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BULLETIN D'ARCHEOLOGIE, D'HISTOIRE, DE BIOGRAPHIE, DE BIBLIOGRAPHIE, DE NUMISMATIQUE, ETC., ETC.
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VOLUMP: VINGT-DEUXIEME
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1916
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BULLETIN
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RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. Xxil BEAUCEVILLE=JANVIER 1916 NoTÏ
Le tableau de 'l'Immaculée Conception" à la Basilique
de Québec
Le Bulletin de septembre (1915) demande : i*^ quelques renseigne- ments biographiques sur Francis LeMaistre, donateur de ce tableau, et 20 : la raison de ce don. — Nous comprenons par"la raison de ce don", une opinion motivée sur la légende qni s'attache à cette peinture.
V.v^ Revue littéraire d' Ottawa (novembre 1903, p. 345) fait de Fran- cis Le Maistre "un Suisse huguenot, aide-de-camp de Bnrton, et plus tard Lieutenant-Gouverneur de Gaspé." On croit plutôt qu'il était natif de Jersey, mais en tout cas. il n'était sûrement point catholique. On le trouve au Canada peu d'années après la cession du pays,et d'aucuns ont cru possible qu'il y fût venu avec l'armée de Wolf, comme officier.
L'officier, alors, était bien jeune, mais il est toujours vrai que,
dans les âmes bien nées
La valeur n'attend pas le nombre des années !
En 1770, le colonel H. -T. Cramahé succédait à Guy Carleton com- me administrateur de la Province, et en juillet de l'année suivante, 1771, devenait lieutenant-gouverneur, position qu'il conserva jusqu'au retour de Carleton en 1774. Cramahé prit LeMaistre pour secrétaire, proba^lement parce que celiii-ci savait le français et possédait par ail- leurs de l'instruction.
Pendant l'inva.sion américaine de 1775, LeMaistre agit en qualité de major de brigade de la milice canadienne, comme le prouve l'ordre du jour qu'il signait le 13 septembre 1775 :
"Le Général offre ses remerciemants aux chefs et guer'-iers indiens qui se sont conduits si bravement dans l'action du 6 courant près de
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Saint- Jean, et il désire que ses remerciements leur soient transmis, de même qu'à leurs nations, par le colonel Johnson, leur surintendant. Frans. I^e Maistre, major de brigade." (i)
Le Maistre devint ensuiie secrétaire militaire et aide-de-camp de Haldimand, charge qu'il (x^cupa jusqu'au départ de ce dernier pour l'Angleterre en 1784, et où le réinstalla Carleton, revenu au pays en 1786, sous le double titre de Lord Dorchester et de Gouverneur du Ca- nada. Il possédait sans doutes de grandes qualités puisqu'il garda sa place jusqu'en 1794, et ne la laissa, cette année même, que pour monter plus haut, c'est-à dire au poste fort honorable de Lieutenant-Gouver- neur de Gaspé, faveur que lui. avait obtenue Lord Dorchester. Il suc- cédait à Nicolas Cox, décédé le 8 janvier de cette même année.
Le Maistre était marié, il s'était peut-être marié deux fois (? ?) et nous connaissons quelques-uns de ses enfants, sinon tous : Francis- William, Margaret, Eliza, Charles, celui-ci décède tout jeune.
A ses fonctions de lieutenant-gouverneur s'ajoutaient celles de co- lonel, d'autres disent d'adjudant-général, delà milice du Canada, et de surintendant des pêcheries de la Côte du Labrador.
Peut-être n'habitait-il la Gaspésie que l'été et venait-il passer l'hi- ver à Québec dans sa maison de la rue Sainte- Famille, en ce temps No 12, dans le voisinage de Jean-Baptiste Corbin, maître d'école, de Fre- derick Glackmeyer, musicien, de Gabriel-Elzéar-Taschereau, grand- voyer, de Joseph- Gaspard Chaussegros de Lér)', chevalier de Saint- Louis, conseiller, etc. En tout cas, c'est là qu'il mourut le 13 février 1805, et ses funérailles furent splendides, au dire du journal le Mercu- ry {16 février suivant) : Défilé du 41e régiment flanqué de deux com- pagnies, l'une de la milice britannique, l'autre de la milice canadienne ; compagnie d'artillerie traînant deux pièces de campagne ; fanfare du 49e Régiment ; la législature, tous les citoyens éminents, etc, etc." Nous aurions aimé quelques détails sur l'homme même.
Venons maintenant au tableau de 'l'Immaculée Conception". Assurément ceux qui ont le goût au romanesque et en voudraient jus- que dans les choses d'église, ne manqueront pas de priser la légende qu'il a fait naître,
La voici, en abrégé, telle qu'on la trouve en divers ouvrages, re-
(1) E. ». 0"Callaghan, DOCUMENTS RELATIXG T(> THE COLONIAL HISTORY OF THE STATE OF NEW- YORK, tome IX, p. C61.
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vues, journaux, (i) Au moment où il nous était loisible d'y prendre des notes, nous n'avons pu nous procurer que la version anglaise, pu- bliée dans le Canadiana (1889), et c'est peut-être tant mieux mainte- nant, l'anglais pouvant, un peu comme le latin,
dans les mots braver l'honnêteté
Young LeA/aistf e- (était-il bien jeune ?)-avait fait la connaissance d'une Â/ùs Stuart, pensionnaire chez les dames Ursulines, et récem- ment convertie au catholicisme. Thèse iwo young hearis helieved that ihey were made to love each other. (Vous entendez bien ?) Le Maistre était protestant, et la légende veut que, pour cette raison, l'accès aux Ursulines lui ait été difficile. Il y avait peut-être quelque autre raison plus raisonnable. Vous pensez bien, sans qu'on ait besoin de vous le dire, que Xç^jevne damoiseau est contrarié, quasi inconsolable, mais on n'est pas pour rien secrétaire de grand homme et conséquemment di- plomate. A certains jours, Monseigneur Hubert et le Gouverneur Carleton font la promenade ensemble après leurs entrevues à l'évêché ou au château Saint-Louis. Ils se font d'ordinaire accompagner de leurs secrétaires respectifs, c'e.<^t-à-dire de lui, LeMaistre, et du jeune prêtre Octave Plessis, le futur évêque Plessis. L'un conte sa douleur, ses ambitions, ses espérances ; et l'autre, bon, sympathique, compre- nant tout, écoute. L'abbé Plessis a préparé la jeune Stuart à son ab- juration, et il promet son assistance à LeMaistre si seulement celui-ci veut bien à son tour se faire catholique. Il sera lui-même son profes- seur, son guide spirituel, comme il l'a été pour la jeune fille, et sous- entendu— ^sans doute — il fera les commissions de l'un à l'autre, de l'au- tre à l'un N'est-ce pas bien touchant ?
Young LeMaistre a consenti atout : "Paris vaut bien une messe", et il suit des cours de catéchisme, jusque, peut-être, pendant la prome- nade. Mais voilà que, soudain, grâce à Lord Dorchester, il est nom- mé Lieutenant-Gouverneur de Gaspé. Il n'a pas eu le temps de s'ins- truire suffisamment, mais in some way which I ca?inot now explain (le
(i) VJJyiion Libérale, Québec, 1889, article de M. Philéas Ga- gnon ;
Canadiana, revue publiée à Montréal. tome I, 1889-90, pages 137- 142, The stoiy of a Picture, traduction de l'article de M. Gagnon ;
N.-E. Dionne, Les Lieu tenants - Gouvet 7ieur s de Gaspé, dans la Re- vue Canadie7ine, 1889, p. 100 sq. ;
Faucher de Saint- Maurice, Loin dn Pays, tome II, p. 129.
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pourra-t-on jamais ?), le mariage a lieu. C'est en l'année 1794, et le jeune couple part aussitôt pour l'Angleterre.
Le père de LeMaistre was an old sea-dog, comme qui dirait un cor- saire, un Boche de 1915, avec la torpille en moins. De son temps, les cas de piraterie étaient fréquents snr la haute mer, et en co>iséquence, le grenier du vieux LeMaistre est garni d'objets d'art de toute sorte. Il y conduit sa belle-fille, qui l'a charmé sans doute non moins que le Jeu7ie Francis (O Francis ! doux Francis ! bienheureux Francis !) Elle a du goût, un goût très délicat qui s'est développé chez les Dames Ursulines ; elle est pieuse aussi, et elle choisit pour son cadeau de no- ces, la douce figure qu'elle a vue partout dans son couvent, cette image de l'Immaculée, oii le pinceau d'un maître a essayé de
Fondre dans un rayon de couleur éphémère Son sourire de Vierge et sa beauté de Mère.
Madame LeMaistre revient à Gaspé, en passant par Québec, et dès son arrivée en ville, elle vient offrir le tableau à l'abbé Plessis, son an- cien directeur qu'elle n'a pas si vite oublié. L'abbé est devenu curé de la Cathédrale, et ravi du cadeau, il fait placer au maître-autel cette image de Notre-Dame, patronne de son église.
Le Maistre — toujours d'après le Canadiana, serait mort pauvre, et .si c'est vrai, c'est un insigne honneur pour lui comme ce serait pour tout homme piblic, et cela seul nous rendrait chère sa mémoire. Sa veuve, dit-on, se serait vue dans la nécessité de chercher du service, et elle en aurait trouvé, d'abord chez le curé de Saint- François de Montma- gny, ensuite chez le curé de Varennes. Là elle serait morte, estimée de tous pour ses vertus, ses belles manières, ses connais.sances très étendues {extremely well informed) .
Telle e.st donc, sauf notre manière à nous de la raconter, la légende de r "Immaculée Conception" de la Basilique, ou ce qu'on a récem- ment appelé .• Le romaii d'nn tablemi.
D'où vient -elle, et que vaut-elle historiquement parlant ?
D'abord avertissons — car il le faut peut-être — que le présent arti- cle n'a pas la prétention de se prononcer pour ou contre, et encore moins, comme on dit, de "trancher la question". Il est dexpérience qu'un sujet, dès qu'il est touché par quelqu'un, devient intéressant pour tous ceux qui ont des notes sur la matière, et c'est pour inviter les amateurs d'hi.stoire à fouiller quelques registres, à visiter leurs ti- roirs ou porte- feuilles, que nous entreprenons ici la discussion de cette
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légende. On peut en effet la discuter, car tant s'en faut, du moins pour le moment, qu'elle soit claire de tout point. Et d'abord, d'oii vient-elle? qui l'a, le premier, racontée? Nous citons : "Elle nous a été transmise verbalement par un vieux prêtre du diocèse de Trois- Rivières", et c'est dire : "par le Révérend Monsieur Bois, ancien curé de Maskinongé." Il y aura toujours assez de gens pour déprécier les valeurs humaines, surtout les valeurs cléricales, et quant à nous, c'est plutôt avec un vrai sentiment de révérence que nous saluons celle-ci. M. Bois a beaucoup aimé notre Histoire, ce que nous appelons si bien "notre Epopée nationale", et nul n'ignore ce qu'il a fait pour l'enri- chir. Sans parler de ses propres ouvrages, n'est-ce pas à lui plus qu'à personne autre, à ses instantes démarches auprès des autorités dispen- satrices des deniers publics, que nous devons ces importantes publica- tions : Edits et Ordonnances, Relations des Jésuites, Oeuvres de Chani- piain, Jugements du Co7iseil Souverain, etc, etc ?. Né en 1813 (à Qué- bec), et ordonné prêtre en 1837, M. Bois a parfaitement pu connaître Madame LeMaistre — car elle a sûrement existé, nous le verrons, et c'est d'elle-même, très probablement, qu'il tenait la légende en ques- tion, j'entends la substance de cette légende. Au lieu d'une narration purement vetbale, pourquoi ne nous a-t-il pas gratifié d'une narration écrite, n,eût-ce été qu'en dix ou quinze lignes ? Il ne lui en fallait pas davantage pour «ous assurer qu'il n'inventait rien, qu'il citait plu- tôt Madame LeMaistre elle-même. Pourquoi au moins les gens heu- reux qui ont entendu de lui cette histoire, ont-ils oublié de lui en de- mander la provenance, la moindre preuve ? Car enfin, nous sommes de notre temps, et aujourd'hui on est plus exigeant en histoire qu'on n'é- tait autrefois, je veux dire : il y a quinze ou vingt ans. J'ai toujours devant les yeux et je dirais "dans l'oreille", ce gros chanteur d'un théâtre de village, sceptique irréductible, doué par ailleurs d'une su- perbe voix de basse, qui répétait chaque fois qu'on lui contait quelque chose d'extraordinaire : "Montrez, montrez le docuwa/«-aï«-am (sol- sol-sol-sol, si {bémol) si-si-si (en bas)". Ce trémolo final était d'un drôle, d'un suggestif ! mais l'objection était de si bonne philosophie ! Et donc, à ceux qui aujourd'hui s'en vont répétant cette légende, on est en droit d'exiger des preuves, la preuve, sans quoi nous leur servi- rions comme fin de non-recevoir, le trémolo du chanteur-philosophe.
Il est vrai peut-être que le document n'est pas facile à trouver ; qu'il n'existe, peut-être aussi, que dans les papiers du regretté Mon-
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sieur Boîs. Quelqu un aurait-il la permission d'y faire des recherches? Ici à Québec, nous avons les Registres de Notre-Dame et ceux des égli- ses protestantes déjà en existence au temps de Francis LeMaistre ; nous avons les archives des Ursulines ; les Livtes de PrÔ7ies et cahiers de la Fabrique, les recensements de 1792,1795,1798, 1805,1815 et 1818, les premiers lédigés par Mgr Plessis lui-même, propriâ manu ; nous avons, à l'Archevêché, plusieurs porte-feuilles contenant, sur feuilles volantes, des abjurations de protestants ou d'autres hérétiques conver- tis à notre foi catholique-romaine ; nous avons, au Greffe de la ville, des actes de iiotaires,des testaments olographes, etc. mais où est en toat cela le document cherché ?
Tirons cependant parti de ce que nous avons pu trouver, si insuf- fisant que ce soit.
Et d'abord, pour commencer par le commencement, est-il vrai que le tableau en question a été donné par Francis LeMaistre ? On peut de nos jours douter de tout tant qu'on n'a pas vu, et il fallait voir, s'assurer. On parlait d'une inscription, mais c'est au dos du tableau qu'on la plaçait, et comment l'y retrouver ? Monsieur l'Archiprêtre Laflamme, curé de la Cathédrale, toujours si accueillant, voulait à tout prix satisfaire notre curiosité, fallût-il pour cela employer les moyens extrêmes. Heureusement, ils ne furent pas nécessaires, car c'est sur la face même, au bas, vers la droite, que nous avons pu lire, moyennant des lunettes, tandis que le dévoué Monsieur Leclair, monté sur une échelle, tenait une bougie allumée : Donné par Franc. LeMaistre, ecr., Lient - Gouverneur du District de Gaspé." L'inscription est en gran- des lettres blanches, la plupart majuscules, et par un temps clair, de bons yeux pourraient facilement la lire, ou du moins en constater la pré- sence.
Ni les cahiers de la Fabrique, ni les Livïes de Prônes que nous avons pu voir, ne font mention de ce don, mais il a été fait sûrement, et disons que le fait est acquis, peu importe sa date exacte. Ce dut être avant 1797, si les lignes suivantes, tirées d'un manuscrit du pres- bytère, s'y appliquent {ms 11, p. 301 J : "Année 1797 (sans autre précision), payé à François Baillairgé pour le rétablissement du tableau du maître-autel, 146 livres", et plus loin (p. 302) : "Payé à François Baillairgé pour la sculpture du cadre du maître-autel, 105 livres." (Li- vre française, moins de 20 sous ; shiligne encore inaccepté).
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Il est certain, secondement, que Madame Le Maistre, née Stuart, (Margaret Stuart), n'est pas un mythe, et que de plus, elle est morte catholique, excellente catholique, qu'elle ait pour cela abjuré ou non le protestantisme. En voici la preuve, et grand merci au dévoué prê- tre qui a bien voulu nous la fournir ^ra/w .-
Exilait du Registre des Baptêmes^ Mariages et Sépultures de la pa- roisse de Saiiite- Anne de Varennes pout P antiêe mil htdt cent quarante detcx :
"Le dix janvier mil huit cent quarante-deux, nous prêtre. Vicaire "Général soussigné, av^oi.s inhumé dans l'église de cette paroisse le "corps de Dame Marguerite Stuart, décédée le sept du courant, âgée "de soixante-seize ans, inoir«s six jours, veuve de François LeMaistre, "lieutenant-gouverneur de Gaspé. Présents : Messieurs Manseau, V. "G., Bruneau, curé de Verchères, Pépin, curé de Boucherville, Paul "Lupien Ecr, Aimé Massue, M. Pinel Ecr., et plusieurs autres soussi- "gnés.
"Thomas Pépin Ptre, Ant. Manseau Rre V.G., Paul Lupien, Ai- "fred Pinsonneault, K.-H. Bruneau Ptre, H. Hudon Ptre V.G."
Lequel extrait, Nous, ptêtie, curé de Sainte- An^ie de Varennes sous- signé, certifions être conforme à V acte original consigné dans les archives de la cure de la dite pat oisse.
Varennefe, le 12 octobre 191 5
J.-L. Gaudet. ptre curé.
Qui était cette Margaret Stuart (ou Stewart, peu importe) ? La famille de l'illustre Andrew Stuart ne la connaît pas, information prise auprès de Madame Aima Stuart McLennan — la distinguée fondatrice de la 'Ligne Edith Cavell."
Les registres de Notre-Dame, parcourus attentivement de 1755 à 1836, n'offrent nulle part son nom, pas plus que celui des LeMaistre, et il faut chercher dans ceux des églises protestantes, d'autant que la légende fait d'elle une "convertie". A Saint- Andrews, le 13 mai 1776, est baptisée une Joan- Margaret Stuait, fille de Peter Stuart de Beau- port, mais d'après l'acte de sépulture tout à l'heure cité, la nôtre se- rait née en 1766. Chez les Ursulines, il y a eu de 1790 à 1795 deux demoiselles de ce nom, Charlotte et Marguerite, mais cette dernière de- vait être plutôt celle dont nous venons de voir le baptême. Il est peu probable que Margaret, future femme de LeMaistre, soit restée au cou-
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vent jusqu'à l'âge de vingt-cinq ou vingt-huit ans. Les Annales de la Maison constatent, au contraire, que les jeunes filles, en règle générale, y restaient peu d'années, jusqu'à 15 ou 16 ans au plus. Jl n'était pas question en ce temps-là pour elles de diplômes, honneurs, grades uni- versitaires, et leurs carrières étaient d'ailleurs plus vite dessinées.
Et l'abjuratiou de la même demoiselle Stuart ? où ea retrouver la trace puisqu'on la cherche en vain chez les Ursulines elles-mêmes, dans le recueil des Abjuraiiotis conservé à l'Archevêché, dans les re- gistres de baptême de la cathédrale, car il va de soi que la jeune con- vertie a dû être baptisée, au moins sous condition. Il est vrai que les abjurations ont été écrites sur feuilles volantes, et il ne pouvait guère du reste en être autrement, puisqu'ellesdevaient être transmises à l'Ar- chevêché de toute paroisse où. elles avaient eu lieu, et que les transcri- re eût été leur enlever beaucoup de leur prix; il est vrai encore qu'une "feuille volante", peut "voler", ou encore mieux "être volée", et à propos, combien de collections privées, ici et ailleurs, n'oseraient pas affronter l'œil d'un chercheur 1
On peut donc supposer, si l'on veut, que l'acte d'abjuration de Mademoiselle Stuart a été volé -elle devait avoir, et elle avait de fait, une jolie écriture. — mais voilà qui est par trop facile, et bien un peu simplice, n'est-ce pas? — Egalement facile et non moins siraplice d'ima- giner que l'acte a pu être oublié. Autrefois, comme aujourd'hui, une abjuration était un acte solennel public, au moins à l'égal d'un baptê- me, d'un mariage ou d'une sépulture ; on en peut recueillir des cen- taines dans les cahiers de Notre-Dame (2 volumes), de l'Archevêché (6 cartables), de l'Hôpital Général, de l'Hôtel-Dieu, et franchement cette pauvre Miss Stuart jouait de malheur si la sienne, pourtant si extrêmement intéressante, a été tout bonnement oubliée. Au moins P Histoire des Ufsulines (4 volumes) devait la mentionner comme elle a fait pour d'autres ; ou bien, si quelque raison que j'ignore l'empêchait de la faire connaître au public, leurs annales intimes ou secrètes de- vaient en garder le souvenir. Or rien, pas une trace, pas un mot nulle part chez elles, et rien non plus de leur illustre "élève", tout comme si elle n'eût jamais existé ! Sans insister davantage et nous demander, par exemple, comment Mgr Plessis, à son tour, n'a jamais soufïïé mot à personne de cette conversion, concluons qu'elle est au moins assez problématique, sinon fort douteuse.
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Au demeurant, ce nom de Stuart n'est pas d'essence nécessaire- ment protestante. Pendant la période marquée par la vie de Margaretj les Registres de la Cathédrale nous le présentent assez souvent, plus ou moins défiguié, il est vrai, jusqu'à devenir : 6"//^m/^, Squioute, Squioure, etc., mais toujours reconnaissable à force de ne ressembler à aucun autre. En décembre 1815, baptême de Guillaume-Jean, fils de Guillaume Stuart, médecin, et de dame Jeanne Fraser ; en août 18 14, baptême de Samuel, fils de Samuel Steward, soldat dans l'artil- lerie, et de Catherine Brennan ; la même année, le 28 juillet, baptê- me d'André (né depuis deux ans), fils d'Andrew Stuart et de Margue- rite Dumoulin ; en 1813, autre baptême d'un enfant de John Stewart ; en novembre 1805^ mariage de Jean, fils de Pierre Stuart et de Marie Richelieu avec Marie-Elisabeth Auclair, et ainsi de suite en remontant. Parmi les abjurations, je note pour le 4 mai 1755, celle "de Jacques Shieu. . (??) de Londres, 25 ans." A une époque où même les gens instruits écrivaient au son, c'est-à-dire comme ils entendaient ou croyaient entendre, un vicaire un peu abasourdi, et en tout cas trop poli pour faire lépéter, pouvait bien griffonner Stiieii, Stieu ..ou quel- que chose comn e cela, pour Stuart, et en effet ce n'est pas autre chose que quelque chose comme cela. La tête est saisie correcte mais la queue s'en va en zig-zag, et attrappe qui psut. Ne soyons pas trop •sévères pour les anciens, car n'y a-t-il pas eu tel de nos contemporains qui était capable, paraît-il, d'écrire Anna Station pour Anastasia ?
S'il fallait un .supplément d'exemples, Mgr Tanguay cite un Jo- s?ph-Gilles-Guillaume Stuard, prisonnier racheté et baptisé à Québec le 22 avril 1742 ; un Pierre Stuart, d'Ecosse, marié à Saint- Thomas de Montmagny le 10 janvier 1764 a Louise Morin ; un Murdock Stuart marié un peu plus tard à Angélique Cartier. Faudrait-il citer au: si Marie Stuart ? Je ne conclus pas que notre Margaget était catholique dès son enfance, mais au moins qu'elle pouvait l'être aussi bien que protestante. C'est assez clair, il me semble.
On voudrait que les recensements fussent plus explicites. Voici quelques notes : "1792. rue Sainte-Famille. No 12, domestiques chez M. LeMaistre, 4 catholiques ; 1795, même rue, même numéro, Fran- çois LeMaistre, gouverneur de Ga^pé, 3 communiants, 7 protestants ; 1798, 2 catholiques, 6 protestants ; 1805, Madame Veuve LeMaistre, 3 communiants, 5 protestants ; 1815 1816, Sainte-Famille, no 5. Mar- guerite LeMaistre, 50 ans, Marie- Anne Sylvain (peut-être Sullivan),
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14 ans ; Marie Selby, lo ans, orpheline ; 1818, on cherche en vain Ma- dame LeMaistre : elle a dû quitter la ville, et sa famille semble aussi avoir disparu. Mais qui étaient les communiants qui s'y trouvaient ? uniquement des domestiques ?
En attendant la réponse, passons à autre chose, c'est-à dire à quel- ques précisions que nous fournissent les Registres de la Cathédrale Anglicane {Pafish Register au Palais de Justice). Voici un acte de sé- pulture qui nous intéresse souverainement :
"Francis LeMaistre, Esquire, Lieutenant-Governor of the Dis- trict of Gaspé, in the Province of Low^er Canada, and Colonel of the Bristish Militia of the District of Québec, aged sixty-three years, died February the thirteenth, and was buried February the fifteenth, in the year of our Lord, one thousand eight hundred and fîve....
By me, Salter Jehosaphat Mountain, officiating minister at Québec J. A. Clément, Son in law to the deceased
H. Vigoureux, son in law to the deceased.
Aux Archives d'Ottawa, le même acte donnerait, d'après la copie que M. P. -G. Roy nous en a communiquée : aged nxty nhie.
Qu'il eût 69 ou même seuleme?ii 63 ans à sa mort en 1805, LeMais- tre, You7ig LeMaistre, ne pouvait pas être bien jeune en 1792 ou 13 ou 14, quand il contait son tourment à l'abbé Plessis, et s'il avait en- core le cœur ]Ç:nn&— thèse two young hea?ts — ce ne pouvait guère être que par accoutumance, ou en vertu du principe, d'ailleurs assez con- testable, que le cœur ne vieillit pas. Oh ! les vieux clichés ! !
Vous remarquez aussi qu'il avait deux gendres, et cela, au moins avait dû le faire vieillir. Il peut être intéressant de chercher leurs ma- riages et voj'ons donc s'ils ne nous apprendraient pas quelque chose.
Parish Register : 5 novembre 1804. Henry Mordaunt Gage Vi- goureux, aged 22, married 10 miss Eliza LeMaistre, aged 19, daughter of Francis LeMaistre, Lient. Governor of Gaspé " Parmi les signa- tures je remarque : " Margt LeMatstre, mother. " Même jour : " John Albert Clément, captain in the Royal Régiment of Artillery, maried to Margaret LeMaistre (pas d'âge) daughter of Francis, etc. Pas de mère, comme tantôt ; mais la même signature au bas de l'acte : " Margt Le Maistre, mothet . " Que signifie au juste ce mot mothet ?
Nous lisons au 18 avril 1796 : " I baptised Charles, son of Francis Le Maistré and of Margaret liis wife." Nouvel exemple pour montrer
.- vs —
que dans les registres anglais, la femme, après son mariage, mère, veuve ou défunte, n'a plus d'autre nom que son prénom ou le nom de son mari. II faut avouer, en passant, que si la chose est très édifiante en soi et capable de nous donner une très haute idée du ma- bimoyiium britannique, elle est très déroutante pour les historiens ou généalogistes. J'entends même dire que la belle-mère peut prendre le titre de mother jusque dans un acte civil ou légal, et vous voyez quel mystérieux personnage devient de plus en plus notre chère Margaret Stuart : Mère ou belle-mère d' Elise, 19 ans ? et de Margaret junior, (pas d'âge, mais psut-être l'aînée, vu son prénom), et disons 20-21 ans ? Les deux cas sont possibles et qui nous débrouillera cette affaire ? Un homme du métier, consulté en l'occurrence, a pensé que Margaret ^^-wwa devait signer mother,s\ elle était la mire,çt step-niother si elle n'était que la belle-mèt€ et ..et vat-en voir ! Un autre venait de me dire que, pour les anglais, la chose n'a pas d'importance. /^C'est une manière de répondre. Finissons, car il serait en effet oiseux d'insister. Nous avons dit que la légende du tableau de Notre-Dame " n'était pas claire de tout point," : ce doit être prouvé. Nous accusera-t-on d'un parti pris de la dépoétiser ou comms on dit de déchanter f Tant mieux si ses inter- prètes d'aujourd'hui, ou ceux de demain, peuvent fournir leurs preuves car encore une fois : " Montrez, montrez le documain ! " Nous l'ac- ceptons telle que M. Bois a dû la raconter, c'est-à-dire en substance : c'est le détail qui l'a gâtée. Pourquoi tout ce roman à la Kirby ? Pourquoi cette jeune pensionnaire (27-28 ans), ce jeune militaire (52- 57 ans ) qui rôde autour d'un couvent, cette intervention d'un Plessis dans une amourette en somme assez banale ; bref, toute cette jeunesse de st3de et tout ce décor mondain, léger, risible comme certaines toi- lettes de femmes, autour d'une peinture qui peut si bien s'en passer, parce qu'elle est assez belle de sa propre beauté ? S'il fallait un cadre, — un vrai cadre de bois, celui-là — j'aime bien celui que François Bail- lairgé lui a donné, celui que vous voyez ; s'il fallait quelques retouches, ou comme disent les mémohes, *' des réparations urgentes ", j'aime assez bien celles que Joseph Légaré fils a cru devoir y faire, parce que vous ne les voyez pas. L' acte de donation est suffisant, ou com- plétez-le par une parenthèse, savoir : " à la suggestion de sa pieuse épouse, Marguerite Stuart ' ' .
Cela devrait suffire jusqu'à nouvel ordre.
P.-V. CHARLAND, O. P.
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Âmbroise d'Âubenton, sieur de Yillebois
Le 2g septembre 1699, M, de Champigny, intendant, dressa un procès- verbal de ce qui se passa entre les rep: ésentaiits de la Ferme d'Occident : MM. Villebois et Saugier, et les représ:?ntants des habi- tants du Canada, au sujet de la fixacion du prix des castors. C'était une assemblée générale tenue au château St- Louis, où furent nommés seize délégués, pour conférer avec les représentants de la Ferme d'Oc- cident ; trois, représentaient le clergé ; trois, la justice du pays ; qua- tre, la noblesse et les seigneurs ; quatre, les marchands, et dtjux, les habitants. La Ferme d'Occident se plaignant du prix élevé des castors et de leur surabondance, voulait en réduire le prix. De leur côté, les intéressés au Canada voulaient conserver les anciens prix : six livres pour le gras d'hiver ; trois, pour le demi-gras, le veule et le moscovite; une livre dix sous pour le sec d'hiver et le gras d'été, donnant pour principale raison, que les sauvages habitués à ces prix depuis longtemps ne souffriraient pas de réduction et iraient vendre leurs castors aux Anglais, au grand préjudice des intérêts du royaume. Après maintes réunions et plaidoyers par écrit, on ne put arriver à aucune conclusion. Cependant, les 7 et 22 octobre suivants, en date de (Québec, M. de Ville- bois nomme des capitaines commandant les gardes de la ferme du roi au Canada. Le 9 février 1700, un arrêt du Conseil d'Etat du roi per- mit à la colonie du Canada de vendre, trafiquer et négocier librement tant en France que dans les pays étrangers, tous les castors provenant des traites du pays, à commencer par ceux de l'année 1699, le tout, en payant le quart en espèces de tous les dits castors au fermier du Do- maine d'Occident. Les habitants du Canada avaient délégué auprès du roi, MM. Juchereau et Pascaud, d où cet arrêt. Les habitants du Canada recevaient le privilège, à l'exclusion du fermier du Domaine d'Occident, de vendre leurs castors en peau, en poil, ou en chapeaux dans la Hollande, la Suède, le Danemark, les villes Anséatiques, les ports de la mer Baltique et la Moscovie. (Rapport sur les archives canadiennes par E. Richard, 1899, Ottawa.)
Ce M. de Villebois avait nom : Ambroise d'Aubenton ; il était
originaire de Normandie, en l'élection de Verneuil. Avant de venir
ici, le roi lui avait confié une mission en Espagne. Son fils Jean-Bap-
iste, seigneur du Bois-Josse, les Girourdières, etc, fut également en-
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voyé par le roi en Espague et en Italie en 1732, pour régler certaines affaires.
La correspondance du temps n'indique pas la date du retour en France de M. Ambroise d'Aubenton, mais cela a dti être aux derniers jours d'octobre ou au commencement de novembre 1699.
M. E.-Z. Massicotte a trouvé aux archives du Palais de Justice de Montréal, un sceau apposé aux documents des 7 et 22 octobre ci-haut nommés, et signés : Villebon, et, Aubenton de Villebois. Le dessin fourni par mon ami s'accorde avec la description faite par M, Laches- naye-Desbois, volume I, page 903 : ''D'azur, à bois râteaux d'argent, 2 et i" , mais ajoutant en plus, un chevron d'argent.
REGIS ROY
L'ORIOINE Dt "CHIEN D'OR"
Dans quel ouvrage canadien M. Kirby a-t-il puisé les éléments de son roman du Chien d' Ot ?
Nous trouvons la réponse toute faite dans une lettre qu'écrivait M. Kirby en 1879 à feu sir J.-M. Lemoine et que celui-ci a publiée dans la Revue Canadienne de 1886 (p. 85) :
"I happened to bein Québec in 1865 : my business being to attend to a Bill there pending in Parliament. I bougt one of your Maple Leaves and the account you gave of the Chien d Or, took my fancy very much.
"Suite and I were sitting in the window of the St Louis Hôtel one day, and I spoke to him about the story and wanted him to write it out and jestingly said that if he would net write a novel on it, I would.
"Suite did net take the fancy and I thought no more about it, until my return home when I found the Chien d Or, stinking like a biirr Î.O my imagination and I wrote the story as I got time."
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La maréchaussée à Montréal
La charge de prévost des may échaux de France et, conséquemment, la maréchaussée fut créée par le Roi, le 9 mai 1677, en faveur de Phi- lippe Gaultier de Comporté, (i)
Le nouvel officier devait "informer contre tous pré venus de crimes, décréter et les juger en dernier ressort, assisté des officiers royaux ou personnes graduées, en nombre porté par les ordonnances, particulière- ment connaître de tous vols, assassinats, guets- à- pens, meurtrrs comiiis par personnes non domiciliés et géuéralement de tous les crimes dont connaissent les dits Prévôts, suivant et conformément aux édits et or- donnances avec pouvoir de pourvoir aux six archers créés pareillement pour exécuter les ordonnances et décrets du prévôt et lui prêter main- forte au besoîu. Oatre ces fonctions le Prévôt avait la surveillance des militaires. (2)
Dans son Hisiohe du Droit (I. 266-7), M. Lareau résume ainsi les attributions du chef de la maréchaussée :
"L,e prévôt des maréchaux est un juge d'épée préposé pour veiller à la sûreté des grands chemins et sur la conduite des gens de guerre".
"Le prévôt avait juridiction. Il avait séance et voix délibérative au Conseil Supérieur, après les Conseillers dans les affaires concernant les cas prévôtaux,"
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Le prévôt des maréchaux résidait à Québec et la maréchaussée ne figure pas souvent dans les archives judiciaires de Montréal ; signalons, cependant, quelques pièces qui nous la montrent à l'œuvre dans cette partie de la Nouvelle-France.
Le 16 juillet 1679, René Hubert, greffier de la maréchausée de ce pays, porte plainte à la justice seigneuriale de Montréal contre Fran- çois Quintal qui a blessé Guillaume Vanier dit la Fontaine, l'un des ar- chers de la maréchaussée.
M. Hubert agit comme procureur ou avocat de son archer, devant le tribunal.
(1) Jug. et dél. du C. s. II, 165-6.
(2) Doutre et Lareau, Hist. gén. du dr. C. I. 197.--Ed. et Ord. 1.
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Sans doute, le juge montréalais ne connaissait pas très bien le co- de de la maréchaussée, car à la date du 20 août suivant on produit dés extraits des règlements faits par MM. les Maréchaux de France, dans lesquels on trouve une liste de délits et de pénalités.
Ces règlements n'étaient pas la douceur même, en voici un article et non le pire, qui fournira une idée des autres : ["Article IX. -Ceux qui donneront des souffets ou coup de main dans la chaleur des démê- lez, si le sou.ïïit ou coup de main estoit précédé d'un démenty, celuy qui aura frapé tiendra prison pendant un an, et s'il n'a point esté pré cède d'un démenty, tiendra prison pendant deux ans. Et aprez qu'il sera sorty de prison, il s^ mettra encore en estât de recevoir de la main de L'offensé des coups pareils a Ceux qu'il aura donné Et luy deman- dera pardon."
En 168 1, les 16 et 19 décembre, M. René Hubert, huissier du pré- vôt, comparait à Montréal au nom de M.Gaultier de Comporté, contre Charles LeGardeur, sieur de Villiers. Il s'agit d'une dette résultant d'une obligation passée devant maître Becquet de Québec en 1679.
Le 22 août 1682, François Lory et Jacques Bourdon, sergents du bailliage de Montréal, sont assistés par M. le Prévôt de nos Seigneurs les Maréchaux de France pour mettre à exécution certain décret de prise de corps contre Michel Poirié dit Langevin, taillandier.
Mais le document le plus curieux concernant la maréchaussée à Montréal est un rapport des archers que nous reproduisons littérale- ment. N'était là date et le lieu on croirait lire un de ces procès- ver- baux de gendarmes que certains auteurs humoristes français se sont plu a nous conserver dans leurs gazettes comiques des tribunaux :
"Nous françois Marie Bouat lientenant de Monsieur le grand pre- "vost des Mireschaux acompagné de Nicolas Senet Jaque de la Sel "pierre marchetost desnoyers, archer de la dite mareschaussé, soussi- "^né. faisant Notre Ronde a Neuf heur du soir En la manier accoutu- "mée ou après avoir presque finy notre dite Ronde Et nayant trouvé "aucun sauvage dans les Rue ny dans les Maisons Nous serions arrivé "En la maison du sr guion despré ou Nous orions frapé a la porte de "ladite maison qui nous oroit Esté a linstant ouverte par la femme du- "dit despré ou nous norions trouvé aucun Sauvages Se Qui auroit fait "que Nous serion sortis de ladite Maison dudit Sr despré la ou en sor- "tant Nous orions Trouvé deux sauvage qui sortait dune Sertanie "Ruelle proche des pieuds Entre la maison de monsieur Robert Et Cel-
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"le diidit sr dsspré Et nous a^^ait apro^hé ie ix Et le? ayant Saizie 'nous leur orions trouvé Un sciaux Cerclé de Cercle de bois ou II y a 'Environ deux pot de bière Et ayant Interrogé les dits Sauvages nous 'auroient mené En la maison dudit Sr desprè et Nous auroient affir 'mé que ladite bier lenrs avoit Esté livrée Et Vendue par ladite femme 'du susdit Sr després Ce Qui oroit fait que Nous o.ions mené lesdit ' Sauvages En la maison de Monsieur porneuf pour acavoir deux au ' Juste ou pouvoit sortir la dite bierre Ce qu'ils ont continué dafl&rmer • Et outre ont desclaré Que pendant que Nous frapions à ladite mai- 'son Quelle les auroient fait Sortir par Une autre porte qui Est Vis à 'Vis des pieud de la Ville Et quil avoient donné à la dite femme du 'suspit Sr Despre Une Carte de Vingt Sols Et Une de dix Et a linstant ' orions Transporté le dit Sciaux Et la bière En la maison du sr de la ' trimouille sergent des troupes Et lorion rais Entre les mains de sa ' femme Qui a promis de le Représenter Toutes fois que Requis En ' sera.
"Fait au Montréal le Vingt Sixième Jour de sept Cent neuf Enfoy * 'de Quoy nous avons signé BOUAT
N- SENET JACQUE DE LA SELLE " Nous ignorons quel fut le successeur de notre premier prévôt des maréchaux, mais on voit dans les Edits et Ordonnances, que Charles Paul Denis, si'^ur de Saint-Simon, occupait cette charge le 17 mai 17 14 et qu'il fut remplacé par Charles-Denis Duplessis, sieur de Morampont, le ler mai 1749.
Ajoutons comme dernière note que c'est de la maréchaussée deve- nue un corps de cavaliers chargés de veiller à la sûreté publique, qu'est née, en France, la gendarmerie "..
E. Z. MASSICOTTE
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Gabriel Bernoo
Du temps du gouverneur Denon ville, un marchand de Québec, nommé Gabriel Bcrnon, repartit pour la Rochelle laissant beaucoup de créances qui lui étaient dues. C'était un huguenot, effrayé des nouvelles qui lui étaient parvenues du royaume. Dès son retour dans sa ville natale, il fut arrêté et demeura six mois en prison pour cause religieuse. La révocation de l'édit de Nantes avait lieu en ce moment. André Bernou, père de Gabriel, gros marchand, grand meneur d'affaires à l'époque du siège de la Rochelle (1627) avait laissé un nom influent et de la fortune que le fils, particulièrement doué du génie du commerce et fervent " réformé ", continuait de maintenir en les augmentant. Né le 6 avril 1644, Gabriel avait atteint l'âge de quarante-deux ans lorsqu'il abandonna la colonie pour courir au plus pressé, en France.
Ces renseignements et ceux qui suivent, sont tirés de Ftench Blood in Ametica, par Lucian J. Fosdick, publié en 1906.
Au mois de mai 1686, sortant de prison, Gabriel s'entendit avec Isaac Bertrand du Tiffeau, de Poitiers, qui devint son agent pour former une colonie au Massachusetts. Ce Bertrand avait des capacités puisqu'il remplit plus tard diverses charges publiques dans sa nou- velle patrie.
Toutes choses étant préparées, Bernon partit pour la Hollande d'où il gagna l'Angleterre. Bertrand arriva avec son monde, à Boston sur la fin de l'été de 1687 et se fit accorder un assez vaste territoire oii est la ville d'Oxford, à présent, état de Massachusetts. Les plans étaient bien dressés, la besogne fut conduite avec adresse et tout pros- péra— l'argent de Bernon et son initiative comptaient pour beaucoup dans l'entreprise, cependant les colons n'étaient pas dépourvus de moyens par eux-mêmes.
Bernon arriva en 1688 et, de suite, les gens du pays s'aperçu- rent qu'il n'était pas un homme ordinaire. Ce que nous appelons l'activité américaine était en lui, ou pour mieux dire il devançait et, assurément il inspira dans une certaine mesure, ce genre d'esprit dont l'hisroire ne fait mention que plus tard. En 1688, la Nouvelle- Angle- terre était encore assez inerte.
L'établissement d'Oxford progressait. Bernon s'occupait de com-
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raerce et d'industrie, sans négliger la colonisation. II construisait des navires, les chargeait et les envoyait vendre au loin. En 1693, 1696,11 est à Londres, cherchant à pousser les ministres de la couronne dans la voie des encouragements envers les provinces transatlantiques et nouant des relations fructueuses avec les armateurs, les manufacturiers, les négociants de diverses classes. En 1697, i^ s'établit à Newport, Connecticut, et produisit les gréements nécessaires à la marine, étendit son commerce à la Pennsylvanie, la Virginie, les Antilles, l'Angleterre, ayant comme associés les Forreuil et les Allaire, des huguenots fran- çais dont la carrière et les descendants sont bien connus, il avait aus.si une exploitation de salines et des fabriques de clous.
Sa femme, Esther L,eRo3% fille d'un marchand riche de la Rochelle, mourut à Newport en 17 10, âgée de 56 ans, lui laissant uu fils, Gabriel et quatre filles. Maria, Esther, Sarah, Jeanne.
Alors, Bernon se transporta à Providence, y éleva une superbe demeure, prit Daniel Ayrault comme as.socié, développa son commerce avec les Antilles oh il envjya son fils Gabriel qui trouva la mort dans un naufrage.
Remarié avec Mary Harris, trois autres filles naquirent à Bernon '- Suzanne, Mary, Eva ; cette dernière resta célibataire ; les deux autres furent très bien mariées. Quant aux quatre filles du premier mariage, voici leur sort : Maria épousa Abraham Tourtellot, armateur de New- port, nombreuse descendance, Esther se maria avec Adam Powell, de New- Port et eut deux filles richement mariées. Sarali devint la femme de Benjamin Whipple d'une famille importante. Jeanne épousa le co- lonel Coddington, de Newix)rt, et eut deux fils et deux filles. Le nom de Bernon disparut parce que le fils Gabriel n'était pas marié.
Enfin, notre personnage fonda trois églises et, en 1724, à l'âge de io ans, il était en Angleterre dans l'intérêt de ses congrégations. Décédé à Providence en 1736, il fut inhumé dans son temple avec tous les honneurs et les manifestations de regrets des citoyens.
Mais qu'était devenue la colonie d'Oxford ? L'aide de Bernon ne lui manquait pas, seulement il ne pouvait empêcher la guerre et ses ravages .
A l'exception d'un homme la petite population du lieu était abso- lument française : le pasteur Daniel Bondat, André Sigournc}^, Daniel Johonnot son neveu, Pierre Canton, les Allaire, Tourtellot, Barbut, Grignon, Fanenii, les Bureau, Germaine, Cassanueau, Martin, Dupeux,
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Papineau, Mousset, Millet, Montel, Cornilly, Butte, Thibaud, Mour- gues, Dcpont, Boutinot, Baudoin, Johnson. Un bon nombre d'entre eux sont connus des historiens et deux surtout de bien des lecteurs — les Baudoin et les Faneuil, des illustrations. Anne, fille de François Bureau, de la colonie d'Oxford, épousa Benjamin Faneuil et fut la mère du fameux Pierre Faneuil, de Boston, qui érigea à ses frais la " salle de la liberté ", y plaça la cloche célèbre de la révolution amé- ricaine et mourut dans toutes ses richesses avec la réputation d'un grand citoyen.
La guerre mentionnée ci-dessus av'ait éclaté entre la Nouvelle- Angleterre et le Canada. Une première fois, en 1694, Oxford fut attaqué par les sauvages et ne subit que des pertes matérielles, mais en 1696, Johnson far tué avec ses trois enfants et la colonie resta comme abandonnée. On y revint avec une nouvelle confiance en 1699, mais cinq ans plus tard, l'ennemi rendant la situation impossible, il fallut tout quitter à jamais. Les colons n'étaient ni pauvres ni découragés. Ils s'établirent en diverses localités ; et l'on rencontre rarement un petit groupe de famillcb qui, étant tout à coup dispersées, ont si heu- reusement réussi dans leurs affaires. Bernon avait fait un excellent choix de personnes et ce n'est pas le seul cadeau avantageux qu'il ait fait aux provinces américaines.
BENJAMIN SULTE
LE SIEUR ABEL, ANGLAIS DE NATION
Le 22 mars 1732, le roi de France accordait un brevet de naturali- té au sieur Abel, anglais de nation, établi à Québec. Il est dit dans ce brevet : "Sur ce qui a esté représenté à Sa Majesté de la part du .sieur Abel anglais de nation et à présent habitant de Québec en la Nouvelle-France où il est estably depuis dix-neuf ans, faisant profes- sion de la religion catholique, apostolique, qu'il désirerait finir ses jours dans le dit pays de la Nouvelle-France ou en tel autre endroit du Royaume où ses affaires l'appelleront et à jouir des mesmes avantages
" Ce brevet de naturalité est enregistré au septième cahier des
Insinuations du Conseil Supérieur de la Nouvelle- France. Abel est peut-être le Joseph Bear dit Barbe- Abel, natif de Londres, Angleterre, et qui eut plusieurs enfants de son mariage avec Marguerite Desjar- dins.
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Biographies canadiennes
PIERRE HAIMARD — On a écrit ce nom de différentes maniè- res. Nous l'avons vu orthographié Haymard, Hémard, Haimard, Ay- mard, Aimard, Aidmars, Haimart, etc., etc. M. Haimard signait " Haimard," N'est-ce pas l'orthographe que tous devraient adopter?
Pierre Haimard, originaire de Du Mesny, évêché de Reims, était fils de Etienne Haimard et de Marie Hurault. Mgr Tanguay, dans son Dictionnaire généalogique (vol. I, p 297), laisse entendre que le père et la mère de Pierre Haimard vinrent aussi dans la Nouvelle-France. Rien ne confirme c^tte supposition.
Pierre Haimard passa ici tout jeune homme. S'il faut en croire M. de Vaudreuil, il fut d'abord domestique du sieur de La Lousière. Haimard devait être dans les mêmes conditions que la plupart de ceux qui s'établissaient alors dans la Nouvelle- France.
Arrivé ici sans le sous, il dût prendre du service chez M. La Lou- sière pour s'empêcher de crever de faim. Nous pouvons cependant, à cause des charges qu'il remplit plus tard, présumer qu'il av^ait reçu une excellente instruction.
M. Haimard se mit bientôt dans le commerce. Il tint un magasin à Québec pendant plusieurs années.
En 1652, le roi de France avait érigé la terre de Notre-Dame des Anges, propriété de Jésuites, en fief et seigneurie. Les Jésuites du- rent donc faire distribuer la justice à leurs censitaires. Le premier ju- ge prévôt de Notre-Dame des Anges fut Pierre Duquet de la Ches- naye. Il fut remplacé, en 1679, par le notaire Guillaume Roger, qui exerça la justice jusqu'à sa mort, en 1702. C'est le notaire Michel Laferté-Lepailleur qui succéda à M. Roger comme juge de Notre-Da- mes des Anges.
Le notaire Lepailleur aj^ant décidé d'aller s'établir à Montréal, les Jésuites lui donnèrent comme successeur, en 1704, Pierre Haimard.
Le 22 novembre 1706, le Conseil Supérieur commettait Pierre Hai- mard pour faire en l'absence de M. d'Auteuil, procureur-général du Roi, les fonctions de substitut du procureur-général.
L'entrée dans les registres du Conseil Supérieur relative à la nomi- nation de M. Haimard se lit comme suit :
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" Le Conseil ayant considéré qu'il y a très peu de juges à présent en icelui et qu'ayant commis M. Charles Macart, conseiller, pour faire les fonctions de procureur-général en l'absence de Me François- Made- leine Ruette Dauteuil, procureur-général du Roi, qui est passé en l'ancienne France, cela lui ôte un juge dont on a souvent besoin à cause du peu qu'il y en a présentement, la plus grande partie étant absents, a commis et commet Me Pierre Haymart, juge prévôt de Notre-Dame des Anges, pour faire en l'absence du dit sieur Dauteuil les fonctions de substitut du dit procureur-général et à cet effet sera mandé de se trouver en ce conseil lundi prochain pour prêter le serment en tel cas requis et prendre séance ' ' .
M. Haimard exerça ces fonctions pendant près de quatre ans, de novembre 1706 à juillet 17 10.
Le 10 novembre 1707, M. Haimard recevait en concessiou la pointe de Paspebiac, dans la Baie des Chaleurs, avec une lieue de front du côté de l'est de la pointe, et une lieue du côté de l'ouest, avec les îles et îlets qui se trouvaient au-devant de l'étendue de la dite conces- sion, sur trois lieues de profondeur (i).
Cette concession fut ratifiée par le roi le 20 mai 1708 (2). M. Haimard ne fit pas de grands efforts pour peupler sa seigneurie.il est probable que la pêche, la chasse et peut-être même la traite avec les Sauvages entraient plus dans ses calculs que le défrichement des terres.
Après la mort de M. Haimard, la seigneurie de Paspebiac passa au fils de sa femme, Louis Gosselin.
Le sieur Chéron, conseiller au Conseil Supérieur de Québec, étant décédé le 26 avril 17 17, M. de Vaudreuil et Bégon, proposèrent au ministre de le remplacer par M. Haimard. Le 6 novembre 161 7, ils écrivaient au ministre :
" Le Sr Cheron conseiller est mort le 27 Avril dernier nous sup- plions le Conseil d'accorder cette place au Sr Haimard qui y a fait la fonction de procureur général du Roy depuis le 2 Novembre 1706 jus- qu'au mois de juillet 17 10 suivant sa commissi:)n dont copie est cy jointe, il est homme de probité et bon sujet." (3)
(i) Registre No 3 des Insinuations du Conseil Supérieur.
(2) Idem.
(3) Archives publiques du Canada, Correspondance générale.
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Le lendemain, 7 novembre 1717, M. de Vaudreuil se ravisait et il écrivait la lettre suivante au ministre :
"Je signai hier une lettre commune dans laquelle Mr Bégon pro- pose au Conseil le Sr Haimard, marchand en cette ville pour conseiller du Conseil Supérieur à la place du Sr Chéron qui est mort.
"J'avais témoigné en plusieurs occasions à Mr Bégon que je n'é- tais pas de son sentiment sur ce choix, et qu'encore que j'affectionne beaucoup le Sr Haimard, je me garderais fort de le proposer, parce qu'outre que je ne le croyais capable de remplir cette place on l'axait vu ici domestique de Sr La Lousière je croyais que M. Bégon aurait fait attention à ce que je lui exposais ; je mé flattais même qu'après y avo)r fait réflexion il proposerait un autre sujet plus convenable, mais ne l'ayant pas fait, je crois devoir représenter au Conseil que je n'ai passé cet article dans cette lettre que pour éviter de nouvelles contesta- tions et que selon mon sentiment cette place de conseiller serait mieux remplie par le Sr Delino, Procureur du Roi de la Prévoté de Québec que par le Sr Haimard qui est simple juge de Notre Dame des Auges, justice subalterne appartenant aux pères jésuites.
"Mr Bégon pour appuyer sa demande en faveur du Sr Haimard envoie au Conseil la commission qu'il eut autrefois de M. Raudot père pour faire les fonctions de Procureur Général à la place du Sieur Dau- teuil qui passa en France et fut cassé ; mais j'ai l'honneur de faire re- marquer au Conseil que le Conseil de Québec s'en plaignit à M. Rau- dot même qui fut très blâmé de la Cour et que cette Commission fut otée au Sr Haimard et donnée au dernier conseiller.
"Si le Conseil juge à propos d'accorder cette place au Sr. Delino, procureur du Roi, qui a certainement d'autres talents que le Sieur Haimard. le Sr Guillemin négociant, établi dans ce pays, fort entendu dans les affaires du commerce, connu très particulièrement de Mr Rau- dot et qui a son cours de droit, conviendrait pour procureur du Roi à la place du Sieur Delino. " ( i )
M. de Vaudreuil gagna son point, c'est-à-dire qu'il empêcha M. Haimard d'être nommé au Conseil, mais ce ne fut pas son candidat, M. de Lino, qui fut nommé. La succession de M. Chéron échut à M. Jean Petit.
(i) Archives publiques du Canada, Correspondance générale vol.
Par une note préparée } our le Conseil de Marine et que nous avons sous les yeux nous constatons qu'il y avait quatre candidats pour rem- placer M. Chéron : M. Haimard, proposé par MM. de Vaudreuil et Bégon ; M. de Lino, procureur du Roi à la Prévôté, proposé par M. de Vaudreuil ; M. eau Petit, c. mniis des trésoriers de la marine ; et le sieur Pinault, bourgeois de Québec
Dans son étude sur La Judice seigneuriale de Notre-Dame des An- ges, feu M. J.- Edmond Roy écrit :
"J^e 2 décembre 171°, nommé procureur du roi à la prévôté de Québec, Haimard cédait sa place (de juge de Notre-Dame des Anges) à Etienne Dubreuil, notaire de la capitale, qni exerçait déjà les fonc- tions de procureur fisjal depuis le 2 juin 17 10."
Il y a ici confusion ou erreur dans les notes de M. Roy. Il se peut que M. Haimard fut remplacé par M. Dubreuil en 171 8 comme juge de Notre-Dame des Anges. Mais M. Haimard n'abandonna pas cette charge pour prendre celle de procureur du roi à la Prévôté de Québec.
En 17 18, le procureur du roi à la prévôté de Québec était M. Jean François Martin de Lino qui avait été nommé à cette charge le 27 avril 1716 et l'occupa sans interruption jusqu à sa mort arrivée à Qué- bec le 5 juin 1721. Il est probable que M. Haimard laissa sa charge de juge de Notre Dame des Anges pour s'occuper exclusivement de son commerce.
Pierre Haimard décéda à Québec le 12 septembre 1724, et fut in- humé dans l'église paroissiale, à l'entrée de la chapelle Sainte-Famille.
M. Haimard avait épousé à Québec, le ler septembre 1698, Louis» Guillot, veuve de Gabriel Gosselin. Cette veuve avait eu de son pre- mier mariage deux enfants, Louis et Cécile, que M. Haimard adopta comme ses propres enfants. Il signa même une donation entre vif à Louis Gosselin (jui fut la cause d'nn procès. Un des frères de Hai- mard qui demeurait en France et qui était son héritier fit annuler cette donation par la Prévôté de Québec, Il y eut appel au Conseil Supé- rieur. En avril 1741, le président du Conseil df' marine écrivait à M. Hocquart le priant de faire finir ce procès. M. Haimard était décédé depuis plus de seize ans !
P.-G. R.
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Denis Guyon ou Dion. — Il était né en 1632, du mariage de Jean Guyon et de Mathurin Robin. En 1645, la famille Guyon était déjà établie dans la No velle- France. Comme on ne trouve pas dan? nos registres l'acte de baptême de Denis Guyon on peut présumer qu'il naquit dans la vieille France. Dans ce cas, il passa très jeune dans notre pays avec son père, sa mère et ses frères aînés.
On sait qu'en 1657 Jean Bourdon, fit un voyage àlabaied'Huison.
On voit dans Içjounial des Jésuites que sa barque leva l'ancre du port de Québec le 2 mai 1657. D' après la Potherie, Bourdon pénétra jusqu'au fond de la baie d'Hudson et " lia commerce avec les sauvages de ce quartier. " ( i )
M.N,-E. Dionne doute fort que Bourdon ait dépassé le cinquante-cin- quième degré dans ce voyage de 1657. En efïet,comme Bourdon revint à Québec le i î août 1657, il n'est pas possible de croire qu'il put faire pareil voyage en trois mois seulement.
Quoique \ç Journal des fêsuites ni aucun document du temps le men- tionnent, nous croyons que Denis Guyon, alors âgé de 25 ans, accom- pagna Jean Bourdon dans son expédition de 1657 à la baie d'Hudson. Jean Bourdon, dans ce voyage, avait sous ses ordres seize Français ou Canadiens et deux Hurons.
En 1661, les Sauvages du Nord vinrent demander au gouverneur de la Nouvelle-France, le vicomte d'Argenson, de leur donner un mission- naire. Ils offrirent en même temps de trafiquer leurs pelleteries avec les Français qui iraient chez eux.
M. d'Argenson leur envoya les Pères Jésuites Claude Dablon et Gabriel Druillettes. Michel Leneuf de la Vallière, Denis Guyon, Guil- laume Couture et François Pelletier, accompagnèrent les missionnaires. Le départ eut lieu de Québec le 11 mai 1661. Jean Bourdon, dans .son voyage au Nord de 1657, avait pris la voie du golfe Saint-Laurent et longé les côtes du Labrador. Cette fois, les hardis voyageurs re- montèrent le Sagnenay par Tadoussac et Chicoutimi, traversèrent le lac Saint-Jean, et se rendirent ainsi par les lacs et les rivières jusqu'au lac FeKouba,qui est à mi-chemin entre la baie d'Hudson, et ren':rée du Saguenay.
Le 27 juillet de la même année l'expédition était de retour à
(i) Histoi le de r Amérique septent} ionale, vol, I, p. 141.
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Québec. Ft encore avait-elle relardée trois semaines à Tadoussac. (i) I^orsque le marquis de Denonville nommé gouverneur de la Nou- velle-France, vint prendre possession de son gouvernement dans l'été de 1685, le roi de France lui donna un certain nombre d'officiers et de soldats pour renforcer les troupes de la colonie si peu nombreuses et qui avaient tant à faire pour repousser les attaques des Iroquois.
Ces soldnts furent entassés dans deux vaisseaux du roi, les flûtes /^ Foujgon et le Mulet,
Des maladies contagieuses se déclarèrent à bùrd de ces vaisseaux. Plusieurs des officiers, soldats ou matelots moururent pendant la tra- versée et un bon nombre furent transportés à l' Hôtel-Dieu, à l'arrivée des vaisseaux à Québec.
Bien plus, la plupart des marins que l'on envoya au devant des deux vaisseaux pour leur aider à se rendre à Québec contractèrent la maladie et \t\x moururent.
Guyon ou Dion fut du nombre. Il décéda à Québec le 30 août 1685.
Le 28 .septembre 1685, l'intendant de Meuhes écrivait au ministre: "L'arrivée des deux vaisseaux de Sa Majesté a causé un grand dé- sordre en Canada. Ceux qui y ont passé ont presque tous été atta- qués de maladie contagieuse, qui s'est même communiqué à la plupart des habitants qui se sont mis en devoir de les soulager. Vous verrez, Monseigneur, par la liste que je vous envoie combien il est mort d'offi- ciers, soldats engagés et matelots ; ce mal a été si dangereux que la plupart des maîtres de barques que j'ai été obligé de leur envoyer en sont morts ou malades. Il y en a un entre autres qui était un parfait honnête homme nommé Denis Dion qui en est mort et laisse une veuve avec huit ou dix enfants. Sa famille mérite que Sa Majesté lui fasse quelque gratification, deux de ses enfants étant encore présentement à l'extrémité. Quoique le vaisseau où on envoyait le dit Dion fut soup- çonné de contagion, il ne laissa pas d'obéir aveuglement aux ordres qui lui furent donnés. Vous aurez s'il vous plaît égard, Monseigneur, à ces sortes de services. Si cet homme n'y avait pas été les deux vai.'i-
(i) N.-E. Dionue, C/iM^a;/é^/ /?^ûf/^t7«, p. 84. Voir aussi Bac- queville de la Potherie, A/^/^zVé' de V Amérique septentrionale, tome deuxième p. 141.
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seaux du Roi seraient péris sans secours parcequ'ils étaient à trente ieues de Québec et n'avaient pas la force de lever leurs ancres." (i)
Le 3 décembre 1685, le marquis de Denonville écrivait à son tour au ministre :
"Ce qu'il y a encore de fâcheux est que plusieurs de nos bons ha- bitants que nous avons envoyé audevant pour secourir les flûtes sont tombés malades et qu'il en est mort dont l'un nommé Guyon laisse une veuve avec neuf enfants qui auraient bien besoin d'être secourus étant très pauvres " (2)
La veuve de Guyon obtint la pension demandée par le gouverneur Denonville et l'intendant de Meulles puisque nous voyons qu'après sa mort, en 171 1, la marquise de Vaudreuil écrit au ministre pour le prier d'accorder "la pension des enfants de la veuve Dyon (Guyon) qui est vaccante à la veuv^e du Sr Damouts qui a servy pendant 30 années dans le Conseil Supérieur. ..." (3)
P.-G. R.
Guiti.AUMK AuDOUARD DE Saint-Germain. — En 1648, Guillau- me Audouard de Saint- Germain était commis au greffe et tabellionage de Trois- Rivières. L'année suivante, en 1649, il devenait notaire royal à Québec et greffier du Conseil de Québec. Il garda cette charge jusqu'à 1663. Audouard fut aussi substitut du procureur fiscal et ju- ge sénéchal à Beauport. Son greffe de notaire comprend 1067 pièces. En octobre 1663, Audouard retournait en France. Vide J. -Edmond Roy, Histoire du notariat au Ca?iada, vol. 1er, p. 40.
Jean, Adam. — Le recensement de 1666 constate la présence du notaire Jean Adam dans la seigneurie de Lauzon. Peu après Adam allait s'établir à Beaumont où il mourut le 3 septembre 171 1. Les mi- nutes d'Adam sont disparues, et il ne reste plus nulle part trace de sa nomination et de son greffe. Vide J. -Edmond Roy, Histoire du nota- riat au Canada, vol. 1er, p. 156.
(i) Archives publiques du Canada, Correspondance générale, vol. 7, folio 143.
(2) Archives publiques du Canada, Correspondance générale, vol. 7.
(3) Archives publiques du Canada, Correspondance générale, vol. 120, folio 272.
-29— REPONSES
Les fiefs ou seigneuries de Chavigny et de la. Chevrotiè;- RE. Y A-T-iL EU UN FIEF LA Tesserie ? (XXI, VIII, p. 235)— Jo- seph Bouchette, dans sa Description topogi aphique delà province du Bas-Canada (page XXIII), écrit au sujet de la seigneurie de la Che- vrotière :
"On n'a pu trouver le titre de cette concession au Bureau du Se- crétaire, ni dans le Registre des Foi et Hommage. Il parait seule- ment par les concessions voisines de Deschambault et de la Tesserie, qu'elle fut faite avant mil six-cent-cinquante-deux, à un M, Chavigny de la Chevrotière, qui, ou ses aj^ant-causes, la céda au propriétaire de Deschambault, à laquelle elle est restée réunie sous le nom de cette dernière. Suivant les arpentages que nous avons de cette partie, ces deux concessions réunies occupent deux lieues de front sur trois lieues de profondeur."
Dans un plan du comté de Portneuf dressé en 1830 par l'abbé Ca- tien et reproduit en tête de la seconde édition de V Histoire du Cap Santé, on indique les seigneuries du comté de Portneuf, en descendant vers Québec, comme suit : Grondines, La Tesserie, La Chevrotière, Deschambault, Portneuf, Belair, Pointe- aux -Trembles, etc, etc.
Y a-t-il eu un fief ou seigneurie de La Tesserie dans les limites actuelles du ccmté de Portneuf ainsi que l'affirment Bouchette et l'ab- bé Catien ? Oii était cette seigneurie ? En faveur de qui fut-elle concédée ? Où sont les titres de concession ?
Voilà autant de questions qui intéressent les habitants de cette partie du pays. *
Le 4 décembre 1640, la Compagnie de la Nouvelle- France concé- dait à François de Chavigny, Ecuyer, sieur de Berchereau, et damoi- selle Eléonore de Crandmaison, sa femme, de la paroisse de Créancée, en Champagne, entr' autres terres, . .une demie lieue de terre en large à prendre le long du fleuve St-Laurent au-dessus et {ou ?) au-dessous de Quéùec à commencer depuis les Trois-Rivi'ères seulemefit jusqu' à l'embou- chure du dit fleuve sm trois lieues de piofondem en amont dans les terres du côté de Québec soit à Vautre rive du fleuve ainsi que le sieur de Chavi- gny le désirera "
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Cet acte de concession a été publié è la page 375 des Pièces et do- cuments relatifs à la temire seigneuriale .
Il était dit dans l'acte de concession que le gouverneur de Mont- magy devait lui assigner la terre concédée par bornes et limites qai de- vaient être mises sur les lieux par lui-même, son lieutenant ou une autre personne commis à cet effet.
M. Chavigny de Berchereau choisit sa concession dans le comté actuel de Portneuf, sur le Saint-Laurent, entre ce qui fut plus tard la seigneurie de Portneuf, au nord-tst, et le fief de la Chevrotière, au sud- ouest.
Le 16 avril 1647, M. Chavigny de Berchereau se faisait concéder une augmentation de son fief de Chavigny "une autre demye-lieue de terre le long du fleuve Saint-Laurent, sur trois lieues de profondeur en avant dans les terres, en sorte que le dit sieur de Chavigny aura en tout une lieue rangeant le dit fleuve sur trois lieues en avant dans les terres. ' '
Le titre de cette augmentation est reproduit à la page 377 des Piè- ces et documents relatifs à la tenute seigneiiriale .
M. de Chavigny étant mort sans remplir les conditions de ces deux concessions, sa veuve, Eléonore de Grandmaison obtint du gou- verneur de Lauzon, le ler mars 1652, une nouvelle concession du fief de Chavigny, "aux mêmes charges, clauses et conditions" qu'il avait été octroyé à M. de Chavigny le 4 décembre 1640 et le 16 avril 1647.
On trouvera le texte'de cette concession à la page 378 der Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale.
Jacques-Alexis Fleury Deschambault aj^ant épousé, le 19 novem- bre 167 1, Marguerite de Chavigny (veuve de Thomas Douaire de Bon- dy), fille de Eléonore de Grandmaison, le fief ou seigneurie de Chavi- gny vint en sa possession. Le 25 octobre 1683, M. Fleury Descham- bault échangeait avec sa belle-mère une terre que sa femme tenait de son premier mari en l'île d'Orléans pour le fief de Chavigny Ce fief fut dès lors connu sous le nom de fief ou seigneurie de Descham- bault.
Voilà en quelques mots l'histoire primitive du fief de Chavign)' plutôt connu aujourd'hui sous le nom de seigneurie de Deschambault.
Voyons maintenant pour le fief de la Chevrotière.
Le 3 novembre 1672, l'intendant Talon concédait à Eléonore de
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Grandmaison, épouse de Jacques de Cailhault de la Tesserie, déjà propriétaire du fief de Chavigny, "la quantité de terre qui se trouvera entre la concession faite aux Pauvres de l'hôpital de Québec (la sei- gneurie des Grondines) jusqu'à celle de Chavigny."
Ce titre de concession est publié à la page 15 des Pièces^et docu- ments relatifs à la tenure seig^ieiniale.
De son mariage avec M. Chavigny de Berchereau, Eléonore de Grandmaison avait eu cinq filles et un fils, François Chavigny de la Chevrotière. Le 7 avril 1674, par acte passé devant Mtre Romain Becquet, Eléonore de Grandmaison échangeait avec son fils le fief et ^^^eigneurie que lu' avait accordé l'intendant Talon le 3 novembre 1672 pour une habitation "size en l'île d'Orléans, seigneurie de Beaulieu, coutenant quatre arpents de terre de front du côté du nord "
Le fief prit dès lors le nom de la Chevrotière qu'il a conservé de- l)uis.
En résumé, ce qu'on a appelé le fief La Tesserie est le fief de la Chevrotière. L'erreur provient probablement du fait que lors de la concession de ce fief par Talon, le 3 novembre 1672, Eléonore de Grandmaison était l'épouse de Jacques de Cailhaut de la Tesserie.
P. G. R.
ROBERT GIFFARD ETAIT-IL MEDECIN ? (XXI, VIII, p, 235). Oii trouve-t-on la preuve que Robert Giffard, premier seigneur de Beauport, était médecin ?
Nous n'avons pas vu la commission ou les lettres- patentes permet- tant à Robert Giffard d'exercer l'art de la médecine. Si le seigneur de Beauport a apporté ce document dans la Nouvelle- France il y a long- temps qu'il est disparu car il n'a été mentionné par aucun de nos cher- cheurs. Mais à l'aide des Relations des Jésuites et An Journal des mê- mes Pères il. est facile d'établir que Giffard était médecin.
Nous lisons dans la Relatioti de 1640- 1641 :
"Une jeune femme chrétienne pensant mourir en ses couches et sa petite fille, nouvellement née, était si malade que les femmes sauvages disaient qu'elle s'en allait expirer ; le père et la mère de l'enfant pro- mirent à Dieu qu'elle serait toujours vierge, c'est-à-dire qu'ils la fe-
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raient religieuse quand elle serait grande si elle le voulait être : Dieu sauva la mère et la fille... Le sieur Giffard sauva la vie à la mère ; et Notre-Seigneur ressuscita pour ainsi dire le petit enfant".
Dans la même Relation on raconte la mort précieuse de la mère Sainte-^arie, hospitalière, et on écrit qu'elle fut traitée dans sa mala- die par le sieur Giffard.
Voici maintenant une preuve directe.
La Relatio7i de 1642, parlant de la femme d'un capitaine sauvage de la résidence de Saint- Joseph, dit :
" Etant malade il y a quelque temps un Père l'alla visiter avec
le sieur Giffard qui sert de médecin à Kebec ; après lui avoir touché le poulx et considéré sa maladie il lui fit dire qu'elle prit courage, qu'elle ne s'attristât point pour ce que sa maladie n'était point mortelle, cette femme regardant le père comme étonnée lui dit : Cet homme sait- il bien que je suis baptisée ? Il le sait bien, dit le Père. Pourquoi donc, réplique-t-elle, me dit-il, que je prenne couiage et que je ne m'attriste point et que je n'en mourrai pas ? Dieu n'est-il pas mon père ? N'est- ce pas lui qui détermine de ma vie ? Pourquoi donc m'attrister de ce que fera mon père ? Qu'il en fasse comme il voudra, il est le maître, je suis chrétienne, je ne m'attristerai point. Le médecin n'attendait pas une telle réponse d'une femme qui est née dans la barbarie ; il y en a de plus experts en France que lui, à qui on n'a jamais fait une semblable réponse".
Mais nous avons une preuve encore plus forte que celles que nous of- frent X^sRelations et \ç: Journal des Jésuites. Dans l'acte de concession du fief de Saint-Gabriel accordé à Giffard, le 11 avril 1647, par la Compagnie de la Nouvelle- France, il est qualifié de médedii ordinaire de Sa Majesté. ' ' "A ces causes, y déclare-t-on, estant pleinement certifiez des louables qualités de Robert Giffard, seigneur de Beauport, coner (conseiller) et médecin ordinaire de Sa Majesté, et de l'expérience et connaissance qu'il s'est acquise dans le dit paj-s depuis longues années qu'il y a fait son séjour, comme aussi de son zèle à la religion catholique, apostoli- que et romaine, fidélité et affection aux services du roy "
P. G. R
BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL XXII BEAUCEVILLE-FEVRIER 1916 Noli
NICOLAS LE VIEUX DE HAUTEVILLE
Nicolas Le Vieux, sieur de Hautevllle, arriva ici avec le gouver- neur de Lauzon le 13 octobre 1651,
Dès son arrivée dans le pays, M. de Lauzon se mit en frais de pla- cer l'administration de la justice sur un pied plus régulier. Jusque là la justice avait été rendue à peu près arbitrairement par le gouverneur.
M. de Lauzon plaça à la tête de la j ustice ordinaire un grand sé- néchal. La justice devait être administrée, au nom du sénéchal, par un lieutenant-général civil et criminel, un lieutenant particulier civil et criminel et un procureur fiscal.
M. de Lauzon installa lui-même les nouveaux officiers de justice. Il nomma son propre fils, Jean de Lauzon, un jeune homme de 22 ans, grand sénéchal. Nicolas Le Vieux de Hauteville fut fait lieutenant- général, et M. Louis-Théandre Chartier de Lotbinière reçut la charge de procureur fiscal.
Nicolas Le Vieux de Hauteville retourna en France en 1656. La Mère Marie de l'Incarnation nous dit, dans une de ses lettres, que le gouverneur de Lauzon repartit pour la France en juin 1656. Il est bien probable que M. de Hauteville, qui était son protégé, fit le voya- ge avec lui.
Pendant son séjour à Québec, le 10 septembre 1654, Nicolas Le Vieux de Hauteville avait épousé Marie Renardifi de la Blanchetière, (i) qui lui donna une fille, Marie-Paule, née à Québec le 8 septembre 1655. Mgr Tanguay (^Dictionnaire généalogique, vol. I, p. 393) <^^^
( I ) Leur contrat de mariage fut reçu par le notaire Audouard Saint-Germain le 9 septembre 1654.
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qu'une autre de ses filles, Elisabeth, fut religieuse à rHôtel-Dieii de Québec sous le nom de Mère Saint-Joseph et décéda dans cette com- munauté le 31 août 1713. Nous croyons que Mgr Tanguay a fait er- reur ici. D'après la liste, des religieuses conservée à l'Hôtel-Dieu, la Mère Saint- Joseph était une Halot-Donville.
Deux ans après son retour en France, M. de Hauteville vendait les propriétés qu'il possédait à Québec. L'acte de vente dressée à Paris le 18 avril 1658 vaut la peine d'être publiée ici car il nous donne des ren- seignements intéressants sur M. de Hauteville :
"Pardevant les Notaires Gardesnottes du Roy nostre Sire en son Chastelot de Paris soussignés, fut présent en sa personne Nicolas le Vieux escuyer seigneur de la Mothe Desorcy (?) et de Hauteville de- meurant rue neufve et parroisse Sainct Medericq, lequel a recogneu et confessé, reconnaît et confesse avoir volontairement vendu, cédé, quit- té, transporté et délaissé par ces présentes et promet garantir de tous troubles et empescheraans généralement quelconques du tout, mainte- nant et toujours, au sieur Florentin Lambert, Marchand Libraire Bour- geois de Paris y demeurant rue Sainct-Jacques en la maison où est pour enseigne l'image Saint-Paul, parroisse St-Severin, à ce présent et ac- ceptant pour luy ses hoirs et ayant cause la terre et seigneurie du dict Haulteville auparavant appelée vulgairement la Cabanne auxTampiers, consistant en maison raannable, grange et austres bastiments, terres la- bourables prés et bois, ses appartenances et dépendances, ainsi qu'elle se poursuit et comporte et extende de toutes parts et de fond en comble tenant la totalité d'une part au fleuve de Saint-Laurent, d'autre part à la rivière Saint-Charles, aboutissant d'un bout damont à Paul Chailli- four charpentier et d'autre bout daval au nommé Jean Du Maine et à une maison appartenante aux Révérends Pères Religieux de la compa- gnie de Jésus en laquelle est demeurant le frère Ceuron scituée au Ter- roir de Kebek pays de la nouvelle france dicte Canada ; Item et une place de maison seize au dit pays sur le quay du dit Kebecq avec la
charpenterie eslevée ^ur la dite place tenant d'une part à Marsol-
let d'autre part à la Boulangerie de Messieurs de la Compagnie de la nouvelle france, aboutissant d'un bout sur le Quay, et d'autre bout par- devant au Magasin publique (sic) du dit lieu. Item et toutes et cha- cune les terres, Maisons et autre héritages qui peuvent et se trouve- ront appartenir au dict sieur vendeur au dict paj^s de la nouvelle france et le tout par luy acquis, ainsi qu'il a dict et affirmé, du sieur de la
...35--
Mêlée par contract passé pardevaut Siint-Ganiiain Notaire au dict pays en l'année mil six cent cinquante quatre au mois de septembre la grosse duquel contract est au dict Kébecqk dans l'un des coffres du dict sieur vendeur qui est en la possession du Révérend Père Richard Reli- gieux de la dite compagnie de Jésus duquel le dit sieur vendeur consent que le dit sieur acquéreur îes retire ou fasse retirer comme aussi qu'il retire du greffe du dit lieu un extrait de la concession à lui accordée par Monsieur Lauzon cy devant Gouverneur pour le Roy au dict paj^s, mesme tous autres papiers et tiltres qu'il peut avoir au dict pays con- cernant la propriété des dites choses cy-dessus vendues mouvantes et relevantes des Révérends Pères de la dicte Compagnie de Jésus et char- gés les dits lieux envers eux du droit de Rachapt à chacune mutation suivant la coustume du Vexin. Pour toutes et sans autres debtes ny hypoteques quelconques, sinon de ce qu'il peut devoir aux dits Révé- rends Pères de la dicte compagnie establis au dit pays pour partie du prix de la ditte acquisition aussy, ainsy que le dict sieur vendeur a dict et affirmé, pour des dittes terres, seigneurie, circonstances et dépendan- ces, et autres choses cy-dessus vendues jouir faire et disposer par le dit sieur acquéreur ses dits hoirs et ayant cause comme de choses lui ap- partenantes au moien des présentes vray et loyal acquest, les vente, cession et transport ainsy faicts à la charge des dits droits seigneuriaux seulement et outre moyennant le prix et somme de deux mil livres que le dit sieur vendeur recognait et confesse avoir eu et reçu du dit sieur acquéreur qui luy a baillé, payé, compté, nombre et réellement deslivré comptant présens les dits notaires soussignés en louis d'argent et mon- naye le tout donnant quittance, etc, transportant, etc, dessaississant, etc, voulant procureur le porteur et donnant pouvoir etc. et pour l'ex- écution des présentes et despendances le dict sieur vendeur a esleu et eslit son domicile irrévocable en cette ville de Paris en la maison oii il CvSt demeurant devant déclarée, auquel lieu nonobstant etc, promettant etc, obligeant etc,. renonçant etc, fait et passé en l'estude de Gaultier, l'un des dits notaires soussignés l'an mil six cent cinquante huit le dix huictiesme jour d'avril avant midy et ont signé la minute des présentes demeurée vers le dict Gaultier notaire.
Rollu
Gaultier"
P. G. R.
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LE MAL DE LA BAIE SAINT-PADL
Voici une étude incomplète : c'est tout ce que j'en sais ; on pourra s'en servir pour débrouiller la question, si plus riche que moi veut s'en donner la peine.
Ce mal répandit la terreur en son temps ; te souvenir s'en est peu conservé localement ; les écrivains en ont fait mention rarement ; enfin il devrait avoir sa place dans notre histoire.
Son implantation en Canada parait se rattacher à un simple mate- lot écossais qui séjourna à la baie durant un hiver, aux approches de l'année 1773, sinon cette année même — d'où le nom de mal écossais qui le désigna tout d'abord dans le voisinage. Il 5^ a d'autres versions sur l'orig^ine de cette maladie, mais elles semblent plus fantaisistes que celle-ci, vu qu'on ne peut les appuj^er sur rien de connu, tandis que, à l'époque de 1770, il existait en Ecosse une épidémie d'un caractère identique appelé Sibbans ou Sivvans.
En 1775, nous avions les troupes du Congrès américain sur les bras et aussi le mal de la Baie Saint- Paul qui faisait des ravages de plus en plus grands. Le gouverneur Carleton chargea le chirurgien du 7e régiment d'en étudier la nature et de donner aux malades les soins convenables, mais l'invasion américaine appelant les troupes du côté de Montréal, on remplaça le chirurgien par le docteur Badelart, qui avait au moins vingt ans de pratique et de bons états de services. Il parcourut les paroisses, les lieux infectés à la côte-du nord, distri- bua des remèdes à profusion, mais ne parvint pas à enrayer la marche
du fléau.
Les choses se passèrent de la sorte ])endant sept ans. Alors la contagion envahit la côte sud. Elle se manifesta à Saint-Gervais, Saint- Charles de Bellechasse, la Beauce, Yamaska, Saint-Ours, Bou- cherville, Laprairie, les Cèdres au-dessus de Montréal, Vaudreuil, le Saut-au- Récollet, l'île Jésus, Mascouche, Berthier en haut, Saiat-Cuth- bert.
Parmi les endroits exemptés on cite Berthier-en-bas, l'île Verte, Saint- François et Sainte- Famille de l'île d'Orléans, Saint- Joachim, Beauport, Charlesbourg, Sainte- Foy, les deux Lorettes, les villages hurons, Saint- Augustin, Batiscan, Champlain. Partout ailleurs le mal sévit avec violence et durant de longues années.
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Assurément, personne, aujourd'hui, dans les régions de Montréal, de Sorel, Trois- Rivières ou même de la ville de Québec ne s'imagine- rait que ces mots, d'ailleurs très peu connus "le mal de la Baie Saint- Paul", pourraient avoir quelque rapport avec leurs localiiés respecti- ves, tant il est vrai que la tradition est chose impossible à la cervelle humaine. Sans l'écriture imprimée point de souvenirs.
La faculté, comme on dit, ou la médecine, y perdit de suite son latin. Elle se lança dans l'emploi du mercure à l'intérieur et à l'ex- térieur, sans gagner du terrain sur le mal qui, au contraire, augmen- tait toujours. Un docteur de Montréal fit (1786) une brochure pour démontrer que la maladie n'avait aucune origine suspecte. D'autres soutenaient une thèse inverse. Pendant la dispute ou controverse, le mal faisait sa ronde. Après tout, en ce temps- là, les médecins du monde européen n'en savaient pas plus long que les nôtres pour peu qu'on les sortît de la routine et du train-train banal. Souvent un pau- vre diable de patient se débarrassait du mal de la Baie, mais il res- tait sous l'influence du mercure, perdait ses dents, ou la mémoire ou la vue, ne représentant plus qu'une ruine "parfaitement guérie".
Sous le gouverneur Haldimand, en 1783, le Conseil Législatif crut prendre des mesures plus sérieuses que par le passé — aussi bien le fléau se répandait plus que jamais. Le clergé fut prié de faire connaître l'étendue des ravages par paroisse, ce qui permit au gouverneur de di- re l'année suivante, que le chiffre des mortalités n'était pas aussi fort qu'on le supposait. Ceci va de soi — la terreur exagérait tout, comme de coutume, mais le mal ne s'arrêtait pas.
Au moyen de la statistique on s'imaginait de pouvoir le circons- crire peut-être, mais Polichinelle lui-même aurait eu assez d'esprit pour renoncer à ce genre de remède ou palliatif. Il est vrai que le gouverneur faisait distribuer gratuitement les potions de mercure, etc. , destinées aux malades, .encore de la statistique, .il n'en coûtait rien pour mourir.
La plus fréquente indication de l'approche du mal avait la forme de petits ulcères aux lèvres, langue, intérieur de la bouche, à la façoy du scorbut. Il se formait des pustules toutes petites remplies d'une matière blanchâtre et purulente très chargées de poison, signe des sangs tournés. Quiconque buvait dans un verre, une tasse, ou se ser- vait d'une cuillère, d'une pipe à l'usage d'un tel malade contractait la
...38—
coitagion. Les linges de même. Les glandes du gosier, de la gorge, des aisselles, de l'aîne s'enflammaient, déchargeaient du pus. Souvent elles se changeaient on tumeurs dures et insensibles qui se déplaçaient en les touchant. On en était alors au second degré. Des douleurs se faisaient sentir à la tête, aux épaules, bras, mains, cuisses, jambes et pieds. Le malade est porté à croire que ses os se fondent. L'exer- cise aggrave la situation, l'humidité aussi, la chaleur du lit pareille- ment. Si la transpiration survient, il y a soulagement. Vers le matin on éprouve du mieux.
Au troisième degré il se forme sur la peau des croûtes galeuses qui disparaissent et reviennent. Les cartilages du nez pourrissent, comme aussi les gencives, les dents, le palais. Des bosses se produisent aux jambes, aux bras, au crâne. Sur tout le corps reviennent des ulcères qui étaient déjà disparues. Douleur de côté, difficulté de respiration, manque d'appétit, toux, chute des cheveux, affaiblissement de la vue, de l'ouïe, perte de l'odorat — la mort.
Parfois ces degrés sont intervertis. La marche du mal subit des variantes selon les tempéraments et certaines circonstances ; on voit chez quelqu<:;s individus s'opérer une guérison apparente par la force de leur nature, mais le germe est là et ce poison se manifeste de nou- veau, cette fois au second degré.
Le général Hamilton, remplaçant Haldimand, s'empressa de por- ter secours aux affligés dont le nombre ne diminuait nulle part. Il nomma le docteur James Bowman pour visiter les lieux affectés et faire rapport. Ceci occupa les années 1785 et 1786. Mgr Briand, évêque de Québec, écrivit au clergé de mettre tout en œuvre pour enrayer le fléau. En somme, on ne savait de quelle manière procéder, car l'ins- truction à cet égard faisait défaut tout autant qu'aux époques néfastes de grandes épidémies qui avaient autrefois dévasté l'Europe et l'Asie. Les hommes de l'art se querellaient à bouche que veux-tu ?
Le docteur Bowman examina 5,801 malades en 1785 et 4,606 en 1786. Il note que certaines paroisses n'étaient qu'nu vaste hôpital où régnait la désolation. Voici quelques chiffres :
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1785 1786 |
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Baie Saint- Paul |
328 cas 317 cas |
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Saint-Thomas |
118 183 |
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Saint-Charles et Saint-Gervais |
231 219 |
... 39 --
Yamaska 228 238
Saint-Charles (Richelieu) 156 194
Saint- Ours 163 161
Vaudreuil 106 120
Saint- Cuthbert 135 149
Mascouche 190 180
Berthier-en-haut 248 248
Cette page de notre histoire devrait comprendre les rapports qui sont aux Archives d'Ottawa. C'est affaire de médecin, par exemple, sur les symptômes, les phases successives, les complications de la ma- ladie, le traitement à suivre, etc. Le docteur Robert Jones disait, en 1786, que le calomel, une décoction d'écorce de pruche, la sassepareil- le étaient, à son avis, des remèdes appropriés à cette infection.
Ce qui me reste à savoir, c'est quand et comment se termina la crise générale. Il est constaté, en novembre 1786, qu'elle n'avait pas atteint le Haut-Canada, où il y avait un commencement de population, sur le bord du fleuve, entre Montréal et Kingston. Nous n'avons pas d'histoire écrite de la médecine en ce pays ; on en prépare une à l'uni- versité McGill et ce sera, espérons-le, une étude embrassant tout ce qu'il est possible d'exhumer sur le sujet.
BENJAMIN SULTE
DATES CANADIENNES
3 février 1641/— Fondation de Montréal.
5 février 1889 — Léon XIII érige canoniquement l'université d'Ot- tawa et lui accorde les mêmes droits, faveurs et privilèges qu'aux au- tres universités catholiques.
10 février 1763 — Traité de Paris. La France cède tousses droits à Sa Majesté Britannique sur le Canada et ses dépendances.
19 février 1851 — Les Sœurs de la Providence se chargent de l'Ins- titution des Sourdes- Muettes, fondée à la Longue-Pointe, par Mgr Bourget.
20 février 1808 — La Chambre d'Assemblée décide que Ezéchiel H art, Juif de naissance, élu député de Trois- Rivières, ne peut prendre son siège.
24 février 1695 — Incendie de l' Hôtel-Dieu de Montréal. Les reli- gieuses, au nombre de 29, se retirent à la Congrégation.
26 février 1864 — Mort de sir Louis-H. Lafontaine.
28 février 1827— Etablissement de la Propagation de la Foi à Qué- bec.
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M. Philippe de Hautmssny
Jean-Vincent Philippe, sieur de Hautmesny (i), fils de Pierre- Philippe de Marigny et neveu de l'abbé Gabriel Souart apparaît à Montréal, pour la première fois au mariage de Migeon de Branssat avec Catherine Gauchet de Bellerive (26 nov. 1662), également pa- rents du susdit abbé.
Ce dernier qui devait posséder une fortune considérable si l'on en juge par ses dons nombreux à diverses œuvres et à sa famille (2) gra- tifie, le 20 décembre 1665, le jeune de Hautmesny d'un fief sis entre le fleuve Saint-Laurent et la rivière St- Pierre que le concessionnaire ven- dra un quart de siècle plus tard à cette communauté de Frères institu- teurs que M, Souart et le futur abbé de la Faye tentèrent de fonder en 1686 (3).
***
M. de Hautmesny était-il du régiment de Carignan ? C'est possi- ble, puisque M. Frdllon nous informe qu'il prit part aux expéditions de M. de Courcelle et de M. de Tracy. Toutefois, sa carrière militaire paraît s'arrêter là.
Par après, des nobles qui vécureat à Montréal au lyème siècle, il est certainement celui qui mène l'existence la plus effacée.
Il n'occupe aucune charge publique, il ne figure que dans une réu- nion d'habitants, celle du 2 juillet 1691, touchant l'accomplissement du vœu fait l'année précédente par les Montréalais pour obtenir les se- cours du ciel contre les Anglais et les Hollandais ; il se consacre ex-
(i) Il signe I/auimesny, ordinairement, mais aussi, Haiitmeny et même Haumeny. Les notaires et la plupart des historiens écriv^ent Hauimesnil, avec raison sans doute. Le nom de famille de notre per- sonnage : Philippe se rencontre à Montréal dès 1643. Il était porté par un colon prénommé Jean. (Voir note liste des colons de Montréal, 1642-1667),
(2) Nous avons déjà énuméré les donations à Madame de Sailly, B. des R. H., 1915, p. 206. Elisabeth Souart, femme de Charles Le- moyne de Longuenil, bénéficia aussi des libéralités de l'excellent curé de Montréal.
(3) Sur cette communauté, différente de celle des Frères Charron, voir notre article dans Caiiadian Antiquarian, 1915, p. i.
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clusivement à la gérence de ses biens et à élever sa famille.
Par le recensement de 1667, on constate qu'il avait défriché six ari>ents sur son fief de la rivière St-Pierre et lorsqu'il le vend, le 4 dé- cembre 1687, il devait être en bel état de culture, car il s'y trouvait une maison, une étable, une grange et des animaux, si bien qu'il en obtient 4500 livres, forte somme pour l'époque.
Lorsqu'il eut atteint sa vingt-cinquième année (1671), M. de Hautmesny se rendit en France pour épouser Marie-Catherine Lam- bert de Beaussy. En même temps, il demanda confirmation des let- tres de noblesses accordées à son père (1654) et ou lui répondit qu'il serait fait selon son désir s'il repassait en la Nouvelle- France.
Il revint à l'automne probablement puisqu'il fait baptiser à Mon- tréal en février 1672.
Le premier août 1674, M. de Hautmesny achète de Gabriel Berthé, sieur de la Jonbardière, une concession de 20 arpents à même le fief de Bellevue.
Pat un acte judiciaire du 17 septembre 1681, on constate qu'il pos- sède aussi, sur le lac des Deux- Montagnes, une part de fief qu'il reven- dit à M. Dufresnois de Carion.
Le 12 septembre 1686, M. Souart fait don à son neveu d'une mai- son en "maçonnerie" avec "appartenances et dépendances" rue Saint- Paul, à côté du terrain des Sœurs de la Congrégation, puis le 4 décem- bre 1688, (Basset) M. de Hautmesny reçoit, en outre, la partie sud de la moitié du fief que l'abbé Souart avait acheté de Lambert Closse.
Ce lopin de terre mesurait huit arpents et était formé comme suit: au bas, par les emplacements du chirurgien Bouchard, de la veuve Cl:)sse et des héritiers Jannot-Lachapelle, à l'est par la rue Saint-Char- les (partie est de là place Jacques-Cartier), à l'ouest par les terres de l'Hôtel- Dieu, et au nord, par une ligne passant à une perche audelà de la petite rivière Saint- Martin (rue Craig).
Enfin, une pièce judiciaire nous apprend que l'abbé Souart trans- met à son neveu, vers 1684, diverses créances dues par demoiselle d'A- pelovisin de Paris.
La population de Montréal augmentant quelque peu chaque année M. de Hautmesnj^ qui se trouvait propriétaire à proximité de l'enclos
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est de la ville eut roccasion de subdiviser sa part du fief Closse et de concéder des emplacements rues St- Gabriel. St-Vincent, Notre-Dame et St-Jacques. Kn 1688 (i), trois colons lui achètent des lots, en 1689 les concessionnaires sont au nombre de 26, l'année suivante, on n'en compte cinq ou six, probablement à cause de la guerre, mais sa tran- saction la plus considérable est celle qu'il fait avec lés Pères Jésuites en leur vendant une grande lisière de terrain au nord de la rue Notre- Dame ; sur laquelle étaient une "maison de maçonnerie, une grange", etCv (2) pour la somme de Sooo livres, plus 200 livres pour les épin- gles (3) de Madame la "venderesse'^
Consignons, en passant, que M. de Hautmesny, par acte devart Basset, en date du 20 juin 1685, se substitue à son oncle pour l'entre* tien d'une lampe dans l'église paroissiale de Montréal et que dans le M .muel de piété h. V VLS&gÇ: d&s Congréganistes de Villemarie (Edition Mame, 19 14) on lit que M. de Hautmesny fut le second préfet de la congrégation Notre-Dame.
***
M. Philippe de Hautmesny semble avoir quitté le pays en 1693, car le 13 septembre de cette année, il nomme M. Gilles Papin, négo- ciant à Montréal, pour gérer ses affaires en ce pays, puis l'on perd tra- ce de sa présence parmi nous.
Il ne laissait au Canada que sa fille Marie-Gabrielle qui avait épousé, à Montréal, le 19 février 1691, Charles-Joseph Amj'-ot-Vince- lot, seigneur du Cap Saint-Ignace qui vécut à Québec, au Cap Saint- Ignace et à rislet, si l'on s'en rapporte à Tanguay (Vol. I, p. 7).
(i) Nous ne connaissons aucun acte de concession par M. de Hautmesny antérieur à 1688, mais il doit en exister, car un plan con- servé aux archives judiciaires de Montréal et dessiné entre 1687 et 1692 (d'après ce qui est écrit au dos) démontre que la rue Saint- Vincent s'étendait alors jusqu'à la clôture nord de la ville, que la rue Saint- Jacques commençait à la rue Saint-Vincent et que, sur le côté nord de la rue Saint-Jacques, entre les rues Saint- Vincent et Saint- Gabriel, il y avait les concessionnaires suivants : Alavoine, Desvignets, Graveline et Lacroix.
(2) C'est sur ce terrain que s'élève aujourd'hui le palais de justice.
(3) Sorte de pourboire offert aux femmes pour obtenir leur ratifica tion.
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;.**
^ Un souvenir du séjour de M. Philippe de Hautmesny reste enco- re à Montréal : c'est la rue vSaint- Vincent, nommée ainsi en l'honneur d'un des patrons de ce gentilhomme.^
A
Mgr Tanguay, dans le premier volume de son dictionnaire, consa- cre deux alinéas à notre personnage. Un au nom Hautmesny et l'autre au nom de FHp parce qu'il a rencontré ce nom dans le recense- ment de 1861. Cet alinéa est donc à retrancher.
E. Z. MASSICOTTE
QESTIONS
Je vois dat.s Tanguay, Dictionnaire gênéalogiqxie I, 109, que Ga- brielle Celle dit Duclos. sieur de Sailly, fut juge civil et criminel à Montréal. A quelles dates présida-t-il au tribunal i
XXX
— Quel est le touriste anglais ou américain qui, il y a une cinquan- taine d'années, dans un récit de voyage au Canada, a écrit que la plu- part des Canadiens- Français de Québec et de Montréal étaient des scieurs de bois et des porteurs d'eau ? Cette remarque fut dans le temps vertement relevée par plusieurs journalistes canadiens-français.
CANADIEN.
— Les voyageurs qui se rendent du Canada aux Etats-Unis par le chemin de fer Hudson and Delaware ont l'agréable surprise d'entendre proclamer un nom français par les employés des trains, non loin de la frontière canadienue, sur les bords du lac Champlain. C'est Chasy village qui s'élève à l'embouchure d'une rivière qui porte le même no m. Ce nom de Chasy rappelle-t-il un souvenir du temps des Fran- çais ?
VOY.
— Où et par qui fut érigé le monument dit de Tempérance, à Lé- vis. Existe-t-il une gravure de ce monument ?
G.
—Combien y a-t-il eu d'éditions du petit livre de Pierre Boucher, intitulé : Histoiie véritable et iiatnrellc des mœuts et productions du pays de la Nouvelle- France , vulgairement dite le Canada f
BIBLIO.
... 44 —
DE RIVON DE BUDEMONT
Dans la ville de Lyon, paroisse Saint-Just, naquit, en 1671, Pierre de Rivon qui servit durant seize années aux gardes du roi puis deman- da à passer aux troupes de la Nouvelle-France, probablement en 1706, car à cette date il est fait lieutenant au Canada et il lui est accordé un congé, ce qui veut dire le temps de voir à ses affaires avant que de quitter la France. Il a dii arriver à Québec en 1707.
Une lettre du mois de juillet 171 1, en réponse à cet officier, porte qu'il n'y a point d'emploi vacant au Canada, sans dire qui avait solli- cité cette faveur. Je suppose que de Rivon avait parlé pour un autre que lui-même.
A Montréal, le 13 novembre 17 12, il épouse Marie Godé, née à Montréal et veuve, depuis 1706, de Charles de Couagne, marchand à l'aise qui l'avait laissée propriétaire de plusieurs terrains à la ville et à la campagne. (Voir Tanguay III, 269, 352 ; Girouard : Ancie^is Forts de Lachine, 50, 52.)
François Le Noir dit Rolland, qui faisait le commerce des pellete- ries, avait érigé sur sa terre de Lachine un véritable fort, capable d'ar- rêter les Iroquois. C'était en 1669, au moment où ces Sauvages rô- daient autour du lac des Deux-Montagnes et se montraient incommodes, tout en disant qu'ils ne voulaient plus faire la guerre. En 1670, ils devinrent tout à fait pacifiques, mais bien malgré eux, et cette paix dura quatorze ans.
Le Noir s' étant vu dans de mauvaises affaires d'argent, passa le fort et la terre à son créancier Charles de Couagne, 1698, mais à la mort de celui-ci, il revendiqua le tout, ou partie, je ne sais, et un long procès embrouillé s'en suivit contre la veuve, laquelle l'emporta fina- lement, de sorte que, s' étant mariée, la propriété alla à notre Pierre de Rivon qui, en 17 13, la vendit à Pierre Mallette, et ce dernier la reven- dit, en 1716, à Jean- Baptiste Magdelaine dit Ladouceur.
Au registre de la paroisse du Détroit, en 17 15, il y a le lieutenant de Rivon sieur de Budemont et l'année suivante, dans un état de ser- vice, il porte : "Bon officier".
De cette date à 1720 il a dû être fait capitaine, car le dictionnaire Tanguay mentionne les soldats suivants appartenant à sa compagnie : 1721 Duvivier, 1725 Carry, 1727 Bonard, 1728 Languedoc et Pachoux,
—45—
1729 Malsoi, 1734 Pelletier et Cariot, mais tous sont à Montréal, non pas au Détroit.
En 1721, grand incendie à Montréal oii brûlent quatre maisons de "madame de Budemont." (i)
Sept ans plus tard, je trouve le nom du capitaine de Budemont comme étant au service en Canada.
Une liste d'officiers, sous la date de 1732, donne à ce capitaine 62 ans, avec cette note : "N'aura pas la croix à présent."
Le bureau d'enquête tenu à Montréal le 25 avril 1735, au sujet d'un déserteur des troupes compte parmi ses membres le capitaine de Budemont.
Une lettre d^ Versailles, du mois d'avril 1736, annonce que Bude- mont aura la croix, mais ce n'était pas aussi avancé que cela puisque, l'année d'après, il est de nouveau proposé pour cette décoration. J'ai vu plusieurs cas semblables. En 1740, on le dit âgé de près de 70 ans, ce qui était exact, et de plus "officier de mérite ; conduite qui ne laisse rien à désirer."
Enfin, le 27 janvier 1741, il est inhumé à Montréal ne laissant pas d'enfant. Sa femme était morte à Montréal en 1728.
BENJAMIN Suinte
La famille Piuze
Une inexactitude s'est glissée dans la notice sur la Famille Piuze, publié dans la livraison de juillet 19 15 du Bulletin des Recheeches Histo- riques.
Leveright Piuze, maitre-chirurgien, né à Varsovie, en Pologne, le 2 février 1754, de Daniel Piuze et de Dorothée Becker, épousa à Ste- Anne de la Pocatière, le 14 novembre 1786, Marie- Anne Aubut, fille de Jérôme Aubut, maître-arquebusier, et de Barbe Décoteaux. Geneviè- ve Couturier, au lieu d'être son épouse, est sa bru. Le docteur Piuze mourut à la Rivière-Ouelle le 22 avril 18 13, à l'âge de 59 ans. Mada- me Piuze décéda au même lieu le 6 décembre 1853, âgée de 83 ans et
9 mois.
L. D.
(i) Canadian Antiquaiian, 1915, article : Massicotte, L'Incendie du Vieux Montréal, en 1721, pp. 77-78.
._. 46 —
Le Châtiment d'un chansonnier à Montréal au 18e siècle
Les autorités de Montréal, sous le régime français, ne paraissent pas avoir v^oulu encourager la chanson — du moins, celle que l'on quali- fiait alors de diffamatoire — si l'en en juge par la punition linniiliante, infligée à Jean Berger, en 1709. Le procédé réussit si bien que le cas que nous allons citer est le seul, à notre connaissance, qui se produit dans notre coin du Canada.
***
Racontons, d'abord, les événements qui donnent naissance à la précieuse pièce de littérature que nous allons reproduire.
Claude Saint-Olive, apothicaire de Montréal (il est le premier qui prend ce titre), sortait de chez Daniel Greysolon, sieur Dulhut, rue Saint-Paul, près de la rue Saint-Charles (i), vers 10 heures, le diman- che soir, 24 février 1709. Le long de sa route, il voit émerger de la cour du cabaretier Picard, deux hommes qui le suivent et le rejoignent entre les maisons des sieurs de Joncaire et dé Vincennes.
Là, sans rien dire, les deux individus chargent, . renversent en frappent Saint-Olive, pendant qu'il criait "au meurtre !", "on m'as- sassine !"
Plusieurs personnes entendirent les oris, quelques-unes, même, re- gardèrent par la fenêtre, mais aucune n'osa porter secours à la victime.
Finalement, tout en sang, le malheureux Saint-Olive, put se ren- dre chez lui et s'aliter.
Le lendemain, il porta plainte contre Lambert Thuret, capo- ral de la compagnie du capitaine Desglys, demeurant chez Pierre Pi- card, cabaretier, et contre Jean Berger, peintre, âgé de 27 ans, demeu- rant rue Saint- Philippe.
Berger prouva qu'il n'était pas présent et la justice arrêta le vrai compagnon de Thuret, un soldat nommé Latour.
Toutefois, Berger ne fut pas libéré car, durant sa détention, il avait eu la mauvaise idée de composer une chanson, ou, plutôt, un bout de prose dans lequel se trouvait quelques piètres rimes et très peu d'i- dées. Le tout semblerait, aujourd'hui, aussi inoffensif qu'insignifiant,
(i) Aujourd'hui, place Jacques- Cartier.
— 47 —
mais les autorités d'alors pensèrent autrement et Berger fut traité avec autant de sévérité que s'il eut été un pamphlétaire séditieux de haute envolée.
Et puisqu'on nous a conservé le corps du délit, relisons, à plus de 200 ans de distance, et simplement à titre de curiosité, \dL prose du pau- vre Berger :
Aprochés tous petits et grands
Gens de Villemarie
On va réciter à présent
Cette chanson jolie
Que l'on a fait sur ce ton là
Afin de vous mieux réjouir
Le beau jour de la St-Mathias Le pauvre St-Olive Rencontra devant l'hôpital Deux inconnus boudrilles Qui chacun avec un bâton L'on fait danser bien malgré luy
A chaque coup qu'on luy donnait
Ce monstre de nature
Criait messieurs épargnés moy
Car il fait grand' froidure
Et je vous demande pardon
De moy messieurs faites mercy.
Après qu'il l'ont bien bâtonné Il l'ont laissé par terre Et luy à peine s'est-il retiré Chez luy bien en colère Criant d'un pitoyable ton On m'a mis le dos en charpy.
Il envoya quérir soudain Messieurs de la justice
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Donnant l'argent à pleine main Pour que l'on les punisse Les messieurs on dit sans façon Dans la prison ils seront mis.
Le lendemain, du grand matin
On voit agir sans teste
Tous les huissiers la plume en main
Pour faire des requettes
Donnant forces assignations.
A gens qui était dans leur lit.
Aussy test tous les assignés S'en vont tous à l'audience, C'était pour être interroger Sur leur bonne conscience Nous étions tous dans nos maisons Comme l'on battait ce chetty.
Ceux qui auront plus profité De ce plaisant affaire Messieurs les juges et les greffiers Les huissiers et notaires Ils iront boire chés Lafont Chacun en se moquant de luy.
Et toi, mon pauvre Dauphiné (i) Que je plains ta misère De t'aitre laisser battonner Sans pouvoir les connaître Il t'en coutra de tes testons Sans le mal que tu peux souffrir.
Pour moy je déclare et conclus Que sy l'on me demande
(i) _ Saint-Olive venait du Dauphiné/— Tanguay, VII, 2 27.
— 49 —
Que si non contant d'être battue Il y payera l'amende Par ses fausses accusations lyC tout pour lui apprendre à mentir. Par nom paraphé ne m,rielur et joincts au procez fait à Villemarie ce neufe de mars 1709,
Descviambault-Adhêmar. Les accusés Thuret et Latour avaient, - apparemment, plusieurs amis dans la ville, car on parvint à les faire évader, les uns en sciant la porte de la prison, les autres en fournissant des costumes féminins. Et quand vint le jour du jugement, Thuret ^et Latour étaient loin.
Toutefois, la justice suivit son cours. Thuret et Latour furent condamnés à payer 200 livres et à être pendus et étranglés ! mais com- me les misérables s'étaient sauvés, il fut convenu, que la sentence serait exécutée en effigie, sut U7i tableau J
V
Quant au chansonnier Berger on le condamne à être appliqué au "carcan de la place publique... le jour du marché et y demeurer atta- "ché par le col, l'espace d'une heure, avec un écriteau devant et dern- ière où il sera écrit .• Autheur de Chanssons ; luy faisans defïences de ,'rescidives sous peyne de punition corporelle comme aussy déclarons *Me dit Berger suffisamment attaint et convaincu des autres cas menti- "onnés au procès, pour réparation... l'avons banu}- à perpétuité de "cette-ville et du district et lui avons enjoint de garder son ban, à pei- gne de la hart (corde) et le condamnons aussy à 20 livres de domtna- "ges envers Saint-Olive et à 10 livres envers le roi."
Reçoivent aussi leurs sentences, les dames et les messieurs qui ont aidé les prisonniers à prendre la poudre d'escampette.
^^'^
Jean Berger qui avait épousé nne jeune anglaise appelée Stover, à Québec, en 1706, demeurait à Montréal depuis 1707, Il semble dispa- raître du pays après le procès. Peut-être alla-t-il vivre dans la Nou- velle-Angleterre ?
L'apothicaire et chirurgien Claude St-Olive continua de vivre à Montréal où il ne s'éteignit qu'en juillet 1740, âgé de 64 ans.
Et la morale de cette histoire c'est qu'en la Nouvelle- France à ren- contre de l'ancienne, tout ne fini.ssait pas par une chanson.
E. Z. Massicotte
-.50—
M.Pierre du Bois, baron d'Àvaugour
6»avernenr du Canada, 1969=1663
Notre Histoire nous apprend peu de choses sur plusieurs des plus importants fonctionnaires du Canada-Français ; leur correspondance officielle et personnelle, volumineuse ou non, s'est perdue ; leurs famil- les, depuis longtemps, sont disparues, et ce n'est que très difficilement que l'on réussit à obtenir quelques renseignements qui intéressent, con- cernant ces personnages. M, Pierre du Bois, baron d'Avaugour. est dans ce cas, et c'est de lui, aujourd'hui, que nous avons à parler.
Sait -on que de tous les gouverneurs du Canada, il est le seul dont la famille pouvait se vanter d'être issue d'une des plus illustres mai- sons de la France du temps ? Passez en revue Champlain, d'Aillebout, L,auzon, Montmagny, d'Argenson, de Mésy, Frontenac, et le reste, jusqu'au bout de la ligne, et voyez si leur arbre généalogique est aussi célèbre et puissant que celui qui porte le rameau d'Avaugour. Il est vrai que Champlain et Frontenac, pour ne mantionner que ces deux- là, d'un autre côté, brillent beaucoup plus dans nos annales.
Les seigneurs d'Avaugour sont sortis de la maison de Bretagne, par Henri, comte de Tréguier, seigneur d'Avaugour, troisième fils d'Etienne, comte de Lamballe, et frère puîné d'Alain le Noir, comte de Richmont. C'était donc une branche cadette des anciens comtes de Bretagne, issue de Conan I et de Judicael.
Henri reçut de son père eu apanage les comtés de Tréguier, de Guingamp et d'Avaugour. Il épousa le 19 septembre 1151, Mathilde de Vendôme, fille de Jean, comte de Vendôme, dont il eut Alain I, comte de Penthièvre et d'Avaugour. Ce dernier fut un de ceux qui s'opposèrent en 1189 à Richard, roi d'Angleterre, lorsque ce monarque voulut usurper la garde et la tutelle du jeune prince Arthur, son neveu.
Henri d'Avaugour, fils d'Alain I, épousa Marguerite de Mayenne, fille de Juhal, baron de Mayenne et de Gervaise, vicomtesse de Dinan. La branche aînée découlant de cette union, finit à Jeanne d'Avaugour, comtesse de Goéllo, baronne de Mayenne, mariée en 13 18, à Gui de Bretagne, comte de Penthièvre, frère puiné du duc Jean III.
La branche des seigneurs du Parc, puinée d'Avaugour, a commencé
— 51 -
avec Guillaume, frère d'Henri IV, baron d'Avaugour, et troisième fils d'Henri III, baron d'Avaugour. Cette branche a fini en la per- sonne de Claude d'Avaugour, dame de la Roche-Mabile qui epoasa Jacques de Cléreuibault, viconite de Montre van, en 1540. C'est des seigneurs du Parc que sortit Henri d'Avaugour, archevêque de Bour- ges, de 142 1 à 1436. Le rameau des seigneurs de Courtalain se déta- chait aussi dn Parc.
Les seigneurs de Kergrois et du Bois de la Motte ont formé une autre branche, commencée par Juhael, seigneur de Kergrois, frère cadet d'Alain II, baron d'Avaugour et deuxième fils d'Henri ITI, baron d'Avaugour. Cette branche des seigneurs de Kergrois s'est éteinte au cinquième siècle. Blanche d'Avaugour, leur héritière, épousa Jean, sieur de Bellouan, à la condition que les enfants nés de cette union prendraient le nom et les armes d'Avaugour, mais leur descen- dance se fondit à son tour en 1660 dans la maison de Machecoul de Vieille- Vigne.
La seigneurie d'Avaugour, confisquée en 1420 par Jean V, duc de Bretagne, sur le comte de Ponthièvre, fut de.nouveau érigée en baron- uie par le duc François II, en faveur de François, son fils naturel, comte de Vertus et de Gatilo, qui épousa, Madeleine de Brosse, sœur du comte de Penthièvre, en 1495. Leur descendance forma une nou- velle maison, qui, .sous les noms di Bretagne Avaugour, comtes de Vertus et de Goello, se perpétua jusqu'au 27 septembre 1746, à la mort de son dernier rejeton : Henri François de Bretagne d'Avaugour.
La seigneurie d'Avaugour était sise en la paroisse de " Plésidi, évêché de Tréguier, et le sieur du Bois appartenait à la paroisse de Carquefon, à dix kilomètres de Nantes. La branche Du Bois a fini en la personne d'Antoiue-Erard, brigadier de cavalerie en 17 17, marié en 1715 à demoiselle Fleury, fille naturelle du Dauphin, et en celle de son frère, capitaine de vaisseau en 1727, morts sous hoire mâles.
Les armes anciennes des Du Bois portaient un arbre chargé de trois pommes. Les armes modernes furent : d'argent, au chef de gueules.
En 1658, le baron d'Avaugour était ambassadeur de France, en
Suède. En 1660-1663, il fut gouverneur de la Nouvelle- France. De
retour en son pa3-s il prit aussitôt du service en Hongrie et il mourut
es suites d'un coup de mousquet reçu au col lors de la prise du fort
—52—
Serin en juillet 1664. II avait écrit de là à l'un de ses amis en France, le sieur du Fresne, pour lui apprendre sa mise hors du combat et le priant en même temps d'envoyer Feulement sa lettre à sa belle- sœur par la poste de Nantes. BIBLIOGRAPHIE :
Rapport sur les archives de France, J.-K. Roy, Ottawa, 1912, pp. 776-7.
Annuaire de la noblesse de France, 1866. 2851, p. 306.
Dictionnaire Lachesnaye- Desbois, vol. II, pp. 107, 881.
Nobiliaire et Armoriai de Bretagne, Potier de Courcy, vol I, 22,
Gilles le Bouvier : Armoriai de France, etc, p 160.
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REGIS RQY
Publications canadiennes récentes
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O.-D. Skelton, Fédéral Finance. ^\it. Jackson Press, Kingston-19 15.
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Une heute à V Exhosiiion antialcoolique. Précis publié par les Clercs de Saint-Viateur sous les auspices de la Ligue antialcoolique de Mont- réal. Montréal^i9i5.
Recherches sur les charbons du Canada au point de vue de leurs qua- lités économiques faites à V Univertité McGill de Mo7itréal sous le pattoiia- gé du Gouvernement du Dominion, par J.-B. Porter et R.-J. Durley. En 6 volumes. Vol. IL Ottawa— 1915.
Ouvrages publiés par M. Ernest fiagoon ^^
Chansons populaires du Canada. Recueillies et publiées avec annotations. Bureaux du "Foj-er Canadien", Typ. Clis. Darveaa. Québec- 1865.
Lettres DE VOYAGE (reproduites du "Courrier du Canada" et augmentées de quelques notes). Québec, P. -G. Delisle, imprimeur, I, rue Port- Dauphin- 1876.
ChANSON.S POPULAIRES DU CANADA RECUEILLIES ET PUBLIÉES
AVEC ANNOTATIONS, etc. Seconde édition. Québec, Robert Morgan, éditeur- 1880.
Notes sur le château St Louis (incendié en 1834) et le châ- teau HaLDIMAND ou le vieux CHATEAU, QuébeC-1889.
Le comte de paris a Québec. Récit. Avec une introduc- tion par le juge Routhier. Québec, typographie Léger- Brousseau-- I895•
Chansons populaires du Canada. "Recueillies et publiées avec annotations, etc. Troisième édition. Québec, Typ. Charles Darveau- 1894.
Le fort et le château Saint-Louis (quebec) Etude archéo- logique et historique. Québec, typographie Léger-Brousseau — 1895.
Le palais législatif de Québec. (Government bu)ldings in Québec). Québec, C. Darveau, imprimeur & photograveur, 80-84 rue de la Montagne '- 1897.
Famillë-CharlES-Edouard Gagnon. Petites notices biogra- phiques et généalogiques. Edition intime. Québec, C. Darveau, im- primeur— 1898.
RÉPONSE À la brochure DE M. l'abbê H. R. Casgrain inti- tulée "notes relatives aux inscriptions du monument de Champlain". Québec : Dussault & Proulx — 1899.
Chansons populaires du Canada recueillies et publiées avec annotations, etc. Quatrième édition conforme à l'édition de 1880) Québec, Imprimerie Darveau, Jos. Beauchamp, Prop., 80, côte de la Montagne — 1900.
(i) Décédé à Québec le 15 septembre 19 15.
L,ES SOIRÉES DE Québec. Chœur à trois voix sur des chants po- pulaires du Canada Français. J, A. Langlais Québec-1887.
Chants canadiens. Quatuor pour voix égales. Arthur La vi- gne, Québec — 1°....
A ivA CI.AI RE-FONTAINE (transcription de salon). Lavigueur & Hutchison. Québec 1894.
O Canada, mon pays, mes amours ! Romance patriotique sur un air populaire. Transcription et accompagnement. Gravé chez Whaley Royce & C0-1912.
Chants canadiens. Quatuor pour voix égales. A. J. Boucher, Montréal. (2e édition).
Chants populaires du Canada français. A. J. Boucher, Montréal^ 19 15.
MUSIQUE RELIGIEUSE
AvÈ Maria. John Lovell, Montréal — 1859.
Dans cette étable. Gravé chez Whaley Royce et C0-1895.
Cantiques populaires du Canada français harmonisés pour quatre voix mixtes et orgup: ou piano. Cantiques de Noël Cantiques de missions. Stéréotype Léger Brousseau. Québec - 1897.
Cantiques populaires du Canada français. Deuxième édi- tion, corrigée et augmentée. Québec, Léger Brousseau — 1897.
Cantiques popuIaires de Noél et des missions, publiés el feuillets séparés. Editeur, L. Brousseau.
Cantiques populaires pour ' la fête de Noël harmonisés POUR QUATRE VOIX MIXTES ET ORGUE. Montréal, A. J. Boucher, 28 est, rue Notre Dame, (nouvelle édition). 1909.
Accompagnement d'orgue de chants liturgiques en usage DANS LA PROVINCE DE Québec. 164, Grande-Allée, Québec— 1903.
Cantiques populaires du Canada français, cantiques des retraites et mission. Québec- 1906.
Messe des anges harmoni'séE. Québec — 1908.
Parce Domine. Solo et chœur. Québec, Lavigueur & Hutchi- son.
Petite maîtrise des collèges. Chant grégorien, plain-chant musical et musique moderne. Morceaux à trois et à quatre voix. Gra- vés chez Whaley, Royce & Co, Toronto, 1907- 1908.
TanTUM ERGO en RE.
Accompagnement d'orgue de chants liturgiques en usage dans la province de Québec. 164, Grande-Allée, Québec — 19 14.
- 5/-
Louis Jolltet, découvreur du Mississipi et du pays des li- LiNOis, PREMIER SEIGNEUR DE l'Ile d'Anticc'STi. Ftude biogra- phique et historiographique. Québec, 164, Grande-Allée — 1902.
Choses d'autrefois, feuilles éparses. Québec, typ. Dus- sault & Proulx— 1905.
Les sauvages de l'Amérique et l'art musical. Petite étude présentée aux membres du quinzième congrès des Américanistes, à Québec, le 12 septembre 1906. Québec, Dussault & Proulx, impri- meurs— 1907.
Chansons populaires du Canada recueillies et publiées AVEC ANNOTATIONS, etc. Cinquième édition (conforme à l'édition de 1880). Montréal, librairie Beauchemin, Ltée, 256, rue wSt-Paul — 1908.
Le fort et le château Saint-Louis. Etude archéologique et historique. Montréal, librairie Beauchemin Limitée — 1908.
Feuilles volantes et pages d'histoire. Québec, typ. La- flamme & Proulx — 19 10.
Louis Jolliet, découvreur du Mississipi et du pays des il- LiNOis, premier seigneur.de l'IlE d'Anticosti. Etude biographi- que et historiographique. Deuxième édition. Montréal, librairie Beauchemin, limitée, 79, rue St-Jacques — 1913.
Chansons populaires du Canada recueillies et publiées avec annotations, etc. Sixième édition (conforme à l'édition de 1880). Montréal, librairie Beauchemin, Ltée, 256, rue Saint- Paul
— 1913.
Famille Charles-Edouard Gagnon, Petites notices biogra- phiques et généalogiques. Edition intime. Québec, 164, Grande- Allée 1914. (Seconde édition).
MUSIQUE
L'Incarnation de la Jongleuse (pour piano et violon). Mont- réal, John Lovell (sans date).
Stadacone : (danse .sauvage pour piano). Montréal-John Lo- vell -1858.
Souvenir de Venise (Nocturne pour piano). Montréal, John Lovell- 1860.
Le chant des voltigeurs canadiens. New-York (1861 ou 1^62).
-56-
M. Amyot a-t=ilété délégué en Angleterre en 1763 ?
Nous lisons dans un ouvrage publé récemment :
"Le 26 septembre 1763, MM. Briand, Perrault et Montgolfier, vi- caires-généraux du diocèse de Québec, autorisent le marguillier en charge de la fabrique de l'église cathédrale de Québec de faire un em- prunt de six mille livres pour payer les frais de voyages de MM. Cha- rest et Amiot délégués en Angleterre pour obtenir du Roi le libre ex- ercice de la religion catholique au Canada."
C'est la quatrième ou cinquième fois qu'on imprime que M. Amiot accompagna M. Charest en Angleterre en 1763. M. Amyot fiit-il lui aussi délégué en Angleterre en 1763 ?
C'est le 10 septembre 1763 que les marguilliers de Québec prirent l'initiative d'envoyer une délégation en Angleterre pour demander au Roi de consentir à la nomination d'un évêque à Québec.
Nous avons sous les yeux les résolutions adoptées en cette occasi- on. L-a cinquième se lit comme suit :
"5°. Il est indispensable d'envoyer un député à Londres pour présenter à Sa Majesté les vœux de toute la colonie. L'assemblée ne croit mieux faire que de proposer M. Charest l'ainé, présent à l'assem- blée, qui est prié d'accepter cette députation par le zèle qu'on lui con- nait pour sa religion et sa patrie II agira de concert avec les deux grands vicaires qui se trouveront à Londres au nom du clergé."
Comme on le voit ici, M. Charest seul fut nommé délégué à Lon- dres.
Ce qui a fait croire que M. Amj'ot fit partie de la délégation c'est qu'il fut choisi avec M. Charest pour faire signer par les citoyens de Québec l'adresse qui devait être présentée au Roi.
Tout cela n'enlève rien au mérite de M. Amyot qui, d'après ce qu'on peut voir, se dévoua toute sa vie pour le bien de ses compatrio- tes.
M. Jean-Baptiste Amyot mourut subitement à Québec le 5 juin 1769. Il était âgé de 51 ans.
Sur la délégation de M. Charest en Angleterre en 1763 on peut consulter J. -Edmond Roy, histoire de la seigneutie de Laiizon, vol. deuxième, pp. 360 et seq ; L'abbé Lange vin, Notes historiquei sur le chapitre de la cathédrale de Québec, p. 248 ; et un article de Ignotus dans la Presse Ju 10 juillet 1898.^ P. G. R.
—57-
Le travail des enfants, à Montréal, au XVIIe siècle
Au cours de nos travaux dans les archives de Montréal et san^ avoir fait de fouilles spéciale^ à ce sujet, nous avons noté certaines piè- ces qui peuvent attirer l'attention de ceux qui s'intéresseiU à la vie so- ciale de nos ancêtres.
Ces pièces sont des contrats d'engagements d'engagement d'enfants de quatorze ans et moins, en qualité de domestiques ou d'apprentis et pour des termes assez longs.
Tout en n'ayant pas établi la liste complète de ces contrats, il nous paraît qu'ils ne sont pas fort nombreux et que, dans la plupart des cas; c'est la misère, le veuvage ou le convoi qui semblent être les causes de ces engagements /^//wa/z^r/^.
Ajoutons que les engagés semblent avoir été ^>ien traités par leurs maîtres, car nous ne rencontrons aucune procédure attestant que de serviteu s ont eu à se plaindre.
* * Le 29 avril 1688, Anne Goupille, femme d'Edme Le Comte, tail- leur, lequel est dans le moment à l'hôpital, souffrant d'une blessure re- çue dans la guerre avec les Iroquois, engage son fils, Jean, âgé de 6 à 7 ans, pour dix ans, à Jean Dupuy (Adhémar).
*** Le 3 octobre 1688, engagement par son père, de Pierre Buignon, âgé de 6 ans, pour dix ans, à Nicolas Godé (Adhémar).
V Le 18 octobre 1688, engagement, par son père, d'Isabelle Olivier, âgée de 8 ans, pour cinq ans, à Dominique de 1h Mothe de Lucière (Basset).
Le 29 octobre 1688, engagement, par son père, de Louis Ablin, âgé de 3 ans, pour 14 ans, à Pierre Chantereau, bedeau. L'enfant de- vra travailler dès qu'il le pourra (Adhémar).
*** Même date, engagement par son père, de Pierre Ablin, âgé de 2
ans, pour 15 ans, à J. B Pottier, de LaChine. (Adhémar).
Annexé à ce contrat est une pièce du dit Pottier par laquelle il dé- clare que le 10 janvier 1692 il a rerais l'enfant à Marguerite Plumereau
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femme de Jean Cardinal et que la nouvelle dépositaire en prendra soin comme il devait.
V
Le premier janvier 1689, engagement, par son beau- père Aimé Le- comte, de Michel Bréban, âgé de 1 1 ans, pour trois ans, à Louis Ger- vaise (Adhéman).
Le 31 mai 1689, engagement, par son beau-père, Berc}' dit Beauso- leil, d'Isabelle Drouet, âgée de 6 à 7 ans, pour dix ans, à Julien Beloy.
Le 16 mai 1690, engagement, par son père, de Nicolas Madeleine âgé de 4 ans, pour douze ans, aux Sœurs de la Congrégation (Adhé- mar). '^i^
Le 18 octobre 1690, engagement, par son père, chirurgien, de Charlotte Chaudillon, âgée de 14 ans, pour deux ans, à Abraham Bou- at, aubergiste (Adhémar). *^*
Voici un contrat peu banal. Le 9 décembre 1690, bail à loyer d'u- ne "cavalle" sous poil rouge, par M. Langevin Petit Lacroix, à Louis Hurtebise, moyennant que le dit Hurtebise nourrisse Charles, le fils du bailleur, âgé de 3 à 4 ans et le traite humainement jusqu'à la fin du mois de mai. A cette date, le bailleur reprendra son enfant et sa ju- ment ! Adhémar). >;c*^
Le 22 avril 1691, engagement par sa mère de Jean Charaaillard dit Lafontaine, âgé de 11 à 12 ans, pour trois ans, à Augustin Lalonze, dit V EspaignoL Ce dernier épouse ensuite la mère de l'enfant (Adhémar).
Le 22 juillet 1691, engagement par son beau-père, Joseph Seran dit r Espaignol àe: René Besnard âgé de ans, à Joseph Aubuchon (Caba- zié ) .
V Le 5 novembre 1691, engagement par sa mère, de Nicolas Dasny, âgé de 14 ans, pour sept ans, en qualité d'apprenti, à Vincent Lenoir, menuisier (Adhémar).
*** Le II mars i6<?2, engagement par sa mère, de René Dasny, âgé de 13 ans, pour huit ans, en qualité d'apprenti, à Jacques Robillard, dit le Manceau, cordonnier. (Adhémar).
***
— =>9--
Et pour finir, choisissons un hors d'œuvre !
L'on sait que les parents européens avaient parfois l'idée d'envoyer leurs enfants incorrigibles dans les colonies. Ils s'imaginaient, à tort tort ou à raison, que le changement de milieu aurait une influence salu- taire sur leur progéniture.
Il en est venu par-ci par-là de ces fils de famille, mais l'accueil qu'on leur fit ne fut pas toujours enthousiaste.
L'acte suivant nous signale le cas d'un garçon envoyé en ce pays pour être réformé. Nous le trouvons dans le greffe de Basset, à la date du 2 janvier 1686.
Paul Dazé, marchand bourgeois de Montréal, et sa femme Fran- çoise Gobillard veuve d'Augustin Magué, déclarent devant le notaire que l'année précédente (1685) étant à Paris, "ils furent chargés par la veuve Odic, caboretière au faubourg Saint- Antoine, de Michel Odic, son fils, âgé de 16 ans, pour l'emmener en ce paj^s afin de l'engager à quelque bon habitant dans le but de le réduire par le travail de sa vie libertine et que pour satisfaire et s'acquitter de cette promesse... ils engagent le dit Michel Odic à Pierre Magué, fils de la dite Gobillaud, pour l'espace de trois ans.
Quel fut le succès de cette expérience ? Nous l'ignorons. Il est probable, cependant, que le fiston se hâta de retourner au beau pays de France dès la fin de soa engagement, car l'existence dans un caba- ret de Paris devait offrir un petit peu plus d'attraits qu'on n'en pou- vait trouver dans une maison de cultivateur, à Montréal, en l'an de
grâce seize cent quatre vingt six !
E. Z. MASSICOTTE
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Le capitaîfle de Preneuse et le naufrage de LA RENOMMEE
Dans ses Voiages publiés à Francfort sur le Mej'Uj.en 1742, le Pè- fe Récollet Louis Crespel dit que La Renommêç , navire dans lequel il retournait en France dans Tautomne de 1736 et qui fit naufrage sur l'île d'Anlicosti, était commandée par un capitaine de Preneuse. Ce marin était-il de notre famille d'Amours de Freneuse ? Peut on l'i- dentifier ?
Le 3 novembre 1736, le navire La Renommée, appartenant à MM, Pacaud, armateuis de La Rochelle, mettait à la voile du port de Qué- bec pour retourner en France. Ce bâtiment était neuf, bon voilier, commode, chargé de trois cents tonneaux et armé de quatorze pièces de canons. Il y avait cinquante- quatre hommes à bord, tant membres de l'équipage que passagers. Le capitaine de Freneuse, qui le com- mandait, avait quarante-six ans d'expérience à la mer et était consi- déré comme très habile.
Le 14 novembre 1736, pendant une tempête qui durait depuis sept jours, La Renommée s'échouait, à un quart de lieue de terre, sur la pointe d'une batture de roches plates, éloignée d'environ huit lieues de la pointe méridionale de l'île d'Anticosti.
Une partie des membres de l'éciuipage et des passagers réussirent à atteindre l'île d'Anticosti.
Le naufrage de La Re7umimêe, le séjour des quelques survivants
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sur l'île, leur sauv^etage quasi miraculeux, sont racontés par le Père Crespel, lécoUet. aumônier du vaisseau, dans un livre publié à Franc- fort en 1742 et dont une édition canadienne a été publiée par les soins de feu M. l'abbé Bois, à Québec, en 1883.
Qu'il nous suffise de dire que les quelques survivants du naufrage de I^a Renommée ne revinrent à Québec que le 13 juin 1737. On peut imaginer toutes les souffrances endurées par ces malheureux sur l'île déserte d'Anticosti pendant tout un hiver, sans provisions, sans feu, sans vêtements, .
Dans son récit, le Père Crespel nous apprend que le capitaine de Preneuse mourut le 16 février 1737, après avoir reçu l'extrême-onc- tion. Les pauvres naufragés mouraient les uns après les autres, se- courus par le bon Père.
Le capitaine de Freneuse, c'est le Père Crespel qui nous l'apprend, était "Canadien et issu de la noble famille des d'Amours."
Il s'agit maintenant de l'identifier.
M. l'abbé Bois dit que le capitaine de Freneuse était fils de Ma- thieu d'Amours de Chauffours.
Il fait erreur. Un des fils de Mathieu d'Amours de Cliauffours a bien porté le nom de Freneuse mais il mourut en Acadie à la fin de 1696. Nous croyons qne le capitaine de La Renommée éioxi le fils de ce dernier. Né en 1687, probablement eu Acadie, du mariage de Ma- thieu d'Amours de Freneuse et de Louise Guyon, il avait donc lors de sa mort cinquante ans.
Si notre version est correcte, le capitaine de Freneuse était le fils de cette fameuse madame de Freneuse dont il est si souvent question dans la correspondance officielle d' Acadie de 1702 à 1707.
P. G. R.
—62- KEPOXSES
LES FRERES CHARRONS (XXI, VI, p. 178)— En 1692, Jean- "François Charron fondait à Montréal l'établissement dir des Frères Charrons. Cet établissement ne put se soutenir et fut remplacé par la fondation que Mme veuve d'Youvillefît de l'Institut des Sœurs Grises. Mme d'You ville prit vers 1748 l'administration de l' Hôpital-Général fondé par le Frère Charron.
La Mère Juchereau dit que Charron était originaire de Blois, en France. Mais Mgr Tanguay a établi que Jean-François Charro)i était né à puébec le 9 septembre 1654.
M. N.-E. Dionne, dans son étude sur les Raudot {Revue Canadien- ne, 1895, p. 603), écrit :
"En 1692, le sieur François Charron avait fondé à Montréal une institution d'hospitaliers. Ces bons Frères donnaient un refuge aux malheureux incapables de travailler, instruisaient la jeunesse et s'oc- cupaient aussi de la fabrique d'ouvrages en laine et en fil. Ils ne for- maient que des vœux simples et pouvaient se retirer à leur volonté. Un capot noir, serré par un ceinturon de soie, un rabat, les distin- guaient du peuple, mais le gouvernement de France leur défendit de porter ce costume et ils adoptèrent un capot gris, à la mode canadien- ne.
"Après avoir pris conseil du clergé, Charron proposa de fonder une école pour former des maîtres destinés aux paroisses. Chacun d'eux recevrait cent livres lors de son installation.
"Les intendants Raudot accueillirent avec la plus grande faveur le projet de cet homme dévoué. Mais sa mort tua l'œuvre projetée". Aucun ouvrage spécial n'a été publié sur Charron et son Institut de Frères, mais on peut consulter avec avantage sur l'établissement des Frères Charrons : Charlevoix, Journal, vol. V, p. 205 ; Mère Ju- chereau, Histoire de V Hôtel- Dieu de Québec, p. 352 ; Faillon, Vie de la Sœur Boufgeoys, vol. II, pp. 268 et seq ; Edits et Ordonnayices, vol. I, pp. 278, 389, 465, etc ; et surtout l'ouvrage de Mgr Amédée Gosse- in, L'instruction au Canada sous le régime français , pp. 90 et seq., et]e volume récemment publié Histoire de V Hôpital-Général de Montréal.
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LE CONSEIL DE GUERRE TENU A QUEBEC LE 15 SEP- TEMBRE 1759. (XX, XI, p. 349) On sait que le 15 septembre 1759 M. de Ramezay, lieutenant pour le Roi au gouvernement de Québec, tint un conseil de guerre pour délibérer sur les moyens de défense de la place de Québec. M. Garneati écrit {Histoire du Cariada, vol II, p. 346) : "Un seul des officiers de la garnison, M. de Fiedmont, jeu- ne homme dont le nom mérite d'être conservé, fut d'avis dans le con- seil de guerre qu'on se défendit jusqu'à la dernière extrémité".
Les délibérations de ce conseil de guerre ont-elles été conservées ? Où ont-elles été publiées ? Egalement, connait-on les noms des offi- ciers qui firent partie de ce conseil de guerre ?
C'est M. de Ramezaj' qui nous a conservé les délibérations du conseil de guerre réuni par ses soins et présidé par lui à Québec le 15 septembre 1759. On trouvera ce document dans plusieurs ouvrages, entre autres à l'appendice de l'ouvrage De Montcalm en Catiada ou Les dernières années de la colonie française {ij^^ô-i'jôo), par un ancien mis- sionnaire. Cet ancien missionnaire c'est le R. P. Félix Martin, Jésui- te français, qui vécut pendant plusieurs années au Canada.
Les membres du conseil de guerre en question étaient :
M. de Ramezay, lieutenant de roi à Québec.
M. le chevalier de Bernetz, lieutenant-colonel d'infanterie.
M. le chevalier Dons, capitaine d'infan^^erie.
M. de Lestang de Celles, capitaine d'infanterie.
M. d'Aureillan, capitaine d'infanterie.
M. d'Aubrespy, capitaine d'infanterie.
M de Saint-Vincent, capitaine d'infanterie. .
M. de Parfourvu, capitaine d'infanterie.
M. de Bigot, capitaine d'infanterie.
M. de Marrol, capitaine d'infanterie.
M. de Fiedmond, capitaine d'artillerie.
M. de Lusignan fils, capitaine d'artillerie.
M d' Aillel)OUst de Cerry, capitaine de port à Québec.
M. Pelegrin, capitaine de port.
M. de Joannes, capitaine aide-major au régiment de Languedoc, major de Québec.
Tous ces officiers donnèrent leur avis par écrit.
Quatorze membres du Conseil de guerre furent d'avis d'obtenir de
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l'ennemi, à cause du manque de vivres, la meilleure capitulatiou pos- sible ; un seul, M. de Fiedmont, conseillait d'aller jusqu'à la dernière extrémité.
Enregistrons ici la fière réponse de M. de Fiedmont : "De réduire encore la ration, et de pousser la défense de la place jusqu'à la dernière extrémité".
P.-G. R.
LE SAGUENAY EN 1850. (Vol. XIX, VIII, p. 251.)— Quel est l'auteur de la brochure Le Saguenay eît 1850 : histohe du ùassé, du ptêsent et de V avenir probable du Haut-Sagu^nay au poiîit de vue de la colo7iisation f
La question posée dans le Bulletin des Recherches Historiques , ac>ût 1913, est restée sans réponse. Or nous sommes aujourd'hui en mesu- re d'afBrmer que l'auteur est incontestablement M. l'abbé Frs Pilote, alors procureur du collège de Ste-Anne de la Pocatière. L'Associa- tion de Colonisation des comtés de l'Islet et de Kamouraska, fondée à Ste-Anne en mars 1849, chargea M. Pilote de la rédaction et de la pu- blication de ce mémoire destiné à faire connaître une région qui le mé- ritait à tous égards. Nous avons retrouvé jusqu'à la note de l'éditeur.
A propos de cette brochure, M. Stanislas Drapeau écrivait en 1863 dans ses Etudes sur les développements de la Colo7iisatioti du Bas- Canada, pages 487, 530 et 531 : ^'Le Saguenay eti 185 1 est l'œuvre d'un prêtre éclairé et d'un dévouement inépuisable, qui a beaucoup contribué à la colonisation de cette région... Le Saguenay contre lequel malheureusement il a existé trop longtemps de si désastreux préjugés, faute d'être suffisamment étudié et connu, a maintenant acquis dans l'estime publique l'importance qu'il doit avoir, et que lui méritent la bonne qualité de son sol, la valeur de ses belles forêts, la douceur tem- pérée de son climat et la vaste étendue des terrains qu'il renferme pour la colonisation. On doit accorder une large part de notre recon- naissance au patriotique auteur de la brochure sur le ^^ Saguenay en 183 1" et aux nombreux écrits qui ont paru dans la presse, de l'exacte connaissance que nous possédons maintenant sur les ressources multi- ples de cette vaste contrée."
L. D.
BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. XXII BEÀUCEVILLE-M4RS 1916 No III
LOUIS BOULDUC OU BOLDUC
Louis Boulduc ou Bolduc était parisien. Son père, Pierre Boni- duc, était maître-apothicaire rue Saint-Jacques, paroisse Saint-Benoit, à Paris.
Il passa dans la Nouvelle- France vers 1664.
Le 29 octobre 1674, un arrêt du Conseil Souverain qualifie Louis Bôlduc de "bourgeois en cette ville. (Québec)" (i)
Un tribunal de la Prévôté avait été institué à Québec en 1666. Lorsque le roi de France enleva la Nouvelle- France à la Compagnie des Indes Occidentales, ce tribunal de la Prévôté disparut ou à peu près. Seul, le lieutenant-général, M. Louis-Théandre Chartier de Lotbinière, resta en fonctions. Il était surtout chargé de la police.
Le 16 avril 1676, Louis Bolduc était adjoint à M. de Lotbinière comme procureur du Roi. (2)
• C'est un peu moins d'un an plus tard, par l'édit de mai 1677, que la Prévôté de Québec fut relevée de toutes pièces. Elle devait à l'a- venir être composée d'uu lieutenant- général (René- Louis Chartier de Lotbinière), un procureur (Louis Bolduc) et un greffier (Gilles Ra- geot) aux gages de 500, 300 et 100 livres par an "pour connaître en première instance de toutes matières tant civiles que criminelles' ' , dont l'appel devait être porté au Conseil Souverain.
" La création de ce nouveau tribunal, écrit M. Henri Lorin, don-
(i) Jtigements el DélibêratUms du Conseil Souveram, vol. ler, p. 876.
(2) Les provisions de procureur du roi accordées à Bolduc se trouvent aux Insinuations de la Prévôté conservées au palais de Justi- ce de Québec.
—66—
nait à Frontenac un point d'appui contre le Conseil Souverain ; les ma- gistrats de cette cour reprochaient au gouverneur-général de se servir du procureur de la prévôté (Bolduc) pour venger ses injures person- nelles ; ainsi, dans l'hiver de 1678-79, une dame Agnès Morin était ci- tée par Bolduc, sous l'accusation d'avoir mal parlé de Frontenac, Si nécessaire que l'on estime le respect de l'autorité, surtout dans un pays tel qu'était alors la Nouvelle-France, on ne saurait approuver Frontenac d'avoir mis en mouvement l'action publique à l'occasion d'un délit de ce genre ; mais le souci de la tranquillité commune ne fut sans doute pas le sentiment essentiel qui inspira les protestations du Conseil Souverain ; l'initiative de Bolduc prouvait la déférence peut- être excessive de la prévôté pour le gouverneur-général : plusieurs conseillers s'en plaignirent avec vivacité, Frontenac riposta de même, et le greffier du Conseil, mêlé à ces discussions, paya de quelques jours de prison la mauvaise humeur de tous.
" L'affaire ne dtvait pas en rester là : Frontenac, d'une part, vou- dra montrer au Conseil qu'il est le maître ; les conseillers, de l'autre, s'acharneront à diminuer les pouvoirs de la prévôté de Québec et pour- suivront de leurs rancunes le procureur Louis Bolduc ; Colbert n'ad- mit pas leur prétention de porter directement leurs causes devant le Conseil, sans passer d'abord devant le lieutenant-général, comme les simples particuliers ; en revanche, le Conseil restreignit le ressort de ce magistrat, en assignant à son collègue de Trois- Rivières l'appel des justices seigneuriales des environs ; ce ne sont encore là que de menues escarmouches ; la véritable bataille va s'engager bientôt ; nous y ver- rons P'rontenac en face des conseillers de Québec, dans l'attitude d'un souverain. La Hontan l'écrivait en 1684 : "Il traitait les membres de ce parlement comme Cromwell ceux d'Angleterre." (i)
Dès le mois de mars 1680, le procureur-général d'Auteuil chercha noise au procureur de la Prévôté.
M. Lorin raconte ainsi l'épisode :
" On (c'est-à-dire le Conseil Souverain) savait ce personnage tout dévoué à Frontenac : on ne négligea rien pour lui rendre la tâche im- possible, et paralyser ainsi cette juridiction de la prévôté dont le Con- seil était jaloux : d'Auteuil ne voulait-il pas obliger Bolduc à se ren- dre chez lui, tous les samedis, pour travailler sous sa surveillance aux
(i) Le comte de Froyitenac, p. 147.
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procès en cours, et, sur le refus du procureur, faire agir le Conseil ? Pendant toute l'année 1680, cette affaire traîna en longueur, le Conseil accordant des sursis pour les semences, pour les récoltes, mais se mon- trant malveillant, hargneux, chaque fois qu'il en avait le loisir." (i)
Le 13 novembre 1680, l'intendant Duchesneau écrivait au minis- tre :
" Pour le procureur du Roi de ce siège, le sieur Bolduc, je ne dois pas vous dissimuler qu il est tout à fait indigne de sa charge. Il est accusé de concussion, de vol dans toutes les maisons dans lesquelles on le souffre, de débauches et de crapules continuelles et sans que M. le comte de Frontenac le protège je lui aurais fait faire son procès. Je me suis contenté, pour ne lui pas déplaire, de faire au dit procureur du Roi une forte réprimande en présence du sieur lieutenant-général." (2)
Enfin, au mois de janvier 1681, Louis Bolduc était formellement accusé de malversations devant le Conseil Souverain.
C'est encore M. Lorin qui va nous expliquer l'accusation portée contre Bolduc :
" On ne lui reproche plus seulement de ne point vouloir se subor- donner au Conseil dans les affaires de justice ; c'est une action crimi- nelle qui lui est intentée, à la diligence de l'abbé Bernières, qui rem- plaçait l'évêque alors en France, et d'un ancien marguillier de la ca- thédrale de Québec, Hazeur. Autant qu'on peut en juger par les do- cuments du Conseil Souverain, qui font allusion aux faits sans les rap- porter toujours, le différend entre l'abbé Bernières et Boulduc porte sur les intérêts de la fabrique paroissiale : Boulc^uc, pour gagner du temps, aurait voulu empêcher le marguillier Hazeur de présenter ses comptes et, condamné par le lieutenant-général, il en aurait appelé au Conseil, qui est maintenant saisi de l'affaire. Villeray, premier con- seiller, dirige l'instruction ; à ce titre, il délivre des exploits pour citer des témoins et, pendant tout le printemps de 168 1, une lutte de gri- moires et de mesquines subtilités se poursuit entre Frontenac, qui ne veut pas abandonner l'ami auquel, dit-il, on fait un procès surtout à cause de lui, et les conseillers qui entendent profiter de cette occasion
(i) Le comte de FîonteJiac, ■ç. 154.
(2) Archives publiques du Canada, Correspondance générale, vol. 7.
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pour affranchir la prévôté de Québec." (i)
Le i^ novembre 1681, M. de Frontenac écrivait au ministre :
" Je n'avais point voulu, Monseigneur, vous marquer dans la pre- mière lettre que je me suis donné l'honneur de vous écrire, qu'il y a onze mois que le procureur du Roi de la prévôté de cette ville, parce qu'il n'est pas agréable à M, Duchesneau lequel l'a fait, par le moyen de ceux de sa cabale, interdire de sa charge sur la simple dénonciation d'un homme de Bayonne qui négocie ici et qu'on a fait évader et pas- ser en France depuis deux mois, contre la défense que je lui en avais faite, parce qu'ils ont vu qu'il ne pouvait prouver les choses qu'il avait avancées contre lui. Cependant le procureur-général n'ayant pas eu les preuves qu'il en espérait a demandé qu'il fut informé de sa vie et de ses mœurs depui's 17 ans qu'il est en ce pays quoiqu'il y en ait six qu'il a été reçu en la dite charge de procureur du Roi, sans aucune plainte ni opposition, et il a fait entendre soixante et dix témoins sans avoir trouvé, à ce qu'on dit, aucune matière d'asseoir une condamjia- tion contre lui, ce qui est cause qu'après toutes les chicanes possibles qui ont été faites pour allonger l' instruction de cette affaire, et nonobs- tant un grand nombre de requêtes présentées par le procureur du Roi pour la faire juger, leur dernière resinte (?) a été de me faire de- mander par le rapporteur qui en est le sieur de Villeray congé de pas- vSer en France d'oii il n'y a qu'un an qu'il est revenu, ce qui m'a obligé à ne lui point accorder afin que cet officier pût avoir plus tôt justice, laquelle il était. Monsieur, résolu de vous aller demander, sur l'oppres- sion qu'il prétend qu'on lui a faite, si son procès avait été jugé avant le départ des vaisseaux, et qu'il eut pu en avoir toutes les pièces pour vous les porter."
M. de Frontenac ajoutait en post-scriptum :
" J'apprends que l'on envoie en France des expéditions signées des informations qui ont été faites contre ce procureur du Roi, mais qu'on y envoie point ses interrogations ni ses confrontations qui peu- vent le justifier. Si c'est, Monsieur, pour vous les faire voir, vous connaîtrez par là la bonne foi et l'artifice de ceux à qui il a affaire. "(2)
Le 20 mars 1682, le Conseil Souverain prononçait la condamnation
(i) T .e comte de Ft ontenac , -ç 155,
(2) Archives publiques du Canada, Correspondance générale, vol. 7.
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définitive de Louis Bolduc. "Le dit Conseil, était-il dit dans le juge- ment, a déclaré et déclare le d. Boulduc atteint et convaincu de crimes et de mal versa lions ; pourquoi a privé et prive icelui Boulduc du d. office de procureur du Roy en la d. Prévôté, lui faisant défenses d'ex- ercer à l'avenir aucun office de judicature" (i)
Le Conseil Souverain, il est vrai, s'était prononcé sur le cas de Bolduc, mais il y avait encore le ministre. M. de Frontenac, protec- teur du procureur du Roi, dût intervenir auprès de lui eu sa faveur.
Le lo mars 1685, le ministre écrivait à l'intendant de Meulles que Sa Majesté accordait à la dame Bolduc le tiers des gages de son mari. Il ajoutait que si Bolduc était suffisamrasnt puni par sa longue inter- diction, il devait le rétablir dans sa charge.
Le gouverneur de Denonville, arrivé depuis peu dans la colonie mais qui avait eu le temps de faire une petite enquête sur Bolduc, s'op- pDsa énergiquement à sa réinstallation. Le 13 novembre 1686, il écri- vait au ministre :
" M. l'intendant dit que vous lui aviez ordonné de rétablir le nommé Bolduc dans sa charge de procureur du Roi de la prévôté de Québec, supposé que lui et moi jugeassions que la peine de sa longue absence fut suffisante pour expier ses fautes ; cela m'a donné lieu de m'enquérir de la vie et mœurs de ce Bolduc. J'ai appris que c'est un fripon achevé à ne jamais souffrir dans une pareille charge. Ce pays- ci. Monseigneur, a besoin de châtiments pour ceux dont la conduite est méchante. Sa femme passe cette année en France. Je lui ai vo- lontiers donné son passeport pour délivrer le pays d'un assez mauvais meuble. Il nous laisse des enfants qui sont réduits à la charité des gens de bien." (2)
Enfin, le 4 juin 1686, plus de cinq ans après la mise en accusation de Louis Bolduc devant le Conseil Souverain, le roi le cassait comme son procureur à la Prévôté de Québec. (3)
Bolduc, semblâ^t-il, décéda à Québec en 1702.
L- Révérend Père Brosseau. dans sa monographie Saint-Geotge d' Heiiryville et la seigneurie de Noyan, nous apprend que les familles
(i) Le jugement contre Bolduc couvre neuf pages des Jugements et Délibérations du Conseil Souverain (vol. II, pp. 776 et seq.)
(2) Archives publiques du Canada, Correspondance générale, vol. 8.
(3) Insinuations du Conseil Supérieur de Québec, cahier 2 : "4 juin 1686, le nommé Bolduc procureur du Roy en la prévôté de Qué- bec est cassé comme tel par le roi."
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Bolduc établies à Saint-Georges d'Henryville descendent de l'ancien procureur de la Prévôté de Québec. Il doit en être de même des fa- milles Bolduc de la Côte de Beaupré car, en 1702, un fils de Louis Bol- duc était établi au Cap Tourmente, (i) P.G. R.
EJits et ordonnances
Nous sera-t-il permis de relever ici une assertion du Révérend Pè- re Charland, au cours de son article "Le tableau de l'Immaculée Con> ception à la Basilique de Québec" ? L'auteur attribue aux instantes démarches de l'abbé Bois la publication des Edits et Ordonnances Royaux.
Il s'agit sans doute de la seconde éaition de cet ouvrage, publiée en 1854, sous les soins du gouvernement de l'union. C'était une sim- ple réimpression avec quelques additions importante? cependant.
La première édition parut en 1803. Nous la devons à l'initiative de MM. P. L. Panet et Jean- Thomas Taschereau, tous deux membres du Parlement, et qui firent adopter par la Chambre, en 1801, une ré- .solution à cei effet. Ce fut comme la première codification de notre droit canadien.
Ce fut aussi cette même année que la Chambre jeta les bases d'une bibliothèque parlementaire, en faisant acheter les '"Statutes at Large" les journaux du parlement anglais et vingt-deux ouvrages de droit constitutionnel et parlementaire, dont quatorze en français. C'était peu, à vrai dire, mais cela parut sufi&sant aux députés d'alors, pour commencer la lutte constitutionnelle contre le pouvoir à tendances d'absolutisme.
J. C. O. B
Ci) On trouvera le contrat de mariage de Louis Bolduc et de Isa- belle Hubert au greffe du notaire Leconte déposé aux Archives Judi- ciaires de Québec (8 août 1666).
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La famille Dufrost de la Gemmeraye
Il existe dans l'étude du notaire Joseph- Charles Raimbauît, à Montréal, une pièce, inédite, croyons-nous, qui fournit des renseigne- ments sur la famille de l'illustre fondatrice des Sœurs Grises,
Cette pièce est une copie des titres de noblesse des Dufrost de la Gemmeraye, faite par M, Raimbauît d'après un document officiel re- mis au tabellion par l'abbé Charles Dufrost de la Gemmeraye, curé de Verchères.
Le notaire copiste paraît avoir mal déchiffré le texte qu'on lui donnait à transcrire, à cause de l'écriture très probablement. Cela se présume par les blancs qu'il laisse ici et là, par les ratures, par les sur- chages, par l'orthographe de certains noms qui varie entre le début et la fin de l'acte, ou entre le corps de l'acte et les signatures. Si on ajoute à cela que la ponctuation fait défaut. et qu'il y a peu d'alinéas(i) on admettra que tout cela nuit à la compréhension d'une pièce, d'une lecture déjà ardue, ainsi que sont la plupart des documents anciens de même espèce.
Néanmoins, comme nous le disons plus haut, il se trouve dans cet- te pièce des notes généalogiques précieuses qu'il serait bon de conses- ver et c'est ce qui nous engage à la publier.
*** Avant de commencer la lecture de l'acte en question, rappelons- nou.«^ que le père de madame d' Youville, Christophe Dufrost de la Gem- meraj-e ou Gemeraye ou Gemmerais ou Jemmerais, était fils de Chris- tophe Dufrost et de Marguerite de la Forest, de Médréac, diocèse de Saint-Malo. Il passa en la Nouvelle- France en 1687 et épousa Melle Marte Renée Gautier de Varenn<=s en 170 1.
^% ETUDE DE RAIMBAULT FILvS 2 juillet 1732. No. 848.
Titre de noblesse de Messrs. La Gemeraye Extrait des Registres de la Chambre Etablie Par le Roy, notre Si-
( I ) Nous avons essaj^é de remédier à ces lacunes dans la copie que nous reproduisons.
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re, pour La Réformation de La Noblesse En la province de Bretagne.
Entre Le Procureur Général du Roy Demandeur d'une part, Et Cristofle Dufro Sr. de Boissemances, Escuyer, Et Jean Dufro, Escuyer, Sr de La Girodais, Et Jacques Dufro Escuyer, Sieur du dit lieu, frère Puiné dudit Sr des Boissemances, Défandeurs, dautre part.
Veu par La Chambre Etablye par le Roy pour Là Réformation de la noblesse En La Province de Bretagne par Lettres patentes de Sa ma- jesté du mois de janvier mil Six Cent soixante-Et-Huit, vérifiés en par- lement, le trentième juin en suivant. L'acte de comparution faite au Greffe d'Icelle, par Procureur des Défendeurs, Le vingt cinq septem- bre mil six cent quatre-vingt-huit, qui auroit déclaré pour lesd. Dufro, vouloir soutenir, la qualité de noble Escuyer, par Eux Et leurs prédé- cesseurs prise, Et porter pour armes : dargent, à trois Testes de Coq de Sable, crêtée et Barbelerée de Gueulles ; Le dit Extrait Signé Le- clavier, Greffier ;
Induction D'actes et pièces desd. Défendeurs Sur Le Seing de Mr George Grison, Leur Procureur, fournies et Signifiés au Procureur gé- néral du Roy par Nicou, huissier. Le vingt-un janvier dernier, par la- quelle, Ils concluent à ce qu'il Plut à lad. chambre les maintenir dans la qualité de noble et Escuyer, pour jouir des franchises. Immunités Et privilèges attribués aux autres Gentilhommes, Et que Leurs noms seront inscrits dans le Rolle et Catalogue des noblesses de la Séné- chaussée de Rennes, pour Etablir La justice desquelles Conclusions, articullent (sic) et faits de Généalogie qu'ils sont descendus, o"iginai- rement, de noble Escuyer Guyon Dufro, de Son mariage avec Dlle. Guillemete Debrays qui eurent pour fils Jean Dufro, Premier du nom, qui fut marié avec Demoiselle Jeanne de LaRoche ; Et de ce mariage, Issu : Pierre Dufro qui fut marié avec Demlle Ginjonne (sic) (i) Raimond, Et de ce mariage Issu : Bertrand Dufro, qui fut marié avec Demoiselle Gilette Caillolle,Et de ce mariage Issu : Jean Dufro, second du nom, qui fut marié avec Demoiselle Thomasse de St. Pain ; Et de ce mariage issu : Christoph Dufro, Premier du nom, qui fut marié avec Demoiselle Mathurine LeBel, Et de leur mariage Issurent : Les défendeurs, tous Lesquels se sont comportés Et gouvernés noblement Dt avantageusement en leur partage et biens. Et ont toujours pris
(i) Erreur du ler copiste ou du notaire Raimbault. Voir plus loin.
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Et Procédé En qualité de nobles Et Escuyer, ce qui se justifie, En Premier lieu, par La Tutelle Et Pourvoy avec j^'Iceux défendeurs, faite en la juridiction de Montauban, Le Deuxième ybre 1648, par la- quelle conste quils sont Enfants D'escuyer Cristofle Dufrost, Sieur de Boisseniances, Et de Demoiselle Mathurine Lebel leur père et mère, Et que plusieurs personnes nobles, En qualité de parens, ont donné leur voix à ce que Icelle leBel fut instituée Leur Tutrice Et Garde comme a)'ant déclaré accepter lad. charge ; trois Extraits tirés des Papiers BaptJsraeaux de la Paroisse dirodouer dattes, au Délivrement, des Six may, mil six cent cinquante et trois, Et Seizième janvier, présent mois Et an, iraiT lesquels conste que Cristofle, Jean Et Jacques Dufrost Et demoiselle Mathurine LeBel Enfans Descuyer, autre, Cristofle Dufro Et Demlle Mathurine LeBel, Sa compagne, leur Père Et mère furent Baptisés En la d. Paroisse D'Irodouer, en présence de plusieurs per- sonnes de qualité leurs parens. Lesd. Extraits Signés lemaize Rec- teur :
Trois pièces, La première Est un Cahyer de prisage fait des mai- sons, Terres Et héritages dépendants de la succession de défunt Cris- tofle Dufrost, vivant, Escuyer, Sieur desboissances (sic) Et fils aine principal Et noble. Et de Damoiselle mathurine Lebel, veuve dudit feu Desboissemances, mère Et Tutrice des Enfans mineurs de leur mariage par lequel prisage seroit que les priseurs nobles désignèrent audit Sr. Desboissemances, pour son préciput, La maison, pourpris Et préclos- tures des Boisseniances ; la seconde et troisième pièce Sont le Partage fait. Ensuite dudit Prizage portant La Désignation faite par le Sr. Des- boissemances de la Terre partie du bien noble pour Le tenir de luy Comme Juveigneur (sic) Daine, Et la Subdivision faite Entre les deux Puinés par laquelle II conste dabondant que ledit Partage Est noble Et avantageux, lesd. trois pièces datte des vingt et six febvrier Et qua- trième avril 1654, Et trente décembre 1664 Signée Et garentyes, Aveu Rendue à la Seigneurie de montauban, par Escuyer Cristophe Dufrost Sr. desboissemances, le dix neuf aoust 1685, à cause des terres Et hé- ritages quil tenait de lade. Seigneurie prochement et noblement. Et, Entre autre choses, de posséder dans L'Esglise paroissialle, dirodouer, un enfans prohibitif avec un pillier armorié de son escuson quy seroit encore aujourdhuy, Led. aveu Signé Et garenty avec leurs reçue au pied, du fermier général, de la terre Et Seigneurie de Montauban, deux pièces, la Première Est une déclaration faite devant les Commis-
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saires. de Sa Majesté, Pour le ban et arrière bau de la Province de bretagne, par Escuyer Jean Dnfrost Sr. chelan (sic) Et Damoiselle thomasse Pern, Sa Conijiai^ne, des terres Et héritages quils tenoient de Sa de. Majesté Sujets a veu, Dans laquelle, Escuyer, Cristophe Dufrost leur fils unique est pareillement Employé comme père Et garde naturel de Jean Dufrost son fils, qu'il avait eu dun premier mariage arec feu damlle. gillette gisselin leqjel Jean précéda (i) son père, La St^conde Est un contract de mariage dud. Escu3-er Cristophe Dufrost, qualifié fils unique, héritier Et noble descuyer Jean Dufrost Et damoiselle tho- masse Pern, Sr. Et Dame Dehelan ses père et mère Et damoiselle ma- thurine lebel, dame Durocher, eut qu'une fille du mariage de Defïunt Escuyer Jean lebel Et Damoiselle Bertranne geszille, vivante seigneur Eî Dame De la Ganouyer, lesd. deux pièces des quatre Janvier 1629 Et 31e octobre 1636, Signés Et garantyes, neuf pièces des annés 1630, 1632, 1633, 1635, 1640, 1642, 1643 et 1947, Et autres annés subséquan- tes, quy justiffyent Des Comportemants nobles dud. Escuyer Cristophe dufrost père des Defïendeurs, El quil a toujours pris qualité d' Escuyer dans les Contracts Et actes quil a passés Et minuttes Rendus au Sei- gneur de fiefs, lesd. pièces signés Et garant\'es ; Cinq pièces, La Pre- mière Est un Aveu Et tenue présentés aux Seigneurs de montauban, It cuatrième de juillet mil six cent dix-sept, par nobles Gens Jean du frost Escuyer Et Damoiselle Thomasse de St Pern Sa Compagne, Sr. et Dame De helaii, les boissemances, la Gourtière, au premier feuillet duquel, le même enfans prohibitif employé dans laveu de Cristophe dafrost, père des Deffendeurs, Est Emplo5'é avec, les armoiries des trois testes de Cocq, led. av^eu du quatrième Juillet mil six cent dix sept.
Les quatre autres pièces dattes des annés 1619, 1632, 1635, Sont les beaux à fermes Et marché hérittés, qui justiffient que led. Jean apris qualité de noble Escuyer dans tous les actes quil a passés ; deux pièces, la première est le Partage donné par Escuyer Jean dufrost, Sr. de helan, En qualité de fils aine, héritier principal Et noble de noble homme bertrand dufrost Sr, de helan, Mary de Damoiselle Gillette Caillolle Sa femme Et Damoiselle Jeanne dufrost. Sa sœur, puisnée. En la SuccCvSsion de leurds. père commlin, par lequel Partage seroit que lade puisuée uût dans la terre noble de helan que deux seules pièces
(i) Sic. Le notaire a sans doute voulu écrire : prêdêcêda.
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de terre, Eut quelle Eut tenus lesd. héritages, comme Juvegneur (sic) daisné datte du 9e, 8bre 1687, La seconde est le mémoire ded. Pièces q li fut faits après le deceds de Sr Bertrand Et gillette Caillolle, Calif- fiés Seigneur de helan, aupied duquel Est la quittance consentie aud. Jean Dufrost de la Sélébration desde, pièces, En datte du Vingt deuxe Avril 16 18 ; deux pièces, la première Est L'inventaire qui fut fait au ïnois de febvrier 1534, des meubles dépendans de la Succession de feu damoiselle Yvonne Raimont, de la communauté du mariage dentre no- ble homme Pierre dufrost Et de lade Raimont, sa femme, La seconde est le Partage donné par led. noble homme Bertrand dufrost. En qua- lité de fils aines héritier principal Et noble de n<.ble homme Pierre du- frost son père, à ses puisnés. En la Succession de leur d. père commun lequel partage fut fait au noble perpétable comme au partable Esté puisnés nu pour toute sa légitime que quinze Livres de Rente Et datte du quatre avril 1654 ; trois pièces des annés 1655, 1656, 1658 qui jus- tifie que led. Bertrand dufrost a pris ainsy que cest successeurs La qualité de noble homme signés Et garenties partage noble Et avanta- geux fait des successions de noble homme Jean du frost Et Damoiselle Jeanne de La Roche, Seigneur Et Dame du frost, Entre Escuyer Jean dufrost fils aines héritier principal Et noble Escuyer Pierre dufrost puinés du dix-neufe. avril mil Cinq Cent quarente Et Cinq, dune dé- mision faitte le troisième novembre, mil cinq cent trente neuf. Par da- melle. Jeanne de la Roche, de la jouissance Et proprietté de tous ses biens Entres Les mains de Jean dufrost qualifîj^és Son héritier princi- pal Et noble, Led. Jean dufrost Laquelle eu pour père et mère Guyou dufrost Et guiliemette de Brays les deux degrés se justiffient par un
acte Et contracts quil (sic) deux qualiffiés De nobles En datte
du dixe Xbre 1507. ; deux a Veu Rendue au Seigneur duplessis Gif- fart, le 20e. 8bre 1473. Et 20e may 148 1 par led. Guyon dufrost a Cause desd. terres nobles dufrost, deux autres aveus Et terres Rendue à lad. Seigneurie De montaubant, par un des prédessesseur Des Def- fendeurs à cause de lad. maison dufrost qu'ils tenoient dtlad. Seigneu- rie.
Prochement Et noblement Des annés 1409 Et 1415- Signés Et garentie : Un Extrait de lad. chambre des comptes de Bretagne, dat- te au délivrés du Vingte. décembre, mil six cent soixante et huit quy justifie que les Srs Dufrost sont nobles de toute antiquité Et ont com- parut aux montres Généralles Et armés, banc Et arrière banc de la
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Province. LeDit Extrait signé Et Garenty, Et tout ce que par les Def- fendeurs a Esté mis Et produit, Deverslade. Chambre, Conclussion du Procureur Général du Roy, Considéré,
LA CHAMBRE faisant droit sur l'instance, a Déclaré lesd. Cris- tophe Jean et Jacques dufrost, nobles Et Issus d'Extraction noble, comme tel leur a permis Et à leuis dessendants En mariage, Lesgitime, de Prendre la qualité d'Escuyer Et les a maintenu aux droit davoir ar- mes Ft Escusson timbrés, appartenant à leurs qualité, Et à jouir de tous droits franchises préminance Et previlèges, attribué aux nobles de Cette Province, Et ordonne que leurs noms sera Employé au rolle Et Catalogue des nobles, de la Sénéchaussée de Rennes, fait en lade. Chambre, tenue le dix huite. febvrier mil six cent soixante Et neuf , Ensuitte est Ecrit avons signée le Clavier, Et plus bas, CoUationnés à l'original par moy conseiller Secrétaire du Roy, maison et Couronne de france, a paru Et Rendue avec le présent, Signé Drouet, av^ec para- phe.
Extrait du papier baptismal de l'Eglise de médreac, En l'évesché de St. Malo, christofle dufrost fils descuyer christofle Et damoiselle margueritte de la foirest, Seigneur Et Dame de la gesmeraye, fui bap- tissé En lEsglise de médreac par Mre. olivié boisgeraud, recteur dy- celle te lue sur fond par Escuyer Cristofle paillevè Sr. de nozay, Et Damoiselle Jeanne de la forest, dame des Elans, le vingt Et unième jour de décembre mil six cent soixante Et un, Signé ch. pail'evé Jean- ne la forest boisgeraud, Mathieu Bunoufî, g chartier, ch. Regnaud.
Collationné à l'original par Mre. mathieu Bunouff. Et délivrés le Vingt quatrième de novambre, mil six cent octante Et deux. Signé ". P Latthieu, (sic) Brunoufî, curé dud. médreac, Délivrés gratis.
Collationné sur une copie En Papier timbré représenté par M. de la Gemeraye, curé de Verchères, à luy rendu Et le présent pour de- meurer au rang de mes minuttes, pour y avoir recours au besom, pré- sence der Srs, Jean Bapte. de Coste et Pierre Dutartre, Témoins
à Montréal, ce deux juillet M. VII t. ente deux.
(Signé) P. du Tartre " Decoste
' ' Raimbault fils
L'abbé qui fait prendre copie des titres ci-dessus se nomme Char- les Dufrost de la Gemmeraye. Il était fils de Christophe Dufrost et de Marie-Renée Gautier, frère de Marguerite Dufrost, épouse de monsieur Vouville de la Découverte et frère de l'abbé Joseph Dufrost, décédé curé de Sainte F'amille. Madame d'Youville eut elle-même deux fils prêtres : les abbés Joseph François Youville de la Découverte et Char- les-Marie-Madeleine Youville Dufrost.
E.-Z. MASSICOTTE
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LA SAINWOSEPH
Dans le cours du mois de juin, 1615. trois Frères Récollets arrivè- rent de France à Québec. Leurs noms étaient Joseph Le Caron, Denis Jamay et Jean Dolbeau — ce furent les premiers prêtres du Canada. Avec tux était le frère lai Pacifique, qui mourut dans la colonie.
Neuf années plus tard, en 1624, le frère Le Caron écrivait dans un mémoire adressé au provincial de son ordre, à Paris : "Nous avons fait luie grande solennité où tous les habitants se sont trouvés et plu- sieurs Sauvages, par un vœu que nous avons fait à saint Joseph, que nous avons choisi pour le patron de ce pays et le protecteur de cette église naissante."
Je note le mot "habitant" qui se rencontre déjà en 1621 pour dé- signei non pas les Français allant et venant mais les individus fixés en permanence dans la colonie.
On doit croire que, d'année en année, à partir de 1624, la fête de saint Joseph a dû être célébrée avec tous les honneurs, cependant il n'en est fait mention qu'en 1637.
En 1637, les Récollets n'y étaient plus, mais les Jésuites se mon- traient fidèles à l'usage établi. Dans la Relation de 1638, le Père Paul Le Jeune s'exprime comme suit :
"La fête du glorieux patriarche Saint Joseph, patron et protecteur de la Nouvelle-France, est l'une des grandes solennités de ce pays. La veille de ce jour, qui nous est si chère, on arbora le drapeau et fit-on jouer le canon. Monsieur le gouverneur fit faire des feux de réjouis- sance aussi pleins d'artifices que j'en aie guère vus en France."
Suivent de minutieux détails accompagnés d'un dessin : "L'on avait dressé un pan sur lequel paraissait le nom de saint Joseph en lu- mières. Au dessus de ce nom sacré brillaient quantité de chandelles à feu, d'où partirent dix-huit ou vingt petits serpentaux qui firent mer- veille' ' . Il y eut des fusées, un petit château flanqué de quatre tou- relles, qu?tre roues tournantes, une croix à feu qui scintillait comme un diamant. Enfin, il y eut tant de choses ravissantes que les Sauva- ges et aussi les Français ne pouvaient en croire leurs yeux.
Le dessin quî représente les f )rmes et l'action de l'appareil de ces feux est dans la Relation et fort nettement tracé. C'était l'œuvre des
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sieurs Bourdon et Gourdeau.
Outre M. de Montmagny, toutes les notabilités de Québec et du voisinage assistaient au spectacle. A la fin de sa narration, le Père L,e Jeune ajoute : "Le jour de 'a fête (19 mars) notre église fut remplie de monde et de dévotions quasi comme au jour de Pâques."
Après 1637, tous les ans, jusqu'à 1651, même célébration, avec certaines variantes immanquablement. Vo3'ez les Relatioyis et le Jour- nal des lésuites, vous y trouverez les passages suivants :
1646. — "Le 18 mars, veille de saint Joseph, entre sept et huit heu- res du soir se fit le feu de joie. M. le gouverneur nous vint quérir : nous soupions. Le Père Viraont y alla qui fit mes excuses (le Père Jérôme Lalemant) sur quelqu'incommodité que j'avais. M le gou- verneur mit le feu. Les soldats firent trois salves et quatre coups de canon furent tirés. Il y eut aussi quelques fusées. Le 19, quand on sonna V angélus, on tira un coup de canon et à la messe, à l'élévation, trois ou quatre, avec quelques salves de mousquets". Après les vê- pres, on alla chez les Ursulines faire le salut de saint Joseph.
1647. — Le Père Jérôme Lalemant sonne une note contre la mon- danité de la fête : "On ne fit, dit-il, point de feu de joie la veille com- me de coutume ; j'en fus en partie cause, comme ne goûtant guère cet- te cérémonie qui n'avait aucune dévotion qui l'accompagnât, et il me semblait qu'un salut en l'honneur du saint était meilleur, comme, en effet, il fut fait la veille à la paroisse, et le jour aux Ursulines, où le Hic vir despiciens fut chanté en mtisique. On tira, cette même veille, un coup de canon à une heure, et le jour, à V angélus du matin^ quatre ou cinq coups de canon".
1649. — "On refit cette année le feu la veille de la Saint- Joseph, mais on sépara le matériel d'avec le spirituel. On fit le salut sur les six heures, et sur les sept M. le gouverneur me vint prier de m'y trouver et voulut que j'y misse le feu, je l'y mis. Aux Ursulines, comme l'an passé, mais l'on oublia l'oraison pour la fondatrice Pro devotis amicis. Le jour, le tout alla comme l'an passé et alla bien".
1650 — "La veille de Saint-Joseph il y etit un feu fort froid, c'est- à-dire tout simple, sans artifice ni fusée. M. le gouverneur me fit prier par .sa femme d'y mettre le feu, lui étant indisposé. Je le fis avec une grande répugnance. On n'y chanta point parce que on doit supposer que le salut qui a précédé immédiatement, c'est à dire environ une heti- le devant, supplée à cela."
... 79 —
1^5 1. — "La veille de St Joseph, il y eut un feu comme l'ku passé auquel M. le gouverneur me pria (le Père Ragueneau) de mettre le feu. Je le fis avec beaucoup de répugnance. J'avais mené avec moi le Père Le Mercier et le Père Gareau."
On a dit que les Pères Jésuites se montraient hostiles aux feux de la Sair.t- Joseph par suite de malentendus entre eux et le gouverneur. Cela aurait été possible vers 1663 du temps de Mésy mais pas avec Montn.agny et d'Ailleboust, de 1636 à 165 1.
De 165 1 à 1660 nous n'avons rien sur la fête, mais l'on suppose que la démonstration populaire ou feu de joie n'a point continué, il ne devrait pas en être de même à l'église où les choses devaient se passer comme à l'ordinaire.
De 1660 à 1664 les mentions écrites recommencent : 1660. — "Le 19 mars, jour de St Joseph, se dit ici la messe, à l'or- dinaire, à six heures ou cinq heures et demie, sans exhortation, à rai- son de la première messe que devait dire M. de Bernières aux Ursuli- nes, qui, en effet, la dit à sept heures. M. de Charny l'assistait. On y alla confesser. Il y eut une très grande quantité de communions. Le Père Dablon y dit ensuite la messe, et moi (le Père Jérôme Lallemant) la grande messe ensuite, où le Père Dablon et le Père Chauraonot me servirent de diacre et de sous-diacre. Le Père Chastelain et Monsei- gneur l'évêque y avaient dit la messe devant M. de Bernières. Il y eut indulgence plénière appliquée par Monseigneur l'évêque, de trois qu'il avait pouvoir d'appliquer, outre trois autres avec orait<on de qua- rante-heures. Le sermon solennel fut fait à la paroisse l'après-dinée et celui des Ursulines en même temps, sans solennité, à leur grille. Le salut, ensuite, solennellement y fut fait par M. de Bernières, et la mu- sique en la manière qui suit, le saint Sacrement y étant exposé : on commença en musique par k Paiige lingua, après quoi, immédiatement, les religieuses chantèrent un motet court du saint Sacrement. Ensuite la musique recommença V Iste confesser, après quoi, immédiatement, les religieuses chantèrent un motet du saint ; après quoi la musique reprit le Domine salvumfac regem ; à la suite duquel M. de Bernières, officiant, dit la messe et lés trois oraisons correspondantes. Après quoi les religieuses devaient chanter quelque chose, pendant l'encensement et la bénédiction, ce qu'elles ne firent pas, pour n'en avoir été suffi- samment averties. Le tout fut conclu par un Landate Dominuvi chan-
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té par la musique. On en fut fort satisfait et la chose parut belle et dévote. Toute l'église était remplie. On manqua de mettre au des- sus de la porte l'écriteau : "indulgence pleuière".
1661. — "A la Saint-Joseph, il y eut trois feux le soir (nos écoliers, M. Couillard et les tJrsulines). Point de diacre et sous-diacre aux Uisulines, parceque ceux qui le pouvaient faire étaient empêchés aux confessions qui durèrent, en notre chapelle, jusqu'à neuf heures. Le reste à l'ordinaire. Pour le salut aux Ursulines, elles le firent seules, où le monde fut invité pour y gagner les indulgences."
1662. — "'A la Saint-Joseph, aux Ursulines, monseigneur dit inie basse messe à sept heures. La grande messe à huit heures, et la der- nière fut dite là même et non céans : le salut solennel avec les instru- ments. ' '
1663. — "La Saint- Joseph venant le lundi de la semaine sainte, fut fêtée et p^int transportée".
1664. - "A la Saint-Joseph on ne fit céans ni salut ni la veille ni le jour. Il se fit aux Ursulines le jour."
A partir de cette époque, la fête, selon toute apparence, cesse d'a- voir des allures populaires, mais nous savons qu'elle a continué a être observée à l'église comme à présent.
Les feux de joie, vieille coutume française, ont été en vogue par- mi les Canadiens pour célébrer la Saint- Jean- Baptiste, depuis 1636 jus- qu'à nos jours.
Vers 1690, le Père Le Clercq observe que la dévotion à saint Jo- seph s'était conservée vive et efficace parmi les habitants de la colonie- et nous pouvons en dire autant au vingtième siècle.
Le Rituel du diocèse de Québec promulguée en 1703 par Mgr de Saint-Vallier, prescrit la célébration de la Saint-Joseph comme pre- mier patron du paj^s, le 19 mars, et celle de la Saint-François-Xavier, .second patron, le 3 novembre. La Saint-Louis y est notée comme fête ordinaire. Le nouveau rituel de 1830 conserve le même ordre de cho- se à cet égard.
BENJAMIN SULTE
Ordonnance inédite de M. de Fleury Deschambault, con= cernant es rues de Montréal, en 1715
Au nombre des ordonnances inédites, relatives à Montréal, nous croyons que celle-ci présente quelque intérêt en ce qu'elle nous'rensei- gne sur l'état des rues de la future métropole, il y a deux siècles.
Les banquettes dont il est question dans ce document sont, ni plus moins, les trottoirs de l'époque et sur ce détail on peut con- .^ulter la note que nous avons précédemment publiée dans le Bulletin, 1915, p. 25.
L'ordonnance émane de Jacques- Alexis de Fleury, écuier. sieur Deschambault, lieutenant-général, civil et criminel de la juridiction de Montréal.
ORDONNANCE
Sur ce qui nous a été exposé par le procureur du Roy en notre Siège que nonobstant les reglemens et ordonnances qui enjoignent à tous les bourgeois et habitans de cette ville d'entretenir de» banquettes le long de leurs maisons et emplacement pour la commodité des gens de pied avec deffences de jetter aucunes immondices dans les rues ny y laisser vaquer les cochons, Néanmoins, une grande partie desdites ban- quettes sont rompues et en très mauvais ordre, l'on voit journellement uti très grand nombre de cochons courir et fouiller dans les rues qui d'ailleurs sont remplies d'ordures et immondices que lesdits Bourgeois et habitans y ont jette pendant le cour de l'hiver.
A quo> étant nécessaire de pourvoir Nous avons ordonné et or- donnons à tous les Bourgeois et habitans de cette ville de faire faire in- cessamment et dans 8 jours au plus tard rétablir chacun en droy soy les banquettes au dev-ant de leurs maisons et emplacemens dans les rues de cette ville, ramasser et faire enlever les boues et immondices qui sont dans les dites rues et les faire transporter hors de cette ville à l'en- droit où il leur sera indiqué dans la dite huitaine de la publication de notre présente ordonnance à peine de dix livres d'amende contre cha- cun des contrevenans applicable à (un blanc) et leur faisons
defifence de jetter dorénavant aucune paille ny ordure sur lesdites ban- quettes ny dans les rues à peine de quarante sols d'amende pour cha- que contravention applicable comme dessus ; defïendons aussy de lais- ser vaquer aucuns cochons dans lesdites rues à peine de cinquante li- vres d'amende et ordonnons que les cochons qui y seront trouvés seront tués et envoyés à l'Hôtel- Dieu de cette dite ville.
Mandons etc. Fait et donné par nous Lieutenant général, civil et criminel au siège de la juridiction royale de Montréal, L'an mil sept cent quinze, le vingt-deuxième jour de mars. Deschambault
Le document ci-dessus est le dernier que signe M de Fleury Des- chambault.
Il décéda quelques jours après, le 30 mars 17 15. E.-Z. M.
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Une Lettre inédite du marquis de Denonville
A Québec le 20 août 1685. Monseigneur,
En partant de Larochelle j'ay eu l'honneur de vous mander les raisons que j'avais eu de m'erabarquer dans le vaisseau de la Diligente la suite a fait voir que j'avais eu raison de prévoir ce qui est arrivé. J'ay débarqué ic}' le premier aoust avec toutv; ma famille en bonne san- té et je suis sûr que ma femme serait morte ajant été incommodée comme elle a esté si elle s'estoit embarquée dans la fluste le Fomgeon.
Ce vaisseau Monseignenr selon ce que j'en aprens est fort bon voi- lier et se manie très bien vous pouvez sçavoir peut-être d'ailleurs que sans cela il auroit pery à lisle de terre neuve ou l'abileté dn pauvre M. de Rochefort le tira de sa perte inévitable si il avoit écouté les advis et conseils des autres. Vous serez informé par M le Maire comme le pauvre homme est mort au delà de Tadoussac il vous informera de sa navigation et de tout ce qui s'est passé sur le bord je me contenterai seulement de vous supplier très humblement de ne nous plus envojer d'hommes dans les vaisseaux du Roi. De tous costés, je suis adverty que les passagers y sont maltretés outre que de vérité il en cousteroit moins par les vaisseaux marchands.
Cependant j'ay bien regret a ce que nous avons perdu d'hommes qui sont tous les meilleurs et les plus robustes selon ce que j'en ai apris, je n'ay fait débarquer icy que les malades que j'ai fait metr^ chez nos religieuses Hospitalières ou ils sont avec une propreté qui ne se peut a ces louer leur sale n'estant pas aces grande ces bonnes filles d'elles mesme ont mis les malades dans leur Eglise ont ouvert leur cœur ou on a fait les lits du seul Fourgon qui est arrivé le quinze il y a a l'hôpital 77 malades matelots et autres et on en a jeté a la mer 63. On nous dit que le Mulet est encore plus maltraité. J'ai envo}-é au- devant une barque avec des rafraîchissements et pour en oster les plus malades. Je n'y ay pas envoyé de Pilote car le sieur de St Michel est ilessus qui connaît cette rivière aussy bien qu'aucun d'icy.
Monsieur Arnoul vous peut rendre compte comme son sentiment estoit d'oster de ces flustes soixantes hommes voyant bien qu'il y en avait trop, il vous peut dire les instances que je luy en fis et comme
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luy et mo3^ fe urnes sur le bord de deux flustes à la rade, il vous doit informer des contrariétés que j'}- trouve et comme il se rendit lors- qu'on lui assura que l'on pouvoit placer ce nombre d'hommes dans ces deux bâtiments M. de Gabaret vous en dira mieux ses raisons que moy.
M. le Maire vous doit mander que le Fourgon ne seroit jamai» venu icy si je n'avois envoyé Chaviteau qui est le pilotte de la Dih'gente \yoiiT l'amener.
Je joins à cette lettre le journal de notre navigation sur laquelle vous n'e permettres de prendre la liberté de vous écrire un mot quoi- que je n'eye jamais rien sceu de la navigation. C'est Monseigneur au sujet des Cartes de Hollande dont nos navigateurs se servent : quoi qu'elles ne vaillent rien de ces côtés icy ils s'en servent n'en e\'ans pas d'autres je prendray la liberté de vous dire que si vous vouliez vous servir de ce Chaviteau il vous ferait une carte très j uste de t:ette riviè- re qu'il connoit à merveille comme aussy de la Baj'e de St Lorent de toutes les isles qui 3^ sont de lacoste d'Acadieet isles voisines du grand ban et autres petiss bans et poussera mesme plus loin du costé des mers de la Baye d'udson que l'on ne connoit point peut estre mesme s'en- gageroit il a reconnoistre plus avant cette mer inconnue avec quelques uns de nos Canadiens qui ne demandent pas miens ; a legar de la car- te de la Baye de St Lorent et des environs je vous répons qu'il vous la fera faire très bien ; pendant tout le voj-age il m'a entretenu des de- faus de nos cartes et des risques qu'il y a pour les navigateurs de s'y attacher, c'est un garçon fort doux et sage crégnant Dieu il a aussi un frère qui en scoit moins que lui mais qui sera jolj' garson ils sont fils de maîstre pilote qui estoit très capable en cette navigation où il a pas- sé sa vie, ils demeurent tous deux a Larochelle, ils sont pilotes de la Diligente qui vas ans isles ainsy ils ne seront de retour a Larochelle qu'au mois d'avril ou may J'ay creu Monseigneur vous devoir ren- dre compte de ces deux hommes qui peuvent vous bien servir. Vous agreres que je prenne la liberté de vous informer aincy toujours de cens que je trouveray mal faire leur debvoir et estre infidelles j'en ay toute ma vie usé aincy je continueray si vous me le permetes.
M. de Meulle m'a fait voir par ses lettres que vostre intention a esté de faire venir icy 900 fusils cependant je n'ay eu ordre que d'en acheter 600 et M. Arnoul ne m'a montré aucun ordre qu'il eut eu de
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m'en donner trois cents cependant je ne vous scaurais acès dire Mon- seigneur le besoin que nous en avons. M. de Labarre me dit que nos pe iple sont très mal armés et M. de Meulles me dit que tous abitans en ont ce que je scaj- de plus asseuré est que les troupes anciennes que j'a}^ ici sont désarmé et qu'il n'y en pas le tiers qui eyent des fusils encore en ai-je veu qui font pitié. J'espère qu'au retour du voyage que je vais faire à Cataracouy je pourray estre mieux informé de la vérité.
Je vous advoue Monseigneur que je dors point en repos voyans nos magasins en l'état ou ils sont.
Toutes nos poudres sont dans une maison toute seule au delà de celle de M. de Meulle dans le milieu d'un champ à la mercy du pre- mier garnement qui y voudra mètre le feu il y en a une petite partie dans ce château mal nommé, ou le feu peut y prandre très aisément, je ne comprans pas comme on a peu aincy demeurer tranquille en cet estât.
J'ay ordonné une garde à cette maison ou il faut que nous y me- tions encor les poudres que vous nous aves donné cette anné avec cel- les que nous avons et celles des Bourgeois qui ne pouroient demeurer dans leurs maisons sans un péril manifeste.
Je vous demande pardon Monseigneur de ce que je fais faire un magasin suivant le modèle que je vous en envoj^e avant que de vous en avoir écrit et d'avoir receu votre consentement ; ce qui ne m' arrive- ra James a moins d'un péril aussy manifeste que celuy là il ne coustera au Ro}^ pas beaucoup au delà de douse cents écus M. l'Intendant en a fait faire le marché au rabais suivant le devis que Villeneufve l'ingé- nieur que vous m'avez donné en a fait ; ou tiendra la main a ce que la massonnerie soit bonne, je croy que vous approuverez sa situation que couvre en cet endroit le fort qui ne vaut rien du tout, je l'aurais fait mètre volontiers dans le fort pour épargner 1 argent du Roy si il y avait eu de la place suffisemment.
Vous voierres Monseigneur que je fais faire une séparation affin que les bourgeois puicent y mettre leurs poudres sans avoir aucune communication avec celle du Roy.
En l'état ou sont nos poudres, comme on a peu elles demeures dans le chatau en letat ou il est. Il y a cinq ans et plus qu'il n'a fer- mé ; il a des portes qui ne se ferment pas, et plus pesantes que les
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gons et murailles ne les peuvent porter, il n'y a pas une gneritte ny un lieu d'où on puisse tirer, nostre magasin pas achevé il y a encore un endroit ou avec un bouchon de paille on peut mettre le feu au corps de logis il y faudra une muraille et condamner la petite porte, je feray faire un petit devis de ce qui sera nécessaire et vous l'envoye- ray par le dernier vaisseau.
On a fait faire beaucoup de dépence au logement qui fait peur par les alarmes qne l'on doit avoir du feu qui s'y peut mètre aisément ce bâtiment estant tout de bois qui est comme des allumettes je voiray ce qu'il y faiidroit d'ardoise et vous rendray compte de la dépense qu'il faudroit pour en couvrir la maison.
La ville est encore une chose bien efreyante pour le feu, les mai- sons sont sairées au delà de raison et si entourées de bois de corde que c'est pitié. Je fais visiter les anciennes ordonnances de polisse la des- sus pour engager Mrs du Conseil de réitérer les bonnes et les augmen- ter si besoin est particulièrement sur cet article ou je voy qu'on s'est beaucoup relâché : la ville n'ej^ant pas un sol de revenu auroit bien besoin des libéralités du Roy i our luy procurer les moj'ens d'avor pour deux cents écus de seaux de cuir à mètre aux quatre quartiers de la ville.
On m'assure qu'il 3^ a bien six cents hommes dans les bois, le mé- moire que j'en a}- des marchands se monte a plus de quatre cents chac- quin dit qu'il faut qu'il y en eye aprecant plus de 500 ; il faut travail- ler à les faire revenir cependant il y a à considérer que si je précipite leur retour tous nos marchans sont ruinés par les advances qu'ils ont fait des marchandises si elles ne se convertissent pas en pelteries par un retour précipité, cependant c'est une chose fâcheuse que je ne les puis- se pas avoir tous plustost que k mois d'aoust prochain il est vray qu'il ne reviendra quelques uns cette année c'est une nécessité indispensa- ble que de ressairer la Colonie qui déjà n'est que trop étendu.
J'y apporteray tous mes soins. J' écrira}^ au sieur du Lheut de la Durantaj-e de St Germain et autres qui sont si éloignés au delà du lac Supérieur, qu'ils ne peuvent recevoir mes lettres qu'au mois de juin prochain. Tous les ans je me propose de vous envoyer le mémoire de la distribution des vinct et cinq congés et marqueray l'usage que je fe- ray conjointement avec M. l'Intendant du provenu des dits congés.
Donnant par année vingt cinq congés se seront 15 hommes dehors du paîs, pour les intéressés de la baj^e d'udson il faudra bien 20 hom- mes. Aincy nous pourons avoir par année 120 hommes dans les bois et ceux qui ne pouront pas venir dès là première année.
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Je ne vous rendra^^ comptes des mesures que j'auray pris pour fai- re revenir tous mes gens que par les derniers vaisseaux qui partiront au retour de mon voyage de Cataracouy.
En arrivant ici j'ay eu plusieurs requaistes pour des mariages de soldats eyant apris que M. de Labarre et M. l'Intendant avaient tait publier des ordonnances pour le en empescher quoiqu'à mon sens ils eyent esté trop viste sans estre informé de vos intentions que me pa- raicent tendre et augmenter le peuple de ce païs. J"ay cru ne debvoir rien faire publier a a conttaire que je n'eusse vos ordres la dessus en particulier remarques s'il vous plaist Mgr que je ne voudrais pas que le soldat se dégageast du servisse ce que je considère en cela c'est que les troupes ne doibvent estre icy que passagères ce qui me persuade encore plus que l'ordonnance n'est pas conforme aux intérais du pais.
Vous me ferez scavoir s'il vous plaist Monseigneur les intentions du Roy et les vostres à l'égard des honneurs que le Clergé doit rendre au Gouverne'ir-Général et aux autres Gouverneurs particuliers et à M. l'Intendant. Les divisions pacées ont fait bien emputer des choses que je vous supplie de régler affin que ny nioy ny les autres qui sont sous mes ordres ne puissions rien faire qui ne soit de vostre gré et selon les intentions du Roy.
M. nostre Bvesque a pris la peine de me dire que la coutume estoit de donner la paix l'encens et eau bénite au Gouverneur Général avant le Clergé on m'a dit que M. l'Intendant prétendoit le mesme honneur et que pour avoir la paix on lui avoit accordé. J'ay prie que jusques à ce que l'on eut vos ordres on sursit de rendre cet honneur et à kn- et à nioy.
On m'a dit aussy on s'est plein que M. l'Intendant demande que l'on luy tire du canon et qu'en mon absence il prétendoit avoir la pre- mière place devant les Gouverneurs particuliers il est à propos Monsei- gneur que vous régliés tout cela comme je veux travailler à l'union tout autant que je pouray j'ay creu qu'il valoit mieux que je ne déci- dasse pas de tout cela quoique je sois bien informé de l'usage de ces sortes d'affaires la en France ou non seulement les gouverneurs parti- culiers de places ont le premier rang mais mesme les Lieutenans de Roy en l'absence des gouverneurs pecent devant les intendans lesquels n'ont que la seconde place après celuy qui doit représenter la personne du Roy, ze sont des bagatelles que tout cela dépendant ce sont de ces
choses qui dérangent la conduitte des gens lorsqu'ils ne scavent pas parfaitement leur fait.
J'eus hier un entretien avec M. l'Itendant presance de M. Nostre Evesque ou je dis aces nettement ce que je croyais estre de mon deb- voir et de celuy d'un intendant je l'asseuré que je n'empieterois jamais rien Sur ses fonctions mais que je le priois de veuloir bien me rien fai- re de nouveau ny rien faire publier que je n'en eusse quelque commu- nication puisque mon ordre estoit de tenir la main à faire exécuter ses ordonnances puisqu'elles ne debvoient estre que pour le servisse du Roy et suivant ses intentions j'ay tout lieu d'estre satisfait de cet en- tretien et de pouvoir espérer que nous serons en bonne intelligence et que vous m'entendres plus parler de demails entre le gouverneur et l'in- tendant de la Nouvelle France.
M. l'intendant m'a voulu engager à dire mon opinion dans l'as- semblée du conseil souverain a mon tour comme premier conseiller après luy le Président et M. L'Hsvesque après moy, je leur ay dit sur cela que je croyais pas avoir d" autre fonction à faire dans le conseil Souverain que d'écouter comme la justice se rendait et recommander à ua chaqu'un de la faire bonne et courte selon les intentions du Roy qui ne m'avait point paru estre que mon opinion peut être réputée au- trement que comme un ad vis et non un jugement car si c'étoit autre- ment je n'y acister voit que le moins que je pouvais n'estant pas cu- rieux de juger ces causes cependant je vous supplie très humblement de régler cela et de vouloir bien que mon advis ne soit point compté ma conscience étant déjà aces chargée d'autres choses, eyes aussy la bonté d'écrire sur le mesme sujet de M. notre Evesque qui n'est pas plus curieux de juger que moy.
Je voy un commerce étably sous main chez les Anglais ceux qui ont causé le premier levain de ce commerce ont fait un grand tort à c; pays il nous faudra travailler à y apporter remède pour déraciner ce mal. Il y a quelques fripons qui se sont jeté parmy eux et qui s')- sont habitués si je puis estre adverty qu'ils reviennent en ce pais je ne les manqueray pas j'ay desjà donné quelques ordres là-dessus. Mers de Monortie et Denans pourront Monseigneur vous rendre un compte exact des choses qui vous souhetes scavoir d'eus ils laissent icy une très bonne hodeur de leur conduite en ce pais aussi bien que tous les autres officiers de marine que vous retires.
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M. L'Intendant m'eyant dit n'avoir pas un seul bateau ny ca lot de reste la Guerre passée voyant la nécessité indispensable qu'il y a d'en avoir suffisamment pour aler à l'cnnemy si nous y étions nicessi- t5, et estant informé des la cherté des canots j'ai dit a M. l'intendant qu'il fallait absolument en faire faire les tenir en botte pour les faire assembler à la première nécessité nous n'en scaurions pas avoir un moindre nombre que cent vous voires Monseigneur par l'extrait des lettres du Père de Lamberville ce que nous avons à attendre des Irc- quois.
Cette année icy paraist debvoir estre abondante en blés. L'incer- titude dà fair^ la guerre et lapare ic2 qu'il y a quî udu-; p^uron^ estre n;cessités de la faire m'a fait dire à M. l'Intendant de faire faire des magasins de blé ou dempes cher la sortie des blés de ce pays car je voy beaucoup de navires disposés à en emporter quantité en France et aux isles, je leur ay proposé de faire marché avec des gens pourqu'ils s'obligent de nous en fournir une certaine quantité lorsque nous en aurons besoin, si nous ne profitons cette année de la bonne année nous pourons peut estre en manquer la prochaine et il ne sera plus temps d'y chercher remède. Je suis avec bien du respect.
Monseigneur, Votre très humble et très obéissant serviteur. Signé : Le M. de DenonviJle. (i)
**La colonisation du Canada
sous la domination française
>>
Sous ce titre, M l'abbé Ivanhoë Caron vient de publier un ou- vrage qui mériterait plus qu'une simple mention. Malheure u.sement, l'espace nous fait défaut, M. l'abbé Caron a pris un soin scrupuleux de ne rien avancer qui ne fût appuyé par des preuves authentiques, et tous les faits qu'il cite sont consignés, soit dans les documents du gou- vernement et de l'intendance, transportés au ministère des Colonies, à Paris, après la capitulation de Montréal, el dont l'analyse a été publiée, de 1885 à 1905, dans les archives canadiennes, soit dans les archives provinciales, dont les collections précieuses sont religieusement conser- vées à Québec. Il ne s'agit donc pas d'une œuvre d'imagination, mais d'une étude approfondie sur le grand travail de colonisation commen- cé par Champlain et si activement poursuivi par Gifîard, Maisonneuve et l'intendant Talon.
(i) Archives publiques du Canada, Correspondance générale.
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Robert Giffard a=t=il laissé des descendants de son nom?
Robert Giffard né à Mortagne, province du Perche, en 1587, vint dans la Nouvelle- France pour la première fois en 1627. Sagard nous apprend que se trouvant à Québec dans cet été de 1627 il s'était bâti une cabane près de la rivière Beauport pour s'aionner au plaisir de la pêche,
Giffard revenait dans la Nouvelle- France en 1628 lorsque le vais- seau sur lequel il se trouvait fut pris par les Anglais.
Le 15 janvier 1634, Giffard se faisait concéder la seigneurie de Beauport par la Cie des Cent- Associés. Il s'embarqua pour Québec au printemps de la même année avec sa femme et deux ou trois enfants. Ils arrivèrent ici le 4 juin 1634.
Robert Giffard attira dans la Nouvelle- France, un bon nombre de colons du Perche. Il fut un précieux appoint pour la colonie naissan- te.
Giffard, qui était médecin, rendit de bons services aux Français comme aux Sauvages.
Il fut membre du Conseil établi en 1648.
Ignotus a fait l'éloge suivant de Giffard : "Il fut un bon citoyen et un bon chrétien. Il mérite de figurer parmi les créateurs de la Nou- velle-France. ' '
Robert Giffard décéda le 14 avril 1668. Il fut enterré au pied de la croix de l'église de Beauport, selon qu'il l'avait désiré, nous dit le Journal des Jésuites.
Sur Giffard on peut consulter : Suite, Mémoires de la Société Roya- le, vol. I, p. 131 ; Dionne, le Courrier du Canada, 31 décembre 1890 ; Ignotus, La Presse, etc., etc.
Robert Giffard avait épousé à Mortagne, en février 1628, Marie Renouard, fille de défunt Charles Renouard et de dame Jacqueline Mi- chel, (i)
Mgr Tanguay, dans son Dictionnaire généalogique, ne nous donne pas la date de la mort de madame Giffard. Les registres de Beauport et de Québec sont également muets à son sujet. Tout ce que nous savons c'est qu'elle vivait encore le 2 juillet 1670. Il est possible que
( I ) Le contrat de mariage de Robert Giffard reçu à Mortagne le 12 février 1628 par le notaire Mathieu Poitevin le jeune a été publié dans le Bulletin des Recherches Historiques, vol. IX, p. 267.
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madame Giffard soit décédée à T Hôtel-Dieu de Québec. On sait que les premiers registres Je 1 Hôtel-Dieu furent détruits dans l'incendie . de, ce monastère.
Du mariage de Robert Giffard et de Marie Renouar( naquirent six enfa)it9 :
1. MARIE GIFFARD
Née à Notre-Dame de Mortagne le 4 octobre 1628,
Mariée à Québec, le 21 novembre 1645, à Jean Juchereau de la Ferté, fils de Jean Juchereau de Maur et de Marie Langlois. (1)
Madame Juchereau de la Ferté décéda à Québec le i [ août 1665, et fut inhumée le lendemain dans le cimetière des pauvres de l' Hôtel- Dieu.
M. Juchereau de la Ferté mourut à l'Hôtel- Dieu de Québec le 16 novembre 1685, et fut inhumé lui aussi dans le cimetière des pauvres de l'Hôtel- Dieu.
Ils avaient eu sept enfants : Noël fut frère jésuite et se noya dans le Saint-Laurent le 3 novembre 1672 ; Jeanne-Françoise fut la célèbre mère Juchereau de Saint-Ignace de F Hôtel-Dieu de Québec ; Marie- Louise devint la femme de M. Aubert de la Chesnaye ; Charlotte fut religieuse hospitalière à LaRochelle ; Paul-Augustin périt non marié dans le naufrage du Saint-fércnne sur l'île de Sable dans l'aatomne de 17 14 ; Marie fut religieuse à l' Hôtel-Dieu de Québec sous le nom de Mère Sainte- Thérèse ; Denis-Joseph décéda non marié à Québec le 9 août 1709.
2. CHARLES GIFFARD
Né à Notre-Dame de Mortagne le 30 décembre 1631.
Le jeune Giffard qui était arrivé ici à l'âge de trois ans et quel- ques mois retourna en France en 1646.
'^owsXxsow':^ A2iX\'à\^ foîirnal des Jésuites, à la date du 31 octobre 1646 :
(i) Nous lisons dans le y<??^r;^a/ </é'^ /é\ç«//<rj- : "Le 4 (novembre 1645), nous fusmes inv/ités le Père Vimon et moi d'assister au contrat de mariage de la fille de Mons. Giffar ; nous y assistâmes mais nous n'y signâmes |X)int. M. le gouverneur et plusieurs autres signèrent." Nous lisons encore dans \e jour)ial des Jésuites : "Le 21 (novembre 1645) se fit le mariage et les noces de Marie Giffar et du fils de Mons. de Maure, où le P. Vimon assista." Mgr Tanguay {Dictionnaire gé- néalogique, vol. ler, p. 266) fait naître Marie Giffard à Québec le 12 juin 1634 et lui donne le prénom de Françoise. Il l'a confondu avec .sa sœur Marie- Françoise qui fut religieuse à l' Hôtel-Dieu de Québec.
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"Le dernier jour d'octobre partirent les vaisseaux ; le P, Quentin y était seul des nôtres ; avec lui repassa Robert Hache. Item M. de
Maisonneuve, M. Giffard En même temps aussi repassa
ie vaisseau qui avait apporté M. le Tardif Avec eux repassè- rent le fils de M, de Repentigny, de M. Couillard. de M. Giffard, le neveu de M. des Chastelets, tous fripons pour la plupart qui avaient fait mille pièces à l'autre voyage et on donnait à tous de grands ap- |x)intements."
3. MARIE-FRANÇOISE GIFFARD
Née à (Québec le 12 Juin 1634,
Dans ia RelcUion de la Nouvelle France pour Tannée 1Ô34, le Père Paul Lejeune raconte eu ces termes les circonstances qui accompagné- rent la naissance de Marie- Françoise Gifîard :
'Xe quatrième jour de juin, feste de la Pentecoste, le capitaine de Nesle arriva à Québec, Dans son vaisseau estoit M. Giffard et toute sa fa- mille, composée de plusieurs personnes qu'il amenoit pour habiter le pays. Sa femme s'est monstrée fort courageuse à suivre son mary ; elle estoit enceinte quand elle s'embarqua, ce qui lui faisoit appréhen- der ses couches ; mais Notre-Seigneur l'a grandement favorisée, car huit jours après son arrivée sça voir est le dimanche de la Sainte-Trini- té, elle s'est délivrée fort heureusement d'une fille, qui se porte fort bien, et que le Père L,aliemant baptisa le lendemain»?'
"C'est, dit M. l'abbé Ferland, le premier enfant étranger aux fa* milles Couillard et Martin qui ait reçu le baptême à Québec."
Marie- Françoise Giffard n'avait pas encore treize ans lorsqu'elle demanda son entrée à l'Hôtel- Dieu de Québec en octobre 1646. Elle fit profession le 10 août 1650. Elle mourut le 15 mars 1657, à l'âge de vingt-trois ans, moins trois mois. On lit à son sujet dans V Histoiie de V Hotel-Dieti :
"L,a même année, mourut la mère Marie-FranÇoise Giffard de Saint-Ignace, à l'âge de vingt-trois ans. Elle était fille du sieur Ro* bert Giffard, seigneur de Beauport, cet excellent ami dont les services, comme médecin de la communauté, avaient été inappréciables depuis l'origine de la fondation. On lui avait donné en religion le nom de la première supérieure de Québec pour perpétuer le souvenir de ses ver- tus. Mademoi-selle Giffard fut la première canadienne qui se soit con- sacrée à Dieu par la profession religieuse. "Elle s'acquittait de toutes
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ses obligations, disent les Annales, avec une ferveur et une perfection que nous admirons. Elle était pleine d'esprit, d'une grande douceur et d'une prudence au-dessus de son âge. Son innocence et sa piété étaient angéliques. Elle avait une humilité sincère et profonde, une charité ardente et une fidélité exacte à tout souffrir pour Dieu. Tout le pays accourut à ses funérailles, bénissant le Seigneur de ce que cette colonie avait donné au ciel une si belle fleur. Comme sa vie était un modèle de toutes les vertus, sa mort nous causa une affliction sensible, quoiqu'elle fut adoucie par une consolation secrète qui nous assurait de son bonheur,"
•'Peu de temps avant sa mort, madame Juchereau de la Ferté, sa sœur, lui ayant amené une de ses enfants, Jeanne-Françoise, qui n'é- tait encore âgée que de six ans et demi, la mère de Saint-Ignace la fit approcher de son lit, et l'aj-ant bénie avec une vive expression de ten- dresse, elle lui dit d'un ton inspiré : "Ma chère petite fille, sois tou- jours bien bonne et bien pieuse ; car Dieu te destine à devenir une sainte hospitalière. Je te lègue mon nom de religion que tu porteras un jour dans cette communauté. En effet, cette enfant devint plus tard la célèbre mère Juchereau de Saint-Ignace."
Tgnotus écrit au sujet de Marie- Françoise Giffard : "Elle fut incontestablement la première religieuse canadienne de naissance. Son entrée en religion date de 1646. Fouillez tant que vous voudrez'les annales de nos communautés, vous n'en trouverez pas d'antérieures".
4. MARIE-THERESE GIFFARD
Née à le 1636.(1)
Mariée, à Québec, le 22 septembre 1649, à Nicolas Juchereau de Saint-Denis, fils de Jean Juchereau de Maur et de Marie Langlois.
M. Juchereau de Saint-Denys qui fut anobli par Louis XIV en ré- compense de sa bravoure au siège de Québec en 1690, décéda à Qué- bec le 4 octobre 1692, et fut inhumé dans le cimetière de Beauport.
Son épouse lui survécut vingt-deux années, étant morte à Québec le 22 juin 17 14. Elle fut inhumée à côté de son mari, dans le cimetiè- re de Beauport.
(i) Son acte de sépulture, le 22 juin 17 14, la dit âgée d'environ 78 ans. Ce qui porte sa naissance à 1636. Comme on ne trouve pas son acte de naissance aux registres de Québec, nous sommes porté à croire qu'elle naquit plutôt en France avant 1634.
Les membres de la belle famille Juchereau Duchesnay réclament avec orgueuil Marie-Thérèse Giffard comme leur ancêtre.
5. LOUISE GIFFARD Née à Québec le 30 mars 1639.
Mariée à Québec, le 12 août 1652, à Charles de Lauzon-Charnj^, fils du gouverneur de Lauzon,
Madame de Lauzon-Charny décéda le 31 octobre 1656, laissant une fille âgée de quelques jours seulement.
Après la mort de sa femme, M. de Lauzon-Charny retourna en France, se fit recevoir prêtre et revint dans la Nouvelle-PVance en 1659 avec Mgr de Laval, qui le nomma officiai. Il retourna une seconde fois en France oii il mourut après 1689. Sa fille, Marie, devint reli- gieuse hospitalière à La Rochelle.
6. JOSEPH GIFFARD DE FARGY Né à Québec le 28 août 1645.
M. Giffard s'occupa d exploiter la belle seigneurie de Beauport que lui avait laissé son père.
En 1685, Joseph Giffard adressait la supplique suivante à l'inten- dant de Meulles :
"A Monseigneur l'intendant,
"Suplie humblement Joseph Giffard, escuyer, seigneur de Beau- port, disant que pour satisfaire à l'arrest du Conseil d'Etat du Roy, du quinze avril 1684, portant deffense s tous les habitants de ce pays de quelques qualités et condition qu'ils soient, de prendre la qualité d'escuj'er dans tous les actes publics et autres qui seront par eux pas- sés qu'ils ne soient véritablement gentilshommes et reconnus tels sui- vant leurs titres qui seraient par eux représentés pardevant vous, Mon- seigneur, à peine de cinq cents livres d'amende applicable aux hôpi- taux des lieux. Le d. suppliant produit pour justifier de sa noblesse les lettres patentes de sa Majesté du mois de mars g b 3^ c cinquante huit, par lesquelles défunt Robert Giffard, seigneur du d. Beaupoit père du suppliant impétrant d'icelles, est décoré du titre de noblesse, ensemble ses enfants et postérité, soit mâles ou femelles, nés et à naî- tre en I03 al mariage ; sur le reply desquelles sont les actes d'enregis- trement qui en auraient été faits, tant en la juridiction souveraine qu'en la sénéchaussée de ce pa3's en date des huit septembre 1658 et 6 juin 1659 ; et pour justifier de sa filiation produit aussi son contrat de
mariage avec daraoiselle Michelle-Thereze Nau, sa femme, passé par- devant Michel Filion, notaire royal eu ce pa3'S le dix-neuf octobre 1663.
"Ce considéré, Monseigneur, il vous plaise donner acte au su) - pliant de la représentation qu'il fait des lettres patentes, le maintenir en sa qualité de noble comme extrait de noble lignée, et déclarer que lui, ses enfants et postérité, si aucun il avait en légitime marïage.pour- ront se qualifier nobles et écuyers, dans les actes publics et aurres qui seront par eux passés, tant qu'ils ne feront actes dérogeant. Et ferez bien
Joseph Gifîard."
Malheureusement, le jugement de l'intendant de Meulles rendu sur cette requête n'a pas été qonservé,
Joseph Gifîard, qui n'avait pas d'enfants, avait voué une vive af- fection au fils de sa sœur, Ignace Juchereau Duchesnay. Au contrat de mariage de ce dernier passé à Québec le 17 février 1683, Joseph Gifîard et son épouse donnent par donation pure et simple et entre vifs à Ignace Juchereau Duchesnay et à sa future épouse Marie-Cathe- rine Peuvret "en faveur de leur mariage", la terre, fief, justice et sei- gneurie de Beauport.
Le II février 1696, par acte passé pardevant Mtre Genaple, Ignace Juchereau Duchesnaj^ et son épouse s'obligent d'acquitter les dettes dues par Joseph Gifîard et de lui payer en outre, par chacun an, la somme de cinq cents livres sa vie durant.
Joseph Gifîard décéda à T Hôtel-Dieu de Québec le 31 décembre 1705, et fut inhumé à Beauport. i^i)
Joseph Gifîard avait épousé à Québec le 22 ociobre 1663, Michelle Thérèse Nau, fille de Jacques Nau de Fossambault, conseiller du Roi, trésorier des finances en Berr}^ et de Catherine Granger.
Le 4 novembre 1700, il épousait en secondes noces à Québec, De- nise de Peiras, fille de Jean-Baptiste de Peiras, conseiller du Roi, et de Anne Thirement.
Avec Joseph Gifîard s'éteignit la lignée masculine de la famille Gifîard. Les Aubert de Gaspé et les Juchereau Duchesnay descendent cependant, du côté féminin, de Robert Gifîard, premier seigneur de Beauport. P.-G. R.
(i) L'acte de sépulture au registre de Québec se lit comme .suit : "Le dernier jour de l'an 1705 a esté apporté le corps de feu M. de Beauport de l'Hostel Dieu dans cette égli.se sur lequel a esté chanté le libéra et autres prières et a esté ensuitte conduit à Beauport où il a e.sté inhumé Ainsi signé. François Dupré."
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UEPONSE
LA RAQUETTE CANADIENNE (XX, II, p. 64)— La raquet- te dont se servent aujourd'hui nos sportmen pour faire leurs courses dans les bois est-elle bien d'origine sauvage ? Est-il prouvé que les Siuvages se servaient de la raquette avant l'arrivée des blancs en Amé- rique ?
Le Père Lafitau, qui est un de ceux qui ont parlé avec le plus de onnaissance des coutumes, des mœurs, etc., etc., des sauvages améri- cains,, décrit ainsi la raquette dont les Sauvages se servaient lors de l'arrivée des Européens :
"Dans les neiges où il n'y a point de chemin frayé, ils sont obli- gés de se servir de raquettes, sans quoi toutes sortes de voj^ages, ou pour guerre ou pour chasse, etc., leur seraient absolument impossibles. La forme de ces raquettes approche de l'ellyptique, c'est-à-dire que l'elh'pse n'est point parfaite, étant plus arrondie sur le devant que par l'autre extrémié, laquelle se termine un peu en pointe. Les plus grandes sont de deux pieds et demi de long, sur un pied et demi de large. Le tour qui est d'un bois durci au feu, est percé dans sa circon- férence comme les raquettes de nos jeux de paume, à qui elles ressem- blent, avec cette différence, que les mailles en sont beaucoup plus ser- rées, et que les cordes n'en sont point de boyaux, mais de peaux de cerf crues et coupées fort minces. Pour tenir le corps de la raquette ]^îus stable, on y met deux barres de traverse, qui la partagent en trois compartiments, dont celui du milieu est le plus large et le plus long. Dans celui-ci vers le côté, dont l'extrémité est arrondie, on pratique un vide fait en arc, dont la barre de traverse fait comme la corde. C'est là que doit porter la pointe du pied sans toucher à la barre de traverse, qui le blesserait. Aux deux bouts de l'arc sont deux petits trous pour passer les courroies, qui doivent attacher le pied suJ la raquette. Ou passe ces courroies l'une dans l'autre, comme qui commencerait à faire un nœud sur l'orteil, et après les avoir croisées, on les repasse dans la raquette à la circonférence de l'arc ; on les conduit ensuite par derrière au-dessus du talon, d'où on les ramène sur le coup du pied, où on les noue en faisant une rose de ruban. Cela se fait de teile manière, que auoique le pied soit bien assujetti, il n'est pourtant gêné que sur l'or- teil, et qu'on peut quitter la raquette sms y porter la main."
Le Père Lafitau établit ensuite que l'usage de la raquette avait été
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apporté en Amérique de l'Asie d'où les premiers sauvages américains devaient venir.
"C'est encore là, dit-il, un usage singulier des premiers temps, le- quel a passé de l'Asie dans l'Amérique avec les nations qui s'y sont transplantées, Strabon (livre ii, p. 348) parlant des peuples qui ha- bitent cette longue chaîne de montagnes, laquelle s'étend depuis le pied du Mont Taurus jusqu'à l'extrémité des Monts Riphées, et dont le Caucase est une des plus célèbres chez les auteurs anciens, en raconte ceci de particulier : "On ne peut, dit-il, monter sur la croupe de ces montagnes pendant l'hiver ; mais les habitants y vont pendant l'été, et attachent à leurs pieds des souliers pointus faits de peaux de bœufs crues, et larges comme des tambours, à cause des neiges et des glaces. Ils se laissent couler ensuite du haut de ces montagnes avec tout leur bagage, assis sur une peau. La même chose se pratique dans l' Atro- patie, dans la Médie, et sur le Mont Masius qui est en Arménie. Là ils attachent aussi à leurs pieds des rotules de bois, terminées en poin- te, ou garnies de pointes.
"Suidas, sur le rapport d'Arrien, dit pareillement que les soldats d'Alexandre le Grand, par le moyen de certains cercles garnis de jonc, passaient sans incommodité sur des neiges qui, en quelques endroits, avaient jusqu'à seize pieds de profondeur.
"Comme on se sert encore de raquettes dans la Colchide ou Mingre- lie et dans ces pays dont parle Scrabon, il est évident que dans sa des- cription, il n'a voulu exprimer autre chose que des raquettes par ces souliers de peaux de bœuf, larges comme des tambours.
"Les pointes' qu'on met sous les talons et les rotules de bois, qui sont des patins, ou un équivalent que Strabon a voulu décrire, sont nécessaires dans les pays de glaces et de neiges, où l'on est obligé de mettre des pointes jusqu'aux fers des chevaux pour les ferrer à glace." {Mœtirs des Sauvages Ameriquahis, comparées atix mœurs des premiers temps, tome second, p. 120).
Dans ce même ouvrage, le Père Lafitau nous donne le dessin d' une raquette de Sauvage. Or c'est absolument la même raquette dont se sert encore l'habitant canadien.
P.-G. R.
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BULLETIN
DES
RECHERCHES HISTORIQUES
VOL. XXII B£AUCEVILLE=-AVRIL 1916 No IV
LÀ FAMILLE BECARD DE 6RANDVILLE
On a accumulé tant de fantaisies, de contradictions et d'erreurs de toutes sortes sur le compte de Pierre Bécard de Grand ville et de ses six fils qu'il nous a paru utile de les remettre chacun à leur place. La grande faute de ceux qui ont eu à parler de Pierre Bécard de Grand- ville et de sa famille a été de ne pas consulter la correspondance offi- cielle des gouverneurs et des intendants de la Nouvelle- France avec les ministres de la marine en Frunce. A l'aide des lettres des gouverneurs et des intendants et des réponses des ministres, il est relativement facile de démêler la carrière de chacun des Bécard de Grandville.
Pierre Bécard de GrandviIvLE
On a écrit Béquart, Béquard et Bécard. Cette dernière orthogra- phe nous semble la plus correcte. C'est du moins la plus en usage de nos jours.
Pierre Bécarl de Grandville était originaire de Paris, paroisse Saint-Eustache. Il était le fils de Denis Bécard et de Jeanne Milleron.
Il passa dans la Nouvelle-France en 1665 avec le régiment de Ca- rignan dans lequel il était enseigne.
En 1668, le régiment de Carignan fut rappelé en France. Quatre compagnies furent cependant laissées ici pour la défense du pays. De plus, les soldats qui voulurent s'établir dans la colonie reçurent leur congé. Quant aux officiers, pour les engager à rester dans la Nouvel- le-France, on leur fit de grandes concessions de terrains.
Plus de quatre cents soldats et un bon nombre d'officiers profitè- rent de l'avantage qu'on leur offrait. Pierre Bécard de Grandviîle fut du nombre.
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Pour sa part, il reçut la concession des îles Sainte-Marguerite (près des îles aux Oies et aux Grues) "consistant en quarante arpents de front sur cinq de profondeur avec trois petits îlets du côté du sud et la batture joignant les dites îles " (i) , ' * '
Pour s'attacher d'avantage à son pays d'adoption, Pierre Bécaid de Grandville épousa, le 22 octobre i663, Anne Macard, fille de Nice- las Macard, un des principaux citoyens de Québec. ^
Le 29 octobre 1672, l'intendant Talon faisait une nouvelle conces- sion à M. de Grandville. Il lui accordait l'îlet du Portage, avec une demi-lieue de terre en deçà et une autre au delà du dit îlet. (2)
Le 30 novembre 1686, M, de Grandville était élu marguillier de Notre-Dame de Québec à la pluralité des voix.
Dans sa campagne contre les Tsonnontouans, en 1687, le marquis de Denonville confia le commandement de quatre compagnies de milice à M. de Grandville.
Le 25 aotit 1687, il rendait compte au ministre du résultat de son expédition :
"Les sieurs de la Durantaye, Grandville, Dupuis, Berthier, la Vallière et Longueuil, qui ont très bien servi, seraient de très bons ca- pitaines. Je ne vous saurais assez dire combien Grandville et Lon- gueuil, à chacun desquels j'avais donné quatre compagnies à comman- der, se fcont distingués par dessus les autres." (3)
En 1689, M. de Grandville était agent de la Ferme à Tadoussac.
M. l'abbé Auguste Gosselin, s'appuyant sur le témoignage du marquis de Denonville, dit que le poste de Tadoussac, confié aux soins de M. de Grandville, était un poste exemplaire sous le rapport de la
(i) M, de Grandville ayant perdu le titre de sa concession des îles Sainte- Marguerite que lui avait accordée l'intendant Talon, le 5 novembre 1698, le gouverneur de Frontenac et l'intendant Bochart Champigny lui en accordèrent un nouveau. Il est dit dans ce titre : "à condition que si le premier titre qui luy en a été accordé se trouve, il sera de nulle valeur au moyen du présent." Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, p. 446.
(2) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, p. 273. (3) Archives du Canada. Correspondance générale, vol. 9.
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tempérance. ( i )
En lôgojorsque M. Provost,qui commandait à Québec en l'abaen- ce de M. de Frontenac .apprit que la flotte de Phipps remontait le Saint- Laurent, il envoya son beau- frère, M de Grandville. sur une biscaïen- ne armée, pour reconnaîtie les différentes passes du fleuve jusqu'à Ta- doussac.
M. de Grandville s'étant avancé avec trop peu de précau- tion ou, peut-être encore, trompé par des pavillons français arborés sur les vaisseaux ennemis, fut fait prisonnier par l'équipage du vais- seau amiral.
Il remonta en compagnie de Phipps jusqu'à Québec.
Les Anglais entendant de leurs vaisseaux le bruit que faisaient les milices de Montréal arrivant, tambour battant, pour prendre part à la défense de la capitale, demandèrent à leur prisonnier ce que ce bruit signifiait.
M. de Grandville, après avoir écouté les fifres et les caisses et voyant bien d'où cela venait, leur dit cavalièrement :
"Ma foi, messieurs, vous ne tenez rien, c'est M. le gouverneur de Montréal qui arrive avec les gens d'en haut, vous n'avez qu'à plier ba- gage ; ce secours pour Québec vous fera perdre vos peines."
M. de Grandville fut échangé, le 25 septembre 1690, pour le capi- taine Davis qui avait été pris par le sieur de Portneuf au fort Royal (Portland).
Le ler mars 1693, M. de Grandville était promu lieutenant. (2)
Dans l'expédition de M. de Frontenac contre les Onnontagués en 1696, les milices canadiennes furent divisées en quatre bataillons. Ce- lui de Québec fut commandé par M. de Saint- Martin, celui de Trois- Rivières par M de Grandpré et celui de Montréal par M. Descham- bault. Le bataillon de la côte de Beaupré eut M. de Grandville pour commandant.
Le 2 juin de cette même année 1696, le comte de Frontenac et l'intendant Champigny concédaient à MM. de Grandville et Aubert de
(/) V Eglise du Canada depuis Mgr de Laval jusqu' à la conqtiêle, p. 71.
(2) Rapport sur les archives canadiennes pour 1899, p. 287.
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la Chesna3'e deux lieues de front sur trois de profondeur joignant d'un oôté l'îlet du Portage, appartenant à M. de Grandville, et de l'autre à la seigneurie de Terrebois, propriété de M. la Chesnaye. (i)
En 1699, la majorité des Trois- Rivières étant devenue vacante par la mort de M. Boucher de Grandpré, MM, de Callières, gouverneur- général, et de Champigny, intendant, proposèrent M. de Grandville pour remplir cette charge.
Le 6 novembre 1700, ils écrivaient au ministre :
*'En cas que Sa Majesté ne juge pas à propos de renvoyer le dit sieur de Louvigny en ce pays i)our exercer la charge de major des Trois- Rivières dont elle l'a pourvu, nous estimons qu'il n'y a perstn:ie qui puisse mieux remplir cette place que le sieur de Grandville, lieute- nant d'une compagnie du détachement de la Marine, un des plus an- ciens officiers dans le régiment de Carignan. Il est très honnête hom- me, beau-frère de M. Provost, gouverneur des Trois- Rivières, dont il recevait beaucoup de soulagement et qui vous en serait très obligé ; et comme Sa Majesté avait ordonné que le dit sieur de Louvigny donne- rait 2000 livres à la veuve du sieur Grandpré, ci devant major de la dite ville et que le sieur de Champigny a fait consigner au Greffe les 850!. des appointements de cette année du ditlsieur de Louvigny. cette somme avec celle de 1 1 50 que le sieur de Grandville offre de donner fe- rait les 2000 à la veuve\pour satisfaire aux intentions de Sa Majesté. " (2)
Le roi leur fit répondre, le 31 mai 1701, qu'il ne pouvait donner la majorité des Trois- Rivières à M. de Grandville parce qu'il était beau- frère de M. Provost, gouverneur de ce lieu.
MM. de Callières et de Champigny eu prirent occasion pour écrire au ministre le 5 octobre 1701 :
"Quand nous avons proposé le sieur de Grandville pour la place de major de Trois- Rivières, nous n'avons pas cru que ce fut un obsta- cle pour lui d'être beau-frère de M. Provost, puisqu'il lui peut être d'un grand secours, pour le service de Sa Majesté, lorsqu'il est incom- modé de la goutte, par la confiance qu'il a en lui. D'ailleurs ce gou- vernement étant au milieu de la colonie, quand ils ne seraient pas aus-
(i) Pièces et documents relatifs à la tenure seigneuriale, p. 425. (2) Archives du Canada. Correspondance générale,vol. 18.
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si honnêtes qu'ils le sont, il n'y aurait rien à appréhender." (i) "•
Le 20 juin 1703, M. de Grandville recevait du roi la compagnie de M. de Louvigny, nommé major de Québec.
On a écrit que M. de Grandville était mort à l'île Royale le ler mai 1708. La vérité est qu'il décéda à l'île aux Oies, dont il était propriétaire, le 4 mai 1708. Il fut inhumé deux jours plus tard dans la chapelle Sainte- Anne de l'église paroissiale de Québec.