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HISTOIRE

D E

FRANCE,

DepuîsTétabliffement de la Monarchie, jufqifau règne de Louis XIV.

Par Af. rAbhé Felly,

TOME PREMIER,

Prix, 3 livres relié.

Chez

A. P A R I S :,

SAILLANT & NYON, rne Saint-

Jean-de-Beauvais. Veuve D E S A I N T, rue du Foin-Saint-

Jacques,

M, DCC LXXV.

Avec Approbation ^ & Privilège du P<ci.

/f)M

•" e«« '

K-m4

'"ADAMSiW.

^■. I

A MONSEIGNEUR

DE MACHAULT,

Chevalier garde des fceaux de France , miniftre ôc fecrétaire d'Etat ayant le département de la marine , com- mandeur des ordres du roi , ôcc.

M

o N S E I c :n^e V r ,

C^eJÎ à un mlniflre égahmenX cher au prince ^ aux fujets ^ que je dédie Vhijloire d\me nation dont il réunit tous les fuffrages. Ayant à célébrer les grandes âclions des hommes vraiment utiles à la pa-* trie , j^ai voulu qu^à la tête de leur éloge on vît un nom gloricux^ par de grands & fignalés fervi- cts^ rendus de tous temps aux Eois, à l'Etat & au Public: nom

a z

W E P I T R E.

fécond en pcrfonnagcs ilîujlres dans toutes les charges ils ont été apelés , foit aux confeils , foit aux intendances des provin- ces & des armées , foit dans les cours fouv.eraines , comme fa- ges , prudents , & très-équita- bles fénateurs»

Ce font , Monseigneur , les propres termes dont feferv oit , il y a plus de cent ans y un de nos vieux hifloriens François * ^ en rendant à un de vos ancêtres le, même hommage que Votre Grandeur me permet de lui rendre aujourd'hui, Quelnouveau\ fiijet d* admiration yfi comme nous^ il vous voyoit remplir les prC'- mieres places de VEtat avec l'a- plaudifement généra! d'une nation éclairée , & fervir utilement le prince dans des occafions aujfi dé^

* Corrofet , Tréfor de rhiftoire de France , impri- mée en 1 5 4.< , & dédiée à M. François de Machault , ftigneur de Romaincourc & de Gardes , coiifeiUcr dti foi en Tes ccnfeils > iSic^

È P I T R E. ^

ticatcs qu intcreffantes pour Fa fer- mijjancnt de a trône , & l^ac-" croiJJ'ement de fa ghire ! Admi- niflratcur des finances du royaU'* me y dépofj taire du fceau , de la puijfance V des grâces du fouve-* rairi chef du commerce des colo^ nies vS' des mers ^ vous ave^fçu reunir tout ce que le minijUre ^ la magiflature ont de plus illuf" tre ù de plus important. Mais ce qui frape encore plus y c^cjl ce génie fupeneur aux plus grands emplois y cette vive intelligence pour laquelle tout devient lumi- neux^ cette grande ame au-dejjiis des ob/tacles , qu'elle fçait égale- ment prévoir & furmonter : ce J ont enfin ces brillantes qualités de Vefprit 5' du cœur , qui jointes aux talents qui étonnent ^ forment le grand homme y Vhonime aima- ble.

V'^cilà y Monseigneur y ce qui fixe les refpeSs du philoj'ophe

a 3

vj Ê p r T R i

comme du peuple, C^ejl auffi Vad^ miration juflement due à de fi rares mérites , qui m^a infpiré Vambition de voir h nom d^uti minijîre toujours citoyen , orner le commenc(^ment de cette nouvelle hiftoire. Elle pouroit être écrite avec plus d^élégance y mais non avec plus de (ïncérité : le feul vrai y ejl par-tout mon guide S' nia fin. l^ous y Mon SFIGN F.v R % qui aime^ la vérité & qui vouk:^ quon la dif'e , rcceve:^ le refpeclueux tribut que je paie en même- temps àfes charmes & à vos venus.

Je fuis avec un profond refpeci y

MONSEIGNEUR, De Votre Grandeur^

Ls nès-humhle îf très-

chéijUcint ferviteur ^

vij

: PRÉFACE. .

On ne s'arrêtera point à démon- trer les avantages de Thiftoire. Tout le monde fçait que c'eft Técole fc font formés les Alexandres , les Scipions , les Céfars , &: prefque tout ce que l'univers compte de héros. Néceffaire aux rois , qu elle înftruit à rendre leurs peuples meilleurs &: plus heureux ; utile a l'homme d'Etat, dont elle étend les vues jufque dans l'avenir, par une jufte comparaifon de ce qui eft arrivé \ agréable au fîmple par- ticulier , fous les yeux duquel elle fait paffer cominé en revue les républiques, les royaumes &: les em- pires , elle ofre à tout le genre hu- hiain des connoifiances auffi cur i;ieufes qu'intéreffantes fur fon ori- gine , fes progrès , fes grandeurs, feç foiblejQTes , fes vertus & fes vices,^

PRÉFACE.

Mais de toutes les hiftoires , k plus digne de t'étudx d'un homme qui penfe , eft fans contredit celle de la patrie. C'eft une efpece de tableau général de famille , ou chaque citoyen croit reconnoîtrc quelques-uns de fes ancêtres , les uns dans un rang plus élevé , les autres dans un état moins brillant, tous véritablement utiles a la fo- ciété. On fent par expérience ce que peut une pareille perfuafion fur ime ame bien née : l'exemple toujours plus éficace que le pré- cepte en reçoit une nouvelle for- ce : delà cette noble émulation y qui produit , & les grandes adions ^ &c les hommes célèbres en tout genre.

C'eft fur-tout cet admirable éfet qu'un auteur doit avoir en vue, lorfqif il écrit les faftes de fa nation. Mais pour le produire plus infail- liblement, il faut que rhiiloirc

__ PRÉFACE, ix

écrite pour Tutilité commune, foit en même-temps celle du prince &: de l'Etat, de la politique &:de la religion , des armes Se des fcien- ces , des exploits &; des inventions utiles ôc agréables. C'eft cependant ce qui paroît avoir été le plus né- gligé.

Il femble , en lifant quelques- uns de nos hiftoriens , qu'ils ayent moins envifagé Tordre chronolo- gique des rois comme leur guide , que comme l'objet principal de leur travail. Bornés à nous apren- dres les viéloires ou les défaites du fouverain, ils ne nous difentrien, ou prefque rien des peuples qu'il a rendus heureux ou malheureux. On ne trouve dans leurs écrits que longues defcriptions de fieges & de batailles : nulle mention des moeurs Se de Fefprit de la nation. Elle y eft prefque toujours facrifiée à un feul homme j & la gloire qui

X PRÉFACE.

réfulte des vertus pacifiques, y eft partout immolée au brillant des exploits guerriers. Ceft le défaut qu'on a tâché d'éviter dans cette nouvelle hiftoire de France.

L'idée qu'on s'y propofe , eft de donner avec les annales des prin- ces qui ont régné > celles de la na^- tion qu'ils ont bien ou mal gou- vernée ; de joindre aux noms des héros qui ont reculé nos frontiè- res, ceux des génies qui ont éten- du nos lumières^ en un mot, d'en- tre-mêler le récit de nos vidoires & de nos conquêtes ^ de recher- ches curieufes fur nos mœurs , nos loix & nos coutumes.

Les faits y feront plus ou moins détaillés , félon qu'il fera plus ou moins avantageux d'en être inf- truit. On s'eft fur-tout apliqué à remarquer les commencemens de certains ufages , les principes de nos libertés , les vraies fources Se

PRÉFACE. xj

Içs divers fondements de notre droit public , l'origine des grandes dignités , l'inftitution des parle^ ments , rétabliflement des univer- fités , la fondation des ordres re- ligieux ou militaires j enfin tout ce que les arts &: les fciences nous fourniflent de découvertes utiles à la fociété. On n'ofe fe flater que Tcxécution réponde à la grandeur de Tentre- prife. On peut du-moins affurer qu'on n'a rien négligé pour rendre Touvrage intéreffant , foit par les faits , on les trouvera revêtus de leurs principales circonftances ; foit par l'exadlitude , on n'écrit rien que fur des autorités décifi- Ves. Ceft dans les fources ancien- nes qu'on a puifé. Les auteurs contemporains , les annales ôc les chroniques du temps font les ga- rants de ce qu'on avance. On s'eft I fgit un devoir de confultcr les mi*

xij PRÉFACE.

moires de lacadémie des belles- lettres , recueil infiniment pré- cieux par mille endroits , mais fur- tout par fes fçavantes differta- tions, qui répandent de vives lu- mières fur les points les plus em-, brouillés de notre hiftoire. On les trouvera par-tout cités fous le nom de Mémoires de littérature y moins encore pour abréger , que parce qu'en éfet ils méritent ce titre par excellence. Du Tillet , Ducange ^ Pafquier nous ont auffi fourni de grands fecours. On verra par la Icdure de cet ouvrage , qu'on a fait de leurs écrits tout l'ufage que m.éritent les excellentes recher- ches dont ils font remplis.

On ne donne aujourdhui que les deux premiers volumes. La fuite , qui eft fous prelTe , ne fera ni différente pour la forme , ni moins intéreffante pour le fond.

HISTOIRE

\

ISTOIRE

D E

F R'A N C E. .

DISCOURS PR«ÉYiMINAIRE.

LORIGINE DES FRANÇOIS.

1 L femble qu'il foit de la deftinée des nations célèbres de n'avoir aucun mo- nument certain de leur origine. Athè- nes ôc Rome n'ont eu que de foibles lumières fur leurs ancêtres : les Fran- çois ne connoiiïent qu'imparfaitement leurs fondateurs. Les uns veulent qu'ils foient defcendus des anciens rois de Troie : d'autres affurent qu'ils ont pris naiiïance dans les Gaules , d'où ils itoient fortis avant ou après les con- Tomc I, A

quêtes de Jules Céfar. Il y en a qui les font venir de la Scandinavie , qu'on appelloit autrefois la mère commune des peuples. Ceux - ci , fur l'autorité de quelques écrivains cités par Grégoire de Tours , imagi- nent que la Pannonie efb leur vérita- ble berceau : ceux-là, fondés fur cer- taine reffemblance de rtiœurs , préten- dent que c'eft une colonie de ces fa- meux Scythes libres , ou francs , qui , fuivant le témoignage d'Hérodote , habitoienr fur les bords des Palus- Méotides. Le fentiment le plus pro- bable eft qu'ils font originaires de Germanie ^ mais on ne fçait pas pré- ^ cifément quelle ''partie de cette vafte «Montrée fut leur première demeure , ni ce que fi-^niiioit anciennement le nom de Franc. On. croit communé- ment que c'étoit une ligue de plufieurs peuples 5 qui occupoient cette étendue PUiip. Cluv, de pays terminé à l'orient par l'Elbe , <^. 5. c. zo. ^^ micli par le Mein , au couchant par le Rhin , au nord par la mer fepten- trionale. C'eft- ce qu'on appelle au-» jourd'hui la Franconie , la Turinge , la HelTe , la Frife , la Weftphalie. T^f.xursdes Les auteurs anciens qui ont parlé GeTmains! ^^ ^^^ peuples nous les repréfentenc cpmme des fauvages , qui ne vivoien^

morihus Ger* man.

Préliminaire. 5

que de leur chalfe , de fruits , de lé- Tadt. de gumes , 6c de racines. Plus jaloux de leur liberté qu'avides des chofes qui procurent les délices de la vie , ils ne connoiffoient ni l'or , ni l'argent , &c tout leur commerce fe faifoit par échange. Plus guerriers que civilifés , ils n'avoient d'autres villes, que leurs forêts , d'autres maifons que des an- tres fouter reins , ou de ruftiques bâti- ments de bois & d'argile j d'autres pof- fefïions , que les terres que le magiftrat ou le prince leur diftribuoit chaque année , fuivant la condition , les fer vi- ces &■ la valeur d'un chacun. Vrais , fidèles , finceres , ils fe piquoient de la plus fcrupuleufe délicateife fur le point d'honneur : rigides obfervateurs des loix de la nature, ils ignoroient , .ou puniiToient févérement les abomi- nations qui deshonoroient la Grèce &: l'Italie. Généreux dans leurs inimi- tiés , une ofFenfe étoit auili-tot par- donnée que reconnue : implacables dans leurs hoftilités , fouvent leur ven- geance dégénéroit en férocité. Ci- toyens zélés , ils étoient toujours prêts à tout facrifier pour la patrie : redou- tables voifins 5 ils faifoient confifter leur gloire 6c leur fureté à dévailer

Al

4 Discours

kurs propres frontières , & à fe fépa-'>.' rer du refte de ranivers par d'afFreufes folitudes. Mélange fingulier dactivir-., ^ _ & d'oifiveté , ils ne favoient ni s'oc- cuper utilement pendant la paix , ni fe modérer pendant la guerre. On adr-.] miroit fur -tout leur zèle emprefifé i exercer Thofpitalité. Leurs maifons ; étoient toujours ouvertes à l'étranger ri on le défrayoit pendant fon féjour : oït} lui faifoit des préfents à fon départ, leur rclî- Leur religion fe reflTentoit de la, ê'îon. fimplicité de leurs mœurs. Leurs

dieux étoient le foleil , la lune , le feu , les arbres , les rivières : leurs temples , ces cavernes ténébreufes , ou les en- droits de leurs forêts les plus fombres 8c les plus impénétrables à la clarté du jour : leurs facrifices , des vidfcimes humaines , des brebis , des loups , des renards : leurs prêtres , des magiciens plutôt que cies théologiens î leurs ma- nages , des locietcs toujours de goût , jamais d'intérêt : les femmes exclues des fucceffions n'apportoient aucune dot : leurs funérailles , de fimples ce- ' rémonies d'où le fafte étoit banni , mais brilloit leur extrême tendreffe pour les morts. Lorfqu'on les brûloit > ç'étoit avec un bois choifi ; lorfqu'on les inhumoit , c'étoit avec tout ce

Préliminaire. 5

qu'ils avoient de plus riche & de plus précieux , fouvent même avec un do- meilicpe pour les fervir dans l'autre inonde.

La nation étoit divifée en quatre Leur goiu clalTes , les nobles , les libres , les af- vememenc franchis , les ferfs-. L'hiftoire leur don- ne tantôt des rois , quelquefois un prince , fouvent des ducs. L'-autorité des rois étoit perpétuelle , celle du prince n'étoit que pour un temps ^ les ducs ne commandoient que pendant la guerre. Les uns & les autres n'a- voient qu un pouvoir limite : les gran-^

11, c>

des affaires fe décidoient dans l'auem- blée des Etats. On choifiiToit toujours les rois parmi la plus haute noblelTe : dans l'éleélion des ducs on confidéroit le mérite plus que la nailTance. Aucun de ces chefs ou commandants n'avoir droit de lever des impôts : chaque particulier leur payoit un tribut vo- lontaire fur fa récolte , ou fur fes trou- peaux. Ce préfent , libre hommage de l'amour du fujet, étoit en r.ième temps toute la récompenfe des travaux , ôc tout l'entretien de la maifon du fou- verain. L'ufage des lettres ou carac- tères leur étant totalement inconnu , ils n'avoient ni annales, ni loix écri-

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6 Discours

tes. Les bardes ou pob'res étoient leurs hiftoriens ^ les chanfons, leurs hiftoi- res j la coutume & les lumières du bon fens 5 leur code & leur digefte. On punifïbit l'adultère , monftre horrible parmi eux , par Tignominie & la répu- diation : une mort honteufe étoit le châtiment des traîtres & des transfu- ges : on enfeveliiïbit tout vivants dans un bourbier les lâches , les poltrons , & ceux qui s'étoient fouilles d'un cri- me abominable. Supplice inoui , qui caraétérife parfaitement l'horreur de ces peuples aulîî braves que ver- tueux y pour t'oute efpèce d'intamie. leur mî- Le génie guerrier de la nation pa- ^"' roijfïoit jufque dans l'éducation des

enfants. Us ne connoifToient d'autres jeux & amufements que. l'exercice à pied ou à cheval. Cependant ils ne pouvoient porter les armes que du confentement de leur cité. On s'affembloit : quelqu'un des princes , les pères, ou les parents des candidats , leur faifoient préfent d'une lance & d'un bouclier : cette cérémonie les ini- tioit dans l'ordre militaire , & les afTo- cioit aux braves de l'Etat. Leurs armes étoient l'épée , la framée _, lance ou hallebarde , la fronde , le maillet , l'angon ou javelot: , qu'ils dardoienc.

Préliminaire. 7

de loin , la hache qu'ils lançoient de '

près 5 & la caieïe j efpece de mafTue roLirde te pefante , qu'ils jettoient au milieu des bataillons ennemis , & qui écrafoic tout par fon poids énorme^ Un bouclier plus haut que large , ou- vrage de fimple ofier ou d'écorce d'arbres , mais dont la perte entraînoic après foi le deshonneur & l'infamie ; une cuiraffe qu'ils couvroient de quel- que peau d'ours ou de fanglier \ un cafque furmonté de queue de chevaux teintes en rouge, ou de quelque figu- re hideufe , compofoient toute leur armure. Leurs enfeignes n'olfroienc que des objets terribles : c'étoit tout ce qu'il y avoit de plus féroce parmi les animaux , ou de plus horrible dans leurs bois facrés. Rien de plus uni- forme que leur ordre de bataille. L'in- fanterie toujours placée au centre , formoit une efpece de triangle auquel ^^^ro 1. 14. on donnoit le nom de coin , parce que pointe étant tournée vers l'ennemi , fa deftination étoit de l'enfoncer & de le rompre. Cent jeunes hommes choi- fis combattoient à la tète de ce corps d'élite. La cavalerie étoit poftée fur les ailes : les chariots & les bagages compofoient leur arrière - garde. On

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â Discours

leur reprocha long-temps de fe battre tiimultuairement , &: de ne connoître ni frein , ni retenue : ce fut des Ro- mains qu'ils apprirent toutes les rufes de lattaque 6c de la défenfe. leur ma- C'étoit , fuivant le témoignage de due. Pline , le peuple de l'Europe qui en-

tendoit le mieux la mer. Leurs vaif- féaux faits de plufieurs cuirs coufus enfemble , ou d'oiier couvert de cuir , îi'avoient ni voiles , ni proues , ôc n'a- vançoient qu'à force de rames. D'a- bord leur navigation étoit bornée aux rivages les plus voifins : infenfible- ment ils bazardèrent de plus longues courfes , rangèrent la cote de la Gaule / 3c de l'Efpagne , & pénétrèrent par le

détroit de Gibraltaî^ jufque dans la Méditerranée. leurs gfuer- Tels étoient ces anciens Francs ou ^J^^^j^g^^" Germains , fi fouvent attaqués, quel- quefois battus, jamais entièrement fub- jugués par les Romains. Le vainqueur Crrfar de àcs Gaùles , Jules Cefar , porta deux j^eiio GdL fois {qs armes dans leur pays : deux "' ^ * fois il repafTa le Rhin , ne remportant d'autre avantage que d'avoir fait la dégât fur leurs terres , & de leur avoir brûlé quelques villages. Augufte qui voyoit tout l'univers fournis à fes loix.

Préliminaire. 9

ne put les réduire fous le joug. On Fi, /. i , c. fçait quelle fut la confternation de ce ^J- ' ^^ ^^^' prince , lorfqu'il apprit le malTacre des légions commandées par Varus. La -peur lui fit oublier ce qu'il devoir à fa dignité : il fe crut perdu jufque dans Rome 5 qu'il s'imaginoit déjà voir en proie à la fureur de ce peuple indom- ptable. Tibère , qui n'étant que parti- culier 5 leur avoir fait la guerre avec plus de gloire que d'utilité pour l'em- pire 5 défendit de les inquiéter , lorf- qu'il fut monté fur le trône : content de les refTerrer dans leurs forêts , & de les mettre hors d'état de faire des courfes dans les Gaules. Caligula eni- ^^^ . vré du fol efpoir d'égaler les victoires Cai, de Germanicus fon père , arma puif- famment contre cette nation belli- queufe : une fuite précipitée , la honte de n'avoir rien ofé entreprendre , en- jfin le mépris d'un peuple dont la bra- voure & l'honneur éroient les plus chères idoles , fut tout le fruit de ce brillant appareil. Claudius & la plu- Taduann, part de les fucceifeurs ne fongerent i- 1 1. qu'à leur fermer le paiïage du Rhin , & bornèrent toute leur politique à les lâiiTer fe détruire & fe confumer par ieius dilfenfions domelliques. Marc*

As

lo Discours

Aurèle 5 qui ofa les aller chercher juf- qiie dans leurs mirais , perdit trente- 1 trois mille hommes dans la première bataille qu'il leur donna ; Se s'il les vainquit dans les défilés de Carnunte , il avoua lui-même qu'il ne devoir la vidloire qu'au plus éclatant de tous les prodiges. Cet avantage miraculeux les étonna fans les abattre. Bientôt ils prifierent le Rhin , & fe jetterent fur Heroi 1 6. les Gaules. Alexandre Sévère , qui

^JS^'^^J./^teno'ii alors l'empire, accourut au pre- mier bruit de cette irruption y c'étoic un prince brave , qui aima pourtant mieux leur prodiguer fes tréfors pour acheter la paix , que de- rifquer une bataille qui pouvoit perdre l'État. M^ M. Cap, ximin qui lui fuccéda , délivra , pour

m.viaxim. qi^ieîque temps, les Gaules de la crainte de ces peuples toujours inquiets , 8c tou- jours remuants. Il ne paroit pas qu'ils ayent rien entrepris de confidérable jufqu'au règne de l'infortuné Valérien. Quelques 11 eft vrai qu'on lit dans la chroni-

peuple? de «^^ d'Alexandrie , que les deux Dé-

OeriT.inie K « ri r ^ / n

paroiffcnt CUIS , père & nls 5 furent tues en allant îî^l:.^^ "'™ à Ja guerre contre les Francs : mais tous les autres hiftoriens afTurent que ces devx princes moururent au - delà 'du Danube dans une expédition con-

de Francs.

pRiLIMlNAlRE. Il

rre les Goths. Ce ne fut donc que fous Fempire de Valérien , que les Atcua- riens , les Bru6teres , les Chamaves ^ les Sali en s , les Catces , les Amiiva- riens , les Cauces , les Sicambres & les Frifons , tous peuples de Germanie ^ ^'"'-f' ^* ^ > commencèrent à fe rendre redoutables fous le nom de Francs. L'hiftoire rap- porte qu'ils fe répandirent dans la pre- mière & la féconde Germanique ; qu'Aurélien , qui depuis fut empereur, furprit un de leurs détachements , leur tua fept cents hommes , &: fit trois cents prifonniers. Les réjouiffances » les vers Se les chanfons que Von fit à cette occaiion , témoignent combien cette nation étoit redoutée des Ro- mains , puifqu'ils relevoient avec tant d'emphafe un avantage fi peu conu- dérabîe.

Quelque temps après , Se fous le me- Leurs 'ncif-

^^^ ^ ^-1 ^ (ions dans les

me empereur , ils tentèrent une nou- Gaules. v-elle irruption dans les Gaules. Gai- lien qui n'étoit encore que Céfar , les repouGfa au pafifaç'e du Rhin, Se raflu- So^jm.î.iii Ta les Belees effrayés. Mais lorfqu'il f^^^/è? fut monté fur le trône , il fut fi peu jaloux d'en conferver les droits ôc les ptéro-natives , que l'on vit s'élcvec autant de tyrans , que l'empire avoit

A6

srian.

Il Discouas

de provinces. Les Francs profitèrent

m!''temv! ' ^^ ^^ n-ouble univerfel , le faifirenc ' Frof, i, 7. de tous les vaiiïeaux qu'ils purent trou- ver 5 s'embarquèrent fur l'Océan , .5^ pénétrèrent , les uns dans les Efpagnes qu'ils ravagèrent pendant douze ans , les autres jufque dans l'Afrique , ils mirent tout à feu ôc à fang. Las de piller ôc de faccager , ils retournèrent enfin dans leur pays , chargés d'un ri- che butin 5 que perfonn^ ne fe mit en devoir de leur difputer. Foplfc. In Le long interrègne qui fuivit lajnort d'Aurélien , réveilla leur avidité : ils palTerent le Rhin fuivis de plufieurs autres peuples de Germanie, fe jette- rent fur les Gaules , 3c furprirent foi- xante-dix villes. Probus marcha contre eux à la tète d'une puiffante armée , les battit en plufieurs rencontres , leur enleva toutes leurs conquêtes , de les pourfuivit jufque dans leurs marais.

Les Francs qu'il fit prifonniers ,dans cette glorieufe expédition , fu- rent transférés par fes ordres dans le royaume de Pont. 11 croyoit qu'ainfi expatriés , ils ceiferoient de remuer de de troubler l'empire : il fe trompa. "Evmtnms Cette brave jeunefie le voyant occupé

Oraf. de ^ d'auttes guerres ^ s'empara de queU

Préliminaire. 15' ques barques , courut les mers , de ^onzgeflts ConJ^ la défolation fur toutes les côtes de^'^'""' l'Afîe mineure , de la Trace , de la Macédoine , de la Grèce , de l'Afrique 3c de la Sicile, dont elle força 3c pilla la capitale.

Ces brigandages irritèrent les em- Tadt. de pereurs , c]ui jurèrent la perte de cette ^^^^ „, ^ indocile nation. Mais tous leurs efforts furent impuilTants. Ces braves peuples , dit Tacite , quoique fouvent repoufles , fe font toujours maintenus , 3c , mal- gré nos vains triomphes , n'ont point été vaincus. Conftantius les alla cher- Eumen. fn cher jufque dans leurs retraites les plus f^JJ^j'^, ''"■^' inacceflîbles 5 fit un grand nombre de prifonniers , les rranfplanta dans le pays d'Amiens , de Beauvais , de Langres, de Troies , 3c les força de cultiver ces mêmes terres qu'ils venoient de dé- foler. Conftantin leur fit une guerre cruelle , ravagea leurs contrées , brûla leurs villages, prit deux de leurs rois, inOraT.œi, qu'il expofa aux bêtes dans i'amphi- {"/ ^^^J/j^^; théâtre de Trêves. Les orateurs de ce temps , en croyant relever la gloire de ce prince , n'ont fait que mieux fentir l'excès de cette barbarie. Les autres nations _, difent-iîs , craignent les atteintes des bêtes féroces auxquelles

^4 Discours

on les expofe : les Francs les affrontent y les irritent _, & témoignent par qu'ils peuvent mourir ^ mais quils ne peuvent être domptés. Vihan. de Conflaiis pei'fuadé que fes armes ne ConLnf^^ feroient point capables d'arrêter & de Socrat.i, 11. contQniï des ennemis que toutes les Soiom, forces de fon père n'avoient pu abbattre , rechercha leur amitié , & (in loué d'a- voir employé les tréfors de Tempire pour acheter leur alliance.

Depuis ce traité fi glorieux pour les Francs , on les voit occuper les pre- mières places à la cour & dans les ar- mées des empereurs. On trouve un Sylvanus grand maître de la milice Âmmiams fous Conftans 5 un Mellobaude comte l,\, ' 'des domeftiques 5 un Merobaube , un Bauton , un Ricomer , patrices & con- fuls fous Gratien , un Carietton, gouver- neur des Gaules fous Valeatinîen II , Sui^. Alex, un Arbogafte enBn, tuteur de ce prince ^'^'^'- , &c régent en occident par le choLi du ,Oreg Tir. grand 1 heodoie. Mais tandis que ceux- l i , c. p. .çj étoient les boulevarts de l'empire , d'autres Francs le défoloient par leurs incurlions. Creg. Tur. Lorfque Maxi lie renfermé dans '^iC,9. Aquilée . tOLîchoit au moment de fa peite^ Genobaude ^ Marcomer de Sim-

Préliminaire. 15 non firent une irruption dans les Gau- les , ils paiïerent au fil de l'épée tout ce qui fe mit en devoir de leur réiifter, Quintinus & Nanniénus, gouverneurs pour les Romains , afTemblerent auiîi- tôt leur armée , & fe rendirent à Colo- gne. Une partie des Francs repalTa le Rhin chargé de dépouilles : ceux qui refterent pour faire tête à l'ennemi 5 furent battus & défaits près de la fo- rêt Charbonnière. Ce uiccès enfla le cœur de Quintinus : il ofa , connre la- vis de fon collègue , paffer le fleuve pour aller combattre cette fiere nation jufque dans fes foyers. L'événement juftifia les remontrances de Nanniénus ; l'élite des troupes de l'empire périt dans cette malheureufe expédition. La ca- valerie fut maffacrée j le peu d'infan- terie qui échappa aux armes des vain- queurs 5 dut fon falut aux ténèbres de la nuit.

11 ne paroît pas que dans toutes ces incurfions qui durèrent l'efpace de plus de cent cinquante ans , les Francs ayent eu d'autre deiTein que de piller. La fa- cilité d'envahir la Gaule leur en lit naître le defir. Déjà lès Alims , les Suèves , les Gépides , les Vandales l'avoient ravagée en pailant : déjà Iq$

i€ Discours

Goths 6c les Bourguignons s'y étoieiic établis 5 ceux-ci vers les Alpes , ceux-M vers les Pyrénées. Le refte du pays

Orcf. l. 7 , ^j-oi^ j-nal défendu : la puilTance romaine étoit abattue par les guerres intefti^ nés : tout l'Etat tomboit en ruine par l'incapacité de fes chefs. Ces confidé- rations réveillèrent l'ardeur des Francs : ils franchirent de nouveau les barrières du Rhin, non plus comme des brigands qui ne refpixent que le pillage ^ mais comme des conquérants , qui cherchent une demeure fixe.

s'fjatîon On appelloit anciennement Gaule Gaules. ^^^^^ partie de l'Europe qui eft entre le

SeraL i, i. Rhin , les deux mers, les Alpes & les Pyrénées. Cette grande région eft re- nomméejpour la bonté du climat , pour la richefïe &: la fécondité du fol, &: pour l'excellence de ïts eaux minérales.

Dioi. i. ;. On ûdmire fur-tout la beauté de fa fi- tuation , qui offre à la vue le fpedacle de quantité de montagnes couronnées de bois , de coteaux plantés Ôc embel- J lis de vignes , de vallées de de plaines I fertiles , de prairies entre - coupées de " rivières & de fleuves , qui , après avoir répandu par-tout l'abondance , vont fe décharger dans l'Océan ou dans la Méditerranée»

Préliminaire. 17

Quoiaue célèbre par tous ces avan- ,^'^\^.'5^^é -i ni r r deshabitaRts

tagei, la Gaule elt plus tameuie en- de la Gauie cor^pour Tanaquité , le courage, &&ieu"coio* l'heureux génie de fes habitants. On Tiàus Lî- fçait qu'ils ont envoyé des colonies dans '^''"^^^.^^^'<^"» toutes les parties du monde connu. L'ir- jujiinj. 14. ruption & rétabiiiTement de Si^oveze ''j'^yl- /• ^' dans la Bohême & dans la Bavière , une partie de llbérie & de l'Italie con- quife par Tarmée de Belloveze, Rome prife êc faccagée par Brennus , le tem- ple de Delphes pillé , la Macédoine 6c la Dardanie ravagées par deux autres princes du même nom , la Thrace , la Propontide , l'Eolide , Tlonie , Se tout le pays qu arrofe le fleuve Halis fub- jiigués par Lonnorius de Luthaire , font autant de monuments de la valeur de de l'intrépidité des Gaulois. S'ils ont enfin fubi le joug, ce ne fut qu'après avoir long-temps combattu pour la li- berté ^ & leur vainqueur eft celui de Rome Se du monde entier.

Je ne parlerai ni de leur- origine, elle fe perd dans l'antiquité la plus reculée j ni de leurs mœurs & coutu- mes anciennes , toutes les Mftoires en Ccrfar ds font pleines^ ni enfin de cette incli- *^^' ^'*'- ^* ^'» nation guerrière qui lès diftinguoit de tous les autres peuples de Tunivers.

iS Discours

11 ctoit padé en proverbe qu'il *n'y avoir poinr d'armée fans foldats Ga^ois, Il fiiftit , pour rinteliigence de cette hiftoire , de donner une légère idée de l'état de la Gaule , iorfque lès Francs en firent la conquête. Dîvînonde 2\\q étoit alors divifée en dix-fept

la Gaule <k . . . r

fon gouver- ptovuices , Cinq Viennoiies , trois Aqui- nement ci- taines , cinq Lyonnoifes , deux Germa- niques , & deux Eelgiques. Ces pro- vinces avoient chacune leur métropole : les cinq Viennoifes , Vienne , Nar- bonne , Aix , Embrun , 3c Monftier en Tarantaife ^ les trois Aquitaines , Bourges, Bordeaux de Auch^ les cinq Lyonnoifes , Lyon , Rouen , Tours , Sens de Befançon j les deux Germaniques , Mayence Ôc Cologne ; les deux Bel- giques , Trêves & Rheims. Chaque province étoit diftribuée en plufieurs peuples 5 chaque peuple en plufieurs pays , chaque pays en plufieurs parties. Ces peuples avoient leur capitale , dont relevoient les petites villes de les bourgades qui étoient les chefs- lieux des pays Se des parties : les ca- pitales renortiffoient elles-mème à la métropole , réfîdoit le gouverneur . de la province. La juftice fe rendoit fuivant le Droit Romain ; cous les ades

PRELIMII^AIRE. 15)

publics étoient en latin , coutume qui s'obferva long-temps en France. On voit une image de cette diftribution de provinces & de cette fubordination de jurifdidion , dans le gouvernement .préfent de l'Eglife Gallicane. Les ar- chevêchés reprefentent les métropoles; les évêchés , les capitales, les archi- diaconés , les petites villes ] les doyen- nés , les bourg-ades.

Les gouvernements de ces provinces étoient ou confulaires, ou préiidiaux. Le fénat nommoit anciennement aux Legouver. premiers, qui étoient au nombre dej"",^^^'^^^'^" iix 5 la première Lyonnoife , les deux Gaules. Germaniques , les deux Belgiques , la première Viennoife : les onze autres dépendoient des empereurs , qui en dilpofoient à leur gré. Cependant cette diftindion n'emportoit aucune idée de prééminence. Ceux qui tenoient ces grandes places , jouifioient égale- ment d'une autorité prefque abfolue dans leur département , ôc tous fai- foient porter les faifceaux devant eux» 11 y avoit aufli des ducs dans les villes frontières , & des comtes dans les citése Les premiers étoient des officiers du premier rang qui ne recevoient l'ordre «jue des légats : le féconds étoient

io Discours

comme âfreiTeiirs ou confeillers des généraux d'armée & des gouverneurs de province. Conftantin le Grand ho- nora de .cette qualité tous ceux qui avoient quelque emploi confidérable dans fa maifon, dans la jufticê, dans les finances ou dans les armées. Les ducs de les comtes militaires étoient les plus diftingués. On leur affigna la jouilïance de certaines terres pour leur entretien. Du commencement ces dignités n'étoient que pour un temps: elles furent enfuite données à vie : enfin elles devinrent héréditaires dans les familles. On voit par la notice de l'empire , qu'il y avoit deux comtes dans les Gaules, le premier dans les marches de Strasbourg , le fécond fur la côte Saxonique , qui faifoit partie de la féconde Belgique. On y comp- toit aulîî cinq ducs qui commandoient , l'un dans la Franche - Comté , l'autre dans la Normandie Se la Bretagne , celui-ci à Rheims, celui-là à Cologne, & un autre à Mayence. On trouve .encore au nombre des grands officiers de la Gaule un maître de la cavalerie , qui diftribuoit aux ducs &c aux comtes les troupes qu'il recevoir lui-même du grand-maître de la milice» On avoi;

Préliminaire. il établi dans plufieurs villes des arfe- naux où. l'on forgeoit les armes ijé- eeffaires pour cette multitude (^ ^ fol^ dats. On en £ibriquoic de toute efpece à Strasbourg : Mâcon fournilToit les flèches & les traits j Rheims , les épces^ Autun, les cuiralTes ; Amiens, Trêves ôc Solfions 5 les boucliers , les bakiles , de les harnois des gendarmes.

Lorfque le grand Conftantin fe vit Préfet (îu paifible poITefTeur de l'empire, il créaf^V''^''^,Jf* un prêter du prétoire pour les Gaules, Cet officier jouilToit d'un pouvoir pref- que fouverain. La guerre , la finance , la juftice , les impôts , 'tout étoit de fon refTort , il ordonnoit de tout. Son autorité s'étendoit jufque fur les pré- ^dents & gouverneurs des provinces. 11 leur faifoit rendre compte de leuc adminiftration , &c pouvoir les dépofer, lorsqu'ils avoient malverfé. On appel- loit de tous les autres tribunaux à celui du préfet , qui ne relevoit que de l'em- pereur. Il avoir fous lui trois vicaires , l'un dans les Gaules , l'autre dans les Efpagnes , le troifieme dans la grande Bretagne. Trêves étoit le lieu de fa réfidence ordinaire : c'eft ^r cette rai- fon qu'elle devint la capitale des Gau- les, Mais ayant été faccagce par les

5.1 Discours

barbares , Honorius transféra cet hon- neur à la ville d'Arles , qui fut diftraite de Vienne , Ôc conftitua la dix-huitieme métropole. Religion Le chriftianifme étoit depuis long^ étâburdans temps la religion dominante des Gau- les Gaules^ les. L'évaugile y avoit été annoncé , tres^ou tes ^^.^o" quelques - uns , par faint Luc , diicipies. faint Philippe & faint Paul ; félon Hifi. ScLcr. quelques autres , par Crefcent difciple '• ^* de ce grand apôtre. Quoiqu'il en foit,

Eufeh. hifi. la perfécution qui s'éleva fous Anto- '^*^'^' nin ôc Marc-Aurèle 5 témoigne que les églifes de Vienne ôc de Lyon étoient fondées depuis plufieurs an- nées 5 puifqu'il s'y trouva un fi grand nombre de chrétiens qui fcellerent la Greg, Tur* foi de leur fang. Grégoire de Tours fc|?. /. i , c, rapporte que fous l'empire de Décius , Trophimes fut envoyé à Arles , Paul à Narbonne 5 Martial à Limoges, Stre- mon en Auvergne , Gatien à Tours, Saturnin à Touloufe , ôc Denis à Paris. Ces iaints évêques y prêchèrent l'évan- gile avec tant de fuccès , qu'ils fondè- rent plufîeurs églifes & convertirent une bonne partie des Gaules. Bientôt on vit paroilre les Hilaires de Poitiers , les Martins de Tours, les Exuperes de Touloufe , 6c tant d'autres faints per-

Préliminaire. %^ fonnages , qui. furent la lumière ôc l'exemple de toutes les églifes. C'eft dans un concile tenu à Arles , que rOccident aiTemblé termina la fameufe difpute des Donatiftes d'Afrique. Ce- lui de Cologne , l'on anathéma- tifa l'évêque Euphratas qui nioit la divinité de Jéfus-Chrift ; celui de Pa- ris 5 l'on reconnut folemnellement l'orthodoxie d'Athanafe ^ celui de Va- lence, où l'on fit les plus beaux règle-- , . «. ments pour les mœurs ^ celui de Bor- diahg* i* deaux , l'on excommunia les évè- ques 5 qui oubliant l'efprit de douceur il recommandé dans l'évangile , folii- citoient. auprès de l'empereur la mort de l'hérétique Prîfciliien & de fes {ec- tateurs , font autant d'illuftres témoi- gnages du zèle de l'églife Gallicane pour la pureté de la foi , pour l'inté- grité de la morale, &c pour la fainteié de la difcipline.

Tandis que ces hommes pieux il- Fcat dey iuftroient la Gaule par l'éclat de i^urs {f^'^'J^"";^ vertus, un erand nombre de fcavants fes écoles les perfonnages y faiioient fleurir les ^J^J '^^^^' beaux - arts & les fciences. 11 y avoit de célèbres académies à Marfeille , à Lyon , à Befançon , à Autun , à Nar- bonne , à Touloufe , à Bordeaux , â

24 Discours

Poitiers 5 à Clermont , à Trêves , à Rheims. On y enfeignoit la philofo- phie 5 la mé-decine , les mathémati- ques 5 l'aûronomie , la jurifprudence , la grammaire , la pocfie , ôc fur-tout l'éloquence. Celles de Marfeille , de Bordeaux & de Lyon écoient les plus diffcinguées. La première compte au nobre de fes profelfeurs un Critias ou Crinias , fçavant médecin , qui pa- rut peu de temps après Hippocrate , un Pythéas célèbre géographe , un Mené- crate grand juriiconfuîte , un Stace fameux rhéteur, un Pétrone auflî con- nu par la pureté de fon ftile que pair robfcénité de ùs portraits fatiriques , . un Trogue Pompée fi renommé pour fon hiftoire univerfelle dont on regret- tera long-temps la perte , un Favorin qui étoit un prodige d'éruditon , en- fin un Salvien , un Gennade , un Sa- lonin 5 un Vi6torin , un Céfaire , un Avitus 5 orateurs auflî recommanda- bles par la fainteté de leur vie , que par la beauté de leur génie. Bordeaux fut le théâtre brillèrent fur-tout , Minervius qu'on appelloit le fécond Quintilien ; Atchius Patera qui fut nommé le plus puiifant des rhéteurs; Proœréfius à qui la capitale du monde

érigea.

Préliminaire. 25 érigea une ftatue avec cette glorieufe infcription : Rome la reine des rois au roi de C éloquence'^ Aiifone, enfin, que le mérite joint à la fortune éleva à la féconde dignité de l'empire. La prin- cipale gloire de la ville de Lyon eft d'avoir enfermé dans fes murs ce re- doutable Athenœum , chaque an- née les plus grands orateurs venoient difputer le prix de l'éloquence dans une ailèmblée générale de tous les peuples de la Gaule. Les vaincus étoient condamnés à efïacer leurs propres écries avec leur langue , ou â être précipités du milieu du pont dans la Saône. 11 feroit infini de rapporter les noms de rous ceux qui ont illuftré cette ancienne académie. Je ne parlerai donc ni ^\\n Julius Florus , que Quintiiien appelle le prince de l'éloquence dans la Gau~ le , ni d'un Julius fecundus , dont ce rhéteur admiroit la belle élocution. Je dirai feulement , & c'eft imm.ortalifer cette école , que le Eucheurs de Lvon , les Sidonius Apollinaris , les Claudieiis Mamers, les Conftantius, les Remis de Rheims, & les princes de Soiifons y ont reçu les premières teintures des belles-lettres.

La tradition d'Autun fait remonter l'origine de fou école jufqua l'antiquité

Tome /. B

z6 Discours

la plus reculée. On prétend qu'elle a ccc fondée par les Druides , &c bâtie fur un mont qui porte encore aujourd'hui leur »Mcntediu. nom. * Elle tire fon plus grand éclat des deux Eumenius aïeul & petit-fils. Le dernier étoit un des principaux offi- ciers du palais de Conftantius Chlorus. Le temps de la barbarie ont refpedté le panégyrique qu'il prononça à la louange de ce grand prince. Clermont doit une partie de fa réputation aux illuftres Fron- tons 5 ces grands maîtres d'éloquence, dont l'un fut précepteur de l'empereur Antonin, qui l'honora de la dignité de confuL Ce feroit une erreur d'imaginer que Touloufe doit fon principal luftre à l'inftitution des jeux floraux par l'incom- paral^le Clémence , de l'ancienne mai- fon des Ifaures : il eft certain que long- temps auparavant , un iïmilius Arborius, un Exupere 5 un Sédatus, noms confa- cris dans les faftes de l'éloquence , lui avoient mérité à jufte titre le glorieux furnom de ville de Pallas. Narbonne n'eft pas moins célèbre par les grands hommes qui ont brillé dans fes écoles. Cette fameufe académie compte au nombre de fes profeifeurs Votiénus Montanus , T érenrius Varro , Exupere , les deux Confences , dont le nom feul fait l'éloge. Mais Je comble de fa gloire

P R É L I Ivl I N A I R E. I7

cft d'avoir eu pour élèves les empereurs Carinus ôc Numérianus.

Il faut convenir cependant qu'on ne trouve point dans les écrits des auteurs dont nous parlons , ce goût & cet élo- quence naturels qu'on admire dans les DécpAcr.a écrivains du fîècle d'Augufte : ce qu'on le^treTd ps ne doit attribuer à aucune négligence de les Gauks. la part des hommes. On cultivoit les fciencesavec autant de foin, on récom- penfoit le mérite avec autant de magni- ncence. Les empereurs aimoient les gens de kttres , recherchoienc leur commerce , les combloient d'honneurs &'de biens. Leur profeiîîon n'avoit rien que d'honorable : on paiToit d'une chaire d'éloquence ou de poëfie aux plus émi- nentes dignités de l'empire. Mais ce qui devoir naturellement contribuer à la perfedion des beaux-arts, ne fervit qu'à accélérer leur chute. On voulut

avoir plus d'efprit que les anciens , on négligea la belle nature pour fe livrer â tout ce que l'art a de plus compaffé. On courut après les ornements , on donna dans de faux brillants. Pour paroître neuf, on devint précieux^ en cherchant à plaire, on fe jetta dans le frivole. Ou imagina de nouvelles façons de parler on introduidt mille nouveaux mots » qui infenfiblement altérèrent la pureté

Bi

iS Discours

du llyle ôc de la langue. Les incurfions \ des barbares achevèrent de pervertir le goût : les écoles furent détruites. On relégua les fciences Se les arts dans les cloîtres , dans les monaftères , ou dans le palais des évêques.

Tel étoit l'état de la Gaule , lorfquq les Francs tentèrent de s'y établir. C'eft dans cette vue qu'ils réfolurent d'avoir toujours des rois de leur nation. Ce fuç le premier coup qu'ils portèrent a l'au-» torité des Romains , qui voiiloient les confondre parmi leurs autres fujçts.

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HISTOIRE

D E

FRANCK

PHARAMOND.

il o NO RI us régnoit en occident , Ann. 419. Théodofe le jeune en orient, lorique ou 410. les François palferent le Rhin, f^irpri- ^/"o^- A"*?» rent Ôc pillèrent la ville de Trêves fous ^Nkci vien. la conduite de Pharamond. C'eft inuti- ^"^'"'- ^* ^* lement que quelques hiftoriens ont eu ^' ^^* recours à la fable pour relever leclat de la nai(ïance de ce prince : il étoit roi d'un peuple qui n'a jamais obéi qu'aux defcendants de fes premiers maîtres. Ce titre augufte prouve invinciblement l'antiquité de fa race. Ce fut vers l'an quatre cent vingt , qu'il fut élevé fur un bouclier, montré à toute l'armée, & reconnu chef de la nation. C'étoic toute l'inauguration de nos anciens rois.

tvynuntEWMBB

50 Histoire de France. C'eft aullî tout ce qu'on f^ait de cer-

Ann. 4; 9. tain fur fon règne. On ignore fes au-

ou 4Z0. très exploits, le temps de fa mort, le lieu de fa fépulture, & le nom de la reine fon cpoufe. On dit feulement, qu'il eut deux fils , Clodion qui lui fuccéda , & Clenus , dont la dedinée nous eft inconnue. Orîgine de On attribue communément à Phara-

ia.cis.ûi^ue. j^^Qj^j l'inftitution de la fameufe loi qui fut appellée Salïque , ou du furnom de ce prince qui la publia , ou du nom de Salogafb qui la propofa , ou du mot Sa- lïchame _, lieu s'airemblerejit les prin- - cipaux de la nation pour la rédiger.

D'autres veulent qu'elle ait été ainfi nommée /parce qu'elle fut faite pour les terres Saliques. C'étoit des fiefs no- bles que nQ>, premiers Rois donnèrent aux Saliens , c'eft-à-dire , aux grands fei- gneurs de leur fale ou cour, à condition du fervice militaire , fans aucune autre fervitude. C'eft pour cette raifon qu'il fut ordonné qu'elles ne pafTeroient point aux femmes , que la délicatefTe de leur ' fexe les difpenfe de porter les armes. p-A Ew':k. Il y en a qui prétendent cpe ce mot dé-.

/f< ;./::; e Pa/- j.jy^ des Saliens , peuples François éta- blis dans la Gaule , lous l'empire de Julien. On dit que ce prince leur don- na des terres fous l'obligation de le fer-

P H A R A M O N Û. 51

vir en peufoniie à la euerre. 11 en ht ^^r^:^. même une loi que les nouveaux conque- Ann 4t 51. rants adoptèrent & nommèrent Sali- ou 4x0. (?ue ^ du nom de leurs anciens compa- triotes.

Le préjugé vulgaire eft que cette loi ne regarde que la fucceiîîon à la couronne ou aux terres Saîiques. C'eft une double erreur. Elle n'a été inftituée ni pour la difpofition du royaume , ni précifément pour déterminer le droit des particuliers aux biens féodaux. C'eft un recueil de règlements fur toutes fortes de matières. Elle prefcrit des peines pour le larcin , les incendies , les maléfices , les violen- ces : elle donne des règles de police pour Jes mœurs , pour le gouvernement , pour l'ordre de la procédure , enfin pour le maintient de la paix de de la concorde entre les différents membres de l'Etat. De foixante & onze articles dont elle eft compofée, il n'y en a qu'un feul qui ait rapport aux fuccellîons. Voici ce qu'il porte -: Dans la terre Salïque aucune par- Th. a-., dp s de de l'héritage ne doit venir aux femelles. ^^'^^'^ ^ "^■^^ Il appartient tout entier aux mâles

Il paroît que ce que nous avons de Banui , r. cette loi , n'efl qu'un extrait d'un plus ^ 'P- ^°* grand code. La preuve en eft qu'on y cite la loi Salique même , & certaines formules qu'on ne trouve point dans ce

B4

jZ Histoire de France. qui nous refte de cette fameufe ordoi^* /.NN. 415. nance. Le célèbre gloflateur. Ducange ou 4Z0. dit qu'il y a eu deux fortes de loix Sali- qiies : l'une qui fut en vigueur lorfque les François étoient encore païens , c'eft celle que rédigèrent les quatre chefs de la nation , Wifogaft , Bofogaft , Salogaft , & Wldogat , l'autre qui fut corrigée par \qs rois chrétiens \ c'eft celle qu'ont pu- blié du Tiliet, Pithou, Lindembrock, &: le fameux avocat général Jérôme Bi- M itTonc, gnon , qui y a fait de fçavants commen- 'cld^derB ^^^^^s- on ne fçauroit , dit un fçavant L. t, vàî. p moderne 5 fe difpenfer d'en attribuer U 491 ov. rédadion à Clovis le Grand. D'un coté , elle ne peut être poftérieure à ce prince y puifque Childebert fon fils y réforma quelques articles \ & d'un autre côté , 4e chapitre qui traite de l'immunité des églifes 5 & de la confervation de leurs \ miniftres fuppofe la converfion de no-

ire premier roi chrétien. Ce dernier code , ajoute-t-il , n'eft autre chofe que la compilation des règlements qui doi- vent erre gardés par les François établis entre la foret Charbonnière & la rivière de Loire ^ à la différence de la loi Ri- puaire donnée à ceux qui habitôient les bords du Rhin , de la Meufe & de Du Haillan. î'Efcaut. Certain auteur , on ne fçaic fur quel fondement , décide hardiment

PHAïlAï,tOND. 5^

que le chapitre foixante-deuxieme du code Salique ne peut avoir aucune ap- Ann. ^19. plicacion , même indirede , à la fuccef- ou 410. fion au royaume, & que c'eft une pure invention de Philippe le Long , pour exclure du trône Jeanne de France , fille de Louis Hurin. Il n'a pas fait réflexion , fans doute , que le droit commun des biens nobles étant de ne pouvoir tomber ^f. ^^ jr^ac. de lance en quenouille , pour nous fervir ï^^-^- d'une expreflîon confacrée par fon an- cienneté 5 il faut certainement conclure que tel devoit être , à pins forte raifon , la prérogative de la royauté , qui eil le plus noble àts biens , & la fource d'où découle la nobleile de tous les autres. ' Audi le droit de Philippe ayant été fcrupuleufement difcuté dans une af- femblée générale des grands du royau- me 5 tous lui déférèrent la couronne , à l'exclufion de la princeiTe'^ tant on étoit perfuadé qu'il exiftoit , fmon une loi , du-moins ujie coutume immémoriale qui excluoit les femmes du trône Fran- çois ^ coutume dont l'origine fe confond avec celle de la monarchie, qu'Agathias appelle la loi du pays , qui en avoir réellement la force de toute ancienneté , puifque Clovis I fuccéda feul à fon père Childeric, au préjudice de fes fœurs Alboilede & Lamilde. Il s'éleva fous ^^

fi5

5 4 Histoire de France.

!!!! Philippe de Valois une nouvelle conteC-

Ann. 41 p. cation furie même fujet : la décifion fut

ou 410. aulîî la mcme. Le droit d'Edouard III ,

roi d'Angleterre , ne parut pas meilleur

que celui de la princeiTe Jeanne , fille

de France. Le comte fut généralement

, reconnu pour le légitime fuccefTeur de

Charles le Bel. On déclara que Tarticle

qui régloit le droit des particuliers aux

terres Saliques ^ regardoit également la

fucceiîîon à la couronne. Il devint une

loi fondamentale de l'Etat.

C L O D I O N.

Ann. 417. v^LODioN, furnommé le Cheveîu^ ou parce qu'il avoir beaucoup de che- veux 5 ou parce qu'il les portoit plus longs c]ue les rois fes prédécefTeurs , Vvch 1. 1 , fuccéda à Pharamond fon père. On 6\i

f'ii>i' c^\'i\ commençoit a peine à régner, lorfqu'Actius général des Romains vint l'attaquer à la tète d'une puifTante ar- mée , le défit 5 lui enleva tout ce qu'il pofledoit dans la Gaule, ôc le força de repalTer le Rhin. On ajoute que ce prin- ce 5 pour fe venger des Romains , fe jetta fur la Thuringe, il fit un grand ravage , de furprit un château qu'on appelloit Difparg. Aëtius marcha unç

Clodion. 35

feconde fois contre lui; & r.près lavoir ^I^'^^:''^*!^ vaincu dans un combat il y eut beau- Ann. 4 3 x. coup de fang répandu , il aima mieux lui accorder la paix , que de rifquer une nouvelle bataille contre une nation dont les malheurs réveilloient le cou- rage : mais cette paix ne fut pas de longue durée.

Clodion ne perdoit point de vue le con.^nêses bel Etat quil avoii poifédé dans la j' J/.f^l;;;, Gaule : cette perte le touchoit fenfible- les, ment , & il n'étoit occupé que du foin de la réparer. 11 fortit de la Thuringe, fuivi d*une nombreufe armée , réfolu de s'emparer , non plus des villes voifi- nes du Rhin , mais de quelques places

fortes fituées plus avant dans le pays :

il fe flattoit que cette confîdération ann. 43?. obligeroit les François à faire de plus grands efforts pour s'y maintenir. Ce Put dans cette vue qu'il envoya recon-

Greg. Tur.

noître la féconde Belgique. On lui rap- Ann porta que toutes les villes étoient fans Gre^ défenfQ : auiîî-tôt il fe mit en marche , ^>J;^/;/' i. furprit les troupes Romaines qui gar- c. i>. ^ doient les paiTages , les défit , fe faifit de J^T; ^''" 1 ournai , emporta Cambrai du premier aflaut , & réduifît tout le pays des en- virons jufqu'à la Somme.

^ Voilà le fondement fur lequel ont bâti ceux de nos hiftoriens qui préten-

B6

5^ HiSTOiRi: DE France.

; -. dent que Clodion fe ht un grand Etat

Ann. 4 4 y, dans la Gaule. Adon veut que la ville de Cambrai ait été la capitale de (on royaume. Le moine Roricon , auteur rempli de chimères , lui fait tenir fa cour à Amiens. Marianus Schorus, au- tre moine aufîî crédule, mais plus gé- néreux encore à l'égard de ce prince, foumet à fon obéilTance une partie de la Hollande & tout le pays qui s'étend depuis cette province jufqu'à la rivière SUcn. ApoU de Loire. Mais il eft conftanc par le ^Dwh"^t»i témoignage des hiftoriens contempo- p. 2-14. rains , qu'il ne put fe maintenir dans fa nouvelle conquête, Se quActius reprit fur lui tout ce qu'il avoir enlevé à l'em- pire Romain en deçà du Rhin. Voici le fait tel qu'il eft rapporté par ces hiftoriens. Défaite de. Clodion étoît occupé à célébrer les Clodion par noces d'un grand feigneur de fon armée dans un village nommé Elena: c'eft au- jourd'hui la ville de Lens. Déjà l'on Ann. 447. conduifoit la nouvelle époufe au lieu le feftin étoit préparé , lorfque les Romains parurent tour-à-coup fur un pont que l'on avoit conftruit dans cet endroit. La furprife des François fut fi grande , qu'ils ne purent fe mettre en bataille. Les premières gardes furent paffées au fil de l'épée^ la maàée enle*

Clodion. '^-f

vée avec tous les préparatifs de la fête , rarmée diiripée , & toute la féconde Ann. 447» Belgique reconquife.

Le poëte qui raconte cette aventure , Portraît dei nous trace un portrait fi avantageux des François. François , qu'il mérite d'avoir place dans leur hiftoire. I/s ont j dit-il y /a sidon.ApoU. taille haute j U peau fort blanche , les '^^^^"JfJ^');^ yeux bleus. Leur vif âge efl entièrement 5 a-^ui Ducho rafé ,fi vous en excepte:^ la lèvre fupé- ^- ^'P* ^^'*« rieure y ils laiffent croître deux petites moujiaches. Leurs cheveux coupés par derrière ^ longs par ' devant ^ font d*un blond admirable. Leur habit efl fi court ., quil ne leur couvfe point le genou ^ ft ferré quil laiffe voir toute la forme de leur corps. Ils portent une large ceinture pend une épée lourde y mais extrême^ ment tranchante. Cejl de tous les peuples connus celui qui entend le mieux les mou- vements & les évolutions militaires. Ils font d'une adrejje fi fînguliere , quils frappent toujours ils vifint ; d'une légèreté fi prodigieufe ^ quils tombent fur leur ennemi , auffi tôt que le trait quils ont lancé contre lui ; enfin d'une intrépi^ dite fi grande ^ que rien ne les étonne , ni le nombre des ennemis j ni le défavan^ tage des lieux j ni la mort même avec toutes fes horreurs. Ils peuvent perdre la vie 5 jamais ils ne perdent courage.

5^ Histoire de France.

C'eft cette valeur indomptable , qui ^NN. 447. détermina le victorieux Actius à leur accorder la paix* 11 ne vouloir point avoir pour ennemi un peuple qui comp- toir autant de foldats que de citoyens.

Uhiftoire rapporte que quelques an- nées après ce traité, S. Germain d'Au- xerre rut envoyé en Angleterre pour y foutenir la foi contre les Pélagiens , qui nioient l'exiftence du péché originel ôc la néceflîté de la grâce de Jéfus-Chrift pour être fauve. La tradition eft qu'a- vant fon départ il confacra. à Dieu une jeune fille de Nanterre, nommée Ge- neviève 5 dont la vertu éclata depuis par des prodiges fans nombre. Il y en a ce- pendant qui prétendent que ce fut Vil- licus évêque de Chartres , qui lui donna k voile dans un âge plus avancé. Quoi- qu'il en foit , les miracles qu'elle opéra ^, dans Paris , lui méritèrent dès fon vi- ^" vant le glorieux titre de patrone de cette capitale de l'empire François. " Clodion mourut après vingt ans de

Ann. 447, règne : quelques auteurs affurent que ^ ^"^ ' ce fut de chagrin de la mort de fon fils aîné, qui fut tué au fiége de SoilTons* On ne fçait ni le nom de la reine fon époufe, ni le nombre de fes enfants. Les uns lui donnent deux fils, Clodebaud ôc Clodomir j d'autres trois > Regnaiîlt,

C L a D I o N. 59

Aiiberou de Regnacaire. C'eft de cet Auberon , qu'ils font defcendre Ans- Ann. 4j#. bert , tige de la famillt de Pépin le °" 4-4B. Bref, premier roi de la féconde race. Mais un auteur très-favant dans notre DuBoucl^c^ ancienne hiftoire prétend avoir démon- tré qu'il étoit illu de Tonanrius Fer- reolus 5 préfet du prétoire des Gaules.

L

M É R O V É E.

A NAISSANCE de Métovée eft un véritable problême : l'hiftoire n'offre rien de certain fur ce fujet. Quelques- Creg. Tt»^ uns , fur un palTage de Grégoire de ^* ^ ' ^ ^ Tours j difent qu'il étoit de la famille de Clodion. Quelques autres , fur le témoignage de Prifcus , prétendent qu'il étoit fon fils. Ce rhéteur raconte que le roi des François laifïa deux fils , qui fe difputerent la couronne de leur père. L'aîné implora le fecours d'Attila roi ^Qs Huns : le plus jeune réclama la pro- tection des Romains. Il afTure qu'il a vu ce dernier à Rome. Il étoit , dit-il , à la fleur de (on âge , & une longue chevelure blonde lui flottoit fur les cpaules. L'empereur le combla d'hon- neurs ôc de préfents ; Aëtius l'adopta pour fon fils. Mais que peut-on con- clure de ce récit l'on ne nonune ni

40 Histoire de France*

•'" ~: l'un ni lâucre de ces deux princes? Eft-*

Ann. 447. il bien décidé que Mérovce ne fut pas ou 448. un troifieme concurrent qui enleva la couronne aux deux frères rivauît ? Quoi- qu'il en foit 5 il eft confiant qu un prin- ce de ce nom régna fur les François , ÔC qu'il eut pour compétiteur au trône un fils de Clodion. C eft de lui que les rois de la première race furent appelles Mérovingiens (*).

* Un îlluftrc écrivain, auffl diftingué par fon érudi- tion que par raménité de fes mœurs , prétend que le partage du rhéteur Prifcus prouve invinciblement que Mérovéeétoitfilsde Clodion, de qu'il confirme parle témoignage de l'abréviateur de Grégoire de Tours. Il nous permettra , en admirant la profondeur de fcs re- cherches, de ne point nous rendre aabrillantde fesraî- fons (fl); s'il eft vrai que ce témoignage, i " ne fîgnifie rien par lui-même, 1». n'ait aucun fondement dans no- tre ancienne tradition. On convient que Fredegaire n'a point fuivi celle qui eft rapportée par le premier de nos hiftoriens çi/e/wii^anr qutlques-uns Mérorée était de la famille de Clodion , mais la fable qs'i! y fubftitue , ne conclut rien, m On raconte, dit-il , que la reine, épou» 3> fe de Clodion , fe baignant fur les bords de la mer, » un dieu marin conçut de l'amour pour elle, La prin- 3j cefTe n'y fut point infenfible telle devint mère de Mé- » rovée w, {b) On en peut même tirer une confcquence soute contraire; Mérovée n'étoit donc pointfilsde Clo- dion: conféquence fondée fur plufieurs autres anciens monuments , tous authentiques, » Pllaramond , dit une ancienne généalogie de nos rois , m fut le premier roi » des Francs : le fécond fut Clodion : le troifieme Mé- » rovée fils de Mérovée ce, (c) On lit encore ces mots remarquables dans une ancienne chronique de nos rois : aj Fharamond engendra Clodion : Clodion régna vingt 99 ans. Il eut pour fucceffeur Mérovée qui étoic de fa

(â) Mém. de Tacad. des B. L. tom. VIII , p. 4 64t {b) Fredeg.HiJl, Franc, épltom. p. 716» {c) Ex vet. coi, jvjf, concil, (/ capîtul, dpui Vucb* tOiD, J, p. 75»3,

É R O V i E* 4 î

La plupart des hiftoriens prétendent

qite Mérovée étoit dans Tarmée Ro- Ann. 45 u niaine , à la fanglante bataille qu'Aëtius Jomand. h gagna fur Attila : bataille fi probléma- '"• ' tique 5 ôc pour le nombre des morts que l'on fait monter à deux cent mille du côté des Huns , Ôc pour le lieu elle fut donnée , qui eft devenu une fource intarifTable de difputes* Cependant le plus grand nombre eft de ceux qui pla- cent le théâtre de cetce adion meurtriè- re , non dans la Sologne , l'Auvergne , ou le Touloufain , mais dans les vaftes plaines, de Châlons en Champagne. * —__ ^ Ce prince mourut après dix ans de Ann.4s<5. règne. L'hiftoire ne dit ni le nombre de fes enfants , ni le nom de la reine mère de Childeric , fon fils 6c fon fucceffeur,

» famille , & qui donna le nom de Mérovingiens aux »> rois des Francs «. (d j Le moine Roricon aflure qu'a- près la mort de Cloiion , Mérovée fut élu. pour régner fur les Francs, 6" qu'il fut en f grande vénération pour fes grandes qualités , que tous r honorèrent comme leur père commun (e) : pas un feul mot qu'il fut fils de Clodion» Ce terme même d'élecèion fembleroit prouver le con- traire dans le fyftéme de notre fçavant auteur : qu'il fouffre dumoins avec indulgence qu'on aida témérité de ne trouver qu'incertitude fur la filiation de Mérovée,

{(f) Duch. tom. I , p. 797- Uem , p. Soi. (e) Duch. ibid» p. 80 1.

^ * Un auteur moderne vient-de donner une diflfert.i- tîon pour prouver que cette bataille s' eft donnée dar^ la Champagne, à cinq lieues de Troyes , dans la plaine de Mcrry.fur-Seine. Il apporte en preuve ces paroles de Gré';>-oire de Tours, Attilam fugant, qui Mauria- cum campum adiens , fe prcec'mgic ii bellum* MercufC de France, Avril i7jj.

41 Histoire de France.

Ann. 45^. C H ILDÉ R IC I.

Greg. Tur, \^ H I L D E R I C fut un priiice à grandes Fred. Scho' aveiitiires. hiiieve des 1 enrance par un hjh io. détachement de l'armée des Huns , un brave François nommé Viomade,le dé- livra comme par miracle des mains de ceux qui l'emmenoient en captivité. Une confpiration générale le renverfe du tf ône de fes p^es ; il y remonte glo- fieufement , rappelle par les vœux Se les regretsx de toute la nation. C'étoic l'homme le mieux fait de fon royaume : il avoit de l'efprit j du courage , mais avec un cœur tendre , il s'abandonnoit trop à l'amour : ce fut la caufe de fa Roric. /. I . perte. Les feigneurs François , auflî fen- iîbles à l'outrage , que leurs femmes

l'avoient été aux charmes de ce prince,

Ann. 4;7* fe liguèrent pour le détrôner. Contraint de céder à leur fureur , il fe retira en Allemagne , il ht voir que rarement Tadverfité corrige les vices du cœur : il féduifit Baiîne époufe du roi de Thu- ringe , fon hôte 6c fon ami.

Cependant les François s'aflemblent pour lui donner un fucceflfeur ^ & la couronne par le choix le plus bizarre , eft déférée au comte Gilles , comman- dant pour les Romains dans la Gaule»

C tt I I r> E 1^ I c* L 45

Ce fut j dit-on , un coup de la politique ..

de Viomade. Ce fidèle fujet profita du Ann. 4^7* crédit qu'il avoit fur l'efprit du nouveau ^cfi* Franc, roi 5 pour l'engager dans des démarches ^* ^'

qui ne pouvoient que le rendre odieux

à la nation. Les exactions du monarque ^^^ ^, régnant rappellerent le fouvenir du ou 464. prince exilé ^ on commença par le re- gretter ; enfin on le demanda haute- ment. Viomade toujours attentif aux intérêts de fon ancien maître , lui en- voya la mQitié d'une pièce d'or , qu'ils avoient rompue lorfqu'ils s'étoient fé- parés. Childeric reconnut le fignal , Ôc quitta la Thuringe pour aller le mon- trer à fes anciens fujets. Une feule bataille décida cette grande affaire. L'étranger fut entièrement défait , de le prince légitime fe remit en polfelîion du trône , d'où fes galanteries l'avoienc précipité.

Cet événement merveilleux eft fuivi ^^^ê- ^"''« d'un autre auffi remarquable par fa fin- '^' ^* *^' gularité. La reine de Thuringe , com- me une autre Hélène , quitte le roi fon mari pour fuivre ce nouveau Paris. Si je connoijjois ^ lui dit-elle , un plus grand héros , ou un plus galant homme que vous y j irois le chercher jufqu aux extrémités de la terre, Bafine étoit belle \ elle avoit de l'efprit ; Childeric trop feiifible k

44 Histoire de France. ce double avantage de la nature , Vé^ Ann. ^6). poufa au grand fcandale des gens de bien , qui réclamèrent en vain les droits facrés de l'hyménée , & les loix invio- lables de l'amitié. C'eft de ce mariage qu'eft le grand Clovis. Greg. fur, La fin d'un règne fi romanefque fut ^Geft %ranc. ^g^^^^^^ P^^ plufieurs exploits glorieux* f* ï/ La haine des Romains &c le défîr de

regagner l'eftime de fes fujets , réveil- lèrent le courage de Childeric , qui jufque- avoir paru endoçmi dans le féin des plaiflrs &c de la volupté. Il pénétra bien avant dans la Gaule , défit auprès d'Orléans l'armée d'Odoacre roi des Saxons , prit Angers , qu'il pilla, tua de fa main le comte Paul, qui comman- doit pour l'empereur dans le SoifTon- nois 5 &c fe rendit maître de Paris, fi l'on en croit l'auteur de la vie de fainte Geneviève , mais c'eft le feul hiftorieii qui attefte ce fait. Il paroît qu'il accor- da la paix aux Saxons , & qu'ils fe réu- nirent pour exterminer les Allemands cpi s'écoient jettes fur une partie de l'I- Frei. ép'it. talie. La conquête de l'Allemagne fut ^' ^^' la dernière adion mémorable de ce

Ann,48i. prince. Il mourut quelque temps après, dans la vingt - quatrième année de fou règne , Se fut enterré en un lieu qui eft enfermé dans la ville de Tournai,

Childéric I. 45 Le hazard. fit découvrir fon tombeau ^^"* en mil fix cent cinquante -trois. On y Anr. 481^ trouva un fquelette de cheval avec quelques ofTements humains afTez en- tiers qui marquoient une grande ôc hau- te taille. Les autres raretés cet ancien monument font un globe de criftal , de plufîeurs pièces curieufes d'or mafïif, une tête de bœuf, un ftyle avec des ta-* blettes 5 des abeilles émaillées en quel- ques endroits, des médailles de plu- fîeurs empereurs , enfin quantité d'an- neaux , fur un defquels on voit un ca- chet qui porte l'empreinte d'un homme parfaitement beau. Il a le vifage entiè- rement rafé : fa chevelure eft longue , treflee , féparée au front , ôc rejettée par derrière : il tient un javelot de la main droite. On lit autour de la figure le nom de Childeric , gravé en lettres ro- maines. On voit à la Bibliothèque du roi une partie de ces curiofités.

C L O V l S,

V-# L o V I s n'étoit que dans fa quin- Greg. IV* zieme année , lorfqu'il monta fur lel^^j^*^^*

j A Ti .',.•' . ,. tred.epitom.

\ trône. 11 avoit a peme vmgt ans, quil c. iç.

•; envoya défier Syagrius fils du comte ^^s-'^ranc*

i Cille, & gouverneur pour les Romains iionV. uu

4<> Histoire DE France. -

dans la Gaule , il commandoit avec

Ann. 486. une autorité prefque abfolue. Le jeune

monarque François fe mit aufli - tôt en

campagne , de fuivi de Ragnachaiie &c

Bataille de de Cataric, princes de fon fang , il mar-

Soiaons. çj^^ ^^çy[^ ^ SoifTons. Combattre ôc

vaincre ne fut pour lui qu'une feule &c même chofe. Syagrius échapé prefque feul du combat , fe retire chez les Vifî- goths : Clovis menace Alaric leur roi de leur faire la guerre s'il ne lui livre le fugitif : Syagrius eft remis en la puif- fance de fon vainqueur y' qui lui fait couper la tête. Cette vidoite fut fuivie de la prife de SoifTons ; ôc la mort du général de l'empire emporta la réduc- tion de toutes les places qui tenoient encore pour les Romains.

Clovis qui vouloir s'attacher par la douceur ceux qu'il avoir fubjugués par les armes , fit tout ce qui dépendoit de lui pour arrêter la licence eftrénée d'une armée vi6torieufe. Cependant il ne put empêcher le pillage de quelques égliies. Tous les hiftoriens parlent du vafe fa- cré redemandé par faint Remy de Rheims. On admire également Tinfo- lence du fujet qui refuie fon maître ; la modération du fouverain qui fçait diflî- muler fon reffentiment , & la vengeance qu'il en tire à la revue générale de fes

C L o V I s. 47

troupes dans le champ de Mars. Les ^^^»*»«» armes du foldac fe trouvoient mal en Anxn. 487. ordre : Clovis lui fendit la tête d'un coup de Î2ifrancïfque, Ceji ainji ^ lui dit -il , que tu frappas le vafe dans Soijfons,

Une exécution fanguinaire de la main d'un roi révoltera , fans doute , dans le fiècle nous fommes. Néan- moins cette adion qui nous paroit in- digne de la majefté , infpira plus de refpect que d'horreur : c'eft la remar- que de Grégoire de Tours.

On voit par cette relation que les Cequee'é- François avoient coutume de s'afTem- ^ÏLT!^ ^""^

Ul L / 1 -^ aflemblees

Dler chaque année dans un champ * du champ de qu'on appelloit le champ de Mars ^ ^^"* parce que ces diètes fe tenoient au com- mencement du mois qui porte ce nom. C'eft par la même raifon que dans la fuite il fut nommé le champ de Mai. Ces aifemblées avoient plufieurs objets : on y faifoit la revue des troupes ; on y délibéroit de la guerre & de la paix ^ on y travailloit à la réformation des abus du gouvernement , de la juftice & des finances. C'étoit la qu'on don- .

* Les Mérovingiens commençoient l'année du jour ce cette revue : les Carlovingiens la commençoient à Noël. Ce fut Charles IX qui en fixa le commencement au premier de Janvier. Cette variation caufe un gran4 e^nbarras pour U date précife dc5 é vènemems.

4^ Histoire deFrance. noie des tLueuus aux rois mineurs ; Ann. 487. qu'on faifoit le partage des tréfors ôc des Etats du monarque défunt^ qu'on déterminoit le jour &c le lieu pour l'in- auguration du prince fucceffeur au trô- ne ; qu'on inftruifoit le procès des grands criminels : c'étoit enfin que les rois recevoient tous les ans le don gratuit. On appelloit ainfi le préfent volontaire en argent , en meubles , ou en chevaux , que les grands du royaume faifoient à leur fouverain. Ce nom lui eft toujours demeuré , quoique par la fuite il aie ceiïe d'être libre. Le roi préfldoit à ces diètes générales de la nation. Il étoit accompagné des grands officiers de la couronne , du maire du palais , de l'apo- crifîaire ou aumônier , du chambellan , du connétable , du grand échanfon , de du référendaire ou chancelier. Les évè- ques & les abbés n'étoient point difpen- fés de s'y trouver.

On y mandoit auflî les ducs 5c leS' comtes. Ces dignités , héréditaires de nos jours , n'étoient alors que de fini-» pies commifîîons , que le prince don-- laoit pour un temps. Le roi , ou le, maire de fon palais , propofoit les quef- tions qu'on devoit examiner : l'aUem-*^ blée délibéroit : la pluralité des voix ^emportoit la décifion : ce que la diète

^voit

C L o V I s î. 49

avoir prononcé , devenoit loi de l'Etat.

Quelques années après l'entrée des Ann. 4^1, François dans la Gaule , Clovis apprit Conquête de rinvaiion fubite de Bafin roi de Thu- ^^ "^""""o^* ringe fur la partie de fes Etats c]ui étoit iituée au-delà du Rhin. Il ailembla promptement fon armée , fe jetta fur les terres de fon ennemi, y porta le fer ^^p., Fram-i^ de le feu 5 3c lui impofa un tribut per- '^* ^^* pétuel. 11 fongea enfuite à s'allier par un mariage digne de lui , à quelqu'un des princes qui regnoient dans les provinces voifînes du beau pays qu'il venoit d'en- lever à l'empire.

Gondebaud roi des Bourguignons Marhgedô avoir une nièce d'une rare beauté. La ^^^^^-^ réputation de fes charmes , de fon efprit & de fa vertu , toucha le cœur de Clo^ vis j il la fit demander par fes ambaiîà- deurs. La cour de Bourgogne n'ofa le refufer : elle craignoit d'irriter un jeune conquérant, que la vidoire fuivoit par- tout. La princefîe Clotilde fut donc époufée au nom du roi par Aurélien , Fredeg. epe* ilkftre Gaulois , qui lui offrit , félon la ^' ^^* coutume, un fou Se un denier. Cette coutume fut long -temps obfervée en France : les maris donnent encore au- jourd'hui quelques pièces d'argent à leurs époufes. Il n'y a de différence que dans le nombre ik la valeur. Tome /, .C

l. i , c

5c Histoire de France. mr»»*^^»» Tout étant prêt pour le départ de la Ann. 4^3- nouvelle reine , elle fe mit en chemin , montée fur une efpèce de chariot qu'oii^ appelloit une i'^/Zc'r/ztr. C'étoît la voiture la plus décente & la moins rude de ces temps-là. Elle étoit tirée par des bœufs, dont la marche plus lente que celle du cheval, eftaulli beaucoup plus douce. Le mariage tut célébré à Soiffons aux accla- mations des Gaulois Se des François. Le Cre^. Tur. ciel bénit cette heureufe union : Clo- ^^ ' tilde devint mère d'un prince , qui re- dfh. Franc, çut le baptême du confentement du roi ^' '4» fon père , Se fut nommé Ingomer. La

Fd'.'cmar. in mort d'un enfant Ci cher infpira à Clo- mt. Rem^g. ^^^ j^ Téloignement pour la religion chrétienne , que la reine tâchoit de lui perfuader : cependant il confentit qu'elle fît baptifer fon fécond fils. Mais à peine les cérémonies du baptême fu- rent-elles achevées que Clodomir fut

' attaqué d'une violente maladie qui fit

ANx-j. 45)4. Jefefpérer de fa vvie. La pieufe reine eut recours au ciel , qui touché de fes larmes , lui accorda la fanté de ce prince , de dilîipa les inquiétudes du roi fon époux. Cette faveur fut fuivie d'une autre plus grande encore , je veux dire , de la converfion de Clovis au chridianifme. Voici comme l'hif- toire rapporte ce célèbre événement.

Ctovis I. 51

Les Allemands, peuples belliqueux , î;^^^^; s'étoient jettes dans la Gaule pour s'y Ann. ^96". faire un ctabliiTenient à l'exemple des Bataîiie de nations qui en avoient chaire les Ro- '^'^^^^^^* mains. Clovis averti de cette irruption , . vole à leur rencontre , Ôc les joint dans les plaines de Tolbiac , il fe donne une fanglante bataille. Déjà l'armce Françoife commençoit à plier, lorfque le monarque levant les yeux au ciel s'écria : Dieu de la reine Clotilde ^fivous Grpg. Tur. rn accorde^ la vicîoire j je fais vœu de ^* z' ^ recevoir le baptême 6' de n'adorer de for- ^^i^- ^'^^nc. mais que vous. La prière étoit fincere , elle fut exaucée. Bientôt l'ordre fe réta- ■^'^^'"'^" ^' "* blit dans fes troupes : il les ramena à la char2;e , enfonça les bataillons enriQ- mis 5 & les mit en fuite. 11 entra enfuira dans l'Allemagne , diilipa les reftes de [armée vaincue , impofa le joug à une '

nation jufqu'alors indomptable , & la rendit tributaire, Fidèle à fa promeiTe , il fe fit inftruire des myfteres de la re^ ligion chrétienne. Ce fut faint Remy , évèque de Rheims, homme célèbre par la naiifance , par fa piété , & par fa dodrine , qui le baptifa le jour de Nocl ians l'édife de faint Martin hors des aortes de la ville. Alboflede fa fœur , ^' plus de trois mille François fuivirent exemple du prince ^ & dcs-lors la piété

C z

'51 Histoire de France.

'-=-^—'~- de la nation commença d'être célèbre

Ann. 49 é- P^^ toute la terre. Hincmar,in On racontc qu'iuie colombe defcen-

vic. Remig. due du Ciel apporta une iîole pleine de . baume , dont Clovis fut facré ou con- firmé. C'eft ce qu'on appelle la Sainte Ampoule. On la garde précieufemenc à Rheims, de Thuile qu'elle renferme, fert pour l'onétion de nos rois dans la cérémonie de leur facre. Cependant aucun auteur contemporain ne parle de ce miracle. On dit aufîî que ce prince reçut des mains d'un ange un écu d'azur, femé de fleurs de lys j mais il paroît confiant que l'ufage des armoiries eft de beaucoup poilérieur au fîècle il

rcgnoir.

Rcimiondes Le clu'iftianifme de Clovis ne ralen- Arbonques j.^^ point fou ambition. Le Brabant , le

'M\ royaume ^ i t / i i r-t

de France, pays de Licge , de une partie de la rlan- dre maritime n'avoient point encore fubi le joug du nouveau conquérant de la Gaule. Les plus confidérables de ces peuples étoient les Arboriques*, nation chrétienne , fort attachée à fa religion, &; par cette raifon ennemie des François qui étoient païens. Le

* C'eft le nom que l'on donnoît aux peuples qui ha. bitoîent autrefois la Zélande, province des Pays-Bas: quelques - uns les ont confondus avec les Taxandres , nation dans le voifinage de Maëftricht: quelc^ues aui très les placent entre la Meufe & Anvers.

^jMBBWS'it.iB*»*.'*

C L o V I S î. 5 5

baptême du fouvemin & crime partie de fes fujets , diminua cette averlion. Ann. 49^^. Les Arboriques confentirent à s'allier ^''^'^''^j'J' avec eux; infenfiblement ils en vinrent ^^.^^ jufqua reconnoître Clovis pour leur roi 5 ce les deux peuples n'en firent plus qu'un. Les garniibns Romaines imitèrent cet exemple , capitulèrent , Ôc remirent toutes les places que l'em- pire pofiTédoit encore vers la mer de fur les bords du Rhin. Les principaux articles du traité furent qu'ils vivroient félon leurs loix ; qu'ils s'habiileroient à leur mode ; enRn qu'à la guerre ils auroient leurs drapeaux particuliers. Cet événement fut l'occaflon de l'éta- bliffement de la fameufe loi appellée Ripualre , du nom des foldats ou peu- ples qui gardoient ou liabitoient les rivages de la Meufe , du Rhin bc peut- être même de l'Océan. Cette loi, quia beaucoup de relfemblance avec la loi Salique , ordonne que le Ripuaire fera traité comme le François. On y voit des veftiges de quelques coutumes Ro- maines : elle contient plufieurs articles qui ont un rapport direct à la religion chrétienne.

L'union des Arboriques & des Fran- " r r j' / V j Ann. 499-

çois tut luivie dun événement dont

?M r j j Guerre

CloYis Içut tirer de grands avantages, des François

54 Histoire de France. n-zr —: Gondégéfile régnoit en Bourgogne avec Ann. 499. GondebAucl fqn frère. Ces deux princes contre les Conçurent de la jaloufie l'un de l'autre. gnons^' ^^ premier fe ligua fe crettement avec le Creg. Tur. monarque François , qui lui promit ''^'A'^;'^* un prompt fecours. Les circonftances

Oejt. Franc. / -^ ^ a r 11

t, 16. croient extrêmement ravorabies pour

^riieg,eph. couvrir les mefures que l'on prenoit en France. La révolte des peuples de Ver- , dun fournifToit un prétexte d'aiTemblei' les troupes. Clovis les mena contre les rebelles ; mais prêt à faccager leur ville,

* le faim prêtre Eufpice fléchit fa colère.

Ann, 50c. ^ obtint le pardon des coupables. L'ar- mée fe mit auiîî-tôt en marche vers la Bourgogne ; on fe joignit fur les bords de la petite rivière d'Oufche. La vic- toire ne fut pas long- temps indécife : Gondebaud trahi par fon frère , & obli- gé de prendre la fuite , fut pourfuivi vivement, & aflîégé dans Avignon, il s'étoit enfermé avec ce qu'il avoir pu ramaiTer de troupes. C'étoit l'homme du monde qui avoir le plus de relTour- ces & le plus de préfence d'efprit dans les malheurs : il fur ménager l'occafion û adroitement , qu'il engagea Clovis à traiter avec lui. Les conditions furent que la Bourgogne feroit tributaire du vainqueur; & que Gondégéfile demeu- reroic en poffeilion de Vienne 6c d*^

C L o V I s î. 5 5

quelques âurres places qu'il avoit con- quifes. Mais à peine fe vic-il en liberté Ann. 500. par le départ des François , qu'oubliant îa promeiïe , il déclara la guerre à fon frère , l'alliégea dans Vienne qu il fur- prit 5 Ôc le pourfuivit jufqu'au pied des autels il le fit malTacrer.

Clovis étoit alors occupé de la réduc- ' '

tion des villes Armoriques *. D'abord ^^^' ^^'^^ il tenta de les foumettre par les armes : defvliks Ar- cette voie n'ayant pas réuiii , il eut re- moiiques. cours à la négociation. Elle fut fi heu- Greg. Tur. reufe , que les Bretons confentirent à .^^ ^^ ^'^^^^' lui remettre toutes leurs places. On iit un traité il fut ftipulé qu'ils n'au- roient plus de rois , mais des comtes Hem kiji, ou des ducs qui releveroient du mo- "^^ ^' '^^ narque François. Il y en a qui préten- Egînariîn dent que l'armée Françoife s'empara de ^f^J-Jj /. . Ici ville de Vannes , & que cet exploit

"" C'eft le nom que les anciens ont donné à la petire Bretagne* aujourd'hui province de France : il fîgnifie en vieux Gaulois/wr le bord de la mer , ou côte de mer. ïille eft efFedivement environnée de la mer de trois côtés, au feptentrion par la Manche, à l'occident par le grand Océan, au midi par le grand golfe de France» Elle fut anciennement habitée par les Nannetes j les Rhedons, les Diablintes, les Ambiliates, lesVene- tes, les Oflfimiens , & les Curîofolites : ils étoienc puiiïants par leur commerce j & formoient une efpece de république. Le tyran Maxime l'abandonna aux Bre- tons, pour reconnoître les fervices qu'ils lui avoient rendus contre Gratien & Théodofe : c'eft de ces nou- veaux habitants qu'elle a reçu le nom de Bretagne au lieu de celui d'Armorique.. Corn, au mot Armoriçue ; & Baudran , au mot Bretagne,

c 4.

5^ Histoire de France. fut fuivi de la conquête de toute la Ann. 501. Bretagne. Quoi qu'il en foit , Clovis 1 Procop. i, eut à peine terminé cette grande affaire ,

14 s de bell. i -n / i i

Ooth, ^^^ ^^ concert avec 1 heodoric roi des

Oftroo;oths , il recommença la guerre

contre Gondebaud.

] Le roi de Bouro^omie avoir eu le

i^NN. 502, ^^_ j r- 1 > -c ' rr

temps de taire les préparants necellaires

pour une vigoureufe défenfe. Le pre- mier de ks foins fut de gagner le cœur de fes fujets par une conduite pleine de douceur. C'eft dans cette vue qu'il fie publier la fameufe ordonnance qui de fon nom fut appellée Loi Gombette, Le but principal de cette nouvelle loi étoit de rendre fes peuples heureux : elle dé-

^ Zft« Burg, fend fur-tout de maltraiter les Gaulois * ^^' qui vivoient dans toute l'étendue de la Bourgogne : le quarante - cinquième article défère le duel à ceux qui ne voudront pas s'en tenir au ferment. Condebaut, après ces préparatifs plus ■■ ■■ politiques que chrétiens , fe mit en

Ann. 503. marche contre les François, dont il vouloit prévenir la jonction avec les Oftrogoths. Lefuccèsne répondit point à fes efforts : {on armée fut taillée en pièces 5 & fon royaume fubjugué. Mais il lui fut auifi-tôt rendu. On ignore quel put être le reffort de cet événement iiiefpéré. Quelques auteurs ont avancé

Clovisî. 57

que le prince Bourguignon fe rendit tributaire de Clovis ; qu'il s'attacha Ann. 503, pour toujours à lui , & qu'il prit même une charge dans fa maifon. Cette opi- nion eft fondée fur un paffage du faint évèque Avitus , il eft dit que Gon- j^ ^^^j^^ ^j debaud étoit foldat ou chevalier du Clodov.

monarque François,

La conquête du royaume des Vi%oths ^^^^ fuivit de près une expédition fi glorieu- conquête fe. Les François , en oartant pour cette royaume des guerre , jurèrent de ne fe point faire la ^^^g^^^^ barbe , qu lis n euilent vamcu leurs en- i2,c, 37. nemis. Ces fortes de voeux étoient fort P-^^'^<:' l- 4. ulites chez les anciens rrancs. lout elt ^_ j^_ plein de merveilles dans ce qui précède Aimoiii,l, w la vidoire de Clovis fur Alaric. L'ufage de ces temps étoit de tirer augure cUi verfet qu'on chantoit à l'office au mo- ment qu'on arrivoit à l'é^life. Les en- voyés du roi, à leur entrée dans faint Martin , entendirent ces paroles du. pfeaume XVII : J^^ous m'ave^ revêtu de Jorce pour /a guerre ; vous ave-^fuvplanté ceux qui s' étoient élevés contre moi ; vous ave^ mis mes ennemis en fuite , & vous nve"^ exterminé ceux qui me haïjfoient* Ce qui arriva fur les bords de la Vien- ne 5 fut une confirmation de cet heu- reux pronoilic. L'armée ne favoit pafTer cette rivière ; une biche s'élança

C 5

58 HiSToip. E DE France. î-^-^!:^!^ à la vue de tour le camp Se leur dé- Akn. J07. couvrit un gué, ql^on nomme encore - aujourd'hui le Pas de la Biche. Un troifieme prodige plus frappant encore ,~ ne lailïa plus aucun doute fur le fuccès de cette entreprife. On vit en l'air un - feu c]ui fembloit s'allumer fur le haut de l'églife de faint Hilaire \ il vola au-defius du camp, & vint fe pofeu fur la tente de Clovis , il acheva de fe confumer. Dans un fiècle plus éclairé on n'y auroit vu qu'une fimple . aurore boréale : on crut y voir alors un " prodige qui annonçoit les plus brillants triomphes. Eapiiie de Cependant les deux armées fe ren- '°"\^„ ^ contrèrent dans les plaines de Veuille leiL Got' ^ près de Poitiers. On en vint aux mains. ifJor. iijior. Les deux rois s'appercurent , fe joieni- rent & le choquèrent. Clovis plus vi- goureux , ou plus adroit , renverfa Alaric de dedus ion cheval , & lui porta un coup dont il expira. Rien ne réfifta plus au vainqueur : il foumit à fon em- pire tout le pays qui s'étend depuis la Loire jufqu'aux Pyrénées. " 7 Oe fut au retour de cette expédition

J. ' ' <^luI reçut dans la ville de Tours les

Creg Ti!t\ ■! rr ^ i> a n r

,/. i,c.38 ambaiiadeurs dAnaitafe , empereur

Cefi, Franc ({'Orient, qui lui envoyoit le titre de

les ornements de Patrice, de Conful Ôc

C L o V I s I. 59

d'Augufte. Clovis donna une grande fête à cette occafion : il monta à che- Ann. 508. val, le diadème en tête, revcti\ de la robe Se du manteau de poupre ; jetta beaucoup d'argent au peuple, & prit dès-lors la qualité d'Augufte, nom tou- jours cher Se vénérable aux Gaulois par la longue habitude qu'ils avoient eue avec les Romains.

Le nouveau patrice , après avoir con- gédié les ambalfadeurs , revint à Paris , dont il fit la capitale de fon empire. Il y avoir au midi de cette ville un palais , ancien féjour des empereurs Julien & Valentinien premier^ c'eft qu'il fixa fa demeure. Il avoir été jufc]ue-là tou- jours heureux , toujours grand : la for- Ann. 505?, tune Se l'héroïfme l'abandonnèrent en Greg. Tur. même-temps. La défaite de fes troupes ^i^^^f.' '^'^' devant Arles , quoique fuivie d'une paix fred. epi:. avantageufe , aigrit fon efprit. Il devint ^' ^^' ^^* fanguinaire fur la fin de fa vie. On ne fe rappelle qu'avec horreur les cruautés qu'il exerça contre les princes de fon fang, dont il envahit les Etat5. Sigebert roi de Cologne & fon fils Clodoric qu'il fit périr par fes intrigues ^ Cararic roi des Morins * Se fon fils , d'abord

* On croie avec affeï. de vraifernblance que ce f^nt les peuples de Térouane, de Sainc-Cmer & d'une gïaa- de partie de l'Artcis,

C6

(^o Histoire de France. rafés * , enfuire maffacrés par fes ordres ;,

Ann. 50^, Ragiiachaire , roi de Cambray , 6c foa frère Riquier qu'il tua de fa propre main , Reiiomer roi du Mans , & fou firere , alTaiîinés par des gens qu'il avoir fubornés , font autant d'adtions cgale-

^ ment cruelles & injuftes ,. qui flctriirenc

fa mémoire Se fa réputation * *.. Premier C'eft peut-être pour effacer la honte ^°!^^,^!^ de tant de trimes , qu'il fonda un o;rand nombre degiiies de de monakeres : pratique alfez commune dans ces fiècles d'ignorance, l'on s'imaginoit que toute la juftice chrétienne confiftoit à élever des temples ou à entretenir certain nombre de moines qui devoienî vaquer à la prière & à la méditation.

Ann. n ï Ce fut probablement par le même prin--

EpiJl.Synoi ^ipe qu'il aifembla dans la ville d'Or-

r. <-. ciodop. leans un concile de trente-trois eveques»

* C'eft la première fois qu'il eft p^îrlé dans notre hifroire défaire couper les cheveux. C'étoit une mar- que qu'un prince François renoncofc au trône. On ne verra dans la fuite que trop d'exemples de cette cou- tume barbare.

* * Cette multitude de petits royaumes qui fubfîll toient dans les Gaules , en même - temps que celui de Clovis n'ell pas j dit un illuftre académicien, une des moindres difficultés de notre ancienne hiiloîre. Chan- tereau le Fevre , dans un ouvrage manuftrit, que l'on conferve à la bibliothèque du roi , en rapporte l'ori- gine au défordre qui fuivit l'expulfion de Chiidéric, les plus forts fongeant àproiîter des troubles. Ils peu- vent abfolument avoir été fondés par C'ienus frère de Clodion. M. de Fonc. Mémoire de Vacidéiïdi d'is beU Us'hnns , tam VlU^page 479, 471-

C L o V I s !. ^I

L'hlftoire rapporte que non-feulement - il fat convoqué par fes ordres , mais Ann. fn- qu'il détermina les articles fur lefquels on devoir délibérer, & que les pères lui écrivirent pour le prier d'approuver leurs décidons. Les plus remarquables regardoient le droit d'afyle ou de fran- cîiife pour les églifes , & la condefcen- dance dont on devoit ufer a Tégard des clercs hérétiques qui paroiiïbient fe convertir 'fincérement. Le concile or- donne aulli que perfonne ne fera admis à la cléricature qu'avec la permifTion du roi ou du juge , & qu'aucun elclave ne fera reçu aux ordres facrés que du con- fentement de {on feigneur.

Le célèbre auteur du nouvel abrégé Cequcc^eft chronologique de l'hiftoire de France , 3"^ V^rkiné prétend qu'on trouve encore dans ce & fon étea- concile les vrais principes de la régale. C'eil ainii qu'on appelle ce droit uni- que, qui fait rentrer a chaque vacance les fruits de l'évêché dans la main de nos rois , & leur donne la nomination aux bénéfices qui en dépendent &: qui n'ont point charge d'ames , Jufqu'à ce que le nouveau pourvu leur ait prêté ferment de fidélité , ôc qu'il ait obtenu les lettres-patentes de main - levée de la régale , lefquelles doivent être enregif- rrces en la chambre des comptes de

due.

<^2. Histoire de France.

. ; Paris. Mais nous avons en main les

Ann. ;ii. adtes de ce concile , le premier qui fe foit tenu clans la Gaule fous la domina- tion ô.es François & , après une le6tu- re réfléchie, nous ne craignons point d'avancer qu'on n'y découvre rien qui regarde cette glorieufe prérogative de f^nc^' f ^^ ^^ couronne. Pafquier en a fait la re- t. 3j,p. zp5. marque avant nous.

C'eft pourquoi, s'il eft vrai que ce privilège foit auili ancien que la monar- chie , il n'en faut point chercher l'origi- ne ailleurs oue dans la nature du droit féodal. On fçair que de tout temps nos rois ont donné des terres à condition du fervice militaire , ou de quelqu'au- Cejî. reg. iyq redevance. On voit par le témoi- 700.' apud' g^^^g^ ûe l'auteur des Geftes des rois de Duch. r. I. France , du moine Roricon , de l'arche-

Jioric. mon. a tt- ^ \ - ^ r ' ^

p. ?o5. veque Hincmar dans la vie de laint Vha mf. S. Remv , tirée des auteurs contemporains ,

Aim. L i^ ôc a Aimoin dans Ion hiftpire depuis

^- ^' l'origine de la monarchie , que Clovis

invertit le comte Aurélien de la Sei- gneurie de Melun , pour la tenir de lui en foi & hommage. Le nom de ces fortes d.e gratifications du fouverain n'a pas été le même dans tous les temps: Du Cmg. on les appelloit Bénéfices fous les Mé-

durar' ^^' rovingiens : on les nomma Fiefs fous les Carlovingiens ; mais les uns ^ les

C L O V I s î. é'3

autres emportoient également l'idée de valTelaee , & l'obligation d'être fidèle Ann. çn* au prince. Or ces bienfaits , toujours viagers , étoient réveriibles à - la cou- ronne , à la mort du polTeireur. Les re- venus rentroient alors dans la main du monarque , & n'en fortoient que par une nouvelle inveftiture. Cette loi ne foufîroit aucune exception : elle affec- toit c^énéralement tous les fieFs , tant eccléiiaftiques que laïcs. On peut donc la regarder comme le fondement de la bafe du droit de régaie , qui avec le temps s'eft étendu fur tous les biens de l'évêché.

Ce qui ne paroît que probabilité au premier coup d'œil , devient prefque Ordcnn. de certitude , lorfqu'on examine attentive- ^^l^^^^^ -^^^* ment certaines anecdotes de la monar- ordonn, de chie. On voit par le teftament de Phi- Ph^i- de Vct- lippe Augufte, ôc par plufieurs ordon- ^"' *'^^"** nances des rois fes fucceiTeurs , qu'il y avoir des églifes qui ne vaquoient point en régale. Quelle peut être la raifon de cette exception ? On ne les trouvera certainement ni dans les actes du concile d'Orléans , qui fuivant le fyftème de notre illuflre auteur, fou- met généralement tous les évêchés à ce droit de la couronne ; ni dans la cpalité de piotedeurs , toutes les églifes étoient

(?4 Histoire de France. *" '" ■- également fous la garde de nos rois ; m Ann. 511, dans la prérogative de fondateurs &: de patrons , elle eft commune à tous les fouverains , qui cependant ne jouiffent pas tous de ce privilège. Il faut donc la chercher dans la nature des Jbiens qui conftituoient les revenus de ces égli- fes : elles n'étoient point fujettes à la régale , parce qu'elles ne tenoient au- cun iiefdu roi. Auln voyons-nous que les fiefs eccléiiaftiques font nommés régales dans quelques-uns de nos vieux auteurs. Ils difent que les évêques d'Or- léans ôc d'Auxerre ayant refufé d'ame- ner les hommes qu'ils étoient obligés de fournir , Philippe Augufte fe faific de leurs régales , c'eft-à-dire , fuivant l'explication de Rigord , de tous les biens qu'ils tenoient de fa majefté en foi &c hommage.

Quoi c]u'il en foit de l'origine de cette prérogative , Grégoire de Tours aiîiire que les rois de la première race en ont joui malgré les oppofitions de quelques évêques. Les papes Innocent ^n. 1174. IIÏ , Clément IV , Grégoire X l'ont re- connue par des bulles authentiques. Le concile de Lyon l'autorife dans les égli- fes elle étoit établie par la fondation ou par quelque coutume ancienne j m^ mais il défend en même temps de;

C L o V I è L <^5

introduire dans celles elle n'étoit pas reçue. Aî^n. 511»

Le parlement de Paris, feul juge de ces matières , a toujours tenu pour confiant , que la régale étant un droit de la couronne , elle devoir afFe6Ver gé- néralement tous les évèques du royau- me. Enfin en 1^73 , Louis XIV donna un édit qui déclare le droit de régale inaliénable * & univerfel dans toute l'étendue de fes Etats. ïl fut vérifié au parlement : le clergé afTemblé y fouf- crivit aurlientiquement : les feuls évè- ques d'Aletli Se de Pamiers s'y oppo- ferent : le roi fit faifir leurs revenus. Le pape Innocent XI fulmina quelques bulles d'excommunication en leur fa- veur. L'affaire fut accommodée fous In- nocent XII : & l'univerfalité de la ré- gale folemnellement reconnue.

Le concile d'Orléans fut le dernier Mort de Clo- ^vènement remarquable du règne de J'raj't.^^^^^' '"lovis. Il mourut dans la même année, Creg. Tur» igé de quarante-cinq ans. Il fut enterré j^ i^^'"- ^^'^" ians l'églife de faint Pierre & de faint ^■'* ^' '' Paul , qu'il avoir fait bâtir. L'hiftoire :apporte que quelques mois auparavant Dn y avoit tranfporté le corps de fainte

* Le roi Charles VII 8c la plupart de Ces fifccefTeurs ivQÎent cédé les revenus de la régale à la fainte Cha- >elle de Paris : Louis VIII les retira , & lui donna en îchange l'abbaye de fain: Nicaife de Rheims.

^6 Histoire de France. ! Geneviève , & qu'un mort reirufcita Tuf

A\N. ji I. fon tombeau. On a beaucoup difputé il ce prince étoit plus guerrier que politi- que : la Gaule fubjuguée par fes arm^s &: confervée par fa prudence , eft une preu- ve qu'il étoit aulïi fage dans le confed que redoutable à la tête d'une armée. On admu'e le commencement de fon rè- gne 5 c'eft un enchaînement de vidoires : on en dételle la fin, c'eft un tiffu de cruautés. L'ufurpation des petits Etats des princes de Ion fang a fait difparoi- tre le héros ^ & l'homme injufte & bar- bare ne s'eft que trop montré.

CHILDEBERT I. *

Thierri roi V^LO VIS laifïa quatre fils 5 qui par-* de Metz. tagerent {on royaume également. Ils clodomirroi s'aifemblerent 5 & firent quatre lots ,

d Orléans. r i r t^i

qui rurent tires au lort. 1 hierri , quoi- ciotaue rci ^g d'uue concubine , fut roi de

Metz j Clodomir , d Orléans ; Childe-

l?r^c Tr* ^^^'' > ^^ Paris j Clotaire , de SoilTons.

Frsi. c. îo. Les hiftoriens ne marquent point les li-

^f' ^''^^'^' mites précifes de tous ces Etats. Mais on

* Childebert n'étoîc que le troifitrae des enfants de Clovis. Mais j comme Taris eft devenue la capitale de l'eiTipire François , l'ufage a prévalu de ne mettre au nombre des rcis de France , que ceux qui ont régné dans cette ville. Nous nous y conformerons dans la fuite de cette hiftoire.

C H I L D E B E R T I. 6j

voit par les circonftances de l'hiftoire , que le royaume de Metz comprenoit le Ann. 5iI( Rouergue , l'Auvergne , l'Albigeois , toutes le frontières de la Provence & du Languedoc, la Champagne, les trois Evêchés , le Luxembourg, l'Alface , les Eiedorats de Trêves , de Mayence , de Cologne , & toute l'ancienne France au- delà du Rhin jufqu'à la Veftphalie. Celui de Paris s'étendoit le long de la mer, depuis fa Picardie jufqu'auprès des Pyrénées. La Beauce , le Maine , l'An- jou, laTouraine, leEerry compofoient celui d'Orléans. Le royaume de Soif- fons , plus borné dans fon étendue , étoit refferré entre la Champagne , l'Ifle- de-France, la Normandie, la mer, Se l'Efcaut. Mais, quoique divifés & gou- vernés par des princes également indé- pendants , * ces quatre Etats ne fui- voient qu'une même loi, & nefaifoient qu'un corps de monarchie. Les fei- gneurs des quatre royaumes s'afTem- bloient de temps en temps en un même lieu : on y traitoit des affaires générales de la nation : on y jugeoit en commun

■'' Ce partage du royaume de Clovîs fut l'occafion d'une nouvelle divifîon delà France. On nomma Auf- trafie celte partie des Gaules qui eft fituëe versTO- ïienc entre le Rhin j la Meufe & la Mofelle. On ap- peila Neuftrie la partie qui s'étend au couchant entre la Meufe & la Loire jufqu'à l'Océan.

f. 19

<)8 Histoire de France. îi:i__rzz::! les procès qui intéreffoient l'empire, OU >^NN. 511. par l'importance du fujet , ou par la

qualité des parties. "" Les premières années du règne de ces

n princes ne furent troublées par aucune lT^^c. 3."'^* guerre. La France jouifïoit de la paix o efi. Franc, I3, plus profonde 5 lorfque Cochiliac , frl'deg.ii. ^^^^ prétendoit defcendre de Clodion , fe jetta fur les terres du roi d'Auftrafie. Thierri fut obligé d'envoyer contre lui une armée confidérable , dont il donna le commandement à Théodebert fon fils. Ce jeune héros joignit le prince Danois , lorfqu'il étoit fur le point de fe rembarquer , le défit & le tua de fa propre main. 11 paroît par les relations . de ce temps , que la France avoir dès- lors une marine. L'hiftoire rapporte que la flotte Françoife prit celle des Danois , leur enleva tout le butin , de remit en

liberté les prifonniers François. Cette

rrr 777 expédition fut fuivie d'une autre dans * la Thuringe , Baldéric perdit " fes Etats Se la vie. Le roi d'Auftralie devoit partager cette conquête avec Hermen- froy qui l'avoit excité à prendre les ar- mes contre le malheureux Baldéric , fon frère : telles étoient les conditions du traité. Mais le Thuringien , auflî perfide vis-à-vis de fes alliés , que bar- bare envers fon frère , lui manqua de

Childebert I. 6^ parole. Thierri diilîmula fon reiTenci- ment , &c remit à un autre temps la Ann. 510,

vengeance de cette trahifon.

Cependant les trois fils de Clotilde . déclarent la guerre au roi de rJourgo- ^ j^^^ gne , qui retenoit injuftement le bien /. ? , c. ^. de leur mère , lui préfentent la bataille , ^^^' ^^^^^* mettent fon armée en déroute , & s'em- parent de fes Etats. Sigifmond , la reine fon époufe & fes enfants furent livrés à Clodomir, qui, malgré les prières & les menaces du faint Abbé Avitus les fit maffacrer & précipiter dans un puits : vengeance trop ordinaire dans ces temps barbares de la monarchie. *

Gondemar, rentré dans la Bourgo- gne , avoit reconquis le royaume de (on frère. Le roi d'Orléans , ligué avec Thierri , marcha contre lui , le joignit à Veferonce auprès de Vienne , &: le défit entièrement. Mais emporté par l'ardeur de la pourfuite , il fut furpris par quelques Bourguignons qui le per- cèrent de plufieurs coups dont il expira. La mort du roi Clodomir , loin de ra- lentir le courage des François , le chan- gea en fureur : ils palferent au fil de l'épée tout ce qui fe préfenta devant

"•^ 11 y a deux villages de l'ancien royaume de Clo- dcmir, qui conrervcnt les traces de cette aftion, faint Sîgifmond&Coloumelle: on croit que ce dejnici ncm çft une ahciation de calumnia.

70 Histoire de France. eux : vieillards , femmes , enfants, rien Ann. 513. ne fut épargné, & ils ne quittèrent la Bourgogne qu'après l'avoir entièrement défolée.

Conquête Ainii pérît au milieu de la victoire de Ja Bour- j^ ^q^^i^q Clodomir. Ouelques années Procop. de ^pres , les rois les rreres , ce i neode- ^eiio Ooth. bert fon neveu , vengèrent fa mort par .11, ^-U'i^ conquête de la Bourgogne , qu'ils^ partagèrent entre eux. 11 y avoir cent vingt ans que ce royaume étoit fondé lorsqu'il fut réuni à la monarchie Fran-^ Creg. Tur. çoife. * Le roi d'Orléans lailToit trois /. I ,^ C-. 1 8. fJs, Théodebert, Gontaire & Clodoal- e. 14. ' ^^* Elevés fous les yeux de par les foins Fred. epff. Jg 1^^- pieufe aïeule , rien n'auroit manqué à leur bonheur , s'ils avoient eu des oncles ou moins cruels, ou moins ambitieux. Ces princes uferent d'arti- fice pour les tirer des mains de la reine Clotilde. Mais ces innocentes victimes ne furent pas plutôt en leur pouvoir, que levant le mafque , ils envoyèrent à cette princeiTe une épée & des cifeaux , lui laiffant le choix de l'un des deux.

* Les auteurs anciens & modernes en mettent le ccmmencerr.ent l'an 413 ou 414 Tous Gondicaire eu -Gondioc : M- l'abbé du Bos en place la àtHruùwn rnn 5 î4, feus Gondomar. Depuis ce moment il fut tantôt divifc entre plulîeurs rois de France , tantôt réuni dans un feul , & enfin partagé en deux ou trois portions , dont chacune fut honorée du titre du royau- me de Bourgogne»

mXMA^-ueBmmm

Childebert L yr Ciotilde , emportée par ia douleur , s'écria inconridérémenc , qu'elle aimolt Ann. 513. mieux les voir au tombeau , qu'enfer- més dans un cloître. Ces paroles ne Mâffacre

fiZj^l ^ ^' des enfants

urent que trop fidèlement rapportées, ^^clodomir.

Clotaire fur cette rcponfe fe faiiit de l'aîné qui n'avoir que dix ans , le ren- verfe par terre , & le poignarde. Le ca- det effrayé fe jette aux pieds de Chil- debert, lui embralTe les genoux , lui demande la vie. Ge prince attendri ne peut retenir fes larmes : Clotaire lui reproche fa foibleife , lui arrache l'en- fant 5 & l'égorgé fur le corps de fon frère. Le troiiieme eut le bonheur d'é- chapper aux fureurs de ce prince bar- bare. Il fe fit couper les cheveux , & - ^ fe confacra au fervice des autels. On l'invoque aujourd'hui fous le nom de faint Cloud. Nous avons cru devoir rapporter de fuite ces deux événements, quoiqu'arrivés plulieurs années après la mort de Clodomir. * L'attention du

lecteur eft moins partagée. ^

Cependant le roi d'Auftralie n'avoir ^^^ ^ ^ point oublié la perfidie d'Hermenfroy. conquête Aidé de Clotaire fon frère , il porta la^^ela Turin- 2;uerre dans la Thurino;e , emporta d'af- ^^* ^■ laut la capitale , ce s empara de tout le /. ?, c. 3. royaume. Chaque événement de ces ^^fi- ^ranc,

* Le premier en j 3 4 , le fécond en î 3 ç-

71 Histoire de France; iiècles barbares eft marqué au coin de Ann. 55 i.^*^ cruauté. Le roi de Thuringe , fur la Frede e it P^^^^^ ^^ Tliierri , le vint trouver à f. 3z. ' Tolbiac. Un jour qu'il fe promène avecfon vainqueur fur les murailles de la ville 5 quelqu'un de la fuite du mo- narque François le pouffe 8c le préci- pite dans le foifé , il expire. Clotaire epoufa l'incomparable Radegonde , ôc ût allafliner le frère de cette princelTe. Mais peu s'en fallut «ique lui-même ne fut immolé à l'ambition ou à la jaloufie de Thierri, Ce prince lui avoir deman- dé un entretien fecret. Le roi de Soif- fons apperçut , en entrant , les pieds de quelques foldats cachés derrière une tapifïerie. 11 fit ligne aux feigneurs de fa cour de le fuivre. Ainfi efcorté , il fe préfenta devant fon frère, qui fans paroîure déconcerté , le combla de ca- refies & lui fit préfent d'un riche balïin. C'étoit le préfent à la mode dans ces L'ëjc. 2. anciens temps. Grégoire de Tours rap- porte que parmi les chofes précieufes que Chilpéric envoyoit à Tibère Conf- tantin , empereur d'Orient , il y avoit un baflin d'or enrichi de pierreries , qui pefoit cinquante livres.

Pendant que ces chofes fe pafToient dans la Thuringe, le roi de Paris ven- geoit fa fœur des outrages de des cruau- tés

Childebert I. 75 tés d'Amalaric fon époux. Le fruit de rerte expédition fut la délivrance de Ann. 531. Clotilde 5 la mort du roi des Vifigotlis , Guerre cor- la prife & le pillage de Narbonne, "^^^J^"' ^'^^- l'on trouva foixante-douze vafes d'or, qu on pretendoit avoir ete enlevés du de beîi. Cou temple de Salomon. Lorfque Childe- ^- 1^'^- ^-

1 / 1 ■'■ Grès. Tiif»

pert etoit en chemni pour cette guerre 5 /. 3 , ?. 10. il fe répandit un faux bruit que le roi d'Auftrafie avoir été tué. Cette nouvelle lui fit changer de route : il fe rendit auifi-tôt en Auvergne qui fe {onmit JtT\'ï'^' avec joie a la domination. Cette de- Fredeg.epîc. marche imprudente eut des fuites bien ^' ^J:':„ runeltes pour les Auvergnats. Le vido- hifi. l z. rieux Thierri entra à main armée dans leur pays , s'empara de Clermont, força le château de Volorre , brûla celui de Tiern , réduifit le fort d'Oliergue qui paflToit pour une place imprenable, fie airaffiner Mundéric * qui foutenoit les

* Ce Mundéric qui prétendoit que le royaume lui étoit ainfi qu'à Thierri j Se qu'il étoit roi comme lui , pouvoir bien, fuivant la conjefture d'un fçavanc académicien , être un fils naturel de Clovis , quoique ce prince , pour des raifons que l'hiftoire ne dit point , ne l'eût pas reconnu en cette qualité. L'entrée fubitc qu'il fait dans le monde oii il étoit inconnu , ne con- vient pas à un 'prince élevé dans l'ignorance de fon état , & qui venant à pénétrer le fecret de fon. origi- ne , cherche à en pourfuivre les droits. M, de Fonc. Mémoires de Vacaiémie des belles-lettres y tome VIU^ ^ûge 4.7 5.

Tome L D ^

74 HiSToiRi DE France. relies du parti rebelle , ôc lai{ra par-tout Ann. ; 5 1. des marques de la plus implacable ven- geance. Mort de Cette expédition fanguinaire Se la fon carac- réconciliation de 1 hierri avec les tre- tere. res , font les dernières actions mémo-

77"; 77 râbles de fon rèene. Il n'eut rien de

Ann. 554- / i- . P . r- i

médiocre , ni vices , ni vertus. Grand

roi, méchant homme j jamais monar- que ne gouverna avec plus d'autorité , jamais politique ne refpedta moins les ^ ^ loix de l'honneur & de l'humanité. On î. 3 , c. 17. voit par 1 hiltoire de ce prince , qu an- ciennement nos rois nommoient aux^ évèchés fans attendre le fufFrage du peuple & du clergé. L'églife d'Auver- gne avoit élu un fuccelTeur à l'éveque Euphrafius. Thierri qui n'approuvoic pas ce choix , conféra l'évèché au prêtre Apollinaris , qui fut reçu de facré. Ce-» lui-ci étant mort quelques mois après, le roi choiiît pour le remplacer faint Quintien , que les Ariens avoient chafTé de fon (lége. Les évêques voiiîns s'af- femblerent , l'iiiftallerent dans la chaire de l'églife de Clermont , 3c le préfente^ rent au peuple , qui le reconnut pour fon légitime pafteur. Les papes ne s'érr toient point encore attribué le droit de confirmer. On leur envoyoic fimple-^

Childebert I. 75 ment une confelîion de foi : on leiir "^^''••^^'-"*"7 demandoic leur communion : c écoic Ann. 534» le feul hommage qu'on' rendît alors à la cour de Rome.

Le fils Se le feul héritier du roi d'Auf- Thécdetert trafîe étoit en Auvergne pendant la ma- ^oi^^'-^^f^"^*- iadie de fon père. Théôdebert , efclave de la belle Deuterie , fembloit avoir oublié le refte du monde. Déjà Childe- bert ôc Clotaire prenoient des mefu- res pour démembrer la fuccellion de Thierri , lorfque ce jeune prince s'arra- ,^^^ -^y^^^ che enfin des bras de fa maîtreiTe , arri- c. 20, ' ve à Metz , fe montre à fes fujets , de diilîpe tous les projets de fes oncles. Le commencement d'un Ci beau règne fut deshonoré par une a6tion bien cri- minelle. Le nouveau roi répudia Wifi- garde fa femme pour époufer Deuterie qui avoir fon mari. Ces défordres fcan- daleux n'étoient que trop communs dans ces premiers temps de la monarchie. Car fans parler du mariage de Clotaire avec la veuve de fon frère , ce prince eut en même-temps trois femmes, dont deux étoient fœurs, Se ne fe fit aucun Wem,/. 4i fcrupule d'époufer Waldrade veuve de^' ^' fon petit-neveu. Ces mauvais exemples étoient imités par les particuliers , qui peut-être portèrent la licence plus loin

y 6 Histoire de France, ^ encore. C'eft du-moins ce qu'on peut Ann. 534' conje(5burer ci*un canon du fécond con- Conc. t. '^. cile d'Orléans , qui défend d'époufer fa belle-mere ou la femme de (on père. Cependant une nouvelle carrière

' s'ouvrit à la valeur Françoife au - delà d'itfue"" ^^^ Alpes. Voidi quelle en fut l'occa- iîon. Théodat devenu roi d'Italie par procop'l I. Amalafonte fa femme, eut la cruauté ^^jormmi de ^^ ^^^^^ moutir celle dont il tenoit la reb. Got. couronne. Juftinien entreprit de ven- ger cette mort. Ce fut dans cette vue qu'il rechercha l'amitié des princes François : le traité fut conclu. Mais les Oftrogoths trouvèrent moyen de les détacher de cette nouvelle alliance en leur abandonnant la Provence Se une partie des Alpes Rhétiques. Ce fécond - traité ne fut pas obfervé plus fidèlement que le premier. L'année fuivante Théo- debert parut en Italie à la tête d'une puiffante armée , fondit furies Oftro- goths 5 enfuite fur les Romains qu'il défit fuccefiîvement , ravagea la Ligu- rie 5 faccagea la ville de Gênes , & chargé d'un prodigieux butin , ramena fon armée en France. Ce fut la tout le fruit de cette entreprife, «N, 540. Théodebert de retour dans fes Etat$ fe ligua avec Childebert contre h roi

C H I t b È B E R f ï. 77

ie SoifTons. On ienore le motif Je cet- f^

te guerre. L'hiftoire- rapporte iimple- Ann. ç4o. ment que Clotaire plas foible que fes ChUdebert

/ -*• ^ ^1 j î^^^^& Théode-

ennemis , le retra-ncha dans ia roret ^^^^ ^ç^_ Bretonne ou de Routot dans le pays de nent les ar-

/^ '/■ 1 j' ' * r -. ^ « roes centre

Caux , relolu d y penr , li on entrepre- ciotaîre. noit de l'y forcer. Déjà les d.eux rois (jreg. Tur, avoient tout difpofé pour railàut , lorf- ^*j > «^i ^^* qu un orage runeux vint tondre lur leur ^, ^j, camp. Le bruit du tonnerre , la violence des éclairs , une pluie mêlée de grêle & de pierres _, difent les hiiloriens , portèrent la confternation dans tous les cœurs. Les princes ligués reconnoident la main de Dieu , & fe réconcilient avec Clotaire , dont on dit que la tempête avoit refpecté le quartier. On attribua ce miracle aux prières de fainte Clotilde.

C'eil: à cette même année qu'on rap- Royaume porte l'établilLement du royaume d'Ive- *^'^^^^°'^- tôt. On raconte que le roi Clotaire tua RolenCa- de fa main dans 1 eglife de SoifTons un f'"" '. ^''■''^.'

, . p. l. z, in ra-

nomme Cjautier , ieic^ne-ur de cette ba- c/ot. ronnie. On ajoute que ce prince revenu de fon emportement condamna lui- même cette adion violente , &c pour réparation érigea la terre d'ivetot en royaume. C'eft une liiftoire apoci"yphe. PafçuUrre. L^s feigneurs du Bellay qui ont eu cette '^'''''' '^' ^'

D3

yS Histoire de France.

:t feigneurie par le mariage d'un de leurs

Ann. 540. ancêtres avec Ifabeau Chenu, convien- />3nce,/. 3,nent qu'ils n'ont aucun titre juftificatif *^' '^' de cette royauté imaginaire.

ehiidebejt La réconciliation des rois de Paris 8^ liguent con- ^^ ^oiilons tut Imcere. Ils joignirent tje les Vifi- leurs troupes , entrèrent en Efpagne , ^^'^^* prirent Pampelune, ravagèrent la Bif-

caye , l'Aragon , la Catalogne , & vin- rent mettre le fiége devant Sarragoce , qui 5 pour fe racheter du pillage , leur donna la tunique de faint Vincent mar- Geji. Franc, tyr. Cette précieufe relique fut dépofée <■* ^^* dans l'églife que Childebert fit bâtir

hors des murs de Paris fous le nom de fainte Croix & de faint Vincent. On l'appelle aujcurd'hui faint Germain des Wor'kifp.pT^^s, Oeik ainfi que nos auteurs racon- ' * * tent ce fait. Les Efpagnols difent au contraire que les deux rois furent entiè- rement défaits devant cette place. Les vainqueurs s'emparèrent aufïi-tôt des çorQ^es des Pyrénées. Les princes ne pouvoient leur échapper 11 le gênerai Viligoth , gagné par argent, ne leur eût accordé le palTâge pendant un jour 6c une nuit. Le refte de l'armée fut taillé en pièces. Ligue de L'Italie étoit toujours le théâtre de la guerre la plus fanglante. Juftinien con-

Childêbert I. 79 vaincu qu'il ne réufïîroit point , s'il avoit les princes François pour enne- Ann. 540» mis, leur envoya une célèbre ambalTacle contre l'em- avec la cefîlon pure Ôc (Impie de tout^fen"'^ ce qu'il pouvoir prétendre fur la Pro- vence, il leur accordoit le droit de ^^o'^^pj-^'

tri 1 . de bel. Oou

preiider comme les empereurs aux jeux

qui fe célébroient dans l'amphithéâtre de la ville d'Arles j il donna de plus un édit qui ordonnoit que la monnoie d'or marquée à leur coin & empreinte de leur image , auroit cours dans toute rétendue de l'empire. C'étoit une pré- rogative unique , qu'on avoit toujours refufée même au grand roi de Perfe. Toutes ces avances furent inutiles. Théodebert traita avec Totila à qui il venoit de refufer fa fille , qui , difoit-il , ne pouvoit être deftinée qu'à un roi. Le Agat. l y* motif de cette ligue étoit , que Jufti- nien dont les troupes avoient été fi fouvent battues par les François, prenoit cependant le titre faftueux de Francique. Le roi d'Auftraiie entreprit de lui faire perdre ou mériter ce glorieux furnom. il commença par faire frapper des mé- dailles, où il étoit repréfenté non-feu- lement avec toutes les marques de la dignité impériale , mais encore avec le titre de Seigneur ôc d'Augofte, cpi

8o Histoire de France.

*—*——* n'appartenoit qu'aux empereurs. Il forr- Ann. 540. gea enfuite à intérelTer dans cette que- relle les Gépides , les Lombards , & toutes les nations qui grofTifToient la lifte des peuples domptés par Juftinien, Son deiîein étoit de porter la guerre Jufque dans la Thrace & dans l'illyrie.^ Mais un accident funefte fit évanouir tous ces grands projets. 7~~~7: Ce prince , le plus accompli des def- Mort de ^^^^^"^^ ^^ dovis , tut enieve de ce Théodeberc monde , OU par la chute d*un arbre qui & fon éloge. Iq i^jg^-^ £ dangereufement , qu'il en

Cre^'.Tur. ^^o^rut le même jour, ou par une Ion- l> i, G. i6. gue maladie les médecins déployè- rent envain tout leur art. Car les hifto- riens ne s'accordent point fur le genre , de fa mort , mais tous s'accordent à lui donner les plus grands éloges. Vaillant > hardi , intrépide , il étoit à peine forti de l'enfance , qu'il mérita par la vidoire qu'il remporta fur les Danois , le Sur- nom de prince Utile : exprefïion fingu- liere , qui préfente l'idée d'un guerrier capable des plus grandes entreprifes, Bienfaifant , humain , fenfible à la mi- fere de fes peuples , il n'eut rien de cette férocité qui deshonore la mémoire de fon aïeul , de fon père & de Îqs oncles* Adoré de fes fujets, recherché de fes

C H I L I) E B E R T I. Si

ToifinSj redouté de fes ennemis, jamais prince ne foutint plus glorieufement ia Ann. 54S. dignité de fa couronne. L'évèque de Lauzanne , Marius , ne l'appelle que le Marins ïa grand roi des François. On admire fur- ^^^^''* tout la belle réponfe qu'il fit à l'évèque Didier. Ce prélat lui rapportoit une fomme coniidérable qui avoit été prê- tée aux habitants de Verdun fur le tré- for royal. Le monarque refufa de la re- prendre. N'eus Jommes trop heureux , lui dit-il , vous _, de m' avoir procuré l'oc- cajion de faire du bien j <S' moi ^ de ne ravoir pas laïffé échapper. Il ne lailToit qu'un fils 5 qu'il avoit eu de Deuterie. Ce jeune prince nommé Théodebalcle ou Thibaut , lui fuccéda fans aucune contradidion de la part de fes grands oncles : ce qui prouve que dans ces ptemiers temps les bâtards n'étoienc point exclus des fucceflions,

La mort de la pieufe reine Clotilde' fuivit de près celle du roi d'Auftra&. Ce fut un modèle de patience , de piété , de zèle. On tranfporta fon corps de Tours à Paris , il fut enterré à côte de Clovis , dans l'églife de faint Pierre & de faint Paul , aujourd'hui fainte Geneviève. Elle a été mife au nombre des faints^

D ^

8t Histoire de France. Théodebalde étoit à peine fur le Ann. 549. trône que Juftinien lui envoya des am- Théodebaî- bafïadeurs pour lui demander fou al-

«afie'/'"^"^" ^^^"^^ ^ ^^ reftitution des places de la Ligurie Se du pays de Veniie. Le jeune monarque fit partir pour Conftantinople quatre feigneurs François , qui termi- nèrent heureufement l'importante né- gociation dont ils étoient chargés. La paix fut conclue entre la France &C

Procop. i 4. l'Empire. Les François refterent en

de beii. Got. pofTeirion de leurs conquêtes d'Italie.

Le pape V igile rut traite avec plus d e-

gard : l'empereur remit l'affaire des trois

chapitres à la décifion d'un concile gé-

L'afiâîre néral. C'eft ainfi qu'on appelloit la fa-

purw?^^^ *'meufc queftion qui fut agitée dans le fixieme fiecle , fi l'on devoit condamner quelques écrits de Théodoret évèque de Cyr , une lettre d'ibas évèque d'E- defTe , la perfonne enfin & les œuvres de Théodore de Mopfuefte. Tous ces ouvrages étoient légitimement fufpedls ^ les deux premiers , parce qu'ils avoient été compofés en faveur de Neflorius contre iaint Cyrille d'Alexandrie, les derniers , parce qu'on les regardoit avec raifon comme la fource l'évèque de Byfance avoit puifé {es erreurs. Mais Théodoret 6c Ibas avoient été reconnus

Childebert I. 83 pour orthodoxes par le Concile de Cal- cédoine, & Théodore étoit mort dans Ann. 549. le fein de l'églife. Ces confidérations ne caufoient pas un médiocre embarras. Cependant les trois chapitres furent con- damnés dans le cinquième concile gé- néral de Condantinople. Le pape Vi- gile* refufa d'y foufcrire. Pelage fon fucceffeur le confirma folennellement. Childebert regarda cette démarche com- me un attentat contre l'autorité du con- cile de Calcédoine : il s'en plaignit au pape 5 qu'il Força de lui envoyer la pro- feiîion de foi. Cette lettre fut alTez effi- cace pour arrêter le fchifme près de s'élever en France \ mais elle ne put diiliper tous les préjugés de la nation fur la prévarication dont elle accufoit le fouverain pontife.

La paix avec l'empire ne fut pas de . „„

1 1 / T i> A n r nNN. 554*

longue durée. Le roi dAultrahe, con- tre la foi du dernier traité , permit ^\xxm^I\o^ te Leutharis & à Bucelin de conduire foi- défaite des xante - quinze mille hommes au fecours iHx-lT^ ^^ des Oftro^oths. Ces deux généraux fe faifirent de Parme , battirent un déta- chement de l'armée impériale comman- dé par Fulcaris , portèrent la défolation par-tout ils paflerent , & s'avancèrent Procnp. l 4. jufqu'au Samnium j ils feféparerent -^^^^^^ ^'^'

D6

§4 Histoire de France.

en deux corps. L'un fous la conduite

Ann. 554. des Leutharis , après avoir couru toute la Pouille & la Calabre , vint périr de la pefte fous les murs de Padoue. L'au- tre fous le commandement de Bucelin ,. après avoir ravagé la Lucanie & le pays des Brutiens , fut taillé en pièces à quel- ques lieues de Capoue. Le carnage , au rapport des hifto riens , fut fi horrible , que de trente mille hommes , il ne fe lauva que cinq foldats. Tout fut pris ou pa{Te au fil de l'épée. Cette défaite lit perdre aux François toutes les places qu'ils occupoient dans la Ligurie de dans le pays de Venife. Il ne leur refta de toutes leurs conquêtes que le feul palfage des Alpes.

Akn. fsS' -^^ nouvelle de cet échec éroit a peî- Mort de ne parvenue en France, que Théode-

Théodebal- balde 5 jeune prince de peu de fanté , mais d'un efprit excellent , termina fa languilTante vie dans la feptieme année de fon règne. Il ne laifTa point d'enr fants ; & quoiqu'il eût deux foeurs y. Wifigarde & Ragnitrude , la loi du ^- a. pays , dit Agathias , appelloit à la fuc- ceiïion Childebert de Clotaire comme £es plus proches parents. C'eft le pre- mier monument hiftorique de la loi fondamentale <^ui n'admet poiiu les

C H I L D E B E R T I. 8^5

filles à la couronne. Le roi de Paris attaqué d'une violente maladie ne fe Ann. 5 5 5. trouvoit pas en état de recueillir la fuc- ceflion de fon petit-neveu. Clotaire fçut profiter de la circonftance , gagna les îeigneurs Auftrafiens , &c força fon frère à lui faire une celîion authentique de tous fes droits. Childebert , pour fe venger de cette violence y mit le trou- ble^ fema la difcorde dans la famille du roi de SoilTons. Lorfque ce prince , d'abord vainqueur des Saxons , enfuite obligé de leur demander la paix , rame- noit en France les débris de fon armée , il apprit que Chramne le plus cher de 5'^'!^^^'^^^

r ^V ^ >/ / 1 / ^ 1 Tl révolte con-

les entants s etoit révolte contre lui. 11 tre clotaire prenoit des mefures pour le faire rentrer^'^" p^""^* dans le devoir , lorsqu'il fe vit forcé de , ^^^^' '^"f* marcher contre ces mêmes peuples qiu m. venoient de lui donner la loi. 11 envoya ^^f'f^^^*^' contre le rebelle deux autres de fes fils , ' Caribert de Contran. Ces deux rois , Marcuiphe^ ( tous les enfants de France portoient 3/^* "^^ " alors cet augufte nom ) entrèrent en Auvergne , firent lever le blocus de Clermont , 8c s'avancèrent jufque dans le Limofin pour combattre l'armée en- nemie. Mais un faux bruit ,, que leur père avoir été tué , leur fit reprendre tout-à-coup le chemin de la Bourgogne*.

Î6 HièToiRE DE France.

Le retour de Clotaire & la mort de

Ann. 558. fon frère mirent fin à cette guerre ci-

Mcrt de viie. Chramne privé de l'appui de fon

Chiideberr& oncle, implora la miféricorde du roi ,

ion portrait. i 1 .^1-111 / j

qui fui pardonna. Childebert eioit dans

la quarante -feptieme année de fon rè-

Fredeg. epit, gne , lorfqu'il mourut. Tous les ordres

de l'Etat refTentirent vivement cette

Î>erte. La nobleffe perdoit un chef dont es manières affables & pleines de bon- té captivoient tous les cœurs : le peuple regrettoit un fouverain équitable , qui le gouvernoit avec beaucoup de modé- ration de de fagefle : la religion pleuroit un proteâreur dont le zèle ne connoif- Tom. I. ca- ^oit point de bornes. Quantité de mo-

it. ^â/"îh'. nafteres &c d'hôpitaux bâtis & fondés p, 6, .^r .

avec une magnincence vraiment royale ,

une charte publiée fous fon autorité

pour abattre les idoles & les figures con-

lacrées au démon dans toute l'étendue

de fon royaume , quatre conciles tenus

fous fon règne & par fes ordres , un à

Orléans , un à Arles , deux à Paris , font

autant d'illuftres monuments de la piété

de ce religieux prince. On lui reproche

avec juflice la mort de fes neveux. Mais

s'il eut afifez d'ambition pour projetter

le crime , il n'eut pas du-moins affez de

cruauté pour l'exécuter. Il fut enterré

pit

Childebert I. 87 dans l'égUfe de faint Vincent , au jour- '!^ d'hui faint Germain-des-Prés , l'on Ann. jî8. voit encore fon tombeau. On lui attri- Fortunaz. u bue la fondation de l'églife de Paris: *' '^''^' ''' c'eft une erreur. U eft vrai qu'il l'embel- lit, qu'il la décora de vitres , ornements jufqu'alors inconnus dans les églifes de cette capitale ; mais il n'eut point la gloire de la bâtir. Il lailToit deux filles, Crotberge &c Clodoflnde , qui n'eurent aucune part à la couronne. C'eft encore une confirmation de la loi qui déclare le royaume terre Sallique,

Clotairc fcul Roi,

Le roi de SoilTons devenu feul mai- . j -, , . , Ann. 560,

tre de tout 1 empire rrançois , éprouva ^j ^\^

que le trône le plus puillant ne défend

ni des chagrins ni de l'ennui. Chramne ciotaîrerê-

fe révolta de nouveau & fe ligua avec f^^l bJûiêr^^

le comte de Bretagne. Ce père infor- fon fils

tuné fe vit obligé de prendre les ar- ^^Z^^?^ f^

1 ' j / r ,-1 'î"^ s'etoit

mes contre celui de les entants qu il révolté de avoit le plus tendrement aimé. Les "^"'^e^"* Bretons furent défaits , leur chef tué , ^^fi- ^rana le malheureux Chramne pris , enfer- Freiêg.e^ïu 5 étranglé , &: brûlé avec toute fa c- 54. famille.

Clotaire depuis cette funefte vie- Mort de toire vécut dans la plus profonde trif- Clotaire,

s 8 Histoire de France. telTer II mourut a Compiegne dans la Ann. j 60, cinquante - unième année de fon rè- 61 , 61. giiQ ^ qui fut un tilTu d'adultères 5 d'incefles , de cruautés , de meurtres Marins in ^ d'horreurs. On a remarqué que ce fut l'année d'après la bataille de Bre- tagne 5 le même jour & à la même heure qu'il avoir fait périr fon fils. Il fut en- terré dans l'églife de faint Médard de SoifTons 5 qu'il avoir commencée , Se qui fut achevée par Sigebert fon fils. 11 laiffa quatre enfants qui lui fuccéde- rent , Caribert , Contran ^ Chilpéric , Ôc Sigebert. Il eut pour femnVes In- gonde Se Arégonde qui étoient fœurs , Chonféne , Radegonde , Gondiucque fa belle-fœur , ennn Waldrade > veuve de fon petit-neveu»

CARIBERT.

t~,„ ,</ JL'Empire François fut de nouveau

/INNo 50Z. T . /»/ •* . ,

divile en quatre royaumes qui n eurent ^ pas les mêmes limites qu'ils avoienc

Contran roi ^ j,i i r\ •• ' \ i-i

de Bourgo- ^ues Q abord. Un joignit a^ celui de gne. Paris la Touraine , l'Albigeois Se Mar-

Sigebert roi feiUe. On léunit à celui d'Orléans la d' Auftrafie. Boy^gogne , dont il prit le nom , le Sé- de sSVs? i^nois Se une partie de la Champa-f

C A R I B t R T. 857

gne. Châlons-fur-Saone devint la ville royale. Celui de SoilTons fut augmenté Ann. 2. du Tournailîs , fi toutefois il n'en avoit Gn^. lur. pas déjà fait partie. Celui d'Auftrafie , ^'c,fi,Yrlnc. en perdant quelques provinces dans la c. 19. Gaule , fe trouvoit agrandi de toute ^/^""^f ^^'^' la Thuringe dans la Germanie. Les partages n'étoient point encore faits , que la divifion fe mit entre les enfants de Clo taire. Chilpéric vouloir régner dans la capitale de l'empire. Il profita de l'abfence de fes frères , s'empara de Braine , maifon de plaifance étoienc : les tréfors de (on père , les diftribua aux principaux de la nation , ôc s'étant mis à leur tête vint droit à Paris , il fe B.t reconnoître pour roL Les Princes, indignés de cette entreprife , levèrent des troupes, l'ailiégerent dans Ùl nou- velle ville 5 l'obligèrent de defcendre du trône qu'il avoir ufurpé , Se le for- cèrent de s'en rapporter à la décilioii du fort, qui ne lui fut pas favorable» Caribert fut roi de Paris j Contran , de Bourgogne ; Sisebert , d'Auftrafie ;

Chilpéric, de SoifTons. ^^^

La guerre de la fucceflion étoit aANN. 565. peine terminée , que le roi d'Auftrafie Défaite des apprit que, les Huns , anciens peuples ^hupédc ^^ de la Sarniatie Européenne , alors mai- par sigeberc»

90 Histoire de France.

très de la Paniionie , qui a pris d'eux

Ann. 5^3. le nom de Hongrie, s'ctoient jettes Fonunat. fur fes Etats au-delà du Rhin. 11 vole

einfc.Piaiv, ^^çç^_^^^ à leur rencontre, & les joint dans la Ihuringe quils avoient rait révolter. Un pocte célèbre dans ce temps-là remarque que ce jeune prin- ce fe mit au premier rang, & la ha- che à la main , chargea ces barbares avec une intrépidité héroïque , les en- fonça , les renverfa , & les contraignit de lui demander la paix. Elle fut con- clue d'autant plus promptement , qu'il venoit de recevoir la nouvelle , que Chilpéric , après s'être emparé de Rheims , avoir fait le dé^ât dans toute

']^r^' ^"''' la Champagne. 11 reparfe le Rhin en ' *'^* grande hâte , vient mettre le fiége de- vant Soiiïbns qu'il prend avec Théode-* bert fon neveu , défait fon frère en ba- taille rangée , & par l'entremife de Ca- ribert & de Gontrand , lui rend fes Etats & fon fils, sieretert é- Le vidorieux Sigebert fon^ea enfuite

c Xi. \1f 11*

poule brune- ^ s'alliet par un mariage diene de lui

Isaut fille du , i . >, Ç> cr

roi des vifi- clans une maiion royale. Brunehaut ,

goths. £iiç d'Athanagilde roi des Vifigoths ,

pafToit pour la princelTe la plus accom-

Cejl, Franc, plie de fon fiècle. Le roi d'Auftrafie la

^* 5 *• ht demander par Gogon maire du palais.

C A R I B E R T; 91

*eft la première fois qu'il eft parlé dans lotre hiftoire de cette dignité , fi funefte Ann. 563. )ar la fuite à la puifTance royale. Le Tiaire étoit anciennement ce qu eft au- ourd'hui le grand-maître de la maifon iu roi : il ne commandoit que dans le 3alais 3c aux domeftiques. 11 devint en- suite miniftre , commandant des ar- Tiées 5 chef 5 prince , enfin roi de la lation. Le règne de Sigebert II eft l'é- iDoque de l'élcvation de cet officier Se ie l'abaiiTement de la majefté. La né- gociation de l'ambafTadeur François eut :out le fuccès qu'on pouvoir défirer. La nouvelle reine arriva à Metz aux accla- mations de tout le peuple, de le ma- riage fut célébré avec toute la magni- ficence poflible. Quelque temps après, elle abjura l'Arianifme : Se fa réconci- liation a l'églife par l'ondion du faint chrême , mit le comble à la joie du prince Se des fujets.

Le roi de Soiftbns , touché de l'exem- pie de fon frère. Se réfolu de renoncer "!!'., ^ .* a les indignes amours, iit demander époufe Gai- Galfuinde, fœur aînée de la reine Bru-ff^n^-^- ^^""^ nehaut. Ce ne rut pas lans dilticulte nehavic. qu'il l'obtint. On connoiftoit Con carac- tère inconftant Se volage. Le roi d'Ef- pagne fit jurer aux ambailadeurs qu'au-

5)i Histoire de France. cune autre femme n auroit le nom & b'

Akn. $66. rang de reine du vivant de la princefle faillie : ils le promirent en tirant , agi-* ' tant y & fecouant leur épée. C'étoit l'ur» : fage des anciens Francs, lorfqu ils s'en- \ gageoient avec ferment de faire obfer- ' Forîunat. l ^^^ quelque chofe. La nouvelle reine é, carm. 7. partit de Tolède avec de grandes richef- les , & arriva à Rouen montée fur un eliar d'argent c]ui étoit de figure ronde. Ce fut dans cette ville que fes nou- veaux fujets lui prêtèrent ferment de fidélité , foit que ce fût la coutume de ces temps -là, foit qu'Athanagilde l'eût exigé pour la rendre plus refpec- table à la nation. Le roi en lepou- fant, lui alTura pour appanage , fui- vant lufage d'alors , le Bordelois , le Liraofin 5 le Querci, le Béarn, &c le Creg. Tur. Bigotre. C'effc ce qu'on appelloit le ^'èicàngeau P^-'éfenc du matin , Mor^agemba , ou mot^ Mor^à- Morgangebû. On déterminoit cette dot iiegi a. avant le mariage : la donation ne s'en faifoit'que le lendemain des noces. 'Mort de Chilpéric , quoique plein de ref- pect pour la vertu de la nouvelle époufe , lai (fa bientôt rallumer dans fon cœur des feux illégitimes. La reine s'en plaignit dans une affemblée des Etats.. La nation obligea le roi de ju-

Calfuinde.

à

MajM4'/g»JUJM 81 1 1 'M

Caribert. 95

it qu'il feroit fidèle à les anciens fer- lents. Mais quelques jours après , Gai- Ann. 56^. jiinde fut trouvée morte dans (on lit. ;:.e fbupçon de cette mort tomba fur ^^^* ^f^^* iirédegonde , femme d'une grande ieauté , de d'une méchanceté plus -rande encore. 11 fut pleinement con- irmé , lorfqu'on lui vit occuper la ilace & le trône de fa rivale. Ces alliances honteufes pour la Caraci^re

n' C ^ à^ Cariberr,

lajelte ^ ne turent que trop commu- ^^^ mavia-

es dans la famille de Clotaire. Cari- ges? fa mort»

■ert répudia Ingobert , pour épou-

3r Mirefleur , fille d'un artifan. Celle-

i fut remplacée par fa fœur Mar-

oucfe , qui étoit confacrée à Dieu par

îs vœux de religion. On vit enfin dans

i perfonne de Teudegilde , la fille

'un fimple berger, élevée fur le pre-

tiier trône de l'empire François. Ces

iéfordres le firent excommunier par

aint Germain évêque de Paris. Les

lapes n'interpofoient point encore

eur autorité dans ces conjonctures ,

oujours infiniment délicates. Chaque

)rélat avoir toute jurifdidion dans

bn diocèfe. S'il arrivoit quelque fcan-

lale , c'étoit a l'évèque diocéfain à

e réprimer. S'il s'élevoit quelque con- -pâfquler;

;eftation fur le dogme ou fur la dif- rechîrchcs de

94 Histoire de France. cipline 5 elle étoit jugée dans un con- Ann. <66. ^^1^ national fous l'autonté du roi. S'il la France , s'agilfoit de quelques privilèges ou dif- c 7, y. 10. penfes , les évêques de la province s'af- fembloient , accordoient ou refufoient, Ce fut dans une de ces afTemblées , & vers ce même temps , que Tabbaye de faint Vincent, aujourd'hui faint Ger- main-dcs-Prés , fut fouftraite à la ju- rifdidion de l'ordinaire. L.4,c,z6. Caribert régna fix ans. Grégoire de L.s» carm. Tours ne parle que de fes vices. For- *• tunat nous le repréfente comme un

prince fage , modéré , dont les mœurs croient extrêmement douces. Ami des belles-lettres , il parloir le latin com- me fa langue naturelle. Zélé pour l'obfervation des loix , il ne s'occupoit que du bonhe^r ôc de la tranquil- lité de fes fujets. Roi pacifique , mais jaloux de fon autorité , il fçavoit la foutenir avec autant de dignité que ldem,ihid, de fermeté. Léontius de Bordeaux avoir affemblé un concile à Xaintes , l'on avoit dépofé Emérius évêque de cette ville. Le prétexte étoit que ce prélat avoit été facré en vertu d'une juflion du feu roi Clotaire. Caribert , vivement offenfé de cette hardielTe,' condamna l'archevêque à une amende

Caribep. T. 95

^e mille pièces d'or, Ôc fes fuffragants *"*'*^ i une fomme proportionnée d leurs ^j^n. s 66^ revenus.

Ce prince ne lailTa que des filles ^ Berthe , qui fut mariée à Ethelbert , roi des Cantiens en Angleterre , Bert- lede de Chrodielde qui prirent le /oile , la première à Tours , la féconde i Poitiers. Les rois fes frères parta-» gèrent fa fuccelîion. Chacun vouloit ivoir Paris. Il flit enfin arrêté qu'ils le Oreg» Tur. jolfcderoient par indivis. On convint ''''''^•*' qu'aucun des trois ne pouroit y entrer ^ue du confentement des deux autres. •Is confirmèrent ce traité par un fer- lient, fe foumetrant à la malédidion Je Dieu S<: des faines s'ils le violoient.

CHILPÉRIC I.

La France ne jouit pas long - temps Ann. jô/, des avantages de cette paix. La mort de Galfuinde excita une guerre civi- Idem. 1.9$ le 5 qui fembloit ne devoir finir que ^' '°* par la perte de Chilpéric. Sigeberc

* Quoique Chilpéiîc n'ait eu qu'une partie du royau- Oie (Se de la ville de Paris, cependant la plupart de nos Kiftoriens le mettent au nombre des rois de cette capi- tale, immédiatement après la moit de Cariberc.

9^ Histoire DE France. L- &z Contran , vivement follicités par

/nn. 568,1a reine Brunehaut, fe liguèrent con- tre l'auteur de ce cruel afïafliuar. Déjà ils s'étoient emparés de la plus grande partie de fes Etats , lorfque l'intérêt ramena tout- à -coup la tran- quillité & la concorde. Les conditions du traité furent que le roi de Soiffons céderoit à la reine d'Auftraiie les do- maines qu'il avoit donnés à Galfuinde Sigebert eft pour fa dot. Cette querelle étoit à peine

Ser ^rZs ^^^'^^^^ ' 4^^ Sigebert fe vit obligé de en liberté, porter les armes contre les Huns, au- jourd'hui les Hongrois , qui avoient re- commencé leurs courfes fur les terres des François au-delà du Rhin. Cette expédition fut des plus malheureufes. Le roi , abandonné des (iens , fe trouva invefti ôc enfermé de tous côtés. Ce- i toit un prince d'une figure aimable &

d'une rare prudence : il fçut vaincre par fes libéralités ceux qu'il n'avoit pu

•j, , lubiuguer par fes armes : les barbares , idem.i. 4, f p 1

(?. i?jp-537.gagnes par les prelents , lui rendirent i la liberté, firent alliance avec lui , ju- rèrent qu'ils ne lui feroient jamais la guerre, de le comblèrent de careffes & d'amitiés. Pendant que ces chofes fe pafîbient

Ann. 5 6^' au-delà du Rhin , les Lombards , qui

venoienç

C H I L P É R I C I. 97

venoient de foncier un nouveau royau- me en Italie , fe répandirent dans la Ann. $6<), Bourgogne , défirent 3c tuèrent le pa- irruption & trice Amé^ ( ce titre étoit affedé aux t'^^'J^sc gouverneurs de cette province ) taille- des saxons, rent en pièces l'armée de Contran , & Usm, ibid, chargés d'un riche butin , repaiïerent ^* J^»- les Alpes. L'avidité du pillage, jointe à l'impunité de leur attentat , les ra- mena bientôt dans le Dauphiné. Mum- mol 5 le plus grand homme de guerre qui fût en France, les furprit aux envi- rons d'Embrun, ôc remporta fur eux une vidoire complette. On vit en cette occafion une chofe jufque - fans exemple. Salonne ôc Sagittaire , tous deux évêques , l'un d'Embrun , l'autre de Gap , tous deux le cafque en tête ôc Tépée à la main , chargèrent l'ennemi avec une intrépidité qui eût mérité des éloges dans un foldat , mais qui fut univerfellement blâmée dans des prélats. L'irruption des Lombards fut fuivie de celle des Saxons , qui les avoient aidés à la conquête d'Italie. Mummol marcha à leur rencontre , les mit en déroute , leur enleva tout le butin qu'ils avoient fait, les força de retourner dans leur pays , qu'ils fu- rent obligés de partager avec les Sué- Tomç /. £

r'KJU*^ iDjm

98 Histoire de France.

ves , qui s'en croient empares pendant

Ann. Ç70. ^sur abfence. & fuiv. . Pendant que la Bourgogne étoit en Guerres ci- proie aux incurfions des Barbares , le

viles entre j-q^ d'Auftrafie , fcduit par l'occafion ,

Fr'anVoL S 'empara de la Ville d'Arles , fur la- quelle il avoir quelques prétentions. Crcg. Tur. Elle fut reprife prefque aufîi-tôt que'

*^* ^°' conquife. L'armée Auftrafienne fut bat-

tue. Les vainqueurs emportèrent Avi- gnon qui étoit du domaine de Sigebert ; mais Contran le lui rendit en faifant la paix. Cette accommodement inat- Ihîd. c. 4^' tendu fut un coup de foudre pour le roi de Soiffons , qui profitant de la cir- conftance avoit fait une irruption dans les Etats de Sigebert. Déjà Tours ôc Poitiers s'étoient rendus à Clovis , le plus jeune de fes fils, lorfque Mum- mol parut à la tête des troupes qui venoient de fignaler leur valeur par la défaite des Lombards Se des Saxons. La feule préfence de ce général dilîipa l'armée de Chilpéric , Se rétablit par- tout l'ordre Se la fubordination, Ain(i finit cette première campagne. On vit dans la fuivante un de ces exemples trop fréquents du peu de fidélité des enfants de Clovis à obferver les traitçs les plus facrés.

C II I L P É Pv I C I. 99

Théodeberr , malg-rc fes ferments de « ne jamais porter les armes contre Ion ^j^,^,^ ^yo^ oncle , fe jetta dans la Touraine qu'il & fuiv. ravagea , entra dans le Poitou , dent l'armée de Sigebert , & maître de tou- tes les places voiiines de la Loire s'a- vança dans le Limoudn & dans le Querci , il mit tout à feu & à fang. Le roi d'Auftraiie épouvanté de i^s fuccès, fit entrer en France, une formi- dable armée d'Allemands, de Suéves, de Bavarois , de Thuringiens & de nu, r 4^, Saxons. Chilpéric , trop foible pour tenir la campagne , abandonné de Con- tran qui d'abord s'étoit joint à lui , fe ~ retira & fe retrancha dans le pays Char- train 5 d'où il envoya faire des propo- fitions de paix à fon frère. Elle lui i\xx. accordée par l'entremife des fei- gneurs François , & les trois frères jurèrent de ne plus rien entreprendre les uns contre les autres. Les troupes Germaniques avoient compté fur le pillage du camp de Chilpéric. Fruf- trées de leurs efpérances , elles com- mencoient à murmurer. Sio;ebert mon- te auili-tôt à cheval , fe préfente aux mutins , & les déconcerte. On arrête les plus féditieux : il les fait lapider à la vue de toute l'armée. C'efl; le feul

E 2.

werannMsMi

loo Histoire de France. exemple qu'on trouve dans notre hit- /nn. 570, toire de cette efpèce de châtiment & fuiv. militaire , autrefois en ufage , parmi les Romains.

Le roi d'Auftrafie avoir à peine

Ann. 575* congédié fes troupes , que Chilpéric com'metce'u ^ Théodebcrt foii fils , reprirent les guerre. Mort amies. Le premier entra en Champa- Théodebeftf p^^ ' pillant, brillant, faccageant tous les lieux par il palfa. Le fécond c. n^'51."'^' i^^archa en Aquitaine , il fut tué en Gefi. Franc, combattant vaillamment. Cette mort , ^•^^' la réconciliation de Contran avec Si-

gebert , Ôc les approches de l'armée de Cermanie , portèrent la confterna- tion à la cour de Soiifons. Le mal- heureux Chilpéric fe fauve dans Tour- nay , il s'enferme avec fa femme * & fes enfants. Tout plie fous le joug

du prince Auftrafien. Paris , Rouen , toutes les villes du royaum.e de fon frère le reconnoiiTent pour leur maître. Ebloui de ces heureux fuccès , fon cœur fe ferme à la pitié ^ la perte du roi fugitif eft réfolue. Les remontran- ces de faint Germain évêque de Paris , Les prières de la fainte religieufe Ra- degonde , les voeux de la France , tout fut inutile : rien ne put lui faire prendre des fentiments plus modérés^

Chilpéric I. lot Déjà il avoit invefti Tournay , loiT- que deux fcélérats envoyés par Fré-ANN. 575- ciegonde , lafraffinerenc à Vitri , il ^^^^^^^^ s^étoit rendu pour recevoir les hom- mages de Tes nouveaux fujets.

Ainfî périt au milieu de fes trioni- Soncarac- phes 5 le monarque le plus partait qui eût encore paru fur le trône François. Généreux , libéral , bienfaifant , ja- mais fouverain ne régna avec plus d'empire fur le cœur de fes fujets. Intrépide dans le danger , inébranlable dans le malheur, il fçut jufque dans les fers, fe concilier le refpeà de l'a- mour d'un vainqueur qui avoit à peine l'extérieur de l'humanité. Réglé dans fes mœurs , roi jufque dans fes in- clinations , on ne le vit point com- me fes frères s'attacher à des objets . dont la baffefTe deshonore la majefté. On peut dire que fon règne tut ce- lui de la décence & de l'honneur. Il eût été celui de toutes les vertus , ii ce prince eût pu vaincre le relTenti- ment qui l'animoit à la perte de fon frère. Le caradlere de Chilpéric eil en quelque forte fa juftification.

Sigebert étoit âgé de quarante ans , lorfqu'il mourut ; il en avoit régné quatorze. 11 fut enterré dans Téglife

102 Histoire de France. de faine Médard de SoilTons l'on ;\nn 575. voit encore fa iigure fur {on tom- beau. 11 efl repréfenté en habit long , avec le manteau que les Romains ap- pelloienu Ch/amys, C'étoit l'habille- ment des enfants de Clovis , foit qu'il leur parut plus noble 3c plus majef- tueux , foit qu'ils regardaient le titre d'Augufte comme héréditaire dans leur F^^bU'era?nt famille. Quoi qu'il en foit , l'habit dcsfeigneurslong fut pendant plulieurs fiècles ce- ""*' ' lui des perfonnes de diftindlion. On le bordoit de martre , de zibeline , d'hermine , ou de menu-vair. On le chamarra de toutes les pièces de fon écu fous le rècrne de Charles V. On ne connoiffoit alors ni frai/es m col- lets. Ce fut Henri II , qui en introdui- fit l'ufaî^e. Jufque-U nos rois avoient toujours eu le cou entièrement nua. 11 en faut cependant excepter Charles le Sage , qu'on voit repréfenté par tout avec un collet d'hermine. L'habit court , qu'on ne portoit anciennement qu'à la campagne & à l'armée , devint le feul à la mode fous Louis Xï. On le quitta fous Louis XII. On le reprit fous Fran- çois I , qui introduifit l'ufage de le taillader. Un pourpoint ferré éc fermé, des troulles de Pages , un petit manteau

ChilpÉric L 103 qui ne pafToit pas la ceinture , étoit l'habillement favori de Henri II ôc de Ann. 575. {es enfants. Il feroit auiTi long qu'en- nuyeux de rapporter les divers change- ments de modes depuis Henri IV , juf- qu'à nous.

L'habit des dames Françoifes éprou- Ornements va les mêmes révolutions. Il ne paroît ^ J"^^^^' " ^~^

r aames traR-

pas qu eues le loient beaucoup occu- çoifes. pces de parures pendant près de neuf liècles. Rien de plus fimple que leur coëiFure , de moins étudié que leur fri- fuue, de plus uni , mais en même temps de plus lin que leur linge. Les dentel- les ont été long-temps ignorées. Leurs robes , armoriées à droite de l'écu de leur mari , à gauche de celui de leur famille , étoient fi ferrées , qu'elles laiiToient voir toute la hnefTe de leur taille 5 il haut montées , qu'elles leur couvroient entièrement la gorge. L'ha- ' billement des veuves avoit beaucoup de reffemblance avec celui de nos reli- gieufes. Ce ne fut que fous Charles VI qu'elles commencèrent à fe découvrir les épaules. Le règne galant de Char- les Vil amena l'ufage des bracelets , des colliers , des pendants d'oreilles. .. .^.

La reine Anne de Bretagne dédaigna

ri 1

ces hivoles ajuftements j toute l'occu-

E4

104 Histoire de France. ^""' pation de Catherine de Médicis étoît Ann. j75.d'en inventer de nouveaux : le capri- ce, la vanité, le luxe, la coquetterie les ont enfin portés au point nous les voyons aujourd'hui. ^^^ .^ Jamais révolution ne fut plus uni- l j- ' veffelle ni plus fubite que celle qui i.^Tl'i.'^'"' ^^^^^^^ ^^ ^^^^ ^e Sigebert. L'armée CejL FraiK» d'Auftrafie leva le iiege de Tournay : "^Frelc.ji. ^c)utes les villes du royaume de Soif- fons rentrèrent dans lobéifTance : la reine Brunehaut fut arrêtée avec fes en- fants j & Chilpéric , après avoir recon- quis fes Etats , fe vit au moment de monter fur le trône de fon vainqueur. Déjà Sigulphe ôc plufieurs autres Sei- gneurs Auftrafiens l'avoient reconnu pour leur maître. Cet exemple fut fuivi r^l"n:^e Sigoii, grand référendaire. Ceft le ceiier. Ori- nom qu OU donnoit fous les Mérovin- Irèsdtcït'êgi^^^s 5 à cekii qui gardoit le fceau charge. royal 5 expédioit les lettres , fcelloit les ordonnances. On l'appelia chancelier fous les Carlovingiens, ou parce qu'il barroit les lettres qu'il refufoit , ou parce qu'il les fcelloit dans un lieu VuTîlht, ^ermé de grilles ou chanceaux y fuivant c^-^7^^ le langage de ce temps-là. Ce n'étoit autrefois que la cinquième charge du royaume. Ce ne fut pas fans peine

Chilperic I. 105 -qu'en 1224 on l^^i accorda voix délibé- ^^^^'*^'^»"* rative dans ralTemblée des pairs , ôc Ann. 57^. pendant long -temps il n'eut place au TejTcreau, parlement , qu'après les princes ôc les ^'"'f'^f ''^-^^*

/ ^ Ti n r i ^ i celleiie , Va

eveques. 11 elt enhn devenu le premier s, officier de la couronne , le préfident-né de tous les confeils , le chef de la jufti- ce, le difpenfateur de toutes les grâces , abolitions , & pardons. C'eft le feul homme du royaume qui ne porte point le deuil , le feul qui reçoive ^z ne rende point de vifites.

Cependant Chilperic étoit entré dans Paris à la fuite de pluiieurs reliques qu'il fit porter en procelfion. Il s'ima- ginoit que cette dévotion affedée dé- tourneroit la malédiction à laquelle il s'étoit fournis y s'il violoit le traité de partage , ou que du moins le crédit de tant de faints contrebalanceroit celui des faints Polieu6te, Hilaire Se Martin , qu'il avoit pris à témoins. On ne peut exprimer quelle fu: la furprife &c la co- lère de ce prince, lorfqu'il apprit que le fils Se l'unique héritier de Sigebert lui avoit échappé. Ce fut Gondebaud , CMideberc l'un des plus erands feis:neurs de la ^'';:*^^^'Au^« cour du teu roi , qui le tira de letroite prifon il étoit gardé. On le defcen- dit par une fenêtre dans une corbeille.

lo^ Histoire de France. """T!!!'^ Un homme affidc le reçut , le remit Ann. 57e. entre les mains du fidèle Aufirafien , qui le conduifit heureufement a Metz. Les grands du royaume s'afTemblerent le jour de Noël , & Childebert , qui avoit à peine cinq ans , fut couronne roi d'Auftrafie. Mcrovée Le roi de SoiiTons fe vengea de 1 e- cV-ufLiarei-ypfiQn de fou prifomiier fur les tréfors id tafice. de Sigebert qu il envanit , cc lui la reine Brunehaut qu'il relégua à Rouen , on lui donna des gardes. Mais le coup le plus fenfible pour cette tendre mère, fut l'enlèvement d'ingonde & de Chlodofinde fes filles , que l'on conduifit à Meaux. Auffi-tôt Chilpéric envoya un de fes généraux appelle Rocolene , pour fe rendre maître du Maine , & Mérovée fon fils , pour s'em- parer du Poitou. Le premier avoit or- dre de fe faifir de Gontran-Bofon , que le roi foupçonnoit d'avoir tué ou fait tuer Théodebert l'aîné de fes enfants. Cet officier s'étoit fauve dans l'églife de faint Martin de Tours , l'afyle le plus refpedé de tout l'empire François. Rocolene ofa violer ce faint lieu. Le châtiment fut prompt, dit Grégoire dt Grti. Twr. Tours. Frappé d'une terreur fubite, il \'l '• ' 'fut forcé de fe retirer fans avoir exé^|

ChilpÉric I. 107 cuté ce qu'il avoit projette , Se mourut quelques jours après à Poitiers , il Ann. 576, setoit fait tranfporter. Le jeune Mé- rovée moins fidèle aux ordres du roi £on père, fe rendit à Tours. De -là fei- gnant de paiïer au Mans , féjour d'Au- douere fa mère, il tourna tout-à-coup du côté de Rouen , l'évêque Pré- textât le maria avec Brunehaut , dont la beauté n'avoit encore rien perdu de fon éclat. Fortunat en fait une féconde Vénus. Le détail dans lequel il defcend i f.^ ^^^^^^^ à ce fujet , prouve ou qu'il n'étoit pas '5. encore évèque , ou que les prélats d'a- lors 5 peut-être irréprochables dans leurs mœurs , n'étoient pas fort réfervés dans leurs expre (lions.

Chilpéric viveraent offenfé de la Bruneh.iut conduite de ion iils , s'avance vers ^ef^f^^' ^J^J^^" Rouen pour punir les deux époux, fils à fahe la Ces amants effrayés fe fauvent dans|"^Yinl] l'églife de faint Martin, bâtie fur les remparts de la ville. Envain on em- ploie l'artiftce & la rufe pour les tirer de cet afyle \ ils n^n fortent que fur la promeffe la plus authentique , que non- feulement il ne leur fera fait aucun mal, mais que leur mariage fera con- firmé , fi les évècpes le jugent légitime. Le roi , après cet accommodement ,

E6

a

)èric.

lo8 Histoire de France. ■^ oblieea Mérovée de le fuivre à Soif-

Ann. 577. ^ons , ôc laiiïa Brunehaut dans fon an- cienne prifon, doù bientôt il la ren- voya en Auftrafie avec les princeffes fes filles. Elle n'y fut pas plutôt arri- vée qu'elle engagea Childebert fon fils 5 à déclarer la guerre au roi fon on- cle. Godin , l'un des principaux fei- gneurs Auftrafiens qui d'abord s'étoienc donnés à Chilpéric , reçut ordre de s marcher à SoiflTons pour furprendre Frédegonde , qu'il ne manqua que de quelques heures. Il fut lui-même fur- pris , défait & tué. Le foupçon de ce loulèvement tomba fur Mérovée. On lai ôta fes armes , on lui donna des gardes. La défaite de l'armée du Li- mofin acheva de le perdre dans l'efprit de fon père. TA'r. j Contran s'étoit joint à Childebert

Défaite de , . . .^

l'armée de contte le roi de Soillons 5 qui avoit en-

chiipéric , yQy^ deux puiffautes armées , l'une en

cui S cil y ^

prend à Mé- Saintonge fous le commandement de

rovée & le Clovis fou fecond fils , l'autre dans le

deshente. . ^ ^ , j 1 'fi

Greg. Tur. LimoHU lous la conduite du gênerai ^' IJ^' ^ Didier. Le patrice Mummol joignit c, 33. ce dernier, 1 attaqua, le dent. Le com-

bat fut fi fanglant 3c fi opiniâtre, qu'il y périt vingt -cinq mille hommes des troupes de Chilpéric, de cinq mille

CniLviKïc î. 109 Bourguignons. Mérovée , regardé corn- me l'auteur de cette guerre , devint ann. 577» refponfable de ce mauvais fuccès. On lui fit couper les cheveux. 11 fut des- hérité 5 ordonné prêtre , Ôc confiné dans un monaftere. Echappé de fa prifon, il fe fauva dans l'églile de faint Martin de Tours , dont il força l'évêque de lui donner les eulogies. C'étoient les reftes des pains non confacrés , mais offerts de bénits pour le facrifice. C'eft par cette raifon qu'on ne les diftribuoic qu'à ceux qui étoient dans la commu- nion de l'églife. Chilpéric , après avoir inutilement employé les menaces, les trahifons , les perfidies , entreprit de l'enlever de force de fon afyle. 11 en écrivit à faint Martin , dont il crai- gnoit de s'attirer l'indignation. La let- tre, qui étoit une efpece de confulta- tion , fut dépofée fur le tombeau de ce "^

Taumaturge de la France. Le roi , telle étoit la {implicite & l'ignorance de ces temps-là , avoit eu la précaution de la faire accompagner d'un papier blanc il efpéroit que le bienheu- reux pontife écriroit fa décifion. Mais le faint ne l'honora d'aucune réponfe. Le papier au bout de trois jours fut Itrouvé fans écriture, Ôc le fuperfli-

iio Histoire de France. tieux monarque abandonna fan entre- Ann. f77. pnfe.

Mérovéecft Mcrovée de fon côté imploroit la îcIl-dL^de proteaion du même faint contre les Frédegonde. fureurs du roi fon père. 11 le conjuroit de lui éclaircir fon fort par les en- droits fur lefquels il tomberoit en ou- vrant les livres faints : il _ n'y en eue aucun qui lui fut favorable, lout lui annonçoit une mort funefte , dit notre-- hiftorien. Le malheureux prince , de- puis cette fatale prédidion , ne goûta ni repos , ni tranquillité. Fugitif ôc Frei, epît. errant , tantôt de la Touraine en Auftra- ^* "^^* fie 5 tantôt de la Champagne en Artois;

abandonné de fa femme qui l'aimoit tendrement , mais qui ne pouvoit rien en fa faveur , pourfuivi par fon père , trahi par les principaux de Térouane , il fut enfin afTafîîné par les gens de Frédegonde. L'évêque Cette reine porta la vengeance plus .

Prétextât eit i t-ii 5 * i_l* '

dépofé. ^oin encore, lilie n avoit point oublie les liaifons de Prétextât avec le prince Gre^, ihid, Mérovée. Elle entreprit de faire dé-

pofer ce prélat en un concile tenu à | Paris dans l'églife de fainte Geneviève. On ne fçait lequel doit le plus éton- i lier 5 ou le perfonnage du roi qui fut ' lui-même l'accufateur, ou l'embarras

e. 9,

Chilperic I. iiï

des Pères a trouveu quelque cliofe de ^^IT!^^ réprchenfible dans la conduite d'unANN. 577- évêque qui venoit de marier le neveu 6<: la tante. On feroit tenté d'en con- clure , ou que ces fortes de mariages n'étoient point défendus par les an- ciens canons , ou que l'on ctoit per- fuadé que l'ordinaire pouvoir difpenfer dans ces fortes d'occafions. La furpri- fe augmente encore , lorfqu'on vient à réfléchir fur la foiblelTe de Taccufé , qui 5 à la perfuaiion de quelques faux 'frères , avoue des crimes qu'il n'a point commis. Mais le comble de l'étonne- ment eft de voir le fouverain fe jetter aux pieds des évêques fes vaffaux pour leur demander la condamnation d'un de fes fujets. Il vouloit qu'on déchirât la robe en plein concile , qu'on récitât fur lui les malédi6lions contenues dans le pfeaume cent huitième , ou du moins qu'on l'excommuniât pour toujours. Il n'obtint ni l'un ni l'autre. L'évèque cependant fut condamné fur fa propre confefîion , enfermé dans une prifon , enfuite envoyé en exil dans une des ifles du Cotentin. Le roi de Bourgo- gne , après la mort de Chilperic , le rétablit dans fon évêché , malgré Fré- degonde^ qui, pour s'en venger, le fie

m Histoire de France. !^"^*'*** poignarder au milieu de l'office diviii# Ann. 577. Un fi horrible attentat fit fermer toutes les églifes de Rouen. Les évèques qui s*y trouvoient défendirent la célébra- tion des faints myfteres , jufqu'à c^ qu'on eût découvert l'auteur de cet effroyable facrilege. C'eft le premier exemple que l'antiquité nous fournifTe d'un femblable interdit. Frédegonae Mais l'afTairinat de Mérovée ôc la

fait afîailiner -, . , ^ , ,/• '

ciovis, der- condamnation de Prétextât netoienc nier fils du que le prélude des fureurs de Fréde- de "cMipé- gonde. 11 reftoit à Chilpéric un dernier îîc. fils du premier lit : c'étoit ce même

Clovis qui commandoit l'armée de fon père dans la guerre contre le roi d'Alif- trafie. La cruelle marâtre réfolut de le facrifier à la grandeur de fes enfants. La première difpofition a l'exécution de ce noir projet , fut la découverte d'une conjuration formée par Leudafle , comte ou gouverneur de Tours. Cec homme ofa enfanter le projet de perdre la reine. Le moyen qu'il employa , paroifToit d'autant plus infaillible , qu'il étoit plus détourné. Il fuborna des té-

Ann. 578, moins qui accuferent Grégoire de Tours

7^,80,81. d'avoir des intelligences avec Childe-

Greg. Tur. bett , Ôc d'avoit parlé indécemment des

^^1 C' V- amours de Frédegond^ ôc de l'évêquô

i

Chilpéric I. 113 de Bordeaux. L'accufé fe juftifia plei- ' nement de ces odieufes imputations. Ann. 578 , Les accufateurs , appliqués à la quef- 79» 80,81, tion 5 avouèrent que cette intrigue n'a- voit été tramée que pour infpirer au roi des foupçons iur la conduite de fon époufe : que le deflein des conjurés étoit d'affalliner Chilpéric ; de fe dé- faire des enfants qu'il avoit eus de la reine , ôc d'élever Clovis fur le trône. Ce jeune prince n'avoit aucune part à la confpiration 5 mais il étoit aimé des peuples : il n'en fallut pas davantage pour réveiller toute la haine de Fréde- gonde. Elle venoit de perdre fes trois Marîus in enfants qui moururent de dyflenterie ; '^^^^"' . , . elle luborna des temoms, qui accuse- c. 8 z. |rent Clovis de les avoir empoifonnés. 1 11 fut arrêté , enfermé au château de ! Noify 5 enfuite poignardé. La reine i Audouere fa mère expira fous les coups ! de cette cruelle reine , & la fainteté du lieu elle s'étoit retirée , ne la défen- dit point de la fureur des afraflins. Ba- fine fœur de ce prince infortuné , & fille du roi régnant , deshonorée par d'infâmes fatellites , fut reléguée dans un cloître.

On dit que ces cruelles cataftrophes Marîus în furent précédées des effets les plus fen-^^'"^'^'

114 Histoire DE France.

fibles de la colère du ciel , de trem-

Ann. 578.blements de terre , d'inondations , d'in- 79,80, 8i. cendies, de famine, de maladies épi-

démiques 5 de plu'us de fano ^ & d'un c. Il,' ^^^^' bouleverfement général de la nature ,

qui lit paroître des fleurs en Janvier,

éc des grapes formées en Décembre. Gc ntran Pendant que le royaume de SoilTons

adopte Chil- / . 1 , /A-^ 1 "^ iM U„

deoert, & le ctoit le théâtre de tant d horreurs , les iJechre fon ^^^^ ^ois d'Auftrafie &: de Bourgogne , s'étoient rendus à Pont - Pierre , petit Fred. epit. village fur la Meufe , pour faire une alliance iincere & durable. Contran qui avoir perdu fes deux fils , adopta folennellement Childebert , de le décla- ra feul héritier de fes Etats. Les Auftra- fiens 5 fiers de cette union , envoyer rent redemander à Chilpéric les pla- ces qu'il leur retenoit , fur-tout Poitiers dont il s'étoit emparé tout récemment. L'ambaifadeur , en cas de refus , avoir , ordre de lui déclarer la guerre. On

méprifa {qs menaces j on ne rendit rien , , &c la cour de Metz ne fe mit point en i devoir de tirer vengeance de cette in- ! fuite. Mais on conjedture avec affez de vraifemblance , que ce fut à fa foUi- citation que Waroc comte de Bretagne .. refufa l'hommage au roi de SoilTons. Cette révolte produiiit une guerre fan-

Chilperic 1. 115 criante. On ignore comment ce difFé- rend rut termmc. Ann. 5S4.

Cependant Childebert oubliant fon Ligue de adoption , fe ligua avec Chilperic con- ae^chiide- tre le roi de Bourgogne. Les hollilités bert comre commencèrent par la furprife de cette g^^^^^g^^^^e^ partie de Marfeille qui avoir été du do- maine du feu roi Sigebert. C'étoit pré- cifément le fujet de la querelle. Une guerre civile qui s'alluma dans le royau- me d'Auftrade , empêcha le jeune prin- ce de poulTer fes conquêtes plus loin. Contran profita de cette circonftance pour faire fa paix avec le roi Soif- fons : il lui abandonna Pcrigueux , Agen , & toutes les places dont il s e- toit emparé. Mais bientôt la ligue fut renouvellce. 11 y eut près de Melun un combat fanglant, dont chacun des deux partis s'attribua l'avantage. Le prince Bouroni^non marcha contre Chilperic , ht attaquer Ion camp y lui enleva quelques quartiers. Se lui tua beaucoup de monde. Cette victoire devint un acheminem.ent à la paix. On convint d'une fufpenfion d'armes. Les deux frères & le neveu fe jurèrent une amitié à toute épreuve.

Cette guerre étoit à peine terminée , CWlpcr'c que Leuvigilde roi d'Efpagne envoya ^^ ^^'^^'^^'

11^ Histoire de France. i

demander Rigunthe , fille de Frédegon» |

Ann. 584. de, pour Récarede , le cadet de fes fils. | La cour de Soiffons affedla quelques ! difficultés , mais enfin le mariage fut conclu. C'eft le dernier événement heu- reux du règne de Chilpéric. Thierry , l'unique fils qui lui reftoit , mourut j prefquefubitement. Childebert 3c Con- tran lui firent une guerre fanglante. Obligé de fe renfermer dans Cambrai avec tous fes tréfors , il ne fe montroif que rarement à la tête de fes armées , & toujours fans ofer rien entreprendre^ Il étoit venu à Chelles, maifon de plair fance qui faifoit toutes fes délices , qui fut pour lui un lieu bien funefte. 11 revenoit un foir de la chaflTe , lorf^ qu'un fcélérat le perça de deux coupg de poignard dont il expira fur-le-chanip. Greg. Tur, Crégoire de Tours , hiftorien contem^ porain , ne nomme point 1 auteur de Fred. epît. cet horrible attentat. Frédegaire , qai ^ femble n'avoir écrit que pour flétrir U réputation de Brunehaut , lui attribue Gejî, Franc cet effroyable parricide. Un écrivain

^•^S' qui n'efl venu que fort long- temp^

après , nous affure au contraire que ce fut l'ouvrage de Frédegonde. Voici comme il raconte le fait. Chilpéric prêt â partir pour la chafle , étoit monté

Chilperic I. 117 ^ans la chambre de la reine : elle crut que c'écoit Landry avec lequel elle vi- Ann. 584, voit dans une trop grande familiarité. Certaines paroles qui lui échappèrent , découvrirent toute l'intrigue à l'hom- me du monde à qui il étoit le plus important de la tenir cachée. Le roi fortit brufquement & d'un air rêveur. Frédegonde inftruiflt (on amant de cette fatale aventure : le malheureux , pour éviter fa perte , ofa faire aflafliner ion maître.

Ainfi périt le Néron de la France Son cune-i qu'il mit en combuftion , le bourreau *^^'^' de fa famille qu'il fembloit avoir en- .^f/^"* ^'•'5» itrepris d'exterminer , le tyran de fes fujets qu'il accabla tellement d'impôts, qu'ils fe virent forcés d'abandonner leurs poirelfions. Chaque arpent de vi- gne payoit une barrique de vin : on exigeoit tant pour chaque efclave , pour chaque efpece de biens , pour chaque perfonne libre. Ce n'eft pas que ces tributs fuiTent abfolument des nou- veautés : la plus grande partie des re- venus de nos premiers rois ne confiftoit qu'en denrées : on les levoit comme ;on fait aujourd'hui les dixmes * mais Chilpéric les avoir prodigieufement augmentés. Avide d'argent jufqu'à la

ii8 Histoire de France. iMiiiwiiii III ■> tyrannie , il étoit magnifique jufr Ann. 584. qu'à Toftentation dans fes meubles & dans fes équipages : voluptueux juf- quâ la débauche , fon incontinence n'avoit point de bornes ^ & s'il fut en- fin fidèle à Frédegonde , ce fut par crainte plutôt que par devoir : impie jufqu'au fcandale , fuperftitieux jufqu a la petiteiïe , croyant à peine en Dieu , dont les miniftres étoient le fujet éter- nel de fes railleries , on ne peut expri- mer jufqu il portoit le refpect pour faint Martin , Se la crainte de l'irriter contre lui. Vain , préfomptueux , témé- raire 5 il ofa fonder les profondeurs des myfteres de la religion ; Se il avoir con- certé un édit par lequel il défendoit de reconnoître aucune diftindion dans les perfonnes de la Trinité. Ce ne fut qu'en s'armant du zèle le plus intrépi- de 5 que Grégoire de Tours Se Salvius evêque d'Albi , le lui firent fupprimer. Jaloux de la réputation d'auteur Se de bel efprit , il compofa quelques volu- mes de méchante profe ^ Se de vers plus mauvais encore. 11 voulut ajouter a l'alphabet Gaulois toutes les lettres doubles des Grecs. 11 ordomia non* | feulement de les employer dans les livres nouveaux , mais même de les

wtfju-jm^w

ChilpÉric. I. 119

inférer dans les anciens. Son intention

étoit de repréfenter par un feul carac-ANN. 5 84. :ere , ce qui ne s'exprimoit auparavant qu'en pluiieurs. Cet ufage ne dura qu'autant que fon règne. *

On vit à la mort de ce prince un exemple frappant du peu de fonds que ^es mauvais rois doivent faire fur les lommages d'une cour idolâtre. C'eft eur rang & non leur perfonne que l'on mcenfe : l'adoration eft fur les lèvres , e^mépris Se la haine font dans le cœur. Le corps de Chilpéric, abandonné de :out le monde , feroit demeuré fur le ieu il avoir été percé , fi Malulfe ^vcque de Senlis, qui depuis trois jours foUicitoit inutilement une audience , l'eut pris le foin de le tranfporter à Paris. Il fut enterré dans l'églife de faint Germain-des-Prés. 11 ne laifToic qu'un fils âgé de quatre mois , qui lui fuccéda fous le nom de Clotaire. Il eut pour femmes Audouere , qu'il répudia , Galfuinde qui fut trouvée morte dans ifon lit , & f rédegonde qui le précipita dans un abîme de crimes 3c d'horreurs.

* Ces lettres étoient 6 pour th : <î) pouç ph : X pour ch : | pour cf : i' pour pf.

110 Histoire de France.

tm

^ CLOTAIRE IL

Ann. 584. V^HiLDEBERTetoitàMeauXjlorfque Frédegon- Chilpéric fut afTafliiié. Le voifinage

dans^ i'égiffe ^^'^n ennemi fi redoutable porta la

cathédrale confternation à la cour de la reine Creg^Tur. lïiere du jeune Clotaire. Effrayée par le

f*7i c fouvenir de fes crimes; déteftée de Tes fujets qu'elle avoir épuifés par fes vexa- tions; peu sûre des grands qui blâ- moient hautement fes violences ; pour- fuivie par le roi d'Auftrafie , qui lui imputoit la mort de fon père ; haïe de Contran qui redoutoit fes trahifons & fes perfidies ; n'ayant d'autre appui qu'un enfant de quatre mois , elle fe fauve à Paris, l'évêque Ragnemode la reçoit dans fon égliie comme dans une retraite affurée contre le refienti* ment des deux rois. Ce fut du fond de cet afyle qu'elle écrivit au roi de Bour- gogne pour lui offrir la couronne de Chilpéric, le priant de tenir lieu de père à fon neveu , lui proteflant qu'elle longeoit moins à régner qu'à groffir le nombre de {qs fujets, Ce bon prince , touché de compaflîon , fe rendit en di- ligence dans la capitale de l'empire

François

Clotaire Iî. m François , prit Clotaire fous fa protec- ^'^^'^^^j^ tion, fe déclara hautement pour Fréde- Ann. 584. gonde contre Childebert qui lui de- manda en vain juftice de la mort d'un père , d'une tante , d'un oncle , &c de deux coufins germains. On lui ferma l'entrée de Paris ^ on renvoya avec ignominie un de fes ambalTàdeurs , anez hardi pour menacer de poignards ôc d'afTaffinat; on prévint fes deffeins fur Tours ôc Poitiers qui avoient au- trefois appartenu â fon père. Ces deux villes obligées de céder à la force , prêtèrent le ferment de fidélité à Con- tran 5 que l'on regardoit comme le tu- :eur des deux jeunes rois , & comme le chef de la nation.

La conduite du prince Bourguignon Clotaire r ft ît un grand effet fur l'efprit des fei- ^Sn'"'

& . ^ ^i ' r dévoilions,

^neurs François. Le jeune Clotaire fut econnu roi de SoiiTons, On lui laiiïa a troifieme partie du royaume de Ca- ibert , qui avoit été du domaine de Dhilpéric (on père ^ mais on le dépouilla ie la Touraine , de la Saintonge, du ?érigord , de TAgénois , du Limofin k de l'Albigeois , qui avoient été ufur- ^ )és fur Childebert. Il ne paroît pas ce- )endant que ce jeune prince ait été naître de Soiflbns ; Contran par la fuite Tome J, F

121 Histoire de France.

lui céda la propriété de Paris. Fréde-

Ann. 584. gonde fut déclarée régente. C'étoit an- ciennement 5 comme aujourd'hui , le privilège des reines mères. On a vu Brunehaut fous Childebert II , Batilde fous Clotaire 111 , Nantilde fous Clo- vis II 5 Alix de Champagne fous Phi- lippe Augufte 5 Blanche de Caftilh fous faint Louis , ôc Louife de Savoie fous François 1 , gouverner l'Etat ave< une autorité abfolue pendant la mino' rite ou l'abfence des rois leurs fils. Ce iifage a paifé du trône jufque dans le familles des particuliers. Le Droit Frar cois, tant ancien que nouveau, tranj met aux mères la tutelle ôc la garde noble de leurs enfants , c'eft-à-dire , di

' Recherches Pafquier 5 le gouvernement de leurs pe?

de la France, r^^^^^ ^ ^^ l^^j.^ ^-^^^ /^^^ f^f^ A j i, i)P' 145. ^ ■» J ^ J -^ J

rotures,

Auforitéde Le pouvoir du régent égaloit celi

^^S^û*^^- Jes j-ois ^ Jont il touchoit les revenr

fans être obligé d'en rendre compt<

C'étoit en fon nom qu'on rendoitla ju

tice : extoit de fon fceau , lorfqu'il éto

' prince du fang, &, s'il ne l'étoit pai

d'un fceau particulier pour la régence i

qu'on fcelloit les édits , les grâces , Id

patentes. C'étoit lui qui difpofojt c

toute? les charges ôc t«us les en

a^KHÂ'lJI' I ,1 IIBUtl

Clotaixit 11. 113 pîois; qui recevoir les foi & homma- ges j qui étoit l'arbitre fouverain de Ann. 584. la paix & de la guerre. Cette autorité parut Cl énorme que Charles V entre- prit de la reftreindre , du - moins dans fa durée , il rendit une ordonnance , qui déclare les rois majeurs à quatorze ans: jufque-là ils ne lavoient été qu'à vingt- deux. Charles VI régla que l'héritier ie la couronne , quoiqu enfant , feroit proclamé roi du moment de la mort le Con prédécefTeur. C'étoit un ancien jréjugé 5 que le prince fucceifeur ne îouvoit , ni être facré , qu'il n'eut at- eint l'âge de majorité , ni prendre le itre de roi , qu'après la cérémonie de on facre. C'eft par cette raifon que ean , fils de Louis Hutin , n'eft point ompté au nombre de nos rois. 11 pa- oît par une autre ordonnance de Char- es V , que la régence étoit quelque- ois diftinguée de la tutelle. Ce prince iéclare que , s'il meurt avant la majo- ité de fon fils, le duc d'Anjou, Ion rere , fera régent du royaume , & que 1 reine aura la tutelle de fes enfants vec les ducs de Bourgogne Se de Bour- lon. Mais cet édit n'eut lieu que pour un smps , ôc ces deux titres autrefois réu- :is y ne furent plus féparés dans la fuite»

F 1

124 Histoire de France. Cependant les vexations de Fréde- Ann î8 c. <^egonde , la moleiTe de Contran , &c h Conjuration foioleiTe de Chîldebert avoient infpirc' de quelques ^ pluheurs feïcrneurs François la pen-

ieign. Fran- r' \ r -i ' -^

çois en fa- lee de le donner un nouveau maître veurdeGon- Les chefs de la conjuration étoient 1( fils ^de cio- général Didier , qu'on a vu (1 fouven taiie I. a la tète des armées de Chilpéric , 1 Greg. Tur. rj^^^'i^Q Mummol Cl connu dans notr hiltoire par les exploits guerriers , é le duc Bofon , le courtifan le plu adroit , l'homme le plus fourbe qui fi jamais. Le âijet qu'ils firent paroi cr fur la fcene ^ n'étoit point un de c( aventuriers dont on voit tant d'exeir pies dans les faftes deL l'univers. C'cto Condebaud , ce célèbre infortuné , qi paiToit affez conftamment pour être li de Clotaire I. La difgrace de la me] caufa celle de l'enfmt. Elle le mit foi la protection de Childebert 1 , qui reçut favorablement , ôc le prit en am tié. Il fongeoit même à l'adopter ^ ma il n'eut pas le courage de le refuf aux inftances de fon ftere , qui apr'| l'avoir défavoué , fe contenta de i faire couper les cheveux. Une fi grai de modération de la part d'un roi t que Clotaire , devint une préfomptic bien favorable pour le prétendu in

fassBsrra^Es^m

C L O t A I R E î î. 125

pbfteur. La mort du perfécureur ré- veilla les efpérances de Gondebaud. Ann*. 585. La nouvelle cour de Paris lui fit même iccueil 5 ôc le trahit de même que l'au- rienne. Caribert qui l'aimoit , le livra i Sigebert qui le perfécutoit. On lui it de nouveau couper les cheveux , Se l fut relégué à Cologne. Echappé de â prifon , il fe fauva en Italie , reprit a qualité de fils de France , fe maria , k de-là paiïa à la cour de Conftanumo- )le , il jouît d'une grande confidé- ation.

Rappelle en France par quelques fé- Heftc-u- litieux 5 qui lui promettent une cou-riahr&tui/ i onne, fécondé par Childebert qui lui /dem. i. 7 , lonne des troupes contre Contran, il^' î'-» e fait proclamer roi à Brive-la-Cail- arde , d'où il envoie des ambalTadeurs .u roi de Bourgogne. Il leur donna des )aguettes ou cannes bénites : c'étoic iine fauve -garde inviolable parmi les i^rançois. Mais on les furprit» lorfqu'ils ii'avoient point en main cette arme acrée. La violence des tourments leur irracha tout le fecret de la conjuration. Childebert inftruit des intelligences du nouveau roi avec quelques feigneurs ie fa cour , fe réconcilia fincéremenc ivec fon oncle , qui l'adopta une fe-

t3

ii6 Histoire de France.

conde fois , en le montrant à fon ar-^

/.NxN. 585. niée 5 & lui mettant fa lance à la main» C'écoit l'ancienne façon de défigner fort fucceiTeur à la couronne. Le roi de Bourgogne envoya auiH-tôt une puif- fante armce vers la Garonne , fous la conduite du duc Leudegifile. Gonde- baud , fur la nouvelle de cette marche » fe retira vers les Pyrénées , & fe faifît de Cominges , il s'enferma. La place 5 forte par fa fituation , pourvue de vivres & de toutes fortes de muni- tions,, étoit en état de foutenir un fiége jp. 38 de pluiieurs années. Mais le fort de ce prince flit toujours d'être trahi. Livre au général Bourguignon par ces même: traîtres qui l'avoient couronné roi , i expira percé de mille coups. On lu: arracha les cheveux : on traîna ignomi nieufement fon corps par tout le camp on le laifla fans fépulture^ Le châti- ment fuivi de près une ii noire perfidie c- 39* La garnifon de Cominges palfée au fi de l'épée , le général Mummol afTafiiiié Tévêque Sagittaire maifacré par les or dres du roi , fiurent autant de vidime immolées aux mânes d'un prince qu ne manquoit ni de courage , ni de pru dence. Fr^degcnde Ces horrîbles exécutions rétabliren

t^'iAajes>!i»ti,s.'3aei

Clotaire IÎ. 12.7 U tranquillité dans le royaume de Con- tran : il avoit, avant de quitter Paris , Ann. 58 s- CGmpofé un confeil de régence pour j»'"^ ^ f^ic

^ T / 1 1 1 •! luier trenct:

gouverner avec rredegonde , dont il témoins q.ij commencoit à fe défier : ôc de peur Ciotaire dt

' C ' ' r , ^ A fils de Chil-

que cette lemme imperieuie n acquit péiic, trop de crédit dans la capitale de l'em- pire François , il l'obligea de fe retirer au Vaudreuil. C'étoit une maifon royale à quatre lieues de Rouen. La régente défefpérée de voir fon autorité partagée , réfolut la mort de Brunehaut , :]u'elle foupçonnoit d'avoir fuggéré ce deflein. La confpiration fut décou- verte , & l'aiïalïln renvoyé avec mépris a Frédegonde même , c]ui de honte Se de rage lui fit couper les pieds & les mains. Elle dépêcha en même-temps un de fes chambellans pour traiter avec Gondebaud, dont elle vouloir fe fer- vir pour fecouer le joug de la cour de Bourgogne. Mais la prife & la mort funefte de ce prince lui ôterent tout moyen de remuer. Réduite à la feule protedion de Contran , elle le pria de vouloir tenir {on fils fur les fonts de baptême. C'étoit alors le lien le plus fort & le garant le plus affuré d'un attachement inviolable. Les délais qu'elle affedtoit d'apporter a cette fainte

F 4

ii8 Histoire de France. cérémonie , firent naître des foupçons

/nn. j 85. fur la nailTance du jeune pupille. Le prince Bourguignon s'en expliqua hau- tement. La reine effrayée le vint trou- Z . 8 , c. 5. ver , lui jura que Clotaire étoit le vrai fils de Chilpéric , de fit jurer la même I chofe par trois évèques de fes amis , ôc par trois cents autres témoins. Ce religieux monarque n'ofa plus douter ! de la vérité d'un fait attelle par les plus grands ferments : il agréa même les laifons de Frédegonde pour différer le baptême , qui fe fit Cix ans après au vil- lage de Nanterre. Ancienne Telle étoit l'ancienne manière de

vér'ifie? les condater les chofes douteiifes. L'ac-

faits dou. cufé n'étoit reçu à fe purger par fer- ment, qu'en faifant jurer avec lui des

rift^'"'^"^^" ^ens de fa parenté , de fon fexe , de

(jlojfaire au ^ r rr ^ ^ ' ^ r '

/"orjuramcn- la proreliion 5 ou du-moiiis de Ion voi- ^""*' finage. Ces témoins dévoient être ir-

réprochables 5 connus de l'accufateur , êc domiciliés dans le lieu ils dépo- foient, s'ils étoient laïques. Quelque- fois le juge les nommoit d'office. D'au- tres fois on les tiroir au fort. C'étoit ordinairement l'accufé qui les préfen- toit, rarement l'accufateur. Le nom- bre dépendoit des circonftances : il ea falloir plus ou moins félon l'importân-

t

Clotaire il 129 e du fujet , le mérite , ou la qualité les perfonnes. Le juge, pour les aver- Ann. çSy. ir de prendre garde au témoignage Le même au. [u'ils alloient rendre , leur droit l'o- "~^''^Auri.. eille , ou leur donnoit un léger fouf- let. Le ferment ne fe prètoit qu'a cer- ains jours ^ le matin à jeun , dans une glife, fur l'autel, fur la croix , fur e livre des évangiles , fur le canon de a meiïe ^ fur le tombeau des faints , Lir les châifes , ou fur les reliquaires. ^'accufé avoir les mains étendues fur elle des témoins , lorfqu'ils faifoient eurs dépofitions , proteftant à haute oix qu'il étoit innocent des crimes [u'on lui imputoit. Cette cérémonie , burce féconde de parjures , le dé- hargeoit de l'accufarion intentée con- re lui.

Contran, de retour en Bourgogne, çeconc^con- lonna fes ordres pour aflfembler un <^'^^^ ^^ ^^â- :oncile à Mâcon. Le defTein du mo- larque étoit d'y faire condamner les idem.Creg, prélats qui avoient fuivi le parti ^Qibid.c.n, 3ondebaud. Déjà il avoir fait publier une ordonnance qui impofoit de gtof- fes amendes à ceux des feigneurs qui ne s'étoient pas trouvés à l'armée que commandoit Leudegiiile. Les commif- faires , chargés de cette pôurfuite , les

150 Histoire de France.

Ann. 585. exigèrent avec beaucoup de rigueufJ Les eccléfiaftiques , qui n'avoient pasj mené les hommes qu'ils étoient obli- ; gés de fournir , furent traités avec h même févérité. Mais it fe trouvoit quelques évcques qui avoient plu; particulièrement favorifé l'ufurpateur Théodore qui paiToit pour un faint l'avoir reçu à Marfeille , Urficin a Ca- hors. Bertrand de Bordeaux, Palladc de Xaintes , Orefle de Bazas , fur nomination , avoient facré Fauftinier Evtque d'Acqs. Childebert foUicir. pour Théodore , qui fut remis en li- berté 5 Se prit féance avec les autres Fauftinien fut dépofé , mais on lui con ferva les honneurs de l'épifccpar. L Tom I. décret du concile porte , que ceux qu 1 ont ordonne , lui payeront une pen iîon viagère de cent écus d'or. Urficii fut excommunié , condamné à l'abfti- nence de vin & de viande pendant troi: ans 5 interdit pendant tout ce temps d( la célébration des faints myfteres, mais ce qui doit paroître étrange , on lu ordonna de demeurer dans fon dioce fe 5 & 5 à la réferve des ordinations de la confécration des églifes , de h Crf^. Tur. bénédidion du faint chrême , de h

p. ^^,^* ' diftribution des eulogies y on lui per:,

MXfCùiJIiWM g '!' !■

Clotaire II. 131 mît toutes les autres fondions épifco- pales. On raconte qu'un évêque ofaANN. 585, loutenir en préfence du concile , que la femme ne pouvoit être appellée homme : ce qui excita de grande difputes parmi les prélats. On fe rendit enfin à l'au- torité de l'écriture , qui dit en termes formels , que Dieu créa F homme mâle & femelle,

La tranquillité dont la France com- c^uerre en- niençoit à jouir, ne fut pas de longue ^/'ilfpagji'^.. durée. On vit tout-à-coup deux cruel- les guerres s'allumer, l'une en Bour- gogne contre les Viiigoths , l'autre en Auftraiie contre les Lombards. Le pré- texte de Contran, étoit de venger la ^^r-eg.Tur, mort d'Herménigilde beau-frere de ' "' Childebert; mais il paroît qu'il n'avoic d'autres vues que de chafTer les Vifi- goths de la France, & d'étendre juf- qu'aux Pyrénées , les limites de l'em- pire François. Une ligue avec l'empe- reur 3 ligue formée à prix d'argent , rompue par le même principe d'inté- rêt , rcnouvelîée par refpérance de re- tirer Ingonde qui avoit été remife en- tre les mains des Généraux' de l'empire 5 ou pour fa propre sûreté , ou comme otage de la fidélité d'Herménigilde fon mari y fut le véritable motif oui déter-

F ^

Ml Histoire DE France. mina Childebert à porter fes armes Ann. 58;. en Italie. Ces deux guerres n'eurent aucun fuccès.

Les Bourguignons , rarement vain- queurs 5 fouvent battus , fe virent obli- gés de s'accommoder avec Récarede iils de fuccelTeur de Leuvigide. La paix fut aifément conclue. Ce fage prince qui venoit d'abjurer l'Arianif- me , la défiroit depuis long-temps. Il avoit fait demander Chlodofinde foeur du roi d'Auftrafie. Le mariage fut ar- rêté j mais il n'époufa ni cette prin- ceiïe 5 ni Rigunthe , fille de Chilpéric 5 qui lui avoit été également promife.. Déjà cette dernière étoit en chemin Idem. I. -, P^^^^ l'Efpagne , lorfque la mort du roi îbn père fit prendre d'autres mefures. Le général Didier , mécontent de Fré- degonde , prit cette occafion de lui faire infulte dans la perfonne de fa fille : il fe faifit de tous les tréfors qu'on lui avoit donnés pour fa dot. C'étoient, outre de grandes fommes d'or de d'ar- gent monnoyé , cinquante grands cha- riots d'habits êc de meubles précieux^ Tout fut pris 5 renfermé , & fcellé fous bonne garde. Rigunthe rappellée à la cour de Clotaire , y vécut dans un li- bertinage qui lui attiroit fouvent de

c. ?.

Clotaire ïI. 133 révères corredions de la part de fa ■nere. Leurs querelles, difent les hif- Ann. 58J. :oriens du temps , étoient fi vives , (1 /iolentes , qu'elles en venoient quel- ;|uefois jufqu a fe battre. La reine fél- onie un jour de vouloir lui donner ce ^ui lui revenoit des tréfors de fon père. L'avide princelfe avoir la tête penchée îir un des coffres qui les renfermoit , orfque fa mère le referma brufque- nenc fur elle. C'étoit une nouvelle âctime immolée aux fureurs de cette mpitoyable femme , fi elle n'eut été 3romptement fecourue. Nous ne rap- Dorcons ces circonflances , que pour donner une idée de la férocité des nœurs dans ces premiers fiecles de [a monarchie. Les Auftrafiens de leur côté étoient Guerres^

rri T r / 1^„ des François

Dalles en Italie \ mais gagnes par les ^j'Auftafie foumiiTions & les préfents d'Autharis contre les qui régnoit fur les Lombards , ils fe °^^ ^^ ^ contentèrent de s'être montrés au-delà des Alpes. Ce fut tout le fruit de cette expédition & d'une autre qui la fuivit de près. La divifion fe mit par- mi les chefs : l'armée demeura dans l'inaction , & rentra en France fans avoir rien entrepris. Cependant le roi d'Ita- lie follicitoit vivement la paix. Elle fut

134 Histoire de Francs. enfin conclue. La cour d'Auftrafie re^^

Ann. jgj". çut fes préfents , lui promit la princefTe

PaulLoneoh, ^^^o^^o^nde , & lui manqua de foi.

/. 3 » c. jo. Le traité étoit à peine figné , que les 6Ve^. r«r. François vinrent fondre de nouveau

U9,c.ts. jp^^j. 1^ Lombardie. La défaite la plus fanglante que la nation ait jamais elTuyée, fut le jufte prix de cette per- fidie. Le prince Lombard ne ména- gea plus rien. Il engagea Garibalde duc de Bavière , à fecouer le joug des Auftrafîens ; Se pour le mettre plus sû- rement dans fes intérêts , il lui fit de- mander Théodelinde fa fille. On pré- tend que s étant déguifé , il partit lui- même avec fes ambafTadeurs. La prin- ceiTe , fuivant Tufage établi chez les peuples fur lefquels elle alloit bientôt régner , préfenta la coupe aux envoyés ;

Prtieg. j4, Autharis , en la lui remettant , lui ferra la main. Cette hardielTe la fit rougir 5^ elle foupçonna que c'étoit le roi de Lombardie : elle fut confirmée dans fon idée par l'emprefTement avec le* quel ce prince baifa la main qui avoir eu l'honneur de la toucher. Ce trait nous rappelle un article curieux de la

^ lex Sdîc. loi Salique. il eft conçu en ces termes ^

Celui qui aura ftrré la main d! une femme

libre j Jera condamné à une amende d^

ClOTAlRE îî. 135

publie fous d'or. On conviendra que li notre fiecle eft plus poli que celui deANN. j8£» nos anciens légiûateurs , il n'eft du- moins ni Ci refpedueux, ni fi réfervé.

La défaite des François ne fit qu ir- Paîx entre riter leur courage. La ligue avec l'em- ^"je^^Lom- pire fut renouvellée. Childebert en-bard«. voya en Italie une nombreufe armée , Greg. i.ioy qui fe fépara en deux corps. L'un fous pj^^'^^^^, la conduite du duc Audovalde, perdit ^o/&. i. 3 ,; le temps à attendre les impériaux pour <^' J^» former le fiege de Milaii ; l'autre fous le commandement du duc Cedin fe jetta fur le pays de Trente , il em- porta neuf ou dix places fortes. Tous deux repaiferent les Monts , chargés d'un riche butin , mais ruinés par les maladies , qui ont toujours été nos plus cruels ennemis dans ce climat brûlant. Cette confidération , la médiation du roi de Bourgogne 5 la politique entiii qui étoit d'afFoiblir les Lombards ÔC non de les détruire , firent conclure la , J^redeg, in paix a condition d un tribut de douze mille fous d'or. Ils le rachetèrent dans la fuite par une plus grande fomme une fois payée.

Pendant le cours de ces expéditions Frédcgon^e militaires , il fe palTa diverfes chofes , ^.^^^'.^^'^J^^à qui donnent une idée bien horrible la vie des ro»^

1^6 Histoire de France. t,j. ■■ jg3 mœurs de ces anciens temps. Fre- Ann. 5 s 5. degonde , qui n'enfantoic que d'affreux de Eourgo- projets , ôc qui U'ouvoit toujours des gne & d' Auf- fcélcrats prêts à les exécuter, arma deux clercs de poignards empoifonncs , ^'•^^- /. 8 , pour alTaflîner le roi d'Auftrafie. Les ' '^* aiTaffins furent arrêtés à Soiffons. Les

douleurs de la queftion leur arrache- 'rent l'aveu du crime qu'ils méditoient. On les chargea de fers , & dans cet état ils furent condiaits à Childebert, qui les fît couper par morceaux. Le religieux Contran, le libérateur de Frédegonde , le père , le tuteur , le protecteur de fon fils, ne fut point à l'abri de fes attentats. Un jour qu'il entroit dans fa chapelle pour entendre matines , il furprit un aflTaiîin qu'elle avoit envoyé pour le poignarder. Un autre fois, lorfqu'il alloit communier , un homme liem. U 9 » l'aborde j mais foit remors de confcien- ^* '• ce, foit refped pour la majefté royale,

il laifTe tomber fon poignard. On le faifit. Il avoue fon exécrable deffein , qui demeure impuni , parce que le cou- pable avoit été pris dans l'églife : comme le droit d'afyle pouvoit regarder un homme qui en viole la fainteté par le plus déteftable parricide. Conjuration Le peu de fuccès de tant d'abomi-:

C L O T A I R E II. 137

Lible? entrepnfes , ne tut point capa

)Ie de rebuter Frédegonde. Intrépide Arn. 5S5. ians le crime, un attentat^ devenoitd^^i^o^j^; )our elle un acheminement à un autre ^gdécoi.ver- incore plus grand. La mort du roi te & punie. 'l'Auftrafie &'de la reine fa mère , fut ^^'^S-l' >o , le nouveau réfolue. La réufiite de ce )rojet lui paroilToit d'autant plus in- àillible 5 qu'elle y avoir fait entrer les rois plus confidérables feigneurs du oyaume de Childebert, Mais ce piin- e flit aifez heureux pour découvrir le lelfein des conjurés , & tous furent )!inis de mort. Raucingue qui fe difoit ils naturel de Glotairé l , fut poignardé orfqu'il fortoit de la chambre du roi, ■m l'avoir mandé fous prétexte d'af- ^ûres, Urfion fut percé de^ coups en défendant vaillamment fa vie. Le diXC Berthefrede, quoique protégé de Eru- lehaut , fut écrafé de tuiles dans une :hapelle il s'étoit retiré. L'évèque de Verdun en avoir refufé les clefs : Dn n'ofa enfoncer les portes ^ mais on monta fur le toit dont les débris fervi- rent d'armes pour accabler le malheu- reux qui s'y étoit réfugié. On ne fçaic qu'admirer d'avantage , ou le préjugé des franchifes pour des crimes qui font frémir d'horreur , ou la fuperftitieufe

\

ijS Histoire de Francs.

^ conduite des foldats Auftrafîens. S'il y

Ann. jSj.avoit réellement quelque droit d'afyle

pour de pareils attentats , c'étoit moins

l'éluder , que le violer, conciiede Gilles évêque de Rhelms , fut foup-i

Meî3,oiiGil- ' j5A -^ r i ^a'

les évêque de ÇOî^i^e dette complice de cette confi dé'tS' ^^ piration. C'étoit l'homme du mondej , * le plus fourbe , le plus intriguant , 6c f/i^f' * ^' le plus habile : il fçut tellement ména- ger l'efprit du roi , qu'il échapa pouj cette fols au châtiment qu'il méritoit Mais une féconde conjuration qui fui découverte quelque temps après , h convainquit de tant de crimes , qu'en- fin il fucGomba. Elle avoir pour chefi le connétable Sunégifile , le grand réfé- rendaire Gallus 5 &c Septiminie gouver- nante de Théodebert ôc de Thierri. Leur deiïein étoit de faire répudier la reine Faileuble, d'éloigner Erunehaut, ou d'empoifonner le roi ; leurs efpé- rances , d'être chargés feuls de la con- duite des affaires en l'abfence des rei- nes 5 ou pendant la minorité des jeu- nes princes. Childebert n^aimoit pas à répandre le fang : il fe contenta de les priver de leurs emplois &c de les en- voyer en exil. Cependant le connéta- ble avoit chargé l'évêque de Rheims. Gilles fur cette accufation fut arrêté ,

C L O T A î R E II* 139

:oncluit a Metz , &. confiné dans une "riroite prifon. Quelques évèques fe Ann. 585, plaignirent que fuu la fimple dépcfi- lion d'un laïque on eut enlevé un prélat le {on églife. Le roi , touché de leurs emontrances , renvoya le prifonnier |ians fon fiege , ëc donna fes ordres pour iffembler un concile dans fa capitale. Le coupable y parut : on lui produifit es lettres qu'il écrivoit à Chilpéric : 3lles s'exprimoient fi clairement_ fur .'abominable deflfein de faire périr le eune Childebert , que fes juges , mal- gré leur envie de le fauver , fe virent Dbligés de le dégrader.^ Mais ils fe jet-» Itèrent aux pieds du roi , le conjurant Ide lui faire grâce de la vie. Le pieifx 'monarque fe laida fléchir^ la dépofi- tion , l'exil 3c la confifcation furent les feules peines de l'attentat le plus horri- ble & le plus exécrable : tant il eft aifé de confondre les droits de la piété ôc de l'équité l

Cependant Waroc , comte de Bre- ^^'""^'"^ ^^ tagne , fufcité par Frédegonde , s'étoit ^^^^^^^' jette fur les terres de France du côté ^^^^ ^^^^ de Rennes ôc de Nantes. Contran en- (y^.^j^^^^ voya contre lui le duc Beppoîene &c.9,ii. le général Elvachaire. Le premier en- gagé par un traître dans un pays plein '

140 Histoire de France* **— de défilés & de marécages , fut furprîs ^ 1 Ann. y^o. défait Se tué : le fécond s'empara del Vannes , les habitants l'avoient ap-' pelle. Le comte, effrayé de cette per-i te, vint trouver le général, fe recon-! nut fujet de vaiïàl des rois François ^! jura qu'il leur feroit toujours fidèle, &' tp'il ne porteroit jamais les armes con- tre le roi de Bourgogne. Serment violé prefque auili-tôt que proféré. Le fils Fndeg, in Je Waroc fond fur l'arriére - ^arde des rrançois , aont une partie avoit déjà paffé la rivière de Villaine , les mec en déroute , leur tue beaucoup de mon- de, ôc fait grand nombre de prifon- niers. Elvachaire foupçonné d'intelli- gence avec le comte , fut difgracié , & reçut ordre de ne plus paroître i la cour. Mort de L^ guerre de Bretagne Se la cérémo- Gonnan. nie du baptême de Clotaire font les

Son caraae- j ,*^ ^ , i i i

je^ derniers événements mémorables du

règne de Contran. 11 mourut à Châ-

Ann. 5<>3. lons-fur-Saône , âgé de plus de foixan- te ans. Prince médiocre , qui fut tou- jours mal fervi , parce que jamais il ne fçut faire refpeéter fon autorité. Bon , mais de cette bonté qui infpire la li- cence plus que la vénération : il aimoic fes fujets , Se n'eut pas la force de les

C L O T A I R E II. 141

défendre contre les vexations de fes tiiiniftres. Doux, humain , complai- Ann. 5^3, fant 5 mais plus par timidité , que par vertu. On n'ofoit l'aborder dans les accès de fa colère : fouvent dans fes premiers tranfports il prononça des irrcts de mort pour des fujets afTez légers. Une de fes femmes fur le point Greg. 1 5 j de rendre lame, le pria de faire mou-^* ^^' rir deux médecins , dont les remèdes , à ce quelle prétendoit, avoient caufé fa perte : il eut afTez de foibleffe pour le lui promettre, & afTez de cruauté pour être fidèle a fa parole. Un jour il vit dans une foret un taureau fauvage nouvellement tué , il s'en prit au garde. Celui-ci çn accufa un chambellan nom- mé Chundon , qui nia le fait. Le roi ordonna que la querelle feroit décidée Idem l, 10^ par un combat. L'accufé étoit vieux Se infirme : il mit en fa place un de fes neveux, qui bleffa mortellement l'ac- eufateur. Mais en voulant le défarmer , il fe tua lui-même du poignard de fon ennemi. La mort du champion fut re- gardée comme la convidtion du cham- bellan. Le monarque le fit faifir : il fut lapidé fur-le-champ. Voilà ce que dans ces temps barbares , on appelloit amour de la juftiçe. Ses hiftoriens lui don-t

c, to.

141 HiSTOiRt DE France.

, lient un grand fonds de piété. Il me-

Ann. S9h ^^^^^ ""^ ^^^ auftere , faifoit de grande largefTes aux pauvres , aimoit 5^ refoec toit 5 protégeoit la religion , l'églife & fes miniftres. Ceft peut-être ce qui T; fait mettre au nombre des faints. Gré goire de Tours lui attribue des mira clés 5 même de fon vivant, ^ Cetjuefîgni- On fera fans doute furpris que dan fioit ancien- j^ même ligne ce prélat fait l'élog ]!îfoTde con- de la vertu de Contran , il ajoute qui ^ubine, ^^^ ^^^ concubine nommée Vénérandt if'A,e. zy. Mais Tétonnement cefea fi l'on fai réflexion que le concubinage, nom de venu infâme par la fuite des temps Zeg.3.ff.de^^on alors une union légitime , qui £oncuh. leg. quoique moins folennelle , n'étoit pa iTt^. M. moins indifToluble que le mariage 01 4i Adulter. dinaire. Les loix civiles l'autorifoient lorfque le défaut de dot ou de naif fance de la part de la femme, ne lu permettoit pas , félon le Droit Ro Jacoh.Cujac.m^in, de contrader avec des perfon de cohaMu ^gg ^'^^ certain rancr. Or , quoiqu'un- mulier.' concubine ne jouit pomt dans la ta mille de la même confidération q^u un< époufe de condition égale , c'étoit ce pendant un nom d'honneur , nom dif férent de celui de maîtreffe j & fes en- fants, fuivant Tancien ufage des Frajt-

I

ClotAire il 145

*ois , n'en écoient pas moins habiles à " '

iiccéder j lorfque le père le vouloir. Ann. 5^5. L'églife d'Occident pendant plufieurs [îecles a regardé cette forte d'alliance omrae une fociété légitime. Le pre- mier concile de Tolède décide formel- Can, 17; ement, quun homme ne doit avoir luune femme ou quune concubine àfon :hoix. Saint Ifidore de Séville , le con- Concil. Rom» :ile de Rome fous Eugène II , un autre -Ç^^ ^"/^o!- :enu dans la même ville fous Léon IV , uh. Hor^ l'expriment de la même manière. SiP^'"^* ** ;es mariages ont enfin celTé d'être per- nis, ce n'eft pas qu'ils fulfent illicites )ar eux-mêmes , fur-tout lorfque l'en- gagement étoit réel & pour toujours , :'eft que fouvent le défaut de folemni- faifoit naître mille abus. C'efl aufïï Concîl, !«<*; 3ar cette raifon que les loix Romaines 5^^' ^* ^^ 9 poiqu'elles regardaient comme légi- irnes les enfants qui provenoieiu de :ecte union , ne leur accordoient ce- pendant point le droit de fuccéder.

L'aventure du malheureux Chun- Ancienne don nous rappelle un autre point non «manière de

. ^ ^ ■■ ^. . faire preuve

moms curieux de notre ancienne ju- par le duel. < cifprudence. On voit par ce trait d'hif- toire , qu'autrefois le duel étoit permis pour défendre Ôç accufer en jaflice , dans les occafions l'on ne pouvoir

144 Histoire de France. ? avoir preuve. C'étoit un moyen fi

Ann. 595.tlinaire pour terminer les différenil

Le P. Luc <ies nobles , que les eccléfiaftiques me

Dacheridans i-YiQ ^ [q^ moines n'en étoient poiii

fon Spicile-j.^ <-, TV/T j vi^ 1

gium , tome diipenles. Mais de peur qu ils n<

^^■^* fouillafTent dans le fang des mains dei

tinées à offrir le facuifice non fanglant

on les obligeoit de donner un homm

pour fe battre à leur place. 11 n'y avoi

que les femmes, les malades, les eflro

pies 5 les jeunes gens au-deffous d

vingt ans , ôc les vieillards au - defTu

de foixante , qui fuiïent exempts d

cette épreuve auilî cruelle que bizarn

On l'ordonna d'abord pour toutes for

tes de matières , tant criminelles qu

civiles : on la reftreignit enfuite au

foules circonftances ou il s'agiffoit d

l'honneur ou du crime capital. Cett

coutume venoit du Nord : les Boui

guignons en avoient fait une loi : le

François l'adoptèrent à leur entrée dan

la Gaule. La religion 3c la raifon on

fait pendant long -temps d'inutiles ef

forts pour la faire abroger ] elle s'el

foutenue pendant près de douze fiè

clés j malgré les anathêmes 6c les fou-

dres lancés contre elle. On a cru qu(

ie combat de Jarnac Se de la Châtaigne

raie , devant Henri 11 , étoit le derniei

due

Glotaïre il ï4{ duel fameux qui fe fût faic eu France ^^^^f^ fous l'autorité publique : c'efl: une er- Ann. 5^3, reur. On lit dans l'hiftoire de la-no- blefTe du Comrat - Venailîin , qu'Ho- noré d'Albert , feigneur de Luines , fe battit en champ-clos au bois de Vincen- nes en préfence du roi Charles IX , 6c de toute la cour , contre le capitaine Panier , qui lui avoit reproché le foup- çon qu'on avoit eu contre lui , au fu- jet de l'affaire de la Mole & de Coco- las. Le brave de Luines eut tout l'hon- leur du combat : il tua fon ennemi , ^ue mille adions de valeur avoienc :endu formidable.

La forme de cette procédure fuigu- La forme its iere mérite l'attention des curieux ôc ^^^^^^' ^a- fournit d'étranges réflexions fur la bi- ^" '"'' ai-rerie humaine. L'accufé