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L'INTERNATIONALE
DOCUMENTS ET SOUVENIRS (1864-1878)
Tome III
DU MÊME AUTEUR
L'Internationale, Documents et Souvenirs (1864-1878j. — i<>.>ii> i ' (1864-1870): piiEMiÉRE PARTIE. Avant la Fédération romande; deuxième PARTIE, La Fédération romande. Avec un portrait de Constant Meuron. Un volume grand in-S^ de x-304 pages.
Prix : 4 fr. 50.
L'Internationale, Documents et Souvenirs (1864-1878). — TOME II (1870-1872): TROISIÈME PARTIE, La Scission: quatrième partie, />i Fédération jurassienne, Première période. Avec un portrait de Michel Ha- kounine. Un voluuie grand in-S^ de xii-350 pages.
Prix : 6 francs.
Etudes révolutionnaires, première série. (Princijtaux chapitres : Le vandalisme de Chaumclte ; La déesse de la Liberté à Notre-Dame ; Un tnot légendaire: « La République 7i'a pas besoin de savants » ; Fragonard et ta Terreur ; Le berger Baubenton : encore une légende co)itre révolutionnaire ; Le Saint-Suaire de Besançon ; Vhymne à V Etre-suprême à la fête du iO yrairial an II ; Let sextiles de l'ère républicaine ; Lavoisier nnti-clcrical et rciolutionnaire ; Les quatre Déclarations des droits de Vhomme de n93 . etc.). Un v«duiiie in-12, de vi-400 pages, avec deux fac-similé et un portrait de Robespierre pur Fragonard.
Prix : 3 fr. 5U.
Etudes révolutionnaires, deuxième série. (Principaux chapitres : Le chevalier Pawlet et VEcole des orphelins militaires : La liberté des cultes et le Comité d'instruction publique en Van II; Le personnel du Comité de salut public : Le personnel du Comité de sûreté générale; Grégoire et le vandalisme; Pcstalozzi citoyen français). Un volume in-12, avec un portrait du chevalier Pawlcl et un portrait de Pestalozzi.
Prix : 3 fr. 50.
SOUS PRESSE :
L'Internationale, Documents et Souvenirs (1864-1878). — T(^ME IV (1870-1878): SIXIÈME et dernière partie, La Fédération Jurassienne, Troisième période. Avec un portrait d'Adhémar Schwitzguél.el.
CARLO CAFIERO 1878
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L'INTERNATIONALE
Documents et Souvenirs (1864-18 78)
PAR
James GUILLAUME
TOME TROISIEME
Avec un portrait de Carlo Cafiero
PARIS. — I^^
P.-V. STOCK, ÉDITEUR (Ancienne Librairie TRESSE & STOCK)
i35, RUE SAINT-HOXORÉ. i55 Devant le Théàtre-F'rançais
190Q
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AVANT-PROPOS
J'avais cru pouvoir faire tenir en un seul volume ce que j'a- vais à dire des événements de la période qui commence au len- demain du Congrès de la Haye (septembre 1872) pour s'achever au printemps de 1878 avec la disparition du Bulletin de la Fédé- ration jurassienne : mais j'ai dû constater que ce serait chose im- possible, à moins d'écourter de façon regrettable un récit qui ne vaut guère que par le détail, et dans lequel je me suis interdit à dessein les généralisations. Il fallait, entre autres, rapporter com- plètement et sans réticences ce que je sais des actes et des pen- sées de Bakounine dans les quatre dernières années de sa vie. Il fallait faire pénétrer le lecteur dans la vie intime des militants de la Fédération jurassienne, par de nombreuses citations de leur correspondance. Il fallait enfin faire connaître au public de langue française les édifiantes révélations contenues dans la correspon- dance de Sorge parue en 1906 {Brlefe luid Auszilge ans Brie/en von Joh. Phil. Beckei\ Jos. Diet^gen, Friedrich Engels, Karl Marx u. A. an F. A. Sorge und Andere), qui éclaire, par les aveux les plus cyniques et les plus inattendus, tout le complot delà coterie marxiste ; et profiter des renseignements fournis par quelques autres publications récentes, comme les récits de M"^^ A. Bauler sur Bakounine (Byloé, juillet 1907), les lettres de Marx à un ami russe, M. Nicolas ...on, relatives à la pièce se- crète sur laquelle fut échafaudée l'accusation d'escroquerie lancée contre Bakounine à la Haye {Minouvchië Gody, jan- vier 1908), etc. Au dernier moment, j'ai pu donner encore, dans un Appendice, la lettre de Lioubavine à Marx du 8/20 août 1872, publiée par Ed. Bernstein dans le numéro de novembre 1908 de Minoiwchié Gody .
En conséquence, au lieu d'un troisième et dernier volume ache- vant l'ouvrage, et contenant les deux dernières parties de mon
^, AVANT-PROPOS
travail, j'ai dû me décider à faire deux volumes : un tome III, qne voici, comprenant la Cinquième partie : La Fédération ju- rassiemie, Deuxième période, septembre 187 '2— mars 1876 ; et un tome IV, qui renfermera la Sixième et dernière partie : La Fédé- ration jurassienne, Troisième période, mars 1876 — mai 1878.
Cela me permettait de donner aux lecteurs un portrait de plus. J"ai choisi celui de notre cher et regretté Carlo Cafiero, et l'ai placé en tète du présent volume : c'est la reproduction d'une photographie faite en 1878, après l'acquittement des accusés du procès de Bénévent, photographie que je dois à l'amitié de M"^^ Olympia Cafiero-Koutouzof. — Le portrait d'Adhémar Schwitzguéhel sera placé en tète du tome IV et dernier.
Le tome IV est entièrement rédigé, et sa publication ne tar- dera pas.
J. G.
TABLE DES MATIÈRES DU TOME TROISIEME
CINQUIEME PARTIE
La Fédération jurassienne : deuxième période (Septembre 1872-Mars 1876).
I. — Le Conçjrès de Sainl-Imier {1 3 et 1 6 septembre 1872). — Organisation secrète
internationale, 1-2; le Congrès jurassien à Saint-Imier (lo septembre 1872) ; il déclare ne pas reconnaître les résolutions du Congrès de la Haye, 2-4; le Congrès international à Saint-Imier (même jour 15 septembre), pacte de solidarité entre les Fédérations qui ne reconnaissent pas les pouvoirs du nouveau Conseil général, 4-iÛ. — Après le Congrès : lettre des délégués espagnols (18 septembre) ; protestation signée de huit réfugiés russes (4 octobre), 1.0-13. — La correspondance entre Marx et un publiciste russe (Nicolas ...on) au sujet du « document i> qui fut montré à la Commission d'enquête à la Haye, 13-17.
II. —D'octobre 1872 à janvier 1873. — Le Conseil général de New York. Lettre d'Engels (5 octobre), 17 ; dispositions des Belges, 17-18 ; démissions de David et de Ward, 18-19 ; Sorge entre au Conseil comme secrétaire général ; cir- culaire du 20 octobre ; Engels en corrige et en fait corriger les fautes grammaticales, 19. — Blâme à Karl Marx voté par le Conseil fédéral an- glais ; lettre de Haies au Conseil fédéral belge (21 octobre), 20. — Brochure des blanquistes. Internationale et Révolution, rédigée par Vaillant (novembre) ; article du Bulletin, « Les Jacobins s'en vont j (15 décembre); appréciation d'Engels, 20-21. — Les représentants du Conseil général en Europe : Marx pour l'Allemagne, Engels pour l'Italie, Serraillier pour la France ; extraits des lettres d'Engels à Sorge (Bignami et la Plèbe, Mesa et la Emancipacion, la situation en France), 21-24. — En Angleterre : Lettre du Conseil fédéral anglais au Comité fédéral jurassien (6 novembre) ; réponse du Comité fédé- ral jurassien (17 novembre), 24-28. Marx réussit à faire entrer quelques-uns de ses agents au Conseil fédéral anglais, et à s'emparer de l'International Herald; Congrès convoqué par une décision (10 décembre) de la majorité du Conseil fédéral (Haies, Jung, Mottershead, Roach, etc.) ; la minorité (Dupont, Lessner, etc.) sort du Conseil et prend elle-même le titre de Conseil fédéral (19 décembre) ; la majorité fixe (23 décembre) au 26 janvier la réunion du Congrès anglais, à Londres ; article du Bulletin, « L'Internationale en An- gleterre », 28-35 ; lettres de Marx et d'Engels à Sorge (21 décembre et 4 janvier), 35-37. — En France : Formation de nouvelles sections ; les Sections de France s'affilient à la Fédération jurassienne; protestation de la fédéra- tion rouennaise contre l'attitude de son délégué à la Haye (octobre) ; affaire d'Abel Bousquet, de Béziers ; les proconsuls marxistes Van Heddeghem, à Paris, et Dentraygues, à Toulouse ; expulsion de Brousse par Dentraygues, et lettre de Jules Guesde à la Liberté de Bruxelles (10 octobre) ; circu- laire du Comité fédéral jurassien relative aux actes de Dentraygues (octo- bre) ; arrestations dans le Midi (décembre), 37-39. — En Suisse : Elections
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au Conseil national suisse ; la Section de Moutier prend part à la campagne électorale, et se prononce pour les résolutions de la Haye en matière politi- nue • toutes les autres sections de la Fédération jurassienne adhérent aux résolutions du Congrès international de Saint-Imier ; VAlmanach du Peuple pour IS73, avec un article de Jules Guesde sur le suffrage universel, 39-40. Le Conseil général de New York met la Fédération jurassienne en demeure de rétracter les résolutions de son Congrès du 15 septembre, dans un délai de 40 jours (8 novembre), 40-42 ; circulaire du Comité fédéral jurassien à toutes les Fédérations de l'Internationale, pour faire appel à leur solidarité ^8 décembre), 42-43. — En Amérique : Le Conseil fédéral de Spring Street déclare vouloir ignorer les élus du Congrès de la Haye (octobre) ; il donne son adhésion au pacte de solidarité de Saint-Imier (19 janvier 1873), 43. — En Italie : La Rivoluzione sociale (imprimée à Neuchâtel, octobre) ; les Sec- tions italiennes refusent de participer à une manifestation en faveur du suffrage universel ; la Commission italienne de correspondance envoie au Comité fédéral jurassien l'assurance de la solidarité de l'Internationale italienne (décembre), 47-4i. — En Belgique : Congrès régional belge à Bruxelles (25 et 26 décembre); le Congrès repousse les résolutions de la Haye, et adhère au pacte fédératif autonome entre les fédérations régiona- les : il réorganise le Conseil fédéral belge, 44-46. — En Espagne : Congrès régional espagnol à Cordoue (25-30 décembre) ; approbation du pacte de so- lidarité de Saint-Imier; le Conseil fédéral espagnol est transformé en une Commission de correspondance, qui est placée à Alcoy ; création du Boletin de la Federacion espanola, 46-47. — En Angleterre : Congrès de la Fédération anglaise à Londres (26 janvier 1873) : révélations de Jung et d'Eccarius ; le Congrès repousse les résolutions de la Haye et son représentant le soi- disant Conseil général de New York ; lettre de Marx à Boite (12 février), 47-51. — Bakounine rentre à Locarno (22 octobre) ; manuscrit inachevé fai- sant suite à L'Empire knouto-germanique (4 novembre-11 décembre). Extra- dition de Netchaïef (26 octobre) ; les papiers enlevés par Netchaief recouvrés par Ross (novembre); rupture avec Pierre Lavrof (décembre) ; lettre de Nicolas Sokolof à Ogaref (2 janvier 1873), 52-54. Cafiero, Fanelli, Palladino à Locarno (novembre et décembre) ; mort de Yincenzo Pezza à Naples, (8 janvier 1873), ses funérailles, 54-55.
m. — De janvier à juin 1813. — Le Conseil général de New York prononce la suspension de la Fédération jurassienne (5 janvier 1873); réponse du Bul- letin (9 février), 55-56; la Fédération hollandaise, la seule qui ne se fût pas encore prononcée, déclare ne pas accepter la suspension de la Fédération jurassienne (14 février), 57; lettre de la Commission fédérale espagnole au Conseil général (22 février), 58 ; lettres d'Engels et de Marx reprochant au Conseil général de n'avoir prononcé que la suspension, tandis qu'il eût dû prononcer l'expulsion de la Fédération jurassienne et de toutes les fédé- rations rebelles, 58-59. — En Espagne : Tentative des marxistes pour créer à Yalencia un Conseil fédéral dissident (janvier 1873) ; ce Conseil se dissout au bout de deux mois, et la Emancipacion cesse de paraître, 59-60 ; proclama- tion de la Piépublique (il février), et article du Bulletin sur la situation po- litique, 60-61. — En France : Procès de Toulouse (10-28 mars), lettre deOuesde, Dentraygues reconnu mouchard, 6J-03; procès de Paris (10 mars), article du Bulletin, Van Heddeghem se démasque comme un ennemi de l'Interna- tionale ; Engels, dans ses lettres, déclare que Van Heddeghem est un espion, et l'était déjà à la Haye, mais que Dentraygues ne l'est pas, 63-65.
— Lettre du Conseil fédéral de Spring Street (2 février), 66. — En Italie : Congrès régional convoqué à Mirandola pour le 15 mars, tenu à Bologne du 15 au 18; la Fédération italienne refuse de reconnaître les décisions de la Haye, et adhère au pacte de Saint-Imier ; Terzaghi est expulsé comme agent de la police. Nombreuses arrestations, non suivies de procès, 66-67.
— En Suisse : La situation à Genève, décadence du Temple-Unique, bro- chure de F. Caudaux, grève des bijoutiers, 67-68. Congrès de la Fédération
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TABLE DES MATIERES DU TOME TROISIEME IX
jurassienne à Neucliàtel (27 et 28 avril) : proposition d'* tenir un Congrès anti-autoritaire, le •2S août, dans la ville où le Con{,'rcs général se réunira le premier lundi de septembre ; proposition de remplacer le Conseil général par trois commissions distinctes ; le Comité fédéral jurassien transféré à la Chaux-de-Fonds : le Bulletin deviendra hebdomadaire à partir du i" juil- let ; questions diverses, 68-71. Apparition du Mémoire de la Fédération ju- rassienne (avril), 71-72. Congrès à Olten (l" juin), convoqué par un comité d'initiative formé à Genève : cinq délégués du Jura s'y rendent, et se reti- rent après que la majorité du Congrès, formée de délégués de langue allemande, s'est prononcée pour la création d'une Association ouvrière suisse centralisée, sous le nom de Schiceizerischer Arbeiterbund, 72-79. Inci- dents dans la colonie russe à Zurich : fondation du Vpered (avril), journal de P. Lavrof : affaire de la bibliothèque rasse ; Sokolof et Smirnof, voyage de Bakounine à Zurich, entrevue avec P. Lavrof, 79-81. — En Belgique : Congrès régional à Verviers (13 avril) : une commission est chargée de rédiger un projet de nouveaux, statuts pour rinternationalo, fondé sur la non-existence d'un Conseil général ; le Congrès discute l'idée de la grève générale. Autre Congrès régional à Gohyssart-Jumet (le-" juin) : adoption d'un projet de statuts généraux, rempla<:ant le Conseil général par trois commissions distinctes; proposition de charger la Fédération jurassienne de l'organisation du Congrès général de 1873, faite par la Fédération belge, et adoptée ensuite par toutes les Fédérations, 81-82. — En Angleterre : 1« Conseil fédéral anglais annonce (avril) que pour la Fédération anglaise la suspension de la Fédération jurassienne est nulle et non avenue; il propose de remplacer le Conseil général par un Conseil exécutif fédéral élu par les diverses fédérations, et de changer le nom d'Association internationale des travailleurs en celui de Fédération générale du travail. Congrès des partisans de Marx à Manchester (2 juin) ; disparition de l'Intei-national Herald, et tin de l'organisation marxiste en Angleterre, 82.
IV. — De juin à août iS73. — Préparatifs de la coterie marxiste en vue du Congrès général ; instructions envoyées par Engels et Sorge pour fermer aux autono- mistes les portes du Congrès : Genève doit être choisie comme lieu de réunion (3 m.ai) ; le Conseil général déclare, conformément aux instructions d'Engels, que toutes les fédérations qui ont refusé de reconnaître les décisions de la Haye ont cessé de faire partie de l'Internationale (30 mai), 82-84. Engels se félicite que les autonomistes aient décidé de ne pas prendre part au Con- grès que le Conseil général pourrait convoquer, et aient résolu que le Con- grès général se réunirait le premier lundi de septembre dans une ville suisse à désigner ; il en conclut que les autonomistes n'iront pas à Genève (14 juin). La Fédération jurassienne, chargée, conformément à la propo- sition belge, d'organiser le Congrès général, choisit Genève (24 juin) ; par une circulaire du 8 juillet, le Comité fédéral jurassien invite les délégués des fédérations à ouvrir à Genève, le 1er septembre, le sixième Congrès gé- néral, 85. — En Espagne : Progrès de la Fédération espagnole, du Congrès de Gordoue jusqu'en août 1873. Evénements politiques: Pi y Margall chef du pouvoir exécutif (11 juin) ; troubles dans toute l'Espagne; grève d'Alcoy et insurrection (9 juillet) ; démission de Pi (13 juillet), Salmeron le rem- place ; révolte des intransigeants ou cantonalistes (Carthagène, Murcie, Valencia, Cadix, Séville, etc.) ; détails empruntés à des correspondances du Bulletin ; la Commission fédérale est transférée d'Alcoy à Madrid, le Boletin cesse de paraître ; manifestation sympathique de la Section internationale de Lisbonne, 85-89. — En France : Lettre de Bakounine à Pindy(ll jan- vier 1873), 89 ; fondation à Barcelone (avril) d'un Comité de propagande ré- volutionnaire socialiste de la France méridionale (Alerini, Brousse, Carnet) ; publication de la Solidarité révolutionnaire (juin) ; article de Jules Guesde (1" juillet), 90-91 ; le mouvement syndical; impuissance des marxistes, 91. — En Belgique : Crise industrielle dans' la région de^ Verviers, situa- tion révolutionnaire ;|^mouvement pour la création' d'Unions intern^.tio-
l'internationale
tionales de niétier: Congrès régional belge à Anvers (15 et ^6 août), 91-92.
— En Hollande : Propagande politicienne de Rademacher ; elle n'a pas d'é- cho ; lettre de Gerhard ; Congrès d'Amsterdam (10 août), nomination d'un dc-iégué pour le Congrès général, 92-93. — En Angleterre : Le Conseil fédéral anglais se prépare à envoyer des délégués au Congrès général, 93. — Allema- gne, Autriche, Suisse allemande : Lettres d'Engels et de Becker, constatant la désorganisation du parti marxiste dans ces pays, 93-94. — Publications de l'imprimerie russe des « bakounistes » de Zurich en 1873 ; conflit entre Ptoss et trois autres membres du groupe ; Bakounine intervient vainement ; il prend parti pour Koss, 94-97. — En Italie : Progrès de l'Internationale ; congrès provinciaux, 96. Plan formé par Gafiero et Bakounine : achat de la Baronata près Locarno; extraits d'un Mémoire justificatif de Bakounine (écrit les 28 et 29 juillet 1874), 96-101 ; extrait des Souvenirs de Débagori- Mokriévitch, 101-10:2, — Dans le Jura : Le Bulletin agrandi et hebdomadaire (1" jQillet), j 02-103. Article sur l'appropriation des machines parles socié- tés ouvrières, 103-104. Assemblée d'Undervelier (3 août), et résolutions adoptées sur l'organisation ouvrière, la propagande, et la politique, 104-106. Enumération des groupes formant la Fédération jurassienne en août 1873, 106. Article du Bulletin à la veille du Congrès général (31 août), 106-108.
— Le sixième Congrès général de l'Internationale, à Genève {-h^-ô septembre 1873).
— Arrivée des délégations, liste des délégués, 108-111. Rapports des Fédérations, nomination des commissions (1" septembre), 111-113. Question de la revision des statuts généraux (2, 3 et 4 septembre), 113-116, 119-120, 121-128; texte des statuts généraux révisés, 128-130. Question de la grève gé- nérale, discutée en séances privées (3 et 4 septembre), 116-118, 120-121. Ques- tion de la statistique du travail (4 et 5 septembre), 130, 132. Télégramme de sympathie des lassalliens de Berlin (3 septembre). Déclaration de solidarité avec tous les travailleurs, quelle que soit l'organisation à laquelle ils ap- partiennent (5 septembre), 132, 133. Résolution relative à l'organisation par fédérations du même métier et au groupement des fédérations d'une même industrie dans une Union de métiers (5 septembre), 132-134. Questions et résolutions diverses, 113, 116, 132, 134. Meeting destiné aux ouvriers gene- vois (jeudi soir 5 septembre), 130-132. — Le Congrès marxiste (8-13 septem- bre). Personne ne s'y rend de New York ni de Londres ; pour éviter de n'avoir que des délégués genevois, qui voudraient placer le Conseil général à Genève, J.-Ph. Becker fabrique des délégués auxquels il délivre des mandats au- trichiens écrits par Oberwinder, 134-136. Articles du Bulletin sur ce pseudo - Congrès, 136. Le fiasco du Congrès est reconnu par Marx lui-même ; lettres de Marx, Becker et Engels à Sorge, et appréciation de Jaeckh, 136-138. Terzaghi recommandé à Sorge par Becker, 139. 'L'Union des travailleurs, Jules Nostag et Gustave Bazin, 139. Fin du Conseil général de New York et de l'Internationale marxiste ; désaveu du Congrès marxiste de Genève par Sorge et par un Congrès marxiste tenu à Philadelphie (avril 1874) ; retraite de Sorge (août 1874) et lettre d'Engels (12 septembre 1874); rupture finale de Marx et d'Engels avec la plupart de leurs affidés de l'ancien Conseil général de Londres, 139-141. — Bakounine àBerne, en septembre et au commencement d'octobre. Ma visite chez Adolphe Vogt. Consommation de la rupture entre Bakounine et le groupe de Holstein, Œlsnitz et Ralli, ensuite de la publica- tion par ceux-ci du programme théorique de l'organisation secrète dont ils avaient lait partie. Bakounine leur rembourse l'argent qu'il avait reçu d'eux, 141-142. Lettre de Bakounine au Journal de Genève, publiée dans le numéro du 2.^ septembre, par laquelle il annonce qu'il est dégoûté de la vie publique et qu'il se retire de la lice, 143-144. Autre lettre de Bakounine, publiée dans le Bulletin du 12 octobre, par laquelle il fait ses adieux à la Fédération jurassienne en quittant la vie publique, après le triomphe du principe d'autonomie dans l'Internationale et la ruine définitive de la dictature de Marx, 143-147. — Le pamphlet d'Engels, Lafargue et Marx : L' Alliance de la dérr\ocratie socialiste ; personne ne lit cette brochure ; lettre
Table des matières du tome troisième xï
d'Engels du 25 novembre 1873, et observations sur cette lettre, 14S-1-49. Rectification : en 1876, j'avais attribué la rédaction du pamphlet à Gh. Longuet, mais celui-ci n'y a pris aucune part ; ma rencontre avec lui à Paris en 1901, 149.
VI. — D'octobre 1873 à la fin de 1873. — En Espagne : Persécutions contre l'Inter- nationale, 150 ; articles d'Engels dans le Volksstaat, réponse du Bulletin (9 et 16 novembre), 150-158 ; les intransigeants de Garthagéne, 158 ; grèves, progrès de l'organisation ouvrière, 158. — En Italie : Journaux socialistes; lettre de Gosta (décembre) 158-159. — En France ; Reculade du comte de Ghambord (octobre); condamnation de Bazaine (10 décembre) ; les déportés de la Gommune, 159-160 ; nouveau manifeste bonapartiste d'Albert Richard (août); correspondances bonapartistes de G. Durand (Aubry) dans l'Inter- nationale de Bruxelles, et articles du Bulletin à ce sujet; attaque perfide du Volksstaat, 160-161. — En Belgique : Grèves, propagande anti-militariste; Gongrés de la Fédération belge à Bruxelles (25 décembre) ; le Gonseil fédé- ral est placé à Verviers, le Mirabeau devient l'organe fédéral, l'Internationale cesse de paraître, 161-162. — En Hollande : Gongrés de la Fédération hol- landaise à Amsterdam (25 décembre), 162. — En Allemagne : Réception d'ouvriers français à Augsbourg ; lettre d'Alsace, 162. — Aux Etats-Unis : Grise financière et industrielle ; grand meeting à New York (11 décembre), convoqué par le Gonseil fédéral de Spring Street, uni à des ouvriers améri- cains et aux socialistes allemands Garl et Boite, et nomination d'un Commit- tee of safety^ 162-163. — Dans le Jura : Revision de la constitution neuchàte- loise, article du 5wZ/e///i (21 septembre) sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat et le « référendum », 163-165 ; la Gonstituante neuchàteloise et Goul- lery, 165; collaboration de la Fédération jurassienne avec l'Arbeiterbund sur le terrain économique, 165-166 ; les fédérations ouvrières locales dans le Jura, 166-167 ; VAlmanach du peuple pour 1874, la chanson de Gharles Keller (la Jurassienne). 167-168.
VII. — De janvier 1874 au Congrès Jurassien de la Chaux-de -Fonds [23 avril 1874.) — En Espagne : Goup d'Etat de Pavia (2-3 janvier 1874) ; l'Internationale dis- soute par décret; Manifeste de la Gommission fédérale espagnole et lettre de cette commission au Gomitô fédéral jurassien (29 mars), 168-169. — En Italie : Le Comitato italiano per la Rivoluzione sociale et ses deux premiers bulletins (janvier et mars), 169-170. — En France : Les déportés ; l'autel de Jésus-Ouvrier à Montmartre ; condamnations à Lyon (Gamet, Gillet, etc.) en février, 170. — En Belgique : Manifeste du nouveau Gonseil fédéral, mars; Gongrés régional à Baume (5-6 avril), 170-171. — En Allemagne : Elections au Reichstag (janvier), dix députés socialistes ; démission du D"- J. Jacoby ; les élections à Mulhouse, renvoi de Weiss l'année suivante ; dans la question d'Alsace, déclaration collective des députés socialistes (18 février), premier rapprochement entre les deux fractions des lassalliens et d'Eise- nach ; le Bulletiii s'en félicite ; discours de Hasselmann contre le Kontrakt- bruchgesetz ; appel de Hasenclever pour la célébration du 18 mars; article du Bulletin sur l'idée de « Volksstaat » et l'idée de Gommune (29 mars), 171-173. — En Autriche : Pétition de l'Association « Volksstimme » enterrée : juge- ment du Volksstaat, 173. — En Angleterre : Les conservateurs au pouvoir ; Macdonald et Burt élus députés, accusations contre eux ; procès de Th. Hal- liday, 173-174. — Aux Etats-Unis : }*Ianifestation de Tompkins Square à New York (13 janvier) ; l'agitation reste sans résultat, 174. — Dans le Jura : Grise industrielle ; grève des monteurs de boîtes à la Ghaux-de-Fonds ; article de Spichiger ; assemblée populaire du 27 février, 174-176; au Val de Saint-Imier, 176 ; célébration du 18 mars, 176-177; le catholicisme «libéral » dans le Jura bernois, 177-178 ; renaissance du coullerysme à la Ghaux-de- Fonds, la Jeune République, 178 ; rapports de solidarité entre les ouvriers de la Suisse française et ceux de la Suisse allemande, 178-179 ; la revision de la constitution fédérale suisse (19 avril) et l'attitude de la j'agwacht, 179 ;
^jj L'INTERNATIONAJ^E
l'Ai'beiterbund demande pour son second congrès la salle du Grand-Conseil zuricois, qu'il n'obtient pas, 179 ; conflit à Genève (avril), 180 ; Congrès de la Fédération jurassienne à la Chaux-de-Fonds (25-27 avril) ; le Comité fé- déral est pdacé à la Gbaux-de-Fouds, le Bulletin reste au Locle, 180-181.— Suite de l'histoire de la Baronata, d'octobre 1873 à mai 1874; extraits du Mémoire justificatif de Bakounine ; Pindy à la Baronata (décembre 4873) ; en janvier 1874, Pind}' et moi, allant à la Baronata, sommes retenus à Bel- linzona par L. Nabruzzi ; lettre que m'écrit Bakounine au printemps de 4874 ; départ de Gafiero pour Pétersbourg (juin), où il épouse Olympia Kou- touzof ; Ross à Londres, de la fin de 1873 à juin 1874, 181-187.
yUl, — D'avril IST-i au septième Congres général à Bruxelles, 7 septembre 1874. — En Espagne : L'Internationale vit toujours, les persécutions continuent ; le journal las Represalias ; Congrès annuel (clandestin) de la Fédération espa- gnole à Madrid (25 juin), 187-188. — En Italie : Agitation, persécutions ; un mouvement insurrectionnel se prépare, 188-189. — En France : Chute du ministère de Broglie ; manifeste des blanquistes de Londres et article du Bulletin (12 juillet); les déportés, 189-191. — En Belgique : (]!ongrès de la Fédération belge à Liège (25 mai) ; autre Congrès à Gand (15 août), 191. — En Allemagne : Congrès annuel des lassalliens à Hanovre (25 mai) ; perqui- sitions chez Hasenclever (8 juin) ; il transfère le siège de l'Association las- salienne de Berlin à Brème ; le tribunal de Berlin prononce la fermeture de l'Association (24 juin) ; persécutions contreles socialistes des deux fractions ; l'Alsace, 191-192. — En Autriche : Arrestation d'Andréas Scheu (juin), 193. — En Angleterre : Grèves nombreuses ; grève des travailleurs agricoles, couronnée de succès (août), 192. — Aux Etats-Unis : Le Bulletin de l'Union répu- blicaine de langue française, la Section de langue française de l'Internationale à New York, 192. — En Suisse : Grève des charpentiers et menuisiers à la Chaux-de-Fonds (mai-juillet) ; grèves des menuisiers de Genève, des char- pentiers de Lausanne ; articles de Schwitzguébel, dans le Bulletin, sur les fédérations de métier (24 mai) et la tactique des grèves (22 et 29 juin), 192-194; Congrès de la Fédération des graveurs et guillocheurs (17-19 mai), de la Fédération des monteurs de boites, 194-195; Congrès de V Arbeilerbund à Winterthour (25 mai) ; observations du Bulletin, recommandant la con- quête de la journée de dix heures par « l'effort direct » des ouvriers (14 juin), 195 ; reconstitution des Sections du Locle, de Porrentruy, de Vevey (juin, juillet, août) ; la Section de propagande de Genève se retire de la Fédération jurassienne (juillet), 195-196. Réunions de Fontaines (5 juillet) et de Saint-Imier (9 août), 196-J97. Le Social-demokratisches Bulletin (24 mai) ; la Commune, ou la Revue socialiste, à Genève (20 avril-::Û novembre), 197. Préparation au Congrès général de Bruxelles ; rédaction des mandats des Sections jurassiennes (juillet-août) ; Schwitzguébel élu délégué, 197-198. Cafiero à Neuchâtel (1" septembre), traduction d'une adresse italienne au Congrès de Bruxelles, 198.
La crise de la Baronata: arrivée de Ross (juin), retour de Russie de Ca- fiero et de sa femme (commencement de juillet) : Cafiero se rend à Barletta, et y constate qu'il est ruiné ; arrivée à la Baronata de M"* Bakounine, de ses enfants et de son père (13 juillet), retour de Cafiero le même jour; Ca- fiero déclare qu'il n'a plus d'argent à dépenser pour la Baronata (lo juillet) ; Bakounine signe un acte de renonciation à la propriété de la Baronata, (25 juillet), et se décide à partir en secret pour Bologne, 198-200. — Prépa- ratifs faits, en juin et juillet, pour un mouvement insurrectionnel en Italie, 200-201. Départ de Bakounine de Locarno (27 juillet) ; il s'arrête deux jours à Splûgen, où il écrit un Mémoire justificatif ; nouveaux extraits de ce Mé- moire ; Bakounine arrive à Bologne le 30, 201-204. — Proposition d'une action commune de l'Internationale et des mazziniens ; arrestation de 28mazziniens a la vjlla Ruffi (2 août) ; arrestation de Costa (5 août) ; troisième bulle- tin du Comitato italiano per la Rivolusione sociale (7 août), tentative manquée d'insurrection à Bologne (nuit du 7 au 8 août), nombreuses arrestations.
TABLE DES MATIERES DU TOME TROISIEME XIII
— Bakounine quitte Bologne (12 août) et arrive à Splûgen (14 août) ; entrevue de Bakounine et de Ross (21 août). — Malatesta à Gastel del Monte (10-14 août) ; son arrestation à Pesaro ; quatrième et dernier bulletin du Comilato italianoper la Rivoluzione sociale (août); appréciation du Bullelin jurassien sur les mouvements insurrectionnels italiens d'août 1874,204-208. — M"* Bakou- nine quitte la Baronata (9 août) et se retire à Arona, puis à Lugano ; Ba- kounine, demeuré à Splugen du 14 au 26 août, après avoir songé à passer en Amérique, se rend à Sierre pour y rencontrer Gafiero ; son entrevue à Sierre avec Gafiero et Ross, leur rupture (2 et 3 septembre), 209-210.
IX. — Le septième Congrès général de l'Internationale, à Bruxelles [7- 1-2 septembre 1874).
— Liste des délégués; ordre du jour, 210-212. Rapports des fédérations; adresse du Gomité italien pour la Révolution sociale, 212-218. Adoption d'un Manifeste à tous les travailleurs, 218 ; extraits de ce Manifeste, 226-228. Question d'une langue unique internationale, 218-219. Question des services publics, 219-224. Question de l'action politique, 224-225. Questions admini- stratives, 225-226. — Gongrès de la Ligue de la paix et de la liberté, à Ge- nève, 228-229. — Articles du Bulletin sur le Gongrès de Bruxelles, 229-235.
X. — De septembre à décembre 1874. — Notre rupture avec Bakounine à Neucbàtel
(25 septembre). Séjour de Bakounine à Berne (26 septembre-5 octobre) ; il rejoint ensuite sa femme à Lugano, 235-239. — En Espagne : Deux circu- laires de la Gommission fédérale (septembre et décembre), 239-240. — En Italie : Les lettres écrites par Gafiero pour notre Bulletin; j'écris, à la de- mande de Gafiero, un résumé populaire des idées socialistes, qu'il traduit en italien, 240-241. — En Belgique : Gongrès régional de Noël 1874, à Ver- viers ; le Gonseil régional est maintenu dans cette ville ; grève de mineurs à Gharleroi ; article de la. Persévérance, 241. — En France : L'Internationale ne progresse pas ; le mouvement syndical languit ; article de la Lanterne sur Tirard ; réflexion du Bulletin sur les républicains fusilleurs, 241-242. — En Allemagne : Les socialistes au Reichstag ; article du Bulletin (6 décem- bre) ; annonce, par Hasenclever, des négociations commencées en vue de réaliser l'union de tous les socialistes allemands, 242-245. — En Amérique : Propagande de la Section de langue française de New York ; querelle de Sorge avec Garl et son groupe, 245-246. — En Suisse : Gonflit dans la so- ciété du GrûtU entre les socialistes et les non socialistes. La journée de dix heures : article du Bulletin recommandant la conquête directe, par les tra- vailleurs, de la réduction de la journée de travail (le»- novembre), 246-248. Le programme pseudo-socialiste de M. Bleuler-Hausheer, rédacteur du Grûtlianer ; article da Bulletin, 248-250. Pétition de l'Arbeiterbund à l'Assem- blée fédérale suisse au sujet d'une loi sur les fabriques ; article du Bulletin (20 décembre), 250-251. Réunion des Sections jurassiennes à Berne (11 octobre), 251. Election des membres du Bureau fédéral international, 251. Gampagne de conférences, à Neuchàtel, Saint-Imier, Berne (no- vembre-décembre), 252. UAlmanach du peuple pour 1873, 252. Je publie la première série des Esquisses historiques (décembre), 252. Nouvel agrandisse- ment du format du Bulletin décidé pour le 1" janvier 1875, sur la propo- sition de la Section de Neuchàtel, 253. Activité des fédérations ouvrières au Val de Saint-Imier, à la Ghaux-de-Fonds, 253. Souscription permanente en faveur des condamnés de la Gommune, 253-254. — Bakounine à Lugano ; il cherche à conclure un emprunt auprès de Gafiero; celui-ci se trouve hors d'état de lui venir en aide ; lettres de Ross à Bakounine (6 et 18 décembre), écrites de Zurich ; Ross se rend à Londres, 254-257.
XI. — De Janvier à juin 1875. — En Espagne : Pronunciamiento de Martinez Gam- pos (30 décembre 1874), avènement d'Alphonse XII ; lettres de Farga-Pel- licer au Bulletin, 257-258. — En Italie : Garibaldi à la Ghambre, sa pres- tation de serment (25 janvier 1875) ; le quatuor Victor-Emmanuel, Pie IX, Garibaldi et Torlonia. Ordonnances de non-lieu rendues en faveur d'un cer- tain nombre de socialistes détenus ; mesures policières ; procès de Rome,
^,y L'INTERNATIONALE
, ,ii,Kiiunation do dix internationaux (8 mai), 258-259. — En France : vote de l'amendement Wallon (30 janvier) ; rapport Savary, accusation de bonapar- tisme lancée contre les communards (25 février) ; manœuvres du parti clérical, le vicomte de Melun ; nouvelles de la Nouvelle-Calédonie; le mou- vement ouvrier à Paris, 259-262. — En Belgique : Fin de la grève de Char- leroi : Conférés régional à Jemappes (16 et 17 mai) ; fête socialiste à Anvers (16 mai), 262-263. — En Hollande : Lettre de Gerhard, Bulletin du 14 mars,
og3 En Angleterre : Commencement d'une correspondance envoyée
régulièrement au Bulletin par Paul Robin; Congrès annuel des Trade Unions à Liverpool (janvier) ; grand lock ow^dans le Pays de Galles ; procès des cinq ébénistes à Londres (mai), 203-204. — En Amérique : Lettres de Boston sur l'introduction de travailleurs chinois dans les fabriques d'hor- logerie ; meeting à New York pour protester contre le Conspiracy Bill (10 mars) ; grèves de mineurs en Pensylvanie. Une circulaire du soi-disant Conseil général de New York convoque une Conférence de délégués de l'In- ternationale à Philadelphie, pour juillet 1876 : lettre d'Engels à ce sujet (13 août 1875), 264-260. — En Allemagne : L'union des deux fractions du parti socialiste ; projet de programme commun (mars); mécontentement des mar- xistes, lettre de Bracke à Sorge (avril). Mort du poète Herwegh (7 avril) et de Moritz Hess. Congrès de Gotha (23-27 mai), dissolution de VAllgemeiner deut- scher A rbelterverein: critique du programme d'union par Marx, appréciation de Franz Mehring, 266-269. — En Alsace : Lettres de Weiss et d'Avrial, 269-270.
— En Autriche: Congrès socialiste à Marchegg (16 mai), dissous par la po- lice, 270. — En Russie : Mouvement de propagande et d'organisation socialiste, de 1873 à 1875 ; le « cercle de Tchaikovsky » ; persécutions, arres- tations, déportations ; arrestation de Pierre Kropotkine (avril 1 874) ; lettres de B. Zaytsef au BuZ/ehn; circulaire secrète du comte Pahlen (7-19 janvier 1875), reproduite par le Bulletin en mai, 270-271. — Arrestations en Serbie, 271.
— En Suisse : Agrandissement du Bulletin, fête familière à Neuchâtel (2 janvier 1875), 271-272. Constitution du Bureau fédéral international, placé au Locle (24 janvier), 112. Au Val de Saint-Imier, progrès de la Fédération ouvrière (janvier-avril), 272-273. Sections de la Fédération jurassienne fon- dées à Fribourg et à Zurich (février), 273. Anniversaires du 1" mars et du 18 mars, 273. Reconstitution d'une Section de la Fédération jurassienne à Moutier (mars), 273. Indications sur le mouvement à Vevey, Fribourg, Neu- châtel, Chaux-de-Fonds, Berne, 273-275. Le Griitli à Saint-Imier, réponse du Bulletin, 275. Congrès de V Arheiterbund à Bàle (15-17 mai), 275. Quelques ar- ticles du Bulletin: Sur le projet de loi sur les fabriques, 275-277; critique du programme Bleuler-Hausheer, 277-278; sur la coopération de production, qui doit « sauver le capital j, 278; sur le programme du nouveau parti socialiste d'Allemagne. 278-280 ; sur la copquète électorale des municipalités, 280-281 ; à propos de quelques observations de la Bevista social, 281-282 ;les a Variétés » du Bulletin, 282 ; la Nouvelle Géographie universelle d'Elisée Reclus, 282-283. De-rniéres années et mort de la veuve de Constant Meuron, 283. — Bakou- nine à Lugano (suite) : Détresse financière momentanément conjurée ; lettre écrite par Bakounine à Elisée Reclus (15 février 1875); il achète à crédit une villa et un terrain (mars), et se propose de devenir horticulteur ; il obtient un permis de séjour (mai). Cafiero toujours à la Baronata ; il fait un voyage en Italie au printemps de 1875 ; Ross quitte Londres pour Paris (avril), 283-287.
^11- — De juin à septembre 1875. — En Espagne : Correspondances de Farga ; la Fédération espagnole propose la suppression du Congrès général de 1875, 287-288. — En Portugal : 0 Protesto, 288. — En Italie : Procès de Florence |30 juin-30 août); condamnation des accusés de Rome cassée (août); procès de Trani (août), 288-289. — En France : Préparatifs pour l'envoi d'une délé- gation ouvrière à l'Exposition de Philadelphie ; lettres de Nouvelle-Calé- donie, 289. — En Belgique : Grèves dans le Borinage, dans le bassin de Seraing; Chambre du travail formée à Bruxelles ; Congrès de la fédération
TABLE DES MATIÈRES DU TOME TROISIÈME XV
des marbriers et tailleurs de pierre, 289-290. — En Angleterre : Attitude satisfaite des chefs des Trade Unions, 290. — Aux Etats-Unis : Continuation de la crise, 290. — En Allemagne : Le socialisme dans le Lauenbourg, 290.
— En Danemark : (irande manifestation socialiste (5 juin) ; grève des ou- vriers en tabacs (juillet). 290. — En Hertségovine : Insurrection, 290-291. — En Russie : Mémoire secret du comte Pahlen, et lettre du ministre de l'instruction pul»lique ; annonce d'un procès monstre, 291. — En Suisse : Congrès de la Fédération jurassienne à Vevey (31 juillet-2 août) ; rapport de Schwitzguébel sur les services publics : le Comité fédéral reste à la Chaux-de-Fonds, le Bulletin reste au Locle, 291-295. Le massacre de Gosche- nen {iS juillet); ouverture d'une souscription en faveur des familles des victimes; lettre de Félix Pyat, 296-297; article anti-militariste dw Bulletin (22 août), 297; résolution votée par le Congrès des graveurs, proposant aux associations ouvrières de se concerter en vue des « mesures pratiques » à prendre contre l'intervention militaire en cas de grève (5 septembre), 297-298; affaire de Reigoldswyl, 298 ; réorganisation de la Section de Berne, recon- stitution d'une section à Bienne, 298; mort de Samuel Rossier (19 septem- bre), 298 ; lettre écrite par moi à Joukovsky (10 septembre), et réponse de ce- lui-ci, 298-299; extraits, publiés par le Bulletin, des Notes inorales sur l'homme et lasociété, de Georges Caumont, 299.— Bakounine à Lugano ; suite de ses embarras financiers. Malatesta, rendu à la liberté, visite Cafiero à la Baro- nata et Bakounine à Lugano (août). Ross et Kraftchinsky, qui se sont ren- dus en Hertségovine (juillet), en reviennent au commencement de septembre, et rendent visite ensemble à Cafiero, puis à Bakounine ; Ross se fixe ensuite à Genève. Réconciliation entre Bakounine et Cafiero, visite de Bakounine à la Baronata (septembre); billet de Cafiero à Bakounine (10 octobre); Cafiero et Olympia Koutouzof vont rendre visite à Bakounine à Lugano, et quittent ensuite la Baronata : Cafiero va travailler à Milan chez un photographe, Olympia Cafiero-Koutouzof se rend en Russie, 300-302.
XIII. — D'octobre à décembre 1875. — En Espagne : Le gouvernement conjure le danger d'une insurrection en promettant le maintien du suffrage universel, 302. — En Italie : La Plèbe émigré de Lodi à Milan et se transforme en quotidien (novembre); article révolutionnaire de la Plèbe reproduit par le Bulletin; intrigues de Nabruzzi, Zanardelli et Malon contre la Fédération italienne de l'Internationale, publication à Lugano de l'Almanacco del prole- tco'ioper l'anno 1876 :\e Bulletin décla.ve qii'il traitera Nabruzzi et Zanardelli en ennemis, 302-303. — En France : Rapport Ducarre sur la situation des employeurs et des employés (novembre); polémique dans le Bulletin entre Lefrançais et Cluseret (décembre), 303-304. — En Belgique : Constitution de la Fédération des mineurs du bassin de Seraing (novembre) ; Het Vlaamsche Lantaarn, almanach flamand, à Gand, et V Almanach socialiste à Liège; confé- rences de De Paepe sur l'économie sociale, à Bruxelles; Congrès de la Fédération belge à Verviers (Noël) : le Conseil régional placé à Anvers, le Werker d'Anvers et le Mirabeau de Verviers organes fédéraux, 304-305. — En Grande-Bretagne : Congrès des Trade Unions à Glasgow (octobre), 303.
— En Allemagne : Discours de Liebknecht au Reichstag, 305. — En Autri- che : Un chef du parti socialiste, le D"" Tauchinsky, démasqué comme allié des conservateurs, 305. — En Danemark : Protestation des ouvriers de Copenhague contre les mauvais traitements infligés aux déportés de la Com- mune, 305. — En Grèce : Apparition du journal socialiste VErgatis à Athè- nes (décembre), 305. —En Russie : Réflexions du correspondant du Bulletin sur la nécessité de la résistance à main armée ; tentative pour faire évader Tchernychevsky, 306. — En Serbie : Apparition du journal socialiste Narodna Vola à Smederevo (décembre), 306. — En Amérique : Echange du Bul- letin avec le journal le Socialista, de Mexico (novembre) ; appel de la Section internationale de Montevideo ; manifestation à Montréal (19 décembrei, 306.
— En Suisse : Articles du Bulletin à propos des élections au Conseil natio- nal (3 et 24 octobre. 7 et 21 novembre), 307-308. La résolution du Congrès des
^Yj L'INTERNATIONALE
graveurs con.laniuée parla Tagwacht (novembre); lettre énergique d'un mem- bre dn Comité de VArheiterhund, 308-309; incident de Wohlen (12 décembre), 309 ; publication du projet de loi sur les fabriques, 309. Nos sections : réu- nion de Bienne (3 octobre); réunion de Berne (30 octobre); section formée à Luf^uno (décembre); à Genève, marche rétrograde; campagne de conférences, 309-310; publication de la seconde série des Esquisses historiques (novembre) ; l'administralion du Bulletin transférée à la Ghaux-de-Fonds (décembre); ar- ticle du Bullelin : < Ouvriers^ si vous vouliez! » (26 décembre), 310-312. — Bakouninc à Lugano : les ouvriers italiens de son entourage, Mazzotti, Santandrea, Getti; il s'installe dans la villa qu'il a achetée (11 décem- bre), 312-313.
XIV. — De janvier au milieu de mars 1876 . — En Espagne : Elections aux Gortés (20 janvier 1876), 313. — En Portugal : Article extrait duProtesto (janvier), 314.— En Italie: Arrestation de Malon (5 janvier), son expulsion. L'avocat Barbanti devient notre correspondant à Bologne; Cafiero, qui a quitté Milan pour Rome, recommence ses correspondances régulières ; procès de Livourne et de Massa-Garrara ; l'ouverture du procès de Bologne est fixée au 15 mars, 314. — En France : Fin de la session de l'Assemblée de Versailles, proposition d'amnistie (Alfred Naquet) écartée ; campagne électorale ; élec- tion de la Chambre des députés (20 février), 314-315. — En Belgique : Grève démineurs dans le Gentre-IIainaut (janvier); Congrès belge extraordinaire (27 février), 313. — En Angleterre : Piéunion de l'Union nationale des em- ployeurs, 31.^. — En Allemagne : Projet d'article punissant les attaques à la famille et à la propriété, repoussé par le Reichstag, 315. — En Russie : Rébellions parmi les paysans, 313. — En Suisse : La Section française de Zurich propose à la Section allemande de cette ville de prendre l'initiative d'une protestation analogue à celle qui a été faite par les ouvriers danois, contre les mauvais traitements infligés aux députés de la Commune; le Comité central de VArheiterhund se prononce (26 janvier) contre cette propo- sition, et contre celle de la Fédération des graveurs, 313-316 ; le Comité de VArheiterhund, se ravisant, écrit une lettre à l'ambassadeur de France en Suisse (février), 316. Congrès de la Fédération des ouvriers cordonniers à Bienne (2 janvier) ; à cette occasion, articles du Bullelin et de la Tagwacht, manifestant un désir de rapprochement, 317-318. Dans nos sections : à Fribourg ; section reconstituée à Lausanne (février) ; section de langue française créée à Bâle (mars); suite de la campagne de conférences: Le Radi- calisme et le Socialisme, conférence de Schwitzguébel publiée en brochure ; préparatifs pour la commémoration du 18 mars, 318-319. Le Comité fédéral transféré à Neuchàtel (28 février), l'administration du Bulletin transférée à Sonvillier, 319. Les Sections de la Fédération jurassienne, consultées, ac- ceptent que le Bureau fédéral de l'Internationale soit maintenu dans la Fédération jurassienne jusqu'au Congrès général de 1876 : il est placé à la Ghaux-de-Fonds; une souscription est ouverte en faveur des détenus de Bologne ; Cafiero est chargé de la répartition de la souscription en faveur des familles des victimes de Goschenen, 319-320. — A Lugano : La détresse financière de Bakounine continue jusqu'en mars ; il touche un à-compte sur la vente de la coupe de la forêt dont ses frères lui ont cédé le bois comme sa part du patrimoine commun (23 mars) ; visite de Ross à Bakounine ( 16 mars) : il part pour la Russie. Malon et M™^ André Léo à Lugano, 320-322.
Appendice. — Extraits d'un article d'Edouard Bernstein dans Minouvchié Gody (lettre de Lioubavine à Marx, du 8/20 août 1872), 323-328.
ERRATA ET ADDENDA
POUR LE TOME I" :
Page 42. — wSupprimer la note 2.
Page 55, ligne 10. — Au lieu de : « résolution », lire : « résolutions ».
Page 76, note 1, ligne 9. — Au lieu de : « du Progrès de Locle », lire : « du Progrès du Locle ».
Page 260, ligne 5. — Au lieu de : a Y. Z. », lire : a Lioubavine ».
Page 261, ligne 39. — Au lieu de : « il écrivit à l'éditeur Poliakof », lire : a il écrivit à Lioubavine, au commencement de mars ».
Même page, lignes 44-45. — Au lieu de : « ne parvint à la connaissance de Bakounine qu'au mois de mai ou juin 1870 : il l'apprit par Y. Z., qui lui écrivit... », lire : « parvint à la connaissance de Bakounine par une lettre de Lioubavine, qui lui écrivit... »
Même page, note 4, ligne 1. — Au lieu de : « la lettre de Netchaïefà Poliakof», lire : « une copie de la lettre de Netchaïef à Lioubavine ».
Même page, même note, ligne 3. — Au lieu de : « de l'éditeur », lire : « de Liou- bavine ».
Pages 278^ ligne 6. — Au lieu de : « entre les membres », lire : « entre les mains ».
POUR LE TOME II :
Page 22, ligne 27. — A cet endroit (de même que plus loin, aux pages 101 et ■ " 208), j'ai parlé de la brochure U Alliance de la démocratie socialiste et l'As- sociation internationale des travailleurs en l'attribuant à Marx seul. On voudra bien rectifier cette erreur, en se reportant à ce qui est dit dans la note 1 de la p. 274 du tome II. Page 31, liffne 4. — Au lieu de : « Frankel », lire : « Frànkel ». Corriger la même faute partout où elle a été commise.
Page 81. — A la première liirne de la note 1, après les mots : « d'une lettre de Lassalle à Marx », intercaler ceux-ci : « écrite pendant la guerre d'Italie, à un moment où on se demandait si la Prusse se joindrait à l'Autriche contre la France et le Piémont ».
Page 82, ligne 46. — Au lieu de : « entraîner », lire : « déchaîner ».
Page 89, ligne 1. — Au lieu de : « contenue dans », lire : « qu'exprime ».
Page 90, ligne 35. — X\i bout de la ligne, mettre un point-virgule au lieu d'une virgule.
Page 96, li^e 41. — Après : « étaient accourus », ajouter : « armés » (entre deux virgules).
Page 98, ligne 33. — Supprimer les mots : « vers trois heures à peu près », ainsi que l'appel de note, et, au bas de la page, la note 4. — Bakounine avait bien écrit, dans le brouillon de sa lettre (qui est conservé et que j'ai vu), les mots « vers trois heures à peu près », mais ensuite il les a bitîés, évidemment parce qu'il a reconnu que cette indication d'heure était inexacte.
^yjjl ERRATA ET ADDENDA
C'est vers cinq heures et non vers trois heures que son arrestation a dû avoir lieu. Pa^es 98-99. — La lettre de Bakouninc à Palix a été imprimée d'après une ^copie fautive. On en trouvera le texte correct au tome IV des (Euvres de lîakounine. dans l'Avaut-propos du fragment intitulé Manuscrit de H 4 pa- ges. Pa'^e 101. — La ligne 4 de la note 3 doit être lue ainsi : « du 2 octobre 1852 \ (( Sur la révolution et la contre-révolution en Allemagne ») ;... »
Paso 103 liffne 15. — Au lieu de : « sa ville natale », lire : « la ville où rési- daient ses parents ». — Paul Robin est né à Toulon en 1837.
Pai?e 132, ligne 4. — Au lieu de : « 285 », lire : « 273 ». — Et à la ligne 5^ avant les mots : « Je pars demain... », intercaler ceux-ci : « 13 pages, 273- 285 inclusivement ».
Page 133. — Remplacer le contenu des lignes 6-8 par ce qui suit : u... sa pro- priétaire ; il y vit Louguinine, un Russe avec lequel il avait été en rela- tions ',, et qui lui promit d'intervenir activement auprès de ses frères, en Russie,, pour lui faire obtenir le paiement de ce qui lui était dû comme sa part de Théritage paternel; et il rentra à Locarno le 3 avril, rapportant 200 fr. que lui avaient procurés ses amis Friscia, Mazzoni et Fanelli, et la promesse que Gambuzzi emprunterait pour lui un millier de francs à quel- que banquier de Napleâ ».
Page 155, ligne 24. — Au lieu de : « Souvillier », lire : « Sonvillier ».
Page 174, note 1, ligne 3. — Après : « Quatrième Partie »_, ajouter : « p. 258, note 1 ».
Page 190, ligne 17. — Au lieu de : « où s'il était », lire : « où il s'était ».
Page 203, note, ligne 5. — Avant : « intitulée », intercaler ces mots : « datée du 24 octobre 1871, et... »
Page 206, lignes 6-7. — Au lieu de : « pages 106-107 », lire : « pages 206- ^207 ». ^
Page 237. — Remplacer la note par celle-ci : « Le texte des articles cités ci- après a été emprunté à la nouvelle édition française des statuts faite à Paris par les soins de Robin, au printemps de 1870 ».
Page 269, note 3, ligne 6. — Après : a aufzutreten », placer un signe de pa- renthèse.
Page 276, ligne 2. — Après : « membres du Conseil fédéral », placer les six noms suivants, entre parenthèses : « ( F. Mora, José Mesa, Paulino Iglesias, Victor Pages, Inocente Calleja, Ilipolito Pauly) ».
Page 288, ligne 3. — Au lieu de : « inconnu à », lire : « inconnu de ».
Môme page, ligne 26. — Après : « à Barcelone », placer un appel de note. Au bas de la page, intercaler la note suivante : « Bakounine s'est trompé d'un an en disant « l'an passé » : le Congrès de Barcelone avait eu lieu en juin 1870. »
Page 289, dernière ligne du texte. — Après : « Conseil fédéral », placer un appel de note. Au bas de de la page, ajouter la note suivante : « Il y a là une erreur de Lafargue. Les deux membres de. l'ancien Conseil fédéral que le Congrès de Saragosse élut pour faire partie du nouveau Conseil sont An- selmo Lorenzo et F. Mora (voir p. 276); mais Lorenzo n'avait pas été un des six membres expulsés en mars par la Fédération madrilène (il me Pa confirmé lui-même par une lettre écrite le l^' juin 1907j. »
Page 320, lignes 2-3. — Supprimer ces mots placés entre parenthèses : » les persécutions politiques lui avaient lait perdre sa place à l'atelier, et il vi- vait d'un petit commerce de houille ». Il y a dans cette phrase un anachro- nisme : en 1872, Weiss travaillait encore dans la fabrique de Kœchlin fre-
ERRATA ET ADDENDA XIX
rés ; c'est en août 1875 qu'il fut renvoyé par ses patrons, comme le raconte une lettre écrite par lui et publiée par le Bulletin de la Fédération juras- sienne du 19 septembre 1875.
Page 327, ligne 21. — Au lieu de : « p. 300 », lire : « p. 343 ».
Page 355, ligne 3. — Après : « dans un faubourg de Paris », placer un appel de noie. Au bas de la page, intercaler cette note : « Il babitait alors 17, rue Tournefort, dans le quartier Moufl'etard ».
Page 356, ligne 11. — Au lieu de : « ù l'attitude lente », lire : à l'allure lourde ».
POUR LE TOME III :
Page 4, note 1, ligne 3. — Au lieu de : « Locles, » lire : « Locle ».
Page 18, ligne 20. — Après le mot'« Kapital », placer un appel de note. Au bas de la page, ajouter la note suivante : « Comme on le verra dans l'Ap- pendice du présent volume, Marx connaissait dès 1870 l'histoire de la lettre de Netcbaïef, et il avait demandé alors à Hermann Lopatine de l4ii commu- niquer la copie qu'il possédait de cette pièce, ce que celui-ci refusa de faire. Néanmoins, dans sa lettre du 15 août 1872 à Nicolas ...on (p. 14), Marx, chose singulière, parle comme s'il venait d'apprendre l'existence de ce document. Peut-être Outine ne lui donna-t-il qu'en août 1872 l'idée de s'en servir? »
Page 30, ligne 6. — A la fin de la ligne, supprimer « que ».
Page 94, ligne 22. — Au lieu de : « durch der Krieg ». lire : « durch den Krieg ».
Page 99, note 7, ligne 1. — Au lieu de : « mai », lire : «juin ».
Page 102, ligne 6. — Au lieu de : « servît », lire : « servit ».
Page 140, ligne 4. — Au lieu de : « En avril 1874 », lire : « En août 1874 ».
Page 148, ligne 39, — Au lieu de : « maustod », lire : « maustodt ».
Page 187, lignes 12 et 13. — Au lieu de : « faire acquérir à sa femme », lire : « faire acquérir ainsi à sa femme ».
Page 254, ligne 21. — Au lieu de : « Ludovico », lire : « Lodovico ».
Page 287, ligne 33. — Au lieu de ; « leur jurés », lire : « le jugement ».
L'INTERNATIONALE
Documents et Souvenirs
CINQUIEME PARTIE
'X-'
LA FÉDÉRATION JURASSIENNE : DEUXIÈME PÉRIODE
(Septembre 1872 — Mars 1876)
Le Congrès de Saint-hnicr ( I IJ- 1 G septembre IS72).
Sur ce qui se passa à Zurich pendant les jours qui précédèrent le Con.irrès de Saiût-hnier, nous sommes renseignés par le calendrier-journal de Bakounine. Pezza, resté à Zurich auprès de Bakounine, s'était remis de son hémorragie du 2G août ; mais il avait eu une nouvelle crise le 2 septembre, et il se trouva souffrant les jours snivanls. Le 5 septembre, arrivèrent à Zurich, venant d'Ita- lie, Fanelli et Nabruzzi, le 7, Malatesta ; le 11. revenant de la Haje par Bruxel- les et Bàle, Gafiero. Schwitzguébel et les quatre délégués espagnols, Alerini. Farga, Marselau et Morago ; enfin le 12, Costa, venant d'Italie. Bakounine avait préparé un projet de statuts pour une organisation secrète internatio- nale; ce projet, discuté le 12, fut adopté le lendemain, et l'organisation secrète, que Bakounine, le 3. désigne dans son journal par la lettre « Y », se trouva fondée. Après quoi, le 14, tout le monde, moins Pezza, malade, partit pou' Saint-Imier.
Je copie ce qui suit dans le calendrier-journal :
12. Arrive Costa. Malin et soir lecture et discussion des statuts. — io. Accepté. Baiser fraternel et serrement de main solennel. Soir, discussion sur le prochain Congrès de Saint-Imier; Slaves aussi ^ — 14f. Après dîner, départ de tous, aussi Carnet -, Holstein, Rouleff [Ralli], Maroussia
1. Il y avait, on Pa vu, à Ziiricli une Section slave; et il existait, depuis le ]>i'intenips de 1872, une orsiinisation secrète slave dont faisaient partie des Russes et des Serbes.
2. Sur l'ouvrier lyonnais Catnille Caniet, cfui s'était rélugié à Ziirich après les évûneuients de 187!, voir t. II, pages 147 et 261.
G. III. — I
o l'internationale
[M"" Pololskaïa], Katioussia [>r'* Hardina], Vakhovskaïa, Loukanina et Bardina, [Olga] Lioubalovitch, Alexandrova, pour la Chaux-de-fonds. Y trouvons OKIsuitzavecBoutourline et Pindy. — 15, dimanche. Saint-Imier i.
C'était, CD s'en souvient, sur riiiitiutive de la Fédération italienne qu'un Congés international (levait se réunir le 15 septembre à Saint-Imier. 11 y avait Jieu'pour la Fédération jurassienne d'examiner si elle se ferait représenter à ce Con:;rès, puis de décider quelle attitude elle prendrait à l'égard des résolutions votées par la majorité du Congrès de la Haye, et quel mandat elle donnerait, le cas échéant, aux délégués qui la représenteraient au Congrès international de Saint- Imier. En Conséquence, le Comité fédéral jurassien avait convoqué pour le 15 septembre, dans cette même petite ville de Saint -Imier où allait se réu- nir le Congrès international, un Congrès des délégués de la Fédération juras- sienne.
J'emprunte à notre Bulletin (numéro double 17-18, des 15 septembre-1^'' octo- bre 1872) le compte-rendu de ce Congrès jurassien de Saiut-Imier, qui précéda de quelques heures l'ouverture du Congrès international:
Le Congrès jurassien de Saint-Imier.
A la nouvelle des tristes résultats du Congrès de la Haye, le Comité fédéral jurassien crut de son devoir de convoquer immédiatement, à l'ex- traordinaire, le Congrès de la Fédération jurassienne. Vu le peu de temps qui s'écoula entre la réception de la lettre de convocation et la réunion du Congrès, plusieurs sections ne purent se faire représenter. Néanmoins, le 15 septembre, seize délégués de la Fédération jurassienne étaient réunis à l'hôtel de la Maison de ville de Saint-Imier. En voici la liste :
Lâchât (Georges), Section de Moutier ;
Humbert (Paul) et Chautems (Fritz), Section des graveurs et guillocheurs du Locle;
Schwitzguébel (Léon)^ Section de Bienne;
Herter (Adolphe) et Junet (Paul), Section des graveurs et guillocheurs du dis- trict de Courtelary ;
Hakounine (Michel) et Guerber (Justin), Section de Sonvillier;
Uouleff ^ (Zemphiri) et Holstein (Waldemar), Section slave de Zurich;
Schneider (Samuel) et Eberhardt (Ali), Section de Saint-Imier;
Delacoste (François) et Collier (Edouard), Section de la Ghaux-de -Fonds;
Bcslay (Charles) et Guillaume (James), Section de Neuchâtcl.
En outre, divers délégués d'Italie, d'Espagne, de France et d'Amérique assis- taient au Congrès.
La vériiication des mandats terminée, le bureau fut constitué ainsi: Pré- sident, Eberhardt (Ali), de Saint-Imier; vice-président, Humbert (Paul), du Locle ; secrétaires (pris en dehors des délégués), Spichiger (Auguste), du Locle^ et Haimmerli (Arthur), de Saint-Imier.
Faute d'espace, nous ne pouvons analyser les diicussions du Congrès, qui tint deux séances, l'une le matin, l'autre l'après-midi. Il suffira de dire qu'après avoir entendu le rapport présenté par Adhémar Schwitzguébel sur le Congrès delà Haye, le Congrès jurassien vota, sur la proposition
1. Ross, qui assista aussi au Congrès de Saint-Imier, n'est pas mentionné par Bakounine au nomljre fies Russes qui s'y rendirent avec lui. C'est que Ross y alla de Lausanne : il avait fait, pour des raisons de santé, un séjour dany les environs de cette ville.
2. C'est le nom que se donnait alors Ralli.
CINtjUlÈME PARTIE. CHAPITRE PREMIER 3
des commissions nommées j)ar lui à cet effet, les deux résolutions sui- vantes :
« PREMIÈRE RÉSOLUTION.
(( Considérant que les statuts généraux de l'Association internationale des travailleurs s'opposent formellement à ce qu'aucune résolution de principe, de nature à violer l'autonomie des sections et fédéralions, puisse être prise dans un Congrès général quelconcjue de l'Association;
(( Que les Congrès généraux de l'Association ne sont compétents qu'en matière de pure administration ;
(( Que la majorité du Congrès de la Haye, eu égard aux conditions dans lesquelles ce Congrès a tté organisé par les soins du Conseil général de Londres, dont la conduite eût dû être mise en cause et n'a pas même été examinée, est suffisamment suspecte de ne point représenter réellement l'opinion des sections composant la totalité de l'Association ;
« Attendu qu'en ces circonstances le Congrès de la Haye est sorti de ses attributions purement administratives et non législatives ;
(( Le Congrès de la Fédération jurassienne,tenuàSaint-Imier le 15 septem- bre 1872, ne reconnaît pas les résolutions prises au Congrès de la Haye, comme étant injustes, inopportunes et en dehors des attributions d'un Con- grès.
(( Il ne reconnaît en aucune façon les pouvoirs autoritaires du Conseil général.
(( Il travaillera immédiatement à l'établissement d'un pacte fédératif et libre entre toutes les Fédérations qui voudront y contribuer '.
« Il affirme le grand principe de la solidarité entre les travailleurs de tous les pays. »
« SECONDE RÉSOLUTION.
« Considérant que le vote de la majorité du Congrès de la Haye, concer- nant l'expulsion de l'Association internationale des travailleurs des com- pagnons Michel Bakounine et James Guillaume, atteint directement la Fé- dération jurassienne;
(( Qu'il résulte, d'une manière évidente, des accusations portées contre Bakounine et Guillaume, que leur expulsion n'est que le résultat d'une mi- sérable et infâme intrigue de quelques personnalités haineuses;
« Que les compagnons Bakounine et Guillaume, tant par leur infatigable activité socialiste que par leur honorabilité personnelle, se sont acquis l'es- time et l'amitié des adhérents à la Fédération jurassienne :
(( Le Congrès jurassien tenu à Saint-Imier le 15 septembre 187:2 proteste énergiquement contre la résolution de la majorité du Congrès de la Haye concernant l'expulsion des compagnons Bakounine et Guillaume.
(( Le Congrès considère comme son devoir d'affirmer hautement qu'il continue de reconnaître, aux compagnons Bakounine et Guillaume, leur qualité de membres de l'Internationale et d'adhérents à la Fédération juras- sienne. ))
1. L'établissement de ce pacte fédératif était prévu par les 2^ et 3« résolutions de la Déclaration de la minorité au Congrès de la Haye.
4 L'INTERNATIONALE
Après le vole de ces résolutions, le Congrès décida qu'il donnait mandat aux compagnons Schwitzguébel et Guillaume de représenter la Fédération jurassienne au Congrès international qui devait s'ouvrir le jour même à Saint-Imier. Puis la clôture du Congrès jurassien fut prononcée.
Il V eut un repos d'une heure, pour permclire à tout le monde de prendre à la iiàte un irugai repas; puis les quinze délégués représentant les Fédérations espa::nole, ilaiioune, jurassienne, ainsi que des Sections de France et d'Améri- que, eutn'rent en séance. J'emprunte également au Bulletin le compte-rendu de ce second Congrès :
Le Congrès international de Saint-Imier.
l'ne heure après, dans la même salle, s'ouvrait un Congrès inter'national, composé des délégués suivants :
Alcrini, Farga-Pellieer, Marselau et Morago, délégués de la Fédération espa- gnol»' :
• losta, Cafi'ro, Bakounine, Malatesta, Nabruzzi, Fanclli, délégués de la Fé- dération italienne;
Pindy ^ et Camet, délégués de plusieurs Sections de Franco f
Lefranvais, délégué des Sections 3 et 22 d'Amérique;
Guillaume et Schwitzguébel, délégués de la Fédération jurassienne 2.
Une commission de vérification, nommée pour examiner les mandats, termina son travail en une demi -heure, et proposa la validation de tous les mandats énoncés plus haut. Elle fut adoptée.
Un incident très imporlant eut lieu à ce moment. Le « Conseil fédéra- liste universel )) de Londres '^ avait envoyé à trois citoyens de la Chaux- de-Fonds des mandats avoc mission de le représenter au Congrès. La commis- sion proposa de ne pas reoojmaître des m.andats délivrés par un Conseil qui s'est institué lui-même et qui ne représente que lui-même; si le man- dat venait d'une Section internationale, reconnue ou non par le Conseil général, il aurait pu être accepté; mais un mandat émanant d'un Conseil qui a la prétention de prendre simplement la place du Conseil général ne peut pas être reconnu d'un Congrès anti-autoritaire. Cette opinion fut partagée par tous les délégués, et le Congrès écarta, à l'unanimité, le majidat du Conseil fédéraliste universel de Londres.
Le bureau fut constitué ainsi : trois présidents, appartenant à chacune des langues du Congrès : ce furent Lefrançais, Caficro et Marselau; et
1. Pindy, qui n'avait pas trouvé à Lausanne des moyens d'existence, venait d'ê- tre admis comme auxiliaire dans l'atelier coopératif des graveurs et guillocheurs du Locles, ou il devait apprendre le métier de guillocheur ; il apprit plus tard celui de fondeur de déchets d'or et d'argent et d'essayeur. Eu janvier 1873, il de- vint membre régulier de l'atelier.
2. Sorge, dans son livre Briefe und AusziUjp. ans Br'œfen etc., dit (p. 63.) qu'au Congrès de Saint-Imier il y eut des délégués belges et le délégué américain Sauva. C'est une des nombreuses erreurs que renferme ce volume. A la même page, il affirme, en raillant, que les lassalliens d'Allemagne adressèrent au Con- grès leurs vœux et l'expression de leur chaleureuse sympathie : il a conlondu avec le Congrès de Genève de septembre 1873.
3. Sur le Conseil fédéraliste universel, voir (t. 11, p. 349) le -i"- paragraphe de la Déclaration de la minorité du Congrès de la Ilave.
CINQUIEME PARTIE, CHAPITRE PREMIER 5
trois secrétaires : Chopard * pour la langue française, Aleriiii pour l'espa- gnol, et Costa pour l'italien.
Lei'ranrais, chargé en premier lieu de la présidence, ouvre le Congrès en donnant connaissance d'une proposition d'ordre du jour.
Une motion d'ordre est présentée relativement au mode de votation. Un délégué jurassien propose le vole par fédération, chacune des fédérations régionales représentées devant avoir une voix.
Les délégués espagnols proposent, conformément à leur mandat, que le vote de cha(jue délégué soit compté proportionnellement au nondjre d'in- ternationaux qu'il représente.
Une courte discussion s'engage à ce sujet. Il est résolu à l'unanimité que la question du mode le plus pratique et le plus équilable de votation dans les Congrès sera mise à l'étude dans les diverses fédérations, et que, dans le Congrès actuel, il sera voté par fédération, une voix appartenant à chacune des cinq fédérations représentées (Amérique, Espagne, France, Italie, Jura).
Une discussion générale est ensiite ouverte sur l'ordre du jour.
Les délégués italiens déclarent qu'ils ont reçu mandat impératif de rompre dès à présent d'une façon complète avec le Conseil général.
Un délégué du Jura - propose de s'en tenir à la Déclaration de la minorité du Congrès de la Haye, et d'attendre que le Conseil général essaie de se servir contre nous des pouvoirs qui lui ont été conférés.
Le délégué américain ^ dit que le Conseil général, par ses procédés, a rompu le premier le câble qui le rattachait aux fédérations, et que nous n'avons plus qu'à constater le fait accompli, sans essayer de nous rattacher de nouveau au Conseil. Il votera pour le maintien de la rupture.
Les délégués espagnols déclarent qu'individuellement, ils pensent qu'il est nécessaire de rompre avec le Conseil général, mais qu'ils ne peuvent dans ce Congrès voter une résolution définitive engageant leur fédération. Ils soumettront les résolutions votées à l'approbation de la Fédération es- pagnole, et ce n'est qu'avec cette réserve qu'ils prennent part au Congrès
Un délégué jurassien dit que c'est ainsi que l'entendent également les délégués des autres fédérations, et que toutes les délibérations du Congrès devront ultérieurement être approuvées par chaque fédération.
L'ordre du jour est définitivement adopté comme suit :
« Première question. — Attitude des Fédérations réunies en Congrès à Sainl- Imier, en présence des résolutions du Congrès de la Haye et du Conseil gé- néral.
Seconde question. — Pacte d'amitié, de solidarité et de défense mutuelle entre les Fédérations libres.
Troisième question. — Nature de l'action politique du prolétariat.
Quatrième question. — Organisation de la résistance du travail. — Stati- stique. »
1. Charles Ghopard, graveur, à Sonvillier, n'était pas délégué ; c'était uu mem- bre du Comité fédéral jurassien.
2. C'était moi.
3. Lefrançais était porteur, ainsi qu'il, a été dit, de mandats de la Section 3 et de la Section 22, deux sections appartenant au groupe du Conseil fédéral de Spring Street et qui avaient participe au Congrès de Philadelphie du 9 juillet 1872. Il représentait, avec les Italiens, l'élément intransigeant du Congrès.
Ç, I/INTER-XAÏIONALE
(Jiiatre commissions furent nommées pour faire rapport sur ces quatre questions, puis la première séance fut levée.
Le lendemain, lundi Kl septembre, les commissions présentèrent leur rapport, et, comme dans leur travail elles avaient eu soin de consulter l'opinion des divers délégués, la seconde séance du Congrès ne présenta pas tie longues discussions, et les résolutions suivantes, d'une importance capitale pour l'avenir de Tlnternationale, furent adoptées à l'unanimité :
« PREMIÈRE RÉSOLUTIO-X.
(( Attitude des Fédérations réunies en Congrès à Saint-Imier, en présence des 7'ésolutions du Congrès de la Haije et du Conseil général.
(( Considérant que l'autonomie et l'indépendance des fédérations et sec- lions ouvrières sont la première condition de l'émancipation des tra- vailleurs;
(( Que tout pouvoir législatif et réglementaire accordé aux Congrès se- rait une négation flagrante de cette autonomie et de cette liberté i :
(( Le Congrès dénie en principe le droit législatif de tous les Congrès soit généraux soit régionaux, ne leur reconnaissant d'autre mission que celle de mettre en présence les aspirations, besoins et idées du prolétariat des différentes localités ou pays, afin que leur harmonisation et leur unifi- cation s'y opère autant que possible: mais dans aucun cas la majorité d'un Congrès quelconque ne pourra imposer ses résolutions à la minorité.
(( Considérant, d'autre part, que l'institution d'un Conseil général dans l'Internationale est, par sa nature même et fatalement, poussée à devenir une violation permanente de cette liberté qui doit être la base fondamen- tale de notre grande Association;
« Considérant que les actes da Conseil général de Londres qui vient d'être dissous, pendant ces trois dernières années, sont la preuve vivante du vice inhérent à cette institution ^;
(( Que, pour augmenter sa puissance d'abord très minime, il a eu recours aux intrigues, aux mensonges, aux calomnies les plus infâmes pour tenter de salir tous ceux qui ont osé le combattre ;
(( Que, pour arriver à l'accomplissement final de ses vues, ilapréparéde longue main le Congrès de la Haye, dont la majorité, artificiellement or- ganisée, n'a évidemment eu d'autre but que de faire triompher dans l'Inter- nationale la domination d'un parti autoritaire, et que, pour atteindre ce but, elle n'a pascraint de fouler aux pieds toute décence et toute justice;
« Qu'un tel Congrès ne peit pas être l'expression du prolétariat des pays qui s'y sont fait représenter :
(( Le Congrès des délégués des Fédérations espagnole, italienne, juras- sienne, américaine et française, réuni à Saint-Imier, déclare repousser
1. Ce considérant rZ-sume en un alinéa les thùses développées dans les considé- rants de la première résolution du Congrès jurassien du jour précédent.
2, Après ce considérant et le précédent, on s'attend à ce que la résolution ne peut manquer de conclure à la suppression du Conseil général ; mais, pour des raisons de tactique, — les mêmes qui prévalurent à la Haye et qui motivèrent la rédaction de la Déclaration de la minorité, — cette conclusion n*a pas été for- mulée.
CIXOUIEME PARTIE, CHAPITRE PREMIER 7
absolument toiifes les résolutions du Congrès de lu Haye, ne reconnais- sant en aucune façon les pouvoirs du nouveau Conseil général nommé par lui ; et, pour sauvegarder leurs Fédérations respectives contre les prétentions gouvernementales de ce Conseil général, aussi bien que pour sauver et fortifier davantage l'unité de l'Internationale, les délégués ont jeté les bases d'un projet de pacte de solidarité entre ces Fédérations. »
« DEUXIÈME RÉSOLUTION.
« Pacte (Vamitic, de soluhiritè et de di'fen^e mutuelle entre leR Fédérations
lil)rcfi ^
(( Considérant que la grande unité de rinternalionale est fondée non sur l'organisation artificielle et toujours malfaisante d'un pouvoir centra- lisateur quelconque, mais sur l'identité réelle des intérêts et des aspira- tions du prolétariat de tous les pays, d'un côté, et de l'autre sur la fédé- ration spontanée et absolument libre des fédérations et des sections libres de tous les pays - ;
(( Considérant qu'au sein de Tlnternationale il y a une tendance, ouver- tement manifestée au Congrès de la Haye par le parti autoritaire qui est celui du communisme allemand, à substituer sa domination et le pouvoir de ses chefs au libre développement et à celte organisation spontanée et libre du prolétariat ;
« Considérant que la majorité du Congrès de la Haye a cyniquement sa- crifié, aux vues ambitieuses de ce parti et de ses chefs, tous les principes de l'Internationale, et que le nouveau Conseil général nommé par elle, et investi de pouvoirs encore plus grands que ceux qu'il avait voulu s'arro- ger au moyen de la Conférence de Londres, menace de détruire celte unité de PInternationale par ses attentats contre sa liberté ;
(( Les délégués des Fédérations et Sections espagnoles, italiennes, ju- rassiennes, françaises et américaines réunis à ce Congrès ont conclu, au nom de ces Fédérations et Sections, et sauf leur acceptation et confirma- tion définitives, le pacte d'amitié, de solidarité et de défense mutuelle sui- vant :
(( 1° Les Fédérations et Sections espagnoles, italiennes, françaises, ju- rassiennes, américaines, et toutes celles qui voudront adhérer à ce pacte, auront entre elles des communications et une correspondance régulière et directe tout à fait indépendantes d'un contrôle gouvernemental quelcon- que;
(( 2° Lorsqu'une de ces Fédérations ou Sections se trouvera attaquée dans sa liberté, soit par la majorité d'un Congrès général, soit par le gouverne- ment ou Conseil général créé par cette majorité, toutes les autres Fédé-
1. Si l'on met eu parallèle les deux paragraphes qui constituent la teneur de ce pacte avec les cinq paragraphes de la Déclaration de la minorité au Congrès de la Haye, on constatera que le Congrès de Saint-Imier, n'ayant pas cru devoir proclamer la rupture immédiate avec le Conseil général, s'est placé sur le même terrain que la minorité de la Haye, et que le pacte de Saint-Imier, à part les considérants, n'a rien ajouté à la Déclaration de la minorité.
2. Rapprocher ce considérant du premier alinéa du discours que j'aviis pro- noncé le 5 septembre à la Haye (t. II, p. 336).
8 L'INTERNATIONALE
rations et Sections se proclanieronl absolument solidaires avec elle. (( Ils proclament hautement que la conclusion de ce pacte a pour but principal le salut de cette ^^randc unité de rinternationale, que l'ambition du parti autoritaire a mise en danger. »
(( TROISIÈME RÉSOLUTION.
« Nature de l'action politique du 'prolétariat,
(( Considérant :
« Que vouloir imposer au prolétariat une ligne de conduite ou un pro- gramme politique uniforme, comme la voie unique qui puisse le conduire à son émancipation sociale, est une prétention aussi absurde que réaction- naire;
(( Que nul n"a le droit de priver les fédérations et sections autonomes du droit incontestable de déterminer elles-mêmes et suivre la ligne de conduite politique qu'elles croiront la meilleure, et que toute tentative semblable nous conduirait fatalement au plus révoltant dogmatisme;
(( Que les aspirations du prolétariat ue peuvent avoir d'autre objet que l'établissement d'une organisation et d'une fédération économiques absolu- ment libres, fondées sur le travail et l'égalité de tous et absolument indé- pendantes de tout gouvernement politique, et que cette organisation et cette fédération ne peuvent être que le résultat de l'action spontanée du proléta- riat lui-même, des corps de métier et des communes autonomes;
« Considérant que toute organisation politique ne peut rien être qu^l'or- ganisation de la domination au profit d'une classe et au détriment des masses, et que le prolétariat, s'il voulait s'emparer du pouvoir, deviendrait lui-môme une classe dominante et exploitante ;
(( Le Congrès réuni à Saint-Imier déclare :
(( 1" Que la destruction de tout pouvoir politique est le premier devoir du prolétariat;
(( 2" Que toute organisation d'un pouvoir politique soi-disant provisoire et révolutionnaire pour amener cette destruction ne peut être qu'une trom- perie de plus et serait aussi dangereuse pour le prolétariat que tous les gouvernements existant aujourd'hui;
(( 3" Que, repoussant tout compromis pour arriver à l'accomplissement de la Révolution sociale, les prolétaires de tous les pays doivent établir, en dehors de toute politique bourgeoise, la solidarité de l'action révolution- naire. ))
« QUATRIÈME RÉSOLUTION. « Orffanisation de la résistance du tracail. — Statistique.
« La liberté et le travail sontJa base de la morale, de la force, de la vie et de la richesse de l'avenir. Mais le travail, s'il n'est pas librement orga- nisé, devient oppressif et improductif pour le travailleur; et c'est pour cela que l'organisation du travail est la condition indispensable de la véri- table et complète émancipation de l'ouvrier.
« Cependant le travail ne peut s'exercer librement sans la possession des matières premières et de tout le capital social, et ue peut s'organiser
CINQUIEME PARTIE. CHAIMTRE PREMIER 9
si l'ouvrier, s'émancipant de la tyrannie politique et économique, ne con- ' quiert le droit de se développer coniplèlenient dans toutes ses facultés. Tout, Etat, c'est-à-dire tout gouverneiuent et toute administration des niasses populaires, de haut en bas, étant nécessairement fondé sur la bureaucra- tie, sur les armées, sur l'espionnage, sur le clergé, ne pourra jamais établir la société organisée sur le travail et sur la justice, puisque par la nature même de son organisme il est poussé fatalement à opprimer celui-là et à nier celle-ci.
(( Suivant nous, l'ouvrier ne pourra jamais s'émanciper de l'oppression séculaire, si à ce corps absorbant et démoralisateur il ne substitue la libre fédération de tous les groupes producteurs fondée sur la solidarité et sur l'égalité.
(( En effet, en plusieurs endroits déjà on a tenté d'organiser le travail pour améliorer la condition du prolétariat, mais la moindre amélioration a bientôt été absorbée par la classe privilégiée qui tente continuellement, sans frein et sans limite, d'exploiter la classe ouvrière. Cependant l'avan- tage de cette organisation est tel que, même dans l'état actuel des choses, on ne saurait y renoncer. Elle fait fraterniser toujours davantage le prolé- tariat dans la communauté des intérêts, elle l'exerce à la vie collective, elle le prépare pour la lutte suprême. Bien plus, l'organisation libre et sponta- née du travail étant celle qui doit se substituer à l'organisme privilégié et autoritaire de l'Etat politique, sera, une fois établie, la garantie perma- nente du maintien de l'organisme éconondque contre l'organisme politique.
(( Par conséquent, laissant à la pratique de la Révolution sociale les dé- tails de l'organisation positive, nous entendons organiser et solidariser» la résistance sur une large échelle. La grève est pour nous un moyen précieux de lutte, mais nous ne nous faisons aucune illusion sur ses résultats écono- miques. Nous l'acceptons comme un produit de l'antagonisme entre le tra- vail et le capital, ayant nécessairement pour conséquence de rendre les ou- vriers de plus en plus conscients de l'abîme qui existe entre la bourgeoisie et le prolétariat, de fortifier l'organisation des travailleurs, et de préparer, par le fait des simples luttes économiques, le prolétariat à la grande lutte révo- lutionnaire et définitive qui, détruisant tout privilège et toute distinction de classe, donnera à l'ouvrier le droit de jouir du produit intégral de son tra- vail, et par là les moyens de développer dans la collectivité toute sa force intellectuelle, matérielle et morale,
(( La Commission propose au Congrès dénommer une commission qui de- vra présenter au prochain Congrès un projet d'organisation universelle de la résistance, et des tableaux complets de la statistique du travail dans les- quels celte lutte puisera de la lumière. Elle recommande l'organisation es- pagnole comme la meilleure jusqu'à ce jour. »
En dernier lieu, le Congrès vola une résolution finale que voici ;
(( Le Congrès propose d'envoyer copie de toutes les résolutions du Con- grès, et du Pacte d'amitié, de solidarité et de défense mutuelle, à toutes les fédérations ouvrières du monde, et de s'entenc^re avec elles sur les questions qui sont d'intérêt général pour toutes les fédérations libres.
u Le Congrès invite toutes les fédérations qui ont conclu entre elles ce
10 L'I.M EHNATIONâLE
pacte d'amitié, de solidarité et de défense mutuelle, à se concerter immé- diatement avec toutes les fédérations ou sections qui voudront accepter ce pacte, pour déterminer la nature et l'époque de leur Congrès interna- tional, en exprimant le désir qu'il ne se réunisse pas plus tard que dans
six mois '. »
Une commission, prise dans la Fédération italienne, fut chargée de pré- senter au prochain Congrès un projet d'organisation universelle de la ré- sistance et un plan général de statistique.
Enfin, le compagnon Adhémar Schwitzguébel, secrétaire du Comité fé- déral jurassien, a reçu la mission de signer tous les actes du Congrès, et d'en envoyer copie aux diverses fédérations.
Ayant épuisé son ordre du jour, le Congrès international se sépara aux cris de Vive la rrvolution sociale !
Les résolutions votées au Congrès de Saint-Imier avaient été, naturellement, élaborées et discutées d'avance à Zurich le 13; on remarque, dans leur ré- daction, plusieurs expressions où l'on reconnaît la main de Bakounine. Après le Congrès, ces résolutions furent imprimées, à l'imprimerie G. Guillaume fils, à Neuchàtel, en une feuille volante contenant trois pages ia-4°, sous ce titre : « Résolutions du Congrès anti-autoritaire international tenu à Saint-lmier le 15 septembre 1872 par les délégués des Fédérations et Sections internationales italiennes, françaises, espagnoles, américaines et jurassiennes »; à la fin du texte est placé, comme le Congrès l'avait décidé, la signature de Schwitzguébel : « Pour copie conforme, au nom et par ordre du Congrès, Adhémar Schwitz- guébel ».
Je n'avais pas assisté à ces réunions de Zurich où fut réalisé le projet d'en- tente internationale dont nous nous étions entretenus le 8 septembre à Ams- terdam ; CQlentc dont Bakounine, fidèle à ses habitudes formalistes, avait désiré préciser les conditions par des statuts écrits. Pour moi, indifférent, comme mes amis jurassiens, aux formalités. — (et Bakounine nous eu faisait souvent un reproche), — je ne me préoccupai nullement de ce côté de la question, et je ne me rappelle pas si j'ai lu ou non les statuts dont il s'agit; mais je fus heureux de penser qu'un accord solide avait été conclu pour la propagande et pour l'action.
Voici ce qu'on trouve, dans le calendrier-journal de Bakounine, pour les jours qui suivirent le Congrès de Saint-lmier :
IG... Congrès clos. Dîner. Après dîner départ. Soir Neuchàtel, Petit hôtel du Lac. Discussion russe avec Boutourline. Soirée Guillaume, pro- menade. — 17. Neuchàtel, Petit hôtel du Lac. Séance des Frères avec James jusqu'à sept heures du soir. A huit heures partons, à dix heures à Bienne. — 18. Partons de Sienne quatre heures du matin, arrivons à Zu- rich neuf heures et demie matin. Après dîner et soir, séance. — 19. Dis- cussion sur moyens. Platonisme doctrinaire de Marselau. — 20. Expli- cations avec Marselau ; tout concilié. Soir libre. — 21. Système de correspondance. — 22. Consultation du docteur pour Pezza. Espagnols partis. — 23. Marco [Pezza], Louise [Fanelli], Armando [Cafiero], Gia- como[Nabruzzi], Malatesta partis. — 24. Smirnof et Roulefî entrevue avec ce coquin de [Vladimir] Serebrenikof. Réunion des Frères russes. — 25.
1. Il ne fut pas donné suite, comme on le verra, à cette idée de réunir un Congrès international spécial des fédérations adhérentes au « pacte » de Saint- lmier.
CINOUIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMfKR 11
Lettre des Russes à la Liberté^ Télégranniie à Ross-. Soir, réunion du (( purgatoire ))^ — 26. Arrivée de Ross. Conversation avec Ross; il de- vient absolument nôtre.
Je dois donner encore ici ileux pièces qui se rattachent aux Congrès de la Haye et do Saint-Imicr : une lettre des quatre délégués espagnols à la Liberté de Bruxelles, relative à l'attitude « repentante » que leur avait prêtée le rapport de la Commission d'enquête sur la Société l'Alliance (voir t. II, p. 340); et une protestation, également adressée à la Lihertù, des amis russes de Bakou- nine contre l'accusation d'escroquerie et de chantage lancée contre lui par cette même Commission (voir Ibid.).
La lettre des délégués espagnols fut écrite lors de leur passage à NeuchiUel, le 17 septembre; elle est datée du lendemain :
Neuchàtel, 18 septembre 1872. Aux compagnons rédacteurs de la Liberté. Compagnons,
Nous avons lu dans votre numéro du 15 septembre le rapport de la Com- mission d'enquête du Congrès de la Haye sur l'Alliance, et nous vous prions de vouloir également publier la déclaration suivante :
A la manière dont ce rapport a été rédigé, on pourrait croire que, re- pentants d'avoir été membres de l'Alliance [la Aliauza], nous avons donné une promesse formelle de ne plus appartenir à cette société.
Nous ne pouvons permettre que le public de l'Internationale soit indi- gnement mystifié, et nous avons le devoir de prolester contre de pareilles insinuations, en déclarant hautement que nous nous sommes toujours tenus pour honorés d'avoir contribué à la propagande de l'Alliance, de laquelle nous n'avons cessé de faire partie que lorsque, par des raisons étrangères à son principe, elle a été dissoute en avril dernier.
Nous saisissons cette occasion pour protester énergiqueraent, comme nous l'avons d'ailleurs déjà fait au Congrès de la Haye, non seulement contre les conclusions inquisitoriales d'une Commission qui lâchement, jésuitique- ment, dans un arrêt plein de contradictions impudentes, lance la diffama- tion contre des compagnons honorables, intelligents, connus au monde ouvrier comme très dévoués à la cause, et que nous estimons aujourd'hui plus que jamais, mais aussi contre le droit ridicule que cette même Com- mission s'est arrogé de proposer, à cette majorité toute préparée d'avance, leur expulsion de l'Internationale.
Nous l'avions acceptée, cette Commission, parce que nous n'avions ja- mais pu soupçonner qu'au sein de l'Internationale, même des adversaires s'abaissassent jusqu'à la malhonnêteté, et parce que, ayant conservé un reste de confiance dans la loyauté des partisans de la dictature dans l'Inter- nationale, nous ne pouvions pas nous attendre à une pareille mystification. Mais maintenant nous devons protester, en face de tout le monde, contre
1. C'est la protestation dont il sera parlé tout à l'heure.
2. Ross, après le Congrès de Saint-Imier, était retourné à sa résidence vau- doise, près de Lausanne.
3. On appelait ainai, dans le groupe russe de Zurich, une réunion dans laquelle on passait au crible les mérites et les défauts d'un candidat.
12 L'INTERNATIONALE
les misérahles intrigues que nos prétendants au pouvoir emploient contre les adversaires de leur domination. Salut et égalité. Alerixi. Marselau, Fauga-Pellicer, t. Gonzalez Morago, délégués de la Fédération espagnole K
La protestation des Russes, bien que rédigée à Zurich le 25 septembre, porte la date du 4 octobre, parce qu'il avait fallu l'envoyer à Genève pour la soumettre à la signature d'Ogaref, d'Ozerof et de Zaytsef. La voici :
Genève et Zurich. 4 octobre 1872. A la rédaction de la Liberté.
Nous avons lu avec indignation dans le n° 37 de votre journal le texte du rapport incroyable présenté au Congrès de la Haye par la Commission d'enquête sur l'Alliance.
Dans ce rapport, évidemment inspiré parla haine et par le désir d'en finir, coûte que coûte, avec un adversaire incommode, on a osé lancer con- tre notre compatriote et ami Michel Bakounine l'accusation d'escroquerie et de chantage, La majorité de ce Congrès s'est rendue complice d'une grande infamie en décrétant l'expulsion d'un honnne dont toute la vie a été consacrée au service de la grande cause du prolétariat, et qui a expié ce crime par huit ans de réclusion dans différentes forteresses allemandes et russes et par quatre ans d'exil en Sibérie.
Echappé de la Sibérie en 1861, il a été assailli par la calomnie marxienne, qui n'a plus cessé de le diffamer, depuis, dans les journaux démocrates so- cialistes de l'Allemagne. Vous avez lu sans doute les contes sots, ridicules et odieux que depuis trois ans on débite contre lui dans le Volksslaut. Au- jourd'hui c'est à un Congrès international des travailleurs, préparé de lon- gue main dans ce but par M. Marx lui-même, qu'on a réservé le triste honneur de servir d'instrument à de misérables vengeances.
Nous ne croyons ni nécessaire, ni opportun de discuter ici les prétendus faits sur lesquels on a cru pouvoir appuyer l'étrange accusation portée con- tre notre compatriote et ami. Ces faits nous sont bien connus, connus dans leurs moindres détails, et nous nous ferons un devoir de les rétablir dans leur vérité, aussitôt qu'il nous sera permis de le faire. Maintenant nous en sommes empêchés par la situation malheureuse d'un autre compatriote qui n'est point notre ami, mais que les poursuites dont il est à celte heure même la victime de la part du gouvernement russe nous rendent sacré -.
M. Marx, dont nous ne voulons d'ailleurs pas contester l'habileté, dans cette occasion au moins a très mal calculé. Les cœurs. honnêtes, dans tous les pays, n'éprouveront sans doute qu'indignation et dégoût en présence d'une intrigue si grossière et d'une violation si flagrante des principes les plus simples de la justice. Quant à la Russie, nous pouvons assurer à M. Marx que toutes ses manœuvres seront toujours en pure perle. Bakounine y est trop estimé et connu pour que la calomnie puisse l'atteindre. C'est
1. Cette lettre a été reproduite par le Bid/elin du 15 octobre 1872.
2. Netchaïef, qui se trouvait à ce moment eu ])ri.son à Zurich, lut extradé à la Russie le 26 octobre 1872.
CINQUIÈME PARTIE. CHAPITRE PREMIER 13
tout au plus si elle trouvera un accueil favorable dans la presse soudoyée par la police, ou bien dans les rangs de cette fameuse Internationale russc\ dont il est bien permis à M. Marx de se vanter, mais qui n'en est pas moins complètement ignorée dans notre pays. Nous lui abandonnons généreuse- ment ce succès.
Comptant sur votre justice, nous espérons ([ue vous ne nous refuserez pas l'insertion de cette lettre dans les colonnes de voire estimable journal.
Nicolas Ogaref. — Barthélémy Zaytset. — Woldeujar Ozerof. — Ar- mand Ross. — Woidenuir HoLSTEiN. — Zemphiri Ralli. — Alexandre (Elsnitz. — Valérian Smirnof -.
Une publication faite tout récemment (janvier 1908) dans une revue de Saint- Pétersbourg, Minoui'chic Gody {« Années écoulées »), a jeté plus de lu- mière sur ce qui s'était passé à la flave au sein de la Commission d'en<[uèle, et sur la « preuve » fournie par Marx à l'appui de l'accusation d'escro({ue- rie et de chantage qu'il formula contre liakounine. Ce sont un certain nombre de lettres écrites par Marx, avant et aprrs le Congrès de la Haye, à M. Nico- las ...on, un publiciste fort connu en Russie,
Marx apprit, dans le courant, semble-t-il. du mois d'août 1872 (probablement par Ûutine), riiistoire de la lettre écrite, au printemps de 1870, par Netchaïef à propos de la traduction russe du Kapital. Cette lettre avait été adressée non pas, comme je l'avais cru, à l'éditeur Poliakof lui-même (voir tome F^'. p. 2(51), mais à la personne qui avait servi d'intermédiaire entre Poliakof et Bakounine, un certain Lioubaiinr (il n'y a plus de raison, m'a-t-on afiirmé, pour ne pas donner son nom en toutes lettres, M. Lioubavine ayant aujourd'hui des opi- nions qui lui assurent les sympathies du gouvernement russe). Marx écrivit aussitôt à M. Nicolas ...on, qui était son correspondant habituel à Saint-Pé- tersbourg, pour demander si celui-ci ne pourrait pas lui procurer la lettre de Netchaïef, dont Marx voulait se servir comme d'une arme contre Bakouuine au Congrès de la Haye. M. Nicolas ...on fit part de celte demande à Lioubavine, lequel s'empressa d'envoyer à Marx le document souhaité. Marx le fit voir à la Haye à la Commission d'enquête, comme une pièce secrète^ dont il était interdit de mentionner l'existence.
Après avoir lu l'article des Minouvchié God;/, j'ai écrit à M. Nicolas ...on pour le prier de vouloir bien me communiquer le texte de la lettre do Net- chaïef, afin de publier ce texte dans le présent volume. H m'a répondu, par l'intermédiaire obligeant de .M. Hermann Lopatine, qu'il ne possédait pas ce document, ni en original, ni en copie, mais il m'a donné, sur le contenu de cette pièce, qu'il a vue lui-même autrefois, les indications suivantes :
Le document n'est pas une lettre Sià.T&sséc personnellement par Netchaïef à Lioubavine, mais une résolution officielle du Comité révolutionnaire, écrite sur du papier portant Ven-iete officiel du Comité, et communiquée comme menace à Lioubavine pour sa gouverne. Bien que le nom de Net- chaïef ne figure pas sur cette pièce, aucun des intéressés ne douta qu'elle vînt de lui, et on s'imagina, en outre, que Bakounine avait dû être au cou- rant de son contenu et de son envoi, et avait approuvé la démarche de Netchaïef.
* Chacun sait, aujourd'hui, que le k Comité révolutionnaire »•, à partir de 1870 lout au moins, c'<'tait Netchaïef lui-même, seul, agissant dictatorialemcnt. Tous ceux qui ont lu la Correspondance de Bakounine publiée par Dragoma-
1. L.) soi-disaiiL « Section russe » d'Outiiie (voir t. I^'', p. 288).
i\ Cette lettre a été reproduite par le Bulletin du 10 novembre 1872.
14 L'INTERNATIONALE
nof savent en outre que Bakounine, lorsqu:'il eut découvert les procédés jésui- tiques de Netchaïef, en fut révolté et rompit toute relation avec lui i. Si quelqu'un a pu croire, en 1870, que Xetchaïef, en envoyant à Lioubavine la « résolution du Comité », agissait d'accord avec Bakounine, personne, sans doute, ne persiste aujourd'iiui dans celte erreur, et je suis persuadé que M. Ni- colas ...ou lui-même n'hésitera pas à proclamer sa conviction que Bakounine fut complètement étranger à la rédaction et à l'envoi de cette pièce.
Je regrette de ne pouvoir imprimer à cette place le texte même de la (( pièce secrète », que je n'iii pu me [irocurer encore. Peut-être me sera-t-il possible de le donner dans mon tome IV et dernier.
Mais les lettres de Marx à son correspondant de Saint-Pétersbourg nous ra- content des détails instructifs. Et je vais placer sous les yeux du lecteur, pour son édiûcation, tous les passages de ces lettres relatifs à Bakounine et au Congrès de la Haye ; le premier est du 28 mai 1872, le dernier du 2 août 1873. A ma demande, M. Nicolas ...on a bien voulu m'envoyer une copie de ces di- vers passages, dans la langue originale (l'allemand pour les lettres des 28 mai et 12 décembre 1872, l'anglais pour les autres lettres), de laquelle je les tra- duis :
28 mai 1872.
... Vn des charlatans {Marktschreier) qui habitent la Suisse, M. Ba- kounine, joue de tels tours (spielt solche Streiche) que je serais très re- connaissant pour tout renseignement exact sur cet homme : 1° sur son in- fluence en Russie ; 2^ sur le rôle qu'a joué sa personne dans le célèbre procès [de NetchaïefJ.
do août 1872.
... Aujourd'hui je vous écris en toute hâte pour un objet spécial, qui est du caractère le plus urgent.
B-ne a travaillé secrètement depuis des années à saper l'Internationale, et il a été maintenant si bien pressé par nous qu'il a dû enfin jeter le mas- que et se séparer ouvertemenl^ avec les imbéciles dirigés par lui -. C'est le même homme qui avait dirigé l'affaire N-f. Or, ce B. avait été autrefois chargé de la traduction russe de mon livre ; il a touché l'argent d'a- vance, et, au lieu de fournir du travail ^^ il a envoyé ou fait envoyer à Liou- bavine (c'est le nom, je crois), qui avait traité de l'affaire avec lui au nom de l'éditeur, une lettre très infâme et compromettante. Il serait de la plus haute utilité pour moi cjue cette lettre me fût envoyée immédiatement. Comme c'est une affaire simplement commerciale, et comme, dans l'u- sage à faire de la lettre, on ne nommera aucun nom, j'espère que vous me procurerez cette lettre. Mais il n'y a pas de temps à perdre. Si la lettre doit m'être envoyée, il faut qu'elle soit envoyée immédiatement, car à la lin de ce mois je quitterai Londres pour aller au Congrès de la Haye.
Sincerely yours, A. ^^ illiams''.
1. Voir mon t. II, pages 61 et suivantes.
2. Allusion a la résolution de la Conférence de Riniini : voir t. II, p. 312.
3. Bakounine, on l'a vu (t. I«^ p. 2Gl), s'était mis très sérieusement à la tra- duction du Kapital ; et M. Nicolas ...on, dans l'article de Mlnovvchié Gody, nous apprend — chose que j'avais ignorée jusqu'ici — que Bakounine envoya à l'édi- teur le manuscrit de la traduction d'une partie du chapitre I".
4. C'était le pseudonyme dont Marx signait le plus souvent ses lettres a M. Ni- colas ...on.
CINQUIÈME PARTIE. CHAPITRE PREMIER 15
2o novembre 1872.
Mon cher ami, la lettre qui m'a été envoyée ^ est arrivée à temps, et a fait son œuvre. Si je n'ai pas écrit plus tôt, et si, même en ce moment, je n'envoie que ces quelques lignes, c'est parce que j'ai besoin que vous m'en- voyiez, si possible, une autre adresse stnctement commerciale, à laquelle je puisse vous écrire. En conséquence de l'extradition de X. et des intri- gues de son maître B., je suis très inquiet pour vous et pour quelques autres amis. Ces hommes sont capables de toutes les infamies -.
12 décembre 1872.
Cher ami, Parce qui est inclus^ vous apprendrez les résultats du Con- grès de la Haye. J'ai lu à la Commission d'enquête sur l'Alliance ', sous le sceau du secret et sans nommer le destinataire, la lettre à L. ■> Cependant le secret n'a pas été gardé, premièrement parce qu'il y avait dans la Commis- sion l'avocat belge Splingard, qui en réalité n'était qu'un agent des allian- cistes '^ ; secondement parce que Joukovsky," Guillaume et O^, prenant les de- vants, avaient raconté à l'avance toute l'affaire à droite et à gauche à leur façon eten lui donnant un tour apologétique (3;rei/e??s iveilJoukowsky, Guil- laume et C'^ die ganze Sache vorher — um vorzuheugen — i.\ hirer weise und mit apologetischen Wendungcn eru'ihlt hatten rechls und links ''.) C'est ainsi qu'il arriva que la Commission, dans son rapport au Congrès, se vit forcée de communiquer les faits relatifs à B. et contenus dans la lettre à L. ^ (naturellement, je n'avais pas donné son nom, mais les amis
1. La lettre de Xetchaïef n'avait pas été envoyée à Marx par M. Nicolas ...on lui-même, comme on pourrait le croire d'après ce passage qui prête à équivoque, mais directement par Lioubavine. (Communication de M. Hermann Lopatine.)
2. Marx donne à entendre — ou ce passage n'a pas de sens — qu'il croit Bakou- nine capable, par vengeance, de dénoncer M. Nicolas ...on à la police russe.
3. Probablement quelque article de journal.
4. Evidemment dans la séance du samedi après-midi, 7 septembre. Voir t. II, p. 345; j'ai dit à cet endroit : « Mar;s: n'apporta pas de nouveaux documents ; il avait tout fait présenter par Engels : que put-il dire à la Commission? » Je me trompais : Engels avait présenté les pièces relatives à l'Alliance, mais Marx s'é- tait réservé de communiquer lui-même le papier reçu de Russie, la « pièce se- crète et confidentielle ».
5. >'e croirait-on pas lire un épisode de l'afTaire Dreyfus ?
6. Il eût fallu, comme on voit, pour que tout allât bien au gré de Marx, que la minorité ne fût pas représentée par un seul membre au sein de la Commission; mais la majorité, si bien stylée qu'elle fût, n'avait pas osé aller jusque-là. Roch Splingard n'était pas avocat, que je sache : c'est son frère Pierre Splingard, l'un des rédacteurs de la Liberté, qui l'était.
7. Je ne me rappelle pas que nous ayons rien raconté à l'avance : ne nous at- tendant pas à la manœuvre à laquelle Marx allait se livrer, comment aurions- nous songé à « prendre les devants » ? Mais, lorsque nous connûmes le ra])port de la majorité de la Commission, nous « racontâmes l'affaire » telle qu'elle s'é- tait réellement passée, et non pas telle que Marx, aveuglé par la haine, la pré- sentait à ses séides.
8. Dans cette phrase, Marx voudrait faire croire à son correspondant que la Commission a clé forcée de communiquer au Congrès « les faits contenus dans la lettre », et il s'en excuse en disant qu'elle a dû le faire à cause de nous, à cause de notre prétendue indiscrétion. Quel jésuitisme! comme s'il n'avait pas fait venir la lettre à Lioubavine dans le dessein exprès de s'en servir pour calomnier publiquement Bakouninel et comme si c'était « communiquer les faits contenus dans la lettre » que d'écrire cette phrase : « Les soussignés déclarent... que le
K^ 1/ I N T E h y A T I O N A L E
de B. étaient déjà r.uiseignés à ce sujet par Genève ^). Maintenant se pose cette question : la Commission nommée pour la publication des procès-ver- baux du Congrès (^et dont je fais partie) peut-elle ou non faire un usage iiublic de cette lettre? Gela dépend naturellement de L. ; toutefois je dois faire remarquer qu'après le Congrès ces faits ont, sans notre concours, fait depuis loniïtemps le tour de la presse européenne. Toute la façon dont les choses se sont passées nva contrarié d'autant plus, que j'avais compté sur la plus stricte discrétion, et que je l'avais solennellement réclamée.
A la suite de l'exclusion de B. et de Guillaume, l'Alliance, qui avait l'As- sociation entre ses mains en Espagne et en Italie, a immédiatement ouvert partout contre nous une guerre de calomnies, etc., et, alliée à tous les élé- ments corrompus, elle cherche à provoquer une scission en deux camps. Mais sa défaite finale est certaine, et elle ne fait que nous aider à nettoyer l'Association de tous les éléments malpropres ou faibles d'esprit qui s'y sont introduits par ci par là.
L'attentat criminel des amis de B. à Ziirich contre le pauvre Outine^ est un fait certain; Outine lui-même se trouve en ce moment dans un état de santé très dangereux. Cet exploit honteux {Hallankentliat) vient d'être raconté par beaucoup de journaux de l'Association (entre autres par la Emancipacion de Madrid), et figurera avec tous ses détails dans notre compte-rendu public du Congrès de la Haye. La même bande de chenapans [Hallunkenhande] a fait en Espagne "deux tentatives du même genre contre ses adversaires 'K Elle sera bientôt clouée au pilori devant tout l'univers.
18 janvier 1873.
... En ce qui concerne L.^.. j'aimerais mieux suj)primer. dans l'enquête qui sera publiée, toute la partie qui se rapporte à lui, que de Tcxposer au moindre danger. D'autre part, le courage est peut-être la meilleure poli- tique. D'après une publication faite en Suisse par B., non sous son nom, mais sous ceux de quelques-uns de ses amis slaves % ils ont l'intention de donner leur propre version de toute l'affaire aussitôt que les circonstances leur permettront de le faire. L'indiscrétion commise par leurs complices à la Haye était intentionnelle, et je suppose qu'ils croyaient exercer par là une sorte d'intimidation^.
citoyen Bakouuine s"est servi de manœuvres frauduleuses lendant à .s'ajjproprier tout ou partie de la fortune d'autrui, ce qui constitue le fait d'escroquerie; qu'en outre, pour ne pas devoir remplir ses engagements, lui ou ses agents ont eu recours à l'intimidation » !
1. Nous n'avions pas parlé de Lioubavine. J'ignore si Joukovsky connaissait .^un nom, mais il ne l'a pas prononcé : car s'il l'eût fait, ce nom fût, de la sorte, venu a ma connaissance dès 1872; or, il ne m'a été révélé qu'en 1904.
2. Au sujet de cet « attentat », que la brochure V Alliance de la démocratie so- alide, (iic. (1873), appelle « une tentative d'assassinat », voir t. II, p. 328, note :j.
3. L'une de ces deux « tentatives » d'attentat est probablement le prétendu « guet-apens » organisé à Valencia contre Mora par les membres du Conseil fé- déral espagnol, « guet-apens » au su,jet duquel .j'ai publié le démenti d'Anselmo Lorenzo (t. II, p. 307) Quant à l'autre « tentative », j'ignore ce (lue ce peut cire.
4. C'est Lioubavine, ([ue Marx ne désigne que par Tinitiale de son nom.
i). -Marx fait évidemment allusion à la lettre à la rédaction de la Liljcrté, re- jjroduite ci-dessus. 6. Marx appelle « indiscrétion » le fait d'avoir rétabli la vérité calomnieuse-
CINQUIÈME PARTIE, CHAPITRE II 17
Mais, d'un autre côlé, je ne peux pas juger des conséquences possibles de la publication de celte affaire, et c'est pourquoi je désirerais que notre ami nie communiquât par votre intermédiaire sa résolution, après avoir bien pesé le pour et le contre.
2 août 1873.
... Nous allons publier les « Révélations » sur l'Alliance ^ (vous savez que la secte des teetotallers se donne ce nom en Angleterre '-), et je vou- drais connaître le moyen le plus économifjue de vous en envoyer un nombre assez considérable d'exemplaires. Une lettre relative au chef de ces saintes gens est encore tenue en réserve.
II D'octobre 1872 à janvier 1H1S.
Nous avons, dans une lettre d'Engels à Serge, du 5 octobre 1872, le témoi- gnage de l'impression produite sur Marx et ses quelquQs fidèles par le Congrès anti-autoritaire de Saint- Imier. Engels écrit :
Cher Sorge,On vous^ taille de la besogne. Ci-joint la traduction de deux articles de la Federacion, le journal d'Alerini. Les Belges, eux, ne sont pas bien redoutables. D'après des lettres récemment reçues, ils sont déjà ef- frayés de leur propre audace et ne savent pas comment se tirer d'embar- ras. Par contre, les décisions des Jurassiens, qui, prises par un Congrès fédéral, déclarent ouvertement la rébellion, ne peuvent pas être passées sous silence. Nous avons immédiatement écrit à Genève pour avoir le der- nier Bulletin jurassien, et nous te l'enverrons dès qu'il sera arrivé. Il est très bon que ces messieurs déclarent ouvertement la guerre, et nous don- nent eux-mêmes un motif suffisant pour les mettre à la porte (sie an die Luft zu setzen). Une action prompte et énergique contre ces Urkrakeeler ^ , dès que vous aurez entre les mains les pièces probantes, est, à notre avis, tout indiquée, et suffira probablement à rompre le Sonderbund menaçant {den drohenden Sonderbund zu sprengen).
Engels se trompait sur les dispositions des Belges. Une lettre écrite par un in- ternational de Verviers (Florent Flinck), et publiée dans le Bulletin du 15 octobre 1872, les montre au contraire très résolus : Flinck dit qu'il « voudrait voir figurer à l'ordre du jour du Congrès qui va se tenir cette grave question : Lan-archie opposée à L'autoritarisme ». D'Anvers, un des délégués belges au Congrès de la
ment travestie ! On voit qu'il cherche, pour se disculper auprès de Lioubavine, qui se croyait mis en péril par le rapport de la majorité de la Commission, à le persuader que, s'il éprouve des désagréments, ce sera la faute de Bakounine et de ses amis.
1. C'est la brochure V Alliance de la dérnoo^alie socialiste et P Association internatio- nale des travailleurs.
2. Marx fait là une plaisanterie destinée à dérouter la police, si sa lettre était ouverte au cabinet noir.
3. « Vous », c'est-à-dire « au nouveau Conseil général ».
4. Ce jnot est intraduisible. Le verbe krakeelen est un terme d'argot populaire, qui signifie « criailler, se chamailler » ; c'est une expression favorite d'Engels.
G. III. — 2
18 l'internationale
Haye écrivait au Bulletin : « A Anvers et àGand les travailleurs approuvent tout à lait l'attitude de la miaorité du Congrès de la Haye vis-à-vis du Conseil géné- ral ; ils applaudissent à nos déclarations, et nul doute qu'au prochain Congrès les prétentions des autoritaires ambitieux seront réduites à zéro. Nous avons reçu de Hollande de nouvelles adhésions à l'Internationale, et de nouvelles sections vont y être fondées. Dans la Belgique flamande, les travailleurs in- dustriels et agricoles secouent leur torpeur, des sections sont en formation dans les campagnes où, cependant, la prètraille avait jusqu'à présent su pré- server le pays de cette peste socialiste personnifiée par l'Internai ionale... D'ici au prochain Congrès nous verrons qui aura obtenu les meilleurs résul- tats, ou de nous, les organisateurs de la révolution, ou des contre-révolution- naires marxistes, lorsque sonnera l'heure de la lutte à outrance. » L'Inter- nationale, de Bruxelles, publiait l'article suivant :
Le mouvement anti-autoritaire est toujours en bonne voie. Les nouvelles des diverses contrées où l'Association compte le plus grand nombce de membres sont excellentes ; et bientôt, sans doute, on aura complètement oublié qu'il existe à New York un Conseil général héritier de celui de Londres et des vues politiques des hommes qui le composaient. Dans quel- que temps, se rendant mieux compte des conséquences du Congrès de la Haye, on reconnaîtra qu'il s'y est fait au moins un travail utile et salutaire : la division nette et précise des politiqueurs et des autoritaires, d'un côté, et, de l'autre, des travailleurs qui veulent la Révolution sociale, et qui ne veulent pas autre chose.
Et l'Internationale annonçait que, pour ses débuts, le nouveau Conseil général jouait de malheur : deux des élus, le Français David, membre de la Section de New York, et l'Américain Ward^ avaient refusé d"y siéger.
\'oici ce qu'avait écrit David, à la da1e du 1^^' octobre :
Les décisions prises au Congrès de la Haye n'étant, comme celles du Congrès de New York [du 6 juillet], que le résultat d'une conspiration où les principes inscrits dans nos statuts généraux ont été insolemment foulés aux pieds, au profit d'une coterie avide d'autorité, je refuse de siéger au Conseil général issu de ce Congrès, dont tant d'entre nous attendaient une réconciliation générale, une réorganisation solide, éminemment révo- lutionnaire, préconisant des moyens pratiques... Je cesse en même temps de siéger au Conseil fédéral du Tenth Ward Hôtel, composé des mêmes hommes formant le Conseil général, qui sont à la complète dévotion de Karl Marx et n'agissent que sous son impulsion morale.
Je ne me sens aucune disposition à servir sous la bannière du dénoncia- teur de l'Alliance socialiste espagnole. Quelque grand que soit son génie, je ne saurais l'estimer après les actes qu'il a commis avant et durant le Congrès de la Haye.
Je ne saurais non plus marcher à côté des hommes qui consentent à lui servir de compères dans la pitoyable comédie qu'il joue en ce moment au détriment de l'Internationale et du mouvement socialiste universel.
L'Américain Ward, de son côté, écrivait :
Les principes de Tlnternationale, mis en discussion dans les différents Congrès, avaient été adoptés avec contentement par les internationaux. Hs étaient fondés sur l'idée de l'autonomie complète des sections, qui avaien
CINQUIÈME PARTIE, CHAPITRE II 19
le droit de s'organiser comme bon leur semblait, d'accord avec les prin- cipes généraux qui étaient leur loi commune.
Personne ne trouvait à redire à cette organisation, et la grande Associa- tion internationale des ouvriers prospérait.
Mais, par un manque de sagesse, on créa un Conseil général avec pouvoir de s'ingérer dans les affaires des Conseils fédéraux et des sections. Il en est résulté une guerre furieuse de rivalités nationales, de suspicions et de calomnies personnelles. Le Conseil général a oublié les principes, les a répudiés, et ne s'occupe plus maintenant que de la tache de gouverner avec une autorité suprême.
En conséquence, Ward déclarait qu'il ne voulait pas faire partie d'une insti- tution aussi contraire à l'esprit de l'Internationale, et que, loin de se tenir pour honoré de sa nomination, il avait des raisons de croire que son nom n'a- vait été introduit dans la liste des élus que par des motifs de stratégie, qu'il était de son devoir de déjouer en disant publiquement toute sa pensée à ce sujet.
On a vu que la majorité du Congrès de la Haye n'avait élu que douze mem- bres du nouveau Conseil général, et avait stipulé que ce Conseil serait tenu de s'adjoindre lui-même trois autres membres (voir t. IF, p. 343) : cette mesure, dans l'intention de ceux qui la firent voter, avait pour but de permettre l'en- trée de Sorge au Conseil ; et, en effet, dès sa première séance,, le nouveau Conseil s'adjoignit Sorge et lui remit les fonctions de secrétaire général. Une fois constitué, le Conseil lanra une circulaire ou adresse datée du 20 octobre, et rédigée par Sorge, dans laquelle il annonçait entre autres que, par une décision du Congrès de la Haj'e, « l'action politique avait été rendue obliga- toire », action qui devait être menée sous la direction suprême du Conseil gé- néral (voir le discours de Sorge à la Haye, t. II, pages 337-338), et que les sections auraient à consulter le Conseil général « avant d'engager l'Associa- tion dans une action publique et avant d'entrer dans de nouveaux champs d'activité ^ » .
1. Cette circulaire ou adresse, que je ne connais que })ar quelques extraits, jeta Engels et Marx dans un embarras comique, dont Engels lit part à Sorge dans une lettre du 16 novembre 1872. L'adresse, rédigée en anglais et en français par un Allemand i)eu lettré, était pleine, paraît-il, de fautes de langage qui la rendaient ridicule; et comme Sbrge, dans son inconscience, avait expédié son œuvre telle quelle au Conseil fédéral anglais, qui était en guerre ouverte avec Marx, Engels avait tremblé que ce Conseil fédéral, pour jouer un bon tour à Sorge, ne fît im- primer l'adresse avec ses grotesques incorrections : aussi confectionna-t-il lui- même une coi)ie, corrigi'-e, du document, et c'est sous cette forme qu'il le com- muni(xua à l'organe de l'Internationale en Angleterre, Vlntenialional Herald ; il chargea en outre Serraillier de revoir la version française. « Je craignais, écrit Engels à Sorge, que le Conseil fédéral anglais ne supprimât l'adresse, ou bien que, pour en faire des gorges chaudes, il la fît imprimer mot à mot avec ses fautes de grammaire et ses germanismes {mit verschiedenen englischen Spvachfeh- lern und slarken Germanismen, lan Spott damit zu lreibe?i). Tai naturellement cor- rigé cela, car, telle qu'elle était, l'adresse n'était pas imprimable, ni en anglais ni en français. Ici, pour des documents de ce genre, nous avons toujours fait corriger nos fautes par quelqu'un du pays {von irgend e'inem gehildetea native korricjieren lassen.) Il faudra que tu procèdes ainsi à l'avenir, car souvent il n'est pas i)Ossible de changer quelque chose dans un document officiel, même pour y corriger de ces erreurs grammaticales qui sont toujours fâcheuses. Pour Haies, pour les Jurassiens, etc., toutes les bévues de ce genre les mettraient en joie. » — Dans une note de son livre, Sorge reproduit un passage d'une réi)onse qu'il fit à Engels à ce sujet (6 décembre 1872) : « Xous n'avons malheureusement pas, écri- vait-il, un Marx ni un Engels parmi nous, et c'est justement pour cela que nous u'avons accepté qu'avec quelque appréhension le transfert du Conseil général à
20 l'internationale
Dans les premiers jours qui suivirent le Congrès de la Haye, le Conseil ïé- fierai anglais vota un blâme à Karl Marx, pour avoir dit au Congrès, lors du débat sur les mandats, que « tous ceux qu'on appelle les leaders du mouve- ment ouvrier en Angleterre sont des hommes vendus à (iladstone et à d'autres politiciens bourgeois ». En racontant cet incident à Sorge, Engels écrit (lettre du 21 septembre 1(S72) : « C-es gaillards-là, Haies, Mottershead, Eccarius,, etc., sont furieux parce qu'on leur a retiré des mains le Conseil général ». Cette assertion d'Engels est manifestement fausse, car tous avaient insisté pour que le Conseil général ne fût plus à Londres (voir t. II, p. 326).
Marx et Engels essayèrent d'obtenir que les Sections anglaises désavouas- sent le Conseil fédéral; mais ils eurent beau faire agir leurs quelques fidè- les, la grande majorité se rangea du coté du Conseil. Une lettre adressée, le
21 octobre 1872, par John Haies, secrétaire correspondant du Conseil fédéral anglais, au Conseil fédéral belge, à l'occasion de dilféreutes grèves à Londres et à Liverpool, — lettre publiée par le journal V Internationale, — fit connaître sur le continent l'attitude que les Sections anglaises venaient de prendre à l'é- gard des autoritaires ; Haies écrivait :
J*ai l'avantage de vous informer que le Conseil fédéral anglais a pris la résolution de correspondre directement avec toutes les Fédérations de l'As- sociation, et d'échanger ses journaux avec les leurs. En conséquence, je vous enverrai directement VlnlerncUional Herald, et je serai heureux de recevoir en échange quelquefois des lettres de vous, et de coopérer avec vous, de quelque manière que ce soit, à l'avancement de la cause pour la- quelle nous travaillons...
Maintenant que le Conseil général n'est plus ici, ja puis affirmer que nous allons faire plus de progrès que nous n'en aurions pu faire s'il était resté près de nous. L'autorité que le Conseil général avait concentrée dans ses mains d'une manière si fatale avait paralysé le mouvement en Angle- terre. A présent, nos fers sont brisés, et j'espère qu'avant le prochain Con- grès le mouvement anglais sera digne d'être cité à la tête de l'armée du tra- vail.
Dans les premiers jours de novembre, les blanquistcs, brouillés avec Marx depuis le tour que celui-ci leur avait joué à la Haye (voir t. 11, p. 343), pu- blièrent à Londres une brochure, rédigée par Vaillant, intitulée Internationale et Révolution, pour expliquer les raisons qui les avaient fait se séparer de la coterie marxiste. Notre Bulletin apprécia en ces termes cette manifestation :
Les Jacobins s'en vont.
Les citoyens Ranvier, Vaillant et quelques autres délégués au Congrès delà Haye, qui y ont voté avec la majorité, viennent de publier une bro- chure dans laquelle ils annoncent qu'ils se retirent de l'Internationale.
Ces citoyens sont des jacobins, des politiques autoritaires : c'est dire qu'il n'y a rien de commun entre leur manière de concevoir la révolution et la nôtre. Et cependant ils portent sur Karl Marx et le Congrès de la Haye un jugement aussi sévère que celui de la minorité socialiste fédéraliste.
New York. Du reste, nous sommes d'avis que ce n'est pas \di forme qui est la cliose la plus importante, mais le fond. Si le fond est intelligible, des lecteurs ouvriers ne se formaliseront pas de quelques petites incorrections de langage. » Malheu- reusement, dans les élucubrations de Sorge, le fond ne valait pas mieux que la forme.
CINQUIÈME PARTIE, CHAPITRE II 21
Ils accuseut Marx de s'êlre servi d'eux contre la luiiiorilé, et de les avoir ensuite joués par le vote qui a transféré le Conseil i^^énéral en Amérique. Ce transfert leur a ouvert les yeux sur les visées de Karl Marx, qui vou- lait absolument garder le Conseil général sous son inlluence personnelle, et qui a imaginé de le placer à New York, sous la direction de son homme lige, le caporal Sorge, comme l'appelait un délégué anglais au Congrès de la Haye, parce que, si le Conseil général était resté à Londres, Marx cou- rait le risque de voir les ouvriers anglais et les réfugiés français y prendre la haute main.
Et voilà ce que disent une partie de ceux qui se sont aidés à faire le coup d'Etat de la Haye. Dépités de s'être vu jouer, ils viennent révéler le secret de la comédie, pour employer leurs propres expressions. C'est très édifiant, en vérité.
Du moins ces jacobins sont logiques. Ils avaient rêvé de transformer l'Internationale en une association politique, instrument discipliné entre les mains de quelques chefs, futurs hommes d'Etat de la révolution. Ils n'y ont pas réussi, — ils se retirent: à la bonne heure.
Débarrassée des jacobins, il ne reste plus à l'Internationale d'autres en- nemis intérieurs que la coterie de Marx. Mais, si nous jugeons par ce qui se passe dans toutes les fédérations, cette coterie est réduite à l'impuissance, et toutes ses manœuvres souterraines ne lui permettront pas de ressaisir une autorité que la Déclaration de la minorité de la Haye a brisée pour jamais.
Engels écrivit à Sorge (16 novembre 1872), à propos du manifeste blanquiste : « Serraillier va répondre dans la Liberté et dans V Egalité h. ces fadaises (Mach- werk)... La brochurette te divertira ; Vaillant y déclare que toutes nos théories économiques et sociales sont des découvertes blauquistes. Outre Paris, où le long Walter * est leur agent, ils ont déjà suscité des noises en différents en- droits. Bien qu'ils ne soient pas dangereux, il ne faut pas leur fournir les moyens d'en susciter davantage : aussi ne devras-tu communiquer aucune adresse à Dereure. » Un peu plus lard (7 décembre), à propos de la réplique aux blau- quistes, que Serraillier avait envoyée à VEgalité de Genève, jadis le docile or- gane de Marx, Engels écrit : « Les ânes de l'Egalité disent que c'est trop per- sonnel, et ne veulent pas l'insérer n. La dissidence entre les marxistes et les hommes du Temple-Unique no devait pas tarder à s'accentuer.
Le Conseil général de New York avait été créé pour servir de simple prête- nom : l'autorité réelle devait rester entre les mains qui l'avaient jusqu'alors dé- tenue. A cet effet, le Conseil fut invité par Marx et Engels à choisir des repré- sentants auxquels il donnerait des pleins-pouvoirs : Marx pour l'Allemagne 2, Engels pour l'Italie, Serraillier pour la France. Engels, dans ses lettres à Sorge, l'entretient non seulement de l'Italie, mais de toutes les intrigues nouées dans les divers pays d'Europe. Voici quelques extraits amusants de sa correspon- dance :
« Bignami est le seul individu qui ait pris notre parti en Italie, — écrit Engels
i. Sur Walter (de son vrai nom Van Heddegliem), voir t. II, p. 326.
2. « Une indication du Volksslaat nous a appris que toute la correspondance d'Allemagne devait passer entre les mains de Marx avant d'être envoyée en Amé- ri(iue. » {Mémoire de la Fédération jurassienne, p. 276.) — Engels avait écrit le 16 novembre 1872 à Sorge : « Pour l'Allemagne, il serait bon que Marx reçût du Conseil général des pleins-pouvoirs, afin qu'il put agir en cas debesoin contre les schweitzerieus ».
22 L'INTEIRNATIONALE
le2novembrel872,— quoique pas très énergiquement jusqu'à présent. Dans son journal la riebe (de Lodi). il a imprimé mon rapport sur le Congrès de la Haye, et une lettre que je lui ai écrite. Comme je dois lui envoyer des correspon- dances nous avons sonjournal entre les mains. Mais il se trouve au beau mi- lieu des « autonomes », et doit prendre encore certaines précautions. » — Le 16 novembre : « Examinez s'il n'y aurait pas lieu de m'envoyer des pleins-pou- voirs pour l'Italie. Avec la lutte qu'il y a daus ce pays, où nos gens ne for- ment qu'une très petite minorité, il serait très désirable qu'on pût intervenir promptement. Je continue, il est vrai, ma correspondance privée, j'écris aussi dans la Plèbe; mais sans pleins-pouvoirs je ne puis pas agir sur des sections qui. comme celle de Turin, paraissent vouloir tomber entièrement et ne donnent d'elles aucune nouvelle, comme c'est trop souvent le cas en Italie. » — Le 14 décembre, Engels annonce que le n° 118 de la Plèbe, qui contenait la circu- laire du Conseil général, a été saisi, et Bignami arrêté, et ajoute : « Naturel- lement nous tirerons tout le parti possible de cette histoire {wir schlagen na- turlich ailes môgliche Kapital aus dieser Geschichte) ; elle va être publiée immé- diatement dans le Volksstaat et la Emancipacion, pour faire voir qui sont ceux que les gouvernements regardent comme dangereux, du Conseil général et de ses adhérents, ou bien des alliuncistes. Il ne pouvait rien nous arriver de plus heureux en Italie. » — Le 4 janvier 1873 : « Bignami me bombarde de lettres réclamant des secours pour lui et trois autres prisonniers. Nous lui avons en- voyé un peu d'argent, et nous avons écrit pour lui en Espagne et en Allemagne. Seulement on ne peut pas tirer grand chose de là, ils ont eux-mêmes assez de dépenses de cette espèce. Mais en Amérique on devrait faire quelque chose. Il est de /a p/u.s /law/efmporfance que Lodi soit soutenu du dehors : c'est notre poste le plus solide en Italie, et, maintenant que Turin ne donne plus signe de vie, le seul sur le- quel nous puissions compter. A Lodi on peut obtenir un résultat beaucoup plus important, et avec moins d'argent, qu'avec la grève des bijoutiers de Genève, de laquelle Outine, à son ordinaire, prétend que dépend l'existence de l'Internationale genevoise. Ces Genevois sont sous ce rapport comme les Belges, ils ne font jamais rien et réclament toujours tout. Avec la moitié de ce qu'on sacrifierait inutilement pour Genève, ou moins encore, on pourrait obtenir en Italie un succès colossal. Pense à la rage des alliancistes, s'ils pouvaient lire dans la Plèbe : Soscrizione j)er le j'amiglie, etc. : Ricevuto dal Consiglio générale deW Int., Xueva York, tant et tant de Lire, et si le Conseil général de l'Internationale prouvait subi- tement son existence de cette manière ! Ainsi, faites ce que vous pourrez 1 C'est à cause de votre circulaire que ces gens sont en prison, donc vous leur devez bi^n cela. Assurément il doit y avoir moyen de ramasser chez vous 30 ou 50 dollars ; mais, peu ou beaucoup, envoyez quelque chose et tout de suite, en promettant, si possible, encore d'autres envois ultérieurs. Si nous perdons Lodi et la Plèbe, nous n'aurons plus un seul pied-à-terre i en Italie : dites-vous bien ça ! » Cet appel fut entendu ; mais, puisqu'on lui disait qu'à Lodi on pouvait « obtenir beaucoup avec peu d'argent », Sorge jugea qu'un rabais sur la somme demandée n'empêcherait pas la réussite du plan ; en conséquence, il répondit, le 12 février, en envoyant 20 dollars seulement à Engels, Dans l'intervalle, Bignami était sorti de prison; sur quoi Engels écrivit à Sorge le 20 mars : « Quand ta lettre du 12 iévrier est arrivée, les prisonniers étaient relâchés et Bignami signait de nouveau comme rédacteur. J'ai donc pris sur moi, l'ar- gent n'étant plus nécessaire, de ne pas envoyer les 20 dollars, d'autant plus que le Conseil général en trouvera bien l'emploi pour ses propres besoins. » 11 n'est pas d'économies négligeables! Deux jours après, dans une nouvelle lettre, Engels ajoutait : a J'ai oublié de te dire, à propos des 2(1 dollars non expédiés à Lodi, que ces gens ont reçu, pendant leur mésaventure (Pcch) : d'ici, 50 francs; du Comité du Parti social-démocratique d'Allemagne, 20 tha- lers (75 fr.) ; d'Oberwinder à Vienne 50 florins (125 fr.), soit en tout 250 francs, ce qui m'a paru suffisant pour une affaire si bénigne, trois des prisonniers
1. En français dans l'original.
CINQUIÈME PARTIE, CHAPITRE II 23
ayant été relâchés (iéjd au bout de quinze jours, et Bignanii seul ayant été gardé en prison pendant six semaines. » Sur l'Espagne, voiei ce qu'on trouve dans les lettres d'Engels: Du 3i octobre 1872: « 11 n'y a en Espagne que deux fédérations locales qui reconnaissent franchement et entièrement les décisions du Congrès de la Haye et le nouveau Conseil général ; la Nouvelle fédération madrilène ^, et la fédé- ration d'Alcahi de Hénarès... L'organe de la Nouvelle fédi-ration madrilène, la Emancipacion, est peut-être le meilleur journal que possède l'Internationale tout entière. Son rédacteur actuel, José Mesa, est incontestablement l'homme le plus important parmi les nôtres en E'^pagne, tant {)ar le caractère (juc par le talent, etc'est véritablement undes meilleurs dans rinlernationule entière. J'ai envoyé îx h Emancipacion un rapport sur le Congrès, et d'autres articles, et je continue- rai à faire de même, car Mesa, malgré son étonnante ('nergie, ne peut pas tout faire à lui seul. » Le 10 novembre, Engels, optimiste, annonce que l'Espagne, qui avait semblé perdue, sera bientôt reconquise: « Les fédérations de (iracia (;00 membres), de Tolède (200 membres), de Cadalona et de Dénia près Barcelone, se sont prononcées pour nous. A Valencia, une forte fraction de la fédéra- lion locale nous appartient, de même à Cadix. La vente de la Emancipacion — qui était en train de mourir et que nous maintenons en vie par de l'argent envoyé d'ici — a beaucoup augmenté (à Cadix, Valencia et Gracia 150 exem- plaires)... Les choses vont bien; au pis aller, nous conserverons en Espagne une très respectable minorité, qui se séparera des autres;... et tout cela nous le devons à l'énergie du seul Mesa, qui a dû tout exécuter à lui seul. i\Iora est faible, et a été un moment vacillant. » — Du 7 décembre : «Le Conseil fé- déral espagnol a convoqué pour le 25 décembre un Congrès régional à Cordoue, qui aura pour ordre du jour de choisir entre les décisions de la Haye et celles de Saint-Imier. La Nouvelle fédération madrilène vient de déclarer qu'en agis- sant ainsi, le Conseil fédéral a violé les statuts généraux et les statuts espa- gnols, et qu'il est en conséquence déchu de son mandat; et elle invite les au- tres fédérations locales à élire un nouveau Conseil fédéral provisoire. Cette démarche décisive va mettre de la cJarlé dans la situation. Toutefois, une par- lie de nos gens en Espagne — spécialement les ouvriers catalans — sont d'avis de prendre part au Congrès de Cordoue ; ceux-là ne se rallieront donc pas à nous pour le moment. Les alliancisles précipitent les choses, dans l'esnoir d'avoir la majorité à Cordoue, et ils y réussiront probablement; alors les Ca- talans passeront formellement de notre côté. » L'événement, hélas ! devait ap- porter à Engels une cruelle déception.
En France, les choses ne marchaient pas à souhait :
Du 16 novembre : a A mon avis, vous devez absolument envoyer à Serraillier des pleins-pouvoirs pour la France. Une correspondance de ce genre ne peut pas du tout être conduite d'Amérique; seulement il faut lui imposer la condi- tion de vous envoyer un rapport tous les mois. Vous n'en trouverez pas de meilleur que lui . Dupont est trop négligent, si on ne le secoue pas tous les jours, et il se passe souvent une quinzaine sans que nous le voyions. » — Du 7 dé- cembre ; « Malgré les intrigues des Jurassiens et des blanquistes, les choses vont bien dans le Midi ; il s'y réunira ces jours-ci un Congrès, qui reconnaîtra les décisions de la Haye et ({ui votera probablement une adresse au Conseil géné- ral. Mais les gens demandent qu'il y ait ici quelqu'un muni de pleins-pouvoirs, avec la faculté de déléguer à d'autres, en France, des pleins-pouvoirs tempo- raires -. » — Du 7 décembre : « Les pleins-pouvoirs pour Serrailler, pour la
1. C'est la fédération composée de neuf membres qu'avait fondée Lafargue.
2. A ce passage de la lettre d'En;^els, Sorge a ajoiiti' une note explicative ainsi conçue : « Il s'était constitué dans le Conseil général de New York une sorte de fronde de mécontents, qui en voulaient à l'ancien Conseil général, parce que ce- lui-ci gardait par devers lui les papiers relatifs à Tlnternationale, et à Sorge à cause de ses relations avec l'ancien Conseil. Cette fronde faisait traîner les cho- ses en longueur, et réussissait à faire différer toutes les mesures contre les Fé- dérations renitentes, ainsi que l'envoi des pleins-pouvoirs. C'était particulière-
24 L'INTERNATIONALE
France, sont absulumcnt nécessaires, si vous ne voulez pas que tout périclile. Serrailïier continue assidûment sa correspondance, et nous ]ui envoyons de Tarirent pour cela; mais il n'est qu'un simple particulier, tant qu'il n'a pas les pleins-pouvoirs, et les gens en France, malgré toute leur autonomie, veu- lent être dirigés par un représentant du Conseil général. » — Du 14 décembre: <( Les pleins-pouvoirs pour Serrailïier sont chaque jour plus nécessaires. Les Jurassiens ici., les blanquistes là, minent le terrain iuùhleii) dans toute la France et font des progrès, et Serrailïier ne reçoit déjà plus de réponses de dillérentes sections, parce qu'il ne peut écrire que comme simple particulier. Si vous différez encore, la France sera presque entièrement perdue pour nous, et au prochain Congrès la majorité aura passé de l'autre côté {und auf dem nâchstcn Kongress irlrd der Spicss umgekehrt). »
En Angleterre, la situation devenait de plus en plus fâcheuse pour les mar- xistes, et Engels le constatait (lettre à Sorge du 10 novembre) : « Par la mol- lesse des meilleurs parmi les Anglais, Haies et Mottershead ont réussi à s'em- parer complètement du Conseil fédéral. Une masse de délégués de sections imaginaires * ont assuré momentanément à Haies la majorité; il est secrétaire et caissier en une seule personne, et fait tout ce qu'il veut, comme le montre le compte rendu publié dans l'International Herald d'aujourd'hui. La seule chose que nous puissions faire, c'est de maintenir groupés les meilleurs élé- ments, jusqu'à ce que ces coquins se prennent mutuellement aux cheveux, ce qui ne manquera pas d'arriver bientôt. Give them rope enough, and they will hang themselves 2. »
La lettre suivante, adressée par John Haies au Comité fédéral jurassien, et publiée dans le Bulletin^ monlrera qu'Engels avait en effet de quoi n'être pas content :
Association internationale des travailleurs. Conseil fédéral anglais.
Londres, le 6 novembre 1872. Au Comité fédéral de la Fédération jurassienne.
Chers citoyens,
Je viens vous accuser réception des exemplaires de votre Bulletin con- tenant le compte-rendu du Congrès de la Haye et les résolutions adoptées au Congrès que vous avez tenu à Saint-Imier. Conformément à votre de- mande, nous en avons envoyé un exemplaire à chacune de nos sections, en les accompagnant de quelques remarques de notre part. Jusqu'à présent aucune décision n'a été prise à l'égard des résolutions de Saint-Imier, les membres de notre Conseil fédéral étant en faveur d'une politique expec- tante. En attendant, nous mus organisons solidement pour être prêts en toute occurrence.
Nous combattrons aussi énergiquement que vous-mêmes pour le prin- cipe fédératif et l'autonomie des sections, mais en même temps nous ne sommes pas d'accord avec vos idées sur la politique. Nous croyons com- plètement à l'utilité de l'action politique, et je crois que chaque membre de notre Fédération en est persuadé: car nous avons obtenu quelques-uns de nos meilleurs résultats par les concessions et les craintes des classes pos-
ment Boite et Cari qui menaient ces mécontents. » On voit que le pauvre Sorge n'était pas sur un lit de roses.
1. On sait que les assertions d'Engels sont sujettes à caution.
2. t Qu'on leur donne assez de corde, et ils iront se pendre, »
CINôUIÈME PARTIE, GIlAl'ITRE 11 25
sédantes... Nous sentons que nous devons nous emparer du pouvoir politi- que avant de pouvoir accomplir notre propre émancipation. Nous croyons que vous seriez arrivés à la même opinion que nous, si vous vous trouviez placés dans le même milieu, et nous pensons que les événements donneront raison à nos idées.
Mais en même temps nous reconnaissons votre loyauté, et nous admet- tons parfaitement qu'il puisse y avoir une semblable différence d'opinion quant à la politique à suivre pour réaliser les grands principes pour lestjuels nous luttons les uns et les autres. C'est une preuve de plus que le pruicipe fédératif est le seul sur lequel notre Association puisse être basée. Comme le citoyen Guillaume l'a dit à la Haye, « l'Internationale est le produit de notre vie de tous les jours, c'est une nécessité causée par les conditions dans lesquels nous vivons )). Les choses étant ainsi, il est certain ([u'il serait impossible d'adopter une politique uniforme qui serait applicable à tous les pays et à toutes les circonstances.
Le Congrès delà Haye, qui devait et qui aurait pu apaiser les différends qui malheureusement avaient éclaté dans nos rangs, s'il avait été organisé d'une manière honnête, n'a fait que prouver que rinternationalisme est incompatible avec le système des intrigues secrètes.
Ce Congrès nous a au moins rendu un service. Il a démasqué l'hypocri- sie des hommes de l'ancien Conseil général, de ces hommes qui cher- chaient à organiser une vaste société secrète dans le sein de notre Asso- ciation, et cela sous le prétexte de détraire une autre société secrète dont ils avaient inventé l'existence pour les ôesoins de leur causée
Celui qui n'a pas connu de près le défunt Conseil général ne peut pas se faire une idée de la manière dont les faits y étaient dénaturés et dont les renseignements qui auraient pu nous éclairer y étaient interceptés. Il n'a jamais existé de conspiration secrète dont l'action ait été plus occulte que celle de l'ex-Couseil général. C'est ainsi, par exemple,, que, lorsque j'étais secrétaire général de ce Conseil '-,je n'ai jamais connu et je n'ai jamais pu obtenir les adresses des Fédérations du continent^. Autre exemple: Un jour le Conseil fédéral anglais reçut une lettre très importante du Conseil fédéral espagnol; mais le signataire de cette lettre, le citoyen Anselino Lorenzo, avait oublié de donner son adresse dans la lettre; le Conseil fé- déral anglais pria alors le citoyen Engels, qui était à cette époque secré- taire correspondant du Conseil général pour l'Espagne, de lui donner l'a- dresse du Conseil fédéral espagnol: le citoyen Engels refusa formellement. Dernièrement il nous a fait le même refus à l'égard du Conseil fédéral de Lisbonne. Les membres anglais du Conseil général entendaient parler de temps en temps de la Fédération jurassienne : onlaleur représentait comme n'étant composée que d'une poignée de charlatans doctrinaires qui cher- chaient constamment à semer la discorde dans notre sein, mais qui n'y réussissaient pas, parce qu'ils n'avaient aucun ouvrier avec eux. Quand nous avons enfin connu la réalité, nous avons su que c'était, en cette chose
1. Ces mots sont soulignés dans la lettre anglaise. (Note du Bulletin.)
2. On sait que le citoyen Haies a fonctionné pendant plusieurs mois comme secrétaire général du Conseil général de Londres. (Note du Bulletin.)
'i. Ces mots sont soulignés dans la lettre anglaise. (Note du Bulletin.)
20 L'INTERNATIONALE
comme en beaucoup d'autres, |)réciséineut le contraire qui était le vrai. Quoique dilTcrant avec vous sur certains points, comme je vous l'ai dit, le Conseil fédéral anglais sera très heureux de correspondre directement avec vous, et de travailler d'accord avec vous à tout ce qui pourra servir à Tavancement de nos principes.
Salut cordial de votre ami et compagnon dans la cause du travail,
John Hales. :2r), Baroness Road, Columbia Market, Londres E.
Le Comité lodéral jurassien adressa au Conseil fédéral anglais la réponse suivante, qui, natarellemeul, n'était pas l'œuvre du seul Schwilzguébel :
Sonvillier, 17 4iovembre 1872. Chers compagnons,
Nous avons lu avec un vif plaisir la lettre que votre secrétaire John Hales nous a adressée en date du 6 courant pour nous accuser réception des documents envoyés par nous et nous assurer de vos sentiments d'amitié et de solidarité. Nous voyons dans ce fait d'une correspondance directe entre les ouvriers anglais et les ouvriers jurassiens le gage certain d'une orga- nisation toujours plus solide de l'Internationale et d'une union toujours plus intinie de ses sections. Les divisions intestines dont on avait fait grand bruit et qui avaient tant réjoji la bourgeoisie étaient, tout le prouve aujourd'hui, beaucoup plus apparentes que réelles : ce n'était que l'œuvre de quelques hommes intéressés à faire croire qu'elles existaient et qui pratiquaient la n)axime : Diviser pour régner. Aujourd'hui que ces hommes ont disparu, et que les divers pays ont pu enfin échanger leurs idées sans intermédiaire et se voir face à face', tous ces internationaux qu'on avait cherché à ani- mer les uns contre les autres s'aperçoivent que leurs prétendues inimitiés n'existaient pas, que de part et d'autre il n'y a que des sentiments frater- nels, que les aspiiations. le but, les intérêts sont les mêmes; ils se tendent la main avec joie, et l'Internationale, un instant compromise par quelques intrigants, est sauvée.
Recevez donc, ouvriers anglais, vous que plus que tous les autres on avait cherché à faire passer pour les ennemis jurés de la Fédération jurassienne, recevez le salut le plus cordial de la classe ouvrière de notre contrée.
Toutefois, si nos aspirations sont les mêmes, nous différons, comme vous le dites, sur les moyens à employer pour atteindre le but. Mais si nous avons adopté chez nous une ligne de conduite qui nous paraît nécessitée par les circonstances, l'idée ne nous viendra jamais de blâmer les ouvriers anglais de suivre une tactique différente : vous êtes seuls juges de ce qu'il est utile et opportun de faire chez vous, et, comme vous le dites très bien, si nous étions à votre place, subissant l'influence du milieu dans lequel vous vivez, de vos conditions industrielles spéciales, de vos traditions his- toriques, ayant à combattre, outre les seigneurs de la banque et de l'usine, la vieille féodalité terrienne et toutes les institutions du moyen âge qui pè- sent encore sur vous, probablement nos idées se seraient modifiées.
Et si vous viviez dans les républiques suisses, sous nos institutions dé- mocratiques dans la former institutions grâce auxquelles le peuple, qui se
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croit libre, ne s'aperçoit pas de sa servitude économique, et se laisse do- cilement embrigader par les charlatans politiques (jui ont besoin de lui pour escalader le pouvoir; — si vous viviez dans ce niilieu-là, vous é[)rou- veriez sans doute comme nous le besoin de protester contre Timmorale comédie du sufîraf^e universel, et de répi'ler aux ouvriers de notre pays que la première chose à faire, pour travailler à leur émancipation, est de se débarrasser des intrigants poIili([ues (jui cherchent à escamoter les questions sociales, et que, pour se débarrasser d'eux, le moyen le plus sim- ple est de leur refuser leurs votes. Si les ouvriers de l^aris n'avaient pas voté autrefois pour Jules Favre, Jules Simon et autres de la même clique, ils ne fussent pas devenus plus tard les victimes de ces nusérables, dans lesquels ils s'étaient donné des maîtres en leur accordant leurs suffrages.
Du reste, nous vous le répétons, nous reconnaissons de la façon la plus complète le droit des ouvriers anglais à adopter une tactique différente, et nous croyons même qu'il est utile qu'ils tentent cette expérience. Nous verrons ainsi qui de vous ou de noLis atteindra le plus vite et le plus sûre- ment le but, et les premiers arrivés tendront la main à leurs frères restés en arrière.
Ce que nous vous disons en ce moment, nous le disions déjà en 1870, au moment où l'on nous représentait à vous comme des doctrinaires intoié- rents ; et si alors nous avions pu, comme aujourd'hui, correspondre di- rectement avec vous sans passer par l'intermédiaire de la police secrète de M. Marx, bien des choses fâcheuses eussent été évitées. Permettez-nous de vous citer ce que disait, sur cette question, notre organe d'alors, la Solidarité; vous verrez si notre langage n'était pas absolument conforme à celui que vous tenez vous-mêmes à cette égard dans votre lettre :
(( Nous devons compter avec les faits existants, disait la Solidarilé (numéro du 4 juin 1870). El c'est pourquoi nous déclarons que si les Anglais, les Allemands, les Américains ont un tempérament qui leur fait voir les choses autrement que nous, si leur conception de l'Etat diffère de la nôtre, si enfin ils croient servir la cause du travail au moyen des candi- datures ouvrières, nous ne pouvons pas leur en savoir mauvais gré. » [Suit la reproduction du passage de la Solidarité, jusqu'à la fin de l'article, qui se termine ainsi : a Rappelons-nous... que ce qui convient à certains grou- pes d'hommes peut n'être pas approprié à d'autres, et laissons chaque groupe choisir en toute liberté l'organisation, la tactique et la doctrine qui résultent pour lui de la force des choses ' ».]
Voilà ce que disaient, il y a deux ans et demi, les doctrinaires du Jura. Jugez s'ils méritaient d'être analhématisés comme dés agents de discorde, ou si leur esprit était conforme, dès cette époque, aux vrais principes de l'Internationale.
Les faits que vous nous racontez au sujet de la conspiration jésuitique organisée par MM. Marx et Engels : ce fait incroyable, entre autres, que les adresses des Fédérations du continent restaient un secret pour ceux qui n'étaient pas du complot, et que le secrétaire du Conseil général n'a
1. Ce passage a été donné en entier au t. II, p. 43, ou le lecteur pourra le re- trouver.
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jamais pu obtenir qu'on les lui communiquât; tout cela met en lumière avec plus d'évidence que jamais une chose dont vous vous êtes aperçus comme nous, et dont, pour notre part, nous avions les irreuves en mains depuis longtemps : l'existence d'un vaste système d'intrigues secrètes au sein de rinternationale, dans le but d'assurer la domination de M. Marx sur noire Association. Et l'acharnement de ces intrigants à dénoncer l'exis- tence d'une soi-disant Alliance secrète n'est, comme vous nous le dites en d'autres termes, que la répétition de la manœuvre bien connue du filou qui crie Au voleur! pour détourner l'attention.
Nous vous remercions de l'envoi de votre journal, the International Herald, et nous avons été heureux d'y lire les progrès que l'Internationale fait en Angleterre Xous espérons que vous nous tiendrez au courant de tout ce qui se passera dans notre pays intéressant la cause ouvrière, et dans ce but nous vous soumettrons une idée : Chaque Conseil fédéral ne pour- rait-il pas, une fois par mois, rédiger une circulaire rendant compte de la situation de sa région, et adresser un exemplaire de cette circulaire aux autres Conseils fédéraux? Nous pourrions de cette manière, sans avoir besoin de centraliser les renseignements au moyen d'un Conseil général^ nous tenir mutuellement au courant de tout ce qui se passe, et la vie créée de cette façon amènerait une union et une solidarité toujours plus grandes entre les Fédérations des divers pays.
Nous vous prions de mettre cette idée à l'étude, et, en attendant votre réponse, nous vous présentons notre salut fraternel.
Au nom et par ordre du Comité fédéral jurassien, Le secrétaire correspondant :
Adhémar Schwitzguêbel.
Cependant Marx préparait contre le Conseil fédéral anglais un coup d'Etat semblable à celui qui avait été exécuté, Thiver précédent, à New York, contre le Conseil fédéral américain ^ Il réussit à faire entrer dans le Conseil an- glais quelques hommes à lui, Dupont, Murraj, Milner, etc., et à gagner à sa cause le propriétaire de Ylnternalionat Herald, le publiciste Uilej. A la suite de l'insertion, dans Y International Herald du 23 novembre, d'un article men- songer sur une conférence faite à Nottingham })ar un agent de Marx, De Mor- gan, ce journal cessa, à partir de son numéro du 30 novembre, d'être l'organe du Conseil fédéral -. Le Conseil alors, quittant « l'attitude expectante », décida de convoquer pour le 5 janvier 1873 un Congrès de la Fédération anglaise, au- quel serait soumise la question de l'adoption ou du rejet des résolutions de la Haye La circulaire de convocation (10 décembre) était signée de vingt-deux membres du Conseil, parmi lesquels Haies, Jung, Mottersbead, Roach, Mayo, Bennett. Les membres formant la minorité, Dupont, Lessner, Vickery, et quel- ques autres, se séparèrent alors <le leurs collègues; et ces sécessionnistes, après s'être arrogé (12 décembre) le titre de Conseil fédéral anglais, publiè- rent une contre-circulaire où il était dit que la convocation d'un Congrès an- glais, pour discuter les décisions du Congrès de la Haye, était illégale. Uiie se- conde contre-circulaire, disant les mêmes choses, fut publiée sous le nom de la (( Section étrangère de Manchester 3 ». Mais le 23 décembi'e la majorité
1. Voir t. II, p. 315.
2. Voir plus loin pages 33-3i,
3. Une lettre de Marx à Sorge, du 21 décenibre 1812, qu'on trouvera plus loin, nous a appris que la première de ces deux contre-circulaires était l'œuvre de Marx lui-même, et la seconde l'oïuvre d'Engels.
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du Conseil se réunit de nouveau, décida la convocalioii du Congrès anglais pour le 26 janvier, et nomma une Commission executive de six membres chargée de préparer ce Congrès. Cette Commission, composée de Foster, Pape, Jung, Haies, Mayo etGrout, publia en janvier un Appel aux Sections anglaises, contenant des détails circonstanciés sur l'intrigue marxiste et sur la scission que cette intrigue avait réussi à produire en Angleterre Le Bulletin donna une analyse de ce document, où sont racontés les détails de toute cette his- toire, et je reproduis ci-dessous les parties essentielles de notre article :
L'Internationale en Angleterre.
Le Conseil de la Fédération anglaise de l'Internationale s'est prononcé, comme on le sait, contre le Congrès de la Haye. Il a convoqué à Londres, pour le 5 janvier 1873, un Congrès des Sections anglaises pour lui sou- mettre la question. Ceci n'a pas été du goût de Marx, qui comptait quel- ques amis au sein du Conseil fédéral anglais ; ces amis, à la tète desquels sont Lessner et Eugène Dupont^ ont fait bande à part, et ont publié une protestation contre la convocation du Congrès. Rien de plus permis, à coup sur; mais ces protestants oui cru devoir en même temps prendre pour eux le titre de Conseil fédéral anglais, bien qu'ils ne fussent qu'une petite minorité de ce Conseil. C'est la répétition du coup d'Etat exécuté en 1871 par Sorge contre le Conseil fédéral américain.
Ce procédé a engagé le véritable Conseil fédéral anglais à publier un Appel aux Sections anglaises, dont nous avons reçu communication, et dont nous traduisons les passages principaux à cause de son importance.
Après avoir annoncé que la date de la convocation du Congrès anglais était reportée au 'IG janvier, le Conseil fédéral ajoute :
« Deux circulaires ^ vous ont été envoyées dans le but de dénaturer les faits et de vous aveugler sur l'état réel des choses. Les deux circulaires en question, bien que provenant en apparence de deux corps distincts, — l'une de la « Section étrangère » de Manchester, et l'autre de quelques in- dividualités qui s'arrogent le titre de Conseil fédéral anglais, — émanent en réalité de la même source, comme on peut le voir par la comparaison de leur contenu. Un examen un peu attentif démontre qu'elles n'ont évi- demment pas pu être écrites par ceux au nom desquels on les publie, sur- tout en ce qui concerne celle attribuée à la « Section étrangère )) de Man- chester, section qui n'existe que depuis trois mois à peine....
(( Le Congrès de la Haye, nous le déclarons, n'a été qu'une mystification ; et, lorsque le Congrès anglais sera réuni, nous prenons l'engagement de prouver les faits suivants : Qu'il y a eu à la Haye des individus qui ont voté en vertu de mandats émanant de sections qui n'ont jamais existé ; — que des mandats ont été donnés à des individus qui n'étaient pas membres de l'Association; — qu'à la Haye un certain parti a offert des mandats à diverses personnes, à la condition qu'elles voteraient d'une certaine façon, offre qui a été repoussée avec indignation ; — que, à la suite d'instructions données, on avait apporté d'Amérique des mandats en blanc, qui n'avaient pas été délivrés par les sections dont ils étaient censés émaner; — que ces mandats ont été distribués par certaines personnes à qui leur plaisait ;
1. Les coutre-circulaires rédigées par Mars et Engels.
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qu'un de ces mandats, venant soi-disant d'une Section allemande de
Chicago, a été remis à un individu bien connu pour être en relations avec le journal [conservateur] le Standard, et duquel le citoyen Karl Marx lui- même avait dit, à peine un mois auparavant, qu'il le soupçonnait d'être un espion ' : — que c'est en parlant en faveur de l'admission de cet individu au Congrès que le citoyen IVlarx a osé dire « que c'était un honneur que (( de ne pas appartenir à ceux qu'on nomme les chefs [leaders) du mouve- (( ment ouvrier anglais, attendu que tous ces leaders sont vendus à Glad- (( slone, à Morley, à Dilke, etc. » Nous prouverons en outre que ce même individu, agent du parti conservateur, a fourni au Standard des comptes- rendus réguliers des séances privées du Congrès, dont les correspondants de journaux avaient été exclus, donnant des détails circonstanciés sur tous les incidents plus ou moins scandaleux qui survinrent dans ces séances.
(( A Pappui de toutes ces assertions, nous ne nous bornerons pas à de simples affirmations, nous présenterons des faits', et voilà pourquoi il se trouve des gens à qui la convocation d'un Congrès anglais fait si grand peur. Ceux qui ont été les instigateurs et les instruments de ces fraudes n'osent pas affronter la vérité; c'est pour cela qu'ils prétendent que notre convocation est illégale, et qu'ils emploient tous les moyen-; pour vous pré- venir contre nous. Nous ne vous demandons rien d'autre que de vous dé- cider après avoir pris connaissance des faits, et de choisir ensuite ceux qu'il vous plaira pour administrer vos affaires à l'avenir. C'est à vous de décider par vous-mêmes qui sont ceux qui représentent réellement l'Inter- nationale et les aspirations des classes ouvrières. Nous ne prétendons pas nous attribuer le monopole de l'administration de vos affaires. Nous croyons que les travailleurs sont en état de se diriger eux-mêmes, à la condition qu'ils en aient la volo'nté.
(( ... Le nouveau Conseil général à qui a été remis le soin de diriger les destinées de l'Association (sous l'inspiration de certains membres de l'ex- Conseil général) est en guerre avec lui-n]ême. et avant peu aura cessé d'exis- ter. Deux des hommes élus à la Haye ont refusé d"y siéger, parce qu'ils ne voulaient pas se laisser employer comme de dociles instruments ;run d'en- tre eux était le seul Américain élu. Maintenant Kavanagh, l'un des deux Irlandais qui font partie du Conseil général, se déclare à son tour dégoûté de ce qui s'y passe. Sorge, que son propre parti n'a pas osé nommer à la Haye, s'est fait adjoindre à ce soi-disant Conseil, et y exerce l'office de se- crétaire général. Cet homme, qui est Alletnand, est celui qui a apporté d'A- mérique les mandats en blanc ; c'est lui qui, dans un de ses discours à la Haye, disait : u Les Américains natifs ne travaillent pas, ils vivent aux dé- (( pens des autres ; il est inutile d'essayer de rien organiser avec eux ». Voilà l'homme dont on voudrait faire le directeur en chef de toute la politique de l'Internationale !
(( Les deux circulaires en question - prétendent que les résolutions du Congrès de la Haye ont été complètement acceptées en France, en Alle-
1. 11 s'agit de Maltnian Barry (voir t. II, i). 324).
2. Les contre-circulaires rédigées par Marx et Engels.
CINQUIEME PARTIE, CHAPITRE II 31
magne, en Autriche, en Hongrie, en Portugal, en Amérique, en Danemark, en Pologne, et en Suisse, sauf un petit nombre de sections dans ce der- nier pays. Nous pourrions demander comment ces renseignements ont été obtenus? Le Conseil fédéral anglais n'a jamais rien appris de semblable, quoiqu'il soit en correspondance avec cinq des pays sus-mentionnés et qu'il en reçoive des journaux. La vérité, c'est que cette assertion des circulai- res est un mensonge ^ Dans quelques-uns des pays énumérés, l'Internatio- nale n'existe pas; on aurait donc tout aussi bien pu ajouter encore, pour grossir la liste, l'Inde, la Chine, le Japon et le royaume de Siam -. Nous délions nos adversaires de produire une liste des noms et des adresses des secrétaires des Fédérations et Sections qui ont reconnu le Congrès de la Haye et accepté ses résolutions. Presque toutes les Fédérations de l'Inter- nationale les ont repoussées. Elles ont été hautement répudiées par les Con- seils fédéraux d'Amérique, d'Espagne, d'Italie, de Belgique, et du Jura, par beaucoup de Sections françaises, et tout dernièrement par deux importants Congrès régionaux 3.
(( Dans chacun de ces pays le mouvement a -été spontané. C'est le scan- dale même de toute l'affaire qui a forcé les Fédérations à se prononcer con- tre elle. Elles n'ont pas pu faire autrement, lorsque les faits sont venus à leur connaissance. Il n'y a eu ni fraude ni intrigue; aucune Fédération ne nous a jamais engagés à nous occuper de cette affaire, soit en convoquant un Congrès, soit autrement, et nous n'avons jamais écrit à aucune d'elles une seule ligne pour les prévenir que nous eussions l'intention de discuter cette question. S'il y a eu a un complot pour duper la Fédération anglaise », il a été organisé par ce parti qui. pensant que la fin justifie les moyens, a systématiquement étouffé la vérité et supprimé les faits...
(( On prétend que les critiques que nous faisons de la translation du Con- seil général à New York viennent simplement de ce qu'à nos yeux (( un (( Conseil général où ne siègent pas les citoyens Haies, Mottershead, Jung, (( Bradnick, Mayo et Roach ne peut pas représenter l'Internationale ». En réponse à cette insinuation, nous rappellerons simplement que dans la der- nière séance tenue par l'ex-Conseil général, le citoyen Jung proposa que le Conseil général n'eût plus son siège à Londres. Cette proposition fut fortement appuyée par les cinq autres citoyens nommés plus haut, leur opinion étant que, dans l'intérêt de l'Association, le Conseil général devait être transféré sur le continent. Le citoyen Jung ne se borna pas à faire cette
1. Pour la France, on verra tout à l'heure ce qu'il en était. En Allemagne, en Autriche, en Hongrie, l'Internationale n'existait pas. Sur le Portugal, Engels écrit à Sorge le 4 janvier 1873 : « En Portugal, le droit d'associatiou n'existe pas; aussi l'Internationale n'y est-elle pas ot'lîciellement constituée '>. Sur le Danemark, le même jour : « Du Danemark toujours pas une seule ligne. J'appréhende que les schweitzeriens n'aient tripoté là au moyen de leurs adhérents du Schleswig. » Sur la Pologne, Marx écrit le 21 décemhre 1872 : « Le Conseil général n'avait pu obtenir l'adhésion de la Pologne qu'à la condition (nécessaire vu la situation du pays) qu'il n'aurait affaire qu'au seul Wroblewski, et que celui-ci communi([ue- rait seulement ce qu'il jugerait convenable. Vous n'avez pas le choix : il faut donner à Wroblewski le même pouvoir illimité que nous lui avions accordé, ou renoncer à la Pologne. »
2. C'est ce que font aujourd'hui (1908) les dirigeants de la soi-disant « nouvelle Internationale ».
3. Ceux de Bruxelles et de Cordoue, dont il sera parlé plus loin.
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proposition; il remit en outre au citoyen Johannard une lettre que celui-ci était charge de lire à la Haye au cas où le Conseil général serait maintenu à Londres, lettre par laquelle Jung refusait d'avance toute nomination à ce Conseil. La proposition de Jung fut rejetée, grâce à l'opposition des citoyens Marx et Engels, qui parlèrent fortement contre tout changement du siège du Conseil général ; ces mêmes citoyens soutinrent plus tard à la Haye l'opinion contraire, et proposèrent le transfert du Conseil à New York. Le motif de cette politique de girouette était, lorsque Marx et Engels soutinrent que le siège du Conseil général ne devait pas être changé, de s'assurer les votes des blanquistes membres du Conseil, qui désiraient que le Conseil gé- néral restât à Londres. Les blanquistes furent donc flattés d'abord, puis trahis plus tard ; quand on n*eut plus besoin d'eux, on les jeta par-dessus bord : aussi ont-ils, depuis, donné leur démission de membres de l'Interna- tionale ^.
(( La politique tortueuse suivie par certains membres de l'ex-Conseil général a été quelque peu surprenante. Ainsi, le transfert du Conseil gé- néral à New York a été proposé précisément par les hoinmes qui avaient obtenu ^en aoiit^ la suspension du citoyen Haies comme secrétaire géné- ral parce qu'il avait proposé au Congrès anglais deNottingham ^en juillet! « que le Conseil fédéral anglais correspondît directement avec tous les au- (( très Conseils fédéraux de l'Association et fît avec eux l'échange des jour- (( naux )). Par conséquent, pour rester fidèle à la théorie de ces hommes, dans le cas où une grève éclaterait en Angleterre ou en Ecosse et où nous serions menacés de voir amener des ouvriers du continent, le Conseil fédé- ral anglais serait tenu d'écrire à New York au Conseil général pour prier celui-ci d'écrire à son tour aux Conseils fédéraux d'Europe afin de les pré- venir d'empêcher le départ d'ouvriers pour la Grande-Bretagne ! Cette conséquence absurde de leur théorie suffit à prouver combien peu ces hommes, qui apparliennent à la bourgeoisie, connaissent les besoins réels des travailleurs. Ce sont eux qui ont si bien intrigué et tripoté dans les af- faires de la Fédération anglaise, que c'est merveille si celte Fédération existe encore. Si tous ses membres connaissaient la manière dont on a brouillé les caries et dont on a pris les gens pour dupes, ils ne consenti- raient plus à remettre le soin de leurs affaires à des hommes qui ne seraient pas pris dans les rangs du travail: L'émancipation des travailleurs doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes. ))
L'Appel du (vonseil fédéral anglais donne ensuite des détails 1res cir- constanciés sur les origines de la scission qui a eu lieu dans son sein ; nous devons nous borner à les résumer.
Pendant assez longtemps, il n'y eut pas, en dehors des Trade Unions qui s'affiliaient en bloc, de sections de l'Internationale en Angleterre. Ce fu- rent les citoyens Jung et Haies qui résolurent les premiers de chercher à en constituer ; dans l'hiver de 1869 ils commencèrent à donner des conféren- ces sur les principes de rinlernalionale, et ils continuèrent en 1870. Le résultat de ces conférences fut la formation de plusieurs sections: la pre- mière fut celle de Bethnal Green (à Londres), et la seconde celle de Saint-
1. La plus grande partie de cet alinéa a déjà été reproduite, t. II. p. 327, note i.
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Luc (aussi à Londres). Eu 187:2, un Conseil fédéral anglais fut organise et reconnu par le Conseil général, et il élabora un règlement fédéral. Mais quoique le Conseil fédéral eut été reconnu, et qu'il envoyât ses délégués au Conseil général, il était complètement tenu en tutelle par ce dernier: c'était le Conseil général qui décidait, dans la pratique, qui devait siéger ou ne pas siéger dans le Conseil fédéral anglais. Il demanda et obtint l'ex- clusion de divers citoyens dont l'honnêteté et l'intégrité ne pouvaient être mises en doute ; et lorsque le Conseil fédéral, mécontent de la conduite d'un de ses délégués au Conseil général, voulut le remplacer, le Conseil géné- ral le maintint dans sa charge. Pour en finir avec cet état de choses, le Conseil fédéral décida de convoquer un Congrès des Sections anglaises à Nottingham (juillet -1872). Mais là encore le Conseil général intervint : le sous-comité du Conseil général envoya à ce Congrès le citoyen Dupont, avec des instructions spéciales ; et celui-ci prit en effet part au (Congrès comme délégué de la Société des bricklayers de Manchester ; mais le man- dat qu'il présenta ne portait ni la signature du secrétaire de cette Société, ni le timbre officiel. Eu outre, certaines personnes avaient écrit à la Section de Manchester pour lui recommander d'envoyer le plus grand nombre possible de délégués, et de tâcher d'obtenir que le Conseil fédéral fût placé à Manchester, la chose étant, disait-on, indispensable. La seconde partie du complot échoua, et le Conseil fédéral fut maintenu à Londres; mais le Conseil général ne discontinua pas de s'ingérer dans ses affaires.
Sur ces entrefaites, unpubliciste anglais, M. Kiley, entreprit la publica- tion d'un journal hebdomadaire qu'il appela V International Herald, et il essaya d'obtenir qu'il fût adopté comme l'organe officiel du Conseil géné- ral. Son offre, combattue par Engels, fut rejetée; bien plus, le Conseil gé- néral, dans un document public, répudia formellement V International Herald ; ce document fut rédigé par Marx et Engels: ce dernier parla tou- jours du journal de M. Riley dans les termes les plus méprisants, et fit son possible pour le tuer. M. Riley s'était aussi adressé aux membres du Conseil fédéral anglais, et les avait priés d'appuyer son entreprise ; ceux- ci, en particulier Haies et Roach, firent tout ce qu'ils purent pour soutenir et répandre le nouveau journal, et V International Herald iui même adopté comme l'organe officiel du Conseil fédéral (mars 1872), à la condition que le Conseil fédéral aurait la direction de toute la partie du journal relative à l'Internationale, mais ne s'occuperait pas du reste de la rédaction. En juin 1872, M. Riley annonça qu'il n'avait pas de ressources suffisantes pour continuer son journal. Là-dessus une société par actions se constitua pour venir à son aide, sous la présidence du citoyen Haies; un prospectus fut imprimé aux frais du Conseil fédéral, et des fonds furent souscrits et versés. Tout à coup M. Riley fit savoir qu'il venait de prendre des arran- gements particuliers à l'égard du journal, et qu'il n'avait plus besoin d'ac- tionnaires ; il promit en même temps de rendre les fonds qu'il avait reçus : mais jusqu'à présent il ne l'a pas fait.
Dans la séance du Conseil fédéral du jeudi 25 novembre 1872, l'attention du Conseil fut appelée sur un compte-rendu inséré dans V International Herald au sujet d'une conférence donnée sur rinlernationale par M. De Mor- gan à Nottingham; ce compte-rendu contenait plusieurs assertions complè-
G. m. — 3
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lenient [absurdes. Au cours du débat, M. Riley dit: « Je proteste contre cette discussion ; le Conseil n'a rien à faire avec ce qui paraît dans le journal ». Le citoyen Haies répondit : « Si nous n'avons rien à faire avec ce qui paraît dans noire organe officiel, je proposerai qu'il cesse d'être notre organe officiel ». Le citoyen Riley dit alors : a Je n'attendrai pas votre décision ; j'effacerai moi-même ces mois du titre: je pourrai alors insérer ce que je voudrai, et cela sera beaucoup mieux pour moi ' ». La semaine suivante, en effet, M. Riley enleva du journal les mois Organe officiel du Conseil fédéral anglais de V Internationale. C'est ainsi que V In- ternational Herald a cessé d'être l'organe des internationaux anglais.
Voici, pour terminer, des détails édifiants sur les dernières manœuvres des marxistes. Le Conseil fédéral anglais se réunissait au n" 7 de Red Lion Court, dans une pièceapparlenantà l'imprimeur de V hiternational Herald. R fallait payer cinq shillings par semaine pour la location de celte cham- bre. Le Conseil fédéral avait chargé le citoyen Haies de payer cette loca- tion; il devait êlre remboursé chaque fois par les membres do Conseil. Au bout de quelques semaines, le citoyen Haies trouva que certains ^délégués menaient trop peu de bonne volonté à verser leur quote-part des frais : il annonça donc au Conseil qu'il déclinait pour l'avenirloute responsabilité dans le paiement de la salie. Le Conseil se sépara sans avoir rien statué à ce sujet, et la clef du local fut rendue au propriétaire. C'était le jeudi 5 décembre. Or, la semaine suivante, quelques membres de la minorité du Conseil obtinrent, par un moyen ou par un autre, la clef de la salle, et ils convoquèrent pour le jeudi 19 décembre une réunion composée exclusivement de la minorité. Dans celte réunion, on renouvela le bureau, et on rédigea une circulaire informant les sections que le citoyen Haies avait été destitué de son office du secrétaire correspondant. En outre, pour éviter la présence des mem- bres de la majorité, on décida de changer le jour des réunions, et de le fixer au lundi. Cet arrangement devait rester secret; mais M. Riley en ayant prévenu par lettre le citoyen Bennett, pour l'inviter aux réunions de la minorité, l'affaire fut ébruitée. Tous les membres du Conseil furent aussitôt prévenus, et le lundi suivant 23 décembre ils vinrent en grand nombre; les organisateurs du complot constatèrent, à leur grand déplaisir, qu'il y avait plus de monde qu'ils n'eussent désiré. Rs restèrent à la porte, ne sachant quel parti prendre. Les membres qui étaient venus pour discu- ter et voler loyalement entrèrent, bien résolus à tenir une séance. Le ci- toyen Groat fut élu président, et réclama le procès-verbal. Personne ne répondit^ bien que le secrétaire, le citoyen Mitchell, fût en bas. On de- manda au citoyen Hills, qui était présent, et qui avait assisté à la séance du 19, d'en donner de mémoire un résumé. H le fit, et déclara entre autres qu'il avait élé décidé de convoquer une réunion pour ce soir-là, et que c'é- tait en vertu de celle convocation qu'il était venu. La résolution suivante fut alors proposée et volée à l'unanimité : « Toutes les décisions prises dans la séance du 19 décembre sont annulées, à l'exception de celle con- cernant le changement des jours de réunion ». Sur ces entrefaites, le ci-
1. C'était Marx qui était l'instigateur de cette nouvelle altitude de Uilcy ; il l'a raconté lui-même (voir plus loin p. 36).
CINQUIÈME PARTIE, CHAPITRE II 35
toyen Mitchell eiilra et prit sa place. On lui demanda délire le procès-ver- bal de la séance précédente ; il répondit qu'il ne l'avait pas apporté avec lui. On l'invita à en donner de mémoire un résumé. Il s'y refusa, disant (( qu'il ne se souvenait de rien ». Le (Conseil poursuivit alors ses délibéra- tions, décida de iixer la date de réuniqn du Congrès de la Fédération an- glaise au 26 janvier 1873 ^ et nomma une (Commission executive de six membres chargée d'organiser ce Congrès. Cette Commission fut composée •des citoyens Foster, Pape, Jung, llales, Mayo et Grout. Puis le Conseil se sépara après avoir volé une dernière résolution portant que u le bail de la salle au n" 7 de Red Lion Court était définitivement résilié, et que le Con- seil fédéral ne se réunirait plus jusqu'au Congrès ». En exécution de cette résolution, deux membres du Conseil se rendirent auprès du proprié- taire pour la lui communiquer ; ils lui demandèrent en même temps de re- mettre au citoyen Haies, secrétaire correspondant, les lettres qui pourraient arriver à l'adresse du secrétaire du Conseil. Le propriétaire s'y refusa, di- sant que M. liiley l'avait prévenu de ne rien écouter de ce que Haies pour- rait lui dire.
Tel est le résumé de ce document, qui jette une lumière inattendue sur certains agissements malpropres du parti autoritaire.
Le double épisode qui vient d'èlre raconté, la réunion clandestine de la mi- norité le jeudi 19 décembre, et l'apparition inattendue de la majorité à la réu- nion du lundi 23 décembre, où l'intrigue marxiste fut déjouée, a été perfide- ment dénaturé dans le libelle intitulé Die Internationale, de Gustav Jaeckb. L'auteur, qui appelle la majorité les sécessionnistes, écrit : « Les sécessionnis- tes se désignaient eux-mêmes comme la majorité. Mais il serait bien étonnant qu'ils eussent eu recours à la sécession, s'ils avaient été en effet les plus nom- breux au Conseil fédéral: et on se demande pourquoi ils se seraient abrités dans l'ombre et le mystère, eux majorité, pour accomplir la scission. Une let- tre de Vickerj, publiée dans VEastcrn Fost du 23 février 1873, raconte que les meneurs convoquèrent dans le plus grand secret [pour le 23 décembre] une réunion, dont les membres de la majorité n'entendirent parler que le jour même où elle eut lieu, et que dans cette réunion fut décidée la convocation du Con- grès. » La lettre de Vickery — bien que celui-ci fût membre de la minorité — dit la vérité, et ceux qu'elle appelle « majorité » sont les anti-marxistes : mais Jaeckb, le menteur, transforme audacieusement cette vérité en son contraire. Tandis que les meneurs qui convoquèrent « dans le plus grand secret » la réunion du 23 décembre sont, comme on l'a vu, les membres de la minorité marxiste, sous la plume de Jaeckb ces meneurs deviennent les anti-marxistes, et la minorité marxiste devient la majorité : en sorte que la manœuvre ac- complie par les membres delà minorité, par les amis de Marx, est présentée aux lecteurs du libelle comme accomplie par Haies, Jung et leurs amis, dé- signés sous le nom de meneurs: et Jaeckb tire de là cette conclusion, que sans doute la soi-disant « majorité » (Haies, Jung et leurs amis) n'avait pas en réa- lité le nombre de son côté !
Sorge, dans son zèle, s'est cbargé d'apporter le pavé de l'ours, en publiant une lettre de Marx, du samedi 21 décembre 1872 (donc, antérieure de deux jours à la réunion du 23 décembre), dans laquelle Marx raconte la part prise par lui et Engels aux intrigues qui précédèrent et suivirent l'escamotage accompli l'avant-veille, 19 décembre, par leurs amis ; il explique comment les deux con- tre-circulaires furent rédigées, l'une par lui-même (celle qui porte les signatu- res du pseudo-Conseil fédéral), l'autre par Engels (celle qui [tarut sous le nom
1. Ou a vu plus haut que la date primitivement choisie avait été le 5 janvier (circulaire du Conseil fédéral anglais du 10 décembre).
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d'une Section de iManchesler). Voici la tradaction de lu lettre de Marx (écrite en allemand) :
La majorité ' du Conseil- fédéral anglais (composée en très grande par- tie de .sha?7i sections - d'une couple d'individus, fondées par le Lumpazius^ Haies pour avoir des délégués) a fait sécession d'avec la minorité (qui seule représente les grandes sections de Londres, et celles de Manchester, Bir- kenhead, etc.). Les gaillards avaient fabriqué en cachette une circulaire à la Fédération, du 10 courant, par laquelle ils invitaient les sections à un Congrès à Londres pour faire cause commune avec les Jurassiens, avec lesquels Haies depuis la Haye est en relations continuelles ^.
Nos gens, qui constituent maintenant le seul Conseil fédéral légal % ont envoyé immédiatement à toutes les sections des cartes postales imprimées, les avertissant de ne prendre aucune décision avant d'avoir reçu leur con- tre-manifeste, pour l'élaboration duquel (rédaction des points principaux, etc.) ils se sont réunis hier chez moi. Vous le recevrez immédiatement. H sera imprimé au commencement de la semaine prochaine. Hs voteront aussi une résolution formelle pour reconnaître le Congrès de lu Haye et le Con- seil général.
En même temps, à la demande d'une Section de Manchester, Engels a fait pour cette section une réponse à la circulaire des gueux (parmi lesquels se trouve aussi ce sot présomptueux de Jung, qui ne peut pas se consoler que le Conseil général ne soit plus à Londres ^, et qui depuis longtemps est devenu Haies' fool ') ; la Section la recevra dans sa séance d'aujour- d'hui, et la fera tout de suite imprimer.
A propos ^. L'organe I nier national Herald st. été rendu indépendant, sur mon conseil, par son propriétaire Riley (membre du Conseil fédéral). Nous ferons probablement avec lui un contrat, et c'est nous qui entrerons dans la place, en publiant chaque semaine un supplément international. Je l'envoie aujourd'hui un numéro où Engels et moi ouvrons la polémique con- tre Haies et consorts.
Engels, de son côté, écrivit à Sorge, le 4 janvier 1873 : « La majorité du Conseil fédéral anglais a donc fait sécession sous la conduite de Haies, Mot- tershead, Roach et — Jung!,.. Elle a convoqué un Congrès anglais pour le 5 janvier 'K Mais chez les ouvriers anglais on ne fait pas si facilement des
1. Marx appelle « majorité », conformément à la réalité des clioscïi, le groupe de Haies, Jung, Eccarius, et de leurs amis.
2. En anglais dans le texte : a pseudo-sections ».
3. Terme d'argot, dérivé de Lump, gueux, gredin.
4. Haies avait écrit en tout deux lettres au Comité fédéral jurassien.
5. Le Conseil fédéral que Marx appelle « légal » est celui qui s'était « constitué » dans la réunion clandestine du 19 décembre, en l'aljsence de la majorité. Marx ne raconte pas cette réunion, mais la mention en est implicitement contenue dans la phrase : « Nos gens, qui constituent maintenant le seul Conseil fédéral légal » ; maintenant signitie « depuis avant-hier ». Il ne s'attendait pas, lorsqu'il écrivait cette lettre, à la revanche que la majorité allait prendre le 23.
6. On a vu plus haut que c'est Jung qui avait demandé que le Conseil général n'eût plus son siège à Londres, et que ce furent Marx et Engels qui tirent rejeter sa proposition.
7. En anglais dans le texte : « le pantin de Haies ».
8. En français dans le texte.
9. Au moment où il écrivait, Engels ignorait encore que la date du Congrès avait été changée, et reportée au 26 janvier (résolution du t'i décembre).
CINQUIÈME PARTIE, CHAPITRE II 37
coups d'Etat '. La minorité est restée dans l'ancien local, Red Lion Court, s'est constituée commeConseil fédéral anglais, et a avisé toutes les sections... Le coup d'Etat est donc manqué. Ce qui me réjouit le plus là dedans, c'est le prompt châtiment qui a frappé monsieur Jung. Voilà ce qu'il a gagné à se laisser prendre au piège de Haies, à se laisser transformer en instrument de son mortel ennemi Guillaume -. C'est maintenant un homme mort {Er ist jetzt mausetot). » Malheureusement pour Engels et Marx, Jung était bien vi~ vant, et il allait le faire voir au Congrès anglais.
En France, on l'a vu dans le volume précédent, de nombreuses sections de l'Internationale s'étaient réorganisées, et il s'était créé un certain nombre de sections nouvelles. Toutes celles de ces sections qui étaient en relations avec des proscrits réfugiés en Suisse s'étaient affiliées à la Fédération jurassienne, faute de pouvoir constituer entre elles une Fédération française. Nous entrete- nions des correspondances avec des camarades emprisonnés en Franco 3, et avec quelques-uns de ceux qui avaient été déportés en Nouvelle-Calédonie. No- tre Bulletin, qui, à partir de son numéro du 15 novembre, publia « un extrait du procès-verbal des séances du Comité fédéral, afin de tenir les membres de la Fédération au courant des relations du Comité fédéral tant avec les sections de l'intérieur qu'avec celles de l'extérieur ^. » contient dans chaque numéro, pendant trois mois, des nouvelles des Sections françaises ; on annonce successivement « la formation de divers nouveaux groupes en France qui adhèrent à la Fédération jurassienne », et « les résolutions adoptées par un Congrès français composé de vingt-trois délégués de Sections françaises » (procès-verbal du 10 novem- bre) ; « la constitution de nouvelles sections et leur fédération probable et prochaine » (24 novembre) ; « plusieurs lettres de France donnant des rensei- gnements sur les progrès de la cause : plusieurs nouvelles sections sont en forma- tion » (F'" décembre); des « lettres très importantes de France qui signalent la misère croissante des travailleurs et les progrès qui s'opèrent dans le sens d'une réorganisation des forces ouvrières » (5 janvier 1873). Mais le procès- verbal du 12 janvier dit : « En raison des nouvelles persécutions dont l'Inter- nationale vient d'être l'objet en France 5, il est décidé que le procès-verbal ne mentionnera plus les correspondances que le Comité fédéral reçoit de ce pays ».
La Fédération rouennaise publia, en octobre, dans l'Internationale de Bruxel- les, une protestation contre les votes du Congrès de la Ilaje et contre l'attitude de son délégué Faille! (à la Haye sous le nom de Diimont), qui « s'était permis de voter dans un sens complètement opposé à celui du mandat qu'il avait reçu ». En enregistrant cette protestation, le 10 novembre, notre Bulle- tin ajouta: « Nous le savions bien que ces soi-disants délégués de la France qui se sont faits les instruments complaisants de M. Marx, et ont aidé la ma-- jorité à dénaturer les statuts de l'Internationale, ne représentaient pas le pro- létariat français, et qu'ils seraient désavoués. Rouen n'est pas la seule Section qui ait protesté. D'autres, que la prudence nous défend de nommer ici, mais que la plupart de nos lecteurs connaissent, ont protesté aussi contre l'indigne abus qui a été fait de leurs noms, et ont déclaré se rallier à la Déclaration de la minorité ainsi qu'aux résolutions du Congrès de Saint-Imier. »
1. Par une étrange aberration, tandis que, pour le vulgaire bon sens, c'est l'acte de la minorité usurpant le titre de Conseil fédéral qui apparaît comme un « coup d'Etat >, Engels donne ce qualificatif à l'acte parfaitement légitime de la majorité convoquant un Congrès des Sections anglaises.
2. Je n'ai jamais été l'ennemi de Jung, ni lui le mien. Malgré une différence d'opinion sur la tactique politique, nos relations sont toujours restées cordiales. On verra par la façon dont Jung, au Congrès anglais, a parlé de Schwitzguébel (p. 50), de quelle manière il jugeait les Jurassiens.
3. Le Bulletin du 15 octobre 1872 publia une lettre que m'avait écrite Parraton, alors détenu au pénitencier d'Oléron.
4. La publication de ces extraits ne dura que jusqu'au milieu d'avril 1873.
."). Voir à la page suivante les arrestations faites dans le Midi à la fin de dé- cembre.
38 l'internationale
On a vu qu'un citoyen de Béziers, Abel Bousquet, avait figuré dans le rap- port de la Commission d'enquête sur l' Alliance à la Haye, où il était qualifié de « secrétaire de commissaire de police », ce qui équivalait, dans l'intention de la Commission, à le représenter comme un mouchard. Jules Montels, de la Section de propagande de Genève, écrivit au Bulletin une lettre (publiée dans le numéro du iO novembre) pourprendre ladéfensede l'inculpé ;il disait : «Ayant connu le citoyen Bousquet soit à Paris (pendant le premier siège), soit dans l'Hérault, je proteste contre l'accusation lancée contre lui, accusation toute serraillièrc, qui, à coup sur, n'est que le produit d'une rancune personnelle et peut-être d'une divergence d'opinions anti-marxistes ». Il expliquait, en citant une lettre de Bousquet à la République de Montpellier du 1®'" janvier 1872, que « la municipalité de Béziers, voulant s'entourer de fonctionnaires vraiment répu- blicains et énergiques, avait offert à Bousquet [en 1871] le poste de commis- saire municipal ; que son dévouement à la République démocratique et sociale le fit passer sur les inconvénients que pouvait avoir cette position, et qu'il l'accepta » ; mais que les attaques, imméritées d'une partie de la démocratie, et aussi une assignation en police correctionnelle pour un écrit politique, l'en- gagèrent à résigner ses fonctions, ce qu'il lit. Montels ajoutait : « Si le citoyen Bousquet a eu tort d'accepter l'emploi qu'il a un instant occupé, son acte est certainement atténué dans ce sens que la municipalité de Béziers est essen- tiellement républicaine, composée qu'elle est de dix-sept ouvriers et de dix républicains de diverses nuances ». Dans la séance du Comité fédéral juras- sien du 22 décembre, le secrétaire donna lecture d'une lettre, de Serraillier écrite de Londres en réponse à celle de Montels, à propos de l'atfaire Bous- quet: il fut décidé « que la lettre du citoyen Serraillier serait communiquée au citoyen Montels, puis msévéo. <iw Bulletin avec la réponse que ferait celui-ci n.On verja plus loin (p. 61) le motif qui empocha l'insertion de la lettre de Serraillier. A côté des Sections françaises qui n'avaient pas reconnu les décisions de la Haye et le Conseil général de New York, il s'en trouvait quelques-uoes qui acceptaient l'autorité de l'agent du Conseil général, Serraillier, et de divers sous-agents, le blanquiste Van Heddeghem (venu au Congrès de la Haye sous le nom de Walter) à Paris, un certain Dentraygues (vcuu au Congrès de la Haye sous le nom de Swarm ), de Pézénas, fixé à Toulouse depuis mars 1872, et un ami de Lafargue, nommé Larroque, à Bordeaux J'ai raconté (t. H, p. 313) comment l'étudiant Paul Brousse, de Montpellier, avait été expulsé de l'Internationale (19 septembre 1872), par un arrêt signé Dentraygues ; cette mesure avait été prise sur la dénonciation d'un certain Calas, secrétaire de la Section de Béziers. Jules Guesde^ alors ami de Brousse, fut indigné d'un sem- blable procédé, et il publia dans la Liberté de Bruxelles, du 20 octobre 1872, le texte de la grotesque sentence : Dentraygues n'y était désigné que par l'i- nitiale D. ; mais le nom de Calas s'y trouvait en toutes lettres, toutefois avec une erreur de transcription qui transformait le nom en Colas. Le pamphlet L'Alliance dit à ce propos (p. 51) : « La police, mise en éveil par cette dénon- ciation [de Guesde], surveilla Calas, et, immédiatement après ', saisit à la poste une lettre de Serraillier à Calas où on parlait beaucoup de Dentraygues de Toulouse. Le 24 décembre, Dentraygues était arrêté. » OrGuesde et Brousse, traités ainsi de dénonciateurs, ont démontré péremptoirement, en réponse à cette imputation, que la publication faite dans la Liberté n'avait pu compro- mettre ni Dentraygues ni Calas, puisque Dentraygues et Galas étaient tous deux des mouchards, comme l'a établi le procès jugé à Toulouse en mars 1873. Uuant aux arrestations assez nombreuses qui eurent lieu à la fin de décembre à Toulouse, Béziers, Narbonne, Montpellier, Cette, Perpignan, etc., elles fu- rent faites sur la dénonciation du mouchard Dentraygues lui-même 2,
1. La brochure L-Alliance, etc., indique, à tort, le mois de décembre comme la date de la publication de la lettre de Guesde dans la Liberté, tandis que cette let- tre parut le 20 octobre. De là l'emploi des mots t immédiatement après », qui . nô sont pas exacts; il fallait dire « deux mois après ».
t. Au procès qui eut lieu à Toulouse au mois de mars 1873, Brousse, qui avait
CINQUIÈME PARTIE, CHAPITRE II oD
Dès la fin d'octobre, à Ja demande de Jules Guesde, le Comité fédéral ju- rassien avait envoyé aux Conseils fédéraux de toutes les Fédérations de Tln- ternationale et à quelques amis une circulaire conliflentiellc * pour lui signaler les actes de Dentrajgues en France ; nous n'avions pas encore la preuve que celui-ci appartînt à la police, mais nos amis français avaient des soupçons; et ils nous avaient priés de faire connaître aux internationaux des autres pays les procédés dont usaient eu France les « proconsuls marxistes ». On verra (p, 62) combien les défiances des socialistes du Midi étaient justifiées.
Je n'ai pas encore parlé de la vie intérieure de la Fédération jurassienne pendant les trois derniers mois de 1872.
Les élections triennales au Conseil national suisse, qui se firent le 27 octo- bre, donnèrent lieu à un incident caractéristique. La Société de la Jeunesse li- bérale du Jura, groupe de jeunes politiciens radicaux, avait publié dans son journal, la Tribune du peuple de Delémout, un appel aux internationaux du Jura, pour les inviter à ne pas délaisser les urnes électorales et à donner leurs voix aux candidats radicaux. Cet appel ne trouva aucun écho, excepté dans la Section de Moutier, dont le président, Henri Favre, était un agent du parti ra- dical : ce président fit publiquement adhésion, dans la Tribune du peuple, au nianifeste de la Jeunesse libérale, en engageant ses amis à l'imiter. Le Bulle- tin demanda (15 octobre) comment il fallait interpréter cette attitude :
Y a-t-il là un simple malentendu, ou bien y a-t-il une trahison réelle de nos principes ? et les ouvriers de Moutier seraient-ils disposés à quitter le drapeau de la révolution pour pactiser avec les partis bourgeois, comme l'ont fait les hommes du Temple-Unique à Genève, les coullerystes à la Ghaux-de-Fonds, et la Section Greulich à Ziirich ? Une explication publi- que serait nécessaire, et nous l'attendons de la Section de Moutier.'
Nous l'attendîmes deux mois ; enfin la Section interpellée adressa au Bul- letin une lettre (publiée dans le numérodu 1*^'" janvier 1873) «lisant que ses mem- bres avaient pris part à la campagne électorale avec la Jeunesse libérale, et voté pour le candidat radical, parce que celui-ci avait promis qu'il soutiendrait au Conseil national les revendications ouvrières ; elle ajoutait : « Si nous ne par- tageons pas votre manière de voir en vous suivant sur le terrain révolutionnaire, soyez persuadés que nous n'en restons pas moins unis dans toutes les questions d'organisation qui tendent à améliorer la position des travailleurs. La Section de Moutier, en vous exposant franchement sa manière de voir, a aussi un de- voir à remplir : c'est celui de remercier publiquement les organisateurs et membres du Comité fédéral jurassien pour l'énergie et le dévouement dont ils font preuve pour la cause des prolétaires -. Salut et fraternité. »
Le 3 novembre eut lieu une assemblée générale de la Fédération ouvrière du Val de Saint-Imier : des résolutions relatives à la résistance, au travail et à réchange, aux subsistances, à l'enseignement et à la propagande, y furent adoptées ; elles furent publiées dans le Bulletin du 10 novembre,
réussi à passer en Espagne, fut condamné par contumace, sur un passage d'une lettre écrite le ±2 novembre 1872 par un certain Masson. Cette lettre, trouvée chez Dentraygues (c'est-à-dire livrée par Dentraygues), fut lue à l'audience du 15 mars. Le passage en question disait: « Brousse est démasqué ainsi que Guesde; leur correspondunce saisie a été envoyée à Londres ». Les agents manxistes inter- cej)taient donc et volaient la correspondance des membres de l'Internationale qui n'admettaient pas les résolutions de la Haye, {Le 7nar.iisme dans l'Internationale, par Paul Brousse, Paris, 1882, p. 30.)
1. Dans son calendrier-.journal, Bakounine note le 27 octobre la réception de la « circulaire jurassienne confidentielle ».
2. On le voit, les ouvriers de Moutier, (pii connaissaient les ouvriers du Val de Saint-Imier et les voyaient à l'o'uvre depuis plusieurs ann('es,^savaient leur ren^ dre justice : ils ne les appelaientfpas les grands-prélres de Sonvillier.
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Le 10 novembre, le Comité fédéral jurassien invita par une circulaire les sections à se prononcer sur les résolutions du Congrès international de Saint- Jmier. Onze sections, Neuchàlel, (ienève, Bienne i, Sonvillier, Saint-lmier, Porrenlruv, Zurich (Section slave), Mulhouse, le Locle, graveurs et guillocheurs du Locle, la Ghaux-de-Fonds, répondirent en faisant connaître leur adhésion; seule, la Section de Moutier annonça (séance du Comité fédéral du 22 décembre), au sujet des résolutions de la Ilave et de celles de Saint-lmier, que « l'atti- tude de ces deux Congrès en matière politique l'avait engagée à se prononcer pour les résolutions du Congrès de la Haye ».
Au commencement de décembre, la Section de Neuchâtel proposa que le Bulletin devînt hebdomadaire à partir du l'?''' janvier 1873. Cinq Sections seu- lement se prononcèrent en faveur de cette proposition, qui pour le moment se trouva écartée ; mais le Congrès jurassien du 27 avril 1873 devait la reprendre et l'adopter.
Nous avions publié, deux fois déjà, un petit almanach, qui avait été pour nous un très utile moj'en de propagande. Le succès nous encourageait à conti- nuer, et dans le courant de décembre parut (imprimé à Neuchâtel, à l'atelier G. Guillaume fils) VAlmanach du peuple pour 1873 (3® année, Saint-lmier, Propagande socialiste, 40 p., petit in-16). Cette brochure contient les articles suivants : Quelques mots sur la propriété, par Elisée Reclus ; Le suffrage univer- sely par Jules Guesde 2 ; L'éducation démocratique, par M'»^ André Léo ; Les veuves des fédérés, poésie, par Alfred Ilerman (de Liège); Une nouvelle Para- bole (imitation de la célèbre Parabole de Saint-Simon), par B. Malon; Le collecli- visme (suite de l'article de l'almanach précédent), par Adhémar Schwitzguébel.
Cependant le Conseil général de New York avait pris connaissance des réso- lutions par lesquelles le Congrès jurassien tenu le 15 septembre à Saint-lmier avait déclaré ne pas reconnaître les résolutions du Congrès de la Haye. Il dé- cida, avant de sévir, d'engager les ouvriers du Jura à révoquer les résolutions de leur Congrès, en leur accordant un délai de quarante jours pour venir à résipiscence. Voici la lettre (écrite en français) par laquelle Sorge transmit au Comité fédéral jurassien cette décision, — lettre qui fut lue dans la séance du Comité fédéral du 8 décembre :
Le Conseil général de l'Association internationale des travailleurs au Comité ou Conseil fédéral de la Fédération jurassienne.
Compagnons ouvriers,
Le Conseil général, dans sa séance du 27 octobre, a entendu le compte- rendu de votre Congrès extraordinaire tenu le 15 septembre à Saint-lmier, ainsi que les résolutions prises à ce Congrès extraordinaire, répudiant en- tièrement les actes et les résolutions du dernier Congrès général de l'Asso-
1. Engels écrivait triomphalement à Sorge, le 16 novembre 1872 : « A liienne, où les Jurassiens n'avaient j)lus personne, il s'est formé une nouvelle section, mais elle a adhéré à Genève ». On voit comme à Londres on était bien renseigné.
2. C'est dans cet article de Jules Guesde que se trouvent les passages si sou- vent reproduits :« Depuis vingt-quatre ans que les urnes sont debout en France — dans la France du 10 août 1792 et du 18 mars 1871 — sur les cadavres des in- surgés de Février, qu'en est-il sorti ? L'Assemblée nationale de 1848..., la dictature de Cavaignac..., la présidence de M. Louis Bonaparte... ; l'Empire, eu 1852... ; la capitulation Trochu-Favre ; et la République conservatrice de 1S71... Dans les conditions sociales actuelles, avec Vinégalilé économique qui existe, Vénalité poli- tique, comme Véyalité civile, est un non-sens... De là l'impuissance du suffrage universel, lequel, loin d'aider à l'émancipation matérielle et morale des serfs du capital, n'a pu et ne peut que l'entraver... A l'époque du cens, la bourgeoi- sie était un état-major sans armée. Le suffrage universel lui a fourni cette ar- mée électorale dont elle avait besoin pour se maintenir au pouvoir. »
CINQUIÈME PARTIE. CHAPITRE II 41
ciation internationale des travailleurs (voir les n"* 17-18, p. Il, du Bulle- tin de la Fédération jurassienne) . La première résolution du susdit Con- grès extraordinaire déclare :
(( Le Congrès de la Fédération jurassienne, tenu à Saint-Imier le 15 septembre 1872, ne reconnaît pas les résolutions prises au Conjurés de la Haye, comme étant injustes, inopportunes, et en dehors des attribu- tions d'un Congrès. »
La seconde résolution du même Congrès conclut ainsi :
« Le Congrès (jurassien) considère comme son devoir d'affirmer haute- ment qu'il continue de reconnaître aux compagnons Bakounine et Guillaume leur qualité de membres de l'Internationale et d'adhérents à la Fédéra- tion jurassienne. ))
Les résolutions du Congrès jurassien présentant une infraction flagrante des statuts et règlements administratifs de l'Association internationale des travailleurs, un comité fut nommé pour soumettre des propositions rela- tives à ce cas dans la prochaine séance du Conseil général.
Le Conseil général connaît parfaitement son devoir, mais il a une forte répugnance à l'emploi précipité de mesures de discipline: il regrette ex- trêmement la légèreté avec laquelle le susdit Congrès extraordinaire juras- sien a tenté de rompre les liens intimes reliant les travailleurs de tous les pays ; il constate la contradiction absolue des résolutions sus-citées à une autre résolution de ce même Congrès extraordinaire, laquelle « affirme le grand principe de solidarité entre les travailleurs de tous les pays »; il espère que les braves ouvriers, membres des sections de la Fédération jurassiennes, ne sont nullement participants à celte grave atteinte à l'or- ganisation de l'Association internationale ^, et c'est pour cela que le Conseil général fait un appel direct à eux, espérant que le vrai esprit de solidarité ouvrière les engagera à désapprouver les procédés du Congrès extraordinaire jurassien de Saint-Imier sus- mentionné.
Après avoir entendu le comité, les résolutions suivantes furent adoptées par le Conseil général dans la séance du 3 novembre :
Considérant que l'article 3 des statuts généraux - dit que « le Con- grès ouvrier général prendra l'initiative des mesures nécessaires pour le succès de l'œuvre de l'Association internationale » ;
Considérant que le paragraphe II, article 2, des règlements administra- tifs 3 dit : (( Le Conseil général est tenu d'exécuter les résolutions des Con- grès )) :
Pour ces raisons le Conseil général déclare :
1° Les résolutions sus-citées prises par le Congrès extraordinaire de la Fédération jurassienne tenu à Saint-Imier le 15 septembre 1872 sont nul- les et non avenues;
2° Le Conseil ou Comité fédéral de la Fédération jurassienne est par la
1. Jugeant d'après les procédés dont ils étaient eux-mêmes coutumiers, les mar- xistes ne pouvaient pas admettre que les décisions d'un Congrès jurassien expri- massent réellement l'opinion des ouvriers ; ils se figuraient que chez nous, comme chez eux, tout était INeuvre de quelques meneurs.
É. Révisés par la Conférence de Londres de 1871.
3. Révisés par la Conférence de Londres de 1871.
42 L'INTERNATIONALE
présente invité, ou d'appeler imniédiatemeut un Congrès extraordinaire de la Fédération jurassienne, ou de faire prendre un vote général de tous les membres dans leurs sections, pour la révocation desdites résolutions ; 3° Le Conseil général demande une réponse définitive dans l'espace de quarante jours de cette date (8 novembre), accompagnée soit du compte- rendu du Congrès extraordinaire tenu, soit du rapport détaillé du vote gé- néral pris conformément à la résolution précédente (2°).
Le Conseil général charge son secrétaire de vous envoyer la présente par lettre recommandée, expectant votre réponse par la même voie. Salut fraternel.
New-York, le 8 novembre 1872.
Par ordre et au nom du Conseil général :
F. A. SoRGE, secrétaire général. Box dOl, Hoboken, N. J., via New York,
La première résolution du Congrès jurassien avait déclaré quil ne reconnais- sait en aucune façon les pouvoirs autoritaires du Conseil général. Par censé- qnenl, le Comité fédéral jurassien n'avait pas à entrer en correspondance avec des hommes qui, sans rire, croyaient pouvoir « déclarer nulles et non ave- nues » les résolutions prises par les délégués des Sections jurassiennes. Il se borna à publier l'épitre de Sorge dans le Bulletin^ et en môme temps il adressa la circulaire suivante à toutes les Fédérations de l'Internationale :
Association internationale des travailleurs. Fédération jurassienne. Circulaire aux divers Conseils fédéraux des régions de l'Internationale.
Compagnons,
Nous avons reçu une lettre du nouveau Conseil général de New-York, sous la date du 8 novembre dernier, concernant le Congrès extraordinaire jurassien qui a eu lieu à Saint-Lnier le 15 septembre 1872.
Nous ne voulons pas analyser cette lettre; nous l'insérons textuellement dans notre Bulletin, et vous en adressons un exemplaire ; vous pourrez, en lui donnant, ainsi qu'à la présente, la publicité nécessaire, mettre vos sec- tions au courant de la question.
La question de l'autonomie et de la libre fédération dans l'organisation et l'action de l'Internationale, pour laquelle se sont si catégoriquement prononcés la minorité du Congrès de la Haye et le Congrès anti-autoritaire de Saint-lmier.. entre dans une nouvelle phase.
Notre Comité fédéral, dans une circulaire qu'il adressa aux sections de la Fédération jurassienne ^, les mit en mesure de se prononcer sur les réso- lutions du Congrès rinternational] de Saint-lmier. Le vote a lieu en ce mo- ment. Cependant la majorité des sections, à l'heure présente, s'est déjà prononcée pour l'adoption des résolutions de Saint-lmier. Le nouveau Con- seil général, par la mission qu'il a obtenue du Congrès de la Haye, se trouve dans l'obligation de nous suspendre comme Fédération de l'Interna- tionale.
1. Dès le 10 novembre : voir ci-dessus p. 40,
CINQUIEME Partie, chapitre ii 43
Les délégations de la minorité du Congrès de la Haye ont pris l'engage- ment de travailler à l'établissement d'un pacte de solidarité positive entre les fédérations autonomistes.
Comme nous pouvions nous y attendre, notre Fédération est la première qui se trouve sous le coup des résolutions autoritaires du Congrès de la Haye.
Le moment de renoncer au programmede l'autonomie fédérative, ou d'af- firmer pratiquement les résolutions adoptées par la minorité de la Haye*, est venu.
Nous en appelons à toutes les Fédérations. Nous les invitons à nous dire ce qu'elles pensent de notre attitude : si la Fédération jurassienne doit re- noncer à compter sur Tappui des Fédérations qui veulent le maintien du principe autonomiste, ou bien si toutes veulent résister au développement et à l'application du dogme autoritaire formulé par la majorité du Congrès de la Haye.
Nous attendons de vous, compagnons, une réponse positive.
Salut et solidarité.
Ainsi adopté en séance du 8 décembre 1872 à Sonvillier. Au nom du Comité fédéral jurassien :
Le secrétaire correspondant, Adhémar Schwitzgdébel.
En Amérique, dès le 23 octobre, le Conseil fédéral de Spring Street, par une lettre au Socialiste de New York, signée de son secrétaire pour la langue fran(;aise_, B. Hubert,, avait déclaré qu'il voulait ignorer les élus du Congrès de la Haje, et avait invité « les sections et les membres qui pensent comme nous... à se joindre ou à correspondre immédiatement avec nous, dans le but de réorganiser notre Association sur des bases plus solides et plus libérales n ; et il avait annoncé en même temps, aux Sections américaines, que le Congrès anti-autoritaire de Saint-lmier, du 15 septembre, avait (( répudié le Congrès de la Haye ». Le l^"" décembre, le môme secrétaire B. Hubert adressa au Co- mité fédéral jurassien une notice détaillée sur l'histoire de l'Internationale aux Etats-Unis, notice qui fut publiée dans le BuUeiin (n°* 3, 4, (3,7. et 15 de 1873). Enfin, dans sa séance du 19 janvier 1873, le Conseil fédéral de Spring Street donna son adhésion au pacte de solidarité proposé par le Congrès anli- autoritaire de Saint-lmier.
Nos amis italiens avaient quitté Zurich le 23 septembre pour retourner dans leur pays, sauf Costa, qui séjourna encore quelques jours en Suisse, afin d'y prendre les mesures nécessaires pour la publication d'un journal, organe de la Fédération italienne : le premier numéro de ce jourmil, la Rivoluzione sociale, s'imprima à Neuchàtel au commencement d'octobre; mais ce numéro, dont je ne possède plus d'exemplaire, fut le seul, je crois, parce qu'on trouva trop dif- ficile de faire entrer le journal en Italie.
La maladie de Pezza s'était aggravée; notre pauvre ami, dont l'état était maintenant désespéré, fut transporté à Naples, où il devait s'éteindre douce- ment dans les premiers jours de 1873.
En novembre, les Sections internationales d'Italie furent invitées à envoyer des délégations à un grand meeting convoqué à Borne, au Colisée, pour une ma- nifestation en faveur du sulfrage universel : elles refusèrent d'y participer, en déclarant que « leur politique était négative », et que « l'émancipation des tra- vailleurs ne peut s'obtenir que parla fédération spontanée des forces ouvrières
1. On le voit, c'est sur la Déclaration de la minorité du Congrès de la Haye, et non sur les résolutions du Congrès anti-autoritaire de Saint-lmier, que se fonde la Fédération jurassienne pour faire appel à la solidarité des autres Fédérations.
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librement consliluées, et non par le moyen d'uu gouvernement ou d'une con- slilution, de haut en bas » (résolution de la Section d'Imola, du 14 novemtjre 1872, signée par Andréa Costa, Paolo Wen/A et Albo Albericci).
A la circulaire du Comité ledéral jurassien du 8 décembre, la Commission de corresi>ondance de la Fédération italienne répondit, dans la seconde moitié de décembre, par une lellrc disant : « Nous sommes plus décidés que jamais à suivre la voie que le Congrès de Saiol-Imier a clairement tracée... Si le Con- seil général dexXew York, usant des pouvoirs que lui ont conférés les intrigues de la Haye, essayait de suspendre la Fédération jurassienne, vous pouvez comp- ter sur la solidarité que vos frères d'Italie ont affirmée à Saint-lmier. ...Vous n'avez pas besoin du jilicet d'un Comité quelconque : car rinternaiionale est dans les masses ouvrières et non dans le cerveau de quelques hommes atteints de la maladie de l'autorité. » Cette lettre porte la signature de Costa.
Le Congi'ès ordinaire de la Fédération belge devait avoir lieu à Noël, à Bruxelles; et on a vu que le Conseil fédéral espagnol avait convoqué un Con- grès de la Fédération pour le 25 décembre à Cordoue. Ces deux Congrès furent d'éclatantes manifestations de la volonté des classes ouvrières organisées de maintenir le principe d'aulonomic.
Voici les détails donnés par noir a Bulletin au sujet du Congrès de la Fédé- ral ion belge :
Le Congrès belge. ,
Les sections et fédérations suivantes étaient représentées à ce Congrès : la section de Gaud ; la section d'Anvers; la fédération de Bruxelles; la fédération du bassin de Charleroi; la fédération du Centre-llainaut; la fé- dération de Liège: la fédération de la vallée de la Yesdre (Yerviers).
Dans la première séance, le Conseil fédéral belge présenta son rapport sur la situation de la Fédération belge depuis le Congrès de la Haye. Ce rapport, après avoir rappelé la protestation signée au Congrès de la Haye par la minorité, formée des délégués hollandais, belges, anglais, améri- cains, jurassiens et espagnols, ajoute : a Les déclarations les plus solennel- les sont venues, de toutes les fédérations, ratifier la conduite énergique et digue de la minorité. Le triomphe, dont elle n'a jamais douté un seul in- stant, s'étend de jour en jour, rend le parti de l'anarchie, de l'autonomie et de la fédération plus compact, plus serré, plus uni que jamais, à la grande confusion des autoritaires, qui auraient voulu nous atteler au char de monsieur Karl Marx, leur maître. A la nouvelle de l'odieux coup d'Etat sorti triomphant d'une longue conspiration tramée au sein du Conseil gé- néral, qui a foulé aux pieds les plus sacrés de ses devoirs et de ses engage- ments pour faire prévaloir ses projets autoritaires et vaniteux, le Comité fédéral jurassien a convoqué immédiatement et à l'extraordinaire un Con- grès à Saint-lmier, le 15 septembre dernier. »
Le rapport continue en citant le texte des résolutions votées par le Con- grès jurassien, et mentionne des lettres exprimant les sentiments des inter- nationaux espagnols et italiens ; il parle aussi d'une lettre que le Conseil fédéral belge a reçue du Conseil général de New York, « qui ne traduit d'un bout à l'autre qu'une étroite communauté d'idées autoritaires et disciplinai- res de ses membres, en flagrante opposition avec nos principes anarchis- tes et décentralisateurs ».
Après la lecture de ce rapport, le Congrès belge a sanctionné à l'unani- mité la protestation de la minorité de la Haye, et a voté une déclaration
CINOLIEME PAirriE, CHAPITRE H 45
de rupture avec le Conseil général et l'établissement d'un nouveau pacte fédératif, déclaration dont voici le texte :
(( Le Congrès belge de l'Association internationale des Iravailleurs, tenu le 25 et le 26 décembre à Bruxelles, déclare nulles et non avenues les ré- solutions enlevées par une majorité factice au Congrès de la Haye, et ne les veut reconnaître, comme étant arbitraires, autoritaires et contraires à l'esprit de l'autonomie et aux principes ledéralisles.
« En conséquence, il procédera immédiatement à l'organisation d'un pacte fédératif et autonome entre toutes les fédérations régionales qui voudront y contribuer, et ne reconnaît en aucune façon le nouveau (Conseil général de New York, qui nous a été imposé au Congrès de la Haye par une majo- rité factice et au mépris de tous les principes inscrits dans les statuts gé- néraux. ))
Sur la proposition du délégué de Verviers, un salut télégraphique fut adressé au Congrès espagnol réuni au même moment à (^ordoue.
Dans la même séance eut lieu la discussion sur l'opportunité d'abolir l'institution d'un Conseil général. Le délégué de Verviers, celui du Centre- Hainaut, et Verrycken, du Conseil fédéral belge, se prononcèrent pour l'a- bolition, disant que les fédérations régionales peuvent très bien s'entendre sans ce lien fictif, et que des correspondances réciproques entre les diver- ses régions remplaceront aisément cette centralisation qui, eu somme, peut en certaines occasions absorber au profit de quelques personnalités am- bitieuses le mouvement économique de l'Internationale pour en neutraliser les tendances et l'esprit, et le lancer dans les aventures des révolutions politiques.
Par contre, les compagnons Brismée, De Paepe et Steens, tous trois du Conseil fédéral belge, et Warnotte, délégué du bassin de Charleroi, soutin- rent l'indispensable nécessité de ce rouage administratif, dont le personnel ne doit être que l'exécuteur fidèle des résolutions votées aux Congrès; il ne doit être revêtu d'aucun pouvoir, et, si jamais il essayait de contrevenir aux statuts ou de les éluder, il serait frappé de déchéance immédiate : de cette façon, il ne peut devenir un danger pour l'Internationale. Sansl'exi- s'ence de ce Conseil, l'Internationale perdrait sa force de cohésion, son mouvement unitaire et son influence morale. Ces orateurs sont d'avis qu'il faut travailler immédiatement à l'organisation d'un pacte autonome et fé- dératif entre toutes les fédérations régionales qui veulent se donner la main et se prêter un mutuel appui, et procéder, en fin de cause, dans un prochain Congrès, à l'élection d'un Conseil fédéral européen.
L'Internationale, de Bruxelles, à qui nous empruntons l'analyse de cette discussion, ne nous dit pas si une résolution a été prise, soit dans le sens du maintien, soit dans celui de l'abolition du Conseil général.
Il est ensuite décidé que, dans les Congrès régionaux belges, le vote aura lieu, non plus par [tête de] délégués, mais par fédérations provinciales.
Puis le Congrès modifie l'organisation du Conseil fédéral belge, qui sera à l'avenir nommé, non par le Congrès, mais par les huit fédérations pro- vinciales ; celles-ci élirontchacune deux membres du Conseil, l'un résidant dans la ville qui sera le siège du Conseil, l'autre habitant dans sa fédéra- tion. Le Conseil fédéral belge se trouvera ainsi composé de seize membres,
46 l'internationale
dont huit résidant au siège du Conseil; ces derniers soigneront les affaires courantes; et chaque mois il y aura une séance générale, à laquelle pren- dront part les huit délégués de province.
Ls Conseil. fédéral belge est maintenu pour un an à Bruxelles, et il est décidé que le Congrès belge de Pâques aura lieu à Verviers.
Ainsi, le Congrès des internationaux belges a affirmé, une fois de plus, les principes fédéralistes, et a adhéré à l'idée d'un pacte de solidarité en- tre les fédérations qui veulent maintenir leur autonomie. C'est la ineil- lour réponse que les Belges pussent faire à la Fédération jurassienne, qui, dans sa circulaire du 8 décembre dernier, demandait aux autres fédérations ce qu'elles pensaient des menaces que nous font les autoritaires de New York.
Sur le Congrès de la Fédération csi>agno]e, voici également rarlicle d\i Bul- letin :
Le Congrès espagnol.
Le Congrès de Cordoue a été aussi uns grande victoire pour le parti fédé- raliste dans l'Internationale, qui, on peut le dire justement, n'est plus au- jourd'hui un parti, mais est l'Internationale elle-même, puisqu'il com- prend, sans exception, toutes les fédérations organisées.
Le Congrès de Cordoue, tenu du :25 au 30 décembre 1872, comptait qua- rante-huit délégués, qui représentaient les localités suivantes : San Lucar de Barrameda, Madri 1, Chamartin de la Rosa, Alcoy, Bunol, San Mar- tin de Provensals, Reus, Barcelone, Cadix, Carmona, Arahal, Paradas, Va- lencia, Muro, Concentaina, Pampelune, Malaga, Ciudad Real, Arenys de Mar, Brihuega, Olot, Grenade, Igualada, Manzanarès, Cordoue, San Fé- lin de Guixols, Llagoslera, Xérès, Enguera, Aranjuez, Puerto de Santa Miria, Grao de Valeucia, Tarrasa, Palma (île Majorque), Valladolid, Ma- hon (île Minorque), Solaua, Séville.
Le Congrès élut pour président Morago, graveur, de Madrid, dont quel- ques-uns de uds lecteurs ont fait la connaissance en septembre dernier au Congrès anti-autoritaire de Saint-Imier.
Ls rapport du Conseil fédéral contenait la statistique suivante: lors de son entrée en charge, en avril dernier, la Fédération espagnole comptait 50 fédérations losales, formant un total de 41 sections mixtes et de 147 sec- tions de métier, plas 13 localités où se trouvaient des adhérents indivi- duels : aujourd'hui llnlernitionale compte en Espagne 101 fédérations locales, comprenant 66 sections mixtes et 332 sections de métier, plus 10 localités où se trouvent des adhérents individuels. En sorte que l'Inter- nationale, en hjit mois, a doublé le nombre de ses membres en Espagne. Les marxistes pourraient- ils nous montrer chez eux des progrès pareils? Qu'on regarde ce qu'ils ont fait de Genève !
Il fut ensuite donné lecture de lettres ou télégrammes des Fédérations italienne, belge', jurassienne, de Seclious portugaises et françaises, et d'uue lettre du Conseil général de New York.
i. Le télégramme belge, publié dans le numéro précédent du Bulletin, élail ainsi conçu : « Le Congrès belge au Congrès espagnol, salut. Vive Saiut-Imier I Autonomie et fédération. (Signé) Eugène Steens. j»
CINQUIÈME PARTIE, CHAPITRE II 47
Le pacte d'amitié, de solidarité et de défense mutuelle proposé au Cou- grès anti autoritaire de Saiut-Imier fut approuvé à l'unanimité moins une voix '. Et voici ce que c'était que celte voix dissidente :
La fédération de Grenade, peu au courant des questions qui divisent lln- ternationale, s'était laissé aveugler par les mensonges des hommes de la Emancipacion (feuille paraissant à Madrid aux frais de MM. Marx et Lafargue). Elle avait en conséquence donné à son délégué mandat impéra- tif de voler en faveur du Congrès de la Haye et de ses partisans. Et, pour plus de sûreté, les rédacteurs de la Emancipacion avaient envoyé au dé- légué de Grenade une lettre destinée à stimuler son zèle et remplie de so- phismes et de calomnies.
Malheureusement pour les créatures de Marx, le délégué de Grenade, le compagnon Mariano Rodriguez, est un homme loyal. A peine fut-il arrivé à Cordoue, qu'il s'aperçut que sa bonne foi avait été surprise et reconnut le néant des calomnies qu'on lui avait fait croire. Pour s'éclairer davan- tage, il communiqua à quelques délégués la lettre des hommes de la Eman- cipacion : et, ayant reçu des explications satisfaisantes, il rédigea une déclaration portant que, « n'ayant lu autrefois que la Emancipacion, il ne connaissait pas le véritable état des choses ; mais qu'éclairé maintenant par les preuves qui lui ont été fournies, il croyait de son devoir de déclarer publiquement qu'il avait été trompé, et qu'il réprouvait la conduite des hommes de la Emancipacion ».
Cette déclaration vient d'être publiée par la Federacion de Barcelone, ainsi que la fameuse lettre des rédacteurs du journal marxiste. Ainsi les manœuvres des intrigants autoritaires ont tourné à leur confusion.
Il va sans dire que le mandat de la fédération de Grenade a été res- pecté, et que, quoique le délégué eût personnellement reconnu son erreur et eût promis de faire tous ses efforts pour éclairer à son retour les inter- nationaux de Grenade, il ne pouvait être question pour lui de voter autre- ment que l'ordonnait son mandat. Ainsi s'explique la présence de cette unique voix dissidente au milieu de la formidable unité des délégués du prolétariat espagnol.
Tels sont les détails que nous donne la Federacion, en attendant le compte-rendu officiel du Congrès. Elle ajoute qu'il a été décidé que le Congrès prochain aura lieu à Valladolid,
11 faut ajouter, de plus, que le Congrès de Cordoue transforma le Conseil fédéral espagnol en une Commission de correspondance, dont il plaça le siège à Alcoy -, ville manufacturière de la province d'Alicante : deux membres du précédent Conseil fédéral, Francisco Tomàs, maçon, et Séverine Albarracin, instituteur, lirent partie de cette Commission, avec trois membres nouveaux, Vicente Fonbuena, fondeur en fer. José Segui, tisseur en laine, et Rafaël Abad, papetier. La Commission de correspondance fut chargée de publier chaque semaine, à partir du P'^" janvier 1872, sous le titre de Bolciin, un journal ser- vant d'organe administratif à la Fédération espagnole.
Un mois après les Congrès belge et espagnol avait lieu le Congrès de la
1. Le texte des résolutions du Congrès de Cordoue relatives aux Congrès de la Haye et de Saiut-Imier est reproduit in-exteuso dans le Mémoire de la Fédération Jurassienne, pages 280-282.
2. Prononcez Alcoi.
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Fédéralion anglaise . Les résolutions qui y lurent prises ne furent pas moins énergiques, comme on va le voir, que celles des Fédérations du continent; et des révélations décisives y furent fuites, par Ilermann Jung et Eccarius, sur les intrigues au moyen desquelles Engels et Marx s'étaient fabriqué une ma- jorité pour le Congrès delà Haye. Voici le compte-rendu du Bulletin :
Le Congrès anglais.
Le Congrès de la Fédération anglaise s'est réuni le 26 janvier à Londres. Les délégués suivants étaient présents : Dunn, Bennett, Eccarius, Fosler, Grout, Haies, Jung, Mac Ara, Pape, Roberts, Seaman et Weston. Il fut en outre donné lecture de lettres d'adhésion des Sections de Normanby, Leeds, ^Nottingham, Glasgow, Aberdeen, Liverpool, Manchester, Bath, Leicester.
Dans la première séance, le citoyen Haies exposa longuement l'histoire du Congrès de la Haye et des démêlés du Conseil fédéral anglais avec le Conseil général. Nous empruntons à son rapport un détail encore inédit, à joindre à la collection de faits scandaleux que l'on connaît déjà. Le ci- toyen Milke figure dans la liste officielle des délégués de la Haye comme représentant de la Section de Berlin. Or, lorsque Haies écrivit, quelque temps après, à propos d'une grève de relieurs, au citoyen Friedlander de Berlin, qui avait aussi été à la Haye comme délégué de Zurich, il reçut pour réponse qu'il n'existait pas de section de l'Internationale à Berlin, mais qu'on en constituerait une prochainement ^ Vichard, l'un des délé- gués français, membre de la fameuse Commission d'enquête sur l'Alliance, n'élail pas même membre de V Internationale.
Dans la séanse de l'après-midi, le citoyen Jung fit une série de révéla- tions des plus édifiantes sur les agissements de Marx et d'Engels. Nous al- lons résumer les principaux points de son discours.
(( Vous savez tous, dit Jung, que j'ai été pendant longtemps intime avec Marx. Précédemment, il avait l'habitude de consulter ses amis sur ce qu'il y avait à faire, quand il se présentait une question de quelque importance, et nous nous entendions toujours avant que les affaires fussent traitées dans les séances officielles du Conseil. Après qu'Engels fut arrivé à Lon- dres [septembre 1870], il n'en fut plus ainsi ; il en résulta que souvent nous Jious trouvions divisés dans les séances officielles, et Marx perdit ainsi gra- duellement la confiance de ses anciens amis. Il introduisit alors dans le Conseil un nouvel élément, les blanquistes, et adopta une politique de bas- cule, inclinant tantôt d'un côté, tantôt d'un autre. Dans le sous-comité je faisais opposition : tout ce que Marx y disait était adopté d'emblée. Je ré- clamais des .explications, et on m'appelait le réactionnaire -...
(( Quand vint le Congrès de la Haye, Engels voulait qu'on s'assurât une
1. Promesse impossible à tenir, puisqu'un Allemagne les lois ne permettaient pas aux adhérents individuels de l'Internationale de se grouper pour former des sections.
2. Ici se place un passage relatif aux affaires d'Espagne et à la lettre de menaces écrite par Engels, le 2i juillet 1872, au Conseil fédéral espagnol, passage que le résumé du Bullelin ne donne pas. Mais ce passage a été analysé dans le Mémoire __ de la Fédération jurassienne, \i. 250, et j'ai reproduit celte analvse au tome II, pages 308-309.
CINQUIÈME PARTIE, CHAPITRE II 49
majorité pour écraser l'opposition; j'étais partisan au contraire d'une dis- cussion loyale, espérant que nous pourrions [au Congrès] convaincre l'op- position par le raisonnement. Engels comptait sur un chiffre suffisant de délégués à sa discrétion, pour écraser l'opposition par le nombre. Cela élar- git encore la séparation entre Marx et moi. Dupont et Serraillier étaient en désaccord avec Mar\ aussi souvent que moi, seulement ils ne lui faisaient pas d'opposition ; ils se bornaient à venir se plaindre à moi,
(( A tous les Congrès précédents, Eccarius et moi avions été les ex- posants de la doctrine de Marx; mais je ne pouvais pas voter pour sa nou- velle politique, et. plutôt que de voter contre Marx, je résolus de ne pas aller au Congrès. Quelques jours avant le Congrès, il arriva des nouvelles qui firent douter si le Conseil général avait une majorité assurée. Marx et Engels me pressèrent alors de venir aussi. Je refusai, en donnant pour raison que j'avais déjà fait trop de sacrifices. Le jour suivant, ils revinrent et me dirent qu'il fallait absolument que je vinsse, que la majorité pouvait dépendre d'une seule voix ; je répondis qu'ils pourraient facilement la trou- ver. Ils m'offrirent de payer les frais nécessaires, quels qu'ils pussent être, si je consentais à aller. Engels me dit même : (( Vous êtes le seul homme (( qui puisse sauver l'Association ». Je lui répondis que je ne pouvais aller à la Haye qu'à une seule condition, c'était que lui et Marx n'y allassent pas.
u Au Congrès de New York, Sorge et Dereure furent élus délégués pour le Congrès de la Haye. Sorge demanda qu'on lui remît en outre des man- dats en blanc; et, comme on lui faisait des objections, il montra une lettre de Marx où la chose était ordonnée. Ayant appris cela, je le dis à Marx ; celui-ci me répondit que si Sorge avait montré cette lettre, il n'était qu'un âne stupide {ein dummer Esel). Maltman Barry a reçu un de ces mandats en blanc.
({ A la dernière séance du Conseil général avant le Congrès, je proposai par écrit que le siège du Conseil général ne fût plus à Londres. Marx et Engels ne voulurent pas en entendre parler. J'aurais voulu voir le Conseil général en Suisse ou en Belgique.
(( Serraillier [,à la Haye,] avait en poche des mandats de différentes par- ties de la France. Pour forcer Marx à se séparer des blanquistes, il le me- naça de distribuer ces mandats à Lissagaray et à d'autres personnes, et de se former ainsi lui-même un parti contre les blanquistes. Pour éviter cela, Marx consentit au transfert du Conseil général. Quand New York fut pro- posé, Johannard dit que c'était seulement afin de mettre le Conseil entre les mains de Sorge, la créature de Marx. Sorge s'était rendu si déplaisant que personne n'aurait voté pour lui, et Marx promit qu'il ne ferait pas partie du Conseil. Mais on eut soin de laisser dans le Conseil général quel- ques places vacantes, et le premier acte du nouveau Conseil fut d'appeler Sorge dans son sein comme secrétaire général. Ainsi, l'homme qui, dans Topinion de Marx, n'est qu'un àne, a été placé à la tête du Conseil général.
(( Marx a trompé et trahi tous ses anciens amis. J'ai écrit à plusieurs d'entre eux à ce sujet, et leur ai dit ce que j'en pensais. M™*^ Marx est ve- nue me voir une fois depuis lors. M"® Marx deux fois, et Dnpont et La- fargue sont venus m'engager à faire visite à Marx; mais je refusai.
(( Après le Congrès de la Haye, j'avais résolu de ne plus rien avoir à
G. III. — i
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faire avec l'interuationale ; mais, par des lettres de membres de la Section étrangère de Manchester, j'appris qu'Engels écrivait partout des lettres pour indiquer qui il fallait élire ou ne pas élire délégué au Conseil fédé- ral ant'lais. (^ela me fit changer d'idée, et j'entrai au Conseil fédéral comme délégué de trois sections.
« Selon moi^ si la question politique avait été loyalement discutée à la Haye avec les «abstentionnistes » ^, nous les aurions convaincus. C'est par la discussion que nous avons battu l'opposition [,aux Congrès de Bruxelles et de Baie,] dans la question de la propriété collective du sol ; par la dis- cussion nous serions arrivés au même résultat dans la question politique. Je