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JMlftlMKRlE DE TLIUCOLU
rue Madame, n« 5o,
CMTRAl PARK,
DANATOMIE COMPAREE
DE
GEORGES CUVIER,
RÉDIGÉES ET PUBLIÉES
PAR G.-L. DUVERNOT.
SECONDE ÉDITION.
TOME SIXIEME,
CONTEMANT LA DESCRIPTIOIV DU FLUIDE NOURRICIER 9 DE SES RÉSERVOIRS
ET DES ORGANES QUI LE METTENT EN MOUVEMENT,
DANS LES QUATRE TYPES DU RÈGNE ANIMAL.
REVU PAU G.-L. DUVERNOY,
PROFESSEUR AU COLLÈGE DE FRANCE, ETC.
CROCHARD ET C-, LIBRAIRES,
RtJE ET PLACE DE l'ÉCOLE DE MEDECINE, N** 12.
1839.
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AVERTISSEMENT,
Des circonstances indépendantes de ma vo- lonté ont retardé la publication du présent volume, dont le manuscrit était entre les mains du Libraire-Éditeur dès le mois de sep- tembre 1837.
Ce retard m'a permis de profiter des der- nières publications ayant rapport au fluide nourricier, à ses réservoirs, et aux organes qui le meuvent, parmi lesquelles je dois citer les travaux de MM. R. fVagner, Valentin, Mandl et Donné, sur le sang des vertébrés, et ceux de
tl AVERTISSEMENT.
M. Milne Edwards , sur le sang , les vaisseaux sanguins , et la circulation des annélides.
Ce volume, de 547 P^g^s, ne comprend ce- pendant que les organes de la circulation de la première édition, avec la description des vais- seaux et des ganglions lymphatiques. Deux cent cinq pages seulement du t. iv de cette première édition étaient consacrées à l'histoire anato- mique de ces mêmes organes, dont 76 étaient de la rédaction de M. Cuvier, et iSa de ma rédaction.
Le plan que j'ai dû adopter, pour donner une idée juste de l'état actuel de la science, et les récents progrès de celle-ci , ont nécessité ces nombreuses augmentations. Elles comprennent, en premier lieu, tout ce que j'ai pu ti'ouver, concernant cette matière, dans les publications de M. Cuvier, postérieures à la première édition de cet ouvrage. Ses porte-feuilles renferment des dessins inédits de M. Laurillard , sur les vaisseaux sanguins des vertébrés , sans texte explicatif, à la vérité; mais dont j'ai pu pro- fiter, et que j'ai eu soin de citer à mesure que j'en ai trouvé l'occasion.
J'avais besoin de me justifier, par ces expli-
(VVERTISSEMENT. VII#
cations, de n'avoir pas compris dans ce volume, ainsi que j'en avais l'espoir lorsque j'ai écrit l'aTertissement du t. v, tous les organes de dépuration du fluide nourricier, et ceux des sécrétions. Ce sera pour le volumesuivant, dont l'impression est commencée , et n'éprouvera plus les lenteurs ni les autres inconvénients qu'entraînait mon éloignement de Paris.
J'ai tout lieu d'espérer que ma nouvelle position ne me laissera rien à désirer, pour la facilité des recherches ayant pour but d'a- vancer la science de l'organisation des animaux. C'est une condition nécessaire de renseigne- ment supérieur auquel j'ai été appelé par ordonnance du Roi du 8 décembre 1837, et dans lequel j'ai pour tâche de faire connaître, entre autres, les merveilles de cette organi- sation.
Paris, le 5 avril xb^g.
G.-L. DUVERNOY5
Professeur »u Collcgc de France, etc.
LEÇONS
DANATOMIE COMPARÉE.
VINGT-GirVQUIEMC LEÇON.
DU FLUIDE NOURiaCIER, DE SES RÉSERVOIRS, ET DBS ORGANES QUI LE METTENT EN MOUVEMENT DANS LES ANIMAUX VERTÉBRÉS.
[Nous diviserons cette leçon en trois sections : ta ^ première comprendra la description du fluide nourri-' cier ; nous traiterons dans la seconde des réservoirs de la lymphe et du chyle ; la troisième aura pour ohjet les réservoirs du sang, ou les artères et les veines , et l'or- gane principal d'impulsion et de direction de ce fluide, ou le cœur. Dans un dernier article de cette troisième section, nous exposerons, d'une manière succincte, le mouvement du sang ou sa circulation , et les diffé- * rentes causes qu'on peut assigner à ce mouvement. ]
SECTION I. ?
DU FLUIDE NOURRICIER DES ANIMAUX TERTÉBRÉS.
[Le sang des animaux vertébrés se distingue de celui des autres types, de même que tout l'ensemble de leur organisme, par une organisation plus compliquée.
6. i
2 XXV' lEÇON. DU FOUDE NOtT'RrJCIER, ETC.
Aussi n'est-îl pas réparé immédiatement par le ca- nal alimentaire. \ ■% # #
C'est d'abord du chyle, dont les propriétés physiques ou chimiques diffèrent, sous plusieurs rapports, de celles du sang. C'est encore de la lymphe, qui se forme dans toutes les parties du corps, diffère très-peu du chyle, et concourt aussi à réparer les pertes du fluide nourricier, en se mêlant au chyle et au sang.
Le chyle et la lymphe versés , des vaisseaux qui les renferment, dans les réservoirs du sang, y prennent rorganisation de ce fluide, et deviennent seulement alors, propres à nourrir les parties ; encore faut-il que ce mélange ait subi, plus ou moins, la triple dépura- tion des poumons, des reins et du foie, pour être com- plètement propre à la nutrition , c'est-à-dire à jçenou- Tcjç^ 1^5, éjéçt^^l^i de tout l'organisme. ]
ARTICLE I«.
f . DU CHTLE.
[Le chyle est un liquide blanc, opaque et laiteux dans les mammifères, généralement diaphane dans les autres ciasises des vertébrés, qui remplit, après la digestion, ou la chymification et la chylification des substances alimentaires, les vaisseaux lymphatiques des intestins, des mésentères, et successivement le canal thoracique.
SacQuleurvarie suivant lanature desalimentsetlapar- tie deses réservoirs dans laquelle on l'observe. Il est moins opaque et un peu plus diaphane dans les mammifères herbivores; il est plus opaque et plus blanc dans les car- nivores;, il prend quelquefois une teinte rosée, surtout
ART. i. DT: chyle. 3
dans le canai thoracique. Cehii des oiseaux est géné- ralement transparent; cependant M. Dtiméril a vu les vaisseaux chylitères d'un pic-vert, qui s était nourri de fourmis, remplis d'un chyle blanc opaque.
M, Lauth l'a constamment trouvé transparent et sans couleur dans les dindons, ks poules, les hérons, les cigognes , les goélands, les oies sauvages ou domesti- ques ^ les canards, qu*il a examinés (i).
Parmi les reptiles, nous l'avons vu d'un beau blanc de lait extrêmement pur, et sans aucune nuance de bleu ou de jaune, dans un trigonocèphale à losanges, dont la muqueuse intestinale, y compris les franges de ses plis tenant lieu de papilles, était blanchie par ce liquide. Ces exemples prouvent que le chyle n'est pas toujours diaphane dans les trois classes inférieures des verté- brés. Les observations auraient besoin d'être multi- pliées à cet égard.
Les poissons l'ont aussi d'un blanc limpide.
Sa saveur est douce ou un peu salée. Sa pesanteur spécifique est moindre que celle du sang.
Comme la lymphe et le sang, le chyle charie des globules de forme et de dimensions déterminées, suivant les espèces ou les groupes plus élevés. Ces glo- bules sont bien distincts des particules de graisse aux- quelles MM. Tiedemann et Gmelin attribuent exclusi- vement la couleur et l'opacité du chyle. En général ils diffèrent des globules sanguins par leur forme sphé- rique et leurs plus petites dimensions. Déjà MM. Leu- ret et Lassaigne avaient remarqué qu'ils avaient cette
(i) Anaaiés de$ Stiénet$ ncfur. t* nu
4 XXY* LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
forme sphérique dans les oiseaux ^ tandis que leurs glo- bules sanguins sont elliptiques.
Parmi les mammifères, les globules du chyle ont été trouvés de forme sphérique dans le chat^ le chien, le la- pin, le veau etla chèvre ( i ) . On sait que ceux de leur sang sont aplatis ou lenticulaires.
Quant à leur volume, MM. Prévost et Dumas l'esti- ment à la moitié des dimensions des corpuscules san- guins. Suivant M. J. MûUer, ils seraient plus grands dans le lapin, égaux dans le chat^ plus petits dans le veau et la chèvre. Cependant MM. Prévost et Dumas avaient vu ceux du lapin moitié plus petits que les glo- bules du sang.
Ils seraient de même plus petits, suivant M. R. Wa-- gner (2), tandis que cet observateur les a trouvés plus grands dans^ le veau.
Leurs dimensions, d'après MM. Prévost et Dumas^ varieraient si considérablement dans le mouton, qu'ils pourraient être plus grands ou plus petits que les glo- bules sanguins (5).
Je ne connais pas d'observations sur leur grandeur relative dans les oiseaux et les reptiles; mais dans les poissons, M. R, Wagner a trouvé ceux du barbeau et de Vammocète ayant le quart et le tiers du plus grand diamè- tre des globules elliptiques de leur sang.
Le chyle, considéré chimiquement, présente beau-
(1) Observations sur Vanalyse du la lymphe, du sang et du ehyle, par J» Màll»r, Jnnai«s des Sciences natur. S"* »érie, t. 1, p. ^59.
(2) Voir le tableau ci-après sur les dimensions des globules de la lymphe, du ehyle et du sajii^.
(3) Ces variations ne proYiendraienl-elks pas de ce que ces observateurs n'ont y.w flHingurr Ips molémlpjî do graisse, des globnlos orffnni8é5?
AliT. I. Dl CHYLE. 5
coup de ressemblance avec le sang. Comme ce dernier liquide, il se sépare, hors de ses réservoirs, en deux par- ties, Tune solide ou le caillot, composée essentiellement de fibrine, et l'autre liquide, qui est un sérum semblable à celui du sang, contenant les mêmes sels ; le feu et les acides le coagulent , et il décèle , par ces change- ments, sa nature albumlneuse,
Il se manifeste déplus àsa surface, une substance qui paraît comme une crème et qui est de la nature de la graisse.
La première bonne analyse du chyle est celle faite par yauqtÀeiin en lôi i, avec le liquide extrait du canal thoracique du cheval (i). Une incision du canal vers son milieu donna un chyle rosé , et une autre incision à l'une de ses branches sous-lombaires, donna un chyle blanc.
Le chyle blanc avait l'aspect du lait; le caillot qui s'en est séparé était blanc et opaque; le sérum était alcalin, se coagulant par les ^cides, l'alcool, la chaleur, et retenant un corps gras que ce chimiste compare à la partie grasse du cerveau.
Le caillot s'est comporté comme la fibrine du sang; mais sa texture fibreuse, son élasticité, sa ténacité étaient moins prononcées; il était plus complètement soluble dans la potasse. On dirait que cette matière est le passage de l'albumine à l'état de fibrine, telle qu'on la trouve dans le sang.
Le chyle rougeâtre ne différait du chyle blanc que par
(1) Dupuytren aTait donné une analyse du chyle de ehien; Emmert et Beats, du chyle «le cheval • mais ils n'y avaient pas découvert la matiire grasse.
6 XXV* LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
la couleur; Tun et Tautre contenaient de la potasse, du chlorure de potassium, des phosphates de fer et de ehaux.
On doit à M. le docteur Marcel, entre autres, les ré- sultats suivants sur la connaissance du chyle extrait des ckiens nourris tantôt de substances animales, tan- t5t de substances végétales (i).
1* Les sels du chyle sont dans la proportion de oeuf parties sur mille.
a* Le chyle provenant de substances végétales pa- raît fournir trois fois plus de carbone que le chyle pro- duit de substances animales.
3** Le chyle végétal peut se conserver plusieurs se- maines et même plusieurs mois sans se putréfier ; le chyle animal commence à se putréfier au bout de àtwx ou trois jours.
4* Le chyle animal est toujours laiteux ; il s'en sé- pare une matière onctueuse, semblable à de la crème, qui vient nager à la surface ; son coagulum est opaque et a une teinte rosée.
5* Le chyle végétal est presque toujours transparent ou à peu près, comme le sérum ordinaire; son coagu- lum est presque incolore et ressemble à une huître ; en- fin sa surface ne se recouvre pas d'une substance ana- logue à la crème.
6* L'élément principal de la matière animale du chyle est lalbumine; mais le chyle animal contient en outre des globules d'une substance huileuse qui res- semble parfaitement à de la crênie.
(1) Annaks de Chimie ei de Phyt'qut^ l. ii, p. 52, et Traité de Chimie de M. le baron Thénard^ t. v, p. 92.
ART. I. DU CHYLE. 7
7' On reconnaît très-bien l'existence du fer dans le résidu du chyle distillé à feu nu ; il y est mêlé aux sub- stances salines et au charbon.
Le chyle examiné dans les chylifères et le canal tho- racique du cheval et du mouton, par MM. Prévost et Le- ro^er^ était d'un blanc opalin. L'air le rougit légère- ment dans le vaisseau où on le reçoit, et où il se forme bientôt un caillot qui nage dans le sérum.
Une once de chyle de mouton a formé un caillot, le- quel a pesé, étant sec, 0,424*'.
Ce caillot, plus soluble que la fibrine d'ans les alka- lis, était composé de globules blancs, adhérents entre eux, et de o,oo35""' de diamètre. Cependant il s'est comporté comme la fibrine avec les divers réactifs.
Le sérum a pesé, après la dessication à un feu doux, a,332«'"'. Lavé à l'eau chaude, il s'en est dissout 0, 1 06*^'". d'une matière identique avec la gelée.
Ces savants en concluent qu'on retrouve dans le chyle les éléments nutritifs que renferment les aliments (1).
Suivant MM. Leuret et Lassaigne (2), 10,200^'™ con- tiennent de l'cslbumine ; de la soude ; du chlorure de sodium; du phosphate de chaux; une matière colo- rante rouge; une matière jaune soluble dans Talkool; de la fibrine, o,o5o ou 4)9 1 pour 1000.
Quel que soit l'animal dont le chyle a été extrait, il présente toujours ces mêmes substances. îl y a, déplus,
Cl) Note sur îa digeslioii, ^-àxlAM. Prcvcst et Lcro\er\ Annale» dus sci^n- tes nafur., p. 48Î, t. iv, 1826.
(2) Berhcrchcs physiologiqua et chimiques pouf servir à riiistoire de la diges- tion, p. iitl et 160, Paris, 1885.
8 XXX" LEÇON. DU FLLiDJi NOURRICIER, ETC.
de la matière grasse, mais qui ne s'y rencontre pas tou- jours.
Les proportions de la fibrine varient d'ailleurs beau- coup, suivant que le chyle appartient à un Carnivore ou à un herbivore. Le chyle de brebis, suivant MM. Tiède- mann et Gmelin , contiendrait, sur 1,000 parties, au moins 2,40 et au plus 8,20 de fibrine; celui de chien au moins 1,70 et, au plus, 5, 60. Ce dernier résultat se rapproche beaucoup de celui obtenu par M^L Leiirct et Lassa igné.
MM. Macaire et Marcel fils {Ann. de Chim. et de Phys. t., LI, p. 571), ont donné une analyse élémen- taire comparée du chyle du chien et du cheval^ et con- séquemment d'un mammifère carnassier et d'un mam- mifère herbivore, de laquelle il résulte que :
LE CHYLE DU CHIEN ET CELUI DU CHEVAL
CONTIENNENT :
Carbonne. . . 55,3 . . . 55, o
Oxigène. . . . a5,7 . . . 26,8
Hydrogène. . • ^fi • . . 6,7
Azote. • . • 11,0 .. . 1I9O
Cette analyse montre une bien grrande ressemblance
dans la composition de l'un et de l'autre chyle.
Nul doute que la composition du chyle ne soit mo- difiée par la nature des aliments; mais les dernières expériences de MM. Macaire et Marcel fils prouveraient cependant que cette composition serait plus constante.
ART. II. DE LA LYMPHE. 9
plus uniforme qu'on ne l'avait pensé, entre autres d'a- près les expériences de M. Marcet père.
Cependant il faut se rappeler que M. Magendie a dé- montré que le chyle provenant du sucre contient peu de fibrine ; que la graisse est en plus grande quantité dans le chyle provenant de l'huile.
Toutes ces expériences prouvent que la nature des aliments, que les proportions et la nature des éléments nutritifs qu'ils contiennent, doivent avoir une certaine influence sur les proportions des éléments constituants du chyle , et même un peu sur leur nature ; puisque le chyle peut contenir de la graisse , ou n'en pas avoir dans sa composition (i).
Mais à cet égard, comme à beaucoup d'autres, la science paraîtra encore bien imparfaite, si l'on réfléchit combien les observations et les expériences ont été rares, et si l'on fait attention au petit nombre d'animaux vertébrés sur lesquels on les a faites. Elles devraient être singulièrement multipliées , surtout dans les trois clas- ses des oiseaux ^ des reptiles et des poissons ^ où elles manquent presque absolument. ]
ARTICLE IL
DE LA LYMPHE.
[La lymphe ç»t un liquide transparent, incolore ou
(1) Voyez MM. Tiedemann et Gmelin, Recherches expérimentales , physio" logiques it ehhniques sur la digestion, Parijt, 1|27, 2"* partie, p. 93.
10 XXV* LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
verdâtre, ou rosé , ayant une saveur salée ; sa pesan*- teur spécifique, relativement à celle de l*ean. , est de 1022,28.
On y découvre des globules analogues à ceux du chyle.
M. Jean Mûller^ entre autres, a observé que ceux de la grenouille étaient quatre fois plus petits que ses glo- bules sanguins, qu'ils étaient sphériques et non aplatis comme ces derniers.
La lymphe a une composition chimique analogue à celle du sang ; abandonnée à elle-même, elle se sépare en une partie liquide ou sérum, que l'on peut compa- rer à celui du sang , et un caillot filamenteux composé de fibrine.
La lymphe de Vlwmme a été observée par M. J. Mill- ier chez un jeune homme qui avait une blessure au pied. Elle s'est bientôt séparée en sérum et en un caillot rétîculaire. Le microscope a fait voir dans cette lymphe des globules plus petits et moins nombreux que cetix du sang, dont les uns étaient attachés au caillot et les autres flottaient librement dans la partie de la lymphe restée liquide.
Le caillot blanc , élastique, se formait évidemment par 1^ solidification d'une matière dissoute auparavant dans la lymphe. Cette matière ainsi dissoute était de la fibrine.
On doit à M. Cheoreul l'analyse suivante de la lym- phe du chien ^ tirée du canal thoracique de ranimai, après un jeûne de cinq jours. La pesanteur spécifique de ce liquide était de 1022^28, son odeur celle du sperme , et sa couleur ro.^ée.
ART. lï. DE lA LYMPHE. 11
iooo parties contenaient :
Eatii . i 9â6j4«
Fibrine oo4,a«
Albumine 061,0.
Carbonate de solide* , . . . 001,8.
Muriate de soude 006,1. Phosphate de clitiux t t de magnésie j et carbonate de
ctaux 000,5.
MM. LmM et Lassàigne (1) ont obtenu des résul- tats analogues pour la lymphe du cheval.
Elle se compose i
Sur 1000 parties, de :
Eau 925,
Albumine 67,36
t'ibrine 5,5o
Chlorure de sodium \
De potassium r / ^5^
Soude >. » . . ^) 4
Phosphate de chaux )
Retm et Etnmert ont trouvé la lymphe inodore, avec une faible saveur analogue à celle dû sérum. Elle se éoagule, suivant ces chimistes^ au bout de quinze à vingt minutes, en une gelée limpide, tremblotante et incolore, qui se contracte sur elle-même, et nage dans
■ ■ ■ ■ I ■ ■ .. — •
(1) Ùuv, eit,f p. 106.
12 XXV* LEÇON. DU FLUIDE iNOLRKICIER, ETC.
un liquide jaunâtre. Le caillot ainsi formé est la fibrine du sang. Quatre-vingt-douze parties de lymphe ne donnent qu un grain de caillot sec. Le liquide dessé- ché ne fournit que 3 -j d'albumine.]
ARTICLE IIL
DU SANG DES VERTÉBRÉS.
[Bien plus que le chyle, et encore plus que la lymphe. Je sang est un liquide organisé, qu'on a nommé poéti- quement, mais avec vérité, une chair coulante; dont l'étude , comme partie essentielle de l'organisme , comme devant sans cesse en réparer les pertes, appar- tient à l'histoire de cet organisme, dont nous avons en- trepris de décrire les formes et la composition.
Cette histoire devait précéder la description du sys- tème de vaisseaux qui compose, dans les vertébrés, le réservoir général du sang, et dans lequel il se meut.
Les travaux nombreux qui ont été publiés sur ce li- quide, depuis la première édition de ces leçons, et leur importance , nous forcent d'augmenter beaucoup l'ar- ticle que cette édition renfermait sur ce sujet intéres- sant.
Nous examinerons le sang des vertébrés :
i* Comme un liquide vivant et organisé, c'est-à-dire sous le rapport de sa composition organique.
2* Nous l'étudierons ensuite sous le rapport de sa composition chimique.
A. COMPOSITION ORGANIQUE DU SANG.
La première question qui se présente est de savoir
A1\T. IIÏ. SANG DES VERTÉBRÉS. 13
dans quelle proportion le sang fait partie de tout Tor- ganisme?
//aller estimait le poids total du sang, chez un homme adulte, de 28 à 3o livres.
TVrisberg a pesé celui d'unç femme décapitée ; elle"* en avait 24 livres. '*'^" *"
Le même observateur a vu une autre femme en per-i| dre 26 livres par l'utérus.
Le rapport du poi<|$ du sang à celui du corps a été trouvé , V ^»
Parmi les mammifèrei :
Dans le chien. Dans le chat. Dans le lapin. Dans le lièvre. Dans le cheval. Dans l'âne. . Dans la chèvre. Dans la brebis. Dans l'agneau. Dans le bœuf. Dans le veau.
1 : 16 1 : :23 I : 34 1 : 20
1 : 18
1 : 23
1 : 20
1 : ââ
1 : 20
1:12 d'après Herbst,
1 : 20
Ci
Ces exemples du bœuf et du veau indiqueraient que les jeunes animaux ont moins de sang que les adultes.
Parmi les oiseaux :
Le poids du sang est à celui du corps :
Dans le moineau, . : : 1 ; 20 Dans le pigeon. . . :: 1 : iS
14 XXV^ LEÇON DU FLUIDE NOIJRKICÏER, ETC.
Dans le canard. . . : : i : 29 Dans la poule. . . . : : 1 : 02
Cette proportion serait donc beaucoup moindre quç dans les mammifères,
Mais dans les reptiles elle est plus forte, en général, que dans les autres classes ^^s vertébrés, Ainsi on j a trouvée :
Dans le lézard. . . 1:1: i4| d'après Blumenbach.
1 : 16
Dans la grenouille. Dans la même. . . Dans la salamandre.
• 1 -12 M*^P^^^s2Crtmé«r(i).
Enfin, dans les poissan^^ ejle paraîtrait aq moins ^msi faible que dans les oiseaux. (j
Cette proportion est
Dans la carpe . . . :î 1 : 3o ) ,, > «- . Dans le brochet. . . :: i : 32 j <1 ^P^ès /&•<«««.■
M. SchultZy auquel on doit les observations précéden- tes {2) , dont l'auteur n'est pas cité, obserre qu'il y a des différences individuelles qui dépendent du sexe et du degré d'embonpoint. Il estime à loo livres jus- qu'à 1 1 G livres le poids total du sang d une vache de 600 livres; tandis qu'un bœuf gras du naême poids p'auwt que 5o livres, au plus 70 livres de sang; et un maigre de 80 à 90 livres. Ainsi, les femelles auraient, à propor-
(1) Physiologie du sang, p. 3^9. (En allemand.)
(2) Le >ys{nve de la ciici'lrlion d<ins le rè^iïe anima f, etc. par M. G* H»
SihulU, p. 106 et suiT., SluUgdrt, im, is^* i^^ ëileimod.)
ART. m. S/VNO DKS VERTÉRRÉS. 15
tion , plus de sang que les mâles ; et les animaux gras moins que les maigres.
Les anciens médecins avaient déjà fait cette obser- vation à 1 égard de l'homme (i). Ils expliquaient par là, pourquoi les personnes maigres supportent mieux de fortes saignées que celles qui ont beaucoup d'em- bonpoint.
Le petit nombre d'exemples que nous avons eu à citer sur les proportions ou la quantité relative du sang dans les animaux vertébrés, aurait besoin d'être multiplié pour pouvoir en tirer des conclusions plus positives et mieux fondées. Cette proportion paraît devoir varier beaucoup, même dans les animaux d'une seule classe.
Ainsi les mammifères aquatiques, tels que les ;>A(?- ques, les dauphins et les inar$ouin8, paraissent avoir une grande proportion de sang. Cette observation, que nous ayons eu occasion de vérifier plusieurs fois , sans la pré- ciser par des mesures, serait cependant contraire à ce que nous venons de dire sur les animaux chargés de graisse; car ceux-ci en ont toujours beaucoup. ]
Ce qui caractérise essentiellement [la composition or- ganique du sang], ce sont les molécules rouges que des observations microscopiques ont constaté flotter dans sa partie fluide. Ces molécules, dont la figure n'est pas la même dans tous les animaux, qui se rapprochent, dans Vhomme, de la forme lenticulaire, et qui parais- sent avoir la même grandeur dans le même individu ou dans les individus différents , quelle que soit d^ail-
:___ _^^___j^_ .
(1) Interest eniïn inter valens corpus et obesum tenuioribus magis san-
guis, pknioribus magis caro abimdat. Facilius itaque illi delraclionem ejusmodi îusliaent. A, Çom,Ceiti Sicdicinœt Hb.ii, c. 10, p. 88. Jenaî 1713. Edit: Wcdelii.
-4
16' XXV lEÇON. DU miIDE NOURRICIER» ETC.
leurs leur proportion , constituent proprement la partie colorante du sang. Dans l'état de vie , on les voit se mouvoir avec l'autre partie du sang qui est limpide et incolore, et qui les entraîne dans son cours, sans qu'au- cune d'elles vienne se heurter contre sa voisine, comme si elles étaient douées d'une force répulsive qui les éloi- gnât. On rapporte même que si l'animal tombe en syncope, ou bien est asphyxié momentanément, elles se rapprochent et semblent ne plus former qu'une seule masse, et qu'elles sont agitées d'abord d'un mouvement oscillatoire, puis se séparent de nouveau pour ne plus se toucher dès que l'animal est rappelé à la vie, et que le sang reprend son cours ordinaire.
[La proportion des deux parties organiques du sang, les globules et le liquide plastique, est difficile à bien apprécier. Dans l'expérience dont il va être question , dans laquelle on prévient la coagulation du liquide plastique, M. Sckultz (i) estime celui-ci au ^ du vo- lume total du sang, et les globules, à ^ de ce volume, du moins pour le sang des mammifères. Mais la pro- portion du volume total des globules est beaucoup moindre dans lesangdesr^prtVé'j eXd^^poisions^ chez les- quels ces globules sont bien moins nombreux que dans les mammifères et les oiseaux.
On réussit, entre autres, à bien séparer ces deux par- ties organiques du sang, les globules ou les vésicules rouges, et le fluide plastique dans lequel elles roulent, en arrêtant entre deux ligatures faites sur une artère ou sur une veine le sang compris dans cet intervalle ;
(i) Omu eit., p. 28.
ART. m. SANG DES VEllXÉRRÉS. 17
dans peu d'instants ce liquide ainsi enfermé et arrête dans son mouvement, se sépare, sans se coaguler, en ses deux parties constituantes, Tes globales, qui, spéci- fiquement plus pesants, se précipitent dans la partie la plus déclive , et le lic/uide plastir/ue, qai paraît aU dessus comme une eau limpide.
Cette expérience^ qui avait été faite d'abord par Heivson (ï) sur la veine jugulaire d'un chien , a réussi à M. Sclmltz , en recevant le sang dans un boyau de chien , ou de bœuf, affaissé et bien vidé d'air , dont il avait lié premièrement une des extrémités. Il applique l'autre contre la veine ouverte d'un cheval , d'un chien ou d'un lapin, et il y place une ligature aussitôt que le boyau est rempli.
Après quelques minutes, les globules commencent à se précipiter dafris la partie la plus déclive de cette sorte de boudin, par suite de leur plus grande pesan- teur spécifique. Quand ils le sontfous, le liquide plastique qui paraît au dessus, est limpide et sans couleur (2).]
I. DES GLOBULES.
[ Leur forme est lenticulaire dans tous les animaux vertébrés qui ont respiré. Hewson (5) est le premier qui ait généralisé cette observation , même pour les mam- mifères, dont les globules avaient été figurés comme sphériques -^diX Leuvenlioeck ; tandis qu'ils sont ronds et plats , c'est-à-dire lenticulaires. Mais ce dernier obser-
(1) Disquisitio expcrlmcntalis de sang u 'mis natura. L. B. 1785, etc.
(2) Ofv. cil., p. 9 et 10.
(3) De rubr(c sang. part, fabw : L. B. 1785, cap. i, 1= i.
6. r
18 XXY' lEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
Tateur avait bien vu que ceux des oiseaux , des reptiles et des poissons sont ovales et plats. Ajoutons que la forme ovale est , suivant les uns, plus allongée dans les oiseaux t plus obtuse dans les reptiles ^ et qu'elle se rap- proche beaucoup de la forme circulaire dans quelques poissons ; tandis que , suivant d'autres observateurs, le grand diamètre des globules est , dans les oiseaux et les reptiles^ double de ceux du petit diamètre.
Le tableau ci-après donnera les observations posi- tives les plus exactes qui aient été faites à cet égard.
Pusieurs micrographes indiquent une petite fossette au milieu des deux faces de ces mêmes globules, et ils les représentent conséquemment comme ombiliqués , du moins dans l'homme et les mammifères. Ainsi M. Wagner dit qu'ils sont bi-concaves ; MM. Young, Hodgkin et J. J. Lister avaient déjà observé cette forme (i).
M. Brunner a toujours vu les vésicules avec une petite fossette dans leur axe, chaque fois qu'elles se sont pré- sentées à lui obliquement ou sur leur tranchant (2).
M. J. Millier (3) les a vus plus ou moins aplatis, suivant les classes , mais sans fossette centrale.
Ceux qui l'admettent ojit eu, suivant M. Schultz, une illusion provenant du renflement accidentel des bords de la vésicule qui compose chaque globule.
Dans les oiseaux, les reptiles et les poissons, la forme
(1) Notice sur quelques observations microscopiques sur le sang et les tissus des Animaux. Annales des Se, natur.^ t. xii, p. 56 et 57.
(2) De vesicularura sanguinis observatioucs microscopicîc cl chimicac , 1831, in-8, ^i Réperloirc d'Jnatotnie et de Physiologie de M. Valentin , t. i, p. 71. f En allemand. )
(3) Pliysiolo;;ie, t. i, p. 105, 3""^ édit. Coblenz, 1837.
ART. Ul. S\\(; DES VERTÉBRKS. 19
convexe, iiiênie un peu nikvéc au centre, amincie sur Jes bords, n'est pas contestée. Dans la grenouille^ le noyau central. fait une saillie oxidcttte.^iiceut^e de cha- que face de la vésicule (i).,.fn,yî ^ u> jf,,.;,,, ,
Leur volume^ ainsi que leur forme, est généralement le même dans le même aninjal de ce premier type ; ce- pendant il peut y avoir quelque différence d'un globule à l'autre, qu on estime au plus au tiers de leur gran- deur dans ceux de riiomme.
M. Sckuitz observe que ce volume est en rapport, dafts les différents animaux, avec le diamètre des vais- seaux capillaires ou périphériques. Ils auraient, dans l'homme, d'ain^è^i^Rtuloipki , Hodgkln et Lis 1er, 2T0 d^ lignç; ^ suivant MM. Prévost et Dumas; —^ suivant Yoiing; M. R. Wagner estime leur grandeur moyenne à ^ de ligne, et leur épaisseur à leur bord de r^nr à rr.- de ligne.
On verra par le tableau ci-après que leur diamètre \^ plus général dans les mammifères est de 7^- à ~ de ligne; que dans les oiseaux, leur grand diamètre est souvent le double ou trois quarts en sus du petit, ra- rement d'un tiers seulement; que dans les reptiles, leur diamètre longitudinal est à peu près de moitié ou le tiers en sus plus grand dans la tortue; que ces deux dimensions sont presque égales dans le lézard gris; que, dans les serpents, le diamètre longitudinal a les deux tiers en sus du diamètre transversal. Dans les poissons, les mêmes observations prouvent que le grand diamètre peut être de quatre septièmes, de trois sep-
(1) J, Mûllcr, Physiologie^ p. 90.
§0 XXY* LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
tièmes ou seulement d'un tiers en sus du petit dia- mètre.
Dan» Yammocète^ suivant M. Wagner^ les globules se rapprocheraient de la forme circulaire qu'ils ont dans les mammifères.
Leur grandeur, dans les chondroptèrygiens , excéde- rait celle qu'il» peuvent atteindre dans tous les autres animaux vertébrés.
Les reptiles amphibies les ont plus aplatis que les mammifères et les oiseaux. Ceux de la salamandre, sui- vant M. J. Millier, n'ont en épaisseur qu'un huitième, ou même un dixième de la dimensioadu diamètre lon- gitudinal; tandis que ceux de l'homme ontun axe quia le quart ou le cinquième de leur diamètre.
Quant à leur composition, les globules du sang des vertébrés ne sont pas des corps homogènes, solides du moins, comme beaucoup de micrographes l'ont cru. Hewson a démontré que c'étaient des vésicules à parois plus ou moins élastiques, pouvant se dilater jusqu'à un certain degré, au delà duquel elles se rompent.
Chaque vésicule renferme, dans son axe, un noyau incolore, transparent, de forme sphérique ou ovale, et, dans ses bords, la matière colorante du sang.
Dans le sang qui se décompose, la vésicule qui con- stitue le globule se gonfle et se crève même. Elle se dilate et se développe lorsqu'on la met dans un hquide qui la pénètre, et dans son plus haut degré de dilata- tion, le noyau qu'elle renferme devient libre et se porte du côté le plus déclive.
Les vésicules se contractent îrréejnlièrement et se dé-
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ART. llï. SANÔ DES fERTÉBRÉ». 2t
forment, si on les raet dans une solution saline con- centrée.
Nous donnons dans le tableau ci-joint les dimen- sions du noyau des globules dans quelques espèces.
La forme de ce noyau est généralement sphérique dans les mammifères^ quoique les vésicules soient len- ticulaires (i).
Dans les vésicules elliptiques des trois dernières classes, ce noyau égale environ le petit diamètre de la vésicule et s'écarte plus ou moins de la forme sphéri- que pour s'allonger un peu.
Suivant M. Schaltz, il serait elliptique dans les o/- seaux, quoique sphérique dans leurs embryons. Les rep- tiles amphibies en ont de ronds , d'autres un peu apla- tis. Ce noyau parait rarement uni à sa surface , qui est le plus souvent granuleuse; sa grosseur et sa forme sont d'ailleurs très-variables (2). Sa position même dans la vésicule n'est pas toujours centrale.
Ce noyau central est d'une nature chimique diffé- rente de l'enveloppe du globule sanguin. Celle-ci se dissout presque entièrement dans l'acide acétique, tan- dis que le noyau reste intact.
La couleur du sang vient de la matière colorante contenue dans les vésicules : elle varie avec les diffé- rentes nuances de cette matière colorante, qui sont si différentes dans le sang artériel et dans le sang veineux, et qui peuvent encore différer beaucoup d'un animal à
(1) MM. Dujardin et Donné n'ont pas trouvé ce noyau dans le sang de l'homme. M. Hlandl en admet l'existence. (Voy. le journal VlnsUlut des 21 janvier et 31 mai 1837. Séances de la Société Philomatique de Paris. )
(2) O. C. de M. Schulti, PI. i et ii ; et l'Examen du sang, par MM. Pre- viiti et Du>)ià$, BibL univ.^ t. xrvif, pi. S.
22 XXV** LEÇON* DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
l'autre; cette couieur peut varier encore en intensité, suivant les proportions de la matière colorante conté- nue dans chaque vésicule et suivant le nombre des vé- sicules. Enefiet, ciiaque vésicule, prise isolément, paraît très faiblement colorée, surtout si on l'observe par l'une de ses faces ; il faut la considérer de champ pour aperce- voir la couleur dont ses parois sont remplies et impré- gnées, dans le vide circulaire que le noyau laisse au- tour de lui.
C'est à cette matière colorante que chaque vésicule doit sa plus grande pesanteur spécifique , relativeme'nt au fluide plastique dans lequel elle roule.
Le tableau suivant donne un aperçu des proportions de la matière colorante relativement à la masse totale du sang.
|
/MalUre co/oi |
'unte. Observateur |
||
|
Sur 400 parties le sang de riiomme a |
Dumas. |
||
|
d'après la moyenne des observations. |
/ 13,24 |
Le Canu. |
|
|
s 14,90 |
Denis (1). |
||
|
/du chaU |
16,9 |
\ |
|
|
i du chien. |
18,1 |
j |
|
|
Celui de niammif. |
j de ia chivre. < de la brebis. |
8,3 |
VBerthold. |
|
jdu veau. |
11,3 |
\ |
|
|
1 du bœuf. |
13,01 |
J |
|
|
\veine-porlo |
|||
|
du cheval. |
8,08 |
SchuUx. |
|
|
Celui d'oisewa. De reptile. |
i Pigeon. \ coq. (;rfm)r.illc. |
M, 9 4 2,1 12, S 4,2 |
> Berthold. |
|
De poisson. |
Carrée. |
8,2 |
j |
On auraii une idée incomplète de l'organisation des vésicules, si on ne connaissait les modifications qu'elles
fl) liechcrchcs arpértmonialc^ aiir le fonf; Idimaiv, ron.s'u/irii à î'ùUd sain; par M. Denis, docteur en niéd., 1 voi. in -S.
ART. III. SANG DES VERl'ÉBRÉS. §3
ëproiivent par le contact de l'air atmosphérique et l'acte de la respiration.
On sait, en général, que le sang qui a respiré est plus vermeil, que celui qui n*a pas respiré est noirâtre. Voici une expérience qui semble mettre sur la voie, parmi beaucoup d'autres que nous nous abstiendrons de rapporter : des solutions concentrées de sel de nitrc mélangées au sang, le rendent plus clair; il se dégage beaucoup d'acide carbonique par cette opération, après quoi les vésicules s'affaissent.
î/oxigène, en pénétrant dans les vésicules par l'acte de la respiration, en chasse l'acide carbonique et oxide, selon toute apparence, la matière colorante qu'elles renferment.
Le sang devient noir par son contact avec l'acide carbonique. M. G, H. Hoffmann avait démontré de- puis long-temps, que le sang veineux renferme de l'a- cide carbonique ; le même observateur pense qu'il existe très-probablement dans le sang artériel du gaz oxigène (i).
II. DU LIQUIDE PLASTIQUE DU SANG.
Nous donnons le nom de plastique, ainsi que nous l'avons déjà exprimé, à la partie liquide du sang dans laquelle roulent les globules ou les vésicules, parce qu'elle paraît fournir, par une sorte de cristallisation vitale, la trame de tous nos organes. Cette partie est celle qui se coagule au contabt de l'air, et qui prod^iit ensuite le sérum et la fibrine, la partie liquide et la par- tie solide non colorée du sang.
(1) Annales des Seicnccs natur., S"'" sCnic, t. i, p. 520, et London mcà>€al Journal , mai 1823,
§4 XXV'^ LEÇON. DU FLUIDE NOURRTCICIEK, ITC.
I/cxpérience de Heivson que nous avons citée, par laquelle on en sépare les globules, après quoi on peut en extraire la fibrine , prouve, contrairement à l'opi- nion de Home, que la fibrine ne provient pas du noyau des globules. On a remarqué que la quantité de cette substance animale produite par le liquide plastique, et celle du sérum, varient suivant beaucoup de circonstan^ ces, qui paraissent dépendre du degré de vitalité dont jouissait le sang au moment où son mouvement orga- nique, ou vital, a été arrêté, et sans doute de la cause qui a détruit ce mouvement avec plus ou moins de cé- lérité, ou plus ou moins complètement.
M. Schultz croit pouvoir en conclure que le liquide plastique du sang n'est pas une simple dissolution chi- mique de la fd3rine dans le sérum, ainsi que le pensent MM. Berzélius et J. Millier; mais que l'un et l'autre forment un tout organique, pendant la vie, conservant sa liquidité par le mouvement intérieur continuel de ses molécules constituantes.
Par une suite des propriétés vitales dont il jouit à différents degrés, suivant les circonstances, ce même liquide conserve la faculté de se prendre en une masse plus ou moins compacte, soit dans les vaisseaux qui le contenaient, soithors de ces vaisseaux, lorsque le mou- vement intérieur de ses molécules est arrêté.
Il est intéressant d'étudier l'influence que certains agents physiques ou chimiques que Ton mêle au sang, au moment où il sort d^ ses vaisseaux , ou qui ont agi sur ce fluide lorsqu'il y était encore contenu, en produisant la mort de l'individu, peuvent avoir sur la production de ce phénomène de coagulation.
Aillai on sait que le sang des animaux tués par
ART. III. SANG DES VERTEBRES. 25
la foudre ne se coagule pas; qu'il en est de même de celui des animaux tués par l'acide hydro-cyaniqUe, qui devient visqueux, onctueux, et prend une cou- leur foncée ; que le repos favorise la coagulation du sang; voilà pourquoi la syncope arrête les hé- morrhagies, en favorisant par la suspension momen- tanée du mouvement du sang, la formation d'un caillot, dans le vaisseau ouvert. Depuis long-temps J. Hunier et Hewson avaient observé qu'une tempéra- ture élevée de quelques degrés au dessus de celle du sang de l'animal, en favorise la coagulation; que le froid au contraire la retarde. Le contact de l'air, et, mieux encore, celui de Toxigène, sont de même favo- rables à la solidification du sang, quoiqu'elle puisse avoir lieu dans le vide. On pourra voir dans l'ouvrage cité de M. Schultz, et dans la Monographie de M. Nasie^ tous les détails connus sur les agents physiques ou chimiques, ou sur les circonstances physiologiques ou pathologiques, qui favorisent ou entravent la coagula- tion du sang.
Ils donneront la conviction qu'elle provient d'une propriété vitale du sang, dont le degré d'énergie peut varier beaucoup suivant les circonstances de santé, de maladie ou de mort qui ont précédé la manifestation de ce phénomène.
La solidification du plastique est bientôt suivie d'un autre changement. La partie solide se contracte , s'en- toure d'un liquide (le sérum) , dont la proportion aug- mente peu à peu, à mesure que la partie solide (le caillot) diminue de volume. Lorsqu'on n'a pas séparé les glo- bules du plastique, la plus grande partie se trouve com-
§6 XXV" LEÇON. DU FLUIDE NOUKRICIER, ETC.
prise, avec la fibrine, dans la partie solide ou le caillot di^ sang.
La séparation du caillot et du sérum n'est guère com- plète qu'après vingt-quatre heures. "•
Lorsqu'on en sépare les globules avant la coagula- tion du plastique^ le caillot de celui-ci n'est que de la librine, et le sérum une dissolution albumineuse avec un peu de graisse et des sels.
La fibrine est la partie organisée du plastique, ou, si l'on veut, celle qui est le plus animalisée.
Nous ne nous arrêterons pas à donner les proportions du caillot rouge et du sérum ; le premier étant encore trop composé , puisqu'il renferme les vésicules et la fi- brine. Sous ce rapport, les tableaux publiés sur les pro- portions d'eau, de particules et d'albumine du sang, sont imparfaits en ce qu'ils ne donnent pas une vérita- ble analyse des éléments organiques du sang, les glo- bules et le plastique, qui se décomposent; les premiers en vésicules, en noyaux et en matière colorante , et le dernier en fibrine et en sérum albumineux.
Cp sont là les véritables éléments organiques du sang dont nous voudrions pouvoir donner des tables propor- tlorweUes dans les différens animaux vertébrés ; mais les données manquent pour en dresser de tant soit peu complètes. Nous nous contenterons d'indiquer succes- sivement les proportions de fibrine et de sérum que le plastique produit lorsqu'il se sépare en ces deux élé- ments organiques.
De même que les vésicules, la fibrine se reconnaît à sa forme déterminée. Ce sont les deux seules parties du sang dont l'organisation paraît évidente. La fibrine ex- traite du sang artériel paraît en petit? morceaux comme
ART. m. SANG DKS VEnTÉBRÉS. §7
brisés ; elle est plus compacte dans le sang veineux. Sa forme organique est une preuve, suivant M. Schultz, que l'apparition de cette substance n'est pas le résultat de la précipitation du sérum liquide dans lequel elle aurait été chimiquement dissoute ; mais qu'elle y au- rait été organiquement combinée. Cependant le phé- nomène de la ci*istallisation des substances minérales nous parait toul-à-fait analogue.
Le tableau ci-après donne les résultats de quelques observations sur la quantité de fibrine qu'on a pu sépa- rer du sang. Cette quantité paraît dépendre de l'organi- sation du sang ; plus celui-ci est parfait, plus il y a de fibrine de produite dans la coagulation du plastique; le sang artériel en contient plus que le sang veineux (i).
PROPORTïOffS DE LA FIBRINE CONTENUE DANS LE SAWG.
Espèce d* san^
Mammifères.
Oiseaux,
Reptile».
Pois&ons.
Fibrine sécha. Okiervat» Csnt parties de sang contiennent. f Minimum \ r 0,1560 ")
SangUum. Moyenne > de 22 ob5.| 0,4298 ) LeGanu(2).
Maximum) <v 0,7285 )
Chat. 0,470 Berthold.
Cheval fîî^y'""'^^'^ i'S^M Schultx.
l Moyenne âe 3 obs. 0,690 )
Chevreau. 0,400
, Agnean. 0,500
VVeau. ' . . 0,570
Bœuf. 0,740
\ Pigeon i,670
^«-"x. • • • • {J;^o™ >«""«'"'•
] Grenouille 0,600
I Carpe 1,160
(1) M. J. Millier, mémoire cite; Annales des Seiêncss natur.., 1" série, t. 1, p. 552.
(2) Nouvelles rechercher sur le san^'; par M. L. R. Le Canu. Transact, médi- cales ^ t. VI, p. 92. Paris, 1831.
§8 XXV* LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
Le sérum est la partie liquide du plastique, laquelle n'est pas organisée. Sa proportion, dans le sang, est en raison inverse des yésicules. C'est une dissolution aqueuse d'alb^:mine cl d'un peu de graisse, au moyen des alkalis et des sels qui sont mêlés à cette dissolution. Ainsi le sérum se compose de parties solides , Talbu- bumine, la graisse et les alcalis ou les sels, et de parties liquides ou d'eau.
Sur dix parties solides, huit sont de l'albumine avec un peu de graisse, et deux se composent d alkalis ou de sels.
La table ci-après donne les proportions des parties solides avec l'eau, d'après les expériences de MM. Prc- vost et Dumas.
Le sérum pur est visqueux, jaunâtre, limpide; son poids spécifique est de 1,027 à 1,029; sa saveur est lé- gèrement alkaline.
Cent parties contiennent :
Espèce de sang.
Parties solides
Sang humain. . . 10 Singe callitriche. . 9,2
Chien 7,4
Chat 9,6
Lapin 10,0
Cheval 9,1
Veau 9,1
Brebis ..... 8,5 Chèvre* .- . , . 9,0
Eau.
90
90,8 92,6
90,0
90-9 90.9 91^^
90^7
AKT. TU, SAîHG DES YERTÉBREa.
â9
Espèce de sang.
Parties solides.
Marsouin. . , . 10,0
Vautour 6,6
Corbeau 6,6
Canard. . , , , 9,9
Coq 7,5
Pigeon. . . , , 5,5
Tortue. , . ^ , 9,6
Grenouille. . , , 5,o
Truite. . » . . 7,7
Lote 6,9
Anguille. ♦ . . . 10,0
Eau.
90,0 93,4
90,1 92,5 94,5
90,4 95,0 92,3
90,0
Le sang, dans 1 état de vie, paraît être composé d'un fluide odorant, qui distinguerait chaque espèce d'ani- mal, si on pouvait en exprimer les différences, et dont les propriétés odorantes se manifestent surtout à l'épo- que du rut.
III. Comparaison de la composition organique du
SANG AVEC CELUI DU FCETUS , AVEC LE SANG DES ANIMAUX INFÉRIEURS, AVEC LE CHYLE ET LA LYMPHE.
Pour compléter l'idée qu'on doit se faire des parties organiques du sang, dans l'état actuel de nos con- naissances, il faut les comparer telles que nous venons de les décrire dans l'animal vertébré qui a respiré :
1 •* Avec celles qu'on observe dans les fœtus des mêmes animaux ;
30 XXV* LEÇON. DU FLUIDE NOUKRICIFR^ ETC.
vl* Avec celles des animaux des types inférieurs ;
3*" Avec le chyle et la lymphe, qui ont un commen- cement de cette organisation du sang , mais que leur mélange avec le fluide nourricier doit rendre plus par- faite.
Les globules sanguins n'ont pas de forme déterminée dans les embryons des vertébrés, surtout quand on les observe dans les premiers temps de la gestation ou de l'incubation.
Ainsi Heivson (i) les a trouvés fonds et plus gros que ceux de l'adulte, dans l'embryon d'une vipère et dans un poulet, après cinq jours d'incubation.
Prévost a vu ceux d'un fœtus de chèvre elliptiques.
En général , on peut dire qu'ils varient de forme et de grandeur dans les embryons, suivant les époques de la vie fœtale.
M. Schultz les a trouvés de diflférentes formes et gros- seurs dans la pouUy durant les trois premiers jours de rincubation.
Hewson avait déjà annoncé qu'ils étaient rond^ et plus gros que ceux de l'adulte.
Le plastique se forme dans le sang avant les vési- cules.
Celles-ci ne contiennent pas de noyau dans les em- bryons des reptiles amphibies y et elles ne renferment pas de matière colorante.
(i) De rubrarujn sang. part, fabrica» L. B., 3785, cap. i, t. 1.
ART. in. SANG DES VEllTEBRÉS. 31
Sous ce double rapport on peut dire que les embryons des vertébrés se rapprochent des types inférieurs.
Ainsi, dans V huître , \ix paludine vivipare , parmi les mollusques, la membrane des vésicules est granulée, mais elle ne paraît pas renfermer de matière colorante; elle n*a d'ailleurs pas de noyau..
Quant aux transformations successives du chyle et de la lymphe pour prendre Torganisation du sang, voici ridée qu'on peut s'en faire d'après les différences que nous avons déjà indiquées dans la composition orga- nique et chimique de ces trois fluides.
Les molécules graisseuses qui abondent dans le chyle et le rendent laiteux , suivant MM. Tiedmann et Gme- lin , diminuent à mesure que le chyle s'organise. Elles sont en proportion inverse de la fibrine. Ainsi le chyle limpide (la lymphe) des chevaux à jeun a fourni plus de coagulum fluide ou sec (1,00 à 1,7,5 pour 100), que le chyle laiteux des chevaux qui avaient mangé ; il n'en avait que 0,19 à 0,78 pour 100.
Le chyle du canal thoracique estrougeâtre ; celui des vaisseaux de la rate est aussi rougeâtre ; cette couleur fait supposer l'existence des vésicules complètement organisées , avec leur enveloppe , leur noyau et leur ma- tière colorante.
Dans le liquide du canal thoracique d'un lapin on a observé des globules lymphatiques transparents (le noyau des globules complets ) ; des globules granuleux (commençant à se revêtir d'une enveloppe); des vési- cules colorées, dont la forme et la couleur étaient va- riables , preuve qu'elles n'étaient pas comi>lètement or- ganisées.
3â XXV*" LEÇON. DU FLUIDE NOUllRIClER, ETC.
L'hypothèse que la rate contrihue à ce travail orga- nisateur, ainsi que les glandes lymphatiques, est fon-^ dée sur l'observation que le chyle des vaisseaux effé- rents de la rate et celui des mêmes vaisseaux efférents des glandes lymphatiques, ainsi que celui qui est re- cueilli à la fm du canal thoracique, a une teinte rosée.]
L'extrême pâleur des personnes atteintes de maladies organiques de la rate , durant lesquelles les fonctions normales de ce viscère sont empêchées , viendrait en- core à Tappui de cette opinion.
lY. Fonctions des parties organiques du sang.
[Les physiologistes ont admis plusieurs hypothèses sur les deux parties organiques du sang , les vésicules et le plastique,
Haller^ qui avait observé que la température du sang des animaux est en proportion de la partie colorante du sang, lui attribuait pour usage, la production de la chaleur; tandis que le plastique devait servir à la nu- trition (i).
M. Dutrocliet considère chaque vésicule comme un ap- pareil ékctrique composé de matière colorante électro- positive et d'une matière électro-négative (le noyau).
M. Scliultz regarde les vésicules comme des organes de respiration. Il pense qu'elles renferment un fluide élastique , et fonde son hypothèse sur ce qu'elles sont
(1) Primai Linccc physiologlco, S CLii. Ruber cruor calon gencrando imprimi^ inservirc vidctur, cura in cadcm rationc cum ipso sanguinis calorc sit. ' Et ? OLin : ? vum coagulabilc imprimis Rutritioni partiura dçsliuatur,
Sr.CT. I. ATIT. IV. PARirF.S oRGAMQrr.S Dr SAXC. 1>J
plus nombreuses chez les animaux qui respirent beau- coup, et moins nombreuses chez ceux qui respirent peu {X^fè reptiles amphibies) . 11 cite encore, à l'appui, une ob- servation de Poli qui mériterait bien d'être répétée, dans laquelle cet observateur a vu les vésicules du sang; des mollusques affamés, ou qui ne pouvaient res- pirer, s'affaisser et se flétrir ; elles se gonflaient dès que ces animaux pouvaient respirer.
Quant au plastique, nul doute qu'il ne serve essen- tiellement à la composition des organes , à leur renou- vellement, en un mot, à leur nutrition. Toute espèce de sang se compose de plastique ; c'est lui qui paraît le premier dans les fœtus des animaux supérieurs. C'est donc la partie essentiellement nutritive du fluide nour- ricier. ]
B. Propriétés plijsiques et composition cliimiqae du sang.
On sait que, dans Hiomme, le sang est un fluide d'un beau rouge, d'une saveur douceâtre, ]iq peu salée, d'une odeur fade et particulière , dont la consistance, un peu visqueuse, varie beaucoup, ainsi que l'intensité de sa couleur.
Constamment agité dans les vaisseaux qui le renfer- ment, et soumis à une température de 5o à 7)2 degrés, il conserve sa liquidité ; mais nous verrons lout à l'heure qu'il lu perd bientôt par le repos et le refroidissement, ainsi que par une plus forte chaleur.
Aussitôt que ce liquide est extrait des veines et cesse d'être agité, il se sépare en deux parties distinctes, dont la proportion varie beaucoup, suivant l'état de vie (k 3
34 XXV' LEÇON. DU FLUIDE NOURHICIElî, ETC.
des différents individus. L'une, appelée sérum, est li- quide , jaunâtre, d'une saveur un peu salée, et se com- pose particulièrement d'eau et d'albumine dissoute au moyen d'une certaine quantité de soude ; elle contient encore des sels , tels que des muriates de soude et de potasse, des phosphates de soude et de chaux, mais dans une beaucoup moindre quantité ; elle forme au moins le f 5 plus souvent les y de la totalité du sang.
L'autre partie du sang, son caillot, est elle-même un composé de deux substances bien distinctes; on les ob- tient séparément par le lavage à l'eau froide. Celle qui se dissout dans l'eau et la colore en rouge est formée des molécules dont nous avons parlé plus haut. C'est, suivant les dernières découvertes de M. Fourcroy et Vauquelin, un composé de phosphate de fer sur oxidé (1), de soude, qui anime ce sel neutre, d'albumine et de gélatine, et de beaucoup d'eau. L'autre portion du caillot qui reste non dissoute, a tous les caractères de la fd^rine, qui se trouve en plus grande proportion dans les muscles. Sa quantité moyenne n'est, dans les mam- mifères, suivant le même auteur, que 0,0028. Cepen- dant elle n'entre pas moins essentiellement dans la composition du sang.
M. Homberg l'a trouvée dans celui des mollusques, et elle existe probablement dans le fluide nourricier des classes inférieures, toutes les fois que ce lluide doit nourrir des muscles distincts.
[L'état actuel de nos connaissances, résultat d'ana- lyses plus parfaites, de recherches multipliées, nous
jfl) Pliif? tard raaqaetîn a reconnu J'i'rnnir de rcs |)nMTi}«'i"CS observations.
SECiT. T. ART. IV. PAmiES ORGANIQUES ni: SANC. 3f)
oblige d'ajouter un supplément important à ce qu on savait sur la composition chimique c^q sang en i8o4, époque de la rédaction de cet article, dans notre pre- mière édition.
La couleur, la température, le poids spécifique du sang varient plus ou moins sui\i|nt qu'il est tiré des yeines ou des artères, ou de tel ou tel animal.
Le sang artériel est d'un rouge vermeil; celui des veines est brun, dans les animaux à double circulation et à respiration complète ; m^is cette différence est moin- dre dans les reptiles^ chez lesquels le sang qui a respiré se mêle dans le cœur avec le sang qui n'a pas respiré.
Dans Vliomme la température du sang artériel est de 7)2 degrés R.^ celle du sang veineux de 3i degrés. Dans les mammifères la température peut être un peu plus basse ou un peu plus élevée.
Son poids spécifique a été trouvé
, ( i,o55 chaud 1 ^ .
''M ,,o55 froid {parJunne;
^e j ' r^ { P^i" Berzélius à i5 degrés de tempéra- ture.
Ce poids serait pour le sang artériel et le sangveineux
de 1,000 et de i,o54 d'après Davy;
de i,o55 et de i,o56 suivant Scudamore;
j r-.A r/ ? suivant Schultz, pour le
de 1 ,o5o et de i ,o54 > j u i ^
^ S '^^"8>" "^ cheval.
Ces expériences ont été faites sur le sang du chien, de la brebis et du cheval.
Le sang paraît d'ailleurs avoirune odeur particulière, qui diffère suivant les espèces d'animaux, et peut-être les sexes, les âges eties époques de rut, de gestation, etc.
3f) XX^' LEÇON, Dl: FLLIDE NOL'RKICIEK. iiT€.
•Nous donnerons d'abord Tanalyse du sangde l'homme faite par M. LeCanu (i), on observant que l'acétate de soude et le lactate de soude paraissent aussi devoir se trouver dans le sérum, mais que la recherche des sels par l'incinération doit les décomposer. Il y aurait d'ail- dc l'hydrochlorate et du phosphate de soude dans le sang-, ainsi que du phosphate de fer.
ANALYSE DU SANG DK L'HOMME, PAR M. LE CANU.
Sérum, Caillot,
|
,r« |
Aiialjse. : |
!« Analyse. |
• "Analyse. |
aP AnalvM. |
|
Eau. t |
306,00 |
911,00 |
780,14 |
785,59 |
|
Fibrine. |
2,10 |
3,56 |
||
|
AUmiaino. |
78,00 |
81,20 |
65,9 |
69.41 |
|
MatiCTf colorante. |
133,00 |
119.65 |
||
|
Mati'.ie cristallisable. |
f!,20 |
2,10 |
2,43 |
4,30 |
|
Miitièro huileuse (acides oléique cl raargari- |
||||
|
quo. ilctidci). |
1,00 |
1,30 |
||
|
Malii rt s exlractives solubles dans Talccol et |
||||
|
dans Terai. |
1,69 |
2,05 |
1,79 |
1,9S |
|
Alliumlnc combinée à la soude. |
2,10 |
2,55 |
1,26 |
2.01 |
|
Chloiuref? de sodium et de potassium. ^ Sous-carhoiiate,phosphale,sulfate nlkalins. ) |
8,10 |
7,32 |
8,37 |
7,30 |
|
r.arboiiale de chaux et de magnésie, \ |
||||
|
Phosphate de chau\, de magnésie, de fer. > |
0,91 |
0,87 |
2,10 |
1,41 |
|
Peroxidf" de fer. ) |
||||
|
IVrlr. |
1,00 |
1,61 |
2,^0 |
2,58 |
La matière colorante se dissout dans l'eau et dans les acides faibles. Sa dissolution dans l'eau coagule par la ( îialeur et l'alcool comme du blanc d'œuf. Les diffé- rents réactifs avivent ou modifient les nuances de la couleur; ainsi le premier effet est d'abord obtenu par les alcalis caustiques, qui la brunissent ensuite.
Suivant Gmetin [Traité de Chimie), on peut en ex- traire le fer sans diminuer l'intensité de sa couleur.
(i) .4nniifcft fie Chimie ff fU- Pkysiijite. t. Xf, vnr, p. 808.
SECT. 1. ART. IV. PARTIES (MUiANIQL LS DU SAM'.. O /
Cette matière est riche en acide carbonique; de là sa propriété colorante.
D'après 5(T^e7«/s, loo parties de cette matière ont produit !,3 de cendres, contenant :
Carbonate et phosphate de soude o,5
Phosphate de chaux o,i
Chaux pure 0,2
Phosphate de 1er o,t
Oxide de fer • o,5
Acide carbonique et perte 0,1
Ses éléments seraient, d'après Micliaeiis (1) :
Carbone 5i,38
Azote i7?25
Oxigène 23, 01
Hydogène 8,55
Quant à la fibrine^ elle peut être considérée comm e une composition albumineuse, qui ne diffère de l'al- bumine que par sa forme organique. Son élasticité est remarquable. Elle se distingue de la fibrine des muscles, en ce qu'elle ne forme pas une gelée par la décoction dans l'eau; mais elle se contracte en une masse, que l'acide acétique change en une gelée transparente, qui devient soluble dans l'eau chaude.
Les acides légers la resserrent; les alcalis caustiques, même étendus, la dissolvent et s'en saturent; le chlo- rure mercurique forme avec la fibrine , comme avec l'albumine, une combinaison insoluble. Voilà pour-
ri) MM. Bcrsélius et T/ienarrf émettent, à la vérité, des doutes sur l'exactitude de ccttt analvfc èlcruentnirc. Trmfe <!e rhiwle de M. le haron Tiicoard, t. rv,
p. 5T2.
38 XXV*" LECOV. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
quoi M. Or fila a eu l'heureuse idée de proposer le blanc d œuf comme coiitrepoison de ce sel métallique.
1,3. matière grasse, dans l'état normal, ne trouble pas la limpidité du sérum, parce qu elle ne s'y trouve que dans la faible proportion de 1,02 — i,o4 pour 100, à l'état d'acide oléique, comme dans la fibrine.
Les analyses du sérum du sang qui nous ont paru les plus complètes sont celles du docteur Marcel et de Berzélius , auxquelles MM. ChÈvreni et Baudet (1) ont ajouté l'indication positive des différentes matières grasses.
Analyse du sérum du sang humain d'après
LE docteur MaRCET.
Eau 900
Albumine ^^^^
Chlorures de potassium et de sodium 6,6
Matière mucoso-extractive 4> ^ (lactate de soude impur de M. Berzélius)
Carbonate de soude 1 ,65
Sulfate de potasse o,55
Phosphate terreux 0,60
11 3^ a de plus des matières grasses en ])clitc quantité. M. Ckevreul a signalé dans le sang une matière grasse phosphorte. On y trouve :
La séroiine, La cholestérine, Les acides oléique et margarique,
'■)
: suivant Boudet.
a) Jnnulcr, lic ( himie et c/« Vliy-ut^ac. culiier â\nril 18G3.
sect. 1. art. iv. partjes okganiques du sang. ^9 Analyse »u sérum d'après Berzélius.
1000 parties de sérum contiennent :
Sérum de Sérum de lang
bœuf. humain.
Eau 9o5,oo 9o5,o
Albumine ou substance insoluble dans Teau et dans l'alcool 79>79 ^^,0
Substances solubles dans r alcool:
Albumine avec soude et lactate de
potassse 6,2 ) ^ ^
Chlorure de potassium 2,6) '
Matière extractive et lactate de soude 4»o | ^ ^.^
Chorure de sodium 6,0 ) '
Substances solubles dans l' eau seulement :
Séiuin lie Séiuiii de sang
bœuf. Lumaiu.
Soude carbonatée? \
Phosphate de soude > 1,5^ 4?^
Un peu de matière animale )
Porte 4j7^ ^»^
MM. Macaire et Marcel iiis (1) ont trouvé que le san^^ de ckien, de lapin, de cheval, de mouton, de bœuf, était à peu près composé des mêmes éléments que ce- lui de l'homme, pourvu que ce fut du sang du même ordre de vaisseaux; mais que le sang veineux cujntenait un peu plus de carbone que le sang artériel ; l'un et l'autre renferment phjs d'a/.ote que le chyle.
(1) AnnaUs de Cliimie i( de Phytù/ue^ {. li, p. 371.
40 XXY' LEÇON. DU FLllDK JNOLUr.lClEK, ETC.
La quantité d'oxigène est à peu près la même dans le sang artériel que dans le chyle; mais elle est moindre dans le sang veineux.
Ajoutons à ces différentes analyses du sang, qu'un chimiste allemand annonce avoir découvert de l'acide titaniquc dansée liquide (i), et qu'on a trouvé de l'urée dans celui d'un chien auquel on avait enlevé les reins.
Toutes ces recherches, il faut l'avouer, sont encore bien bornées, puisqu'elles ne s'étendent guère au-delà de la classe des mammifères, dont elles ne compren- nent même qu'un petit nombre.
M. C/ievreul (2) fait remarquer^ comme un des ré- sultats les plusimportantsque la chimie ait fournis à la physiologie, que le sang contient la plupart des princi- pes immédiats dont les divers tissus et les humeurs de l'économie animale sont formés :
i' La fibrine, base des muscles;
j** L'albumine, l'un des principes immédiats de la matière cérébrale et d'un grand nombre de liquides non excrémentitiels;
3" Le phosphate de chaux ;
4* Le phophate de magnésie ;
;V L'osmazome ;
6° La matière grasse du cerveau ;
'j" L'urée.
Ce savant a trouvé de plus dans le sang des enfants attaqués de l'induration du tissu cellulaire, une ma- tière spontanément coagulabîe que contenait le sérum.
(1) M. Hcy, Journal de Chimie pratique, par MM. Erdmann et Schvveiger-
Bcitlei, vol. V, lyS.i, in-8.
(2) An mol S,:ii:; du Î)'C{. Jc^ Scicii'-c^ tif'lm-.A. kl, V 19^.
SliCT. I. AUX. 1\. l'Ain iKS ORGAMQL'KS DU SA^G. /i\
Et dans le sang des enfants alleinls à la fois de cette maladie et d'nn iclère , les deiuc principes colorants de la bile de Tlioninie et de plusieurs mammifères.
M. Félix Baudet (i) va plus loin : il annonce que la composition chimique du sang tend à démontrer que ce liquide contient tous les principes immédiats dont les divers tissus et humeurs de l'économie animale sont eux-mêmes formés; entre autres la graisse phosphorée du cerveau, ef les différentes substances qui, parleur réunion, constituent la bile. Ces propositions sont peut- être trop absolues, trop précises. Les analyses de nos laboratoires, comme celles des organes sécrétoires, mo- difient de différentes manières les principes du sang, et nous les montrent, non pas tels qu'ils étaient dans ce hquide à l'état 'normal, mais après qu'ils ont subi ces modifications.
M. BerzéUus avait remarqué depuis long-temps (2) :
1° Que le fer ne devait'pas se trouver dans le sang à l'état d'oxide ;
2* Qu'il n'existait pas de sulfates dans le sérum du sang ;
5" Que l'acide phosphorique qu'on retire par l'inci- nération du sang, ne s'y trouve pas à l'état d'acide phosphorique.
Ces conclusions , qui diffèrent des analyses précé- dentes, ne sont pas généralement admises (5). Cepen- dant les recherches, encore inédites^ que vient de faire M. Persoz, l'ont conduit aux mêmes propositions. Sui-
(1) Annales de Chimie et de Physique , avril 1833.
(2) Annales de Chimie cl do Physique, f. 88.
(3) Traité de Chimie, par M. le l)yron L. J. Thénard, 6* «dit. Paris, 183(>, t. v, p. 131.
4S XXV* LEÇON. DU FLUIDE NOUilRlClER, ETC.
vantce chimiste, le fer n'existerait pas dans le sangàTétat d'oxide. mais comme sulfo-cyanure. De même, ce serait le soufre et le sulfo-cyanure , et non les sulfates, qui entreraient dans la composition du sang. Il paraîtrait qu'ils ne se montrent dans lurine, avec l'urée, qu'a- près leur oxidation dans les reins, ainsi que nous le Terrons dans la leçon sur ces organes.
Dans les mêmes reclierches , M. Persoz s'est con- vaincu que le sang ne renferme pas de phosphates, mais du phosphore à l'état de combinaison.
Rien n'avancera plus la physiologie générale, à notre avis, du moins sous le rapport des fonctions impor- tantes de nutrition , que des analyses multiplées du fluide nourricier dans la série animale.
11 faudrait d'ailleurs bien distinguer, du moins dans les animaux à circulation double, le sang artériel du sang veineux, et signaler, dans cette dernière caté- gorie, les caractères particuliers du sang que renferme la veine-porte lorsqu'elle existe.
Déjà on a trouvé celui-ci plus noir que le sang vei- neux ordinaire, surtout chez les animaux à jeun. Ce sang ne se colore pas en rouge par l'action des sels neutres, ni par l'influence atmosphérique, ni même par i'oxigèiie; il ne se coagule pas, ou bien il ne forme qu'un caillot peu coiisistant; il contient plus de sub- stance grasse et moins d'albumine et de fibrine que le sang artériel, et même que le sang veineux des autres parties (i).]
(1) M. Scliullz, op. c/7., p. 157 et 158.
SECT. II. RÉSERVOlilS DU FLUIDE NOURRICIER. 43
SECTION II.
DES RESERVOIRS DU FLUIDE NOURRICIER DANS LES ANIMAUX VERTÉBRÉS.
ARTICLE I.
DES RÉSERVOIRS DU FLUIDE NOURRICIER NON ÉLABORÉ, OU DU CHYLE ET DE LA LYMPHE.
[L'ensemble de ces réservoirs compose le système des vaisseaux lymphatiques , qui comprend aussi les ganglions de ce nom et les vaisseaux chylifères.
Nous considérerons premièrement ce système d'une manière générale dans l'homme et dans les animaux vertébrés; nous en ferons ensuite une description plus spéciale. ]
I. DES VAISSEAUX LYMPHATIQUES EN GÉNÉRAL.
A. D ms Cliomme.
Les lymphatiques forment un système particulier de vaisseaux aboutissant au système veineux, et qui lui est, pour ainsi dire, sur-ajouté. Leurs branches et leurs ra- meaux, très-fins et très-déliés, s'aperçoivent difficile- ment dans l'état ordinaire, à cause de la transparence de leurs parois et de riuimeur qu'ils charient, excepté dans le mésentère, lorsqu'ils sont remplis de chyle. Ils sont extrêmement nombreux et répandus par tout le corps : l'œil et la moelle de l'épine S^nt les seuls orga- nes où l'on n'ait pu encore en découvrir, quoiqu'il soit plus que probable qu'ils n'en sont pas dépourvus.
44 XXV* LErOl\. DU 1-LLIF3K AOLHRlCIEn» ETC.
Il paraît qu'il prennent naissance dans tous les orga- nes, où ils se chargent des molécules absorbables qui sont libres dans les interstices de leur tissu , ou bien épanchées dans les cavités viscérales, ou de celles qui n'ont point encore fait partie de lorganisiaeet qui sont mises en contact avec les surfaces des membranes mu- queuses des intestins, des poumons, ou avec celle de la peau.
[Il en résulte de la lymphe ou du ch)'le, dont nous avons déjà fait connaître la nature, mais qui peuvent charier accidentellement des substances étrangères à leur composition normale. L'un ou l'autre de ces liqui- des, plus ou moins mélangé dans le système des vais- seaux lymphatiques , est versé de ce système dans les veines, pour l'immense majorité] par deux troncs princi- paux dont l'embouchure est dans l'angle de réunion des jugulaires internes et des axillaires. Souvent très-di- visés dans leur trajet, et formant entre eux de nombreu- ses anastomoses, leurs rameaux ne se réunissent point en branches, pour ne presque plus se sous-diviser en- suite comme ceux des veines; maisilarrive fréquemment que des branches considérables de ces vaisseaux se parta- gent en plusieurs rameaux et ramuscules, qui se réunis- sent ensuite entre eux , ou s'anastomosent avec des rameaux voisins , toujours en avançant vers le tronc principal; de sorte que leur ensemble ne peut plus être comparé à un arbre, comme on l'a dit des artères et des veines, mais plutôt à un réseau composé de mailles irrégulières et de fds inégaux.
Avant d'aboutii; au tronc commun, les branches des vaisseaux lymphaUques rencontrent un ou plusieurs renflernents (les i^ani^/ionfi lymphati^/ues) que cc.^ vais-
SEC.T. il. ART. I, i.b.SLïa. r>l CHYU; KT Dr LA LYMPHK. 4^»
seaii.x pénclrent, dans lesquels ils se raniilieiit à riiilini, en formant des plexus tros-conipliqiiés et d'où ils sor- tent, après s'être rassemblés de nouveau en une ou plusieurs branches.
[On appelle dcfcrerits, afprctits ou tnfcrriils les lym- phatiques qui entrent dans un de ces ganp^lions, et effé- re?its ceux qui en sortent.]
Leurs pavois, examinées dans les plus gros troncs, ont paru évidemment composées de deux membranes; Tune externe, celluleuse, [ayant dans ces gros troncs l'apparence, fibreuse] plus dilatable; l'autre interne, lisse, moins extensible, [se déchirant la première lors- que les parois des lymphatiques ont été trop disten- dues]; celle-ci se prolonge dans leur canal pour former des valvules rhomboïdales ou semi-lunaires et parfaite- ment comparables à celles des veines.
Les valvules des lymphatiques sont réunies presque toujours deux à deux, excepté à l'endroit de jonction d'un rameau à une branche , où il n'y en a souvent qu'une. Elles sont tournées de manière que leur bord libre regarde toujours un des troncs communs. [On les trouve plus ou moiiis rapprochées ou éloignées les unes des autres suivant les parties, et très-rarement t\ des distances régulières, comme dans les lymphatiques du testicule (i). (certains rameaux en ont plus que leurs branches, ou réciproquement. ]
Les vaisse aux lymphatiques des intestins, ou les chy- lifères, sont ceux où elles sont le plus nombreuses; celles du mésentère sont déjà moins rapprochées;
(1) Sammcrv'nii:, Auat. du c <^=vps liMmaip, t. iv, p. hTi, En allemand. Franc- forî, 179?.
46 XXY* LEÇON. DÛ FLUIDE NOLRPJCIER, ETC.
elles sont plus distantes clans les extrémités; enfin, il y en a moins encore dans le canal thorachique; [les lymphatiques des poumons, du foie et de l'iïtérus pa- raissent en manquer, ou les ont très-faibles (i)]; elles donnent à ces vaisseaux, remplis de lymphe ou d'un liquide quelconque, un aspect noueux, en arrêtant, par intervalle, une plus grande quantité de ce liquide. Les plus gros troncs des lymphatiques reçoivent visible- ment des vaisseaux sanguins; il est probable que leur§ branches et leurs rameaux n'en sont pas dépourvus; mais il n'est pas si évident qu'ils reçoivent des nerfs; cependant l'inflammation dont ils sont très-susceptibles semble le prouver a priori. Leurs parois sont très-élas- tiques et contractiles; elles peuvent se dilater beaucoup et se resserrer de même. De là sans doute le grand nombre de différences que l'on trouve dans leur dia- mètre apparent.
11 est remarquable qu'ils conservent cette dernière propriété, au moyen de laquelle ils se vident du hquide qu'ils contiennent, plusieurs heures, et même dans les jeunes sujets, comme l'attestent des savants dignes de foi, plusieurs jours après la mort.
[Certaines apparences de libres dans les gros vais- seaux ont fait présumer à Sœmmering que ces fibres pourraient être de nature musculeuse.
On ignore le mode d'origine des vaisseaux lympha- tiques ou la manière dont ils naissent dans le tissu des organes, sous ou dans la peau, dans les membranes qui tapissent les cavités viscérales ou dans les mem-
(4) /.«////i,A'onveauMaiinPl derAnatomiste, p. 598.
SECT. IT. AKT. I. RKSERV. DU CIÏYLE ET DE LA LYMPHE. 47
branos muqueuses, particulièrement clans les villosités des intestins grêles, où ils se prolongent et s'injectent de clijle opaque. Plusi(^urs anatomistes distingués ad- met lent qu'ils coaunencent par une embouchure. 6Vt//A's- hancVix même figurée dans les villosités intestinales (i). D'autres anatomistes très-exercés, sans nier l'exactitude des observations précédentes, n'ontpula découvrir (2). D'autres enfm (5) pensent que les liquides passent dans les lymphatiques à travers leurs parois, par suite de leur spongiosité ou de leur porosité, et ils enseignent que leur origine se fait par des culs-de-sac, pour lesra- muscules isolés, ou par des plexus fermés.
Aucun vaisseau lymphatique, un peu considérable, ne s'abouche dans les veines, que le canal thoracique qui se termine dans l'angle d'union des veines jugulaire interne et sous-clavière gauches; et le tronc lymphati- que droit qui joint le même angle des vei|||s jugulaire interne et axillaire droites.
Mais d'anciennes observations des anatomistes des dix-septième et dix-huitième siècles, entre autres une de AifcAWpère, connue dès 1772, une autre de Meckei fils, publiée en 1787, dont les résultats ont été con- firmés par les recherches de MM. Fokmann (4) , Lautli (5) et Elirmann (6), ont mis hors de doute que
(1) The anatoniy of the absorbent vessel. Lond., 1786, in-4. tab. 2, f. 3.
(2) M. Lauth^ ouv. cit., p. 598.
(3) M. Fohmann ; nous venons plus en détail son opinion à cet égard en par- lant des lymphatiques des poissons.
(/)) M. Fohnionn, Recherches anatomiqncs Hur la liaison des lymphatiques nsçc tes veines. Heidelbeig, 'J82J, in-12. En allemand.
(5) Essai .sur les vaisseaux lymphatiquis. Strasbourg, 1824, in-4.
((i) Jtuifysii (les irovausc de i'^icadêmic royole des Sciences pendant 1(^29.
48 X\V* r.UCOV. 1)1 FLliDi: NOlBniCILR. ETC.
des rameaux lymphatiques pouvaient s'insérer directe- ment dans les rameaux veineux, soit hors des glandes, soit dans l(\s glandes lymphaliques ; de sorte que les veines deviennent, dans quelques cas, une partie des efférents de ces glandes. ]
B. Dans les animaux vertébrés.
L*opacité, la blancheur de ceux du mésentère des mammifères, surtout des carnassiers, au moment où ils sont chargés de chyle, les a fait découvrir de bonne heure, même avant qu'on les connût dans l'homme.
Par une raison contraire, la transparence du chyle dans les oiseaux^ les reptiles et les poissons, jointe au défaut de glandes mésentériques, a long-temps fait penser que ces trois classes d'animaux en étaient dé- pourvues, l^est bien prouvé actuellement qu'aucune n'en manque, et que dans tous les animaux vertébrés en général, l'absorption, qui peut aussi avoir lieu par les veines (i), n'est effectuée cependant que secondai- rement par cet ordre de vaisseaux ; mais qu'elle est sur- tout remplie par les lymphatiques.
Il n'en est pas de même des animaux sans vertèbres, qui ont un système vasculaire sanguin. On ne leur con- naît point de vaisseaux absorbants composant un sys- tème parliculier. Ce sont les veines qui en font li-s fonctions, comme le prouvent des observations récî' fî- tes faites sur plusieurs mollusques, et sur lesquelles nous reviendrons dans la leçon suivante.
(i) Ainsi que le prouvent les belles expériences de MM. Magcndlc et Dc'Uic. (Voy. Y Analyse (les travaux de rAcarlcmic des Scitnces pour l'annùe j8i^>, par M. f^urirr, srcrt'tnive perprfncl.)
SEGT. II. AUT. l, UKSEKV. ))U CllYLi: ET DE LA LYMPHE. 49
Les rapports des lymphatiques avec les ganglions du même nom paraissent déjà moins généraux dans les mammifères^ chez lesquels, comme nous leverronsbien- tot, ces ganglions sont plus rares. Nous venons de dire que presque aucun rameau lymphatique ne parvenait, dans y homme, au tronc commun, sans avoir traversé, au moins im, et souvent plusieurs ganglions. Dans les mammifères^ cette marche n'est plus aussi générale; un assez grand nombre de rameaux et de branches se glissent jusqu'au tronc commun sans rencontrer de semblables ganghons dans leur trajet, ou du moins sans s'y introduire ; cela a lieu bien plus souvent encore dans les oiseaux^ et paraît absolument général dans les rep- tiles elles poissons. [Mais il semble que les plexus appa- rents et déployés, d'autant plus nombreux qu'il y a moins de ganglions lymphatiques, remplacent les plexus cachés et roulés sur eux-mêmes, que ces ganglions renferment. ]
Très-nombreux dans tous ces animaux, ils a'y pré- sentent presque aucune différence bien sensible dans leur structure intime.
Les parois en sont toujours très- délicates et gar- nies de valvules intérieurement, à des distances plus ou moins rapprochées; cependant les lymphatiques des poissons paraissent, suivant Hewson ^ dépourvus de ces replis , excepté à leur embouchure dans les V eincs.
Dans Vkomme et dans lés autres mammifères, leur disposition est telle, que les trois quarts de la lymphe sont versés à gauche par un tronc commun dans l'an- gle de réunion des veines jugulaire et axillaire de ce côté, ou dans la première de ces veines. Ce tronc £st
(;. 4
50 XXV' LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
chargé exclusivement de la lymphe des extrémités in- férieures, et de la très-grande partie des viscères du bas-ventre, et, en particulier, du chyle que lui appor- tent les lymphatiques des intestins. Le tronc lympha- tique droit ne verse, dans la jugulaire droite, ou dans l'endroit de sa réunion avec l'axillaire, que le peu de lymphe qu'il reçoit d'une partie des lymphatiques du foie et du diaphragme, de ceux du poumon droit de de l'extrémité supérieure, de la moitié de la tête et du cou de ce côté.
Dans les trois autres classes des animaux vertébrés, les lymphatiques des viscères de la digestion et de la génération , ceux mêmes des extrémités postérieures, dans les oiseaux et les reptiles, se rassemblent dans un plexus, ou bien ils aboutissent dans un réservoir com- mun, duquel partent deux canaux thoraciques, à peu près de même grandeur, soit immédiatement, soit que leur séparation ne se fasse qu'après un court trajet, comme, dans quelques poissons.
Ceux des oiseaux se divisent et sous-divisent dans leur trajet, et forment des îles beaucoup plus fréquen- tes que ceux des mammifères. Ils se rendent, dans les reptiles et dans les poissons (i), à deux plexus, où se réunissent en dernier lieu les lymphatiques de tout le corps, et de chacun desquels part un petit canal très- court qui versé dans les jugulaires la lymphe recueilhe dans toutes les parties. Cette disposition ralentit beau- coup la marche de la lymphe, et supplée, jusqu'à un certain point, aux glandes lymphatiques dont ces ani-
(1) Nous verrons, dans l'article suivant, que cette description était trop généra- Jiséc et ne s'applique ni aux sélaciens^ ni aux malacoptérygUm npodes.
SECT. II. ART. [. RÉSIilU. DU CHYLE DE tA LTMPIIE. 51
maux sont dépourvus. Il en résulte même que le chyle, à peu près également partagé dans les canaux de cha- que côté, se mêle plus intimement avec le liquide lym- phatique des autres parties, avant d'être versé dans les veines jugulaires, dont chacune en reçoit une portion.
II. Des ganglions lymphatiques. A. Dans l' homme.
Ils sont arrondis , plus ou moins volumineux , ayant depuis deux miUimètres jusqu'à plusieurs centi- mètres de diamètre. En général de couleur grisâtre, ti- rant sur le rouge, ils ont cette dernière nuance plus prononcée dans les jeunes sujets que dans les vieux. Ils prennent, au reste, celle du liquide que charient les lymphatiques qui s'y rendent, et sont verdâtres ou jaunâtres quelquefois dans les environs du foie; blancs dans les mésentères, bruns autour de la rate, noirs autour des bronches.
Les ganglions lymphatiques sont enveloppés dans une membrane lisse à l'extérieur, formée d'un tissu cellu- laire serré et de vaisseaux sanguins. Outre les artérioles et les veinules qui les pénètrent, et le tissu cellulaire plus ou moins dense qui entre dans leur composition , la plupart ne paraissent formés que d'un réseau inex- tricable de vaisseaux du même nom. Aussi a-t-on dit, avec quelque justesse, qu'ils étaient aim lymphatiques, ce que les ganglions nerveux sont aux nerfs. Les ra- meaux qui les forment, divisés presque à l'inhni, et roulés sur eux-mêmes , se rassemblent de nouveau , et sortent ordinairement de chaque .ganglion plus gros et
.^â XXV' LEÇOX. DU FLIIDE >'OLi;RïLlEr., ETC.
moins nombreux qu'ils n'y étaient entrés ; quelquefois cependant on observe le contraire.
Dans quelques ganglions, les lymphatiques semblent se diviser de même; mais ils présentent aussi, sui- vant Cruikshanky des cellules contenant une humeur particulière.
D'autres enfin, d'après Sœmmering, paraissent entiè- rement celluleux, et les lymphatiques ne semblent pas y former de réseau très-compliqué. [Cette apparence cclluleuse résulterait, suivant d'autres anatomistes, de la dilatation partielle de plusieurs rameaux lymphati- ques; ils regardent les ganglions de ce nom comme tous formés d'un plexus plus ou moins compliqué, roulé sur lui-même et comme pelotonné, et de tissu cellu- laire très-fm, entre les mailles duquel est épanchée une matière albumineuse (i).
Les vaisseaux inférents sont constamment plus nom- breux que les vaisseaux cfférénts. ]
B. Dans les animaux vertébrés,
L'anatomie comparée n'a découvert, jusqu'à présent, aucun ganglion lymphatique dans les Reptiles et les Poissons.
Extrêment rares dans les Oiseaux, chez lesquels on ne les rencontre guère que le long du col, ils sont dans les Mammifères , moins nombreux, plus gros, plus ramassés «oque dans l'homme. C'est un fait con- staté par des observations faites sur des carnassiers^ des ruminants et d'autres herbivores.
{V h f,.a«t'-, f-ttv. c'-f.. |i. bl^P.
SECT. II. ART. I. UÉSERV. DU CHYLK DE LL LYMPHE. 53
Il est remarquable que le mésentère des animaux appartenant à eette dernière classe soit le seul, avec celui de l'homnie, où l'on rencontre de ces ganglions; encore ny sont -ils pas toujours dispersés comme dans ce dernier; mais rassemblés souvent, surtout dans les carnassiers , en une ou plusieurs masses glan- duleuses, considérées, mal à propos, par Asellius , comme un véritable pancréas.
On a très-peu comparé leur structure dans ces dif- férents animaux.
Dans quelques-uns , tels que Vâne ^ etc., ils semblent plus celluleux que vasculeux ; mais jusqu'à quel point présentent-ils cette dernière apparence? Existe- t-il un rapport entre elle et le genre de nourriture de l'animal f* C'est ce qui n'a pas encore été bien déterminé.
[Les ganglions mésentériques de la baleine sont appelés poches par J. Abernetliy^ à cause de leur structure cei- luleuse, qui se remarque aussi dans celles des autres cétacés. ]
III. Description particulière des vaisseaux
ET des ganglions LYMPHATIQUES.
Après avoir donné une idée générale du système lym- phatique, nous allons en faire une descripti(fli plus cir- constanciée, quoique sommaire.
[Nous examinerons successivement dans les quatre classes des animaux vertébrés :
1* Les particularités de structure, d'origine et de dis- tribution, ou d'arrangement et déforme dans les or- ganes, que présentent les vaisseaux lymphatiques;
2** La marche et la disposition de ces vaisseaux dans
54 XXV* LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
l'intervalle des organes vers leurs troncs principaux, et Ja disposition de ceux-ci. Ce § comprendra la des- cription de leurs ganglions et de leurs plexus .
3" Nous examinerons enftn les terminaisons des vaisseaux lymphatiques dans les veines.
A. Dans i'Iwmme,
1". Structure^ origine et mode général de distrlbnthm ou d'arrangement des vaisseaux lymphatiques dans les organes.
[L'aspect noueux de beaucoup de lymphatiques pro- venant de leurs nombreuses valvules et de l'extensibi- lité do leurs parois, ainslque la transparence de celles- ci, les distingue des filets nerveux; la lymphe ou le chyle dont ils sont remplis produisent des nuances ou une absence de couleur , qui les différencient encore des veines sanguines ou des artérioles.
Nous avons déjà dit que ceux de certains viscères , des poumons, du foie, de l'utérus, paraissaient dépour- vus de valvules, à en juger du moins par la facilité avec laquelle on injecte leurs ramuscules, par leurs rameaux.
Leurs parois semblent plus résistantes que celles des veinules, et même des artérioles d'un calibre égal.
QuimiXkur origine, nous avons déjà annoncé que les anatomistes étaient partagés.
Lieberkuhn a vu les vaisseaux lactés des villosités in- testinales commencer par une ampoule ovalaire , au sommet de laquelle le microscope montre un petit orifice (i).
(i) J. N. Liebcrkiilinj Disscrl. anat. phys. de fabiica cl aclionc villorura in- tesliiiorum hominis. Àmsldodamî, 1760.
SECT. II. ART. I. RÉSERV. r)U CIIYLi: DE LA LYMPHE. 55
Ilaase, en pressant les lymphatiques de la peau du pied, a vu le uiercure sortir par gouttelettes à travers un pore qu*il a considéré comme rembouchure organi- que et naturelle de ce vaisseau (i).
Mascagni a fait une observation analogue sur les lymphatiques du cœur.
Cndkskank (tab. II, fig. 3) a représenté l'embou- chure de ceux des papilles de l'intestin grêle.
D'autres anatomistes, qui n'ont pu découvrir ces mêmes embouchures, doutent de leur existence (2), ou la rejettent entièrement ; ils pensent que les vaisseaux lymphatiques sont fermés à leur origine (3) et absor- bent les substances environnantes par les pores de leurs parois, au moyen du tissu lamelleux qui les entoure, (ceux de l'intérieur des organes) ; ou bien au moyen du tissu muqueux ou épidermique qui les recouvre (ceux des membranes muqueuses et de la peau) ; dis- position organique qui leur donne la propriété d'une éponge.
Les vaisseaux lymphatiques forment , dans le tissu des organes, un réseau généralement très-fin, à mailles très-serrées, au point que Mascagni, exagérant la part qu'il a dans la composition du corps, pensait que la trame de tous les organes était formée uniquement de ces vaisseaux. Un second réseau paraît à la surface des mêmes viscères, sous leur membrane séreuse.
(ly De vasis culis et inteslinorum absorbentibus , etc., Anotat. anaîomicse. Lips. 1786.
(2) M. E. A. Laulh, BccJicrchcs sur divers puinls d'anulomic^ Mémoire de la Société d'Histoire naiur. de Strasbourg, t. i.
(3) Rue^lii, A. Mechcly et dernièrement MM. Brescbct et Roussel de T^anzème, dans leurs recherches sur les appareils tégumeniaircs des animaux. Annales des Sciences nrlur., 2* série, t. ii, p. 213, 307, 308.
56 XXV* LEÇO.N. DU FLLIDii ^OLRRICIER, ETC.
Dans les membres, il y a de même un plan profond de lymphatiques accompagnant les artères; puis un plan superficiel sous-cutané, rapproché des veines. ]
2\ Marche des vaisseaux lymp Italique s dans l'intervalle des organes y vers leurs troncs principaux^ et dispositions de ceux-ci.
a. Nombre et^ situation des ganglions lymphatique^.
[Pour bien concevoir la marche des rameaux, des branches et des principaux troncs du système lympha- tique à travers les cavités viscérales ou les membres, il faut d'abord avoir une idée des différentes régions où l'on trouve des ganglions lymphatiques vers lesquels ils se dirigent. ]
Les ganglions sont assez généralement situés le long des gros troncs veineux. Les endroits où l'anatomie n'en a pas encore démontré sont les pieds et les mains, le dos et l'intérieur du crâne. [Le premier ganglion lymphatique que l'on rencontre aux extrémités inférieures est situé entre le tibia et le péroné, sur l'extrémité inférieure du ligament interosseux.] Au pli du genou, il y en a trois ou quaUx* sur les gros vaisseaux de cette partie ; au pli de i'aîne, ils sont distribués en deux couches, une super- ficielle plus nombreuse , lautre profonde qui l'est moins.
[Dans le bassin il y en a à tous les vaisseaux iliaques internes, sur les parties latérales de cette cavité ; d'au- tres sont placés au devant du sacrum dans le méso-rec- tum ; d'autres suivent les vaisseaux iliaques externes ; d'autres, enfin, sont rapprochés de la vessie umiaire et des organes de la génération.
SECT. II. ART. I. RÉSERV. DU CîIYLE DE LA LTMPIIE. 57
Ceux de la cavité abdominale occupent, les uns la répon lombaire de chaque côté, jusque sur les piliers du diaphrajAine; les autres sont autour delà veine-porte et de l'artère splénique. Les principaux, les plus consi- dérables de tout le corps, sont situés entre les deux feuillets du mésentère. Quelques-uns, peu nombreux, se voient dans les mésocolons et les épiploons, surtout près de la grande courbure de IVstomac.] 11 y en a près des reins, sur les veines éniulgentes, sur le foie, le pan- créas, la rate, l'estomac.
[Les ganglions lymphatiques de la poitrine se voient sur le péricarde , sur le diaphragme , autour du thy- mus, entre les muscles interrostaux, dans le médiastin postérieur, autour de l'œsophage et de l'aorte , au-de- vant de la division de la trachée artère , autour des bronches et même dans les poumons.
Dans les extrémités supérieures on en trouve surtout le long du trajet de l'artère brachiale, depuis le pli du' bras jusqu'à l'aisselle, où se voient des ganglions très- dévcloppés.
Ceux de la tête et du cou occupent l'occiput, le der- rière de l'oreille, la face interne de la glande parotide, l'arcade zygoma tique en dessous, le muscle buccinateur, le bord inférieur de la mâchoire; le trajet de la veine jugulaire externe, ce soiit les superficiels du cou ; celui de la reine jugulaire interne et de la carotide, ce sont les ganglions de la couche profonde de cette région. ]
b. Vaisseaux lympliaiiqucs des extrémités inférieures el du tronc.
Les ganglions placés au pH du genou et à celui de
58 XXV* LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
Faîne sont les rendez -vous successifs des lymphatiques des extrémités inférieures, comme ceux de l'aisselle et du coude, des lymphatiques des membres supérieurs.
Les superficiels qui viennent de la plante du pied, du dos de cette partie, des orteils, passent tous, à me- sure qu'ils montent, vers le côté interne de la cuisse, accompagnent de leurs troncs principaux la grande vei- ne saphène ; ils se rendent, par trente à quarante troncs, à la partie supérieure et interne de la cuisse, dans les ganglions lymphatiques où viennent aboutir des lympha- tiques des téguments et des muscles du bas-ventre , au dessous de l'ombilic ; ceux des fesses, de la verge et du scrotum dans l'homme, et des grandes lèvres dans la femme s'yrendent également. Les plus profonds , après avoir traversé les ganglions lymphatiques qui sont au pli du genou, suivent les vaisseaux sanguins, autour des- quels ils forment des plexus, et se rendent aux ganglions inguinaux profonds situés sur la veine crurale. Quelques- uns de leurs rameaux s'en détachent pour s'anastomoser avec les superficiels; la plupart se rassemblent, au sortir des ganglions, pour accompagner, dans le bas-ventre, les vaisseaux cruraux, ou s'y introduisent avec eux sous l'arcade crurale. Les lymphatiques profonds de la verge traversent immédiatement cette arcade sans s'arrêter aux ganglions de l'aîne; ceux du testicule en totalité; ceux du clitoris et du vagin en partie , pénètrent dans le bassin par l'anneau inguinal.
Les rameaux nombreux , arrivés dans cette cavité, forment des plexus avec les vaisseaux lymphatiques de la vessie, des vésicules séminales , des prostates qui en- tourent particulièrement les vaisseaux sanguins, et tra- versent les ganglions du grand et du petit bassin et ceux
SECÏ. ir. ART. I. RÉSERV. DU CHYLE DE tA LYMPHE. 59
des lombes. Ils sont joints encore par les lymphatiques des muscles de ces régions. A mesure qu'ils s'élèventda- vantage, ils rencontrent des ganglions qu'ils pénètrent, se joignent à d'autres lymphatiques , et composent en- fin, par leur réunion, les branches principales du ca- nal thoracique. Ceux des intestins grêles, après avoir traversé les ganglions mésentériques ; ceux des colons , après s'être divisés dans ceux des mésocolons ; une grande partie de ceux du foie, particulièrement les pro- fonds et ceux de sa surface concave ; les vaisseaux lym- phatiques de l'estomac , du pancréas, de la rate, des reins et des capsules surrénales , se rassemblent autour de l'aorte et de la veine-cave , vis-à-vis des colonnes du diaphragme , forment des plexus qui embrassent le tronc cœliaque et l'artère mésentérique supérieure , auxquels se rendent en dernier lieu les branches rénales. Les ganglions situés sur l'aorte dans le même endroit et sur la veine-cave , ou plutôt les vais- seaux efférents de ces ganglions concourent également à former le tronc commun qui rassemble ces nombreux vaisseaux.
c. Vaisseaux lymphatir/ues de ta tête et du cou.
Les vaisseaux lympliatiqucs de la tête se rendent, soit aux ganglions couchés sur les parotides, sur le buccinateur, le long de la veine faciale ou du bord inférieur de la mâchoire, ce sont ceux de la face, du nez, de la langue, etc. ; soit aux ganglions placés à l'en- droit de réunion des branches de la jugulaire, ceux du péricrâne , de l'arachnoïde, de la dure -mère; et de là ils descendent le long du ad, en suivant les jugulaires,
60 XXV* LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
passent successivement par plusieurs des ganglions qui avoisinent les veines , se joignent aux vaisseaux qui viennent du pharynx et du larynx, reçoivent quelques rameaux de Tintérieur de la poitrine et des glandes axil- laires; ceux du côté gauche se rassemblent en un ou deux troncs principaux qui s'ouvrent dans le canal tho- raciquc près de sa terminaison et dans la sous-clavière. Les lymphatiques du côté droit se rendent, de cette région, à la branche commune qui vient des ganglions axillaires, ou s'insèrent, séparément de cette branche, dans l'angle que forment la jugulaire et la sous-cla- vière.
d. Canal thoracique gattche, ou tronc principal des lymphatiques.
Ce tronc , formé de cinq à six branches principales, commence vis-à-vis la troisième ou la deuxième ver- tèbre lombaire, par une ampoule arrondie ou oblongue connue sous le nom de cysterne du chyle ou de réservoir de Pecquet. Située entre les piliers du diaphragme , cette ampoule se resserre bientôt, devient cylindrique, prend alors plus particulièrement le nom de canat tho- racique, et s'élève dans la poitrine entre le pilier droit du diaphragme et l'aorte.
Parvenu ainsi dans la cavité thoracique, il est d'abord à droite de l'aorte longeant la colonne vertébrale entre cette artère et la. veine azygos. Il se détourne à gauche vis-à-vis la sixième, la cinquième, ou même la qua- trième vertèbre dorsale, parvient au-dessus de la sous- clavière de ce côté ; monte le long du cou jusqu'à la dernière, ou jusqu'à la sixième vertèbre cervicale; se
s;i:cT. n. vMT. 1. KiiStKv. i>t chyli: i>i: i.,\ lymphi:. H]
rélléchit de là derrière la jugulaire gauche , et se porte dans l'angle qu'elle fait avec la sous-clavière. Le canal tlîoracique reçoit, pendant son trajet dans la poitrine, une partie des vaisseaux lymphatiques de cette cavité, qui joignent la partie supérieure de ce canal aprè« avoir traversé les ganglions bronchiques.
Enfin, il est joint, avant sa terminaison, par les lym- phatiques superficiels, du côté gauche du dos et de la poitrine, par ceux du bras, du cou et de la tête de ce côté.
e. Lymphatiques des extrémités supérieures.
Les lymphatiques des extrémités supérieures aboutis- sent par un grand nombre de branches dans les glandes de l'aisselle; les profonds, qui accompagnent les artères, n'y parviennent qu'après aroir traversé quelques petites glandes qui se trouvent au pli du coude. Les superfi- ciels forment sur le dos de la main un plexus assez compliqué. Les uns et les autres communiquent entre eux au pli du coude. Ceux de la partie inférieure du cou, ceux du dos, la plupart de ceux des téguments et des muscles de la poitrine, et de la partie supérieure et antérieure des téguments du bas-ventre, pénètrent aussi dans ces glandes; leurs vaisseaux extérieurs se rassem- blent en deux ou trois branches, puis en un seul tronc, qui passe derrière le muscle sous-clavier et se recourbe en arc pour s'approcher de la veine de ce nom.
f. Canal thoracique droit ou grande veine lymphatique
droite,
La branche principal^ correspondante qui réunit les
6â XXY* LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
vaisseaux lymphatiques de la tête, du cou et de l'extré- mité supérieure du côté droit, rassemble une partie des lymphatiques de la poitrine du même côté et de la moitié droite du diaphragme, et forme, par leur réunion, un tronc assez considérable, mais fort court, qui est proprement le canal thoraciqiie droit.
3°. Terminaisons des vaisseaux lymphatiques,
[La principale est l'embouchure du canal thoracique gauche dans la veine sous-clavière de ce côté, tout près de sa réunion à lajugulaire.il y a deux valvules, à cette embouchure, qui empêchent l'entrée da sang veineux dans ce canal. Quelquefois il se divise en deux branches, dont la gauche se termine comme nous venons de le dire, et la droite va s'ouvrir dans la sous-clavière droite, soit directement , soit par l'intermédiaire du canal thoracique droit.
Celui-ci a son embouchure dans Tangle de réunion de la jugulaire et de la sous-clavière droites.
Quelquefois les branches lymphatiques principaîes qui sortent des glandes de l'aisselle se terminent direc- tement dans la veine axilîaire, ou dans la jugulaire correspondante , et elles ne se réunissent ni au canal thoracique du côté droit, ni à celui du côté gauche.
Il en est de même des lymphatiques de la tête et du cou, qui peuvent aussi aboutir séparément dans la veine sous-clavière.
Les branches efférentes des ganglions bronchiques ou trachéens, auxquelles se rendent les lymphatiques des poumons, se terminent, en moindre nombre, dans le canal thoracique droit, et, en plus grande partie, dans
SECT. II. ART. I. RÉSERV. DU CHYLE DE LA LYMPHE. 63
le canal thoraciqiic gauche, ou clans la veine jugulaire interne, ou dans la sous-clavière de co côté.
Ainsi l'immense majorité de la lymphe et du chyle est versée par les principaux troncs du système des vaisseaux lymphatiques, dans les veines supérieures les plus rapprochées du cœur, après la veine cave.
Nous avons déjà dit, dans les généralités sur le sys- tème lymphatique , que les anthropotomistes admet- taient des communications plus directes entre les ra- muscules lymphatiques et veineux ^ soit hors des gan- glions, soit dans les ganglions lymphatiques. Nous verrons successivement des exemples bien démontrés de ces communications, dans les vertébrés ovipares.]
B. Dans les mammifères,
1 °. Structure , origine et arrangement des lymphatiques dans les organes,
[Nous ne connaissons pas d'observations qui indique des différences de structure entre les vaisseaux lym- phatiques des mammifères, et ceux de l'homme. Seu- lement la structure fibreuse des parois de leurs gros troncs est plus évidente dans les grands mammifères, et ces fibres sont considérées .par quelques anatomistes comme de nature musculeuse.
L'origine des lympatiques a été étudiée comparati- vement dans plusieurs mammifères, soit à la peau, soit dans la muqueuse intestinale, et particulièrement dans les papilles.
Hedwig[\) représente, entre autres, comme Lieber-
(1) Disquisitio ampullarum Lieberkuli nii j)bysico-microscopica. Lipsiae, 1797.
Gi XXV* LT-ICON. DL' FLUIDE NOlTtRlCItr.. ETC.
kûlin, les ampoules des villosités intestinales dans Vlioîiime, le chien ^ le chat, la soiirls , le cheval et le veau ; mais il n'a pu en voir les orifices que dans celles de l'homme et du cheval.
Rudolphi n'a pu découvrir ces orifices , malgré les recherches multipliées chez beaucoup de mammi- fères (i). ]
2". Distribution des vaisseaux lymphatiques hors des organes.
Les principales différences que l'on observe dans la distribution et la marche des vaisseaux lymphatiques hors des organes , tiennent en partie à quelques varié- tés dans la distribution des ganglions et se trouvent, pour l'autre partie, dans l'origine, la marche et la termi- naison du canal thoracique.
a. Différences principales dans les ganglions lymphatiques.
Il est très-fréquent, comme nous l'avons déjà dit, de rencontrer les ganglions lymphatiques du méseii- tère réunis en uujc seule masse vers laquelle co]i- vergent tous les vaisseaux lymphatiques du canal intestinal; ou du moins sont -ils rassemblés souvent en une masse principale, près de laquelle sont placés d'autres groupes plus petits.
[Dans les s//2^é's les ganglions lymphatiques sont nom- breux et très-dispersés comme dans l'homme. Les lému- riens les ont plus rapprochés ; les insectivures les ont plus
{4) ^l^lans;es d' Àuaiomie et de yUyiiohgl^t Bei^in* d$0^« (En aUemaBd)
SECT. II. AÏIT. I. RÉSEÎIV. DU OTiYLK ET DE LA LYMriIE. 65
rassemblées (la taupe) quand ils sont plus exclusive- ment carnassiers; ou plus séparées, quand ils sont aussi frugivores (\e. hérisson). jDans Vours , le plialan^cv brun^ etc. , les ganglions lymphatiques ne forment qu'un seul groupe ; dans la belette il y en a deux; dans le cliien, le cliat, le lion, le darjphin, il en existe un principal, le Y)vc{cndu pancréas, sui\ suit ^zellius, près duquel il y en a d'accessoires. Dans le galéopithèque, dans les rongeurs, et particulièrement dans le rat vulgaire, dans les pachyder- mes, les tardigrades^ les ruminants, ils sont séparés, quoique les principaux soient toujours plus ou moins rapprochés de la naissance du mésentère.
JNous croyons pouvoir tirer la conséquence, de ce pe- tit nombre d'exemples que nous pourrions multiplier, qu'il paraît y avoir un rapport entre l'arrangement des ganglions lymphatiques des mésentères et celui du canal intestinal, et qu'ils paraissent, en général, beau- coup plus dispersés dans les animaux qui ont de longs et de gros inte^ins, et par conséquent dans les herbi- vores^ que dans les carnassiers.
b. Différences dans la disposition des principaux troncs*
Quant aux différences que présente Iç canal thora- cique, nous ne nous arrêterons pas à les détailler. Assez souvent il commence par une ampoule, ou dilatation plus ou moins grande et irréguhère, dans laquelle vien- nent se terminer les vaisseaux lymphatiques à^s extré- mités inférieures , et ceux des viscères abdominaux. Cette ampoule était placée, dansun lion où nous l'avons observée, au-dessus du rein gauche, vis-à-vis de sa partie antérieure. Elle manquait dans le dauphin^ chez lequel 6. 5
66 XXY* tEflON. Ï)U FT.LÎDE NOIP.BÎCTER, ETC.
le canal thoraciquc était beaucoup plus compliqué dans sa marche que dans l'homme, et se divisait , avant sa terminaison, en deux branches principales qui s'ou- vraient à côté lune de l'autre dans la veine jugulaire
gauche.
[On voit souvent sortir de la citerne lombaire deux troncsdistincts, qui s'avancent surlesdeuxcôtésdu corps des vertèbres , s'envoyent des branches transverses de communication et s'écartent l'un de l'autre en avant de lapoitrine, pour gagner les sous-clavières droite et gau- che, et s'y terminer , après s'être encore séparés en deux ou trois branches (i).
Dans le phoque, l'existence des vaisseaux chylifères efférents des glandes mésentériques, qui avait été niée par MM. Tiedemann et Folimann, a été constatée par M. Knox[2), Leurs branches se réunissaient en un tronc principal qui contribuait à former un très-large réser- voir du chyle. Il en sortait un canal thoraciquc large et droit, se terminant au confluent des soys-clavière et ju- gulaire gauches.
L'existence des chyHfères efférents et leur commu- nication, d'un côté avec les afférents, de l'autre avec le canal thoraciquc, a été constatée par le même anato- miste dans le dauphin^ comme elle l'avait été dans la baleine. ]
3. Terminaison des lymphatiques dans les veines. [Des anatomistes célèbres afiirment avoir vu la
(i) Messis aureaexhibensû wa/om/ca, etc. Heidelbergae, 1659. (è) Edinb. Med. and surg. Joitrnaf, U july 1824.
SECT. TT. \RT. 1. RVSF.P.V. DV CHYET; ET DE tA LTMPHE. 67
coLnniunicatioii ininiédiate des cbylifères cffércnts des glandes mësentériqiios, dans les veines du mésentère, et celle d'autres lymphatiques , avec les nveines des reins.
M, Knox n'a pas trouvé cette communication dans le p/iocffic ruigaire ni dans le dauphin.
M. J. M aller (i) ne l'adopte pas dans l'homme, ni dans les mammifères, et pense que la lymphe et le chyle n'arrivent dans le système veineux, que par les princi- paux troncs lymphatiques, qui versent ces liquides dans les veines sous-clavière ou jugulaire.
Nous pensons qu'on peut en trouver la raison physio- logique dans la nécessité, pour les chylifères du moins, d'éviter la veine porte, et de transporter la lymphe et le chyle dans le système veineux au-delà de cette veine, dont le sang est suffisamment, chargé d'éléments pro- pres à la sécrétion de la bile. La graisse du chyle et ses autres éléments auraient exagéré cette sécrétion, et diminué, dans une trop grande proportion, le fluide réparateur du sang , avant qu'il eût été suffisamment animalisé.]
C. Dans les Oiseaux.
1 . Structure des vaisseaux lymphatiques, leur mode d'o^ rlglne et leur arrangement dans la composition des organes,
[La possibilité d'injecter une partie des ramuscules lymphatiques par voie rétrograde , prouve que les val-
(1) Physiologie, p. 258.
68 XXV* lECON. DU FLLIDE NOUmaCIER, ETC.
Villes y sont moins nombreuses et moins résistantes que dans les mammifères. Cependant ces injections rétro- grades sont rares.
Ces vaisseaux ont deux tuniques, une interne moins résistante; l'autre externe fibreuse, entre lesquelles s'infiltrent quelquefois les injections (i).
Je ne connais encore aucun travail sur la disposi- tion et l'arrangement des vaisseaux lymphatiques des oiseaux, dans la structure intime de leurs organes, pas plus que sur leur origine dans les cavités digestives, que l'on puisse citer à côté des travaux sur cette matière , de MM. Panizza et Fokmann, chez les reptiles et les poissons.
2. Marche et disposition générale des vaisseaux lympha- tiques au sortir des viscères ou des organes^ jusqu^d leur terminaison dans les veines.
J'ajouterai à la description succincte que nous avions donnée, d'après lieivson^ dans notre première édition , description dont les travaux de MM. Tiède- mann (2), Folimann (5) eXLauih (4) n'ont fait que con- firmer l'exactitude, quelques détails d'après les prépara- lions des lymphatiques de l'oie de ce dernier anatomiste.
Les lymphatiques des extrémités postérieures for-
(\) M. Laulhf Mémoire sur les vaisseaux lymphatiques des oiseaux, Jnnala; des Sciences natttr.^ t. 3, p. 386.
(2) Analoraie and Naturgcscbichle der Voegel. 1810, 1. 1, p. 033.
(;;) Recherches sur l'union des vaisscfiux lymphatiques avec tes veines. Hei- deîberg, 4 821, p. 63. En allemand. Co travail a été publié en français, par M.Breschel, dans les Alémoircs de la Société d'émulation, avril 1836.
(4) Eyyoi .s«»' f^s laiasfaucc lymphaiifjucs. Strasbourg, 182^, etlc mémoire déjà filé.
vSJBCT. II. xVKT. 1. UEM,K\. DL CUYLL lil Dli LA LY Ul'ilL. G9
ment deux branches latérales pour chaque doigt, qui s'envoyent un ou plusieurs rameaux de communication à travers la membrane interdigitale des trois doigts an- térieurs.
Ces branches digitales se réunissent dans un plexus qui enveloppe particulièrement le tarse, formant en bas et en avant de larges mailles, et des mailles très-serrées sous l'articulation de cette partie avec la jambe. Ce même plexus devenu de nouveau plus lâche, s'élève jusque près du milieu de la hauteur de la jambe. Il en sort deux branches qui se réunissent en un seul tronc sous l'articulation du genou. Ce tronc fémoral s'élève le long des vaisseaux de la cuisse en formant plusieurs divisions ou réunions successives, et pénètre dans le bas- sin à travers l'arcade crurale.
Les lymphatiques profonds du bassin composent un plexus remarquable autour des veines rénales, dont les principales branches se terminent directement dans ces veines ou dans les veines sacrées. Deux autres plexus, à mailles très-serrées, se voient près de l'aorte en ar- rière de la naissance des artères iliaques et des artères rénales.
Mais le plexus le plus compliqué est sans contredit le plexus aortique, qui réunit les branches du reséau qui entoure la mésentérique supérieure et celui du tronc cœUaque.
Le premier de ces réseaux communique avec le plexus rénal et se compose des rameaux nombreux qui accompagnent les rameaux de l'artère mésentérique supérieure. Ce sont la plupart des vaisseaux lactés pro- prement dits. ]
On voit que les vaisseaux lyrapatiques des pied>. de^'
70 XXV* LEÇON. DU FLUIDE NOUIUUCIER, ETC.
jambes et des cuisses, ceux du bassin, des organes de la génération, des reins et de tous les viscères de la di- gestion, se rassemblent autour de Taorte aux environs du tronc cœliaque , et y forment un plexus d'où par- tent deux canaux thoraciques. Ceux-ci, dont le dia- mètre très-variable peut excéder souvent une ligne, s'avancent sous les poumons, dont ils reçoivent les lymphatiques, et se portent très-obliquement en dehors jusqu'au côté interne des jugulaires, où ils s'insèrent, un peu en deçà de la réunion de ces veines, avec les sous-clavières. Le canal tlioracique gauche rassemble dans ce trajet une branche qui lui vient de l'œsophage , et il se réunit, peu avant sa terminaison, avec la bran- che correspondante des vaisseaux lymphatiques du col et de la tête. La branche droite de ces derniers vais- seaux, après avoir traversé, comme la première^ une glande lymphatique fixée sur la veine jugulaire de son côté, se divise en deux autres branches, dont l'une s'ou- vre immédiatement à la face interne de cette veine, et l'autre va joindre l'extrémité du canal tlioracique droit. C*ési également à l'extréittité des canaux thoraciques que se rendent les lymphatiques des ailes.
[il est remarquable que les lymphatiques de la tète et du cou, du côté droit, aboutissent directement à la veine jugulaire, ainsi que l'avait déjà obsét-vé Hervsan, et qu'ils n'envoyent qu'un petit rameau au canal tlioracique de ce côté. On trouve les principales branches de cette région , près de la veine jugulaire de chaque côté , tandis que celles de l'aile sdnt plus raprochées de l'ar- tère brachiale,]
SECT. II. ART. I. RÈSERV, DU CHYLE ET DE LA LYMPHE. 7 j
3. Teï*minaison$ des vaisseaux lymphatiques da ns les veines,
[Nous venons de voir que le canal tlioracique droit ne verse dans la veine jugulaire de ce côté , qu'une très- petite partie de la lymphe du cou et de la tête, et que la branche droite des lymphatiques de cette région 6*ouvre directement dans la même veine. Il en résulte que la lymphe de la moite droite de la poitrine, du cou et de la tête, arrive, par deux points, dans la jugulaire ||^ droite.
Du côté gauche, le canal thoracique qui est Tabou- tissant des lymphatiques du cou et de la tète du même côté, se décharge dans la jugulaire par une embouchure, et dans la sous-clavière par deux. Au reste ces circon- stances sont variables.
Toute la lymphe ne fait pas un aussi long trajet - avant d'être mêlée au sang veineux.
On a constaté, dans cette classe, que les rameaux les plus nombreux qui composent le plexus rénal, s'ouvrent dans les veines rénales et sacrées (i).
Quelques rameaux du grand plexus aortique se ren- dent de même directement dans les veines voisines, ce qui, à notre avis, est plus étonnant, parce que ces veines appartiennent au système de la veine-porte, dont le sang doit servir à la sécrétion de la bile {2),]
D. Dans les Reptiles,
(1) M. Lauthy mémoire cité. Annales des Sciences nalur.<, t. 3, p. 393.
(2) Voir ce que nous avons dit, à ce sujet, page ti de ce voluitie.
7â XXV' LEÇON. DU ^LlilDE NOURRICIER, liiC.
1 . Structure , origine des vaisseaux lymphatiques et Leur arrangement ou leur disposition dans les viscères ou dans les organes,
[Nous examinerons ces différents points dans les quatre ordres de cette classe (i).
Les vaisseaux lymphatiques des reptiles paraissent manquer entièrement de valvules, excepté à leurs em- bouchures dans les veines. La facilité des injections ré- trogrades en est la preuve.
Leur origine ne se fait pas par rameaux isolés. Ceux qui sont les plus rapprochés de la surface intestinale, ou de ]a peau, composent des réseaux lins, continus, dont aucun ramuscule évident ne se détache pour se rapprocher encore davantage des molécules absor- bantes qui sont en contact avec la peau et les parois des intestins, ou pour s'aboucher avec les vaisseaux sanguins.
a. Les Tortues (2).
Les lymphatiques du canal alimentaire , particuliè- rement ceux de l'intestin et de l'estomac, forment deux couches principales : l'interne est un réseau extrême- ment fin, dont les fds ne se voyent bien qu'à la loupe, sont très-rapprochés de la surface interne de l'intestin, enlacent les vaisseaux sanguins, et s'en distinguent par leur continuité.
(1) En profilant des beaux travaux de M. Panizzn. Voir son ouvrage ayant pour titre , Sopra il sistema Unfatico dei rettUi etc. Pavia, 1833. in-fol., avec VI pi.
(2) Op. ni, , pi 1, II, m.
SECT. II. ART. T. UvlSliRV. DU cnvill ET DE LA Î.YxMMlE. 73
La couche externe est formée de ramusciiles un peu plus gros, qui sont tellement nombreux, qu'ils se tou- chent, et recouTrent entièrement la surface intestinale, après une injection heureuse. Leur direction est plus longitudinale que transversale, et leur disposition on- dulée ou vermiculée, qu'on me permette ce terme.
Les lymphatiques de ces deux couches servent à for- mer un réseau plus extérieur, qui recouvre la der- nière , de grosses branches confluentes , à mailles lâches , inégalement dilatées , lesquelles portent la Ivmphe ou le chyle dans les branches et les troncs principaux des mésentères.
Ils rassemblent les lymphatiques d'un quatrième réseau, appartenant au péritoine, et dont les mailles sont très-serrées et les fils très-fms.
Dans la vessie urinaire et les oviductus^ les réseaux lymphatiques ont une disposition analogue.
Ils forment dans les poumons une couche superfi- cielle à rameaux plus gros, à mailles plus lâches, et une couche profonde à ramuscules très-fins.
Le réseau extérieur de la vésicule du fiel est à mail- les rares. Celui de la rate se compose de branches con- fluentes et formant de gros sinus. Mais cet organe a des lymphatiques plus lins, qui accompagnent dans l'inté- rieur de son tissu les ramifications des veines, et vien- nent aboutir à sa surface.
Les lymphatiques du testicule ont plutôt une dispo- sition ramifiée et arborescente, en grossissant à mesure qu'ils se portent du bord externe au bord interne de cet organe , tout en formant entre eux .beaucoup d'îles et d'anaetomoses.
7i XXV* LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC .
Le tissu adipeux que Ion trouve entre le péritoine et la carapace est rempli de vaisseaux lymphatiques.
Ceux du péritoine sont fins et nombreux; leur direc- tion est généralement d'avant en arrière.
Le foie paraît n'en avoir que très-peu. 'M.^Panizza n a pu les injecter, non plus que ceux de l'œsophage.
b. Les Sauriens.
On connaît les vaisseaux lymphatiques du Caïman à museau de brocliet, et ceux des lézards.
Dans le jiremier (i) le cloaque , le rectum , le canal intestinal renferment plusieurs réseaux de vaisseaux lymphatiques, dont la forme et la disposition varient.
Il y en a un à la surface interne, et l'autre à la sur- face externe du cloaque, dont les mailles sont serrées, et dont les vaisseaux forment des circonvolutions.
Dans le rectum , les lymphatiques forment deux couches extérieures, l'une profonde, l'autre superfi- cielle ; celle-ci est composée de vaisseaux plus fins et dont la direction est longitudinale; la première a des vaisseaux plus gros et leur direction est transversale.
L'intestin grêle a de même deux réseaux extérieurs de lymphatiques, l'un superficiel (le péritonéal) et l'autre profond.
Il y a de 'plus un réseau interne dont les mailles et les fils sont très-fins, lequel pénètre jusque dans les vil- losités intestinales.
L'estomac ne paraît pas riche en vaisseaux lympha- tiques.
(1) Op.Clt,, pi. lY.
SEi:T. H. AKT. 1. KÉSERf. DU CHYJLK liT DJi lA J.ÏMPHK. 75
Les vaisseaux des poumons forment un réseau à mailles partaj:;ées et iné^ulières.
Le eœur est comme enveloppe par un réseau à mailles rhomboïdales.
M. Panlzza n'a pas pu injecter les vaisseaux lympha- tiques du foie, non plus que ceux du testicule, et ceux du péricarde.
Dans les lézards ( i ) (le lézard vert) les lymphatiques forment un beau réseau autour des corps caverneux , et, autour du cloaque, un réseau compliqué.
11 est remarquable que M. Panizza n'a pu injecter ni les lymphatiques des membres, ni ceux des testicules et des reins.
€. IjBs Opkidiens (2).
Toute l'étendue du canal alimentaire , à l'exception de l'œsophage, a beaucoup de vaisseaux lymphatiques. Ils y forment deux couches, une profonde composée de vaisseaux plus fms, et l'autre superficielle, formée de vaisseaux plus gros.
Les reins sont riches en vaisseaux lymphatiques.
d. Les Batraciens.
Les viscères des batraciens n'offrent rien de particu- lier à ce sujet.
(1) Op, cit., p!. VI, fjg. IV et V.
(2) Op» cit., pi. V, fig. I el II, pi. VI, fig. 1, net uu
7^ XXV*^ LEÇON. DU FLtinii lNUUIUUCIEK, ETC.
». Marche des vaisseaux lymphatiques hors des organes , jusqu'à leurs embouchures dans les veines.
Les parties centrales du système lymphatique des reptiles , celles qui répondent à la citerne lymphatique des mammifères, et à leur canal thoracique , ont un développement , une ampleur extraordinaire dans ces animaux. Ce sont de grands sacs séreux qui ne sont jamais entièrement reuiplis de lymphe , mais qui éta- blissent cependant une communication entre les lym- phatiques des viscères et d'autres organes, et les veines qui sont en avant du cœur. Ces réservoirs embrassent les principales artères, et même les veines qu'Ui ren- contrent dans leur trajet, et leur servent de gaine.
Les lymphatiques des organes s'y rendent en for- mant des plexus, des chaînes, des cordons ou des bran- ches isolées, plus on moins noueuses et inégales dans leur calibre.
Nous décrirons successivement ces parties dans les quatre ordres de cette classe. ]
a. Les Tortues,
D'après Hewson, ceux de la partie postérieure du corps se rendent, d:ins là tortue, à un plexus qui envi- ronne l'aorte droite, et de là dans un réservoir situé plus avant sous l'aorte gauche. Celui-ci donne nais- sance à deux canaux thoraciques, ou plutôt à plu- sieurs branches principales, qui s'avancent ou se divi- sent jusqu'aux sous-clavières de chaque côté , en for- mant, dans cet endroit, deux plexus assez compliqués
SFXT. II. ART. I, KKSEKV. DU (.IIYJ.E ET DE LA LYxMPHE . 77
avec les vaisseaux lymphatiques des extrémités anté- rieures de la tête et du cou. Du plexus droit sortent deux branches qui s'insèrent dans la jugulaire, près de sa jonction avec la sous-clavièrc; le gauche n'en fournit qu'une, dont l'insertion se fait dans l'angle de réunion de ces deux veines.
[Bojanus (i) a représenté le réservoir de la lymphe et ses branches principales, dans YEmyde d'Europe , ainsi qu'une partie des vaisseaux lymphatiques du mésentère.
Panizza a décrit et figuré les lympatiques de la caouane.
Les vaisseaux lymphatiques des membres posté- rieurs, formant les plexus cruraux antérieurs et pos- térieurs; les lymphatiques du cloaque et du rectum, les lymphatiques des reins formant le plexus rénal ; une partie de ceux des poumons, du péritoine, et du tissu adipeux de chaque côté de la cavité commune , réunis au plexus sacré , composent, dans cette tortue de mer^ le grand réservoir de la lymphe et du chyle, ou la par- tie centrale du système lymphatique.
Les branches ou les troncs lymphatiques qui s'y ren- dent sont la plupart très-gros et très-noueux. Ce réser- voir est situé au côté gauche de la veine-cave posté- rieure, immédiatement sous la colonne yertébrale et au-dessus du rectum ; il enveloppe tellement l'aorte qu'il paraît la renfermer. 11 s'avance ainsi le long de la ligne médiane entre les deux poumons, jusque vers le cœur, où il se sépare en deux branches , qui sont les deux canaux tlioraciques.
Dans ce trajet ii reçoit : les lymphatiques du méso-
(l) Anfltf^r- Tostiuljnis Ftnvopfpy yilpip, 'içfp— 1S;jl, pl.xxvi, fie;, -X^k, 455.
78 XXV^ LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
rectum, des testicules, ou des ovaires, et des oviductus, et quelques-uns des poumons et des reins; le tronc des chylifères d une grande partie de l'intestin ; enfin, peu avant sa division en deux Î3ranches, le tronc considé- rable des vaisseaux chylifères du duodénum, de l'esto- mac et les lymphatiques du foie, viennent s'y réunir du côté gauche.
Les deux canaux tlioraciqaes à peu près d'égale gran- deur, ont un développement extraordinaire. Ils se portent en avant, entre la colonne vertébrale et le cœur, jusqu'à la région du cou, en formant comme un sac de ce côté ; ils enveloppent les troncs aortiques et pulmo- naires, se replient en dehors et en arrière, parleur bord externe, vers la sous-clavière de leur côté, et s'y termi- nent. Ils reçoivent, dans leur trajet, les lymphatiques des extrémités antérieures, ceux du cou et de la tête, et de petits plexus des muscles et du tissu adipeux si- tués plus en avant qu'eux.
Une circonstance que nous devons faire remarquer ici, c'est que les vaisseaux artériels qui semblent conte- nus dans ces réservoirs lymphatiques et percer leurs parois, quand ils en sortent, sont enveloppés par la membrane externe de ces réservoirs, à la manière du péricarde relativement au cœur , ou de la membrane externe du sinus de la dure-mère , relativement à la carotide interne. De sorte que leur membrane externe est en contact avec l'externe de ces réservoirs et ne peut être macérée par la lymphe dans laquelle ces vais- seaux semblent plongés.
Un nombre infini de filaments (i) traversent le vide
(1) Op. cit. , taW. m, fig. VI, rt p. 9, S^e coL
SECT. TT. ART. T. RKSKRV. hV CHYtE ÏT DE L\ LYMPHE. 79
qui existe entre les parois artérielles et celles des réser- Toirs ou des principaux troncs lymphatiques (i).
1). Les Sauriens,
Dans le Caïman à museau de brochet^ le plexus pel- vien moyen ou sacré, J'ormé par les troncs qui viennent de la queue, par les plexus pelviens latéraux, par les lymphatiques des membres postérieurs, etc. , se voit sons la vertèbre qui répond au sacrum.
Ce plexus se continue le long de l'aorte et de la veine- cave , surtout aux côtés de la première, qu'il entoure dans quelques points, et forme le réservoir principal des lymphatiques. Ce réservoir reçoit les rameaux les plus avancés des plexus pelviens latéraux, ceux des reins et ceux des lombes, vis-à-vis la troisième et la quatrième vertèbre lombaire. .
De là se portant un peu à gauche et au-dessus de la
(1) Dimensions «les plus grandes Chèlonées Caouanes de L'Adriatique ou dé la Méditerranée, disséquées par M. Panizza,
Longueur, du bout du museau à la pointe de la queue, 0,820 à 1,290 mètres.
Largeur, 0,645.
Poids, de 12 à 70 livres métriques.
Dimensions de la citerne du chyle dans ces tortues.
Diamètre à son origine, 0,047 mètres. Diamètre avant sa bifurcation, 0,067 mètres. Diamètre du c enduit thoracique droit, 0,0A0 mètres. Diamètre du c onduit thoracique gauche, 0,034 mètres. A la vérité il y en avait deux à gauche dans l'individu observé, dont les dia- mètres excédaient celui du côté droit. I^e tronc le plus considérable s'abouchant dans la citerne avait 0,020, Et celui provenant de l'estomac, 0,017.
èO XXV" LEÇON. DO FLLiDE NOURRICIER, ETC.
veine cave , il rassemble les lymphatiques du plexus mésentérique.
Parvenu vis-à-vis la réunion des deux aortes, ce mê- me résexvoir se divise en quatre troncs, qui répondent au canal thoracique. Ces troncs se réunissent et se sé- parent successivement plusieurs fois dans leur marche en avant. Enfm ils forment deux faisceaux, en s'écar- tant à droite et à gauche, lesquels rassemblent, avant de ^2 terminer dans la sous-clavière correspondante, les lymphatiques du cœur, de la tête et du cou, et ceux des membres antérieurs.
Le réservoir central des Ij-mphatiques, dans le lézard vert , commence en deçà de l'anus par un cul-de-sac. Il reçoit les lymphatiques des membres postérieurs , des reins, du rectum ; s'avance dans l'abdomen , se di- late considérablement, rassemble les lymphatiques des intestins grêles, une partie de cejux de l'estomac ; un peu plus avant que le commencement de ce viscère, il forme une étranglement qui semble la limite entre la citerne proprement dite et le canal thoracique.
Celui-ci marche entre l'œsophage et la colonne ver- tébrale, un peu à gauche, puis entre celle-ci et le poumon gauche.
Parvenu sur le cœur, il se divise en deux branches divergentes, qui se portent en dehors, se recourbent en arrière presque jusqu'au niveau de la pointe du cœur, OÙ la branche droite s'attache aux parois de la veine- cave antérieure et s'y termine.
c. Les Ophidiens,
La citerne des lymphatiques, dons les ophidiens et les
SECT. II. ART. I. RÉSERV. DU CHYLE ET DE LA LYMPHE. 81
couleuvres en particulier , enfermée d'abord entre les lames du mésentère, commence en arrière au devant de l'anus, et s'avance entre l'intestin et la colonne ver- tébrale, en s'élargissant beaucoup, puis en prenant une forme conique pour se terminer en cul de sac, vis-à-vis le commencement de l'estomac.
Cette citerne, formée d'abord par les lymphatiques de la queue et des pénis, reçoit bientôt ceux des reins, des testicules, de l'intestin, de l'estomac et des parties de l'épine dorsale correspondante.
Un peu avant sa terminaison en cul de sac, à l'en- droit de sa plus grande largeur, il s'en détache plu- sieurs branches, qui, réunies en un seul tronc, forment le canal thoracique gauche,.
Celui-ci se porte à gauche, au-dessus du canal' tho- racique droit, s'avance entre l'estomac et le foie, puis entre le foie et l'œsophage, puis à gauche de l'œso- phage, et parvient à la région du cœur.
Le canal thoracique droit inférieur ou antérieur, commence en arrière par un cul de sac étroit , qui se voit au-delà du pancréas. Il reçoit immédiatement quelques rameaux de la citerne du chyle , puis des plexus du pancréas, de la rate et de la vésicule du fiel. Il s'avance au-dessus de la veine-porte et de la veine- cave, entre les lames du l'épiploon; reçoit trois bran- ches considérables du canal thoracique droit , la plu- part des lymphatiques de l'estomac, et prend bientôt un très-grand diamètre pour envelopper le foie ; il se ré- trécit de nouveau au-delà de ce viscère, pour s*avancer sous le poumon, jusqu'au côté droit du cœur, près de l'entrée de la veine-cave dans le péricarde, où il se ter- ^, 6
8â XXV' LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
mine par un cul de sac. Il reçoit, dans sa dernière por- tion, plusieurs troncs pulmonaires.
Trois autres canaux lymphatiques considérables, un moyen et inférieur, les deux autres latéraux , règqent dans toute l'étendue du corps, depuis la tête jusqu'à la base du cœur, et apportent au plexus cardiaque îa lymplie de la partie antérieure du corps.
Ce plexus cardiaque, qui se yoit en avant de la base du cœur, est le confluent de tous les lymphatiques du corps et en forme comme le réservoir central. Il se compose, i" des trois canaux lymphatiques antérieurs que i)0U3 venons d'indiquer ; 2° du canal thoracique gauche, qui s'y termine directement par une branche principale gauche et par une autre médiane; 5° d'un tronc qui réunit les lymphatiques du poumon et du ca- nal thoracique droit.
Ce réservoir s'ouvre dans la veine-cave antérieure.
d. Les Batraciens.
Parmi les batraciens, nous citerons la salamandre terrestre (1). Son réservoir lymphatique s'étend de- puis l'anus jusqu'aux environs du pylore. Il sp dilate en s'avançant dans l'abdomen , et se divise en deux branches, les deux citernes lombaires, vis-à- vis l'ovaire ou le testicule, lesquelles reçoivent les chy- lifères et la plupart des lymphatiques des testicules ou de l'ovaire.
Ces deux citernes se réunissent plus avant, â peu
(4) Pnnhui^ op. cit.^ pi. V, fig. m, iv et ?.
SECT. II. ART. I. RÉSERV. DU CHYLE ET DE LA LYMPHE. 83
•près vis-à-vis la portion pylorique de l'estomac, pour Ibrmcr le canal thoraciqiic, qui s'avance le long de la co- lonne vertébrale entre les deux poumons , jusqu'à la région du cœur, où il se bifurque.
Cbaque branche s'unit au plexus axillaire de son côté qui rassemble les lymphatiques des extrémités, du cou et de la tête, et se termine dans la sous-clavière du même côté, par deux ou trois petites embouchures. Il Dans les grenouilles la citerne lymphatique est une énorme poche qui s'étend du bassin jusqu'à la pre- mière vertèbre cervicale, entre les parois supérieures de ]a cavité viscérale et les viscères (i).
3. Terminaison des vaisseaux lymphatiques dans les vehies. Cœurs lymphatiques.
Les reptiles nous offriront une particularité orga- nique bien remarquable. Outre la terminaison ordi- naire des principaux troncs lymphatiques dans les vei- nes caves, axillaires et sous-clavières , ou jugulaires, on a encore reconnu, chez plusieurs animaux des trois derniers ordres de cette classe, que quelques rameaux lymphatiques aboutissaient dans de petites capsules, qui présentent des contractions et des dilatations alter- natives, et qui versent immédiatement la lymphe qui les remplit , dans de petites branches veineuses ; ces capsules sont des cœurs lymphatiques.
(1) Op. cit., pi. VI, ûg. IX,
XII.
84 XXV' LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIEÏÎ, ETC.
a. Terminaison générale des principaux ti^oncs lympha- tiques dans les veines les plus rapproc/iées de l'oreillette droite.
C'est dans les sous-clavières, de chaque côté , que les deux canaux thoraciques des ché Ioniens ont leur em- bouchure. On y voit deux ou trois ouvertures elliptiques garnies d'un rebord vahulaire , qui empêche le retour de la lymphe dans les troncs lymphatiques (î ).
Dans les crocodiliens j, c'est aussi dans les sous-cla- vières que se terminent les deux faisceaux des troncs lymphatiques principaux, répondant aux canaux thora- ciqiles, qui y versent la plus grande partie de la lymphe, par trois embouchures étroites, dont la direction est la même que celle du cours du sang (2).
Dans les lézards ( le lézard vert ) , il paraîtrait que la veine-cave antérieure reçoit la lymphe du canal tho- racique droit, qui parvient à cette veine après s'être glissé contre Toreillette de ce coté.
Dans les ophidiens j, et particulièrement dans la cou- leuvre verte et jaune {Daud.), la citerne cardiaque dans laquelle se termine le canal thoracique gauche, et où viennent aboutir les lymphatiques du cou, ainsi qu'une branche de communication du canal thoracique dïoit, s'ouvre dans la veine-cave antérieure, à quelques milli- mètres (vO) de son entrée dans l'oreillette droite.
(i) Op. cit. , tab. ni, fig. ïv et v. (2) Op. cit. , tab. IV. 51. p) Op. c. t. V, Tï, rig. 8.
SECT. n. ART. I. RÉSERV. DU CHYLE ET DE LA LIMPHE. 8.)
Elle y verse la lymphe par deux ou trois très-petites embouchures , lesquelles sont munies chacune d'une valvule, qui permet l'entrée de la lymphe dans la veine- cave, et qui empêche son retour dans la citerne.
Le canal thoracique droit se termine dans la veine- cave postérieure très-près de son entrée dans le péri- carde (ibid^ fig. 55) , en formant un cul de sac.
Les deux branches thoraciques des salamandres s'ou- vrent dans les sous-clavières de chaque côté , ainsi que nous l'avons déjà dit, par plusieurs petites embou- chures.
b. Terminaison des lymphatiques dans les veines par l'intermédiaire des cœurs lymphatiques.
L'existence des cœurs lymphatiques a été constatée dans les trois derniers ordres des reptiles. Les chèloniens seuls en paraissent dépourvus.
Situés le plus souvent à l'extrémité postérieure du corps, ils versent dans le système veineux une partie de la lymphe des parties du corps les plus reculées.
Les cœurs lymphatiques du crocodile se voient de chaque côté entre le bord supérieur du bassin et l'apo- physe transverse de la première vertèbre caudale. Ils se composent d'une vessie longue de 0,01 5 mètres, qui en a 0,007 de large (l'animal ayant 0,870 mètres de long), qui communique avec le système veineux affluant du rein.
Dans le lézard vert, ils ont la même situation. Ils s'ouvrent dans une vésicule qui se jette dans la veine principale du membre postérieur correspondant.
è6 XXV" LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
Les cœurs lymphatic/aes des couleuvres sont situés à Toriginedela queue, en dessus. Ils communiquent avec un rameau de la veine caudale, et ils reçoivent des vâié- seaux lymphatiques de l'extrémité postérieure de la ci- terne du chyle (i).
On les trouve dans la même position et aVec les mêmes rapports, dans les pillions (2) , c'est-à-dire que des rameaux transverses y conduisent la lymphe de- puis l'extrétnité postérieure de la citerne du chyle , et que les coeurs lymphatiques sont situés hors de la cavité abdominale, dans une cavité particulière , bornée en avant par la dernière côte. Chaque cœur reçoit la lymphe par trois embouchures qui se voient à sa face dorsale, et la verse dans ces veines par deux orifices percés à son extrémité antérieure. On y distingue trois membranes, une intérieure cel- lulelise. Une moyenne musculeuse, dont les faisceaux sont arrangés comme dans le cœur des animaux supé- rieurs, et l'intérieure qui forme des replis valvulaires polir empêcher le sang veineux de refluer dans le sys- tème lymphatique. Ces cœurs lymphatiques sont sans péricarde; ils adhèrent aux parois environnantes, et sont sous la dépendance des mouvements des muscles de la queue qui les avoisinent.
Dans un pithon tigre de sept pieds de longueur, celle de chaque cœur lymphatique était de six lignes; ils avaient quatre lignes et quart de diamètre.
(1) Ibid. tab. vi, f. 11, 7etfig. m, 7.
(2) Observations de M. Ed. TVcbcr {Archiver d'Jnatomie et de Physiologie de J. Millier y t. Il, 1835), Gt Iiépertoire d' Jnalomlc el de Pf\ysiôhgte (le l\t. ^n- lentin, t. i, p. 76 el 29Zj, el labl. ii, fig. 39, l\0 ul Al.
SECr. li. ART. 1. RÉSERV. bi' CHYLE ET IMi LA LYMPHE. 87
Les grenouilles ont quatre cœurs lymphatiques, deiix pelviens, qui correspondent à ceux que nous venons de décrire dans les ophidiens et les sauriens , et deux sca- pulaires, qui sont situés à langle postérieur des omo- plates.
Les premiers reçoivent la lymphe d^ l'extrémité pos- térieure de la citerne, par des branches lymphatiques transverses, et la versent dans une veinule qui la char- rie dans la veine crurale de chaque côté.
Les cœurs scapulaires communiquent avec des vei- nules qui se réunissent à des rameaux communiquant dans les sous-clavières (i).
Les crapauds et les salamandres, suivsint M. J. Miiller, auraient aussi des cœurs lymphatiques. Panizza n en fait pas mention dans ces derniers batraciens. ]
E. Dans les poissons.
1 . Structure des vaisseaux lymphatiques , leur mode d*orîgine et leur arrangement dans la composition intime des organes.
[Il sera plus particulièrement question, dans cet ar- ticle , des vaisseaux lymphatiques chylifères de Testo- mac et du canal intestinal, parce qu'ils sont mieux connus que ceux des autres organes.
On a comparé leur structure à celle des membranes séreuses (2) dont la face interne est unie , et la face
(1) J. Millier, Annales de Physique et de Chimie de Berlin, 4822, et Annales des Sciences natur., 2"'^ série, t. i, p. S/jO, et M. Panifia, oj), clî. ,
(2) M. Fohniann, op. cit., p. 80.
88 XXV"^ LEÇON. DU FLUIDE KOURHICIER, ETC.
externe adhérente et plus ou moins celluleuse. C*est en effet par leur paroi extérieure, qui est moins dense que Tinterne , et qui présente une apparence celluleuse et même spongieuse, que les vaisseaux lymphatiques adhèrent entre eux, ou aux organes voisins. C'est par cette surface que se fait l'absorption, non pas à tra- vers des orifices* réguliers, ou des bouches béantes, comme l'avait cru faussement Monro^ en injectant les conduits muqueux de la peau pour des vaisseaux lym- phatiques (i) , mais par imbibition ou par l'attraction capillaire que favorise cette structure spongieuse.
Cette manière de voir est fondée sur l'expérience, comme sur la considération de la structure de ces vais- seaux. Les injections les plus heureuses ne font pas sortir une goutte de mercure à travers ces prétendues bouches absorbantes, dans la cavité de l'intestin.
Les vaisseaux lymphatiques du canal alimentaire des poissons y forment deux couches distinctes, l'une in- terne et l'autre externe. La première est plus particu- lièrement destinée à remplir l'importante fonction de la chylification , à absorber les molécules qui doivent composer le c\\j\e ; nous commendïrons par la dé- crire.
Elle forme, dans les raies (la torpille)^ un réseau serré de vaisseaux vésiculeux, à calibre inégal, qui rem- plit l'intervalle de la valvule spirale (voy. notre t. iv, part. 2, pag. 4oo),et recouvre les deux faces de celle-ci. Les chylifères ont même, le long de cette valvule, un dé- veloppement extraordinaire, qui prouve qu'ils reçoivent
{\) Op. cit., pi. xvni, f. 1, R. s. T. U. V. elp. 36. {i) M. Fohmann, p/?. cit.., pi. vu, flg. i el n.
SECT. II. ART. I. RESfiRV. DU CHYLE ET DE LA LYMPHE. 89
des vaisseaux plus petits qui sont dans les intervalles de la valvule, comme cela a lieu pour les vaisseaux san- guins. •
Il y a donc ici une différence essentielle dans ce qu'on pourrait considérer comme l'origine de ces vais- seaux. Ce n'est pas dans la valvule qu'il faudrait la cher- cher, comme dans les replis frangés de la muqueuse intestinale de Vanarrhicfias lupus , que nous allons dé- crire; mais plutôt dans le réseau de vaisseaux plus pe- tits qui remplit les intervalles de la spire que fait cette valvule.
Nous avons indiqué (tom. iv, 2^ part. , pag. 56o) des plis à bord libre frangé, que forme la muqueuse intes- tinale du loup [Anarrhi(^as lupus L. ). Après une heu- reuse injection des vaisseaux lymphatiques, ces plis et leurs franges ne semblent composés que de ces vais- seaux (1). Les plus fins ont leur origine dans les franges ou les papilles intestinales, où ils commencent comme de petits cœcums, sans bouche absorbante ouverte dans l'intestin. Ils se rendent, en se dilatant, et en prenant une direction perpendiculaire, dans une branche princi- pale qui règne le long du bord adhérent de la valvule; cette branche communique par d'autres avec les nom- breux lymphatiques qui forment, dans l'intervalle des replis en question, la couche interne des lymphatiques de l'intestin.
La couche externe des vaisseaux chylifères du canal alimentaire des poissons , y compris celle des appendices pyloriques, quand ils existent, forme tan-
(1) M. Fohmann, op, cit., pi. vin, f. i.
90 XXV* LEÇON, nu FLUIDE NOURRICIEK, ETC.
tôt un réseau très-fiii , tantôt elle se compose de vais- seaux qui ont un développement extraordinaire. Elle présente ainsi, dans sa disposition générale, quelques différences qui pourront devenir caractéristiques de cer- tains groupes, lorsque les observations auront été plus multipliées.
Dans la torpille [\)^ les lymphatiques de cette couche forment des plexus, ou un réseau à inailles fines^ qui enveloppe l'estomac, surtout le long de ses grande et petite courbures, et toute la surface de l'intestin. Les lymphatiques de ces réseaux se rendent dans de grosses branches noueuses qui se voient dans les lames des épi- ploons ou des mésentères , au moment où elles se dé- tachent de l'estomac et du cairal intestinal.
Les chylifères de la couche extérieure de l'estomac et de l'intestin forment ,*dans Vangullle (2), de très-pe- tits rameaux, dont la direction est principalement lon- gitudinale, mais qui s'anastomosent fréquemment par des ramuscules et forment un réseau très-fm. Il s'en détache des branches moins fines , qiii prennent une direction oblique pour se rendre dans de grands siilus ou réservoirs, dont l'un appartient exclusiveiiient à l'es- tomac et règne d'avant en arrière dans toute l'étendue de la face inférieure; l'autre est placé du côté droit entre l'estomac et l'intestin; le troisième, qui est com- mun aux vaisseaux lymphatiques de l'intestin et des organes de la génération, se prolonge dans la longueur du canal intestinal. Les sinus reçoivent aussi les chy- lifères de la couche interne.
(1) Or> a<.,pl. I, ;2) Op. cil., pi. m.
SECT. II. AKT. I. RIlSEKV. DU CHYLE ET DE LA LYMPHE. 91
Les lymphatiques dos org'anes de la génération s^ rendent par des branehes transversales. C'est au reste la principale direction qu'ils affectent.
L'intérieur des sinus ne forme pas une cavité simple à parois unies ; ces parois sont hérissées de petites lames , de folioles , de filaments , dont les uns appar- tiennent aux lymphatiques afférents , et les autres aux efférents, de sorte que ces sinus, par leur structure, semblent devoir remplacer les ganglions mésentériques et autres des mammifères. M. Folimaim , qui fait ce rapprochement ingénieux , ajoute qu'il n'a jamais trouvé leur cavité distendue par la lymphe ou le chyle , et que la manière dont ces liquides doivent être transmis dans les troncs thoraciques , à travers ces sinus, sert proba- blement à leur élaboration (i).
Les appendices pyloriques sont organisés pour l'ab- sorption, comme le reste du canal intestinal, si l'on en juge par un exemple pris dans le genre gade (2). La couche extérieure des lymphatiques y forme un réseau très-fin qui en recouvre toute la surface. Les très-petits vaisseaux qui le composent se rendent dans des rameaux, et successivement dans des branches longitudinales, qui aboutissent ensuite à de gros troncs formant des îles, par leur séparation en branches, et leur réunion successives.
Dans le iurbot (5) , les vaisseaux lymphatiques de
(1) Op, cit., p. kk-
(2) M. Fohmann, vp. cit. , p. 32 et pi. ix, f. i. Je suppose que c'était le lieu, gaduspollachius, et non la morue, qui a moins d'appendices pyloriques.
(3) Op. cit., pi. M, %. H.
9^ XXV' LEÇON, DD iLUlDE NOUllRlClEli, ETC.
l'estomac se voient surtout le long des branches, des rameaux et des ramuscules des veines ,et des artères, et leur disposition en triple <ou quadruple branches, ou rameaux et ramuscules parallèles à ces vaisseaux, et s'envoyant de petits vaisseaux transverses, leur donne surtout l'apparence de chaînes.
Dans le brochet (i), les chylifères de la couche ex- terne de l'estomac et de l'intestin y forment un réseau très-fm, dont les branches principales étant les longi- tudinales, donnent l'apparence de cette direction à l'ensemble de ces vaisseaux. Les principaux sont tou- jours ceux qui accompagnent les veines et les artères.
Ceux de l'estomac du silure [silurus glanis^ L. ) sont bien remarquables par leur grand développement, par les chaînes que forment leurs principales branches en suivant et enveloppant les vaisseaux sanguins , et par le réseau, comme vésiculeux, qui remplit tous les inter- valles de ces branches principales (2).
Ceux du canal intestinal l'enlacent en totalité dans un réseau à mailles serrées , dont les vaisseaux se di- latent considérablement, et deviennent vésiculeux en approchant du côté- mésentérique de l'intestin et des veines principales qui s'y trouvent. Ils en suivent les rameaux et les branches qui rampent entre les feuillets du mésentère, et ils envoient aux rameaux veineux quelques ramuscules d'insertion.
La couche superficielle des lymphatiques dans l'in- testin du loup [anarrlilckas lupus) présente un réseau dans lequel on ne distingue pas de mailles, mais des
(1^ Op, cit., pi. V.
(2) Op. ctV., pi. VI, fig. 1,
SECT. II. ART. I. UÉSERV. hV C.ïtVI.E KT DF. t\ lA'MPHE. 9'S
replis ondulés de gros vaisseaux, pressés les uns vers les autres, parmi lesquels ceux qui accompaj^nent les vais- seaux sanguins ne se distinguent que par leur direction peu régulière. Ils deviennent immédiatement plus pe- tits au moment où ils quittent les parois de l'intestin pour entrer dans le mésentère, et forment des chaînes autour des vaisseaux sanguins, à la manière dçs branches principales de l'estomac du turbot.
Pour continuer l'exposition de ce que nous savons des vaisseaux lymphatiques qui entrent d^ns le tissu intime des organes, nous dirons que ceux de la couche extérieure de la vésicule du fiel, dans la torpille, l'enve- loppent d'un réseau à mailles très-fines, comme cellu- leux, semblable à celui de l'intestin ; que, dans le bro^ chet, on reconnaît de même la forme du réseau qui caractérise la couche extérieure des lymphatiques de l'estomac et de son canal intestinal ; que ceux de la rate, du moins les principaux, y sont plutôt arbores- cents; que ceux des ovaires y composent une couche de \aisseaux développés, en partie vésiculeux, serrés les uns près des autres, vermiculés ; que ceux de la portion du pé- ritoine qui tapisse les parois abdominales, forment un ré- seaud'une extrême finesse pourlesvaisseauxetles mailles qui le composent ; qu'ils entrent en grand nombre dans la structure des lames branchialet, dans lesquelles leurs prmcipaux rameaux suivent, le long du bord interne de ces lames, les branches artérielles. Leurs ramifications les plus fines sont donc en dehors de ces lames , vers leur bord libre. M. fokmann (i) observe qu'elles n'ac-
{i)Of. f//.,p.;v,.
94 * XXV* LE^:o^^ du fluide nourricier, etc.
quièrent pas le degré de ténuité de celles des vaisseaux sanguins, et qu'elles sont plus superficielles.
• 3. Marche et disposition générale des vaisseauœ lymplia- ticjues au sortir des viscères et des autres organes^ vers leurs embouchures principales dans les veines.
La distrilDution et la disposition générale dli système lymphatique hors des viscères, paraissent différer d'une famille à l'autre, comme celles qu'il vient de nous offrir dans la structure intime des organes.
Dans la torpille^ les lymphatiques de l'estomac se rendent dans de gros troncs vésiculeux qui forment des faisceaux le long de la petite et de la grande courbure de ce viscère» Ils aboutissent à un autre faisceau qui appartient aux lymphatiques de la plus grande partie du canal intestinal, et qui, après s'être porté en avant, rassemble les lymphatiques du foie et ceux de la vési- cule du fiel ; puis il se rend dans un faisceau principal qui vient de la fin de l'intestin , et auquel se joignent ceux qui réunissent jjps lymphatiques de chaque ovaire.
Ce faisceau principal, composé de très-gros troncs, à calibre inégal, vésiculeux, répond au réservoir du chyle des mammifèr^. 11 s'avance en pénétrant der- rière l'œsophage, s'y sépare en deux, lesquels s'écartant l'un de l'autre pour aller jse terminer dans les deux veines-caves. Ils répondent conséquemment au conduit thoracique.
On a remarqué, dans la distribution du système lym- phatique de ce poisson, les faisceaux composés de bran- ches parallèles, et de troncs de plus en plus considéra-
SECT. II. ART. I. RKSKRV. DU CIIYLE ET DE LA LYMPHE. 95
Jjles, que fonnent ces vaisseaux en sortant des organes. Les troncs lymphatiques qui composent lesdeux derniers faisceaux ont des embouchures distinctes dans les Yeines-caves gauche et droite, et quelques-unes dans les yeiaes sous-clavières. Ces embouchures y sont gar- nies d'une \alvule qui permet Tentrée de la lymphe dans la veine, et s'oppose à son retour.
pes deux branches reçoivent, avant leur terminaison, un faisceau composé des lymphatiques des parties laté- rales du corps; un autre des lymphatiques de la tête et des branchies ; un troisième des branches lymphatiques des organes situés le long de la colonne vertébrale , en- tre autres des reins.
Le système lymphatique de V anguille (,i ) est tout au- trement arrangé.
Des ramuscules, des rameaux ou des branches, qui se divisent souvent en petit plexus , ou se dilatent en petits sinus, partent des viscères, et particulière- ment des trois sinus longitudinaux de l'estomac , de l'intestin et des ovaires que nous avons décrits , et se portent avec ceux des autres parties du corps Ters la colonne vertébrale, où ils se terminent dans les deux conduits thoraciques. Ces deux conduits forment deux troncs principaux qui s'étendent de chaque côté de la colonne vertébrale, depuis l'extrémité de la queue jusqu'aux veines jugulaires, dans lesquelles ils fif terminent vis-à-vis l'un de l'autre (2). Des bran- ches transversales qu'ils s'envoient de distance en dis-
(1) op. c'a. y pi. m et IV.
(2) Op.cit.,iob\. ïv. fi-e».
96 XXV* LEÇON. DU FLUIDE XOURRICIEU, ETC.
tance 5 forment de fréquentes anastomoses entre ces deux canaux.
Le droit reçoit particulièrement les petites branches qui proviennent des sinus de l'estomac et de Tintestin.
D'autres réunissent les lymphatiques des muscles abdominaux.
Ces deux conduits thoraciques sont en rapport, un peu avant leur terminaison, avec deux petites poches sphériques , sortes de réservoirs de la lymphe et du chyle, situés immédiatement derrière les derniers arcs branchiaux, de chaque côté de la colonne vertébrale. Il en sort, en avant, un tronc qui distribue ses branches et ses rameaux aux branchies. Une autre branche qui naît plus en dedafis va directement au canal thorachique correspondant. ]
Dans Végrefin (i), les lymphatiques du foie, du pan- créas, de la partie inférieure de l'estomac, des intestins et des autres viscères de l'abdomen, se réunissent dans un réservoir placé à la face supérieure et droite de l'es- tomac, et duquel naît le canal thoracique, qui, après s'être avancé à droite de l'œsophage , ne tarde pas à se diviser en deux branches. L'une passe à gauche, suit le côté interne de la veine-cave gauche , reçoit une ra- mification de la première, communique avec un plexus considérable qui entoure le péricarde , et se termine dans un autre plexus situé au-dessous des orbites, et dans lequel viennent se rassembler tous les lym|llia- tiques de la moitié gauche du corps. Ceux de la tête et des branchies s'y rendent immédiatement. Il en part
[^)HelTscn.Txv<m. philos, t. 59,
SE(Vr. II. RÉSEnVOIRS DU CHYLE, VTC. 97
un seul petit tronc qui s'insère au côté interne de la veine jup;ulaire.
La branche droite se comporte à peu près de même. Toutes deux communiquent avec deux autres branches principales du système lymphatique. L'une, située profondément près de la colonne épinièie, commence à la queue, reçoit des rameaux des na- geoires dorsales et des parties du dos, s'avance jus- qu'à la tête, et envoie un rameau à chaque division du conduit thoracique.
L'autre, placée d'abord immédiatement sousîapeau^ à la partie inférieure et moyenne du corps, semble op- posée à la première ; elle va de l'anus à la tête , reçoit les lymphatiques des parois du ventre ; passe entre les nageoires abdominales, se rend à un vaisseau lympha- tique sur les os des branchies; forme ensuite le plexus du péricarde, où se réunissent là plupart des h-mpha- tiques des reins ; envoie de là des branches aux canaux thoraciques; reçoit les lymphatiques des nageoires de la poitrine, puis une branche qui règne sur le côté du corps, et se termine enfin dans le plexus sous-orbitaiie de son côté , rendez-vous général des lymphatiques de la moitié correspondante du corps.
[Un gros faisceau de troncs lymphatiques qui se voit sur le foie, à droite de la vésicule du fiel, est Taboutis- sant et des lymphatiques de cette vésicule, qui la recou- vrent d'un réseau bien remarquable^ et de ceux du foie, de l'estomacj de la rate et de l'intestin. Ce faisceau se réunit derrière la cloison diaphragmatique avec un autre faisceau considérable qui rassemble les lympha- tiques de l'ovaire. De chaque côté, ils aboutissent à deux troncs qui répondent aux canaux thoraciques 6, 7
H6 XXV" LEÇON. DU FLUiDE NOURRICIER, ETC.
qu'on voit au-delà de la cloison du diaphragme. L'un, plus petit et plus court, reçoit les vaisseaux des parties Litérales correspondantes du corps. Il naît par deux branches qui répondent aux deux faisceaux prin- cipaux, ceux de l'ovaire droit et des viscères de la di- gestion que nous venons de décrire, et se termine dans la jugulaire, très en arrière , presque vis-à-vis la pointe du cœur.
L'autre tronc s'avance jusque sous l'orbite, où il se termine dans la même veine, après avoir recules lym- phatiques de la tête.
Cette distribution du système lymphatique du bro- chet se rapproche beaucoup de celle de Végrefin (gadus œglefinus L. ) , que nous avions déjà fait connaître , d'après Hewso?ij, dans notre première édition, et qui vient d'être rapportée.
m 3. Terminaison des lymphatiques dans les veines.
Nous avonssuivi, dans le paragrapheprécédent, les prin- cipaux troncs lymphatiques, jusqu'à leur embouchure dans les veines-caves ou jugulaires, et, accessoirement, dans les analogues des axillaires ; mais, outre cette termi- naison, de beaucoup la plus importante et la seule qui soit générale, du système lymphatique dans les veines les plus rapprochées du cœur, on a démontré dans les poissons, comme dans les oiseaux, des communications plus prochaines, plus directes du moins, entre les chylifères et les veines , soit de restomac, soit du canal intestinal, soit du mésentère.
Au reste , ces communications n'ont jamais lieu qu'entre <le très -petits rameaux lymphatiques et de
siECT. ni. DES RKSERVOlRs DU SANG. 99
très-petites radicules veineuses (i) ; et elles ne détour- nent qu'une faible portion de lymphe ou de chyle, de sa route ordinaire, c'est-à-dire, celle de toutes les [)arUrs du corps vers le cœur, ]
SECTION ÏII.
Des réservoirs du fluide nourricier élaboré , ou des
RÉSERVOIRS DU SANG, DANS LES ANIMAUX VERTÉBRÉS.
[Ces réservoirs sont, i* ceux de la grande circulation; ils se composent des artères du corps, lesquelles renfer- ment le sang qui va du cœur, on des branchies (dans les poissons) à toutes les parties de l'organisme, pour les nourrir, etc. , et des veines qui ramènent au cœur le sang de toutes les parties ;
2° Ceux de la petite circulation pulmonaire, c'est-à- dire les artères veineuses, qui portent un sang veineux dans l'organe de la respiration et les veines artérielles, qui conduisent dans le cœur, ou directement dans l'aorte (chez les poissons) le sang qui a respiré ;
3° Ceux de la petite circulation hépatique ou de la veine- porte.
Nous ne pourrons pas suivre cependant cet ordre physiologique dans notre description comparative de ces réservoirs, dans les quatre classes des animaux yer-
(1) M. Fohmann, op. cit., pi. vi, f, n, 2 et 3, pi. vu, f. ii, 16 et 17 et fig. ni, 6 et 7.
100 X\*\' LEÇOX. hV FLUIDE NOI'RKICIER, ETC..
tébrés; ia grande et la petite circulation se trouvant confondues dans quelques reptiles.
jNous considérerons, dans un premier article, les «r- lères ouïes vaisseaux centrifuges qui conduisent le sang du cœur ou des branchies dans toutes les parties de l'organisûie.
Notre second article comprendra la description des veines ou des vaisseaux centripètes qui rapportent le sang de toutes les parties de l'organisme, en général, au cœur, ou, plus spécialement, de l'organe de la respira- tion, dans les artères du corps, soit directement (les 'poissons ) , soit en passant par le cœur.
Le troisième article traitera de la petite circulation hépatique ou du système de la veine-porte, ]
ATITICLE I.
Des artères ou des vaisseaux sanguins centrifuges qui
CONDUISENT LE SANG DU COEUR DANS TOUTES LES PARTIES DE l'organisme, OU SEULEMENT DANS LES POUMONS ET LES BRANCHIES.
[Avant de décrire particulièrement ces vaisseaux dans les quatre classes des vertébrés, nous considérerons Torganisation générale du système artériel, c'est-à-dire que nous traiterons : ]
§ V\ De la structure et de la distribution des artères en
générai
Les artères sont les canaux qui reçoivent le sang dii
SECT. III. AKT. I. TjES AllTÈREt?. 10 l
cœur et le conduisent dans toutes les parties de Forga- nisme. Leurs parois, plus épaisses que celles des veines, dont elles se distinguent d'ailleurs parleur couleur d*un blanc de lait, sont composées généralement de trois membranes, [parmi lesquelles nous ne comprenons pas la gaîne , ou la couclie du tissu cellulaire la plus extérieure, que leur fournissent les organes ou les par- ties qui les entourent, i" La membrane externe est composée d'un tissu comme feutré, dont on dis- tingue aisément les fdaments de nature aponévro- tiquc. Elle est très -contractile, sans doute par suite de sa cohésion organique ou de tissu ] ; c'est aussi la plus dilatable des trois. 2°. La moyenne, de cou- leur jaunâtre, consistante, beaucoup plus épaisse que les deux autres, est formée de plusieurs couches de fibres circulaires, dont les anneaux, dirigés un peu obliquement, ne sont jamais complets. Ces couches, plus nombreuses dans les grosses artères, et d'autant plus serrées qu'elles sont plus intérieures, se détachent facilement les unes des autres , surtout dans les grands animaux. Les fibres qui les composent sont aussi plus distinctes dans ces derniers, et diffèrent évidemment des fibres musculaires par leur couleur jaunâtre ou blanchâtre, et par leur forme aplatie. Telle était, entre autres, leur structure dans l'aorte des deux éléphants^ que nous avons eu l'occasion de disséquer. Elle est la même dans le bœuf, le cheval et les autres grands ani- maux. [Elles diffèrent encore de la fibre musculaire parleur composition chimique, puisqu'elles ne contien- nent pas de fibrine. Il est plus juste de comparer la tunir <jue moyenne qu'elles composent, au tissu des ligaments jaunes des vertèbres. Cette tunique jouit d'unt; graa^t;
lOâ XX V*^ LEÇON. DU FLUIDE NOUKRICIER, ETC.
élasticité, quoiqu'elle n'ait pas la force de cohésion de la tunique externe. ] 5** La troisième , ou la membrane interne, est remarquable par sa transparence, son tissu serré, et son extrême ténuité. Elle se continue dans les artères après avoir tapissé la cavité du cœur ; elle est partout extrêmement lisse et sans rides, et pré- sente tous les caractères des membranes séreuses.
Ces trois membranes (i) forment, par leur réunion, des parois d'autant plus épaisses, qu'on les observe dans les plus gros troncs; elles s'amincissent à me- sure que l'on s'éloigne du cœur , et que l'on approche davantage des dernières divisions artérielles. Voilà pour- quoilalumièredesartèreSyComparéeàleurdiamètre total, est beaucoup plus grande dans les petites ramifications que dans les gros troncs. Cette diminution successive a lieu principalement dans la membrane moyenne; et il est remarquable que c'est précisément où cette mem- brane est la moins épaisse, que les artères paraissent plus irritables. Il est vrai qu'à mesure qu'on approche des ramuscules de ce système, les fibres annulaires, du moins les intérieures, deviennent plus rougeâtres, et prennent une apparence plus musculeuse.
Les plus grosses artères reçoivent évidemment des artérioles qui entourent et pénètrent leurs parois ; sans doute que les petites n'en sont pas dépourvues, jusqu'à un certain point cependant, qui n'a pas encore été
(1) Mcc/ie/ appelle membrane externe la tunique moyenne, parce qu'il ne regarde pas la membrane externe ou cellulaire comme une membrane propre aux artères. Op. cit.^ t. v, p, 288. Le môme auteur a trouvé la membrane fibreuse bien moins épaisse, mais plus ferme et plus solide dans les carnivores que dans les herbivores.
SECT. II L ART. f. DKS AKTÈRKS. lOi^
déterminé. Elles ont de même de petites veines qui ac- compascnent les artërioles. On y déeouvre aussi des vaisseaux absorbants. Toutes ont des nerfs , à Texcep- tion des artères qui se ramifient dans la substance cérébrale, et des artères ombilicales et du placenta (i), où Ton n*a pu encore en découvrir. Plus nombreux, et formant des plexus plus serrés autour de leurs ra- meaux que sur leurs brandies et leurs troncs, ils sem- blent augmenter, comme Tirritabilité, avec la fmesse des artères. Celles qui vont aux viscères sont particu- lièrement entourées de semblables plexus, dans lequels se distribuent presque exclusivement les nerfs qui sont destinés à ces parties. Rien de plus compliqué que ceux qui enveloppent, par exemple, les artères dor- sales de la verge ; ils sont trèsr-faciles à apercevoir dans Vélép liant.
Les artères vont toujours en se divisant, depuis leur origine jusqu'à leur terminaison; de manière que les lumières réunies des deux artères qui résultent de la division d'une autre , sont constamment plus grandes que la lumière de celle-ci , quoique l'une ou l'autre soit toujours plus petite que l'artère dont elle provient. C'est dans ce dernier sens seulement que l'on a pu dire que lès artères étaient coniques ; car leur calibre conserve toujours le même diamètre, etparconséquent une forme cylindrique dans l'intervalle d'une division à une autre.
(1) [Cette exception n'en serait plus une, si la découverte des nerfs du cordon ombilical et du placenta par Evrard Home, se confirme, comme cela paraît dé- montré par les recherches de INI. Schott; du moins pour les nerfs de la veine et des arlL'res ombilicales. Voir l'ouvrage allemand ayant pour titre : Controverse sur l'existence des nerfs du cordon ombilical et de ses vaisseaux, etc.; par M. J. A. C. Schott. Francfort-iur-le-Mein, 1836. In-4'% avec cinq planches.]
iOi XXV' LEÇON. DU FIUIDE NOURRICIER, ETC.
Les anatomistes qui ont cherché à détermiixer, dans l'homme , le nombre de celles-ci , n'ont pu les pour- suivre au-delà de vingt. Sont-elles plus nombreuses , comme il est possible, dans les grands animaux que dans les petits? Nous n'avons pas cherché jusqu'à pré- sent à résoudre cette question , qui nous paraît au reste de pure curiosité, et peu applicable à la physiologie.
Ces divisions semblent se faire assez généralement 80US un angle aigu dans les troncs , les branches et les rameaux principaux; tandis que l'angle devient plus ouvert dans les petites ramiiications. Dans les premiers cas, le sang doit passer plus facilement des troncs dans les branches, et de celles-ci dans les rameaux, qu'il ne le fait dans le second ; et cette dernière circonstance contribue à retarder sa marche. Elle a lieu d'une ma- nière bien marquée dans les serpents^ chez lesquels les branches que fournissent les principaux vaisseaux s'en détachent à angle droit , ou même quelquefois à angle obtus. Cet arrangement aurait-il quelque influence sur le mouvement du sang, et sur la lenteur ordinaire des animaux de cet ordre? ,
La situation des artères est généralement plus pro- fonde que celle des veines , dans les membres et à l'in- térieur des grandes cavités. Dans celles-ci et dans les viscères, les unes et les autres marchent ordinairement rassemblées. Le danger de leurs blessures , la nécessité d'être protégées par des corps environnants, a déter- miné la première disposition.
Deux branches considérables se réunissent rarement en une seule : les vertébrales en fournissent un exem- ple; mais Jes anastomoses sont beaucoup plus fréquentes entre leurs lameanx. Leë divisions et la distribution dt;
SECÏ. 111. AKl. 1. DES Ali'JliiU.S. lOo
ceux-ci ont quelque chose de particulier dans la plu- part des viscères.
Avant que l'anatomie comparée , aidée du micro- scope, eût démontré, dans les grenouilles, la continuité des artères et des veines sanguines ; ou que Tart des in- jections l'eût rendue indubitable, dans d'autres animaux plus voisins de l'iiomme, et enfin dans celui-ci, on croyait que le sang était déposé, parles précédents vais- seaux, dans un tissu spongieux, d'où il était repris par les veines. Ce passage des artères dans les veines peut se taire lorsque les unes et les autres contiennent en- core un sang rouge; ou lorsque celles-ci, dans leur ori- gine , et les premières dans leur fin , ne charrient plus qu'une sérosité transparente et sans couleur. Le sang qui s'extravase si facileme^it dans certaines maladies , ou par les injections, sans lésion organique apparente, des artères dans les canaux excréteurs, prouve bien que ceux-ci sont encore l'aboutissant d'une partie des ra- mifications des premières. [Enfui les artères, avant de se terminer dans toutes les parties de l'organisme où elles pénètrent, et les premières radicules des veines dans lesquelles les dernières ramifications artérielles se conti- nuent, forment ensemble un réseau de vaisseaux capil- laires, par suite des nombreuses anastomoses de ces ramifications des deux sortes de vaisseaux sanguins, qui se confondent dans ce réseau.
La proportion , et le nombre des artères qui pé- nètrent dans les organes, et le mouvement du sang qui les parcourt, sont toujours en rapport direct avec leur activité , soit de sécrétion , soit dç nutrition , soit de mouvement, soit d'influx neryeux, soit de sensation.]
Les différences principale? que nous observerons
106 XXV*^ LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
<îans la description de ces vaisseaux tiennent, r au mode de circulation, et par conséquent à la structure du cœur; [a** au mode de respiration, ou à la quantité de sang qui doit traverser Torgane de respiration avant de retourner dans les différentes parties du corps : ces deux premières circonstances sont, à la vérité, dans un rapport intime;] 3** à la présence ou à Tabsence de cer- tains organes; 4° à la situation différente des mêmes parties dans les différents animaux; 5" au volume re- latif de ces parties. Beaucoup d autres variétés dans la distribution des mêmes vaisseaux tiennent à des causes difficiles à expliquer. Il en est d'autres, dans leurs der- nières ramifications, intéressantes à connaître pour riiistoire des viscères , mais dont nous ne nous occu- perons pas ici.
Les différences dans le nombre des troncs principaux qui partent du cœur, dépendent des deux premières causes.
Il est assez fréquent de rencontrer celles qui tiennent à la troisième, même dans les mammifères. Ainsi, dans les cétacés qui n'ont point d'extrémités postérieures, l'iliaque externe n'a pu exister.
Celles que produit le déplacement des parties ne sont pas moins fréquentes. L'origine de la thyroïdienne inférieure ne vient plus dans les mammifères à long cou, dont la glande thyroïde est conséquemment très- éloignée des sous-clavières, de ces dernières artères, mais de la carotide primitive.
INous remarquerons ici que cette différence n'en pro- duit aucune dans le sang que la partie doit recevoir. Il n'en est pas, à cet égard, des vaisseaux sanguins comme des nerfs ; nous avons vu, dans la description de ces der-
SECT. 111. ART. l. l)Ev*î ARTÈRES. 107
niers , que , quelle que soit la situation des mêmes or- j]:anes , les mêmes paires de nerfs vont toujours les animer.
Les vaisseaux sanguins que reçoit une partie sont or- dinairement en rapport avec le volume de cette partie. De grandes différences dans ce volume doivent en pro- duire, si ce n'est dans le noiijbre , du moins dans le diamètre des branches vasculaires qui s'y rendent. Les kariguroos nous en fournissent un exemple frappant. L'artère de la queue est très-grosse dans ces animaux , comparée à la sj^crée moyenne de l'homme, dont elle est l'analogue.
Enfin nous trouverons une foule de différences dans la manière dont les vaisseaux sanguins se divisent, nais- sent ensemble d'un même tronc , sont produits par les mêmes branches , ou se divisent en branches différentes, sans qu'il nous soit possible d'en déterminer la loi. Sans doute, c'est que toutes ces différences peu vent avoir lieu, sans changer ni la nature ni la quantité du sang que le cœur envoie à toutes les parties de l'organisme.
§ IL Des artères du corps en particulier ^ ou de l'aorte, dt ses divisions, etdeses principales branches^ dans l'homme et les mammifères.
A. De l'aorte et de ses principales divisions. a. Dans r homme.
Toutes les artères du corps naissent d'un tronc unique, auquel on a donné le nom d'aorte. Cette ar- tère a son embouchure dans la partie droite du ventri-
108 XXV* lECON, DU FLUIDE NOURRlClliU, ETC.
cule gauche. La membrane interne de ce ventricule se prolonge dans l'intérieur de son canal, et forme, à l'en- trée de celui-ci, trois valvules semi-lunaires, semblables à celles du tronc pulmonaire. L'aorte s'étend de la base du cœur jusque vis-à-vis de l'union de la quatrième ver- tèbre des lombes à la cinquième, où elle se divise en deux grosses branches, les iliaques primitives. Dans son trajet elle s'élève d'abord j usqu'à lahauteur de la deuxième ver- tèbre dorsale, en se portant à droite , puis se recourbe à gauche et en bas , parvient sur le corps de la troisième vertèbre dorsale , et continue de descendre dans la poi- trine, appliquée à la partie antérieure et gauche du corps des vertèbres de cette cavité. Elle en sort entre lespihers du diaphragme, et suit de même les vertèbres lombaires jusqu'au point indiqué plus haut. On peut par consé- quent la distinguer en trois portions: i° une descendante inférieure^ contenue dans la cavité abdominale ; 2'' une descendante supérieure ^ comprenant toute la portion qui est adossée au corps des vertèbres dorsales ; et 5° une première, appelée sa crosse^ étendue entre celle-ci et la base du cœur.
b. Dans les mammifères.
JJ aorte ^ dans un assez grand nombre, tels que les singes , la plupart des carnassiers , etc. , ressemble par- faitement à celle de l'homme; mais dans d'autres, tels que les ruminants , les solipèdes, le rhinocéros, le cochon , le pécari, parmi les pachydermes, cette artère se sépare, presque immédiatement après sa naissance, en deux gros troncs, dont l'un, plus petit, se porte en ayant, et }}|odiut îe'i artères qui sortent, dau.^ l'autre cas » tje |'4
SECT. III. AUT. I. DES ARTÈRES. 109
crosse de cette artère, et Fautre, d'un diamètre une fois plus grand, se dirige en arrière. C'est cette disposition qui a donné lieu de distinguer cette artère, en aorte an- térieure et en aorte postérieure.
[ÙRnsVélép liant f nous avons trouvé la crosse de Taorte ayant un diamètre une fois plus grand que celui de l'aorte descendante. ]
B. Des artères qui naissent de ta crosse de L'aorte^ en
général,
a. Dans L'homme:
Très-près de son origine, la crosse de l'aorte donne les deux artères coronaires droite et gauche , qui pren- nent naissance immédiatement au-dessus des valvules sigmoïdes , et dont les ramifications se distribuent à la substance même du coeur, aux parois de cette crosse , et à celles de l'artère pulmonaire.
Trois grosses branches naissent supérieurement delà courbure de l'aorte, la sous-clavière droite^ la carotide gauche et la sous-clavière de ce côté,
b. Dans les autres mammifères.
On rencontre dans les différents animaux de cette classe , des exemples de presque toutes les variations que les anthropotomistes ont signalées dans l'homme. Les artères des viscères étant les moins variables, si ce n'est dans leur origine, du moins dans leurs divisions, nous devons considérer, comme plus importantes, les différences qu'elles nous présenteront.
110 XXV' LEÇON. DU FLUIDE NOURRICIER, ETC.
[Ces réflexions générales ne s'appliquent pas plus aux branches qui naissent de la crosse de l'aorte qu'à celles qui se détachent de ses deux autres portions. Nous avons cru devoir les placer ici comme introduction à ce que nous dirons sur les différences que présentent toutes les principales divisions de l'aorte dans la classe des mammifères.
Considérée en elle-même, la crosse de l'aorte présente souvent des dilatations dans les animaux plongeurs.On en a trouvé, du moins dans le castor^ la loutre^ les pho- ques, le dauphin , le narwal (i).
Immédiatement après sa sortie du cœur, l'aorte donne naissance à deux artères coronaires ; il en naît plus rarement une seule. ]
Après cette première ramification , on ne trouve as- sez souvent que deux artères fournies par la crosse de l'aorte : i° un tronc commun d'où naissent les deux ca- rotides , et dont la sous-clavière droite est la continua- tion ; .2" la sous-clavière gauche.
Tantôt lepremier tronc se divise^ bientôt après s'être détaché de l'aorte, en deux branches, une petite, la carotide gauche ; l'autre plus grande , qui fournit plus loin la carotide droite, et dont la continuation est la sous-clavière : c'est ce qui a lieu [dans le magot [2)^ le tigreroyal (3), le blaireau (4)], la marmotte et le codions d'Inde.
Tantôt ce même tronc produit d'abord une branche.
(1) Severin, Seger, Blumenbacb, Albers, Meckel. (2 ) Dessins inédits de M. Cuvier. (3) Ibid. (/i) Ibid.
SECT. III. ART. 1. DES AÏITÈRES. 111
dont la bifurcation loriiie les carotides communes droite et gauche, puis se continue comme sous-clavière ; Vours , le lion, \ec/tat, le chien ^ [les musaraignes ^ la loutre, les loirs], nous en ont fourni des exemples.
[Dans le hérisson, la crosse de Taorte produit deux troncs symétriques d'artères inominées, qui se sous- divisent chacun en carotide commune et en sous-cla- Yière. De celle-ci naît, en avant, la vertébrale, et, en ar- rière, la mammaire interne (i).
La taupe et les chauve-souris présentent la même di- vision symétrique. ]
La crosse de Taorte ne donne de même, dans le dau- phin, que deux branches principales ; mais chacune d'elles se divise semblablement , et fournit la carotide, Taxillaire et la vertébrale de son côté.
[On trouve, au contraire, dans le marsouin, le premier plan que nous avons indiqué, c'est-à-dire que de la crosse de l'aorte naît une petite sous-clavière à gauche , et un gros tronc fort court , qui se bifurque presque immédiatement pour former la carotide primitive gau- che, d'un côté, et de l'autre une artère innominée, qui se divise un peu plus loin en carotide primitive et en sous-clavière droites (2). ]
Dans le phoque, les branches qui naissent de la crosse de l'aorte sont, comme dans l'homme , au nombre de trois : i°un tronc commun pour la sous-clavière et la carotide droite ; 2° la carotide gauche ; 5** la sous-cla- vière du même côté.
[Cette disposition se voit encore dans les rats propres.
(i) Barhow, Disquisitiones^ etc., 1. 1, fig. 1. (2) Dessins inédits d** M. Cuvier,
lia XXV' LEÇON. DU FtUIÏ)E NOURP.ICIiiR, ETC.
les gerbii/es , le castor (i), les tarai grades y Vornitko- rkynque (2).]
Trois artères sortent également de la crosse de l'aorte dsLnsV éléphant : de chaque côté, les sous-clavières gauche et droite 5 et, entre elles, un tronc commun qui se di- vise bientôt pour fournir les deux carotides.
[D2insle porc-éplc (5), l'aorte se divise en antérieure et postérieure, c'est-à-dire que de la crosse de l'aorte s'élève un seul tronc fort gros et fort court. Il en naît successivement à gauche une mammaire et une thora- cique, puis la sous-clavière de ce côté; ensuite l'aorte antérieure s'incline un peu à droite pour fournir le tronc commun, à peine formé, des deux carotides primitives, lesquelles se séparent immédiatement ; enfin l'aorte antérieure devient sous-clavière droite. ]
Dans le [bouc et le mouton (4)] 5 où l'aorte peut être distinguée de même en antérieure et postérieure, la pre- mière fournit en s'avançant, 1" la sous-clavière gauche ; 2° plus loin la sous-clavière droite ; o** puis elle se bifurque plus avant pour produire les deux carotides.
Dans le ckevalj, chez lequel l'aorte antérieure se bifurque plus tôt, le tronc des deux carotides et la sous-clavière droite naissent de la branche droite de cette bifurcation; tandis que la gauche ne fournit que la sous-clavière de ce côté.
[Le dromadaire montre la même bifurcation de l'aorte
(1) Dessins inédits de M. Guvier.
(2) Meckel, De ornilhorhynclio paradoxe, Hallœ, d S$0. (?-) Dessins inédits de M. Cnvier.
(k'S ll)id,
AKT. l. DES ARTKRES. 113
antérieure, avec cette différence qu'elle a lieu presque immédiatement après sa naissance (i).
Dans le chameau^ le tronc de Taorte antérieure est peut-être un peu moins court (2).
Il résulte de ces exemples, qu'on trouve, non-seu- lement dans les différents ordres de mammifères, mais encore dans les familles, des types de tontes ces différentes divisions de la crosse de l'aorte, qui confir- ment leur peu d'importance, et démontrent qu'elles n'ont aucune liaison essentielle avec les rapports natu- rels des animaux de cette classe , et conséquemment aucune influence physiologique bien évidente. ]
G. Première suite des artères gui naissent de la crosse de C aorte, et plus particulièrement des sous-clavîères droite et gauche,
a. Dans C homme,
l^ La sous'clavière droite, beaucoup plus considéra- ble que la gauche, s'élève en se portant ou-dehors jusqu'à droite de la trachée-artère; là il s'en détache une branche considérable, la carotide droite, dont nous indiquerons la marche plus bas. En s'approchant de la première côte, la première artère fournit ordinairement sept autres branches remarquables : \* la vertébrale; 2" la mammaire interne; 3° la thyroïdienne inférieure; [\* l'intercostale supérieure; ^^ la cervicale transverse; 6'' la cervicale profonde; 7° la scapulaire supérieure,
i**. La vertébrale s'élève jusqu'à la sixième vertèbre cervicale, s'introduit dans le trou percé à la base de son
(1) HUt. naturelle de Buffon et Daubenton, t. Kf, p. 26<^.
(2) Dessins inédits de M. Cuvier.
6. 8
114 XXf* LEÇON. SECT. III. RÉSERYOIRS DU SANC.
apophyse transverse du même côté, monte ainsi d'une apophyse transverse à l'autre en formant de très-légères inflexions dans chacun de leurs intervalles, entre l'axis et l'atlas, et entre la première vertèbre et l'occipital où ces inflexions sont très-fortes. Les artères vertébrales pénètrent dans le crâne par le grand trou occipital sur les côtes de la moelle allongée, s'approchent l'une de l'autre , forment le tronc basilaire , se distribuent au cerveau et à la moelle épinière, comme nous l'avons in- diqué dans la leçon où nous avons fait connaître le sytème nerveux cérébro-spinal.
2*". La mammaire interne naît de la sous-clavière, au- dessous de la précédente, et descend le long des parois antérieures de la poitrine et de l'abdomen, où elle en- voyé la plupart de ses rameaux.
o". La thyroïdienne inférieure se détache de la sous- ciavière, à peu près vis-à-vis de la mammaire interne , et s'élève jusqu'à la glande thyroïde, dans laquelle elle se distribue, ainsi qu'au larynx et au pharynx.
4°. L'intercostale supérieure se détache de la même artère en arrière des précédentes , et descend ordinai- rement au-devant du col des deux premières côtes seu- lement. Yis-à-vis du bord inférieur de chacune de ces côtes elle se divise en deux rameaux : l'un, postérieur, va à la moelle de l'épine , aux muscles du dos et à ceux du cou ; l'autre , interne , se distribue dans les deux premiers intervalles des côtes, etc.
Les trois autres artères que nous avons dit naître presque en même temps de la sous-clavière , moins importantes que les précédentes, tirent aussi fréquem- ment leur origine de l'intercostale supérieure et de la thvroïdienne inférieure , et vont se terminer dans les
XKl. I. DES ARTKllES, IIS
muscles du cou, dans une partie de ceux du dos, et dans ceux de l'épaule.
Arrivée entre le scalènc antérieur et le postérieur, l'artère sous-cla\ière prend le nom iVaxillaire; celle-ci traverse obliquement la surface supérieure de la pre- mière côte , descend au-devant de cette côte et de la seconde, parvient sous l'aisselle, entre les muscles grand dentelé et sous-scapulaire, et change de nom au-delà du tendon du grand dorsal.
Elle fournit dans ce trajet, i*. Plusieurs thoraci- ques (la tlwracique supérieure j la mammaire externe ou tlwracique longue^ la tlioracique liumérale et la thoracique axillaire) , dont les rameaux se rendent aux parois et aux muscles de la poitrine, à ceux de l'épaule et aux glandes de l'aisselle.
!i^ La scapulaire commune , dont les rameaux se dis- tribuent principalement aux muscles de l'épaule.
Et 5'' les deux circonflexes, dont l'une postérieure se porte derrière l'humérus, contourne la partie supérieure de cet os, et s'enfonce dans le deltoïde ; elle donne en outre des rameaux aux grand et petit ronds, au triceps brachial, à l'articulation de l'humérus, etc.
U antérieure , qui n'est quelquefois qu'un rameau de la première, se contourne sur la partie antérieure et su- périeure du même os, s'enfonce dans le deltoïde, et se perd dans les muscles voisins.
L'axillaire porte ensuite le nom àliumérale ou de bra- chiale : elle s'avance sur le côté interne du bras, se con- tourne sur sa face antérieure, et fournit, à mesure, des rameaux à ses muscles et à l'humérus, dont deux, entre autres, plus remarquables ont reçu les noms d'artères collatérales interne et externe.
116 XXV* LEÇON, SEGT. III. RÉSERVOIRS DU SANG.
Parvenue au pli du bras, ou un peu plus bas, la bra- chiale se divise en deux branches, une radiale^ et l'autre cnhilale.
La première s'étend le long de la partie antérieure du radius jusque dans la paume de la main. Elle donne de nombreux rameaux aux muscles qui forment l'a- vant-bras, parmi lesquels on distingue la récurrente î'ûdiale antérieure.
Parvenue a la hauteur du carpe, elle fournit à la face dorsale et à la face palmaire de la main plusieurs pe- tites artères qui se distribuent dans cette partie, et vont jusqu'aux doigts , en prenant des noms différents.
Une des plus remarquables est Vartère patmaire pro- fonde^ qui donne, entre autres, les inter-osseuses pal- maires et les branches postérieures perforantes , qui con- courent, par leurs anastomoses, à la formation des col- latérales des doigts.
La cubitale suit la partie antérieure et interne de l'a- Tant-bras, et s'étend, comme la radiale, jusqu'à la paume de la main. Pendant ce trajet, elle envoie un grand nombre de rameaux aux muscles et aux os de l'avant-bras, parmi lesquels on distingue, i° les récur- rentes cubitales antérieure et postérieure ; 2** le tronc des inter-osseuses, divisé bientôt en deux branches, les inter- osseuses postérieure et antérieure^ dont la première donne la récurrente radiale postérieure, et dont la seconde four- nit les artères nourricières du radius et du cubitus.
Arrivée à l'extrémité inférieure de l'avant-bras , Tar- ière cubitale se divise en branche dorsale et en branche palmaire.
La braîîche dorsale forme l'arcade dorsale de la main.
La branche palmaire, plus considérable, parvenue
A UT. 1. DES ARTÈRES. j)7
dans la paume de la main , s'y termine , comme la ra- diale, en formant une arcade dont la convexité est diri- gée vers les doigts, et leur fournit cinq rameaux prin- cipaux , dont la plupart se divisent en deux rameaux plus petits pour fournir la collatérale externe et interne des seconds doigts voisins.
Une branche de cette arcade palmaire superficielle, s'anastomose avec l'arcade palmaire profonde fournie par la radiale.
2. La sous-êlavière gauche , beaucoup plus petite que la droite, ne fournit pas la carotide de son côté. Elle naît de la partie gauche de la crosse de l'aorte , et s'avance jusqu'au niveau de la première côte , sans donner au- cune branche. A cet endroit elle produit les mêmes ar- tères que la sous-elavière droite.
b. Dans les mammifères.
i.LsiSOus-clavière ne devrait plus, à la rigueur, se nom- mer ainsi, dans les animaux qui manquent de clavicules, si l'on n'y était obligé pour la facilité de la comparaison. En effet, la portion d'artère qui s'étend , dans ces ani- maux, de l'aorte à la première côte, fournissant les m êmes branches, commençant d'ailleurs et étant terminée aux mêmes points , on ne peut lui refuser le nom que porte son analogue dans les animaux clavicules. Cependant il faut observer que, dans quelques cas, la sous-clavière etl'axillaire se confondent. Dans \ep/ioc/ae, par exemple, une partie des rameaux qui, dans l'homme , etc., nais- sent successivement de ces deux artères , partent ici d'un même endroit : ce sont la vertébrale, la mammaire interne^ V intercostale supérieure^ r\ ^me grosse artère
118 XXV* JLEÇON. SECT. III. RÉSERVOIRS DU SANG.
qui fournit les cervicales^ et se distribue ensuite à Té- paule, d'une manière analogue à la scapulaire com- mune.
[2. La vertébrale qui se détache la première de la sous-clavière , qui provient quelquefois de la carotide commune (dans le hérisson) , présente de grandes dif- férences dans les proportion s et dans la quantité de sang qu'elle porte au cerveau, relativement à celle qu'y ver- sent les branches de la carotide commune.
Ces différences sont encore relatives à ses divisions et aux endroits où elle pénètre dans le canal vertébral (1).
Dans les rongeurs qui s'engourdissent pendant l'hi- ver, dans le hérisson , etc. , l'artère vertébrale est plus considérable que la carotide interne, au point qu'on a cru que ces animaux manquaient de cette der- nière artère. L'artère basilaire, dans ce cas, forme une très-grande partie, ou même en totalité le cercle de Willis, et fournit les artères antérieures comme les ar- tères postérieures du cerveau (2).
Dans d'autres cas, celui des ruminants^ la vertébrale semble se consumer entièrement, soit pour fournir des rameaux à la moelle épinière et à ses enveloppes, soit pour les muscles de la nuque; et elle ne paraît pas con- tribuer à la formation de l'artère basilaire, ni du cercle de Willis,
Nous la trouvons proportionnément petite dans le
(1) Voir à ce sujet M. Rapp^ Mémoire sur le réseau admirable {Archives d'Anat. et de Phys. de Meckel pour 1827) , et iM. Barhow:, Disquisitiones etc., pi. m, lig. 4, pour le putois ; et p. 83 pour toutes les différences principales observées dans la marche et les divisions, ainsi que les anastomoses de cette artère.
(2) Mémoire sur les vaisseaux céplialiqucs de quelques mammifères qui s'en- gourdissent pendant l'hiver, par M. Orio, Annales des Se. natur,, t. ij, p. 200.
ART. I. DES ARTÈRES. Ji9
blaireau^ et s'anastomosant par une branche assez con- sidérable avec l'occipitale (i).
La vertébrale, dans le ckat, ne forme aucune sinuo- sité dans les intervalles des six premières vertèbres cer- vicales. Lorsqu'elle a traversé le long canal osseux de Tapophyse transverse de l'axis, elle se plie à angle droit pour s'élever dans l'échancrure que forme , en avant, cette apophyse, avec le bord articulaire de la même vertèbre , après quoi cette artère pénètre dans un trou percé sur les côtés de l'arc de l'atlas, pour arri- ver dans l'intérieur du crâne par le grand trou occi- pital.
Ce détour, cette marche en dernier lieu très-flexueuse, qfu'on rencontre déjà chez l'homme, ne servirait-elle pas à modérer l'impulsion du sang que la vertébrale porte au cerveau? C'est l'opinion de plusieurs physiologistes que des expériences^ dans lesquelles il peut y avoir eu quelque illusion , ne détruisent pas (5).
D'autres n'y voient que la nécessité d'arriver dans le crâne par le chemin que les organes laissent libre (3).
Nous la trouvons proportionnément petite dans le blaireau, et s'anastomosant, par une branche assez con- sidérable, avec l'occipitale (4). ]
5. La thyroïdienne inférieure n'est plus, dans la plu- part des mammifères, une branche de la sous-clavière ;
(1) Plnnche inédite de M. Cuvier.
(2) Celles de Blchat^ Anal. génèr.^yo\. i, p. 2, art. 2.
(3) M. Barkow, O. c, p. 72. Le môme auteur assigne à cette disposition, pour cause finale, de prévenir que, dans les mouvements de la tête et du cou, l'arrivée du sang dans la tête ne soit arrêtée.
(4} Dessins inédits de M. Cuvier.
120 XXV' LE^iON. SECT. III. RÉSERVOIRS DU SAiSG.
elle naît de la carotide lorsque cette artère est parvenue vis-à-vis de la glande thyroïde : encore la petitesse or- dinaire de cette glande fait que ses principaux rameaux ne s'y distribuent pas, et vont au larynx (i).
[Cette première différence confirme ce que nous avons dit de l'origine des principales branches artérielles et de leurs variations. Assez souvent il n'y a qu'une thyroï- dienne, la supérieure, qui naît de la carotide commune ou de la carotide externe.
L'inférieure, dans le Amsson (2), provient de lacarotide commune presque aussitôt que celle-ci s'est séparée de la sous-clavière.
Dans la loutre^ on trouve jusqu'à trois thyroïdiennes^ toutes naissant de la carotide commune.
Mais généralement la thyroïdienne inférieure et la supérieure sont confondues en une seule branche arté- rielle. On peut dire, à la vérité, que, dans ce cas, l'ar- tère laryngienne a comme absorbé la thyroïdienne su- périeure.
Dans le fourmilier tétradactyle , il n'y a même qu'un seul tronc qui se bifurque pour fournir la thyroïdienne unique de chaque côté. Ce tronc provient de l'artère
(1) En relisant ce texte on verra que c'est bien à tort que Mechet nous fait dire [Syst, d'Anat. comp.^ t. v, p. 306) que la thyroïdienne inférieure ne se dis- tribue pas du tout à la glande thyroïde.
(2) Babkow [Disquis'Uiones cirea originem et decursum arterlarum animaiium» Lipsise, 1829, t. i, p. 1, c). C'est à peu près comme si elle provenait encore de la sous-clavière; aussi l'exemple cité par cet auteur contre notre rédaction , que dans les mammifères à long cou la thyroïdienne inférieure ne pouvait provenir de la sous-clavière, n'est-il pas heureusement choisi. Notre texte parle d'ailleurs (lu peu d'imporl-mco de l'organe, qui explique mieux, suivant M. Backow, la flégradiUion de branche eu rameau.
ART. 1. DES ARTÈRES. 121
inomince, origine commune de la sous-clavière et de la carotide droites (i).]
4. I/artère brachiale présente peu de différences; on la voit se diviser constamment en cubitale et radiale _, même dans les animaux qui manquent du premier de ces os, ou chez lesquels il n'y en a qu'un rudiment; excepté cependant chez le dauphin^ où elle se divise en un plus grand nombre de rameaux (2).
[Les différences que montre l'artère brachiale , ou mieux encore l'axilîaire dont elle est la continuation^ soit dans les branches et les rameaux dans lesquels elles se divisent , soit dans la distribution et l'arrangement de ceux-ci, sont plus nombreuses que nous ne l'avions exprimé dans ce premier aperçu.
La brachiale , il est vrai , se bifurque généralement , soit avant le pli du coude, soit à la hauteur de ce pli^ soit au-dessous, pour se changer en cubitale et radiale.
Nous verrons cependant que cette bifurcation n'a pas lieu dans le morse, et que l'artère brachiale s*y conti- nue, comme artère principale, dans tout l'avant-bras, jusqu'au métacarpe.
Dans beaucoup de mammifères , la brachiale ou la cubitale entrent dans un canal du condyle interne de l'humérus , pour passer de la face dorsale du bras à la face palmaire de l'avant-bras.
(1) Meckel, Op. c, p. 307.
(2) Cet ancien texte ne donne pas à la vérité une description explicite de la division de Tartère axillaire ou brachiale en plexus ; mais on ne contestera pas qu'il renferme l'indication d'une diflerence qui y conduit. Nous faisons cette remarque pour répondre au reproche que nous fait M. Bacr ( p. 201, du mémoire cité plus bas), d'avoir dit que , dans le dauphin, Tarière brachiale se divisait simplement en cubitale et radiale.
J22 XXV* LEÇON. SECT. III. RÉSERVOIRS DU SANG.
Le tronc de la brachiale, et même ses branches, les artères cubitale et radiale, peuvent se diviser en un grand nombre de petites artérioles, formant un plexus compliqué avant de fournir leurs rameaux ordinaires , nubien ils s'enveloppent de ces plexus qu'ils produi- sent sans perdre de diamètre. Cette organisation , dé- couverte d'abord dans le paresseux et le iorl du Bengale, par M. Carlisle (i), confirmée par nous dans les pares- seux, a été vue par Meckel dans les fourmiliers (2) ; dans le lori grêle et dans les extrémités postérieures du tar- der, par M. Vrolick (5) ; dans le marsouin, par M. Baer (4), etplus récemment dans le lamantin (5) .
Les arcades palmaires que nous avons décrites dans l'homme sont loin d'exister dans ceux des mammi- fères, chez lesquels les collatérales des doigts sont quel- quefois des divisiens directes des artères cubitale et ra- diale.
Le nombre de ces collatérales et des rameaux dont elles sont des divisions n'est pas toujours égal à celui des doigts, surtout quand il y en a de rudimentaires, ou dont la position est moins avancée, comme la patte des chats. ]
(1) Philosophical Trans,^ 1800 et 1804-
(2J Archives de Physiol.^ t. v, p. 60.
(3) Disqidsitio. anatomica^ etc. Amsterdam, 1826,
(A; Isis del826, p. 811.
(5) Mémoires présentés à l'Académie imp. de Saint-Pétersbourg, t. ii, 1838.
ART. I. DES ARTÈRES. ISS
a' Du canal OU du trou condyloïdlen interne et des vaisseaux artériels qui le traversent.
[Parmi les Quadrumanes^ le trou condyloïdien interne existe dans les sapajous (i) et les lémuriens; mais il manque dans les deux autres familles de cet ordre les singes de l'ancien continent et les ouistitis.
C'est même un canal, dans le sajou [cebusapella. G.) qui traverse perpendiculairement la crête osseuse qui surmonte le condyle interne de l'humérus. Ce canal a son issue inférieure en avant , immédiatement au-des- sus de l'articulation du cubitus. Il donne passage à l'ar- tère cubitale et au nerf médian.
Parmi les carnassiers , soit insectivores , soit carni- vores, soit amphibies, le trou condyloïdien interne existe dans la taupe,, le blaireau,, la loutre, les martes ^ les mangoustes , les civettes , les chats , chez lesquels il donne généralement passage à l'artère brachiale et au nerf médian ; les phoques en sont aussi pourvus.
Mais il manque dans le hérisson^ Vours, les coatis, les chiens, les hyènes. Les didelphes insectivores ou carni- vores, comme les herbivores, en paraissent pourvus; dès notre première édition nous avions constaté son existence et son usage pour le passage des artères, dans les sarygues et les kanguroos.
(1) Sur un canal qui existe dans l'humérus de plusieurs singes à queue, et sur une disposition particulière des nerfs et des artères du bras liée à son existence, par M. F. Tiedemann ; Archives de Phys. de J. F. Meêhel, t. iv, 1818. Le célèbre auteur de ce travail cite Coïter, comme ayant découvert ce canal dans les singes; Fischer, dans les makis , ei Ev. Home dans le don ; il OHblie que nous l'avions décrit dans le première édition de cet ouvrage dans les sarygues et les kan- îuroo5.
1â4 XXV LEÇON. SJÊCT. llï. RÉSERVOIRS DU SANG.
Les rongeurs ne présentent pas moins de singularités, à cet égard, que les carnassiers.
On ne les trouve que dans Vécureuil , le hamster et Yhélamys (i).
Les tatous , les fourmiliers , les monotrêmes, montrent cette même organisation (2) ; mais la position de ce ca- nal, dans ces derniers, est vers le milieu de la largeur de l'os. Remarquons encore que , dans les fourmiliers , il ne donne passage qu'au nerf médian (5).
Les autres mammifères, tels que les pachydermes ^ les ruminants et les cétacés,^ n'ont point de trou condyloïdien interne.
D'après les exemples des ordres, des familles et des genres pourvus de ce trou ou de ce canal , par le- quel la principale branche artérielle du bras ou de l'avant-bras est ainsi à l'abri de toute compression , pendant un court trajet, il serait difficile de déterminer le rapport de cette organisation avec le genre de vie. En effet, dans la liste des animaux chez lesquels elle a été observée , on trouve des animaux grimpeurs , des fouisseurs , des coureurs , et des nageurs ; mais il est vrai de dire que tous les mammifères à sabots, qui ne peuvent se servir de leurs extrémités que pour la station et la progression, n'ont point cette organisation ; elle se trouve liée avec un usage plus libre , plus multiplié des extrémités antérieures (4). ]
(1) M. Guvier, Recherches sur les ossemtnts fossiles, t, v, l""® partiCi p. 46.
(2) Voy. 1. 1, p. 346 du présent ouvrage.
(3) Meckel, ouv. cit., p. S14.
(4) Evr, Home, qui a découvert celte organbalioti dans le Uon (Lectures on
ART. I. nr.S AT\TKRES. 125
b. Quelques exemples des principales divisions de la brachiale , de s» marche^ et de sa distribution.
[Nous montrerons, par quelques exemples, que si les divisions principales de la brachiale sont assez cons- tantes , il y a cependant plusieurs différences à signaler en étudiant les artères de l'extrémité antérieure dans les différents ordres de la classe.
a. Les Quadrumanes. Dans le magot (i) comme dans le saï (5. capucina), la division de la brachiale, en radiale et cubitale, a lieu déjà dans le tiers supé- rieur du thorax. L'artère cubitale arrivée au côté in- terne et inférieur du bras, s'introduit, avec le nerf mé- dian, dans le canal condyloïdien interne, absolument comme nous l'avions décrit en premier lieu , dazis les sarygues.
Dans le tamarin [midas rufimanus, Geoffr. ), la bra- chiale n'a point de canal osseux , non plus que les autres espèces de cette famille. Cette artère s'y divise dans le pli du coude seulement en cubitale inter-osseuse et radiale.
|3. Parmi les Chéiroptères , les chauve-souris insecti- Tores ont la brachiale bifurquée, dès le milieu du bras, en djeux rameaux d'égale grandeur ; l'un est plus par- ticulièrement destiné aux muscles extenseurs de l'a-
Cotnparaiive anaiomy , p. 76 ), pense que cette disposition existe pour rendre la marche de l'artère brachiale plus directe, et pour empêcher qu'elle ne soit com- primée dans la contraetion des muscles. (1) Dessins inédits de M. Cuvier.
1f^ XXy*' lEÇON. SECT. III. RÉSERVOIRS DU SANG.
yant-bras; Meckel [\) le compare à l'artère cubitale. Nous le regardonsplutôt comme une brachiale profonde. L'autre serait la brachiale superficielle.
y. Parmi les Carnassiers digitigrades^ la loutre a Tar- ière brachiale qui passe à travers le trou condyloïdien interne, de la face dorsale du bras, à la face palmaire de l'avant-bras ; elle est accompagnée, dans ce trajet, par le nerf médian.
C'est seulement vers le milieu de l'avant-bras, que la brachiale se divise en cubitale et radiale. Avant sa divi- sion^ elle a déjà fourni l'inter-osseuse, quis'en détache immédiatement au-dessous du coude.
Dans le chat, l'artère brachiale fournit successive- ment sept à huit rameaux, dont les uns vont aux circon- flexes, et les autres vont aux muscles du bras et même à ceux de l'avant-bras. Ensuite elle pénétre dans le trou condyloïdien interne, pour passer dans le pli du coude. Ce n'est qu'à peu près un pouce au-delà de ce pli, qu'il en naît un petit rameau qui répond à la cubitale , et un autre quiestl'inter-osseuse, après quoi elle se continue comme artère radiale ; celle-ci contourne le côté dor- sal et interne du carpe, pour s'enfoncer à travers le deuxième espace inter-osseux dans la face palmaire du pied : là elle forme une arcade profonde de laquelle partent trois branches collatérales principales, qui 5e sous-divisent pour se distribuer aux quatre doigti qui suivent le pouce ; celui-ci reçoit immédiatement, au commencement de l'arcade, un rameau beaucoup plus petit. L'artère radiale se termine sur le bord cu-
{\) Système d'Anat, cowp., p, dih-
ÀRl. ï. DES ARTlillE^. 127
bital du pied en s anastomosant avec la fin de la cubi- tale.
Dans le tigre royal^ l'artère brachiale suit la même marche à travers le trou condyloïdien interne. Ce nest qu'au-delà du j3li du coude qu'elle se bifurque en radiale et cubitale ; mais cette dernière est la plus forte des deux, et semble plutôt que la radiale se former en con- tinuant Tarcade palmaire profonde (i).
Dans le blaireau, l'artère brachiale passe avec le nerf médian dans le canal condyloïdien , et se divise , peu après, en radiale et cubitale ; de celle-ci naît plus loin l'inter-osseuse (2).
Dans la mangouste des Indes [vivcrra mungos, L. ) , c'est aussi la brachiale qui traverse le trou condyloïdien ; elle donne Finter-osseuse immédiatement au-dessus du pli du bras , et ne se divise en cubitale et en radiale que vers le milieu de l'avant-bras. ]
â. Parmi les Didelphes, nous avons vu, les premiers, que dans les sarygues et les kanguroos, et en général, à ce qu'il paraît, dans tous les animaux à bourse, l'artère brachiale se divise en deux branches principales, lors- qu'elle est encore placée à la partie inférieure, quel- quefois même à la partie moyenne du bras.
La cubitale, beaucoup plus grande , s'introduit dans un canal qui traverse d'arrière en avant le condyle in- terne de l'humérus, et passe ainsi de la face dorsale postérieure du bras , à la face palmaire de Tavant-bras.
[Dans le kanguroos géant, V^odWdixç: fournit les colla- térales au-dessus de l'attache du grand dorsal , devient
(1) Dessim inéiUls Uc M. Guvier.
(2) U)îd.
1§B XXV* LEÇON. SECT. III. RÉSERYOIRS DU SANG.
alors artère brachiale, descend devant le tendon de ce muscle sans fournir le moindre rameau , et se divise immédiatement au-dessus de ce point, c'est-à-dire vis- à-vis la partie moyenne du bras, en radiale et cubitale. La première n'ayant que le tiers du diamètre de la se- conde, traverse ce biceps, lui fournit un rameau, et passe sur le bord radial de Tavant-bras, où elle reste superficielle.
La cubitale descend le long du bord interne du bras, s'introduit dans un large canal qui traverse le condyle interne de l'humérus, et arrive ainsi à la face palmaire de l'avant-bras (i).
îA. Parmi les Pachydermes, l'artère brachiale ne présente rien de particulier, sinon qu'il s'en détache au-dessus du coude, une branche considérable qui se porte à l'a- vant-bras, le long de son côté dorsal.
Arrivée au-dessous du pli du coude, la brachiale produit l'inter-osseuse. Sa division en radiale et cubi- tale n'a lieu qu'au milieu de la longueur de l'avant-bras. La radiale, d'un peu moindre calibre que la cubitale, descend derrière le radius jusqu'à l'articulation du métacarpe avec les phalanges, où elle se perd.
La cubitale s'avance derrière le radius et en dedans du cubitus jusqu'à la face palmaire du pied. Là elle donne un petit rameau au doigt externe et au doigt interne , puis un petit rameau récurrent qui se porte en dehors. Cette artère après s'être avancée un peu au- delà, se bifurque pour donner une collatérale interne à chaque doigt ; mais auparavant elle leur envoie une
(Ij Extrait de mes notes écrites en 1804, après la dissection d'un kanguroo, mort il la Malmaison ; il aTall été amené en France par MM. Pcron et Lesueur.
*
ART. I. DtS AUTJÎRES. 1^9
petite collatëiale externe qui se divise transversalement sur la face dorsale de la phalange.
â. Les Ruminants, Dans la c/ièvre, l'artère brachiale donne vers la fin du tiers supérieur du bras une récur- rente musculaire, et un peu plus bas, l'artère brachiale profonde, qui se rend, entre autres, dans le triceps. Elle descend en avant du condyle interne dans le pli du coude, et s'avance le long du cubitus jusqu'au milieu de sa longueur. A la partie supérieure et interne de l 'avant- bras (i), elle fournit une artère circonflexe qui se ramifie autour de l'articulation du coude , et immédiatement l'inter-osseuse qui, après avoir donné un petit rameau pour les parties internes de l'avant-bras, s'enfonce entre le cubitus et le radius, parvient ainsi à la face externe de'tette région , et descend entre les muscles de cette partie, auxquels elle envoie, ù mesure, des rameaux jusqu'à l'articulation du pied. Ici elle se divise en trois ramuscules, dont l'un pénétre dans l'articulation du carpe, et les deux autres entourent cette même articu- lation. Cette artère est au moins aussi considérable, à son origine, que la suite de la brachiale.
Celle-ci , arrivée au milieu de la longueur de l'avant- bras , se divise en radiale et cubitale. Lapremiere , d'un moindre calibre , descend le long du bord interne du radius , passe derrière l'articulation du carpe, gagne le métacarpe, et longe le bord interne du métacarpien
(1) Meckel, après avoir dit (p. 310) que la brachiale ne se divise, dans les ru- minants et les solipèdes, que vers le milieu de l'avant-bras, pour se changer en cubitale et radiale, détermine la brachiale de l'avant-bras (page 3J 1) comme un« cubitale, aCn de pouvoir décrire l'inter-osseuse comme un rameau de celte der- nièrf artère.
6. 9
130 XXV* LEÇON. SEGT. III. RÉSERVOIRS DU SANG,
interne ; parvenue un peu au-delà du milieu de la longueur de cet os , elle s'anastomose avec la cubitale , et s'y termine. Dans son trajet, elle fournit une artère récurrente qui se porte derrière l'articulation du carpe ; puis une artère nourricière des os métacar- piens.
La cubitale, plus considérable que la radiale, des- cend plus en dehors ou le long de la partie moyenne de la face postérieure du carpe, recouverte par la gaine des tendons des muscles fléchisseurs ; elle con- tinue de descendre jusqu'au tiers inférieur du méta- carpien , où elle fournit un premier rameau qui se rend dans l'articulation de ces os avec les doigts ; en- suite cette artère parvient jusqu'à la face palmaire du pied ; à la hauteur de l'articulation des doigts , elle se bifurque pour fournir une artère collatérale interne pour chaque doigt. Mais ces collatérales se divisent vis-à-vis l'articulation de la seconde avec la dernière phalange, en trois rameaux, dont l'un contourne la der- nière phalange en arrière, l'autre se dirige en bas, et le troisième vers la face dorsale de cette phalange et du sabot.
K. Dans les carnassiers amphibies, La brachiale se ramifie sans se bifurquer. Les extrémités antérieures de ces animaux sont tellement modifiées , dans leurs os et dans leurs muscles , afin de former des rames courtes et aplaties, pour la natation, qu'il n'est pas étonnant d'y trouver des changements dans la dispo- sition des artères.
Dans le phoque vulgaire^ l'artère brachiale fournit la inainmai;i'e , et descend jusque dans le pli du coude, où
ART. I. DES ARTÈRES. 131
elle donne l'artère inter-osseuse , puis elle se continue dans la partie moyenne de l'avant-bras (i).
Dans le morse, l'artère axillaire , après avoir fourni la sous-scapulaire , l'artère profonde du bras, la circon- flexe, se continue comme artère brachiale, dont le tronc fournit successsivement du côté cubital et du côté ra- dial du bras et de Tavant-bras, des branches qui pro- viennent des artères cubitale et radiale, lorsqu'elles existent. Le même tronc fournit une branche palmaire profonde, et se termine comme la palmaire superficielle, mais sans former d'arcade^ par des artères collatérales qui vont aux doigts (2).]
JC, Des mammifères dans lesquels l'artère brachiale et même ses -principales divisions forment un ou plusieurs plexus d'artérioles.
Dans les paresseux et les loris, l'artère brachiale forme un plexus bien remarquable. Dès que l'axillaire des premiers a atteint l'humérus , elle fournit successi- vement plusieurs rameaux principaux , desquels naît un plexus très-compliqué, qui compose autour de la branche principale (la brachiale) un faisceau cylindri- que, épais, ramassé, d'un grand diamètre relativement à l'artère qui en est l'origine. C'est de ce plexus que par- tent les rameaux qui vont aux muscles. [Il se prolonge
(1) Dessins inédits de M. Cuvier.
(2) Sur les plexus dans lesquels se difisent quelques-unes des plus grosses ar- tères des mammifères, par M. le doct. K.E. de Baer. Mémoires présentés à l'Aca- démie impériale des Sciences de Saint-Pétersbourg , t, ii, 3* livraisonr l*éter8-
, fig. 3 (en allemand).
13S XXY' lEÇON. SECT. IH. RÉSERVOIRS DU SANG.
en diminuant un peu de diamètre jusque dans le pli du coude , où il s'élargit et s'aplatit en s'étalant pour s'y terminer. Là , l'artère brachiale, qu'il cesse d'enve- lopper, fournit les artères principales de l'avant-bras, qui sont constituées comme à l'ordinaire.]
Dans le lori paresseux ^ chez lequel M. Carllsle a découvert un «emblable plexus , les rameaux qui le forment sont moins nombreux , suivant cet auteur , et s'anastomosent moins souvent entre eux. Le lori grêle a présenté, au même anatomiste, un plexus analogue, quoique moins compliqué.
iXous verrons en décrivant les artères des extrémités postérieures, que les fémorales ont, dans ces animaux, une semblable distribution , et quelles sont les consé- quences physiologiques que l'on a cru pouvoir en tirer.
[Dans le didactyle parmi les fourmiliers, l'artère bra- chiale se divise vers le milieu du bras, en profonde et superficielle. La première se détache à angle droit 4u tronc principal. Peu après , l'artère brachiale est enve- loppée d'un plexus analogue à celui que nous avons décrit dans les loris et les paresseux, et se divise ainsi enveloppée , en radiale et en cubitale. Ces deux bran- ches sont de même entourées , dans une partie de leur trajet, par un plexus distinct, qui est la continuation du précédent.
L'axillaire , dans le lamantin^ se change en un fais- ceau d'artérioles, formant un plexus qui se continue comme artère brachiale jusqu'au carpe , où il se di- vise pour fournir les rameaux artériels de cette partie, îci la division de la brachiale en cubitale et radiale a disparu , et toutes les artères qui se détachent de l'ar- tère principale de cette extrémité, forment comme
ART. 1. DES AUTÈRES. 133
elle des paquets d'artérioles ; c'est ce qu'on voit entr'au- tres pour l'artère brachiale profonde , la circonflexe , et la récurrente cubitale (i).
Il n'y a pas proprement d'artère brachiale dans le marsoum, parce que les ramifications qui vont au bras, comme celles qui vont à l'épaule, se dét^hent déjà de Taxillaire. Cette artère produit, du côté mterne, une scapulaire transversale, et à la même hauteur, mais en dehors, une sous-scapulaire, qui donne ses rameaux aux muscles de l'épaule , et se continue le long du bord cubital du bras et de l'avant-bras, comme artère bra- chiale profonde.
Ensuite l'axillaire, après un court trajet et avant d'a- voir atteint l'articulation du bras, se divise, ainsi qu'il vient d'être dit, en un grand nombre de rameaux, réu- nis cependant en deux faisceaux , qui répondent aux artères cubitale et radiale. Celui-ci fournit à l'humé- rus quelques artères circonflexes , tandis que le premier donne à l'avant-bras et au carpe une artère cubitale. Plus loin , ces faisceaux se réunissent , puis se séparent de nouveau , et se rassemblent encore pour se terminer sans former d'arcades, en quelques branches digita- les (2).]
D. Deuxième suite des artères qui naissent de la crosse de F aorte , et particulièrement des cat^otides primitives gauche et droite,
a. Dans l' homme.
La carotide primitive gauche s'élève de la crosse de
(1) Mémoire de M, le prof. Baer, cité plus haut, fig. 11 et 11*, et p. 204.
(2) Mémoire cité de M. le prof, Bner. f. i, et p. 10^ et 103,
13i XXV* lEÇON. SECT. III. BÉSERVOIRS DU SAKG.
Taorte entre les deux sous-clavières , tandis que celle dil côté droit est une division de la sous-clavière du même côté. Elles montent, en s'écartant un peu, de chaque côté de la trachée artère et du larynx , jusqu'à la partie supérieure de celui-ci , sans fournir aucun ra- meau. A cet^droit, elles se divisent en deux bran- ches, dont Tune envoie ses rameaux à la partie supé-* rieure du cou et à toutes les parties extérieures de la tête, c'est la carotide externe^ et l'autre pénètre dans le crâne et s'y distribue , c'est la carotide interne.
La première , plus profonde d'abord que la seconde , se porte ensuite en arrière, à l'extérieur de celle-ci, s'é- lève derrière l'angle de la mâchoire inférieure , et se divise, à la moitié delà hauteur de sa branche montante, en deux artères , la temporale et la maxillaire , après avoir donné naissance successivement à la thyroïdienne supérieure^ à la linguale, à la maxillaire externe, à la pharyngienne m férieure , à V auriculaire postérieure y et à Vocclpitale , dont les noms indiquent la destination principale.
La seconde s'élève jusqu'à la base du crâne, en for- mant plusieurs inflexions , pénètre dans le canal caro- tidien , continue sa marche sinueuse , sort de ce canal, et se distribue au cerveau sous le nom de cérébrale , comme nous l'avons dit (leçon 9*). Ajoutons seule- ment qu'elle [donne naissance, presque aussitôt qu'elle a percé la dure-mère , à une artère remarquable , V ophthalmique , dont les nombreuses ramifications se distribuent dans l'orbite, et vont même à la face.
b. Dans les mammifères.
[Nous avons vu, au sujet de la sous-claviere et de ses
ART. 1. DES ARTÈRES. 135
branches , les grandes variations que présentent, dans leur origine, les artères thyroïdiennes, et particulière- ment la thyroïdienne inférieure, qui naît plutôt, quand elle existe , de la carotide commune que de la sous- clavière.
Quant aux artères de la tête , elles proviennent tou- jours, à l'exception de celles que fournissent au cerveau les vertébrales , de la carotide primitive ou de ses bran- ches, la carotide externe ou faciale , et la carotide in- terne ou cérébrale.
Mais la proportion du sang que la carotide primitive envoie aux parties extérieures ou aux parties de l'encé- phale, varie beaucoupsuivant le développement de ces parties, et suivant la quantité de sang que le cerveau reçoit de l'artère vertébrale ; il en résulte des différences très-sensibles dans la division de la carotide primitive. Tantôt elle semble se bifurquer en carotide externe et interne, comme dans l'homme ; c'est lorsque cette der- nière conserve un assez grand calibre. D'autres fois , la carotide primitive, après avoir fourni les différentes branches ourameaux de la carotide externe, pénètre dans le crâne pour se continuer comme carotide interne. Dans d'autres cas enfin cette dernière ne semble qu'une branche subordonnée de la carotide externe.
Dans le magot, ps^r exemple, nous trouvons, comme dans l'homme , la bifurcation de la carotide primi- tive (i).
Cette bifurcation a lieu de même dans le phoque vulgaire, dont l'encéphale a une grande proportion; elle s'effectue après que la carotide primitive a donné
(1) Dessins inédits de M. Cuvier.