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SOCIÉTÉ POUR LÉTUDE DES LANGUES ROMANES

PUBLICATIONS SPECIALES

LE

ROMAN DE GALERENT

COMTE DE BRETAGNE

PAR LE TROUVÈRE RENAUT

Publié pour la première fois d'après le manuscrit unique de la Bibliothèque nationale

PAR

ANATOLE BOUCHERIE

MONTPELLIER

AU BUREAU DES PUBLICATIONS

DE LA SOCIÉIÊ POUR l'étude des I-ANGUKS l'.OMANES

PARIS

MAISONNEQVE ET CHARLES LECLERC

LIBRAIRES-ÉDITEURS

25, QUAI VOLTAIBE, 25 M DCCC LX XXVIII

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LE

ROMAN DE GALERENT

COMTE DE BRETAGNE

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ANATOLE BOUCHERIE

LE

ROMAN DE GALËRENT

COMTE DE BRETAGNE

PAR LE TROUVÈRE [RENAUT

Publié pour la première fois d'après le manuscrit unique de la Bibliothèque nationale

ANATOLE BOUCHERIE

MONTPELLIER

AU BUREAU DES PUBLICATIONS

DE LA SOCIÉTÉ POUR l'étude des LAS'GUKS nOMAXES

PARIS

MAISOXNEUVE ET CHARLES LECLERC

LIBRAIRES-ÉUITEURS 25, QUAI VOLTAIRE, 25

M DCCC Lxxxvm

Univers??^

f ^^BUOTHECA

LA M P: MOIRE

DE

M. EMILE EGGER

Le présent volume t'tait déjà aux trois quarts imprimé lorsque Anatole Boucherie nous fut enlevé, le 3 avril 1883. Notre ami, en le publiant, n'entendait donner du Roman de Galeren qu'une édition provisoire, qui devait servir seulement de- base et de contrôle à l'édi- tion critique qu'il se proposait d"en donner plus tard. Nous avons natu- rellement, en imprimant les dernières feuilles, suivi ses intentions, c'est- à-dire reproduit fidèlement sa copie, transcription pure et simple elle- même de l'original, sauf à corrigei' çà et quelques fautes de lec- ture, que l'examen minutieux du ms., dont il avait obtenu le prêt, et qui demeura quelque temps entre nos mains après sa mort, nous y avait fait reconnaître.

C'est aux vacances de 1877 que Boucheiie découvrit, à la Biblio- thèque nationale, le lieu du monde il devait le moins, semblait-il, s'attendre à une pareille bonne fortune, le Roman de Galeren. Ce fut une de ses dernières et de ses plus vives joies de philologue. Il en prit immédiatement copie, et ne cessa jusqu'à sa mort de l'étudier avec amour. Il se proposait d'en faire le sujet d'une thèse de doctorat, et les papiers qu'il nous a laissés sont pleins de notes, littéraires ou philologiques, qui se rapportent à ce dessein ; mais tout cela est mal- heureusement trop incomplet, trop informe et trop confus, pour pou- voir être publié. Nous avons pourtant essayé, à plusieurs reprises, d'en tirer des fragments qui, reliés ensemble, pussent être utilement placés en tête du présent volume; mais c'a été toujoui's vainement. Ce serait trahir la mémoire de notre ami que d'offrir au lecteui', sous son nom, de simples brouillons. Le seul morceau qui puisse ici voirie jour est la préface quil avait préj^arée pour cette première édition de son cher poome. La voici :

Le Roman de Galerent est non-seulement inédit, mais en- core absolument inconnu. Il nous a été conservé dans un ma-

VIU

nuscrit du XV° siècle ', qui fait partie du fonds français de la Bibliothèque nationale, il porte le 24042, et dont le ca- talogue le mentionne en ces termes : « Histoire de Bretagne

en vers. »

Cette indication inexacte a été empruntée à Gaignières, Tavant-dernier posscsseurdu ms., qui n'en avait lu sans doute que Vexplicit: « Cy finist le livre de Galeren, conte de Bre- taigne. »

On conçoit que les savants en quête de romans d'amour et d'aventures aient passé sans s'arrêter devant un volume ainsi désigné ; mais, si peu que leur attention se fût portée sur ce texte, ils i>'auraient pas tardé à reconnaître la haute valeur littéraire d'une œuvre vraiment supérieure, et qui est aux ro- mans d'aventures du moyen âge ce qu'est Paul et Virginie aux romans du XVIIP siècle.

Le nom de l'auteur, Renaut, qui se lit au v. 7809, est déjà connu comme celui d'un des plus délicats écrivains de notre ancienne littérature, car c'est aussi le nom de l'auteur du Lai de VOmbrc et de V Anneau, un pur chef-d œuvre du genre, et peut-être y aura-t-il lieu d'identifier ce dernier Renaut avec celui qui a signé le beau roman que je publie.

L'ancienneté d'un poëme qui est de la fin du XIP siècle, ou, au plus tôt, des premières années du XIIP, le talent de composition dont l'auteur a fait preuve, la pureté de sa lan- gue et l'élégance de son style, la variété et le charme de ses descriptions, la délicatesse des sentiments qu'il prête à ses principaux personnages, le pathétique des situations et la vrai- semblance des aventures, une fois le thème primitif adopté: ces diverses qualités, que je ne me rappelle pas avoir vues réunies au môme degré dans aucun des poëtes du moyen âge, ni dans l'auteur du Partonopem, ni même dans Chrestien de Troyes, méritent qu'on accorde à l'écrivain qui les possédait une étude aussi attentive et aussi complète que possible.

«Ce ms. est incomplet du commencement, et il présente aussi une lacune vers le milieu. Plusieurs feuillets en ont été transposés par le relieur. Au bas du verso du dernier feuillet, lequel est en blanc, et fait partie intégrante à» dernier cahier, on lit, l'un au-dessous de l'autre, les deux noms suivants Anne de Bouloigne, Loyse de Bouloigne.

C'est ce que j'ai tâché de faire ; mais, avant de mettre en ordre et de fondre en un seul tout les matériaux que j'i.i do rassembler dans ce but, je crois nécessaire depubherd'abord le texte même du poëme, tel que nous l'a conserve le ms., avec sa mauvaise orthographe du XV« siècle, quitte a le res- tituer plus tard, dans l'édition critique qui sera l'une des par- ties, et non la moins considérable, du travail d'ensemble que

je prépare. ,

Je ne donnerai point ici du roman une analyse détaillée, qui ferait double emploi avec celle que je réserve pour mon étude complète, elle trouvera plus naturellement sa place. Il suffira aujourd'hui de présenter au lecteur un bref sommaire de cette oeuvre remarquable. _ _

Les principales données du poëme paraissent avoir ete empruntées au lai du Frêne de Marie de France, ou tout au moins à ce fonds commun de légendes bretonnes notre ancienne poésie narrative a si largement puisé. Mais ce qui, =ous la plume de la célèbre poétesse, n'est qu'une œuvre un peu terne, d'où la passion est absente, un récit honnêtement composé et naturellement conté, comme il convenait a un auteur qui n'élevait guère ses conceptions au-dessus du ni- veau de la vie vulgaire, est devenu, sous celle de son imita- teur ou de son émule, une œuvre d'art et de longue haleine, qu'animent d'un bout à l'autre des caractères bien vivants et bien tracés, une passion tour à tour heureuse ou contrariée et toujours vraie.

L'héroïne du poëme est une jeune fille, nommée Frêne, qu'abandonne sa mère. M-'' Gente, femme du châtelain Brun- doré, et qui, recueillie par M^^ Ermine, abbesse de Beause- jom% est élevée dans ce couvent, en compagnie du jeune Ga- lerent, fils du comte de Bretagne et neveu de l'abbesse. Les deux enfants s'aiment d'abord comme frère et sœur, puis avec le temps leurs sentiments changent de nature, et nous assis- tons, six cents ans avant Bernardin de Saint-Pierre et huit cents ans après Longus, au drame semi-pastoral de Paul et Virginie, deDaphnisetChloé. Heureux d'abord, grâce àlapater-

nelle complaisance du chapelain Lohier, parrain de Frêne, ils voient bientôt leurs belles espérances s'évanouir. Galerent, obligé d'aller prendre possession d& son comté de Bretagne,

après la mort [n-osque simultanée de son père et de sa mère, a bien juré à Fi'ône, devant Lohier, leur protecteur commun, de revenir l'épouser, quand il aura rendu hommage au roi d'Angle- terre, son suzerain, et qu'il aura fait son stage de clievalier ; mais dans l'intervalle M"*^ Krmine, avertie de ce qui se pré- pare, chasse la jeune fille et lui révèle ce qu'elle sait du mys- tère de sa naissance. Frêne, qui jusque-là s'était crue l'égale de Galerent, ne veut pas devoir la fidélité de son amant à des engagements qu'il n'aurait peut-être pas pris s'il avait connu la vérité. Sans le prévenir et sans prévenir personne, elle se retire à Rouen. Là. quatre ans de suite, sous un nom d'emprunt, chez une veuve dont la fille Rose devient son amie intime, elle vit dans l'isolement et dans le travail, sourde aux demandes de mariage que lui attirent sa beauté et sa bonne réputation.

Galerent, en apprenant coup sur coup la mort de Lohier et la disparition de Frêne, tombe dans un profond chagrin. 11 réagit cependant et prend part aux tournois que le duc de Metz donne en son honneur et en l'honneur du duc d'oOste- riche », Guinant. Esmerée, fille du duc de Metz et préten- due de Guinant, voit bien que le chagrin de Galerent est un chagrin d'amour. Elle se croit l'objet d'une passion qui n'ose se manifester et fait au jeune Breton de gracieuses et naïves avances, que celui-ci décline avec autant de fermeté que de tact. Guinant ne peut dissimuler sa jalousie, et la rivalité des deux jeunes seigneurs dégénère presque en lutte interna- tionale entre les tenants du Breton, tous Français de la lan- gue d'oui, et ceux de Guinant, tous riverains du Rhin. Le dif- férend se décide dans un vaste tournoi près de Reims. Les Allemands sont vaincus, après une vigoureuse résistance, et obligés de paver une énorme rançon, qui fait riches pour long- temps « Français et Bretons et ÎS'orraands. »

Dans l'intervalle des tournois de Metz et de Reims, Gale- rent avait eu l'occasion, en passant à la Roche-Gujon, chez son compagnon d'armes et son parrain en chevalerie, lépreux Brundoré, de voir la jeune Fleurie, fille de ce seigneur et de M""* Gente, et par conséquent, ce que tous ignoraient alors, sœur de Frêne. Elle ressemble tellement à sa chère absente, à celle qu'il croyait morte, qu'il en devient amoureux, mais à

XI

demi; car, s'il voit en elle comme le miroir de sa bien-aimée, il n'ose, en l'épousant, pousser jusqu'au bout rinfidélité {ju'il se reproche déjà. Cependant ses meilleurs amis et ses plus fi- dèles vassaux le firessent de [irendre femme. Il se décide enfin et demande Fleurie.

Aussitôt le bruit de ce mariage se répand partout, jusqu'à Kouen, jusque dans la maison qu'habite Frêne. La malheu- reuse sent renaître sa passion. Ses angoisses n'échappent pas à l'inquiète tendresse de Rose, sa compagne de lit et de travail. Pressée par sa jeune amie, elle lui confie tous ses secrets: « Elle veut revoir une dernière fois Galerent avanl de se roplonger pour toujours dans sa retraite volontaire. » Toutes deux partent pour la Roclie-Guyon,où elles arrivent la veille du jour devait se célébrer le mariage.

Frêne, portant sur elle la belle draperie qui la couvrait dans son berceau et que l'abbesse lui avait rendue à sa sor- tie de Beauséjour, et tenant dans ses mains son inséparable harpe, se mêle à la foule des ménestrels et chante le « lai du Breton Galerent», celui-là même que Galerent avait com- posé pour elle à l'épocjuc de leur piemier amour. Le comte de Bretagne, éperdu, se couvre la tête de son manteau et se re- tire. Un instant après, M"^ Gente, paitageant la curiosité commune, s'approche de la belle chanteuse el reconnaît tout à coup l'étoffe précieuse, brodée de ses propres mains, dont elle avait enveloppé la fille (ju'elle avait sacrifiée à son or- gueil. Quoique horriblement agitée, elle se domine assez pour avoir le temps d'entraîner Frêne au fond de ses appartements. Elle l'interroge avec une anxiété facile à comprendre et s'as- suie qu'el'e ne s'est pas trompée. Ivre de joie, délivrée enfin des remords qui n'ont cessé d'empoisonner sa vie, elle em- brasse sa fille et l'accable de caresses convulsives. Puis, au risque d'être foudroyée par la colère de son mari, elle le fait venir sur-le champ et lui ré\ èle tout. Brundoré, heureux de retrouver une fille qu'il ne se connaissait pas, heureux de sa- voir que c'est elle que Galerent aime, qu'elle est cette ab- sente, « cette morte», toujours regrettée, pour laquelle il re- tardait la conclusion de sonmïtriage avec Fleurie, Brundoré pardonne et se hâte de mettre les deux amants en présence l'un de l'autre.

XII

Fleurie se sacrifie au bonheur de sa sœur et prend le voile, malgré les instances de sa famille, finissant son existence comme sa sœur avait commencé la sienne, dans un couvent.

Telle est cette pastorale chevaleresque, qui tient le milieu, par la date comme par les procédés esthétiques, entre le ro- man do Dnphnis et Cliloé et celui de Paul et Virginie. Égale en valeur littéraire à l'un et à l'autre, elle est plus morale que l'œuvre de Longus et plus naturelle que celle de Bernardin de Saint-Pierre.

Je n'indique dans le texte même que les corrections qui ne compliquent pas trop la lecture et l'impression courantes. Je renvoie aux notes celles qui exigent un véritable remaniement, et, dans les deux cas, je me borne à l'Indispensable, pour ne pas allonger inutilement la présente publication, ni empiéter sur celle qui doit la suivre et qui contiendra le texte resti- tué, avec tout l'appareil critique nécessaire. C'est ainsi que je laisse des fautes évidentes et faciles àcorriger, mais trop nom- breuses pour qu'on puisse les relever toutes^; par exemple, lui pour H et réciproquement, le cas oblique pour le cas sujet, ai pour ei, oi pour ai, ou pouro, :; pour .s ou pour r, r pour -, etc. Ma seule préoccupation, en un mot, a été de donner ici un texte intelligible. C'est dans la seconde édition que je m'appli- querai à le rendre correct.

Aux notes laissées par Boucherie nous en avons ajouté quelques- unes que nous n'avons pas cru nécessaire d'en distinguer. Nous sommes redevables à M. Gaston Paris, à qui les bonnes feuilles du poëme avaient été communiquées avec le ms. des notes, d'un certain nombre de corrections qu'il nous a autorisé à publier avec les nôtres; elles sont suivies des initiales de son nom.

Nous avions eu d'abord l'intention de placer ici, avec une notice sur Boucherie, une bibliographie détaillée de ses ouvrages. Nous nous

* La confusion de n et de u, dans le ms., est fréquente, et il n'est pas tou- jours facile de distinguer ces deux lettres l'une de l'autre. Aussi a-t-on pu imprimer plus d'une fois ?i le ms. porte plutôt u, et inversement. Il eût été peut-être préférable, l'incertitude de la graphie étant reconnue, de mettre partout soit n, soit u, selon que le sens l'exigeait. Même observation pour c et t.

XIII

sommes décidé, après réflexion, à réserver l'une et l'autre pour un second volume de ses reliquiœ, actuellement en préparation, et qui, devant être de moindre étendue que celui-ci, gagnera à cette adjonc- tion une plus juste épaisseur. En attendant, ceux des lecteurs de Ga- leren qui ont connu Boucherie, et particulièrement nos confrères de la Société des langues romanes, nous sauront gré de leur offrir, dans la belle eau-forte de Fernand Desmoulin qui orne le présent volume, une fidèle reproduction des traits de notre ami.

M. Emile Egger, quelques mois avant sa mort, avait bien voulu ac- cepter la dédicace de ce volume, dont nous ne pensions pas alors que la publication dût être si longtemps retardée. C'est, hélas ! sur une tombe, fermée depuis plus de deux ans, que nous le déposons aujour- d'hui, comme un hommage posthume de Boucherie à l'homme ex- cellent auquel l'unissaient les liens d'une si tendre amitié et d'une si profonde reconnaissance, et comme un témoignage de nos propres sen- timents de gratitude et d'affectueuse vénération envers cette chère mé- moire.

Camille Chabaneau.

ERRATA

I*. 205, 1. 17, siiiipr. le point d'iatcrrogation qm smt preslre.

1*. 207, note sur le v. 551, 1. 2. « douceurs. » Lis. donneurs. Ce renvoi à Lafontaine est d'ailleurs à supprimer. Le cas n'est pas le même que celui de notre texte et des Dcnkmuler de M. Suchier.

W 210, 1. 14 du bas. Lis. 2000. . .2005. . .2000.

P. 211, note sur le v. 2379. « aurait-il. » Lis. faudrait- il.

P. 21o, note sur le v. 3622. Lis. mande.

P. 215, note sur le v. 4964. <( eschappez». Lis. checauchié.

P. 218, 1. 4. Lis. interversion . L. 18. Virgule à la fin de la ligne .

ADDITIONS AUX NOTES'

*706. Con qui aroit maint ennemijf « Comme s'il avait une foule d'ennemis à ses trousses. »

*707. Sans savoir son couvine? « Sans savoir le sexe de l'en- fant»? Cf. V. 975.

•1489. Ctiens.

2121 . « VOUS » := vou (voto).

2422. et si?

2777 et 2799. Puis que.

2903. revenrai.

*3002. S'en avez bon ?

3522 Jel ? Deux points à la fin du vers .

4140. « cache » = chasse, c'est-à-dire détourne, empêche. Cf. v. 6204.

*4260. « asseur » à maintenir. C'est ici un adjectif (dont on a le féminin au v. 6961) pris adverbialement.

'4384-5. Plutôt repaire. .. .aire'!

' Quelques-unes des nouvelles notes ici ajoutées complètent ou modifient plusieurs de celles qui occupent les pages 205—220. Nous les marquons d'un astérisque.

XV

4789. biau chevalier.

4966. ...halé;et tant?

5268. » Dieux. » Coït, deux (deuil).

5517. «povoir. » valoir (cf. 5514) ? Ou paroirf

5566. Virgule à la fin du vers.

5567. Que esgardent? 5631 . Effacer la virgule.

* 5728. qui n'aramie?

5793, et plus loin. « Li quens Palais. » Le comte palatin.

* 6058. « senée. » A conserver, semble-t-il.

6084. // et Gornemnnt tant? en mettant un point à la fin du vers précédent.

6091. « crie. » prie?

* 6279. Mais Vame au Bret? <.<. Elle ne peut aller jusqu'à l'âme de Galeren. »

6309. «telz. )) cel (cil)? 6458. si?

' 6466-7. Transposer ces deux vers? 64Q7.Que?

6504. Un point après prendre. 6852. seray assens? Virgule à la fin du vers. 0852. Coni as sentir pourra?

" 6975-78. Mettre ces vers entre guillemets. Ils sont la suite de 6971-2. Voy. la note de M. G. Paris.

* 7335. N'en fu?

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LE ROMAN

DE

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LE ROMAN

DE

0-A.LEFIEIMT

3 [CY COMMENCE LE LIVRE

CONTE DE BRETAIGNB.]

[33 r°] Haulx homs courtois, vaillans et sages, D'asses pou d'ans est ses aages ; S'est bons chevaliers et hardiz, Loyaux, sans ire, et sans mesdiz.

5 Ces grâces ot li chevaliers ; Assez en eu[s]t sa moulliers Se ne fust mautalent étire. Qui souvent fait a plusieurs dire Mainte folie et maint oultrage.

10 La dame estoit de (li) haultparage, De rojs et de contes extroicte. Si l'ot nature a droit pourtroicte, Car elle estoit, en tous avis, Bien faicte de corps et de vis,

15 Blonde com or. Et la char blanche Avoit com nef qui chiet sur branche. En la face ot couUeur vermeille ; Mais rose ne s'i apparaille Tant soit a toute la rousée.

20 S'el(le) ne fust d'envie embrasée Aucune foiz par desraison, De Gadres je[s]qu'en sa maison

Is«^

Ou mainte vaillant en est née. Ne maint dame si senée.

25 Ne si bien parlant, a m'entente. Ellle avoit non madame Gente : Si ressembloit le nom le corps. De tant com en encoit dehors. Mais ne povoit entrer dedens.

30 X^aroit fors ou ris et es dens Et ou parant li nons sa force. Gente se fist nommer Teseoree, Ex génie et beUe est a devise ; Mais le euer oi sans gentillise.

35 De son nonne doy je] parler Car il faisoit trop tost aller Le cheval de sa] langue [e] courre. Que nuk ne lui povoit rescourre [33 V' Quant elle estoit en haulte aJaine.

40 S'en est tenue pour viUaine.

Jenne fut, si n'ot filz ne fille. Trop parler destruit et avilie Ceulx qui veulent a hounour vivre. Par trop parler semble l'en jvre

45 Et aeqtiiert l'en souvent hayne . Maint ennuy et mainte ruyne Tient au mes'iisani ains qu'il muvre. Sagement met Damedieu cuyre Les oultrages qui d avant viennent

50 Aux oultrageux qui ne se tiennent D'ouvrir la bouche en rillennie. La dame en deut estre honnie Si comme après dire m'orrez. Son mary ot non Brun dorez,

55 Ainsi comli escripz le nomme. De sa meignée ot ung prodomme Et de son conseil moult long temps Qui estoit appelle Matens. Ausques prenz d'armes ethardiz,

60 N' estoit villains n"en faiz, n'en diz. Ne vantierres ne mesdisans.

N'a povre homme fel ne nujsans.

S'ot en li mainte bonne grâce.

Jenne femme avoit qui la face 65 Portoit de fresche couleur tainte.

De corps fut belle et de cuer sainte,

Sans viilanie et sans ordure.

De nulle viilanie n'ot cure,

Ains est de bonne renommée. 70 En son baptesme fut nommée

Marsile par nom, ce me semble.

S'ot eu deux enfans ensemble.

Variez jumiaux de grant biauté.

Ades garda sa loyaulté 75 Vers Dieu et vers son mariage,

Com(me) bonne dame preuz et sage. [19 To Si ne la tint nulz pour villaine.

Enrie en ot la chastellaine.

Quant tous cil qui la cougnoissoient 80 Par grant hounour la cherissoient

Pour son sens et pour son acueil.

Gente, qui fut plaine d'orgueil.

Ne povoit de li chose orr

Qui la peust faire esjovr. 85 Et Brundoré moult lui nuvsoit

Qui tous les biens de li disoit

Et de son baron autresi,

Si qu'a bien près que n'en rssi

De son senz telle heure fu ja. 90 Mais elle repost et chanja

Son maltalent par mainte foiz.

Quant la loyauié et la foiz

De Marsile. et li dur enfant.

Qui tant furent bel et vaillant, 95 Li furent monstre par parole.

Envie, qui le monde afolle

Et le mehaigne et le blesce,

A mis premiers en sa desxresse

Clers et moines, bourgeois, villains. 100 Et chevaliers, et chastellains.

r* m

Ou mainte vaillant en est née, Ne maint dame si senée,

25 Ne si bien parlant, a m'entente. Elle avoit non madame Gente : Si ressembloit le nom le corps, De tant com en encoit dehors. Mais ne povoit entrer dedens,

30 N'avoit fors ou vis et es dens Et ou parant li nons sa force. Gente se fist nommer l'escorce. Et gente et belle est a devise ; Mais le cuer ot sans gentillise.

35 De son non ne doy [je] parler Car il faisoit trop tost aller Le cheval de [sa] langue [e] courre, Que nulz ne lui povoit rescourre [33 v"j Quant elle estoit en haulte alaine.

40 S'en est tenue pour villaine.

Jenne fut, si n'ot filz ne fille. Trop parler destruit et avilie Ceulx qui veulent a hounour vivre. Par trop parler semble l'en yvre

45 Et acquiert l'en souvent hayne. Maint ennuy et mainte ruyne Vient au mesdisant ains qu'il muyre. Sagement met Damedieu cuyre Les oultrages qui davant viennent

50 Aux oultrageux qui ne se tiennent D'ouvrir la bouche en villennie. La dame en deut estre honnie Si comme après dire m'orrez. Son mary ot non Brundorez,

55 Ainsi comli escripz le nomme. De sa meignée ot ung prodomme Et de son conseil moult long temps Qui estoit appelle Matens. Ausques preuz d'armes ethardiz,

60 N'estoit villains n'en faiz, n'en diz. Ne vantierres ne mesdisans.

N'a povre homme fel ne nujsans. S'ot en li mainte bonne grâce. Jenne femme avoit qui la face

65 Portoit de fresche couleur tainte, De corps fut belle et de cuer sainte, Sans villanie et sans ordure, De nulle villanie n'ot cure, Ains est de bonne renommée.

70 En son baptesme fut nommée Marsile par nom, ce me semble. S'ot eu deux enfans ensemble. Variez jumiaux de grant biauté. Ades garda sa loyaulté

75 Vers Dieu et vers son mariage,

Com(me) bonne dame preuz et sage. 1 19 To] Si ne la tint nulz pour villaine. Envie en otla chastellaine, Quant tous cil qui la cougnoissoient

80 Par grant hounour la cherissoient Pour son sens et pour son acueil. Gente, qui fut plaine d'orgueil, Ne povoit de li chose oyr Qui la peust faire esjoyr.

85 Et Brundoré moult lui nuysoit Qui tous les biens de li disoit Et de son baron autresi, Si qu'a bien près que n'en yssi De son senz telle heure fu ja.

90 Mais elle repost et chaiija Son maltalent par mainte foiz, Quant la loyauté et la foiz De Marsile, et li àuy enfant. Qui tant furent bel et vaillant,

95 Li furent moustré par parole. Envie, qui le monde afolle Et le mehaigne et le blesce, A mis premiers en sa destresse Clers et moines, bourgeois, villains. 100 Et chevaliers, et chastellains,

- 0

Evesques, abbés, rojs et contes; Mais oncques ne conta nulz contes, Tant oyssiez nuUi conter, C'om peust envie doubter 105 Qui cuerde femme a la foiz prent; Quar quant elle voit et aprent Que sa voisine est plus amée. Plus vaillant et plus acesmée, Ou plus belle, et a meilleur tesche, 110 Lors frit elle ou art comme mesche. Dont elle est irée et doulente Quant on la loue ou l'en lavante, Et lors commence elle a trouver [19 V"] Qu'elle lui pourra reprouver. 115 Geste envie ot madame Gente, Longuement a mise s'entente A. trouver les moz et cuysans Dont tenue soit pour nuysans De par Marsile, en arramie 120 Qui bien cuidoit estre s' amie. Ne s'aperceut encor de rien Tant a en li doulceur et bien ; Que tout son service promet A la chastellaine et soubzmet 125 De tout en son commandement Pour faire tout oultréement, S'elle oncques puet, savoulenté. ATAscencion, en esté, Qu'on appelle sollemnel feste, 130 Voulst tenir court riche et honneste, A ce temps, Brundoré li gens. S'(i) ot mandé chevaliers et gens. Ou il avoit assez de biens. De son houstel jusques Orliens 135 N'a remés barons qui riens vaille, Dame ne pucelle qui ne aille A la court Brundoré le fort. Moult j ot joye et grant déport, Si les festoi(e)a sans dangier,

140 Et quant ce vint après mengier, Apres mengier tous s'assemblèrent, La ou dames les appellérent, Ça. X. ça XV. et ça xx. De maintes choses leur convint 145 Parler et deviser ensemble,

Tant qu'ilz parlèrent, ce me semble, Des enfans Maten et Marsile, Que plus biaux n'ot en nulle ville Ne plus sages de leur aage. 150 Geste parolle mist la rage

Ou cuer Gentin la chastellaine. [20 r°] Puis a parlé comme villaine,

Et dit : «Sire Maten, beau sire, Moult doit proudoms avoir grant ire, 155 Qui sa femme a pour son délit Et il voit qu'eir a a ung lit Deux enfans ; car ce ne puet estre Que ja nous die[nt] clerc ne prestre Que femme ait ja ventre chargié 160 De deux enfans, s' avant pechié JN'a a deux hommes et allé. » Brundoré en a avallé Le visaige a terre de honte. Pour le let dit et le fol conte 165 Que Gente dit par grant mençonge. « Seigneurs, fait-il, ma dame songe. Javous diroit moult d'aventure, S' elle congnoissoit la nature Des choses que clers ont aprises, 170 Qui a ce ont leurs estudies mises, Qui sçavent les secrez des femmes Mieulx'qu'elles.N'[en] est pas diffames.» Leans n'ot ne homme ne femme. Qui ait ouy parler la dame, 175 Qui moins ne l'en prisast assez. Et quant li jours fu trespassez Ou demain, fu la court esparse. Marsile, qui voulsist estre arse

8

Mais que saulve y eust s'onnour, 180 A fait son baron au seigneur

Si courtoisement congié prendre, Que nulz ne l'en povoit reprendre ; Ainz s'en départi comme amis. Dont se sont en leur chemin mis 185 Et revenu en leur maison,

Qu'oncques puis pour nulle achoison Maten Brundoré ne servi, Quar sa femme l'ot desservi. Brundoré demoura honteux [2o v°] Quant il vit qu'il ne ses hostieux Ne pot Maten a lui retraire. Moult est langue folle qui taire Ne celer ne puet son mahaing ; Qu'elle n'en vient a nul g[ajaing. 195 Sj jpert cil qui honte doubte. Geste villanie fut toute Deux ans de plurieus oubliée, Tant que la dame fu liée Et ensainte de Brundoré. 200 Souvent li ot Marsire ouré

Que Dieu mourrir ne la laissast Jusques tant qu'elle s'apensast Et repentist de la folie. Dieu qui nul oultraige n'oublie, 205 Qui pécheurs sagement bat. Au chief de neuf mojs jus abat Celle qui ot empli son temps

Et qui puis pour folle se tint.

210 Une sage femme détint Et deux pucelles avec li. Queque sa douleur l'assailli En sa chambre privéement, N'i voult souffrir acointement

215 Fors de ceulx qui li sont privées. Or sont a bon port arrivées Quant servir en gré la vouldront.

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Assez g[a]aigner y pourront.

Et la dame est en saulve nef, 220 Car Dieu lui envoie sa clef

Qui de la chartre la defferme,

Ou ensaintes griefment enferme. Hors est la dame de péril

Qui liée fu s'elle eust fil, 225 Mais elle en oit autres nouvelles,

Car la nutriére et les pucelles

Li dient : « Dame, ne savez? [21 r"] Deux jumelles filles avez.

S'en devez (a) Dieu grant guerredon.

Quant il vous a donné tel don, 230 Qu'il vous [a] délivrée a joye. »

Gente de rien ne s'en conjoye

Quant elle oit ce, ainz cliiet pasmée.

Au revenir s'est hault clamée, 235 Qui moult fu puis en grans pourpens,

Cent foiz desloyal et chetive.

Ce li poise quant elle est vive.

« Lasse ! fait-elle, or suis-je morte. 240 S'or s'esbahist et desconforte

Moult cuer, n'est mie desraison.

Qu'or est venue la saison

Ou (il) m'esconvient a honte vivre.

Plus cruieuse suis [je] que guivre, 245 Plaine de folie et d'oultrage,

Quant une dame preuz et sage

Si dis l'autre an par ma grant ire ;

Et ce que femme ne doit dire

Li-diz. Or m'en est mescheu, 250 Bien l'aperçoy, bien l'ay sceu

A la honte que Dieu me donne.

La langue qui trop s'abandonne

Au mal parler tue maint homme.

Car {sic) langue occist, par langue assomme 255 Père le fil et filz le pérç.

L'en dit tel chose qu'en compère,

10 -

Dont mieulx vauldroit soy a[s]tenir. Lasse ! que pourray de(ve)venir ? Corn suis tournée a grant hontage ! 260 Or suis-je pute sans putage,

Car mon corps ou pechié n'a coulpe. Ce fait ma langue qui Tencoupe. Mais ce faiz je qui la deusse Chastier, se mesure eusse. 265 Si ay vers moy a tort mespris. [21 v°] Pour autruy m'ay tolu mon pris Qui je cuiday tollir le sien; Mais je m'en ay tolu le mien. Si me feray de ce mescroire 270 Dont l'en ne me voult l'autre an croire. Je diz Maten le chevalier Que 11 homs devoit sa moillier Conter avec les desloyaulx, Qui deux enfans avoit jumiaux. 275 Ce diz je par ma desmesure. Si m'en feray faulce ameture Traire a moy ; si est mien le fait. Meffaicte seray sans meffait. Tel los a qui ainsi se venge ! » 280 De ce qu'elle ainsi se ledenge La conforte moult la ventrière. A paine la puet traire arriére Comment qu'elle y mette deffence. Tant que la dame se pourpence, 285 Que qu'elle se démente et veille, D'un hardemeut, d'une merveille Qu[e] elle veult faire entreprendre. Ja ne laira pour nul reprendre, Ne pour blasmer que nul li face. 290 Si mate com elle ot la face, Et ainsi com elle ot vain cuer, Dist a la ventrière : « Ma suer - Et aux pucelles mes sereurs, Ma folie et ma grant ireurs, 295 Et ce que nulle femme ou monde

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Au moins pou n'est d'oultrage monde, M'a toute liée et sousprise. Li anuiz qui m'a entreprise M'a a double douleur livrée. 300 Je cuidaj estre délivrée ;

Non suis, quar (ce) n'est mie délivre Du tout qui a honte se livre. Et si j'y ay mon corps livré, [22 r°] Dont ay je le cuer enyvré. 305 Si vous en appel et conjur,

Et je sur le corps Dieu vous jur Que, si vous celer mon affaire Et vous voulez mon conseil faire, Grant preu y avrez et gfant aise. » 310 Celles dient qu'elle se taise, Car elles feront son vouloir, Si leur povoir y puet valloir. Lors l'asseurent par leur foiz. Puis dit la dame a celle foiz : 315 « Or toust, damoiselles, aller, Galet mon sergent appeller. Qu'il vienne a moy parler errant. » L'une d'elles y va courant, Si l'a tant quis qu'ell' a trove, 320 Puis dit que sa dame le rueve A li venir, et cil y va. Gesant a douleur la trova ; S'en fu maz [si] comme il devoit. Quant la dame venu le voit, 325 Si li dist : « Galet, or m'escoute.

Tu scez moult bien que je suis toute Preste ades de toy avancier, Et de ton bien croistre et haulcier, Si t'ay donné maint riche don. 330 Or t'en demant le guerredon,

Par si que grant preu t'en vendra, Ja nulz toUir nel(e) te pourra. Mais que tu facez mon vouloir. » (( Dame, si je vous puis valloir,

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335 Ce dit Galet, je vous vauldroy;

Et quancque je faire pourray

Pour vous, dame, n'en doubtez mie

Feray com pour dame et amie,

Et eom cil qui est sans faintise 340 Tous aprestez en vo service. [22 v°] De ce soiez asseurée

Voir. B « Or suis je beneurée,

Dit la dame, Galet amis,

Quant si t'es en mon vouloir mis. 345 Or entens donc(ques) ma priveté.

Il advint l'autre an en esté

Que mon seigneur tint court moult riche.

Ce jour nol(e') tint on mie a chiche

Qu"assez de biaux dons y donna. 350 Maten sa femme y amena,

Et maint autre la soue o li.

Adonc li diz je grant ennuy.

Ma langue mist hors ma pencée,

Or est la honte renversée 355 Sur moy, quarbien l'ay desservie.

Par mon orgueil et mon envie

Diz lors que nulz hom ne devoit

Sa femme hounourer qui avoit

Deux jumiaux eu en ung lit ; 360 Forfaicte estoit d'autre délit.

Marsile a tort en ledengeay.

Or me puet l'en, pour ce que j'ay

Deux enfans euz orendroit,

A forfaicte tenir par droit. 365 Lorsque mon seigneur le savra

Ja mes fiance en moy n'avra,

Ainz dira que j'ay folié.

Puisque je te sens allé

Si joint et si privé de moy, 370 Je te commant et si te proi,

Comme mon homme et mon sergent,

Que tu preignes ce mien enfant,

Etloing l'emportez toust de cy.

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Si le laissez, par ta mercj,

375 Sagemens (sic) en aucun destour, Dont ja mes n'ait ça son retour, Tant soit escreuz ne nourriz. N'en veil mie que mes mariz [23 r°] Me tiengne a meffaicte de rien.

380 Et je feray cest autre bien Ne se garder et nourrir. Galet garde toi de périr Qu'il ne voise a mal par tes mains ; Laisse le a plain ou (au) hojs au mains

385 Ou gens voisent par aventure. Pour bien fournir sa nourreture Sera richement adournez Que ja n'en sera destournez Qu'il ne soit nourriz a grant feste.

390 Galet, escheve le de beste, De villain lieu et périlleux, Que Ijon ne l'occie ou beux, Tigre ou ours, ou liepars enchieux. Met le en lieu qui soit pourcheuz

395 D'aucun recet l'en [ie] truisse. Si que par deffaulte ne puisse De gens périr ne de besoigne. Or t'en ay [je] conté m'essoigne. » « Dame, ne soiez plus en doubte,

400 Ce dit Galet, quant je sçay toute Vo voulante. Faicte sera Pour nulle rien ne demourra Que li enfenz ne soit portez. Or ne vous en desconfortez

405 Que j'en telle terre le port, Ou il n'avra péril de mort, Ne ja mes n'en orrez parolle. Mais une paour me violle, Qui le cuer me bat et tourmente,

410 Que le voustre ne se repente. Car cuer ne puet au loing mentir. Si vous venez au repentir,

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Tost me ferez après occire.

415 Nel(e) dy pas pour moy excuser, Que je ja (ne) vueille refuser [23 vo] Ce que vous m'en avez requis. »

«Tu as tout mon povoir conquis, Galet, si Dieux m'aist a l'ame »,

420 Ce li a respondu la dame, « Ja de moj n'en seras hajs, Onques n'en soies esbahiz. Mais porte l'en seurement. o Galet li respont erraument :

425 « Or tost doncques de l'atourner Que sempres m'en puisse tourner Encor[e] nuyt ou premier somme, Que je ne puisse femme ne homme Trover veillant qui me congnoisse. »

^30 Et celle d'atourner s'angoisse. Toust fait la dame appareillier Draps pour l'enfant coucher tailler Souefs et déliez de lin. S'(i) a fait traire d'un sien escrin

435 Ung oreillier bel a devise Qu'on lui ot envolé de Frise Aude la royne sa seur. En la toille ne maint fuer Nuls qui la veist la prisast,

440 Ne l'oreil {sic) souef outast. Car entour avoit maint bouton Qui ne sont mie de leton, N'or, ne argent, n'autre métal, Ainz furent pierres par igal

445 Toutes roondes précieuses. N'i servoient mie d'oiseuses. Qu'elles furent de grant bonté, Et belles com beau jour d'esté, S'(i) ot aux cornes quatre rubiz,

450 Que n'achatast Turs, n' Arrabiz. Ou drap n'ot [que] soie (n)e fil d'or.

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Nul ne trovast pour nul trésor Son pareil, tant le sceust querre, Car fait ne fu n'en ciel n'en terre, [24 r°] N'en mer, ne ne le tyssy nulz. Mais sur ung arbre de benus Le firent oysel a leurs becs. Telle est leur nature qu'ades Font a leurs ouefs courtine et voile, 460 Si com jraigne fait sa toille. Mais la couleur est decevans, Ja ne serez si parcevans Qu'il ne se moustre a vostre advis Pour noir, pour blanc, pour vert, pour bis, 465 Pour vermeil, pour jaune, pour inde. S'(i) en fu la plume prise en Ynde D'un ojsel qu'on clame fenis. C'est un oysel par qui ja nis N'est fait que d'un seul, ce me semble, 470 Car estre n'en puet q'un ensemble. Li oreilliers grant odeur rent, Espice nulle ne s'i prent, Ne giroffle, ne garingans {sic), Tant soit de nouvel prins es gans {sic) 475 D'Eufrates ne de Tygriz.

Ung p(e)liçon appareillent gris Pour ens enveloppez (sic) l'enfant. Et en ung petit bers non (pas) grant Ont fait son lit a grant devise. 480 En ce bers fu puis Anfelise,

Seur au roy Thibault de Caudye {sic), Petite et aletant nourrie. A sa fille l'ot chier la dame. Cler et luysant fu comme flamme, 485 Et fut des coustes d'un poisson, Et les cornes furent en son D'un cler yvyere ouvré par art. La couleur d'or y luist et art, Et li liens en est de soye, 490 Que la dame ot ouvré a joye

- U> -

Que qu'elle estoit griefz et pesans. [24 v"] Puis fait mettre cinq cens besans En une conroie et liez {sic), Que cil avra pour son loyer,

495 Qui premier trouvera l'enfant ; Du nourrir sera plus en grant. Si Font dessouz le chevet mise, Chose n'est mieulx faicte a devise. Avec l'avoir y met on el,

500 Une poignée de blanc sel ;

Et Font mis en une aulmosniére, Pour moustrer toute la manière De l'enfant, qui nouvel est nez, Qu'il n'est mie crestiennez,

505 N'a receu uille ne cresme. Par le sel avra le baptesme, Quant Ten en savra le couvine. Pour tesmoiuage de l'orine De la gentillesse a l'enfant

510 A fait la dame ung estriu {sic) grant Ouvi'ir, et ung chier drap hors traire, Qui n'est mie de povre affaire. Ne de villain, mais de hault ouvre, Car celle l'ot fait qui bien ouvre,

515 De fil de soie et de fil d'or,

C'est Gente la belle au chief sor Qui la langue ot mise en erreur. Du roy Floire et de Blanchetiour Y ot la vie d'une part,

520 Tissue par merveilleux art, Toute la vie des amans. Oncques Françoys ne Al[e]mans Ne vit chose plus beau pourtrete Que ceste estoit que Gente ot faicte.

525 D'autre part fu toute la vie. Comment Hélène fut ravie Que Paris emporta par mer, Par l'outraige de trop amer. [25 r°] Je vous devise auques briefment.

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530 La dame ot tout si souiieument, Com celle qui bien en pensa, Ouvré, qu'onc rien n'y trespassa. Geste moitié de drap fu riche, Et l'autre ne fu mie chiche, 535 Ainz fu plaine de grant valeur

Pourtraicte defuille[s] et de flour, De fil d'or et d'autre couleur Qui reluisoient comme jour. Il n est belle fleur ne bien faicte 540 Qui ne fust ou quartier pourtraicte. En l'autre quartier avoit Gente Ouvré, par très soultive entente, Par déliez et soultiz trais Les douze mojs de Tan pôurtraiz. Les eslemens par grant entente 545 Encore en ce quartier ot Gente Pôurtraiz de soje et de fil d'or. Le ciel, le feu lujsant com or, L'eaue et la terre avec partie 550 De ce dont Dieu l'avoit garnie. Toutes merveilles j avient. Plus beau drap querre n'esconvient Mieulx tyssu, plus long ne plus lé. 555 Ploie l'ont et envelopé

Et mis en ung drap de samit. Soubz le chief a l'enfant petit L'ont par le gré la dame mis : Ou qu'en le let, s'il n'est maulvais. Dieu pourra l'en du drap veoir 560 Que l'enfant est de grant povoir. L'enfant demande après la mère Qui plaine est de doulceur amére, Et qui porte let en fiole. En pleurant le baise et acolle, 565 Et met sa memelle en sa bouche. [25 v] Si ressemble l'arbre et l'escorche Qui dehors verdoie et flourist, Et par dedens meurt et pourrist.

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Qi^e la mouele est seiche et vaine.

570 Ou cuer n'a mie la fontaine Le let que li enfans alecte, Puis que pitié en est hors traicte Et que nature entièrement. Donc puis je dire vraiement

575 Qu'elle porte let en fiole

Puis que pitié n'a tendre et mole. Nuls ne la doit mère clamer Puisqu'elle porte let amer. Ainz est doulx, amer n'est il mie

580 Puisqu'elle se moustre a amie Vers l'enfant, par l'aournement Dont elle l'a si richement Atourné comme mère entière. C[e] est mençonge, quar la chiére

585 N'est mie du cuer qu'elle moustre, Dont la doit l'en appeller monstre, Car elle pert le non de mère Quant el[le] porte mamelle amére, Et devient marrastre et estrie.

590 Elle ailette l'enfant qui crie, Apres le fait ou bers couchier Et puis lier du lien cher. Com pour porter est atournés Galet, qui s'en estoit tournez,

595 Et toust apreste son cheval

De frain, de sengles, de poitral, De selle et de nouveau pennel. S'ot une housse de burel, Etcoustel, et espèe ceinte.

600 Quant il vit que la nuyt vint teinte, Que li aers fu ausques occurs {sic), Est en la chambre tout seurs [26 r"] Entrez, que n'y vit hom ne femme. Et quant venu le voit la dame

605 Si li a dit:« Galet, or monte. Or te peine d'ouster ma honte. Aies pour Dieu de moj mercy,

~ 19 Monte tost, si t'en va de cj. Li enfans est tous aprestez. »

610 Cil est sur le cheval montez, La ventrière l'enfant li donne. La mère tantost s'abandonne A duel démener et a braire. Nulz ne vit mais si grand duel faire,

615 Ne si fort com elle demeine. Nature a droit point la ramaine Qui mettre li fait l'enfant jus. Mais honte ra son cuer conclus Qui a ce le fait raproucher

620 Que l'enfant li fait rechergier. Et quant Galet reprent congié, Près [va] qu'elle n'a enragié Le cuer de duel et de moleste. Car nature la ramoneste

625 A laissier sagrant felonnie. « Ja certes ceste villanie. Fait elle, ne m'est reprovée, Qu'on me tiengne si a desvée, Que je mon enfant périr face. »

630 Honte, qui le [sic) retraint et relace, Lui refait une autre foiz dire : «Certes, ja pour nul esconduire Que je sache faire en ce monde Mes ne seraj tenue a monde

635 Se mon marj scet mon affaire. » Le cuer a plain de grant contraire. Lors nature a ung point la met, Et honte grant mal lui promet. Une heure fait l'enfant descendre, [26 v°] Autre ïe let Galet reprendre.

Si s'est tant plainte et combatue, Que honte l'a jus abatue Qui de son malice l'enorte. Et Galet lors l'enfant emporte

645 Garnj d'avoir et de despens. Celle remaint qui ot le sens

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Villain et saisi de grant rage.

S'(i) en cheist puis en grant malage.

Or emporte Galet l'enfant.

650 S'(i) a par le chastel allé tant, Si bellement, sans parcevoir, Qu'a tous en a emblé le voir. Si ne sot l'en qu[e] il devint. Brundorés l'endemain revint

655 De chassier ou il ot esté. Si lui a ung mes apporté Qu'il a une fille moult belle. Moult se fait lié de la nouvelle, N'ot si grant joie en son aage :

660 Cinq mars d'argent donne au message, Et puis demande que fait Gente. Cil dit qu'elle a assez entente Com de si doloreux martire. Et Brundorés sa rené tire,

665 Vers son perron s'est descenduz. Ainz qu'il ait aux sergens renduz Ne cloche, n'esperon, n'espée, A il la chambre deffermée

670 Ou Gente vient, et vint au lit. Sans bien la trêve et sans délit Com(me) celle qui trop est matée. Si l'a doulcement visitée, Et demande qu'elle [le] fait. Celle li celé son meffait,

675 El dit qu'elle cuide mourir. Cil qui désire son guarir [27 r"] Et son repous, lui fait puis querre Sages mirres par mainte(s) terre (s) Qui la curent de son mehaign.

680 S'en ont biaux dons et beau ga[a]ing. Que voulentiers leur donne et livre. En grant pièce ne fu délivre La dame, ainçois guarit a peines. Tant sont passez jours et sepmaines

685 Qu'elle fu saine et bien guarie.

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Et sa fille fu bien nourrie. Si fu donnée a la Dieu loy Droit en l'église saint Eloy, Ce fut a la Roche Guyon.

690 La tint [la] li quens de Ryon,

Si la fist d'uile et de cresme oindre, Et la contesse li fist joindre Son non, si l'apella Flourie. Le jour de la Pasque fleurie

695 Ot esté la contesse née,

Et pour ce fut ainsi nommé[e].

A grant déduit et a haultesse, A grant joie et a grant richesse, Ot Fleurie sa nourreture.

700 Mais sa seur fu en aventure Que Galet le preuz emporta. Oncques nul lieu ne s'arresta Toute nuyt, pour mont ne pour val. Le bers sur le coul du cheval.

705 Et li enfans adez dormi,

Conquis aroit maint ennemy ! Galet, son savoir, son convine, De chevauchier ades ne fine, Par bruyères, par plain, par bos,

710 Et par ronces et par estos,

Tant qu'il parçoit l'aube du jour. Et li enfans ot de séjour Mestier, et Galet en pensa. De chevauchier tant se lassa 1 27 V*] Qu'il approucha d'une villete, A l'issue d'une brocette. S'en furent espars li mesnil. Galet, qui doubtoit du péril, En vit ung seul en my les champs

720 Clos d'espinoie de long temps.

Et d'un foussé niez [sic) et parfont. Galet y entra par le pont. S'a tant hurté l'uys qu'il vit clos Q'une femme li a desclos.

22

725 Mais ce l'a fait [trop] anuyer Qu[e] elle a veu l'escuier Si matin entrer en son estre, « Frère, fait elle, que puet ce estre ? Qui es ? Ou vas ? et tu dont viens ? » 730 (( Encui avrez de moy grans biens, Ce dit Galet, se Dieu me voye. Mais or souifrez tant que je soye Ung pou, dame, cy reposez. Et se vous du mien prendre osez, 735 Tant en avrez encui sans lan,

Que mieulx vous en sera tout Tan. n

Quant celle Toit ainsi parler Hors nel(e) voulst mie faire aller, Ainz li a dit : a Descendez dons ; 740 Vo biau parler plus que vo dons Vous donra bon houstel encui. » Or n'a Galet mal ny ennuy Quant il puet pour deniers finer. 11 descent. Celle en fait mener 745 Son cheval la ou a mengier Faing et avaine a sans dangier. Et Galet fait lors le feu faire. Et a mis jus l'enfant en l'aire Qui de fain crie et de mesaise. 750 La dame, pour ce qu'il se taise, De l'aleter se met en grant ; Et, ainsi com endort l'enfant, [28 r°] Le lieve et baigne doulcement. Et le recouche nectement, 755 Com(me) celle qui bien l'a apris. Et Galet a ung chapon pris, Pour li le tue et cuist en roust. Et s'ostesse li a fait toust Ung blanc gastel bien beluté, 760 Galet en a mengié plenté.

Et prent le vin, dont il se donne. Car la dame lui abandonne Ung tonel qu'elle a en despence.

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Quant il a mengié si se pence 765 Qu'il dormira, et puis s'endort.

Li dormir li fait grant confort.

Esveillé s'est, et la nuyt vient :

Il voit que râler l'en convient.

Puis remenjue a son désir, 770 Et la dame ra par lesir

L'enfant bellement afaitié.

Doulcement le ra raletié.

Car vueve est, s'a petit enfant.

Et Galet, qui se met en grant 775 Du raller, tant du sien lui paie

Qu'elle du prendre s'en esmoye. Galet n'a guaires puis targié :

Il est monté, si prent congié,

Et le bers davant li ratourne. 780 En[z el] mesnii plus ne séjourne,

N'i let du sien riens qu'il oblit.

Hors des villes sa voje eslit,

Vers les champs ne reveulst aller,

Qu'aucun ne le puist rancontrer 785 Quile cougnoisse. Adonc s'avive.

A une grant forest hantive

Prent chemin, et puis point et broche.

Tant erre que li jour aprouche.

Adonc yst hors de la forest. 790 Ce jour et autre déduit s'est [28 V°] Ainsi com il a fait davant.

La voie li ala grevant

E li enfans qu[e] il portoit.

Trop joenne, pour ce s'en doubtoit. 795 Mais Damedieu le faisoit vivre.

Qui les siens quant il veult délivre

De mort et d'autre mainte serre.

Galet esloigna bien sa terre

A sept journées ou a plus. 800 Si fut si atains et confus

Du pajs et du lieu lointaing,

Qu'il ne cougnut ne bos ne plain.

24 -

Bourc ne ville qu'il voie a rueil. Tant qu'il yssi d'un espes bruil, 805 Ung jour, au point de l'ajourner. Ne sot ou il peust mener Son cheval, ne le cheval lui. S'en ot grant ire et grantennuy, Et sot qu'il fu despaysiés. 810 Voulentiers se fust [alaisiez, Et lessast ou que soit l'enfant. Queque li jours aloit naissant. Il descendit une vallée, Qui fu merveilles longue et lée, 815 [Si] plentureuse de tous biens Qu[e] il n'y failli nulle riens Que cuers désire qu'il n'y preigne. Car environ est la montaigne Qui plenté porte de tous blez, 820 Et li pendans y est peuplez De bonnes vignes a foison, Qui donnent vin en leur saison. Si sont li pré et li courtil Et li jardin bel et gentil, 825 Portant fruit de mainte manière. Si court parmy une rivière De poissons riche et de navie, [29r°] Dont plusieurs soustiennent leur vie De la gaaigne qu[e] ilz font. 830 D'autre part a grant et parfont Dessus la montaigne et boscage, Ou il a maint bon porc sauvage, Biches et cerfs, et dains et ours, Que chiens prennent souvent au cours. 835 Si (y) a counins et escureuz, ('oupiz et lièvres et chevreuz Qu'on prent souvent par grant atente. Ou val, sur la rivière gente, Ot bel une abbaye assise, 840 Ediffie par devise

De biau moustier et de dortour,

25 -

De neuf cloistre et de refretour, Et de salles et de cuisines, De celiers, d'autres officines,

845 Comme de greniers et de grandies. De charité fu aus estranges A tous povres et a tous riches. Vin et poisson, et char et miches Y avoient tous a planté,

850 Qu'elle estoit de grant richeté. Abba[e]sse y ot et nonnains Plus de soixante et .x. au moins. Qui toutes furent geniilz dames. Si sauvoient leens leur âmes

855 En Dieu servir et sainte église, Si faisoient moult biau service. Clers y avoit et chappellains Qu'on ne tenoit mie a viliains, Mais de moult grant honneur estoient.

860 Les messes par leans chantoient Par eulx estoit hounouré l'estre. Com preudomme et saintisme prestre,

En la marche fu de Bretaigne L'obédience et la montaigne, [29 v°] Si l'appeloient Biausejour Cilz qui vivoient a ce jour, Car bel y faisoit séjourner. Galet voit tantost ajourner, Si s'en esmaye et desconforte.

870 Tant va qu'il vient jusqu'à la porte De Beausejour, et puis s'areste. Il dit qu'il doubteroit de beste Si illec[ques] laissoit l'enfant. Il garde et voit ung fresne grant,

875 Vert et foullu, si l'ot nature Compassé de belle faiture De tout ce qu'a fresne convient. Galet tantost celle part vient, Le tronc de l'arbre voit fourchié,

880 S'(i) a le bers mis et atachié

26

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Sur les fourchons et puis le seigne, Et dit : « Enfans, par ceste enseigne Te puit Dieux de péril oster. Je ne puis plus cy arrester

885 Car le jour me haste et l'eure. » Il regarde l'enfant et pleure, Et prie Dieu que il le paisse. Adonc s'en va et l'enfant laisse. Galet a esploit s'en retourne,

890 Tost a l'enfant que qu'il ajourne Par douze lieues esloigné. Tant j a mis que pourloignié Qu'il revient a sa dame arriére. Joie en a et fait bonne chiére,

895 Quant el en entent la parole. Galet conjoit et si l'acole, Etbiau don li donne etpresente. A l'enfant vueil mettre m'entente Si conteraj qu'il en advint.

900 Jour apparu, la clarté vint Qui toutes choses enlumine. [30r°] Ce jour fu rabba[e]sse Ermine Matin levée et atournée Dedens ung char encourtinée

905 D'un tapiz qui fu faiz a Rains, Li sisiesme de ses nonnains Toutes gentieus et bien loiaus. S'orent drap, livrer {sic) et joiaus, Et bernais, qu'elles orent chier,

910 Fait sus sommiers mectre et chargier. Si ot grant flote d'escuiers. S'i(j) fut ung chapelain Lohiers Que rabba[e]sse moult ama. Oncques homs de li ouy n'a

915 Qu'il feist de son corps folie. La maison ot toute en baillie, Car l'abbarejsse moult le crut Com celui qui ces biens acrut Ainçoys qu'il les meist a perte.

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- 27

920 II ot la bouche bien apporte A bien chanter et a bien lire. N'estoit de li meilleur eslire Pour conseillier un desvoié. Tost le ravoit bien avoié

925 Quant il y vouloit peine mectre. Si s'en savoit bien entremectre De trover lajz et nouviaux chans. Moult fu de biaux deduiz trouvans Et en françoys et en latin.

930 N'est oultrageux de boire vin, Ne a jeun n'avoit mate chiére. Il savoit toute la manière De herpe, d'autres instrumens. Si savoit tous les jugemens

935 D'eschiés, de tables, d'autres jeuz. Haux bons estoit, doulx et piteuz. S'est mis avec[ques] FabbaFejsse Qui veoir aloit la contesse De Bretaigne Ydein sas[er]eur. [30 v°] Du conte Alibran son seigneur Ot ung filzs eu, s'(i)en gesoit. Tout le pais feste en fesoit, Et menoît joie : c'estoit droiz ; Li enfans fu biaux et adroiz.

945 S'ot non Galeren enbaptesme, Quant le prestre li donna cresme, Puis s'atourna a grant prouesce. Lohiers le chapelain s'adresse Dessous le fre[s]ne, si entent

950 A prime dire, et si atent

Tant que le char sa dame passe. Si comme il dit prime a voix basse, Levvé [sic) a en hault sa veue. S'a la lueur du bers veue

955 Si a ouy l'enfant qui gronne Et la clarté que rent et donne. Et qui pour aletier s'esveille. Si Ta tenu a grant merveille.

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Sur les fourclions et puis le seigne, Et dit : « Enfans, par ceste enseigne Te puit Dieux de péril oster. Je ne puis plus cjarrester

885 Car le jour me haste et l'euro. » Il regarde l'enfant et pleure, Et prie Dieu que il le paisse. Adonc s'en va et Tenfant laisse. Galet a esploit s'en retourne,

890 Tost a l'enfant que qu'il ajourne Par douze lieues esloigné. Tant j a mis que pourloignié Qu'il revient a sa dame arriére. Joie en a et fait bonne chiére,

895 Quant ei en entent la parole. Galet conjoit et si Facole, Et biau don li donne etpresente. A l'enfant vueil mettre m'entente Si conteraj qu'il en advint.

900 Jour apparu, la clarté vint Qui toutes choses enlumine. 30r°J Ce jour fu rabba[e]sse Ermine Matin levée et atournée Dedens ung char encourtinée

905 D'un tapiz qui fu faiz a Rains, Li sisiesme de ses nonnains Toutes gentieus et bien loiaus. S'orent drap, livrer (sic) et joiaus, Et bernais, qu'elles orent chier,

910 Fait sus sommiers mectre et chargier. Si ot grant flote d'escuiers. S'i(y) fut ung chapelain Lohiers Que rabba[e]sse moult ama. Oncques homs de li ouy n'a

915 Qu'il feist de son corps folie. La maison ot toute en baillie, Car rabba[e]sse moult le crut Com celui qui ces biens acrut Ainçoys qu'il les meist a perte.

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920 II ot la bouche bien apperte A bien chanter et a bien lire. N'estoit de li meilleur eslire Pour conseillier un desvoié. Tost le ravoit bien avoié

925 Quant il y vouloit peine mectre. Si s'en savoit bien entremectre De trover layz et nouviaux chans. Moult fu de biaux deduiz trouvans Et en françoyset en latin.

930 N'est oultrageux de boire vin, Ne a jeun n'avoit mate chiére. Il savoit toute la manière De herpe, d'autres instrumens. Si savoit tous les jugemens

935 D'eschiés, de tables, d'autres jeuz. Haux bons estoit, doulx et piteuz. S'est mis avec[ques] rabba[e]sse Qui veoir aloit la contesse De Bretaigne Ydein sas[er]eur. [30v°]Du conte Alibran son seigneur Ofc ung filzs eu, s'(i)en gesoit. Tout le pais feste en fesoit, Et menoit joie : c'estoit droiz ; Li enfans fu biaux et adroiz.

945 S'ot non Galeren enbaptesme, Quant le prestre li donna cresme, Puis s'atourna a grant prouesce. Lohiers le chapelain s'adresse Dessous le fre[s]ne, si entent

950 A prime dire, et si atent

Tant que le char sa dame passe. Si comme il dit prime a voix basse, Levvé [sic] a en hault sa veue. S'a la lueur du bers veue

955 Si a ouy l'enfant qui gronne Et la clarté que rent et donne, Et qui pour aletier s'esveille. Si l'a tenu a grant merveille.

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Sa dame et les autres appelé, 960 Contée leur a la nouvelle De Tenfant qu[e] il a trouvé. L'abb[a]esse li arouvé Qu'il li aport entre ses mains Le bers, ce fist le chapelains, 965 Qui tout estoit par semblant nues; Si le rent a sa dame lues.

Du bers se merveille et de l'evre La dame, qui tantost descuevre L'enfant, pour ce qu'elle le voye. 670 Li enfans fait semblant de joje Ung ris jecte moult doulcement. Toutes se merveillent comment En terre pot faire nature Nulle si belle créature. 975 Tout ont revercié son couvine.

Lors voient bien que c'est meschine, Mais ne sçavent qui en est mère [31 Po] Ne qui en puet estre le père, Fors qu'a Tatour et a l'avoir, 980 Qu'il ont trouvé, puent savoir Qu'elle est née de hault affaire, Nourrir se puet richement faire. Le sel en l'aumosniére nueve

985 En tesmoinaige qui enseigne

Qu'en dont a l'enfant celle enseigne Comme d'eaue, d'uile et de cresme Que crestien ont en baptesme. Leguelle trevent aux besans

990 Qui pour lors estoit moult pesans ; S'(i) en estli enfans nourriz mieulx. Puis ont le drap davant leur yeux Fait desploier, si ont veue Par la riche ouvre et congneu

995 La gentillesce de l'enfant, Et voient Toreillier vaillant. Mais nuls ne vit oucques si gent

29 -

Mieulx vault que s[e]il fust d'argent. Quant tout ont veu et noté,

1000 Le chapellain de grant bonté, Qui tant fait de tous a prisier, Dit qu'on le face baptiser, Que s'en est li consaus plus sains. Il en vourra estre parains.

1005 Aussi dit rabba[e]sse Ermine

Qu'elle en voudra estre marraine ; Et nourrir faire le fera, A nul jour mes ne lui faulra Que n'ait adez riche despence,

1010 Qu'elle cuide bien et si pence, A son vout et a son conroy, Qu'elle est fille a conte ou a roj. Si pourra bien par aventure Guerredonner sa nourreture.

1015 L'abba[e]sse son char arreste, Demourer veult et faire feste. [31 v°] Sa voje laisse jusque(s) au (de)main, Atourné ot ung chapellain Les fons pour baptizer l'enfant.

1020 Clers et nonnains j viennent tant Que je n'en sçaj dire le nombre. Le chapellain bien se descombre Qui la baptize et tost esploicte. Et la prieure ben[e]oîte,

1025 Qui plaine fu de gentillesse, A avec rabba[e]sse mise Et avec le bon chapellain Au lever de l'enfant sa main. En baptesme l'apelent Fresne.

1030 Tel non lui donnent pour le fresne, Pour ce qu'elle fu surs {sic) trouvée. Tant s'est rabba[e]sse grevée, Li chappellains et la prieure, Q'une dame moult gracieuse

1035 Qui son let a fait soustenir, Ont fait par bon loier venir.

30

Belle dame est et preuz et sage, Extroicte de gentil parage, Veufve femme est, et ses mariz 1010 Est par mortel guerre perilz [sic). Si en est apovrie et nue, Mais or est elle bien venue, Qu'en li fait vestir robe neufve. Et rabba[elsse toust litreuve 1045 Quanqu'il li fault a grant foison. Si le fait en une maison Li et Fenfant manoir ensemble. L'abba[e]sse a pris, ce me semble. Les besans, s'(i) en fait son vouloir. 1050 Et le drap, qui tant puetvalloir, Nevoulst elle nuUi baillier. Avec le bers et Foreillier, Qui vault mielx de xxx mars d'or, Sel(le) fait re(s)pondre en son trésor. [32 v"] En ung autre bers assez chier Fait l'enfant lier et couchier, Sur draps de lin soef et blans, Jusques qu'el ot accompli son temps. Grant joie font en Tabbaie. 1060 L'abba[e]sse point ne s'oublie.

Mais, [l'enjdemain, quant il adjourne, En Beausejour plus ne séjourne. Son char refait rencourtiner Et sa meignée ratourner. 1065 Sommiers chargent, maies emplissent, A bel atour de leens yssent. Avec s'en va li chapellains Qui n'est esbahj ne villains. Lors ne cessent jusqu'en Bretaigne, 1070 Plenté de gent et grant compaigne. Envoie encontre rabba[e]sse, Quant le scet, Ydein la contesse. A Nantes est la court planiére. Ydein reçoit a belle chiére 1075 Sa s[er]eur, s'en a mont grant joye.

31

Li quens Alibrans la conjoie, Et les autres nonnains aussi. En huit jours de Nantes n'jssi L'abba[e]sse ains j demeura 1080 Près de dix jours, si Fennoura Le pais qui plain fu d'ounour Par la voulenté leur seigneur, Et par le gré de la contesse. Tant y a esté rabba[e]sse 10S5 Que la dame fu relevée. Adonc fu la feste doublée ; Donné y a maint riche don. L'abb[a]esse y met a bandon Ses joyaux de plusieurs manières, 1090 Draps et tissuz, et aulmosniéres. Et quant la feste se départ L'abb[a]esse, qui li est tart [32 r»] De retourner parole au conte Et a sa s[er]eur. Si leur conte 1095 Tout cen (sic) qu[e] il est advenu. A grant merveille Font tenu. Apres Fabba[e]sse les prie, Gom son amy et com s'amie, Qu[e] il lui baillent son nepveu. 1100 A leur hounour et a leur preu Le fera nourrir haultement. Alibrans debonnairement Li et sa femme li octroyé, Et Fabba[elsse en fait grant joye 1105 Qui peine mect en son retour. L'enfant li ont a grant atour Alibranz livré et sa femme. Avec(ques) envoient une dame Qui jenne est et belle mescliine 1110 Extroicte de haulte orine. Si le nourrira de son let. Ne veulent mie que Falet Mal enseignée ne villaine. L'enfant a grant richesse enmaine

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1115 L'abba[e]sse et bien atourné.

N'a guaires nul lieu séjourné,

Mais revenu[e] en est arriére

Veoir Fresne qu'elle a moult chiére

Et avec fait Galeren mectre. 1120 Moult se sçavent bien entremectre

Des enfans nourrir les nourrices,

Qui vestu en ont grises p(e)lices,

Surcos et cotes d'escarlate ;

Que l'abba[e]sse leur achate 1 125 Et fait avoir leur estouvoir.

L'en li renvoie de l'avoir

Devers Bretaigne a foison grants.

Ensemble furent 11 enfans

Nourri grant pièce et aletié.

[34 r»] Ne leur a fait chose qui nujse. S'a fait amours qui tout aguise, Qui tout retient et qui tout note. Amours assagist la dyote, Et l'aveugle fait cler veoir,

1135 Cuer donne au couart et povoir. Les estranges aprivaisist, Et les villains acourtoisist, Et en cuer fait venir et nestre Ce qui n'i vendroit pour nul maistre,

1140 Tant le sceust doctriner bien ;

Qu'amours donne a tous cler engin, Et fait pourpenser maint déduit. Bien sont enfant et sage et duit De servir amour sans boisier.

1145 N'ont cure de trop envoisier

Pour ce qu'amours qui leurs cuers tient D'estrange déduit les détient. Tant a l'un vers l'autre cuer tendre, Tousjours veult l'un a l'autre entendre.

1150 Cuer qui ayme fait povre feste D'autre déduit, pou s'i arreste, Et pou y pence et pou le prise.

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- 33

Ne pourquant ilz avoient mise Leur entente a très bien servir,

13 55 Ce leur faisoitlos desservir. Qu'ilz estoient bel aqueullant Et preu et sage et bien parlant.

Si furent ausques de grant pris. Fresne avoit a ouvrer apris.

1 160 N'ot telle ouvrière jusqu'en Fouille, Com elle est de tistre et d'aguille. Si sot faire œuvres de manières, Laz et tissuz, et aulmosniéres, Et draz ouvrés de soje et d'or

1165 Qui bien valoient ung trésor.

Maint en fist puis pour sa marreine. "34 V"] De la harpe sot la meschine,

Si lui aprint ses bons parreins Laiz et sons, et baler des mains,

1170 Toutes notes sarrasinoises,

Chançons gascoignes et françoises, Lo[e]rraines, et laiz bretons, Que ne faille n'a moz n'a tons. Car elle en sot l'usage et l'art,

1175 Galerens aprint d'autre part,

Par le conseil Lohier son maistre, Comment l'en doit ung oyseau pestre, Gerfaut, oustour ou esprevier, Faucon ou gentil ou lannier,

ll-SO Et l'aprint a laisser aller, Et poursuir, et rappeller, Et comment l'en le garde en mue, Et quant l'en l'osto [sic) et remue. Des chiens sot, s'en ama la seste.

1185 S'(i) aprint a deffaire la beste. Si sot de l'arbeleste traire. Et sot moult bien ung boujon faire. Si sot de tables et d'eschees. Vermeil ot le visage et fres, 1190 Nés droit, vers yeux, et le poil blont Qui li recerceloit amont,

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1115 L'abba[e]sse et bien atourné.

N'a guaires nul lieu séjourné,

Mais revenu[e] en est arriére

Veoir Fresne qu'elle a moult chiére

Et avec fait Galeren mectre. 1120 Moult se sçavent bien entremectre

Des enfans nourrir les nourrices,

Qui vestu en ont grises p(e)lices,

Surcos et cotes d'escarlate ;

Que rabba[e]sse leur achate 1125 Et fait avoir leur estouvoir.

L'en li renvoie de l'avoir

Devers Bretaigne a foison grants.

Ensemble furent 11 enfans

Nourri grant pièce et aletié.

[34 r°] Ne leur a fait chose qui nujse. S'a fait amours qui tout aguise, Qui tout retient et qui tout note. Amours assagist la dyote, Et l'aveugle fait cler veoir,

1135 Cuer donne au couart et povoir. Les estranges aprivaisist, Et les villains acourtoisist. Et en cuer fait venir et nestre Ce qui n'i vendroit pour nul maistre,

1140 Tant le sceust doctrinerbien ;

Qu'amours donne a tous cler engin, Et fait pourpenser maint déduit. Bien sont enfant et sage et duit De servir amour sans boisier.

1145 N'ont cure de trop envoisier

Pour ce qu'amours qui leurs cuers tient D'estrange déduit les détient. Tant a l'un vers l'autre cuer tendre, Tousjours veult l'un a l'autre entendre.

1150 Cuer qui ayme fait povre feste D'autre déduit, pou s'i arreste, Et pou y pence et pou le prise.

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Ne pourquant ilz avoient mise Leur entente a très bien servir.

1J55 Ce leur faisoitlos desservir. Qu'ilz estoient bel aqueuUant Et preu et sage et bien parlant.

Si furent ausques de grant pris. Fresne avoit a ouvrer apris.

1160 N'ot telle ouvrière jusqu'en Fouille, Com elle est de tistre et d'aguille. Si sot faire œuvres de manières, Laz et tissuz, et aulmosniéres, Et draz ouvrés de soje et d'or

1165 Qui bien valoient ung trésor.

Maint en fist puis pour sa marreine. "34 V"] De la harpe sot la meschine,

Si lui aprint ses bons parreins Laiz et sons, etbaler des mains,

1170 Toutes notes sarrasinoises,

Chançons gascoignes et françoises, Lo[e]rraines, et laiz bretons, Que ne faille n'a moz n'a tons. Car elle en sot l'usage et l'art.

1175 Galerens aprint d'autre part,

Par le conseil Lohier son maistre, Comment l'en doit ung ojseau pestre, Gerfaut, oustour ou esprevier, Faucon ou gentil ou lannier,

IIKO Et l'aprint a laisser aller, Et poursuir, et rappeller, Et comment l'en le garde en mue, Et quant l'en l'osto [sic) et remue. Des chiens sot, s'en ama la seste.

1185 S'(i) aprint a deffaire la beste. Si sot de l'arbeleste traire. Et sot moult bien ung boujon faire. Si sot de tables et d'eschees. Vermeil ot le visage et fres, 1190 Nés droit, vers yeux, et le poil blont Qui li recerceloit amont,

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Bouche vermoille, blans les dens

Plus que n'est jviéren'argens,

Bien parlant langue, et doulce alaine.

1195 Si fu bien chantans de voix plaine, Ne fu trop rades, ne trop maz ; Belles mains ot et longs les braz, Gros par espaules, bien moulez, Mais parmy le saint fu pou lez,

1200 Qu'il y fu gresles et alis.

Plus ot la char blanche que lis ; S'ot les jambes droites aval, Pour bien chevauchier ung cheval, [35 ro] Et s'ot les piez voutiz et flenchez.

1205 Entre les frans n'entre les franchez N'estoit plus frans ne plus adroiz, Qu'il estoit biaux, et gens, et droiz, Courtois et bien apris, et sages. Si fu de quinze ans ses aages.

1210 Biaux estoit et bien entechez. Si fu son cuer la atachiez Ou il de rien ne s'abessa, Car celle l'ot qui bien pensa A garder droite loiauté.

1215 A vraye amie et a biauté

S'est Galeren donnez et mis, Et il est tenu pour amis De la plus belle qui soit née De haulte dame et bien senée :

1220 Ne fait de li nul villain fuer. Celle li ot donné son cuer, Car de toutes grâces fu pleine. Ysent [sic), ou Laviue, ou Heleine, Meissiez de vo cuer arriére,

1225 Aussi com une chamberiére,

Envers Fresne qui tant fu belle. Moult loign en courrut la novelle. S'en furent femmes amaties. Car tout aussi com les orties

1230 Vaint en may la rose et surmonte

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N'est il de toutes femmes conte

Envers la doulce créature.

Car bien la revesti nature

De tout qua[n](iu'eir ot, et fist don.

1235 Si despendi si a bandon

Tout son povoir en li pourtraire, Qu'or n'a mes de quoy p[e]u[s]t faire Ne qu'elle puit autrui donner ; Qu'elle li voulst abandonner

1240 A lui ouvrir tout son trésor. Si lui a taint les cheveux d'or [35 v"] Dont elle met partie en tresse,

L'autre a délivre et sans destresse, Qui li ondoient vers la face,

1245 Tant que le doit lez en rechasse.

S'a suer son chief bien faire {sic) grève Qui bien li siet et amans grève, Si départ les cheveux a droit. Blanche a la gorge et le col droit

1250 A deux redoubles redoublez. Ne doit estre li frons emblez Qu'on n'en parost, tant est esliz. Il est plain et blanc et poliz, Si l'ot si nature ennegié

1255 Que ja mes n'avroit miez jugié

Que nef par blancheur le surmont. Desurs {sic) les deux jeux contremont A les soursilz faiz a devise, Qu'il n'j a poil qui ne se gise ;

1260 Avec sont et gresle et brunet. S'(i) a le nez ample, blanc et net, La cui biautez point ne se choile. Les yeux a vers, clers comme estoille, Et s'(i) a petites les oreilles

1265 Et bien assises, s'a vermeilles Les lèvres et petite bouche Qui adoulcist quanqu'elle atouche. Nulz ne vit on[c] bouche dedens Garnie de si plesans dens,

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1270 Blanches sont, serrées ensemble. Do la Icvre cuit, et moi semble, Que soit noiz muguete, ou quanelle. Son de herpe ne de vielle Ne prise nulz quant elle chante,

1275 Qu'elle emble les cuers et enchante A tous ceulx qui Foent chanter. La langue doit on bien vanter Qu'il n'est maistre ne clerc d'escoUe, Pour qu'il entendist saparolle, [36 ro| Qu'il ne tenist Chaton ou Tule Pour let parlant et pour entule. Menton a bel et bien assis, Et le vis blanc, com fleur de lis, Destrempé de couleur vermeille,

1285 A qui rose ne s'aparaille

Tant e[s]panisse en may matin. Nulz qui romans sache ou latin N'aprint oncques,par tous les sains, D'espaules, de braz ne de mains,

1290 En femme si belle faiture. Mises li a u sein nature De nouvelle ente .ii. pomettes, Ce sont deux dures mameletes Qui li peignent et nessent hors.

1295 De son ventre et de son corps

Ne pourroit nulz tous les biens dire. Conter la povez et eslire Au mieulx plaisant de toutes femmes, Ce est en piez, ce est enjambes,

1300 Et si est en bien faictes hanches

Que vous tendriez a plus blanches Que n'est nef ou goûte de let. En li n'a riens qu'on tiengne a let, Qui ne soit bel et avenant.

1305 Et s'il a en li remenant.

Ne richesse que Dieux ait mise, Soubz la police ou la chemise Que courtoisie me deffent

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Que je ne nomme appertement 1310 Louer assez plus le devez Que trestout ce qu'oy avez. Je croy qu'il soit, n'y soit ja celé, Blanc et poli et potelé.

De ceste biauté sont sans doubte. 1315 S'(i) ont leur attente assise toute Qu'a ce ne pensent [qu'jen amer. Sans faulcer, sans villain amer, [36 Vo] S'entrement et s'entreregardent Mais aucune foiz s'en retardent 1320 Pour les maies gens mesdisans. Car nulle riens n'est si nujsans Envers amans n'envers leur vie, Com est maie langue et envie. S'en acroist souvent leur désirs 1325 Quant temps en ont lieu et loisirs. Et sont plus chaux et angoisseus Quant celle est seule et cil est seulz. Nulle pensée ne leur vient Fors d'amours qui ainsi les tient. 1330 La pensent il et nujt et jour. La se tient leur cuer a séjour, De la ne sçavent il retraire ; S'en nont {sic) souffrant mal et contraire. Et voulentiers souffrir le veulent. 1335 Ja sont plus mat que ilz ne seulent Ja sont plus de penser ataint : Bien y pert, qu'il sont pale et taint : Car qui bien ayme couleur pert, A leur visage ja leur pert, 1340 Ja s'en puet l'en appercevoir, Ji si n'en cèleront le voir Que ce dedens n'encust la face. Amours les détient et les lace, Ja leur détaille le mengier, 1345 Ja viennent a très grant dangier, Ja mes ne leur chault qui sot aise. Paine et travail, pour qu'i[l] leur plaise,

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Sçavent souffrir et endurer. Ja ont changé ris pour plourer, 1350 Ja s'estendent et puis baaillent.

Leurs grans douleurs qui les assaillent Leur font plains de parfont cuer rendre, Et par ceulx ne saront entendre A riens faire ne a riens dire, 1355 Fors qu'a souifrir paine et martire, [37 r°] De ce seront ilz bien usé. Galerens a bien encusé Sa couleur et ses contenirs, Et ses allers et ses venirs 1360 Envers son bon maistre Lohier. Il ne se scet si desvoyer, Ne, pour parler, s'amour deffendre, Que savoir ne puit et entendre Quanque Galeren choile et pense ; 1365 N'i pourra mez avoir deffence, N'y a mais mestier couverture. De bonne amour loyal et pure Ayma li parrains sa fiUole. Ungjour coiement a l'escolle 1370 L'a traicte Lohier par la main ; Quequ'en chante messe bien main Si la fait davant li seoir Pour ce qu[e] i[l] la veult veoir Tout de plain en my le visaige. 1375 Son bon parrain au doulx couraige Premier commence a souspirer Et tendrement des yeulx lermer. En grant pièce ne pot mot dire Qu'il voit que sa fillole empire 1380 Son corps, et change sa couleur, Et qu'elle sent au cuer douleur. S'en est dolens et aggrevez. a Sire, ce dit Fresne, qu'avez Qui souppirez si tendrement? 1385 Biaux doulx parrains, vivre comment Pourraye nulz jour en avant

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Se mal ou duel vous va grevant, Qui vous face gésir au lit? Toute joye et ayse et délit

1390 Ay eu par vous jusqu'à ore ;

S'or vous destraint ou vous acore Duel qui le cuer vous desconfort, Dont ay je perdu tout confort, [37 v°] Dont suis je morte et esbahie.

1395 Biau parrain, vous m'avez nourrie. Ce que je sçay m'avez apris. Par quoy je puis monter en pris Et or et argent assembler. Jusques cy me puet bien sembler

1400 Que je vous suis fille et fillole. Se je ne suis plus qu'autre folle Sur touz qui sont vous doy aymer. Pour ce qu'ay trop le cuer amer Du semblant que faire vous voy

1405 Vous suppli [j]e requier et proy Que vous le me diez, biau sire. Car tel chose me pourrez dire Donc je cuit vo corroux rescourre, S'or m'en devoit chascun surcourre. »

1410 Quant cil entent que sa fillole Si doulcement a li paroUe, De duel et du plour qu'il domaine. Greigneur souppir du cuer ramaine Assez qu'il n'avoit davant fait.

1415 Bien scet, si lui avoitmeffait.

Qu'en li n'avroit que courroucier. Et voulentiers de l'adrecier Se peneroit de cuer hetié. Or a en li double pitié,

1420 Et plus l'aime que il ne seut.

Lors lia dit tout ce qu'i[l] veut: « Fille, fait il, s'ainsi te doit Nommer, cil qui de toy cuidoit Avoir hounour et joie et feste,

1425 N'a[i] duel en cuer ne mal en teste

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De villanie qu'on m'a faicte, Fors de ioy que je cuit meffaicte. De toj cuiday faire une sainte A qui la belle face est tainte. 1430 Mes nulz est qui [ainsi] le face Si Dieu n'y envoie sa grâce. iSBr''] De Dieu vient qui fait prodomme cstre. Ja ne s'en peine clerc ne prestre A pécheur traire a bonne œuvre 1435 Si le saint esperit n'y euvre. Aussi puis je dire de toy. Je ne sçay mie ne ne voy Que nulz biens que je t'aye apris Soit enracinez ne repris. 1 140 Si Dieu son aide y eust mise ! Bien te cuidoie avoir aprise. Tes parrains suis, si te levay. Souvent nuyt et jour me grevay En toy aprendre et introduire. 1445 Mal ait l'erbe qui ne puet cuire, Mal ait le fruit qui ne meure, Mal ait femme qui s'aseure, Car mot ne scet quant elle chiet. Et après ce qu'il lui meschiet, 1450 Que la sainture amont li liéve, Se repent elle, et si lui griéve Quand elle a a mal entendu. Quant en a le cheval perdu A tart va l'en fermer l'estable. 1455 Si je eusse en cuer estable

Mise ma semence et ma peine, Geste belle face fust pleine Delà couleur qu'elle avoir seust. Le cuer n'a mie ce qu'il veult, . 1460 Ce me tesmoigne vo couleurs. Je voy les maulx et les douleurs Aussi com en voit en l'orine. Mestier n'a herbe ne racine A sachier vostre enfermeté.

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1465 S'en ay tout le cuer tourmenté, Et aj paour de mal greigneur Que ne vous tôle voustre hounour. Or vous ajdit ce que j'en scaj. |'38 vj En voustre face en voy l'essay

1470 Et la prueve, si com me semble. » La pucelle de paour tremble, Qui esprise est de honte et d'ire, Quant elle oit son parrain ce dire. Tourmentée est et [trop] confuse ;

1475 Et pour ce que par nulle excuse N'en puet outre aller qu'elle face L'eaue tout contreval la face Li va courant, et forment pleure : « Lasse ! fait elle, com doy l'eure

1480 Hayr que nasqui de ma mère Quant j'oy parolle si amére Et si dolereuse entendue ! Ha ! quar fusse je ore pendue, Ou d'aussi pesme mort occise,

1485 Biau sire, a qui avez aprise De moy si villaine nouvelle. Ja n'est il dame ne pucelle Chevalier, clers, ne chappelains Ceens, ne faulx homs ne villains

1490 Qui riens sache de ma folie.

Ha ! sire, or suis je mal baillie Si vous me tenez aforfaicte. Si vous vostre aulmosne avez faicte En moy nourrir et alever,

1495 Ne devez achoison trouver

Pour moy bouter de céans hors.

Vous mettez surs {sic) honte a mon corps

Et a la face quej'ay tainte.

Dictes, sire, que suis ensainte,

1500 Si com j'entens a vostre dit. Certes se ung autre l'eust dit, Haultement l'en desmentiroye Et jusques es dens l'en yroie.

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Afais dictes moj vostre plaisir. 1505 La mercy Dieu, je ne désir

A nulle villanie entendre. » [39 r"] « Mauvaisement t'en puez deffendre,

Respont li bons Lohiers irez.

Par mon chief ainsi n'en irez : 1510 Je vueil vostre affaire savoir. »

«Voulez que (je) vous die le voir ? Respont Fresne, je suis malade, o

« Voire, d'une enfermeté rade Qui nous apresse et nous travaille.

1515 C'est li maulx dont corps assez veille, Qui de mengier le fait tenir. Si n'en pert aller ne venir ; Aiiiz le fait vivre et travaillier Et en pencer et en veillier

1520 Et autre mal qui le demaine.

De tel douleur estes vous pleine. Oncques ne vous en escusés, Mieulx est que vous vous encusez Vers moy qu'un autre le me die. !>

1525 « Sire, j'ay ou corps maladie Qui me destraint et taint le vis. »

« Non avez voir, ce m'est avis ; Ains vient d'amours vostre mesaise. » La pucelle a ce mot li bese

1530 Les jambes endeuz, si l'embrace:

ff Biau parrains, fait elle, or m'en hace Qui a certes m'en veult haïr, Pour menassier ne pour ferir Qu'on me face n'en mentiray :

1535 J'ay amé, aign et ameray

Ung seul, ne ne m'en quier movoir. Biau parrains, or vous ay dit voir. Si vous em pri, pour Dieu mercy, Ne dictes en avant de cy

1540 A ma dame ma priveté.

Qu'elle le tendroit a nienté, S'elle avoit apris mon affaire.

43 -

Certes ne je n'en sçay que faire Car chastier n'y puet valloir, [39 v°] Ne danter n'en puis mon vouloir. Et sachez qu'onques n'y mespris Par quoy j'aye perdu mon pris. N'a Dieu ne plaise qu'il adviengne Que vous ne le secle me tiengne

1550 A femme par honte

Telle ayme autruy et est amée Qui pour amour n' a roy n' a conte Ne tourneroit son corps a honte. » Que qu'elle fine sa parolle,

1555 Lohier son bon parrain l'acole,

Vers liFestraint et pour li pleure. Tant Fayme qu'il désire Feure Que Dieux hounour etbien li doigne. Ne se tendroit pour nulle essoigne

1560 S'il veoit qu'il en fust mestiers

Qu'il n'(e l)i meist moult voulentiers Cuer et corps et avoir et peine. Doulcement a point la ramaine, Si li dit: « Fille, doulce amye,

1565 Or me dictes, ne mentez mie : Je vous pri, qui est voz amis? Savoir vueil ou vous avez mis Vo cuer et vostre amour assise. D'une chose soiez aprise,

1570 S'il est tieulx qu'il vous doie avoir, Je vous donray tout mon avoir. Plus de cent mars d'esterlins blans. S'il est si haulx hons et si frans Que espousée [en] doiez estre. 1575 Est ce nul homme de cest estre Sergens, variez ou escuiers? » « Sire, promesse ne loyers, Ne rien qu'on me feist entendre Ne me feroit ou cuer descendre

1580 Voulenté que tel gent amasse. Ne suis mie de cuer si basse

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Com vous cuidez, ne si villaine. [40 r"] Plus que Paris n'ajma Helaine M'aime Galeren, bien le sçay,

1585 Et de ce sent je bien l'essçay (sic). Car j'ayme assez plus Galeren Qu'onques Yseut n'ama Tristen. Bien povez nommer Tristen lui, Car s'il n'a de la mort ennuy

1590 Ou de lanjjueur ou de prison. Dame seray de sa maison, Sa femme et sa loyal espouse. Je n'en suis mie trop jalouse, Car de luy suis seure et fie.

1595 \moui's bonnement m'en affie. N'autre preuve ne vueil avoir, Ce sachez, biau parrain, de voir. Car moy me[i]smes ay apris Que cil qui doulcement est pris

1600 Aux laz d'amours et a son aign Voulentiers revient au reclain. » Li prodom, qui tant a pleuré, En aDamedieu aouré. Quant sa fillole l'asseure

1605 Qu'elle n'a de follie cure

Ne de soy tourner ahontaige. La nature de son linaige Quel qu'il soit cougnoist a ses diz, Quant elle a villains contrediz

1610 Les quels elle ne veult (pas) amer. Mes de ce a le cuer amer, N'il ne l'en puet avoir seur Qu'elle ja puisse avoir l'eur Que Galeren la voulsist prendre.

1615 Car il ne voudroit si bas tendre. Ou ses pères ne li lairoit. « Fille, fait il, comment pourroit Avenir j a ceste assemblée, S'elle n'estoit faicte ou emblée,

1620 Du filz au conte de Bretaigne,

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[40 v°] Que il ja a femme vous praigne Ce ne pourroit avenir mie. Tenir vous puet bien a amie, Mais j'aj paour qu'il ne vous mente.

1625 Si vaulroit mieulx que vostre entente Meissiez en voustre pareil. Non pourquant moy et mon conseil Vous en abandons et octroy. Si nel(e) savra nulz que nous troj

1630 La prieure, vostre marraine, Et je, et vous, tout le convine. Or y perra du bien celer Car j'en vourray a li parler ; Qu'elle est ma seur,si m'aime et prise,

16:^5 Et elle avratoust peine mise A vous conseillier s'elle puet. Mais jevourray, quar bien l'estuet, A Galeren parler ainçoys. Or lever sus, car je m'en voys.

1G40 S'allez la sus en la chapelle, Que se ma dame vous appelle Qu'on vous truist de li servir preste. » La pucelle point ne s'arreste, Gui son parrain grant confort donne.

1645 Davant sa dame s'abandonne.

Que l'ayme d'amour pure et grant Pour ce qu'adez la voit en grant De li servir et atournée , Et qu'eir est preus, belle et senée.

1650 Li chapellains ainsi s'en part ; S'a Galeren trait d'une part Qu'il encontre davant ses yeux. Sur ung perron s'asiet li vieux, Et Galeren s' asiet en bas.

1655 Ses maistres li a dit per (sic) gas Et en riant : « Galeren, sire, Que pensez vous? Que vouldrez dire ? Je vous demant comment vous est? [41 r°] Quel(les) nouvelle(s) de la forest

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1660 Que font cil chien et cil oisel? Ja ay veu maint damoisel Qui voulentiers levoit matin ; S'(i) ouoyt le chant et le latin Du roussigneul qui cler chantoit.

1665 S'(i) ay veu tel qui se vantoit, Fust a gas ou par arramie, Qu'il avoit la plus belle amye Que Ten peust trover ne querre. Quant vouldrez vous yssir de serre ?

1G70 Quant verra Ten vostre déduit? Je vous cuiday avoir bien duit A ce que mieulx fussiez prisez. Se plus estiez envoisiez Vous n'en vaurriez se mielx non.

1075 Avoir ne povez bon renon S'envoiseure ne vous prent. Tout le monde blasme et reprent Jenne varlet et riche et hault Qu'en ne voit envoisié et haut.

1680 Ch'afiert a vous et a hault homme. L'escolle ne vous est pas somme, Vous ne doubtez mes qu'on vous bâte. S'en vous voy faire chiére mate En vo pais repris serez ;

1685 Si dira l'en que vous serez

Nourriz soubz p(e)Iiçons de nonnains, En vo maistre fu chapelains. S'en seray repris et blasmez. Orme dictez si vous amez.

1690 Moy ne devez vous celer mie. J'eign bien que vous aiez amie, Qu'amours fait le honteux appert. Jennes varlet tout son temps pert Qui amours ne tient a acointe.

1695 Amours fait le villain plus cointe Et [fait] plus appert Tii) esbahy. [41 v°] Trop avez vo cuer enhay

S'amour le voulez esconduire.

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Au mains me povez vous bien dire

1700 Quel chose vous avez plus chiére Ce s'est forest ou s'est rivière, En quoj vo cuers est plus estables, Se s'est en escheesou en tables, Ou si vous ajmez mieulx a traire. »

1705 Or ne scet Galeren que faire, Ne s'ose au voir dire assentir, N'a son maistre ne veult mentir. Galeren de cuer tout escoute. Quant ses maistres a dicte toute

1710 Savoulenté, si li respont:

« Foui est qui son conseil repont A son privé pour qu'il s'en fit. Maistre, vous m'avez desconfit, Maz suiz. Or ung pou m'entendez :

1715 De ce que vous me demandez Ne vous ous(e) dire bien le voir, Ne par mençonge décevoir. Mais une chose m'asseùre, Que nulz ne met en aventure

1720 Conseil d'aucune privée euvre, S'il a son maistre la desceuvre. Maistre doit ressembler le prestre En celer, s'il ne veult faulx estre, Le conseil de son aprentiz.

1725 Des que j'estoie moult petiz Apris m'avez tant d'un et d'el, Et en escolle et en oustel. Qu'amer vous doy sur toute rien, Et atendre en povez grant bien

1730 Si je vivre puis en avant.

A vous seul d'une amour me vant Qui moult me destraint et travaille. Plus matin oncques ne m'esveille Déduit que j'aie que cist fait. [42 r°] Qua[r] si m'assaut, si me deô'ait, Si me lie qu'aler n'en puis, N' autre déduit meilleur ne truis,

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Plus loign que fores ne rivière. Nus ne m'en pourroit traire arriére,

1740 Tant me seust bien sermonner. S' a femme me vouloit donner Sa fille le roj d'Angleterre Et ac(iuitter toute la terre Qu'il tient, et quanqu'en ont si homme,

1745 Ne qu'il a de cy jusque(s) aRonime, Ne la vouldroie (je) prendre mie Pour faire eschange de m' amie, Qu'elle vault mieuix que fille a roy, Tant la voit on de grant a,voy.

1750 A vous le dj privéement. »

« Galeren, dictes moj comment Elle est nommée, et qui elle est. Si je voj [bon] vostre conquest. Ma peine y vouldraj toute mectre. »

1755 «Quant vous ce me voulez proniectre, Sire, donc doy je estre bien liez. Mais pour Dieu ne me travailliez A ce que sage vous en face. Son grant ennuy souvent pourchasse

1760 Qui celer ne scet son courage.

Je craign qu'on ne li face oultrage S'on puet savoir qu'elle ait a.my. »

« Tenez moy pour vostre annemy Et a traicteur? Mar ne dictes.

1765 Je cuid(e) mielx celer q'un[s] hermites Vostre couvine, si je l'oy. «

« Maistre, je vous sens de tel loy, Et vostre cuer de tel bonté,

Que vous savrez ma priveté. 1770 C'est Fresne que j'aign vo fiUole. Se moy pour foui etli pour folle En voulez tenir, je puis dire [42 Vo] Que je mourray de duel et d'ire. Et si nel(e) tenez mie a gas, 1775 Qu'il n'est nulz homs soit hault ne bas, Clers, chevalier, n' omme ne famé,

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Que je ne li traisise l'ame

Si de ce Favoit tourmentée. »

« Galeren, or vous est montée 1780 L'amour bien hault, ce voj je bien,

Qu'elle ne vous doubte de rien. Estes vous si en son dangier Qu'elle vous tôle le mengier ? Dictes, si Dieux vous beneye, 1785 Est elle donc si voustre amye,

Com vous cuidez ses amis estre?»

« Maistre, je vous ày com a prestre Ce que j'en sçay et que j'en cuit. Elle m'a si de s' amour cuit

1790 Qu'a peine pourroit dire nulz Que tant amast oncques Turnus Lavine, qui fu de Laurente ; Et bien sçaj qu'elle ra s'entente Mise en moy nujt et jour amer,

1795 Si que nulz ne pourroit ajmer Que Lavine amast tant par [r]age Eneas le preuz et le sage Par qui Turnus fu detrenchier (sic). Se mes eurs et mes péchiez

1800 A ce me vouloit atourner

Qu'on me voulsist de la tourner, Ainçojs vourroie, a mon acort, Turnus estre je[s]que la mort, Qu'on la me tollist par envie,

1805 Et je fusse remez en vie. »

« Galeren, vous ne moquiez mie Qui si amez par arramie,

Ce n'est mie amour ains est rage Qui vous tourmente le courage. 1810 Or vous en dont Damedieu joie. »

« Maistre, vous m'avez mis a voje [43 r"] De descouvrir ce que je penz,

Or aiez pour Dieu le pourpenz De celer m'amour, ce vous proy, 1815 Si vous amez ne li ne moy. »

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« Galeren, vous parler d'oiseuse, Nulz ne savra que la prieuse

Et je ce que conté m'avez. Celez l'en mieulx que vous sav(r)ez, 1820 Ne ne soiez d'amer si chaulx

Que vous lui faciez nul enchaux. Ne doit faire a femme desroy Qui filz est a conte(s) ou a roj. »

(( Maistres, oncques ne l'adesay 1825 Ne une foiz ne la besay,

Ne ne vouldroie avoir baisée Pour qu'el(le) se tenist a baisiée. Et je pri Dieu qu'il me confonde S' autre femme preign en ce monde.

1830 Tant con je vive et que j'y soie Siens seray voir et ell' est moie, Ce sache, [od] le conte mon père, Et la contesse Yde ma mère, S'ilz veulent que je vis remaine.

1835 Des qu'a n'a guaires en Bretaigne Vouldront andui que je m'en voise, Qu'il est bien raison que j'acroi[s]e M'(on h)ounour et que j'aquiére los. Car j'ay mez le cuir et les os

1840 Plus durs que je ne sueil avoir. S'avray mestier de ce savoir Qu'on aprent a court de hault homme. Une seule chose m'assomme Que Fresne céans demourra,

1845 Mais si souvent ne me verra,

Com elle a fait. S'en suy en doubte. Si la vous lez et commant toute Que vous la me gardez en foy Ce vous requier et ce vous proy, [43 v°] Et commant que riens ne lui faille Soit en robes soit en vitaille Ou soit en quel autre despence. Ne [ne] li face nul deffence, Qu'elle n'ait tout a son plaisir, n

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1855 et Nulle autre chose ne désir, Fait il, lilz Galeren, a faire Que service qui vous puist plaire. Servir vous vueil et vous et li. Biens a faire ne m'enbeli

1860 Tant com caste, puiz que ne[z] fui. Et c'est raison se voustre sui, Qu'apris vous ay de nourreture. Si vous aign plus que créature Qui de femme soit née en terre ;

1865 Mais ainçoys qu'on vous viengne querre Et c'om de céans vous ameint, S'en vous ne fault ou ne remeint, Serez de moy bien conseilliez. Mais or soiez joieux et liez. »

1870 A tant se dessemblent andui. Cil laisse son maistre et cil lui. Devant s' antein va rabb[e]esse, Et li chappelains après messe Va a sa se[re]ur la prieuse,

1875 Qui ou cuer lie est et joyeuse, Quant il lui conte la nouvelle. Si prie Dieu qu' a la pucelle Doint tel conseil et tel hounour, Qu'elle ait Galeren a seigneur,

1880 Le doulx, le courtoys damoisel. (( Dieux! fait elle, qui le revel En l'umain lignage m[e]ys, Quant char et sanc ou corps pr[e]is De la Vierge pucelle sage,

1885 Par noncion de ton message.

Puis en fuz nez com homs en terre, Li troys roy te vindrent requerre [44 r°] Et portèrent de leur trésor

En tonneuz mirre, encens et or.

1890 Parquoynoust'avons, c'est la somme, A Dieu et a roy et a homme, Puis fuz mors en la croiz et mis, D'enfer gettas tous tes amis,

Et au tiers jour de passion 1895 Venis a résurrection,

Es cieulx montas en joie clére Ou siez a la destre ton ])ére, Les vifz et les mors jugeras, Et a tous leur loyer rendras. 1900 Dieux, si com c'est droite créance, Octroyés tu par ta puissance Qu'a femme ma fillole preigne Le filz au conte de Bretaigne, Se il Tavoit par aventure, 1905 Tant lacongnoys de nourreture, Et tant la croy de hault lignage, Tant la sçay belle, preuz et sage, Et tant a en li de bontez. Que bien se sçaroit amontez. 1910 Car li homs de riens ne s'amonte Qui prent parage, avoir et honte. Honte prent qui prent folle femme, Si se desconfist etafolle. Mais femme sage, c'est li voirs, 1915 Vault mieulx que parage n'avoirs. Moult fait proudom belle ga[a]igne Qui belle et sage a a compaigne. Dont ne se puet cil aviller S'il a ma fillole a mouUier, 1920 Non voir, quar sa bonne apresure Ne sens de femme ne mesure Doit alever n'essaulcier "homme. Dont seroit cil sire de Rome, S'il lavouloit a femme prendre ; 1925 Car il n'a en li que reprendre [44 v°] Qu'elle ne soit et belle et noble, Pour avoir de Constantinoble Les chasemens et tout l'empire. Certes elle n'est mie pire, 1930 Encor n'ait elle la puissance. Que s(er)oit la royne de France Ou la duchesse de Bourgoigne.

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S'a ce venoit ceste besoigne Qu'il se voulsissent assembler, 1935 De joje me pourroit sembler Que nulz ne peust mes sorfaire Chose dont j'eusse contraire.»

Ainsi ont parlé moult ensemble. Galeren aime Fresne et tremble, 1940 Que jour et nuyt ne s'en recroit. Si s'entrement, bien les en croit Le bon Lohier, et bien les choile. Moult scet bien faire de li voile Pour eulx et couvrir et celer, 1945 Quant ensemble les voit parler. Pour li ne se cuevrent de rien(t), Car il les asseure bien. Or sont a aise et asseur, Or ont ga[a]igné grant eur. 1950 Souvent sont ensemble et déduisent, Comme davant, mais ne leur nujs eut Li félon envieux engrez, Car leur maistre les sieult de prez, Qui le souspeçon d'eulx estaint. 1955 Or n'a mais le visaige taint

Fresne comme elle seut avoir. Ne ne puet mie parcevoir Que Galeren ait le sien pale. Grant destresse est et vie maie 1960 D'amans qui eulx convient guetier, Ce les fait taindre et deslietier. Mais quant il ont temps et loisir Qu'il se voient a leur plaisir, [45 r°] Mains en sont mat et debrisé, 1965 Galeren fait ja l'envoisié,

Ja se déduit, ja rit, ja chante, Ne monstre mes chiére dolente. Fresne se reset bien déduire, Bien se[t] mouvoir les doiz et duire 1970 A la harpe, bien s'i afaicte.

Or n'en parle nulz ne ne guecte.

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Or vont menant feste et revel. Galeren a un son nouvel De l'amour qui le point trouvé, 1975 Ou il a son cuer esprouvé.

Si a doulx chanz et plesans diz Sans villanie et sans mesdiz, Ci a plaie de doulceur pleine Qui les amans a pleurs rameine, 1980 Quand ilz cuident jouer et rire. Cil qui (de) ce lay seulent escripre L'apelent, au dit et au ton, Le lay Galeren le breton.

Ung pou après le jour de may 1985 Qu'on oit la maulviz et le gay,

Li oriens {sic) les chans commence Et li roussigneul plede et tence Par ces boys et sa joie maine; La doulce ceson nous ramaine 1990 Herbe en verdeur et fleur en prez, Que li temps redevient temprez, Et y ver repont sa froidure. Arbres reviennent a nature Qui de leurs fuilles se recuevrent. 1995 Mouches se pourchassent et ouurent, Et les yaues de ces rivières Ne courent plus troubles ne fiéres, Ains noent asseur poisson. La violete est ou buisson 2000 Et la rose au matin ouverte. Est Fresne qui tant est apporte [45 voj Matin levée et hors yssue. D'une chemise bien tyssue Blanche et souef pare son corps. 2005 Par les coustures per li ors : S'a un surcot affublé sus Moult chier, fourré de cisemus, D'un drap d'Antioche estelé, D'orfroiz estoit entour ourlé 2010 Et listé d'u[ne] liste d'or.

Nue et sans guimple, a son chief sor S'est dessainte et eschevelée : D'une cercle non guaires lée, Ouvrée a pierres et a flours,

2015 D'or et d'asur et de couleurs,

Tient les cheveux, ce m'est advis. Qu'il ne lui voisent vers le vis; Mais desus les a sans destresse, Par les espaules (li) va la tresse,

2020 Si les a couvers d'un brun voil Qui bien li siet sur le blont poil. S'est d'uns souliers estroit chaussie, Sa herpe a vers son piz haussie Qui riche est moult, ce povez croire.

2025 Les chevilles en sont d'iviere Et les cordes en sont d'argent. Pletron y a et riche et gent. C'est de la couronne d'un serpent. La herpe, qui au coul li pent

2030 Bien ouvrée, a sauvages bestes Qui ont divers et corps [e tjestes, Si ont les yeux pains et les piz D'esmeraudes et de rubis Misez a or de Galidoine :

2035 Plus riche n'ot oncques Lidoine De cler son ne de soutil oevre. Li fourriaux est dont l'en la cuevre De samit et de bougueren. Ainsi encontre Galeren [46 r°] Com je la vous ay devisée. Cil l'a bien de l'ueil ravisée Qui est com haulx homs atournez. Il est d'une robe aournez. De cote et surcot d'un dyapre

2045 Ausques pour l'or et roide et aspre. S'(en) est la fourreure d'ermines. S'a es espaules deux sardines En or assises du^surcot. Dont ferme la cheveste et clôt.

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2050 S'a sur son chief blont et tonsel Assiz ung envoisié chapel, Qui bien l'embelit et alose Fait de violete et de rose. Si l'a Fresne s'amie fait.

2u55 Si soûler sont a or pourtrait,

Ses chausses d'un brun paile cher Qu[e] il a faictes destranchier Et fourrer de paile vermeil. Des enz a mis jus le sonmeil.

2060 Ses ganz es mains cousuz a or, Ung esprevier de plume sor Tient sur son poign bien affaitié. Oaleren a le cuer hetié Quant il voit davant li s'amie,

2065 Mai[n]s Fresne n'a le sien lié mie Quant elle Galeren regarde. Leur maistre les a pris en garde Qui leur fait matin oyr messe. Par le congié de l'abeesse,

2070 Prennent vers ung|vergierleu[r] voje, Pour ce qu'on ne cougnoisse et voje La grant amour qui les esprent. Apres eulx deulx son chemin prent Li bon Lohiers, s'en sont jojant

2075 Car davant li et li ojant

Moustrent il bien leur priveté, S'en ont par li grant seurté. [46 v°] Li vergiers siet sur la rivière ; Arbres de diverse(s) manière

2080 Y a plantez et bas et haulx, Si druz qu'a peine li soulaus Les puet de sa raje entamer. Leens fait il seur amer Et demourer avec sa drue,

2085 Car l'arbre y est et verte et drue. Et li umbres resant et fres. Dessus les rainz chantent espes Et volent li oysel sauvaige.

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Qui retentir font le rivage

2090 Par leur doulx chanlx et par leurs criz. Roussignlos {sic), melles et niaulviz Y font leur gorge si estendre Com s'ilz voulsissent faire entendre A ceulx leur chans et leur langage.

2095 Tant vont les amans par Ferbage Qu'ilz ont trouvée une fontaine, Dont Feaue est clére, froide et saine, Et le fons cler com est argens. S'en queurt li ruissaulx biaux et gens,

2100 Et sourt dessoubz ung foulu chesne. La est première assise Fresne, EtGaleren lez li s'assiet, Qui de neent ne li messiet Ainz li plest plus que riens qui vive.

2105 Et celle le point et ravive,

Qui Ta d'amour saint et lacié, Et jusqu'au cuer son dart lancié Si qu'on ne le puet rechassier. Lohier ne les veult approucher,

2110 Ainz est d'eulx assez trait arriére. Si va regardant la rivière, Et les chans des oyseaux escoute. Bien veult qu'ilz parolent sanbzdoubte Que nulz nés puit grever ne nujre,

2115 Tant qu'ensemble vouldront déduire. [47 r°] Galeren se commence a plaindre : c( Fresne, fait-il, [cil] ne scet feindre Qui lojaulment et de cuer ayme. Trop est hardiz qui s'en reclaime

2120 S' amours ne loe ou il ne prise. De tricheur het le servise Et semblant qui vient de cuer faulx. Mes se veilliers, pensers et maulx Qui le mien me va aggrevant

2125 Doit reproucher ne mectre avant Amant qui soit leans en terre, Dont li doj je bien mercy querre,

•'^**

58 -

Et je Tavray, si com je croy. Or me repens, or me recroy

2130 De ce dire, qu'ell' a usage

De moustrer s'ire et son outrage A celi qui de cuer la sert. S'en a le piz qui mieulx dessert. Avec déserte estuet eur.

2135 Quant je cuit plus estre asseurs

Dont sent je meins mon desconfort ; Qui pourquant qui se tient fort En bonne amour, puis qu'i[l] lui plaise, Voist avant, aint et soit a ese.

2140 Car je suis cil qui aymerai Ne ja ne m'en repentirai. Les maulx d'amours endurer vueil. De tant se vantent bien my oeil Qu'i[l] bien ont servy leur seigneur,

2145 Mieulx vaillant proie ne greigneur Ne puent il mes pourchassier Pour moy servir ne solacier. Servir? Qu'ay je dit? J'ay mespris. Qu'il ont tant chassie qu'ilz sont pris.

2150 Si va le char davant les buefs. Chasser cuidérent a mon oez. S'avient souvent tel chiet qui chasse, La proye a pris les chiens en chasse. [47 v"] Or ay mal dit, si Dieu me voye,

2155 Je ne voy, en sentier n'en voye, Comment coulpe y aient [mi] oeil Puisqu[e] ilz vont la ou je vueil. Si les retray puis les envay Ne les doy pas blasmer mes moy ;

2160 Ne moy n'en renvueil pas blasmer, Car je vueil bien tousjours amer, D'amours me lo et tout suis siens, N'il ne me puet mie ses biens Trop vendre ne trop enchérir,

2165 S'il ne me veult ses maulx merir » Galeren, Fresne, doulx amis,

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Ce dit Fresne, vous avez mis Enmoy amer tout vo povoir. Ce puis bien par dehors veoir;

2170 Mais je ne sçay jugier dedens. Quant la parole est hors desdens Pence le cuer souvent tel chose Qui est a la bouche forclose. Ne àj mie pour vous mescroire,

2175 Se mal souffrir fait amans croire Qu'il soit lovaulx sans trahison, Estre en devez un par ravson. A lojal vous tieng sans mentir. Non pourquant a douleur sentir

2180 Vers moy ne vous aatissez ;

Mais de l'amour tout me laissiez Le fez et la cure et l'entente. A tous biens recevoir suis tente, Quanta m'amour un petit pens;

2185 Qu'il m'est avis en mon pourpens Que j'ay arée pierre et grève, Ou point n'a d'amour {sic) ne de sève Et comment me puet ferme faire Amours qui m'est tout a eontrere, Qui me fait entendant la briche ? Ce que l'en vous tient tant a riche Et extrait de si hault lignaige A si prisié et a tant sage Vous fera de moy départir. Ne me doy a vous aatir. Pource que sui povre et basse. Non tant que james vous osasse. Si m'est venu de grant follie ; Mais cil qui n'est en sa baillie

2200 Ne se puet a droit conseillier. Or meveult amours exiller. Et vous par temps m'en occirez, Puisqu'on voustre pais irez, Et demourrez la sans retour.

2205 En moy n'a conseil fors un tour,

2190 [48 r»!

2195

58

Et je l'avray, si corn je croy. Or me repens, or me recroy

2130 De ce dire, qu'ell' a usage

De moustrer s'ire et son outrage A celi qui de cuer la sert. S'en a le piz qui mieulx dessert. Avec déserte estuet eur.

2135 Quant je cuit plus estre asseurs

Dont sent je meins mon desconfort ; Qui pourquant qui se tient fort En bonne amour, puis qu'i[l] lui plaise, Voist avant, aint et soit a ese.

2140 Car je suis cil qui aymerai Ne ja ne m'en repentirai. Les maulx d'amours endurer vueil. De tant se vantent bien my oeil Qu'i[l] bien ont servy leur seigneur,

2145 Mieulx vaillant proie ne greigneur Ne puent il mes pourchassier Pour moy servir ne solacier. Servir? Qu'ay je dit? J'ay mespris. Qu'il ont tant chassie qu'ilz sont pris.

2150 Si va le char davant les buefs. Chasser cuidérent a mon oez. S'avient souvent tel chiet qui chasse, La proye a pris les chiens en chasse. [47 v°] Or ay mal dit, si Dieu me voye,

2155 Je ne voy, en sentier n'en voye, Comment coulpe y aient [mi] oeil Puisqu[e] ilz vont la ou je vueil. Si les retray puis les envay Ne les doy pas blasmer mes moy ;

2160 Ne moy n'en renvueil pas blasmer. Car je vueil bien tousjours amer. D'amours me lo et tout suis siens, N'il ne me puet mie ses biens Trop vendre ne trop enchérir,

2165 S'il ne me veult ses maulx merir » Galeren, Fresne, doulx amis,

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Ce dit Fresne, vous avez mis Enmoy amer tout vo povoir. Ce puis bien par dehors veoir;

2170 Mais je ne sçay jugier dedens. Quant la parole est hors desdens Pence le cuer souvent tel chose Qui est a la bouche forclose. Ne àj mie pour vous mescroire,

2175 Se mal souffrir fait amans croire Qu'il soit lojaulx sans trahison, Estre en devez un par rayson. A loyal vous tieng sans mentir. Non pourquant a douleur sentir

2180 Vers moy ne vous aatissez ;

Mais de l'amour tout me laissiez Le fez et la cure et l'entente. A tous biens recevoir suis tente, Quant a m'amour un petit pens ;

2185 Qu'il m'est avis en mon pourpens Que j'ay arée pierre et grève, Ou point n'a d'amour {sic) ne de sève Et comment me puet ferme faire Amours qui m'est tout a contrere,

2190 Qui me fait entendant la briche ? [48 r°] Ce que l'en vous tient tant a riche Et extrait de si hault lignaige A si prisié et a tant sage Vous fera de moy départir.

2195 Ne me doy a vous aatir.

Pource que sui povre et basse, Non tant que james vous osasse. Si m'est venu de grant follie ; Mais cil qui n'est en sa baillie

2200 Ne se puet a droit conseillier. Or me veult amours exiller. Et vous par temps m'en occirez, Puisqu'on voustre pais irez, Et demourrez la sans retour.

2205 En moy n'a conseil fors un tour,

60

S'(i)en mourraj, bien le scay de voir. Car par force et par estouvoir Amezez {sic) autre, bien le seaj. Mar vous vy et mar vous osay

2210 M'amour donner et octroier. Si j'en peusse renvoier Mon cuer, je n'eusse mal mie ; Mais, puisque je seray amie Et j'avray perdu mon amy,

2215 Tenir pourray pour ennemy

Le cuer qui (de) ce m'a pourchacié. Vous vous tenez si a lacié Qu[e] a grant peine pourrez vivre, Et je suis et saine et délivre

2220 Quant my oeil m'ont ainsi trtiye !

Bien m'ont, ce me semble, en haje, Quant par eulx et par leur pourchaz En tel manière a mort me chaz. Par eulx sans faille a mal m'atour ;

2225 Par leur guenchir et par leur tour A}' je le cuer espris de feu, [48 yo] Mais tant sachiez que je vous veii : Ja destresse qu'amours me face Ne pourra faire que vous hace ;

2230 Ainz me sera pour vous amer Doulx a souffrir travail amer. Car amour n'est pas vraye et pure Qui en temps fault et un temps dure.» Or voit Galeren quanque Fresne

2235 Pence que qu'elle se desrene,

Son cuer congnoist et sa parolle : « M' amie, fait il, se pour folle Vous povez pour m'amour tenir, Donc me doit il bien mal venir.

2240 Bien pert que vous m'amez de voir. Comment pourriez vous savoir Ma grant amour et ma grant cure ? Tenez, je vous fians et jure, Ma foy vous dons et vousplevis:

- 61

2245 Tant com je suis en terre vis,

Et qu'en vostre corps savray Famé, N'avraj autre que vous a famé. Ne vous faz ore de plus sage, Mais Dieux me mette en tel aage

2250 Ou quiter en puisse ma foy. »

« Certes, dit Fresne, je l'otroy, Je n'en quier plus estre seure, Tant que la chose est si meure, Qu'elle sera a point venue, i

2255 Depuis ne s'est Fresne tenue

Vers li, mais son déduit requiert De tout quanque a honneur affiert. S'en est moult Galeren [a] aise, Qui doulcement l'acole et baise,

2200 Et celle li moult voulentiers.

Leur amour est vraye et entiers, Qui de plus ne veulent baisier Fors d'accoller et de baisier. [49 ro] De ce voir ne baisent il mie.

2205 Se li amant baise s'amie, S'il l'acole ou paroUe a li, N'en devez celle ne celi Blasmer ne tenir a ventance. Or ont faicte leur pénitence

2270 Et or leur sont li fer cheu.

De quanque leur est mescheu, En mal souffrir et endurer, En veillier, en plaindre, en plorer Ne se sentent il, ce me semble,

2275 Puis qu[e] ilz pueent estre ensemble. Feste se font et bonne et belle. Li variez esmeut la pucelle A son déduit qu'il a trové: « Fresne, fait il, j'ay esprouvé

2280 Mon engin a un novel lay.

Si désir moult que sans delay Tout le déduit vous en apreigne. Maiscomment qu[e] ilvousenpreigne,

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62 -

Ne vueil qu'autre que vous le sache. 2285 Mieulx vouldroie estre d'une hache

Occis qu'autruj l'apreissiez

« One ne vous en [a]atissiez

De tel chose, dit elle, amis.

Mieulx souffreroie que maumis 2290 Fust en un feu mon corps et ars.

Plus loign a savoir, que cent mars

Me laississez au départir.

De tant me vueil de vous sentir.

N'avoir ne vueil du vostre plus 2295 Tant com de moy serez en sus.

« Mais commenciez, je herperay

Et en ma harpe l'aprenray. »

Il commence, celle l'escoute,

Qu'en la harpe ses doiz i boute. 2300 Quant les notes a entendues [49 v"] Au pletron les a entendues

Et atrempées a droit point.

Ce lay destraint Fresne et point.

Car cil qui si doulcement cliante 2305 Au commencier d'amours se vante,

Apres la blasme, après la prise.

Plaine est de joye si la reprise.

D'amours y est tout le contrere ;

Si est cruel, cy débonnaire, 2310 Cil fait plourer et cil fait rire ;

En cestuy vers l'amant empire,

En cestuy le fait amender,

En cest aultre l'estuet garder ;

Et par de cza n'a point de soign, 2315 De ça pert tout a grant besoign,

Et de la rest tous esbaudiz.

Doulx est li chans et doulx li diz.

Et cil li chante tant et note,

Qu'elle scet le dit et la note ; 2320 A sa harpe l'a accordée

Quiestoit d'argent encordée.

Bien scet le lay tout sans mentir.

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63

Le vergier en fait retentir

Des plesans sons que la voix donne,

2325 Et a la herpe qu'elle sonne. Le lay aime plus a savoir Qu'autre richesse nj avoir C'om li seust donner en terre. Lohier les revient a tant querre :

2330 « Or toust, fait il, sans plus targier Levez vous, sy irons mengier. Je ne lo plus le demourer. n Ceulx qui a peine[s] endurer Pueent de eulx deulx la dessevrance

2335 Sont levez sus a grant pesance, Et leur maistre les en retourne, Qui d'estreblasmer(s2c) les destourne. Si les fait yssir du vergier [50 ro] A droite heure d'aller mengier.

2340 Geste vie ont menée ensemble Quinze ans etdemy, ce me semble, Entre Fresne et Galeren, Tant qu'un jour de la saint Jehan, Ung pou après mengier, advint

2345 Que de Bretaigne leans vint

Un des haulx hommes de la terre. Qui le damoisel venoit querre. Ses parens fu et ses amys, Dedans l'abbaye s'est mis

2350 A grant compaignée de gent. Li sires du cheval descent Et vient a rabba[e]sse Ermine, Qui est sa germaine cousine, Si la salue haultement

2355 De par celi qui a tourment

Donna pour ses amis son corps, Quant il les geta d'enfer hors Par la seue mort qu'il souffry. Et l'abba[e]sse li [rloflfry

2360 Son salu bel et haultement ; Encontre li courtoisement

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Ne vueil qu'autre que vous le sache. 2285 Mieulx vouldroie estre d'une hache

Occis qu'autruy l'apreissiez

<( One ne vous en [ajatissiez

De tel chose, dit elle, amis.

Mieulx souifreroie que maumis 2290 Fust en un feu mon corps et ars.

Plus loign a savoir, que cent mars

Me laississez au départir.

De tant me vueil de vous sentir.

N'avoir ne vueil du vostre plus 2295 Tant corn de moj serez en sus.

« Mais commenciez, je herperay

Et eu ma harpe l'aprenray. »

Il commence, celle l'escoute,

Qu'en la harpe ses doiz i boute. 2300 Quant les notes a entendues [49 v"] Au pletron les a entendues

Et atrempées a droit point.

Ce lay destraint Fresne et point.

Car cil qui si doulcement chante 2305 Au commencier d'amours se vante,

Apres la blasme, après la prise.

Plaine est de joye si la reprise.

D'amours y est tout le contrere ;

Si est cruel, cy débonnaire, 2310 Cil fait plo urer et cil fait rire ;

En cestuy vers l'amant empire,

En cestuy le fait amender,

En cest aultre l'estuet garder ;

Et par de cza n'a point de soign, 2315 De ça pert tout a grant besoign,

Et de la rest tous esbaudiz.

Doulx est li chans et doulx li diz.

Et cil li chante tant et note,

Qu'elle scet le dit et la note ; 2320 A sa harpe l'a accordée

Quiestoit d'argent encordée.

Bien scet le lay tout sans mentir.

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Le vergier en fait retentir Des plesans sons que la voix donne, 2325 Et a la herpe qu'elle sonne. Le laj aime plus a savoir Qu'autre richesse nj avoir Corn li seust donner en terre. Lohier les revient a tant querre : 2330 « Or toust, fait il, sans plus targier Levez vous, sy irons mengier. Je ne lo plus le demourer, » Ceulx qui a peine[s] endurer Pueent de eulx deulx la dessevrance 2335 Sont levez sus a grant pesance, Et leur maistre les en retourne, Qui d'estreblasmer(s2c) les destourne. Si les fait yssir du vergier [50 ro] A droite heure d'aller mengier. 2340 Geste vie ont menée ensemble Quinze ans et demy, ce me semble, Entre Fresne et Galeren, Tant qu'un jour de la saint Jehan, Ung pou après mengier, advint 2345 Que de Bretaigne leans vint

Un des haulx hommes de la terre, Qui le damoisel venoit querre. Ses parens fu et ses amys, Dedens l'abbaye s'est mis 2350 A grant compaignée de gent. Li sires du cheval descent Et vient a rabba[e]sse Ermine, Qui est sa germaine cousine, Si la salue haultement 2355 De par celi qui a tourment

Donna pour ses amis son corps, Quant il les geta d'enfer hors Par la seue mort qu'il souffry. Et rabba[e]sse li [r]offry 2360 Son salu bel et haultement ; Encontre li courtoisement

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S'est levée, puis le regarde, Et quant de li s'est prise garde Si li fait joye et haulte feste

2365 Com a puissant liom[me] et lioneste, Apres li demande nouvelles. « Certes, dit il, ne sont pas belles Ne bonnes ceulx que je vueil dire. Mes or n'en aiez trop grant ire,

2370 Ne marrie trop n'en soiez De nouvelles que vous oyez. Car vous povez souvent oyr Qu'on dit que nulz trop esjoir Ne se doit de prospérité,

2375 Ne trop douloir d'aversité.

Donc n'ayez de trop douloir cure, [50 v°] Se fortune vous est trop dure, Car sa rouele souvent tourne En tel lieu dont elle est retourne,

2380 Dont li dolens devient puiz (plus) liez Li sirez qui t'u travailliez, Par qui sommes hors d'enfer mis, A jette un de ses amys En foy et en confession

2385 De ceste mortel passion.

Si l'a mené par sa desserte Hors de ceste Egypte desserte En la haulte Jérusalem. Si com je croy, de tant doit l'en

2390 Itele novelle prisier :

Alibranz nous a fait laissier La mort qui a tous est commune. De mes nouvelles vous vueil une Avec[ques] cest[e] encore dire.

2395 Or ne soiez trop plaine d'ire, Ne n'aiez trop marri le cuer, Morte est la contesse vo suer, La bonne Yde, la bonne sainte. Pour son baron fu si atainte

2400 De duel qu'elle en mourut après;

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Mais se li contes fu bien confes Et repentans de ses péchiez, Pour voir vous dj, bien le sachiez, Que tout aussi fu la contesse. »

2405 Quant la nouvelle oit rabba[e]sse Hault s'escrie, si li convient A pasmer et, quant el revient, Dolente s'appele et chetive De ce qu' elle remaint tant vive.

2410 Moult se plaint, moult se desconforte, Et dit qu'el(le) vouldroit estre morte. Sa se[re]urregrete et le conte. Plus ne vous faz de son duel conte. Et Galeren grant duel demeine. [51 r ] Fresne est aussi de douleur plaine Pour Galeren, ce povez croire, Car elle scet bien etespoire, Comment que la chose mes preigne, Qu'aller l'en convient en Bretaigne.

2420 Li sires Galeren appelle Qui apportée a la nouvelle. Il vient a li et cil l'accole, Tout en plourant a li parolle Et a rabba[e]sse s'antein.

2425 Quant il parçoit que il sont plein Et assouvj de lermes rendre, Si leur veult raison faire entendre. « Dame, fait il, et vous, biau sire. Ne vous puis mie contredire

2430 Le pleurer ne le faire duel. Mais vous le leriez mon vueil Que il ne puet faire nul bien, Quant recouvrer n'j povez rien. Si vous en dj meilleur confort :

2435 Nuls duel ne ressuscite mort. S'en soit la douleur plus ligiére, Se l'en fait aulmosne ou prière Pour les mors. Il ne veulent el. Cil qui remainent en l'ostel

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66

2440 Moult a envis veulent mourir. Tant com il puissent vif garir, Si n'y a que du conforter. Le duel convient laisser ester Et pencer chascun de bien faire.

2445 Galeren, tout le cuer m'esclere De ce que si vous voy appert. De li corps par le cuer ne pert, Je vous tesmoing et si vous vant, Estre[zJ prodom cy en avant.

2450 N'est riens a dire de biau corps S'il a de maulves cuer le mors, Car néant plus ne vault l'escorce 151 v»] Qui est sans moelle et sans force. Ne vault biauté de corps ne grâce

2455 Quant mauvaistié de cuer l'efface.

Biaux homs sans cuer vaillant et sage Est tout aussi comme l'ymage Qui d'or et d'argent est couverte, Et qui l'a par dedens ouverte

2460 N' i a fors fust ou pierre ou terre. Galeren, venu vous suis querre ; Avec moy vous convient venir, Si vous convient bons devenir, Ce me demoustre voz aages.

2465 Recevoir devez voz homages

Comme contes, de vous l'en tendra. Galeren, sire, or y perra D'estre preuz, larges et courtoys. D'Angleterre vous a li roys

2470 Mandé que vous a li viengnez, Car il veult que de li tiengnez Les fiez qu'il donna voustre père. Li roys fu cousins vostre mère, Et je suis ses parreins sans faille. » 2475 Or ne laira que ne s'en aille Galeren avec son parent Qu'on appelle Brun de Clarent. Bon chevalier est et esliz.

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Or pert Fresne tous ses deliz. 2480 Or pleure, or soupire, or se deulst, Quant Galeren aller s'en veulst Avec Brun le bon chevallier. Il font leur erre appareillier Pour Tendemain matin movoir, 2485 S'atournent tout leur estouvoir. En une chambre a voulste clére Font la prieure et son bon frère Fresne et Galeren venir. « Or ne vous puet mes détenir, 2490 Font il, Galeren, clef ne serre [52 ro] Que vous vaillez [sic) en vostre terre . Si vous escuet (sic) Fresne guerpir Qui chascun jour fait tant souppir Pour vous et tant tourment endure, 2495 Que merveille est quant elle dure Tant 11 veons maulx endurer. Longuement ne puet pas durer Si vous n'avez de li mercj. » « Biaux maistres, je la leray o.v 2500 Et avec vous en vostre garde.

Mais maulx feuz a celle heure m'arde Que je de rien lui mentiraj. Ne ja ne le vous celeray, Je la vourray a femme avoir, 2505 Car je Tay plevie pour voir.

Si ne li soit point de moy grief. Car si je vifz et vieign a chief De recevoir en paix ma terre, Je la revenray céans querre, 2510 Si la feray dame et contesse, Se bien em pesoit rabba[e]sse Et aussi a tous mes amys. Ce li promet et ay promis. Et si j'envoy a li messaige, 2515 Privéement le faictes sage De parler a li, ce vous proy. Ja ne s'esmoit que fille a roy,

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Tant soit riche ne belle en face. En lieu de li m'espouse face,

2520 Si lui faittes hounour et feste. De son avoir et do sa teste Se pourroit povrement fier, Ce vous puiz je bien affier, Qui(l) li feroit ennuy ne honte. »

2525 Liez et jojanx sont de ce conte Cil et la prieure sa seur. Si lié en a chascun son cuer Qu'il en pleurent de joye fine. 52 Vj A m'antein rabba[e]sse Ermine

2530 Ne soit ja ce conseil sceuz, Que nous n'en soions deceuz, Fait il, se vous requier je bien, n Cil dient: a N'en doubtez de rien, Nous nous lairions ainçoys pendre

2535 Qu'(a) autrui le feissons entendre. » Atant finent leur parlement. Galeren a privéement Fresne d'une part acostée, Si l'a doulcement confortée

2540 Que ne s'esmait de riens qu'elle oye. Puis la baise et des braz li loye Le coul et doulcement li lasse ; Le nez et la bouche et la face Li va baisant, et forment pleure.

2545 La grant amour qui leur court seure Les tient ensemble longue pièce. Nulle chose qui tant leur siéce N'est a leur gré fors estre ensemble. A tant leur maistre les dessemble,

2550 Qui crient que trop valent [sic) targié. Au départir et au congié Pl[e|Urent et font un duel trop fort. Qu'avoir ne cuident mes confort Qu[e] il se puissent rev[e]oir.

2555 Ces deux a bien en son povoir Amours, et bien les a guettiez.

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Au chappelain en prent pitiez Quant veuz les a deppartir. Au dessevrer sont vray martir

2560 Tant y seuifrent tant mal et peine. Le maistre tous deux les enmeine Davant sa dame et davant Bruns, Qu'il sont ausques mat et embruns. Mais ne pourquant bien se confortent

2565 Par dire contes se depportent. S'ont souppé ausques par loisir, [53 r°] Puis vont repouser et gésir

Jusqu[es] au matin, au cler jour. Qu'il sont yssu de Biausejour.

2570 Et Galeren a congié pris

Comme affaictié et bien apris A rabba[e]sse et a Fre[slnein. N'y a prestre n'y a nonnein Que au partir pleurer ne voye.

2575 Mais Fresne moult pou le convoyé Qui de l'estrange gentse doubte. Apres le congié sieust la rote Galeren, et a tant se part, Et rabba[e]sse d'autre part

2580 Et les nonnains qui s'en retournent Ou service faire s'atournent, Que Dieux mette en paradis l'ame D'Alibren et de Ydein sa femme. Le grant ennuy et le contraire

2585 Ne vous pourroit bouche retraire Que Fresne nuyt et jour demeine. Car Galeren son cuer enmaine Qui le corps menast voulentiers. Dont ne demeure mie entiers

2590 Le corps puisque son cuer ne garde. Si fait, qui raison y esgarde : Voirs est que Galeren l'en porte Qui du sien cuer Fresne en conforte, Fresne a le cuer de son amy.

2595 N'a povoir en so}- que demy

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Galeren qui son cuer n'a mie, Car il a changé a s'amie, Qu'elle son cuer et li le sien. Dont ne perdent leurs deux corps rien, 2600 Car si Fresne a le cuer celi

Et il le Fresne, un font endui. Puisque li cuer font doncques un Entiers est le corps de chascun, [53 Vo] Qu'il y est tout et celle toute. 2605 Entiers sont il n'est mie doubte

Quant un seul cuer a deux corps sert. La pueelle a plourer s'aert Qui en une chambre s'en entre. Tant dolent a le cuer du ventre 2610 Que sus les piez ne puet ester, Ains se commence a dementer. Si s'est sus une forme assise. « Ha, Galeren, or suis je prise, Fait elle, biaux doulx chiers amys ! 2615 Apri[s]més est mes ennemys

Li dieu d'amours qui me guerroie. Trop est irez, trop se desroj^e Vers moy, et trop cruel le sens. Dieux, pourquoy vis {sic)^e de mon sens 2620 Quant Galeren céans ne voy? Je ne le sien (sic) ne ne convoy. Je ne parole a li mie. Comment, sote, es tu mes s'amie? Vouldras le tu donc mes amer? 2625 Cy a trop dur mot et amer,

Quant j'ay demandé tel oultrage. Je suis de la demande sage. Respondre y puis comme certeine : Mon cuer a li amer m'ameine 2630 Et veulstbien que s'amie soye. Il le veulst voir, si je dysoie Qu'avoir n'y voulsist son assens. Si vueil je amer contre mon sens. Contre mon sens ? quelle l'ay dite ?

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2635 Suiz je plus vieus et plus despite Se j'aign Galeren de Bretaigne V Je cuidoye, si Dieux me praigne, Que tenue en fusse plus chiére. Dieux! pour son corps et pour sa chiére, 2640 Pour sa biauté, pour sa valleur,

Suiz je cheue en grant douleur! ^54 r 1 « Cheue? s'il t'a fait cheoir Ne te puet pour ce mescheoir,

Car souffrir d'amours la mesaise 2645 Et la douleur pour qu'elle plaise,

N'est meschante mes deduiz.

Pour li veult estre mes cuers duiz

A travail endurer et paine.

Cil qui le mal d'amours ne paine, 2650 Qui tent tousjours a son vouloir,

S'il avant ne le fait douloir

Ne scet qu'est déduit ne joj^e ;

Car nulz n'ayme ne ne conjoye

Chose, se l'en chier ne l'achate. 2655 Dont vueil je bien qu'amours me bâte

Pour mieulx congnoistre joye après.

Lasse, de ses couz suis je près,

Mais de ses biens suis je esloignée!

Bien m'est ma douleur aloignée 2660 Quant Galeren ainsi m'esloigne.

Lasse, or ai je de ce besoigne

Dont je seul avoir grant planté!

My oeil seulent la voulenté

De mon cuer pestre et assouvir, 2665 Or ne le puent mes servir,

Ne ne sçavent a quoy aerdre,

Puisqu'on leur fait leur proye perdre.

Qu'ay je affaire de leur servise?

Or ay parlé com mal aprise, 2670 Car de tant com Galeren virent

Voulentiers et bien me servirent,

Et serviront a leur povoir

Tant com il le pourront veoir.

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Galeren qui son cuer n'a mie, Car il a changé a s'amie, Qu'elle son cuer et li le sien. Dont ne perdent leurs deux corps rien, 2600 Car si Fresne a le cuer celi

Et il le Fresne, un font endui. Puisque li cuer font doncques un Entiers est le corps de cbascun, [53 Vo] Qu'il y est tout et celle toute. 2605 Entiers sont il n'est mie doubte

Quant un seul cuer a deux corps sert. La pueelle a plourer s'aert Qui en une chambre s'en entre. Tant dolent a le cuer du ventre 2610 Que sus les piez ne puet ester, Ains se commence a dementer. Si s'est sus une forme assise. (( Ha, Galeren, or suis je prise, Fait elle, biaux doulx chiers amys ! 2615 Apri[s]més est mes ennemys

Li dieu d'amours qui me guerroie. Trop est irez, trop se desroje Vers moy, et trop cruel le sens. Dieux, pourquoy vis (s«c) je de mon sens 2620 Quant Galeren céans ne voy? Je ne le sien [sic) ne ne convoy. Je ne parole ali mie. Comment, sote, es tu mes s'amie? Vouldras le tu donc mes amer? 2625 Cy a trop dur mot et amer,

Quant j'ay demandé tel oultrage. Je suis de la demande sage. Respondre y puis comme certeine : Mon cuer a li amer m'ameine 2630 Et veulstbien que s'amie soye. Il le veulst voir, si je dysoie Qu'avoir n'y voulsist son assens. Si vueil je amer contre mon sens. Contre mon sens ? quelle l'ay dite ?

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2635 Suiz je plus vieus et plus despite Se j'aign Galeren de Bretaigne i Je cuidoye, si Dieux me praigne, . Que tenue en fusse plus chiére. Dieux! pour son corps et pour sa chiére,

2640 Pour sa biauté, pour sa valleur, Suiz je cheue en grant douleur ! [54 r 1 " Cheue? s'il t'a fait cheoir Ne te puet pour ce mescheoir, Car souffrir d'amours la mesaise

2645 Et la douleur pour qu'elle plaise, N'est meschante mes deduiz. Pourliveult estre mes cuers duiz A travail endurer et paine. Cil qui le mal d'amours ne paine,

2650 Qui tent tousjours a son vouloir. S'il avant ne le fait douloir Ne scet qu'est déduit ne joje ; Car nulz n'ayme ne ne conjoye Chose, se l'en chier ne l'achate.

2655 Dont vueil je bien qu'amours me bâte Pour mieulx congnoistre joye après. Lasse, de ses couz suis je près, Mais de ses biens suis je esloignée! Bien m'est ma douleur aloignée

2660 Quant Galeren ainsi m'esloigne. Lasse, or ai je de ce besoigne Dont je seul avoir grant planté! My oeil seulent la voulenté De mon cuer pestre et assouvir,

2665 Or ne le puent mes servir,

Ne ne sçavent a quoy aerdre, Puisqu'on leur fait leur proye perdre. Qu'ay je affaire de leur servise ? Or ay parlé com mal aprise,

2670 Car de tant com Galeren virent Voulentiers et bien me servirent, Et serviront a leur povoir Tant com il le pourront veoir.

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Et de tant m'est il bien (mes)cheu,

2675 Qu'en ce pourchaz qu'ilz ont eu .Se déduit mon cuer et remire. A li [me] sache amours et tire Qu'endeux nous joint et met ensemble. Nul de partir ne me dessemble, [54 v„| Car esloigner n'esloigne mie Amy vray de loyal amye. »

Tout ainsi chascun jour par rente Se plaint la pucelle et démente, Et deul demeine amer et fort,

2685 Ne prise chastoy ne confort Que son parrein Lohier li face. Et Galeren toust se pourchasse Qui venuz est en sa contrée. Au recevoir et a l'entrée

2690 Li font ses hommes grant hounour, Si com l'en doit faire a seigneur. Touz l'ounourent et baz et hault, Apres li loent qu'il s'en aut Oultre mer au roy d'Angleterre.

2695 Pour ses fiez et et ses droiz requerre, Apres en Bretaigne retourt, Et puis se pourvoie et atourt Pour estre chevalier nouvel. Galeren ne pensa pais d'el.

2700 En son pays plus ne séjourne, Ainçoys se pourvoit et atourne Ne il n'a guaires arresté. Chevaliers enmaine a planté, A la mer vient et oultre passe.

2705 Apres s'efforce tant et lasse

Qu'a Londres vient a bon conroy. La trêve son cousin le roy Qui li fait feste et belle chiére. En boys le meine et en rivière,

2710 Et deux moys le tient ave[c] ly. Tant qu'il n'a ja a court cely Qui ne le tiengne a moult courtoys.

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A merveille Tamoit li roys. Si le fait servir et hounourer.

2715 Tant le veult faire demeurer Avec li qu'il soit chevalier; Mais celi qu' amours fait veillier [55 r°j N'encores ne s'est encusé, L'a contredit et refusé

2720 Et le roj de l'ouneur mercie. Un jour vient a li si li prie, Com bien parlans et comme sages, Qu[e] il reçojve ses homages. Li roys qui bien est conseilliez

2725 Les reçoit et cil en est liez.

S'(i) a prins congié de retourner, Et li rojs li fait atourner Quanqu'il li fault et fait venir. Quant plus ne le puet retenir.

2730 Du sien li donne grant trésor, Robes, chevaux, argent et or, Et despens pour fournir sa voye. Et tant le conduit et convoya Que Galeren entre en la mer,

2735 Qui ne puet oblier l'amer. S'ont tant nagié et estrivé Qu'il sont a droit port arrivé. De lanef yssent, si s'entournent. Nul lieu n'arrestent ne séjournent

2740 Jusqu'il sont a Nantes venu. Viel et jenne, blont et chenu Qui de li doivent tenir fiez, Li sont allez requerre aux piez. Et il leur rentsur fevetez.

2745 Or est sire de sept citez

Et de cent chastiaus bons et fors. Or n'a voisin qui ait elfors Ne hardement vers li de guerre, S'il ne veult perdre corps et terre.

2750 Sires est Galeren sans faille, Mais or li sourt une bataille

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D'amours qui le presse et tourmente.

Si mise y a la nuyt s'entente

Qu'entendre ne puet a dormir, 2755 Qu'amours le fait plaindre et frémir, [55 v°] Tourner et retourner sus couste.

« Dieux ! com trayt amours son hoste !

Celi fait il qui bien le sert.

Biaux sire Dieux, comment dessert 2760 Mon corps vers amour qu'i[l] l'occie ?

J'ay veu l'oste qui mercie

Celui qui Touneure et qui Tayme.

Se mon corps donc d'amours se claynie

Nuls nel'e) doit tenir a merveille : 2700 Si je Tonneur il me traveille,

Si mon service rien ne prise.

Ne cuit que nul a sa devise

Le puit servir n'a son vouloir.

Loyaulté ne m'y puet valloir. 2770 Loyaulté? Certes trop me vant,

Et me puet bien venir devant

Qu'elle n'est en moy ne j'en li :

Puisque j'entreles et oubly

Celle par qui je puis mourir, 2775 Et qui bien me repuet guarir

Des grans douleurs qui m'ont seurpris.

Puisque j'ay o li congiépris,

Si loyauté en moy eusse,

Avoir veue la deusse 2780 Au moins .x. foiz ou .xv. ofuj .xx.

One mes certes d'autruy n'avint

Qu'i[lJ n'eust cuer et voulenté

De retourner a sa santé.

Ma santé est ce voirement. 2785 Si je n'y voys prochainement,

Recevoir m'en couvient la mort.

Sa debonnaireté me mort

Sa belle chiére et sa biauté.

S'en moy ne faulsist loyaulté 2790 Je trovasse amour débonnaire,

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Qu'elle veult troverleal paire Et un tout seul cuer en deux corps. De ceste paire suis je hors, [56 r°] Brisée Tay et entamée.

2795 S'elle ajme et elle n'est amée Li gieu mau party en est siens. Je li ay promis tous les biens, L'ouneur de moy et de ma terre. Puisque je revins d'Angleterre

2800 Ne li envoyé mon message.

S'amour me veult chierc'est oultrage, Je cuit que pour mon bien le fait ; S'elle me bat pour mon meffait Je n'en vourray moult amender.

2805 Sans nul noncier, sans nul mander, Vueil a li de moy présent faire. Ne m'en voulrroye {sic) plus retraire Que le matin ne mueve au jour Pourchevauchier a Biausejour.

2810 Moult s'esgressa, moult s'estourmv Galeren qu'onques ne dormy La nuyt. Que que deust grever Ses sergens fist au jour lever, Pour les celles mettre et les frains.

2815 II n'est mie des d[e]errains Monté sur le cheval courant. De la cité se part errant Com cil qui het a séjourner, Ne veult meignée grant mener

2820 Mais qu'il enmeine avec li Brun. Il a fait entendre a chascun Qu'il va veoir sa bonne antein Qu'il n'a veue en jour lointain. Cil dient qu'il fait que loyaux.

2825 Un sommier qui porte joyaux, Et or et argent en monnoye. Toile de lin, et draps de soye En fait mener, et tant esplette De chevauchier la voie droite

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2830 Qu'il est a Biausejour venuz. A joie est leans receuz [56 v] Et festoiez, ce povez croire.

Les nonnains et clerc et prouvoire Le conjoient et li fontfeste.

2835 Et s'ante rabba[e]sse honneste L'acole deux cent foiz et bese. Fresne d'autre part est [a] aise Qui li jecte ses braz au coul. Cil qui n'a mie le sens foui

2840 Doutes toutes et touz solacier, Li reset bien le sien lassier, Si la baise enmy la face, La costume estoit lors a ce. Moult a a tous grant feste faicte.

2845 En surs de li s'est Fresne traicte Et cil de li si bellement Qu'encor n'y a decevement . Chascun conjoit, chascun aresne. Li, et Lohiers, et belle Fresne,

2850 La prieure, et des nonains siz, Se sont en [un] prael assiz, Mais que Galeren fu arriére, Lez li Fresne, s'amie chiére, Qui se demainte (sic) et plaint a li

2855 Du grant tourment et de l'ennuy Que pour s'amour endure et porte. Mais Galeren la resconforte Qui est aussi desconfortez. « Belle, fait il, si vous portez

2860 N'endurez pour moj mal estouz N'en resui pas quitte pour vous, Ne quitte n'en vueil estre mie. S'en se doit douloir pour s'amie. Bien en faz ce qu'on doit tenir.

2865 Amours m'a cy fait revenir

Et pour vous me met en doubtance. De tant aiez vraye espérance Que je vous tendray ma promesse :

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Je suis contes vous serez contesse. [57 r°] Onques n'en soiez en esmoj[s].

Ainz que passé soient cinqmoj'[s], Vouldraj pour vous chevalier estre. Adonc serez par main de prestre Ma famé et je vostre barons.

2875 Ce qu'il vous fault adonc arons, Car avoir ne povons loisir D'estre ensemble a nostre plaisir. »

Ainsi conforte la pucelle, Et puis Lohier son maistre apele,

2880 Si lui dist : « Maistre, entendez ça. Noustre affaire savez pieça. J'aj céans jojaulx a planté Dont Fresne avra sa voulenté, Toile et deniers, et draz de soie.

2885 Je ne vueil, maistre, ou que je soye Que riens li faille ne souffreigne. N'a céans ne la hors compaigne, Estrange dame, ne seigneur, En qui n'en emploit par hounour

2890 Et mett(r)e tout a abandon.

Envers ceulx qui vauldront le don. Ce li vueil je moult bien apprendre. Car ja tant n'en savra despendre Cora elle en avra plus ass(i)ez.

2895 Recevez les, et si pensez

Du bien garder corn a son oez. » Le bon Lohier li respont lues : « Grant mercj de Dieu et de Iv. Nulle rien plus ne m'embellj

2900 Que vostre voulenté a faire. Fresne, fait il, n'aiez contraire Puisque vous avez mon povoir. Souvent vous revenra veoir, Ne vous allez ja démentant. »

2905 Levé sont du prael a tant,

Si vont laver et puis mengier. Servi sont bien et sans dangier,

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2830 Qu'il est a Biausejour venuz. A joie est leans receuz [56 v°] Et festoiez, ce povez croire.

Les nonnains et clerc et prouvoire Le conjoient et li font feste,

2835 Et s'ante rabba[e]sse honneste L'acole deux cent foiz et bese. Fresne d'autre part est [a) aise Qui li jecte ses braz au coul. Cil qui n'a mie le sens foui

2840 Doutes toutes et touz solacier, Li reset bien le sien lassier, Si la baise enmy la face, La costume estoit lors a ce. Moult a a tous grant feste faicte.

2845 En surs de li s'est Fresne traicte Et cil de li si bellement Qu'encor n'y a decevement . Chascun conjoit, chascun aresne. Li, et Lohiers, et belle Fresne,

2850 La prieure, et des nonains siz, Se sont en [un] prael assiz. Mais que Galeren fu arriére, Lez li Fresne, s'amie chiére, Qui se demainte (sic) et plaint a li

2855 Du grant tourment et de l'ennuy Que pour s'amour endure et porte. Mais Galeren la resconforte Qui est aussi desconfortez. (( Belle, fait il, si vous portez

2860 N'endurez pour moj mal estouz N'en resui pas quitte pour vous. Ne quitte n'en vueil estre mie. S'en se doit douloir pour s'amie, Bien en faz ce qu'on doit tenir.

2865 Amours m'a cj fait revenir

p]t pour vous me met en doubtance. De tant aiez vraye espérance Que je vous tendray ma promesse :

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Je suis contes vous serez contesse. [57 r"] Onques n'en soiez en esmoy[s].

Ainz que passé soient cinqmoj[s], Vouldraj pour vous chevalier estre. Adonc serez par main de prestre Ma famé et je vostre barons.

2875 Ce qu'il vous fault adonc arons. Car avoir ne povons loisir D'estre ensemble a nostre plaisir. »

Ainsi conforte la pucelle, Et puis Lohier son maistre apele,

2880 Si lui dist: « Maistre, entendez ça. Noustre affaire savez pieça. J'ay céans jojaulx a planté Dont Fresne avra sa voulenté, Toile et deniers, et draz de soie,

2885 Je ne vueil, maistre, ou que je sove Que riens li faille ne souffreigne. N'a céans ne la hors compaigne, Estrange dame, ne seigneur. En qui n'en emploit par hounour

2890 Et mett(r)e tout a abandon,

Envers ceulx qui vauldront le don. Ce li vueil je moult bien apprendre. Car ja tant n'en savra despendre Com elle en avra plus ass(i)ez.

2895 Recevez les, et si pensez

Du bien garder com a son oez. » Le bon Lohier li respont lues : « Grant mercy de Dieu et de ly. Nulle rien plus ne m'embelly

2900 Que vostre voulenté a faire. Fresne, fait il, n'aiez contraire Puisque vous avez mon povoir. Souvent vous revenra veoir, Ne vous allez ja démentant. »

2905 Levé sont du prael a tant.

Si vont laver et puis mengier. Servi sont bien et sans dangier,

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[57 Vo] Puis vont gésir, et au cler jour Se départent de Biausejour. 2910 Le grant duel ne le grant martire Ne vous vueil recorder ne dire Que Galeren etFresne mainent. Galeren et Brun tant se peinent Qu'ilz sont a Nantes retourné. 2915 Amours a si mal atourné

Galeren, qu'il ne puet durer N'en son pays plus demourer. Ne le tint besoing ne séjour Que souvent n'aille a Biausejour. 2920 De chevauchier la ne li poise

Car trop li est tart qu'il y voise. Tout adez y vouldroit aller, Mais trop redoubte mau parler; Et non pourquant l'en en paroUe 2925 Tant que l'en en tient Fresne a folle, Et en a blasme et villennie. « Li contes Galeren l'a honnie », Fait li uns. « Elle a plus honny, Fait li autres, ce vous pruet cy 2930 Qu'il est contes et sire de terre. Si ne veult mes yssir de serre, Ne de delez Fresne lever. Ce puet nostre pais grever Et ses parens et ses amys, 2935 Quant il a si tout son cuer mis En une garce povre estrange. » Ainsi honnit, ainsi ledenge Chascun qui de Fresne parole. Galeren en est a escolle, 2940 Si l'en chastie Brun souvent.

Qui sa parolle en jecte au vent, Car sil de ne(e)ant ne la prise. Son chastiement plus l'atise, Et si Tem plaistplus Biausejour. 2945 Car la bêle y est et le jour [58 r"] Qui les autres vaintde biauté,

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Aussi corn un cler jour d'esté Vaint d'iver tout le plus oscur. Galeren cuide estre asseur,

2950 Un jour qu'il est avec s'amie ; Mais par une langue ennemie, Est deceuz et il et elle. Si les encuse une pucelle, Dit l'a a sa dame en appert

2955 Que Galeren son nepveu pert, Et tous ses amys l'ont perdu. Car en Fresne a tout despendu Et cuer et corps par li hanter. Si n'en puet Ten nul bien chanter.

2960 S'est lionis qui terre tient

Qui soignant haulte ne maintient. Puisque ce vient a ce vouloir L'en doit choisir qui puet valloir. Cesti ne veult nuUi veoir

2965 Quant il puet lez Fresne seoir. Bien cuide avoir conquis Damas. « Est or voir ce que tu dit m'as? » Fait celle : « Ouil » dit l'abbafejsse Plus de cent foiz s'apelle lasse

2970 L'abba[e]s3e qui oit ce dire

Du grant duel qu'ell' a et de l'ire Li commence le viz a teindre. A regreter prent et a plaindre Galeren, son nepveu, de cuer.

2975 ((Ha! quens Alibran, Yde seur, Ne cuiday que vous eussiez Enfant dont vous ne deussiez Avoir hounour, et vous (et) de ly. Mais or a cy honte et ennuy.

2980 Si Galeren bien ne se pr(e)ueve Qui estre avec les bons ne rueve, Ainz, est d'une garce souzprins. Lasse ! il deust monter en pris, [58 v°l Hanter haulx hommes roys et contes.

2985 Lasse ! com est villain cil contes !

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Or sera m'(on h)onneur amenrie,

S'une garce que j'ay nourrie

Le fait de s'onneur tresbuchier !

Je li feroie ainçojs sacher, 2990 Les mamelles de la poitrine,

Comment que soie sa marraine,

Qu'a tousjours mes ne l'en tournasse !

A tant se liéve et avant passe,

Et fait Galeren appeller. 2995 Elle ne li veulst rien celer

Lorsqu'il vient, ainz li prent a dire :

« Galeren, niers, or estez sire.

Or voj que vous y gaaigniez.

Si vous estiez rooigniez 3000 Et renduz plus seriez richez,

Car céans a moult doulces miches.

Si n'est pas bon le retourner,

Car moult y a biau séjourner.

Four ce a non ce lieu Biausejour. 3005 Bien dut Bretaigne amer le jour

Que vous venistes en aage. »

« Je n'aj garde de voustre oultrage. »

(( Nourrj vous aj, si suiz vostre ante, Si vous diray comme dolente

3010 Mon vouloir et ce que je pens.

En vous n'avez guaires de sens

Qui amez une garce folle.

S" estes revenuz a l'escolle

Qui^a hault homme est a contraire 3015 Quant ne met peine a s'en retraire.

Ne vous bla[s]masse pas, par m'ame,

S'amissiez une haulte dame. » Galeren ne scet que respondre,

Ne scet ou il se voist repondre. 3020 Li villain mot l'ont si attaint

Que de honte en a le vis taint. 1^59 To] Oultre s'en va, rien ne respont.

N'a si desconfit en ce mont.

N'a duel fors que de la pucelle.

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3025 Un sien varlet a li appelle,

Commande li (a) les selles mettre. Cil et autres qui entremettre S'en durent, les ont mises lors. Biaux hernoys bien tenans et fors 3030 A dessus le cheval au bert (sic). Oncques en Festrief pié ne met Ainz sault es archons, si s'en tourne. Sa maigniée après li s'atourne. Chevallier, varlet et sergeant. 3035 A chevauchier après errant S'ont tant et nujt et jour allé Qu'ilz sont a Nantes hostellé. La veulst Galeren séjourner A qui Bruns ne puet destourner 3040 L'amour dont il est tant pensiz. En cinq sepmaines ou en six Ne veult Galeren chevauchier Comme cil qui ne s'a riens chier, Ainz se veult chascun jour occire. 3045 Bruns une chose li désire A eno[^rjter, si li a dit : « Sire, sachiez que Ton m'a dit De vous ades en ceste terre Fait cil qui cuide acheson querre 3050 Dont li poujst s'amour embler D'ore en avant vous puet sembler Que vous avez sens et aage D'eschever folie et oultrage. Ne vous ne veez par raison 3055 Que par séjourner en maison

Puist a grant fruit hault hom venir; Ne vous devez mais maintenir, Comme enfantis ne comme nices. Yssiez hors et rompez les lices. [59 v°] Aprenez gens a bien veoir ;

Comme haulx homs de grant povoir Soiez largez et haulx et liez. Certes maulves blasme acueillez.

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Trop mate avez adez la chiére.

30(35 Par Dieu n'avez mie trop chiére Celle qu'on dit que vous amez. Si de s' amour vous reclamez, Je vous en conjur et le vueil Que vous haulssier en apper l'ueil

3070 Et faittes biau semblant et lié. Si qu'on vous truit appareillé Pour joye maintenir et feste. Certes plus est vieux qu'autre beste Qui bien ayme et qui ne s'envoise.

3075 Dores en avant vraiement me poise Quant chevalier n'estes noviaus. Faictes mander dix damoiseaux Fieus a haulx hommes de vo terre, Si les mener {sic) pour armez querre

3080 A court ou de conte ou de roj, Et aller {sic) a si hault conroj Qu'on en parle jusque(s) outre mer. Haulx homs joyeux qui veult amer Se doit atourner a proesce

3085 N'eschever hounour ne largesce, Qu'assez povez partout donner. Faictes tost vostre erre atourner Pour mouvoir en ceste sepmaine. » Galeren, qui amours demeine,

3090 S'aparçoit qu[e] il oit bien dire Qui dores en avant est le pire Qui vive et du peieur eur S'il n'a de li conseil meur. Or se voulra mieulx contenir,

3095 Or veult chevalier devenir.

Car son cuer li loe et conseille. Savoie tourne et appareille. [60 r°] Pour plus haster assez sa voie Partout ses messaiges envoyé.

3100 Si fait venir variez de priz Qu[e] il a en sa terre pris, Gentilz hommes sains et hetiez

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Jusqu'à dix moult bien aflfaitiez. Avec li yront pour s'(on hjounour 3105 A la court d'aucun grant seigneur Pour chevaliers estre avec li. Mais il sera troublez d'ennuy S'il n'a enquis ainçoys nouvelle De Fresne, s' amie la belle, 3110 Qui pour li soustient maint[e] honte. Yneslement un varlet monte Qui emporte ses lettres closes, Ou il a mises maintes choses Et meintes privetés d'amours. 3115 Puis li commande que ja jours

En lit n'en hostel nel(e] souzpreigne, Tant qu'il soit arrive en Bretaigne Venuz, et ait fait son message. Ainsi a fait Galeren sage 3120 Le varlet, et cil lors s'en tourne. Jour et nuyt d'errer pou séjourne Jusque(s) il vient à l'obédience, Tout a droit point que l'en commence La messe, et que chascun l'escoute. 3125 Le messagier n'est mie en doubte Qu'il ne face bien ce qu'il trace. Tant quiert son affaire et pourchace Qu'il parole au bon chappelain. Cil le fait parler de Fresnein 3130 Privéement que qu'en dit messe, Que ne le sache rabb[a]esse. Et celi la salue ainçoys De par Galeren le courtoys. Et puis li a baillé l'escript, 3135 Ce qu'elle y voit enmi escript [60 v°j Congnoist elle bien et scet lire, Qu'elle scet diter et escripre. Si la salue ses amys, Et de ce qu'il li a promis 3140 Li mande qu'elle n'ait doubtance. Car bien li tendra convenance,

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Et qu'il s'en va demander armez. Adonc courent espes lez larmes Des enz [sic) Fresne quant a tout lit.

3145 En 11 n'a joie ne délit

Puisque Galeren voit mander Qu'il s'en va armes demander, En terre loing de son visnage. Non pourquant elle s'asouage (sic)

3150 Par son escript qui la conforte. Au varlet a mengier apporte Qui moult se liaste de râler. Quant Fresne ne puet plus parler Celle voit qu'il a mengié,

3155 N'a de rien nulle après targié, Ainz court un coffre deifermer. A cellui que tant puet amer, C'est le bon Galeren le bret, Veulst envoler par le varlet

3160 Une seue manche bien faicte, Ou elle a de fin or pourtraicte S'ymage et sa harpe a son coul. (( Frère, ne te tien[t] pas pour fou!, Fait la pucelle, mes amys,

3165 Qui t'a ycy a moj transmjs. Or t'en va et si le salue De par celle qui est sa drue, Et qui d'autre ne se reclaime. Et [sej li dy que s[e] il m'ayme

3170 Ainsi com a moy s'en descueuvre, Son mandement vendra a ouvre, Et si je vif bien le savraj. [61 r°] Mais que qu'il face je seray Siene, n'autruy estre ne vueil

3175 Que que j'aye trové u fueil. Ne que qu'il face ne qu'il die. Entrée sui en l'enresdie, Siene mouray ; c[e] est m'estuide. Pour querre hounour son pais vuide,

3180 Si le craing de demeurer et dout.

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85

Mais Dame Dieux qui a fait tout

L'ameint et retourt sauf et sain.

Mettez ceste manche en vo saing,

Et dictes que je li envoj, 3185 Si li souvendra mieulx de moy

Quant chevalier sera nouviaux.

Se par li est meus cembiaux

En tournoy ou en autre estour,

S'il la porte et il a m' amour, 3190 Qu'il ne l'oblit, en remembrance,

Mieulx en savra ferir de lance.

Car qui bien ayme mielx en vault

Et en estour et en assault,

Plus en est sages et hardiz. 3195 Au de[e]rrain après ce[z] diz

Vous li direz de par s'amye,

Qui s'amour tost ou tart oublie

N'a droit en ganz d'amours n'en manche. »

Ainsi dit lapucelle franche. 3200 Quant ce a dit la damoiselle,

Le messagier monte en la sele,

Congié a pris et si s'en part.

Fresne s'est traicte a une part

Qui grant douleur en son cuer porte. 3205 Mais son bon parrein la conforte

Tant qu'esleechier la convient.

Arriére en Bretaigne revient

Le varlet, s'a fait son message.

Au breton esprent le courage 3210 Le plesant salut de s'amie. [61 v"] Le messagier ne lui a mie

Les parolles Fresne celées,

Ainçoys li conte en recelées

Qu'oncques de mot nul ne mesprint. 3215 Et en son seing la manche print

Que Fresne fist par grant entente,

Si li donne lors et présente,

Car el[e] veult que il la port,

Se il tant ayme son déport,

Mm mÊê'-.îm»

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Et qu'il s'en va demander armez. Adonc courent espes lez larmes Des enz {sic) Fresne quant a tout lit.

3145 En li n'a joie ne délit

Puisque Galeren voit mander Qu'il s'en va armes demander, En terre loing de son visnage. Non pourquant elle s'asouage {sic)

3150 Par son escript qui la conforte. Au varlet a mengier apporte Qui moult se haste de râler. Quant Fresne ne puetplus parler Celle voit qu'il a mengié,

3155 N'a de rien nulle après targié, Ainz court un coffre deffermer. A cellui que tant puet amer, C'est le bon Galeren le bret, Veulst envoler par le varlet

3160 Une seue manche bien faicte, Ou elle a de fin or pourtraicte S'jmage et sa harpe a son coul. « Frère, ne te tien[t] pas pour foui, Fait la pucelle, mes amjs,

3165 Qui t'a jcj a moj transmjs. Or t'en va et si le salue De par celle qui est sa drue, Et qui d'autre ne se reclaime. Et [se] li dy que s[e] il m'ajme

3170 Ainsi com a moy s'en descueuvre, Son mandement vendra a euvre. Et si je vif bien le savraj. [61 r°] Mais que qu'il face je seray

Siene, n"autruy estre ne vueil

3175 Que que j'aj-e trové u fueil, Ke que qu'il face ne qu'il die. Entrée sui en l'enresdie, Siene mouray ; c[e] est m'estuide. Pour querre hounour son pais vuide,

3180 Si le craing de demourer et dout.

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Mais Dame Dieux qui a fait tout

L'ameint et retourt sauf et sain.

Mettez ceste manche en vo saing,

Et dictes que je li envoy, 3185 Si li souvendra mieulx de moy

Quant chevalier sera nouviaux.

Se par li est meus cembiaux

En tournoy ou en autre estour,

S'il la porte et il a m' amour, 3190 Qu'il ne l'oblit, en remembrance,

Mieulx en savra ferir de lance.

Car qui bien ayme mielx en vault

Et en estour et en assault,

Plus en est sages et hardiz. 3195 Au de[e]rrain après ce[z] diz

Vous li direz de par s'amye,

Qui s'amour tost ou tart oublie

N'a droit en ganz d'amours n'en manche. »

Ainsi dit la pucelle franche. 3200 Quant ce a dit la damoiselle,

Le messagier monte en la sele,

Congié a pris et si s'en part.

Fresne s'est traicte a une part

Qui grant douleur en son cuer porte . 3205 Mais son bon parrein la conforte

Tant qu'esleechier la convient.

Arriére en Bretaigne revient

Le varlet, s'a fait son message.

Au breton esprent le courage 3210 Le plesant salut de s' amie. [61 v"] Le messagier ne lui a mie

Les paroUes Fresne celées,

Ainçoys li conte en recelées

Qu'oncques de mot nul ne mesprint. 3215 Et en son seing la manche print

Que Fresne flst par grant entente,

Si li donne lors et présente,

Car el[e] veult que il la port.

Se il tant ayme son déport,

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3220 Quant chevalier est de nouvel. Le messagier a bien et bel Son message dit et conté. Tout en a ja de grant fierté Galeren plain le cuer du ventre, 3225 En une chambre lors s'en entre Sans compaignée, et puis desploie La manche, et voit Feuvre de soie, D'or et d'autre couleur moult gente. Souvent en regarder s'entente 3230 Met l'jmage qu'il voit escripte. Tant s'i entent, tant s'i délite, Qu'il s'i oublie une grant pièce. Il n'i voit rien qui ne li siesse, Car il li semble et avis est 3235 Que celle soit qui tant li plest. Du doy la touche et va disant: Ycj est Fresne la plaisant, C'est cy son nez, qui s'en prent garde, Cy sont ci oeil dont ill [sic) esgarde, 3240 C'est cy son front, c'est cy sa face. C'est cy sa gorge qui me lace, Cy est son chief, cy est son corps. Or est acreu mes trésors, Quant j'ay Fresne cy avec moy. 3245 Bon tesmoing enay, car je voy

Cest[e] en son gros, cest[e] en son hault. Ainsi tient elle son bliaut Quant elle harpe et elle passe. [62 r°] Bien scet pourtraire et bien compassé 3250 Celle qui est ycy tyssue.

Il n'y fault plus fors que l'issue De la voix, si fust Fresne entière. Certes cy a riche baniére. Ne doit avoir le cuer couart 3255 Qui en ceste met son esgart.

Or say je de voir qu'ell' est sage, Qu[e] elle m'a(i) mis en courage Ce qu'encores n'y a esté.

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Or ay je bonne voulenté

3260 D'armes prendre mesqu'aDieu plaise. Je voy bien que cil sont a aise Qui prenent les armez et aiment. Carsil d'amours se reclaiment Et ilz veulent a pris entendre,

3265 Plus en puent souffrir et rendre Couz en estour et en bataille. Et pour ce que je mieulx en vaille Ne vueil estre plus a séjour, Ainz m'en yray demain au jour,

3270 Puis que la belle m'en avoie

Qui ceste manche m'en envoyé.

Galeren a la manche prise, A ses yeux l'a moult trestost mise. Baisée l'a, puis la reploie.

3275 En une touaille de soie

L'envelope, puis la met puer Dedens son sein contre son cuer La la garda plus de sept ans. Monnoie, esterlins et besans

3280 A fait le jour peser et querre. Aller veulst en estrange terre : Si li estuet porter avoir. De ce fait il moult grant savoir, Qu'estranges homs est mal venuz

3285 Qui d'avoir est povre tenuz. Et li richez est a honneur, [62 v°] Si le tiennent touz a seigneur

Tantcom a Vautre puet bien faire. Toust fait atourner son affaire

3290 Et [toz] ses compaignons armer, Ceulx qu'avec li vourra mener, Et garniz comme li chascun. Sa terre a commandée a Brun, Qui ses homs est et ses cousins

3295 Le plus vaillant de ses voisins, Pour la seigneur[i]e enchargier. Les chevaulx ont pour chevauchier

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Atourné le nouviau hernojs. Trente sommiers blans comme noiz

3300 Font chargierTendemain de draps, D'escuelles et de hanaps, De culliers et de poz d'argent, Et d'autre trésor bel et gent. Si comme de robes et d'armes.

3305 Bourgeoys y pleurent meintez lermes Quant il jssent hors de la tour. A grant gent et a bel atour, Se part Galeren de son estre. Dix destriers fait mener en destre,

3310 Que li donna le roj d'Espaigne. Ainsi est partiz de Bretaigne Li variez et trespasse France. Tant a allé qu[e] il s'avance Si comme aventure le meine

3315 Tout droit a Mez en Lo[e]rraine, Le jour de feste saint Jehan. N'a le jour en la ville enhan, Ne villennie, ne douleur, Car un sires de grant valleur

3320 Y a mil chevaliers par ban,

Qui tient Lo[e]rreine et Breban Et Bourgoigne jusqu'à Losenne. S'est sires de Loz et d'Ardane [63 r°] Et de Hollande jusqu'en Frise.

3325 Moult l'aj-me cj sieclez et prise Qu'il est sages, puissans et doulx, Honnourez et cheriz de tous, Et de haulx et de baz amez, Li dux Heljmans est clamez.

3330 Pour ce qu'il [i] fu au dit jour, Et il les huit jours a séjour Et chascun an y tient court grant, Galeren se voit moult en grant Qu'il puit a celle court aller,

3335 Dont il oit tant en bien parler.

S'envoie avant pour prendre ostel.

- 89

Et l'en li prent moult bon et bel, N'en la ville n'a si plaisant. Tout sagement et déduisant

3340 Entre Galeren en la ville

Ou il oit de destriers .x. mille Parmy ces rues cler hanir, Chevaliers aller et venir Sur chevaulx reposez et fres.

3345 Cil autre y jouent aux esch(e)es, Et cil aux tables se déportent, Cil varlet ces presens y portent Parles hostels a ces pucelles Et aux dames vaillans et belles.

3350 Planté y a de damoiseaux

Qui font gorges a leurs oyseaux. Si sont fichées ces baniéres Et cil escu taint de manières Sus fenestres de tours perrines.

3355 De couvertoers vairs et d'ermines, Et d'autres chiers draps traiz de maies Ont pourfendues ses {sïc) grans sales. Autres ront mise leur entente De jonchier ces rues de mente

3360 Et de vers joncs et de jagleux. Cy sont a vendre cist chevreux [63 v°] Et chers et autres venoisons, Et de la est la grant foisons D'oues, de jantes et de grues,

3365 Qu'on va portant parmy ces rues, Et d'autre volaille assez. Trop (re)pourroit [on] estre lassez De nommer et de mectre en nombre Les poissons que l'en vent en l'ombre.

3370 Si povez veoir ou chemin

Planté de poivre et de coumin,

D'autres espices et de cire.

Si sont li changeurs en tire

Qui davant eulx ont leur monnoye,

3375 Cil change, cil conte, cil noie,

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Cil dit: a C'est voirs», cil: a C'est mençonge. » Onques yvres, tant fust en songe, Ne vit en dormant la merveille Que cil puet cy veoir qui v(u)eille. 3380 Cil n'y resert mie d'oj^seusez Qui y veult pierres précieuses, Et 3^mages d'argent et d'or. Autre ont davant grant trésor De leur riche vesselement. 3385 La en a vint, la en a cent

Qui brere font lyons et ours, En mi la ville es quarrefours. Viele cil, et cist y chante,

Cil y tumbe, cist [i] enchante. 3390 Cy orriez cors et bousines.

Et les cousteaux par ses (sic) cuisines Dont cil queu lez viandes couppent.

Qui des meilleurs morsiaux s'encoupent,

Cy a grant noise des mortiers, 3395 Et des cloches de ces moustiers

Qu'en sonne par la ville ensemble.

Y telle feste court, ce me semble,

Mais or est morte en nostre aage,

Pas ne régnent li seigneurage. [1 r°] Li breton est en Mez entrez :

De tous dont il est encontrez

Est saluez avenaument,

Entr' eulx en font leur parlement

Et dient, si comme il s'amassent: 3405 « Qui sont cil qui par cy s'en passent?

Je cuit que cil biaux, ciladroiz,

Qui siet sur le cheval si droiz,

Est roys ou ducs ou quens sans doubte. »

Galeren les oit et escoute, 3410 S'ezgarde voulentiers la feste.

Ne nulle part ne s'i arreste,

Et ses sergens l'ont avoié

Qui furent davant envoyé

A son hostel, que ilz ont pris.

91 3415 Moult par est l'ostel de grant pris, Et l'osiesse vaillant et belle. Au descendre jus de la selle Le saluent et bien et bel. Tous descendent li damoisel, 3420 Si sont monté en une sale

Qui n'est [ne] villaine ne sale, Ainz est du travers et du lonc, D'erbe vert jonchie et de jonc, Et les paroiz a la roonde 3425 Cueuvre[n]t li plus biau drap du monde, Qu'on a pourtendu tout autour. Li hostes est de grant atour, Si [se] scet moult bien entremettre Du trésor a sauveté mectre, 3430 Et des chevaulx faire hosteler.

Li breton qu'en vault le celer ? Ses compaignons ali apele, Robe donne a chascun novelle, Chiére et bonne de grant conroy, 3435 Que chascun semble filz de roy. Son hoste a revestu de neuf [1 v] Des autres ne vault moins d'un oef. Celui jour Galeren s'en tourne, A son hostel plus ne séjourne, 3440 Ainz va au moustier messe oyr; Et priera Dieu que joir Le laist de ce qu'il a affaire. Apres la messe s'en repaire A son hostel. Petit demeure, 3445 Quand il entent [de] disner l'eure

Des cors qu'on sonne et des bousines. Tous les voisins et les voisines Estourmissent cil menest(e)rel. N'y a près n'e[n] lointeing ostel 3450 Cler oiant qui n'oye, ne sourt, L'eaue qu'on va criant a court. Galeren meïsmes l'entent Qui a ce met le cuer et tent

92 -

Qu'il puit hounour au siècle avoir.

3455 Or li convendra recevoir

Sens etpourveance et mesure Par quoy li homs en hounour dure. Car chascun estuet mesurer, S[e] il veult en hounour durer,

3460 Le chief avant de son affaire. Et puis après la fin pourtraire, Et mectre ensemble fin et chief, Qu'en son affaire n'ait meschief. Pour ce esgarde li brez et vise

3465 Sa besoigne ainçojs et [a]uise. Apres n'y voulst plus arrester Qu'au duc ne [se] voist présenter, Avant qu'il assiée au mengier. Car mieulx assez pourra jugier

3470 Du vouloir au duc ainz qu'il boyve, Mains doubtera qu'il ne deçoyve ; Qu'il advient que vin fait souvent Avoir telle chose en couvent [2 r"] Qui puis va ausques a descorde.

3475 Galeren a aller s'acorde

A la court davant le disner. Son hoste le scet bien mener Jusq'u palais au duc vaillant; Puis li a dit tout en alant :

3480 « Ce grant, a ce tretiz visage,

Qu'on tient tant a doulx et a sage, Qui siet au chief du doiz lassus Saluez, sire, c'est li dus. n

Parmjlagent passe oultre estrange

3485 Li brez qui ses compaignons renge : Davant s'en va, ceulx vont après. Tant vont qu'ilz viennent du duc près, Puis ploient les genoiz a terre : « Dieux qui vint ou siècle nous querre,

3490 Ce dit Galeren le gentieus. Qui tant fu larges et pieus Que par son sanc nous rachata

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Et de la goule au lou jetta, Il sault le meilleur duc qui vive.

3495 La renommée cy m'arive

Qui vostre renon partout porte, Qui dit que vous estes la porte De tous estranges recevoir, Qui ont mestier de vostre avoir.

3500 Pour ce ne dy, j'en ay assez, Pour les biens qu'avez amassez. En vous vous suis venu requerre. S'en ay mon pais et ma terre Vuydé, et laissié tout mon aise,

3505 Pour vous servir, mais qu'il vous plaise. Qu'avec vous demeurer désir. »

« Dieux qui tout fist a son plaisir, Ce [dit] li ducs, amis vous sault,

Et voz gens si li plaist consault.

3510 Bien cougnoys a vostre parole [2 V"] Qu'avez esté a bonne escole Ou l'en les sages entroduit. A droit chemin vous a conduit Qui a ma court vous fist venir.

3515 Voulentiers vous vueil retenir. Haulx hom me semblez au visage Et a l'abit et au coursage, Mais voulentiers vouldroie enquerre Qui vous estes et de quel terre.

3520 Tant serez vous plus chiers tenuz. »

«Sire, puisqu'a ce suis venuz, Je vous diray, dit Galerens, Mon père fu quens Alibrens

Et la contesse Yde ma mère ;

3525 Mais perdu ay li et mon père. De Bretaigne furent seigneur. Leur mort m'en a mis en l'onneur. S'(i) ay non Galeren le breton, Ces varies sont my compaignon

3530 Que j'ay avec moy amenez. » Li ducs, qui tant par est senez,

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Quant du breton a oy tant Si est levez en son estant, Vers li s'en va, et comme frans

3535 Le liéve amont parmy les flans. Si l'a besié en my la face : « Galeren, si Dieu bien me face, Ce dit li ducs davant sa gent, Assois plus de mil mars d'argent

3540 Ain je et pris vo remanance. Je fui ja en la court de France Ou j'eu mestier de conseil grant. La viz je vostre père en grant De moy conseillier sans faintise,

3545 Contre le roy de saint Denise ; Et me donna de ses joj-aulx. J'en issj maulgré les rojaulx, [3 r°] Car moult y avoie entrepris ;

En meint lieu la souvent repris,

3550 Et encores bien m'en souvient,

Quanqu'a gentil homme convient. Commant qu[e] on vous face avoir Du mien, ne ja nel(e) quier savoir. Mais tout vous soit mis a bandon. »

3555 « Certes, sires, cy a biau don », Respont le breton Galerens. Dont sont sur formes et sus bans Li chevaliers assis sans plus. Au chief du doiz s'assiet li ducs,

3560 Si l'a Galeren servj bel, Et tous li autres damoisel Savent bien par les rens taillier Soit davant dame ou chevalier. Adonc et autre foiz bien sert

3565 Galeren le duc, bien dessert

L'ouneur d'armes qu'il en atent. Ou duc biau servir tant atent, Et tant y puet grant peine mectre. Qu'a court n'a nul qui entremettre

3570 S'en puit ne souffrir si grant soign,

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- 95

Quel qui soit (ou) de près ou de loign. Bien se prent de son seigneur garde, Mainte belle dame y esgarde. De bien servir sur tous a los

3575 Soit a table, a rivière, en bos. Soit en tournoy, soit en estour, N'y a nul tant y sache tour Ne tant ait apris d'eseremie. Sans ire est et sans arramie,

3580 Sans meffait et sans desraison. N'a en l'ostel n'en la maison Au duc sergent qui ne s'en lot. Au los avoir met bien son lot, C'est par robes qu[e] il leur donne. [3 v**] Et or et argent abandonne

Aux povres chevaliers honteux Qui sont sej[ou]rnans es hostielx Par povreté et par mesaise, Ja n'esconduira riens qui plaise

3590 Ou soit a court ou soit en ville. En li n'a ne barat ne guile, Ainz dit et fait bien a chascun, Et quant il puet noter aucun Qui est envieux de sa vie,

3595 Par donner le met hors d'envie, Celi fait il bien et hounoure. Li ducs me[i]smes prise l'eure Qu'il le détint en son servise, Car il le sert a sa devise,

3600 Si li vouldra guer[e]donner. Ainsi ne fine de donner Et de servir deux ans li brez. En ces deux choses est apers, C'est de donner et de servir

3605 Pour amour et los desservir.

Ainsi sert le jour son seigneur Mais il (le) sert la nuyt a gregneur C[e] est amours, a qu[i] il pense, A qui il fait si grant despence

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Quant du breton a oy tant Si est levez en son estant, Vers li s'en va, et comme frans

3535 Le liéve amont parmy les flans. Si l'a besié en my la face : « Galeren, si Dieu bien me face, Ce dit li ducs davant sa gent, Asseis plus de mil mars d'argent

3540 Ain je et pris vo remanance. Je fui ja en la court de France Ou j'en mestier de conseil grant. La viz je vostre père en grant De moy conseillier sans faintise,

3545 Contre le roy de saint Denise ; Et me donna de ses joyaulx. J'en issy maulgré les royaulx, [3 r"] Car moult y avoie entrepris ;

En meint lieu la souvent repris,

3550 Et encores bien m'en souvient,

Quanqu'a gentil homme convient. Gommant qu[e] on vous face avoir Du mien, ne ja nel(e) quier savoir, Mais tout vous soit mis a bandon. »

3555 « Certes, sires, cy a biau don », Respont le breton Galerens. Dont sont sur formes et sus bans Li chevaliers assis sans plus. Au chief du doiz s'assiet li ducs,

3560 Si l'a Galeren servy bel, Et tous li autres damoisel Savent bien par les rens taiilier Soit davant dame ou chevalier. Adonc et autre foiz bien sert

3565 Galeren le duc, bien dessert

L'ouneur d'armes qu'il en atent. Ou duc biau servir tant atent. Et tant y puet grant peine mectre, Qu'a court n'a nul qui entremettre

3570 S'en puit ne souffrir si grant soign,

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Quel qui soit (ou) de près ou de loign. Bien se prent de son seigneur garde, Mainte belle dame y esgarde. De bien servir sur tous a los

3575 Soit a table, a rivière, en bos. Soit en tournoy, soit en estour, N'y a nul tant y sache tour Ne tant ait apris d'escremie. Sans ire est et sans arramie,

3580 Sans meffait et sans desraison. N'a en l'ostel n'en la maison Au duc sergent qui ne s'en lot. Au los avoir met bien son lot, C'est par robes qu[e] il leur donne. [3 v°] Et or et argent abandonne

Aux povres chevaliers honteux Qui sont sej[ou]rnans es hostielx Par povreté et par mesaise. Ja n'esconduira riens qui plaise

3590 Ou soit a court ou soit en ville. En li n'a ne barat ne guile, Ainz dit et fait bien a chascun, Et quant il puet noter aucun Qui est envieux de sa vie,

3595 Par donner le met hors d'envie, Celi fait il bien et hounoure. Li ducs me[i]smes prise l'eure Qu'il le détint en son servise, Car il le sert a sa devise,

3600 Si li vouldra guer[e]donner. Ainsi ne fine de donner Et de servir deux ans li brez. En ces deux choses est apers, C'est de donner et de servir

3605 Pour amour et los desservir.

Ainsi sert le jour son seigneur Mais il (le) sert la nuyt a gregneur C[e] est amours, a qu[i] il pense, A qui il fait si grant despence

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3610 Du cuer qui pou dort et repouse. Encontre li souvent oppose, Souvent se blasme et Fresne prise, Et dit qu'en maulves lieu s'est prise, Car en tel homme son cuer met

3015 Qui des biens adez li promet

Ne pour ce un seul ne l'en avient. Et chascun mojs y va et vient Un message qu'il y envoie. 4 Galeren ades le convoyé

3620 Et meine en son cuer et ramaine. C'est aussi com la famé en paine [4 r°] Qui son baron raaine a Saint Gile, Et dit : « Or gist a celle ville, Demain sera cy qui est près. »

3625 Puis n'en vient il d'uit jours après Qu'en son cuer de venir le haste. Souvent desploie et souvent taste Galeren la manche s'amie, Quant sa meignée est endormie ;

3630 Souvent l'acole et souvent baise, S'en a grant déduit et grant aise; Et long temps ainsi se déporte. Cil qui s'en va a Fresne et porte De par Galeren ses escripz

3635 Est ellevez de mauvez criz, Qu'il est de plusieurs parceuz Et son affaire est tous seuz. Si le scet l'abbeesse Ermine Par une mal pensant meschine

3640 Qui sur Fresne estoit envieuse, Pour ce qu'elle est de la prieuse Amée et bien de la maison. En une chambre en trayson En a rabba[ejsse menée.

3645 Adonc n'est mie bien senée

La pucelle, ainz se tient a foie, Car en la chambre, ou el parole De Galeren a son message.

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Li vient, com fait beste sauvage

3650 Que chien ont mort et entreprise, L'abba[e]sse d'ardeur esprise. Andeux les voit parler ensemble, De felonnie et d'ire tremble, Vers Fresne vient, si li dist lues :

3655 « Mau soiez vous cy a voustre ues Venue et pour voustre mau preu. Souvent oez de mon nepveu Nouvelles dont mon cuer se deulst ; Vous les sçavez, mes il ne veulst [4 vo] Que je nulles de luj en sache. » A tant unes lettres li sache Si fort des mains et tost a force. Que d'un des doiz li a l'escorce A ses oncles sursoulevée,

3665 Com celle qui semble desvée, Dont le doit l'en a moult doulu. Tantost com ell' a le salu Veu que son nepveu li mande, Si li a dit : « Orde truande,

3670 Com tu m'as ou cuer grant duel mis. Quant Galeren est tes amjs, Qui sires est de ceste marche ! s Les lectres a ses piez démarche. Et crache par desdeign dessurs.

3675 (( Varlet, or toust, il n'j a plus, Fait elle a celi, or en voiez ! Garde que si hardj ne soies Que tu céans james repères.» Li messages est débonnaires

3680 Et honteux, si doubte la dame. Vermeil de honte et de diffame S'est departiz de Biausejour. Tant erre de nujt et de jour Qu'il est venu en Lo[e]rreine.

3685 Ceste foiz est la derreniere (sic), Car Galeren plus n'y envoie. La mescheance de sa voie

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Li a le message contée.

Ne veulst que plus soit hault montée 3690 Galeren la honte s'amie,

Ainz veult souffrir tant qu'endormie

Et obliée soit de tous,

Ne veulst mie ouvrer comme estouz

Ainz soufferra tant qu'il ait armes. 3095 Or se dolouse, or espant lermes,

Ne scet que faire, or se tourmente.

Plus privéement se démente [5 r"] Qu'il puet et celé sa doulour.

Souvent sent froit, souvent chalour, 3700 Quant il pense a sa nourreture.

Et autre foiz se remesure

Qu'il esgarde en son cuer, et note

Que trop penser maint homme assoie,

Quant l'en le voit a chose entendre 3705 Dont encore ne puet fin prendre.

Si s'en esbat et se conforte

Et entre la gent se déporte.

Ce li est de grans sens venu,

Pour ce qu'en voit plusieurs chanu 3710 Vie! et fronchié de grant aage

Qui ne puet vaincre son courage.

Pour Galeren souvent endure

Fresne villanie et laidure,

Chascun la lesdenge et assault. 3715 Amictiez d'acquest rien ne vault,

Ce puet Fresne leans veoir.

Mais fiance en son savoir ;

Amis charnelz vault plus qu'avoir,

Elle n'a leans nul povoir, 3720 Car quant sa dame la rancune

Chascun li dit let et chascune.

Las ! la n'a parens ne cousins,

Ainz demeure entre maulx voisins

Belle Fresne. Or est espleurée, 3725 Or li griefve la demourée

Du breton qu'el ne puet hair.

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Quant il commence a meschair, Aoneschant si li mescliiet. Or trébuche Fresne, or deschiet, Or li est fortune envieuse, Orli monstre chiére cruieuse, Or li pleure qui li sent rire, Or la commence a desconfire Par ses biens qu'elle li retaille. Le bon Lohier a mis en taille La mort et a ravj du monde. Par confession nette et monde Le fait Dieux user de ses biens En paradis avec les siens, Ou nous puissons tous adressier. En Fresne n'a que courroucier Quant el voit mort ses bons parreins. Pour tout l'or qui es(t) jusqu'à Rains Ne le Toulsist, si eust droit, Que aidé li a en bon droit Et bien ensaignée et aprise. S'avoit rabba[e]sse reprise Souvent davant mainte nonnain De ce qu'elle heoit Fresnein, Si s'en relaschoit l'abba'ejsse. Maint bon servise et maint© messe En a fait chanter de loujer Fresne pour son parrein Lohier. Cil qui tant fu [etj douix et frans Ly a laissié d'esterlins blans Quarante mars de son avair (sic), A son vivant li fist avoir Pour ce qu' il [l]i avront mestier. Chaseun jour list Fresne un saultier Qu'a sauveté puit venir s'ame. Ne ja n'orrez mes duel de famé Que l'en doie au sien comparer. La mort li fait chier comparer L'amour qu'elle avoit au prodomme. Ce duel et cel annuj l'asomme

î.iversi;^;.

-m m.

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Li a le message contée.

Ne veulst que plus soit hault montée 3690 Galeren la honte s'amie,

Ainz veult souffrir tant qu'endormie

Et obliée soit de tous,

Ne veulst mie ouvrer comme estouz

Ainz soufferra tant qu'il ait armes. 3605 Or se dolouse, or espant lermes,

Ne scet que faire, or se tourmente.

Plus privéement se démente [5 r°] Qu'il puet et celé sa doulour.

Souvent sent froit, souvent chalour, 3700 Quant il pense a sa nourreture.

Et autre foiz se remesure

Qu'il esgarde en son cuer, et note

Que trop penser maint homme assole,

Quant l'en le voit a chose entendre 3705 Dont encore ne puet fin prendre.

Si s'en esbat et se conforte

Et entre la gent se déporte.

Ce li est de grans sens venu.

Pour ce qu'en voit plusieurs chanu 3710 Viel et fronchié de grant aage

Qui ne puet vaincre son courage.

Pour Galeren souvent endure

Fresne villanie et laidure,

Chascun la lesdenge et assault. 3715 Amictiez d'acquest rien ne vault,

Ce puet Fresne leans veoir,

Mais fiance en son savoir;

Amis charnelz vault plus qu'avoir,

Elle n'a leans nul povoir, 3720 Car quant sa dame la rancune

Chascun li dit let et chascune.

Las ! la n'a parens ne cousins,

Ainz demeure entre maulx voisins

Belle Fresne. Or est espleurée, 3725 Or li griefve la demourée

Du breton qu'el ne puet hair.

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Quant il commence a meschair,

Aoneschant si li meschiet.

Or trébuche Fresne, or deschiet,

3730 Or li est fortune envieuse, Orli monstre chiére cruieuse, Or li pleure qui li seut rire, Or la commence a desconfire Par ses biens qu'elle li retaille. [5 V] Le bon Lohier a mis en taille La mort et a ravj du monde. Par confession nette et monde Le fait Dieux user de ses biens En paradis avec les siens,

3740 Ou nous puissons tous adressier. En Fresne n'a que courroucier Quant el voit mort ses bons parreins. Pour tout l'or qui es(t) jusqu'à Rains Ne le voulsist, si eust droit,

3745 Que aidé li a en bon droit Et bien ensaignée et aprise. S'avoit rabba[e]sse reprise Souvent davant mainte nonnain De ce qu'elle heoit Fresnein,

3750 Si s'en relaschoit l'abba[e]sse.

Maint bon servise et mainte messe En a fait chanter de loujer Fresne pour son parrein Lohier. Cil qui tant fu [et] doulx et frans

3755 Lj a laissié d'esterlins blans

Quarante mars de son avair (s/c), A son vivant li fist avoir Pour ce qu' il [l]i avront mestier. Chascun jour list Fresne un saultier

3760 Qu'a sauveté puit venir s'ame. Ne ja n'orrez mes duel de famé Que l'en doie au sien comparer. La mort li fait chier comparer L'amour qu'elle avoit au prodomme.

3765 Ce duel et cel annuy Tasomme

Oniversii;,. ~

100

Qu'eir a du bret qu'il ne repère. Il n'est mal qui premier n'apere En vis, si taint le sien sa face Qui sa belle couleur efface.

3770 Si devient pale et tainte Fresne. Oiant la prieuse, l'aresne L*abba[e]sse, qui tant est fiére. De son semblant et de sa chiére [6 r'] Qui de jour en jour li empire

3775 Si li a commencé a dire :

« Fresne, il estuet son cuer refraindre De chose ou l'en ne puet attaindre. Vous estes jaune(s) comme cire: Foie est la famé qui se mire

3780 Qui tel vis com vous portez porte. Il semble que vous soiez morte Tant estes et mortie et flestre. Menez vous tel duel pour vo mestre Ou pour Galeren mon nepveu?

3785 Vous avez voué aspre veu

Se pour Dieu en vo(i)ez la chose Qui vostre char vous a forclose De la biauté qu'avoir souIez.» ((Vous dictes ce que vous voulez,

3790 Respont Fresne qui pleine est d'ire, Vous me povez, dame, assez dire Com bien parlant et escollée. Cil qui au mieulx de la meslée Est seurement (se) puet combatre.

3795 Legiérement me puet abatre

Qui a moy se veult prendre a luite. Bien sçay que cuer enfrain s'aquite Qui s'escume rent parla bouche. Dit avez ce qu'au cuer vous touche

3800 A celle qui povre est d'avis. Si j'ay mon cuer a douleur mis Il est droiz que mon cuer s'en sente Je n'ay mie mise m'entente Si en veu que je pour Dieu face

101

3805 Que pour ce soie laide en face ;

Mais vous devez tainte estre et perse Qui par veu vous estes aerse A Dieu, si vous devez pener, Par veillier et par jeûner, 3810 Par aulmosne, et par oroison, D'aller en la haulte maison [6 v] Ou entreront et saint et saintes.

Les nonneins doivent estre taintes Et en mal aise a Dieu servir, 3815 Si que le puissent desservir. Et vous qui tant par estes sage Ne devez mie dire oultrage A famé qui du siècle fust. Suis je de pierre ne de fust 3820 Que tousjours puisse estre hetiée? »

« Moult avez la langue affaictiée, Fait la dame, belle fillole.

Qui a fol se prent ou a folle

Ne désert qu'on le prise guaires,

3825 Pour ce que langue de maleres Fait bon eschever qui pourroit, Et pour ce que mon cuer vourroit De tous biens et hounours joyr, Vous vueil faire entendre et ojr

3830 Une chose que je vueil dire. Le los de vostre corps empire Qui tant souloit estre plaisans, Et les gens sont moult mesdisans. S'estes d'amis povre et d'avoir

3835 Moult bon gré devriez savoir Qui vous donroit vo guarison. »

« Dame, vous dictes bien raison.

Ce dist Fresne, et bien le voulrroie {sic)

Celle respont : « Je vous feroye 3840 Moult voulentiers céans nonnain. »

« Par saint Denis, ja de Fresnein, Dit Fresne, ne ferez rendue.

J'ay si aprise et entendue

-^ 102 -

Joie qu'en seust mener en cloistre, 3845 Que je n'y puis m'onneur accroistre. Nuls n'y fait euvre qui Dieu plaise, Chascune se rent pour vivre aise. Pour ce encore ne me vueil rendre. Si je vueil a rendage entendre [7 Pc] Je m'en istraj de Biausejour, S'entreraj en plus dur séjour Pour eschever aise et délit.» « Quel déport avez vous eslit, Fait rabba[e]sse, et quel houneur? 3855 Vouldrez vous donc prendre seigneur? Guidiez vous donc estre royne ? Bien pourchassiez vostre ruyne Com garce baude et lecheresse. Galeren vous fera contesse ! 3860 Atendez le tant que vous preigne. Par Dieu bien voy vostre bartaigne, Bien barcaignes vostre grant honte Si vous cuidez famé estre a conte. Mais si Dieu plaist ja n'avenra ; 3865 Ains sachiez qu'il vous convenra, Se diz ans vivez, avoir peine, Pour du pain peignier autre laine Etdechiez laver pour m[a]aille. » « A Dieu ne plaise qu'ainsi aille, 3870 Ce dit Fresne a madame Ermine. L'en voit mainte povre racine Dont verge assez grellete vient Qui puis arbre portant devient. Si je suis povre et foible et lasse 3875 Je ne suis mie de cuer basse, Car basseté de petit cuer Met souvent famé a petit fuer, Et qui chace oisel oisel prent. Mon cuer, madame, si m'aprent 3880 Que je ne face aultre mestier Le jour fors lire mon saultier Et faire euvre d'or ou de soie,

103

Ojr de Thebes ou de Troye, Et en ma herpe lays noter,

3885 Et aux eschez autruy mater,

Ou mon oisel sur mon poign pestre. Souvent ouy dire a mon maistre Que tel us vient de gentillesse. [7 v°] Tant le vueil mon cuer-s'i adresse

3890 Que je n'en pourroie estre lasse. S'or peust estre que j'amasse Un conte dont je fusse amée, Encor puisse je estre clamée Contesse et dame de grant terre. »

3895 -- « Allez en Lo[e]rraine querre Galeren, ce respont la dame, Soit vo baron et vous sa famé. Je cuit qu'aussi y pensez vous. » u Dame, dit Fresne, mes espous

3900 Pourroit il, si Dieux vouloit, estre; Qu'en aveu maint povre prestre Que l'en sçavoit bien entechié Venir a grant arceveschié. Aussi puet povre famé avoir,

3905 Ainz qu'elle meure, grant avoir,

Qu'avoir ne nest mie avec Tomme. Telz est riches qui en la somme Vient de richesse a povreté, Tel ra povres au nestre esté

3910 C'on voit puis mourir en richesse. Hom qui ayme senz et proesse Ne se devroit ja esmayer. Car Dieux le savra bien paier. » Or voit de quel pié Fresne cloche

3915 La dame qui son cheval broche. Ire la transporte et ardure. Sa langue broche oultre mesure Qui li desvoie le courage. A Fresne a dit par grant oultrage :

3920 «Vieus garce, chioche couée. Qui fustes la dehors trouvée

104

C:

Sur le fresne davant ma porte, Com par vous surmonte et tresporte Mauves orgueil et lecherie,

3925 Quant de si haulte deverie

Vous estes davant moy vantée ? » [8 r°] « Or estes vous trop enchantée Quant de ce m'avez mis en voye Que de vérité ne savoje .

3930 Bien m'en avez conté le voir? »

« En vous nourrir aj bien l'avoir Despendu qu'en vo bers trovay. De folie voir me grevaj Quant sur le fresne vous fiz prendre,

3935 Pour ce que je vous vj si tendre. Vous fiz je davant voustre (sic) autel Avoir baptesme, pour le sel Qui fu trovez en la chevesce. Un oreillier de grant richesse

3940 Aviez dessouz voustre teste,

En un drap plain de mainte beste Et d'autres diverses figures Ouvrées selon leur natures De fil d'or parmj soie entret.

3945 Voustre non a l'arbre retret. Car il demoustre et si devise Que sur le fresne fustes prise, Pour ce estes vous Fresne nommée.» (( Tout n'en soit il pas renonmée ? a

3950 «Si vous ay je conté vray conte; Et pour accroistre vostre honte En verrez ja la vraie enseigne. » Lors par une sue compaigne, A qui el fait les clefs baillier

3955 Envoie querre l'oreillier

Et le drap ouvré de fil d'or, Qu'eli' a gardé en son trésor. Le bers avec emporte celle Ou fu couchie la pucelle.

3960 Dont li moustre tout rabba[e]sse;

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105

« Fresne doit bien estre contesse, Fait elle, et venir en povoir, Qui son tesmoing puet cj v[e]oir. Ceens est voustre cougnoissance. » [8 V] « Dame, en j puet los et puissance, Dit Fresne, mieulx noter que honte. Par ce doj estre famé a conte Qui la chose saroit entendre. Par ce me puet cons ou rojs prendre, 3970 Car j'en voj cjbon tesmoignage. Ce drap note moult hault linage, Qu'avoir me pourroit a mouiller, Je sçaj bien par cest oreillier, Vo niés Galeren de Bretaigne . 3975 Bien le me monstre ceste enseigne Qui me tesmoigne a gentil famé. » Par telz mos a Fresne sa dame Empaint en si grant fellonie Qu'elle l'a de leans banio, 3980 Mais que son drap li a rendu, Qu'ele(n) n'avroit mie vendu S[e] el[e] en avoit cent mars pris. L'oreillier qui est de grant pris Prent la pucelle avec le drap. 3985 Le bers qui n'est mie de sap Ne voulst recevoir par despit, Ainz li a dit : «Dame, respit Me donnez jusqu[es] a demain. » Puis li rent le bers en la main, 3990 Si li a dist : « Tenez, madame, S'il a céans nonnain ne famé Qui mestier ait d'enfant couchier, Vous devriez avoir moult chier Qu'elle fust de ces^t] bers aidée. 3995 Sij'ay voustre maison vuidiée. Au départir c'est sans ordure. » L'abba[e]sse pleine d'ardure La lesse a tant et si s'en tourne . Et Fresne tout ce jour s'atourne,

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Sur le fresne davant ma porte, Com par vous surmonte et tresporte Mauves orgueil et lecherie,

3925 Quant de si haulte deverie

Vous estes davant moy vantée ? » [8 r°] « Or estes vous trop enchantée Quant de ce m'avez mis en voje Que de vérité ne savoye.

3930 Bien m'en avez conté le voir?»

« En vous nourrir aj bien l'avoir Despendu qu'en vo bers trovay. De folie voir me grevay

Quant sur le fresne vous fiz prendre, 3935 Pour ce que je vous vy si tendre. Vous fiz je davant voustre (sic) autel Avoir baptesme, pour le sel Qui fu trovez en la chevesce. Un oreillier de grant richesse 3940 Aviez dessouz voustre teste,

En un drap plain de mainte beste Et d'autres diverses figures Ouvrées selon leur natures De fil d'or parmy soie entret. 3945 Voustre non a l'arbre retret. Car il demoustre et si devise Que sur le fresne fustes prise, Pour ce estes vous Fresne nommée.»

« Tout n'en soit il pas renonmée ? a 3950 «Si vous ay je conté vray conte;

Et pour accroistre vostre honte En verrez ja la vraie enseigne. » Lors par une sue compaigne, A qui el fait les clefs baillier

3955 Envoie querre l'oreillier

Et le drap ouvré de fil d'or, Qu'eli' a gardé en son trésor. Le bers avec emporte celle Ou fu couchie la pucelle.

3960 Dont li monstre tout rabba[e]sse;

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« Fresne doit bien estre contesse, Fait elle, et venir en povoir, Qui son tesmoing puet cy v[e]oir. Ceens estvoustre cougnoissance. » [8 V] « Dame, en y puet los et puissance, Dit Fresne, mieulx noter que honte. Par ce doj estre famé a conte Qui la chose saroit entendre. Par ce me puet cons ou rojs prendre, 3970 Car j'en voy cybon tesmoignage. Ce drap note moult liault linage, Qu'avoir me pourroit a mouUier, Je sçaj bien par cest oreillier, Vo niés Galeren de Bretaigne. 3975 Bien le me moustre ceste enseigne Qui me tesmoigne a gentil famé. » Par telz mos a Fresne sa dame Empaint en si grant fellonie Qu'elle Ta de leans banic, 3980 Mais que son drap li a rendu, Qu'ele(n) n'avroit mie vendu S[e] el[e] en avoit cent mars pris. L'oreillier qui est de grant pris Prent lapucelle avec le drap. 3985 Le bers qui n'est mie de sap Ne voulst recevoir par despit, Ainz li a dit : «Dame, respit Me donnez jusqu[es] a demain. » Puis li