HANDBOUND AT TKE UNIVERSITY OF TORONTO PRESS Digitized by the Internet Archive in 2009 witii funding from University of Ottawa littp://www.arcliive.org/details/laprisedalexandrOOguiluoft (Hp; ^^<1 PUBLICATIONS SOCIÉTÉ VE LOT{IEC^T LcATIC^C SÉRIE HISTORIQUE GUILLAUME DE MACHAUT LA PRISE D' ALEXAU^T)%IE LIBRAIRES DE LA SOCIÉTÉ PARIS: Erneji Leroux, 28, rue Bonaparte. LONDRES: Bernard ëinarritch ,\ ^, Piccadilly. LEIPZIG: Otto Harajfonvitz,. LA PRISE D'ALEXANDRIE CHRONIQUE DU ROI PIERRE Jet DE I.USIGNAN GUILLAUME DE MACHAUT PUBLIEE POUR LA PREMIERE FOIS pour la SOClÉrk VE VO'BJED^r LcATIC^ par M. L. BE MAS LATRIE n zi 1^ 1^ l: u ^,c^>. A^ GENEVE Imprimerie Jules-Guillaume Fick 1877 Tiré à 500 exemplaires numérotés, dont: 50 fur grand papier, 50 fur papier vélin, 400 fur papier ordinaire. ^' 3)9 SOCIETE VE VOT^IEC^T LcATlC^ EXTRAIT DES STATUTS c4n. 19. Les publications de la Société font faites fous la furveillancc du Comité de Diredion, & la garantie de l'un des commiffaires relponlables. Vu t édition de la Prile d'Alexandrie de GUILLAUME de MACHAUT, par éM. L. de cMas Latrie. Le commijfaire-refponfable adjoint, MICHELANT. Certifié. Le fecr'etaire-tr'eforier. Comte RIANT. Paris, le 5 mars 1876. PRÉFACE N érudit fort compétent avait, depuis quel- ques années, propofé à la Société de l'Hiftoire de France de publier le récit de la Prife ^ d'' Alexandrie ^ compofé par Guillaume de Machaut. Il n'y aurait nul intérêt pour le public à connaître les cir- conftances qui ont amené prefque fimultanément la Société de l'Hiftoire de France à abandonner ce projet & la Société de l'Orient latin à le reprendre. Cette dernière aflbciation, fondée fous la préfidence de M. le comte de Vogiié, eft une des nouvelles créations littéraires que notre pays a vu furgir au lendemain de fes défaftres & au milieu de fes déceptions politiques, comme un témoignage de fa réfolution de ne pas s'abandonner, quoi qu'il arrive, & de chercher une vigueur nouvelle dans les épreuves de l'adverfité. Pour fatisfaire au programme tracé aux éditeurs, je n'ai qu'à rappeler ici fuccinâement ce qui concerne la date de la compofition delà Prïje d' Alexandrie^ fon auteur, les fources d'oCi il a reçu fes informations, & le degré de confiance que méritent les diverfes parties de fon œuvre. J'indiquerai en- fuite les manufcrits connus qui nous l'ont confervée. I L'hiftorique de notre texte peut fe dire en deux mots, car réellement ce texte n'a pas d'hiftoire. Grâce aux manufcrits aflez nombreux qui le renferment & aux événements qui s'y trouvent racontés, fon âge& fa paternité n'ont pu être l'objet de doutes ni de controverfes. Hiftoire du texte. vuj PRÉFACE. La Prife (^'y//^*'^n^r/V eft l'œuvre inconteftée de Guillaume de Machaut, & Machaut, pour qui laprofeou les vers étaient également faciles, écrivit cette chronique rimée, la plus con- fidérable de fes compofitions, peu après l'année 1369. Il avait alors, croyons-nous, quatre-vingts ans partes, ce qui fera excufer, au befoin, les lenteurs du récit. Mais fi la valeur littéraire de l'œuvre eft médiocre, fon intérêt hiflorique eft confidérable. Sous le titre de Prife d'Alexandrie^ événement le plus mémorable du règne de Pierre I" de Lufignan, Machaut a raconté en efFet toute la vie de ce prince, & a laifle un monument de premier ordre pour l'hiftoire de l'île de Chypre & de l'Orient latin. II Renfei- gnements fur Tauteur. Muficien eftimé de fon vivant en France & à l'étranger, poëte, chroniqueur, homme de cour & homme d'adminiftra- tion, Guillaume de Machaut a été l'objet d'études aflez nombreufes. L'abbé Lebeuf, i le comte de Caylus, * l'abbé Rive, 3 M. Tarbé, 4 M. Fétis, S enfin le favant & heureux propagateur de notre littérature du moyen-âge, M. Paulin Paris, 6 fe font occupés dé fa vie & de fes œuvres. I Notice fommaire de deux 'vo- lumes de poéjies françoifes & latines confer'vees dans la Bibliothèque des Carmes D'echaux à Paris. (Ce font les manufcrits aujourd'hui à la Bibl. Nat., fonds français, nos 22545 & 22546, dont le dernier, notre manuf- crit C, renferme la Prife d' Alexan- drie.^ M'em. de V Académie des Inf- criptions, prem. férié, t. XX, p. 377. L'abbé Lebeuf s'occupe encore de Machaut dans fon Mémoire fur Philippe deMaizières. — 2 Premier M'em. fur G. de Machaut, poète & muficien dans le xiv^ fecle, Mém. Acad. des Infcript., t. XX, p. 399. Second Mémoire, p. 415. — 3 No- tice d'un manufcrit (en deux tomes, anciennement à la Bibliothèque des Carmes Déchaux, où les avait con- nus l'abbé Lebeuf) de la Bibliothèque de M. le duc de La V allier e, contenant les poèfies de Guill. de Machaut, à la fin du 4e vol. de V EJfai fur la mufque ancienne & moderne, par B. de Laborde & l'abbé Rouffier, p.477,in-40. Paris, 1780. — ^ Les Œwvres de Guill. de Machault. Reims & Paris, in-8, 1849. Dans la colle6lion des Poètes champenois. — 5 Biographie uni'v. des Mufciens. 2« édit., 1862. — 6 Le Livre du Voir-Dit de Guillaume de Machaut, oii font contées les amours de Guil- laume de Machaut & de Péronnelle, dame cTArmentieres , publié par M. Paulin Paris pour la Société des Bibliophiles françois. Paris, 1875. PRÉFACE. IX Tout n'eft pas dit cependant fur la queftion. L'écrivain qui voudra la traiter un jour pleinement devra confulter avec foin les documents de nos Archives nationales, dont on ne nous femble pas avoir fait un fuffifant ufage. Ils fourniffent quelques indications nouvelles & d'une certitude précieufe pour compléter, en les reâifiant fur quelques points, les obfervations recueillies jufqu'ici. Dans une étude femblable, où l'interprétation & les conjec- tures ont une part légitime & néceflaire, fi on ne fubordonne néanmoins toutes les induélions aux faits hiftoriques certains & chronologiquement établis, on court le rifque de faire bientôt faufîe route. Nul monument ne nous donne la date de la naiffance de Machaut, ou le moyen de la retrouver d'une manière précife. De là, une première caufe d'obfcurité & d'incertitude qui plane fur tout le fujet, & qui expofe à confondre le vrai & populaire Guillaume de Machaut avec les homonymes qu'il eut dans fa famille & hors de fa vraie famille. On varie beau- coup fur cette date. De 1282,1 & même de quelques années antérieures, ^^ on pafle à 1284,3 à 1295,4 à 1315 & au delà. 5 Retarder la naiffance de Machaut jufqu'en 1300 ou 1315, afin que notre poète ne fe trouve pas trop vieux en 1362, époque où fe place une intrigue amoureufe littérairement célèbre & probablement imaginaire ; rendre cette thèfe inouïe prefque croyable, eft un réfultat qu'ont pu feules obtenir l'immenfe érudition & la grave autorité de l'éditeur du Foir- Dit. Mais un document à date pofitive, fignalé déjà par l'abbé Lebeuf 6 & qu'il faut abfolument rapporter à notre Guillaume de Machaut, fi l'on ne veut renoncer à fa biogra- phie, ne nous permet pas d'accepter les conclufions de cette ingénieufe expofition. Au mois d'août 1308, date qui écarte du même coup comme inadmiflible l'année 1295, le roi Phi- lippe le Bel donnait le fief de Bouilly en Beauce à Guillaume de Machaut pour le récompenfer de fervices déjà reçus depuis affez longtemps, diucius^ & de ceux qu'on efpérait toujours de lui. La pièce eft enregiftrée au Tréfor des chartes.7 A l'époque oii Machaut recevait cette marque de l'eftime I L'abbé Rive, qui accepte 1282 Lebeuf. — 4M. Tarbé. — 5 M. ou 1284. Cf. Crapelet, Eiiflache Paulin Paris. — 6 Mém. de TAcati., Defchamps, page 81. — 2 Cf. ce t. XX. - 7 Chat, de Villieis, août que dit M. Paulin Paris, le Livre 1308. Voy. ci-après, Pièces juttif. du Voir-Dit, p. xv& n. — 3 L'abbé n" i . X PREFACE. & de la fatisfadion royales, il aurait eu douze ans s'il fût né en 1295, huit ans s'il était de 1300. On ne peut s'arrêtera de telles fuppofitions. Sa nai fiance ell donc antérieure & à l'an- née 1300 & à l'année 1295. Nous héfiterions toutefois à remonter trop au delà de 1282. Machaut ayant dépafi'é l'année 1369, puifqu'il raconte la fin tragique du roi Pierre l" de Lufignan, eût atteint l'âge de cent ans environ, s'il eft mort, comme on l'admet, en 1377. Cette circonftance, afifez exceptionnelle, eût été vrai- femblablement remarquée par Euftache Defchamps dans les nombreufes occafions où il a parlé de fon compatriote & maître bien-aimé. En plaçant fa naiflànce vers 1282 ou 1284, on voit encore que Machaut n'avait, en 1308, que vingt-trois ou vingt-cinq ans, ce qui annonce la précocité de fes talents & la rapidité, d'ailleurs bien juflifiée, de fa faveur à la cour de France, M. Fétis infifte beaucoup pour établir que Guillaume n'appartenait pas à la noble famille des Machaut, déjà illuftre au XIV^ fiècle. Nous le croyions déjà comme M. Fétis, mais par d'autres raifons, avant d'avoir retrouvé au Tréfor des chartes la pièce du mois d'avril 1309, qui lève tout doute à cet égard. Nous en rappellerons bientôt les termes mêmes. Four M, Fétis, la preuve de la roture de Machaut eft un traité de mufique, précieux manufcrit lui appartenant & daté du 12 janvier 1375, dans lequel Machaut, dont on invoque l'autorité, eft nommé G. de Mafcaudio. Or, dit M. Fétis, « Mafcaudiu?n eft précifément le nom latin du village de Machaut. » Nous en demandons pardon au favant hiftorien des mufi- ciens célèbres, mais la mention de ce manufcrit ne prouve rien ici. Les fires de Machaut s'appelaient inconteftablement Machaut, tout auiîi bien & à plus jufte titre que les hommes non nobles fortis du village de Machaut, & qui, une fois établis hors de leur pays, avaient reçu ce furnom comme fobriquet d'origine. Le nom de Machaut ou Machault était généralement latiniféen Champagne par Machaudium; i nous n'avons pas trouvé Mafcauldium. En France, à la chancel- lerie royale & ailleurs, on traduifait plutôt Machellum & Machoimm : Odo de Machello^ ?niles^ en 12775^ dilcSluî miles^ I Fouillés & comptes de Cham- 2. Arch. Nat. Layettes du Tré- pagne. Varin, Archi'ues admin. de for, J. 208. Voy. ci-après pièces Reims, t. II, p. 1108, iiii. jultif. n» 4. PRÉFACE. XJ ^ cambellanus nojîer Petrus de Machello^ en 1291 ; i Petrus de Machello quondam miles^ cambellanus nojîer^ en 1307 ;i Domi- nus 'Johannes de Macholio^ en 1308; 3 dans les pièces fran- çaifes contemporaines : Monfcigneur Pierre de Machau^ jadis chevalier chambellan le Roy A Ce qui nous femble établir déjà fuffifammentque notre Guil- laume n'appartenait pas à la famille feigneuriale des Machaut, c'eft que jamais fon nom, même dans les pièces & les cir- conftances les plus flatteufes, n'eft accompagné de la moindre qualification nobiliaire. Les rois l'appellent dileâus nofter; jamais l'attribut féodal àç.fiddis n'eft joint à ces mots. Encore moins les trouvons-nous accompagnés des qualificatifs do- minus^ Tniles ou armiger. Il ne faut pas dire cependant avec M, Fétis que Machaut eft le nom du pays & non pas le nom de la famille de Guil- laume. Nous croyons voir dans les monuments généraux & dans les pièces de nos Archives que, déjà au commencement du XIV^ fiècle, il y avait deux familles de Machaut inégales d'ancienneté, de notoriété, d'origine & de condition fociales. L'une pofledant la terre de Machaut en Champagne & por- tant ce nom, bien qu'elle pût réfider en d'autres domaines, famille ayant eu déjà un chambellan du roi, & formant peut- être, par quelque filiation inconnue aujourd'hui, la fouche des Machaut d'Arnouville des XVP & XVIIP fiècles; l'au- tre, fortie probablement du village de Machaut & afTez ré- pandue en Champagne & en France; arrivée déjà dans les charges lucratives de la cour, non noble encore, mais dont quelques membres ne tardèrent pas à obtenir la noblefle, comme cet honorable bourgeois de Châlons-fur-Marne, dileâus nojier Johannes de Machaut^ burgenfis catalaunenfts^ que Charles V anoblit héréditairement en 1373, lui, fa femme & fes enfants. 5 La plus ancienne mention concernant Guillaume de Ma- chaut a été découverte par l'abbé Lebeuf fur les tablettes de cire de Florence, imprimées aujourd'hui dans le Recueil des Hiftoriens de France. Il y eft infcrit à l'année 1301, parmi les gens du fervice de la reine Jeanne de Navarre, femme de I Lettre du roi de 1291. Pièces H'tji. de France, t. XXII, p. 545, juftif. no 5. — 2 Lettre du roi de 563. — 4 En 13 19. Ci-après, 1307. Pièces juftif. no 6. — 3 En pièces juftif. n" 7. — 5 Pièces 1307 & 1308. Bouquet, Kec. des juftif. n» 9. Xlj PRÉFACE. Philippe le Bel: GuilL de Macholio^ valctus camere.^ Qi^^^- ques autres mentions des mêmes comptes, pouvant fe rap- porter à lui, font fuivies de cette défignation : valetus porti\ huilîier de la chambre. Ainfi, prefque au début de la vie (il avait environ feize ans), nous le voyons placé avec pluiieurs autres Machaut, vraifemblablement de fa famille, 2 dans cette haute domef- ticité, non noble, de la maifon du roi, qui comprenait, fous la direâion de quelques grands officiers, le fervice intime des perfonnes Se des réfidences royales, l'ameublement, les coltumes, les atours, la table, les fêtes, les jeux, la mufique & quelques autres charges réunies plus tard fous la dénomi- nation de Menus-Plaifirs. Doué des plus heureufes facultés, poëte & muficien, Ma- chaut vit rapidement grandir fa renommée & entra de plain- pied en relations avec les feigneurs & les princes qui fré- quentaient la cour de France. Une fortit pas & ne voulut pas fortir néanmoins de cette condition moyenne, où il fut trouver l'illuftration & la richefle. Nous ne connaiffions aucune don- née férieufement hiftorique qui pût infirmer cette opinion, avant d'avoir retrouvé dans les regiftres du Tréfor des chartes la lettre royale de 130g, donnée à Cachan, qui la juftifie dans les termes les plus explicites. Mais Machaut lui-même ne fait-il pas plufieurs fois allu- fion dans fes œuvres à cette fituation intermédiaire, à cette médiocrité dorée dans laquelle il fe complut, fans chercher à en fortir, ce qui lui eût été facile, car les princes qu'il fervit & qu'il aima toujours femblent n'avoir eu rien à lui refufer. « Je m'appelle Guillaume & fuis furnommé de Machaut » : Je, Guillaumes deffus nommés, Qui de Machaut fuî fournommés. C'eft ainfi qu'il s'exprime à la fin du Jugement du roi de Navarre. 'h Un féodal, le fils du chambellan Mgr Pierre de Machaut, nommé comme lui Guillaume de Machaut & avec lequel on l'a confondu, 4 n'eût pas ainfi parlé. I Hij}. de France, t. XXII, p. 50S. Manulcrit Vogué, f. 87.-4 Pré- — 2 Un Robertus de Machello, di- face du Voir-dit, p. X)V. « Monf. leéius panetarius nojler, reçoit du Guillaume de Machau, entàns & roi, en 1309, certains biens con- hers de noble home monfeigneur fifqués fur un chevalier. Arch. Pierre de Machau, jadis chevalier Nat. Ci-après, pièces juftif. n" 8. & chambellan le Roy. » Année — 3 Compofé après Tannée 1348. 13 19. Pièces juftif. n" 7. PRÉFACE. xiij Ailleurs, dans le Confort d'ami^ compofé pour le même Charles de Navarre, en s'excufant délicatement de donner ce titre d'ami à un aufli grand perfonnage, il alTure le prince qu'il n'oubliera jamais la diitance qui les Icpare, & il ajoute avec une confiance que le talent légitime & rehauffe : « Pour moi, je ne fuis ni des grands ni des petits » : Sire, & fe je t'apelle ami N'en aiez pieur cuer ami. Car bien fces que tu yes mes firesj Et je des mieudres ne des pires Ne fui. I Ce que nous traduirions volontiers ainfî : « Je ne fuis ni chevalier ni ferf. » En 1307, Machaut pafla dans la maifon du roi en confer- vant fa charge de valet de la chambre, & c'eft dès l'année fuivante que Philippe le Bel, appréciant de plus en plus fon mérite & fes fervices déjà anciens, diucius^ le gratifia du domaine de Bouilly-en-Beauce, faifi pour forfaiture fur un chevalier nommé Jean de Pouville ou de Bouilly. L'aéte de cette donation, drefle au château de Villiers dans le mois d'août 1308, nous a déjà fervi à remonter la nailfance de Machaut au moins jufqu'aux années 1284 ou 1282, puifque Machaut recevait ce domaine en récompenfe de fervices appréciés déjà depuis aflez longtemps. Le nouvel aéte qui confirma & régularifa l'année fuivante cette donation établit d'une manière plus certaine encore la condition bourgeoife de Guillaume de Machaut. La terre de Bouilly a3/ant été tenue jufque-là féodalement, le roi, par une lettre fcellée à Cachan au mois d'avril 1309, en maintenant fes premières difpofitions, déclara formellement que Guillaume de Machaut & fes héritiers corporels & légi- times (s'il en avait jamais) pourraient, bien que non nobles : eo nonohJfanU quod nobiies non exijiant^ pofîeder à perpétuité le fief de Bouilly. 11 était fpécifié en outre que nul officier ne devrait les contraindre à vendre ce domaine, s'il ne leur con- venait, ou les empêcher d'en faire l'hommage régulier. 2 C'était un grand pas vers la nobleffe, & beaucoup de non nobles y font arrivés ainfi par l'acquifition de terres à hommage, dérogation aux premiers ufages des fiefs que la 1 Manufcrit Vogiié, f. 170, i'"»: col. - 2 Ci-après pièces juftif. n" z. xiv PRÉFACE. royauté avait contraint l'efprit ariftocratique à fubir depuis le XIIP fiècle. I Mais Machaut ne paraît pas avoir tenu à fran- chir cette barrière, puifque dans les mentions confignées au Confort d'a7nï^ écrit après l'année 1349, il fait à fa condition bourgeoife les allufions manifeftes que nous avons précé- demment citées. L'eftime, la faveur, l'amitié des grands & la fortune lui arrivaient, ce femble, au delà de fes défirs. Il s'en montra toujours reconnaiflant. Il avait acquis, peut-être de fes de- niers, ^ des maifons & des terres à Montargis & dans les alentours, à douze lieues environ de fon fief de Bouilly. Il conflitua fur ces biens des rentes perpétuelles en faveur des prieurés de Montargis & de Flotain, à la charge de célébrer des mefles hebdomadaires du Saint-Efprit durant fa vie, & des melTes de Kequiem après fon décès. Les lettres royales rendues pour confirmer ces donations, au mois d'août 1314, trois mois avant la mort de Philippe-le-Bel, le qualifient toujours de valet de la chambre du roi. 3 Les prières y font demandées pour Machaut feul, ce qui indique bien qu'il n'avait pas d'enfants & n'était pas marié, circonltance lailTée dans le doute parla rédaélion des lettres du mois d'avril 1309. La mort du roi Philippe-le-Bel ne changea pas trop la deftinée & les relations de Guillaume de Machaut. L'événe- ment fembla même tourner à fon avantage & donna peut- être un effor qu'ils n'auraient pas eu à fon talent & à fes aptitudes diverfes. Il entra alors au fervice du roi de Bohême, ami & bientôt intime allié de la maifon de France, 4 & ne le quitta qu'à la mort de ce prince, tué, comme l'on fait, dans les rangs de l'armée françaife, à la bataille de Crécy. Il refta ainfi, & il le rappelle expreffément, trente années aux gages de Jean de Luxembourg. C'eft une vie prefque entière. Ces années, qui fe déterminent rigoureufe- ment de 1316 à 1346, furent peut-être les plus heureufes de fon exiltence. Partout, dans toutes fes œuvres, le fouvenir reconnaiflant de ce temps fortuné lui vient à la mémoire. Dans maint endroit il parle de ce fage & bienveillant roi de Bohême, qui l'a aimé & nourri fi longtemps, qui, fimple & I Ordonnance de Philippe le fa fœur Marie époufa le roi Charles Hardi de 1275. — 2. Ex conquejlu le Bel,- en 1322, fa fille Bonne fuo. — 3 Valetus camere noftre. époufa le duc de Normandie, de- Pièces juftif. n» 3. — 4 En 1322, puis Charles V. PRÉFACE. XV frugal pour lui-même, diftribuait largement les joyaux & les fiefs à fes ferviteurs; il recherche les occafions de parler de fon fils Charles, devenu empereur par la fagefle paternelle, & de fa fille, la ducheffe de Normandie, morte avant l'avéne- ment de fon mari au trône, qui méritait fi bien, dit-il, fon nom de Bonne. Machaut ne fut pas auprès de Jean de Bohême le fimple clerc des foins & des amufements intérieurs. Il a la préten- tion, juftifiée par la vraifemblance & par fa fincérité habi- tuelle, d'avoir aidé le prince, dont il poffédait la confiance, dans les affaires les plus confidérables comme les plus déli- cates, I & l'on fait combien le dévouement du roi de Bohême pour la France, fes propres entreprifes en Allemagne & en Italie multiplièrent les travaux & les foucis autour de lui. Machaut paraît l'avoir accompagné partout: Je fus fes clers, ans plus de xxx. Si congnu fes meurs, & s'entente, S'onneur, fon bien, fa gentilleflTe, Son hardement & fa largeffe ; Car j'eftoie fes fecretaires En trertous fes plus gros affaires. 2 Le Confort d'ami rappelle qu'il fuivit notamment le roi dans fes campagnes de Pologne 3 & de Ruflie (1335-1337), prenant part à toutes les marches & quelquefois même, beaucoup plus qu'il ne convenait à fes goûts, mais toujours avec gaieté, aux gardes & aux veillées militaires. A la mort du roi de Bohême, Guillaume de Machaut refta en France où il était venu vraifemblablement avec fon maî- tre, & d'où il ne s'éloigna plus. Rentré dans le fervice des princes de la famille royale, il y fut toujours aimé & apprécié. Il ne paraît pas néanmoins y avoir occupé cette pofition exceptionnellement flatteufe que lui avait accordée Jean de I Dans le Confort d'ami. Ma- 3 II aiïifta à rhommage que chaut nous ajiprend qu'il fut fou- treize ducs allemands prêtèrent au vent rintermédiaire des générofités roi de Bohême & aux fêtes données particulières du roi: à Cracovie: Je le fcay bien, car je l'ay fait Je le vis, pour ce le tefmong... Plus de 1. fois de fait. Prefens fui à cefle ïtde. (Mf. Vogiié, f. 190.) Je le vi des yex de ma tefte. — 2 Édition, ci-après, p. 24-25. (Mf. Vogiié, fol. 190 v».) XVJ PRÉFACE. Luxembourg, & qui répandit fur la féconde partie de fa vie le charme des fouvenirs & de la gratitude. La ducheffe de Normandie, fille du feu roi de Bohême, prit d'abord l'ancien fecrétaire de fon père à fon fervice per- fonnel. Machaut paraît avoir obtenu, vers le même temps, un canonicat à la cathédrale de Reims. On le trouve infcrit, dès l'an 1346, comme jouiflant d'une prébende canonicale de 60 livres en revenu principal, i Quand la mort de Philippe de Valois appela le duc de Normandie au trône en 1350, Machaut reçut une charge de fecrétaire ou notaire du roi.^ Ces nouveaux avantages, joints à fa fortune antérieure, durent lui donner une fituation plus qu'aifée & peut-être opulente. Il n'en continua qu'avec plus de fuite & de goût à s'occuper de mufique & de poéfie. C'efl: la période la plus féconde de fa carrière. Le Dit du Lyon remonte au temps où il était encore auprès du roi de Bohême, & fut terminé après l'année 1342. Le Confort d^arni ne put être achevé qu'après 1348. Le "Jugement du roi de Navarre^ oCi font mentionnées des particularités du mois de novembre 134g, appartient au commencement du règne du roi Jean. L,e Dit de la Fontaine arnour eu fe ferait de 1361 ou 1362, & par conféquent des dernières années de ce prince. La mefle en mufique aurait été compofée pour le facre de Charles V, folennité à laquelle le roi de Chypre affifta à Reims, en 1364. Mais Machaut, en confervant l'heureufe fertilité de fon efprit, reflentait phyfiquement les atteintes de l'âge. Avec les années, les infirmités étaient arrivées. Il avait perdu l'ufage d'un œil, & foufl^i-ait parfois de cruels accès de goutte. Il eft douteux qu'il ait confervé fous le nouveau règne les fondions de fecrétaire royal. 3 Vers ce temps, il prit le parti de fixer fa réfidence loin de Paris & de vivre le plus qu'il pourrait dans fes propriétés de Champagne ou du Gâtinais. Là, fans négliger les devoirs afTez faciles de fon canonicat, & en occupant toujours aâivement fes loifirs, il put, entouré iNd^xm, Arch.adminiJJ.de Reims, ... Vous me deïftes t. II, 2^ partie, p. 1034. — 2 Dans guand Secrétaire me f'eïftes. une de fes complaintes, adieffée (Mf.LaVallière, notremf.C.f.éy.) au roi Jean & viliblement écrite - 3 Son nom ne figure pas une loin de la cour, il rappelle au roi ^'^ au bas des mandements & fa nomination : lettres miffives de Charles V qu'a publiés M. L. Delifle. PRÉFACE. XVlj d'amis & de difciples dévoués, comme Euftache Defchamps, jouir de la noble aifance que fon mérite & fes bienfaiteurs lui avaient aflurée. Eh bien, le croirait-on ? C'eft là, c'eft à cette époque de calme & laborieufe retraite, &, pour précifer davantage, c'eft aux années 1362 & 1363, que fe placerait la liailbn roma- nefque dont le Livre du Voir-Dit^ compofé en 1363 ou 1364, M. Paulin Paris l'a favamment prouvé, 1 renfermerait la véri- dique hiftoire & les monuments authentiques. L'héroïne de l'aventure eft une jeune fille de dix-huit à vingt ans. Le héros.'' On l'ignore. Et peut-être n'y a-t-il pas à rechercher les noms hiftoriques d'une fituation très-vraifemblablement ima- ginaire. Mais fi l'on voulait y voir abfolument Guillaume de Machaut, il faudrait fe réfoudre à parler d'un vieillard, d'un goutteux, d'un homme de foixante-quinze à foixante-dix-fept ans! La difcuffion ferait-elle encore poffible ou néceflaire .^ Nous en appelons à un nouvel examen du favant éditeur, à qui nous foumettons avec confiance les pièces de nos Ar- chives nationales. Pour nous, il nous eft impoiîible de voir dans cette correfpondance, d'une uniformité de réda6lion furprenante & quelque peu monotone, autre chofe qu'une Nouvelle H'eloife du moyen âge. Machaut entreprit quelques années après une œuvre auffi confidérable que le Voir-Dit. C'eft la Frife d" Alexandrie^ ou, plus exactement, l'hiftoire du roi Pierre P^ de Lufignan, ce valeureux champion de conquêtes impofîibles, dont il avait connu tant de ferviteurs, d'amis & de compagnons d'armes. Si facile que la compofition ait été pour Machaut, on ne trouvera pas exceflif d'accorder trois ou quatre ans à l'achè- vement d'un pareil récit, qui ne comprend pas moins de neuf mille vers, & qui ne put être commencé au plus tôt que dans le cours de l'année 1369. Nous atteignons ainh l'année 1372 ou 1373. Un document du 15 oâobre 1371 conftate que Mejîre Guillaume de Machaut figurait parmi les nombreux créanciers du duc de Berry, frère de Charles V.^ La quali- fication de maître ajoutée à fon nom indique que notre vieux I Le Livre du Voir-Dù, prél, Berry, pour un an, du ler juin 1 371 p. xiv, xxviij. — 2 Article du au 31 mai 1372. Archiv. Nat., JJ. compte d'Etienne Valée, maître de 251, fol. 72 (communication de la chambre aux deniers du duc de M. Siméon Luce). XVI ij PRÉFACE. poëte était au moins maître-ès-arts, ii ce n'eft doâeur. Quelle que fût d'ailleurs l'importance de fa créance, ce font autant de faits qui témoignent de l'étendue de fon favoir & de fes relations, de la réalité de fa fortune & de la durée de fa vie. La Prifc d'Alexandrie fut vraifemblablement le dernier de fes grands labeurs, & l'année 1377, à laquelle on rapporte généralement fa mort, i n'a rien que de très-acceptable. Machaut, s'il était né, comme nous le penfons, vers l'an 1284, avait alors quatre-vingt-douze ans. L'une des ballades qu'Euftache Defchamps compofa fur fa mort annonce à la Champagne la perte douloureufe qu'elle venait de faire : Veftez-vous noir, plourez tous, Champenois, La mort Machaut, le noble rhétorique. 2 Son origine champenoife efl: donc aufïï bien déterminée que la date & les fources de fon Hijîoire du roi de Chypre^ dont il nous refle à parler. III .? I Examen critique du texte. La Prife d'Alexandrie eft une œuvre conçue & exécutée dans fon enfemble fous l'empire d'un double fentiment: d'une admiration exagérée & continue pour le roi Pierre de Lufi- gnan, que fes voyages & fes brillantes expéditions contre les infidèles avaient rendu célèbre en Europe, & de l'horreur qu'infpira fon aflaflinat, furtout dans les pays où les circonf- tances qui précédèrent & accompagnèrent le meurtre furent moins connues. Machaut, mal informé à cet égard, partagea & propagea l'erreur commune, qui fit confidérer le vainqueur d'Alexan- drie, le dernier efpoir des croifades, comme lâchement facrifié par fes chevaliers & fes frères au défir du repos & de la paix. I M. Fétis, M. Tarbé, M. Paulin Paris. Le Voir-Dit, p. xxvj. 2 M. Paulin Paris. Les Manufcrits fiançais, t. VI, p. 423. PREFACE. XIX Si favorables que foient cependant les difpofitions de Ma- chaut à l'égard de Lufignan, elles ne l'entraînent jamais à dénaturer ou à exagérer fciemment les faits à fon avantage. L'auteur de tant de fiâions & d'allégories ingénieufes eft ici un hiftorien, un écrivain véridique, impartial, au moins par l'intention, & prefque fcrupuleux. A part fon prologue mythologique fur la naiflance du roi Pierre, à laquelle l'écrivain, par un dernier retour poétique, alfocie les divinités les plus favorables de l'Olympe, tout le refte de l'œuvre, quoique écrit en vers, eft une véritable chronique, confciencieufement &: foigneufement rédigée. On y fent l'amour & la recherche de la vérité & même de l'exaâi- tude. Quand Machaut fe trompe, & la fin de fon récit ren- ferme les plus grandes erreurs, c'eft que fes informations l'ont égaré, mais non la paffion ou un deffein prémédité. Sans jamais avoir été en Orient, Machaut fe trouva par fa pofition en rapport avec beaucoup de perfonnes qui connaif- faient le pays; il fréquenta les officiers & les ferviteurs venus avec le roi en Europe. Il fut particulièrement lié avec Ber- mond de la Voulte, chevalier du Vivarais, chambe lan du roi de Chypre, i II put voir Perceval de Cologne, autre cham- bellan du roi, qui féjourna deux fois à Paris & à la cour « où il était bien connue» en 1364, lors du premier voyage de Pierre I" en Occident, & en 1367, quand le roi le chargea d'aller faire les apprêts du combat fingulier qu'il avait accepté avec Florimont de Lefparre. 3 Peut-être fut-il admis en quel- ques occafions auprès du roi lui-même, à Reims ou à Paris. Auffi, quand ii voulut écrire l'hiftoire de ce prince, dont le cara6lère aventureux & les hauts faits l'avaient captivé, il n'eut qu'à recueillir fes fouvenirs perfonnels & à écouter les rapports de plufieurs hommes d'armes champenois qui avaient fervi, avec tant d'autres occidentaux, dans les armées chypriotes. Ses notions fur les premières années de Pierre de Lufignan font généralement corredles. Les chroniques de l'île & les documents originaux confirment ce qu'il dit de la fuite du jeune prince, impatient de connaître les chevaliers & les tournois de France, dont il entendait fouvent parler à Ni- cofie; il eft dans le vrai en rappelant la févérité & la pru- I Voy. ci-après, page m, v. 3 Voy. à la fin du volume, la 3669. — 2 Page 235, V. 7613. note 733, p. 287-288, XX PREFACE. dence du roi Hugues IV, ion père, & les defleins que formait le prince de Tripoli, dès qu'il ferait parvenu au trône, de reprendre la guerre contre les infidèles, projets qui furent la penfée & la gloire de fon règne. La partie la plus confidérable de l'œuvre eft le récit de l'expédition d'Alexandrie en 1365, avec les annexes anté- rieures & poftérieures qui fe rattachent à ce grand fait mili- taire : les voyages du roi en Occident pour préparer la coa- lition des forces chrétiennes, réfultat qu'il n'obtint jamais, la marche de la flotte & de l'armée formée à grand'peine, grâce à quelques dévouements ifolés, aux fubfides du Saint- Siège & au concours effeilif des chevaliers de Rhodes; l'af- faut & la prife d'Alexandrie; le pillage des magafins d'où les Européens rapportèrent en leur pays des épiceries & de riches étoffes; ' l'évacuation de la ville à laquelle le roi eut tant de peine à fe réfoudre; fes expéditions ultérieures en Caramanie & en Syrie, tantôt contre les Turcs, tantôt contre les Arabes, fuivant les péripéties des négociations de paix qui fe pourfuivaient laborieufement en Chypre & au Caire, par la médiation des communes italiennes. Sauf quelques inexactitudes & quelques obfcurités, tout ce récit eft fatisfaifant, bien fuivi, nourri de faits détaillés & précis. Machaut en a reçu les éléments, ou, pour employer fes propres expreilions, la ?natiere^ de témoins oculaires & bien renfeignés. 11 le dit d'une façon générale en plufieurs circonftances ^ & il nomme comme fon principal initiateur un écuyer de Champagne, Jean de Reims, que l'on voit figurer à la prife de Gorhigos en Arménie 3 & qui réulîit à accompagner au Caire l'un des négociateurs génois, lors de l'ambaflade de 1367:4 Cils Jehans dont je vous parole M'aprent & m'enfeigne & m'efcole Et m'ameniftre ma matière ; Car il vit toute la manière De Coure, dou Quaire & d'Alixandre, Et de Triple, & fi fu au prendre. 5 I Cf. notre Hijî. de Chypre, t. II, qui y eiloit. » — 3 P. 142: « Jehans p. 46i&n. 4. — a Ci-après, page de Reims, au cuer hardi. » — 74; « Et le me dit uns chevaliers. 3 4 Page 179. — 5 V. ci-après. Page 98: « Si com dire oy lai celi page 180. PRÉFACE. XXJ L'exa£litude des notions qu'il fournit fur quelques points fpéciaux traités en Egypte par les ambafladeurs, comme les Douanes & les Pèlerinages, eft confirmée par les lettres mêmes du roi de Chypre publiées à Rome en 1368, pour fe difculper aux yeux de la chrétienté des lenteurs de la négo- ciation. I Le nouveau voyage en Europe, la longue hiftoire de fa querelle & de fon duel avec Florimont, fire de Lefparre, la réconciliation très-dignement opérée par Urbain V entre les deux adverfaires, fans bleffer en rien l'honneur royal, fa reconnaiffance comme roi d'Arménie, enfin fon adhéfion à la reprife des négociations, donnée à la follicitation du pape & des communes marchandes, forment encore une très-bonne partie & une digne continuation de la prife d'Alexandrie par l'expofé des faits & la connaiflance des intérêts divers engagés dans ces queltions. Machaut a pu facilement en re- cueillir le récit oral ou écrit par fes relations étendues. Il femble avoir connu le texte même des lettres de cartel échangées entre le roi & Florimont de Lefparre, qu'il inter- cale dans fes vers & qui ont tous les caraâères de l'authen- ticité. La fin de la chronique eft bien moins fatisfaifante. La partie défeétueufe commence au récit des événements fort complexes qui amenèrent la rupture définitive du roi avec les barons de Chypre & le meurtre du prince. Chronologi- quement elle ne comprend donc que les derniers mois de l'année 1368 & le mois de janvier 1369; un cinquième à peu près de l'enfemble de la compofition. Ce qui finit par exafpérer les chevaliers chypriotes contre le roi Pierre, ce ne fut ^as, comme l'enthoufiafme aveugle de quelques contemporains l'a fait croire, fes projets plus généreux que réalifables de nouvelles croifades, mais l'ef- froyable arbitraire auquel, à la fuite de malheurs domeftiques imprudemment révélés, il fe laifià aller vis-à-vis des liges, à fon retour de France. En frappant directement les chevaliers feudataires fans le jugement de la Haute Cour, en condamnant un vaffal de fon autorité privée à la prifon ou à l'exil, en obligeant une femme noble à époufer un ferf ou à travailler la terre de fes mains, il violait outrageufement les bafes mêmes de la fociété féodale qu'il avait juré de refpe6ter à I Voy. notre Hi/Ioire de Chypre, t. II, p. 291. xxij PRÉFACE. fon facre, & ne laifTait plus de fécurité à perfonne autour de lui. Pour qui n'a pas fu l'importance extrême que confervaient encore au XIV*^ fiècle, dans les Etats de l'Orient latin, les privilèges des hommes liges, dont le roi n'était en quelque forte que le chef favorifé, à la condition d'obferver les aflifes, les événements furvenus à Nicofie au retour du roi font peu compréhenfibles, les rôles changent. Se le plus coupable des perfonnages, le contempteur audacieux des lois du pays, des lois de l'humanité comme de la morale, celui dont les ca- prices fantafques & cruels ne peuvent s'expliquer que comme des accès d'une véritable démence, n'eft plus que la viétime intéreflante d'une conjuration de chevaliers dégénérés ou de parents jaloux du pouvoir. Au commencement de notre fiècle, il s'eft pafle dans une cour d'Europe un fait fanglant, un crime politique affez femblable au meurtre du roi de Chypre. C'eft l'affaffinat de l'empereur Paul P'^ à Saint-Péterfbourg. Alexandre a connu le complot & n'a rien fait pour le conjurer. Qui oferait néanmoins accufer ce malheureux prince d'avoir été le meurtrier de fon père? La fituation des frères du roi de Chypre fut pareille à celle d'Alexandre vis-à-vis d'un fouve- rain dont la violence Se la folie compromettaient l'exiftence même de l'Etat & de la couronne. Si la grande hiftoire a été jufqu'ici plus févère pour les Lufignans que pour Alexandre, c'eit que l'hiftoire intime Se réelle de leur temps & de leur pays n'eft pas fuffifamment connue. Le prince d'Antioche Se le roi Jaques de Lufignan feront vengés un jour par l'expofé complet des faits confervés dans les véritables chroniques de Chypre. Les témoignages concordants de Léonce Mâchera, de Diomède Strambaldi, d'Amadi, de Florio Buftron Se de Lorédano finiront par prévaloir fur les exagérations Se les erreurs flagrantes de Philippe de Maizières, du biographe d'Urbain V, de Chrif- tine de Pifan, enfin Se furtout de Guillaume de Machaut. Il faudra faire juftice de ces erreurs Se de ces déclamations, paffées dans les ouvrages les plus juftement accrédités, tels que les Annales eccl'cfiajîiques de Rinaldi Se Y Art de vérifier les dates, i Comment Guillaume de Machaut, fi foucieux de fes ren- I Voy. Hifl. de Chypre, t. II, p. 342. Note fur le meurtre du roi Pierre /". PRÉFACE. XXllj feignements pour les temps antérieurs, a-t-il accueilli, fur les graves événements qui terminent fon récit, des aflertions & des anecdotes aufîi hafardées, quand elles ne font pas entièrement erronées ou ridicules? Chofe étrange! c'eft à la fin, fi juftement fufpeâe, de fa chronique, que iVlachaut, fimple & bref ordinairement dans l'indication de fes fources, fignale avec infiftance & itérativement l'origine & le prix de fes nouvelles informations. Quelque défiance femble lui refter cependant, car il déclare ne pas s'en porter perfonnellement garant, i Nous mettons néanmoins fa bonne foi hors de doute. Prefle par l'âge de terminer fon œuvre, il a répété, fans pouvoir le contrôler, ce qu'il penfait être la vérité. • Mais on ne peut en dire autant du narrateur dont il in- voque le témoignage, en croyant à fa fincérité. Gautier de Conflans, chevalier champenois qui, dans fes entretiens avec Machaut & quelques amis com.muns, leur répéta tout ce qu'il favait des faits extraordinaires récemment furvenus en Chypre & du meurtre du roi, ferait excufable s'il n'avait été qu'un obfervateur fuperficiel, ou un rapporteur crédule & léger; mais comment trouver une explication avouable à fes récits, quand il dit avoir vu de fes yeux tous ces faits, particulièrement la fcène du meurtre, & quand le contraire reflbrt évidemment de fa propre rédaéiion? Voici en quels termes Guillaume de Machaut, ou plutôt Gautier de Conflans, auteur refponfable du récit, en annonce par deux fois l'origine & la fincérité: Sa mort vous conteray, Ne ja ne vous en mentiray ; Einfi comme cils le m'a dit Qui y eftoit & qui la vit, Et qui mentir ne deingneroit. i Et ailleurs: Ce me dit meflires Gantiers De Confflans, non pas feul, moy tiers, Et s'eftoit là où tout s'avint.S Rien de plus précis, on le voit. Eh bien ! quelque formelles que foient ces déclarations de la préfence de Gautier de I Cf. ci-après, p. 248, v. 8024. — Vefci fa parole & fon dit, 2 Page 246. — 3 Page 284. Plus Si comme Gautier le me dit. loin encore, p. 2 5 6, Machaut répète: XXIV PREFACE. Conflans fur le théâtre des événements & de leur fuprême dénoûment, il eft impolTible de les admettre comme vraies. Gautier n'a rien vu de ce qu'il raconta à fes amis de Cham- pagne, & ce qu'on lui en apprit était déjà inexaâ quand il l'entendit, ou fe dénatura complètement en paflant par fa bouche. Il fuffirait d'une circonftance pour ôter à fes affertions le poids d'un témoignage oculaire. Je la cite ici, entre tant d'autres, bien qu'elle m'oblige à aborder un détail pénible, parce qu'elle ruine la bafe de toutes ces affirmations. Gautier de Conflans prétend que la reine repofait auprès du roi, quand le prince fut attaqué. Or on fait d'une manière cer- taine cffc'une autre que la reine partageait la couche royale la nuit du meurtre.' Nul de ceux qui fe rendirent au palais royal, à l'aube du 17 janvier 136g, n'ignora une femblable particularité; & l'on peut dire qu'il n'efl: pas un chevalier de la Haute Cour, un homme un peu confidérable en Chypre, qui n'en ait été informé par la haine ou la malignité publique. Il prétend que le projet de tuer le roi fut définitivement arrêté chez le prince d'Antioche. Le contraire eft prouvé par le chancelier de Chypre lui-même, l'ami du roi, l'apolo- gifte auffi indulgent à fon égard qu'il eft: dur pour fes frères. Philippe de Maizières nous apprend que le complot, qui était le fecret & qui fut le crime de quelques chevaliers feulement, au milieu de l'émotion de tous, s'ourdit chez Ravmond Babin,^ bouteiller du royaume, à qui appartenait le ferf que le roi, dans fon irritation contre le vicomte de Nicofle, voulait impofer pour époux à fa fille. 3 La narration entière de Gautier de Conflans eft un tiflu d'inexaétitudes, qui feraient des calomnies monftrueufes s'il en avait eu confcience, ce qui eft: douteux. A l'entendre, le prince d'Antioche ferait fort! de la chambre du roi quand le roi dormait encore; le prince aurait fignalé le moment propice aux aflaifins; le roi aurait été frappé dans fon lit. Autant d'afl^ertions, autant d'erreurs. Il eft établi que les frères de Pierre de Lufignan, venus au palais avec les barons pour rendre compte au roi des con- férences de la nuit, héfitaient à entrer dans la chambre à I Voy. à la fin du vol., note 77, n. 5; p. 399. — 3 Léonce Mâchera, Se HiJ}. de Chypre, t. II, p. 340. — édit. Sathas, p. 180; Strambaldi, 2 Voy. Hijî. de Chypre, t. II, p. 333, fol. 87 V. PRÉFACE. XXV coucher. Prefle par le groupe des conjurés qui commence à entrer alors ouvertement en a6tion, le prince d'Antioche fe hafarde à faire ouvrir la porte par un homme de fcrvice & échange quelques paroles amicales avec le roi, debout & hors de fon lit. Revenu peu après dans l'antichambre pour donner au roi le temps de fe vêtir, il elt auflitôt environné par les conjurés & retenu de force ainfi que fon frère. Le meurtre eft en même temps, & en un inftant, confommé dans la pièce voifine, à la ftupéfadion générale. La grande majorité des chevaliers était, en eftèt, venue au palais avec les princes, à la fuite des délibérations de la Cour, pour montrer au roi un écrit, fcrittura^ capitoli^ dans lequel on avait réfumé ' les difpofitions des Afiifes concernant les obligations réciproques du roi & des liges. Les chevaliers ne voulaient, ils ne pour- fuivaient qu'une chofe : la fin de l'arbitraire, & comme fanftion extrême contre la réfiflance poflible du roi, ils n'en- trevoyaient, ils ne réclamaient qu'une mefure : la déchéance du pa£le féodal.^ Ces faits, d'une importance hiftorique égale à leur certi- tude, rendent fa vraie phyfionomie au foulèvement des barons de Chypre contre Pierre 1er & expliquent les événements qui amenèrent fi brufquement la fin du règne & de la vie de ce prince. L'accord de toutes les chroniques de l'île, de Mâchera à Lorédano, doit les faire confidérer comme la vérité même. Pour Gautier de Conflans & Guillaume de Machaut, ils ne femblent pas même les foupçonner, pas plus que le biographe d'Urbain V & Chriftine de Pifan, échos éloignés des bruits populaires. Philippe de Maizières, tout entier à fes regrets & à fon admiration, les a partes fous filence. En allant jufqu'à aflbcier la mère même du roi au complot qu'il appelle « l'alliance, » Gautier ne prouve qu'une chofe, c'eft l'univerfel mécontentement & les cruelles appréhenfions que caufaient les emportements du roi jufqu'au fein de fa famille. Son récit des funérailles du prince, qu'on aurait dérifoire- ment revêtu d'une couronne de parchemin peint, eft un outrage à la dignité autant qu'à la vérité hiftorique. Et quand il tranfforme en une forte de confeil direftorial la commiffion de la Haute Cour de Nicofie, chargée unique- ment par les barons de choifir le meilleur exemplaire du I Extr. de Strambaldi, Hijî. de C/i.pre, t. II, p. 338.-2 Note 82. d XXVJ PRÉFACE. livre du comte deJafFa pour en propofer l'adoption comme loi écrite du royaume, afin de mettre un terme aux nonvcl- let'es^ dont les liges fe plaignaient, folennelles délibérations dont nous avons le procès-verbal en tête des Affifes, non- feulement il donne le droit de douter de fa préfence en Chypre à cette époque, mais il nous autorife à croire qu'il n'a connu ces événements que par la rumeur générale & par les rapports d'occidentaux bien peu au courant des ufages & de la manière dont fe gouvernait le royaume de Chypre. J'ai parlé bien longuement de Machaut & de fon hiftoire de la Croifade d'Alexandrie. Livrant pour la première fois ce document à une entière publicité, il m'a paru indifpen- fable de réunir ce que l'on pouvait favoir de certain de la vie de l'auteur & d'examiner fon œuvre avec quelque détail. J'ai montré que le corps principal, le récit de l'expédition & de fes acceflbires, tranfmis par Jean de Reims, eft la partie faine & folide; la fin eft incohérente & l'on ne faurait ïbumettre à un trop févère contrôle les rapports de Gautier de Conflans pour retrouver au milieu de tant de fauftes afler- tions les quelques notions exactes qui peuvent s'y trouver. Je ferai plus bref dans ce qui me refte à dire. §2 Indépendamment des graves erreurs hiftoriques de la fin de la Prife cP Alexandrie^ fur les caufes & les conféquences de la rupture des barons de Chypre avec le roi, il y a à fignaler dans l'enfemble du document quelques inexactitudes & quelques négligences de détail. Plufieurs font involontaires; la plupart ne font que des licences de verfification. Je ne puis expliquer la diftra6tion qui amène Machaut à dater du 28 janvier 1369^ une circonftance antérieure à la mort du roi, quand tout établit, fon propre témoignage comme les autres, que le meurtre eft du 17 de ce mois. Ce ne peut être une concellion à la rime ou à la mefure, règle impérieufe qui lui fait prendre ailleurs certaines libertés & commettre quelques altérations de mots, faciles d'ailleurs à rectifier, comme quand il écrit Mors au lieu de Morf ou I AJfifes de Jiruf., t. 1, p. 3, — 2 P. 258 c^' la note 84. PRÉFACE. XXvij Morfo, pour rimer avec 7nors & hors; i Benangcs^ au lieu de Benauges qui le gênait ; 2 Contes pour Coûtes 3 ; e/fat pour eft:oit;4 Valence pour Valénie, 5 &c. Au vers 6332, mars pour avril^ afin de rimer avec efpars^ me paraît encore une conceflion à la rime, mais une con- celfion un peu forte, car une leéture attentive de ce qui précède peut feule permettre de reconnaître que l'aâion rapportée ici eft inconteftablement du mois d'avril. La loi de la mefure, non moins rigoureufe que la loi de la rime, explique encore, non-feulement les diftërences d'or- thographe du même mot, mais les différences de prononcia- tion, qui en étaient la conféquence abfolument néceffaire, afin d'obtenir, fuivant la circonftance, plus ou moins d'arti- culations du même mot. C'eft: fous l'empire de cette règle que Machaut compte les diflyllabes avec & adonc comme formant, quand il lui plaît, trois fyllabes. En ce dernier casj de quelque façon qu'ait écrit le copifte du manufcrit, nous imprimons en trois fyllabes, avecques^ adoncques^ &c. Le mot Jehan forme arbitrairement, & fuivant la con- venance des vers, une ou deux fyllabes: "Jean ou 'Je-an; Chre/iiens fe prononçait en deux ou trois émiflions de voix : Chref-tiens ou Chref-ti-ens. De même & indépendamment de l'orthographe écrite: Ce eji^ c^ejî; co?n^ comme^ comptaient pour une ou pour deux fyllabes; je ejhis^j'ejioïs^ pour deux ou pour trois fyllabes; royne compte pour trois fyllabes quand il doit rimer à la fin d'un vers avec concubine. 6 IV-V Puifée, comme on l'a vu, dans les informations orales ou Sources écrites de fes amis & de fes correfpondants, complétée par fes antérieures fouvenirs & fes obfervations propres, la Prife d^ Alexandrie^ par l'auteur du affez répandue au moins en France, comme les autres écrits '^xte. de Machaut, ne paraît pas avoir été utilifée par les écrivains poftéHeurs^flits du moyen âge. au texte. Quelques fimilitudes entre notre chronique & les chro- niques chypriotes dans l'énumération des galères équipées I Vers 2416 & 8060. — 2 Vers 4 Vers 7224. — 5 Vers 6997. 47' 3- — 3 Vers 4676 & 5878. — 6 Vers 8059. XXVllj PRÉFACE. en Chypre lors de l'expédition de Gorhigos, ne fuffifent pas pour établir que Léonce Mâchera ou Strambaldi aient connu l'écrit de Guillaume de Machaut. Les uns comme les autres ont pu trouver cette énumération dans quelques documents du temps. VI Defcriptlon jg défigne par les lettres A, B, C, D, V, les cinq manuf- crits où j'ai reconnu la Prife d'Alexandrie. Les quatre premiers appartiennent à la Bibliothèque natio- nale; le dernier, magnifique exemplaire du XIV^ fiècle, eft la propriété de la famille de notre honorable préfident, pour qui les oeuvres & la gloire de Machaut font particulièrement précieufes. J'ai établi mon texte fur le manufcrit A, en profitant des variantes des autres manufcrits. A. — Bibliothèque Nationale, N" 1584. Ancien fonds français, N° 7609. Vélin. Miniatures. XIV"" fiècle. Catalogue imprime des jnfc. franc.., t. I, p. 25g. B. — ■ Biblioth. Nat., N° 9221. Grand in-fol° à trois col. Vélin. Mmiatures. XIV° fiècle. Ancien fonds franc. 7609,^ ou fuppl. franc. N° 43. Exemplaire du duc de Berry,Jean, fils de Charles V. La Prife d'Alexandrie eft à la fin, fol. 213-238. C. — Biblioth. Nat., 22546. Ce manufcrit in-fol° vélin forme, avec le N° 22545 ^^^ ^^ précède & le complète, le recueil des poéfies de Machaut, en deux volumes, propriété fucceffive de Gaignat, des Carmes Déchaux de Paris & du duc de La Vallière (Catal. La Vall. N° 25 bis). D. — Bibl. Nat. N° 1585. Papier. XV= fiècle. Ancien Col- bert, N° 835, ancien fonds franc., N° 7609.1 [Catal. imprimé, t. I, p. 259.) La Prife d'Alexandrie eft à la fin du manufcrit, fol- 332-395- V. — Manufcrit de M. le marquis de Vogué. In-fol°. Vélin à deux colonnes. Belles & nombreufes miniatures. XIV' fiècle. Reliure & foliotage du temps. PRÉFACE. XXIX Fol. i. « Ci commencent les balades, où il n'a point de chant. » Fol. xxxix. « Ci commence le dit dou Vergier. » Fol. xlvij, v°. « Ci commence le temps Pafcour, » ou le Jugement du roi de Bohême. Fol. Ix. « Explicit le jugement dou bon roy de Boeme. » Fol. Ix, v°. « Ci commence le jugement dou roy de Navarre. » Fol. Ixxxvij, v°. Le Lay de Plour^ avec mufique. Le titre manque. Fol. xc. « Ci commence Remède de fortune, » entremêlé de mufique. Fol. cxxij. « Ci commence le dit dou Lyon. » Fol. cxxxviij. Feuillet blanc. Fol. cxxxix. « Ci commence le dit de l'Alerion. » Fol. clxx. « Ci commence Confort d'amy. » Fol. cxcvij. « Ci commence le dit de la Fonteinne amou- reufe. » Fol. ccxvj. « Ci commence le dit de la Harpe. » Fol. ccxix. « Ci commencent les Lays. » Fol. cclx. « Explicit le Lay de Bonne Efperence. » Fol. cclx, v". « Ci commencent les Motez. » En français & en latin; le tout en mufique. Fol. cclxxxiij. « Ci commence laJVIefle deNoftre Dame, » en mufique. Fol. ccxcvj, v°. « Ci commencent les Baladez. » Fol. cccxxvj. La Prife d'Alexandrie. Le titre manque. Fol. cccxcij, v°. « Explicit la Prinfe d'Alixandre. » P'in du manufcrit. Je n'ai pas cru nécefîaire de donner les variantes des ma- nufcrits pour les différences d'expreflions ou de diale6les; je me fuis occupé avant tout de la clarté & du fens du récit. On trouvera une garantie d'exaâitude dans le concours qu'a bien voulu m'accorder, pour la révifion du texte, mon favant collègue & ami, M. JVIichelant, que je ne faurai trop re- mercier de fes confeils & de fa parfaite obligeance. XXX PRÉFACE. TIÈCES JUSriFICcATIVES DOCUMENTS CONCERNANT GUILLAUME DE MACHAUT No I. Villiers, 1308, au mois d'août. Donation de la terre de Bouilly en Beauce à Guillaume de Machaut par le roi Philippe le Bel. Arch. Nat. Tréfor des chartes. Reg. JJ. 41, fol. 20 V^, no 24, & Reg. 44. fol. 107, no 173. Philippus, Dei gracia Francorum rex. Notum facimus uni- verfis tam prefentibus quam futuris quod nos, confiderantes obfequia i que dileâus nofter Guillelmus de Machello, val- letus camere noftre, nobis diucius exhibuit, ipfumque impof- terum exhibiturum fperamus, pofTeffiones, proventus, exitus & bona quecunque que ad nos, ex forefaélura feu commifîb Johannis de Pouvylla, alias di6ti de Boulliaco^ armigeri, apud Bouilliacum, in parrochia de Trinayo in Belfia, per incurfum provenerunt, eidem Guilleimo, diâorum obfequio- rum obtentu, damus tenore prefencium & concedimus, ab ipfo ejufque heredibus legitimis ab ipfius proprio corpore defcendentibus habenda, poffidenda perpetuo & tenenda, retenta nobis in eifdem jufticia, falvo que in aliis jure noftro & in omnibus alieno. Quod ut firmum, &c. A6lum apud Villers, menfe Augufti, anno Domini ccc°. o6lavo. No 2. Cachan, 1309, au mois d'avril. Confirmation de la donation de la terre noble de Bouilly à Guillaume de Machaut Se à fes héritiers, nonobltant leur roture. Arch. Nat. Tréfor des chart. Reg. JJ. 41, fol. 24 v", no 36. Philippus, Dei gratia Francorum rex. Notum facimus uni- verfis tam prefentibus quam futuris quod cum nos, confide- I Reg. 44. Grata confidentes 2 Reg. 44. Seu commijfo lohannis obfequia. de BouUiaco. PRÉFACE. XXXJ ratione grati & accepti fervicij quod diledtus nofter Guillel- mus de Machello, valletus camere noitre, diucius nobis exhibuit, ipfumque impofterum exhibiturum fperamus, pof- fefliones, proventus, exitus & bona quecunquc que ad nos ex forefaélura feu commiilo Johannis de Pouvilla, alias didi de Boulliaco, armigeri, apud Boulliacum, in parrochia de Trinaio in Befia, per incurfum provenerunt, eidem Guil- lelmo, pro fe, heredibufque fuis legitimis de ipfius proprio corpore defcendentibus, per alias noftras litteras donave- rimus graciofe; que quidem de feodo nobili exiftere & teneri dicuntur, nos, eidem Guillelmo, volentes gratiam facere pleniorem, volumus & eidem, tenore prefencium concedimus quod ipfe ejufque heredes prediâi, premiffa donata eidem, ut premittitur, teneant, habeant & poflîdeant juxta donationis noitre tenorem, eo nonobftante quod nobiles non exiftant, nec ad premiffa extra manum fuam ponenda per quemcunque coar6tari valeant, feu pro eifdem a quibufcunque teneantur ad homagium refutari, vel alias moleftari, feu quomodo libet impediri, noftro in aliis & alieno in omnibus jure falvo. Quod ut firmum, &c. Aâ:um apud Cachant, anno Domini M. ccc° nono, menfe Aprilis. No 3. Poifly, 13 14, au mois d'août. Confirmation de ramortiffement de certaines donations & fondations pieufes faites par Guillaume de Machaut aux prieurés de Montargis & de Flotain. (Extraits.) Arch. Nat. Tréfor des chartes. Reg. JJ. 50, fol. 26, n" 66. Admortizacio plurimn hereditagiorum pro priorc Êeaie Marie de Cajîro Montis Agri. Philippus, &c. Notum facimus univerfis prefentibus h futuris quod cum dileâus Guillelmus de Machello, valetus camere noftre, religiofis viris... priori Béate Marie de Caftro Montis Agri fexaginta folidos parifienfium, necnon priori... prioratus de Flotain alios fexaginta folidos parifienfium, annui & perpetui redditus, capiendos & percipiendos annis fmgulis in perpetuum per diéïos priores fuper domum que fuit defunéîi Symonis de Sueflione & fuper domum que fuit defundi Perroti Candelarij, ac fuper vineam que fuit Johan- nis Fromondi, necnon fuper terram que fuit... prioris de Gyen, que omnia tenet idem Guillelmus, ex conquefl:u fuo, XXXI j PRÉFACE. in villa & territorio de Monte Argi, videlicet fexaginta foli- dos pro... priore caftri Montis Agri in fefto Nativitatis Do- mini, & alios fexaginta folidos pro... priore de Flotain, in fefto Nativitatis Beati Johannis Baptifte, duxerit erogandos; ita tamen quod ipfe prior Montis Agri, qualibet ebdomada, unam & diâus prior de Flotain qualibet ebdomada, duas miflas de San6to Spiritu pro diâo G. quamdiu vixerit & poft ejus obitum de defun6tis teneatur celebrare perpetuo; nos, ejufdem Guillelmi, in hac parte laudabile propofitum approbantes, ad ejufdem Guillelmi devotam inftanciam, me- moratis... prioribus & eorum fucceftbribus prefencium tenore concedimus de gratia fpeciali quod ipfi prediâos redditus fibi donatos, ut premittitur, fuper hereditates & poflefîiones prefcriptas, terminis prediél-is, habeant & percipiant annis imgulis imperpetuum, libère, pacifiée & quiète, fub condi- tionibus fuprafcriptis & abfque coaélione vendendi vel extra manum fuam ponendi eofdem, feu preftandi propter hoc nobis vel quibufcumque noftris fucceflbribus financiam qua- lemcunque, Quod ut ratum & ftabile perfeveret, prefentes litteras figilli noftri facimus impreffione muniri, noftro tamen in aliis & alieno in omnibus jure falvo. Ailum Pifliaci, anno Domini m. ccc" quartodecimo, menfe Augufto. Per regem. Maillardus, &c. II DOCUMENTS CONCERNANT LA FAMILLE NOBLE DE MACHAUT N" 4. Paris, feptembre 1277. Lettres de Philippe le Hardi concernant Eudes de Machaut, chevalier, père de Pierre de Machaut, chambellan du roi, & de Jeanne de Machaut, femme de Pierre de Chanibly, chambellan du roi. Arch. Nat. Layettes du Tréfor des chartes, J. 208, n" 2. Orig. cire verte, lacs de foie. Philippus, Dei gratia Francorum rex. Notum facimus univeriis tam prefentibus quam futuris, quod cum Petrus de Chambliaco, filius Pétri de Chambliaco, dileéli cambellani PRÉFACE. XXxiij noftri, & Johanna ejus uxor, filia Pétri de Machello, diledi fimiliter cambellani noftri, haberent & perciperent ex parte ipfius Johanne in prepofitura noftra Meleduni, fexaginta quinque libras parifienfium redditus, fingulis annis, ad duos terminos, medietatem videlicet ad Feftum Omnium Sanélo- rum & aliam medietatem ad Afcenfionem Domini, quas pre- diâus Petrus de Machello, qui eas in diéta prepofitura percipiebat, fcilicet quadraginta libras ex dono inclite recor- dationis precarifïïmi domini & genitoris noftri, Ludovici régis Francorum, faâo defundto Odoni de Machello, militi, patri fuo, quondam, & viginti quinque libras ex conqueftu per ipfum Petrum de Machello ab heredibus defunâi Ade de Chafliaco, militis olim, ipfas percipientibus ibidem faélo di£te Johanne filie fue in maritagium inter alla dedi, tffc. Aâum Parifius, anno Domini millefimo ducentefimo fep- tuagefimo feptimo, menfe Septembris. N" 5. A Feiiillie dans la forêt de Lyons' 12 91, au mois d'août. Le roi Philippe IV confirme la vente faite, par le chevalier Pierre de Machaut, à Pabbaye de Saint-Pierre-le-Vif de Sens, d'un certain cens qu'il tenait en fief du roi. (Extrait.) Arch. Nat. Tréfor des chartes. Layettes, K. 190, 1. 4, no 25. Copie mod. Philippus, Dei gratia Francorum rex. Notum facimus univerfis tam prefentibus quam futuris quod cum dileâius miles & cambellanus & fidelis nofter Petrus de Machello, nobis teneretur fmgulis annis in quinquaginta folidos pari- fienfes cenfualibus^ pro totocenfu quem idem Petrus habebat & percipiebat in vico Sanâi Antonii Senonenfis, quem qui- dem cenfum di6lus Petrus a nobis in feodum immédiate tenebat... vendiderit... religiofis viris abbati & conventui mo- nafterii Sandli Pétri Viri Senonenfis, pro pretio ducentarum & viginti librarum turonenfium;... Nos, confiderantes ipfius Pétri fidèle fervitium genitori noftro ac nobis diu & fideliter ab eodem impenfum... dicSlam venditionemratificantes... diélis abbati & conventui quinquaginta folidos quos habebamus fupra didum cenfum annis fingulis cenfuales, necnon & I Départ, de la Seine-Inférieure & de l'Eure. — 2 Sic. e XXxiv PRÉFACE. didlum, feodum & homagium didi feodi in perpetuum re- mifimus, l^c. Adum in domum noftram in Leonibus, anno Domini millefimo ducentefimo nonagefimo primo, menfe Augufti. No 6. Paucourt, 1307, au mois de juin. Lettres de Philippe le Bel concernant Ifabelle, veuve de Pierre de Machaut, chevalier & chambellan du roi. Arch. Nat. Tréfor des chartes, Reg. JJ. 44, fol. 47 v», n» 75. Philippus, Dei gratia Francorum rex. Notum facimus uni- verfis tam prefentibus quam futuris quod nos dileâ:e noftre Yfabelli, reliâe Pétri de Machello, quondam militis & cam- bellani noftri, tenore prefentium concedimus quod prior & prioratus Béate Marie de Caftro Montis Argi tertiam par- tam molendini novi in parrochia de Conflans fiti, fibi dona- tam a di6la Yfabelli pro fuo & di6li Pétri anniverfario anno quolibet faciendis, & pro una torchia ad elevationem cor- poris Chrifti in ecclefia diâi prioratus accendenda perpetuo, quam terciam partem di6li molendini diâa Yfabellis ex fuo conqueftu habebat, tenebat & ut dicitur poffidebat, pof- fit habere, tenere & pofTidere perpetuo, pacifice & quiète abfque coa6lione vendendi vel extra manum fuam ponendi & abfque preftacione fànancie cujufcunque a diéto priore vel ejus fucceflbre, propter hoc de cetero faciende, falvo, &c. Quod ut ratum, &c. Aâum apud Paucam curiam, i anno Domini, M° ccc° menfe Junii. No 7. Afnières, 13 19, au mois de mai. Confirmation par le roi Philippe V d'un accord intervenu entre nobles Jeanne, dame de Chambly, Guillaume de Machaut, Pierre & Guillaume de Machaut, enfants de Pierre de Machaut, chevalier. Arch. Nat. Tréfor des chartes, Reg. JJ. 59, fol. 12, n» 35 -. Philippus, &c. Notum facimus univerfis tam prefentibus quam futuris nos vidifle litteras... quarum ténor fubfequitur in hec verba: I Paucourt, dans la forêt de 2 En tête: « Confirmatio con- Montargis (Loire). cordie faéfe inter nobiles, » &c. PRÉFACE XXXV A tou% cens qui ces pref entes lettres verront 'Jehan des Barres^ chevalier no/ire Jire le roy^ £3° Pierres de Dyci^ confeilliers d'ice- lui feigneur, falut. Deus paires de lettres du roy nojîrejire avons receues^ dont la teneur de la première ejî tele r Ludovicus, Dei gracia Francie & Navarre rex, univerfis prefentes litteras infpeéluris falutem. Notum facimus quod in prefentia noftra inter partes infrafcriptas concordatum extitit prout in quadam cedula nobis a partibus ipfis tradita continetur. Cujus cedule ténor fequitur in bec verba: « Seur « le defcort meu entre noble dame madame Jehanne, dame de n gr. in-fol, C. a » » 2254$, » n in-fol. D. » » » 1585, XV f. pap., in-fol. r. » Bibl. Vogué, f. n., XIV f., vél., in-fol. LA PRISE D'ALEXANDRIE Ci commence le livre de la Pril'e d'Alixandre. '' A fol. 309. UANT // dieu par amors amoienr, ^ Et les deejfes Je jouoiem- cAus dous gieus,^ counois^ faveur eus , Qui font fais pour les amour eus, Li clers folaus, la belle lune, Et des ejloiles la commune, Li xij. fîgne & les planettes. Qui font cleres, lui fans & nettes^ Ordenerent un parlement. Fait de commun ajfentement. Là ot maint Dieu de grant puifance Et digne de grant révérence. Et maintes deejfes aujjî, Que je ne nommeray pas ci, Car trop longue chofe ferait Prologue mythologique fur la naiffance du roi Pierre. a. Ce titre manque dans C i: V. — b. C. arriérent. c. "Q. fe prenaient; Cfe jouèrent. — d. B. geuz. GUILLAUME DE MACHAULT, Qui tous & routes nommeroit : [N^nnphes de bois & de rivières, Satireaus de toutes manières. Les tragedianes y vindrent, Qui mult humblement Je contindrent ; 20 Tragedianes facrejîce Font aus diex, & devin office; Et nymphes en poéterie, Ce font fées, je nen doubt mie. cMais ne fu pas à Vaffamblée, Qui pour bien ejîoit affamblée, Circé, la maie enchantereffe, Qui d'enchantemens ejl deeffe; Car elle eufl tout empefchié, Dont ce euft eflé grand pechié. 30 Venus y ert par efpecial, qA cejle affamblée roial. zMars, qui ejl li dieus de bataille, Et la belle Venus, fans faille, 5\V s'i eJloit pas oubliée ; Eins ejl oit veflue & parée, Corn deeffe, royne & dame, En corps, en biens, en cuer, en ame, De tous ceaus qui par amours aiment. Voire &, par Dieu, de ceaus qui n'ainient, 40 Car homs ne li puet efchaper Tuis quelle le deingne atraper. cMars leur dift tout en audience : (' C^e fay que chafcuns de vous pence ; i< oMi bon & chier amy font mort, f Et fine par piteufe mort. c Ce font li bon roy cAlixandres, (' Qui conquiji cAngleterre &• Flandres, :> cAdont ni ot celui ne celle Qui ne li feijl en prefent a. V. Et de vi'ifiz. t LA PRISE D'ALEXANDRIE. I20 'Bel & bon & riche prefenr, Tour lui mener fans defhonnour Tout droit en la mai/on d'onnour. cMais je ne fay pas fe fortune Fu de cefle ajfamblée Vune ; ^ Car en la fin on le fara Selonc ce qu'elle li fera. fol. 3,0 /^~\K ef nei nojfres jouvenciaus, NaiiTance du V_y cA qui li dieux qui eji en ciaus '°' ^'"'''• TDoint grâce, honneur & bonne vie. 130 zMais il efi drois que je vous die V année & le jour qu'il fu ne^. Et pour ce vueill que vous tene^ Que dieux & nature homme nuef Le feirent Pan xx/x. Le jour de fefle Saint Denis, '^-9 . -7 - . r T 9 oftobrc. c/i l eure que jours eft fenis. L'J Or ejî il bien drois quon regarde Que cils enfes ait bonne garde, Car vraiement il ne doit mie 140 Ejl^^ f''^^ bonne compaingnie. Si quil ont eJJeù & pris Quatre deejfes de haut pris, Tour li nourrir & gouverner, Enfeignier & endodriner. Hébé, deeffe de jouvente, Qui efl & belle S' douce & g^nte, Et qui efl des cieus boutilliere, Fu efleue la première, Tour li norrir en fon enfance, ,50 Jnf'l^'^ à Veflat de congnoijfance, a. Dans B, la fuite immédiate Se/onc ce quelle H fera, eft ainfi • ^'^ ?"* '' /'^ gou-vemera. GUILLAUME DE MACHAULT, 1329 Ou plus avant, Je meftier yere, Car bien en /avoir la manière. cApres il prièrent zMinerve La deejfe quelle le ferve ; Et elle le jîjl vol entiers, Quil ejloit [es coufins entiers. ^Minerve ejî deejfe & maijlrejfe Et dame de toute fa gejfe. cApres, Juno fu appellée, Qui ejloit fi très bien parée 160 Que tous li airs refplendijfoit Ve la clarté qui d'elle yjfoit. On li pria moult doucement Et moult affeélueufement Que li en/es neuji deffaut T)e tout ce quà corps d'omme faut, T)e joiaux, ne d''or ne d'' argent. Tour li & pour toute fa gent. Li vieus Saturnus Ven pria, Et elle tantojl Vottria, 170 Car bien faire en pooit largeffe. Comme deejfe de 1\ichejfe. Et jà foit ce que Saturnus Fuji à Faffamblée venus. Et quil foit rudes & contraires qAus hommes & à leurs affaires, Je croy quilfu là tie^ d'cArtois, Car il li fu dous & courtois, Et pour F enfant, car il s'' efforce Tour f on bien, de toute fa force. iSo cApres, Venus, fa chiere mère, Qui de V enfant forment fe père, T fu coni dame fouverainne. Qui moult met fa cure & fa peinne, cAfn qu il foit bien entroduis LA PRISE D'ALEXANDRIE. En amours ; c'ejf tous f es déduis. T{iens plus ne li vuer confillier, Et zMars Vciprem à badllier. cMais il n'avoir nul efcuier 190 Oii bien fe pei'ijl apuier, Si qu'on li a baillié avis Qui portera, ce m'ejî avis. Sa baniere & le fervira, Tomes fois que mejfiers fera. Vulcans fu en Veure mande-^. zMars li dift : a oi moy entende-^. ce Vous avei des dieux la fcience, (' Et vraie & jujïe expérience, « Vauélorité & la maijlrie 200 " Seurs tous ouvriers qui font en vie « Tour un homme armer proprement, ce 'Richement & feûrement. <■' Faites moy unes armeûres, (' 'Bonnes & belles & feiires, ce Qui feront pour cefi enfançon. ce Et fi les vueill de tel façon ce Que li ouvrages croijfera (' Selonc ce qu'il amendera. ->■> Vulcans refpont comme avife^ : 210 « J'oy bien ce que vous devife:^. ce Si feray tout vojlre plaifir, ce Car voloir en ay & loifir. <■' Je fis les armes d'cAchillès, <■' Dont cAyaus s'ociji qui les ce Ter di par maife plaiderie ce Contre Ulixes, duc d'Ulixie. <■' zMais je les vous feray plus bêles, c Tlus gentes, plus cointes que celles, ce Tlus fortes & milleurs affei, 220 f Eins qu'il f oit demi an paffey '3^9 GUILLAUME DE MACHAULT, 1329 cr Et fi ara qiian que on puer querre, ce En Pair, en la mer, en la terre ; (' Et des batailles troianes a Et des hyjloires anciennes, «■ zMais ne Jay quels armes il porte, jj cMars commande qu'on li aporte. Quant il les vit, moult les prifa, Et r ouvrage à faire empris a. Or ejl raifon que je vous nomme Son nom, tellement que tout homme 230 Le pu ijl legierement f avoir. Et le mien, fans grant peinne avoir. Vefla Venfançon baptifa Et nom li miji que moult prifa. Vej ci comment.^ fe bien quere~. Son nom & le mien trouverez. Trene~ ce plus prochain notable : Si les j trouvère-, fan fable. En ij. vers d'une groffe fourme. Dont le darrenier vous enfourme 240 Que .h. feule y ajoujlere's Et dou premier mar ojlerés. zMis les ay par tele manière : Anagramme A DIEU, ma vraic damc chiere, dunomdupuëte / \ p. , .,, i i ■ r 1 & JLI. Pour le milleur temps garde chier,W ^ '^" "°^' Honneur à vous quaim fans trichier. cMais il convient defaffambler Ses lettres, & puis raffambler. Si fupplie à tous de cuer fin S'encor met ces vers en la fin 2 50 T>e ce livre, que defprifer C\e m'en vueillent, ne mains prifier, Car f avoir ne puis nullement LA PRISE D'ALEXANDRIE. "De ce livre le finement, '3 3*^ Si vueil dire, eins qu il foir parfais, Le figneur pour qui je le fais, Et moy nommer, qui nuit & jour T vueil entendre fans fejour. 26c OR vueil commencier ma matière, Education du n J- ; • . ieune Pierre ht dire toute ta manie? e, ' ^^ Vou damoifel que Vieus aye, Lufignan. Et comment il ufafa vie. Quant il ot Paage de ix. ans, Que de norrice fu exens. Et laiffa Vefiat d'' innocence,^ Et prifi à avoir congnoiffance, Toutes f es inclinations Et fes ymaginations , Tuit fi penfer, tuit fi defir Z70 Furent en faire le plaifir 'De dames & de damoif elles. cMoult li furent pla if ans & belles. Il honnouroit les chevaliers. Et compaingnoit les efcuiers. Et amoit armes &• honnour Seur tout, après notre Signour, Car en fes ouevres & fes fais Efioit en V amour Dieu parfais. Tout ce faifoit il de cuer fin, 2 go Sans ceffer, & à telle fin Qu'en fon tans peûfi dire & faire Chofe qui bien li deûfi plaire. Et c'efioit la conclufion De toute fon entention, Einfi comme après le fare^. Quant bien leù ce livre are^. a. A. de innocence. lO GUILLAUME DE MACHAULT, ,,3g.i3_^s Tour enfemenr, en fa juenejfe Le norrijî Héhé la deejfe, Et fi très bien Vendodrina, fo'- Que Toiire bonne doélrine a. ^9° vifion A Famagojfe'i^i a une crois, . Que ru y es fos, Je ru ne crois du jeune Pierre Mont S. Croix près Larnaca. a; Que c'ejî la crois dou bon larron, Car fus Jiege ne fus perron C^ejî ajfife, mais puremenr EJI en Pair, fans arouchemenr ; Er c. mil hommes Vonr veû, Qui Vonr aouré & creii.. Si qu'il avinr, le Venredi Que Jhefu Cris en crois pendi, 300 Qu'en parfaire devorion Er en vraie conrririon, Cils damoifiaus Valoir ourer. cMais à li vinr, fins demeurer, Une vois qui li prifl à dire, Quarre fois ou v. rire à rire : ce Fils, enrrepren le faim pajfage, <; Er conquejie ron herirage, (' Que TDieus aus fains pères promijl, fc Er oïL pour roy fon corps rour^ /«(/?. ^j 310 Quanr il oy cejle parole, Qui fu clere, fans parabole, Quarre fois ou v. repérée, Dedens fon cuer fu fi fermée, Er par rel guife le nora, Quonques puis il ne Ven ojfa. Sipriji à penfer duremenr, Er fouvenr & parfondemenr, a. V. tout fon corps. LA PRISE D'ALEXANDRIE. II c4 la chofe qui li fu dite > 3 3^^-1348 320 E.I qui en fon cuer fu efcripre, Comment il Je porroit chevir cA fi très grant ouevre aJJ'cvir. Et ce n'efl une grant merveille, Vraiement, s^il y penfe & veille. Car onques mais par home emprife 5\y fu nulle plus grant emprife, C^e homs puis mil ans tels ne vit. Or orrei comme il fe chevit. Il prijî ferme conclujîon, 330 c^ grant délibération, Tar maintes fois en fon cor âge. Qu'il entreprenroit le pajfage. zMais il y avoit bien manière, i' ^^it vœu de , , fe croifer. Car ce n eft pas chofe legiere "De mettre à finfi très grant ouevre ; Et pour ce faut il bien quil ouevre Sagement & de grant avis, El par confeil, ce nfefl avis. Car homs de bien trop fort mefprent, 340 Q^'^^^ aucune chofe entreprent. Et il n'eji toudis fus fa garde, Qu'il penfe à la fin & regarde Quel part quil voijl & don quil veingne, Einfois que grant chofe entreprengne. Car ja bonne ouevre ne fera Qui la fin ne ref garder a, Et s'' aucune fois bien en chiet, Tour une fois, iiij. ^ en mefchiet. I fijl une ordre pour attraire il fonde un 3SO ^Les chevaliers de bon affaire, ^^ chetaierie. a. V. mil. S 12 GUILLAUME DE MACHAULT, 1 338-1 348 Qui avaient dévotion En terre de promijfton^ Et aujft pour toutes gens d'armes Qui voloient fauver leurs âmes. Et ves ci r ordre 6* la devife, Einfi com je la te devife X'^r] Defcription // portoit entre toute gent '-''t^:;:'' une e/pée de fn argent, ^^ l'Epée- Q^i avoit le pommel dejfeure, En figne de crois quon aeure, 360 c/ijftfe en un champ afure\ De toutes coulours efpuré. Et s'avoit lettres d'or entour, Qui ejî oient faites à tour, Vifans, bien m'en doit fouvenir, (' C'eft pour loiauté maintenir, » Car je Vay mille fois veù Sus les chevaliers, & leù. Et s'il venoit aucun noble homme "De France, d'Efpaingne ou de T{ome, 370 T>e Lombardie ou d'cAlemaingne, Ou d'cAngleterre ou de Sardeingne, Ou de quelque part qu'il venift, qA fon pooir il convenifl Qu'il li annunçaft les pardons, Tar douce prière & par dons, T>e ce devojî pèlerinage Qu'on apele le faim volage ; Et ce li faifoit entreprendre, Et puis après fon ordre prendre. 380 Et le faifoit fecretement, Sagement & meiirement. Sans trop parler, fans trop plaidier, Tar quoy il s'en peùfl aidier. LA PRISE D'ALEXANDRIE. I 3 Car il ne pooit auiremem 133S-1348 Joïr de Jon fan bonnement. Encor y a un autre point Que je ne te cèlerai point. Se f es pères, qui roy ejfoit, 3 go Ei^ ?'"" coronne cfor portait., Sceùji doufil Ventreprefure, Et quil tnetoit toute fa cure En ce pajfage feulement, Trop s'en coiirroujfajf durement, Si Ven peûjî efpoir retraire, Tar force ou par farrement faire. Si que le ^ fis le rejfongnoit Trop fort, & bien li befongnoit Qu'il tenijl la chofe fecrete, 400 ?<•''' "^o^*^ honnourahle & difcrete. Or diray la figne fiance De Vefpée ; car, fans doubtance, oAvis ni'efi que je mefprendroie S'aucune chofe n'en difoie. La blanche efpée fgnefie Turté de cuer & nette vie ; Car cils qui meinne vie pure, Sans mal, fans pechié, fans ordure, oAra l'ame polie & blanche 4.10 Devant Dieu, plus que noif fus branche; Et n'ara tache ne bruette, Eins fera clere & pure & nette. Et fi fignefie juftice. Car cils fait bien qui ceus jufiice Qui n'uevrent mie lealment ; iMais bien fe gardent qu'egalment ^ cAu grant & au petit la face. Sans trop grant rigueur & fans grâce. a. V. li. — A. A. que également. 14 GUILLAUME DE MACHAULT, 1338.13^8 Et li ij. nenchans Je t^nfeingnent Qui en fane des hommes fe baîngnenr. 420 La pointe pongnant & agûe Les parejfeus point & argue, Qui ne s"" arment pas volentiers, Et qui enfievent les [entiers T>e la fonteinne de délices^ Qui feuronde de tous les vices ; cMais aucune fois les retrait Et à bien faire les attrait. La crois ejï li plus nobles jignes Des crefliens & li plus dignes, 430 Car T>ieus y fu crucefe^ Tour nous tous & jnartyrie-^, Qui nafqui de fa Vierge mère , Tar le comandement dou père, Et d^ enfer tous nous racheta, Et fes bons amis en geta. Or vueil dire, fans detrier, Que la crois puet fignefîer. Trop bien puet fignefîer ^ foy. Car quant uns homs efî en effroy, 440 Se de fa dejîre main fe feingne, Tuis n''a paour que mauls li veigne. Tar plufeurs fains le vueil prouver, Qui Vont fceû par efprouver. Li faim apoftre gariff oient Tous ceus qui famé demandoient . Sains Georges tua le ferpent foi. 312 Qui avoit de lonc un erpent ; Sains 'Blaifes fus le lac embla, Qui terre ferme li fambla ; 450 Saint Lorent rendi la veûe c4 ceaus qui Vavoient perdue ; a. V. bien fignifier doyt. I LA PRISE D'ALEXANDRIE. I f Sainte cMagarite ^ creva 1 338-1 348 Le ferpent qui mult la greva ; Et cent mille, que fains, que f aimes, Ont moujîrées miracles maintes, Tout par la vertu de la crois. éMar fus nés, Je tu ne la crois ^ Car ceji une droite créance, 460 Et de nojlre foy Vordenence. La pongnie dont on la tient Le cuer en feUrté Joujîient. Car quant on Va en fa main deffre, Li cuers en doit plus J'eûrs ejîrc, Tar chans, par villes, par hojcages, Tour gens 6* pour hejles fauvages ; Et par elle te dois deffendrc S'il eji riens qui te vueille 0 fendre. (yiuj/i dou pommel la rondejfe 47,c Demoujlre quelle ejl grant maijîrejfe, Et queu monde a grant fignourie. Car elle donne mort &> vie. Li uns en muert, bien le fave-;, Et li autres en ejl fauve^. Elle vaint & donne viéloire, Honneur & honte, enfer & gloire. Et fi fignefie conquejle. Qui ejl chofe belle &• honnejîe. Car quant uns haus princes conquiert 4S0 Tar Vefpée, gloire en acquiert, Honneur & profit tout enfamble, Et bon mémoire, ce me f amble. C\e, fans li, homs nara tans pris. S'il ne Va, quil n'en foit repris, tN^eïs Heélor le combatant^ n. B, C, V. Marguerite. 1349 l6 GUILLAUME DE MACHAULT, Car je t^en puis bien dire tant Qu'elle ejl legiere, & point, & taille cMoult fouvent d'ejloc & de taille, Quant un homme vaillant la porte, Qui en batillier Je déporte. 490 oiujji fignefie elle force. Car il n'eji home, s'on l'efforcé. Que mieudres n'en f oit fes confors, S'il l'a, & qu'il n'en fait plus fors, Et s'amenijîre har dément Tour combatre hardiement. CH^il n'ejî homs fi acouardis. S'il l'a, qu'il n'en foit plus hardis. Et fe fait on les chevaliers cArme^ aus chams,fus leurs dejlriers, 500 Quant on vuet entrer en bataille, T)e cejîe efpée qui bien taille, Tour garder raifon & juftif^, Orphenins, vefves & l'Eglife. C'ejl leurs mefliers. Vieus leur doint grâce, Que chafcuns faintement le face. Pierre s'enfuit /^^^ ^ dcvifé de V efpée, fecrètement % #p- • r' de Chypre V_>'Jr rcvcmay a ma penjee, ^"""EuTe"^" 'D(7u damoifet, que Vieus confort, Qui penfoit jour & nuit fi fort 510 o^u faint paffage, que, fans doubte, Il y metoit s'entente toute. Si fe penfa qu'il partirait Defon pais 6* qu'il iroit En France, pour honneur acquerre. Car auffi y avoit il guerre ; Et pour acointier les fîgneurs, Les grans, les moiens, les meneurs, Les chevaliers, les efcuiers. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 1? 520 Les bourgois & les faudiers, 1349 Er plufeurs autres qui armer Se vorroiem outre la mer. Car il y avait des par ans, "Des plus grans 6* des plus parans, Tour eaus requérir, par linage, V emreprendre le faint pajfage. Les uns par dons & par prières. L'autre par faire bonnes chieres, Tout pour' aquerir Valiance 530 T>es bonnes gens d'armes de France. Si parti en une gale'e, t5] *Bien abillie & bien armée, Sans le fceii dou roy fon père Et de la royne fa mère. tMais ne fay quy le révéla, Et dijî au roy : a Sire, vei la ce Vojire fil en ce fie gai de ; « 5\/ fay quel part fera s'ale'e. » Et quant li rois a ce veû, 540 // ot le fane tout efmeii, Et difi : «■ Or tofi, alei après, « Et fi le Jîevei ji de près « Que mort ou vif le ramené^, ce Lui, fa gent & toutes fes ne\. » La gent le roy s'aparillierem Et leurs galées abillierent. Et parmi la mer le fuirent Jour & nuit, tant qu'il le preïrent. mené au roi Si l'ont baillié & prefenté 550 qAu roy, contre fa volenté. Quant li rois le vit, il li difi : cf "Biaufils, or enten à mon dit, ce Tu es mes fils & fui tes pères : ce Or m'efi avis que tu te pères Il eft arrêté en mer & ra- GUILLAUME DE MACHAULT, Ï349 (' "De faire contre mon voloir, « zMais le cuer r'enferay doloir. « tu me dois toute oubeijfance, ce Foy, pais, honneur & révérence, « Et tu t^en vas fans congié prendre .' « cAu ciel cuides la grue prendre, ^ôo f< Quant tu vas en ejlrange terre, " Et ne fce^ que tu y vas guerre. « Que te faut il en ce pais ? « Certes, je fui tous esbahis « 'De ta très grant outrecuidance, " T)e ta fotie & de t^ enfance. « éMais, vraiement, je te tendray, « Que Valer hors te deffendray. » Tar tel guife V araifonna. Et puis tantojî Vemprifonna, 570 Et le tint ij. mois & ix. jours En pr if on. Tels fu fes fejours. Là petit but & po menja ; Là maint divers fonje fonga ; Là mainte p en fée diverfe Li bailla fortune, qui verfe Ceuls qu'elle a mis en haut degré ; oMais elle le fait tout de gré. Car c'eji fa foy, c'ejl fa nature. Quelle n'ainme tant créature ^%o Que de haut en bas ne le tume Tar loy, par us & par coujîume. ieus ait l'ame, Ot efpoufé la milleur dame Qu'on peûji trouver en ce monde. Car d'orgueil eftoit pure & monde, Et fot quan que nature donne De bien : ce fu ma dame 'Bonne. 'Bien le fay, car moult la fervi ; zMais onquesfi bonne ne vi. Fille yert dou bon roy de Behaigne, ^ Qui fif fon fil roy d'cAlemaingne, Et empereur par fa vaillance, Et par fon fcens & fa prudence, Tout maugré Loys de Baiviere, Qui adont empereres yere ; Car de l'empire l'a defmis, Tar force d'armes & d'amis. CILS Behaingnons, dont je vous conte, CN^ot pareil duc, ne roy, ne conte ; 5\V, depuis le temps Charlemeinne, CN^ fu homs, c'efi chofe certeinne. Qui fufl en tous cas plus parfais. En honneurs, en dis & en fais. Je fu fes clers, ans plus de xxx., 760 fol. 314 770 780 a. B. Si comme je le tism Êf croy. — b. B. Brahaingne. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 2f 790 800 810 Si congnu fes meurs & s'enteme, S'onneur, fon bien, fa gemillejfe, Son har dément & fa largejfe, Car fejîoie fes Je cr et air es En trejioiis fes plus gros affaires. S'en puis parler plus clerement Que maint autre, & plus proprement. T)e cefle dame de haut pris Ot H roys Jehans iiij. fils, Qui tuit efloient dus clame^, zM ouït furent prifie^ & ame's, Charles, Loeys, Jehan .^ Thelippe, Qui moult en armes fe délite. Charles, Vainnés, de D^rmendie Fu dus ; & s'ot lafignourie "De Vienne, qu'il fut dalphins. Et s'ejîoit tant nobles & fins Que nature ne faroit faire Un homme de milleur affaire. Coronnei à T^eins la cité Fu le jour de la Trinité Van mil .ccc. Ixiiij, tH^i vueil riens mettre ne rabatre. Là ot moult riche baronnie. Et moult noble chevalerie. Et tant quon ne porroit trouver C^uls milleurs au bien efprouver. Li roy, pour qui ce livre fais, T fu, & moujîra tous fes fais (Au roy & à fa baronnie ; Et leur requifl tous, que aye Life'iffent au faim paffage. Les uns requérait par linage, Et les autres par amité, 1364 Le roi Pierre affifl;e au cou- ronnement de Charles V. Dimanche de la Trinité 19 mai 1364. Il recrute des adhérents à la croilade. 20 GUILLAUME DE MACHAULT, J264 -^i <^om devant Vay reciré. 820 Dont grant planté H accordèrent, Et promeirent & vouèrent Qu'il yroient aveques li, S'il n'ejîoient enfeveli. éMais li roys, qui avoit grant guerre, C\e pooit ijfir-de fa terre, Qu'il ni heùjl trop grant damage; Tour ce le faim pèlerinage CH^ accorda pas, car trop eùjl zMefpris, s'acordé li eiijl. 830 Et li bons roys qui me norri, 'Dont li os font pieffa pourry, Et dont Vame ejf en paradis, T>ifoit & recordoit toudis Que li homs fait grant vaffelage Qui bien deffent fon héritage, Et quil n'ejl affaus, ne bataille, S' on li roet ^ tollir, qui le vaille. Ses fuccès dans A celle c oronation. Qui fu après VcAfcention ^40 les voyages en rr^. c /• t, . ?• Europe. L>ix Ô^ Jept ^ jours tous acomplis. Or cils roys des j enfles le pris. Et auffi les ala il querre qA 'Bruges & en Engleterre, Et à Taris & en Gafcongne, Tout en pourchaffant fa befongne. Car en Flandres fu longuement. Oh il defpendi largement, cA ci grant labeur & grant peinne, cA roy de terre fi lonteinne, ^5° cA ci grant frais, à ci grant mife a. B, V. njeult; C. 'uuet. — b. A. XVIL LA PRISE D'ALEXANDRIE. 27 860 870 Qu'il pcjjfa Ici mer & ^ Tamije, Et fercha mainte région, Tour avoir f on emention. Et quant il ejloit bien armei, 'Bien monte^ & bien acefmés, La lance eu pong, Pefcut au col, Il ni avoit fage ne fol Qui ne deijl à grant murmure : a Cils roys fu ne^ en Var meure ; » Tant ejloit gens, joins. Ions & drois, Hardis, puijfans en tous endrois. Jamais ne refujajl nelui ; c4 peinnes veoit on que lui, Car il ejloit toudis errans, Tuis ci, puis là, dejfus les rans, ^ Il s'en venait lance fous f autre, S'abatoit l'un ci & là l'autre; Enco titre li riens ne dur oit ; "Defon bien chafcuns murmuroit, Et fe feingnoit de la merveille. Chafcuns de fon bien fe merveille. Et je meïfmes m'en merveil. Quant à li penj'e & je m'efveil. 1364 Sa belle prdlance fous les armes. AU départir de cejîe fejïe. Il tourna fon frein " & fa ' tejle, Si comme homs que rien ne rejfongne, Tout droit au chemin de Coulongne, Et là fijl ij. mois de fejour, En befongnant de jour en jour. Tuis pajfa le Franc & Vuringue, "^ Et ala parmi EJfelingue. ^ Son féjour à Cologne, en Franconie, en Thuringe & en Wurtemberg. a. V. de. — b. V. les r'ens. — c. C, V.fraitic; B.frain. — d. B, V, A. la. — e. V, A. Daringue; B. Di- 'vingne; C. Le franc de Durhigue. — / B EJlaingne [Efflingen, en Wurtemberg]. 28 GUILLAUME DE MACHAULT, 1364 Tamjîji qu'il vint à Erefon, Une cité puijfant & fort, Séant en hiau plain fans montaingne, Tout droit au fin cuer d'çAlemaingne. cAus contes & aus chevaliers, c4us bourgois & aus efcuiers, cMoufira fon emprife & f on fait, Et difi tout ce quil av oit fait 890 Es lieus où il avoit ejîé, "Bien ij. y ver s & un efié. Si que plufeurs li acorderem Ce qu'il requifi, & fe croifterent, Car par trop grant dévotion Leur moufiroit fon entention. Son féjour "De là il s'en ala en cMiJfe, ^I:^.. Où maint huef & mainte genijfe Ont efié tollu & emblé. Et fi defpent on moult en blé, 900 Car maint y a qui fe renvoife, En buvant godale & fervoife ; Et fi. a moult bonnes gens d'armes, 'Biaus chevaliers & bêles dames. Si a tant cerchié & tant quis, Quil trouva le gentil marquis, Qui fires efioit dou pais. zMais il ne fu pas efbahis "De li requérir humblement Confort & aide enfement, 910 En li difant tout fon afi^aire Et tout ce quil avoit à faire. Quant li roys ot fait fa requefie, Li marquis, par manière honnefie, Li refpondi moult fa gement : « Sire, bien ay oy comment ce Le faim voiage ave-[ empris. 920 LA PRISE D'ALEXANDRIE. 29 <' Dont je vous lo forment & pris, 1364 ce Si que à moy me confeilleray a Et feur pies vous refponderay. ce Vous alei devers V empereur c T)e 'B^mme^ qui ejl mon figneur, ce Si que à li me conformeray ; ce Car ce qu'il fera je feray. toi. 315. ce Tas ne di que fi grandement ce Le face comme il vraiement ; (' zMais je vous promes & ottroie ce Quà mon pooir feray la voie ce cAveques vous pour T)ieufervir, ce Et pour fa grâce dejfervir, ce Se V empereur Ventreprent^ ce En qui chafcuns honneur aprent. >^ Li roys forment le mercia De ce que refpondu li a. Et bien le devoit mercier, Car li marquis à fejlier Le prijîy &' li donna preu dons, Com vaillans princes & preudons. 930 d: E là s'en ala en Sajfongne, * Son féjour en 940 l^Com cils qui ne penfe ne fongne cA chofe qui puijî avenir Qu'à honneur où il roet ^ venir. Le duc trouva en une marche Qui à Lubecque tient & marche. Si li dijî tout ce quil queroit, Et d'aide le requérait. Si com bien faire le favoit. Et com Vieux apris li avoit. Li dus commença à foufrire, 950 Qui fu ejlifeur de l'empire, a. B. Saffoingne. — b. B. ou il veidt; V. là où il 'veult. 30 GUILLAUME DE MACHAULT, ,36^ Et refpondi counoifement: (' Sire, je voy certainnemem ce Vojire très bonne volenté, ce Se T)iex me doint joie & famé ; (.' cMoult avei entrepris grant chofe ; cr Hardis ejî cils qui p enfer ofe a c4 fi très haute ouevre parfaire ; (.< Dieux la vous doint à bon chief traire. (( cAler volei vers V empereur, « Qui efl mon oncle & mon figneur ; 960 ce Et je vous feray compaingnie, « Car là fans moy n'ire^ vous mie ; cr Si uferay defon confeil, ce Qu'à H volentiers me confeil. » Li dus richement Vonnoura, Et viii. jours 0 li demoura. Se li donna de fes joiaus "D'or & d'argent, riches & biaus, Marnés à joujler & deftrier, Oii ne faloit celle n'ejîrier ; 970 Car li roys jouftoit volentiers. Et li plaifoit moult ^ li mejliers, Et par tout fi bien le f ai f oit Qu'à tous & à toutes plaifoit. A U ix^ jour fe partirent, Il part pour a; Prague,oùréfide l\Et Uur voic & chemin preïrem ciTaTiL^rde T'out droit à Traguc, une cité Luxembourg. Qui ejl de grant audorité. Li empereres y demeure, Que Dieux aime,prife & honneure, 980 Qu'on ne tient pas qu'en tout le monde cAit prince oii tant de bien habunde. Et c' ejl fes propres héritages. a. V, A, B. tant. 1 ancien roi de Bohême. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 3 I Si fait dou demourer que fages ; 1364 Et Vempereris enfement T demeure communément. Si vous parlera)' de fa vie, Eloge de Car n'ejl pas drois que je V oublie. ["] charkCfiis'de On ne porroit en nulle terre 990 ^\1"^ P^^^ f^g^ homme de li querre, C'on dit ça & delà les mons Que c'ejî li fecons Salemons. Il aime Dieu, & fainte eglife Honneure, crient & fert & prife ; Jujlice en la balance poife, cA. cui qu'il plaife ne qui poife, Ç^i regarde amour ne haine, Frère, fil, voifm ne voifine, Grant ne petit ; car egalment 1000 La fait à tous & loyaumem ; Si que pour ce en pais fe repofe. Que nuls contre li ne s'oppofe. Tlufeurs eglifes a fondées. Qui font moult richement doées ; Chartreus, mendians & chanoinnes, !\pnnains emmurées & moinnes. Il îî'ejl félons ne defpiteus , Einfois ejl humbles & piteus, loio Tlus que turtre ne colombele, U^amis vrais à s' amie bêle. ^ tH^il n'ejî homme qui vers li aille Qui par tout ce non ^ ne li baille ; Qu'onques fi humble créature 0I tous ne pot former nature Selonc fon [cens & fa richeffe, Sa grant puiffance & fa nobleffe. D^e font pas chier fi vejîement, a. B, V. à fa dame bêle. — b- V. ce nom. 3 2 GUILLAUME DE MACHAULT, 1364 'Bien Je vuet tenir nettement, cMais de cointife ne li chaut, 1020 Tuis qu il font à li bon & chaut. Il ne vuet pas foie largeffe, C^e efcherfeté qui trop hleffe Vonneur de tout prince terrien ; Et pour ce,fe tient au moien. Jamais ne greveroit perfonne Tour nulle chofe, tant fuft bonne, Einfois garde & norrit fes gens Sans efîre mengiés de fer gens. ^ Il aimme bien fes bons ctmis 1030 Et fi het fort fes annemis ; Car voifin n'a, s'il li meffait Qu'il ne foit amendés de fait. Tais a mis par toute cAlemaingne, En Ofleriche & en 'Behaingne, En éMifce, en Baiviere^ en Hongrie, Jujques es marches de T^fjie, En zMorave, en Trufce, en Cracoe, ^ Voire, par Dieu, jufque en FEjfoe, ^ cAu meins jufques en T^nguenite, 1040 Qui n'ejl mie chofe petite ; En Toulainne & en Toumerelle, En Brandebourc, c'efl chofe bêle, Qu'on y porte, par faim Germain, Seûrement l'or en la main ; Et je vi^ que nuls n'i f avait oiler, fe grant conduit n'avoit. Son pais de xvi. journées cA acreù, longues & lées. Or quereifîgneur^ qui ce face, 1050 a. Dans B la fuite eft ainfi : b. B. Craquoe. — c. C. VEtoe-, Et ft het fort fes ennemis V. LOftoe, — d. V. Et je 'vis. — Et de s'' en 'vengier ententis. e. B, V. un rqy. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 33 Et qui tant air honneur & grâce. ^3''4 Je ne le fay, Je Viex me garr, Entre les crejliens n' autre part, zMais on le tient au plus riche homme T)e crejliemé ; c'ejl la fomme. Fils fu dou bon roy de 'Behaingne, Dont Dieus ait Vame en fa compaingne, Si qu^il a bien à qui retraire T^onneur quérir & de bien faire. 1060 O 'IL ejl qui fait, il efi qui dit. L'empereur ^S ji y • ?• vient au devant wL empereur qu ay mis en mon dit ^^ ^^-^ ^^ Efîoit à Trague, en fa maifon. Chypre. On li dit, & c'ejîoit raifon, Que uns roys qui moult fe doit amer Venoit à li d'outre la mer, Tour li veoir & acointier ; Et pour ce qu'il voloit traitier Comment il li feift aye De gens, d'avoir ou de navie, T070 Tour le très faim pèlerinage, Qu'on appelle le faim paffagc , ' Car cils roys l'avoit entrepris ; Et qu'il aroit honneur & pris. Se 0 li le voloit entreprendre. Li emper ères, fans attendre, Quant il oy cejîe nouvelle. Qui li fu aggreable & belle, Qu'en fon cuer moult fe refjoy. Si tofl que la nouvelle oy, 1080 Ses gens & fes barons manda, Et en l'eure leur commanda Qu'il fujfent tofi aparilliei, Tous monte\ & tous abillie^ ; a. B, C, V. voiage. 34 GUILLAUME DE MACHAUT, 1364 Qualer li valoir à F encontre. Son clergié manda & leur monjîre Que il facem proceffions foi. 316 De routes les religions ; Queinfi vuet le roy recevoir. Tour faire vers lifon devoir. Tlus d^une grant demi journée, 1090 Qui fu à bonne heure adjournée, cA rencontre li eft alei. zMais li champs furent bien balei, Car il furent plus de xx. mille Qui tuit iffirent de la ville. Quant li deux figneur s'encontrerent, Courtoifement fe faluerent, Et s'en venirent doy à doy. U empereur dijl .- a Foy que je doy c Vefpée de faim Charlemainne, noo " Qa^ l^ empire ot en fon demainne, « Qui tramble quant on la tient nue, ^' T^y grant joie de vo venue; « Et vous foiei li bien venus « Et à grant joie receùs. » Li roy le mer cia forment, Courtoifement & humblement. cAinfi enfamble chevauchierent, Jufques à tant quil aprochierent Les proceffions qui venaient mo Et hympnes & refpons chantaient. Et ejioient tous revejlis Li chanoinnes, grans & péris, 'Richement de chapes de foie. Tant fu receiis à granr joie, Tant aourey * tant conjouis, Que depuis le temps faim Loys, a. B, V. honnourex. LA PRISE D'ALEXANDRIE. ?f 1130 Quant en France revint de Tunes Et qu'il ot râpai fié ^ les dunes De la jner, ne fu telement T^ys veùs, ne fi richement. Il le mena en/on chajîel, Sus roche taillie à fiffel. Là trouvèrent Vempereris, "Dont plus fu liei leur ef péris y Qu'elle avait en fa compaingnie Dont elle efîoit acompaingnie cMaintes riches & nobles dames, Dont Dieu gart le corps & les aines, Qui efloient fi acefmées Et fi très richement parées, De grans biautés, de grans richejfes. Que toutes fambloient deejfes. Là fu liement receûs ; Honnourei, fervis & veiis Fu d'elles, en fais & en dis. Que ce li fambloit paradis ; tN^ailleurs ne vofifl jamais ejîre. Fors en ce paradis terrejlre. Là avoit de tous infîrumens. Et s' aucuns me difoit : « Tu mens, j^ Je vous diray les propres noms Qu'il avoient & les feurnoms, cAu meins ceuls dont fay congnoijfance, Se faire le puis fans ventance. Et de tous infîrumens ^ le roy Diray '^ premiers, fi coni je croy. Orgues, vielles, micanons, ^ 'Rubebes ^ & pf altérions, Leùs, moraches ^ & guiternes ii4o|- 1150 1364 Fêtes durant le fejour du roi à Prague. a B, V. rapaj'e.— b. B,V,- A. tous d. B. into^wm. les inftrumens. — c. B, V; A. diron. f. B. moneches. ■ e. W rubeles. 3 6 GUILLAUME DE MACHAUT, 1364 Vont on joue par ces tavernes, Cymbales, citoles, naquaires. Et de flaios plus de x. paires, CeJÎ à dire de xx. manières, Tant des fortes com des legieres, Cors farrafînois & douffainnes, Tahours, flaûjles traverfeinnes. Verni douffainnes & flaûjles, Vont droit joues quant tu flaûfles. Trompes, huifines & trompettes, uôo Guignes, rotes, harpes, chevrettes, Cornemufes & chalemelles, cMuJes d'c4uJJ'ay, riches & belles. Et les ^ fretiaus, & monocorde. Qui à tous inflrumens s\jcorde, zMufe de blé, quon prent en terre, Trepié, Vefchaquier ^ d'Engletere, Chifonie, flaios de faus. Et fi avoit plufeurs confaus V^ armes, d'' amour & de fa gent, nyo Qui efloient courtois & gent. cMais toutes les cloches fonnoient. Qui fl très grant noife menoient, Que c'efloit une grant merveille. Li rojs de ce moult fe merveille, Et dit quonques mais en fa vie C^e vit fi très grant mélodie. Quant il fu heure de mengier, Il fe partirent, fans dangier. Et s'en alerent en la f aie, ,,80 Qui n'efloit vileinne ne f aie. Tarée efloit de dras de foie. Et de fin or qui reflambôie ; Et s'en aloient deus à- deus. a. B, V. Elles. — b. B. efchiquier. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 37 1 190 cMais il n'avait nés un d'eus, ^ ^7^(y d'elles, qui chiere joieufe ^T^eiiji & penfée amoureufe. Et quant la viande fu prejfe, Là vinrent li clerc & li prejîe^ Et dirent 'Benedicite. V empereur par gram amité Trijî le roy & le fijî feoir o4 Vanneur, pour li mieus veair. 'Des viandes dam fervi furent Largement & de vin qu'il burent cMe tais, car^je ne les diroie S' un jour tout entier y penfoie. oApres dinner, tout li figneur, TDedens la chambre l'empereur^ Se retreïrent tuit enfamble. Et l'empereris, ce me f amble, Dedensfa chambre s'en ala, Et toutes les dames qu'elle a. 1364. Q' . UANT li roys vit qu'il fu à point "De parler, il n'atendi point, Eins jnanjîra fagement fan fait, Et l'emprife qu'il avait fait, En querant aide è' confort. Et tous les en pria moult fart, 1210 Si fagement & par tel guife Que chafcuns d'euls l'en loe & prife L'empereur, qui f âges ejîait, 'Devant le roy en piei ejîoit. Si refpondi ajfe^ briefment : a Sire, bien ai oy comment a Vous avei empris cefle voie : a Dieu la vous daim finer à joie ! a. Vers faux. Le roi de Chypre prie l'empereur de prendre part à la Croifade. L'empereur propore une conférence à Cracovie avec les rois de Hongrie & de Pologne. 38 GUILLAUME DE MACHAUT, 1364 a. B, V 1130 Car vraiemem c'ejî uns gransfais, [Nj: je nulle douhte n'en * fais, Que mouhgrampeinne, mouh^ grant mife, 1220 Gram ordenance, grant devife, Granr cuer, grant fcens & gram avis U^e couveingne, ce m'ejl avis, Dealer en fi lomeinne terre. Tour la fuhjuguer & conquerra. Car li annemy de no loy Sont moult fort, fi corn dire Voy, Et tant quon ne les puet nombrer. Tant fen fceajî clers encombrer. Si fe convient bien confillier, Tmaginer, penfer, veillier Comment cejle chofe fe face., Si qu'à s'onneur Vieus la par face ; Car fans li ne fe porroit faire: Homs ne doit penfer le contraire. (' Si vous diray que je feray. zMes meffages envoieray Tar devers le roy de Hongrie, Qui tient moult noble fignorie, Et devers le roy de Toulainne, Qui ejf de ce pais procheinne. Si leur feray prier 6* dire Qu'il ne me vueillent efcondire "D'ejlre enfamble à une journée, Tar eaus & par moy ordenée. En Cracoe la metterons, Et, fe Vieus plaijl, nous y ferons Sans quérir effoinne, n'alongne Tour parler de cejïe befongne ; { Car la matière ejl groffe 6- grande. C'ejl bien raifon qu'on y entende, A. ne. — b. B, V. & moult. 1240 fol. 317 1250 LA PRISE D'ALEXANDRIE. ^Ç « Et quon la traire fagemenr, nC^. (' Si qu'elle ait bon dejinemem. jj Quant il ot fine j a parole^ Chafcuns dit : « Sagement parole. » Li roys meifmes le tefmongne, Et li prie fort quil Fejfongne,^ Et il le fiji fans contredit, Tout ainfi comme il Vavoit dit. 1260 Q^i^nt lonc temps orent fefiié, Vancié, joujlé & tourniez On donna le pris au milleur. Et le fiJl faire V empereur, Si que le pris & la loange Fu donnée à ce roy ejlrange ; Car par fa lance & fon efcu cAvoir tous les autres vaincu. c Y: fait, de Trague fe partirent. Le roi de Or diray quel chemin il firent. ic l'empereur fe 1270 Tarmi 'Behainme chevauchierem „'^D"f^"' ' t> en Pologne. Trois journées, & puis alerent qA 'Brejfelau,^ à Liguenijfe,^ cA C^uiftat,"^ à Suedenije ; Cofien, ^ Calix, ^ 'Buton, g Glagouve Tajferent, & par "Bafenouve ; ^ De là en Cracoe arrivèrent. Où les roys dejfus dis trouvèrent, Qui à rencontre leur venirent, Et moult grant joie leur feirent. iz8o Comment il furent reçeu a. V. l'en ejfongne-^ B. qu'il en- Caflon\ C. Conflen. — f. B, V. foingne\ C. qu'il enfongne. — b. B. Calis. — g. B, V. Buthon, Bun- Brujfela ; V. Brujfelau, Breflau. — tzel .? ou Bautzen. — h. B, C, V. c. C. Linguenife,L\egmtz. — d. B, Bûjfenowve, Paffau ; Glagouve, V; A. Muijlat, Neuitadt. — e. B. Glogau. 40 GUILLAUME DE MACHAUT, 1364 Honnouré, fervi & peu T)e pain, de vin & de vitaille, "De toute volille & d'aumaille, De poiffons & d^ autre viande, Il ejl moult fols qui le demande, Qu'on ne le doit pas demander, Tour ce quon n'i puet amender, Tant furent fervi grandement. Cracovie. Conférences de T A ot un moult grant parlement, !_-/ "Dont je me vueil or endroit taire, 1390 Car ne le faroie retraire ; zMais fînahlement il conclurent Que tuit enfamhle aidier li durent. Si que la refponfe diray De chafcuns ; jà n'en mentiray. V empereur, tout premièrement, T^efpondi bien & fagement. Et promijl aide & confort Et faveur de tout fou effort, cA ce faim voiage parfaire ; ,300 Et encore vorra il plus faire, ^ Que les ejlifeurs de V empire Vol oit ajfambler, tire a tire. Et efcrire à nojîre Saint Tere Tar coy fa diligenfe appere, cAus princes, aus communautés. Qui font fi homme, & feautc's Li doivent, pour eaus efmouvoir ; Si que quant on devra mouvoir. Qu'il aient fait leur pourveance ,jio Tour aler y, ou de finance. Tour haillier à ceuls qui y r ont Et qui cefte ouevre affeviront. a. Vers faux. LA PRISE D'ALEXANDRIE, 41 V empereur tantojl commenfa ,36^ Et fes mejfages avanfa, Et fes lettres, pour envoler cA fes fubge's, fans de trier ; Car parfaite dévotion cAvolt à V exaltation 1320 'Dou volage, & tant le defire Que bouche ne le porrolt dire. Quant l'empereur et refpondu, Ll princes qui Vont entendu, Et tult ll autre de la place "Dirent que "Dieux ll ottrolt grâce Dou parfaire, car vaillamment c4 refpondu & noblement. cApres fu le roy de Hongrie, Qui promljî confort & aïe 1330 qAu paffage, &y mettera, Quant ll polns & ll tamps fera, Son corps, fa chevance & dou fien cAutam comme autre roy crefllen. Elnfi promlfi & voué Fa, Devant tous ceuls qui furent là. oApres fu le roy de Toulalnne, Qui tint Cracouve en fon demalne, Qu'il promlJl qu'il y alderoit, Toutes les fois que polns ferolt, 1340 cAu faim volage mettre afin. Très volentlers & de cuer fin. Et mit ll prince qui là furent Ll un vouent, ll autre jurent Que volentlers y aideront. Et que leur poolr en feront. Quant ll orent parlemente' Longuement à leur volenté, ll feïrent une ordenance 4^ GUILLAUME DE MACHAUT, 1 364 Que cis roy iroit en prefence cAus autres princes (TcAlemaigne, 1350 Car il ejl bon que de li veingne La requejle qu'il leur fera ; Et avec ce tout leur dira Ce quon a fait à Vajfamhlée Qui en Cracouve ejl ajfamble'e. Einfi li figneur Vordenerent. zMais einfois grans joujles crièrent, Car il le vuelent fejlier De joujier & de tournier. 'Brief ment, il joujlerent en f amble 1360 Et Vemperere, ce me f amble, Joujia avec les autres roys. Qui ejloient en grans arrois. zMais Vejîrange roy ot le pris, Com des armes li mieus apris. L^ '■o' ^de A \J partir grant dons li donnèrent prend congé des LVEt longuement le convolèrent. princes réunis ii • n < i t r > à Cracovie. Jf' /"'{/? congie ; c/iajcuns S avoie En fa maifon; que vous diroie.' Il a tant fer chié & tant quis 1370 Que les figneur s a tous requis. Car il nH a ne duc, ne conte, l?{j noble, dont on face conte, Quil ne priajl & requeïft, Et que fon fait ne li deijl. Et vraiement il les trouva Courtois en ce qu'il leur rouva, Car il ot refponfe honnourable. Qui li fu bêle & aggreable. Nom & titre /'~\K me couvient ce rov nomcr, 1380 de ce roi O de Chypre. \^ Qui efl vcnus d'outrc la mer, LA PRISE D'ALEXANDRIE. 43 Car raifons eji que je vous nomme , 364 Le nom de fi vaillant preudomme ; Et pour ce le vous nommer ay, Qu'ajfei plus à aife en rimeray. ' Et Je je Vay mis autrement Et le mien, au commancement De ce livre, par tel manière : ce cAdieu, ma vraie dame chiere, 1390 « Tour le milleur temps garde chier, a Honneur à vous qu'aimfans trichierl» C'ejl pour ce que chafcuns n'a mie Scens de trouver tel muferie. De Chipre & de Jherufalem Fu roys : Tierre V appela Vem. Or vous ay je nommé Jon nom. Qui ejl & fu de grant renom, Et fera, s'il joit de s'emprife, Qu'il a à l'onneur Dieu emprife. 1400 Et Dieux li ottroit bonnement, Qu'il s'en traveille durement. o: >R chevauche li roys de Chipre, U ç^ f^nj ^^ Qui n'ejl pas vejlus de drap d'Ipre, Autriche, fol -jg_ zMais d'un drap d'or fait à Damas. Il n'ejl renies piteus ^ ne mas De fa hefongne pourchacier, Eins ne fait qu'aler & trader Les figneurs partout, & quérir, Tour leur aide requérir. 1410 Tant a erré par fes journées, Tar froit, par chaut & par jalées, '^ Qu'à Vienne vint fus la Denoe, ^ cA X. journées de Cracoe. a. Vers faux. — è. V ; A, C. c. V. gelées ; B. gielees. — d. C remis preceus; B. re?nis princeus. la Doe, !e Danube. 44 GUILLAUME DE MACHAUT, g Là trouva le duc d'Ojleriche, Un noble duc, puijfam & riche. Qui ejloiî fires de la ville Et dou païs. Et fachiés qu'il le l^eçut fi très joieufemem Et fi très amour eufement ; Et la duchejfe en tel manière 1420 Li fijl fi amiable chiere, Et toutes les dames aujft Que je ne fay pas nomer. Ci Que raconter ne le faroie, Tant menait chafcuns fejle & joie. Taire me vueil de leur mengier, Car on ne porroit Jouhaidier zMieus ne plus honnourablement, Tant furent Jervi richement. Le duc promet /^^UANT menp^ié orent & beû ia,o de le féconder 1 I <-r » comme le roi ^>e qui il nef oit pas hais, Grant honneur & grant révérence Li feirent de leur puifjance. Li roys ordena fes meffages, Treudommes diligens & ftg^s. Où. raifon & bonne foy a ; Et en Chipre les envola. cAu partir leur dift doucement Et moult très amiablement - ce Vous irei en Chypre ; ordene^ a Que nous aiens planté de ne^, ce Ves milleurs & des plus feiires ; ce El samene^^ des armeûres (' Quan que vous en porrei avoir ; ce Et nefpargniei pas nofre avoir, c Car quant fres, qui vuet honneur ce Et qui het toute defhonneur, ce Vuet faire ordener une chofe, (' Se fon ferviteur si oppofe, 1690 1700 1710 LA PRISE D'ALEXANDRIE. n fol. 320. 1720 '730 1740 Qui plaint & pleure ce quil donne, Scanneur ejieint & abandonne, Si que ce font larmes perdues, Tf envie nées & venues. Faites nous très grant pourveances Ve/cuS, de pavais ^ & de lances, c Et de toute autre artillerie, Quil convient à nojîre maifnie, Tour ajfaillir & pour défendre. Tour murs hrifier & cite^ prendre. cAmenei f elles & ejiriers, 'Koncins, courciers & bons dejlriers ; Tain, vin & planté de vitaille, Et garde\ que becuit ne faille. Et ouvriers de toutes manières. Fers, clos, panonciaus & banieres, Et toute chofe necejfaire Tour faire le chemin dou Quaire, Ou d'ailleurs, où. T)ieux nous menra. Qui le chemin nous apenra. cAmenei nous or & argent, Et toute manière de gent Qui porront les armes porter Tour nous aidier & conforter ; Et les ordenei par grans routes ; Et dites à tous & à toutes, Quen Chypre jamais n entrerons, C^e la royne ne verrons, Jufques à tant quaiens efîé, Soit en y ver, foit en ejlé, En pais de nos annemis. Car voué lavons & promis. » 1365 juin-juillet. a. B, V ; A. pwvaus. f4 GUILLAUME DE MA CHAUT, 1365 juillet-août. Préparatifs qui fe font en Chypre, pour répondre aux demandes du LI mejage bien T entendirent, Et tantojî de li fe partirent, Et firent f on commandement Si bien, fi bel, fi fiagement Que nuls amender ni peûfl, 1750 Tant efiudier y fceûfi . Quant en Chypre furent venu , Tantofi li gros & li menu Furent mandé par le royaume. Il ni ot Gautier ne Guillaume En toute la mer d'environ, SHlfot nagier d'un aviron, Quil ne mandafient pour eaus dire Quil apareillent leur navire ; Car le roy einfi le commande. j-jSo Et avec ce il leur prie & mande Quà cefie fois fi bien le fervent Que fa bonne grâce deffervent. Car il vuet paffer en Egypte, Qui nefi une chofe petite. Lors d'un commun afiemement "Répondirent moult liement, Quille fer oient; & le firent zMieus encore quil ne leur deirent. Et cefioit le plus fort daffei 1770 Coment tels pueples fufi pafiei, Et les pourveances aufiî, Quon ne fait mie fans fouffi. Et fans avoir mainte penfée, Tour gouverner fi grant armée. cApres ce aus nobles parlèrent. Et fagement leur expoferent, 'Doucement & de bel arroy, Toute Ventencion dou roy. Lors, par une vois, refpondirent 1780 LA PRISE D'ALEXANDRIE. f f Tamoft, que plus ni atendirent, 13^, Que volontiers le fervir oient juillet-août. Et fan commandement feraient, Tour mettre le corps 6* la vie, Et quil avaient grant envie Tfaler contre les mefcreans. Qui pas ne font en "Dieu creans. Et li pueples qui là ejïoit, Qui tous drois fur fes piei ejioit, 1790 'K^fpondi à X. mille vois : (' cAlons, alons ; gi vois, gi vois. » Li meffagier les mercierent Très humblement & s enclinerent TJers eaus, & puis fe départirent. C^a cejle fois plus nenfeïrem. Et quant à Vautre pourveance, Firent il lele diligence, Quen brief temps furent affevi cA. tous poins ; & fe vous plevi 1800 Qifil recouvrèrent à planté T>e vivres, & à volenté, (Armes, chevaus, artillerie. Tour mettre dedens leur navie ; cArs turquois, angiens & bricoles, Chai, pannons, ^ baniere, frendoles, El quanquil faut pour ajfaillir Et pour défendre ; & fans faillir Il trouvèrent fi grant finance Et tant d avoir, que, fans doubtance, 18 10 J^ ne le far oie nombrer ; Tour ce ne m'en vueil encombrer. Ve gent de piet & de cheval Furent plein li mont & li val. Quant il firent leur monfire faire. a. B, V ; A. pannos. fÔ GUILLAUME DE MACHAUT, Car, Cl corn fay oy retraire, 1365 p. 7 , août. Si grant piame en y avoir, Que home nombrer ne le far oh. Là avoit trompes & naquaires, El d'injlrumens plus de x. paires. Qui faifoiem fi ires grani hruii 1S20 Que ïiaue en reiemifi & hruii ; El la marine aujfi refonne De leur f on, qui doucement fonne. Tuis firent leurs vivres chergier Dedens leurs ne^ fans atargier, (Armes, chevaus & toutes chofes C^cejfaires que p enfer ofes, Tour fi grant fait comme de prandre La noble cité d'oAlixandre. Tant ont pené & iravillié, 1830 Quil ont chergié & abillié Et mis à point tout leur harnois. Le foudani ne prifent ij . nois, tH^ tout le remanani dou monde. Lors sefquippeni en mer parfonde, Et tant nagiereni & voguèrent, 25 août. Quen %odes briefmeni arrivèrent M^^ La flotte /""^^ UAND li bons roys fceut leur venue, chypriote re- l I r/ j joint le roi V^ IL ne dcmouru pas en mue à Rhodes. c /^ l L • • tnja chambre ; ein court au port, 1840 cA grant joie & à grant déport. zMouli doucement les fefiia, Et leur promifi & ottria Guerre don, mérite & falaire Si grant, que bien leur devra plaire. Comme cils qui vuei dejervir Ce queinfi le viennent fervir . Là 01 maint pèlerin efirange, LA PRISE D'ALEXANDRIE. SI Digne donneur & de loange, 1850 Qui moiilî ires grant joie feïrem, Quant au rivage les veïrenr. Li grans maiflres de ÏOfpiial Vefcendi dou chajiel aval, o4 moult très noble compaingnie, De chevaliers & de mai/nie, Tour eaus veoir & conjouir, Et pour les nouvelles oïr. 'Briefment des vaijfiaus defcendirent Liement, & terre preïrent. 1860 (SMais bonnes gardes y laijfierem, Qui Jour & nuit y demourerent, Quen Jî grant fait faut bonne garde, Qui ne foit lente ne couarde. Eu chajiel de T{pdes montèrent., Et par la ville fe logierent, 'Bien & bel, & fe rafrefchirent, Et leurs chevaus en bon point mirent, Tour partir, quant le roy vorra. zMais, s il puet, avec lui menra 1870 Les chevaliers & Vamiraut De l^odes, qui moult /cet & vaut, Et qui ejl de très grant emprife, Dont chafcuns l'aime & loe & prije. 1365 août O' |R vous vueil les vaijfiaus nommer Qui jlotoient parmi la mer. Il y avoit coques & barges, Tanjîles, naves grans & larges^ Griparies & tafourées, ^ Lins & jy acres & gale'es, 1880 Targes à chevaus & huijfiers ; Et fi avoit de bons courciers, a. B. Et quaraques longues & l'ees. Navires de toutes fortes réunis alors à Rhodes. 5-8 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 août-ieptembre Nul des princes que le roi avait conviés à la croifade ne lui vient en aide. Tlus rofl courans que nuls chevaus, Tour courir les mons & les vaux, Si comme l'onde fe demeinne De la mer, quant li vens la meinne, Et la tourble ^ & fait tempejler, Si qu'on ne la puet arrejler. zMais ne vueil pas mettre en oubli Que li noble & li anobli De Chypre, & que toutes gens d'armes,^ 1890 foi. 321 Qui ainmem Dieu, honneur & dames, Ejfoient à cejle ajfamblée. Qui ne fu fecrette n' emblée. Car tous li mondes lafavoit. MAIS des figneurs nuls n'i avoit Que li bons roys ala requerre, Tar toute crejlienne terre. Tour avoir confort & aye D' argent, de gent & de navie. Et dey venir, s'il leur plaif oit, 1900 Qu'onneur ce faire leur faifoit. Leur refponfe ave\ bien veii, Se ci devant ave^ leû. Il li orent moult en couvent ; éMais, vraiement, ce fu tout vent ; Car bien fay qu'il n'i furent pas, U^onques il n'en pajferent pas, Et vefci la caufe, fans faille. Ils aiment mieus pais que bataille, Et c'eji grant peinne d'ejire preus 19 10 qA gens qui font lent & prifceus ; cMais ce n'ejl peinne ne labour cA gens qui défirent honnour ; Einfois leur ejl pais & repos, a. B, V. trouble. — b. Le vers ferait feux fans raddition de que. LA PRISE D'ALEXANDRIE. T9 Or revenray à mon propos : Toutes gens de pier demourerem En Chypre, & le pais gardèrent, Car honte ejl de perdre fa terre, Tour aler une autre conquerre ; 1920 Et fe fait cils biaus vaffelage. Qui bien deffent fon héritage. EN l^des ot un amiral Qui les frères de VOfpital^ Qui font bon chevalier de pris, Et les gens d'armes dou pourpris Et dou pais fifl mettre enf amble. Li roy leur pria, ce me famble, Que 0 li fuffent en cefle armée. Qui efioit faite & ordenée ,930 En Vanneur de S^offre Signeur. Tantofi li grant & li meneur Tiefpondirent que il iraient Volentiers, & que prejl eftoient Tour aler oii le roy vorra. Et que ja piet n'en demorra. 1365 août- Teptembre Les chevaliers de Rhodes fe joignent à luL L' roys les mercia forment, Tuis fifl crier ifnellement, l'^J Que le landemain partirait, cMais ne difl pas quel part irait, 1940 Tour ce que fe li anemy Heûffent là aucun amy. Il lar ^ peûji faire f avoir V armée, ^ pour lui décevoir. Et pour ce celait il fa voie. Or prions Dieu quil le convoie. Quonques mais fi grant entreprife a. B; A. il le lor. — b. B, C, D, V ; A. La 'viée. Le roi annonce le départ à fon armée. 6o GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 feptembre T)e tant de gens ne fu emprife. Qui lors veïfl gens efveillier, Troter, courir & ahillier Coques, nés^ avirons & voiles, 1950 Er requeudre les tros des toiles, Cordes renouer & trecier. Et les grans ma\ es nés drecier. Et qui veijl les amiraus Ordener armes & chevaus, C'ejioit belle chofe à veoir, T>^à fi grant fait bien pourveoir. 'Brie f ment fi furent mis à point. Que de deffaute n'i ot point, Eins po oient au point dou jour i960 Tartir fans plus faire fejour. Le roi confulte fon chambel- lan, Perceval de Cologne, fur le lieu où il con- vient d'attaquer les Infidèles. LI roys fe coucha en fon lit, cA grant joie & à grant délit ; Et faifoit à chafcun la fejle De fon armée, qui ejl prejle. Un fien chambrelan appella, Qui tojl oy fon appel a. Ce fu Tercevauls de Coulongne, Uns chevaliers qui bien befongne. Car il ejl f âge s & hardis, ,970 Treus, vaillans^ en fais & en dis. Li roys H diji en tel manière : (' Tarceval, fay fiance entière «■ En toy, plus quen homme dou monde. ce Taffer me faut la mer parfonde ; ce Et Ji ne fay où je doy traire. a cMaintes fois as ejîet au Quaire, ce En cAlixandre & en Surie, ce Et en Egypte. Se te prie (' Que tu me vueilles confillier 1980 LA PRISE D'ALEXANDRIE. « Où nous pourrons mieus efploiner, « Car tous defefpere':^ feroie a S'en vain la haute mer pajfoie ; ce Et tous H mondes le faroit, (c Si que chajcuns Je moquerait ce T>e mon armée &• de mon fait, ce Que fay à fi grant peinne fait, a 1365 feptembre 1990 PERCEVAUS le roy entendi, Et fagement li refpondi : ce Sire, je fui vo créature, a Et fi vous aim d'amour fi pure (' Que je ne vous confeilleroie a Que bien. cMieux morir amer oie c( Comment que ne foie pas dignes a De f avoir vos fecre^ couvines, ce Si que je vous confeilleray ce cA mon pooir &• voir diray. ce Sire, fay ejlé vraiement <' En cAlixandre longuement ce Trifonniers ; mais je m'efbatoie ce Tarmi la ville où je voloie. ce Si vous diray la vérité ce Dou pais & de la cité. ce Sire, cAlixandre ejl une ville ce Qui tient de tour plus de x. mille, ce Car elle ejf grant & plate & lée, (' "De tours & de haus murs fermée ; <^<- Et fil a à chafcune porte ce 'Bonnes tours, dont elle ejl plus forte , ce Environnée efl de foffe-[ ce Grans, larges & par fions ajfe^. ce C'efi une ville fii pueplée ce Qu'on y voit à une ajfamblée ce Cent mille hommes en une place. Perceval engage le roi à fe diriger fur Alexandrie & à attaquer la ville un vendredi. 02 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 a "Biaus & gens de corps & de face; feptembre ^^ éMiUS tant fout de foible marrien a Qu'en armes il ne valent rien, a Eins s'en fuient comme chevriaus. ^ « Tuis qu'il a gens d'armes entr'eaus, « Il font de trop povre couvine ; 2020 fc Et fi fiet droit feur la marine a Un petit plus d'une huchie. (' Or ejl raifons que je vous die ce Une chofe moult mervilleufe, (' Et qui eft pour eaus perilleufe. ce Ce font gens qui vivent par fort : <■' Et près de la ville a un port, a Que chafcuns le Vie^ Tort appelle, a Sus une place pleinne & belle, <.< Qui entre le port & la ville 2030 ce Ejl pleinne de grève & d'ar fille. ce // tiennent véritablement, ce Tous & toutes communément, ce Que c'eft droite neceffité « Que par ce vie^ port la cité (' D'oAlixandre fera gajîe'e, ce T>ejîruite, prife, arfe & brufée a Et defconfte ; & fe vous di ce Que c'iert en jour de venredi, ce Si que,fire, je vous confeil, 2040 c Que vous ufei de mon confeil ce Et que faciei vos voiles tendre ce Droit vers la cité d'cAlixandre^ ce Car T)iex fi noble dejiinée c< Vous a, ce m'eji vis, dejiinée ce Qu'en vérité vous la penre-^, ce Sans faillir, quant vous y venre'^. a. B, V ; A. chcvaus. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 6? " Er eu pais qui eji eniour (' Il n'i a forterejce enrour, fol. 322. 2050 «■ "Deffence ne ville fermée^ ce Tour tenir contre vojlre armée. « Je ne vous en fay plus que dire, jj ET // roy commenfa à rire. Qui moult volentiers Vefcouta, Et fus f on chevés s'acouta, Et li diji : a Ceji fort chofe à faire., « Que ville de fî grant affaire, <■' Et fermée Jî richement, « Soit prife Ji legierement, 2060 « zMefmement de gent fi petite, <■<■ Comment quil foient tuit d'ejlite. « cMais ce n'eji mie forte chofe, ce c4 Dieu qui tout fait & difpofe, ce Que mil defconfiffent cent mille, ce Et de penre une telle ville. ce t^e homme ne s'en doit donner gloire, ce Fors à Dieu qui fait la viâoire. ce // en a Vonneur & le pris, ce Com cils où tous biens font compris. 2070 " Si que, Terceval, je m'acort, ce Et fui don tout à vojire acort, ce Si qu'en Vonneur de Dieu le père, ce Et de fa glorieufe mère, ce Et de la court de paradis, ce Oit far ay fiance toudis, ce U^ous penrons demain nofire voie ce Vers cAlixandre ; & toute voie, ce C\ous ferons [ambiance de traire ce En Chipre, qui efl le contraire ; 2080 " 'Pdr quoy des annemis fceûe (' C^e puiji eftre nofire venue, jj 1365 Septembre Héfîtation du roi. Il le décide à faire voile vers l'Egypte. 64 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 fept.-odlobre Départ de la flotte. Lundi, 28 fept. 5-9 oftobre. Une fois loin des côtes d'Afie- Mineure, le roi annonce qu'on va at- taquer Alexan- drie. o4 tant la parole laiffierem, Si dormirent & repoferent. AU matinet quil ajourna, Li roy bien & bel s'atourna Et trejluit li autre enfement. zMejfe oïrent dévotement, Et puis en leurs vaiffiaus montèrent, Et en haute mer s'efquiperent. En un lundi, bien m'en remembre, 2090 Droit xxviij. ^ jours en feptembre. L'an mil ccc.v. & fexante. Li roys metoit toute s' entente cA tel fin que fa gent cuidaffent Que droit en Chypre retournajfent. zMais il penfoit tout le contraire. Si comme vous Vorre^ retraire. Tant nagierem, de place en place^ Qu'il vinrent tuit, par la Dieu grâce. En un lieu qui ejl appelle^ 2100 Cramboufe ;^ là font ofiele^. C'^^ o4u matinet, mejfe efcouta Li roys, que uns prefires li chanta. Et quant la meffe fu chantée. Il monta dedens fa galée ; Et fu le diemenche enfievant. IL s'en va par la mer bruiant, Et tuit li autre le fievirent. Qui venir à bon port défirent. Quant li roys fu bien eflongiei, 21 10 // ne s'efi gueres atargie-[, Eins fift fonner une trompette, Qui haut & cler fonne & trompette. <2. B, C, D V ; A, feul, donne: xniiij. — è. B; V. Crambouxe. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 6f Lors s'arrejla tout le navire, '^65 ' 5-9 odtobre Tour oir ce qu on vorra dire. Li rois commanda qu'on leur die Que chafcuns le fieve à navie Tour droit le chemin d'oilixandre, Car là vuet il aler defcendre., 2120 Se "Dieux plaiji ; nul n'arrejfera Jufques à tam quil y fera. Qui lors veïfl gens efbahir Et murmurer par grant air ; Il y avoir Jî grant murmure Que chafcuns d'eaus dit & murmure: ce oilixandre ejl Jî fort ciré " Et fi poijfant^ quen vérité «■ Tous li mondes ne la penroit. ce Li amiraus en geteroit 2130 <' Cinq cent^ mil hommes en une heure ; ,'■' ^^Ksfl^'^^ ^^y /70U7' néant labeure ce Et fi n'ejl pas bien confillie-, et Einfois s'ejî en vein travillie\; ce [H^il n'a pas gens pour li combattre, ce Car il feront cent contre quatre. ce C^ompourquant prenons l'aventure, ce Qui moult ejl perilleufe & dure, ce Et prions T)ieu quil nous conforte, ce Et qu'à port de joie nous porte, 2140 « Car fe là nous couvient morir, ce // le nous far a bien merir. » EINSI chafcuns fe conforta, . " encourage J -J -^ ^ les gens, un mo- Et li bons roy les enorta ment ébranlés. Que chafcuns ait bonne efperence En Dieu & toute fa fiance. Car s'il l'ont ades en mémoire, a. A. Fc. 66 GUILLAUME DE MACHAUF, 1365 5-9 oûobre // aronr honneur & vidoire. Il diji: ce Signeurs, n'aie:; doubtance (' De la planté, de la puijfance a Des anemis Dieu, ne freour, 2150 ce Quil ^ vivent en fi grant erreur, ce En tel pechié, en tel mifere, (' Qu'il ne congnoijfent Dieu le père, (' Ses commandemens , ne fa loy. ce Tour ce vous di, en bonne foy, (' Que Dieus tous les dejconjira, ce Et de leurs mains vous gardera; cf S'il font plus & nous/ornes mains, ce Diex les metera en nos mains. ce Une cantique détermine 2160 " Qi/^ jadis, par vertu divine, ce Uns homs en defconfijfoit mille, ce Et ij. en chajfoient x. mille. ce Dieus le faifoit certeinnement, c Qu'ejlre ne peùjl autrement, ce Et c'eji à li chofe legiere, « De les dejiruire en tele manière ; ce Si que tous les defconjirei, ce Vous le verrei & le dire^. » Quant il ot dit fa volenté, 2170 Il furent tuit entalenté Telement que le plus couart Cuidoit bien valoir T{enouart. Si crièrent à haute alainne : ce Quant Taris ala querre Helainne, ce // ne fifî pas fi grant emprife, ce CN^bles roy, com tu l'as emprife ; (c Si que de cuer te fervirons ce Et avec toy partout irons. ce 5\/ te lairons n'a mort n'a vie, 2180 a. B, V j A. qui. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 67 (' Tour riens qu aveingne ne quon die ; ,,65 — zMais il feirenr le contraire, Si comme après Vorre^ rerraire, — ce Va devant nous, irons après, ce Sans rien rejfongnier, long ne près. » Li jours fu biaus, la mer fu quoie, Chafcuns à bien nagier s^ emploie ; Car li vens ejîoit couvenables, 'Bons & dous, cois & profitables. 2190 ^\ ont tant nagie & vogué, 11 jette l'ancre ^^ m • 7 • / devant le vieux O Tarmi la mer, qui a po gue, po^ d'Akxah- Quau viei port, devant cAlixandre, ['9] '*"^- Vint li bons roys fans plus a tendre. En un juedi, ce rriLefi: avis, Jour de la fefle St. Denis ; jeudi 9 od. Et y vint à Veure de nonne. Li roy fes befongnes ordonne, En atendant fa compaignie, Dont il vint la plus grant partie 2200 Einjois que la nuit fufi venue. Or le gart cils qui fifi la nue ! Queinfois queuffent but ne mengié, Furent li anemy logié. Devant le vies port, à tel route, Qu'il couvraient la terre toute. 'Bien ejî oient plus de c. mille, Et s'enyjfoit hors de la ville. Tant & fi mervilleufement Que nuls homs nombrer bonnement fol. 319 2210 ^e le peûfi en vérité, Tant en y ot grant quantité Qui empefichierem le deficendre De fes vaifiîaus & terre prendre. Einjois que l'aube fu crevée. 68 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 10 oftobre Vendredi 10 o£l. Le roi ordonne le débarque- ment. Les Sarrafins entrent dans la mer pour com- battre les chré- tiens. Fu venue route V armée. LA nuit paffa & li jours vint Si biaus, que plus bel ne couvinr ; Si quil veoient vis à vis La planté de leurs annemis. Quant li bons roys cuida de/cendre, Li Sarrafin, fans plus attendre, Ennerent jujques au nombril 'Dedens la mer plus de xx. mil ; Car la mer ejloit là fi plate, Si pleinne, fi coie & fi mate. Que pour ce ejioient demourées Long dou port toutes les galées, cAuJJi comme à get d'une pierre. Que ne pooient penre terre. Li Sarrasin tant s'' efforcèrent Que les galées aprocherent. tant y ont trait &• tant lancié, Que plufeurs des nos ont blecié, Qui bien & bel fe deffendoient, Des galées oii il ejioient. Et pour ytant que leur navie Ejloit ejlroitement rengie Très de la rive de la mer, Vun ne pooit tant Vautre avier Quil defcendiffent ij. & ij. Et aveques ce chajcuns d\'uls Ejloit en mer jufquau braier, Tour les Sarrafins deplaier. En ce point faut quon fe combate, Tour la mer qui ejl là trop plate. Et einfi com chafcuns defcenr, Vix^ fe combatent contre cent. 2230 2240 a. A. X. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 69 cMais onques mais Jî druement V^e vijî honis grejler vraiement, 2250 Com lances, faj erres & durs Volenr en F air de roures pars, Tour nos Crejliens damagier. cMais bien Je Javoienr rargier, Car aurremenr il fujfenr morr Er occis de pireufe morr. Er aujji moulr formenr rraioiem Les nojlres quen vaiffiaus ejfoienr. 1365 10 odlobre 2270 LA fu le conre de Genoive, Qui pour cole'e quil reçoive, Tour grevance ne pour labour. Tour froidure ne pour chalour, De Vejtour ne Je parrira, C^e le bon roy ne guerpira. Il ne fu pas des darreniers, Einfois defcendi U premiers. Juenes homs ejîoir, Ions & drois, 'Biaus, gracieus, en rous endrois. ^ T)e bien ferir pas ne Je faim, Il abar rour ce quil arainr. Enclos eJloir de roures pars ; Si fe deffenr comme un liepars, Quanr on li vuer rollir fa proie. cMais la force ne fu pas foie, Car rour enfumble & à une heure Tlus de c. li coururenr feure ; Si que jî jours ejloienr cours, Se briefmenr n^eûjl heu fecours. L' I roy avoir ij. marefchaus, Li uns ejfoir fes amiraus ; [^°] a. B: V. Ions & adrois. Valeur du comte de Gene- vois, Amédée III. Jean de Morpho & Simon Thinoli le diilinguent. 70 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 Vautre fu Symon Thinoli, ^° ° ° '^ Qui ejloiî defcendus 0 li ; renne. Et tuit li autre enfement T>ejcendirent ifnellement. Cils ij. furent Ji vaillant homme. Que d'cAlixandre jufquà 7{omme, P^ avait ij. hommes Jî parfais, En vaillance, en dis & en fais. Tuit^ fe fièrent en la méfiée. Là ot mainte tefie copée. Et maint Sarra~in detranchié. 2290 'Brief, il ont le conte laiffié Sain & legier, preu & hardi ; C^à cefie heure rien ne perdi. Belle conduite T I l)ons princes de Galylée de Hugues de I < j r 1 ' Lufignan à du L^ TJfi âpre S de Ja galee, vicomte de Tu- ^^^^^^ ^^^^^ jj h^rdiement Et ji très perilleufement, Quon le tint à grant hardieffe Et à mervilleufe prouejfe. Chafcuns li donne los & pris, 2300 Tour le grant fait quil a empris. éMervilleufement fe combat; Il en tue tant & abat Quil fiji^ place à plus de fexante, Qui defcendirent fans atente. P^ie's fu dou roy & fes privei. Sages, vaillans & efprouve~. Et li vicontes de Toureinne ^ Defcendi après, qui grant peine éMet à bien faire la befongne. 2310 Chafcuns le fuit & le reffongne, i. B, V; A. Tant. — b. V; A.feijî. — c. B. Containne-^ V. Toutainne. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 71 2330 2340 Car porté leur a grani damage, La journée, fus le rivage. LI roys yjfi de fa galée, Vejpée eu poing, la tejîe armée, Et entra dedens la bataille. Là fiert 6* cope ^ tue & maille, Quan qu'il ataint, tue ou meliaingne ; ^N^eji riens qui à fes cops Je teingne. Trame ^ en occiji en petit d'eure, Si que la place H demeure. Chafcuns le fuit, chafcuns le double ; "Briefment il paffoit toute route. Il avoit là un amiraut., Qui ejioit venus à Vaffaut. Il dift au roy : «. Viens-tu conquerre « D^ofre pais & nojîre terre ? « Je te moujîreray ta folie, « Ton outrage & ta cornardie. » Lors donna au roy tel colée, T)'une fort lance bien ferrée. Qu'il le fiji reculer"^ iij. pas. Li roy H dijl : a Tu ne fce-; pas (c Encor comment m'efpée taille, « zMais briefment le far as., fans faille.-» Il paffe avant; fi li rendi Tel cop que tout le pourfendi. Et dit : « Cuvert, ^ vous mentire^ ; «■ C^à roy jamais ne mettere~ « La main qu'il ne vous enfouveingne.o Quant li autre de fa compaingne Virent ce cop, il reculèrent Tour le roy, que trop fort doublèrent. 1365 10 odtobrp Bravoure du roi de Chypre. a. B, V ; A. xxx. — b. B, V; A. recoler. — c. B. cwvtrs ; V. cui-vers. 72 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 10 oftobre Bremond de la Voulte & Perceval de Co- logne re- joignent le roi dans la mer & combattent à les côtés. OR vueil corner une apenife, Que chafcuns loe moult & prife, De "Bremom & de Terceval, Qui Jom preUj vaillant & vaffal. Il ejîoient en leur galée. Et bien veoient la mejlée, iMais ne pooient terre prendre, 2350 D^e il ne pooient def cendre ; Si qu il faillirent en la barge T>ou roy, qui ejîoit grant & large, Com bon & loyal chambellain ; Tuis, fans efchiele & fans poulain, Saillirent dedens la marine. En la mer font jufqu à Vefchine ; Là fe combatent fièrement Et fi très orguilleufement^ Que tous ceuls qui les regardoient, 2360 oi merveilles s'en mervilloient . Tant ont féru, tant ont maillié. Tant ont fait, tant ont efploitié, Que, malgré Sarra~^ins, ambdoy Sont venu d'encojle le roy. Li roys les vit, s'' en ot grant joie. Et dift : cr Signeurs, fe Vieus me voie, ce Venus efies alla bonne heure. ce Or leur couron vitement feure, ce Si feront tantojl def confit. ->'> 2370 fol. 324 Chafcuns f on commandement fit Si bien & fi hardiement Qu'on ne pooit plus vaillamment ; Là ne fu pas Ions li fermons. Li roy, Tercevaulx & 'Bremons Se fièrent dedens la bataille. Chafcuns tint Vefpée qui taille, Chafcuns grans cops donne & départ; LA PRISE D'ALEXANDRIE. 7^ T)e Sarrasins font granr ejfan. 1365 23S0 cTlfais li roys fi fort fe traveille looftobre. Que chafcuns en a granr merveille. oAujffi Terceval de Coulongne, Qui a hajîi cejie befongne, zMoult hardiemem fe combat; Quan qu'il attaint tue & abat. T{iens n'eji gui contre f es cops dure; S'efpée, * qui ejî bonne & dure Et taillant, f cet bien metve en ouevre ; 'Bien fe deffent è' bien fe cuevre. 2390 '5\^'// ne doubte mort ne prifon, Fors def honneur & mef prifon. Et aufft tuit cil qui là font cMerveilleufement bien le font. éMefftres "Briemons de la Vote Efoit là com chaftiaus fus mote ; Fors & fermes & deffenfables, Tlus que Gauvains li combatables. Ces ij. furent dalés le roy, En grant couvine & ^ bon arroy. 2400 Tercevaus ejloit à fa dejlre Et Bremons fu à fa fenejire. Bremons une hache tenoit, Dont grans & rutes cos donnoit. cA tant de cops, tant d'ommes mors. Il ejloit grans & Ions & fors, Et plus vif c' un alerion, Et s'or corage de lion. Trop le doubtoient Sarrasin, Qu'en li avoient mal voifin; 2410 Entour li faifoit grant ejfart ; Je '^ tieng celi pour trop mufart a. B, C, D, V ; A. N'efp'ee. conjure & bon erroy. — f. V ; A. /;. Vj A. en; B. En grant Se; B. Si. 10 74 GUILLAUME DE MACHAUT, g Qui Je metoh emny fa voie looaobre. Tow ejlre mors ; & tome voie Dieu, honneur amoit & vaillance ; Et fi ejioit nei de Trovence.^ Exploits de Li bons mejfire Jehans de mors JeandeMorpho £„ ^ _/y^ J^ / /nC^ri" / cS; (juy de -' Baveus. Et meJfire Guy li 'Baveus, Qui doit eJlre eu nombre des preus, Et Jes ij.fils jî bien le font, 2420 Qu entre les bons des milleurs font. Ce font ii). chevaliers de France, Qui aiment honneur &• vaillance, Et qui les vont par toute terre, Oh on puet aler, pour les guerre. Les croifés fe IC^ quant tuit furent defcendu trouvent réunis I rr\ i i o J dans l'eau, -*—' Dedens la mer, j ay entendu, environ gooo. £^ ^^ ^^^ ^^-^ ^^^ chcvaliers. Qu'il n'ejioient pas viij. milliers, i^*'^ 'Bons & mauvais.^ grans & petis ; 2430 Et nU ot pas de gens de pris, Qui gens d'armes font appelle-;;, Tlus de vij.' ou tout dalés ; Qu'il avoient, fi com diron, Bien c. voiles ou environ. Li Sarra~in, Ji com moy famble, ^7\V les laiffoient mettre enf amble, Qu'au defcendre fe combatoient, cMain à main, dont trop les grevoient. cMais merveilles fu de leur trait; 2440 Car chafcuns rue & lance & trait Tar tel guife & par tel effort Quonques ne treïrent fi fort. U^onques fi viguereufement, a. V. Et fi ejïoit nezfanz doubtance. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 7f tN^ fi très orguilleufemem On ne vit Sarrarins combatre 1365 10 oftobre. ET s'ejfoienr mil contre iiij. Toute voie, li nojlre firent Tant qu'en/amble tuit fe meirent. 2450 Qa^^^ il furent tuit ajfcimblé, Il a à chafcun d'eaus famblé Que li Sarrajin defconfi Fujfent, & en di [oient : « Fi^ <■<■ zMauvaife gent, mors y fere:[, « Si que ja n'en efchapere'^^ ; ce C^e Ja pour lancier, ne pour traire, ce ^'^e pore- à garifon traire. 3) Et li roys dijî : a Or y parra ce Qui au jour de hui bien le fera. 2460 c( Certes li plus acouardis ce T)oit ejire ci preus 6- hardis, c Car il font anemi de T)ieu; ce 5\y leur lairons place ne lieu, ce Einfois tous les defconfirons. ce oAvant ! fîgneurs, ferons, ferons ^ ce Si que li nofire fe deffendent c Et à bien batillier entendent, ce Tar tel manière & par tel guife ce Que chafcuns fon compaingnon prife , 2470 ce [/^ homme n'i a qui puifi entendre ce qA nulle rien qu'à lui deffendre. » LONGUEMENT dura li affaus. Li rois, ^Brimons & Tercevaus, Li princes, fa gent & le conte, T)e quoy on tenoit moult grant conte. Et li marefchal en tuèrent Si grant plenté & afolerent, Nombre con- fidcrable dcsen- netnig. Le combat con- tinue avec acharnement 76 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 10 odobre. Les croifés repoulTent les Sarrafins hors de la mer & parviennent à gagner la plage. Qu'il gifoiem mors & ocis, Là cent, là mil, là vim, là fis ; Si que Viaue de la marine 2480 T) ou Jane avoit couleur fanguine Une huchie tout entour, Tant fu fors & crueus Vejlour, Grans fu & crueus li affaus. Li roys fu là preus & vaffaus, Et tuit cil de fa compaingnie. Chafcuns fon compaingnon deffie De bien faire &> de hatillier, Tour les Sarraiins detaillier. Tant fer irent,^ tant hatillierent 2490 Que hors de la mer les chacierent Et, maugré eaus,^ preinrent terre. Qui adonc leur veïfl requerre Les Sarrafins hardiement, Il deïjl que ce hardement Vint de "Dieu, qui les conduifoit Et à ce faire les duifoit, Car c^ejloit hardement celejire. Les Hofpitaliers, débarqués vers l'Orient, pren- nent les Sarra- fins à revers & les pourfuivent jufqu'à la porte de la ville. IL avoit un port à fenejlre, 'Devant'^ la cité d' cAlixandre , Où Dieux fjl venir & de [cendre De T{odes le bon amiral. Et les frères de VOfpital, Qui tuit ejîoient chevalier Fort, puijfant, apert & legier. Ils abillierent leurs chevaus, Et ijfîrent de leurs vaifjiaus 'Bien & bel & arreement. Sans avoir nul empêchement ;^ 2500 a. B, V j A. Jeirent. — b. Vj A. maugrens eaus \ B. maugré eulz. — c. V. de'ven. — d. A. em- peechement-^ V. empeefchement. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 77 3510 Tuis Je meïrent en bataille ; ,365 Chajcuns Vejpée qui bien taille '° °^°^'^- Tenait en fa main toute nue. o4donc n'i ot refne tenue. Tant quil veinrent en la place Oii de fane avait mainte trace, Tuis crièrent : c oi mort ! à mort/ ce zMauvaife gent, vous efles mort! » Et quant li Sara^in veirent Les nojîres qui les encloïrent, 2520 En Veure tournèrent en fuie ; ^T^e celui n'i a qui ne fuie Vers la porte de la cité. Là n'avoir merci ne pité, Car li nojlre qui les chaffoient Sans deffenfe les occioient, Si que d'ocire ne fnerent Tant quà la porte les chafferent. Il ot grant mejle'e à la porte, Qui ejloit grant & large & forte, Foi. 325. 2530 Q«^ li Sarrasin la volaient Clorre & fermer ; mais ne pooient. Car il y avoir tant de mors, Quil ne marchaient que fus corps. Qui gifoient gueule baie, L'un jus. Vautre droit à l'entrée. Et nonpourquant, à la parclofe, zMaugré le roy, elle fu clofe. QUANT il furent dedens la ville, La porte ayant Li Sarraf-n, plus de xx. mille, ma?g^ré"iTs"ef- 2540 zMonterent par deffus les murs, t\'o\Sxt(ontl\ Qui ejîoient haUS &• feûrs, la retraite. Et n'i^ avait parte ne tour a. B, V j A. Et cui. 78 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 10 cdlobre. Le roi fait débarquer les chevaux Se or- donne le repos. Qui neùjl arbalejlre à tour, Et qui ne fujl très bien garnie De trejîoute autre artillerie ; Et Je mirent à grant deffenfe. cMais H roys autre chofe penfe, Quil ne les vuet pas affaillir Si tojî, pour paour de faillir. Tantojî fifl fonner la trompette Li roys, en figne de retrette ; Si que chafcuns Je retrey Long de la porte, & Je trey En une place grant & le'e, Seur le lieu où fu la méfiée, Entre la ville & la marine. Et nH avoit ronce nefpine. 2550 L 1 roys le ffl pour ij. raifons, Qu'il nefî pas drois que nous taifons. Et vefci la raifon première, cApres dirons la darreniere. Chafcuns d'eaus ejîoit tous laffe^. Qu'eu avaient mal affe\ En la bataille & en la chace ; Si que li bons roys, qui ne chace Seulement qu'à honneur venir. Les voloit faire rafrefchir, Et les navrei aparillier. Et leurs plaies bien abillier, Qu'autrement il ne s'en peûjl cAidier, fe méfier en heifl. L'autre : il voloit f es chevaus traire Hors des vaijjîaus, car nul contraire Li Sarra\in ne li faif oient, Qu'en cAlixandre l'atendoient. cAuffi fa gent n'efioient mie 1560 2570 22I LA PRISE D'ALEXANDRIE. 79 Tuir defcendu de la navie, ,^6^ Eins s\ibilloiem pour de/cendre ; '° oftobre. Si les couvenoit à atendre. 2580 Quant li cheval furent à terre Et trejioute fa gent, grant erre Les menèrent devers le roy, Qu'il trouvèrent en grant conroy. Tout à piet, dejfous fa baniere, Qui nejloit mie tout entière^ Eins y av oit plus de c. vos De fa jet tes & de garros. ^ Li roys moult volentiers les vit Et moult amiablement dit 2590 cA fes chevaliers & à tous .- (' 'Biaus Jîgneurs, rafrefchijîe^ vous, ce Car vous ejles forment greve~^ «■ Et faites penfer des navre~, a Si très bien qu'il n'i ait deffaut, « Car certeinnement il nous faut ft cAvoir confeil par quele guife ce Cejle grant cité fera prife. " Qui dont veïjl gens efmouvoir, C'ejloit merveille, à dire voir. 2600 Chafcuns difoit : a Se Vieus me faut, ce Jamais ne F ariens^ par ajfaut, a C\e par fiege, ne par famine, Par angien, par trait, ne par mine; C^e nous ne li poons grever, C^on ne fe doit pas efprouver « cA ce qui ne puet avenir. ce Se le roy laiffons couvenir, Il nous menra à tel pertuis ce Que nous en ferons tous dejiruis, 2610 " Car il font bien mille contre un. » a. V; A. & garros. — b. V ; A. aries. 8o GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 10 odtobre. Le roi tient confeil. Eînfi murmuroh le commun. Toutevoie il Je rafrefchirem, Et en bon ejlar fe meirem, Et trejious leurs chevaus au£î, Tant qu il furent bien rafrefchi. LI roys fon confeil appella, Et les fages qui furent là, Et dijl : ce Signeurs, nous fommes ci ce En ajfe^i bon point, Dieu merci, ce Qui nous a fait Ji belle grâce, 2620 ce Que veu avons face à face ce C^os annemis & def confis ; ce Chafcuns de vous en eft tous fis. ce Si l'en devons moult honnourer, ce Et fervir, doubler & amer, ce Car ce ne peufi autrement ce cAvenir fans H nullement. ce Or regardons que nous ferons, ce Et fe nous les affamerons ; ce Car hontes ferait de partir 2630 ce Sans eaus penre, ou fans affaillir : ce Et pour ce à vous tous ni en confeil. ce Or me donne^ voflre confeil ce Si bon, que Dieux y ait honnour ce Et nous n'i aiens defhonnour. 5> Quant il ot fine fa parole. Qu'on ne tint mie pour frivole, Einfois fu moult bien ef coûtée, D'eaus tous 6- pefée & notée ; Il avoit là un amiraut 2640 Qui refpondi & difi tout haut : ce Sire, j'en diray mon penfer. ce Vous devei bien confiderer LA PRISE D'ALEXANDRIE. 8l ce Cinq^ chofes qui fom à ce fait, ,^5 ce Si les vous diray tour à fait, jj '° odobre. T \ amiraus premier parla, Avis d'un baron i-' Tour ce qu'il n avoir homme là tïnZTÂllt. Qui deifi moi; eins fe raifoient, Et Fuji Vautre Je refgardoient. 2650 Li amiraus dijî fagement : e gent, qu'on ne les puer efmer. ce "Bien Fave'^ veil en la mer, ce qAu defcendre de vos gale'es. ce Car, fe ce fuffent gens faées, ce S'efioient il de grant deffenfe ; ce 5\^ onques ne vi gens fans doubtance, 2660 « Qui fi vitement affailliffent, ce 7^e qui fi bien fe deffendiffent, ce Sire. Et vous les affautere^ ^ ce o4 ces murs oii il font montei? ce II font haus, larges & efpès, ce Et s'a bonnes tours près à près, ce "Bien garnies d'artillerie ce Et de gens qui ont la maijlrie ce T)e bien traire ; car ce font gent ce Qui de ce font trop diligent, 2670 " Si que de toutes pars trairont ce Et vojire gent mehaingneront. ce Or refgardei que ce fera, ce Quant chafcuns de haut gettera ce Tierres, caillaus & mangonniaus. ce // n'i ara fi petit d'iaus ce Qui ne vaille un bon chevalier ; a. A. V.— b. A. ajfautrez. 82 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 10 o£tobre. ce Tour VOS gens tuer & plaier ce Chafcuns d'îaus vaurra x. des vojîres. et Einfi feront péri les nojires, (t Et mis à mort fans cop ferir. c( Si n'eji pas bon d'eaus ajfaillir. ce Encor y a autre raifon. ce // n'a ne borde ne mai/on, ce C^e forterefce de ci au Quaire ce Oii vous vous peuffie^ retraire, ce ^T^n jufques en Jherufalem. ce Encor opinion ha l'en ce Que vos gens ne puelent acroijlre, ce E infois ne feront que defcroijîre. ce Et n'atendés fecours n'aye ce T>e nul homme qui f oit en vie, et Fors de Dieu qui vidoire donne : ce Son pooir n'a terme ne bonne. ce Si n'oferoie confillier ce Que vous aliffiei effillier, ce Vous &• vos gens d'armes, pour prendre et La forte cité d'cAlixandre, et Efpeciaument par affaut. ->:> Quant li prince & li amiraut Oyrent fon entention, Chafcuns tint fon opinion, Et dirent tuit communément Et d'un commun ajfentement : et Sire, par noflre loyauté, ce // vous dit pure vérité. >i z68o ^690 fol. 326. 2700 Réponfe du roî pour rofFenfive. Lï roys, qui bien l'a entendu^ Longuement n'a pas atendu, Eins refpondi courtoifement : c Seigneurs, je fay certeinement et Que il dit voir comme évangile. 2710 LA PRISE D'ALEXANDRIE. 83 2720 2730 zMais ce fer oit chofe vop vile cA moy, qui tant me fui penei, Que je vous ay ci amenei Et sauvons heu tele honneur, cA Vaïde CM^oJîre Signour, Qu'onques chofe plus honnourable D^avint à nul de nous, fans fable, Car nous les avons detranchie^, Ocis, defconfs & chacie^^ zMaugré leur dens, dedens leur ville, Qui tant ejl grant, fort & nobille ; Si que s'einfi me departoie, qA tous jours mais honnis feroie ; Et fi me fer oit reprouvé Toudis, com recréant prouvé, Se ne faifoie mon pooir D'avoir la ville & mon devoir. Si que, feigneur, je vous requier Qu'au jour dhui folej chevalier Treu & vaillant., fans couardie., Et T>ieus fera, je ne doubt mie, Tour nous, qui nous ha confillié Et qui pour nous ha batillié ; Et qui autrement le ferait, Je croy que "Dieux s'en courferoit. Qui vuet venir 0 moy, fî veingne, Qu'aler y vueil que qu'il aveingne. » 1365 10 odtobre. 2740 LORS refpondirent tuit enfamble ; a C^ous difons ce que bon nous [amble; (' Sire, alei oit qu'il vous plaira, (.< Que nuls de nous ne vous laira, c Car noftre honneur & nojlre vivre (' Efl en vous, pour morir 6- vivre. >y Quant li roy parler les oy Les croifés promettent de le fuivre. Le roi fait an- noncer l'affaut. 84 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 En fort cuer moult Je refjoy. 10 odobre. ^i jiji ^f-i^j.^ j-^ns nul detry, ^ Tarmi fon oft, à moult haut cry, Que toute manière de gent, Grant, petit, feigneur & fer gent, Le fievent tuit & fans faillir, 2750 Car il vuet la ville affaillir. cAvec ce, le crieur cria Que le premier qui montera Sus les murs, ara fans douhtance cMil petis florins de Florence ; Li fecons en ara v^, Li tiers ccc, & ce fu fen\,^ Car chafcuns plus s'' en avenfoit Tour ce quà gaaingnier penfoit. Et quand on fceut cefle nouvelle^ 2760 Onques ni ot homme rebelle, Eins firent fon commandement 'Bien & bel & apertement ; Et fe meirenf^ en conroy Tour aler aveques le roy. Le roi décide T I ffentHs rov en appella qu'on attaquera I ci ^ j. i de la Douane, L la porte i— / Un ficn chambrclun qui fu là. Ce fu Terceval de Coulongne, Qui mort ne prifon ne rejfongne. En audience li a dit : 2770 fc Terceval, entende:^ mon dit. (■' Vous m'ave-^ dit quen cAlixandre <■' qA une porte qui ejl mendre « Des autres, & que c^ejî li lieus fc 'De la ville où on porroit mieus ce cAffaillir, & quon la porroit i< Tenre par affaut qui vorroit. » «. B, V; A. decri. — b. B,W ; A.faru. — f. V,- A. mirent. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 8s- Tercevaus ranrojï refpondi ; <■<■ Certes, Jire, je vous le di, 2780 " Veoir la poe^ ourreemenr, ^ (c Er chafcuns fans empefchemem^ (■' C'eJI la Torre de UcAudouanne. ^ te CH^en la ville n'a drap ne panne, <■' cMarchandife n'efpijferie, <■<■ 5\V chofe qu'on meinne en navie, (' cAvoir de pois, ne faffren d'orr, i' Que, s' on le vuer mener au porr^ , i' Qui n'ijfe hors par cejle porte. (f Et ne me famble pas fi forte 2ygo " Qu'on ne Veûji legierement, f( Qui r ajfaurroit hardiement. jj Li roy hucha [on connejlahle, Qui ejîoit perfonne notable, Et aujjî fes ij. marefchaus. Si commanda que li ajfaus Fuji commenciez fans plus atendre ; Quil vuet, s'il puet, la porte prendre. <■' Et Tercevaus vous y menra, « Qui le chemin vous apenra. '■> 2800 "p ERCEVAUS fîjl tantojl fonner JL La trompette & haut refonner. Tojf furent rengié & ferré, Et en po d'eure ont tant erré Qu'il font venu devant la porte. Oh mainte perfonne fu morte. Là fu H ajfaus commenciez. Et Tercevaus s'ejl avancie" Tant qu'il les a mene^ & mis Vis à vis à leurs anemis. 2810 Là ot grant bruit & grant huée, a. B, V. derement. — b. V. de la Douanne. 1365 10 cdtobre. Perceval conduit les che- valiers à la porte de la Douane, où la bataille recommence. 86 GUILLAUME DE MACHAUT, J365 10 odiobre. Gram brait, grant trait & grant mejlée, Car onques fi fort ne ne/a, C^e la grejle ne verre-[ ja Si dru, com fajettes & dars cAplouvoient de toutes pars, Tierres, garros & efpringales. Là n'avoit trompes ne cimhales Qui les refbaudijfe, nenvoife. Trop y ot mervilleuje noife ; Et fe bien li nojlre ajfailloiem, Li autre mieus fe deffendoient . En ce point furent longuement Que Vun ajfaut, l'autre deffeni. cMais li nojire petit gaingnoient, Que Sarrasin maint en hleffoient. De cops de pierre & de trais. Qui d'eaus ejîoient fouveni trais. La vigoureuie défenfe des Sar- rafins oblige les Chrétiens à s'é- loigner des remparts. Perceval va chercher le roi relié au corps de réferve avec les Hofpitaliers. u N chevalier y ot d'EfcoJfe, Qui ne fu pas mors de la boffe. Car il cuidoit le feu bouter 2830 En la porte, & fans arrejier, D^une groffe pierre de fais Fu mors, & tués & deffais. Quant les noftres ce cop veirent Li plufeur arrier fe treirent, Car il y en avoit affe^ Et de bleciei & de lajfe^. ^ Quant Tercevaus vit la retraite, Comme cils qui defire & gaite Le bien, le profit & Vonnour 2840 Et la grâce de fon fignour, Il not en li que couroucier. a. B, De mors, de na'viez, (Tafolez. LA PRISE D ALEXANDRIE. B? Tanwjl monta fus fon courcier Et s'en ala devers le roy, Et H diji : rr zMonfigneur, je voy i<- Vojire gent qui fe font retrait (' Tour la deffenfe & pour le trait (' Des Sarrafîns, qui fe deffendent i( cMoultfort, & à bien traire entendent; fol. 327. 2850 (' Et, Jîre^ fe Dieux me doint joie, (' Tour le milleur confeilleroie <■' Qu'à la porte vous treijfiey <■' Et vos gens y amenij/îe^. « Car tel y a, qui fe repofe, (' Et qui ne vuet aler ou n'ofe (( cA Vaffault,^ qui s'avanceroit, <■'■ Et qui bons & hardis feroit. <( zMoult y vaurra voflre prefence ; c Vene^ y, fîre, fans doubtance 2860 f Je croy que nous la gaingnerons, <■' Et que tous les defconfirons. 'J Li rois efl oit fus fon cheval^ Et les frères de VOfpital Environ lui, trefîous enfamble. Si difi: ce Signeurs, que vous enfamble.^ ^ ' Lors dift chafcuns qu'en loiauté Il difoit pure vérité. Li roy s & fes gens fe tenoient Entre ij. portes, & gaitoient ït-jQ Que Sarrafin n'iffiffent hors, Car ceuls de l'affaut fufftnt mors Se par denier les encloiffent ; Tour ce gaitoient qu'il n'iffiffent, Car on les voloit fecourir, S' aucuns leur vofljî fus courir. 1365 10 odlobre. a. B, V; A. à l^ajfaillir.— b. B. i^ant au roy parlait fc me femble. 88 GUILLAUME DE MACHAUT, ,365 cAuJfi li roys faifoit la garde, 10 oftobre. Qy^- „j^u/;- defire & moult li tarde Qu'il voie VcAudouanne ardoir, Tar quoy la cité piiijî avoir. Le roi T ORS U roys defceudi à pié. 2880 "" épieu à ^i g^g fuif ^ enfainble alerent la main. -^ Tû/zf, qu à la porte Je trouvèrent. Là li aff'aus recomenfa, Là li plus couars s'avanfa, Là fe moujlra chevalerie, Là vit on qui avoit amie^ Là chafcuns fi bien le faifoit Qu'à Dieu & au monde plaifoit. Li roys avoit au col fa targe, 2 s 90 Dont bien & fagement fe targe ; Et certes il li ejl méfier Qu'il en fâche bien le méfier, Car les Sarra~ins des creniaus Li ont trait plus de c. quarriaus ; Et li autre n'en font pas quite, Car li Sarra~in grant mérite cAttendent des nofres tuer. Si ne font que traire & ruer Tierres, fajettes & garros. 2900 Le feu eft mis Finablement & à bries mos^ Chafcuns des nofres tant s'efforce Qu'il boutèrent, par f ne force, cMaugré tous, le feu en la porte. Lors chafcuns fon efchiele porte Tour drecier encontre les murs. Là ne furent pas bien feûrs Les Sarra~ins qui ens ejioient. Quant ardoir la porte veoient. à la porte. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 89 2910 1920 2930 ILj avoir un niaronnier, Qui ne fu pas le darrenier, 'Dont je le pris & aimme & lo, Qui Je bouta dedens un rro, Si com le no d'une prive'e, Qui ejloit vieil & fi ferré Que nuls hom ne s'en donnoit garde. Li niaronnier s le no regarde, Et tamojt dedens fe bouta, Dont par là fus les murs monta. Et tout en Veure, uns efcuiers, Qui efloit apers & legiers, zMonta après à moult grant peinne. Lors crièrent à haute alainne ; fc cAvant ! figneurs, montei, monter ! >:> Li Sarrajîn efpoventei Furent dou cry, quant il Voyrent, Dont plufeurs des murs s'enfuirent. Il cuidoient certeinnement Que nojire creflienne gent Fujfent fi fort & fi yniaus Quilfuffentjà fus les creniaus. Tlufeurs des nofires s'effaierent qAu pertuis, mais pas n'i montèrent, Tour ce quil efîoit fi ejîrois Qu'il n'en y pot monter que trois. 1365 10 oftobre Un marin & un écuyer pé- nètrent fur les remparts par un étroit conduit. 29+0 OR vous ay dit & raconte' Comment li roys, pleins de bonté, Fiji par fes gens le feu bouter En la porte, fans arrejîer, Si qu'ellefu arfe & brûlée, Et toute en cendre degaflée. Quant la force fu abaiffié Dou grant feu, la chevalerie Prife & fac d'Alexandrie. 90 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 Et ti'ejiout Vojl emipemeni, 10 oftobre ^^^^ i^ ^^y joieufemem, Entrèrent dedans la cité. Là n'ot Sarrajîn refpité Que, s^il fuji ateins ou tenus, Qui ne fujl à fa mort venus ; tN^s gens queurent de rue en rue, 2950 Chafcuns ocift, mehaingne ou tue. Tué en ont plus de xx. mille. Et coururent toute la ville. Car tuit Sarra\in s^enfuioient Tour les nojlres, qui les * fuioient. cMais Vieus, qui tout /cet & tout voit, Qui tout gouverne & tout pourvoit. Qui f es bons amis pas n'oublie, Eins ejî toudis de leur partie, 'De f on paradis acouri, 2960 Et le noble roy fecoury, Et li donna pooir & force, Tour ce qu'il voit bien qu'il s'efforce De lui fervir & qu'il s'ejl mis c4 defîruire fes anemis, Qu'ejfre ne peûfi nullement Se fait ne l'eiifi proprement ; Et s'avoit la chofe ordonnée oiu taillant de fa bonne efpée. Si doifl tous feuls avoir la gloire 2970 T)e cejle très noble vidoire. Les gens le roy furent efpars Tar la cité, de toutes pars. Qui metoient tout à effil. Là furent Sarrafin fi vil Que hors de la ville fuioit Chafcuns, qui fuir s'en pooit, û. B, V; A. jVk. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 91 tN^onques fi gram occifîon C^e fu dès le temps Tharaon. 29 So T I roys avoir f air une emprife, 1—/ Einfois qucAlixandre fujl prife, Tar fon conjeil que bon renoir, Que fe Dieux grâce li donnoir Que la ciré fuJl conquejlée, Il pajferoir, la rejle armée, Tout ourre pour un ponr deffaire, Quefl enrre cAlixandre & le Quaire, Sus une moulr grojfe rivière; Si qu'il ordenafa haniere 2990 Qu au pont droit tenijl^ fon chemin, cAjîn que fi li Sarrasin T)ou Quaire venijfent acourre, Qu'il ne les peûffent fecourre ; Et pour ce aujft qu'on le fievijî, Une guie^ avoit qui li dijl : <■' Sire, vene^^, je vous menray a Et moult bien le chemin tenray. 'i Li nobles roys s'achemina, '^ Et de chevauchier ne jlna 3000 Tarmi la ville, tant qu'il vint cA une porte oii plus de vint EJl oient ocis à l'entrée. Cejle porte ejloit appellée La porte dou Toivre, 6* s' ejloit Li chemins qui au Quaire aloit. 1365 10 oâobre Le roi traverfe la ville pour aller rompre le pont qui conduit au Caire, par la porte du Poivre. fol. 328 QUANT li roys vint enmi les chans, Il vit, à milliers & à cens. Les Sarrafins par grans tropiaus. 11 eft obligé de renoncer à fon entreprife & retourne vers la ville. a. Bj V. qiiau pont doit tenir. — b. V, juye. — c. B, C, V; A. chemina. 92 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 cAdonques il ref garda ceaus 10 oélobre /^ • r r ' • Quijurentenjacompaingme, 3010 Et trouva qu'il nejloient mie T)e gens d'armes plus de quarante. Lors diji : cj'ay failly à m' entente. (' Je cuidoie que tuit venijfent, (' Et que la baniere fievijfent ; cr To f ornes pour le pont abatre, (( Car Je li Sarra~in debatre ce Le nous vuelent, n'eft pas poffible, c Eins ejî à nous chofe impo(fible. fc Trop font & trop fcevent de guile, 3020 (' S'il font entre nous & la ville, cr c4 ce que noftre gent entendent et qA courir la ville., & il tendent. c( Se nous efliens d'acier nempé, <■'■ Si feriens nous tui décopé, c Et s'il entrent en la cité, (' CN^os gens feront defbareté, ce Car fà & là les ociront, <■'. Tour ce qu'enj amble pas ne font ; (' Et fi li nos cloent la porte, 3030 (c C^ous & no compaingnie eft morte. » Einfi en fon cuer devifoit Et à ces v. chofes vif oit Li roys, qui efloit efbahis. Et aiifft com tous efcahis. Et ce n'ejloit mie merveille. Car uns chafcuns d'eaus fe merveille Coment là s'ejloit tellement Embatus & fi folement. CH^mpourquant très bien s'atourna, 3040 Et vers la ville retourna.^ Et dijî à fes gtns : <■' fay erré. c Or cheminons ferme & ferré^ LA PRISE D'ALEXANDRIE. 93 « Tour enf amble & le périr pas. cr o^ ce cop Dieux ne faurra pas, " Qi'''^ ^^ "^"•*" <^onforre & aide, « Se nous requérons Jon aide. (' cMais il faur que nous nous aidons et Er que rres bien nous deffendons. » 3050 Einfi li roys les conforroir Doucemem 6* les enorroir. Que chafcuns feïjî Jon devoir, Tour pris, honneur & gloire avoir. Li bons rois a pris [on rerour, Er voloir aler rour enrour La ville, pour faire fermer Les porres que ne fay nomer. cMais celles fonr, ce m'efl avis, Qui fonr devers f es anemis. Or le garr Dieux & fa compaigne ! Queinfois quà la porre reveingne. Il enconrrera relie encomre, Quilferonr bien xx. mille conrre Les xl. qui fonr 0 ly ; Si qu'il ni ara fi joly Qui ne vofjl bien efîre à Londres, c4 rour un panier plein d\ilondres. Li roys chevauche bellemenr, Er li Sarrasin fîeremenr 3070 Le fievenr ranr qu'il Vonr arainr ; La fumiere d'eus l'air arainr, Car il ejfoienr efchaufé Tlus que dyable ne maufe. 1365 10 odlobre 3060 QUANT li roys perçur le barnage. Il rourna vers eaus fon vif âge, Er ranrojf à fa genr commande Que chafcuns à bien faire enrende, Il repouffe les Sarrafins qni l'enveloppent & parvient à ren- trer dant la ville. 94 GUILLAUME DE MACHAUT, ,36^ Er que vers la porte Je traient, 10 odoijre £^ combatant, & ne s'efmaient, Que là Vieux fe comhatera 3080 Et de leur partie fera. Li Sarrasin les ajfaillirent, Et Jî dur ajfaut leur feïrent De ferir, de lancier, de traire, Que ne le far oie retraire; zMais la contenance diray Dou roy, que ja n'en mentir ay. Li roys feoit fus fon dejlrier, Et tenait le piet en Veftrier, Fort & ferme & Je arement. 3090 Là fe combat fi durement D'une hache bien enferrée Que riens à fes caps n'a durée. Il eft chajîiaus, il efl fortreffe cA fes gens; tant en tue & bleffe, Tant en abat, tant en pourfent. Qu'il en a ocis plus de cent. Et li autre pas ne fe faingnent ; zMoult en ocient 6- mehaingnent. Et tant ont fait qu'il fe font trais 3100 cA la porte parmi leurs trais. Et que la porte ont conquejiée Tar vive force & bien fermée, zMaugré toute la compaingnie Des Sarrasins, que Dieus maudie. cMais moult en y ot de blecie^ De trais, de lances & d'efpie^. Et de leurs chevaus affole^. Qui efloient las & foule^ ; Et li Sarrasin en perdirent 3 no Tlufeurs que li nofîres ocirent. LA PRISE D'ALEXANDRIE. Çf O' 1365 |R eji li roys en cAlixandre. looftobre Si li convient penfer & tendre ., , ■T J 11 S empare Comment il [oit Cires des portes. de toutes Il y aVOlt de plujeurs JorteS met de bonnes Tfes Sarrafins qui les gardaient, ^" ^^' Et contre le roy les tenoient. Li roy al a de porte en porte; C^onques n'i ot porte Jî forte 3120 Que par force ne conqueïjf, Et que de fes gens n'i meijf, Selonc la pojibilité; Qu'il n'avoit pas grant quantité T)e gent qui fujfent bien haitier^; Einfois ejîoient mal traitie^, Eajfé, foulé & travillié, cMal peu & mal abillié, Tour le chaut & pour la bataille. Et fi n' avoient pas vitaille, 3130 C^e gouvernance à leur plaifir, Qu'il n'avoient temps ne loifir D'eaus aijier, ne de Valer querre, Ou de V avoir en mer n'en terre. Et li Sarrafin furent mort 'De ville & homeufe mort. C'eji la manière, c'eji la guife, + Comment cAlixandre fu prife Dou fécond ajfaut, fans retraire ; Quonques pour lancier ne pour traire 3140 ^^î ot celui qui fe treïji oArrier, ne qui fe retreiji Vingt pie\ de terre ; &• fe vous di Que ce fu en un venredi; Et fu, pour ce que je ne mente., Van mil ccc.v. & fexante, 96 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 10 oftobre. Le roi s'établit dans une grolTe tour pour pafler la nuit. Un corps de Satrafins par- vient, durant la nuit, à entrer dans la ville par la porte du Poivre. Landemain de la St. 'Denis, Einfois que U jours fuJI fenis. [^3] QUANT H rois ot fes bons amis Vedens routes les portes mis, Et chafcune fu bien fermée Seûrement, & bien gardée^ Li jours pciffa^ H vefpres vint, Si que herbergier le couvint ; Car il avoit moult batillié La journée & moult travillié. Il choiji une grojfe tour, Qui n'ejloit pas trop en deftour. Et s''eJloit forte & bien ajfif^, U^i a celui qui ne la prife. Si commanda quon Vi herberge. Et quon y prengne là herberge , Tour herbergier une partie "De fa milleur chevalerie ; Et que Vautre partie veille Tarmi la ville & fe traveille De bien gaitier ; & que les gardes C^e foient lentes ne couardes, tT^endormies, & que bon gait Face chafcunSj car en a g ait Sont Sarra'^ins pour eaus dejîruire, S'il veoient leur queue luire. MAIS la nuit pas bien ne gaitierent, Car bien x. mil dedens entrèrent "De Sarrasins, & reponnirent Tar une porte qu'il ar dirent. Si com li nojlre av oient fait, Qui la porte ar dirent de fait, Tar force au darrenier ajfaut; 3 160 fol. 329. 3170 LA PRISE D'ALEXANDRIE. 97 Dont ce fu moult très granr défaut, 3180 Quonques rCi ot home ne garde Qui s'' en donnajl ne preijl garde, C^e qui veijl fu ^ ne fumée ; Saint zMarc ejl la porte nommée,^' Et plufeurs, qui nommer la vuelent, La porte dou Toivre l'appellent. 3190 3200 3210 L A nuit en la tour repofa, cMais heu petit repos a, Fors que le repos que nature Tuet donner en tele aventure, Qu'on dit que cils fait la dorveille Qui dort de Vueil & dou cuer veille. Et fans doute il fe travilloit, 5\^'à riens plus fes cuers ne veilloit, C^à riens ne voloit travillier Fors qu'à Sarrafins ejjlllier. Clere fu la nuit & ferie. Li jours vint., la gaite s'efcrie Dedens un cor farrafnois : a Seigneurs, li oilexandrinois ce Sont tuit mis à defconfiture ; ce c4rtne~ vous tuit grant aleure, ce Et ocie^ le remenant, ce Qui font en la ville manant, j:» Li gentils rojs, pleins de noblejfe, Se leva & oy la meffe. Humblement & dévotement. Et tuit li autres enfement De la tour aval avalèrent. Et puis fus leurs chevaus montèrent, 'Bien armé & bien abillié, Et de leur fait bien confillié. a. B, W.feu. — b. B. apomm'ee. 1365 10 odtobre. Préoccupations du roi durant la nuit. 13 ÇS GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 /^^ONTE vous aj dou venredi, V^ Or vous diray dou famedi, de la journée du Comment la chofe efi avenue. i^^^à\ £ji cAlixandre a une rue II oftobre 1365. Qa^on claimme la rue dou Toivre. Des autres forment Je defoivre^ Car cejl la grant rue, à droit dire. Entre' y furent tire à tire, Celéement, en larrecin, 3210 Tlus de X. mille Sarrasin, Tarmi la porte quil ont arfe. Dont la cendre ejî ja toute efparfe. Le roi parvient T { ^.^y^ J^ ^^ yl^j^^ „^ favoit, a forcer le corps I ' . . farrafin à l'orrir L/ Et Dour ce grant mejîier avoir de la ville ... & le pourfuit Oe ckevauchier Jeurement, Et de H garder fagement ; Car il n'avoit pas avec li, Si com dire oy Vai celi Qui y ^Jîoit, plus de l. 3230 Hommes d'armes ou de Ix. ; Toutevoie il fu gui li dijl ; Dont il reprijî moult & maudijl Ceus qui le gait faire dévoient, Quant de ce fait riens ne f avaient. Li roy fu au piet de la tour Et fa gent li furent entour, Tuit prejl de faire leur devoir, zMais vraiement petit pooir Ont, fe Vieux n'efi de leur bataille, -^i^^o Qui toudis pour les fiens bataille, Car l. contre x. mille Ce nejl mie pareille bille. Tarmi la ville chevaucha Li gentis roys qui detrancha dans la cam- pagne. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 99 zMaint Sarra-^in en combat am, 1365 Qu'il en y avait encor tant, " "*^'''"- Qui laiens eft oient tapis, Qu'à merveille; mais l'un n'a pis 3250 Qu^ li autres, car fans doubtance Tuit font puni d'une fentence, C'efl par le tranchant de Vefpée ; cAutre grâce n'i ejl donnée. Et fi s'ejioient rafrefchis, Li uns miens & li autres pis. "Briefment tant fe font combatu, Tant en ont mort & abatu, / Tant ont fà & là chevauchié Que hors de la ville chacié 3260 Les ont; & encor les chaff oient Tarmi les champs & les tuoient ; Si qu'il en y or tant de mors, T)edens la cité &• dehors. Que je ne le faroie dire, [N^uns ^ bons clers nombrer ou efcrire. Et quant li roys vit qu'il eftoient Si def confît, quil ne s'ofoient zMais aprochier de la cité. Il couvint de néceffité 3370 Qu'en la ville fe retournaft Et [es gens bien ordonnajl. S'il voloit qu'elle fujl tenue, "Bien gardée & bien deffendue. Li roys dedens la ville entra, Qu'onques Sarra-^in n'enconira, Grant ne petit, ne fol, ne f âge, oAmiraut, ne prince, ne page ; Car tuit av oient fait la vuide. Li roys la cité tenir cuide. a. B, V. nuiz. 100 GUILLAUME DE MACHAUT, ,365 zMais n^ejl pas bon de ce cuidier, 3280 Il oftobre. ^^^ il fauna à fon cuidier,^ Quejlranges y avoir plufeurs, Chevaliers & aunes figneurs, Qui ne loenr pas qu'on la lengne Tour nulle chofe qui avengne. Le roi con- T { prenuls rovs. fans derrier, voque les barons I . /- aune affembiée i— / Fiji parmi TOUT fon ojf crler fur la plage. /^ • J ^ Que route manière de gem, Gens d'armes, v aller & fergenr, Fujfenr ruir à une ajfamblée, 3290 En une place granr 6* lée Queji enrre la ville & la mer, cAurremenr ne lajay nommer. Li roys entre fa genr ejloir, Er avoir leur confeil voloir, Commenr il fe doir mainrenir, Er s' on puer la ville renir. Quanr il furent tuit en la place, Il leur dijî : ce Signeurs, la "Dieu grâce, ce ^?{j>s annemis font defconfs, 3300 ce Er cefle ^ ville avons conquis. (' Or ref gardons que nous ferons, ce Er commenr nous la garderons ; ce Car de vous la viéloire vienr, ce Er pour ce doy & me couvienr (' Tar vojlre bon confeil ufer. ->•> cAucuns y or qui, fans mufer Er fans confeil, li refpondirenr Tar rel manière & deïrenr ^ Que, par faim Tierre le marryr, 3310 Il fe voloienr deparrir, a. B. Car fort feroit de eulz C & V. — b. B, V; A. cejl. - contrarier. Ce vers manque dans c. V. Par telle manière & dirent. LA PRISE D'ALEXANDRIE. TOI 33 = Et que tenir ne la porroiem, Et pour ce plus ni demourr oient. Li roys leur dijf: } — ^^/" ^^ viconte T>e Toureinne qui dift ce conte. Et cejle refponfe bailla, 3370 'Dont li roys moult fe mervilla, Tour ce quil li avoit promis Que s'en pais des annemis, Tar engin ou par hardiejfe, Tooit penre aucune fortreffe, C'un an entier le ferviroit. Et que de li ne partiroit. cAvec ce tuit li ejlrangier, En tout, fans muer ne changier, V avouèrent & F enfuirent, 3380 LA PRISE D'ALEXANDRIE. 103 Et au roy tout en hauT dehem Qj^il ri" en convenou plus parler. Car il s'en voloiem râler ^ Et que fans doubTe il ne porroiem Tenir la ciré, ne voloiem. 1365 1 1 u^obre. 3390 QUANT li roy S oy cejle noTe, Dedens fon cuer formem la noTe, zMais onques ne s'en effrea, "De fa manière n'en mua,^ Eins refpondi arreemem : (c ^iau fire, je voy bien comnieni Vous confillie:; en ver ire Que ne Tenons pas lu cire\ Et quelle n'eji mie lenable, Commem qu'elle foiT deffen fable; Et que Tels en eft li péris Com de nous tous eflre péris. cMais il me f amble le comraire ; Vefci pour quoy, ne m'en puis Taire. Cefle ciTe efl de gram garde, c4 genT qui efl lem & couarde, Ou pareffeufe, ou endormie, Qui deffendre ne s'ofe mie. cMais un vauT vim & un vaur cem Qui hardiemem fe deffeni, Efpeciaumem en ce cas. Car qui deffem^ de hauT en bas Il a des c. pars l'avaniage. 5\/ ce n'efl que forfen & rage D'affaillir encomre ces murs. Qui foni haus, larges & feùrs. Et fe bien nous en efl cheii, a. V. N.' fa manière ne mua. — b. V. qui fe deffent. 3400 3 + ' Réponfe du roi qui engage les croifés à tenir ferme dans Ale- xandrie juiqu'à l'arrivée des fecours. I04 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 II oftobre. "Dieux Fa fait, vous Vavei veû. P^ous avons pris cejfe ciré zMaugré eaus & contre leur gré, Et fi les avons def confis, Chacie" hors, navre-; & occis Tant quelle nous ejl demourée Fort 6* feûre & bien fermée; Et s'ejî plus fort chofe dou prendre cMil fois que ce nef dou deffendre. C^ous avons arçons, arbalefres, Efpringales, garros, fa/ettes, Et d'artillerie tout plain, Qu'il nous ont laiffié tout de plain; En ces tours font & en ces portes, Dont elles font ajfe~ plus fortes. Si les bâterons de leur verge, Tar faim Julien, qui herberge Les pèlerins ; pas ne m'acorde c4 vofire dit, eins m'en def corde Dou tout en tout, tant comme au vivre CN^efl pas belle chofe d'eftre yvre. c C'ef bon de vivre fobrement, Car on en vit plus longuement . Qui bien querroit, il trouverait Saiens dont on gouvernerait Tout cefî ofl iiij. mois ou vj., Ou vij. ou viij. ou ix. ou x.. Ou par aventure encor plus, Qui ef grant chofe; & au feurplus C^ous fommes près de nofre terre; S' envolerons des vivres querre Et tout ce quil nous couvenra. 5\/ le foudant pas ne venra Si toft que nous n' aions fecours De nofre pais ou d'aillours. 3420 3430 3440 LA PRISE D'ALEXANDRIE. rof 3450 3460 3470 3480 t L'empereur de Couffenrlnoble, Qui a le cuer vaillam & noble, Venra,fe ci femmes ajjîs, Einfi le nous a il promis ; Et aujfi venront ceus de T{odes. <■' Se Dieux me garr, onques Herodes '■ ^^'^ fifl f^ ^^^ ?"^ nous ferons ' Quam de ci nous départirons c Efpeciaumem par tel guife. Et que feront ceuls de Venife, Ceuls de Gennes, ceuls d'cAlemaingne, T)e France^ d'EfcoJfe, d'Efpaingne, Ceuls de 'Behaingne & de Hongrie^ c Certeinnement je ne douht mie : Que cil ne doient acourir c Qui vuelent à honneur venir. '- Car il n'a en trejlout le monde, tant comme il tient à la reonde, Tlace qui fait fi honnourahle, ^T^e réputée fi notable, Comme ejî cejîe place oii nous femmes. Je ne donroie pas ij. pommes De cuer où honneur ejl fi morte. Qui dou tenir ne fe conforte. Et qui fer oit à Tampelune, cA 'Bruges, à Gant ou à Brune, Se deveroit il venir ci ; Et nous y fommes, Dieu mercy, Telement que vous en fere^ Toute vojlre vie honnoure^. cAufJî feront tuit qui ci font, Tour ce quà la prendre eflé ont. Et s' avons Dieu de no partie. Qui a ceJîe emprife baflie. Que ja ne fe fufî foujîenue 1365 1 1 oftobre. io6 GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 1 1 odtobre. Le légat Pierre de Tho- mas jointvaine- ment fes exhor- tations à celles du roi pour re- tenir les croiiës. (' S' elle ne fufi de lui venue: a II s'en puer aler qui vorra, (' Et qui bien vuer, il demourra. a zMais onques chofefi homeufe a CNj fu, ne fi mau gracieuje, <.' 5\/ dont honneur tant abaijfons, c Se cejle fort cité laijfons. a Qui porroit tenir ce recet 3490 ce cMieux vaurroit qu'autre xvij., i< Que ^ de promijfton la terre cf En porriens avoir & conquerre ce cAvec tout le pais d'entour, (c Si que j'aray fi grant trijlour (■' S'il couvient queinfi me départe, i' Que, foy que je doy Jainte SMarthe, ce Jamais naray parfaite joie i' Tour vojlre honnour & pour la maie, « Que je tieng pour toute perdue 3500 ce Se courages ne vous remue. ce Si vous pri que chafcuns demeure, ce Qu' autrement il fe defhonneure. >:> Quant il ot fine fa parole, Les eflranges, dont je parole, T{efpondirent qu'il s'en iroient. Et que tenir ne le porroient. DE Coujlantinohle, là mis cAvoit li papes & tramis Com légat, le bon patriarche ; [^4] ^^jq ^N^eji plus preudomme, que je fâche. Si que très bien les fermonna Et moujiré en fon fermon a Comment mejftres faim Thomas De bien faire onques ne fu las, B, V. Car. fol. 331. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 107 éMais fu en Tnde la majeur, Tour l'amour de C^ojfre Signour, Et y mourut pîteufemem Tour bien faire & non autreviem. 3520 " oiuffi vous ejles ci venu c Difans que vous ejîes tenu <.< Tour faire [on très dous fervice, (( Dont le partir yert trop grant vice, a Et s'arei perdu & deffait (' Tout le bien que vous avey^fait; ce Car bien & defhonneur anfamble « D^ puelent ejlre, ce me f amble. (' oiuj/i dit-on que cils qui fert, <.' S'il ne parfert,^ fon louier pert. » 3530 'Bien leur moujfra la fainte page; cMais il perdi tout [on langage, Qu'il refpondirent brief & court : ce 5\jo«i" en yrons ; la vie y court. ^ <■< ^^ous ne volons mie morir a Seans de fain, fans cop ferir, ce ^V(y ce n'efl riens de no pooir ce Contre le leur, à dire voir. » Tele fu la conclufion De toute leur entencion. •365 II odobre. 3S40 QUANT // roys vit tout clerement Qu'il ne les porroit nullement 'Retenir par fon biau parler, Einfois s'en voloient aler. Il monta tantofî à cheval, Entre lui & fon marefchal. Et chevaucha dedens la ville. Et fachie-^ certeinnement qu'il le Le roi parcourt la ville, encou- rageant les fiens à la réfiflance. Un grand nombre de croi- fés abandonnent leurs chefs & regagnent la flotte. a. B, C, D, V; A. farfeit. — b. B. Plus n y ferons, à un mot court. lOÎ GUILLAUME DE MACHAUT, 1365 II odtobre. Faifoit pour donner exemplaire Que tout einfi dévoient faire, Et pour donner cuer à fa gent. 3550 zMais pour ij. mile mars d^ argent C^e le fievijfent ; eins tournèrent, Et en leur galée montèrent. Et plufeur autres les fievoient, Qui leur figneur tout coy laijfoient. Li roys entour lui ref garda, Et de toutes gens ne trouva Qu environ vj'"' hommes d^ armes. Lors dijl : «■ Honneur, amours & dames, ce Que dire-;; vous, quant vous verre- 3560 (( Ces gens qui font ci ejferre^l" a Certes jamais n^aront honnour ce Tar droit, fors toute defhonnour. >-> Les Sarrafins rentrent dans la ville. Le roi eft obligé de fe rem- barquer. ET d'' autre part les Sarrasins cAcouroient tous les chemins, Et entroient à grans monciaus En la ville comme pourceaus. Si ne les peiïjl foujlenir, CN^ Vejlour encontre eaus tenir. Car trop ejîoient durement. . 3570 Si fe retrey fagement. Et vers f es galées tourna. Qu'ailleurs rejfort ne retour n'a. Li roys monta en fa galée, oi cuer trijle, à face efplourée ; Trop fu courciés, trop fu dolens ; Il n'avoit d'cAlixandre à Lens Terfonne qui fujl fi dolente. Il fe complaint, ilfe démente; Des y ex pleure, dou cuer foupire ; 3580 Homs vivans ne le far oit dire LA FRISK D'ALEXANDRIE. 109 Son mefchief; trop Je deconforte Et diji ; a Honneur, or y es m morte ! <■<■ Certes dou tout perdu t^ avons ce Sans recouvrier, bien le /avons. ■» 1365 1 1 oélobre. LI gentils roys, pleins de vaillance, Qui vit cejîe defordenance, Fiji tantojl mander le légat. Il vint & congnut Jon ejlat ; 3590 cMoult doucement le reconforte, cMoult li prie, moult H enorte Qu'oublie fa trijîe penfée. ce c4lons de galée en galée, ce Sire, fait-il, & les prions <■<■ Tour veoir^ fe nous les pourrions ce Faire demourer par nul tour, ce Et plus ne foie^ en trijîour. » Li roys y ala fans attendre ; cMais onques ne vorrent defcendre, 3600 Tour parole, ne pour prière, U^e n' en firent femblant ne chiere. Si retourna dont il venoit. Et vit bien quil li couvenoit Oubeir, quà li efirangier Li font faire le plait Ogier ; C'eji à dire contre f on gré Faut quil face leur volenté. Deux^ jours demoura fus le port En tel peinne & en tel defcort, 3610 . Tant que y aue douce fu faillie. L' ORS jî/? ordonner fa navie. Et vers Chypre adreffa fa voie. Or prions Dieu quil le convoie, a. B, V; A. 'uir. — b. A. ij. Vains efforts du roi & du lé- gat pour retenir encore les croi- fés dans le port. Le roi fait voile vers l'île de Chypre Se débarque à Limaffol. IIO GUILLAUME DE MACHA UT, 1365 odobre. Car fortune li eji contraire, Qui li a ejlé débonnaire. Li roys en fon pais retourne ; Sa nef Je trejiourne & be (tourne, Car une tempejîe leva, Si grant que ci ne là ne va Quil ne cuide quelle s'affonde 3620 Ou fons de haute mer parfonde. Li vens fu gros, la mer fu tourble , ^ L'onde de la mer Viaue tourble Si quil ni avoit fi hardi Qui n'eùjl cuer acouardi ; Et rrejluit li autre enfement EJî oient mené t élément Quil cuidoient bien eftre mort. zMais Dieux, qui ne vuet pas la mort "Dou pécheur, le roy deffendi^ 3630 Et feùrement le rendi En Chypre, dedens fa maifon, En la cité de C^imejfon. Le roi remercie & récompenfe les chevaliers étrangers venus en fon aide. QUANT il furent tuit arrivé, C^i ot effrange ne privé Qui en fon cuer ne fe resjoie, Et qui ne meinne fefle & joie. Quant il ont pajfé tel fortune ; cAuJJI toute la gent commune T>ou pais grant fejle en feïrent. T>e leurs galées defcendirent Et aus hojielx fe hefbergierent ; qA grant joie fe déformèrent. cAffe-; briefment li eftrangier , Oii le roy trouva maint dangier, Se départirent [à & là, B, V. trouble . 3640 fol. 331. LA PRISE D'ALEXANDRIE. III Er hriefment chafcuns s'en ala. Six ^ furent^ dont je vous diray Les noms, que ja n'en mennray ; 3650 Chafcuns avoir 0 U fa route. Ve:; ci leurs noms, je nen fais doubteS'^s] zMais einfois qu'il fe deparriffent, C^e que de C^imejfon iffiff^ni, Li roys les paia richement, Et leur donna moult largement Or, argent, vaiffelle, joiaus, T>ras de foie & chevaus nouviaus ; Et à fon pooir les paioit Selonc ce que chafcuns ejioir. 3660 oAuffi fijî il au remenant Qui en fon pais font manant. Li roys en Chypre fejourna. Qui pas longuement fe jour n'a. Là ne fait que voies trouver Tour Sarrafins nuire & grever. Il fji là un mois de fe jour. 1365 odlobre-nov. UN matinet, au point dou jour, cAppella un fien chambellain^ Que chafcuns ainme, & je aufji Vain, 3670 Chevaliers ejî de grant renom, Et 'Bremont de la Vote a nom. Et li dift : ce 'Bremont, chiers amis, u U^us dormons, ^ & nos annemis u 0^ dorment pas, mais toudis veillent, (c Et de nous grever fe traveillent. (- Si ne devons mie dormir, (c 5\y nous à tel fejour tenir ; ce Eins devons toudis travillier, Il confie à Bremond de la Voulte une ex- pédition, que la tempête force à rentrer en Chypre. a. A. xy. — b. B, C, D, Vj le mot elt en blanc dans A. I 12 GUILLAUME DE MACHAUT, 1 365-1 366 ce Quani einjî les veons veillier, ce Tour eaus porter honte & damage, 3680 ce Car il tiennent nojîre héritage. ce Si vous diray que vous fere:^ : ce 'Bien & bel vous ordonnere:^, ce Et Jî penrei iij. galées, ce Bien garnies & bien armées, ce De quoy vous fer e~ capitainne. ce CN^i rejfongnie^ péril ne peinne, ce Qu'envoler vous vueil en Surie. ce Ce font une gent endormie, (' Si vueil que vous les refvillie^, 3690 ce Et que tantofi vous abilliei. » Quant Bremons oy la nouvelle, cMoult H fu agréable & belle ; Si len mercia humblement , Et puis le dijf fecretement c4 aucuns de fes compaingnons, Et dijî : a Signeurs, nous nous plaingnons cf Que trop fejournons longuement. <■' Je vous menray procheinnement ce En tele place & en tel lieu 3700 ce Contre les anemis de Dieu, ce Que je ne fay n'en * mer, n'en terre ce Si bon lieu pour honneur conquerre, ce Car li bons roys le me commande. ce Si convient que chafcuns entende ce Secrètement à fa befongne, ce Sans quérir jour, terme, n'alongne. ^ 1^ Quant il ot dit fa volenté, Il furent tuit entalenté De faire fon commandement 3710 Et deirent apertement ; ce Sire, ale\ où quil vous plaira, a. V; A, B. Siue je ne fay en. — b. A. ne alongne. LA PRISE D ALEXANDRIE. F I 3 (' Car nuls de nous ne vous laira. 55 1365-1366 Les gale'es apcnillies Furent, armées &• garnies, Si que au landemain fe parti. zMais il fera en tel parti, Einjois qu'il f oit prime de jour. Qu'il n'or onques fi grant paour ; 3720 Qu^n mer leva une tempejle Qui toute Vefmuet & rempejîe. Et quil n'i ot voile ne maji Que la tempejle ne tumajf. Li vens fu gros, la mer s'enfla. Tour le vent qui trop fort fouffla, Si que les ondes rejfambloient zMonteingnes, fi hautes eff oient ; Et deffous fambloit uns abifmes. 'Bremons difl : « Onques ne veifmes 3730 " C^ulle tempejle fi douhteufe, <■< U^e de cent pars fi perilleufe. a Je croy que Dieux efl Sarrasins ; Ce fu droitement en tempoire Que Ven trueve la primevoire. LI roys ne fjî pas lonc detry, Eins manda monfigneur cMonJiry, Qui de Chypre eji fes amiraus. t-^] Chevaliers eJi preus & loiaus, Et homme de très bon affaire. Si dijl : a oimiraus, je vueil faire « Une armée priveemem, f^7J ^j2o a. W.porries; B. por?ez. LA PRISE D'ALEXANDRIE. llf 3790 ff Dont vous fere-{ ouvertemem « zMaiJire, capitainne & meneur ; ce Er nH ara gram ne meneur ce Qui n'oubeijfe à vojire vueil. ce De XXV. voiles la vueil, (' Tour courir fus nos annemis. ce Or ne foie:; lens ne remis, ce cMandés vos gens aperremenr. » Er il dijl : ce Sire.^ liemenr ce Vojfre commandement fer ay, ce Si que demain tour prefl feray, (' Car nos naves & nos galées ce Sont garnies & aprefiées ; et Et pour ce à moy ne tenra pas. >- zMais onques il nen pajfa pas, Qu'en Chypre demoura tout coy ; Et vei ci la caufe pour quoy. 06I. 1365 avril I 366 3800 fol. 333. 3810 QUANT H foudans fotla nouvelle Qifoilixandre^ fa cité belle, Efloit einfi prife & gajlée, Il commanda, fans demourée, Que tous Crefliens en fa terre Fuffent pris, & quon les enferre Et qu'il f oient emprifonné, cMal traitié & fort renfonné. Et on ffî fon commandement. Et encor plus ; car mortelment Li Sarra-fn ji les haioient. Et en tous lieus les defpitoient. Là avoit il Vénitiens Et plufeurs autres Crefliens Qui furent pris & enferré.^ Féru, batu & aterré Des Sarrasins villeinement. Le fultan ayant févi contre tous les chrétiens, les Vénitiens lui envoient une ambaflade pour s'excufer & de- mander le main- tien de leurs privilèges. ii6 GUILLAUME DE ^JACHAUT, o6l. 1365 avril 1366 Er traîné moult honteufement, C^on contrejlant la marchandife Qui avait là moult grant franchi fe. Le duc &• la gent de Venife, Quant il orent cejle entreprife, Tantojî ordonnèrent mejfages Tous preudommes, hardis & f^g^s, Et au foudant les envolèrent, t^^^ cMais einfois bien les enfourmerent T)e tout ce quil dévoient faire. Tant firent quil vinrent au Quaire, Sans avoir nul empefchement . Il avoient un druguement Qui ahreja fi leur procès Qu'au foudan heùrent accès, Et quilfeirent leur requejle Tar voie foutive & honnejfe. Leur requejfe ne contenait Fors les Crejliens quon tenait Teûffent avoir délivrance, Et avec ce, que Vordenance Dou foudan & d'eaus acordée Entre marcheans fuft gardée. C'efloit la fin oii il tendaient, cAutre chofe ne demandoient. 3820 3830 Réponfe du l'ultan aux récla- mations des Vénitiens. QUANT il heurent dit leur plaifîr, 3840 Longuement & à bon loifir, Li foudans pas ne refpondi. Car juenejfe li deffendi. Et innocence li deffent. Tour ce que cejloit un enfant. Qui n'avait pas xv. ans paffe-[. cMais il avait confeil affe-[. Qui refpondi moult fagement LA PRISE D'ALEXANDRIE. 117 3«5o 3860 3870 3880 Er dijl einfi premièrement : Vous requerei qu'on laijfe vivre Vos Chrejliens & qu'on les délivre, Et que leur franchi fe perdue i\e foit pas, eins leur foit tenue. Vous nous requere:; courtoijte, Et Jî nous faites villonnie! ^eji pas chofe qui fe puijl joindre, Quant vous nous volej poindre & oindre. ^T^us ferons ce que vous f ère ^, ^7^ autre chofe n'e7n porterez ; Et fe vous nous ^ ejîes courtois, D^us ferons de la gent d'cArtois. « Vous nous poe^ ajfe~ entendre. La noble cité d'cAlixandre, Qui n\i pareille ne féconde., P^e milleur en trejlout le monde. Toute ejî mife à dejlruélion^ ^T^onques fi grant occifwn ^?{j fu dès le temps de Tompe'e, Quant Cefar, à fa bonne efpée, Li tolli joie, honneur & gloire ; Et Venchajfa, c'efl chofe voire. De Thefale, & mijl en effil, éMais ains en moru v'^ mil. Vojlres rojs de Chypre Va fait, Dont vraiement trop a meffait. Et fait au foudan grant injure D'ocire toute créature. Qu'il & fa gent tenir po oient. Et qui rien ne leur demandoient. i< Si vous vene- pour l'amender, C^ous ne volons plus demander; Et fe vos rojs le nous amende. 1365-1366 a. B, Vj A Il8 GUILLAUME DE MACHAUT, j-gg ce D^ou feron courtois de V amende. ^"•1 ce S' on le fait, vos amis ferons ; i< Et ce non, nous V amenderons ; a Car Je Vun ou Vautre n'ejï fait, a Tant fera plus grant le meffait. a Si que,feigneurs, vous en ire^ a Et à voftre roy le dire\, a 'De mot à mot, de chief en chief. 3890 ce Et fe vous difon de rechief ce Que vo Crejîien feront en cage, ce Et en perpétuel fervage, « Sans mais partir, s'on n'en fait tant ce Que le foudan en f oit contant. » Ces mos oys, congié preirent, Et landemain fe départirent. Les Vénitiens A U retow font U meffagicr, ^de chypre^ies' -^ Quï ne fiuerent de nagier, [^9] dommages que ^ ,^ C^imeffon font Venu. 3900 leur cauient les j \^ m J -"^ mefures prifes Terre ont pris. Cl font defcendu, par le fultan. ■* ■' ' , . Et montèrent haut ou palais T)e la ville, qui n'ejl pas lais. Quant H bons roys fceut leur venue, zMoult en defire la vehûe, Tour V amour de ceaus de Venife, Qu'il ainme de bon cuer & prife. Quant il furent en fa prefence, Grant honneur & grant révérence Leur fîjl U roy ; 6- vraiement 3910 cMoult fe contindrent humblement, Et de chief en chief U contèrent Comment vers le foudan alerent. Et les requejles qu'il ont fait. Et fa refponfe ; & que de fait oAvoit tous les Crejliens pris, LA PRISE D'ALEXANDRIE. 119 Qui ejfoiem en Jon pourpris, Cejî à dire en fa Jtgnourie. Et font en péril de leur vie, 3920 Car tout à un cop les fi fi prendre, cAprès la prife d'cAlixandre. 1365 avril Ll rojs dijl quil s'en vengerait Et qu'en Surie envolerait, Car les navies & les galées Sont au port toutes âpre fiées. Quant li mejfagier V entendirent éMoult humblement le requeirent Qu'il vofijl laijfier cejle armée. Et qu'elle fujl contremandée , 3930 Car leur gent, qui font arrejîé, Seraient mort & tempejlé "Des Sarrafins,fans nul refpit, S' on leur faifoit aucun defpit. Et en cor il li affermaient. Et en vérité, qu'il tenaient D'aucunes des gens dau Joudan Qu'il ne li querroit de ceji an Chofe qu'ih peûjl bonnement Qu'il ne le feijî liement. 3940 Et quant li bons roys les ay,^ En fan cuer moult Je rejjoy. Si fiji fan amirail mander Tour tout faire cantremander. Ce Jifl li roys à leur prière, Car d'amour certeinne & entière Le commun de Venife amait Etfes bons amis les clamait. a. V. chofe qui. — b. B, V. Et quant li roys les a oy. A la prière des Vénitiens, & dans l'efpoir d'obtenir une paix avanta- geuse, le roi dé- cide qu'on n'at- taquera pas les états du fultan. I20 GUILLAUME DE MACHAUT, 1366 avril. Il ordonne à Monftry de conduire la flotte contre les Turcs en Afie- Mineure. ON avoir adont raponé cAu gentil roy, pour vérité, Que H Sarrasin de Turquie, 3950 Qui font gent a perte & hardie, cAvoient plufeurs galiotes. Ce font galées petiotes, Tour aler le foudan fervir. Il fiji fon amiraut venir, Et li dift : ce Fait avons grant mife « En V armée qui ejî fus mife. (c Si fer oit grant defcouvenue « S'elle eftoit gaffée & perdue. ce Tour certein avons oy dire 3960 ce Que li Turquoys ont grant navire ce Tour aler devers "Babyloinne. (c oMontei en mer; &,fans effoinne, ce Trenei ê^^^ hardis & feùrs ce Et vous en al e-;; fur les Turs. « Se leurs galyotes trouve^, ce Gardei que fî bien vous prouve-^ ce Que riens à ardoir nH demeure, ce Et vitement leur coure^feure. ce II feront tantojf de [confis 3970 <■' Et mis à mort, j'en fuis tous fis. " Li amiraus n'atendi point, Eins mifi fes befongnes à point, En mer monta. Dieux le conduie, Et à joie le raconduie ! zMais les galiotes trouva, Et là telement fe prouva Qu'il les ardi toutes en poudre. Si que li vens la terre en poudre ; ^ Et tous ceuls qui dedens efloient 3980 Furent mort, s'il ne s'en fuioient. a. B. AuJIy comme s'euflfait la foudre. fol. 334. LA PRISE D'ALEXANDRIE. I2l ET pour ce que les juenes gens 1366 Qui d'euls armer font diligens, ''"''^-"'''■ Si Tojf qu'il ont la tejle armée, Les Chypriotes Chafcuns cuide valoir'' Tompe'e attaquent fans * ■* iucces Can- Er font plus quon ne leur commande, deiore. SHl ne font très bien en commande. [3°] Très de là avoit un chajlel ^ Quon tenoit pour fort & pour bel. 3990 Ses noms ne doit ejlre celej , Candelor'^ ejloit appellei.i'i^'i Li amiraus, qui ejîoit là, cA tous fes compaingnons parla Et dijî : ce Seigneurs, la Dieu merci, fc Venus fomes d'outre mer cy ; <■' tN^flres fires nous a conduit, fc Et donné f on feûr conduit. « Si croy qu'adès nous conduira, « Tuis qu'à li fervir nous duira.^ 4000 cr oAlons en droit à Candelour, <■< Tour conquerre pris & honnour ; fc cAlons, car je tien fermement (' Que nous Varons legieremem. » Sans plus plaidier ont retournés Et leurs vifages & leurs nés. Tant nagierent & tant feirent Que près de Candelor venirent. c4 la terre font defcendu ; ^7^à riens qui f oit n'ont entendu 4010 Fors à Candelor affaillir, Car il n'i cuident pas faillir. La barbacanne ont de prinfaut Gaaingnie, & dou premier affaut ; a. B, Vj A. de valoir. — b. B, c. B, V. Candelour. — d. B. Et V; A. Près de la mer wvoiij. chajîel. faim & faidz. nous ramenra. 16 122 GUILLAUME DE MACHAUT, 1366 avril-mai. Er puis le chajiel ajfaillirem . zMais vraiemem il y faillirenr, Car fors fu & bien deffendus. Si ne fu ne pris ne rendus ; Eins dif oient en leur deffenfe : ce zMouh reniaint de ce que fols penfe. » Si que de Vaffaut fe partirent^ 4020 Et en leurs nés fe retreirent ; Et fans perdre font retourne^ qAu lieu dont il furent tourne-[. Réfignation du roi à la fuite de cet échec. ET quant li gentis roys le fot, Il ne fîjl mie comme fot, Eins loa T)ieu dévotement Et fa douce mère enfement ; Et fji faire procédions, Veus, promejfes, ablations, cA la gloire de Dieu toudis Et de la court de paradis. V armée eji au port demourée. Toute prejie 6^ toute ordenée. Tour partir quant li roys vorra. Et quant f on milleur point verra. 4030 Les négocia- tions con- tinuent entre le roi & le lultan. Infuffifance des pouvoirs donnés aux meiragers égyptiens. ET li meffagier là ejioient. Qui aveques le roy traitaient "De par leur commun de Venife Et de par le foudan, que prife Fuji une journée d'acort ; Car riens n'i valoit le defcort, Et que li foudans le defire Tlus affei qu'il ne vuelent dire. Li roys leur refpondi briefment ce Signeurs, je fay certeinnement ce Que vous defire- bonne pais ; 4040 LA PRISE D'ALEXANDRIE. 123 ce Et en vérité je fi fais, « Sauf m'onneur &" mon héritage. es plus fages de mon empire, ce Que vous enmenres avec vous, ce Et fere-[fouvereins de tous. ce cAu roy dire\ que mon dejïr ce Ejt d'avoir pais, que moult dejîr. 4080 (' Traitiei le mieus que vous porre^, Arrivée en Chypre de nou- veaux négocia- teurs égyptiens amenés par les Vénitiens. aux emirs. 124 GUILLAUME DE MACHAUT, j gg ce Selonc ce que de li orrei. » ' juin. cAvoir & pooir leur donna, Et le feurplus bien ordonna Son conjeil qui bien le Jceut faire. cAtant Je partir eni dou Quaire. Tant ont erré par leurs journées En terre, en mer & en galées, Qu^ il font à C^imejfon venu. Encor ne leur ejî avenu Empefchement ne defîourbier ; 4090 Et auffi tuit li mejfagier De Venife avec eaus ejloient, Sans partir, & les conduif oient. Conditions y £5 ••_ amiraus defcendirent de paix pro- I ' -' pofées par le roi i_^ T>es galécs, puis fc vejlirent Et s'aournerent richement. Et tuit li autre gentement ; T)e dras de foie fe parèrent. Et puis haut eu palais montèrent. Li roys leur fjl moult bonne chiere ; 4100 Là parlèrent de la matière Tour quoy li foudans les envoie, cMoult longuement. Que vous diroie? Longuement ont parlementé, Chafcuns difoit fa volenté. Finablement li roys leur dit : ce Seigneurs, entende^ à mon dit. (' Li foudans tient mon héritage ; ce T>e tous Creftiens prent treuage ; [33] <.' ^N^eji homs qui en fon païs voife 41 10 ce Qu'il ne vive en peinne 6- en noife. ce Toute marchandife eji perdue ; « cA Crejlien ni ha foy tenue. cf // a pris les Veniciens LA PRISE D'ALEXANDRIE. I2y 4120 fol- 335 4130 4140 Er tous les autres Creftiens Qui ejioient en fon pais, "Dont forment fommes efbahis. P^eji Crejiien, tant ait vajfelage, S'il va en faint pèlerinage Dou fepulcre, qu'il ne rençonne Ou occie, s'il ne H donne. ' "Dont li vient cejle auéîorite', c Qu'il nous tient en fi grant vilté ? ' Doit il avoir feur nous maijlrie, : oAvantage ne fignourie'^ '■ En tous cas nojlre foy defpite, : Eu^ monde n'a fi bon hermite r Qui ne Je deùjf mieus offrir c qA mort que tel choje fouffrir. c qA tous Crejliens fait injure, ( Contre Dieu & contre droiture. c Li mundes doit ejlre communs, c Et li foudans en fait comme uns. c Sires, qui trop fièrement règne, c Cuide il qu'il ne foit que fon règne ? c Faites ces chofes reparer, f Car li pueples pas comparer c U^e doit, par droit, fa couvoitife Qui maint cuer efprent & atife. Car li pueples affei à faire ha. » Einfi li roys leur declaira Et dijl toute s'entencion, Clerement & fans findion, Et fi leur fijl plufeurs demandes cMoiennes, petites & grandes Que je n'ay pas encor efcript. Car trop lonc en feroit V efcript. 1366 juin. a. B, V; A. s'il ne donne. — b. B. Au; V. Ou. 26 GUILLAUME DE MACHAUT, 1366 juin. Les meffagers égyptiens demandent que des ambalTa- deurs chypriotes fe rendent au Caire. QUANT il oî fine fa parole, Cleremem &• fans parabole, Li meffagier ont refpondu : 4150 et Sire, bien avons entendu c Ce quil vous a pieu à dire, c Où riens ne volons contredire, cf Car bien & bel & fagemenr a oAve-; parlé & cleremem. <'■ zMais nous n^ avons mie puiffance <■' De parfaire aucune ordenance (.' De Ferirage 6* dou rreil, ce Dont à parler vous a pieu ; a Si que, fire, nous vous prions 4160 (' Très humblement, & fupplions ft Que vous prenes aucuns des voflres, ce Que nous menrons avec les noflres, ce Seûrement, jufques au Quaire ; ce Et quil foient de tel affaire ce Qu il fâchent moujîrer voflre entente, c Et la paffée & la prefente, ce c4u foudan, & nous efperons (^ Que fi courtois le trouverons ee Que nous cherrons en bon acort. >'> 4170 Fêtes don- nées aux ambaf- fadeurs égyp- tiens. LI roj refpondi : « Je V acort. >i Courtoifement leur ottria. Et puis moult bien les fefiia. Et fifl joufier en leur prefence Ses chevaliers maint cop de lance. Li Sarrafnfe mervilloiem Coment il ne s'entretuoient ; Car il font dou gieu defapris. Tour ce quil ne Vont pas apris. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 127 4150 4190 4200 4210 Ll gentils roys, qui riens n^ oublie, cAvoit en fa chevalerie^ Un très bon clerc, maijlre en decre^, Qui ejloit fages & difcre~. [34] // le manda; fi H commande Qu'il efcoute bien & entende. Il li diji : ce cAler vous convient <■' Tar devers le foudan qui tient, ft C^ojîre hir étage & nojtre terre ; <' Et pour ce avons nous à lui guerre. <■'■ De tous Crejliens prent truage, et Et plufeurs tient en grant fervage. c Si fere^ une injiruéîion ce "De toute nojlre entention, (' La quele nous devijerons ce zMot à mot, & y metterons ce Tout ce que vous deve^ quérir ce Et en nojire non requérir, « Tar quoy vous en foie^ certains. ce zMais ne dites ne plus ne mains i En nojlre non, ne de par nous, ce Seur peinne de nojlre courrons. « Vous ejles J'ages & legiers ; ce Si yrei avec ces mejfagiers, V Qui droit an foudan vous menront <' Seûrement & ramenront. >i Li clers ffl fon commandement Volentiers & diligemment, Et moult liei fu de cejle alée, Tour voir^ le Quaire & la contrée. Et quant Finjlruéiion fu faite, Li roys, qui ne penfe ne gaite Fors à fes annemis deflruire. 1366 juin-novembre. Le roi fait choix (i'un de fes conlèiUers, nommé An- toine, pour aller au Caire. a. C. en fa chancellerie. — b. A. -vir-, B, V. •veoir. 128 GUILLAUME DE MACHAUT, 1366 juin-novembre. Fiji beccuit & vùaille cuire ; S'enfijl leur galée garnir Largement jufquau revenir. L'ambaffade chypriote ne parvient pas à conclure un LI Sarrasin es nés ^ montèrent Et le clerc avec eaus menèrent. Tant ont vogué, '° tant ont erré Tar mer & par chemin ferré O le clerc, qui a non oAnthoinne, ^ 4220 Qu'il font venus en 'Babiloinne, Où li foudans les atendoit. Quant il les fot, pour eaus mandait, Si que le clerc à li menèrent T>ou bon roy, & moult Vonnourerent. Li clers li fijl la révérence Et li foudans, felonc s' enfance, Le reçut gracieufement. Là parlèrent moult longuement T>ou roy de Chypre & de f es fais; 4230 Comment il eji bons & parfais. Quant il orent ajfe~ rufé, Li clers li a tout expofé Ventencion de fon fignour Si bien, fi bel, '^ fi à s'onnour Et en tous cas fi proprement Qu'on ne porroit mieux nullement. Quant il ot fa légation Dit & fait fa conclufion, Li foudans fort merencolie 4240 Et fes confauls d'autre partie c/id ce que li roys leur demande. zMais trop efi lojig de fa demande. a. B. en ?ner. 'vagu'e. b. B, V. c. C. Antoinne. A. &fi bel. d. B, D, V,- LA PRISE D'ALEXANDRIE. 129 4250 Car, pour parler ne pour rouver, 5\y por li clers acort trouver; Eins Je départi fans acort, Et s'en revint tout droit au port De C^imejfon, où il trouva Le roy qui encor Je leva. Car il ejioit ajfei matin. 1^35] 1366 juin-novembre. LI clers li dijl en Jon latin Tout ce quil a trouvé de fait^ Et que briefment il n'a riens fait. Et qu'il ne trueve acort ne voie De pais, dont parler vueille ou doie. Quant fait ot fa relation, c4u roy bailla l'injlruâion Et diJl qu'il ne la perde point, Qu' encor porra venir à point. 4260 Li gentils roys priJI à f ouf rire. Quant il l'oy & diJl : « 'Biau fire, (' Encor venra telle faifon « Qu'il nous fera toute raifon, ce S'il plaijî à Dieu, mon creatour, et En qui font trejluit mi retour, « Et en qui fay fiance pleinne, (' Ou je feray mors en la peinne. » Tantoji fjl fon confeil mander Tour f avoir & pour demander 4270 Comment il fe doit maintenir, Tuis qu'il ne puet à pais venir. Si que longuement confilla. Et trouvé en fon confeil a Qu'il face une très groffe armée. Et qu'il mande par la contrée Ses fubgés & fes bons amis Tour dejlruire fes anemis. Antoine rend compte au roi de fa miflïon. »7 i^o GUILLAUME DE MACHAU T, 1366 novembre. Le roi fait réunir fa flotte & fe difpofe à recommencer les hoftilités. Il efl arrêté par la maladie. Hirer de 1366, L^ARMÉE ordena li bons roys T>e c. voiles 6* xxiij. ^3^] Et quant elle fu toute prejîe, Il ot fi grant mal en fa tejîe Que par tout le corps Je doloit. Et ainfi, com partir voloit, Li priji une grant maladie, Qui fi le contraint & maijîrie Que tout fon fait fu depecié cA cejîe fois & empeefchie. cMoult fu malades longuement Li gentis roys, & tellement Que li temps d'iverfeur lui vint, Si que fejourner li couvint. * cMais Dieux, qui de fes amis penfe, Fifi quilfu en convalefcence. Et fi tofi qu'il fe pot armer, cApparillier fifi feur la mer Très grant navige & mervilleus. Et s'efioit li temps perilleus, Et trop plus quauvefois^ divers. Tour ce qu'il efioit grans yvers. 4250 fol. 336 4290 Revenu à la fanté, il part avec la flotte. lUANT il ot fait fon appareil, 4300 Tel quonques mais ne fifi pareil, Fors à la prife d'cAlixandre, Li gentils roys, fans plus atendre, Qui mort ne péril ne doubla, Dedens fa galée monta. Et toute fa gent avec li. zMais homme n'i avoit que li Quifceufi rien de fa penfe'e, a. V, à la fuite, un blanc fans B. le counjtnt. — b. V. Et plus lacune dans le texte. A. le convint; quatre fois. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 131 4310 4320 l^e quel ^ part feroù fon alée. Et quant il fu bien ejlongie-, Gram paour ot d^effre plungie-, Qu'en la mer qui eji noire & brune Leva une fi grant fortune Qu'onques homs fi grande ne vit. Or^ oiej comme il fe chevit. Li roys fu v. jours & v. nuis En tels anuiSj en tels péris Qu'onques il ne pot aprochier Terre, ne grève, ne rochier T)e fes anemis nullement. Et fi très perîlleufement ^ Efloit jour 6* nuit, fans ceffer, Que homme ne V porroit penfer. Car par la grant force dou vent, Li gentils roys cuidoit fouvent Que fa galée fuji plungie. Et auffî toute fa maifnie.^ 1366 novembre. Les mauvais temps em- pêchent tout débarquement. 4330 4340 ET quant en fon pais revint Li bons roys, fi foibles devint Tour ce quil ne pooit mengier Et s'avoit fouffert le dangier De la mer; ^ fa maladie U^ejîoit pas encor bien garie Tarf alternent, que fans mentir Il ne fe pooit foujlenir. Si demoura dedens fa chambre Trefques tout le mois de novembre, Tant quil fu de tous poins garis Et fes maus curés & taris. Si ne metoit mie s' entente Le roi re- tombe malade. Novembre 1366 a. V; B. quelle. -- b.V; B. Ores. — c. B, V; A.periltement. — d.S .nanjie. 1^2 GUILLAUME DE MACHAUT, 1366 novembre. Le roi fait de nouveau ap- pareiller fes na- vires. En chiens, n'oifiaus, n'en dame gente, Fors en fes anemis grever. Là vuer il mettre & efprouver Cuer, corps, vigoiir, vie & puijfance, Son tans & toute fa chevance. On vit bien fa grant volenté; Car fi tojl comme il ot famé, V armée qui ejioit deffaite Fu dedens xv. jours refaite, cMieux & plus efforciement Que devant, fi ne fay comment. 4350 Le fultan, informé des dif- pofitions du roi, le rélout à lui envo)erde nou- veaux négo- ciateurs. LI foudans en oy nouvelle, Un fien amiraut en appelle, i'^'^ Qui moult eJloit de li prive-;. Et li a dit: «. Vous ne fave-^., ce Li roy de Chypre vuet venir ce Seur nous ; plus ne s'en puet tenir. ce Toute fa gem a mis enfamhle, ce Et nojîre gent devant li tramhle ce Et fuit; certes il nous nuira ce Tant, s'il puet, qu'il nous deflruira. ce Ottroions li ce qu'il demande, <■' Si que jamais ne nous offende ; ce Car cils ne vit pas qui n'a pais. ce C^ous n'avons cure de fes plais, ce T>e ces guerres, de ces riotes. « L'autrier ardi les galiotes ce De Turquie, & d'oAlixandre ce éMiji les maijlres portes en cendre, ce Et tua bien trois cens mil hommes. ce Vraiement en grant péril fomme s, ce Et en doubte de perdre terre, et Se longuement dure la guerre. » Li amiraus li acorda 4360 4370 LA PRISE D'ALEXANDRIE. I^î Tout ce qu'il dit & recorda. 1 366-1 367 Tanrojî li conjaus fu mandei, Li Joudans diji : a Or ni emendei^ « Signeurs, fay grant fiance en vous, ce Car vous efies mes hommes tous, jj 4380 Tout ce quavou du leur conipTa, Et chafcuns mouh bien le noTa ; Et du chafcuns que par fa loy "Bon ejî d' envoler vers le roy. Il avoir là ij. amiraus, Qu'il lenoiT pour bons & loiaus, L'un, le plus gram de fon hojîé, Et l'auTre y avoir j a ejié. Et Cl fijl mander un cadis, cMouh fage homme en fais & en dis ; 4390 Cadis, c'eft un clerc en leur loy, oAuTremem appeller ne l'oy. Si leur fift procuraTion cA gram deliberarion, Selonc la loy, pour oTTrier, Tour jurer., pour raréfier Et pour promerrre qu'il feroir Tout ce que acordé feroir. Si qu'en Chypre les envoi a ; cMoulr leur difi & mouh leur pria 4400 Quen roures manières s'acordenr; Car s'il fonr pais, pas ne fe lordenr. Li amiral onr pris congié. Qui n onr pas dormi ne fongié, E infois faur que chafcuns enrende cAd ce que leurs fires commande. Quaranre Sarrafins onr pris, Honnourahles &• bien apris. Si qu'avec eaus les onr mené. Quanr il furenr bien ordené, 134 GUILLAUME DE MACHAUT, 1366-1 367 Hiver. Le roi fufpend encore les hof- tilités. Les bafes d'un traité avan- tageux font en- fin arrêtéeiavec les émirs. Le landemain fe départir eut ^ 4410 Si lojl comme le jour veïrent. S'IL eji qui fait, il eji qui diji. Li roys le for; pour ce deffijl Son armée, & defajfamhla Sa gent quà gram peine ajfambla. Les ij. amiraus n ont fine "Dealer, eins ont tant cheminé Qu'en Chypre au port font defcendu. On ne lor a pas deffendu, Car li roys les fijl recevoir, 4410 Et très bien en fift Jon devoir, Tour ce qu'il fav oit grant partie Dou fait de leur mejfagerie. Et la puiffance qu'il avaient, Et pour quoy devers lui venaient. LES amiraus devers le roy cAlerent en moult riche arroy. Quant il furent en fa prefence, SMoult li firent grant révérence ; Et li roys tel chiere leur fifi, 4430 Qu'à chafcun d'eaus ires bien fouffifi. Il dirent leur légation. Et dou foudan l'oppinion, Et commencierent à traitier. Li uns d'eaus difi que fans gaitier Traitaffent amiablement, Tour pais avoir & pleinnemem. zMoult longuement parlementèrent. Et finablement s'acorderent. Li amiraut ont acordé, 4440 Ottroié, promis & juré. Comme procureur dou foudan ; LA PRISE D'ALEXANDRIE. ^3r fol. 337. 4450 Chajcuns miji le doy à fon dan, Si comme leur guife le donne, Qu'au foudan, en propre perjonne. Feront Façon ratefier, Jurer ^ tenir <&• ottrier. Et li roys plus ne demandait, Car il a tout ce où il tendoit, Ou au mains la plus grant partie. Et c'ejl raijon, que je vous die. Que le vaitié fu profitables Tour le roy & très honnourables. 1367 janvier-février. 4460 4470 Chfait.^ uns ermins d'Ermenie, 'Devant toute la compaignie, Vint au roy, le traitic pendant. Et li dijl : « 'Bons roys entendant, " ^T^e-^ te feray nulle menfonge, c< Et ço que diray n'ejî pas fonge. <■' Le grant Caraman de Turquie, ce Qui ejl un Turc que Dieux maudie, cf c4 ton chafiel de Courc^ ajjls. i' Tous ceuls quil trueve font occis, « "Bien a xlv. mil Turs ; (' Si quil n'y a portes ne murs te T)ont on puifi ifiir ne def cendre, i< S'on ne vuet morir fans attendre; <■' Ta gent font dedens affegié. ce Si fui venus ci fans congié : <■' Tel meflier ont de ton fecours, ce Que mort font, fe ne les fecours. >i Q iUANT li roys oy le mejfage, On perçut bien à fon vif âge Et à la chiere qu'il faifoit B, C, V; A. Je. — b. C, V; A, B. Court, ici & plus loin. Un Arménien vient annoncer au roi que les Turcs afliégent fon château de Gorhigo. Le roi charge fon frère, le prince d'Antio- che, d'aller lecourir Gor- higoi. 136 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 janvier- février. Defcription du château de Gorhigos. Que li Jîeges li defplaifoh. TantoJÎ le prince en appella, Un jien frère qui ejfoir là, Et li dijl ; ce Frère, vous ire^; fc Garde~ que bien vous arire~. a Ci ne valent foufpirs ne larmes : 4480 (' Vous penre-^ vj/ hommes d'armes, <■' Qui feront de très bonne eflofe. f 5\^'j a celui que je n' eflofe, c Si bien qu'il n'i faudra lanière; c( Tuit fere-[ deffous ma baniere. ce Tarte-[ vous demain fans demeure^ a Car il convient que je demeure (' Tour parfaire tout le traitié <■' Que nous avons y ci traitié ; <■< Et fe convient que je délivre 4490 <■< Ces ij. amiraus à délivre, n SI vous vueil dire & devifier cAu mieus que fy^faray vifer Comment li chafliaus efl afjis "De Coure, qui efl grans & maffis De tours, de creniaus & de murs, Qui font haus, fermes & feûrsM^^ Coure fiet en pais d'Ermenie, Et s' efl a(Jîs par tel maiflrie Que la mer li bat au gyron, 4500 Et non mie tout environ. Devant la porte a une place. Qui tient ij. arehies d'efpace ; Et puis une haute montaingne Qui efl moult rote^ ont ce fu pires & damages; Jehans de %eins au cuer hardi, 4670 Er puis T{aulins ^ de Handrejfi ; "^ cAprès le bajiart de Corhon . '^ 'Bonau ^ de "Bon, 'Baudri de Bon, Sont ij. frère, 6* furent au fiege, Er font de Vevefchié de Liège ; Jehan de Contes,^ l^obejfon Bonne, Qui grans cops de Vefpée donne. Et fi ne vueil pas oublier Le bon Jehan de Bouviller Que faim, n'Endruet de Braibant, ^ 4680 Sans orgueil nul & fans bobant. Deux très bons efcuiers de Flandres, Qui ne font pas des autres mendres En har dément & en bonté: C'ejl Lambequin de le Conté ; Vautre a nom Hojles Boutellin, Qui het tant la gent cApollin Que ij.'^ en a mis à mort, Dont je n'ay pité ne remort ; Et Hervey de Lamenevain, 4690 Un bon efcuier de la main, T fu, 6* s'ot en fa compaingne Dix bons efcuiers de Bretaingne, Qui tuit font à bien faire entais, C^e fay leurs noms, pour ce ni' en tais, De Chypre 6* d'autre région Dont je ne fais pas mention. Quatrième galère, commandée par Florimont de Lefparre. LA quarte galée conduit, cA grant joie & à grant déduit, Uns chevaliers de grant renon ; 4700 a. V. Raoulins. — b. C. Andreci. Bon an. — e. C, V. Coûtes. - c. V. Corlon. — d. B, C, V. / B, V. ne Druet de Breubant. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 143 Florimont de Lefparre a non. ,367 ^ei eji dou pais de Gafcongne, janvier-février. Si com la langue le tefmongne ; T>e Lefparre ejl fires clame-;. zMais il fu repris & blafmés D^une efcarmuche que là fiji^ Qui ne fu pas de granr profit, Comment qu'il le feifi pour bien Et pour vaillance, on le [cet bien, 4710 Si com ci après le fare^ Quant bien leii ce livre are-;. Là or iij. chevaliers eftr anges .■ zMonfigneur 'Bertran de 'Benanges,^ Qu'on tenoit pour bon chevalier, C ointe, apert, courtois & legier ; Qui ainme honneur & het debas^ Oncle dou captai ejl de Bas ; zMonfigneur Jehan de T^pchefort, Qui ejl Bretons 6* tire fort 4720 o4 haute honneur &• foir & main ; zMonfigneur Jehan de Sovain, Qui ejl Engevins, là eJi oient. Et nuit & jour fe compaingnoient ; Thiebaut dou Tont^ 6* maint preudomme EJioient là, que pas ne nomme. L A v^ avait Cordeliers Cinquième T>e Tuignon ^ qui eft chevaliers commandée par Bons & hardis, vaillans, adrois, ^'^ Cordeiier ^ ^ ' deruignon. Sages, courtois en tous endrois. 4730 Et s'ot bonne chevalerie De la duché de C^ormendie, Car le Jîgneur de Baqueville "^ a. B. Venanges. — b. B, V. de Pingnon ,• D. du Pingon. — 7hibaut Je Pont. — c. B, C, V. d. B, C, D, V ; A. La ^e^ville. 144 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 janvier- février. Sixième galère commandée par Bermond de la Voulte. Er le Jigneur d'Ejioureville, Qui ejî drois fires de Torcj, Et le très bon fenef chai qui Het & fuit toutes mai/es langues ; cAu(ji le Jîgneur de 'Bellangues,^ Signeur de Vimes^ en Vimeu, Comme fage, vaillant & preu, '^ cMeJJïres Jehan de Caieu, Qui moult bien y tenait fon lieu, T furent 6* mains compaingnons Dont je ne fay nommer les noms. M ESSIRES "Bremons de la Vote^ Ot la fifte, qui par mer flote 4740 Tlus legierement c^une aloe ^7V(V vole, dont chafcuns la loe. Garnie ejloit de bonnes gens, Qui font fongneus & diligens De fer c hier la mer & la terre 4750 Tour avoir honneur & acquerre. Il y avoit un Jien coufm Que bien congnoiffent Sarrafm cAus grans cops quil leur donne & baille De fon efpée qui bien taille, zMoult leur fait peinnes & martyres, Cefi de la Vote li drois fir es. Et fi avoit dou Dauphinal Un chevalier f âge & loial, Cejî li fires de Chajfenages. 4760 Et vraiemem fes vajfelages C^ejl pas oublie- ne teûs, Eins ejl fouvent ramenteùs, a. B, V. de Belleangues. — la marge de D par le copilfe, b. B, D. Vime. — c. Ces deux manquent dans A, C & V. — vers, donnés par B & ajoutés à d. B, V. de la Volte. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 145" Car chafcuns Vaimme & loe & pylfe 1367 /^,.,' /"^ .. r j.' • £ r •/- janvier-février. (Ju^ jcet jon fan & fon emprife ; ■' fol- 339- Et li figneur de éMonbouchier^ Que li Dieux d'armes a moulr chier ; T)e Jaucourr meffire Thelippes, Qui ne prife mie ij. pipes 4770 Le Caraman ne fa puijfance, Et mejfire cAmé de Courance, ^ Qui prife encor meins [on orgueil; éMe[fire Hues de Vernueil Et le fjgneur de Flavigny Furent là, & l^bette auffy, Et TribouiUart de Tribouville ; Et un chevalier de Se~ille; Et plufeurs autres dont ne Jay "^ Les noms, fi que je m'en tairay. 4780 p S ^ vj. galées, dont je vous conte,^ Départ de i— / Six cens hommes d'armes par conte quatre galères . ■» pour Gorhigos. EJtoiem ^ apers & legiers, 26 février. Et environ trois cens ar chier s. zMais le prince & le tricoplier Florimom & Le Cordelier C\e feïrent pas lonc fejour, Eins partirent tout en un jour. S\e furent en ville n'en bourc Jufqu'à tant qu'il vinrent à Coure. 4790 zMeffire 'Bremons & cMonftry^ Un jour feïrent de detry En Chypre, que un jour demourerem ; Et tantojl après eaus alerent. Les iiij. ^ galées s'en vont a. V . Moult bouchier i H. Mon jenefay.— d.V.Les.— e.B,V;A. Vouchier. — b. V. Coufance-, B. je conte. — f. B, V. S^ui ejhient. — Confancci C. Confante. — c.V ; A. g. C. MoujH. — /;. B, V; A. Us iij. 19 [46 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 Dimanche (28 février) A peine dé- barqué, le prince d'Antioche fait une fortie, fans vouloir engager le combat. Et li maronnier qui ens font Tant ont à la mer ejirivé Que tuit font à Coure arrivé, Tar un dimanche bien matin. ^'^'^^ Et vraiement li Sarra\in^ Qui deffus la montaingne efloienr 4800 Logie', bien venir les veoient. Et, fi tojl comme il les veirent, De la montaingne defcendirent, C^on pas tuit, mais une partie. Tour faire aus nos une envaye. ENTRE la montaingne & la ville EJioit la gent pleine de guile. Et les nojires, en grant couvine, 'Defcendirent de la marine. En Coure entrèrent par la porte, 4810 Qui efloit bonne & belle & forte. Quant il furent tuit defcendu. Longuement n'ont pas atendu ; Einfois ifjîrent tuit à plain Tar la porte devers le plain. Le prince & fa gent s'arrejlerent, Très dou chajlel, & s'ordonnèrent 'Bien & bel & par grant avis. Car il veirent^ vis à vis Les annemis Dieu qui traioient 4820 De toutes pars, quanquil pooient. cMais li princes n'ot pas confeil De lui combatre, car à l'ueil Voit ceuls qui les doivent fecourre. Tour ce ne leur volt pas fus courre; Et s'atendoit les ij. galees Qui darrier furent demourées. a. V. 'veoient. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 147 Oit milleurs gens avoir devoir, Et plus qu'avec lui n'en avoit. 4830 "T^NTRE lui & les annemis, i— / Qui feur le plain s'ejfoiem mis, t^avoit point ne fojfé, ne barre, Si que' li fires de Lefparre S'avança & leur couri feure. zMais ne fu pas à la bonne heure, Qu'il & fa gem furent blecié Et villainnement rachacié ; Ve trait fu bleciei en la main, Et mefjîre Jehans Sovain 4840 T fu bleciés par mi le pie' D'une fajette ou d'un efpié. Thiebaus dou Tont fu prefques pris ; éMais uns efcuiers de haut pris Le deffendi moult vaillamment ; Là le fecouri vitemem zMeffîre Jehan de 1{ochefort, Qui li fifl aide & confort ; Et le bon figneur de 'Benanges, Et plufeur compaingnons effranges, 4850 Li aidierent tant qu'il revint ; oMais il en tua plus de xx. En leur bataille. Et eu chaftel Se retreirent bien & bel, Com gent fage & bien ordene'e. Tlus n'i ot fait cejie journée. Le diemanche dont je vous chant, Einfi comme à foleil couchant, cArriva éMonJlry & fes gens. Là fu li bons mefjîre Jehans 4860 Tajie\, li vaillans & li preus, Et mejfire Guys li 'Baveus , 1367 28 février. Efcarmouchc imprudente du lire de Lefparre. Arrivée de la galère de Monftry. 148 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 28 février. çAvec très bonne compaingnie T>e chevaliers & d^efcuirie, Treus, vaillans & d'eledion, 'Dont je vous ay fait mention. Le prince d'An- tioche tient confeil pour fa- voir s'il faut at- taquer les enne- mis retranchés fur la montagne. QUANT eu chajlel furent retrait Tout bêlement & tout atrait ; Et li Sarrajin enfement S'ejloient tout premièrement tMis de la plainne en la montaingne ; 4870 Honte & mefcheance leur veigne, Car ce font gent qui trop nous héent, Et qui à nous dejlruire béent ! Tous les chevaliers a mandé Le prince, & leur a demandé Confeil de ce que faire doit, Car f es anemis à Vueil voit Qui font logiei en forte place ; Si quil eji bien raifon qu'il face Tar leur confeil ce quil doit faire 4880 Contre la gent de put affaire. cMefftre Guis a entendu Le prince ; fi a refpondu Sagement, fans faire demeure : (' Sire, il eJi tard ; fi n'ejl pas heure a De confeillier, à dire voir, (c ^T^encor ne poons nous f avoir <■' Leurs alées ne leurs venues, (' Leurs entrées ne leurs iffues, fc Si que demain nous les farâHs 4890 (' Et feur ce nous confeillerons. fc Et fi porra bien avenir (' Que vous verre^ 'Bremont venir ; c S'il vient, vous en fere-; plus fors. » Chafcuns refpont : « C'ejl nos acors. o LA PRISE D'ALEXANDRIE. 149 cyprès cMeffire Jehans Tajiei 1367 Li diji : a Sire, ne vous hajlés, ^^ ^'^^""• <' Car mauvaife hajîe n'ejt preus, ce Et ce fera honneur & preus 4900 ce "De faire ce fair fagemenr, ce Er nom pas trop hajîivemem. et C^ous fommes en Veure venu, et Et tantoji nous a couvenu (' Tjfir hors à moult petit fait. ce Sages ejt qui par avis fait, On fe réfout C. /" /r «T> • à attendre Tar- ée tt Je mejjtres Bremons vient, rivée de ce éMilleur confeil ne nous couvient ; Brémond de la •J ' Voulte. ce Car il eji fages & f outils, ce Loyaus, preudons, nobles, gentils, 4910 et Et fa gent hardis & vaffaus c En batailles &• en affaus. ce Et s^oy dire, en cAlemaingne, c( oiu noble & bon roy de "Behaingne^ ce C'uns fires doit en toute terre ce EJlre à fon dejfus de fa guerre. * c Et à fon deffous au tournoy. f43] " ^^^ /^ "^ ^^J chofe encor n'oy <■' Que 'Bremont ne doiej atendre, (' Et fe pove-^ moult bien entendre 4920 ce cA confeillier au matinet. jj Li princes refpondi : « "Bien ejl. ce Je lo que cils confaus fe teingne, (' Et que au matin chafcuns reveingne. ^ ^3 optant de là fe départirent, Et en plufeurs pars fe partirent, f°'- 340- Car chafcuns logier s'en ala, Li uns fà & li autres là, Li uns pis & li autres mieus, Très dou chajlel, en plufeurs lieus. a. B, V. pour la guerre. — b. V. renjiegne. ifo GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 Li autre furent es galées, Qui en mer furent aencrées, Qu'au ^ chaftel pas tous ne pooient. Tour les engins qui y getoient. 4930 Lundi I" mars. On fe rend compte de la forte in- flallation du Caraman. Les matelots de Monftry en- gagent inconfi- dérément une affaire. LE lundi matin fe levèrent, Et feur la place s'en alerent Tour confiderer les alées, Les yffues & les entrées T)es Sarrasins ; car fans douhtance cMout avaient là grant poiffance. Quant il orent bien tout veû, 4940 Tmaginé & conceù, Leur manière & leur logement, Et leur eftat tout clerement, Longuement n'ont pas fejourné, Eins font au prince retourné, Tour avoir confeil qu'on feroit, , Et s'a euls fe comhateroit. ET einfi comme il confeilloient En une chambre oii il ef oient ^ ' Il oïrent une grant noife; 4950 t^i a celui qui ne fe coife Tour oïr que ce pooit eftre. Si ouvrirent une fenefre Tour mieux veoir & plus à plain S'il avoit nelui feur le plain. Et envolèrent feur la tour Tour veoir le pais d'entour. Si leur fu raporté 6* dit Tar^ un qui les congnut & vit cAler en la place premiers, 4960 Que c'ejfoient les maronniers B : V. quou ; A. que. — b, B, V; A. de. LA PRISE D'ALEXANDRIE. Ifl 4970 4980 4990 zMonJîry qui font une efquermuche. Et cMonJïry unfien vallet huche, Et Fi envoie pour /avoir De V efquermuche tout le voir. Et tantojf li a raporté Et dit que c'ejîoit vérité', Et que tuit s^ffréent forment Et s^ arment tuit communément, •* Et fonnerent trompes, naquaires, Et injîrumens plus de x. paires. a Vous pouvei oir leurs tabours : ce Qui ne les oit, il ejî bien fours. «■ Et jà font defcendus aval fc Tlufeurs à piet & à cheval ; « Et li autre gardent le pas (c Tour y tant qu'il ne vuelent pas (' Que nuls puijfe monter amont. 35 JV/TESSIRE Thilippes d'Omont T^efpondi : <.< Que vaus cils fermons i^ « Tartons nous 6- fi nous armons. :» Si que tuit en Veure s'armèrent Et fus la place s'en alerent. Et vraiement il s'ordenoient Com gens qui leurs annemis voient. Là vit Tajlej & li "B aveux Et zMonflry que c'ejfoient ceuls Qui iffoient de leur galée Et faifoient la retournée. Car li Sarrajîn les chaffoiem, Et la place perdu avoient. Les ij. enfans zMonfigneur Gui Le 'Baveus y ejioient, qui zMoult vaillament fe combatoient a. B, V; A. communiment. 1367 l" mars. Un grand nombre de che- valiers & Monftry lui- même finiffent par prendre part à l'adion. ry- GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 •' mars. Un combat s'engage entre la montagne & le château. Er la place tenir cuidoiem. oMais il ne la porrem tenir, Einfois les convint revenir. Et le T>ouin de 'Bouviller tN^ Je faijoit mie celer. Car fièrement je combati, Er plus de xx. en abati ; Et fes frères ne Je feint mie, Eins li fait bonne compaingnie. • œ ,UANT il veïrent la manière, levèrent une baniere Et ordenerent leur'° bataille. Chafcuns Vefpée qui bien taille Tenait en fa main toute nue. cAdont n'i ot ordre tenue, Car tantojl leur coururent feure Si fièrement, qu'en petit d'eure La place qui efioit perdue Leur fu tout quittement rendue, Et les mirent, qui que s'en pleingne, Jufques au piet de la montaingne Et Jî près que li Sarrasin Qui leur ejloient dur voifin Tooient gérer pleinnement Sur eaus,fans nul empefchement. Là ot mainte tejle copée, Grant brait, grant bruit & grant huée. Quant ceuls qui efi oient dejfus Veirent leurs gens einfi confus, Sfors & blecie^ & affole^ Et de Crejîiens defoulei- Ils lançaient pierres, caillas, 5000 5010 5020 a. B donne ici, au-deffous d'une miniature, la rubrique: Comment les Crejîiens defploierent une baniere de Nojire Dame. — b. V. une. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 1)3 cMangonniaus, fajerres, garros Tins dru que la noif ne la grejle C^e chiet quant il nege ou il grejle. 5030 Là furent blecié durement Tajîe~, li 'Baveux & leur gent ; zMeJfires Guillaumes de Saus Et cMonJîri, li bons amiraus, 'De la 'Bove li bons Gobers, Qui n'ejî pas à [on avoir fers ; Il fu bleciés eu vif âge Tar hardement & vajfelage, Et tout de pierres & de trais. cMais pour ce ne Je font retrais 5040 Quil niaient maintenu Vejlour, Tant quil ont vidoire & honnour. cAfais il furent très bien batus, Et plufeurs à terre ^ abatus. Le bon cMenfart ^ de T^^figny ^T^e doy je pas mettre en oubly, Car il y fu bons & vaillans, Et li uns des très bien fa if ans ; Tar mi les jambes fu blecie-^ En plufeurs lieus, bien le fachie^. 5050 Et nompourquant cejîe journée Fu pour fon honneur adjourne'e. Les Sarrasins moult y perdirent Et nojîre gent fe retreirent Tout bellement, car bien favoient Que le pas gaingnier ne pooient ; Et fans doubte il ejioit fi fors Que riens ne vaufijl leur effors. Si fe treïrent en la place ; zMais adès avoient la face 5060 Tournée vers les annemis a. B, V;- A. autres. — b. B. Manfart. 1367 I" mars. Les Chrétiens repouffent les Turcs, mais font de nom- breufes pertes. I f4 GUILLAUME DE MACHAUT, j^g^ Tous enf amble, coin bons amis ; I" "is"- Car vraiemenr^ tout en alant, %etournoient en reculant, Et en retournant relevoiem Les bleciei qui cheûs ejioient. Tant ont la montaingne ejlongné Que dou chajiel font aprochié. Et quil furent en mi la pleinne. Là reprent chafcuns fon alainne, Car plus ejioient ejchaufé 5070 Que s' au feu fe fujfent chaufé. Là ejioient & là leur vint Hommes d'armes environ vint, Qui ejioient fres & nouviaus, V armes leur plaifoit li reviauSj Et s' ejioient fors & corfus. Si leur coururent encor fus, Et vefci la caufe pour quoy. Il veoient le grant defroy "Des annemis Dieu qui traioient 5080 oi eaus, & pierres leur gett oient Fort & dru & efpejfement, Et Ji très felonejfement Que ne le vous far oie dire. Et Ji veoient le martyre T)e ceuls qui ejioient blecie^, fol. 341. T)ont c'ejioit pitej & mefchiei. Et comment que bien blecié Jujfent Et que repofer fe dehujfent, cAvec les autres s'en alerent, 5090 tN^onques pour ce ne fejournerent. Là recommanfa le fiutin, Tlus grant que celui dou matin. zMais nos gens fi bien sH prouvèrent Que les Sarrasins rebouterent LA PRISE D'ALEXANDRIE. Iff 5100 5110 5120 Jufques au pie de la monta ingne ; Et la genr fauvage & grlffaingne T>^en haut, trop plus fort quonques mais, Leur get oient pierres de fais. LA fu mort, droit au piet du mont, (^ejîres Thilippes d'Omont ; Dont ce fu pite:; & damages, Car grans ejîoit fes vajfelages. Hardis ejioit comme lyons, ^T^onques ne fu veù^ li homs Qui onques^ en jour de fa vie Li veïjî faire villonnie. Et là fu bleciei (î forment Un très bon efcuier C^orment Qu'en Veure fu mort, fans refpas. Tout droit à Ventrée dou pas, 'Bonau de "Bon ^ y fu occis Et ave que s li plus de vj. Hommes d'armes, dont ne faroie tN^mmer les noms ; & toutevoie Il furent mort piteufement. Comment que ce fujî vaillamment. Toute la route s'arrefta Seur le corps des mors à efla. Car il les cuidoient lever Et eaus eu chajîel raporter. zMais il en vain fe'^ travilloient. Qu'à force avoir ne les pooient. Car la force n'eftoit pas leur. Dont il avoient grant doleur. Là fe comhati bien & fort cMeJJîres Jehans de T{gchefort, 1367 l'-'' mars. Mort de Philippe d'Aumont. Bravoure d'autres cheva- liers. a. B, V; A. quonques. — b. B, V; A. Bonau en bon. — c. B, V; A nie. ir6 GUILLAUME DE MACHAUT. 1367 I^"" mars. Et y fu Très bons chevaliers. cAiiJJi y fu bons efcuiers cMenfaus,^ nommer de %efigny, 5130 Sus le corps de 'Bon, fon amy ^ , Et fon coujin ; car il s'amoient, Et compaingnons d'armes ejioient. Quant nos gens virent V aventure Qui moult leur fu crueufe & dure, Tous enf amble fe retreirent Et feur la place fe meirent Si com Vautre fois tout à fait ; 5\^'à cejie heure n'i ot plus fait. cMais n'eji pas raifon que j'oublie 5140 Un chevalier de CN^ormendie, Qui Saquet de 'Blaru '^ s'apelle. Y debati jî fa querelle Seur le corps Thelippe d'Omont, Qu'il n'i a homme en tout le mont, S'il en heitjl autr étant fait, Qu'on ne le teniji à grant fait. Sur les ordres du prince, les combattants rentrent au château. EINSI nos gens fe font retrait. Qui font en plus de cent lieus trait. Dont les fers ne font mie hors, 5150 Et blecie"^ en tejle 6^ en corps De pierres & de mangonniaus Que li Turc ont getté fur eaus ; Et fi veoient clerement Qu'il ne pooient nullement Gaingnier le pas ne la bataille, Car il n'i a homme qui vaille Qui ne foit einfi atourne-^ ; Et, pour ce, font il retourne-^. a. B. Maufart; C, V. Menfart. — b. V. de fon bon ami. — c. V. Blafru. LA PRISE D'ALEXANDRIE. I f7 ler mars. 5160 Et s'ejfoiem xxx. contre un 1367 De gens d'armes & de commun, Li Sarra"^in, que T)ieus confonde! De pierre d'engin ou de fonde. Sus la place fu li barnages, Oit il rrouverenr ij. mejfages Dou prince qui là les a tendent Et ejlroitement leur commandent, De par le prince, qu'il retournent Eu chajîel & plus ne fejournent, 5170 Car le prince eji forment courciei De ce qu'il font ainfi blecie^, Et quant onques il commencèrent L'efcarmuche. Si retournèrent Et raporterent T^chefort, Qui efloit bleciei fi très fort Qu'il ne fe pooit foujlenir ^M^e fans aide revenir ; Et maint autre que pas ne nomme, Qui le jour furent tuit preudomme. 5180 Les ij. mejfages nommer ay, C^e ja ne les vous celer ay. L'un ejîoit monjigneur Fouquaut D^cArchiach, qui moult f cet & vaut ; Et l'autre 'Bertran de 'Benanges, Qui ejî hardis 6* arme ranges. Et là fu bleciei eu vifage, En venant faire fon mejfage, D'une fajette barbelée. Il avoit là, de la galée 5190 cMonJlry, vj.^^ hommes arme^, cMais fi ejîoient entame^. Si bleciei & fi mal traitiés Qu'il n'en y ot pas xx. haitiés. Chafcuns fîjî remuer fa plaie., If 8 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 Arrivée de Bremond de Voulte. To en y a qui ne s'efmaie Tour le chaut qui trop les grevait ; Et po de mires y avait. Li prince fijl fermer la parte, Et les clés avec li enparte, Tour ce qu'entrer on n'y peûjl, C^iJJir, Je bien ne li pleiiji. Celle nuit vint & defcendi Tremons. Et quant il entendi Comment noftre gent font mené:;, cA pa quil ne fu forfenés ; Et tant avait de dueil & d'ire Que ne le vous far oie dire. 5Z00 Les chevaliers font d'avis de demander des renforts en Chypre, avant d'attaquer la forte pofition du Caraman. LA nuit pajfa 6* li jours vint, Si hiaus que plus bel ne convint, c/iu matin, li princes manda 5^'° Les chevaliers, & demanda Confeil comment on puijl trouver Voie pour Sarrasins grever, Qu'en fî très farte place ef aient Logié, qu avoir ne les poaient Sans grant dommage & fans grant perte : te Chafcuns le voit, cEefî chafe aperte, et Et fi vient fi très mal à point, ('. Que noflre gent font en tel point a Quà peinnes s'en puet on aidier. 5^^° rahours '367 Sonnoiem fi fort que li bours 5430 Et la mer en rejlentijfoit. De la noife qui en yjfoit Taour avoient 6' doubtunce^ Et ni avoit nulle ordenance, Eins ejloient en maintes pars Tar dejfus la montaingne efpars. Tlufeurs montoient à cheval, Li autre defcendoient le val Qui ejloit par devers la terre. CN^ a celui qui ne s'ejferre;^ 5440 Tentes, pavillons dejîendoient ^ Et Jambloit qualer s'en volaient. Et nos gens ejloient tout quoy, '^ Et vefci les raifons pour quoy. Confeil n'eurent pas à cejle heure Qu'il leur alajfent courir feure. Li plufeurs ejloient blecié, Et s' ejloient trejîuit à pie' ; Et fi ejloient moult foule^ T)ou chaut, & pejamment "^ armej, 5450 Car chaut faifoir à defmejure T)ejfus la roche haute & dure ; I T>e leurs pavillons, de leurs tentes cAvoient gaingnié ne Jay quantes, Et leur place 6* tous leurs engiens, Et aujft plufeurs de leurs biens. S'en dif oient : « Ja T)ieu ne place « Qu'il nous chaffent de cejle place, c( Einfois nous les en chajferons «■ Ou à eaus nous combaterons. >j a. V. qui ne fe ferre. — b. V. c. V. coi. — d. V. pefaument. defcendoient. [66 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 7 mars. Le Caraman rallie fes gens & les ramène au combat. QUANT le Caraman vit comment 5460 C^os gens Je tiennent fermement, Et qu autrement ne chajferont 5\y de là ne Je partiront, qA [on pooir fe ralia Et à haute vois s'efcria : ce çAvant, figneurs ! Je bien ferons, u Certes nous les defconfrons ; <■' Il font lajfés & ne font g air es, (' Sonnei cors, trompes & naquaires, <■<- oAJîn que chafcuns fe ralie. jj 5470 cAdont une moult grant partie "Des Sarra'[ins qui s'en aloient c4u Caraman fe ralioient. S ambiant de combatre feirent Et en bataille fe meïrent, éMais po de talent en avoient Et tout le contraire penf oient. Le prince d'Antiochefou- tient le choc principal. OR vueil devijîer leur manière. Quant il veïrent la baniere Ve C\oJlre Vame & la bataille 5480 Dou prince, il alerent fans faille Celle part moult apertement Joint &• ferré 6* tellement Qu'il deûjl à chafcun famhler Qu'à H vofiffent affambler ; Et fi toji qu'il ejîoient près. Il s'en retournoient adès. Et li princes ne fe mouvoir "De fa bataille, einfois renoit S'efpée en fa main toute nue, 5490 Et chafcuns lance ou befague. oirchiers, arbalejîriers traioiem De toutes pars, quan qu'il pooient. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 167 5500 Tlufeurs fois feïrent ce tour Quadès f ai [oient leur retour, Et fans cop ferir Je partaient C^ autre damage ne faif oient ; cMais noife faif oient fi grant Qu'on nH oïjl pas Dieu tonnant. Leur cheval ejloient couvert L'un de jaune & l'autre de vert, De moult effranges couvertures Et de fauvages pourtraitures. 1367 7 mars. LI jours paffa & la nuit vint éMoult efpeffe, dont il avint Qu'il furent tuit efvanuy, Et le Car aman s'en fuy. DH^Jlre gent après eaus alerent, Et grant damage leur portèrent, 5510 Qu'il fe ferirent en la queue. cMais la nuit, qui fu noire & bleue, Les fijl par force départir Et retourner. Là départir zMaintes colées veïj/ie-i, Et maint mort, fe vous y fuffte^^. Là ot mervilleufe mejlée. Là ot féru maint cop d'efpée ; Là ot grant hui & grant débat. Li C ar amans fort fe combat, 5520 Car il faif oit l'arriére garde, cMais il en fera maife garde Et fi n'en rendera ja conte Qui ne foit à fa très grant honte. Et li bons princes d'autre part, Qui rutei^ cops donne & départ; Chafcuns le fait bien endroit foy a. B, V. mains rude. Le Caraman eft mis en dé- route. Pourfuite Si maffacre des Turcs. l68 GUILLAUME DE MACHAUT, jjg^ Tour s'onneur garder & fa loy. '' ™a«- 'Bremons & Lefparre & leur gem T veinrem ijnellement Tour eaus decoper & chajfier. 5530 Chafcuns tint le bon hranc d^ acier ; Si les affolent & mehaingnem Et tuent tous ceuls quil ataingnent. Si fièrement leur courent Jeure Quil ont tant fait quen petit deure Li Turc fe meïrent enfuie. D^i a celui qui ne s'enfuie ; Et li Car amans s en fuy, Qui le pot Jievrre, il le fievy ; * Et tuit li figneur de Turquie, 5540 o^i a celui qui fe ralie, Eins fe meïrent^ à la voie, Grant & petit. Que vous diroie? Li champs au prince demoura. Qui en occifi & acora ^ Tlus de X. milliers en la place ; éMais certes ce fu par la grâce De Dieu le père, qu autrement tN^ peûfî efire bonnement. Einfi fu li chafiiaus refcous 5550 T)es Turs qui s en furent tous. ' tN^onques puis ni ot fi hardi Qui neufi cuer acouardi C^e qui ofafl porter dommage cAu gentil roy nà fon barnage. ^ Et leurs meffages envolèrent Tar devers lui ; fi s'acorderent Si bien quencor ont bonne pais. Vraiement ce fu uns grans fais, a. B. le pot Ji--vre il le fuye ; V. Ains fe mirent tuit. — c. B. ac- le poutfui'vre il le fuy. — b. B,V. coura. — d. B, V. linage. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 169 5560 éMais pas ne fay je vraiemem ,367 Se la pais dura longuement. [45] ^ f""»- L' ennemi. I Crejlien Je font retrait ?"(■«: «lu camp Tout bêlement & tout atrait ; Les pavillons & les engiens, Tout le charroy & tous les biens Que li Turq avoient laijjîé Ont trouvé ; fi les ont chergié fol. 344 Et mené dedens le chajiel, qA grant joie & à grant revel. 5570 Tar mi le lieu font retourné On V efquermuche avait ejîé ; Les mors ont pris & recueillis, Si ^ les ont tous enfevelis Et les ont mis en terre f aime. Là out il plouré larme mainte ; Là fu pleins & regrete^ mont zMefftres Thilippes d'Omont, Et un efcuier bel & bon Qu'on appelloit 'Bonau de 'Bon, 5580 Qui fu pris de f es bons amis, Tleins, ploure-:; & en terre mis ; Et tous les autres enfement, 'Bien & bel & dévotement. Quant li mort furent enterré Et mit li navré defferré Des viretons &• des fajettes Que li Turc leur avoient traites^ Et que leurs plaies remuées Furent, lavées & bendées, 5590 Le prince & fa gent repoferent, Qifonques Turq ne s'i oppoferent, Car tuit avoient fait la vuide. a. B, V; A. fe. 170 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 9, 10, II mars. Sages ejl qui fi à point vuide, Car mon ejioiem vraiement S'il heûffem fait autrement. Là demoura iij. jours entiers Le prince, & le fijî volentiers, Tour ce qu emmener ne pooit Les navre-:; ; chajcun le veoit, Et fi atendoit les galées Qui en Chypre ejioient alées. 5600 II mars. Retour du tricoplier, annonçant l'en- voi de lecours, déformais inu- tiles. AU tiers jour vint le tricoplier Qui n^ojafi penfer ne cuidier Que nojire gent einfi peùjfent Les Turs enchacier, ne dehuffent. Il arriva fus la gravelle, Et on H conta la nouvelle, Dont moult grant joie démena. Tantojl au prince le mena Uns chevaliers qui là ejîoit, Qui fus la grève s'efbatoit. Quant li princes venir le vit, zMout très bonne chiere U fit, Et moult li demanda dou roy, Et s'il faifoit aucun arroy Tour eaus fecourir & conforter. Le tricoplier priji à jurer Qu'il faifoit fi grant appareil Que pieffa ne vit le pareil. Et quant li princes Ventendi, Tout en Veure, li refpondi : « Je loe ^ confeil quon li mande (' Que f on armée contremande, i' Et que li Turq font def confit « c4 s'onneur & àfon profit. » Et lors li conta la befongne, 5610 5620 LA PRISE D'ALEXANDRIE. 171 Er aujji chafcuns li^ re/mongne, Com gens qui avaient granr gloire T)^ avoir fî nés noble viéloire. 5630 /^UANT il furent bien repofé V^^ff li navré mieux difpofé, Le prince & toute la brigade, Grant & petit, fain & malade ^Montèrent dedens les gale'es Que le tricoplier amenées cAvoit de Chypre, & s'en alerent. zMais très bonnes gardes laijfierent Eu chajlel & en la fortrejfe ; Tuis preïrent la droite adrejfe 5640 Vers la cité de Famagoujle ; [l-^] Et à qui qu'il grieve ne coujle. Il font arrive^ à droit port^ oi grant joie & à grant déport. (Xi ^UANT li roys vit fa gent venir. Il ne fe pot onques tenir Qu'à l'encontre ne leur alajl Et les degrei ne defvalajl De fon palais, tant defiroit Les nouvelles qu'on li diroit ; 5650 Car il doubtoit moult la vaillance T>ou Caraman & fa puiffance. Et ce qu'il avoit tant de gens Que contre un ejloient deus cens, Voire encore plus, à mon cuidier. Et dont bien fe pooit aidier. Quant li roys le prince a veû éMoult liement l'a receù, Et tous ceuls qui 0 li ejloient a. B; V. luy; A. le. 1367 12-14 niafs- Le prince d'Antioche laille quelques renforts à Gor- higos & ramène l'armée en Chypre. Satisfadlion du roi Pierre. 172 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 mars. Qui de la bejongne venoient. Li princes eu^ palais monta, 5660 Et de chief en chief li conta Ve VeÇquermuche, & leur emprife; Comment la montaingne fu prife, Et comment leurs engins gaingnierent Et dedens Coure les amenèrent, Leurs pavillons & leurs harnois, 5N(y la vaillance d'une nois, CN^aporterent^ qu'il ne perdijfent Trejïout, & qu'il ne s" enfuijfent . Quant tout li ot dit & conté, 5670 Et li roys l'ot bien efcouté, Vieu loa & U fijî grant chiere. Et pour ceaus qui gifent en bière Fiji prier "Dieu dévotement Et dire mejfes hautement. janvier-février 1367. Suite des négociations pour le traité de paix. Détails fur quelques articles du pro- jet de paix. o R vous ay dit, bien le fave^, [47] Comment li fieges fu levc^. Si revenray à ma matière Tour ce quelle f oit tout entière ; Et vous diray de point en point, 5680 Si que je n'en mentiray point. Ce que les amiraus traitierent cAvec le roy & ordenerent. Car certeinnement mal feroie S'a dire le vous oublioie. "Premiers vous diray le traitié Qu'il ont acordé & traitié. Je vous di tout premièrement Qu'il acorderenr '^ telement, Que tous les prifons d'cAlixandre 5690 a. B, V. oa. — b. V. n emportèrent- — c. V. s'acorderent. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 173 Que li bons roys prîjl ou fijl^ prendre, ■^.jt-Lù.r. Quant elle fu prije & conquife, Leur renderoit par tele guife, Que li foudans li renderoit Tous les Crejîiens que pris tenoit. t^-^l cApres ce fu di & traitié Que li rois aroit la moitié En tout le profit dou commerque [49] Que marchandife paie & merque. 5700 Commerque efi une impofition,^ Et fachiei quen la région T>e toute Surie & d'Egypte CN^'a cite' ne ville petite, S' on y marchande qui ne paie T)e X. deniers un; c'ejf la paie Qu'on paie tout communément Tar tout & efpeciaument c4 Sur, à 'Baruth, ^ à S a jette, ^ cA oAlixandre, à Vamiette, 5710 c4 Triple; &■ en Jherufalem Et à T)amas le paie F en. T)e ce x."" nuls n'efchape, Tant ait grant cote ou longue chape, Car chajcuns y va à F offrande T)'ou quilfoit, puis quil marcheande.^ Li tiers poins qui fu en la pais Fu à trop grant peinne parfais, Car il fu forment dehatus, Tromis, efcris & rabatus, 5720 Et nompourquant il fu paffe^. Je croy quoy ave^ affei Qu'il na Crejlien en tout le monde, Tuis qu'il paffe la mer parfonde, a. B, D, V; A, C. eji impo/ttion. — c. V. Sagette. — d. V. quil y - b. V; A. Bruch; B, C. Baruc/i. rnavcheande. 174 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 Tour faire le très faim voiage janvier- février. Q^^ ^^ foudaîi îic pale Trevagc : Car de v. florins de Florence l^achere fon chief fans doubrance. Li roys moult grant courrous en a : foi. 345. Tour ce fijl tant quon ordena Que déformais chafcuns iroit 5730 Franchement (S- quittes ferait, zMais quil heûjl lettres de lui U^il n'en vuet excepter nelui, Einfois vuet que chafcuns j aille Sans paier ne denier ne maille S5°] Li quars poins fu moult glorieus, cMoult dignes & moult precieus. Ce fu de la f aime columpne, Où Jhefu Cris y 0 fa couronne, Fu hatus, férus & lye^, 5740 Einfois quilfujl crucefe-^, Qui ejî moult petitement mife De Jherufalem en Veglife Oii miracles faifoit Jadis. Li amîraus & li cadis Ont juré quil Venvoieroient, En Famagoujîe oii il eJl oient, cAu bon roy qui tant la dejîre Que je ne le far oie dire ; Car s'il Va, il n'en penroit mie 5750 Tout l'avoir qui ejl en Surie, Eins la mettra fi richement Et fi très honnourablemem Que d'outre la mer dEngleterre La venront pèlerin requerre. Encor a il ememion "De faire par dévotion Une chapelle belle & g^nte^ LA PRISE D'ALEXANDRIE. i7r Où chanoinnes ara & rente, 5760 Où la columpne mènera; Et avec ce il pourchajfera Tant par ^ devers nojfre Saint Tere, Que, s'il eji ainfi quil appere, Qu'aucuns ait permife la voie cAu Saint Sepulchre, il li ottroie Qu il face f on pèlerinage cA la columpne & fon voiage. Et qu'il foi t quittes & abfos, Soit grans, petis, fages ou fos, 5770 Se li foudans empefchement T metoit, ^ & non autrement. Et plufeurs autres couvenances Dont il f cirent ordenances ; zMais en bonne foy vous plevi Que je ne les fay pas ne vi. 1367 janvier-février. QUANT la pais fu bien acordée, JPromife, ottroyé (S' jurée Dou roy & des ij. amiraus, Il dift devant leurs ij. confaus : 5780 ce Seigneurs, toute raifon s'acorde « Que cejie pais 6* cefle acorde ce Soit publiée par la terre (' Dou foudan fans alongne querre ; ce Et je la feray publier et En mon pais, fans detrier, c( zMoult volentiers, par quoy les nojires ce Tuiffent aler avec les vojlres, ce Et les vojlres paijîblement ce Veingnent deffa feûrement ; 5790 ce Tar quoy marcheandife queure ; Le roi ap- prouve le projet de traité & pro- pose d'envoyer des mefTagers au Caire pour obtenir la ratifi- cation du fultan. a. B, V; A. Tant que par. — b. V; A. il metoit. 176 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 janvier-février. Il offre de re- mettre à l'am- balFadeur tous les captifs mu- fulmans & de- mande en échange les pri- fonnlers chré- tiens. « Qu'avis m'ejt,fe "Dieux me Jequeure, «. Que c'ejî deffaus en toute court (' Quant marche andife ne court. ce // a Jeans un chevalier <■<■ Qu'on appelle le Tricoplier, <■' Le plus fage & le plus notable <■< Qui f oit en ce pais, fans fable. ce Et s'a faiens iiij. perfonnes (' tN^otables, fouffiffans & bonnes. ce Les ij. font au roy d'oirragon, 5800 ce Qui ce traitié tiennent pour bon, ce Qu'acordé l'ont tout d'une vois. ^ c cdujji vefci ij. Genevois « "Dont les noms ne vueil pas celer. ce Sachiei quil fe font appeller et cMonfigneur Jehan Impérial, ce Qui a le cuer franc & loyal. ce Vautre a nom, à ce corps ynel, <■' cMeJJires Tierre T{aguenel. fS'l ce Tuit ont ejlé à ce conjeil, 5810 c Et pour ce je lo & conjeil et Qu'il s'en voifent avecques vous, (' T)e par leur roy & de par nous. et Le Tricoplier envoler ay c cAvec eaus, & bien li diray ce Qu'au Joudan le die & requière, (' Et que Caccort en tel manière (' Jure, comme nous l'avons juré, (' Et par nos fois aJJeùré. ce En mon pais a mil ejclaves 5820 c Qui furent en celiers, en caves, et Tris à la prife d'cAlixandre, ce Je li vueil renvoier & rendre, et En figne de pais & de joie, et Tar tel couvent quil me renvoie LA PRISE D ALEXANDRIE. 177 5830 « Tous les Crejiiens qu'il a pris (' Et arrejie:[ en fon pais, (' Et qu'il leur rende leur avoir 'c Quel part qu'on le porra f avoir. » Les ij. amiraus lacorderent, Et le Jens de lui moult prifier eut. 1367 mars. 5840 LI roys le Tricoplier manda, Et au partir li comanda Et li dijf fa volente toute. Si fe parti de Famagoujîe Et les mil efclaves 0 li, Qui s'en vont à cuer moult joly. Car tuit cuidoient ejlre mort. Sans refpos, de honteufe mort. Les amiraus les conduifoient Et vers le foudan les menoient. Or ramaint Dieux le Tricoplier! Car il vorroit ejîre templier Où plus parfont lieu d'cAlemaigne Ou de Truffe, einfois qu'il revengne. Le roi envoie le Tricoplier comme chef d'une ambaifade au Caire. IL avoit de bons chevaliers Et de notables efcuiers. Triches gens &• de grant arroy En la compaingnie dou roy, 5850 Qui moult humblement li prièrent Tar plufeurs fois 6- fupplierent Qu avecques les embaffadeurs, Qui de la pais furent traiteurs, Teùjfent aler pour veoir Le Quaire & le pais ; quefpoir Tar lefepulchre rev enrôlent, Car grant dévotion avoient Le roi permet à quelques che- valiers d'accom- pagner le Tri- coplier & refufe l'autorifation à un grand nombre. 23 178 GUILLAUME DE MACHAUT, 136^ Ve TOUS les fains lieus vifiter.^ "i^"- éMais li roys ne V voji acorder Qu'à monfigneur Guy le ^Baveux, 5860 Un François moult chevalereus, Et à ij. enfans quil avoit, Dont chajcuns chevaliers ejioit, Hardi ejioient & preudomme ; Vefci leurs noms, je les vous nomme : Li uns avoit à nom %ohert, Qui n'ejloit rude ne truhert ; Et Joudouin de *" "Biauvillier ^ Se fait li autres appeller. Encor vous di-je que li roy 5870 "Donna congié à un anglois, Cejî mejfires T^obers li 1{ous, Qui ejl fors, puijfans & ejîous, Et en armes pr eus & legiers. Et Ji avoit ij. efcuiers qA. qui li roy abandonna Valer, & congié leur donna. Li uns avoit nom Jehan de Coûtes, Qui congnoiffoit les honneurs toutes ; Li autres Jehan fe clamait 58S0 De 'Biauviller ,^ qui moult amoit oArmes, honneur, honnejie vie. Et croy qu'il avoit belle amie. refus Motifs de ce A/T ^'^ /'^ '^'^-)' P'^^ ^'^ raifon dit IVi. Tour quoy li roys a efcondit Tlufeurs de fa chevalerie Dealer vers la gent renoye. De fes gens a toudis à faire ; foi. 346. Et s'il les tenaient au Quaire, a. B, V; A. vifeter. — b. B. C, C. de Bia-uiller; V. Joudoyn de Bou- V; A. le. — c. B. de Beawvilter; •villier. — d. B. de Beau-villier. LA PRISE D ALEXANDRIE. 179 5890 II fonr fi plain de defraifon, De fauffeté, de traifon, Qu'il feroiem trop mal venus Se d'eaus eftoîent retenus ; Et s'en porroit ejlre fon fait Gajle^^ de tous poins 6* deffait, Ou on les porroit tous tuer Et en la rivière ruer, T>ont li nobles roys derveroit ^ De dueil, qui einfi le fer oit. 5900 Tour ce ne vuelt^ que nuls y voife, Car le péril voy bien & poife. 1367 mars. EN Chypre avait un efcuier Quon devroit mettre & ejluier'^ Droitement ou fiege d'onnour, Car riens ne het fors defhonnour. Il aimme armes & amours Et dames; là font f es clamours ; Et s'eji courtois & honnourables., Larges, loiaus & amiables, 5910 Hardis, vaillans, frans 6- gentils. En tous cas fages & f outils ; Et quant il a la tefie armée Si bien fcet ferir de Vefpée, Et fi très bien s'en fcet aidier Quon ne porroit mieux fouhaidier . On Vapelle Jehan de T{eins, Qui doimeur porte tous les reins. D'aler au Quaire fupplia Le roy, mais efcondit li a, 5920 C^e pour riens que faire peùjl [^e pot faire quau roy pleiijl. Moyen qu'em- ploie Jean de Reims, de qui Machaut a fu tant de chofes, pour accom- pagner l'ambaf- fade au Caire. a. B, V; A, C, D. dezueroit. - b. V; A, e Coure, dou Quaire & d'cAlixandre Et de Triple, & fi fu au prendre. 5930 5940 Départ des am- bafladeurs chré- tiens & muful- mans pour l'Egypte. Leur arrivée à Alexandrie. L'AN mil ccc.lxvj. L53] Se partirent, ce m'ejl avis., Li meffagier à tout leur route T)e la cité de Famagoujle, Le xiiij. ^ jour de mars. zMais qui donnajî c. mille mars cAus efclaves, fe T)ieux me voie. Il neûffent pas fi grant joie Comme il avoient dou retour. Oubliée ejioit leur trijfour, 595° a. V. Jannes. — b. B, D a ij. chainnes ; C. d^afur h ij- kan- nes ; V. a ij. jambes. — c. C. A^^ fu ce manière fubtille. LA PRISE D'ALEXANDRIE. i8i Qu'il favoiem pour vérité Qu'en cAlixandre la cité Les devait li bons roys livrer, Et frans & qui tes délivrer. cMais li roys a bien comandé cAu tricoplier quil a mandé 5960 Que par yherufalem reveingne Et que la fainte ejcharpe ^ prengne, Et que feur toute rien Je garde Que bien feiirement la garde, Car tant Vaimme & tant la defire Qu'il n'en penroit mie l'empire T)e T{omme ou de Coujientinoble, Tant ejf relique digne & noble. 'Brief il nen penroit nul avoir S'ainjî ejî quil la puijl avoir. 5970 Tar mer s'en vont li mejfagier Qui ne finerent de nagier Tant qu'il font venu à bon port, c4 grant joie & à grant déport. Et fe vous di quà bien efmer ^T^a que v/- m. de mer "De Chypre jufquen cAlixandre ; Et là alerent il defcendre, Le jour de fejle C^ojlre Vame, En mars, fans perdre home ne famé. 5980 Et fu tout droit, felonc m' entente. L'an mil ccc. fept & fexante, Einfi com li ans renouvelle. 1367 mars. 25 mars. SI** VOUS diray autre nouvelle, Et vous fer ay un incident, Tour un mervilleux accident Qui adonques avint au Quaire a. B, V. Et que la fainte eftache. — b. V. Or. Odieux projets formés par l'émir Yelboga & un renégat génois, nommé Naffardin, pour faire avorter les négociations. mars 182 GUILLAUME DE MACHAUT, j^67 Tour le tr aidé rompre & deffaire. Or eji raifon que je vous die Queu temps de la mejfagerie Qui fu faire des amiraus 599° El du Cadix qui ejl fi faus Qu'il na de nulle raifon cure, cAu Caire avinr une aventure Que je ne * vueil pas oublier, Eins la vueil dire & publier. o4u Caire avoir un amiral, Vuit de tout bien, plein de tour mal, Qui ejl oit f âges & foutis Et à tout mal faire ementis. Des mauvois ejloit tous H pires, ^°°° Et des autres amiraus Jîr es. Et avoit le gouvernement T)ou foudan tout entièrement. De fon règne & de fon pais ; Et Ji ejîoit d'aucuns haïs, Car on avoir moulr granr envie De fon ejlar & de fa vie ; Son nom pas ne vous celer aj, Einfois le vous expoferay. Irbougua ejîoir appelle-;, ^SA] 6010 Er fe mieux f avoir le volej, Cejl Yeux de buef en droit franc ois. Er fi avoir un genevois Qui deùjî or ejlre noie^, Car faus ejloir & renoiei; Devenus ejioir Sarrasins, Er s'avoir à nom ^ C^ajfardins. cAmiraus & grans druguemenr Ejloir do u foudan. Et hriefment Ces ij. avoient entrepris 6°*° a. B, V; A. que ne. — b. V ; A. Et s'a'voit non. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 183 v mars. c4 dejiruire le roy de pris j^sj Q^i de Chipre a la fignourie. Or vous diray la renardie, La traifon, la mauvainc Quil avoieni fait & rrairié, Qu'elle ne doit ejire celée, Eins doit bien eJlre révélée. 'OUS avei oy ô'jenu^ Mauvaife foi rr\ I • ; des néeotia- De la pais tout le contenu teurs arabes ve- 6030 Que j'ay ci devant recité; ""^ ^" Chypre. Si que Jachie"^, en vérité, Que fait r avaient fauffement ; Et très malicieufement EJioit cejle pais pourpenfée. Et vefci toute leur penfée. Il ne pooient recouvrer, Tour penfer ne pour labourer, Le grant damage & la grant perte Qui à tous efloit toute aperte, 6040 Comment oAlixandre fu prife, Et la menue gent occife; Si ne fe ^ pooient vangier T>ou roy tant com li ejirangier Et les gens d'armes le ferviffent ; Et s'il avenoit qu'il partijfent, Quant li roys bonne pais verrait, C^ulles gens d'armes ne tenroit, Vont il porroit ejîre honnis ; Car s'il n'ejloit de gens garnis, fol. 347. 6050 Ses gens de Chipre ne porroient T^en encontre euls, s'il y venaient. Einfi cuident le roy dejiruire, a. V. entendu. — b. B, V. jV«. 184 GUILLAUME DE MACHAUT, jj^5 Quant il verront leur queue luire '"^"- Et toute Chypre entièrement. zMais il ira bien autrement, Comment quil aient leurs galées, Très de ce, bien aprejîées, Qui flotent dedens le flumaire Quejl entie cAlixandre & le Quaire. Encor y a un autre point, 6°^° Lequel je n'oublieray point. Se la pais fufi bien affermée.^ Il ejî certein quen leur contrée Venijfem gens de toutes pars, François, cAlemans & Lombars, Et de mainte autre région. L'un veniji par dévotion cAu fepulchre en pèlerinage Et fuji quittes de tout fervage ; L'autre veniji pour marchander, ^°7° Et li autres pour demander Le demi commerque dou roy ; [55j Et encor plus certes, je croy, Quen * toutes les notables villes Qui font pour marchandife abilles Li roys y heiïjl de fes gens, Chevaliers, bourgeois ou fer gens, Tour lever & pour recevoir La rente quil y doit avoir ; Et s'il en levoit les profis ^°^° Sept mois ou viij. ou ix. ou x., T)e tout cela ne leur chaloit. Car la traïfon le valoit ; Et quant li traître verroient Que Crejîien ajfeûr fer oient. Garder fer oient & fermer a. B, V; A que. LA PRISE D'ALEXANDRIE. .8f Tous les pois qu'il ont fus la mer, Si qu'à un jour & à une heure, Les penroiem rous fans demeure^ 6090 ^T^e jamais d'eaus nefchaper oient, cAinçois^ tous les decoperoient, S' orient^ les corps & la chevanfe. zMais n'ejl pas voirs quan que fols penfe. Encor y ot une cautelle Qui ejl de traïfon ancelle, Tour mieux la fauffeté couvrir, Que je vueil dire & defcouvrir. 1367 mars. 1RBOURGA /»£'77/oîV en fon cuer Que li roy de Chypre, à nul fuer, 6100 ^y\Qe lairoit qu'avec leurs meffages U^envoiafl des Jîens bons & fages, Tar quoy li foudans acordafl Cejie pais & quil la jurajî. Irbouga hucha C^ajfardin ; Si li a dit en fon latin, Cejî à dire en cArahech : ('. Crejiiens penrons par lehech. fs^] et Se li roy s Chypriens envoie ce Vers le foudan, je loeroie 61 10 c Qu'à f es gens faciens bone chiere, (c Lie, honnourable & efclatiere', a Et quil aient vins & vitaille « Que li foudans leur paie & baille. <■• Tar nos villes le manderons, EINSI décevoir les cuidoiem ; Et cènes il Je decevoienr, Car il ii'i avoir Sarra-'^in Qui ne deïji à fon voijîn. En foupiram, s^on en parloir, Que cejîe pais riens ne valoir, Er que rour ejîoir de/honneur Er granr home pour Uur Jîgneur. Uns enfes ejioir li foudans D'environ xiij. ou xiii). ans, Qui n'avoir pas bien congnoijfajice De leur mauvaife decevance. Einfi avoienr ordené Que Crejfien fujfenr mal mené, zMais Dieux, qui eji lajfus en haur, çA fes amis onques ne faur ; Eins les conforre & les gouverne En rerre, en mer & en Taverne, Qui ejl la chapelle au dyahle ; (El vraiemenr ce n'ejl pas fable, Car on y aprenr à jurer, c4 menrir & à parjurer. Ordure, luxure & ufure, Er roure mauvaife aprefure, De jour, de nuii & à roure heure ; Voire eu païs où je demeure ; ) Voir punir cejle rrayfon Er les fiens merre à garifon. 6120 61 30 6140 Yelboga eft maffacré. I RBOUGA, donr je vous devife, 1 (Avoir ordené la devife De cejle ires granr faujferé. a. B, V; A. défaillir. 6150 LA PRISE D'ALEXANDRIE. 187 En Chypre avoir ij. fois ejié, cAvec celui qui retournoit Et qui les chéris ramenoir. Or vous vueil dire de Trhougci. Un jour efbarre s'en ala, c4compaingniei periremenr, cMais en fon droir efbaremem Fu rous par pièces decope^, Tour ce qu'il effoir encopej 6160 Que mauvaifemenr fair V avoir Er aurremenr qu'il ne devoir. Er cils qui ejfoir en fon lieu Jura plus de c. fois fon dieu Que }a le rrairié ne renroir En la guife que fais eftoir ; T>onr il avinr que le rricople Vofijî ejfre en Conftenrinoble^ Car Sarra:[in pour cejî acorr Ejloienr en fi gram defcorr 6170 Er en Cl gram conrroverfie Qu'en granr péril fu de fa vie : T>onr au bon roy fu raporré Qu'on l'avoir pris & arrefié. Le foudan quejloir un enfanr En avoir le cuer moulr dolenr^ cMais ne fe^ f avoir enrremerrre Si qu'il y fceûfl confeil merrre, Car quanr pueples efl en rumour CN^i a courroifie n'amour, 6180 Einfois efl fi morrels péris Corn pour en Veure eftre péris. ^ Einfi fu li vers rerourne- Er TOUS li maus feur lui Tourne^ Erfe V^affadin^ à la fefte a. W; A. Mais il ne. — b. V. périls. — c. B, V. Naffaidin. 1367 mars. Confufion des avis & des projets autour du jeune fultan, au fujet du traité. l88 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367, Heujl ejié, il fujl fans tejie, mars-avril. ^ ,- , r n ^ • Car efcnapei ne jujt a pièce Qu'il ne fujî railler^ pièce à pièce. ,tZ ^nt t- ry revenray à mon propos, norabiement V-/ Car cncor à parler propos accueillis _ zj- . à Alexandrie. De la madère dejfus dire, 6190 Qu'elle me plaiji & m'i délite. Quant les mejfagiers Chypriens oivecques plufeurs Crejîiens, Et ceuls dou roy oArragonnois, Et les mejfagiers Genevois, Et les iij . figneurs farrafns Furent defcendus de leurs lins, T)e leurs barges & de leurs naves. Et auffî trefîous les efclaves, Li amiraus d^ ^Alexandrie 6200 Leur envoia par courtoifie "De fa mai [nie & de fa gent Qui les reçurent bel & gent Et moult très honnourablement ; Et s'' avaient commandement Qu'on les menajf en leurs hoflels. \ cMais il furent très bien montés, Qjfaffés chevaus leur envoia Tour les Crejîiens qui furent là. Et quant il furent à cheval, 6210 foi. 348. Tremierement à F amiral \ oAlerent faire révérence ; \ \ Et il les reçut fans doubtance, ^ "Bien & bel & courtoifement Et moult très amiablement ; Et puis aus hojlelx les menèrent Et fi très bien les herbergierent. Qu'il n'avoient point de deffaut LA PRISE D ALEXANDRIE. 189 De tour ce qu'à corps d'homme faut. 6220 TV yr Aïs en mil jour ne^ vous diroie IV A Le gieu, la fefie & la gram joie Que ceuls d^oilixandre menoienr, T)es prifonniers qui revenoienr, Car l'un y avoir fon voifm, L' autre f on frère ou fon coufin, Et l'autre fon oncle ou fon père. Or ejîoienr hors de mifere Et s'ejfoient tuit d' cAlixandre Si qu'il ne pooient entendre 6230 qA. riens fors qu'à eaus ref jouir Et à leurs amis conjouir. Encor y avait autre caufe Dont leur joie vient & fe caufe. Li communs la pais defiroit Tant que nuls ne le vous diroit, Et on difoit communément Tar tout & véritablement Que la pais ejïoit confermée Dou roy de Chypre & acordée, 6240 Et que le foudan la tenra Quant le cadix à li venra, Et les amiraus, qui là font, Qui par tout la publieront. Huit^ jours entiers y fejournerent, Et en la ville fe jouèrent, Qui efioit gram & longue & Ic'e, De tours & de murs bien fermée. cAu partir furent deffraié, De quanquil avaient fraie, 6250 Des gens le foudan proprement cA bonne chiere & liement ; 1367 mars. Joie générale à Alexandrie lors de l'arrivée des prifonniers. a: V; A. Mais en nul jour je. — b. A. ^iij. iço GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 3 avril. Les ambafla- deurs chrétiens partent pour le Caire. DigreiTion fur le Nil. Tarn que C^ajfardins les vint querre Li renoiei, car en la terre ^T^avoit homme qui les peujt Si bien conduire ne fceùjl, Tour ce qu'il /avoir les langages, Le païs & TOUS les pajfages. A Ventrée dou mois d'avril Quoifillons chantent en Varhril, Haut & cler, & font maint hoquet, L'an mil ccc.lxvij.^ qAu matinet, fans plus attendre, Se départirent d'c^lixandre Li meffages dont j'ai conté. Il font tuit à cheval monté Et cheminèrent fans contraire Tant qu'il font venu au Flumaire. Entre ij. n'ont pas fait fejour, Eins y alerent en un jour. L E Flumaire ^ eji une rivière "Belle, clere, feinne & legiere, Si douce comme yaue puet ejlre, Et keurt en Taradis terrejlre. Cs?] Or vous diray dont elle vient Sans mentir & ce que devient. Quant DXpfres Sires fiji le monde, Où tous biens naijl, croijl & abonde. Il fifl premiers le firmament., La terre & quanqu'il y apent ; Le biau foleil & les planettes, Les eftoiles cleres & nettes, Et la lune, pour alumer Tar nuit Pair, la terre & la mer, a. B, C, D, V; K. fuHjiaire. 6z6o 6270 6280 LA PRISE D'ALEXANDRIE. I O l mars. Le jour, la nuit & la femainne, ,^67 L omme, la femme, à po de peiime ; Et einfi le truis je en la bible Car riens n'ejl à Dieu impojfible. Il Jijî le Taradis rerrejire, Dont r omme fu figneur & mejlre, 6290 Et dedens le mift pour ouvrer ; Legierement le puis prouver. En ce paradis delitable, Qui ejî à trejlout delitable, C^ojlres Sires y mijl un flueve, Si comme Genejîs le prueve, Tlus bel ne puet on devifei\ Tour amoifiir & arroufer La terre, & cils flueves la duit c4 porter fueille, fleur & fruit, 63<^o Herbes, arbres, racine & greinne Tour vivre créature humeinne. qA Viffir de ce Taradis Que C^ojlres Sires fifi jadis Se départ cils flueves en quatre, * C^uls à droit ne le puet debatre. Le premier a à non Thyfon, Et le fécond a non Gyon, Le tiers Tygris, l'autre Eufrates .- Ce font leur iiij. noms, cyprès 6310 Thyfon eJî uns flueves qui bat Tar mi la terre de Enlath ; "^ Gyon va en Ethyopie, Tygris au Quaire & en Surie, Et pajfe deles Damiette ; Là chiet en mer, & c'ejl fa mette. Toutevoie on Fapelle au Quaire Et en Surie le Flumaire. a. B, C, D, V: A. iiij. — b. B, D, V. Emlath^ C. Emlac. 19: GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 6 avril. En cArabich c'eji fort droit non, Outre mer eji de grant renon. Suite du voyage des am- balTadeurs vers le Caire. 6 mars (6 avril) Magnifique réception qu'on leur fait au Caire. Satisfaétion du peuple qui croit la paix af- furée. APRES ce, ceuls qui les convoient 6320 Trinrent congié quant le flun voient ; En cAlixandre retournèrent Et nos gens en Flumaire entrèrent. En ce flun font H meffagier Qui s'efforcierent de nagier. Si ont tant à Veaue ejîrivé Que tuit font au Quaire arrive'; Tar de lés ^ Ville de 7{oufet Tafferent à un matinet, Où li roys S. Loys fu pris ^3 3° T)e Sarra^^ins & entrepris. Et le vj.^ jour de mars, 5^5^^ Einfois que li jours fu efpars, Vinrent au Quaire, ce me f amble, Crejliens &- Sarrasins enf amble ; Ou flun furent v. jours entiers. Et on les vit moult volentiers Quant il furent tuit defcendu, Car moult longuement atendu Tlufeurs Sarradns les avoient 6340 Qui à veoir les defiroient, Le foudan par efpecial Et en après li amiral Et toute la ^ gent de leur court. OR vous vueil conter brief & court Vonneur, le [ambiant & la joie Qu'on leur fif en chambre & en voie, Car li plus grant & li menour » a. B, Vj A. ci' aies; C. Par de-vers ; D. Far del'ees. — b. B, V; A. leur LA PRISE D'ALEXANDRIE. 193 fol. 349. Leur fuifoient fejle & honnour. 6350 Certes dire ne vous porroie En un an la fejie & la joie Qu'on faifoit en chambre & en rue Tar le Quaire de leur venue. zMoult richement les ojlelerent Et en leurs hojlelx les menèrent ; Le Tricoplier, mejfires Guis, Toutes leurs gens & fes ij. fils, Et mejfires %ohers li %ous ^T^eurent c'un hojlel pour euls tous ; 6360 Et un autre les Genevois, cAveques les cArragonnois. Et tous les jours on leur hailloit çArgent, pour quanquil leur failloit. zMais li pueples toudis s'efforce T>e faire feJie & joie pour ce Qu'il cuidoit que la pais fufl faite., Et elle ejloit toute deffaite ; Eins avaient vin & viande, Et tout ce quapetis demande, 6370 Largement 6- à grant planté. Et efpices à volenté. 1367 avril -m ai. a" ^ U ARANTE jours y demourerent, Et 'Babyloinne leur moujlrerent T>e chief en chief, & puis le Quaire, Qui font cités de tel affaire, [59] Que chafcuns efi, ce m'ejl avis, zMil^ fois plus grande que Taris, Et fi font ij. fois mieus pueplées. Tuis leur moujlrerent les galées 6380 Qui ejioient feur le Flumaire Tour Vijle de Chypre deffaire, a. B, V. Deux. Long féjour des ambalTadeurs à Babylone & au Caire, dont ils vifitent les curiofités. 25 194 GUILLAUME DE MACHAUT, 1J67 ■^i <^<^"2 devant Vay devifé, ^""^■"^^'i- Se vous Vavei bien avijé ; Et pour dejiruire li bon roy Qui n^i penfoit que bonne foy. zMais partout leur admenijlrereju Chevaus ajfe^ quil chevauchierent, Qui ejîoient de paremens Tour les figneurs ; & pour leurs gens, Chameux, roncins & haguene'es, 6390 'Bien & richement enfellées. Quant il eurent tout vifité, ^ Si com je vous ay recité, Le lonc & le lé des^ ij. villes Et leurs ouevres qui font /outilles, Les galées & le Flumaire, L'ejîat, la guife & le repaire, Et ce vint au chief de iij. jours ; Ils ibnt con- Deux amiraus les ambajfours duits à Pau- „ , i r ] dience du cMenerent devers le Joudan, 6400 Et encor leur amena Van Chevaus pour aler eu chajîel, Qui eji grans, mervilleus & bel. Si n eji pas raijon que je oublie La manière & que je ne die Comment il furent reçeu Et quil ont trouvé & veii. Je vous di quil a une place, Grant & longue & large d'efpacc, 'Droitement, au pie dou chq/lel, 6410 Là trouvèrent il un tropel De iiij. à v. mille chevaus, Qui ejf oient des amiraus Et de leurs gens qui les tenoient, Et là leurs figneurs atendoient. a. B, V; A de. LA PRISE D'ALEXANDRIE. IQf avril-mai. c/lu viet dou chaftel defcendirent '.367 El en bel arroy ^ Je meïrenr, Et puis il montcrem amont. Là de gens avait fi grant mont 6420 Que ne le faroie nombrer, Tant bien rnenfceùjfe encombrer. Xxxiiij. amiraus trouvèrent oivec le foudan, puis entrèrent éMain à main dedens le palais, Qui nejloit trop biaus ne trop lais. Fais^ ejl en fourme d\ine eglife, Et de V ancienne devife, cA piler s & à votes fais ; Et fi nejloit pas contrefais, 6430 Car tous d'uevre farra-inoife Eftoit, contraire à la françoife. Li foudans ejloit en un lit 'Bajfet, bien paré pour délit; Et à fa dejire cojie ejioient 'Deux grans amiraus qui tenoient Chafcuns une hache en fa main. 5\V fay s il le font foir & main, Ou s' on le faifoit pour yeoir Que pas ne le faut pourveoir, 6440 Et quil ejl toudis pourveïis Si quejîre ne puet deçeiis. "D'autre part les cadix ejioient Qui leur faujfe loy gouvernoient. Et les amiraus tout entour, Tarei comme duc ou contour. En ce palais, dont je vous conte, cAvoit mil chevaliers par compte, Chafcuns à dorei efperons, a. V. conroy. — b. V. Mais. 196 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367. avril-mai. Et n avaient nuls chaperons, Car chafcuns avoir faciole 6450 Sus fa rejie, fujî fage ou foie ; Chafcuns avoir lefpée ceinte^ Er tenaient moulr grant enceinte,^ Tant eji oient ferré & joint Lun devant Vautre & fî à point Quefire reffamhloient ij. murs. Entre ij. tymhres & taburs, zMeneJlriers^ de bouche^ cymbales Faif oient rejîentir les f aie s, Et^ fi grant noife démenaient 6460 Que toutes^ les gens effoiird oient. cA l entrée de ce palais Où on ^ feijl bien un eflais., Tant efiait grans & Ions & ler^, Ot c. Sarrasins aus ij. le^, Et chafcuns tenait une hache T)ant on tuafi bien une vache. Cérémonial auquel on les aftreint pour approcher du fultan. Q UANT H deffus dit meffagier Furent entreaus, fans atargier, Leur firent ofter leurs folers ; 6470 Et s'efloit li temps nés & clers ; Et- vefci la raifan pourquoy, cAutre caufe ni fay ne voy. On avait par grant fignaurie Taré de tapis de Turquie Le palais fi très richement Qu on ne pooit mieux nullement. Si ne valaient quafole-^ Fuji des Cre/fiens ou défoule'^ ; Et pour y tant les def chauffaient. 6480 a. V; A. B.faJnte. — b. V; A. B. enfainte. — c. B; A. menejîies. d. B, V: A. Car. — e. B, V; A. tou$. — f. B, Vj A. au on. ^ LA PRISE D'ALEXANDRIE. 197 Ou puer ejtre quil le faifoienr 1367 Tour plus humhlemem cwurer """'■"""'• Le fond an, & mieux hcnnourer. Or vous diray la contenance Quant il firent la révérence. Si toji comme il porent choifir Le foudan, fans penre loifir. Et tantojî fans effoinne querre. Il leur couvint bai fier la terre, 6490 Et à toutes leurs gens aujjî, Quil le couvenoit faire ainfi. Et quant il furent relevé 'Droit emmi le palais pavé, o4 ij. genous fe genouillerent ^ Et féconde fois la baijîerent, Et toutes leurs gens enfement, Quejire ne pooit autrement. Quant il furent en la prefence T)ou foudan, par droite ordenance 6500 La baijîerent la tierce fois. Lors fe preirent par les dois ^ Et parler au foudan alerent ; cMais toutes leurs gens demourerent cA Luis dou palais, & veoient Le mifiere & quanqu il faif oient . u E Tricoplier premièrement Le Tricopiier Tar la bouche dou druguement ^If^ ro^bjet"e Vift au foudan ce quil quer oient, ^^ '"''^1?" ^ ^^ -' •' '^ ^ _ ^ retire. Et pour quoy là venu eftoiem. 6510 Quant il ot dit tout fon plaifir, Longuement & à grant loifir. Et les autres eurent parlé Qui ejloient bien emparlé, a. B, V. s^agemillerent. — b. B, C, V; A. bois. içS GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 La choje ejioit toute ordenée^ Quon leur donroit autre journée. cA cejîe fois plus ne feïrent Et au foudan congié preirent. Encor vueil autre chofe dire, cMais que vous vous tene~ de rire. Il ne veoit pas leurs talons, 6520 Qu'î7 venaient à reculons. Se darrier heuji une perche. Il fujfent pris à la cauperche, Ou feijfent le foubrejaut. zMais einjî reculer leur faut, cAdès devers li le vifage, En reculant, noftre mejfage, 5\^> La choje fu toute acorde'e, De tous loée 6* approuvée. Là avoit un vies amiral Qui leur diji tout en gênerai : <■<- "Biaus feigneurs, que volei vous faire? 6590 (' Honnir nous voule^ & deffaire ! <' Vojlre fauf conduit rompere"! <■<■ Garde-:^ vous bien que vous fer e^ <■<■ De ces meffages retenir, ft Car grans maus en porroit venir, " ff Et toute chrefiienté mouvoir « Encontre nous, à dire voir. '•> Vingt ^ Jours furent en ce débat Qu'adès V amiraus fe débat cAfin que le fauf conduit teingne, 6600 Seûrement, quoy qu'il aveingne. Le divan T~'lNABLEMENT // iacorderent fait préparer un F nouveau traité 1 Et une autre pais ordennerent, 'moins favorable /^ • n • J r aux Chrétiens. Qf^^ ^foit au roj damageufe Et à tout fon pais honteufe. Deux amiraus ont ejleùs, Sages hommes & pourveûs Et devers le roy les envoient, Et nos meffages les convoient. Tant feulement pour raporter 66 ro LA PRISE D'ALEXANDRIE. 20 I 6620 6630 Se ^ li roys vorroit acorder La pais cornue qu'il li portent. cMais nennil ; en vain s'en efforfent ; zM ai s pour rien qu'on leur fâche dire Cejie pais ne leur puet fouffire, Se le Tricoplier ne la jure, Dont ceji defpis & grant injure. Toutevoie il les délivrèrent, Et en Chipre les renvoierent. Si Je meirent au retour, cA grant joie & à grant baudour. MAIS en/ois quilfe departijfent Il fu ordené qu'il veïjfent Les bejies que li foudans a ; Et leur garde pas ne tenfa, Eins les moujlra, fans contredit, Tout en Veure qu'il li fu dit. Il y avoit iij. olifans, Qu'à merveilles efioient grans ; cAuffi virent il une araffe, Je ne fay s' elle vint de Jaffe. Et li chevalier leur moufirerent Les gieus dont Sarrafin jouèrent. Or vueil laiffier cefîe matière, Et revenir à la première. Q_"i ^ U ANT // roys, pleins de loyauté, Vit la très grant dejloyauté Que li Sarra~in li faif oient, Et que la pais pas ne tenroient, 6640 Et il fot bien tout leur affaire, Il commanda tantofl à faire Tar fon amirail une armée a. B, C, V; A. que. 26 1367 mai. Eléphants & girafe du lultan. 26 mai. Le roi, informé des lenteurs calculées que le divan du Caire apportait à la conclufion d'un traité, fe rend à Rhodes avec fa. flotte. 202 GUILLAUME DE MA CHAUT, 1367 juin. (juin 1367.) Si gram & fi bien ejiofée Corn faire porra bonnement. "Dedens monta ifnellement Et en %odes s'en vuet aler. Là vuet il le temps différer Tour veoir que ce devenra Et Je J'on Tricoplier venra ; Et s'il ne revient, ceji s'entente 6650 "De paffer la mer, fans attente. Et d'aler devant cAlixandre, Car bien la cuide avoir & prendre, Et tenir, ou toute effillier, S' on ne li rent fon Tricoplier. Li roys en T{odes demoura, [^°J Et li maijires moult Vonnoura. oAuffi feirent tout li frère ; Chafcuns de lui fervir fe père. Là le Tricoplier atendoit, g^g^ Et fouvent de li demandoit o4 fes prive^, tant qu'il avint Quen brief temps en %odes revint. t^'J Et avecques lui amenoit Deux amiraus., dont on tenoit Que ïun eftoit li plus prive^ "De celui qui eji ordene^ Et qui a le gouvernement T>e leur foudan prefentemem. L'autre y avoit ij. fois ejîé, 6670 L'une en yver^ Vautre en ejlé ; Et de par le foudan venoient. Des mellagers égyptiens, fans pouvoirs i'uffi- fants, pro- poi'ent au roi de nouvelles con- ditions de paix. OR vous diray ce qu'ils queroieni, Einfi comme oy dire l'ay. Il ne quer oient que delay, Et de la pais nav oient cure. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 203 6680 6690 fol. 351. 6700 Qui depuis leur fu chofe dure. Sagement Je font contenu Et devant le roy font venu. Là fu monfigneur Verceval, Et le maijîre de VOJpital, Et le prince de Galylée^ Et 'Bremont, qui bien Jîert d'efpe'e, Et maint autre que pas ne nome. Qui tuit font vaillant & preudomme. Si deirent en leur prefence, Devant tous & en audience : « Sire, cil eji mors qui traitié a oAvoit Vacort & le traitié ; (' Si que cils qui a la puiffance c Dou foudan &• fa gouvernance et Dit qu'il ne le vuet pas tenir, a Tour ce nous a fait ci venir, a Et vuet qu'autre traitiés [efface a Qui ^ cejîui-fi planne & efface., a Et que tout foit fait en fon non, a Qu amiraus ejl de grant renon. ce 'Bail lié le nous a par epytres, a Tar cedules & par chapitres ; a Tene\, ves les ci par efcript, u Qu'il a de fa main propre efcript. et Si les verre- & fere'^ lire a. Tour mieus favoir ce quil vuet dire. " cAprès li feïrent requejles. Qui n'ejioient juftes ne honnefles. Et vraiement il demandoient Chofes qu'à faire n'afferoient ; Dont li gentils roys amajf mieux Qu'on li eûjï crevé les yeux, ^Y\7 juin-juillet. a. B, V; A. le. — b. B, V; A. que. 204 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 juillet-août. Er que mais n'afulaji heaume. Ou avoir perdu fon royaume, Ou tantojl mourir vraiemem Quil leur acordaji telemenr, Et qua toute peinne s'offriji Qu'en fon royaume les fouffrijî. 6710 Le roi, convaincu que le fultan ne cherchait qu'à prolonger les négociations, rentre en Chypre & fait armer fa flotte. Appréhenfion des Mufulmans. Ll roys vit bien leur volenté Quen riens ne font entalenté D'avoir traitié, ne pais, nacort ; Eins ne quierent que le defcort. Si s'en partirent, que refponfe 6720 tN^en portent qui vaille une ronce. Quant il Je furent départi, Li roys efloit en tel parti Quil cuidoit ejlre forfene^. Il fifî apparillier fes ne:[, ■ Et tantof monta en galée. Et auffi fift toute l armée. Si ne tourna ne fà ne là, cMais droit en Chypre s'en ala, Tour fon armée refforcier, 6730 cA fes annemis efforcier. Si quil fift tant en po de tans Tar fon avoir & par fon fans Quil ot c. & x/. * voiles. ET les Sarra-fns es efloiles Sa venue prophetif oient. Cil dcAlixandre bien favoient Que li roys feur la mer efloit, Et que fon armée aprefloit, Si quil efioient fus leur garde. 6740 Chafcuns penfe, chafcuns ref garde a. V. c. & Ix. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 20f cA la ville fortefier. Li roys les faifoit efpier Tar gens qui vont feur la marine, Si qu'il favoit Tout leur couvine. Confeil demanda qu il ferait Et fe vers cAlixandre irait. 1367 féptembre. MAIS fon confeil finahlement Li dijl : « Sire, certeinnement 6750 c( C^ous ne [avons lieu fi poffihle <■' Tour vous, que la cité de Triple. a Tar nojîre confeil vous irey (' Car bien vous y ^ emploiere^^; (' Qu'il n'a de la mer dou foudan <( Jufquen pais le Camaran (' Lieu, ne place, bourc, ne repaire (c Où mieus peiïji fon honneur faire. » Si que li roys leur ottria, Car grant defir d'aler y a. 6760 Li roys fift recueillir fa gent ; Et tantojl V ail et & fer gent Trejlous leurs chevaus amenèrent Et es naves les hojlelerent. Li roys monta & prifi fa voie Droit vers Triple, T)ieux le convoie! Qu'il trouvera plus grant deffenfe En ceaus de Triple qu'on ne penfe. Li roys s'en va par mer najent T)roit à Triple, lui & fa gent. 6770 Tant ont à la mer ejlrivé Qu il font près de Triple arrivé; Et quant il vorrent terre prendre. On leur deffendi le defcendre, Le roi fe décide à aller attaquer Tripoli. a. B, V; A. bien 'vous. 2o6 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 feptembre. Carfeur le port grant gem ejioiem Qui fa venue bien favoiem, Et s'ejioient très bien armé, "Bien abillié, bien acefmé, Ve garroSy de fajettes, d'ars, T)^efpées, de lances, de dars. éMoult fe tendent fièrement Enf amble, & orguilleufement ; Tant ejf oient la gent fauvage Qu'il tenoient tout le rivage. Et quant li gentils roys^ les voit, Tantofi fût ce qu à faire avoit. r^Moult vaillamment fa gent conforte, zMoult les prie, moult les enorte Qu'il f oient vaillant & vaffal. 6780 (29 feptembre.) Il ordonne le débarquement & débarque à fon tour. IL appella fon amiral Et li commanda qu'il defcende Tantojf, & qu'à bien faire entende. Car sil fiert bien de bonne efpe'e, Il difl qu'il li lairont^ l'entrée.'^ cMais li contes de Herefort, Et aufjl Terrin de Grimort (Arrivèrent certeinnement Devant tous & premièrement. Car il av oient ij. gale'es, 'Bien garnies & bien armées. Et le premier qui defcendi 'Des galées, dont je vous di, Pu un efcuier de Gafcoingne,'^ Qui fu bons en cefie befoingne. Guerrot avoit non le vallet ; Et le fecont fu Chajfelet, 6790 6800 a. B, D, V. Et tantoji cnm li rois. — b. C, D, V ; A, B. lairoit. c. V. ta contrée. — d. Gafcoingne manque dans A. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 207 Un très bon efcuîer d^cAnjo ;^ 1367 Et uns chevalier de Toiro, ^9 feptembre. ^^ommé Terceval de Colongne Fu li îiers^ qui peiit rejfongne 6810 Les Sarrar^ins & leur emprife, Car il ne les double ne prife. Vamiraus defcendi après, Et li roy le tint moult de près ; Si jîji li princes^ ^ f^ g^^^ Et maint chevalier bel & gent ; Si font Tercevaus & 'Bremons. Trop vous Jeroit Ions li fermons, Si tout voloie raconter, ^T^e le vous faroie conter. ^^-° /^UANT il furent tuit defcendu, Vaillamment K^Li uns n^a pas i autre atendu. ^^^ ^ t Là fu fi mervilleus li chaples, Sarrafins & u s ■^ , , r ^ I refoule vers Que de Triple jufqu à Ejiaples la ville. ^7^e fu piejfa gaires plus grans. Li bons roys ejîoit moult engrans De fes anemis def confire. Il fiert, il boute, il fâche , il tire, Et fi fièrement fe cornbat Q}^'il tue tout quanqu'il abat. 68 }o Et li princes'^ ne fe feint mie Qu'à cent en a tollu la vie ; Et Tercevaus fi bien s'i prueve Qu'rV detranche tous ceaus quil trueve. 'Bremons fi vaillaument fe monfire Que tous ceuls qu'il tient ou encontre Sont detaillié ou ^ affolé, cMort, mehaingnié ou décote. a. C, V,- A, B, n. .fAmbio. — c. V. // princeps. — ^. B, V ; b. Yi^V. le primpart. A. Êf. 208 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 'Brief aujjî tous ceuls qui là font 29 feptembre. éMervilleufement bien le font Et fi très bien, que le pieur 6840 Cuidoit ejire tout le milleur, Si que là tant fe combci tirent Que les Sarraf-ns defconfirem, Et leur ejî H champs demoure^ ; De fane vermaus ejt^ coulourer^. ^N^i vaut efquermie ^ ne luite, Tuit fe meïrent à la fuite. Li roys fifl fonner la trompette Tantojî en Jigne de retraite, Si que fa gent fe recueillirent 6850 Et tous enf amble fe meïrent. Il tirèrent hors leurs chevaus Et montèrent comme vaffaus En belle & en bonne ordenance, Com chevalier plein de vaillance. Si ont tant fait & tant erré. En bataille joint & ferré, Que devant Triple font venu, Grant & petit, juene & chenu. En ociant leurs annemis '6860 Quà fort font en la ville mis. Et, de Triple jufquà la mer, foi. 352. Qui proprement le vuet efmer, tN^a cune lieuette'^ petite, Des lieues qui font en Egipte. La chaffe longuement dura. Tant en ocifl & acora Li rois & fa gent en la chace Que couverte en efioit la place ; Et tant d'ocis en y avoit 6870 «. V; A. Êf. — b. V. efcremie — c. B, V. li-ueite-, C. lieuelte-, D. li^ete. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 209 Que nulc^ le nombre nen far oit ; 1367 Et gif oient, gueules baées, "^ Teptembrc. Entre la ville & les galées. L 1 roy efloit ^ devant la ville, 11 pénètre ce r 1 J m dans la ville & Et Sarrafin plus de xx.'"- j^ ij^^e au Les entrées li deffendoient ' P'^age- éM ouït fort ô' le mieus quil pooient. éMais li roy s efl entre^ dedens oAvec fa gent, malgré leurs dens. 6880 c/4 la porte tant en ocifi Que le plus hardi deaus voffifl 'Bien eflre en Tnde la majour. oiinfî ne fina toute jour Tf occire, &• fa gent de pillier Tour toute la ville efjillier. Et quant elle fu bien pillie, "Bien dejlruite & bien effillie, Li roy s le feu dedens bouta. Car bien vit, & pas ne doubta, 6890 Quil ne la peiijfent tenir, Et veoit le vefpre venir. Si ffl la trompette fonner Tour mettre à point & ordener Sa gent qui efi oient efpars, Tar la ville de toutes pars. Quant il furent tuit affamblé, Tant ont pillé, tant ont emblé, Quil ni avoit garfon ne page Qui ne fuft chergie^ de pillage, 6900 Et qui neûji très grant richeffe. Li gentis rois pleins de nobleffe. Il n'a pas le cuer ef perdu, a. V; A, B. ^uomme; C. ^e homme-, D. Comme. — b. B, V; A. s'eftoil. 27 2IO GUILLAUME DE MACHAUT, ,367 Trouva que il n'avoir perdu 29 feptembre. ^'^^ chevalier tant feulement, Et ix. ou X., qui folement En la ville embatu s'ejîoient Et les hojiels pas ne /avaient. oMais il ne pot onques f avoir, Tar homme qui là fuji^ le voir Qu'il pue lent ejire devenu, 6910 5\V s'il font mort ou retenu. Si queinfi fu Triple gafiee, Trife, dejiruite, arfe & brûlée. ronnent. Defcription /^^^ ^"*^^^ devlfer la devife Tripoi^'à de! V_y Ve Triple, comme elle efl affife. t^^^ beaux jardins cr, y i i _7 .•„ qui l'eavi. Très de la mer, en un grant plain Siet, Ji quon^ la voit tout de plain. Eu my lieu a ij. montaingnettes. Qui font rondes & hautelettes. Dont feur Vune a un chaflelet 69Z0 Qui ni eji mefféant ne let ; cMaifonne^ font toutes entour, Et tient bien iij. lieues de tour. zMervilleufemem efl pueplée De gens, & fi nejl pas fermée. Li lieus d' entour ejî odorans, Tar tour, eji fi fouef flair ans Qu il f amble à tous, nen doute:; mie, Qu'on f oit en une efpifferie Tour les fruis & pour les jardins, 6930 Tlantés de mains de Sarra-fns ; Car de tous fruis, de toutes antes ^ De tous efios, de routes plantes, De toutes herbes à racine a. V; A. Si quon; B. /i ejl fi quon. — b. B, V; antes manque dans A. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 211 6940 Qui piielent porter médecine Trueve on là à très granr planté, Que Sarraftny ont planté. cMoult y a de belles fonteinnes Qui font nettes^ cleres & Jainnes. Là croijl le fucre & la kanelle, Et mainte efpice bonne & belle ; zMais il ni a point de rivière. 1367 feptembre. OR revenray à ma matière. Tour ce que li roys d'Ermenie oivoit requis le roy d'aye, Et encor li avoit efcript Que, pour la foy de Jhefu Crit, Li foudans fa mort li procure, > T>onT il ejf en grant aventure, 6950 Qii'^^ n'en f oit dejîruis ou péris ; Tour blés en ejï fes efperis Et fes cuers a fi grant mefchié, Comme d'' avoir le chief tranchié, Ou quil ne [oit procheinnement Efjllie"^ ^ perpetuelment. Se li bons roys ne le fecourt. Encor li manda '' brief & court Que s'il vient à cAlayas, '^ Qu'il y venra plus que le pas, 6960 cA tout quanquil porra mouvoir De gens, pour le chaflel avoir ; Et fe li nomme la journée Que li bons roys a aceptée. cAlayas eft uns chajfiaus Qui ejl fors & puijfans & biaus. Ville y a & fiet feur la mer. Le roi d'Ar- ménie, ayant demandé lecours au roi de Chypre, lui donne rendez- vous à Lajazzo. a. B. ejle^ez; V. efcla'ves. — b. B, V. fnancia il. — c. B, D; V. à Layas, meilleure forme, mais trop courte pour la iiiefure. 212 GUILLAUME DE MACHAUT, i3(5y Er Ji vous vueil bien affermer fept.-od. Qu'aus Ermins a fait maint ahan. C'ejl Veritage d ou fond an Et ji eji ajfts en la marche 6970 "D^Ermenie, & aus Ermins marche. Le roi Pierre T J nohles rovs au fier cor âge fait voile vers I i- /i • j LajazzQ. i— ' Ejtoit outre mer davantage Et eu pays des Sarra-^^ins. Si vuet conforter les Ermins. Li roys de Triple fe parti Et s'en ala, à cuer parti T)e joie & de mer encolle, Car moult fouvent merencolie cA fes annemis damagier 6980 Et au roy d'Ermenie aidier ; Et s'a joie de fon emprife Quant la cité de Triple eJi prife. Seur la mer de Triple chevauche, zMais il n'i a maifon de hauche, "De terre, ne d'autre marrien Qu'il narde., & n'i efpargne rien. Souvent s'efpée en fane a taint, Chafcuns tue quanquil ataint. Einfi s'en va tout combat ant 6990 Et les Sarrasins ociant, cA cAlayas droite voie., 'Boutant les feus ; que vous diroie? Il faccage en '"pROlS bonncs vUlcs v a vris pairant Tortole, ■ -^ ■* Valénie. T Laodicée & L Et dejlruites li roys de pris. Vont vefci les noms, fans doubtance ; Ceji Tourtou^e, Liche & Valence, [^3^ Et maintes grandes & petites, Qui de peler les aus font quittes, LA PRISE D'ALEXANDRIE. 21^ 7000 Car c'ejl tout mors & mis en cendre, 1367 Sans efpargnîer homme ne prendre. ^^^''° ' Et quant la nuit venir veoir, En navige Je retraioit. Et y f ai f oit fa gent retraire. zMais de jours aloient meffaire Sus Sarrasins, & dejlruifoient Et tuoient quanquil trouvoient. L' I nobles roys, frans & gentis 11 débarque à j r r • n • Lajazzo malgré CA fon fait ejt fl ententlS les Sarrafms, v~» 5 • r qu'il pourfuit 7010 X^u avoir ne piiet autre penjer l^^ y,l^^ ,„;„ U^il ne far oit ailleurs penfer. ^^ '* '''"^• Tant a erré par fes journées En nés, en coques, en galées Qu'il vint devant c/ilajas. Quant il y fu, un moult grant tas Vit de gens qui là Vatendoient. San ceuls de pié v.^"- ejîoient^ Tous à cheval, pour lui deffendre Qu'à terre ne peûji defcendre. 7020 Un jour en la mer s'arrejîa Li roys, & moult bien s'aprejîa Et fe confeilla qu'il fer oit Et comment il defcenderoit . Et quant il fu bien confilliei, "Bien aprejlés, bien abilliei, Il fjf nagier tout droit au port, fol. 353. Et là fe combati fl fort. Que maugré tous eji defcendus. Tant en y ot de pourfendus 7030 Et de tue^, qu'il s'en fuirent. Li roys & fa gent les fievirent Qu'il montèrent fus les chevaus, Comme preudommes & vaffaus. 214 GUILLAUME DE M ACHAUT, 1367 l'a commença moulî forte chajfe. ^^^^■-°^- Il s'en fuient, H rois les chajfe ; Et tant les chajfa longuement Q}fil en fu repris durement. Il eft obligé OARRAZIN s'ejloient retret de regagner la /^ 7, L 7 • 7 e fes chevaus & afolé Tant qu'il n'en a que iiij."''- a. B, V; A. à traire. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 2lf 7070 7080 7090 Lors diji : c Seigneurs, Je Sarrasins (• zMeinnem longuement cefle dance, ce Tuir ferons à pie, fans doubtance. e cuer, de penfée & de fait. 11 fe rend à Rome. odl.67-mars68. Ihfijlfa ^ fupplication ; Si que confideration Oi le pape au petit ejiat Où la Crefliemé eJiat. Si li dift : <■<■ Tribulations, Raifons qui empêchent le pape de confen- tir à la publica- tion d'une nou- velle croifade. a. B, V. à rencontre. — b. B, V; A. /a. 220 GUILLAUME DE MACHAUT, 136S mars-mai. « zMonalitei, occifions, « Compaingnes régnent, & pechie^ ; a Dont^ li mondes ejl emechiés, i< Si que bon ne me f amble mie 7130 « Que le pajfage vous ottrie ('. Quant à prefent, car ce feroit « Très grans péris que li feroit. ce Car pechie^ nuijî & s'ejl po gent, ce Et tuit Jeigneur ont à prefent ce Trop de riotes & de plais. ce (SMais qui les porroit mettre en pais^ ce zMoult volentiers acorderoie ce Le pèlerinage, &• fi yroie, i' Qu'en vérité je le '^ defir 7140 ce Tant, que c'ejî mon plus grant defir. et cMais ce ne feroit pas profit. » C'eji la refponfe quil li fît. Le pape en- gage le roi à reprendre les négociations de paix avec le lultan. ENCORj' a une autre chofe, 'Biaus fils, vraiement je fuppofe Que qui fagement traiteroit cAu foudan, quil acorderoit Legierement un bon acort. Si que je confeille & acort Que nous prenons gens couvenables, 7150 Sages, avifei & traitables, Et que très bien les enfourmions Et au foudan les envolons. iiMais einfois leur couvient avoir Trocuration & povoir T>e vous, pour vous, en vojîre non Tfacorder, s'il vous f amble bon. Il nen fera quà vofire vueil. » a. B, V; A. Et. — b. B, V; A. Sluen 'vérité le. LA PRISE D ALEXANDRIE. 22 1 Li roys refpondi : « Je le vueil, 7z6o a Car /e fui feins de rele corde et Que quan qu'il vous plaift je Vacorde, <■<■ Et tout voflre valoir fer ay, <■' En TOUS cas, tant corn vis feray ; ft Car je vous doy oubeijfance, ce Foy, pais, honneur & révérence. » 1368 mai -juin. 7170 72Î50 7290 ET pour ce que marcheandife Ejloit toute perdue à Tyfe, cA Venife, à "B^mme & à Gennes, De dras d'or, de foie & de pennes, D'avoir de pois, d'efpijferie, Et enfement en 'Rommenie , En Tuille, en Calahre, en Se fille, Et en mainte autre bonne ville, Tlufeurs citei tramis avaient cAu Saint Tere & li fupplioient Très humblement que ban acart lettre li pleiiji au defcart Dou roy de Chypre & dau foudan. Car fi le defcors dure un an, Il dient en leur vérité Que toute la Crejîienté En vaurra pis notablement. Si que li papes fagement, Dou gré dou roy, ordena là, Que de chafcune ville a la Vers le foudan une perfonne C^otable, diligent & bonne, Qu'ejlre doivent embaffadeurs De la pais 6- médiateurs Entre le foudan & le roy, Qui fe combat pour nojire foy. Et li roys paair leur donna Sur les inf- tanccs des vil- les commer- çantes, le pape envoie au iul- tan une ambaf- fade, autorifée par le roi de Chypre à traiter de la paix. 222 GUILLAUME DE MACHAUT, 1368 juin-feptembre. Départ des ambaffadeurs. Réfultat de l'ambaffade. (24 juin) Le roi Pierre eft élu roi par les Arméniens. Tel com li papes ordonna, Et promijl, en cas quil îronr, Il Tenra tout ce qu'il feront, t^^] DEVERS le fond an s'en"" alerent^^^^ Et à Jon conjeil befougnierent Si bien, que bons acors fu fais "De tous delis, de tous meffais ; Et des ij. pars fu acordé, 7300 Efcript feellé & juré. Chafcuns feur fa loy V afferma Et li foudans la conferma. Li meffagier font retourné. Qui n'ont mie trop fejourné. Si ont fait leur relation Et dit, en leur conclufion, "De la pais toute la manière. Li rois en fîjî moult bonne chiere, Qu'elle li ejloit profitable 7310 Et très grandement honnourahle Tour lui & pour tout fon pais. Et aufft pour tous [es amis. LI roys fe parti de la court, t^^l zMais fa renommée qui court Tar tous pais, par tous chemins, Veffauffa tant que les Hermins L'ont pour leur figneur ejleù, Tris & nommé & receii, ^T^om pas en fa propre perfonne, 7320 cMais chafcuns d'eaus fa vois li donne, cA tous jours perpetuelment Et de commun affentemem. Et par coy la chofe ait durée, B, V; A. en. LA PRISE D ALEXANDRIE. 22: Tuir li milleur de la contrée Et les villes font feellé, Tar leur foy & par Jeellé, Tous enfamble, c'ejt ajfavoir Que c'ejî au roy & à fon hoir. 7330 Et les clefs ^ des milleurs^ fortrejfes, Qui dou pais font plus maijirejfes. Ont baillié au prince fon frère., Tar quoy la chof e f oit plus clere. Et s'en a la pojfeffion Taifible, fans rébellion, Et tient toute la fignourie T)ou bon royaume d'Ermenie, Tour le roy qui procheinnement T fer a y s'il puet bonnement. '^ 7340 Quant li roy s oy la nouvelle, éMouh li fu plaifant &• nouvelle, "D'un tel royaume conquérir Sans labeur & fans cop ferir. 1368 août-feptetnbre. 7350 fol. 355- SI que li roys s'achemina. Et tant hajîé fon chemin a Qu'en la cité vint de Venife, Oii on l'aimme forment & prife. Li roys n'i fijl pas lonc fejour, Car un dimanche, au point dou jour, cA grant joie & à grant déduit. L'an mil ccc.lxviij.. Se parti, moult bien m'en remembre, Vingt huit '^ jours dedens feptembre, ^ Tour aler faire V ordenance T>ou pais & la gouvernance a. V; C. c/ez; A, B, D. c/ers. — b. B.meindies; C,V. mieudres\ D. meudres. — c. V,- A, B, C, D. Il féjourne à VeniTe & s'embarque en cette ville pour fe rendre en Chypre. a? feptembre. nullement. — d. A. x.wiij. — e. Ce vers c^ le ptécédent font intervertis dans B, C, D & V. 224 GUILLAUME DE MACHAUT, 1368 mars-avril. Avant que le roi n'eût quitté Rome, le pape avait réconcilié Flo- rimont de Lefparre avec ce prince. Retour fur ces événements. Origine du différend de Florimont & du roi Pierre. odtobre 1366. Avec quelle haute eftime le roi avait ac- cueilli Flori- mont à fon ar- rivée en Chypre, & avait accepté fes fervices. Qui à fon hoir li ejl donne^ Ligemeni 6* abandonne-^. MAIS einfois que li rois de pris Tartijl de court, corn bien apris, cA nojire Saint Tere parla "D'une autre befongne, car là Ejîoit le Jigneur de Lefparre, Qui fa bouche pas bien ne barre. Car s'il Veufi très bien barrée Et de fylence feelle'e, Il n'eûji pas dit les paroles Qu'on tint pour nices & pour foies, Qu'il avoit parlé rudement cAu roy de Chypre, & folement, Et en champ V avoit appelle. Qui ne doit pas eflre celé. Si s'en defdit & efcondit, Si com vous l'orre^ par mon dit, Trefent le pape & maint preudomme Qui ejioient à court de %omme. Vefci pour quoy je le diray Et ja ne vous en mentiray, Car vérité ne quiert nuls angles, ^7^ elle n'a que faire des j angles. ^360 7370 J E vous afferme loyaumenr, 7380 Que^ quant il vint premièrement [^9] "Devers le roy, li roy s lift Honneur, courtoifie & profit coûtant comme s'il fujl fon frère, Engendrés de père & de mère. En fes armées le menait Et fi près de lui le tenait a. B, C, V; A. Or. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 22^ Lefparre. Qu'en H avoir droite fiance ,367 Ve s'onneur & de fa chevance. juillet-août. 7390 Or^ eff certain comme évangile Que dou Quaire jufquà Sebille tN^a homme qui facile dou fait D'armes, tant comme H roys fait ; Si que par [ambiance Vamoit Etfon droit figneur le clamoit, Car honneur & chevalerie cAprenoit en fa compagnie, Et en tous biens en amendoit. Si bien que mieux ne demandoit. 7400 /^UANT Triple fu prife & gaflée, Lo" des \ ) l . ^n b J y préparatifs de V<^ Li roys Jijt une grant armée ; Texpédition Li fir'es de Lefparre vint, ^' ."^^'f"''' '" ' _ -J r 5 roi cane aux O li gens d'armes plus de vint, s^s*"^ '^ '""'^ ^^ Et volait entrer en gale'e. Li roys li deffendi Ventrée, Et dift que ja n'i entrerait oAvec li, einfois demorroit. Car des gages eftoit quajfe;, Et s'avoit gens d'armes affe^^. 7410 Encor li difi il autre chofe Que pas ne vueil qui f oit enclofe, Trefent comtes & chevaliers, Et gens d'armes & e feu i ers : ^ a Sire de Lefparre, fervi <' cM'ave"^, que bien ay deffervi, fc Et fe je vous doy rien, paier ce Vous vueil tant ofl fans delaier ; ce cMais cure n'ay de vo fervice, (' Car trop y a danger & vice, a. B, C, Vj A. //. — b. B, C, D, V. Ces deux vers manquent dans A. 29 220 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 _ juillet-août. ce Se la caufe dire voloie. >i Tour quoy ce fu ? Je ne faroie, Car par ma foy, je ne le fay, P^encor oy dire ne Pay. t^o] 7420 Le fire de Lefparre envoie un rneffager au roi de Chypre & l'appelle en champ clos. LI fires de Lefparre dit Qu'il fait mal qu'il H contredit Valer noflre Signeur fervir ; Et quil Ven devroit requérir, Tuif qu'il en a dévotion; Et que c'ejl grant confujion, Et que Dieu courre/ce^ & offent Quant fon fervice H deffent, Car à faoul & à geun Son^ digne fervice ejl commun, En tous cas, à tous & à toutes ; De ce ne fait il nulles doubtes. Li roys fe parti fans plus dire. Et li autres avoit tant d'ire. Qu'à peines que là ne moroit, Tour ce qu'en Chypre demouroit. Et quant li fires de Lefparre Vit qu'il gifoit feur tele quarre. Que chafcun qui honneur voloit (Avec le bon roy s'en aloit. Et il ejîoit feuls referve^, cA po qu'il ne fu tous derve^. Si s'en ala en fon hojîel, c4 tel dueil quonques homs n'ot tel, Si que toute la nuit penfa. Et landemain contrepenfa. Qu'il feroit ne qu'il devenroit. Et quel fin la chofe penroit. 7430 7440 745° a. B. cDurofce. V. comefce. — b. B, Vj A. font. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 227 Si s'avifa finahlement 1367 Tour lui vengier plus hautement, juiiiet-août. Tleins de for/en & de defrqy, Qu'en champ appellerait le roy, Tour lui combattre corps à corps cA. H ; là fu tous fes accors. zMoult confidera qu il fer oit, Et quel part il Vapelleroit, 7460 Car il defire avoir tel juge c4 fon pooir qui^ pour H juge Et qu'il foit à li favourables, Dous & courtois^ & amiables; Si qu'en fon cuer détermina Finablement & ordonna Qu'en la court le roy d'Engleterre, T>e qui, je croy, qu'il tient fa terre, t^i] cMettroit afin cefle befongne. Car li chevaliers de Gafcongne 7470 EJi nei, & norris & attrais, Et pour ce s'eji fes cuer s là trais. Et s'il ne le puet avoir là, En autre court l'appellera. Ce fera en la court le prince Qui de Gales tient la province. Et qui fe dit du^ de Guienne, Qui n'a pas toudis ejlé fienne. Et fe là ne le puet ataindre, cAu roy de France s'ira pleindre, 7480 Et en fa court le metera S'il puet ; &" fi combatera "De hache, de glaive ou d'efpée. Ce fu la fin de fa penfée. a. B, V,- A. que. - b. B, V; A. courtos. 228 GUILLAUME DE MACHAUT, g /^UANT // ot merencolié, 3 août. ^^^ Tenfe, mujé & collé, Tant qu'il ne /avoir mais que dire, Tamojl fijî une lenre efcrlre. zMoult bien la feela & plola, Et au gentil roy V envola. Vefcl la teneur de la lettre, 749° Car Je n'I^ vuell ojîer ne mettre.^ Teneur de la Vefci la fuperfcription de la lettre que le figneur de Lefparre envoia au lettre par roy de Chypre. laquelle le fire de Leiparre fe ^^ ^ ^^^^ honnouré & trcs Tcdoubté leigneur, le retire du lervice o -" du roy de Iherufalem & de Chypre. >:> ' roi de Chypre. ■' La teneur de la lettre fu tele : d « Mon rres honnouré^ & très redoubté fïgneur, Vous favez bien comment vous m'envoiaftes quérir en Conftan- tinoble/ par vos lettres & par mefTire Bremont de La Vote,^ que je vous veniiïe fervir; & je qui cuidoie en vous trouver j. bon figneur ; & comme celui qui y eftoie tenus, vins à voflre mandement. Et Ci vous ay lervi par refpafle de x. mois entiers ou plus, des quels je vous ay fervi les vj. à mes couflanges & les iiij. aus voflres. Et fi vous ay lervi le mieux & le plus honnourablement que j'ay peu & Iceu. Or ell: einfi que depuis un po de temps en l'a, vous avez pris merencolié'^ feur moy, ou par faus rapport, ou par voltre volonté, ne fay le quel. ^°'- ^5^ Aiïez de foys vous ay dit & prié que il vous pleurt à moy dire pour quoy vous me portez malivolence, ne le aucuns vous avoit reporté aucune choie de moy qui fuft contre voll:re honnour ou la moie. Car le ainfi eftoit que a. B, C, D, Vj A. ne. — b. Le c. Manque dansB. — i/. Manque feuillet de V, no 383, renfermant la dans B. — e. B,C,D. Mon honnorè. fuite jufqu'au vers 7517: Comment — /. A. Confiant. ; B, C, D. Conf- qu il fuft tous confilli'es (ci-après, tantin. —g. B, D. de la Volte. — p. 231), a été coupé dans le mf. h. B. melencolie. LA PRISE D ALEXANDRIE. 229 nuls le vous heurt raporcé, j'en eftoie preft de moy 1367 delcufer'^ par devant vous, en difant que il avoir menti 3 août. faufTement & mauvailement, & que je m'en deffenderoie par mon corps, einfi comme j. chevalier fe doit dcfFcndre en gardant Ion honnour. Et, outre ce, le vous ay je fait dire par le prince voftre frère, par le conte de Herford, & par l'arcevelque; & auflî le vous ay je dit autre fois par devant le dit conte de Herford & meffires Perceval, eftant en Rodes, hors de voilre royaume; & onques n'ay trouvé homme qui m'ait dit que j'euiïe fait chofe qui tournaft contre mon honnour, fi que déformais je m'en tien pour delenculé, & tien que j'ay fait ce que un droit & loial chevalier doit faire. Et quant au fait de la lettre en la quele je vous eftoie tenus, je la penie bien avoir acomplie tellement comme je doy, car je vous ay fait prefenter par le maiftre de l'Ofpital & par le conte de Herford que j'eftoie preft d'aler en celle prefente armée & de vous tenir tout ce que je vous avoie promis, eu^ cas que vous me tenriés aufli tout ce que vous m'aviez promis. Et vous leur avez refpondu que vous ne voliés que je y alaiïe, & que eu cas que je yroie, vous me fériés faire damage & deshonnour ; de la quele chofe certes vous me faifiés grant tort, car le fervice de Dieu eft commun & vous ne le deufllez mie delfendre à nul creftien, efpeciaument à moy, confidéré le fervice que je vous ay fait. Et toutes les autres chofes contenues efdites lettres, je les ay fi bien acomplies à mon avis que des ores en avant j'en doy eftre tenus pour defencufé. Et puis qu'einfi efl que je voy^ clerement, que vous volez dou tout mon deshonnour & mon damage, je m'aquite de vous & m'en defifte des ores en avant. Et vueil que vous lâchiez que déformais je oferay autant '^ pourchacier voilre deshonnour, comme vous ferez la moie. Et pour- a. B. defencufer -^ C, D. de ?>ten c. B, C, D; A. que je le 'voy. — defenciifer. — b. B. ou ,■ C, D. e?i. d. B. faymeray autant. 230 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 chafTeray à mon pooir, non obflant que je vous heuiïe dit que je vous ferviroie volentiers tous les jours de ma vie, tant comme je congnoifteroie que mon lervice vous pleuft. Mais or voy je bien que il ne vous plaift plus, & pour ce je m'en aquite & vueil faire le contraire. Dieux vous rende le guerredon felonc voz" mérites. Rhodes, ce Eicript en Rodes, le tiers jour d'Aouft. 3 août. Le Sire de Lespaire. » UNE autre lettre ejioit enclofe En cejîe ci qui portait glofe, Dont li bons rojs moult fe merveille, Et je aujfi en ay grant merveille, Quelle n'otoit gaaing ou perte. Et s' ejioit^ feelée &• ouverte. 4 août. £f ^efci la teneur des lettres qui efloient ouvertes & enclofes dedens les la uelle le premières, & feellèes dou feel le figneur de Le/paire, c fire de Lefparre appelle le roi i QUANT li bons roys les lettres vit Savey comment il fe chevit? 7500 // les ouvri & prijî à lire, Et puis commenfa à foufrire, Et dijl qu'il ne li en chaloit Se plus fervir ne le volait, Et qu'aujji ne le vuet il mie ; Si que bonne eji la départie ; oMais ce forment li defplaijoit Que rudement li ejcrivoit Et qu'il li dijoit villenie, Ce que faire ne deûji mie. 7510 Si penfa longuement, fans fa il le. Quant il vit qu'en champ de bataille Ejtoit appelle-^ tellement. Lors fon confeil ifnellement cManda pour f avoir qu'il ferait. Et comment il refponderoit, Comment qu'il fujî tous confilliés,^ > Car miens amajl ejire ejfilliés a. B. gentib hotm hauts. — b. B. cofifeitliez ; V. confeilUz, 1367 Rhodes, 4 août. Août- feptembre. Le roi, après avoir pris confeil, fe réiout à accepter le cartel de Lelparre & lui notifie fa réfolution. 232 GUILLAUME DE MACHAUT, feptembre j^6^ Qu'à s'onneur ne li ref pondit, août- Quelque chofe qu'on li deiji. Chajcuns dijl fon opinion, 75^° cMais la vraie conclufion Fu qu'à li fe combareroir Et que hriefmem li*efcriroit. Li genrils roys qui fu preudons cAu mejfagier donna preu dons, C^onques il ne s'en conjeilla, Et puis ces lettres li bailla. V ejci la lettre toute entière, Qui commence en tele manière. Lettre du roi de Cejl la teneur de la lettre que" Je roy enn)oia pour refponfe au figneur de Chypre Lefparre. a affignant Florimont de Lefparre ^^ [^g p^^j. \q j-Qy Jg Iherufalem & de Chypre. '' à la St-M.chel, V r J T r " R. 29 fept. 1368, c< Florimont, lire de Lelpaire, nous avons reçeu oc veu ^"^^Tv^nal".' ^unes lettres les queles vous*^ nous avez envoies ; & quant eft de ce que elcript nous avez, que la refponfe des dites lettres vous envoions dedens la fefte de Noël prochain venant, favoir vous faifons que nous, fi comme vous '^ foi- 357 le favez, fommes au prefent leur noilre armée, au faint fervice de Dieu. Mais fâchiez que nous, par la grâce de Dieu, retournant de Tarmée, vous, dedens la Saint Michiel qui fera de la Saint Michiel prochain venant en un an, trouverez à la court dou roy de France, qui vous refpondera fi comme il vous affiert, & en tele manière que jamais n'aurez volenté d'efcrire à roy creftien par la manière que efcript nous avez. fl.C,D,V; cette mention manque c. Vj ^ous manque dans A, B, dans A, B. - b. Manque dans C, D. — d. V; 'vous manque dans B, D. A, B, C, D. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 233 « Efcript à noftre hoflel dou Oiiid" [72] le xv*^ jour de ,367 feptembre, Tan mil ccc.lxvij. de la Nativité de noflrc P"'' , «...,._ 15 leptembre Seigneur Ihefucrift. » 7530 7540 7550 DOU roy Je parti li mejfages, Qui ejloir avenans & Jages, Et s'en ala devers fon mejîre. Si H a devijé tout l'ejîre, L ejïablete, la contenance, Le bien, Vonneur & la prudence Qu'il a trouvé eu roy de Chypre. D^ il n'a de Damas /ufqu'à Tpre, Ce dit, homme nul qui le vaille En /cens, en confeil, n'en ^ bataille ; Et qu'il ejî bon qu'il li efcrife'^ Doucement & par autre guife. Li Jïres de Le/par re mufe cAu mejfager qui pas ne rufe, Einjois difoit à bonnes certes. Si qu'il li a refpondu: a Certes « La chofe ne puet demeurer a Einfi pour moy defhonnourer, ce Qu à tous jours mais honnis fer oie « Et blafmei, ^'^infi la laijfoie. « Car ce m'ocijl & tant me grieve, " Qb'^ P^ ^'^ ?"^ li cuers ne me crieve, « Que li autre font leur honnour, « Et je demeure à defhonnour. ce Et fi Vejloie venus querre, ce cA grant peinne en effrange terre, ce oi grant mife & à grant labour, ce Et pour ce a mes cuers grant dolour. » Perplexité de Florimont, au retour de (on meHager. a. B, D. Du Sluid. — ,&. B, V ; A. en. — c. V. efcripfe. 30 2^4 GUILLAUME DE MACHAUT, 1367 fept.-oflobre. Le roi charge Perceval de fe rendre à Paris pour dilpoler les apprêts du combat. LI nobles roys frans & geiitis, Com diligens & ememis cA fon fait & à fa befongne, 7560 Hucha Terceval de Coulongne, Si H dijl moult courtoifement: ce Terceval, vous favei comment (' Florimons de gage ni'apelle, « Qui ejf mervilleufe nouvelle (' Et pleinne de moult grant defroy, « C'uns chevaliers appelle un roy. « // mefprent fi villeinnement ^ ce Et fi très orguilleufement,^ ce Que c'efl la rien qui plus m'anoie, -7^1° (' Comment que conforte^ en foie. ce Ve riens ne li croijl vaffelages, ^ ce Eins eji folie & grans outrages rc De mettre en tel lettre s'ejîude. c II eft moult pleins d'ingratitude, ce Qu'il ne recongnoit les bienffais ce Que par maintes fois li ay fais. ce Vous favei bien que je Vamoie, ce Honneur &• profit li faifoie; ce Et à tort m'apelle de gage 7580 ce Einjî comme il fer oit un page, (' Et aufjl en vofire prefence. ce fay efteû le roy de France ce (A juge, fi que brief & court 3:> Combatre^ me vueil en fa court. ce Là, fe Dieux plaift, me vengeray ce De Florimont, & tant fer ay (' Que jamais en jour de fa vie (' q4 roy ne dira villenie. a. B. il trî'efcript -villainnement. - b. V. outrageufement. c. V. De rien n'en croit [es njajfe- ees. — d. A. comhraîre. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 2^f 7590 ce Si qu'à Taris vous en ire^, ce Et là pourveance fere^^ a Tour nos chevaliers & no gent, ce Et n'i efpargnie:^ n'or n' argent, ce zMais faites là fi grandement ce Et Jî très honnourahlement, ce Quil ne f oit chofe qui j faille, ce Car trop feroit notable faille ce S'il j avoit aucun deffaut ; ce Et vous fave~^ tout ce qu il faut 7600 ce qA tel fait. Tour ce vous en charge ce "De tous poins & Ji m'en def charge. ce cAfais penfei fouvereinnement ce Quarme-[ foie feûrement, ■» Et au£i que ma monteûre ce Soit bonne & belle & bien feûre. ■>:> 1367 fept.-odlobre. 7610 PERCEVAUX^ difi qu'il le feroit Volentiers, au mieus quilfaroit. 'Baillier U fift cent mille livres. Cil s'en parti qu'il fu délivres, En grant ejlat, en grant arroy, Si comme confdlier dou roy. Tant fifï quà Taris efi venus, Oit il ejfoit bien congneiis. [73] L' I roys à la court demoura. Et li papes moult l'onnoura ; Et chafcuns honneur li faifoit. Qu'à tous & à toutes plaifoit En fait, en dit & en manière. En port, en meintieng & en chiere. 7620 Et Florimons y ejt, qui chace En toutes guifes & pourchace a. B. Parccval. fept.-décembre. Perccval fe rend à Paris. 1368 février-mars. Le roi étant venu à Rome, Florimont cherche vainement à rentrer en grâce auprès de lui. Démarches du pape & des cardinaux. 2^6 GUILLAUME DE MACHAUT, 1368 féTrier-mars. A l'occafion de la femaine fainte, le pape fait un nouvel effort pour décider le roi de Chypre à accepter les excufes de Lefparre. 3-8 avril. Qu'il f oit quittes de Jon appel, Oii bien porra laijfier la pel ; Car c'ejî Jon principal defir Quà honneur s'en puijl départir. Et li papes de Vautre pan ^7V(V fait que penfer main & tart Comment il les puiJl acorder. Si comme oy Vay recorder, Toujj ours font cardinal en voie, 7630 Qu'au roy li fains pères envoie ; cMais, pour venir, ne pour aler, Li roys n'en volt oïr parler, tN^onques un feul mot d'efperence CN^en portèrent, car fans doutance On ne puet en li pais trouver D^e pour prier, ne pour rouver. QUANT li fains pères a veû, Effaié, tempté & fceû Que li bons roys qui tant valoit 7640 CN^l acort faire ne voloit. Il a dit qu'il le mandera Et de la pais le priera. Et qu'à ce vuet mettre grant peinne. Ce fu en la fainte femainne [74] , Que Dieux pour no rédemption Endura mort & pafcion . Li fains pères l'envoia querre Et il vint à li fans enquerre Qu'il li voloit, que oubeijfance 7650 Lifaifoit 6" grant révérence. Li papes par la main le prijî, Et lei li^ doucement Vafjljî, Et li dijl moult courtoifement a. V; A, B. les li. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 237 fol. 358 Et moult très amiahlement : 'Biaus fils, il ejî choje certeinne Que vous avei heu grant peinne Eu fervice C^ofire Seigneur, De quoy H grant & li meneur 7660 « Et chajcuns heûreus vous clainme ; Et je croy bien que "Dieux vous aimme, Car il le vous a bien moufiré En lieus où vous ave^^ ejié, Si que, fieux, je vous vueil reprendre Et, en vous reprenant, aprendre Que cefi fi mauvaife racine De vivre en pechie de hayne, Que^ bien jamais ne frudifie ; Et pour c'efi fols cils qui s'i fie, 7670 ce C^e homs ne porroit fon Creatour, Qui de tout le monde efi aâour, "Bien amer, ne bien honnourer. Qui en ce point vuet demourer ; tN^à droit ne le puet recevoir. Vousfavei bien que je di voir Et Jî efi contre l'évangile, Qui dit que c'efi chofe fi vile De haïr ; & c'efi un mors tel Com de vivre en pechie mortel; 76 s o « Q^on pajfe les commandemens De Dieu, qui efi nos facremens ; Dont la fin efi tele fans fable Qu'on en pert gloire pardurable. Si que, biaus fils, je vous diray. Je vous aim tant & ameray Qu'en nul cas je ne vous faudroie P^e que Heâor fifi à ceuls de Troie. Li fires de Lefparre efi cy 1368 3-8 avril. a. B, V; A. Siiien. 2^8 GUILLAUME DE MACHAUT, 1368 3-8 avril. « Qui a le cuer teint & nercy a Tour ce que trop vous a meffait. 7690 ce Si amendera Jon meffait ce c4 vojlre gré & à mon dit ; ce Et, biaus fils, vous fave^ quon dit, a Et toute raifon s'i acorde, a De pécheur mifericorde. (' Et vraiement il s'en r'epent ; ce zMais jueneffe les gens aprent cr Et les tient en Jî fol cuidier ce Que nuls ne le porroit cuidier, ce Si que, biaus dous fils, je vous pri, 7700 ce Tour T)ieu & pour V amour de my, ce Et pour toute crefiienté, ce Quil l'amende à vo volonté,^ ce Et pour le bon temps oîi nous fommes ; ce Car je ne donroie ij. pommes ce lyun homme qui ne prent amende ce Et reçoit, quant on H demande, ^ ce Efpeciaument à fa guife; ce Et je vous jur, par fainte Eglife, ce Que vofire honneur y garder ay 7710 ce En tous les cas que je faray. >•> Confidérations diverfes qui dirpoTent le roi à conrentir à une récon- ciliation. LI roys oy bien le faim père. Qui haine moult vitupère, Si que très bien confidera Comment il li ref pondéra. Il confidera la parole T)ou figneur qui à li parole. Sa f aimé '^ & fa dignité, Et fa très grant humilité, Qu'il li promet quil gardera 7720 <2. B, V; A. « l'olonté. — b. B, Vj A. amende. — c. B, V. Saintt'e. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 239 Son honneur & li fauvera ; Et puis la guerre dou Soudan, Où il porroir faire un tel cran En fon pais, s'en France aloir, Qu'à malaije Vamenderoir, Qui ejioir chofe mouh doubreufe. cAuJfi la femaine peneufe Li faifoit au cuer grant remort, Quar Dieux y pardonna fa mon; Et nef pas raifons qu'il oublie Que bons drois a méfier d'aye ; Et s'ef fortune perilleufe, zMoult fouvent, & fi mervilleufe Que le plus haut en bas retourne S ouv ente s fois, quant elle tourne. Et s' ara ce quil demandait, C'ef honneur ; à plus ne tendoit. Et quant il ara fa demande. Fols ef li homs qui plus demande. 7730 1368 3-8 avril. a. B. V SI refpondi moult humblement : 7740 ce Très faint père, en commandement ce Tren & reçoy vofîre prière, ce Tar fi que mon honneur entière ce Tfoit fi nettement gardée ce Quelle n'i foit en riens grevée. ce Car je vueil à vous oubeir ce En tous cas, fans def oubeir ; ce Et avec ce, quilfe^ def die ce En vofre prefence, & quil die, ce Si haut qu'il ne le^ puif nier, 7750 ce Quil me tient pour bon chevalier ce En tous cas, preudomme & loial ce Tour efire en toute court royal; A. k. — b. C; A fjuil ne. Le roi s'erj remet à tout ce que réglera le pipe, pourvu que Ion honneur de roi & de chevalier refle fauf. 240 GUILLAUME DE MACHAUT, 136S 3-8 avril. ce Er que chafcuns le fâche & Voie « Tar quoy defamenfongiés^ foie ; « Et qu'on air tour premièrement ce Don faire fon confentement ; ce Qu'autrement riens ne vous otry. " Lors diji li papes fans detry; ce Sans doute je li feray faire ce De point en point, fans nul contraire, ce Dou tout à vofire volenté, ce Qu'einfi le m'a il créante'. » Li roys refpondi en la place Que tout fon bon plaifir en face, Car toute s'onneur met en lui Sans penre confeil à nelui. 7760 Le famedi faint, le pape convoque une grande réunion pour réconcilier le roi de Chypre Se Florimont. 8 avril. A tant de là fe départirent. Si ordenerent & deirent Que la chofe en ce point demeure, 7770 Tant que li papes verra Feure Et le temps qu'il les mandera, Et la pais d'eaus pronuncera. La vigile de Tafques vint, Si qu'au pape bien en fouvint. Le bon roy manda qu'à li veigne; Et il y^ vint à grant compaingne. Car toute fa chevalerie, Toute fa gent & fa maifnie, Et maint bon chevalier effrange, 7780 Dignes d'onneur & de loange. CN^il n'avoit cardenal à %gmme. Chevalier, bourgois ne prudomme Qui ne venifl à Vaffamblée, Que le pape avoir affamblée. a. B. defamefurie% ; C. defamejurez. — b. C; A. Et il. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 241 Er quant il furent tuit venu, 1368 Grant, petit, moien & menu^ ^ ^''"^• Li Jîres de Lefparre ejioit cAvec les autres, qui eJloit 7790 "Pi^Jfa venus au mandement 'Dou pape, 6* tout premièrement. Et li gentils rojs fans orgueil Se feoit en un faujdeflueil. Là jijl une collation Le pape, en grant dévotion; Et bien & bel & proprement zMouJîra, à bon entendement, Comment on doit fon T>ieu amer Et fon proifme fans point d\imer ; 7800 Et comment fa mort pardonna c4u faus Juif, qui li donna Eu coftel dou fer de fa lance. Et aus autres qui, par fentence, Sans caufe, à mort le condampnerem Et en crois le crucifièrent. Tout aufft qui vuet recevoir Le faim facrement & avoir. Lui & fon cuer doit ordonner, Et fa manière, à pardonner 7810 Toutes rancunes, tous meffais, Qu'on li a pourchacié 6* fais. Li faim le faifoient jadis. Tour ce ont il gloire en paradis. Quant la collation fu dite, Li papes, qui moult fe délite oAd ce quil les puijî acorder, Trift devant tous à recorder, Et difi einjî en audience : 31 242 GUILLAUME DE MACHAUT, 1368 8 avril. L'aflemblée étant réunie, le pape s'adreffe à Florimont & l'engage à préienter fes excufes au roi. Florimont, à genoux devant le roi, reconnaît la faute, rétrafte fon cartel & pro- clame le roi un loyal chevalier. SIRE de Lefparre, je penfe ce Que vous f ave ~ ajfe~ la caufe c "Dont cejle ajfamblée Je caufe. ce Vous ave:; ouvré follement, ce Er mauvais confaus vraiement ce Vous a fi meû, que de fait ce qAu roy de Chypre ave-; meffait. ce Vous H ave- efcript paroles ce Qui font rudes, nices & foies, ce Et mauvaifement contruve'es, ce Que mar ^ fuffent elles penfées. ce Vous Vave'; appelle de gage, <■' Sans nulle caufe, par outrage ; ce Si que vous vous en defdire^, ce Et devant chafcun H dire^ ce Qu'il efl preudons, jufies, loiaus, ce Et quonques ne fu dejloiaus, et Et qu'en li nul mal ne f ave:;, ce Et aufjî que vous le tene^ ce Tour bon & loial chevalier, ce Véritable, ferme & entier ; KcAu néant le gage mete-;, ce Et que forment vous repente-; ce "De ce que tant en ave; fait, ce Et pardon quere"^ dou meffait. ce Et vueil que vous li amende^ ce cA genous, & plus natende"^, <' Car c'eji chofe quil convient faire, ce Et qui vous ejl bien neceffaire. » QUANT il ot fine fa parole, Qu'on ne tenoit pas pour frivole, Li fires de Lef paire dit : ce Sire, je advoue ^ vofîre dit, B; V. mal. - b. B, V; A. fa'voe. 7S20 7830 7840 fol. 359. 7850 LA PRISE D'ALEXANDRIE. 243 ce Er volemiers me defdiray ,368 cf Et de point en point tout diray ^ ^^"'' ce Ce que vous niave^^ commandé ; ce Car pour ce m'ave-^ vous mandé, a Et meffait li ay ; par faim Tere, ce C'ejî bien drois que je le compère. ->■> Tantojl de [on lieu fe départ, Et fi s'en ala cefte part 7860 Oîl li gentils roys fe feoit, Car face à face le veoit. Un petit de lui s*eJlongna, Et devant lui s'agenouilla, Si li a dit moult humblement Et moult très honnourahlement : Cf zMonfeigneur, je vous ay meffait ce "De cuer, de penfée & de fait, ce De volenté & par efcript, « Car mal à point vous ay efcript. 7870 ce T)ont je me repen, fans mentir, ce Tant com je m'en puis repentir ; ce Et ce m'a fait faire confaus ce zMauvais & traîtres & faus ; ce Et fe j'ay meffait ou mefdit, ce cMa bouche de cuer s'en defdit, ce Et devant chacun mon appel ce cMet au néant & le rapel. ce Et s'il a chevalier ou monde ce Ferme, loyal, net, pur & monde 7880 ce De mal, je vous vueil accepter ce Tour tel, fans nul autre excepter. ce CN^onques en vous nul mal ne vi, ce Fors cuer franc, d'onneur affevi. ce Or fui cils qui le vous amende ; ce Sire, vueilliei penre ^ l'amende, a. V. Veuillez en penre. 244 GUILLAUME DE MACHAUT, 1368 S avril. ce Er tout mon meffait pardonner a T>e cuer, & vo grâce donner, ce Car je met en vojîre ordenance ce cMon corps, ^ mon honneur, ma chevance. » Et fi^ vous di bien quil plouroit 7890 c/lu dire, & don cuer foufpîroit ; Et fi parloit fi haudement Que chafcuns Vooit proprement. Chajcuns Ventent & chafcuns l'oit; Li papes einfi le voloit. '^ Sur les inftances de raffemblée, le roi accorde fon pardon à Lefparre. iUANT // ot dit fa volenté Et chafcuns Vot bien efcouté, Li fains pères au roy pria cMoult à certes &• dit li a Qu'il H vueille tout pardonner De cuer, & fa grâce donner, Car il voit bien qu'il s'en repent ; cAuJJI font cil qui font prefent. Et li roys qui vit clerement. Que c'ejioit s'onneur grandement T)ou pardonner, li pardonna cAîoult bonnement, & rai fon a Qu'il ne le pooit defconfre Tlus aife '^ que de lui defdire. 7900 Florimont fert le roi à la collation, où la réconciliation eft de nouveau confirmée. LI papes ff} venir le vin 7910 Et le confit, à celle fin Que la pais fujî bien affermée T)e cuer, de fait & de penfe'e. cAdont Florimons fe dreffa Et aus efpices s'adreffa. a. V. mon cuer. — h. B, V; A. Et Comrnent facortfu du roy de Chippre fe. — c. B., au-deffbus d'une mi- & de Lefparre. — d. B; A, C, V. niature, porte ici cette rubrique: Plus aaife. LA PRISE D'ALEXANDRIE. H) Le dragier prijf & la wuaille, cAu bon roy vint &' Je li baille ; Et à un genouil le fervi Et encor li cria mercy. 7920 Et li bons roys qui bien perçut Son cuer en grâce le reçut. Einfi fu la pais acordée Et dou faim père confermée. APRES le vin & le confit, Saves vous que li bons roys fifi ? T)e toutes chofes devife'es^ Faites, dites & répliquées, c4 plus grant déclaration "De s'onneur & punition, 7930 II prift lettres de no faim père, cAd fin qu'à tous jours mais appere Qu'il efioit purs & innocens. Et li autres avoit po [cens Et tort, qui appellet l'avoit T)e gage, chafcuns le f avoit. 1368 8 avril. Le roi demande une bulle atteflant les faits qui Vt-naient de i"e paffer. DESSUS vous ay dit & compté Comment li roys, pleins de bonté, Voloit aler en Hermenie. Il fifi aprefier fa navie 794.0 Et fe parti, bien m'en remembre. Droit xxviij. jours en Septembre. Et Jî tofi qu'en Chypre fera, La plus grant armée fera Qu'il porra pourchacier ne faire, Tour faire aus Sarrafins contraire, Et au foudan princi paument, Qu'il het de cuer fi mortelmenr. Qu'il rencommencera la guerre II p.^rtdeVenife Haas l'intention d'aller prochainement combattre les Sarrafins en Arménie. iS f'.ptembre. 246 GUILLAUME DE MACHAUT, 1368 Après avoir raconté les exploits & la vie du roi de Chypre, Machaut va raconter fa mort c4 fon pais &àfa terre ; En Terre & en mer fera fors, 7950 Et fera fi grans fes effors, S'il puet, qu'eu pais demorra, Ou vraiement il y morra, Car il rara fon héritage, Tar traitié ou par vaffelage. OR vous ay dit &> raconte' Le [cens, Vonneur & la honte, Le har dément, la grant vaillance, Les grans emprifes, la prudence, La gentillejfe, la nohleffe 7960 Dou roy de Chypre, & la largeffe. Et comment il ufa fa vie. C'ejl bien raifon que je vous die Sa fin & fa piteufe mort, Dont j' ay fouvent fi grant remort. Que toutes fois qu'il m'en remembre. Je nay ne fane, ne cuer, ne membre Qui ne fremiffe de doulour, Et qu'il ne père ^ à ma coulour ; Car pas ne croy que, puis c. ans, 7970 On veïfi prince de cent tans ^ Faire nulle fi grant emprife, Selonc fon pooir & fa mife, Comme il fifi, quant il ala prendre La forte cité d'cAlixandre. Si que fa mort vous conter ay, 5\V ja ne vous en mentir ay ; Einfi comme cils le m'a dit Quiy efioit & qui la vit, [75] a. V. rCappere. — b. Cent tans, donné par A & C, a ici, penfons- noiis, le fens de faire une entreprife même cent fois moindre que ne fut la prife d'Alexandrie j B, D, V. de c. temps. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 247 7980 Et qui mentir ne deingneroit ,360 5\V que un empereres ferait, Car il eji chevaliers de pris, Sages, loiaus & bien a pris. Se vous monftreray par efcript Ce qu'il m'en a dit & efcript. zMais à tous^ pri qu'il ne defplaife cA nelui ; car, par faim C^icaife, Je ne le di pas par envie, Tar hayne, ne par lignie, ^ 7990 Car pas ne fui de [on linage ; C^e ne le di pour avantage. Tour promejfe, ne pour avoir Que je n' autres'^ en doie avoir ; Einfois le di pour vérité'. Si comme il le m'a recité. L'AN mil CCC.l'x. & fexante, Date précife du n jr -1 r T meurtre. tu temps que froide bfe vente, Qui mainte fleur a decopée Tar la froidure de s'efpée, 8000 Et la terre efi c ointe & mignote. Tour ce quelle a fa belle cote. Qui ef plus que nulle fleur blanche. Et le grefil ejl feur la branche, Tour la froidure^ de l'iver, Que II oifillon & H ver j.^j g^ Et mainte autre bejle s'enterre. L'une es maifons, l'autre en la terre, Vroit de Janvier le Jour xvj% 16 janvier 1369. Et environ l'eure xv^ [76] 8010 "De la nuit, fu à ^T^coJfte^ Ve fa plus procheinne lignie, a. V; A. tout. — b. B, V; A, C. d. B, C, V; A. froideur. — e. B. lingnie. — c. V. êiue je ne autre. Nicoejfie-, C. Niccocie ; D. Niccoffie. 248 GUILLAUME DE MACHAUT, 1369 16-17 janvier. Er des nobles de f on pais, Li nobles roys de Chypre ocis, En fa chambres, fous fa courtine, ^^"T? êïA"'-*" delés la royne.^ t77] Er li feirem plus de xl. "Plaies, voire plus de l. Ce me difl mejfires Gantiers T)e Conflans^ non pas Jeul, moy tiers, Qui en y avoir plus de xx; Er s'ejloit là où tout ç'avint, ^ Et dijl quil s'en combateroit En champ qui li debateroit. cMais ja ne m'en debateray, ^T^en champ ne m'en combateray, Tour ce qu'en France & en l'Empire zMefchiet bien fouvent, pour voir dire. Et vefci toute la manière Comment mors fu & mis en bière. 8020 1368 Evénements qui précèdent & amènent la mort du roi. Rapports imprudents de Jean Le Vicomte. SA mort ejloit ja pourparlée De fes annemis & jurée, Qui ejloient d'une aliance, Einfois qu'onques alajl en France ; f?^] Un chevalier laijfié avoit En fon païs qui bien f avoit Comment on le voloit tuer ; Si que pour fa mort efchuer, '^ Si toji comme il fu revenus. Il ne fe^ fuft jamais tenus Qu'il ne li heûfl def couverte La mortel traïfon couverte. 8030 8040 a. B, C, D, V; A. roy. — b. B, D, V; A, C. là où; A, C. ce advint; B, D, V. Et s^ejioit où tout ce a-vint. c. B. efchever. A. le. — d. B,V; LA PRISE D'ALEXANDRIE. 249 Si que Toute li devifa, Et bien & bel l'en avifa. Li chevaliers dont je vous conte Fu mejfires^ Jehan le Vi conte, Qui avait ejlé dejconjîs En bataille, j'en fui tous fis. cMeJfires Thommas de la cM arche, Qui n'efi pas ne^^ de Danemarche, 8050 Einsfu François, le defconfijl En cAngleterre, & tant fijî Tar s'ejpée, qui très bien taille. Qu'il ot l'onneur de la bataille. Et de fes frères li dijl tant, Qu'il en ejloient confentant. Encor li difi il autre chofe Que je nullement croire n'ofe. Car il li diJl que la royne Ejloit amie & concubine 8060 qA jnonfigneur^ Jehan de cMors, Tar le temps quil a ejfé hors, Et qu'il l'a heûe & tenue Cent fois, en fes bras, toute nue. Et, par Dieu, je croy qu'il mentoit, f79] Tour ce que la royne ejloit Si vaillant & fi preude femme , Et en tous cas fi bonne dame, Que jamais ne s'i confentijî, CN^au roy fon figneur ne ment if. 8070 Et vraiement elle amajl miens Qu'on li deûf crever les y eus. 1368 L I roys pas très bien ne cela Cefte chofe, ains^ la révéla a. B. monfire; V. mons. — b. B. monfire. — c. B. V; A. Êf. 3^ Le prince d'An- tioche Se les barons traitent de calomnies les révélations de Jean Le Vicomte. 2yo GUILLAUME DE MACHAUT, 136S cAu prince, qui ejloir f on frère, T>rois germains de père & de mère. Et quant li princes Vemendi, Tout en Veure li refpondi Que celui qui ce li enorte. Et Teles nouvelles li porTe, cAvoit memi mauvaifemem, 8080 El qu'il le difoit vraiement Tour engendrer divifion, Et une grant difcention Entre le bon roy & le pueple, Quant fi faites paroles pueple. Et qu'il le face convenir Et en fa prefence venir. Et fe il le puet tel trouver Qu'il puijî cefle chofe prouver Qu'il les face tous fans atendre 8090 cMorir & efcorchier & pendre ; Car bien l'aroient deffervi S'il Vavoient einfi fervi ; Et fe prouver ne le povoit, Li princes difoit qu'il devait Tareille peinne recevoir. Se li roys faifoit fon devoir. Cejle chofe fu révélée qA tous nobles de la contrée. Si vinrent tuit devers le roy, 8100 Tous enf amble & en grant conroy,^ Et s'excuferent de ce fait, Si com le princes avoit fait. , J"" T I roys Le Viconte manda Le Vicomte 1 -^ maintient Ion L^ Et, prefent tous, H demanda accufation & en ct r 7 • / offre fon gage Tejmongnage de vente de bataille. a. B. aroj; V. anoy. LA PRISE D'ALEXANDRIE. ni T>e la Très grant iniquité Et de la mortel traïfon Qu'on li pour chajf oit fans raifon. Siio zMeJfires Jehans la tefmongna, Qu'onques homme ni rejfongna. Et li conta en fa prefence Devant tous, & en audience, Et difl qu'il s'en voloit combatre c4 if ou à iij. ou à quatre. En iiij. jours^ l'un après Vautre, Tejle armée & lance feur f autre. Et feur cela bailla fon gage cAu roy, devant tout le barnage, 8120 Qu'autre prueve n'i trouver oit, CN^ autrement ne le prouver oit. 1368 05 |UANT il ot dit fa V oient é, Et chafcuns l'ot bien ef coûté, Tuit deïrem à une vois : fc Gentils fires & nobles roys, ce 5\y le crées contre vos gens, (c Car il fe ment parmi f es dens. ce C'efl uns cAngles defhonnoure^, ce Faus, mauvais, traîtres, coue^. ^ 8130 ce // efi parjurs & s'ejl infâmes, ce "Diffames d'ommes & de famés, ce Si ne le deves de riens croire. ce // perdi honneur & viéloire ; ce Et d'un chevalier' defconf, ce On en doit partout dire Jî ; ce C^à li combatre ne fe doit ce ^?{jils chevaliers, tant ait bon droit ; ce 5\/ ja ne nous combaterons ce qA li, mais nous vous requérons a. C. En un jour &. — b. C traîtres prowvez. Les barons in- dignés refuient d'autorifer le combat avec lui. 2f2 GUILLAUME DE MACHAUT, 1368 ce Qu'il foir jugieifelonc la loy ce De Chipre; car, par Saim Eloj, c Tuis que Jon fait prouver ne puer, ce T>rois commande & raifons le vuet ; ce Et la loy de Chypre s'acorde c Qu il f oit pendus à une corde, <.' Comme traîtres condampnés ; ce Ou mis aveques les dampnés, <■' En prifon ou en chartre obfcure, c Sans jamais veoir créature. ^^ 8140 La Haute Cour, à qui le roi abandonne le jugement de Jean, le condamne à la priion perpétuelle. Sa mort. Tiifte fort que valurent à Jean Le Viiomte Tes indifcrètes révélations. QUANT il orent dit leur plaifir, 8150 Li roys n'i quiji autre loifir, Einfois en Veure leur bailla Et fa fentence leur tailla, Et dijt: ce Ve~^ ci que vous fer e-^: i' Selonc vo loy le jugere^, ce Tuis que tefnongnage ne trueve ce Tar quoy fon entention prueve. w Si le jugierent & preïrent Et en un chajiel le meïrent Qui ejl appelles 'Bonivant.^ i^°'ï 8160 Et là fu mis par tel couvent Quonques puis dou chajiel n'ijjy, Eins y fu mors en grant f ouf ci. MIEUS vaufijl quilfefujl teûs. Car cils ejl fols & deceùs Qui des figneurs trop s'entremet, Ou qui à leur confeil fe met, Tour dire chofe qui defplaîfe. Et cils qui dit chofe qui plaife Ef honneur e-^ & bien venus, 8170 Sages, bons & loyaus tenus; a. B, D. Bournant ; C. Beut^cant ; V. Bour-uant. fol. 361 LA PRISE D'ALEXANDRIE. ^n Er cils qui dit ce qui defplait 'Bajiijl pour lui fi mauvais plair, Ja foir ce que vérité die, Qu'en gram péril ejî de fa vie. Tar cejlui le poe^f avoir, Qui fu honnis pour dire voir. Or en y a d'une autre guife. Car cils qui fon figneur avife 8180 Et li dit ce que faire faut, Ou qu'il li monjlre fon deffaut. En fon confeil tout pleinnement Ou hors confeil priveement, zMaint font qui en fcevent bon gré. Et qui mettent en haut degré Ceuls qui leur dient tels paroles, Quant bourdes ne font ne frivoles. MAIS le bon roy vueil excufer Sans flaterie 6- fans rufer, s 190 T)e ce que fi tojl pour jugier Leur délivra le chevalier, fa f oit ce que leur loy deïji Que li roys einfi le feïji. Car li roys ne fait jugement "D'aucun chevalier nullement, Einfois les chevaliers le font Et les figneurs quant il y font, t^^l 1368 Le roi Pierre exculé de ce qui advint à Jean Le Vicomte, la loi de Chypre rélervant aux leuls barons le jugement de leurs pairs. Q\]\ feroit ce qui of croit Trefumer, ou qui p en fer oit, 8200 C'uns tels fires fuji tant hais "Des nobles de tout fon pais. Et de fes frères proprement Com pour le tuer telement ; a. C, D. //' luer\ V.luy] B. Ciinpour li tuer telement:, A. pour le tuer tolement. La mère même du roi Pierre acculée d'avoir approuvé le complot. 2 5'4 GUILLAUME DE MACHAUT', 136g Et que la chofefujl celée Si quelle ne fujî révélée. Car on dit fouvent par la rue, Chofe qui eji de iij. fceûe, C'ejl fort chofe à faire, par m'ame, Comment qu'il en f oient en blâme. Car chafcuns le tient, & fans fable, S210 Tlus qu évangile véritable. Et s' aucuns en font excepte^ "Deux, ii).^ ou iiij. en font hofe^. Car Gautiers me dijl que fa mère t^^] Fu de la traïfon commère. Qu'en Chypre en queurt la renommée, "Dont elle ejl maudite (S' blafmée. Le prince /^~\R VOUS av dit & devifé d'Antioche I I ^ ; - •/•' prévient le roi X--/ Conicnt le roj fu avife confentTment Ve fa mort, qu' on U pourchajfoit 8220 des leigneurs & £^ comment fouvent y penfoit. des dangers •' ^' x j auxquels il efl Et OUtrC fojS H devifa Li princes, & fi l'avifa [^3] Et li diJl les mauvais couvines, Et fu quant il fu aus Salines, ^ Qu'il fift l<^ darreniere armée Qui par li fu onques armée. Qu'il affambla moult grant navie Tour aler, en Triple, en Surie. Et avec ce li révéla 8230 Li princes, & y appella zMonfigneur Jehan de Gaverelles, '^ Qui fu à dire ces nouvelles Sans plus, pour porter tefmognage a. C, D; A, B, V. Deux ou iij. C. Jehan de Gawrelle ; D, V. — b. B. Sobinnes:, V. Sahuines. — Jehan de Ga'ver elles, c. B. Monfire Jehan de Ga-velles; ofé. LA PRISE D'ALEXANDRIE. -îf Tar TOUS païs, que fon hommage, Foy, ferement, fraternité cAvoit vers le roy acquité. Li roy s la haute mer pajfa, Et briefment il la rapajfa ; 8240 c4 'B^mme ala vers le faim Tere Tour Florimont, c'eft chofe clere, Si com devant devifé l'ay. OR vous vueil dire, fans delay, Tour quoy & comment fu occis Li roy s des gens^ de fon païs. Li roys en fon païs revint, Où fi fort malades devint Qu'il jut en fon lit moult griefment, Sept^ femainnes entièrement. 8250 Et en la fin il fut garis, Dont maint eurent les cuers marris ; Car pour eaus mieus ejîé eUJi Se T)ieus adonques pris l'eifi, Tour la traifon, qui celée Fuji, quil avoient pourpenfée. QUANT li roys fu en milleur point. Et il vit le jour en bon point. Talent le priji dealer chacier. Tour lui déduire'^ & folacier. 8260 Uns chevaliers 0 li ejioit c4 qui volentiers s'efbatoit, Ce fu Henry de Gibelet. Un fil avoit, moulf^ biau vallet. Et s' avoit une belle fille, T)es milleurs de toute la ville, 1369 janvier. Dernières circonftances qui déterminent le meurtre du roi. 1369 8 janvier. Le comte de Tripoli, lils du roi, s'empare de deux chiens de chafTe du vicomte de Nicofie, Henri deGiblet, qui étaient à fa convenance. a. B, C, D, V ; A. gros. — b. A. 'vij. c. V; A. dédire. — d. B, C, D, V j A. // wvoitj. moult. 2f6 GUILLAUME DE MACHAUT, 1369 janvier. "Dame vefve, c ointe & Jolie. Vicontes fu de C^icoJJie. Veux^ chiens avoir, bons pour la chajfe, El li rojs, qui volenners chajfe, Viji à f on fil qu'il les voifi prendre, Et les ameinne fans arendre. Et fes fils tantofi y ala. "De fes gens prifi, qui furent là, "Dix ou xij . de fa maifnie, Qui li feïrent compaingnie. Que vous fer oie je lonc conte? Il vint en Vojlel le viconte. Les chiens prift & les^ acoupla. Et le fih^ de laiens s'anfla, '^ Et en dift villeinnes paroles, Qui efioient rudes & foies. Dont il fifi mal & villenie, Qu'à fil de roy on ne doit mie Dire pour chofe fî petite, Chofe de quoy on le defpite. 8270 8280 Violente altercation du vicomte de Nicofie & de fon fils Jacques avec le comte de Tripoli. VESCl fa parole & fon dit. Si comme Gautiers le me dit. Il difl ainfi premièrement : ce C'efî bien vérité vraiement i' Que cis ro\s tous nous defiruira, ce Et en tous efias nous nuira. (' Et vous n'efies mie d'affaire ce Que vous nous doier; jà mieus faire. ce Tour quoy me tolle^ vous mes chiens, ce Que fay norri & qui font miens ? >•> zMoult de chofes difi en [on ire, cAuffi comme s'il vofift dire 8290 a. A. îj. — b.V; A. &. — c. B, D, V.fouffla; C. s'enfla. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 2^7 c4u corne de Triple; ce Tar ni'ame, 1369 « Tas n'ejles fis de preude famé. » ^ J'"^'"- 8300 De parler po fe refrengny, Et à fon père s'en plaingnj. Et quant f es pères Ventendoit Il dif : ce Fils, chaloir ne t'en doit ; " Et certes il ne m'en chaufif c Se perfonne qui le vaufif ce Enmenaf tes chiens & le mien ; (' cMais gens font qui ne valent rien, (' Gens de niant & garfonnaille ce Qui les enmainnent, & merdaille. » 8310 Li pères moult fe courroujfa, cMoult en parla, moult en groufa. Li contes de Triple l'oy. Qui onques ne s'en refjoy ; Et li dif à moult très haut fon: ce Henri, m'apelles tu, garfon? » Et il refpondi ; a C\ennil, fire, ce Car quan que fay, fans contredire, (' Ef à vous & à mon fgneur, cr c4 qui Dieux doini Joie & honneur. 8320 5:) cMais je puis bien dire, fans faille, '•' Q}f^n ma prefence ribaudaille ce Trennent le mien, dont il me poife, ce Car ce n'ef pas chofe courtoife. •>■> Là efoit l'amiraut le roy, Et fi avoit, fi com je croy, oivecques li 0 v. ou vj. Des gentils hommes dou pais. Sans les autres qui efcoutoient Tar derrière ce qu'il difoient. 8330 'Bien fu qui tout ce reporta cAu roy, & qui li enorta Qu'il preif crueufe vengence 33 2f8 GUILLAUME DE MACHAUT, 1369 Le roi fait mettre aux fers Jacques de Giblet. T)e Jî très gram defordenence. Et fu le jour xxviij'^ ^ foi. 36^- De Janvier, à heure de prime. ^^'^^ QUANT li roys oy la nouvelle, Il diji: cr c?Wa doleur renouvelle, « Quant je voy qu'on me tient JI vil, ce Qu'on dit villenie à mon fil ! « "Biaus dous T)ieux, que t'ai je meffait? 8340 a C^e fera pugnis ce meffait^ a J'ay perdu honneur & loange (' En ce monde. Je ne m'en vange. ^> Li roys fijl un commandement. Qu'on amenajl ifnellemem En fa prefence le vallet, Qui po favoit & po valet. De dire outrage & villenie cAu conte de Triple en Surie, Qui fils dou roy de Chypre e fi oit, 8350 Et telement le defpitoit. Et on li amena grant erre. Li roys commanda qu'on l'enferré, Et qu'on le mette efiroitement Uns fers en fes pie^, telement Et fi pefans qu'il ne s'en vole, Car mettre le vuet en geôle, Ou apenre un autre mefiier. Dont cure n'avoit, ne mefiier. Il l'oblige à travailler avec les efclaves au château de la Marguerite. LI gentis roys faire faif oit, En un lieu qui moult li plaifoit. Une maifon toute nouvelle. Qui devoit efire bonne 6* belle. 8360 a. A, C, D, V. xx'viij ; B. X'viiJ^. LA PRISE D ALEXANDRIE. 2f9 Car pas n'ejïoir ouevre petite. On Vapelloit la zMarguerite. [^5] // avait là plufeurs efclaves, Qui, dedens foJfe:[, dedens caves. Toute jour la terre fouoient, Et hors, à leur col, la port oient. 8370 Li roy ordena qu'on Vi meinne, Et commanda, feur moult gram peinne. Qu'il ne f oit homs qui F entreporte, ^ Qu'à fon col la terre ne porte. Et qu'il y foue ^ toute jour, Sans avoir refpit ne fejour. Corn ferf efclave là le mijl, Dont moult à envis s'entremiji ; Et certes il le refufajî Volentiers, Je faire l'ofajl. 8380 cMais la force n'ejîoit pas fienne, tN^e que Iherufalem efl mienne. ENCORE j a un autre point Que je ne vous celeray point, Car ci doy dire vérité. Qu'amour, haine n'amité ^?{j me puijfent ad ce mouvoir. Que menfonge face dou voir. c4 CHjcoffie ot une dame Qui eftoit bonne & fans diffame, 8390 Fille de^ monfigneur Henri, Suer au vallet dont je vous di. Qui mariée ejire foloit.^ [^^J Li roys marier la voloit Et donner à un fien fervant. Tlufeurs l'emprefferent, & quant 1369 janvier. Il veut contraindre Marie de Giblet, fille du vicomte de Nicofie, à époufer un ferf. Extrême irritation du a. V. Ventref porte. — b. ^. fuie ^ c. C; K. fille a; V>. fille de vion- V. fine. fine Henri. — d. B, V. foulait. 26o GUILLAUME DE MACHAUT, 1369 Elle vit quon Vaprejfoit trop, j^"^"^""- Elle leur dijl, Tout à un cop, Qu'elle avait grant dévotion T>e li mettre en religion, Et que jamais mari n'aroit; 8400 Tlus chier ajfés morir aroit. Li roys s'en cour fa durement, Et jura moult grant fairement Qu'il n'avoit homme en fon païs, Tant fuji grans, ofés ne hardis, ^7^ frère, n' autre, tant l'amajl, S'il le courfoit, qu'il ne courfajî. ^ [^7] Traitements T I fojs la jïjî tantojl mander atroces que le L roi fait fubir à -*— ' rour II enjoindre cr- commander enté'^c'^'dé QH' fon Servant a mari prengne. 8410 fon père. Elle dijl : <■< Sire, ja n'aveingne '■' Qb^ je jamais prengne mary. « oMoult aroie le cuer mari, « Se ma dévotion perdoie, <■' Que religieufe ne foie. 3:1 Et dijl qu'elle l'avoit promis, Trefent fon père & fes amis, Qui ejloient devant le roy. Or vous diray trop grant defroy. Li roys la Jîjl, fans detrier, 8420 'Devant chafcun, penre^ 6* lier, Seur une efchiele, & puis ejlendre. Et la dame avoit la char tendre ; Si fouffroit mervilleus martyre ; Des yeux pleure, dou cuer fou/pire. Et certes c'ejloit grant durté, Et très grant inhumanité, a. B, C, D, V; A. couraji. — h. V. prendre. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 26 "De créature femenine 1369 Faire ejlendre & même à gehine. janvier. 8430 Encor y or chofe plus lede ; Qu'on aporra de l'iaue tede, Où il avoir oile d'olive, Tour faire boire la cherive, Si comme Gauders le m'a dit; cAutrement ne di je en mon dit. cMais li roys ne H demandait, tH^à nulle riens tant ne tendait Fors qu'elle nomma fi la perfonne Qui li confeille d'eftre nonne. 8440 Et la dame li refpondoit, Endementiers qu'on l'eftendoit : c< Sire, vous eftes mes drois fires, <■<■ Faire me poe^ tous martyres, c Crucefier, morir ou vivre, ce Et hors de ci mettre à délivre ; (' cMais ja ne diray de ma bouche a Chofe dont autres ait reprouche, « 5\y dont, fans caufe, vaille pis. (' Ce que j'ay fait, vient de mon pis, 8450 « "De mon cuer, de ma confcience ; ce 1)e moy n'are-^ autre fentence. •>:> Et fi crioit à haute vois : a oAdieu, biau père, je m'en vois ; ce Car je voy bien que je fui morte a Sans raifon ; mais ce me conforte, a Que garde n'ay de l'anemy, a Car Dieux ara pitié de my. » "Biaus figneurs, dames, damoi [elles. Dames vefves, files, pucelles, 8460 Je vous requier, pour Dieu merci, Chafiei vous & mire^ ci. 202 GUILLAUME DE MACHAUT, 1 369 janvier. Les princes & les barons indignés de la conduite du roi. Regrets tardifs du prince. LA fu li princes & [es frères, Li fires d'cAbfur, & li pères c4 la dame, & le rricoplier, Qui Je et plus que f on pain mengier ; Et Jî ejloit li amiraus, Qui veoir faire tous ces maus, Er puis le conte de %ohais, Et maint autre, dont je me tais, Car trop embefongniés feroie, 8+70 Se, par nom, nommer les voloie. Li roys moult fort fe repenti, Quant onques il fe confenti cA faire ce qu'il av oit fait. Forment fe repent de ce fait, Car c'ejî chofe trop defhonnefle. Laide, villeinne, & [cens de bejîe ; C^e tel chofe à roy n'apartient En nulle manière. Et f tient Que toutes vefves, de fon droit, g 480 Et pucelles marier doit, Qui demeurent en fon roiaume. Tour v'' mille muis de baume CN^e les devrait einfi traitier, Et fi fe doit moult bien gaitier Qu'il met fa vie en aventure, S'ame, s'onneur ; & c'ejl laidure Et pechié fait & mal aufjî. Tous princes qui le fait einfi. Car tel franchife ont toutes famés, 84^0 Que de leur vol enté font dames. Ce dit li Romans de la Rôle, Tout clerement, fans mettre glofe. Le projet de tuer le roi efl arrêté. A tant de là fe départirent, Et le prince reconduifirent Et menèrent en fon hojîel. LA PRISE D ALEXANDRIE. 263 fol. 363. Là fu la traïfon mortel t^^î Tour de nouvel recommencie, Trairie, jurée & plevie, 8500 Et furent trejîuit d'un acort Que le landemain, fans déport ^ Li roys feroit ocis & mors. zMais li roys valoir a 1er hors, Si que plus matin fe leva D'eaus tous, donr fa vie fauva. 1369 janvier. L ANDEMAIN, li roys appella Ses frères &' ainjî parla qA euls ij. moulr courroifement Et moult très amiablement : a éMi frère ejfes & mi amy Et je croy, par Vame de my, Qu'en tous les cas que vous porries, ce cM'onneur & moy garder vorries j Et je l'ay bien aperçeû, Car j'ay efprouvé & veû Que vous m'ave^^fauvé la vie. T>onr^ c. mille fois vous merde. ce On me raporte moult de chofes, Qui font diverfes & enclofes, 8520 " c^i/j" queles il faut que je penfe. Et j'ay en vous plus grant fiance Qu'en créature, fans mentir. Qui puijfent vivre ne morir. Si vous feray fires & pères, cAmis, compains & loiaus frères, Et je croy & di, par ma foy. Que tous tels fer e-^ vous à moy. ce En ce monde n'a gent fi faujfe, cf Si traître, ne qui tant faujfe a. B, V : A. De. Le roi s ouvre à fes frères au fujet des craintes qu'il conçoit. 264 GUILLAUME DE MACHAUT^ 1369 janvier. « Comme la gem de ce païs. 8530 ce Si doubr que ne foie trais, ce Car vraiemem fi fort me heem ce Qu'à moy dejîruire & honnir beem. (' Et il ne puelem^ faire rien ce Que tous ij. ne le fachies bien. ce Et ja Ihefu Cris ne confente ce Qu'en fl de roy traifon s'ente, ^ ce Car mieus vaurroit mort par honnour ce Que vivre à tele defhonnour ; ce En ce cas, efpecialment, 8540 ce Car trop ouvrerait fol ement ce Et trop griefment fe mefferoit ce Li homs qui traifon feroit, ce Comment qu'en nul cas rien ne vaille. ce zMais cefle eji trop pire, fans faille, ce Et ce que Vautre jour vous di, ce Qu'il ni avoit nul fî hardi, ce Tant me fuft près, ne tant Vamaffe, ce S'il me cour f oit, que ne courfajfe. t^9] ce fe ne le dis mie pour vous ; g 5 50 ce cMais fejloie pleins de courrous, (' Tour la grant defobeijfance " Qw^ Je veoie en ma prefence. >y Les princes affurent le roi de leur fidélité. ET quant li frère l'entendirent, Tous ij. à genous fe meïrent Et deïrent très humblement : ce Sires & frères, ligement (' Vos hommes & vos frères fommes ; ce Et certes nous fommes preudommes, ce CN^onques ne fumes dejloyaus, « Einf ois fommes bons & loyaus, 8<;6o a. B, V. peueni — b. A. fe ente. LA PRISE D'ALEXANDRIE. >6j « Er avons ejfé & ferons, « Er envers tous vous garderons, « Com champions & advocas, f Vous & vojîre honneur, en tous cas. 35 Li roy les en mercia mont, Et puis les fit drecier amont Et dijl : a Je fui ajfeùre'-:;, (' Tuis queinfi vous le me jure-^. ':> S 5 70 Et en la bouche les bai fa, "Dont f on ire moult rapaifa. Et aujfî tous ij. le baifierent. Si qu'à tant de là s'en alerent. CE fu fait le Jour xiij^ ^ T)e janvier^ ou le jour xv^. Ce jour ala li roy s jouer Tour veoir & pour ordener La maifon de la ^Marguerite Qu'au devifer moult fe délite. 85 So cAvec les efclaves trouva Le vallet ferré qui ouvra. Et à fon col portoit la terre Dont li cuers le deflreint & ferre. Li roy s n'enfifl onque s f ambiant, Einfois feur fon mulet emblant Tajfa le chemin & la voie Sans faire nul f ambiant qu'il voie Son povre effat ne fa mifere ; Tuis s'en ala veoir fa mère 8590 Et fon mari, qui deshaitie-[ [9°] Efl oit forment & mal traitie^. 1369 janvier. 14 ou I5janvier Le jeune Jacques de Giblet continue à travailler publiquement les fers aux pieds. a. B, C, D. xiiij. — i. B, D ; A, C, V.fe^'rier. 3f 266 GUILLAUME DE MACHAUT, 1369 17 janvier. Les conjurés arrêtent les difpofitions & le moment du meurtre. AU foir revint en fon palais, Droit à heure de Jouper^ mais Il avait moult grant compaignie [91] De chevaliers & de mai [nie : Le prince & fes frères ejf oient oAvec li, qui le compaingnoient. Congié preïrent tous enf amble Et s'en alerent^ ce me [amble, En Vojiel dou prince; & brie/ment, 860c Là f cirent un parlement Tour le roy honnir & dejiruire En dijant: a // convient qu'il muire. [92.] jj Et vefci ce qu'il ordenerent Et comment fa mort deviferent. Il fu là ordene & dit De chafcuns d'eaus, fans contredit, Qu'au matinet fe leveroient Et dedens le palais iroient, Chafcuns fon efpée en fa main. 8610 Et fe devoit ejlre fi main Qu'encorfujî la gent endormie, Car fe la cité ejîourmie EJîoit, ce fer oit uns péris Si grans comme d'ejîre péris. Et que^ quant eu palais f croient, Très bonnes gardes metteroient En tous les lieus de la maifon ; Et li princes qui par raifon Devoit eJIre li plus prive^ 8620 Dou roy & tous li niieus ame-^, Tout bellement &• fans effroy, Troit hurter à l'uis dou roy ; Car on li ouvroit fans demeure S'il y hurtoit, & à toute heure. a. V. i/' que. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 267 i63o Eînfi leur mauvaiîié faifoiem Seulement pour ce qu'il voloîent Qu'il ne leur peùjî efchaper, S'il le peiijfenr atraper. Et einfi comme il Vordenerent, Le feirent & achevèrent. 1369 17 janvier. AU matinet, à grans ejîais, S'en (lièrent vers le palais, 'Droit à Veure que la corneille Les parejfeus huche & efveille, C'ejl à dire à l'aube crevant.^ Je pri à T)ieu qu'il les cr avant, Quant onques fi grant mefprefure Entra en cuer de créature. 86+0 En la chambre à parer entrèrent Qu onques un feul mot ne fonnerent ; Chafcuns [on efpée tenoit, Et li princes qui les menoit cA l'uis de la chambre hurta. Uns chambrelains bien Vejcouta Qui dedens la chambre gif oit ; Si li refpondoit & difoit : « Hurte-^ bellement, li rojs dort. '» Et li princes hurta plus fort, 8650 En difant : « Compains, euvre^ l'uis. Et cils refpondoit ; « Je ne puis. '> — ce Si feras, on fonne la cloche; a Je fuis li princes d'cAntioche, a Qui vueil un po au roy parler ce Tour ce qu'il me faut hors aler. » Finablement la chambre ouvry, Et fi tojl com l'uis s'entrouvrj. Les barons entrent de grand matin au palais pour exiger du roi de faire droit à leurs doléances. a. B, V; A. ouf'ure. 268 GUILLAUME DE MACHAUT, 1369 17 janvier. Veux degrei le prince avala, Et au lit dou roy s'en ala. Si fe refjoy moult forment "De ce qu'il le trouva dormant. Ve la chambre eji tantojl ijfus Et dijl : ce Signeurs, or fus, or fus ! a II ejl à point laiens ; alei a Et faites ce que vous vo/^{ / ^93] j^ T)edens la chambre font entré Et le vallet ont encontre Qui dijl moult haut tous esbahis : ce Elas, mejfires eJi trahis ! >i cA ce mot, li roys s'efvilla, Qui onques puis ne fommilla, Car doubtance avoit & freour, Con cils qui de mort a paour. 8660 fol. 364 8670 A peine entrés dans la chambre du roi, trois chevaliers, Jacques d'ibelin, fire d'Arlur, le vicomte de Nicofie & Jean de Gau-^elles, fe précipitent fur le prince & le tuent. ET fi av oient ordené Que troy chevalier forfené Fer oient tout ce malheur. Li uns ejî li fires d'oAbfur, Qui le het plus qu'il ne folet. L'autre fu cils de Gibelet, * Li tiers fu cils de Gaver elles ^ Qui li porta dures nouvelles. Car ce fu cils qui à grant tort Li donna le cop de la mort. Et cil troy tuer le dévoient., Qui fes liges hommes ejîoient. Devant [on lit font arrejlé "De mal faire tuit âpre fie'. Li fîres d'cAbfur la courtine, Qui de foie eftoit riche &• fine, 86S0 a. B, C, D, V; A. Gryt^elet - b. H. ci'% Ga-oer elles. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 269 — c 8690 Tira, pour le roy mieux veoir, ,,/;„ Et pour fon cop mieux affeoir. 17 janvier. Et fi tojl corn li roys le vit, T>e fon lit en gifant li dijî : a Ejfes vous là, fires d'cAbfur, « Faus garfon, traître, parjur. (.' Qui vous fait entrer en ma chambre? 'i Et il refpondi fans attendre : « Je ne fui mauvais ne traites, « cMais tel ejîes vous, com vous dites ; 8700 ce Vont vous marre-;, fans nul refpit, ce T)e mes mains. » Et en ce defpit Lors en fon lit fus li coury Et ij. cos ou iij. le fery, En fon bras d'un coujiiau d'acier, !7^il ne le volt^ plus menacier. Quant li roys fe fenti bleciei. Tous nus efl de fon lit drecie-^ Et par la gorge le hapa cA ij. poins & fi Uatrapa S710 Que dejfous li le mifî à terre, Et fi fort li ejîreint & ferre Que pour po qu'il ne l'ejirangla. Lors Gaver elles le fingla Tarmi les flans ij. cops ou iij. T)e s'efpée, jufqu'à la crois, Si que les bouiaus li cheoient Tar mi les plaies qui fainnoient. Là fifl Hanris de Gibelet Le pieur cop & le plus let, 8720 Car trop durement le haoit Tour fes enfans que pris avoit, Einfi com devant conté l'ay, a. B, C, D, Vj A. A^"/V ne volt. 270 GUILLAUME DE MACHAUT, k j^^ S i qu il ne fifl pas lonc delay ; J 7 janvier. Einfoîs la te/le ^ lî fendî, Si que la cervelle efpandi. cApres il li copa la gorge D'un coujîel de mauvaife forge, Que mal fujî il onques forgie^; cMieus fujî, s'il^ ^n fujî efcorchiei, Quant onque s pour roy fi vaillant 8730 zMurtrir, ot manche ne taillant. Seur lui furent Jî encharne-^, Quonques mais uns homs de char ne^ U^e vit homme avoir tant de plaies, "De la tejîe jufques aus braies, 5\y telles comme il li feïrent ; Ce dient ceus qui le veïrent. Qu'il en avoit plus de Ix. 'Bien doit ejlre la main dolante Qui efl telle ne fî hardie 8740 Qu'elle fon droit figneur occie. Et n*i avoit que mortels plaies. Hé, biaus Dieux, fe tu ne les paies, Que dira on de ta juflice Qui chafcun jujîement jujlice? Or vous diray ce qu'il dif oient Quant einfi le roy mourdrijfoient; a Or va, va, Ji fay tes armées ce En France & tes grans ajfamblées ; ff Va en Trujfe, va en Surie ; 8750 « Tren nos filles, fi les marie ; a Et meine nos femmes, très chier, cf c/ivec les Franfois qu'as très chier. ce cApris t'avons une autre dance a Que ne font les dances de France! '} a. B. Vj A. la cerwlle. — b. B, V; A.fujl il. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 27 1 zMais cens qui ces ouevres faijoiem, ^^ Tous f es hommes liges ejïoiem. 17 janvier. Or vous vueil devifer & dire Ce qu'il difoit en fon martyre. 8760 cMoult dévotement reclamoit tN^oJîre Dame que moult amoit, Et li difoit; ce T)e Dieu ancelle, « Vierge, glorieufe pucelle, « "Vierge pucelle, vierge mère, (' cMere dou fil, <&• fille au père, ce cAT amour, ma deejfe, ma dame, ce c4u jour d'ui recevez mon ame ce Et mete^ en vo compaingnie. » Et à ce mot perdi la vie. 8770 C~^^^ C/^ raifons que je vous conte, Obfèques V-/ oApres ce mal & cefie honte, Comment il fu en terre mis Tar la main de fes annemis. Tout premiers il l'enfevelirent, Et le vijage li couvrirent Tour ce que fi mal atire-^ Efioit, & fi deffigurei Qu'il n'i apparoit forme d'omme. Tant efioit plaies ; c'efi la fomme. 8780 Couronne av oit de parchemin [94] Tainte, &' tele que par chemin C^efi nul homme, s'il la trouvafi. Tant fufi povres, qui la levafi ; Et aufft le fefire ^ & la pomme Efioient aufiî povre comme La couronne & de tel peinture. cMais je tien g à trop grant lai dure a. B, V. feptre. 272 GUILLAUME DE MACHAUT, i^gg Que les mauvaifes gens & faujfes 17 janvier. £j avoieiu luis uTies ckûujfes %ouges,^ refes, vie-[ & ufees; 8790 El s'ejloient toutes troées ; Et uns vie^folers emboei Qui tous ij. ejîoient troe~, Si que l'un des pie-[ li paroit Telement quà tous apparoit; Et un vie^ chaperon de pers Qui ejfoit tous mengier^ de vers, Ort & vil, & puant, ô' /aie cAvoit, mors gif ans en la^ fale. En ce point parmi U^cojfie gSoo Eu porte:^ à Sainte Sophie Tie fes frères & fes confins; Et puis de là aus Jacobins Eu portei & eri terre mis cAvec [on père ^ fes amis. Car là li roy de Chypre gifent, S* ailleurs fepulture n'efifent. Evénements /~>E fait, la fauffe e^ent ont pris qui fuivirent fa ( jl ' / f ^ , ^ .. mort. v_> loutes Ics chartrcs don pais, Oii les coujlumes & les loys g g 10 Efl oient, & les drois des roy s ; Si les ont a? fes & brûlées Et en un ardant feu getées"^ Si que mais ne feront veûes, ^?{j retrouvées, ne leûes. [95] Et pour plus grant desheritance Il feirent une ordenance Qifejleûs xij. homes fer oient Qui le pais gouverner oient, a. B. toges; C. ronges. — b. B, c. B, C, D, V; A gérées C, Vi A. En fa. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 273 8820 Et fi rojf com l'un mon fer oit 1369 Le pueple un autre y metteroit, 17 janvier. Tour ce que rois^ n'eiijt maijlrie Jamais feur euh, ne fignourie, D^ puiffance ; eins fujfent Jîgneur, Et en tous cas du roi greingneur, ^ fol, 365. Si comme Gautiers le m'a dit, oAutrement ne di je en mon dit. Einfi fu mors comme uns pourceaus, Et com fot enterre^ par ceaus 8830 Qui ejloient fi home lige. Je croy que de Londres en Erige, Tajfé à mil ans, ne fu fais CN^ penfés fî très mauvais fais. *^ MORS ejî li bons roys, c'eji damages. -^'"^pie^rJ"' Tlourer-^^ honneurs & vaffelages, de Lufignan. Tloure^ enfans, ploure^^ pucelles, Tlourei dames & damoifelles, Tloure^ auffi toutes gens d'armes, Tloure"^ fa mort à chaudes larmes. 8840 Tleure la foy de Jhefu Crit, Car je ne truis pas en efcrit Que de puis le tans Godefroy De 'Buillon, qui fîfl^ maint effroy cAus Sarra"fns, fufl home né Tar qui fi mal fuffem mené, C^e qui tant leur feifl contraire ; Car de Chypre jufques au Quatre Les faifoit trambler & frémir. Doit on bien plourer & gémir a. B, C, D, V ; A. lois. - h. B, c. B, C, D, V; A. ??iau^e fi très bon commencement Je ne vi fi piteufe fin. 8870 Or prions à T)ieu de cuer fin Quil le preingne & mette en fa gloire, S' ara noble & digne viéîoire. AMEN. Tierre, roy de Iherufalem Et de Chypre, li nomma l'en Et moy, Guillaume de cMachaut., Qui ne puis trop froit ne trop chaut. Si que nos deux noms^ trouvère:^, a. B, V. abelli. — b. B, Vj A. irowvient. — c. B, V; A. fwus ij. nous. LA PRISE D'ALEXANDRIE. 275" Se diligemment les guère':; 88 s o En ces ij. vers de grojfe lettre. Mar. ojîer & h. y faut mettre; Si les trouverez proprement, Or les querei diligemment.^ Et ve^i ci des vers la manière : Adieu, ma vraie dame chiere, Pour le miileur temps garde chier 8887 Voftre honneur que j'aim fans trichier. f96] EXPLICIT LA PRISE D'aLIXANDRE. a. V. diligaument. NOTES [Les notes qui "vont fui'vre auraient dû, ifaprhPart. 9 du Règlement des Editeurs, être rejetées à la fin de la priface ou fondues dans F index j ce neft que par une déro- gation tout à fait exceptionnelle à cet article qu'elles ont été placées /c/.] LE COMITE DE DIRECTION. I P- S- — Tous les manufcrits portent cette date, comme celle de la naiflance de Pierre I^"". Elle s'accorde avec l'enfemble des faits de Thif- toire du prince, & notamment avec l'époque de l'équipée qu'il fe permit, en 1349, pour fe rendre en Europe, à l'infu de fon père. (V. ci-deffus, p. 16-17.) A dix ans, le comte de Tripoli n'aurait pu concevoir, & encore moins réalifer, un femblable projet. Azario, quoique contemporain, fe trompe donc, en donnant feulement à Pierre de Lufignan, devenu roi de Chypre, l'âge de 25 ans à l'époque de fon premier voyage en Italie & de fon arrivée à Milan, le 22 janvier 1363 (Murât., Script, ital., t. XVI, col. 410, 734). Le roi de Chypre avait alors 34 ans. 2 /'■S. — Si on enlève ici la virgule, on obtient un fécond fens, peut- être préférable, qu'on trouvera dans la répétition de ce paffage, page 275. En fupprimant, comme l'indique Machaut, les trois lettres Mar dans le premier de ces vers, & en utilifant toutes les autres lettres, on peut, fans qu'il foit même néceffaire d'y ajouter un //, former les deux noms : Pierre de Lufigna, roi de Chypre, Se Guillaume de Machaut. 2 P. 10. — Ce n'eft point à Famagoufte, mais au Mont Sainte-Croix, le Sta'vro-Founi, près de Larnaca, où était une abbaye de Bénédi6lins, que l'on confervait, même du temps des Lufignans, la croix miraculeufe dite du Bon Larron. Voy. notre Hijî. de Chypre, t. II, p. 35, n. j 213, n. 4; 430, 512» 541 ; t. III, p. 520. ^ P. 12. — Machaut anticipe ici vraifemblablement fur les événements & fait remonter au temps de la jeuneflTe de Pierre I<='' la création de l'ordre de l'Epée, qui eft plutôt de l'époque où le prince, devenu roi, put réalifer fes projets, très-peu en harmonie avec le caraftère Se la politique de fon père, dont Machaut lui-même fait remarquer plus loin l'excefllve prudence. L'emblème principal de l'ordre de l'Epée était un glaive en- touré d'une banderole flottante, fur laquelle on lifait la devife :" C'ejî pour loyauté maintenir. On voit encore aujourd'hui ces infignes à Venife, 27S NOTES. repréfentés fur l'un des écus qui décorent la façade du palais du Municipe, l'ancien palais Cornaro de' Pifcopi, qu'habita le roi de Chypre, fur le Grand Canal. (V. pour ces divers faits, Hijî. de Chypre, t. II, p. 250, n. ; 433, n.j t. III, p. 7S, 815, 817. Bihl. de VEcole des Chartes, i'« Sér., t. V, p. 421, 422, & n.) Coronelli a dédié fa carte de Chypre à Jean-Baptifte Cornaro Pifcopi, chevalier de l'Epée, & a fait reproduire les écus de la façade de fon palais fur cette feuille. ^ P. ïj. — Une lettre de Clément VI à Hugues IV, du 13 feptembre 1349, en précifant l'époque de la fuite du prince Pierre, alors comte de Tripoli, & indiquant le motif principal de fon équipée : luflrandi orbis, indique aufli, ce que confirment les chroniques chypriotes, qu'il emmena avec lui fon frère cadet Jean, prince d'Antioche {Hifl. de Chypre, t. II, p. 206). Strambaldi (fol. 29, v") & Léonce Mâchera (éd. Sathas, Biblioth. graca. Venife, 1873, p. 91) font très-détaillés fur ces faits. O P- 19. — lugues IV mourut le 10 o6lobre 1359; de fon vivant, il avait fait couronner fon fils comme roi de Chypre, circonftance dont ne parle pas Machaut, le 24 novembre 1358. (Strambaldi, fol. 31 j Mâ- chera, p. 93, & Hifl. de Chypre, t. il, p. 224 & p. 227, n.) Après la mort de fon père, Pierre I'^'" reçut la couronne de Jérufalem & fut facré par le légat apoftolique, Pierre de Thomas, dans la cathédrale de Fama- goufte {Vie de P. de Thomas, par Philippe de Maizières, Bolland.^]z.xv., t. II, p. 1004, cap. 8). Suivant Léonce Mâchera, le fécond couronne- ment du roi Pierre aurait eu lieu le jour anniverfaire du premier, le 24 novembre 1359. 7 P- 20. — La Eibliot. de P Ecole des Chartes (2« férié, t. I, p. 491 & fuiv.) renferme une differtation fur les relations de l'ile de Chypre avec l'Afie-Mineure, à laquelle nous nous permettrons de renvoyer quelque- fois, afin d'éviter des répétitions. Sur Gorhigos, dont Hayton, l'auteur du De Tartaris, fut feigneur, voy. auffi HiJî. de Chypre, t. II, 35, n. ; 75, n.; 78,- 267, n.; 319; III, p. 8; 48-56,- 110, n. La vue & le plan de fes belles ruines vont être publiés dans le Voyage en Caramanie de MM. Favre & Mandrot. 8 P- 20. — Voy. Bibl. de VEcole des Chartes, 2^ fér., t. I, p. 492-4935 II, p. 123; Hijl. de Chypre, t. II, 13, 216, 237, 267, n. i j 282, 393, n. 0 P. 2.1. — Pierre I^'' s'embarqua pour venir en France le 24 o6lobre 1362 (Strambaldi, manufcrit de Rome, fol. 44). Nous avons réuni dans notre Hiji. de Chypre (t. II, p. 239-241) les indications chronologiques des itinéraires du roi Pierre. On trouvera en outre dans ce même volume, aux pages 237-245, des extraits de Machaut concernant ce premier voyage. 10 ^.23. — Elie Talleyrand de Périgord, cardinal, évêque d'Albano, mourut à Avignon le 17 janvier 1364. Contrairement à ce que l'on avait ciu, fon corps fut tranfporté à Rome & inhumé dans l'églife de Saint- NOTES. 279 Pierre-aux-Liens, dont le cardinal avait porté le titre; Montfaucon y avait vu Ton épitaphe. mutilée & anonyme, fans foupçonner qu'elle lui appar- tînt. M. l'abbé Arbellot l'a reftituée au cardinal par une favante difcufflon, inférée dans la Redite des Soc.fa' vis-à-vis des enfants d'Henri de Giblet, il aurait dû furtout en blâmer la monf- trueufe illégalité. L'arbitraire, encore plus que la barbarie de ces mefures révolta les chevaliers & amena la mort du roi. Quant à Jean Le Vicomte, il fut injuftement facrifié par la haute cour à l'efpérance de fauver l'hon- neur de la reine & de calmer l'irritation du roi. 82 ■f- 254. — Odieufe accufation trop facilement répétée par Machaut & qu'aucun témoignage férieux n'autorife. Alix d'Ibelin était remariée depuis la mort du roi Hugues IV avec Philippe de Brunfwick, connétable de Jé- rufalem, & demeurait avec lui en Chypre. Dans l'intérêt même de la royauté & de fa famille, elle dut fouhaiter qu'on agît fur le roi Pierre, fon fils, pour le ramener à une conduite plus prudente. L'aflTocier au complot eft une calomnie ou une impardonnable légèreté de Gautier de Conflans. o^ P. 254. — Relevons cette cîrconftance importante & fi honorable pour ]es frères du roi. Machaut nous la fournit fans paraître en reconnaître la haute valeur dans l'intérêt de leur défenfe & de leur jultification. Le roi Pierre remercia donc plufieurs fois le prince d'Antioche du foin qu'il mettait à le prévenir du mécontentement des barons. Comme la reine mère, comme la cour entière, on peut le dire, avant que les abominables mefures prefcrites par le roi à l'égard des enfants du vicomte de Nicofie n'euffent pouffé les chofes aux extrémités, les princes, redoutant une cataf- trophe, s'efforçaient de calmer le roi & de le ramener au refpeéf des afffes & des privilèges des liges. Ce n'eft là ni l'attitude, ni la conduite de confpirateurs ou de traîtres. 84 P- 258. — La datedu2 8y<3H-wr eft une erreur manifefte & inexplicable, le roi ayant été mis à mort le 17. La vraie date du fait eft le 8 janiiier, & je ne puis croire que les lois de la mefure aient contraint Machaut, qui pouvait facilement refaire fon vers, à écrire fciemment une erreur- 37 290 NOTES. Léonce Mâchera, p. 177, & Strambaldi, fol. 86, rapportent que l'alter- cation entre Jacques de Giblet & le fils du roi, circonltance qui précipita la crife, éclata au milieu d'une partie de chaffe le huit jan-vier 136S (v. f.) au village de Menico, près d'Akaki, dans le diftrift de Morpho, un des fiefs- d'Henri de Giblet. 8f P. 259. — Le château de la Marguerite & la chapelle de la Miféricor- dieufe étaient fitués aux portes de Nicofie. Voy. Hifl. de Chypre, t. III, p. 265, n. 3. 86 P- 259- — Machaut a mal fu & ne raconte pas bien tous ces faits. La fille du vicomte de Nicofie, Marie de Giblet, était veuve du chevalier Hugues de Verny. Le roi, dont la violence ne connaiflTait plus de borne, voulut d'abord l'obliger à époufer un tailleur, ferviteur ou ferf de Ray- mond Bubin (Léonce Mâchera, p. 180 ; Strambaldi, fol. 87, V; Hifl. de Chypre, K. II, p. 339). ?. 260. — Cf la note 89. 87 89 P. 263. — Bien d'autres conférences avaient eu lieu déjà chez le prince d'Antioche, & cette dernière réunion, que Machaut femble fignaler comme un conciliabule de confpirateurs, avait lieu avec le confente- ment & prefque fur la demande du roi lui-même. Après avoir tenu confeil, les chevaliers devaient revenir au palais apporter au roi leur ré(o- lution mife en écrit (Strambaldi, fol. 91 ,• Mâchera, p. 187 & p. 191)- Je viens de relire avec la plus férieufe attention les récits originaux qui nous ont confervé le détail circonftancié du meurtre du roi Pierre de Lufignan & des événements qui l'amenèrent, bien réfolu à revenir, s'il le fallait, fur l'opinion que je m'étais formée de ces événements & que j'avais précédemment exprimée {Hifl. de Chypre, t. Il, p. 342-345). Je n'euffe pas héfité un inltant à reconnaître l'erreur de ma première impreffion, fi tel eût été le réfultat de la nouvelle &confciencieufe enquête hiftorique que je me fuis impofée. Aujourd'hui je n'héfite pas à affirmer, malgré Machaut, malgré ChriiHne de Pifan, malgré Philippe deMaizières lui-même, le dévoué ferviteur & l'aveugle panégyrifte de Pierre de Lufignan, que les frères du roi, Jean prince d'Antioche & le connétable Jacques, depuis Jacques Ter, relièrent étrangers, non-feulement à la perpétration, mais même à la penfée du meurtre. Le récit circonftancié de l'afTaffinat du roi Pierre que je publierai, je l'efpère, un jour, mettra ces faits en évidence. Quant à la mère du roi, Alix d'Ibelin, mêlée fi inconfidérément au complot par Gautier de Conflans feul, elle n'a pas befoin, je crois, de défenfe. P. 264. — Cf. p. 260, v. 8407. Cette menace générale aurait été jufqu'à inquiéter les frères du roi eux-mêmes, car il elt certain que le roi les avait injuriés U malmenés en plus d'une circonftance (Strambaldi, fol. 86 & fuiv.). Il ne faut pas cependant donner trop d'importance à ces particularités. Dans la difficile fituation qui leur était faite, les frères du roi furent mus, bien plus par l'intérêt fupérieur de l'état & de leur famille, que par des vues ou des craintes perfonnelles. On ne peut leur refufer cette juftice. NOTES. 291 Gautier de Conflans & Machaut, croyant à la trahifon des frères du roi, les font agir en conféquence dans le paragraphe qui fuit ces paroles du roi Pierre. C'eût été, en effet, une vraie trahifon, au point où en étaient venues les chofes, fi les princes fe fuflent bornés à ces banales déclarations de fidélité. En cherchant à raffurer le roi, ils l'euflTent odieu- feinent trompé. Mais il eft inconteftable qu'ils ne cachèrent à leur frère ni l'irritation des barons, ni leur ferme réfolution de rompre avec lui & de fe dégager de la foi qu'ils lui devaient, s'il ne refpe6lait, de fon côté, le contrat féodal. 00 P. 265. — La mère du roi Pierre, Alix d'Ibelin, remariée, comme il a été dit (note 82), au connétable de Jérufalem, Philippe de Brunfwick (//(/?. de Chypre, t. II, p. 285, n.j 396, n.j 401, n.). Q I p. 266. — J'avais publié des extraits de ce qui fuit dans VHiJî. de Chypre, t. II, p. 33 3- 92 P. 266. — Voy. not. 88. Q2 p. 268. — L'accufation eft ici encore plus formelle; mais je me réfère à la note 88. 94 P- ^71- — L'inexa6litude & l'erreur vont ici prefqu'au ridicule. Qf P. 272. — Tout eft faux & fans valeur dans cette fin du récit. Loin d'a- voir brûlé les chartes & les livres des coutumes du pays pour inftituer une forte de confeil républicain, les chevaliers chypriotes s'empreffèrentde proclamer Pierre II, fils du roi défunt, & de charger feize hommes liges de rechercher le meilleur exemplaire du livre du comte de Jaffa, pour en faire la loi écrite du royaume. Il faudrait citer ici en témoignage tout le préambule des Affifes rédigé au milieu même de ces mémorables événe- ments, au mois de janvier 1 369. Nous nous bornons à y renvoyer le leéleur {Affifes, t. I, p. 3-6). 06 P- 275. — Voy. ci-deffiis p. 8, & la note 2. TABLE CHRONOLOGIQUE Page Note Prologue mythologique fur la naiflance du roi Pierre de Lufignan. i 1329 9 o6lobre. Naiflance du roi Pierre. 5 Anagramme du nom du poète & de fon héros. 8 1338 Education du jeune Pierre de Lufignan. 9 Vifion de jeune prince au mont Sainte- Croix près Larnaca. 10 1 338-1 348 II fait vœu de fe croifer. 11 » 11 fonde un ordre de chevalerie. 16 » Defcription des infignes de l'ordre de TEpée. 12 1349 Pierre s'enfuit fecrètement de Chypre pour voyager en Europe. 16 » Il eft arrêté en mer & ramené au roi fon père. 1 7 1359 10 oftobre. Mort du roi Hugues IV de Lufignan. 19 » 24 nov. Couronnement de Pierre I^"". ib. 1 360-1 361 Le roi Pierre s'empare du château de Gorhigos fur la côte d'Arménie. 20 » Il s'empare de Satalie. il^- 1362 24 oftobre. Il part de Chypre pour organifer une croifade en Europe. 21 1363 Le roi de France fe rencontre à Avignon avec le roi de Chypre. îi. » Les deux rois prennent la croix. 22 Difpofitions d'Urbain V en vue de la croifade. ^^• 1364 Mort du roi de France & du cardinal Talleyrand de Périgord. 23 » Eloge de la feue reine de France, Bonne de Luxembourg, fille de Jean l'aveugle, roi de Bohême. 24 ) Eloge du roi Jean de Bohême, dont Machaut fut 30 ans fecrétaire. ib. 294 TABLE CHRONOLOGIQUE. Page Note 1364 19 mai. Le roi Pierre afTifte au couronnement de Charles V. 25 Il recrute des adhérents à la croifade. ib. 1364 Ses fuccès dans les tournois & fes voyages en Europe. 26 » Sa belle preftance fous les armes. 27 » Son féjour à Cologne, en Franconie, en Thuringe & en Wurtemberg. ib. B Son féjour chez le margrave de Mifnie. 28 » Son féjour en Saxe. 29 » Il part pour Prague, où réfide l'empereur Charles I^'' de Luxembourg. 30 ii » Eloge de l'empereur Charles, fils de l'ancien roi de Bohême, 3 r » L'empereur vient au devant du roi de Chypre. 33 » Fêtes à Prague durant le féjour du roi de Chypre. 3 5 » Le roi de Chypre prie l'empereur de prendre part à la croifade. 37 » L'empereur propofe d'ouvrir une confé- rence à Cracovie avec les rois de Hongrie Se de Pologne. ib. » Le roi de Chypre & l'empereur fe rendent en Pologne. 39 » Conférences de Cracovie. 40 B Le roi de Chypre prend congé des princes réunis à Cracovie. 42 Nom & titres de ce roi de Chypre. ib. 1 II fe rend en Autriche. 43 Le duc promet de le féconder comme le roi de Hongrie. 44 » Fêtes données en fon honneur à Vienne. 45 » Il continue fon voyage par la Carinthie & le patriarcat d'Aquilée. 46 1364 II nov. Jour de fon arrivée à Venife. 47 1364 II demande le concours des Vénitiens pour la croifade. 48 12 1364-1365 Les Vénitiens promettent de lui louer des navires. 49 1365 27 juin. Le roi part de Venife avec une flotte. 50 13 1365 juin-juillet. Combien le roi Pierre fouffrait du mal de mer. ib. > Il féjourne à Rhodes, après avoir relâché à Candie. 5* '4 TABLE CHRONOLOGIQUE. ^9f Fage Note 1365 juin-juillet. Il envoie des nielTages en Chypre pour taire venir fa flotte avec des armes & des vivres, juillet. Préparatifs qui fe font en Chypre pour répondre aux demandes du roi. 25 août. La flotte chypriote rejoint le roi à Rhodes, août. Navires de toutes fortes réunis alors à Rhodes, août-feptembre. Nul des princes que le roi avait conviés à la croifade ne lui vient en aide. 9 Les chevaliers de Rhodes fe joignent à lui. feptembre. Le roi annonce le départ à fon armée. » Le roi confulte fon chambellan, Perceval de Cologne, fur le lieu où il convient le mieux de combattre les infidèles. » Perceval engage le roi à fe diriger fur Alexandrie & à attaquer la ville un vendredi. Héfitation du roi. Il fe décide à faire voile vers Alexandrie. 28 feptembre. Départ de la flotte. Elle relâche en Afie- Mineure. 5-9 oflobre. Une fois loin des côtes, le roi annonce qu'il fe dirige fur Alexandrie. Il encourage fes gens, un moment ébranlés, jeudi 9 oflobre. Il jette l'ancre devant le vieux port d'Ale- xandrie, vendredi lo oftob. Il ordonne le débarquement. Les Sarrafins entrent dans la mer pour combattre les chrétiens. » Valeur du comte de Genevois, Amé- dée III. » Jean de Morpho & Simon de Thinoli fe diftinguent. » Belle conduite de Hugues de Lufignan & du vicomte de Turenne. » Bravoure du roi de Chypre. » Bermont de La Voulte & Perceval de Cologne rejoignent le roi dans la mer & combattent à fes côtés. » Exploits de Jean de Morpho & de Guy Le Baveux. 52 54 56 '5 57 16 58 59 ib. 17 60 61 63 64 18 ib. 65 67 19 68 69 ih. 20 70 7ï 74 21 2g6 TABLE CHRONOLOGIQUE. Page Note 1365 vendr. 1006I. Les croifés Ce trouvent réunis dans Teau au nombre d'environ 8000. 74 » Nombre confidérable des ennemis. 75 » Le combat continue avec acharnement dans les flots. ib. » Les croifés repouffent les Sarrafins hors de la mer & parviennent à gagner la plage. 76 » Les chevaliers de l'Hôpital, débarqués vers l'orient, prennent les Sarrafins à revers & les pourfuivent jufqu'à la porte de la ville. ib. i> La porte ayant été fermée malgré les efforts des croifés, le roi fait fonner la retraite. 77 B Le roi fait débarquer les chevaux & or- donne le repos. 78 » Il tient confeil. 80 » Avis d'un baron de l'armée pour ne pas tenter l'aflTaut. 81 i> Réponfe du roi pour l'oifenfive. 82 » Les croifés promettent de le fuivre. Le roi fait annoncer l'affaut. 83 » Le roi, après en avoir de nouveau conféré avec Percevai, décide qu'on attaquera la ville par la porte de la Douane. 84 B Percevai prend le commandement de l'at- taque & conduit les chevaliers à la porte de la Douane, où la bataille re- commence. 85 » La vigoureufe défenfe des Sarrafins oblige les chrétiens à s'éloigner des remparts. 86 » Percevai va chercher le roi, refté au corps de réferve avec les Hofpitaliers. 86 » Le roi met pied à terre &, un épieu à la main, attaque la porte de la Douane. 88 » Le feu eft mis à la porte. ib. » Un matelot & un écuyer pénètrent dans les remparts par un étroit conduit. 89 » Prife & fac d'Alexandrie. ib. » Le roi traverfe la ville pour aller rompre le pont qui conduit au Caire par la porte du Poivre. 91 » Il eft obligé de renoncer à fon entreprife & retourne vers les remparts. ib. TABLE CHRONOLOGIQUE. 297 Page Note 1365 veiulr. Tooft. Il repouffe les Sarrafins qui l'enveloppent & parvient à rentrer dans la ville. 93 » Il s'empare de toutes les portes de la ville & y met de bonnes gardes. 95 » Date précife de la prife d'Alexandrie. il). 23 » Le roi s'établit dans une greffe tour pour paffer la nuit. 96 » Un corps de Sarraiins parvient au milieu de la nuit à entrer dans la ville par la porte du Poivre. ?i. » Préoccupations du rpi durant la nuit. 97 1 1 o6lobre. Récit de la journée du famedi. 98 » Le roi contraint le corps farrafm à fortir de la ville & le pourfuit dans la cam- pagne. 7^. » Il convoque les barons à une affemblée fur la plage. 100 » Avis du vicomte de Turenne pour éva- cuer la ville, attendu l'impoffibiiité de la défendre. loi » Les croifés étrangers appuient l'avis du vicomte de Turenne. ib- » Réponfe du roi, qui engage les croifés à tenir ferme dans Alexandrie jufqu'à l'arrivée des fecours étrangers. 103 » Le légat Pierre de Thomas joint vaine- ment fes exhortations à celles du roi. 106 24 » Le roi parcourt la ville encourageant les fiens à la réfiftance. Un grand nombre de croifés abandonnent leurs chefs & regagnent la flotte. 107 » Les Sarrafins rentrent dans la ville. Le roi eft obligé de fe rembarquer. 108 a Vains efforts du roi & du légat pour re- tenir encore les croifés dans le port. 109 » Le roi fait voile vers l'ile de Chypre & débarque à Limaffol. ^b. B II remercie & récompenfe les chevaliers étrangers venus à fon aide. no 25 1 365-1 366 II confie à Bermond de la Voulte une ex- pédition que la tempête force à rentrer en Chypre. 1 1 • 1366 avril. Jean de Monftry allait diriger une nouvelle attaque fur les côtes ennemies, quand les circonftances engagent le roi à fuf- 38 298 TABLE CHRONOLOGIQUE. Piige Note 26 34 mai. jmn. 29 pendre les hoftilités contre le fiiltan d'Egypte. 114 1 366 avril-oftobre. Le fultan d'Egypte ayant févi contre tous les chrétiens de fes Etats après l'expé- dition d'Alexandrie, les Vénitiens lui envoient une ambaflTade pour s'excufer & demander le maintien de leurs pri- vilèges. 115 27, 28 » Réponfe du fultan aux réclamations des Vénitiens. 116 avril Les Vénitiens expofent au roi de Chypre les dommages que leur caufent les me- fures pril'es par le fultan. 118 » A la prière des Vénitiens, & dans Tef- poir d'obtenir une paix avantageufe, le roi décide qu'on n'attaquera pas les Etats du fultan. 1 19 » Il ordonne à Monftry de conduire la flotte contre les Turcs en Afie-Mineure. 120 avril-mai. Les Chypriotes attaquent fans fuccès le château de Candelore. » Réfignation du roi à la fuite de cet échec. 122 » Les négociations continuent, par les foins des Vénitiens, entre le roi de Chypre & le fultan. InfufRfance des pouvoirs don- nés aux premiers mefTagers égyptiens. Arrivée en Chypre de nouveaux négocia- teurs égyptiens amenés par les Véni- tiens. Conditions de la paix propofées par le roi aux émirs. » Les m.effagers égyptiens demandent que les ambafTadeurs chypriotes fe rendent au Caire pour traiter de la paix. » Fêtes données aux ambafladeurs égyp- tiens, juin- novembre. Le roi fait choix d'un de fes confeillers pour aller au Caire. » L'ambaffade chypriote ne parvient pas à conclure un traité. » Antoine rend compte au roi de fa miffion. novembre. Le roi fait réunir fa flotte Se fe difpofe à recommencer les hoftilités. » Il eft arrêté par la maladie. 1 366-1 367 Revenu à la fanté, il part avec la flotte. 121 30,31 ib. 1 23 124 32 126 ib. 127 128 129 130 ib. ib. 34 35 36 TABLE CHRONOLOGIQUE. 299 Page Note 1 366-1 367 Les mauvais temps empêchent tout dé- barquement & la Hotte rentre en Chypre. 131 » Le roi fait de nouveau appareiller fes navires. 13a hiver Le fultan, informé des dirpofitions du roi, fe réfout à lui envoyer de nouveaux né- gociateurs. 133 3^ » Le roi fufpend encore les hoftilités. 134 » Les bafes d'un traité avantageux font enfin arrêtées avec les émirs. ib. 1367 janv.-févr. Un Arménien vient annoncer au roi que les Turcs afllégent fon château de Gor- higos. 135 » Le roi charge fon frère, le prince d'An- tioche, d'aller fecourir Gorhigos. ib. » Defcriptioii du château de Gorhigos. 136 38 » Attaques répétées du Caraman contre Gorhigos. Le roi fait armer fix galères pour l'expédition. 137 » Principaux chevaliers de la première ga- lère montée par le prince d'Antioche. 138 39 » Seconde galère commandée par le Trico- plier du royaume, Jacques de Norès. ib. ■D Troifième galère commandée par Jean de Monftry. 139 40,41 » Quatrième galère commandée par Flori- mont de Lefparre. 142 » Cinquième galère commandée par Le Cordelier de Puignon. 143 » Sixième galère commandée par Bermond de la Voulte. 144 vendredi 26 février. Départ de quatre galères pour Gorhigos. 145 42 dimanche 28 févr. A peine débarqué, le prince dAntioche fait une fortie, fans vouloir engager le combat. 146 1) Efcarmouche imprudente du fire de Lef- parre. 147 » Arrivée de la galère de Monftry. ib. » Le prince d'Antioche tient confeil pour favoir s'il faut attaquer immédiatement l'ennemi retranché fur la montagne. 148 » On fe réfout à attendre l'arrivée de Ber- mond de la Voulte. 149 43 lundi lei" mars. On fe rend compte de la forte inftallation du Caraman. 150 ^oo TABLE CHRONOLOGIQUE. Page Noie 1367 lundi i^"" mars. I-es matelots de Monftry engagent pré- maturément une affaire, ï Un grand nombre de chevaliers & Monftry lui-même finiffent par prendre part à l'adion. , Un combat s'engage entre la montagne & le château. » Les chrétiens repouflfent les Turcs, mais font de nornbreufes pertes. » Mort Se éloge de Philippe d'Aumont. Bravoure d'autres chevaliers. 9 Sur les ordres du prince, les combattants rentrent au château. » Arrivée de Bermond de la Vouite. 2 mars. Les chevaliers font d'avis de demander des renforts au roi avant d'attaquer la forte poiîtion du Caraman fur la mon- tagne. ') On renvoie les fix galères en Chypre avec le Tricoplier & l'on fe renferme dans le château. 7 mars. Le Caraman s'étant porté en avant de fes machines pour s'approcher du château, on fe réfout à l'attaquer. » Le prince divife fes gens en trois batailles, qui marchent fur l'ennemi de trois côtés différents. » Confiance du Caraman fur Tiffue du combat. » Les Francs refoulent les Turcs au haut de la montagne, tournent les engins, s'emparent des premières tentes Si s'ar- rêtent pour prendre du repos. » Les Turcs font ébranlés &: troublés par l'impétuolîté de l'attaque. » Le Caraman rallie fes gens & les ramène au combat. » Le prince d'Antioche foutient le choc principal. » Le Caraman ell mis en déroute. B Pourfuite & malTacre des Turcs. 8 mars. Prife du camp ennemi. II mars. Retour du Tricoplier annonçant l'envoi . de fecours, déformais inutiles. 12-14 mars. Le prince d'Antioche laifTc quelques ren- 150 151 152 153 156 158 159 161 162 163 164 ib. 166 ib. 167 ib. 169 170 45 TABLE CHRONOLOGIQUE. 301 Page Note forts àGorhigos & ramène l'armée en Chypre. 1367 mars. Satisfaflion du roi. janvier-février. Suite des négociations pour le traité de paix. Détails liir quelques articles du projet de paix. » Le roi approuve le projet de traité & propofe d'envoyer des meflagers au Caire pour obtenir la ratification du fultan. » Il offre de remettre à l'ambafladeur tous les captils mufulmans & demande en échange les prifonniers chrétiens, înars. Le roi envoie le Tricoplier comme chef d'une ambaflade au Caire. » Le roi permet à quelques chevaliers d'ac- compagner le Tricoplier & refufe l'au- torifation à un grand nombre. » Motifs de ce refus. » Moyen qu'emploie Jean de Reims, de qui Machaut a fu tant de chofes, pour accompagner l'ainbaflade au Caire. » Départ des ambaffadeurs chrétiens & mufulmans pour l'Egypte. Leur arrivée à Alexandrie. » Odieux projets formés par l'émir Yelboga & par un renégat génois nommé Naf- fardin, pour faire avorter les négocia- tions. » Mauvaife foi des négociateurs arabes venus en Chypre. » Yelboga & NaflTardin fe propofent de paraître favorables aux ambaflfadeurs chrétiens pour les mieux tromper. » Mauvaifes difpofitions des Egyptiens à l'égard du projet de traité, qu'ils con- fidèrent comme trop avantageux aux chrétiens. » Yelboga eft maffacré. » Confufion des avis & des projets qui s'agitent autour du jeune fultan, au fujet du traité projeté, mars-avril. Les ambafladeurs chrétiens font hono- rablement accueillis à Alexandrie. » Joie générale à Alexandrie, lors de l'ar- rivée des prifonniers. 171 ib. 46 [49 172 47,48, 175 51 176 177 179 53 54 1S3 55 185 56 186 ib. 1S7 188 302 TABLE CHRONOLOGIQUE. Page Note i^Sj 3 avril. Les ambafiTadeurs chrétiens partent pour le Caire. 190 B Digreffion fur le Nil. ib. » Suite du voyage des ambaffadeurs vers le Caire. 191 58 6 avril. Magnifique réception qu'on leur fait au Caire. Satista6lion du peuple qui croit la paix afTurée. ib. avril-mai. Long féjour des ambaflTadeurs à Baby- lone & au Caire, dont ils vifitent les curiofités. 193 59 » Ils font conduits à l'audience du fultan. 194 » Cérémonial auquel on les aflreint pour approcher du fultan. 196 » Le Tricoplier de Chypre expofe au fultan l'objet de fa million & fe retire avec les autres ambaffadeurs. 197 » On envoie aux ambaffadeurs des robes d'honneur pour fe préfenter aux audiences fuivantes. 198 » Ils voient une féconde fois le fultan fans obtenir de réponfe. 199 » Avis contradiftoires émis dans le divan au fujet de la conduite à tenir vis-à-vis des ambaffadeurs. L'avis de refpe6ler leur fauf-conduit finit par prévaloir. ib. » Le divan fait préparer un nouveau traité moins favorable aux chrétiens. 200 » Eléphants & girafe du fultan. 201 26 mai. Le roi, informé des lenteurs volontaires que le divan du Caire apportait à la conclufion d'un traité, fe rend àRhodes avec une partie de fa flotte. ib. 60,61 juin-juillet. Des meffagers égyptiens, fans pouvoirs fuffifants, viennent à Rhodes propofer au roi de nouvelles conditions de paix, juillet-août. Le roi, convaincu que le fultan ne cherche qu'à prolonger les négociations, rentre en Chypre & fait armer fa flotte. 204 » Appréhenfions des Mufulmans. ib. feptembre. Le roi fe décide à aller attaquer Tripoli. 205 29 feptembre. Il ordonne le débarquement & débarque à fon tour. 206 » Vaillamment fécondé par les fiens, il bat les Sarrafms Se les refoule vers la ville. 207 TABLE CHRONOLOGIQUE. 303 Page Note 1367 29reptembre. 11 pénètre dans la ville & la livre au pil- lage. 209 » Defcription de la ville de Tripoli & de? beaux jardins qui Tenvironnent. 210 feptembre-OiSlobre. Le roi d'Arménie ayant demandé fecours au roi de Chypre, lui donne rendez-vous à Lajazzo. » Le roi Pierre fait voile vers Lajazzo. » Il faccage en pafTant Tortofe, Laodicée & Valénie. » Il débarque à Lajazzo malgré les Sarrafins, qu'il pourluit une lieue loin de la ville. » Il eft obligé de regagner la côte. » Il effaie vainement d'enlever le château de Lajazzo & reprend la mer. » Ne trouvant pas le roi d'Arménie au lieu convenu, il renonce à continuer la cam- pagne. » Son défir de revenir en Europe pour de- mander au pape la prédication d'un nouveau paffage. 5 oftobre. Il rentre en Chypre. » Entreprifes & forties de ce prince dont on ne parle pas. » Il mérite d'être nommé le dixième preux, th. » Préparatifs de fa nouvelle croifade. oftobre 1567- Il fe rend à Rome, -mars 1363. Raifons qui empêchent le pape de con- fentir à la publication d'une nouvelle croifade. mars-mai. Le pape engage le roi à reprendre les négociations de paix avec le fultan. mai-juin. Sur les inftances des villes commerçantes, le pape envoie au fultan une ambaflTade autorifée par le roi de Chypre à traiter de la paix. 24 juin. Départ des ambafladeurs. Réfultat de l'ambaflade. juin-feptembre. Le roi Pierre eft élu roi par les Armé- niens, août-feptembre. Il féjourne à Venife & s'embarque en cette ville (38 feptembre) pour fe rendre en Chypre, mars-avril. Avant que le roi de Chypre n'eût quitté Rome, le pape avait réconcilié Flori- 211 212 ib. 213 214 215 216 217 ib. 218 219 ib. ib. 222 66,67 ib. 223 304 TABLE CHRONOLOGIQUE. Page Note mont de Lefparre avec ce prince. Re- tour fur ces événements. Origine du différend de Florimont & du roi Pierre I^^". 224 1366 oilobre. Avec quelle haute eltime le roi avait accueilli Florimont à fon arrivée en Chypre & avait accepté fes fervices. rb. 69 1367 juillet-août. Lors des préparatifs de Texpédition de Tripoli, le roi calTe aux gages le fire de Lefparre. 225 70 » Le lire de Lefparre envoie un meffage au roi de Chypre & l'appelle en champ clos. 226 71 Rhodes, 3 août. Teneur de la lettre par laquelle le fire de Lefparre fe retire du fervice du roi de Chypre. 228 4 août. Seconde lettre par laquelle le fire de Lef- parre appelle le roi en champ clos. 230 août-feptenibre. Le roi, après avoir pris confeil, fe réfout à accepter le cartel de Lefparre Se lui notifie fa réfolution. 231 Chiti, 1 5 feptembre. Lettre du roi de Chypre à Florimont de Lefparre. qu'il afTigne à la St-Michel (29 feptembre) 1368 devant le roi de France. 232 feptembre. Perplexité de Florimont, au retour de fon mefTager. 233 72 feptembre-oftobre. Le roi de Chypre charge Perceval de fe rendre à Paris pour difpofer les apprêts du combat. 234 feptemb.-décemb. Perceval fe rend à Paris. 235 73 1368 févr.-mars. Le roi de Chypre étant venu à Rome, Florimont cherche vainement à ren- trer en grâce auprès de lui. Dé- marches du pape Se des cardinaux. ib. 3-8 avril. A Toccafion de la femaine fainte, le pape fait un nouvel effort pour dé- cider le roi de Chypre à accepter les excufes de Lefparre, promettant de fauvegarder en tout Thonneur royal. 236 74 » Confidérations diverfes qui difpofent le roi de Chypre à confentir à une ré- conciliation. 238 » Le roi s'en remet à tout^e que réglera le pape, pourvu que fon honneur de roi & de chevalier refte faut". 239 TABLE CHRONOLOGIQUE. ^Of Page Note 1368 8 avril. Le famedi faint, le pape convoque une grande réunion, pour réconcilier pu- bliquement le roi de Chypre & Flo- rimont. 240 » L'affemblée étant réunie, le pape s'a- dreflTe à Florimont & l'engage à pré- fenter fes excufes au roi. 24a » Florimont, à genoux devant le roi, re- connaît qu'il lui a manqué, retraite fes lettres & fon cartel, & proclame le roi un loyal chevalier. ib. » Sur les inftances de Taffemblée, le roi ac- corde fon pardon à Lefparre 244 » Florimont fert le roi à la collation, où la réconciliation eft de nouveau con- firmée, ib. » Le roi fait drefler une bulle rappelant les faits qui venaient de fe paflTer. 245 28 feptembre. Il part de Venife dans l'intention d'aller prochainement combattre les Sarra- fms en Arménie. ib. » Après avoir raconté les exploits & la vie du roi de Chypre. Machaut va raconter fa mort. 246 75 1369 janv. 16-17. Date précife du meurtre. 247 76,77 I 368. Evénements qui précèdent & amènent la mort du roi. Rapports imprudents de Jean Le Vicomte au roi lors de fon retour en Chypre. 248 78, 79 » Le prince d'Antioche & les barons trai- tent de calomnies les révélations de Jean Le Vicomte. 249 » Jean Le Vicomte maintient fon accufa- tion & en offre fon gage de bataille. 250 » Les barons indignés refufent d'autorifer le combat avec lui. 251 » La Haute Cour, à qui le roi abandonne le jugement de Jean, le condamne à la prifon perpétuelle. Sa mort. 252 80 » Trifte fort que valurent à Jean Le Vi- comte fes indifcrètes révélations. ib. » Le roi Pierre excufé de ce qui advint à Jean Le Vicomte, la loi de Chypre réfervant aux feuls barons le jugement de leurs pairs. 253 81 39 3o6 TABLE CHRONOLOGIQUE. Page Note 1368 La mère même du roi Pierre accufée, par Machaut, d'avoir approuvé le complot. 253 82 ■» Le prince d'Antioche prévient le roi, fon frère, du mécontentement des feigneurs & des dangers auxquels il eft expofé. 254 83 1369 janvier. Dernières circonftances qui déterminent le meurtre du roi. 255 1369 S janvier. Le comte de Tripoli, fils aîné du roi, s'empare de deux chiens de chalTe du vicomte de Nicofie, Henri de Giblet, qui étaient à fa convenance. ib. » Violente altercation du vicomte de Ni- cofie & de fon fils Jacques avec le comte de Tripoli. 256 1369 janvier. Le roi fait mettre aux fers Jacques de Giblet. 258 84 » II l'oblige à travailler avec les efclaves au château de la Marguerite, qu'il faifait conftruire. ib. » Il veut contraindre Marie de Giblet, fille du vicomte de Nicofie, à épou- fer un ferf. Extrême irritation du roi. 259 85, 86 » Traitements atroces que le roi fait fubir à Marie de Giblet en préfence de fon père. 260 87 » Les princes & les barons indignés de la conduite du roi. Regrets tardifs du prince. 262 u Au milieu de l'émotion générale, le pro- jet de tuer le roi eft irrévocablement arrêté par quelques feigneurs. ib. » Le roi s'ouvre à fes frères au fujet des craintes qu'il conçoit pour fa vie. 263 88,89 0 Les princes alTurent le roi de leur fidé- lité. 264 14-15 janvier. Le jeune Jacques de Giblet continue à travailler publiquement les fers aux pieds. 265 90 » Les conjurés arrêtent les difpofitions & le moment du meurtre. 266 91, 92 17 janvier. Les barons entrent de grand matin au palais pour exiger du roi de faire droit à leurs doléances. 267 TABLE CHRONOLOGIQUE. 307 Paçe Note 1369 I 7 janvier. janvier. A peine entrés dans la chambre du roi, trois chevaliers, le lire d'Arfur, Henri de Giblet &Jean de Gaurelles, fe préci- pitent fur le prince & le tuent. Obfèques du roi. Evénements qui fuivirent fa mort. Eloge du roi Pierre de Lufignan. 268 9Î 271 94 272 95 273 96 ERRATUM p. 23 au lieu de Taleyrand, lifez Talleyrand; & au v. 739 ajoutez [10]. P. 56 à la fin du vers 1839, ajoutez [16]. P. 59 au lieu de [16], lifez [17]. P. 72 dans la manchette, au lieu de Bremond, lifez Bermond. P. 95 au vers 3136, rétablir la manchette: Date pr'ecife de la prife d^ Alexandrie. Vendredi 10 oSlobre 1365. P. 147 à la fin du vers 4837, après rachaci'e, mettez une virgule & tranf- portez le point & virgule à la fin du vers 4838, après main. P. 149, 158 dans la manchette, au lieu de Brémond, Bremond, lifez Bermond. P. 152 au lieu de le Douin de Bowviller, lifez Jedouin de Bowvil/er. P. 155 à la fin du vers 51 11, mettez un point Si, virgule. P. i8r, vers 5961, placez fainte eflache dans le texte U fainte efcharpe du mf. A. dans les Variantes. P. 191 fupprimez mars dans la manchette. P. 268 dans la manchette, au lieu de Jacques d'Ibelin, lifez Philippe d'Ibelin. P. 290, n. 86, au lieu de Bubin, lifez Babin. TABLE ALPHABETIQUE DES MATIERES ABSUR(Lefire d'),chev. chypriote, voy. Ibelin (Philippe d'), fire d'Arfur. AcHiACH (Foulquaus d'), voy. Archiac (Foulques d"). Akaki, Acaqui, vill. de Chypre, diftri(5l de Morpho, entre Menico & Avlona, 290, n. 84. Alaia, v. d'Afie-Mineure, dans le golfe de Satalie, eft la ville que les Francs appelaient Candelore, 283, n. 31. Atayas, v. de la Petite Arménie, dans le golfe d'Alexandrette, voy. Lajazzo. Alexandre le grand, 218. Alexandrie, V. d'Egypte ; fa defcrip- tion générale, 61 ; — prophétie arabe relative à la prife de la ville un jour de vendredi, 62 ; — A. prife d'affaut & faccagée par le roi de Chypre, 89, 1 1 7 ; — date précife de cet événement, 95, & 2 8i,n. 23; fon Vieux Port, 62,67, 280, n. 19 ; — le Port Neuf ou Port oriental, à gauche delà ville, 76 ; 280, n. 19 ; — la Porte de la Douane, ou de YAdouane, 85-88, 280 ; — le Pont au delà de la ville fur la route du Caire, 91, 280 j — la Porte du Poivre, 91, 96, 280; nommée égale- ment la Porte St-Marc, 97 ; — groffe tour où s'établit le roi de Chypre, 96, 98 ; — la Rue du Poivre, 98, 280 ; — le roi de Chypre eft contraint de Tévacuer, 108-109; — rancune que la Prife d'Alexandrie laiflTa en Egypte contre les chrétiens, 115, 132, 183 ; — après l'évacuation, le fultan févit contre les chrétiens, 1 1 5 ; — droits qu'on payait à fa douane, 173 ; — fa diftance de Chypre, 181; — arrivée en cette ville de l'ambaflade du Tricoplier de Chypre, 188-189. ALix,reine de Chypre, voy.lBELiN. Allemands (Marchands), 184. Amédée III, comte de Genevois ou du pays de Genève, en Suiffe, 69. Amiral (L'), voy. Sur (Jean de) & MONSTRY (Jean de). Amiral deChypre & en même temps maréchal du roi, 69, 280, n. 20. Andreci, v. de France, voy. Lan- drecies. Anglais (Chevaliers), à la prife d'Alexandrie, 282, n. 24. Angleterre (Le roi d'), fuzerain de Florimont de Lefparre, 227, 230. Anjou (Duc d'), voy. Louis. Année (Commencement de 1') au 25 mars, 181. Antioche (Le prince d'), voy. Jean de Lufignan, frère de Pierre 1er. Antoine, Anthoinne, favant clerc du roi de Chypre chargé d'une ambaffade en Egypte, 128, 129; 3io TABLE ALPHABÉTIQUE. — eft peut-être Antoine de Ber- game, 283, n. 34. Aquilèe (Le patriarcat d') en lUyrie, au fond de l'Adriatique, 47. Aragon, v. Eléonore. Aragonais, fécondent les négocia- teurs chypriotes, pour obtenir la conclufion d'un traité de paix avec le fultan d'Egypte, 188,193. Archiac (Foulques d'),Foulquauj cTAchiach ou £ Archiach, chev. français, 140J — abandonne fa terre au roi d'Angleterre, pour refter homme du roi de France, 140 j — porte la bannière N. D. à l'expédition de Gorhigos, 140; — exécute un ordre du prince d'Antioche, 157. Arménie, Ermenie (Roy. de la Pe- tite), 20, 135, 136, 212; — en 1368, le roi Pierre de Lufignan projetait une nouvelle expédition au fecours de ce pays, 245 ; — Pierre I^"" de Lufignan, élu roi d'Arménie, 222, 287, n. 68. Arménie (Le roi d'), Léon VI ; — il donne rendez-vous à Pierre 1er, à Lajazzo pour attaquer les Turcs, 211, 216. Armes & engins de guerre du moyen âge; voy. Artillerie. Arsur (Le fire d'), voy. Ibelin (Philippe d'). Artillerie & engins de guerre du moyen âge, 55,81,101, 159,160. Artois (La gent d'), 117. - Afie-Mineure ou Turquie, 20, 120, 1 3 5 ; — fes relations avec l'île de Chypre, 278, n. 7. AlTifes de Jérufalem, 291, n. 95 ; — après le meurtre du roi Pierre 1er une commifTion delà Haute Cour eft chargée de rechercher le meil- leur exemplaire du Livre du comte de JafFa pour l'adopter comme loi, xxv-xxvj. Audiences du fultan d'Egypte (cé- rémonial des), 194-199. AuMONT, Omont (Philippe d'), chev. français, 141 ; — tué fous les murs de Gorhigos; fon éloge, 155, 156, 169. Autriche, Ojîeriche, duché d'Alle- magne, 32, 44: voy. Rodolphe IV. A'vignon, v. de France ; le roi de Chypre s'y trouve avec le roi de France, 21 : — la Cour apofto- lique, durant le féjour des papes à Avignon, nommée la Cour de Rome, 21. Babin & non Bubin (Raymond), chev., bouteiiler de Chypre, 290, n. 86 j c'eft chez lui que quelques chevaliers exafpérés arrêtent le projet de tuer le roi Pierre, xxiv. Babylone, v. d'Egypte, 120, 128, 193 ; — dite aufll Nouvelle-Ba- bylone, c'eft le Vieux-Caire, 286, n. 59. Baillida (Robert), chev. français, 141- Bannière N. D., drapeau de l'armée chypriote, 140, 162, 166. B.^quEViLLE (Le feigneur de), chev. de Normandie, 143, 284, n. 41. Barres (Jean des), chevalier, maré- chal de France, xxxv. Baruth, V. de Syrie; so^. Beyrouth. Bas (Le captai de), voy. BucH. Bajfenounje, voy. Pajfau. Bavière, Bai'viere, pays d'Alle- magne, 32. Beauvillier, Biauviller (Jean de), écuyer français, 178: — cf. Jean de Bouviller,écuyer flamand, 142. Be AUViLLi er, écrit Biauvillier, Bia- viller, Bouviliier, Bouviller (Jé- douin, Joudouin, Jodoin de), chevalier français, fervit dans l'armée du roi de Chypre & s'y diftingua, 140, 152 (où fon nom eft par erreur écrit Le Douin), 178,- — ferait fils de Guy le Baveux, 178} — eft vraifemblablement TABLE ALPHABÉTIQUE. 311 Gédoin de Beauvillier dont le P. Anfelme cite des aftes de 1327 à 1368, fans mentionner fon paf- ("age en Orient (t. IV, p. 706). Behaingne, voy. Bohême. BELLANGUEs(Le feigneur de),4 TABLE ALPHABETIQUE. Edouard, III, roi d'Angleterre ,21. Egypte (Le fultan d') févit contre les marchands chrétiens après la prife d'Alexandrie, 115; — cérémonial des audiences qu'il donne aux ambafladeurs chrétiens, 194- 199; — fes éléphants & fa girafe, 201 j — cérémonial du traité de paix conclu entre le fultan & le roi de Chypre en 1370, 282, n. 27 & 28 ; 2S5, n. 47. Egypte, fes douanes, 173; — fa lieue, 208. Egyptiens indigènes, peu propres aux armes, 61, 62. Eléonore d'Aragon , reine de Chypre, fille de Pierre, infant d'Aragon, comte de Ribagorça, 4e fils de Jayme II, roi d'Ara- gon, femme de Pierre l^^ de Lu- fignan ; accufée, peut-être à tort, de relations fecrètes avec Jean de Morpho, comte d'Edeflfe, 249, 288, n. 79; — défendue contre ces imputations par le prince d'Antioche, fon beau-frère, 250; — délaiffée par le roi fon mari, 288. Eléphants du fultan d'Egypte, 201. Endruet de Brabant, écuyer fla- mand, 142. Engins de guerre, voy. Armes & Artillerie. Epée (L'ordre de 1' , fondé par Pierre ler- defcription de fes emblèmes, 11, 12, 277. Epiceries, comme la cannelle & le fucre, cultivées à Tripoli de Syrie, 2 10-21 1. Erfurt, Erefort, v. de Pruffe, 28. Ermenie, voy. Arménie. Erefort, voy. Erfurt. Efcharpe (La fainte), & mieux la fainte Eftache, 181, v. 5961. Effelinguen, EJfelingue, fur le Neckar, V. du Wurtemberg, 27. Ellache (La fainte), voy. la Sainte Colonne de la flagellation. Eftaples, port de mer de Picardie, nom écrit pour la rime, 207. Efihonie (L'), EJîoe, Etoe, OJîoe, prov . de la Ruflie, 32. EsTOUTEViLLE (Le fire d'), cheva- lier de Normandie, feigneur de Torcy, 144. Ethiopie (L') , pays d'Afrique, 191. EuBON du Vergier , chevalier français, xxxvj. Euphrate (L'), fleuve, 191. EusTACHE Defchamps, voy. Des- champs. Famagoufie, v. de file de Chypre ; Famagoffe, 10, 171, 174, 177, 180. Fay (Oifellet du), chevalier fran- çais, 140. Fêtes, 3 5,45,-voy.Joûtes,Tournois. FÉTis (Mr), viij, x. Fiefs, achetés par des roturiers, qui deviennent nobles, xiij, xiv. Flavigny (Le fire de), chevalier français, en Orient, 145. Flotain (prieuré de), dans le Gati- nais, xiv, xxxj. Franc (Le), la Franconie. Franconie (La), le Franc, pays d'Allemagne, 27. FRigUANS (Monfeigneur Jean de), 284, n. 41. G Galles (Le prince de), 227. Galilée (Le prince de), voy. Hugues de Lufignan. Gand, Gant, v. de Belgique, 105. Gaurelle, Gaurele , Gaurelles, TABLE ALPHABÉTIQUE. s^r Gaverelles (Jean de), chevalier chypriote, 254; — fut l'un des trois meurtriers du roi Pierre 1er, 269. Gautier, voy. Conflans. Gauvains, le paladin des Romans, 73- Gaverelles, voy. Gaurelle. GÉDOiN, voy. Beauvillier. Génois, Genevois, leur force fur mer, 49; — fe joignent à Tam- baflade duTricoplier de Chypre pour aider à conclure la paix avec le fultan, 180, 188, 193. Genève, en Suiffe (Amédée III, comte de Genevois, de Genoive ou de), 69. Gent d'Artois (La), 117. GiBLET ou Gibelet (Henri de), vicomte de Nicofie, 255 ; — elt témoin des atroces traitements infligés par ordre de Pierre l'^'^ à fes enfants, 262, 265,289, n. 81 ; — fut l'un des trois meurtriers du prince, 269, 270; — polTédait le fief de Menico, 290, n. 84. GiBLET (Jacques de), fils d'Henri, 25 5 j — fon altercation avec le comte de Tripoli, fils du roi, 256-257, 290, n. 84; — atroce châtiment que lui inflige le roi, 258, 265. GiBLET (Marie de), fille d'Henri, vicomte de Nicofie, 255; — odieufe conduite du roi Pierre I^"^ à fon égard, 259-261 ; — elle était veuve de Hugues de Verny; le roi veut la contraindre à époufer un tailleur, 290, n. 86. Gien, v. de France, xxxj. Girafeou Arafe du fultan d'Egypte, 201. Glogau, Glagowve, v. dePruffe, 39. GoDEFROY de Bouillon. 3. Gorhigos, l'ancien Corycus, chez les Francs d'Orient Coure, v. & châ- teau de la Petite Arménie, fur la côte de Cilicie, vis-à-vis de l'île de Chypre (Dulaurier, /////. /i?>»z., t.I, p.xxxiij); — pris par Pierre I<^'' de Lufignan, 20 & 278 ; — fa garni fon chypriote aflTiégée par le grand Caraman, 135; — récit de l'expédition envoyée à fon fe- cours par le roi de Chypre, 1 35-171 j — defcription de la ville & du château, 136 ; — Haiton l'hiltorien en lut feigneur, 278, 284J — n'ed point, comme le dit Machaut, la Colchide (Colcos) où Jafon conquit la Toi- fon d'or, 137; — confervé par lesLufignans jufqu'en 144S, 284, n. 38. Gramboufa, ilôt; voy. Cramboufa. Grésille (^Pierre de), à l'expédition de Gorhigos, 141. Grimort (Perrin de) fert dans l'armée du roi de Chypre, 206. Griparie, forte de navire, 57. Guerrot, écuyer gafcon, fert dans l'armée du roi de Chypre, dé- barque le premier à l'attaque de Tripoli, 206. GuiBELiN, dans Machaut, pour Ibelin. Guyenne, prov. de France, aux Anglais, 227, 230. Gyon (Le), fleuve que l'on ci oyait fortir du Paradis terreftre, 191. H Handreffiy v. de France j voy. Lati- drecies. Haïton ou Hayton, l'hiftorien, feigneur de Gorhigos, 278, n. 7. Haute Cour du royaume (La); importance de cette inftitution dans les Etats latins d'Orient; feule la Haute Cour, & non le roi, peut condamner un lige, 2 89, n. 81, xxij, XXV. Hector, fils de Priam, 3, 21 S, 237. Hélène, femme de Paris, 66. Herford ou Herefort (Le comte de), chev. anglais dans l'armée du roi de Chypre, 206, 229. 5.6 TABLE ALPHABÉTIQUE. Hongrie (royaume de), 32, 38, 41 5 voy. Louis, roi de Hongrie. Hôpital ou de Rhodes (chevaliers de V), fécondent les entreprifes militaires du roi de Chypre, 52, 57» 59 ; — leur belle conduite au fiége d'Alexandrie, 76, 87. HosTES Boutellin, écuyer, 142. Hugues IV, roi de Chypre, père de Pierre kr, v. Lusignan. I Ibelin (Alix d'), mère du roi Pierre I^"", remariée après la mort d'Hugues IV avec Philippe de Brunl'wick, connétable de Jéru- falem, 265, 291, n. 90; — odieu- fement èc calomiiieufement ac- culée d'avoir pouflTé au meurtre de fon fils, 254, 288, n. 79, 290, n. 88. Ibelin (Jean d'), comte de JafFa & d'Alcalon, fire de Rama, auteur du Li'Vre des Affifes, fils de Philippe d'Ibelin & d'Alix de Montbéliard, 291, n. 95. Ibelin (Jean d') dit Guibelin, par Machaut, comte de JafFa (on ne fait pas fa généalogie) ; était en 1365 fur la flotte chypriote qui alla à R-hodes joindre le roi Pierre revenant de Venife, 279, n. 1 5 ; — ne peut donc être Jean d'Ibelin, fénéchal de Jérufalem, 284, n. 40 ; — avait pris part en 1367 à l'expédition deGorhigos, 138, 284, n. 39. Ibelin (Jean d'), fénéchal de Jéru- falem, accompagne le roi Pierre à fon premier voyage en Europe, 2 8 4, n. 40 • — il aurait été quelque temps au fervice du roi d'Angle- terre, ib. j — ne peut être le comte de JafFa, ib. Ibelin (Philippe & non Jacques, comme il eft imprimé par erreur à la manchette de la p. 268), fire d'Arfur, avait accompagné Pierre I^"" dans fon fécond voyage en Europe, l'un des commiffaires de la Haute Cour après la mort du roi Pierre, décapité en 1373 par les Génois [Hiji. de Chypre, t. II, p. 291, 335, 341. Mâchera, p.267,-Strambaldi,i 3 7V",Amadi, fol. 274)5 — prend part à l'expé- dition de Gorhigos, 284, n. 39 ; — fut l'un des meurtriers du roi Pierre lei' & lui porta les premiers coups, 262, 268, 269. Impérial ou Imperiali (Jean), ambafTadeur génois, envoyé au Caire, 176, 285, n. 52. Inde ou Tnde la majour, les grandes Indes, 107, 209. Ireouga, voy. Yelboga. J Jason, fa conquête de la Toifon d"or, 1 3 7 ; voy. Coichide. Jaucourt (Philippe de) , chev. français, 145. Jean II, roi de France, d'abord duc de Normandie ; — voit le roi de Chypre à Avignon, 21 ; — nommé par le pape chef de la future croifade, 22 ; — fa mort, 23 • — éloge de fa femme Bonne de Luxembourg, 24 (voy. ce nom) ; — fes fils, 25. Jean, duc de Berry, fils du roi Jean II, frère de Charles V, 255 — débiteur de Guillaume de Machaut, xvij. Jean de CarmefTon, relig. carme, fon panégyrique de Pierre de Thomas, 281, n. 24. Jean de Luxembourg ou Jean l'Aveugle, roi de Bohême ; — les enfants, 24, 33 ; — fon éloge, 24,25, 278, n. II, XV; — Machaut fut 30 ans fon fecrétaire, 24, xivj — combien Machaut garda pour lui de la reconnaifTance, 279, n. II, xvj — tué à Crécy, xiv. TABLE ALPHABÉTIQUE. 317 Jean de Monftry, amiral de Chypre; voy. Monstry. Jean de Mors,chev. ; voy.MoRPHO. JÉDOuiN, Gédoin; voy. Beau- VILLIER. 5'^/«/rt/^/«,v.dePaleltine; fa douane, 173. J'erufalem (Grands offices du royaume de), confervés dans le royaume de Chypre, 280, n. 20. JouDOUiN de Bouvilh'er,Biauvillier; voy. Beauvillier. Joure (Le), riv. du Frioul, 47. Joutes & tournais, 26, 42, 126. Jui.EP, émir égyptien, 199. Julien (St), 104. K Kalifch, Calis, Calix, v. du roy. de Pologne, 39. Khi, V. de Chypre j voy. Le Sliiid. Kojî, Kojia, V. de Siléfiej v. Cojîen. La Bove (Gaubert ouGobers de), chev. français, 141 ; — bleffé grièvement à Gorhigos, 153. Lajazzo, ville & port fortifié de la Petite Arménie, dite aufîl Alayas, Layas {Hijî. de Chypre, t. II, 74, n. 1 15, n. 267,_n. 304, 3^7, 53^) ; — fa defcription, 211 ; — le roi d'Arménie y donne rendez-vous au roi de Chypre pour attaquer les Turcs, 211 ; — le roi de Chypre y débarque malgré les Sarrafins, qu'il met en fuite, 2 1 3- 214J — il ne peut s'emparer du château, 215. La Liche, v. de la côte de Syrie, voy. Laodic'ee. La Marche (Thomas de), cheva- lier français, avait battu en champ clos Jean le Vicomte, chev. chy- priote, en Angleterre, 249. Lambequin de Le Conte, écuyer, 142. Lamenevain (Hervé de), écuyer breton, 142. Z,(3«i^/vfzV/, V. de France, au Moyen- Age Handre(fi, Andreci. Landreciesou Handreffi(Raoulin de), écuyer français, 142. Laodice'e, dite La Liche, v. de la côte de Syrie, auj. Lattaquié, fac- cagée par le roi de Chypre, 212. La Pradèle (de), voy. Raymond. La Queville (Le feigneur de), chev. de Normandie, 143. La Rivière (Jean de), fire de Préaux, chev. franc., 284, n. 41. Larnaca, v. de Chypre, voy. Les Salines. Larron (La croix du Bon), 10,277. Lascaris (Thomas), chev. grec, prend part à l'expédition de Gorhigos, 284, n. 39. La Voulte, feigneurie du Vivaraîs en Languedoc, fur la rive droite du Rhône, au N.-E. de Privas; un coufm de Bermond en était feigneur, 144. La Voulte (Bremond ou Ber- mond de la), chev. français au fer- vice du roi de Chypre, dont il fut chambellan ; — fa belle conduite au fiége d'Alexandrie en 1365, 72, 73, 75; — il était de Pro- vence, dit Machaut, 74 (mais plus exactement du Languedoc, voy. La Voulte); — chambellan du roi PierredeLufignan,! 1 1; — femble avoir été connu perfonnellement de Guillaume de Machaut, 1 1 1, V. 3669, xixj — le roi lui confie le commandement d'une defcente fur les côtes de Syrie, 111-114; — en 1367, commande une ga- lère à l'expédition de Gorhigos, 144, 145 ,• — un de fes coufms était fire de La Voulte, 144; — arrive à Gorhigos, 158; — fa bravoure à l'attaque de l'armée duCaraman, 162, 163, 164,168 j 3i8 TABLE ALPHABETIQUE. — fe diftingue à l'attaque de Tripoli, 2 07; — avait été à Conftantinople engager Flori- mont de Lefparre au fervice du roi de Chypre, 228. Le Baveux (Guy), chev. français, 74, 284, n. 41 ; — l'es deux fils (qui feraient Robert le Baveux & Jédouin de Beauvillier ; voy. ces noms), 74, 193,- — prend part à l'expédition de Gorhigos, 139, 147, 148, 151 ; — eft bleffé, 153; — obtient du roi la faveur d'accompagner avec fes fils Pam- baffade envoyée en 1367 au Caire, 178, 193. Le Baveux (Renaud), chev. fran- çais, coufin germain de Robert le Baveux Se par conféquent ne- veu de Guy de Baveux, 140, 151. Le Baveux (Robert), chev. fran- çais, fils de Guy Le Baveux, 140, 151, 178. Lebech, Lebeccio (Vent de), fouf- flant entre le S. & l'O, 185. Lebeuf (L'abbé), viij, ix. Le Caire ou ^11 aire (Le), capitale de l'Egypte, 116, 126, 127; magnifique réception qu'on y fait aux ambaffadeurs du roi de Chypre, 192-194; — détails divers, 193 ; — mille fois plus grand que Paris, 193; — le vieux Caire eft la nouvelle Ba- bylone ou la Babylone d'Egypte des croifés, 2S6, n. 59. Le Coche (Hervé), chev. français, 141. Le Conté ou La Comté (Lam- bequin de), écuyer, 142. Le Cordelier de Puignon ou Pingon, chev. normand,i43, 145. LeDouin de Bouviller, erreur pour Jedouin de Bouviller ; voy. Beauvillier. Légat(Le),voy.PiERRE deThomas. Lens, V. de France, 108. Le^id, château des rois de Chypre, fitué au village aéluel de Chiti ou Kiti, à l'O. de Larnaca & de la Scala, l'ancien Citium, 233,287, n. 72. Le Roux (Robert), chev. anglais, prend part à l'expédition de Go- rhigos, 138, 284, n. 41 ; — ac- compagne l'ambaffade chypriote au Caire, 178, 193. Lesparre (Florimont, fire de), che- valier de Gafcogne, commande la 4e galère en 1367 à l'expédi- tion de Gorhigos, 142-143, 145, 284, n. 39,- — fon efcarmouche imprudente, 147 ,• — eft bleffé à la main, 147; — remarque le premier la retraite du Caraman, 161 ; — fa bravoure dans le combat, 163, 164, 168 ; — long récit de fa querelle & de fa ré- conciliation avec le roi de Chypre, 224, 244; — origine de fon dif- férend avec le roi, 224 ; — les véritables circonftances du motif & du commencement de ce dif- férent reftéesobfcures, 287, n. 70; — avec quelle haute eftime il avait été d'abord accueilli par le roi, 224-225 ; — il eft caffé aux gages par le roi, au moment de l'expédi- tion de Tripoli, 225; — il défie le roi en champ clos en fe retirant de fon fervice, 226, 228, 230 ; — il était vaffal du roi d'Angle- terre, 227, 230, 287, n. 71 ; — le roi l'avait envoyé chercher à Conftantinople pour le prendre à fon fervice. 228; — temps pendant lequel il avait fervi le roi, en partie à fes frais, en partie à la folde du roi, 228, 287, n. 69 ; — le roi daigne accepter fon car- tel, 231 ; — Florimont cherche à rentrer en grâce auprès de lui, 235 ; — par la médiation du pape, le roi promet d'accepter fes excufes, 236, xxj ; — il pré- fente fes excufes au roi & le fert à la collation, où la réconciliation eft confirmée, 243-244 ; — il n'avait pas affifté à la prife d'A- lexandrie, 287, n. 69. Le Vicomte (Meffire Jean), chev. chypriote, nom de famille & non point de fonction ; — fes rapports imprudents fur ce qui s'était TABLE ALPHABETIQUE. P9 pafTé en Chypre en Tablence du roi Pierre, 248-249 ; — avait été déconfit en champ clos par Thomas de la Marche en Angle- terre, 249 ; — il maintient fes accufations malgré les dénéga- tions des barons chypriotes & offre fon gage de bataille, 250; — les barons indignés refufent d'autorifer le combat, 251 ; — la Haute Cour le condamne à la prifon perpétuelle j fa mort, 252-289, n. 80 ; — réflexions fur le fort que lui valurent fes indif- crètes révélations, 252-253,288, n. 79 ; — injuftement facrifié, 289, n. 81. Liegnitz, Liguenijfe, Li?tguenife,v.de Pruffe, 39. Lieues d'Egypte, 208. Liges ou chevaliers, ne peuvent être jugésque parla Haute Cour,289, n. 81, cf. 288, n. 78, xxij. Ligueniffe, Linguenife, voy. Liegnitz. Limajfol, Limijfo, Nimejfon, v. de Chypre, 110, 1 1 1, 124, 129 ; — fon palais ou château, 118. Lombards (Marchands), 184. Lombardie, province d'Italie, 47. Londres, V. cap. de l'Angleterre, 93. LoR (Vautier ou Gautier de), chev. français, 141. LoRNis (Jean de), chev. français, 141. Louis (St), roi de France, tait prifonnier en Egypte, 192 Louis, roi de Hongrie, 41. Louis , duc d'Anjou , fils de Charles V, 25. Louis de Bavière, empereur d'Allemagne, 24. Lûheck, Lubecque, v. de PruflTe, 29. LusiGNAN (Hugues IV de), roi de Chypre, père de Pierre 1'='^, mo- dère les penchants belliqueux de fon fils, 13, XX ; — il punit, puis pardonne la défobéiffance de Pierre, lorfque ce prince s'en- fuit de Chypre, 17-18; — mourut le looftobre 1359, 19,278, n.6. LusiGNAN (Hugues de), prince de Galilée, fénateur de Rome, neveu du roi Pierre !<='' de Lu- fignan, fils de Guy de Lulignan, prince de Galilée, connétable de Chypre (mort en 1346), & de Marie de Bourbon, époux de Marie de Morpho, fille aînée de Jean de Morpho, comted'EdefTe ; — fa belle conduite en 1365 au fiége dAlexandrie, 70. LusiGNAN (Jacques de), frère du roi Pierre I", connétable de Chypre, devenu lui-même roi de Chypre en 1382; — accompagne fon frère le prince d'Antioche dans l'expédition de Gorhigos en 1367, 138 ; — fon rôle dans le foulèvement des barons de Chypre contre le roi Pierre & au milieu des événements qui précèdent le meurtre du prince, 262, 263, 264. LusiGNAN (Jean de), prince d'An- tioche, frère du roi Pierre I^""; — prend le commandement de l'ex- pédition envoyée au fecours de Gorhigos en 1367, 136, 137; — récit de l'expédition, 146-171 j — il attaque vigoureufement l'ar- mée du Caraman & la met en fuite, 162, 166 ; — il ramène la flotte en Chypre, 171 ; — défend la reine Eléonore contre les im- putations de Jean le Vicomte, 250; — il prévient le roi du mé- contentement des feigneurs & des dangers auxquels il s'expofe ; im- portance de ce fait pour fa jufti- fication, 254, 289; — témoin du traitement atroce infligé par le roi aux enfants du vicomte de Nicofie, 262; — le roi s'ouvre à lui & à fon frère Jacques au fujet des craintes qu'il conçoit, 263 ; il s'excufe de certaines menaces qui femblaient s'adrefl"er à eux, 264 ; — accufé par Guillaume de Machaut d'avoir été le meur- trier du roi fon frère ; récit en- tièrement erroné de Machaut, 266-268, xxij ; — avait accom- pagné fon frère Pierre, alors comte de Tripoli , dans fon 320 TABLE ALPHABETIQUE. équipée de jeuneffe, 278, n. 5 ; — il commande la flotte qui va rejoindre le roi à Rhodes avant de marcher Tur Alexandrie, 279, n. 15 ; — prévient pluiïeurs fois le roi du mécontentement des barons, 289, n. 83, 291, n. 89. LusiGNAN (Pierre 1er de), roi de Chypre, porte le titre de comte de Tripoli, du vivant de fon père (voy. la table chronologique des fommaires, pag. 293) ; — doit être compté comme le 10^ des Preux, 218 j — éloges de ce prince, 218, 2735 — fa mère Alix dlbelln, 254, 289, 291 ; — né le 9 oftobre 1329, 5, 277^ — veut aller en Europe à l'infu de fon père, 16, 277, n. i j — fonde Tordre de l'Epée, 277, n. 4 ; — emmène le prince d'An- tioche dans fon équipée vers l'Europe, 278, n. 5 5 — couronné du vivant de fon père ,• dates éi lieu de fes deux couronnements, 278, n. 6; — date exafle de fon départ de Venife, 279, n. 13; — jour & moment précis de fon meurtre, 2 8 8, n. 76,- — vrais mo- tifs du mécontentement des ba- rons de Chypre contre lui, 2!?8, n. 78, 290, xxij — Teffroyable arbitraire auquel il le laiffe aller amène fa mort, xxj & fuiv. ; — obfervations Se détails fur les circonftances de fa mort, xxiv- xxv j — fes frères injurtement accufés d'avoir participé ou con- lenti à fon meurtre, 290, xxv. LusiGNAN (Pierre II de), fils de Pierre I^', comte de Tripoli fous le règne de fon père, prend deux beaux chiens de chaflfe, malgré le fils du vicomte de Nicofie, Jacques de Giblet- mal- heureux événements qui furent la fuite de cette altercation, 256 & fuiv., 258; traité conclu fous fon règne avec le fultan d'Egypte, 282, n. 27. Luxembourg, voy. Bonne, Char- les, Jean. M Machaut ou Machault,y. de Cham- pagne (dép. des Ardennes), x. Machaut, deux familles de ce nom, l'une noble, l'autre bour- geoife, au XI Ve fiècle, x, xj. Machaut (Eudes de), chevalier, père de Pierre de Machaut, x, xxxij, xxxiij. Machaut (Guillaume de), fervit longtemps la reine de France, Bonne de Luxembourg, fille du roi Jean de Bohême, 245 — fut 30 ans fecrétaire du roi Jean de Luxembourg, roi de Bohême, père de Bonne, 24-25 5 — femble avoir connu perfonnellementBer- mond de La Voulte, 1 1 1 ; — ■ fe nomme à la fin de fon récit, 274; — fon éloge de Jean de Luxem- bourg, 279, n. II j — notions fur fanaiffance, fa vie, fes œuvres & fa mort, ix xviij ; — examen critique de (n Prife d' Alexandrie, xviij-xxvj. Machaut (Guillaume de), fils de MonfeigneurPierrede Machaut, n'eft pas l'auteur de la Prife d'Alexandrie, xij, xxxiv. Mach.^ut (Hémard de), fils de Jean, bourgeois, xxxvj. Machaut (Jean de), fils de Mgr. Pierre de Machaut, xxxv; voy. les obfervations au dernier J de Pierre. Machaut (Jean de), chevalier, xj. Machaut (Jean de), bourgeois de Chalons-fur-Marne, anobli par Charles V, xj. Machaut (Jeanne de), fille du chevalier Eudes de Machaut, femme de Pierre de Chambly, xxxiij . MACHAUT(Mgr.Pierre de), cheva- lier, chambellan du roi, xi, xxxij, TABLE ALPHABÉTIQUE. 321 xxxiij, xxxiv ; — fa veuve Ifa- belle,xxxiv,- — fes enfants Pierre, Guillaume & Jeanne, xxxiv j — autre enfant Jean, xxxv. Qu'on remarque ces mots de la cédule: « Ledit Monfeigneur Jehan de « Machau ». Ledit femble indi- quer qu'il a été déjà fait mention de Jean dans la pièce,- & c'eft pourtant la première fois qu'on le nomme. Qu'on remarque, en outre, que dans l'énumération des enfants de Pierre de Machaut figurent deux Guillaume. N'au- rait-on pas écrit par erreur dans cette ligne, comme dans la ru- brique, le premier nom de Guil- laume au lieu de Jean ? Machaut (Robert de), panetier du roi, xxxvj. Machaut d'Arnouville (famille de),xj. Mâchera (Léonce), chroniqueur chypriote, xxij, xxviij. Mailly (Jacques de), chev. fran- çais, 140. Maizières (Philippe de), chance- lier du roi de Chypre, préfent à la prife d'Alexandrie, 28i,n. 25J — la vie qu'il a écrite de fon ami le B.Pierre de Thomas, 281, n. 23,24 ; — fon enthoufiafme& fes exagérations, 281-282, n. 24^ — n'eft pas équitable à l'égard des frères du roiPierre, 290, n. 88, xxij, XXV. Maréchaux de Chypre &c de Jéru- falem, il y en avait prefque toujours deux fimultanément en titre, 280, n. 20; — l'un pouvait être en même temps chargé de l'amirauté, 280. Marguerite (Sainte) , fes mi- racles, 15. Marguerite (La), château conftruit par Pierre 1er auprès de Nicofie, 259, 265, 290, n. 85. Marine, voy. Navires. Menico, v. de Chypre, dans le Morpho, fief appartennant aux Giblel, 290, n. 84. Metz, v. autrefois à la France, 42. Milles, mefure de longueur, 181. Miftricordieufe (Chapelle de la), près Nicofie, 290, n. 85. Mifnie (Marquifat de) ou de Mijfe, de l'ancienne ville de Mei£'en, près de Drefde, en Saxe, 28, 32. MijJ'e (Marquifat de), la Mifnie. MoNBOUCHiER (Le feigneur de), chev. français, 145. MoNSTRY (Jean de), amiral de Chypre (fuivant Machaut) en 1366 & 1367, 114, 153 & cf. 281, n. 20, 287, n. 70 ; — en 1366, chargé comme amiral de Chypre d'une expédition en Afie-Mineure, 120- — com- mande la 3<= galère en 1367, à l'expédition de Gorhigos, 139, 145 ; — fon arrivée à Gorhigos, 147J — fes matelots engagent inconfidérément une affaire avec les Turcs en fon abfence, 150,- — • eft bleffé, 153; — à l'attaque de Tripoli, en 1367, défigné feulement fous le titre d'amiral, 20,6. Montargis, v. du Gatinais (dép. du Loiret), xvj, xxxj, xxxij • — le prieuré de Montargis, xxxj, xxxij; — la forêt de Montargis, xxxiv. MoNTGESARD (Jacques de), 284, n. 39. Mont S. Croix ou Sta'vro Vouni, montagne de Chypre près de Larnaca, 10, 277. Mora'vie, Morale, pays d'Alle- magne, 32. MoRPHO (Jean de) , comte d'Edeffe, de Roha ou Rohais, nommé dans Machaut Jean de Mors ou del Morf, chev. chy- priote, maréchal de Chypre (voy. Hijl de Chypre, t. III, 741, n.),- — fes exploits à l'expédition d'Alexandrie, 74; monte fur la première galère à l'expédition de Gorhigos, 138; — accufé d'entre- tenir des relations avec la reine Eléonore d'Aragon, femme de Pierre I^r de Lufignan, 24.9, 288, n. 79; — témoin des atroces 41 :522 TABLE ALPHABÉTIQUE. traitements infligés par le roi Pierre aux enfants du vicomte de Nicofie, 262; — maréchal de Chypre en 1365, 280, n. 20. Mufes d'Auflay, inftrum. de mu- fique, 36. Mufique (noms de plufieurs inftru- ments de), 35, 56. Nantouillet (Le feigneur de), chev. français, 140. Nassardin, émir égyptien, renégat génois; — fes mauvaifes difpofi- tions à l'égard des chrétiens, 182, 185-187, 190. Navires divers du moyen âgé, 57, 279, n. 165281, n. 22 5283, n. 35. Neujiadt, Nuiftat , au S.-O. de Gl'Jgau, fur la Broudnitz, v. de Pruffe, 39. Nicojîe, V. cap. de l'île de Chypre; ^ (le vicomte de) voy. Henri de Giblet; (Raymond, archev. de) 288, n. 73. Nil (Digreflion fur le), 190. Nimejfon, v. de Chypre ; voy. Li- majjol. Nobleffe, fouvent obtenue par les roturieES,moyennantracquifition de fiefs, xiij-xiv. NoRÈs (Jacques de), dit Le Trico- plier, tricoplier de Chypre, 262; — commande une galère à l'ex- pédition de Gorhigos, 138, 145 ; — chargé d'aller chercher des renforts en Chypre, 159; — revient avec des renforts quand le Caraman avait été déjà mis en fuite, 170; — chef d'une am- baflade envoyée au Caire, 177, 193, 197; — récit de Tambaf- fade, 188-201. NoRÈs (Simon de), chev. chypriote, 284, n. 39. Nuijîadt, voy. Neuftadt. Ogier (Le Plaît), 109. Omont (Philippe d') , voy. Au- mont. Ordre de l'épée, ordre de cheva- lerie, fondé par Pierre I^"^ de Lu- fignan, 11, 12, 277. Ofteriche (U), l'Autriche. OJke (Z,'), voy. EJîhonie. Pampelune, v. d'Efpagne, 105. Panfiles, efpèce de navires, 57. Paradis terreftre (Le), 191. Paris (M'" Paulin), viij, xvij. Paris, V. cap. de la France, infini- ment plus petit que le Caire, 193. Pa^au,Ba.fCenouve,Ba[enouve,v . de Bavière, 39. Pastés, Pâté (Jean), chev. fran- çais, prend vaillamment part à l'expédition de Gorhigos, 139, 147. i49>_ 151» 284, n. 41; — avait fervi en Allemagne fous le roi de Bohême, Jean de Luxem- bourg, 149; — eil blefle à Gor- higos, 153. Parcourt, en latin Pauca Curia, v. du Gatinais au milieu de la forêt de Montargis (Loiret), xxxiv. Pèlerinage au Saint-Sépulcre fou- mis à des tributs par les Sarrafins, 124, 125,174, 283,_n. 33; —le tribut était de 5 florins par tête. TABLE ALPHABÉTIQUE. 3n i74j — protégés par les confuls français, 283, n. 33. Perceval, Percevaux, chev., voy. Cologne. PÉRiGORD ou de Pierregort (Le cardinal de), voy. Talleyrand. Petit (Jacques), chev. chypriote, 138. Philippe le Bel, roi de France, ix, xiij, xiv. Philippe de Valois, roi de France, xvj. Philippe, duc de Bourgogne, fils de Charles V, 25. Phyjfon (Le), fleuve que l'on croyait au moyen âge fortir du Paradis terreftre, 191. Pierre I, Pierre II, v. Lusignan. Pierre de Thomas, patriarche de C. P., légat en Orient, ami de Phi- lippe de Maizières ; fe trouve à la prife d'Alexandrie, io6- — eflfaie vainement d'empêcher l'évacua- tion de la ville, 109, 281 j — notice fur ce perfonnage, 28 1, n. 24. Pierregort, voy. Périgord. PiSAN(Chriftine de), a répété les ac- cufations vulgaires portées contre les frères du roi de Chypre, xxij, XXV. Plait Ogier (Le), 109. PoissY (Gilles de), chev. français, 140. Pologne (La), Poulainne, ancien roy. d'Europe, 32, xv ,- voy. Cafimir III. Pologne (Jacques de),chev.,283, n. 37. Pom'eranie (La), Poumerelle, prov. de la PruflTe, 32. Pompée, grand capitaine, 1 17, 121. Pont (Thibaut du) , chevalier français, 143 5 danger qu'il court à Gorhigos, 147. Poulaimie (La), la Pologne. Poumerelle (La), la Poméranie. PouviLLE (Jean de Bouilly ou de), chevalier français, xiij. Prince (Le), défigne dans Ma- chaut Jean de Lufignan, frère du roi Pierre I'^"', prince d'An- tioche. Prague, v. de Bohême, réfidence de l'empereur d'Allemagne, 30, 33- Préaux (Jean de la Rivière, fire de), chev. français, 284, n. 41. Preux (Pierre 1er, roi de Chypre, digne d'être nommé le 10^ des), 218. Prujfe, Prufce, pays d'Europe, 32. PucHAY (Mgr. du), 284, n. 41. PuiGNON, Pingnon ou Pingon (Le Cordelier de), chev. normand, 143- Sluaire (Le), voy. le Caire. Siuarateinne, voy. Carinthie. R Rabette, chev. français, prend part à la croifade du roi de Chypre, 145. Raccanelli ou Raguenel (Pierre), ambaffadeur génois envoyé au Caire, 176, 285, n. 51 & 52. Ranguenite, v. de la RuflTie occid. ou peut-être la province de Ru- thénie, 32. Raymond de la Pradèle, originaire du Périgord, archev. de Nicofie, 2S8, n. 73- Reims, v. de France, 25. Reims (Jean de), écuyer français, prend part en 1367 à l'expédition 324 TABLE ALPHABETIQUE. de Gorhigos, 142 j — fon éloge, 179,- — demande vainement au roi de Chypre l'autorifation d'ac- compagner Jacques de Norès dans fon ambaflade au Caire, 179; — parvient à être reçu parmi les commenfaux de Tun des négociateurs génois & fuit ainfi l'ambaflade, 180; — récit de rambaffade, 188-201 ; — c'eft lui qui raconta à Guillaume de Machaut les événements de Gorhigos, du Caire, d'Alexan- drie & de Tripoli auxquels il avait afTifté, 180, xxj — exaé\i- tude & haute valeur de fes in- formations, xxj, xxvj. Reine (La), voy. Eléonore d'A- ragon. Reliques; la fainte Colonne, 174; — la fainte Efcharpe ou la fainte Eftache, 181. Renouard, Renouart, un des preux des chanfons de gefte, 66. Résigny, Rofigny,Rofrigny(Man- fart, Menfaus de), écuyer fran- çais, 141 ; — bleffé à Gorhigos, 153 ; — fa bravoure, 156. Rhodes (ile de), 230; — le roi de Chypre y féjourne, 52; — la flotte chypriote vient l'y rejoindre avant que le roi ne fit voile vers Alexandrie, 56, 5 7, 279, n. 1 5-1 8 ; voy. chev. de l'Hôpital. Rive (L'abbé); fa notice fur G. de Machaut, viij, ix. RocHEFORT (Jean de) , chev. breton, 143, 287, n. 70 ; — fecourt Thibaut de Pont dans un combat, 147; — fa bravoure, '55 5 — bleffé grièvement ^ Gorhigos, 157. Rodolphe IV, duc d'Autriche, 44-4.6. Roha, Rohais, Rohas, Rouhais (Le comte de), efl: le comte d'Edeffe & de Morpho; voy. MoRPHO (Jean de). Roman de la Rofe (Le), 262. Rome, en Italie, le roi de Chypre y féjourne en 1368, 219. Rome (La cour de), pour la cour d'Avignon, 21. Rofette, Koiiffet, v. d'Egypte, 1 92. RosiGNY (de), voy. Résigny. Ru[fte (La), pays d'Europe, xv. Saint-Denis (Fête de la), 96. Saint-Martin (Le feigneur de), chev. français, 141. Saint Sépulcre (Le), voy. Pèleri- nage, Tribut. Sainte Sophie deNicofie (églife de), 272. Saintes, v. de France, 140. Sujette, V. de Syrie, eft Sidon. Salines (Les), nom de la ville de Larnacaou LaScala, en Chypre, auprès de laquelle font les Sa- lines de Saint-Lazare. Les ruines de l'ancien Cttium s'étendent prin- cipalement entre La Scala & Lar- naca; 254, 277. Sassenage ou Chaffenages (Le fire de), chev. dauphinois, fervit fous le roi de Chypre, 144. Sajfogne (La), la Saxe. Satatie, l'ancienne Attalea,v. d'Afie- Mineure, prife par le roi de Chypre, 20; - — fon golfe, 280, n. 18. Saux, Saus (Guillaume de), chev. français, 140; — bleffé à Gor- higos, 153. Saux (Jean de), chev. français, 141. Saxe (La), Sajfongne, pays d'Alle- magne, 29. Scala (La), v. de Chypre ; voy. les Salines. ScANDELiON (Echive de), noble dame chypriote, était auprès du roi Pierre 1er la nuit où il fut tué, 28S, n. 77, xxiv. Schnveidnifz, Snjedeniffe , v. de Bohême, 39. TABLE ALPHABÉTIQUE. 32^ Sedamour, émir égyptien, très-hof- tile aux chrétiens, 159. Sens, V. de France; la rue S. An- toine, xxxiij; — Tabbaye de St-Pierre-le-Vif, xxxiij. Sè'viUe, V. d'Efpagne, 225. Sidon, Sujette, v. de Syrie ; (a douane, 173 SovAiN (Jean de), chev. d'An- jou, 143; — bleffé à Gorhigos, 147- Strambaldi ou Strambali (Dio- mède), chroniqueur chypriote, xxij, xxviij. Sucre , récolté aux environs de Tripoli, 21 1. Suedenijje, S'vedenijfe, voy.Sc/i^Tveid- nitz. Sur, V. de Syrie, eft Tyr. Sur (Jean de), amiral de Chypre, 279, n. 15 ; 280, n. 20. Syrie (douanes de), 173. T Tafourées, taforèfes, navires à porter les chevaux, 57, n. 16, 281, n. 22. Tallanville (Mgr. de), roi d'Yvetot, 284, n. 41. Talleyrand de Périgord (Le cardinal Elle) , év. d'Albano, 22, 23 j — fon tombeau & l'on épitaphe retrouvés à Rome, 278, n. 10. Tapis de Turquie, 196. Tarbé (M.), viij. Taure (Le), v. Torre (Le). Tavernes, mauvais lieux, 186. 'Thejfalie (La), contrée d'Europe, 117. Thinoli ou de Thinoli (Simon), chev. chypriote, dont le nom s'eft écrit Thinoly, Thynoly, Ti- nory, linourts, Thenouri,Tenouri, était maréchal de Jérufalem ,• il avait fervi les rois de France Charles V & Jean I^"", dans leurs guerres contre les Anglais {Hifl. de Chypre, t. II, p. 116, n. ; cf. ib., p. 179),- il accompagna le roi Pierre dans fes voyages en Europe {ib. p. 249, 254, 291, 302, 308); — maréchal du roi de Chypre, 69, 75, v. 2476, 280, n. 20,- — prend part à Pexpédition de Gorhigos, 138. Thomas (S^), 106. Thomas (Pierre de), patriarche, voy. Pierre. l/iuringe (La), la Duringue, pays d'Allemagne, 27. Thynoly, voy. Thinoli. Tigre (Le), Heuve d'Afie, 191. ToRCY, en Normandie (Le fire d'Eltouteville , feigneur de), 144. Torr^ (Le), le Taure, riv. du Frioul, qui paflTe à TE. d'Udine & (e jette dans le Lifonzo au-deffus d'Aquiiée, 47. Tortofe, Tourtouze, v. de la côte de Syrie, faccagée par le roi de Chypre, 312. TouRAiNE (Le vicomte de), voy. TURENNE. Tribouillart de Tribouville, chev. français, 145. Tribut ou treuage, exigé des pèle- rins fe rendant au St-Sépulcre, 124-126, 283, n. 3 3,- — il était de 5 florins, 174. Tricoplier (Le), voy. Norès (Jac- ques de). Trinay, enBeauce (dép. du Loiret), XXX, xxxj. Tripoli, Triple, v. de Syrie, 212; — fa douane, 173; — • le roi de Chypre fe décide à l'attaquer, 205, 254; — eft mife au pil- lage, 209; — defcription de la ville & de fes beaux jardins, 2!0; — lors des préparatifs de Texpédition préparée contre la ville, le roi avait calfé aux gages le fire de Leiparre, 225. Tripoli (Comte de), titre du roi Pierre 1'=' de Lufignan avant fon avènement au trône, devient à 326 TABLE ALPHABÉTIQUE. cette époque le titre & le nom de fon fils, Pierre II de Lufignan. Tyr, Sur, v. de Syrie,- fes douanes, 173. TuRENNE (Le vicomte de), fa belle conduite à la prife d'Alexandrie, 70; — eft d'avis d'évacuer la ville, qu'on ne pouvait défendre, loi, 102; — blâmé à tort à ce fujet par Philippe de Maizières, 282, n. 24. Turquie, au Moyen Age, l'Afie- Mineure, 20, 120, 135; — fes tapis, 196. U Urbain V, pape, reçoit le roi de Chypre à Avignon, 21 ; — féconde fes projets de croifade, 22 ; — reçoit le roi à Rome en 1368, 219 j — raifons qui Tem- pêchent de confentir à la publi- cation delà nouvelle croifade de- mandée par le roi, 2 19-2 20 j — il l'engage à faire la paix avec le fuitan, 220; — il engage les communes à envoyer des am- baffadeurs au fuitan, 221-222; — parvient à réconcilier le roi de Chypre & Florimont, fire de Lefparre, en fauvegardant l'hon- neur royal, 224-24.4; — il en- gage le roi à rappeler Eléonore d'Aragon, fa femme légitime, & à refufer le Cartel de Florimont de Lefparre, 288. Val'enie, v. de la côte de Syrie, entre Laodicée & Tripoli, appelée Va- lence, pour la rime, 212; — fac- cagée par le roi de Chypre, 212. Vendieres (Jean de), chev. fran- çais, 141. Venife (Ville de), le roi de Chypre y féjourne en 1364, 47-50; — il y féjourne de nouveau en 1368, 223,287; — emblèmesde l'ordre de l'Epée fondé par le roi de Chypre, repréfentésfur un palais du Grand Canal, 27S, n. 4. VÉNITIENS, requis par le roi de Chypre de concourir à fa croi- fade, 48 ; — promettent de lui louer des galères, 49; — atteints dans leurs intérêts par l'expédi- tion du roi, 115, 118, 125 ; — s'excufent auprès du fuitan & s'emploient à la négociation d'un traitéde paix, 1 16-1 19, 122-124, 282, n. 27 à 28 ; — combien ils étaient peu difpofés en faveur de la croifade du roi de Chypre, 279, n. I 3 ; — s'efforcent de dé- tourner fur l'Afie- Mineure & contre les Turcs les expéditions préparées contre les Arabes de Syrie & d'Egypte, 282, n. 27; — leur trop grand empreffement à annoncer la conclufion de la paix, après l'expédition d'Alexandrie, nuit aux négociations mêmes dont ils s'occupaient, 282, n. 27 & 28 ; — le roi fe plaint d'avoir été trompé par eux, 283, n. 35. VÉRAIN (Affirmation par S^), 139. Vergier (Du), voy. Eubon. Verneuil (Hugues, Hues de), chev. français, 145. Verny (Hugues de), chev. chy- priote, 290, n. 86. Vicomte ou Le Vicomte, famille chypriote, voy. Le Vicomte. Vicomte de Nicofie (Le) ; voy. GiBLET (Henri de). Vienne, cap. de l'Autriche, 43. Vîmes (Le feigneur de), en Nor- mandie, 144. Vimeu (Le), pays de Normandie, 144. Voir-Dit (Le livre du), ouvrage de Guili. de Machaut, xvij. TABLE alphabétique:. 327 Yelboga, Irbouga,émir égyptien, fes mauvaifes difpofitions à l'é- gard des chrétiens, 182, 185- 186; — eft tué par les fiens, 186-187. Tnde, voy. Inde. Tpre, V. de Flandre, 233. YvETOT (Mgr. de Tailanville, roi d'), 284, n. 41. Achevé d'imprimer le XXX avril M.D.CCC.LXXVii * GENÈVE Imprimerie J.-G. Fick SOCIÉTÉ PUBLICATION DE TEXTES RELATIFS A L'HISTOIRE & A LA GÉOGRAPHIE L'ORIENT LATIN STATUTS LT 12S c iî9 GE!;^EVE Imprimerie Jules-Guillaume Fick 1877 L' (Académie des Infcripnons & 'Belles-Lettres a entre- pris, & pourfuit avec perfévérance la publication du Recueil des Hifloriens des Croifades, œuvre mo- numentale, dejîinée déformais à fervir de fondement à toute étude hifîorique férieufe fur /'ORIENT LaTIN (royaumes de Jérufalem, de Chypre & d^cArménie, principautés dcAn- tioche & d'cAchaïe, empire latin de Confiantinople). éMais, en dehors de ces textes étendus , &, pour ainfi dire, claffiques, il exijie, dans les dépôts publics de F Europe, une grande quantité de documents hiftoriques & géographiques d'ordre fecondaire : ces documents, ou encore inédits, ou devenus dune rareté telle, que certaines pièces de Terre- Sainte arrivent aujourd'hui à atteindre, dans les ventes pu- bliques, de véritables prix de famaifie, ne f auraient, avant de longues années, trouver place dans le Recueil académique : le plus grand nombre d'ailleurs, & en particulier les pèleri- nages en Terre-Sainte, ont été, dès le principe, écartés du plan de cette colleâion. Il a donc femblé qu il pourrait y avoir une certaine utilité à raffembler & à publier, fur un type & d'après des règles uni- formes, ces matériaux divers, dont la (impie bibliographie efl encore, en partie, à faire, &qui, pourtant, une fois réunis, feront d'un fi grand fecours, f oit pour ïhifioire du zMoyen- cAgCyfoit même pour l'archéologie biblique. Cefi dans cet efprit, & pour faiisfaire à la fois, & aux déjîrs des bibliophiles, & aux befoins des travailleurs , que s'eji formée, à l'imitation des clubs anglais, la Société DE l'Orient Latin. SOCIÉTÉ POUR LA TWBLICcATIO^ VE TEXTES RELATIFS A L'HISTOIRE ET A LA GÉOGRAPHIE DE L'ORIENT LATIN I RÈGLEMENT GÉNÉRAL l^-jRTICLE I. La Société fe compofe de cin- quante membres titulaires français ou étran- ,,J sers. oirt. 2. Les établiflfements publics de la France & de l'étranger peuvent être infcrits comme membres titulaires de la Société, julqu'à concurrence du nombre de fix ; ils font repréientés au fein de la Société, foit par leurs chefs refpeétifs, loit par des man- dataires, préalablement agréés par le préfident de la Société. cAn. 3. Chaque membre titulaire s'engage à verfer, chaque année, en recevant les publications de la Société, une fomme de cinquante francs. c4rt. 4. Les membres titulaires^ non réiîdant à Paris, doivent y être repréfentés par un correfpondant chargé de recevoir, en leur nom, les publications de la Société & de verfer leur cotifation annuelle. Société de l'Orient latin. (Art. '^. Les membres mulaires fe réunifTent, une fois par an, en féance générale, à Paris, dans le mois qui fuit les fêtes de Pâques. cArt. 6. Les membres titulaires, non réfidant à Paris, peuvent fe faire repréfenter dans les affemblées géné- rales, en vertu d'un mandat écrit, adreffé en temps utile au fecrétaire-tréforier. Ce mandat doit porter le nom d'un des membres titulaires réfidant à Paris, auquel il confère une nouvelle voix délibérative j cependant un feul & même membre titulaire ne peut réunir en fa per- fonne plus de cinq de ces voix lubftituées. cArt. 7. Dans cette féance annuelle, la Société procède aux éleélions en remplacement des membres titulaires, décédés ou démiflîonnaires, à la vérification des comptes de l'exercice précédent, à la défignation des publica- tions de l'exercice fuivant. oArt. 8. La Société, en dehors de fes féances, eft repréfentée, d'une façon permanente, par un Comité de dire(flion, faifant foncflion de bureau, nommé pour trois ans ôc rééligible. oArt. 9. Le Comité de diredion fe compofe de: I préfident, I vice-préfident, I fecrétaire-tréforier, I fecrétaire-adjoint, 4 commiffaires refponfables. cArt. 10. Le Comité de direélion peut, en cas de befoin, s'aiTurer le concours de un ou plufieurs commil- faires refponfables adjoints, qui ont voix confultative, & peuvent être pris hors du fein de la Société. oiri. 1 1 . Le Comité de direélion fe réunit, au moins trois fois, dans le premier femeflre de chaque année, au domicile de l'un de fes membres; il peut, en cas Tublicatiotis. 5 d'urgence, convoquer une leance générale extraordi- naire de la Société. cAn. 12. La Société s'adjoint, Tous le nom dCaJfociés- foufcripteurs^ les perlonnes & les établiiïements publics, français & étrangers, qui délirent recevoir régulière- ment les publications de la Société ; le nombre de ces ajjociés-foufcripieurs ne peut dépalTer deux cents. (An. i^. Les affociés-foufcripteurs font tenus, loit per- lonnellement, s'ils rélident à Paris, foit par l'intermé- diaire d'un correlpondant, s'ils habitent les départements ou l'étranger, de verler chaque année, en recevant les publications de la Société, une cotilation de quinie francs. cAri. 14. Tout membre titulaire ou ajfocié-foufcripteur, dont la cotifation n'aurait pas été verlée en temps utile, ert, au bout de fix mois ôc après avis préalable, confidéré de plein droit comme démiflîonnaire. II PUBLICATIONS cArt. ièlin, 50 à céder au commerce, à 24 fr. Tex. (prix fort); Papier ordinaire, 200 » » à 12 fr. » » » 200 pour les ajfociès-foufcripteurs. oAn. 17. La Société fera exécuter également des ré- impreffions phototypographiques de pièces imprimées, rariflîmes ou uniques ; ces réimprefllons feront tirées fur Société de l'Orient latin. peau de vélin, & à cinquante exemplaires feulement, portant chacun le nom d'un des membres titulaires de la Société. c/îrt. i8. La Société fait choix d'un ou plufieurs libraires-éditeurs, auxquels elle concède, au mieux de fes intérêts, le droit de vendre ceux des exemplaires de fes publications, qui font réfervés au commerce. o4rt. 19. Les publications de la Société font faites fous la furveillance du Comité de diredion, & la garantie du fecrétaire-tréforier & de l'un des commifTaires refpon- fables. cArt. 20. Au cas où l'un des volumes a, pour éditeur ou pour commiiïaire reiponfable, le fecrétaire- tréforier, le contre-feing de ce dernier efl: remplacé par celui du vice-préfident. m PLAN DES PUBLICATIONS a) Série géographique. Colleftion chronologique des pèlerinages en Terre-Sainte & des def- criptions de la Terre-Sainte & des contrées voifines. 1 Textes latins. — Imprimés & inédits de 300 à 1400. — Inédits ou rarifllmes de 1400 à 1600. 2 Textes français. \ 3 » italiens. f ^ • - « • -j-» • r ' i - rj. I \ Imprimes & inédits lulqu en icoo. — Ine- 4 » eppapnols. f K- -n- i > ^ Il j ( dits ou rariilimes de i inédites, 109 5- 15 00. 4 Petites chroniques ) 5 Projets de croifades inédits, 1250-1600. Les textes de chacune de ces fériés font publiés, par volumes d environ 300 pages, dans le format des Chro- nicles and Memorials of the Great Britain, & d'après les règles établies pour cette publication par le zMaitre des Jiàles, cejl-à-dire, avec préface dhifloire littéraire, man- chettes, variantes des manufcrits 6* index copieux. Chaque volume de la férié géographique eji accompagné^ pour Tintelligence des textes, d'une carte tirée en couleur. La dijîribution des volumes a lieu de telle forte que, — à la fin de chaque période décennale de la publication, — les trois cinquièmes (i2 volumes) aient été pris dans la férié géographique, & les deux autres cinquièmes (8 volumes) dans la férié hifiorique. Les phototypographies reproduifem : i" Les pèlerinages en Terre-Sainte, feuilles volantes, journaux de croifade, &c., &c., imprimés au XV^, & dans les 25 premières années du XVIe fiècle. 2° Les pièces analogues qui, quoique de date poftérieure, n'exiftent qu'à l'état d'exemplaires uniques ou rariffimes. Une courte notice bibliographique , de même format, accompagne chaque phototypographie . La Société fe propofe également de favorifer la publica- tion de : a) La CARTOGRAPHIE DE l'Orient LATIN au Moyen-Age; b) La NUMISMATIQUE, la sigillographie & l'ÉPIGRAPHIE DE L'OrIENT LATIN . 8 Société de l'Orient latin. COéMirE VE V1\ECT10^ DE LA SOCIÉTÉ pour la période 187^-1877. PRÉSIDENT: M. DE VOGUÉ. Vice-Pr'efident: MM. Schefer. Secr'eiahe-Treforier : Riant. Secrétaire-adjoint : de Marsy. Commijfaires : MM. de Barthélémy. de Mas Latrie. Egger. de RoziÈRE. LISTE DES MEMBRES TITULAIRES au 1 5 aHjril ^%ll- MM. 1 Ancel, 60 rue François I^»-, Paris. 2 Antrobus (R. p. Frederik), Oratory, Londres. 3 Barthélémy (Anatole de), 9 rue d'Anjou St-Honoré, Paris. 4 Barrère (E. de), ancien conful-général de France à Jérufalem, 42 rue de la Ferme des Mathurins, Paris. 5 Bouche (L'abbé), La Prias, par Lamontgie, Puy-de-Dôme. 6 Clercq^ (Louis de), 5 rue Maffeian, Paris. 7 Combettes du Luc (Le comte de), Rabaftens-fur-Tarn, Tarn. 8 Delpit (Martial), 74 faubourg St-Honoré, Paris, & à Caltang par Bouniague.s, Dordogne. Lijîe des membres titulaires. 9 Dreux-Brézé (S. G. Mgr de), évêque de Moulins, Moulins. 10 Dura (Giufeppe), 40 ftr. S. Carlo, Naples. 11 Egger (Emile), membre de l'Inftitut, profeffeur à la Faculté des Lettres, 68 rue de Madame, Paris. 12 Fournier (Félix), 115 rue de TUniverfité, Paris. 13 Goujon, 52 rue Paradis-Poiflbnnière, Paris. 14 Hennessy (Raymond), 16 place de la Madeleine, Paris. 15 Khitrowo (S. Exe. M. Bafile de), confeiller d'Etat, i Maximilia- novski Pereoulok, St-Péter(bourg. 16 Lair (Le comte Charles), 18 rue Las Cafés, Paris. 17 Lair (Jules), direéteur des Entrepôts & Magafins généraux, 204 boulevard de la Villette, Paris. 18 Langénieux (S. Exe. Mgr), archevêque de Reims, Reims. 19 LÉOTARD, do6Veur-ès-lettres, 3 cours Morand, Lyon. 20 Mac-Grigor, efq., 19 Woodfide Terrace, Glafcow, Ecofle. 21 Marsy (Le comte de), Compiègne. 22 Mas Latrie (Le comte de), chef de fedion aux Archives de France, 229 boulevard St-Germain, Paris. 23 Meyer (Paul), profeffeur au Collège de France, 59 rue Raynouard, Paris-Paffy. 24 MiCHELANT, confervateur fous-direfteur à la Bibliothèque Natio- nale, 1 1 avenue Trudaine, Paris. 25 Mignon (A.), 18 rue de Maleflierbes, Paris. 26 PÉcouL (Augufte), Draveil, Seine-&-Oife. 27 PoRTALis (Le baron), 144 boulevard Hauffmann, Paris. 28 Rebours (L'abbé le), curé de la Madeleine, Paris. 29 Rey (Emmanuel), 22 rue des Ecuries d'Artois, Paris. 30 Riant (Le comte), 248 faubourg St-Honoré, Paris. 31 Riant (Ferdinand), membre du Confeil municipal de Paris, 36 rue de Berlin, Paris. 32 RoziÈRE (Eugène de), membre de l'Inftitut, profeffeur au Collège de France, infpe6\eur général des archives, 8 rue d'Albe, Paris. 33 Saige (Jules), ingénieur des ponts & chauffées, 65 rue d'Amfter- dam, Paris. 34 Saulcy (de), membre de l'Inftitut, 96 rue de Grenelle St-Germain, Paris. 35 SCHEFER, adminiftrateur de l'École nationale des langues orientales vivantes, 2 rue de Lille, Paris. 36 ScHEFER (Jules), conful de France, Smyrne, lo Société de l'Orient latin. 37 ScHLUMBERGER (Guftave), 140 faubourg St-Honoré, Paris. 38 SiMOR (S. Em. Mgr le cardinal de), prince - primat de Hongrie, Gran, Hongrie. 39 ToRELLA (Le prince de), Naples. 40 Vogué (S. Exe. le comte de), membre de l'Inflitut, ambaffadeur de France à Vienne, 2 rue Fabert, Paris. 41 4^ 43 44 ETcA'BUSSEéMECNiTS TWBLICS. 45 Bibliothèque royale de Bruxelles. 46 BiBLIOTHÈqUE royale DE COPENHAGUE. 47 Bibliothèque royale de Naples. 48 Bibliothèque nationale de Paris. 49 Société nationale de géographie de Paris. 50 PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ SÉRIE GÉOGRAPHIQUE sous PRESSE: Itinera hierofolomyiana & defcriptiones Terra Sandœ latine confcripta. Tomi I & II, éd.: Titus Tobler. Tomus III, éd. : Georgius Thomas. Itinéraires français. I. Éd. Mr MiCHELANT. EN PRÉPARATION : Itinera & defcriptiones latine confcripta. Tomus IV, éd.: Georgius Thomas. hinerar) italiani. Tomo I, éd.: Cav. L. Belgrano. Itinera grceca. Tomus I, éd. : C. Sathas. SÉRIE HISTORIQUE La prife d^ (Alexandrie , par Guillaume de Machaut. Éd. : M'' L. DE Mas Latrie. sous PRESSE: Quinti helli facri fcriptores minores. Ed.: R. ROHRICHT. RÉIMPRESSIONS PHOTOGRAPHIQUES (réfer-vées aux membres fitu/aires) Trologus arminenfis in mappam Terre Sande. In-fol., f. 1. n. d., f. XV. I" livraifon. LIBRAIRES DE LA SOCIÉTÉ Paris. Ernest Leroux, 28 rue Bonaparte. Londres. Bernard Quaritch, i 5 Piccadilly. Leipzig. Otto Harassowitz. SERVICE DES SOUSCRIPTIONS ET DE LA DISTRIBUTION DES PUBLICATIONS. M. AUBRY, Agent de la Société de Géographie, 3 rue Chriftine, Paris. o DS 54 .6 G8 Guillauine de Ma chaut La prise d'Alexandrie PLEASE DO NOT REMOVE CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY