NATURELLE
ET MORALE DES
Indes, tant Orientales, qu'Occidentales.
Ouïleft traitté des chofes remarquables du Ciel, des \
EUmcns métaux, plantes, & animaux qui font
propres de ce pays, enfembledes mœurs , cere-
monies>kix,gouuernemens & guerres
de s me/mes Indiens.
CompofeecnCaftilIanparlosEPH A Costa Ôc tradui&e en François par Robert Regnavld, Cauxois,
DEDIEE AVROY.
BM^NIX^B EDITION, M Z r E KM , 0* corrigée de nonnem.
A PARIS,
TlFFAINJB, ri
Gril , pres fainéï: Bcnoifo
Chez Adrja-n Tiffaine, ru* Saînd Iacquci , t«
■At^ûS. XVII.
?£
AV ROY 'TRES-CHRESTJtfîk Hinry IV. de ce nom.'
Cet admirable <£ inuhcibU% guerrier Alexandre, iadà r\ des *?- , Macédoniens, qui par favak & heureufe fortune rangea fiubs fin poule* toutes les Prouinces de Grèce, auparauantjef. mm en plufieurs Cantons & Républiques, fttspaffknt lamerdefautreeojlé, /ubtugua le tres-grando- très- opulent Royaume dePerfa & de l'Uominuantplusoutre^ftretentirfes 'mestufquti -bien auam dedans l'Inde Orien- tale, borne de [es dejjeins, & pour lors la plus: gommée, & plu* heureufe région delà tïrre. Hntre mille grandes & belles affections mi lo- gent en fin ame genereufe & prière, Wttcejle-cy, qùildeftrott & de vaincre, À vrmontertous les autres , non pomt feulement pâleur & réputation i armes, maisaufim unir &cognoiffancedeschofes, &f»rioui
ËPISTRE des terres & régions efir ange s. De telle façon quilfaifoit entièrement rechercher, & à quel- que prix que cefufi, tout les Hures rares & ex- quis que ton fournit recouurir de fon temps. Et luy encore fort ieune , comme les Ambajfa- dturs de Perfefufent venus vn iour deuers fon père , il les cnquiflfi particulièrement de la na- ture, grandeur, & fituation du Royaume de ferfe , des villes ,fleuues , & montagnes d'ice- luy , mefme des mœurs du peuple , & de la gen- darmerie, qu'il apprit par leur bouche tout ce qu'ils auoient en leur Royaume de plus grand & de plut fwgulier Jont il fçeutbien faire fon profit par après, & ne ceffaiamais depuis , tuf- que s a ce qu'il euft conquis ce grand & florifi fant Empire r\ de forte qu on pourroit direauec raifon, que le s propos é ' aduertifemens de ces Ambaffadeurs furent comme la première efiin- celle, ou caufe des grandes victoires & heureux fuccelqui luy arriuerent depuis. Vequoy me reffouuenant ,SiKBy&dela comparaifon que plufieur s font amour dhuy de favaleur, clé- mence, & bonne fortune, àlavoftre, voire de plufieurs autres dons & vertus héroïques dont ileftoitdoue, qui vous font pareillement com- munes. Outrece, que tous deux puifans & re- doutez, Princes, efiesyffus, quoy qu'en diuers fmkf) dvn mefme ejlçc de noblefe , & ta*
€e d'Hercules , luy par Cananus ] & vous* Sire, par Charlemagne, qui , [muant Us anciens tefmoignages , en efloit au fi défen- du , & de la race duquel votts efles extrait far le Royfainff Loys \>& Us autres Roy 's de France vos predeceffeurs , yfftu de la race du mefme Charlemagne par fexe fœminin. le me fuis enhardy de traduire en langue Iran* çoife l'hifloire naturelle & morale des In-» des Orientales y nouuellement cowpofee enCa- ftillanparlofeph Acofta> homme certainement doc7e , & fort curieux > pour la pre [enter aux pieds de vofire Maiefié7fous ejpoirque ce luyfe- roit chofe agréable , pour la dekciable variété & nouueauté des chofes qui y font contenues-^ comme te croy qu'Alexandre mefme ï droit fort volontiers filviuoit en ceprefent fiecle^ luy qui tant de fols defon temps defira qu'il fuj} encore vn autre monde , afin â'auoir vmplm. large champ d exercer fes proue ffes \ Ht ce qui plus m'a. incite de ïentreprendre> a e fié que les EJpagnols ialoux & enuieux de ce bien , ay ans fait brufer par EdicT; public (comme l'on m' a aduerty de- puis quelque temps ) tous les exemplaires de ce- fie hifioire, afin d'en prïuerlesautres nations \ & leur celer la cognoijfance des Indes\ i'aypen* fé que ie ferais faute Jï ie laijfoi s perdre a la France (ftcurieufe des chofes rares & belles}
S iij
vnfi riche ioy au, & v ne fi gentille hiftoire, qui l'Autheur a compofee , la plus grande part a veuedœil, & fur les me/mes lieux , dvn tel ordre & brieuetê, quauec bonne rai [on il peut tfire appelle ï Hérodote, & le Pline de ce monde nouuellement defcouuert. Bref ie peux dire de ce Caftillan , Sire, que c'efî vn prifonnier i entre vos ennemis /lequel ïay furpris en fa, terre, luy ayant appris tellement quellement no- Jire langue Françoife , pour vous le prefenter^ afin qu'ilvotu conduife, & faffe voir les ftngu- lariîez* plus exquifes de ce nouueau monde, fans crainte & danger de naufrage. £)ue ft comme Alexandre fouuerain d'vne grande ré- gion de l'Europe en la partie d'Orient, a voulu tourner fesdefeins fur l Inde Orientale-, ainfi vous, SiKZ,yffudefamefwerace, &com- meluy, Prince , & poffeffeur triomphant dvn grand & floriffant Royaume de l Europe enh partie d Occident, veuillez, aufii voir, ejr regar- der de plus près ce s Inde s Occidentales^ encore s plus riches & renommées àprefent, que ne fu- rent oncques les Orientales : cefiuymejmevoui yferuira de guide, & de tresfidelle efpion^ pour vous aduertir des ports, villes , & monta- gnes d'iceluy, & de i ordre & nature du peuple, dontilvous diradauantage, que ne firent encq les Ambaffadeurs de Per/e au Roy Alexandre*
Jlplaiu donc à voftre Maieftê + S i r e > rece- voir de bonne part ce thre for eflranger quevjm offre tvnde vos humbles &f de lies fubjeâfs, ponrtefmoignageduferuice qu'il vous doit, & vous a voilé four toute/* vie.
DuHaure de Grâce, le premier tour de Dé- cembre, iS97*
Voftretres-humblc, & trcs-obeyflàntfubjei &feruitcur> Robert Regnavlp^
* nii
ZéDVEKTISSEMENT DE
ÏJutheur aux LeÛeurs.
L v s i e v R s Autheurs ont efcric des liures , & des narrations du nouueau monde , & des Indes Occidentales, efquels ils defcri* uent les chofes nouuelles Se eftranges que Ton adefcouuertesen ces parties là i les a&es & lesaduehtures des Efpagnols qui lesontconqueftees, & peuplées. Maisiuiques àprefent ien>y veu aucun autheurquitraitte, & déclare les caufes Se raifonsde telles nouueau- tez Se merueiiles de nature, ny mefme qui en faflTe aucun difeours Se recherche. le n'ay point veu auffi liure qui falTe mention des beftes Se hiftoires des mefmes Indiens , anciens Se natu- rels habitans du nouueau monde. A la vérité ces deux chofes font affez difficiles; la première, d'autant que cefontœuures dénature qujfor- tent, & font contraires à la Philofopbie ancien- ne , receîie & pratiquée , comme de monftrer queja région qu'ils appellent Torride , eft fort humide, Se en plufieurs endroits fort tempérée, êe qu'il pleut en icelle quand le foleil en eft plus proche, Se autres femblables chofes. Car ceux
qui ontefcrit des Indes OccidentaIes,aontpas faitprofeflîondetantde philofophie, voire la plus part d'iccux efcriuains ne fe font pas apper- ceus de telle choie. La féconde eft,quelle traicfce des belles , & hiftoire propre des Indiens5la- quelle chofe requeroit beaucoup de commu- nication , & de progrezdansle pays auecies mefmes Indiens, ce que la plus- part de ceux qui ont traîné des Indes , n'ont peu faire, ou pour n'entendre leur langue , ou pour ne vouloir re- chercher leurs antiquicez , tellement qu'ils fe font contentez de racôter quelque chofe d'eux, qui eftoit le plus commun & fuperfîciel. Déli- rant donc auoir quelque plus particulière co- gnoiflance de leurs chofes, i'ay fait diligence de m'informer des hommes les plus expérimen- tez^ verfez en ces matières , pour tirer & re- cueillir de leurs difeours & relations, ce qui m'a femblé fufhre pour donner cognohTance des faits & couftumes de ces peuples. Et en ce qui cft du naturel du pays,& dedeurs proprietez, ie i'ayapprins par l'expérience de plufieurs amis, & par la diligence que i'ay faite de chercher,dif- courir, & confererauec perfonnes fages Se ex- périmentez. Il me femble rnefme qu en ce fai- fant il fe prefente quelques aduertiiTements, qui pourront feruir & profScer à d'autres ef- prits meilleurs , afin de chercher la vérité, ou <ie pafler plus outre , en trouuant agréable ce qu'ils trouueront cy dedans. Ainû combien que le nouueau mode n'eft plus nouueau 9 mais vieil, veu le beaucoup que Ton a eferit d'ice- luy, ce neantmoins celle hiHoire pourra eftrc-
tenue en quelque façon pour nouuellcd'autant cm eileeft en partie hiftoire, & en partie philo- fophie ,& non feulement d'autant que ce font amures de nature,mais auffi celles du libéral ar- bitre, qui font les faits &eouftumes des hom- mes, ce qui m'a donné occafion de iuy donner nom d'Hiftoire Naturelle & Morale des Indes, comprenant ces deuxchofes.il eft fait mention
es deux premiers liures de ce qui touche le ciel, température, ôc habitation de ce monde , lef- qaels liures i'auois premièrement efcrits en La- tine maintenant les ay traduits , vfant plus de la licence d autheur,que de l'obligation d'inter- prète, pourm'accommoder mieux à ceux pour qui elle eft efcrite en vulgaire. Es deux liures fuiffans eft trai&é ce qui touche ces éléments ôc mixtes naturels, qui font métaux, plantes, ôc *ammaux,& ce qui femble remarquable aux In- des, le refte des liures difeourant ce que i ay peu difeourir au certain , ôc ce qui m'a femblé digne de mémoire des hommes,de leurs beftes, (ie veux dire des mefmes Indiens)dc leurs ceremo- nies.couftumes.gouuerncment, guerres, ôc ad- uentures.Il fera dit en la mefme hiftoire , com- mei'ay peu apprendre ,& cognoiftre les beftes des anciens Indiens ,veu qu'ils n auoient aucune efcriture,ny chara&ere , comme nous auonsjce qui n eft pas peu d'induftrie d'auoir peu confer- ucr leurs anriquitez fans i'vfage des lettres. En fin l'intention de ce trauail eft , afin qu'ayant la cognoiffance desœuures naturelles, que le fage Autheur de toute la nature a faites , l'on loue ôc glorifie le haut Dieu , qui eft merueilleux eg
tout & par tout ; Se qu'ayant cognoifïànce des couftumes& chofes des Indiens, l'on leur avde plus facilement à fuiure,& perfeuerer en la hau- te vocation du S. Euangile , à la çognoifTance de laquelle leSeigneur a voulu amener cefte nation il aueugîee en ces derniers ficelés. Outre toutes ces chofes, vn chacun pourra mefme tirer pour loy quelque frui^attendu que le fage tire touf- îours quelque chofe de bon de quelque petit lubieét que ce puifTe eftre , comme Ton peut ti- rer des plus vils ôc petits animaux vne grande philof ophie. Il refte feulement d'aduertir le Le- deu^que les deux premiers liures de cefte hi- itoire,oudifcours, ontefteeferitseftant auPe-. ru,&les autres cinq depuis en Europe, l'obe- diençe m'ayant commandé de retourner par deçà: ainfiles vnsparlenr des chofes des Indes comme de chofes prefen tes, & les autres com- me de chofes abfentes. Ceft pourquoy il ma fcmblé bon d aduertir le Lecteur de cecy , afin que cefte diuerfité de parler ne luy foit en- nuyeufe. "
massait
IN HISTOKIAM 1N-
à Iofepho jcofta Hifawco fermone çomplatarn,Mperà Roherto Regtnd- do Çallicè redditam.
AD LECTOREMv
I luftrare nonos retinere cupidine
mundos, Lataq-,fi pelagilittoranoiTecupis: Hue curfus difpone tuos , non riau- fea laedet,
Necftomachus ciuem tevetet eftemans. Nil opus eft vélo , rimas farcirc canms,
Aut magnetiaca pixide, nil opus eft. AlterTiphysadeft,extrernas ire péroras
Edocet,& populos, iarn breuiore via: Sidéra fub terris veteri non cognita leclo.,
Ortaq-, in occiduo lirnine ligna, refert. ^ TemperiemZonar,qus non habitabihs ante
Iudicio veterum, tunebabitata tamen: Noueris in curfu quo figno vtatur , & aura,
Vendicet atque fibi quidquid vterq-, polus. Noueris & montes,Germanîqj ora Ty phœi Igniuoma,& pifces,flumina magna,lacus, Tempia>facerdotes , verique imitamina cultus, Chrifticolum ritus vc coluiffe putes.
Annales, faftofqj libros, elementàq;, regnaj
Imperiun^reges^praelia magna, duces. Terra ferax gemmis, fuluoq; referta métallo,"
Se peregrina tibi confpicienda dabit. ■ Deniq; quod luftris>& fumptîbus haufît Ibêrus^ Bis quarto poteris parcus adiré die*
An T O N I V S B 0 KDOR,
Ad 'Rpbertum Keginaldùm TràduSorem.
TE Francifcisalit, quem nobis cdidit vrbs, quae Velierij montis nomine,nomjen.habet. Baetica (demirans geniurrï) mutare loquelam
InftititjVtpotiusdicercteiTe iuum. Ipfe tain en patrie reducem te reddis,& illa
Quse fecreta cupit, cbgnitiora facis. Nontepœniteattant^ReginaldeJaboris, Hoctibinam patrie pignusamoriserit: Paruavidereputasvidorem pra?fnia Regedi
Hemicum,& facrasçonteruiffe manus? Qui gratus patria*3tum Regi,defcrit auras, Re&ius ille fuo munere fun&us abit
AHTONlVà BONDOR,
AdenndeWi àe infcriptlone librii
TJ Cquid id?in prima promitcit fronte libellus £2, Indos, éoos,occiduofque fîmul. Atramen hefperias tantummododetegit oras^
Nulla ferè eoi eft roentio fada foli. Hoc.Reginalde , typis debetur,non mus crror.
(Error Ci fuerit confpiciendus ibi.) Occiduus nobis?aliis oriturus habetur
Phcebusrnil prius eft^pofteriûive globo* Antonivs Bondor.
M. CHARLES REGNA VLD, a Robert Régna vd fon frère , fur la tradu&ion de l'Hiftoire Naturelle des Indes Oc- cidentales.
S ONN E T.
ON ditqn^Eta iadis ^oy des Scythes-Coléeyi, <st qmlamfon d'or auoit eûè 'donnée Pour vngagefittd défi vie honorée, lafatfoitd'vngranâfimggardet dedans vn hk.
rn drtgn er deux bzufs.de qui l'horrMe vols Hemploit tout l'air de flamme, en dtffendoient ï entrer! Mats lafon néanmoins, 4 Me de Med<ey lé (rit, CrUfit 'voir afin Prince Grégeois.
xAmfifais-tu> B,egnauld\ car maigre les exciT Desfeldats Eflagnols , qui en gardent acerf, Malgré 'tous leurs canons , cr leur namharmee,
Tu fais voir aux François ces Threfers retenus, Et du riche Peru les Jecrets mcogmts, 2r*f, (Cim éHtrs Olcfos U mfon defree.
A M.REGNAVLD, SVR
LA VERSION DE £ H I-
ftoire des Indes de l'Efpagnol de Iofcph Acofta.
SONNET.
Ppfydete imager burinott vft vifagi Si bien après le vif que nature auoit peu? ç£ellefembUftduoirfir l'image trmfeur Mlle mefme imité les traitts de [on ouvrage.
Mais le fini Hiponie entre ceu* de fin aage, Meftnficeftouimer,defireux que l'honneur VylntMuuftiU$roitfetmrn*iï au donneur i Konàïartquel'oneHft admiré davantage.
^infitoutEffagnol qui verra que tes doigts Ont d'vn tmiïfidtmnfait ^cofla François > gmdeuancêpar toy ne fait plus que tefmurey
Craindra que ton labeur fat du [un le tombeau, Tonrenomfin oubïy/a cendre ton flambeau , Frira que t pinceau ne nom change fon hure.
F 'L'EPARrMEtf TïEIU
LIVRE
LIVRE PREMIER DE
L'HISTOIRE NATVRELLE ET
morale des Indes, tant Orientales, qu'Occidentales.
De ï opinion que quelques Autheurs ont eik3
penfans que le Ciel ne fefiendoit iufques
au nonuem Monde.
Chapitre premier.
Es anciens ont cfté fi eiloignèss depenfer qu'il y euft peuple, ou nation habitante en ceftuynou- ueau monde, queplufîcursmef. . me d'entr'eux n'ont peu ftmagi- ner que de ce cofté cy y euft feulement terre , ôc qui plus eft digne de merueille, f en font trouué aucuns qui ont nié tout ouuertement que le cie l que nous y voyons à prefent? y peuft eftre : car iaçoitque la plus grand' part, voire les plus re- nommez entre les Philofophes, ayent bien re- cogneu que le ciel eftoit tout rond ( comme en cfFed il l'eft ) ôc que par ce moyen il entouroit, Se ceignoit toute la terre, l'enferrant ôc compre- nant dedâs foy$ neantmoins plusieurs du nom-
Çhvyjbft. ho- mtl. 14 W Vj. m cptft. , Ma Hebr.
Fï eh. 19 • jdem Cbryf homil. 6. 15. in Genef. & homil. it. ad fop.^stntio- chenum.
Tbadarit.
J-îiftoire naturelle brc mefme des Do&eurs facrez , de plus grande authorité , ont eu fur ce point différentes opi- nions , fimaginans la fabrique de cet vniuers à la façon d'v ne maifon, en laquelle le toid qui la couure , circuit & feftend tant feulement en la partie d'enhaur, & non pas par toutes les autres parties, alleguans pour leur raîfon , que la terre autrement demeureroit fufpenduë au milieu de l'air. Ce qui leur fembloit chofe du tout hors d'apparence \ & tout ainfi que l'on void en tout baftiment le fondement & Tafîïette fituez d'vne part, &letoi& &couuerture drvne autre op- pofite & contraire, ainfi qu'en ce grand édifice de lvniueis tout le ciel demeuraft en la partie d'enhaut , & la terre en la partie d'embas. Le glorieux Chryfoitome , corne homme qui f eft plus occupé en l'eftude des lettres facrees, que non pas aux feiences d'humanité -y femblc eftre de cefte opinion, quand il fe rit en fes Com- mentaires fur l'epiftre aux Hebrieux, de ceux-là qui afferment la rotondité du ciel. Etfemble que la fainde Efctiture ne veuille fignifier autre chofe, appellant le ciel , Tabernacle, ou Taudis fait de la main de Dieu. Etfurcefubjet ilpaiTe plus outre, difant que ce qui fe meut & chemi- ne, n'eft pas le ciel, mais que c'eft le foleil, la lu- ne, &leseitoillesquifemeuuentauciel. En la façon que les paflereaux & autres oyfeaux fe meuuent parmy l'air, tout au contraire de ce quelesPhilofophespenfent, qu'ils fe tournent auec le mefme ciel, comme les bras d'vne roue auec la mefme rôtie, theodoret autheur fort graue fuit en ceiU opinion ,Chryfoftome, ôc
des fndes. Liure L %
Théophile aufù, félon qu'il a de couilume pref- ^h h ^ qu'en toutes chofes. Mais La&ance Fit mian de- g. adiJlll uant tous les deffufdits ayant la mefme opinion, Laft hbr.^ fe mocque des Peripateticiens & Académiques, di,iin- *WM qui donnent vue figure rondeau ciel, ccnfti- CAt:i+% tuans la terre au milieu du monde , pour autant que ce luy femble chofe ridicule que la terre de- meure fuipendué en rair,côme ileftdeuant dir. Par laquelle iîéne opinion il fe conforme à cel- le d'Epicure , qui tient que de l'autre part de la terre il n'y a autre chofe qu'vn chaos , ou abyf- me inflny. Etfemble mefmeque S.Hierofme . , s'approche aucunement de cefte opinion, eferi- ^XçaI Uant fur l'epiftre auxEphefiens en ces termes: *. ùJç, £ le Philvfcphe naturel par fi contemplation pénètre tu fanes au haut du ciel i O" de F autre part il troime vn grand vmde aux profonds cr aby fines de la terre. On dit auflî que Procope afferme ( ce que ie n'ay veu toute* fois) fur le liure du Genefe, que l'opinion d'Ari- A, ftote touchant la figure & mouuement circu-p/^L^I laire du ciel, eft contraire & répugnant à la fain- îhu. *nno. $, cle Efcriture. Mais quoy que difent & tiennent làdefïus tous les anciens, il ne s'en faut efrnou- uoir , pource qu'il eft tout cogneu & approuué qu'ils nefe font pas tant foutiez des fciencesfc demonftrotions de Fhilofophie , pour autant qu'ils fe font occupez à d'autres de bien plus grande importance. Mais ce qui plus eft à efmer- ueiller, eftqueS. Auguftinmelme, tantverle en toutes les feiences naturelles, voire fort do- ^u^l.%: &e en l'Aftrologie & Phy fîque, neantmoins de- de Gtnt^U meure toufïours en doute , fans fepouuoir re» #*.«*£•*• foudre fi le ciel circuit la terre de toutes pans,
Hifloire naturelle . , a • ou non: Me ««Jîwie-» (difoit-U )<{™ ""« tmT
peljniefilkfindreau^mren^àfions^dneji
Au «efine Heuq'ue detus i femb e demonftrer voitcditclaircinent,«lu'.lrfyademonftnnon cerraine pour affermer langure ronde ducie , £2 feulement de fimples coniedures. E fou es heux alléguez, & en d'autres endroitsmdmes, ils tiennent pour chofe douteufe le «ment circulaire du ciel. N eantmoms on ne fe doit oF- fenfer, ny auoir en moindre eftime les podeurs de la fainfte Eglife , fi en quelques pomfts de la phuofophie & feiences naturelles ils ont eu diF- Lrnreopinionàcequieatenu&receupour bonnepSlofophie-.veuquetoureleureftudea
eRé de cognoirfre prefeher , & fa», le Créa- teur de toutes ehofes, en quoy ils ont e fl «or- ients , & comme ayans bien employé leur eftu- de en chofe plus importante , c'eft peu de chofe en eux de n'auoir cogne, toutesles partie.^ tez concernantes les créatures Maisbicn dauan tage font à reprendre les Philosophes vainsdc ceSuecle, quiattaignans iufques à la cogno.ffan- ce de lettre , & ordre des créatures , du cours & oonuement des cieux , ne font pas paruenus ( mal -heureux qu'ils font) à cogno.ftrel Crea- Lt de toutesïes chofes. Et i^*"^ toutenfaœuutes, n'ont po.nt monte par leu s imaginations iufques à > cognoiftre A«hear i* * fouueraind'icelles, ainfiq.e nous enfeignek
des Indes. Liure I. 3
iaincle Efcriture; ou bien s'ils l'ont cogneu, nt 1'ontpoinc feruy 8c glorifié comme ils deuoiér, aueuglez de leurs inuentions , dequoy les accu- fe & reprend l'Apoftre.
Jgue le Ciel efi rond de toutes parts , fe mou- uant en/on tour defoy - me fine.
Chapitre IL
R venansànoftrefujet, il n'y a point dedouteque l'opinion qu'ont eu Ari* „. , , itote&: les autres Peripatetieiensauee cn»bii. hb, ks Stoïques,que la figure du ciel eftoit %. cap. %. ' ronde, & fe mouuoit circulairement en Ton tour; eft fî parfaitement véritable, que nous qui fommes, &: viuons à prcfent au Peru, le voyons de nos propres yeux, Enquoy l'expé- rience doit valoir dauantage, que toute autre démonstration philosophique , dautant que pour faire cognoiftre que le ciel eft tout rond, & qu'il comprend & circuit enfoy la terre de touscpftez; &pourenefc!aircir tout îe doute que l'on en pourroit auoir, il fufSt que i'aye yen & contemplé en ceftuy nolhe hemifphere h partie & région du ciel qui tourne autour de ce- fte terre , laquelle n'a eftç cogneiiè des anciens, oubiend'auoir veu & remarqué , comme i'ay fait, les deux pôles efquels le ciel.fe tourne, comme dans fes fiches. le dy le pôle Arctique, ou Septentrional que voyent ceux de 1 Europe^ & l'autre Antarctique, ou Méridional, duquel ^kfjx faincl; Auguftin eft en doute, ôc lequel noua A â^f. a
Hiftoire naturelle
Rangeons & prenons pour leNort ky auPe- ru, ayanspairékligneeqmnoaiale.Ilfuftitn- - nalement quei'aye couru par nauiganon plus de feptantc degrez du Note au Sud, fçauoir, quarante dVn codé de la ligne,& vingt-trois de Faune. LailTant quant à prefent le teimoignage des autres, qui ont beaucoup plasnauige que tnoy,& en plus grande hauteur, eftans parue- .
nus prefque iufques à feptante degrez au Sud. Qui dira que la nauire appellee Viûoire, digne
certainement de perpétuelle mémoire , tfaye cagné le prix & le triomphe d'auoir le mieux defcouuert & circuit la rondeur ^ la terre, mef- me le chaos vain & le vuide infiny , que les an- ciens Philofophes difoient eftre au deffoubs de la terre, ayant fait tout le tour du monde K cir- cuit l'immenfité du grand Occean. Qui eft donc celuv qui ne recognoiftra par cefte nauiganon, que toute la grandeur delaterre, quoy quelle puiffe eftre plus grande qu'on ne la dépeint pas ne foit fubjeae aux pieds d'vn home, puis qu i la peut mefurer ? Ainfi fans aucun doute le ciel eft de figure ronde & parfa.de; & la terre auffi s-embraffant & .oignant auecl eau, fait vn glo- be , ou boule tonde compofee de ces deux dé- mens, ayans leurs bornes & limites dans leur propre rondeur & grandeur. Ce qui fe peut fuf- nfamment ptouuer , & demonftrer par raifons de Philofophie & Aftrologie, lainant arrière les fubtiles définitions que l'on peut alléguer com- munément; ou;au corps le plus parfait : (qu» eft le ciel) fe doit attribuer la plus parfaire li- gure, qui eft fans doute la figure ronde. Duquel
des Jndes. Liure I. $
«ncores le mouuement circulaire ne pourrok cftre ferme ôc égal en foy, s'il auoic quelque coing, ou deftour en quelque part, ou s'it efloit tortu, comme il le faudroit dire par necefiué, il lefoleil, la lune , Ôc les eftoilles ne faifoient le tour, & circuifibientTout le monde. Maisfans; confiderer toutes cts raifons , il me femble que . la lune feule eft fufhTante en ce cas, comme vn fi délie tefmorng du ciel mefme ; veu que fon ec- clypfe aduient feulement lors que la rondeur de la terre s'oppofe diametrallement entre elle ôc le foleil , ôc par ce moyen empefche que les rayons du foleil ne donnent furicelle. Ce qui ne pourroit certainement aduenir, fi la terre n'eftoit au milieu du monde , -circuit e ôc entou- rée de tout le ciel. Il y en a eu aucuns qui ont ^f^* eff douté iufqueslà, fi îarefplendeur qui eftenla 10g Jd '/£ lune , luy eftoit communiquée de la lumière du nuat. <•. 4. folei', Maisc'efi par trop douter, puis qu'il ne fe peut trouuer autre cauferaifonnable desec- çly pies, du plain, & quartiers de la lune , que la communication de la refplendeur ôc lumière* qui procède du foleil. Auffi fi nous voulons di- ligemment rechercher eefte matière, nous trou- verons que lobfcurité de la nuiçt n'eft caufee d'autre chofeque de l'ombre que fait la terre, cmpefchant la clarté du foleil depafier de lou- tre coftédu ciel, où il neiette fes rais. Si donc il cft ainfi que lefoleil n'outrepaiïè point, ôc ne iette fes rais fur l'autre partie de la terre, ains feulement fe deftourne à fon coucher, faifanj: fcfchine à la terre par vn tournoyernent ( ce que par force fera contraint d'accorder çeluy qui
À iiij
Hiftoire naturelle
voudra nier la rotondité du ciel , puis qu'à leur dite le ciel comme vn plat feulement couureJa face de la terre.) Il s'enfuit clairement que ion ne pourra remarquer la différence que nous voyons eftre entre les iours ôc les nui£ts , les- quels en quelques régions font courts ôc longs félon les faifons, & en ^autres perpétuelle- ment efgaux. Ce que faind Auguftin efcrit aux t4$P- ti. limes, de Genef.4dLi!ïer*m, que i'on pourra bien deGetief ^comprendre les oppofitions, conuerfîons, efle- - " c* IO* uations , defcentes , Ôc tous autres afpe&s , ôc difpofitionsdesplanettes, & eftoilles, quand nous cognoiftrons qu'ellesTe meuuent , ôc que neantmoins le ciel demeure ftable, & immo- bile. Choie qui me femble bien ayfeeà enten- dre ,& le fera à tout autre, m'eftant permis dç feindre ce!qui me vient en lafantaiiie. Car il ; nous pofons le cas que chaque eftoiile &pla- nette foit vn corps en foy , ôc qu'elle foit déme- née ôc conduitte parvn Ange, en la façon que fut porté Habacuc en Babylone : qui iera, îe V** H' vous prie,celuy tant aueuglé, qui ne voye bien que tous les afpeclrs diuers qu'on void apparoir aux planettes Ôc eftoilles, peuUcnt procéder de la diuerfité du mouuement que celuy qui les mene& conduit, leur donne volontairement? Cependant Ton ne peut dire auec raifon, que cefte efpace Ôc région , par où Ion feint que marchent ôc roullerit continuellemét les eftoil- les, ne foit élémentaire, & corruptible, puis qu'il fediuife&fepare quand elles palfent, lel- quelles certainement ne patient pas parvn heu yuide. Que; fila région en laquelle les cftoit-
des Indes. Liure L /
les Se planettes fe meuuent , eft corruptible, parraifon donc les eftoilles Se planettes ledoi- uent eftre elles mefmes de leur propre natu- re , ôc par confequent fe doiuent changer, al- térer, ôcfînablement prendre fin; pource que naturellement le contenu n'eft pas plus dura- ble que le contenant. Or dire que les corps ce- leftes foient corruptibles , cela ne s'accorde point auec ce que l'Efcriture dit au Pfaime, Que pfâm> l^' Dten les fift pour toujours : Et encore moins fe rap- porte à l'ordre ôc conferuation de çeft vniuers. le dy dauantage pour confermer cède vérité, que ce qui fe meut > font les mefmes Cieux , & en iceux les eftoilles cheminent en tournoyant. Ghofe que nous pouuons cognoiftre auec les yeux, puis que nous voyons que non feulement les eftoilîesfe meuuent, mais auiîî les régions & parties entières du Ciel, le ne parle point feu- lement des parties luifantes ôc refplendiiïantes, comme celle que l'on appelle ,1a voyelai&ee, que le commun appelle ,ie chemin fainct Iac- ques ; mais ie dy cela dauantage , pour les autres parties noires ôc obfcures qui font au Ciel. Pour-ce que nous y voyons reàlement comme des taches &obfcuritez, qui font fort manife- fteSjlefquellesien'ay point fouuenance d'auoic iam ais veùes en Europe : mais au Peru , en ceft autre hemifphere, ie lesay vcue's plufîeurs fois fort apparentes. Ces taches font de la cou- leur Ôc forme de la portion de la Lune èdipfee. & luy refl'emblent en noirceur Se obfcurité. El- les marchent attachées aux mefmes eftoilles, ôc tQufipurs4Vne mefme teneur ôc figure, corn-
Hiftoire naturelle
me nous Panons cogueu & remarqué par ex- périence tres-claire. Parauenture cela femble- ra à quelques-vns chofe nouvelle , & pourroiét demander d'où procède tel genre de taches au CieHie ne puis certes refpôdre autre chofe pour l'heure, fïnon que, comme difent les Philo fo- phes, quelavoyela&ee eft compofee des par- ties du Ciel les plus denfes & efpeffes , & qui pour cefte caufe reçoiuent plus grande lumière: ainiî par contraire'raifon il y a d'autres parties fort rares, déliées, & tranfparentes, lefqueiles pour receuoir moindre-lumière, femblent plus noires & obfcures. Que cecy en foit la vraye xaifon, ou non, ( ie n'en peux rien affermer de certain) fi eft- il pourtant véritable , que fé- lon la figure que ces taches ont au Ciel , elles femeuuentauecvne mefme proportion quant & leurs cftoilles , fans aucunement fe feparer d'elles. Qui eft vne expérience certaine & re-i marquée par pluficurs fois tout exprès. Il s'en- j fuit de tout ce que nousauons di& , que fans doubteie Ciel contient en foy de toutes parts la terre, tournoyant continuellement à l'en tour «ficelle, fans que Ion puiffe plus propofer que- ftionlàdeffus.
guelafamtfeEfcriturenous enfeigne que Ui terre efi au milieu du monde. Chapitre III, \
Ombien qu'il femble à Procope,à Ga- ze^ à aucuns autres de fon opinion, que ce foit cotreuenir à la fain&e Ef-i
"1
*t .
des Indes. Liure l. € ,
i-i j &efl*r 13.
criture>de%urer la terre au milieu du monde, $a^ u z>7;
& de dire que le ciel eft tout rond: fi eft-ce que n.,8. à la venté cède doctrine non feulement ne luy Pfalm.9i.7- eft point contraire, mais aufïïfe trouue du tout ^ #3^/7- conforme à ce qu'elle nous enfeigne. Car £°ffJ^ ^ laitfant à part les termes dont vie la mefme Ef- criture en plufieurs endroits: Larodeurde h terre: (&ce quen autre endroit elle dit, que tout ce qui eft corporel , eft circuit & entouré du Ciel, & comme embrafle de fa rondeur ) à tout le moins ne peut-on nier que le paiïage de l'Ec- ciefiafte ne foit fort clair, où il eft did : le Soleil naiftfe couche , çr retourne en (on mefme lieu, £T va recommençant a naiftre : dprend [on chemin p4r le mt- dy, fi tournant wfquesau Septentrion, cefi efpnt chemi- ne firent fant a ïentour toutes choses , £T s'en retourne « fin mefme endroit. En ce lieu la paraphrafe & ex- poiition de Grégoire Neocefarien, ou Nazian- zene,dit: Le Soleil Ayant couru toute U terre , ienreuïet comme en tournoyant lufynes À fin mefme point! O* ter- me. Ce que dit Salomon interprété par Gregoi- r e5ne pourroit certainement cftre vray , fi quel- que partie de la terre delaiflbit d'eftre circuite du Ciel. Etainfi l'entend famé* Hierofme ef- H^'^l criuant fur lepiftre aux Bphefiens, de cefte ma- *ai t eJ' niere. La plus commune opinion afferme ( fi conformât 4uec l'Ecclefiafte ) que le Ciel e f rond Je mouuant en circuit 4 la manière d*vne boule. Et cft choie certai- ne qu'aucune figure ronde ne tient ny latitude, ny longitude,n) hauteur,ny profondeur,pour- ce qu'en toutes ces parties elle eft efgalc& pa- reille, Par cela il appert félon fainct Hierof- me, <jue ceux qui tknent que le Ciel eft rond,
Z,hextm. pope finem.
hexam. c. 6.
Hifloire naturelle non feulement ne font pas contraires à la fàin- ? été Efcriture, ainsau contraire fe conforment à icelie: attendu principalement que S. Bafile ôc S Ambroife (qui limite ordinairement aux li- ures appeliez Hexameron) fe trouuentvn peu douteux en cepoincl:. En fin toutesfois ils re- uiennent à concéder la rondeur de ce monde. Ileftvray que S. Ambroife ne demeure point d'accord de cette quintelTence qu'Ariftote at- tribue au Ciel. Et certainement s'efi: chofe bel- le de voir auec quelle grâce, &quel (îyleac- comply lafain&e Efcriture traite de la fîtua- tion de la terre & de fa fermeté, pour caufer en nous vne grande admiration , & non moindre contentement fur l'ineffable puifTance & fa- geiïe du Créateur. D'autant quenvnendroi6t Dieu nous réfère que ç'aefté luy qui a eftably Pfalm.74> i€S cotomnes qui fouftiennent la terre , nous donnant à entendre , comme bien l'explique S. Ambroife , que le poids immenfede toute la terre eft fouftenu parles mains du diuin pou- uoir. Lafaincre Efcriture a de couftume deles appeller ainfi,& vferdeceftephrafe , les nom- mant colomnes du Ciel & de la terre , non point celles de l'autre Atlas , qu'ont feint les Poètes, mais celles propre de la parole éter- nelle de Dieu , qui par fa vertu fouftient les Cieux&fa terre. Dauantage la fain&e Efcri- ture en autre lieu , nous demonftre comme la terre, ou grande partie d'icelle , eft ioincle& enuironnee de Vêlement de l'eau, difant gene- rallement que Dieu mit la terre fur les eaux. Et en ajitre endroit, qu'il fonda la rondeur delà
t^fmbr.J.he xam. c. 6.
fc conforment
:^$.Bafile& ^tDtauxli.
peu towfcilsto inonde, demeare point
qa'Anftote at«
Vdt chofebel- Scquei/îyieac-
6 de la fitua* .ponteauferert t non moindre puiiSflce & fa- ïnvncndroift
7 qui a tftabEy la taie, nous en VeipliqueS. enfede toute la
coafrurne deles irife » les nom- h terre, non qu'ont feint ld il parole etec- :u fouûient les îlaindeEfcri- nitre comme la
n , di&nt genc-
fur les «B. & i rondeur delà
, des Indes. Liure L 7
terre fur la mer. Et encore que fain& Auguftin .1 accorde pas que de ce paflage (comme de fen- «>*«£"£• *» rencedefoy) Ton puiiTe inférer que ia terre ôc *>/*l*,xJJ- l'eau faiTe vn globe au milieu du monde, pré- tendant par ce moyen donner autre exposition Ices paroles du Pfalmej ce neantraoins il eft :out certain 3 que ce qui eft porté en ces paro- es du Pfalme, nous veut dôner à entendre qu'il a' y a d'occafton d'imaginer autre ciment, ou liaifon à la terre , que l'élément de l'eau, lequel, quoy qu'il foit facile ôc muabie, neantmoins [ouftient Ôc enceint cefte grande machine delà, rerre. Ce qui a efté faicr par la fagefïe du tres- ?rand Architecte. L'on dit que la terre eft fon- dée ôebaftie fur les eaux, &furlamer: mais au :ontraire la terre eft pluftoft au défions de l'eau, 311e non pas defTus, pour- ce que félon l'imagi- nation & iugement commun , ce qui eft de l'an- cre cofté de la terre que nous habitons, femble sftre au delTous de la terre, ôc par mefme moyen es eaux Ôc la mer qui ceignent la terre de l'au- tre part, font au deifous, ôc h terre au deffus. Neantmoins la vérité eft feulement , que ce qui proprement eft en bas, eftcequiefttouiïours :>lus au milieu de l'vniuers: mais la fain&e Efcri- :ure s'accommode à noftre façon d'imaginer Ôc, parler. Quelqu'vn pourra demander, puisque a terre eft eftablie fur les eaux (comme du la. fain&e Efcriture ) fur quoy font cftablies ks mefmes eaux, ou quel appuy les fouftient ? Er ii cant eft que la terre ôc l'eau font vne boule ron- de, où fe peut fouftenir toute cefte horrible ma- rine } A celareipond en autre endroit la fain-
£wpe fînetn.
l^fmhr.î.io Uixam. c. 6.
Pfalm. 74.
xam. c. 6,
Hijïoire naturelle non feulement he font pas contraires à la fain- cte Efcriture, ainsau contraire fe conforment à icelie: attendu principalement que S. Baille &C S Ambroife (qui limite ordinairement aux li- ures appeliez Hexameron) fe trouuentvn peu douteux en cepoin&. En fin toutestois ils re- uiennent à concéder la rondeur de ce monde. Ileftvray que S. Ambroife ne demeure point d'accord de cette quintelîence qu'Ariftote at- tribue au Ciel. Et certainement s'eft chofe bel- le de voir auec qu'elle grâce , & quel ftyle ac- comply lafain<5te Efcriture trai&e de la fitua- tiondelaterre&defaïermeté,pour caufer en nous vne grande admiration, & non moindre contentement fur l'ineffable puifiTance & fa- geiTe du Créateur. D'autan^ qu en vn endroit Dieu nous réfère que ç'aefté luy qui a eftabi) les colomnes qui fouftiennent la terre , nous donnant à entendre , comme bien l'explique S. Ambroife , que le poids immenfede toute h terre eft fouftenu parles mains du diuin pou- uoir. Lafain&e Efcriture a de couftume de le appeller ainfi,& vferdeceftephrafe , les nom- mant colomnes du Ciel & de la terre , nor point celles de l'autre Atlas , qu'ont feint le Poètes, mais celles propre de la parole eter neîle de Dieu , qui par fa vertu fouftient le Cieux&Ia terre. Dauantage la fain&e Efcn ture en autre lieu , nous demonftre comme 1; terre, ou grande partie d'icelle , eft ioincleS cnuironnee de l'élément de l'eau, difant gène rallement que Dieu mit la terre fur les eaux. E en a^tre endroit, qu'ilfondala rondeur de 1
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des Indes. Liure L 7
terre fur la mer. Er encore que faind Auguftin n'accorde pas que de ce paflage (comme de fen- «^«£«#- in> tencedefoy) Ton puifTe inférer que la terre ôc FfaimAÏÏ* l'eau fane vn globeau milieu du monde, prer tendant par ce moyen donner autre expofition à ces paroles du PÎalmej ce neantmoins il eft tout certain a que ce qui eft porté en ces paro- les du Pfalme, nous veut doner à entendre qu'il n'y a d'occafîon d'imaginer autre ciment, ou liaifon à la terre , que l'élément de l'eau, lequel, quoy qu'il foit facile ôc muable, neantmoins (ouftient ôc enceint cefte grande machine delà terre. Cequiaefté faid par la fagefledu très- grand Architede. L'on dit que la terre eft fon- dée &baftie fur les eaux, Ôc fur la mer: mais au contraire la terre eft pluftoft au défions de l'eau, quenonpasdeiTus, pour- ce que félon fimagi- nation & iugement commun , ce qui eft de l'au- tre cofté de la terre que nous habitons, femble eftre au defïbus de la terre, ôc par mefme moyen les eaux ôc l'amer qui ceignent la terre de l'au- tre part, font au deifous, ôc la terre au de (Tus. Neantmoins la vérité eft feulement , que ce qui proprement eft en bas, eft ce qui eft toujours plus au milieu de l'vniuers: mais la fainde Efcri- ture s'accommode à noftre façon d'imaginer Ôc, parler. Quelqu'yn pourra demander, puisque la terre eft eftablie fur les eaux (comme dit la. fainde Efcriture) fur quoy font cftablies les mefmes eaux, ou quel appuy les fouftient ? Et & tant eft que la terre ôc l'eau font vne boule ron- de, où fe peut fouftenit toute cefte horrible ma- chine > A cela reipond en autre endroid la fairt- ..
Job'lê.
Pfalm. 3S.
Hifwire naturelle
&eEfcriture, nous donnant bien plus grande admiration de la puiiTance du Créateur: Et dit ces propos : U. terre s>eftend vers aquilon fur vn vuide. <cr demeure fendue fur rien. Ce que certes efttrefbkndit, pour-ce que realement il iem- ble que cette machine de la terre & de la mer eft aflife fur rien, quand on la depeindroit au mi- lieu de l'air, comme en vérité elle y eft. Mais cette merueilie que les hommes admirent tant. Dieu ne l'a-il pas luy-mefmeefclarde, deman- dant au mefme lob en ces termes : Vy moy fi tu fats qui * tetté le flombouU ligne four U fabrique du
monde , et *»" I™1 cmm m $ééP V10171®5)'* fondement ? Finalement, afin de nous faire enten- dre la trace & modelle de ce merueilkux édifice rtfeioi. an monde, le Prophète Dauid accouftumé de * chanter & louer les ceuures diurnes, dit fort
bien en vn Pialme compofé fur cette matière en ces propos , Toy qui m fonde la terre fur U mefme Milité <ct fermeté fans quelle chancelle , ny tourne d vn ceflèny d'autre, four toufours et kiamats. Voulant dire la caufe pourquoy la terre eftant affile au milieu de l'air ne tombe, ny ne chancelle d'vn coité ny d'autre, eft, pour-ce que defanature dk a des fondemens affeurez, qui luy ontefte donnez pat fon treflage Créateur: afin que de foy-mefme elle fe fouftienne , fans auoir befom d'autres appuis, ou fouftenemens. Donc en cet endroit fe trompe l'imagination humaine,cher- chant d'autres fondemens à la terre, quelesfuf- dits: & vient leur faute de mefurerles choies diuines,à la façon des humaines. Ainfi ne doit- on craindre, que quelque grande fcpefante que
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des Indes. Lime h "g
I fembie cefte machine de h terre fufpenducen I l'air, quelle puilTe tomber , ou contourner s'en 1 ddlusdefïbus; nous eftans aileurez fur ce point, I par-ce que le mefme Pfalme dit, que pour ia- ; n»is elle ne fe renuerfera. Certes auec raifon T&Imjùi; I Dauid après auoir contemplé & chanté I'eftac 1 de fi merueilleufes ceuures du Seigneur , ne 1 cefTe de fe refiouïr auec luy en icelJes, difant:
I O combien les œuures du Seigneur [ont dggrtndies a*
II éccreuës, il appert bien que toutes font finies âefonfea- || tmr. Et en vérité fi ie dois raconter ce qui fepaf- |i ff ^ur cc ProPos : *e <ty que fouuentesfois que ! i'ay voyagé, paflant les grands golphes de l'Oc- 1 cean, & cheminant par les autres régions de ter* J| res fi effranges, m arreftant à côtempler &con- Ijfidererla grandeur de ces ceuures du Seigneur, I ie fentois vn admirable contentement de celle | fouueraine fagetfe ôc grandeur du Créateur, qui | reluit en ces mefmes ceuures, en comparaifoa
! defquelles tous les Palais, Chafteaux, ôc bafti- ji mens des Roys, enfemble toutes les inuentions I humaines, femblent bien peu, voire chofes bai- fes ôc viles , au refpecl: d'icelles. O combien de fois me venoit en la penfee , ôc en la bouche cc pafiage du Pfeaume,qui dit ainfi ; Grande recrsmm m aueT^donnêySeigneur , par vos œuures, & necefferay de me rejïouyr en la contemplation des œuures de vos mains. Realement & de fait, les ceuures diuincs ont ne fçay quelle grâce & vertu cachée ôc fecrette5qui combien qu'elles foient contemplées plufieurs Se diuerfes fois , neantmoins caufent toufiours vn nouueau gouft Ôc côtentement: &u contraire Us œuures humaines, encor qu'elles foient cen-
ffifiohe naturelle
fttuiâes auec vn exquis artifice toutesfoîs eftansveuësfouuent, nefontphiseftimees, au contraire deuiennent cnnuyeufes, foit que ce foient lardins très plaitans, ou -Palais, ou Tem- ples magnifiquement baftis , foit Pyramides de îuperbe édifice, foit peintures, factures , ou pierres d'exquife inuention & labeur, quoy qu'elles foient douées de toutes lesbeautez qu il eft poffible : toufiours ccft chofe certaine qu en les contemplant deux ou trois fois auec atten- tion , les yeux fe dmextiffent toft de cefte veue à vneautre , eftans incontinent foulez dicell es. Mais fi auec attention vous confiderez laitier, ou quelque haute montagne, yffante hots la plaine d'vne eftrange hauteur ou les champs reueftusde leur naturelle verdure ,& de belles fleurs , ou bien le cours furieux de quelque Heu- ue, qui fans ceffer bat continuellement les ro- chersen bruyant, finalement quelques amures dénature que ce foient, quoy quelles foient. contemplées plufieurs fois, toufiours caufent nouuelle récréation , & iamais ne s ennuyé la veuë Ce qui refleroble vn banquet manifique & abondant de la diuine fagefle, qui fans jamais ennuyer, caufe toufiours nouuelle confidera-
«on,
Ontemni
(les Indes. Liurel.
Contenant U rejponfi i ce qm eft allégué de LféùnÛt
Efcnture contre U rondeur de U terre.
Chapitre ïijfj
Euenant donc à la figure du Citl>ic ne fçay de quelle autorité de k fain&e Efcritute on ayt peu tirer qu'elle ne foitpas ronde, ny Ton ■^^^^ mouuement circulaire,pource que ie ne voy point que ce que S. Paul appelle le **&% Ciel tabernacle,ou taudis,que Dieu â eftably & nonpoint l'homme, punTeeftre appliqué i ce propos. Car quoy qu'il nous dife qu'il eft ftiéb par Dieu,l'on ne doit pour cela entendre que le CieJ, toutainfi comme vn toi&3 couurela ter- re dVne part feulement , ny mefme que le Ciel ioit bafty fansfe mouiwir,comme il femble que quelques- vns l'ont voulu doner à entedre. L'A- poftre en ce lieu traittoit de la coformité du ta- bernac e ancie de la loy,disât là deffiis que le ta- bernacle de la loy nouuelle de grâce, eft le Ciel auquel eft entre le grand Preftre Iisvs-Chris? vne fois par fon fang .ôcdclk s'entend qu'il y à autant de preeminence,du nouueau tabernacle au vieil , comme il y a differece d'entre l'authcur du no«ieau,qui eftDieus& cil du vieil qui a efté 1 nomme encor qu'il foit vray que le vieil taber- nacle fuftauffi bien bafty par la fagefîe de Dieu qui I enfeigna à fon ouurier Befckd.ôc ne doit- **^3*. on penfer que ces cÔparaifons^paraboies & aile- gories fe puiftent rapporter en tout & par tout à ?c a quoy elles (ont accommodées, comme le
, • b ■:
Cbryfoft. I Pfalm.ioy
deGen.ai f littr.e.y.
2piytt>66<
' Hiftoire naturelle bien- heureux Chryfoftoroe a bien fceu dire à ce propos. L'autre authorité que rapporte S. Aueuftin allègues d'aucuns,pour monftrer que le Ciel n'eft pas rond, eft telle en difant, Le Ciel s'cjrend comme vne pedu. Dont ils concluent qu'il n'eft pas rond,mais plat en la partie d'enhaut. A quoy refpond fort bien & fort familieremétlc xnefme S Dodeur, mais donnant à entédre que ce paffaçe du Pfalmifte ne parle,ny s'entéd pro- prement de la figure du Cicl,mais dit cela ieuie- ment,afin de nous demonftrer auec quelle faci- lité Dieu battit vn Ciel fi grandie luy ayat efté non plus difficile de baftir vne fi immenfe cou - uerture,comme eft le Ciel,quil feroit à nous de defployervne peau double,ou bien prétendant
le Pfalmitte nous donner à entendre , la grande majeftéder>ieu,auquelleciel fert3quieftfibeatt & fi^grad, de mefme façon que nous leruent les tentes ou couuertures aux champs.Ce qui a elle fort bien déclare par vn Poete,difant;Z> uududt* cUir Ciel Mefme le pafiage d'ifaye qui dit.I* CM mefertdecbme, 0< U terre d'efeabea» fourmes pieds. Que fi nous enfuiuons Terreur desAnthropo- mSrphites, qui attribuoient des membres cor- porels à Dieu félon fa diuinité,nous aurions oc- cafion fur le dernier partage de rechercher corn- ment il feroit pofîible que la terre fuïMefca- beau des pieds de nieu,& comme le mefme Dieu pourroit tenir ces pieds d'vne partie & d'autre, & plufieursteftestoutàl'entour, puis qu'il eft en tout & par tout le monde, qui feroit choie vainefc totalement ridicule. Il faut donc con- clure qu'aux fain^es Efcritures nous ne de:
des îndes. Dure. I. 15
uons pas fuiure lalettre qui tuëjmaisl efprit qui viui fie, comme dit faihcl: Paul.
iXcrlni,
De la façon é figure du Ciel du nouueaa monde.
Chàêitkb V.
Lufieurs en Europe demandent quelle eft la façon & figure de ce Ciel quicfl en la partie du Sud,pource qu'il ne fen peut trouuer chofe certaine aux liures des an- ciens,lefquels encor qu'ils accordent y auoir vn Ciel en celle autre part du monde ; ce neant- moins n ont peu atteindre iufques à la cognoif- fance de la façon & figure , quoy que à la vérité ils fajTent mention dvne belle & grade eftoille, ptMïïh h qui le void en ces parties cy,laquelle ils appcller «?.ix/ Canopus.'Ceux qui de nouueau ont nauigé en ces parties , ont accouftumé d eferire & racoter chofes grandes de ce Ciel,à fçauoïr qu'il eft fore refplcndilTant3y ayant grand nombre des belles eftoilles. Et en efFed les chofes qui viennent de loing,fe défendent ordinairemét auec augmen- tation. Mais il me femble tout au contraire , te- nant pour certain , qu'en noftre cofté du Nort, il y a plus grand nombre d'eftoilles , & de plus illuftre grandeur, ne fe voyant point par deçà eftoilles qui excédent lapouflîniere, ny le cha- riot. Ileft bienvray que la Croifeededeçàeil fort belle & agréable à voir. Nous appelions Croifee , quatre eftoilles notables & apparen- tes qui font enti'elles vne forme <$e Grorxj?
Hiftoire naturelle affifes cfgalemcnt & auec proportion.Lesigno* rans croyent que cefte Croifee eft le Pôle du Sùdj d'autant qu'ils voyent les mariniers pren- dre leur hauteur par icellc , comme nous auons icy accouftumé de la prendre par le Nort. Mais ilsfe trompent. Et la raifon pourquoy les ma- riniers lefont deceftefaçon, eft, pource que dececofte du Sud il n'y a aucune eftoille fixe, qui marque le Pôle, cbmme ànoftre Pôle le faid Teftoille du Nort. Et ainfi ils prennent leur hauteur par I'eftoille du pied de la Croifee, diftante du vray & fixe Pôle Antarctique , de trente degrés, comme de là I'eftoille du Nort eft' diftante du Pôle Ardiquc de trois degrez, ou peu dauantage. Et ainfi il eft plus difficile de prendre la hauteur en ces parties , pource que ladi&e eftoille du pied de la Croifee doit eftrc droi&e , ce qui aduient feulement en vne heure de la nui&,qui eft en diuerfes parties de l'an , en différentes heures, &bienfouuent en toute la nuicl: ne fe monftre.qui eft chofe fort mal corn- mode pour prendre la hauteur. Par ainfi les plus experts pilotes ne fe foucient de la Croi- fee, prenans la hauteur du foleil par l'Aftrola- be,' par lequel ils cognoiftentla hauteur où ils fe trouuent.En quoy communément les PortUr gais font plus experts , comme nation qui a grand difeours en Part de nauiger fur toutes les autres nations. Ilyaauffi decefte partie du Sud d'autres eftoilles, qui en quelque façon ref- fcmblent à celles du Nort. Ce qu'ils appellent la voyc la&ec, s'eftend beaucoup, & eft fort refplendiffantence coftéduSud, fc voyant en
I
des Jndes. Liure X H
icelle ces taches noires tant admirables , des- quelles cy deuant nous auons fai& mention. Pour les autres particularitez,d autres les diront auec plus grande curiofî té, ànous fuffitpour l'heure de ce qu auons di&.
gif il y a terre & merfonbs les deux Tôles.
Chapitre VI.
i ne nous eft point peu de chofe fai- etc, d'eftre fortis de celle matière auec cefte cognoiifance & refolu- _ tionquily avn Ciel en ces parties des Indes, qui k$ couure, comme à ceux d'Eu- rope, d'Afie& Afrique, Et nous fertee point quelquesfois contre beaucoup d'Efpagnols,qui
par deçà foufpirent pour leur Efpagne, ne fça- ehans dequoy parler que de leur pays , lefquels i'efmerueillent, voire fe fafchcnt contre nous autres, eftimans que nous auons oublié, & fai- sons peu de cas de noftrepatrie. Aufquels nous: reipondons , que pour cela le defir de retour- ner en Efpagne ne nous trauaille point. Pource que nous trouuons que nous fommes auflî pro- ches du Ciel eftansauPeru, comme nous en fommes eftans en Efpagncrcomme dit fort bien S. Hierofme efcriuant à Pauline, fçauoir que la porte du Ciel eft auffi proche de Bretagne,com- me de Hierufalem. Mais encor que le Ciel cir- cuife le monde de tous coftez, il ne faut pas pour cela penfer, que necefTairement il y ayt terre de tous coftez dumonde. Careftantainfi
B iij
Hiftoire naturelle
aue les deux démens de la terre & l'eau, com, pofentvnglobe.ou boule ronde, félon que la plus- part, & les plus renommez autheurs des CbM».Z. JU anciens l'ont tenu(à ce que rapporte Plutarque) }Udù phil. & comme on le prouue par demonlirations s.,.&u. ues -certaines l'on pourroic conjeaurer que lameroccupaft toute celle partie qui eft foups le Pôle Antarctique ou Sud,de telle façon qu U ne reftaft aucune place en ces parties pour la ■tstw.Ut. tetre;felonqueS. Auguftinreprentrortdotte- ieçim.c.9. mcnt contte ceux qui tiennent les Antipodes; difant , qu'encor que l'on faffe preuue , & que l'on croye que le monde foit défigure ronde, comme vne boule.il ne faut inférer de cela.que en cefte autre partie du monde la terre : foit del- couuerte& fans eau. Et fans douoteS. Augu- ftin dit fort bien en ce poinct, ce neantmoms le contraire de ce ne fe prouue , & ne s enfuit non plus, fçauoir qu'il y aye terre defcouuerte au Pôle Antaruique.ee que l'expérience nous a ,a rnonftréa veuedœileftreainfi corne, eneftect ill'eft. Car iaçoit que la plus grande partie du monde, qui eft foubsle Pôle Antara.que, foit occupée delà mer i ce neantmoms elle nelelt pas entièrement : mais y a terre , de forte qu en toutes les parties du monde , la terre & 1 eaue (e vontembraifans l'vnl'autre, quieft ventab e- ment vne chofe pour nous faire admirer & glo- rifier l'art du fouuerain Creareur; Nous fçauos doncparlafainfte Efcritute, qu au commen- cement du monde les eaux furent affemblees, Scfeioignirent en vn endroit, tellementquc la terre demeura defcouuerte. Dauantage,!*
@tr,e* %•
des fndes. Lime I. il
rhefme Efcriture fatn&e nous enfeigne,que ces afTemblemés d'eaux s'appelkrent mer, & com- me elles fontplufîeurs , il eft de neçeflîté qu'il y ay t plufïeurs mers. Et non feulement eft cefte diuerhté dessers en la mer Méditerranée, les vnes s'appellans Euxine, les autres Cafpie , au- tre Erythrée, ou rouge , autre Prefique ] autre dltaiie,& ainfî plusieurs autres. Mais aufîi bien au grand Occean que f Eicriture fain&e a ac- couftumé d'appeller abyfme, encore que reale- ment & en vérité cenefoît qu'vnerner, mais en plufïeurs bc différentes manières: comme au refpect de tout le Peru & de toute l'Amérique, ils appellent IVne la mcrduNort, & l'autre la mer du Sudjen l'Inde Orientale l'vne s'appelle la mer d'Inde, &l'autredela Chine. Et ay re- marqué tat en ce que i'ay nauigé moy meime, que par la relation des autres, queiamais la mer ne fe fepare de la terre de plus de mil lieues. Et quoy que fè puifTe eftendre la gran- deur del'Occean, fi eft- ce qu'il n'outrepàrfeia- mais cefte mefure. le ne veux pas pour cela di- re que l'on ne nauigé plus de mil lieues de la mer Occeane : qui feroït contre la vérité , puis que nous fçauons que les nauires de Portugal ont nauigé quatre fois autant, voire dauanta- ge , que tout le monde en rondfe peut nauiger par mer, comme en ce temps nous l'auons défia veu , fans que plus on en puifîe douter. Mais ce que ie dy êc afferme , eft qu'en ce qui eft au- iourd'huy dcfcouuert,aucune terre n'eft diitan- te & eflongnee par ligne directe de l'autre ter- referme j oulfles, qui luy foient plus proches^
B iiij
ffifloire naturelle au plus que de mil lieues , ôc que par ainfî entra deux terres il n'y a point plus grand efpacc de mer, le prenant par les parties des terres
Î>lus proches les vnes des autres. Pource que de a fin de rEuropc,ou de rAfrique,& de leur co- pies Canaries, les Açores, les l lies du Cap cj.evert,& les autres qui font en ce pareilles, ne font disantes de plus de trois cents lieues, ou cinq cents de la terre ferme, Defdites Ifles prenant fon cours vers les Indes Occidentales, à peine y a-il neuf cents heue'siufques aux Ifles S. Dominique,ies Vierges , la bien-heureufe ÔC les autres , & les mefmcs Ifl.es vont courant par leur ordre, iufques aux Ides de Barlouentc, qui font, Cuba, Efpagnolla, ôc Boriquen. Ex- celles iufqu'à la terre ferme à peine y a-il deux; cents ou trois cents lieuës,&en l'endroit le plus proche beaucoup moins. La terre ferme court vnefpaceinfiny, depuis la terre delà Floride* iufquala terre des Patagons, & de l'autre cofte du Sud,dcpuis le deftroit de MageHan,iufqu*au CapdeMendoce,courtvne terre très-longue, mais non beaucoup large: car le plus large gift le trauers du Peru,qui eft diftâte du Brefilyd'en- iiiron mil lieues. En çefte mefme mer du Sudt çncor qu'on ne fçache rencontrer la fin , en ti- xantvers le Ponant , neantmoins il y a peu de tieps que 1 on defcouurit les Ifles , qu'ils ont ap- pellees de Salomon, qui fon t plusieurs ôc gran* des, diftâtes du Pcru comme huid cents lieues, Et pource que Ton obferue , ôc fe trouue ainfi, que là, ou il y a plufieurs ôc grandes Ifles , la ter- çefejge çneft peu eflongnec: de là vient que
des Jnda. Uure L ij
puifîeurs, &moy-mefmeaueceux, ayansopi- nion qu'il y a quelque grande terre ferme pro- che defdkes Ifles de Salomon, laquelle refpond ànoftrc Amérique du codé du Ponent ; & fe- roit poflible qu'elle couruft par la hauteur du Sudiufques au deftroit de Magellan. On tient que la neuue cuinee eft vne terre ferme,& quel- ques dodes la peignent fort près des Ifles de Sa- lomon; de forte que ceft chofe vray-femblable de dire qu'il y a encor vne bonne partie du mon- de a deicouurir, puis qu'au jourd'huy les noltres nauigent en cefte mer du Sud iufques à la Chi- ne & Philippines, & difonsque pour aller du Peru en ces parties- là, qu'ils palïent vne plus longue mer, que non pas allant d'Efpagneau melmePeru. Dauantage,on cognoift que ceft par le tant %nalé deftroit de Magellan , que ces deux mers fe joignent & continuent lVne aucc l'autre (ie dy la mer du Sudauec la mer du Nort) par la partie duPole Antardique, qui eft en hauteur de ;i. degré. Mais c eft vne belle & gra- de queftion où plufieurs fe font employez , (ça- uoir iî ces deux mers fe joignent , ôc continuent auflï bien du coftc du Nort. Maisjen'ay point cognoitfanceque iufqu'auiourd'huy aucun ave peuatteindre àcepoind, û ce ri eft feulement par ie ne fçay quels indices & coniedures ouel- qucs-vns afferment qu'il y a vn autre deftroit fous le Nort, à loppofite de ceky de Magellan: toutefois pour noftre fujet , il fuffift de fçauoir maintenant au vray qu'il y ayt terre de ce codé du Sud> ôc que c eft vne terre aulîî grande corn- ue toute rE^rope, rAflcfc l'Afrique raefme,
Hiftoire naturelle que à tous les deux Pôles du monde,l'on trouue & récontre terre,& mer , embrafTees lvne auec l'autre Enquoy les anciens ont peu entrer en doute & le contre- dir? par faute d'expérience.
Loft. Uh. 7 Jnjht.diuin cap, ij
four reprouuer l'opinion de Laffdnce* qui tient qu'il ri y a point d'Antipodes.
Chapitre VIL
Vis doc que c'cft chofe cogneuë, qu'il y a terre au-cofté du Sud, ou pôle An- tarctique: refte maintenât de voir s'il y a des hommes habitans en icelle,qui a efté au temps pafîcvnequeftion fort debatuë. La&anceFirmian& S.Auguftinfemocquét de ceux qui afferment les Antipodes ( qui vaut au- ^€»gnfilih. tant à dire comme hommes qui ont leurs pieds u.decinit. au contraire des noftres.) Mais encor que ces saf' 9* deux autheurs s'accordent en cefte mocquerie, ceneantmoinsauxraifonsAmottfs<Je ^eur °"' pinion, font fort différents l'vn de l'autre,com- j meilseftoientfortdiuersd'efprit, & dxnten- dément. La&ance fuit le vulgaire , eftimât cho- fe ridicule de dire que le ciel eft formé enrond & circuit:& que la terre foit au milieu enuiron-j «ce&enclofed'iceluy comme vne pelotte.Eri pourceileferiten ces termes. Qjullemfony +f À ce que quelques vm veulent dire%qutlya âes^ént^ foâes, qm ont leurs p*s contraires aux mflres ? Ep $lfoft-\ bU quily Ait homes fiUurds,er fi troj?*" , 1™ croyent quily ait vn peuple, ou nation cheminant les fieds en Uulh&l* teftctnbat, crqutUtcbojès, qui fin* ig
des Indes. Liure L x+
dfifes>(?' arrefieesiï vne façon, fient de ce fie autre part pendantes, ey renuerfees, au contraire:que les arbres i O* Us grains croijfent la contre bas,0" que lapluye , la neige, CF lagrefie tombent, O* s'efioulent de terre contremontf Puisapresquelques autres propos, le mefmc Ladance tient ces propos: L'opinion cr imagina- tion que quelques vns ont eue efiimans le Ciel rond , 4 efii la caufe ty le motif iïmucnter ces ^Antipodes fùfitendus en l'air ,par atnfi te ne puis que dire de tels Philofofbes , fi~ non qùayans vnefois erréjlspourf muent , O* sobfitnent toufiours en Lmr opinion ,fe défendons les vns les autres» Iufques icyfont les propos de Ladance. Mais quoy qu'il die , nous autres qui pour leprefenjt çftans au Peru , habitons la partie du monde contraire à l'Afie., & fommes leurs Antipodes, (ain(î que les Cofmographes l'enfeignent) ne nous voyons pas cheminans fufp en dus en l'air, latefteen bas, ny les pieds en haut. Certaine- ment c'eftchofemerucilleufedeconfiderer que l'efprit & entendement humain ne peut attein- dre & paruenir à la vérité , fans vfer d'imagina- tion; & d'autre part qu'il luy eft impofïible qu'il n'erre , 6c ne faille , fil fen veut totalement ab- ftenir. Nous ne pouuôs comprendre que le ciel (bit rond , comme il l'eft , & que la terre foit au milieu, fans l'imagination. Mais fi cette mefme imagination n'eftoit corrigée , 6c reformée par la raifon, & que nous renfuiuifîions du tout, en fin nous nous trouuerions trompez. D'où nous pouuons conclure vne expérience aifeurec, que en nos âmes il y a vne certaine lumière ducieï, par laquelle nous voyons Se iugeons , voire les mefmcs images , & formes intérieures qui fe
Hiftoire naturelle prefententànous, pour les cognoiftre , &par ceflc mcfme lumière nous approuuons &r rejet- tons ce que l'imagination nous reprefente. Et de là voit on clairement comme l'ame rationel- leéft par deflus toute la nature corporelle , & comme la force & vigueur éternelle de la vérité preiîde au plus eminent lieu de l'homme, mef- nieon recognoift facilement comme cefte lu- miere fi pure eft participante^ procède de cel- le première & grande lumière ; que qui ne fçait cela, ou qui en eft en doute, nous poauons dire deluy, qu'il ignore, ou doute fil eft homme,ott non. Ainfifinous demandons à noftre imagi- nation ce qui luy femble de la rondeur du ciel, à la vérité elle ne nousrefpondra autre chofe, finon ce que dit le mefme La&ance, fçauoir que fi le ciel eft rond, le foleil & les eftoiiles dc- . uroient tomber lors qu'ils fe meuuent , & qu'ils changent de place, & f'efleuent en cirant au mv- dy. Tout de mefmeque fi la terre eûoit pendue en Pair, les hommes qui habitent en l'autre pat- rie d'icelle, doiuent cheminer les pieds en haut, & la tefte en bas, & que les pluyes ne tombent point d'enhaut , mais coulent de bas en amont, & plusieurs autres monftruofitez ridicules. Mais fi l'on confulte la force delà raifon, elle fera peu de cas de toutes ces peintures vaines, & fera que l'on n efeoutera non plus l'imagination, qu yne vieille folle. Maisauec cefte fienne granité & intégrité ref[ idra la raifon, queceftvn er- reur fort grand de fabriquer en noltre imagina- tiontout le monde en la façon dvnemaifon, cnluy-donnant pour fondement la texte, &1©
^ ,
des fades. Liure 1. tj
cieî pourtoicl: &couucrture. Et dira dauanta- gc , que comme aux animaux la tefte eft la par- tie la plus haute & la plus efleuee (bien que tous les animaux n'ayent pas la tefte pofee en mefme fîtuation , les vns l'ayans au plus haut , comme l'homme* les autres trauerfantes, corne hs bre- feisj les autres au milieu , comme les fefchcs , ôc aragnees: ) ainfi le ciel, en quelque endroit qu'il (bit, eft toujours en haut ; & la terre ny plus ny moins , en quelque endroit qu'elle foit, demeu- re tou/îours en bas.Parquoy cftant ainfi que no» ftre imagination eft fondée fur le téps & le lieu, lefquels elle ne peut pas mefme comprendre Ôc conceuoir vniuerfellement, mais feulement en particulier; il fenfùit que quand on la veut efle- uerà la confideration des chofes qui excédent, &furpaflent le temps ôc lieu qui luy font co- gneuz, auflï toft elle defehet, ôc ne peut bonne- ment fubfifter, Ci laraifonnelafouftient, ôc foufleue , ôc elle ne peut bonnement fe tenir en pied. De mefme nous voyons que fur le difeours de la création du monde noftre imagination ex- trauague pour chercher vn temps auant la créa» non d'iceluy , ôc pour fe baftir le monde elle re- marque vnlieu: mais elle ne paiîe pas outre à confïdercr que le monde pouuoit eftre fait dV- ne autre façon; corne ainh foit neantmoins que I la raifon nous appred qu'il n'y a point eu temps auant qu'il y ayt eu mouuemet, duquel le temps | eft la mefure, Ôc qu'il n'y a eu aucun lieu aupara- |uantrvniuers,qui comprend ôc contient en foy tout lieu. En quoy l'excellent Philofophe ArU ftotc fatisfait clairement , ôc en peu de paroles,
fftfloire naturelle
à iWurhent qu'on fait contre le lieu de la tèrf Ci
Caydant de noftre mefme y fage d imaginer, lors
*£*$' ïJe qu'il dit & aucc vérité: Quémande cemejmeltet*
«*«;.}. 2eUterreefîattmlie„o~<»ya*, Ct ■,* ***** tlm V™
Me*tl™»»l«»>tan'tlus ~'ft-ea"nhdS; La4uclic refponfe ayant efté alléguée, &mife enauant par Ladanee Firfnian, luy- mefme neantmoinS pafle fans la débattre fcconfuterd aucune rai- fon, fepaflant de dire qu'il ne f'y peutarrefter* pour traitter & aduancer d'autres choies.
De la caufe fourquoy faintt Auguftïn a nié les Antipodes. Chapitre VIII. A raifon qui ameufaincl Auguftindé nier les Antipodes, a efté bien autre que celle preaileguee, comme eftant à'vii entendement plus fublime-, pour- ee que la raifon qu'auons déduite cy deuant (qui eft que les Antipodes chemineroient au rcuers) eft deftruite par le mefme faine* noéteur en ion liure des prédications, par ces paroles: Les *n- tsfuguji. U> denstiennent queti terre de tom coïlel^eft en Us y 0* le uugonamm eieipâr Jgfa : um raifon decfiioy les ^i nttpdes <p ils di- "*' 10' m Cent tUmmer m contraire de nom , ont de mefme mm le ciel a» dejfat de leurs tefies. Puis donc que fai*ct Aueuftin arecogneu celaainfifivray-femb a- ble;& conforme àbonnePhilofophie; quelle fera la raifon, dirons-nous, pour laquelle vn perfonnage fidotte &fifuffifantqueluy, aye efté pouffé d'enfuiure l'opinion contraire? Pour €eruin qu'il en a tiré le motif & la caufe,dcs ens
x. tomo.
é.es Indes. Liure î. ig
Il «ailles de la facree Théologie , félon laquelle les lettres diurnes nousenfeignent que tous les hommes du monde defeendent d'vn premier homme, qui fut Adam. Et de dire que les hom-* mes eufTent peu pafler au nouueau monde tra- uerfans le grand Occean, cela fembleroit in- croyable, &vnpurmenfonge. Et àlaveritcfï le fuccez & expérience de ce que nous auons veu en nos fiedes, ne nous euft efclaircy fur ce point , l'on euft tenu iufques à maintenant ce- tte raifon pour bonne. Maisencores que nous fçaehions que cefte raifon n'eft pertinente , ny véritable , ce neantmoins voulons-nous bien y donner refponfe , en déclarant de quelle façon, & par quel chemin le premier lignage des hom- mes peut patfèricy; comment, & parquelen- droit ilsvindrent pour peupler, & habiter ce* Indes. Or parce que par cy après nous rrai&e- ronscefubjecl: fortfuccin&emenc, il fera bon d'entendre pourleprefentcequecegrand Do- cteur faind Auguftin difpute fur cefte matière, aux liures de la Cite de Dieu , difant en ces ter- •£» ï*<**.*. mes: Ce rieïl point chef? que l'on dôme croire , ce que quelques vns afferment , qu'il y a des antipodes , ces! i dire , des hommes qui habitent de C autre partie de la terre , en la région defquels le Joleil fi leue lors cr au temps qu'il
fe couche en la nojire, ey que leurs pas {ont au rehurs, er
concluent que la terre e fiant au milieu du monde , <U toutes parts enuironnee , çr couuerpe également du ft/l, nttcjfainmtnt dois eftrt le plus bas Im ttUy qui
fîijloire naturelle
h PÎHéifi au milieu dutnonde. Puis après ilcontinueëH cesjermesJafamcleEfcriture n'erre, nyfe trompe en au- cune manière, la vérité de laquelle eft fi bien approuueee» ce qu'elle propofe deschofes qmfontpajfees, Pour autant que ce quelle a prophetifé deuoir adumir , eftde point en point arriué, comme no* levoyons. Et eft chofe hors de toute apparence, de dire que Us hommes ayent peupajfer dece cYntinenttcy,enl'autrenouueaumonde , ertrauer[erce- (temmenfitedela merOcceane, puis que à ailleurs il Je trouue impopible que les hommes ayent paffè en ces parties^ Il efiant chofe certaine que ton hommes descendent de et premier homme. En quoy l'on recognoift que tou- te la difficulté que faine* Auguftin y trouue n â point eaé autte que l'incomparable grandeur ^ nr de ce large Occean. Saine* Grégoire de Nazian- SfSÏÏ zene a eu la mefme opinion afleurant ^cottinc rifimùmi. chofe fans doute ) que parte le dcftroit de Gibal* tar, il eft impoflible de nauiger plus outre 5>« fur ce fu jet eferit en vne Tienne epiftre : le mac- corde bien auec le dire de Pmdare , qui dit que paJJeCadi^ la mer efl innanwable aux hommes. Et luy- mefme en loraifon funèbre qu'il M pour fainél Bafile* dit: Qùilna efié permis à aucun nautgeantlamer, de paffer le defimt deGibaltar. Et eft véritable que ce partage de Pindare, où il dit : Qu il efi défendu aux faes er aux fols de feauoir ce qmeft plut outre que le dé- ficit deGibaltar: a eftéprins fcreceu pour pro- uerbe. AufiT voyons-nous par l'origine de ce prouerbe, combien les anciens fe font fichez & arreftez obftinément fur celle opinion, comme auffi par lesliures des Hiftoriographes & Cof- mographes anciens, que la fin & borne de hM terre aefte mife en Cad» d'Efpagne, ouilsfa- , - — — brujuent !
jitfmnjmi lty\mltmtt
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Kfit/cimiitt gnoi/lqucroa-
nvnoirac,na mile grandeur oiredcNazian- ronot (comme (IroitdeGW : plus outre •,& lie»1*
ufaiflftBalilc* renublequece
rcea pourpre* •l'origine de ce le ibnr fidicz êf
pinioo, comité rraphes & Cof:
delà SsA-
«far jTWtf. L/Wr<? I. 17
& limites de l'Empire Romain,îà ils dépeignent les limites du monde. Et non feulement les let- tres prophanes en parlet de çefte façô, mais auf- fî les fain&es Efcritures pour s'aecômoder à no» /Ire langage,difenj: que, LediB d'^ugufte Cefirfa pMé,afin jue tout le mode fut enregifiréi&c d'Alexan- dre le Grand rqt*d eftenditfon Empire iufques aux fins CT limites de h terre. Et en autre endroit ils difent que ÏEuirmU afrutfifie'er creumtoutle monde vni~
«^/.CarlafaincleEfcritureparvnftylequiluy efteommun, appelle tout le monde ce qui eft la plus grade partie d'iceluy, ôc qui iufqu'auiour- d'huy a efté defcouuert ôc cogneu.Et ont igno- ré les anciens,que la merde l'Inde Orientale^ cette autre de l'OccidentaIe,peuft eftre nauigee; en quoy ils fe font generaiemét accordez. Pour raifondequoy Pline eferit comme chofecertai- Mù-Utaf ae5que les mers qui font entre deux terres,nous *7' Dftét l'entière moytié de la terrehabitabletpour- :e (dit-i!) que d'icy nous ne pouuons aller-là,ny le là non plus venir icy. Et finalement, Tulle, Macrobe, Pomponie Mêle, & les anciens efl îains ont cefte mefme opinion.
Oe l'opinion dAriftote touchât le no une au mon- de % & Ce qui l'a deceupour luy faire nier. Chapitre ïX.
Vtre toutes les raifons CuCdities , il f en a eu vne autre , pour laquelle mef- me les anciens furent efmeuz à croire qu'il eftoit impoffible aux hommes de a«er en ce nouueau raondcC eft qu'ils tenoiér
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Hifloire naturelle U pîmé <""»*>«> amende. Fuisâfr" ,Umùmm
Jmt, cLLno* levons. * efi chfi h.r, de m* «fJmé, Itimv Us bmmes *yen< f-t&f"
flemmenfne deU mrOtct**, fmsfuJéiBam A fi
», cpJtch.fi cert.me^eu^Ummesdecmdentdect pemer h Je. En quoy l'on recogno.ft que «m- \c la difficulté que fainft Auguftin y ttouue » > a point efté autre que l'incomparable grandeur Se ce large Occean. Saind Grégoire de Naz.an- C,f ^ zene a eu la mefme opinion , apurant (comme I^Llirofefrnsdoureîq/epaffaedcftroitdeG.bal.
tar, il eft impoffible de nauiger plus outre , & fur ce fujet efcrit en vne fiehneepiftre: Um «- tcrdel,J™cUd,redtrmd*re,qmdltrep4'^
l'oraifon funtbre qu'il fift pour fa.nft Baffle, dir: OudnaefléprmniMm nmigmtltmer , <U palTer U délire, deCbdur. Eteft véritable que ce Sage de Pindare, oùildit : (>U'Jeftdtfer,dy»*
{îudeCéJur: aeftéprins &reçeu pourpro- uerbe. Auffi voyons-nous par 1 origine de ce prouerbe, combienles anciens fe font fichez & arreftez obftinément fur celle opinion, comme auffi par lesliures des Hiftoriographes & Cofr ruographes anciens, que la fin & borne de lr rerri/cftémifeenCadizd'Efpagne^ouiU^
kf SeHmitcs de i'Hcnp ieslimitesdurron
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des Jndes. Liure I. jy
& limites de l'Empire Romain,îà ils dépeignent les limites du monde. Et non feulement les let- tres prophanes en parlét de celte façô, mais auf- fi ks fain&es Efcritures pour s'aecômoder à no« ftre langage,difen.r que, L'tâtft d'^ugufte Cefirfut fubliéyafin f*e tout le mode fut enregtfiré:&c d'Alexan- dre le Grand rqû'U eftenditfon Empire iufques aux fins CT limites de L terre. Et en autre endroit ils difent que ÏEuAtigile * fructifie &* creuentoutle monde vni~ uerfeLQzx: la faincle Efcriture par vn ftyîe qui luy eft commun, appelle tout Je monde ce qui eft la plus grade partie d'iceluy, ôc qui iufqu'auiour- d'huy a efté defcouuert &cogneu.Et ont igno- ré les anciens,que la merde l'Inde Orientale.ny cette autre de rOccidentale,peuft eftre nauigee ; en quoy ils fe font generaiemét accordez.Pour raifondequoy Pline eferit comme chofecertai- plln- ne,que les mers qui font entre deux terres,nous *7° ôftét Tentiere moy tié de la terrehabitabletpour- ce (dit-il) que cTicy nous ne pouuons aller-là,ny de là non plus venir icy. Et finalement, Tulle, Macrobe, Pomponie Mêle, & les anciens efl uains ont cefte mefme opinion.
De l'opinion d'Ariflote touchât le nouueau mon- de , & Ce qui Va deceupour luy faire nier. Chapitre IX,
Vtre toutes les raifons fufdi&es, ilf en a eu vne autre , pour laquelle mef- me les anciens furent efmeuz à croire qu'il eftoit impoffible aux hommes de paner en ce nouueau monde. C eft qu'ils tenoiér
G
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f/îfloire naturelle
qu'outre l'immenfité & grandeur de rOccean, la chaleur de la région que l'on appelle Torn- deoubruflee , eftoit tant exceffiue, qu'elle ne pouuoit permettre aux hommes , quelques ha- sardeux & laborieux qu'ils Ment , de la pafler, ny par mer,ny par terre,pour trauerfer d'vn Po - le à l'autre. Car iaçoit que ces Philofophes ayen t eux-mefmes affermé que la terre eftoit ronde (comme en effed elle l'eft ) & que fous les deux Pôles y a terre habitable: ce neantmoins ont-ils mefcogneu, que la région comprenante tout ce quieft entre les deux Tropiques (qui eft la plus grande des cinqZones ou regions.par iefquelles les Cofmographes , & Aftrologues diuifentle mondeWuteftre habitée de l'humain lignage. La raifon qu'ils donnoient pour fouftenir que cefteZonetorride eftoit inhabitable, eftoità caufe de l'ardeur du Soleil, lequel fait fon cours droittement par defliis celle région , & s en ap- proche de fi près , quelle en eft totalement em- brafee , &par confequent iuy cauie vnderaut d'eaucs &c de pafturages. Decefte opinion a efté Ariftote, lequel encore qu il fuft grand 1 hi- • lofophe5neatmoins s'eft trompé en cet endroit, pourl'efclarciiTement dequoy il fera bon de di- re & remarquer les points où il a bien dilcou- 1*9*- ru &lesautresoùilafailly.CePhi4ofophedoc Metath.cs. metenauant vnedifputefur le vent Méridio- nal, ou du Sud , à fçauoir fi nous douons croire qu'il prenne fa naiffance du Midy , ou bien de Tautre Pôle contraire auNort, &efcnt en ces termes. Umfon mm en feigne que U Umude (T Ur- gent de U terre UUMe , eft bornée V déterminée , O*,
des Indes. Liure. I. ig
'nuHtrmms toute cefte terre habitable ne peutcftre ton* teinte CT commuée L'vne a l'autre; pour autant que la re~ gion au milieu *ft trop wtemperee. Car il eft certain que enfaltngitude, qui eft d l'Orient au P-nent , il n'y «point de trop grand frotdjiy d'exceftiue chaleur , mais il eft enfk latitude cr hauteur , qui efî d'vn Pelé a la ligne Equiw- cliale. Et par amfi pourroit-on cheminer çr trauerfer toute la terre en fi longitude, ji la grandeur de la mer , la - quelle comoint les terres enfimbUment , ne dmnôit empefi chement. Iufques icy il n'y a rien a contredire en ce que dit Ariftote, 8c a fort bonne raifon de di- re que la terre par fa longitude, qui eft d'Orienc au Ponent , court plus vniment, & eft toujours plus commode à la vie & habitation humaine, que non pas par fa latitude, qui eftduNortau MidyXe qui eft véritable, non feulement pour cefte raifon fufdite d'Ariftote , à fçauoir pource qu'ilyavnemefme &toufiours femblable te- perance du Ciel, de l'Orient au Ponent: attendu qu'elle eft efgalement diftante , & du froid Cep- tentrional , & de la chaleur du Midy: Mais aufti pour vne autre raifon, qui eft qu'en allât & che- minant toujours en longitude, Ton trouue&: apperçoit-on hs iours &les nui&s fuccedans lesvns aux autres alternatiuement. Ce qui ne peut eftre en allant par la latitude ; d'autant que parneceffitéilferok befoind'arriuer iufquesà cefte regio polacque,en laquelle il y a nuidt- con- tinuelle de lîx mois, chofe grandement incom- mode pour la vie humaine .Le Philofophe patf© plus outre , reprenant les Géographes , qui def« criuoient la terre en fou temps , & dit ainfa Von peut bien cognoiftrt ce que ïay dit , par les chemins
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Hiflc
itjloire naturelle
que Von peut fore par terre, CT par les nauigations mAritU mes. Car il y a grande différence entre la longitude, 0* U latitude, d'autant que l'efpace £T interna lie qui efi de- puis les colonnes d' Hercules you defiroit de Gibaltarjufquef à ïlnd* Orientale , excède de la proportion déplus de cinq À trois , celle qui eft depuis l'Ethiopie , iufques au lac Meotis CT derniers confins deScythiei ce qui efi approuué parle compte des tournées des chemins y O" delà nauigation que nomfcauorys aprefent par la mejme expérience. D'autre partout auons aufst cognoijfance de la terre habitahle ^iuf- ques aux parties ficelle, qm font inhabitables. Et certes en ce point Ton doibt pardonner à Ariftote, i puis que de Ton temps l'on nauoit point encore defcouuertplus outre que la première Ethio- , pie appellee extérieure, qui eft ioignat l'Arabie, I ôc l'Afrique j & que l'autre Ethiopie intérieure a j efté totalement incogneue de fon temps , mef- j me toute cefte grande terre que nous appelions j auiourd'huy la terre de Prete-Ian. Comme aufîî n'ont point eu cognoiffance du refte de la terte j qui gift foubs l'Equinoxe, & va courant iufques à outrepaiTer le Tropique de Capricorne , pour s'arrefterau Cap de bonne efperance, fi bien | cogneu & renommé par la nauigation des Por- tugais; que fi l'on mefure la terre depuis ce Cap iufques à la Scy thie & Tartarie,il n'y a point de doubte que cefte efpace & latitude fetrouue- ra auiïï grande comme l'efpace & la longitude j qui eft depuis Gibaltar iufques à l'Inde Orien-I taie, C'eflchofe certaine, que les anciens n'ont point cogneu les commencemens &fourcesdu Nil, ny la fin de l'Ethiopie-, ôc pour cela Lucain reprend la euriofité de Iules Cefar, de vouloir
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Xucan.io. PharfaU
des Indes, Liure l. 19
rechercher & enquérir lafourcedu Nil, difane par ces vers.
Que te fin- Humain, de prendre tant de peine ^rechercher du Nil les faunes çr fontaines? Et le mefme Poète parlant auec le Nil , dit: Fuis que ta prime fource efi fi cachée encer, Que qui tufiis, o Nil, tous l'vniuers ignore.
Mais par la faincte Efcriture mefme l'on peue entendre que cefte terre eft habitable. Car fî elle ne l'efloit, le Prophète Sophonias nedw roit,parlantdeces nationsappellees à l'Euan- gik: Les fils de mes dipr/e^zmû appelle-il ks Apo- <s)m apporteront des prefens de plus outre que les nua- ges d'Ethiopie. Neantmoins,commeilaeftédit, il eft raifonnable de pardonner au Philofophe d'auoir creu les hiftoriens, & Cofmographes de fon temps. Pourfuiuons donc maintenant, & examinons ce qui s'enfuit du mefme Arifto- Sophx.^ te. Fne partie du monde (dil-il) qui efi la fepteatfio- nale,fitueeauNort outre la Zone tempérée , eft inhabita- ble pour ïexce\de froidure : l'autre partie , qui efi au mi- dy , de mefme ne peut efîre habitée outre le Tropique , pour iexcefiiue chaleur qui y ett. Mats les parties du monde fintergifint outre ïlnde, d'vncofté, <Lr les coulomnes d Hercules de l'autre , pour certain nefepeuuent iomdre, <T continuer Vvne à l'autre: de telle façon que toute U ter- re habitable fe tienne en wfeul continent a caufe de la mer qutlesfepare. En ce dernier poind il dit la vérité, puisilpourfuittouchant l'autre partie du mon- de , & dit : // efi neceffaire que la terre aye mefme pro* tyrtkn weefon Pjle *Am*rftiqueyque ceflenoslre partit
G iii
Hiftoire naturelle
hxhiuhle* duec le fie*, qui efl le mrt , &"?}* point de doute cm en l 'autre monde toutes chofes doiuent eftre difpo- fées comme en ceïluycy.ffecialeméi en U naiffance cr or- dres des vents. Et après auoir mis en auant d'autres raifons hors de propos , conclud le mefme An- ftote,difant: Nous douons donc confefîerparnecefitte, que le Méridional efl le mefme vent qui foufjle,£r procède de cefte regw embrafee de chaleur: laquelle région four eftre fort proche du S oleil.de faut €T manque Xemx, erdepa- ffura?es.Cccy eft l'opinion d' Ariftotc , & à la vé- rité , l'humaine conie&ure à grand peine a peu pafler plus outre. D'où fouuentesfois le viens à considérer , ( par vne contemplation Chreftienne) combien débile, & petite a cite laPhilofophie des fages de ce iicclc, en la re- cherche des chofes diuines , puifque mefme aux chofes humaines, où ils femblent fi bien ver- fez,ils ont rnaintefois erré.Ariftote eft d opinio, & afferme que la terre habitable au Pôle An- tarctique en longitude eft trei-grande, qui eft d'Orient au Ponent , & qu'en latitude du Pôle Antarctique à la ligne equinoctiale elle eft très- petite. Ce qui eft fi conrraire à la vérité, que toute l'habitation prefque qui eft en ce cofte du Pôle Antardique , afafituation en la latitu- de , ( i'entens du Pôle à la ligne , ) & en la longi - tude d'Orient au Ponent eft tant petite, que la latitude l'excède trois parts, voire dauantage. L'autre opinion eft , qu'il afferme que la ré- gion du milieu eft du tout inhabitable , pour eftre fous la Zone Torride embrafee de lex- ceffiue chaleur que luy caufe la prochainete iu Soleil, & par cefte raifon na point d eaux»
des fndes. Liure I. 20
nyde pafturages, Ce qui eft au/Il tout au con- traire, d'autant que la plus grande part de ce nouueau monde eft fltuee entre les deux Tro- piques fous la m efme ZoneTorride: & neant- moins fe trouue fort peuplée, & habitée d'hom- mes, & d'autres fortes d'animaux, eftant la ré- gion la plus abondante de tout JYniuers en eaiies & pafturages : & qui plus eft,fort tempé- rée en laplus grande partie. Ce que la volonté de Dieu a difpofé de telle façon, afin démon- flrer comme mefme aux chofes naturelles il a renuerfé& confondu lafagefTe decefiecle. En refolution il faut croire que la Zone Torride eft fort bien peuplée & habitée, quoy que les anciés l'ayent tenu pour chofe impofîible. Mais l'autre Zone ou région , qui eft entre la Torri- de&laZone du Pôle Antarctique, encore que en fon afliete elle foit fort commode pour la vie humaine , ce neantmoins eft peu peuplée & habitée, puis que l'on ne cognoift autre ha- bitationenicelle, que le RoyaumedeChiilé,&: vne petite portion ioignant le Cap de bonne ef- perance. Lerefte eft occupé de la mer Occea- ne, bien que plufîeurs foient d'opinion ( la- quelle ie veux bien enfuiure de ma part) qu'il y a beaucoup dauantage de terre > non encore defcouuerte , laquelle doit eftre terre ferme à l'oppoiitedu Royaume de Chilié, qui va cou- rant plus outre, que le cercle ou Tropique de Capricorne. Que s'il y en a, fans doute ce doit eftre vne terre d excellëte teperature,pour eftre au milieu des deux extremitez,& fîtuee en mef- me climatique la meilleure région de l'Europe,
C iiij
ffiftoire naturelle Et pour cefte confédération eft fort bonne k çonie&ure d' Ariftote: mais parlant de ce qui eft auiourd'huy defcouuert , ce qui eft en cefte Zo- ne eft peu de chofe , en comparaifon de la gran- de efpace de terre habitée eilenduë fous la Zone Torride.
Plia lib. l.c.
9 ne Pline & les anciens ont en la mefme opinion qtt Ariftote.
Chapitre X.
'Opinion fufdi&e d' Ariftote a efté fuiuie& tenue par Pline, qui dit ainfi: La température de la région du milieu du monde , par où & à :, l'endroit de laquelle continuelle- ment chemine le Soleil, eft embrafee & bruftee comme dVn feu prochain, ioignât icelle région du milieu. Il y en a deux autres aux deux coftez, qui pour eftre entre l'ardeur de cefte Torride,& le froid cruel des deuxautres extrêmes., font fort temperees,&ne peuuent auoir communication les vncs auec les autres,à caufe de l'ardeur excef- fiue du Ciel. Qui a efté la mefme opinion des an- ciens,generalement d'efcrite par le Poète en ces
vers. Tmtle Ciel efi circuit de cinq Zones dont l'vne Que vhebm ardtoujiours d'vnebmXe importune, Rend la terre au de fus toute rougi d! ardeur.
ÏEtle mefme Poète en autre lieu, Oye\fi ftdjue gent habite en celle fart,
ft fort bonne la ^nrdecequieft
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d'Ariftotciellé rPiine, quidit urea'e la région ic , par où &" à; le contiiA xaiceficMa nit icelle région aux deux co/îez» ccfcTomW. îif/nes/ontforE rommunicatioa elatdeurexcef^
opinionta ilePoèteences
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des Indes. Livre L zi
Qm fim la large l^one a fin quartier a part, Que Phœbm au milieu des quatre autres allume. £t vn autre Poète dit plus clairement : il y a fur la terre autant de régions > Comme au ciel qu'on diuife en ces cinq portions ? Vont celle du milieu par l'ardeur excitée V es chauds rais dufiled, efl toute inhabitée. Les anciens ont fondé leur opinion commune furvneraifonquileurafemblécerraine, ôc in- expugnable: carvoyans quêtant plus vne ré- gion apprôchoit duMidy, tant plus elleeftoic chaude (laquelle preuue e(i lî certaine en ces ré- gions , que pour cefte mefme raifon , en la Pro- uince d'Italie la Poiiilk efl plus chaude que la Tofcane; &enEfpagne, l'Andalufie plus que la Bifcaye ; chofe fi apparente , que iaçoit qu'il n'y ait point de différence entre l' vne ôc l'autre de plus de huiél: degrez , Ôc encores moins, oii void que l'vne eft fort chaude, & l'autre au con- traire, bien froide. De là ils inferoient que la ré- gion fî proche duMidy, ayant le foleil droicl: pourZcnith,necelTairement deuort eftre conti- nuellement embrafee de chaleur, llsvoyoient dauantge, que toutes les diuerfitez des faifons de l'année, du Printemps, de l'Efté, de l'Autône, &del'Hyuer, eftoient caufees de l'approcheméç Se efloignemét du foleil. Voyans auflï que corn- bien qu'ils fuîTent fort eiloignez du Tropique, par où chemine le foleil en Elle, ce neantmoins ors qu'il Q approchoit d'eux en la m efme faifon, ls fentoient de terribles chaleurs, ôc de là ils iu- *eoient que fils euflent eu le foleil fi preche d'eux, qu'il chemmaft au defliis de leurs teftes,
j/ifioire naturelle Et pour cette confédération eft fort bonne k çonie&ure d' Ariftote: mais parlant de ce qui eft auiourd'huy defcouuert , ce qui eft en cefte Zo- ne eft peu de chofe , en comparaifon de la gran- de efpace de terre habitée eîlenduc fous la Zone Torride. -
Pli» lib. i.c.
Jgue Pline & les anciens ont en U mefme opinion qit Ariftote.
Chapitre X.
'Opinion fufdi&e d'Ariftote a efté fuiuie& tenue par Pline, qui dit ^ ainfi: La température de la région du milieu du monde , par où & à , l'endroit de laquelle continuelle- ment chemine le Soleil, eft embrafee & bruflee comme dVnfeu prochain, ioignât icelle région du milieu. Il y en a deux autres aux deux coftez, qui pour eftre entre Pardeur de cefte Torride,& le froid cruel des deuxautres extremes/ont fort temperees,&ne peuuent auoir communication les vnes auec les autres,* caufe de l'ardeur excef- fïue du Ciel. Qui a efté la mefme opinion des an- ciensjgeneralement d'efcrite par le Poète en ces
vers. Tmtle Ciel eft circuit de cinq Zones dont l'vne Que vhehm or d toujours i'vnebrai%e importune * J^end U terre au de fous toute rouge d' ardeur,
gt le mefme Poète en autre lieu,
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Les anciens or.r f , (vitvneraitofic-. cxpugnablc: car^ «oo appf octoii d
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voiA^tei trente gion //proche à pouZcflirh,uec
(uuantge, querc
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pioùcheraiaeie:
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fttt,«ilfW,
des Indes. Liure L 21
Qui fim la large l^one a fin quartier à part, Que Phœbus au milieu des quatre autres allume, ;; Et vn autre Poète dit plus clairement: il y a fur la terre autant de régions y Comme au ciel qu'on diuife en ces cinq portions ? Dont celle du milieu par l'ardeur excitée Des chauds rais dufôled, efi toute inhabitée. Les anciens ont fondé leur opinion commune fur vne raifon qui leur a femblé cerraine ^in- expugnable: carvoyans quêtant plus vne ré- gion apprôchoit duMidy, tant plus elleeftok chaude (laquelle preuue eft iî certaine en cds ré- gions , que pour cette mefme raifon , en la Pro- uince d'Italie la Pouilk eftplus chaude que la Tofcane; &enEfpagne, l'Andalufie plus que la Bifcaye j chofe fi apparente , que iaçoit qu'il n'y ait point de différence entre l'vne ôc l'autre de plus de huiét degrez , Se encores moins, on void que l'vne eft fort chaude, & l'autre au con- traire, bien froide. De là ils inferoient que la ré- gion il proche duMidy, ayant le foleil droiét pourZcnithjneceffairement deuoit eftre conti- nuellement embrafee de chaleur, llsvoyoienc dauantge, que toutes lesdiuerfîtezdesfaifons de l'année, du Printemps, de l'EftéVde l'Autône, & de l'Hyuer, eftoient caufees de l'approchemér & efloignemét du foleil. Voyans auilï que com- bien qu'ils fuffent fort eiloignez du Tropique, par où chemine le foleil en Elle, ce neantmoins lors qu'il f approchoit d'eux en la mefme faifon, ils fentoient de terribles chaleurs, ôc de là ils iu- geoient que fris eufTent eu le foleil fi proche d'eux, qu'il cheminait au delTus de leurs telles,
Hifioire naturelle
& tout le long de la nuée la chaleur feroit tant infupportable, que fans doute elle confumeroit &embraferoit les hommes par fon excès. C a cfté la mcfmc raifon qui aclmcu les anciens à croire que la région du milieu neftoit point ha- bitable, fcpour cela l'appelierent-ils la Zone bradante. Et à la vérité fi l'expérience oculaire que nous en auons, ne nous euft efclarcis fur ce point, nous dirions aujourd'huy que cette rai- fon eftoit fort peremptoire , & Mathématicien, ne ; d'où nous pouuons voir combien foible elt noftre entendement, pour comprendre feule- ment ces chofes naturelles. Mais ores que nous pouuons dire qu'il eft efcheu au grand heur & félicité de noftre fiecle , d'auoir la cognoiilance de ces deux grandes merueilles, à fçauoir que Ton peut fort facilement nauigcr la grande mer Occeane, & que fous la Zone lorride les hom- mes iouy fient dVn ciel fort tempéré (choie que- les anciens n'ont peu iamais croire. ) De la der- nière de ces deux merueilles, touchant la quali- té & habitation delaZoneTorride, nous en traitteronsaueçrayde de Dieu fort amplement au liure enfumant. Etpource mefembie con-J uenahle de difcoutir.cn ce liure de 1 autre, qu« eft de la manière de nauiger l'Occean , d autand que cela nous importe beaucoup pour le fujecï de cet œuure. Mais auant que de venir a c^ roinct , il fera bon de dire ce que les anciens onj tenu de ces nouueaux hommes, que nous appel! Ions Indiens.
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tJcar fcroit tan! 'îcconfumc ' Ton excès. C'a •n !es anciensà L'cftoit point ta. Rnt-ik laZoncs ïrienccocuiaire ^cfclarcisfurce iv que celle rai ^arhematicien- wenfoibledl prendre feule 'OiescjKiioiii 11
la cognoillancfi
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omdtleshora! ip«ê(cWqJ jiK.)Dcladd oacfaaarlaqoali orridf , nous fort amplcm me (érable e de Vautre iccean , dfautaq uppour ie de venir à ^ lelesanciensol
quenousappc
des Indes. Liure 1.
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Que ton trouue quelque cognoijfance de cenou* ueau monde y dedans les Hures des anciens. Cha piti\.e\ XI.
Eprenant donc ce qui a efté mis en auant cydefîus, iliautneceflaite- mentconclure\ ou que les anciens p[ut ■'• ^ ont creu qu'il nyauoit hô:mes pat pUc.' Philof. delà le Tropique de Cancer, corne cap. n. k Auguitin & Ladtance l'ont tenu; ou que f'il y n auoit, à tout le moins ils n habitoienc pas en- reles deux tropiques ( côme l'ont affermé Ari- tote & Pline, & deuant eux le Phiîofophe Par- nenides) dont le contraire eit aiïez prouué cy leuanr, tant pour l'vn que pour l'autre. Mais ce- endant plusieurs par curiofltépourroient de^ nander, fi les anciens n ont eu aucune cognoif- ànce de cette vérité, qui nous eft àprefentiî îaire & ii notoire; d'autant qu'à la vérité cela emble vne chofe fort eftrange, que ce noti- monde eftant fi grand, comme nous le oyons oculairement, aytefté neantmoins in- ogneu des anciens, par tant de fïecles pail'ez. yoù quelques- vns aujourd'huy, pretendans moindrir en cet endroit la félicité de noftre tecle, & la gloire de noftre nation» f'efîorcent le monftrer que cenouueau monde a efté co- ;neu des anciens. Et de fait l'on ne peut pas nier ju'il n'y en ayt quelques apparences. SaincT: -Jierofme efcriuant fur l'epiftre aux Ephefïens, lit :' iStuecaue s raifort news recherchons ce que veut dire FUer.fup c. '^tpoftre en ces paroles cm il dit \ Ym *ue\jhemine *»■ a(^ ^ef
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Hifioire naturelle
ôc tout le long de la nuée la chaleur feroit tant infupportablc, que fans cloute elle confumeroit &embraferoit les hommes par ion excès. C a efté la mefme raifon qui aefmeu les anciens à croire que la région du milieu n eftoit point ha- bitable, &pour cela l'appellerent-ils la Zone bradante. Et à la vérité fi l'expérience oculaire que nous en auons, ne nous euft efclarcis fur et point, nous dirions aujourd'huyque cette rai- Ton eftoit fort peremptoire , & Mathématicien ne ; d'où nous pouuons voir combien foible eil noîïre entendement, pour comprendre feule- ment ces chofes naturelles. Mais ores que nou pouuons dire qu'il eft efcheu au grand heur ô félicite de noftre fiecle , d'auoir la cognoiiianc de ces deux grandes merueilles, àfçauoirqu Ton peut fort facilement nauiger la grande me Occëane, & que fous la Zone lorride les hom mes iouy ffent d'vn ciel fort tempère (choie qu les anciens n ont peu iamais croire. ) De la dei niere de ces deux merueilles, touchant la quai: té & habitation delaZoneTorride, nous e traitterons aueç l'ayde de Dieu fort amp leraer auliure enfuiuant. Etpource mefemblc cor uenable de difcourir.cn ce liure de l'autre, qi eft de la manière de nauiger l'Occean , d aurai que cela nous importe beaucoup pour le iuje de cet œuure. Mais auant que de venir à < roinct , il fera bon de dire ce que les anciens o: tenu de ces nouueaux hommes, que nous app< Ions Indiens.
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awb) dontk draiDtjtantpou:
fackotat claire & fi noto
biobnedi; «monde elî
cogneu iesarci: W(|fld(jiiB-t ffloiodrir en ce: fcftlaglow «Booftrer oue Çai(lcs2nciens.
des Indes. Dure I.
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Sue ton troune quelque cognoiffance de cenou^ ne au monde , dedans les Hures des anciens.
Chapit.^e\XÏ.
Eprenant donc Ce qui a efté mis en anant cydeiTus, il tau t n\e ce lui re- nient conclure^ ou que les anciens p^t g ^ ont creu qu'il n'y auoit homes par^.# philof. delà le Tropique de Cancer, corne cap. n. S. Auguitin & Lactance Font tenu; ou que f'il y en auoit, à tout le moins ils ri habitoient pas en- tre les deux tropiques ( corne Tont affermé Ari- ftote & Pline, 6c deuant eux le Philofophe Par- menides) dont le contraire eft a(ïez prouué cy deuant, tant pour l'vn que pour l'autre. Mais ce- pendant plusieurs par curiofitépourroient de* mander, iï les anciens n ont eu aucune cognoif- fance de cède vérité, qui nous eft àprefentfi claire & fi notoire-, d'autant qu'à la vérité cela femble vne chofe fort eftrange, que ce nou- ueau monde eftant fi grand, comme nous le voyons oculairement, aytefté neantmoinsin- cogneu des anciens, par tant de ftecles paft'ez. D'où quelques- vns aujourd'huv, pretendans amoindrir en cet endroit la félicité de noftre fiecle, & la gloire de noftre nation, f'eftorcent de monftrer que ce nouueau monde a efté co- gneu des anciens. Et de fait l'on ne peut pas nier qu'il n'y en ayt quelques apparences. Sainét Hicrofme efcriuant fur l'epiftre aux Ephefiens, dit : ^uecqnes raifort mm recherchons ce que veut dire filer, fup c. l'^peflre en ces paroles au\l ait : Km mil chemine *» ^ £i)hef'
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Hijioire naturelle
*vn temps filon le cours de ce monde , fiauoir fi £ Udutnturi %l nom veut faire entendre qu'il y ayt vn autre fiecle , qui nefôity ny dépende point de ce monde , mais d'autres mon- des, defqucls efcrit Clément enfin epiflre, ÏOccean , O* lu mondes qui font far delà ÏOccean, Ce font les termes de faind Hierofme. Mais à la vérité ienepeui trouuer quelle epiftre foit celle de faind Clé- ment que cite faind Hicrofmq neantmoinsfans doute ie ctoy que faind Clément Ta efcrite,pui| que faind Hierofme Tamis en auant. Etauec l raifon dit faind Clément , que par delà la met G Qcceane il y a vn autre monde \ voire plufîeurM mondes, comme c'eft la vérité, puis qu'il y a $1 grande diftance d'vn nouueaumondeàl'autrlj nouueau monde ( j'entends dire du Peru Ôc de* ) Indes Occidentales, à la Chine & Indes Orien- [ taies.) Dauantage, Pline qui a efté fi diligent r J| chercheur des chofes eftranges& admirables^ rapporte en fon hiftoire naturelle, que Hannon' Capitaine Carthaginois nauigea parTOccean,' depuis le deftroitdeGibaltar, coftoyant touf- iours la terre, îufqucs aux confins d'Arabie , & qu'il laiiFa par efcrit cefte fîenne navigation. qu$| f'ileft ainfi comme Pline l'efcrit, il fenfuit quç Hannon nauigea autant , comme nauigent auJ jourd'huy les Portugais, trauerfans deux fois pan deflous l'Equinoxe, qui eftjvne chofe efpoiw uentable. Et qui plus eft, le mefme Pline rap- porte de Corneille Nepueu autheur fort graue. & dit que le mefme chemin a efté nauigé par vnj autre homme , appelle Eudaxius , toutefois paij chemins contraires i d'autant que cétEudaxiu* fiiiuant le Roy des Latyres, fprtit par la mcij
•ttks temj :n:c le ne peui
fcfiUKi
ttnrnioinsfaij c l'a efcritc,pui îuint, Etauc w delà bit oireplu/îeûi puis qu'il y a! wdeàhiiti (iuPeiu&dl : Indes Oiici •û diligent b : ataUtlj
à par l'Occeal]
cofattoif :5 d'Arabie
des Jndes. Liure L 2$
>Uge dans l'Occean , & en tournoyant paruint (qu'au deftroitdeGibaltar; cequelemefme oraeille Nepueu afferme eftre aduenudefoit mps. Comme auffi d'autres autheurs graues criuent qu'vnnauire de Carthaginois poulie ir la force des vents dans la mer Occeane , ar- ja en vne terre qui iufques à ce temps n'auoit técogneu, & qu'eftant de retour à Carthage, >nna vn grand defir & enuie aux Carthaginois îdefcoimrir, & peupler ctfte terre j ce que le :nat voyant, par vn rigoureux décret tierTén- t telle nauigation, craignant qu'auec ledefir : nouuelles terres l'on delaiflaft à aymerfon tys. De tout cecy on peut tirer que les anciens ît eu quelque cognoiiîance du nouueau mon- ;, encores que parlant de noftre Amérique, ôc : toute cette Inde Occidentale , à peine en ouue-t'on chofe certaine es iiures des Efcri- lins anciens. Mais de l'Inde Orientale, ie dis l'il y en a afTez ample mention , non feuleméc : celle de par delà, mais aufli de celle de par de- , 1, qui anciennement eftoit la plus efîoignee,
libfuitqf 5urcc<lu'on Y alloitpar contraire chemin, que
«enui Iuyq^nfaitaujoutd'huy. PourquoÇn'eft il
'raxtoisii lS ay ■ detrouuer aux Iiures andens Malaca,
-iiofeefpo l,llsaPPelIoicnt le doré Cherfonefe; le Cap de / omorm, quif'appelloitle PromôtoiredeCo-
rfottP 5 &lagrande & renommée Ule deSumatre, Jpan nt celebree par l'ancien nomdeTaprobane? I ne dirons-nous des deux Ethiopies, des Brach- anes, & delà grande terre des Chinois? Qm >utc qu'aux Iiures des anciens il n'en (oit faite cntion plufîeurs fois ? Mais des Indes Occi-
s,toutefois(j lecécEudax
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Hiftoire naturelle
wn temps filon le cours de ce monde , fiauoir fi £ aduentu il noua veut faire entendre cjuiI y ayt vn autre Jiecle , ^ nefôit, ny dépende point de ce monde , mais d'autres moi dés, defijuels efirit Clément enfin epiftre, ÏOccean , O* < , mondes qrnfint far delà ÏOccèan. Ce font les term j de faindt Hierofme. Mais à la vérité ie ne pei trouuer quelle epiftre foit celle de laind Cl • ment que citefaincfc mcrofme; neantmoinsfaX doute ie croy que faincl: Clément Ta efcrite,pi j que faincl Hierofme Tamis enauanc. Et au! raifon dit faind Clément , que par delà la m Qcceane il y a vn autre monde \ voire plufîei mondes , commec'eft la vérité , puis qu'il y ; grande diftance d'vn nouueaumondeàl'auii nouueau monde ( j'entends dire du Peru & cl Indes Occidentales, à la Chine & Indes Od(i taies.) Dauantage, Pline qui a efté fi diligent chercheur des chofes effranges & admirabl rapporte en fon hiftoire naturelle, que Hann Capitaine Carthaginois nauigea par l'Occe; depuis le deftroitdeGibaltar, coftoyantto iours la terre, ïufqucs aux confins d'Arabie , qu'il laiiTa par efcrit cefte Tienne nauigation.c fil eft ainfi comme Pline l'efcrit , il f'enfuit c Hannon nauigea autant, comme nauigent jourd'huy les Portugais, trauerfans deux fois deflbus l'Equinoxe, qui eftjvne chofe efp< uentable. Et qui plus eft, le mefme Pline r porte de Corneille Nepueuautheur fortgra & dit que le mefme chemin a efté nauigé par ti autre homme , appelle Eudaxius , toutefois tr chemins contraires \ d'autant que cet Eudaxps filiuant le Roy des Latyres, fprtit par la ijpr
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des Jndes. Liure I. 23
rouge dans l'Occean , & en tournoyant paruint iufqu'au deftroitde Gibaltar; cequelemefme Corneille Nepucu afferme eftre aduenudefoit temps. Comme auffi d'autres autheurs graues efcriuent qu'vnnauire de Carthaginois poulie par la force des vents dans la mer Occeane , ar- riua en vne terre qui iufques à ce temps n'auoit efté cogneu , & qu'eftant de retour à Carthage, donna vn grand defir & enuie aux Carthaginois dedefcotmrir, & peupler cette terre j ce que le Senatvoyant, par vn rigoureux décret dépen- dit telle nauigation, craignant qu'auec le defir de nouuelles terres l'on delaiflaft à aymerfon pays. De tout cecy on peut tirer que les anciens ont eu quelque cognoifTance du nouueau mon- de, encores que parlant de noftre Amérique, ôc de toute cefte Inde Occidentale , à peine en trouue-t'on chofe certaine es Hures des Efcri- uains anciens. Mais de l'Inde Orientale, ie dis qu'il y en a allez ample mention , non feuleméc de celle de par delà, mais aufli de celle de par de- çà, qui anciennement eftoit la plus elloignee, pource qu'on y alloitpar contraire chemin, que celuy qu'on fait aujourd'huy. Pourquoy n'eft il pas ayfé detrouuer auxliures anciens Maîaça, qu'ils appelloicnt le doré Cherfonefe- le Cap de Comorni, quif'appelloitle PromôtoiredeCo- rij & la grande & renommée Ifle deSumatre, tant célébrée par l'ancien nomdeTaprobane? Que dirons-nous des deux Ethiopies, des Brach- manes, & delà grande terre des Chinois? Qui doute qu'aux liures des anciens il n'en foit faite mention plwfieurs fois ? Mais des Indes Occi-
rUn. n. g,
$en. in Aie- dea au. 1, %n fins.
Hifioire naturelle
dentales nous ne trouuons point dedans Phne qu'en cefte nauigation l'on pafiait les Mes CaJ naries, qu'il appelle Fortunées , la principalJ defquelles il dit auoir elle nommée Canari J pour la multitude des chiens qui eftoient enj icelle. Mais à peine il y a aucune apparence aui liures anciens de la nauigation que Ion fait auj jourd'huy plus outre que les Canaries , par \j golphe, qu'auecfort bonne raifon ils appelloiéc grand. Ceneantmoins beaucoup ont opinion que Seneque le Tragique a prophetifé de <r Indes Occidentales, parce que nous lifons en tragédie de Medee, enversAnapeftiqucs, q réduits en vers François, difent ainfi ; // viendra fur le dernier aage }rn ftecle nouueau bien-heureux y Ou nojire Gccean jfacieux . Eflendra fins loing [on nuage, r ne grand" terre fe verra, filauigeant cefte mer profonde, Et lors vn autre nouueau monde sAux humains fe defcouunra. La Tuîlee far tout renommée Tour vn bout du monde eflotgne 9 Tantoft afres ce foinft gagné , Sera four voifme contrée. Cecy raconte Seneque en ces vers, & ne po uons bonnement nier que la prenant à la letti fa predi&ion ne foit véritable : car fi l'on con les longues années qu'il dit, à commencer dés temps du Tragique, l'on trouuera plus de mil & quatre cents ans partez, & fi c eft dés le temps de Medee , il y en aura plus de deux nul. Ce que
■«dans Plu filesliloQ la principal mec Canaiit m eftoient ci ^ppaienceaii] ucloDËûtat naiies, pari lilsappelloiî i ont opini« jttrifc de a us liions en!
UQues ,
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ar filon»» Timcncer^ «a plusdea
didéslct» aiuLCcf
des Jndes. Liure I. 2^
ous voyons aujourd'huy à veiie d'œil telle- tentaccomply , veu qu'il n'y apointdedoure ne l'on n'aye trouué lepaflage de POccean fi mg temps caché , & que Ion a defcouue'rt vne randeterre & nouueaumondehabitee, plus -ande que tout ce continent de l'Europe, & de \fie. Mais ce que l'onpout en cela raifonna- lement difputer , eft9 à fcauoir.fi Sene'que a die •la par diuination,ou fi c'a efté poétiquement, à la volée. Et pour en dire mon opinion, 1e oy qu'il Pa prognoftiqué auec la façon dzde- ;ner qu'ont les hommes fages&aduKez; at- n du qu'en Ton temps on entreprenoit délia de Duuelies nauigations & voyages par mer. Il co- îoiiîbit bienaulîi comme Phijofophe, qu'il y loit vne autre terre, contraire^ ^ppofîteà dus , qui eftoit celle qu'ils appellent Antich- con. Et par ce fondement il a peu confiderec ae la hardielTe & induftrie des hommes en fin Durroit atteindre iufques là que de trauerfër la er Occeane , & Payant trauerfee , pourroient îfcouurir de nouuelles terres , 8c, vn autre onde ; attendu que du temps de Senequelon loit cognoifiance du fuccés de ce naufrage que !ine raconte, par lequel on paifa le grand Oo~ 'an. Ce qui appert auoir efté le motif de la rophetiedeSeneque, comme illedonneà'ên- ndre parles vers cy deuant récitez 3 après lef- îels ayant acheuc d'eferire le foucy de la vie -u malicieufe des anciens, il fuit en cefte çon :
%AMQur£huy c'efi vn autre temps ; Car U mer contente , ou- forcée ,
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Hifloire naturelle
dentales nous ne trouuons point dedans Phr qu'en cette nauigation l'on paiiaft les Ifles C; naries,. qu'il appelle Fortunées, la principal! defquelles il dit auoir efté nommée Canari|, pour la multitude des chiens qui eftoient < [celle. Mais à peine il y a aucune apparence ai| liures anciens de la nauigation que Ton fait a |j jourd'huy plus outre que les Canaties , par 1 golphe, qu'auecfort bonne raifon ils appelloi ; grand. Ceneantmoins beaucoup ont opinir que Seneque le Tragique a prophetifé de c Indes Occidentales, parce que nous lifons en tragédie de Medee, en vers Anapeftiques, q réduits en vers François, difent ainfi : // viendra fur le dernier aage yn ftecle nouueau bien-heureux , Ou fiojire Gccean jfacieux E /tendra fins loing fin nuage*
Vue grand' terre [e verra, tfuuigeant cefte mer profonde. Et lors vn autre nouueau monde sAux humains fe defcouunra. La Tullee far tout renommée Tour vn bout du monde efloigne 9 Tanîoff afres ce foinft gagné y Sera four voifine contrée. Cecy raconte Seneque en ces vers, & ne pc - uons bonnement nier que la prenant à la lett , fa prédiction ne (bit véritable : car fi Ton cor s les longues années qu'il dit, à commencer de; : temps du Tragique, l'on trouuera plusderfi & quatre cents ans partez, & fi c'eft dés le terris de Medee , il y en aura plus de deux mil Ce qfc
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des Jndes. Liure 1. 24
nous voyons aujourd'huy à veiie d'ceil telle- ment accomply, veu qu'il n'y a point de doute que l'on n'aye trouué lepaflage de l'Occean fî long temps caché , & que l'on a defcouuert vne grande terre & nouueau monde habitée, plus grande que tout ce ccntine^r de l'Europe. Ôc de l'Afie. Mais ce que loupent en cela raifonna- blement difputer , efty à fç/àuoir fi Senéque a dit cela par diuination5ou fi c'a eflé poétiquement, & à la volée. Et pour en dire mon opinion, 1e croy qu'il l'a prognoftiqué auec la façon dedz- uiner qu'ont les hommes fages ôc aduliez ; at- tendu qu'en Ton temps on entreprenoit délia de nouuelles nauigations &c voyages par mer. Il co- gnoiiïbit bien aufïî comme Phijofophe, qu'il y auoit vne autre terre, contraire.^ ^ppofitea nous, qui eftoit celle qu'ils appellent Antich- thon. Et par ce fondement il a peu confiderer que la hardiefie & induftrie des hommes en fin pourroit atteindre iufques là que de trauerfer la mer Occeane , Se l'ayant trauerfee , pourroient defcouurir de nouuelles terres , 8c, vn autre monde ; attendu que du temps de Senequel'on auoit cognoifiance du fuccés de ce naufrage que Pline raconte, par lequel on pnifa le grand Qc- cean. Ce qui appert auoir elle le motif de la prophétie de Seneque, comme illedonneà'en- tendre parles vers cy deuant recirez ; après lef- quels ayant acheué d'eferire le foucy ôc la vie peu malicieufe des anciens, il fuit en cette façon :
KAwourAhuy cefl vn antre temps : Car U mer contente , ou- forcée ,
Hifloire naturelle
Se i/otd de lharfy trauerfee , Qui ri y prend que du pajfetemps. Etplusbasiiditainfi:
Tout hatteaufitns craindre naufrage Seiette or' fer la haute mer, Et là le hciiillant fajfiger Tient pour brefvn fi long voyage.
il riefi plu* rien k defcouunr, &y lieux qui fient encor a prendre : Celuy> la qui je veut défendre , J)yvn nouueau mur fe doit couunt. Tout efi renuersépar le monde, Fjen riefi enfin lieu demeuré, J{ten fecret, nynend'ajfeuré N'y aparmy la terre ronde.
On void que le chaud Indien
Soit l'isïraxe en froideur extrefme,
Etïllheicrl^hintoutdemefmè>
Lauentle peuple ferjien.
*t de céte fi grande hardiefte des hommes Séné.
Mm a conje&uté ce qu'il a eferit, comme le der-
îiierpointquidoitarriuer, difanr : llviendra /«
le dernier âge, cre ainfi qu'il a efté mis cy demis.
De hfwion que FUton d eue des Indes Occidentales. Chapitre XI I. R fiquelqu'vn atrai&é plusparticu^ lierement de cefte Inde Occidentale* * que l'honneur en doit cftrcdôné à Pla- ton, qui en Ton Timee dit ainfi : En ce temps l'onne fournit nauiger ce Golphc (il entend de la mer Atlan-
hommes
comme le (1er
nïs cy deffus.
r plusparûco*
: Occidental»
t;edônérJ
eUrocrAti
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des Indes. Lîtifeî. . J£ dque qui eft l'Occean qui fe rencontre au fortir Jadcftroit dcGibaltar; ^^ ^ g M eJM :ios « U bouche des colomnes d Hercules ( qui eft le m ef ne deftroit de Gibaltar. ) Et cefie iflee^tiolnHeen * temps aLJouchefifdtte, & eft tt de telle ermdeur,
'r'krsiljtmtvnpéJfeepoHrattnâeceslJlcslfau. r*ss &* de ces autres ijles on alloit À U terre ferme qui ejleie roche, enmrmnee de U vraye mer. Cela eft raconté ar Crmas en Platon. Et ceux qui fe perfuadens ue cefte narration de Platon eft vne vraye hi- oire, déduite êc contenue fous ces termes, di- 'nt que cefte grandelfte appellee Atlantique, quelle excedoit en grâdeur l'Afrique & PAfie >ut enfemble, occupoit alors la plus grande irtdelamerOcceane, appellee Atlantique, Je les Efpagnols nauigent aujourd'hui & que s autres lues qu'il difoit eftreproches décide ande, font celles que maintenant nous appel- nsldes de Barlouente , à feauoir Cube, Efpa- olle faind Iean du Port-riche, lamaïquefc* très Mes de cefte contrée* mefme que la terre* miedont il fait mention, eft celle qu'au jour-
ignanteicelle terre ferme, fçauoiria * du Sud, quil appelle vraye mer, pourcé en comparaifon de fa grandeur , les autres *s Méditerranée*, voire la mefme Atlami- f ,iont comme petites mers. Par cela à la vç- = -«s donnent vne interprétation fort inetf- :"ie de artificieufe à ces propos de Platon s fi eefte interprétation doit eftre tenue
Hifioire naturelle
Se votd de tharjy trauerfee , Qui ri y prend que du pajfetemps. Etplusbasilditaiîifi:
Tout batteaufans craindre naufrage Se iette or3 fur la haute mer , Et U le bouillant pafager Tient pour brefvn fi long voyage.
il n'efl plus rien a de fournir, &y lieux qui fient encor a prendre : Ceky- la qui fe veut défendre , V'vn nouueau mur fe doit couurit. Tout eft renuersépar le monde -, ijenrieft en fin lieu demeuré , Hien fteret, ny rien d'ajfeuré N'y âparmy la terre ronde.
On void que le chaud Indien $oit l'sAraxe en froideur extrefme, Et ïllbey CT leXhtn tout de mefmè , lauent le peuple Fer fien. fcfet de céte fi grande hardiefTe des hommes Se*; loue a conjccW ce qu'il a eferit, comme le d< "nier point qui doit arriuer, difant : il viendra le dernier âge, erc ainfi qu'il a efté mis cy deiTus
I k,0
De hfinion que Platon a eue des Indes Occidentales. Chapitre XII. R lîquelqu'vn atrai&é plus partie - lierement de cefte Inde Occidenta , . que l'honneur en doit eftiedônéàP ton, qui en Ton Timee dit ainfi : En ce temps l'oto fournit namger ce Golphc (il entend de la mer Atl
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des Indes. Litire î. . J^
tique, qui eft l'Occean qui fe rencontre au fouir du deftroit de Gibaltar) fource que Te fajfage eftoti clos k U bouche des colomnes d'Hercules ( qui eft le m ef= me deftroit de Gibaltar. ) Et cefle iflee^itiomBeerî, ce temps kU bouche fifdtte , &efttt de telle grandeur* fi elle excédait toute t^î 'fie cri Afrique en femblement: CT alors il j auoit vnptjfage pour aller de ces ijles a d'au- très y cr de ces autres ijles on alloit À la terre ferme qui efteit froche, enuironneede lavuyemet. Cela eft raconté ■ par Critias en Platon. Et ceux qui fe perfuadentî que cette narration de Platon eft vne vraye hi- ftoïre, déduite & contenue fous ces termes di- rent que celle grande Ille appellee Atlantique, laquelle excedoit en grâdeur l'Afrique «5c l'Aile tout enfemble, occupoit alors la plus grande part de lamerOcceane, appellee Atlantique, que les Efpagnols nauigent aujourd'huy, 8c que les autres Mes qu'il difoit eftreproches de cette grande, font celles que maintenant nous appel- ions; Mes de Barlouente , à feauoir Cube, Efpa- gnolle, fain& Ieandu Port-riche, Iamaïque ôc autres Mes de cette centrée* mefme que 1a terre! terme dont il fait mention, eft celle qu'aujour- d'huynoûs appelions terre ferme, à feauoir le 1 eru & 1 Amérique, & que cefte vraye m er qu'il dit, eft joignante icelle terre ferme, fçauoirla mer du Sud, qu'il appelle vraye mer, pourcë quen comparaifon de fa grandeur , ks autres mersMediterranees, voire la mefme Atlanti- que (ont comme petites mers. Par cela à la ve- nte ils donnent vne interprétation fort ingre- Jieuie & artificieufe à ces propos de Platon, Mais h cefte interprétation doit eftre tenus
'jfïfiùire naturelle pour veritabe , ou non , j'ay délibéré Mclaircir en autre lieu.
Que quelques vns ont eu opinion qu'aux lieuxi de ÏEfcriture [ainÏÏe , ouilefifaitmentionW yofhir y on le doit entendre de noftrePcruM
Chapitre XIII.
Velqjes-vns ontcefteopij nion qu'il eft fait mention en lafl fainde Efcriturede cefte Inde Oc* cidentale , prenans la région du Peru pour cet Ophir tant celebréj en icellc Robert Eftiénne, ou pour mieux dire» J François Vatable, homme fort verfé enlalanj eue Hébraïque ( comme ïay ouy raconter à no-; £> _ * _._: r.._ /"~« Jif^îtil^^ A\r aux an-
me iiure ces ivoys, 4"1- ' "*r ;r ? ,, SA ttonua Chriftophle Colomb, eftoit celle dQ
phir , dont Salomon faifoit apporter quatre
cents vingt , ou quatre cents cinquante talents
d'or très -fin & rres-pur ; pource que 1 or de O-
I» ^f-r. bao quelesnoftres apportent de 1 Efpagnolle
i»B.««. eft de telle façon & qualité. Et fe tiennent en
imihdeg es cores plufieurs autres gui afferment que cettu
noftrePeru eft Ophir, d&uifans, & titans vj
nom de l'autre, lelquels croyent que des or,
%.P<*. 9. que leliure de Paraiipomenon fut efcrit lo
î, ** to. l'appelloit Peru (comme aujourd huy ils le foi
dent) en ce que la fain<aeEfcriture rapport
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[tentqoe .ns.&.tii; .i-i que ifutefaït.
des
des Indes. Liure I. \g
que Ion apportoit d'Ophir de l'or trefpur ôc ies pierres fort precieufes, auec du bois qui Confort beau & fort rare: Jefquclles choies ont abondantes au peru,comme ils difent. Mais à mon opinion) c'eft chofe fort efloignee de ente, que le Peru foit Ophir tant célèbre par es lettres facrées. Car jaçoit qu'en ce Peru il y it allez grande abondance d'or,ce n'eft pas to u- «fois de telle façon, que ion le doiue cAralcr la renommée des richefles qu'a eue ancienne 1 Paraî« aentl Inde Orientale. lenetrouuepointque 4^ f i ce Peru iiyayt des pierres fi precieufes , ny j. *£V sbois fi exquis, quelon n'en aytiamais veu - lemblaDles en Hierufalem, Car encores qu'il ayt des efineraudes exquifes , Se quelques ar. -es a vn bois dur & aromatique, ce néant- oins lenjtrouue point chofe digne dctdÏQ juange que la fainde Efcriture donne à Ophir Icfmc il me femble qu'il n'eft pas my-fembla-' , e que Salomoneuft laifTé l'Inde Oriétale très- :/A- :he& opulente pourermoyer fes flottes de mires-à celte dernière terre. Que fi dks v :oieiit venues tant defois (ainficommeilcft
t1ClTtalremenC n°US tro^^onspïusde fte, fie de témoignage d'icdl^ que nous n'a-
Zhi?^?*Ttag€> l^y^ologïc du nom Jpnir, ôc le changement, ou réduction d'ice- ' au nom du Peru , me femble chofe peu cou- pable eftant aiTcuré que le nom du Perû * pas fort ancien, ny commun àtoutecefte ntree. L on a eu de couâeme ordinairement ccsdefcouuertures du nouueau monde de - - W* nom aux terres Scportsdemer, feion
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Zfiflùire naturelle pour verïtabe , ou non , j'ay délibéré Mciairci
en autre lieu.
Que quelques vns ont en opinion qu'aux heu,
^de ï Efcriture faincte , ouileftfàtmentio
d' Ophir , on le doit entendre de noftreYtri
Chapitre XIII.
Velqves-vns ont cefte o{ nion qu'il eft fait mention en fainde Efcriture de cefte Inde C cidentale , prenans la région ^ Pcru pour cet Ophir tant celel en icelle. Robert Eftienre, ou pour mieux di François Vatable, homme fort verfé en lai; eue Hébraïque ( comme i'ay ouy raconter à : ftre Précepteur qui fut (on difciple) dit aux %xi r*. notations fur le ncufiefme chapitre dutroil g£/* me Hure des Roys, que lifte Efpagno c le trouua Chriftophle Colomb , eftoit celle d > phir , dont Salomon faifoit apporter qu ce cents vingt, ou quatre cents cinquante t al ts d'or très- fin 6c rres-pur i pource que 1 or de ;i in o&». bao quelesnoftres apportent de 1 Efpagnc ^e *&•** eft de telle façon & qualité.
*M*R*g. cftdetelletaçon«quainc. ctictiwu-v» - imçhdeg c9 plufiears autres flui afferment que ce uy
noftrePeru eft Ophir, deduifans, & tirai vn nom de l'autre , lefquels croyent que des >rs %. Parai. ,. que leliure de Paralipomenon fut efent on , IL. io. l\ppelloitPeru(commeau)ourdhuyilsf^n. , font) en ce que la fainfte Efcriture rapi ne
àttorc beau ii
kibondintesi-
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des Indes. Liure I. zg
que Ton apportoic d'Ophir de l'or trcfpur, de des pierres fort precieufes , auec du bois qui eftoitrort beau & fort rare: lefqueiles chofes
font abondantes au peru,comme ils difent. Mais (à mon opinion) c'eft chofe fort eiloignée de vérité, que le Peru foit Ophir tant célèbre par les lettres facrées.Car jaçoit qu'en ce Peru il y ait afTez grande abondance d'once neft pas tou- tesfois de telle façon, que Ion le doiue efgaler à la renommée des richeiïes qu'a eue ancienne- t ;w9 ment l'Inde Orientale. lenetreuuepointque 4' *"„ ence Peru ilyayt despierres iTprecieufes, ny h *£. 9' de bois fi exquis, que l'on nen aytiamais veu de femblables en Hierufalem. Car encores qu'il yaytdesefmeraudes exquifes , Ôc quelques ar- bres d vn bois dur & aromatique , ce néant- moins lenj trouue point chofe digne de telle louange que la fain&e sferiture donne à Ophir Mefme il me femble qu'il n'eft pas vray-fembla" ble que Salomoneuft laifle l'Inde Orietale très- riche & opulente , pour enuoyer Ces flottes de nauires à celle dernière terre. Que û elles y eftoient venues nmdcfois (ainfi comme il eft elcnt) certainement nous trouuerions plus de refte, ôc de tefmoignage d>icdks> que nous n a- uons pas. Davantage, l'etymologie du nom <i Ophir, ôc le changement, ou réduction d'ice- luy au nom du Peru , me femble chofe peu con- hderable eftant aiTeuré que le nom du Perû nelt pas rort ancien, ny commun àtoutecefte contrée. JL on a eu de couftume ordinairement en cesdefcouuertures du nouueau monde, de -
donner nom aux terres Sports de mer, (don
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fe*.
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J-hjloire naturelle
îoccâfion qui k prefentoic alors de l'arriuee , & I «S que le nom du Peru a eftc ainfi trouue & rnTsenvfaee-. carnoustenons icyquelenoma Sldonnl à toute cefteterte duPetu acaufe j
annuel les Elpagnols arnuerent quandils hrent | £ mem ère defcouuerte. Et de là nousdifons I «SteSmes Indiens naturels du Peru >gno- • vent & ne fe feruent aucunement de ce nom &
*rt«r.G». mentionne lesnoms de Tue & Paul,
ne pouuons dire que " dc ce peru>|
,.*.«* defquels ont vfe '« £™ nf ^chreftknsj! istbnh* ex r icnt pt0uenus des Romains , ou v
que quelques-vns ont efcrit que Tharlis œ Onhir neftoient envne mefme route &Iro
Afiongaber , pour aller queni a? 1 « » OPhK
;c hé noaj -Tite&PâUf
ooCWm rop foible , )n dechofes ye c'eftcb
urcWc ne Tharfis
; route rt
des Indes. Liure I. 2J
eft aufîî référé au Paralipomenon % que cefte mefme flotte fut dreflee pour aller à Tharfis. D'où Ion peut facilement iuger qu'en ces limes fufdits, quand l'Efcriture parle de Tharfis, ôc Ophir, elle entend vne mefme chofe. Quel- qu'vn mepourroit demander fur cecy, quelle région ou Prouince eftoit cet Ophir , où ailoit de Salomon , auec les mariniers de Hyram Roy deTyrcV de Sidon, pour rapporter de for, ôc où prétendant aller la flotte du Roy Iofaphat -, périt, &fift naufrage en Mongaber, comme l rapporte l'fifcriture. En cecy ie dis que ie m'ac- corde fort volontairement à l'opinion de Iofe- phe en fes liures des Antiquitez, où il dit que : eft vne Prouince del'Inde Orientale ; laquelle
4./2fg.*i,
vingt
^aueclecha
ioParalip» iUUuredesR . de nauircs
defor" "
:elle Prouince abondante d'or tres-fin. De là eft /enu que l'on célèbre tant l'or d'Ophir, ou <ÏQ ■ >has, ou félon qu'aucuns veulent dire que ce not d'Obrife vaut autant comme qui diroit Ophirifej pource qu'y voyant fept fortes ôc ef- >eces d'or ( commereferefain&Hierofme) ce- uy d'Ophir eftoit tenu pour le plus An, comme cy nous louons &eftimons 1 or de Valdiuia, >u deCaranaya. La principale raifon qui me ait croire qu Ophir eft en l'Inde Orientale, ôc ion en cefte Occidentale, eft, pource que la lotte de Salomon ne pouuoit venir icy fans •afler toute l'Inde Orientale , toute la Chi- ie,& autre grande efpace de mer, n'eftantpas ray-femblable qu'ils eutfent trauerfé tout le àOpï aonde> Pour ve«ir icy chercher de l'or, prince
D iij i
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Hifioire naturelle
rocctfion qui fe prefentoit alors de l'arriuce , M crov iue "e nom du Peru a efté ainfi trouue , Sa S"L-. car nous tenons icy que le nom Se donnf àtoute certeterre duPeru acauf.
re que Sephef /dénommée en la fainfte Eicnt « eft cequauiourd'huy on appelle les And '■W«mnt»»iw très-hautes du Peru. I SSXed'esmots&appellations^
r^ ne" = leque lesnoms deTite&Pa,
&. fiM defquels ont vfé ^^^X ^tbraht ex çoieM prouenus des Romains , ou V r
ce^Gcn. J Jt queceft vn argument trop foibk.C
iy> trop lecet, pour tirer condufion déchoie i
trop JV ' f y ciaitement que c'eft ch c
que quelques-vns ont efent que Tharfis Ophk neaoient envne mefme rou e &I Sncc en conférant le chapitre vingt-deux
mmm
Afionplfer, poutaikr quenr dçloràOj*
T"
ieSilomoiijU- teTyr&dcSita
; MlRcItlODI
okeen faiimtsc
àftîotPros'i:; fitfondeepir et; Uilàwon;
iMtd'Oirifn l'Ofliiife^ou;,
Ky nous loîioos 4
«deCattnaya. ,
tatefloc
des Indes. Liure I. 27
cft aufîî référé au Paralipomenon % que cefte mefme flotte fut dreflee pour aller à Tharfis. D'où l'on peut facilement iuger qu'en ces liures fufdits, quand l'Efcriture parle de Tharïîs, ôc Ophir, elle entend vne mefme chofe. Quel- qu'vn mepourroit demander fur cecy, quelle région ou Prouince eftoit cet Ophir, oùalloit de Salomon , auec les mariniers de Hyram Roy deTyr& deSidon, pour rapporter de l'or , ôc où prétendant aller la flotte du Roy îofaphat, Re périt, &fift naufrage en Afiongaber, comme \m& [l rapporte l'Efcriture. En cecy ie dis que ie m'ac- corde fort volontairement à l'opinion de Iofe- phe en fes liures des Antiquitez, où il dit que c'eft vne Prouince del'Inde Orientale ~ laquelle fut fondée par cet Ophir fils de lecW, duquel ileftfaitmentionauGenefedixiefme, &eftoic Gene[,iol celle Prouince abondante d'or tres-fin. De là eft venu que l'on célèbre tant l'or d'Ophir, ou dé- plias, ou félon qu'aucuns veulent dire que ce mot d'Obrife vaut autant comme qui diroic l'Ophirife; pource qu'y voyant fept fortes ôc ef- pecesd'or ( commereferefainéfcHierofme) ce- luy d'Ophir eftoit tenu pour le plus fin, comme îcy nous louons &e(timons lor de Valdiuia, ou deCaranaya. La principale raifon qui me fait croire qu'Ophireft en l'Inde Orientale, ôc non en cefte Occidentale, eft, pource que la flotte de Salomon ne pouuoit venir icv fans pafler toute l'Inde Orientale , toute la Chi- ne, & autre grande efpace de mer, n'eftantpas vray-femblable qu'ils eufîent trauerfé tout ie monde, pour venir icy chercher de l'or, princi-
D iij
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Hiftoire naturelle
paiement éftantcefte terre de telle façon , que fon n'en peut auoïr eu cognoiffance par aucun - voyage déterre, & montrerons après que les anciens n'auoient cognoiffance deiatt de naui- ccr dont nousvfonsaujourd'huy, fans lequel fis n'euffentpeu f engouffrer, & auancer fi auanç dans la mer. Finalement en ces chofes quand il n'apparoit indices certains, mais feulement con-
ieautes légères, l'on n'eft obligé d'en croire da- vantage quecequ'ilenfembleà vnctiacun.
~^J^ifiJn lafaintfe Efiritnre, tharjis, & Ophir. Chapitre XIV.
I les opinions & coniedures d'v chacun doutent eftre receiies, tiens quantàmoy, qu'en la fam été Efcriture ces mots deTharii^ , Se Ophir le plus fouuent ne figm- 1 fient aucun lieu déterminé, mais que c-eftvn mot & fignification générale aux Hebrieux,| comme en noftre vulgaire ce mot des Indes | nous eft général en noftre vfage & façon de parler: car nous entendons par les Indes, des terres fort riches , efloignees , &eftrangesdes rioftres. Ainfi nous autres Efpagnols indiffé- remment appelions Indes, le Peru, le Mexique, laChine, Malaque, & le Brefil; & de quelcon- ques parties de celles-cy que viennent lettres, nous difons que ce font lettres des Indes, eftans néanmoins iefdites terres & Royaumes de
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m
des Jndes. Liure L 28
grande diftance & diuerfité entr'elles , iaçoic auffi qu'on nepuifFe nier que le nom des Indes
aqueki f entend proprement de l'Inde Orientale. Et pource qu'anciennement Ton parloit de ces In- descomme d'vne terre fort efloignee, delàefl:
uiauantlvenu qu'à la defcouuerte de ces autres terres ndil aufîi bien eiloignees, a-t'on donne le nom des iconllndes , pour eftre diftantes des autres, & te-
. ircàJnuës comme. le bout du monde. Et demefme 1 chacun. I%on il me femble que Tharfis enlafaincteEf- _Jcriture *e plusfouuent r;efîgnî% ny lieu, ny 1 partie déterminée , mais feulement des régions fort efloignees, ôc félon l'opinion du peuple, fort riches, & fort eftranges: car ce que Iofephe & quelques-vns veulent dire que Tharfis efl Tarfo , félon l'intention de rEicriture , il me temble auec bonne raifonauoir eftéreprouué |parfaindHierofme, non feulement dautât que Himn.U :es deux vocables f'efcriuent par diuerfes 1er- Marcel, h :res ,,.1'vn auec vne afpiration , Se l'autre fans af- h tomo- ^ration , mais aufîï pource que l'on efcrit beau- :oup de chofes de Tharfis , qui ne peuuent pas Menconuenir, nyfe rapporter à Tarfo Cite de - '
Cilicie. Il eït bien vray qu'en quelques endroits le i'Efcriture il eft/ dit que Tharfis eft en Ciii- :ie.Ce qui fe trouue au liure de Iudïth, quand il
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meftures d'v itc receues, 1
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i5(jue c'eftv aux Hebrieu mot des Ind
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&:eftranges(i( Ht parle d'Holofernes, duquel il eft dit qu'ayant ,. , ]
voisin-* ??ffcles limites d'Aflyrie , il paruint iufques *
^leMexiqui ^x grands monts d'Ange ( qui par aduenture
>: de quelcoi sft Taurus: ) lcfquels monts font à la feneftre de
Hifioire naturelle
paiement êftant cette terre de telle façon , que f on n'en peut auoir eu cognoiflance par aucun voyage déterre, & monterons après que les anciens n'auoient cognoiffance de! arr de naui- ccr dont nousvfonsaujourd'huy, fans lequel fis n'euffent peu f engouffrer, & auancer fi auan dans la mer. Finalement en ces chofes quand il n'appatoit indices certains.mais feulement con- iedures légères, l'on n'eft oblige d'en croire da- uantage que ce qu'il en femble à v n chacun. •
' ^ej&tfTenûfaintte Efcrifnre, Tharjis, é1 Ophir. Chahirb XIV.
I les opinions &conieaures d'vi chacun doiuent eftre receues, 1 tiens quantàmoy, qu'en la Tain éteEfcriture ces mots deTharli
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& Ophir le pins fouuent ne figni pa.oaui
nrend proprcmc iBiccqu'aacicnnc
;comme to1 Tenu qu'a la dci:ï
nies, pointa nues connu; icboL àconiline/êinblc ç
eirarelt pWooii «rue déterminée, orteHoigcecs, & fenriches, &fort c: :quelqaesvns \ c 'é, félon l'intcr mokam bonne
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fient aucun lieu déterminé, mais que celtv „ot & fignification générale aux Hebrieu: ««,„. comme en noftre vulgaire ce mor des Ind Hftld bu nous eft gênerai en noftre vfage & façon c MmU, parler: car nous entendons par les Indes, d. terres fort riches , efloignees & cftrangesd rioftres. Ainfi nous autres Efpagnols inditti remment appelions Indes, le Peru, le Mexiqul laChine, Malaque.&leBrefiH &de quelco» ques parties de celles-cy que viennent lettre, nous difons que ce font lettres des Indes, eftaJ néanmoins iefdites terres & Royaumes
*feslim:tes d'A *çwds monts c
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28
, iaçoit
desjndes. Liure I.
grande diftance & diuerfité entr'elles , auflî qu'on nepuuTe nier que le nom des Indes f entend proprement de l'Inde Orientale. Fc pource qu'anciennement Ton parloir de ces In- des comme d'vne terre fort efloignee, delàcft venu qu'à la defcouuerte de ces autres terres aufîi bien efloignees , a- t'on donné le nom des Indes , pour eftre diftantes des autres, & te- nues comme. le bout du monde. Et demefme façon il me femble que Tharfis en la faincte £f- criture le plusfouuent nefignin^ ny lieu, ny partie déterminée , mais feulement des régions tort eiloignees, & félon l'opinion du peuple, fort riches, & fort effranges: car ce que ïofephe & quelques- vns veulent dire que Tharfis eft Tarfo , félon l'intention de TEicriture , il me femble auec bonne raifonauoir eftéreprouué par fainct Hierofme , non feulement dautât que HUron.ai ces deux vocables f'efcriuent par diuerfes let- Marcel, m très , iVn auec vne afpiration , & l'autre fans af- h piration , mais auflï pource que Ton efcrit beau- coup de chofes de Tharfis, quinepeuuentpas bienconuenir, ny fe rapporter à Tarfo Crtë de Cilicie. Il èft bien vray qu'en quelques endroits del'Efcriture il eft dit que Tharfis eft en Cili- cie.Ce qui fe trouue au liure de Iudïth, quand il eft parlé d'Holofernes, duquel il eft dit qu'ayant pane les limites d'Aflyrie , il paruint iufques aux grands monts d'Ange (qui par aduenture eft Taurus: ) lcfquels monts font à la feneftre de Cilicie, & qu'il entra en tous les chafteaux, où ?{'*■&:£ ilaiïèmbla toutes fes forces, ayant deftruitcel- " le tant renommée Cité de Melothi, defpoiulla^
D iiij
,tomo,
Itiâith,
ca.ij
LJA.
^h&L in I. Joan.
iSirtafmon. ib'tà. & i» ^yflphabeto - i/fpparaw.
$Iieron>. ai MaictU.
Hiftoire naturelle Bc ruina tous les fils de Tharfis 6^'lfraël, qui eftoient ioignant le defert , & ceux qui eftoienc auMidy, vers laterredeCellon, ôcdelàpalTa l'Euphrates : mais comme i'ay dit, ce qui eft ain- fi efcrit de Tharfîs -, ne fe peut accommoder à la Cité de Tarfo. Theodoret & autres, fuiuans l'interprétation des Septante, en quelques en- droits mettent Tharfis en Afrique, vouians dire quec'eftoit la ville mefme, qui anciennement f'appelloit Carthage, & aujourd'huy Royaume de Thunes; & difent que c'eftoit là où Ionas youloit aller, quand l'Efcriture rapporte qu il fenfuyoit du Seigneur en Tharfîs. Autres veu- lent dire, que Tharfîs eft vne certaine région des Indes , comme il femble que fain£t Hierof- me T'y veuille incliner. le ne veux pas à prcfent débattre ces opinions: mais ieveux bien dire que l'Efcriture fur celle matière nefignifîepas toufiours vne région , ou partie du monde cer- taine, & déterminée. Il eft certain que les Ma- ees ou Rois qui vindrent adorer Iefus-Chrilt, eftoient d'Orient , & auffi dit l'Efcriture , qu ils eftoient de Saba, Epha, & Madiam. Et quelques hommes do&es font d'opinion qu'ils eftoienc d'Ethiopie, d'Arabie, & de perfe-,&: neantmoins le Pfalmifte & TEglife chante d'eux : Les tys de Tharfis apporteront des frefens. Nousnous accordons donc auec S. Hierofme, que Tharfis eft vn mot qui a plufîeurs & diuerfes fignifications en 1 El- çriture, & que quelques fois il fignifie la pierre Chryfolithe s ou Iacinthe j tantoft quelque cer- taine région des Indes, tantoft la mer mefme, qui eft de couleur de Iacinthe à la reuerberatioç
-
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qui ient , & de là padi , ce qui cft ain-
lutrts » fuiuans mi quelques en-
c, voulais dire anciennemenc 2-jvRovaumc :: ii olî Jonas rapporte qu'il s. Auttesveu- :rtaine région fajnd Hierof- c pas à pre/ent rcsx bien dire ne^niâepaj dumondecer- îinquelttMa* rrlclDS-Chrift, tarare, qu'ils a, Et quelques qu'ils eitoient & neanrmoins
:ux: I«^ ions accordons, iriiseflvnmoî étions en 1E»J igmfielapierrt Iquelquecer- lirner
desjndes. Liure I. 2.9
in SoîeiJ. Mais auee raifon le mefme faind Do- reur nie que Tharils foit région des Indes où vouloir fuyr Ionas, puis que partant de Ioppé,iI luy eftoit impofïjble de nauiger iufques es In- des par icelle mer. Pource que loppé ( qu'au- iourd'huy nous appelions lafFe) n'eft pas vn port de la mer rouge , laquelle eft iointe auec la xer Indique Orientale, mais de la mer Médi- terranée, quin'a point d'ifïuè par lamer Indi- que. D'où il appert clairement, que la nauiga- :ion que faifoit la flotte de Salomon , partant de ^îiongaber (ou fe perdirent iesnauiresdu Roy .ofaphat) alloit par la mer rougeàTharfisôc 3phir5ce qui eft expreflement attefté en ÏECcn. ure. Et aeftécefte nauigation fort différente le celle que pretendoit faire Ionas à Tharfîs, ■uifque Afiongaber eft le port dvne Cité d'I- umee, ailîfe fur le deftroit , où la mer rouge fe 3int auec le grand Occean. Deceft Ophirïon pportoit à Salomon de For, de l'argent, du iorphiesdes monnes , 6c coqs d'Inde , Se eftoit àir voyage de trois ans , toutes lefquelks cho- -sfansdoubtedoiuenteftre entendues delln- e Orientale , qui eft féconde & abondante en 3utce que deifus,ain(i que Pline Fenfeigne, &: ue nous en auonsà prefent certaine cognoif- ince.De noftre Peru certainement ils n enflent eu apporter du morphie , d'autant que les elè- hans y font du tout ineogneus : mais il euifent ien peu apporter de l'or, de l'argent , & de fort laifantes &: gentilles monines. Finalement il lefembîequel'Efcriture faincte entend com
juerberariowunem enc par ce mot de Tharfis , ou la grande
Joan.
tSirtafmon. jbid. & in ^yflphabeto ^pparatm.
gjleron. ad JtÏ4-(ctll.
Hiftoire naturelle Se ruina tous les fils de Tharfis & d'ifraël, qui eftoient ioignant le defert , & ceux qui eftoienc auMidy, vers laterredeCellon, &delàpatfa T Euphrates : mais comme i'ay dit, ce qui eft ain- fi eferit de Tharfis , ne fe peut accommoder à la Cite de Tarfo. Jheodoret & autres, fuiuans l'interprétation des Septante, en quelques en- droits mettent Tharfis en Afrique, vouians dire quec'eftoit la ville mefme, qui anciennement fappelloitCarthage, & aujourd'huy Royaume de Thunes; & difent que c'eftoit là où Ionaî vouloit aller, quand I'Efcriture rapporte qui f'enfuyoit du Seigneur en Tharfis. Autres veu lent dire, que Tharfis eft vne certaine regior des Indes , comme il femble que fainâ Hierof me f'y veuille incliner, le ne veux pas à prefen débattre ces opinions: mais ieveux biendir que I'Efcriture fur cefte matière nefignifiepa toufiours vne région , ou partie du monde cer taine, & déterminée. Il eft certain que les Ma ges ou Rois qui vindrent adorer Iefus-Chrift eftoient d'Orient , & auffi dit I'Efcriture , qu il eftoient de Saba, Epha, & Madiam. Et quelque hommes dottes font d'opinion qu'ils eftoier| d'Ethiopie, d'Arabie, & de Perfe-,& neantmoir le Pfalmifte & l'Egiife chante d'eux : Les tys 1 Tharfis apporteront des prefens. Nousnous accordor donc auec S. Hierofme, que Tharfis eft vn me qui a plufieurs & diuerfes fignifications en 1 E çriture, & que quelques fois ilfignifielapieri Chryfolithe , ou Iacinthe -, tantoft quelque ce* çaine région des Indes, tantoft lamermelrn qui eft de couleur de Iacinthe à la reuerberauoj
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desjnâes. Liure I. 2.9
du Soleil. Mais auec raifon le mefme faind Do- deur nie que Tharfis foit région des Indes où vouloir fuyr lonas, puis que partant de Ioppé,il iuy eftoit impoffible de nauiger iufques es In- des par icelle mer. Pource que loppé ( qu'au- iourd'hny nous appelions lafFe ) n'eft pas vn port de la mer rouge, laquelle eft jointe auec la mer Indique Orientale, mais de la mer Médi- terranée, qui n'a point d'ifFué par la mer Indi- que. D'où il appert clairement, que la nauiga- îion que faifoic la flotte de Salomon , partant de Aiîongaber (où fe perdirent lesnauiresdu Roy Iofaphat) alloit par la mer rouge à Tharfis Ôc Ophir5ce qui eft expreiTémentatteitç en l'Efcri. ture. Et aeftécefte nauigation fort différente de celle que pretendoit faire lonas à Tharfis, puifque Afiongaber eft leport dvne CitédT- dumee, afîife fur le deftroit , où la mer rouge fe ioint auec le grand Occean. Qeceft Ophirïon' apportoit à Salomon de l'or, de l'argent, du morphie}des monnes , ôc coqs d'Inde , ôc eftoit leur voyage de trois ans , toutes lefquelks cho- ies fans doubtedoiuenteftre entendues de l'In- de Orientale , qui eft féconde ôc abondante en tour ce que deiïus,ainfi que Pline l'en feigne, ôc que nous en auonsà prefent certaine cognoif- fance.De noftre Peru certainement ils n enflent peu apporter du m orphie , d'autant que les elè - phansyfontdutoutineogneus: maisileuflene bien peu apporter de l'or, de l'argent , ôc de fort plaifantes & gentilles monines. Finalement il rnefembîequeJ'Efcriture faincte entend corn- nîunem ent par ce mot de Tharfis , ou la grande
ffiftoire naturelle mer: ou des régions fort cfloignccs & eftran^ cres. Parainfiil fuppofe que les Prophéties qui parlent de Tharfis(puifque l'efprit de prophétie peut tout feauoir) fe peuuentbien fouuentac- commoder aux chofes denoftrenouueaumode.J
Dek Prophétie d'Abdias , me quelques -vm interprètent efire des Indes .
Chapitre XV.
Lu ficurs difent & afferment qu e
laïam&e Efcritureila efté prédit
bien long reps dejiant que ce nou^-
ueau monde deuoit eftre couertyj
9 àlESVS-CHRisTpatlanatiÔEfpHj
Jin^Com. enolle & à ce propos mettét en auant & explij
f^ML in |uende tcxtc Je la Prophétie d'Abdias, qui difl
Wiïtm ainfi: ^ î- mm/^*» * cefl exemtedes enfans à M
# M uelptfedera «Les les chofes des Cananéens tvfreseuà
S*4tei&'Utr*nfmmàtu>u de merufiltm , f>"fi*»\
BofphorejofZedeu les Ote^duMidj 3€T monterot les M
uiursJmontdeSmpmiugerUmontdyfA^ÇeuM
Rnéumepiurk Semeur. Cecy a elle mis ainii en
Mm V-j ircrfuiuantlaiettre.Maislesautheursqu(J
ff.^Tj i'entensen rHebriculifcnr ainfi: E^^wj^gr*.
V».. /«.» m» ieceflexemte des enfrm à'ijuel (qui font les) Ci-,
**M«- nt»eh i«/a»f^Z^U(quieft France) cr « "«/««-
**»» de SieruUK^ 'fi <» saphuud (entedez pour
E^sn^ojfâc^fmrhenUgeUsOte^Mdy,^
montmnt ceux <pi jument Ufdumm m ment desm
fftm. Toutesfois aucuns d'eux n allèguent luttiJ
Prophéties :tdeprophetic
wfonnentac. louacaumôde,
es,
rcrmcnr qu ci lia efté piedi
intqacccnoï i cftre côucn : la nario £fpa
atiant&expli
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rite mis ainfî Icsauthaucs
nuifontlesjC
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naamw* naUcgucnt
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desjndes. Liure. I. 30
ant tefmoignage des anciens , nyraifonper- inente,pourmôftrer que Sapharad5que S.Hie- ofme ; interprète le Bo-fphore ou deftroit, Se les eptante Interpretes,i'Euphrate, doiue fignifîer 'Efpagne, que leur feule opinion. Les autres .lleguentleParaphrafe Chaldaïque, quieflde :efte opinion, Se mefme les anciens Rabis qui 'expliquant de celle façon , comme auffi ils ex- )îiquent Zarphat eure France ( que noftre vul- gaire & les Septante difent eftie Sarepte. ) Ec aiifant cette difpute, qui appartient aux gens >ius de loifîr , quelle neceflné y a-il de croire pie les Citez de l'Auftre , ou de Mageb(ainfî juefcriuentles Septante) foient les gens de ce louueau mondeîDauantage^quel befoing eft-il le croire, & de prendre la nation Efpagnolie >our la tranfmigration de.Hierufalem en Sa- >harad , (icen'eftqué nous vueillons prendre -lierufalem fpiritueliement , &,quepouricelie tous entendions l'Eglife ? De forte que par la ranfmigration de Hierufalem en Sapharad ., le indfc Efprit nous demôftre les enfans de la fain- -te Eglile, qui habitent aux fins de la terre , Se ux nuages* pource cda en langue Syriaque e(l ~ Sapnarad,& fe rapporte bien à noftre ïfpa - e, qui félon les anciens, efl la fin Se le bout de terre, eftant prefque toute enuironneéde amer. Or parles Citez d'Auftre, on.de Sud, on peut entendre ces Indes:attendu que la plus grande part de ce nouueau monde eftaflife au , & la meilleure partie duquel regarde le ?ole Antar&ique.Ce qui s'enfuit eft facile zin-
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f/tfloire naturelle mer; ou des régions fort efloignees & eftran- cres. Wainfiilfuppofe que les Prophéties qui parlent de Tharfis(Puirque l'efprit de prophétie
peut tout fçauoir) fc peuuentbien fouucnt ac- commoder aux chofes de noftre nouueau mode.l
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Chapitre XV. |f
Lufieurs difent & afferment qu'efctfiii , f lalain&e Efcritureila eftépredifckstaû:; bien long reps deuant que ce noi| ytenlesS: ueau monde deuoit eftre cÔuert» mm&ï ^àlESVS-CHRisTparlanatiôEfpa IniR.adepi ^M,C0m. «nolle, & à cepropos mettét en auant & expl /Sfe**f . in * lc texte Je k prophetie d'Abdias .qui d jk
^Jf ' J r4f/ pi^rt mtesUschofes des cbananeens .ufins < Monta
S*repte9er'Utr*nfmgàtoukHMfib*> f'/A< * ^««ô 3ofphoreyvo(iedcrdesOteXduMUy^rnonurotles^ ] Màm
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xm^pfiirie rç«p^ Cecy a efte mis ainii < ******* V- f fu.uant ulcltrc- Mais lesautheurs q
jESt i'entensen l'Hebrieulifent aipfi: f**fa ***** mnehiufqmsk Z^W(qui eft France) CT « M? -
Rfp*gne)P#^^ Jntmntceux^m^rocnrentl^dmtm^montdeSi ,
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desjndes. Liure. I. 30
fant tefmoignage des anciens , nyraifonper- tinentejpourmôftrerqueSapharadjqueS.Hie- rofme interprète le Bofphore ou deflroit, Ôc les feptante Interpretes,i'Euphrate, doiue fignîfier rÉfpagne, que leur feule opinion. Les autres allèguent le Paraphrafe Chaldaïque, quieftde cède opinion , ôc mefme les anciens Rabis qui l'expliquent de celle façon , comme aufii ils ex- pliquent Zarphat efr,re France ( que noftre vul- gaire & les Septante difent eîhe Sarepte. ) Ec laiifant cefte difpute, qui appartient aux gens plus de loifir , quelle necefficé y a-il de croire que les Citez de l'Auftre , ou de Mageb(ainii qu'efcriuentles Septante) foient les gens de ce nouueau monde?Dauantage5quel befoing eft-ii de croire, & de prendre la nation Efpagnolle pour la tranfmigration deJHierufalem en Sa- pharad , fi ce n'eft que nous vueillons prendre Hierufalemfpirituellement , &,quepouricelle nous entendions l'Eglife ? De forte que par la tranfmigration de HierufalemenSapharad , le fainéfc Efprit nous demôftre les enfans de la fain- cte Eglile , qui habitent aux fins de la terre , ÔC aux riuageSj pource cela en langue Syriaque eîl dict Sapharad,& fe rapporte bien à noftre Efpa - gne, qui félon les anciens, efl la fin ôc le bout de la terre, eftant prefque toute enuironneéde lamer. Or parles Citez d'Auftre, ou, de Sud, l'on peut entendre ces Indes:attendu que la plus grande part de ce nouueau monde eftaffife au -Midy, ôc la meilleure partie duquel regarde le Pôle Antar6tique.Ce qui s'enfuit eft facile à in-
H'iftoire naturelle
feront au mont de Ston four iuger le mont <£Efau : parc qu'on peut dire que ceux-là fe retirent à la do àrine, & au fort de la S. Eglife qui prétendent rompre & diffiper les erreurs profanes des gen tils , car cela peut eftre interprété iuger le mon d'Efau.D'oùils'enfuitbien, qu'alors le Royau me ne fera pour les Efpagnols , ny pourceu: d'Europe , mais pour Iesvs -Christ noftre Sau-, ueur. Quiconque voudra expliquer de cefte fa-! j| çon la Prophétie d' Abdiasme doit eftre reprins, | puis qu'il eft certain que le faindb Efprit a fceu J| &cogneu tous les fecrets long temps aupara- uant. Etfemble qu'il y a grande apparence de croire qu'il eft faicl: mention en la fain&eEf- j criture d'vne affaire de telle importance 5 corn-, j meefUa defcouuerture des Indes & nouueau (1 monde > & conuerfion d'iceluy en la foy. l^YM mefmes dit ces termes. <Ah les ailles des navires qui I vont de l'autre fart d'Ethiopie. Plufieurs autheurt jj tresdo&es déclarent que tout ce chapitre eftji entendu des Indes , & lemefme Prophète erij d'autre endroit dit: Que ceux qui efchaperontd IJraet, jj iront fort lomg a Tbarfis,0> en des jjles fort eflongnees , ot* j ils conuertiront au Seigneur flufieurs o> diuerfes nations, J Entre lefquelies il nomme la Grèce , 1 Italie &C \ l'Afrique, & beaucoup d'autres. Ce qui fans doute fe peut bien rapporter à la conuerfion de ces nations des Indes. Car eftant chofe afleuree #iatthM. que l'Euangile doibt eftre prefchee par tout! l'vniuers, ainfiqueleSauueurnous la promis*. & qu'alors viendra la fin du monde , il s'enfuit, ! &ainfi le doibt-on entendre, qu'en toute le-, {tendue du monde il y a beaucoup^ nauons*
Ifay.iZ.ittx- t*7Q.f nter.
Jfayét 66.
I
wtajtàia :quipretcndçai ofanesdcsgen. ttiogeciemoq
'ilorsleRo*
îdSTnoftreSau
Querdeceftefo mcfacre dEfprirafceï temps auparar : apparence t nlafaincM or tance, corn « & nouueai cnlafoy. % iwiifîtWHirfiji îûcurs autho Ltcc chapifrec me Prophète
ece.l'Italii
es, Cep i conuerfion r chofe afTc rfebee par ions 1 af«« ndc, ils'cnfij quentouteJ oUpdena«(H»
des Indes. Liure I. 31
jtii î es v s-C h r 1 sTn'a eflé annoncé. Partant îous debuons de là recueillir, qu'il eft demeuré ;rande partie du monde incogneuë aux anciens* k qu'auiourd'huy il y eh a encore vne bonne >artie à defcouurir. ;
■m îe les
es
Par quel moyen ont peu arriuer aux Indes les
premiers hommes >& quilri y font arriuez,
degré ï & félon leur intention.
Chapitre XVI.
Aintenant il eft temps derefpôdre à ceux qui difent qu'ilnya point d'Antipodes, & que cefte région où nous viuons,ne peut eftre habi- tée. L'immenfe grandeur de l'Oc- éan efpouuenta tellerruet faine* Auguftin, qu'il îe pouuoit penfer comment Je lignage hu- nain euft peu paiïer à ceftuy noftre nouueau nonde. Mais puis que d'vne part nous fçauons certain que pafïèz font plusieurs ans, qu'il y a s hommes habitans en ces parties c,y, & dW- rc part ne pouuôs nier ce que la faindteEfcritu-. -nousenfeigne clairement, que tous les hu- "is font procédez dvn premier homme, que doute ferons contraints de croire ôc con- que les hommes feront paflez icy de l'Eu- ope, deTAfie) oudel' Afrique : toutesfoisce >endant il nous faut rechercher & difeourir par pel chemin ils y ont peu venir. Il neft pas
nain
curer 1 nains
"ans oui elïer
Hifloire naturelle
feront au mont de Ston pour iuger le mont JÏEfau: parce qu'on peut dire que ceux-là fe retirent à la do- mine , & au fort de la S. Eglife qui prétendent rompre & diffiper les erreurs profanes des gen- tils , car cela peut eftre interprété iuger le moni d'Efau. D'où il s'enfuit bien, qu'alors le Royau- me ne fera pour les Efpagnols , ny pour cem d'Europe , mais pour Iesvs -Christ noftre Sau- ueur. Quiconque voudra expliquer de cefte fa çon la Prophétie d' Abdias,ne doit eftre reprins puis qu'il eft certain que le faind Efprit a fcei &cogneu tous les fecrets long temps aupara uanr. Etfemble qu'il y a grande apparence d croire qu'il eft faid mention en la fain&eEt criture d'vne affaire de telle importance , corn me eft la defcouuerture des Indes & nouuea monde s & conuerfion d'iceluy en la foy. Ifay * mefmes dit ces termes, <Ah les ailles des natures qtr vont de l'autre fart d'Ethiopie. Plufieurs autheuij tres-do&es déclarent que tout ce chapitre e| entendu âcs Indes , & lemefme Prophète e| d'autre endroit dit: Que ceux qui efchaperontd ljrae* iront fort lotng k Tbarfaty en des ijles fort eflongnees , t ils convertiront au Seigneur plufieurs CT diuerfes nation Entre lefquelles il nomme la Grèce , 1 Italie, • l'Afrique, & beaucoup d'autres. Ce qui fa doute fe peut bien rapporter à la conuerfion c ces nations des Indes. Car eftant chofe aucun #ianhM- que I'Euangile doibt eftre prefehee par toi Tvniuers, ainfiqueleSauueurnous lapromi & qu'alors viendra la fin du monde , il s enfui &ainfi le doibt-on entendre, qu'en toute 1 ftenduc du monde il y a beaucoup4e nation;
Uio.fnter.
ffdya 6é.
iiisdcbuonsdcll partie du me ^quauioutd'hay
Chaf
««ferons i
f*ÉlODjfoi
des Indes. Liure I. 31
i qui ï E s v s-C h r i STn'a efté annoncé. Partant nous debuons de là recueillir, qu'il eft demeuré grande partie du monde incogneuë aux anciens* ôc qu'auiourd'huy il y en a encore vne bonne partie à defcouurir.
Par quel moyen ont peu arriuer aux Indes les
premiers homme s, & qtiilri y font arriuez*
degré, & félon leur intention.
Chapitre XVI.
Aintenant il eft temps derefpôdre à ceux qui difent qu'il n'y a point d'Antipodes, & que cefte région où nous viuons,ne peut eftre habi- tée. L'immenfe grandeur de l'Oc- cean efpouuenta tellemit faind Auguilin, qu'il ne.pouuoit penfer comment le lignage hu- main euft peu paffer à ceftuy noftre nouueau monde. Mais puis que d'vne part nous fçauons de certain que pafïèz font plusieurs ans, qu'il y a des hommes habitans en ces parties cy, 8c d'au- tre part ne pouuôs nier ce que la fain&eEfcritu- res nous enfeigne clairement, que tous les hu- mains font procédez d'vn premier homme, que fans doute ferons contraints de croire 8c con- feffer que les hommes feront partez icy de l'Eu- rope, dcl'Aficj ou de l'Afrique : toutesfoisce pendant il nous faut rechercher & difeourir par guel chemin ils y ont peu venir. Il n'eft pas
' . Zfiftoire naturelle
vray-femblable qu'il y ait eu vne autre arche de; Noé,en laquelle les hommes puiflent eftre arn- uez aux Indes, '& moins encore que l'Ange aie tranfporté les premiers hommes de ce nouueau monde^attachez & ïufpenduspar les cheueux, comme il fit le Prophète Habacuc , car nous ne traittons-pas de la toute- puiiTance de Djeu,mais feulement de ce qui eu: conforme à la raifonôc à Tordre -&difpofuion des chofes humaines. Ceftpourquoy ces deux chofes doiuent eftre tenues pour admirables ,& dignes de merûeil- le , voire d'eftre comptées entre les fecrets de Dieu. L vne que le genre humain ayt peu pafler vne il grande trauerfe de mer 5 & de terre. L'au- tre qu'y avant icy fi grand nombre de peuple, ils ayent efté neantmoins incogneus^ par tant de fiecles. Pour celle caufe ie demande par quelle délibération, force &induftrie , le li- gnage des Indiens a peu pafler vne fi large mer, Se qiripouuoit eftre l'inuenteur d'vn palTage fi eftiange. Véritablement ie l'ay piufieurs fois recherché & ruminéà moy-mefme, (comme piufieurs aurres ont fait, ) &iamais n'ay peu "■ trouuerchofequime peuft fatis faire. Toutes- fois l'en veux bien dire ce que l'en ay conceu,&: qui me vient à prefent en la fantafie , puis que les tefmoins me manquent lefquels ie puine fuiure, & melaifier aller parle fil de la raifon, (quoy qu'il foit fort délié) iufques à ce qu'il fe difparoifle.du tout de deuant mes yeux. C'eft vne choCe certaine que les premiers hommes font venus en la terre du Perupar l'vnedeces deux manières, fermoir ou par terre, ou par
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:;k,(coBlffl umais n'ay pet isfaire. Toutes :nay conceu,8
cfciuels ic poiffi
; El delà A .ues àcequ'il^ Lmes yeux -emiers hommes inarl'vnedea ar ccrre,oupai
Jes Indes. Liure. I. 3^
mer. Que s'ils font venus par la mer, c'à'eftc ou fortuitement & par hazard , ou de gré ôc propos délibéré. I'entens par hazard ,efians iet- tez par quelque orage & force de tourmente, comme il aduient en temps rude , ôc tempe- ftueux. I'entens aufîî de propos dehbcïé qu'ils euiTent dreifé leur nauigation,pour chercher &C defcouutirde nouuelles terres- Outre ces deux manières , ie trouue qu'il n'eft point poîfib le d'en trouuer d'autres , fi nous voulons fuiure le cours des chofes humaines, & ne nous arrefler à fabriquer des fixions Poétiques &fabuieu- Ces. Car il ne faut pas que quelqu'vnfe perfua- dede trouuer vn autre aigle, comme celle de Ganimede , ou quelque cheual volant , comme celuy de Perfeus, qu'il maintienne auoir ap. porté les premiers Indiens par l'air , ny que par aduetiture ces premiers hommes fe foient fer- ais de pouTons, comme Serenes, ou Nicolas, pour les auoir pafTéslà. Mais delaiffam arrière zes propos de menfonge,& dignes de rifee3exa- minôs vn peu chacune de ce deux manières mi- fes en auant,attendu que celle dispute fera niai- fante ôcvtile. Premièrement ilmcfemble que ce neferoitpas chofetrop eilojgnee de raifen de dire , que les premiers ôc anciens peuples de ces Indes font venus^ntdefcouuerr, & peuplé parla mefme façon que nous autres à prefent y venons iournellement, à fçauoir par Tare de Ce! "au^er' &layde<fcs pilotes , lefqueis fecon- duifentparla hauteur & cognoilTance duCieî, &auec Tinduitrie qu'ils ont de changer & ma- niertes voiles, félon le temps qui fe prefence.
Zfiftoire naturelle
vray-femblable qu'il y ait eu vne autre arche de
Noé,en laquelle les hommes puiffent cftre arn-
uez aux Indes , & moins encore que l'Ange au
tranfporté les premiers hommes de ce nouueat
mohde^attachcz & fufpendus par les cheueux.
comme il fit le Prophète Habacuc , car nous n<
traittans-pas de la toute- puifTance de Dieu,mai
feulement de ce qui eft conforme à la raifon &
à l'ordre Se difpofuion des chofes humaines
Ceftpourquoy ces deux chofes doiuent eftr-
tenues pour admirables ,& dignes de merueil
le , voire d'eftre "comptées entre les fecrets d
Dieu. L vne que le genre humain ayt peu paffe
vne fi grande trauerfe de mer , ôc de terre. L au
tre qu'y avant icy fi grand nombre de peuple
ils ayent efte neantmoins incogneus^ par tan
de ficelés.- Pour cette caufe ie demande p2
quelle délibération, force Se induïtrie , le li
gnage des Indiens a peu paiTer vne fi large mei
êcquipouuoit ettre l'inuenteur d'vn partage
eftrange. Véritablement ie l'ay plufieurs fo
recherché & rumincà moy-mefmc, (comir
plufieurs autres ont fait, ) &iamais nay pe
"■ trouuerchofequime peuft fatis faire. Toute:
fois l'en veux bkn dire ce que l'en ay conceu^
qui me vient à prefent en la fantafie , puis qu
les tefmoins ine manquent lefquels ie puif
J-la raifoi
fuiure, & melailîer aller parle fil de (quoy qu'il foit fort délié) iufemes à ce qu'il! difparoilTe.du tout de deuant mes yeux. Ce vne chofe certaine que les premiers homm font venus en la rerre du Perupar l'vnedec deux manières, fçauoir ou par terre, ou p
ftoriuitemcnt a
roposdeliberc. I'c pat quelque or. Dmme il adment jeux, l'eotcns :u intdrfcleuiî fcouutirde oooo mudeies , ie cronc fen noBBcr d an cre coursdb chofes fa us fabriquer des iâ fo. Carilnefactp: itiîtioooervn:; bnimede, oaque! day dePcrfeus, c pics premiers! ' ntuitcespren lepofas, ce jvlsamkpl îproposdem^r. râôivnpcBcb;
Kc&vrile. PfM nefeioirpas cic
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-des Indes. Liure. I. 3^
mer. Que s'ils font venus par la mer, c'a efté ou fortuitement Ôc par hazard , ou de gré ôc propos délibéré. I'entens par hazard,eftans iec- tez par quelque orage & force de tourmente, comme il aduient en temps rude , ôc tempe- ftueux. Tentens auiîî de propos délibéré qu'ils euiTent dreilc leur nauigation,pour chercher ÔC defcouurirde nouuelles terres. Outre ces deux manières , ie trouue qu'il n'eft point poiîible d'en trouuer d'autres , h* nous voulons fuiure le cours des chofes humaines, & ne nous arrefler à fabriquer des fixions Poétiques &fabuleu- ùs. Car il ne faut pas que quelquvnfe perfua- dede trouuer vn autre aigle, comme celle de Ganimede , ou quelque cheual volant , comme celuy de Perfeus, qu'il maintienne auoir ap. porté les premiers Indiens par l'air , ny que par aduemure ces premiers hommes fe foientfer- uisdepouTons, comme Serenes, ou Nicolas, pour les auoir partes là. Mais delaiffant arrière ces propos de menfonge,& dignes de rifeesexa~ minôs vn peu chacune de ce deux manières mi- fes en auant,attendu que celte difpute fera plai- fante&vtile. Premièrement ilmcfemblc que ceneferoitpas chofetrop eilojgnee de raifen de dire , que ks premiers ôc anciens peuples de ces Indes font venu^omdefcouuerr, Ôc peuplé parla mefme façon que nous autres à prefenc y venons iournellement,à fçauoir par Tare de nauiger, Sdaydedes pilotes', lefquels fecoa- duifentparla hauteur &cognoiffàncc du Ciel, &auec rinduftrie qu'ils onc de changer '&■ ma- merles voiles, félonie temps qui fe prefence.
s.para.9.
Hifîoire naturelle
Pourquoy cela ne pourroit-il pas bien eftr faut-il croire que nous fculs hommes , & en ce ftuy noftte fieclc tant feulement , ayons corn priL& cogneu l'art de nauigerl Occeanî Nou» voyons que de ce temps mefme 1 on nau.ge , dtf irauerfeencor l'Occean pour defcouunr nouj miles terrc3,comme peu de temps y a qu Aluaro| Mendana &fes compagnôs o nt nau.ge eftan sfl partis du port Lima, & fu.uy la toute du PonenJ Lut deicouurir la terre qui gift àl'Eft, ou eft le Peru , & au bout de trois mois, defconunjl rentkslflcs qu'.ls appelletcnt , ^ JSaloJ won, oui font plufuurs& fort grandes. Etyj a grande apparence qu'elles gifent .o.gmn | nouuelle Guyuee : ou pour le moins quelles, font fort proches d'vne aurre terre ferme Et en-4 coreauiourd'huyparkcommandemetduRoy« & de fon Confeil, l'on délibère d'appreftervnj
nouuelle armée pour aller à ces Ifles. Puis don"
qu'il eft ainfi,Pourquoy ne d.tons nous pas qu
les anciens auffi bicnn'ayent peu auou le cou
rage.&refolutionde voyager par mer a me
me délibération de defcouurir la terre , qui
appellent AntiSthon , oppofite à la leur A qu
fclon le difcours de leur ph.lofophie deuoi
eftre auec deffein de ne s'arrêter u#« >> •!
vetie des terres qu'ils cherchoient > Certain^
ment il n'y a aucune répugnance ou contrarie |
te , que ce que nous voyons amourd huy artij
uer^oit amf. anciennement ""«é : attendu
roefme que la faincte Efcriture tefinojgne ^que,
Salomon print des maiftres pilotes de Tyr &
de Sidon , fort adroits & expérimente* à la|
P« tien cilra WTCs,&encc. iMyonscotn. Occcan* Nom
looDanigCjJ
KyKjùlDarj nauigé3eftani
til'Eft.oùefl 15, Jefcouuri' IibdsSalo.
des Indes. Liure. I. *•
icr , & que par leur induftrie / l'on Et cette na- igation de trois ans. A quel propos pefez vous I elle remarque l'art des mariniers , & Jeur :ience, enfemble leur nauigation fi longue de
!tbDiinmotf|01Slanni flnonPourn°us donnera entendre ue la flotte de Salomon nauigeoit le grand 'ccean ? Il y en a beaucoup qui font de celle pinion, auxquels il femble que fainft Auguftin ion peu de raifon de s'efpouuenter , & cfmer- ailler de la grandeur de rOcccannuifquJil pOU. m coniedrurer qu'il n'eftoit fi difficile à naui-
■ t , veu ce qui eft rapporté de la nauigation de Jomo.Maispourdirelaverité>Ô opinion eft
tic îoignantl
ncins
e ferme Et e& JetuétMo l'açptan ^ûes. Pais don
• --J r~ ■»'K'*»4AWriJ Vil,
j* autre, & ne me puis perfuader que ks pre- iers Indiensfoient arriuez en ce nouueau mÔ«r par vne nauigation ordonnée, & faite àpro- s. Mefme le ne veux pas accorder que les an- ns ayent cogneu l'art & indu/trie de nauiger lt r le : moyen duquel ks hommes auiourd'nuy
«r B«f«" î "" °f 'eane dc ïu5îîncpmic
à me
àialeur^1 ophie , deuo :r iufqîies à crû ; Certain . ou Contran lourd'buy an
IfllOC
; attend
rejoigne qi iores de Ty
-ce foir , i que conque autre qu'il leur pren - «M»'1 ?£* ^V.»I«*»nt auecvne incroyable
>1<A Sw 'T* attenlu1«ienet/ouue oute 1 antiquité aucun refte , ou tefmoigna- 1 vne chofe fi notable, & de fi grande impor- ce.Etne trouue qu'aux liuresdes anciensfoic e aucune mention de l'vfage de la pierre
rmant, nedel'Efguilleànauiger.voire, né y-ie point quils ea ayent cu aucune ^
nttance. Que fi lonoftelacognohTance de
guillea nauiger^'oncognoiftra facilement
■Jeitimpoffible quils ayent trauerfé l'eften-
du grand Occean, Ceux qui ont quelque
£ -
«Jà
Hifîoire naturelle
fourquoy cela ne pourtoit-il pas bien éftre
faut -il croire que nous feuls hommes , & en ce
ftuy noftre ficelé tant feulement , ayons corn
pnns& cogneu l'art de nauiger 1 Occeanî Non
ïoyons qu? de ce temps mefme 1 on naulge
tralerfe encor l'Occean pour defcouunr no
belles tetres,comme peu de temps y a qu Alua
Mendana & fes compagnes ont ««£*«" partis du port Lima, &fuiuy la touteduloner
Lut defcouurir la terre qu, g^f >ou lePeru, & au bout de trois mois defcouur
enrles'lfles qu'ils appellent , Ides de Sale mon, oui font plufiernscV fort grandes. Et
grande apparence qu'elles gifent .oignant „o uuelle Guynee : ou pour le moins q ell font fort proches d'vne aurre terre fam . Er e. coreauiourd'huyparlecommandemetd^
& de fon Confeil , l'on ^hbere d apptefttr v Luelleatmcepouralleracesines.Pu.do
qu'il eft ainfi,Pourquoy ne dirons nous p-s q lesanciens auflî bienn'ayent peu auo i icco rage , & refolution de voyager par mer a me ^délibération dedefcouurir la terre q«- appellent Antiftthon oppose à la leur ,& . q fePlon le difcours de leur pMofophus , de„< eftre auec deffein de ne s'arrêter lufooes iiP vetie des terres qu'ils cherchèrent i Cg» ment il n'y a aucune répugnance ou contrat te , que ce que nous voyons auiourd huy ar ue ?foit ainfi anciennement arme amn mefme que la fainfte Ecriture teûnoigncq . Salomon print des maiftres pilotes de Tyr q de Sidon ,P fort adroits & expérimentez^ *
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des Indes. Liure. I. 33
mer ,& que par leur induftrie , l'on Et cette na- uigation de trois ans. A quel propos pefez vous qu'elle remarque l'art des mariniers , & leur feience, enfe m ble leur nauigationfi longue de troisansj fînon pour nous donnera entendre que la flotte de Salomon nauigeoit le grand Occean ? Il y en a beaucoup qui font de celle opinion, aufqueJsil.femblequefain& Auguftin auoit peu de raifon de s'efpouuenter , & efmer- ueiller de la grandeur de rOcccan.puifq^il pou- uoit conietfurer qu'il n'eftok fi difficile à naui- |er , veu ce qui eft rapporte de la nauigation de Salomo.Mais pour dire la verité^mo opinion eft bien autre, & ne me puis perfuader que les pre- miers Indiensfoient arriuez en ce nouueau mÔ« de par vne nauigation ordonnée, & faite à pro- pos. Mefmciene veux pas accorder que les an* :iens ayent cogneu l'art & induftrie de naujger >ar le moyen duquel ks hommes auiourd W rauerfent la mer Occeane de quelque partie luecefoit, à quelconque autre qu'il leur pren- iTt W^ont a^^ne incroyable 'iftefTe&refolunon ■ a^^«queienetrouue ■n toute 1 antiquité* aucun refte, ou tefmoigna- p à vne chofe fi notable, ôedefi grande impor-
ance.Etnetrouuequ'auxliuresdesanciensfoit a te aucune mention de l'vfage de la pierre
ul'œ V0™^, cn aycnt « aucune co- £fc ^ fi ^nofteI^ognoiflance de SHt T' 0»cogn<>«» facilement iUiicftunpoffiblc qu'ils ayent trauerfé 1 cften- * du grand Occean, Ceux qui ont quelque
Hifioire naturelle
cognoilîancedelamer , entendentbienceque ie dis. Pource qu'il eft auflî facile de croire queles mariniers eftans en plaine mer puiffenc dre(Ter la proue delanauite ou ils voudront^ fi l'aiguille de nauiger leur défaut, comme d«J penftr que l'aueugle puiffe monftrer aueç le 5oi« cequieft proche, ou ce qui eft efloigne en I quelque endroit. Et eftvnechofe efmerneiUa- ble que les anciens ayent ignore par tant de tempsvne fi excellente propriété de la pierre) ,t d'avmant , & qu'elle ait efté defcouuerte & ofl TA »: S par 1« modernes. 11 appert bien que 1* '.&"* fnctaî ont ignoré cette propriété , en ce que J*.7-'-4- Pline, quieftficurieuxhiftoriendeschoiesna-i tnrellesmeantmoins parlant de cefte pierre d ay,| mant, ne dit aucune chofe de cefte vertu & «oj nrieté qu'elle a de faire toufiours tourner daj LrsïeNort lefet qu'elle aura touche , qui c». la vertu la plus admirable qu'elle ayt. Anftorj Biofr.Ux. Theophrafte, Diofcotide, Lucrèce, nyaucuij ■}°\l 6 hiftotiens,nyPhilofophes naturels quei ayveu *"** '■ ïen font aucune mention , encore qu ,1s tra - , ied- dent delapierre d'aymant. Sainft Auguftin I ^1,tr4.aUd'auLpattplufieufs&diuerfespropn|
Zu m* ta , & merueilleufes excellences de la pieri
dtm»g>«<' d'avmant.aux hures de la Cire de Dieu, nq
parle nullement. Et eft certain que toutes 1
Lrueilles que l'on cote de cefte pierre , ne fo
Sen ao ie?peft de cefte propriété fi eftran
ouelle a de regarder toufiours au Nort, qui«
£ grand miracle de nature. Il y a encore vn»
Pli», t. 7-<- se arguwenr.qui eft que Pline traitant des p
$«• jni«s inuenteuts de la nauigauon, & racontai
onki auec lieftcfloignéi jlccfneradll orc par tant oc de couuerte&cd m bien quelj :ietc , en ce rndeschofes celle pierre d
des Indes. Liure t. 34
ousfcsinftrumens&apparcils, neparléaucti-
ne ï 1>emenCde l^UÛlf à naM'g«' ^delapierre aymant: mais ledy feulement que l'art de re- ognoiftreleseftoilies acftéinûcntédesSES ; iens.Ernyapoinrdedourequecequeiesar^ ens ont fçeu & cogneu de i art de nauiger, ne oit qu'au regard des eftoilles, & remarquas ks ■uages,Caps9&differaccs des terres. Que s'ils fe ouuoient fi auant en haute mer, que du tout ils r* eajiflcÀc laveaé de la terre, ifs ne fçauoient en lelie part dreiïer la proue par autre difeours ion par les eftoilles, foleil, & ialunc, &ccla ur defFai!Jant,(comme il aduîent en temps ne- Weux, & couuert , ) ils le gouuernoieiit par là ta ité du vent, &parconie£tures du chemin itcvemi&w iils pouuoient auoir faid , finalement a'- ,utsweri ent conduits de leur inftinfc. Comme en ce^ Liottck,f des les Indiens nauigentvn long chemin de :.ieayt. Antt ^conduits feulemét par leur induftrie cV in- m,njm zâ naturel. Etfert beaucoup à ce fubjeft ce ' 'eferit Pline , des ihfulaires de la Trobane racorequUsti uauiourd'huy nous appelions Sumatra) d'*- jnd Augoltin jt en cette façon , lors qu'il traite de l'art <k diuerfesprop fuftriedontilsvfoientànauiger:C«*^/4 7-*- „ces de la pM }^ ^yent point le Nort^ pour nauiger, [upphené tédeDieu, 1 'défaut portas auec eux certains petits ojfiaux.lefauth m que toutes njfent aller fiuuent , cr comme ces petits oy féaux par ftcpierre ,nel welinfimcl voilent toujours vers la terre Jes mariniers ic(j fi eftn lent leur proue k leurfuitte. Qui double dpnc que rs«Noit,qt scofleiitcucognoifTance del'aiguille, ilsné ïlyaencorevc uiset aydez pour guide de ççs petits oyfeaur lCtr*Dtfo irdefcouurirla terrepBrefilfuffîtpourmc- ^mp0 r que les anciens a'ontcegneo ce fecret éê
Hifioire naturelle
cognoiliancedelamer , entendent bien ce qu ie dis. Pource qu'il eft auffi facile de croit que les matiniers eftans en plaine mer puiHer dreflTer la proue de lanauire où ils voudton fi l'aiguille de nauiger leurdeffaut, comme c penfer que l'aueugle puiffe monftter aueç
doirt cequi«ft Proche> ou ce 1U1 eft cfflo,Sne,
quelque-endroit. Et eftvnechofe efmerueill
ble que les anciens ayent ignore par tant ,
temps vne fi excellente propriété de la pier
„,. lihxc d'aymant,& qu'elle ait efté defcouuerte & c
f^Mv gneuepar les modernes. 11 appert bien que
?.&, & anciens ont ignoré cette propriété , en ceq
W 7<-4- pline, qui eft fi curieux hiftonen des choies i
turelles,neantmoins parlant de celle pierre d I-
mant, ne dit aucune choie de celle vertu & p j-
prieté , qu'elle a de faire toufiours tourner i-
UsleNort le fer qu'elle aura touche, qui|ft
la vertu la plus admirable quelleayt. Anlt eKCJ
j,ia/rt.U.f. T[ieophtafte, Diofcoride, Lucrèce, nyauc nâamàlà
:,0\, é hiftotiens,nyPhilofoPhes naturels quei ayv MfcPfc.d,
**"*• n-en font aucune mention , encore qu ils tta- .;a,rJj,0JIll
j r- aent de la Pierre d'ay mant. SaincTrAuguftir Mtnrftfaj,
^£, t criuatd'autrepartplufieurs&diuerfespro| «,feWstfo
&i m»lt* tez , & merueilleufes excellences de la pi ri el,,,„!flwi
a«m«g«w- a'avmant, aux liures de la Cité de Dieu ,
parle nullement. Et eft certain que toute! es ,è/lï|w înerueillesquel'oncÔtedcceftepierre ,ne m jy^ rien au refpeék de celle propriété fi eftr; g ^,1 qu'elle a de regarder toufiours au Nort, q^el »fe -,
Pli.. l.7-<- attrgummt.qm eltquc: PlineraitoB de
-^ • -~~,-.rc A** la nanîcration. OC iaCQ)
jnkK aaueaceurs de la aauigation, & raeoi -
relacftoii Bis.Etnyapom BBontfçcu&co inc qu'au regard cf
fces,Caps,4:«
roioicDil'^-".::
DonpdAu*! ■Mailant/co: au,&coDaut. ÉédDvent,& à pouuoient i
des Indes. Liure I. 34
tous les inftrumens & appareils , ne parle aûcU* Bernent de l'aiguille à nauiger, nydelapierre daymant: mais iedy feulement que l'art de re- cognoiftre les eftoilles a efté inuenté d-es Phéni- ciens. Et n'y a point de doute que ce que les an- ciens ont fçeu & cogneu de Fart de nauiger, ne- ftoit qu'au regard des eftoilles, & remarquas les
«uages,Caps,&diffcréccs des terres. Qucs'ilsfe trouuoient flauant en haute mer,que du tout ils perdirent la veaë de la terre, ifs ne feauoient en quelle part dreiïerla proue par autre difcours^ [mon par les eftoilles, foleil,& la lune, &ccla leur defFai!lant,(comme il aduient en temps né- buleux, & couuert 5 ) ils fe gouuetnoicht par là qualité du vent, &parconie&ures duchemiri qu'ils pouuoient auoir fai& , finalement ai- oient conduits de leur inftinft. Comme en ces ndes les Indiens nauigentvn long chemin de nerxonduits feulemét par leur induftrie & in- tiricT: naturel. Etfert beaucoup à ce fubjedc ce [u'eferit Mine , des ihfulaires de la Trobane, qu'auiourd'huy nous appelions Sumatra J di- ant en cefte façon , lorsqu'il trai&e de l'art ëc nduftne dont ils vfoient à nauiger. Ceux de h Ta - robane ne voyent point le Nort.cr pour Muigerjuppleené ce défaut, portas mec eux certains petits oyfiM* Je/quels s Uijfent aller fitatent, CT comme ces petits oy féaux par Murclmpin voilent toujours vers la terre Jes mariniers ■refent leur proue a Uurfuitte. Qui doubtc dpnc que iIseufTenteucognoiftance de l'aiguille, ils né e ruiset aydez pour guide de ces petits oyfeaur, our defcouurirla terre?Bref il fuffit pour m& m que les anciens n'on? cogneu ce fecret ste
f/ïftoire naturelle la pierre d'aymant, de voir que à chofe C\ re- marquable, il n'y a aucun mot, nyvocableLa- tin,nyGrcc,nyHebreu5quiluyfoitpropre.Cari vne chofe de telle importance n'euft point ma-i que de nom en ces langues , s'ils l'eullent co-| eneu. De là vient qu'auiourd'huy les Pilotes pour faire drelTer la route, àceluy qui tient W gouucrnail,fc feent au haut de la ppuppe qui el 1 afin qu'il puîffc de ceft endroit regarder 1EH puille,là où anciennemet ils feoient en la proucl pour regarder les différences des terres & de mers, 8c duquel lieu ils commandoient au gou uernaiLCôme auiourd'huy l'ô vfe encore à l'en trer ou forrir de quelque port & haure, & pou cefteoccafion les Grecs appelaient les Pilou Troritds, pource qu'il fe tenoieriten la proue.
De UfYoprieté& vertu admirable de laperj
iaymant , pour le fait de la navigation , &
que les anciens n'en ont eu
cognoijfance.
Chapitre XVII.
Ar ce qui cft dit cy dclTus,il appertqfc
l'on doit tenir la nauigation des lndji
fi briefue & fi certaine,que nous 1 aul
de la pierre d'aymant. Comme 1
iourd'huy nous voyons plufieurs hommes ë
ont voyagé de Lisbonne à Goa, de SeuiUj
Mexique , à Panama ôc en toute cefte autre rt
duSud, iufques à la Chine, * au dcftroi*
des Indes. Liure. I. 3 j
Magellan, & ce auiîî facilement ÔC certaine- ment, comme le laboureur peut aller delame- :airie en la ville. Nqus auons veu aufïi des îommes qui ont faict quinze voyages aux In- les , voire dixhuicl: , Ôc auons entendu parler i'aucuns anciens lefquels ont fait plus de vingt r°ya£cs > palans ôc repafTans la largeur de ce rrand Occean , aufqueis ils n'ont apperceus au- :unsreftes, ny apparences de ceux qui auoient >affé, ny rencontré voyagers à qui demander le hemin. Car (comme dit le Sage) la nauirc cou- Sttï' > : >e l'eaiie ôc fes ondes, fans laiiîer vçdigcs par où lie paflè,ny faire chemin dans les ondes. Mais >arla vertu & propriété de la pierre daymant, l fe fai& en ceft Occean comme vn chemin tacé ôc defcouuert, le très haut Créateur de outes chofes luy ayant communiqué telle ver- u,quepar fon attouchement au fer,illuy corn- aunique cefte propriété, d'auoirfon mouue- lent Ôc regard vers leNort, fans y faillir , en [uelque partie du monde que ce puùîe eflre. ^uelques-vns recherchent quelle eft la caufe c cefte propriété merueilleufe, & veulent di- e, & s'imaginer iene fçay quelle fympathie: aais quant à moy,ie prends plus de plai/ïr ôc de ontentement confiderant ces merueiiles , à ouer la grandeur ôc pouuoir du Tout- puifTan t, kmerehouyren la contemplation defés ceu- Ues admirables,^ à dire auecSalomon, parlant . 1 ur ce props: 0 Pere\ duquel U providence gouuerne et **' 4 maintient vn bois y lu) donnant vn chemin afeuré 'fur U W , cr 4u milieu des bondifantes ondes , four montrer wàcmefme façon tu fournis fiuuer cr deliurer l'bom*
£ iij
ÉJà.
Il
j/ïfioire naturelle
me de tout perd CT mufrtge , encor qu'dfujrfins **4 a„md,eu deUmer. Mus îi»unt cpe tes autres font plemestUfateft, les hommes mettent erh*\*rdent leur, vmfm InpeudeUs^pourtrmerferUmer , s efcb^i tenta- fi Lifatdert» vn btftetu.Et fur ce mefmaJ propos le Plalmifte dit : Ceuxqu, montent fur mer \ PU. urf. ïndïsnauires, <r qm font leurs rfanes e» trtuerfintle.l '■ ttlux, font ceux ,u,aufrffond de U me, ont veules œu-l WesdL,mJ, a-fismeruedles. Et à U vente ce n'eft pas vne des moindtes merueilles de Dieu que la force d'vne piette fi petite commande à la mer , & contraigne l'abyfme infiny de luy obéir & future fon commandement. Mais pour autant que c'efl chofe qui fe void tous les tours, & femble fi facile , les hommes ne s'en efmerH ueillent point, & ne fe fouuiennét pas dy prenH dre garde:& d'autant que cefte libéralité eft tefc le.lesienorans pour cela en font moins deftat Neantmoins ceux quile veulent conliderer d près , font conduits parlaraifon a bemr lafaj geffe de Dieu , & luy rendre grâces dvn 1 Irand bénéfice. Eftant donc ordonne duCie aueces nations des Indes.qui tant de temps on,
efté cachées , fuffent cogneues & defcouuertes & quecefte route fut hantée & frequentee,afi. que tât d'ames vinflent à la cognoiffance de H svs-Chrwt , & gaignaflent le falut éternel , il cfté pourueu de guide aiTeuree pour ceuxqt font ce chemin.fçauoir l'aiguille de nau.ger c lavertudela pierre d'aymatit. Onncpeut Iça uoir au certain , depuis quel temps ceft vlage S art de nauiger a elle mis en lumière : mais quan àmoy, ie tiens pour certain quilneftpas fo*
m\m\m
ti la vérité c cilles Je Dieu commande înfiny de lu :nuMâispoa couslesioun les'eneki t pas d'v pren jeralitéelUe . moins tconlidereri jnàbirlali grâces d'vti rionné iuQ at de temps c deCcouuetti îteqncntee,al loièncedei iluteternëlJ pour ceuxqi jdenauiger^
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ère:
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desjndes. Lime I. 36
tncien , d'autant qu'outre les raifons déduites .u chapitre précèdent , ie n'ay leu en aucun utheur ancien, traittant des horloges , qu'il bitfaict aucune mention de la pierre d'ay mat. \x. neantmoinsileft certain que le principal ôc dus necelTaire instrument des cadrans au ioleil, (ont nous vfons auiourd'huy , eft 1 aiguille de er touchée de la pierre d'aymant. Quelques au- heurs approuuez efcriuent en Thiftoire des la- ïcs Orientales, que le premier qui comrnen- a à defcouurir ce fecret fur mer , fut Vafco de jJx de ïts. jâmajequel a la hauteur de Mozambique ren- Mttftr. regni. ontra certains mariniers Mores, qui vicient I3- d'aiguille de nauiger,& que par le moyen d'i- P ™^ïl*i elle aiguille il nauigea ces mers : toutesfois ils Ca'pMt. 1 efcriuent point de qui ils auoient apprins ceft oz,orim d§ rtifice:& quelques- vns d'entr'eux mefniesfont rehm l$*
e'noftre opinion,qui eft,que les anciens ont E *noré ce fecret. Dauantage, ie diray vnc autre cplus grande merueille de l'aiguille de naui- er , que l'on pourroit tenir pour incroyable , fi onnel'auoit veu & cogneupar expérience fi fîeuree ôc manifefte. Le fer touche & frotté e la pierre d'aymant par la partie d'icelle pier- e, qui en fa naifïance regarde le Sud ouMi- iy, a celle vertu de fetoumer & encliner tou- ours& en tous lieux vers le contraire, qui en: c Nort : toutesfois en tous lieux il ne le re- garde pas directement , mais y a certains points fc climats, où il regarde droitementk Nort& 'y arrefte : mais pafTant ou changeant de ce cli~ nat,il coftoyevnpeu,ou à l'Orient ou Ponent, ont plus qu il fe va efloignant 4e ce climaç, c'eft
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que la force d'vne pierre fi petite commande
la mer , & contraigne l'abyfme infiny de lu
obéir & fuiute fon commandement. Mais pou
autant que c'eft chofe qui (e void tous les lour:
& femble fi facile , ks hommes ne s en elme.
ueillenc point, Se ne fe fouuiennét pas dy prer
dre garde:& d'autanr que cefte libéralité eft te
le.lesignorans pour cela en font moins defta
Neantmoins ceux quile veulent confiderer «
près , font conduirs parlaraifon à bénir lai
geilc de Dieu , & luy tendre grâces dvn
Irand bénéfice. Eftant donc ordonne du Ci
Leces nations des Indes.qui tant de temps o
efté cachées , fuffent cogneiies & defcouuert & quecefte route fut hantée & frequentee.af que tât d'ames vinflent à la cognoiffance de svs-Chrjst , & gaignaflent le falut éternel, » cfté pourueu de guide afleuree pour ceuxql font ce chemin.fçauoir l'aiguille de nau.ger lavertudela pierre d'aymant. Onnepeut (c • uoir au certain, depuis quel temps ceftvfage . art de nauiger a efté mis en lumière : maisqus àmoy , ie tiens pour certain qu il n eft pas 1 1
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ancien , d'autant qu'outre les raifons déduites au chapitre précèdent , ie n'ay leu en aucun autheur ancien, traittant des horloges , qu'il foitfaict aucune mention de la pierre d'ay mat. Et neantmoinsileft certain que le principal Se plus neceflaire instrument des cadrans au loleil, dont nous vfons auiourd'huy , eft l'aiguille de fer touchée de la pierre d'aymant. Quelques au- theurs approuuez efcriuent en Thiftoirc des In- des Orientales, que le premier qui commen- ça à defcouurir ce fecret fur mer, fut Vafco de jJa de lu. Gamajequel à la hauteur de Mozambique ren- ilfoftr. ngni. contra certains mariniers Mores, qui vfoient1*-, del'aiguille de nauieer,& que par le moyen d'i- ^'^'l*! celle aiguille îlnauigea ces mers : toutesrois ils cap^lt. n'eferiuent point de qui ils auoient apprins ceft oz^orim d* artifice.-^ quelques- vnsd'entr'eux mefmesfont rehwi &$* denoftreopinion,quieft,que les anciens ont £ ignoré ce fecret. Dauantage, ie diray vnc autre & plus grande merueille de l'aiguille de naui- ger , que l'on pourroit tenir pour incroyable , fi l'onnel'auoit veu & cogneupar expérience fi afîcuree & manifefte. Le fer touche & frotté de la pierre d'aymant par la partie d'icelle pier- re, qui enfa nahTance regarde le Sud ouMi- dy, a cefte vertu de fe tourner & encliner tou- jours & en tous lieux vers le contraire, qui efè le Nort : toutesfois en tous lieux ilne le re- garde pas directement , mais y a certains points & climats, où il regarde droitement k Nort &C (y arrefte : mais paffant ou changeant de ce cli~ mat,il coftoye vn peu,ou à l'Orient ou Ponent, îantplus qu'il fe va efloignant de ce climaç, c'eft
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M. u
Hijloire naturelle
ce que les mariniers appellent nordefter, ou nortoefter. Nordefter vaut autant à dire com- me coftoyer, s'inclinant au Leuant, & nor- toefter s'inclinant au Ponent.Et eft chofe de tel- le confequence , & qui importe tant de fçauou* cefte declinaifon, &coftoyementderEfguille, | que fi Ton n'y penfoit, & regardoit de près,, (quoy qu'elle foit petite) l'on s'efgarcroit mer-J ueilleufement en la nauigation , & arriueroit Ton en autre lieu que celuy où l'on pretendoU; aller. Vn iourvn pilote Portugais fort expéri- mente me difoit qu'il y auoit quatre points en tout le monde,où PEfguille fe dreiïbit au Norr, & me les contoit par leurs noms , que n'aytete- nus , vn d'iceux eft la hauteur de Mie de la Cor- ne en la Tiercyere,ou Alçores, qui eft chofe fort cogneuc à tous> mais tirant outre de là à plus de hauteur , il nortoefte , qui eft à dire décliner an couchant. Mais tirant au contraire à moins del hauteur, vers l'Equino&ial , il nordefte , qui eft | incliner à l'Orient, Les maiftres en ccft arc| pourront enfeigner de combien & iufquesoùj de ma part ie demanderois volontiers aux ba- cheliers qui prefumentfçauoirtout ce qui eft, qu'ils me dùîent la caufe de ceft erTed , & pour quelle raifon vn peu Je fer frotte à la pierre d'aymant, reçoit tant de vertu que de regar- der toufiours au Nort : mais encor auec telle dextérité, qu'il cognoit les climats Scdiuerfes fituations du monde, & oùilfe doit ficher & dreffer, où s'incliner en vn cofté ou en l'autre^ suffi bien qu'aucun Philofophe & Cofmogra-i j>he qui foit. Que fi ne pouuons bonuemoru;
«àdirecoa ^Unot ^chofedetel^ tantdcfçauoi|
itiel'Efgi rdoit de pre% ïgarcroit met-
> & iinueroil an preti Lis fore experi;
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delà . ne décliner
ne à moins
[B en ceft i & iufques intiers aux tout ccqoi H, >tté à la p que de ri ::or iitsl : doit ficher < | cd en faut & Cofmog
des Indes. Liuref, $?
Lefcouurir h caufe & la raifon de ces chofes [lie nous voyons ioumellemét à l'œil, qui fans loutc feroienr fort difficiles à croire , ïi nous ne es voyons ainfi ouuertement. Certes Ton co- ;noift bien par là noftre folie & vanité, de nous ouloir faire luges , & afllijctrir à noftre raifon * difeours, les chofesdiuines, & fouueraines, - e(l pourquoy il vaut mieux , comme dit Gre- oire Théologien, que la raifon f'atfiij étrille à la oy , puis qu'en fa maifon raefmc elle ne fe peur as bien gouuerner. Mais cecy nous doit fuffire> ^tournons à noilre propos / & concluons que îÛoitauNoflj vfage de l'aiguille Anauiger n'a point efté co« quen'ayrete mciie des anciens , d'où l'on peut refoudre qu'il IIÎedclaCoD sur a efté impoffibie de faire voyage de propos icMofeM «libéré, partans de l'autre monde, pour venir j,,( à ri ceftuy- cy par l'Occean.
\efponfe a ceux qui difint qu'au temps pajsc, comme autour d h uy , l'on a nauigk fur l'Occean. Chapitre XVIII.
E que l'on allègue au contraire de ce qui a efté dit que la flotte de Salomon nauigeoit en trois ans,n'eft pas preuuc fante, puisque lesfain&esEfcrituresn'ar- îrmenc pas exprefïement que ce voyage duraft rois ans, mais bien qu'il fefaifoit vne fois en bois ans. Et encore que nous accordions que h [auigation duraft $. ans , il pouuoit eftre , com- te ileft plus vray-femblable, que cefte flotte nuigeant vers l'Inde Orientale, fut retardée de
iffifa
Hifloire naturelle ce que les mariniers appellent nordefter, oit nortoefter. Nordefter vaut autant à dire com- me coftoyer, s'inclinant au Leuant, & nor- toefter s'inclinant au Ponent.Et eft chofe de tel- le confequence , & qui importe tant de fçauoiir cette declinaifon , & coftoyement de l'Efguilie, que fi l'on n'y penfoit, & regardoit de près, (quoy qu'elle foit petite) l'on s'efgarcroit mer- ueilleufement en la nauigation , & arriueroit l'on en autre lieu que celuy où l'on pretendoit aller. Vn iourvn pilote Portugais fort expéri- mente me difoit qu'il y auoit quatre points en tout le monde,où PEfguiile fe dreflbit au Norr, & me les contoit par leurs noms , que n'ayTete- nus , vn d'iceux eft la hauteur de i'Ifle de la Cor ne en la Tiercyere,ou Alçores, qui eft chofe for cogneue à tous-, mais tirant outre de là à plus d< hauteur , il nortoefte , qui eft à dire décliner ai couchant. Mais tirant au contraire à moins è hauteur, vers l'Equino&ial , il nordefte , qui ef incliner à l'Orient. Les maiftres en ccft ar pourront enfeigner de combien & iufquesoù de ma part ie demanderois volontiers aux ba cheliersqui prefument fçauoit tout ce qui eft qu'ils me diiîent la caufe de ceft erTeâ: , & pou quelle raifon vn peu je fer frotte à la pierr d'aymant, reçoit tant de vertu que de regai der toufiours au Nort : mais encor auec tell dextérité, qu'il cognoit les climats & diuerfc fituations du monde, Ôc oùilfe doit ficher t\ drelTer, où s'incliner en vncofté ou enlautri auffi bien qu'aucun Philofophe & Cofmogr^ phequi foit. Que fi ne pouvions bonoeraôi
:ir la caufe uenousvoyonsîo tuccferoiciic fort £ sToyons ainfi ou Doiftbienpatlàn^ aulok faite luges fiedifeours, leschc Ccft. pourquoy iî v; piicTUojp,£
W^pilii^ll'WÛE'
pas fricirgoiiuerner .
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luy-cyparl'O
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puisque ^nc pas ezpredc
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àts Indes. Liurel. $?
< defcoûurir la caufe & la raifon de cçs chofes
que nous voyons iournellemet à l'œil, qui fans
douce feroient fort difficiles à croire , fi nous ne
les voyons ainfi ouuertement. Certes Ton co-
gnoift bien par là noftre folie & vanité, de nous
vouloir faire luges , ôc aflujcttir à noftre raifort
& difeours, les chofesdiuines, & fouueraines.
Ceft pourquoy il vaut mieux , comme dit Gre-
; goire Théologien, que la raifon f'afïuj étrille à h
j foy , puis qu'en fa maifon raefmc elle ne fe peut
i pas bien gouuerner. Mais cecy nous doit fuffire>
iretournons à noftre propos, & concluons que
jl'vfagc de l'aiguille inauiger n'a point ckéco-
gnciie des anciens , d'où l'on peut refoudre qu'il
| leur a efté impoiîible de faire voyage de propos
! délibéré , partans de l'autre monde, pour venir
en ceftuy- cy par I'Occean.
Refponfe a ceux qui difent qu'au temps pafse, comme autour d h uy , l'on a nauige fur I'Occean. Chapitre XVIIL
E que l'on allègue au contraire de ce qui a efté dit que la flotte de Salomort nauigeoit en trois ans^'eft pas preuue fuffifante, puisque les fain&es Ecritures n'af- I ferment pas expreflement que ce voyage duraM troisans, mais bien qu'il fefaifoit vne fois en trois ans. Et encore que nous accordions que h nauigation duraft 3. ans, il pouuoit eftre , com- Ime ileft plus vray-femblabie, que cefte flotte Nuigeant vers l'Inde Orientale, fut retardée de
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ïo». 10.
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Hifloire naturelle
fa route, pour ladiuerfité des ports & région qu'elle alloit recognoifTant, côme aujourd'huy en toute la mer du Sud Ton nauige depuis Chi- lé iufqu'à la neuue Efpagne, laquelle nauigation encore qu'elle foit plus certaine , neantmoirîs elle eft bien plus longue à caufe de ce tournoye- menr qu'elle eft contrainte de faire par les co- ites, & le retardement qu'elle peut auoir en dî- uers ports. Et à la vérité ie ne trouue point es li- mes des anciens qu'ils fe foient beaucoup ad- uancez & engolphez enl'Occean, & ne peux croire que ce qu'ils enontnauigé, ayteftéau-j trement, que de la façon qu'on nauige encore* j aujourd'huy en la mer Méditerranée. Qui don- ne occafion aux hommes do&es de ctoireque j anciennement l'on nenauigeoit point fans ra mes, d'autant qu'on alloit toufiours coftoyan la terre; & femble que l'Efcriture le veuille ainl donner à entendre, quand elle parle de cette iM meufe nauigation du Prophète Ionas, où il eft- dit que 1 es mariniers eftans forcés du temps, r'a* menèrent à terre. I
~~Ôu~e Ton peut conietturer que les premiers peth fleurs des Indes y font arriue^par tour- mente , ejr contre leur volonté. Chapitre XIX. Yaht raonftté qu'il n'y a point d'apparence de croire que les pre- miers habitans des Indes yfoiens venus de propos délibéré, il ren-t _ fuie doneques que fils y font vc«j nus par mer, c'a eftç par cas fortuit , & par iM
3S
, neantmoii
des Indes. Liure'L
&ry I5e.de tourmente 6c tempefte; ce qui n'eftpas
-f, ncroyable , quelque grande que Coït h mer
^ jbcceane, puis qu'il enefttout autant aduenu
niJjPJ îenoftre temps, lorsque ce marinier (duquel îous ne fçauons encores le nom, à celle fin ]U'en vn œuure Ci grand, &de fi grande impor- ance» ne {"'attribué point à d'autre autheur qu'à Dieu) ayant par vn terrible & mauuais temps ecogneu ce nouueau monde; laifîa pour paye [fi Ton logis où il l'auoit rcceu , à Chriftophle "olomb, la cognoilTance â\nc fi grande chofe.
ire par les
utauoirendi
luepointésb
>,&Depciii
ayteftéail tinfi a-t'ilpeu arriuerque quelques hommes
point fans n lutscoftoy;
le veuille ai «le de celle f lonas, oïlile 5<taps,f
X.
dln'yap'
jircquelespn
auigecncore«e l'Europe, ou Afrique, au temps pafiéayent lee. Quidon fté poullez par la force & violence du vent, Ôc de aoireqi !ttez a des terres incogneues par delà la mer )cceane. Q^ieft-cequinefçaitpointqueplu- eurs, ou la plus grande part des régions que on a defcouuertes en ce nouueau monde,a efté ar ce moyen , defquelles on doit pluftoft attri- uerladefcouuerrure à la violence des temps : orages, que non pas à I'efprir&induftriede :ux qui les ont defcouuertes? Et afin que Ton cognoifle que ce n'a pas efté de noftre temps ulement que l'on a fait, & entreprins de tels jyages, pour la grâdeur de nos nauircs, valeur : hardiefte de nos hommes, on peut voirde- ms Pline que plufieurs des anciens ont fait de mblables voyages. Il dit donc de cefte façon: m raconte que Caïtts Cefir fis â'^ïuguïle , eftmt en pU l ■
■loi: <4rgefur h mer d'Arabie , l*»n vid £T recogneut
fieces (y rejîes de navires Ejfagnols qui y tuaient f? -
Et dit après: Nef os uconte du circuit Seftentrio-i
l$ fie Un *f fort* 4 Qmmm Metellus Celer 3 çomfa,:
Jff*. io<
Hifloire naturelle
fa route, pour ladiucrfité des ports & régions qu'elle alloit recognoilfant, côme aujourd'huy entoure lamerdu Sud Ton nauige depuis Chi- Dcceanc, pu.s q ïé iufqu'à la neuue EfpagnejUquelle nauigation icnoftretemps, encore qu'elle foie plus certaine , neantmoifls m ne ip elle eft bien plus longue à caufe de ce tournoyé ment qu'elle eft contrainte de faire par les co- ites, & le retardement qu'elle peut auoir en di- vers ports. Et à la vérité ie ne trouue point es li ures des anciens qu'ils fe foient beaucoup ad uancez & engolphez enl'Occean, & ne peu: croire que ce qu'ils en ont nauige, aytefté au- trement , que de la façon qu'on nauige encore; aujourd'huy en la mer Méditerranée. Qindon ne occafion aux hommes do&es de croire qu anciennement l'on nenauigeoit point fans ra mes, d'autant qu'on alloit toufiours coftoyan la terre; & femble que l'Efcriture le veuille ain donner à entendre, quand elle parle de cette fa meufe nauigation du Prophète Ionas, oùile dit que 1 es mariniers eftans forcés du temps, r'a menèrent à terre.
~Que JônpêuTconiecl;urer que les premiers pet fleurs des Indes y font arriue^partour mente , & contre leur volonté. Chapitre XIX. Yant roonftré qu'il n'y a poi d'apparence de croire que les pr miers habitans des Indes y foie venus de propos délibère, ilf'e: - fuit doneques que fils y font v nus par mer, ç/a efté par cas fortuit , & par fd
«Jetourmentc - icroyablc , q'J'
qa'envnceuureiic
ince,nc(atî.n-- Dieu) ayant par vr recogneu ccnouiB
delonlf oùiii: Hicopoil
ope, ou Afr: écpoo£èzparlato: iatez à des cerres » kceane. Qoieft-ce
iro, ou lapiner i'otuàeicomn:; «rcciDoytn,iric: werladclcoiiuc;:: orages, que non HfiifeoiHc'e
ibentqoelon;
Wedecc jPlinequepIoiîe
We$ voyages,
■après: : -
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des Indes. Liure I. jg
ce de tourmente 8c tempefte; ce qui n'eftpas incroyable , quelque grande que (bit la mer | Occeane, puis qu'il enefttout autant aduena ! de noftre temps, lorsque ce marinier (duquel | nous ne fçauons encores le nom, à celle fin i qu'en vn ceuure fi grand, S^de fi grande impor- tance, ne T'attribue point à d'autre autheur qu'à Dieu) ayant par vn terrible & mauuais temps recogneu ce nouueau monde; laifTa pour paye de Ton logis où il lauoit receu , à Chriftophle : Colomb, la cognoiffance d\nc fi grande chofe. Ainfi a-t'ilpeu arriuer que quelques hommes de l'Europe, ou Afrique, au temps p ailé ayent I efté poullèz par la force & violence du vent, Ôc îiettez à des terres incogneiies par delà, la mer Occeane. Qui eft- ce qui ne fçait point que plu- fieurs, ou la plus grande part des régions que l'on a defcouuertes en ce nouueau monde,a efté par ce moyen , defquelles on doit pluftoft attri- buer la defcouuerture â la violence des temps & orages, que non pas à I'efprit&induftriede Ceux qui les ont defcouuertes? Et afin que l'on recognoifle que ce n'a pas efté de noftre temps feulement que l'on a fait, & entreprins de tels voyages, pour la grâdeur de nos nauircs, valeur & hardiefie de nos hommes, on peut voir de- dans Pline que plufieurs des anciens ont fait de femblables voyages. Il dit donc de cefte façon: • l'on raconte que Caïus Cefir fils â'^ugu fie , eft an t en pll x ■ charge fur la mer d'Arabie , l'on vid çr recogneut cap. 6$. I des pièces & refies de neutres Eftagnols qui y tuaient pe - y. Et dit après: Nepos raconte dit circuit Septentno- ul9 que Un apporta « QmntPtf Metelltn Celer , çompa-,
PVm. U. 6,
Hiftoire naturelle
grnn m tonfulat de Caïtt* sAjfranm , eftant Un iïelA MeteUm Proctnful en Gaule , certains Indiens qui auoient efiê prefentès Par le %oy de Sueue , UfféeU Indiens naui- geans de l'Inde peur leur commerce , furent itttés en Ger* marne par la force des tempefies. Pour certain fi Pline dit vérité , les Portugais ne nauigent point au- j ourd'huy dauantage , que rirent ceux là en ces deux naufrages, i'vn depuis l'Efpagne iufqu'cn la mer rouge , & l'autre depuis l'Inde Orientale iufqu'en Allemagne. Le mefme Autheur elcrit en vn autre liure,qu'vn feruiteur d' Annius Plo- canius, qui tenoit la ferme des droits de la met rouge, nauigeant la route d'Arabie , furuint de» vents du Nort furieux , tellement qu'en quinze ïours il pana la Carmanie , iufqu'à recognoiftre Hippures, port de laTaprobane, qu'aujour- d'huy nous appelions Samatre. Mefme l'on ra* conte d'vn nauire de Carthaginois , qui de la mer de Mauritanie fut poufle d'vn vent de bize iufqu'à la veùe du nouueau monde. Ce qui n'eit pas chofe nouuelle à ceux qui ont quelque ex- périence de la mer, d'entendre que quelquefois vne tempefte dure fi long temps & obfhnemét J fans appaifer fa fureur. Il m'eft aduenu allât aux Indes, que partant des Canaries i'ay defcouueff $c apperceu en quinze iours la première terre, peuplée des Efpagnols. Et fans doute ce voyage euft efte plus bref, fi les mariniers euflent appa- reillez toutes leurs voiles àlabizcquicouroitJ- Ainfi me femble-il chofe vray-femblable, que au temps pafie les hommes foient arriuezauxj Indes contre leur intention, pouffez, & vaincus;! de la fureur des vents. Ils font auPeru grande
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des Jndes. Lîure h 39
nention de quelques Geansquî ontefte en ces juartiers, les os defquels fe voy ent encores au- onrd'huy en Manta, & Port- vieil, d'vnegran- leur énorme, & à leur proportion ces hommes leuoient eftre trois fois plus grands que les In- liens d'aujourd'huy . Ils racontent que cesceans 'indrent par mer, &faifoient la guerre à ceux lu pays, qu'ils baftirent de fomptueux édifices, [ont ilsmonitrent encore aujourd'huy vn puits ait de pierre de grand valeur. Ils difent dauan- age, que ces hommes cômettans péchez enor - nés, cVipecialement celuy contre nature, fil- ent embrafez &confumez du feu qui vint du iel. Mefme racontent les Indiens d'Yca & d'A- ica, qu'ils fouloient anciennement nauiger fort Ding à des lfles du Couchant, ôc faifoient leur auigation en des cuirs de loup marin enflez; e façon qu'il n'yapoint faute de tefmoigna- espour monftrer qu'on aytnauigé la mer du uddeuantque les Efpagnols y vintfent. Ainfi ouuons-nous penfer que le nouueau monde a ommencé d'enre habité par des hommes qui y nt eftéiettezpar latempefte des vents, & la DrccduNort, comme finalement on l'a veiie efcouuerte en noftre temps. Il cft ainfi ( chofe îen confidcrable ) que les œuures de nature de
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art des herbes médicinales, des pierres, des lantes, des métaux, des perles, de l'or, aymant, inbrc, diamant, cVlaplufpartdechofesfem- S»i &leureproprietex & vertus font plu-
Plm, H. 6,
Hifloire naturelle
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manie far la force des tcmfcftes. Pour certain fi Pline
dit vérité , les Portugais ne nauigent point au-
j ourd'huy dauantage , que firent ceux là en ces
deux naufrages, l'vn depuis i'Efpagne iufqu'en
la mer rouge , & l'autre depuis l'Inde Orientale
iufqu'en Allemagne. Le mefme Autheur eicru
en vn autre liure,qu' vn feruiteur d' Annius Plo
canius, qui tenoit la ferme des droits de la ma
rouge, nauigeant la route d'Arabie , furuint de
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îours il paffa la Catmanie , iufqu'à recognoiftn
Hippures, port de laTaprobane, qu'aujour
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conte d'vn nauire de Carthaginois , qui de 1
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Hifloire naturelle
ftoft venues enlacognoitfance des nomes paff accident , que par art, & par leur induftrie -, afin* que l'on voye que la gloire & louange de celle» rnerueilles, fe doit pluftoft attribuer à la proui- I dence du Créateur , que non pas à rentendemétl humain, pour autant que ce qui nous femblel arriuer fortuitement, procède toufiours de l'or-I donnance ôtdifpofition deDieu, qui fait touJ tes chofes auec raiion.
mte néanmoins tout ce qui a e fié dit cy deJfasjL efiflus vrayfemblable de f enfer que lespreM mïers peupkurs des Indes y font venum j?ar terre.
Chapitre XX,
E coclus donc qu'il eft bien vray4 femblable depenfer quelesprë| miers qui arriuerenc aux lndesj fut par naufrage, &cempefted^ 9 mer : mais il le prefente fur cl poinct vne difficulté, laquelle me trauaille gran- dement, qui eft, qu'encores que nous accor- dions que les premiers hommes (oient venus à des terres fi efloignees que celles- cy , & que les natiôs que nous voyons îcy, foient forties d'eux, & fe foient tellemét multipliez comme ils font àprefent -, neantmoins ie ne me pui; imaginée par quel moyen, ny de