os découverts doivent s'exfo-
lier. Ceft pourquoi ils tenoient pendant long-tems les
lèvres de la plaie écartées l'une de l'autre en attendant
cette exfoliation. L'expérience & la raifon ont détruit
ce préjugé , & ont fait voir qu'en temponnant les plaies
où les os font Amplement découverts , on en retarde la
guérifon, &i'on expofeles bleffés à des accidens fâcheux
Au lieu d'écarter les lèvres de ces fortes de plaies , il
faut en les raprochant aider la nature à former leur réu-
nion. On fuppofe ici que l'os eft fimplement découvert »
& qu'il n'elt point ofïenfé. Mais quand il feroit di vifé par
un inftrUment tranchant porté perpendiculairement *
obliquement, ou horifontalement, ou même qu'un in-
ftrument de cette elpece auroit féparé du refte du crâne
une pièce d'os , pourvu qu'elle tint aux tégumens ; il
faut fuivre la même méthode , à moins qu'il n'y ait d'au-
«es cixconftances qui déterminent à agir autrement,
Ii iiij
$04 Des Opérations de Chirurgie ,
autre , quand on voit une chair attachée à l'os ot%
la laifîe réunir avec celle des lèvres de la plaie
pour en produire une bonne cicatrice, (a)
Figure des Quand on a des lignes que l'os eft ofrenfé , 8c
incitions qu'on croit devoir en venir au Trépan î M la plaie
pour prépa- \ ~ lV i , r- ,. r
rer au Tré- H eit Pas ai*ez large pour le pouvoir appliquer ,
pan. on la dilatera. Les incirions qui fe font à ces plaies
doivent être en X. ou en T. ou en V. ou en 7. de
chifre : ce font les ligures les plus ordinaires qu'on
donne à ces inciiions félon la fituation de ta plaie»
Celles qui font en X 3 qu'on appelle autTi crucia-
les , parce qu'elles ont la figure dîme croix , fe
font fur le milieu des os coronal & perietaux«
Quand la plaie approche de quelque future , on les
fait en T. retranchant la jambe qui auroit avancé
(îïr la future ,• mais on en prolonge auffi la jambe
oppofée pour découvrir fuffifamment le cfâne.^
Celles qu'on fait proche du mufcle temporal ou
des futures font figurées en V. au en 7, pour tâcher
4e ne point dépouiller ces parties ; mais en général
on s'accommode à la figure & à la fituation de la
plaie qui ne nous permet pas toujours de les for-
mer comme nous le voudrions.
0 r^leVdif- Quand il n'y a point de plaie & que nous trou-
ferenicscpn.vons à la tête une grofie contufion faite par quel-
tufions, que grarj(J çqL1p reç^ ^ ou par une chute 5 que le
(a) Cette altération vient de ce que l'action de l'air
fiir l'os découvert, defieçhe & refferre les extrémités
êes vaiffaux divifés à la fupeificie Pour prévenir cette
altération de l'os & abréger une cure qui feroit longue
fi on attendpit les termes ordinaires que la nature met à
* Le Ghir; faire l'exfoliation, M. Be'.lofte * conseille de percer 1 os
«l'JjÂpital. ' dès les premiers jours en plufiëurs endroits avec la pira-
mide ou le perforatif du trépan* Il prétend qu'on donne
par ce moyen partage à un (lie moekux & colleux , qui en
fe figeant reftitue à l'os en peu de tems tout ce qu'il a
/ perdu par cette perforation , & par le coup qui a fait la
plaie. Sixreïane Produit pas cet effet, au moins les arr
çeres du diploé , le trouvant plus à i'aife 3 châtient la ta»
fele qui doit s'exfojier.
Sîxie'me Démonstration. 50 j
' bleflé a perdu connoiftance , qu'il faigne ou du
nez , ou de la bouche , ou des oreilles : il faut au
plutôt ouvrir la contufion par une incifion qu'on
fera avec la lancette à abfcès A. (a) Si elîeeft
beaucoup élevée , de qu'en l'ouvrant on trouve le
péricrâne féparé du crâne , c'eft ligne que le coup
a été très-grand , Se qu'il en faudra venir au tre-
pan , on fe fert potir lors d'une petite fonde plate
B. qui eft d'argent , qu'on coule entre le péricrâ-
ne éç le çtâne pour connoître jufqu'où va cette fé-
paration , Se pour nous en faciliter l'ouverture qui
doit être proportionnée a la grandeur de ce qu'il y
en a de iéparé. Mais fi la contufion étoit légère,
6c que lesfymptômes ne fu(Tent point prefïans -, on
tâcheroit de la réfoudre en rafant l'endroit , le
baiîinant avec l'efprit de vin , mettant l'emplâtre
de bétoine par dellus , faignant le blefte , 6c lui
faifant garder un grand repos ; fouvent on en guér
ïit fans faire d'ouverture, \ .
Si le Chirurgien eft obligé ou de dilater une Appareil
plaie 3 ou d'ouvrir une contufion , il faut qu'il pré-
pare quantité de charpie , qu'il ait des poudres
aftnngentes, 6c même quelques boutons de vitriol,
en cas d'hémorragie : enfin fon appareil difpofé , il
fera garnir le lit , c'eft>à-dire j mettre un drap en
pludeurs doubles fous la tête, à caufe du fang qui
fe répandra , puis la faiiant tenir par un ferviteur ,
il incifera ce qu'il jugera neceiTaire , fe fervanc
pour cela de l'inflniment qui lui fera le plus com-
mode. Si c'eft une plaie , 6c que la fonde coule
entre le péricrâne 6c le crâne il peut gliller la
pointe de ces cifeaux C. par le même chemin , 6c
fa II vaut mieux fe fervir du biftouri que de la lan-
cette. S'il y a une grande fracture , il faut porter légère-
ment le biftouri pour ne point enfoncer les pièces d'os
qui font feparées du reite du crâne. Il faut au (fi faire
cette incifion de manière qu'elle s'étende plus fur le pçî|«»
crâne que fur la peau?
506 Des Opérations de Chirurgie,
le découvrir ainfi : ôc lorfque le tout fera adhe-
Maniere de rent , il employera lebiftouri droit D. ôc appuyant
aération!6 ^e doigt index fur le dos de cet infiniment", il
coupera ju (qu'au crâne , Ôc enfuite avec une feuil-
le de myrrhe E. il foulevera les bords de la plaie
en les écartant 3 & féparant le péricrâne avec le
moins de violence qu'il fe pourra , pour diminuer
la douleur qui ne manque point d'être très-vive
dans ce moment , à raifon de la tendon des mem-
branes nerveufes aufqueiles on caufe des divul-
fions. La plaie fe trouvant fuififamment dilatée ,
on la garnira de charpie féche f pour cette pre-
• miere fois , afin d'imbiber &: d'épuifer le fanç*
qui en coule : fi l'hémorragie étoit grande , le
fonds de la plaie étant garni de gros bourdonnera
pour en relever les lèvres , on acheveroit de la
couvrir avec des plumaceaux plats chargés d'aftrin-
gens , fur lefquels on étendroir un grand emplâtre»
des compreffes 8c pardeffus tout , le couvre-chef
que je vous ai fait voir dans la première Démonf-
Comment crarion au nombre des bandages. Si on avoit ou-
on arrête le • ■ a i ° i r j
fang d'une vert une artère qui jettat beaucoup de lang dont
artere cou- les compreifes &c le bandage fulTent traverfez fans
le pouvoir arrêter > il faudroit lever l'appareil ,
pour mettre fur l'endroit par où on verroit fortir
ce fang un périt bouton de vitriol ; mais la meil-
leure manière eft celle que nous propofe Paré ,
fçavoir de palTer une aiguille courbe , enfilée d'un
fil ciré G. par defTous le vaiiTau qui entrant d'un
côté & perçant le cuir chevelu fort de l'autre , de
telle façon que le fil embraffant l'artère , on la lie
en faifant un nœud avec les deux bouts du fil fur
une petite compreffe de linge H. & parce moyen
on arrête fûrement le fang ( & on évite Féfcarre
que fait le bouton de vitriol,
ïttverres Le lendemain au bout des vingt-quatre heures ,
pratiques qui eft le tems ordinaire où on levé les appareils ,
km cm ém on v°lt ^os à découvert > on l'examine pour cou-
Sixie'me Démonstration. 507
noître s'il eft orfenfé , prenant garde de ne fe poinc
tromper ; car ayant fait l'incifion la veiile , la
pointe du biftouri pourroit avoir laifle au crâne un
trait en long qui reiîembleroit à une fente : on ne
fe méprendra pas auili fur les futures , qui dans
quelques fujets féparent en deux l'os coronal ainil
que l'occipital , ôc qu'on traiteroit comme fractu-
res. Si on trouve une enfonçure , il faut la rele-
ver : fi c'eft une (impie fente , il faut la ruginer
fuivant l'ancienne pratique , s'il y a des efquilles
qui piquent la dure-mere, on les otera , s'il y en a
qui ayent des pointes qui forcent en dehors , on
les coupera > Se s'il y a une embarure , il faudra
trépaner.
Je vous ai dit que le crâne étoit quelquefois
enfoncé par une contufion qu'on appelle tlajts 1
qu'aux enfans le crâne faifant reffort il fe remet-
toit en fon premier état : mais quand il ne fe réta-
blirait pas , fi l'enfonçure eft petite &: fans acci-
dens ? il faut la laifler \ elle peut demeurer , èV le
blette guérir fans fuites fâcheufes -, au lieu que fi
elle étoit grande & qu'elle pût prefter la dure-mere
ôc le cerveau il faudrait faire enforte de la relever.
A ce deflein on fera un petit trou dans le milieu
de l'os avec le perfecatif I. qui fert à attacher un
tirefonds K, dont le bout eft à vifte , au moyen
duquel tirant de dedans en dehors , on tâche d'é-
lever l'enfonçure : fi la main ne fuftit pas on ac-
croche un autre petit tirefonds L. à cet élevatoire
triploide M. ainfi appelle parce qu'il a trois pieds ,
qu'on pofe fur la tête , puis tournant la viffe qui
eft a fa partie fuperieure on fait peu à peu rehauf-
fer ce qui étoit déprimé : les os ayant repris fon
égalité , on ôte l'élevaroire & le tirefonds , on
panfe la plaie comme celle où l'os eft fimplemenc
découvert , &: on continue ainfi jufqu'à guérifon ,
à moins , qu'il ne furvienne des accidens qui obli-
gent d'en venu" au Trépan,
508 Dis Opérations de Chirurgie ;
Anciennement quand on troavoit mie fente m
crâne on fe fervoit de la rugine avant que de recou^
rir au Trépan j c'eft une Opération qu'on rangeoit
fous la féconde efpece d'entamure qui fe pratique
aux parties dures, par le moyen de laquelle on. ra-
tifient de 1 os autant qu'on le jugeoit néçefiaire*
L'ufage en étoit fi commun que parmi les inltxu-
mens du Trépan il y avoit toujours des rugines ,
$c les couteliers y en mettent encore aujourd'hui
quand on ne leur défend pas d'en faire,. De ces ru*
gines il y en a de pointues, de rondes, d'ovalaires,
Çc de plates dont on fe fervoit alternativement s
par exemple , à une fente ou biçn à une fcifliire on
commençoit à ratifier avec cette rugine plate mar?
quéeN. puis avec cette ovalaire O. enfuiteavec
la ronde P. qui enfoncent plus avant , & on finik
foit avec la pointue Q. qui alloit jufques au. fonds ,
obfervant de mouiller de tems en tems d?eau froide
ces rugines quand on s'en fervoit a&gellement ,
de crainte qu'elle ne s'éçhaufafienE en frottant
contre l'os. Après qu'ils avoient trouvé le fonds
de la fente ou de la feiffure , ils épandoient des
poudres céphaliques faites d'ariftoloche , de myr-
rhe , d'aloës , de par ce moyen ils croyoient
s'exempter du trépan : mais à préfent on ne fe fert
plus de rugines , lorfquil y a une fente , parce
qu'en tel cas il y a toujours fur la dure-mere du
fang épanché que la ruginç ne peut faire fortir ,
Se qui demande abfolument le Trépan pour avoir
ifiuë , de peur que par fon féjour venant a fe cor-
rompre il ne caufât le dernier malheur. On ne
perd donc point à ruginer un tems qu'on doit em-
ployer a foulager le malade*
des Si par l'ouverture on rencontre une embarrure
nent de les couper avec ces tenailles ineiilves X.
& fi on ne peut en venir à bout avec celles-là , ita
veulent qu'on prenne ces autres Y. qui font à vhTe,
& qui les couperoit infailliblement , parce qu'une
ville peut avoir incomparablement plus de force
Qu'une main. On aaulli inventé un petit marteau
Z. dont la tête eft de plomb , ôc un petit cifeau d'a-
cier A. bien tranchant, avec quoi on peut tailler ces
efquilies , comme on feroit une pierre , & lé mar- 6u «àrtea^
teau étant de plomb les coups n'ébranleront pas aS cifeam
tant le cerveau que s'il étoit d'une autre matière ;
mais je n'aprouve pas ni les tenailles , ni le cifeau
Ôc fon marteau , car il la pointe d'une pièce d'os
fort en dehors , il faut que l'autre bout poulie en
dedans : ôc qu'ainfî travaillant rudement pour dé*
tacher cette pièce , on rifqueroit d'endommagée
la dure-mere* Si je vous ai rapporté ces opération^
anciennes , ce n'a pas été pour Vous en confeiller 't
ni pour vous en diiluader entièrement l'ufage 5
5ïo Des Ope'râtiq^s de Chirurgie, .
mais feulement pour vous mettre devant les yeiik
diverfes idées de pratique > afin que vous jugiez
de celles qui doivent être fuivies ou abandonnées
en différentes rencontres.
Enfin fi la fraéture eft telle qu'il faille abfolu-
ment trépaner 5 c'eft une opération qui ne doit
point être différée j &c comme elle eft une des plus
confiderables de la Chirurgie 3 &; qu'on a le plus
d'occafion de pratiquer , le Chirurgien ne peut
être trop circonfpecl: &c trop attentif fur tout ce
que l'art exige pour la bien exécuter.
Toutes les peines que les Anciens fe donnoient
à inventer ces rugines , 6c ces autres inftrumens
que vous venez de voir , étoient pour fe deffendre
de ne trépaner que le plus tard qu'ils pouvoient i
il falloir qu'il leur fût impoflible de relever une
enfoncure ou une contufion > &c de redreffer une
embarrure , ou qu'ils euffent des lignes certains
d'un fang épanché fur la dure-mere , pour les dé-
terminer à cette opération. Ils attendoient que les
accidens leurs marquaiîent fiirement la nécelîité
indifpenfable de la faire , & quelquefois ces mê-
mes accidens étoient fi long-tems à paroître , que
le t répan devenoit inutile quand ils avoient pris
' u^doWent^111- réfolution : mais aujourd'hui qu'on eft aguerri
déterminer à fur cette opération , on prévient les f ymptômes ,
«répaner. ^ jj fu^t j^vq^- des marques qu'ils peuvent ve-
nir , pour aller au devant d'eux fans leur donner
le tems de caufer tout le defordre dont ils font ca-
pables. Par exemple , fi d'abord qu'un coup aura
été reçu à la tête le bleffé tombe 5 & qu'il perde
connoifïance 3 en voilà afTez pour le trépaner , ces
accidens arrivez a l'inftanr de la blefTdre marquent
que la commotion ayant été grande > il doit y avoir
du fang extravafé : fi on attend à connoître que ce
fang foit abfcedé , par des fignes certains , comme
la fièvre , la douleur de tête , PafToupifïement , a-
lors quoique le trépan donne iflue à cette matière
Sïxie'me Démonstration. 511
'©ûruîente , les mauvaifes impreflions ôc le dérè-
glement qu'elle a fait par Ton féjour , ne peuvent
être réparés par tous les avantages de l'opération ,
Se le malade n'y peut guéres furvivre.
Ce difeours n'eft que pour vous encourager Hiftoirefu*
dans la pratique de cette opération , Ôc vous prou- ce fujec.
ver que les momens en (ont chers , ôc qu'il les
faut bien employer. Un jeune Seigneur étant tom-
bé à la chaffe avec M. le Duc de Bourgogne, reçut
une grande contufîon fur un des pariétaux qui Fut
ofFenfé ,* je lui fis i'incifion cruciale , ôc je le tré-
panai en préfence de M, Félix , le tout ayant été
exécuté dans ies premières vingt-quatre heures ,
le coup l'av oit tellement étourdi ôc duperie 3 qu'il
ne feavoit pas avant Fa guériFon avoir été trépané :
te Fut cet étonnement qui nous fit juger qu'il de-
voit y avoir du (ang épanché dans la tête , ôc nous
y en trouvâmes beaucoup : fi nous avions attendu
d'autres accidens pour nous le confirmer , notre
opération différée n'auroit peut-être pas eu un fi
heureux Fuccès, Enfin fi on blâme également ceux
qui vont trop vîte , comme ceux qui différent
trop , il vaut encore mieux s'expoFer à pécher avec
ceux-là > car quoiqu*en Fuivant cette maxime on
puifie trépaner quelqu'un que la Fuite témoigne-
roit avoir pu s'en pafler , il eft. touteFois plus à
propos dans une occafion douteuFe d'avancer le tré-
pan , parce qu'en l'avançant il ne peut d'ordinaire
rien arriver de finiflre , ôc qu'en le différant il
n'y va pas moins que de la vie.
Le trépan dont le mot dérive du verbe Grec tre*
panein qui veut dire tourner , eft une opération de i>0n?ppîiqM
Chirurgie mife Fous la première eFpèce d'enta- le trépan,
meure : on l'applique aux parties dures , aVec un
infiniment Fait en Forme de Fcie ronde , qu'on
tourne pour enlever une partie du crâne auquel
cette opération convient preFqu'uniquement. Il y
a des Auteurs qui l'ordonnent au fternuin Ôc aux1
512. Des Opérations de Chirurgie l
côres, je l'ai vu taire au fternum, mais inutilement,'
car le blelTé mourut>ck je ne l'ai jamais vu pratiquer
aux côtes , je ne comprens pas atifli comment elle
s'y pourroit faire fans caiTer des os fi minces: c'eft-
pourquoi nous ne la pratiquons qu'a la tête où elle
eft abiolument néceiîaire en plufieurs rencontres ,
puifqu'il eft indubitable que quantité de perfon-
nés lui ont obligation de la vie ( a ).
! Lieu où le Le trépan eft plus heureux dans de certains pays
trépan réuf- ^m ^Qn d'autres • £ Avignon & à Rome , ils gué-
rifTent tous 5 mais auili les maux de jambes y (ont
funeftes , & pour en guérir il fautfortir de la ville
de Rome* A Paris le trépan eft allez heureux , &c
encore plus à Verfaillesoù on n'en meurt prefque
point : mais ils périffent tous à l'Hôrel-Dieu de
Paris à caufe de l'infection de l'air qui agit fur la
dure-mere , Se qui y porte la pourriture; C'eft à
quoi les Adminiftrateurs devroient/aire attention
vu que l'Hôpital eft allez riche pour avoir un lieu;
dans un des Fauxbourgs de Paris où ils mettraient
ceux qui ferôient bleiïez a la tête i par ce moyen
ils en échaperoient beaucoup ,* mais il ne s'en
fauve pas un feul , manque de cet expédient qui
Raifons qui ne dépend que d'eux.
dTcrépan^r Tous les A uteurs nous marquent fix endroits où
fur certains jj$
(a Néanmoins s'il s^ft formé tin abcès dans îë canal
de la mrfële d'un os tel que le tibia , ou qu'un exoftofe
ait fupuré } le trépan n'eit pas inutile. Par ce moyen on
donne itfue au pus , & l'on découvre tout le mal. Pour
en connoître toute l' et nduë,ileft quelquefois ne cefîairë
d'appliquer pluiîeurs couronnes dû trépan , & de cou-
per les pièces qui fé trouvent entre chacunCs cî:s ouver-
tures qu'elles font, On deftechê enfuite avec le cautere
actuel tous les endroits altérez de l'os. Cette méthode
d'ouvrir les abcès des os par le moyen du trépan eft ana-
logue a la méthode ordinaire d'ouvrir les abcès des par-
ties moles. Voyez ceqae dit à ce fujet Meeklren , obferv.-
Medico-ChimrgiÀ , & M. Petit dans fon Traite des maladies
des os.
endroits.
S i x i e5m ë D e'm onstration, 5 1 1'
ils nous défendent de trépaner j i°. Sut la fontaine
de la tête aux enfans , parce que l'os n'y eft pas
aïTez folide pourfupporter le trépan. 2°. Sur les
futures , a caufe des vaiffaux à qui elles donnent
palTage pour entretenir le commerce de la dure-
mere avec le diploë. 30. Sur les finus fourciiieres $
à raifon de leurs cavitez où fe filtre une humeur
qui rendroit la plaie incurable. 40. Sur les temples
tant a caufe du mufcle temporal , que parce que
\les os s'y articulant en manière d'écaillés, la pièce
d'os qu'on voudroit enlever fe fépareroit en deux*
5 °. Aux parties déclives ou inférieures de la the >
jparce que le cerveau dans fon mouvement conti-
nuel pouïîeroit la dure- mère en dehors» 6°. Sur les
grandes embarures , puifque ces os ne tenant pas
terme j on ne pourroitpas appuyer deiTus le trépan
fans les enfoncer fur la dure- mère. Ces précau-
tions font judes & fondées en raifon; mais il na
faut pas les garder à la rigueur : quand le blelTé eft
en péril, il faut aller fon chemin , de courir plutôt
îe rif que des iheonvéniens attachez à ces endroits „
que de iaiiîer périr le malade : il faut pourtan
s'en éloigner autant que la figure & l'a iituation d
la plaie le peuvent permettre» C'eft au Chirurgie
à faire de fon mieux dans de pareils cas : mais
qu'il n'ait pas l'inhumanité de voir expirer fori
bleiTé faute du trépan qui en a guéri une infinité
qu'on croyoit défefperez. (a)
(*) On trépane a prélent en certains cas fur les futu- * tfoye*
tes , il y a même déjà îong-tems que cette pratique a été Fa^ Hildan*
autorifée par de bons Auteurs. * Jean-Frideric Wèrtem- obf« 8«cenc
bergius ,]*. B, * Cortefius , & Jacq.Berengarius Carpen- % Voye2 t
fis fe font afîurez parleur propre expérience, qu'on ne Munnkk ,
doit point craindre d'inconveniens. Mùys*dit auffi qu'on Chimrg. &Ci.
ne trepanoit pas autrefois fur les futures ? mais que de *_™>A **
fon tems on étoit revenu de ce fciupule* Berengarius * £ q^< -
rend raifon de cette pratique* Si cpntmgat caput Um nota?- p 2QOap* ^9
bïUterinloco comwij'jkramm à ob quodvelflaiïm , velpaulopofi
wmtri%kii$i4m èmm nmtrm ejfe fepwtitm î tune o* fe
" lik
>t
t
514 Des Opérations de Chirurgie ,
Dans plufieurs opérations il y a deux tems , Puft
d'éîe&ion , & l'autre de neceflité , mais dans celle-
cy nous ne connoiffons point le tems d'élection , à
moins que ce ne (oit pour l'avancer ou pour la dif-
férer de quelques heures } il n'y a que celui de ne-
ceffiré qui nous détermine , 6c elle eft toujours
preiïante tant par les accidens préfens , que par
ceux qui peuvent fur venir à tous momens j ôc qu'il
faut prévenir , c'en: pourquoi on doit aller au plus
fur qui eil de trépaner prompiemenu
ineonve- H ne faut point fe fervir du trépan exfoliatif >
nient du tré» • /•■.-'•• i» • • /
pan exfolia. Je ne *Çal polnt 4U1 Peut * avolr m vente , car cette
tif? manière de percer l'os en le ratifiant, 8c en enle-
vant plufieurs feuilles les unes aptes les autres ,
doit beaucoup ébranler la tête , & faire plus de
mal qu'elle ne procure d'utilité : il a dans ion mi-
eommiffuris oÇereturnullum fiet nocumentum vems au-t arterris,
tjuia \a,tn fiint (eParats. ?T à crernio dr fiant es. Lorfque la tête
eft blefiee confidérabîement aux endroits des futures, 8£
que la dure-mere à i'occafion de cette blefTure fe fépare
du crâne fur le champ ou quelque tems après , le trépan
ne peut pas endommager les veines ni mettre le bleffé dans une chambre éloignée de
la rue 8c de tout bruit, en un lieu tranquille, & ou
il ne puiffe pas entendre le fon des cloches ,• il
doit y avoir à la porte une portière en dedans , 8c
à. la feneftre un double chaflls , afin que l'air froid
8c les vents n'y puiffent entrer ; il feroit bon que
le lieu fût médiocrement fpacieux pour y entreie-
Sixie'me Démonstration. .517
tenir un air modéré. Le Chirurgien difpofera l'a-
pareil qui confifte en premier lieu aux inftrumens reyfc c appa'
dont il a befoin pour faire l'opération. Seconde-
ment aux chofes nécelTaires pour panfer après
l'opération-, c'eft-pourquoi il aura deux baflins,
dans le premier il mercra les inftrumens que vous
voyez fur la planche XXXI. 8c dans le fécond tout
ce qui pourra fervir au panlemenc de que je vous
montrerai fur la planche XXXII. -
Fig. XXXI. POUR LE TREPAN.
Kkiij
5 iS Dès Opérations deChirurgie3
Si TtfÀTioN f~\ N doit avoir préparé ces inftrumens dans une
du blesse'. \_J chambre voifine en les arrangeant dans un
bafîîn , ou dans un plat fur lequel on aura étendu
unç ferviette ployée 9 Ôc les recouvrir d'une autre
ferviette avant que de les. apporter dans la cham-
bre du blefle, afin qu'il ne (oit point -effrayé a leur
afpeét ; Le malade fera mis dans une fltuation con-
venable , ç'eft-à-dire 5 la tête tournée de manière
que la plaie fe trouve au lieu le plus, élevé , pour
y appuyer à plomb le trépan y on avance le lit dans.
la chambre 3 afin qu'un ferviteur puiiïe relier au
douier du lit pour tenir la tête avec plus de fermer
té j 6c. fi l'Opérateur juge cette place plus commo-
de pour lui , il s'y mettra ; on pofe la tête du ma-»
lade fur un oreiller fous lequel on a coulé une pe-
tite planche qui empêche qu'elle n'enfonce durant
jPlïiE.ar?ion l'ooération. Le Chirurgien fe fera lier les cheveux
de l'Opéra- jl . £>
tçura par derrière , enlorte qu ils ne tombent point en
devant quand irbaiiîera la tête , Ôc s'il a une per-
ruque , il l'ôreta pour prendre un petit bonnet qui
ne l'embarafTe point : il doit faire tenir par quel-
qu'un du feu dans un réchaut B- au milieu du lit s
il faut qu'il fe faile éclairer de deux bougies de
Commis Adjointes & tortillées enfemble pour ne
pas produire deux lumières féparées j ces bougies,
conviennent mieux que les autres , parce qu'elles
fe ployent aifément , de qu'on peut les approcher
& les éloigner de l'Opérateur , comme on le trou-
ve à propos, (a) On découvre enfuite la plaie
qu'on nettoyé avec cette faulfe tente de charpie
C. pour faire moins de douleurs , on bouche les
oreilles du bleue avec ces deux petites boules DD.
(a) On fe fert aujourd'hui d'une efpece de bougie qui
îie coule point , qui éclaire mieux que les autres , parce
que fa mèche a été trempée dans l'efprit de vin -, 8s
qu'on nomme , à caufe de Tufage qu'en font les Chirur-
giens s bougie de S. Cofme,
Sixie'meDe'mokstrati o n% 519
de coton ou de charpie : je croy que le bourdon-
nement qui s'excite dans les oreilles , quand elles
font bouchées , l'empêche d'entendre le petit bruit
que fait la couronne du trépan en fcianç le crâne j
j'en ai pourtant vu à qui on oublioit de faire cette
cérémonie , 3c qui n'en ont pas été plus mal. Si les
lèvres de la plaie n'étoient pas allez relevées , 3c Detadikta.
qu'elles fuiTent en danger de toucher aux dents de tion de la
la couronne > il faudroit au moyen de ces quatre p aie*
petites bandelertt.es EEEE. parlées par delfous
ces lèvres , & dont on feroit tenir les bouts par
celui qui tient la tête , ou par quelque autre gar-
çon ? les écarter les unes des autres : mais fi la
plaie eft fuffifamment dilatée &: aiTez grande pour
que les lèvres ne puiiTent pas toucher à Tinftru-
ment , il faut fans perdre de tems. fe difpofer à
faire l'opération.
En trépanant il y a des circonftances encore plus choix à faire
eiTentielles à obferver , que celles que je viens de ronn/dutrél
vous marquer. Le Chirurgien doit commencer par Fan«
îe choix de la couronne dont il fe veut fer vit , c'eii
pourquoi en voilà trois de différentes grandeurs ,
une grande F. une moyenne G. & une petite H.
3c s'étant déterminé fur ce choix par la nature Se
par la figure de la plaie même , il prendra celle
qu'il croira convenir j il la préfentera fur l'endroit
où il a réfoiu de l'appliquer , obfervant qu'elle ne
puiffe pas toucher aux lèvres de la plaie 3c du pe-
ricrâne, ce qui feroit une douleur très-vive au ma-
lade dans l'opération , 3c il fera faire un tour ou
deux a cetre couronne , pour marquer la circon-
férence où le rrépan doit fe borner , 8c pour en re-
connoître le milieu. Il prendra enfuite le vire-bre-
quin !.. fur lequel il montera le perforatif K. qu'il virebrequin"
pofera dans l'endroit marqué par la pointe de la &4U Pe?fo~
pyramide qui étoit dans la couronne , 3c tournant ran
cinq ou fix tours il y fera un petit trou de la pro-
fondeur d'une demi ligne, lequel fer vira à logée
K k iiij
510 Des Opérations be Chirurgie ,
la pointe de cette pyramide Se à conduire la cou-
ronne de manière qu'elle ne vacille ni d'un côté ni
. d'un autre. Le perforatif étant ôté du vire-brequin2
on y monte à fa place la couronne G. dont on fe doit
fervir , on l'ajufte fur l'endroit tracé , Se l'Opéra-
teur tenant de la. main gauche la pomme du vire^-
brequin - fer laquelle il appuyé le front , il le tour-
ne de la main droite du côté oppofé aux dents de
Delà cou. la fc-ie ', afin qu'elles coupent. Il tourne d'abord
xpnne. doucement , jufqu a ce que la couronne foit un
peu entrée dans l'os pour aller plus vite Se dilgen-
ter dans ces commencemens où il n'y a encore rien
à craindre. On ne peut pas preferire combien il
faut appuyer , c'eft à l'Opérateur à en juger $ car
s'il appuyé trop il aura de la peine à tourner , Se
s'il ne prelTe pas aftez , il n'avancera point : il faut
qu'il tourne uniment, Se non point par fécondes ,,
Se lorfqu'il croira avoir enfoncé environ une ligne,
il lèvera la couronne , Se en ôtera la pyramide L.
avec cet inftrument M. parce qu elle eft alors inu^
tile , vu que le cerne fait par la couronne fe trou-
vera fuffifant pour la conduire , fans le fecours de
ee qu'on ctttQ pyramide qui pourrait même piquer la dure-
fait quand onwa( r ty • i j»* t •]
eft parvenu meie 5 " on oubhoit de 1 oter. La pyramide en
su cliploë, étant ôtée , on remet la couronne dans fon cerne ,
Se on continue de tourner jufqu'a ce qu'on foit par-
venu au diploc , ce qu'on connaît par la feieure
qui eft rougeâcre , Se par le fang qui en fort allez
fouvent -, on retirera la couronne enfûite pour la
nettoyer de la feieure Se du fang avec les brolTettes
N. Se avant que de la remettre on préfcnterale ti-
refonds O. pour lui faire préparer fa place dans le
trou fait par la pyramide , afin d'enlever par (on
moyen la pièce d'os après qu'elle aura été cernée
autant qu'il fera necelfaire. Aïant ôté le tire-fonds,
on rapliquera la couronne , on n'ira pas plus vite ,
parce que la féconde table eft quelquefois plus
mince, que la première ,* on relevé plufieurs fois fô
Sixie'me Démonstration. 52.1
couronne pour la nettoyer. On fonde le circuit fait ufage de
par la courronne avec cette plume P. taillée eri|^1^"aU"
curedent , pour fçavoir , fi la profondeur eft égale,
afin d'aopuyer d'avantage du côté où l'os fera
moins coupé '. enfin on continue à relever la cou- Dc]>éieva«
ronne , à la nettoyer , à ébranler la pièce avec l'é- "toi« & du
levatoire Q, ou avec le tirefonds , Ôc à fonder letirc"fonds'
cerne autant de fois qu'on le juge à propos jufcjuà
ce que le crâne foit entièrement traverfé. Quand
l'a pièce de l'os ne tient prefque plus , on peut la
lever avec la feuille de mirthe R, êc s'il reftoir de
petites inégalitez au fonds du cercle qui pour- duE fj"^™
roient piquer la dure-mere Se l'incommoder danscravafé,
{es mouvemens , on les couperoit avec ce ganivet
lenticulaire S. qu'on tourneroit autour du cercle ,
la lentille qui eft au bout , empêchant de bleMer
les membranes' ; dans ce tems , on voit le fang
forcir & remplir le trou du trépan par les pultations
du cerveau &vdela dure-mere. On a coutume de
ferrer le nez du bleiTé , de lui faire retenir-fou ha-
leine , & de repoufïer avec le lenticulaire T. la .
dure-mere contre le cerveau , afin de faciliter la
fortie du fang. Mais s'il s'écouloit de lui-même ,
comme il arrive fouvent , il faudroit épargner ces
petits efforts au malade , & ne point faire de çom-
preilion avec le lenticulaire , ayant foin avant que
d'en venir au panfement , d'abiorber avec la faulïe
tente V. le fang épanché, (a)
Ce fer oit une faute dans l'opération que d'em- Faute à
t - / 1 i> 1 i -/ii craindre,
porter la pièce de 1 os dans la cavité de la couronne
qu'on viendroit a retirer , vu qu'on pourroit croire
fa) Lorfqu'après avoir tiré la pièce feparée par le tré-
pan, il ne fort rien par le trou, qu'on trouve la du ré-
méré tendue , &: qu'elle forme une tumeur où l'on fent^
de la fluctation , on a lieu de foupçonner un épanche- Mu^s2 J° *
nient au defîous de cette membranne. En ce cas lespra- ehîrur.&c. î.
ticiens d'aujourd'hui ne font point de difficulté de la cou» 2 . chap. 1 5 ,
Fer en croix avec un biitouri, L'expérience confirme Paré 1, $ cà*
. y tiliçé de cette pratique ■' * %-u
522, Des Ope'rations db Chirrgie ,
qu'ayant tourné plus qu'il ne falloit ,. les dents dfe.
cet inftrument autoient endommagé la dure- mère 3
quoique ce malheur foit rare , à moins que d'avoir
tourné long-tems comme un étourdi ; car la cou-
ronne étant faite en pyramide , elle ne peut pas,
tomber fut la dure-mere aufli-tot que le crâne eft
coupé , devant être arrêtée par l'endroit le plus lar--*
ge : mais quoique la faute dont nous parlons , loit
très- légère-, on évitera néanmoins d'y tomber pour
n'être point critiqué par les fpectateurs. La premiè-
re table de l'os peut s'enlever avant que la féconde
foit coupée , mais quoique fouvent ce ne foit pas.
la faute de l'Opérateur , on ne lailTe pas de l'en blâ-
mer tacitement , c'eft-pourquoi il doit faire de fon
mieux pour n'encourir aucun reproche , puifqu'un
Chirurgien ne fait point d'opération confiderable-
qu'il n'ait des cenfeurs féveres qui ne lui pardon-
nen: rien. Il ne faut point faire celle- cy avec préci-
pitation , de peur d'offenfer le cerveau de les mern-^
branes ,. il ne faut pas aufli apporter une lenteur ca-
pable d'impatienter le malade & les afiïftans , il eft
un milieu qu'on doit tenir , qui dépend de la bon-
ne conduite &c de l'adreiTe du Chirurgien.
Lorfqu'il y a grand fracas 3c plufieurs fentes r
on doit faire deux , trois ou quatre trépans , Se mê-
me davantage fi lanécéfïité le demande. Une jeu-
ne fille âgée d'onze ou douze ans tomba fur une
efcalier en 1705. Se fe brifa tout un pariétal avec
une partie du temporal. M. Marefchal dès le len-
demain la trépana en deux endroits , il lui fit ap«
pliquer un troiiéme trépan par fon fils , & un qua-
trième par mon fils qui étoit préfent. Le lende-
main il lui en appliqua deux autres 3 & par la fuite
il la trépana jafqu'à douze fois, &: elle en eft très-
bien guérie. C'eft la fille de M. le VaiTeur logé £
l'Extraordinaire des Guerres à Verfailles. Cet
exemple fi rare fait voir qu'il ne faut point s'éton-
ner fur la multitude des trépans»
5 i x i e'm e D e'm o n s t r a t i o n. 52^
Fig. XXXII, POUR LE PANSEMENT DU TREPAN.
A Près avoir trépané on ne s'arrête pas a atten- De Pordre
dre que tout le fang épanché 1 bit forti , il niere du ^nZ
fuffit qu'il ait la liberté de s'évacuer à tous mo- femen.t,
mens par l'ouverture , on nettoyé celui qui eft
dans le trou du trépan avec ces faufîes tentes de
charpies A A. & 11 on apperçoit qu'il y ait encore
quelque petite pointe autour de ce trou , qui
puiffe piquer la dure-mere , on la çoupç avec ce
'5 24 E*ES Opérations de Chirurgie 9
ganivet lenticulaire B. après quoi on fe met en
devoir de panfer le malade. La première chofe
qu'on fait , ç'eft de verfer fur la dure-mere quel-
ques gouttes de baume blanc contenu dans une
fiole C. on fait chauffer la cuillère D. ou il y a du
irnelrofat pour le mêler avec un peu de baume
blanc , de on y trempe les fîndons , dont l'un eft de
linge E. êc l'autre de charpie E. On pofe le pre-
anier fur la dure-mere, & comme il eft plus grand
que le trou du crâne on en fait paffer entre le crâne
&: la membrane toute la circonférence au moyen
du lenticulaire- G. on met enfuite le fécond fin-
don , &c on achevé cTemplir le trou du trépan avec
ce tampon de charpie H. On couvre avec ce plu-
maceau I. après l'avoir imbibé d'efprit de vin , la
partie du crâne découverte , de on prend avec les
pincettes K. ces quatre bourdonnets LLLL. qu'on
trempe dans le digeftif M. pour les mettre l'un
après l'autre fous les quatre lèvres de la plaie,
dont on remplit le milieu avec deux autres bour-
bonnets NN. trempez dans le même digeftif; ôc
ayant couvert de digeftif avec la fpatiile O. ces
deux grands plumaceaux PP. on les met par defïus
tous les autres , & on fait une embrocationd'hûile
rofat contenue fur cette aiîiette Q_. qu'on aura ap-
prochée du feu pour chauffer cette liqueur avant
que d'en frotter tout le tour de la plaie :* puis on
met un emplâtre de bétoine R. qu'on couvre de
la comprefte S. ôc de la ferviete T. par'deiïus >
dont on fait un bandage qu'on appelle couvre-
Du bandage chef, tel que je vous l'ai enfeiçné. T'ajoute à tout
cet appareil un bonet de laine V. que je mets pat
deffus le bandage , car n'y ayant que deux doubles
de linges fur la tête cette partie n'eft pas allez
munie contre le froid , vu qu'étant rafé elle y eft
plus fenfible ,* c'eft pourquoi ce bonnet eft necéf-
faire pour tenir la partie chaudement. On la met
faillite dans une foliation convenable j la meilleur
Sixième DeVonst fc a tion. ^i$
tt pour le malade eft de fe coucher fui* laplaie
pour aider le cerveau par cette pente a pouffer au
dehors ce qui l'incommode.
Quand on a achevé de panfer le blefTé on lui r&
commande de demeurer fort en repos & même de
ne pas parler ; on revient le faigner deux ou trois
heures après l'opération : fa nourriture ne fera que
de bouillons qu'il prendra de quatre en quatre
heures , betivant dans ces.intervales autant de pti-
fannd qu'il en voudra. Le lendemain avant que de ^ . .#
"i % r t • i i t- Gouverné-
lever i appareil on termera les rideaux .du lit 3 au ment & diète
milieu duquel on mettra un rechaut plein de braife dl\raalade a*
■ , 1. -rr u rA près cette o*
allumée qui ne punie nullement entêter tant pour pération»
purifier l'air qui doit toucher la dure-mere que
pour échaufer les remèdes & les linges néceilaires
au panfement : on ne laiiTera jamais le cerveau à ufage <&
découvert , fie pour cet effet on aura un nouveau Smdon-
findon tout prêt à mettre anili-tôt après avoir levé
celui qui y eft 9 &. on ne s'amufera point à tant ef-
fuyer les lèvres de la plaie, les recouvrant prompte-
ment, parce que le plutôt fait 5 c'eft toujours le
meilleur pour épargner de la douleur au blefTé.
La conduite de la cure ne fe peut pas marquer
dans le détail , c'eft au Chirurgien a. connoître fon
fujet > à le traiter félon les difpoiitions où il le
trouve , ôc a ne le point relâcher fur le régime de
vivre qui doit être très-exact. Pour peu qu'on don-
ne de liberté aux malades , ils s'émancipent tou-
jours trop ; la faim étant un bon figne , il la faut
conferver long-tems dans cet état. Les remèdes
huileux &e pouriflans ne valent rien aux plaies de
ïetc , les balfamiques & les fpiritueux y font très-
bons , c'eft pour cela qu'il faut fe fervir du baume
blanc , ou de l'efprit de vin j le digeftif doit être
animé , Ôc encore n'en faut-il pas ufer long-tems.
Les compreffes feront trempées dans du vin où on
aura fait bouillir toutes fortes d'aromatiques , ex-
cepté des rofes donc l'odeur pourroit oftenfer. Si
€i6 Des Opérations de Chirurgie ,
la dure-mere demeuroit dans fes bornes on tonth
iiueroit le même panfement X mais (i elle pouiToic
dans le trou da trépan, on feroit enforte de l'empê-
cher d'y entrer en remplifïanrcè trou de petits tam-
Deîâ eurê pons. (a) Il Vient quelquefois des fongus en for-
des champi- me fe champignons qui nailTènt de la dure-mere :
§nons- quand ils font grands il faut les couper 3 ou les lier
par le pied , afin qu'ils fe de(Techent & qu'ils tom-
bent ; s'ils font petits , il faut les confumer avec
les poudres de labine , d'ocré '& d'hennodates
brûlées. Les chairs des lèvres de la plaie croiiTent
quelquefois tellement qu'elles couvrent l'ouver-
ture du trépan 3 en ce cas on les tiendra fujettes
avec des plumacêaux trempez dans de i'eàudevàe,
ou dans de l'eau vulnéraire 5 au relie il faudra
fupprimer les onguents , Se n'uferque de remèdes
dellicatifs en attendant le tems de I'exfoliation.
fte I'exfo- Les os s'exfolient les uns plutôt > les autres plus
liacion, tar j 5 ceia dépend de l'âge ,• de la grandeur de la
fracture , & de la dureté de l'os ; mais ordinaire-
ment c'eft entre le quarantième ôc le cinquantiè-
me jour. L'ufage des poudres céphaliqnes eft inu-
tile pour avancer I'exfoliation , qui étant un pur
ouvrage de la nature doit être attendu patiemment*
de crainte de la troubler dans les voyes qu'elle
feule fçait tenir pour cela ; tout le circuit du trou
fait par la couronne , & ce qui a été découvert de
la furface du crâne fouffre I'exfoliation qui tombe
quelquefois en une feule efquille femblable a un
anneau , ôc louvent en plufieurs qui fe détachent
à mefure que la chair qui fe produit deiîous , les
poulie dehors. Il ne faut point par trop d'impa-
tience arracher ces efquilles , quand même elles
(a) Ou en mettant dans le trou du trépan un petit
morceau d'épongé , qui en fe gonflant le remplit exa-
ctement 3c s'oppofe à la fortie de la dure-mere ; ou en fe
fervant du moyen propofé dans une des remarques pré-
cédentes
/
Sïxie'mi Démonstration 5*7
tranleroient , cela n'avanceroit de rien , Se peuc
au contraire reculer la guérifon, Quand l'exfolia-
tion eft entièrement faite tant du crâne , que de
la dure-mere, ( car elle s'exfolie, ou fe pèle com-
me les autres membranes , ) il en fort une chair
qui fe joignant avec celle qui naît du crâne 5 Se
avec celle des lèvres de la plaie , il fe forme de^ua^e àt
toutes ces trois nouvelles chairs enfemble une ef- chairs,
pece de cal , qui bouchant le trou du trépan rem-
place l'os qu'on a ôté : on procure par deflus tout
cela une bonne cicatrice 3 qui eft le fceau de la
guérifon -. ( a )
L'Ethimologie d'hydrocéphale vient de hjdros r>E l'Ope**
qui veut dire eau, &c de kephde , qui fi£mrieRATI0N pouft
tête , de manière que c elt une eipece d nydropme PHale,
où la tête eft 11 pleine d'eau qu'elle en eft toute
inondée.
Il y a des hydropiiîes générales Se particulières,
nous avons parlé des premières en faifant la para-
centéfe , quant aux autres elles prennent leur nom
des endroits où elles font placées : comme on ap-
pelle hydrocéle , hydropilie du ferotum , on nom-
(a) On a vu auffi à l'ouverture de quelques cadavres ,
que des trous faits au crâne par le trépan , s'étoient fer-
mez prefqu'entierement par le prolongement delà fub-
ftance oOenfe vers le centre , où Ton appercevoït encore
un trou plus ou moins grand. Ce trou ïeferok peut-être
refermé entièrement par la fuite, ii les perfonnes avoient
vécus plus long tems. Mais on n'a pas encore eu d'exem-
ple d'ouvertures faites au crâne par le trépan , qui fe
foient entièrement bouchez de cette manière.
Quand une grande portion du crâne a été emportée
par un coup ou par le trépan; il arrive fouvent qu'a-
près la guérifon parfaite l'on fent au travers de ta cica-
trice , en appliquant les doigts defîus 5 le mouvement
du cerveau, parce que les chairs ne font point aufïi fer-
mes que le crâne, au-deiîous duquel on ne peut lefen-
tir. Pour préferver cette partie de quelqu'accident , on
met fur la cicatrice une petite pb.que d'argent ou de
plomb, garnie interiçujem.enç d'un peu de cçton.
'52.8 Des Ope'rations de Chirurgie ,
me celle de la tête hydrocéphale. Les unes Ôc les
autres viennent de la même fource , ôc elles ne
différent qu'en lituation j car ce font toujours des
féparations d'une limphe qui des glandes par les
vaififaux lymphatiques fe dégorge dans ces parties,
ou une abondance exceiîive de lérofitez dans les
humeurs ? qui les produit*
©eux efpè- On fait de deux fortes d'hydrocéphales , fçavok
eephaks.Qr0" d'externes quand les eaux font hors du crâne , ou
d'internes , quand elles lont fous ce cafque olfeux*
Des premières il y en a encore de deux fortes , les
eaux font ou entre les tégumens ôc le péricrâne 5 ou
bien elles font entre le péricrâne ôc le crâne : des1
internes il y en a trois eipèces , la première, quand
l'eau eft contenue entre le crâne ôc la dure^-mere \
la féconde , quand elle eft entre cette membrane *
ôc la pie-mere; ôc la troiliéme , quand elle eft
dans les ventricules ôc dans la propre fubftance du
cerveau*
Caule de ces Ces maladies qui font particulières aux enfans j
viennent de caules internes comme toutes les au-^
très hydropilies", elles peuvent aufti avoir unecaufê
externe , comme un rude accouchement » dans le-
quel la tête de l'enfant aura été trop preiTée , ôc fe
fera allongée pour fortir ; ou bien fi après i'accou-
chement la Sage-femme voulant faire la capable ,
fe fera ingérée de repai'trir la tête du nouveau né ,
ce qu'elle ne doit jamais faire , parce que le cer-
veau reprend affez de lui-même fa figure naturelle,
ôc que fa fubftance glanduleufe eft li mollaife que
peu de violence fufhrpour en rompre le tiiïu.
Sîsnes L'hydrocéphale externe eft ailée a connoître par .
l'enflure ôc la bourfouflure de toute la tête , par la
moleffe de la tumeur qui cède au doigt dès qu'on
y touche : mais l'interne eft plus difficile 5 on en
juge en appuyant fur les futures qui obéiffent , ôc
qui font éloignées les unes des autres1 *, on les
.connoît encore par le larmoyement , par la pe-
fanteiu;
S î x i e'm s D e'm onstratiok. 519
fauteur de tête , de par i'alîoupiiTement.
Le Chirurgien peut entreprendre les hydrocé-
phales externes , j'en ai vu beaucoup qui ont guéri
de celles qui font entre le cuir chevelu Se le péri- pt0onoftiC,
crâne , car de celles qui font entre le péricrâne 8c
le crâne , je n'en ai jamais remarqué , 8c je ne com-
prens pas comment elles pourroient s'y faire , 8c
être traitées , pmfqu'il faudroit que le crâne fût
entièrement feparé de fon envelope immédiate :
mais il peut aiïurer de toutes les internes qu'elles
font incurables 8c mortelles , fans gueres appré-
hender de (e tromper»
Toutes les efpèces d'hydrocéphale demandent
la main du Chirurgien , pour donner iffuë aux
eaux qui font la maladie* Les Anciens appliquoient Pratiqua det
deux cautères potentiels, l'un fur le commence* ,f"ncivns ,pac
i 1 r r • 1 1» /- i • "application
ment de la iuture lagittale , 8c 1 autre lur la pointe des cautère»
de la future lambdoide : les efearres étant tom- & d'autres
bees , ils lamoient îornr la lymphe par ces deux
ouvertures , 8c quand ils croyoient qu'il y avoir
des eaux fous le péricrâne, ils l'ouvraient à ces
deux endroits qui pouvoient renir lieu d'égout :
ilsfefervoient extérieurement de remèdes cépha-
liques , 8c faifoient des embrocations d'huile de
camomille > de melilot , 8c d'anet , &c par ce
moyen ils prétendoient guérir ces (ones de maux.
je fuis plutôt pour les feariheations aux parties OMermten
déclives de la tête par où les eaux , dont elle eft
•abreuvée , peuvenr fuinter , 8c fortir peu à peu ,
mieux que par les cautères qu'on met trop proche
des parties fuperieures de la tête. Il y a dix ans
qu'un enfant venant au monde apporta une hydro-
céphale , on lui fit deux petites taillades longitudi-
nales a la partie polterieure & inférieure de la tête
par où toutes les eaux diftillerent goutte à goutte :
je confeillai de les faire en cet endroit 3 parce que
l'enfant étant couché les eaux avoient la liberté de
s'écouler, je faifois mettre par la nourrice un$
U
I
50 Dés Opérations de Chirurgii ,
onne comprelfe fur la tête trempée dans du vin
chaud qu'on renouvellent fouvent , cet enfant en
guérit i il fe porte bien aujourd'hui.
Quand l'hydrocéphale eft interne , c'eft- à-dire ,
que les eaux font fous le crâne , il n'y a point d'au-
tre moyen de les tirer que par le trépan , qui s'ap-
plique de la même manière que je viens de vous
démontrer. Si les eaux fe trouvoient feulement
entre le crâne & ta dure- mère , de qu'il n'y en eue
point fous cette membrane , il y auroit efperance
de guérifon -, mais il eft extrêmement rare qu'il s'en
amafTe fous le crâne , de qu'il ne squ répande pas
dans les ventricules &: dans les* plus petits réduits
du cerveau qui en doit être tout iubmergé , ce qui"
paroît par les accidens qui accompagnent ces ma-
ladies 9 de c'eft ce qui m'a fait avancer que routes
les hydrocéphales internes étoient incurables Se
defefperées.
Bes Opéra. T*\ £ toutes les parties du corps les yeux font cd-
1 1 ons sur \J les qui fonr attaquées par un plus grand nom-
sener^l. EH kre de maladies , les Grecs en comptent plus de
Les yeux cent aufquelles ils ont donné autant de noms parti-
fort fujets à culiers qui les diftinguent les unes des autres. De
qïautuw'a* cette pM&ittide il n'y en a que peu qui ayent be-
tre partie du foin du travail du Chirurgien , de c'eft de celles-
«orps. |^ ^Qm je yaj vous entrerenjr 5 & vous faire voir
les opérations qui leur conviennent.
On confidere principalement quatre parties
dans l'œil j les paupières , les cils , les tuniques »
& les angles , chacune defquelles requiert des opé-
rations Chirurgiques qui lui (ont propres.
Les paupières font parculiérement fujettes à fi x
fortes de maladies qu'on nomme i°. l'anchiloble-
pharon 9 où les paupières font collées l'une à l'au-
tre. i°. Le lagophtalmos , qui eft une rétraction
delà paupière fuperieure. 30. L'echropion ou la
relaxation de la paupière inférieure. 40. Le crithe ,
Si xie'm t Démonstration 53Ï
qui eft une petite tumeur au bord de la paupière.
5°. Le calazion , ou un amas d'humeurs femblable
a un grain degrefle. 6°» L'hydatis , c'eft-à-dire une
excroiflance de graifle qui vient aux paupières.
Les cils ont trois maux propres , compris fous le
nom de trichiafis , {çavoir i°. Le dyftichiaiis 5 qui
eft un double rang de cils» 2.0. Le phalangofis ,
quand les cils fe tournent du coté de l'œil. 30. Le
ptoiis , quand par le relâchement de la paupière
les cils entrent dans l'œil.
Les tuniques en ont quatre i°. L'hypopyon ou
un amas de pus derrière la cornée. 20. Le pteri-
gion , qui eft une excroiflance membraneufe dans
l'œil. 30. Le proptoils , on la chute de 1 ïivée. 40*
L'hypochyma f nommé autrement Cataracte»
Les angles en ont trois > i°. l'Eccantis , c'eft une
excroiflance de chair au coin de l'œil •, iô. l'An-
chilops , ou l'abfcès au grand angle de l'œil ; Se
30. l'^Egilops , qui eft la liftule lacrymale. Toutes
ces indifpoiuions font le nombre de fèize , qui
ont befom d'autant d'opérations aufqu elles on a
impoié le nom des maladies qui y répondent ; nous
les allons examiner les unes après les autres.
Llii
53^ -Des Opérations de Chirurgie^
Fig. XXXIII. POUR LES PAUPIERES,
DEs fix opérations que nous avons à faire aux
paupières , la première eft PAkyloblepharon ,
dérivé de Ankliï > qui veut dire curvité , & de Ble-
pharen , qui lignifie paupière > en latin ïnvifcatio ,
en françois agglutination , deforte que c'eft une
maladie où les paupières font joinres 8ç collées
enfemble , ce qui empêche qu'on ne puifïe ouvrir
l'œil. Cet accident peut venir de naiiTance , puif-
qu'on voit des enfans venir au monde avec d'au-
tres ouvertures bouchées 5 mais il n'arrive le plus
fouvent qu'après une fluxion , ou après une perite
vérole : lorfqu'on a refté long-tems fans ouvrir les
yeux , les paupières ulcérées le collent & fe cica-
trifent enfemble. Tout le monde fçait qu'il faut
fépater ces paupières -, mais il appartient au Chi-
S i x r e'm e D e'm on strati on. $$$
rurgien d'en trouver les moyens. Si l'agglutina-
tion n'eft pas parfaite > ôc qu'il y ait encore un peu
d'ouverture à l'un des angles , il faudra qu'avec un
inft ru ment A. fait comme un biftouri courbe , gar-
ni d'un bouton à fa pointe , introduite dans cette
ouverture , ii coupe à plufieurs fois cette union
en retirant cet inftrument pour féparer fucçeflive-
ment les deux paupières dans toute leur longueur.
Si après cette féparation il trouve que l'une ou
l'autre foit jointe à la conjonctive ou bien à la
cornée , il doit l'en défunir , autrement l'opéra-
tion feroit imparfaite : il s'en acquittera en tirant
à (oy la paupière avec un petit inftrument B. fait
en forme de fpatuie > tichant de détacher la pau-
pière d'avec le corps de l'œil. Mais il l'adhérence
étoit trop forte il couperoit avec lefcalpel C. ce
qui en fait la jonction , prenant garde de ne point
incifer ia cornée ni la conjonctive , coupant plutôt
de la membrane interne de la paupière , enfuite-
on coule ces deux petits linges déliez. D D. qu'on
aura trempez dans quelque liqueur defficative T
entre le corps de l'œil êc la paupière pour évitée
qu'ils ne fe recollent l'un à l'autre , ce qu'on con-
tinue pi qu a parfaite guérifon..
LA féconde en: le Lagophtaîmos, dérivé de
Lagos lièvre , ÙOphtalmos œil > en Latin Ocu-
lus Leporis x &; en françois œil de Lièvre, C'eft une
maladie où la paupière fupérieure eft tellement
retirée , que ne pouvant pas couvrir Tœil 9 il
eft obligé de demeurer ouvert quand le malade
dort , comme aux lièvres quand ils dorment. Cette D.où vicm.
indifpotition peut venir naturellement dès la pre- ce ma^
miere conformation , ou par accident enfuite d'une
plaie , d'un ulcère ? ou d'une brûlure > ou quel-
quefois par la dépravation du mouvement dts
mufeies des paupières. Ainfi quand il y a convul-
fianaux releveurs y de parahtie aux abailTeurs y iL
Ll iij
5*4 £>ES Opérations de Chirurgie ,
faut que l'œil relie ouvert , ces mufcles ne faifanr
pas leur devoir. On guérit ce mal ou par la Phar-
macie; c'eft- à-dire y par remèdes qui étant appli-
qués fur la partie , amolliiTent &c relâchent ce qui
la retient hors de Ion état accoutumé , ou la for-
tifient de la corroborent félon que le mal dépend de
convulfion ou de paralifie. Mais fi les remèdes ne
réufïiïTent pas , &c qu'il y ait une cicatrice qui ra-
GourcilTé la paupière , on aura recours à la Chi-
rurgie y & on commencera par mettre le malade
dans une ïituation où il foit expofé au jour : on lui
couvrira l'œil fain avec ce bandeau E. & on ailu-
jettira l'œil malade avec le fpeculum oculi F. iî
faire fe peut , ou bien entre le pouce ielon M. Me, Antoine
l'œil. Jean* , être fuivie d'un bon fuccès ; parce que la cica-
trice qu'il faut procurer après I'incifion, retrec.it la
peau , comme font toutes les cicatrices , au lieu de lui
donner plus détendue , d'ailleurs le peu d'épaifieur de
S i x i e'm e D e'm onstration. 535
Larroifiéme , c'eft l'Ecfcropion , dérivé de Ec ,. D'où v;5n£
• r ■ r i i o i a • • r le mot d'c.
qui lignine dehors > oc de Jtrepttn , qui veut dire foopion,
tourner , en Latin relaxatio, en François, relâche-
ment , ou renverfement. C'eft une maladie de la
paupière inférieure qui fe relâche ôc fe renverfe
tellement en çn-bas , qu'elle ne peut plus s'éten-
dre, ni s'élever allez pour couvrir l'œil. On affîgne T . ■". '
à cette incommodité trois caufes différentes : la gines de ce
première eft la paralyfie ou la relaxation tant de iama1,
paupière que du mufclefermeur : la féconde , con-
lifte dans une chair fuperflue qui s'eil: infeniible-
ment acetue a fa partie extérieure : ôc la troifiéme-
pourra être quelque brûlure y cicatrice ou couture
la paupière , & le danger qu'il y a de gêner l'œil en la
comprimant, font qu'il eft prefqu'impofTible de tenii
les lèvres de cette plaie écartées , pour donner enfuke
par ia cicatrice plus d'étendue à la paupière. Cette ma-
ladie étant une paraiifîe du mufcle orbiculaire des pau-
pières , n'a befoin que des remèdes qui conviennent en
gênerai à la parai ifie.
La paupiere.fuperieure eft quelquefois attaquée d'une
parabfie qui produit un effet bien différent- Car aulieu
de refter ouverte, e-le demeure toujours abaifîee, de-
fbrte qu'il faut la lever avec le doigt pour voir. Ceft
proprement une paraHfie du muicle releveurde cette
paupière. Les Auteurs propofent de pincer la peau de
cette paupière félon h longueur des fibres , d'en cou-
per une partie , & d'y faire enfuite plufieurs points de
future , pour procurer la réunion des lèvres de ia plaie.
Cette opération par laquelle on diminue l'étendue de la
paupière , fait que l'œil refte toujours découvert.
Mais fienfaifant ce repli à la paupière, l'œil nefe
tioiivoit pas découvert , cette opération feroit inutile»
En ce cas , il faut faire un pli tranfverfal à la peau du
front i & fi par ce moyen la paupière le trouve relevée,
oncoupecepli: ce qui fait une plaie de la figure d'une
feuille de mirthe- On procure la réunion des lèvres de
cette plaie par le moyen de quelques points de future,
M. Morand a fait avec fuccès cette opération fur un inva*
lide qui étoit borgne, & qui après avoir été blefîé d'un
coup de fabre à la temple , ne pouvoit plus fe fervir de
fon bon œil, parce que la paupière en étoit toujours
abaiffée.
L i iiij
Remèdes
eonrre ces
caufes.
Be IJin«om.
modité ap-
pelée cr-
gueiJ.
De fa
ïicre.
De fa cure.
536 Dis Opérations de Chirurgie,
faire en fa partie extérieure. La méthode de la gué-
rir eft différente fuivant la diverfité de ces trois
caufes. Si la paupière eft relâchée , parce qu'elle
aura été trop humectée , il y faudra employer des
remèdes defféchans. Si elle eft trop foible on la
fortifiera ; &: s'il y a paralyfie , on ufera de corro-
borans pour tâcher de lui rendre fa tenfion. z°. Si
c'eft une excroiiTance de chair, il faut 1 oter quand
elle eft encore jeune 8c petite , & on peut la con-
fumer par médicamens cathéretiques -, mais fi elle
eft vieille Se dure , on l'extirpera fait par ligature,
pourvu que la bafe en foit petite , avec ce ni H.
enfilé dans l'aiguille courbe I. qu'on pafïera a tra-
vers Fexcroiftance, afin que la ligature ne s'échape
pas, fç>it par incifion , fi on ne peut pas faire au-
trement j après quoi on ufera de collyres , ou de.
poudres aftnngentes, afin de cicatnfer les endroits
ou on aura coupé. 30. Si une brûlure ou une cica-
trice retire la paupière en en- bas , on fera à cette
paupière inférieure avec le biftouri G. une inci-
fion qui ait la figure d'un croilfant , comme celle
que je viens de faire à la paupière fuperieure ; avec
cette différence feulement que les pointes du croik
lant a {a fuperieure, regardoient en en- bas, au lieu
qu'à celle-ci elles doivent regarder en-haur.
La quatrième , c'eft le crithe , déduit de mit >
qui veut dire un grain d'orge , en Latin hordeohm %
en François , orgueil, C'eft une pente tumeur lon-
guette , fixe & arrêtée, de la figure d'un grain d'or-
ge , qui vient aux bords des paupières dans les cils» ;
La matière qui fait ces petires tumeurs eft conte-
nue dans un petit kifte , ôç elle a de la peine à
meurir & à fuppurer , c'eft ce qu on appelle ua
orgueilleux , ôi les bonnes femmes un orgeolet.
Elles le fouhaiteient autrefois à ceux qui refufoient
a une femme greffe quelque chofe dont elle avoir
envie. Pour les guérir , il les faut faire venir à fup-^
puration , la moçlle des pommes cuites appliqué^
Sixième Démonstration. 537
en cataplaime eft excellente pour les meurir ; ÔC
lor (qu'on y voit de la blancheur de qu'on croira la
matière cuire , on fera avec la pointe d\me lan-
cette K. une petite ouverture fuivant la longueur
de la tumeur , puis en la preifant entre deux on-
gles , on exprimera le pus Se le kifte tout enfern-
ble ; cela fait , la guérifon s'accomplit d'elle-même
fans aucun remède.
La cinquième , eft le calazion, le périofîs, ou le Du grain de
lithialis , en Latin , Upïs palpeur œ , de en François grê e*
grain de grêle. Ce font de petits tubercules durs
comme de petites pierres, & fembiables à des grains
de grêle. Ils viennent tant à la paupière fupéneure Différence
qu'à l'inférieure : ils l'ont mobiles , car quand on f f. 0C""LCCS
les poulie t ils changent de place •, c eft en quoi ils
différent de l'orgueilleux qui eft toujours fixe de
arrêté. La caufe de ces deux efpèces de tubercu-
les eft un endurcifîement d'humeurs qui s'aiTem-
blent par congeftion entre les membranes des pau-
pières , de telle façon qu'ils ne différent cnrr'eux
que du plus au moins de dureté de de dèfteche-
ment de la matière qui les compofe. Pour les gué-
rir il ne faut attendre ni réfoîution , ni fuppura-
tion , il n'y a que la feule opération qui le puiffe
faire , de en s'y prend de la même manière à i'un
qu'à l'autre* On fait fur ces durerez pierreufes les De l'opéra*
unes après les autres de petites incifions longitudi-£lc
nales avec une lancette K, pour les découvrir, pais
avec un crochet ou une erigne on tient la dureté
pour la difïequer & la féparer avec cet infiniment
M. fait en feuille de mirthe tranchante, (ans rien
emporter de la membrane des paupières : on met
par deffus ces petites ouvertures un emplâtre ag-
glutinatif N. pour en faire la réunion 9 puis la corn- oonCesî
prelîe, de enfuitele bandeau E. qui maintient tout
l'appareil, Il y en a qui veulent que fi ces grains
paroiffent plus au dedans de la paupière qu'au de-
hors on y fafïe les incifions pour les tirer par de-
5 38 DES Opérations de Chirurgie,
dans ; fi cela fe pouvoit faire avec facilité je le
confeillerois , mais il faut pour cet effet retourner
la paupière , ce qui eft plus incommode que de
travailler par dehors.
»e îa tumeur £a fixiémec'eft l'hydatis tiré de hydor y eau en
* ws* Latin aquila. C'eft une tumeur qui fe forme à la
paupière fupérieure , de graifte ou de matière
femblable a de la graille renfermée dans un kifte
particulier : cette tumeur paroît davantage quand
l'œil eft fermé > que quand il eft ouvert ,• elle eft
ronde & platte , éc elle approche beaucoup de la
nature des loupes. Il n'en faut point aufli chercher
d'autres caufes , ôc par la même méthode qu'on
guérit celles-ci , on doit traiter celle-là. L'emplâ-
tre Diabotanum avec lequel on fond 3c on diflbuc
les loupes , eft fouverain pour l'hydatis \ je m'en
fuis fervi en plufieurs qui ont guéri avec ce remè-
de , j'en faifois porter très-long tems un petit em-
plâtre P. fair en croiffant fur du taffetas noir , 8c
cela m'a réuffi. Mais fi la matière au lieu de fe fon-
dre &; de fe refoudre s'endurcifToit , ou que la tu-
meur grofti: , il faudroit pour lors en venir à l'o-
pération qui confifte a l'emporter avec fon kifte x
comme on feroit une loupe : on tient la paupière
ferme , foit avec le îpeculum oculiF. foit avec fes.
doigts , 8c on fait une incifion a la peau avec le
fcalpel C. félon la rectitude des fibres } prenant
garde de ne pas ouvrir l'envelope qui renferme la
matière , afin de tirer le tout enfemble ,* xt qui
s'exécute avec afïèz de facilité', car la tumeur étant
découverte , pour peu qu'on la prefte par les côtez^
elle fe manifefte au dehors, & avec une erigne on
la fait fortir toute entière. On traitera enfuite la
plaie comme on fait celle où on a extirpé des
loupes.
Sixie'me Démonstration. 53^
Fig. XXXIV. POUR LES CILS.
SOus le nom de Trkhiafis dérivé de fax , qui Du TMCH1A#.
veut dire poil , font comprifes les maladies des sis.
Cils , Ôc les opérations qu'il leur faut faire. Elles
font de trois fortes.
La première eft le diftichiafis de dis-qm veut Du difrû
dire deux 5 & de^i* qui fignifîe ordre. C'eft uneP*11^*'
maladie des paupières , où par délions les cils or-
dinaires 5c naturels il en croît Se s'en ne unit en-
core un autre rang extraordinaire qui déracine
fouvent le premier s ex qui piquant la membrane
de l'œil y fait de la douleur , $ç y attire des flu-
xions. Pour la euérifon de cette incommodité il L'opération
n y a pomed autre opération a taire que a arracber ticU{,/
ces cils furnumeraires avec de petites pincettes À.
femblables à celles dont on fe fert pour arracher les
poils- de la barbe : tout le fecret eft d empêcher
qiuls ne reviennent. Quelques uns difent qu'en
frottant la place avec le fang de grenouille , du fiel
de veau , ou des œufs de fourmi , il n'en repouife ,
plus , cela eft facile à eftayer *, mais le plus fur eft ,
après avoir arraché chacun de ces poils fupeiflus 5
de canterifer avec une aiguille chauffée B. l'en-
droit d'où on l'a tiré ? de de continuer ainfi jufqua
«
54° Des Ope'ratïons de Chirurgie,
ce qu'on ait brûlé tous les pores par où ces poils
fortoient. Cette opération demande autant d'à»
drefTe au Chirurgien que de patience au malade.
' Duhérifle- La féconde eft le phalangofis , de pbalanx qui
contre iV* S vcut dire rangee ^ foldats y parce que dans cette
globe de maladie les cils font héritiez contre l'œil , de mê-
me que des armes d'une compagnie de folckits r
pointées contre l'ennemi. Elle procède de deux
caufes , qui font ou le relâchement exceffif de la
peau de la paupière fupérieure , ou le racourcirTe-
ment de la membrane interne de la même paupière,
ce qui retirant en dedans le tayfe de cette paupière
force les cils de tourner leur pointe contre l'œil ,
au lieu de l'avoir en dehors. Le Chirurgien exa-
minera a laquelle des deux membranes ii s'en doit
prendre. S'il voit que l'externe foit relâchée par
quelque humidité , il y appliquera des remèdes..
qui la delTéchentou la fortifient > & en attendant
qu'il y foit parvenu , il mettra comme aux futures
*> * -■ - féches deux morceaux de cuir C D. chargez d'un
Du traite- _ . „ i>
went de ce onguent empiathque, 1 un rur ta paupière, oc 1 antre
wal' fur le front au-deftus des fourcils , & par de petits-
fils E.E.E. attaches à ces emplâtres , il les liera en-
femble de manière qu'étant médiocremnet ferrés ils
foutiennent la paupière dans fon état naturel. Si la
faute en étoit à la membrane interne qui feroit trop
retirée, il faudroit après avoir d'une main retourné
la paupière y faire avec ce fcalpel F. une peà"e in-
ciiion longitudinale pour ladébrider»& iurdonner
moyen de s'allonger,- de cette façon les cils repren-
dront leur place, 6c l'œil n'en fera plus incommodé.
La troifléme eft le ptofis de pipt'm , qui veux
Bu ptofxs ou j|re tomyer . parce que dans cette maladie les cils
rabattement .. . ' rt. .. ^_, n r J 1
des cils dans tombent dans 1 œil. C eft un renverlement de la
*'Œi1-- paupière fupérieure en dedans, deforte que le
tarie où les cils font plantés étant recourbé , ik
entrent dans l'œil & le fatiguent beaucoup. Ce
msl arrive par une humidité fuperflue qui ramollit
êc relâche la paupière fupérieure , l'allongeant
SïXH'mE De'm ONS*TR ATIONé ^f
tellement que l'œil en eft incommodé , ôc ne peut
demeurer ouvert. Les Anciens nous propofent une q J?&jf0igï
opération que peu de gens approuveront >• c'eft de les Anciens,
faire a la paupière fupérieure deux incitions en
forme de croiuans dont les pointes fe joignent en-5
femble , ces incirions étant diftantes l'une de Tau-*
tre de la quantité dont on croit que la paupière en;
relâchée , d'écorcher enluite ôc d'enlever de la
peau qui eft entr'elles ; puis de coudre la plaie , ôc
ne h ferrer qu'autant qu'il fera nécelïaire à la par-
tie pour couvrir l'œil. Cette opération qui d'elle-
même eft longue ôc cruelle > eft expofée , après
même qu'elle eft faite , a deux grands inconvé-
■niens } dont l'un eft que ii on n'a pas ôté aftez de la
peau, on ait travaillé mfru&ueufement ; ôc l'autre,
que fi on en enlevé trop, l'œil nepuiffe plus fe
couvrir. C'eft pourquoi je confeille d'abandonner
cette opération , de fe fervir de la future féche que pratique des
je viens de vous démontrer , ayant recours aux ré- Modernes,
medes aftrigens Ôc confortatifs dont on trempera
cette comprefle G. Ôc cette autre plus grande H.
par-deflus , qu'on tiendra fur l'œil par le moyen de
la bande I. qui tiendra le tout (a),
(a) Lorfque la future féche ne rétablit pas les Cils , il Faut néan»
moins avoir recours à l'opération propofée par les Anciens i mais
pratiquée aujourd'hui d'une manière plus douce. C'eit la même
que j'ai indiquée p. 535, au fujet de la paupière qui demeure tou-
jours abauTée , & qu'il faut lever atec le doigt pourvoir. Pla-
neurs Praticiens ont propofé differens inft rumens pour la faire
promptement & facilement. Celui-ci S. que j'ai imaginé me parofr,
avoir des avantages» Il eft compofé de deux lames d'acierou d'ar-
gent. Par fon extrémité a, les deux lames font jointes enfemble.
Par fon extrémité b% les deux lames p'us élargies font féparées
pour pouvoir embrafler la paupière i l'efpéce de croiflant qui les
termine s'ajufte à la convexité de la paupière , l'anneau coulant
c. fert à les ferrer. On prend & on tient autant de peau que l'on
veut entre ces extrémités. On tire un peu cet infiniment à foi
avec la main gauche tandis qu'avec une aiguille on pafle au de-là
de l'endroit que l'on veut retrancher, trois ou quatre brins de fils3
à des diftances égales, & l'on coupe enfuite avec des ciicaux, en-
tre l'inftrument & lesfils , cette portioude peau tenue par l'inftru-
ment. On maintient les deux lèvres de la plaie raprochées par le
moyen des fils qui fe trouvent pafTés & qu'on noue à l'ordinaire*
Cette opération par laquelle on retranche une portion de la peau
de la paupière rétablit le Tarfe dans fon état naturel , ce qui fair
que les poils ne piquent plus le globle de l'ail,-
54* Des Ope'râtîo^s de Chirurgie,
tiG. XXXV. POUR LES TUNIQUES DE L'OEIL
Des opéra. T L y â quatre opérations qui fe pratiquent aux
tIOnS inif ues tuI^(lues de l'œd î Par rapport aux quatre fortes
de l'œil, de maux qui peuvent les attaquer* La première eft
l'hypopyon de hypù > qui veut dire deflbus , 3c de
fjon qui fignifie du pus ou de la boue , pour mar-
quer que cette maladie eft une collection sou un
amas de pus derrière la cornée ; lequel provient
d'ordinaire d'un épanchement de fang qu'il s'y fait,
foitpar la plénitude des vaiifaux , foie par quel-
que coup ou chute. Avant que ce fang fe foit
tourné en pus , il fait des éîancemens très-vifs &
très- douloureux , 8c quand il eft devenu pus , ce
qu'on coiïnoît à la blancheur qui paroît a travers
la cornée , il faut le £ lire fortir h on veut terminer
les douleurs que relient le malade, Quelques An-
Sixième Démonstration» 54J
tiens diftinguent ce mal en deux efpeces , appel- Des d
lant la première onyx mot grec qui lignifie ongle ,pèces de CJ
parce que le pus épanché Se raflèmblé fous la cor- ma1,
née reprefente la figure d'un ongle , Se iaitTant le
nom général d'hypopyon à la féconde efpèce qui
fe produit quand la matière purulente eft en plus
grande quantité , Se qu'elle occupe la moitié du
noir de l'œil. Pour la cure on tentera de diiliper
la matière , ii elle fe trouve en perite quantité
fous la cornée , ufant pour cela de fomentations
Se de coliîres réloiutifs faits avec le fenugrec Se le
fenouil , après quoi on en vient à l'opération où il
eft queftion de faire une ouverture à. la cornée avec
la lancette A. qu'on iniinue au plus bas lieu pour
donner au pus une ilïuc commode (a). Il ne faut
pas se tonner quand on voit s'écouler par l'ouver-
ture l'humeur aqueufe avec le pus , cetre humeur
fe répare ailémentj mais la cicatrice qui fe fait à la
cornée eft. fouvent un obftacle considérable à la
vilion. Après l'ouverture on fe fert de remèdes
repère uiîifs Se anodins , & fur la fin de la cure on
employé les collires Se les poudres déteriives Se
deilicatives. Galien raconte que de (on tems il y ttfage &f
avoir un Medecin-Oculifte nommé Juftns qui gué- col,yrcs'
rifïoit Thypopyon en branlant Se feconant la tère
d'une certaine façon. Ce remède ne coûte rien à
éprouver.
La féconde eft le pterigion, dérivé de perix D« pt&î*
aile ; parce que ce mal a la figure d'une aile d'oi- êIon,
(a) Pour faire cette opération délicate avec toute la
fureté poiiible , on a imadné une petite aiguille courbe
au'on palïe au travers de la cornée tranfparente du côté
du petit angle dans la partie inférieure de la chambre
antérieure de l'œil, où eft le pus épanché. La courbure
de cette mouille imite la convexité inférieure de cette
chambre. Sur le champ de cette aiguille , du coté exté-
rieur , il y a une petite rainure fur laquelle on glifle la
pointe de la lancette, fans craindre de piquer l'iris 3
parce que l'aiguille la garantis,.
544 £*ES Opérations dé Chirurgie ,
f eau étendue ; on le nomme en latin unguis , a
caufe qu il eft de même couleur que l'ongle de
l'homme» C'eft une excroiffance membraneufe en
l'œil , laquelle prend ordinairement Ton origine
du grand coin de l'œil , & rarement du petit *, s'é-
rendant fur la conjonctive , ôc quelquefois juf-
ques fur la cornée où elle couvre l'œil ôc oftufque
Ses e^èccs. la vue. Il y en a de trois efpeces. La première eft
le membraneux dont nous venons de parler > la
féconde eft l'adipeux , parce qu'il reftemble à une
humeur congelée comme de la graifle , fe rompant
d'abord qu'on le touche pour vouloir le féparer y
il aie même principe &c les mêmes fymptômes que
le précédent. La troifiéme eft nommée par les La-
tins fannïculus , en françois drapeau , à caufe qu'il
paroît comme un morceau de linge. Il eft plus ma-
lin que les autres , étant entrélafié de vaillaux gros
Ôc rouges qui y caufent inflammation & ulcère ,
ce qui le rend plus difficile à guérir. Toutes ces
trois efpéces ne font pas toujours adhérentes à
la conjonctive en toutes leurs parties , mais feu-
lement par leurs extrémités. C'eft pour cela qu'on.
3= peut quelquefois pafter une aiguille courbe Se
moufle entre la conjonctive & le pterigion. Il n'y
a que deux moyens d'en procurer la guérifon ; qui
font , de le confumer avec les poudres de verdet ,
de vitriol ou d'alum brûlé , quand il eft jeune 3c
petit -, 8c de l'extirper quand il eft vieux f grand 3c
dur. Mais ce dernier moyen n'eft pas toujours pra-
tiquable *, car aux pterigions gros & renverfés qui
font carcinomateux , ëc dont la douleur fe fait fen-v
tir jufques dans les temples , il ne faut point y
toucher. Quand le Chirurgien entreprend cette
extirpation , il doit , après avoit préparé fon lujec
par les remèdes généraux & après l'avoir fitûé
commodément , faire renverfer une des paupières
de l'œil par un ferviteur , 3c renverfer l'autre lui-
même ,• puispafler une aiguille B. courbe, montre
Ôc
S î x i e'm e D e'm o n s t r a ? i o tft 545
& enfilée d'un fil C. par deflbus le pterigion, ôc P*1^**
avec les deux bouts de fils l'élever & le tirer à foi a^
pour le (épater de fes adhérences avec un petit
feiftouri D. prenant garde de blelTer la cornée , 8c
laiftant plutôt une petite partie du ptérigion , à la
confomption duquel on travaillera par la fuite. Le ftc îâ cure^
refte de la cure s'accomplit par coilires & poudres
defllcatives j on pan(e le malade trois ou quatre
fois le jour , lui faifant ouvrir l'œil à chaque fois j
de crainte que les paupières ne le collent à la con-
jonctive.
La troiïïéme eft le proptofis , dérivé depro qui bu Propea*
veut dire devant , & de piptin qui lignifie tmibvrS}}*
Ge nom qu'on pourroit donner à toutes fortes de
parties qui s'avancent hors de leur place , eft attri-
bué ici en particulier à l'œil lorfqu'ii fe forjette ou
qu'il fort j ou qu'il déborde de fon orbite par le
relâchement ou p3ar la rupture de la cornée. La tu-
meur qui eft faitepar l'uvée prend différens noms De fcà ***
félon qu'elle eft plus ou moins groflTe , & félon les
chofes aufquelles elle refTembte î On en fait de
cinq efpeces. La première , où la tumeur t\ ta
plus petite s'appelle Myocephalon > parce qu'elle
eft faite comme la tête d'une mouche \ la féconde
Staphylome j elle a la figure &; la grolTeur d'un pé-
pin de raifin ,' la troifiéme Ragoïdis , c'eft quand .
l'uvée fort par Pentamure de la cornée , de qu'elle
fait une tumeur ronde & noire femblable à un
grain de raifin mûr j la quatrième eft appellée Me-
lon , parce que l'uvée fortant en plus grande quan-
tité elle fait une plus greffe tumeur qui a la figure"
d'une petite pomme* La cinquième eft nommée?
Ilos , c'eft-à-dire , clou, elle arrive quand l'uvég
pouflee hors des paupières s'endurcit > & que la
cornée devenant calleufe la comprime, de maniéré
qu'elle repréfente la tête d'un clou* Ces maux ap-
portent deux grandes incommodités , l'une eft la
Mm
546 Des Opérations de CttiRURGig ,'
perte de la vue „ 8c l'autre la difformité du vifage*
et ces maux.Pour la première il n y a point de remède *, mais
pour la féconde on peut la corriger en deux façons ,
ou par les médicamens , ou par l'opération» Si le
ftaphylôme efl récent & caufé par une inflamma-
tion qui foukve la cornée , il faut tacher de di-
gérer la matière &c de la réfoudre par des remèdes
faits de mucilages , de femences de thym & de
fenugrec , avec un peu de miel» Mais fi la matière
ne fe réfolvoit point , il faudroit lui donner iiïuô
Î)ar l'opération , c'eft>à-dire , avec la pointe de
a lancette A. Toutefois fi le ftaphylome n'éroit
point malin de qu'il eut la bafe étroite , il feroit
plus convenable de l'extirper par la ligature >
ce qu'on exécute en deux manières. Pour cet effet ,
la tète du malade étant appuyée fur les genoux du
Chirurgien qui fera affis, cet Opérateur mettra un
ïiœud coulant E. fur la pincette F. fur laquelle il le
fera glifïer pour y paner la tumeur qu'il liera Se
qu'il ferrera tous les jours avec ce nœud jufqu'à ce
qu'elle tombe. Ou bien il paffera une aiguille G«
enfilée de deux fils H. I. de différentes couleurs ,
par le milieu de la racine de la tumeur en tendant
du grand coin de l'œil vers le petit ; les fils étant
pafïes il ôtera l'aiguille , de prenant les deux bouts
de fil de la même couleur il les liera enfemble d'un
côté , il en fera autant de l'autre côté avec les deux
bouts de l'autre fil*, & les ferrant tous les jours, ces
fils couperont peu à peu la tumeur. Pour faire ces
ligatures , il fe fer vira du fpeculum occulï K. qui
tiendra l'œil ferme durant l'opération -, on appli-
quera enfuite les remèdes propres à diminuer la
douleur , ayant foin en panfant le malade de ne
point tirer les fils quifouvent font adhérans&deflfé-
çhés avec les remèdes. Lorfqu'ils feront tombés
d'eux-mêmes on pourra fe fervir d'un petit emplâ-
tre L. & on mondifiera l'ulcère , on l'incarnera >.
ôc on confolidera autant qu'il fera poffible dans
S t z i b'm e D ë'm on s t a a t t o n. 547
des maladies aiilïi délicates que celles de la lôr-
toée* (*)
La quatrième maladie des tuniques des yeux eft ^ la Cârt*
l'hypochyma , dérivé de /^/>ff deftbus , &: de cifyiw rafte.
fondre -, parce qu'il fembie que ce (oit une hu-
meur fondue dans l'œil* On la nomme autrement
cataracte de Keras , qui veut dire corne s parce
que cette humeur eft fous la cornée qui relTembie
à de la corne : c'eft en latin fufujfio , & en fran-
çois catarafîe. Cette maladie eft caufée par une ^ *
matière étrangère qui s amaite oc s epaiiiit imper-
ceptiblement comme une petite pellicule entre la
cornée ôc le criftalin , dans l'humeur aqueufe au-
devant du trou de l'uvée , empêchant que les
rayons de lumière des objets ne frappent le crifta-
lin. On la considère dans rrois tems : i°» dans fan
commencement , lorfque la perfonne croit voir au-
dehors des mouches ou des figures grotefques qui
n'y font point en errer, on l'appelle pour lors imagi-
natio j en françois fantaifie 8c abufement : i°. dans
fon état moyen , lorsqu'elle fe forme ôc s'épaiflît
ôc qu'elle diminue beaucoup la vue j c'eft ce qu'on
nomme en latin aqua , &c en françois fnffujton i
30. quand elle eft bien formée ôc qu'elle abolit en-
tièrement la vue, on l'appelle en htingutta obfcurt
en françois cataracte du nom général.
(a) Le ftaphilôme eft une tumeur formée par l'uvée
qui pafle au travers d'une ouverture faite à la cornée pat
quelque caufe que ce foit.On peut par confequent regar-
der cette tumeur comme une hernie de l'uvée , à laquelle
il ne feroitpas impoflîble de remédier en la comprimant
légèrement} foit par des compreiïes & un bandage
appliquez fur la paupière à l'endroit qui répond â la
tumeur , foit par une petite lame de corne fort mince &
concave , qui étant mife entre l'œil & la paupière , en-
toure exactement le globe extérieur de l'œil. On peut ,
par ce moyen , faire rentrer peu à peu la partie de
l'uvée qui eft déplacée , Se corriger la difformité
formée par le ftaphilôme, pourvu qu'il foit rçeent 6e
petit.
Mm y
54$ Des Opérations bé CplikuAqiè ,
Se» iîfferen- Les efpeces ou les différences des cataractes fe
en efpoce*. tjrem ^c U.Q1S ^fa . x« Je ^ couleur> yy ^
a de couleur de plâtre , de perle , d'eau marine &
ide fer bruni -, ce qui les fait appeller verres , citri-
nés , jaunes ou noires : i°. de leur tiflu , car les
unes font fubtiles , déliées Ôc tranfpar entes qui
permettent d'entrevoir 3 ôc les autres font grolïès
& ferrées qui privent abfolument de la vifion : 3°;
de leur quantité ou de leur étendue , en ce qu'il y
en a qui ne couvrent qu'une portion ou la moitié
du trou de la prunelle , de forte qu'on ne peut dis-
cerner que la partie de l'objet qui fe préfente vis^-
à-vis de l'endroit qui n'eft pas couvert 3 ôc d'autres
qui couvrent totalement cette ouverture * ce qui
caufe une privation parfaite de la vûe>
Le Chirurgien doit tirer (on prognoftic de deux
chofes, du malade ôc de la maladie. ip. Si le ma-
lade eft fort jeune ne paftant pas trois ou quatre
ans , ou bien s'il eft âgé , que les yeux foient roua-
ges & chalHeux , qu'il fente des douleurs de tête
continuelles ôc véhémentes , ou qu'il ait une foi*
bîeffe naturelle de vue , il ne faut point entreprend
dre l'Opération* i°. Si la cataracte étoit jaune *
verte ou noire > elle ne feroit point guérilfable ,
mais Ç\ elle eft de couleur de perles , d'eau marine
ou de fer bruni, la Chirurgien y remédiera. Il faut
encore examiner la fubftance de cette pellicule ,
ce qu'on fait en couvrant l'œil fain , frottant dou-
cement fur la paupière de l'œil qui eft indifpofé *
- & l'ouvrant foudainement ; car 11 la prunelle fe di-
late j ôc qu'aufli-tot elle retourne dans fa première
forme , la pellicule fe peut abbatre : mais s'il ne fe
fait point de dilatation , c'eft (igné qu'elle eft ad-
hérente à l'uvée y ou qu'il y a obftru&ion dans le
nerf optique ï il n'y faiït point travailler , parce
qu*après l'avoir abatue , la vue ne fe rétabliroic
pas. Il faut auffi obferver fi en même-tems que la
prunelle s'eft dilatée par la friction , la cataracte
S i x i e'm ï D e'm onstrati qk. 549
ne s'eft point divUée ÔC feparée > ce qui marque-
toit que la matière ne ieroit pas encore aflez liée
de deifechée pour pouvoir fupporter l'aiguille qui
pafleroir au travers comme dans de l'eau ou dans
du fromage mou ; il faut alors accendre qu'elle ait
avec le tems , acquis de la confiftance ôc de la fer-
meté qui la rende capable de l'Opération* Si le
malade peut aifément juger des couleurs extérieu-
res , la cataracte n'eft pas encore meure i mais s'il
ie peut pas diftinguer les objets , 8c qu'ayant frot-
té l'œil malade , comme nous avons dit , la pelli-.
cule demeure ferme fans, fe féparç* ni fe divifer »
cela fait connoîcre qu'il y a des fibres qui la lient ,
de qu'elle eft d'une fubftançe bonne & facile^
abbaue.
On vient par deux, vo.yes à la guérifonrde -la ca^- Prépamio*
parade , par les remèdes ordinaires ,y ou par la Chi- œa a *r
rurgie : les remèdes peuvent la guérir quand elle
ne fait que de commencer y mais il n'y a que la
Chirurgie qui en puiiïe venir a bout quand la mp?
ladie eft confirmée.. Si elle commence ,. on pourra
l'empeçher de croître , par un régime de vivre fo-»
bre Ôc defiechant , par les faignées ôc les purga-
rions , par une application de ventoufes , de vef-
ficatoires , de cautères ■ ou déférons ôc par l'ufage
des mafticatoires , ou des poudres carminatives Ôç
digeftives, La matière conjointe , c'eft- à-dire ,
celle qui commence à paroîax dans l'œil en forme
de nuage , fe diilipe d'ordinaire par des collires ,
ôc des poudres atténuantes , incifives & réfolvan-
tes : le fang de pigeon , qu'on fait tomber roue
chaud dans l'œil y eft fort bon ; on dit que l'ha<*
leine d\tn enfant quia mâché de l'anis & dufe-r
noiiil étant pouftee dans cet organe eft fouvenc un
moyen efficace pour di (foudre la matière morbifi-
que s ou pour arrêter fon progrès. Fabricius Hil- ^e âiycts
danus a inventé une petite fiole de verre commo-*0^"0 *
de pour tenir une liqueur fuç l'cçil y. elle eft en
M m iij
55$ Des Ope'rations de CHiRURGfE ,
ovale pour s'ajufter à la figure de la partie , & elle
a Un conduit par en haut d'où quand elle eft apii-
quée fur l'œil , on verfe la liqueur dont on veut le
baigner , & deux cordons qu'on attache derrière
la tête pour la tenir ferme fur l'œil ; il a prétendu
réfoudre par ce moyen les humeurs dont les mem-
branes pouvoient être abbrevée > & diflîperainii
une cataracte dans fon commencement : en voici
la figure marquée Z.
Si par l'ufage de tous ces remèdes tant généraux
que particuliers , on n'a pas pu détruire la cata-
racte , on la laifïera meurir d'elle-même fans y rien
faire , & on attendra qu elle foit afîez raffermie
pour appuyer l'inflrument qui doit fervir à l'ab-
batre; ce qu'on accomplira3en confidérant ce qu'iî
y a à faire avant , durant , & après l'opération.
Avant l'opération , la première chofe a quoi on
doit fonger , c'eft de chôifir le tems , car elle nous
permet celui d'élection , la nécelîîté n'étant point
prenante : on a coutume de la remettre au Prin-
tems , ou à l'Automne > &: au déclin de la Lune*
On prépare le malade en le faignant & le purgeant
plus ou moins félon le degré de plénitude où il fe
trouve ; le jour choifi qui ne doit être ni pluvieux
ni venteux ? mais clair ôc ferain , étant arrivé ,
on difpofera tout ce qui conviendra au panfement »
incontinent après l'opération j car pour les inftru-
roens ils font bien-tôt prêts , puifqu'ii ne faut qu'-*
une aiguille , dont le choix dépend de l'Opéra-
teur, S'il a reconnu par la dilatation de la prunelle
que la cataracte n'eft point adhérente à l'uvée , &r
qu'au contraire elle nage & vacille dans l'humeur
aqueufe , il doit fe fervir d'une aiguille ronde M*
&: afTez grofTe pour ne pas fendre fi-tôt la cata-
racte , ôc pour abbatre avec plus de facilité en la
rencontrant dans une partie plus large. S'il juge
qu'elle foit attachée par des fibres en quelques en-
droits de l'uvée , il doit prendre une aiguille N»
Sixième Démonstration. 551
donc la pointe Toit en fer de lance pour couper ces
fibres 5 s'il en eft befoin , & la détacher plus aifé-
ment. L'une & l'autre de ces aiguilles, feront mon-,
tées farde petits manches O. P. pour les tenir
avec plus de fermeté.
Durant l'opération on commencera par faire Situation d&
alTeoir le malade fur un banc qu'il aura entre les maa c*
jambes , en un lieu bien clair , 011 même le Soleil
puifle donner ,* car on ne fe fert point de. lumière
étrangère dans cette opération. Le Chirurgien
s'alïeoira de la même façon fur le même banc le-
dos tourné au jour , Ôc face à face du malade à qui
un ferviteur foutiendra contre fon eftomac la tête office d»
un peu panchée en arrière : On mettra une com-*®tYi£euI*
prelfe &c un bandeau fur l'œil (ain du malade, afin,
qu'il ne s'effraye de rien 3 puis l'Opérateur tenant
l'aiguille par fon manche de la main droite, s'il
doit opérer à l'œil gauche , ou de la main gauche »
fi c'eft à l'œil droit , il mâchera un peu de fenouil y
qu'il fouftera dans cet organe , afin d'exciter quel-
que mouvement à la prunelle , de par-conféquent
à la cataracte > Se d'abord qu'il aura dit au malade
de tourner l'œil vers le nez , il plongera l'aiguille Mamered'a-
dans le corps de l'œil du coté du petit angle , 6c batre îa ca-
r enfoncera en panchant le manche vers la temple , tara Cl
jufqu'a ce qu'il apperçoive cet inftrument au tra-
vers de la cornée , & qu'il foit au milieu de la ca-
taracte qu'il atteindra par le haut avec la pointe de
l'aiguille , 8c qu'il abaiiîera jufqu'au bas de la pru-
nelle , ou il la tiendra fujette pendant un petit el-
pace de temsf*) > que li elle y demeure , l'opéra-
(a) On tient l'aiguille comme une plume pour écrire»
©n la plonge à deux lignes bu deux lignes & demie
du bord de là cornée tranfparente. Elle fe trouve dé
cette manière derrière le criitalin qui empêche de la
voir. On porte la pointe à la partie fuperieuredu crifta-
lin en abailTant un peu le poignet & en étendant un peu
les doigts. Enfin on eleve un peu le poignet en flechifiane
un peu les doigts pour apuyer la pointe de l'aiguille fus
M m iiij
55i Des Opérations de Chirurgie ï
tion eft parfaite; mais fi elle remante aufti-tot
quelle eft lâchée, il la faut abbattre derechef avec
la même aiguille , 6c la comprimer plus fort , afin
qu elle ne le relevé plus. Si quelque précaution
qu'on ait prife pour connoître la nature de la ca^
taradtei elle fe trouve laiteufe, de quaufli-tôt qu'on
la touche , elle s'épanauifte & fe divife ne pou-r
vaut fupporter l'aiguille qui pâlie à travers comme
elle feroïc dans du lait caillé, il faudra en tournant
1'inftrument de coié & d'autre la fendre en tant de
petites particules , qu'elle fe puiiTe difliper , évi-
rant bien de toucher à la membrane uvée qui eft
pleine de tant de ventiles , qu'il feroit difficile ds
n'en pas ouvrir quelqu'une d'où il fe feroit un
épancheraient de quelques gouttes de fang , lequel
cauferoit un hypopyon.Sila cataracte fetrouvoit
d'une «ature toute oppofée , qu'elle fut ii dure
que l'aiguille en la pouffant fit un cri comme (I
c'étoit du parchemin t que des filamens l'attachait
fent 11 fort qu'elle remontât comme un pont-lëvis»
àuffitqr qu'elle feroit abbatue, il faudroit la trouk
fer en la ioulevant avec l'aiguille par la partie infé*-
rieure , qui regarde la paupière d'en-bas , 6c la
roulant au tour de l'aiguille , lui donner le fault ,
en la renverfant tout d'un coup. L'opération étant
finie , on retire l'aiguille , & on a coutume de,
montrer au malade deux verres, dans l'un defquels
il y a de l'eau , Se dans l'autre du vin rouge. S'il
diftingue les couleurs , on eft fur que l'opération
eft bien faite, Quelques Médecins réeufent ce té*
moignage -, mais il eft de pratique.
Après l'opération , on mettra fur l'œil un défeiv»
le criftalin qu'on abbatpar ce mouvement» Aufl^-tôt l'on
aperçoit l'aiauille par le trou de l'uvée. Cette manière
de porter l'aiguille dans l'œil, pour faire cette opéra*,
tion, fuppofe que la catara&e n'elt autre chofe qu;?
l'opacité du criîlalin , cQ.nme le peotent; tous k$ M<*r.
«teçnes..
Sixième Démonstration. 551
fïf Q. fait avec les blancs d'œufs , ôc les, eaux de
plantain , de rofes , de morçlle \ 8c pofant fur la
temple un emplâtre aftringent R. pour prévenir la
fluxion, on appliquera deux comprennes S. T\ trem-
pées dans des eaux, rafraichiffantes, l'une fur l'œil a
l'autre fur la temple , & un bandeau V. par defïus
pour couvrir les deux yeux. On mettra prompte-
ment le malade dans Ton lit où, il fera couché fur le
dos pendant quelques jours , la tête médiocrement
haute , on le faignera le foir , 8c on lui tiendra le
ventre libre. Il ne faut pas qu'il parle , ni qu'il Re6lt^
prenne de la nourriture folide > de crainte qu'en la
mâchant , le mouvement ne fit ou relever la cata-
racte , ou tomber une fluxion fur l'œil. On ne lui
fera ouvrir l'œil que trois jours après , quoiqu'on
foit obligé de changer fréquemment les remèdes-
qui pourroient en le féchant le blefler par leur
dureté, Dans le tems qu'on renouvellera les médi-
camens , il faudra que la lumière foit placée der-
rière la tête du malade, afin qu'il n'en toit point m*
commode ; 8c le panfement fe doit faite fans lui
remuer la tête. Enfin il gardera un grand repos „
$c le jour n'entrera point dans fa chambre que le
tems des accidens ne foit paiTé.
La defeription que je vous fais de la cataracte
efl; celle que les, plus fameux Ocnliftes en ont faite s
& celle qui a paffé pour confiante jufqu'aujour-
d'hui. On a cru jufqu'à préfenc que ç'éto.it une
taye , ou pellicule qui fe formoit 8c fë placoic
dans l'humeur aqueufe entre la cornée 8c le cry-
ftalin \ mais M. Brifïeau Médecin de l'Hôpital de
Touruay nous a défatûifé de cette opinion, en nous,
faifant voir que c'étoit le cryftalin même épaiiîi
8c endurci qui faifoit la cataracte , 8c que par l'o-
pération on croyoit avoir abbacu une peîlicule 3
mais que c'étoit le cryftalin qu'on faifoit fortir de
fa place par le moyen de l'aiguille , 8c qu'on pla-
çoit à la partie inférieure de l'œil* II nous dit que
554 ^ES Opérations de'Chirurgie,
la glaucome n'eft point une maladie du cryftalin *
qu elle eft produite par l'épaififlement de l'humeur
vitrée qui ta rend opaque , 8c qu'au- contraire la
goutte ferene eft une difïolution de cette humeur
vitrée qui la rend aqueufe. (a)..
(a) M. Brifleau n'eft pas l'inventeur dscefentiment
fur la cataracte. M. Lafnier très -habile Chirurgien de:
Paris , mort en 1690 3 l'a débité dans le fîecle pâlie. MM*.
GaiTendi & Rohault , à qui il l' avoit communiqué , l'ont
inféré dans leurs ouvrages. L'on trouve aufli dans le
Journal des Savans , année 1668., i'analife d'un Livre qui
a pour titre Nouvelles découvertes touchant la vue , &
dans lequel ce (entiment eft établi. Comme cette analyfe
eft fort courte , on la rapportera ici en fon entier.
„ Ariftote , Galien & tous les Anciens étoient demeu?
w rez d'accord que la vifîon fe fak dans cette humeur de
»> l'œil j qu'on appelle lecriftalin à caufe de îa-tianfpa-
b, rence & de fa folidité; mais quelques auteurs modér-
ai nés ont allégué de très-fortes raifons contre cette opi-
9, nion , & l'expérience qu'on a faite depuis quelque
9) tems l'a entièrement détruite. Car les Oculiltes ont?
„ trouvé qu'il n'y avoit point d'autre moyen de guérir
t, les maladies des yeux , appellée vulgairement cata-
9 rade, que d'abbatre le criit alin, deforte qu'ils ont ren-
„ du l'ufagé des yeux à plufîeurs perfonnes 3 en rendant
5, inutile cette partie que les Anciens croyoient être le>
3, principal organe de la vû'é. „
Cette' découverte malgré fon [importance & l'auto-
rité des grands hommes qui en avoient reconnu la vé-
rité , tomba bien-tôt dans l'oubli. M. Brifleau & M. An-
toine l'en ont tirée quelque tems après, foit que leurs
reflexions&l'experience leur ayent fait trouver ce qu'on
avoit découvert avant eux , foit qu'ils ayent puifé leurs
lumières dans les Auteurs du dernier fiecle.
Les nouveaux fentimens trouvent toujours beaucoup
d'adverfaires. Quand les ouvrages de M. Brifleau , &
ceux de M. Antoine parurent , plufîeurs perfonnes pri-
rent la denenfe de l'ancienne opinion , malgré un grand
r.ombre d'expériences qui établuToient fuffifamment la
nouvelle découverte. Mais les obfervations faites depuis
forcèrent enfin les plus incrédules defe rendre à ja véri-
té; deforte qu'ilrelteà prefent fort peu de partifans de
l'ancien fentiment.
Les praticiens penfent donc prefque unanimement
que la cataraite n'eft ordinairement que l'opacité da
Sixie'me Démonstration, J5J
criftalin. ]e dis ordinairement -, car ilfe trouve , quoique
rarement , des cataractes membraneufes. Ces catara-
ctes ne font pas des pellicules qui fe forment dans
l'humeur aqueufe, & qui bouche le trou de l'uvée,
comme le croyoient les Arîciens *, mais ce font des mem-
branes de l'œil qui deviennent opaques de tranfparentes
Qu'elles étoient , ce qui arrive rarement fans que le cri-
italin perde aufli fa tranfparence.
On fçait que le criftalin eft une petit corps lenticu- Expofîtio»
laire renfermé dans une capfule tranfparente, & qu'il aparom. de
eft logé dans un enfoncement de la partie antérieure de M. winflow*
l'humeur vitrée. La capfule eft compofée de deux mem-P2"' 2*z'
branes , dont l'une fe trouve à la partie pofterieure du
criitalin & tapifle l'enfoncement de l'humeur vitrée ,
appelle chaton du criftalin i Vautre couvre la partie an-
térieure du criftalin , & eft appellée membrane criftali-
ne. Celle-ci , quoique fort tranfparente , eft plus épaifte
que celle qui tipiffe le chaton , &fî on l'examine après idem, pan.
l'avoir laiflee tremper dans l'eau, elle paroit compofée2 3 S* & 256»
de deux pellicules unies enfemble par un tiiTu fpongieux
très-fin & très-ferré.
La membrane qui tapilîele chaton du criftalin, peut
perdre fa tranfparence. La membrane criftaline peut
auffi devenir opaque. En ce cas elle peut continuer de
couvrir toujours le criitalin ," félon une obfervation de M.
Morand , ou félon une autre de M. de la Peyronnie , fe Hiftoire de
feparer peu à peu du criftalin , & devenir adhérente au l'Acad. des
cercle de l'iris. On pourroit même conjecturer , enfai-,^"5*8*'
fant reflexion à la ftrudture de cette membrane telle que
M. Winsiow l'a décrite, qu'il peut arriver quelquefois
que la feule pellicule antérieure , devienne opaque & fe
fepare de l'autre.
Comme je viens de parler de la capfule du criftalin, je
finirai cette remarque par quelques réflexions fur la ma-
nière de faire l'opération de la cataracte, qui regardent
cette envelope.
Si Ton porte dans l'œil d'un animal mort une aiguille
pour déplacer le criftalin, & qu'on punie appercevoir
ce qui fe pafle dans le tems de cette expérience i on verra
4a capfule comprimée fortement par le criftalin fur le-
quel l'aiguille apuie, fe divifer vers fa partie inférieure.
Alors le criftalin qui trouve une ouverture fort entière-
ment , mais peu à peu , de cette enveloppe , & fe trouve
placé vers le bas de l'œil. Il arrive fouvent , lorfqu'oa
fait cette expérience , que la capfule ne fe divife pas auffi-
tôt qu'on apuie l'aiguile fur le criftalin , mais que le criÇ»
italijn s'abaûTe avec elle & reprend fa ptece dès $$m
I
$6 Des Opérations de Chirurgie,
[cve l'aiguille. La capfule criftaline eft une continuation
de la membrane vitrée * elle ne peut defcendre vers le
bas de l'œil fans faire changer la configuration du corps
vitré* Dh qu'on levé l'aiguille 5 le corps vitré & par con?
féquent la capfule fe remettent dans leur état naturel,
& c'eft pour cela que le criftalin encore renfermé dans
cette enveloppe, reprend fa place.
Les mêmes choies- arrivent peut- être lorfqu'on abat b
cataracte à une perfonne vivante. Il eft probable que £
la capfule fe divife dès qu'on appuie l'aiguille fur Je cri-
ltalin , a ors le criltalin dégagé peu à peu de fon enve-:
lope & placé par l'aiguille vers la partie inférieure de
l'œil , ne remonte pas 5 mais fi la capfule ne fe divife pas
l'aiguille la déplace avec le criltalin qu'elle renferme, &
dèVqu'an cefle d'appuyer, elle fe remet avec le criltalin
dans fçn état naturel. C'eft apparemment pour c-Ia
qu'en faifant l'opération l'on voit fouvent la cataracte
remonter plufieurs fois ; ce qui fait donner à certaines
cataractes le nom de cataractes à reflort.
En fuivant les conjectures qu'on vient de propofer , il
eft naturel d'atribuer au déplacement forcé de la caplul©
criftaline , les accidens qui, arrivent quelquefois à la
fuite des opérations oii la cataracte remonte plufieura
fois.Car en déplaçant la capfule criftaline , on tiraille les
parties de l'œil qui tiennent à cette capfule.
L'expérience dont j'ai parlé, a fait imaginer qu'il fe-
roit à propos de faire une petite incifion à la partie infé-
rieure de la capfule avec le tranchant de l'aiguille, afin
que le criltalin forte facilement de cette capfule , dès
qu'on le poulTeavec l'aiguille, qu'on porte à fa partie
fypérieure après avoir fait cette incifion.
Il faut remarquer que fi la capfule s'ouvroit vis-à-
vis le trou de l'uvée, outre que le criltalin fortiroit
difficilement, la cicatrice qui furviendroit à la petite,
plaie pourroit être un obftacie aux rayons de lumiè-
res.
v. Hift. de Quand le crsllaJin eft forti de la capfule, l'une des
l*Ac. année deux liqueurs voulues la remplit. Si c'eit l'humeur vitrée*
*722* le malade diftingue la couleur &laero(Teur des objets
prefqu'aum" bien qu'avec un criltalin trapfparent. Si
c'eft; l'humeur aqueufe, il a befoin d'in verre convexe
pour fupléer au criltalin.
J'ai dis plus haut , qu'il y a des cataractes qui ne font
autre chofe que l'opacité de la membrane criftaline,
ou; de celle qui tapifie le chaton du criltalin. Si la mem-
brane criftaline a perdu fa tranfparence , on doit tâ-
cher- 4e l'abatte avec le criltalin. §i celle qui.tapilïe le
SliitftfB Démonstration. 557
chaton du criftalin eft devenu opaque , il faudroit aufô
l^abatre-, mais iîTon confidere la ftru&ure de l'œil, on
xeconnoîtra que l'opération eft comme impoflîble.
Le criftalin, quoique bien abatu, rie relie pas tou--
jours dans le lieu où il eft d'abord place. Il pane quel-
quefois de la chambre pofterieure de l'ail dans Fan-
terieure par le srou de l'iris; ce qui arrive plutôt la
nuit que le jour , parce que le trou eft plus dilaté pen-
dant l'ôbfcurité, que lorlqu'il eft exoofeà la lumière. Le
criftalin dans la chambre antérieure, paroit comme une.
petite tache au bas de la cornée *, il gêne alors l'œil,
il y caufe delà douleur & des élancemens , & y occa-
uonne l'inflammation. C'eft un corps étranger ^u'il faut
ôter , fi on veut f are celfer ces accidens. Voici comme
on doit s'y prendra, & comme M. Petit fit en 1708 cette
opération à un Prêtre. On perce la cornée tranfparentc
dans (a partie inférieure & du côté du petit angle,
avec une aiguille qu'on fait entrer du côté du grand
angle> & traverser la chambre antérieure. On coupe la
cornée avec la pointe d'une lancette^qu'ofï portefur une
crene ure «jui eft à l'aiguille. On introduit par cette
ouverture dans la chambre antérieure une très- petite
curette , avec laquelle on tire doucement le ciiitaiin»
On met fur l'a il des compreffes trempées dans quel-
que défenfif, & on les foutient avec un bandeau qu'on
applique fur le front, afin qu'il ne comprime pas l'œil.
Dès le lendemain l'humeur aqueufe qui s'eft évacuée
par l'ouverture fe trouve régénérée, & la petite plaie
eft cicatrifée. On pourroit fe fer vir, pour faire cette
opération, de la p tite aiguille propoiee dans Une des
précédentes remarques.
M. BriiTeau a fait un Traité de ces maladie*
qu'il a faic imprimer à Paris en 1709. il prouve
fou opinion par pmfieurs expériences' qu'il a faites
ëc qu'il rapporte , de quoique cette découverte ne
change rien dans la cure de ces maux , ni dans la
manière de faire les opérations qui leur convien-
nent , on lui a néanmoins obligation d'avoir é-
ciairci la nature de ces! maladies , Se d'en avoir
donné la juflc idée qu'on en doit concevoir.
558 Des Opérations de Chirurgie ,'
De l'cxtra-T l ne faut pas oublier une opération qui fe pré-
pufculcs é."X fente à faire tous les jours,c'eft de tirer les cho-
«angers quifes étrangères qui font entrées dans PœiLOn a fou-
font entrés ° V-il- j rr >
«Uns l'œil, vent recours au Chirurgien quand on a ellaye en-
vain de les faire fortir en frottant & en foufflant
dans l'œil , car la douleur qu'on éprouve contraint
à demander un prompt foulagement : pour le don*
, ner on renverfera l'une ou l'autre paupière , Se on
tâchera de découvrir le corps étrange pour le faire
fortir avec une petite curette X. Si on ne pouvoir
pas le voir , il faudroit faire un petit bain à l'œil *
en faifant coucher le malade , & lui verfant dans
le grand angle un peu d'eau tiède qui venant à for-
tir après avoir lavé le globe de l'œil pourra entraî-
ner avec elle l'ordure ou le petit éclat qui fait la
douleur : & fi on ne peur pas l'avoir par ce moyen 3
on attachera au bout d'un brin de balay un petit
morceau d'épongé Y. très-fine , qu'on aura trem-
pé dans de l'eau , ôc ayant un peu élevé la paupière,
on en balayera tout le devant du corps de l'œil
pour amener finement avec cette petite éponge ce
qui fera entré dans l'œil fous les paupieres*Le ma-
lade fera foulage à l'inftant , on fe fervira enfuité
d'eau & de collires rafraîchifTans pour éviter l'in-
flammation qui pourroit furvenir.
SïXie'më Démonstration. 559
ïi*. XXXVI. POUR LES ANGLES DES YEUX,
D
E s trois opérations que le Chirurgien fait Dcs 0?ér3m
aux angles des yeux , la première eft Veckan- tions qui f©
tins de ec , qui veut dire dehors , & de Kanthos qui^'angieV
fignifle angle de l'œil , pour exprimer par ce mot des yeux»
que cette maladie eft une excroiftancede chair qui
vient au grand angle des yeux. Il y en a deux ef-
peces , l'une indolente , rougeâtre , tendre de flaf- De l'eçhs*
que , qui obéît facilement aux remèdes ordinai-U8,
560 Des Opérations de Chirurgie.
rçs ; Ôc l'autre qui eft douloureufe , plombée , ma-
ligne & rebelle aux remèdes 9 &c qui ne fe guérit
que par l'opération. On afligne trois caufes prin-
cipales à cette maladie. i°. Une tumeur mélanco-
lique qui augmente de endurcit la fubftânce de la
chair qui fe trouve naturellement à l'endroit mar-
qué ci-defïiis , ôc qui fe rend femblable aux ver-
rues. z°. Un hyper farcojts , dont 1 ethnologie eft
déduite de hyper c'en; ce
que nous appelions la ridule lacrimale , qui confU
(le en un petit ulcère calleux ôc profond fi tué au
grand coin de l'œil à l'endroit où eft placé ce qu'on
appelle la glande lacrimale qui n'eft qu'un fac graif-
leux ôc charnu paifemé de plulieurs glandules
prefqu'imperceptibles. Cet ulcère commence tou-
jours par un petit abfcès en ce lieu où la matière
qui fe putréfie > a bien-tôt atteint l'os , parce qu'il
y a peu d'efpace entre lui ôc la peau , ôc qu'étant
plus fpongieux qu'un autre, il eft auffi plutôt ca-
rié» Si d'abord qu'il y a un abcès au coin de l'oeil ,
les malades voûtaient permettre qu'on le perçât ,
on pourroit éviter la fiftule; mais comme ils appré-
hendent qu'il n'en refte une cicatrice au vifage ,
Nn ' '
5^i Des Opérations dsChiktjrgïe *
ils différent tant que le petit abfcès s'ouvre de lui—
même , 8c il en arrive deux inconveniens affez
trilles *, l'un c'eft que la matière a eu par fon féjour
le tems de carier l'os, 8c l'autre , c'eft qu'il fe fait
a la peau un trou il petit qu'on ne peut pas porter
de médicamens pour mondifier le fond de l'ulcère :
enfortè que fuintant fans difconiinuation 3 la fiftuîe
eft entretenue jufques à ce que l'opération y re-
médie.
^.- De ces fiftules les unes font ouvertes par de-
différence , . l . r
de ces fiftu- dans , 8c les autres par dehors. Les premières pro-
ie5* cèdent d'une humeur lente qui ne forme au- de-
hors qu'une petite tumeur delà groiTeur d'un pois >
laquelle étant preffée avec le doigt , jette par de-
dans l'oeil, jeveux dire entre les paupieres,une fanie
fereule, 8c quelquefois vifqueuie 8c blanche. Les
autres font faites d'une matière active 8c chaude ,
qui devenant acre en croupifïant , ronge l'os qui eft
mince&poreuXj&en même tems fefait jour par de-
hors pour Huer perpétuellement jufqu à ce qu'on en
carilTela fource(^). Quand elles font vieilles x elle*
fa) UAuteur diflingue ici deux efpeces
tre dont l'humeur fort par une ouverture extérieure %.
-l'œil ; mais voifine du grand angle. Quand l'Auteur
dit que l'humeur de la première a fon UTue entre ie$
paupières, il veut dire aparemment que cette évacua^
tion Te faiçpar les points lacrimaux. Cette humeur, qu'il
dit être lente , n'eft autre choie que la liqueur lac rimale,
.retenue dans le fac iacrimal , & mêlée quelquefois avec
une matière purulente. Cette rétention des larmes dans
le fac peut venir de différentes caufes -, fçavoir , de miel-»
que malade du fac Iacrimal ou des parties voiiînes , & de
la mauvaife qualité de cette liqueur.
Si la tumeur fe vuide Iorfque les malades font cou^
çhés » & qu'elle fe remp ille quelque tems après leur le-
ver , on a lieu de conjecturer que l'arïoibliflerner.t du
reiTort des parois du fac Iacrimal, & du c^nsl nafal,
ei\ la caufe de la tumeur. Car , Iorfque le reiTort de
ess pairies eit affoibli, &que les malades fe tunnent
Sîxie'me Démonstration. 56$
■debout, il fe peut former à l'entrée du canal nazal un
pli qui empêche la liqueur d'y palier , & la fait amaiTer
dans le fac ; ce qui fcrœe au'dehors une tumeur que
M. Petit nomme hernie du fac lacrimal. Quand le ma-
lade eft couché, le fac lacrimal ne forme plus de pli ».
la liqueur s écoule dans le nez , & la tumeur difparoit*
Une inflammation qui fument au grand angle de
l'œil, à la peau & à fa graïffe qui couvre le mufcle*
orbiculaire , eft un anKilops qui , fort qu'il fe refolveou
q'u'il fupure , n'endommage pas le fac LacrimaL Mais û
elle s'étend jufqu'au mufcle orbiculaire, & à la graine
qui elt au-deiïous , elle pafle bien-tôt jufqu'au ïke la-
crimal , & y occafionne un engorgement*
L'abondance & i'épaifilTement de l'humeur qui fe
filtre par les glandes pituitaires > peut en occasionnant
ce qu'on appelle vulgairement rhume du cerveau,
caufer encore une obitruction & un engorgement du fac
Jacrimal.
Enfin les mauvaifes qualitez de la liqueur lacrimale, qui
font fa vifeofité & fon acreté , peuvent caufer les mêmes
effets. On conçoit aifément qu'une liqueur épailfe & vif-
queufe ne coule qu'avec peine , 8c peut s'arrêter dans un
canal auffi petit que le canal nasal , dont l'ouverture in-
férieure eft quelquefois fort petite.
Les liqueurs acres occafionnent l'excoriation des par-*
t?es par ou elles panent. Si la liqueur lacrimale a ce dé-
faut, elle ulcerede fac lacrimal , & le pus tombant dans;
le canal nazal s'arrête & le bouche. Ces mauvaifes qua-
litez delà lymphe lacrimale font quelquefois des fuites
jde la petite vérole.
Dans tous ces cas , l'œil eft çcuiôurs couvert de lar-
mes, & l'on voit à l'angle interne une tumeur plus ou
moins grofte , qui fe vuide par les points lacrimaux
lorfqu'on la comprime avec le doigt, ce que les mala-
des font portez à faire d'eux-mêmes de tems en tems«
La liqueur qui fort alors eft l'humeur lacrimale toute
feule ou mêlée avec une matière purulente, s'il y a un
ulcère au fac.
La compreflion peut aufli obliger l'humeur à pafter pat
«dedans le nez, quand l'obftru&ionn'eft pas fi confidé-
rable , ou qu'il n'y en a pas, comme lorfque la tumeuE
eft une hernie fimple du fac lacrimal
Quand l'ulcère fe trouve au côté du fac qui recou-
vre l'os unguis* cet os eft bien-tôt découvert & altéré*
Toutes ces maladies , qui font autant d'efpeces de ce -
que l'Auteur appelle fiftule ouverte par dedans , n§
Nn ij
56*4 Dés Opérations de CftiRtTRGïE ,
font que des maladies du fac ou du canal lacrimaî,
& ne doivent être, à parler exactement, appelléesfiftules
que quand elles occafïonnent à l'extérieur du grand an-
gle de l'œil un dépôt qui fe fait une petite ouverture
par où le pus fort avec les larmes ; mais alors ces ma-
ladies ceflenc d'être ce que l'Auteur appelle fiftule ou-
verte 'en dedans , & deviennent ce qu'il appelle fiftule
cuve: te au- dehors.
Ce dépôt vient du long fejour de la liqueur lacrimale
dans le lac, foit que les malades n'avent pas foin de
comprimer la tumeur, ou que la liqueur (oit crop
épaitfe pour céder à lacompreiiîon.
il fe peut former, au grand angle un petit abfcés qui
ne vient point de la rétention des larmes dans le fac,
&: qui preduirles mêmes effets que -celui dont on vient
de parler.
Ces dépôts peuvent fouvent carier l'os unguis ou quel*
qu'autre os du voifin âge.
L'abondance du pus qui fort par la fiïtuîe ou par les
points lacîimaux lorfqu'on preflfe le iac,eil un indice
de l'altération de l'os, Pour s'en afiurer , on introduit par
l'ouverture externe , s'il y en a une, an petit ftilet avec
lequel on reconnoitiiTos eil découvert» Quand il n'y a
point d'ouverture extérieure , on fe fert de la petite fon-
de T. appeilée ibnde à fonder les points lacrimaux. On
tex m"mi*^miï0 l Par *un ^e ces ^eux P°*nts* M> Iun^ers * dit
" queSthai eft le premier qui ait fondé les points lacrimaux»
il fe fervoit d'une petite corde à boyau au lieu de fonde.
appétilTenc l'œil , Se l'atrophient. La carie ron-
ge ordinairement , 8c pénétre jufques dans les os
du nez -, ce qui rend l'haleine forte &c puante , &
la guérifon très-difficile : mais quand la fiftule eft
récente , Se qu'elle a fon orifice éloigné du globe
de l'œil, elle laiiTe beaucoup d'efperance d'un heu-
reux fuccès dans le traiternent^foic par les remèdes,
Manière de ^ok par l'opération.
traiter la En l'une de en l'autre manière de procurer la
P aye' cure des fiftules lacrimales on doit préparer le
corps par un bon régime de vivre , par faignées ,
purgations , ventoules & veilîcatoires. Si on fe
veut donc fervir de la voye la plus douce , qui eft
celle des médicamens , il faudra traiter autrement:
\S i x i e'm e D e'm orjtratiok. 56"$
«elle qui n'eft ouverte qu'en dedans , que. celle qui
l'eft en dehors (<*).:.
(a) Tous les defordres dont j'ai parlé dans îa re-
marque précédente, fe peuvent réduire à trois ; fçavoir
l'engorgement des routes de la liqueur lacrimale , l'ul-
cération du. fac lacrimal, du canal nazal& des parties
voiiînes; & la carie de l'os.unguis ou des os voiiîns.
On rétablit le cours des larmes de deux manières dif-
férentes , en débouchant leur voie ordinaire , ou il cela
n'eft pas pofïible, en leur, formant une route nouvelle.
Les moyens qu'on emploie pour déboucher le paiTage
naturel des larmes font différents , fuivant les différen-
tes caufes , & les diffère ns degré z de Fobftmction du
fanal.
Si l'engorgement vient de la perte du relïbrt du fac la-
crimal qui occafionne fa dilatation Se fa fortie en dehors
qu'on a appelle hernie du fac lacrimal , il faut compri-
mer le fac de la manière que l'Auteur va décrire , ou par
le moyen d'un petit bandage d'acier connu fous le nom
de bandage pour la fiftule lacrimale. On ne doit point
faire cette compreflfion pour procurer un recollement au
vuide , comme le dit. l'Auteur , mais pour contenir feu-
lement les parois du fac lacrimal dans leur état naturel >
& faciliter par ce moyen le retabliftement de fon
reftbrt.
Lorfque l'engorgement a commence par l'obftruolion
du canal nazal , & que cette obftrudlion ■ n'eft pas con-
fîdérable , on peut y remédier en injectant pendant quel-
que tems dans ce conduit , par les points lacrimaux , un
mélange d'eau (impie & d'eau vulnéraire. On le fert
pour cela de la petite feringue V. appellée feringue
pour les points lacrimaux. Par ce moyen on rétablit
ta liberté du canal , & Ton en guérit même quelquefois
l'ulcération, s'il y en a., & fi elle n'eft point invétérée.
On peut auiïî tenter de déboucher le canal en y in-
troduifant par les points lacrimaux & par le fac, la
petite fonde à fonder les points lacrimaux.
Quand les injections paiTent dedans le nez,qu'il n'yaplus.
de larmoyemens, &■ qu'en pr-eftant l'endroit du grand
angle où repond le fac lacrimal , on ne fait point fortir
de matière purulente par les points lacrimaux : on eifc
fur que le canal eft débouché , que l'ulcère , s'il y en
a eu , eft -confoli.de , & que la guerifon eft parfaite.
L'obftrucrion du canal eft quelquefois fi confîde-
sabie , cme les injections & la fonde ne fumTent p%$:
N n iij
$66 Des Opérations de Chirurgie ,
pour y remédier. Il faur alors en venir à une opéra*
tion fort délicate. Un aide appuie le pouce for la corn-
miiïure des paupières du côté du périt angle , & les tire
pour tendre ia peau, ce qui fait fane une petite faillie au
tendon du muicie orbiculaire. Le Chirurgien porte la
pointe d'un petit biilouri demi-courbe au deffousdecç
ten ion , au rebord de Vôjjhké ? & à trois lignes de la
commuTure des paupières , il là plonge doucement dans
le fac lacrimal 5 fans toucher à Tes , &: bit une iiicifion
qui fe termine vers le tendon du mufcle petit oblique.
S'il s'eit fait une petite ouverture extérieure, il la tra-
verse en faifant hnçffîon* Il gliife enfuite fur le dos du
biitouri une fonde qu'il introduit dans le canal , afin de.
le déboucher.Il retiré la fonde3&lui fubiticue une bougie
fine ou un petit feton compofé de deux ou tro is brins de
fil qu'il faitioTtir parlerez. Il peut auffi ne fe fervir que
d'une petite bougie de cire,ou une petite tente deplomb
qu'un porte feulement un peu au-delà du trou du canal
nazaï. Ces quatre dlfferens moyens de tenir le canal na-
%û ouvert , ont tous réuifw fl injecte de tems en tems par
les points lacrirnaux Sz par l'ouverture du fac , quelque
liqueur caeterfive pour guérir i'ulcere; cependant il en-
tretient par le moyen d'un petitbourdonnet>Fouveiture
extérieure des tegttmens,
Quand il juge que le canal eit. bien formé &rque l'uîce-
re eit ciçatrite, il ne fe fert plus de feton , ni de bougie ;
il met feulement fur la plaie extérieure un petit emplâtre
de l'Abbé de Grace>& continue encore pendant quelque
tems de faire les injections par les peints herimaux.
Quelques Praticiens au lieu de fe fervir de feton ou de
bougie , -mettent dans le canal une petite canule d'or ,
d'argent ou de plomb , qu'ils y laifïent lors même que fa
pi* ie fe ferme , Se qui tombe par la fuite dans le nez.
S'il étoit poffible de taire des injections dans le canal na-
-zal par Ion orifice inférieure qui eit dans le nez,en fe fer-
vant d'une petite feringue.dont Je tuyau feront tourné de
manière qu'on pût le faire entrer dans cette petite ouver-
ture^ fi l'on s^ccoutumoit à fe fervir de cette méthode 3
on la prefereroit peut-être aux autres en bien des cas.
Il peut arriver due les parois du canal nazal fe gonflent
&feçolent fi exactement qu'on ne puiiTe le rétablir. Il
faut alors faire une nouvelle route aux larmes. On eit
encore obligé de fuivre cette méthode , lorfque l'os un-
gu's eft carié. On feait que cet os ; eft Ci mince qu'il fe per-
ce en s'exfoliant. Cefî pourquoi fans attendre l'exfolia-
tipn on lebrife Se l'on perce la membrane pituitaire dan^
l'endroit qui -ietouchc , pour faire un canal par où le§
larmes puaient couler dans lene_£.
'Sixie'meOe'monstration. « 567
On fait cette opération de différentes manières. l'Au-
teur propofe celle que l'on a fuiie pendant long-terns ,
on verra dans une des remarques fuivantes la perfe&ion
à laquelle les Modernes l'ont portée.
, En décrivant les moyens dé remédier à l'engorgement
des routes de la liqueur lacrimale , on n'a pu s'empêcher
de rapporter ceux qu'on employé pour guérir l'ulcéra-
tion du canal nazal & du fac lacrimal, celle des parties
vo.fi .es , & la carie des os ; parce que ces maladies
fe trouvent allez Couvent compliquées enfemble. Ce
qu'on a dit de ces moyens fait aflèz fcntir que pour les
employer avec lu ce es , il faut avoir une parfaite con-
noiCïance de la ihudture-des canaux par eu les larmes
s'écoulent, & de toute* les parties voinnes.
Si les défordres dont on a parle viennent de la mau-
vaife qualité des larmes, ou de quelque virus répandu
dans le fang , le traitement local ne iuffit pas j il faut
auifi corriger le Yice des liqueurs 5 par les remèdes con-
venables,
Quand il n'y a qu'une petite éminence en de-
hors , de qu'en la preflànt la matière qui la £nf oit -
s'écoule par dedans l'œil , on a fujet de croire que
cette matière eft bénigne 3c douce , ôc qu'elle n'a
pas auez d'acrimonie pour uier la peau 3c fe faire
une iflue au-dehors -, .&: quand elle n'a pas pu per-
cer la peau s on a raifon de penier qu'elle n'aura
pas été non plus capable de ronger le période 5
Se que l'os n'en: point découvert , cette purulence
pouvant s'amaffer dans un petit lac entre la peau
Se le pericrâne fans caufer aucun défordre qui air
de mauvaifes conféquences. Quand cela eft ainii ,
il n'y a pour guérir qu'à empêcher la matière de
s'accumuler dans ce vuide , Se on y réuffit par la
fimple compreilion avec laquelle j'en ai guéri plu-
fieurs , 6c particulièrement des enfans. Je mets
un petit emplâtre de cerufe brûlée fur l'endroit de
la tumeur , 3c une petite compreiTe triangulaire de
l'épaiiTeur d'un demi poulce par delTus pour rem-
plir le coin de l'œil. Sur cette compreiTe , j'ea
applique une antre de même figure êç, de même
N n iiq
5 Se
cicatrifé fuivant les méthodes communes.
Tous les Praticiens difent que le remède le
plus fur Se le plus prompt pour la fiftule lacrymale,
c'eft le cautère actuel dont on touche l'os pour le
faire exfolier \ Se comme cette opération eft très-
délicate , Se qu'elle demande pour être bien exé-
cutée un fçavoir-faire acquis par de profondes ré-
flexions Se par un long ufage , nous examinerons
avec attention comme nous avons fait aux autres >
ce qu'il y a à prévoir Se à opérer avant que de eau-
terifer l'os , ce qu'on doit obferver en le cautéri-
fant , Se la conduite qu'il faut tenir après l'avoir
cauterifé.
Avant que de porter le feu fur l'os \ on "regar-
dera en premier lieu s'il n'y a point d'ouverture en
dehors, ou ii l'ouverture qu'on remarque eft d'une
S i x i e'm e D e'm onstration, 5^9
grandeur fufrifante. Quand il n'y en a point il en
r r • o il! n_ ■ -î c Préparation
faut taire , ce quand elle elt trop petite , il mut & précaution
l'aerandir ; nour cela les uns veulent comme The- p°"* cautétU
D- }- • s fer.
venin , qn on mette un cautete potentiel entre
l'œil (a }de la Pia^i.
par deflTus lefquels on met un petit emplâtre de ce-
rufe R. d'une figure convenable à la partie , cou-
vrant l'œil d'un défeniif Ôc d'une comprefïe trian-
gulaire avec le bandage ordinaire pour la ridule
lacrymale : on le fera avec cette bande T. dans la
fuite du panfement il faut empêcher que la chair
ne fe reproduife en trop grande abondance ; <5c
qu'elle ne recouvre l'os avant qu'il foit exfolié:
c'eft-pourquoi dès qu'elle furmonte il faudra la
coniumer avec les poudres &: les onguens dont je
vous ai parlé, Quand on croit que cette féparation
de l'os a été faite , ce qui n'eft pas toujours fenii-
ble, mais ce qu'on peut conjecturer adez fûrçment
par une bonne chair qui vient de l'os de qui y eft
brife cet os Si l'on perce la membrane pituitaire avec
le poinçon d'un trocar qu'on porte perpendiculaire-
ment defïus. Quand cet ïnitrument a perce la mem-
brane, ce qu'il doit mieux faire que tout autre inilru-
ment moufle qui peut la décoler , il fort du fang par le
nez , &il en tombe dans le gofîer du malade- On tour-
ne le poinçon du trocar pour achever de brifer l'os. On
retire les petites pièces otfeufes qui fe prefententi les au*
très tombent dans la fuite avec la fupuration,
f~) Lorfqu'on a percé l'os unguis & la membrane pi-
tuitaire avec fe cautère ou avec Je poinçon du trocar , il
faut avant de remplir la plaie de charpie , introduire
dans l'ouverture qu'on a faite une tente de charpie,
ou de toile , ou d éponge préparé , ou de plomb , ou de
bois, les tentes de bois & celles de plomb font plus foîi-
des que les autres , & il n'eft pas nécefTaire de faire de_
comprefïion pour les maintenir. Si les chairs croiiîenc
trop dans la fuite, on les confumer avec la pierre infer-
nale pour entretenir l'ouverture extérieure jufqu'à ce
qu'on ait fermé & cicatrifé le nouveau canal. On retire
^on la tente $ç V on çicatrife l'ouverture externe,
571 Des Opérations de Chirurgie,'
Fortement attachée , on laiûera incarner la plaie
Ôc on en procurera la cicatrice (a).
Je finis , Meilleurs , cette Démonftration par
deux Opérations qui font de notre fujet , Ôc qui
bien que peu confidérables en apparence ne deman-
Bc deux g dant pas toute l'induftrie du Chirurgien, ont pour-
râoiM?mpor. tant des utilitez allez grandes , Tune eft d'empê-
|antes ., mais cher les enfans de loucher, ôc l'autre de mettre un.
œil de verre à la place de celui qui a été perdu.
Es enfans font louches, ou naturellement
quand ils apportent ce vice en nai(ïant , on
par accident pour avoir été couchez dans un faux.
, jour où la lumière leur venoit de coté , au lieu
qu'on doit toujours fituer le berceau enforte qu'ils,
ayenr les pieds tournez vers la fenêtre durant le
jour s de le foir la chandele vis-à-vis d'eux ; car
ils ne manquent jamais de tourner leur vue du coté
de la lumière , ce qui fait prendre dans une autre
fituation de leur lit la méchante habitude aux muf-*
clés de tirer le corps de l'œil inégalement. Dès
qu'on apperçoit ce défaut , il y faut mettre ordre
par le moyen des beficies V. qui dirigent leurs
yeux 6c les accoutument à regarder chaque objet
droit au devant d'eux en fe tenant dans une litua-
tion paralelle l'un par rapport à l'autre. Les beiicles.
font des inftrumens faits d'ébeine creux dans leur
milieu du côté qui regarde les yeux , ôc percez
d'un petit trou ou quelquefois on met un verre
qui conferve encore ces organes , qu'on doit mu-
(a) Il refîe quelquefois un larmoyemenc après l'opé-
ration quoiqu'elle ait été bien faite- Peut-être cela v ient-
il de ce qu'on a déchiré les parois du fac lacrimal en en-
fonçant l'os unguis. Si ce déchirement s'eii étendu juf-
qu'à la portion de ces parois où aboutir- la réunion des
points lacrimaux , il paroïtneceiTaire que ce petit canal
fe bouche & fe cicatrïie , parce que cette portion dé-
chirée (ervoit à maintenir fon ouverture. Il faudroit
donc chercher un moyen pour empêcher cet inconve-.
nient & entretenir l'ouverture de ces petits canaux.
Si x i zm e Démonstration, 575
îûr de Tes beficies jour Se nuit pendant quelques
années , fi on veut redrefter fûrement une vue qui
aura été longtems tournée de travers.
OUoique la fabrique Se l'application des yeux
de verre , nc-femblent être à préfent que du
reftort des Oculiftes , c'eft néanmoins une opéra-
tion de Chirurgie 5 laquelle eft comprife fous la
quatrième efpèce qu'on appelle protèfe , & qui
ajoure a la nature ce qui lui manque. Quand un D j, .j
'homme a perdu tin œil par quelqu'accident que ce tificicl.
loi: on en fait faire decryftaî tel que l'un de ces
deux marqués X. & Y. de même figure que l'œil
qui relie , & même un peu plus grands , car ils
doivent être enclavés fous la paupière pour y pou-
voir tenir. Ils font peints de la même couleur que
le naturel, ôc on les fait cuire au fourneau, comme
le verre peint des Eglifes. Quand l'œil artificiel eft
bien placé , il paroît comme l'autre , excepté qu'il
ne peut pas fe mouvoir fi ce n'eft quand le corps
de l'oeil aveugle n'étant pas fort atrophié ôc ref-
ferré , le verre peut s'ajufter deftus j car alors on
lui voit quelque mouvement qui dépend de celui
du globe de l'œil fur lequel il eft placé. Ceux qui
s'en fervent font obliges d'en avoir plufieurs de
refetve , parce qu'ils peuvent tomber de fe cafter.
Par le moyen de ces yeux artificiels on corrige
une difformité choquante , & de la manière qu'on
les fait aujourd'hui ii y faut regarder de près pour
s'appeixevoir que c'eft l'art qui a réparé le défaut
de la nature (a).
(a) Pour placer un ceil de verre, il faut que le vo-
lume de l'œil dont on a perdu l'ufaçe , Toit diminué au
moins d'un quart de fa grofTeur ordinaire : car s'il écoit
entier on feroit obligé de le diminuer de cette manière.
Un aide écarte les paupières avec le doigt ou avec un
fpeculum oculiXe Chirurgien pafTe, par le moyen d'une
aiguille , un fil au travers de l'œil , à peu près à une ligne
de la cornée tranfparente. Il en forme uneanfe dont il
âent les extrémités s pendant qu'il coupe circulaire-
574 &ES Opérations de Chirurgie,
Mais quoiqu'on faffe porter à des enfans lou-
ches des beiicles ou d'autres mafques femblables %
pendant dts années entières , il eft néanmoins très-
rare que leur vue fe redteffe par ces fortes d'in-
ftrumens , c'eft-pourquoi je confeillerois de tenter
d'autres moyens , qui feroient par exemple , d'af-
fujettir les globes des yeux dans une fîtuation
droite , ou un peu plus tournée du côté oppofée a
celui ou ils fe dirigent par dépravation , y em-
ployant des efpèces _d*yeux artificiels ou des demi-
fpheres creuies qu'on alîureroit par quelques ban-
delettes , & dans lesquelles les yeux feroient fixe-
ment engagez s par la même mécanique dont on
ufe pour redrerTer des tailles qui le déjettenr.
D'ailleurs il feroit à propos d'appliquer fur la
partie foible > je veux dire, fur celle d'où les yeux
s'éloignent , un cataplafme fortifiant , &c de l'autre
côté , quelque choie de piquant' ou d'incommode
qui obligeât continuellement laperfonne à s'ef-
forcer de les en retirer, ce qui les affermirait dans
le bon état où l'on a deifein de les mettre.
De plus , comme on a remarqué que les yeux de
tous les louches étoient fort voûtez en devant t ôc
qu-ils s'y terminoient prefqu'en pointe , d'où il
arrivoit qu'ils ne pouvoientbien voir que de près,
ôc en fe dirigeant de travers, d'une manière défa-
gréable , il faudroit que la concavité des demi-
fpheres fut applatie , enforte que ces organes en
s*y moulant y contractalTent une figure plus conve-
nable au naturel.
ment la cornée opaque avec un biftouri à une ligne de la-
cornée tranfparente. Quand il a commencé avec le bif-
touri, il peut achever avec des cifeaux. Il emporte
toute la cornée tranfparente & l'iris» Il panfe l'oeil
avec un défenfif, & il fai^ne le malade pour prévenir
les aecidens. Le globe deY œil ferefTerre peu a peu,
fe referme, & la plaie fe guérit. L'or il artificiel reçoit
des paupières & de ce qui relie de l'œil un mouvement
qui imite le naturel.
Fin d* U Sisitme VimonjlrAtim*
IxXXVU.POUR 11 OPERATION DIT POLYPE
57?
il 4WI
8Éft -"^w
v^^^^^tr^R^^^^A
OPERATIONS
CHIRURGIE,
SEPTIE'MM DEMONSTRATION.
De celles qui fe pratiquent à la F#ce.
DU POLYPE.
Uifqu il eft vrai, Meilleurs, que toux J-* but deJ*
/• > j ■ ./rii ■• , Chirurgie,
a icience du Chirurgien , n a point
d'autre fin que de maintenir ou de
rétablir l'homme dans la jufte propor-
y tion de toutes les parties de Ton corps ;
c'eft ici principalement où. il doit redoubler fon
application & employer tonte fon adrelfe pour
conlerver a la face cette perfection qu'elle a reçue
de l'Auteur de la nature. Cette partie quoique l'i-
mage de Dieu , n'eft pas moins attaquée par des
maladies que le refte du corps -, c'eft auffi ce qui
fait qu'elle ne nous fournit pas moins d'occaiions
d'exercer notre induftrie : Se comme les opérations
qui regardent la face demandent encore plus de
délicate (Te que celles qu'on fait aux autres parties,
f57? Des Opérations de Chirurgie,
je vais tâcher de vous les démontrer avec toute
l'exactitude poffibie* Eiles feront tout le fujet de
notre entretien.
On fait tant de différentes opérations à la face
qu'il nous feroit impolîible de les renfermer tou-
tes dans une journée -, Se quoique nous expliquâ-
mes hier celles des yeux avec celles de la tête >
vous verrez que celles qui relieront fuffiront pour
remplir la Démonftration d'aujourd'hui. Je com-
mence par celles du nez.
L "Ethnologie de polype dérive de deux mots
grecs, fçavoir de poly qui veut dire beaucoup,
Se de pus qui iignifie pied -, parce que la chair qui
. fait cette maladie eft. femblable au poiffon marin ,
dit polype , en ce qu'elle a beaucoup de racines
qui ont du rapport avec les pieds de ce poifïbn ,
c eft-pourquoi les Latins lui ont doané le nom de
multi pedes.
C'eft une excroiffance de chair fongueufe Se
fuperflue qui le forme Se s'accroît dans les narines
où elle incommode la refpiration. Le polype eft
ordinairement" attaché à l'os cribleux ou etmoïde ,
,6c fouvent aux lames offeufes .du nez , lelquelles
étant fpongieufes peuvent plutôt le produire que
les os propres du nez qui font d'une fubilance plus
dure.
Son origine. Les polypes fuccedent très-fouvent aux ozènes
Se aux ulcères du nez caufez par fluxions d'humeurs
acres Se attrabilaires qui ayant corrodé «la mem-
brane dont les lames offeufes du nez font couver-
tes donnent lieu à cette chair da»s'engendrer Se
d'augmenter tous les jours , Se d'autant plus fa-
cilement qu'on n'y peut pas porter de remèdes
pour la confumer dans fon commencement (a).
Les
(à) Il faut diftinguer deux fortes de polipes. Les uns
font des excroiflances , formées par l'engorgement des
glandes qui tapiffent les parois cte la membrane pitui-.
Septi e'me De'monst.Ii Af iotf. 577
Les humidicez furabondances qui tombent fur
cette partie , &c un fang pituiteux Ôc crud , lui
fervent de nourriture : ee fang n'étant pas de qua-
lité à produire de bonnes chairs & a être transfor-
mé en la fubftance des parties , il remplit les po- >
rofitez des lames du nez , où trouvant quelques
bouts des fibres de la membrane muiqueufe 3 hors
de fon tiiïu , il les anime ëc en forme les racines
d'un polype , qu'il fomente & qu'il poufle dé telle
forte que non-feulement cette exeroiffanee rem-
plit les narines , mais elle fe fait voir encore dans
la bouche derrière la luette j quelquefois même
elle fe prolonge jufqu'à defeendre dans le conduit
de la trachée- artère > en danger dé furToquer le
malade en dormant 3 fi on n'y prenoit pas garde.
Il y en a qui occupent tellement les narines *
cjue le nez en devient dur &: fehireux *, on ne ref-
pire pour lors que par la bouché avec beaucoup de"
peine , 8c comme en ronflant. Quand les deux na-
rines font ainfi tout à fait bouchées , le mal efl
prefque incurable , parce que cette obftructiori
qui empêche le paflage de l'air fi néceffaire à la
Vie , étant dans un endroit fort profond > & ayant
quantité de branches , eft très-difficile à lever pat
l'extirpation de ces productions. On prétend que
les chevaux font fort fujets à cette incommodité
qui les rend poufîifs*
Si nous jettons les yeux fur la {îructure de la ^ foémbrâï
membrane intérieure du nez > nous verrons qu'elle "e pituitaire
a grande part à la génération dû polype * parce Jftlef f^e
qu'elle eft très-capable de donner fondement & «luire,
matière à des excroiffances , étant épaifle * fpon-
gieufe , toute pénétrée & abbreuvée d une humeur
gluante qu'elle fépare du fang par la propriété dti
taire, tes autres font des exténuons cle cette mem-
brane alongée peu à peu. On pourroit donner aux pre-
miers le nom de polypes vafculaires, & aux autres eeliîl
de pélypes veflkulaires*
Qq
57§ Des. Opérations de Chirurgie,
tiiîu de fes fibres de de la configuration de fes po-
res , ce qui contribue beaucoup à la formation de
ces chairs fongueufes & furabondantes.
| Pour avoir une idée de leur génération, il n'y a
qu'à faire reflexion que le fang peut être chargé
de parties vifqueufes , foit par l'ufage de certains
alimens indigeftes , foit par le vice des fermens de
des filtres naturels , de manière que ces parties em-
baraflantes ne pouvant fuivre les autres principes
de cette humeur, les abandonnent , furtout dans les
endroits, comme les cavitez du nez, où il y a très-
peu d'organes qui hâtent le cours des humeurs : les
mucofitez s'accumulant donc dans la membrane
qui tapiffe l'intérieur des narines , la gonflent eii
dilatant fes vailTaux & fes glandes autant que fes
fibres font excitées à fe poufler &c à s'étendre par
l'irritation de ces matières qui fermentent de s'ai-
grhTent par leur féjour.
$*«diverfes On remarque cinq efpèces de polypes. La pre-
efpeccs. nùere eft comme une membrane fongueufe &c mo-
lafle reflemblant à la luette relâchée relie s'attache
au cartilage du milieu du nez , tk fe remplit d'une
humeur tenace 3c pituiteufe. La féconde eft une
chair blanchâtre , éminente, ronde de molle au
toucher j elle provient d'un fang phle'gmatique ,
ôc s'accroît inlenfiblement jufqu a occuper toute
la cavité d'une narine , Ôc quelquefois celle de
toutes les deux. La troifiéme eft une chair plus
dure , de couleur brune , un peu douloureufe , en-
gendrée d'un fang groffier , mélancolique , &
prefque brûlé , faute de lymphe qui le délaye. La
quatrième eft une tumeur dure , femblable a de la
chair deflechée à la fumée , quand on la touche ,
elle fait du bruit comme fi on frappoit fur un corps
folide , elle eft infenfible & on la peut mettre au
' rang des fchirres confirmez. La cinquième eft une
ouplufîeurs tumeurs carcinomateufes attachées au
cartilage du nez > & produites d'un fang mélan*
S eptië'mê Démonstration 575?
Colique ôc adufte -, elles font douloureufes & tien-
nent dejla nature du cancer. De toutes cqs efpèces*
les unes font fans ulcération , quoiqu'elles rendent
une humidité fanieufe & vifqueufe , les autres font
ulcérées , de il en découle fans celle une fanie fé-
tide d'une horrible puanteur.
On connoîc le polype par la vue ôc par les fym- Moyen dé
ptomes. Pour le découvrir a 1 œil il n y a qu a raire polype,
pancher en arrière la tête du malade qu'on aura
mis au jour *, car on verra une tumeur qui remplif-
fant la- narine, monte & defeend félon les mou-
vemens de la refpiration -, &: s'il étoit mal aifé de
la faire paroître de cette manière , il faudrait
avec le fpeculum najî E. dilater la narine pour
voir jufques dans ion fond. Les accidens qui l'ac-
compagnent ÔC le manifeftent , font que le nez
devient plus gros par la tumeur qu'il renferme , le
malade ne relpire qu'avec peine à raifon de l'em-
barras qui eft dans le palTage de l'air , en refpirant
comme s'il ronfloit , il a toujours la bouche ou-
verte en dormant*
Le jugement qu'en doit faire un Chirurgien 3 du pregno*
dépend de la nature du polype ; ceux qui font car- ftic*
cinomateux Ôc chancreux font incurables 3 ce qu*il
connoîtra par la dureté de Pexcroiffance > fa livi-
dité , fa puanteur , fa douleur , fa couleur plom-
bée & fon adhérence aux lames olTeufes. Il ne faut
point toucher à de tels polypes , mais ceux qui
font indolens , mois > rlafques , blancs ou rougeâ-
tres fe peuvent guérir -, c'eft fur ces derniers qu'il
eft permis d'entreprendre l'opération.
Les Auteurs nous propoient cinq manières de Plufieuri
la faire. i°. Par contufion. 20. Par cautérifation. ?,amerc!
30. Par ligature. 40. Par inciiion. 5 °. Par arrache-
ment. Je vais vous faire voir les moyens qu'ils nous
donnent pour y réulïir , ôc vous jugerez quelle eft
la meilleure méthode.
Ils veulent quonfe ferve de corrofifs aux pe*
" Oo ij
580 Des Opérations de Chirîjrgii ;
tits polypes qui ne font gueres avant dans le nez &C
qui fuccedent a quelques ulcères de cet organe : à
ce deiTein ils recomandent le calcantum , la chaux ,
l'orpiment, ou l'efpritde vitriol pour les confu-
merpett à peu (*).
La caurérifation avec le cautère ou potentiel ou.
actuel sert anciennement pratiquée aux polypes de
grorfeur médiocre &c dont la baie étoit large. Ils
dilatoient la narine avec le fpecuhim nafi> afin
d'y introduire enfuite une canule qu'ils pofoient
fur la tumeur 8c par la cavité de laquelle ils por-
toient un bouron de feu qui brûlant cette chair en
Faifoit un gréfillement comme quand on rôtit du
boudin : l'efcarre que le feu avoit faite étant tom-
bée ,ils recommençoient la même application , 8c
tontinuoient ce manège jufqu'à ce que toute la
tumeur fut emportée.
Ils confeillent la ligature aux tumeurs grêles qui
font étroites dans leur racine , 8c ils prétendent
qu'elle peut réunir en pratiquant de cette forte : on
prendra une grande aiguille courbe C. de plomb
ou de fil de léton , 8c on l'enfilera d'un gros fil
ciré B. dans le milieu duquel on fera un nœud-
coulant qu'on mettra fur le bord d'une pincette à
bec de corbin. A. comme fi on vouloit faire la li-
gature de l'extrémité d'un vailTau. On empoignera
la tumeur avec ce bec de corbin , puis on coulera
jufqu'à la bafe de cette excroiiTance le nœud donc
on la ferrera , après qu'on aura parlé l'aiguille par
la narine > 8c qu'on l'aura retiré par le palais -, car
cette aiguille amenant avec elle un des bouts du
fil , on le retirera en même tems qu'on tiendra
l'autre bout qui fera refté hors Mu nez , 8c ainfi
relTerrant tous les jours le fii , on fera à la fin féj>a-
(a) Les Praticiens préfèrent à prefent à ces corrofîfs
le beure d'antimoine , & la poudre de fabine mêlée avec
celle d'ocre. L'eau d'alum i quelquefois guéri dçs poli-
pes vefficulakes qui commen soient à naître.
Septie'me Démonstration, 5S1
rer ôc tomber le polype. Cette ligature eft bien in-
ventée , mais je la crois de difficile exécution.
Ceux qui opèrent ici par l'incifton ont prérendu, vînciûon
avoir mieux rencontré, ôc véritablement cette nia- fuJ«ce à de
nierea été en pratique pendant plufieurs iiécles , convéniens.
ôc approuvée par Guidon Ôc par d'autres Maîtres ;
ils avoient inventé un infiniment D. qu'ils appel-
aient Polypiconfpation , de polypfis qui veut dire,
polype , ôc de fpation qui veut dire fpatule , parce-
qu'il en avoit la figure 5 cet inftrument fait exprès
pour cette opération n'étoit tranchant que d'un
côté de toute fa longueur , ils l'introduifoient dans
le nez , le plus avant qu'ils pouvoient , ôc coulant *
fon tranchant entre les parois de cet organe ôc le
polype , ils le féparoient en prenant garde de ne
rien couper du cartilage, ce qu'ils avoient delà
peine à éviter , la cavité de la narine étant tor-
tueufe. Quand par ce moyen ils croyoient n'avoir ,' , , 3 ,
, r . . ] ., r \ , 1, m , Méthode de
pas emporte tout le polype , îlsrendoient 1 aile de quelques-uns
la narine jufqu'à l'os du nez , ôc ils tâchoient de
trancher les relies de cette excroiflance jufques
dans les racines ; l'opération faite , ils recoufoient
par un ou deux points d'aiguille > ce qu'ils avoient
fendu de la narine. Quelques-uns de ces fameux
Praticiens prenoient une ficelle a laquelle ils fai-
foient des noeuds , diftans l'un de l'autre d'envi-
ron un pouce , ôc l'ayant pafTée par la narine pour
la faire for tir par le palais , ils tiroient la ficelle
tantôt par un bout, tantôt par l'autre , efperant par
le moyen de ces nœuds > faire détacher les reftes
du polype (a).
La cinquième manière eft de l'arracher.. Fabri-
cîus fe donne la gloire d'en avoir été l'inventeur y
(a.) Ce moyen d'emporter les polipes eft décrit par Fa- vîcs obferv
briciusd'Aquapendente. Il y a quelques années que je deM^cdranl
Ta! vu employer avec fuccèsà la Charité de Paris , pour
«iéttuire des reftes qu'on n'avoit pu arracher. .
Oo iij
58Z Des Ope'rations de Chirurgie,
on lui en doit avoir de l'obligation , puifqu'elle
paraît la meilleure. On fait feoir le malade dans
une chaife un peu panchée en arrière , ôclui ayant
' tourné le vifage du côté du jour , on peut dilater
la narine avec le fpeculum Najî E, pour y porter
une pincette F. faite en bec de canne par fon bout
avec laquelle on pince le polype le plus haut & le
plus près delà bafe qu'on peut , on la tourne en-
fuite un tour ou deux , de tirant doucement , on
l'arrache avec fes racines , après quoi on la laifTe
faigner un peu de tems , afin de décharger Se de
défemplir la partie. Quand même le polype s'avan-
cerait julques derrière la luette, cette production
a coutume de fuivre la branche qui fe trouve dans
le nez , parce qu'elles font continues lune a. Pau-^
tre. Mais fi celle-là qui fe montre derrière la luette
étoit longue &c grolle , il ferait plus a propos
d'arracher le polype par la bouche que parle nez ,
ce qu'on exécute aifément avec une tenette courbe
G. qu'on peut pouifer dans les fentes nazaies qui
font plus grandes que les cavitez du nez , obfer-
vant de ne pas pincer la luette qui efb placée au
dedans du polype (4).
Précaution. Suivant la defeription que je vous ai faite de
a prendre. . r ± / .
ce mal, vous avez conçu qu il avoir plulieurs pieds
ou racmes par où il reçoit fa nourriture -, or par les
quatre premières méthodes que je vous ai expli^
quées , on n ote que le corps de la tumeur , les ra-
Ça) On ne peut pas emporter par le nez les polypes
qui defeendent derrière la luette & jettent la cloifon
charnue en devant. Car ce qu'on voit de ces fortes
de polypes dans les narines n'en elt qu'une petite por-
tion , qui fuit aifément le refle du corps polipeux , quand
on l'arrache par la bouche. Pour les tirer plus facile-
ment de cette dernière manière & les emporter entière-
ment , il faut à l'imitation deiM.Petit couper avec un bi*
ilouri la cloifon charnue du palais, & fe iaifîr enfuite du
polype avec des pincettes courbes ou avec les doigts.Les
pincettes X< dont on fe ferc à prçfent pour cette opéra-
Septie'me Démonstration. 5S3
cines reftant toujours^ c'eft-pourquoi il ne faut pas
s'étonner fi elle repoulTe , vu qu'il en eft de même-
qu'aux plantes ôc aux arbres qui ne manquent pas
de revenir quand on ne fait que les rompre, ou les.
couper rafe-terre j mais qui ne repullulent plus
quand on les arrache avec leurs racines. Ayant donc
extirpé de cette façon le polype avec fes racines ,
on doit croire qu'il ne fe reproduira plus , & Fa-
bricius aiîiire qu'il n'eu: jamais revenu à ceux à qui
il a fait cette opération : J'avouerai cependant
qu'il faut que ce Praticien l'ait peu fouvent réité-
rée , ou qu'il ait été plus heureux que les autres ,-
puifqn'on voie quelques-uns de ces maux reparoî-
tre après leur éradication , ce qui ne nous empê-
chera pas de convenir que cette méthode étant la
moins fujette à. récidive doit être préférée aux
autres.
Si après que le polype eft arraché , le malade fe Extirpation
fent encore quelque chofe dans le nez qui l'eni-p" ree^esdw
barralTe , & qu'en y regardant on y apperçoive
quelque petit morceau qui foit attaché au fond du
nez , il faudra avec ces efpeccs de pinces H. faites
en forme de cifeaux qui ne coupent que par le
bout, enlever ce réfidu autant qu'on le peut , parce
qu'il ferviroit de germe pour en produire d'autres.
Ënfuite de l'opération on fait refpirer &; tirer par Parlement
le nez du vin tiède qui lave bien toutes ces cavi-du èmaj,acH
tez remplies d'humiditezfanieufes que le polyperation,
y retenoit j il n'eft pas befoin d'attirer ainlî le vin
tion font fenêtrées par leurs extrêmités,ar!n de mieux tenir
le corps polipeux. Il y a quelque tems que M. Morand a
emporté avec fes deux doigts deux polypes fort gros. Il
mit un doigt dans la narine , & un autre dans la bouche
par derrière la cloifon , & en portant ces deux doigts de
côté d'autre , il détacha les polypes que les malades cra-
chèrent à différentes reprifes. Cette méthode eut un
bon fuccès j un de ces malades s'efl trouvé eueri parfas-
«emen& r
O o iiij
5?4 ^ES Opérations de Chirurgie ,
&c de le faire tomber dans la gorge pour s affuree
que le paffage eft ouvert , car les malades s'en ap«*
perçoivent auiîitot par la preuve courte Se certaine
de leur propre fentiment, Se ils jugent de la liberté
que l'air a d'entrer Se de fortir, par la facilité avec
laquelle ils refpirent la bouche fermée , ce qu'ils
ne pouvoient pas faire auparavant. C eft de toutes
les opérations de Chirurgie celle dont on retient
plus promtement l'utilité Se qui fait le plus de plai-
fir au malade» parce que dans le moment qu'il eft
délivré d'une incommodité fi insupportable , tou-
tes fes fondions vitales qui en étoient fufpendues
ou troublées, reprenent leur train ordinaire , Se
s'exécutent fans être retardées par aucun obftacle.
Moyen dîar- $[ ]e fang ne coule que médiocrement, il le fane
TOorragie^ " laider fortir pour foulager la partie j mais s'il y
a voit hémorragie , on l'arrêteroit en pouffant dans
le nez avec la feringue I. quelque liqueur aftrin-
gente, ou bien en remplissant la narine d'une tente
3e charpie P. afïez longue, Se trempée dans une
eau ftiptique. On panfera la partie avec des on-
guents quiayent de la corrofîon, car il faut tâcher
d'en confumer toutes les racines , ce qu'on ne peut-
faire qu'avec desmond.ificatifs forts , aufquels on
ajoute des poudres cauftiques plus ou moins fortes
félon la nécefllté. J'en ai vu panfer un avec une
poudre qui venoit de Montpellier , Se qu'on au
foit infaillible pour empêcher la renaiflance de
cette chair 5 néanmoins fix mois après elle revint
comme elle avoir déjà fait deux antres fois , quoi-
qu'elle eût été arrachée par un des plus experts
ufege des Chirurgiens deParis.On fe fert d'une petite canule
poudres & q qtl'on emplit de poudres rongeantes , & qui a
ion rond un peu large pour les contenir. Ces pou-
dres doivent être fines comme du tabac d'Efpagnea
afin que par la refpiration elles foient attirées en
kaut , Se fe répandent dans toute la partie interne
4$ nez. Sur la fin de la cure on feringue des eaux
Septie'me Démonstration. 5S5
vulnéraires Se deflicatives pour tarir les humiduez
qui ne font que trop abondantes en ces endroits.
Enfin on fait de fon mieux pour obtenir une faftt&
confiante,
Le polype eft une des maladies qui demandent Régime pou*
le plus de précautions fur le régime univerfel : il ies malades*
ne fufrit pas d'avoir avant l'opération préparé le raa^
lade par faignées , pnrgations Se diètes convena-
bles , ni même d'avoir parfaitement exécuté cette
ooération , d'avoir pendant la cure contenu le
malade dans les bornes que l'art preferit , Se de
l'avoir bien guéri , il faut encore après la gnérifon
le traiter de la même manière que fi on étoit fur »
qu'il dm renaître un autre polype : Pour cet effet
on appliquera un cautère au bras , ou ait derrière
de la tête , on purgera fréquemment , Se on fera
ufer de ptifannes fudoririques compofées avec l'et
quine , la falfepareille Scie gayac.
IL vient dans le nez un ulcère fordide qu'on De l'opéra*
nomme o&œne, mot dérivé du verbe grec oz,ein , ^"p^ur0*
qui veut dire fentir mauvais. Ceux qui ont de ces l'ozœac,
lilceresfont puants , on ne peut leur parler de près
fans être frappé d'une odeur très-défagréahle qui
fait qu'on ne les peut fouffrir en compagnie ', on
les appelle des punais , Se on tient que ce défaut
eft une raifon pour fe démarier.
Cette maladie tire fon origine des humeurs acres
Se corrofives qui tombent fur cette partie 5 qui
l'ulcèrent Se la corrodent. Ceux qui ont le nez
écrafé , y font (lijets , parce qu'ayant le dos du m^ufc de ^
nez enfoncé en dedans au lieu de l'avoir élevé au
dehors , il fe forme au paflàge des narines un ré-
trecifTement lequel' empêche l'écoulement des hu-
naeurs excrementicielles qui doivent fortir par le
nez : quand ces humeurs ont beaucoup d'acreté ,
elles ulcèrent l'endroit qui les arrête , Se quand
f lies en ont peu > elles abbi'eir/enc les membranes
5S6 Des Opérations de Chirurgie >
qui en deviennent plus épaiffes , ôc par là relièrent
de plus en plus ce même paflTage, d'où il arrive
que ces gens-là ayant de la peine à recevoir raie
par le nez , ne font que renifler,
«are de ces Pour guérir ces ulcères , il faut aider à la natu-
tikeres. re 9 paixe qu'ils ne fe guérifïent point d'eux mê-
mes , il s'y fait des croûtes qui tombent de tems en
tems } ôc ils (ont entretenus tant par la conforma-
tion vicieufe de la partie que par des mucofitez
qui doivent paffer fans celle par ces égouts. On
examinera avec foin s'il n'y a point une caufe vé-
rolique qui fomente ces maux , parce qu'en un tel
cas il faudroit aller au grand remède : mais fi on
ne foupçonne point un tel virus , on fera en même
tems les remèdes Ôc généraux & particuliers qui
doivent être dellicatifs pour abforber les humidi-
tez d'où la maladie provient : i'ufage de laptifanne
fudorifique , des poudres de cloportes , ôc du mer-
cure y eft fouverain , ôc on portera fur l'ulcère des^
remèdes qui le puilTent mondifier , delïécher ôc
incarner : on fera refpirer par l'entremife de cette
petite canule O. les poudres de fabine , d'écorce
de grenade , de racines d'iris , d'alum calciné 5 ôc
de couperofe : ôc enfin on mettra en pratique cette
petite opération tant recommandée par nos An-
ciens , ôc que je vais vous faire voir,
utilité de Qn prencl une canule de fer ou d'argent , em-
ta canule, * . } A •• t r c , J C
manchee pour être tenue plus terme > oc de groi-
feur proportionnée à la narine s alTez longue pour
aller jufqu'à lïilcere , &c même par de-là : elle n'eft
point percée par l'extrémité qui entre dans ce nez y
ôc elle a une petite platine à fon entrée , elle eft ici
marquée K. On introduit cette canule dans le nez
en la tenant de la main gauche , ôc enfiùte on
prend de la droite un petit cautère a&uel I. dont
le bout eft fait en noyau d'olive , on le pouffe dans
la canule , où on le laiffe tout le tems qu'il faut
pour échauffer jufqu'à ce que le patient ne la puiiïe
S E P T Ie'mE DEMON S TR AT I ON. 5S7
plus fupporter par la trop grande chaleur. Alors on
retire le cautère , ôc peu après on y en rapporte
un autre M. pour continuer à échauffer la canule ,
de par conféquent l'ulcère qu'on prétend deffecher
par ce moyen en confumant les humiditez dont il
eft abbreuvé *, c'eft pourquoi ion a deux cautères ,
afin qu'on puifle chauffer l'un pendant qu'on fe
fert de l'autre : il faut recommencer le lendemain
la même chofe , & la renouveller tous les jours
durant un tems confiderable qu'il appartient au
Chirurgien de déterminer félon que l'opiniâtreté
de la maladie l'obligera de continuer à fe fervir de
ce remède,
E nez peut recevoir toutes fortes de plaies , Du rétablir-
mais celles qui requièrent une opération plus Jj1™^ u ^un
prompte , c'eft quand par un coup d'eftramaçon
donné fur le dos du nez il eft prefque feparé du comment
vifage de tombé fur la bouche : il faut auiïï-tôt leon "c0^"»
t> r . r • ....... nez coupe,
remettre en la place , tk. taire un point d aiguille
à fa partie fuperieure &c dans fon milieu. Ce point
d'aiguille s'accomplit avec une aiguille combe N.
enfilée d'un fil ciré, on commence à coudre de de-
hors en dedans par la partie inférieure de la plaie ,
laquelle on appuyé avec le bout d'une canule cour-
bée , afin que l'aiguille paife plus vite ; l'on con-
tinue d'en faire autant à la partie fuperieure de de-
dans en dehors , 8c on lie les deux bouts du iil fur
une petite compreffe a la partie la plus haute du
nez. Je crois qu'il eft inutile de faire encore deux
points 3 un à chacune des ailes du nez , car le ban-
dage nazal yfupplée , d'autant plus qu'on ne doit
faire au viiage que le moindre nombre de points
que la néceflité requiert , afin d'éviter la diffor-
mité des cicatrices qu'ils y laiffent. On met fur la
plaie ce plumaceau Q. couvert du. baume du Pé-
rou ou de celui d'Arccens , puis l'emplâtre D. Se la
compreffe S. par deffiis 3 enfnite la bande T. qui
B . 5S8 Des Opérations de Chirurgie ,
mdnt de la eft à quatre chefs qu'on attache au bonnet , Sa
plaie & du^Q^ on fait le bandage nazal. Jl faut remarquer
qu'on y pra- que l'emplâtre , la comprelfe Se la bande doivent
srçue. êfl-g peL-cez p0Lir la liberté de l'entrée Se de la for-
tie de l'air. Ce bandage fera appliqué avec dexté-
rité , prenant garde de ne point tirer un des chefs
plus que l'autre pour éviter de rendre le nez tortu,
n'y ayant plus de remède , quand il fe feroit une
fois cicatrifé dans une mauvaife fituation.
Hiftoïre • La femme d'un Notaire de Paris , jaloufe de la
urce ujet. femme £an Boucher du Fauxbourg Saint Ger-
main qu'elle s'imaginoit être la maîtrefïe de (on
mari , alla un matin trouver la Bouchère dans fou
étau , Se apès lui avoir fait les reproches que fes
foupeons lui infpiroient , elle prit un des couteaux
de la boucherie » Se lui en donna un coup fur le
nez , elle le lui abbatit prefqu entièrement > il
pendoit en bas ne tenant plus qu'à une des ailes
Se un peu à la colomme du nez , l'autre aile étant
j - toute coupée : on le lui recoufit a l'inftant : il re-
Confequeece . , \ , v 1 1 • rr • > •
à tirer pour prit , Se il n y relia que rres-peu de difformité : je
h pratique. rapp0rte cet exemple afin d'enhardir le Chirurgien
d'en ufer.de même en pareille occafion.
Les Juges inventèrent un nouveau fupplice pour
punir la femme du Notaire, ils la condamnèrent
à avoir une fleur de lis au front appliquée par un
fer ardent , ce qui ne fut pas exécuté , parce que
le Roy ayant trouvé ce jugement trop cruel , lui
donna fa grâce Le Parlement de Paris fe>croyoic
autorifé par celui de Touloufe , lequel avoit con-
damné à mort une femme de chambre pour avoir
aidé à fa maîtreue à couper le nez à la femme d'un
Peintre par un motif de jaloufie qu'avoir conçu
la maîtreue contre cette femme. La Dame qui
étoit femme d'un Confeiller , fut fauvée.
Il ne faut pas croire qu'on puifle faire repren-
dre un nez quand il eft totalement coupé. On nous
dit cependant que des voleurs ayant la nuit atta-
Septie'me Démonstration 589-
que des pafTans, un de ces brigans reçut fur le nezr
un coup qui l'âbbàtit entièrement , Se qu'étanc
allé pour fe faire panfer , le Chirurgien demanda
le nez pour le recoudre ^ que Tes camarades forti-
rent auilitôt , & aller couper le nez à un malheu-
reux qu'ils rencontrèrent en chemin , de qu'ayant
apporté ce nez au Chirurgien , il en fit la future
par le moyen de laquelle cette partie fut antée ÔC
prit fur ce qui reftoit du nez du voleur comme
auroit fait une greffe a un arbre. On raconte auiîï
qu'un Chirurgien fit une incifion au bras d'un
homme qui venoit d'avoir le nez coupé , qui lui
mit l'endroit faigneux du nez dans l'incifion j que
par un bandage il le tint quelques tems dans cet
état , &c que le nez s'étant collé avec la chair dti
bras , l'Opérateur en coupa autant qu'il en falloit
pour figurer un nez f & que par cette opération il
lui en fubftitua un à la place de celui qu'il avoir
perdu. Je crois ces hiftoires apocrifes , & je les
prens plutôt pour des contes faits à plaifir , que
pour des faits véritables ( a ).
(a) On lit dans differens Auteurs plufîeurs expérien-
ces qui prouvent qu'un nez entièrement féparé dû corps
peut y être réuni > cela paroïc néanmoins difficile à croire.
Mais il femble naturel qu'un nez dont on vient de cou-
per le bout s'unitTe au bras auquel on aura fait une inci-
fion , & qu'on puûîe , en coupant du bras ce qui elî né-
cefl aire , reparer en quelque façon la diformitez du nez.
Taliacot a fait un traité pour jutfifier cette pratique donc
il eit le reitaurateur , & Fab ricins Hildanus , rapporte
un exemple, du iucçès de cette opération.
55)o Des Opérations deChirurgie,
Fig. XXXVIII. POUR LES SAIGNE'ES DE LA TESTE,
uf S fc g"raS t^\ Uoiqu'on doive avoir grand foin de confer-
tiquent à la V*/ ver la face plus qu'aucune autre partie , on
face' eil cependant obligé à la (oumettre à la lancette
du Chirurgien : les différentes maladies qui l'af-
fligent fouvent , demandent qu'on y fafTe beau-
coup de faignées. On y ouvre des veines & des ar-
tères. Des premières il y en a quatre qui font , la
préparate , l'angulaire , la veine du nez , & les ra-
nuies i & des artères il y en a deux , fçavoir celle
de la temple , 6c celle de l'oreille.
Defcriptîon/^^Ette veine que vous voyez dans la partie
delà Pcépa-\^ moyenne du front , s'appelle la préparate ,
elle defcend en droite ligne depuis la future fagi-
talejufqu au milieu du (ourcil, & elle reçoit le
fang qui a arrofé la partie antérieure de la tête ,
pour le porter dans les jugulaires externes d'où il
palTe dans les fouclavieres , 6c delà dans la veine-
cave defcendante pour être verfé dans le cœur ,
c'eft cette groiTe veine qu'on voit Ci enflée à ceux
qui fe mettent en colère > 6c qui paroît plus aux
Septie'me Démonstration. 591
gens obftinez qu'aux autres. Quand le Médecin
en a ordonné la faienée , c'eft au Chirurgie» à
l'exécuter j 3c pour s'acquitter de ion miniftere ,
il faut qu'il rafle un bandage au col avec un
mouchoir roulé comme un boudin A. 3c pareil à
celui que nous avons montré dans la faignée de la
jugulaire , obfervant de ne point trop prefler le
paiTage de l'air : on doit avoir préparé une bande
B. 3c unecomprefle C. l'une 3c l'autre aufïi grandes
que pour la faignée du bras} la lancette D. dont on
fe fervira , ne doit pas être différente de celle
qu'on employé aux autres faignées. La veine étant Ce ,en
furrifament enflée , on l'ouvrira promptement afin doit obfetvcr
de ne pas tenir trop long-tems la gorge ferrée. On^"^1^
ne doit point faire cette ouverture en plongeant ,
de crainte que la pointe de la lancette ne pique le
pericrane qui eft directement fous la veine 3 mais
il faudra ouvrir ce vaiflau un peu de biais , 3c
lorfque la pointe de la lancette y fera entrée , on
fera une élévation de cet inftrument pour couper
tant foitpeu plus de la peau que de la veine. L'ou-
verture faite il faut relâcher un peu la ligature du
col pour faciliter la refpiration au malade ; mais
il ne faut pas la derTerer beaucoup j car le fang ne
viendroit plus. Quand on en a tiré la quantité fuf-
fifante , on ôte tout-à-fait la ligature du col, & in-
continent le fang*ce(Te de fortir, parce qu'il trouve
fa route ouverte pour aller au cœur. On met la
comprefle fur l'ouverture, 3c la bande par defïus ,
on tourne cette bande au tour de la tête comme
on feroit un bandeau , on peut la défaire dès le
lendemain , car c'eft de toutes les faignées la plus
aifée à guérir.
LA faignée de la veine angulaire n'eft guère plus Defcripnon
? difficile^ On appelle ainfi ce vaiflau , parce ^hi™n*
qu'il eft placé dans le grand angle de l'œil , c'eft
cette veine qu'on voit entre le coin de l'œil &c le
$9i Des Opérations de Chirurgie *
nez > elle reçoit le fang qui a été porté au corps
de l'œil ôc à toutes fes parties voifïnes , c'eft-pour^
quoi on en ordonne lalaignéé aux maladies & fur-
tout aux inflammations des yeux pour vuider par
la partie la plus prochaine le fang dont coures fes
Appareil ventiles font engorgées. On prépare une bande Eé
ceUvaiffau?r d'une aulne de demie de long pour faire au tour
de la tête piufîeurs circonvolutions plus étroites
que pour les autres faignées , afin de ne point era-
barafTer l'œil : la comprefTe F* doit être triangulaire
pour s'accommoder à la figure de la partie } 3c fort
épaifle pour -remplir toute la cavité de cet angle;
Manière à'o- On met le malade à fon féant,& on lui fait la même
perer* ligature qu'a la faignée du front. On dit au ma-
lade de fermer les yeux , on l'ouvre avec la pointe de la
lancette fans crainte qu'elle s'échape , parce qu'elle
n'efl point vacillante. On aura la prudence de ne
toucher ni au période , ni au cartilage angulaire
de l'œil qui n'en eft pas éloigné. La veine étant
ouverte on fait bailler la tête au malade , afin
que le fang tombe dans une poilette , &c ne coule
point le long du vifage , comme il feroit , fi on
laiffoit le malade dans une fituation droite -, car;
il ne faut pas prétendre qu'il puiffe rejaillir de cette
Du panfe*veme & fortir en arcade. La faignée finie , 3c la
ligature ôtée on efîuye le vifage qui eft toujours
barbouillé de fang % 3c on pofe la comprefTe fur
l'ouverture. On met le premier chef de la bande
fous l'oreille du même côté , &: montant par defïîis
la joue , elle va engager la comprefTe > puis pafTant
de biais fur le front , elle revient par derrière la
tête repafler fous la même oreille , 6c continuer
autant de tour que la bande le peut permettre 5
. on l'arrête avec une épingle à l'endroit où elle fi^
nit , & on la laifTe un jour ou deux félon que le
malade le defire , ou qu'il craint que le fang n£
refTorte,
ii
Septième Démonstration. 595
IL y -a entre les deux cartilages qui forment le D'une autre
'..ii • 1 • a veine puis
petit globe du nez , une veine qui ne paroitpecicc rqu>on
point au dehors , Se que le Chirurgien eft obligé ouvre
d'ouvrir dans quelques maladies: c'eft une (aignée
très-peu uficée, car outre qu'il n'y a gueres de Mé-
decins qui l'ordonnent , c'eft que la veine étant
très-petite , elle fournit peu de fang Se par confe-
quent elle n'eft pas d'un grand fecours pour le ma-
lade. On fait faire Quelquefois dans les Ecoles de
Saint Côme cette taignée aux afpirans dans leur
chef-d'œuvre ; Se voici comment ils s'en doivent
tirer.On ferrera le col au malade autant qu'il eft
néceGfaire pour faire enfler les veines de la tête,
& on prendra une lancette G. armée ou entortillée
d'un petit linge depuis le milieu de fon manche
jufqu a la moitié de la lame , tant pour marquer la
longueur dont on doit l'enfoncer que pour la tenir
avec plus de fermeté , Se ferrant le nez avec le
pouce & le doigt indice de la main gauche dont le
refte couvre les deux yeux du malade , afin qu'il
ne foit point effrayé à la vue de la lancette , on
plongera longitudinalement de4a main droite cet
inftrument entre les deux cartilages , la pointe
montant en haut , Se l'on enfoncera jufqu a ce à garder.ne Chirurgie ,
eft à quatre chefs qu'on attache avec quatre épin-
gles au bonnet de nuit. Avant que le Chirurgien
entreprenne cette faignée , il doit dire au malade
Se aux afllftans qu'étant obligé de piquer à tâtons,
il ne répond point de réuffir , 8c qu'ainfi on ne
foit pas étonné fi on ne voit point forcir de fang.
Situation ir A quatrième faignée qu'on fait à la face *
fanuîeV.neS J ce^ ce^e ^es ranules s ce ^onc deux veines
fîtuées fous la langue a côté du filet , l'une à droite,
l'autre à gauche* Ces veines après avoir pompé le
fang qui a arrofé at*
bas proche l'oreille , à peu de diftance de cette
érninence qu'on appelle hircus, parce qu'il y vient
des poils femblables à ceux d'un bouc. Ces fortes
de faignées ne fe font point à la légère , il faun
qu'elles foient ordonnées par les Médecins 5 ou
qu'on en trouve la néceffité fi prenante > qu'on ne
voye pas d'autre moyen pour fau ver la vie, comme
dans une apoplexie , les faignées faites ailleurs
n'ayant point dégagé le malade. La ligature qui fait
enfler lés veines , empêcheroit ici le fang de fe *
porter dans les artères, c'eft- pourquoi il n'en faut
point -, on peut feulement mettre la tête du malade
plus baffe que le refte du corps ; afin que le fang
y foit plus aifément déterminé. On fe fert de la
lancette ordinaire àu% faignées du bras» Le Chi-
rurgien la met à fa bouche à demi ployée ; et après'
avoir remarqué Fartere qui lui eft connue par 1$
PpîJ
5£>6 Des Opérations de Chirurgie;
Comment pulfation qu'il fent fous Ton doigt , de l'endrok
en opère, qu'il croit le plus convenable , il le marque avec
ion ongle , il l'ouvre en faifant une pond ion ôc
une élévation comme aux autres faignées : le fang
ne manque pas de rejaillir , & de fortiren arcade
en fautillant continuellement. On fait ces faignées
un peu plus amples que celles des veines , fi les
forces du malade le permettent : quand on veut
*, ,, arrêter le fang avec plus de fureté, on met fur
Moyen dlar- t> . . r ' . ■ ■
sêcct le fang. i ouverture la moitié d une rêve ae marais du cote
quelle eft platte , une comprefTe L. par delïus ,
èc une bande M. qu'on tourne autour de la têce ,
3c qu'on ferre un peu plus qu'à l'ordinaire. Au dé-
faut de la fève , on met un liard dans le redouble-
ment de la comprefTe, de manière que l'artère
fe trouvant applatie entre deux corps durs, oblige
le fang de fuivre une autre route , ce vaiffeau fe
reprend & fe guérit comme une veine , pourvu
qu'on le laifle ainfi bandé pendant trois ou quatre
jours; la bande éft 'figurée en T. deforte que la
branche qu'on paife par deffus la tête , empêche
que les circulaires ne fe déplacent. Pour confirmer
cî^fuet" fu*ce quefai^it ci-devant , fçavoir , que cette opé^
ration étoit fort rare, c'eft qu'en l'année 1681
étant avec le Roi a Lille en Flandres , les Méde-
cins de la Cour m'ordonnèrent d'ouvrir l'artère à
un Officier de M. le Maréchal d'Humieres , les
Chirurgiens de la Ville me parurent fort étonnez
de voir faire une pareille faignée, & ils me dirent
que loin de l'avoir vu pratiquer , ils n'en avoienc
pas même entendu parler.
Septie'me Démonstration. 597
Fig. XXXIX. POUR LE- BEC DE LIE'VRE.
CEtre difformité où la lèvre fuperieure eft fen-
due , a été appellée par les Grecs Cotovoma , ^ „
derivede kftlov.etn qui veut dire tronquer, accourctr, tion du Eec
de par \es Latins mutiUtio 3 en françois mutilation^ dc Llévre»
ce mot convient également aux oreilles 8c aux
narines 3 lorfqu'il y manque quelque chofe , mais
quand le défaut eft à la lèvre feulement , on lui a
donné le nom de bec de lièvre par reffemblance
aux lièvres qui ont la lèvre fendue de cette façon.
Les lèvres peuvent être fendues de deux.manie- çauresdecc
res, je veux dire par accident comme par un coup* maî»
par une chute , ou par une plaie reçue en cette
partie , ou naturellement lorfqu'on apporte une
telle difformité en venant au. monde,.
Il fe fait très-fouvent des plaies aux lèvres, parce
Pp 11J
598 Des Opérations de Chirurgie s-
que les dents qui font au defTous étant des corps
durs 8c affermis dans leur place en laiffant entr -
elles quelque enfoncement, ne peuvent guéres/é-
fîfter à l'effort d'un coup un peu rude appliqué con-
tre les lèvres qui font d'une fuhftance affez molle ,
fans les obliger de fe fendre comme fî on les avoit
coupées avec un couteau. Ces plaies ne fe guérif-
fent que par la future , à caufe du mouvement que
les lèvres ne peuvent pas fe difpenfer de faire en
parlant , ou en prenant de la nourriture -, & il les
faudra coudre au plutôt , parce que la plaie d'une
partie aufiî tendre s'augmenteroit de plus en plus
" par ce mouvement. Quand on fait la future im-
médiatement après le coup reçu , çn peut fepafTer
cle l'enfilée , ou de l'entortillée qui incommode a
raifon des aiguilles qu'on lailfe dans la plaie ; i!
iiifEra de pratiquer l'entrecoupée en la manière
fuivante. On prendra l'aiguille courbe enfilée mar-
pomment quée A. 8c avec le fecours de la canule B. on la
févre.C°U'"' a pafiera de dehors en dedans 5 puis de dedans en
dehors , prenant afTez de la chair pour affermir la
future 8c la rendre fiable, on nouera les deux bouts
du fil fur une de ces deux petites comprefies CO
à côté de la plaie , 8c on fera deux ou trois points
félon la longueur de la plaie > coupant à chacun
Jes fils au delà des nœuds , 8c couvrant le tout d'un
petit plumaceau chargé d'un baume agglutinant,
avec un emplâtre &une compreile qu'on afïurera
par un bandage incarnatif.
Quand la mutilation eil naturelle , l'enfant étant
né la lèvre fendue comme celle d'un lièvre , ou
qu'elle aura été caufée par une plaie faite à la cam-
pagne où on aura négligé de réunir 8c de coudre
les parties féparées , qui dans la fuite fe feront
çicatrifées loin l'une de l'autre, le Chirurgien n'y
pourra remédier qu'en fefervant de la future en-
tortillée ; parce qu'en pareil cas y ayant toujours
manque de matière > foit que la nature n'y ait pas
S e p t i e'm s D e'm onstration. ^99
pourvu , foir que la cicatrifation aie tellement en-
durci les bords de la plaie qu'on ait été obligé d'en
couper pour les rafraîchir , ôc leur donner moyen
de pouffer ôc de fe recoller , fi on ne laifToit pas.
les aiguilles il feroit impofïible de tenir la plaie fu~
jette , ôc Tes bords fe récartetoient au moindre
mouvement. Voici donc ce qu'il faut pratiquer >
foit avant , foit durant , foit après l'Opération.
Avant l'Opération 9 on examinera la conftitu- De fa. Cure
tion du bec de lièvre , car files deux bords étoienc quanCdii™iêc
tellement éloignez l'un de l'autre qu'on crût ne de nature ou
pouvoir pas les rapprocher il n'y faudroit point qu'lla vieI h
faire d'Opération : on aura encore égard à i âge
de l'enfant , pour ne la point mettre en ufage qu'il
n'ait cinq ou fix ans ; car un enfant à la mamelle
ou qui crie fort fou vent n'efl: point en état de fu-
bir cette Opération qui demande du repos -, ii faut
qu'il foit dans un âge où il puille réfléchir & être
fenfible au malheur d'avoir cette incommodité »
Ôc que la connoifïant il en fuuhaite la guérifon ôc
fe refolve à. tout endurer pour y parvenir : quand
même le Chirurgien voudroit l'entreprendre avant
ce tems-là , il n'y pourroit pas réiiflîr , vil que lest
lèvres de l'enfant ne font pas allez épaifTes ni afîez,
folides pour foutenir les aiguilles qui font néceffai-
res dans cette occafion, Mais fi l'âge du fujet ôc
l'efpece de la mutilation permettent la réunion
des parties féparées , il faudra difpofer l'appareil
tel que vous le voyez fur la planche XXXIX. ôc
enfuite fituer le malade dans une chaife tournée
au jour , panchée en arriére de forte néanmoins,
que le fang ne lui tombe pas dans la bouche : on
lui appuyera bien la tête , ôc il y aura par derrière
un ferviteur qui appliquant fes deux mains fur les
deux joues du blefTé fera avancer les deux bords
de la plaie , l'un vers l'autre pour en faciliter la
future.
Durant l'Opération 9 la première chofe que le
Pp iii}
6co Des Oî^rations de Chirurgie;
®b/crvation Chirurgien doit faire, c'eft de voir fi la lèvre
n eft point adhérente a la gencive j car h elle y te-
noit par quelque endroit il faudroit d'abord l'en
féparer avec le biftouri E. prenant garde de n'an-
ticiper , ni fur la gencive parce qu'on déeouvri-
roit l'os de la mâchoire , ni lue la lèvre parce qu'en
la rendant ainfî plus mince la réunion s'en feroit
plus difficilement. Après qu'on aura pris cette
Manière d'o- précaution on pincera avec ces deux pincettes F F.
jserer. les deux bords de la plaie du bec de lièvre 3 de
manière que ce qu'on voudra retrancher de ces
bords paffe au-delà des pincettes qu'on ferrera en
poufïant à chacune leur anneau vers l'extrémité
iupérieures (a} puis on coupera avec les cifeaux
D. ou.bien avec le biftouri E. félon qu'on le trou-
vera plus commode , ces mêmes bords pour en
faire une plaie récente , rafraichiilant l'ancienne
jiifque dans fon fond , car s'il reftoit de la vieille
cicatrice la réunion ne s'en pourroit pas faire. Les
pincettes étant otées on laiffera un peu faigner k
plaie , puis l'ayant efluyée on prendra une de ces
aiguilles droites Ôc rondes GG. dont on traverfera
les lèvres de la plaie foutenuës par la canule cour-
be B» (a) à la féconde aiguille qu'on pa(feeil atta-
( ) Les pincettes font ab fol u ment inutiles pour cette
opération s elles meumifient & confondent les lèvres en
les {errant, c'eft pourquoi Ton ne s'en fert p!us. Le
Chirurgien prend avec le pouce & le doigt indice , &
coupe d'un feul coup > avec de bons cifeaux , les deux
bords de la diviiîon l'un après l'autre, de forte que la
plaie faiTe un angle fort aigu. Si le bec de' lièvre elt de
naiiîance , il faut emporter un peu des fibres charnues
-du mufcle orbiculaire, pour procurer plus Rarement la
réunion. L'artère qui entoure les lèvres fournit du fang,
mais lorfqu'on a raproché les bords de la divifîon , Phe-
morrrgie cette auffi-tôt pour l'ordinaire.
(a) Au lieu d'aiguille on fefert d'une efpece d* épingle
dont la tête eit en forme d'olive , afin qu*on la puifïe
pouiïer plus aifément, & la pointe en forme de langue
jiç ferpent , afin qu'elle entre p. us facilement & qu'elle
S e v 1 1 e'm e D e'm o n s t r A T I O N. 6qî
ché un fil qu'on tourne autour des deux aiguilles
ôc qu'on fait croifer de l'une à l'autre formant dans
le milieu une croix de faint André , ôc applatiilant
les bords de la plaie , par ce moyen on les appro-
che l'un de l'autre. On patte la première aiguille
tout proche de l'extrémité inférieure de la plaie ,
afin de ne pas laifier à cette même extrémité un
bout de bec de lièvre plus long que l'autre : &c la
féconde aiguille fe place entre la première Se le
nez. Le fil bien entortillé & arrêté on coupe les Application
pointes des aiguilles fi elles font trop longues avec des aiguilles.
les tenailles incifives H. ôc on met deux petites
compreftes plates 1 1. tant fous les têtes que fur les
pointes des mêmes aiguilles , afin que la peau n'en
fbit point offenfée par le bandage qui doit appuyer
Ôc contenir le tout fermement dans cet état.
Après l'Opération , il s'agit de panfer la plaie Du inç9m
d'une manière qui réponde à l'intention du Chi- mène,
rurgien. Si on a été obligé de défunir la lèvre
d'avec la gencive , on fourera un petit linge entre
ces deux parties , afin qu'elles ne fe reprennent pas
enfemble : on met fur la plaie le plumaceau K.
couvert de baume blanc du Pérou , puis l'emplâ-
tre L. coupé ôc échancré pour s'accommoder à la
partie , & par defïiis 9 la comprefTe M. de même Comm,n{
figure > ôc enfin le bandage N. a quatre chefs , Ôc on £*\t le
lorsqu'il eft pofé on l'appelle la fronde , parce banda&e*
qu'il en a la figure , on applique fur la plaie le mi-
lieu de la bande dont on prend les deux chefs fu-
perieurs qui pafiant directement fur les oreilles
vont faire le circulaire autour de la tête , ôc pre-
nant enfuite les deux inférieurs on en fait reployec
farte une ouverture plus large. Cette épingle eft d'or,
«l'argent , ou d'acier. Quand elle eft d'or , elle a deux
avantages ; elle eft plus flexible & n'eft point fujetteà la
rouilleril eft inutile d'en couper la pointe lorfqu'elie eft
entrée -■> la petite comprefte empêche que cette pointe en
^ique la peau.
6oi Des Opérations de Chirurgie, ■
le milieu fous la lèvre pour les conduire en mon«r
tant par deiîus la temple & les attacher au bonnet*.
Ayant mis le malade dans font lit , on lui fait gar-
der un très-grand repos , & on lui donne fes bouiL-s
Ions ôc fa boilTon avec un biberon â pour le dif-
penfer de remuçr les lèvres que le moins qu'il efb
poffible. (a)
fa) On comprend encore fous le nom de bec de lièvre,
de naiflance certaine difformité fingùliere de la lèvre fù-
peiieure ; telle que celle de l'enfant dont 1 eit fait men-
* V. l'exr.tion dans le Mercure du mois d'Août 1734. *Ln lèvre fupe-
frun Mé. rieure etoit fendue & divifée depuis, Pinèdes ail s du
™oir? 9"e nez j fqu'à l'autre > l'os maxillaire , le palais & la cloifon
Sanc^ nb] cnarnu^ ^tojent aufïi partagez en deux ; un petit bouton,
de i\Acad. ' ^e cna*r } ^ paroiiToit être une portion de la lèvre , cou-
de Cnuurgie. vroit en part.e une petite éminence formée par une por-
tion de l'os maxillaire attachée à Ja cloifon du m z &: oar
les deux dents incifïves enchaiTées dans cette partie ue
l'os maxillaire.
Pour corriger ces efpeces de difformitez, on coupe
avec des tenailles incifives la partie de l'os maxillaire
qui eit dans l'intervale de la divifion , en cas qu'elle for-
me une faillie ; car fi elle eit à peu près au niveau du
refte des os maxillaires , on n y touche pas. On donne
deux coups de cifeaux au bouton de chair , l'Un à droite
& l'autre à gauche, pour en former un angle. On cou-
pe les bords delalevredivifée pour en faire une plaie,
& on raproçhe les deux parties. Le bouton dont on a,
fait un angle remplit l'intervale que les deux parties ra-
prochées laiiTent entr'elles du côté du nez , dont les ailes,
empêchent qu'elles ne fe réuniiîent par en haut» On paiîe-
les aiguilles ou les épingles de l'un à l'autre côté de. la
lèvre en traverfant le bouton de chair, on les entoure
de fil, comme à l'ordinaire. Le bandage qu'on appli-
que enfuite, doit tendre a maintenir la lèvre & empê-
cher que les aiguilles qui ne refiiienç que dans deux
points , ne déchirent les parties.
La future entortillée dont on fe fert pour corriger la
diformité du bec de lièvre, fe pratique encore pour
réunir la plaie qu'on fait à une des lèvres, quand on
en extirpe certaines tumeurs dures , fchirreufes & fou-
vent carcinomateufes j qu'on appelle boutons chan-
creux.
Pour faire cette opération , on tire un peu la tumeus
Septib'me Démonstration. &o$
Le deuxième ou letroifiéme jour on relevé l'ap-
pareil : fi le fil étoit rrop ferré on le relâcheroit un
peu , 8c s'il étoit trop lâche on le reflerreroit ,* on
mettroit encore fur la plaie le même plumaceaii
couvert de baume blanc ? 8c on auroit foin de
changer tous les jours le petit linge infirmé entre la
lèvre 8c la gencive : on continueroit le même pan-
fement jufques au neuvième ou au dixième jour
de l'Opération , c'eft le terme ordinaire pour ôter
}es aiguilles. Alors on détortille doucement le fil , Moyen de
8c on les tire adroitement appuyant les doigts fur finir la curf»
avec le pouce & le doigt index de la main gauche ; on
coupe avec des cifeaux la lèvre d'un côté de la tumeur ,
& enfuite de l'autre , de manière que toute la tumeur
(bit emportée & que 1a plaie forme un angle le plus aigu
ou'il eit poiïible. On fait enfuite, comme on vient de le
dire , la future entortillée , par le moyen de laquelle la
plaie fe reunit. Si l'on a fait l'opération à la lèvre infé-
rieure il faut mettre entre les gencives & la plaie une
petite éponge , pour empêcher la falive de palier au tra-
vers de la plaie, & d'y former une petite fiftule. Lorfque
la tumeur occupe prefque toute l'étendue de la lèvre, on
eit obligé de faire une très grande déperdition de ftib-
ftance. Il faut alors employer non- feulement la future
entortillée, mais encore la future agglutinative &le ban-
dage unifiant , pour foutenir le grand effort que les par-
ties qui tendent toujours à s'écarter , font fur les aiguil-
les.
On pratique encore la future entortillée aux plaies du
canal falivaire Quand la plaie eit récente il fuffit d'en
rapprocher les bords pour procurer la reunion du ca-
riai divifé. Sans cette précaution la liqueur dont le cours
eit interrompu s'épancheroit continuellement fur la
joue, & la plaie deviendroit fiftuleufe. Il fau droit faire
alors à l'intérieur de la joue , vis-à-vis de la fiftule une
ouverture ou fiftule artificielle, par où la falive puifTp
preadr.e fon cours dans la bouche -, on fe fert pour cela
d'un infiniment tranchant ou d'un cautère a£tuel , tel
que celui qui eit ai ufage pour l'opération de la fiftule
îacrimale. On coupe enluite les callofïtez de la fiftule ex-
térieure, ou on les détruit avec un confomptif , pour
faire une plaie nouvelle , que Ton puifïe réunir par le
moyen de la future entortillée.
C
qu'alors. on lui feroit ce qui feroit necetfaire ,* mais
il mourut à trois ans Je la pratiquai a un autre en-
enfant de Verfailles que j'avois fait attendre juf-
qu'à cet âge , je l'en guéris ? & il ne lui eft demeu-
ré qu'une légère cicatrice très-peu difforme.
Fig. XL. POUR LES GENCIVES ET LES DENTS,
CoG Dès Opérations dé CHïRûBlGii,
Des opéra. T"S, Eux maladies qui arrivent aux gencives ont
f^cSauxUgenl JL/ befoin de l'Opération mutuelle pour être gué-
cives & aux ries , la première de ces incommoditez s'appelle
de celles que Epoulis eft un mot grec dérivé de epi qui veut
A^.gençir* dire dehors , & deoa/*'qui lignifie gencive, parce
*fcs, que c'eft une excroiiîarice de chair qui fort de la
gencive , & qui procède d'une excoriation ou ul-
cère furvenue en cette partie > ces chairs font ou
molles ôc blanchâtres , tenant de la nature du po-
lype -, ou bien elles font dures èc rougeâtres 5 par-
ticipant de la nature du fchirrhe ou du cancer : les
premières réfultent d'un fang pituiteux & phleg-
matique & font fans douleur , les autres qui font
engendrées d'un fang noir de mélancolique font
toujours douloureufes.
Comment L'opération eft abfolument necefïairè pour em-
©a opere. porter ces excroiffances , car on ne peut pas fe fer-
vir de cauftique dans la bouche , ni les confumef
avec des onguens i ni les brûler avec le cautère
actuel. Il faudra donc prendre d'une main cette
chair avec» tme pincette A. pour la tenir ferme 4
pendant que de l'autre main avec un feapel B. on
la coupera le plus près de la gencive que faire fé
pourra , fans néanmoins découvrir l'os de la mâ-
choire': cet infiniment C. tranchant & courbe eft'
très-commode pour couper ces chairs. Il y a des
Auteurs qui confeillent d'approcher de l'endroit
où on vient de couper l'excroirTance, un bouton dé
pfclTrllTel feu ^onz l'ardeur foit capable de deflécher les ra-
naiffar.cc de cines de ce mal : mais il fuffit de rincer la bouché
ce ma * avec du vin tiède , 6c de tenir fur la plaie un petit
linge trempé dans du vin miellé. Si les racines*
eommençoient à repoufTer dé la chair , on les tou-
cheroit avec le vitriol , ou la pierre infernale $
autant de fois qu'on le jugeroit à propos ; & err-
fuite on travailkroit à eicatrifer la plaie.-
S i p t i ë*m fe De'monstra t io h. 607
Varoulis vient de para proche ? ôc dWi gencive, m patou*
Cette maladie eft une inflammation des gencives >lis»
laquelle tend fou vent à la fupuration ; elle eft pref-
que toujours caufée par une dent gâtée qui par les
irritations douloureufes qu'elle fait détermine
l'humeur à fîuer fur cette partie 011 les liqueurs ra-
mafïées fe cuifent aifément ôc abfcédent tant par la
chaleur humide de la bouche , que par la rareté &C
la délicateiîe des fibres de la gencive. Ces flexions Rernea%
enflent la joue ôc les lèvres , ôc font beaucoup de
douleur avant que d'abfcéder : on favorife cette
cocl:ion en faifant tenir dans la bouche du lait tiè-
de , ôc en mettant fur la gencive la moitié d'une
figue graîTe rôtie fur des charbons. Aufli-tôt qu'-
avec le doigt on y fendra de la fluctuation , il fau-
dra ouvrir dé crainte que la matière par fon féjour
n'altère l'os de la mâchoire*
On prend une lancette à faigner D; qu'on eh- Manuel âe
tortille d'une bandelette afin de la tenir plus ferme l'opération,
dans le manche , ôc le Chirurgien l'ayant mife à fa
bouché, il écarte avec les deux mains les lèvres
pour reconnoître l'endroit de la tumeur , fituée
très-fou vent proche les dents molaires entre la
gencive ô£ le dedans de la joue *, puis il prend de
(a main droite la lancette qu'il plonge dans le mi-
lieu de la petite éminence que fait la matière con-
tenue qu'on voit fortir en retirant cet inftrument t
©n prellè un peu la tumeur pour la faire vuider, 6c
on donne du vin tiède au malade pour rincer fa
bouche , ce qu'il continue de faire de rems en tems
pendant deux ou trois jours*
Quand ces petits abfcès viennent aux gencive» Curedeccs
fuperieuresj ils fe guériilent mieux , puifque la maux fîcuez
plaie qu'on y fait donne lieu à la matière morhifi- fa\f*™£™
que de fe vuider par fon propre poids*, ôc à mefure
qu'il s'en forme de nouvelle , en forte qu'elle ne
peut y caufer aucun défordue. Mais quand ils font
aux gencives inférieures la finie y refte comme
tfoS Des Opérations de Chirurgie
dans un fac 3 de par fou (éjour elle peut corrompre
l'os de la mâchoire d'en bas , comme je l'ai vu ar^
river plufieurs fois , ce qu'on évitera en ouvrant
l'abfcès de bonne heure , le prelfant fouvent dans
la Cuite , pouffant le pus de bas en haut pour le faire
fortir par l'ouverrure ,~8c mettant par dehors fur
le vuide de l'abfcès une compreife &c un bandage
qui reiTerant cet endroit empêche la matière de s'y
accumuler. Que li malgré toutes ces précautions
l'os îe trouvoit découvert & altéré , on auroit de
la peine à en procurer l'exfoliation autrement que
par le bouton de feu , dont il ne faut pourtant fe
fervir qu'après que les autres moyens ont échoué
contre cet os qui pafïe pour un des plus durs de
tout le corps.
Dt ce qui T Es dents feules font aujourd'hui toute l'occu-
iuxP1dems.C * A pation de beaucoup de perfonnes qu'on ap-
pelle des Opérateurs pour les dents. Il faut conve-
nir que ces MM. qui n'ont pour objet de leur
travail que ces feules parties , peuvent exceller
dans cet art plutôt que le Chirurgien dont la feieri-
éra-ce e^" ^'une étendue infinie > il ne faut pas toute-
tïons fur lesfois qu'il néglige cette partie de la Chirurgie , fur
dents, laquelle il doit fçavoir qu'on met en ufage fept
fortes d'opérations, La première eft d'ouvrir ou
d'écarter les dents quand elles font trop ferrées \ la
deuxième de les nettoyer quand elles font fales \ la
troifiéme , d'empêcher qu'elles ne fe gâtent -, la
quatrième , de boucher les trous qui s'y font faits \
la cinquième , de les limer quand elles font trop
longues & inégales i la fixiéme , de les arracher
quand elles font gâtées , & la feptiéme , d'en fub-
ftituer d'artificielles a la place des naturelles.
Dnteffewe. /quelquefois les dents fe ferrent tellement les
«Unes.*1'8 \2 unes contl"e les autres , qu'il eft impoflible de
les ouvrir pour prendre de la nout riture. Cet acci-
dent
S e p t i e'm e Démonstration. 609
dent peut fucceder , Toit à une plaie , foit à un ab-
fcës des parotides dont on auta laiiTé former la ci-
catrice fans avoir ajufté un petit bâillon entre les
dents fupérieures & les inférieures pour les tenir
fuffif ament éloignées les unes des autres : l'obfti-
nadon d'un enfantrrnélancolique qui ne voudra pas
ouvrir la bouche , & la convuilion des mufcles qui
fervent a abaiffer & à relever la mâchoire inférieu-
re pourront encore erre les caufes de ce dérègle-
ment , auquel le Chirurgien s'efforcera de remé-
dier en fourrant entre les dents l'élevatoire E. avec
lequel il tâchera de féparer les iupérieures des in-
férieures pour mettre dans Pefpace que l'élévation
aura fait entr'elles , cet autre infiniment F. qui
étant une fois placé forcera les de-ix mâchoires à
s'ouvrir , &c à s'écarter Tune de l'autre quand on
viendra à tourner la ville engagée le long du mi-
lieu de cette machine : il faudra tourner douce-
ment de peur de faire trop de violence à ces par-
ties. Les dents étant ouvertes on donne des ali-
mens au malade 3 de enôtant d'entre les dents cette
efpece de diiatatoire , on introduit à fa place un
bâillon qu'on y laide , afin qu'elles ne fe remettent
pas dans l'état où. elles étoient avant l'opération.
S'il étoit impoiïible de déferrer les dents , il en
faudroit caiTer quelqu'une au malade pour y faire
entrer le bout de ce cornet G. par l'interpoiitioa
duquel on donneroit de la nourriture , Se on em-
pêche ainfi que le malade ne périiTe par la faim j
ou bien on tacheroit de faire entrer du bouillon
par les narines , d'autres confeillent de donner des
lavemèns nutritifs. En 1702. des bleflez que nous
eûmes à la canonade de Nimégue , & qui furent
portez à Cléves , il y en eut fept ou huit à qui par
des mouvemens convuliîfs les dents fe ferrèrent
tellement , que nous ne pûmes les ouvrir à quel-
ques-uns , de ceux-là moururent > il y en eut deux
ou trois à. qui on mit un bâillon entre les dents
éîo Des Opérations de Chirurgie,
après les avoir ouvertes , &: ces derniers guérirent.
LA féconde opération des dents confifte dans
leur propreté } il eft fi ordinaire de fe les net-
toyer foi-même qail femble que cela ne mérite pas
une application particulière du Chirurgien : il eft
vrai que tout le monde eft dansl'ufage de fe les écu-
rer après le repas avec un curedent HH. ou une
plume 1 1. ôc même la propreté engage à n'y pas
manquer , parce qu'il refte entre les dénis des par-
celles de viandes qui s'y corrompraient , &c rei -
obïgatîon droient la bouche puante. On doit encore fe laver
de fenétoyer |a bo^he tOLls Jes matins & avec une de ces pe-
la bouche. . - r r r
tites éponges KK. le rroter les dents pour oter un
limon qui s'amalTe delïiis , Se pour fe les confet-
ver dans leur blancheur naturelle ', mais quelque
foin qu'on fe donne , il ne laifle pas de fe former
proche les gencives de petites croûtes qui rendent
les dents jaunes , Se en dedans il fe produit des é-
cailles fi dures , qu'il faut employer de forts outils
pour les détacher de la dent j c'eft pourquoi ceux
qui font curieux de leur bouche ont recours de
tems en tems à ceux qui font dans la pratique jour-
nalière de les nettoyer.
L'adreffe n'eft pas moins requife ici que dans
beaucoup d'autres opérations , ceux qui ont la bou-
che délicate Se particulièrement les Dames , ne
fçauroient pas fouffrir qu'on y aille avec rudefle,
elles veulent des manières douces , Se de la propre-
Manière d'o- té. C'eft pour cela que la main gauche avec la-
perer ici. quelle on leur baiiTe la lèvre inférieure , ou on leur
levé la fupérieure , doit être envelopée d'un linge
fin & blanc : fi l'inftrument dont on fe fert , eft de
fer , il faut auffi le couvrir d'un linge pour la pro-
preté. Enfuite l'Opérateur ayant placé la perfonne,
la face tournée au jour , & arrangé fur un fiége ce
qui lui eft néceffaire , il fe met un peu à côté de
cette perfonne affife , Se ayant pofé un genou en
Septie'me DEMONSTRATION. 6lî
terre pour travailler plus commodément , il par^
court toutes les dents les unes après les autres , ôc
il employé alternativement divers inftrumens fé-
lon le delTein qu'il a , évitant autant qu'il peut de
faire faigner les gencives. Quand il croit avoir en-
levé touces les croûtes ôc toutes les écailles il fe
fert d'un opiat L. dont il frotte les gencives avec
une de ces racines de guimauve MM. préparées
Ôc ébarbées par le bout : il faut incontinent iaver
la bouche pluiieurs fois avec de l'eau , ôc alors l'ou-
vrage eft fini. C'efl la coutume de ces Meilleurs ,
que de faire prélent d'une racine ôc du petit pot
d'opiate à ceux qui ont l'honnêteté de les bien
payer.
Les inftrumens propres à nétoyer les dents fe Des înftnr.
renferment tous dans un étuy , parce qu'ils font mcns , î y employé.
petits , ôc comme il y en a beaucoup , on les mon-
te à ville fur un même mandie N. à mefure qu'on
a befoin de s'en fervir : il y en a de plusieurs figu-
res , les uns font faits comme un déchaufïbir Ô.
pour aller entre les dents , les autres comme un ci-
feau P. les autres comme des rugines q q q. de
quatrièmes reffernblent à un burin R. ôc d'autres à
une lime S. ils font ordinairement d'acier 9 mais
ceux dont on fe fert pour le Roi ôc pour les Prin-
ces , font d'or ; ôc s'il y avoir encore un métal plus
précieux , on l'employeroit à leur fervice , parce
qu'ils récompenfent magnifiquement. .
LA troifiéme opération des dents confiftedans Id6s defftM f-
leur confervation , 6c ce n'eft pas une petite corrompent
affaire que d'entreprendre de les conferver toujours aifctncnc»
faines , Ôc d'y réullir. L'Opérateur qui feroit affez
téméraire pour le promettre 9 auroit fouvent de la
peine à tenir fa parole. Il coule le long des filamens
qui font à la racine de la dent , une férofité corro-
five comme de l'eau forte qui la mine peu à peu ,
& qui ne la quitte quelquefois point qu'elle ne
en Dis Opérations dé Chirurgie.
l'aie fait tomber par morceaux. Si on pouvoit faire
prendre une autre route a cette férofîté les dents
ie conferveroient toute la vie. Tout ce qu'on peut
faire c'eft d'empêcher quand elles commencent à
fe gâter , que la carie n'augmente Ôc ne faffe pas
davantage de progrès. Si la carie eft apparente, on
la ratifie avec la rugine T. & fi elle eft entre deux
dents , on y patTe la lime V. pour effacer la noir-
ci erfes ceur* Si ^e crou e^ ^ans ta tablette des dents on la
pratiques cautérife avec de l'huile de fouffre ou de vitriol ,
contre cette Jont on porte une petite goutte dans la dentçâtée,
corruption, t r . ô -, ~ r r
avec un de ces petits pinceaux dont on le iert pour
la mignature -, & fila carie augmencoit , on eiîàye-
roitde l'arrêter en la cautérifant avec ce petit cau-
tère a&uelX. qu'on auroit chauffé, ôcavec lequel
on toucheroit toute la cavité de la dent > & enfin
(î la dent fe gâte de plus en plus, & que la douleur
devienne iniupportabie , il n'y a point d'autre re-
mède que de l'arracher.
T A quatrième opération qui fe pratique aux
les trous dès ' A dents , c'eft de boucher les trous qui s'y font,
dents. il arrive fréquemment que par hn dépôt de féro-
fitez fur une dent , elle fe perce , ôc que le trou
ceffe d'augmenter après que la fluxion eft paffée.
Quoique la plupart de ces trous ne foient point
douloureux , ils font tous néanmoins très- incom-
modes , parce que toutes les fois qu'on mange ils
s'emplilîent d'alimens qu'il faut ôter après qu'on
a mangé, & il eft mal-aifé d'en venir a bout quand
». -.- -- ils font fituez dans des endroits ou on ne peut at-
«odké. teindre avec les mitrumens ordinaires. 11 y a des
gens qui ne fçauroient boire frais , parce que fi.
quelque goutte de la boiifon venoit à entrer dans la
cavité de la dent , elle leur cauferoit de ia dou-
leur jufqu a les faire crier , ceux-là fe trouvent
privez du plaifir de boire à la glace. Il yen a d'au-
tres à qui les dents cariées rendent la bouche mau-
S E P T i e'm e D e'm onstration. 6l$
vaife , &: qui font obligez de mâcher un peu d'a-
nis ou de canelle pour corriger ce. vice qui: a eft
pas petit , puifqu'ils ne peuvent parler de près à
quelqu'un qu'il n'en Toit frappé. Pour remédier à
toutes ces incommoditez , on cherchera moyen de ^^J^J*
boucher le trou de la dent , quelques-uns préten-
dent qu'il peut fe remplir avec des feuilles d'or ou
d'argent , mais ces feuilles étant fujettes à fe rom-
pre , ne peuvent pas y reftre long-tems : on doit
plutôt y employer un petit morceau d'or ou d'ar-
gent battu y auquel on aura donné la figure du trou
oit il doit être niché. Il y en a qui préfèrent le
plomb , parce qu'étant plus maniable , on le fak
entrer , 8c on en remplit la cavité plus aifément
qu'avec aucun autre métal , n'altérant pas plus la
partie que feroit l'or même. D'autres fans fe don-
ner tant de peine bouchent ces ouvertures avec de
la cire , qui leur procure le même avantage , puif-
qu'elie empêche l'aliment ôc la. boiflon d'y entrer
Ôc de la creufer plus avant..
LA cinquième opération qui concerne les Trois occa.
dents , c'eft de les limer : ce qui fe pratique rion* de1h*"
r r ff r • i n mer ks dents
en trois occaiions dirrerentes , lçavoir pour les ie-
parer quand elles avancent les unes fur les autres j
pour les mettre de niveau quand il y en a qui font
trop longues , pour les égalifer & les polir quand
slles ont des pointes (oit en dedans qui bleflent la
langue , foit en dehors qui' piquent les joues. On
fe fert pour tout cela de la petite lime V. eraman- Manière d*
chée , afin de la tenir avec plus de fermeté , elle ^jïjjj* Hne
doit être douce pour ne point ébranler la dent , Ôc
quoiqu'on n'avance pas (i vice qu'avec une lime
rude , il vaut mieux cependant employer plus de
tems : il faut que l'Opérateur appuyé avec un ou
deux de fes doigts la dent fur laquelle il travaille ,
de crainte qu'elle ne fe cane ôc n'éclate en la li-
mant. Quand il s'agit de féparer les dents, de de-
Qqiij
6i4 Des Ope'rations de Chirurgie ,
vanc il obfervera de n'en pas limer une plus que
l'autre , afin que les efpaces qui! fait entr'elles ,
foient tous égaux : il eft inutile de limer une dent
trop longue , quand celle qui lui eft oppofée man-
que j à moins qu'on ne veuille recommencer de
tems en tems 5 parce qu'elle repouftera toujours ,
étant certain que les dents croiffent pour reparer
ce qui s'en ujfe en fe frotant les unes contre les au-
tres par la maftication j ce que l'expérience fait
voir en ceux à qui il eft tombé une dent > car celle
contre laquelle elle devoir appuyer devient plus
longue 8c entre dans i'eipace que la dent perdue à
laine. Les dents molaires ont quelquefois des
pointes foit que leur fubftance refte encore faine
ôc entière , ou foit qu'elles viennent à fe gâter \ ou
qu'il s'en foit détaché quelqu'éclat. Lorfque ces
avances piquent ou la joue ou la langue , il les
faut limer pour ôrer toutes les âpretez , &C c'eft ce
qu'on doit exécuter avec la douceur & le ménage-
ment ordinaire à ceux qui (ont fort employez
dans cqs exercices (*).
a^on d«"" î A fixiéme opération que les dents demandent,
dents. I / confifte à les arracher , elle eft la plus ufirée
&c on la voit pratiquer tous les jours. Il eft peu de
perfonnes à qui on n'en arrache quelqu'une , il y
a des gens fi impatiens que dès la moindre douleur
ils font fauter leurs denrs;maîs c'eft une méchante
maxime que de courir fitôt à F Arracheur de dents.
Il arrive plufieurs fois que la douleur ceffe en peu
de tems , & qu'on auroit regret qu'il en eût coûté
une dent pour une peine pafiagere ; il ne faut donc
venir à cette opération que quand la dent eft telle-
ment gâtée qu'il n'y a plus moyen de la fauver y
f*) Non feulement ces npretez& ces inegalitez des
dents piquent îa langue & la joue, mais elles font en-
core quelquefois naître à ces parties des ulcères y qui fç
guerilïent dis qu'on a lime les dents.
Septie'me Démonstration. 615
©u quand la douleur qu'elle excite à la gencive
eft devenue continuelle Se infuportable : ceux qui
s'en font arracher autant de fois qu'ils y Tentent
de la douleur r ont bien-tôt démeublé leur bouche»
Se il vient un teins qu'ils ont tout le loifir de s'en
repentir.
Il y a néanmoins cinq ou fix occafions où on ne
peut pas fe difpenfer de la faire , premièrement &Ecn0^,eS":
aux enfans lorfque leurs premières dents qu'on ap- on la doit
pelle dents de lait , fe difpofent à tomber : auffi- airc*
tôt qu'elle branlent il ne faut pas différer de les ar-
racher , ce qui fe fait avec un brin de fil dont on
entoure la dent Se qu'on tire après l'avoir noué def-
fous. Le public croit que plutôt on ôte cette pre-
mière dent i plus celle qui lui fuccede eft droite :
cette opinion n'eft pas trop bien fondée , mais il
fera toujours bon de l'arracher , puifqu'elle doit
tomber , car fi le Chirurgien s'y oppofoit , Se que
la féconde dent ne vint pas belle Se droite , la mè-
re lui en attribueroit la faute 5 Se ne lui pardonne-
roit jamais , tant les femmes font prévenues en fa-
veur des erreurs vulgaires.
Secondement quand elles vacillent beaucoup Msyen 4©
d'elles-mêmes fans avoir été ébranlées par quelque permit l«§
1> ce » c • ci oents.
coup , ou par 1 errort qu on aura tait pour caller
quelque chofe de trop dur s vu qu'en ces derniers
cas il ne faudroit pas les tirer , mais au contraire ,
on elfayeroit de les rafermir dans leurs alvéoles
avec un vin aftringent dont on imbiberoit une pe-
tite éponge qu'on tiendroit fur la gencive > Se
qu'on renouvelleroit fouvent , défendant fur tout
de mâcher de ce côté là où le repos eft necefïaire
pour donner le tems à ces parties de s'affermir •>
mais quand la dent branle tellement qu'il n'y a plus
d'efperance de la conferver , Se qu'elle incommo-
de en mangeant , il faut l'ôter , Se à cela on n'a
pas befoin de l'incliner de côté Se d'autre , il faut
feulement l'élever avec deux doigts fans le fecours
Qqiiij
616 Des Opérations de Chirurgie,
d'aucun inftrument , principalement aux vieilles
gens qui les perdent ainfi toutes les unes après les
autres.
Casoù Pcx. Troifiémement , quand elle eft garée jufqu a urî
tr^ason eft tel point que la tablette eft prefque toute rongée ,
roal-aifee. Qgx £ Qn difreroit Je ['arracher & qu'on attendit
qu'elle fût prefque confumée , n'y «ayant alors plus
de prifepour l 'inftrument, il feroit difficile de dé-
gager (es relies -, c'eft- pourquoi il fera de la pru-
dence de la faire déloger "d'un endroit ou fa pré-
fence ne peut qu'incommoder. Pour arracher les
dents qui tiennent fortement dans leurs alvéoles ,
il faut des inflrumens capables de féconder les ef-
forts qu'on doit employer à ces extractions , tels
font les daviers de les pélicans que je vais vous
montrer.
ta douleur Quatrièmement , quand une dent a été caftee ,
©ft inévita- $£ qu'il n'en refte plus que la racine , ou quand
blc» 11 ' ' > e »\ > * i x >
elle a ete rongée 9 oc qu il n y paroit plus qu un
chicot ,* c'eft en de relies rencontres que l'Opéra-
teur doit faire voir fon habileté : c'eft ici furtout
qu'il feroit ridicule depromettre de ne point faire
de mal ? car il ne peut jamais éviter de caufer de la
douleur pour avoir un chicot enfoncé , 8c qui ne
donne point de prife. Mais la plupart de ces forces
d'Opérateurs s'embaralfent peu de confirmer le
provebe : Il ment comme un Arracheur de dents. Le
Chirurgien doit donc appliquer toute fon indu-
ftrie pour tirer le refte de la dent , de il fo fervira
d'un pourToir Ci le chicot a encore une pointe qui
furpaffe la gencive, ou d'une tenaille à bec de cor-
beau y ou d'une autre que vous allez voir faite
comme un mufeau de chien.
Cinquièmement , quand les dents s'avancent en
rouffentq«t 'dehors , il les faut extirper, car une dent qui fort
dehors, ainfi de fon rang , incommode beaucoup celui à
qui ce malheur arrive , & elle caufe une diffor-
mité qui choque tous ceux qui le regardent. Si
Septie'me Démonstration, 6\j
elle n'excédoit pas notablement les autres dents ,
on pourrait limer ou couper avec des tenailles in-
cifives ce qui fe produiroit de trop -, mais il la ta-
blette qui doit regarder le dedans de la bouche ,
étoit panchée en dehors , de que la dent fortit , il
vaudrait mieux avoir une dent de manque que d'en
laifTer voir une qui défigurât la perfoune , c'eft-
pourquoi il faudra l'arracher avec l'inftrument que
l'Opérateur jugera le plus commode.
Sixièmement ? quand il vient quelque dent fur- Dentfunra-
numéraire , car on remarque allez fouvent une mcraire»
dent qui pouffe à l'une ou à l'autre mâchoire, (bit
en dedans , foit en dehors j ôe qui n'efr ni du nom-
bre des autres , ni placée comme elles : il y a d^s
perfonnes a qui il en naît plufieurs de furabondan-
te , & à d'autres il en pouiîe un double rang. Les
difeurs de bonne avanture prognoftiquent mille
bonheurs a ceux â qui cela arrive, pour moi je les
eftime malheureux , d'avoir fouvent plus de dents
qu'ils n'ont de bien â manger t d'être incommo-
dez par ce trop grand nombre de dents , &e d être
obligez de fournir de cruelles douleurs- pour fe
priver en fe les faifant arracher , de cette faveur
naturelle dont on les félicitoit. Il vint à Monfei- obfervatioa»
gneur le Duc de Berry à l'âge de huit ans une
fur dent dont il n'avoit pas befoin pour annoncer
fon bonheur , car outre qu'il a tous les avantages
de ia naiffance , étant fils du plus grand Roy de
i* Univers , il a dans ta propre perfonne tout ce qu'il
faut pour rendre un Prince accompli ; deforte que
félon les Prophètes d'aujourd'hui ce qui devoir
prédire un heureux avenir dans un autre , fut pour
lui un fujet de malheur a puifqu'il fallut la lui ar-
racher, Se par-conféquent lui faire endurer le tour-
ment qu'il a étoit pas poflible de lui épargner dans
une pareille occafion (a).
(*) La carie & le gonflement des os de la mâchoire,
les tumeurs , les petits abcçs, les ukexes Situleux qui
6iS Des Opérations de Chirurgie ,
On employé quantité d'inftrumens dans cette
Infiniment r v ,, l , ' . x ,.. c .
néccfTaire à eipece d opération , parce qu il en faut de toutes
cette extra, les fortes pour s en fervir fuivant les différentes
dents qu'on veut arracher ,\ 8c voici ceux dont on
ne peut fe paffer.
Du Déchauf. i . Un Déchauffoir nommé en latin dentifcalpium
8c en grec perkharaciir qui vient de péri autour ,
8c de charaffein qui lignifie fearifier , ou couper ,
parce que c'eft un inftrument avec lequel on fé-
pare la gencive d'autour de la dent qu'on veut tirer
8c arracher»
ufage du *• Un Davier appelle en latin denticeps ou den-
E>avicr« ticuium, c'eft une manière de tenaille dont le bout
qui embrafïè la dent eft recourbé 8c fendu en four-
chette pour la tenir avec plus de fermeté. Il peut
fervir aux dents de la mâchoire fupérieure , auiîi
bien qu'à celles de l'inférieure ,- 8c c'eft un inftru-
ment dts plus anciens de la Chirurgie duquel on
s'eft fervi de tout tems.
Ru Pélican. 3« Un Pélican appelle par les Latins policampusy
parce qu'il reffemble au bec d'un Pélican , 8c par
les Grecs odontagra dérivé de odons dent, 8c de agre-
vein arracher , parce qu'étant un inftrument à plu-
fieurs branches montées par le moyen d'une vilfe
fur un même mourant , il eft propre à arracher les
dents : les deux bouts du montant font un peu cir-
^ culaires, afin qu'ils appuyent mieux fur la racine de
la dent gâtée, 8c des deux branches , il y en a une
droite 8c l'autre coudée , ayant l'une 8c l'autre leur
ufage particulier dans les différentes circonftances.
De releva- 4. Une efpèce d'élevatoire fait en levier donc
[XùmenrluneeXC1^mic^eftPlate POUr aPPuver ^ur la §en"
furviennent aux environs , & les douleurs de tête , font
quelquefois occafionnezpar quelque dent gâtée , ou par
quelque racine de dent , qu'il furfit ordinairement d'ar-
iacher pour guérir ces maladies. Ceft pourquoi il
ne faut pas employer des remèdes avant d'avoir exa-
miné les dents.
Septie'me Démonstration. 619
cive au bas de la dent , & l'autre eft coudée comme
une des branches du Pélican pour accrocher la
dent. Il y a un gros manche fur lequel les deux
branches font montées. Quand une des dents d'en-
bas eft prife par cet inftrument, on n'a qu'à bahîer
le manche pour la tirer de fa place ; c'eft. le plus
commode de tous , il a été inventé depuis peu , ôc
je n'ai encore vûperfonne s'en fervir que M. Du-
bois qui avoit foin des dents du Roy,
5 . Un Pouffoir que les Latins appellent impul-
(oniim y c'eft un inftrument dont le bout eft fendu utUké du
en pied de biche 9 il y a un manche pour être bien Pouffoir,
empoigné, il fert aux dents incifives & canines qui
n'ont qu'une racine pour les pouffer hors de leur
alvéole, 8c aux chicots quand il peut y avoir prife.
6. Un tire-racine de dent, décrit par Guillemeau Propriété du
&: appelle en grec Rïfagra , & du commun Rïfa- Rlfa8ran«
gran, de deux mots qui lignifient enfemhie déraci-
ner, c'eft une efpèce de tenaille dont les bouts font
prefque pointus pour entrer dansl'avéole & pin-
cer le refte d'une racine qui y eft demeurée. Cet
inftrument eft fort néceftaire aux Arracheurs de
dents.
7. Une tenaille appellée bec de corbeau à caufe , ufase d*
de fa figure , elle fert pour extirper les chicots & les.
en couper les extrémités quand elles font trop
pointues.
8. Une paire de tenailles incifives avec lefquel-
les on coupe delà tablette ce qui poulie en dehors
& qui exc^àQ la grandeur ordinaire des dents.
IlnefufEt pas de connoitre ces inftrumens , il
faut s'en fervir à propos Se avec dextérité. On fait situation du
arfeoir à terre fur un carreau feulement celui à qui*53"6"**
on veut arracher une dent. L'Opérateur fe met
derrière lui , & ayant engagé fa tête entre fesdeux
cuifles il la lui fait un peu haulfer , la bouche du Manuel de
patient étant ouverte ii y remarque la dent gâtée , op r2tlon'
afin de ne pas prendre l'une pour l'autre , puis avee
6io Des Opérations de Chirurgie ,
le déchauiToir il fépare la gencive de cette denr
qu'il empoigne enfuite avec l'inftrument qui lui
aurafembléie plus convenable, auquel il fait faire
Ce qu'on la bafcule pour extraire cette dent. Quand on ne
p«tiquc a- l'a pas manquée , le malade en fe panchant crache
Son. P r "fa dent avec le fang qui fort de la gencive, & dont
on laiffe couler quelques cuillerées avant que de
gargariler la bouche avec de l'oxicrat. On pince
avec deux doigts la gencive d'où la dent eil forti,
afin d'en rapprocher les parties écartées, de on con-
tinue d'ufer d'oxicrat ou de vin tiède pendant la
journée (a).
Cette opération ne coniifte que dans un effort
qu'il faut que le poignet faffe pour emporter la
dent : on redouble même cet effort quand la dent
refifte , 8c on ne quitte point prife qu'elle ne foit
arrachée ; c'eft pour cela que les Chirurgiens qui
font dans la pratique de beaucoup faigner , & qui
veulent toujours avoir la main ferme &: légère ne
doivent jamais arracher de dents t de crainte que
les efforts qu'il faut faire ne leur rendent la main
tremblante : on laiffera donc cet employ aux Opé-
rateurs qui en font un exercice journalier , & qui
n'ont point d'autre métier pour gagner leur vie.
Si je confeille au Chirurgien d'abandonner cet-
te opération , ce n'eft pas feulement pour le préju-
dice que fa main en pourroit recevoir , c'eft auiii
qu'elle me paroît un peu tenir du charlatan Se du
bateleur. En effet la plupart de ces arracheurs abu-
fent de leur talent pour tromper le public , faifant
(a) On ne peut arracher une dent fans ouvrir le vaif-
fau qui y porte le fang , ce qui caufe quelquefois une hé-
morragie confîdérable. On remédie à cet accident par
un petit tampon de charpie ou de coton trempé dans de
Peau deRabel qu'il faut bien exprimer. On le met dans
Palveole, & on ParTuiettit pendant quelque tems avec
le doigt pour comprimer le vaifTau. On peut fe fervir
auffi d'un tampon de charpie alTez gros pour faire une
compreffioB exacte fui le vaifïau quand la bouche e&
fexmce.
Septie'me Démonstration. Gn
acroire qu'ils n'ont befoin que de leurs doigts ,
ou d'un bout d'épée pour emporter les dents les
plus enracinées. Mais un Chirurgien ne doit point
connoîcre ces rours de fouplefie , ôc comme c'eft
la probité qui doit être la règle de toutes Tes ac-
tions , il faut qu'il fe diftinge de ceux qui veulent
en impoler aux autres.
LA feptiéme &c dernière opération qu'on fait
aux dents , c'eft d'en mettre d'artificielles à la
place de celles qu'on a perdues. On allègue deux r
xaifons pour autorifer cette pratique , la première cément des
eft tirée de l'ornement qu'elles procurent, parce ^encS Per-
qu'il eft vilam de voir une bouche mal garnie dans
laquelle il manque une ou plnfieurs dents , & la fé-
conde eft établie fur la nécefîicé d'articuler la voix,
puifque ceux qui ont des dents de manque ne peu-
vent pas fi bien prononcer de certains mots que
quand toutes les dents y font. Pour obvier à ces
deux inconveniens , on commande des dents d'y-
voire à peu-près de la grandeur de celles aufquelles Comment
ou les lubiritue , on les perce pour y palier un ou dents ar«&-
deux fils d'or avec lefquels on les attache aux dents ciciles«
voifines , ce fil tourne autour de celles-ci & retient
les dents artificielles aufli fermes que fi elles é-
toient naturellement placées. On en fait fabriquer
autant qu'il en manque, deux, trois ou quatre, tkc.
qu'on fait tenir enfemble avec des fils d'or , 6c
qu'on place comme on a dit entre les dents naturel-
les qui reftent. On connoit de vieilles femmes
qui portent un râtelier tout entier de faufTes dents,
éc qui n'oferoient prefque ouvrir la bouche de /
crainte qu'on ne s'aperçût de cette fubftitution,
Ce qu'il y a de fâcheux , c'eft que l'y voire jaunit
en peu de terrs dans la bouche , d'où vient que
Fabncius confeille de les faire de l'os du jarret
d'un bœuf , ôc Guiliemeau pour leur matière en-
feigne la coirpofition d'une pâte , qui confifte à
prendre de la c ire blanche grenée ôc à la faire for,--
6n Dés Opérations de Chirurgie,
Pâte pourdre avec un peu de gomme élemi , y ajourant des
d°enTs ftœl poudres de maftic , de corail blanc 8c de perles :
ces. il prétend qu'avec cette pâte on peut former des
dents artificielles qui ne jauniront jamais , 8c qu'-
elle eft très-propre pour remplir les trous des
dents creufes.
On agite deux queftions fur les dents , la pre-
mière eft de fçavoir fi quand on arrache à un en-
fant les dents de lait avant qu'elles fe difpofent à
tomber les fécondes en reviennent 8c plus belles
8c plus droites ; 8c l'autre fi une dent remife dans
font alvéole après en avoir été arrachée peut s'y
rafermir 8c prendre vie comme fi on n'y avoit
point touché.
Ç'eft une erreur de croire que les premières
dents puifTent donner une méchante figure aux fé-
condes , elles font les unes 8c les autres dès la naif-
fance formées en petit dans les alvéoles , où elles
s'olîifient , les premières forties , après avoir fervi
cinq ou fix ans font pouffées dehors par les dernie-
Expulfion res qui prennent leur place , & remarquez que cei-
aes prenne- |es_^ n'ont quafi que la tablette , parce que les
autres en fe groiliffant n ont pas donné le tems à
ces premières de fe perfedfcioner 8c de s'cfîifier
dans leurs racines 5 de forte que les anciennes ne
peuvent point corrompre la forme des fuivantes.
obfervation J'en ai vu l'expérience dans une jeune fille , à qui
une°erreur & mère avoit fait arracher toutes les dents plus
populaire, d'un an avant qu'elles duffent tomber ,. perfuadée
que celles qui fortiroient après feroient plus par-
faites : mais elles fut trompée dans fon attente \ car
elles vinrent un peu plus vilaines que les précéden-
tes. Une perfonne de qualité dévote à l'excès les
fit ôter à la fille par un motif tout oppofé : cette
enfant les avoit très-belles, 8c de peur qu'un jour
elle ne fe glorifiât de cet avantage cette mère
voulut qu'on les lui arrachât toutes , afin que
celles qui pouiTeroit enfuite étant moins bel-
Sîptie'mê De'monstaatîon. Gl$
les ne fulTent point un obftacle à fon falut.
Je ne crois point qu'une dent qui a été totale- Fait fing*-
ment enlevée fe puifTe raffermir dans fa cavité 8c licr»
reprendre vie comme auparavant. M. Verduc ra-
pcrte là-delïusqu'ila oiii dire que M. Carmeline
fort habile Opérateur pour les dents , ayant arra-
ché une dent qui n'étoit point gâtée la remit fore
premptement dans fon alvéole > où elle s'affermit
fi bien qu'il eut beaucoup de peine à l'arracher
Tannée fuivante , la même perlonne l'étant venue
retrouver à caufe que la douleur l'avoit reprife :
mais cette hiftoire me paroît apocrife 9 auiH-bien
qu'à M. Verduc qui reconnoit lui-même que tous
les filets nerveux 8c les vaiiïaux qui portent la vie .
Se la nourriture a la dent ayant été rompu , elle ne
peut pas reprendre racine 8c fe joindre au tout
quand elle en a été une fois féparée. .
Fig. XLI. POUR LA LANGUE ET LA LUETTE.
€x\ Dis Opérations de Chirurgie ,
? Des Opéra. T ^ langue demande des opérations particulier
tions prati. \^s res dont la première eft l'incifion du filet, la-
îantue *à 'îa 4aeHeeft ordonnée en deux occafions, Tune quand
lucccc aux il y a un filet furnumeraire , de l'autre quand celui
3™'^",&qui y eft naturellement eft ou trop gros , ou trop
avancé vers la pointe de la langue.
Les enfans naûTent fouvent avec une membrane
qui s'attache Tous la langue au filet naturel > Ôc qui
empêche que la langue ne puifte fortir au-delà des
lèvres, ni exécuter fes mouvemens ordinaires : les
Sages-femmes fe veulent quelquefois ingérer de
déchirer cette membrane avec leurs ongles, ce qui
Danger de , n i,- , P * »
déchirer le n eu: pas tou jours exempt d mconveniens , parce
fifler, qu'elles ne peuvent point rompre ainfi cette pelli-
cule qui eft allez forte, fans faire beaucoup de
douleur &: fans attirer fouvent* fur la partie une
fluxion qui ôtant à l'enfant ie moyen de têter le
priveroir bientôt de la vie. C'eft- pourquoi elles
ne doivent entreprendre ni de la détruire ni de la
couper , cette opération n'étant point de leur ref-
fort , mais de celui du Chirurgien a qui il eft très-
facile de s'en bien acquicer , pourvu qu'il ne né-
glige aucune des circonftances elfentielies.
incommo. Si le filet furnumeraire eft petit, il pourra ne pas
dite* du filet. nuire ,* mais quand il eft grand & qu'il va jufques
au bout delà langue , l'enfant ne içauroit lancer
le téton , il ne fait que chipoter ôc tous fes efforts
lui font inutiles pour ferrer le mammelon , parce
que ce frein qui eft fous la langue la retient ôc un peu d'efprit de vitriol > trem-
pant dans ce miel un petit linge attaché au bout
d'un brin de baiay , avec quoi on frottera rude^
ment le dedans du kifte pour le faire exfolier &c
le confumet par ce traitement qui doit durer
quelques jours , on lavera fouvent la bouche avec
loximel , ôc enfuite avec un vin auftere dans le^
quel il y aura peu d'alum. J'en ai vu qui rêve-
noient parce qu'on fe contentait d'y faire une
(impie ouverture avec la lancettte pour en vuider
la matière -, la plaie fe fermoit , Se la tumeur fe
remplirToit -, on la diiïipoit de nouveau par l'éva-
cuation de l'humeur , & elle ne manquait point
de fe reproduire peu à peu , jufqu'à ce qu'on eût
eonfumé le kifte , comme nous avons dit (a) ,
inftmmeîit La langue empêchant de voir dans le fond de
commode ja b^efre on a inventé un inftrument en forme
pour l'opéra- ■ ' v . -
non. de lpatule très-large oc emmanche marqué E.
commode pour ôter cet obftacle en abaiffant la
(a) Quoiqu'on ait dit que la matière contenue dans
ces tumeurs n'étoit autre chofe que de la falive. On y
trouve néanmoins quelquefois une petite pierre , Se
d'autres fois une matière fabloneufe ou plâtreufe. Mais
cette pierre ou ces autres matières ne viennent que
de la liqueur falivaie de même que le uitre qui sV
mafïe autour des dents.
Les grenouillettes acquièrent auffi quelquefois un
Volume très considérable. M. Caumont en a depuis
peu guéri une dont le volume empëchoit le malade
de parler & de fermer la bouche. Il ouvrit en ma pre-
fence cette tumeur dans toute Ion étendue, & en tira au,
moins une demie-livre de matière pîatreufe; il retrancha
de chaque côté de l'ouverture les lambeaux qui dans
la fuite auroientnui à la gutrifon. Il emporta du Kifte
autant qu'il put, & fit tomber le reite par TuOge d^s
confomptifs adoucis , & à peu pres tels que ceux que
propofe notre Auteur. Le malade eil parfaitement gué-
xi & parle avec facilité.
S e p t i e'm e D e'm o n s t r a t ro n. 629
langue , & la tenant fujetre jufqn'à ce qu'on ait
examiné ce qu'on veut bien reconnoître. Si le,
malade n'ouvroit pas la bouche fufïifamment pour
découvrir ce qu'on cherche , voilà une autre ma-
chine F.appellée le miroir de la bouche , avec quoi
on rient non-feulement la langue afïujettie > mais
aurli on fait ouvrir les dents autant qu'il eft nécef-
faire : on ne doit pourtant fe féfvir de. ces inftru-^
mens que quand on n'a pas de moyens plus Am-
ples -, car fi on pouvoir avec le manche d'une cuil-
lère tenir la langue baillée , comme il. fe prati-*
que tous les jours , il ne faudrait point faire pa-.
rade de tels outils dont l'a{pe6fc_feul épouvante les
malades.
IL s'amaife fur la. langue une çraifë blanchâtre t?fage de la
ôc limoneufe, qui la rend infenfible aux faveurs-, cul icrc#
ceux qui fe piquent de propreté ,, doivent la né-
toyer chaque jour. Il y en a qui fe la ratifient tous
les. matins avec un petit couteau : mais il eft mieux
de fe fervir d'une cuillère G.parce qu'elle emporte
aufïi -bien que le couteau la crafTe qui embarafle
les papilles dont la langue eft toute parfemée , ôc
qu'elle ne peut pas les offenfer comme fait le cou-
teau , dont le tranchant enlevé toujours ou détruit
quelques particules en les raclant 3 ce qui ôte la.
délicateiïe qu'elle doit avoir dans la perception,
des qualités favoureufes des alimens (a)*
LA luette eft une petite éminence charnue et. MaUdfc &
çartilagineufe , fufpendue au fond du palais * "*"*
fur la racine de la langue : les Latins l'oat appellée
. (*) Quand une perfonne- s'eft coupé la langue avec ?aré ]iv
les dents, & que la partie coupée tient encore au reite ;
on en procure la reunion , en y faifant en deflus &
en-deiïous deux ou trois points de future entrecoupée ,
dont on cou e les fils le plus court qu'il eft poflihle,
& en. faifant de tems en tems laver la bouche du blefle
avec une. eau d'orge dans laquelle on diffout du mïà
R r iij
JO. ch. ZA.
6$o Des Opérations de Chirurgie ,
uvâla , Ôc les Grecsgargareon ôc kjonis , par rapport
à fon ufage , Ôc à fa figure de porte , de co-
lomne , Ôcc. que ces mots fignifient. Elle a be-
f oin du Chirurgien dans deux maladies aufquelles
elle eft fujette , fçavoir dans fon relâchement pour
être relevée 3 ôc dans fa corruption pour être'
coupée.
De fon re. Ceux qui ont la luette relâchée > Tentent comme
lâchement. un morCeau qui leur pend dans le fond de la
bouche, ôc qu'ils croyent être prêts d'avaler à
tout moment ; ils ont recours au Chirurgien en lui
parlant le langage commun , qui eft de dire qu'ils
ont la luette démife , Ôc de prier de la leur re-
mettre promptement , s'imaginant qu'ils s'y fait
une luxation comme en pluiieurs autres parties
articulées. C'eft au Chirurgien à l'examiner avant
que de rien entreprendre. Si elle eft rouge , groiTe
jfceme e a ce ôc enflammée , il fera ufer de gargarifmes doux
ôc rafraichilTans j ôc li elle étoit blanche ôc allon-
gée , il faudroit la relever avec une cuillère faite
exprès H. dans laquelle on met un peu d'écorce
de grenade , ou du poivre en poudre. Après avoir
fait bailler la langue , on applique le bout de la
luette dans la cuillère qu'on poulie en- haut , ôc
où on la tient quelque efpace de tems. La poudre
d'écorce de grenade rerîerre les libres trop éten-
dues , ôc le poivre par fa chaleur ablorbe la pituite
dont elle eft abreuvée : mais il faut bien fe garder
de fe fervir de ce remède quand elle eft allongée
par inflammation , comme on a fait quelquefois
imprudemment , ôc fans avoir égard à lacaufe du
mal qui demande un remède tout oppofé -, c'eft
pourquoi il ne faut pas s'étonner s'il eft furvenu
une elquinancie 6c une fluxion fur toutes les par-
ties voifines.
Opération Qn vo jt en certaines indifpoiitions au bout de la
LTJr aîTbout luette une petite tumeur tranfparente Ôc blanche
de la luette. comme une perle qui y feroit attachée > elle eft
S E P T ï e'm E D e'm OKS't R A T I ON. 65I
caufée par de la pituite qui diftile des parries fu-
périeures, Se qui coule juiqu'àia pointe de cette
eminence. Si une telle férofité ne peut pas être
diiîipée de tade par le poivre Se par les autres
remèdes defficatits , la langue étant baiiTée 3 on
prendra ces cifeaux marqués l. dont les branches
font longues pour aller jufqu'au fond de la bouche
couper cette pointe pleine de pituite. La luette
étant dégorgée , on ufera de gargarifmes aftrin-
gens qui en refïerrant les fibres y la remettent dans
fon premier état.
Dans les Pays, froids comme la Nortvége , les
habitans font fujets à un cathare caufé par une pi-
tuite qui durant i'hy ver leur diftile fur la luette ,
Se la groin* t tellement que les malades fuffoque-
roient , fi on ne les fecouroit. Mais la maladie eft
(\ preiTanre qu'il n'attendent point des médicamens Retranche-
le retour de leut fanté , c'eft pourquoi ils ont re- me™ d« 1»
cours à l'opération par laquelle ils coupent cette ueuc'
partie le plus promptement qu'ils peuvent. Ce
mal eft fi fréquent qu'ils ont toujours des inftru-
mens prêts pour faire cette opération j le plus fa-
meux de tous eft de l'invention d'un payfan de
Thiber en Nortvége ; il retranche la luette en un
moment par le moyen d'un reflort qu'on lâche
auiîi-tôt qu'on a placé cetinftrument qui a eu l'a-
probation de tous les Chirurgiens de fon tems j &e
Jean Scultet Médecin Se Chirurgien de la Répu-
blique d'Ulmes nous en a donné la defeription
dans fon Livre intitulé ÏArcmal de Chirurgie.
Cette opération ne fe fait ici que rarement , tant . încjonve-
parce qu on n eit pas expole aux mêmes cathares 3 te opération,
que parce qu'on eft prévenu que la luette fert pour
modifier l'air qui entre dans les poumons, Se que
ceux à qui on l'a retranchée deviennent aftmati-
ques ôc pouilifs, quoique Scultet nous afïure qu'il
n'en arrive aucune incommodité. Mais quand on
eft obligé de la faire > ces cifeaux L fuffifent après
R r iiij ^
d^i Des Opérations de Chirurgie ,
qu'on a abaiffé la langue avec l'inftrument L. ii
y en a même qui ne veulent pas qu'on fe ferve de
pincette pour la tenir , difant qu'il faudroit avoir
trois mains , ou fe fervir de celle d'un ferviteur \
La ligature ce 911* feroit fort emharratTànt. Je m'étonne que
& ïe cautère des Auteurs ayent prppofé ici la ligature , ÔC d'au-
pfuvenfLe cres ^ cautère adkiei : quand il feroit poifible de
applique*, lier la luette , les bouts du fil qui pendroient dans
le gofier jufqu'à ce que la ligature l'eût coupée i
feroient très-incommodes ; 6c il on vouloit porter
le fer ardent jufques au fond de la bouche , quel-
que canule qu'on y eut mife pour le conduire , le
malade ôc les afïiftans en feroient effrayez , &: il
feroit mal-aifé de borner à la feule partie affligée
l'efcarre qui en proviendroit : on fe contentera
donc de l'inciiion qui n'a aucun mauvais effet ,
parce que les veines y étant petites , il n'en fort-
que peu de fang, ôc qu'avec des gargarifmes aftrin-
gens Se déterfiis on guérit en très- peu de tenus.
Tuméfaaion a Ux deux cotez de la luette , il y a deux-
A
ta
les. ê * r\ greffes glandes conglobées , que les uns ap-
pellent toniiies , & les autres amygdales , parce
pelles reiTeinblent à des amandes pelées \ il fe
fait fouvent un dépôt d'humeurs fur ces glandes
qui en font gonflées de telle forte , qu'on a beau-
coup de difficulté à avaler [a). On n'épargne point-
la faignée dans cqs maladies pour prévenir l'obitru-
ction qui arriveroit aux vaifîaux fanguins -, fi ces
glandes fe tuméfioient exceirîvement. Quand elles
font abreuvées de fang , elles ne manquent pas de
venir à fupuration , d'autant que la chaleur de la
„,'. ,. fè ) Il y a fur la furface externe des amtedales une
ScincRius ,-/-•' j • /•■'»/ î pu
obf i. lib. 2 infinité de petits trous, par ou s écoule l humeur que
les glandes fepsrent. Quand les ami ^dales font gon-
flées, ces trous s'élargifTent & paroiflent quelquefois
blancs i ce qui pourroit les faire prendre pour des
ulcères.
S i p t i e'm e Démonstration. £32
bouche les meurit promptement. Auilî-tôt qu'on opération
y fent de la fluctuation , il ne faut point différer p°ut cc ^al»
de les ouvrir avec la lancette K. qu'on aura entor-
tillée d'une petite bande comme vous la voyez . ÔC
dont la pointe fe dirige fur la tumeur ou on fera
une ouverture de la grandeur de deux faignées (a).
A l'inftant que la matière en eft fortie , le malade
eft foulage : mais la tumeur eft quelquefois rem-
plie d'une efpece de fang brûlé qui (e fait jour lui-
même , ôc qui lailTe uneefcarre confidérable qu'on
doit faire tomber. On met en ufaçe les garga-
nimes cieteriirs avec orge , aigremome , ronces , gfSj
rofes rouges , ôc grande confoude bouillies dans
le vin blanc. Le miel rofat , mêlé avec quelques
goûtes d'efprit de vitriol , nettoyé parfaitement
ces parties. On trempe dans cette mixtion un linge
attaché au bout d'un petit brin de balai , ôc on en
frotte un peu rudement l'elcarre qui ne tient pas
longtems contre ce remède.
Quelques-uns de nos Anciens propofent de fé- Extirpation
parer ôc d'arracher ces glandes , ils en font Topé- des amysda-
ration très-aifée , Ôc nous affurent qu'elles n'in-
commoderont plus dans la fuite : je vous renvoyé
aux moyens qu'ils nous donnent pour la faire , ôc
que je rrouve très-cruels -, ôc je voudrois une autre
caution du îuccès que leur parole : car la fonction
de ces glandes étant de léparer ôc de filtrer les féro-
fités qui fervent à humecter la langue , le larynx .
ôc Tcefophage , ces parties fe trouveraient privées
de cette rofée qui leur eft d'un grand fecours pour
tempérer l'air qui entre dans les poumons t ôc faire
( ) Ambroife Paré a imaginé & M. Petit a perfe&ionné Liv. vi x 1 P
pour faire ces fortes d'ouverture rinîtrument Y. appelle ^ x,
aujourd'hui Pharingotome, par le moyen duquel on
porte une lancette dans le fond de la bouche fans aucun
rifque, & fans que les malades, qui pour l'ordinaire
craignent beaucoup les inftrumens tranchanss'en ap~
percoivent. On en trouve une defeription exacte dans
le trajté des ipftrumens par M. de Garengeot:
654 Des Ope'rations de Chirurgie,
gaffer l'aliment qui tombe dans i'eftomac.
Moyns de T L peut s'arrêter des corps étrangers dans le go-
débataflcr le J^ fier , comme de petits os , des arrêtes , des ai-
guilles , ou des épingles : la première chofe qu'on
fait pour débaraifer ce tuyau , c'eft de porter le
doigt dans le fond de la bouche , ôc de tâcher
de les tirer , en cas qu'on puiiïe y atteindre. S'ils
étoient defeendus trop avant , on prendroit un
morceau de mie de pain qu'on avaieroit à demi-
mâché ,• fou vent cetee bouchée les entraîne avec
elle dans l'eitomac : ôc en cas que ces corps ne
puiTent pas defeendre , ôc qu'ils piquaiTent i'cefo-
phage , il faïidroit exciter le vomiÀeitîent comme
le moyen le plus fur 'pour faire fortir tout ce qui
eit arrêté dans ce paflage. Mais fi on n'en pouvoir
encore venir à bout de cette manière , on baifle-
roit la langue avec une cuillère G. ou le fpeculum
oris F. pour eiTayer de découvrir la caufe de cet
embarras de la gorge. Si on peut l'appercevoir , il
faut fe fervir de l'un de ces deux inftrumens L. ôc
M. qui font très-commodes ôc faits a deifein de
pincer ôc de tirer au-dehors tout ce qui eft arrêté
dans le gofier. ïl y en a un L. dont les branches
font droites , l'autre M. les ayant en forme de
croiffant , afin de choifir l'un dés deux , félon l'en-
ufage du droit où fera placé le corps étranger. Mais s'il.
poireau , de ^t jt te|}ement avancé dans l'oefonha^e qu'on ne
î'eponge & A . . f &. .1
de la bougie, pue ni le ientir , ni le voir , on prendroit , un poi-
reau pelé , ôc frotté d'huile qu'on feroit entrer
dans le go fier , &c qu'on poufferoit jufqu'au-delà
du lieu où on fentiroit ce corps, il y en a qui at-
tachent au bout d'un fil N. un petit morceau d e-
ponge O. de la grofleur d'une noifette , ôc qui
l'ayant imbibé d'huile , le font avaler pour le re-
tirer par le moyen du fil après qu'il a pafté l'endroit
où le corps eft arrêté. Ils prétendent que l'éponge
doit l'amener avec elle. Il y a des Praticiens qui
condamnent l'ufage du poireau, difant qu'il fe
S E P T I EME D eVi ONSTRATION, 6$$
peut calfer en fe ployant pour s'accommoder a ia
ligure du gofieiv Ils n'aprouvent pas non plus l'é-
ponge , parce qu'outre qu'il eft presque impodible
de la faire avaler 3 elle eft en danger de demeu-
rer dans l'cefophage quand le fil vient à fe déchi-
rer ; ils approuvent plutôt une groffe bougie >
parce qu'elle fe ployé comme on veut , ôc qu'on
eft fur de la pouvoir retirer ; le Chirurgien fe fer-
vira de ce qui conviendra le mieux , &c quelque
habile qu'il foit il eft fou vent fort embarafTé (<*).
(a: On peut ajouter à tous les moyens décrits pat
l'Auteur , rinftrument.de Fabricius Hildanus & celui de
M. Petit. Le premier Z. eft une canule d'argent cour-
bée , groffe comme une plume de cigne , longue d'un
pied ou environ , trouée dans toute fa longueur , &
garnie à fohextrem té d'une petite éponge. L'autre &<*
eft auffi une canule, mais flexible, faite d'un fil d'ar-
gent tortillé en fpirale, garnie à Ton extrémité d'une
petite éponge. Pour fe fervir de ce dernier inftrument,
on met dans la canule un brin de baleine propor-
tionnée à fa longueur & à fon diamettre, & que l'on
tient par une des extrémité qui eft plus groffe que
le refte , Se lui fert de manche.
Fig.XLII. Pour les Oreilles de parties voisines,
6}6 Des Ope'rations de Chirurgie,
Des npera- /^v Uoique les oreilles foient les parties les moine
tions pour les! Ë r ■ t i /
oreilles paro- NsT: ^Lliec,:es aux opérations, il y a néanmoins
«des, îegoë-cJeux ocçafîons , où elles ne peuvent pas s'en parler
écrqueiles, "l'une eft quand elles font bouchées naturellement >
de l'autre quand il y eft entré quelque matière
étrangère,
obftru&ionT L y-a des enfans qui viennent au monde avec
des oreilles , JL les oreilles bouchées *, (i on n'y remedioit pas ,
& le moyen -j r r 1 C \ ■
d*y remédier. "s leroient non-ieuiement lourds, mais encore
muets, parce que n'entendant point ce qu'on dit ,
ils ne pouroient pas apprendre à parler. La caufé
de cette furdité eft ordinairement une petite mem-
brane qui bouche l'oreille , & qui eft placée ou
extérieurement , ou dans le fond du conduit pro-
che le tambour. Quand elle eft extérieure , il eft-
facile de la couper avec cet infiniment A. l'ouver-
ture étant faite , on y fourre une petite canule de'
plomb ou feulement un petit tampon jufqa'à ce
que la cicatrice fôit achevée. Mais quand la menv.
brane eft épaifte , & qu'elle tient au tambour > il
eft très-difficile d'y apporter remède. Si on entre-
prend de la percer , on court rifque de percer aufîî
le tambour *, & fi on veut fe fervir de cauftique
pour la confumer , on eft dans la même peine d'é-
viter la çautérifation du tambour , vu la difficulté
qu'il y a de porter les remèdes précifément jufqu'au
droit du mal à caufe que le conduit eft très- étroit:.
Tout ce qu'on peut faire c'eft d'y infinuer des mé-
dicamens mitigez qui ne corrodent pas , mais qui
puiffent émincer cette membrane en l'ufant ôc l'at-
ténuant peu à peu.
f|«(îeuTsma-/^v^ a recours à la Chirurgie- quand il eft en-
tirer les cor- ' V-/ tré quelque chofe dans l'oreille. Si c'eft un
pufcules en- moucheron ou un infecte , & qu'on ne le puiiTe
gagez dans • i • n o '"i ' •
Poreiiie. voir 3 on le tire avec cette pmeetee 8 ; ce s il ecoit
Sbptiè'me Démonstration, 6 $7
trop enfoncé , il faudrait avec ce cure-oreille C ,
l'aller chercher en tournant Pinftrument dans le
fonds de l'oreille <, comme quand on veut o ter la
craile qui s'y amaiTe. Si c'étoit un petit caillou.,
un noyau de cerife , &c. qu'on y auroit engagé en
badinant , ou qui s'y feroit glilTé par quelque ac-
cident , on commencerait par répandre quelques
gouces d'huile d'amandes douces dans l'oreille ,
puis on coucherait le malade fur le même côré Ôc
on lui branleroir un peu la tête pour faire fortir ce
qui feroit entré } & s'il ne fortoit pas ainfi 5 on le
tirerait par force avec des pincettes D , ou bien
avec le cure-oreille qu'on coule à côté du noyau
pour l'embrafler dans la cavité du cure-oreille , ôc
le conduire ainfi au dehors : (i ces moyens ne réuf-
fiffoient pas, on feferviroit avantageufement d'un
petit tire bouchon d'Angleterre qu'on feroit entrer
dans le noyau comme dans un bouchon , ôc qu'on
ramènerait avec un noyau. Plufîeurs fe fervent
d'un tire-fonds, comme £1 on vouloir tirer une baie
aux playes d'arqUelades j ôc enfin d'autres propo-
fent de faire derrière l'oreille uneincifion encroif-
fant pour découvrir les corps étranges, ôc les ame-
ner par l'ouverture : mais il ne faut employer ce
dernier moyen , que quand il eft impoflible de fai-
re autrement , parce que c'eft une playe qu'on eft
obligé de coudre enfuite , ôc qui n'eft pas facile à
guérir a caufe du cartilage de l'oreille , qu'on ne
peut fe difpenfer de couper [a].
Les femmes ôc les filles fe font percer les oreil-
les pour y mettre des boucles de perles ôc de dia^-
mans , afin d'en paraître plus belles ôc briller da-
vantage ; cette petite opération ne mérite pas
l'attention du Chirurgien 3 & il la faut lailler
(a) Lorfqu'on n'a pas foin de nétoyer l'humeur ceru-
mineufe qui fort des glandes de la conque, elle s'â-
mafïe, s'épaifïit & cauîe quelquefois la furdité, qui
,cefîe des qu'où oie cette humeur ayee une curette.
638 Des Opérations de Chirurgie ,
aux- Coëffeufes qui la pratiquent Couvent.
Hiftoire M. le Chevalier de Nantouiilet nous a fait une
£a"ionaid/oI hiftoire qu'on croira fi on veut ,• il nous dit qu'é-
xciik, tant efclave en Turquie , il vint à (on Patron une
grplTe fluxion fur une oreille , & que voulant fe
rendre néccflaire auprès du Turc , il lui confeilla
de fe la faire couper , ce qui fut exécuté , ôc il
guérit. Dans la fuite ce Patron le croyant habile
Chirurgien le traita mieux qu'il ne faifoit avant
cczzq opération : jufqu a prélent il n'y a que les
Bourreaux qui l'ont pratiquée en France , ôc nous
guéririons tous les jours toutes les fluxions , Ôc les
autres maladies qui viennent aux oreilles fans en
faire l'amputation.
Desparod- T Es parotides font des glandes conglomérées ,
aes5eleulr M~j placées vers les oreilles entre l'angle pofte-
rieur de la mâchoire , Se l'apophife maftoïde , leur
ufage eft de feparer la falive Ôc de l'envoyer dans
la bouche : quand il y a une obftruclion dans les
tuyaux de ces glandes , il s'y fait un amas d'hu-
meurs qui les gonfle , ôc qui y caufe une douleur
très grande. Les enfans font fort fujets à cette ma-
ladie i qu'on appelle les oreillons : on les guérit en
les frottant avec de l'huile de lis bien chaude , ôc
en les couvrant de la laine qu'on aura coupée à un
mouton : l'huile délaye & adoucit l'humeur qui
abreuve les glandes , 8e la chaleur de la laine en
fait la refolution. Ces maux viennent touresfois
aflez fouvent à fuppuration , comme il eft arrivé
cet Eté à prefque toutes celles des Demoifelles de
S. Cyr à qui les parotides fe font enflées , car ces
tumeurs fe font terminées par un petit abfcès qu'on
a été obligé d'ouvrir , n'y faifant pourtant que de
petites ouvertures au plus bas lieu pour donner
feulement ifïuë à la matière , comme on doit l'ob-
ferver à l'égard de tous les enfans , ôc particuliè-
rement des filles . pour éviter la difformité d'une
grande cicatrice.
Sept ie'me De'mon s t rat ion. 639
Il y a beaucoup de différence entre les tumeurs Traitement
qui viennent aux parotides des enfans , ôc les gon- ^ns lcsTduh
flemens de ces mêmes parties dans les perfonnes tes.
avancées en âge. Celles des premiers font faites
d'une humeur douce Ôc de facile digeftion , elles
fe menriffent en peu de tems Ôc fe guériifent aufli-
tôt que la matière en eft fortie , mais aux adultes
l'humeur qui tuméfie eft plus féroce 5 elle excite
de plus grandes douleurs , Ôc elle fait une efearre
comme Pantrax ; c'eft pourquoi il faut ouvrir fu-
ffifamment pour procurer la chutte de l'efcarre , ÔC
les cauftiques y font nécelfaires pour confumer les
duretez de ces glandes : on doit enluite mondirler
la plaie , l'incarner , ôc dilpofer à une cicatrice la
inoins difforme qu'il eft poilible.
LE goërre eft une grolfe tumeur qui fe produit _ :.
au devant du col -, elle eft molle , pendante ,
Ôc mobile, Les Savoyards lont prelque tous atta-
quez de cette maladie , auili-bien que les habitans
des montagnes qui (ont obligez de boire des eaux
de néges fondues , ôc de (ources froides -, mais ces
fortes de malades ne fe plaignant d'aucune douleur
ne courent point aux remèdes , ils voyent ces tu-
meurs commencer , croître , ôc devenir excifîive-
ment greffes fans chagrin ôc fans s'inquiéter des
fuites qu'elles peuvent avoir. Ils apellent cette in-
difpofîtion Qqt^^o. mot Italien qui veut dire grojfe
gorge , il y en a qui lui ont donné le nom de bron-
chocele par fimilitude , comme qui diroit hernies
dos bronches : les Grecs l'appellent suffi Bronkokf-
/i, de Bwnchos qui fignifie 1 apre-artere , ôc de hli
hergne , parce que la tumeur qui fe fait à ces par-
ties , eft femblable à celle que font les her-
nies : mais ce nom lui eft apliqué improprement ,
car les hernies font faites des parties dépla-
cées , ôc le gouctre réfulte d'une chaire rnolaflç
aiodké.
640 Dès Oêe'rations de Chirurgie ,
&pituiteufe renfermée dens un kifte(d).
Cure de Si on ne s'éconne pas en Savoye de voir naître
ctte incom- cette maladie , il n'en eft pas de même ici •, les fem-
mes fur tout ne peuvent cacher leur inquiétude *
dès qu'elles s'apperçoivent de la moindre enflure à
la gorge , &c leur chagrin augmente à mefure que
ia tumeur grofïit , non pas par la douleur qu'elle
leur fait , car elle eft communément indolente ï
mais parce que cela dérange l'œconomie de leur
gorge qui fait un de leurs principaux ornemens , il
faudra dans les commencemens tâcher de fondre
cette grofTeur avec l'onguent Diabotanum , excel-
lent pour cet effet , pourvu qu'on le porte long-
rems , &c qu'on le renouvelle tous les huit jours.
Mais fi la tumeur ne lailloit pas de croître, &c qu'on
fut dans l'appréhenfion qu'elle ne devint prodi-
gieufe , on en viendroit prudemment à l'extirpa»
non.
mu?nhnt Le malade fe peut aifément réfoudre a fouffrir
'cette opération „ car elle n'eft pas h* douloureufe
qu'on pourroit fe l'imaginer* Le plus fort de la
douleur eft quand on fait l'incifion à la peau le long
de la tumeur avec le couteau E< êc c'eft par là
qu'on
(a) te goê'ttre, comme l'Auteur le remarque, n'eft
pas une hernie, parce qu'il n'eft ras formé départies
déplacées Mais il furvient quelquefois à la gorge une
véritable hernie qu'on peut appeller proprement bron-
chocele ou hernie de la trachée artère ; car elle eft
formée par le déplacement d'une partie de la mem-
brane intérieure de ce conduit. Cette membrane en
fe dilatant palTe entre les anneaux cartilagineux delà
trachée artère, &r forme à la partie antérieure du
col une tumeur molafle i fans douleur , de même cou-
leur que la peau , & qui s'étend quand on retient fon
haleine. Cette .efpece de maladie dont M. Muys * dans
Obt^r ïïe'fes obfervations , & Manget ** dans fes nettes fur
*. » r Barbette , font mention , effort rare , & nuit beaucoup
le Ch. x. a *a volx & a la reipiFation.
S e p t i e'm e D e5m onstraïiôk. §4%
qu'on commence. Les lèvres de cette plaie feront
ënfuite écartées l'une à droite , l'autre à gauche *
pour avoir lieu d'empoigner cette tumeur avec la
tenette F. éc de la diffequer dans toute fa circon-
férence , afin de l'extirper toute envêlopée de fa
membrane propre les vairTaux qui Parrofent font
très-petits 8c fon peu de fenfibihté témoigne aflez
qu'elle ne reçoit aucun nerf considérable; Il n'eft g . £.-7~~-
pas befoin de recoudre cette plaie , il (unit de la ae \&$hui
laver , 8c d'en rapprocher les bords avec le banda-
ge unifiant qui commence derrière le cou % 8ç dont
les deux chefs viennent palTer fur la plaie : fi cette
opération eft faite avec dextérité , il ne refte qu'il-*
ne cicatrice prefque imperceptible , 8c on eft dé-
livré d'une tumeur qui auroit fatigué pendant toute
la vie*
LEs écrouelles font appeilées des Latins fcro- ôri8î|ë ^
pbuU , &: des Grecs Kvrades de Kir as , qui li-
gnifie un pourceau , à caufe du raport qu'il y a en-
tre ces tumeurs cte glandes endurcies dans l'Horn*
me , 8c le coi dé ces animaux rempli de telles glan*
des; Elles font engendrées d'une pituite épailTe *
quelquefois piquante 8c falçe à celles qui font
douioureufes \ les enfans y font plus fujets , parce
Qu'ils font plus voraces , 8c qu'ils mangent plus
louvent , & ceux d'entr'eux qui vivent de légu-
mes , de fruits 8c d'alimeiis indigeftes font pres-
que tous fcrophuleux , parce que le chile qui en efl
produit étant erùd 8c difficile à fubtilifer , s'em- .
Darafle dans lés porolitez des glandes , où il fair
tes tumeurs : c'eft la raifort pour laquelle nous
voyons que de cent qui fe pr élément pour fe fai-
re toucher par le Roy, il y en a plus des trois quarts
fe[ui font enfans de payfans , 8c à qui elles ne ïonr » ,>; ,,t ...., i
venues que par une nourituré peu fpiiitueufe. dicamew «
On guérit les écrouelles par un bon régime de ôpetatldni ,
Vivre i 8c pat les remèdes tant généraux cjue parti- Hbdite?*'
S £
i&ft Des Opérations de Chirurgie j
culiers ,• l'ufage de la panacée , du mercure doux *
Se d'un opiate fondant , avec l'application de l'em-
plâtre de devigo fur le glande arFe6fc.ee , en guérif-
lent tous les jours. Mais 11 l'humeur étoit rébelle 5
qu'elle eût de la faluré ôc de l'âcreté , & qu'elle
rendît à fa fupuration , il faudroit l'ouvrir après
s'être fervi de tout ce qui auroit été capable d'a-
molir la dureté : on panfera avec des onguens qui
mangent ôc qui font efearre , parce qu'ii ne faut
pas fonger à procurer la cicatrice avant que la
glande foit tout-à-fait confumée.
S'il n'y a voit qu'une ou deux glandes de tumé-
fiées , qu'elles fuifent extérieures Se un peu mo-
biles , il faudroit plutôt les emporter par l'incifion
que par les cauftiques qui font une douleur con-
tinuelle , ôc demandent un tems confidérable. Si
le malade eft allez réfolu , ôc qu'il ait allez de con-
fiance en fon Chirurgien pour s'abandonner entié*
rement à fa conduite , il faudra le placer en un lieu
fort éclairé affis dans un fauteuil un peu panché à
la renverfe 5 ayant la tète retenue par unfèrviteutj
ôc les mains par un autre \ puis avec le fcalpel G»
on fera une ineifion longitudinale fur la glande *
feulement à la peau , au-delà de laquelle cette in-
eifion ne doit point paflfer , après quoi l'Opérateur
prendra de la main gauche cette érigne pointue H*
avec laquelle il accrochera la glande pour la fé-
parer plus promptement en coupant avec fon fcal-
pel tous les filamens qui l'attachent aux parties
voifines : Ôc pour fe faciliter ce détachement , il
fera tenir par un garçon une lèvre de la plaie avec
Térigne plate I. qui écartera la peau de deflus la
glande , quand un des cotez aura été ainfi dégagé
il faudra appliquer l'érigne plate à l'autre côté pour
le féparer de même que le premier , ôc de cette
Traitement façon on enlèvera toute la glande. La plaie étant
dc,Ia P1**? bien efluyéeon y mettra avec une plume un peu
r» on» »K*^e baume du Pérou 5 puis ou rapprochera l'un de
S E P T I e'm S D e'M G1SÎST&ÀTION. 64$
l'autre les bords de la plaie qu'on couvrira du plu-
maceau K. par delîus lequel on impofera l'emplâ-
tre L. pour contenir le tout avec le bandage unif-
fant que je vous ai fait voir au goëtte. On nepanfe
pas cette plaie tous les jours , afin delanTer recol-
ler la peau avec les parues voiflnes, ce qui s'accom-
plit par le moyen du baume fécondé du repos qu'on
donne à la partie bleffée»
Le Roy touche cinq fois l'année cewx qui ont Guérifonde
des écroiielles. Ce font les jours qu'il fait fes dé- eesmaux P»g
votionsi Il fe préfente à chaque fois feptou huit *
cent malades pour fe faire toucher , de un grand
nombre de ceux qui ont été touchés par le Roy ,
arTurent avoir été guéris par cet attouchement :
c'eft- pourquoi je conféille à tous ceux qui font
affligez de cqs maux , de tenter un moyen {pirituel
fi doux pour obtenir leur guérifon, avant que de
fe livrer entre les mains des Chirurgiens , qui ne
peuvent pas les exempter de beaucoup de douleur,
&c qui feront toujours prêts de les foulager en leur
faifant des opérations telles que e elles qui vien-
nent de vous être expofées.
V'm de la Septième Demonfir ation*
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644
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wÊÊÈÊÈL
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OPERATIONS
CHIRURGIE,
HUITIE'ME DEMONSTRATION.
De celles qui fe pratiquent fur les
extrémités extérieures.
DE LA SAIGNE'È.
Ou s fçavez, Mefîîeurs , que le corps
fe divife en deux , au tronc 8c aux
extrémités. Le tronc comprend la
tête , la poitrine, Ôc le ventre. Vous
avez vu dans les {ept Démonftrations
précédentes toutes les opérations qu'on fait fur ces
parties 9 il faut vous faire voir à préfent celles que
demandent les fupérieures , &: demain vous verrez
celles âts inférieures.
L'extrémité fupérieure eft compofée du bras 5
de Tavant-bras > 6c de la main , ces parties deman-
dent chacune leurs opérations particulières que
nous allons vous expliquer toutes fans en ne»
^mettre. Je commence par la faignée.
XXIII. POUR LA saigisteï: du bras
H U I T I B*M E D e'm ONSTRATION. 64$
LE plus grand remède qu'il y ait dans la Méde- Excellence
cine , c'eft fans conteftation la faignée, on ne dc lafa,Snée»
peut lui donner trop d'éloge , parce que tous les
bons effets qu'elle produit , parlent tellement en
fa faveur, qu'il faut convenir qu'on n'a rien trouvé
jufqn'à prefent qui foie au-deflfus de la faigné.Laif-
fons a ceux qui ont pour leur partage l'éloquence à
en faire le panégyrique *, contentons-nous de faire
voir notre adrelfe en faifant cette opération , qui
fur de certains bras eft la plus difficile de la Chirur-
gie.
Ce que j'avance furprendra ceux qui croyent cas où cetçe
qu'il nV a rien de fi aifé que de faire une faignée. opération cft
t J' * ' n. v ' ' il difficile,
J e conviens avec eux que c eit 1 opération la plus
facile quand on trouve de greffes veines à ouvrir ,
mais il faut qu'ils demeurent d'accord avec tous
ceux qui font dans la pratique de la faignée qu'il y
a des bras dont les veines (ont fi petites qu'il eft
prefqu impoflible de les fentir , & très-dangereux
de (e bazarder de les ouvrir. De l'aveu de tous les
Chirurgiens il n'y a point d'opérations , quelques
grandes & difficiles qu'elles paroifTent , qu'ils n'ai-
maffent encore mieux faire , que d'entreprendre
certaines faignées 5 où après avoir cherché long-
tems , Se avoir pris toutes les précautions néceffai-
res pour tirer du fang, la veine fe gliiîe de s'échapç
à la pointe de la lancette.
Le plus grand malheur n'en: pas d'avoir fait une $.Q mÇ0B«
faignée blanche , c'eft ainfi qu'on appelle celles où vtfniein*
on n'a point de fang*, mais c'eft d'avoir ouvert une
artère , ou piqué un tendon. On ne pardonne rien
au Chirurgien , on n'examine point les difficultés
infurmontables qui fe trouvent dans beaucoup de
bras , ni le péril où il s'expofe lui-même en entre-
prenant de ces fortes de faignées ; S*il ne réuflït
pas, il eft blâmé j s'il manque une faignée,, perfonne
àç l'excufe j qui que ce foit ne compatit à fa peine*
S f iij
6^6 Des Ope'rations de Chirurgie",
ôc pour comble de malheur ceux qui devroient em-
brafïer fa défenfe , en relïentent fouvent une joye
Feçrette , & par un efprir de jaioufie ils ne font
point fâchés de lui voir arriver cette mortification.
On ne m'approuvera peut-être pas de donner au
jeune Chirurgien une idée auffi affreufe de ia fai-
gnée en lui reprefentant les malheurs qui l'ac-conv
pagnent , je ne le fais pas pour l'en rebuter , mais
feulement pour le défabufer de l'opinion commune
fur la facilité dé la faire , pour empêcher que par
trop de confiance il n'aille entreprendre toutes
celles qui fe prefenteront , ôc pour le porter à
s'inftruire exactement fur tout ce qui regarde cette
opération . ôc la faire avec l'agrément , la déiica-
teffe & la légèreté qu'elle demande, ôc à apporter
toutes les précautions néceffaires pour éviter les.
fuites fàcheufes des mauvaises faignées.
Définition On entend par le mot de faignée généralement
fe fafignée Pr*s 5 une $#£B£ ^u ^"an§ ^e qu^que vanTau que ce
Foie. Les Grecs ont nommé la iaignée angiotomie
qui eft dérivé àangion , qui veut dire vaiffau , ôç
de temnin qui lignifie couper. Quand on tire du
Fang de l'artère, ils l'appellent arteriotomie , ôc lorf-
que c'eft de ia veine , ils lui ont donné le nom de
pblebotomie, dérivé de phéebs qui lignifie veine, ôc
de temnin couper. C'eft de cette dernière que j'ai
à vous parler.
La faignée eft une ouverture qu'on fait à la
veine avec une lancette pour en tirer du iang plus
ou moins félon le fujet ôc l'intention pour laquelle
on la fait.
Son ancï- Cette opération eft auiîi ancienne que la Mede-
quité, cine , elle fe pratiquoit avant Hippocrate, Ôc nous
voyons que ce grand homme en a très-bien connu
l'utilité , puifqu'il la confeille comme un fouverain
remède dans plufieurs maladies , ôc que lui-même
avoue l'avoir faite fouvent avec un heureux fuc-
feèst De fon tems les Médecins mettoient la main
Huitie'me Démonstration, 647
à l'œuvre. La Médecine Se la Chirurgie étoient
exercées par les mêmes perfonnes y mais aujourd'hui
on en a fait deux emplois diftingués. Les Médecins
ont pris conte la feience théorique pour leur par-
tage , $e ils ont laiiïé aux Chirurgiens la pratique ôC
l'opération, de la main.
Du tems d'Hyppocrate les faignées n'étoient pas ' Pratiqué»
fi fréquentes qu'a préfent , de néanmoins on tiroit touchant16"!
plus de (ang qu'on ne fait aujourd'hui, car les An- faignée,,
ciens les fartaient fi grandes qu'ils meiuroient le
iang par livres 9 Se nous le comptons par pellettes,
ils laiiïoient couler le fang julqu'à ce que le malade
tombât en foibleiTe , mais aufli ils ne faignoienr
leurs malades qu'une ou deux fois. Nous leur fai-
sons à la vérité un plus grand nombre de faignées,
mais douze des nôtres né valent pas deux de ce
tems-là, c'eft ce qui juftifie Hyppocrate d'avoir dit
que (1 on (aigne une femme groiFe elle avorte , il
entendoit parler des faignées de ion tems , 011 on
tiroit deux ou trois livres de fang , Se non pas de
celles de deux ou trois poiiettes qui ailurent une
groileiFe & empêchent l'avortement au lieu de le
procurer.
Si on vouloir marquer toutes les oçcafions.dans La faîgnée
lefquelles il faut faigner , il faudtoit faire un cata- *\ â7„ant:î"
logue de preique toutes les maladies, tant de celles le occasions,
qui font du reiTort de la Médecine, que de celles
qui dépendent de la Chirurgie ', on n'en connoît
guéres qui ne demandent cette opération. Ce qui
nie confirme dans cette opinion , c'eft que je vois
que la plupart des Médecins l'ordonnent à tous
leurs malades , ce qu'ils ne feroient pas s'ils ne la
jugeoient nécelfaire pour leur guérifon ; Se comme
il n'appartient pas au Chirurgien de raifonner fur
les maladies qui font du rerïort de la Médecine ,
demeurons dans les bornes qui nous font preferi-
tes , 3c ne parlons que des faignées qui convien-
nent aux maladies dont la Chirurgie prend connoif^
fance* S f iiij
*$£$ Des Opérations de Chirurgie ,
On pourroit dite avec quelque raifon, que dans
les lieux où il n'y a point de Médecins , le chirur-
gien doit connoîrre toutes les maladies qui requiè-
rent la faighéë -, que même aux endroits ou il y en a
il eft des occafîons preilantes où une faignée faite
{ans différer peut (au ver la vie , 8c que (ou vent
pour faire une faignée conforme à l'intention du
Médecin, il faut que le Chirurgien connoiffe pour-
quoi il la fait ; mais ce feroit lortir de notre fujee
ôc vouloir voler trop haut, Nous fuppofons qu'il
doit y avoir des Médecins par tout yèc nous con-
venons qu'à leur défaut il eft de très-habiles Chi-
rurgiens qui peuvent faire l'un & l'autre , comme
il eft des Lieutenans qui un jour d'action mènent
leurs foldats au combat auiîi-bien &c quelquefois
mieux que le Capitaine.
Celles où Les aboftèmes , les plaies , les ulcères , les frac-
f?£ *f né* aires, Se les luxations , toutes maladies de la dépen-
dance du Chirurgien , & où il eft toujours le pre-
mier appelle , ne fe peuvent point guérir fans la
faignée : elle leur elt tellemenr néceffaireque fi on
youloit Tépargner , la cure devkndroit impoflible,
pc on meteroit le malade en danger de périr ; c'eft
de quoi il faut vous convaincre en peu de mots.
pourquoi par ]e mot d'apo/iême , on entend toutes les tu-^
elle Èeftdans j T r
les apoitèo meurs contre nature dont u y a quatre elpeces prin-
feç§? cipaies , le phlegmon qui eft fait de fang , l'érefi-
pelé qui vient de bile , l'oedème qui eft produit de
pituite , & le fchirre qui eft çaufé par la rnélanco-
îie 5» toutes ces tumeurs viennent d'une plénitude
d'humeurs qui tombent fiir quelque partie , ainfl
c'eft une nëceilité de défemplir les vaifTaux pour
empêcher que la partie affligée ne foit accablée ,
& il n'y a rien qui puifle mieux remédier a çeU
que la faignée.
£a$s les Dans toutes les plaies on ne peut fe difpenfer de
Çîaiç^ 3 faigner , & principalement dans celles de la têce
ëc de la poitrine : lorfqu'ilj a une ventile ouverte
Huitie'me Démonstration 649
ou dans le cerveau , ou dans quelques autres par-
ties du corps , le fang en diftileroit continuelle-
ment, fi on nevuidoit pas les veines par queiqu'au-
tre endroit > c'eft ce qu'il faut faire par la faîghéë
tant pour arrêter l'henaor-agie , que pour empêcher
la trop grande fluxion des humeurs fur la partie
affligée.
Toutes les efpéces d'ulcères tant corrofifs que Dans les oI«
çhancreux Se fiftuleux veulent la faignée \ c'eft unecetes*
féroiité piquante Se rongeant qui fe féparant aifç-
ment du fang pénètre jufqu'aux parties ulcérées ,
Se les entretient dans le défordre. Pour les guérir
il faut adoucir le fang y Se avant que d'y pouvoir
parvenir , il faut par la faignée oter une partie de
ce mauvais fang , fans quoi il feroit impollible de
rendre à celui qui refte , fa douceur naturelle , Se
cette vertu balfamique qui doit contribuer à la
guerifon des ulcères.
Les fractures de quelque nature qu'elles foient, Dans Us
aulïi-tôt qu'elles font réduites , ont befoin de la^ra^ures.
faignée pour empêcher le dépôt fur la partie mal- .
traitée par la dilaceration des fibres , des mufcles ,
Se des membranes : il s'y fait toujours quelque
épanchement de fang qui feroit plus grand fi on ne
l'arrêtait pas par la faignée , c'eft pourquoi étant
d'un grand fecours dans ces occalions il faut plutôt
en faire deux qu'une , & ne la point épargner
puifqu'on en connoît l'utilité.
Toutes les luxations ne fe peuvent pas réduire, Eê dans Itfs
r r r ' r r • • r luxations.
fans une forte extenfion qui ne fe fait point fans
douleur , Se comme c'eft le propre de la douleur
de caufer une fluxion fur la partie , elle ne man-
querait pas de s'y faire très-grande dans un fujet
replet fi la faignée n'intervenoit , qui en vuidant
les vaiiTaux empêche le fang de fe jetter fur cette
partie. E^e «M*
Nous n'attendons pas que nos Opérations foient autrc«es opé**
feites pour faigner les malades , nous pçéludç§^"".°»Wi
^5© PES Opérations de Chirurgie >
toujours par une ou plufieurs faignées pour les pré-»,
parer fans préjudice de celles que nous trouvons
a propos défaire après l'Opération, On entend
dire aux Lithotomiftes qu'ils ne guerifient jamais
mieux leurs malades que quand ils les ont fait beau-
coup faigner , les Oculiftes n'épargnent point la
feignée à ceux qu'ils panfe-nt -, tous les grands Chi-
rurgiens ne les comptent point , ils en font autant
que la nécefïité le veut pour obtenir la guerifon des
maladies qui eu: la fin qu'ils fe propofent : enfin la
faignée peut être appeilée 1 epée de chevet de la
Chirurgie , parce qu'elle lui fert pour furmonter &:
abbatre fes ennemis qui font tous les maux qui,
cherchent à affadi ner l'homme , &c qui en vien-
draient à bout fans le fecours qu'elle reçoit à toute-
heure de cet admirable remède*
Comparai- On convient que la faignée & la purgation font
fa? née & de ^es P^us grana*s remèdes de tous , l'une vuide le
la purgation, fang , &c l'autre les humeurs qui peuvent nuire a
l'homme : mais comme on eft maître de la faignée
en arrêtant le fang quand le malade ne peut pas la
fupporter ou qu'il tombe en foibleffe>&: que d'une
purgation avalée on ne peut pas en arrêter le cours
quelque défordre qu'elle puilTe faire , on a donné
avec juftice la préférence à la faignée qui tient le-
premier rang , 8c dont on ne fçauroit trop vanter
l'excellence pour les bons effets que nous en voyons,
tous les jours,
i r>e Ia S\é' Ceux qui font naturellement cenfeurs»& criti-
cné"! objec- clues & 4ui veulent trouver des taches dausle 5o-
tion pour &leil, ne peuvent pas fe difpenfer de convenir qu'el-
*°n£re* le eft le meilleur remède de tous -, mais ils s'atta-
chent à condamner la trop fréquente faignée pré-
tendant que c'eft un abus de faigner dans toutes,
fortes de maladies 3 Se que c'eft égorger un malade
que de le faigner dix- huit & vingt fois dans une
même maladie. On répond à la première propo-
rtion , que toutes les maladies ayant leur premie-
Huitième De'm Onst r at ion. 651
re caufe dans le fang , parce qu'il eft compofé du
mélange d'une infinité de liqueurs qui circulent
fans ceife par tout le corps 5 de qui font nès-iujettes
à fe corrompre , (oit par les levains étrangers qu'el-
les retiennent des alimens , Toit par le déraut de la
respiration ou de quelque autre fonction naturelle,
on ne peut les réduire qu'en allant.à la fource Se
en vuidant de ce fang & de ces liqueurs qui font
Ja maladie qu'on veut guérir. La reponfe à la fé-
conde propofition , eft qu'on faigne plus ou moins
félon la nature de la maladie 8c les forces du ma-
lade. Si fans avoir égard à ces deux circonftances
on (aignoit également tons les malades , ce feroic
abufer de ce remède en le faifant fans connoifïance
de caufe : mais il n'y a point de nombre marqué
ni pour chaque maladie , ni pour chaque malade.
Telle maladie fe laitïera dompter par deux bai-
gnées , telle autre réfiflera a une douzaine , Se fi
on a quelquefois fait jufqu'à dix-huit ou vingt fai-r
gnées , c'elt à des perfonnes tellement ianguines.
qu'il en falloir autant pour réduire la maladie , Se
qui étoient moins foibles après ce grand nombre 3
que d'autres n'auroient été après trois ou quatre.
Il s'élève de tems en tems des antagonistes de Hiftoir©
lafaignée > qui pour paroître ilnçmliers déclament «J'"0 «nfetJ*
"*■ il t1 *r \ l K -1 • delafaigneç,
contr elle. II vint a la Cour il y a vingt-cinq ans
un certain M ** * qui avoir acquis beaucoup de
réputation à Paris , c'étoit un homme feà Se mélan-
colique y qui parloir peu Se qui fe difoit de qua-
lité. Ses partifans le difoient extrêmement riche >
ils publioient qu'ils ne faifoit la Médecine que
pour ne pas enterrer les merveilleux fecrets que
fes études Se fes veilles lufavoient fait découvrir.
Mad. de Montefpan le fit venir pour voir Mon-
iteur le Duc du Maine qui étoit malade , il eue
même une converfation avec le Roy , mais fcom-*
me fon mérite n'étoit fondé que fuf l'oppoiition
qu'il faifoit paroître contre la faignéè 3 fou régné
6$i Des Opérations de Chirurgie 9
fut de peu de durée , il s'en retourna à Paris oui
depuis ce jour fa réputation alla tellement en di-
minuant que deux ans après on ne parloit plus de
lui.
Ce qui doit Q>cft au véritable Chirurgien à aller toujours
limiter les r , .. c ,.,. .fr >. .,
faignées. ion chemin , il raut qu il raille crier ceux qui dé-
clament contre la faignée : ils ont beau s'échauffer
on a toujours faigné 6c onfaignera toujours , parce
qu'ils n'y a rien dans la nature qui puiffe approcher
de ce remède. Le Chirurgien éclairé doit en ufer
avec prudence > il faut qu'il faigne plus fouvent les
fanguins que ceux qui font d'un autre tempéra-»
ment , il doit moins faigner les vieillards que les
autres , moins ceux qui font un travail journalier
que ceux qui font dans une oifiveté continuelle ,
moins les gens mariçz que ceux qui vivent dms la
continence , moins en été & en hyver que dans le
printems &: l'automrte , 8c très-peu les perfonnes
qui d'ailleurs ont fouftert une grande hémorragie %
foit par les hémorroïdes 9 foit par quelque plaie ,
foit par les ordinaires : enfin il ne doit tirer que
deux poilettes de fang aux uns , quoi qu'aux autres
il foit obligé d'en tirer 3 ou 4 , parce qu'il n'y a
point de règles générales fur la faignée non plus
que fur toutes les autres Opérations de la Chirur-
gie.
Il eft facile de répondre à. ceux qui s'étonnent
de ce qu'on faigne plus en France , 8c particulière-
ment à Paris qu'en aucun autre lieu de l'Univers ;
c'eft parce qu'on y fait plus de fang , le climat étant
plus tempéré > l'air plus épais , ôc la nourriture
meilleure. La grande diflipation qu'on fait dans
les pays chauds s'oppofe à la faignée , de le befoin
qu'on a de conferver fa chaleur naturelle dans les
pays froids la défend *, c'eft pourquoi elle ne con-
vient ni à l'une ni à l'autre de ces deux extrémité $
Haais ici ou la nourriture fe tourne toute en fang %
|c qù nous voyons que prefque toutes les maladies
H y I T I e'm È D e\m ONSTRAÏlOtf, 6$$
ne viennent que par plénitude , nous nous trou-
vons dans la néceffité de vuider ce fang fi nous
voulons les guérir : c'eft l'expérience qui nous con-
duit làdeffus , de nous ne pouvons pas nous égarer
quand nous la prenons pour notre guide. J'ajoute-
rai qu'on fait fi bonne chère à Pans , 8c qu'on y a
inventé tant de nouveaux ragoûts pour exciter l'ap-
pétit , qu'il ne faut pas être furpris , fi on y fait
plus de fang qu'ailleurs.
On faigne en plufieurs parties du corps , à la Endroit oà
tête , au col , aux bas & aux pieds : je vous ai fait1>on faiSfte*
voir toutes les faignées qu'on peut faire à la tête &c
au col , aujourd'hui je vais vous montrer celles
qu'on fait fur les bras , & demain vous verrez cel-
les qui fe pratiquent furies pieds.
Vous fçavez que celui qui entreprend de fe faire Qualités d'un
r-\ • ' J * ' J 1 i- habile Phlé-
Chirurgien doit avoir des talens particuliers pourbotomifte,
bien exercer une Profeflion de l'importance de la
Chirurgie > mais celui qui prétend exceller dans
l'art de faigner doit avoir les qualitez qu'on re^-
quiert ordinairement dans cette Profe'ffion. Il faut
qu'il foit bien fait pour ne point déplaire au mala-
de , qu'il ait de l'efprit pour perfuader ce qu'il dit,
qu'il ait la vue nette & perçante pour diltinguer
les moindres objets , de forte qu'il n'ait point de
foibleffe dans les yeux , ou qu'il ne foit point obli-
gé de regarder de près -, qu'il n'ait point aufïi la
main trop greffe , parce qu'elle feroit pefante,
qu'il ait les doigts longs ôc grêles , &: que la peau
en foit blanche &c fine , parce que le tact en eft
plus délicat *, il ne faut point qu'il foiç fujet à boi-
re , de crainte qu'étant appelle la tête pleine de
vin , il fût obligé de faire une de ces faignées
difficiles : il ne doit point pareillement arracher
les dents , coigner des clouds , hacher du bois ,
jouer à la paume , au mail & à la boule , parce que
tous ces exercices peuvent lui ébranler k main ;
enfin il doit ayoir uns attention férkufe pour la
654 Des Opérations de CHiRiifcGiÉ,
confervacion de fa main , s'ils veut bien faigner 6è
long- te ms.
choix des ^ ne fo$ù Pas d'avoir l'œil bon Se la main fer-
iRftrumen», me , il faut encore avoir de bons inftrumens pour
faigner fans douleur. Le choix des bonnes lancet-
tes ne contribue pas peu à faire une bonne faignéej
pour peu qu'elle (bit émoufTée 5 ou que le taillant
en foit rude , il faut l'envoyer au Coutelier , on ne
doit point ménager fur cet article i le Chirurgien
auroit la main des plus légères , avec une méchan-
te lancette il fera de la douleur. Il doit en avoir
» dts Couteliers qui font le plus en réputation a quel-
que prix que ce foit : il y a plus de quinze ans que
je ne me fers que des lancettes du nommé Coriin
Coutelier à Lyon , dont je me trouve fi bien que
*je ne pourrois pas me fervir d'aucune autre. Je iuis
aufli dans l'obligation de les envoyer repaiïer par
lui- même , de crainte qu'un autre coutelier par
jaloufie ne les détrempa. Un Chirurgien doit ob-
ferver de ne jamais mettre fes inftrumens qu'entre
les mains de ceux qui les ont faits , parce qu'ils
ont intérêt de les conferver dans leur première
bonté*
Le Chirurgien Phlébotômifté doiié de quali-
rez que je vous ai marquées , Ôc muni de bonnes
lancettes , doit en avoir de différentes longueurs
&c de différentes largeurs pour s'en fervir félon les
différentes veines qu'il faut ouvrir: Quoique cette
opération foit faite en peu de tems & qu'elle pa-
roifTe des plus petites de la Chirurgie , elle n'en
mérite pas moins d'être confiderée dans les trois
tems 5 c'eft pourquoi s'il la veut bien faire il exa-
minera ce qu'il y a à obferver devant , durant , de
après la faigée.
Cas ojfi îî Si c'eft une faignée ordonnée par un Médecin ,
faut différer il n'y a rien a examiner , il faut qu'il fe mette en
ïafafcnéc. état de la faire au plutôt : mais fi elle eft de l'or-
donnance du malade , il faut s'informer des raifons
H Ùl T I ê'm E D e'm ONSTRATION. 65 £
qui l'obligent à fe faire faigner , ôc voir s'il eft en
état d'être faigné j car s'il iortoit d'un grand repas
ou qu'il y eût très long-tems qu'il n'eût pris de
nour rieur e , s'il étoit dans le frifon ,• ou dans la
chaleur d'un accès de fièvre , ou qu'il fût encore
dans la fueur à la fin de l'accès , s'il venoit d'agir
à (es affaires , s'il étoit en colère * s'il avoit froid ,
ou s'il avoit fait quelque autre excès -, ce feroic
toutes raifons pour différer ^âfaignée. Mais s'il n'y
a rien qui la doive empêcher , il faut que le Chi-
rurgien prépare tout ce qui lui eft nécelfaire.
Le Chirurgien doit commencer par faire allu-
mer delà bougie ou de la chandelle s il y en a qui , 1
préfèrent la chandelle à la bougie Ôc qui difent
pour raifon que s'il tomboit de la cire fiir le bras
elle feroit plus de douleur que le fuif. Il y a 36 ans
que je fais des laignées à la Cour , je me fuis tou-
jours fervi de bougie , ôc jamais cet accident ne
m'eil arrivé* Un bout de bougie eft plus commo-
de qu'une bougie entière qu'on ne peut , à caufe
de fa longueur , placer où on veut : il faut que la
bougie ait la mèche raifonablement gcofîe pour
rendre plus de lumière , la groffe bougie de cave
convient mieux qu'aucune autre , parce qu'on la
ployé comme on fouhaite.
On prépare une bande qui doit être de toile ni Conditions
trop neuve ni trop ufée. Elle doit être de la largeur de ]a bande
d'un poulce, Ôc longue dune aulne ôc demie , pe^.C°m"
j'approuve fort qu'il y ait un petit bout de ruban
de fil coufu aux deux extrémitez , comme j'en ai
vu dans des Couvents de Religieufes en Flandres 3
en y faifant des faignées ; cela eft commode pour
faire le nœud qui n'eft pas fi gros que quand il eft
fait avec la bande.
On fait deux compreffes d'un poulce en quatre ,
de linge ployé en dix ou douze doubles ( pour être
affez épaifte pour comprimer la veine , on en fait
deux en cas que le fang vinfr à s'échaper a poux en
6j6 Des Opérations de Chirurgie î
avoir une féconde touce prête. La bande ne doit
avoir ni litières ni ourlets , celles de ruban de fil
font très incommodes , elles ne compriment pas
aflTez , &c les liiieres font de la douleur aux bras
délicats.
Dcspoilettes On met trois poilettes fur trois afîîetes différen-
tes : quand on les met toutes trois dans un même
plat, elle ne peuvent pas être de niveau , & par
conséquent on né peut pas bien les emplir* On en
prépare trois lors même qu'on a dêiTein de n'en
tirer que deux , parce que le fang vient quelque-
fois fi bien qu'on trouve à propos d'aller jufques à
la troiiiéme. Les poilettes ont chacune une petite
oreille pour les tenir en cas de néceflité , elles doi-
vent tenir trois onces afin de fçavoir au julte la
quantité du fang qu'on a .tiré. M. Duchelne pre-
mier Médecin de Monfeigneur lé Duc de Bour-
gogne ne veut point qu'on faigne que dans des
poilettes , par ce qu'il ne veut point qu'on tire ni
plus ni moins de fang que ce qu'il en a ordonné*
Dans les faignées où. on peut choifir fon tems pour
fé la faire , il confeiile celle du foir î je n'ay vil
0^s^que lui qui la préférât à celle du matin. Les Chi-
(aighée. rurgiens trouvent que le foir on eft refroidi , que
les veines ne s'enflent pas fi bien , 8c que le fang a
de la peine à réjaillir-
On fait apporter de l'eau dont on remplit un
verre * on fait préparer du vinaigre ou de Peau de
la Reine d'Hongrie , en cas que le malade appré-
.f hende de tomber en foibleiTe. On fait approcher le
'malade fur le bord du lit qui eft du côté du bras
qu'on doit faigner on met un carreau ou un oreil-
ler derrière lui, pour (e tenir appuyé à fon féant j
ôc on fait garnir le lit d'un drap ou d'une couver-
ture pour recevoir le fang lorfqu'il jaillit après
l'ouverture de la veine -, ôc s'il craint que le pur
ne l'incommode , il fait fermer les rideaux du Ut-
il fait tenir la bougie par une perfonne qui ait la
main
H tt. t T I E*M E D e'm ONSTRATION. 657
main fûre , £>c qui ne craigne pas de voir faigner > pr&â&uiii
car fi cette perfonne allôit tourner la têce dans le à obfcrvet,
teins de la piqueure, ce mouvement en feroit
faire un autre à Ton bras qui éloignant la lumière
pourroit faire manquer la faignée : c'eft pourquoi
dans les faignées de conféquence le Chirurgien
doit amener avec lui un garçon far lequel il puifle
compter > tant pour tenir la bougie avec fermeté
que pour appuyer le bras du malade afin qu'il ne
puilîe pas le recirer dans le moment de la piqueure.
Quand on faigné le Roy ou quelqu'un de la Çltconftân^
Famille Royale ,_ c'eft le premier Médecin qui g"tCp^I
tient la bougie , il fe fait un honneur de rendre ce.
ce fervice auili bien que l'Apoticaire de tenir les
poilettes. S'il y avoit quelqu'un dans la chambre
que le Chirurgien ne crut pas de (es amis , il pour-
roit le faire fortir , parce qu'il ne faut point qu'il
aie pour fpectateur des gens qui pourroient l'in-
quiéter de le chagriner par leur préfence ; autre-
fois ils ufoient de ce privilège , & un jour que M.
Félix le père alloit faigner le Roy il dit à Thuiffier
de faire fortir un des Chirurgiens de quartier qui
n'étoit pas de fes amis , mais aujourd'hui cela ne
fe pratique plus. Toutes les fois que j'ai . faigné
Madame la Daùphine ou quelqu'un des Princes ,
la chambre étoit pleine de monde , 8c même Mon-
feigneur & les Princefïes fe mettoient fous le ri~
deau du lit fans que cela m'embarraffât*
Il faut encore que le Chirurgien regarde s'il t>;fpofîtîani
n'y a rien fur lui qui puilîe l'incommoder , s'il a chirur^ST*
des manches trop longues il faut qu'il les retrouffe >
îi fa peruqué PembarafTe, il la noue avec un ru.
ban , enfin il fait en forte qu'il n'y ait rien qui
puiife l'empêcher de bien exécuter la faignée :
mais-il ne faut pas.aufîi qu'il faffe comme un des . »
Chirurgiens des plus employez qui foient à pré-
fent à Paris , lequel fait fermer fenêtres Ôc portes*
•qui défend que perfonne ne marche ni ne pârfô
T t "
6$S Des Opérations de Chirurgie,
dans la chambre , qui fait des préparatifs aufîl
grands ôc qui prend autant de précaution pour
une faignée que s'il ailoit couper un bras ou une
jambe. Il eft bon de prendre les mefures nécessai-
res pour réuffir , mais les meiures outrées font inu-
tiles & même dangereufes , patce que jettant la
crainte dans le cœur du malade elles empêchent
que le fang ne forte avec la même liberté qu'il au-
roit fait,
mconfidera- ^X a ^es ma^es & particulièrement des fern-
tion de quel- mes qui la première fois qu'un Chirurgien les fai-
tes malad«#gnent ^ débutent par exagérer les difficultés qu'il y
a de les faigner j mais foit qu'effectivement elles
foient difficiles , ou foit qu'un Chirurgien les lai-.
gnant leur ait dit pour fe faire valoir t ce difeours
eft imprudent y puifquil peut caufer de la crainte
à un Chirurgien timide ; c'elt au malade à donner
fon bras fans s'embarrailer des difficultés , Se c'eil
au Chirurgien a les furmonter fans faire attention
fur tous les raifonnemens que le malade peut lui
faire.
Enfin le point effentiel pour acquérir de la ré-
putation dans la faignée , c'eft de n'être point fi
lufceptible de crainte. Il faut qu'en allant pour
faire une faignée quelque difficile qu'on croye la
trouver , on s'y préfente dans la confiance de la
N bien faire , il faut que le Chirurgien fade fon
Confiance raifonnement en lui-même, Se qu'il fedifej fi
^"chiurt d'autres l'ont faigné pourquoi ne le faignerois- je
Sien, pas aufîi ? Se qu'il foit perfuadé qu'il y a <\qs bras
très-difficiles , mais qu'il n'y en a point d'impoiîi-
bles à faigner. La bonne opinion de foi-même eft
pardonnable fur le fait de la faignée, il faut même
qu'il en ait un peu pour y exceller \ Se quoiqu'on
veuille impofer comme une loy au Chirurgien de
tenir un milieu entre la confiance Se la crainte ,
fans felaiifer entraîner plus d'un côté que de l'au-
tre , il faut néanmoins pour devenir bon faigneur
Huïtîé'mé Démonstration. 659
qu'il pèche plutôt par trop de témérité que par
trop de timidité.
Il faut encore que le Chirurgien foit ambidextre,
c'eft- à-dire qu'il iaigne également de la main gau^
che comme de la droite , car il faut qu'il falTe les
faignées des bras droits de la main droite , Se celles
des bras gauches delà main gauche ; il faut qu il ambidextre?
s'y accoutume dès auffitôt qu'il commence à ap-
prendre à faigner. Ceux qui n'ont pas la même
adreife de la main gauche que de la droite , évi-
tent les faignées des bras gauches ; ils font à plain-
dre puifquils ne peuvent pas fe difpenfer d'en
faire , y ayant plus d'occaiions de faigner du bras
gauche , que du droit ; car outre que les maladies
qui demandent la faignée, viennent également aux
deux côtés , il eft des laignées de précaution ou on
préfente le bras gauche pour avoir le droit libre
pour écrire ou faire fes affaires , & il y a des per-
sonnes qui dans l'api: éhenfion qu'on ne leur pique
Ain artère ou un tendon ; ne veulent être faignées
ejue du côté gauche j difant pour leur raifon que
s'il leur arrivoit le malheur d'être eftropiez, ils au-
coient du moins la confolation de ne l'être que clà
i>ras gauche.
Toutes ces précautions prifes avant la faignée \
il faut que le Chirurgien prenne le bras du malade
four en venir à 1 exécution , & quoiqu'elle necon*
«lifte que dans une piqueure, il eft des cirçonftances
elTentielles de néceiîaires qu'il ne faut pas négli-
ger pour la bien faire : nous allons les examiner les
unes après les autres en vous faifant voir comment
il faut faire cette opération.
La première chofe qu il faut faire ayant pris le
iras , c'eft de le couvrir jufqu'à quatre doigts au
4de(Tus du coude. Si la manche de la camifole ou de
la chemife le ferroir trop, il faudroitia faire décou-
dre , parce que ce feroit ,ùne contre-ligature quji
^epêrmetmnt j>as au fang i$£ù£0 &n cheminera*
é6o Dis Opérations de Chirurgie ;
pêcheroit le fuccès de la faignée. Les femmes ont
aujourd'hui des engageantes très-incommodes , ôc
pour peu qu'elles (erraffent le bras , le Chirurgien
ûfagede la doit les faire ôter. Il met enfuite une ferviette A»
Omette, qu'il attache defTotis le bras avec une épingle , ôc
qu'il relevé fur l'épaule ôc la poitrine de la pérfon-
ne qu'il va faigner , afin qu'elle ne (oit pas gâtée
par le fang qui doit fortir : c'eft une circonflance
qu'il ne faut pas oublier aux Dames de la première
qualité dans les faignées de groflelfe * ou de pré-
caution , car elles feparent ces jours-là pour rece-
voir leurs vifites , Ôc même avant la faignée , ÔC
f\ par hazard quelques goûtes de fang alloit falir
8c déranger leur parure , elles ne ie pardonne-
iroient point au Chirurgien*
Le bras découvert, ôc la ferviette mife , le Chi^»
Qualité de mrg*en prend une ligature de drap B-« pour le ban*
U ligature der , elle doit être rouge pour n'être point gâtée
par le fang, longue de trois quartiers ou plus , afin
qu'elle convienne à toutes fortes de bras , ôc lar-
ge d'un poulce pour comprimer fans douleur , car
une plus étroite feieroit le bras , ôc une plus large
ne feroit pas une comprefïion fuffifante : elle doit
être d'un drap ni trop fin ni trop gros , l'un ou
Fàutre auroient leurs inconvéniens. Avantque de
pofer la ligature il faut obferver deux chofes l'une
que le bras foit étendu , Ôc dans la même fituation
qu'il doit être quand on le pique , ôc l'autre que
la main foit ouverte ôc étendue , ôc que la paume
en foit appuyée fur la poitrine du Chirurgien ,
afin que les mufcles de l'avant-bras n'étant point
gonflez ne faffent point changer de fituation aux
veines. On prend la ligature prefque par le milieu,
on pofe ce milieu deux travers de doigt au deflus
du pli du bras , le chef de la ligature qui prend
Manière au dedans du bras doit être un peu plus long que
u Ugawe!r l'autre , parce que ce chef doit fervir à faire un
noeud coulant > on fait croifer les deux chefs der-
Hoitie*me Démonstration. 66t
riere le bras -,, après avoir fait un ou deux tour fur
Je premier , on noue- la ligature a la partie externe
du bras , Se on la noue d'un flmple nœud coulant
dont Panfe eft en haut , & dont les deux chefs pen-
dent en bas derrière le bras. On ne ferre la liga-
ture pour cette première fois qu'autant qu'il le
faut pour comprimer la veine , Se en arrêter le fang
dans Pavant-bras > fans ferrer l'artère qui doit
fournir aux veines du bras un fang qui les faiTe
enfler > Se afin même que ce fang fe communique
mieux , on fait remettre le bras dans le lit , 6c on
l'envelope s'il le faut d'une ferviette bien chaude.
Pendant ce tems de repos le Chirurgien prend Autres pré-
dans fon lancetier la lancette C. qu'il juge conve- ParatlonSs
nable pour la veine qu'il va ouvrir , car il y en a
de plus larges Se de plus étroites pour s'en fervir
félon le befoin : il y en a auilî dont les pointes font
très- fines pour les peaux délicates , Se d'autres
qu'on appelle des pointes à grain d'orge pour ceux
qui ont la peau dure Se féche. La lancette choiiie
il l'ouvre non pas en triangle aigu , mais un peu
moufle Se allongée, comme celle-ci D. Se il la
met à fa bouche la pointe tournée à gauche quand
il doit (aigner au bras droit , Se tournée a droit
quand il doit faigner au bras gauche *, ce qu'il ob«
ferve pour prendre la lancette plus commodément.
Enfuite il reprend le bras qu'il fait étendre , Se
appuyer contre fa poitrine comme auparavant -, il
fait ferrer la main au malade le poulce entre les
doigts , afin que les mufcles fe gonflant par cette
action pouffent davantage les veines en dehors.
Pour moi je lui donne mon étui a lancette auili-*
tôt que j'en ai tité celle dont je veux me fervir 5
je lui fais tenir au lieu de faire ferrer le poulce dans
la main , ce qui produit le même effet : il faudroit
lui donner pour le tourner dans la main après Pou»
verture faite , c'eft un tems de gagné , ce qui
fait que le malade le tourne aufE-tot que le fan®
Tiij
66i Des Opérations de Chirurgie *
vient , fans être obligé de le demander.
Celui qui eft chargé de la lumière , doit être
placé au côté gauche du Chirurgien proche le
çhevec du lit , fi la faignée Te fait au bras droit 3 il
doit la tenir de la main gauche , Se une afïiette fur
laquelle il y a une poilece , de la main droite qu'il
tient fous le bras du malade pour en recevoir le
jfang aulli-tôt qu'il farcira, C'eft au Chirurgien à
placer la lumière j en voilà de deux fortes , une
groiîe bougie Eortillée E« &: une autre dans un bou-
geoir qui iont également bonnes , il çhoifira & la
placera ou en dedans ou en dehors du bras , félon
qu'il le jugera pour fon point de vue , après il
examinera les veines pour fe déterminer fur celle
qu'il, trou ver a la meilleure pour faire la faignée*
vaiffeaux H y a quatre veines faignahles au bras 3 la pre-
©uvm, PCUÇ miere eft la céphaiique ainfi appellée parce qu'é~
tant la plus haute elle eft la plus proche de la tête j
la féconde s'appelle la médiane , à caufe qu'elle eft
placée dans le milieu du bras -, la troifiéme la bafi-
îique , parce qu'elle occupe ia bafe du bras ,* de la
quatrième la cubitale parce qu'elle eft la plus voi-
fine du coude. De ces quatre veines ce font la
médiane 6c la bafiiique où on faigne ordinaire-
ment i parce qu'elles font plus groftes de plus com-
modes tant pour les ouvrir , que pour en faire for-
tir le fang > elles font auffi les plus dangereufes. La
bafîlique eft fouvent tellement proche de l'artérc
qu'il faut craindre de l'ouvrir conjointement avec
la veine , & la médiane étant placée fur le tendon
acLpa^enrc°à du biceps demande toute l'adreiTe du Chirurgien
éviter. pour l'éviter : car l'artère 8c le tendon font deux
La ce h r ^cue^s contre lefquels les malheureux Chirurgiens
que & la eu- vont échouer,
buaîe peu La fituation de la veine céphaiique ne permet
commodes , ., r . f * , r
pour la fai. pas au iang d en lortir en arcade comme des autres
gnée nais vemes j[ faudroit pour cela qu'il fit un jet comme
moins dange- * . ' r . t ,.? . , ;. sC-
rciifes. celui d une fontaine > ce qu il a de la peine araire
H U I T I E*M E D e'm onstration. 66$
de cette veine qui eft placée au plus haut lieu du
bras. Pour ouvrir la cubitale il faut faire tourner
le bras au malade d'une manière qui lui eft incom-
mode auiîi-bien qu'au Chirurgien , & de plus la
peau étant plus épaiffe dans cet endroit que dans le
pi/ du bras > on eft obligé de faire plus de douleur j
c'eft ce qui fait que ce (ont les veines qu'on ouvre
le plus rarement , quoiqu'elles foient fans danger,
ôc qu'on ne coure point ie nique de piquer le ten-
don ou l'artère parce qu'il n'y en a point. Je con-
feiilerai pourtant au jeune Chirurgien pour peu
qu'il appréhende l'un ou l'autre en faignant ou
la médiane , ou la bafilique , de recourir à lune ou
à i'aurre de ces deux veines plutôt que de rien ba-
zarder : il vaut mieux qu'il fuie une faignée qui
n'ait pas tout i'agrément 8c toute l'approbation des
fpectateurs que de fe mettre au hazard d'eftropier
le malade pour ie refte de (es jours.
Tous les bras n'ont pas quatre veines où on puif- Exceptiez
fe faigner , il y en a qui n'en ont que trois , d'au- brasT* ****
très deux , &: on eft quelquefois trop heureux d'en
trouver une dans de certains bras : ils en ont tous
le même nombre , mais quand elles font fi enfon-
cées qu'on ne peut ni les voir , ni les fentir , c'eft
la même chofe pour le Chirurgien que s'il n'y en
avoir point. Il faut donc qu'il s'accommode de la
ftructure du bras 5 qu'il fe contente des veines qu'il
y trouve , ôc qu'il faife de fon mieux pour en for-
tir à fon honneur 5 & quand j'ai dit qu'il fallok
qu'il s adreiTât ou à une céphalique , ou a une cu-
bitale , j'ai entendu parler de ces bras où il y avoit
de quoi choifir.
IÎ ne fufiit pas d'avoir fait le choix .de la veine, Ekaion dt
• 1 r ri' • r' 1* '1 • ' i l'endroit;
11 raut encore ie déterminer tur i endroit ou on qu>on a0it
veut l'ouvrir 3 ce doit être toujours fur celui où elle ouvris,
paroît le mieux , & au-deffous des cicatrices des
laignées précédentes. Si on vouloir faire l'ouver-
rure au-deifus , le fang n'en fortiroit pas fi bien 3
T t iiij
664 E*ES Opérations de Chirurgie ;
parce que ces cicatrices ayant retreffi la veine > il
ne peut pas forcir avec la même liberté qu'il fait
au-defïous où ia veine a plus de diamètre. C'en;
pourquoi un Chirurgien qui veut ménager un bras
qu'il a coutume de faîgnef , commence par ouvrir
là veine le plus haut qu'il peut , puis defcendant
toujours en bas , il place fes ouvertures proche les.
unqs des autres , de ainfi il fait de bonnes faignées*
& fe conferve un terrain qu'il retrouve en tems 6c
lieu.
comment Quand le Chirurgien eft déterminé fur l'endroit
on s»a{Ture >y veut p[qlier j[ faur qu'il le marque avec fon
le Chirurgien re- c^ ' {^
ployé Ta lancette qu'il mec fur le bord de l'afliette £,*„ de la
de la première poilete pour la retrouver aifément: lancette &
lors qu'on la met fur le lit elle peut tomber & fe^ès roui*
gâter : ou bien on eft embaraffé de la chercher dansvetww,
le drap quicouvroitle lit que des ferviteurs auront
ôté 8c emporté. Si la lumière eft en dedans , il ne
faut pas la retirer par deflous le bras de crainte de
le brûler , il fauc au contraire la porter en devant
dans le milieu du lit , afin quelle éclaire la for tic
du fang. Il y a des malades qui la veulent tenir
doigt du milieu & l'index plufieurs frictions le long
de l'avant-bras, en commençant vers le poignet. Par
ce moyen on renvoyé vers le pouce ou le doigt index
la colonne du fang qui eft dans la veine ce qui rend
ce vaifieau plus ou moins lenfible , & fait connoître
s'il fournira une quantité fuffifante de fang, s'il elt
enfoncé bien avant, le lien où il i'eft moins eft celui
par confequent où il faut l'ouvrir.
Il ne faut jamais piquer à moins que le vaiffeau ne foit
fenfible au tact , quand même quelques cicatrices l'indi-
queroient; car on ne pourroit piquer qu'au hazard, ce
qui feroit imprudent- Il y a des vaifleaux qui ne fe font
pas fentir auffi-tôt que la ligature elt faite , mais quefc
que tems après.
S'il y a du danger à ouvrir les vaifleaux au pli du bras
à caufe de leur petitefle , jointe à la proximité de Tar-
te re ou du tendon , il faut les ouvrir a l'avant-bras , au
poignet ou même à la main.
Lorfque les vaifleaux font fi enfoncés qu'on ne les fent
pas dans le pli du bras ni même à l'avant bras , on fait
mettre l'avant-bras dans' l'eau chaude, qui en raré-
fiant le fang fait gonfler les veines.
Quand le Chirurgien a choifî le vaifîeau , il doit
l'alTujettir, foit en mettant le pouce demis, comme
l'Auteur l'enfeigne, foit en embraflant avec la main
Tavant-bras par derrière , de forte que la peau foit un
peu tendue ; cette dernière méthode a quelque avan-
tage fur l'autre , elle les alTujetit avec plus de ferme*
té. On peut dire même qu'elle eft nécefTaire pour les
vaifleaux roulans.
Il faut potter la lancette plus ou moins perpendicu-
lairement fur h peau à proportion que te vaiffeau dk
66% Des Opérations de Chirurgie ,
eux-mêmes , c'ett à quoi le Chirurgien ne doit
point s'appoier , tant parce qu'il en voie mieux ces
qu'il fait , qu'à caufe que cela occupe le malade
qui n'en tombe pas fi-tot en fo iblelfe.
gc àwLdllr S* *e ^an§ aPr^s ^on Prera,'er jer ce^e d'aller en
la ligature, arcade : ce ralentiiTement vient de ce que la liga-
ture comprime trop l'artère , il faut donc au plutôt:
lâcher cette ligature , & à l'inftant on voit le fang
venir comme auparavant. Ce féal article dévoie
ouvrir les yeux aux Anciens far la circulation :
Puis qu'il n'en; pas poiïible que l'avant bras pairie
Preuve ma. contenir tout le (ang qu'on tire , il faut donc que
eifedatfon h ce ^nS ^ port^ Par !ï*elquè conduit : ce ne peut
au fang. pas être par la veine dont on barre le chemin par le;
moyen de la ligature > il faut donc que ce foit par
plus on moins enfoncé* Cette règle eft d'une grande
importance.
Si le vaifleau efî très-enfoncé , il faut porter la pointe-
dé la lancette prefqu'à plomb-, car (î on la portoit
obliquement elle pourroit pafTer par-defîus« Si le vaif-
feau eft fi enfoncé qu'on ne le puiMe appercevoir que
par le tacl , il faut ne point perde de vue l?endroit fous
lequel on i'a fentï > on y porte la pointe de la lancette ,
on l'enfonce doucement jufqu'à ce qu'elle foit entrée
dans le yaifleauJ Ce qu'une légère rénftance pareille à
celle que l'on fent lorfqu'on perce du canepin , & quel-
ques goûtes de fang font connoïtrç. Alors on amplifie
l'ouverture avec le tranchant delaiancet:eenla retirant.
Ce font ordinairement les perfonnes ^rafles qui ont
les vsirTeaux très-enfoncés, & pai confequent il n'y a
pas tant à craindre de piquer l'artère , le tendon, ou
l'aponevrofe en ouvrant les vaiifeaux enfoncés qui
font prefque toujours entourés de beaucoup de graiiTe a
qu'en ouvrant des vaffeaux apparens.
Ces derniers font quelquefois colés fur le tendon ,
fur l'aponevrofe ou fur l'artère; c'eft pourquoi il
faut pour les ouvrir porter la pointe de la lancette
prefque obliquement. Lors qu'elle eft dans la cavité du
vaifTeau ,on élevé le poignet afin d'augmenter l'ouver-
ture avec fon tranchant. Si l'on portoit la lancette perp-
endiculairement , on rifqueroit d'atteindre l'une d<5
es parties qu'ileft dangereux de •piouei.
I
M V I T I e'm E D Ê*M ONSTRATION. éé>$
ï'artére, n'y ayant que ces deux fortes de vaifïèaux
qui conduifent le fang par toute la machine.
Il faut que le Chirurgien faffe en forte que le
fang aille en arcade , &c cela feulement pour con-
tenter le malade 3c les fpe&ateurs 3 car la faignée
eft toute aufti bonne en coulant le long du bras.
J'ay faigné plus de vingt fois M. Daquin premier
Médecin du Roy , il ne vouloit jamais que le fang
forcît en jailliflaric , il vouloit qu'il allât le long du
bras , de prétendoit que la faignée en étoit meil-
leure. Il faut néanmoins que le Chirurgien s'ac-
commode aux fentimens publics , qu'il élevé oii
qu'il faffe bailler la peau , afin de mettre les ouver-
tures de la peau êc de la veine vis-a-vis l'une de
l'autre *, de faire ainii fortir le fang en fontaine :
il faut qu'il ployé un peu le bras du malade -, afin
que la peau ne preflànt pas trop l'ouverture le fang
forte mieux , il faut encore qu'il foutienne le bras
cjui fe fatigueroit & s'appefantiroit s'il n'étoit
pas foulage par la main du Chirurgien : il doit
empêcher que le malade ne regarde (on fang > s'il
eft du nombre de ces poltrons à qui une goutte de
fang fait peur. Il lui donnera quelque chofe de
rond dans la main qu'il lui faut faire tourner fans
trop la ferrer , il faut que ce foit par un mouve-
ment réglé , qui puiiTe hâter le fang de fe porter
vers l'ouverture de la veine.
Il y a quelquelques Chirurgiens a Paris qui por- De ^ ,0|j
tent dans une poche faite exprès un bâton G. de la àànàe au ma.
longueur d'un pied & demi , garni de velours , &c afnS ^main,
même brodé > ils le donnent à tenir au malade
auili-tôt que la piqueure eft faite *, ils prétendent
que ce bâton n'éft pas feulement pour le tourner
dans la main , mais que le bout de ce bâton pofant
fur le lit fert à appuyer le bras du malade. Je n'ay
"point pratiqué cette galanterie , je me fuis con-
tenté de donner mon étuy , Ôc même avant la fai-
gnée comme je vous ai dite
Gjù Des Opérations de CttiRtfRGîÈ.
office des On ne peut pas fe pafler de ferviteurs en fai-
jtryiteurs. gnant . jj gn £aut au mo][ns ^eux ^ ['un ^j t jenne |a
lumière d'une main &: la poiietce de l'autre pen-
dant quelle s'emplit , & l'autre qui apporte les
poilettes vuides , & les reporte fur la table quand
elles font pleines , qui donne la bande & la com-
pre(Te dans le tems qu'on en a befoin , &■ qui
puiMe apporter tout ce qui ferait néceflaire en cas
que le malade tombât en foiblefle.
ïiegle de la La quantité du fang qu'on doit tirer , n'eft point
quantité du ^gale en toutes fortes de fujets ; fi c'eft une faignée
ang tirer, orcjonn^€ par un Médecin , le Chirurgien a fe
loi écrite , il faut qu'il n'en tire pas une dragme
plus que ce qui lui eft ordonné ,* (i c'eft une fai-
gnée de précaution , il la proportionnera aux for-
ces Se aux tempérament du fujet , s'il la foutient
bien il la fera plus grande , s'il pâlit Se qu'il com-
mence à fe trouver mal , il la finira auffi-tôt. En-
fin il eft une infinité de circonftances que je ne
puis pas toutes rapporter ici. J'ay remarqué que
quand j'ai faigné des maris en préfence de leurs
femmes , les femmes ne vouloient point que je ti-
rafle beaucoup de fang , Se que quand j'ay faigné
des femmes les maris n'étoient point contens que
la faignée ne fut ample & copieufe; ils ont les uns
ôe les autres leurs raifons qui ne font pas difficiles
à deviner.
Ordre des kors que la première poilette H. eft prefque
poilettes, pleine on fait apporter la féconde 1. qu'on place
fous cette première > afin qu'en la retirant le fang
tombe dans cette féconde , on en ufe de même
pour la troifîéme K. 8e pendant que cette dernière
s'emplit , on fait apporter la bande Se les corn-
prefles *, on a foin que celui qui porte ks poilettes
Se le faifant ployer il le remet
dans le lir , enjoignant au malade de le tenir ainli
ployé fur ion eftomac , de crainte que s'il le re-
muoit le fang ne vint à s'échaper.
Si jeconfeille de mettre deux comprefïes , c'eft , VàKté de§
pour le mieux , car il eft certain qu'une petite Prefe°m"
iyz Des Opérations de Chirurgie *
comprefle appuyée par defliis une plus grande com-
prime beaucoup mieux l'incifion qu'une feule y ce
qui fait qu elle eft plutôt réunie \ Je fçai que la
pratique ordinaire eft de ne s'en fervir que d'une * .
ôc fouvent j'en ai ufé ainfi. Au relie fi on avoir
efïuyé le fang avec la comprefle qu'on va pofer fur
la chair , il ne la faudrait pas appliquer du côté
où ferait le fang , cela pourroit faire un durillon
fur la plaie , mais il la faudroit tourner de l'autre
A /
cote*
La pratique ancienne étoit de mouiller la com-
prefTe , ôc il y en a encore qui la fuivent : en m'ap-
prenant à faigner on me le faifoit mouiller , mais
je me fuis défait de cette méthode, jëlapôfefé-
che > ôc je m'en trouve bien. J'ay cela de commua
avec la plupart des bons Phlébotomiftes qui au-
jourd'huy ne la trempent dans aucune liqueur; une
comprefle mouillée en fe deflêchan: s'endurcit \
& devient un corps dur capable de meurtrir l'en-
î.cs cas où il droit où elle eft appliquée. On ne la doit mouiller
ksUt mouillrr que quand il y a un petit trombus qui eft une pe-
fcs. " tite élévation autour de l'ouverture quand elle eft
petite , ou lors qu'on croit qu'il y a un peu de fang
épanché entre cuir ôc chair , mais ces accidents
n'arrivent point quand on a fait une ouverture
fuffifante*
Secours pour Apres que la faignée eft faite , Se que le bras eft
le malade qui bandé , le Chirurgien n'eftpas encore quitte de
tombeenfoii r . ,-i i i"'V- i
bleflcé ion opération : s il arrive que le malade tombe en
foiblefle , il faut qu'il le fa(Te revenir au plutôt ,
en luy ôtant les oreillers de deflbus la tête , ôc lé
couchant tout aplat , en luy jettant de l'eau au vifa-
fage , en lui faifant fentir du vinaigre , de l'eau de
la Reine d'Hongrie P. ou quelque chofe de très-
fort , en lui frapant dans les mains , ôc en ouvrant
les rideaux du lit ôc les fenêtres pour lui donner de
l'air , Ôc ainfi lui procurer la facilité de refpirer
avec liberté. Le malade étant revenu , on lui peut
donner
tïu I T I E*M E D e'm ONSTRATÏOtf. §fï
donner à boire un demi verre moitié eau & vin Q.
s'il avoir la fièvre , on lui donneroir de la ptifanné;
puis ayant remis le bras dans une bonne fituation t
■ on le laitTe en repos*
Tout ce qu'il y âvoit a Faire auprès du malade Rcmàrqrië à
étant fini, le Chirurgien s'approche de la table pour f *"LC f0urrtiile •
Voir le fang. Il y en a qui fourrlent l'écume qui eu:
deifus ou qui l'ôrent avec une carte ou une plume,
ils prétendent qu'en découvrant ainïï la fuperficie
du lang on en voit mieux la bonne ou mauvaife qua-
lité. Pour moi je ne me fuis jamais donné la peine
del'ôtér , parce que je crôi que ce petit mouve-
ment pouvant déranger le fibres fiiperficielles du
fang il peut empêcher d'en connoître les qualitez ,
&: d'autant plus que l'écume ne couvrant point la
totalité de la poilette , on peut juger par ce qui eO:
'découvert de la nature du fang. Les Médecins de-
mandent prefque toujours en venant voir le m4a-
'de , Ci la faignée a été bonne , 5c il le fang eft bien
venu : quand on a laifte l'écume defîus ; c'eft une
preuve convainquante qu'il eft lord en arcade 6c
avec yitefle s ce font ainu* des queftions , & dès
conféqueuces épargnées , puiîqu'ils n'ont qu'à jet-
ter les yeux fur le fang pour être informé dé h
Imaniére que la faignée s'ed parlée.
il ne faut pas manquer de marquer lès poilettes ^ .». - . . . .
v en mettant an petit morceau de papier fur la prè- aespoïlecsc^
miére * deux fur la féconde , & trois fur la tfoirïé-
nie ï a uns aufîi légère omiflion on en fërôit un cri-
ine au Chirurgien , quand on viendrait pour dé-
cider des qualitez du fang , quoique l'embarras
de fçavoir laquelle eft là première ou la féconde
poilette foit de très-petite cônféquènce. Il y a des
pcilertes qui font marquées par un , deux &c trois,
mais il faut lès apporter dans leur rang , &: comme
. il arrive foùvent qu'un ferviteùr fè peut tromper 4
& que la gravure qui eft fuit k bord de là poilette
Vv
^74 E)£s Oî'è'îiatïons dï Chirurgïï ,
:peut être couverte de fang , c'eft le plus fur de 1er
-marquer avec du papier.
w. _ Un des domeftiques préfente au Chirurgien le
Jugement t -, . - . A r i ■ i r i %t~ î
favorable bafiin R. pour laver la lancette , il verte delius de
que ljopéra- pealI qui eft dans l'àiguiére S. & avec la fervietee
tenr doit ., A-, r • • a r 1 t1 r r ■
toujours. por- T. il eiiuye les mains & ta lancette. Il raïu-enluite
ter fur le qu»jj entretienne le malade , & qu'il lui. prouve le
befoin qu'il avoir de cette faignée : il le fang e(l
forti avec vigueur &c en abondance , il lui fait voir
la nécellité qu'il y avoir d'en ôter 3 en lui difant
que le trop qu'il en avoit pouvoit lui caufer quel-
que maladie dangereufe &: mortelle. S'il eft tom-
bé en défaillance , & qu'il ait eu de la peine a la
foutenir , il lui allure que les faignées qui vont
jufques au cœur font les meilleures : il le fang eft
vilain de corrompu > il lui dit que ce qu'on en a
vuidé , donnera moyen par le fecours de la circu-
lation à celui qui relie de fe purifier : s'il eft beau
£c vermeil /il s'en réjouira avec le malade , en lui
parce que cela ne lui peut faire aucun mal,
8c au contraire , il peut produire un bien , car cet-
te eau pafTant promptement dans les vahTaux pour
' remplacer le fang qui vient d'en être vuidé , elle
_ ne peut qu'humecter - • • i i t» * A
çcrgiticufe, qui eft 1 intention pourquoi on la donne. J ai vu
quelques Dames qui faifoient apporter dans leur
chambre un fceau plein d'eau de puits bien fraîche,
& qui faifoient jetter leur fang dans cette eau auffi-
H u ï t i è'm fe De'mokstHAîïôK. £7$
tôt qu'il etoit forci *, elles prétendoient que par la
vertu de la fympatie le fang qui leur reftoit eri
étoit rafraîchi i je lairTe à juger il elles avoienr rai-
fon on non. Mais je ne combatrois point leur opi-
nion , petfuadé que fi cette eau ne produifoit point
le bien qu'elles en attendoient > au moins elle ne
pouvoir faire aucun mal.
Une queftion qui eft fouvent faite par les ma- te fomtnêiî
lades j c'eft de demander s'ils peuvent dormir après eft% Pcrtmf âs*
i r • t t r v >r ■ ï. • a , ,r / p^s avoir
la lâignee. J uiques a prêtent je i ai vu détendre , bu de l'eay* ,
mais je n'en ai pas pu pénétrer la raifoh , à moins
que ce ne foit la crainte que le bras né fe débande
pendant le fommeil \ s'il y en a quelqu'autre 5 elle
eft au-dellus de mes connoilFances : mais s'il n'y
avoit que celle-là elle ne doit pas priver le malade
td'un doux repos que la faignée lui procure , c'elfc
pourquoi aptes avoir bu un verre d'eau je ne m'op-
pofe point au fommeil qui vient fe préfenter après
la faienée. . . t t-
T &r • > j .. • a rt \ lieu où \$
Le lang tire ne doit point être expoie au grand fang dois re*
air -, ni au foleil 5 mais à l'ombre fur une table dans Pofer*
un endroit ni trop chaud , ni trop froid j afin qu'en
refroidiflfant peu à peu la féparation des liqueurs
qui le compofent , fê puiiïe faire en prenant cha-
cunes leurs places félon leur épaifTeur , oa leur lé-
gèreté. Le Chirurgien finit en confeiilant au ma-*
lade de prendre un bouillon une heure après , étant
la nourriture la plus convenable après la faignée j
8c enfuite ayant reçu le falaire de fes peines , tjui
eft très-médiocre aujourd'hui , il prend congé de
la compagnie.
Si le lendemain le Chirurgien vient rendre viCu
te à la perfonne faignée , il- faut qu'il aille d'abord
examiner le fang pour pouvoir répondre a toutes
les queftions que le malade lui fera fur la bonne ôii
mauvaife qualité de fon fang. De quelque nature
qu il le trouve 3 il ne doit lui rien dire que de con~
Colant j & quand même il aurok acquis un degré
yvji
iÊyâ DêS ÔPe'rÂTÎONS DE CttmÛRGIÏ ,
dont il eft im-
«ne "rgc ^ulpofîible de 1? défabufer. Il eft vrai que le fang forti
▼««urc par un petic g[gt paioit rouge & vermeil , parce^-
«Ju'ayant été long-tems à emplit la poilette , l'air a
eu plus de loifir de le refroidir , & il s'eft coagulé
avant que les féparations ayent pu fe faire : mais il
ai'éft pas moins mauvais que celui qui eft refté , 3c
une grande ou petite ouverture tire également le
fang tel qu'il eft dans fes vaiflaux , de même qu'un
petit ou un gros foret tire du vin pareil à celui qui
tift contenu dans le tonneau.
*,, * . Si on reçoit le fans dans le creux des afïîettes ,
D'où rient ., ans ° > / i> • i
ta différente il paraîtra très-beau , parce qu étant d un volume
&ng?UrdcCeplus éœnda > li eft Plutot refroicil > & Par confé-
quent coagulé avant que les particules lourdes ôC
légères fe loient féparées > ou pour parler à la mode
il eft plus frapé paï l'air , qui y biffant plus de ni-*
tre lui donne cette couleur vermeille qu'on y voit.
Mais fi on le reçoit dans des poilettes qui foienc
plus creufes &: plus étroites , confervant (a chaleut
plus long-tems , le groflier a le tems de tomber en
bas , le moins épais d'occuper le milieu , de le plus
féreux de nager fur la fuperficie. La preuve en eft
Convainquante lorfqu'ùne poilette eft trop pleine
ôc qu'elle répand par defïiis , le fang qui eft fur
Fafliette eft d une très-belle couleur , ik celui de la
poilette quelquefois fi vilain , qu'on croiroit que
ce font deux fangs dirïérens , quoique ce foie Yéri^
sablement le même.
Hu 1 T I E*M E D E*M O N S T B> A,T IOK. p-JÇf
On ne permet pas trop aux Chirurgiens de rai- o» eormoîe
fonner fur les différentes qualitez. dû iang,, c'eft^ ^JJ"'
pourquoi \p n'en parlerai point ici » quoi que cequ»ii faû &
foient eux qui les premiers en peuvent juger : dèsl,odeur «L****
que le fang après la piqueure a rejailli fur le drap,,
les Chirurgiens par les taches qu'il y fait , connoif-
fent s'il eft bon ou mauvais *, &c pendant la faignée-
en tombant dans la poilette , il. s'en élevé une va-
peur qui frapant les narines du Chirurgien lui fait
juger de fa bonne ou mauvaife qualité :. mais laif-
Tant le relie à ceux qui en doivent |uger fouverair
nement, je demande feulement que rendant jufti~
ce au Chirurgien on ne l'accuie point quand on ne
trouve pas le fang qu'il a tiré auiïi mauvais qu'oa
çroyoit qu'il dut l'être*
ta faignée qui eft l'opération de la Chirurgie la AceiAsM
plus commnne , &: celle qui paroît la plus (impie, e * âl&n
eft néanmoins celle qui eft accompagnée de ptïi^
d'accidens ; il y en a qui peuvent arriver par la
faute du Chirurgien , comme la piqueure du nerf
3c du tendon , ou.de l'artère ;.mais il en eft une in-
finité qui en font des fuites fâcheufes., quoiqu'on,
les ait. bien faites > de dont on veut rendre le Chi-
rurgien refponfable. Celui qui faigne le plus , eft
le plus expofé à ces malheurs , parce qu'étant en
réputation pour la faignée > les plus difficiles lui
tombent en partage. De l'aveu, de tous les^Chirur?-
giens , c'eft L'opération la plus périlleufe , de celle
qui leur donne le plus de fujet de mortification :ils
n'afpirent tous qu'à la quitter le plutôt qu'ils le
peuvent yôC dès, qu'ils, font venus a Paris dans la
haute pratique ils abandonnent avec joye la: faj-
gnoe , & ils çroyçnt s'être tirez une grofle épine
du pied..
Le moindre de tous les acçklensr ç*eft de man- d« hfajgasu
quer une faignée : il y a fouvent plus de prudence bianchc»
à retirer fa lancette fans avoir de fang , que de
VQuloit en labourant dans un bras avec la pointe de
Y Y iij
:€yî Des Ope'ratïons eb ChirupvGIB ,
îa lancette en avoir à quelque prix que ce fait , 8Ç
il vaut mieux faire une faignée blanche , que de
fe mettre dans le hazard de piquer un artère ou un
nerf dans des bras où la veine entourée de grailTe
qui n'eft pas capable de l'appuyer s'échappe à la
pointe delà lancette. Si celui qui tient la lumière»,
la change de place dans l'inftant delà piqueure ,
ou û le malade craintif retire fan bras dans ce mo-=?
tnent , ce font des raifans pour faire manquer , ôc
^quoique ce ne foit pas la faute du Chirurgien , on
ne laifTe pas de le lui imputer par l'injufte difpoh*-
tion où on eft de le rendre refponfàble de tous les
événëmens (a).
B>®ù vient S'il fur vient une échimofe autour de la faignée^,
|'éc^ioi,Qfe, qu £ ce £mg qUj efc épanché forme un pent abfcès;
qui fupure par l'ouverture de la faignée , ç'eft tou-
jours la faute du malade qui s'eft fervi de fon bras,
trop tôt Se qui par l'action qu'il aura faite , aura
obligé le fang de s'échapper de la veine,qui n'ayant
pu fortir au dehors à caufe du bandage fè fera ex-*.
travafé entre la peau &la veine ; (b) comme il aiv
riva à une femme de chambre d'une Dame de la
première qualité que j'avois faigné le matin , Se
r*>< On manque encore une faignée, parce que le vaif-
feau étant très -enfoncé , on ne porte pas la lancette affèg
avant ou allez perpendiculahement^parce quelevaiflau
eft roulant, & qui! fuit, pour ainfi dire, la lancette;
parce qu on pique à côté du vaiffeau, ou au milieu de
peaucoup de cicatrices, qui allez fouvent en retrecif-
fent le diamètre. Dans ce cas , il faut examiner laquelle
de ces caures a fait manquer la faignée pour éviter un
pareil inconvénient.
(b„ L'échîmore peut être encore une fuite d'une pe~
îite tumeur appellée trombus, formée de fang épan-
ché fous la peau , foit parce qu'on a piqué la veine de
part en part, foit parce que l'ouverture de 1a peau
£e fe trouve pas vis-à-vis celle du vaiiTeai^foit enfin pax- .
f e que l'ouverture de, la peau eft plus petite que cellç de
h vçiiî^
H ÛITIe'mE D EVM O N 3 T R A T T O N. 67$
qui une heure après alla peigner Se habiller fa mai-
trèfle , ne voulant pas qu'elle (clic qu'elle avoir été
faigné. Elle m'envoya chercher , parce que fon.
bras lui faifoit beaucoup de douleur; &c quoi qu'el-
le le voulût cacher à fa maitreffe , je le lui allai,
dire atiffitôr , afin qu'elle fut informée de la véri-
té. Elle la gronda fort de s'erre fait faigner à (on
infçû , ôc s'ilétoit vrai qu'elle en eut befoin, de.
ne s'être pas tenue en repos.
Il y a dans l'avant-bras une aponevrofe large qui
l'enveloppe 5 ôc qu'on a prife jufques à. préfent
pour la membrane commune des mu fcles:.. quand
on eft obligé de faigner une médiane avancée ; on
ne peut gueres fe difpenfer de toucher cette apo-
nevrofe qui c.aufe quelquefois un frémifTement
qu'on. retient jufqu'au bout des doigts > c'eft pour-
quoi il faut éviter ces fortes de laignées autant
qu'on peut. Mais fi on n'avoit pas pu faigner ^ail-
leurs , ôc que cette membrane eut été touchée 5 il
y furviendroit fluxion , douleur , dureté , ôc Quel-
quefois un abfcès ; ce qui ne donne ?pas peu de.
mortification au Chirurgien.
Mais quoique ces accidens ne foient pas caufez
par la faute du Chirurgien ; il faut néanmoins qu'il
travaille à y remédier , de crainte qu'ils n'ayent de
la fuite , Ôc. que ceux qui ne font pas inftruits com-
me la chofe s'eft paffée ne l'agravent & ne lui tom-
bent à dos, Si c'eft une llmple échimofe , en la ,
badinant avec de Teau-de-vie ou de l'efpritde vin
on la guérit : s'il y a du fang qui veuille venir à.
fuppurarion on lui aide avec l'emplâtre divin ôc un
peu debafilicon > &c quand le pus eft forti par la
laignée on deffeche avec l'emplâtre de cerufe brû-
lée. Si c'eft une fluxion fur l'avant-bras caufée par
l'attouchement de l'aponevrofe,on faigneplufieurs
.fois de l'autre bras pour détourner l'humeur qui
prend le chemin de cette partie , on fait de bon-
bçs embrocations avec les huiles rofat , de carnet
Y v iii| *
Cure des
l$îo Des Opérations de Chirurgie
mille , de meli.lot Ôc de vers , ôc on fe fert de ça^
çaplafmes anodins &: réfolutifs («)..
Il fe fait quelquefois un dépôt fur le bras faigne:
quoi que l'opération n'y ait point de part > ce qui
arrive à des perfonnes cacQc.hirn.es accablées d'hu-
meurs qui font prêtes à fe jetter fur quelque partie,
Si on les faigne dans ce tems-là ces humeurs fe dé-
terminent à couler fur la partie qu'on a vuidéepan
4épji^ la faignée : le lendemain on trouve le bras gonflé
$ç douloureux qui enfle à vue d'oeil , Ôc qui grofîi-
rpit extraordinairçment fi on ne travaillok à dé-
tourner ce torrent par de grandes faignées faites à
l'autre bras > par des cordiaux pris intérieurement*
ôc par l'application des remèdes capables d'arrêter
le cours de ces humeurs, de les réfoudre ôc de dé-
fendre le bras contre celles dont il ell: abreuvé. La
furie de ces humeurs eft quelquefois fi grande que
j'y ay vu la gangrenne dès le deuxième jour , ôc lç
malade mourir le troifiéme, Un pareil malheur ar-
riva à la femme d\m Officier de la Reine , qui
chagrine d'avoir perdu un fils unique tomba mala-
de y je la de vois faigner le lendemain \ mais elfe
changea de fentiment , elle aima mieux aller à, un©
maifdn de campagne qu'elle avoir proche de Ver-
failles , elle s'y fit faigner du pied , le dépôt fe fie
iî grand fur la jambe ôç la cuilïe que la gangrène y
furyint , ôç elle mourut en troisjours. Depuis quel-
ques mois M. le Duc de Saint Simon fut faîgnç
à Paris par im Chirurgien des plus employez j il fe
(a) Celr, un bonheur pour le malade & pour le Ch$-,
çurgien quand les accidens qui ne furviennentque trop,
fouvent à k piquurc de laponevrofç du muicJe biceps
cèdent aux remèdes que l'Auteur propofe ici. Mais lors
qu'ils y xefltïent, il faut examiner s'il n'y a point quel-
que épanchement de liqueur , ce qu'on peut reconnot-
tre à la £u6tuation. En ce cas il faut ouvrir h tumeur i
pour donner ilTue aux matières , qui pour l'ordinaire ie
.trouvent épanchées fçus VaponevrofejSç çaufent dç$ ac>
çidens ^ès-fâçheuxA
Huitième Démonstration, 6Sî
fit fur (on bras une fluxion cauféepar la difpofitioa
où il étoit , qui fe termina par un abfcès qu'on ou-*
vrit , & don: il fat guéri en trois femaines fans ei>
être eftropié, On n'accufoit pas moins le Chirur-
gien que d'avoir piqué le tendon , ou le nerf * tout
le monde lui faifoit fon procès ; mais une guérifon
aufli prompte l'a juftifié , en faifanc voir que ni
Tune ni l'autre de ces deux parties n'avoit été of-
fenfée , puifque quand elles le font il faut plusieurs
mois pour les guérir.
Il peut arriver que le Chirurgien piquera maU b« h ,t«*
heuueulement un tendon , ou un nerr , mais ces pi- tendon <**
queures ne font pas mortelles (a) : il faut qu'il y d'un n«£.
apporte le remède que la bonne Chirurgie lui or-
donne , & pour l'en inftruire je crois ne pouvoir
pas mieux faire que de rapporter ici l'hiftoire du
Roy Charles IX. à qui ce malheur arriva : La voi-
ci dans les termes qu'An: broife Paré fon premier
Chirurgien de l'un de nos plus fameux Auteurs
nous l'a lailTée par écrit. Le Roy ayant la fièvre ,
„ Monfieur Chapelain fon premier Médecin &
„ Monfieur Caftellan auiîi Médecin de Sa Majeiïé
„ & premier Médecin de la Reine fa Mère , lui
„ ordonnèrent la faignée. Pour la faire on appelU
,, un Chirurgien qui avoir bruit de bien faigner ;
„ lequel cuidant faire ouverture à la veine , piqua
,, le nerf qui fit promptement écrier le Roy , di-
„ fant avoir fenti une très-grande douleur -, par
?, quoy allez hautement je dis qu'on delTerrât la li-
v gature , autrement que le bras enfleroit bien
(a) Ces pïquuresne font pas mortelles, quelquefois *v. ïz*^
même on n'en eit pas eftropie , lors même qu'on en" d'une sceau*
obligé de couper le tendon. * On voit dans le Mercure £ ^cad*
de France, Juillet 1731 qu'un eperfonne a qui M.Granier dc Chirura,
fut obligé de couper le tendon du mulcle biceps à la fin
du corps charnu de ce mufcle & aflez près de fon infer-
tion au radius 3, aconfeiYé le mouvement & laforce-ie
foR biasE
rëS% Des Opérations de Chirurgie,
*, fort , ce qui advint fubit avec une contraction,
s, du bras , de manière qu'il ne le pouvoir fléchir
5, 6c étendre librement , Mes raifons étoient que la fuf-
3, dite huile 8c eau-de-vie ont puiflance de péné-
3, trer jufques au fond de la piqueure 8c de fécher
,, l'humidité qui fortoit de la fubftance du nerf,
3, 8c par leur chaleur tant actuelle que potentielle
3, calmer la douleur *, 8c ledit emplâtre de diachal-
,3 citheos a pareillement vertu de réfoudre l'hu-
5> meur jâ courue au bras , 8c empêche la cïefcente
3, d'autres humeurs. Quant à la ligature elle fert
5, à roborer 8c reftraindre les mufcles , exprimer
3, 8c renvoyer aux parties fupérieures l'humeur jâ
3, defeendue , 8c empêcher nouvelle fluxion , ce
3, que lefdits Médecins accordèrent 6c conclurent
3, tels remèdes y être utiles 8c néceflaires. Par ain(l
3, la douleur cefla , 8c pour davantage réfoudre ,
» étant l'humeur contenue en la partie^ on ufa puis
H u i t i e'm e D e'm onstration. 6t$
9> après des remèdes réfolucifs Ôc defïicatifs com-
3, me de cetui-ci. i£. farine 9 d'orge ôc d'orobe 2;
a, onc. de chaque , fl. de camam. ôc de mélilot z.
„ pincées de chaque 3 beure frais une once Ôc de-
a, mie , leiîive de barbier fuffifamment pour un
3, cataplafme. Le Roy demeura trois mois ôc plus
a, fans pouvoir bien fléchir Ôc étendre le bras 9
35 néanmoins , grâces a Dieu il fut parfaitement
a, bien guéri, fans que l'action fût demeurée au-
a, cunement vitiée.
Si au lieu d'une veine le Chirurgien a ouvert De Pouvez
une artère , ou qu'il les ait ouvertes l'une Ôc l'au- ture a Par:
tre , ce qu il connoura aulii-tot par la lortie impe- garde,
tueufe du fang , il ne faut point qu'il perde le ju-
gement } ni qu'il donne à connaître au malade qu'il
eft embaraffé , parce qu'il n'eil pas impofïible d'y
remédier fans même que le malade s'en apperçoi-
ye, Pour prouver ce que j'avance ôc en inflruire
le jeune Chirurgien , je vais rapporter ce que j'ai
vu faire à mon Maître d'aprentiffage en pareille
occafion. Il alloit pour faigner un Penfionaire au
Collège d'Harcourt , ôc il me mena avec lui pour
tenir la lumière, U ouvrit l'artère , dont le fang fe
lança comme un trait d'arbalète de l'autre coté du
Jit -, il faifoit une très-grande arcade , il for toit en
fautillant ôc il s'élevoit dans le plat une écume d'un
vermeil oraneer ôc en grande quantité. Ayant
,r • 1, ? & • / ' -A /, Moyen de
connu que c etoir 1 artère qui etoit ouverte , il ne remédier à
s'étonna point , il dit au malade que fon fang étant cfc inc°nv6
auûl échauffé il falloir en tirer beaucoup afin que*"'
cette faignée calmât cette grande chaleur , il de-
manda un fécond plat , ôc en tira jufques à ce qu'il
vit que le malade commençait à tomber en foi—
bleffe, Il avoit mis pendant que le fang fortoit une
pièce de monnoye dans la compreue , ôc avoit
demandé une féconde, bande. A mefure que le
rnalade s'afFoiblifToit , l'arcade que faifoit le fang
^minuok ôc baiûoic ; ayant ôçé la ligature <§ç Iç
nient.
é$4 ^es Opérations deChtrurctï >
malade étant évanoiii , le fang cefla de fortir. it
prit ce moment pour appliquer la comprelle 8C
Oander le bras qu'il ferra plus qu'à 1 ordinaire •> 'ÔC
mit deux bandes > & ayant ployé le bras fur l'efto-
mac du malade il l'attacha a fa camifolle.de crainte
qu'il ne retendît , il lui jetta de l'eau au vifage ,
lui fit fentir du vinaigre & le fit revenir de- fon-
cvanouiflement. Il eut foin de faire jetter le fang
avant que de s'en aller , de il recommanda bien an
malade de ne point remuer fon bras,, lui difanc
que s'il fe débandoit fon fang étoit fi furieux qu'il
feroit mort, avant qu'on pût le feçourir. Le foir
feignant d'avoir écé appelle pour un malade dans
fon voinnage , il l'alla voir ck trouva que le mala-
de avoit été alfez obéilïànt pour avoir laifié. fon
bras dans le même état qu'il l'avoit mis : le lende-
main il lui rendit encore vifite 8c quoi que le ma-
lade fe plaignît que fon bras étoit bien ferré il lui
perfuada de n'y toucher que le troifiéme jour , ÔC
encore après l'avoir débande il y remit une nou-
velle comprenne 6c une autre bande pour plus gran-
de fureté* La cicatrice fe fit comme celle d'une
veine •-, de le malade a cru qu'on ne lui avoir ja^
mais fait une meilleure faignée. Ça)
(a) La tumeur lymphatique, fa douleur, l*engour<
^iffemem, &lapiquure du perioite , font encore dcs>
secidens qui peuvent être des fuites de la faignée.
__ La tumeur lymphatique qui furvientdans lèlitu de la
yiquure après la faignée, d}: form e par urte lymphe
épanchée d'un ou de plufieurs vaifîeaux lymphatiques
qu'on a ouvert en même tems que h veine.
Cette tumeur ne change point la couleur de la peau s
elle eit fans douleur, & fouvert reluifar.te ; elle ne fe
forme pas toutes les fois qu'en piquant h veine on
ouvre cbs vaiiïeaux lymphatiques , parce que la cica-
trice peut ne pas fé faire fi porfakeméne , quelle ne
ïaifle une petite ridule imperceptible par où la lymphe
épanchée s'écoule. On reconooic cet écoulement à 1%
çhemife qui en eit mouillée.
Uflt epmprefle épaifle & ttempée dans une eau fpiji*
ïï TJ I T I E*M É D ê'm ONS1 RAfl OK. 685
r Je finis l'article de la faignée par l'hiftoire d'un Hiiïotrô
tiommé Damafcénc qui vint à la Cour en l'année <*'"" char-
io'o'q. Elle vous fera voir que dé tout rems il s'eft mi dL u7al»
élevé des gens qui ont attaqué ce grand remède * g«*«*
tueule qu'on applique fur la tumeur , & qu'on compri-
me un peu avec là uande, guérit pour l'ordinaire cette
petite tumeur. Quand elle re.ïite à ce remède, on y fait
une petite ouverture pour donner iiîue à h lymphe epan -
chée , & l'on fait enfuite lur l'endroit ouvert une légère.
Compreflîon. S'il n'y a peint de tumeur , mais feu'ement
une petite ouverture par où la lymphe s'écoule, une
compr eiïîon faite detius arrête l'écoulement , & en pro-
cure quelqu foi. la rétinien; Lorique ce moyen ne réuiïiÊ
pas, on appli lue lapierre infernale, qui en cauterifant
un peu le vaifTeau lymphatique, & dttruifant les calions
tés,procure la confoheiation entière du vahfeauj& delà
petiteouverture devenue mluieuie. Un emplâtre de cé-
rufe mis fur l'ouverture & la cempretfion , après l'ap-
plication de la piètre infernale , achèvent la guéri-
ion.
On feait qu'il y a un petit cordon de nerfs appelle
cutané intérieur , qui accompagne la veine bamiquej
un autre appelle mufculocutané qui pafle derrière la
veine médiane j & un autre rameau de nerf crural qui
accompagne la veine faphene.
Il arrive quelquefois qu'en ouvrant une veine on pi*
que ou l'on coupe un de ces petits cordons de nerf.
Quand on le pique feulement, on excite une dou-
ceur vive oui s'étend tout le long de la partie où fè
diirribuë le nerf, & qui continue quelque fois à fe
laire fentir pendant quelque tems, ma» avec moins
de violence, Quandonlecoupetotalement, on excite
■d'abord comme en le piquant une douleur vive, à la-
quelle fuccede un engourdilTement le long de la partie
*>ù le nerf coupé fe diftr.bue.
Il eil difficile de prévoir cet accident ; & s'il y a un
moyen de l'éviter, c'eltd ouvrir les veines fuivantleur
longueur , mais cela n'elt pas toujours poflïble.
Pour appai er la douleur, on frotte toute la partie
douloureule avec un mélange d'huile d'amande douce,
d'huile de vers , & d'eau -de- vie.
On remeHe à IVn^oîirdiiTernent avec le baume de
Horaventi & l'huile de vers qu'on mêle enfemble , 8c
dont on froue L partie aptes avoir fait chauffer le
mélange.
€%G Dés Ope'rAtions de Chirurgie*
Ôc que cous les efforts qu'on a fait pour le détruire
n'ont fer vi qu'à en faire connoître l'utilité &c la né-
celïité. Ce Damafcéne étoit un homme bien fait *
de belle phylionomie , vêtu très-proprement en
Médecin \ avec ce grand extérieur il parloir bien ,
&c étoit très-hardi. Il débuta par condamner la
faignée ,. difant que c'étoit alTafliner une perfonne
que de la faigner , parce que félon lui , on ôtoit
le fang qui étoit le trcfor de la vie. Il publioit que
c'étoit la Lune qui gouvernoitnos corps , quec e-
En ouvrant la veine cubitale ou la veine radiale ve s
îe poignet , la veine faphene à la malléole interne ou fur
le pied, & l'artère ou la veine temporale, on peut pi-
quer le periofte fi Ton enfonce la lancette trop avani
©u fi le malade fait quelque mouvement,
La douleur qui le tait lencir au-deffus & au^derïbus dé
l'endroit piqué, 3c la réfiftance confidérable qu'on a
fenti à la pointe de la lancette qui s'en trouve émouf-
ièe, font connoître qu'on a touché >e pâiofte.
Une douleur, une tenfiôn & une inflammation qui
s'étendent le long de l'os oà fe trouve le période pi-
qué, font quelquefois les fuites & les fignes de la lé-
sion de cette partie
Quand ces accidens né font pas cohfidérabîes , quel-
ques compreiîes trempées dans une cinquième partie
aeau-de-vie & dans quatre d'eau commune , fuffiient
pour y remédier. Lorfque l'inflammation eit diiîipée , il
faut mettre un emp âtre de l'onguent de la Mère ,' ou de
Nuremberg, fur la petite plaie de lafaignie, pour en
faire fupurerjes bords. S: ces accidens font violens , on
applique fur la partie Un cataplafme anodin , & fur la
plaie un peu de fupuratif , qui en l'entretenant ouverte
excite toujours un petit luintement , & même ivne petite
fupuration. Lorfque la douleur & l'inflammation form
«liiTipées , on met un emplâtre de l'onguent de la Meré
fur la plaie, qu'on deifeche enfuite avec l'onguent
de cérufe ou d-e pompholix , Sec Ces accidens ne fè
terminent pas toujours fi heureufement, ils obligent
quelquefois à débrider le periofte enflammé, trop tendu
& prêta tomber en pourriture ; ce quifeîoitun grand
délabrement. L'incifion faite pour débrider le periofte *
découvre l'os qu'on doit panfer ainfî que la plaie faite
aux parties molles , fuivant les régies de l'Art.
H U ï T I £*M l D e'^î ônstUàtïôn. 6ÎJ
toit elle qu'il falloir confuker fur toutes nos mala-
dies , 8c qu'avec des opiares , des antidotes 8c des
^élixirs qu'il donnoit dans de certains tems de la
Lune , il n'y avoir point de malade qu'il ne guérît.
Il fit imprimer un petir Livre pour établir fa doc-
trine , il alloit au diner du Roy , où il Vantoit les
merveilles qu'il avoir faites -, il fuivoir la Reine à
fa collation dans le jardin du Boulaingrin où il fe
faifoit écouter comme s'il eût été un oracle. Un
Garçon Apoticaire de M. Smart y étant un jour »
prit la parole , 8c dit a la Reine qu'il ne pouvoit pas
fouffrir que ce Charlatan lui en impofât ,• que c'é-
toit un bateleur 8c un ignorant , qu'il Ta voit va
monter fur le théâtre à Rennes 8c à Nantes , 8c
qu'il ne connoiiïoit aucune des plantes dont il par-
loir : 8c pour le prouver , il entra dans un petit bois
•qui étoit proche , il en cueillit fept ou huit qu'il
apporta devant la Reine , 8c que Damafcéne ne
pût nommer. Il ne laiiTà pas que d'avoir beaucoup
de fedateurs , parce qu'il y a bien des gens qui
-donnent dans la nouveauté , 8c plus à la Cour,
qu'ailleurs : mais la fuite n'ayant pas répondu à fes
promeuves fur pluîleurs malades qui fe mirent en-
tre fes mains, 8c le Roy ayant connu qu'il n'y avoit
que de l'arrogance 8c de l'effronterie dans tout fou
procédé , donna ordre qu'on le chaiîâr de la Cour
après quatre mois de féjour qu'il y avoit fait. Deux
Gardes de la Prévôté le prirent un matin 8c le con-
duifïrent à une lieue de S. Germain , 8c là en le
quittant ils lui dirent que le Roy lui défendok d'y
revenir jamais fur peine des Galères.
£S
£SS Dss Opérations de Chirurgie i
Fig. XLIV POUR L'ÂNEVPvISME.
t>k l»Opev f~\ E mot d'Anévrifme on d'Anefrifnie eft dérive
RATION DE I . > . . i -f > / J _
t'AutvMs, V^ du mot grec anefrimn qui veut dire , étendre
ME» ou élargir , parce que c'eft une tumeur pultativè ,
molle &: obéiffante au toucher , caufée par l'élar-
gitTement de l'artère , ou par l'épanchement dii
fang artériel hors de Ton vâifTeau.
î>eux efpê- Cette définition nous apprend qu'il y a deux
ces d'Ane. fortes d'Anévrifme , l'une qui eft faite par la dila*
tation de l artère qui s étendant & s elargtliant peu
à peu fait une poche qui s'emplit d'un fang artjê*
rieU
'artères
M Û I T ï E*Mfe D é'm Ô N S T R A t ï Ô M. &80
tiel ; l'autre par inçifion ou rupture de larcérè ,
dans laquelle le même fang fortant de fon vaifTau
sMpanchè dans les parties voilines.
Celles 'qui fè font par dilatation ont deux caufes caufe àt .!*
ou interne ou externe, La première , eft quand une dotation \ A 1 '/r tt • ï un Maître
fetrouve à 1 ouverture du vaiiieaudiparcit quêtes deux chirurgien
caiifes s'éteient réunies pour empêcher le progrès d'une de* Paris, fe»
tumeur anevrilmale delà groffeur d'une noix verte , qui cuncb édU
avoir cenfervé pendant vingt ans tamêmegrciTeur, &cion.
qui après s:étoit augmentée il coniidérablement que tout
le bras en étoit extraordinairement tuméfié. M Saviart
qui raporte cette obfervation dit qu'ap'.cs avoir ouvert
cette tumeur & ôté Se iang coagule, ilapperat qu'il y obr« ®*®»
$ avoit un corps étranger qui étoit coié fur l'arteré,
„ & que le fang artériel s'échapoit par un petit endroit
& qui s'étoit détaché depuis peu , & qui avoit caufe
>, tout le defordre. Au reite , ajoute- 1 il, ce corps étran-
ger n'étoit autre chofe qu'un fari£ fibreux & coagulé
5, revêtu d'une membrane du côte qui ne regardoit >
» point l'artère, & du coté qui la regardoitil s'y étoit
„ formé une petite enfon^ure en forme de voûte. Cette
membrane qui couvroit l'extérieure étoit aparemment
une portion de la guaine -, peut-être n'étoit elle qu'une
coagulationd'un fang fibreux dont le caillot étoit formé»
Quand la guaine borne l'épattchement , il faut qu'elle
foit entière ou parce qu'elle n'a point été rompue, ou
parce qu'après avoir été divilee les bords de l'ouverture
fe font reunis Quand au premier cas, il paroit qu'il fe
peut former un anevrifme par rupture fans eue la guaine
fbit endommagée. Un effort violent peut ouvrir le vaif-
feau fans ouvrir la guaine > qui £& plus fouple que ki
6$i Dis OPÉ'RAtioNS dé Chirurgie ,
lors tâcher de ne point paroître embaràifé , & Ce
conduire de la même manière que je vous ai dit
que fit mon Maître d'apprentiiTage dans une pa-
reille occafion.
Mais ïi le malade ou les affiftans s'en font apper-
çus , ou fi le fang ne fort pas a plein tuyau de l'ar-
tère , ÔC que le Chirurgien voye par l'élévation
qui commence autour de la faignée , que le fang
ï e répand entre les chairs &: la peau , il faut que
de bonne foy il avoue fa faute & qu'il mette le
poulce défais Fou ver cure avant qu'il y ait beau-
coup de fang épanché 3 & fans trop aliarmer le
malade il doit lui faire connoître le danger où il
eft , afin de le rendre fournis 8c obeifiant a faire
membranes de l'artère > &par confequent plus difficile
à rompre* Si le vai(ieau& la guaineont été divifé par
quelque effort ou par un inftrument piquant , il i'em-
ble qu'en voulant procurer leur réunion > il le peut faire
qu'on réuiTilïe par rapport à la guaine fans que l'àrtere
le cicatrife. En ce cas , dès qu'on ceiîera de faire la
compreiïïon , le fangfortira par l'ouverture de l'artère
mais fon épanchement ne fera pas confiderable , à moins
que fa violence ne rompe la guaine quis'oppofe à fon
paifage. On ne doit pas s'étonner de ce qu'on avance
ici au fujet delà cicatrice de la guaine, qui le forme
plutôt que celle de Fartere. Car il y a des Auteurs qui
penfent que quelques-unes des tuniques de l'artère ie
cicatrifent quelquefois fans les au.res. Tulpius eft de ce
Jentiment, comme il paroit par une de fes obfcrvations
que voici. Une peribnnefeblelïa à la main gauche avec
un couteau fort pointu , & s'ouvrit l'artère qui elt entre
le pouce & le doigt index. On arrêta leTang par le
Sîbiwiec mQ en $un emplâtre alhingePt; ce qui procura, die
Chirurg.^ l'Auteur, la reunion de la tunique externe d? l'artère
Mmgeti. fjns procurer celle de la tunique interne- C'eit pour-
quoi le fang en foulevantla tunique reunie, formoit
une tumeur anevrifmale qui s'évanouiiïoit quand on
ceifoit de la comprimer. Pour guérir cet anevrifme,il fit
rentrer le fang , & fe fervit d'un emplâtre aitri^ent , &
d'une lame de plomb foutenue d'un bandage. I: procura
ainfi par une comprefïion exacte fui Tartere la réunion
des tunques intérieures.
H 11 ï T I E*M E D e'mONS T1AT ÎQ.K. £gj|
ce qui eft néceffaire pour en éviter les fuites.
Pendant que le Chirurgien tient l'artère fou- Inftnimenr
mife avec le poulce de fa main gauche , de fa droi- pour- ferrct
te il ôte fa ligature >. il fait préparer des bandes yVittcte'-
des comprefles Se du papier mouillé pour faire un
tampon , s'il ne peut pas avoir unemoirié de fève
deilechée : Il fait pofer une comprefle épaiîfe fur , nifpofmo»
le bras le long de 1 artère , & par deiius une autre fcs graduées.
comprefTe circulaire fur laquelle il met une liga-
ture qu'il fait ferrer avec le tourniquet. Quand il
croit que la comprefïion eft alfez forte pour empê-
cher que le fang ne puifTe couler de l'artère , il le-
vé fon pouce ,. de dans le tems que le fang eft ainfi *
arrêté , il met un tampon de papier mouillé (ur la
faignée ou une moitié de fève ou une pièce de
monnoye dans la première comprefle , il en met
une féconde un peu plus grande , &c encore une
troifiéme afin que par gradation l'artère foit bien
comprimée: (a) puis une ou deux bandes qu'il
ferre plus que dans les faignées ordinaires. Le bras
bien bandé il remet le pouce demis toutes les com-
preffes avant que d oter le tourniquet , il met en-
core une comprefTe étroite , épaiîfe &c longitudi-
nale le long du bras fur l'artère , ôc par deflus une
bande de la largeur de trois doigts qui par plu-
fieurs circulaires monte du coude jufques à l'épau-
le *, ÔC par ce moyen il arrêtera le fang fans qu'il
furvienne d'anévrifme*.
(^ Il ne faut faire de compreffion exacte que fur
l'ouverture de l'artère* Ainfi le petit tampon de papier
mouillé , qui en fe detTeehant ne s'applique que fur cette
ouverture, vaut mieux que la moitié d'une feve^ on,
qu'une pièce de monnoie qui feroit une compreffion
exacte trop étendue. C'eltpour cette même raifon qu'oa
fe fert de comprennes graduées , & en affez grand nom-
bre pour que les dernières fe trouvent élevées au-deffus
du niveau du bras. Car lors qu'on les ferre avec les ban-
des, l'ouverture fe trouve exactement comprimée, 8g
les parties voifines ne le font que fort légèrement,
X x iii|
fis
694 0es Ote'ratïons de Chirurgie,'
Traitement II faut , cet appareil père , faigner le malade pîo-
fpre^appo- ft"* fois de l'autre bras : il faut mettre le bras
fitiofidel'ap. faigné dans une bonne fituation , point trop ployé
?mû' ni trop étendu > &c l'avant bras 8c la main plus
haute que le coude , placé fur des oreillers fans lui
faire faire aucun mouvement. Il ne faut point re-
lever l'appareil que plufieurs jours après à moins
pe le bras n'enflât trop , ou qu'on eût quelque
[igné que malgré ce bandage le faiig continue
à s'échaper hors de l'artère *, car pour lors il fau-
drait fe déterminer à l'Opération qu'on ne peut
pas différer fans mettre le malade en danger de
perdre la vie. (a)
(a) Quand le fang artériel s'épanche malgré la corn-
prsflion , c'eit parce qu'elle n'a pas été faite exa&emene
ou a{fez long-tems fur toute l'ouverture de l'artère»
fi l'ouverture de i'aponévrofe ne Te trouve pas vis-à-vis
celle de l'artère, i'epanchement fe fait principalement
fous l'aponevroie, mais fi la plaie de l'artère eft vis-à-vis
celle de I'aponévrofe , 1a liqueur fe répand alors en plus
grande partie dans les cellules graiffeufes de la peau.
Lorfqu'on ne voit pas d'éparïchementdans le bras, il
n'tft pas certain pour cela que la comprefilon ait réuni
les tuniques Mu vaiffeau. Car il fe peut faire que la
guaine èc les tegumens fe foient réunis fans les tuni-
. ques de l'artère. En ce cas la guaine s'oppofe au pro-
grès de répanchement. Il fe peut faire même que la
guaine n'étant pas cicatrifée, un caillot de fang ferme
le paiTaçe à cette liqueur. Si la guaine borne l'épanche-
ment, il fe forme une tun.eur anevrifmale qui a tous
les fîgnes d'un anevrifme par dilatation, quoiqu'elle
vienne dç la divifîon de l'artère. Lorfqu'on la com-
prime elle s'évanouit plus ou moins promptement à
proportion déjà grandeur de l'ouverture de ce vaififcau;
Ambroîfe on y fent une pulfation & un bruit eu fïfle-ment conti-
$>aré , Liv, nue1 , à moins que l'ouverture ne foit fort grande. Cette
vxxiv, psg. tumeur peut augmenter confiderablement en peu de
*' Et ;tis. Si c'eft le caillot qui s'oppofe à l'épanchement, 8c
s'il n'a pas acquis unç certaine épailleur , la même chofe
arrive 5 ce qui fait que cette tumeur iefTemble à un ane-
vrifme par dilatation en s'evanouiflfantparla eompref-
don , c'eiî que la guainç en fe dilatant ou le caillot d$
ïang m s' allongeant p«u i peu foimc uae cfpece d$
"H UITI E*M E D E*M (>N S T H A T î O N. ££
Il ne faut pas faire comme tir un Chirurgien qui
ayant ouvert l'artère à un Officier du Roy , crut *
parce qu'il avoir bien bandé le bras , de qu'il s'é-
toit rendu le maître du fang qu'il n'en arrivèrent
rien de fâcheux : il eft vrai que le fang ne fortok
point dehors à caufe du bandage , mais il s'écha--
poche, qui renferme le fang à peu près de ta même
manière que le renfermerait une poche formée par la
dilatation des tuniques de l'artère. L: caillot de fang
de ient quelquefois fi épais qu'on a peine à fentir la
pulfation & le finement , & qu'après avoir fait rentrer
le fang fluide, il y reite toujours une tumeur plus ou
moins considérable qui n'dt autre chofe que lui-même»
Quand on veut efiayer de guérir par ia compreflion
ces efpeces d'anevrifme, il faut d'abord fai;e rentrer
le fang fluide, & tâcher enfuite par le moyen d'une
compreflion exacte & confiante de procurer l'en dur-
eilTement du caillot quelle tient appliqua fur l'ouver-
ture de l'artère. La partie rouge fe fépare de la partie
lymphatique, qui étant fibreuïe acquiert la conmtance
de membrane & s'uniiTant avec les bords de la divifioa
de l'artère f~rme parfaitement l'ouverture. Ce' qu'on dit
ici au lujetdu caillot & de la manière dont l'ouverture
de l'artère fe bouche ne doit point imprendre: car M- M. • <.
Petit a démontré à l'Académie Royale des Sciences que \* Académie ?
le fang s'anêtoit pour toujours par le moyen d'un cad- année ijr^w
lot, Ainfî le caillot qui s'étend pour £ rmer la poche ane-
vriimale eil le caillot qui bouchoit l'ouv rture de l'ar-
tere, & qui ■ l' au roit fermé pour toujours fî la compref-^
fion eut été faite exactement & continuée ; & c'eit lui-
même qu'on applique fur 1 ouverture pour le bouche*
exactement.
Lorfqu'on ne peut pas guérir un anevrifme ou en»
empêcher le progrès par la compreiïion , on ti e néan-
moins de ce moyen un grand avantage» En comprimant
le vailTeau , on empêche que le fang n'y coule en au(îl
grande abondance qu'à l'ordinaire; ce qui oblige une
partie de la liqueur à dilater peu à peu les vaifîeaux colla~-
teraux , & les difpofe à fupléer à l'artère principale dont
on fera la ligature. L'expérience confirme ce qu'on
avance ici. M. Petit m'a fait remarquer que l'opération
de Tanevrifme reuifit preique toujours 3 quand on ne 1%
fait qu'après avoir comprimé l'âjctexe pendant long»
%sms» ■
Xxiiij
'éoé Des Opérations de Chirurgie *
poit de l'artère §c çouloit en haut dans le bras qu if
emplit tellement qu'il devint d'une groMeur extra-
ordinaire, C'étoit à quatre lieues de Yerfailles ou
je fus appelle pour faire ^Opération , de je fus
obligé d'ouvrir la peau le long du bras pour en tirer
plus de quatre livres de fang qui s'étoit caillé en-
tre les chairs Ôc la peau depuis le coude jùfques à
l'épaule dans toute la circonférence du bras.
cas &ù l'o- Quand c'eft une anévrifme faite par la dilatation
Panévrifme* de l'artère, la néceffité pour l'opération n'eft pas fi
çft plus ptef-prefTante que celle qui eft faite par incifion ôc rnê-
unte, ^g ja c^ir^rgie nous propofe des moyens pour l'é-
viter dont il faut fç ietvir avant que de prendre
ce parti.
Un Chirurgien peut s'être aperçu d'avoir touché
le corps de l'artère , quand en faignant une baiili-
que 3 il a fenti à la pointe de la lancette une petite
réfiftance qu'il ne trouve pas ordinairement.
Quand cela eft arrivé il doit craindre quelque fui-
te , 5c pour l'éviter il faut qu'il mette une corn-
preife un peu plus épaifïe ■ qu'il tienne le bras ban-*
dé plusieurs jours , qu'il recommande au malade
de ne faire aucun effort avec Ton bras , & pour
plus grande fureté qu'il trempe la comprçffe dans
de l'eau ftiptique..
Signes d'une Souvent les malades s'impatientent de porter
vrifmaje?"6" une bande trop long rems \ c'eft alors que fi l'artère
eft éfleurée } le fang par des pulfations continuel-
les fait étendre l'endroit affoibli , & qu'il s'y fait
une petite tumeur qui d'abord n'eft que de la grof-*
feur d'un très-petit pois & qui grofmTant tous les.
jours devient grofte comme une noifette ou une
noix, (a) Si le Chirurgien eft averti d'abord qu'elle
(a) L'efpeçe d'anevrifme dont l'Auteur parle ici».
eft occafionné par la divifion d'une qu plufieurs tu-
niques extérieures , .& par la dilatation des intérieures,
c{ui en paflant par l'ouverture des externes forment une
cfpecç de hewiie dont on a parlé. Il eft impoiçanc de. ne
H U I T I E*M E D e'm O N S T R A T I G N. fyj
commence , il y peut remédier plus facilement que
quand elle eft à ce degré de groiTeur i il connoît
que c'eft une tumeur anévrifmale par le toucher ,
car il y fent une pulfation femblable à celle du
poulx , & fi elle eft encore petite en la comprimant
elle difparoit , parce qu'on fait rentrer le fang
darts le corps de l'artère. Il y en a qui prétendent
qu'en veifant de l'eau bien froide , ou en mettant
quelque chofe de bien froid fur la tumeur , que
c'eft un moyen de la guérir : les remèdes ftiptiques
ôc aftringens y conviennent , parce qu'il faut ref-
ferrer les fibres trop étendues des tuniques de l'ar-
tére , mais ils feraient de peu d'effet s'ils n'etoienc
aidez par le bandage qu'il faut porter des années
çntieres.
M. l'Abbé Boutdelot premier Médecin de M.
le Prince inventa un bandage pour fe guérir d'une
anévrifme qui lui furvint après une faignée : il
appelloit fon bandage le ponton , il confiftoit dans
un périt écufTon A. d'acier rond , fait exprès garni
de cotton ÔC de cuir comme les bandages pour les
hernies. Ce petit écufton a des attaches B. qui paf-
fent au defïus Se au de (Tous du coude qu'on vient
arrêter au dedans du bras au milieu de la partie
platte de l'écuiïbn : il y a de petits trous C. à ces
attaches pour ferrer & relâcher l'écufTon quand on
pas confondre cette forte d'anevrifme avec ceux qui fe
font par la dilatation de toutes les tuniques ; car on la
guérie quelquefois par la comprelfion , & ce moyen ne
convient pas ordinairement à ces derniers , parce que
toute la circonférence de l'artère eft dilatée , & qu'en
comprimant la tumeur d'un côté , elle croîtroit au côté
©ppofé. Ainfî on ne peut guérir les anevrifmes formés
par la dilatation de toutes les tuniques que par l'ope-
lation i & lorfqu'ils fe trouvent fïtués dans un endroit
où on ne peut la faire fans expoCer le malade à pé-
rir , il faut fe contenter de diminuer le volume du
fang par de fréquentes fai^nées , & par un régime de
vie très-fqbre, & d'interdire au malade tout exercice
violent
f€c)î Des Ope'ration's de Chirurgib ,
veut *, 8c quoi que cet écuflbn foit fait pour com-
primer la tumeur , il y a une canelure pour laiflfer
la liberté au fang de i'artére de paiTer par deifus.
C'eft ce qui lui a fait donner le nom de ponton y
étant fémblable à un pont qui n'empêche pas l'eau
d'une rivière de continuer fon cours : il le porta
l'efpace d'une année > 8c la tumeur diminuant tous-
les jours il fe trouva guéri entièrement,
l'invention Cet exemple apprend au Chirurgien au il doit
«It néceflaire a ; à M C îvi m \
•u chkur. eae inventif, qui! faut quil travaille a trouver
g«w. des bandages 8c des machines capables de guérir
les maladies (ans opération , 8c que s'il veut fè fer-
vir de ceux qui ont été trouvez par nos prédécef-
feurs , il y doit augmenter ou diminuer félon que
les difpolitions des maladies le demandent. Mais.
quand il a épuifé toute fon induftrie , 8c que la ru-
meur n'a point cédé à tous ces remèdes, il faut
qu'il. en vienne à l'Opération qu'il doit fane avec
toutes les précautions néceifaires pour fe rendre
maître du fang , afin que le malade ne meure pa&
dans le rems de l'opération comme il eft arrivé
quelquefois,
il doit re Quelque éclairé que foit un Chirurgien 8c quoi
méfier de ,-, • V c ■ ' • i r c • \
&i.mêmc. afin d'avoir tout prêt pour ne*
Huitu'mi De* m on s tr aticm. 655
rrc point obligé ni de le demander , ni de l'atten- Aptfeiîpeu*
dre ; fçavoir un tourniquet compofé dunelieatu-i;°p««io1?-
. X ^ , o i> j 1 ^ • de l'anévrifo
re qui raffe deux tours > 6c d un ou de deux petits me,
bâtons de la grofleur Se de la longueur du doigt >
une lancette à abfcès , des cifeaux droits & cour-
bes , un biftouri , une érine , des aiguilles courbes
enfilées d'un petit file ciré , des boutons de vitriol
en cas de befoin > plufieurs petites compr elfes de
différente longueur , quantité de charpies, des
poudres aftringentes , un emplâtre , de grandes
comprelïes , deux bandes , Se enfin un appareil tel
qu'il eft gravé fur la planche XLIV. qui eft à la
tête de ce chapitre.
A vaut l'opération le malade étant placé dans un sîtuatîon da
fauteuil de commodité , Se dans la fitnation la plus fuiec & des
commode pour l'Opérateur , vis-â-vis le jour , un affiftans*
peu panché en arriére , &: le bras étendu comme
pour une faignée , on placera les ferviteurs qui doi-
vent être au moins quatre. Si c'eft au bras droit »
que foit l'anévrifme , l'Opérateur fera mettre le
premier qui eft celui en qui il fe confie le plus à
Fa gauche , qui embraflfera le bras du malade pour
comprimer l'artère quand il fera néceffaire : il fera
tenir lavant-bras du malade par le fécond , qui
tiendra d'une main celLe du malade , Se de l'autre
on empoignera lavant-bras pour empêcher qu'il ne
le retire , ou ne le remue dans le tems de l'opéra-
tion i ce ferviteur fera à la droite de l'Opérateur.
Le troifiéme fera devant lui , Se tiendra un baflin
fur lequel fera tout l'appareil pour en prendre à
fa volonté les chofes dont il aura befoin , ou les
remettre de même après s'en être fervi : Se le qua-
trième fera pour obéir aux ordres de l'Opérateur.
Il faut qu'il y ait fur une table une chandelle ou
une bougie allumée , toute prête à L'apporrer en cas
que l'Opérateur demande de la lumière.
Ces chofes ainfi difpofées , il faut avant que
d'ouvrir la tumeur > fonger à (e rendre maître 4n
70ô Des Opérations de Chirurgie,
^Troifiémcfang » ôc empêcher qu'il n'en force qu'autant que
2« "forS iotl V0ll.dra : il y a trois moyens pour y parvenir ,
du fang. le premier par la ligature avec le cordonnet , le fé-
cond par les mains d'un ferviteur , ôc le troiûéme
par le tourniquet»
Méthode an. Les Anciens prenoient une grotte aiguille -cbiir-
cxeanc, be enfilée d'un fort cordonnet , ils la paflfoient ait
travers du bras , ils commençoient par l'enfoncer
au-defïbusde l'artère jufques proche 1 os 5 ils lafai-
foient fortir par le milieu du mufcle biceps , ÔC
par ce moyen ayant embraflé l'artère dans l'anfe du
cordonnet ils le lioient fur une compreffe affez for-
tement pour arrêter le cours du fang dans l'artère :
cette méthode a paru fî cruelle aux Chirurgiens
qui font venus après , qu'ils l'ont abandonnée , ôc
fe font contentez des mains d'un ferviteur , qu'ils
ont fubftitué à la place d'une ligature 11 pénible ôc
fi douloureufe.
on^peTme. Ceux 9Lli. & *ont ^CÏV1S ^es mams d'un ferviteur
air le fang en choinnoient un dont les mains fufTent fortes ôc
d>un1Cf«vtnSrobuftes' ils l^faifoient empoigner le bras , les
teur. deux pouces en deflus Ôc les huit doigts par defTous:
dont les extrémitez comprimoient le corps ôc l'ar-
tère toute de fa longueur , ôc fe fiant à ce ferviteur
ils ouvroient la tumeur. Ils prétendoient ce moyen
très-commode , parce que l'artère découverte ils
lui difoient de fouiever un peu fes doigts afin de
voir par le fang qui jaillilToit , l'endroit de l'ou-
verture pour y mettre le bouton , ou en faire la
ligature j ôc refaifant appuyer les doigts ils ache-
voient leur opération. Cette manière eft la plus
fimple , mais elle n'eft pas la plus fiire , car les
mains fe peuvent lafFer par une longue compref-
fîon Ôc par la durée de l'opération , ôc avant qu'on
en eût fubftitué une autre en fa place le malade
pourroit perdre beaucoup de fang , ôc l'opération
en feroit troublée.: c'eft ce qui fait que les Moder-
nes ont inventé le tourniquet dont ils fe fervent
HuïTIE'mB DEMONSTRATION. 70I
aujourd'hui , tant dans les anévrifmes que dans les
amputations.
On adonné le nom de tourniquet à cette efpece Du ToarnI*
de ligature D. parce qu'en tournant deux petits bâ- qucc'
tons E E» parlés entre le bras Ôc uneliziére F, faite
d'un tilTu de fil , on le (erre autant qu'on veut 5
c'eft de cette manière que les voituriers ferrent
avec un bâton les cordes qui tiennent les balots fur
leurs charettes. On le pofe fur cette bande circu-
laire G. afin de faire moins de douleur &: de meur-
rriiîeure à la peau ; quand on Ta tourné fufEfam-
ment , on le fait tenir par un ferviteur , qui le peut
ferrer ou lâcher félon la volonté de l'Opérateur y
il fut inventé il y a long tems pendant le liège
de Betançon en Franche-Comté par un des Chi-
rurgiens de l'Armée ; & on s'en eft toujours fervi
depuis ce tems-lâ. [a]
Le tourniquet placé deux ou trois travers de Ouverture
doigts au deiVus du ply du coude , le Chirurgien atumeata
avec une grande lancette H. [b] ouvre la tumeur
(a) On applique le tourniquet pour arrêter le cours
du iang dans le tronc de l'artère ; mais il faut corn-»
primer le moins qu'il eit poffible les parties voifînes.
Ceft pourquoi l'on met fur le cordon des vaifîéaux,
avant que d'appliquer la comprefle circulaire , une au-
tre comprefie épailTe de deux pouces. On fait fur ces
compreiles deux tours avec un cordon de foye ou de
£1 qu'on noue & qu'on LilTe affez lâche pour qu'on
puifle mettre deiTous , & dans l'endroit oppofé à celui
ou la comprefïion fe doit faire , une petite lame d'é-
caillé ou de corne un pu convexe. On fait paffer en-
tre le cordon & cette lame , un petit bâton qu'on tourne
pour ferrer le cordon. La compreffe épaifle qui elt ap-
pliqué fur les vaiiïeaux les comprime alors , & empêche
que le cordon nefaiTcdes contuiîons aux parties latéra-
les en les ferrant trop. Le tourniquet de M. Pait , dont
pn parlera ailleurs , a d^s avantages qui le rendent
préférable à celui-ci.
'0 Quand on veut ouvrir une tumeur, & qu'on
craint d'offenfer quelque partie qui fe trouve deffous
on préfère aujourd'hui à la lancette le tranchant du
UHouri. Ceft i'ufage des Praticiens de no* jours.
foi Des Opê'ratîô^s ôiCmHà^ît^
de route fa longueur en commençant par la partie
inférieure, [*] <5ciiavec fa lancette il ne la trouve
pas fufKfamment ouverte , il donne quelques coups
avec ces cifeaux droits I. ou ces courbes K. en haut
ou en bas \ félon qu'il le juge à propos ; puis ayant
porté un doigt ou deux dans la tumeur , il en vuide
tout le fang coagulé qu'il y trouve $ il coupe les
brides qui y font 5 &: en ayant ôté tout ce qui em-
baraiîbit , il dit à celui qui tient le tourniquet de
{a) On croit devoir faire ici quelques remarques
fur les différentes manières de faire l'opération de L'a-
nevrifine félon les différentes efp^ces de cette ma^dië,
dont on a parlé dans les remarques précédentes. Quand
ranevrifme eft produit par la divine n de toutes les tu-
niques de i' artère, & que le fang s'eft épanché dans
le bras-, il faut faire avec unbiitouriunein.ci(icn aux
tegumens , afin de faire forcir le fang répandu dans les
cellules giaiffeufes. Il faut enfuite faire fléchir le bras,
introduire une fonde crenek-e dans l'ouverture de I'a-
ponevrofe r gliffer fur Cet tnftnimenc un biitouriavec
lequel on fait une inciiîon longitudinale, ou», fuit ie
cours de l'artère , & qui s'étend m defîus & au-cleiîous
de l ouverture. Ainfî quand on a fait l'incifion d'un côté
de l'ouverture, on retire la fonde pour la tourner de
l'autre côté, afin d'y faire une iïicifïon pareille. On
vuide le fang épanché fous l'aponevroie, & l'on décou-
vre l'artère. Le fang qu'on trouve fous I'aponevrofe
eft caillé & difpofé par couches , dont celles qui font
plus éloignées de l'ouverture de l'artère ont moins de
1 confîftance que les autres , parce que le fa n^; qui fort du
vaiffeau pafTe toujours derriereîes couches déjà formées.
Lorfque l'anevrifme eft fonrupar la rupture de toutes
les tuniques de i'artere , & que l'épanchement de hn%
eft borné par la capiule ou par un caillot, ou lorfqu'il
eft formé par la rupture des tuniques extérieures &
par la dilatation des intérieures, il faut foire aux té-
gumens & à I'aponevrofe une inciiîon proportionnée
a l'étendue delà tumeur pour découvrir la poche ane-
vrifmale. On ouvre enfuite cette poche qu'on trouve
quelquefois dure& fort épaifTe, on en ôte les caillots
de fang s'il s'en trouve., & Ton en coupe le plus qu'il eft
poffible. Toute la portion du vaiffeau qui eft dilatée , &
dont les tunique* font affaiblies doit être compiifé entre
ksdeiuligaçuics.
H ii 1 1 1 e'm e D e'm onstration. 703
lelâcher ua <îcmi-rour pour reconnaître l'endroit
de 1 ouverture de l'artère qui fe manifeiïe afTez
par le fang qu'on en voit iortir avec viteffe. La
plaie de l'artère bien connue , c'eft au Chirurgien
à déterminer de quelle manière il croit pouvoir
en arrêter le fang , Se ce font les difpofi rions qu'il
y trouve qui doivent lai faire prendre parti fur l'un
des trois moyens qu'il y a pour l'arrêter.
Le premier c'ell de prendre du papier mâché s Manière
en faire deux petits tampons L L. de lespofer fur d'a"*ter le
l'ouverture de l'artère -, ou bien une petite com- J" par je pa-
prefïè M. trempée dans de l'eau ftipiique , & la Pier mâché,
mettre directement fur le corps'de l'artère, tk par
defTuSjpluiieurs autres compreflTes un peu plus gran-
des les unes que les autres, Se ainfi arrêter le fang.
Le fécond efl de mettre fur l'artère ouverte un 2. par le*
cauiUque ou un de ces boutons de vitriol N N N.bout
bouts du fil aflcz longs pour fortir de la longueur
de quatre travers de doigt hors de la plaie. Il eft
inutile de mettre une petite compreffe Tous les
nœuds du fil , ni de faire une féconde ligature au
deiïous de la plaie de l'artère ; quand nos Anciens,
en ufoient ainfi , ils ignoraient le mouvement cù>
culaire du fang ; mais à préfent que nous en fouî-
mes certains , cette connoifïance perfectionne nos
opérations en nous faifant retrancher plufieurs cir-
conftances inutiles ôc fuperrlues. [a]
avec la pointe de l'aiguille , ou de la couper avec fon
tranchant , ce qu'il eit aifé d'éviter en paffant fous l'ar-
tere la moitié d'une aiguille courbe, la tête la pre-
mière, Se en coupant enfuite le fil pour retirer 1 ai-
guille du même côté d'où on l'a porté fous le vaiiîeaiù
Ceux cjuifuivent l'une des deux méthodes dont on
vient de parler au commencement de la remarque,
fe fervent de l'une des deux aiguilles imaginées par
M. Petit. La première V« eit courbe, fon corps eflrond,
fa tête eft une petite palette par où on la tient, fon œil
eft proche de fa pointe , & fa pointe n'eft aiguë qu'au-
tant qu'il le faut pour qu'ellepuiiTe percer les chairs.
La féconde W. eit platte , large & un peu courbée ;
elle a vers fa pointe deux ouvertures qui tiennent les
deux côtés du fil écartés ; la pointe eit moufle. Cette
aiguille eit ordinairement d'argent où d'acier.
On met dans l'œil ou l'ouverture de ces aiguilles
une efpece de ruban compofé de trois ou quatre brins
de fil ciré. On porte l'aiguille fous l'artère & lorfqu'on
ne l'a pas difïequé, l'on peut quelque fois éviter de com-
prendre le nerf dans la ligature. ]' ai obfervé qu'il étoie
ibuvent éloigné de l'artère d'un travers de doigt. Quand
l'ouverture a paiîé d'un côté à l'autre, on coupe ce
luban , on le dégage , & l'on retire l'aiguille du même
côté d'où on l'a porté. Il fe trouve par ce moyen fous
l'artère deux bouts de ruban avec lefquels on fait deux
ligatures, l'une au-deiTus de fon ouverture, & l'autre
au-deffous. La féconde aiguille a cet avantage , que
par ion moyen les deux nouts de ruban fe trouvent
placés aux endroits où l'on doit faire }a ligature.
Çà) L'Auteur croit qu'une feule ligature faite au -
defius de l'ouverture empêche l'hemoVagie. Mais il ne
fait pas attention à la communication qui fe trouve
entre
H U ï T ï e'm E D e'm ÔNST&ATÏQN. 705
De ces trois manières d'arrêter le fang , c'en: la Choix de
première qui eft préférable aux deux autres, par"sman;
ce qu'elle conferve l'artère Ôc qu'elle n'a pour but
que de procurer une cicatrice à la plaie qni a été
faite ; èc s'il n'y avoit pas lieu de s'en pouvoir fer-
vir , c'eil la ligature qu'il faut préférer aux caufti-
entre l'artère principalef& les artères collateralles. Ca£
après qu'on a fait la ligature le fang peut , par le moyen
de ces petits vaiiïeaux, le porter de la partie de l'artère
qui eil au-deflus de l'ouverture dans celle qui eit au-
deiTous, & par confequent fortir par l'ouverture, fî
une ligature faite au-deiTous ne l'arrête de ce côtc-là.
L'expérience confirme Ce qu'on avance. C'elt même
par cette communication que lesvaiffe^ux collatéraux ,
naturellement fort petits , peuvent en fe dilatant peu à
peu fuppiéer à l'artère principale qu'on a liée. Lors-
qu'ils ne fe dilatent pas, la gangrené fe met à la
partie du bras qui eit au-deiTous de la ligature , & obli-
ge par confequent à le couper. On ne doit point crain-
drecet accident lorique l'ouverture fe trouve à l'une
des deux branches principales de l'artère brachiale >
c'elt à dire , à la rad aie ou à la cubitale } car l'autre
fournit allez de fang pour nourir l' avant-bras ,& c'eil
ordinairement en ce cas qu'on fent le pouls immédiate-
ment après l'opération. Mais comme l'on faigne ordi- •
natrement au pli du bras ,& que la divificn del'arte-
re fe trouve prefque toujours au-deiTous de ce pli >
fk rarement au-de(]us. Si l'on a le malheur de piquer
l'artère, c'eil prefque toujours le tronc & non pas
l'une des branches qui le trouve piqué. Il faut le
refibuvenir alors de ce qu'on a dit plus haut, que la
compreiTion facilite le îucc^s de l'opération en obli-
geant le fang , dont elle reiTerre le paifaje , à dilater
peu à peu les vaitTeaux collatéraux 5 de forte qu'il y
coule dcja avec facilité lorfqu'on fait la ligature. Il
eil aile de concevoir qu'on peut encore en ce cas
fentir le pouls immédiatement aprCs qu'on a fait la li-
gature au tronc de f artère.
Comme les vaifTeaux collatéraux fuppléent à l'artère
principale lorfqu'on en fait la ligature , on ne doit pas
ëilTequer l'artère dans une grande étendue, de peur d'en
détruire quelques-uns. C'elt pour cela que la plupart
des Praticiens modernes ne la dilTequent point. Le nerf
*3ui eit la partie qu'on recommande de feparer de l'ai-
Yy
*fo£ Dïs Opérations de Chirurgie ;
ques y 8c c'eft aufîi celle dont fe fervent les meil-
leurs Praticiens d'aujoutd'hui. [a]
Après l'opération faite de l' une ou l'autre de ces
trois façons 5 il faut panfer le malade. Si on s'eft:
fcvi de la première ou de la féconde , il faut bien
tamponer la plaie avec ces bourdonners T T. 6c
avec ces plumaceaux Y V. & ne point épargner les
tere, afin de ne le pas lier avec elle, eneft fouvent
éloigné d'un, travers de doigt. On peut faire paiTer la
pointe de l'aiguille entre Tune & l'autre partie , & par
confequent ne pas comprendre le nerf dans la liga-
ture. Ceil auffi pour cette même raifon qu'il faut»
avant de faire cette ligature, ouvrir la poche ane-
vrifmale, fur tout fi elle eit coniiderable j car fi on
îiok l'artère au-defTus & au-deffous de la poche, les
ligatures comprendroient une trop grande portion d'ar-
tère, d'où pourroit partir quelques-uns de ces vaitîeaux
qui en ce cas deviendroient inutiles.
(ft) La comprenfion aplatit le tuyau artériel, la liga-
ture le relîerre en raprochant ït% parois vers leur
centre , les itiptiques le cripent un peu, & coagule
un peu le fang par leur veitu. La comprelTion eit pré-
férable iorfquon peut trouver un point d'appui; elle
n'a pas befbin alors du fecours des itiptiques ni de
celui delà ligature, aulieu qu'on n'employé pas (ans
elle l'un de ces deux derniers moyens, parce qu'elle
en facilite le fuccès. Le fang arrêté fe coagule, & le
caillot qui fe forme dans l'artère à fon ouverture eit
un obftacle continuel à Vhœmoragie, qui fans lui re-
commenceroit des qu'on auroit ceflé d'employer les
moyens dont on vient de parler, Ceil ce qui arrivoit
autrefois , parce qu'on fe fervoît de cauiHques ou de
cautères acîuels , qui en brûlant une portion de l'ar-
tère ne la retrecifïoient & ne la fermoient que pour
un tems , & qui d'ailleurs en cuifant pour ainfï dire
le fang, empêchoient les adhérences que le caillot
auroit contracté avec les parois de l'artère. La partie
cauterifée fe féparoit du reite quelque jours après, 8c
lailToit une ouverture par ou le fang fortoit, parce
que l'artère n'étok plus rétréci , & que le caillot de
fang étant alors trop petit , Se n'ayant point contra-
rié d'adhérence avec les parois, étoit obligé de ce*
4êi à l'impémofité de cette liqueur.
Huiti e'm e D lu onstraïïon. 767
poudres aftringentes qui font dans cette boëte X. Panfemetf|
afin d empêcher la fortie du fang : mais il l'on a mis qu'on fait au
en ufage la ligature , il ne la faut panfer que lim- malade*
plement , parce qu'on eft lûr que le fang ne peut
plus fortir. On ne lailTe pas les premiers jours que
de mettre des plumaceaux couvers d'un onguent
où entrent les poudres aftringentes >• on met de pé-
rirez compi-elTes longitudinales Y Y, ôc d'autres Zi
qui fe croiient en forme d'X. pour mieux appuyer *
puis un emplâtre long a , dont les deux extrémitez
loient fendues , enfuite une compreiîe h , de même
figure > 8c par defïus le tout un banduge c d , qui
faiîe des circulaires au defïus de au delTous du cou-
ple , & qui fe croife fur la plaie > ce bandage eft
quafi fembiable a celui de la faignée , excepté que
la bande eft plus large ck plus longue , & qu'il ne
fe termine pas par un nœud. On met encore deux
compredes circulaires trempées dans i'oxicrat, [4]
fa) En trempant les compreiles dans quelques li-
queurs , on doit avoir en vû'é d'empêcher ravant bras
de tomber en mortification, & d'accélérer la dilatation
des petits vailTeaux collatéraux qui doivent fuppic'eï
à l'artère principale. Ainiiiifaut Fe fervir de liqueurs
chaudes & fpintueufes , qui donnent au bras une ef-
pece de vie , julqu'à ce que le fang vienne l'animer en
dilatant les vaiiîeawx collatéraux. L'oxicrat eft aftrin-
gent & non pas fpiritueux, au contraire l'eau ce-vié
camphrée eft îpiritueuG & non pas aitiihgénté. Ainfï
l'eau- de-vie camphrée eft préférable à I'oxicrat. Il faut:
faire çhaufer i'eau-de-vie camphrée , & ne fe pas con-
tenter d'y tremper les compreîles, mais les arrofer
de tems en tems, de forte que l' avant-bras foie con-
tinuellement dans une efpece de bain chaud & fpirî-
tueux. Comme la liqueur fe refroidiroit toujours un
peu , on lui confervera la chaleur par le mo) en d'une
fcrique chaude qu'on met à la m in. Il faut avoir le
foin d'examiner le bras. Lorfqu'iife confèrve chaud,
qu'on n'y voit point de phlyclenes , & qu'on com-
mence à fenttr un petit frémiffement au pouls; on a
lieu de croire que cette partie reçoit alTez de nourri-
ture & que l'opération réuffit» Au çontraùre fi lebrai ,
Yyij
7oS Des Opérations de ChïïUj'rgîi ï
l'une e fur l'avant-bras , &• l'autre / fur le bras ,
6c par defius une baade g \ qu'on poie circulaire-
inent au-defliis du carpe 3 qu'on continue jufques à
t'épaule , Se qu'on finit par un circulaire autour du
corps , obfervant de mettre encore au bras une
cornprefie longitudinale 6c épaifie le long de l'ar-
tère afin que la comprefïion fe faifant plus forte
en cet endroit , elle empêche que le fang artériel
ne foit poulTé avec trop de vîtefle contre la liga-
ture de l'artère.
Sa fituatïon On conduit le malade au lit , ou le couche dans
dans le lit. une fituation un peu élevée , & on pofe fon bras
à demi ployé fur un oreiller , &c quoi qu'il aie
été f aigné avant l'opération , on le faigne plusieurs
fois après pour éviter Pimpécuofité du fang vers la
partie affligée > on met auprès du malade un fervi-
teur , qui avec la main appuyé jour ôc nuit l'en-
droit de l'opération pour empêcher l'irruption du
fang j & comme un feul ferviteur ne pourroir pas
y .réfifter , il y en a deux ou trois à qui l'on donne
alternativement cet employ.
R^imede Les premiers jours on fait obferver au malade
▼ie du mab- réginie de vivre très-fobre , afin de ne point fai--
de.ee le foin t> r .
qu'on en doirre trop de lang : on eit attentit lur tout ce qui peut
avoir dans fc^j^ 9 & on ne relevé l'appareil que trois jours
après : &c quand on le fait , on laide les dernières
comprennes ou tampons , c'eft-à-dire ce qui touche
l'artère , & on attend que ces compreifes ou tam-
pons tombent d'eux-mêmes , obfervant toutes les
fois quonpanfe le malade de lui faire empoigner
le bras par un ferviteur qui comprime l'artère ,
comme nous avons dit.
eit froid, fi l'on y appercoit de petites ph lydien es , fi
l'on ne fent aucun jfremuTement au pouls, on doit
craindre que la gangrené ne furvienne , & qu'on ne
foit oblige d'en faire* l'amputation. Il faut néanmoins
n'en venir à cette extrémité, que lorfqu'il n'y a plus
/dereflfource, & que l'avant- bras eil prêt à tomber eft
pourriture.
Huit r e'm e D e'm o n s t r a t r on 70^
ïl ne faut point fe relâcher fur l'exactitude qu'on
doit apporter pour la tenir fujette , car lorfque Ton
fe croit en fureté de ce côté-là , une fortie impré-
vue du fang , comme il eft arrivé fouvent , oblige
de recommencer l'opération, de peut mettre le
malade avant qu'il foit fecouru dans le danger de
perdre la vie : c'eil pourquoi il ne faut rien négli-
ger y & ne rien promettre affirmativement avant la
parfaite guérifon. Il faut à rnefure qu'elle appro-
che , &: que la plaie fe remplit de chair , faire
tous les jours étendre un peu davantage le bras au
malade , parce que fi on laiiloit cicatnier la plaie
le bras ployé , il ne pourroit plus d'étendre par la
fuitte y & il fe trouveroit eftropié , quoi que guéri
de fon anévrifme.,
C'eft une chofe furprenante de voir la préven-
tion du public >qui croit que les Chirurgiens font
obligez de donner une penlion à tous ceux à qui ils ouverture
font une mauvaife faisnée» Un célèbre Chirurgien *"u*e ^if-
mort il y a long-tems , dont le nom eft refpecte tcVm
ehez nous 6c qui avoit acquis une réputation fur
la faignée plus grande que qui que ce foit avant
lui , avoua qu'en une année il avoit ouvert onze
artères. On ne pouvoit l'accufer d'être mal-adroit ,
puilque perfonne ne faignoit auffi-bien que lui :
mais il faifoit tant de faignées , & de difficiles ,
étant appelle par tout Paris pour des bras où tous
les autres avoient renoncé , qu'il ne pouvoit évi-
ter ces malheurs qui auroient été plus fréquens à
tout autre qu'à lui : s'il avoit été obligé de donner
des peniions , tout le bien qu'il avoit gagné pen-
dant quarante années de travail auroit a peine fuffi.
En allant en Allemagne avec Momeigneur le Hiitoirefur
Duc de Bourgogne en l'année 1702. nous paffâ-1? piqu«'«
r» " • D ° v c - \\x t\ L r d'un cendon*
mes par Reims , ou on nous ht voir a JVLDucheine
&à moi une fille de
Yyiij
jto Des Ope'rations de Chirurgie*
ôc dont on vouloic rendre refponfable ie Chirur>*
gien qui l'avoit faite : quelques-uns de fes confre-
res foiitenus par quelques Médecins aiithorifoient
cette bile à lui demander une peniion, & pour cet
effet il y avoir un procès intenté contre lui avec d^s
rapports qui portoient qu'il avoir piqué le tendon.
J'examinai le bras $ Ôc trouvant la peau vacillante
fur le tendon , je les alrurai qu'il n'avoit point été
touché y parce qu un tendon s'exfolie comme un
os découvert , dont il vient une chair qui s'unit,
faut avec la peau les attache Tune à l'autre , de mê-
me que- du crâne exfolié il en fort une chair qui fe
cicatnfant avec le cuit chevelu les rend adherens
l'un à l'autre. Monobftant le rapport qu'en donna
M. Ducheme le procès fe continua , Se fut inter-
jette au Parlement de Paris ^ j'en donnai mon rap--
port , qui ayant été trouvé conforme à celui que
les Médecins & les Chirurgiens nommez par la
Cour , avoienc donné , le Chirurgien gagna foa
procès, 6c fe trouva par cet Arrêt délivré de la
pouriuite d une clique de dévotes qui ayant pris
le fait & caufes de la fille s'étolent ameutées pour
le ruiner par charité..
les chïmr- Je ne prétens pas foûtenir que les Chirurgiens
siens font ne puiffent faire quelque faute. Quel eit l'homme
curables, qui ne ie trompe pas y qu elle eit la proreiiion ou
Ton n'en fait point .2 Et pourquoi n'y a»t-il que les
Chirurgiens à qui on veuille en faire payer les
dommages $c intérêts \ Il eit d'autres Proférions
dont la terre couvre les fautes , ôc dont on ne dit
mot : les Juges même qui décident fouveraine-
ment du fort des humains ne fe trompent-ils pas
quelquefois en faifant perdre un procès à l'un in-
jufbenient > ou en condamnant l'autre innocem-
ment. Puifqu'iln'y a perfonne qui ne fôit capable
de faire des fautes , pourquoi ne pas compatir au
malheur du Chirurgien ? N'eft-it pas allez puni
quand il en a fait quelqu'une de perdre fa réputa-*
Huitîe'me Démonstration. 71-r
tion Se fes pratiques } Faut- il encore qu'il (bit per-
fecuté par des gens , qui malgré lui veulent deve-
nir fes peniîonnaires*
Fig. XLV. POUR LA SUTURE DU TENDON.
C'Eft fur la main que fe pratiquent le plus De la future
Couvent les futures des tendons , parce qu'el-du «**>«•
le en eft toute remplie , tant pour fes mouvemens ,
que pour faire ceux (des doigts j c'eft auiîî cette
partie que l'homme prefente comme un bouclier
contre tout ce qui le vient attaquer , & c'eft la
raifôn pourquoi la main reçoit plus de plaies que
les autres parties, qui n'ont pas li fou vent be-
foin qu'elle de l'opération que je vais vous faire
voir.
Quand Monfieur Bienaife Maître Chirurgien
de Paris, & l'un des plus célèbres commença à Renowreï»
faire cette opération il y a cinquante ans , on la cecte opéra»
croyoit de fon invention , il en eut toute la gioi-cJ°n*
re , & elle eut tout l'agrément de la nouveauté ,
mais ayant reconnu que plus de deux mille ans
avant lui on en avoir parlé 9 on a trouvé qu'elle
îi'étoit feulement que renouvellée des Grecs >
^Guidon de plufîeurs autres l'ont pratiquée v il eft
Y y iii
712. Des Ope'ratïons de Chirurgie*
vrai qu'elle n'étoit plus à la mode , c'eft lui quî
l'y 'a fait revenir , &c nous lui avons obligation
de l'avoir eflayée fur des chiens , puis de l'avoir
faire lur des hommes , &C ainfî de nous avoir en-
couragé à faire une opération qui empêche que
beaucoup de blefTez ne demeurent eftrapiez»
Il faifoit la future du tendon dans les vieilles
plaies auiïi-bien que dans les récentes *, c'eft-à-
dire , dans les plaies de quinze à vingt jours %
mais non pas à celles qui étoient abfolument ci-
catrifées , comme quelques-uns nous Pont voulu
faire croire , car il feroit alors impoïîible de ra-
mener les bouts des tendons l'un proche de l'au-
tre , étant collez ôc unis avec leurs parties voi-
fines.
incifiohs qui Les tendons ne fe croifent pas auiïi aifément
FwndM 4ue ^es amres pitiés , où il ne faut qu'en appro-
cher les lèvres , ôc les unir enfemble par le moyen
d'une aiguille enfilée j mais aux plaies dts tendons
il faut avant que de les coudre préluder par une
inciiion pour aller chercher une des extrémités
du tendon qui e(b toujours attachée au corps des
mufcles, car pour celle qui tient à l'os, elle ne s'é-
loigne guéres. Par exemple à une plaie tranfver-
fale fur le dos de la main qui aura coupé le tendon
extenieur du doigt du milieu , (oit a une plaie ré-
cente > ou à une vieille , il faut commencer a fai-
re une petite inciuon longitudinale avec la pointe
des cifeaux A. à la partie fupérieure de h plaie ,
pour aller chercher le bout du tendon , que le corps
du mufcle extenfeur a retiré en haut , & avec des
pincettes B. le retirer & l'approcher de l'autre ex-
trémité pour pouvoir en faire la future -y ôt pour
faciliter cette approche , il faut faire te.nit la main
étendue avec une petite pallette C , qu'on attache
du coté de la paume de la main pour la tenir tou-
Deu* mo'îensjOUL'S ouverte,
pour la rutu. Qn noas prop0fe deux moyens pour faire la-
Huitie'me De'mons t ûiitfN. 71$
future , le premier de prendre une aiguille D. en-
filée d'un (impie fil ciré £. de la palier de dehors
en dedans à l'un des bouts du tendon , &c à l'autre
de dedans en dehors , &: ne faifant qu'un feul
point comme à l'enfilée lier les deux boucs du fil
fur une petite compreffe ronde. Cette future eft:
la plutôt faite > mais il y en a qui ne l'aprouvent
pas , difant que la petite compreffe fur laquelle
on a fait le nœud , empêche de voir fi les deux
extrêmitez du tendon font bien jointes enfemble *,
8c ils préfèrent l'autre manière , qui eft de fe fervir
d'un aiguille F. enfilée d'un double fil G. dont le
bout fait une anfe, de la pafTer comme la précé-
dente dans les deux extrêmitez du tendon , de met-
tre une petite comprelfe dans l'anfe, comme on
faifoit à la future emplumée , 8c une autre entre
les deux fils , fur laquelle on les noue' -, on voit en-
tre les deux compreiïes fi les deux bouts du tendon
font bien unis enfemble, & on eft fur que ces deux
bouts fe cicatrifant ainfi , le malade ne fera point
eftropié.
Il y a une rroifiéme manière que j'ai vii prati- Troifiépi*
quer à M. Bienaife qui me paroît plus (Tire qUe^anicte Plus
les deux précédentes : c'eft d'avomdeux aiguilles
HH. enfilées d'un même fil II. & les paffer tomes
deux à côté l'une de l'autre de dehors en dedans ,
puis les repaifer de dedans en dehors dans l'autre
bout du tendon , 8c les lier fur une de ces petites
comprelfes KK. quand on voit que les extrêmitez
(ont fuffifamment approchées l'une de l'autre : ce
qui doit faire donner la préférence à celle-ci , c'eft
que deux fils unifient 8c joignent bien mieux le
tendon qu'un feul , 8c par conféquent la réunion
eft plus facile à s'en faire.
Pour faire cette future , il faut fe fervir de pe- Qualité d«e
tites aiguilles rondes , afin de faire au tendon de J*^1}1'5 &
très-petites plaies ; les plates en feroient de trop
grandes, Il faut en perçant les bouts des tendons les
7i4 Des Opérations be Chirurgie ;
^^"^1°" appuyer avec le bouc dune canule courbe L. ô£
nœud. que le fil foie ciré & pas plus gros que le palïage
des aiguilles , afin de ne point faire de violence
pour le faire entrer : il faut encore en nouant le
fil faire un peu avancer les bouts du tendon l'un
fur l'autre , afin qu'ils ne s'en trouvent pas éloi-
gnez , quand même la future fe lâcheroit un peu
par les petits mouvemens involontaires que peut
faire le mufcle.
Du panfe. La future achevée , on met deffus un petit
plumaceau M. couvett de baume d'Arcaeus , ou de
celui du Pérou , h on en peut avoir , avec l'em-
plâtre N. la compreffe O. ôc la bande P. dont
on fait des circulaires autour de la main : on fe
fert à ces plaies de remèdes bal&miques pour-
empêcher la trop grande fupuracion , &c fur tout
on porte toujours cette palette Q> fous la main ,.
jufqu a ce que la plaie fort entièrement cicatrifée».
Traitement Après la cicatrice faite , il refte quelquefois un
oui refte.0" Pet*r durillon fur la future yd faut le frotter avec
un peu d'huile d'amandes douces , ou de l'huile
de vers de terre. Il faut faire fléchir la main peu
à peu , Ôc la conduire infenfiblement j'uiqu'i
l'action qu dfe doit faire fans la violenter , & fai-
re porter pendant un tems une mitaine pour défen-
dre la main contre le froid (a)
(a) On pratique rarement cette efpece de future
abandonnée par les Anciens & renouvellée par feu M..
Bienaife. Prefcue tous les Modernes ia regardent com-
dangereufe & inutile. En effet la piquure du tendon
ou fa feclion en partie elt fuivie très-fouvent d'accidens
très-funeft.s Se qu'on ne fait ordinairement ceffer qu'en
le divifant totalement. Outre cela les tendons fervent,
à tirer une partie mobile qu on peut mettre & maintenir
dans une extenfîon qui rapr ochent les parties divifées 3c
en procurent la réunion. Ceit de cette manière qu'on a
* yoye* lefouvent remédié à la divifîon des tendons extenfeuis
Traie* des ^es doigts des mains, & même à la rupture du tendon *
0S&J4 £* d'Achile qui eft le plus s™s & le plus fort des tendons.
«t. " Poux façiljçei lefuçcis 4e cette pratique 3 4 l'égaie.
Huitième Démonstration. 715
Fig.XLVL POUR LES OPERATIONS DES DOIGTS.
IL y a quatre opérations différentes qu'on fait ouatr<: 0pé„
aux doigts : la première , pour féparer çjes«cions fa*
doigts qui font unis enfemble , la féconde , pour cs v;1££S*'
redreiïer ceux qui font courbes 8c crochus •■> la
des extérieurs des doiçts des mains , on fe fert d^ne
machine de fer blanc, iE.compofée d'une efpece de gou-
tiere dans laquelle on pofe l'avant bras , &: d'une pla-
que qu'on ajufte à la goutiere par le moyen d'une char-
nière Sz d'une goupille. Cette dernière pièce > qui enY
mobile , peut former avec la goutiere un angle plus oa
mcins moufle, félon qu'il efi néceiïaire pour mettre la
main, dont on en applique le plat fur elle, en une exten-
sion plus ou moins grande. On foutient cette pièce par
le moyen de deux crochets qui y font attachés , & de
deux crémaillères foudées à la Routière. Quand le ieul
tendon extenfeur du pouce eil divifé , on peut fubftituer
à la plaque une autre plus petite 3c convenable ^ 1$
largeur 4e ce doigt;-.. ^
tfiê Des Ope'ratjons de Chirurgte ,
troifiême , pour ouvrir un panaris j ôc la qua-
trième , pour extirper des doigts écrafez ou gan-
grenez»
r Be j4niori T Es doigts tiennent enfemble par deux maniè-
re de l'agglu- 1 j res , ou par union , ou par agglutination : on
dof "s" dCS aPPe^e union , quand l'enfant venant au monde on
lui trouve les doigts adherens les uns aux autres \.
cela fe fait dès la première conformation par la
difpofition de la matière , ou par la force de l'i-
magination de la mère , comme plufieurs autres
chofes que les enfans apportent au monde. Si
après des ulcères , ou quelque grande brûlure où.
la main aura été dépouillée de fa peau on laide par
négligence les doigts fe coller &: fe joindre enfem-
ble , cela fe nomme agglutination,
f owtr.ent & faut remédier à l'un & à l'autre de ces acci-
en doit ope- dens , ce qui fe fait en féparant les doigts avec un
feaipel A. prenant garde de ne rien ocer de l'un
pour le donner a l'autre. Si l'union étoit fi exacte ,
qu'il y eût peu d'efpace entre deux , le Chirur-
gien doit faire voir fon adrelfe , en coupant feule-
ment avec patience ce qui les jpignoit enfemble ::•
mais s'ils étoient unis par une membrane comme
une pâte d'oye > il faudroit dans l'entre-deux de
chaque doigt couper Se emporter la membrane qui
les unifibit , afin qu'après que les cicatrices feront
faites , il ne refte rien qui puhTe leur nuire dans
leurs actions.
Quand la féparation eft faite , il faut empêcher
fc bandée?' qu'ils ne fe recollent , & pour l'éviter on met de
petits linges entre les doigts. On peut fe fervir
d'un bandage , qu'on nomme le gantelet *, mais
comme il eft très-long à faire , à caufe qu'il faut
qu'avec une bande de cinq aunes de largeur il en-
toure chaque doigt l'un après l'autre > par plufieurs
circulaires >• on doit fe fervir de petits doigtiers
de linge B* B. trempez dans de l'eau vulnéraire,
HtJî tie'mé Démonstration. 717
ou dans quelqu'autre liqueur deilicative , 8c de
cette bande C. dont on fera des circulaires autouc
de chaque doigt.
UNe main ^eft très-defigurée par des doigts Des doigts
courbes 8c crochus , outre que cela e(l fortfaur,,es*
incommode pour celui qui les porte , parce que ne
xit pouvant pas les éiendie , ni trop bien les ployer,
il le trouve dans l'impuiffance de s'en fervir dans
beaucoup de fortes d'a&ions '-, quand il en pourroit
faire quelques-unes , il ne peut s'en acquitter que
-de mauvaiie grâce.
Si on a recours au Chirurgien pour corriger cet- Moyen de
r ce • 1 « a- , 1 ? r , x ° j • les redreflet*
te difformité , oc tacher de rendre a un doigt
courbe , ou à plufieurs leurs actions ordinaires ,
c'eft à. lui a examiner la difpofi:ion où fe trouvent
ces doigts avant que de rien promettre > 8c avant
•que d'y travailler , car ils pourroient être difpo-
fez de manière qu'il y auroit impollibiiité de les
redreiTer. Si c'ell une anchilofe dans les jointures,
il faut l'amollir en la trempant dans du bouillon
de tripes , ou en ia frottant avec l'onguent de gui-
mauves , ou les autres drogues émolientes» Si c'ell
une cicatrice mal faite qui empêche le doigt de
fe redreiTer , il faut le débrider par plufieurs pe-
tits coups de biftouri D. 8c enfuite mettre deux
petites éclilles droites faites, de bois EE. l'une
deffus 8c l'autre délions le doigt , le bander avec
cette bande F, 8c le ferrer tous les jours de plus
en plus , jufqu a ce qui! ait repris fa figure natu-
relle.
LE panaris , que les Grecs appellent Paronydia, Du panari*.
qui eft dérivé de para , qui veut dire contre ,
8c d'onyx qui fign;fie ongle , eft une tumeur qui
vient à l'extrémité des doigts , 8c que le public ap- - f
pelle mal d avanture ou abfcès j elie eft caufée par
ime himaeur. brûlante, acre 8c corrofive qui tout
yit Dès Oêe'ratïons dé Chirurgie*
géant le période /les extrêmitez des filamens nfer*
veux \ èc la chair, y fait une efcarre > (a) on le
connoît par une grande tenfîon y unepulfation pro-
fonde , une douleur aiguë , une chaleur brûlante *
Se la fièvre ardente qui accompagne toujours ces
fortes de rumeursé
Nos Anciens font de deux efpéces de panaris ;
l'une dont la matière ed contenue entre la peau
8c le période , & i'autre dont l'humeur ed pla-
cée entre le période &c Vos, Mais cette dernière
elpéce ed imaginaire , puifqu'il ed tout-à-fair. im-
poiîibiequeia quantité de madère qu'on en voit
ta: au îorrir puiffe être contenue dans une efpace qui n'a
PUSau. pas
& cette guaine eft fortifiée par des bandes ligamenteufes
dans l'étendue des deux premières phalanges des doigts,
Ainfi l'efpece de panaris dont on parle ayant fon fiege
dans cette guaine, qui dans les doigts eft environnée
de ligamens forts & incapables de fe diftendre , h ma-
tière ne peut qu'avec peine fè manifefter au dehors &
caufè l'inflammation & la tenfion , qui bien- tôt , fi Ton
n'y remédie , & qUelquesfois même malgré ies Temedes,
fe communiquent aux autres doigts, à la main , à Ta-
vaut bras & même au bras. La douleur eft d'autant
plus grande, que les parties tendineufes , membrane-
fes & ligamenteufes en font plus fuceptibles que les
autres, Le pus fe forme dans la guaine , & fe mant-
fefte quelquefois aux articulations àcs dokts , & mê-
me dans la main par une fluctuation , qu'on ne fent
pas dans la longueur des phalanges , parce que la
guaine y eft revêtue & tout ce qui eft propre à cal-
mer iefang, peuvent arrêter le mal , lorfqu'il n'a pas
encore
H r i t ï e'm e D ê'm onstratïôh, j±t
.encore fait de progrès considérables. Quelques perion-
sies ont été guéries en mettant plufieurs fois le doi^c
dans de 1 eau chaude ou dans une leffive de ferment,
& J'y tenant aufTi long-tcms qu'il eft poffible. La cha-
leur de l'eau ouvre les pores , relâche les parties, &
peut par confequcnt diiïiper l'humeur qui s'y eft arrêté.
Après avoir employé inutilement ces remèdes , on fe
fert d'un catapkrfne ou d'un emplâtre maturatif Quand
le panaris eii de la féconde efpece, le pus fe manifefte
bientôt par la fluctuation li faut alors ouvrir la tu-
meur de peur que la matière en fejournant n'oçca-
fionne un plus grand défordre dans la partie.
Quand le panaris eft de la troifiéme efpece , le pus ne
fe manifefte pas fîtôt , parce qu'il eft renfermé dans
la guaine des tendons qui eft environné par des ban-
des Iigamenteufes très fortes. Celt ordinairement aux
endroits des articulations , où il ne le trouve point
de ces bandes Iigamenteufes , qu'on commence à le
reconnoître par une petite tumeur avec fluctuation,
& qu'il fe fait jour quelquefois , quand on tarde à.
l'ouvrir, Une faut pas néanmoins attendre qu'il fe ma-
mfefte -, les accidens ne permettent pas toujours qu'on
diffère jufqu'à ce tems. On fait avec un biftouri à l'ex-
trémité du doigt une incifion longitudinale, qui pénètre
jufqu'à la guaine; on introduit par l'ouverture jufgues
dans h guaine une fonde crénelée moins groiïe~que
les fondes ordinaires , fur laquelle on gliffe une bran-
che de cifeaux ou un biftouri, pour étendre l'incifion
jufqu'à la féconde phalange : on coupe un peu des lè-
vres de la plaie ? de peur qu'en fe gonflant elles n'em-
pêchent d'y introduire avec facilité'unpetit botirdonneu
Si l'on reconnoït que le mal eft plus étendu que cette
incifion , on la prolonge jufqu'à la main. En ouvrant
ainfi la guaine & en coupant les bandes Iigamenteufes ,
on fait fou vent ceiïer les accidens , & l'on arrête le Chirurgie ,
accidens ne diminuent quelquefois pas. Ils peuvent ve*
nirdu ligament annulaire commun, dont l'inflamma-
tion oc le gonflement occafionnent une corrpreiïkm
trop forte fur les parties qui font au-deffous , & du ten-
don flechiiTsur que latenfion & l'inflammation de la cap-
fule & des bandes ligamenteufes ont lefé en les compri-
mant. S'ils viennent du ligament annulaire commun, il
faut le couper. Mais il eit de la prudence du Chirurgien
d'avertir que le malade en rera eftropié , & qu'il ne fait
cette opération que pour conferyer la partie ou même
la vie du malade. Si les accidens viennent du tendon,
on lote entièrement, comme M. Petit Ta pratiqué. On
coupe d'abord fon- attache à la phalantre, on lettre de
deiîous le ligament annulaire -, & on le coupe dans le
corps charnu.
En remédiant à la caufe principale du panaris par une
ou par plufieuis des incifions cent on vient de parler,
on n'en arrête pas toujours toutes les fuites ; il fe forme
encore quelquefois deffus la main, à l'avant bras, au
bras , & me ne juf^ues fous l'aiffelle des abcès , qui s'an-
noncent paT une douleur vive, par des inquiétudes , par
le redoublement de la fièvre , & enfin par la fluctuation.
Il faut les ouvrir On panfeen premier appareil avec
de la charpie , toutes les incifions qu'on a faites > on
applique fur toutes les parties gonflé s ou emflamrées
un cataplafme refolutif , qu'on humedfce de rems en tems
avec une décoction d herbes émolientes. Dans les pan*
femens fuivans , on met fur les tendons découverts
des petirs bourdonnets plats , trempés dans une tein-
ture de fleurs d'hy ericum, tirée avec l'efprit de vin
on dans l'esprit de Therebentine j on applique fur le
relte de la piaie des plumaceaux couverts de beaume
d'arceus ou d'un digeftif, &l'cn contlrueles catapîaf*
mes ém liens jufqu'a ce que les accidens foient paifés ;
après quoi on fe iert de cataplafmes confortatifs , ou
devinar manque, ou d'une oiffolution de boule vul-
néraire dàm un mélange d'eau-de vie&d'èau commu-
ne en égale quantité.
Si l'on a coupé le ligament annulaire , il faut faire
fléchir le poignet pendant le traitement, pour empêcher
les tendons flechiiTeurs de faire une faillie. Quand le
tendon fiechiiTeur eft coupé, ou qu'il s'eft exfolié dans
la fuite des panfemens , comme il arrive fouvent , le
mouvement du doigt eft perdu. En ce cas il faut tenir
le doigt a demi courbé pendant le traitement , afin qu'a-
près la guérifon, il r elle toujours dans la même fîtua-
tîon , qui choquera inouïs U vue que s'il reftoit tou-
H 17 î tie'meDe'jïonstratïon, 715
De tous les apoftêmes , c'en; le canaris qui eft le Si douîcut»
plus douloureux , parce que l'extrémité des doigts
ne pouvant pas s'étendre autant qu'il faudroir pour
contenir la matière qui s'y porte ii s'y fait une ten-
tion exceffive , qui caufe une douleur infuporta-
bie, qui étant augmentée par la corrofion de la
matière , ôc agiffant fur les excrêmitez des nerfs
qui y aboutiffent , fe fait fentir avec tant de vio-
lences, que les malades n'ont pas un moment de
repos , ôc qu'on ne peut pas s'empêcher de les
plaindre par la grande douleur qu'on leur voit
fouffrir.
Ces tumeurs doivent être au plutôt amenées a £., fupBnu
funuration par les remèdes maturatifs les plus for ts^ «on en doit
comme l'ofeille , l'oignon de lis, le levain, la^£ procu"
fiente de pigeon ôc le bafiiicon , dont on fait de
petits cataplafmes qu'on renouvelle fou vent , par-
ce que la grande chaleur qui y eft., les a bientôt
deiTéchez. La gangrené y furvient quelquefois ,
parce que le fang ne peut pas revenir de cette par-
tie par la trop grande tenfion où elle eft* C'eft
pourquoi il en faut faire l'ouverture au plutôt fans
attendre qu'on y fente de la fluctuation , tant pour
éviter la mortification , que pour procurer au ma-
lade le foulagement qu'il attend avec impatience.
On prendW lancette G. plus grande que cel-Commcn£ôft
les dont on fe fert pour la faignée , avec laquelle en fait 1-otu
on fait une incifîon longitudinale à la partie la- vcrturc*
fours tout droit. Au contraire fï ce tendon ne s'eîî:
point exfolié, ou s'il n'a point été coupé, il faut main-
tenir le doigt étendu pour en conferver i'ufage , parce
que fi on le lailïbit courbé pendant le traitement, la
cicatrice Ci formeront de manière qu'on ne pourroit
point étendre doigt fans la couper.
Quant à 1a quatrième efpece de panaris, l'Auteur en
parle au long. Il faut remarquer néanmoins que pouc
ouvrir cette dernier? efpece , il faut préférer le biftou-
ri à la lancette , dont la pointe pouiroit fe cafler en ren*
contrant l'os jufqu'ou i'incilîon doit pénétrer.
Zz ij
724 D:ES Opérations de Chirurgie »
terale du doigt , afin de ne pas rifquer de piquer le
tendon ; ce qui pourroit arriver , fi on la faifoit à
la partie moyenne. Quoi qu'après l'ouverture il
n'en forte quelquefois que de la ferofité Se du
fang , cela ne laifle pas que de foulager le malade
en dégorgeant la partie, en diminuant l'extrême
tenlion qui y étoit , Se en donnant moyen à la ma-
tière de ne pas fejourner quand la codion en eft
faite , Se aux bourbillons de fortir à mefure qu'ils
fe détachent.
'tTaïtcmcnt Après que le panaris eft ouvert, on ne celle
j^rt! doit point de le fervir de maturatifs -, Se Ci on juge que
l'ufage des cataplafmes ne foit plus néceifaire , on
met delTus l'incifion un plumaceau H. couvert de
bafilicon , Se par defïus un emplâtre I. de diachi-
lon gommé fait en croix de Malthe pour achever
de meurir j on met une comprefle K. de même
iigure , Se on fait tenir le tout par le moyen d'une
petite bande L. pofée circulairement > & arrêtée
au haut du doigt , qu'on met enfuite dans un
«doigtier de cuir M. fait exprès , qui a deux petits
cordons NN. pour l'attacher au-deflus du poignet :
il faut mettre enfuite la maia dans un gand fou-
lé , ou dans un manchon , afin que la chaleur puif-
fe avancer la maturité de l'humeur, Se on foudent
Je bras avec une écharpe , la main un peu plus
haute que le coude 9 de crainte que fi elle pendoit
en bas s il ne fe jettâç unç fluxion fur la partie
affligée,
froarqooi î» Il ne faut pas s'étonner fi le lendemain on trou-
accident arrive toujours, parce que cette chair
imbibée d'humeurs , fe trouvant trop preflée par
le petit volume du doigt cherche à fortir en de-
hors , ce qu'elle ne manque pas de faire par l'ou-
verture qu'on a faite à la peau ; elle eft de couleur
livide , &: fe fond quelquefois par la fupuration,
fcfôis. (i ejle ae cédok point aux remèdes , Se
^ îî i t i e'm e. De'm onstratiok. J±f.
qu'elle continuât de bouchée la plaie, il faudrait
avec les cifeaux la couper 3 ce qui fe fait tout d'un-
coup > 8c beaucoup plus promptement que de vou-
loir la confirmer avec le cauftique.
Quand la matière a rongé le periofte , il faut
que l'os de la dernière phalange s'exfolie , 8c- com-
me il eft petit , fbuvent il fbrr tout entier , ce qui
«e Te peut pas faire que le bout du tendon qui
«y attache n'en fait féparé , 8c qu'il n'ait été al-
téré Se corrompu paf la même humeur. C'eft laC6mmentoir
nature qui fait la réparation- de la partie du ten- conduit ee
don altérée d'avec la faine , aidée par les remèdes S^^lT
balfamiques 8c fpiritueux qu'on verfe dans la plaie j fon,.
y ne faut plus alors fe fervir du diachilon , l'on-
guent divin y eft excellent , avec lequel on con-
duit cette cruelle maladie jufqu'à parfaite gué-
cifon.
m
L'Extirpation d'un doigt fe fait en trois oc^ Extirpa
canons j la première , quand par quelque ac- des doiâts*-
cident il eft brifé 8c écrafé j la féconde , quand
il eft gangrené ; la troiiiéme , quand un enfant
en naiflant apporte un ou plusieurs doigts- furnu-
meraires.
Les ouvriers qui travaillent aux batimens 3 font
tous les jours dans le danger d'avoir les mains
8ç les doigts écrafez par des pierres détaille qui
tombent deflus , 8c de les avoir prifes entre deux
pièces de bois , les Chafteurs courent rifque de
les avoir brifez par un fufil qui crèvera en tirant >
comme je. l'ai vu arriver pfuueurs fois : la pre-
mière intention, du Chirurgien qui eft appelle *
doit être de conferver &c k main 8c les doigts , 8c
de ne les couper que quand il n'y a aucune efpé*
rance de pouvoir les garantir de ta mortification ,
car s'il reftoit encore quelque artère pour y porter c*«r %û %..
la vie , 8c quelque veine pour entretenir la circu- jw/CÎLdlf~
lation du fang , il ne faudroit point fe preneç x o&
72.6 Des Ope'ratïons de Chirurgie ;
y viendra toujours aiTes-tôt quand on s'apercevra
que la chaleur naturelle ne fe communiquera plus
à la partie. ( a ) Mais fuppofé qu'un doigt ne tint
plus qu'à un petit lambeau de la peau ou à un des
tendons , il faut le feparer de la main , parce que
le tiraillement qui Te feroit au tendon pourroit
caufer des accidens fâcheux. Cette (éparation fe
fait alors par un" ieul coup de cifeaux , 6c on panfe
aulïkôt le malade avec les remèdes qui convien-
nent à la nature de la plaie.
Caufe & La gangrène peut furvenir à un doigt par Pabon-
cure de leur dance des humeurs qui auront fuffoqué la chaleur
esngtene, n , s * ,
■ naturelle comme dans un panaris , ou par un grand
froid qui l'aura étouffée comme dans une forte ge-
lée y le Chirurgien doit tâcher de l'y rappeiler en
y faifant des fcariflcations aux parties latérales >
de crainte de toucher les tendons, Se en y met-
tant de P'efprit de vin camphré , ôc des remèdes
vifs Ôc capables de fe faire fentir : mais s'il trouve
le fentiment tout à fait perdu par une gangrè-
ne , ou fphacéle confirme, il faut qu'il en rafle
* A> M On peut voit dans le Mercure de Fiance , Juillet
sfance ^'ubf ï7^4 une °bfervation fur un écrafement des doigts du
de l'Ac. de miîieu & annulaire de la main , dont les deux dernie-
Chirurg. iss phalanges étoient fra&urées avec déplacement s les
articulations découvertes , dix lignes des tendons exten-
feurs déchirées & entièrement emportées , enfin la peau
détruite depuis le milieu de la féconde phalange jus-
qu'à la racine de l'ongle. Le fuccès avec lequel M*
Caumont traita ces bleflures confirme ce que l'Au-
teur dit ici fur le même fujet. Il penfa fî artiliemenc
cette plaie, que les chairs revinrent } les os fracturé»
fe confoliderent , les articulations fe rafermirent fana
anchilofe, la peau fecicatrifa, & ce qui elt fort re-
maïquable , l'union de toutes ces parties entr'elles
fournit un point d'attache à chaque tendon, deforte
que ks doigts recouvrèrent leur mouvement* Ainfx
M Caumont , qui d'abord n'efperoit qu'avec peine
de r.ouvoir coniervei feulement l'extrémité des doigts,
«ut la forâfaâioxi de leur iendce même leur mobilité.
H u i t i e'm e D e*m onstrati on. 727
Fextirpation. Il y a quelques Anciens qui nous
difent qu'il faut mettre le doigt fur un billot de
bois, Se avec un cifeau O. & un coup de ce maillet Maa;ere <&
P. qu'on donne deifus le Ceparer de la main. D'au- les extirpa
très propofent les tenailles incifives,q. pour le cou-
per tout d'un coup. Mais ces deux manières font
défaprouvées aujourd'hui , parce qu'elles tiennent
plus du Boucher que du Chirurgien , de on veut
avec plus de raifon , qu'avec un biftouri droit R.
on en fane l'extirpation en le coupant dans l'une
de fes trois articulations : l'apareil n'en eft pas il
effrayant , & cela eft auflitot fait. On met fur le Fanfement
petit moignon du doigt, après l'avoir fuffifamment s a p aiC*
laiiTé faigoer , un plumaceau S. couvert d'un aftrin-
gent , ôc par-defïus un emplâtre T. oc une com-
prefle V. coupez en croix , &c le tout allujetti 8c
retenu par une bande X. convenable au doigt qu'on
vient de couper.
On voit Couvent des enfans naître avec plus de
cinq doigts , ceux qui font furnumeraires ne (ont
jamais fi bien formez que les autres , ils font pla-
cez en dehors de la main proche le petit doigt ;
ils n'onc pour l'ordinaire point d'os > de quelque-
fois point d'ongles \ ils font comme des appendi-
ces charnues qui pendent à la main. Il y a fix mois 1^3 doigts-
qu'on me fit voir un enfant qui en avoit un pareil fumumerai-
\ 1 • • / . t • l • res . & ce
a chaque main : avec mes citeaux je lui en coupai qu*on pratu
un à l'inftant , &: je remis à couper l'autre dans un we à leur
autre jour , ce que je fis quand il fut guéri du pre- egar %
mier , afin de ne lui pas trop faire de douleur
dans un même-tems* S'il y avoit quelque phalan-
ge ofTeufe ou cartilagneufe qui attachât ces doigts
fortement à la main , on pourrait alors Ce Cervir
d'une petite tenaille incifïve , qui couper oit le
tout en même-tems & le plus proche de la main
que faire fe pourroit : on les panfe enfuite com-
me des plaies fimples , obfervant fur-tout de n'y
laitier au cune difformité»
Z z iiij /
7*8 Des Opérations de Chirurgie?
Delà «ans- TfL y a encore une opération qu'on appelle la
fuftoa, JL transfufion 3 qui a fait beaucoup de bruit à Paris
il y a quarante ans j & quoi que cette opération
foir de nouvelle invention , 8c qu'elle ait été con-
damnée dès fa naiflance , il fawt néanmoins que
le Chirurgien f cache ce que c'eft j c'eft. pourquoi
avant que de finir la Démonftration des Opéra-
tions du bras 3 qui eft la partie où elle fe faifoit »
j'ai trouvé à propos de vous inftruire* non pas
afin de vous apprendre à la mettre en pratique >
mais afin de vous en donner une jufte horreur.
Be fpn oti. La transfufion confifte à trouver les moyens de
avantages " faire parler du fang ou quelqu'autre liqueur dans
prétendus^ les vaiifeaux d'un animal. Sur ce qu'EtmuUer rap-
porte une infinité d'expériences de différentes li-
queurs qu il faifoit entrer dans les veines d'un
chien. M. Denis Médecin , qui faifoit chez lui des
Conférences de Phyfique &; de Médecine , s'ima-
gina que fi on pouvoir introduire du fang dans ces
mêmes veines , de en même-terris retirer celui qui
y eft , on renouvelieroit la ma(ïe du fang , & qu'en,
y^ mettant un jeune fang à la place du vieux , on
rajeuniroit l'animal. Ayant communiqué (a pen-*
fée a quelques amateurs de ces (ortes de Confé-
rences^ elle eut une approbation univerfelle : on.
en fit des épreuves fur plufieurs annimaux 3 foit de
différente , foit de même efp.éce , & on n'enten-
doit alors dans toutes les conventions que parler
&c publier les merveilleux effets de cette inven-
tion, lis promettaient par avance a l'homme de le
gàrentir par ce moyen de toutes fortes de mala-
dies , de le faire vivre autant de tems qu'il vou-
droit , & de le conferver toujours dans le même
état où il étoit quand on aurait commencé à lui
faire la transfufion.
h torLCn * ^ s'agifibit pour prouver ce qu'ils avançaient
d'en faire des expériences fur des hommes i ils ea
H U I T I E'M E D E'M ONSTRATI6N. Jl$
trouvèrent d'alîez miferables pour les fouffrir pour
quelque argent 3 ils ouvroient l'artère d'un veau ,
Ôc pat le fecours d'un tuyau dont un boutétoit dans
l'ouverture de l'artère , ôe l'autre dans une des vei-
nes du bras , ils faifoient parler le fang de cet ani-
mal dans les veines de l'homme -, iLs tiroient en
même- rems par l'autre bras autant de fang qu'ils
croyoient en faire entrer. Ils firent plulieurs de ces
opérations qui dévoient > félon eux , avoir un fuc-
cès furprenant ; mais la fin funefte de ces malheu- Succès àas
reufes vidimes de la nouveauté détruiiit en un jour ^"^fic?1*
les hautes idées qu'ils avoient conçues , ils devin-
rent foux , furieux & moururent enfuite. Le Par-
lement informé de ce qui s'étoit parlé , interpofa
fon autorité 9 &c donna un Arreft , par lequel il
éto-it défendu fous de rigureufes peines de faire
cette opération.
Ces demi-fçavans ne fe rendirent pas aifément , De i»in«ufioa
mais obligez de fe (oumettre aux ordres fiip&gu* ?uî ,foc
rieurs fur la transfufion du fang , ils fe retranche- u
rent fur l'infuiion des liqueurs dans les veines. Ils
en rirent des épreuves de plufieurs foutes , Se nous
donnèrent une Ufte des maladies qu'ils difoient
devoir guérir par ce moyen ; 8c même ils préten-
doient qu'en feringuant du bouillon dans les vaif-
feaux après une grande hémorragie , on reparoit
en moins de tems le fang perdu , que s'il paiToit •
par les voies ordinaires : ils foutenoient toujours
que fi l'homme vouloit fe foumettre à cette infu-
fion des liqueurs , les maladies de quelque nature
qu elles fuftent 5 feroient plutôt & plus fearemenc
guéries , que par les règles de la Médecine.
Jamais Arreft ne fut donné plus juftement pour
détruire l'entêtement de ces Novateurs 3 & préve-
nir le cours de cette opération , qui feroit devenu©
d'une pernicieufe conséquence contre la charité du
prochain , & contre la Religion , fi on la leur eue
laifle faire d'homme à homme ^ qui étoit la fia
*j$q Dis Opérations de Chirurgie-,
qu'ils fe propotoient. Mais ceux qui avoient en-
fanté cet horrible projet, (ont morts, ôc il eilpref-
que enfeveli dans i'olibli. Si je vous en parle au-
jourd'hui , ce n'eft que pour le mettre au rang des
opérations qui ne fe doivent jamais pratiquer.
Il ed vrai qu'on voit dans l'antiquité quelques
traces delà transfufion & de l'infufion dont je viens
déparier ; mais on les regardoit plutôt comme des
entreprifes chimériques , que comme des deiïeins
raifonnables , dont on dût attendre un grand fuc-
cès, furtout en ces premiers tems, où les Arts
étoient encore éloignez de la perfection : ainfi
Ovide rapporte que des enfuis voulant rajeunir
leur père déjà fort vieux , firent couler dans Ces
veines à la place du fang , une compofition de mé-
dicamens qu'on leur avoit aprife pour venir à bout
de leur deffein ; SL qui loin de réuifir , tua leur
cher Efon dans la première épreuve qu'il en fubiu
Et certainement fi l'on confidere que le fang des
animaux s'altère facilement par des émotions ex-
traordinaires qui lui font communiquées au tra-
vers de fes vaiiTeaux , par des imprefïîons exté-
rieures d'un air un peu plus chaud ou plus froid
que de coutume , ou par de nouveaux alimens qui
ne fe mêleront avec luy qu'après qu'ils auront re-
çu plusieurs préparations qui approchent de fa na-
ture : on conviendra que des drogues étrangères ,
ou du fang qui n'aura point été filtré par les or-
ganes de l'animal , dans le fang duqnef on en fait
une infufion immédiate , ne peut manquer de trou-
bler l'ordre dts principes de cette dernière hu-
meur , &: d'y augmenter ou d'y diminuer la fer- "
mentation qui luy eft néceifaire pour y entretenir
cette vertu vivifiante &£ nouriciere dont le corps
eft animé : il faudroit donc avant que de réitérer
de femblables tentatives eifayer mille & mille fois
de rétablir par divers ingrédiens le fang fraîche.*
Huitie'mï Démonstration, 7jr
ment tiré d'un malade , les infirmer lentement ,
&c en petite quantité ïans les veines , Se prendre
plusieurs autres précautions j triais de la manière
groffiere dont on s'y eft comporté d'abord , on
n'en pouvoit rien efpérer d heureux : auffi nos
voifins chez qui la Chirurgie Françoïte seft ac-
quife depuis long-tems une grande réputation ,
ont-ils fuivi le Jugement du Parlement de Paris ,
appuyé fur les fidèles rapports des Médecins & des
Chirurgiens les plus célèbres de cette Ville.
Fin dt U huitième Démonfiratîon.
'73*
_î :
1 <$5rfë^jÀ
Î^^^^^^^^^^^^ra
Jf^jj^
OPERATIONS
CHIRURGIE,
NEUFIE*ME DEMONSTRATION.
De celles qui fe pratiquent fur les
extrémités inférieures.
DE L'AMPUTATION.
L ne me refte plus , Meilleurs ,. qu'a
vous faire voir les opérations qui fe
pratiquent fur l'extrémité inférieure t.
la cuifïe , la jambe Ôc le pied font les,
trois parties qui la compofent. Les.
opérations que demandent ces parties ne font pas
moins néceflàires , êc ne méritent pas moins votre
application que toutes celles que vous avez, vues*
jufqu a préfent.
'frrayeut à De toutes nos opérations celle qui fait le plus
trmonter d'horreur , c'eft l'amputation dune cuiflfe , d'une
irïoa.. P " jambe ou d'un bras. Quand on eft prêt de féparer
une partie de fon tout , &C qu'on fait réflexion fin-
ies moyens cruels dont on va fe fenvir y il n'y a
^âans
«don
^NlUVI E*M 2 D e'm ONSTRATION. J}$
point de Chirurgien qui ne tremble &c qui ne cont*
patine au malheur du pauvre patient qui fe trouve
ians la fatale néceffité d'être privé d'une des par-
ties de Ton corps pour toute fa vie.
On appelle en grec cette opération *C7Qt'mfifmos9 Ecimoioffc,
qui eft dérivé du y erbe grec amt'mAÙn > qui iigni- grecque,
fie couper les extrêmitez du corps > parce qu'elle
confifte à faire l'extirpation entière des bras & de£
jambes , qui font les extrêmitez de notre corps.
Ce qui ne peut s'exécuter fans faire fentir au ma?
malade des douleurs Ci yiolentes , qu'on ne peuç
pas les exprimer. C'eft pourquoy le Chirurgien
fe défend de la faire tout autant qu'il peut 9 &c il
ne la propofe qu'après avoir employé pour L'éviter
tous les moyens que la bonne Chirurgie luy a inf-
pirez , & lui a fait mettre en pratique.
L'opinion commune eft que les Chirurgiens ne
demandent qu a couper , & qu'ils font au comble opinio^q^ë*
de leur joye , quand ies cifeaux à la main ils peu- l'on • des
vent tailler en plein drap. Cette erreur s'eft glifïée ChirurSiens« -
jufques chez les Grands , de j'ay entendu dire au
Roy , parlant des Chirurgiens Aides-Majors des
Armées , qu'ils étoient forts empreïTez de faire ces
opérations , Se qu'ils comptoient leurs exploits
d'une campagne par le nombre des bras &c des
jambes qu'ils avoient coupez. J'arTurai le Roi que
c'étoit l'opération qui faifoit le plus de peine an
Chirurgien , 8c que s'il témoignoit de l'emprerTe-
ment de faire voir fon adrefle , c'étoit fur les opé-
rations qui demandent de la délicate{Te,& non pas
fur celle-là qui exige de la cruauté , & qui de-
vroit plutôt être faite par un Boucher que par un
/Chirurgien.
Lorfqu'on fait quelqu autre opération, c'eft
pour conferver la partie fur laquelle on la fait. Si
on travaille , par exemple , fur un œil , c'eft pour
en corriger les défauts , & le rétablir dans fa fon- '
£feig# proiftau'e \ mais dans celle-ci , c'eft pour dé»
734 Des Opérations de Chirurgie ;
truire la partie , en la retranchant de Ton tout *
non-feulement comme inutile , mais comme per-
nicieufe , pouvant communiquer fa pourriture Se
fes mauvaifes qualitez au tout. Ainn ce qu'on fe
propofe dans cette opération , n'eft pas la confer-
vation de la partie fur laquelle on opère > mais
celle de toute la machine qui périrait fans ce fe-
cours. Ceft pourquoi le Chirurgien fe trouve fou-
But de l'o- vent contraint d'extirper malgré lui une jambe
péracion. ^om f£^y^ ja v[e ^n malade , car il vaut encore
mieux vivre avec trois membres , que de mourir
avec quatre.
Cas où die Quan(i ^ mortification s'eft emparée d'un bras
eft néccffai. ou d'une jambe, &: que la chaleur naturelle en eft
r* abfolument éteinte , on ne peut pas fe difpenfer de
le couper , puifqu'ii n'y a plus de moyen d'y rap-
peller la vie , Se qu'en différant , le mal ne peut
aller qu'en augmentant. Mais il faut confiderer
deux degrez dans la mortification , le premier que
nous appelions gangrène , quand la partie com-
mence à fe pourrir j Se le fécond fphacéle , quand
elle eft entièrement corrompue. Il y a de l'efpé-
rance à la gangrène, par les remèdes que je vous
ferai voir dans un moment , mais au fphicéle il
n'y a point d'autre remède que l'extirpation.
Caufe & dif- La gangrène & le fpacéle qui font deux mala-
férence de h *j|^ £ ne Jurent que du plus ou du moins , ont
gangrené & 1 'nu- J
eu fphacéle. une même caufe , qui eft 1 interception du mouve-
ment circulaire du fang : tant que ce mouvement
fubfifte , Se que par fon moyen les fucs nourriciers
Se fpiritueux font portez à une partie , elle confer-
ve fa chaleur , fes forces Se fa vie. Mais auifitôt
que la diftribution de ces fucs vient à" ceiïer ou à
être interrompue par quelque caufe que ce foit ,
on n'y remarque plus ni chaleur , ni mouvement ,
ni vie. En forte que c'eft la préfence du fang Se
des efprits vitaux qui entretient la vie dans une
partie , Se que c'eft leur ablence qui la détruit , Se
la fait tomber en mortification,
N Et7 v i i'm e D e'm onstration. 75 j
Cette diftribution du fang qui fait uniquement
fubiifter la machine , 8c qui eft abfolument né-
ce(Taire pour en vivifier toutes les parties , peut
être interrompue par une infinité de maladies. Les
groflTes tumeurs , les érefipéles , les grandes inflam-
mations , le grand froid , les fortes comprenions ,
les dépôts fubits de férofité maligne , 8c les mor^
fuies d'animaux venimeux peuvent empêcher le
fang de couler dans une partie , 8c celui qui y eft ,
de retourner vers fa fource pour y recevoir une
nouvelle chaleur en parlant par les fournaifes du
cœur , de forte que cette partie n'ayant plus de
communication avec le principe de la vie , elle
tombe en gangrène , 8c peu de jours après devient
entièrement (phacélée.
Je ne m'arrêrerai pas à vous expliquer com-
ment toutes ces maladies caufent la gangrène. De
très-habiles Mécecins* fe font donné la peine de
nous en inftruire par des fyftèrnes nouveaux qu'ils
difenr très-faciles à comprendre : il fer oit feule- Deux ^^
ment à fouhaiter qu'il fut attffi aifé au Chirurgien caufcs d« ce*
d'arrêter 8c de guérir la gangrène , qu'il eft facile maux*
au Médecin d'en difcounr j je me contenterai de
vous parler de deux autres eau les , qui font les
groflès conciliions 8c les grandes playes , parce
qu'elles obligent plus le Chirurgien d'en venir à
l'amputation.
La contufion eft une foîurion de continuité des,
parties charnues fans léfion de la peau *, elle arrive
par une grande chute 5 ou par quelque coup vio-
lemment donné , ce qui caufe une dilaceration â^s
fibres charnues 8c des vauTeaux capillaires qui ver-
fent du fang dans les efpaces des chairs : s'il y a Effet de 1*
quelque veine un peu confidérable , déchirée 8c C0n£ufl0n»
découverte fous la peau , il s'y fait un épanche-
ment de (ang qui inonde la partie , oC qui y caufe
une groife tumeur avec une grande tenfion j ce qui
la gonflant avec excès , empêche les efprits vitaux
73^ £>£s Ote'rations de Chirurgie*
d'y reluire , dont il peut s en fuivre la gangrène*
Pour éviter les fuites d'une contufion 3 il faut
faigner le malade plufieurs fois , lui faire prendre
Stemedes. un petit verre d'eau vulnéraire , dans lequel on au-
ra mis une demie cuillerée de baume de Fioraven-
ti i eu bien faire difîbudre deux dragmes de con-
fection d'hyacinthe ou d*Alkermes dans une once
d eau-de-vie , ÔC la faire avaler auiiitôt : il faut *
faite bouillir dans le vin les herbes aromatiques >
comme la fange , le romarin , l'hyfope , le fenouil
ôc la marjolaine , 8c en tremper des compreiTes
qu'on mettra chaudes fur la partie , ôc qu'on re-
nouvellera très-fouvent.
Si le (ang extravafé ne commence pas à tranf-
pirer , ôc à fe refoudre par ces remèdes , que la
partie foit tendue , lourde Ôc pefante > 8c qu'il y
paroilTe de l'altération dans la couleur , il y faut
faire de légères feariricatians avec cette lancette A»
8c en tailler couler le fang pour la dégorger , 8c
même pour l'exciter à for tir , il faut les laver avec
-Scarifica- ^'eau mai'me tiède , 8c mettre delîlis un cataplaf-
cïons & lo- me fait avec les farines réfolutives cuites en hy-
tions, dromei , auquel on ajoute la thérebentine , les
poudres de rofes , l'eau-de-vie , ôc un peu de
thériaqae.
Le lendemain iî on trouve la partie toujours
gonflée , 8c qu'elle ne fevivifie pas fuftifamment ,
il y faut faire des incifions avec le biftouri B. 8c
plus grandes 8c plus profondes que les (carifica-
tions du jour précèdent : ii le malade à fenti de
la douleur quand on les lui a faites , ôc s'il en fort
du fang , c eft ligne qu'il y a encore un refte de
vie dans la partie , ôc ii la faut réveiller par une
ablution d'eau-dc-vie camphrée, dans laquelle
on diffoudra FEgyptiac , ôc pair-deiTus les cataplaf-
mes fufdits.
Si le foir au lieu de voir la partie defenflée , on
y voit une tumeur œdemateufe accompagnée de
phly&enes
Meuvi e'm e D e'm onstràtion. 7jJ
phlyctenes avec un peu de douleur, il faut avec ce
fcalpei O. fau e des taillades profondes qui fallenè
crier le malade , les laver avec de l'efprit de vin
ou d eau jaune faite avec de l'eau de chaux 8c lé
fublimé , 8c redoubler les cordiaux 8c les iudori- *
fiques qu'on peut lui faire boire dans le vin com-
me le meilleur cordial de tousi Enfin , fi en en-
► trant dans la chambre on fent une odeur douceâ- tSepAeî àè*
tre , qu'en peniant le malade il s'élève une vapeur *oe u ** *
cadavereufe , 8c que la partie foi t livide 8c in-
fenfibie y c'eft figne que la mortification eft con-
firmée , 8c n'y ayant plus d'efpéiance dé fauver
• ce bras ou cecte jambe , il faut avertir les parens
du danger où eft le malade , 8c fe déterminer à
en faire l'extirpation * n'y ayant plus de moyen de
l'éviter.
C'eft dans les Hôpitaux des Armées durant un occafions
fiége , ou après une bataille , qu'il y a bien des oc- 1« plus fré-
cations de faire cette amputation : les coups de c'a Jampuuffi
non ou de fuhl,les éclats des bombes 8c de grena-
des brifent tellement les bras 8c les jambes de ceux
qui en font bleiîez , qu'il eft très-difficile de les
leur fauver , & fi on voit tant de foidats revenit
avec un bras ou une jambe de moins , ce n eft pas
qu'on les leur ait coupé de gayeté de cœur , mais
c'eft la grandeur de leurs bleiîiires qui la deman-
dé. J en puis rendre un témoignage certain , puif-
que dais les dernières Campagnes où M. Befîïe-
res , Mi Hauftome 8c moi , étions en qualité dé
Chirurgiens coniultans des Aimées du Roi > com-
mandées par Monfeignéur le Duc de Bourgogne *
il ne (e faifoit point d'amputation que de l'avis de
ces Meilleurs 8c du mien.
Un boulet de canon emporte fouvent un bras ou Pratiqué >
Une jambe ,* il n'y a point pour lors de délibération p0ur, les
\ r r \> t • -r . m n r • membres
a taire lut 1 opération * puitqu elle elt toute faite , emportez pà&
mais le Chirurgien ne laifte pas d'avoir deux chd- ^ cà acffies *
fes à faire > la première de feier le bout de l'os qui
Ââà
73§ Eis Opérations de Chirurgie ,
n'eft jamais cailé fi exa&ement qu'il n'y ait quel-
que pointes qu'il faille couper , afin qu'il ne dé-
borde pas les chairs j & la féconde c'eft de prévenir
l'hémorragie , ou de l'arrêter en liant les vaiiTeaux
ou bien y appliquant les boutons de vitriol ou
d'autres ftiptiques dont on parlera ci- après. Car
quoique le fang foit ordinairement arrêté par le
feu du boulet , l'efcare venant à tomber quelques
jours après , le fang foi droit en abondance , 6c le
bleffé pourroit mourir , fi le Chirurgien ne fe te-
noit fur fes gardes. Quand la partie n'eft pas tout-
à-fait détachée , de qu'elle tient par quelques lam-
beaux de chairs, il faut avec un biîtoun ou des
cifeaux les couper , & panier le bleffé comme fi
on devoir craindre quelque hémorragie, (a)
(a) Un corps contondant, comme un boulet de ca-
non , peut couper en travers la peau , les chairs & ks
os d'une des extrémités du corps, fans cependant la
feparer tout-à-fait, La portion de peau ou de chair par
laquelle elle tient encore au tout , étant altérée par
ces efpeces de corps , dont l'effet ne fe borne pas aux
endroits qu'ils touchent , il faut fur le champ achever
de couper & de feparer la partie , comme l'Auteur le
preferit. Mais fi cela eft fait par un înihument tran-
chant comme une hache ou un fabre, &c. k portion
de peau ou de chair par laquelle l'extrémité tient en-
core au tout, ne doit point être coupée fur tout fî
elle renferme les principaux troncs des vaiiTeaux : car
le commerce de circulation qui relie entretient la vie
de cette partie. Il feroit par confequent imprudent d'a-
chever de la couper fans avoir tenté la réunion. L'ex-
périence à laquelle il faut tout raporter /autoriie ce
précepte, comme on le va voir par deux obfervations
de M. de la Peyronie , à qui la Chirurgie eft redeva-
ble de nombre de faits fïn&uliers.
„ Un homme reçut au bras un coup de hache , qui
„ avoit coupé obliquement l'os même du bras , &
„ tous les mufcles qui l'environnent , ne lailTant d'en-
,, tier que le cordon des vailTeaux , revêtu d'une bande
0, de peau de la largeur du pouce. Le bleffé ayant le
„ bras pendant, deforte que fa main defeendeit près
* du genou , eut la force de le prendre avec fa main.
NèuvieVe D e'mokst k a f ion. -7$ 9
s, droite , 8c de le rap rocher lui-même du haut de Yé*
s, pauie par un pur mouvement de la nature. On en-
3, velopa ia partie de beaucoup de linge, &on mena
,, le bletîé à NK de la Peyronie qui trouva a plaie rem-
„ vlie de linge & de caiiiets de ia'ng, une diftancede
,, huit pouces entre les deux parties coupées , 8c la
,, portion inférieure du bras , froide , livide & fans
,, ientiment, auffi»bien que l'avant bras 8c la mains
$> dans cet état il éteit fi facile d'achever l'amputa-
„ tion , & fi peu vraifemblable de conferver le mem-
»,, bre , que plusieurs Chirurgiens qui accompagnement
, M. de la Peyronie, propoferent de le couper tout- à-
„ fait ; mais M. de la Pe) ror.ie fondé fur quelques
„ exemples de réunion qu'on n'auroit oie e-lperer, vou-
„ lut tenter celle-ci pour cela il ôta quelques petites
5, portions d'os détachées, affronta les panies autant
„ qu'il lui fut poiiïble , & les foutint avec un apareil
,, convenable , en obfervant de le faire feneitré *
,, p^ur pouvoir pan'er la y-laie fans toucher à ce qui
s, tenoit les os en fujetiori ; il employa pour topique
„ ï'eau-de-vi.e , animée d'un peu de le« ammoniac > 8c
,, mit en ufage tout ce qu'il falloir , foit pour rappel-
„ 1er la chaleur naturelle, foit pour prévenir le» lac*
,, cidens.
„ Le deuxième jour le bras parut un peu confié au*
,, dellus de la plaie , il n'y avoit point 't pouls à la
,, main. Le trciiTéme un peu de gonilement I !.. main,
„ & à l'avant bras > & le gonflement attigçççté : & un
,, peu de chaleur a la main. Du cinquième au huitième
j, la chaleur augmenta par degrés : le huitième l'a e-
s, ndtre du bandage fur ouverte , &: la plare parut «-.'a-
„nimer. Le panfement fur fait avec de- nlurrucesux;
,, tiemoés dans une difiblution de cclcotar , 'oc des corn*
3, prelfes imbibées d'un vin aromatique a^hr.r, ce qui
j, fut continué jufqu'au quatorze que Papareâf fut levé
3, pour ia féconde rois, 8c la plaie parut iifpofée a la
3, réunion. Le dix-hu:t la cicatrice fe trouva avancée , la
3, partie prefque dans ion ttat naturel , & le fojrémeirc
3, du pou^s fénfîbie alors M. de la Peyron e fubftrtu^ un
„ bandage roulé au fe'nrèftré ; on eut foin dé lever l*a-
3, pareil de dix en dix jours 5 après cinquante jours ou
33 Tôta entièrement-, 5c au bout cfg deux mois de Iablef-
5, fure , le malade fut entièrement guéri , à un peu
3, d'engourdilTnnent près dans la partie.
M. de la Peyronie étoit encouragé dans cette entre*
prife par l'exemple quHl avoït eu en 1706. d'un Sol*
^at Suiife qui eut le doigt index d'une main coupé > dg
1 A a a i j
740 Des Opê'rations de Chirurgie ,
Si par une baie de moufquet les os du bras ou
de la jambe font brifez , Se qu'il y ait plufieurs ef-
quilles , comme ii on avoit cafte une noix , on ne
peut guéres éviter l'amputation ; ou il la baie eft
£c pour c,-ux entr^e dans une main OLl un pied , ôc qu'elle y ait
qui en iont i r -i t i- ^^rr •
fracaflez. fait beaucoup de fracas , il eit encore bien diffici-
le de pouvoir conferver ces parties. On voulut
ménager le pied à un Officier de la Gendarmerie ,
qui à la bataille de Spire y avoit reçu un coup de
moufquet } mais on fut obligé de lui couper la
jambe quelques jours après , èc enfuite la cuifTe ,
à caufe de la gangrène qui y furvint en très-peu
de tems , ce dont il mourut.
Je trouve encore une maladie qui nous oblige
quelquefois d'en venir à l'amputation 9 c'eft la ca«
rie des os > qui malgré les remèdes les creufe corn.
Autres maux ,., , ° , -vt rA
qui obligent nie s ils etoient rongez par les vers. rN ous fumes
à pextirpa- contraints il y a dix ans de couper la jambe a un des
garçons du Château de Verfailles , à caufe d'une
vieille carie qu'on ne pût point arrêter , de qui
lui rendit les os tous vermoulus , dont il a bien
guéri , & il fe porte encore bien aujourd'hui.
Quand il fe jette une férofité acre ôc corrofive
comme de l'eau- forte entre les os du carpe ou du
tarfe , elle ne les quitte point qu'elle ne les ait
fait tomber par morceaux. Il fe mêle encore avec
cette férofité une humeur fcrophuleufe ou viru-
lente , qui travaillant conjointement fur ces os ,
les met tellement en délordre , qu'après les avoir
panfez des années entières , on (e voit obligé d'en
venir à l'extrême remède qui eft l'extirpation.
façon qu'il ne tenoit plus qu'à une petite portion de
la peau qui le joint au doigt du milieu ; Se afin de ne fe pas rendre ieul ref-
ponfable de la fuite , 8c de n'être pas un jour ex-
pofé aux reproches du. malade , qui fe voyant pour
le refte de fa vie privé d'un bras ou d'une jambe >
pourcoit s'imaginer 8c dire que fon Chirurgien les.
lui auroit coupés fans une néceflicé abioiue ; c'en;
pourquoi il faut faire une conlulcation , 8c appel-
ler tels Chirurgiens que le malade fouhaite.
L'opération refolue , avant que le Chirurgien fe „ _ . v
mette en devoir de La taire , il tant qu il convien- fondait cou,
ne de l'endroit où il la doit faire -..jufqu'à préfentPcr'
on a établi une régie générale , que fi c'eft.une cuif-
fe il faut la couper le plus proche du genou que
faire fe peut ; que fi c'en: une jambe , il faut tou-
jours couper à l'endroit de la jarretière , (a) quand
même il n'y auroit que le pied de brifé.? afin de
ne pas laiffer un long moignon qui embaralîeroit;
8c incommoderoit le malade le refte de fa vie > 8c
que li c'en: un bras , il faut l'amputer le plus bas
qu'il le peut, afin que biffant un grand moignon.
le malade puhTe s'en fervir , 8c que la difformité
n'en foit pas fi grande : ce font des faits de prati-
que qu'on n'avoit pas encore conteftés jnfqu au-
jourd'hui.
On convient de la manière de couper la cuifTe 8c choix a»
le bras , mais on n'eft pas d'accord fur celle de la^$ux méd*w
jambe. Entre ceux qui s'écrient contre la méthode
des François qui coupent une jambe proche le ge-
nou quand il n'y a que le pied de perdu , Selingen
fameux Praticien de Hollande , dit qu'il faut con-
ferver toute la jambe-, couper feulement le pied
ra) Au-defïbus de rattache- des mulcles couturiers,
grêle interne , & demi nerveux, pour ne pas couper
fextïêinicé des tendons de ces muicies*
A a a iij
74* Des Ope'rations de Chirurgie,
au-deflus des malléoles , & ajouter enfuite un pied
de ion invention , qu'il fait tenir avec deux petites
attelles d'acier minces & polies , qu'il fait fermer
fur les cotez de la jambe avec des écroues : il dit
que cette machine bien mife , a tant de fermeté
qu'on peut marcher avec autant de facilité que fi.
Ton avoir fon pied naturel. Pour moi je fuis du
fentimçnt de ces derniers , &: je conleille de cou-*
per une jambe tout le plus bas qu'il eft poilîbie »
pourvu qu'on puiffç conlerver le mouvement du
genou ; car s'il devoir être toujours ployé , il fan-
droit la couper à la jarretière , pour ne lailTer du
moignon qu'autant qu'il en faut pour appuyer fur
la jambe de bois ; mais en confervant le mouvement
dans le genou , de ajoutant feulement un pied ar-
tificiel > on évite la grande difformité de la jambe
de bois , 6c le malade peut marcher avec plus de
fureté ôc plus commodément,
ï.*awpma. Il y a quelques Auteurs qui propofent de couper
fionaugenoula jambe dans l'article du genou, ilsdifent pour
leurs raiions que 1 opération en eit plutôt faite >
parce qu'on n'a point befoin d'employer autant de
tems qu'il en faut pour feier les os. Mais cette ma-
nière n'eft point approuvée par les Praticiens d'au-
jourd'hui qui en font voir les inconvéniens : ils di-
fent que fi U partie eft tuméfiée ; on a de la peine à
en trouver i'articalation , qu'on efh obligé de laif-
fer la rotule qui embaraiîe par fa fuite , que les
deux têtes du fémur étant découvertes ,l il faut
qu'elles s'exfolient , qu'elles ne fe recouvrent pas
facilement par le défaut des chairs dans le genou ,
& qu'enfin on n'y peut appliquer une jambe de
bois qu'avec beaucoup de difficulté &c d'incom-
modité pour le malade,
Fabricius ne veut pas qu'on coupe une jambe
dans le fain, deux doigts au-deiïiis de ce qui eft
gangrené 9 il veut qu'on la coupe deux travers de
doigts au-detfous de. l'endroit ou finit la gangrène ,
Neuvie'me De'monstr.ati on. 745
c-eft-à-dire , dans ce qui eft mortifié , qu'en y ap- rnconvé-
pliquant plufieurs cautères aduels tout rouges on »|«» Je J
corrige le refte de la mortification qui par la fuite Fabncius»
tombe par efcarre , & que par ce moyen on évite
la douleur & l'hémorragie. Mais toutes ces chairs
mortes & brûlées s étant féparées \ elles iaiifent
les bouts des os déniiez 9 qu'il faut fcier une fé-
conde fois '-y Se comme on ne peut pas garantir que
la gangrène ne faffe du progrès , parce qu'on en
laiffe une partie qui peut ambuler à vue d'ceil , il
n'y a point de Chirurgiens a(Tez hardis pour con-
seiller de mettre cette méthode en pratique.
Il ne fuffic pas avant que de travailler , de s'être Trois mi„
déterminé fur l'endroit ou on doit couper une jam "ieres d'ar.
be, il faut encore avoir pris fa réfolution furlaïêïcc c *ns*
manière dont on doit arrêter le fang -, car le plus
difficile n'eft pas d'abbatre une jambe , un Bou-
cher en feroit bien autant j mais c'eft de fe rendre
maître du fang en l'arrêtant avec promptitude 8c
avec fureté : c'eft alors que le Chirurgien doitr
donner des marques de fa capacité , tant par le
choix qu'il fait de la meilleure manière , que pat*
ladrerie avec laquelle il la met en exécution. La
Chirurgie nous fournit trois moyens pour arrêter
le fang : i. le feu , i. le bouton de vitriol, 3. la
ligature.
Le feu étoit tellement en ufage chez les A nciens pr atîq„e &$
qu'ils s'en fervoient prefque dans toutes les Opéra- Anciens,
tions , comme vous voyez que font les Maréchaux
dans toutes celles qu'ils font aux chevaux. Ils fai-
foient rougir des cautères aduels , dont les uns
et oient à bouton , d'autres en figure d'olive , Se
d'autres à platine *, ils les appiiquoient tous ardens
fur les orifices des vaitTeaux 9 aufiicôc que le mem-
bre étoit féparé , 3t en brûlant ainfi les vailTeaux £
ôc les chairs voifines , il fe faifoit une efcarre qui
empéchoit le fang de for tir : mais cette manière
cruelle n'étoit pas fyu'e , parce que Fefcarre venant
A aa iiij
X44 E*15 Ope-rations de Chirurgie,
à tomber , le fông donnoit avec la même violen-;
ce que le jour de l'opération j c'eft ce qui a fait
qu'on a cherché des moyens plus doux que le feu»
application On a trouvé le bouton de vitriol , qui fe fait
âutrioJLCO" dçavec un peu de vitriol concafFé , qu'on envelope
dans un peu de cotcon. On en prépare trois ou
quatre qu'on met fur les orifices des vaiffeaux cou-
pez , les uns auprès des autres : ce vitriol venant à
le fondre par l'humidité du fang , brûle Ôc cauté-
rife ce qu'il touche , ÔC par le moyen de l'efcarre
qn'il fait il arrête le fang ; c'eft la pratique de
J'Hotel-Dieu de Paris , où on s'en fert dans tou-
tes les amputations. Mais cette efcarre a le même
fort que celui qui eft produit par le feu , car venant
à tomber le fang peut s'échapper j c'eft pourquoi
on en retarde la chute le plus qu'on peut , ôc les
Chirurgiens qui fe font fervis de ce moyen , en
doivent avoir de prêrs toutes les fois qu'ils panfent
le malade , afin d'en mettre en cas que le fang
vienne à donner, [a)
Behiîga- N'y ayant pas de fureté abfôlue dans ces deux
|uredcsva,f" premières manières, les Chirurgiens modernes ont
féaux aujour- r , -• > 5
&hm eficéé. invente la ligature des vaiiieaux , &c ils en ont tait
des expériences qui leur ont réufïi ; de manière
qu'avec une aiguille enfilée on arrête le fang beau-
coup plus fûrement qu'on ne faifoit avec le feu &: le
vitriol , qui ne pouvoient pas faire des efcares fans
caufer une extrême douleur , qu'on épargne
aujourd'hui aux pauvres malades , qui d'ail-
leurs foufFrent affez. Cette ligature fe fait en deux
manières , la première 3 en pinçant le bout de l'ar-
tère avec un bec de corbin ou une pincette qui a
*in anneau pour ferrer , qu'on appelle valet a patin >
puis coulant fur l 'inftrument 3 jufques fur i'artére ,
tan fil préparé ôc noué , on le ferre d'un double
Ci) Les Chirurgiens de VHôtel-Dieu ont déduis lon°h
tems abandonné cette pratique, & fe fervent de la 1%?
gature , qui eft en effet le moyen le plus fe.
N e u v i e'm e D e*m onstratio N.^745
nœud ; ôc afin qu'il 'ne foit pas poufTé hors de dzC-^niue a«
fus le bouc du vanleau par les puliations continuel-
les du fang artériel , il doit y avoir a un des bouts
du fil une aiguille enfilée , qu'on paffe à travers le
corps du vauTeau , après quoi on a(Ture la ligature
par quelques nœuds. La féconde efpéce de ligatu-
re , eft d'avoir deux aiguilles droites enfilées d'un
même fil bien ciré , de les palier l'une au-deilus
& à côté de l'artère , &c l'autre auiîi à coté de au-,
deflous ,* puis de les faire fortir par le jarret à deux
travers de doigts au-defius de l'inciiion qu'on a
'faite, ôc à un demi travers de doigt éloignées
l'une de l'autre : on noue les deux bouts du fil l'un
proche de l'autre fur une petite comprefTe , de ma-
nière que les vaiffeaux font ferrez par l'anfe que
le fil a faite , ôç le fang eft arrêté fûrement , pre-
nant garde de ne pas embaralfer dans l'anfe du fil
les nerfs coupez , qui par le ferrement quoi leur
feroit, cauferoient des mouvemens convulfifs &;
des treflàillemens , qui feroient très-fenfibles au
malade,
Par la defcription que je viens de vous faire de
ces trois manières d'arrêter le fang , je ne doute
point que vous ne décidiez en faveur de la troisiè-
me comme la moins douloureufe Se la plus fûre :
c'en: aufli celle donc je me fervirai dans l'amputa-
tion que je vais vous faire voir en examinant com-
me dans toutes les autres y ce qu'il faut faire avant ,
durant , $C après l'opération,
Avant l'opération , il faut préparer l'apareil , qui L'appareil,
confiile en tout ce qui eft nécefTaire pour la faire ,
§c qu'on doit avoir tout prêt fur un hafîïn afin de
ne rien demander & de pouvoir prendre les chofes
à mefure qu'on en a befoin. Les préparatifs en font
grands , parce qu'il faut doubler les plumaceaux %
{es aftringens & les comprefles, afin de ne manquer
de rien , & comme il faut du tems pour tout cela s
on doit les faire hors de la préfence du malade %
74*> Des Ope'rations de Chirurgie ,
qui pourroit s'épouvanter par l'afped de tant d'in-
{trurnens , &c de tant de charpie , de comprefTes
ôc "de bandes.
En'qnoi il Cet appareil comprend trois chofes > i°. les
•onfîfie. inftrumens pour couper la jambe -, 2°. ce qui eft
nécefTaire pour arrêter le fang -, 30. tout ce qu'il
faut pour panfer le malade. Pour la première il
faut deux comprefTes pour mettre fous les ligatu-
ras -, fçavoir une longitudinale ÔC une circulaire ,
un tourniquet double afin de mieux ferrer , une .
ligature de tilTu fort pour la pofer un travers de
doigt au-deiTus de l'entrée où on doit faire Tinci- '
fîon , un grand couteau courbe qui ne doit point
avoir de tranchant du coté du dos , afin que le
Chirurgien puifle appuyer defTus avec fa main gau-
che pour faire Tincifion plus promptement , un
grand fcalpel pour couper les chairs qui font entre
les deux os de auili le période 3 en cas que le cou-
teau courbe ne l'ait pas fait , ôc une bonne feie bien
affilée ôc un peu grai(Tée , afin de feier les os en peu
de tems. 20. Pour arrêter le fang il faut une pin-
ce faite en bec de corbin , fur laquelle il y ait un
àc™â&z\n?* ^ nou^ en ^ac ^e l°uP > une aucre pincetre avec lin
gens, anneau pour la ferrer , quand on tient le bout de
l'artère , des aiguilles , du fil ciré 9 de petites com-
prefTes , des aftringens faits de bol d'Arménie , de
terre figillée , de fang dragon , Sec. mis en pou-
dre ôc incorporée avec les blancs d'œufs dont on
couvre les plumaceaux , & trois ou quatre boutons
de vitriol en cas de néceflité. 3 °. Pour panfer le ma-
lade on a trois petites comprelTes quarrées pour
appuyer fur les bouts des vairTeaux , deux pluma-
ceaux imbibez d'efprit de vin pour mettre fur les
os coupez 9 quantité de plumaceaux chargez d'a-
ftringens dont on couvre toute la plaie , une étou-
pade couverte d'aftringens faite d'étoupes de la
grandeur du cul d'une alïiete pour embralTer tout
le moignon > une veffie 3 dans le fond de laquelle
Nïuvi eme D è'm ons'tration. 747
il y a des poudres aftrmgentes , & qui e(l rendue
pour y mettre le moignon , un grand emplâtre &
une comprefïè fendue en croix de Malthe , qua-
tres comprefïes longitudinales de demi-aulne de
long , & de deux travers de doigts de largeur , une
bande roulée à un chef, une autre de quatre ou
cinq aulnes de long , large de quatre doigts , 8c
roulée a deux chefs pour faire le bandage qu'on
appelle la capeline , & pluiieurs ferviettes pour les
befoins.
On fait fituer le malade afïîs fur un des bords ou Situation da
fur le bout du lit , un ferviteur à genou fur le lit"J?iadc&dea
le loutient par derrière en i appuyant lui* ion eito-
mac >* on fait afTeoir un autre ferviteur a. côté du
malade , qui eil du tfiëme côté qu'on doit Elire
l'opération , lequel empoignant de fes deux mains
le bas de la cuiife , en tire la peau en haut le plus
qu'il peut , pendant que l'Opérateur pofe les liga-
tures : on enveloppe la jambe d'une ferviette D.
quaii julqu'à l'endroit où on va faire l'incifion , 6c
on la fait tenir par un troifiéme ferviteur placé vis-
à vis le malade , ayant un genou en terre s qui la
foutient dans une Hauteur convenable : un quatriè-
me eft chargé des inftrumens auprès de l'Opéra-
teur , «5c on fait tenir l'appareil tout prêt pour le
panfement par un autre leryiteur : on ne peut pas
le palier d'un fixiéme pour obéir aux ordres de
celui qui opère ; c'ell pourquoi le grand nombre
de ferviteurs eft néceuaire dans ces occafîons.
L'Opérateur doit encourager fon malade , & lui
ayant fait donner un demi verre de vin pour mieux
Contenir la douleur , il faut qu'il fe place entre fes
jambesjparce qu'ayant les deux os à (cier en même-
tems, cette fituation eft la plus commode, foit qu'il
ait a faire l'amputation de la jambe droite ou de la
gauche : s'il étoit placé en dehors il faudroit fcier le
tibia le premier, & enfuite le péroné, qui étant très-
foible pourroitfe çafler ou s'éclater avant que d'I^
748 Des Ope'rations de Chirurgie ,
tre fcié >• &c de plus en fciant les deux os l'un après
l'autre , l'opération en feroit plus longue , 6c le pa-
tient en foafrriroit plus long tems. Le tour aini|
difpofé , voyons comment il faut fe conduire dans
l'opération.
«, , . , On commence par une comprelTe E. longue d'un
Conduite de . , ■ a > - rr > rD r \
l'opération, demi pied , étroite ex epaitie > qu on pote tous le
jarret > & qu'on lailTe defeendre jufqu'à l'endroit
où on doit faire la féconde ligature : on met une
autre comprelTe circulaire F. trois travers de doigts
au-de(fus du genou , laquelle paffe par - defTns la
f>artie fupérieure de la longitudinale , afin de faire
a comorerlion des vailTeaux. Sur cette derniere-
compreiTe on met la ligature G. qui doit faire le
tourniquet , on palTe fous cette ligature deux petits,
bâtons HH. l'un en dedans de la cuilTe , l'autre en
dehors , on les tourne jufqu'à ce qu'on trouve que
la cuilTe fait fiiffifamment ferrée , 5c on donne ces
deux bâtons à tenir au même ferviteur, qui en em-
poignant la cuilTe en tiroit la peau en en-haut, (ay
(a) Les Modernes ne fe fervent plus pour tourniquet
que d'un petit bâton ou gâro.t; ils mettent defïons une
plaque de corne ou d'écaillé un peu courbe , pour em-
pêcher qu'il ne pince la peau, & le placent, autant
qu'il eit poiTibie , fur la partie oppofée à celle où l'on
doit faire la compreiïîon. Le tourniquet de M, Petit a
de grands avantages. Il comprime moins les parties la-
térales que le tourniquet ordinaire ■■> on n'a pas befoi»
d'aide pour le tenir , ni pour le ferrer ou pour le lâcher s
l'Opérateur peut lui-même par le moyen de la vis,,
arrêter plus ou moins le cours du fang dans l'artère.
Quand on craint l'hoemoragie après l'opération faite,oa
le laifle fur la partie > & fi elle lurvient , on le ferre au-
tant qu'il eft nçcelTaire , ce que toutes perfonnes & le
malade lui-même peut faire , on le laide de même après
l'opération de i'anevrifme , pour rallentir le mouvement
du fang dans le tronc de l'artère.
Ce tourniquet N. eitcompofé de trois pièces de bois,
feavoir , de deux plaques prefque femblables , & d'une
vis qui palle au travers de la plaque qui eft mobile &
j'appuie fur la plaque qui eit irnraobile.Ceue vis dontles
N e u v i é'm % D e'm o n's trati on. "749
On prend une féconde ligature I. qu'on met à trois
doigts au-defïïis du genou , pour contenir la peau
& les mufcles dans le tems de l'incilion, on relevé
les bouts de cette ligature après en avoir fait deux
ou trois tours Se l'avoir nouée , en embraifant au-
délions le bout inférieur de le comprelTe lonçitudi-
âaie, parce que fi on les laifîoit pancher ils pour-
roient nuire dans le tems de l'incifion. On prend
aullîtôt avec la main droite le couteau courbe K.
qu'on parle par-delfous la jambe , Se le pofant fur
la crête du tibia, on appuyé fur le dos avec la main
gauche , (a) puis defeendant fous la jambe Se re-
montant par le dedans 't jufqu'à l'endroit où on a
commencé, ce qui fait une meifion circulaire , on
coupe toutes les chairs jufqu'aux os : on quitte le
couteau , Se on prend le fcalpel L. avec lequel on
coupe les chairs qui font entre les deux os , Se on
repalTe le fcalpel autour du tibia pour en couper le
pas font écartés, fert à éloigner ou à raprocher de là
plaque immobile la plaque qui eit mobile. On entoure
la partie avec une bande de chamois 5. large de qua-
tre traders de doigt , à laquelle tient une pelote mobile
qu'on anp'ique fur les vaiffeaux , & une efpece de pe-
tit couiTin fixe fur lequel on met le tourniquet. On en-
toure auili la partie avec un lue qu'on fait palier fur là
pièce mobile & qu'oii arrêt.- par des noeuds. En tour-
nant la vis outourntouet appliqué autant qu'il eit poffi-
ble fur la partie oppofee à celle où eit h pelote , on éloi-
gne la plaque mobile , Se le lac en appliquant la pelotte
fur le cordon des vaifieaux les comprime autant qu'on
le juge à propos.
L'aendue des deux plaques du tourniquet & l'éoaif-
feur de la pel tre concourent enfemble à diminuer la
compreflion du lac Fur les parties latterales du membre.
Quelques perlonnes fe défiant de la foliditc d'un écrou
& d'une vis de bois, ont fait fabriquer en fer de fem-
blables tourniquets. On en fait auifi de petits pour le
bras.
*) Il faut prendre garde que le couteau ne touche à
l'os qui pourroit en émoufler le tranchant , ce qui l'eaj-
pêcheroit de couper nettement les chairs.
:
7SO Des Opérations de Chirurgie ,
période s'il ne 1 etoit pas , parce que fi les dents
de la icie étoient obligées de déchirer le période
&; les chairs qui occupent i'efpace qui eft entre les
deux os , ce feroit une augmentation de douleur
pour le malade*
Trait fingu» Quelques Praticiens veulent qu'on prenne un
îier de prati* 1Ti0s-ceaL1 <]e linge , qu'on le fende par un de fes
chefs de manière qu'il y en ait rrois •, que les deux
bouts fendus on les pâlie entre les lèvres de la plaie
pendant que celui qui ne l'eft pas demeure en def»
fous , 6c que pendant qu'on fçie les os on fane par
un fervireur tuer ces trois bouts de bande en en-
haut -, ils prétendent que par ce trait de pratique
.on en reçoit deux avantages j l'un , qu'en reculant
les chairs , on en feie les os plus haut , ce qui em-
pêche que les bouts des os n'excèdent les chairs
après l'opération ; & l'autre, que ce linge empê-
chant ia feie de toucher aux chairs, on évite beau^
coup de douleur au malade , de d'autant plus , di-
fent-ils , que l'opération n'eft pas retardée d'une
minute.
Manière de Avec cette feie M. on fe met en devoir de feier
les os au plûrôc l'ayant pofée deflus , de la main
gauche étant appuyée fur la jambe , on va douce-
ment jufqu a ce qu'elle ait un peu anticipé , on va
plus vite quand en fent qu'elle a mordu dans l'os,
ôc on va très-vite quand elle eft dans le corps de
l'os. Si celui qui tient la jambe la levoit dans ce
tems il ferreroit la feie , ce qui l'empêcheroit de
marcher ; c'en: pourquoi il lui faut dire 'de la baif-
fer , afin de faciliter la voye de la feie , & qu'elle
puine aller & venir fins aucun empêchement.
' ee qu'il y a La jambe étant féparée , on défait auiïitôt la li-
a faire aprè< .gatlire qui eft au-deiTous du eeiiou , on prend une
l'ampata- &- \ i i i • xt ^x
tion de la pince a bec de corbm N. ou cette pmeette O. qui
jambe* a un anneau pour la ferrer quand on tient le vaif-
fean. Sur chacune des pinces il y a un fil noué
QQ. preft à lier le vaiffeau , & aux bouts de ce fil
N e u vi e'm e D e'm o n s t r a t io tf. 75 ï
chacun une aiguiile RR. On dit au ferviteur
qui dent le tourniquet de le lâcher un peu pour
voir par le dardement du fang l'endroit où eft le
vaiffeau , obfervant de ne fe pas mettre vis-à-vis
le moignon , fi on ne veut pas avoir du fang dans
le nez , mais un peu à côté : avant pincé le vaif-
feau on donne l'inftrument à tenir a un ferviteur ,
pendant qu'on fait la ligature de la manière que
j'ai dit ci-defïus. Si on ne pou voit pas attraper le
vailleau , alors avec ces deux aiguilles SS. enfilées
d'un même fil T. & parîées d les ceVez , puis (or-
ties par-defibus le jarret , on s'en aiiûreroit en y
liant les deux bouts du fil fur une coarpv.le V.
comme j'ai déjà dit : ou bien on pou no \m
troiliéme moyen fe rendre maître du vai (] , t
eft de prendre une grande aiguille cour:
la fourrer d'un côté du vaiffeau , Ôc L.
l'autre , en prenant un peu des chairs , &
deux bouts du fil fur une compreiîe , on cuye ■>
fi le fang en peu de terns , comme je l'ai ïa.v & . li
faire piufieurs fois dans les hcoiianx des Ar-
mées, (a) La ligature bien faire , derechef on or-
donne de lâcher le tourniquet , $c fi le fang ne
s'élance plus , on eu: alors content de (on opéra-
tion : mais li par malheur la ligature manquor y
^ (à) La ligature des vaifle&ûx , qu'AmbroifeParé a pra-
tiquée le premier, eft une des ci r confiances les plus
importantes de l'opération, Des trois ma ieres propo-
ses par l'A ,teur, h dernière eft la meilleure &la feu-
le qui foit à prefent en u a^e, LOpérateur prend une
aiguille courbe & enfilée d'une efpece de ruban com-
pofé de quatre ou cinq brins de fil ciré 5 il l'enfonce aiîez
avant dans |e§ chairs à un des côtés du vaiffeau . & la re-
tire ; il la paiïe une féconde fois dans les chairs à l'autre
côté du vailleau & la retire de même ; il noue le fil à
deux n a uds i ans y mettre de compreffe ; & par ce moyen
le vaiiTeau qui en eft entouré, fe trouve lié avec' les
chairs qui l'environnent, & comprimé exactement &■-
niollcnent.
S- y a deux & quelquefois trois artères cpnfîdèrables
752. Des Opérations de Chirurgie,
on auroit recours à ces trois boutons de vi-
triol XXX.
Il eft inutile d'ordonner de laifTer couler une cèm
le faiig doictaine quantité de fang pour laiifer dégorger la par-
ère a"*té*tie , il n'en fort toujours que trop quelque foin
qu'on prenne pour l'arrêter \ tout celui qui étoit
dans la jambe eft perdu , de celui des veines de la
cuiffe fe vuide prefque tout , tant durant l'opéra-
tion , qu'après qu elle eft achevée > (ans qu'on le
puiffe empêcher , c'eft- pourquoi cette quantité eft
iuffifante , fans en lailTer encore échaper volontai-
rement qui ne pourroit être que du fang artériel
qui arfoibliroit le malade plutôt que de le foula-
ger ; il faut donc l'arrêter le plutôt qu'on peut par
la ligature* & ainfi conlerver les forces du malade*
Après l'opération il faut panfer le malade , ce
qu'on doit faire avec beaucoup de diligence tout
étant prêt pour cet effet , on ordonne au ferviteur
qui tient le tourniquet de le tenir toujours ferré
pendant le panfement , afin que l'impuliion du
fang ne poulfe point dehors la ligature qui n'eft en
état de lui réfifter que quand eue eft appuyée de
tout l'appareil, ôc c'eft par où on commence en ap-^
Dnfè_ pli quant delîus deux petites compreifes quarées
ment du ma- Y Y. pour la foutenir contre les pullations du fang
kde* artériel. On met fur les deux bouts des os deux pe-
tits plumaceaux plats , imbibez d'efpiït de vin, on
couvre toutes les chairs avec des plumaceaux aaaa»
épais & chargez d'aftringens , & par deftus l'étou^
pade b qui couvre tout le moignon qu'on fait en-
qui donnent du fang -, ce que l'on voit , lorfqu'on a lâ-
ché le tourniquet. On fait la ligature de chacune fépa^
rement de la manière qu'on vient de dire. Si le conduit
qui eft à la partie pofterieure & prefque fuperieure du
tibia, dans lequel paiîe un rameau de l'artère tîbiale,
fe trouve à l'endroit où l'on coupe le tibia > on appli-
que fur ce conduit un bourdonnet trempé dans uri
ftiptique. L'on peut arrêter ainfi le fang que fournit ce
Vaiffeau , dont on ne peut faire la ligature.
trer
Néûvie'më DèmônStuàtion. 751
trer dans une veilie d fendue exprès , & dans la-
quelle il y a des poudres aftringentes. On pofe
■l'emplâtre e fendu en quatre , le milieu fur le
moignon Se dont les quatre chefs embrafïent tout
le genou , enfuite la grande comprelfe / qui eîc
de même figure, &c puis les quatre corriprefïes lon-
gitudinales £ g g£ , dont le milieu des trois pre-
mières èft pofé fur le moignon où elles repréîen-
tent une étoile \ Se la quatrième fait quelques cir-
culaires autour du moignon en embraiîant les fix
chefs des trois premières [a].
Avant que de pofer les bandages on fait un peu p0cit\àti étc$
ployer le genou pour mettre le moignon dans une bandages*
figure convenable à s'appuyer fur une jambe dé
bois , on prend la bande roulée /; à un chef, avee
lequel on fait quatre ou cinq circulaires autour du
moignon , puis l'ayant pafTée fur le genou , on la
defeend fur le moignon , &c la remontant ainfi de
h descendant alternativement on continue jufqu'à
ce qu'elle foit finie j puis on arrête le bout avec
nue épingle» On prend enfuite la bande roulée à
deux chers d , on tient un chef dans chaque main,
on en pofe le milieu fur le moignon & montant les
deux chefs en en-haut on y eu lairTe un pour y
faire des circulaires , on le fait tenir par un fo'Yi-
teur pendant qu'on ramené l'autre fur le moignon,
Se que l'on retourne iur le genou, pour erre-engagé
(a) On a bien Amplifié l'appareil dé l'amputation. On
poe fur les li-ratures des vaiiïeaux des petites coinprefe
les fort épaiffes , ou de petits bourd- nnetr en affez gran-
de quantité pour faire une faillie au-cleffus des os; ori
met Tut le relie des chairs âas plumâceaux épais , ou de
la chatoie brutes on applique enfu te fut le moignon
Une compreffe quarrée en plufîeu's doubles , une com-
preftecrucialefioiple, dont les chefs embrafîent le gé-8
nou,ur.eautrecortipreffe quarrée un peupius^randeque
îa première , & enfin une féconde cruciale double , dont
les chefs embraiTent le genou comme la première cru*
claie. On pofe enfuite les longuettes & la bande»
Bbb
754 E*ÊS Opérations de Chirurgie ,
pat un nouveau circulaire, & revenir puis après fur
le moignon , de continuer ainfi jufqu'à ce qu'on
foit parvenu au bout de la bande , Se parce que ce
bandage eft un de ceux qu'on fait à la zhc , on lui
a donné le nom de capeline, dérivé de caput , tête.
On ôte pour lors le tourniquet*, mais comme le
chef de la bande qui a fait ies circulaires fur le
genou n'eu: pas auilitôt fini que celui qui a fait les
circonvolutions du moignon , on en fait des circu-
Banda s laires au bas de la cuiiTe , après .avoir mis dellbus
circulaires, une comprefie fort épaifie , qui appuyant fur les
vaiflaux diminue Timpétuoiité du fang vers ia li-
gature.
Comment ^es bandes bien arrêtées avec plufieurs épingles
on accom- on recouche le malade dans fon lit , on met def-
mode le ma- r ■ r i ••u i
]a(je(jansfonionslon jarret un ou deux oreillers pour tenir le
*«• moignon élevé. On fait appuyer le moignon d'une
main par un ferviteur, & le genou de l'autre pen-
dant quelques jours , pour empêcher par ce prefie-
ment la fortie du fang Se le relâchement des ban-
des & afin d'avertir fi le fang s'échapoit de venoit
à percer les bandages. On fait donner un bouillon
au malade, on le faigne deux ou trois heures après,
Se on fait obferver un bon pgime de vivre.
On ne relevé point cet appareil de deux ou trois
jours , on attendroit davantage même fV on crai-
gnoit l'hémorragie en le renouvellant - on levé
doucement les pîumaceaux , parce que le fii de la
R-levement ligature de s vaiflaux peut s'y être attaché : on peut
de Papareii. alors fe paifer de la veille, il n'eft pas non plus né-
cevTaire de couvrir les pîumaceaux d'aftringens ■. il
faut leur en fubftituer d'autres couverts d'un digef-
tif pour procurer la fupuration -, mais s'il y avoit
eu difpoiition à gangrène , il faut animer le dige-
ftif & le fervir de remèdes fpiritueuxpour vivifier
la plaie , Sç en bannir tous les pourriitans, on con-
tinue le panfement par les mondificatifs, les incar-
natifs Se les deiîicatifs; on ne met point d'onguent
Ï4 euvï è'm e D e'm onstratiqn. 75 J
ïur les bouts des os , mais des plurnaceaux trempez
dans l'efpnt de vin en attendant 1 exfoliation. ContinuaV:^
Quand elle eft faite } on travaille à cicatrîfer la du panfe.
plaie, ce qui ne fe fait pas aifément, parée quêtant mcnc»
ronde il faut que la cicatrice s'approche depuis la
circonférence jufqu'au point du milieu.
Prefque tous ceux à qui on a coupé un bras ou ue* douleurs
Une jambe , te plaignent de fentir de la douleur à IT reffent*"
la partie qu'ils n'ont plus, tantôt ils difent que c'eft dans Miment
, r l -, a1 'ni j • j bre qu'il n'a
le gros orteil , tantôt que c eit le petit doigt du ^
pied qui les a empêché de dormir. J'en ai vu qui
difoient que ces fortes de douleurs leur étoient
plus infuportables qae celles de leurs plaies. Cela
vient de ce que le cerveau fépare fans cefle une
certaine quantité d'elprits animaux qui s'écoulent
par les nerfs pour fervir aux fondions du corps, 8c
que ceux qui font deftinez pour les mouvemens 8c
les fenfations de la partie qui n'exifte plus, 8c qui
eft (épatée des autres, ne trouvant point d'emploi
doivent nécelfairement refluer vers le cerveau.
C'eft ce malheureux reflux qui excite ces fentirnens
de douleur , ces fecoullès irregulieres y 8c ces
contractions involontaires , qui tanguent plus les
malades que la douleur caufée par la plaie.
Il v en a qui blâment Tufase de la veflie de porc , CohÉtoVéta
JY £-■»!? al > » ' J lès fur l'ufaa
d liant qu elle empêche qu on ne s aperçoive quand gc de ]a "^
le fang s'échape des vailfaux , parce qu'elle retient fie de porc >
tout j d'autres prétendent que c'eft la fin pour la- gUnieU%rèé
quelle il faut s'en fervir , parce que ce fang échapé l'ampuçacieii
& retenu fe mêlant avec les poudres aftrmgentes
fait un maftic qui bouche les vaiflàux 8c empêche
l'hémorragie*
Quelques Auteurs veulent qu'après l'amputation
on palfe une aiguille enfilée à travers la peau de la
Î>artie fupérieure du moignon, que la mime aiguil-
e en faite autant à la partie inférieure pour nouer
ces deux bouts de fil eniemble j qu'on faiîe là
même chofe du côté droit au gauche, deforte qu&
Bbb i)
756 E*ES Opè'ratio^ts de Chirurgie >
ces fils paiïans en croix fur la plaie tirent de appro-
-chent la peau pour empêcher que les chairs ne
foienttrop découvertes. Cette pratique n'eft pas
du goût de tous les Chirurgiens, difans que quand
l'opération eft bien faite , la peau , les chairs , 8c
les os font coupez également , que c'en: une nou-
velle douleur qu'on fait fouffrir par ces quatre
points d'aiguille , de que fi la peau découvroic
trop les chairs , un bandage convenable pourroit
remédier à cet inconvénient ( a ).
Amputation Un de nos Anciens a crû rencontrer à merveil-
avec un cou- . r j r • i*
teau brûlant, le en nous propolant de raire 1 amputation avec
un grand couteau qu'on auroit fait rougir. Il a dit
que par ce moyen on feroit d'une pierre deux
coups, c'eft-à-dire qu'on feroit l'incilion, & qu'on
cautériferoit les vaiuaux *, mais cette méthode n'a
été approuvée ni fui vie de perfonne.
^ Manière Botai décrit une autre manière de couper une
avec^des cou- jambe*, il veut qu'on mette la jambe entre deux
percts. couperets femblables à ceux des Bouchers, enchal-
fés dans deux billots de bois , la jambe étant pofée
fur le tranchant de celui de defïbus , il veut qu'on
lailTe tomber l'autre fur la jambe par le moyen
d'une coulilTe , & il prétend que ces deux coupe-
rets fépareront les chairs Se les os plus prompte-
ment que la feie : il ajoute qu'on a coupé plufieurs
jambes par cette méthode , èc que les hlefTés onc
été bien guéris fans fentir dans l'opération qu'une
très-legere douleur (&)
(a) Pour empêcher que la peau ne découvre trop les
chairs, on fait préfentement Tincifion circulaire en deux
tems , comme le confeille M. Petit. On coupe d'abord
la peau cir culairement avec le couteau courbe , un bon
pouce au défions de l'endroit où l'on doit faire l'incifîon
circulaire. Un aide retire enfuite les tégumens vers la
partie fuperieure, & l'Opérateur fait l'incifion circulai-
re près de la peau qu'on a tirée.
Cb) M. Verduin Chirurgien Hollandois , & M. Sabou-
«n Chirurgien Genevois , ont auifi tous les deux dans
Ne uvi e'm e D e'mon.s trati on. 757
Je ne vous- rapporte pas ces divers fentimens
pour vous exciter à les mettre en pratique -, mais
feulement afin que vous (oyez informez des diffé-
rentes Sectes qui s'élèvent dans la Chirurgie de
tems en tems comme dans toutes les autres Pro^
felîions , Se je vais finir œt article par le récit de
ce qui fe paffa aux Invalides il y a vingt ans au
fujet d'une cuifle coupée (*?;.
le même tems , vers la fin du flecle paffé , propofé une
autre méthode d'amputer la jambe. On l'appelle ampu-?
tation à lambeau , parce qu'en la faifant , on conferve
une portion des mufcles jumeaux & folaire Se la peau
qui la couvre.
Après avoir placé le malade Se s'être rendu maître du.
fang par le moyen du tourniquet de M. petit , on fait à la
peau & à la graiffc fur le tibia 3c le péroné , deux travers
de doigt au-defious de la tuberofîté du tibia, une inci-
fion demie circulaire Gn fait entier au côté intérieur
de la jambe à l'une des extrémités del'incifion un cou-
teau plat à deuxtranchans. Se on le fait fortîr de l'au-
tre côté à l'autre extrémité de i'ineifîon. On coupe
enfuite , en portant ce couteau vers le pied, les muscles
jufqu'au tendon d'Achile, de manière q< 'on forme du
gras de la jambe un lambeau dont on couvre le moignon
lorfqu'on a fcié les os. Cette méthode a de grands avan-
tages. Le lambeau s'applique furl'ambouchure des artè-
res 3 arrête l'hémoragie , & difpenfe par conféquent de
la ligature des vaineaux ; les os ne s'exfolient point -, la
plaie elt beaucoup plus petite qu'elle ne l'eft lorfqu'on
fait l'amputation à l'ordinaire , la fupuration eft par
conféquent moins abondante , & la cure beaucoup plus
prompte. On met fur la plaie plufïeurs plumaceauxa
de fur le lambeau une comprefTe épaiflfe , un emplâtre
cruciale, Se une petite plaque concave. On foutient tout
l'appareil par une bande ferrée autant qu'il le faut pour
appliquer exactement le lambeau fur le moignon Se fur
l'embouchure des vaiiTeaux. On laiiTe le tourniquet fur
la cuiiTe , & on le lâche affez pour qu'une petite quan-
tité de fang aille conferver la vie du moignon. On con-
cevra aifément que cette méthode ne convient pas , lorf*
que la portion des chairs qui formeroit le lambeau n'efe
pas faine.
(«) Comme l'amputation de la jambe , celle de î&
cuifïe, celle de l'avant-bias & celle du bras ne diftV
Bbbii|-
75 S Des Ote'rations de Chirurgie,
*mt pas de beaucoup entr'elles , quant à la manière
de les faire. L'Auteur s'eft contenté de parler de la pre-
mière. Ii eft cependant une efpece d'amputation dia
bras, dont la pratique eft bien différente de celle des
autres amputations , & qui par fon importance & pai
fa difficulté, mérite qu'on en d nne, quoiqu'en peu de-
morts , une idée exacte. Feu M. Morand le père l'a pra-
tiquée le premier & depuis lui ru M. le Dran le père.
On fait cette opération à ^articulation de l'humérus
avec l'omopate ; ce qu' lui a fait donner le nom d'am-
putation dans l'article. Elle eft nécefî'aire lorfque la par-
tie fuperieure de l'humérus eft fracaffée , lorfque la tête
u le col de cet os eft gonflé ou carié , &c.
Pour la faire il faut, comme dans toutes les autres
amputations, fe rendre d'abord maître du fang. C'eft
pourquoi l'on commence par faire la ligature des prin-
cipaux vaiflTeaux , parce qu'on ne peut le fervir de tour-
niquet* Qn fait aiTçoir le malade fur une chaife, on
lui cache le vifage avec une ferviette , on eleve le bras
qu'on doit amputer. Après avoir reconnu exactement
la route des vaiffeaux brachiaux , on prend l'aiguille
enfilée d'un fil co.mpofé de fix ou huit brins , on la fait
entrer environ à la diftance de trois travers de doigt
du ceux de l'aififelie, on la fait palier par defîous les.
vaifteaux, & fortir du côté oppofé à celui où elle eft
entrée. On nou^lefil à un nœuei pour arrêter le fang^
Ton touche l'artère au de-Tous, & fi l'on n'y fent point-
debatement , on fait un fécond nœud pour aiTujettir le
premier. L'aiguille dont on fe fert eft fort grotte^ tran-
chante fur les côt:S , & fort courbe s afin que la liga-
ture ne renferme pas avec les vaine, ux , une trop gran-
de portion des parties voifines. Il faut porter 'l'aiguille
le plus près de l'os qu'il eft polïîble, de peur d'eftenfer
Içs vaiffeaux.
Apre* avoir arrêté le fang , on baifte le bras , &
l'on fait avec un biftouri à la diftance de trois ou quatre
travers de dni Tt de l'acromion , une incifïon tranfverfa-
le, quidivife le mufcle de'to de& pérçtre jui'qu'à l'os.
On en fait deux autres de deux ou trois travers de
doi.^t, l'un- à la partie antérieure & l'autre à la partie
pofterieure. Ces deux dei ieres doiv nt tomber per-
pendiculairement fur la première, & former avec elle
une efpece de lambeau, fous laquelle on porte un biftou-
ii pour couper les •"'eux têtes du mufcle biceps vers 1 ur
attache Ultérieure & la capfuïe de l'articulation. On
porte deux doigts de la main gauche vers la partie fvt-
PCneure de la tête de l'humérus } on la tire à foi, & l'o&
Ne.u v ie'meDe'mons t ration. 75?
Le nommé Rabel , dont je vous ai déjà parlé , D'une es*,
vint propofer au Roy et à M. de Louvoy une eau ^ee£ce de
ftipnque qu'il difoit merveilleufe & infaillible
pour arrêter toutes fortes d'hémorragies. Aucun
blefïe dans les Armées ne devoir plus mourir par
des pertes de fang avec cette eau , il demandoit la
permiffion d'en faire desjexpériences pour convain-
cre tout le monde de la bonté de ion remède ; ôc
il perfecuta tant M. de Louvoy qu il obtint fon
confentementpour en faire l'épreuve fut un loldat
des Invalides à qui l'on devoir couper la cuiife t:
M. Duchefne premier Médecin des Princes , fut
coupe la capfule & les autres parties qui ne Vont pas
encore été. Il faut prendre garde cependant de toucher
aux vaiffeaux qui font liés, On dégage entièrement la
tête de l'os , on examine fi la ligature eftbien faite, on
achevé de fénarer entièrement le bras en coupant ce
qui refte de chair & de peau au -deffous de la ligatu-
re pour en fermer un autre lambeau. On fait près du.
corps une féconde ligaturé , dans laquelle on ne com-
prend que les vaifieaux -, on abaifTe le lambeau fupe-
lieur pour couvrir & remplir la capacité de l'articula-
tion, on relevé le lambeau infeiieur pour le joindre
au fuperieur , & comme il peut être trop grand, on
coupe avec des cifeaux ce qui l'empêcher oit de l'ajuiter
exactement. L'on coupe par confisquent la première
ligature , que la féconde rend inutile. Si quelque vaif-
feau donne du fang pendant l'opération , on y fait ap-
pliquer le bout du doigt de quelqu'un des aifiitans. On
laine pendre en dehors les" bouts du fil de la féconde:
ligature, afin de la tirer lorfqu'elle fe feparera. On
met fur les lambeaux ajultés beaucoup de charpie brute 9
afin de les appliquer exactement l'un à l'autre ôVau fond
de la cavité de l'article } on en remplit le creux de l'aii-
felle, pour faire fur les vaifTauxune compreffion exacte»
On couvre cette charp?e d'un emplâtre coupé en croix
de Malche , d'une compreiTe de même figure , 8z de trois
Ton guettes , fçavoir de deux qui fe croifent & dont les
chefs vontjuiqu'à l'autre épaule , les uns par devante
les autres par derrière ,& d'une troiïîéme un peu plus
large, qui les couvre &dont les chefs fe croifent fus-
l'épaule oppofée. On foutient tout l'appareil avec le
bandage appelle Spiça-deicendant»
Bbbiiij
7&a Des Ope'rations de Chirurgie »
pré/ent avec plufieurs autres Médecins &: Chirur-*
giens à l'amputation que fit le Chirurgien de la
Maifon. On livra le malade à Rabei qui avoir pré-
paré l'appareil à fa mode , il appliqua ion remède
de la manière qu'il s'étoit propofé , de fit tels ban-<
dages qu'il jugea néceiTaires pour arrêter le fang j
mais à peine eût-il fini qu'oa vit le fang percer
toutes les bandes. Il fut obligé de défaire cet ap-
pareil pour en mettre un autre , il doubla la dofe
de ioA eau , il fit de fon mieux pour tamponer 1$
partie , mais le fang continuant toujours à s'échap-
per , le malade mourut entre fes mains, de en pré-
fence de tous les afliftans. On fit au, Roy de à M..
de LouToy le rapport de ce qui s*étoit paffé , de il
fut defrendu à Rabel fous de rigoureufes peines dç
fefervir davantage de fon eau.
Quand le chirurgien a été obligé Je couper une
jambe ou une cuifîe pour fauver la vie à un bleifé x
quoiqu'il l'ait parfaitement bien guéri, cet homme
ne Lille pas que de îe trouver dans. l'impiuiTance
de marcher par la privation d'une partie qui lui.
étoit néceiïaire pour cette action. Il ne fuffit donc
pas alors au Chirurgien de i'avoir tiré du tombeau,
il faut encore que par fon induftrie il ajoute une
organe fembiabie en compofition de en ufage à ce-.
lui qui manque.
Ce la pro* Cette opéràeion eft rangée fous la quatrième de
aermere eCece des opérations de Chirurgie qu on
appelle prothèfe , ou proflajîs , qui eft dérivé de
pros qui lignifie devant , de de titein qui veut dire
mettre , parce que par le moyen de cette opération
on met de ajoute au corps un infiniment a la place
de quelque partie qu'il a perdue. On tire deux
utiliccs de cette addition ; la première ,pour l'or-
nement comme quand on met un œil ou des dents
artificielles; la féconde , pour la néceflîté , comme
quand on ajoute un bras ou une jambe de bois 5
ç'eft particulièrement cette dernière prothèfe qui
Niuvi e'm e D e'm onstràtion. j6ï
eft néceîTaire, puifque fans Ton fecours l'homme
ne poûrroit point agir.
Chacun fçait comment doit être faite une jambe
de bois pour marcher , les dernières guerres ont
réduit plufieurs perfonnes dans la néceiîicé d'en
porter. Je vous dirai feulement qu'elle doit être
proportionnée à la grandeur de l'autre jambe, que
la partie fupérieure doit être creufée pour embraf-
fer le bas de la cuiïTe, qu'il y doit avoir des rubans
pour la lier 8c l'afïlirer à la cuifïe, qu'il faut qu'elle ,
fpit garnie d'un couffinet a l'endroit où pofe le
genou, pour éviter qu'il ne foit bielle par la dureté
du bois, qui ne doit point être calTanc, mais ferme
8c liant pour la (ûreté de celui qui la porte.
Quand on veut un peu en corriger la difformité De la ja^e
r • u c 1 j 1 a de bois & de
on en mit tailler une par un Sculpteur de k même fon uçzgÇa
figure que l'autre , obfervant la même grandeur 8c
groffeur à laquelle on met un bas & un foulier
comme à l'autre, 8c fi elle montoit jufqu'à la cuifTe
le genou ayant été coupé 9 on pourroit la raire
ployer quand on eft alîis , en otant une virole, 8c
la remettant quand on voudroit fortir. Un Offi-
cier d'Armée s'était tellement habitué avec fa
jambe de bois , qu'il montoit à cheval 8c fe trou-
voit dans toutes les occafîons les plus périlleufes*
Il reçut un coup de moufquet qui lui caffa fa
jambe de bois, il s'écria à l'ennemi qu'il étoitpris
pour dupe , parce qu'il en avoit une autre dans fa
valife.
Depuis un an ou deux le R. P. Sebaftien Reli-
gieux Carme , qui eft un des Académiciens hono- *
raires de l'Académie des Sciences , a préfenté un artificiel,
bras artificiel de fon invention fait de fer blanc ,
8c rempli de plufieurs refîorts , par le moyen def-
quels il promet qu'étant attaché au moignon ; on
pourra conduire un cheval , écrire , 8c faire toutes
les mêmes actions comme fi Ton avoit fa main na-
turelle^ il allure que les mouveraens feuls du mai-
?6z Des Opérations de Chirurgie ,
gnon faifant agir les rëfibrts , on fera mouvoir îe
poignet Se les doigts de la manière qu'on voudra».
Cette machine n'étoit pas encore dans fa peufe-
dion quand il l'a préf entée , il elle réuffit comme
il l'a promis , les manchots ne pourront allez lui
donner de louanges.
Fig. XLVIII. POUR L'OPERATION DES VARICES»
pe Popdra- /^"X N entend par le mot de varices des veines
tion pour les ■
tances.
ON
dilatées qui demandent une opération pour
lés guérir, qu'on appelle hjrfotomie^ qui eft dérivé
N e u v i e'm e D e'm onstration. 765
de kj-rfos 5 qui fignifie variée , 8c de t'emntn , qui
veuc dire couper , parce qu'elle confiite dans une
ouverture qu'on fait à ces varices ou veines dila-
tées 8c gonflées.
Les Auteurs donnent deux caufes aux varices -, Deux caufea
l'une interne , quand le iang devenu trop grailler ^e ce mal»
par une coniiftance épailfe qu'il a acquile, ne pou-
vant pas couler dans les veines , s'y arrête dans
quelqu'un de leurs rameaux > ou fe coagulant , il
empêche celui qui le fuit de paifer , & qui le
pouffant continuellement pour le faire paffige ,
oblige la veine de (e dilater. L'autre caufe externe
eft, quand par quelque action violente ou par de
grands efforts le fang a fait étendre les membranes
d'une veine , 8c les contraint de former un petit
fac où il peut fejourner avec liberté. Si elles étoient
aufli fréquentes aux hommes qu'aux femmes , 8c fi
nous ne remarquions pas que nous n'en trouvons
qu'aux cuiffes 8c aux jambes de celles qui ont eu,
des ehfans 9 nous admetterions ces deux caufes.
Mais comme les varices font des fuites de la gref-
fe ffe , il ne faut point leur chercher d'autre caufe
que la tumeur que fait la matrice lorsqu'elle con-^
tient un enfant ; qui pelant fur les veines iliaques
empêche que le lang qui remonte des parties in-
férieures , ne puiffe entrer dans la veine-cave. \
Il y a dans les veines des cuilTes 8c des jam- Valvules
bes beaucoup plus de valvules que dans celles aruxqUyeS
des autres parties. Ce font autant d'échelons pour des cuites,
aider au fang à monter 8c à lui faciliter fon retour
vers fa fource. Quand le cours de ce fang eft ar-
rêré par la groffeur de la matrice , il pefe fur ces
valvules , il les dilate 8c fait ces petites tumeurs
de couleur violerte qu'on voit defpace en efpace ,
le Long des extrémités inférieures y Ôc qu'on ap-
pelle des varices. Signes de$
On les connoît par leur couleur qui eft dunvanccs*
violet brun > 8c en apuyant avec le doigt fur la
74 Des Opérations de Chirurgi e ;
tumeur; quand elle eft faire de fang,elle difparofc»
parce qu'il eft pouffé le long du vaiflfau -, mais elle
revient auflitôt qu'on a levé le doigt. Elles font
toujours plus enflées le loir que le matin , parce
quelefang lorfqu'on eft levé , a plus de peine à
remonter en ligne direde , que quand on eft
couché ; c'eft dans cette fituation qu'il peut plus
facilement continuer fon cours. S'il y en a quel-
qu'une qui par la trop grande dilatation du fang
commence à devenir douloureufe , ou qui par une
extrême tenlion fe foit crevée , il faut en entre-
prendre la guérifon.
a*y «frac-"* ^a Chirurgie nous offre trois moyens pour re-
4icr. medier à cette forte d'incommodité. Le premier
eft l'application des remèdes aftringens , capables
de relîèrer les membranes de la veine trop éten-
dues , comme la folle farine x on celle de fèves ,
les poudres de bol d^rménie, du fang-dragon Ôc
de terre figiliée incorporées avec le blanc d'ceaf
mifes deiTus ce morceau de linge A. qui fait un
circulaire a la jambe , ôc fera laifte longtems fans
le relever *, ou bien l'emplâtre des hernies qui a
d™" ^eaucOL1P d'aftiï&ion. Le fécond ,- c'eft le bandage
pratiquer le qui fe fait de deux manières *, ou avec une bande
roulée B. large de trois travers de doigts , ôc lon-
gue de trois aulnes , qu'on commence au pied par
un étrier Ôc qu'on continue par doloires jufqu'au
genou , ayant mis une grande comprelTe C. trem-
pée dans une eau ftiptique D. fur les élévations des
varices , afin de plus comprimer en ces endroits
qu'ailleurs-, l'autre manière eft de faire une efpèce
de botine E. ou de gros linge,ou de peau.de chien*
qui aille depuis les malléoles jufqu'au genou , cail-
lée ôc proportionnée à la grolîeur de la jambe où il
y ,ait des œillets F. pour la lacer en dehors de la
jambe avec un petit cordon G. Ce bandage étant:
bien fait fe recouvre le jour d'un bas , ôc fe lailfé
la nuit fans incommoder. Je préfère ce dernier à
"Devx nia.
«ieres
praciq
fécond
moyen.
Niuvie'mï Démonstration. •?£$
l'autre , parce qu'il fait une compreflïon égale ,
qu'il ne peut pas fe relâcher , 8c qu'on n'eft point
obligé de le renouveller que quand on le veut , 8c
qu'au premier , quoique bien pofé , les circonvo-
lutions fe dérangent toujours en fe chauffant ou fe
déchauMant, ce qui oblige de le racommo der fou-
vent. Le troifiéme moyen eft i'incifion qui confifte
à faire une ouverture à la varice pour la defemplir,
ce qu'on fait de deux manières.
La première eft d'ouvrir la varice avec une lan- prem;efe
cette à faigner H. de faire l'ouverture félon la Ion- manière de
gueur delà veine , 8c delà faire plus grande que fécond**1 6
celle d'une faignée , de vuider tout le fang que lamoyen,
tumeur contient , & s'il y en a de grumele , de le
faire fortir , de mettre un aftringent fur la partie,
ou bien une petite plaqae de plomb I. de la bien
bander , 6c de la iaiiTer long-tems fans y toucher *,
c'eft-à-due pendant quelques mois , il le malade
n'en eft poinc incommodé.
La féconde manière eft fort ancienne, mais peu seconde
pratiquée ; c'eft de marquer avec de l'encre K. la "Jfre auJour
peau qui eft fur ia varice , &c de la marquer de la
longueur de trois travers de doigts , de foulever
encore cette peau en la pinçant , d'en tenir un côré
8c de faire tenir l'autre parmi ferviteur , puis avec
ce biftoury L. de couper la peau à l'endroit mar-
qué , 8c l'ayant relâchée , de diffequer avec un
fcalpel M. ou un déchaufîoir N. le vaiflcau vari-
queux , de parler par delîbus une aiguille O. enfi-
lée de- deux fils PP. découper ces fils proche l'ai-
guille , 8c d'en couler un au-delïus de la varice ,
8c l'autre au-deftbus , de lier ces deux fils à un bon
poulce l'un de l'autre pour avoir la liberté de cou-
per la veine entre les deux fils avec des cifeaux Q.
ou de la îaifier fi on le juge a propos. On parie
cette plaie comme les autres en y mettant un petit
piumaceau R. couvert d'un défenfif , le premier
jour , puis l'emplâtre S. la compreOe T. 8c le ban-
tnâ»
■3- pratiquée.
f0 Des Opérations de Chirurgie j
dage V. à deux chefs, pour mieux comprimer. On
procure la fupuration avec undigeftif , on attend
la chute des deux fils , 6c on mondifie , incarne ôc
cicatrife la plaie*
Je m'étonne de ce que nos Anciens ne nous
ont pas ordonné le cautère adtuel pour barrer ces
veines comme on fait aux chevaux , Ôc qu'ils fe
foient contentez de confeiller de «ousfervir du
cautère potentiel , car ils veulent qu'on en mette
une grorTe pierre fur la varice , que Tefcarre étant
tombée , on procure la génération d'une bonne
chair qui remplirTe le vuide ou le fac de la varice j
ils difent que c'eft un moyen fur de la guérir,
choix de De tous ces moyens le meilleur eft le bandage
ces Moyens. r ■ j i • rx , a • i_ °
en rorme de bottine. Quand même on auroit beau-
coup de confiance aux aftringens » ôc qu'on vou-
droit s'en fervir , ils feraient peu d'effet s'ils n'é-
toient pas appuyez du bandage , Ôc de plus une
jambe feroit toute patfemée de varices , que le
bandage bien fait les contiendrait également , ôc
même lui feul peut les guétir fans avoir befoin
d'aucun autre fecours.
tu lancette Mais Ci une varice eft telle qu'on ne puiffe fe
eft plus com- dîfpenfer d'en faire l'ouverture ,je confeille de la
ouvrir ET" faire fimplement avec la lancette t ôc non pas par
vaifleau. cetce cruelle èc douloureufe opération enfeignéè
ôc pratiquée par nos Anciens. La fimple inciiion
conferve l'ufage de la veine , elle peut l'ouverture
refermée, redonner au fang fon chemin ordinaire $
mais par l'ancienne manière, les ligatures coupant
la veine , c'eft un canal retranché au fang qui a
befoin de toutes fes routes pour retourner à fa
fource , ôc les fuites de ce retranchement ne peu-
Vent devenir que fâcheufes.
MX
ftff
Neùvi e'm ï D e'm ônstration. 767
Fig. XLIX. POUR LA SAIGNE'E DU PIED,
nsEï™
a/Wi
JAy tache de vous înftrmre hier de tout ce qui .SajJ§"^ du
7 1 , r • , , T ^ Pied diffe-
regarde la laignee en gênerai. Je vous ai mon- rente de celle
tré comment il falloir faire celle du bras. Si je ne du bras»
vous ai point parlé de celle du pied , 6c fi j'ai at-
tendu à le faire aujourd'hui > deux raifons m'y
ont obligé. L'une , c'eft qu'elle fe fait fur une par-
tie qui devoit être le fujet des opérations de ce
jour , & l'autre , c'eft qu'elle e{l accompagnée de
circonilances différentes de celle du bras qui de-
mandoient qu on en fit un article léparé.
La première chofeen quoi ces faignées différent
Tune de l'autre, c'eft fur le tems de les faire, celle
du bras fe doit faire le matin , & celle du pied le
foir. La première demande du repos , 6c l'autre
de l'action avant que de les faire. Cela fe doit en-
cendre quand on eft le maître de choifîr le tems ,
car dans une nécefïité prenante les unes & les autres
fe font dans toutes les heures delà journée. Ce n eft
pas fans raifon qu'on choifît le matin pour la fai-
gnée du bras , elle en eft meilleure , parce que le
fang ayant, circulé librement pendant la nuit ,
-fG% Des Opérations dé Chirurgie >
Eleaion des les veines s'enflent mieux , &c le fang fout avee
»»rSignUst?^s de yivacit® quand la veine efr ouverte. 11
eil encore plus à propos de la faire dans le lit ,
que levé , parce que la chaleur du lit contribue à
la mieux faire qu'après s'être refroidi en fe le-
vant *, mais aii contraire pour celle du pied il faut
marcher, afin que le fang defcendant en-bas ,
puifTe faire paroître les veines en les grofliflant ,
ôc qu'il puifle fortir avec plus d'abondance qu'il
ne feroit fi on s'étoit repofé. L'expérience jour-
nalière prouve ce que je dis , & tout le monde
en fe déchaufiant les foirs trouve les veines de fes
pieds plus enflées qu'elles n'étoient le matin quand
on s'eit levé.
Ces faignées font encore différentes fur la ma-
nière de les faire *, on faigne le pied dans l'eau
chaude , ce qu'on ne pratique pas au bras , c'eft
pour en faire gonfler les veines , qui étant plus
éloignées du cœur , font moins grofles que celles
du bras : il en eft de même que des branches des
arbres , qui font plus grofles plus elles (ont pro-
ches du tronc , ôc qui diminuent à mefdre qu'elles
s'en éloignent , c'eft pourquoi on fe fert d'eau
chaude au pied pour fupléer à la petitefle des vei-
nes & à leur éloigneraient du cœur.
' circonftan- Auflitôt qu'on eft entré dans la chambre du
lignée* du ma^e ' ^ ^aut ordonner qu'on faite chauffer de
pied,^ a l'eau en Cas qu'on n'ait pas eu là précaution de
le faire avant l'arrivée du Chirurgien 5 pendant
qu'elle chauffe , il faut préparer un autre' vaifleau ,
pour faire la faignée , dans lequel on met une fer-
viette pour la propreté , afin que les pieds ne tou-
chent point le vailTeau qui eft ordinairement de
bois ou de cuivre , comme un fceau ou un chau-
dron j &c pour plus grande propreté , il faut met-
tre une autre ferviette fur le vaifleau pour pafler
Peau en la verfant , afin d'en féparer les ordures
qui pourroient être tombées de la cheminée en la
chauffant
•N £ U V I ê'm E D t\î ONSTRATÎON. J6$
chauffant. Il ne faut point faire la faignéc dans le
même chaudron qui .aura chauffé l'eau , parce
qu'ayant été fur le feu il brûleuoit les pieds ou les
jambes du malade. Les vaiiîeaux les plus commo-
des font ces fceaux de fayance A. dont les Dames
fe fervent pour fe laver les pieds j outre qu'ils fonc
très-propres , & qu'il n'eft pas befoin d'y mettre
de ferviette , c'eft qu'étant profonds , les jambes
trempent dans l'eau jufqu'à la jarretière*
L'eau étant verfée avant que de l'approcher du Poahjadi
malade , le Chirurgien doit voir fi elle eft de bon- *,an iàlt,
, , , r ■> n r • i i nieccre dané
ne chaleur, oblervant qu elle toit un peu plus chau- l'eau chaude
de qu'il ne faut , parce qu'elle a quelquefois lé loi- lcs .d*u*
r *. e m- 1 i j- ■ -i pieds du îisaâ
iir de retroidir avant que le malade ait mis lesiade.
pieds dedans , & avec un peu d'eau froide il la met
dans le degré de chaleur qu'il convient. Quoi-
qu'on ne laigne qu'un pied , il faut faire mettre les
deux pieds dans l'eau pour trois raifons : la pre-
mière , c'eft qu'il eft plus commode au malade 4V
avoir les deux pieds qu'un feul 5 la féconde , c'eft
que le fans fe porte plus volontiers vers les excrê-
mitez inférieures , quand elles font toutes les
deux échauffées que quand il n'y en a qu'une \ 8c
la troifiéme, c'eft que fi le Chirurgien trouvoit un
pied trop difficile , l'autre eft. tout preft pour le
prendre, &c ainfi il peut choifir celui qu'il trouve
le plus facile , fans erre obligé de faire remettre
l'autre dans l'eau & d'attendre qu'il foit échauffé.
C'eft un abus de croire qu'il faille plutôt fai*
gner d'un pied que de l'autre dans de certaines ma-
ladies* La groffe artère qui reçoit le fang du cœur
pour l'envoyer à toute la machine , fe divife au-
defïùs de l'os facrum en deux groiîes branches qui
Vont dans les cuifïes , de-là dans les jambes , de-
forte que le fang de Tune 6c celui de l'autre venant
de la même fource , il eft indifférent de quel pied
on le tire* C'eft pourquoi quand le malade deman-
de au Médecin qui ordonné k faignée, de que!
Ces
ffo Des Opérations de Chirurgie ,
pied on la fera , il doit répondre de celui que le
Chirurgien voudra , parce que fi le pied qu'il pf ef~
crit fe crouve fi difficile qu'il foit impoflible de le
faigner , le malade ne veut point coniencir qu'on
prenne l'autre , ou s'il y content par les raifons que
Jui donne le Chirurgien ce n'eft qu'avec peine >
Se s'il ne tire pas de cette faignée tous les avanta-
ges qu'il s'étoit propofé , il en attribue la caufe à
£ prendre, lailler un eipace de tems pour les echaurrer , oc
pendant ce tems il faut dire à quelqu'un d'en faire
chauffer d'autre dans un coquemart ou un poêlon ,
afin d'en avoir toujours de toute chaude , en cas
qu'on fût trop long-tems à chercher la veine , ou
pour la réchauffer quand le malade trop délicat
n'aura pas voulu d'abord la fouffrir autant chau-
de qu'elle doit être pour gonfler la veine. Le Chi-
rurgien fe fait donner un fiége pour s'affeoir vis-à-
vis le malade , de ayant mis une nappe ployée en
plnfieurs doubles fur fes genoux , il frotte les jam-
bes du malade en en-bas pour faciliter la defeente
du fang vers le pied.
Lorfque le Chirurgien croit les veines fuffifam-
inent gonflées , il fait fortir de l'eau le pied qu'il
croit devoir faigner , & l'ayant mis fur fon genou
gauche fi c'eft le pied droit , ou fur fon genou droit
fï c'eft le gauche ,. il l'eifuye avec la nappe qui eft
fur lui , 6c enfuite il pofe la ligature B. à deux
travers de doigts au-deîTus des malléoles qu'il ne
ferre que médiocrement } il en fait deux tours
somme au bras > de la noue d'un nceud coulant
Neuvième De'mô^stratioîï. ^î
vers ia malléole .externe , puis ayant touché pour
connoîtrè fi les veines répondent , il remet le pied
dans l'eau pour l'y laifTer encore quelque tems.(rf)
Je vous ai dit en vous montrant ia faignée du De Ia j-ga#
bras que ia ligature devoit être de drap , mais pour twe
celle du pied il faut qu'elle ioit d'un tirai de fil ou
de foye écarîate • parce que le drap étant mouilllé
fe relâche ; ce que le tilïii ne fait point, & qu'une
ligature de drap, quand on eft obligé de beaucoup
ferrer, ne manque point de fe caiTer, ce qui emba-
raiTe 6c retarde la laignée quand il faut chercher
une autre ligature, {b) Pendant que le pied eft dans
l'eau cette féconde fois , Les veines achèvent de
■fe gonfler, & pendant cetems le Chirurgien prend
dans fon étuy une lancette C. qu'il ouvre & qu'il
met a fa bouche comme à la (aignée du bras.
Il prend le pied qu'il remet (tir fon genou , 3c choix de k
dont il ferre la ligature plus fortement pour tenir veine,
la peau Se la veine plus fu jettes : &c ayant pris fur
la lumière les mêmes précautions que j'ai dit ail-
leurs , il la pofe à fon point de vue ou en dehors
ou en dedans du pied comme elle lui convient >
Se après avoir examiné les veines , il fe détermine
par celle qui eft la plus apparente ôc qui lui ré-
pond le mieux , qui ell ordinairement celle qu'on
appelle la faphéne , qu'il ouvre ou au-deiîus ou
■%**' Au lieu de faïreîa ligature au defius des malléo-
les , je la pofe au-delîous du genou , à Tendrait où quel-
ques perfonnes mettent leurs jarretières. La ligature mi-
fe dans cet endroit n eft pas mouillée & fait une corn-
pre&on plus exacte fur tes veines intérieures , ce qui y
intercepte la circulation , & fait pai-conféquent mieux
gonfler &paroK\e la faphéne & Tes ramifications.
(b) Cette ligature ne comprimeras quelquefois les
vailTeaux aflez exactement pour empêcher le ietour du
fang«On a recours alors à quelque expédient. Les uns
mettent fur la veine un petit morceau de carton & une
compreiTe de linge , épaiOe , fur laquelle ils appliquent * Mère. <î$
à l'ordinaire la ligature. D'autres ie fervent d'un tour- France> Dec,
siiquet d'y voire , fait fur le modèle de celui de M, Peut* 1 7 1 1 *
C c c ij
qji Des Opérations de Chirurgie *
au-deffous de la malléole fans trop enfoncer , de
crainte de piquer le période qui n'en eft pas beau-
coup, éloigné. *
Marques de La veine ouverte on fait remettre le pied dans
d ?l l*ncité l'eau. Si on croit la ligature trop ferrée on la lâche
un peu , mais fi le fang forti pou(Te bien en arcade ,
-on n'y touche point , parce que c'eft une preuve
qu'elle n'eft point trop ferrée : on biffe for tir la
quantité de fang ordonnée , on en juge par le
tems qu'il y a qu'il fort *, par la couleur de l'eau
plus ou moins rouge , & par la teinture que le coin
d'une ferviette trempée dans cette eau en reçoit.
Sur la fin de la faignée on voit, nager dans l'eau
de petits tourbillons blancs ; ce font les fibres du
fang dont la liqueur ronge a été détrempée par
i'eau , qui formant des pelotons glaireux en ma-
nière de tourbillons nagent de coté & d'autre , Se
s'attachent aux jambes : quand on les voit paroî-
tre , c'eft un ligne affuré que la quantité du fang
forti eft fiiirifante , 6c qu'il y en a du moins trois
poilettes. Pour lors on défait la ligature pendant
que le pied refte encore dans l'eau où on le tient
quelques momens pour biffer dégorger la veine,
ConAiïte £e piec[ enfuite retiré de Peau 6c effuyé , on
après la fai- -J- -, . m f
çnéc met lut 1 ouverture une petite compreiie quarree
un peu épaiffe E. Se avec une bande F. un peu plus
longue que pour le bras , on en fait un bandage
qu'on appelle l'eftrier , parce qu'il en a la figure ,
6c tel qu'il eft repréfenté dans la feptiéme planche
de la première Démonftration marqué G. On
effuye l'autre pied , & on remet au lit le malade
à qui on fait donner un verre d'eau a immédiate-
t après la faigne*
ïtiugination Qn fou garder le faner , afin que le Medecinr
furiafympa- f • • 9- T vT • 1 r \' ' q~
«hie, venant raire la viiite puiile juger de la qualité oc
de la quantité qu'on en a tiré. Aux perfonnes qui
ont de la foi pour la Sympathie , on peut verfer
Une aiguére d'eau froide H. dans leur fang > fi le
N e tT v i e'm e D e'm onst ration. 77$'
fans; qui refte dans les veines peut être échauf-
fé en mêlant avec de l'eau chaude xelui qu'on a>.
tiré , par la même raifon il peut être rafraîchi en
verfant- de l'eau froide fur ce même fang : il eft
facile de les- contenter la-delfus 5 8c c'eft guérir
leur imagination à peu de frais , enfuite avec la
ferviette oit efïuye la lancette , & on fc retire.
Je finis l'article de là faignée du pied en aver-
fant le jeune Chirurgien de n'en point faire aux
filles Se aux femmes que par le confeil du Méde-
cin. Il y en a qui feignant une fuppreilion de leurs
ordinaires eu quelque autre maladie, envoyent
quérir un Chirurgien pour les faigner du pied
dans le deiTein de te faire avorter. Mais il ne faut
pas que le Chirurgien donne dans ce piège, &C
que par trop de bonne foi il fa(Te ce qu'on exige
de lui >• il en eft arrivé des affaires cruelles à des
Chirurgiens qu'on a voulu > quoique innocens 3
rendre coupables du crime de certaines filles qui
avortaient après de femblables faignées , c'eft
pourquoi dans les cas foupçonneux s il n'en doit
jamais faire qu'il ne fuit muni d'une ordonnance
du Médecin»
Avis fur
cette faignée*
Fig. L. POUR LES PIEDS CONTREFAITS,
Ccc ii|
774 ^IS Opérations de Chirurgie.
pouf les f~\ N voit des gens qui ont les pieds mal tournez
pïedscontre.^^^ contrefaits*, ce défaut ne caufe pas feule-
l4ntôtf!fe« ment de la difformité , mais il incommode encore
Divers noms beaucoup en marchant. Les uns les ont tournez en
latins des 4'ehors 6c s'appellent en latin valgi 0 les autres en
SS, C " dedans 3 & fe nomment pari , le vulgaire fes con-
noît fous le nom de pieds-bots.
caufes de Ces fortes de tournures de pieds viennent de
la mauvaift trojs chofes , ou de naifïance comme quand un en-
tournure des r . -, , -, \"r » i>
pieds, rant vient au monde les pieds mai îigures > ou d ac-
cident comme par une luxation , un coup ou un
dépôt d'humeurs qui aura formé une anchilofe 3
ou d'habitude > comme quand un enfant s'accou-
tume à tourner les pieds en dedans. Lorfque ces
Remèdes mauvaifes difpofitions viennent de naifïance elles
quand ce dé- çQnt fcQ}Ci[QS 4 cmêtïï ; mais quand elles font eau- '
eaiffanec. '- fées pat une meenante habitude qu aura contracte
l'enfant , on peut y remédier , en mettant un petit
carton A. pour redrelTer le pied qu'on foutiene
d'une petite bande B. un peu ferrée , & par les
foins que doit prendre la nourrice en remuant
l'enfant de lui mettre les pieds dans une bonne fi-
gure> de de- les y tenir par les bandes qu'elle ferre-
ra plus a l'endroit des pieds qu'ailleurs- : au lieu
jue quand il eft mal fabriqué dès la première con-
rormation , ( comme il eft arrivé a un de mes pa-
rens , dont la mère grofle de lui avoit regardé at-
tentivement un gueux qui avoit le pied tont-à-fait
tourné en dedans , car il naquit avec un pied fait
comme celui du gueux 5 ) alors on employa tou-
tes fortes de moyens fans pouvoir corriger ce dé-
faut 3 & aujourd'hui que le parent dont je viens
de parler a trente ans , fon pied eft comme il l'a
apporté au monde.
€>u dHmae- Quand un pied a perdu fa figure naturelle par
cideuc. quelque accident , comme une luxation , une plaie
de feu qui en aura brifé les os , ou une anchilofe
ïo
W
Neuvi e'm e D e'm o n s t r a t i o n. 775.
caufée par une humeur glaireufe deiTechée , qui
prive de leurs mouvemens ordinaires les os qui les
eompofent , c'eft au Chirurgien à bien examiner
l'embaras qu'il y trouve , Ôc à fe fervir des remè-
des capables démolir les ligamens ôc les cicatri-
ces qui font caufes de cette méchante conforma-
tion \ comme font les fomentations fréquentes de
bouillons de tripes , les fridbions oléagineuses , ôc
les cataplafmes faits avec les herbes ôc les racines
émolientes ôc mucilaoineufes, comme les çuimau-
ves , le fenu-grec , la graine de lin cuite avec le
heure frais ou l'huile de lis. Pendant l'ufage de ces
remèdes, on fait tous les jours une douce violence
au pied pour le mouvoir de le tourner , Ôc on mec
de forts cartons , des attelles de bois , ou de peti-
tes platines de fer , qu'on ferre avec une bande
pour le tenir dans l'état où on- a deûTein de l'a-
mener.
Si par ces moyens on croit ne pouvoir pas ob- ^%s dfi*
• l ■> r \ • 1 • bottines.
tenir ce qu on iouhaite , on a recours aux machi-
nes qui (ont des bottines de cuir ou de fer C.
qu'on fait faire proportionnées à la dilpofirion du
pied qu'on veut redreiler , mais comme il arrive
Souvent que dans les bottines toutes d'une pièce ,
on a de la peine à faire entrer le pied mal figuré ,
ou que quand il y eft » il peut n'être pas compri-
mé également ni fufhYamment pour le remettre
dans fa première figure , il faut pour lors les
faire faire de deux pièces DD. ôc femblables à ces
étuisjdans lefquels on enferme quelque pièce d'ar-
genterie façonnée , ôc d'inégale grofTeur dans for*
étendue , à laquelle on proportionne ces étuis qui
fe divifent par la moitié fuivant leur longueur , ôc
qu'on ferme avec de petits crochets , on enchafle
le pied dans une des moitiés , ôc mettant enfuite
l'autre retenue par des crochets , le pied fe trouve
emboité de manière qu'il eft contraint de reprerw
4re dans la fuite du terns fa figure naturelle. E nfia¥
C c c iiij
776 Des Opérations de Chirurgie ,
Effets des {î les calloûtez 8c les contrarions dcs-lisamens.no
boues de cer- j \ > \ <, \ t • • «
taines çaux. cèdent point a ces rerneaes ce a ces machines , il
faut enyoyer les malades ou à Bourbone ou à Bar-
rege 3 dont les boues des eaux ont une vertu balfa-
nuque qui peut rendre le mouvement à ces par-
ties , 8c dont on a vu de bons effers fur plufieurs
Officiers d'Armée , qui après de grandes bienures
dans les articles , en font revenus au. moins foula-
ges quand ils n'en ont pas pu obtenir une guéri -
fon parfaite.
. B« la grof- Il arrive fouvent qu'on voit des enfans qui ont-
fait des. arti-lçS jointures plus grofles quelles ne doivent être s
- ce font des extrémités d'os ou font les articula-
tions 5 qui étant poreufes plus que le refte de l'os %
8c les porofïtés étant pleines d'un lue médulaire ,
lie fe font pas defléchées auffi:ô,t aux uns qu'aux
autres , (bit par foiblefle , foit par l'imbellicité de
la chaleur naturelle *, ce qui fait que ces jointures
demeurent groifes jufqu a ce que ia chaleur ait
pris le défias , qu'elle ait ofitfie ces parties , 8ô
- qu'elle leur ait donné le degré de dureté qu'elles
doivent avoir -, la natuie de ces os eil pour lors
femblable à celles des os du jarret d'un veau *
qu'on trouve pleins d'un lue moelleux > 8ç telle-,
ment tendres 8c porreux , qu'ils s'écrafent alte-
rnent fous la dent , c'eft pourquoi il ne faut pas
être iuipris H ceux de certains enfans qui font ain-
^ fi tendres (ont plus tardifs a acquérir leur folidicé
naturelle*
em. os qui On voit encore des enfans dont les os des cuif-»
fe ç9^nc. çes ^ ^es jambes fe courbent 8c prennent la figure
d'un arc : quand cela arrive, c'en: la faute des mères
$c des nourrices > qui par lempreflemeiu de vois
leurs enfans marcher de bonne heure font foûtenit
par ces parties toute la malTe du corps , en les
chargeant d'un poids plus pefant que leur force nq
Içiir permet de porter , 8c qui contraint les os des
jamt>es §c des çuiiTes de ployer fous le fais 8c de fç
N e u v i e'm e D e'm onstration. 777
cambrer peu à peu , quand on s'obftine à les vou^
loir faire marcher avant que d'en avoir la force *
de on remarque que ces pauvres enfans cherchent
à appuyer leurs genoux l'un contre l'autre pour fe
pouvoir foutenir , ce qui leur rend, les jambes mai
tournées pour toutes leur vie.
Quand un enfant eft noué ■> pour parler le lan-
gage vulgaire * 8c quand on apperçoit de la cour-
bure a ces os , il n'y a point d'opération à faire ,
il faut tenir l'enfant couché ou allis dans une chai-
fe , Se ne le point obliger à marcher ; il faut at-
tendre que ces jointures ayent pris leur état natu-r
rel , Se que ces os foient par venus. dans une oiliri-
cation parfaite tc'eft le tems avec le fecours de la
chaleur naturelle qui fait l'un Se l'autre, Ceft pour-
quoi il ne faut point avoir d'iuipatience fur le
marcher de l'enfant avant que ces os foient per-
fectionnez Se qu'ils ayent afTez de force pour por-
ter le poids du corps , car il ne faut pas leur de-
mander plus qu'ils ne peuvent,
L'Enrorfe eft un effort qui fe fait dans larticu- Défînitia»
ladon du pied , par une extenfion violente Se dc i,cnEOrfe»j
douloureufe des ligamens qui l'attachent aux es de
la jambe,
Il y en a deux fortes , Tune quand ce font les
ligamens de la malléole externe qui ont fouffert ,
Se l'autre quand ce font ceux de la malléole inter-
ne : la première fe fait quand le pied s eft tourné
en dehors -, celle-ci ne fe fait que rarement 9 mais •
l'autre arrive très-fouvent.
L'une Se l'autre font caufées par âes faux pas ses cauG^
qu'on fait en marchant , en courant, ou en fau-
tant , fi le pied ne trouve pas un terrain égal , il
panche & fe courbe du côté de la pente du ter-
rain , comme il arriva à Bordeaux à un Offi-
cier des cent-Suiiles du Roi , qui voulant fauteç
d'uae .barque fur iç Port , trouva un pavé inégal
778 0E* Ope'ratîons de Chirurgie
ôc panché ; qui lui fit une entorfe des plus fu-
rieufes que j'aye jamais vues -, la pefanteur de
fon corps qui eft des plus puiflans , contribua à la
rendre plus grande -, il fe fit une extra vafion de
fang dans tout le pied Se toute la jambe , ce qui
m'obligea de le faigner cinq fois , j'appréhendai
même la mortification par l'engorgement qui étoit
dans toute la jambe : il fut obligé de demeurer
à Bordeaux , Se ne nous vint rejoindre qu'a Tou-
louze.
Il y en a qui pour premier appareil -font mettre
le pied dans un fceau d'eau de puits bien froide %
ils prétendent qu'il n'y a point de repercuflifs plus
puifïans , Se que la froideur de l'eau reflerre les
ligamens trop alongez , Se empêche la fluxion fur
la partie ; d'autres confeillent , comme un remède
infaillible , de prendre un harang falé , de le piler
dans un mortier , Se de le mettre fur Tentorfe en
cataplafme. Pour moi je me fers d'un petit défen-
fif fait avec le blanc d'oeufs , l'huile rofat Se la
nés feroedes : poudre d'alum , que je mets fur un linge E. les
ç*voiiy fait, deux premiers jours avec une compreiTe. F. & un
bandage G. un peu ferré.
Le troifiéme jour je fais un vin aromatique Se
aftringent avec le gros vin , les rofes > l'abfinthe >
le romarin , l'écorce de grenades , les noix de
Galles , l'alum Se le fel commun. Je fomente le
pied avec ce vin bien chaud, Se je mets deiîus
une compreiTe trempée dans ce même vin avec un
bandage que je ferre encore plus que le premier
jour.
L'application de la comprefîe Se du bandage
. Vtilité ic contribue autant à la guérifon de l'entorfe que les
la comprclle ° • -i 1 r r • '
& du banda, remèdes , c'eft pourquoi il la faut taire avec me-
*c' thode. La comprefle doit être en quatre doubles ,
large de quatre travers de doigts , ôc longue d'une
demie aulne , on la pofe par fon milieu fous la
plante du pied ? les deux chefs viennent fe croifes
Ne tr v i e'm e D e'm onsk rati on. 77?
fur le coude du pied , ôc vont finir chacun par un
circulaire qui embrafl» les malléoles. La bande
doit être large de deux travers de doigts , & lon-
gue de deux aulnes , on pofe le premier chef à
l'oppofite de l'entorfe , afin qu'ayant parlé fous le
pied elle le relevé ôc ie tienne dans une fituation
droite ; on continue les circonvolutions qui fe
croifent toutes fur le coude du pied , on finit par Man;efe &
un circulaire au~de(Tus des malléoles > &c afin que ie Rapplique*,
bandage Toit fait avec élégance , il doit repréfen-
ter un fpica fur ie pied rajufté.
Quand on s'eft fervi de ce vin pendant dix ou
douze jours , on met deflus un ciroine aftringent
H. étendu fur un morceau de cuir 5 on met par-
deflfus une Ample bande I . moins longue ôc moins
large que la première 3 avec laquelle on fait les
mêmes circonvolutions , &c dont on coud le der*
nier chef, afin de la laitier jufqu'à ce que ie ma-
lade fente que fon pied n'a plus befoin d'être
bandé.
Ce tems ne vient pas toujours auflîtôt qu'on le
fouhakeroit , car quand l'entorfe a été, grande on
s'en refient quelquefois des années entières , ÔC
pour peu qu'on marche fur un terrain penchant ,
on trouve de la difpofition dans fon pied de fe jet-
ter du côté où il a déjà été tourné , c'eft pourquoi
il faut avec attention regarder où on pofe Ton pied
jufqu a ce que le tems lui ait fait reprendre fa pre-
mière force.
7S0 Des Opérations de Chirurgie ,
Fig. LI. POUR LES DURILLONS ET LES CORS.
ExcroiCance
vitîeufe de
l'ongle du ,
gros orteil,
' t?ne des
fcaufes àc
cette indif-
poiîtiou.
L'ongle du gros doigt du pied croit quelquefois
tellement par fes cotez qu'il entre dans la
chair , & qu'en la piquant il y caufe une douleur
continuelle , ce qui fait qu'on ae peut marcher
qu'avec peine : à cette chair entamée il s'y fait
une exçroiiTance qui remonte jufqnes fur le corps
de l'ongle. C'eft la coutume de confumer cette
chair fuperflu'e avec de la poudre d'alum calciné >
d'y mettre des emplâtres deiîicatir s , 8c de tâcher
d'y produire une cicatrice : mais on travaille en
vain tant que les pointes de l'ongle fub liftent , &
on ne peut point guérir qu'on n'ait oté ces corps
devenus étrangers par leur grandeur quand elle
excède celle qui leur eft naturelle , & par la pref-
fion extrêmement douloureufe qu'elles font à ces
parties.
Cette incommodité eft encore caufee par un:
pâton du foulier trop dur , qui preiTant le gros
doigt contre la femelle , poulTe un des cotez de
l'ongle pu tous les deux dans les chairs ; c'eft ce
prelTement continuel qui les oblige de s'entamer >
de. croître & de faire cette indifpofition , qui aux
Neuvième Démonstration, 78s
yeux des autres paroît très-legere , & qui néan-
moins au rapport de ceux qui en font affligez eft
infuportable. Pour éviter ce petit malheur , il faut
porter des fouliers dont le pâton foit molet de éle-
vé, de particulièrement ceux qui ont l'ongle du
gros orteil dur de épais , afin qu'il ne foit point
trop p relié : on remarque que les Religieux def-
chauliez ne font point fujets à cette incommodi-
té , le gros ongle n'étant point contraint par un
foulier , a la liberté de pouffer en dehors autant
qu'il le veut.
Tous les remèdes de la Chirurgie ne peuvent Des opéra*
point guérir fans l'opération , il n'y a ici que ce tiof^ ^om
Icul moyen pour y parvenir , qui eft de couper de
l'ongle tout ce qui eft entré dans la chair. On com-
mence par faire tremper le pied dans l'eau chaude
pendant quelque tems , afin d'amolir un peu l'on-
gle qu'on veut couper : le malade allis fur un liè-
ge plus haut que celui fur lequel fe met le Chi-
rurgien vis-à-vis de lui, avec une ferviettefur
fon genou , il y fait mettre le pied du malade , de
avec un biftouri A. eu forme de ganif , il coupe
en long la partie de l'ongle qu'il- croit devoit ôter ;
quand il Ta féparée du corps de l'ongle , il la prend
avec des pincettes B. de la tire avec douceur de
crainte de faire trop de douleur s'il la tiroit avec
violence ; fi elle étoit encore trop attachée il fau-
droit la féparer doucement avant que de la tirer
dehors.
Je trouve les cifeaux C. plus commodes que le Les Cif€aî33&
biftouri j j'en ai coupé plufieurs en mettant une y ^ P1"*
des pointes des cifeaux fous l'ongle de l'autre def- f/biftmiry**
fus , de coupant à plufieurs fois jufqu'à ce que je
fuffe parvenu à la racine , de que j'euffe féparé cet-
te partie du refte de l'ongle que j'otois avec des
pincettes en la tirant fans violence.
Cette opération quoique petite eft très-dou- Du panfe*
ioureufe, les malades ne la foofient pomt fans 2^^°*
y$i Dès Opérations de Chirurgie ,
crier *, mais il ne faut point que le Chirurgien s*eft
allarme , il doit aller fon chemin & la faire très-
promptement *, car auflitôt que la pièce de l'ongle
eft ôtée la douleur finit , ôc le malade parle d'un
état de fouffirance dans un autre tranquille qui lui
fait oublier la douleur qu'il vient de loufFrir. On
met à 1 endroit de l'ongle coupé un de ces petits
bourdonnets DD. trempé dans l'eau de chaux ou
quel qu'autre deflicative , un emplâtre de cerufe
ou de minium E. une comprefle F. 8c une petite
bande G.dont on fait piufieurs circonvolutions au-
tour du doigt : on confeille au malade de demeu-
rer quelques jours fans marcher pour éviter la flu-
xion , ôc on le panfe tous les jours jufqu a ce qu'il
foit venu une cicatrice qui remplifTe la place de
l'ongle coupé. S'il furvenoit quelques petites ex-
croiffances de chair* on iaconfumeroi: avec l'alum
brûlé qui eft dans cette boete H.
Il ne fuffit pas d'avoir guéri le mal préfent , il
faut empêcher qu'il ne revienne , ce qui ne man-
que pas d'arriver quand l'ongle vient à reponfTer.
11 y a un moyen infaillible pour prévenir la réci-
dive dont quelqu uns faifoiént un fecret , c'eft de
ratiifer l'ongle tous les mois avec un morceau de
verre } & amfi l'émincer jufqu'à ce qu'on tente
qu'il obéit au toucher : c'eft un fait fondé fur la
raifon & fur l'expérience , parce que l'ongle étant
aftoibli dans fon milieu , les deux cotez s'appro-
cgent du centre &c s'éloignent ainfi des chairs , ôc
de plus là nourriture de l'ongle eft employée à
reparer ce que le verre en a ôté , &c non pas à l'ac-
croître par les cotez , ce qui l'empêche de blefter
les chairs voiiines -, ce qui doit encore plus obli-
ger de fe fervir de ce moyen , c'eft que tous ceux
qui font dans cet ufage , difent qu'avant que de le
pratiquer ils étoient contraints de tems en tems
d'avoir recours à l'opération ; mais que depuis
qu'ils fe font ratifier les ongles ils n'en font plus
incommodez.
N £ u v i b'm e D s' m onstration. 7S5
LEs durillons qui viennent a la plante du pied B<* D«»k
ne font pas regardez comme maladies $ mais
comme de légères incommoditez qui fatiguent
dans le marcher , ce font des corps durs fembla-
blés à de la corne qui viennent en plusieurs en-
droits de la plante du pied : les Daines qui vont
toujours en carorTe n'en ont point , mais ceux qui
marchent beaucoup y font forts fujets , ôc par la
même raifon 5 qu'il en vient aux ferles de ceux qui
courent la polie très-fouvent 5 il s'en forme aux
pieds de ceux qui font dans un exercice continuel
de marcher.
Quand ces durillons font devenus épais ôc
qu'ils fe font derTéchés 8c durcis comme de la
corne , ils font de la douleur en marchant , parce
qu'ils meurtriiTent les chairs voifines par la pefan-
teur du corps qui appuyé deiïus, Par la douleur
caufée par ces fortes de meurtrilTures , j'en ai vu
furvenir des fluxions accompagnées de tumeur ÔC
rougeur , & quelquefois d'abfcès } particulière-
ment fous l'articulation du gros doigt avec le pre-
mier os du métatarfe qui eft l'endroit où ces duril-
lons fe forment le plus fouvent.
L'opération qui leur convient eft très—facile 5 De l'opérai
puifque chacun la peut faire foi - même -, elle ne£a°it.qUOn f
coniifte qu'à les couper avec un rafoir I. ou un
petit couteau K. fait exprès , après avoir fait trem-
per les pieds dans l'eau tiède ou au forcir du bain :
ceux qui ne veulent point apporter tant de pré-
cautions fe les coupent ou fe les font couper le foir
en fe déchauifant , parce que dans ce tems-là le
pied étant humide on le fait plus aifément que le
matin lorfqu'il eft defléché : il faut le couper dou-
cement de l'enlever feuille à feuille comme font
les maréchaux quand ils parent le pied d'un che-
val *, il faut prendre garde de ne point couper trop
$vant , parce qu'outre la douleur que cela feroit 9
784 Des Opérations de Chirurgie*
- . il en pourroit arriver des fuites fâcheufes , com-
me on ne Ta vu que trop fouvent a ceux qui s'e-
toienc coupez jufqù'au iang.
Renouvelle- Quand on a une fois commencé à fe parer les
snent de pieds j il faut continuer à le faire de tems en tems*
iiog? °P ra"parcô 4ue ces durillons croilTent Ôc reviennent
comme les ongles ; on ne peut pas le preferire ,
c'eft félon le plus ou le moins de tems qu'ils ont
été à revenir , on en eft averti par la douleur qu'on
commence à relTentir en marchant , laquelle aug-
mente à roefure qu'ils durciffent , & qu'on ne fait
cefTer qu'en les coupant de rechef i je confeille-
rai toujours de faire couper ces durillons par un
garçon Chirurgien qui eft dans l'habitude de ma-
nier un rafôir Se un biftouri > plutôt que de l'entre-
prendre foi-même * parce que fe mettant dans le
nazard de fe blefler , oa s'expofe témérairement
au* fuites cruelles qu'on en a vu arriver.
t>es cors La plante du pied n'eft pas feule attaquée par
te pieds, , r .,t r j • j,
ces durillons , il en vient encore aux doigts dû
pied qu'on appelle des cors , ceux qui en ont di-
fent communément qu'ils ont des cors aux pieds i
ce font de petites duretez rondes Se calienfes,
dont une partie excédé en dehors Se l'autre eft en-
racinée dans le doigt,qui font de la douleur quand
elles font prelfées St plus dans de certains tems
que dans d'autres , c eft ce qui fait dire que tous
ceux qui en font incommodez ont un Almanach
aux pieds qui leur marque Se annonce les change-
mens de tems»
Je viens de vous dire que les femmes qui ne
marchoient guéres n avoient point de durillons à
la plante du pied : mais comme elles veulent por-
ter des fouliers mignons Se pointus qui leur fer-
rent extrêmement les doigts du pied , elles y ont .
beaucoup de cors qui leur font de la douleur Se
qu'elles aiment mieux endurer que de fe refoudre
à porter un foulier mal fait* Les hommes qui ont
voulu
Neuvie'ke Démonstration. 785
Voulu porter des fouliers étroits n'en font pas plus
exempts que les femmes > ceux qui font chauliez au
large ne connoiffent pas cette incommodité qui
ne vient que pour avoir eu les pieds trop ferrez ;
la preuve en eft certaine par les Religieux dé-
chauffez qui n'ont point de cors aux pieds.
Il y a autant de remèdes pour lés cors qu'il y a Divers ««
deperfonnes qui en ont , chacun a le fien dont il^^"JS*
fe fert par préférence aux autres ; on éprouve ordi- tcz.
nairement tous ceux qu'on enfeigne, & on s'en
tient à celui qu'on croit avoir donné plus de foula-
gement; mais en général tout ce qui les peut amol-
lir y fait du bien , parce qu'on peur les arrachec
ou les couper avec plus de facilité , Se que c'eft
leur dureté qui cauie de la douleur. La feuille de
fou ci , de galega , ou de queiqu^autre plante , la
cire molle , l'emplâtre de mucilage ou de diapal-
nie L. tenus demis continuellement conviennent
fort àTintention qu'on a de les amollir Se d'appai-
fer la douleur.
J'ai vu â^s gens qui avec leurs ongles arra* Précaution
choient une partie du cors , au bout de quelque ^„t couper!
tems quand il avoit repris fa première grolTeur ,
ils recommençaient la même chofe : j'aimerois
mieux le faire couper avec le petit couteau K. par
un Chirurgien adroit Se ftilé dans cette opération
qui n'eft pas tout-à-fait indifférente j car quand le
cors eft fur la jointure d'un des doigts , fî on en
coupoit trop avant on pourrait bleffer le tendon
extenfeur èts doigts , Se alors il furviendroit des
accidens fâcheux -, c'eft pourquoi il vaut mieu£
n'en pas trop couper Se le Faire plus fouvent , que
de rifquer de toucher ce tendon , ce qui ferait
d'une dangereufe conféquence. On y met l'emplâ-
tre M. la compreiïè N. Se la petite bande O. pen-
dant quelques jours»
J*ai vu autrefois un homme à Paris qui fe pto- E*un tireut
menant toute la journée dans les rues, difoit fansXdfT* âaS
Ddd '
yî6 Des Opérations de Chirurgie ,
celle ( je tire les corps des pieds fans mai ni dou-
leur *, ) je ne fçais point s'il exécutoit fa promeuve s
mais s'il le faifoit on le payoit bien mal j car il
étoit très-mal vêtu & paroilîoit fort gueux. Je
crois qu'on pouvoir mettre cet homme au rang des
arracheurs de dents qui promettent toujours de ne
point faire de douleur quoiqu'ils foient perfuadez
du contraire , c eft pourquoi on dit : il ment com-
me un arracheur de dents ; car s'il avoit eu le ta-
lent ou FacUeflfe d'ôter les cors fans douleur , com-
me il le difoit > il auroit dû aller en carofïe.
PUifque nous fommes à ces grands faifeurs de
promeiTes,je vais en fini(Tant cette Démonftra-
tion , vous dire quelque chofe de ceux qui ont
paru fur les rangs depuis quelque tems , outre ceux
dont je vous ai parlé dans le cours de ces Démon-
ftrations 3 il y en a encore dix ou douze dont je
vais vous faire les portraits.
Caretto mérite la première place , parce qu'il
fe faifoit appeller Marquis. G'étoit un Italien , qui
après avoir publié un remède merveilleux de fa
façon , qu'il vendoit deux louis d'or la goûte > vou-
lut traiter Madame la Dauphine /de entreprendre
M. le Maréchal de Luxembourg , qu'il empêcha
de faigner dans une inflammation de poitrine dont
ce Maréchal mourut j de parce que lui ayant don-
né deux onces de diacode , il calma un peu fon
agitation pendant quelques heures , on difoit qu'il
lui falioit élever une itatue d'or , mais la mort qui
furvint fit changer de langage , Ôe lui fit perdre
cette haute réputation , où favoit élevé un certain
nombre de Courtifans , qui imprudemment s'é-
toient déclarez fes protecteurs.
De deux Ca- Deux Capucins parurent, qui rirent dire au
SSm* empl" R-°i qu'ils apportoient des Pays étrangers où ils
avoient voyagé , des fecrets inconnus aux autres
hommes. Le Roi les fit loger au Louvre, ôc leur
Neû vïe*mê De'mo^stïi Atîôh. 78?
ïaifoit donner quinze cent livres par- an pour faire
leurs remèdes j le charme de la nouveauté leur at-
tira tout Paris j ils diftribuoient quantité de remè-
des dont on ne vit point de miracles* Quelque tems
après ils fe jetterent dans l'Ordre de Quni , l'un
fe fit appeller l'Abbé RôuiTeau , qui aima mieux
mourir courageufement que de fe îaîfTer faigner ,
parce qu'il avoit pris le parti de déclamer contré
la faignée, l'autre eft M. l'Abbé Aignan quipaf-
foit pour avoir un excellent remède contre la pe-
tite vérole qu'il dit très-fur , (bit pour empèchet
qu'il ne vienne des puftubes , ou qu'on ne (oit
marqué* Son remède fut proné d'abord par plu-
sieurs perfonnes qui le prirent feulement par la
crainte d'avoir la petite vérole. Cependant depuis
quinze mois deux perfonnes de la première quali-
té ayant eu cette maladie fe font fervis du même
remède , ils ont eu un fort affez différent , l'un eft
M* le Duc de Roquelaure qui en eft réchappé , 3c
l'autre M. le Prince d'Epmoy qui en eft mort *
quoiqu'ils l'ayent pris tous deux avec l'exactitude
recommandée par un imprimé que cet Abbé pre-
noit loin de donner à (es malades*
Le Médecin de Bœufs , ( c'eft ainn* qu'on ap- t$u Uédèà
pelloit Un efpéce de Médecin a Seignelay en Bour- f^eL^oS
gogne ) prétendoit par PinfpecHon des urines con-la connoife
noître toutes fortes de maladies* Lés meîragersf?!1"^8 u*
Venoient de toutes parts lui apporter des fioles plei-
nes d*urines -, on lui en envoyoit beaucoup de Pa-
ris avec de Pargent pour payer la consultation : ii
faifoit à chacun la réponfe comme il le jugeoit a
propos , & comme ceux qui difent la bonne avan-
turé en regardant dans la main , il difoit tant dé
chofes , qu'il rencontroit dans quelques-unes» Il
fuffifoit qu'il eût dit vrai quelquefois pour le croi-
re un oracle. Je l'ai vu à Paris d'où il s en retour-
na au plutôt peu content des Parifiens* Depuis Ce
Voyage les urines né niarchoient plus il fréquent
t)ddij
fines*
788 Des Opérations de Chirurgie,
ment , peu à. peu elles oublièrent le chemin -, êc à
l'exemple de Paris on n'y en envoyoic plus gué-
res 3 ôc quelques années après il ne fut plus men-
tion de lui.
Le Père Guicon \ Cordelier , apprit dans un
livre de Chimie à faire des remèdes , il chercha
à les diftribuer y fes Supérieurs lui permirent de
les. vendre Ôc d'en garder le profit , pourvu qu'il
en fournît gratis à ceux du Couvent qui en au-
roient befoin. Comme il ne manquoit pas d'efprit ,
êc qu'il étoit hardi , il fe fit quelques amis qui lui
rendirent fervice dans le defïein qu'il avoit d'en-
trer dans l'ordre de Cluni , ôc peu de tems après
on le vit habillé en Abbé, M. le Prince d'Ifenghen
ÔC plufieurs autres éprouvèrent (es remèdes , mais
on fçait avec quel fuccès. Il continua a faire la
Médecine fur le pavé de Paris fous le nom de M.
l'Abbé Guiton.
Un Apotiquaire du Comtat d'Avignon parut il
y a quelques années à Paris avec une paftille de
nouvelle invention , c'étoit un fecret , à ce qu'il
difoit , qui devoit faire fa fortune , il n'étoic
point de maladie qui ne dût céder à l'effet de ce
remède. Il obtint le privilège d'en diftribuer ; il
fit afficher par tout Paris , &: en vendit beaucoup
dans le commencement , parce qu'il les donnoit
à cinq fols pièce -, mais comme cette paftille éroit
compofée d'un peu de fucre incorporé avec un
grain d'arfenic , qui eft le plus puiffanc poifon que
nous ayons , les effets en furent funeftes à quantité
de ceux qui en prirent , ôc d'autant plus que pour
faire par exemple , mille paftilies , il prenoit mil-
le grains d'arfenic , qu'il faifoit cuire avec autant
de fucre qu'il en falloit pour faire mille paftilies*
Mais le partage de cette poudre ne fe fiifoic pas
fi exactement, qu'il n'y en eut quelques-unes qui
n'en fiuTent chargées que de très-peu , 8c d'autres
do deux grains de plus ; ceux à qui étoient é-
Neuvi b'm i D e'm o n s. r ra t i g n. 7^
chues celles qui avoient le moins de ce poifon *
en étoient peu incommodez i mais ceux quipre-
noienr celles où il y avoir plus d'un grain d'arfe-
nic en écoienc prefque empoiiormez , de trop heu-
reux quand ils en écoient quittes pour des vomif-
femens jufqu'au fang. Ces cruels effets 'ont dé-
trompé le Public qui acefTé d'en acheter & d'ea
prendre.
Le Frère Ange Capucin du Couvent du Faux- D|r Frefe
bourg S. Jacques , avoit été garçon Apoticaire., Ange,
route fa fcience ne coniiftoit que dans la compo-
sition de quelques remèdes , & principalement
d'un firop qu'il appelioit mefenterique , & qu'il
faifoit prendre à tous ceux qui avoient recours à
lui > il donnoit à ce firop Fefprit de purger avec
choix les humeurs qu'il falloir faire fortir : il avoit rop & de dZ
cncore un fel végétal qu'il élevoit au-deiTus defcl végétai,
tous les remèdes de la Médecine. C'étoit un bon
homme qui parloit de bonne foi 3 car il le croyoit
comme il le difoit. Avec ces remèdes , il parloit
pour habile dans ion Fauxbourg , de-là fa réputa-
tion fe répandit dans Paris , ôc enfin à la Cour 5
où Madame la Dauphine qui étoit indifpofée , le
voulut voir fur le récit qu'on lui fit de la bonté
defes remèdes : il ne fit point de difficulté de dire,
aux Médecins les drogues dont ils étoient compo-
fez -, les Médecins ne s'oppoferent point aufîi à la
réfolution que Madame la Dauphine avoit prife
de s'en fervir. Elle en ufa pendant quinze jours ,
& ne trouvant point de foulagement , elle fit plu-
fîeurs queftions au Frère Ange , qui le déconcer-
tèrent , &c elle le congédia. Enfin , il s'en retour-
na dans fon Couvent bien chagrin de ce que Ma-
dame la Dauphine n'avoit pas eu autant de con-
fiance en fes remèdes qu'en avoient les bonnes
gens de fon quartier.
L'Abbé de Belzé étoit un Prêtre Normand qui vmftoir&
savifa de fe dire Médecin : il fut introduit par^^^
D d d iij
j$o Des Opérations de Chirurgie ,
M. le Maréchal de Bellefons auprès de Madame
S*mauvaife^a Dauphine : il la purgea vingt deux fois dans i'efc
nvéÂte, pace de deux mois , & dans le tems où il eft
défendu de faire des remèdes aux Dames , il la
traitoit à fa mode ; ilfaifoit le Médecin ôc l'Apo-
ticaire tout enfemble j il ne confuitoit perfonne
Se enfin , après quatre mois il la laifîa plus mal
qu'elle n etoit quand il l'avoit enrreprife. On lui
donna cinq cent piftoles avec fan congé» Made-
moifelie Befola éc Mademoifelie Patrocle , tou^
tes deux femmes de chambre de Madame la Dati-
phine ôc (es confidentes » voulant faire leur Cour
à leur maîtreffe efTayerent des remèdes de l'Abbé
de Belzé , mais elles tombèrent en langueur , ôc
eurent un dévoyement continuel } dont elles font
mortes l'une après l'autre peu de tems après Ma-
dame la Dauphme.
Effet aes Madame la Barrière earde de femmes en cou-
ïemedes d'u- f . , v ' r/ \ ■» / i i t^ i •
m garde de cïiQ a Pans 5. rut propolee a Madame la Dauphine \
*o™ch" €" on ^c ven^r certe f^mme5 qui pendant quinze jours
fit les fomentations de les autres remèdes qui font
du refïbrt des gardes d'accouchées > mais ces remè-
des ayant piûiot échauffé que foulage , on la ren-
voya avec deux cent pifloies.
Autre Hif- Le fleur du Cerf étoit un Médecin Empirique,.
IT^^e aumoms °tu^ & difoit tel à Paris, ou avec une
huile ou elfence de gàyaç dont il faifoit un fecret y
il devoit rendre les gens immortels *, parce que
foit qu'on en prît intérieurement , ou qu'on s'en
frotât extérieurement , il n'y avoit point de mala-
die qu'il ne dût difparoître aufiitat. Un des Au<^
môniers de Madame la Dauphine le propofa com-r
me un homme qui la guériroit infailliblement,
Monfeigneur voulut le voir , & après l'avoir en-
tendu parler , il fit dire à Madame la Dauphine
qu'il ne lui confeilloit pas de fe fervir de cet hom^
me. Cependant deux mois après , qui étoit le jour
du. décès de Madame la Dauphine , on le vit pa«*
Neuvie'me Démonstration 791
roîcre , & s' étant fait introduire de nouveau par
le même Aumônier , après avoir touché le pouls ÔC
le ventre à Madame la Dauphine , il lui dit qu'il
en avoit guéri de plus malades qu'Elle , ôc qu'a-
vec un lavement , dans lequel il alloit mettre de
(on eflence , il lui feroit vuider toutes les impu-
retez dont fon ventre éroit farci. Il alla chez M.
Riqueur préparer ce lavement 1 mais quand il re-
vint pour lui faire donner ? il la trouva dans les
convulfîons de l'agonie , ôc elle mourut deux heu-
res après. [1 s'en retourna à. Paris , en difant hau-
tement qu'elle ne feroit point morte il elle avoit
pu prendre de fon remède. Le Public n'a pas pro-
fité long-tems de ce rare iecret qui devoit immor-
talifer les hommes ; car lui-même trois mois après
reconduifant une perfonne , il tomba dans fon ef-
calier 3 ôc s'étant blefle dangereufement , il mou-
rut peu de tems enfuite.
Le Médecin de Chaudrais a fait autant de bruit, T „ ,« ,
ôc a ete autant a la mode qu aucun autre qui l'ait cindeChau»
précédé. Chaudrais eft un petit hameau compofé draiS#
de cinq ou lix maifons auprès de Mante > là s'eft
trouvé un Payfan d'a(Tez bon fens , qui confeilloit
aux autres de fe fervir tantôt d'une herbe 3 tantôt
d'une racine félon les maux qu'ils avoient , Ôc par»
ce qu'ils fe trouvoient bien de fes ordonnances ,
ils l'honorèrent du nom de Médecin , & il ne fut
plus connu que fous le nom de Médecin de Chau-
drais. Sa réputation* fe répandit dans fa Province ,
ÔC vola jufqu'à Paris 3 d'où les malades accouru-
rent en foule à Chaudrais , où on fut obligé de
faire bâtir des maifons pour fe loger. Ceux qui
n'avoient que des maladies légères 3 guérilToient
par lufage de fes remèdes , qui ne confiftoient
qu'en plantes pulverifées 9 ou racines defFéchées 5
mais les maladies rebelles ôc enracinées ne ce-
doient point à ces remèdes. Ce torrent de malades,
a. duré pendant trois ou quatre ans , il s'eft dimi»
- D d d iiij
792. Des Opérations de Chirurgie ,
nué de jour en jour par le peu de fecours qu'ils
en recevoient , Ôc infenfiblement le Médecin de
Pe fa defti- Chaudrais eft devenu à rien. On ne peut pas fe
»fo plaindre de ce bon homme , il ne s'eft point don-
né pour plus qu'il étoit , il n'a point été chercher
les malades , il n'a point fait afficher Ces. remèdes *
ôc il n'a point promis plus qu'il ne pouvoir tenir*
C'écoit le Public prévenu en fa faveur qui l'avoit
élevé , c'eil le Public défahufé qui l'abandonne
aujourd'hui*
D'un autre II y a environ dix ans qu'il parut à Verfailles
fterec!10 3 un homme qui difoit avoir des fecrets particuliers,
ôc des purgatifs qui emportoient toutes les mala-
dies de quelque nature qu'elles fuflenc II trouva
de la protection auprès de quelques perfonnes de
la première qualité, qui le logèrent auCheni , qui
vantèrent fon mérite , ôc qui en parièrent au Roy
très-avantageufement. Ce commencement heu-
reux lui attira des pratiques qui n'eurent pas
fujet de s'gn louer par les mauvais effets que 0ro~
duiiirent fes remèdes ; mais ce qui le fit échouer
en peu ce tems , ce fut un purgatif qu'il donna à
Made Dura-fort Dame d' A tour de Madame , pour
une douleur de rhumatifme pour laquelle je l'a vois
fuofêTde fon ^a%n^ deux jours^ auparavant. Cette Dame étoit
scmcck pleine 3 grofiTe , & d'une ianté à devoir faire l'Epi-
taphe du monde. Ce purgatif lui caufa une diar-
rhée continuelle avec des douleurs effroyables dans
le ventre qui lui faifoient couler le fang tout pur j
elle vuida un efpece de boyau de ta longueur d'une
demi-aulne qui fut examiné par les Médecins ÔC
les Chirurgiens de la Cour. On jugea que c'étoit
la membrane interne du rectum , ôc d'une partie
ù il avoit voyagé , étant à Paris fe mit à diilri-
buer des remèdes qu'il donnoit à bon marché ,
mais foit que ce fut un coup du hazard , ou qu'ef-
fe&ivement des gens en eufient été foulagez , il y
en eût qui croyant lui avoir obligation de la vie ,
prônèrent par tout fon mérite perlonnel & l'excel-
lence de fon remède. Ses pratiques augmentèrent,
on le venoit confulter de toures parts , il ne pou-
voit pas aller voir la moitié de ceux qui le deman-
doient , ôc en moins d'un an fon nom retentifïbic
par tout Paris ; mais peu de tems après fa réputa-
tion diminua , il fut mis en prifon > & on ne parla
plus de lui.
Le fieur Bouret eft le dernier qui ait paru fur Bour" t '"„
la Scène. Il vint il y a environ un an à Verfailles Médecin ex-
avec une compoiition de pilules qu'il difoit mer- Pcnmen6a
veilleufe pour toutes fortes de maladies. Quelques
perfonnes de qualité qui en avoient pris , en pu-
blioient le mente : on en parla à M. Fagon j qui
répondit que fi elles étoient auili bonnes qu'on di-
foit , il étoit jufte que le Roy fit un préfent an
fieur Bouret , afin d'en donner la compofuion au
public, il fut même préfenté au Roy , qui lui or-
donna de dire à Ion premier Médecin de quoi elles
étoient compofées , Se qu'il le recompenferoit ;
mais il craignit l'examen d'un efprit aulli éclairé
que M. le premier Médecin , il n'exécuta point
ce que le Roy lui avoit dit , & il garda fon fecret.
Il s'en repentit bientôt après , 8c dans le tems
qu'il travailloit par le moyen de ks amis à obte-
nir ce qu il avoit refufé , il tomba malade à Ver-
failles d'une inflammation du bas ventre ; 8c com-
me il étoit fort replet , 8c qu'il avoit de la fièvre ,
on lui confeilla de fe faire iaigner , il n'en voulue
rien faire , ni tenter aucun autre remède que de
prendre tous les jours de fes pilules qui augmça»
794 ^es Ope*ratîons de Chirurgie ,
terent tellement l'inflammation de Tes entrailles ,
qu'il mourut le quatrième jour de fa maladie, em-
portant avec lui Ton fecret dans l'autre monde.
Danger où Qt ne font pas [^ tous ceux dont nous pourrions
l'ons'expofe i m r \ r i
en s'aban- parler , il y en a encore plusieurs autres dont nous
donnant à ne parlons point , parce qu'il faudroit rendre pu-
des Empyru, ,. r i • ■ r o 1 i i •/-
ques, bliques les intrigues , oc les moyens dont ils le
font fervis pour obtenir des premiers Médecins la
permiflion d'afficher , de vendre & débiter leurs
remèdes. Il y a eu de tout tems des Charlatans ,
il y en a aujourd'hui plus que jamais , & Dieu
veuille que le nombre n'en augmente pas pour le
falut du public > mais psr le récit fidèle que je
viens de vous faire de ces dix ou douze personnes
à fecrets , on doit connoître combien il eft dange-
reux de fe livrer entre les mains de tels gens ,.
qui tête baifTée entreprenent tout ce qui fe préfen-
te j il faut toujours aller à la fource. Les Médecins
de les Chirurgiens , qui toute leur vie fe font at-
tachez à étudier l'homme &: les maladies dont il
eft attaqué , font plus capables de les guérir que
des gens qui n'ont aucune teinture de ces Sciences.
Il y a encore des Médecins & des Chirurgiens
qui pour avoir acquis quelque réputation dans
leurs Provinces > fe perfuadent qu'ils brilleront à
Paris ou à la Cour. Ils. écoutent des amis qui leur
difent , que s'ils y étoient connus , ils efraceroient
tous ceux qui y font. Dans cette confiance ils par-
tent , & viennent ici échouer , comme on l'a vit
affez de fois , ôc comme on le voit encore aujour-
d'hui par quelques exemples. Je vais vous en rap-
porter trois ou quatre par où je terminerai cette
journée j mais nous ne parlerons que des morts >
ou des abfens , nous bifferons les autres.
Hiftoire de M. Rainfant Médecin de Reims , étoit regardé
■*>, Rainfant. 1>T T 11^1 ti ' ■
comme 1 Hypocrate de la Champagne. Il etoit ap-
pelle 8c confulté dans toutes les rencontres. Il vint
à Paris où il commença à voir les tmaiades 3 mais
Neuvie'me Démonstration. 795
celui qui avoit été un héros dans fa Province , fut
ici à peine regardé , perfonne ne fe conhoit en
lui. La Commiflion de Garde des Médailles du
Roy vint à vaquer. M. de Louvoy lui donna cet
emploi qui luiconvenoit mieux , 8c qu'il a exercé
tant qu'il a vécu , 8c lorfqu il eft mort , on avoit
oublié qu'il eue jamais été Médecin.
M. Pallieux fameux Médecin de Languedoc fut M. Pdlieux.
confulté fur la maladie de M, le Marquis de Sei-
gnelay par un écrit qu'on lui envoya fur la grande
réputation qu'il avoit acquifedans cette Province,
Par la réponfe qu'il fit , il rendoit la cure de cette
maladie fi aifée , 8c il en fit un projet fi facile à
exécuter que toute la famille prit la réfolution de
le faire venir pour la traiter lui-même, 8c d'autant
plus que les Médecins de la Cour en avoient fait
un prognoflic tout oppofé. Il partit dans Fefpérance
de le guérir , & fon remède pour y parvenir, étoit
l'ufage du lait de femme qu'il lui confeilla auMî-
tôt qu'il fut arrivé. M. Fagon qui eût quelques
conférences avec lui , commença de lui faire le
plan de la maladie telle qu'elle étoit , 8c des que-
{lions qui ne l'embaiaffoient pas peu. M. Pallieux
répondit feulement qu'il avoit vu de bons effets
du lait de femme , 8c qu'il croyoit qu'il en feroit
de même ici. Il ne s'avança pas davantage, 8c c'en:
ce qu'il rit de mieux , car il connut bien qu'il avoit
affaire à des Médecins éclairez. Enfin le lait n'ayant
pas réufîi , il ne dit jamais autre choie , (mon que
cela manquant , il ne fçavoit point d'autre remè-
de. Il demanda fon congé quelques jours après , 8c
l'aïant obtenu,il partit le plutôt qu'il put dans la ré-
folution de ne plus s'expofer à une fi rude épreuve.
Le Sr de Saint-Donat Chirurgien de Cifteron Bu fieur â9
en Provence, où il étoit eftimé 8c regardé comme Saint Donac.
très-habile, parut à la Cour il y a dix ou douze ans.
Jl débuta par Made la Maréchale de Rochefort , àâ' fC5 f™^
qui il donna des remèdes pour une efpèce de coli- Mefîïeurs 3 dans les
Démonftrations précédentes 3 toutes
les Opérations qui conviennent à
chaque partie en particulier , nous
allons aujourd'hui dans cette dixième
& dernière , vous montrer celles qui le font fur
toutes les parties en général. On avoit coutume de
les mêler avec les Opérations particulières , mais
j'ai cru plus à propos d'en faire une Démonftration
féparée , parce que toutes les autres fe font trou-
yces fuffifamment remplies ; outre que cet ordre
798 Des Opérations de Chirurgii,
m'a paru plus inftructif ôc plus commode pour les
étudians en Chirurgie»
Muitïtuàé ^es Opérations générales font en aflez grand
dfes oFéra^ nombre pour devoir nous occuper plus d'une Dé*
tions gène- moriftration^mais comme je me fuis borné au nom*
bre de dix 5 oc que notre iujet ne le pourroit pas
conferver plus iong-tems , je les renfermerai tou*
tes dans celle-ci , & je n'oublierai pourtant aucu-
ne des circonflances qui leur font efTentielles.
Je vais commencer par vous montrer comment
il faut tirer ce qui relie aifez louvent dans le corps
après les combats , comme des morceaux de flèches
& de dards 3 des pointes d'épées , des baies de
moufquet , des éclats de bombes &c de grenades.
rExtraâion Nos premiers Chirurgiens ne nous ont parlé que
ftmsT" dUcie iI(khes » de dards & Cépées , parce que de leur
tems on ne fe fervoit que de ces inftrumens dans
les actions de guerre , c'eft pourquoi il ne faut
pas s'étonner s'ils ne nous ont rien dit des canons ,
des moufquets , des bombes & des grenades : ces
inftrumens leurs étoient inconnus -y la fureur des
hommes ne les avoir pas encore inventez , &C
comme s'ils n'avoient pas eu allez de moyens de
Fe tuer les uns les autres , ils ont cru avoir beloin
de forger ces derniers qui exterminent la moitié
des hommes.
Quoique les flèches Si les dards ne foient plus
en ufage dans nos Armées , le Chirurgien doit
être mftruit du moyen de les tirer , parce qu'il
peut aller dans les Pays étrangers , où les peuples
Barbares s'en fervent faute d'autres armes -, &c il
doit fçavoir que les fers de ces inftrumens reftez
dans une plaie font plus difficiles à retirer qu'une
baie de moufquet ou éclat de grenades , parce
qu'on peut retirer ces derniers de la même plaie
par où ils font entrez , 6c que les autres , à caufe
de leur figure triangulaire , ne peuvent fortir que
par une nouvelle plaie oppolée a leur encrée >
D î x i i'm ê D e'm onstration. 799
quand ils font placés dans des endroits qu'on ne
peut ou qu'on ne doit pas dilater.
Les flèches font envoyées de loing par le moyen
d'un arc , les dards font lancez de près avec la
main. Quand quelqu'un eft bleffé de l'un ou de
l'autre de ces inftrumens , il faut tâcher de l'arra-
cher de l'endroit où il eft enfoncé ; mais par les
efforts qu'on fait pour l'avoir, ou la flèche fe romp, ■
ou le fer du dard fe fépare du bout du bâton au-
quel il étoit attaché , parce que ces fers font faits
d'une manière qu'ils ne peuvent pas ordinairement
revenir par le même endroit par où ils font en-
trez. C'eft au Chirurgien à connoître s'il les peut
avoir par la plaie , & alors il la faut dilater avec
le biftouri A. fans quoi il ne pourroit pas y
réuilir 3 ou s'il doit avoir ce corps étranger par Raifon de
la partie oppofite , alors il faut y faire une nou- dilater la
velle plaie , &c le pouffer dehors par le moyen de p
cet impulfoir B. la plaie étant fuffifamment dila-
tée. Quand c'eft dans un bras ou dans une cuiffe ,
il ne faut point balancer à le faire pafïer de part
en part j enfuite onpalfe dans la plaie un féton qui
contribue à fa guérifon plus promptement que fi
on l'avoir retiré par la plaie.
Quand un dard eft enfoncé dans la poitrine ou Difficulté
dans le ventre , il n'eft pas aifé de le retirer : fi le jle/"aire/'?
,1rr,r • i i r • dedans des
bielle le contentoit de le loutenir &: d attendre cavité*
qu'il ait un Chirurgien pour le panfer , en dilatant
la plaie il pourroit le faire fortir doucement; mais
par l'impatience du bleflé qui fe retourne de tous
cotez de ce corps étranger p0ur l'avoir , il fe fait
une dilatation de ces parties , qui fait que ces
plaies deviennent mortelles. Dans une répétition
d'un caroufel à Verfailles , un garçon fut bleffé
d'un dard qu'on lançoit fur une Medufe : un Chi-
rurgien dilata aufîitôt la plaie 3c retira le dard , il .
en guérit en petf'de tems.
On aceufe les Sauvages d'empoifonner le fe
$00 Des Ope'rations de Chirurgie *
de leurs flèches , de on dit que dans des combats
il y en a eu qui fe font fer vis de baies empoison-
nées : je crois les Sauvages capables de le faite ;
mais je ne crois pas qu'il y ait d'autres hommes
alfez médians pour pouffer leur rage jufqu'à ce
p^int. Si le Chirurgien foupçonnoit par la plaie
ôc par les accidens 9 qu'il y eut du poifon , il fau-
drait donner des cordiaux 8c panier la plaie avec
un onguent fait avec la thériaque , la thérebentine
ôc l'huile de millepertuis.
„. Il arrive fouvent que la pointe d'une épée fe
d'une poinrecalle quand elle a trouve un os qui lui a retilte. Si
d'épôc, on peut avoif l'épée cafTee , le Chirurgien fe la
fait repréfenter pour juger de la quantité -qui eft
reftée : ii c'eft après un combat > il faut qu'il en
juge fans ce fecours. S'il flht le morceau de l'épée
avec la fonde , il faut commencer par dilater la
plaie , 6c avec des pincettes tâcher de le retirer \
s'il eft fiché dans un os , il faut avec des pinces
faites en bec de corbin , le prendre 8c le faire for-
tir en droite ligne , de peur qu'il ne touche à
quelque vailïeau ou à quelque nerf en le retirant î
quand le corps étranger eft forti , on panfe la plaie
(elon la méthode ordinaire, (a)
(a) Le Chirurgien doit fouvent tirer de fon génie feul
les moyens d'extraire les corps étrangers arrêtés ou en-
clavés dans une partie. On rapportera à ce fujet une ob-
fervation fort curieufe.
f 3> Un homme âe;é de 17 ans , ayant' reçu un violent coup
d'une Séance" ^e couteau far la partie antérieure de la quatrième des
vraies côtes, fut panfé très-fimplement pendant les
l'Ac. de „ trois premiers jours ; mais une toux extraordinaire &
chirurg. }) un crachement de fang abondant étant furvenus , on
Mercure ^ eut recours \ m# Gérard. Il reconnut que les acci-
*7lt* " ^ens dépendoient ^e ^a prefence d'une portion de la
„lame du couteau qui traverfoit la côte , & dont la
3, pointe excedoit d'environt llx lignes dans la cavité de
„la poitrine. Ce corps étranger débordoit fi peu i'exte-
„ rieur de la côt:j , & y étoit tellemement fixé , qu'il ne
î5fut pas poÛible de le tirer avec différentes pincettes
Depuis
Dixie'mé Démonstration. 8oi
Depuis quelques fiécles il eft forti des enfers un invention
inonftre habillé en moine , qui travaillant a la fe la Poudre
^i / r • j r i a 0 à canon*
Chymie a trouve une compoliîion de ialpecre oc
de fouffre qu'on appelle de la poudre à canon.
Cette invention diabolique a fait que l'homme a
fabriqué des armes à feu de toutes efpeces -, de
non content des piftolets , des fuiils & des mouf-
quets qui ne tuent les hommes qu'un à un . il s'eft
avifé de forger des canons capables d'en tuer dix
ou douze à la fois , ôc de détruire & d'abatre les
,, ou tenailles, ni même de l'ébranler au moyen des ci-
„ féaux & du marteau de plomb; & quoique dans un
,, cas auffi prefïant , il femble qu'on n'eût d'autre parti à
à, piendre que de icier ou de couper la cote : M Gérard
,, crut avant d'en venir à c^te extrémité , devoir tenter
3, de dégager ce corps étranger , en le pouffant de de-
s, dans en dehors.
„ Dans ce defïein il alla cho>iir un dé dont les Taii-
,, leurs fe fervent pour Coudre , il en prit par préférence'
,i un de fer , un peu épais & fermé par le bout , il y fit
â> creufer une petite goût ère pour y mieux fixer la poin-
à, te du couteau , & ayant furniament aiTujetû ce dé fur
â,fon doigt index , il porta ce doigt ainfî armé dans la
3, cavité de la poitrine, & réuffît pa- ce moyen à chafier
,, le morceau de couteau 3 en le pouffant avec force de
3, dedans en dehors.
„ Ayanttiréle corps étranger , il quitta le dé & remit'
5, le doigt index à nud dans la poitrine pour examiner R
,, le couteau en traverfant la cote ne l'autoit point fajc
3, éclater en dedans , il tr; uva un éclat capable depi-
5, quer & qui tenoit trop fo tement au corps de la côte
àî pour qu'on pût l'en fe. arer entierem r.t i! prit :!onc
,, le parti de l'en rapprocher , & pour l tenir au niveau
9, de la côte, il fe fervir du ^ioizt qui étoit dans 1 3 poïtri-
3, trine pour conduire Une aigm le courbe enfilée d'uri
ài fii ciré. Il fit fortlr cette a guille au âdlus He la côte ,
à, qui par ce moyen fe' trouva embar lîee par le fil efi
,, dehors de la p itrineiur une compreife épaifïe d'un
$3 pouce j & ferra aflez le nœud pour appliquer exa&e-
3J ment & remettre au niveau t'efquille failïantë.
a, On fent aifément que l'effet J'une mancruvre àttfft
$>ingeni?ufe a dû être non-feulement la celTatiori éçé
#a€ei4eus> mais ençgie une pionapte guériion.
$oi Des Opérations de Chirurgie,
rempars qu'il a voit élevé pour (a fureté : c'eft pour lors que le Chirurgien
doit travailler à les retirer 3 car tant que le corps
étranger fera dans la plaie , il n'eft pas dans fon
pouvoir de la guérir , parce qu'il eft un obftacle à
fa réunion , qui eft la fin qu'on fe propofe dans la
guérifon de toutes les plaies,
Il ne faut pas néanmoins prendre à la lettre ,
ce que je dis , je fçai qu'il y en a qui ont guéri
quoique la baie foit demeurée dans la plaie : mais
cela arrive fi rarement , que prenant ce qui arrive
le plus fou vent comme une règle générale , nous
pouvons dire que tous les corps étrangers reftez
dans les pi. lies empêchent qu'elles ne guérifient ,
& qu'il faut employer tous les moyens que la Chi-
rurgie nous préfente pour ies avoir au plutôt : car
fi on diffère , la partie fe tuméfie , & on a beau-
coup plus de peine que fi on s'y étoit pris peu de
tems après qu'on a été blette : il faut donc avant
que de pofer le premier appareil , retirer le corps
\1(
Dixième D ë'aï o to s î & À t ï o M. §ô|
étranger ,à moins qu'on n'y trouve de grandes
difficultez , où que le Chirurgien n'ait pas pour
lots les inftrumens nécelTaires.
La Chirurgie fécondée des préceptes généraux
nous montre comment il faut faire lortit les corps
étrangers , & elle a inventé plufieurs inftrumens
de différentes efpécéspour les renier. Il faut que
le Chirurgien foit inftruit des unes èc des autres |
mais particulièrement ceux qui font deftinez poul-
ies Armées , &c iur-tout dans ce tems-ci plus que
dans aucun autre > où il y a tous les jours des oc-
cafions de pratiquer cette Opération , par le grand
nombre de combats &c des lièges où tant de géné-
reux François expolent leur vie pour le fervice &C
îa gloire du Roy. Mais quelque initruc"fcion qu'un
Chirurgien ait prife dans les écoles , il en app,end te Chlïût*
encore plus dans les Armées, & il faut fouvent fnjenuf.^
qu'il conte plus fur fon génie que fur ce qu'on lui
a dit , parce qu'il y a tant de plaies différentes Ôc
fi extraordinaires qu'il ne peut être guidé pour
lors 3 que par fon bon fens de fon induflrie.
La première chofe que le Chirurgien doit fai- Les choflà
te , c'efi de s'informer de la diflance qu'il v avoit do'!f u. £auÉ
, , î i r î qu'il s'mfor*
entre les combattans pour juger de la prorondeur me.
re la baie ; il faut aufïi qu'il faile mettre le bleifé
dans la même fituation qu'il étoit , afin de pou-
voir conduire la fonde par le même chemin que
la baie a fait . il faut enfuite porter la main a la
partie oppofée pour voir fi on ne fendra point la ■
baie , car fouvent aptes avoir traverfé la partie >
elle s'arrête fous la peau qu'elle aura pouftée feu-
lement > n'ayant plus eu allez de force pour là
percer. Si on la fent à la partie oppofée à fon en-
trée , il faut avec un biftouri C* faire fur cette ba-
ie une incifion proportionnée à fa grofïèur , ôc
avec une petite tenette D» la faire fortin, On don-
he à l'entrée de la plaie deux petits coups de bif-
touri , l'un en-haut êc l'autre ên-bas pour change
Ëê.è ij
So4 Des Opérations de Chirurgie ,
fa figure en longitudinale > on parfe un féton au
travers de la plaie 3 & on la panfe en la manière
accoutumée.
Si la baie eft ueftée. dans les chairs , & qu'on la
fente avec la fonde , il faut commencer par dila-
ter la plaie , fans quoi on ne pourroit pas la faire
revenir par le même chemin. Cette dilatation eft
encore nécefïàire pour introduire Finftrument avec
lequel on la doit tirer en dehors. De ces inft ru-
mens il y en a de-plufieurs efpéces qu'on appelle
des tire-baies : en voici douze de différentes figu-
res , que j'ai fait graver fur la planche qui eft à la
têre de cette Démonftration.
divers in- l-e premier eft un dilatatoire E. qui fert à deux
italiens fins , qui font , i°. de dilater 6c d'élargir la plaie ,
SSon. CX" " tanr P°ur vou" ce (\ul eft au fond , que pour donner
i. Le dila. lieu à quelque autre inftrument de prendre 6c de
faire fortir le corps étrange avec plus de facilité :
z°. de fervir lui-même de tire-baie , car il la peut
prendre , la ferrer 6c la conduire dehors fans le
fecours d'aucun autre inftrument > avec cette diffé-
rence qu'aux autres tire-baies , il faut ferrer les
deux branches qui font hors de la plaie , 6c qu'à
celui-ci il faut les écarter.
a. Le tîre- La féconde eft un tire-baie à cuillère F. ainfi
baie a cuilie. appelle , parce qu'il en a la figure ; cet inftrument
a un manche , afin de le tenir avec plus de ferme-
té , il eft long pour aller jufqu'au corps étanger %
6c ayant fait entrer la baie dans la cavité qui eft
un peu recourbée , on la conduit dehors en lui fai-
fant faire ce chemin fans trop fe preffer.
i ?. à anneau. Le troifiéme eft le tire-baie à anneau G. qui a
ce nom , parce que le bout qui va chercher la baie
eft rond 9 & fait comme un anneau ; c*eft lui qui
embraffe la baie , 6c qui quand on le retire l'a-
mené dehors avec la même facilité qu'elle y eft
. , entrée.
t^'ufi-el00 " te quatrième eft un tire-baie à crochet mouife
D i x i i'm e D e*m onstration. 805
H. qui ayant acroché la baie la conduit dehors ;
il eft long pour aller julqu'à la baie , & emman-
ché pour s'en fervir avec plus de commodité.
Le cinquième eft un tire-baie à crochet fendu I. à €r@^
dont les pointes font mouffes pour ne point blefTer chec fendu,
de parties : il peut fervir pour tirer 8c acrocher les
morceaux de la chemife ou du vêtement que les
baies font prefque toujours entrer avec elles juf-
qu'au fond des plaies*
Le fixiéme eft un inftrument appelle bec de 6. Bec «3e
corbin K. dont les branches qui entrent dans lacorbin*
plaie pour chercher les corps étrangers font très-
longues pour pouvoir s'en fervir en toutes fortes
d'oecafions.
Le feptiéme eft nommé le bec de grue L. par- âc r
ce qu'il lui reffembie , il a un reiîbrt pour le di-
later quand il eft entré dans la plaie ; afin de
pouvoir charger la baie facilement &c la retirei*
eniuite.
Le huitième s'appelle bec de canne M. ou bec 8. de canns„
large : fes extrêmitez font dentelées , afin de tenir
la baie ferme & arrêtée 3 de forte qu'elle ne puilTe
pas s'échapper.
Le neuvième eft un bec de canne à viffe N. qui 9. de canna
par le moyen de cette ville ferre tellement la baie * viffe*
quand elle eft chargée, qu'il faut qu'elle forte avec
linftrument.
Le dixième eft appelle bec de lézard O. a caufe IO,de lé*
de la refTemblance qu'il a avec la tête d'un lézard : 2ard>
il n'y a que ion extrémité qui s'ouvre par le moyen
d'un reiîbrt qu'on pouffe ôc qui fe ferme en reti-
rant le- même- reffort qui eft renfermé dans une ca-
nule creufée dans le corps de l'inftrument.
L'onzième eft un infiniment auquel on a don- n^lote*
né le nom d' Alphonfin P. parce qu'il a été inventé &n-
par Alphonfe Ferrier , Médecin de Naples : il eft
compofé de trois branches , qu'on ferre par le
KiQyen d'un, anneau qui les embraffe ; i'inftru>j-
E e e ii|
$o6 Des Opérations de Chirurgie ,
ment ainfi ferré eft introduit dans ia plaie jufques
fur la baie , 8c retirant pour lors l'anneau vers le.
manche , ces branches s'écartent de faiillTent le
corps étranger ; on repoufie enfuite l'anneau , qui
en reflerrant ces trois branches , enferme fi bien
la baie qu'elle ne peut manquer de for tir avec l'in-
ftrument.
i a. La ta- Le douzième eft la tarière ou tirefond Q. dont
•"^ la pointe eft une petite vifte qu'on fait entrer dans
la baie en la tournant , par le moyen d'un écrou
conduit dans une canule qui eft dans toute la lon-
gueur de rinftrument ; ii eft particulier pour les
baies qui font enchaftees dans les os 3 car il ne con-
vient pas à celles qui (ont dans les chairs , parce
qu'il, faut qu'elles foient appuyées , afin que la
vide puiOTe faire fon trou dans les baies.
De tous ces inftrumens on ne peut point pref--
çrire- celui auquel on doit donner la préférence %
ils ont tous leur utilité particulière félon les diffé-
rentes parties dont on doit tirer les baies , c'eft au
Chirurgien de faire choix de celui qui lui con-
vient le mieux après avoir reconnu la nature du
corps étranger &c l'endroit où il eft.
ees mftm- Quoique la Chirurgie foit fertile en inftrumens
Tilî n~fu£" par fe grand nombre qu'elle nous en prélente , il fe
lUsnc pas r & ; . ,1 r vr., r
ïcujoars, trouve néanmoins des occauons ou ils nous iont
de peu de fécours ; il faut alors que le Chirurgien
en invente de nouveaux , qu'il en fafïe des modè-
les pour les faire faire par le coutelier , de la gran-
deur Se de ia figure qui peut être capable de tirer
les baies de quelque endroit du corps où elles
foient entrées , car il ne faut point qu'un Chirur-
gien fe rebute & qu'il renonçe.a les avoir,à moins
d'une impoffihilité abfolue.
fcféçefôté de On ne doit pas feulement entreprendre de tirer
ItmJt'Tcx. llne ^c on un autre corps étranger , mais on le
^fùos. doit faire au plutôt s on trouve dans les bleftes
beaucoup plus de foumiffion dans le premier ap«*
D i x i e'm e D e'm onstratio n. ^07
pareil que dans la fuite du panfement , ils fe laif-
fent faire pour lors toutes les incitions que le Chi-
rurgien trouve à propos. J'ai vu dans les Armées-,
des foldatSj qui non-feulement ne faifoient pas un
cri , mais qui ne fourcilloient pas quelque dou-
leur qu'on leur fît ou pour avoir une baie 6c un
éclat de grenades , ou pour leur faire les incitions
néceflaires : il faut donc que le Chirurgien profite
' de cette difpofition , parce qu'il arrive fouvent
que le lendemain ou un autre jour , on ne les trou-
ve plus dans la même refignation à la volonté de*
leur Chirurgien.
Le retardement peut être encore préjudiciable Danger an
fur la facilité d'avoir la baie. Immédiatement après
la blefîure , en fuivant fon chemin on peut la trou-
ver aifément ; mais fi le bleue a marché ou agi ,
elle peut avoir changé de place j 6c fi elle eft dans
un bras ou dans une cuifle > par fon propre poids
elle peut defcendre > 6c alors on eft obligé de faire
de plus grandes incitions , qui peuvent même de-
venir inutiles quand elle a trouvé un efpace entre
deux mufcles pour fe gliiîer.
Il y a encore une troifiéme raifon qui ne per-
met pas au Chirurgien de différer , c'eft que le
premier jour la partie n'étant point encore enflée ,
on peut plus facilement découvrir le corps étran-
ger 6c le faire fortir fans beaucoup de peine : mais
iorf qu'on attend au lendemain ou à un autre jour ,
on la trouve tellement tuméfiée par la fluxion qui
s'eft jettée deffus , qu'on a de la peine à fuivre la
trace qu'elle a faite , parce que l'entrée s'eft re-
trécie , 6c les chairs fe font bourfouflées \ fi on
ne peut pas fe difpenfer de faire quelques inci-
tions , elles font pour lors beaucoup plus dou-
loureufes qu'elles n'auroient été dans le premier
appareil. H «>y &
C'eft un abus de croire qu il y ait àts médica- 5£^c°£;
mens capables d'attirer les corps étrangers : il y a traftif;
E e e iiij
SoS Des Opérations de Chirurgie 5
néanmoins des Auteurs qui en font de deux fof~
tes , ils difent qu'il y en a qui agilTent par une qua^
lité mamfefte , d'autres par une qualité occulte 2
les premiers font la poix , le galbanum &ç plufieurs
autres gommes -, les féconds font l'ambre jaune ,
l'aimant , & quelques autres. Un bon Chirurgien
ne doit attendre aucun fecours de ces médical
mens , il doit avoir plus de foi aux inftrumens qu'à
toutes les drogues de la Pharmacie.
opim'arw™ ^n trouve ^es Chirurgiens qui fans trop s'em*
dte h fup. barafTer attendent la fortie de la baie par les acci^
ration, ^ens ^ {^viennent aux plaies d'arquebufades ;
ils précendenr même avoir beaucoup fait quand ils
y ont mis du levain , de la fiente de pigeons & d'au-^
très remèdes pourriffans qui y procurent une gran-
de fupuration ou un abfcès 9 dans le deiîein quels
pus enttaînera avec lui la baie en lui traçant le
chemin par où elle doit fortir. Ce moyen me pa-^
roit dangereux , puifqu'il ne fe fait point d'abicès
fans de violentes douleurs qui caufent la fièvre ôc
qui rendent la cure longue il en arrête le coup ; mais s il eit pan- ion? de l'os*,
ché , elle coule le long de l'os , de manière qu'elle
monte ou defcend fuivant la pante qu'elle trouve
à l'os en le frappant, nous en avons vu deux exem-
ples funeftes , l'un à M. le Prince de Rohan blefTé
au genou , dont la baie fe coula en montant le
long du fémur , l'autre en M. de Saint-Mars qui
a voit le coup au pied , 8c dont la baie monta le
long du tibia, ils en font morts toas deux} 8c quoi-
que les Chirurgiens ayent apporté tous leurs foins
pour les en garantir , on leur en a imputé la caufe
pour n'avoir pas cherché ces baies dans les endroits
ou on les a trouvées après leur mort,
A ceux dont le crâne a été frappé par une baie > 9'un C0UP
•i , r • i i l l L T t ûe baie à la
il s y tait un etonnement de cerveau. Le nombre tête.
de ceux qui en meurent eft plus grand que de ceux
qui en rechapent , parce que la commotion fait
toujours extravafer le fang des petites vendes qui
dans cette partie font très- délicates j il n'y a que
le trépan qui puiffe donner iffue à ce fang , 8c par
conféquent qui puilTé garantir de la mort ; c'effc-
pourquoi pour peu que le crâne ait été touché 8c
découvert par ia baie , il faut trépaner., 8c »
Su Des Ope'rations de Chirurgie,"
que je vous dife que ces forces de plaies foient
très-périlleufes , nous avons des exemples de plu-
fîeurs qui en font guéris.
Des plaies ^ Y a encore des éclats de bombes 8c de grè-
ves éclats de nades qui font des défordres épouventables , en
1 renades. tQant ou bleffant tous ceux qu'ils frappent. Je ne
vous parlerai point des éclats de bombes , parce
que ceux qui en font bleflèz n'ont pas befoin dette
panfez -, la mort fuit de fi près ces fortes de plaies
que la Chirurgie ne peut leur être d'aucun fecours.
Mais pour ceux de grenade j'en ai panfé beaucoup»
8c j'en ai tiré des éclats qui fe fichent dans toutes
les parties du corps , excepté de la tête dont tous
ceux qui en font frappez meurent par le grand fra-
cas qu'elles font au crâne 8c par rébranlemenc
qu'elles caufent au cerveau qui en demeure étour-
di 8c afïoupi , comme s'il avoit été frappé d'un
coup de maffue.
La grenade en crevant fecaGTe en plufieurs mor-
ceaux dont les éclats entrent dans les chairs plus
ou moins félon qu'ils font petits ou gros, ou félon
qu'on eft éloigné de l'endroit où elle a crevé. Au
Siège de Cambray j'en tirai un de la grandeur de
la paume de la main , qui étoit entré ft avant dans
la fefie d'un Officier qu'on ne le voyoit point, M.
Belliere m'a dit en avoir vu qui s'étoit placé dans-
lefcrotum; mais enfin en Quelque partie qu'il
foit , il faut en délivrer le bielle au plutôt , ce qui
demande des incifions qu'on ne peut pas [Duefcrire
ici , 8c que le Chirurgien fera félon la utuation de
la plaie 8c la nature du coups étranger.
' ©es boulets On ne met point les boulets de canon au nombre
de c»non. Jes corpS étrangers dont on doive faire i*extra-
dbion , ils envoyent au tombeau tous ceux qu'ils
touchent , 8c il n'y a point d'exemples qu il en foie
demeuré dans le corps de quelqu'un qui ait eu be-
foin d'un Chirurgien : c'en: une efpéce de bonheur
à ceux qui fe trouvent dans fon chemin a quand il
Dixii'meDemonstration. 815
tic leur emporte qu'un bras ou uae jambe -, nous
avons parlé de ces forces de plaies hier en faifant
l'amputation.
Une baie ou un autre corps étranger étant reti- Précautions
ré $ il faut avant que depanfer la plaie avoir égard Pour ]e pa**
à deux ou trois circonitances , qui font, i°. de ementf
changer ia figure ronde de la plaie en une longitu-
dinale par deux coups de biftouri R. qu'on don-
ne l'un en-haut 3c l'autre en-bas , félon la rectitude
des fibres des rnufeies : 20. de faire un égouft à la
plaie en la grandiifan: en-bas , afin que le pu; puif-
fc s'écouler facilement , ôc qu'on ne (oit point obli-
gé de la faire par ia fuite : 30. de paffer une ai-
guille S. enfilée du feton T. dans la plaie fi elle
traverfe la partie , afin d'y pouvoir porter les re-
mèdes avec facilité.
On fe fert dans les commencemens d'un digeïlif Eau d'A*.
pour aider à la féparation des efearres ,* mais il faut queb"fade»
qu'il foit animé ôc non pas fi pourrifianc que ce-
lui dont on (e fert aux plaies contufes 1 afin de
ne pas procurer une trop grande fuppuration.
Quand les efearres font tombées , on fupprime le
digeitif ; on travaille à delfécher la plaie avec de
l'eau vulnéraire, qui eft excellente à ces fortes de
plaies , ôc à laquelle pour cette raifon on a donné
le nom d'eau d'Arquebuiade.
Le Chirurgi en met cette tente de charpie V dans ranfemene
la plaie quand il y a une néeeflïté qui le demande , dc ia Plaic» .
ôc il ne s'en fert point du tout quand il y a paffé
un féton : on met fur la plaie un plumaceau X.
plat couvert dudigeftif, puis un emplâtre Y. ÔC
une comprefie Z. trempée dans de Teau-de-vie ou
du vin aromatique , ôc on finit par la bande a ou
par un bandage uniffant fait avec cette bande b
roulée à deux chefs: on continue enfuite le pan-
fement de la manière que la bonne Chirurgie l'or»
lionne.
8i4 Des Ope'^atioiîs dé Chirurgie ,
Fig. LUI. POUR L'APPLICATION DU SETON
E féton eft une opération de Chirurgie qui
fait deux trous à la peau par le moyen d'une
groife aiguille enfilée : ce nom de féron eft dé-
rivé du mot latin feu , qui veut dire foye de co-
chon , parce que les premiers Chirurgiens s'en fer-
voient pour la palier à travers les deux plaies faites"
par l'aiguille*
JurieS"'*!* ^CUX ^ui °nt fLlccec^ aux inventeurs de cette
fécon, Opération ont prétendu avoir mieux rencontré en
fe fervant du crin de cheval , parce qu'il eft plus
long & par conféquent plus commode. Les fuccef-
feurs de ceux-ci ont fuppriméle crin , difant qu'il
étoit trop dur dans une plaie , qu'il ne facilitoit
pas allez la fîltration des humeurs qui eft la fin
qu'on fe propofe ; ils ont mis à fa place une mèche
de cotton comme plus douce &c plus capable
d'exécuter leur intention. Et enfin il s'eft trouvé
d'autres Chirurgiens qui ont fait le procès a la
mèche de cotton , prétendant qu'il a'de petites
pointes qui picotant fans ceffe la plaie , la fatiguent
& l'incommodent , & ils veulent qu'on fe ferve de
D i x i é'm E D E*M O N s t a A T I O N. 8 I J
fil de lin retors qui n'ait pas encore parTé ia leflive.
Le féton fe peut appliquer en toutes les parties
du corps ; mais celles où nos Anciens l'appliquoient Endroits oà
ordinairement étoit à la nuque du cou , dont ils on app iQ*
cfpéroient des avantages considérables : ils le
croyoïent excellent pour le mal caduc , pour les
hydrocéphales &c pour toutes les fluxions fur tou-
tes les parties du vifage , &: Fabricius Hildanus dit
en avoir fait des guérifons qui peuvent paiïer pour
des miracles.
On fe fervoit anciennement du fer ardent pour
percer la peau , 6c voici comment on s'y prenoit. Manière «a?»
On faifoir afïeoir le malade fur un iiége fans dos , ££""* ia*
on lui faifoit pancher la tète un peu en arrière , pe*« pour h
afin de pouvoir pincer la peau du cou , on la met- eton*
toit entre les deux platines de cette tenaille A.
faite en forme de gofrier , ôc percées pour y faire
parler l'aiguille : en tenant ainii de la main gauche
la peau ferrée dans les tenailles , on prenoit de
la droite un cautère actuel B. tout rouge qu'on
fouroit dans les trous de la tenaille , ôc qui par ce
moyen faiioit deux trous à la peau. Le cautère
actuel ayant fuffifamment aggrandi les trous on le
retiroit , ôc l'ayant donné à un ferviteur , on pre-
noit de la même main une groife aiguille C. faite
comme des cadets des Cordonniers , enfilée d'u-
ne mèche D. 8c on la paîToit par des trous avant
que de lâcher la tenaille. La mèche partée on
ôtoit la tenaille Ôc l'aiguille , laidant la mèche
dans les plaies après l'avoir imbibée d'un médica-
ment fait avec l'huile & le jaune d'œuf pour ai-
der à la féparation des efcarres : on mettoit fur ces
plaies un des plumaceaux E. E. trempée dans le
même remède, puis l'emplâtre F. la comprefle ^ £ "j^1*
G. & la bande H. avec laquelle on faifoit le ban-
dage circulaire autour de la tête , on tiroit tous
les jours un peu de la même mèche pour condui-
re du nouveau médicament dans les plaies ; après
gi£ Des Opérations de Chirurgie 5
la chute des elcarres pn concinnoi: ce changement
de place à la mèche , & quand elle étoit ufée on
en attachoit une aune à ion bout pour la renou^-
veller , & cela tant qu'on jugeoit la diftilation des
humeurs néceiïàire pour ia guérifon des maladies
qui avoient obligé de l'appliquer*
Il y a eu de ia conteitation entre les partifans
inutilité du je cerre opération 5 fcavoir fi- on devoir pinceE
la peau en long ou en travers ; c elt-a-dire > h
les deux trous dévoient être à coeé l'un de l'au^
tre , ou l'un au defïus de l'autre : c'eft un fait
d'une ii petite conféquence qu'il ne mérite pas
qu'on s'y arrête , d'autant plus que cette opéra-
tion ne fe pratique plus aujourd'hui. Quand il y a
une neceilicé de donner un égouft à ces humeurs
qui font toutes ces maladies de la tê:e , nous ap-
pliquons une pierre à cautère dans la ro&ecte dit
cou 6c par ce moyen nous leur donnons illue , &£
fe filtrant fans ceiïè ces maladies (e guériuent auflî
bien que par le féton.
Les Italiens ont été grands amateurs de cette
opération 5 mais il m'a paru qu'ils font beaucoup
revenus de cette opinion , car étant en Italie j'en
ai vu beaucoup qui portoient des cautères aux bras.-
'Le féton n'eu: pas feulement cruel dans fon appli-
cation ; mais il e(l encore fort embaratTant dans
fes fuites : le cautère ne demande point tant
de préparatifs * il fait moins de douleur en le po--
fant , on le panfe avec plus de commodité , ôc on
en reçoit les mêmes utilitez -, ce n'eftdonc pas fans
raifon que les Italiens <5c les François l'ont (ubfti-
tué à la place du féton.
Enfin , s'il fe trouvoit quelqu'un tellement pré-
venu en faveur du féton qu'il le préférât au cauté-
i ré , je confeillerois pour lors au Chirurgien de ne
fe point fervir ni de la tenaille , ni du fer ardent >
mais feulement de cette aiguille I. large ôc tran-
chante enfilée de ce cordonnec K, ôc delà palTer x
travers
Dixie'meDê'monstration. 817
travers la peau de la nuque du cou en la pinçanc
feulement avec les doiges de la main gauche : de
cette manière cecte opération le fait en un mo-
ment , il n'y a point d'efeares à tomber , & le ma-
lade en reçoit les mêmes utilitez. ,
On entend encore par ce mot de féton une pe- uf«ge de i*
tite bandelette de linge fort étroite , qu on paiTe Bandeicue.
avec le fecours d'une aiguille à travers des plaies
qui ont une entrée & une fortie -, je vous ai die
tantôt qu'il en falloir pafler un dans les plaies donc
on avoit tiré les baies ouïes autres corps étrangers,
par la partie oppofite.
On prend cette aiguille a féton L. qui eft. moufle
par le bout pour ne point blelTer, 8c qui eft enfilée
de cette bandelette M. qu'on fait palTer par la
plaie de part en part imbibée de tel médicament
qu'on a jugé à propos y voila une autre aiguille
NN. plus longue compoiée de deux pièces pour
être plus portative ■ Se qu'on joint enfemble par
le moyen d'une petite vifle, &c dont on fe fert dans
les plaies qui traverfent les cuifles. Le féton placé
on ôte l'aiguille, ôc on continue le panfemenc
comme nous avons déjà dit.
Fig.LIV.POUR L'OUVERTURE D'UN ABSCE'S.
SiS Des Opë'ràtions de Chirurgie ,
'Ouverture d'un abfcès eft appellée Onkoto*
mie qui eft dérivé de deux mots grecs , d'en-
kps qui lignifie amas de matière j 8c de temnein ,
qui veut dire couper , deforte que cette opération
confifte à faire une incifion dans l'endroit où il y
a de la matière amarTée.
Elle eft des C'eft l'opération que le Chirurgien fait le plus
pksufities. fréquemment, il a tous les jours desoccahons
d'ouvrir quelque tumeur ou quelqu 'abfcès. Je
n'entrerai point dans le détail des canfes des tu-
meurs contre nature , je fuppofe que le Chirur-
gien doit avoir lu ce que tant de célèbres Auteurs
nous en ont écrit , 8c qu'il eft inftrnit de tout ce
qui les regarde en générai , 8c des remèdes qu'il
convient de faire pour les diftiper par la voye de
la réfolution. Je me bornerai à dire feulement ce
qu'il faut faire lorfqu'elles ne peuvent point gué-
rir que par le moyen de la figuration*
Examen qui Quand un Chirurgien entreprend de traiter une
4Te fuppôfe. tumeur qui doit finir par la fupuration , il faut
qu'il examine bien les lignes qui marquent en quel
état elle eft , les uns montreur que la matière fe
fait , 8c les autres qu'elle eft faite.
Si
parce que la matière fait la matière i 8c ce qui eft
déjà cuit aide à cuire ce qui refte , 8c pour lors
il faut fur toute la longueur de la tumeur , appli-
quer une trainée de cautères , pour deux raifons ?
la première', parce que la chaleur des cautères .^ q^ill^
perfectionne la coction de l'humeur* 8c la féconde icUtifei,
parce que les efcarres tombées , il y a une ouver-
te© Fuffifante pour porter des remèdes capables
Ff'fij
Sio Des Opérations de Chirurgie,
de fondre & de confumer les duretez qui n'au-
roient pas pu être amolies par la fupuration. Aux.
abfcès profonds il faut encore fe fervir des pierres
à cautères r parce qu'elles font une ouverture plus
large que la lancette 3 & qu'elles facilitent ainn les
moyens de porter les remèdes dans toute la cavité
de Fabfcès.
Mais quand la tumeur meurit promptement, Se
que par fa molelTe on connoît que la matière a pris
une codfcion parfaite , on ne doit pas attendre
qu'elle ait rongé la peau pour fe donner une iiTue
elle-même , car par fon fé jour elle peut faire du
défordre en rongeant les libres des chairs qui font
plus tendres que celles de la peau , il faut alors fe
fervir de la lancette , 6>C fans différer faire une
ouverture fuffiiante pour vuider tout le pus con-
tenu dans la tumeur.
D'unbîftou- Il y a des Auteurs qui ont inventé un anneau
ry enchaffé jans {eqUe[ eft enchaffé un petit biftouri, ils s'en
dans un an. r . ^ . , {- r N c
neau, 1er voient pour ouvrir des ablces aux enrans crain-
tifs & aux perfonnes qu'ils ne trouvoient pas allez
dociles pour fouffrir ce qu'ils jugeoient à propos
de leur faire. Ils mettoient cet anneau dans un de
leurs doigts , & fous prétexte de toucher la tumeur
ils la perçoient avec ce biftoury, de ainfi ils trom-
poient adroitement leurs malades. Ce procédé me
paroît tenir un peu du Charlatan , je ne conseille-
rai jamais de s'en fervir. Si c'eft à un enfant qu'il
faille faire cette opération , il n'y a qu'à le faire
tenir furement. Si c'eft une grande perfonne qui
foit allez poltrone pour ne la vouloir pas fouffrir ,
il faut la lailler & l'abandonner a fon propre fort
fans fe donner la peine de chercher quelque ftrata-
gême pour la furprendre.
Comment Si on a réfolu de fe fervir du cautère, on prend
»n fe fert du l'emplâtre A. qu'on pofe fur le milieu de la tu-
meur , il eft fendu de la longueur qu'on veut faire
l'ouverture j on pofe deux ou trois des pierres i
D I X I E*M E D e'm ÔNSTRA.TION, Î%1
cautères BBB, dans la fente de l'emplarre , ôc par
deflus on met cette petite compreiTe longuette C,
qu'on a mouillée , afin qu'elle faiTe plutôt fondre
les pierres. On met un fécond emplâtre qu'on cou-
vre d'une comprene > ôc avec une bande on tient
tout l'appareil. OnlanTe agir les cautères pendant
deux ou trois heures *, mais fi on veut qu'ils ca-
vent beaucoup , on les lame plus de tems. Après
avoir relevé le tout , on fait avec une lancette fur
le milieu de l'efcarre •„ une incilionjufqu'àla ma-
tière , dont on laiife for tir tout autant qu'il s'en
préfente Ôc tout autant qu'il y en a dans la tumeur:,
car on eft défabufé de l'erreur des Anciens qui
craignoient d'affoiblir leurs malades en vuidant un
abfcès tout d'un coup > nous voyons au-contraire
que plus on fait fortir de matière , plus ils en font
foula gez , furtout quand le pus eft tout formé.
L'expérience des hydropiques détruit encore leur rj faut vu^
opinion , ils ne vnidoient les eaux qu'à quatre ou *« toucl'ab.
cinq reprifes , difant qu'il ne failoit pas aller dune
extrême répletion à une extrême inanition : ôc au>-
jourd'hui on leur vuide jufques à la dernière gout-
te , fans qu'ils donnent aucune marque de foi-
blefTe ; ôc nous en voyons venir chez le Chirur-
gien fe faire faire la ponction ôc s'en retourner
chez eux avec la même vigueur qu'ils en font for-
tis.
Si on a réfolu d'ouvrir la tumeur avec la lan- Méthode
cette il faut prendre celle-ci marquée D. qui eft Couvrir av«?
plus longue ôc plus large que celle dont on le fert a * ett * '
pour la faignée > c'eft pourquoi on l'appelle lan-
cette a abfcès : l'ayant ouverte ôc à demi ployée
on la met à fa bouche , on examine l'endroit de la
matière ; ôc l'ayant remarqué avec le pouice ôc le
doigt indice de la main gauche on étend la peau
afin qu'elle ne vaciie pas dans le tems de l'opéra-
tion > ôc de la droite on prend la lancette qu'on
enfonce jufqu a la matière , Ôc faifant une élevai
Fffiij
lit Des Opérations de Chirurgie,4
non en la pouffant en haut, on fait cette ouverture*,
fufïïiament grande pour donner iffue au pus qu'on
voit fortir auiîî-tot , & qu'on reçoit dans une poi-
îette ou quelque autre vaiiTau qu'on a préparé
pour cqx effet ; on prelTeun peu la tumeur par les
deux cotez pour la faire dégorger, Ayant jugé par
la quantité de la matière fortie 3 qu'il doit y avoir
un grand vuide , on tache avec cette fonde creufe
E. qu'on introduit dans la plaie de reconnaître de
quel côté le vuide eft le plus grand 5 &c avec ces,
cifeaux courbes F. on ouvre du coté du vuide, 8>c
particulièrement quand il eft en enbas , de ma-
nière que cette fonde creufe (ert a deux fins , l'une
pour être éclairci de la grandeur & de la nature de
la cavité 3 &c l'autre pour conduire la pointe des ci-
feaux qui la doivent dilater. Quelques Praticiens
qui ne fe piquent pas de poiiteffe , après la pre-
mière ouverture faite avec la lancette portent,
leur doigt dans i'abfcès , pour être informez de (a,
largeur & de fa profondeur , de s'il faut par quel-
que incifion en agrandir l'ouverture , leur doigt
-faifant la fonction de la fonde fert de conducteur
-a la pointe des cifeaux,
Civconilan» çes forres d'ouvertures demandent trois circon-
fiances qui tout tres-eilentielles 3 la première i de
-les faire toujours félon la reditude des iîbres des
mufcles , 8c jamais en travers , de crainte d'eftro-
pier les malades , la féconde de les faire toujours,
à la partie déclive ou 4a plus baffe ,: afin, que n'y
reftans aucuns lacs , la matière puiiîe fortir d'elle-
même j & la troifîéme , de les faire dès le premier
jour , fufïïfamment grandes , tant pour n'être pas
obligé de faire de nouvelles incitions dans la fuitea
que pour porter facilement les remèdes dans toute
la cavité de TabfceSo
L ouverture faite telle que je vous l'ai marqué,
§t la matière vuidée 3 on panfele malade. On ne
|e fert au premier appareil que de charpie féche ,
Y et.
D i x i e'm e D e'm o n s t r a t i o n. S25
afin d'imbiber mieux les reftes du pus -, on en fait
des bourdonnets de groiîeur proportionnée à la
grandeur dé la cavité.Celui qu'on mec dans le fond
marqué H. doit avoir un fâl , afin qu'en repanlant
le malade , on foie allure que l'ayant oté , il n'en
relie plus dans la plaie. Ayant mis ces deux autres.
II. on la couvre avec ce plumaceau plat K. Se cet
emplâtre L. qui eft compofé de Diachilon , afin^P»^
de fondre les reftes de l'humeur endurcie , & par
deiTus la comprefle M. & enfin la bande N« dont
on fait des circulaires qui tiennent tout l'appa-
reil.
Le lendemain on couvre les bourdonnets avec
des onguents mondificatifs d'ache ou d'apoftolo-
rum avec lequel on met un peu d'Egiptiac en cas
qu'il y eût des chairs pouries qu'on voulut confir-
mer. On travaille à déterger ôc nétoyer tout le
fond de l'abfcès qu'on lailfe enfuite remplir de
chairs. Etant fuffilamment incarné , on fe fert
de remèdes defiicatifs pour pouvoir y procurer une
bonne cicatrice qui ell la fin qu'on s'eft propofée:
dès le commencement.
Les abfcès qui viennent au vifage n'embarafTent
pas peu le Chirurgien , parce qu'il fe trouve dans
fa néceillté d'y faire des incifions pour donner if-
fue à la matière , qui laiflfant des cicatrices cau-
ient de la difformité à ceite partie. On a été dans
cet embaras au lu jet de Monfeigneur le Duc de
Berry , qui le 3 du mois d'Oclobre 1706 , revint
de la chalîe avec la joue droite fort enflée, on lç
faigna , on lui mit des çataplafmes pour tâcher de:
refondre l'humeur qui cauloit cette enflure, on le
fiigna une féconde fois>mais cette tumeur qui pro,-
venoit d'une infinité de eontufions faites par la,
croGTedu fu (il appuyée fur cette partie ne cédant
point aux remèdes t on connut qu'elle prenoit le.;
chemin dç la fupuration par fa rougeur, l'augmefe
I f £ û%
Si4 Des Opérations . de Chirurgie l
tation de ia douleur , le peu de repos qu'elle lui
donnoit, & par le boumilèment de l'œil , du nez
Ôc des lèvres \ ôc de fait Monfeigneur le Duc de
Berry pendant trois mois avant cet accident avoit
fait tant de parties de chafle où il tiroit quatre ou
cinq cent coups de fufil , ôc d'oii il rapportoit juf-
qu'a deux cent cinquante pièces de gibier , que fa
joue fe trouva tellement meurtrie , qu'il v avoir
peu d'apparence d'en efperer ia iéfolunon. Le Mar-
di 12 du mois , M. Maréchal fentit de la fluctua-
tion dans la tumeur , Ôc me l'ayant fait toucher ,
nous convînmes de la nécelîité de l'ouvrir ôc de
l'endroit où il la falloit faire , on prit heure pour
laprès midi à deux heures, ôc aïant mis Mgr le Duc
de Berry dans un fauteuil , étant dans la fituation
la plus commode , pendant que je lui tenois la
tête , M. Maréchal, en préfence ôc de l'avis de M.
Fagon , lui plongea une lancette dans l'endroit le
plus bas de la tumeur , 6V: par l'élévation qu'il fit ,
il l'ouvrit de la longueur d'une épingle. Le pus
(brtit aufïi-tôt , Ôc en affez grande quantité pour
emplir la coquille d'un gros œuf. M* Mareichaî
mit un doigt dans la plaie qu'il promena dans la
cavité de la tumeur , pour fçavoir fi les os n'étoienc
point découverts , ÔC ayant trouvé le périofte atta-
ché aux os de la pommette ôc de la mâchoire fupé-
rieure , il le panfa y on y a mis pendant les premiers
jours une tente mollette avec l'emplâtre de muci-
lages. On a continué de le panfer avec des injec-
tions déterfives qui ont nettoyé le fond de l'abcès %
qui s'eft rempli de bonnes chairs en très- peu de
tems , puifqu'en vingt jours il a été parfaitement
guéri y ôc comme on a fait l'ouverture la moins
grande qu'on a pu, & autant proche de l'oreille
que la tumeur l'a permis , il n*y eft refté qu'une:
petite cicatrice longitudinale qui fera cachée par
le bord de la perruque*
Dixième Démonstration. S2.5
LE Garbohcle , que le vulgaire appelle char- Cu charbon
bon , eft ainii appelle , parce qu'on y fent une & dc 1,an-
douieur brûlante, 6c que les effets qui s'en enfui-
vent font {emblables à ceux qu'on lent quand on a
mis un charbon ardent fur quelque partie. La plu-
part des Auteurs confondent le carboncleavec l'an-
thrax , prétendans que l'un &c l'autre de ces deux
maux font caufez par un fang atrabilaire & bouil-
lant , qu'ils ne différent qu'en quelques dégrez ôc
circonftances , &: que félon la verfion du mot Grec
anthrax il fignifie en françois car bonde ou charbon :
vous trouverez néantmoins par la defcription que
je vais vous faire , qu'il faut les rapporter à deux
genres qui demandent des remèdes 6c des opéra-
tions différentes pour les guérir. . ^finition
Le Carboncle eft défini une puftule noire Se cen-du charbon,
drée avec rougeur 6c douleur , ardeur &c chaleur à
l'entour , qui s'élève en veflîe brûlant le lieu où
elle eft , Se qui en fe crevant lailfe une efearretel
que font les cautères &c les brûlures.
Il y en a de deux fortes: l'un (impie &c bénin qui es e peccs
eft caufé par une férofité acre d'un îang attrabilaire
6c bouillant qui fait imprelîion à la peau par où
elle pâlie, 6>c qui s'amaffant fous Tépiderme. y fait
une groffe puftule femblable à celle que font les
brûlures -, l'autre eft malin &c peftilentiel , il vient
d'une férofité brûlante comme de l'eau forte , qui
fait une efearre plus profonde que le précèdent , il
arrive en tems de pefte , 6c il eft prefque toujours
mortel.
Je ne vous parlerai point des remèdes généraux, qiI>0nVfI;crà
ceft aux Médecins a les ordonner ; ni de ce qu'il la puttule,
faut faire au charbon peftilentiel , il faut avoir re-
cours à ceux qui nous ont donné des Traités de la
pefte, il nous en ont fufrîfamment inftruits : je me
renferme dans la manière de traiter par la Chirur-
gie les Carboncles qui font guériiïables.
Si la puftule n'eft pas ouverte 3 il faut l'ouvrir nei'eaupim
* gedenique,
ti6 Dis Opérations de Chirurgie,
au plutôt , afin que la férofité par un plus long fé-«
jour ne falTe pas une plus longue impreffion à la
peau , il faut faire avec une lancette des fcarifi»
cations jufqu'au vif fur tout ce qu'on voit de livi-
de ôc de noir : pendant que. la férofité 6c le fane
s'écoulent , il faut dilfoudre un peu de thériaque
dans de l'eau de vie , en imbiber un plumaceau ,
& en couvrir les fcarifications qu'on a faites , il
le faut renouveller de fix en lix heures , ôc faigner
le malade. S'il eft replet & robufte , il faut réite-^
rer la faignée plufieurs fois , il lui faut faire pren-
dre des cordiaux , ôc lui faire obferver un bon ré-
gime de vivre.
Le lendemain fi le malade ne fentoit point de
douleur à la partie, de qu'on vit la noirceur s'a-
grandir j il faudroit redoubler les fcarifications ,.
les faire fi profondes que le malade les fentit vi*
vement , Ôc mettre de (Tu s l'eau phagedenique a
qu'on appelle l'eau jaune , qui eft compofée avec
de l'eau de, chaux ôc le fublimé ; c'eft un puifïànt
remède pour s'oppofer à la mortification. M. de
Lulli ce grand Mucifien eft mort enkiite d'une pa-
Sîgne de lareillepuftule qui lui vint à l'un des doigts du pied»
€naîcurfJ2cu- \r ■ r • ■>-) r r rc • 11
relie de la Mais il on voit qu il le raiie un petit cercle dans
p*rri«. }a circonférence de ce qui eft noir , c'eft figne que
la chaleur naturelle fubfifte dans la partie , ôc que
Fefcarre s'en veut féparer i il faut pour lors en pro*-
curer la féparation par des remèdes onctueux, mais
toujours animez , de peur de la trop grande îupu--
ration. L'efcarre étant tombée , il faut mondifier ,
incarner , ôc cicatrifer, ôc furtout après la gué-
rifon il faut bien purger le malade pour vnider
cette férofité brûlante , ôc par ce moyen empêcher
la récidive.,
thSr.rAn' T 'Anthrax ou Antrakion , eft une tumeur dans.
J 4 les chairs caufée par une humeur brûlante qui
les gonfle , ôc les pouiTe en dehors comme fi c'é-
toit une grenade ou une bombe qui voulut crever*
T) ï x i i'm e Démonstration. %ij
Le mot d'Anthrax eft dérivé de deux dictions ios°* *tim0*
grecques , à'ana qui veut dire en haut , &: de tho~
rein qui lignifie fauter, deforte que la tumeur qu'il
fait étant pleine de liqueurs échauffées &c enflam-
mées . elle forme une élévation brûlante en ma-
nière de montagne qui s'efforce de vomir les feux,
les flammes & la matière qu'elle contient.
, ■ r j • lt ' c i* Suite de I*nu*
Les tumeurs qui font desablces , ne font ordi~meur ^ f»
nairement qu'un trou par où elles fe donnent uneformc'
ifîue quand on leur en lailfe le tems*, mais celle qui
forme l'anthrax eft fi corroiive, qu'elle en fait plu-
fleurs pour pouvoir s'échaper. J'en ai vu jufqu'à
fept ou huit: elle eft fi chaude , qu'elle brûle toutes
les chairs qu'elle abreuve \ c'eft pourquoi il ne faut
pas s'étonner fi les rmlades ne dorment point, s'ils
s'impatientent i de s'ils font des cris continuels ,
car de toutes les tumeurs , c'eft fans conteftation
la plus douloureufe,
Ce mal peut arriver en toutes les parties du corps. s Endroit*
LoL-fqu'ù1 fe place proche des parties tendineufes juit. e pr0"
ou membraneufes , il eft plus douloureux que dans
les mufculeufes , s'il vient au colj il fe fait encore
plus fentir qu'ailleurs , comme je l'ai vu à trois
perfonnes de la Cour ,- dont je'les ai panfé ÔC guéri.
L'un à M. de Chamarante premier Maître d'Hô-
tel de Made laDàuphine , l'autre à M. le Cheva-
lier Dudicourt , 5c un autre à M. Duchêne Chef
ordinaire du Gobelet du Roy. Ces trois Anthrax
étoient à la partie poftérieure du col proche la bafe
du crâne , où ne pouvant pas trop s'étendre , ils
faifoient une tenfion infuportable.
Les premiers jours la tumeur étant dure . rouge, Co"(îuî.te(îft
€> i\ i il • ï -r • l'opération
çc élevée en dehors 3 je mis des maturatirs j mais qu'on y fait,
la matière ne tarda pas à fe faire jour par plnfieurs
trous qu'elle fit a la peau 9 de tous ces trous je n'er;
fis qu'un , &: je continuai par des incifions crucia-
les pour découvrir toute cette chair brûlée , Ôc
Jiu donner moyen de fortir par gros bourbillons ,
$2.8 ÎJes Ope'rations de. Chirurgie i
comme elle faifoit tous les jours , 8c qu'elle conti-
nua jufqu'à. ce qu'elle fut détachée & fortie entiè-
rement. Aufïicôtque les incitions furent faites , la
douleur ne fût plus Ci grande , &: elle diminuoit à
mefure que cette féparation fe faifoit r les efcarres
tombées , il y avoit un creux à mettre un œuf, je
le laifTai remplir de chairs , & j'achevai ces cures
comme celle des autres abfcès.
Nous en avons un exemple mémorable en la
perfonne du Roy , il eût un Anthrax au même-en-
droit en l'année 1 697 , & comme aux perfonnes de
ce rang , on tâche déménager les incitions , on les
différa le plus qu'on pût j mais les bourbillons qui
fe détachoient du fonds ne pouvant fortir par les
petits trous ouverts, on fût obligé de faire les in-
citions , ce qui réutiît heureufement. Je ne vous
rapporte ces faits que pour vous faire voir qu'on
fie peut pas guérir un Anthrax fans incifion*
Dixième Démon si r at ion. %i$
Fig. LV. POUR LES TUMEURS ENKISTE'ES:
LEs tumeurs enkiftées font celles dont la ma-
tière eft enfermée dans une petite veille ou
membrane qu'on nomme Kyjie. Ce mot vient de
Kyflis qui fignifie veiîîe^l eft dérivé de Kyïn verbe
grec qui veut dire cacher , parce que cette petite
veiîîe nous cache la matière qu'elle renferme.
Nous connoiffons ces tumeurs fous le nom de Diverfesef.
loupes dont il y a plufieurs efpèces , de à la plupart P^esde W
defquelles on a donné des noms tirés des mots grecs
qui lignifient les chofes à quoi leur matière a du
IfjO Des Ori'RAfioNS î>e Chirurgie.
rapport. Quand elles arrivent aux parties tendineu-
fes , comme à la main, à lavant-bras & aux pieds*
on les appelle ganglions j & quand elles font rem-
plies d'une matière fembiable à de la boulie , on
les nomme atberomes : quand elles renferment une
humeur qui reftemble à du miel , on leur donne le
nom de mellïcerïs *, lorfque cette matière eft plus
folide 3c qu'elle a la confidence du fuif , elles font
appelléesjfcrffow^ j & quand elles font dures , d€
qu elles ont la figure d'un maron , on les regarde
comme âesglandes endurcies*
Il y en a qui prétendent que le kyfte qui ren-
Ôriginè dé ferme ces différentes matières, eft formé par la di-
te* Êumeurs,lauation de quelque vaifTeau lymphatique, où là
lymphe fe coagulant , fe change en plufieurs fortes
de matières félon fon différent mélange avec d'au-
tres liqueurs j mais il y a plus d'apparence que lé
principe de ces tumeurs eft une petite glande, parce
que l'a&ion des glandes étant de filtrer fins celle
quelque humeur, s'il fe trouve obftru&ion au vaif-
feau excrétoire , alors l'humeur eft obligée de de-
meurer dans la glande 3c en la gonflant de contrain-
dre la membrane de la glande de s'étendre , ce qui
forme ce kyfte dont nous venons de parler. L'expé-
rience confirme cette opinion,car fi on fait une m-
cifion à une de ces tumeurs , ôc qu'après en avoir
vuidé la matière, on ne confirme pas la membrane
qui la contenoit, il s'y filtre une nouvelle humeur>
qui avec le tems fait une nouvelle loupe.
Indolence de Ces cinq fortes de tumeurs dont je vous parle *
'ne font point de douleur, parce que la matière qui
les compofe eft douce ôc bénigne , &c que n'étant
point chaude ni piquante , elle ne caufe ni inflam-
mation, ni prurit ou demangeaifon > c'eft ce qui
fait qu'on peut les porter toute fa vie fans en être
incommodé quand elles ne viennent pas d'une
grofTeu" démefurée , &: qu'elles ne font pas dans
un endrcit où elles nuifent a quelque mouvement
«ces tumeurs.
D I X ï É*M S D fe*M ONSTkÀTÏON. S3 t
naturel. La plupart néanmoins de ceux qui en ont>
s'inquiettent &c s'impatientent de voir toujours
cette légère difformité , ils veulent à quelque prix
que ce (bit en être délivrez , & pour cet effet ils
ont recours au Chirurgien.
La Chirurgie nous préfente quatre moyens pour on met fur ce plumaceau B. des remèdes ca-
pables de la confumer , èc Ci l'ouverture n'eft pas
iuiiifantes on l'agrandit avec le biftouri C. ou les
cifc:.uX D. prenant des deux celui qui eft plus com-
mode.
Il y a à Paris le (leur Gervafî qui eft en réputa-
tion de guérir toutes lortes de loupes avec un re*
mede efcarotique qu'il met fur la tumeur : il en
ouvre la peau j fi la matière qu'elle contient eft
fluide , de que le kifte foit ouvert par le remède ,
il vuide l'humeur,& confume la membrane comme
font tous les autres *, fi c'eft un ganglion ou une
glande endurcie , avec fon remède il la déracine
peu à peu & la fait tomber comme une noix qu'on
ôteroit. Enfin comme il ne s'attache qu'à ces ma-
ladies , il en traite un plus grand nombre que les
autres Chirurgiens , ôc apar-conféquentlà-deflfus
plus d'expérience.
De la liga. Quand la loupe a la bafe étroite, ôc qu'elle pend
ture par le comme fait une perle à une oreille, la ligature eft
uÏÏ,°U partm moyen de la faire tomber. Il y a des Auteurs
qui veulent qu'on fe ferve d'un crin de cheval ,
prérendant qu'il coupe en peu de tems -, mais on
ferre mieux avec le fil de lin E. dont on lie la po-
che proche la bafe de la tumeur , qu'on fait ainfi
tomber en mortification. Ce feroit plutôt fait de
l'emporter tout d'un coup avec ee fcalpel F. comme
j'ai fait à plufieurs perfonnes à la rêce & aux autres
parties du corps , on en feroit quitte pour lîn mo-
ment de douleur , au lieu que la ligature en fait
pendant plufieurs jours-, mais les femmes & les dé-
licats la préfèrent toujours à l'incifion.
De Pcxtir- Le quatrième moyen , eft l'extirpation qu'on
tipnparl,inf.(j0it pratiquer quand les émoliens & les réfolutifs
ont été impuifTans , furtout quand la bafe de la
tumeur eft large, & quelle eft enclavée ou enfon-
cée
ï) i x i e'm e D e'm'o n s t r a t i e k. t$$
fcée dans les chairs. Cette opération confifte à faire
une incifîon longitudinale feulement fi elle eft pe-
tite de longue , ou cruciale fi elle eft grofTe &e ron-
de. On fe feft du fcalpel F. pour faire ces incifionS
feulement à la peau qui Couvre la tumeur , de avec
ces deux érignés G G. on écartera les lèvres de la
peau pour empoigner la tumeur avec cette tenette
H. (*) afin delà pouvoir féparer de diiTéquer avec
cette feuille de mirthe I. qui a un déchauiibir à un
de (es bouts pour s'en fervir en cas de befoin. Si
les filamens qui attachent la tumeur étoient fi durs
que la feuille de mirthe ou le déchaufïbir ne puif-
fentpas les couper , on fe fèrvirôit de ce fcalpel K*
pour le faite , prenant garde de ne pas ouvrir le
kifte^ l'adrefie du Chirurgien confiftant à empor-
ter toute là tumeur & la matière contenue danè
cette poche : la delicatefie de cette opération de la n f
douleur cju'èlle fait ont aliarmé les malades, & ont m«nîL P*
été caufe que plusieurs fe font mis entre les mains
de M. Gervafi, ou de quelqu'àutre qui a-atffi beau-
coup d'expérience dans ces maux. La loupe étant
*ôtée , on met fur la plaie ce plumaceau L. qu'on
couvre de l'emplâtre M. & par-defliis la comprefle
N. Se avec la bande O. on affure l'appareil (hy. Si
fa.) Ou bien on parlera au travers de h tumeur par
ïe moyen d'une aiguille 5 un fil dont on formera une
anfe , & dont on tirera les bouts pïùir dégager la lou-
pe , lorsqu'on h diffequera avec le biftouri.
(^>Si Ton a extirpé totalement la loupe, la plaie
quirefte eft crès-fîmple, & deit étrepanlëe comme les
plaies de cette efpéce. On en rapproche les lèvres au-
tant qu'il eft comble, & on les tient unies par quel-
ques-uns des moyens que la fynthèfe fournit. Par exem-
ple , fi on a été obligé de faire une incifîon cruciale pour
emporter la tumeur , on fait un poiit de future qui unit
lés quatre angles de la plaie- Si elle a été faite en Tè
on en fait un qui joint les deux angles entr'eux * 8c
avec la partie fupérieùrë du T. Lorfque les branches v
de Tincifion cruciale ou de celle en T. font trop Ion* ^
gués, on y fait auâl quelques points de future.
Ggg
$y4 ^1S Opérations de Chirurgie;
on a befoin de poudres cauftiques 9 on en trouvé
dans cette boëie P. qu'on incorpore avec l'onguent
pour confumer le kifte , par la fuite on approche
les lèvres de la plaie le plus qu'on peut lune de
l'autre, afin que la cicatrice en Toit moins difforme.
De ces quatre moyens, c'eft le dernier qui eftle
plus fur , le plus expéditif , & celui dont fe fervi-
roient les Chirurgiens s'ils trou voient dans les ma-
lades arlez de foumiiîion. J'en ai heureufement
guéri de cette manière , qui l'ont été en moins de
tems & qui n'ont pas tant fouffert que par le eau-
ftique. Un garçon de M* de Châteauneuf en avoir
une qui lui faifoit une tumeur à la joue , je la fépa-
rai avec la pointe d'un fcalpel au dedans de la bou-
che , ôc je la tirai'toute entière. Elle étoit grofle
comme une noix , le panfement en fut fort facile , .
car avec du vin tiède dans lequel il y avoit un peu
de miel rofat dont il rinçoit fa bouche plufîeurs
fois le jour , il guérit parfaitement.
Dixième Démons t ration. 8*5
Fig.LVL POUR LES CAUTERES.
fi
t?&
LE Cautère fe prend en deux manières, ou kJifcSS
proprement pour tout cauftique capable de du cautetë,
faire un trou à la peau, (bit inftrumentou matière
brûlante -, ou improprement pour ce trou quand il
eft fait , foit actuellement ou potentiellement ,
deforte que nous donnons le nom de cautère tarit a
ce qui brûle la peau , qu'à la plaie caufée par cette
brûlure , qui eft pour lors définie par un petit ul-
cère à la peau fait de ehofes brûlantes par l'indu-
t$& T>t$ Opérations ï>e Chirurgie >
ftrie du Chirurgien potir les fins qu'il le propofè.
Je ne prétens point entrer dans le détail des
înaux qui veulent un égoût pour jette guéris -, 2£
me renfermant dans ce qui eft de l'appanage du
Chirurgien , je me contenterai de vous faire voir
comment il s'y faut prendre pour faire cette opé-
ration.
On a de tout temsdivifé les cautères en deux
efpeces , fcavoir en actuels & en potentiels. Les
premiers font des fers chauds &ardens qui cauté-
rifent & brûlent dans l'inftant tout ce qu'ils tou-
touchent , les autres font des compositions de mé-
dicamens brulans dont on fait de petites pierres ,
qui pofées fur quelqu'endroit 9 y font une efcarre
qui étant tombée laiflè un petit ulcère profond par
ou il s?écoule des humeurs tant qu'on entretient
. cet' ulcère ouvert.
matcrts tn Il y a quelques Médecins qui ont voulu que
potentiels & cette diftinction fût chimérique , prétendans qu'il
n y a point de cautères potentiels , oc que tout _
cautère eft unechofe dont l'action eft de brûler.
-Nous autres Chirurgiens qui ne fommes pas obli-
gez d'en fçavoir tant , nous en avons toujours
fait une diftinction , parce que le potentiel ne
brûle pas d'abord comme fait l'actuel > mais quel-
que cerns après, en fe fondant 3 &z on nous permet-
tra de la continuer , parce que cette diftin&ion
eft tournée en habitude , de que le raifonnement
contraire eft ii phiiofophique qu'on auroit de la
peine à le comprendre.
De ces cautères actuels , les premiers Chirur-
giens en ont fait forger d'une infinité de maniè-
res , & quoiqu'ils nous en ayent donné un grand
nombre , ils nous taiftènt encore la liberté d'en in-
venter de nouveaux fuivant les occafions : je me
contenterai de vousen reprefenter fix,qui fufhront
Êix fones deP0ur vous donner une idée delà pratique ancienne.
eau cm ac- Le premier A. eft le cautère Enfel, ainii appel»
tueis.
D I X I E*M E- D E*M ONSTRATIOH. $3j0».
Ic, perce q l'il a la pointe faite comme. celle d'une
épée nommée enjïs.
Le fécond B. eft le cautère olivaire , on lui â
donné ce nom parce qu'il eft fait comme une pe-
tite olive.
Le troifréme C. eft lé- cautère à bouton , parce
qu'il eft.- fait comme un bouton , ayant une petite
pointe dans Ton milieu.
Le quatrième D^.eft le cautère culteltaire, c'eft-
à-dire en façon de couteau qui ne coupe que d'un*
côté.
Le cinquième E. eft- un cautère à platine ronde*,
dont on fe fer voit pour corriger La pourriture après,
un membre coupé.
Le fixiéme F. eft un grand cautère a platine, de.
figure o&ogon* qu'on approchoit tout rouge dé
L'endroit dont on venoit de couper un cancer pour
en defTécher les humiditez corrotives, & en même
tems arrêter le fang.
Vous pouvez par ceux-ci juger de tous les au-
tres qui ne diffèrent qu'en figure : & qui ne font-:
pas moins cruels... Je ne voisplus aucun Chirurgien
qui les mette en ulage , & h je les ai fair graver
ici , c eft plutôt pour vous en donner de l'horreur-
que pour vousxonfeiller de vous en fervir.
Les cautères potentiels font plus en ufage: Nbus^Les cautewai
en tirons de grandesutilitez dans les vieilles mala- potentiels
dies, après avoir employé plusieurs autres remèdes f™fui&Me*
fans fruit , comme dans les rhumatiimes , dans les
goûtes , dans les fluxions fur les yeux , & dans
toutes celles qu'on appelle ordinairement catha-
res.
On fe fert de ces cautères dans pîùfiéurs parties Lîetx oà 6SS
du corps , mais celles où on les applique plus ordi- les app%^
mirement font i°. à la nuque , entre la première
& la féconde vertèbre du cou. i°. à la partie fupe-
«icure du bras, dans une petite cavité qui fe forme v
fntre le mufcle deltoide & le biceps. , ; °. à la partis
S$8 Des Opérations de Chirurgie,'
incerne du genou , un peu au-deflbus de l'attaché
des fléchi (Teurs de la jambe.
ftéïmt\Q.n% Avant que d'appliquer un cautère, il faut avoir
des pierres dont on connoifle la vertu,Ôç de l'effica-
ce deiquelleson foit fur , car quand on en achette
ôc qu'on en prend tantôt de l'un tantôt de l'autre »
on ne peut pas répondre du fuçcés ni de l'effet que
feront ces cauftiques. C'eft encore pis s'ils font hu-
mides ôc qu'ils n'ayent pas été confervez dans ua
lieu fec , fûrement ils n'agiront pas (5 bien. Pour
n'erre pas trompé , il faut que le Chirugien en falïe
lui même 5 & qu'il les garde pour le hefoin: en.
voici une composition fort facile à faire,
^m^ofitio.n j[ fallt dans un demi fceau d'eau mettre un quart
c' de boiifeau de cendres de bois de chêne , deux li-
vres de cendres gravelées , une livre de chaux vive,
ôc demi livre de fel , lailfer tremper le tout pen-
dant trois ou quatre jours , en le remuant tous les.
jours avec un bâton : le tout étant bien raiïis il
faudra le couler enforte qu'il ne pane rien que
l'eau bien claire qu'on mettra dans un chaudron
fur le feu & qu'on fera bouillir julqu a ce que l'eau
demeure en pierre de couleur noire -x ôc l'ayant
tirée on en fait de petites pierres qu'on met dans
un vaiiïeau de verre qu'on bouche bien Ôc qu'on
garde dans un lieu chaud ôc lec»
Application îl y a des circonftances à obferver pour bien
du cautère 'V* ~ \ r - '
S^pfei appliquer un cautère. On commence a taire un
petit emplâtre G. rond , de la grandeur d'un écii
ôc troué par le milieu \ on le couvre d'un onguent
fort emplaftique , afin qu'il s'attache fortement
à la peau pour empêcher que Pefcarre ne foit pas,
plus grande que le trou qu'on a fait au milieu de
cet emplâtre , qui doit être proportionné à la gran-
dir du cautère qu'on va pofer. On met cet em-
plâtre fur l'endroit deftiné au cautère , prenanç
garde qu'il foit bien placé.
^uffitot que remulâtre a çti tris â fa place 5 oâ
D i x i e'm e D e'mo nstratio n; 83 >
ouvre la bouteille aux cautères pour en prendre-
une pierre H. qu'on tire 8c qu'on pofe avec cette
pincette I; Avant que de la mettre on mouille la
peau avec une goutte d'eau , afin que la pierre fe
fondant plutôt , elle faite auffi plutôt fon effet. On
met par deilus cette petite comprefTè K. quarrée
8c mouillée pour la même fin , on la couvre de ce
plus grand emplâtre L. 8c enfuite de la comprefTè
M. 8c par defTus on met un bandage circulaire
avec cette bande N. qu'on ferre un peu afin d'ap^
puyer fur la pierre à cauterre 8c empêcher que
l'appareil ne change de place.
Quand on connoit la pierre à cautère dont on incmvë**
s'eft fervi , on eft certain du tems qu'il faut lever mens pour
l'appareil , 8c on ne tombe pas dans l'inconvénient cÔnnoifffe»^*
de l'avoir levé avant qu'elle ait fait fon efcarre , pas ic caute-
8c par conféquent onn'eft point obligé en rêve- }l*°™ ?' fs
nant deux heures après y d'en mettre une autre ».
comme cela eft arrivé plufieurs fois. Il ne faut pas,
aufii la laitier trop long- tems , car fi la pierre eft
bonne , à un enfant ou à une femme dont la peau
eft plus délicate que celle des hommes, elle pour-
roit trop caver , -agifiant plus ou moins félon que
la peau qu'elle attaque eft plus ou moins tendre*
Si on trouve l'efcarre en bon état , on ôte tout
cet appareil , 8c avec la lancette Q. on fait deux
petites incifions en croix dans le corps de l'efcarre».
On met ce petit linge P. couvert d'un peu de bafi-
licum ou de beure frais fur l'efcarre , 8c par deiïus.
on pofe la même comprefTè 8c le même bandage.
On continue le même remède jufqu'a ce que Tm tzmp&m
l'efcarre foit tombée , 8c pour lors on met dans ,°"c°enr^"
le trou un gros pois Q. ou un tampon rond fait du cautère
de racine d'iris R. Il y en a qui fe contentent d'y
mettre une boulette de cire -y S. mais le pois 8c la
racine d'iris conviennent mieux , parce que s'im-
bibant des humidités du cautère , ou les retir©:
loujours plus gros qu'on ne les a mis , ce qui $jg£
Gggg-.iiij
tratij
$4© Bis Opérations de Chirurgie,
tretient dans une jufte grandeur l'ouverture de Tuf-
ççre qui ne cherche qu'a fe retrcffir 6c à s'emplir.
, ®* ?*^" On mec un petit morceau de linge blanc T\
çroué à l*endroit du pois % & par deflus une feuille
de lierre V. qu'on dit être particulière pour y pro-
curer une fuppuration réglée , on finit par cette
comprefie X. '& par le même bandage que le jour
précèdent. Il faut avoir foin de panfer lès cautères
deux fois le jour , Ôc defe fervir de linge blanc
de lefcive fi on veut éviter la mauvaifê odeur , 8&
Û les chairs croifient trop &: qu'elles débordent les
bords du cautère , il faut \es çonfumer avec la
poudre d'ajun brûlé,
efepîç des Quand on fait aux grandes perfonnes de ces
^^"j.^ cautères , que quelques-uns appellent des fonti-
qw les eau. cules j & les, Italiens des fontanelles i on les appli-
W§h que ordinairement aux bras ôc aux jambes , afin,
qu'on puhTe fe panfer foi-même , & on fait de pe-
tites bandes figurées en forme d eftrier X Z. qui
font très-commodes pour les bras & les jambes j
mais quand c'eft à des enfans , on les fait à la nu-
que du cou pour trois raifons : i°. Parce qu'à tous
ceux qui ont une groffe tête ôc des fluxions fur le$
yeux ou fur le vifage , le cautère appliqué en un tel
endroit peut mieux épuifér les lerofirez f nper-
fiues de ces parties malades pour lefqueileso»
l'employé. 2°. Parceque ce font les mères ou les,
gouvernantes qui ont foin de les panfer , &: que
leur bonnet cache la bande qui tourne autour de la
the 3Ç. Parce qu'aux enfans on ne le leur met que
pour un tems ; la maladie pafifée , on lailïe fermer
îe trou du cautère après l'avoir lufFifamment purgé,
mais quand on a palTé quarente ans , il faut le por-
ter tout le refte de fa vie x fi on ne veut pas courir
Je r ifque de tomber dans quelque fàcheufe maladie
que peut caufer dans la fuite cette humeur qui
avoit pris fôn cours par le cautère, & qui contraint©
i% fe rem|ier fes. b maife du, fang leroit çap^bl^
D i x i e'm e D e'm onstration. 841'
£c la corrompre, ou fe répandroirfur quelque vif-*
cere principal , le plus foible ou le plus difpofé
à s'imbiber de cette liqueur fuperflue ou viciée.
Fig, LVIU POUR LES VENTOUSES
LA Ventoufe eft une manière de boëte de fi- f IGURE ET
gure ronde de la groiTeur du poing , dont matière x>&
Tentréç eft plus étroite que le fond. Sa matière eft J£ V£NI0U*
de verre , de corne ou de cuivre ; mais on ne fe
fert à préfent que de celles de verre , parce qu'elle
font plus propres, & qu'étant tranfparentes on voit
fl qui fe paîle dans la ventoufç k èc qu'on connoît
$41 Des Ope'rations de Chirurgie,
par ce moyen s'il eft forti une quantité de fang;
iuffifanre avant que de la relever.
Reftriaion L'ufage des ventoufes eft auffi ancien que la
qu^n lai. Chirurgie , puifquc Hyppocrate nous en parle, de.
foienc les nous ordonne de nous en fervir , Ôc que Galien
nous vante les bons effets qu'elles produifent pour
la guérilon de plusieurs maladies. On ne doute pas
que l'application des ventoufes n'ait fa bonté & fes.
utilités y mais nous ne fommes pas obligez de nous,
en fervir dans toutes les maladies où les appli-
quoient nos Anciens qui ont donné trop d'éten-
due à ce qu'Hyppocrate ôc Galien nous en ont laif-
fé par écrit. Nous ne devons point croire , par
exemple , qu'en les appliquant fur le fommet de la-
tête , elles puiffent relever la luette trop relâchée -,
qu'étant mifes fur la région des uretères , ellss
ayent a(fez de force pour attirer une pierre des
reins Ôc la faire tomber dans la veflie , & une infi-
nité d'autres imaginations femblables.
A mefure qu'on a acquis des connoiffànces plus
parfaites dans l' Anatomie , l'ufage des ventoufes
eft devenu mains fréquent. On les a fupprimées:
dans toutes les maladies où. on a counu qu'elles n'é-
toient d'aucune utilité ; Ôc on en a confervé l'ufage
dans celles où on en reçoit , ou du moins où l'on
en peut recevoir du {otilagement > comme dans,
l'apoplexie, dans la létargie , ôc dans toutes les flu«.
xions de la tête qui attaquent les yeux ôc le vifage,.
Pays où les £n ira| je & en Allemagne , on n'en eft pas au-
fompiusfré.tant delabuiequen rrance. Dans ces pays-la on
quentes. trouve des étu ves humides où l'on va fort fouvenc
pour la propreté , quand ils fe fentent trop replets
ÔC qu'ils çroyent que cela vient de l'abondance du
fang , ils fe font appliquer de ces petites ventou-
fes en plufieurs parties du corps , aufquelles ils font
faire des feari fixations > par ce moyen ils font for-
tir autant de fang qu'ils jugent à propos pour fe.
foulager. Cette pratique n'eft point du goût des,
Dixi b'm e D e'm onstration. S43
François , qui font perfuadez qu'en tirant par la
faignée deux ou trois poilettes de fang , on dégage
plus puilTament que par ces petites fcarifications a
qui ne peuvent laitier fortir qu'un fang fubtil tiré
par force de la fuperficie du corps.
En voyageant en Italie , j'ai été voir les étuves.
Les gens de qualité en ont dans leur Palais pour
leur ufage particulier , 5c dans les villes il y en a
de publiques , où chacun va pour Ton argent. Ils
ont de petites ventoufes AA. qu'on appelle des
cornets , parce qu'elles font faites de corne 5 ils,
s'en font mettre tel nombre 5c en telle partie du
corps qu'ils le jugent à propos , parce qu'on eft
tout nud dans ces étuves. Pour les appliquer ils les Manière
mettent dans un baflin d'eau chaude , 5c les pre- dont. on ies
nant l'un après l'autre pour les pofer , ils ne font
que mettre le bout d'une lampe allumée B. dans le
cornet, qui étant plein de fumée , &pofé àl'in-
ftant fur la partie , s'y attache fortement ; ils le re-
lèvent peu de tems après t 5c avec une flammette
C. ils y font des mouchetures , puis le remettent
de la même manière, 5c ainiipar plufieurs cornets
ils tirent la quantité de fang qu'ils jugent nécef-
faire pour leur fanté.
J'ai eu auiîi la curiofîté de voir celles d'Aile- Dirpofîtîon
Cri j ri ' * *i des Poêles en
e lont de grandes laies voûtées , ©u il y Ai]emagne.
a des bancs des deux côtés comme aux Clafîes des
Collèges ; il y a deux poêles, dans l'un les hommes
fe vont défabiller avant que d'entrer dans l'étuve ,
5c l'autre fert pour les femmes. Les uns 5c les au-
tres font nuds à un linge près qu'ils ont depuis la
ceinture jufqu'au milieu des cuiiTes. A mefure
qu'ils entrent ils fe placent, les hommes d'un côté
6c les femmes de l'autre : étant amY un ferviteur fe
prefente qui leur met des cornets aux endroits où
ils montrent qu'ils en veulent. J'en vis appliquer utilité par*
à prefque toutes les parties du corps. Je deman- «culiere.
4Â la raifon, à, un c^ui s'en fit mettre fur le coude
$44 Oss Opérations i>2 Chirurgie;
du pied, il me répondit que c'étoit contre la goûts*
& il me dit que depuis qu'il s'en faifoit mettre ert
ce lieu de tems en temsa iln'en étoit point incom-
modé.
Ceux qui fervent dans ces lieux, font tellement
Caire les habituez à mettre des. cornets , qu'ils le font avec
*iquchetu* une promptitude furprenante. lis font les mouche-
tures avec une rlammette qu ils tiennent d une
main , Ôc des chiquenaudes qu'ils donnent deffus
de l'autre main, ils donnent telle figure qu'ils veu-
lent à ces mouchetures arrangées à cq:6 Tune de
l'autre > les unesreprefententun lac d!amour> d'au-
tres un coeur , Ôc d'autres les, chiffres de leurs maî-
treffes félon la volonté de celui qui fe les fait
faire. Enfin ils font fi perfuadez- du, bon effet de
leurs étuves , qu'ils fe priveroient de toutes chofès
plutôt que de s'en paffer -, Ôc en effet , les, femmes.
AppKcatïos
tant pour voir clair à ce qu'on fait que pour àliu-î>cdin*i^jj?
mer les étoupes II. ou les petites bougies kk. quel-
ques-uns prennent de l'étoupe fine qu'ils mettent
dans le creux de la ventoufé pour l'y allumer , puis
ils appliquent la ventoufé fur ielieu prémédité ou
défigné au paravant, 6c elle s'y attache auilî- tôt :
enfuiteirs en appliquent une autre qu'ils placent à
coté de la première, 6c s'étantfait apporter une
ferviette très- chaude ployéee-i plufieu s doubles,
ils la mettent fur les ventoufes > 6c peu de terns
après on renouvelle la fer vie: te , ce que i'o n con-
tinue jufques à ce qn'on crove devoir les relever
pour y faire les fcariiîcationco
Au lieu d'étoupes il vaur beaucoup mieux fe fer- ^n,.,* ^
vir de petites bougies amenées fur un pe it ïonJv
de carte , elles rendent plus de flammes oue 'étou-gl
pe j 6c par conféquent la ventoufé attire plus for-
cement , & on ne court pas le nique avec ces bau-
>et ces
É46 Des Ope'rAtions deChîrurgiè*
gies de briller le malade , comme peut faire recou-
pe. Il faut remarquer qu'appliquant des ventou-
fes a une fille ou à une femme , il faut les pofer
plus bas qu'aux hommes , parce que les fcarifica-
tions laifient de petites cicatrices qui gâtent les
épaules & qui chagrineraient les femmes fi elles
étoient en un lieu où on les pût voir , car les fem-
mes ne fe foucient pas d'avoir des défauts pourvu
qu'ils foient cachez.
'Minière de La ventoufe fe relevé en appuyant un peu fur là
Vottroufe l2& PeaU aVeC un ^°*§C ?0Ur Y ^re entrer ^e l'air : on
dcfcarjfier. prend alors la lancetce L* avec laquelle on fait
plufieurs fcarifications fur l'endroit où elle a été
appliquée, on commence par le bas delà rondeur
l'on y fait trois fcarifications, on continue en mon-
tant, 8c l'on en fait quatre ; enfuite cinq au deiïus ,
puis quatre , & on finit par trois, deforte qu'elles
font toutes entrelacées dans les efpaces les unes
des autres , de la manière qu'il eft reprefenté par
les figures MM. on allume les bougies qu'on met
fur l'endroit fcarifié , & par dedus on applique la
même ventoufe , on fait la même chofe à ia fe-
onde, on les couvre avec une ferviette très-
ehaude * & en renouvellant ces linges on regarde
fi elles s'emplifTent de fang , ôc lorlqu'on croit
qu il y en a allez , on fait apporter un vaiffaupour
lettre le fans contenu dans ces ventoufes.
Minière Si dans les maladies qui demandent une prom-
it v^'nïoul Pte évacuation , on trouve à propos de les remet-
fes une fe- n:e une féconde fois, il faut avoir d'autres bougies,1
conde ois. parce,que ces premières ayant trempé dans le fang
ne pourroient pas fe rallumer. On fe conduit cette
féconde fois comme la première , & on réitérerait
cette application pour la troifiéme fois , fi la né-
cefiité le demandoit;
$ anfcment. L'opération finie on efîuye bien tout le fang ^
pti lave les épaules avec du vin tiède , Se on mec
•ces deux emplâtres NN. fur les deux endroits où
D î X ï e'm 1 D é'm ONSTÎIATION. 2qf
on a fait les fcarirications. Ils font de cerufe brû-
lée , parce qu'il n'eft plus queftion que de dépê-
cher , on les renouvelle quelques jours après , ce
qu'on continue jufqu a la parfaite guerifon.
Fïg. LVlïï. POUR LES SANGSUES ET VESSICATOIRES.
LEs fangfuës font de petits vers aquatiques
qu'on trouve dans les étangs «5c dans les riviè-
res : ces infectes s'attachent fouvent aux jambes de
ceux qui fe baignent , &c aux pieds des chevaux
quand on les va abbreuver \ on les appelle fang-
fuës , parce qu'ils fuccent le fang des animaux auf-
quels il s'attachent.
Il y en a de deux fortes , de bonnes & de veni- choix des
meufes : les bonnes font celles qui vivent dans lesbonnes^dcs
ti /* ï a 11 niauvailcs
eaux courantes } elles (ont longues & menues j elles Sangfucs.
ont la tête petite , le dos vert rayé de jaune , & le
ventre un peu rouge j ce (ont de celles-là A A. dont
il faut fe fervir. Les venimeufes fe trouvent dans
les eaux croupifîantes des foriez Se des marais ;
elles ont une grofTe tète 8c le dos rayé de bleu *,
ce font celles-là qu'il faut rebuter.
On applique fouvent les fançfues aux parties qui p.arcies °*
rr 1 ce • ï r • / & -ï r -r on les applî*
ne peuvent iouftrir la laignee, m les lcanhcations^ue,
*4$ Des Oïe'rations fifi Chirurgie
comme au vifage , aux lèvres , au nez , aux join-
tures , aux doigts & à l'anus. On les applique à
cette dersiere partie pour vuider les hémorroïdes*
Les fangfues f uppléent à la faignée , parce que leur
aiguillon fait l'office de la lancette*
k.étïr prépa* On ne doit point appliquer les fangfues nouvèl-
lemenf prifes, on les doit auparavant lahTer dégor-
ger dans l'eau pendant quelques jours. Quand on
voudra s'en fervir , il faut les retirer de l'eau ,
Ôc les tenir enfermées dans quelque bocce depuis
le foir jufqu'au lendemain , ou depuis le matin jus-
qu'au loir, afin de les rendre plus affamées de plus
avides à fuccér.
tt ctWèàt Avant que de les appliquer, il faut frotter là
lapattic. partie avec un petit linge mouillé d'eau chaude *
afin qu'elles s'attachent plus promptement & plus
fortement ,* ou bien on la frotte avec un linge
trempé dans du lait. Il y en a qui veulent qu'avec
une épingle on faffe une ponction à la partie pour
en faire fortir quelque goûte de fang ; mais il vaut
mieux frotter l'endroit avec un peu de fang de pi-
geon , ou de quelqu'autre animal qu'on aura pré-
paré pour cet effet*
Comment Lorfqu'on veut appliquer les fangfues , comme
«llcsagiffenc.enespeuvenl: s'attacher aux doigts, ou que fouvent
elles ne peuvent point mordre, il faut les tenir
avec un morceau de linge B. jufqu à ce qu'elles fe
foient collées à la peau ? on s'en fert toujours de la
même manière , on en met une féconde , une troi-
fiéme , & autant qu'il eft néceflaire. Lorfque ces
fangfues font ainfî attachées à la partie , elles font
fortir de leur tête un aiguillon , qui n'eft que
la pointe de leur trompe , qui eft comme un tuyau
difpofé de manière qu'il fe piifli pour s'accourcir,
& fe déployé pour s'alonger , enforte que quand la
fangfue veut tirer le fang de quelque animal , elle
étend fa trompe , & cherche dans la peau un pore
pour l'y introduire & fourer aflez avant pour trou-
ve*
Dixie'mé Démonstration. §49
trouver le fang , qui montant dans la cavité de
cette trompe entre dans le corps de la fangfue.
Les {angfues ne quittent point qu elles ne foient
foules. Si elles quittoient trop tôt , on en appli-
queroit d'autres fur les mêmes ouvertures. Lorf-
qu'elles font pleines & quand on ne veut pas
qu'elles fe détachent , on leur coupe la queue avec
des cifeaux, d'où on voit diftiller tout le fang qui d^mj^uccacion
les empliflbit , de manière qu'elles vuident par la queue, .
queue le fang qu'elles reçoivent par leur trompe ,
comme par une pompe afpirante, de ainfl une feule
tire plus de fang que fix autres, aufquelies on n'aura
pas fait cette amputation. Quand on croit avoir
fufEfamment tiré du fang , il ne faut point arra-
cher les fangfues , de crainte qu'elles ne laiffent
leurs aiguillons j il faut pour leur faire lâcher prife
leur mettre un peu de falpëtre ou de fel fur le dos ,
elles quittent aufïi-tôt. 11 faut enfuitelaiffer couler
un peu de fang , afin qu'il ne refte point de venin ; icsM£f" ffô
on lave les piqueures avec de l'eau falée , Ôc ii le parer,
fang ne s'arrête pas de foi-même , il y faut mettre
un peu de charpie râpée C. ou du linge brûlé D.
On peut appliquer ces emplâtres EE. une petite SWcrneot»
compreffe F. Se une bande G. roulée à deux chefs*
LE Vefîicatcire eft un médicament qu'on fait Du vefïïca*
avec des mouches cantharides , lequel étant toire»
appliqué fur la peau , y fait venir des vefîîes par
fon acreté ; c'eft- pourquoi on lui a donné le nom
de veilicatoires.
Ce remède le fait avec des mouches canthari- Sa compo*
des defléchées de mifes en poudre , qu'on agite fltion«
avec du levain 3c un peu de vinaigre pour en faire
une maffe. Les Auteurs qui nous y font mêler le
vinaigre, nous difent que la fermentation qui doit
arriver du mélange du vinaigre- avec le fel alkali
des cantharides, augmente la vertu du veiïicatoire.
Il y en a d'autres qui prétendent que l'acide du viU
Hhh
cation.
S50 Dis Opérations de Chirurgie;
migre doit affoibhr l'action du vefïicatoire plutôt
«que de l'augmenter, puifqu'il énerve le fei volatil
des canthandes , d où dépend toute leur force. Je
ne fçai point lefquels ont raifon , mais je m'en tiens
à l'expérience , qui me fait voir qu'en y mettant
un peu de vinaigre, elles font fort bien l'effet qu'on
en attend.
Son appJi- Qn fe ferc Jes veiîicatoires en plufïeurs mala-
aies , ou il raut irriter vivement les fibres ôc tirer
avec une grande violence les férofités au dehors ,
comme dans l'apoplexie , dans l'épiîepfie & dans
les migraines ,on les applique pour lors par der-
rière le cou , & on en fait un grand emplâtre H,
que l'on met entre les deux épaules. C'efl: un bon
remède contre les morlures des bêtes venimeufes,
ôc contre la goutte j on en couvre un morceau de
linge I, qu'on met fur la morfure. Ils font aufïi ex-
cellens pour les fluxions des oreilles Ôc des yeux :
on en fait pour lors un emplâtre K. figuré en croif-
fant , qu'on applique derrière l'oreille *, ôc on eft
foulage delà douleur des dents quand on en mec
un petit emplâtre rond L. fur l'artère temporale.
«es aiffe- j^e (Chirurgien doit rendre fon ve£icatoire plus
nces» . r r m 1 *oi i \ ' • 1
ou moins fort , iuivant la partie ôc la maladie ; il
doit mettre moins de mouches cantharides pour
une fille ou une femme , parce qu'elles ont la peau
plus délicate , principalement quand on les appli-
que à la tempe ou derrière les oreilles > mais on
en doit mettre davantage pour une vieille person-
ne, à caufede.la dureté de fa peau. Si on applique
des veflicatoires aux épaules contre l'apoplexie ôc
lepilepfie > ou à la cuifTe contre la goutte , il fau-
dra en mettre fuffifammenr pour exciter un plus
grand nombre de veflies 3 ôc un plus grand écoule-
ment de la férofité.
Avant que d'appliquer le vefficatoire , il faut
faire une légère friction a la partie , afin que l'effet
l'en faite plus vite. On le laiffe fur la partie quatre
cences.
Dixième Démonstration, 851
ou cinq heures , & quelques fois davantage , fé-
lon la délicateife des perfonnes ,
ôc qu'elle croyoit un faux germe , m'exagerant
les obligations qu'elle avoit à c;t emplâtre ÔC
les bons effets qu'il produifoit à toutes celles.
. qui s'en fer voient après leurs couches. Peu d'heu-
res après cette Dame me renvoya chercher fort
' allarmée d'une groffeur qui lui étoit venue au
nombril - me difant que c'étoient fes boyaux
qui étoient fortis. Je trouvai" que c'étoit une
grofte veflie caufée par cet emplâtre, qui n'é-
toit point celui de Madame Fouquet, mais un
Hhhij
*8$i Des Ope'ràtïons de Chirurgie,
vefïicatoire. Je perçai cette velîîe , & comme il
ne failoit point procurer d'écoulement de férofité
dans cette occaiion , parce que l'humeur qui for-
moit la veflie & tout le mai , s'écoula aufïitôt de
lui-même , je mis un remède delïus pour le deflfé-
cher au plutôt. La femme de chambre avoit ces
deux emplâtres dans ion coffre, de elle s'étoit trom-
pée en panant celui de veiîicatoire pour celui de
Made. Fouquet , qu'on croyoit avoir fauve la vie
à cette Dame pendant qu'il étoit encore enfermé
dans le coffre.
Fig. LIX.POURL'ECHIMOSEErLES VERUES.
E
Chimofe vient du mot grec Echïmojis , qui eft
dérivé de Ex qui veut dire dehors , & de Chi-
Tnoin qui fignifte ternir 6c donner une vilaine cou-.
leur, parce que cette maladie eft un épanchement
de fang fous la peau, qui la ternit & la noircit.
la ca«rede Elle eft caufée par une contufion ou meurtrif-
l^chimofc. fure , qui rompant les petites fibres dts mufcles
& les petits vauTeaux capillaires , fait que le fang
s'exrravafe en fortant des vailfeaux , & qu'il teint
la peau d'vne couleur livide ôc marbrée.
Il y en a de légères , comme quand on n'a fait
que pincer la peau , ou après une faignéc loufque
Ses diffe
rences.
Dix-ie'mb Démonstration, t^f
quelque goure de fang s'eft coulée defTous la peauo
Il y en a de plus confiderables caufées par une chute
ou par quelque coup de pierre ou de bâton , Se il
y en a de très- grandes , comme j!en ai vu à une
perfonne qui voulant fauter un fofTé-fefit un effort
dans la jambe qui fit ouvrir un vaifïeau , & où il
fe fit un fi grand épanchement de fang dans toute
cette partie qu'elle en étoit gonflée , ôc qu'elle en
devint, toute noire.
Les légères échimofes font quelquefois avec Dal$«- de l'efprit de
vin , de l'eau de la Reine d'Hongrie , ou du bau-
me blanc de Fioraventi qu'on prend dans ce fîa.T
Hhhii)
$54 î^s Ope*rations de Chirurgie,
con A. On fait paffer la lividité qui y refte en ra^
nflant du fceau de la Vierge , 5c le mettant fur la
meurtrifïure. Aux échimoles des yeux qui arrivent
dans les Jeux de paulme par un coup de baie reçu
en cette partie , on y met d'abord de l'eau fraiche,
qui eftun bon repercufîif pour empêcher h trop
grande enflure j c'eft ce qu'on appelle avoir l'œil
poché au beure noir. L'eau fraiche y eft bonne le
premier jourjmais il faut des réfolutifspar la fuite:
cm fait un petit collyre avec des eaux de fenouil 5c
cTe.ifraife, dans lefquelles on mêle le faffran 5 le
camphre & quelques goures de fel ammoniac.
Si la contufion eft grande , l'ablinthe bouillie
Remèdes ^ans je y'm Qfc bonne ', ou bien on fait infufer
pour l?s plus /
grandes, . dans l'efprit de vin les fleurs de mille-pertuis , les
noix muicades , les doux de gyrofles 5c l'écorce
de grenade dont on frotte la partie. On y met en-
core des cataplafmes faits avec les quatre farines y
la bryone , les fleurs de rofes , de camomille , de
roéiilot 5c le ftirax liquide j on peut encore fe fer-
vir d'un vin dans lequel on aura'fait bouillir tou-
tes les plantes aromatiques qui fubtilifent 5c raré-
fient l'humeur extravalée.
mJ - Le premier bleffé que jepanfai à la canonadd
'de Nimégue en l'année 1701 , érant à l'armée avec
Monfeigneur le Duc de Bourgogne , fut un Garde
du Corps qui avoir une grofle contufion à l'épaule
qui lui avoir caufé une grande échimofe. Ce fut
un boulet de Canon qui en paifant avoit emporté
la pièce du jufte-au-corps & de la chemife, 5c qui
avoit tellement meurtri fon épaule qu'il ne la fen-
toit prefque pas. Je lui fis des feanfications jus-
qu'au vif, dans lefquelles je mis de Feau-de-vie 011
j'avois fait fondre du fel , je continuai à* le panfer à
Cidves ou étoic l'Hôpital de l'Armée.
Quand la contufion eft fi grande qu'elle menace
de grangrene ou de fphacele , il faur ouvrir promp-
tement 5c faire plufieurs ineifîons, tant pour ote*
Dix iV m e D e'm castration. 8> j
la grande tenfion que pour faire dégorger la partie
du fanç & de laferofité qui étouffe la chaleur natu-
relle. Lorfque l'engorgement né pas confîdera-
ble , on fe contente de faire des mouchetures avec
la lancette B , s'il ed plus erand , on fait des fcari- g
> , r> c f • r -i ' • J 1 L'opération
fications plus profondes, mais il ils étaient des plus qu,0£ y £ai£i
grands on en viendroit aux taillades qu'il faut faire
i entir au malade en les profondant julqu'au vif. On
mettra dans ces ouvertures de l'efprit de vin cam-
phré qui eft dans cet autre flacon C. & tout ce qui
peut animer ôc vivifier la partie , 6c par deflus une
eompi-ehe D. 8c une bande E. trempées dans le mê-
me efptit de vin.
LEs Verrues y que le vulgaire appelle despor- Des verrues,
reaux, font de petites élévations rondes & ra~
boteufes qui arrivent à la peau 9 ôc particulière-
ment aux mains des jeunes gens. On leur a donné
le nom dfcporreaux,à caufe qu'elles font compofées
de plufieurs petites pointes femblables aux racines
de ces plantes , ou bien parcequ'elles ont des raci-
nes comme elles , car effectivement elles en ont de
répandues fous la peau qui font qu'elles repoulTent
fouvent après les avoir fait tomber-
Le public veut que ce foit la cïarfe qu'on fe laif- reur$ cs{Im
fe amafler aux mains qui foit la caufe des verrues y f«.
prétendant qu'il n'ent vient point à ceux qui ont les
mains propres &c qui les lavent tous les jours ; mais
lesSçavans en recherchent la caufe dans les liqueurs
nouricieres devenues trop acres. Ils difent donc
que les verrues ne font que des excroiffances char*
nues , caufées par L'extravatton du fuc nouricier
qui a rongé par fon acrimonie les vaiflanx capillai-
res de la peau : il y en a de grofles , de moyennes , tems &&*
&: de très-petites , dont le nombre eft quelquefois rencH
û grand qu'on a de la peine a les compter.
Les erreurs populaires font infinies fur le fait de foreur êm
•kiguérifon des porreaux \ elles font toutes il extra- ^«pk»
Hhhiiij
$56 Des Opérations de Chirurgie;
vagantes qu'elles ne méritent pas d être rapportées^
8c il y en a même qui croyent que iî quelqu'un
comptoir les poireaux d'un autre > il lui en vien-
droit un pareil nombre.
Il y en a qui prétendent les faire romber en les
frottant fouvenc 8c rudement y d'autres y fourrent
la pointe d'une aiguille F. Se mettant ce qui refte
de l'épingle à la flamme de la chandelle ils les cau-
terifent ainfi , 8c les brûlant de cette manière , ils
leur remède efperent les faire tomber. D'autres les cauterifent
avec l'aiguille qu'ils on fait rougir , mais ces ma-
nières ne font pas fûres 8c peuvent caufer de ta
, douleur 8c de l'inflammation , les trois meilleurs
moyens pour les guérir ,_ font de les lier , de les
couper ^ou de les confumeiv
Beb Kga- La lieature ne convient qu'à celles qui font
we qxx on y rr * • i i r > - i r ■■• ■
fait. grolies ex: qui ont la baie étroite , on la fout avec un
crin de cheval ou avec de la foye H. il y en a qui
la trempent dans de l'eau arfenicale s afin qu'elle
coupe plutôt y mais cette prarique eft dangereufe.
Souvent ceux qui ont des verrues ne confultent
pas les Chirurgiens , ils les lient eux-mêmes 8c les
font tomber par ce moyen.
?>e ïei&r in- \\ y en a qUi impatiens de fe voir de ces verrues*
les coupent avec des cifeaux I. mais c'eft de la dou-
leur qu'ils fourrient inutilement h* on ne fe lert pas
de quelque remède rongeant pour en manger les
racines , car ces maux ne manquent pas de repouf-
fer 8c de revenir plus gros que la première fois t
il faut donc étant coupez les toucher avec l'huile
de tartre par défaillance , ou mettre deftiis les pou-
dres d'alum , ou de précipité rouge,
.peîeureon- La troifiéme manière eft de les confumer avec
©aipuo ^ remèdes capables de les corroder comme font
Fefprit de vitriol , l'eau forte , l'efprit de fel , ou
le beure d'antimoine '. mais il ne faut fe fervir de
ces remèdes qu'avec beaucoup de précautions , car
ils brûleroient 8c feroienc des efeares fort profon-
D i xi e'm e D e'm onstratign. 857
des. Il ne faut point abandonner ces remèdes aux
malades pour en faire l'application eux-mêmes ,
6c afin de la faire avec plus de fureté, il faut com-
pofer un petit emplâtre K. troué dans le milieu de la
grandeur de la verrue qu'on veut coucher: on prend
avec un brin de paille L. de la liqueur dans cette
fiole M. dont on touche le porreau i cet emplâtre
qui couvre la circonférence du poireau, la garan-
tit contre le remède en cas qu'il en vint a tomber
quelques gouttes en l'appliquant 8c empêche qu'il
ne s'étende & n'opère au- de- là de la verrue. J'en
ai vu tomber plufieurs par l'attouchement de l'ef-
pritde fel , je le préfère aux autres quoiqu'il ne
Toit pas fi corrolifj j'aime mieux en appliquer plu-
fieurs fois que de courir le rifque des mconvé-
niens que j'ai vu arriver par l'eau forte.
, Quand on veut fe donner la peine de bien con- Les médîca*
duire l'nfage des remèdes cauftiques 6c coiifu- "J"/ y^fonc
mans , cette manière eft préférable aux autres . préférables*
parce qu'ils en rongent jufqu'aux racines 6c qu'ils
ne reviennent point , 6c d'autant plus qu'on peut
s'en fervir aux verrues qui font trop petites pour
être liées ou coupées : l'emplâtre N. achevé de les
guérir.
IL vient fou vent à la fuperficie du corps de pe- De quelques
tites excroiffances dont la bafe eft étroite, fen> autres petr"
Diables a de petites têtes ou a de petites perles ap- fances.
platies , qui croîtroient beaucoup fi on ne les en
empêchoit ; il en naît en toutes les parties de 1a
peau , 6c particulièrement aux paupières. L'opéra-
tion qu'on y fait ne confifte qu'a les couper avec
la pointe des cifeaux , elles font fi petites qu'elles
ne jettent point de fang , 6c qu'elles ne deman-
dent aucun panfement. Il en eft venu plufieurs au
Roy dans des tems diftérens , que M. Félix lui a
coupées de cette manière ; la douleur en eft fi lé-
gère qu'il ne la fentoit prefque point > Se les en-
S58 Des Ope'ratïons de Chirurgie -
droits où on les avoic coupez fe guériflbicnt d'eux
mêmes fans le fecours de la Chirurgie»
Fig. LX. POUR L'OUVERTURE D'UN CORPS*
NOus avons jufqu'à préfent fait toutes les opé-
rations qui fe pratiquent fur l'homme vivant,
venons à celles qui fe font fur l'homme mort : elles
font deux , l'une eft. l'ouverture d'un corps , ô£
l'autre eft 1 ambaumement. Quoique cqs deux opé-
rations ne foient point accompagnées des cris du
malade , & que les fujets fur lefquels elles fe font*
D i x i i'm i Démonstration. &$>
ne fe plaignent point du Chirurgien , elles doivent
néanmoins être faites avec art; & l'adrefle de
l'Opérateur ne s'y doit pas moins faire voir que
dans toutes les autres. Je vais vous les démontrer DfXtefît^
avec toute l'exadfcitude qu'elles demandent, Se ce que ce^e o»
fera par elles que nous finirons ce Cours d'Ope- ^ndè?" dc"
rations.
Piufieurs raifons obligent d'ouvrir un corps Rai^ns quï
après la mort : par exemple , il y aura beaucoup -yfcCR8a&eni
d enfans dans une famille dont un viendra d mou-
rir , le père Se la mère le font ouvrir pour tâ-
cher en découvrant la caufe de fa more > de pré-
venir celle des autres.
Une mort prompte Se fubite qui épouvante une
famille, ou qui excite la curioiité des Médecins Se '
des Chirurgiens, oblige Souvent d'ouvrir un corps
après la mort , comme il eft arrivé à deux perfon-
nes mortes à Verfailles. Dans la même année un Obfervâtioé
des Chefs du gobelet du Roy tomba mort en fer-
vant à table Monfeigneur le Duc de Bourgogne ,
Ôc quatre mois après un des valets de pied du Roy
tomba aufïï mort en fe chauffant dans l'anticham-
bre de Sa Majefté. Je les ouvris tous deux en pré-
knec des premiers Médecins de la Cour , Se par
ces ouvertures on fut confirmé que c'étoit l'inter-
ception de la circulation du fang qui avoit été la
caufe de ces morts fubites. i
On trouve une perfonne morte , afïaiîinée oa
noyée , il en faut foire l'ouverture pour drefler un
rapport fidèle de l'état des parties offenfées , Se
fouventen exécution des Arrêts Se des Sentences
qui l'ordonnent. Si une perfonne eft foupçonnée
d'avoir été empoilonnée, L'ouverture du corps rend
témoignage de la vérité. Le Gouverneur des Pages Hiftcie**
de la Reine étant mort à Saint Germain, la fer van-
te peu contente de fa MaîtrefTe alla dire au Grand-
Prevôt qu'elle croyoit que c'étoit elle qui avoit
empoifonué fon mari. Le Grand-Prevôt fe faifit
$6o Des Ope'ràtions de Chirurgie;
de la veuve , ôc en avertit le Roy. M. Félix ôc mol
nous eûmes ordre le lendemain de faire l'ouver-
ture du corps , nous ne trouvâmes aucune apparen-
ce de poifon , la femme fût juftifiée Se relâchée
fur notre rapport , Ôc la fervante s'enfuit pour é-
viter ie châtiment que méritoit une pareille dé-
nonciation.
On ouvre prefque toutes les perfonnes de qua-
lité ôc particulièrement les Princes ôc les Rois pour
embaumer leur corps avant que de les mettre dans
le fepulcre de leurs Ancêtres. Mais foit par lune
ou l'autre de ces caufes qu'on foit obligé de faire
ces ouvertures , il faut que le Chirurgien les fade
avec méthode ôc de la manière que je vais vous,
démontrer.
Tems détet- Le tems de faire une ouverture eft ordinaire-
ouvritPunr ment vingt- quatre heures après la mort» Les Or-
*°ri«. donnances le portent ainiî , ôc on ne doit point en-
treprendre de la faire que les vingt-quatre heures
ne foient accomplies , quoiqu'on eût des figues
certains qu'il feroit véritablement mort , ôc cela
pour éviter les reproches du Public , qui aceufe-
roit le Chirurgien de trop de précipation , ôc
pour contenter ceux à qui on entend dire qu'ils
chargeront leurs fucceffeurs ou héritiers de ne les
point enfevelir avant les vingt- quatre heures fi-
» nies, de crainte qu'on ne les enterre encore vivans,
perfuadez que cela eft arrivé fouvent , par les con-
tes qu'on leur a faits.
Préparatifs. H faut quelque tems avant l'heure prife , que
le Chirurgien envoyé par fes garçons porter les in*
ftrumens nécefTaires , qui font une feie , des ical-
pels de plufieurs grandeurs , des cifeaux , des éle-
vatoires , des aiguilles , du cordonnet , des épon-
ges 9 quelques paquets d'étoupes , ôc enfin tout ce
qui eft marqué fur la planche LX.
Les garçons arrivez au logis du mort , mettront
une table au milieu de la chambre affez longue pouc
Dixième Démonstration. §6i
y pofer le corps , ils étendront un drap fur la ta-
ble , enfuite le corps defîus à qui ils auront mis une
ferviette ployéeen long en trois ou quatre doubles
circulairement pour cacher par bienféance les par-
ties de la généracion ôc particulièrement quand
c'eft une femme: on mettra par delîus un autre drap
qui couvrira tout le corps. Ils mettront fous la table
un grand baflin pour y jetcer les entrailles à mefure
qu'on les vuidera , ôc un fceau plein d'eau pour la-
ver les éponges ,* ils demanderont le linge necefTai-
re , ils prépareront de la bougie , ôc attendront
ceux qui doivent être préfens à l'ouverture.
La compagnie arrivée , l'Opérateur de les gar- Ajuftement
çons qui font pour l'aider mettent chacun une fer- Jon ^ PJJJ"
viette devant eux, afin de ne fe point gâter. Pour garçons,
moi qui ai fait fouvent des anatomies ôc de ces ou-
vertures , j'avois des tabliers &c des manches de
toile faites exprès , dont je me fervois plus com-
modément que des ferviettes.
Le corps découvert , l'Opérateur commencera Pat où i*o«
par la tête , continuera par la poitrine ôc finira par ^°enCC^m"
le ventre; cet ordre eft moins embaratTant que de
commencer parle ventre , car étant obligé de re-
tourner le corps pour voir le cerveau , le ventre é-
tant ouvert toutes les parties qu'il contient forti-
roient ôc incommoderaient beaucoup} c'eft fuppo-
fé qu'on veuille examiner ces trois parties , car s'il
y avoit une playe au ventre ou à la poitrine qui fût
le fujet de l'ouverture , il faudrait ouvrir cet en-
droit pour-connoître la playe Ôc en faire fon rap-
port fans être obligé pour lors de travailler fur la
tête.
L'Opérateur prendra ce fcalpel A. fait en cou- Manuel ae
teau ou cet autre B. fait en biftouri , dont il fera à l'opération.
la tête une inciiion longitudinale depuis la racine
du nez jufques a la nuque du col* ôc une tranfver-
fale depuis une oreille jufques à l'autre , ces deux
incitions faifant une croix cruciale fur le fom-
8b- Des Opérations de Chirurgie,
mec de la tête: il lèvera enfuite ces quatre parties
qu'il féparera du crâne , 8c qui tombant en bas laif-
ient le crâne à découvert, Alors la fcie C. qu'il
pofera fur l'os frontal affez prés des fourcils , il
commencera à le fcier ■ en £ ai faut tenir la tête par
un ferviteur pour l'empêcher de vaciller. L'os fron-
tal étant icié. il conduira peu à peu fur l'un des
temporaux , 8c enfuite fur l'autre -, lesquels étant
fciez , on retourne le corps pour en faire autant à
Fos occipital.
uCage de Toute la circonférence du crâne étant fciée , on
e «vatoue. prcncj cet élevatoire D. dont on fourre un des bouts
dans la voye de la fcie pour faire éclater quelques
éminences qui excédent au dedans l'épailfeur du
crâne &que la fcie n'aura point entièrement cou-
pées. Si on ne peut pas y réuffir avec l'élevatoire cet
inftrument E. fait en forme de foret en viendra à
bout , parce qu'il y a plus de force -, aufîi eft il fait
à ce delfein ; car en mettant la partie qui efi: plate
dans l'ouverture de la fcie , Ôc en donnant un tour
de main à droite &c à gauche , on fait éclater ce qui
tenoit , 8c ce qu'on reconnoît bien-tôt au bruit
qu'il fait & qu'on entend lorfqu'il fe calTe. On
giiile enfuite cet inftrument F. fait en forme de
grande fpatule emmanchée , entre le crâne 8c la
dure-mere , pour en féparer tous les filamens qui
l'attachent aux endroits des futures.
Séparation Le crane étant levé on le place à côté de la tête
ac la dure- i i i i \
œcrc, pour mettre dedans les morceaux du cerveau a me-
îure qu'on les coupe , on effuye la dure-mere qui
eft humectée par le fang forti des vaitfaux capillai-
res rompus , on la coupe dans toute fa circonféren-
ce avec ces cifeaux courbes G. on la relevé par fes
deux cotez vers le haut de la tête , où elle ne tient
plus que par la pointe de la fauix qui eft attachée
en devant de Papophife de l'os etmoïde appellée
crifta galli, crête de cocq. On coupe avec lés mê-
mes cifeaux cette pointe de la dure-mere , 8c on
miner,
D ï xi e'mî Be'monstrati on. 8^3
Toit que ce redoublement de la dure-mere qui fé-
pare le cerveau en partie droite ôc en partie gau-
che > relfemble a une faulx , c'eft ce qui lui en a
fait donner le nom. Toute la dure-mere ainli levée,
on la rejette vers la partie pofterieure de la tête,
ôc pour lors on découvre la pie-mere qui envelope
le cerveau jufques dans toutes (es circonvolutions.
Quand on veut faire une Démoaftration exacte , Ouremm
ï i r • du cerveau &
du cerveau, on le coupe par parties, pour raire maison le contente ici en éloignant la partie
droite de la gauche , d'ouvrir avec le manche du
fcalpel dans la fubftance calleufe , les deux ventri-
cules fuperieurs qui font faits en forme de croif-
fant : on coupe enfuite la plus grande partie du
cerveau pour découvrir le troifiéme ventricule ,
puis on levé la voûte à trois pilliers , foit par de-
vant où il n'y a qu'un piilier à lever , foît par der-
rière où il en faut lever deux ; ôc cela félon l'ha-
bitude ôc l'adreffe de l'Opérateur à faire ces Dé-
monftrations. La voûte levée, on voit le quatrième
ventricule , on découvre par la fuite le cervelet ,
dans lequel on donne un coup de fcalpel H. ou de
cet autre marqué L pour en voir la fubftance j ôc
s'il y avoit quelque chofe de particulier à difle-
quer , on fe lërviroit du fcalpel K. qui a deux dif-
ferens tranchans à fes deux extrémités , ôc de l'é-
rigne L. avec laquelle ontient ôc on élevé les vaif-
faux qu'on veut diflequer. On ôte enfin tout le
cerveau poui* voir s'il n'y a point de fang épan-
ché 5 ou rien de particulier à fa bafïe. Le tout biea
examiné on remet toute cette fubftance à fa place,
ôc après l'avoir renfermée dans le crâne , on prend
l'aiguille M* enfilée du cordonnet N. ôc on coud
les quatre coins du cuir chevelu qu'on a relevé >
pour en couvrir la calotte du crâne , ôc pour con-
tenir le tout dans fon lieu ordinaire.
L'Operateur fait par fes garçons , retourner la
S64 Bes Ope'rations de Chirurgie,
cadavre en le remettant fur le dos -, oc lui ayant mis
une ferviette fur le vifage pour le cacher aux fpe-
cfcateurs , il fait une grande incifion longitudinale
flu bastven! depuis le col jufques fur les os pubis , de une autre
*«, tranfverfale de la partie lombaire gauche jufqu'à
la droite. Par cette incifion il coupe les tégumens
les mufcles &: le péritoine tout ensemble , ce qui
fait d'abord voir les parties contenues dans le ven-
tre 5 dont la première eft l'épiploon , qui nage fur
les boyaux > on examine l'eftomac qui eft placé
dans Thypocondre gauche , les intêftins grêles qui
occupent toute la partie ombilicale , les gros qui
entourent les grêles de toutes parts , le mefentere
qui eft le lien commun de tous les boyaux , le foye
qui remplit Thypocondre droit , &: la ratte qui
trouve fa place dans le gauche conjointement avec
l'eftomach.
Examen des si on eft obligé d oter ces parties pour exami-
vifeeres de \ t ■> \\ -i c
cette région. neL* *es vilceres qu elles couvrent, il faut avant
que de le faire, lier les inteftins en deux endroits,
l'un proche l'eftomach , &c l'autre proche l'anus ,
afin que les matières qu'ils contiennent ne puilTent
pas fortin On les met dans le bafîin qui eft fous la
table , Se on imbibe le fang ôc les liqueurs épan-
chées dans cette capacité , avec les éponges OO.
qu'on lave à pluiieurs fois dans le fceau d'eau pré-
paré & deftiné à cet effet. On examine les reins ,
les gros vaiftaux , les parties de la génération , &
la vefïie ; où s'il y avoit quelque chofe de particu-
lier à voir , on feroit approcher la bougie P. qui
eft très-commode dans ces .fortes de Démonftra-
rions pour en découvrir jufqu'aux moindres par-
ticules fenfibles.
Ouverture ] Afin de pouvoir pénétrer dans la poitrine, il faut
trii» P°U féparer du fternum les parties mufculeufes qui la
couvrent , &c avec un fort fcalpel , couper les car-
tilages qui font à l'extrémité de chaque coté , tant
du côté droit que du côté gauche i puis féparanc
D ï x i e'm é D e'm o n s t x a 1 1 o N. 8d*5
te premier os du fternum d'avec les deux bouts
des clavicules , avec lefquelles il eil fortement at-
taché , il faut lever le fternum tout entier , corn^
me j'ai dit dans mon Anatomie* afin de voir plus
commodément les parties contenues*
Les parties qui fe prefentent les premières font
les poumons , qu'on trouve fouvent altérez en
quelque manière , parce qu'étant les plus délicates
de tout le corps , & toujours en adtion , elles ne
peuvent pas Ci bien réfiftet que les autres , ôc c'eft Examen deg
la raifon pourquoi la plus grande partie des hom- qu»"]"8^ â
mes périment par cet endroit. Les poumons font terme,
féparez",par une membrane longitudinale , qui eft
le médiaftin , auquel eft attachée une grande po-
che qu'on appelle le péricarde qui elt l'enveloppe
du cœun On ouvre ce péricarde 5 qui très-fou-
vent contient de l'eau 5 dans laquelle nage le cœur.
On fait enfuite deux incitions au cœur , l'un à
droit , l'autre à gauche , pour voir s'il n'y a rien
au dedans des ventricules ôc dans les oreillettes , -
où on trouve fouvent des corps graiflTeux , qu'on
nomme des polipes du cœur , on imbibe avec lès
mêmes éponges les férofitez qu'on trouve épan-
chées dans la poitrine , & après avoir fait atten-
tion s'il n'y a rien à la plèvre , on remet toutes
ces parties dans leur place. On orend ces deux
pacquets d'étoupes Q& on les étale, & on en^tT
met un fur les parties de la poitrine , & 1 autre furParcies«
celles du ventre : on remet le fternum par delïiis a .
6c rapprochant les tégumens , on fait recoudre le
corps par un ferviteur , qui avec l'aiguille R. en-
filée de ce petit ruban S. fait la future du Pelle-
tier , tant à l'incifion longitudinale qu'a la tran£-
verfale.
Je n'entrerai point dans le détail des indifpofiU
tions qui peuvent fe trouver dans routes ces par- ;
ties ,• cela itié meneroit à l'infini > je vous dirai
feulement que quelque chofe qui s'y rencontre > W
1 1 1
v $66 Des Opérations de Chirurgie ,
Chirurgien doit dès le même jour dans fon cabi-
net le mettre par écrit , parce qu'il y a des circon-
ftances particulières , qui avec le tems , peuvent
s'échapper de la mémoire.
Comment Si c'eft un père ou une mère qui ait fouhaité
le chirurgien que fon enfant f0it ouvert pour tâcher de confer-
doit dreffer * , , r./r .
(on rapport, ver les autres , par la connoiiiance de ce qui aura
fait mourir celui-là , le Chirurgien doit faire une
relation de tout ce qu'il aura trouvé , ôc la leur
donner > afin qu'elle leur ferve de guide dans les
maladies qui furviendroient aux autres.
Les obfer- Si c'ell par Ordonnance de Juftice que l'ouver-
1 * ^oit Vùl tmQ a^c ^ ^ZQ > ^ ^auc cîue *c Chirurgien en
felier. fafle un rapport fidèle > qu'il ne charge point trop
les accufez , ni qu'il n'autorife pas les criminels.
Si un corps a été ouvert pour découvrir la caufe
«l'un fait particulier , d'une mort fubite , ou d'une
maladie furprenante 3 le Chirurgien doit en dref-
fer un mémoire pour en faire part au Public ; car
nous ne devons pas feulement faire tous nos efforts
pour nous rendre habiles dans notre Profeflion £
mais nous fommes encore obligez de travailler
pour l'inftrudtion des autres.
Ainfi pour un homme empoifonné on doit fui-
vre ce modèle.
Nous foufïignez Médecins & Chirurgiens du
Roy 3 certifions que par l'Ordonnance de M. le
Lieutenant Criminel , nous avons ouvert le corps
de M. A. oiileftomac livide & fphacelé à l'exté-
rieur , contenoit dans fa cavité une liqueur épairîe
ôc rougeâtfe , dont un morceau de pain imbibé
ayant été donné à un chien , l'a fait expirer dans
des convulfions j de plus , la tunique intérieure de
£. ^ ïès ce vifcere nous a paru enflammée & cautérifée ,
wpport*doi- s'étant féparé en lambeaux d'avec le refte j ces
venc être fi. jmpreflions malignes que nous ne pouvons attri-
buer qu'à un poiton arfenical , s'étant communi-
qué à plufieurs autres parties des premières voies»
Dïxie'me De'mons TftÂTiO^. Î6f
joit à notre avis avoir caufé la mort fubite audié
M. A.
Après les ouvertures des corps desperfonnes
de la première qualité , la coutume eft de faire
Une relation claire & fuccinte des faits qu'on a?
trouvez , fans s étendre en des raifonnemens qui
fouvent font inutiles. C'eft ce qui fe pratiqua à
l'ouverture du corps de Mr le Marquis de Louvoya
mort le \G Juillet 1691. Cette relation fut portée
au Roi après avoir été fignée par quatre Médecins
préfens à l'ouverture \ (çavoit , M. Daquin , M-
Fagon y aujourd'hui premier Médecin ■ M. Du-
çhefne , & M. Seron : 6c par quatre Chirurgiens ?
fçavoir , M. Félix , M. Gervais , M. Dutertre i
ôc moi qui avoit été choifi par la famille pour la
faire.
Ambroife Paré qui a été premier Chirurgie»
de plufîeurs Rois , nous a fait part dans Cqs œu-
vres des relations d'ouvertures des corps des Rois
qu'il avoit fervis ; elles font toutes (ignées des
Médecins & des Chirurgiens qui étoient préfens*
& nous ne voyons point qu'elles le foient d'aucua
Apoticaire : de encore aujourd'hui dans toutes les
relations d'ouvertures de corps des perfonnes de
la famille Royalle que j'ai faites ou que j'ai vit
faire , tous les Chirurgiens en charge ont fîgné
conjointement avec les Médecins , Ôc jamais les^
Apoticaires, quoique fouvent ils ayent été j>réfens
à ces ouvertures.
BW
tîi%
S6S Des Ope'râtïons ce Chirurgïe ;
Fig. LIX> POUR L'EMBAUMEMENT.
v
Urage des
em^aume-
L'Embaumement eft une opération prefque atiMi
ancienne que le monde , elle s'eft pratiquée
de tout tems: & foit par vénération pour les pa-
ïens, foit que ce fut un point de Religion , on
travailloit à conferver les morts. L'Arabie & l'E-
gypte nous en fournirent une infinité d'exemples:
mais aujourd'hui on n'embaume que les Grands 3c
les riches dont les parens veulent bien faire cette
dépenfe.
D i x i e'm e D e'mo nstration. îty
M* Penieher Maître Apoticairc de Paris , nous
a donné un Traité des embaumement félon les embeauwe»
Anciens de les Modernes , dans lequel on voit de mens»
gavantes recherches fur ce iTijet. Il rapporte les
embaumemens de David , d'Alexarxke , & de
plusieurs autres : c'eft pourquoi je vous y renvoyé
pour facisfaire votre curioiké. Mais il nous don-
ne en habile Apoticaire tant dé fortes de poudres
balfamiques , qu'il jetteroit dans l'embaras du
choix qu'on en doit faire fi on ne connoiifoit pas
qu'elles font prefque. toutes femblables.. Au refte
il prétend que c'eft l'Apoticaire qui préride dans
les embaumemens , que la composition 8c l'appli-
cation du baume font de fon fait ,. & que le Chi-
rurgien n'eft-là que pour faire les incirions & les
bandages qu*il lui preferit -, mais ce qui fe prati^
que tous les jours , détruit ce que cet Auteur a-
vance. C'eft le Chirurgien qui fait feul les em- a- qah ïk
baumemens , c'eft lui qui eft chargé de tout -, &c *£Vzt*ient--
après que 1 Apoticaire a fait &■ fourni ce qu on lui
a demandé , il ne fe mêle plus de rien , à moins
qu'il ne veuille comme un des garçons Chirur-
giens , donner à l'Opérateur les chofes néceffaires
à mefùre" qu'il les demande,
Souvent les Chirurgiens préparent eux-mêmes office ^
ce dont ils ont- beloin pour les embaumemens, de l'Apocicaùni^
particulièrement dans les Armées 3 lorfqu'il faut
eonfèrver un corps pour le porter dans le tombeau
de Tes Ancêtres. Mais chez les perfonnes Koyalles
qui ont un Apoticaire en charge , c'eft toujours lui
qui prépare tout ce qui eft néceffaire fuivant le.
mémoire que lui en donne le premier Médecin
pour la qualité du baume , de fuivant la quantité
que lui en demande le Chirurgien , qui la mefù-
re a la grandeur du corps qu'il doit embaumer. Il
eft vrai , comme remarque M. Penieher , que i*A^
poticaire eft payé par k Treforier de l'argenterie 4
qui fait un état des frais funéraires } de quile-pay^
ïiijii
$jù Des Opérations di Chirurgie ;
pour ce qu'il a fourni , comme les Crieurs pourU
tenture, les Ciriers pour la cire, les Plombiers
pour le cercueil , & une infinité d'autres -> mais s'il
eft payé comme Marchand , l'argent qu'il reçoit
pour Ces fournitures ne lui donne aucun droit de
préféance au-deflus du Chirurgien , ni ne l'auto-
rife pas à lui prefcrire les inftrumens qu'il doit te-
nir prêts , les incifions qu'il faut faire 6ç les ban-
dages qu'il doit préparer.
Il eft encore vrai que le Médecin n?a rien pour
fa préfence , ni le Chirurgien pour fes peines y
mais M. Penicher fe trompe en difant que le Chi-
rurgien n'a pourrécpmpenfe defon travail que les
dépouilles èc les linges qui ont fervi dans l'ouver-
ture du corps Ôc dans l'embaumement : il devroit
Srcti! fçavoir que ces linges font les droits âcs garçons
rurgiens dans Chirurgiens , qu'ils ont le foin de ne point laiffer
&^baume' Perdre > que M.' Félix leur a toujours abandonné i
qnej en ai uie de même , & que les Chirurgiens ,
n otént point ordinairement ce droit à leurs gar-
çons.
xx'me wh. M. Penicher cite pour un modèle d'embaumé-
tion dç l'em- ment , celui qui fut fait à Madame la Dauphine.
de Madame II ne faut pas s étonner h la relation qui! en fait
fe iséj^lp*? n'eft pas jufte dans plujieurs çirconftances , il l'a
écrite (ur un mémoire que l'Apotiçaire de cette
Princefte lui en a donné , lequel croyant que la
Pharmacie eft tellement au-deiïus de la Chirurgie*
qu'elle ne peut point lui difputer le pas , a tiré par
ce mémoire tous les avantages qui lui ont paru
pouvoir foutenir (on opinion ,* mais comme c'eft
fnpi qui ai fait cet embaumement, perfonnen'eu
F eut mieux parler. Je ne vous en ferai point ici
hjftpke pour éviter la répétition , parce que la,
manière dont je vais vous montrer qu'il faut faire
im embaumement parfait , vous inftruira de touç
ce qui s'eft pafte dans celui de Madame h Q§&t
D i x i e'm e D e'm onstratî on. $ji
Après l'ouverture du corps &c la relation faite ÔC
fîgnée fur les faits particuiiets qui s'y font trou-
vez , les Médecins & les Chirurgiens fe retirent ,
laitfant au Chirurgien qui doit travailler, le foin ôc
la conduite de l'embaumement; c'eft- pourquoi
tout roulant fur lui , il fait apporter dans la cham-
bre du mort tout ce qui lui eft nécelTaire pour l'em-
baumer , &c que l'on fcait confifter en trois chofes. , Tf01'3 CJ?°*
i . En ce qui elt du rait du Plombier. % . En ceres à i>em-
qui appartient au Chirurgien. 30. En ce qui re-baumemenE*
garde î'Apoticaire.
Le Plombier averti , vient prendre les ordres Le fait de rhue ,
d'abfinthe , dé marjolaine , d'hyfope , de thim ,
de ferpolet , de bafilic ; les racines d'iris , d'ange-
Uque 5 de flambe , de calamus aromaticus -, les.
$eurs de rofes , de camomille } de mélilot > de la-
vande, les écorces de citrons ôc d'oranges j les fe-
rnences d'anis , de fenouil , de coriandre , de cu-
min. A toutes ces plantes bien mifes en poudre , il
faut ajouter quelques livres de fel commun 8c de
tan , enforte que le tout enfemble falTe jufqu'à
• * trente livres de pef auteur,
De l'autre poudre vjlh eft plus fine , il en faut
dix livres, & elle^doit être compofée de dix ou
douze drogues odorantes ôc capables de conferver
les corps des iiécles entiers , fçavoit , de myrre %
a'aloës , doliban , de benjoin , de ftyrax cala-
mite , de gérorle , de noix mufeade , de caneile 5
de poivre blanc , de fouphre , d'alum , de fel de
ialpêrre \ le tout enfin fera bien puiverifé 6V, paiTé
par le tamis»
^ornpofKion Le Uniment fera compofé de thérebentine ,
au lunmenr, &hu^ ^ \^t^t ; deftyrax liquide , de de baume
de GopaKu, car pour celai du Pérou il eft fi rare ôc
fi cher que lui feul couteroit plus que tout le relte
de l'embaumement : trois livres de ce Uniment
fufrnent pour faire les embrocations néceiïaires.
Outre ces trois articles , l'Apoticaire fera ap-*
porter trois ou quatre pintes d efprit de vin , cinq
ou îix gros paquets d'éroupes > du çotton 3 deux
aulnes de toile cirée de la plus large , &c un paquet
m greffe ficelle» Avec tous ces préparatifs le Chi-
Dixie'me Démonstration. 87^
rargien eft en état de commencer l'embaumement
qu'il exécute de la manière fuivante.
Ayant fait approcher de lui le baril de plomb Ce • mais fi le Fondeur l'avoit fait trop grand,
il lui faudroit faire couper ce qu'il y auroit de
trop fur la hauteur , afin que le couvercle étant
fondé 3 il ne refte point de vuide dans le baril.
Les trois ventres vuidés on les lave avec de Fef- ni^™d""!n^
prit de vin qui eft dans le flacon C. avant de les vencres & d©
remplir , on commence par la tête enemplififant leia cête"
crâne de poudres & d'étoupes mêlées enfemble ,
èc y en faifant entrer tout autant qu'elle en peut
contenir : on remet le crâne à fa place , & avant
que de coudre le cuir chevelu par deffus , on met
entre l'un & l'autre de la poudre balfamique la
plus fine qui eft dans ce vafe D. On verfe dans la
bouche de l'efprit de vin pour la laver > de on l'em-
plit de cette poudre avec du cotton , on en fait
autant dans les narines & dans les oreilles , 8>c en-
fuite avec le pinceau E. on fait une embrocation
fur tout le vifage , la tête 8c le col de ce Uniment
F. de après mettant de la poudre fine fur toutes ces
parties,, il s'en forme une croûte fur toute la fuper^*
S74 Des Opérations de Chirurgie ,
çomfflentficie. On met la tête dans ce linge G. fait en forme
en achevé la de coëffe de nuit qui a des cordons H H. qu'on
tête. t*re pOUÏ. ferrçr |e CQ1 a£n qae toute la t£ce [Qlt
ainfi exactement enveloppée,
réparation On emplit de poudre ôc d etoupes la poitrine ôc
ï Ia J°n u"le ventre qui pour lors ne font plus qu une grande
ne&del'ab- . , ^ ,r i .„r * A , S ,.
domen. cavité , car levant les entrailles , on a ote le dia-
phragme qui les féparoit l'un de l'autre *, on ne doit
point ici épargner les poudres , il faut qu'elles do-
minent , & les étoupes n'y font employées que
pour les foutenir Ôc les lier enfemble ; on remet
le fternum a fa place , ôc après lavoir couvert de
la poudre fine dont on fait entrer entre les côtes ôc
les tégumens , on fait une future avec l'aiguille I.
enfilée du cordonnet K. depuis !e coi jufques aux
os pubis s ôc une autre tranlverfale depuis une des.
parties lombaires jufques à l'autre.
On fait au bras avec ce fcalpei L. quatre grandes
n-ités "Jpel Stades de lalongueur d'un demi pied chacune +
rieures. ÔC profondes jufques à l'os , ôc autant à l'avant-
bras , qu'on lave avec de l'efprit de vin , ôc qu'on
emplit de la poudre odorante ; on couvre le bras
du Uniment avec le même pinceau , ôc on le fau-
poudre du même baume qui s'y attache aifément
à caufe du Uniment : on prend la bande M. avec la-
quelle on commence par la main , qu'on bande par
des circonvolutions fort ferrées , jufqu'à l'épaule
où doit finir la bande: pendant que le Chirugien
accommode ainfi un bras il fait faire la même cho-
fe par un ferviteur qui avec la bande N. l'envelope:
comme il voit faire à l'Opérateur.
Préparation La même manœuvre fe fait aux cuiiTes ôc aux
des inferieu- jambes, excepté que les incifionss'y font plus lon-
tcs* gués , plus profondes ôc en plus grande quantité
qu'aux bras ; ces parties ainfi tailladées refiemblent
aux haut-de-chaurTes des SuuTes, Après avoir été
imbibées d'efprit de vin, on les emplit de pou-
dres aromatiques^ le Uniment pofé ôc les poudre*
DIXIEME DEMONSTRATION. %J$
par defïus , l'Opérateur applique la bande à une
cuifle pendant qu'un ferviteur met la bande P. à
l'autre. Ces deux bandes commencent aux pieds
Se finiflent aux aynes.
On retourne le cadavre pou: faire de pareilles Préparation
incirions au dos à l'endroit des reins , Se aux feflTes p^*"**,
Se fi' le fujet étoit gras on en feroit tout autour du & des anté»
ventre, & de la poitrine; les lotions les embroca- "0e"^s **
tions Se l'application des poudres étant faites avec
la bande Q. qui eft fort large Se très longue , en
commençant par le bas du ventre, on enveloppe fi.
exa&ement le corps qu'il n'y a pas une feule par-
tie qui ne foit couverte.
Le corps ainfi emmailloté , on le pofe fur la Commenc
toile cirée R. dans laquelle on l'enferme tout en- °enie™0jp",e*
tier en la coupant de manière qu'elle puuTe l'em-
brafTer de toutes parts fans faire aucun pli , Se avec
la ficelle S. qui doit avoir dix ou douze aulnes de
long , on commence a la ferrer à l'endroit du coi
pour former la figure de la the 9 afin qu'elle puiile
s'acomoder à celle du cercueil , on continue plu-
fleurs tours au tour du corps de demi-pied en de-
mi-pied , de manière qu'il doit être ferré forte-
ment , comme un ballot qu'on voudroit mettre au
Meiïager.
On l'enfevelit enfuite dans un linceul dont on
noue avec un cordon les deux bouts aux deux ex-
trémités du corps , enforte que le linceul ait une
poignée a chacune de ces extrémités i on fait ap-
procher le cercueil T de la table où eft le corps,- Se fi
c'eft une perfonne du fang Royal, fa Dame d'hon-
neur prend la poignée du linceul qui eft du coté
de la tête, Se fa Dame d'atour celle qui eft du côté
des pieds t Se elles la mettent dans le cercueil ,
comme étant du devoir de leur charge de lui ren-
dre ce dernier fervice.
Si le Chirurgien a des poudres balfamiques de u/a&e f**
reite 3 u les répand dans le cercueil , Se il en rem- 4« aromate
snenc du.
cœur,
$j6 Des OrE*RÀTioNS de Chirurgie,
plie les vLiides avec despaquets de plantes aroma*
tiques qu'il doit avoir préparées à cet effet, en-
fuite de quoi le Plombier met le defius du cercueil
qu'il foude tout autour le plus promptement Se le
plus exactement que faire fe peut.
Pendant qu'on travaille à fouder le cercuil , le
Embaume^ Chirurgien; embaume le cœur. Il le prend dans la
pourceiaine où il l'avoit mis , il le lave plusieurs
fois avec de l'efprit de vin , il emplit les ventri-
cules de ce vifeere avec de la poudre balfamique
la plus fine qu'il a gardée exprès , &c il l'enfevelit
dans un morceau de toile cirée après avoir encore
mis de cette poudre dans la toile pour envelopper
tout le cœur -, il le lie Se le ferre avec de la petite
ficelle , donnant à ce petit paquet la figure d'un
cœur , puis le mettant dans cette moitié de boëte
de plomb V. il le recouvre de cette autre moitié
X. Se il fait fouder enfembie ces deux moitiés par
le plombier en fa préfence, dans toute lacirconfé-»
rence de la boëte.
Le cercueil étant foudé , on le met fur deux tré-
teaux au milieu de la chambre , Se on le couvre
d'un drap mortuaire : on met defius le cercueil la
boëte qui renferme le cœur qu'on couvre d'un
crefpe , Se on les lailfe là l'un Se l'autre jufqu'à ce
qu'on les emporte dans les fépuitures qui leur font
déftinées.
Quelques Anciens ont prétendu avoir inventé
Embaume- une manière d'embaumement préférable aux autres
JlO'ît^é qui é'toitd oter généralement toutes les chairs, en
5|ues Anciens, x o i /* i n • \
ne laiflant que la peau Se les os , Se de fubrhtuer a'
leur place d^s poudres Se drogues aromatiques :
mais d'en ufer ainfi ce n'eft pas préferver un corps
de la pourriture ,. ç'eft feulement conferver la peau
$e le fquelette.
Il y a des Modernes qui propofent .des manière*
Dcplufieurs j s facl[es# \\ y en a de plufieius efpèces dont M,
Modernes, r . , ; ' , . r J. , A
Pcmcher a rempli fou Livre \ c cft-pourquoi g$
Dixie'me DEMONSTRATION. S77
ne vous les rapporterai pas, Je me contenterai de
vous dire que l'hiftoire de l'embaumement que je
viens de vous faire , efl: celui que j'ai pratiqué fur
Mefdames les Dauphines , & iur plufîeurs perfon-
nes de la première qualité, étant celui que je crois
-le meilleur de tous.
J'ai oui dire qu'anciennement on faifoit des
fépulchres de plâtre, au milieu deïquelsonmettoit
le corps , qu'on couvroit aufîi de plâtre ; que dans Confervâ*
ces fortes de fépulchres les corps s'y confervent ^0°rns d" îe
long- tems (ans jetter aucune mauvaife odeur, par- plâtre,
ce que le falpêtre qui eft dans le plâtre , réiifte à la
pourriture , & que le plâtre en s'imbibant des fé-
rofités puantes qui ïortent du corps , empêche les
niauvaifes exhaiaifons.
Ce fait doit faire naître la penfée de îe mettre
en ufage , & voici comme je crois qu'il s'y faut
prendre , c'eft de faire faire un cercueil de plomb Manière
ou de bois de grandeur proportionnée au corps , & d'en faire*
y ayant mis ce corps tout nud , on aura trois ou
quatre augées de plâtre paiTées au fas, qui après
avoir été gâchées feront verfées auiîitôt dans le
cercueil , de manière que y en ayant mis jufqu'au
bord , le corps foit tout enfermé dans le plâtre :
par ce moyen on peut garder un corps plufîeurs
jours au logis , & on peut lelaiffer dans les caves
où on met les morts , fans craindre la puanteur. A
mon avis on ne peut point faire un embaumement
plus aifé 8c a moins de frais.
On parle aufîi de l'embaumement que certaines
terres fabioneufes , ou l'air feul fait conferver des
corps qui y reftent expofez : on voit, par exemple,
dans la cave des Cordeliers de Touloufe , plu-
fîeurs cadavres d'hommes & de femmes, qui s'y
font confervez en leur entier depuis trois ou qua-
tre liécles , par là vertu des exhalaifons qui ayant
pénétré un tems ces corps , en auront fixé les par-
ties, molles ou liquides , ôc comme pétrifié les par-
%y% Dés Ope'ràtïôns 6e Chirurgie ,
ties charnues & ofleufes ,* ce qu'on peut explique*
en fuppofant que quantité de corpufcules lalines
êc roides fe feront înfinuées dans les pores de tou-
tes ces parties , qui par la forte compreflion de ces
petits coings étant reflèrrées en un volume beau-
coup moindre que le naturel , compofent avec eux
des malles très-dures , capables de rélifter aux in-
jures du tems , ôc de retenir la forme èc la grof-
feur humaine , parce que la place que les humeurs
Se les chairs ont abandonnée en diminuant de leur
dimenfionfe trouve juftement remplie par la mul-
titude de ces atomes coagulans &: pétrifiques.
Au refte , la longue durée des corps embaumés ,•
dépend non-feulement de la bonté des drogues
qu'on y employé; mais encore de la qualité des
fujets , car il y en a de fi pénétrez de graille &c
d'autres fucs pouriffans , cauftiques 3c fermenta-
tifs qu'il furmonte en peu d'années toutes la force
des meilleurs, baumes , au lieu que d'autres natu-
rellement plus fecs , & imbibez de liqueurs plus
balfamiques , comme les corps des perfonnes qui
auront mené' une vie plus tempérée êe plus frugale,
fe preferveront eux-mêmes^ de corruption* 6c leurs
fibres ceffant d'être amolies par l'humide radical-
& atténuées par le feu naturel fe roidiront par des
contractions fpontanées, &: fe fortifieront de plus
en plus contre les agens extérieurs -, enfor te que
pour les garent ir de la pourriture on ne fera pas
obligé de les embaumer avec tant de foins.
Pat le récit que je viens de vous faire de l'em-
baumement en général , vous pouvez juger lequel
des deux y doit préfider , ou du Chirugien ou de
l'Apoticaire: c'eft le premier qui fait tout ce qu'il
y a à faire , Se qui travaille immédiatement fur le
corps humain , &: l'autre ne fait que pulverifer de*
plantes Se des gommes. Dans les confultations fur
les maladies Chirurgicales, les Chirugiens lignent
les Ordonnances conjointement avec les Médecins?
D î x i e'm i D é'm okst^ation 879
& les Apoticaires ne font que les exécuter > les
rapports Ôc les relations des ouvertures des corps
font fignés des Médecins 6c des Chirurgiens , ôc
jamais des Apoticaires* On remarque que dans
les états des Maifons Royalles , les Médecins
font enregiftrez les premiers , puis les Chirur-
giens , ôc enfuite les Apoticaires. Enfin le Roy
voulant donner des gratifications aux Officiers
de Madame la Duchefle de Bourgogne , qui l'a-
voient été quérir au Pont de Beauvoifin , il mie
de fa main fur l'état qui luy en fut préfenté 3 pour
M. Bourdelot Médecin- mille écus3 pour moy
Chirugien quinze cens livres , pour M. Riqueur
Apoticaire mille livres. Et après toutes ces mar-
ques de diftinction ôc de préférence , comment
les Apoticaires peuvent-ils prétendre difputer le
pas aux Chirugiens 3 Permis a eux de fe repaître
de cette bonne opinion d'eux-mêmes , qui ne fait
aucun tort à la Chirurgie , puifqu'ils font les feuls
de ce fentiment.
Nous voilà Messieurs , parvenus à la fin du Conclurô©n#
Coûts d'opérations que je m'étois propofé de vous
faire ; j'ay tâché de n'oublier aucune de celles que
la Chirurgie eft obligée de faire pour la conferva-
tion du corps humain. Je l'ai pris dés le moment
de fa nailTance , en commençant par enfeigner la
manière de faire la ligature de l'ombilic qui eft la
première opération qu'il eft obligé de fouffrir
auflitôt qu'il voit le jour , enfuite parcourant tou-
tes les parties de fon corps en vous faifant voir les
opérations que chacune d'elles demande , ôc finif-
faut par l'ouverture de fon corps ôc par l'embaume-
ment , vous voyez que je ne l'ai point quitté qu'il
«'ait été enfermé dans le tombeau,
JF I N.
TABLE.
BBUBBBBB&BBBBBBBBBBBHBB&BBM
TABLE
ALPHABETIQUE
Des Matières.
La Lettre K> indique les Matières contenues
dans les Remarques.
A.
A Êfcès,fon ouverture naturelle, %n es du pus formel
examen avant de percer les tumeurs* 818. S19. &c*
Méthode d'opérer avec les médkamens, comme les cau-
tères,^ avec les inftrumens ou la lancette. 820. 821.
Cas où Ton doit différer ou hâter rouveturedePabfcès
indigefteoumur. gI?é
Panfement de la plaie. S23.
Abfcès du visage embarailans. Hifroire à ce fujec. 823,
Àccouchemens, différentes manières de les rendre heu-
reux , & de furmonter les difficultés. 284.
Cas où le fecours du Chirurgien efl nécelîaire. 285V
Conduite dans un flux de fang continuel , & dans ïe dé*
tachement qu'il fautfaire1 du Placenta fans danger
de l'enfant ni de la mère. 28e. 288.
Injections dans la marrie: après cette extraction. 289.
Définitions & différences des moles, moyen de délivrer
d'une mole. ; 289.29%
Signes qui diftinguent un flux merftruel, d'avec une
perte de fang, traitement de l'un cV de l'autre. 291. 292»
Circonibnces qui rendent l'accouchement périlleux,
Manière de tirer l'enfant cui fe préfente en différentes
_ poftures , 194m
Ligature de pied avec le ruban pour le diflinguer & le
retrouver. 298.
La reduftion à la poiture naturelle eft une mauvaife
pratique. %&
Kkk
SSi TABLE
Signes d'un fœtus fans vie dans le ventre de la mère > Se
moyen de l'extraire. a??. 300.
Extra6tion de l'enfant arrêté par les épaules. 301.
Uiage du tire-tête. ' 302,.
Précaution à premire avant que d'employer les initru-
mens Chirurgicaux. 302.
£âcheuies fuites des accouchemens. 303.
Rupture de la Fourchette , chute &: defeente de la ma-
trice , leur cauie & leur cure. 303. 304, &c.
Occafion d'employer le peiTaire , fpeculum matrici$y
ou miroir de la matrice. 307. 312.
Extirpation de l'utérus dangereufe. 309.
Adhérence du prépuce avec le gland , fes caufes natu-
relles & accidentelles, 26?.
L'opération pour y remédier. 26e.
iEgilops , maladie des yeux , fa cure , ?éi &c.
Agglutination, mal des paupières ulcérées & colées en-
femble , ou à la cornée. J32. 5:33,
Aiguilles droites , courbes , leurs differèns ufages. 26. 27.
Aiguilles pour ks futures , leur figure , & leurs qualités
requîtes. . 66,
Aiguilette nouée , erreur populaire fur ce-fujeta 266.
Aïnes, les opérations qui s'y pratiquent. 313.
Leurs maladies , leurs caufes , & leur cure* 31?.
Air igné , fa forme & fes commodités. 22.
Algalie , initrument pour fonder. 194.
Aîphoniin , fon ufage pour l'extraction des balles dans
une plaie. . 80?.
Amputation , frayeur à furmonter dans cette opération
de grand appareil. 732.
Néceffitéde la faire, & endroit ou on doit couper:
Choix de diver fes méthodes , & inconvéniens de
l'amputation faite au genouil. 734. 741. 742.
ïr©is manières d'arrêter le fang- Préférence de la liga-
ture. 743. 744»
Appareil confinant en médicamens , çomprefies , inftru-
mens,bandeSj &c. 745,« 74&
Manuel de l'opération. 748-
Conduite après l'opération. 750, 75T. &c.
Situation du malade pour repofer dans le lit. 754»
Comment on relevé l'appareil. 7$4
Douleurs que le malade attribue à fajjambe coupée, leur
caufe. isu
Pifpute lur I'ufaçe de la veffie de porc , Se de l'aiguille
enfilée , après l'amputation. 75f»
% Appareil de l'amputation Amplifié, 7H*
DÉS MATIERES, îîj
("Amputation en deux têtus. 7f&
J Amputation à lambeau. 7&7Î7-
(^Amputation dans l'article* ^ ^ 758*
Àmigdales , glandes qui fe tuméfient , l'opératfcm qu'on y
fait, leur extirpation dangereufe. 632.63?*'
.F. Les trous naturels des Amigdales en impofent lors-
qu'elles font gonflées. 632*
Anafarque * fes fignes & fes caufes. 124,
Si cure eft dans les feuls médîcamens. 124e
Anevrifme , fes deux efpèces > fes caufes **& fes fignes, les
endroits ou il furvient. 686. 68?» &c*
ïnftrumens pour ferrer l'artère. 693.
Traitement après l'opération, 708,
Indice aune tumeur anevrifmaLe , nouvelle machine;
pour la repoufîer. 696*
Appareil pour l'opération de la ligature d'une artère cou-
"pée. 699* 697*
Situation du fujet , & des Aides. 699*
Méthode cruelle des Anciens. 7°o«
li.Diflerentes manières défaire l'opération de l'anévrifmé
fuivant les différentes circonitances. 702.703. 704*
Trois moyens d'arrêter le iang. 703*
R, Pourquoi on doit faire deux ligatures à l'artère. 704. 705.
\ Quels font les vailîeaux qui fuppléent à l'artère princi-
pale. 70$-.
JEn quoi différent !a compreiTion, la ligature, & les itip-
*S tiques. Ce que produifent ces difterens moyens. Au-
J quel on doit donner la préférence. Mauvais effets des
( caultiques. 70e. 707*
Àngiotornie , ouverture du vailîeau, néceiîitéde l'opéra-
tion , & moyen d'y réuffir. 646. 648. Sec.
Pratique ancienne. "~ 647*
Saignée angulaire. #i. & $9U
Angles des yeux , les m?ux aurquels ils font fujets. 559*
Eccantis, hyperfarcofis& amdlops , caufes de ces ni-
m°Urc, & les opérations qu'on y pratique. tf9. S60. $6u
Ankiloblepharon , fa caule & fa cure. J32. 533*
Anthrax , ethnologie de ce mot, la caufe & les effets dé
ce mal. 82e. &,?<
Conduire pour l'opération qu'il demande. 827.
Anus attaque de plufieurs incommodités, & fournis â cinq
opérations. 390*
Clôture de cette partie, fa caufe & fon remède. 39t. 8cc*
Remplacement de l'anus fbrti. $n*.
ExcroifTances & ulcères qui y Reviennent , ktiî eaté
par les lopiques, $c par l'opération. 39^ $fa
% k k ij
g§4 TABLE
Raifonnemens de pratique pour les fiifules de cette par-
tie profondes ou Superficielles. 406.
Di vertes épreuves' de médicamens fur ces maux. 420.
Aponévrofe , ou expanfion tendineufe^ piquée dans une
faignée , les inconvéniens de ce malheur , fes remèdes
les plus prompts. 679. 680. &c.
P. Pratique pour la piqueure del'aponevrofe. 680.
Appareil grand, haut & petit, leur invention & leur ufage
pour la taille. 220. 221 232 &c.
R. Le cas ou il faut préférer le petit appareil* 221.
Manière d'introduire la fonde canulee. 212. 213.
2*. Comment on doit tenir le fcrotum pendant l'operat. du
5 grand appareil. Différente méthode de la faire. 222. 223.
I Comment on doic faire l'extradtion de la pierre. 225-.
Incifion à faire pour tirer la pierre. 222.
Application du premier appareil auxenfans. 227.
Circonftances à y obferver. 218.
Veiïîe percée en fon fond par le grand appareil. 245-,
Avantages de cette dernière méthode pour l'extraftion
de la Pierre. 230.
2?. Quelles font les parties intereffées dans les différentes
méthodes. 253.
Si l'on fait un déchirement dans toutes ces méthodes. 253.
Les avantages &les inconvéniens de ces méthodes.
Réflexions à ce fujetf 253. 2^4. 255;
Ariténoidiens > & tiro-ariténoidiens , mufcles du larvnx
enflez dans l'eîquinancic , les remèdes dont ils ont be-
foin,& l'opération qu'ils demandent. 47?. 476. &c.
Iî. Erreur des Anciens fur les armes à feu, fentiment âes
Modernes à ce lu jet, 810.
Armes à feu , pratique pour les membres qui en ont été
emportez. 737.
Information avant la cure d'une plaie d'arme à feu. 803.
Armes du tems pafle , moyens de les extraire. 79g.
Arrierefaix , manière de le tirer 3 caufe de fon détache-
ment. ' 288. 289.
Artère ouverte pour une veine , réparation de cette faute
par la leule comoretîion. 683. 684.
iArteriotomie , endroit ou on fait cette opération , moyen
de l'accomplir. f 59$. $$6.
Hiftoire fur ce fujét. 596.
Afcite définition du mot & de la chofe. 12e.
Divifïon de cette efpece d'hydropifie , fa caufe. 12e. 127.
JR. L'opération qui y convient. Voye{ Hydropifie.
jR. Avis aux jeunes Chirurgiens. - n. 12»
DES MATIERES. %
B.
BAndage , fa définition & Tes ufages. 50*
Divifion générale des Bandages en Amples Sz en
compofez , $c du fimple en égal & en inegah 52%
Bandages rampans , moufles , en doloires , ienverfez , Se
autres. 72» ^3.
Les Bandages fervent aux remèdes , & font eux-mêmes
des remèdes j d'oii vient leurs noms d'incarnatifs3
d'expulfifs , de retentifs. 53. ^
Ceux qui fe font à beaucoup de chefs , épargnent les fu-
tures, j?*
Bandages particuliers ,. tels que le couvre-chef, le ban-
deau fimple , & le figuré , le icapulaire , la (émette , le
rempant , le renverfé a deux , à quatre , à fïx chefs , en
T. le fenêtre , à champignon , à reffort -, les eccafions ,
& les parties ou ils conviennent. %<>'. 56. <7 &c. 278*.
336. 327. 319. & 478»
Bandes, leur différence d'avec les bandages. 51.
Leurs différences entr'elles par la matière , par la gran-
deur & par la figure. ji 52*
Quatre conditions requifes à des bandes , leurs diverfes
applications , chef d'une bande , précaution pour atr
tacher le dernier chef. $z. 53,
Bec de lièvre ou lèvre fendue , caufes naturelles & accK
dentelles de ce mai , manière de recoudre la partie di-
vifée avec le fil ,011 par la future lèche. 597. ??8.
Cure de cette incommodité quand elle vient de naif-
fance , obfervation de pratique. j5>8. %^m
iî. Les pincettes font inutiles pour en faire l'opération ,
leurs inconveniens. 600,
£. Epingle dont on- fefert- en place d? aiguille. éco 60%
■£. Certaines difformités fingulieres des lèvres ; cemprife.
fous le nom de Bec de lièvre. Comment on les cors
rig-e. Obfervation à ce fu jet.. 602. 603,-
Paniernent dii malade , &lbn régime de vie , confeils
particuliers. Hiitoire fur cette imperfe&ion. é&t. 6040.
Beficles , leur ufage pour les louches . 572.,
Autres moyeras prepofezpour y remédier. ^74..
Biitouris de plufieurs fortes , ployans , droits , courbes ,
_ propres en différentes rencontres. 2%.
Biflourienchafîédans un anneau , fon ufage. 820*.
BoiTes , leurs différences , leurs caufes & leur cure. q§6*>
&c«.
Bottines de linge ou de peau de chien pour ferrer les varir
ces 3 autres moyens de traiter ces maux* 7%, 7^,
Kkk. ii|
S8£ TABLE
Bouclemens , opération autrefois pratiquée à la verge des
jeunes garçons. 3 z^.
Boues de certaines eaux , efficaces pour rétablir les mem-
bres dérangez. 77^
Bourdonnets gros, moyens & petits, leurs diverfes figures*
&leurufage. 38.39,
Bras artificiel 8 fa compofition de plufieurs rellorts , & fes
utilités. ?6u
Bras , les opérations qu'on y fait.
ttyf«£j Extrémités iuperieures. 644,
Brayers' pour les Adultes , leur diverfïté,- & leurs avanta-
ges pour retenir les^ parties en leur place naturelle,
328. 329,
& Le Brayer fans refîbrt eft préférable à tout autre , & le
plus fur moyen pour contenir les parties. 330.
g* Cas où un bandage de toile convient. 330a
Bionchotomîe, doute fur la néceifité de cette opération ,
réponfe aux d'iffrcultez. 473, 474.
Préparatifs pour la faire. 47)-.
Différentes pratiques fur cette incifion des bronches de
la trachée , ufage de la canule platte à mettre dans la
plaie , panfement. 47é. 477,
Moyen de refermer h pkie , erreur fur ce point. 478»
3*. Obfervations fur l'opération delà Bronx hotomie 479.
& Cas où les bleiTures de la gorge font mortelles. Obfer-
vations à ce fujet. . 480,
Pubonocele , fa définition * fa cure, fignes qui la distin-
guent du bubon» Voyez, Hernie. 34^
CAncer, fes effets , raifon de fes divers noms , fes diffè^
rens progrès. 450. ^u
Son étimo ogie, 4^,
les perfonne s qut y font les plus fujettes. 4*2.
Marques d'un Cancer su fein . opinion finguliere fur
fa caiife, prognoftic de ce mal , remèdes palliatifs,
b) Itsmes de trois Médecins modernes fur fon origine,
& fur fa matière. 4^, &c.
Cures palliative , éradicative par les acides abforbansj
& ampiitative propofées chacune par chacun de ces
trois Auteurs a conforme nent à leur hypothèfe ,
Manière d'extiïper un Cancer, 4^
Hiiloire fur cette cure. 460,
&Péfcription plus ample de l'opération du Cancer. ..fâ%
DES MATIERES. 887
Amputation de la mammelle. 46 r,
^ Panfement & conduite de l'opération. 4gi, 46a.
Canules à anneaux aux deux côtes, canulesà platine cour-
bes , ovalaires , rondes félon les diyers befoins. 33. 34..
Capeiiive , efpèce de bandage , Ton utilité. 57.
Carie des os , la caufe & l'extirpation j à quoi ce mal ré-
duit, 740,741»
Carnofîté , exemple remarquable d'une carnofîté dan$>
l'urètre. z7U
CalIoiTités prifes pour excroiiTan ces charnues, leurs remè-
des, accidens a craindre dans l'opération, comment on
finit le traitement Voyez, Rétention d'urine. 171. 173, 274,
Caroncubs, leur jonction contre nature, erreur fur la
caufe de ce mal, débridement qu'on y doit faire» 2.7?» &c.
Caitration, opération permife chez les Turcs, Se fréquente
en Italie s quoiqu'elle ne fe dût faire que pour empèch-r
le progrès "d'une corruption» 3$4*3%U
Vices des châtiez. 306*.-
Comment on l'accomplit, &on panfe la plaie* 38k
AdreiTe des Operateurs ambulans fur cette opération >
Hiitoire de l'un d'eux qui nourriffoit fon chien dete-
iticules d'hommes. 337»
jR. Ce qui oblige à faire la caftration. Comment il l'a
faut faire. 387. 388.389.
R. Si un abfcès dans le teiticule , ou une plaie de cette par-
tie , oblige toujours à la faire. $888-
Cataracte , fes différences tirées de fa couleur, de Ton tiffu,
& de fa quantité. . * ^6 547»
Pr ognoitic fondé fur les difpofïtions du malade , Sz} fus
le degré de la maladie. t _ sj48«
Ufageoune fiole pleine de liqueur dont on tient 1 œil
abbfeuvé. $49»
Manière d'abbattre la cataracte, panfement Se régime
de vivre du malade après cette opération . 551».
i?» Comment on doit tenir l'aiguille pour faire l'opera-
/tion de la cataracte Se où il la faut plonger. 551. Sec.
La Cataracte n'eft que le criitaiin devenu opaque. Lai-
nier Chirurgien de Paris eft l'Auteur de ce fenti-
ment. MM. Brifeau Se Antoine l'ont renouvelle. JHv
Cataracte membraneufe , ce que c'eft. 5??»,,
/ Reflexion fur l'opération de la cataracte. 5?). 5$6*
\ Méthode nouvelle de faire cette opération» fti*
Ce qui fupplée au criitaiin. &&+
Le criitaiin paiTe quelques fois dans la chambre ante^
rieurs } dans quel tems il y paile, comment on L'ose*
L'opération qu'on tak>& obfesvation à ce fui et S!7<*
V Klckiij
SS8 TABLE
Cachéterifme opération de fonder la vefTie. 194.
Cautères , leur définition leur utilité, 83?,
leur diyifion en actuels , & potentiels , divers noms
donnés à ceux-là par rapport à leurs différentes figu-
res a qui ont chacune leurs commodités particulie-
res* 836.837.
Cautère enfel ou fait en épée olivaire , à bouton , à platine
ronde ou octogone , leur ufage, manière de les appli-
quer fur différentes parties. 836.
Cautères potentiels fort ufités , lieux où on les applique ,
leur compofïtion, moyen de s'en fervir , tampon à met-
tre dans le trou de l'efcarre. 837. 858,
Cercofis >_excroi{Tance de chair , fon extirpation. Z82.
Cérémonies à contre tems quand il s'agit de mettre la
main à l'œuvre. r6a
Cefarienne , opération à la matrice pour fauver l'enfant.
Raifons qui condamnent cette incifîon dans les femmes
vivantes. ^
Quels font les raifons des Partiians de cette opération»
160.
Cas où elle eft permife. 161.
Manière de la faire. 163,
Baptême conditionnel fait à l'enfant. 166. 167.
S-Hiitoires de plufieurs opérations Céfariennes faites
avec fuccès. Quels font les cas où il feroit permis de la
pratiquer. 1^,170.
Champignons qui naiffent fur la dure-mere dans les tré-
panés. Leur cure. 52,6,
Charbon, pullula maligne, facaufcfon traitement. Si?,
Charles ÏX. Roy de France , traitement de fa maladie eau-
fee par un nerf piqué <$8r.
Charpie , fa différente compofition, 37^
Charpie rongeante , fon ufage. 3g,
Chiie imparfait - fa caufe & fes fuites. 131.
Chirurgie, fa définition & fa divifîon. 3.
ta perfection qu'elle a reçue en ces derniers tems dans
fa pratique. 9&
Chirurgien > portrait d'un bon operateur. ?., 10.
Ambidexter ré qui lui rit néceffaire pour travailler com-
modément furies parties droites & fur les parties
gauches du corps humain. Circonltances qu'il doit
©bferver- ^ *9.io. n.
Son devoir apr.s l'opération, la propreté recommandée
dans fon ouvrage , te mQ(lm frciwdi, qu'il don bien
poifeder, jj%
DES MATIERES. $89'
Chymie, fes principes fervent à expliquer la génération
des pierres dans le corps des animaux. 177.
Cils, leurs maladies où ils font tournés contre le globe de
rœii , rabatus , heriffés. 539. 54°. &c.
Opérations anciennes qu'on y faHbit,& auxquelles on
doit préférer la méthode des Modernes. 541»
Circoncïfion , Vintention, & le manuel de cette opération
pour debarraiîer la verge. 257» 258.
Circulation du iang prouvée par la faignée. 668.
Cirfocele , fes caufes &: fon traitement. _ 377» 380.
Cifeaux forts, fins , courbes, &c. pour différentes inci-
llons à faire en divers endroits. 20,
Manière de les bien tenir. _ 11.
£ Le bouton v eft inutile $c embarraiTant , une pointe
moufle eft préférable. 27.
Clapiers , îinuofités des fiftules. 4T5«
Ciitoris , fa grandeur exceflive à retrancher. 281.
Amputation de cette partie , panfement de la plaie.
281. 282..
Colovoma, difformité à la lèvre fuperieure, facaufe, &
les remèdes. • w»
Obfervation d'ufage fur l'opération qui s'y pratique.
600,
R. La commotion , fes lignes , fa cure. 492. 4?3«
ComprelTes-, d'oii elles tirent ce nom générique. 46.
Différence de leur matière, de leur forme, de leur
figure longitudinale, circulaire , triangulaire, quar-
rée , lozan^e , ronde , fenêtrée, compofée , graduée ,
&c.qui les a fpecifiées par autant de difterens noms ,
eu é°;ard à leurs divers ufages. 47» &c.
Circonitances à obferver pour leur application. 48. &c.
Condilome , opération que ce mal demande. 395.
Contrecoup, doutes fur cette plaie faite par reflexion.
486.
Expériences qui femblent la prouver. 487.
jR. Exemple de contre- coups. 487.
Contufion , en quoi elle confifte. 7$î>
Les remèdes qu'on y apporte. 736.
Cordon ombilical , moyens de le lier, & inconveniens à
différer cette opération. 75- 76*
Panfement de l'incifion qu'on y fais , erreurs popuï ai-
res fur ce fujet- 77. 78.
Caufe de la rupture de ce cordon. 288.
Cornets ufités à Bourbon 3 leur composition -, Se la manière
de s'en l'ervir» 8^*
g'9© T A B L E
Cors aux pieds , leur origine , manière de les couper. 78.4.
Remèdes qui préparent à cette opération. 785Y
Couperets , leur ufage dans une amputation. 75-5.
Couteau brûlant pour couper les cnairs d'un membre à
amputer. 756.
Couture à furjet, ou future du Pelletier: aiguille &foye
qu'on y employé. 90*
Méthode de coudre la plus avantageufe félon les cas*
91.
, Crâne , fes douze efpeces de fractures, vouture, taillade ,
dedolation , fente capillaire, &c, 48Z.483.
Réduction de toutes ces fractures à l'incifion, à la fente,
& à la contufion. 48?*
Signes doubles de ces maux, 488.48?»
Nature , caufe & accidens de ces blefïures. 489.
Pratique pour les guérir. joo. &c
Crêtes qui viennent au fondement * trois manières de les
enlever. 396.
Panfement qui fuit l'opération. 397»
Cures , éradicative & palliative , leur définition 367*
D.
; . .
DEbander une partie malade ,. meilleure manière de
s'en acquiter avec douceur & propreté. 5S»
Décentes , maladies anciennes qu'on a fait pafîer pour
nouvelles. 313.
Leur nature , leurs différences , leurs caufes- 318. &c*
L'opération qu'on y doit faire. 32.5*.
Réduction d'une décente des deux côtés dans les en-
fans & dans les adultes. 316.
Signes de l'inutilité de l'opération. 349.
Panfement du malade. 35?,
Méthode des Anciens rejettée. 3330.
Caufes des vomiiTemens qui furviennent après l'opéra-
tion , & leur remède. ' 35:7. 35-8.
Suite du panfement. 36c
Remède du Prieur de Cabrieres pour ces maux. 316,
Dents. Opérations qui fe pratiquent fur ces parties , pour
les arracher , les defferer , les nettoyer, \es limer *
& en boucher les trous. " 6c3. Sec»
Machine employée à ces différentes opérations , dentif-
calpium , rifagran , pericharactir, davier , pélican ,
élevatolre, pouffoir, tenailles, tire-racine , leur fi-
gure & leur ufage. 618. 619*
Moyen de remplacer des dents y & compoiltion d'une-
DES MATIERES. $91
matière qu'on leur fubftitue. 6zu
Dents qui fe pouffent en dehors, dents fur numéraires ,
ce qu'on y fait. 6r6i 617,
JR, Les inégalités des dents piquent la langue & la joue , &
y font naître des ulcères. , 614,
~3?« Les dents cariées entretiennent des accidens, 617. 6r3.
-R. Il iurvient quelquefois une hémorragie après avoir ar-
raché une dent. Les moyens d'y remédier. 62.0^
Dépôts fur les extrémités après une faignée. 680.
R Les remèdes qu'ils demandent. Hiitoirefur ce fujet. 68a,
R, Dans quel lieu fe forment les dépôts qui précèdent les
fiitules à l'anus. 406.
R* Comment on en fait l'ouverture, 408,40^.
Diabotanum , vertus de cet emplâtre. 538,
Dierefe , fa définition , quatre manières de la mettre en
ufage.' 6,
R Divifion de la Dierefe en commune & en propre. 6. &/.
Diploë, obiervarion à faire lur cette '.ubilance fpongieufe
qui fepare les tables du crâne. 520.
Divifion générale du corps au tronc & aux extrémités. 644,
Doigtier de linge, fonuîage pour coudre l'inteitin divifé
par plaie. gi%
Doigts opérations qu'on y fait pour reparer leurs imper-
fection s • 715-,
Agglutination des doigts. 716.
Redreffement des doigts courbés. 717.
Extirpation des doigts neceffaire en trois cas, moyens
de Pexecuter,panfementdelapLie. 725-, 726.
2?, Obfervation de M. Caumont fur un écrafement de
doigt. 72,6.
Doigts furnumeraires à féparer. 727.
Douleurs à épargner au malade autant qu'il eft pofTibJe. 16.
Draneau, pellicule au dedans de l'œil , ion incommodité,
& fon extirpation. ^44^
Durillons, leur caufe & leur cure. 783. 784,,
Pylîurie, ou difficulté d'uriner, fa caufe & fon remède. i?x,
E,
EAu d'Arquebufade, ou Eau vulnéraire, excellente
1 pour les plaies d'armes à feu. 8i3«
Eau phagedenique , fes vertus. 825-,
Ecopé , foiution de continuité en l'os , fon remède. 483.
Eçhimofe , fang épanché fous la peau > fa caufe §e fa cure
par topiques. 67M7?.
Echimofes grandes & légères 5 leurs remèdes & les ope-
yations cTyi y CQnviennenCa 6jf,
89i TABLE
Ecrouelles, origine, & cure de cet ulcère par médicament^
& par opération. 641.
Guerifon de ces maux opérée quelquefois par la Fov.
643
Embaumement , fon antiquité. 868.
DilTections & medicamens baîfamiques que cette opé-
ration exige. ' 869. &c.
Embryoulkie , fon éthimolo^ie & la bonne manière de
s'acquitter de cette opération , c'eit-à-dire , d'extraire
un embryon ou fœtus du corps d'une femme. 161. 163.-
Emphyfême, ou bourfoufiement ,cToiul procède. 413..
Emplâtres , leurs définitions & leurs ufages. 41. 42,
Leurs différentes figures réduites à deux efpeces. 43.
Emplâtres ronds , quarrés , ovales , fenêtres , en U , en T ,
&c. lieux ou on les employé. . 43, 44.
Vertus des medicamens dont ils font compofés. 44»
Emplâtre ufîté dans les hernies , ou comna mpturam*. '332».
Empyême , cas ou cette operacion eit necefîaire. 423. &c.
Signes d'une p:aie pénétrante, d'un fang épanché, d'un
pou'mon blefie, Se abus des Anciens fur le traitement
de ces maux. 424. &c.
2*. Signes d'épanchement dans la poitrine. 4269.
Deux moyens de vuider la poitrine de fang , ou de pus ,
opération , préparation de la tente , panfement du
malade. 427. 428. &c.
Autres maladies qui obligent quelquefois à i'empyëme
pour faire fortir le pus. 434»
Précaution à prendre avant que de fe refoudre d'ou-
vrir la poitrine. Hiitoire fur ce fujet. 43*. 43^
Pus répandu dans la poitrine ;>io venant d'un abfcès de
la plèvre ou des poumons , marques de la fltuation
de l'abicës , deux manières d'ouvrir la poitrine..
436. 438.
Ufaçedé cette opération pour l'hydropifiede 1a poi-
trine, inconveniens du trocar, canule propre à l'em-
pyéme , fignes de bon & de mauvais augure. 440.
441. &Ce
R. Inconveniens de la tente après l'opération de l'empiê-
rr.e, ce qu'on y fubititue. 431»-
F» Les abfcès au foye peuvent être caufe d' empyême.
437. 43S.
Enfans en différentes poitures dans la matrice, moyens
d'en procurer la délivrance. 296. &c.
Réduction à la poilure naturelle doit être rarement.
ten ée. 299*
Enterocele , Tes caufes & fes lignes* £*«
DES MATIERES. 893
Opération peur remédier à cette fortie qui fe fait de
i'inteftin des deux côtés. t 326.
Entorfe , fa caufe , méthode d'y appliquer le bandage
pour redrefîer le pied. . 777-
Suite de la cure. . ^ 779»
Entre-coupée , ou entre pointée 9 circonftance à obferver
pour fe bien conduire dans cette future. 67.
B. Autre manière de la faire. , <*8
Epine eu dos , fa conilruction , & les défauts aufquels elle
eftfu jette. 466.467.
Epiplocele , fon prognoftic & fa cure. 320.
Epip'oon altéré & déplacé , manière commune de le ré-
tablir. m 93*
Pratique de M. Maiefchal , premier Chirurgien. 93.
Eponge préparée pour tenir lieu détente. ^ 29.
Eponge trempée dans l'eau de chaux , & appliquée fur le
venue, fert à tarir les eaux des hydropiques. 137»
Efcarrotiques, remèdes contre les loupes. 832.
Efquinancie , {es deux efpeces générales , moyens d'y ap-
porter du foulagement. 474.476.
Eftrier, utilité de ce bandage à la faignée du pied. 77**
Evacuation de l'eau des hyHropiques s'accomplit par deux
manières , feavoir , par Pharmacie , qui propofe deux
fortes de remèdes , & par Chirurgie qui or-donne deux
efpeces d'opérations. 137.
Vertus des médicamens internes Se des externes. 138.
Exerefe pratiquée en deux façons , fon importance. 7.
Exompbale, tumeur du nombril formée par des parties,
ou par des humeurs. 104.
Exomphaies , compofées , produites par la dilatation ou
par la rupture du péritoine. 107.
P. Réflexion au fujet de la dilatation du péritoine. 107.
Prognoftic , cure & préparation du fujet félon la diffé-
rence de ces maux. 109. no.
1?. Dans quelle fituation on doit mettre les malades pour
/-réduire i'exomphale no.
Utilité de la faignée dans cette maladie. in.
Circonftance avantag.ufe dont il faut profiter pour
faire rentrer les parties. nr.
; Le bandage à écuffon eft préférable. m,
\ Il doit avoir un enfoncement à récuflbn fi les parties
1 font adhérentes. m.
yDe quel bandage il faut fe fervîr dans les exomphaies
anciennes & conftderables. 112.
Méthode cruelle des Anciens dans ces infirmités. 118.
Extraction des corps étrangers , préparation du fujet pour
la faire. 797. 793,
»g4 TABLE
Manière de retirer les corps étrangers d'une pîale
d'arme à feu. 804,80?. &o*
les médicamens prétendus attractifs y font inutiles , &
les fupuratifs dangereuxt » ' 807.
Dégagement d'une balle enclavée dans un os. 811.
Coup de baLe à la tète périlleux, cii confiances à obier-
vtrpourlepanfement. 811.
Fxtraétion des pierres contenues dans la veffie ou dans
l'urètre, préparation du fujet pour cette opération,
inltrurrenscuiy font necefïaires. 216. &c
Pratique des juifs & des Arabes pour le fucement. 219»
Appareils grand & petit, ufage des conducteurs, du
gorgeret. 220. &c,
Manière de faifïr la pierre, ce qui fe pratique quand elle
fe cafTe , qu'elle e fi trop grotTe pour palTer par l'inci^
fion , pu qu'il en ;elte d'autres- xz^.n6.
Panfement du malade après la fortie des pierres, 227.
Cas où l'extradlion de la pierre eil irr.pcÂGble. 228,
Moyen de placer la canule qui doit repoufïer la pierre*
& la tenir écartée du paiTage de l'urine, quand on ne
veut pas tirer ce corps étrange par une plaie. 229.
Extrémités du corps , opérations qu'on a coutume d'y
faire, amputation de quelqu'extremitè. 644.
R. Obfervation de M. de la Peyronie fur les extrémités du
corps prefquefeparées. 738,739.
F.
T? Ace , les maladies dont elle eft attaquée. $76.
JT DelicatelTe requife aux Opérations qu'on y doit pra-
tiquer, ?9o.
Manière d'y faire des faignées. ?9c 591.
faux-germe dans la matrice, fesfïgnes les plus certains *
& fon extraction. 285. 206.
Traitement de la malade. 186.
Fernel,ion oppofition fur la première origine 4e la pierre.
17?.
Feuille de Myrthe, infiniment pour nétoyer le dehors
d'une plaie. 2,5»
Feuille de Myrthe mince , à demi-tranchante , crochue à
fon extrémité pour les différions. . %$•
Fie , mal du fondement , fa cure , invocation de S. Fiacre
pour ce mal. 398*
Filet , deux occafîonsd'en faire rincifion , manière d'opé-
rer , traitement de la plaie. 6*4* &*}•
tiftule à l'anus , fa caufe , l'opération c^u'il y faut faire
au commencement 4°5» ¥>&
DES MATIERES. 8$
Trois efpéces de cette fiitule , & trois manières de les
traiter, i. par les cauftiques. 2. par la ligature. 3. par
l'incifion. 4I0« 4Ii»&c«
Méthode pour les fiituîes qui ne font point ouvertes en
dehors. _ 4^«
Deuxmérhodes de faire l'opération de la fiitule à l'anus.
4M»
Comment on découvre le lieu ou il faut faire l'opéra-
tion 3 lorique la fiitule n'a point d'ouverture externe,
416.
Comment on arrête Fhémoragie qui furvient après
l'opération. 4^7.
Signes qui la font connoître. ibid.
Manière de panfer après l'opération. 418.
Jugemens fur les trois pratiques propofées. 418.
Hiitoire de la fiitule du Roy. 419, 420.
Diverfes épreuves faites à l'occaiion de la maladie de ce
Prince. 4*0,
Récompenfes données. 4 421,
Fiitule lacrymale , fes principes , & ^s dirTcrences. $61
562.
Sa guerifon plus facile dans les commencemens en pré-
parant le fujet. 5-64.
Cauterifation de cet ulcère, panfement de la plaie > &:
moyen de la cicatrife- $69. $71.
K- Les larmes retenues dans le fac ou le canal lacrimal,
'produifent au grand angle une tumeur. Les caufes de
cette rétention , 562. 563,
Hernies du fac laçrimal , ce que c'eit, 565.
Signes qui font connoître que le fac eit ulcéré intérieu-
rement & que i'os eit carié, 564.
Sonde à fonder les points lacrimaux.Sthal eit le premier
qui les ait foncîé , 564.
L'engorgement des routes de la liqueur lacrimale.
Comment on rétablit le cours des larmes , j^;.
Seringue dont on fe fert pour injecter par les points la-
crimaux. L'opération qui convient pour déboucher
le canal lacrimal. Canule qu'on introduitdausle ca- /
nal , 166.
Dans quel cas il faut faire une nouvelle route aux lar-
mes en^percant l'es unguis , ,f66.
Il faut avoir une juite idée de la itru&ure du canal & du
fac lacrimai, & il faut corriger le vice des liqueurs,
07.
En faifant l'opération de la fiitule lacrimale , de quelle
y partie il faut s'éloigner. Quelle eit celle qu'on peus
SoS T A B Lx B
R. ne pas ménager s'il eft nécefiaire. Expériences dé feu
M. Arnaud à ce fujec , $69,
Signes qui font connoître que l'on a percé l'os & la
"membrane pituitaire. Méthode des meilleurs Prati-
/ cienslorfque Vos unguis efl: carié. Avec quel inftru-
l menton le perce , 7695:70.
* De quelle efpece détente on fe fert après avoir percé
l'os unguis , Sfh
D'où, vient le larmoyement qui refte après l'opération ,
v m-
Foye in'juftement accufé d'être la caufe de l'hydropifie.
118.
Frein de la langue, manière de le couper quand il eft trop
gros ou trop court. ' 616.
Fronde 9 efpece de bandage , fon utilité. '. 6ùi.
Fungus , ce que c'elt 398.
Anglions , efpeces de tumeurs emùftées qui furvien-
T nent aux parties tendineufes , leurs différences , &
leurs remèdes. 830. &c*
Gangrené , fes caufes internes & externes , & fadifferen-
ce^d'avec le (phacele. ^ 734» 73?'
Cure de ces maux par lotion & par fcarifications.
736. &c
Ganivet lenticulaire, fon ufage. • ^24.
Gaitroraphie, plaies du ventre aufquelles cette opération
eft propre. 79* &c.
Gencives. Différentes Opérations que leurs maladies de-
mandent. 6c6.
Application du bouton de feu aux excroiffances qu'on
y a coupées» 606*
Epoulis. 606.
Duparoulis. , " 607,
Inflammation de ces parties , fa caufe . & l'opération
qu'on y pratiqua. 6o3,
Génie néceffaire au Chirurgien en diverfes rencontres.
803.
Gibbofîté,ou courbure de l'épine, cinq manières dont
l'épine forme les bolTes en fe déjettant. 466.
Caufes internes & externes de ces défauts , hiftoire à
ce fui et. 4^«
Moyens qu'on employé pour corriger ces imperfe-
ctions
DES MATIERE^ i9f
étions qui font rarement héréditaires. 46?. 470*
Gibecière commode aux Lithotomiftes. aiS
Gland de la verge fujet à quatre défauts natûr eîs ou acci-
dentels i plufieurs moyens d'y remédier par la Chirur-
gie. 269. &Cé
Globe de l'oeil , fes maladies , telles que le melon 4 i'iios*
le Staphilome , & le ragondis ; l'hypopyon , le pte-
rigion , le drapeau , le proptofîs , le myocephalon &"
quelques autres t . 542. &c.
Définition de ces maladies, & le traitement qu'on y fait*
ïbid.
Goërre , caufes de cette tumeur à ia gorge. 639»
Extirpation de cette incommodité , utilité de l'emplâtre
Diabotanum pour ce même mal. 640*
2?.Bronchocele ou hernie de la trachée artère, maladie
différente du Go être. 640.
Gorge , les maladies qui lui furviennent en particulier 8c
les opérations pour les guérir. 639- & 640.
Gorgeret , initrument preientement ùfîté dans lataille âû
la pierre. 224*
Gofier , moyen dedébarafier ce tuyau de ce qui l'incom-
mode , avec le poireau & la bougie. 634 étf,
Grenouillette , tumeur fous la langue , fon principe ou fa
caufe. 617*
H, Ses efpecès* 617.
< Quelles matières l'on trouve dans fes tumeurs. 6z8
l Qbfervation de M Caumont à ce fujet 628.
Méthode de con fumer le Kifte où la matière morbifique
elt renfermée. é*8.*
H.
HEmorragie, caufe antécédente depîuiiêurs hydro-»
piiïes 7 î$u
R> L'hémorragie de l'artère tibiale, f$iê
Hémorragies rares aux plaies d'armes à fetl. 8io*
Hémorroydes , ieurs différentes elpeces , opinions des An-
ciens fur ces maux. 399*
Explication mécanique de leur formation & de leur ori-
gine , leurs lignes. 4co.
Cure palliative , préférable ici à l'éradicative. 401.
Opérations que l'on y fait par les fangfues & par la lan-
cette, choix de ces deux moyens. 403*
Hermaphrodites* étimologiedecemot, on en diitingue
de quatre fortes. 2.82e
Opérations que le Chirurgien y doit faire* ^83*
Hernies , anciennes maladies* 313*
lu
%*>% TABLE
Remède diftribué gratuitement pour ces infirmités , Se
fa dofe proportionnée aux difterens âges, 315. &c.
Obfervation fur ce remède* 317.
Emplâtre pour les mêmes maux , néceifité du bandage ,
pour contenir les parties en leur place. 317.
Différences , fignes & traitement ordinaire des hernies,
complettes , on incomplettes. 318.321 &c,
Hernies compolees de parties > ou d'humeurs , ou des unes
& des autres enfemble , leur caufe. 310.
Hernies aparentes > leurs cinq efpèces ; moyens de les
guérir. 363.
-R - Caufes des Hernies . 3 19.
f Quelles font les parties qui forment la Hernie inginale
& les endroits qui donnent paifage à ces parties ,
311. 322.
S'il faut réduire le fac herniaire en faifant rentrer les
parties. 3M.
Obfervation lingulierefurune Hernie dont les parties
étoient étranglées par l'entrée du fac. 324. 32^
Hernie de veffie , fes lignes DifFerens fentimens fur les
caufes de cette efpèce de Hernie. 338.
Hernie de vefïie particulière aux femmes. 339.
Hernie crurale. Ses lignes. La manière d'en faire la re-
/ du&ion , 339. 340.
4 Hernie dont les parties fe font échapées par le trou ova-
le. Sesfîgnes. 340.
La faignée & la iituatîon ne doivent pas être négligées
dans les Hernies compliquées d'étranglement. 342.
Précautions à prendre en faifant l'opération. 344,
Méthode nouvelle de faire l'opération lorfque la hernie
n'eft point ancienne, 344» 34f.
Inftrumens pour débrider l'anneau & la manière de s'en
fervtr, 345-.
Dans quel cas on ne fait point la réduction des parties.
v . 34f.
Hernies des femmes, en quoi elles confîitent , leur caufe,
& leur cure. 362. &c'
p. Quelles font les Hernies aufquelles les femmes font les
plus fu jettes. , ^u
Remèdes particuliers pour les hernies, 332,.
Ufage des cataplafmes émolliens. ?42.
Précaution à prendre pour l'adhérence de Tintefrin aux
membranes du fac de la hernie. ' ,47>
fl. Deux efpèces d'adhérences que les parties forties con-
tractent. Ce qu'il faut faire dans ces cas. Obfervation
348.34?-.
DES MATIERES §99
Signes de la réduction des parties en leur état , tirea
du doigt qu'on fourre dans la plaie. 348.
Hernies du nombril différentes de celles des bourfes. 10&
Hernie particulière compofée, qu'on nomme enteroépi-
plocele, les opérations qui lui conviennent en divers
cas , 32-0 &c.
Hernie ventrale ,Tes différences & fes caufes , traitement
trop rigoureux des Anciens à l'égard de cernai. 119.
Paltiation qu'il eft à propos de faire de ces maladies. 120.
Emploi des Chirurgiens herniaires, 327.
£. Les Hernies ventrales font par dilatation & par rupture,
1 uo*
ç Caufes de ces hernies , . 121.
À Obilacles qui empêchent la réduction. Moyens de les
•< lever, 121.
J Deux manières de faire l'opération de la hernie ven-
* traie, & dans quel cas on doit les pratiquer, iza.
Hernies humorales , maladies du fcrotum,fes caufes , fes
fignes & fes remèdes , 363,
Hiitoire de Blegny fameux Charlatan , 330,
Hilioires de plufieurs autres Empiriques modernes , qui
ont paru avec quelque réputation dans le monde. Du
Médecin de Chaudrais , de Saint-Donat , 786. &c»
Hydrocele, fes caufes & fes différences , les perfonnes qui
y font le plus fujettes, * 363.
Traitement éradicatif, ou palliatif de ce mal. Trois
moyens de pallier en vuidant les eaux : Application
du trocar en cette occafion , 367. &c.
F. Hydrocele par épancherrent 6V par infiltration. Ses ef-
P peces , fes fignes , (es caufes. Obfervations, 364. &c.
J Les inconveniens du cautère actuel pour la cure de
\ cette maladie. Ce qu'on y preffere , 370.
Hydrocéphale diftinguée en interne & en externe, fa caufe
& (es fignes , n7*
Pratique ancienne pour les cautères, avantages desfea-
rifications , 529.
Hydromphal , ombilic tuméfié par des eaux , fes différen-
ce , &(a cure par remèdes pharmaceutiques ou Chirur-
giques , - 108. m,
Hydropifie , fes différences & fes caufes , 123.
Hydropifie , proprement dite fes deux elpèces , 126.
Hydropifies particulières , leurs divifions & fubdivifîons
en plufieurs fortes , 127*
Pâleur des Hydropiques , fa caufe. Prognoftic toujours
fâcheux des hydropifies- 134»
LU ij
5)00 TABLE
R Diverfesobfervations fur la qualité des eaux des hy~
tropiques, 135, 136,
Les fcarifications font utiles dans l'anazarque , 13S.
Accidens qui furviennent quelquefois après les fcari-
fiçations , 139.
Lieu où l'on doit faire la ponction , 141.
Inconvénient de la faire à Fombilic. Signes qui font
connoitre s'il y a allez d'eau épanchée dansle ventre
pour la faire, 141.
Situation dans laquelle on met le malade pour la faire ,
1144-
S'il faut tirer toute l'eau à la fois , 147.
Quelle eft la caufe de la foibleffe ou tombe quelque-
fois le malade. Comment il la faut prévenir , 147.
Trocar perfectionné par M. Petit , 148.
Circonftances qu'iljfaut obferver en faifant l'opération,
149.
D'où vient que l'eau celle quelquefois de couler. Obfer-
vation de M. Morand , r?o.
Hymen , préjugé populaire fur cette membrane qui clôt
le vagin , l'opération qu'elle demande , 176. 177.
Hypochyma » fa caufe & les différentes efpeces de cette
maladie de l'œil , 5:47
Méthode de la traiter , 54?. j?i &c.
Hypopion , ce que c'eft , 5-42.
F. Aiguille pour faire fincifion à la cornée tranfparente
dans le cas d'un hypopyon 5 ?43
Hypofpadias , caufes ordinaires & extraordinaires de
cette incommodité qui furvient au gland , 269
L'opération par laquelle on la guérit. 270
Hypofpatifme , opération abolie que les Anciens faftoient
à la tête, 481
I.
JAbotd'un Coq d'Inde, fon ufage &fes incommodi-
tés pour arrêter le fondement replacé, N « 39?
Jambe de bois , fa forme & fon application pour s'en fer-
vir, 761
Jarretière , moyen d'appliquer cette bande, 227
Utilité de la Jarretière pour les nouvelles accouchées,
3°4
Jean de Romanis s Inventeur du grand appareil pour la
Taille , 217
XmpeFo ration de l'urètre, & l'opération qu'on" y doit
faire oo^ ie^pejcer, 268 169
ImperfbratfOîi *îes parties aaturelles de quelques filles a
DES MATIERES ejoi
manière de les ouvrir, 277
Infuûon fubftituée à la transfufîon , ce qu'on efperoît de
ce mdange des médicamens immédiatement transmis
dans lefang 728,72?
Défenfe de pratiquer cette opération .-idée que l'Anti-
quité en avoit donné pour le rajeunifTement, 729.
Inguinal , bandage à écuftbn pour la hernie d'un feulcôté
des aines , 316
Inftruciions à tirer des préceptes généraux , 15
Inftrumens paroù* Von commence à opérer en Chirurgie ,
ceux qui font communs aux Chirurgiens & à d'autres
Aïtifans , 18, 19
Inirrumens propres Se généraux, commodes Se néceffai-
res à la plupart des opérations Chirurgicales , 19* 2.0
Inteilin percé, fes figues i méthode à préférer pour le re-
coudre ;moyen. de le remettre quand il eft forti, com-
ment le malade y contribue , 83, 90 &c.
Inteltins Jéjunum & lîeum , feuls fournis aux futures , ?S
Moyens de faire rentrer les inteltins bourfouflez au de-
hors, fomentations & piqueures iqu'on y fait pour
ce remplacement, agrandilïement de la plaie pour
la même intention j enoix des initrumens & manuel
de cette opération , 8y", 86
Tumeur d'intelttn au nombril , tumeur caufée par Tin-
teftin & par Pépiploon enfemble , en ce même lieu ,
104. &c.
La diette fuffit aux petites plaies des înteftins , non aux
grandes, 9$, 99
Lavemens bons ou nuifîbles dans les plaies , félon les
circonitances3iituation la plus avanta^eufe au bleiîé
durant le cours du traitement ; cure extraordinaire,
99-
ïfchurie , rétention totale d'urine, méthode de la traiter,
191
Jugulaire, veine à ouvrir à la gorge; manuel de l'opéra-
tion , fymptômes qui peuvent s'en enfuivre , 470. 471
R* Manière de faire la ligature dans lafaignéede la jugu-
laire, 471
K
KYrfotomie , ou incifion des varices, c'eft-à-dire, de
veines dilatées au-de- là du naturel, 761
Trois moyens de remédier à ces maux , 7%
Kyfte , fon étimologie , excroiffance membraneufe contre
nature , 82^
Kyftitomie, nom appliqué à l'opération qu'on fait à la
vefîk3 S74
111 ni
9oi TABLE
L.
LAc de Loup , ufîté dans une jambe coupée, 746
Lai£t, Ion caillement & fa rétention dans les ma-
melles , la caufe & le remède de ces maux , 446 &c
Formation de Tablées de laict dans les mamelles, ope-
rations qu'il demande -, panfement de la plaie , 449
Lancette , condition requifes dans <5st initrument pour la
faignée , 22
Lancette à abfcés plus grande que les autres , 23
Langue , fes maladies qui demandent queiqu'opération
Chirurgicale , 624 &c.
F, Plaie de la langue , comment on en procure la réu-
nion , 619
Ufage de la fpatule , ou du miroir de la bouche pour
tenir la langue fujette dans le tems qu'on y opère 3
628 629
Cuilliere propre pour ôter la cialTe de la langue , 619
Laryngotomie , opération mal nommée , moyen de la
m taire, 473
Ligamens ronds de l'utérus, leur étendue & leur ufage,
36i
■Ligatures de plufîeurs fortes pour arrêter le fang des vaif-
faux ouverts dans une amputation, leurs ditTerens noms,
leur ufage, 751 &C.
2?. La Ligature imaginée par A. Paré , comment on la fait
aujourd'hui, 751
Linges , règles générales pour les linges que le Chirur-
( gien employé aux comp relies & aux bandes , 46
Lithotomie , fa définition & fon importance , 174 , yj%
Formation des pierres dans les reins & dans la veille,
m
Les per fon nés les plus fujettes à la pierre , S76
Origine du calcul félon les Anciens, 17^
Diffblvant de la pierre inutilement recherché ,s 190
Méthode de Frère Jacques , & fa conduite à l'égard des
pierreux , 239. &c.
Avantage qu'on peut tirer de cette pernicieufe métho-
de , 248
Manière de lier le malîide pour la lithotomie > divers
, moyens d'opérer , 218
Canule après l'opération , zz*
Colliers , efpèce de bande pour les Taillés , 227
Louches 3 caufes de cette imperfection de la vue , manière
de la redreiîer par. des beficles,ou par d'autres inven-
tons, 57*
DES MATIERES; 903
Loupes , leurs efpeces & leur origine, Si?
Quatre moyens de les guérir, par réfolution , par fupu-
ration , par ligature & par extirpation , 830 &c.
Loups , efpece de cancer aux jambes leur traitement , 4*1
Luette , fes maux , & les remèdes qui y conviennent , 6z?
Catharres qui tuméfient la luette, & quifouvent obli-
gent de la'couper en Norvège , 631
Cas où l'on peut la couper en ce pays- ci , 632.
Limphatiques inconnues aux Anciens, ruptures de ces
vaiiTeaux, fuivies d'hydropi fies peu remediables, 119*
M. v
MAmmelles , diltin&ion de leurs maladies qui de-
mandent l'opération > 444
Manière de s'en acquitter , 444
Mammelon , qualités qu'on y requiert dans une nourrice,
comment on le forme par le moyen d'un chaperon , 44?
Femmes habituées à faire ces bouts de mammelies , 44$:
Maftic inutile pour rccoler les inteftins déchirés , 91
Matière dont fes Anciens remplilloient la cavité des.
plaies , moins commode que la charpie , 37
Matrice , fujette à beaucoup de maladies , dont il y a deux
qui demandent l'opération, caufes de la clôture de fon
orifice externe , vj$
Quatre opérations autrefois ufitées à l'égard de cet or-
gane , 280
Hémorragie qui fuit l'amputation du clitoris , moyen
de l'arrêter, 282
Chute & précipitation de matrice , les caufes les diffé-
rences , les accidens ordinaires , & les remèdes de
ces maladies , 304 &c.
R. Signes par lefqueîs en diflingue la chute du vagin , de
ceile de la matrice , 309
De quelle manière on remédie à cette indifpofition \ il
i
ne faut pas la négliger , 209. 310
Renverfement de la matrice , fes caufes , méthode de la
rétablir après les fomentations qu'on y doit faire, 312.
K Exemple de renverfement de matrice i dans quel cas il
peut arriver , 310
5 Ce que peut entraîner la matrice en tombant * obfer-
l vation à ce fujet , 311
Extirpation de ce vifeeretrop dangereufe pour l'entre-
prendre, 309
Matrones ou Sages-femmes introduites dans les accou-
cbemens parla pudeur fcrupuleufe & fouvent indif-
dette du (exe > 284
Llliiij
9©4 TABLE
Médianne, veine qu'on ouvre communément au bras 3 éSz
Melon , maladie de la^prunelle, fa cure , 545
Miferere , mal preflant , moyen de foulager le patient ,
Moles, méthodes d'extraire ces malles de chair , fignes de
leur exiitence,tems ordinaire de leur fortie, ^9. &c.
Mouchetures , adrefle à les faire &à leur donner differen-
res figures , ! 844
Mutilation, déf au; aux oreilles & aux narines par retran-
chement de leur fubltance , fa cure * $79*
Myoçephalon , maladie de l'oeil , 54?
N,
NEphretique ,fa caufe & fcs caractères , 185
Nf rf piqué par une faignée , fes (ymptômes ; confeil
de Paré (ur un tel cas, 68r,
Nez coupé, fon rétablifîement par future , panfement de
la plaie, hiiloire à ce fujet, 587.588
F. Réflexions fur ce fujet,' : 58?
Veine du nez à ouvrir, préparation à cette faignée,
traitement de la plaie , 593
Nœud du Chirurgien , tes avantages , éS
Non me tangere , Cancer au vifage , pratique fur ce mal,
4SI
Noué , caufe qui fait qu'un enfant fe noue , méthode de
traiter ce mal , 77&*
Nymphçs à couper a manière de s'y prendre, 17?
O.
OEil , fes diverfès maladies , fa fortie hors de l'orbite %
. ou le proptofis , dont il y a cinq'efpeces , 530.5-47
Surtufîon, eoute fereine , drapeau formé dans l'œil ,
défauts à la prunelle, remèdes à tous ces maux qui
corrompent la vifion , ' 547. 54&
Extraction des corpufcules entrées dans l'œil , 558.
Oeil artificiel , fa commodité , manière de l'applique? ,
573. &c.~
P. Manière de placer un œil cPémail , . 573» 574.
Oeufs , principes des animaux & des plantes , 385
Ombilic, fes divers m3ux, hydromphale, tumeur du nom-
bril egufée par des eaux , forme de l'initrument dont on
fe fer t pour ouvrir cette partie , 104, 105. &c«
Pnçumatpmphale , gonflement du nombril par des
Yçp|s? aiguilles propre, à le perce; es ce cas , *oS. 1 * %
DES MATIERES. 905
Medicamens pou* ces deux efpèces d'exomphales , 114
Varicomphale, enterohydromphale, epiplomphale,&c.
caractère de toutes ces fortes de hernies ombilicales,
opérations & remèdes qui leur conviennent , 10?. iij
£ Onguent de la Mère, fa delcription 6V fes vertus , 449
Onkotomie , opération pour l'ouverture d'un abfcès , 818
Oreilles , fes mauxauiquels la Chirurgie peut remédier;
moyen de les ouvrir quand elles font bouchées, 636
Artifice pour en retirer les corps étrangers , 637
Hiftoire d'une amputation d'oreille pour guérir une
fluxion , . 638
R. L'humeur cemmineufe des oreilles amaffée, caufe
quelques fois la furdité , fn
Orteil , excroilTance de l'ongle du gros orteil , opération
qui y remédie, & qui prévient la naiffance de cette
incommodité, 780.
Os qui fe groffilfent au droit des articles , leur courbure,
caufes & cures de ces maux , 776*
Ofcheocele , origine & traitement de cette infirmité par
la Chirurgie, 119 &c.
Ouverture oun corps , adreiîe que cette opération re-
quiert , raifons qui engagent à la faire , %$9
Tems déterminé pour ouvrir un cadavre , ajuftement
de l'Operateur , & ordre à fuivre pour les cavités
qu'il doit ouvrir , 860. &C
Méthode d'examiner ce que la tête peut renfermer d'ex-
traordinaire > . 86r.
Semblable opération pour la poitrine , & pour le bas-
ventre , 864
Moyen de remettre & de recoudre les parties', S6j
Rapports qu'on doit faire de vive voix , & par écrit
après les ouvertures des corps , 865
Ozéne, maladie du nez. fa caufe, déiîechement de cet
ulcère par le cautère , 585- , j86
P.
PAnaris , apoftême au bout des boigts , fon etimologiey
fa caufe , & fes effets , 717» 718
R, Caufes du panaris , 718
Le panaris eft diftingué par rapport à fes'caufes en deux
i efpèces , 718
j Et par rapport au lieu qu'occupe la matière en quatre
j efpèces , fes fignes , 719
t La cure de toutes efpèces de panaris % 71a 711
L'opération du panaris , 7*1. &c.
906* TABLE
Manière d'en procurer la fupuration , Se d'en faire fou*
verture , remèdes pour finir le pan feraient, 723, 724
Paracenthefe , étendue de la fkmfication de ce mot, & la
rédaction que Pufage en a Faite à la ponction du ven-
tre des hydropiques , 140
Deux méthodes pour accomplir cette opération , pré-
caution fur l'endroit à percer , préparatifs , quali-
tez des inftiumens , & direction qu'il leur faut don-
ner en cette occafion. 141, &c*
Canule à mettre dans l'ouverture de la plaie , fes condi-
tions , & la quantité d'eau qu'elle doit biffer évacuer
à chaque fois , 145-. 146
Liqueur fpiritueufe pour fortiSeï le malade , panfe-
ment après l'opération , 14e. 147
Méthode abrégée des Modernes fui la paracenthefe ,
148
Paraphymofïs, indifpofîtion du prépuce, le naturel n'a pas
befoin de remèdes , & les medicamens font d'ordinaire
inutiles pour celui qui vient des efforts trop grands
dans l'acie vénérien a opération que cette incommo-
dité demande, , 262.2%
P. Le lieu ou il faut faire les incifions dans l'opération du
paraphimofis , 264
Parotides , caufes du gonflement de ces glandes , moyens
d'y remecier aux enfans & aux adultes , 638
Paupières , leurs maladies , 532
Aquila , mal à la paupière fuperieure , remède contre
cette tumeur, ' 538
Ectropion , ren verfement de la paupière inférieure , (es
caufes & fes remèdes , 53 >
Grain d'orge , fa matière , fa caufe , calazion , periofîs ,
grain de grêle , hydatis , &c. caufes & cures de ces
maladies de l'œil , Î36. &c.
Périnée, ponction qu'on y fait, fa nécefllté, moyen de
lever les obitacles qui s'y rencontrent, & d'exécuter
cette opération , 195^, 196
Forme derinftrumentdonton fefert ici, tente pour
boucher la canule qifon entretient dans la plaie,
196
Remèdes qui peuvent quelquefois ôter la caufe des
maux pour lefquelson entreprend cette opération,
■. voyez rétention d'urine , 197
Peripneumonie ; comment cette maladie oblige à l'em-
pvême, hiltoire lur ce fujet, 435 &"c
Periskitifine , incifionde la peau qui couvre l'os coronal,
opération abolie > #*
DES MATIERES. 5>o7
Péritoine toujours rompu dans les exomphales , expé-
riences qui le prouvent , différences de ces maux d'avec
la hernie des bourfes , ic6
Peflaires pour retenir la matrice dans fon lieu, leur figure,
&leur application, 307
F. Inconveniens des Peflaires d'argent : Les Peflaires de
liège & d'or y font préférables , 307
R. Priaringotome imaginé par Paré, perfectionné par M.
Petit , 33
Phlebotomie , nom de la faignée , tiré du grec , 646
Phymofîs naturel & accidentel , caufe de l'accidentel ,
moyen de le guérir par Chirurgie, 258. 2^9
Endroit ou l'on fait incifïon à la verge dans cette pref-
fante maladie , 260
i<. En quoi confille la perfection de cette opération ; in-
fhumens pour la faire . 260. 261
P.Fëmedesdontilfaut fe fervir avant d'en venir à l'o-
pération , 261
Pieds contrefaits, leurs differens noms, valgi, vari , pieds *
bots, 774
Califes & remèdes de ces défauts , bottines , platines ,
de fer , attelles de bois qui fervent au redreiîement
de ces organes , 775'. 776
Pierr.es, noyau ou femence des pierres dans les reins,
exemples de grofles pierres dans ces vifceres , lignes
équivoques & lignes certains d'une pierre dans la veflie,
I7T- i8f. 186
Pierres dans l'urètre , diverfes tentatives pour les en faire
fortir, *33»234
Pierres écailleufes , graveleufes , molles & caftantes,
moyens de les tirer de la veflie , 184. 18?
Placenta , méthode de l'extraire, 288
Plaies 2ufquelles les futures conviennent, 8c celles où elles
font inutiles , 63 , 67
Plaies angulaires ou figurées, obfervation pour les futures
qu'on yïait. 71
Plaies de l'abdomen de deux fortes, play es pénétrantes,
leurs différences , 80, 81
F. Elles ne font pas toujours fimples , quoiqu'elles ne pé-
1 netrent pas , 79
» Situation du blefle pour découvrir par la fonde la pé-
nétration d'une plaie dans le ventre , 80
Cas où ce moyen ne réuflit pas , 80
Il eft inutile de fonder les plaies pénétrantes du bas-
ventie, 81
Ce qui les rend dangereufes 3 &
^o3 \ T A B I E
2î.Signes qui font connoître la lézion des parties interieu-
^ res '. . 83
Inutilité &inconveniens de faire avec une aiguille îa
pondHon aux inteitins , 86
Les raions qui engagent à dilater une plaie pénétrante
du bas- ventre, & les précautions qu'on doit pren-
dre en faifant cette dilatation, 86.87
Obfervation fur l'ouverture de la veine ombilicale , 87
Bifloury gaibique de M.Morand pour faire la dilatation,
{es avantages , fa compofîtion, la manière des'enfer-
vir, 83-
Biltoury de M. Petit fait à la lime pour débrider -, Com-
ment il faut s'en fervir, autre manière de dtbrider au
défaut de ces iuitrumens . 89
Précautions à prendre quand on réduit les parties 9
Ce qu'il faire lorfque l'épiploon feul eit forti & étran-
glé, 90
Comment on doit faire la future du Pelletier, 91
Comment on doit faire la future enchevillée aux plaies
du bas- ventre & fes avantages , 9%
Latente elt inutile aux plaies du bas- ventre après y
avoir fait la gaftroraphie, 9$
Comment les plaies du péritoine & des inteitins fe réu-
nifient , 9&
La diette & les faignées font trés-nécefTaires dans les
plaies du bas-ventre > 97
L'eftomach peut être bleffé dans deux états differens.
Çommenton remédie à ces bleffures, _ 97
Dans quels cas conviennent les remèdes nourriiTans ,
Symptômes qui accompagnent les plaies des parties in-
rieures, 100
Comment on y remédie , ou on les prévient , ioc
II y a différentes matières qui peuventis'épancher. Dans
quel cas on peut remédier à l'épanchementde fang ,.
roi
Obfervations & Réflexions fur les èpanchemens dans le
bas-ventre, 101. &c.
Diagnoitic & prognoitic des plaies , doivent être éta-
blis fur la fituation , les exe remens , les accidens pro-
pres de ces maux , & les initrumens qui les ont cau-
fez, 81
Plaies d'armes à feu , fujettes à de grands dépôts > 8oz
Effets des éclats de bombes & de grenades , danger des
blefiu res d'un boulet de canon, panfemeuc 3e tou-
tes ces plaies » ' &i*
DES MATIERES. 9^
Plaies de la poitrine , leurs différences , & la manière de
les traiter , 41a
Lieu où Ton doit faire la contr'ouverture , préparation
du lujet , manuel de l'opération , obfervation fur les
plaies de la poitrine , 419
R Comment on fait la ligature de l'artereintercoftale, 415*
R. Signes d'épanchement dans la poitrine , 4*6
, Ce qui rend les phies de poitrine dangereufes. 434
i Plaies de tête. Les défordres que caulent les coups por-
tés à la tête , 4#>
Ce qui rend les coups de tête dangereux, 490
La compreflion du cerveau, ce qui l'occaiionne , les
fignes , 494
Signes de laléziondu pèricrâne, & comment on y 1e-
\ medie , 494
Les fi adtures du crâne les plus confiderables ne font pas
toujours fuivies d'accidens les plus fâcheux. Obfer-
vation à ce fujet , 497 y 4?3
L'opinion des Anciens fur les os découverts, ?oz,&c.
Incifion du pèricrâne , comment elle fe fait , $oy
Pieu refies , l'occafion qu'elle donne à l'empiéme, 434
Plumaceau , fon étimologié , fa matière , fa forme 3c fon
ufage , 36 , &c.
Pneumatocele , (es différences , fa caufe & fa cure3 Suf-
penfoir utile dans ce mal , 37*
Poiles , leur difpofîtion , & leur utilité chez les Alle-
mands, 84$
Poileites , leur mefure & leur ufage dans la faignée, 6$6
Point doré, opération pour les hernies, comment on la
pratiquoit autrefois , fes difB cultes , 334
Pointe d'épée , manière de la retirer d'une plaie , 800
Poitrine, fes maladies qui ont befoin du fécours de la
» Chirurgie , 4^, 4*3« &c.
Hydropifîe de poitrine, fes fignes, médicamens à éprou-
ver avant l'opération, préférence qu'on doit faire
du birtoury au trocar , 44° 3 &c
Fiftules de la poitrine , leur caufe, difficulté de leur
cure, moyen de la bien conduire , 44a ,44?
Polype , étymoîogie de ce mot > origine d'une telle croif-
fance , fon extenfion , 576»
Ses diveries efpeces , fes lignes , opérations qu'on y
fait pour le pallier, ^78
Cautérifation \ ligature , incifion pratiquée par les An^
riens fur ce mal , *8o , j8i
. Extirpation de ces excroifTances,panfement du malade
qui confîfte à anêtei l'hémorragie, ulagc des pou-
c>io TABLE
dres aftringentes , & des eaux deflficativés » 783
R. Le Polype dîilingué en deux efpèces, $76
f Efpece de coriofîf pour les Polypes , 5-80
! Obfervation fui la manière d'emporter les relies de po-
(, type> i 581
('Comment on emporte les polypes qui defcendent der-
[ rierela luette. Pincettes pour fa recette opération.
L Méthode nouvelle de les emporter , 582 , 583
Pon&ion , voyez hydropifie.
Poireaux , leurs différences , erreur populaire fur ces ex-
. croilfances , > 85 >
Préférence des cauftiqucs]à la ligature & à l'incifion
dans la cure de ces tumeurs endurcies , 8^7
Traitement de quelques autres petites excroiiïances
femblables , qui lurviennent à la peau , 857.
Poudre à canon ,lon invention par un moine & fes mau-
vais effets, 8ci
Poudre confervatrice des futures , 69
Preparate, veine du front à ouvrir dans certaines mala-
dies de la tête , manuel de cette opération , $90
Préléance du Chirurgien fur l'Apoticaire , 879
Procédé injufte des Médecins de Lyon à l'égard des Chi-
rurgiens & des Apoticaires , 35-9
Prothèfe , quatrième & dernier genre d'opération Chirur-
gicale , fon ufage pour fuppléer aux parties perdues, 760
Ptêrigion , excroiïfance en l'œil , fes trois eipeces & leur
cure, H3
Ptofis , ce que c'eft , Ï40
B. Le Ptofis , efpece de trichiafis fe guérit quelquesfois par
le moyen de la future lèche, ou par une opération } la
manière de la faire ; inihument nouveau & utile pour
la faire» 541
Pyoulque , ou tire-pus , fon ufage , 417
0
Ualités perfonnelles requifes dans un Chirurgien , 11
Quatre efpèces d'opérations Chirurgiques > Syn-
thefe , Dierefe , Exereie , & Prothèfe , J s
K
BAbel > mauvais fuccés de fon eau ftiptique fur un
Invalide , 7*9
Racofïs, relâchement des bourfes, l'opération qui con-
vient à cette infirmité 9 3Sl
j
DES MATIERES. 911
Médicamens utiles pour ce mal, & préfeiebles à Tope-
ration qu'on y pourroit faire , 383
Rasades oufciffuies , gerfures & crevaffes au fondement,
leur caufe , deux méthodes de les traiter , 397
Ramex ou hergnes , maladie des bourfes , les deux efpè-
ces , leur caufe , les médicamens qui peuvent foulager
le malade, 377? 37?
Ranules , veines qu'on ouvre fous la langue dans certains
maux de gorge, traitement de la plaie par gargarifmes,
Rafoir , initrument des plus anciens, de la Chirurgie, Ton
ufaee , f zl
Rate FaufTement accufée d'être caufe delà moitié des hy-
dropilîes du bas-ventre , n7
Rec~tum, diverfes caufesdela fortic de cet inteflin, ma-
niete de le réduire en fon lieu , appareil pour Topera-
Expcdienspourempccnex fes rechutes, quand le ma-
lade va à la fille, abus des cautères que quelques-uns
confeillent dans cette incommodité , 394
Fun^us malin, excroilîance enracinée dans le rec~him»
Hôpital à Rome où Ton traite communément ce mal
398
Recutili , opérations que ces maladies demandent pour
recouvrir le gland, 2J7
Rttentiou , d'urine , voyez urine.
Réunion , fe fait par la nature & par Tart; explication
de la manière dont elle s'accomplit par Tune & par
l'autre , ^
Roiïolis du Roy contre les indigeflions, fa préparation ,
Rugine , fon ufage aux plaies du crâne , J08
SAble, manière dont il s'entendre dans le corps de
l'homme, & furtout dans les reins, 18?
Les couleurs & les liaifons différentes qui fe remar-
quent en cette efpece de production tartareufe, 184
Sac & canal lacrimal. Ses maladies. Voyez Fiimle lacri-
male.
Saignée , fon excellence fur les autres opérations &Tes
différences , ^ ?
Pratique des Anciens touchant la fa^née , 6&
Nécefiité de déiemplir les vaifleaux dlns les apoftsmes ,
dans les plaies, dans tes grandes efferveicences , &
on TABLE
dans une infinité d'autres maladies , &$ $ £4?
Comparaifon de la faignée & de la purgation , obje-
ctions & réponles fur la fréquente faignée , 6$o
Conditions des inftrumens pour ouvrir la veine, de la
bande d'étoffe pour la ferrer , Se de la bande de linge
pour refermer la plaie , 654, 6$f
Préparatifs , ' vaiffeaux à ouvrir, veine cubitale & ce-
phalique du bras , peu commodes à ouvrir , mais peu
aangereufes , endroit qu'on doit piquer de la média*
ne ou de la bafilique , autres veines du bras > 662, 66$
JR*. Ce qu'on doit principalement éviter en faifant la fai-^
, gnée, 666
l Remarques fur l'a fîtuation du tendon , àz i'apanévrofe ,
[ âes artères par rapport aux veines , ibid.
Variations des artères. Faits fînguliers de M. Verdier ,
ibid*
Comment on peut éviter de piquer le tendon, ibid.
Comment on doit porter la lancette lorfqu'on ouvre un
vaiiTeau enfoncé ou fuperficiei , 667 , 658
Ce qui elt caufe qu'on manque une faignée, 67$
j Ce qui peut occasionner PEchimofe , 678
/ Comment on remédie à lapiqueuredei'Aponévrofe,
\ 680
Obfervation de M. Granier fur les piqueures du tendon
du mufcle biceps, 681
Tumeur lymphatique , accident de la faignée. Com-
ment on y remédie , 684
D'où viennent la douleur & l'engourdiffement qui ar-
rivent après avoir piqué & comment on y remédie ,
6$f
Comment on remédie aux accidens qui fuivent la pi-
qûre du périoite , 6? 6
Trois maniereies d'ouvrir la veine, deux tems à diitin-
guer dans l'action même de la faignée, 661
Application de deux comprelTes & du bandage pour
fermer l'ouverture faite à la veine . > 671
DirTerences de couleur dans le fang forti , leur caufe $■
foit intérieure , foit extérieure , 675
Utilité ou danger du verre d'eau qu'on fait avaler après
la faignée, & du fommeil qu'on permet au malade
après cette évacuation , ($74
Qualités du fang connues à fà couleur, aux taches
qu'il laiflè & â fon odeur , 677
Caufes & remèdes de divers accidens qui fuivent la
faignée, 677, &c*
&. Ce qui elt caufe qu'on manque une faignée, 67$
Cer
DES MATIERES, 91 j
&Ce qui peut occafionner l'échimofe 3 <#S
Comment on remédie à la piqueure de raponévrofe, 68a
Obfervation de M. Granier fur les bleirures du tendon
du muicle biceps , 681
Tumeur lymphatique , accident de la faignée, com-
ment on y remédie , 684
D'où vient la douleur & l'engourdiffement qui arrive
après avoir piqué , & comment on remédie aux ac-
cidens qui fuivent la piqueure du période, 68S
Saignée du pied, fa différence d'avec lafaignée du bras ,
raifon de tremper les deux pieds dans l'eau chaude ,
yé9*
Saphene > veine qu'on ouvre ici , quantité de fang forti
marquée par la teinture que prerd l'eau ou il tombe ,
panfement après l'opération , abus dangereufe fur cette
. faignée, 770,771.
Saignée blanche , où le fang ne fort point de la veine ou*
verte , caufe de cet accident > 677
Sangfues ; comment on diltingue les bonnes des mauvai*
fes , 847,
Parties où on les applique , préparation de ces infectes ,
&dela partie, leur manière 848,
Sarcocele, fes caufes internes & externes, compofition
d'un emplâtre qui y convient, opération à laquelle on
eft fouvent réduit , 372.
Sarcocele monifrueux d'un Malabou , fa figure & fa grof1
feur, '-''_ 373
Sarcomphale , chair endurcie au droit du nombril, moven
de guérir cette incommodité, quand elle elt indolente ,
iojr. ir4 iij.
Scalpel, pour les directions, fa forme j fcalpel à dos,
& à lame courbe pour decharner, z%
Scarifications dangereufes aux hydropiques , 13g
Scie , fes conditions pour fervir au Chirurgien 3 27
Scrotum fujet à beaucoup de maux , les "moyens qu'on
employé pour les traiter , 313, 314. &c«
Selingen , Chirurgien Hollandois , fa pratique pour l'am-
putation du pied , 74 £
Sels urineux dont le défaut eft une des principales caufes
de tfhydropifie , en ce que le fî4 TABLE
Anciens , panfement de la plaie , abus fur les Sétons*
pourquoLon leur a fubftitue les cautères, aiguilles pour
, l'opération du Séton , ^ 34.35-, 814.
2*. Ce qu'il faut faire après l'avoir ôté , 35-
Sérofité , maux que eau fe Ton défaut de féparation par les
reins , & le remède qu'on y apporte , 121
Sindons , eipèces de tentes , leur uiage dans le trépan, &
dans d'autres opérations. 524
Sonde, fa matière & fa forme , les différentes longueurs
& groiïeurs qu'on lui donne , fonde creufe pour con-
duire la pointe des inifrumens , fonde ronde ou piatte ,
&c. 23. 24. 188. 194, 19$
Sonde ailée , imaginée par feu M.Mery , 116
R. Sonde & Seringue pour les points lacrimaux. Voyez
Fiitule lacrimale.
Sonder la vefïîe , diverfes méthodes de s'en acquitter,
l'opération eft aifée dans les femmes, r94
Spatule pour étendre les onguents , z$
Spéculum matricis, miroir de la matrice, fes avantages,
doigts qu'on y peut fubftituer. 312
Spéculum nafi , Inibument pour voir le nez , . $79
Spéculum ocuïï. Machine pour tenir l'œil ouvert , 538
Spéculum cris 3 fan ufagepour baifîer la langue & regarder
* au fond de la bouche , 524
Sphacele, dernier deg;ré de corruption qui oblige à la fé-
paration de la p-artie qu'il attaque , 734
Spica , forte de bandage , fon utilité , 57
Staphilone , ce que c'eit , 547 -
K, Reflexion furcefujet,^ 54?
Steatome , tumeur de matière dure comme du fuif , fon
remède, 830
Sternotiroydiens , mufcîes aféparer dans la bronchoto-
mie ,, 476
Strangurie, incommodité où l'on ne peut uriner que
goûte à goûte , l'opération qu'elle demande , 191
Succeur , l'utilité qu'on a quelquefois tiré d'une forte fuc-
cion dans les plaies , 433
Suppreiïion d'urine. Vovez urine.
Suture, fa définition , & fes diufîons réduites à trois ef-
pècespar les Anciens , leur ufage , l'incarnative, fub-
divifée en cinq , inutilité de l'emplumée, & de la fu-
ture avec agraphes, 6c. 61
Suture reihin&ive , comprenant celles du Cordonnier,
du Couturier , du Pelletier , &c. Cas où toutes ces fu-
tures font utiles. 61. &rc
Fil poux les futures , canule qu'on y employé, règle à
DES MATIERES. 91$
garder pour accomplir les futures , èf9ot
Deux moyens de faire l'enfilée & l'entortillée , parties
ou ces futures conviennent , 68, 69
M, Utilité de Ja future erichevillêe & les moyens dont on-
fe fcrt pour la faire , 61
/ Cas où l'on ne ^oit point pratiquer la future , 64
J La future convient à certaines plaies dé poitririe Et à
! - celles où les os lont découverts- Raifons qui con-
/ firment ce fentiment, 6s
t Inutilité de la canule dans les futures , ce qu'on y doit
S fubltkuer, ^
I La future entortillée convient aiix plaies du canal fa-
\ livaire, 60j
Suture féche des deux efpèces , compofîtion de la colle
quiyfert, pratique pour le bien acquitter de cette
opération, jiy 7$
2?. Quelefl l'efpéce d'emplâtre dont on fe fert pour les
futures féches , 7r
, Méthode pour défaire les futures d'une plaie après lac
réunion , 7^
R ■ Synthèse , fa définition , fà divifîon. $
J Divifion de la Synthefe en Synthéfe de continuité & en
\ fynthefe de contiguïté , $
Syrinx, filtule à l'anus , raifons de ce mot , différence dd
cette efpéce d' ulcère , fa différence & fa cure , 40; &c;
T Aille de la Pierre contenue dans la veflie des hom-
mes. 174. &c,
È. Cas où il faut préférer le petit appareil. 2,2<
Taille de la pierre dans les femmes , deUx méthodes déleut
/ tirer ce corps étranger. I36. zyi
R. Méthode détailler les femmes. " z$£
Ufagedu dilatatoire, incifîon de l'urétré , moyens de-
viter une caufe de Tincontinencë d'uriné. * ±z$
Tarière, ou tire-fond, efpéce de tire baie , ion utilité. 806
Tendon piqué dans ufcefaignée. Accidens de cernai, fon
remède. é8r
Suture renouvellée ici par M. Bienaife, inci/ion a faire'
avant l'opération , qualités des aiguilles & du iîl,
panfement de la plaie , traitement .du durillon qui
refte après cette future. _ ?n. fec.
È. La future du tendon eit aujourd'hui regardée comme'
inutile. Quels font les moyens qu'on y iubititue. Ma-
chine dont on fe fertv 7^
Mtiiïrt ïf
5>i£ TABLE
Tenette , utilité de cet infiniment dans la lithotomie pour
faifir la pierre , ufage de la tenette courbe. 227
Tentes , trois chofes à y confiderer , leurs principaux
avantages, objection &rép on fe. 28. &c.
Tentes différentes par leur groffeur & par leur matière ,
Tente chaperonnée, tente- fou, ou canule de plomb,
Tentes ou canules d'argent, leurs figures & leurs avan-
tages en divers cas. 29, 3*5, &c.
S.Inconviniensdelatente dans les panfemens après l'o-
pération des hernies. Ce qi^on y fubftitue. 117
Tête, opérations qui s'y pratiquent , abolitions de plu-
fîeurs incifions cruelles que les Anciens faifoient à cette
partie. 481
Tectine? fon ufage pour les nourrices. 447
Thevenin, confeils de cet Auteur pou rie bec de lièvre,
& pour les pierreux qui ne peuvent foutenir l'opéra-
tion de la lithotomie, 228 604
Tire-baies, leurs diverfes figures & leur ufage, le dila-
tatoire, le tire-balle à cuilliere , le crochet moufle ou
fendu , à anneau , à bec de canne , de grue , &c. utilité
de tous ces inif rumens, 804,80?
Tonfiles , opérations fur ces glandes pour les maux qui
leur arrivent. 631
Tourbillons blancs formés par le fang qui tombe dans
l'eau au fortir de la veine , leur cauïe Odeur figniflca-
tion. 772
Tourniquet , fon invention & fon ufage pour Fanévrifme.
701
2t. Tourniquet perfectionné par l«s Modernes. 748
2?. Tourniquet imaginé par M. Petit. 748, 74?»
Transfufîon , fon origine, avantages qu'on s'en promet-
toit , méthode de l'exécuter. Succès de fes épreuves. 728
Trépan , plaies de tête , aufquelles cette opération ne con-
vient pas. 481» &c.
Examen à faire avant que de l'entreprendre, fîgnes fèn-
fïbles & rationels fur les plaies de tête, différences
de ces plaies d'avec les autres , figure des incifions
pour le trépan. 488, 48^
Pratique pour les contufions , ufage qu'on fait ici de
divers iniîrumens t moyen de relever une enfoncure
du crâne. 504. &c.
Parties où l'on applique le trépan , fymptomes qui dé-
terminent à trépaner ; Pays oùle trépan elt plus heu-
Teux. yn. &c.
Diverfes préparations pour trépaner , tables du crâne
à oblerver» soi
D E S M A T I E R E S. 917
Cas ou l'on applique divers trépans , ordre & manière
du panfement. Régime du malade. . 5:22
E. Le trépan s'applique ailleurs qu'à la tête. $iz
Les endroits ou l'on trépane aujourd'hui. 513, ^14
» Comment on empêche la dure- mère de paiïer par le,
«J trou du trépan. . 514, $z6
* Dans quel cas on fend la dure-mere. jai
\Si les trous du trépan fe referment. $27
Cure des Champignons qui furnaiffent, cicatrices à
procurer après la reproduction des trois nouvelles
chairs. ; 726, 527
Virebrequin , perforatif pyramide , marteau de plomb,
couronnes , cifeau , plume taillée & autres inltru-
mens nécessairement employez dans le trépan s figure
& leur ufage. 519
Trichiafis, ce quec'eit. Ses efpéces. J39, 540.
R, Le Ptofis efpece de tnchiafïs , fe guère quelquefois par
le moyen de la future feche , ou par une opération. La
manière delà faire. Initrument nouveau & utile pour
la faire. 541
Trocar. Voyez hydropifïe.
Tumeurs enkiltées , leurs différentes efpéces , leur caufe
& leur cure. 82?*
Tuniques de l'oeil , leurs quatre fortes de maladies,
moyens de les guérir ou par médicamens ou par opé-
rations, J42. &c-
Timpanite. Son étimologie,. fa caufe, fes fîgnes , & la
méthode de traiter cette hjpdropifîe venteufe, 125
VAgin s Sa chute. 309
R. Signes par lefquels on diftingue la chute du va-
gin de celle de la matrice. 309
R- De quelle manière on remédie à cette indifpofition. Il
ne faut pas la négliger. 309,310
Vanbelmont. Son fyitème fur l'origine du calcul , par la
Chymie, où Ton voit des coagulations d'efprits, comme-
de celui du vin avec Fefprit d'urine, ou de fei armo-
niac. 17&
Varices , leurs caufes , d'où vient que les femmes grolïes
font plus fujettes que les autres à cette enflure de vei-
nes. ' 161
Trois moyens d'y remédier, t. par médicamens ftipti-
ques a. par deux fortes de bandages. 3. par incifîon
& ligature. Choix de gouçes ces méthodes. 76%
M mas iij
pi% TABLE
Varicoceie » maladie des bourfes , fes caufes , fes fîgnes ,
fes remèdes généraux, & l'opération qu'on y pratique.
377 &ۥ
Varicomphde, dilatation pu rupture de vaifleau au droit
du nombril. nj
Ventoufe , leur forme & leur matière , reftrtétion de leur
ufage, pays ou l'on s'en iert plus fréquemment. 841. &c.
Maniéré adroite de les appliquer des Italiens & des Al-
lemands. 843 , &c«
Diviilon des ventoufes en féches & en humides. Métho-
de ordinaire de ventoufer , préférence de petites
bougies allumées aux étoupes dans cette opération.
844,
Adreffe à relever la ventoufe & à fcarifier , féconde
I application des ventoufes. Panfement. 846
Ventre , manière de le recoudre quand il a été ouvert',
entrecoupée , préférable ici aux autres futures , obfer-
vation de pratique , panfement de la plaie ; embroca-
lion qu'on y fait. 94 > 9S
Ventricule percé par une plaie, future qu'on y doit faire,
97
Verge de l'homme fu jette à quantité de maladies, trois
parties y font foumifes à la Chirurgie ; opérations inu-
tiles qu'on y pratiquoit anciennement. 256,257
Opérations pour couvrir le gland & pour le découvrir,
- comment on détache le prépuce du gland , plusieurs
défauts du gland à réparer. 258. i$9»
pprreaux quifurviennentàlaverge ,leurcaufe, deux
fortes demédicamens & d'opérations qu'on employé
pour les guérir radicalement. Remèdes généraux
pour en achever la cure. 267. 268
Cicatrices calleufes prifes pour carnofîtés engendrées
dans le canal de la verge. La manière de les traiter
en les amoliflant. 272. *73
Verrues > leur caufe & leurs différences , méthode de les
traiter par médicamens topiques & par opérations Chi-
rurgiques. 8^.
Vers qui dévorent la chair dans les cancers , leur remè-
de. 453
Vertus des Remèdes internes qu'on doit donner aux hy-
dropiques. iyf
Vefficatoires , leur compofition & la manière de s'en fer^»
vir. 84?
|-eur ufa ge pour irriter ces parties fibreufes engour-
dies , ou trop relâchées , & pour évacuer des féro*
jùé§ fupçrfiues, Hiftoire ftir ce fuje*v . 1 ^
DES MATIERES. 919
Vie de l'enfant dans l'utérus, marques pour la reconnoî-
tre lorfqu'il s'agit de l'opération Céfarienne dans un
accouchement difficile. 166
Vin de nazaret, boifibn rendue par le nez , fa caufe. 477
Unguis , maladie de l'œil, fa cure. J44
Voracité des enfans à la mammelle , mal qu'elle caufe à
leurs nourrices. 446
Uretères dilatés dans les graveleux, impoflibilité de tirer
paria Chirurgie les pierres engagées dans ces conduits
fans trop expofer la vie du malade. 18?
Urine fupprimée totalement ou en partie > caufe de ces
maux -y gouvernement du malade, 191, 191
Prognoftic qu'on en doit tirer ; médicamens & opéra-
tions qui peuvent y convenir 193 , 194
JR, La différence qu'il y a entre la fuppreiïîon Sz h reten-
rion d'urine. 191
Les accidens que caufe l'urine retenue dans la veliie,
199
Les caufes de retentions d'urine réduites en quatre
cl a (Te s. 200
Quelles font les maladies de la vefïie qui occafîonn en t
la rétention d'urine. 200. &c.
Quels font les corps étrangers qui en font caufe. 203&X.
Quelles font les chofes extérieures qui la caufe. 20?. 206
Quels font les vices de l'urètre qui l'occafionnent , &
comment on y remédie. 206. 207
Le Cateterifme eft le plus prompt remède dans toutes
les retentions d'urine. 200.201
Dans quel cas il faut faire la ponction à la Veffie.
J Quelles font les différentes manières de la faire»
\ 200. 201. 206. 209. 2IC.
La difficulté d'uriner, Ce quil'occafionne. 206. 207.208.
Comment on la conçoit. ibid.
Ce qu'on trouve dans les urètres de ceux qui font morts
de ces maladies. ibid.
Les moyens qu'on employé pour- y remédier. ibid»
Comment on remédie à la rétention d'urine caufée par
le retrecilîement du canal. 208
Dans quel cas on fait l'incîfîon au Périnée* 203. 204
La méthode de la faire , & le traitement qui fuit. 211. 212.
Cas ou convient 1a fonde percée par l'extrémité. 208
Celui ou convient la fonde en S. 214.
Bandage de M.Arnaud pour empêcher l'écoulement des
urines. 214
Uvée "ou prunelle de l'oeil 5 fes diverfes maladies , & leur
cure» .14$
Mmm iii|
9io TABLE DES MATIERES.
Vulve entièrement fermée, ou clofeen partie. Opération
pratiquée en ces deux cas. z77
Conduite pour la cure de la plaie, les lemedes defll*
catifs qu'elle demande. ibid.
Y Eux, maladies principa lies aufquelles ils fontfujets,
& qui demandent le fecours d'un Operateur expéri-
menté , cau/es & différences de ces incommodités s or-.
gueii , triachiafis , diitichiafis , lagophthalmos , &çc
définition de. tous ces maux , & la méthode de les guç-
ih ou de les diminuer. ^30 &€.
lin de la Table des Matières*
ftik
APPROBATION.
J*A Y examiné par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le Cours d'Ope'rations , &c. par feu M.Dionis ,
avec des Remarques , &c. La Méthode facile , l'étendue
ménagée , & la clarté de cet ouvrage , déjà plufïeurs fois
approuvé , Ta toujours fait eftimer également utile pour
conduire les commencans 5 & pour lervir de répertoire
général aux habiles. Les Remarques judicieufes ajoutées à
cette Edition, en augmentent considérablement l'utilité par
les éclairciflemens , les avis & les exemples qu'elles ren-
ferment; ce qui m'a fait juger le tout très- digne d'être
imprimé. A Paris le 31 Décembre 1735. Signé, WINSLOW.
APPROBATION.
J'AY lu par ordre de Monfeigneur le Garde des Sceaux ,
le Cours d'Opérations , &c. par feu M. Dionis , avec
des Remarques , &c. Ce Livre excellent par lui-même , fe
trouve confîderablement enrichi par les notes qui y font
jointes ; & le tout enfemble fait un ouvrage très-digne
d'être imprimé. A Paris ce 19 Janvier 1736. Signé> MORAND,
PRIVILEGE DU ROY.
LOUIS parla grâce de Dieu, Roy de France & de
Navarre: à nos amés & féaux Confeillers les Gens
tehans nos Cours de Parlement , Maîtres des Requêtes or-
dinaires de notre Hôtel , Grand Confeil , Prévôt de Paris ,
Baillifs , Sénéchaux , leurs Lieutenans Civils , & autres nos
Jufticiers qu'il appartiendra. Salut , Notre bien amé Char-
les-Maurice d'Houry, feul Imprimeur & Libraire de notre
très-cher & très-amé Oncle Louis Duc d'Orléans , Premier
Prince de notre Sang: Nous a fait remontrer qu'il fou-
haitoit continuer à réimprimer ou faire réimprimer les
Opérations de Chirurgie be'montre'es au Jardin Royal par
le Sieur Dionis , avec des Notes et des Remarques, s'il nous
plaifoit lui accorder nos Lettres de Continuation de Pri-
vilège fur ce nécessaires , offrant pour cet effet de le réim-
primer ou faire reimprimer en bon papier , & beaux ca-
ractères fuivant la feuille imprimée & attachée pour mo-
dèle fous le contre-fcel de ces prefentes: Aces cauic$3
9ii
voulant favorablement traiter ledit Expofant, Nous lui
avons permis & permettons par ces Prefentes de réimpri-
mer ou faire r imprimer ledit ouviage ci-deflus fpecifié,
en un ou plufieurs volumes, conjointement ou féparemenc
& autant de fois que bon 'ui femb'era fur p/.piei &cara-
itères conformas à ladre feuille -imprimée & attachée fous,
notredit contre feel, & de le ve dre,faire vendre & débiter
par tout notre Roi'aume pendant le tems de foc années con-
sécutives , à compter du jour d la date defdites Prefentes»
Faifons défenfes a toutes p?rfonns de quelque qua itc &
condition qu'elles foient , d'en introduire d'in.preiïîon
étrangère dans aucun lieu de notre obéilTance ; comme
aufïî à tous Imprimeurs , Libraires & autres , d°imp : imer >
faire imprimer , vendre, faire vendre, débiter, ni contre-
faire ledit ouvrage ci defïus ex~>ofé , en tout ni en partie*
ni d'en faire aucuns extraits , f;.us quelque prétexte que
ce foit , d'augmentation, correction, changement de titre »
ou autrement, fans la permiïïïon exprefïe & par écrit dudit
Expofant , ou de ceux qui auront droit de lui ; à peine
de confifçation des exemplaires contrefaits, de trois mille lie*
vres d'amende contre chacun des contrevenant,, dont un
tiers àNous , un tiers à l'Hôtel-Dieu de Paris , l'autre tiers
audit Expofant & de tous dépens , domina jes & intérêts >
à la charge que ces Préfentes feront enregiftrées tout au
long fur le Regiitre de la Communauté des Libraires et
Imprimeurs de Paris, dans trois mois de la date d'icelîes ;
que l'impreiïîon de cet Ouvrage fera faite dans notre
Roïaume &non ailleurs : &que l'Impétrant fe conformera
en toutauTcReglemens de la Librairie, & notamment à
celui du io Avril 172.?; & qu'avant de l'expofer en vente , le
manufçrit ou imprimé qui aura fervi de copie à HmprerTioa
dudit Livre , fera remis dans le même état où l'approbation
y aura été donnée , es mains de notre très-cher &V féal Che-
valier Garde des Sceaux de France, le Sieur Chauvelin,&
qu'il en fera enfuîte remis deux Exemplaires dans notre
Biblioteque publique , un dans celle de notre Château du
Louvre, & un dans celle de notredit très cher & féal
Chevalier Garde des Sceaux de France le Sieur Chauvelin >
le tout à peine de nullité des Préfentes. Du contenu de(«
quelles vous mandons& enjoignons de faire jouir l'Expo-
fantou fes ayans caufe, pleinement & paifiblement, fans
fouffrir qu'il leur foit fait aucun trouble ou empêchement.
Voulons que la copie defdites Préfentes qui fera imprimée
tout au long au commencement ou à la fin dudit Livre,
foit tenue pour dûment lignifiée, & qu'aux copies collation-
uies par l'un de nos amés & féaux Conseillers & Secre*
9*1
fcaires , foy foit ajoutée comme a l'Original. Commandons
£ii premier notre Huiflîer ou Sergent de faire pour 1 exé-
cution (Vi celles tous Acles requis & néceflaires, fans de-
mander autre permiffion, & nonobltant clameur de Haro ,
Charte Normande 3 & Lettres à ce contraires s Car teï,
est notre pLAisiB. Donné à Verfailles le dixième jour
du mois de Février l'an de grâce mil fept cent trente-fîx ,
& de notre Règne le vingt «unième. Par le Roy en ion
Conieil. SAINSON.
Regifité fur le Regiftre IX. de la Chambre Royale & Syndicale
des Libraires & Imprimeurs de Taris , No. z^2. fol. 2^,6 con~*
fermement aux anciens Reglemens , confirmés far celui du zs
février 1723 AParis le z 9 Février 1736* G, MARTIN , Syndic
fautes a corriger dans les Remarques.
PAge 87 , ligne 32. hemorargie , lifez hemoragie. Page
ioz. lig. 16. réiter , lif. réitérer. Page 121 ligne 30 en les
coupe , lifez , on les coupe. Pag. 180 lig. zz aretée , lif. ar-
rêtées. Pag. ioi lig. 1? luxaxion , lif. luxation. Pag. 339 lig.
19. paile, lifr partent. Pag. 417 lig. 26 atachées , lif. atachés*
Pag 4z6lig. 33 , l'un , lif. Tune , & plus bas 3 onE , lif. font.
Pag. 61% lig. 1$ nui , lif. nuit. Pag. 706 %. z\ , cripent , lif.
çrifpsnt. A la même ligne , coagule , lif. coagulent. Pag.
719 , lig. 7 endroit , lif. endroits. Pag. 722 lig. 6 , les , lif. le.
Pag. 723 » lig» 34» doigt, Hf. le doigt. Pag. 771 > lifez la Re-
marque© avant (a).
II . PL. DES INSTRUMENTS TNDIOtTES DANS LES REMARQUES
IV. PL . DES INSTRUMENTS INDIQUES DANS LES REMARQUE S
O / CCL1V
it'Jlp'^
é'/lfùtzz n/y^2
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