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GRECQUES.

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TOME SECOND.

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LES

FABLES

ÉGYPTIENNES

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GRECQUES

Dévoilées & réduites au même principe ,

AVEC

UNE EXPLICATION DES HIÉROGLYPHES,

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LA GUERRE DE TROYE:

Tar Dom A n t o i n e- J osephPernity, Religieux Bénédiâin de la Congrégation de Saint-Maur.

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Topulum FabuLis pafcebant Seiccrdotes j^^yptii ; ipfi autem fub nomi- mbusDeorumvatnorumphiLofopha^antur. Ong. l. i. contra Celfum.

TOME SECOND.

Prix , 1 2 liv. Us 1 vol. rel.

A PARIS,

Chez Del AL AIN l'aîné , Libraire , rue Saint- Jacques, N". Z40.

M. DCC. LXXXVI.

ATEC APPilOBATI ON, HT PRIVILEGE DU KO l.

LES

FABLES

ÉGYPTIENNES

ET

GRECQUES.

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LIVRE I I I.

Généalogie des Dieux

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CHAPITRE PREMIER.

1% OU S l'avons dit , les fîdiorJà des Grecs viennent pour la plupart d'Egypte & de Phénicie. On ne fauroit en doa<ér , après le rénioignage formel des plus anciens Auteurs. Les Fables étoienc le fomlemeuc ce la Religion ; elles avoienc introduit ce / /, Partie. A

2 Fables

grand nombre de Dieux qu'on avoit fubf- titwés à la place du véntabie. Ainfi , en ap- prenant la Religion des Egyptiens j les Grecs apprenoient aufîi leurs Fables. H eft certain ^ par exemple, dit M. l'Abbé Banier (^)_, que le culte de Bacchus croit formé fur celui d'Ofuis ; Diodore le dit en plus d'un endroit {h). Les repréfentations obfcenes de leur Hermès & de leurPriape^ n é[oienr-elles pas les mêmes que le Phallus des Egyptiens ? Gérés ôc Cybele, les mêmes qu'Ilib ? Le Mercure à^s Latins , l'Hermès d^s Grecs _, le Teurac des Gaulois , difFéroient - ils du Thoc ou Thaut d'Egypte? En^n ni les Pélafges _, qu'Hérodote ( <; ) die avoir introduit en Grèce le culte & les infa- mies du Phallus y ni \qs Grecs mêmes ne font à beaucoup près fi anciens que les Egyptiens. S'il y a donc quelques différences <Sc dans les noms Se dans les circonftances 6.qs Fables , c^eft que les Gzqcs qui avoient un penchant marqué pour les fidions , ^ qui d^in autre côté vou- loient palTer pour anciens , changoient les noms & les aventures , pour qu'on ne reconnût pas d'abord qu'ils defcendoient àts autres Peuples , & qu'ils avoient appris d'eux hs cérémonies de la Religion. De - vient fans doute que l'on trouve chez les Grecs les Fables Egyptiennes fi ^ défigurées _, & qu'il y a tant de différence entre i; ce qu'Hérodote , Diodore de Sicile &: Pkuarque difeiit d'ifis & d'Ofiris d'après les Piètres d'E-

L

(a) Myth. Tom. l. p. Çb) Lib. I. «4- (c) Lib. X.

Égyptiennes et Grecques. ^

gypte y & ce que les Poëces racontent de Cérès , de Cybele , de Diane ^ de Bacchus ik d'Adonis, qu'on feroic tenté de croire, que ce ne font pas les mêmes Divinités.

Si noiiobfiant toutes ces différences , les My- tfîologues , qui ne foupçonnoient pas le véritable objet de cqs fixions , y ont reconnu le même fond , quoiqu'habillé différemment , ils auroiént n'en pas varier fi fort les explications , Se les faire envifager toutes dans le même point de vue : mais, & les Hiftoriens & les Mythologues font peu d'accord entr'eux , qu'on ne fait à quoi s'en tenir. Car enhn, fi toutes ces Fables ont été inventées pour le même objet , fi celles des Grecs ne différent de celles des Egyptiens que par l'ha- billcment & les noms , quand on a expliqué ces (dernières , on ne devroit pas donner à^s pre- mières des explications différentes des autres. Si les voyages de Bacchus font les mêmes que ceux d'Ofiris j quand on fait ce que fignifient ceux du prétendu Roi d'Egypte , on fait aufîi à quoi s'en tenir pour ce qui regarde ceux de Bsccîms. Homère & Héfiode font en quelque manière les pères des Fables , parce qu'ils les ont réduites en corps , Se qu'ils \qs ont divulguées d'une fa- çon alfez confiante ; mais ils n''en font pas les inventeurs : l'idolâtrie étoit plus ancienne que <ies deux Poètes. Orphée , Mélampe , Szc. eii avoient rempli leurs ouvrages , èc l'on n'ignoie pas que ces Poëces & bien d'autres , de n^.êc.e qu'Homère , avoient puifé ces fidtions en Egypte Se dans la Phénicie.

Entreprendre de réfuter les Pocres Se les Hif-

A a ij

* F A fi t É s

torîens fur Texiftcnce réelle des Dieux Se âa DéeflTes ^ comme tels ^ c'eft l'ouvrage d'un Chré- tien , qui n'envifage ces Dieux que par rapporc à la Religion. Ce n'eft pas l'objet que je me propofe. Le fentimenc de plufieurs Mythologues qui les regardent comme des petfonnes réelles , ôc qui adoptent cette exiftence comme celle dci perfonnes que les peuples ont divinifées ^ mais qui ont un rapport nécelfaire Ôc direél à Thiftoire^ Se ceux qui penfent que les Fables font des allé- gories pour la morale , ne penfent même pas qu'elles puisent avoir eu un autre objet. Les uns & les autres m'engagent a examiner cetre Théo- gonie , & à prouver qu'ils fe font cgalemenc rrompés : car enfin , Ci ces Dieux , ces Déelîes ^ ces Héros n'ont jamais exifté perfonnellement , le Chrétien prcndroit aujourd'hui une peine foie inutile pour combattre au milieu du Chriflia- nifme un être adael de raifon. L'Hiftorien Chronologique ctabliroit fon hiftoite fur des épo- ques chimériques , telle qu'eft l'Hiftoire du Monde de M. Samuel Shuckford^ quant au pro- fane de ces fiecles appelés fabuleux. Et com- ment le Moralifte trouvera-t-il àes règles pour les bonnes mœurs dans des exemples qui ne font propres qu'à les corrompre ?

M. l'Abbé Banier a recueilli avec un travail immenfe tout ce que les PoHtes ôc les Hiftoriens nous ont tranfmis des Dieux , & en a fait trois volumes de Mythologie ^ dans lefquels il s^eft propofé de démontrer que toutes les Fables ne font que des traits d'hiftoire , défigurés par une quantité prodigieufe de fictions qu'on y a mêlées.

Egyptiennes et Grecques, y

11 eft furprenant que ce Savant , après s'ctre vu forcé d'avouer que toutes les anciennes Fables dts Grecs Com dQS imitations d'autres Fables .pures d'Egypte , il ait malgré cela pris le parti d'en regarder les personnes feintes , comme des hommes qui ont réellement exifté. « C'efl: dans » ce Livre , dit-il ( liv. 5. du tome 1. ) j qu'après » avoir rapporté les fentimens des Piiilofophes j) anciens fur la Divinité , je prouverai par tout >5 ce que l'antiquité a de plus refpedable , que , j> malgré leurs raffinemens j on a cru toujours » que la plupart des Dieux avoient été des hom- %> mes fujets à la mort , comme ceux qui les » adoroient ; ôc j'efpere que cet article de la >j Théologie Payenne fera prouvé d'une manière qui ne fouffrira point de réplique. »>

Ce n'eft; cependant pas un petit embarras que de débrouiller dans ce fens-U la généalogie des Dieux ; & ne pourroit-on pas lui dire avec Ho* lace {a) :

Verum quid tanto feret promijfor hiatu?

Cet A ureur _, pour tenir fa promeffe , a employé tous les textes des Anciens qui favorifent fon fyftème , ^ fuivant les circonftances il en avoi; befoin. Il eft arrivé de-là que ce qu'il dit dans un chapitre , détruit fouvent ce qu'il avoit die dans un autre , & que fon ouvrage eft rempli de tontradivSlions. J'en donne des preuves dans ce- lui-ci 5 lorfque je traite la même matière , & l'on pourroit faire un volume des exemples dont je ne ferai point mention. Quelquefois même il

(fl) Art. P.oet.

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if^ Fables

donne pour «ne véritable hiftoire , ce que dan$ quelques autres endroits il traite de fable pure. 11 avoue que Palephate & beaucoup d'autres Auteurs font très - fufpecSts , & il ne laide pas de s'étayer de leur autorité toutes les fois qu'il trouve leurs textes propres à fon projet. Quel fond peut-on faire après cela fur les explications qu'il donne des Fables ? Et penfera~t-on avec lui qu'elles ne foufFi iront point de réplique ? Je lailfe au Ledteur fcnfé ôc attentif j à juger Ci cette grande confiance étoit bien fondée.

Les Fables nous ont été tranfmifes dans les écrits de plufieurs anciens Auteurs qui nous ref- tenr. Héfiode dans fa Théogonie ^ Ovide dans {es Métamorphofes , Hygin Se plufieurs autres en ont traité aflTez au long. Homère (a) parle de cette généalogie des Dieux fous l'allégorie d'une chaîne d'or , à laquelle tous les Dieux s'étoient fufpendus pour chafTcr Jupiter du Ciel , 8c dit que leurs efforts furent inutiles. La plu- part des Payens regardoient Jupiter comme le plus grand des Dieux j mais comme ils ne di- loient pas qu'il n'avoir point d'autre origine que lui-même , nous examinerons quels étoient fou pere j fa mère Se fes ayeux.

ia) liiad. lib. 8.

Egyptiennes et Grecques. 7

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CHAPITRE II. Du Ciel & de la Terre.

L

E S Auteurs des généalogies des Dieux n'ont eu que des coimoifTances forr conrules fur la véritable origine du Monde ; on pourroic mêtne direqu^ils Tont abfolument ignorée. Eclai- rés par les feuls lumières de la raifon , ils fe font égarés dans leurs vaines fpéculations , corn* me TApôtre faint Paul le leur reproche j & ils fe font en conféquence formés des idées diverfes & de Dieu 5r de TUnivers. Ciceron , qui avoit recueilli toutes ces idies dans fon Livre de la Nature des Dieux, nous en a fait voir lui-même le peu de folidité.

Quelques-uns ont entrevu un être indépendant de la matière j une intelligence infinie & éter- nelle qui donne au Mond^ ie mouvement _, qui Jui a àoxwxh, la forme ^ & qui le conferve dans fa manière d'être ; mais ils ont aufli fuppofé la niaciere coérernelle à cecte intelligence. Ariftore & les Péripatéficiens paroiffent l'avoir penfé îki'id. Piacon (3c fes Se6l.ireurs reconnoiirent un Dieu éternel , comme caufe efficiente de tout ce qui exifte , & l'Univers comme un effet de cette caufe , produit par ce Dieu j quand il lui a plu , & non de touce éternité comme lai. D'autres , avec Epicure , ont penfé c]ue le Monde s^étoit formé par h concours fortuit d^'une iafinité

A Vf

^ F A B t E s

d'atomes, qui, après avoir long-temps voltigédans le vuide , fe (croient réunis ou coagulés comme Je beurre ou le fromage (e forme du laie , fans nous dire quelle a été ou pu être l'origine de ces atomes.

Thaïes j Heraclite Se Kéliode ont regardé Teau comme la première matière des chofes , & ils feroienc en cela d^'accord avec la Genefe, s'ils avoient ajouté que le chaos ou cet abîme n'exif" roit pas de lui-même, <Sc qa''une fuprcme intel- ligence & éternelle lui avoit donné l'être ^ la forme <S«: Tordre que nous y voyons.

La création de FUnivcrs s^eft faite dans des ténèbres trop épaiffes , pour que nous puifiions voir comment les chofes s^ font paflces. C^e(l temps perdu que de raifonner lâ-delfus , ôc vouloir imaginer des fyftêmes. Tous ceux qui en ont formé , ou qui ont voulu rafEner fur le peu que Moyfe nous en a dit, n'ont rien donné de fatisfaifant , & font quelquefois tombés dans le ridicule. Je lailfe aux Phydciens la difcufiioii de tous ces fentimens; je ferai feulement obfer^ ver que le Créateur de tout ce qui exifte , n^é- tant pas allez connu des anciens Phiîofophes , ils n'ont peut-être étudié la nature des Dieux que par rapport aux chofes fenfibies , dont ils cherchoient à connoître Torigine ôc la forma- tion , & qu'au lieu de foumetire la Phyhque à la Théologie j comme le dit fort bie!i M, l'Abbé Banier , ils ne fondoient leur Théologie que fui* Ja Phyfique.

Ces idées fe formèrent des conféquences maU çmendues j maiî? puifées dans les principeb phi-'

Egyptiennes et Grecques. 9

lofophiques que les Grecs furent étudier chez Jes Egyptiens. Thauc, fuivant le témoignage de Phiion de Byblos , Traduâieur de Sanchonia- thon 5 avoir écrit l'hilloire des anciens Dieux mais c'écoir des Dieux dont nous avons parlé, dans le premier Livre ; de le même Phiion avoue que dts Auteurs mêmes des fiecles fuivans ne les avoient regardés que comme des allégories. Nous avons allez prouvé que Thaut ou Mercure Trifmégifte ne reconnoilToit qu'un feul Dieu , ôc s'il a parlé & écrit de quelques autres Dieux ,

; il ne croyoit ni ne vouioit pas que l'on crue qu'ils avoient écé des homm.es véritables & mor- tels , qu'on avoient déifiés dans la fuite, puifqu'il étoit défendu j fous peine de la vie , de dire qu'ils avoient exifté fous forme humaine ; non qu'ils enflent été en effet des hommes , mais pour les raifons que nous avons déduites affez au long, jorfque nous avons expliqué les idées des Prêtres Egyptiens fur K^s & Ofiris. Ainii tous les témoi- gnages des Auteurs que l'on apporte pour prou- ver que les Dieux avoient écé de vrais hommes , prouvent feulement qu'ils n'étoient pas au fait du fecret des Prêtres d'Egypte, Se qu'ils avoient

l pris à la lettre ce qu'on n'avoit donné que pour des allégories.

Les Philofophes &c les Poctes fe font fouvenc moqués de ces Dieux. Rien de plus indigne Se de plus choquant que la manière dont ils en par- ent. Ils enlfônt des monftres , dit le célèbre '^4. Bolfuet {a) ; ils en repréfentenc de ronds ,

(a) Difcours fur VB\û. Unir.

lo Fables

de qinrrés , de triangulaires , de boiteux , d'a- veugles : ils parlent d'une manière bouffonne des amours d'Anubis avec la Lune ; ils dilent que Diane eue le fouet ; ils font battre les Dieux , ôc les font blelfer par des hommes ; ils les font fuir en Egypte , ils font obligés , pour fe cacher , de fe métaraorphofer en ani- maux. Apollon pleure Efculape , Cybele Athis : l'un , chalfé du Ciel , efl: obligé de garder des troupeaux ; l'autre , réduit à travailler a des ou- vrages de maçonnerie ^ n'a pas le crédit de fe faire payer : l'un eft Muficien, l'autre Forgeron j l'autre Sage-femme. En un mot , on leur donne des emplois indignes ; ce qui fent plutôt la bouffonnerie du Théâtre , que la majeft.é des Dieux.

Peut-on en effet trouver rien de plus indé* cent que le rôle qu'Homère leur fait jouer dans fes Ouvrages ? Et fi ces Dieux avoient cré des Rois , ou même des Kéros , en auroir-il parlé avec fi peu de refpedl: ? Lucien , dans fes Dialogues, ne fe joue-t-il pas aufîi des Dieux? Juvenal dit {a) que les enfans feuls le croient.

Nec pueri credunt, nifi qui nondwn Are l.ivantur.

Nombre d'anciens Philofophes Se Poctes re- connoilToient cependant un Dieu unique , une intelligence fuprême, de laquelle tout dépen- doit, qui gouvernoit tout {b) : mais comme peu

{il) Sat. 6. I ancienne infcription com-

{b) II y avoit à l'entrée | prife dans ces deux lettres

du Temple de Delphes une } grecques E Iifur quoi Plu-

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES. II

jdé cens avoienc alTez refléchi pour connoîcre le vrai Dieu , Se en avoir une idée jufte , netrou- vaiK rien déplus parfair que le ciel ôc la terre, il écoic tout naturel de les regarder comme les premiers Dieux. Us imaginèrent de-là que l'aie & le ciel , la mer de la terre, les fleuves, les fcinraines , les être parens ou alliés ,

rains , ou mcmé j ce qui écoit plus croyable, tous frères Ôc fceurs jumeaux {a). Mais comme le Soleil Se la Lune écoienc les deux objecs les ,pîus beaux Sz les plus frappans qui fe préfentent d nos yeux , ces deux aftres devinrent les Dieux de prefque tous les Peuples. Si nous en croyons les Anciens , le Soleil école rOfiris des Egyp- tiens , l'Ammon des Lyblens , le Saturne des Carthaginois (b)y l'Adonis des Phéniciens , le

les vents doivent ou du moins contempo-

rarque fait dire à Ammo- nius , principal Interlocu- teur dms le Dialogue qui a cette infcription pour objer, que ce mot et étoit le titre le plus augudre que Ton pouvoic donner à la Divi- nité -, qu'il lignifie Tu es , 8c exprime l'exiflence ne- ce fTaire de l'Etre fupreme •, que comme ce titre ne peru convenir à aucune créatu- re , 8c qu'il n'y en a aucirae tÎQi\t on puilTe dire dans un iens% abfolu, , Tu E s , parce que leur exiftence efl empruntée , incertaine , dé- pendante , fujette au chan-

gement & momentanée, ce nom peut , dans Ion fens le plus propre , être donné à la Divinité , parce que Dieu ed indépendant , incréé , immuable , éternel , tou- jours le même, & par confé- quent que c^eiL de lui leul qu'on peut dire , qu'il elT:. Plutarque conclut encore mieux de ce feul mot El , l'unité de Dieu , fa iimrli - cité, Se les droits qu'il a fur nos hommages .

(^)Voy. HcfiodeTheog. V. la^. & fuiv.

(/») Servius in 2. JEne'id.

Il Fables

Bal ou le Bel us des A (Ty riens , le Moloch des Ammonites, le Dionyfus oixï Urotai des Ara- bes, le Michras des Perfes , le Beleniis des Gau- lois. Apollon , Bacchus, Liber ou Dionyfus , ccoienr la même chofe que le Soleil chez les Grecs ; Macrobe (a) le prouve d'une manière qji ne iaille poiat de réplique , die M. l'Abbé Banier (/•),

De même la Lune écoic iCis en Egypte jAf- tarcé en Phénicie, Alilat chez les Arabes , My- i:tta chez les Perfes j Arcemis, Diane, Didyn- ne , ôzc. en Grèce, dans l'îfle de Crète, dans celle de Délos & ailleurs. Macrobe va même jufqu'a dire que tous les Dieux du Paganifme dévoient rapporter & rapportoient en efïet leur origine au Soleil & à la 1 une. Après un tel aveu de M. l'Abbé Banier , n'eft il pas furprenant qu'il veuille en faire des hommes ?

Mais enfin on convenoic que le Soleil Se la Lune dévoient leur origine à quelqu'un plus an- cien qu'eux, êc l'on établiffoit en conféquence une fucceffion généalogique ^ dont le Ciel ôc la Terre étoienc la première racine.

Uranus, donc le nom dans la Langue Grecque fignine le Ciel , époufa Titée ou la Terre , fa fœur, Se en eut plufieurs enfans. Voilà le Ciel & la Terre reconnus comme fource des Dieux, C'eft donc eux & leur race que nous allons paffer en revue à rimication d'Héfiode (c).

(a) Sat. 1. I. c. 10.

(b) Myth. T. Lp. 451. («r) Salvete natse Jovis ,

date vero amabilem can-

rilenam. Celebrate qiioque ^ r. 104.

immortaiia divinum ge- nus fe.'nper exiftentium.

Qui reliure prognati funt, 8c Cœlo ilellato. The»g»

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES. I5

Ces Dieux eurent pour enfans , Tiran , Occa- nus, Hy^peiion, Jadet, Satunie , Rhée , Thémis 3c les autres que ce Poëte rapporte. De Saturne 3z Rhée naquirent Jupiter, Junon^ Neptune ^ Glâuca & Fluton : de Saturne & Phiilyre , Chiron le Centaure. Des fuite; d'une opération violente que Jupiter fit à Saturne, naquit Vénus. De Junon feule vint Hebé. De Jupiter & de Métis j que ce Dieu avcic engloutie , fortit Pallas. Jupiter eut- de Junon ^ fa fœur, Vulcain Se Mars ; de Latone , Apollon ik Diane ; de Maja , Mec- cure -^ de Sémélé , Denys ou Bacchus ; de Coro- nie 5 Efculape; de Danaé , Perfée ; d*Âlcmene, Hercule ; de Lcda , Caftor Ôc Pollux , Hélène ^ Clytemneftre j d'Europe , Minos ôc Rhada- mante ^ d'Antiope , Âmphion & Zethe ; les Pa- lifques de Thalie , ôc Proferpine de Cérès.

Nous ne ferons mention que de Saturne , Ju- piter & fes enfans que nous venons de nommer , ôc nous y ajouterons feulement quelques-uns de fes petits-fils ; car nous ne finirions pas j fi nous voulions parler de tous. Au relie , ce que nous dirons de ceux-ci ^ fera plus que fuffifant pour apprendre â interpréter ce qui regarde ceux que nous omettrons.

Comme la généalogie d 1 Ciel & de la Terre ne s'étend pas au-delà d'eux , à moins qu'avec quelques Auteurs on ne lesdife enfans du Chaos, il eft inutile d'en parler plus au long. Voyors? ce que c'éroit que Saturne , afin d'avoir quelque connoifTance du père par le fils.

i^ F A B L E sr

s

CHAPITRE IIL

Hiftoirc de Saturne.

ATURNE fur le dernier & le plus méchant des fils du Ciel ôc de la Terre. Les Anciens , pour s'accommoder aux procédés que la Nacuie emploie dans toutes fes générations ., fe font trouvés dans la nccciîité de perfonnifier ces deux parries qui compofenc TUnivers : & comme toute génération fuppofe un accouplement du mâle 6c de ia femelle dans les êtres animés , ou de l'agent & du patient dans ceux qui ne le font pas , on a donné à Saturne ^ fuppofé animé &- intelligent, un père & une mère de même. efpece.

il n'y a pas d'apparence qu'en fuppofanc le Ciel qui eft fur nos têtes , & la Terre fur laquelle nous marchons 5 père & mère de Saturne , Hé- fiode ôc les autres aient prétendu nous faire croire que le Ciel (Se la Terre fe foient accoupiés à la manière des êtres animés j c'eft donc comme agent & patient _, comme forme & matière ; le Ciel faifant la fondion de mâle , & la Terre l'office de femelle \ le premier comme agent , donnant la forme j la féconde comme patiente ^ &i fourniirant la matière. Il ne faut donc pas s'in^-a- ginerque les Anciens aient déliré au poinideiuppo- ïer en réalité au Ciel & à la Terre des parties ani- n'jales propres â la génération d'individus animés.

les Mythologues qui ont voulu rapporter les

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES. 1$

Fables à l'Hiiloiie , ont été obligés d'en fabri- quer une , fans s'inquiéter beaucoup (i elle étoic conforme à ce que les plus anciens Pc êtes nous ont die de Saturne , quoique ce fut d'eux feuls que l'on pouvoic apprendre l'hiitoire de ce Dieu , puifqu'ils font plus anciens que les Hiftoriens. On a donc feint qu'Urane ou le Ciel étoit un Prince , qui furpaflà tellement tout ce que fon père & fes prédéceiïeurs avoient fait de remar- quable , qu'il effaça dans le fouvenir de la pof- térité jufqu'aux noms mcmes de ceux donc il defcendoit {a). On ajoure qu'il paffa le Bof- phore , porta {qs armes dans la Thrace , conquit plufieurs Ides, fe jeta rapidement fur les autres Provinces de l'Europe , pénétra jufqu'en Efpa- gne , ôc paifant le détroit qui la fépare de l'Afri- que , il parcourut la coiq de cette partie du Monde j d'où revenant fur fes pas {b) , il alla du côté du Nord de l'Europe , dont il fournit tout le pays à fa puiifance. On dit même qu'il ne fut nommé Urans _, que par le foin qu'il eut de s'ap- pliquer à la fcience du Ciel , à en connoîcre la nature , les révolutions (5c les divers mouvemens des aftres.

Si Uranus n'a pris fon nom que de-lâ , il fau- dra donc dire auflî que Ticée n'a pris le- fienc, que de l'application qu'elle s'eft donnée ï con- I noître la nature de la Terre & ies propriétés. Mais ne voit on pas que de telles explicadons font peu fatisfaifantes ? On ne s'eft pas a vif c sIq

(«) M. l'Abbé Banier, (h) Diod. de Sic. ].

T. IL p. 12.

iS Fables

celle dit nom de Ticée ; elle eût cependant éié iiéceih'ne pour former une explication vraifem- blable. Car comment feroit-il arrivé que la ftm- me d'Uranus fe feroit précifément nommée Ti- tée ? Et s'ils n'avoienc Tun Se l'autre ces noms ^ que par des raiions auiïi peu folides que celles que nous venons de déduire ^ comment les Titans , leurs enfans , en auroient-ils pris occa- iïon de publier qu'ils étoïcnt les enfans du Ciel & de la Terre , croyant fe rendre aujjl reffccla- hits par cette origine , quils étaient redoutables par leur force & leur valeur {a) ?

Les Titans que nous venons de nommer , ne furent pas les feuls enfans de la Terre. Irritée de la vidoire que les Dieux avoient remportée fur eux, elle fit un dernier efibrc , & fit fortir de fon fein le redoutable Typhon, qui fcul donna plus de peine aux Dieux cjue tous fes autres .itè- res enfemble : mais nous en avons déjà parlé dans le premier Livrer revenons à Saturne.

« Urane , père de Saturne , dit Héfiode {f) * » ayant jeté les Titans, fes fils, liés bi garrotés dans le Tartare , qui eft le lieu le plus téné- 3> breux àt% Enfers , ce fut , ajoure cet Auteur , » dans cette occafion que Titce , indignée du » malheureux fort de fes enfans , engagea leâ autres Titans a drelFer à^s embûches à fou » mari , & qu'elle donna à Saturne , le plus jeune de tous fes fils , cette fatilx de diamant avec 33 laquelle il le mutila,

En feignant Urane & Titée enfans du Chaos ^

{a\ M. l'Abbé Banier , T. IL p. ai. (è) Theog.

comme

Égyptiennes et Grecques. 17

comme ont fait les Anciens, il n'eft pas naturel de les regarder comme des perfonnes réelles _, & cette mucilation d'Urane ne peut en conféquence avoir lieu , & être prife dans le fens naturel. Si on les prend pour le Ciel &c la Terre , qu'au- roient-ils engendrés ? Sans doute un autre Ciel ôc une autre Terre , puifque chaque individu engendre fon fem.blabie dans fon efpece. Satur- ne, Rhée Se leurs enfans auroient donc été au- tant de nouveaux Ciels ou de nouvelles Terres. Les Mythologues n'ont pas fait c^ne réflexion. De Saturne ils ont fait le Temps j de Thetis une DéelTe marine , de Thémis la Déefle de la Juf- tice , de Cérès la Déelfe des grains , de Titan , de Japet, ôcc, je ne fais trop quoi. Selon les Arlantides , ces enfans du Ciel ôc de la Terre croient au nombre de dix-huit , ê-c fuivant les Cretois , cette famille n'étoit compofée que de fix garçons ôc de cinq filles.

Du nombre des garçons , Saturne fut le plus célèbre. On le repréfentoit anciennement fous la figure d'un vieillard pale , & courbé fous le poids des années , tenant une faulx à la main , avec un dragon qui fe mordoit la queue _, & de l'autre un enfant qu'il portoic a fa bouche béante , ' comme pour le dévorer. Sa tète étoit couverte d'une efpece de cafque , & i^es habits fales &c déchirés, la tête nue Ôc prefque chauve. On ola- çoit à fes côtés {qs quatre enfans , Jupiter muri- lant fon père , & Vénus naifiante de ce qu'il avoir coupé. Saturne ^ quoique le plus jeune dss enfans d'Urane , s'empara du Royaume , qui appartenoit par droit d'aînelTe à Titan. Les en-

71 Pank, B

it Fables

fans de celui-ci eurent beau s'oppofer a la puif- fance naifiTance de leur oncle , roue plia fous elle ; mais il ne mit lin à cette guerre que par une paix, donc les conditions cioienc que Satuine teroit mourir rous les enfans mâles qu'il auroic de Rhce , fon époufe ôc fa fccur. Scrupuleux ob- fcrvateur du traité j Saturne les dévorou lui-mcme à mefure qu'ils nailfoient. Jupiter eût éprouvé le même fort , f\ Rhée n'avoit uié de rtratageme pour le fouflraire à la voracité tilicide de fon pcre. Elle préfenta à fon mari un caillou em- mailloté ^ & tout couvert de langes. Saturne fans examiner l'avala, penfanr quec'étoic Jupiter.

Rhée ayant ainfi trompé fon époux , mit Ju- piter en nourrice chez les Corybaïues , Se leui: confia fon éducation , jufqu'à ce qu'il tût parvenu a un âge propre à regr*er. Neptune & Pluton furent auiîi fauves par quelqu'autre rufe. Saturne , devint enfuite fenfible aux appas de Phillyre , ji fille de TOcéan , ôc fe voyant pris fur le fait par ! Ops , il fe métamorphofa en cheval : c'eft pour- î quoi Phillyre mit au monde Chiron , le plus julte i) & le plus prudent des Centaures, à qui fut con- ; ûée l'éducation d'Hercule , celles de Jafon , d'Achille , &c. Jupiter en ufa enfuite impitoya- blement avec Saturne, comme celui-ci en avoit ufé avec le Ciel , [on père. On dit même que dans une des imprécations que la colère diùe aux pères 6c aux mères concre un fils ingrat , Urane Ôc Titée annoncèrent à Saturne que ies entans le traiteroient comme il ies avoit traités lui-mê- j me; Se qu'intimidé par cerre menace^ il prit le! jparâ de taire périr cous iz^ enfans.

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES. I^

Sacurne mutilé ôc détrôné , errant du Ciel , fe retira en Italie , il fe cacha j Se c'eft de-là j ajoute-t-on , que Tltalie prit le nom de Laùum , de laurc , fe cacher (a). Il eft en vérité bien fur- prenant qu'une fi petite portion de la Terre aie pu contenir & cacher le fils d'un père (i vafte 6c étendu. Il a plu aux Auteurs de s'égayer ainfî , fans doute dans le dcflein de donner à leurs Villes Se à leur pays un relief qui les mît aU'delfus àits autres Peuples.

Saturne étoif un des principaux Dieux de l'E- gypte j de même que Rhée Ion époufe. Quel- ques Auteurs ont même avancé qu'il fut père d'ifis Se d'Ofiris. Hérodote, & après lui beaucoup d'HlftorienSj Se prefque tous les Mythologues , conviennent que les Grecs ont pris àts Egyp- tiens le culte des Dieux. 11 eft conftant d'ailleurs que le culte de Saturne étoic établi en Egypte avant que les Phéniciens priiFent le parti de con- duire des Colonies dans la Grèce. 11 eft certain encore , comme l'alTure le même Hérodote , que les Egyptiens n^onr point emprunté le Saturne ni le Jupiter des Grecs. Quoique l'antiquité nous ait lailFé peu de lumière fur le temps auquel Sa- turne Se Jupiter ont régné , M. l'Abbé Eanier (^)

(d) Primus ah j£therco venit Saturnus Olynipo ,

Arma Jovis fugiens , & regnis exui adempt's.

Is genus indocile , ac difperfum montibus ahis

Compofuit , hgefque dedic y Latiumque vocari

Maluit^ his quoniani latuijftt (utus in oris.

Virg= .^neid. 1. 8. (/>} T, II. p. I 20.

xo Fables

penfe qu'on peut le déduire de la généalogie de Déucalion, donc les marbres de Parcs placent le règne en la neuvième année de celui de Cécrops. Enfin tout calcul faic , ce favanc Mythologue croie qu'on peut fixer la more de Jupiter a l'an 1780 avant l'Ere vulgaire, & le règne de Sa- turne vers Tan 19 14 avant Jéfus-ChriH:. Il s'agit de favoit fi le Saturne dont il parle , eft le même que celui d'Egypte : Hérodote {a) parle àss huit grands Dieux des Egyptiens ; Ôc puis des douze ; Se l'on fait que Saturne Se Jupiter étoienc du nombre des premiers. On les difoic même Tua & l'autre pères d'Ofiris , comme nous l'avons rapporté dans le premier Livre. M. l'Abbé Baniec penfe aufiî (b) qu'Ofiris eft le même que Mef- raïm, fils de Cham, qu'il dit être Ammon. Mais de quelque manière qu'on regarde la chofe , il reftera pour confiant que Saturne étoic un des grands Dieux d'Egypte , Se que s'il tut Roi dans ce pays-la , on a tort de fuppofer fon règne dans la Grèce ou dans l'Italie , puifque les meilleurs & les plus anciens Auteurs foutiennent que les Grecs empruntèrent des Egyptiens le culte des Dieux, donc celui-ci étoit du nombre.

Au refte, tout ce que les Grecs difoienr de leur Saturne, convenoic très - bien au Saturne d'E- gypte j & il y a grande apparence que l'amour^ propre Se la vanité feule avoient engagé les Grecs à feindre que Saturne Se Jupiter avoient pris naillance chez eux; parce que, comme nous l'a- vons dit , ils ne vouloient pas qu'on crût qu'ils

{a) Li7. a. (3) T. r. p. 434»

Egyptiennes et Grecques: ni

tiroient leur origine d'autres que des Dieux. Si M. l'Abbé Banier & la plupart des Anciens avoient fait cette réflexion, ils ne fe feroient pas tant mis refprit à la torture pour chercher l'époque du règne de Saturne ôc des autres Ti- rans , Ôc auroient vu fans peine que toutes ces fables étoient des fables purement allégoriques , Se non de véritables hiftoires racontées fabuleu- fement. 11 fuffit même, pour en être convaincu, de lire avec un peu d'attention l'hiftoire de ces Dieux dans la Mythologie du favanr Abbé que nous citons fi fouvent. Quelqu'ingenieufes que foicnt les explications qu'il en donne _, on fenc combien il eft difficile de fuivre ^ ou plutôt de faire promener Saturne dans difïérens cantons de la Grèce , de l'Efpagne , enfuite de l'Italie; combien il en coûte au Jugement pour fe per- fuader qu'il y a eu un autre Saturne que celui d^'Egypte ^ fils comme lui du Ciel & de la Terre,' frère & époux de Rhée , êc père de Jupiter î Cérès même , fille de Saturne j fuivant tes Grecs > n'eft point différente d'Ifis. Vefta , autre fille de Saturne , étoit auffi une DéelTe de i'Egypte.^ Ty- phon enfin , qui caufa tant de peines & d'em- barras aux Dieux Saturne ^ Jupiter ^ &c. étoit un Titan 5 Se un Tiran Egyptien _, de même que Promethée , fils de Japet ^ 5c neveu de Saturne ^ puifqu'Oiiris le confiitua Gouverneur d'une par- tie de les Etats pendant le voyage qu'il fit aux îndes. Il fufiîroic donc de rapprocher toutes ces hîftoires ^ pour voir d'un coup d'œil fur les ex- plications que nous avons données dans le prer paier Livr o , 6c fur ce que nous venons de dire

Biij

i.% Fables

que ces prétendus Princes Titans ne font que! des ècres fabuleux ôc allégoriques.

Par Saturne , plufieurs ont interprété le Temps , à caufe de fon nom -Chronos. Il eft unique , dit- on , il paroît engendré , ou , (i l'on veut , coni biné & mefuré par le mouvement des Cieux ^ cette filiation unique a fait imaginer qu*il avoir mutilé fon perc. On fe fonde encore dans ce fentlment , fur ce que le temps dévore tout ; ce qui fe fait dans le temps , eft comme fon enfant , & s'il épargne quelque chofe , c'eft tout au plus les cailloux & les pierres les plus dures : c'eft pourquoi Ion feint qu'il vomit le caillou qu'il avoir avalé , croyant avoir dévoré Jupiter. Tetn-- pus edax rcrum , dit Horace.

T«lle eft l'explication de quelques autres My- tologues, appuyée fur le témoignage de Ciceron même , qui dans fon Livre de la nature des Dieux ^ fait parler deux Philofophes , dont un àt% Interlocuteurs dit que c'ctoit ce Dieu qui gouvernoit le cours du temps & des faifons.

Il faut avouer que cette explication n'eft pas mal trouvée : mais malheirreufement elle cloche par quelque endrok , & laifte à côté plulieurs circonjlances de cette fable. Que le Ciel foit père de Saturne , paflTe ; mais que la Terre foir fa mère , cela ne quadre pas tout-à-fait bien. La Terre auroit-el!e donc conçu le Temps? Et que fait la Terre a fa production? Qn*y fait même le Ciel? à moins que l'on n'y confidere que le cours & le mouvement des Planètes ô: des Af- tres. Pour moi, j'aurois plutôt imaginé le Soleil ^«e Saturne pour p«:e du Temps \ on ne le regarde

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES. 2f

cependant que comme le petic-fils de ce premier des Dieux. C'eft fur le cours du Soleil que fe règlent le jour & la nuit , Tannée ^ l'été , l'hi- ver Se les autres faifons. Je Taurois même pri$ pour le Temps même , plutôt que le fils du Ciel.

Pourquoi en effet repréfenter le Temps fous la fif^are d'un Vieillard pâle ^ languilTant, courbe fous le poids des années , par conféquent très- pefant ôc très-tardif _, lui qui vole plus vue que le vQin 5 lui dont rien n'égale la célérité , lui qui ne vieillie jamais , Se qui fe renouvelle à chaque inftant } On dit que le dragon ou ferpent que Von met à la main de Saturne , fignifie l'année & fes révolutions , parce qu'il mord fa queue ; mais il repréfenteroit mieux , s'il me femble y le fymbole de la jeuneiïe, parce que le ferpent femble rajeunir toutes les fois qu'il change de peau y au lieu qu'une année palTée ne revient plus. Je ne vois même aucune différence entre ce ferpent , & ceux que l'on donne à Mercure , à Efculape , ceux mêmes qui étoient conftitués gardiens de la Toifon d'or Se du jardin des Hefj* pérides. Pourquoi feroit-il donc le fymbole de la révolution annuelle ^ ici celui de la concorde & de la réunion des conrraires , celui de la Médecine , Se ici celui de la prudence Se de la vigilance ?

Pour trouver la véritable fignification de ce ferpent , c'eft des Egyptiens , les pères des fym- boles Se des hiéroglyphes . qu'il faut l'apprendre. Horappollo [a) nous dit que ces Peuples voulant

(^) Quod vero veliit j corpore ^fignificatid^rju^- cibo , fao utatur ( lerpens ) cumque Dei providtntiâ in

Biv

i4 Fables

repréfenter hicroglyphiquement la naiffance des ckofes , leur réfolucion dans la même matière , &: les mêmes principes dont elles font faites , mettoienc devant les yeux la figure d'un ferpenc qui dévore fa queue. Le même Auteur dit que pour repréfenter l'Eternité , les Egyptiens pei- gnoient le Soleil ôc la Lune , ou un Bafilic , appelé par les Egyptiens Urée , parce qu'ils re- gardoient ces Aftres comme éternels, ôc cet ani- mal comme immortel {a). 11 ajoute (art. ^.) que la figure d'ifis étoir le fymbole de l'année , comme le palmier : mais il ne dit en aucun en- droit, que le ferpent mordant fa queue, enfûc la figure. Le Père Kircher (h) femble avoir voulu généralifer l'idée d'Horapollo , en difant que les Egyptiens voulant défîgner le Monde , repréfeo- toient un ferpent mordant fa queue , conime s'ils eulïenc voulu indiquer qae tout ce qui fe forme dans le monde ^ tend peu à peu à fa diiïblution en fa première matière , fuivant cet axiome , in id refolvimur ex quo fumus, 11 ap- porte même en témoignage le fentiment d'Eu- febe 5 qui en parlant de la nature du ferpent , fuivant l'iélée qu'en avoient les Phéniciens , dit :

mundo gignuntur , ea rur- fum in eandem materiam refolvi , & tanquam irami- nutionem fumere. Lib. z. cap, 2.

Forro annum demonflra- re volentes, Ifin, hoc eft niulierem pingunt : quo- ctiam figno Deam fignifi

annum indicantes palmam pingunt , quod arbor ha:c Ibla ex omnibus ad fingu- los Lunée crtus , fingulos etiam ramos procréer , ira ' ut duodecimramorum pro- dudione annus expleatur. Horapollo , /. z. c. ^. (a) Ibid. chap. i

cant. .... Aliter quoque I (b) Idex Hierog. iib. 4

Egyptiennes et GPvEcquES. 25

cher approche même de l'idée que les Philoib- phes Hermétiques atrachen: à la figure & au nom du ferpenr , lorfqu'il die (a) que les Egyp- tiens hguroien: les quatre élcmens par ce reptile : car les Philofophes prennent le ferpenr , tantôc pour fymbole de la matière duMagiftere, qu'ils difenc être l'abrégé des quatres élémens ^ tantôt pour cette matière teireitre réduite en eau , èc enfin pour leur foufre ou terre ignée , cp'iU appellent la minière du feu célefte, ôc le récep- tacle dans lequel abonde cette vertu ignée qui produit tout dans le monde. Cette matière , di- fent'ils , compofée des quatre élémens , doit fe réfoudre en {qs premiers principes, c'eft-à-dire en eau , Se c'eft par fon action que les corps font réduits en leur première matière. Si vous voulez favoir quelle eil notre matière , ajoutent - ils , cherchez celle en quoi tout fe fout ; car les cho- fes retournent toujours à leurs principes, ôc fonc compcfées de ce en quoi ils fe réfolvenc. Ber- nard Trevifan (^) explique cette réfolution , ôC avertit qu'il ne faut pas s'imaginer que les Phi- lofophes entendent parler des quatre élémens fous les noms de première matière , ou de pre- miers principes ; mais les principes fecondaires ou principiés des corps , c'eft- à-dire eau mercu- rielle.

Les Philofophes ont fouvent pris le ferpenc ou le dragon pour fymbole de leur matière. Nicolas Flamel y eft précis. Majer (c) e n a fait

(7.) î.oc. cit. (c) Atalama fugiens.

{ù] Philof. des Métaiîx.

i6 Fables

le cjmrorzieme de fes eaiblêmes , avec ces vers

au ae

iîous

Dira famés polypos docuitfua rodere crura , Humandque ho nines fe nutriijje dape.

Ddiitc draco caud.im dum mordet ô' inoeri: alvo ; Magna parte fui fit cibus ipfe Jibi.

Ille domandus erlt fsrro ^ famz t carcere , donec Se voreù & revomat , fe necet &' pariât.

Les Difcip^es d'Hermès ont donc fitivi les idées de leur Maîcre fur l'hiéroglyphe du ferpein. ils en ont donné à Cadmus , à Saturne , à Mer- cure ^ a Efcuiape, &c. Ils ont dit qu"* Apollon avoir tué le ferpent Python , pour dire que Tor philofophique avoir fixé leur matière volatile. Ils en ont fait Typhon l'anagramme de Python , Se lui ont donné pour enfans tous ces dragons & ces monftres dont il eft parlé dans les Fables. Les Philofophcs plus modernes fe font confor- més aux anciens , ôc par le ferpent qui dévore fa queue, ils entendent proprement leur foufre, comme nous Tapprennent une infinité d'entre eux , particulièrement Raymond Lulle , en ces termes (ci) : « Mon fils , c'eft le foufre ou la j> couleuvre qui dévore fa queue , le lion rugiï- )j faut , l'épée tranchante qui coupe , mortifie » ôc diflbut tour. Er Tauteur du Rofaire : On y? dit que le dragon dévore fa queue , lorfque la 0) partie volatile, venéncufe 6c humide femble ï5 fe confumer _, car la volatilité du ferpent dc-

(a) Codic, c. 31.

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES. 17

» pend beaucoup de fa queue. » D'Efpagnec fait aulîi mention de ce ferpcnt en ces termes : Jn ambahus kis pojierioribus operationlbus f<tvu in fàpfum draco , & caudam fuam devorando totum fc cyihaunt , ac tandem in lapidem conver^ titur.

Quant au ferpent fimplement confidéré en lui-même _, les Philorophes en ont donné le nom à leur eau mercuxielle , parce qu''on dit commu- nément que les eaux lerpenrent en s'écoulanc ^ d' que les ondes imitent les inflexions que le ferpent fait en rampant. D'ailleurs ^ dans ia fé- conde opéracjon du Magiftere j le ferpent philo-» fophique commence à fe dilToudre par fa queue , au moyen de fa tète , c'eft-à-dire de fon premier principe.

Ces explications ne font pas de moi. Il ne faut qu^avoir tant foit peu lu les ouvrages des Philofophes , pour en être convaincu. « Confi- « dérez bien ces deux dragons j dit Flamel (a) ; >5 car ce font les vrais principes de la Phiiofo- « phie , que les Sages n^ont pas ofé montrer ôc nommer clairement à leurs enfans propres. j> Celui qui eft dellous fans ailes, c'eft le fixe 35 ou le maie ; celui qui e(t deffus avec des ailes , c'eft le volatil, ou la femelle noire & obfcure , » qui prendra la domination pendant plufieurs » mois. Le premier efl: appelé foufre , ou bien n calid'ité àc Jiccité ; & le fécond, argent -vif, »5 oi\ frigidité ik humidité. Ce font le Soleil ôc »» la Lune de fource mercurielle ôc origine ful-

(a) Explic. des fig. chap. 4,

iS Fables

îî fureiife ^ qui par le feu conriuuel s'ornent « d'habillemens royaux _, pour vaincre coure >5 chofe métallique j folide , dure & ferre, lorf- 55 qu'ils feront unis enfemble , ôc puis changés » en quintefTence. Ce font ces ferpens ôc dra- « gons qus hs anciens Egypciens ont peints -5 en cercle, la tète mordant la queue ^ pour dire » qu'ils étoient fortis d'une même chofe , ôc qu'elle feule étoit fuffifante à elle-même , Ôc y* qu'en fon contour ôc circulation elle fe par- » faifoit. Ce font ces dragons que les anciens » Poctes ont mis à garder , fans dormir , les 37 pommes dorées àss jardins des Vierges Hefpé- y> rides. Ce fonr ceux fur lefquels Jafon , en l'a- îï venture de la Toifon d'or, verfale jus préparé par la belle Mcdée ; des difcours defquels les s3 livres des Philofophes font Ci remplis , qu'il n'v « en a point qui n'en ait écrit , depuis le véridi- » que Hermès Trifmégift: e , Orphée , Py thagoras , j: Artephius , Morienus & les autres fuivans j5 jufqu'à moi. Ce font , ôcc.

Le portrait que Bafile Valentin fait de Sa- turne (a) convient très - bien avec celui de la Fable. « Moi vSaturne , dit ce Philofophe , la n plus élevée des Planètes du Firmament , je »^ confe(fe Sz protefte devant vous tous , mes » Seigneurs , que je fuis le plus vil Se le moin- dre d'entre vous; j'ai un corps infirme & cor- »> ruptible , de couleur noire , fujec à beaucoup j> d'aiïiidion^ , ôc à toutes les viciffiuides de :*' cette vallée de mifere. C'eft moi cependant

(iz) Préf. de Tes douze Clefs.

Egyptiennes et Grecques. 29

s> qui vous éprouve tous ; je n'ai point une de- >5 meure fixe^ & en m'envolan: , j'enlève touc j> ce que je trouve de femblable à moi. Je ne » rejette la faute de ma mifere que fur l^inconf-^ 33 tance de Mercure , qui par fa négligence ôc 3> fon peu d'attention , m'a caufé tous ces mal- heurs. « Un Auteur anonyme , en parlant de la génération de Saturne , dit (cz) : « Il eft 3> fujet à beaucoup de vices par le défaut de fa jj nourrice , boiteux , mais cependant d'un génie » doux , aifé, fage , prudent ; & même fi rufé, 3> qu'il eft le vainqueur de tous , excepté de deux. >> Sa mauvaife digeftion ^ ajoute -c- il , le rend pâle , infirme , courbé ; il porte la faulx , parce qu'il éprouve les autres. On lui donne 33 un ferpent , parce qu'il les renouvelle Ôc les 33 rajeunit , pour ainfi dire , en fe renouvellanc 39 lui-même. «

Je ne prétends pas nier que la plupart des An- ciens n'aient pris Saturne pour le fymbole du Temps. Ciceron, afiez bien inftiuic de la Théo- logie Payenne j dit pofitivement dans fon fécond livre de la nature des Dieux : « Les Grecs pré- 39 tendoien: que Saturne eft celui qui contient 33 le cours & la converfion d^s efpaces & du 33 temps. Ce Dieu s'appelle en grec , Chronos ^ 33 mot qui fignifie le temps. Il eft appelé Satur- « ne , parce qu'il edjoul d'années : 6c l'on feint ï' qu'il a dévoré fes propres fils 5 parce que l'âge dévore les efpaces du temps, ôi fe remplit in- " fatiablemenc des années qui s'écoulent. 11 a

00 ^^'loC Occ. ch. 11.

3<3 Fables

39 été lié par Jupiter ^ de peur que fa courfe ne 3> iin immodérée : voilà pourquoi Jupiter s'eft 55 fervi des Etoiles , comme de liens pour le 3> garroter. »

Si cet endroit de Ciceron prouve pour ceux qui prétendent avec lui que Saturne ne lignifie que le Temps , au moms prouve-c-ii également que Saturne ne tut jamais un Prince réel de la Grèce j mais feulement un perfonnage feint, ôc fon hilloire une allégorie. Et fi c'étoit le fenti- ment même des Grecs , en vain M. TAbbé Banier Ôc quelques autres Mythologues fe mettent-ils en frais de raifonncmens &: de preuves tirées de Dio- dore de Sicile 6c de plufieurs Anciens , pour en fabriquer une hiftoire dont ils prétendent nous foutenir la réalité. Varron lui-même , après bien d'autres Philofophes qui avoient raifonné fur la nature des Dieux , trouvèrent tant d'abfurdués dans le fond même de leurs Hiftoires , qu'ils fentirent la nécefîité indifpenfable de recourir à Tallégorie , pour trouver quelques explications au moins vraiiemblables : mais la grande diver- (lié de leurs interprétations, prouve qu^ils n'é- roient pas au fait des objets que les Auteurs de ces allégories avoient en vue. Saint Auguftin les irouvoit fi peu fatisfaifantes , qu'il dit que par leurs explications, ils veulent faire honneur à ces fables ridicules , extravagantes , en les appli- quant aux opérations de la Nature Ôc de l'Uni- vers , & aux différentes parties de l'un Ôc de l'autre. Il fufHt en effet de lire tout l'endroit que nous venons de citer de Ciceron , pour voir clai- rement que ces exnlications font abfolumenc

Egyptiennes et Grecques.

forcccs. Car qui prendra janirais des étoiles pour des liens de laine ? Qui pourra penfer avec lui que Saturne a été ainli nouniié , de ce qu'il eit foui d années , quod faturdur annis , pait'que Temps en eft au contraire infaciable? L'en croira- t-on iurfa parole, quand il ajoute, que l'on feint que Saturne a dévoré fes propres fils , parce que ïzgQ dévore Its efpaces du temps ? Si cela étoit ^inli , comment auroit-on pu dire qu'il revomis le caillou & le relie qu'il avoir dévoré, au moyen d'une boiflfon qu'on lui fit prendre, puifque le temps une fois pailé ne revient pas , & ne rend' jamais ce qu*il a englouti?

L'hifloire de Saturne renferme même uue in- finité de circonftances qui ne peuvent convenir au Temps. Ses guerres ^ par exemple , avec les Titans , fa mutilation , fon détrônement , fa fuite, ôc fa retraite en Italie pour s'y cacher ^ fon règne avec Janus j fa parenté mcme , car que feroit-on de Titan , de Japct , d'Atlas , de Rhée & des autres ? à quelles parties du Temps \qs attribuera-t-on ? Et fi le Temps le plus an- cien elt l'aîné des chofes , comment pourra-t-on dire que Saturne étoit le plus jeune des enfans du Ciel & de la Terre ?

Quant à fon nom grec KçAo^ , qu'on dit être le même que xs^^^s ^ tempus , je croiiois que cette refiemblance de noms a été la caufe l'erreur de ceux qui ont pris Saturne pour le Temps. Si Ton avoir fait attention aux autres noms que les Grecs donnoienc à ce Dieu , on auroit reconnu que Kç:r.^ pouvoit ne pas fignifier le Temps, puif- que celui d'r'Aos 3 que Philon de Byblcs inter-

ji Fables

prête âe Sanchoniathon , donne a Saturne j fui- vaut le témoignage d'Eufebe , 1. i. ^y^oTrctçacj-^coy , lî'a aucun rapport avec le Temps, i'aoi^ to-;jcxi Kpô^^v x.«<B/ri'Aoc, Ôcc. dit cet Auteur. On fait qu'lAw^ veut dire du limon, de la bouc, & qu'il a été fait d^rAcs ^ palus , duquel on peut également avoir fait r.\c^ ^ qui eft le nom de Saturne j & alors K^'voç pourroit venir de Kç-xr^c, «r, que les Do- riens difoient pour k-;V- , fons ; car on n'ignore pas que les Grecs changeoient alfez fouvent ïa en 0 : peut-ctre viendroic-il encore de k^citU^ fons fcaturiens , qui a été fait aulïï de Kpn), , Ôc dans ce cas on auroit dit k§o»o^' par fyncope pour KçoicôV, Cette étymologie paroît d'autant plus naturelle , que la plupart des Anciens aàmet-^ toîent avec les Philofophes Hermétiques , l'eau comme' premier principe, ou le chaos qu'ils regardoient comme une boue , & un limon du- quel tout croit forti Quelques-uns ont mcme die que l'Océan ou l'eau étoit le plus ancien & le père des Dieux 5 <i"'autres ont dit qu'Océan étoit feulement frère de Saturne ^ fans doute parce c]ue l'eau & la boue font toujours enfembie. L'eau feroic alors i Océan , & le limon Saturne \ ce qui feroit défîgné par fon nom Tao?.

Les Philofophes Hermétiques ont toujours eu cette idée de leur Saturne , puifqu'ils ont donné ce nom à leur chaos ou matière dilfoute , & ré- duite en boue noire, qu'ils ont appelée plomb des Sages. Mais comme ces noms de plomb bc - de Saturne pouvoient induire en erreur les Chy- miftes , Riplée les en avertit, en difant {a) i {a) Philcrii, cap. 20,

« Nocis

Egyptiennes et Grecques. 5

Notre racine ell renfermée dans une chofô » vJe , m-prifée , & à laquelle la vue ne mec >> point de prix ; ( qu'y a-t-il en eftec de plus mé- priraL)le que labjue? ) Mais prenez gade » vous tromper iur notre Saturne. Le plomb , « croyez moi, fera toujours plomb. »

Telle eft la véritable idée que nous devons tivoir de Saturne , ce Dieu couvert de haillons y ou d'habits fales & déchirés ; puirque la matière du Magillcre eil: dans cet état de diirolution ôc de noirceur j un objet vil , méprifé comme delà boue , qui paroît à l'œil ions un dehors Taie , ôc plus capable de ia faire rejeter 6c: fouler aux pieds , que d'attirer des regards. Les Philofophes, toujours attentifs à ne s'exprimer que par énig- mes , ou par des allégories , ont parlé de cette matière j tantôt en général , tantôt en particulier. Se Tout appelée Satnrnic végétale ^ race de Sà-^ turne ; ils en ont parlé dans cet état de confu- fion ôc de chaos ^ comme de la matière de la- quelle fe forœoit ce chaos & cette boue. Ray- mond Lulle ditenconféquence (a^ : «* Elle paroîc à nos yeux fous un habit fale», puant, infedé j> êc venmieux. >* Ht Fauteur du Sdculum aU" Tcum redïvLVum : *' Le lait ôc le miel coulent de r> fes mamelles. L'odeur de fes vêtemens eft ;3 pDur le Sage comn-je celle des parfums da j> Liban , Ôc les fous l'ont en horreur ôc en abo- j> mjiiaiion. j>

C'eft proprement cetre dillolurion , appelée par les Philofophes 3 réducllon dc^ corps en leur

(■) Tia-or. c. î8.

54 Fables

-première matière , qui a fait donner le ferpenc & la faulx pour fymbole à Saturne , comme nous Favons dit ci- devant, conformément à l'idée qu'en avoient les Egjjptiens , defquels les Grecs avoient emprunté la plupart à^s leurs. Et li l'on a feint que Saturne avoit dévoré fes propres en- fans 5 c'en qu'étant le premier principe àiQS mé- taux ^ & leur première matière ^ il a feul la pro- priété & la vertu de les difloudre radicalement, ôc de les rendre de fa propre naturjs, Aufli Avi - cenne dit - il avec les autres Philofophes : Vous ne réujjîrc^ jamais ,Jîvousnc réditife-^^les métaux ( philofophiques ) en leur première matière (a). De tous les enfans que Saturne dévora , aucun n'eft nommé jufqu'à Jupiter j ôc les Philofophes n*en nomment aucun jufqu'à la noirceur , ou leur Saturne. Avant que cette couleur paroilfe , ils appellent leur matière chaos. « Elle eft , diç » Synefius (b) , le nœud Se le lien de tous les » élémens qu'elle contient en foi , comme elle 99 eft l'efprit qui nourrit & vivifie toutes chofes , » ôc par le moyen duquel la Nature agit dans 3> rUnivers. » Cette maciere, dit un Anonyme , eft la fcmence du Ciel ôc de la Terre , premier principe radical de tous les êtres corporels. Sa- turne eft le dernier des enfans du Ciel & de la Terre , & règne néanmoins au préjudice de Ti- tan , fon frère a'iné ; mais il n'obtient pas la Cou- ronne fans guerres ôc fans combats j car la diifo- lution ne peut fe faire fans une fermentation. Lqs Titans, fils de la Terre j font les parties de

(a) Avicen. Epift, de re (b) Sur iCEuvre des Pbi-

reûa, lofophes.

ÉGYPTIENNES Et GRECQUES; 35

la terre philofophique j qui fe combattent avanc la putréFadion ; de cette putréfadion naît la noir- ceur appelée Saturne : &c comme cette noirceut eft auili appelée Tartarc _, à caufe du mouve- ment & de l'agitation des parties de la matière pendant qu elle eft dans cet état , on a femt que Saturne avoit précipité les Titans dans le Tartare , qui vient de r^ça^ro-o, turbo , commoveo, " Le règne de Saturne dure donc autant que la noirceur. Il fenible alors dévorer tout , jufqu au caillou mcme qu'on lui préfence au lieu de Ju- piter , puilque tout eft dlifous : mais le caillou eft de trop dure digeftion , & fi-tôt qu'on aura fait boire à Saturne une certaine liqueur que la fable ne nomme pas , c'eft-à-dire , après que les parties aqueufes & volatiles auront commencé à monter au haut du vafe en forme de vapeur , & après s'être condenfées en eau j elles retombe- ront fur la matière terreftre & noire , appelée Saturne , comme pour lui donner à boire dans le fens que Virgile dit ;

Clauditc jam rivas , pueri , fat prata hiberunti

Ou, comme on dit que la rofée & la pluiéf abreuvent la terre : alors Saturne rendra le cail- lou qu'il avoit englouti ; la matière des Philo- fophcs , qui éroit terre avant d'être réduite en eau p.ic fa diilolution , recomm.encera à paroître y fi- tôc que la couieur grife commencera à fe mani- fcfter. Alors Jupiter , qui n'eft autre que cette' couleur grife, par conféquent fils de Saturne Se de Pthée , puifqu'ii eft formé de la noirceur, lavé»'

Cij

if^ Fables

par la pluie > dont nous venons de parler. Cette p\uie eft patfaitement défignée par Rhée , qui vient de ncoyjiuoy fundo, Jupiter alors détrô- nera fon père ^ c'eft-à-dire , que la couleur grife fuccédera a la noire. Les quatre ciiFans de Sa- turne Ôc de Rhée font tous Formés daiis cetie occafîon. Jupiter eft cette couleur gnfe ; Junon eft cette vapeur ou humidité de l'air renfermé dans le vafe j Neptune ell i'eau mercuriclie ou la mer philofophiquCj venue deia putiéfadion y Pluton j ou le Dieu des richelfes , eft la terre même qui fe trouve au fond du vafe : ce qui a fait dire aux anciens Pocres , que l'Enfer ou le Royaume de Pluton étoit au fond de la Terre. Jupiter & Junon fe trouvent par conféquent les plus élevés , & occupent le Ciel , patce que cette couleur grife fe manifefte fur la fuperficie de la matière qui furnage ; c'e(l-là le Ciel dQs Philo- sophes , nous verrons que font tous les Dieux j î*îeptune ou Teau fe trouve au-de(îbus , ôc enfin Pluton efl la terre, qui eft au fond de Peau. Cette terre renferme le principe aurifique j elle eft fixe , Se c*eft elle qui fait la bafe de la pierre philo- fophale, fource des richelfes. On a donc raifon d'appeller Pluton 3 le Dieu des richesses : ôc si Ton donne à Mercure l'épithete de dator bono- gum , c'eft: que le mercure philofopliique eft l'a- gent de l'oeuvre 5 & celui qui perfedionne la pierre. Quant d Chiron le Centaure , aucre fils de Saturne & de Phillyre» j'expliquerai dans fon lieu ce qu'on doit en pcnfer.

Ceux qui ont pris Saturne pour le Temps , lonc repréfcncé quelquefois avec un clepfyire ou

ÉGYPTIENNES ET GRECQVES: 'j^

fable fur la tète , au lieu d'ua cafque que quel- ques Anciens y avoienc mis pour déiigner fa force. Les ailes avec lefquelles quelques-uns re- préfentent Saturne , concredifenc viiiblement ceux qui ont avancé qu'il avoir ks pieds liés avec àcs cordes de laine ; à moins qu'on ne veuille dire qu'on lui avoit donné des ailes pour fuppléer au défaut des pieds. Pour moi , je croirois plutôt que ceux qui fe font aviiés anciennement d'ex- pliquer allégoriquement les Fables, (?c delesre- préfenter par figures fymboliques , fans être au . fait de Pintention des Auteurs de ces Fables , ont confondu la figure ou l'hiéroglyphe du Temps avec celle de Saturne. Je penferois donc qu'il faut diftinguer les unes des autres _, ôc ne regarder comme figure de Saturne que celles qui ont ua rapport vifible avec fon hiftoire , & iailfer au Temps celles qui lui conviennent. Je ne nie ce- pendant pas que chez les Grecs ôc les Romains on n'ait pris Saturne pour le Temps , ôc qu'on ne lui en ait donné les attributs ; mais on ne trouve aucun monument Egyptien , & aucun Auteur ne peut avancer fur des raifons folides , que les Egyptiens ou les Phéniciens aient jamais regardé Saturne comme le fymbole du Temps. Il peut faire que dans les fiecles poftérieurs à ceux qui ont tranfporté les fiélions Egyptiennes dans la Grèce , les Artiftes ma! inftruits de leurs inten- tions , aient repréfenté Saturne comme le Temps. Ainfi les mauvaifes interprétations des Fables ôc les repréfentations de Saturne , faites en confé- quence , auront contribué à faire naître l'erreur ^ - èc à l'encretenir.

C iij

{$i Fables

Aucun des Philofophes difcipîes d^Hermès ne fe font avifés de donner dans cette erreur. !is ont prisv Saturne fuivant Fidée des Egypriens , ôc s'ils difent avec eux qu'il fallut combarire fon frère Titan pour s'emparer du Trôiie , c'cft qu'ils favent que le fixe ëc le volatil font frères que celui-ci dans la di(ïoIution remporte la vic- toire , <Sc demeure le maître; de manicre que Jupiter, fon fils, efl le feul qui puiiTe le détrô- ner par les raifons que nous avons dites ci-de- vant, lis favent aufii quHéfiode (a) a voit rai- fon de dire que la pierre avalée & rejetée par Saturne , fut dépofée fur le Mont-Hc!icon , les Mufes font leur féjour , parce qu'ils n'igiio- rent pas que ce Monr-Hclicon n'eil autre chofe que cette terre furnageante _, en forme de mont, qui peut être appelée Mont-Hélicen ou iMont noir j <^',\i-Jç , niger^ On peut le dire proprement Thabitatioa des Mufes , puifque c'ed fur lui que voltigent les parties volatiles , que nous avons dit dans le premier Livre avoir été délignées par les Mufes ^ comme nous le démontrerons encore dans la fuite. C'eft d'ailleurs cette pierre célèbre dépofce îur leMont-Hclicon, qui a Fourni matière aux Pocmes d^Orphée , d'Honiere t< de tant d'autres. Ce mont a pris ditîcrens noms, fuivant les différens états il fe trouve , & les variations de couleurs qu'il éprouve pen- dant le cours de l'œuvre. Lorfqu'il tranfuiie ou tranflfude , c'eft-à-dire , que lorfqu'ayant la for- pie du chapeau qui s'élève fur le moût ou lue de

{a) Theog.

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES. jf

raifiii dans la cuve , il forme une efpece de mon- ticule, & que l'eau mercurielle qui eftau-delTous tranffude d travers , pour s'élever en vapeurs ôc retomber en rofée ou pluie , on lui a donné le nom de Monc - Ida , à^i^'o^ , Tueur j quant après cela il devient bb ic , beau & brillant , c'eft le Hnont couvert de aeige d'Homère {a) y le Mont- Olympe , fur lequel habitent les Dieux. Tantôc c'eft rifle flottante , Latone met au monde Phébus Se Diane ; tantôt Nifa environné d'eau , Bacchus fut élevé : ici c'eft l'Ifle de Rhodes , tombe une pluie d'or à la naiflance de Mi- nerve ; c'eft rifle de Crète, ê^c.

Les Philofophes Hermétiques repré Tentent Sa- turne dans leurs figures fymboliques , de la mê- me manière que les Anciens , c'eft-à-dire fous la figure d'un Vieillard tenant une faulx , ôc ayant des ailes. Nicolas Flamel nous a confervé dans fes figures hiéroglyphiques celles d'Abraham Juif, Se nous préfente dans la première, Mer^ cure ou un jeune - homme ayant des ailes aux talons, avec un caducée; Ôc un Vieillard venanc à lui les ailes déployées , avec une faulx à la main _, comme pour lui couper les pieds.

Noël le Comte , entêté de fa morale, qu'il croît voir dans toutes les fables , ne peut fouffrir qu'on leur donne d'explications qui tendent à un autre but. il avoue que les Chymiftçs interprètent la fable de Saturne des opérations de la Chymie ; mais il paroît qu'il ne favoic pas faire îa dif- tindion d'un Chymifte vulgaire 3c d'un Chy^»

4^0 Hiad. L I. v. 42c, & aJ 6i,

Civ

^4 Fables

mifte Hermétique. «< Comme on a attribue, Sit-- sf> il (a)^ un métal à chaque planète, à caufe 55 de quelques reiïemblances qu^on a cru remar- î5 quer entr'elles, les ty^ans des métaux ou Chy« 5> miftes ont explique prefque toute cette fable relativement à leur arc j voulant fe donner » paf-là pour les difciples «S: les imirareurs d'Hermès, de Geber &: de Raymond Luile , 5> qui étoient Platoniciens. . . . Car ces bour- »» reaux des métaux s'efForcen: d'iiîventer de 31 tels & femblables artifices , pour les tranf- 55 muer ôc leur donner d'autres formes , par la 3> crainte qu'ils ont de la forme afFreufe de lapau- » vreté. j>

Cet Auteur, en traitant les Difciples d'Hermès de bourreaux des métaux , montre fon ignorance parfaite de l'art Herm.étique ; premièrement , parce que Geber, Raymond Lulle & les autres jPhilofophes ne parîenc que des métaux philofo- phiques , & non df?: vulgaires; & ont foin d'a- vertir que ceux du vulgaire font morts , êc les leurs vifs {h), 2^. Us ne fui vent pas les procédés de la Chymie vulgaire dans leurs opérations ^ ôc ne bourrelîenr pas les métaux ^ puifqu'on peut itre très- bon Philofophe Hermétique , «Se ignorer

(fl)Myth. 1. 1. j Herm. Phiîof. Opus , C?n.

(b) Corpora autem illa virginitiite intemeratâ , Si jncori-iiprà; viva & anima- ta , non cxrinaa ^ qmlîa funr cTu^ à vuigo tractAn- tur , fumi neceiTe eft -, quis enim n m- rtuis vitam ex- peclet? D'Elpagnec Arcan.

2T. & jn Can. 13. Luna3 nomine , Lunam vulgarem Philofbphi non inteîligunr. Et in Can. 41. Lunam Phi- lofophorum five corL^m mercuriiim, qui me'curiuni v'ulgarem dixerit ; auc xciqxik fallit , aut ipfe fallitw?.

Egyptiennes et Grecques. 41%

parfaitement la Chymie vulgaire {ci). Celle-ci n'eft gueres occupée que de la deilradion des. mixtes ; l'autre travaille à les perfedionner. Les Chymiftes vulgaires _, ou plutôt les ^Souffleurs , cherchent â faire de l'or , & détruifent celui qu'ils ont. L*art Hermétique fe propofe de faire un remède qui gucrille les maladies du corps hu- main : il ne fe flatte pas de flrire de l'or imn-.é- diatement , mais de fairp une matière qui per- fedionne les bas métaux en or. D'ailleurs Noël le Comte dit fotr mai- à-propos que Geber, Her- mès éroient Platoniciens , puiique Piaron fuc trcs-poftérieur à Hermès. Allais peut-être ce My- iholociue le difoic-il , comme S. Jérôme difoit de

(a) Studiofus tyro inge- nio peripicax , animo conl' tans Philofbphi^ftudio Ha- grans , Phyiic^e admodum peritus^ corde purus , mo- ribus integer, Dwo pluri- mum addi61:us , Hcèc Che- inicîs praxeos ignarus , re- giani natursE viam confi- denter ingrediatur. D^Ef- pagnet, Caii. 7.

Ars Chemin? ejufmodi fubtilitates niinc invenit , ut vix majores polFint re- , periri. ... Si hodie rcvivil- ceret ipfe Phiîoropl:onîm pater HeriTiès , & iabtilis ingenti Geber , cum pro- fiindiirimo Raymundo Lul- îio , non pro Philoibphis, fsd potius pro difcipulis à

nodris Chemiflis haberen- tur : ne(cirent rot hodie ufitatas diflillaiiones, tôt circuiationes , tôt calcina- tiones , & toc alia innu- merabilia Artiflaruoi opé- ra , ciua?ex illorum icriptis hujus iarculi iiornines inve- narunt ik: excogitaverunr. Cofmop, Nov, Lumen Cfie* mie Tra3. t.

Eu autem aliud Phiîo- fophorum SecrerifTimuai opus , quod nec igné nec manibus perHcitur & ad illud revocanda ibnt omnia qu:e dixerunt de opcratiô- nibiis Sz coloribus , ^c. Philah Introït:, apertus > cap, 18.

41 Fables

Phiion Juif : aut Flato philonifat ^ aut Philo platonlfat,^

Nous avons déjà parlé du règne de Saturne en Italie , «dans le Livre précédent , au chap. du Siècle d'or. Il nous refteroic à parler du culte de ce Dieu , & des tctes iiiftituées en fon honneur ^ mais nous renvoyons cet article au Livre fuivant , qui traitera des fcces j des jeux & des combats iniiitués en l'honneur des Dieux & des Héros.

CHAPITRE IV.

Hijîoirc de Jupiten

^ I je m'étois propofé d'expliquer toute la My- thologie , ce feroit ici le lieu de parler de Titan, Japet , Thétis , Cérès ;, Thémis & les autres enfans du Ciel ô: de la Terre : mais comme j'en parlerai dans les circonftances qui fe préfenieronc, je les laifïe pour ne pas rompre la fuite de la chaîne dorée. Se je viens à Jupiter.

Entreprendre de difcuter ici tous les fenrimens différens fur Jupiter , fa généalogie , (es difFérens noms ; vouloir auffi entrer dans le détail de tout ce que les Hiftoriens , les Poètes &c les Mytho- logues en ont dit , foie pour rendre fun hiftoire moins abfurde , foit pour conftater fon exiftence réelle , comme Dieu , ou comme Roi , ou même comme homme j ce feroit fe mettre en tête un ouvrage qui n'auroit pas une liaifon allez directe ÂVcc le bu: que je me fuis propofé. On peut voie

Egyptiennes et Gr-Ecc^ues. 45 touc cela dans le premier L\v:c du ((^cond Tome de la Mythologie dt M. l'Abbé Banier.

Ainfi , qac des Rois de la Grèce aîeiic_, fi l'on veut 5 porté le nom de Japicer , peu m'imporce ; & quelque matière à contradidi-on que me four- niiîe la fixation des époques des vies & des rè- gnes de ces prétendus Pvois , par le favanc My- thologue que je viens de citer ^ je n'examinerai point il, comme il ledit (a), Apis^ Roid'Argos 6c petit-fils d'inachus , prit le nom de Jupiier j ôc vivoit iSoo ans avant Jcfus- Chriil:. S'il eft vrai qu'un Aftérius, Roi de Crète, environ 14.00 ans avant TEre Chrétienne, ait pu enlever Eu- rope, fille d'Agenor j Roi de Phénicie, ôc fœuc de Cadmus , qui vint s'établir dans la Grèce , fui' vaut le même Auteiu (^) , 1350 ou 60 ans avant Jéfus Chrift , la quatrième aniiéedu règne d'Hei- Igii ^ fils de Deucalion , qui regnoit 1611 ans avaiu la même Ere ( c). Si le premier fait eft vrai , il faut avouer que les Cretois gardoient la rancune ôc le delir de fe venger par lepréfûlles bien long-temps, puifque plui; de 400 ans ne purent l'éteindre. Hérodote _, au commencement Je fon fîiiloire , convient avec Eciiemenide dans fonhiftoire de Crète, que les Crécois, en enlevant Europe , ne le firent que par droit de repréfailles, les Phéniciens ayant auparavant enlevé Ino , fille d'Inachus. 11 n'ed pas moins fiiiprenant qu'Apis, Pvoi d'Argos & petit- fils d'Inachus , ait regiié près de i'c)Oo ans avant Jéfus-Ciuiil (^) , pen^ dant qu'înachus lui-même ne s'établit dà-iS h

(a) Loc. cit. c. I. J Ce) Loc. cit. p. 60.

ib) Tom. III, p. Cl, 1 (i^ Toiîi. II, p. 14,

44 Fables

pays j qui depuis fut appelé Peloponefe , que jSS'o ans avant le même Jéfus-Chrill (a). On. fent combien de telles fixations d'époques me donneroieat d'embarras à difcuter; l'abandonne donc tout cela à ceux qui voudront fe donner la peine de faire une critique fuivie de ce favant ô: pénible ouvrage , pour m'en tenir à l'hit- toire de Jupiter, luivant i'opinion la plus com- mune.

Que nous regardions ici Jupiter comme Egyp- tien , ou conime Grec, c'efc à peu près la même chofe , puifque l'un &. l'autre, félon prefque toute l'Antiquité , étoient fils de Saturne ôc Rhée 5 éc petits-fils du Ciel <^ de la Terre. Ti- tan ayant fait une convention avec Saturne , pat laquelle le premier cédoit l'Empire à l'autre ^ à condition qu'il feroit périr tous les enfans mâles qu'il auroit de Rhée \ Saturne les dévoroit à mefure qu'ils naiiroient. Rhée , indign=ée d'en avoir déjà perdu quelques-uns , fungea A fauver Jupiter, dont elle fe fentoit groiîe ; & quand elle fut accouchée, elle trompa fon mari, en lui préfentanc, au lieu de Jupiter , un caillou emmailloté. Elle fit tranfporrer Jupiter dans l'ide de Crète _, & le couiia aux Dactyles pour le nourrir & l'élever. Les Nymphes qui en prirent foin (b) , fe nommoient Ida Se Adrafté : on les appeloit auili les MeliiTes. Quelques- uns difent qu'on le fit allaiter par une chèvre , S: que les abeilles turent auiîi fes nourrices : mais quoique les Auteuis varient afiez là-dellus ^ tout fe téduic

00 Tom. m. p. 2t. C>) Apollod. 1. i .

Egyptiennes et Grecques. 4$

prefque a dire qu'il fut élevé par les Corybantes de Crète j qui feignant des facrificcs qu'ils avoient coutume de faire au fon de plufieurs iniliumens ^ ou, comme quelques-uns le prétendent , danfant & frappant leurs boucliers avec leurs lances , fai- foient un alTez grand bruit pour qu'on ne pût en- tendre les cris du petit Jupiter.

Quand il fut devenu grand , Titan en fut averti ; & croyant que Saturne avoic voulu le .tromper & violer les conditions de la paix , eu élevant des enfans mâles , Titan aîfembla les fîens , déclara la guerre à Saturne , le faifit de lui &c d'Opis , ^ les mit en prifon. Jupiter prit la défenfe de fon pore , attaqua les Titans ^ les vainquit , ôc mit Saturne en liberté. Celui - ci peu reconnoilTant j tendit des picgcs a Jupiter, qui par le confeil de Métis , fit prendre à (on père un breuvage qui lui lit vomir piemierement la pierre qu'il avoir avalée , Se enfuire tous les enfans qu'il avoir dévorés. Plu:on ôc Neptune fe joignirent à Jupiter , qui déclara la guerre â Sa- turne , & s'en étant (aifi , il le traita précifémenr de la même manière qu'il avoir traité lui-même fon père Uranus , de avec la même faulx. Il le précipita enfuite avec les Titans dans le fond du Taitare , jeta la faulx dans l'Ide Drepanum , ëc les parties muiilées dans la mer , deiquelles na- quit Vénus.

Les autres Dieux accompagnèrent Jupiter dans la guerre qu'il foutint contre les Titans ôz con- tre Saturne. Pluton ^ Neptune j Hercule , Vul- cam , Diane > Apollon, Minerve, B.icchas ayême lui aidèrent à remporter une vicl;ii:e ccnipictîc.

j\^ Fables

Bacchus y fat (i maltraité , qu'il y fut mis en pièces. Heurcufemenî: Pal las le rencontra dans cet état 5 & lui trouvant encore le cœur paipi- '1 tant , elle le porta a Jupiter , qui le guérir* |

Apollon , habillé d'une étoile de couleur de pourpre , chanta cette vidoire fur fa guitare. Jupiter , plein de reconnoiHance envers Vefta , qui lui avcit procuré l'Empire , lui propofa de ' lui demander tout ce qu'elle voudroit. Vefta fie choix de la virginité ik des prémices àes facrifi- ces. Les Géants tirent enfuite la guerre à Jupiter, .ik. voulurent le détrôner \ mais aidé encore des Dieux 5 il les vainquit , les foudroya s & enfe-* velu les plus redouiables fous le Mont-Ethna. Il efc à remarquer que Mercure ne fe trouva pas dans ia guerre contre les Titans, Se qu'il fut un de ceux qui combattirent avec le plus d'ardeuE contre les Gé?.nts.

Les Anciens tcpréfentoîent Jupiter de dlffé- ; rentes ir.anieres. La plus ordinaire dont on le i peignoit , étoit fous la figure d'un homme majef- tueux, & avec de la barbe ^ afiis fur un tione, , tenant de la main droite la foudre ^ ôc de l'autre une viétoire , ayant à (es pieds nue aigle , les ailes déployées , q,û enlevé Ganymede , on feule : ce Dieu ayant la partie fupérieure du corps nue , èk la partie inférieure couverte. Paufanias (a) décrit la iiarue de Jupiter Olympien en ces ter- mes : «< Ce Dieu efl repréfenté aiVis fur un tro- « ne , il efl: d'or S-: d'ivoire , & il a fur la tcte » une couronne '-ui imite la ieuille d'olivicrS*

Egyptiennes et Grecques. 47

3> De la main droite il tient une vidoire , qui » eft aa(îi d'ivoire ôc d'or , ornée de bandelec- » tes , ôc couronnée ; de la gauche , Jupiter tient 5> un Iceptre brillent toutes fortes de métaux. » Une aigie repofe fur le bout de ce fceptre.: La •> chauiïuie Se le manteau font auiîl d'or : fur 3> le manteau font repréfentés toutes fortes d'a- 3> nimaux , toutes fortes de fleurs ^ & particu- 95 lierement des lis. Le trône eft tout éclatant » d'or ôc de pierres précieufes : i^ivoire êc Té- j> bene y font par leur mélange une agréable 3> variété, j> Jamblique [a) dit que les Egyptiens pcignoient Jupiter affis fur le lotus. Les Libyens le repréfentoient , ou fous la forme de bélier j ou avec des cornes de cet animal , Ôc le iiommoienc Ammon , parce que la Libye le temple de ce Dieu fut bâti , étoit pleine de fable. La raifoii qu'ils croyoient avoir de le figurer ainfi , eO: par- ce qu'on le trouva, difent quelques-uns _, entre des moutons ôc des béliers , après qu'il eut aban- donné le Ciel par crainte des Géants; ou qu'il fe métamorphofa lui-même en bélier, de peur d'être reconnu. Je ne rapporte pas ici les autres raifons qu'en donnent Héiodote au fujet du deiir qu'Her- cule avoir de voir Jupiter, Ôc Kygin en parlanc des difpofuions que Bacchus fit pour fon voyage des Indes.

On trouve dans les Anciens^ ô: Ton voit fur les monumens que le temps a épargnés , pluheurs autres repréfentations de Jupiter. L'Antiquité expliquée de D. Bernard de Monthiucon , en

(.:) De Mviler. .^i^yp.

48 F A B £ È $

fournir de bien 6qs forces ; ma'S on ne peut liîef

que la plupart des fymboles , ^hs atciibuts & deâ fittituQes mêmes de ce Dieu ne foient venus ou du caprice des ouvriers, ou de la fanraifie de ceux: qui faifoient faire ces ftatues ou ces peuitures. Ciceron nous en donne une grande preuve ^ lorf- qu'il dit (a) : Nous connoiiïons Jupiter , Junon, j> Minerve , Neptune , Vulcain j Apollon <Sr les j> autres Dieux , aux traits que leur a donnés le 5j caprice des Peintres ôc des Sculpreuis ; & non j> fea!enienc aux traits , mais encore à l^âge , â « rhabillemenc , Se à d'autres marques. « J'ai ex- pliqué dans le premier Livre ce qu'on enccndoic pr Jupiter Sérapis.

Jupiter a été de tous les Dieux du Paganifme un de ceux donc le culte étoir le plus folemnel Ôc le plus éceiidu. Les victimes les plus ordinaires qu'on luiimmoloic , étoient lachevte , la br*::bis de le taureau blanc , donc on avoir foin de dorer les cornes.

Les Anciens varient fort entr'eux fur l'idée ciue Ton avoir de Jupiter , qu'il feroit tiès-difii- cile de s'en former une fixe de nette. On peut en conclure feulement qu'ils ne le regardoienc pas comme nn Dieu qui avoir exifté fous forme humaine , malgré que les Cretois , au témoi- gnage de Lucien , vouiu;rent taire croire qu'il étoit mort chez eux , & qu'ils étoienc poflefïeurs de fon rombeau ( h ). Caîlimaque dit que les

(a) De Nat. Deor. î, i. [ tum Jovem teiTantur, f^d

(b) Ci'Jtenîcs noii îoIuîti j criam iep àcrum cjas cf- naîu^ii .-n;.:i ic îv ilfiJ- | tciàùur.r. Lmiaii. injacrif-

8 ]• II

..1)

Egyptiennes et Grecques. 4^

Cretois écoienc d«s menteurs , puifque Jupiter vil toujours , & fe trouve par-tout.

Cre£e5 mendaces femper , JRejr c/me , fepulcrunt Erexére tuum : tu vivis femper , 6' ufque es, (û)

Les uns avec Horace (h) prenoient Jupiter pour Tâîr : Jacet fub Jovcfrigido ; <Sc Théocrite dans fa quatrième Eglogue : Jupiter É» quandoquc pluit y quandoquc fercnus, Virgile parloic de lui fous le nom d^Etber.

Tum Pater omrùpotens fœcundis imhrihus Mther Conjugis in gremium Uî& defcendu^ 6' omnes Magnus alit magno commifius corpore fœtus*

L. 2. Georg.

Ciceron (c) die auffi d'après Euripide, que i^Ether doit être regardé comme le plus grand des Dieux. Anaxagoras débitoit que cette partie de l'Univers étoit toute ignée & pleine de feu , ôc que de il fe répandoit pour animer toute îa Nature. Platon [d) femble avoir pris Jupiter pour le Soleil. Mais lorfqu'on a voulu le pré- fenter comme Dieu, alors Jupiter eft devenu le père des Dieux ôc des hommes , le principe êc

(a) In Hymn. | atqiie curans. Hune (equî

(6) Ini«, Odar

(c) De Nat. Deor. 1*2.

{d) Magnus iane dux in cœlo Jupiter volucrem im- pellens currum, primus in- cedit omnia coordinans ,

//. Fartic. D

tur Deoruiïi ac Daemonio* runi excrcitus in duodecim parres dillributus : Vefta ibla in atrio Deorum ma" net. In Ph&dro,

r5d Tables

k fin de toat j &c celui qui conferve ôc gouverne toute la Nature, comme il lui plaît (a), Ceft fans doute ce qui l'a fait nommer , tantôt Jupiter Olympien ou le Célefte ^ Ôc tantôt Jupiter in- fernal , comme on le voit fouvent , Ôc dans Homère ôc dans Virgile. Un ancien Pocte a même dit que Jupiter , Piuton , le Soleil ôc Bacchus n'étoient qu'une même chofe.

Toute l'Antiquité s'accorde néanmoins à dire que Jupiter étoit fils de Saturne Ôc de Rhée ; ôc ce qu'il y a d'alTez extraordinaire , c'eft que la plupart dQs Mythologues font Saturne fils du Ciel êc de Veila , qui efl: la Terre , félon eux , de même que Cybele , Ops , Rhée ôc Ccrès j Rhée feroit par conféquent fa propre mère à elle- même 5 & fa propre fille ; elle feroit aufH mère , femme ôc fœur de Saturne. Cérès , qui eut Pro- ierpine de Jupiter , feroit devenue fa femme en même temps que fa mère Ôc fa fœur. 11 feroit bien difficile d^'accorder tout cela , fi Ton ne l'explique allégoriquement j ôc quelle allégorie trouvera- t-on qui puifie y convenir , à moins qu'on en

(a) Jupiter omnipotens eft primus , & ultimus idem. Jupiter eft caput , & médium j Jovis omnia mur.us; Jupiter eft fundamen humi, ac ftellantis Olympi. Jupiter Se mas eft , 8c nefcia fœmina mortis. Spiritus eft cunélis, validi vis Jupiter ignis , £t pelagi radix , Sol , Luna eft Jupiter ipfe Omnipotens Rex eft , Res omnis Jupiter ortus , Nam fimul occubuit , rurfum extulit omnia laîto Corde fuo è facro confultor lumine rébus.

Orphsus in Hymno quodam».

'

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES, ^i

jfafTc rapplication à la Chytnie Hermétique, ou je père 5 la merej le fils, la fille, l'époux & Té- poufe , le frère Ôc la fœur ne font en effet que la même chofe , prife fous diftcrens points de vue ? Mais pourquoi , dirait on , inventer un fi grand nombre de fables fur Jupiter Se les autres ? G'é- toit pour préfenter la même chofe de différentes manières. Les Philofophes Hermétiques ont faic une quantité prodigieufe de Livres dans ce goûc- là. Toutes leurs allégories ont pour but les mê- mes opérations du grand œuvre , de néanmoins elles différent enît'eiies fuivant les idées ôc h fantaifiô de ceux qui les ont inventées. Chaque homme s'eil: exprimé félon la manière dont il écoit afFcdé. Un Médecin a tiré fon allégorie de la Médecine ^ un Chymifte a formé la fienne fur la Chymie j un Aftronome fur TAfironomie, un Phyficien fur la Phyiique, Se ainfi dQS au- tres. Et comme la Pierre Philofophale a , fuivanc Texprefiion d'Hermès (a) , routes les propriétés des chofes fupérieures $c inférieures, &c ne trouve point de forces qui lui réfiftenc , fes Difciples ont inventé des fables qui pufTent exprimer ôc indi- quer tout cela.

Tel nous eft repréfenté Jupiter , appelé en conféquence, Perc des Dieux & des Hommes , le Tout-Puijfant, Héfiode , prefque routes les fois qu'ail le nomme , ajoute le furnom de Largitor bonorum^ comme étant la fource & le diftribu- teur des biens & des richeifes. Il ne faut pas non plus s'imaginer avec quelques Mythologues ,

. (fl) Table d'Emeraude.

D ii

'51 Fables

que la prérendue cruauté de Saturne envers fes enfans lui a fait perdre la qualité de père des Dieux , pendant que fa femme Rhée ou Cybele a été appelée la mère âçs Dieux & la grand- mere, ôc étoit honorée comme telle dans tout le Paganifme. La vcriiable raifon qui a fait con- ferver ce titre à Cybele , c'eft que la Terre phi- lofophique d Saturne &c les autres Dieux font fortis , eft proprement la bafe & la fubftance de ces Dieux. 11 eft: même bon de remarquer que quoiqu'on ait confondu fouvent j ôc fait une même chofe de Rhée & de Cybele , on n'a ja- mais donné le nom de mère des Dieux à Rhée, comme Rhée , mais feulement comme Cybele, parce qu'il paroît que l'on a fait le nom de Cy- bele, deKv^r, caput ^ ôc de > Hx';^ lapis ^ comme Cl Ton difoit la première , la principale ou la plus ancienne _, &: la mère pierre. Les autres noms qu'on a donnés à cette mère des Dieux , font aulîî pris des diffcrens états fe trouve cette pierre ou terre , ou matière de l'œuvre pen- dant le commencement des opérations. Ain(i en tant que terre première ou matière de l'œuvre , mife dan. le vafc en commençant l'œuvre, elle fut nommée Terre , Cybele , mère des Dieux ôc cpoufe du Ciel , parce qu'il ne paroît alors dans le vafe , que cette terre avec l'air qui y eft: renfermé. Lorfque cetie terre fe difiout , elle prend le nom de Rhée, Ôc femme de Saturne, de y^a^fluo^ ôc de ce que la noirceur appelée Saturne , fe manifefte pendant la dilToluiion. On l'a enfuire nommée Cérès , ôc on l'a dite fille de Saturne ôc fœur de Jupiter , parce^ que

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES 5^1

cette terre difToute en eau , redevient terre dans le temps que la couleur grife ou Jupiter paroîc : & comme cette même terre ou Cé?ès devient blanche, on a feint que Jupiter & Cérès avoienc engendré Proferpine. II eft même très-vraifem- blable qu'on a fait le nom de Cérès du Grec î'g &E"ç^, qui (ignilîent l'un & l'autre terre. Vof- fius lui-même paroîr admettre cette étymolo- gie {a) , prétendant que les Anciens changeoienc allez fouvent le G en C. Varron & Ciceron ont penfé en conféquenceque Ccrès venoit de gerere , ôc Arnobe dit {b) j d'après eux : Eamdcm hanc ( terram ) alii quoi falutarîum feminum frugeni gerat , Cercrem ejffe pronunciznt. Mais Hefychius conficmô mon fentiment , lorfqu*il dit : AVêpà

Tout ceci fuppofe que Cérès vient du Grec ; mais de quelque façon qu'on la prenne , tout le monde fait que par Cérès on entendoit la terre , & cette idée eft très- conforme à celle qu'en ont les Philofophes Hermétiques , puifque leur eaa étant devenue terre , eft celle qu'ils appellent terre feuilUe ^ dans laquelle il faut, difent-ils, femer le grain philofophique , c'eft-à-dire leur or. Nous avons parlé de cette terre qu'il faut enfemencer , dans le i. Livre, & nous en ferons encore mention dans le quatrième , lorfque nous parlerons àts myfteres d'Eleufis.

Un quatrième nom donné à la Terre, étoit Ops , qu'on appeloit proprement la DéefTe à^s richeiïes , & avec raifon , puifque cette terre

(a) Etymol. {b) L. III.

P iij

f54 Fables

philofophiqae eft la bafe de la Pierre Philofo-

phale , qui eft la véritable fbuuce des richefTes.

Les Anciens & les Modernes ne foupçonnant même pas les raifons que l'on avoir eu de varier ainfi les noms de la mère des Dieux , les ont fouvent employés indiffétemmenr. Mais Orphée & ceux qui étoient au fait du myfrefe^ ont fu en faire la diftindion : nous avons trois Hymnes fous le nom de ce Pocce , en l'honneur de la Terre ; Tun fous le nom de la mère des Dieux , Tautre fous celui de Rhéa , &: le troifieme fous fon propre nom de Terre. Homère nous en a aufîî laiâTé trois fous les mêmes noms qu'Or- phée (a), nies diftingue même très-bien, puif- que dans celle de la Terre , il l'appelle mère des Dieux j & l^époufe du Ciel, ©«^' /tt>;7r>î,o, «'mo«' tv^ccioç à^ii^arcf. Dans celle de la mère des Dieux , il défigne Rhéa, qui fe plaît , dit-il, au fon des crotales ôc autres inftrumens j fans doute à caufe de ceux que les Corybantes , auxquels elle avoic confié Jupiter , faifoient retentir pour empêcher Saturne d'entendre les ctis de fon fils. Homère diftingue parciculieremenc Cérès en la joignant avec la belle Proferpine , de ne lui donne pas la qualité de mère dts Dieux , dont il avoit ho- noré les deux autres. Enfin il fuHit de fuivre les époques de leur naiftance , pour voir qu'on doit les diftingaer , & que ks inventeurs de ces Fa- bles n'avoicnt pas intention de les confondre , & de parler de la Terre proprement dite , fous c^s différens noms. La Terre , cpoufe du Ciel ,

<j) Hymn. iz, 13. de 29,

Égyptiennes et Grecques. ^^

eft la mete, Rkéa fa fille, ôc Cérès fa petite- fille. Telle eft aulîî la généalogie de la terre des Philofophes. Une femblable allégorie ne peut s'expliquer hiftoriquement , ni moralement , ni phyhquement, dès que prefque tous les Mytho- logues font d'accord à regarder Cybele , Rhée ôc Cérès j comme des nomsditférens d'*une même chofe , c'eft-a-dire la Terre.

En diftinguant ces trois Déefifes , comme le font les anciens Poeces , Jupiter fe trouve en effet fils de Rhée , & frère de Cérès. Le fon bruyant des inftrumens d'airain , que ceux à qui l'on avoir confié fon enfance , faifoient retentir pouc empêcher Saturne d'entendre (qs cris , eft une allufion au nom d'airain ôc de laton ou leton , que les Difciples d'Hermès donnent à leur ma- tière , lorfqu'elle tient encore de la couleur noire ôc de la grife. C'eft cet airain dont il eft parlé fi fouvent dans les Ouvrages Hermétiques , ce leton qu'il faut blanchir , &c puis déchirer les li- vres 5 comme inutiles (a). Il en eft fait mention prefque à chaque page du livre qui a pour titre, la Tourbe ; ôc j'ai déjà rapporté un bon nombre de textes fur ce fujet : c'eft proprement la figni- fication des mots Cymbalam , Tympanum^ quant à la matière de ces inftrumens. On peut voir fur ceia le Traité de Frédéric- Adolphe Lampe , de Cymhalls vcîtrum , ôc particulièrement le cha- pitre 14. du Livre premier. Noël le Comte les appelle tinnicnt'ia Inftrumcnta [h).

C'eft au bruit de ces inftrumens , que les

(j) Morien , Entretien {b) Mythol. 1. 2. du Roi Calid.

Div

f5^ Fables

Abeilles s^afTemblerent auprès de Jupiter. On fuit encore aujourd'hui cet ufage pour conduire à ia JIBche un eiïaim qui veuc s'échapper. On bat fur des chaudrons 5 des pccies , <Scc. Hercule em- ploya de femblables inilrumens pour chafTer ces oifeaux qui ravageoienc le lac Srymphale 5 6c donc le nombre & la grolfeur éroienc fi prodi- gieux , que par la vafte étendue de leurs ailes , ils interceptoient la lumière du Soleil.

Les Nymphes Adraftée & ida nourrirent Ju- piter j ôc Ton dit que les Abeilles mêmes fe joi- gnirent à elles- Ces deux Nymphes étoient hlles des Melifles ou mouches à miel ^ & le firent allaiter par Amalthce. Nous avons dit que lors- que la couleur grife ou le Jupiter philofophique paroît , les parties volatiles de la matière dilToute îe fubliment j Ôc montent en abondance au haut du vafe en forme de vapeur, elles feconden- fent comme dans la diftiliation de la Chymie vulgaire , Ôc après avoir circulé , retombent fur cette terre gtife qui fumage l'eau mercurielle. La Fable pouvoit-elle nous préfenter cette opé- ration par une allégorie plus palpable Se mieux caradérifée 5 que par cette feinte éducation de Ju- piter? Les deux Nymphes expriment par leurs noms mêmes cette matière aqueufe , volatile ^ puifque Ida vient d'iW:?, fudor y ôc Adrailée , d'^ complétif, ôc de '^i^-^' ^ fugio. Si on les die filles ûQS Meiiiîes ou mouches à m.iel » n^eft-ce pas de ce que ces parties volatiles voltigent au- deflTus du Jupiter des Philofophes , comme un eiïaim d'abeilles autour d'une ruche ? Ces parties .volatiles nourrirent donc cette terre gtife , ea

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES. «57

retombant defTus , comme une lofée ou une pluie qui humede la terre _, ex: la nourrit en Timbi- barK. Il y a grande apparence que ^équivoque du mot grec ^î"^ , qui veut dire également ckcvre ôc tempête , a donne lieu a la hdion , ou plutôc à l'erreur de ceux qui ont dit que la chèvre Amalchée avoit allaicé Jupiter : car la volatilifation fe faifant avec impécuofité , de même que la chute en pluie de ces parties volatilifces , repré- fente propremient une tempère , dz Ton faic qu'-f^S vient d'^î'"r^^ruo , cum impetufcror. Cette idée même de rem.pête , joint à ce quccecte terre ou Jupiter de* Philofophes commence d devenic ignée , a fans doute fait donner à Jupiter la fou- dre pour attribut , parce que \es tempêtes font ordinairement accompagnées d'éclairs , de fou- dres ^c de tonnerres, C'ell: Tidée qu'Homère fem- ble avoir voulu nous en donner en divers en- droits de fon liiade , il parle du Mont-Ida , qu'il dit être le féjour de Jupicer. Ce Mont eft, félon ce Po«te > arrofé de fontaines [a] , & couverc

(ri) Ad Idam pervenerunt fontibus irrigaam. lUad, L 14. V. 2.83. In radice fontibus irrigua? làœ, Srant qui me ferant lupra aridum 8c humîdum. Ibid.v»

Jupiter vos ad Idani jubet venire quam ceîerrimc

îili aumm impeLu faélo volabant.

Idamque pervenerunt fonrîbusirriguam,rRatremferai'um.

Invenerunt autem latè ionanreni Saturnium in gargaro lumrno fedentem , circumque ipiiim odorata nubes circumfufa erant. X. 15. v, 156. 6>' Juiv,

Nubes cogens Jupiter. L. 14. v. 93. & nUbi.

Tuni vero Saturnias fumprit ^gidem nKibriatam.

58 Fables

de nuages que Jupiter fait élever avec des ton- nerres. Il die même de quelle nature {a) étoienc ces nuées , c'eft-à-dire des nuages d'or fembla- bles apparemment à ceux qui produifirent les pluies d^or, dont nous avons parlé dans le Livre précédent.

Telles font les nuées que Jupiter excite fur le Mont-îda^ ou le mont de fueur ; telles font la pluie & la rofée qui y tombent ; telles font auffi CQS parties volatiles qui circulent , montent Ôc defceodent , ôc à l'imitation des Abeilles, fem- blent alier chercher de quoi nourrir le petit Ju- piter au berceau. Tel auffi eft le lait d'Amalthée , celui dont Junon nourrit Mercure, celui dont Platon fait mention dans la Tourbe , & que les Philofophes appellent lait de Vierge-^ celui enfin dont parle d'Efpagnet en ces termes (b) ; « L'a- 35 blution nous apprend à blanchir le corbeau , « <Sc à faire naître Jupiter de Saturne j ce qui

iSpîeBdentem , Idamque nubibus cooperuît; Fulgiiribusetiam emifTis, admodum grande intonuit.X,

17. V. 93. Ô" feq. IpPe igitur ex Ida magnum tonabat. L. 8. v. 75. (a) Hoc in toro cabarunt , infuperque niibemfibi in-

duerunt pulchram; auream 5 lucidique decidebanc

rores. Ibid. l. 14. v. 3 50. Si nunc in amcre ciipis dormire Ids? in verticibus. Hxq autem , &c. Ibid. V.34I.

Ha ne refpondens allocutus eft nubes cogens Jupiter, Juuo . nec Deorum hoc metue , nec quemquam hominum Vifurum elTe : talem tibi ego nubem circumfundam Aiiream , Sec, Ibid, {b) Can. 63.

^ Egyptiennes et Grecques. 59

fi* fe fait par la volatilifation du corps, ou la

« métamorphore du corps en efprir. La réduc-

9i tion ou la chute en p'uie du corps volatilifé ,

» rend à la pierre fon ame , & la nourrit d'ua

■■99' lait de rofée ôc fpirituel , jufqu'à ce qu'elle

j> ait acquis une force parfaite. 5> lldiieniuits (a) :

I «^ Après que Teau a fait fept révolutions , ou

îî circulé par fept cercles , l'air lui fuccede , ôc

; » fait autant de circulations & de révolutions ,

! » jufqu*à ce qu'il foit fixé dans le bas , & qu'à-

près avoir chalTé Saturne du Trône,, Jupiter

;-jj prenne les rênes de l'Empire. C'eft à fon ave-

! :V' nement que l'enfant philofophique fe forme

S( fe nourrit; il paroît. enfin au jour avec un

« vifige blanc &c beau comme celui de la

j> Lune. 5)

Ces paroles de d'Efpagnet font il appropriées au fujet que je traite , qu'elles femblent avoir été dîtes par ce Philofophe , pour expliquer cette éducation de Jupiter. Elles doivent fuflire à touc homme qui voudra fans préjugé en faire l'appli- cation. C'eft pourquoi je paiferai fous filence une quantité d'autres textes qui y ont aulll qn rap- port immédiat; ôc je renvoie le Ledeur à Ho- mère (l?) y d'où il femble que d'Efpagnet a tiré ce qu'il dit.

Jupiter , av.int de détrôner fon père , prit fa 'àh^^^iwÎQ contre les Titans , & les vainquit \ mais

tnip) Canr. 78.

{h) Eo vifara almse fines terr^ , Oceanunique Deorum Patrem , & niati-em Tethyn Qui me luis in Œrdibus magnâ cura nurrierunt )k. e^u» carunt. Z. 14. v, 301,"

Wo Fables

enfin voyant que Saturne avoir dévoré fes frères

ôc qu'il lui tendoit des pièges à lui-mcme , il lu'

fit avaier un breuvage qui les lui fit rejeter

Alors Pluton ôc Neptune fe joignirent à Jupite

contre leur père y ôc celui-ci l'ayant détrôné

Je mutila , ôc le précipita dans le Tartare ave-

les Titans qui avoient pris fon parti. D'Efpagne

a renfermé tout cela dans le Canon que nou

venons de rapporter _, puifqu'il y die ; Donc

figatur deorfum j & Saturno expulfo ^ Jupiter in-

Jignia & reoni moderamen fufcïpiac. Il avoir di

auparavant (a) en parlant des parties à mutile

fous le nom d'accidens hétérogènes ^ fuperflui

funt externa accidcntia^ quét fufcâ Saturnifphétn

rutïlantem Jovem obnubilant, Emergentem erg

Saturni livorem fepara , donec purpureum Jovl

fidus tihi arrïdcat,

C'eft donc par la féparation de c^^ parties qu onr fervi â la génération de Jupiter j que ce fil de Saturne monte fur le Trône ; ce font ce mêmes parties d'Ofiris qu'Ifis ne ramalfa paî Il faut entendre par les Titans , la même chof que par Typhon & it^ compagnons , qu'Horus fils d'Ollris , vainquit. Il eft inutile par confé queue ^t\\ répéter ici l'explication. Il fuffit d'ei faire !e parallèle., pour être convaincu qu'ils n fignifient que la mêihe chofe. Ofiris , père d'Ho rus, fut perlécuté par Typhon , fon frère, qu vouloit le dccfôner ôc régner à fa place. Saturn fut atraoué par Titan ^ fon frère , pour la mêm raifon. Typhon avec fes conjurés fe faifireu

{à) Can. 5r,

Egyptiennes ET Grecques. €^

. d'Ofiris , Se le fermèrent dans un coffie. Sariune

I fut pris par les Titans , &c mis en prifon. Horus

combattit Typhon, ôc le fit périr aves fes com-

! plices. Jupiter prit aufli la défenfe de Saturne ^

Se après avoir vaincu les Titans ^ il les précipita

! dans le Tartare. Typhon , le plus redoutable des

] Géans , voulut aulîi détrôner Horus ; il fuc

] foudroyé ^ ôc enfeveli fous le Mont-Véfuve ou

' Ethna. Encelade que les Mythologues mêmes

confondent fouvent avec Typhon , tut aulîi fou-

, droyé ôc enfeveli fous la même montagne. S'il

' y a donc quelques petites différences dans les

[ deux fi(^ions , c'eft que l'une a été imitée de

Tautre j mais habillée à la grecque.

Après une telle viéloiie , Jupiter régna en paix. Tous les Dieux ôc les Déeiîes y piirent part : mais fi l'on vouloit en faire une application à THiftoire , je prierois le Mythologue qui vou- droit foutenir ce fyftème , de in'expliquer com- ment ôc pourquoi Bacchus , Apollon ôc Mercure fe trouvèrent à cette guerre , eux qui étoient lîis de Jupiter, Ôc qui vraifemblablement , ou ne pouvoient pas encore être nés ^ ou n'avoient pas du moins Tâge propre à en foutenir les fatigues. Ils s'y trouvèrent néanmoins , fi nous en croyons la Fable j Se Hercule même ^ fils d'Alcmcne, puifqu''il y terra (Ta à coups de fieches plufieurs fois le redoutable Aicyonée. Apollon creva Tœil gauche au Géant Ephialte, ôc Hercule Tceil droit» , Mercure ayant pris le cafque de Pluton , tua Hyppolytus; ôc Bacchus ayant été mis en mor- ceaux dans le combat , fut heureux d'être ren- contré par Pallas,

^1 Fables

£n fuivant le fyftème de M. Vkhhi Banier. & en admettant avec lui les époques qu'il dé- termine dans l^'hiftoire prétendue réelle de Ju- Înter , ce Dieu ne commença à régner qu'aprè* a mort de Saturne (a). Il vécut cent vingt ans , ëc en régna roixanre-deux (Z^)." Devenu le mai- 3> tre ^\\n vafte Empire, die noire M)?iholo- 3> gue {c) ^ il cpoufa fa fœur, que les Latins 33 nomment Junon ^ ôc les Grecs Hera ^ ou la « Maîtreirej «Se il ne fit en cela que fuivre 33 l'exemple de Ton grand père 6c de fon père. 33 j up,ter 5 qui étoit un Pnncetort adonné aux fem- î5 mes [d) , comme le nom même de Zan ^ » qu'il porioit , le fignifie, eut félon la coutume 33 de ce temps -là pîufieurs maîtreffes , & Junon 33 fe brouilla fouvent avec lui fur ce fujet. Voila 33 roiig ne de ce mauvais ménage , dont les « Pocces parlent fouvent. js Elle envoya deux dragons pour dévorer Hercule au berceau. On iaic les perfécutions qu'elle fit fouffiir à lo ^ à Cahfto , à Latone Se à fes antres rivales. Enfin il n'ed parlé des amours de Jupiter que depuis •fon mariage avec Junon. Si Jupiter avoir cin- quante-huit ans 5 lorfqu'il époufa fa fœur , Se qu'il commença à avoir des; Maîtreiles , la pre- mière dut erre Maja y fille d'Atlas, puifque Mer- cure qui en vint , fut dans la fuite l'entremetteur & le meflager de Jupiter pour toutes Îqs intri- gues amoureufes. Il faut cependant que Junon ne fit: pas fi fenfible qu'on le dit à rinfidélité de Jupiter, puifqu elle nourrit de fon lait même

{a) Tom. îî. p. 24. (/.) îbid. p. ^4.

(OÏ--ic^-. p. 16. (J) Ibid. p. 79-

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES. 6^

Mercure ; d'autres difenr Hercule , à la foilici- lation de Pallas , & que de fur formée la voie ladée [a). Ce fut elle , qui pour fe venger de Sémelé , fe métamorphofa en Vieille j de lui per- fuada de demander à Jupiter pour preuve de fon amour _, qu'il lui rendît vifite avec tout Pcclac de fa majefté. Mais s'il eft vrai que Junon fuc jumelle avec Jupiter , elle avoir au moins foi- xante & quelques années dans le temps que Ju- piter voyoit Sémelé. Junon par conféquent n'*euc pas beaucoup de peine à faire cette métamor- phofe. Mais enfin Hercule écoit arriere-petit-fils de Perfée {b) , fils lui-même de Jupiter & de Danaé. Il n'eût donc pas été poflible qu'Hercule fe fût trouvé au combat Jupiter demeura victorieux àts Géans j puifqu'en foixante-deux ans de règne j il ne pouvoir s'être écoulé quatre ou cinq générations. Je laifiTe aux réflexions du Ledeur la difcuffion des autres points , donc rimpoffibilité n eft gueres moins palpable.

Quoi qu'il en foit , la Fable nous apprend qu Apollon chanta cette vietoire fur fa guitare , vêtu de couleur de pourpre. Si ce trait n'eft pas allégorique , je ne conçois gueres quelle raifoa on peut avoir eu d'atfeder de marquer précifé-

{a) Nec mihî celandaeft forma? vulgata vetuftas ,

Mollior è niveo laftis fluxilTe liquorem

Peâore Reginsp divûm , cœîumque liquore

ïnfecilTe fuo : quapropter lafleus orbîs

Dlcitur , & nomen causa defcendit ab ipsâ,

Marc, Maniliusi {l) Tom. III. p. 1^^.

^4 Fables

ment h couleur de cet habillement d'Apollon,' On ne peut avoir eu intencion d'indiquer le So- leil céleite , puilqa'iL uq'A pas de couleur de pourpre. L'Auteur de cette fidion faifoit donc alluiion à un autre Apollon , c^c je n'en connois point d'autre vêtu de cecte couleur, que l'Apol- lon , ou ie ioieii , ou For des Pkilofophes Her- métiques. Il é:oi'c tout naturel de feindre qu'il cbantoit cette Victoire j parce qu'écant la fin de l'œuvre , & le réfultat des travaux Hermétiques , il annonce que toutes les diiHcuîrés qui s'oppo- foienc àl.i perfection de l'œuvre , font furmontées : aufii fut-il le feul qui chanta cette victoire, quoi- que tous les ancres Dieux y fuiFent prcfens. Les principaux furent Hercule ou i'Artiile , Mercure ouïe Meicure d^s Philofophes, Vulcain & Veîla, ou le feu . Pâllas ou la prudence ôc la fcience pour conduire les opétations j Diane , fœur d'A- pollon , ou la couleur blanche j qui doit paroître avant la rouge , ôc qui a fait dire qu'elle avoic fervi de fage-femme a Latone _, fa mcre , pour mettre Apollon au monde ; enfin le Dieu Mars ou la couleur de rouille de fer , qui fe trouve in- termédiaire , ôc fert comme de pafTage de la cou- leur blanche à la pourprée.

Vefta n'étant autre chcfe que le feu , Se la réuffire de l'œuvre dépendant du régime du feu philofophique jon a feint, avec raifon , que cette Déelfe procura la Couronne à Jupiter : ôc fi elle choifit la virginité pour récompenfe , c'eft que le feu eft fans tache , ôz la chcfe la plus pure qui foit dans le monde. Il ell aifé de voir que ce qui regarde Vefta , n'éroit qu'un pur hiéroglyphe

chez

Egyptiennes et Grecques: of

.jtz les Egyptiens 6c les Grecs ; mais les Ro- mains en filent un point de Religion. Ils infti- tuèrent des Vierges appelées Vellales , qui de-^ voient garder la virginité , ik entretenir un feu^f/ perpctuellement. Elles écoient punies de mort i lorrqu'elles fe lailîoienc corrompre , ou que le feu s'éteignoit par leur négligence.

Le Piracagcme que Jupiter employa pour jouiir de Junonj de le mariage qui en hit une fuitCi feroit un eonte à nmuier 6ç:s enfans , s'il étoit prisa la lettre : mais il n'en eft pas de même i il l'on regarde dans fon vrai point de vue la ehofe à laquelle il fait allulion. Le eoucou dé- pofe fes œufs dans le nid à^s autres oi féaux 5 ceux-ci couvent cqs œufs _, Se nourrilTent les pe- tits coucous qui en font éclos. Lorfqu'ils font devenus grands y ils dévorent celles qui les ont couvés S>i nourris, li feroit ridicule de fuppofer une telle ingratitude dans à^s Dieux & àti Déciles : mais on peut feindre dans une allégo- rie tout ce qu'on veut, quand ce qu'on y infère convient parfaitement à l'objet qu'on a en vue» Celie-ci eft très-conforme à toutes celles àts Phî- lofophes dans pareil cas. Raymond Lulle l'a employée en ces term.es (^) ; « Notre argent-vif » ell: caufe de fa mort propre , parce qu'il fe tue lui-même v il tue en m.cme teriips fon père 6c i> fa mère ; iHeurarraehe Tame du corps , Se boic j> toute leur humidité. » B?-(i!e Valentin donne four allégorie un Chevalier qui prend le fang. de foii père <5: de fa mère (b). Michel Majec-'

(a) Theor. teft. ch. 'èj» Çb) 12 Glefs.

X

46 Fables

repréfente cîans Çqs emblèmes un crapaud qui fuce la mamelle d'une femme , fa meie , 5c lui donne la more par fon venin.

Jupiter étoic d'ailleurs frère de Junon , & le mariage philofophique ne peur fe taire qu'entre le frère h. la fœur j témoin Ariftée , qui dit {a) : Seigneur Roi , combien que vous fuyiez Roi , j> & votre pays bien fertile, toutefois vous ufez » de mauvais régime en ce pays , car vous con- » joignez les mâles avec les mâles , «Se vous fa- ij vez que les mâles n'engendrent point feuls \ » car toute génération eft faire d'homme & de M femme : & quand les mâles fe conjoignenc »> avec les femelles, alors Nature s'éjouit en fa 9* nature. Comment donc , lorfque vous conjoi- »> gnez les natures avec les étranges inducment , ,> ni comme il appartient , efpérez-vous engeii- » drer quelque truie ? Et le Roi dit : quelle ^> chofe eft convenable à conjoindre ? Et je lui »> dis : amenez-moi votre fils Gabertin , ë< fa 3> fœur Béya. Et le Roi dit : comment fais-tu » que le nom de fa fœur eft Béya ? Je crois »> que tu es Magicien. Et je lui dis : la fcience ri êc l'art d'engendrer nous ont enfeigné que le j> nom de fa fœur eft Béya. Et combien qu'elle j> foit femme , elle l'amende ; car elle eft en lui. » Et le Roi dit : pourquoi veux-tu l'avoir ? Eti r> je lui dis : pour ce qu'il ne fe peut faire de }> véritable génération l'ans elle, ni ne ie peui » aucun arbre multiplier. Alors il nous envoya^ i> ladite fœur, 5c elle étoit belle 3c blanche ,

(j) Epître à la fuite de la Tourbe.

Egyptiennes et Grecques. ^7

ï> rendre & délicate. Et je dis : je conjoindrai i> Gaberrin avec Béya. »

Ce feroit ici le lieu d'expliquer comment Ju- piter 6c {qs deux frères , Neptune & Pluron , parragerent entr'eux l'Empire du Monde. M. l'Abbé Banier jquî^fu'vanc fon lyrtème j regarde ce partage comme un fait rc'ei , fe trouve obligé d'établir les bornes du Monde aux confins touE au plus de la Syrie vers FOrient {a) \ au Midi , par les côtes de la Libye & de la Mauritanie ^ & à l'Occident, par les côtes de l'Efpagne qui font baignées par l'Océan. « Jupiter , dit - il , s5 garda pour lui les pays Orientaux , ainfî que f) la Theffalie & l'Olympe. Pluton eut \qs Pro- « vinces d'Occident jufqu'au fond de TEfpagne qui eft un pays fort bas , par rapport à la Grèce y » & Neptune fut établi Amiral à^s Vaifleaux » de Jupiter , & commanda fur toute la Médi* » terranée, » Il ne faut pas fe mettre Tefpric â la toiture , pour voir qu'un le! partage eft trop mal concerté pour pouvoir fe fou tenir. Lorfque les Poctes parlent de ces trois Dieux , ils ne les nomment pas Princes , ou Rois , ou Souverains d'aune partie du Monde ^ telle qu'eft la Phrygie, la Grèce, la mer Méditerranée ôc l'Efpagne , mais ils appellent Jupiter le père des Dieux & des hommes ^ le Souverain du Ciel & de toute la Terre, c'eft- à-dire^ de la fuperficie du Globe feulement : Neptune^ de toutes les eaux qui le cou- VI eue , & qui y font répandues ; 6c Pluton eut les Enfers, ou le fond de la Terre, que l'an a

{a) Tom. II. p. 59,

s* Fables

jiommc en conféquence VEwpire ténébreux (a): Homère, qui favoit bien que le Monde n'étoic pas renfermé dans des bornes H étroites que celles que lui donne M. l'Abbé Banier , emploie le terme -T^^'ra , pour faire voir qu'il n'excluoit rien; & quand il parle de Jupiter , il dit qu'il regnoic fur le Ciel, l'air, les nuages & la Terre com- mune à tous les êtres vivans. Il ne dit point auflî que Pluton comm.andoit fur des lieux bas & occidentaux , mais fur les noires ténèbres ^ <î,hor ^^ifTrr, Or perfonne n'ignore que l'Efpagne n'eft pas un lieu ténébreux. Cette dénomination au- roit m;eux convenu aux Lapons & aux autres pays qui approchent du Pôle ; mais on auroit été cmbarralTé de trouver une rai Ton qui eût pu faire donner à Pluton le nom de Dieu à^s richeiïes. Les mines d'or des Pyrénées font venues fort à propos au fecours du favant Mythologue j qui ii*a rien négligé de tout ce qui pouvoit appuyer fon fyftème.

Le portrait même que les Poètes nous font

[a) Très enim ex Saturno fumus fratres , quos peperit

Rhea. Jupiter & ego, tertius aiitem Pluto înf?ris imperans : Trifariam aure.n omnia divifa funt, quifque vero fortitus

eft dignitatem Mihi fane ob venir canum mare habitare perpétué, JVIotis fortibus ; Plutoni autem obvenerunt tenenr^

caliginofaî : Jovi veo obvenit Caelum latum in cEtliere & nubibus. Terra vero etiamnum communis & excelfus Olympus. Honulltad.l, I5.V. iSy,

Égyptiennes et Grecques. €i^

du féjour de Pkuon , ne peut en aucune manière convenir à i'Efpagne. Lorfqu' Homère raconte {a) le combat qui fe donna entre les Dieux qui fa- vorifoient les Grecs , &: ceux qui prenoient parti des Troyens , il dit que Pluron , Roi des Enfers , trembla même fous terre , Se fauta touc épouvanté de (on tiône en bas , lorfque Nep- tune fecoua la Terre entière avec tant de vio- lence , que les montagnes en étoient ébtanlées jufques dans leurs fondemens.

Les idées qu'Homère paroîr avoir de Nep-» tune ne s'accordent point non plus avec celles que M. l'Abbé Banier veut nous en donner, Héfiode eft en cela de concert avec Homère, & l'un & Pautre donnent à ce Dieu l'épithete de quiijjawr terr£ y nr;^-.::^©^ sV--/;^' «i- (3). Je ne vois pas la raifon qui ait pu engager les Poètes à qualifier ainii un ^Amiral : car quelque redou- table qu'il puKfe être , il n'aura jamais le pou^ voir d'exciter des tremblemens de terre en tout , ou même en partie. Mais tout cela convienc très bien à ces trois Dieux pris herméâquement , 6c ce partage eft tout naturel de la manière que je l'ai rapporté fur la fin du chapitre précédent, Jupirer y eft en effet le dominant , le plus élevé il y occupe le Ciel philofophîque. Neptune vienç aprèî 5 & domine fur la mer ou l'eau mercuriellej la terre qui furnage , Jupiter fuit les moin- dres impreiîions des mouvcmens de certe eau ce qui fait nommer à bon droit Neptune , (]uajJator terrét. Ces impreiîions fe con^muni-

00 liiad 1. xo. V. 56. (b) Héfiod. Opéra & dies

& i'uiv, Y. 667. Kom, loc. cit. v. 63*

E iij

70 Fables

quant même fore aifément à la rerre qui ç(k. au fond du vafe j à laquelle nous avons donné avec les Pliiiofophes le nom de Piaton. Il n'eiï donc pas iucprenant qu'Homère feigne que ce Dieu des Enfers rellentit avec frayeur les fecouiîes de la Terre , que Nepruiic excica. Si des explica- rions aufiî fimples q le celies-lâ ne fatisfonc pas un cfprit exempt de prévention, je ne fai:; pas trop s'il faut lui en chercher d'autres.

Mais pour achever de le convaincre ^ faifons quelques rédexions fur la manière donc les An- ciens repréfentoienr Jupiter. Il fembîe que celui qui avoir fait ce Jupigec Olympien fur fon tione , dont Paufanias fair m.ention (^a) , a voulu met- tre devant les yeiix tout ce qui fe paffe dans Tœuvre. Pourquoi ce trône eft - il tout brillant d'or & de pierreries , Ôc fait particulièrement d'ébene «5v: d'ivoire ? Pourquoi Jupiter lui-même Se la viifloire font - ils aufil d'ivoire Se d'or ? Pourquoi fon fceptre eft-il un compofé de tous les métaux réunis? Pourquoi enfin Jupiter eft il repré- fenté la partie fupérieure du corps nue , & l'infé- rieure couverte d'un manteau fur lequel font peints toutes fortes d'anim.anx & routes fortes de ilcurs ?

Que le Lecucar fe donne la peine de rappro- cher cette defcription de tout ce que nous avons dit de l'œuvre jurqu'ici , il n'aura pas de peine à voir dans Pébene , l'ivoire Se l'or , les trois couleurs principales qui lurviennent à la matière pendant les opérati<Mis du Ma^iftere ; c'eft-â dire j la noire, qui eft la clef de rccuvi? , ^çomme elle écoit celle qui dominoit dans le

(^) In Eliac.

Egyptiennes et Grecques; 71-

trône de Jupiter ; la blanche reprcfentée pat l'ivoire ; ôc la rouge , ou l'or philofophique , défignée par l'or. Les aucres couleurs moins per- manentes , qui fe manilreftjnr féparémeDt &c in* lermédiairement, font iymholifées par les diffé- rens animaux & les couleurs variées des diffé- rentes fleurs qu'on avoit peints fur le manteau. Le coup-d'œil &: Tenfemble de tous ces objets formoient en même temps une efpece d'arc-en- ciel ^ qui déilgnoit ralTemblag,,^ des couleurs ^ que les Philofopiies appellent /^ ûueuc de paon, tf comme ctiiQ Iris Hermétique paroît dans le tem.ps que le Jupiter des Sages a commencé à fe montrer, on avoit eu foin de marquer cette va- riété de couleurs par les animaux & les fleurs p'îints fur fon manteau , qui ne lui couvroit en conféquence que la partie inférieure. On n'avoit repréfenté que la partie fupérieure de fon corps nue , parce que la couleur grife ou Jupiter fe ma- nifefte d'abord à la fupeificie , pendait que le bas ou le defiTous eft: encore noir , ou couvert du manteau coloré comme la queue de paon. La viâ:oire d'ivoire &c d'or indique celle que le corps fixe a remportée fur le volatil j qui lui avoit fait la guerre en le diflolvant , le putréfiant pendant la noirceur , & le voîatilifant, La cou- ronne d'olivier eft la couronne de paix , qui dé- figne la réunion du fixe & du volatil en un feul corps fixe , de manière qu'ils font inicparabîes ; aufli Jupiter y après fa vicboire fur les Géans ^ n'eut plus aucuns ennemis a combattre ^ oc régna perpétuellement en paix. Mais tien ne prouve mieux pour mon fyllême , que le fceptre de

E iy

71 Fables

Japirer , fait de tous les mcraiix réunis , 8.^ fiir-

moficé H.'uiie aigle. La voLicilifacion qui ic iV\%

de la partie fixe ou aurihqiiSj poiivoit-eUe erre

marquée plus prcciféaieiic que pai* l'aigle qui

enlevé Ganyaiede_, pour fcivir d'Echaiifon s

Jupiter ? p.iirqu'on doit fe fouvenir que cette vo-

Jatilifation arrive psiidanc le temps que rsiTne la

couleur grife. Ces parties voîatiiifées & aiuih-r

ques , qui retombent en rofée ou plaie dorées fur

la terre , ou crème grife qui fumage , ne [ont"

elles pas bien exprimées par le ne6i:ar &: i'am^

broûe que Ganymede veriblt a Jnpitcr ? puifque

Teau mercurielle volatile ell: de même nature

que l'or pliilofophiqae volatilifé qu'ils (ont par

conféquenc immortels j comme l'or cfl: incor-

lupdbie. L'une reprciente donc le nectar ou la

boiiîoiî j & lautre î'ambroGe ou les viandes im-

morceiles dts Dieux. On a choili Taiole enrre

les autres oif^^ax , tant à caufe de fa fupérioriré

fur les autres volatils, qu'à caufe de fa Force (Sr

de fa voracité , qui détruit, mange , didûat c-:

transforma' en fa propre fubfiance tout ce qu'elle

dévoie. 0;i difoit aufli qu'elle étoit la feui^ er-tro

tous les animaux qui pur regarder le Sckil dun

,ce:l fixe , & fans cligner la paupière , pciir-c;re

parce que It^ mercure des Philofophes eft le feul

volatil cjui puiife s'attaquer à Por , avoir piife

fur lui, ëc le dllfoudre radicalement.

Le fccptre de jupittr efl le fy mbole des mé- taux philofophiques par les métaux du vulgaire donr il étoit compofé. Ils y croienc cous r'ju.-,is, mais di!lingucs , comme les couleurs de la ma- pere fe manifelUnc toutes fuccelli veinent pjuï

Egyptiennes et Grecques. 75^1

produire une feuie chofe , ou îe fceptre de Ju- pirer, marque aiiHiîâ:r/e de fa Royauté ^ dp fon Empire. Il eil fâcheux que PAufanias n*aic point ajouté à fa defcripcio.i rarrangemem ôC l'orrlue que ces métaux teiioieiit eiitr'eux; je fuis perfuadé qu'on les y remaïquoiî: gaus Tordre même fuçceflif clés couleurs d- 1 œuvre 5 c'efb-à- dire, le plomb , ou Saturne , ou la couleur noire fians le bas du icepire^ enfuite Tétaiii , ou Ju- piter , ou la coukur ^'^'iiQ j puis l'argent , ou \z Lune , ou la couleur blanche ^ après cela le cui- vre , ou Vénus , ou la couleur jaune-rougeâcr© & fafrance -. le fer. ou Mars , ou la couleur de rouille venolt fans doute après -, Ôc onbn l'or, ou le Soleil, ou îa couleut de pourpre. Tour le refce de la defcripcion s'accorde trop bien a moa f^ftêmej pour que ma conjedraie ne foie pas fon- dée. D'ailleurs le fcepcre de Jupiter Olympiea ! n'ctoic pae la feule chofe que les Anciei^s fai- foien: d'un clecbre compoTé de tous les métaux.' Les Egyptiens repréfentoieuc Sérapis de la mèrne manière, & y ajoutoienc auiH du bois noir^ pomme on en m.ettoit au troîie de Jupiten Olynu)ien. Tous les Antiquaires fivent que pac Sériîpis on enrendolc Jupiter , ^c avec raifon ; pui(l]ue le bceuf Apis prenûit le noip de Sérapis après fa more , comme k couleur f-rife oi; Jupuei: paroi: après la noire , a laquelle 'e^ Difciples d'Hcrmcs ont donrié alfez commuîjémeiu les noms de mort, jtDulcrc ^ û^firuciion ^ &z ont inventé d\:^ allégories en conféqueîije , cominp on ^e voir dans îc-s Ouvrn'.:es "de Fhr.^.cl , de B-i^ile Vabî-itin jde l'iio:na^ fJo:<b-:i . &: de tanç

y4 Fables

Enfin pour conclure ce cliapître , Je va'is

mettre devant les yciix du Le6teur ce qu'Arté-

phius (a) dit des couleurs , afin qu'il pullfe voir

fi rapplication que j'en ai faite efl: julle. Pour

y> ce qui eil des couleurs, celui qui ne noircira

3> point , ne fauroit blanchir , parce que la roir-

j»5 ceur eft le commencement de la blancheur,

» & c'eft la marque de la putréfadion &: de

y raîrération; ôc lorfqu'^elle paroît , c'eft un té-

3> moignage que le corps eft déjà pénétré Se mor-

3J lifié. Voici comme la choie fe fait. En la

putréfaction qui le fait dans notre eau , il

j> paroît premièrement une noirceur qui relTem-

35 ble à du bouillon gras fur lequel on a jeté

35 force poivre , & enfuite cette liqueur s'érant

33 épailîie & devenue comme une terre noire ,

3> elle fe blanchit infenfiblement en continuant

35 de la cuire ; ce qui provient de ce que l'ame

î5 du corps fumage au-delTous de l'eau comme

3> une crème , qui étant devenue blanche , Us

3> efprits s'unilfent fi fortement , qu'ils ne peu- i

55 vent plus s'enfuir, ayant perdu Itur volatilité.!

55 C'eft pourquoi il n'y a en toute l'œuvre , qu'à

« bl.inchir le Litoii on leton , & lai^Ter tous

35 les livres , afin de ne nous poin'- embatralTer

35 par leurs lectures en dçs imaginations & en

35 des travaux inutiles Se ruineux : car cette

») blancheur Se la pierre parfaire au blanc , Se

35 un corps très-noble par la nécciîité de fa fin ,

3> qui e(l Je convertir les méraux imparfaits en

^ très-pur argent , étant une teinture d'une blan-

(cl) De l'Art fecret.

Égyptiennes et Grecques. 7J1

i> cheur très-exubérante ^ qui les refait Ôc les

iy perfedionne , & qui a une lueur brillante ,

V laquelle étant unie aux corps des métaux im-

» parfaits 3 y demeure toujours fans pouvoir en

» être parée.

a Tu dois donc remarquer ici que les efprits

»? ne font point rendus fixes que dans la cou-

3> leur blanche , & par conféquenc qu'elle efl:

?> plus noble que celles qui l'ont devancée ; Se

9} on doit toujours la fouhaiter, parce qu'elle eft

?> en quelque façon & en pariie l'accompli lîe-

9> ment de toute l'œuvre : car notre terre fe pour-

*> rit premièrement dans la noirceur , puis elle

v fe nettoie en s''élevant Se en fe fublimant^

9i ôc après qu'elle eft deiiécliée. la noirceur dif-

» paroit , ôc alors eile blanchir , & ia dominar

j> tion humide Se ténébreufe de la femme ou

?> de l'eau finit. C^eft alors que le nouveau corpç

35 relTufcite tranfparent , blanc ôc immortel , ôc

Si qu'il efl victorieux de tous fes ennemis. Et de

95 même que la chaleur agifîant fur l'humide ^

3> produit la noircenr 01^ la première couleur

» principale qui fe manifefte j la m.eme jchaleur

continuant fon aâ;îon Se cgilIaiiL fur le (i^c^

9i elle produit auifi la blancheur , qui efl: la fe-

3> conde couleur principale de r,c2iivre. Ht enfin

3> la ciialeur agiiTaur encore fur le corps (te ,

33 el!e produit la couleur orangée , & enfuite la

39 rougeur , qui eft la troifieme Se dernière cou-

3> leur du Magidere parfaic. »? Ce texte d'Arcér phius montre aulî} aiFez clairement pourquoi on immoloit à Jupiter des chèvres , des brebis ôc des taureaux blancs. Ces dilTérences coulear^

7^ Fables

expliquent en même temps les diverfes méramor** phofcs de Jupicer_, qu'un ancien Poète a renfer-

inces dans les deux vers fuivans :

Fit taurus y cygrius ^ fatyrufque ^ aurumque oh amorent

Euro^A t L&dis ^ Andové. ^ Danaes.

CHAPITRE V,

Junon.

J 'ai die quelque chofe de Junon dans les deux chapitres piécédens j mais une auliî grande DéciTe mérite bien qu'on enZïQ dans un plus grand détail far fon hilloire ^ puifque fon mariage avec Jupiter , fon frère , la rendit une des plus grandes Divinités du Paganifme, Elle étoit fîlle de Saturne ôc ae Rhéa , ôc fœur jumelle de Jupiter. Les Grecs la nommaient H^ra ou Me;^ gcL^é ^ la Maure.Te j la Grande. Homère nous apprend ( <2 ) qu'elle fat nourrie & élevée pat: J'Occan &: par Thécis , fa femme; d'autres di- fent par Eubea , Porfymina & Aerea , filles du fleuve Afterion \ d'autres enfin précendenc que les Heures prcuderent à fon éducation. Le Pocçe que nous venons de citer la dit née à Argos {h) :

Jnnoque Argiva , atjiic Alaîcomen'ia Minerva.

Les S.i miens difpatcien: cet honneur à ceux

(a) liiad, \, 14 V. 1C2. (/;) îbiJ. 1. ^*

IÈgyptieïjnes et Grecques. 77

d'Argos y c'eft pourquoi on la nommoit indifFé-* remmène la Samienne & l'Argoliaae : mais comme elle étoic fœur jumelle de Jupicer ^ elle dut venir au monde dans le riicme endroit que lui.

Ce ftere qui Tàvoit aimée des fa plus tendre jeunefTe , fentit augmenter fon amour avec Tage , ôc cherchant les moyens d'en joui;, fa changea en coucou, comme nous l'avons gk , fatisht fa paflion, ôc l'époufa enfuite foiemnellemenr. Il en eut un fils ^ nomme Mars, Ôc lelon Apollo- dore , Hébé ^ lllychye de Argé. Héfiode lut donne quatre enfans ^ Hébé _, Vénus . Lucine Ôc Vulcain ; d'autres y joignent Typhon ; ôc Lu- cien {a) h fait mère de Vulcain fans avoir connu d'hommes. Ces Mythologues ont mcme traité allégoriquement ces générations , puisqu'ils fei- gnent que Junon devint mered'Hébé, pour avoir mangé des laitues^ de Mars, en touchaiît un© fleur ; Ôc de Typhon , erï faifant fortir de terre des vapeurs qu'elle recueillit dans fon fein.

Jupicer ôc Junon ne donnèrent pas l'exemple cî*une union douce , ôc d'un mariage paifible : c'étûient prefque toujours des querelles Se des guerres encr'eux. Jupicer qui étoit fort adonne aux femmes , ne fouffroir pas patiemment les re- proches jaloux de Junon. Il la maltraita en coûtes manières, jufqu^d la fufpenJre eu l'air par les bras au moyen d'une chaîne d'or , ôc lui mit à chaque pied une enclume. Les Dieux en furenc indignés, ôc firent leur polTible pour l'en retirer;

{a) Dïalog,

yS Fables

niais ils ne purent y réafîir (a), Lyfimaque cî'A- Itxandtie rapporte {/)) qu'il y avoic près d'Argos une Rintaine nommée Canaiho , Junon fe bivignoit une fois par an ^ & y reeouvroit fa vir- ginicé d chaque fois.

Elle avoir quatorze Nymphes à fa fuite j mais Iris étoic celle qu'elle employoit le plus.

Sunt rnihi bis feptcm prczflanti corpore 'NymplitEm

^neiu. 1. I.

Junon fut aaiîî regardée comme îa DéeiTe à^s richefles. Les promefTes qu'elle fit à Paris ^ pour l'engager à prononcer fon jugemenc en fa laveur loriquelle fe préfenta devant lui avec Pallas Se Venus 5 en font une grande preuve. Ovide les décrit ainfi \c) t

Tamaque vmcendi cura eji ; in'gcntibus ardent

Judiczum donis foUkitare nieum. F\.egna Jovis conjux , virtutsm fdia jaclat ;

Jpfe potens dubito , fortis an ejfe velim.

Entre les oifeaux , le paon éroit particulière- ment Gonfacré à Junon , à caufe fans doute, difend

(a) An non meminifti , quando pepindifti ab alto^ à pcdibiis autem incudes dciiiili duas, circuni ma- rus autein vmcuium mili aurcum infraugibilc ? Tu aiitem in ^thcre &■ nubi- bus pependilli ; indigna- bantur intérim l)ii per ex- •eilum Olympum jlblyere

autem non potcrant cir- cumftantes : quemcumque autem prehenderent, proji- ciebam correptum de liiiii- ne doncc pcrveniret in tcr- ram vix fpirans. Homcr. lUad. Ub. 15. V. 18. ù feq.

ih) In reb. Theb. 1. 13-. & Paiifan, in Corinth.

(c) Epift. Parid.

Egyptiennes et Grecques. 7^

quelques Mythologues , que cetce Déeiïe le choific préfciabkment pour mettre fur les plu- mes de fa queue les yeux d'Argus^ après que Mercure l'eut tué. L'oiton étoic aufii un dès oi- feaux confacrés à Junon , ô-: h vache blanche entre les animaux à quatre pieds , fuivanc ces paroles de Virgile :

Ipfa tenens dextrâ paterani pulcherritna Dido, Candentes vaccœ média intcr cornua fundit,

j^neid. 1. ^.

Sans doure parce que chez les Egyptiens , îa vache étoit le fymbole hiéroglyphique de Junon. On repréfentoic ordinairement Junon affife , vctue, avec un voile quelquefois fur la tète, un ; fceptre à la main; mais cela efl: alTez rare, c'eft I plus fouvtnt une efpece de pique : on la voit aulÏÏ ! avec une parère. Mais en général les images de Junon ne font pas aifées a diftinguer de celles de plufieurs autres Déelles. Le paon eft fon feul attribut diftind:if avec la parère , comme Taigle eft celui de Jupiter : car pour les autres ^ ils dé- pendent ordinairement ou du caprice de TAr-^ tifte , ou de la fantaifiede celui qui commandoi: la ftatue ou le monument , ou ielon le nom ou le titre fous lefquels on invoquoit cette Détiî^, Je lailfe le détail des noms de Junon à ceux qui font àQ% Mytholoe.ies en forme.

Les explications que j'ai données àes diffé- rentes circonftances de Thiftoire de Jupiter, dé- voilent une partie de celle de Junon. Quand on fait ce que c'étoit que ce Dieu , on devine aifé-

Fables

fîient ce que pouvoit ctre fa fcrur jumelle. Ceux d'encre les Ivlyrhologues qui ont penfé que le nom liera de ceue Décile ctoir une fimple cranf- poiirion de lettres, (?c qu'en les remettant à leuc place , on trouvoic aer ; que pat conféquent Ju- ^on & l'air C'tciei•^c une mcme chofe ; ceux-îà ^ dis> je , ont touché plus près du bue que les autres. L''Aureur qui a pris le nom d'Orphce , favorife cette' opinio:] , qnand on prend fes termes à la lettre [a>. îl paioîc que Virgile a érc du rnème' fentimenr, loriqy'il a dit que Junoa excitoic grêiC ôc le tonnerre :

Bis êgo nigrapUm Cc7iimif:a graiidîne nyr.ihim Dcfu^er injLnJ..:m y Ù tuiutrii calum ornne ciebo.

iEneid. I. 4.

Ceux qui , fuivant Hômeré ^ prirent foin réducatioQ de Junon , indiquent q'jel nir on doié entendre par ceite Deelfe; c'ell-à-dire , Océan êc Thétis , ou ^eau^ Les trois Nymphes que d'autres y fubilrtucnt, ne fignilierit que la même chofe, puifqu'on les dit filles du [\ti\st Adcrion; mais eîies défrgneroienc pluâ particulière m.ent- quelle éroi't Cerie eau par le nom de leur père, fi l'on ne favoit d'ailleurs qu Océan & Thétis étoient reî:;ardcs eux-mêmes comme Dieux.

Junon étant donc fcsur jumelle de Jupiter ,•

(^a) Aeriam oQent-ansi faciGm Juno aima finii c]ucc Cyaneo rcfides, prx^bens mortalibus auras Magna Jovis conjux ùciles, ventolque lalubres.' Hyrnn. in Junancm.

elle

Égyptie!tnks et Grbcques. ât

elle n'a pu naître qu'en même temps que lui.Ec comme l'air qui fe trouve dans le vaie au-deiïus de la matière ditroure , fe remplit de vapeurs qui s'en élèvent , dans le remps que le Jupiter philofophique fe forme, il étoit naturel de per- ionnifier aulîi tette humidicé vaporeufe êc aérien- ne ; c'eft donc à cette humidité volatile Ôc tou- jours en mouvement , fufpendue néanmoins au haut du vafe , Ôc comme appuyée fur h terre qui fumage l'eau mercurielle ^ qu'on a jugé à propos de donner le nom de Hera , ou fcsur de Jupiter. Pluiieurs Mjnhologues qui ont voulu allégorifer 1 l'hiftoire de Junon , & l'appliquer à la Phyfique, n^ont pas pris cette Déedè pour l'air pris en lui- même i mais pour l'humidité qui y efl répandue. Océan ou la mer des Philofophes avec Thétis font donc véritablement ceux qui oilt pris foin de l'éducation de Junon, puifqu'iis ont fourni de quoi l'entretenir , par les parties volatiles qui s'en font fublimccs. Le nom de la Nymphe Aeréa, qui vient d'a-^ç:? , fummus ^ excelfus ^ marque que Junon ctoic dans un lieu élevé.

Jupiter & Junon étant nés enfemble j 6c tou- jours l'un près de l'autre , il n'eîl pas fùrprenanc que ce frère ait aim.é fa fœur des la tendre jeu- nelTe. Par leur fituation dans le vafe , ils écoienc comme inféparables; cette inclination fe fortifia de manière qu'ils prirent enfin le parti de s 'é- poufer. Les Philofophes parlent fi fouvent de cette forte de mariage entre le frère & fcèur,^ e Roi & \^ Reine , le Soleil & la Lune , &c.

I qu'il efl: inutile d'expliquer celui - ci par leurs textes. J'en ai déjà rapporté , & peut - être crt //. Farîiu F

jl F A B t E s

citerai-je encore dans la fuite ; une répétition fi réitérée devicndroit ennuyeufe. Les brouilleries qui s'élevèrent dans ce ménage venoient delà jaloufie de Junon. Et comment en effet n'auroit- elle pas été fufceptible de cette folle paflion ? Jupiter fe trouvoit fans ce(îe entre fon époufe ôc quelques Nymphes; c'eft â-dire , entre les va- peurs humides de l'air renfermé dans le haut du vafe , & l'eau metcurielle fur laquelle il nageoic, ôc mcme les parties les plus pures qui s'éle- voient du fond du vafe pour s'unir à lui. Nous expliquerons ce qui regarde ces Maîtrelfes de Jupiter, en parlant de fes fils. Les allées, les venues de cetîe époufe jaloufe ne repréfentent- elles pas bien les différens mouvemens de cette Vapeur?

Jupiter ennuyé de fes reproches , la fufpendit en l'air de la manière que nous l'avons rapporté. L*or philofophique volatilifé formoit la chaîne qui tenoit cette DéeiTb fufpendue. En vain les autres Dieux voulurent-ils la mettre en liberté, ils ne purent y réufiir , parce que cette chaîne de parties d'or volatilifé , fe fuccede fans ceffe jufquà ce qu'elle vienne fe réunir à Jupiter, avec cette humidité. Alors la paix fe fait entre Je dxe Ôc le volatil , entre Jupiter & Junon. Les enclumes qu'elle avoir aux pieds , font un vrai fymbole du fixe , par leur poids énorme qui les rend folides & fixes dans la fituation on les met. On fuppofe tout naturellement que cette pefanteur tiroit Junon vers la terre , afin de dé- îignér la vertu aimantine de la partie fixe , qui âîtire la partie volatile à elle , ôc avec laquelle elle réunie à la fin<

Égyptiennes ET Grecques, g^

Lyfimaque d'Alexandrie (a) & Paufanias ./) , nous apprennent que le recouvrement de ia vir- ginité de Junôn dans la fontaine Canatho ^ étoig un fecret qu'on ne dévoiloit qu'à ceux qui écoienc inities dans les mylieies. Ce lecret n'ctoir autre que cette vierge philofophiqae , cette vierge ailée ou volatile > qui , fuivant l'expreffion de pluiieurs Philofophes , conferve fa vti ngiéri^, malgré fa grolFetTe ( <^ ) > quand qUq efl bien lavée.

Junon , quoique vierge , eut donc plu(ieurs ènFans , entre leiquels quelques-uns n'eurent pas Jupiter pour père. La naiilance de Typhon s'ex- plique d'elle - même , puiiqu'il n'étoit gueres pofiîble que les vapeurs qui s'élèvent de la terre philofophique , ne fuOent reçues dans le fein de telles qui voltigent déjà dans le haut du vafe. Nous parlerons des autres dans leur lieu.

On voit déjà pourquoi Junon étoit rec^ardéé Comme Déelie des richefTes. La chaîne d'or à laquelle elle étoit fufpendue , le feu philofophi- que ou le foufre qu'elle engendra de Juplî-er ,■ font l'une Se l'autre la fource de ces ncheiies : ôc les quatorze Nymphes qui accompacrnoienc cette Deeife , font les moyens qu'elle emploie pour- parvenir à ce but j, c'ell~â-diré , les patries volatiles aqueufes , lublimées fept fois {hns cha- cune de ces deux opérations. Si Iris eft la Nymohe

^ (a) L. 13. rcriim The- î d3.tzm Cem'ine fpïr\tu2L]ï pn-

hzn. J iTii mafcLiii imDrsfrniitani -

(3) In Corynth. inremerat^ virginitatisf^jo-

(c) Recipe virginem ala- ria remansnte'' gravidarav

fam, opîiiiiètotam&muiï- ÎTEfr-a^nei^ Can, <%■

Î4 î'' A B L E S

favorifô , c'ed par la même raifon qui £t donner la préférence au paon , pour placer fur fa queue les yeux d'Argus , & que ces couleurs de i'atc- en-ciel font bien plus manifeftes ôc plus difbin- guées dans l'œuvre , que ne le font les autres parties volatiles.

On peut enfin voie Jupiter & Junon dans Ofiris ôc ilis. Ils font à peu près la même chofe, & peu s'en faut que les Mythologues ne les aient confondus , puifque les Egyptiens les difoienc également enfans de Saturne. Jupiter fous cette couleur grife , eft aulÏÏ un feu caché , comme une étincelle fous la cendre j c'eft lui qui, comme Oiîris j anime tout dans l'œuvre ^ 6c donne la vie à cette humeur qui produit tout par fon moyen. C'eft de- que naît ce Vulcain , ou cette minière du feu célefte ^ qui a fait dire que ce Dieu boiteux forgeoit les armes & les meubles de Jupiter Ôc des autres Dieux La nature aqueufe de Junon eft indiquée par. la parère qu'on lui donne pour attribut , de même que le paon , parce que les couleurs variées de fa queue prou- vent en fe manifeftant fur la matière, qu'elle fe difpofe a la volatilifation 3 Ôc qu'elle eft déjà diftbute ; ce qui annonce l'arrivée ou la prcfence de Junon.

Nocl le Comte (a) avoue que les Chymifres de fon temps expliquoient les fables de Jupiter âc de Junon dans le goût de celle de Saturne ; Ôc voici fes termes : « Junon , difent-ils , eft fille 3> de Saturne Ôc d'Opis , fœur ôc femme de Ju- >♦ piter. Reine des Dieux , Déeife des richcffes.

(a) Myth. 1. 2.

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES. Î5

» Elle préfide aux mariages & aux accouche- î» mens. Tout cela n'efl autre chofe que l'eau »9 de mercure appelée Junon. On !a dit fille « de Saturne, parce qu'elle en eft formée j & j> qu'elle diftilledela terre. Cette terre donne des »i richellesou l'or chymique^ parce qu'elle diflille î> en même temps Junon & Jupiter , ou l'eau de 59 m.ercure , ôc qu'elle lailTe le fel au fond du vafe » de verre & dansle grand vafe. Mais corn me l'eau « de n.iercure diftille la première dans le vafe , X. ils difent que Junon naquit avant Jupiter. »

Il paroît par ce galimatias de Noël le Comte, eue les Chymiftes de fon temps faifoient une ap- plication de la Fable à la Chymie, ôc penfoienc comme nous , que cette fcience étoit le vérita- ble objet de toutes ces fixions : mais comme ce Mythologue n'étoit pas au fait de la Chymie Hermétique , ou il a mal interprété les idées des Piiilofophes à cet égard , ou il a puifé fes interpré- tations dans celles de quelques Chymiftes qui n'étoienr pas plus au^it que lui.

CHAPITRE VI. Platon , & F Enfer des Poètes.

JL#E quelque manière qu'on envifage l'Enfer des Poètes , il n'cft pas poflible d'en faire l'ap- plication aux Pays d'Italie ôc d'Efpagne , félon le fentiment de M. l'Abbé Banier , ni même clans la Thefprçtie. A prendre l'opinion la plui

F iij

2^ Fables

reçue des Mythoiogues , l'idce de l'Enfer efl: venue d'Egypte: & ii l'on en croie Diouoie de SiCîle (a) , " Orphée pprra de ce pnys dans la 9i Grèce toute lu fable de ÏEnfév. Les fupplices 3> des mcchans clans le Taitare ^ le Icjpur des s> bons aux Champs-Elyfées , ôc quelques autres 3> idées fembiablts foiic , fuivant cet Auteur ^ 5> viiibiement piiles des funérailles des Ei^yp- j> tiens. Mercure , coiidudbeur des a mes chez j) les Grecs , a éié imaginé fur un homme a 3> qui l'on remetroic anciennement en Ei^ypte le corps d'un Apis mort j pour le porter à un 33 autre qui le recevoir avec un mafque à trois >> têtes , comme celle de Cerbère. Orphée ayant 5> parlé en Grèce de cetre pratique , Homère ea 3> a fait ufige dans ce: vers de rOdyflée » :

Avec Ton caducée , aux bords des Heuves fombres , Mercure àes Héros avoit; conduit les ombres. (J)

Le terme ^anciennement qu'emploie Dio- dore , poiirroic faire louoconner avec raifcn que ce ri':^rou pas un ufage de fon temps, t< qu'il pouvoit bien n'avoir appris & raconté roue ce qu'il en dit , que fur la foi d'une tradition po- pulaire , fur laquelle on ne doit pas toujours faire beaucoup de fond. L'envie de faire tcuc venir a ia façon de penfer , peut auiTi avoir beau- coup influé dans les explications qu'il en donne ^ èc \ts applications qu'il en fait.

Mais enfin c'^h, àt^ Pères des Fables que

(«) L. I. c. -^^(y, (h) Tradud. de M, TcrafTcn.

Egyptiennes et Grecques. 87

nous devons prendre l'idée de TEnfer fabuleux. Les defcripticns qu'ils nous en font ne convien- iieiu poinc d rEfpagne , ni a la Thefprotie , ni par conféquenc aux pays prétendus fournis à la domination de Pluron. Il peut bien fe faire o. l'Orphée ait pris occaiion des funérailles des 1 vrypiiens , pour former fon allégorie de TEn- 1-r , 6z fabriqaer fa fable dans le gcîu des Phi- 1 iophes qui 5 comme lui , ont formé Içs leurs f'ir les fcpulcres & les tombeaux ; témoins Ni- colas Flamel » Bafile Valentin , ôc tant d'autres , faus cependai'.t qu'il ait eu en vue de véritables funérailles , mais feulement de feintes & allégo- riques 5 telles que celles du grand œuvre. Comme il avoir pris en Egypte les fentimens de l'im- mortalité de l'ame 5 peut-être a- t-il donné car- rière a fon imagination fur l'état elle étoiç après la mort. Mais rien n'empêche que l'idée qu'Homère ôc la plupart des Poctes nous don- nent du féjour de Piuton, ne convienne très-bien à ce qui fe pafle dans les opérations du grand ÇEuvre. La différence des états s'y trouve parfai- tement , comme on aura lieu d'en être con- vaincu , lorfque nous expliquerons la defcence d'Enée aux Enfers.

Il ne faut point féparer l'idée du Royaume de Piuton de celle de l'Enfer , du Tartare 6c des Champs- Elyfées. Les ténèbres fombres êc noires échurent à Platon dans le partage que les trois frères firent de l'Univers {a). Et quelles étoient ces ténèbres ? Le même Auteur nous

(a)îliad. I. 15. V. 191,

8S . Fables

rapprend (a) en divers endroits de Ton Iliade ôc de fon Odylfée. C'eft un lieu ténébreux , an abyme profond ^ cache fons terre , environne ^&s marais bourbeux du Cocyce & du fleuve Phlégéccn (h). Les portraits que les Poètes nous en font , ne prcfentent à nos yeux que desfpec- lacles triftes , horribles Ik effrayans. li faut fran- chir tout cela pour arriver au Royaume de Pki- ton , & Ton ne peut y parvenir ^ fi l'on n'eft conduit par une Sibylle.

On convient que toutes cqs defcriptions font des fidions pures ; il faut donc convenir auflî que le Royaume de Pluton eft fabuleux. Car quelle matière l'Efpagne ou l^'Empire pouvoient- ciles fournir aux Pocces pour une defcription aufîi âffreufe ? Les Gorgones , les Furies , Eaque, Minos êc Rhadamanthe éioient-^ls de ces pays- ? Les Danaïdes , Tantale _, Ixion Se tant d'au- tres y ont-ils jamais été ? Ces lieux font - ils même Ci bas par rapport au refte de la Gïgcq » qu'on puiQe dire avec M. TAbbé Banier (c) ^ que les Poètes en ont pris occafion de les ap- peler l'Enfer ? Une raifon auui foibîe que celle- auroit-elie pu faire dire à Homère , q.ie le Tartare eft auili enfonce au-deifous de la Terre j que la Terre eft éloignée du Ciel ( d )} Mais îaiflTons ces difficultés Se tant d'autres qr.2 les iVîythoîogues feroient bien embarraiTcs de téfou- drc y Ôc voyons quel rapport Pluton peut avoir 4*vec la Philofophie Hermétique.

{a) Ibid. î. 8. v. 13. & \ (c) Mythol. Tom. IL fuiv. I p 449.

(5) Efiéid, 1, 6. { (d'}Loc:Cir.

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES. Sf)

Un ancien Poë'ce difoit que par Jupiter, ©n çntendoir aulli Pluton _, le Soleil ôc Denys :

Jupiter ejl idem , Pluto , Sol 6' Dionyfus»

Si Pluton eft une même chofe avec Jupiter i rhiftoire de celui-ci éunc une allégorie chymi- que , rhiiloire de celui-là ne peut manquer d'eri cire une ; mais on aura fait allufion à quelque autre partie de l'œuvre , & l'on a feint en con- féquence que Pluton écoit fils de Saturne &: ds Rhéa.

Strabon (a) dit que Platon écoit le Dieu des

richefTes. Junon ^ fa fœur , en étoit la DéefTe :

Jupiter même en éioic regardé comme le diftri-

buteur. Tout cela marque le grand rapport qu'ils

avoient enfemble. De tous les Dieux j il eft le

feul qui ait gardé le célibat , parce que fa grande

difformité le faifoit fuir de toutes les Déefies. U

enleva néanmoins Proferpine , & la tranfporta

fur fon char attelé de chevaux noirs , jafqu'au

' fleuve Chémare ^ êc de dans fon Royaume ,

Gomme on peut le voir daus l'Ouvrage qne Clau-

dicn a fait fur cet enîévementc Le taureau ctoïc

! fa vi^lime. En général toutes celles qu'on immo-

l loit aux Divinités infernales , croient noires (/?) ,

W Liv. 3.

(bj Tum Régi Styglo noiâurnas inçhoat aras. Virg. JEndd. L 6. ♦, . . .....

•. t . hune çiiii-i Sibylla ^igrai'u.ni pç;u4umm"uIto.te fanguins du;cr. Ihid.

$o Fables

& les Prêtres mêmes qui faifoicnt le facrifice j s'habilloieni: de noir dans la cérémonie , comme jioas l'apprenons d'Apoilonius de Rhodes (a), Scrabon (/j) rapporre que fur les rives du fleuve Coralus , Fon céiibroit les fkes dires Pam- béocies , on élevoir un autel commun à Pliuoii Se à Palias , 6^ cela pour une raifon myftéi JeuTe ëc lecrette qu'on ne vouloir poinr divulguer parmi le peuple. Ce Dieu perçoit foaveac des v^iefs au iieu de Tceptre.

Cette marque diituiélive que l'on trouve dans les monumens qui repréfenccnt Pluton ^ avec ridée que Ton nous donne de fou ténébreux Empire, ne pouvoir nr gucres mieux nous défi- gner la terre philolophique cachée fous la cou- leur noire , appelée c/»f/ûf' l'œuvre, parce qu'elle fe manifeile dès le commencement. Cet^e terre qui fe trouve au fond du vafe , eft celle qui échut en parta>ge à Fîuton _, qui fut en confé- quence appelé Oieu des richefies , parce qu'elle eft la minière de l'or des PhilcTophes, du feu de la Nature & du feu célelle , félon l'expredioii do d'Efpagnet (c), C'eft ce qui a fait dire que Platon faifoit fon féjour fur les Monts-Pyrénées. ï^cs Anciens parlent de ces montagnes comme

Supponqnt alii cuîtros , tepkîumnue cruorem Sufcipiunt pateris : ipfe atri velleris agnam ^lîeas niatri Fumenidum, mr.gn^eque forori Enie ferit, fîeriiemque tibi Proferpina vaccam. IhlJ.

(a) A:-gonau% 1. ?. (c) Can. 122. & 1^5.

Egyptiennes et Grecques, ^i

fertiles en mines d'or ôc d'argent : on dit mêmej» par une efpece d^hyperbole, queces montagnes &: leurs collines étoient prefque toutes des monta- gnes d'or (a). Ariftote nous apprend eue les pre- miers Phéniciens qui y abordefent, y irouverenc une figrande quantité d'or &: d'argent, qu'ils hienc leurs ancres de la matière précieufe de ces mé- taux. En falloic-il davantage pour feindre que des lieux fi riches étoient le (ejour du Dieu des ncheiïes? Ajoutez à cela que le nom même dts Pj^rénées expiimoit parfaitement l'idée du feu précieux de la terre philoiophique , puifqu'il îemble venir de '^-t .- , ignis , & de ^-i/f- , laudo,. Cette qualité ignée de Pluton lui fit élever un autel commun avec Pailas , par la mcme raifoti que cette DéelTe en avoit auffi un commun avec Vulcain ôc Prométhée.

Etabli dans l'Enfer ou la partie inférieure du vafe , Pluton étoit comme méprifé des DécŒcs qui faifoienc leur féjour avec Jupiter dans la partie fupérieure. Il fe trouva donc dans la né- çeiîiié d'enlever Proferpine de la manière que je l'expliquerai dans le Livre fuivant. La flruaiion du Royaume de ce Dieu fit feindre qu'il fe pié- cipita avec elle dans le fond d\\n hc ^ parce que cette terre , après s'ccre fublimée à ia uipciHcie de l'eau mercurielle , fe précipite en efîet eu lonà d'où elle étoic éievce , lorfqu'eile cSt parvenue a la couleur blanche défignée par le nom de Pcr- fephonej de Proferpine. Le taureau éroitîroiifacré à Pluton 5 par la mcme raifon que le taurejui Apis

{a) PolTidcniu-s.

$z Fables

rctoîc à Ofiris , puifque le nom de celui - ci fîgnihe un feu caché ^ ôc que Pluton en eft la minière. On verra ce qu*il faut entendre par Cerb/re & les autres monftres de l'Enfer , dans le chapitre de la uefcente d'Hercule dans ce fcjour ténébreux , Se dzns les explications que nous donnerons de celle d'Enée à la fin du fixiemc Livre.

CHAPITRE VIL

Neptune.

XjES Anciens &c les Modernes font également partagés au fujec de Tidée qu'on doit avoir de Neptune. Le plus grand nombre ne le regarde que comme un Etre phyfique ou une Divinité naturelle , qui dédgne leau fur laquelle il pré- lidoic. Les Phiiofophes Stoïciens convinrent que ce Dieu écoit une intelligence répandue dans la Zvier ^ comme Cércs étoit celle de la Terre : mais Ciceron avoue (a) qu'il ne concevoir ni ne foupçonnoir même pas ce que ce pouvoir être |l que cette inreliigcnce. Si nous en croyons Hé- î"' roûote \lf) 5 les Grecs ne reçurent point ce Dieu des Egyptiens , qui ne le connoilîbient pas > ^ Il qui ne lui rendirent aucun cuire, quand ils l'eu- '' rent mis au nombre des leurs. Mais _, fuivant le jrnême Auteur , les Libyens lavoienc toujours eu.

(a) Be Nat. Deor. 1. j. {b) L. a, c, 51. 92.

iani joui

Egyptiennes et Grecques. 9^

en grande vénération. Sur le rcn^.oignage de Ladlance , d'après Ephémère j Dora Pezron ^ M. le Clerc l'ont pris pour un Dieu animé j pour un perfonnage réel. Ce fentiment école trop fa- vorable au lyftême de M. l'Abbé Banier , poiic ne pas l'adopter^ Ôc il eft convaincu , dit-il [a) ^ jque Neptune étoit un Prince de la race des Ti- tans. Homère 8c Héfiode ledifenchls de Sarnrne & de Rhéa , &z frère de Jupiter & de Pluton ^ Rhéa l'ayant caché pour le fouftraire à la vora- cité de Saturne , dit qu'elle étoic accouchée d'un poulain , que le Dieu dévora de mcme que les autres enfans de fa femme. Voilà l'origine de la fiâ:ion qui porte que ce Dieu de la M«r avoic le premier appris à élever des chevaux; *<. qaî a fait dire à Virgile (b) : Et vous , Neptune , à qui la Terre frappée de votre trident » o^rit un chtv al fougueux.

Comme il feroit très-difficile ^ pour ne pas dire impoflibîe j d'attribuer à un feul Neptune pri^ pour un petfonnage réel j 6c pour un Prince Tiran , toutes les hiftoires mifes fur le compte de ce Dieu , on a eu recours à la refTource ordi- naire 5 & l'on en a fuppofé plufieurs du même nom. On a fait de celui de Libye un Prince Egyptien , qui eut pour enfans Belus & Age- nor (c) ; & Ton dit qu^il vivoic vers l'an 1^85 avant Jéfus-Chrift. Mais fi ce Prince étoic Egyp- tien , comment étoit-il ignoré en Egypte ? Ec il ce Dieu n'y étoit pas connu , que deviendra le

I prétendu facrifice que l'on fuppofe qu'Amymone, (a) Tom. II. p. 298. (c) Yoil'us de Idolo..

^4 F A B t É S

mère de Nauplius , Se fille de 'Dmalis , Egyp- tien j voulue faire à Neptune , lorfqu'elle fut pourUlivie par un facyre «^ui vouloic lui faire violence {a)}

Au refte, Neptune ^ fils de Saturne & de Rhca ^ & celui qui donne lieu à ce chapitre , eue pour femme Amphitrite, iîlle de l'Océan <k de Doris, de laquelle & de fes concubines il eut un grand nombre d'énfans. Libye lui donna Phénix ^ Py- rené , lo , que quelques uns diient fille du fleuve înaque. CVil cette lo dont Jupiter jouit, cache dans un nuagej Jnnon les prit prefque fur le fait, Jupiter , pour dérober fa Aiaîtreilè â la fureur ja-^ ioufe de Junon , changea lo en vache blanche; Junon rtiic Argus à fa fuite pour examiner fa con- duite ; ôc après que Ivlercure eut tué Argus ^ Junon envoya un Taon qui tourmenta h fort lo ^ qu'elle fe mit à parcourir les mers & les terres,- jufqu'à ce qu'étant enlin arrivée fur les bords du Nil , elle y reprit fa première forme , es:, félon les Grecs , y fut adorée par les Egyptiens fous le nom d'Ifis (^). De la les cornes que l'on mertoît fur la tête dMfis , êc qu'on l'appeloit, ranrô: Jaf Lune, ëc lantot la Terre. La vache étcit au(iî l'hiéroglyphe d'ilis , comme ie taureau étoit celui a'Oliris.

Neptune avec Apoîlo'n Se Vulcain bâtirent les murailles de Troye. Laomsdon qui les avoit employés , ayant refufé de payer d Neptune le' falaire dont ils croient convenus , ce Dieu rava- gea les champs Se la Ville, & envoya un monftre

(a) Fhiloll. Fable de (3) Ovid. Métamorph,

Neptune. * Kl.

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES, pf

pour dévorer Kéfione , fille de ce Roi. Comme je dois expliquer cctce fiélion dans l'h^ftoire dts travaux d'Hercule , je n'en dirai pas davantage ici.

Le fcepcre de Nc^ptune étoic un cridenc. Ce Dieu écoïc porrc lar une conque marine tirée pat quatre chevaux ou par quatre veaux marins. Ses ytu'i ércient bleus; fon habiiiemen: éroic de la mcme couleur j & les cheveux. On lui immoloic des taureaux , luivant Homère :

Cyaneos crines taurus maâetnr hahenti,

Odyf. i. ij. ! Et Viri^ile :

es

Gl

Taurum Neptuno ; tatirum tibi pulcîier ApoUo»

L'Oracle lui avoit décerné cette vidime , parce qu'on dit que les Perfes ayant laide beaucoup de bœufs à Corcyre, un taureau en revenant du pâ- turage, alloit vers la mer _, & y Jetoit des mu- gllFemens effroyables. Le Vacher s'y rranfporra , 6j y apperçut une prodigieufe quantité rie thons. Il en fut avertir les Corcyriens , qui fe mirent tn devoir de \qs pêcher , mais inutilement. Ils confulterenr l'Oracle Id-delTus , qui leur ordonna d'immoler un taureau à Neptune. Us le firenc , & prirent ces poiilons (a). D'autres Mytholo- gues prétendent qu'on iinmoloit cette vi6lime à Neptune , <Sc qu'on le nomma >i''V.)?ri«;r ^ ^ caufe du bruit de la mer qui relTemble aux mugiife-

^l \ {a) Pau fan. in Phoc,

I

^6 F A 3 L E S

mens des rauieaur. On l'appeloic encore ryjJçe^Li ou ?c'tf.'«. ^ & les fèces qu'on célcbroit en fon horti: reur, raifus.

On attribuoit à Neptune les trcmblemens 8t les autres mouvemens extraordinaires qui a:ri- voienc fur la terre ôc dans ia mer; j'en ai l'i: les raifons dans le chapitre de Jupircr, outre les témoignages d'Homère & d'Héiiode que j'ai rap- portés ace fujet. Hérodote {aj lui donne aufli Is titre de arrct quajfator»

On mec bien des galanteries fur le conipre de Neptune, & pour réuilîr dans Tes nmocts , il fe mctamorphofa plus d'une rois , à l'exemple de Jupiter , Ton frère. Arachné dans le bel ou- vrage qu'elle fie en prcfence de Minerve, y ra(^ femhia l'hiftoire de tous Cvîs changemens. àva- phitrite , fa femme , lui donna Tricon ; de la Nymphe Phénice , il eue Prorée. Sous la forme du fleuve Enipe, il coiircifa Iphimédie , femme du Géant Âlocus , & en eut Ephiaice & Ocus ; fous celle d'un bélier, il fcduiik Bifaltis ; fous celle d'un taureau ^ il eue affaire avec une des filles d'Eole s fous celle d'oifeau , il eue une aventure avec Mcoufe^ iCprit ia forme d'un dau- phin dans celle de Mélanthe ; 6c cniin celle de cheval , pour tremper Cérès.

{a) Ipfi qaidem ThefTali t rn didiiiâa funt , huins Deî

memorant Neptunum fe ciiïe convallem per qiinrr. meatPontus, hsud abfurdè fentientes. Qui enim arbi- trantur Neptunum rerram quaiercj & qus terre mo-

3(r8opera,eicernen:i hune îocum vidctur Neptunus id fcciîïe. Nan'qus diductio iila mcntiimi ( ut m 'm vi- detur) rcrrs mccus efl opus.- £. 7, c, 119.

Tri on

Égyptiennes et Grecques. 97

Trifoii devint le Trompette ôc le Joueur de

flûte de Neptune. Il eut une iiilc, nommée Tri-

tie » PrêtrcHe de Minerve. Cette Ttitie ayant eu

affaire avec Mars, elle devint mère de Méla-

lippe. Triton fut caufe en partie de la vidtoire

j;l:jue Jupiter remporta fut les Géans. Ceux - ci

îirpris d^entendre tôut-â-cbup le fon de la con-

ue marine que Triton faifoit reientir , prirent

ufîi-tôt la fuite. Les Poètes ont feint que ce

ernier avoir la figure humaine dans toute la

artie fupcrieure du corps , Se la forme d'uii

auphin depuis ia ceinture jurqu^en basj que (es

leux jambes formoient une queue fourchue, re^ '

roulîée comme un croiiTant. Ses épaules étoienè

Z ie couleur de pourpre. Les Romains metroient

m Triton fur le fommet du temple de Saturne;

J'ai parlé de Neptune plus d\me fois ; & Ton

vu pourquoi il étoit fils de Saturne & de Rhéa.

1 eft proprement l'eau ou la mer philofophique

|ui réfulte de la difTolution de la matiete. Il eft

ionc raifonnabie de le regarder comme le père

lês fleuves ^ le Prince de ia mer ^ t^ le Seigneur

Iqs ondes. Par fa nature liquide Ôc fluide j ôc par

facilité à fe mettre en mouvement , il excite

ps trembiemens j raht de la terre qui eft au fond

uvafe, que de celle qui lui fumage. La vigueur

c la légèreté avec lefquelles courent les chevaux ,

nt engagé les Poètes à feindre que fon char étoic

'^. j.ré par quatre ces animaux; & afin de défi-

ner ia volatilité de cette eau ^ ils ont fuppofé

u'ils couroient même fur les ondes de la mer y

c que ce Dieu écoit toujours accompagne âà

rirons Ôc de Néréides , qui ne font autrey que

i

çS Fables

les parties aqueufes, de ^■■^'' ^ kiimidus. Ayant remarqué que cette eau philofophiq'ue avoir une couleur bleue , qui lui a fait donner le nom d'eau célcfte , les Poctes Philofophes ont feint que Isfeptune avoir des cheveux , des yeux ôc des vêtemens bleus. Sa légereré , malgré fon poids , c eft-à-dire fa volatilité ^ malgré la pefanreur , fit dire â Rhée qu'elle étoit accouchée d'un pou- lain ^ ôc donna occafîon à fa métamorphofe en cheval , lorfqu'il voulut tromper Cérès ou la terre philofophique ^ parce qu'on a fait àllufion à la légèreté du cheval dans la courfe , malgré la malTe pefante de fon corps. On a feint par la même raifon fon changement en oifeau. On fait ce que fignifie le taureau; une explication (i ré- pétée deviendroit ennuyeufe.

Quant à Triton , fa forme & fa nailfance in- diquent aHTez qu'il eft ce qui réfulte de Feau philofophique ; fa queue fourchue en croiiranii défignc la terre blanche , ou lune des Philofo^ phes , & la couleur de pourpre de fes épaules! marque celle qui furvient à la matière après h!': blanche. S'il fut la caufe que Jupiter remporta la vidoire fur les Géans , c'eft parce que ce Diet n'eft tranquille ôc paifible polfelTeur de fon tro ne , qu'après que la matière eft parvenue blanc _, & qu'elle commence à cefler d'être voi latile.

Dans certain temps des opérations , h mefuni que l'œuvre fe perfe6tionne , l'eau d^s Philofol phes devient rouge ; c'eft Neptune qui fe join avec la Nymphe Phénice, ainfi dite de (p^'îr.'Pi purpura ^ puniccus çolor, Prothée naît de c

Egyptiennes et Grecques. 59

commerce; ce Prochée dont les métamorphofes perpériielies font un véri-'able fymfeole des chan- cemens que les Philofophes difent lurvenir a la manière du Magiftere. Ceft de U fans doute que l'Auteur des Hymnes attribuées à Orphée , diloïc que Prothée étoit le principe de tous les mixtes;

Gfftantem claves vdagi te maxime Vrotheu Vrifcevoco» à c^uo natura prlmordia primum Edita junt ^fermas inmultas verterc nojîl "'Maierlamfacr.:m prudcns , venerabilisy atque ^ Cunaa Chiens , g^^>i>ij^^^^"^ ' ^^"^""^ trahantur.

Homère s'explique ^ans' lé' même fens au qua- trième livre de fon pdyfTee :

Cancu'^neervicejuéa^sWfaâus, ^ inde Fit dracô terribllis , modo fus , modo par âaU s ingens ^ ''''4ltieoma aut arêor^^^Mcfitmdadefîuit unda , -'Niiffç ignis crépitât. " :Âl^-ji..^^ -

Toutes ces métamorphofes dont pàflF_ Ho- mère , conviennent très-bien à cette matière y puifque les Diicipîes d'Hermès lin /ont donne les mêmes noms que ie Poète dôriue'à Prothee^^ parce qu'ils ont fait allufion , tant aiix différentes couleurs qu'elle prend VH^'^"?,^^^f^ chârigemerts qu'elie éprouve dans le cours uvS opQr^tioiii.

Elle eft appelée lion , lorqu elle ell parvenue rouge dans le premier teuvre ; dragon, dans la pu- tréfadiondu fécond cochon ou corps Immonde , a caufe de fa puanteur dans la dilToluiion; léoparà^ tigre y ({luuc de paon ^ lorfo^uelle fe revèr des

t«o P À B t. s $

couleurs de Tiris ; arbre folaire ou lunaire^ quanil elle pafTe au blanc ou au rouge ; eau , parce qu'elle eneftunci ôctu^nfeu^ quand elle eft foufre ou fixée.

Quant aux propriétés qu'Orphée lui attribue d'être le principe de tout , d'avoir les Clefs de la mer , à de le manifefter dans tous \qs mixtes de la Nature , les Philofophes en difent autant de leur matière. Ecoutons le Cofmopolite {a) : «« Cette eau ^ dit- il , eft-elle connue de beaucoup » de perfonnes , a-t-elle une nom propre ? Il 3> (Saturne) me difoit à haute voix: peu la s> connoiflTenr ; mais tous la voient , ôc Taiment. 99 Elle a plufieurs noms ; mais celui qui lui » convient le mieux ^ eft Veau de notre mer , 9> eau de vie qui ne mouille point les mains. sa Je lui demandai encore : s*en fert-on à d'au» »• très ufages ? Il me répondit : toutes \qs créa- » rures s'en fervent j mais invifiblement. Pro- » duit-elle quelque chofe , lui dis-je ? Il me ré- » pliqua ; toutes chofes fe font d'elle , vivent » d'elle j & dans elle. C'eft le principe de tout; •> elle fc mêle avec tout. Vous qui demandez à Dieu le don de la Pierre Philofophale , die M l'Auteur des Rimes Germaniques (b) , gar- » dex-vous bien de la chercher dans les herbes , M les animaux , le foufre , le mercure & les mi- f néraux ^ le vitriol , Talun, le fel ne valent »> rien pour cela^ le plomb , Tétain ^ le cuivre , »> le fer n'y font point bons ; l'or mcme Se l'ar- ^ gent ne peuvent rien pour le Magiftere ; mais

(^j Enigme aux enfans 1 ( ^ ) Théâtr. Ghymitj. de la vw.'fité. 1 T. 6.

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES, lût »» prenez Ilylé , ou le chaos , ou la premier© j> matière , principe de tout ^ & qui fe fpécifie f dans tout. »>

Cette matière n*a point de forme déterminée , dit un autre Auteur anonyme (a) '^ mais elle eft fufceptibîe de routes les formes ; c'ell le Ptothée lies Anciens , qui, comme dit Virgile ,

Onmia transformât fefe in miracula rcrum^

Georg» 4.

Elle eft l'efprir iiniverfel du inonde , une fubftance humide, fubtiie,une vapeur vifqueufe, qui cependant ne mouille pas les mains ; d'elle vient la rofe, la tulipe, Por & les autres mé- taux , avec les minéraux , & en général tous les mixtes. Elle produit le vin dans la vigne , Thuile dans l*olivier , le purgatif dans la rhubarbe , Ta ftringent dans la grenade , le poifon dans l'un & le contre-poifon dans Tautre ^ 5c enfin , fui- vant Bafîle Valentin {b)y clic tji toute chofc dans toute chofe,

11 me refte à parler d'un autre enfant de Sa- turne, mais qui ne Tctoit pas de Rhéa. C'eft de Chiron le Centaure , qu^ApoUonius de Rhodes, dit être fils de Phillyre :

Ad mare defcendit montis df parte fupnmâ Chiro n Fhilly ri das ,

L. I. Argonaut. It Ovide :

EtSaturnus equo geminum Chirona creavrt,.

Métam. U 6*

(^) Ibid. Ç>) Il Glef^.

Giij

ïoi Fables

Suidas le croyoit fils d'Ixion , comme les autres Centaures. Il feroit adez difficile d'excufer Pa- lephatô fur l'explication qu'il donne des Cen- taures y elles font un peu ajuftées au Théâtre , pour me fervir des termes de M. l'Abbé Banier ^ Se les raifons qu'lfaac Tzeizès emploie pour contredire Ôc cenlurer Palephate , ne valent pas mieux. Les Hiftoriens rapportent qu'il y a eu de vrais Centaures ; au moins Piine (ci) dit- il en avoir vu un k Rome , qu'on apporta d'Egypte fous l'empire de Claude. S. Jérôme fm la def- cription de l'Hippocentaure que Saint Antoine rencontra dans le défert , lorfqu'il alloit voir Saint Paul Hermite. Mais les Pocres parient des Centaures comme d'un peuple , de non comme ^e quelques prcduclions mouftiueufes & rares de la Nature. Lucrèce avec beaucoup d'anciens Auteurs ont regardé toutes les hiftolres de ces monftres demi-hommes Ôc demi-chevaux, com- me des fidions toutes pures.

Sedneque Ccntauri fuerant , neque tempore in ullo EJfe queat dupîici naturd & corpore hino Ex alienigenis membrls coinpaâa potejlas,

Galien lui-même nie aufTî l'exiftence de cesl

(a) Claudius Ca'far fcri- bit Hippocentauruni in Theffaliâ natuni,eodein die întercilTe j Se nos princi- patu ejus allatum îlîi ex ^gypto in melle yidimus. i. 7. c._3..

Comperit homineni cquo rai.-.tum , cuiopinio Poèca* ru m Hippocentauro voca-| biihim indidit, S ma. Tlve-^j ronini. in viia Sanâi ^/A"! ton il.

Égyptiennes et Grecques. 103

monftres. » Il faut donc, fuivant M. l'Abbé j> Banier {a) , ranger tout ce que difent fur ce 9> fujec Philoftrate ôc Lucien, l'un dans le Ta- jj bleau des Cencaurelles , Taucre dans la belle 31 delctiption du Tableau de Xeuxis, parmi les » êtres qui ne fubufterent jamais que dans le j> pays des tapifferies. <♦ C'étoit aulli le cas qu'en faiibic Rabelais. Je paflerai ici fur les explica- tions que M. Newcon ôc quelques autres . ont données de Chiron. Je dois m''en tenir à ce qu'en rapporte la Fable, ôc je dis avec elle , que ce fils de Saturne époufa Chariclo , fille d'Apol- lon ou de lOcéan. Elle lui donna une fille , nommée Ocyroé.

Chiron avoir comme les autres Centaures la figure humaine dans la partie fupcrieure du corps , ôc la forme d'un cheval dans toute la partie inférieure. 11 naquit ainfi , de ce que Sa- turne étant furpris par Rhéa , lorfqu'il étoit avec Philiyre , il fe métamorphofa en cheval pour s'empèchet d'être reconnu. Chiron devint très- habile dans la Médecine ; Diane lui apprit l'art de la chaife, êc il entendoit perfaitemenc la Mu- fique. Toutes ces fciences lui procurèrent l'édu- cation de Jafon 5 d'Efculape , d'Hercule ôc d'A- chille. Il manioit un jour fans trop d'attention une flèche d'Alcide , empoifonnée du venin de Fhydre de Lerne -, cette flèche lui tomba fur le pied , ôc la douleur qu'il reflentit de la bleflure fut fi vive , qu'il demanda inftamment à Jupiter la permiflion d'en mourir. Elle lui fut accor-

(a) Tom. IIÏ. 1. 2. c. ii.

Giv

'

104 Fables

^ée , ôc ce Dieu le mit au nombre ^cs Aftres,. On peut juger de ce que figfiifie Chiron , tant j par fou père , fa naiffance , fa figure & fon apo- théofe, que par les difciples qu'il a eus. Ne d'un Dieu fabuleux ôc Hermétique, pou voit- il ne pas appartenir à cet art ? Il époufe même une fille du Soleil _, ôc de ce mariage vient une autre fille dont Je nom fignifie une eau qui coule avec rapidité , p.our déhgnet la folution de la maticra aurifique en eau. Je lâilfe les autres explications _,, parce que j'aurai occafion de parler de ce Cen- taure dans plus d'un endroit de cet Ouvrage.

CHAPITRE YIIL

Vénus.

J.L neft point ici queîlion d'un mon (Ire ef- irayant , tel c\\iq l'eft un homme demi-cheval. Il s'agit d*un€ Déelfe au fujet de laquelle les, beaux eiprits de tous les pays ont donné a leur imagination reiTor le plus vit 6c les plus gracieux. C'eO" cerrt; DéelTe , mère de l'Amour, née fui- vanc Hcîiode , de l'écume de la Mer & d^s par- pies miinice«.de Cœlus {a)\ ce qui la fit nommer par les Grecs A>A«.ir>-. Homère la dit fille de Ju- eiter & de Dioné. Le fentiment le plus commun ift qu'elle naquit t^e l'écume de la Mer. Le Zéphyr k tranfpoita fur une connue manne dans 1 Ule

ia) Theog.

ÉGYPTIENNES ET GRECQVïIS. 10$

^e Chypre , d'où elle fuc appelée Cypris , & de à Cychere. Les fleurs nailToieuc fous fes pas \ Cupidon fon fils , les Jeux j les Ris Taccompa- gnoienc toujours ; elle taiiou enhii la joie & le bonheur des Dieux ôc des hommes. Une idée aulîi riante ne pouvoit que rendre agréables les defcriptions que les Pocte^ firent à fenvi de cette Déeiïe. Rien n'é^aloit fa beauté. Les Peintres ôc les Sculpteurs faifirent cette idée , & em- ployèrent tout leur art pour la repréfenter comme ce qu'il y avoir de plus aimable dans le Monde. << Voyez cette Vénus ^ Touvrage du favanc 3> Apelles 5 dit Antiparer de Sidon; voyez com- « ment cet excellent Maître a parfaitement ex- primé cette eau écumeufe qui coule de {q% M mains & de ^^s cheveux , fans rien cacher de leurs grâces : aufli àhs que Pallas l'eut apper- 5> eue , elle tint à Junon ce difcouis : Cédons , 5> cédons , ô Junon ! à cette Déeffe nai (Tante tout le prix de la beauté. » Pans confirma ce jugement en. adjugeant la pomme d'or à Vénus , & il en reçut pour récompenfe Hélène , la plus belle des femmes.

Le plus grand nombre des Grecs â: des Ro- mains regarda Vénus comme la DéelTe de fa- mour & de la volupté. Elle eut en conféqaence linc infinité de temples , èz des femmes lafcives & débauchces pour les deiTervir. Son culte étoic rempli de cérémonies conformes a ces idées.

Platon , dans fon banquet , admettoit deux Vénus 5 l'une fille du Ciel , & l'autre fille de fupiter. La premicie, dit ce Philofophe , ed: perte ancienne Vc:nis j fille du CieK ^.oni çn ne

xo^ Fables

connou point la mère , &c que nous appelons^ Vénus la céJefte ; Ôc cette autre Vénus récente, fille de Jupiter (?c de Dioné _, que nous nommonsj Vénus la vulgaire. C'eft à ces deux qu'on doit attribuer tout ce que les Auteurs Grecs & Latins, difent des diverfes Vénus , dont ils parient fous des noms difféiens. leur culte aulTi n'étoic pasj ie même. Polemus (a) die que celui des Aihé-i niens étoic très -pur. Athenknfes harum rerurn ohfervandarun: JJudioJi y & in facrificiis Deorum, faciendis diligentes ac pii Ncphalïa Jacra facium Mnemofyna j A^ujls j Aurora , Soli > Luna , Nym phis y V'eneri cœUJî'u

Il eft en général bien difficile de tien con-j

dure de raifonnable de ce que difent tant d'Au-j

ceurs au fujet de cquq DéefTe, puifqu'ils en par«t

lent j tantôt comme d'une femme débauchée j

tantôt comme d"'une Déelfe. Ils la confidereni|

quelquefois comme une Planète, ^^ quelquefoiî

ils en parient comme d'une paflîon. Les expref-i

(Ions des Poctes font toujours figurées. Mail

étant une Déelle fi bienfaifante , & li favorabh

â la corruption du ccrur humain dans l'efprit di

commun , auroit-elle pu trouver quelqu'un qu

lui déclaiâc la guerre l Mais lui-même, ce Diei

de fang & de carnage , vit évanouir toute fa

rocité à l'afped de Vénus. Il étoir honteux d(

révérer Mars comme un Dieu , lui qui fembloi

ne fe plaire qu'à la deftrudion de l'humanité

mais il étoit naturel d'accorder les honneurs d'

la Divinité à Vénus qui étoit toute occupée i

(a) Ad Tjma?uni.

0k

le5

cep vûlufii èéed

\k\ psli t\i m laV kk kl m ki(

E) JllM

Tjf l

Égyptiennes et GuscquEs. 107

perpcLuer les hommes. Mars fut en conféquence î regardé comme le Dieu de la guerre , ôc Vénus comme la Dée(fQ de la paix.

Les Égyptiens ôc la plupart des anciens Grecs ne prenoient pas Vénus pour la Déeiïe de la volupté ôc du libertinage , mais pour la petite- fille de Saturne j ayant pour fœur la Vérité ca- chée dans le fond d'un antre. 11 eft vrai que quelques-uns en parloienc comme d'une femme belle par excellence. Les libertins qui ne faifirenc pas la véritable idée des Auteurs de ces fidions , ne la coniiderent plus que comme propre a ex- citer le feu impur du libertinage ; ôc ignorans la Vérité, fœur de Vénus ^ ils prirent occafioa de décerner à celle-ci un culce licencieux. Dio- dore de Sicile qui avoir recueilli ^ autant qu'il avoit pu , les traditions Egyptiennes , dit en par- lant àes Dieux d'Egypte , que fuivant quelques- uns ^ Chronos étant devenu père de Jupiter ôc de Junon , Jupiter eut pour enfans Ofiris , Kis , Typhon, Apollon, Aphrodite ou Vénus.

M. l'Abbé Banier , après avoir ri^pportc tous

les différens fentimens au fujet de cette Déelfe ,

conclue en ces termes {a) : <' Pour dire ce que

3> je penfc de cette fable , je crois qu'il faut en

,, M chercher l'origine dans la Phénicie. En effet»

' i3 il n^y eut jamais d'autre Vénus que la Vénus

' célefte j c'eft-à-dire la Planète de Ce nom. ,

M honorée parmi les Orientaux , comme ^'-c-iis

l'avons dit dans le premier Volume ; &: Af-*

n rarcé, femme d'Adonis, donc le culte fut mêlé

{a) Tom, II. p. i6i.

ïo8 Fables

s> avec celui de cetce Plançre , ou , ce qui re* 3> vient au même ^ cecce Vénus Syrienne , W 5> quatrième dans Ciceron , (i célèbre dans l'An- tiquicé. Les Pliéniciens , en conduifanc leursi 5> Colonies dans les iiles de la Mer A-îaditerra- j> née , ^ dans la Grèce , y portèrent le culte a> de cette Dceiïe. » Mais fi Vénus 6c Allarté lie font qu'une & même Divinité , il faudra donc confondre la planète de Vénus avec la Lune ,. puifque^ fuivant ce Mythologue (a), la Lune îk Aftarté ne différent point entr'elles. Or qu*eff- ce qui confondit jamais l'une avec l'autre ? Ce rj'eft donc point par cette raifon qu'il faut faire* venir de Phénicie ou d'Egypte l'origine de Vé- luis. Il n'en feroit cependant pas moins vrai que Vénus ôc Aftatté poutroient être une mcme-i chofe.

Les Difciples d'Hermès , mieux [inftruits fans itiioe doute de l'idée que leur Maître attachoit auxjïi Dieux feints de l'Egypte , s'y font mieux cou- formés que les Mythologues , ôc n'ont pas pris Vénus pour la volupté ou l'appétit des animaux pour perpétuer leurs efpeces. Ils n'oric point eu.

'à]f liuiiain \k\m

\U im,

fié

'A

(a) Ciceron qui parle des différentes Vénus que la Théologie Payenne re- connoifibit , dit (*) que la quatrième , qu'on appeloit Aftarté, étoit nce à Tyr dans la Syrie, &: mariée à Adonis. Il auroit parle plus jufle, s'ilTavoit confondue

*; D€ Nat. Deor, l. }.

avec la première , qu'il dit avoir été fille du Ciel & de la lumière; car Aftarté étoit parmi les Syriens la même que la Lune , ainfi que nous le dirons -, cette origine lui convenoit par- faitement. M. l'Abbé Ba* nier f Tom. I. p, 546.

1 1 » vil ( île II

!'l Ul! •l'.'oi[

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES. lo^^

n vue la Planète appelée Vénus, ou Lucifer^ mi parole le matin avant le lever ciu Soleil , ou î foir avant le coucher de ce flambeau du mon- e \ puifqu'il n'eft pas pofîible de la faire naître es parties mutilées de Cœlus &: de l'écume de i Mer , ni de la dire avec quelque raifon hlie e Jupirer. Les Chymiftes vulgaires ne fauroienc u fil attribuer cette filiation au cuivre, à Tégard e l'étain. De quelque manière qu'on l'entende , ne fera donc pas poiîible d'accorder la naif- mcc de Vénus avec les raifonnemens fufdits. Michel Majer dit que les Anciens encetî- oient par Vénus une matière fans laquelle on e peut faire le grand œuvre , & la plupart Àqs nilofophes paroifTent aulï l'avoir prife quel- uefois dans ce fens-là. Flamel cite ces paroles £ Démocrite ; « Ornez les épaules &c la poi- trine de la Déefie de Paphos -, elle en devien- dra très-belle , & quittera fa couleur verte pour en prendre une dorée. Lorfque Paris eut vu cette Déeffe dans cet état , il la préféra à : Junon 3c à Pallas. Qu'eft-ce que Vénus, dit . le même Auteur? Vénus comme un homme a un corps & une ame : il faut la dépouillée de fon corps matériel & groffier , pour en avoir i'efpric tingenr , & la rendre propre à ce qu'on veut en faire. j> Philaleche regardoit Vénus comme un des incipaux ingrédiens qui entrent dans la com- )fuiondu MAgiftere (iz). D'Efpagnet cite à cette wallon ces vers du fixieme livre de T Enéide :

{a) Vade mecum»

110 Fables

. Latet arbore opacâ Aureus 6>'fbliis y & lento vimine ramiis Junoni injernce dlclas facer ; kutic tegit omnis Lucas y 6" ohfcuris claudunt convallihus umbra ,

Vlx ea fatiis erat géminé cum forte columba Ipfdfub ora viti cœ!o vencre volantes Et viridi fédère folo : turn maximus Héros Maternas agnofcit aves.

Ce Phiîofophe , à qui Olaus Eorrichiiis dit (a): que ks amateurs de la Chymie Hermétique ont tant d'obligation , prend toujours Vénus dans le lens philofophique. « H faut , dit il (3) un tra- 5> vaii d'Hercuie pour la préparation ou fubli- 3> mation philofophique du mercure; car Jafoai 5> n'auroic jamais entrepris fon e)cpcdition fa 3> Faide d'Alcide. L'encrée eft gardée par del 35 bêtes à cornes^ qui en éloignent ceux qui s'e approchent témérairement. Les enfèignes d 3> Diane ôc les colombes de Vénus font leu capables d'adoucir leur férocité. Il ajoure ai s> Canon 46 : Cette eau eft une eau de vie , un »> eau permanente , très-limpide , appelée eai

M d'or &: d'argent Cetie fubftarxe enfi

3i très- précieufe eft la Vénus EermaphrodUe deJljj >> Anciens, ayant l'un & l'autre fexe , c'eft-à-| « dire le foufre & le mercure. Et au Canon <^i\ 3> Le jardin des Hefpérides eft gardé par un af-i » freux dragon ; dès l'entrée fe préfente ufié

U112 le;;?'

ùvii:

ouwo tat «fe «cla!

nh leurs lefo

!«;

(a) Confpea. Chymie. eeleb. (£) Can. 41, (ijj

ÉGYPTIENNES ET GRECQUES. Iir

fontaine d'eau très - claire , qui fort de fepc . fources , Ôc qui le répand pat-iout. Faites-y boire le dragon par le nombre magique trois fois fepc, jufqu'àce qu'étant ivre, il dépouille fon vêtement fale ëc mal- propre. ÎVÎais pouc !. cet effet il faut vous rendre propices F'énus porte -lumière , & Diane la Cornue. »

Lorfque les Phiiofophes ont fait aliufion aux ouleurs qui fe manif-eftent dans l'œuvre, aux- uelles ils ont donné \qs noms des Planètes , s ont employé celui de Vénus pour déiigner la ouleur jaune fafranée. C'cft dans cette vue que [^anachus de Sicyone fit ^ au rapport d'Erafto- tenes {a) , une Vénus d'or & d'ivoire , ayant il n pavot dans une main _, «Se une grenade dans autre. Vénus philofophique après la blancheur cevintjaunatre comme Técorce d'une grenade , enfin rouge comme Tintérieur de ce fruit ^ m comme la fleur du pavot, C'eft à cela qu'il faut aufîi rapporter ces paroles d'ifïmindrius [b) : Notre foufre rouge fe inanifeTte , quand la > chaleur du feu pall'e les nues , & fe joint avec les rayons du Soleil & de la Lune. Vénus alors a déjà vaincu Saturne & Jupiter. » Bri- mellus (c) dit aufîi : « U viendra diverfes cou- »> leurs ( a notre Vénus ) \ le premier jour fafran ; b> le i^ZQïià. , comme rouille \ le troideme , com- » me pavot du défert ; le quatrième ^ comme »» fang fortement brûlé. « I Le terme àiaLrain que les Adeptes ont fouvenc «mployé pour défîgner leur matière avant la

{a) Liv. 3. I CO Lqc. cic.

{]S) Code Vérité. j

*..

1X2 Fables |

blancheur , n'a pas peu contribue a faire prencîrê \ le change aux Souffleurs <S: n:îême aux Chymiftes vulgaires,, qui ont regarJc en confcquence le cuivre comme la Vénus des Philorophes. Mais ce qui nous manifefle bien clairement l'idée que les Anciens atcachoient à leur Vénus , eft nom feulement (f^s adultères nvec Mercure ôc Mars , mais fon mariage avec V^ulcain,

Ce dernier étant le feu philoruphique , comme , nous l'avons preuve , de le prouverons encore ^f eil-il fuprenant qu'il ait été marié avec la ma* liere d^s Philoiophes ? S'il furprit cette Déefle avec le Dieu de k guerre , c'ed que la couleur de rouille de fer ferhble être tellement unie avec la coubur cirrine & fafrânée , appelée Vénus, qu'on ne Its diilingue qu'après que la rouge eft dans tout fon celai. Alors Mars & Vénus fe trouvent pris dans les filets de Vulcain, Ôc Soleil qui les y voit 3 les décelé ^ car la couleur rou^e efl: précifiment le foleil philofophique.

Telle eft l'explication la plus naturelle de cette hiftoire feinte de Vénus. Que les Mythologues fe tourmentent Tefprit tant qu'ils voudront , ea trouveront- ils une plus fimple ? M. l'Abbé Ba- nier en rapporte plus d'une , êc dit ( a ) quil donne celle de Paléphate pour ce quelle vaut i parce que cet Auteur a f auvent inventé de nou- velles fables pour expliquer les anciennes, l'en dis de même ^ ajoure -t- il, de celle du Fcre Har-^ douin y aujfi fpir'uueUe que fnguliere. Ce favanc Mythologue ^ allez hardi <5c alTcz fécond pour

(4) Tom. II. p. 163.

Egyptiennes et Grecques, h^

ien trouver de fembiables , n'a cependant pas ofc en hafarder une dans cette circonftance : il s'eft trouvé ici en défaut , & s'excufe fur ce qu'il ncft ni pojjiblc j ni nécejfaire d'expliquer tout ce que les Poètes Gncs ont dit , tant dans cette Mfarle , que dans les autres {a^..

Outre les deux Vénus j la célefce & la popu-

Dulaire 5 dont nous avons parié, les Anciens en

._.nt introduit beaucoup d'autres , félon les lieux j

i'es temps & les circonftances ils imaginoienc

eurs fîétions. Mais fi l'on examine féiieufement

r,«out ce que ces Amateius difenr de zts différentes

1/énus ^ on conviendra aifémcat que les plus

l.nciens au moins n'entendent parler que d'une

jnème chofe. Que Vénus foit donc fille de Sa-

jlarne ou de Jupiter ; qu'elle le foit du Ciel &

f le l'écume de la mer , elle eft toujours Vénus ,

|,lu une même chofe qu'on a prife pour fujet de

ifféretites allégories. Les Philofophes ont imité

n ce!a les At^ciens \ car chacun a inventé fur

7rand œuvre & fes procédés y à^^ allégories »

jes fables & à^'^. fiélions , fuivant

f-

élé. Il n'en eft prîfque pas deux qui fe tellem- ent j quoiqu'elles aient toutes la même chofe bur objet. Nous achèverons rhiftcire de Vénus mefure que les fujets'nous en fourniro/it l'oe- ;fîcn.

]iV,

Ij {a) Loc. cîtr p. i6ir

îvaiii

IL Partie.

K

fi4 Fables

CHAPITRE IX.

Fallas.

Jupiter avoir d^abord époufé Métis {a) \ mais apiès que cette DcelTe eut fait prendre à||j[,[j Saturne une boiflTon qui lui fie vormir le caillou & les enfans qu'il avoic dévorés , Jupiter avala à fon tour cette fille de VOcëi^n , après qu'elle fut devenue enceinte. A peine eut- il fait cette belle action, qu'il fe fentit femme fans celfec d'être Dieu. Il fallut accoucher , Se il ne put le faire qu'avec le fecours de Vulcain , qui lui fervit de fa ge- femme. Ce Dieu de feu lui aliéna ru- dement un coup de coignée fur la tête ^ & l'on vit aulîi-tot fortir par la plaie une jeune & belle fille armée de pied en cap. Voila donc Pallas née fans mère du cerveau de Jupiter. Homère [b) appelle Pallas Alalcomenie, parce que les Alal- coméniens prétendoient qu'elle étoit née dans leur Ville. Strabon eft du même fentiment dans le neuvième livre de fa Géographie , & dit en- fuite dans le quatorzième, qu'il tomba une pluie d'or à Rhodes , lorfque Minerve y naquit du cerveau de Jupiter.

Plufieurs ont cru que Pallas & Minerve fai- foient deux perfonnes différentes ; mais Calli-! maque alTure le contraire ^ & ajoute que Ju-

m fiie ri me im

m

{a) ApoUod, Bibliot. 1. l,

ip) Ilidd. i. 4. f.

Pas

ti'if. mi

(«H

Egyptiennes et Grecques, ny

. .î;;r j (on père , confent à couc ce qu'elle veut ;

Annu.it his dicîis P allas , quodque annuit illa

Ferjicitur. 2sa[£e Jupiter hoc trlhuit Jpfe Minervœ uni ^ quA funt patris omnia ferre. Hymne Air les bains de Pailas.

HcriDcIoce la die {^à) fille de Nepame ^: du lac Tiiron , fuivaiit le fentimenc des Libyens j qui ajoucoient que cette fille s'étoÎE eniuite donnée à Jupiter. Ou convient néanmoins plus commu- nément que Pallas & Iviuierve fonc la même , fille de Jupiter: ôc ce qui prouve Ion ancien- neté , c'ed que chex les Egyptiens elle étoit fem- me de Vuicâin , le plus ancien & le premier de tous leurs Dieux. Les Auteurs de la Mythologie grecqucavoientconfervé cette idée qu'ils avoienc pîiifée en Egypte ; & c'eft de la fans doute qu'ils ' confacroienc mu. autel commun à Vulcain & à ' Pallas. Le nom même Ogga que portoit la Mi- ' ncrve d'Egypte , au rapport d'Euphorion dans Etienne de Byfance , & d'Hefychius , qui l'ap- pelle aulîi Onka , femble en indiquer la raifon , il nous en croyons Gérard Voilius , qui^ en expli- quant rhiftoire de Typhon, die {b) que Og , nuque! on a pu faire Ogga , fignifie ujjlty ujlu' lavit.

Quoi qu'il en foir , il y a eu une Minerve

^ honorée a Sais en Egypte, {ong-temps avant Ce-

" crops, qui en poira le cuite dans la Grèce. Les

Grecs en changèrent l'hiftoire dans la fuite, ce qui

fir dire à ceux d'Ail piiere dans i'Arcadie , que

{a) L. 4. c. ï8o. (/ODe ïdol.l. i.c. i$.

H i;

11^ Fables

Minerve étoit née chez eux , de qu'elle y avoic été nourrie (a),

Pallas^ Minerve Ôc Athené n'étoienr parmi les Grecs qu'une même Divinicé ^ mais ils re- gardoient proprement Minerve comme la Déelfe des Arcs Ôc des Sciences, & Pallas comme Déefie de la guerre. Elle demeura toujours vierge. Elle rendit Tiréfias aveugle , parce qu'il i'avoit vue nue dans la fontaine d'Hippocrene , & Vulcain ne put l'engnger a fatisfaire la paliion qu'il avoic pour elle. Pallas tua le monftre Egide , fils de la Terre ^ qui vomiiroic beaucoup de feu , &: avoic embrafé les forêts depuis le Mont-Taurus ju(- qu'en Libye , en ravageant fur fou chemin la Phénicie Ôc l'Egypte.

Cette Déede a voit à Saïs un temple mae.ni- ''■ fique , dont Hérodote fait la defcription {b). Les fêtes qu'on céiébroit en l'honneur de Pallas dans la Grèce , s'appelloient Panathénées. Les jeux ôc les exercices publics qui accompagnoient certe fête 5 écoient la courfe d pied , avec des flambeaux ôc des torches allumées, com.me dans les fêtes dô> Vulcain Se de Prométhée. On y en introduiiîc d'autres dans la fuite.

Tous les Anciens ont pris Pallas pour la vSa- gelTe Se h Prudence, comme étant née du cer- veau de Jupiter , parce que le cerveau eft regardé comme le fiege du jugement , fans lequel on ne peut réulîir dans aucune affaire épineufe , non plus que dans le grand ceavre , appelé par cette raifon le Ma^ïjlen des Sages. Etant doiiq le

(a) Pauiànias. (b) Liv. a.

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ÉGYPTIENNES ET Grecques. 117

fecrec des fecrecs , que Dieu r.e révèle qu'à ceux qu'il veiu en favoiiler, ce feroic le profaner que de le divu'gQcr. Il fauc avoir la fagelle de Palîas , pour rapprendre Se le garder. Sa!omon dik^c en coiifcquence (a}:"hc (a-^e étudiera la fagef'è j3 des Ânciei-.s , 3c s^exorcera dans les propliéties. » 11 coiiiervcra fcrupuleuremenî: les difcours des a liommes de nom _, &: pénétrera dans la finciie jj des paraboles, il dccouvcira leur fens caché , » S: s'exercera à dévoiler ce que renferment les ;»> proverbes. L'hcinme prudent ôc fage ne di- M vulgue point le fecret de la Science (^).

Les Phiioropkes Herménques ont toujours eu à cœur ce cotiieil ^ ôc ont voilé leur fecret fous des allégories, des énigmes, qqs fibles,^ des hiéroglyphes, ils ont pris Pallas pour guide , & e fon: faics un devoir de fuivre Ïqs inllruélions. C'eft pourquoi la Fable feint que cette Déelfe favorifa toujours Hercule ôc Uiylfes dans toutes leurs entreprifcs , comme nous le verrons daas les Livres fui vans. On feint que cette Déeife aveugla Tiréfias, rce c^ail favoit vue nue d^.iis le bain , comme iane méramorphofa Acleon en ceif par la me- né raifon ; aiin d'avertir les Artiiles d'être plus ifcrers , plus prudens &c plus circonfpedts que es deux téméraires , s'ils veulent éviter des alheurs femblables.

Junon , dit la Fable, ayant appris la naiffànce e Pallas par raccoucîiement extraordinaire de ■rupiter , en devint furieufe. Se parmi les exé-

(ûj Ecdéfiafte , ch. 19. (h) Pror. c. 10. & 12.

Hiij

ÎIÎ5 Fables

tracions qivelle profcroir , elle frappi rudement I4. lerte, giu pro-juiûr atifli-ipL Typhon, ce père de r?.nç de moiirires. Apollon invita eniuite certe Déefïe à un repas que donnoic Jupiter. Elle s'y reiidic ; ê^ avant mangé des lairues fauvages, de flérile qu'elle croit, ede devint féconde ^ ôc mit au inonde Hébéj qui lervit quelquefois a boire à Jupiter. Hébé devint par- fœur de Mars ce de Vulcain _, & enfuite fen-ime d'Hercule après la ïTîort de ce Héros. Nous avons expliqué VW\[- toire de Typhon dans le premier Livre j pafïons aux autres enfans de Junon.

A

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CHAPITRE X.

Mûrs 5' Harmonie. ï

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\PRÈs Pâîlas , DeelTe de la guerre, vienÊ>' naturellement Mars 5 le Dieu des coir.bars Homère (a) avec \-2S autres Pocres , le dit fiU de Jupiter &z de junon: Héfiodele regarde arifi comme tel (//), Ce n'efl: que parmi les P;>c:ej Latins qu'on trouve la fable, qui die qn.e Ju:;on^ piquée de ce que Jupiter avoir mis au nion-ie Minerve fa.is fa participation , avoii* conçu Mars

{a) Iliad. 1. T. ;!

(Jp) Addita mox uxorpojîhiZS ejl iiltlmz Jurio ,

Lvcliiani , Mtzrtanqi:? ^^^^rrt^ nuibim e;} "ri')r Uebc J Ju::o i.omïnLvi rt^l .^ Rfgi cnnc!a D-scruyn. Helîctl. Theog.

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'wk nous Jlei]

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Egyptiennes et Grecques. 119

en touchant dans une prairie eine fleur que Flore lui avoir mo!i«:rce.

On ne voir dans toure l'hiftoire d-e Mars j que des combats 6c des adultères. Celui qu'il comniic avec Vénus , elc célèbre dans tous les P^)ClCS. Vénus, la plus belle des Déeff:;s _, ayant écé mariée à Vuicaia, le plus laid des Dieux , contrefait d'ailleurs & ouvrier , s'en dégoûta bientôt, & pro'.iigua fes faveurs à Mars. Vuîcain ies nyaiî: furpris , les ha d'un lien impercepti- ble , après c]ùe le Soiefl les eut trahis.

Les Mythologues placent Mars au nombre ùQS douze grands Dieux d^ l'Egypte. Les Poëces jnous ie peignent toujours plein d'une bi'e échauf- fée 5 &: d'une fureur meurrriere : mais les An- ciens l'ont pris pour une certains vertu ignée , ôc une qualité inaltérable des mixtes , capable ,par conféquent de réfifter aux atteintes du feu les plus violentes. Si l'on met donc la Vénus des Philofophes avec ce Mars dans un lir ou vafe propre à cet effet, & qu'on ies lie d'une chaîne inviiîble, c'eft - à - dire aciienne > ôc telle que nous l'avons dé:rite dans le chapitre de Vénus , il en naîtra une très-belle nile , appelée Har- monie , dit Miche! Majer (à'), parce qu'elle fera rompofée liarmoniquemenr , c'eft-à-dire parfaite en poids <5c en mefure phiiofophique. Hchode (/>)

(j) Arcana arcanifP, 1. 3.

{l>) Marti Clypeos a*que arma fecanti

Aima Venus peperit pailorem, unaque fimorera, Qui dare terga virum armatas juilcre phaîangas In bello trifli : quam Ciidaïus duxit, at inde Hdrraûr.iam peperi: r.lai'ti Cyrrierca decorcm.

Hiv

120 Fables

la dit née de cet adultère ; mai:, Diodore de Si- cile [a) la donne pour tîjle de Jupiier & d'E- ledre ^ l'une de: fîl'cs d'Atlr.5.

Les Pocrcs ont biancoup chanté la beauté d'Hannonie , Se les Anciens la regardoient corn- iTîe une Divinité ruiéîaire. El!e époula Cadmiis , fils d'Agenor^ Roi de Fhcnicie. Jupiter qui avo5C fait ce mariage, ailiila aux noces , &: y invita tOuî les Dieux & les Déelles^ qui firent des préCens à la nouvelie tTiarice, Céiès lui donna au bie-1. Mercure une lyre , Pallas un Cidlier , une robe ce une iiùre j le collier ctoic un chef- d'œuvre de VuIcaUi. Aponon joun. de la Ivre pendant les noces. La fia de ce mariage n'eut pas tour l'éclac du comrnencemenr. Après bien des traviirjcs , Gadir.iîs Se Harmonie furent chan- gée en drago-s. Quelques Auteurs ont avancé que le lerpenr q. il dévora ie.s compagnons de Cadmus, étoK auilî his de Vénus ck de Mars*

L'on voir par- que la Gn de tous ces Dieux , DéeflTes (5c Héros , répond trcs-bicii à leur ori- gine ; ce que les Auteurs de ces hcr.oiis o;.c imaginé Ôc débité , afin qu\'3n les regardâc com- me des fables , & non comme des hitloiies vé- ritables.

Harmoaie eft cette matière qui rcfulce des premières opérations de l'œuvre , ék qu'il (a'.t enfuire marier avec Cadmus (duquel la Cad-mie a pris (on nom ). Alors rous les î)ieux Heimé- riques fe trouvent à leurs noces avec leurs pré- fens ; & Apollon y joue de fa lyre , co/iune d

ia) Liv. 5. ,..

Egyptiennes et Gr-ecques. tii

e fîc pour chanter la victoire que Jupiter avoit - emportée fur les Géans. Cadmiis Se Harmonie ont enfia métamorphofés ea un ferpent , Se iicnie en baliiic j car le rciuitac de l'œuvre in- :orporé avec fon feniblable, acquiert la vertu attribuée au bafilic , comme le difenc les Philo- ophes. L'auteur du Refaire s'exprime airJl : Lorfque vous m'aurez extrait en partie de ma nature , & ma femme en parue de la fienne,

> ôc que nous ayant réunis , vous nous ferez

> mourir; nous reirufcircrons en un feul corps, pour ne plus mourir, Sz noi\s f^eroPiS des chofes admirabies. Riplée (.2) parlant de l'élixir

hilofophique , qui _,'coaim.e nous venons de le oir, eil compofé de Cadmus Se d'Harmonie, u du mari & de la temm.c , dit: <' il en rc- fu!:e un tout qui devient par l'art une pierie » célerte , dont la vertu ignée eil n forte, que

> nous l'appelons notre dragon, notre bafilic, » notre élixir de grand prix ; parce que de iTième » que le bahlic tue de fa feule vue , de m.cme

> notre élixir rue le merciire crud dans un clin d'ceil j {i-vôt qu'il eft je:c delfus. U teint même . tous ies corps d'une teijuure parfaire du Soleil ' Ôc de la Lur.e. Notre huile , dit le même Au- teur un peu avant , fe fair par le mariage du fécond cjC du troilieme menîlrue, & nous le réduiîcns à la nature du baiîlic. 55 De même, dit Maicr (è) ^ que le bafilic fort d'un œuf,

(• ôc qu'en dardant fes rayons vifuels enveni- més, il infeéle de rue les erres vivans ; de

(a) ï:l. Port. (3) Svin^ola Aurcr? rn€r\^'rr , !0.

111 Fa BLES

» mcQie aiiHl norre teinture fe produit de l'œu jj phiioiophique , ôz par la vertu ccsgule p;\ j> le plus léger attouchement roue ce que le j> métaux contiennent de mercure. Elle renc 33 ftupide ce mercure , le tue en le fixant , 6. s3 ie dépouUîe de (on foufre combuilibie. «

PcLU-on voir quelque choie de plus précis? I n'y manque que les noms de Cadmus & d'Har- monie _, qui (oiit répoux &c l'époufc du cexre cité, il cil bon d'cbferver aufTi que Mars avoi un temple célèbre à Lemnos , Icjour de V'ul- cain.

Le loup , le chien , le coq ôz le vautour éroien consacrés au Dieu de la guerre : ie loup -6c U vautour â caaie de leur voracité ^ difent les Mv- -tho'ogues , &z le chien avec le coq pour leur vi gilance» Mais ils auroicnt mieux deviné , s'il: avoient dit que c'ed pour les raifons que nou avons rapportées dans le premier Livre , en par- lant d'Anubis 5c de Macedo* c'cft-a-dire , parcî que les animaux ont toujours été pris pour (ym- bolcs des ]n;^réiierjs cm Miîiiîlere des Philolb- phes. Je fuis un loup ravifiant °k r.ff'.mé _, dii Baille Vaicnrin (.?). Je fuis le chien ce --oraf- cenc t^' la chienne dAimenic , dit Avicennc 'J* avec la Tourbe. Je fuis le coq cz vous la pouls . dît le Solei! à la Lune (c) ■, vous ne pouvez rien faire /ans moi , ^> moi rien fans vous. Je fuis k vautour qui crie fans ceiïe au haut de la monta- gne , dit Hermès {d),

(a) I. Ciel. j maiT?? SoVis c>: Lun^.

(t) De re rccl:-. j (^d) Sept. Chap.

{cj ConliiiuiTj Ccni'Tgi! j

I

Egyptiennes et Grecques, nj

CHAPITRE XL Vulcain,

Vy«E Dieu fe trouve (i fouvent fur nos pas, que je ne m'étenûiai pas beaucoup à fon iujet. J'en ai déjà fait mention dans le premier Li- vre , en parlant des Dieux de l'Egypce. Voyons en peu de mots ce qu'en penfoienc les Grecs. Vulcaih Gcc^t tiis de junon _, fuivanc Héiiode i

Vulcanum peperit Juno conjuncla in amore,

Theog.

Quelques Auteurs ont avancé qu'elle Tavoît conçu lans connoilfance d'homme; mais Ho- mère [a] le dit poiuivement fils de Jupiter & de Junon j Se que la grande difformité le ht chaiTec du Ciel , d'où il tomba dans rifle de Lemncs. Le même Pocre fait parler Junon dans un autre endroit, comme ayant elle-même expulfc Vuî- cain de l'Olympe (/■). AuiTi Vulcain n'oublia-t-il

(tz) Me quoque de cœlo pede jecit Jupitci* oiir.i

Contra \M\xm auxiiiaiu miiero.uï; milii ferre pararcra. Ad ego cum cœio , Piu^baque cr^iente f^n'ehar j In Leuinum uc cecidi vix eft vis ulia relicla.

îliad. L I.

(3) Ipfc meus natu«: claudus Vulcanus ego ipfa

Hune peperi , î-nanibus capiens & in a^quora jecî, Filia mox cepic NerciTheris aima marini , Gcrinnnaique adiÏ!: j o::lbn3 iinnc ponavir aîcndum; liymn. i-i A^JolL

124 Fables

pns cetrc injure , S: ii: , pciir s'en venger , une cb.ai(o d'or , avec des refTorts fecrets c]ui fal

oient ceux qui s'y aiÏÏ^yoienc , fans qu'ils puf- fcnr s'en retirer. 11 en in oréfenc à ia nicre , Qui s'y trouva ptife ainTi-fô: qu'elle s'y mi:. Placou en parle dans fa République , liv. i.

Quelques Auteurs nous donnent Vulcain pour rinvenreur du feu, 6c d'autres difenc avec auflî peu de raiions , que ce fut Promérhéc. Chez les Egyptiens c'éroir, fuivant Hérodote, le pîus an- cien des Dieux ^ &c chez les Grecs il ctoir le moins refpedé. On l'y regardoit coiTime le père àts Forgerons, & comme For^reron lui-mcme. 11 fabriquoît les foudres de Jupiter, t^ les armes des Dieux. H forma un chien d'airain , dont il fit préfenr à Jupirer après l'avoir animé. Jupiter Je donna à Europe j Europe a Procris , &c celle-ci à Ccpnale , fou époux. Jupiter enfin le changea en pierre. Il hc ia're à Vuicaln !a boe'ce de Pan- dore, pour erre préientce aux hommes, au lieu du feu que Proméchée avoir enlevé du Ciel. Ce Dieu boiteux demanda â Jupiter Minerve pour femme, en récompenfe des armes qu'il lui avoi: fabriquées, ^\: des fervices qu'il lui avoit reiidus: mais Mmerve fut toujours lourde a fes deman- des , ik rebelle à Tes pourfuites.

Le lion lui ctoit confacré à caufe de fa nature ignée. Broutes ^ SteropKes & Pyracmon furent les comp.-:gnons de Vulcain dans le travail de la forge. Héfiode les dit tou5 crois eiUans du Ciel & de la Terre (r.) ^ d'autres les tom rils de Nep-

0) TIico-.

Egyptiennes et Grecquets. h^

ine Se d'Amphitrite. Virgile en faic mentioa

ans le haineme livre de l'Enéide.

Ardale <3c Brorhée furen: hls de Vulcain. Le

remier fie la Salle ou Temple des Mufes chez

:i Trézéniens ; & Brochée > devenu le jouet des

onimes à caufe de fa difformité , fe jera dans

feu pour ne pas furvivre a la honte. *=

Outre Vénus , Vulcain eut pour féconde fem-

ïe Aglaia, l'une de Grâces , dom le nom (igni-

e fplendeur, beauté. Elle étoic fille de Jupiter

d'Eurynome, félon Hciiod(^.

; Noël le Comte s'cgaye à fcn ordinaire aux

'épens des ChymiRes dans le chapitre 6. du

Y. 2. de fa Mythologie. Ils prétendent , dit-il ,

ae Vulcain n'effc autre que le foufre ou l'argent

f j qui ne s'allient a rien qu'à ce qui efl: de ieuf

ature. Mais il montre , ou fon ignorance j ou

mauvaife foi , quand il ne connoîc d'autres

fages du feu que pour cuire les viandes , ou

3ur le travail de la forge. H auroir eu bien plus

^au jeu , s'il avoir badioé fur i'ufage qu'en font

Soufrleurs. Il n'aurcit pas donné atteinte aux

3crations admirables de la Ghymie mêmevul-

lire. Sans Vulcain , que deviendroit la Mé-

'^"^ îcine , &c les remèdes chymiques aujourd'hui

fort à la moQQ ? Que deviendroienc cçs verre-

2S , ces manufadares de porcelaines , ôc tant

f autres ouvrages que nous admirons ?

Vulcain a été confidéré & honoré par - tout

)mme Dieu du feu. Quelques Anciens Mytho-

*gues le prenoient pour le feu de la Nature;

ais comme le feu des forges Se de nos cuifines

ï plus feniible 5c plus manifeile, le peuple prie

Il6 F A B L S S

bientôt le change \ ne connoiffant ou n'ctànt ftappé que de celui-là , il s'accoutuma à le pren- dre pour Viilcain , &: il fut confirmé dans fon erreur par les hiftoires allégoriques que les P^"- ces débitèrent fur le compte de ce Dku, ëc par les cérémonies fymboliquts qu'on employoit dans fon culte.

Chez les Egyptiens , Vulcain écoit le plus an- cien ëc le plus grand des Dieux , parce que le feu eft le principe aéhf de toutes les générations. Toutes les cérémonies de leur culte ayant été inflituées pour faire allufion à l'art fecrec gqs Prêtres : ôc le principal <S^ feul agent opératif de cet art, étant le feu, il eut le plus fuperbe des temples à Memphis fous le nom oOpas , àc le tegardoient comme leur protedeur. Mais les Grecs qui firent plus attention à la beauté de i'ouvrage qu'à Touvrier , ne firent pas ce V^ul- cain tout le cas qu'en faifoient les Egyptiens^ Frappés de l'abondance d^s foufres que i'iflc de Lcmnos fournilloit , 6c coniîaétant le (ouhe comme le principe ou la matière du feu , ils feignirent aue Vulcain faifoit Ion féjour dans cette Ifle 5 6c les Romains par la même raifon établirent & lixeient les forges de ce Dieu fous le Mont Etna.

Son éducation faite par les Néréides dcfignoit afiêz quelle étoit la nature de ce feu, èc l'origine de Vulcain; mais le peuple accoutumé a pren- dre les fiétions pour des vérités , fans en exami- ner trop les circonftances , (k. fans y regarder de h près , prcnoit tour à !a lettre. Il étoit cepen- dant facile de voir au premier coiip-d'oril , que

Egyptiennes ET Gp.eoques. 127

; feu commun ne pouvoir gueres avoir été élevé

- ar l'eau qui le fufîoque ëc l'éreinc , quoiqu'a

(ire vrai 1 eau ell: en quelque manière l'alimené

H

a feu.

Les Egyptiens avoient donc €n vue le feu lilofophiqiie , & ce feu eft ce différentes efpQ- es, fuivant les Difciples d'Hermès. Artéphius (^) a celui qui en parle plus au long, & qui le dc- jigne le mieux. « Notre feu ^ dit cet Auteur , eil |. minéral , il eft t'gal , il eft continuel , il ne s'évapore point , s'il n'eft trop fortement ex- cité ^ il participe du foufre ; il eft pris d'autre chofe que de la matière; il détruit tout, il dilfour 5 congelé Ôc calcine ; & il y a de l'ar- tifice à le trouver & à le faire ^ 3c il ne coûte rien , ou du moins fort peu. De plus , il eft hu- mide , vaporeux , digérant , aitéraiit ^ péné- trant 5 fubtil y aérien , non violent, incombu- ranc , ou qui ne brûle point , environnant , contenant , unique. 11 eft aufîi la fontaine d'eau vive qui environne ôc contient le lieu fe baignent le R.oi ôz la Reine. Ce feu humide fufîit en tout l'œuvre, au commencement , au milieu & à la fin , parce que tout l'arc con* fifte dans ce feu. 11 y a encore un feu naturel ^ un feu contre nature ^ êc un feu innaturel ôc qui ne brûle point ; ôc enfin pour complé- ment 3 il y a un feu chaud . fec , humide âc froid. « Le mcme Auteur diftingue les trois )remiers en feu de lampe , feu de cendres ôc feu lâcurel de l'eau philofophique. Ce dernier eft

(w2) Ds î'ârt feçret.

î::.S Fables

feu contre natiue , qui efl: néceffaire dans tout le cours de l'œuvre^ au lieu, dit-il, Cjue les deux autres ne foiic iiécctTaires que dans certains temps, Riplée (a) , après avoir fait rénumcration de ces quatre mêmes feux , conclut ainfi : Fa'ms donc un feu dans votre vaje de verre , qui brûle plus ^Lcaccment que le jeu clémcncaire.

Raymond Lulle, Flamel , Gui de Monranor , d'Elpagnec & tous les Philofophes s^exprimenc a peu près de la même manière , quoique m.oins ciairemcnr. D'Efnaiinet recommande de fuir le feu élémentaire ou de nos cuifines , comme le tyran de la Nature, 6: il l'appelle /rtzrricic/^. Les autres difent que l'Artifte ne fe biûie jamais les doigts, ôc ne fe falit