IW ■PÉl ^1 'i_û-_ R y.*7 /f£v TK1E PUBUS UISRAHV ®F TME ©ITT V ®F 8@STOK1 THE ÂLLEM Â.BETOWM] e@LLE6T10M Digitized by the Internet Archive in 2010 with funding from University of Ottawa http://www.archive.org/details/revueetgazettemu1860pari REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS RÉDIGÉE PAR MESSIEURS G. BÉNÉDICT, LÉON DUROCHER, E. M. DE MONTER HECTOR BERLIOZ, ELWART, TH. PARMENTIER, ED. BERTRAND, FÉTIS père, ARTHUR POUGIN, ADOLPHE BOTTE, ADRIEN DE LA FAGE, SAINT-YVES, MAURICE BOURGES, GUSTAVE HÉQUET, PAUL SMITH, DAMCKE , GEORGES KASTNER, SCHWAB, DUESBERG, ED. MONNAIS, WARTEL. J% / 7Û VINGT-SEPTIÈME ANNÉE l 2 ^ 1860 ■■■■■■ PALUS AU BUREAU DU JOURNAL, 1, BOULEVARD DES ITALIENS l&GO TABLE DU VINGT-SEPTIEME VOLUME REVUE ET ETTE MUSICALE mm paru TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. Académie îles beauï-arts. (institut de feance.) Renouvellement du bureau pour 1860, 22. Concours annuel ouvert pour les paroles d'une cantate, 102. . . i Approbation donnée à la méthode d enseignement musi- cal de M. Duchemin-Boisjousse, 185. Concours préparatoire de composai''" musicale, 190. Examen des cantates destinées au concours, 198. Jugement du concours, 245. Approbation accordée à un travail de M. Stephen de la Madelaine , intitulé : Leçon écrite sur l'air cl' An- nette, du Freischutz, 318. Séance annuelle; distribution des prix; ouverture et cantate, art. signé P. S., 358. Nomination de M. Pelletier comme académicien libre, en remplacement de M. de Mercey, 377. Associations. Banquet annuel offert à M. le baron Taylor, par les quatre associations d'artistes dont il est le fondateur, 190. AUTEURS ET COMPOSITEURS DRAMATIQUES. Séance annuelle; rapport de M. Théodore Aune, 182. Réception de la commission par le nouveau ministre d'Etat, 433. AUTEURS, COMPOSITEURS ET ÉDITEURS DE MUSIQUE. Assemblée générale annuelle; rapport de M. Grus, 205. Fixation d'une assemblée générale extraordinaire, 345. ARTISTES MUSICIENS. Messe de Mozart exécutée par cette Société dans l'église Notre-Dame, 120. Messe de M. Ch. Manry, exécutée par cette Société à Saint-Roch, 165. Assemblée générale annuelle,- art. de P. Smith, 203. Messe de Sainte-Cécile à Saint-Eustache au profit de l'as- sociation, art. d'A. Botte, 405. Collecte au profit de l'association par les membres du Congrès pour la restauration du plain-chant et de la musique religieuse, 434. ORPHÉONS. Concours de composition chorale ouvert par la commis- sion de surveillance de l'enseignement du chant dans les écoles communales de Paris, 31. Formation d'un comité pour la propagation des orphéons et des sociétés chorales en France, 81. L'Orphéon français à Londres, art. d'E. Mathieu de Monter, 160. Médailles d'or décernées par les juges du concours de composition chorale, 198. Organisation du festival des orphéonistes de France 4 Londres, par M. Delaporte, 198. Démission de M. Delaporte comme président des Sociétés chorales de Paris, 262. Première séance solennelle des orphéons au Cirque Na- poléon, art. signé P. S., 276. Deuxième séance, 285. Auditions musicales de Paris. (Voyez aussi Concerts.) Séances de musique de chambre d'Alard et Franchomme: lrc séance, art. d'A. Botte, 28. 2° séance, id. 44. 3e séance, id. 70. Dernière séance, art. signé P. S., 77. Séances de quatuors d'Armingaurl, E. Jacquard, Lalo et Làprét, art. d'A. Butte, 28, 70 126. Se. mees de musique de Muurin et Clioïillard, ar:. d'A. Botte, 35 153. Soirées de musique classique de Lcbouc , art. d'A. Botte, 70, 126. Séances de musique de chambre de la Société Lamou- reux, art. d'A. Botte, 70. MATINÉES, SOIRÉES, CONCERTS, etc. Adlcr (V.), art. d'A. Botte, 98. André (Mlle J.), id., 166. liatta (A.), id., 09, 106. Batta (Mme C), id. 79. Baumetz(Mlle M.),id.,58. Baur (J.), id., 79, 160. Beaulieu (Mme C), id., 150. Becker (J.), id., 52. Bertrand (Mlle J.), id., 149. Bessems (A.), id., 117. Binfield frères, id., 44. Bochkoltz-Falconi ( Mlle ) , id., 81, 160. Brassin (L. ), id., 69, 98, 150. Bulow (H. de), id., 44, 58. Casella (de), id., 106. Croisez (A.), id., 126. Cuvillon ( P. de), id., 52, 98. Delsarte (F.), id., 126. Devençay ( Mlle M. ), 154. Dien, art. d'A. Botte, 69. Dombrowski, id., 116. Dufils (L.), id„ 52. Durand (A.), id., 98. Fétis (A.), id.. 142. Forgues (E.),id., 126, 178. Franck (J.), id., 99. Franco-Mendès, id., 16C. Fumagalli (L.), id., 69. Gavaux - Sabatier ( Mme ), art. slgnéS. D., 143. Goulfé (A.), art. d'A. Botte, 149. Greive, id., 99. Hammer (R.), id., 100. Hermau (A.), 153. Hcrwyn (M. et Mme), 6. Hocuiclle (E. ), art. d'A. Botte, 78. Huct (Mlle V.), 6. Humbert (Mlle L.), 101. Ingeborg-Starck (Mlle), art. d'A. Botte, 125, 150, 166. Jacobi (G.), id., 88, 178. Jacoby (H.), 450. Jaèll (A.), art. d'A. Botte, 87. Jung-Guibert ( Mme), id., 159. Katow (Mlle H. de), id., 126. Ketten (H.), id.. 28, 150. Ketterer (E.), id., 35, 79. Kœmpel (A.), id., 106. Krafzoff, id., 125, 178. Kreutzer (L.), id., 178. Kruger (W.j, id., 58. Kull (Mlle A.), id., 88. Lacombe (L. ), id., 105, 142. Laguesse (Mlle J.),id., 117. Lauton (L.!, id., 106. Leclercq (Mlle F.), id., 98. Levasseur, 181. Lotto (J.), art. d'A. Botte, 141. Lyon (M. et Mme E.), id., 88. Magnus (D.), id.,35. Mansour (A.), id., 177. Marchand (Mlle M.), id., 99. Martin (E.), id., 99. Martin (Mlle J.), id., 16G. Mira (Mlle M.), id., 58. Molidoff (Mlle), 162. Momigny (G. de), art. d'A. Botte, 1,2. Moritz-lleuchsel (Mlle), id., 150. Murer (Mlle L.), id., 106. Mutel (A.), id., 35. Nathan (E.), id., 117. Paladilhe (E.), id., 79. Pfeilfer(G.), id., 52, 98. Pfeiffer (Mme C), 418, 441. Pleyel (Mme M.), art. d'A. Botte, 86, 105. Potier (M. et Mme II.), id., 150. Prudent (E.), id., 87. Rabaud, id., 150. Ravisy, id., 141. Reynier (L.), id., 125. Rie(B.), id., 110. Ruf (K.), 222. Sainton-Dolby (Mme), art. d'A. Botte, 79. Saint-Saéns (C), id., 142. Seeling (H.), id., 143. Ségisser (Mlle A.), id., 142. Sievers (Mme), art. signé S. D., 143. Siïhicelli, 154. Sowinski (A.), art. d'A. Botte, 98. Stamaty (C!, id., 149, 325. Stanzieri, 154. Szarvadv-Clauss (Mme), art. d'A. Botte, 58, 78, 105. Telesiuski (J.), id., 142. Van-der-Beck (Mlles), id., 52. Vaucorbeil (A. E. de), id., 44. Viard-Louis (Mme), id., 116. Viening (Mlle), 270. Viguier (M. et Mme), art. d'A. Botte, 105. Vrabélv (Mlle S.\ id., 99. Wi< niawski (J. , 159, 440. Wiest (L.), id., 219. Wocher (Mlle J. de), id., 178. Zadrobilek (Mlle A.), id., 89, 125. Zani di Ferranti, id., 44. Zarzycki, id., 126. Zompi (D.)., id., 116. Bibliographie. PUBLICATIONS MUSICALES. Ida et Uathilde, caprices-valses d'E. Wolff, 14. Allegro rapido, dédié à C. Stamaty, par D. Zompi, 14. Clairette, polka de M. V. Boullard, 14. Partition pour piano, à quatre mains, du Pardon de Ploërmel, 22 Chants rie l'Italie, pour piano, et Faites l'aumône à l'orphelin, stances, par A. Kalkbrenner, 31. Première série des Echus des opéras, par J. Rummel, 38. La Danse des fées (nouvelle édition), d'E. Prudent, 46. Fantaisie pour le piano sur des motifs de Diane de So- lange, par E. Ketterrer, 54. La Plaine dts vertus, ronde, par S. Mangeant, 54. La Consolation, nocturne, de Bergson ; la Aostalgie, fantaisie facile, et Polonia, mazurka de salon, par M. Lee ; la Folle, do Grisar, par A. Croisez, 54. L'Orphéon français, par A. Vialon, 54. Grand duo brillant pour le piano, sur les motifs de Slra- della, par E. Wolfl', 62. Réminiscences de Y A me en peine, par \V. Kruger, 62. Juanita, polka d'E. Lee, 62. Recueil des Mélodies de A.-E. de Vaucorbeil, 62. Tome II des Œuvres de Hacndel, 73. Hymnes pour la fête des Rameaux, par G. d'Albano, 73. OEuvres nouvelles do Cli.-B. Lysberg. 110. L' Enfant dangereux, mélodie de Ch. Manry, 120. SchiUer-Marscfi (2e édition), 137. Deux quadrilles sur le Roman d'Elvire, par Arban et par Marx, 137. Fantaisie pour piano sur des thèmes de Stradella, par Longueville, 154. Partition de Fanchelte, pour piano et chant', 154. Le Bouquet, lo Jasmin titane, la Pervenche, Il pleut, il pleut, bergère, compositions nouvelles pour le piano, par Mme J. Caye, 101. Polka sur le Roman d'Elvire, par Ettling, 162. Huit magnificat, pour l'orgue, par J. Ganuza, 162. t liants evangéliques, par M. Bourgc, 162. Partition, pour chant et piano, du Roman d'Elvire, 169. La Triangulation de Paris, chansonnette, par F. Gau- tier, 170. La Prière d'une Vierge, morceau a quatre mains, pa Mme Badarzcwska, 170, 278. Le Chat et la Souris, fable de la Fontaine, par Th. ïm- uert, 182. Œuvres de musique de danse, par A. Rosselloty, 182. Transcription, pour le piano, delà berceuse du Pardon, par Dolmelsch, 190. Adieu, bonjour Suzon et la Vision, romances, par V. Jon- cières, 190. Valse-boléro de Pianella, parMusard, 198, 205. Partition, pour piano et chant, de Pianella, 205. Bymneàla Vierge de l'opéra de Stradella, 205. Les Refrains baroques, ronde de M. Mangeant, chantée dans les Jours gras dcmadame, 205. Mon Etoile et mon guide, mélodie, par Mme L. Auffant, 213. Trois ballades, romances sans paroles, danse bretonne, parDolmetsch, 213. Transcription, pour violoncelle, de la Marche funèbre de Chopin, par Lebouc, 214. Arrangement, pour ténor et chœur de la mélodie irlandaise de Maria, par L. Manotte, 230, 278. Œuvre 4, pour orgue, de M. E. Batiste, 230. Tableau de genre, par St. Heller, 238. Transcription pour piano du 2e Morceau de salon de Vieuxtemps, parL. Brassin, 238. O belle étoile, 6 doux regard, romance d'A. Reichardt, 246. Fantaisie sur des thèmes delà Part du Diable, par A. Frelon ; souvenir de Guillaume Tell, par Durand, 246. Bouquet de mélodies sur le Roman d'Elvire, par J.-Ch. Hess, 246. L'Etoile du pécheur, mélodie de M. E. Cottin, 254. Partition, pour piano et chant, de Bit a, 262. Flocons de neige, suite de valses pour le piano, par A. Rosselloty, 262. Ouverture à grand orchestre du Roman d'Elvire, 277. Cinquante numéros nouveaux de la Lyre française, 278. Valse de Montebello, par M. Henrion de Solènes, 278. Anita Garibaldi, légende, par A. Elwart, 285. Parties d'orchestre de l'ouverture de Pianella, 285. Le Deuil de Syrie, élégie par l'abbé Touzé, 285. Divers morceaux de la Sémirumis, de Rossini, 294, 326. Lieu le veut ! cantate par A. Kalkbrenner, 310. Partition des Rosières, d'Hérold, 310. Œuvres nouvelles d'A. Kunc ; Refrain militaire, de F. Dolmetsch, 326. Répertoire des .Sociétés chorales et des Orphéons, 346, 362,402, 434. Bonne chance, polka-mazurka, par Z.-B. Katto, 346. Tome VII des Œuvres de Haendel, 354. Agnus Dei et Kyrie à trois voix avec accompagnement d'orgue ou harmonium et piano, par L. Lacombe, 354. Douce rêverie, morceau pour piano, par Mme Badar- zewska, 354. Caliban, grande valse de salon ; l'Escarpolette, fantaisie sur des thèmes du comte Orij, pour piano, par R. Favarger, 362. Mon paradis. Vivacité, et constance, morceaux de piano, par A. Cunio, 362. L'Ecole primaire, solfège par A. Panseron, 370. Le Roi des Aulnes de Schubert, orchestré par H. Berlioz, .377. Te Deum impérial et militaire, par M. Sain-d'Arod, 378. Souvenirs du Tyrol, romance sentimentale pour le pia- no, parD. Krug, 378. Le Pot de terre et le Pot de fer, et les Médecins, fables de la Fontaine, mises en musique par Th. Ymbert, 378. La Mulle de Metz, mélodie imitative, par Mlle José- phine Caye, 378. Lu Mer et Puisqu'ici bas tout aime, mélodies par Nié- dermeyer, 378. Bouquet de la fiancée, par Ch. Jeltsch, 386. Si tu l'avais voulu, mélodie par Audran, 386. Fantaisie de salon, pour orgue, sur l' Etoile du Nord, par F. Alday, 394. Variations sur le Carnaval de Venise, transcrites pour le violoncelle, par M. Ganz, 394. Douce rêverie, Souvenir a ma chaumière, mazurka, pour le piano, par T. Badarzcwska, 394. Première série de la Collection des chefs-d'œuvre des grands maîtres publiée par A. Catelin, 403. Le Satyre et le Passant, la Mort et le Bûcheron, fables de la Fontaine mises en musique par Th. Ymbert, 410. Album posthume d'Ahuàic, 410,442. Pëkinette, polka chinoise par Rebsamen, 418. La Schiller-Marsch de Meyerbeer, arrangée par Liszt en morceau de concert, 425. Bibi-Bamban, quadrille d'Arban; les Valets de. Gascogne, quadrille de Strauss, 426. Solfège artistique, par H. Duvcrnoy, 434. Les six Prières, pour chant et piano, par Armingaud, 434. JBalladc, valse élégante, polka caractéristique, souve- nance, clair de lune, impromptu, morceaux pour le piano, par H. Litolff, 441. L'Abeille et Première fleur, mélodies; l' Enfant, duo, par L. Marnet, 442. Le Bouquet de la fiancée de C. Jeltsch, trarscrit pour musique militaire, par Bonnet, et pour musique de cava- lerie, par Cressonnois, 442. Astre des nuits et Echos du bal, morceaux pour piano, par Mlle L. Tonel, 442. Nouvelles romances bouffes, par M. A. Vialon, 442,450. Fantaisie militaire sur les Dragons de Villars, par Vali- quet, 442. Gi and air du Crocialo do Mcycrbcr, pour orchestre, 440. Villanellc d'E. Albert, 449. PUBLICATIONS DIVERSES. Biographie, universelle des musiciens, par M. Fétis (lor volume), 6. TABLE ALPHABÉTIQUE Histoire d'un inventeur au dix-neuvième siècle, par 0. Comettant, 32. Observations de. quelques musiciens et de quelques amateurs sur la méthode de musique de M. le doc- teur E. Chevé, 54, 81. Histoire générale et chronologique de 1830 à 1860, par G. Oppelt, 110. Simple réponse, par M. Chevé, 161. Histoire de la Société des Concerts, par A. Elwart, 162. Les anciennes maisons de Paris, par M. Lefeuve, 182. Mises en scène du Pardon de Ploërmel, du Roman d'Elvire et du Diable au moulin, par L. Palianti, 190. Elude artistique sur le diapason normal, par G. Béné- dit, 190. La Maîtrise (3= année), 198. Les concerts de Paris, par M. Fillonneau, 198. Biographie de Mozart, par Otto John, 205. Autobiographie de Spohr (2e volume), 222. Paris neuf, parCh. Soullier, 238. Histoire de la musique espagnole depuis l'arrivée des Phéniciens jusqu'à l'année 1859, par S. Nuertes, 254. Le Voyage comique et orphéonique. de 3,000 Français à Londres, par B. Gastineau; le Festival de Londres etVOrjihéon dunkerquois, 285. L'Honnête homme, comédie, par un musicien, 378. Almanach illustré des Deux-Mondes et Almanach mu- sical, par 0. Comettant, 386. L'Art musical, nouveau journal de M. L. Escudier, 426. Lettre sur la musique, suivie de quatre poèmes d'opéras, par R. Wagner, 433. L'Art de la prononciation, par M. Dorval-Valentino, 450. Biographies. Mouret (suite), par M A. Pougin, 18, 127. Brassin (F.), art. d'A. Botte, 43. Spohr (L.), autobiographie, art. de Th. Parmentier, 60. Balfe (M. G.), extrait de la Biographie universelle des musiciens, par F.-J. Fétis, 330. Barroilhet (P.), extrait du même ouvrage, 344. Bocquillon-Wilhem (G.-L.), extrait du même ouvrage, 350. Bcaulieu jM.-D. Martin), extrait du même ouvrage, 391. Alard (Delphin), extrait du même ouvrage, 408. Concerts à Paris. (Voyez aussi Auditions musicales.) Concert donné par les chanteurs lilliputiens, 14. Inauguration des soirées musicales de M. Benson, 14. Soirée musicale chez M. Jules Béer, 21. Audition d'un trio de M. J. Bellon, chez M. Gouffé, 21 . Audition de Mlle Balby, au cercle des Sociétés savantes, 31. Célébration du deuxième anniversaire de la fondation de la Société chorale allemande, 38. Audition de J. Becker dans une soirée intime, 3S. Soirée donnée par M. et Mme Herwyn, 38. Fête annuelle donnée par la Société de secours mu- tuels du quartier Saint-Thomas-d'Aquin, 46. Soirée donnée par E. Nathan, 54. Audition d'Angelo et Teresa Ferai chez S. A. I. la prin- cesse Mathilde, 54. Audition de Mlle Singer dans une soirée intime, 54. Concert a l'Institution impériale des Jeunes Aveugles art. d'A. Botte, 78. Audition des dernières compositions de W. Krùger, dans une soirée intime, 81. Soirée donnée par M. B. .., amateur, 81. Premier concert des Tuileries, 92. Audition d'A. Duvernoy cans les salons de M. Marmon- tel, 92 Audition de Léter aux concerts du Palais de l'Industrie 101. Concert au profit de l'Œuvre Saint-Joseph des Alle- mands, art. d'A. Botte, 106. Audition de Hans de Bulow et d'E. Prudent i la cour 110. Concert donné par l'Association des fabricants et arti- sans, art. d'A. Botte, 117. Concert donné an profit de l'Œuvre des faubourgs, art. d'A. Botte, 117. Audition de F. de Croze chez Mme la maréchale Randon, 120. Concert donné à l'aristocratie russe par Mlle Ida Ber- trand, 120. Concert à l'Hôtel de ville, 1 45. Réunion particulière au boulevard Italien, n° 1, 152. Concert donné par les élèves de Mme C. Pfeiffer, 154. Séance musicale de l'Académie universelle des arts et manufactures do Paris, 154. Concert de la Société allemande de bienfaisance, art. d'A. Botte, 160. Concert de la fondation Beaulieu, art. signé P. S., 177. Audition de Mlle Hilliard, chez Duprez, dans la Favorite et dans Desdemona, à'Otello, 190. Audition de M. Mohr au concert annuel de la Société des enfants d'Apollon, 198. Exécution d'un trio d'Ad. Blanc chez Rossini, 205. Audition des élèves de M. Herrensclmeidcr dans la salle Beethoven, 205. Audition de l'ode-symphonic de la Mer, par Wekerlin, et de la pastorale bouffe, Loin du bruit, par P. Ber- nard, chez Rossini, 213. Audition des élèves d'A. Goria en présence d'un jury chargé de leur distribuer des récompenses, 213. Matinée de quatuor par MM. le marquis de Cesoles, de Lwoff, Franchomme et G. Pfeiffer, chez Mme la mar- quise de B***, 262. Matinée musicale organisée par M. Forrenc en l'honneur de Moschelès, 294. Audition de J. Wieniawski dans une des réunions du Liederkranz de Paris, 378. Concert donné en l'honneur de l'anniversaire de la nais- sance de Schiller par la Société chorale la Teutonia. 402. ' Audition de Mlle L. Tonel dans une matinée intime. 410. ' Concert donné à l'Hôtel de ville, au bénéfice des crèches, 410. Concert donné dans la salle Saint-Jean de l'Hôtel de ville par la Société des sciences industrielles de Paris, 418. Séance musicale chez Mme Zaccone, 434. Audition de Reichardt dans une réunion particulière, 434. Concert annuel de la Société philanthropique savoisienne, art. de P. Smith, 440. Audition de J. Vieniawski dans un concert donné au lycée Louis-le-Grand, 449. Séance musicale à l'amphithéâtre de l'École de médecine, au profit de la Société de secours mutuels du quartier de la Monnaie, 449. Société des concerts du Conservatoire, 22, 136, 169. Société des jeunes artistes du Conservatoire : 1er concert, art. signé P. S., 28. 2' concert, 46. 3e concert, Struensée , de Meyerbeer , art. signé P. S., 57. 4e concert, art. signé P. S., 97. Dernier concert, 120, 129. OPÉRAS DE SALON. La Perruque du bailli, opérette de Mlle Tbys, dans un concert de Mme Gavaux-Sabatier, art. signé S. D., 143. Jeanne d'Arc, opéra en trois actes et six tableaux, par G. Duprez, exécuté à l'Ecole spéciale de chant, art. de P. Smith, 151. Conservatoire impérial de musique et de déclamation. Retraite de M. Guérin, remplacé par M. Ch. Dancla, 6. Nomination de M. Sauzay comme professeur dejviolon, en remplacement de M. Girard, 61. Nomination de M. Paulin comme professeur de chant, en remplacement de Faure, 136. Nomination de Mocker comme professeur de la classe d'opéra-comique de Moreau-Sainti, décédé, 145. Souscription ouverte au profit de Mme Couvé-Rameau', petite-nièce du compositeur, 230. Exercice des élèves, 250. Concours à huis clos, 25S. Concours publics, 266. Concours publics, art. signé P. S., 275. Distribution des prix, art. signé P. S. , 282. Concours d'harmonie et de composition pour les classes d'élèves militaires ; concours de solfège .pour les mêmes élèves, 402. Exercice lyrique ; le Barbier de Sécille, art. signé P. S., 414. Souscription pour l'érection d'un monument à Cherubini dans la ville de Florence, 416. Départements - THÉÂTRES, CONCERTS, NOUVELLES MUSICALES, etc. Algeh. Mme Piquct-Wild dans Robert le Diable; reprise des Dragons de Villars, 63. — Débuts de Périé et de Raynal, 386. Allevard. Concert donné par F. de Croze et Gozora, 294. Amiens. Premier concert de la Société philharmonique, 23. — Représentation du Prophète , 39, 47, 93. — Audition de Roger, Graziani et .Mlle Vestvali dans un concert, 120. — Audition de Mlle M. Battu à la Société philharmonique, concert de M. J. Deneux, 182, — Représentations de la troupe des Bouffes-Parisiens, 197. Angers. Etudes du Pardon de Ploërmel, 82; représen- tation de cet opéra. — Représentations de Bataclan et de la Rose de Saint-Flour, 121. — Débuts de Mme L. Reine, 387. Anr.AS. Deuxième concert de la Société philharmonique, 102. — Concert annuel de cette Société, 326. — Con- cert donné par cette Société au bénéfice des pauvres ; Mlle Rey et M. Tagliafico, 41S. Avignon. Représentation de Martha, 23, S2. — Reprise de Robert le Diable, 82. — Représentations de Roger dans la Favorite et la Dame blanche, 190. Bailleul. Inauguration, dans l'église de Saint-Amand, d'un orgue construit par M. A. Cavaillé-Coll, 238. Baïonne. Concerts de D. Magnus, 318. Beaicaire. Concours d'orphéons dans les Arènes, 2S5. Beauvais. Messe de S. Neuckomm, exécutée par les élèves du grand séminaire, 419. Belleï. Inauguration du grand orgue de la cathédrale, 169. Besançon. Concerts de Bazzini et de Mme Sanchioli, 222. — Programme d'un concours musical pour l'expo- sition bizontine, 2S6. — Correspondance de M. E. Mathieu de Monter : détails sur la célébration de cette fête chorale, 351. — Représentations de Mme Cabel, 394. Blois. Concert donné par Mme Gavaux-Sabatier et MM. J. Lefort et Castel, 22. — Soirée organisée par la direction du Figaro , au bénéfice des pauvres, 318. Bone. Représentation de l'Etoile du Nord, 7. Bordeaux. Lauréat du dernier concours de la société Sain- te-Cécile, 22. — Reprise de Robert le Diable, 47. — Représentation de Martha; concert de H. Wieniawski, 55. — Débuts de Mlle Micheau, 102. — Concert de M. L. Duflls, 198. — Représentations de Roger ; repré- sentation des Dragons de Villars, 213. — Prix décer- né à un opéra-comique par la société Sainte-Cécile, 270. — Débuts de Renard dans Guillaume Tell, 277. — Expériences de M. Sudre dans les salons de l'Aca- démie impériale, 286. — Programme du concours de composition musicale, proposé par la société de Sain- te-Cécile, 338. — Débuts de la troupe d'opéra, 338. — Admission de Clienest; débuts de Mme Borghèse-Du- four, 394. — Audition de cette cantatrice dans les Dragons de Villars, 419. — Puis dans le Prophète, 426 — Reprise des concerts de la Société philharmoni- que, 434. — Audition de Sivori , de Magnus et de Mme Viardot aux concerts de cette Société, 441. — Mme Borghèse dans le Prophète, 450. Boulogne-sur-Mer. Concert deReichardt; visiteurs de dis- tinction, 286. — Premier concert organisé par l'admi- nistration des bains, 295. — Solennité de musique religieuse, pour l'inauguration du grand orgue de l 'é- glise Saint-Nicolas, 302. — Concert de la Société phil- harmonique, 310. — Soirée musicale donnée par Bazzini et Mme Sanchioli, 338. — Concert religieux, historique et classique donné dans la cathédrale par C. Vervoitte, 354. — Premier concert d'hiver de la Société philharmonique, 419. Bourbonne-les-Bains. Concerts de Géraldy, 302. Bourges. Inauguration du grand orgue de la cathédrale 370, 394. Brest. Représentation du Pardon de Ploërmel , 154. — Représentation de Joconde, 170. — Représentation de Martha, 191. Caen. Festival organisé par Lair de Beauvais, 7. — Re- présentations de Mlle A. Cordier, 39. — Représentation du Cheval de Bronze; représentations de Mme Bor- ghi-Mamo, 82. — Audition de M. et Mme Léonard dans un concert, 278. — Concert de Bazzini et de Mlle M. Talvo, 419. — Acquisition des instruments en cuivre de Sax pour la musique municipale (extr. du Moniteur du Calvados), 432. Cambrai. Mise au concours du projet de construction d'un théâtre, 302. Carcassonne. Souscription locale pour la représentation d'un opéra inédit, 326. Chalon-sur-Saône. Mise à l'étude des Malices de Ni- cai.se, opéra-comique nouveau, 32. Chambbry. Préparatifs des fêtes offertes à LL. MM. Im- périales, 278.— Te Deum impérial de M. Sain-d'Arod, chanté a l'église métropolitaine, 318. Chartres. Solennité religieuse pour le 600* anniversaire de la dédicace de la cathédrale, 362. Château-Thierry. Fête annuelle en l'honneur de Jean la Fontaine, 246. Cherbourg. Séance d'inauguration du congres scientifi- que ; cantate de M. J. Barrière, 319. Constantine. Clôture du théâtre par l'Etoile du Nord, 214- Dieppe. Inauguration des concerts du Pavillon, 246. Dijon. Audition de Roger dans une fête musicale organi- sée au profit des pauvres, 38. — Représentation de Guillaume Tell, 39. — Reprise du Prophète, 121. — Concerts de Bazzini, 262.— Représentations de Martha, 434. Dunkeiique. Grand concert donné par l'Orphéon, 326. — Audition de Bazzini et de Mme Sanchioli, 346. — Re- présentation du Pardon de Ploërmel; 9e concert de l'Orphéon ; messe de L. de Rillé, 426. Eaux-Bonnes. Concert de E. Nathan et de Mme Fournier, 262. Epinal. Concert donné par Mlle Marie Boulay, 371. Grenoble. Représentation de Martha, 7. — ■ Reprise des Dragons de Villars ; bénéfice de M. Goudboz, 162. Havre (le) Représentations de Roger, 21. — Clôture du Grand-Opéra par le Prophète, 19S. — Concerts de Baz- zini et de Mme Sanchioli, 294. — Reprise de Giralda, 394. —Reprises des Dragons de Villars et du Postil- Ioji de Longjumeau, 410. Lille. Acte de bonne confraternité artistique envers un "artiste lillois, 31. — Répétitions du Pardon de Ploër- mel, 32. — Première représentation de cet opéra, 47, 55, 93.— Reprise de Martha, 93. — Reprise de Robert le Diable ; audition d'Alard au Cercle du Nord ; solennité musicale à l'église cathédrale de Saint-Mau- rice, 146. — Fête musicale donnée par le Conservatoire eu l'honneur du maréchal de Mac-Mahon, 162. Au- dition de Mlle M. Battu à la Société philharmonique, 182. — Audition de Mme Arnold dans un concert don- né au bénéfice d'un artiste, 254. — Distribution des prix du Conservatoire, 302. Livrï. — Concours des orphéons et des sociétés chora- les, 354. Lyon. Matinée musicale de M. Pontet, 32. — Reprise de l'Etoile du Nord. 47. — Reprise de Robert, le Dia- ble ; concert de F. de Croze, 63. — Mise â l'étude du Roman d'Elvire, 74. — Rentrée de Mme Vandenheu- vel par le Barbier de Sëville ; concert annuel de G. Hainl, 110. — Représentations de Pradeau aux Célestins, 162 . — Représentations de Roger, Tamber- lick et Merly au grand Théâtre ; concert de H. Herz, 206. — Audition de divers morceaux de musique de chambre, par E. Albert, dans les salons de M. Prost, 270. — Représentations de la troupe des Bouffes- Parisiens, 277. — Rentrée de Mathieu, de Bovier-La- pierre et représentations de Mlle Costan , 326. — Rentrée de Mme Rey-Balla dans Robert le Diable, 386. — Répétitions du Pardon, 419. — Concert de A. So- «inski, 449. DES MATIERES. Mans (le). Représentation du Pardon de Ploërmel, 198. — Représentations données par la troupe lyrique de M. Rousseau, 214. — Festival à l'occasion des courses, 302. Marmande. Bénédiction du nouvel orgue de l'église pa- roissiale par le cardinal-archevêque de Bordeaux, 410. Marseille. Début de Mme Elmire dans le Prophète ; études du Jugement de Dieu, opéra de M. A. Morel, 15. — Audition de Th. Ritter, 31. — Concert de Mlle O. Caussemille, 32. — Reprise des répétitions du Jugement de Dieu, 63. — Rentrée d'Armandi dans les Bugueno's et dans Robert le Diable, 74. — Pre- mière représentation du Jugement de Dieu, musique de M. A. Morel. 92, 102. — Concert de H. Herz ; en- gagements de Renard, de Merly et de Mlle Sannier, 102. ^ — Représentation des Deux avares, remis en musique par M. Agnelli, 122. — Nouveaux engagements de M. Montelli, 154. — Concert de Seligmann, 162.— Souscription pour faire graver la partition du Juge- ment de Dieu, 169. — Tableau de la troupe de M. Montelli, 310. — Réouverture du grand Théâtre par Guillaume Tell, 319. — Concerts de M. E. Albert, 325. _ — Représentations de Roger, 402. — Débuts de Bussine, et de Mmes Riquier-Delaunay et Lafranque, 403. — Roger dans le Prophète ; concert de Sivori, 410. Metz. Représentations du Pardon de Ploërmel, 15, 39. — Représentation de Martha, 55. — Représentation de cet opéra au bénéfice de Warnots, 122. — Représen- tations de Bordas et de Mme Laget-Planterre, 145. — Représentations de Cazaux , 162. — Bordas dans Othello, 190. Montbéliard. Concerts de. Bazzini et de Mme Sanchiou, 222. Montmorency. Solennité musicale et religieuse, célébrée dans l'église de cette commune, au bénéfice de l'asso- ciation des artistes musiciens, 262. Montpellier. Représentation des Dragons du Villars, 91. — Représentation de cet opéra au bénéfice de M. Granier, 162. Mulhouse. Concerts de Bazzini et de Mme Sanchioli, 222. — Correspondance: festival de Mulhouse, cinquiè- me réunion des chanteurs alsaciens, art. d'A. Couvert, 261. — Représentation de Fanchelte, 3"0. — Inaugu- ration de l'orgue de l'église catholique, 394. Nancy. Reprise des Dragons de. Vilturs, 47. — Repré- sentation de Martha au bénéfice de M. Litté, 82. — Représentations de Bordas et de Mme Laget-Planterre, 145. — Représentation du Pardon de Ploërmel, 181. — Bordas dans Robert le Diable Jérusalem, Norma et la Favorite, 190. — Succès du Pardon, 198. Nantes. Etudes du Pardon de Ploërmel , 74. — Repré- sentation de cet opéra, 82. — ■ Correspondance signée X...: Détails sur cette représentation, 91. — Audition de Servais et de Mme Vestvali à la Société des beaux- arts, 92. — Concert de Mlle François, 121. — Repré- sentation des Dragons de Villars, 214- — Débuts de la troupe d'opéra dans Robert le Diable, 338. — Dé- buts de Mme Raynaud , 346. — Représentation du Pardon de Ploërmel, 410, 426. - Concert du Cercle des beaux-arts, 426. Néris. Audition de Mlle E. Guérette au salon de conver- sation, 262. Nice. Mme Sanchioli dans le Trovalore et dans Maria di Rohan, 7. — Succès de Mmes Sanchioli et Boccobadati; concert de Bazzini ; compositions nouvelles de M. Per- ny, 23. — Fêtes du carnaval, 39. — Audition de Mlle O. Caussemille chez la reine douairière de Dane- mark ; concert de Seligmann ; l'opéra italien et Mme Sanchioli, S3. — Représentation de Marie Tudor, opéra nouveau d'un compositeur russe, 109. — Audi- tion de Seligmann, chez S. M. l'impératrice douairière de Russie, 138. — Concert de Mlle d'Arboville, 147. — Concert de Mlle O. Caussemille, 155. — Cantate niçoi- se, composée par M. J. Cohen. 169. — Chanl patrio- tique, composé par M. Perny, 191. — Audition de ce chant, 270 — Les jeunes chanteurs de la chapelle russe, 295. — Publication d'une valse de concert inti- tulée Nice, par M. Perny, 354. — Début de Mme San- chioli dans le Prophète, 371. — Représentations du théâtre italien, 426. Nîmes. Représentation du Toréador, 82. — Mise à l'étu- de du Pardon de Ploërmel ; représentation de Giral- da, 363. — Représentation du Pardon , 426, 434. — Représentation des Pantins de Violette, 435. Orléans. — Représentation des Dragons de Villars , 74. —Audition de Mohr à l'Institut musical, 101. — Mise à l'étude des Valets de Gascogne, 371. Perpignan. Répétitions de l'Etoile du Nord, 32. — Re- présentation des Dragons de Villars, 450. Poitiers. Préparatifs du grand festival de cette ville, 162. — Congrès annuel de la grande association mu- sicale de l'Ouest. 191. Provins. Correspondance de M. E. Mathieu de Monter à propos du dixième concours d'orphéons du départe- ment de Seine-et-Marne, 268. Reims. Deuxième séance delà Société des concerts, 32. — Audition deBerthelior dans un concert organisé par les musiciens de la ville, 277. Rennes. Représentations du Pardon de Ploërmel, 6, 7, 15. — Premier concert de la Société musicale, 22. — Grand succès du Pardon, 55. — Représentation d'a- dieux de Mme Laurence, avec Robert le Diable, 110. — Début de Jouard dans ce même opéra, 154. Rocheeort. S'abat Mater exécuté à la chapelle des or- phelines d-î la marine, 147. Rochelle (la). Représentation du Dîner de Madelon, opérette, 147. — Lettre de M. Meneau â propos d'un passage de M. Fétis dans son article biographique sur M. Beaulieu, de Niort, 410. — Représentation de Qui compte sans son hâte, proverbe de MM. G. Mareschal et L. Meneau, 434. Rouen. Reprise de Joconde, 32. — Représentation du Pardon de Ploërmel, 63, 73. — Correspondance : inauguration du grand orgue de la cathédrale, 9u. — Exécution de la Marche aux 'lambeaux, 110. — Re- prise du Prophète, 121. — Représentation du Faust, de Gounod, 145. — Solennité de Pâques célébrée à la cathédrale, 146. — Représentation au bénéfice des choristes du théâtre des Arts, 205. — Début de la sai- son nouvelle dans l'opéra et l'opéra-comique, 346. — Annonce de la représentaiion de Pianella, 362. — Reprise des Dragons de Villars; débuts de M. Har- vin, 378. — Correspondance d'A. Méreaux : reprise du Pardon, 384, 403. — Concerts de Bazzini, 441. Saint-Dizier. Correspondance d'E. Mathieu de Monter : concours des Sociétés musicales de cinq départements, Saint-Etienne. Etudes de la Charmeuse de Saint-Val- lier, opéra nouveau de M. A. Dard, 93. — Représen- tation de cet opéra, 121. — Représentations de Jlme Cabel ; reprise des Dragons de Villars, 386. Saint-Germain-en-Laye. Audition de M. H. Herwyn dans un concert donné au bénéfice d'un artiste malheureux, 230. Saint-Malo. Audition de Bessems dans un concert de la Société philharmonique, 121. — Premier concert du Casino, 278. Saint-Omer. Concert donné par H. Herwyn, 63. Saint-Servan. Concert donné par A. Bessems au profit des pauvres, 354. Saujiur. Concert donné par Mme Gavaux-Sabatier et MM. J. Lefort et Castel, 22. Strasbourg. Représentation des Dragons de Villars, 15. — Messe de M. Schwab, exécutée dans l'église de Saint- Pierre le Jeune, 21. — Séances de musique de chambre de M. Schwcederlé, 32. — Représentation de Stradella, 47. — Concert annuel au profit du Conservatoire mu- nicipal, 55. — Musique de chambre, 93. — Dernière séance de musique de chamDre ; concert de M. Wald- teufel, 12t. — Représentation du Faust, de Gounod, 145. — Concert de MM. Wnille et Stenebruggen, 163. — Représentations de Bordas dans Othello, 190. — Représentation de Czar et Charpentier, opéra de Lortzing, 191. — Concert de Mlle M. Boulay, 319. — Concert d'harmonie militaire donné par la musique du 3= régiment d'artillerie, 346. — Concert de Mile M. Trautmann, 387. — Reprise de l'Etoile du Nord, 419. — Seconde séance de la Société de musique de cham- bre, 426. Toulon. Représentation du Prophète, 162. — Inaugura- tion du grand orgue de l'église Saint-Louis, 302. — Représentation de la Fée aux Roses, 419. — Repré- sentation prochaine du Pardon de Ploërmel, 450. Toulouse. Reprise des Dragons de Villars, 39. — Etudes de l'Etoile du Nord, 55. — Accident ar- rivé à Puget, 73. — Représentation de l'Etoile du Nord au grand Opéra, 82, 92. — Représentation du Prophète, 162. — Roger dans cet opéra, 198. —Inau- guration des nouveaux salons du maréchal Niel, 246. — Représentation des Pantins de Violette, 362. Tours. — Concert donné par Mme Gavaux-Sabatier et MM. J. Lefort et Castel, 22. — Représentation de la Sérénade, opérette nouvelle de M. Labit, 170. — Con- cert donné par la Société de Sainte-Cécile au profit des pauvres, 205. — Débuts de Mme L. Reine, 394. Trouville. Concerts de D. Zompi au Casino et au théâ- tre, 338. Troyf.s. Audition de J. Massenet dans un concert de la Société philharmonique, 41.8. Uriage. Concert donné par F. de Croze et Gozora, 294. Valenciennes. Concours ouvert à la Société impériale pour chœur d'hommes, 101. — Grand concert donné par la Société philharmonique pour la fête de la ville, 346. Valmondois. Matinée annuelle organisée par Duprez au profit des pauvres de la commune, 310. Versailles. Concert au bénéfice de l'Asile maternel, 213. — Concerts au parc, sous la direction de M. Klosé, par la musique de l'artillerie de la garde, 222. Vichy. Concerts : audition de Romeo Accursi, 262. — Soirée donnée par Mme E. Doche, 310. — Correspon- dance d'A. Botte : représentations théâtrales et con- certs, 330. Viroflay. Messe à deux voix, de M. E. Hocmelle, chantée dans l'église de cette commune pour la fête, 346. Viviers. Inauguration d'un grand orgue à la cathédrale, 46. Wazemmes. Inauguration du nouvel orgue. (Extr. du Mémorial de Lille), 12. Engagements. Achard, à l'Opéra, 61. Barbot (M, et Mme), au théâtre de Bologne, 253. Barbot (Mme C), â Turin, 386. Barrielle, renouvellement à l'Opéra-Comique, 100. Berthelier, renouvellement â l'Opéra-Comique, 237. Bcttini (A.), au théâtre Italien de Barcelone, 120. Borghi-Manio (Mme), au théâtre de Sa Majesté, à Lon- dres, 130. Id., au théâtre de la Scalà, à Milan. 213. Id., au théâtre de Bologne, 245. Bruuet (Mlle M.), résiliation â l'Opéra, 109. Id., engagement â Berlin, 402. Carman, au grand Théâtre de Bordeaux, 3&7. Carvalho (Mme Miolan-), au théâtre de Covent-Garden, à Londres 130. Id., à Berlin, 254-311. Charton-Demeur (Mme), au théâtre de l'Oriente, à Ma- drid, 253. Crosti, renouvellement à l'Opéra-Comique, 245. Czillag (Mme), a l'Opéra de New-York, 302. Damoreau (Mme Wekerlin-), au théâtre Lyrique, 213. Depoitier, au grand Théâtre de Bordeaux, 347. Faure, résiliation à l'Opéra-Comique, 100. Id., engagement au théâtre de Covent-Garden, à Londres, 109, 285. Id., à Berlin, 301. Ferraris (Mme), à Berlin, 370. Fraschini, au théâtre de l'Oriente, à Madrid, 213. Gilliess (Mlle), au théâtre Lyrique, 294. Giuglini, au théâtre de la Scala, à Milan, 30. Graziani (F.), au théâtre Italien de Saint-Pétersbourg, 246. Jourdan, au théâtre de la Monnaie, à Bruxelles, 80. Lahéda (Mlle C), à Bade, pour la saison, 190. Lagramanti (Mlle), aux théâtres de Saint-Pétersbourg et de Moscou, 285. Lagrua (Mlle E. de), a l'Opéra de Saint-Pétersbourg, 253. Lefebvre (Mme Faure-) , résiliation à l'Opéra-Comique, 100. Mariinou (Mlle), à l'Opéra-Comique, 145. Mario, au théâtre Italien de Paris, 230. Masson (Mlle), â l'Opéra, 14. Id., au théâtre de la Pergola, à Florence, 338. Morelli, â l'Opéra, 345. Niemann, à l'Opéra, 245. Obin, renouvellement à l'Opéra, 309. Pancani, au théâtre Italien de Paris, 245- Roger, au théâtre Italien, 14, 21. Id., à Bade, pour chanter un opéra inédit, 213. Id., à Berlin, 311. Ronconi, au théâtre Italien de Paris, 361. Saint-Urbain (Mlle), â l'Opéra-Comique, 393. Sanchioli 'Mme G.), à Nice, 338. Sax (Mlle M.), à l'Opéra, 153. Stoltz (Mme R.), au grand théâtre de Lyon, 326. Szarvady-Clauss (Mme), à Cologne, par la Société des concerts, 386. Tedesco (Mme), à l'Opéra, 153, 212. Ugalde (Mme), â l'Opéi a-Comique, 237. Vandenheuvel (MmeC. Duprez-), à l'Opéra, 61. Viardot (Mme P.), â Berlin, 311. Wicart, â l'Opéra, 212. Id., au grand théâtre de Bordeaux, 347. Étranger. THÉÂTRES, CONCERTS, NOUVELLES MUSICALES, etc. Aix-la-Chapelle. Exécution du Paulus de Mendelssohn, 7. Amsterdam. Audition de Guglielmi à la Société Félix Mentis, 15. — Audition d'A. Jaëll à la même Société, 111. — Concert d'adieux de cet artiste, 121. — Nomi- nations et récompenses décernées par la Société néer- landaise, pour L'encouragement de fart musical, 394. Andernach. Festival et concours de chant, 254. Anvers. Miseâ l'étude du Pardon de Ploërmel, 74. — Audition de Litolff à la Société royale d'harmonie, 110. — Représentation du Pardon, au bénéfice de Scott, 122. — Mise à l'étude de l'Amour, drame de MM P. Niboyet et L. Lacombe, 302.— Reprise de Martha, 378. — Représentation de gala, 403. — Séances de mu- sique classique, par M. Bcssems et exécution d'une messe de sa composition, 425. — Représentations de Mme Cabel, 433. Arkheim. Festival organisé par la Société pour l'encou- ragement de la musique, 271. Bade. Audition du ténor Niemann, devant les souve- rains réunis dans cette ville, 230. — Correspondances signées J. R. et M. S.: Ouverture de la saison, par trois concerts; audition de Laub, Gleichauf, MmesSan- chioli, Caussemijle, Litschner, etc., 243, 244. — Audi- tion de Mlle M. Bsttu ; concerts du corps de musique de la garnison prussienne de Rastadt, 271. — Audition de A. Bettlni, 277. — Correspondance: représentation de la Colombe, nouvel opéra deGounod, 284. — 'Pro- gramme du grand concert annuel de M. Bénazet, 285. — Exécution de ce concert, 310. — Concert dans le salon Louis XIII, 311. — Audition de l'orgue Alexan- dre, par L. Engel, devant S. A. R. la princesse de Prusse, 318. — Représentation de la comédie de Mlle Aug. Brohan et de M. H. de Pêne, 319. — Cor- respondance signée R. : les concerts, 324. — Comé- die nouvelle de Méry ; fête de bienfaisance ; Sivori et Mme R. Kastncr-Escudicr, 338. — Un opéra de Vivier, art. signé R., 350. - Cancers dans le salon Louis XIV, et lête à l'orangerie de la villa Bénazet, 371. Bale. Vingt-neuvième réunion de la Société helvétique de musique, 109. — Découverte d'un portrait de Schil- ler chez un marchand de bric-à-brac, 230 . Barcelone. Représentation de Maria, 103. — Début de A. Bettini dans le Barbier de Sèville, 147. — Con- certs de Sarasate, 394 . Berlin. Représentations de la troupe italienne; produit de trois concerts versé par M. Hans de Bulow à la caisse de la fondation Schiller, 7. — Mlle Artot dans le Bar- bier de Séville ; concerts de Vieuxtemps et de Tabo- rowski, 23. — Représentation de Un vieux compagnon ouvrier, opérette de Kaiser, 32. — Audition de Carrion et de Mlle Artot à la cour; représentations de la Société TABLE ALPHABÉTIQUE italienne ; représentation de Christine de Suède, opéra de M. de Redern, 39. — Concert à la cour du prince régent, 47 — Représentation de Higoletto, 55. — H. de Bulow nommé pianiste de la cour; concert de M. Dumont, 63. — Représentations diverses du théâtre de l'Opéra ; représentation d'une comédie latine de Plaute ; troisième anniversaire de la fondation de la Société Bach, 74- — Concert à la cour, sous la direction de Meyerbeer ; Mlle de Anna dans le Prophète ; repré- sentation de Don Pasqualc, 82. — F.eprise de l&Flûte enchantée; concerts à la cour, del'Académie de chant et de A. Dreyschock ; mort deMmeHoelck; représentation du Trovatore; fête commémorative pour Mme Schœder- Devrient, 102. — Représentation à'Oberon et de deux vaudevilles français, 122. — Fin des représentations de l'Opéra italien, 138. — Musique d'église pendant la semaine sainte ; fête commémorative â l'occasion de la mort de Mme Schrœder-Devrient ; décoration de l'aigle rouge donnée à Dreyschock; cadeaux faits aux artistes de l'opéra italien, 155. Représentation de Maria au théâtre Kroll, 191. — Engagement de Mme Hucca au théâtre de l'Opéra; représentation A'Oberon et du Fourbisscur, de Lortzing, 207.— Reprise du Médecin et l'Apothicaire, deDittersdorf ; fête offerte au conseil- ler Hellwig par l'Académie de chant, 214. — Reprise du Templier et la Juive, de Marschner; représentations d'Une nuit à Grenade, de Kreutzer, et de Stradella, de Flotow, 223. — Représentation de Marta, 231. — Clôture des représentations de l'opéra; représentations de l'opéra-comique ; concerts organisés par G. Bock ; 3,000e concert de Ch. Eichelberg, 239. — Représenta- tion d'Orphée aux enfers , d'Offenbach, 247. — Cata- logue de la succession du professeur Dehn , 254. — Débuts de l'opéra, dirigé par M. Mcswadba, 271. — Solennité funèbre en l'honneur de la reine Louise de Prusse ; Orphée aux enfers ; reprise des représenta- tions de l'Opéra, 287. — Fêtes pour l'anniversaire de la naissance de Goethe, 295. — Programme de la sai- son prochaine, 311. — Représentation pour l'anniver- saire de la naissance de Goethe, 319. — Succès à'Or- phée aux enfers, 326. — Débuts de Mme Miolan- Carvalho, dans le Barbier de Sêville, et de Mme Cash, dans les Huguenots, 339. — MmeMiolan-Carvalho, dans la Intcia, 345. — Tableau de la troupe italienne, 347. — Débuts de cette troupe par la ïiorma, 353. — Anniversaire de la naissance de Schiller ; rentrée de Mme Kœster ; fin des représentations de Mmes Miolan- Carvalho et Cash ; clôture de la salle Kroll ; cadeau fait par le régent à M. Taglioni, 355. — Représentations de la troupe italienne ; annonce d'une seconde troupe, 363. — Ouverture du théâtre Victoria ; cinquantième anniversaire de la fondation de l'Université ; Mme Tre- belli, dans II malrimonio segreto, 371.— Représenta- tion d'Armide ; soirée du ministre des cultes ; soirée de la Société Bach : succès de Mlle Trebelli ; rentrée de Mlle Artot, 378. — Représentations de l'Opéra natio- nal et des deux théâtres italiens ; engagement de Mme de Lagrange ; prolongation du traité Merelli, 387. — Débuts de Faure, 394.— Fermeture des théâtres royaux par suite du décès de l'impératrice mère de Rus- sie ; engagement de Mmes Trebelli et de Lagrange ; exécution du Requiem de Mozart; élection de M. J. Rietz, comme membre de l'Académie des beaux-arts, 395. — Note de la Patrie relative aux débuts de Faure, 402. — Représentation de la Traviata; exécu- tion de la Schiller-Marsch, par la Société le Schiller- bund, 403. — Vogue de l'opéra italien ; représentations du théâtre de la cour, concerts de Mme C. Schumann, 411. — Représentation des Dragons de Villars sous le titre de la Clochette de l'Ermite, 425. — Repré- sentations du théâtre de la cour et concerts, 426. — Grand succès de Mlle Brunet, 433.— Comité formé pour l'érection d'un monument 4L. Rellstab,|434. — Repré- sentations diverses ; second concert d'abonnement de Radecke, 435. — Représentations théâtrales et concerts divers, 442. — Représentations d'Armide et d'Orphée au théâtre de la cour, 450. Berne. Célébration du festival annuel, 287. Bielfeld. Préparatifs du festival de l'Allemagne du Nord, 263. Bologne. Triomphe de Mme Borghi-Mamo dans la Favo- rite ; études du Prophète, 387 . — Exécution de l'ou- verture du Pardon de Ploërmel dans uu concert don- né au bénéfice de l'institution Rossini, 395. — Mme Bor- ghi-Mamo dans le Prophète, 4u9, 411, 41". — Adieux de Mme Borghi-Mamo, 449. Boston. Cinquième et dernier concert philharmonique, 223. BnÈME. Représentation du Pardon de Ploërmel, 387. — Succès du violoniste J. Becker, 418. Brescia. Ouverture du théâtre par Vittore Pisani, 311. Breslad. Représentation du Pardon de Ploërmel, 163. — Mise au concours d'un prix pour une messe à quatre voix ; représentation du n° CC, d'Offenbach ; adieux de Mme Lasslo-Doria , 223. — 250e représentation du Frcijschûlz, 239. — Adieux de Mme Jauner-Krall, dans Maria, 247. — Représentation des Deux jour- nées, pour l'anniversaire de la mort de Cherubini ; en- gagement de Mme M. Zirndorfer, 339. Bruges. Reprise de la Muette de Portici, 403. — Début de Pages, baryton ; audition de Mlle M. d'Orban dans un intermède musical, 442. — Représentation du Par- don de Ploërmel, 450. Brunswick. Concert d'A. JaSll ; exécution de l'ouverture du Roi Bear, de Berlioz, 170. — Troisième concert d'A. Jaëll, 183. — Reprise de Lestocq au théâtre de la cour, 191.— Représentation de Dinora/t, 303, 326, 355, 303. Bruxelles. Représentations du Pardon de Ploërmel, 6, 7, 14. — Représentation de Veuve Crapin au théâtre du Parc, 15. — Nouvelles des concerts et des théâtres, 23. — Accident arrivé pendant la représentation du Pardon, 39. — Représentation de Phcedé, opéra-co- mique de M. Stoumon ; deuxième concert du Conserva- toire ; concert de la Société philharmonique ; rapport de M. Fétis, lu à l'Académie royale, 47. — Audition d'H. Litolff à la Société philharmonique, 54- — Inaugu- ration des concerts annuels pour l'exécution des maîtres belges, 63. — Accident arrivé à Mlle Dupuy, 73. — Etudes de Gustave III, 82. — Représentation de Roger au théâtre du Cirque, 91. — Reprise de Gustave III; tournée artistique de M. et Mme Léonard; concert de l'Association des artistes musiciens, 93 . — Seconde re- présentation de Gustave, 102. — Représentation du Violoneux au théâtre du Parc, 122. — Troisième con- cert du Conservatoire, 138. — Représentations du théâtre de la Monnaie ; reprise de Guillaume Tell, 147. — Succès du Pardon, 155. — Reprise des Dragons de Villars ; représentations de la troupe italienne de M. Merelli, 163.' — Succès des Dragons; représenta- tions du théâtre Italien , 170. — Représentation de Norma ; concert du Conservatoire, 182. — Correspon- dance de Fétis père : résumé de la saison musicale, 188. — Représentation de Buda au théâtre du Cirque, 199. — Reprise de Giralda; représentation de VEllsir d'amore par la Compagnie italienne, 206. — Clôture du théâtre de la Monnaie et des représentations de la troupe italienne ; arrivée d'Offenbach avec sa troupe ; lecture d'une partie de l'introduction de VBistoire générale de la musique faite par M. Fétis à l'Acadé- mie royale de Belgique, 214. — Succès du Pardon apprécié par les journaux, 222.— Extrait de l'Année musicale ; représentations des Bouffes-Parisiens, 223. — Les Bouffes-Parisiens, 231. — Représentation des Dames de la Halle et des Petits prodiges, 239. — Départ des Bouffes, 247. — Audition dans une soirée intime de fragments d'un opéra-comique de Bériot, 254. — Concours du Conservatoire, 278. — Nouvelles compositions de M. Bordèse, 286. — Engagement de Mlle Litschner au théâtre de la Monnaie, 303.— Réou- verture de ce théâtre par le Pardon, 310. — Réouver- ture du Grand-Théâtre par le Pardon et par la Favo- rite ; réouverture du nouveau théâtre du Parc, S19. — Début de Mlle Litschner dans Guillaume Tell, 326, 338. — Début de Jourdan ; reprise du Domino noir, 338. — Séance publique annuelle de la classe des beaux- arts de l'Académie ; rapport de M. Fétis père, 344. — Exécution de l'ouverture et de la polonaise de Slruen- sëe dans cette séance, 346. — Représentations du théâtre de la Monnaie ; reprise de stradella ; mise â l'étude de la Vieille, de M. Fétis, au Paie, 347. — Reprises du Pardon et des Dragons de Villais, 354.— Début de Mlle Gay dans le Pré aux clercs ; reprise du Farfa- det, 363.— Nomination de M. Letellier pour la saison prochaine ; reprise de Giralda ; concert de Mlle de Katow ; représentation de Tromb-al-ca-zar au Parc, 371.— Reprise de l'Etoile du Nord, 378, 387.— Arrêté royal portant publication des œuvres les plus remar- quables des anciens compositeurs belges, 402 . — Début de Mlle Hiller-Mitchell, 403.— Rapport lu par M. Fétis à l'Académie royale sur la question du diapason normal ; messe de Ch. Gounod exécutée à l'église de Saint- Michel et Sainte-Gudule, à l'occasion de la Sainte-Cé- cile, 411.— Première représentation d'Herculanum, 419. — Rapport de M. E. Fétis sur la situation de la Caisse centrale des artistes, 434. — Premier concert de l'Association des artistes musiciens, 435. — Corres- pondance : rapport lu â l'Académie royale par M. Van- Hasselt sur le projet de publication des œuvres de Tinctoris, 440. — Reprise de Masaniello ; bénéfice de Mme Vandenhaute ; reprise de la Vieille ; concerts de Mme Cabel, 450. Bucharest. Succès de la troupe hongroise d'opéra, 255. Caire (le). Messe d'A. Doin pour l'inauguration d'une chapelle dans l'égise catholique de cette ville, 394. Carlsruhe. Reprise du Prophète, 171. — Représentation au théâtre de la cour de la Première nuit de Wal- purgis, de Mencelssolm, 206. — Représentations de Roger au théâtre de la cour, 303, 318. — Représenta- tion d'Orphée, de Gluck, 442. Cassel. Concert de J. Becker, 101. Catane. Représentations de Mlle Poinsot au théâtre communal, 111. Chijiay. Sérénade donnée à W. Kriiger par la musique d'harmonie de cette localité, 386. Coeourg. Publication du programme du festival de chant, 214, 247. Cologne. Exécution û'Esther, oratorio de Haendel, 7. — Représentation de la Compagnie italienne de Merelli, 287. — Adieux de cette troupe parla Norma, 339. — Audition de Mme Szarvady-Clauss au deuxième concert d'abonnement, 411.— Adoption du nouveau diapason normal, 433. Constantinople. Célébration de l'anniversaire de la naissance de Schiller par la Société Tcutonia, 47. — Les musiciens bohèmes ; fête artistique de l'association allemande Tcutonia et la Biedertafel, 207. — Concert de Miska Hauser, 222. Copenhague. Exécution des Noces de la Dryade, de P.-E. Hartmann, au concert du Musik-Verreiu, 74. — Représentations de Roméo et Julie/te et du Malri- monio segreto ; audition des frères Holmes au Musik- Yerrcin, 171. — Concerts des frères Muller, 215. — Représentation de Maria, 295. — Mise â l'étude du Pardon de Ploërmel, 327.— Audition d'Ole-Bull au théâtre du Peuple; représentation de l'Epreuve de cour, opéra de M. Bérendt ; Compagnie française d'opéra, 419. — Reprise des Deux journées, 435. Creuznach. Concerts de Mmes Clara Schumann et Bochkollz-Falconi et de MM. J. Stockhausen et Rey, 347. Dantzig. Annonce d'une troupe italienne sous la direc- tion de M. Carlos de Paez, 311. Darmstadt. Exécution d'une symphonie nouvelle de M. Abert, 7. — Représentation de l'Etoile du Nord, 55. — Représentation de Dinorah au théâtre Grand- Ducal, 155.— Représentation de la Cendrillon, de Ni- colo, 183- — Représentation du Titus, de Mozart, 206. Résumé des représentations de l'opéra, 263. Dresde. Célébration des anniversaires de Beethoven et de Weber. 15. — Concert annuel pour les pauvres au Schauspielhaus, 23.— Représentation du Pardon de Ploérmel, 30 . — Rentrée de Tichatscheck dans Rienzi, 254. — Inauguration de la statue de Weber, 363, 378. — Reprise du Pardon, 387. — Mort de F. Braun, cé- lèbre dilettante, 419. — ■ Représentation du Faust, de Spohr, 427. Dublin. Représentation de Dinorah par la compagnie Harrison, 199. Dusseldokf. Préparatifs du 37e festival du Bas-Rhin, 74, 171.— Programme de cette fête, 191. — Célébration du festival, 206. Edimbourg. Excursion artistique d'Engel, 74. Ems. Concert donné par H. Herz , Mlle de la Morlière et Mlle M. Cruvelli : séjour d'Offenbach, 287.— Concert de Géraldy ; concerts de Mme L. Jung, 302.— Dernier concert de la saison, 354. Eschenbach. Inauguration du monument élevé au célèbre Minnesaenger, 370. Florence. Concert de la Société philharmonique, 47. — Engagement du ténor Tombesi au théâtre de ïrieste, 93. — Commission pour l'érection d'un monument à la mémoire de Cherubini, 278.— Entreprise de la Pergola confiée à M. Lanari, 339. — Début prochain de Mlle Masson dans le Prophète, 371.— Succès de cet opéra, 379, 387, 402. — Exécution de la Schiller-Marsch à la Filarmonica, 411. — L'Ilalia artistiea, nouveau journal musical, 426. — Représentation du Prophète au bénéfice de V. Sarti, 427. Francfort-sor-le-Mein. Etudes du Pardon de Ploérmel; concert d'A. Dreyschock, 39. — Représentation du Pardon, 74, 81.— Début de Mlle Frassini dans cet opéra, 122. — Mort de Fr. Messer, 147. — Son service à la cathédrale, 155. — Médaille pour les arts et les lettres donnée à G. Schmidt par le duc de Saxe- Cnbourg-Gotha, 190.— Création d'une école de musique, 206. — Représentations de Niemann, 231. — Représen- tations de la troupe italienne de Merelli ; nomination de M. Muller comme directeur de la Société Sainte- Cécile, 254.— Représentation de Sémiramis par la troupe italienne, 263 . — Mise à l'étude de Fanïska, opéra de Cherubini ; représentation de la Cour du granit duc, opéra nouveau de M. Gollmick, 311. — Représenta- tion du Vampire, en l'honneur de Marschner, 319. — Projet de retraite prêté à Vieuxtemps, 347. — -Fonda- tion d'une Société de musique de chambre par M. Tu- ger.holt, 371. Fribourg. Préparatifs d'un grand festival de chant, 183. — Célébration de cette fête 239. Cand. Représentation du Pardon de Ploérmel, 21, 23, 47, 55, 82. — Reprise de Martha, 82. — Succès du Pardon, 93. — Clôture de la saison théâtrale, 147. — Réouverture par les Diamants de la couronne ; début de Mermant dans Robert le Viable, 371. — Reprise des Dragons de Villars ; représentation des Pantins de Violette, 403. Gènes. Concert au profit de la cause nationale, donné par la Société de secours mutuels des artistes musi- ciens, 247. — Exécution de la Chasse, symphonie du comte Graziani, dans uu concert, 271. — Restauration du théâtre Carlo Felice, 295. — Débuts malheureux au théâtre Paganini, 379. Genève. Représentation 'du Pardon de Ploérmel, 39, 83. — Mise à l'étude du Roman d'Elvire, 403. Giessen. Apprêts d'une solennité commémorative en l'honneur de Spohr, 263. Goettingen. Sociétés de chant et d'orchestre dans l'uni- versité, 214. Gotha. Représentation Au Pardon de Ploérmel, 55, 102. — Représentation prochaine de Frédéric à la poche vide, opéra de iNargiller, 111. Graz. Croi:: d'officier du Medschidié envoyée par le sul- tan au compositeur Cari Evers, 287. Hambourg. Représentation du Pardon de Ploérmel, 30. — Concert donné pour l'anniversaire de la naissance de Mozart, 47. — Audition de Joachim au concert philharmonique, 63.— Dix-huitième concert de la So- ciété musicale, 83. — Succès du Pardon, 93. — Re- présentation d'il Barbiere par l'opéra Italien, 155. — Mlle G. Schubert dans le Pardon, 163. — Concert annuel donné par l'orchestre du théâtre, 199. — Mme Frassini dans Maria et dans la Sonnàmlmla, 214. — Reprise du Pardon, 263.— Ouvrage sur Beethoven, publié par M. de Lenz, 279. Représentation de Mlle Schmidt, de Darmstadt, dans les Huguenots. 287. — Représentations de Mlle Lita, de Dresde, 303. — Représentation de K. Formés ; reprise du Pardon, 326. — Anniversaire de la naissance de Goethe, 355. — Roger dans le Prophète, 363, 370, 387. — Fin des re- présentations de cet artiste, 395. — Mort par accident de Mlle Spannugel, 403. — Mise à l'étude de t'Exile, opéra de Munchheimer, 435. Haxovre. Concert donné par Mme C. S'iiumann et Joa- chim, 15. — Représentation du Pardon de Ploérmel, 81, 102. — Nomination de J. Stockhausen comme chanteur de la chambre, 102. — Audition a la cour d'A. Jaëll et de Joachim, 183. — Adieux au public de Mme Noltès, 231. — Augmentation des appointements de Joachim, 255. — Remplacement de Niemann par Stéger au théâtre de la cour, 295, 327. — Troupe ita- lienne, 395. — Débuts de cette troupe par Lucia, 411. DES MATIERES. — Audition de Mme Castella et de J. Joachim au premier concert de la saison, 419. Havane (la). Départ des artistes engagés pour le théâtre Tacon, 346. Haïe (la). Représentation de Slradella; Mme de Vriès dans Â'orma , 32. — Représentations très-suivies du théâtre Italien, 63. — Audition de M. et Mme Léonard à la Société Diligentia, 74. — Audition d'A. Jaëll à la même Société, 101. — Engagement de Mlle E. Dan- hauser, 354. — Réouverture par la Juive; débuts de Mlle Pradal, 355. — Reprise du Prophète, 426. — Début de Mlle E. Danhauser, 435. Kaiseuslautern. Préparatifs du premier festival du Pala- tinat, 263. Koenigsberg. Représentation du Pardon de Ploérmel, 81, 207, 223. Leipzig. Audition de M. Davidoff au Gewandhaus ; concert donné au Conservatoire, 15. — Reprises de la Flûle enchantée, du Prophète et de Santa Chiara, 55. — Quinzième concert du Gewandhaus, 74. — Concert de bienfaisance; concert annuel de la Société de chant des étudiants de l'Université, 93. — Concert de J. Becker, 101. — Chaire de musique créée à l'université de cette ville, 101. — Concert au profit du fonds des pensions, 102. — Dix-huitième concert du Gewand- haus, 138. — Représentation du Pardon de Ploérmel, 163, 170. — Représentation de Maison à vendre, opéra-comique de Peutenrieder, 183. — Dernier con- cert du Gewandhaus ; deuxième concert de la Société Richard Muller et quatrième concert de la Société des amateurs, 206. — Représentations du théâtre de la ville, 214. — Publication du 9e volume des œuvres de S. Bach, 222. — Concert en l'honneur de Zœllner: re- présentations de Niemann, 311. — Représentations du théâtre de la ville, 326. — Reprise de Robert le Diable, 339. — Ouverture prochaine du Gewandhaus, 347, 355. — Représentations du théâtre de la ville, 371. — Représentation de Diane de Solange; audition de C. Glogguer, dans un concert du Gewandhaus, 378. — Souscription en faveur de la famille de C. Zoellher, 387. — Représentation du théâtre de la ville; concerts du Gewandhaus et soirées de musique de chambre, 375. — Audition de Mme Szaryady-Çlauss au Gewand- haus, 411, 419- — Compositions inédites exécutées au Gewandhaus, 427. — Représentations théâtrales et concerts, 435. — Concert de Mme C. Schumann, 442. — Concerts du Gewandhaus et de la société Euterpe, 450. Lemberg. Représentation de Flis , opéra nouveau de Boguslawski, 147. Liège. Mme Stranski dans le Prophète, 39. — Concert annuel du Conservatoire, 47. — Représentation du Pardon de Ploérmel; préparatifs du 119e anniver- saire de la naissance de Grétry, 55. — Distribution des prix du Conservatoire, 63. — Concerts de H. Litolff; 93. — Grand succès du Pardon, 122, 138. — Henri Litolff à Liège, art. de J.-B. Rongé, 189. — Audition d'Arban au concert du Casino, 214. — Préparatifs d'un festival à l'occasion de la présence du roi dans cette ville, 338. — Concours international de chant d'en- semble, 303. — Statue de Grétry transférée sur la place du théâtre, 371. — Correspondance de J.-B. Rongé sur le concours international, 384. Linz. Représentation prochaine du Pardon de Ploérmel, 279. — Succès de cet opéra, 387. Lisbonne. Mme Tedesco dans la Favorite, 15. — Re- présentation du Prophète, 81. — Mme Tedesco dans le Barbier de Séville, M. — Reprise de Robert le Diable, 103. — Représentation des Vêpres siciliennes au bénéfice de Mme Tedesco, 147, 197. — Cession du théàtrede San-Carlos à une administration particulière, 246. — Engagements du maestro Fabricca, 277. — Tableau de la troupe de San-Carlos, 318. Liverpool. Représentation de Maria au théâtre royal italien, 371. LoNnr.ES. Représentation, à Covent-Garden, de Victorine, opéra nouveau de M. A. Mellon ; second concert de la Société des amateurs; matinée musicale de M. Cata- laire, 7. — Concert donné à Saint-James Hall par M. Brinley-Richard ; concert de la Société littéraire et scientifique, 23. — Représentation de Lurline , opéra de W. Wallace, 82. — Concert au palais de Cristal ; concert annuel de M. Ransford, 93. — Audition de J. Becker à Saiut-James Hall, 101. — Représentation extraordinaire du Pardon, pour la reine, 102. — Programme de la saison du théâtre italien de M. Smith, et de celui de Covent-Garden; souscription Jullien; clôture du Royal-English-Opéra, 122. — Personnel et programme du théâtre de Covent-Garden, 136. — Ou- verture des deux théâtres italiens par Maria et le Pardon de Ploérmel, 144. — Succès de Becker dans les concerts, 145. — Au théâtre de Sa Majesté la Traviata;i. Covent-Garden, Fidelio, 155. — Repré- sentation de Mme Czillag; les théâtres italiens, 163. — Nouvelle troupe française de M. Laurent, 169. — Re- présentations d'adieux de Mlle l'iccolomini; Almina, opéra nouveau de M. F. Campana; représentation de Lucrezia Borgia; rentrée de Mario et de Mme Grisi dans la Favorite, 170. — Représentations des deux théâtres italiens; commencement des représentations de l'opéra-comique français par la Part du diable, 182. — Matinée musicale de Th. Ritter ; concert de D. Magnus; début de Mlle M. Brunet dans Rigolelto ; rentrée de Mme Peuco dans Don Giovanni: concert a la cour, 189. — Succès de Mme Alboni dans le brin- disi de Lucrezia Borgia, 198. — Représentation de Serniramide; rentrée de Mme Nantier-Didiéc; concert du harpiste Oberthùr, 206. — Représentation simul- tanée des Huguenots aux deux théâtres italiens ; Mme Alboni au concert du palais de Cristal, 214.— Festival des orphéonistes français au palais de Sydenham, 219. — A propos de la lutte soutenue par les deux direc- tions du théâtre italien (extr. de la Revue et Gazette des théâtres), 220. — Représentations extraordinaires du lundi aux deux théâtres italiens; représentation de Fra Diavolo ; rengagement de Graziani par M. Gye, ■223. — Début triomphal des orphéonistes français, 236. — Représentations des d. SI. 12 Daphnis et Chloé, opérette en un acte, musique d'Of- fenback ; C'était moi! opérette en un acte, musique de M. Debillemont, art. signé D., 116. Le petit Cousin, opérette en un acte, musique du comte Gabrielli, art. signé R., 151. Le sou de Lise, opérette en un acte, musique de Mme C. Blangy, art signé R., 176. Titus et Bérénice, opérette en un acte, musique de L. Gastinel, art. signé A. B., 186. Adjudication du théâtre à l'audience des criées, 238. Réouverture par Orphée aux en/ers, 318. Reprise du Sou de Lise, 370. L'Hôtel de la Poste, opérette en un acte, musique de M. A. Dufresne, 399. THEATRE DÉJAZET. Fanchelte, opéra-comique en un acte, musique et paroles d'Eug. Déjazet, art. signé D., 59. P'tit fi, p'tit mignon, vaudeville de MM. Gabriel et Du- peuty; le Carnaval de Gavarni, vaudeville en trois actes et cinq tableaux, de MM. Guénée et Previllé, 72. L'Ile de Sol-si-ré, opérette, musique de M. Ruitter, 100. Vne bonne pour tout faire, vaudeville de MM. Adenis et Rostaiug ; ta Marée démontante, à-propos de M. Guénée, 119. Reprise, à ce théâtre, du Marquis de Lauzun, 136. Pianella, opérette en un acte, musique de M. deFlotow, art. d'A. Botte, 176. L' Enlèvement des Sobins, vaudeville en deux actes par M. H. Lefebvre; la Famille Robinet, vaudeville de MM. Latouche et Peupin; Monsieur Garât, vaudeville en deux actes par M. V. Sardou, 180. Interruption de Pianella par suite d'un accident arrivé à Halbleid, 190. Racine vit encore, vaudeville de M. Carmouche ; Mlle C. Mendez et les danses espagnoles, 196. Le jeune homme au riflard, vaudeville de MM. Varin TABLE ALPHABÉTIQUE et Cadot; la Traite d'un nègre blanc, pochade en deux tableaux, par M. Guénée; reprise de Pianella. 211. France et Savoie, cantate de M. F. Barbier, chantée à l'occasion de l'annexion, 222. Réouverture : Matelot et Fantassin, vaudeville, 325. As-tu déjeuné, Jacquot 1 opérette en un acte, musique de M. Debillemont, 402. Reprise des Premières armesde Richelieu, 416. Le Doigt dans l'œil, revue en 20 tableaux, par MM. C. Po- tier et Dunan-Mousseux, 448. THÉÂTRES DIVERS. Revues des Folies-Dramatiques, des Délassements-Comi- ques, du Théâtre Déjazet et du Théâtre dd Luxem- bourg, 12. Ouverture du Cirque de I'Impératrice et de I'Hippodro- me; Léotard et Leone Stare, 196. Réouverture du Cirque Napoléon, 369. Intermède musical par M. Krathy-Baschick, sur l'harino- nicor , au Cirque Napoléon, 418. Folies-Dramatiques. — // pleut , il pleut , bergère,Tevue en vingt tableaux, par M. H. Thiéry.— Réouverture et revue des Délassements-Comiques, 418. BALS, CONCERTS ET SPECTACLES. Bals masqués de l'Opéra, 54, 450. Bal annuel de l'Opéra au bénéfice delà caisse des pensions de retraite des artistes et des employés, 433. Casino de la rue Cadet, 7,22,146. — Clôture, \170. — Réouverture, 326. — Soirée d'inauguration, 362. — 378, 450. Concerts de Paris, aux Champs-Elysées, 170. — Réouver- ture, art. signé S. D., 178. — Exécution de la Polonaise de Struensée, 198. — H. Wuille, 210,230,246,262, — Ouverture d'Olgmpie, de Spontini, 270. — 278, 286, 295. — Ouverture du Roman d'Elvire, 302, — 310.— Soirée au bénéfice des chrétiens de Syrie, 318. — 319. Emploi de l'harmoniflûte dans un concert du Chalet des Iles, au bois de Boulogne, 394. Ouverture du panorama de la Prise de Malakoff, aux Champs-Elysées, 286, 402. Variétés. Revue de l'année 1859, art. de P. Smith, 1. La maison où est né Grétry, art. deJ.-B. Rongé, 5. Le Calliope, nouvel instrument de musique (extr. de l'Indicateur populaire), 6. Nouveau pédalier de A. Wolff, 62. Généreuse action de Mme veuve Brochant de Villiers, 62 . Quelques mots à M. Scudo, 152. A propos des Dragons de Villars, d'A. Maillart. (Extr. du Figaro), 188. Beethoven chef d'orchestre, par L. Spohr, 250. Des carillons et cloches {nouvelles recherches), art. d'A. de La Fage, 257, 265, 281. Un virtuose de Melbourne, art. de J. Duesberg, 260. Piron et Rameau, art. d'A. de La Fage, 292. Découverte d'un instrument naturel nommé lilhophone, par M. Bordas, 294. Un opéra inédit de Gluck, art. de O. Lindner, 30S. A propos d'un opéra deBortniansky (extr. de l'Indépen- dance belge), 325. Un opéra inédit de Mozart, art. de K. Gollmick, 360. Le premier éditeur de musique en France, 400. Premier voyage artistique de Spohr (extr. de son auto- biographie), art. de J. Duesberg, 406, 429. Paganini et Paer, 408. A propos de la collection de musique, de livres et d'ins- truments de J. Terby, de Louvain, 409. Découverte d'un nouvel instrument nommé le clavier déliateur,tik2. MORCEAUX DE MUSIQUE DONNES COMME SUPPLÉMENTS DANS LE COURANT DE L'ANNÉE 1860. Avec le n° 1 (en primes), scène et canzonetta du Pardon de Ploérmel, par G. Meyerbeer. Album Litolff. La partition de Maria, de F. de Flotow, arrangée pour piano seul. Avec le n° 9, le Rouet, lied de F. de Hartog. Avec le n° 16, le Caril'on, morceau de salon, par A. Jaëll. Avec le n° 27, la valse-boléro de Pianella, par Musard. Avec le n° 33, O belle étoile! 6 doux regard! romance d'A. Reicliardt. Avec le n° 39, la Fileuse, romance saDS paroles de Men- delssohn-Bartholdy. Avec le n° 46, l'Abeille, nouvelle mélodie de Léo Marnet. TABLE ALPHABÉTIQUE DES NOMS. Abadie (L.), 3. «0, 434, 442. Abbadia (Mme), 102. Abdul-Medjid (S. M. leSultan), 207. Abert, 7. About (E.), 393. Abraham, 203. Abrit (Mme), 7, 162. Accursi, 154, 310, 331. Achard, 61, 74, 450. Achenbach, 325. Ackens, 385. Acs (Mlle), 38. Adam (A.), 46, 120, 126, 160, 206, 219, 236, 237, 259, 331, 333, 334, 363, 371, 376, 414, 418, 442, 447. Adam (instrument), 70, 120. Adam (du Conservatoire), 276. Adami. 319. Ader (J.), 3. Adler (V.l, 81, 98, 137. Agen (S. G. l'éveque d'), 410. Agnelli, 15, 122. Agresti (A.), 277. Agricola (A.), 345. Agrone (Mlle), 247. Aguado (les comtes 01. et On.), 167. Ahna (Mlle de), 82. Aiblinger, 93. Alard (D.), 21, 28, 44, 59, 61, 70, 87, 93, 116, 117, 120, 126, 142, 145, 146, 166, 262, 278, 285, 319, 343, 408, 449. Alary (G.), 142, 370. Albano (G. d'), 73. Albéric (le moine), 22S. Albert ( S. A. R. le prince ), 238, 254, 325. Albert (E.), 270, 325, 410. 418, 449, Albertini (Mme), 47. Albiga (J.), 435. Alboni (Mme), 32, 61, 109, 114, 117, 136, 154, 169, 198, 20b, 214, 238, 254, 263, 270, 277, 295, 310, 353, 361, 370, 384, 386, 406, 409, 422,425,433,441,449. Albrech (Mlle), 119. Alday, 162, 394. Aldighieri, 170, 206. Alenis, 299. Alessandrini (L.), 319. Alexandre père et fils, 31, 182, 41S, Alexandre (de la Gaité), 120. Alexandrine (Mlle), 362. Alkan (C.-V.), 150. Allard(C), 101,346. Allegri, 23,155. Allouard, 258. Alphonsine (Mlle), 145, 393, 448. Altès(E.), 58, 160. Altès (Mme Ribault-), 36, 205,331. Alwens, 302. Amat (L.), 39, 228. Amberger, 230. Ambroise, 2, 386, 393, 422. Amodio, 170, 347. Amossova (Mme), 72. Ampère, 228. Anatole (Mme), 198. Ancessy aîné, 203. Anda, 299. Ander, 15, 32, S3, 295, 311, 450. André (A. et J.), 331, 361. André (MlleJ.), 166, 178. Angelbert, 228. Angelini, 6, 109, 270, 345, 349, 353, 370, 449. Angles (d'), 338 Angles de Fortuni (Mme), 3. Angri (Mme d'), 147. Anschùtz, 47,310. Anspacher (Mlle), 258. Anthiome, 154, Antonucci, 103, 277. Antor, 326. Apollinaire (S.), 227. Apte, 402. Arban, 2, 7, 22, 109, 121, 137, 146, 170, 214, 239, 276, 324, 320. 346,362, 378,403,426,450. Arboville (Mlle d'), 147. Archaimbaud, 29, 310, 441. Ardavani, 47. Arienzo (N. d'), 231. Ariste, 244. Armand (Mlle), 3. Armandi, 63, 74, 92, 102. Armingaud (J.), 6, 22, 29, 38, 54. 58, 70, 73, 89, 92, 99, 126, 142. 150, 310, 434, 440. Arnal, 37, 393. Arnaud (E.), 46, 191. Arnaut, 154. Arnold, 394. Arnold (Mme), 254- Arnould, 258. Arnstein, 63,230, 318. Artaria, 371. Artot (Mlle), 23, 39, 55, 102, 138, 155, 183, 286, 371, 378, 387, 411, 442. Artus (Al. et Am.), 120, 270,346. Ascher (J.), 117, 294. Atella, 202. Aubel (d'), 117, 150,166. Auber, 30,32, 72, 74, 81, 93, 99. 103, 108,150,152,153,167,179, 191,214,231,254,271, 276,293. 303, 315,318,319,325, 333,343, 355, 387, 393, 402, 409, 416, 417, 424, 441, 449. Auberlen, 367. Aubéry, 267. Aubry, 121. Aucher, 410. Audibert (Mlle), 110. Audinot (Mlle), 313. Audran, 47, 371, 380, 403. Audran (E.), 277. Auer, 311. Auffant(Mme L.), 213. Augier (E.), 47,152, 154, 317. Auguin (Mlle), 147. Aususta (Mlle), 121. Aujac, 7, 15, 93, 222, 319, 346, 354,363,450. Aulnaye (de F), 26. Aumont (le duc d'), 194. Auriac (E. d'), 243. Auroux, 160. Autran (J.), 409, 43'). Autriche (S. M. l'empereur d'), 435. Auvray, 409. Avette, 426. Aynssa (Mlle de), 93, 378. Azzolino (le marquis P.), 278, 308. Babaud, 267. Bacciochi (le comte), 109, 433. Bach (J.-S.), 4, 23, 44, 58, 70, 79, 89, 91, 107, 118, 125, 138, 146, 150,155,206,214, 222,223,311, 387,442. Bach (E.) 171. Bâche, 101. Bachmann, 387. Badarzewska (T.), 170, 278, 354, 368, 394. Bade (LL. AA. le grand-duc et la grande-duchesse de), 239. Badia (Mme), 31. Badiali. 34,61, 78, 117, 169, 270, 384, 406, 455, 433. Badnelly (J.-B.j, 3. Bagdanoff (Mlle), 53, 171, 191. Baillot, 62, 93, 259, 40S. Bailly, 21, 160,166. Bailly-Labat (Mme), 198. Balanqué, 15, 46, 69, 141, 151, 166,245, 284, 316, 439. Balbàtre, 194. Balbi (Mlle), 31,46, 77, 266, 267, 283, 414, 440. Balfe (M.-G.), 260, 330, 363, 395, 419,435. Balfe (Mlle V.), 23, 39, 47, 53, 80, 138, 145. Baltard, 146. Banderali, 344. Baneux, 358. Baragli, 395, 411. Baratte (Mlle), 409. Barbier (J.), 45, 67, 80, 114, 174, 175, 284, 204,315,324,337,410, 417, 421, 422, 441. Barbier (A.), 120. Barbier (F.), 222, 294. 325. Barbot (P.), 46, 106, 120, 125, 253, 285, 295,411. Barbot (Mme C.), 45, 73, 77, 106, 145, 178, 181,204,245,253, 284, 285,301,309,386,395. Barbot (M. et Mme A.), 32, 63, 356, 384, 403. Baretty (Mlle), 52, 125, 141, 143, 178, 250, 266, 207, 275, 283, 310, 353, 362, 393, 425, 437, 439. Barnard (Mlle), 267. Barnbeck, 82. Baroche, 120. Barrault (Mlle), 410. Barré, 32, 47, 93. Barriellc, 100, 100, 145, 161,174, 189, 274, 310, 324, 329, 374, 393. Barrière (A.), 319. Barrière (J.), 23, 319. Barrière (T.), 119, 212, 209, 337. Barrit (G. -II.), 370. Barroilhet(P.), 344- Barthe, 98. Barthel (Mlle), 21. Barthélémy, 160, 318. Bartholoméus. 63. Bartholoni, 204. Bartholini (O.), 15. Basevi (A.), 308. Basile, 434. Bassano (Mme la duchesse de), 286. Basset (A.), 173. Basseux, 150. Bataille, 99, 338, 363, 387, 450. Batiste (E.), 46, 86, 118, 145,166. 219, 230, 236, 302, 318, 346, 354, 3*0,394, 402,406, 410,434,440. Batta (A.), 70, 79, 88, 101, 106, 143,238,346, 371. Batta (Mme C), 62, 79, 106, 143, 166. Battaille, 45, 69, 74, 78, 98, 120, 175, 100, 191, 26i, 337, 366. Battmann (J.), 294. Battu, 293, 358. BattujMlle M.), 14, 17, 21,45, 51, 61, 97, 117, 120, 136, 151, 152, 169, 182, 246, 270, 271, 318, 325, 345, 349, 351, 370, 384, 3S6, 393, 409. 417, 422,425,441. Baucardé, 47. Baudriller (Mlle), 101. Baumann fils, 449. Baumetz (Mlle M.), 53, 370. Baumgartner (W.), 418. Baur (J.), 22,31, 73,79,110,160. Bautain, 6, 258. Baute, 258. Baveri, S0, 432. Bavière (LL. MM. le roi et la reine de), 21, 163, 215, 287. Baze lies sœurs), 63. Bazin (F.), 81, 167, 195, 198, 270, 276. Bazzini, 23, 38, 39, 222, 230, 244, 262, 263, 294, 326, 338, 346, 441, Bazzoli, 231. Beale (W.), 31, 81, 302, 339, 418, 449. Beaslas, 276. Beau (Ml)eJ.), 109, 116,136. Beaubœuf, 109, 132, 133, 134, 135 136. Beaudoin (Mlle), 399. Beaulieu (M.), 145, 161, 166, 177, 190, 191, 391,392, 410. Beaulieu (Mme C.), 146, 150. Beaumont (A.), 229, 237, 238 262. 270, 273, 277,235,293,324,329, 337,345,377, 393, 441, 447. Beaumont (E. de), 6. Beautran, 191. Beauvallet, 152, 244. Bêcher, 160. Beck (C.), 206; 255, 339, 387, 450. Becker (J.), 3, 31. 32, 38, 46, 52, 101,145 219,261,262,287,347, 418,426. Beckers (M. et Mme), 74, 170. Becquié rie Peyreville 182. Béer (J.), 21. Béer (M.), 57. Beethoven, 15, 28, 29, 30, 35, 39, 44, 58. 69, 70, 74 78, 79, 88, 89, 90, 93, 97, 105, 106, 116, 120, 121. 125, 142, 145, 149, 150, 151, 159, 160, 161, 163, 174, 175, 187, 199, 206, 214, 223, 231, 244, 250, 251, 252, 254, 262, 263, 287, 310, 311, 324, 341, 342, 355, 376, 434, 435,442,448. Bégé (J.), 154. Behr (H.), 206. Bélart, 155, 206, 238, 254, 271. 277, Bélia (Mlle Z.), 161, 186, 213,274, 301, 374, 447. Bélin, 326. Bellecour, 101. Bellet (Mme), 32. Belletti, 238, 239. Bellini, 17, 106, 152, 214, 345, 349, Bellini (Mme E.), 277. Bellon (J.), 21. Belmontet, 81. Bélot (A.), 392. Belotti (L.), 430. Beltramelli (Mme), 15. Bélu, 92. Belval, 120, 145, 262, 273, 301, 324, 353, 357, 440. Bénard,47, 55. Benardaki, 111. Bénazet, 230, 271, 285, 294, 311, 324. Bender, 210, 311, 425. Benedetti, 147, 155. Bénédict, 93. 238, 246, 254, 279, 347, 387, 411- Bénédit (G ), 190. Beneventano, 83, 147, 206, 230, Bengraff (Mlle), 250. Benincori, 391. Bennett, 347. Benoist (F.), 6, 22,110,117,205. Benson, 14. Béranger, 350. Béraud (A.), 54. Bérendt (A.), 419. Berens (IL), 15, 31, 427. Berger (A.), 371. Bergson, 54, 126. Berini (Mme), 426. Bériot (de), 125, 178, 206, 254. Berlioz (H.), 2, 30, 39, 55, 61, 81, 131, 150, 167, 170, 230, 259, 284, 310, 311, 324, 334, 346, 377, 400, 416, 433. Berna, 93. Bernard (P.), 59, 213, 294. Bernard (l'abbé), 282. Bernard (de' Rouen), 110. Bernard (du Conservatoire), 258, 267. Bernardi (Mlle), 23, 71, 138,353, 371, 387. Bernardin, 72, 310. Bernier, 82, 01. Berry, 47. Berteu, 276, 402. Berthélemy, 354. Berthelier, 142, 152, 154, 158, 190, 237, 277, 301, 308, 318, 353, 394, 447. Berthoud (H.), 294. Bertillot, 352. Bertini (Mme A.), 54, 79, 106, 302. Berton, 409. Berton (P.), 78, 318. Bertrand, 63, 74, 338. Bertrand (J.), 277. Bertrand (Mlle L), 70, 120, 149, 166, 418. Besnier (de), 170, 198. Besozzi, 81, 160, 198, 219, 236, 268, 276, 294, 351. Besselièvre (de), 230, 263, 27S, 286, 324. Bessems (A.), 81, 117, 121, 343, 354, 425. Bessie-Hampton (Mlle L), 285. Besson (G.), 109, 131, 132, 133, 134, 135, 136, 137, 294, 333, 334, 335. Bethmann-Hollweg (de), 378. Bettini (A.), 91, 120, 148, 245, 277, 310, 403. Bettini (G.), 53, 71, 72. Bianchi (Mlle L.), 319. Bibès, 25S. Bido (Mlle A.), 239. Biétry, 166. Biéval, 143. Biéville (Mme de), 89. Bignon (L.), 211. Billet (A.), 244. Billing (de), 395. Binchois (E.), 344, 383. Binda (Mlle), 266. Binder (C.), 419. Bineau, 15, 47. Binfield, 38, 45. Binzeghi. 426. Biron (le maréchal de), 218. Bizet, 258. Blanc (A.), 70, 117, 149, 205. Blanc (Mlle), 267. Blangy (Mme C.), 176, 370. Blanvalet, 142. Bléau (Mlle), 15, 47, 55. Bléger, 275. Blein (le général), 26. Bleuse (C.), 146, 198,205. Blève, 295. Blevmann (Jllle), 33. Blondeau, 391. Blondelet, 170. Bluat (l'abbé), S0. Blumenthal (J.), 59, 60, 137, 263. Blummer, 102. Boadois, 23. Bocage, 13. Boccabadati (Mme), 23. Boccherini, 426. Boccherini (Mme), 231. Boccolini, 379. Bochkoltz-Falconi pime), 6, 45, 52, 63, 81, 106, 107, 146, 154, 160, 177, 347, 402. Bock (G.), 239, 434. Bock, (de), 47. Bock-Héintzcn (Mme), 155. Bocquillon-Wilhem, 25, 43, 196, 350, 351. Bodovillée (L.), 277. Boehner [L), 146, 182, 326. Boerkh, 305, 434. Boesendorfer (J.). 3. Bogulawski, 147, 394. Bohm, 276. Bohrer (L.), 146. Boïtldieu, 12u, 141, 161, 213, 273, 274, 326, 331. Boisgelin (le vicomte A. de), 154. Boisgontnier (Mlle), 119. Boi--seaux (H.), 287, 294, 324, 409, 417, 445,446. Roisselot (X.), 3, 14, 150. Boissier-Durand, 394. Boissy (de), 217. Bollaërd, 126. Bombes (de), 6. Bounani, 299. Bonnetti, 146, 169, 377, 394, 402, 405, 406. Bonfichi, 430. Boni-Bartel (Mme), 171. Bonjour, 150 Bonnefoy, 63, 419. Bonnehée, 45, 86, 237. Bonnesseur, 63, 121, 346, 384. Bonnet, 442. Bonnifas, 278. Bonno, 309. Bonoldi (F. , 32, 151, 162, 386. Bootsey, 26. Bordas, 145, 190, 294, 418. Bordeaux (S. Gr. l'archevêque de), 410. Bordèse (L.), 286. Bordogni, 315. Borelli (C.), 403. Borghèse-Dufour (Mme J.), 82, 214, 394, 419, 426 450. Borghi-Mamo (Mme), 11, 12, 15, 32, 82, 87, 91, 97, 109, 114, 136, 144, 155, 163, 170, 182, 206, 213, 214, 220, 222, 23S, 239, 245, 253, 277, 2S5, 310, 339, 387, 395, 409, 411, 417, 449. Bornier (H. de), 36. Borri (P.), 433. Borinianski, 118, 239, 325. Borzaga (Mlle), 387. Boschetti (Mlle), 32, 270. Bosio (Mme), 3, 171. Boskewitz, 295. Bosret (N.), 431. Bosselet, 47. Bossi, 231. Bott (J. F.), 239, 263. Botte (A.), 188. Bottesini, 23, 31, 247, 263, 295, 319, 325, 327. Boucan (de), 201. Bouché, 7, 162. Boucher (A.), 3S, 394. Boucher-Desnoyers (le baron), 35S. Boucherie (le docteur), 335. Boucherse, 332. Bondousquié, 170. Bouffé, 13. Boufflers (le duc de), 194. Bouilhet (L.), 331, 432, 433. Bouilly, 175. Boulangeot (Mme), 154,191. Boulanger (E.), 58, 324, 393, 417, 421, 422. Boulanger (de Lille), 162. Boulard, 259. Boulart (Mlle), 7, 14, 39, S2, 102, 155, 103, 188, 206, 222, 319, 338, 354, 363,371,378,387,450. Boulay (Mlle M.), 267, 275, 2S3, 319, 371. Bonlèse, 74. Boullard (V.), 14. Boulokhow plme), 191. Bounet, 331. Bourdeau, 276. Bourdon, 370. Bourgeois (A.), 11. Bourgeois (L.), 39,82. Bourges (M.), 162. Bourget(E.),170, 190. Bourgoing (de), 268. Bournonville, 295, Bousquet, 331. Bousquet pille), 303. Boulines, 162, 275. Boutoille (Mlle), 258, 259. Bouttier, 162. Bouvard, 32, 121. Bovier-Lapierre, 162, 326. Box (Mlle M.), 53. Boyer (P.), 121. Boyer (l'abbé), 146. Boymont, 55. 14 Brabant (LL. AA. RU. le duc et la duchesse de), 14, 47, 110, 170, 319, 434. Braga (G.), 6, 11, 12, 32, 154,222, 310, 378. Brahms, 427. Brambilla (Mme), 53, 138. Brandt, 126. Brandus(G-), 31,205,449. Brasseur, 13, 212, 417. Brassin (L.),23, 31, 37. 43, 46, 57, 62, 69. 92. 08, 137, 146, 151, 238,294, 300, 319. Braun (F.), 419. Breiting (H.), 442. Brémond, 155. Brenner (Mlle), 93, 419 427. Breschon (Mlle), 136. Brésil (J.), 3, 153, 369. Bressant, 79, 98, 119, 237. 319, 338. 401. Breteuil (le baron de), 297. Breuillé (Mlle), 2, 3. Brezowska (Mlle H.), 302. Briani (F.), 371, 419. Briard, 52. Bricard, 258. Brice, 302. Bridault, 222. Bright, 243. Brignoli, 1"0, 205, 222, 347, 395. Brindeau, 136, 269. Brinley-Richards, 23, 31, 74. Brisson (F.), 29, 116, 178, 213, 442. Brochant de Villiers, 62. Brohan (Mlle A.,, 79, 98, 169, 196, 230, 237, 244, 319, 338. Brohan (Mlle M.), 196, 262, 319. Brosig, 223. Brou de Lavessière (Mlle), 266, 267, 275, 283. Brouckère (C. de), 163. Bruge( de), 27(1, 33S. Brunaud, ,70. Bruneau (M. et Mme), 20, 394, 450. Brunet, 162. Brunet (Mlle M.), 14, 21, 30, 61, 109, 144, 151, 182, 189, 198, 206, 222, 23S, 310, 338, 402, 411, 433, 434,442, 449, 450. Brunswick, 3, 49. Bruyant. 177. Bruyssère, 82. Bryon d'Orgeval, 373. Buchet, 214. Buffet jeune, 132, 133, 134, 135, 136. BuhKJ. D.), 146. Bulow (H. de), 2, 7, 31, 44, 53, 62, 63, 88, 110, 426. Buloz, 152. Bunet. 275. Burchardt (Mme), 74. Burde-Ney (Mme), 31, 102, 155, 163. 170, 214, 254, 287, 378, 427. Bureau (A.), 3. Buret aîné (Mlle), 313. Burgmuller, 147. Burnand (Mme), 199. Burnouf, 306. Burrus. 276. Bury (Mlle), 230. Busnois (A.), 344. Bussi-Masset, 23, S2. Bussine, 23, 93, 318, 350, 354, 371, 403. Biitti, 387. Cabel (Mme M.), 14, 17, 61, 92, 100, 109, 144, 145, 158, 205, 213, 223, 229, 237, 254, 263, 270, 277, 338, 386, 394, 402, 40!), 417, 450. Cabrol (E.), 154. Caccini (J.), 415. Cagniard de la Tour (le baron Cagnoni, 327. Caillât, 331. Calabresi, 302. Calonne (E. de), 431. Calzado, 61, 91, 169, 245, 270, 301, 302. Calzolari, 7, 39, 47, 53, 71, 93, 432, 442. Camargo (la), 218. Catnauer, 385. Cambardi (Mme), 01, 99, 102, 278, 287, 302, 354. Cambon, 85, 414, 441. Cambridge (le duc de), 122. Campana (F.), 163, 170. Candia père (de), 425. Canis (C), 345. Canisius (Mlle), 63. Cantoni (V.), 277. Canus, 275. Capendu, 269. Capitain (R.), 47. Caponl, 58, 142, 178, 250, 206, 267, 414, 440. Cappa(A. J.), 14- Cappa (Mme Munoz-), 14. Cappello, 103. Carafa, 6t, 74, 81, 83, 167, 189, 250, 333, 393, 416, 450. Carcassonne (A.), 92, 102. Carignan (le prince de), 18, 416. Caristie, 221. Carman, 7, 147, 163, 222, 319, 347, 354, 371, 385,435, 450. Carmouche, 197, 238. Caroli, 430. Carré (M.), 21, 45, 67, 80, 114, 157, 158, 174,175,230,284, 294,315, 324,325,337,345,302, 410,417, 421, 422,425,437.438,441. Carré {ténor), 91, 214, 262, 270, 324. Carrion, 23, 39, 55, 102, 138, 155, 214. Carteron, 238, 324. Carvalho, 129, 145, 222, 237. Carvalho (Mme Miolan-), 14, 21, 45, 09,109, 120, 122, 129,136, 144, 163, 171, 182, 18!), 213, 214, 223, 230, 238, 247, 254, 270, 271, 278, 284, 286, 303, 310, 311, 320, 339, 345, 354, 355, 362, 370, 394 420. Casella (A. de), 92, 116, 154, 160, 449. Cash (Mme), 339, 347, 355. Casimir (Mme), 274,447. Caspers(H.', 14, 21, 30, 34, 45, 54, 284, 329, 395. Cassamovata, 308. Castegnier, 386, 391. Castel, 22, 78, 143. Castellan (Mme), 393, 395, 411, 419. Castellan (Mlle), 207, 275, 440. Castellano, 197. Castelli, 208. Castelmary, 39. Castiglioni (Mme), 430. Castil-Blaze, 334, 394. Catelani (A.), 278. Catelin (A.), 386, 403. Catherine de Russie (S. A. I. la grande-duchesse), 80 Cachet, 121. Caumont, 377. Caussade, 213. Caussemille (Mlle O.), 32, 83, 155, 244,311, 324, 371,410. Cavailhès (.Mlle1, 258. Cavaillé-Coll (A.), 4, 46, 169, 237, 238, 395, 410. Cavalier, 258. Cavallini, 263, 425. Cayallo (P;), 46, 376. Cave, 39. Cavos, 353, 379. Caye (Mlle J.), 161, 378. Cazat (Mlle), 78. Cazaux, 45, 145, 162, 204, 230, 275, 301, 309, 318, 354, 425. Cazot, 386. Cazotte, 217. Celano (le comte de), 281. Cellier (Mlle F.), 119, 258. Cerami, 270, 402. Céret (M. et Mme), 55, 122, 138, 1S9. Cerfbeer (A.), 3. Ceronetti (Mlle), 250, 434. Cesare, 319. Cesoles(le comte de), 262. Chabert (Mlle), 110, 136, 176, 370. Chall'et, 258. Chaine (G.), 54, 81, 9S, 142, 150, 160, 162, 191. Chaix-d'Est-Ange, 221,431. Chambon, 102, 449. Chamhord (le comte de), 294. Champon (Mlle D.), 22, 54, 119. Chapell, 122. Chaple, 371. Chaptal (le baron), 259. Chapuis, 74. Chardard, 318, 354, 419. Chardin, 259. Chardini, 314. Charles d'Autriche (S. A. I. l'ar- chiduc), 239. Charles, 82, 91, 214, 410. Charles (Mlle), 19S. Charlet, 425. Chariot, 323. Charpentier, 36, 258. Charreire (P.), 434. Charry (Mlle), 338. Chart (Mlle), 258. Charton-Demeur (Mme), 7, 23, 39, 53, 71, 80, 93, 111, 138, 183, 199, 206, 238, 239, 253, 277, 318, 371, 387, 395, 419, 440. TABLE ALPHABÉTIQUE Chartrain (H.), 434. Chaunier (Mme), 395. Chauvet, 258. Chelard, 93, 295, 386. Chenest, 69, 93, 146, 394, 426. Chéri (V.), 46, 141, 159. Chéri (Mme R.), 119, 144, 416. Chéron, 313. Chéron (L.), 27. Cherouvrier, 302. Cherreau (Mlle), 14. Cherubini, 39, 70, 117, 129, 155, 178, 206, 278, 311, 315, 339, 342, 371, 382, 394, 406, 411, 426, 435. Chevalier (H.), 362. Chevé (E.), 42, 43, 54, 65, 66, 81, 107, 108, 118, 161, 166, 168, 190, 194, 195, 196, 220, 221, 230, 236, 237, 431. Chevillard, 6, 14, 22, 35, 38, 54, 92, 101. 120, 150, 158. Chevillard (Mme A.), 418. Chiaramonte, 402, 406. Chilly (de), 229. Chimay (le prince de), 386. Chœl (Mlle), 258. Cholet, 422. Chopin, 29, 44, 58, 79, 81, 89, 98, 99, 105, 106, 117, 122, 125, 126, 138, 142, 150, 159, 160, 347, 411, 426, 442. Choquet (G.), 36. Choron, 25, 41, 196, 441. Christian, 229, 369, 448. Christiani (Mlle G ), 346. Ciampi (G.), 163, 188, 202, 206, 238, 271, 277, 347, 371 Cianchi, 295. Ciardi, 432. Cico (Mlle), 116, 136, 266, 440. Cimarosa, 34, 171, 183, 384. Clairville, 100, 109, 116, 228, 293. Clapisson, 81, 167, 293, 393, 416, 417, 421, 422, 434. Clauss (Mlle), 267. Clément (F.), 370. Clément (J.), 345. Clerc de Laudresse, 352. Clerck, 131. Clotilde (S. A. I. la princesse), 190. Cocchi, 202. Coche, 166. Coche (Mme), 88. Coche (Mlle), 267. Codelaghi, 93, 146. Cœilte, 163, 317, 378. Coenen (F.), 394. Cogniard frères, 337. Cohen (J.), 31, 97, 130, 169, 193, 222, 240, 293, 318, 329. Cohen (L.), 254. Cokken, 268, 331, 351. Colas (Mlle S.), 143, 353. Colasanti, 23, 94. 138. Colbrand (Mme E ), 249. Coletti, 231, 270, 346. Colin, 358. Collet, 27, 201. Collongues frères, 150 . Colmet d'Aage, 203. Colomer, 267. Colomyès, 213, 426. Colonne, 70, 207. Colson (Mme), 170, 371 . Comettant (O.), 32, 294, 386. Commerson, 120. Comte, 3. Comte (C), 238. Comte-Borchardt, 410. Concetti, 254. Conestabile, 408. Connerose (Mlle), 258. Constantin, de Russie (LL. AA. H. le grand-duc et la grande- duchesse), 23. Conte, 358. Cooper(W.),303. Coqueliu, 266. Corbari (Mme), 31, 81, 254. Cordier (A.), 213. Cordier (Mlle A.), 2, 39, 82, 91, 222, 285, 422. Corilla (Mlle O.), 262. Cormon (E.), S0, 100, 157, 15S, 230, 284, 293, 294, 307, 33S, 350, 425, 437, 438. Cornago, 311. Cornéiis, 3S5, 411. Cornet (J.), 302. Cornu (Mlle), 258. Cornudet, 221 . Coronelli, 299. Corradini, 318. Corri (H.), 82, 411. Corselli, 423. Corsi, 138, 442. Corsi (J.), 415. Cortesi (Mme A.), 231, 347. Cossmann, 244. Costa, 163, 330. Costan (Mlle), 326. Cotagni (A.), 109, 147, 319. Cottier (M.), 154. Cottin (E.), 254. Couder, 203, 268, 331, 351. Couderc, 100, 120, 145, 158, 237, 262, 270, 277, 307, 361, 393. Coulon, 221, 250, 357. Couperin, 127, 146. Couplet (J.), 146. Couqui (Mlle), 163, 214. Courcy (C. de), 153. Courtigis (le général de), 167. Courtois (Mlle), 214. Couvé-Rameau (Mme), 230. Coypel, 194. Crambade, 162. Crampton (S. J.), 145, Crémieux (H.), 14, 21, 30, 34, 337. Créquillon (T.), 345. Cressonnois, 442. Creutznach (Mlle), 203. Cristiani, 15. Croisez (A.), 54, 110, 126. Croisilles, 02. Crongny, 258. Crosnier 30, 173. Crosset, 7. Crosti, 50, 57, 117, 136, 159, 245, 262, 274, 293, 301, 371, 386, 394, 422. Croze (F. de), 63, 120, 230, 318. Cruise fmiss F.), 82. Cruvelli (Mme la baronne Vij 174. Cruvelli (Mlle M.), 287, 435, Cunio (A.), 325, 362, 368. Cuvier, 81. Cuvillon (P. de), 38, 52, 82 101, 116, 106, 178. Cyriali (L.), 198, 214. Czartoryski (le prince G.), 391. Czillag (Mme), 2, 63, 93, 144, 161, 163, 1S2, 189, 198, 238, 247, 254, 263, 277, 286, 302,319, 371. D Dall'Ongaro, 180, 411. Dalloz (P.), 294. Dambricourt (Mlle), 266. Damcke, 125, 394 . Damoreau (Mme\ 273. Damoreau (Mme AVekerlin-), 105, 150, 213. Dancla (C), 6, 54, 253, 377. Dancla (L.), 198. Danel (L.), 66, 67, 294. Danemark (S. M. la reine douai- rière de), 83, 138. Danglas (L.), 55, 82, 92. Danhauser, 190. Danhauser (Mlle E.), 170, 191, 213, 354, 435. Danielli, 403. Dantan, 324. Darder, 245. Darder (Mlle), 345, 301, 370. Dard (A.), 93, 121. Dargomitzki, 103, 215. Darjou(MlleM.), 6, 8S. Danois (A), 324. Daudoird (Mlle), 337. Daussoigne-Méhul, 55, 63, 117. 166, 385. Dauvergne, 226. Dauverné, 268, 331, 351. David (F.), 3, 36, 77, 106, 136. 161, 162, 107, 319, 394, 419. David (G.), 82. David (de Leipzig), 355, 3S7 395, 442. David [de Bordeaux), 47. David [de Rome), 35S. David (du Cotiser v.), 267. David (Mme), 138. Davidoff, 15, 395, 442. Davin, 261. Davioud, 92, 161. Debain, 62, 73. Debassini, 7, 23, 39, 53, 71, SO 13S, 353, 442. Debillemont, 116, 294, 402, 418. Decaroli, 231. Deffès (L.), 2, 20S, 351. Defontaine, 154. Defournaux(MUe), 89. Defrance. 70. Dehn, 255. Deichmanu, 247. Dejaure,129. Déjazct (Mlle), 13, 49, 72, 136 101, 131,417. Déjazet (E.), 46, 59, 136, 154, 190, 285, 370, 449. Dejean, 278. Dejean (Mme J.), 387. Delachapelle, 319, Delacour, 182. Delafield (Mme), 207. Delafontaine, 386, 410, 449. Delafosse (Mlle), 89. Delage (Mlle), 258. Delahaye (J.), 245, 325, 353. Delaistre (Mlle), 197. Delamarre :H.), 154- Delamarre (de Nancy), 198. Delannoy, 212. Delannoy (du Conserv ), 267. Delaporte (E.), 2, 61, 81, 160, 198, 219, 236, 243. 262, 268, 269, 277,303, 331, 351, 352, 410. llelarroqua, 402. Delaunay, 119, 244, 401. Delaunay-Ricquier, 88, 205, 210, 221. 337, 353. Delavigne (C), 369. Delcaïup (Mme), 43. Deldevez, 30, 62, 16J. Deléchaux (Mme), 93, 319, 347. Delestre-Poirson, 3. Delibes (L.), 46, 63, 262, 301, 337, 441. Delille, 150. Delille (Mlle), 145. Délia Costa, 319. Délie Sedie, 102,138, 155, 403. Deloffre (M. et Mme), 40, 150, 363. Delpeuch, 419. Delsarte (F.), 81, 126, 268, 351. Delteil, 370. Delvil (Mme), 15. Demersmann, 28, 38, 102, 179, 270, 319, 362. Demotz de. la Salle (l'abbé) , 25. Deneux (J.), 23, 182. Denière, 221 Denis (A.), 220, 238. Denue-Baron, 278. Dennery, 13, 37, 72, 161, 229, 293, 294, 369. Depassio, 15, 32, 74, 92-, 403. Depoitier, 82, 93, 147, 319, 346, 347, 419, 450. Deprès (J.), 344, Depret, 254. Dérivis, 82. Derval-Dobigny, 203, 318. Derval (d'Angers), 121. Derval (Mllei, 120. Dervieux, 267. Desarbres (N.), 310. Deschamps (E.), 45. Deschamps (T.), 262. Desgranges (E,), 205, 301. Deshaves (Mlle), S9. Deshays-Meifred (Mlle), 259, 267. Désiré, 51, 116, 136. Deslandes (P.), 369. Deslandes (R.), 61, 182. Deslandres (A.), 190, 245. Desmaisons (Mlle E.), 38. Desmonts, 186. Desmonts (Mme), 72. Desm.ittes, 47. Desplaces (H.), 39, 147. Desplécbin, S5, 414. Desquenes, 319. Desrieux, 144. Dessauer, 183. Dessof (A.), 7, 271. Dessoir, 319. Desterbecq (Mlle), 39, 3i8. Destribaud. 3. Desveaux, 371. Deswert (J.), 101, 106. Deulin, 116, 145, 151. Devaux, 14, 203. Devaux (Mlle), 162, 302. Devençay (Mlle M.), 154- Devisme, 313. Devoyod (Mlle), 330. Devrient (E.), 325. Diaz, 190. Didio, 244.' Didot (F.). 278. Didron, 2S2. Diémer, 258, 440. Dieu (A ), 69, 70, 142. Diet-ich (A.), 277. Dieisch, 30, 37, SI, 167, 173, 213, 406. Dimier, 276. Dinaux, 229. Dingelstedt, 101, 325, 3S6, 411. Diogelstedt (Mlle J.-L.), 370. Dittersdorf, 214, 309. Dobré (Mlle). 55. Doche (Mine), 37, 100, 310. Doehler, 99. Doerschel, 244. Dolbv (Mme Saiuton-), 02, 73, 79, 182 1S9, 239, 425. Dolmeuch (F.), 190, 213, 326. Dombrowski, 101, 116. Domergue (Mlle), 198, 214. Doni (B.), 415. Donizetti, 2, 59, 125, 136, 153, 163, 169, 173, 188, 206, 214, 231, 262, 330, 344, 354, 355, 395, 403. Donjon, 150. Donon, 170. Donval, 74. Doppler, 3, 255. Dorette, 430. Dorgeval, 82. Dormeuil père, 433. Dorn (A.), 326, 371, 394. Dorus, 70, 142, 191, 276. Dorus (Mme), 273. Dorval-Valentino, 450. Dorville (Mlle), 32. Dottini (Mme), 2, 34, 106, 353, 384, 450. Dotzauer (J.-F.), 110. Douai (R.), 116, 117, 142, 144, 177. Doucet (C), 393, 401. Douglas (Mlle), 353. Douhard (Mlle), 47, 63. Doyen, 81. Dragoni, 37. Drake, 295. Dreyer (A.), 277. Dreyfus (Mlle C), 46, 302. Dreyschock (A.), 39, 55, 63, 89, 94, 102, 111, 125, 138, 155, 434. Drouelle, 132. Droysen, 46. Duban, 361. Dubarry, 336. Dubois, 190. Dubois (le comte), 132, 167, 332. Dubois (Mlle E.), 117. Dubois-Desoër (Mme), 5. Dubouchet (Mlle), 212. Duboys (J.), 99. Dubreuil (E.), 317. Dubruel, 337. Du Camp (M.), 441. Duchaumont (M. et Mme), 426. Uuchaurnont fils, 138. Duchemin Boisjousse, 182. Ducrest (Mlle M.), M6. Dufay (G.), 344, 383. Dutils (L.), 31, 46, 52, 198. Dufossez (Mlle), 162, 302. Dufour, 205, 432, 449. Dufrêne, 268, 351. Dufresne, 61, 81, 102, 120, 222, 250, 324. Dufresne (A.!, 197, 209, 221, 325, 337, 362, 371, 399,450. Dufresnoy (Mlle), 363. Dugué (F.), 13. Dugnet (J.), 214. Duhem, 326. Duhot, 258. Dulaurens, 230, 338. Duluc, 63. Dumaine, 72, 153, 245, 294, 318. Dutnanoir, 72, 144, 294, 324, 421, 422. Dumanoir (le vicomte K.), 154. Dumas (A.). 37, 45, 49, 73, 80, 204, 212, 229, 417. Dumas fils (A.), 416. Dumas (Mlle F..), 74, 170, 363. Dumestre, 45, 221, 222, 293, 345. Dumont, 63, 263. Dumont-Fier, 3. Dunstaple, 383. Dupart, 169. Dupin (le baron C), 110. Dupin (H.), 421, 422. Dupin (Mlle), 266, 267. Dupire (Mlle), 258, 302. Duplan, 266. Duponchel (H.), 153. Dupont (E.), 61. Dupont (P.), 101, 269. Dupont (de Bruxelles), 278. Duport, 318. Duprat, 39. Duprato, 3, 126, 277, 324, 441. Duprez (G ), 137, 145, 151, 173, 310, 393, 434. Duprez (E.), 137, 434. Duprez (L.), 310. Dupuch (P.), 136, 213. Dupuis (J.), 31, 46, 69, 166. Dupuis (dit Gymnase), 119, 180, 353. Dupuis (du théâtre Véjazet), 59, 181. Dupuis (de Lille), 162, 302. Dupuy (Mlle), 73, 82, 93, 163, 245, 354, 363, 387, 435, 450. Durand (A.), 58, 81, 98, 300, 370. Durand (Mlle L.),337. Durand-Fordel (le docteur), 331. Durand-Eperclic (Mme), 162. Durant (Mlle), 267, 316. Durci (le chevalier de), 207. Durrner (J.), 3. Dussargues, 426. Dussy (Mlle M.), 120. Dustmann-Meyer (Mme), 39,287. Dutertre, .'28, 238. Dutsch, 303. Duval (Mlle A.), 13. Duverger (Mlle), 72,136. Duvernois (A.), 61. Duvernoy (A.), 92, 266, 311. Duvernoy (E.;, 267, 440. Duvernoy (H.), 434. Duvernoy (de l'Opéra-Comique), 308. Duvernoy (des Bouffes-Parisiens), Eberhoffer, 311. Eberius, 311. Ecbeverria, 230. Eck (F.), 408. Eckert, 3J6, 339, 347. Edelestand du Méril, 228. Edenska (Mlle), 325, 370. Edmond (C), 285, 292. Edmond (le docteur), 270. Egerton (S.), 7. Eggeling (Mlle), 263, 303, 355. Kicliflberg (C), 239. Eichoff, 290. Elfrique, 276,402. Ellinwr (Mme), 215. Elmire (Mme), 15, 92. 102, 319, 419. Elwart (A.), 6, 54, 81, 162, 170, 268, 285, 319, 338, 341, 342, 351, 376, 418. Ely, 362. Emant, 38. Emminger, 74. Emon (Mlle), 39, 83. Empis, 21. Enequiste (Mlle), 266, 267. Engel (L.), 23, 31, 74, 81, 239, 263, 271, 295, 311, 318. EngsMd, 11. Enke (H.). 22. Eperche (Mlle), 403. Erambert (Mlle), 23, 39, 82, 93, 363, 426, 435. Erard, 131. Erber, 263. Erdœdy (la comtesse d'), 187. Erk (L.), 11. Erkel (F.), 74. Erlanger, 301, 441. Ermel, 81, 167, 198. Ernst, 244, 394, 418. Escudier (L.), 426, 449. Eslava (don H.), 397. Espagne (S. M. la reine d'), 387, 402, 441. Espaignet, 100, 318, 354. Espin y Perez, 259. Espinosa, 229. Essler (Mlle J.), 100. Ett (G.), 93. Ettling (E.), 162. Eugénie (S. M. l'Impératrice), 86. 92, 110, 169, 278, 318. Everardi, 23, 71, 80, 138, 144, 155, !63, 206, 214, 238, 254, 277. Evers (C.], 2S7. Fabian, 121. Fabre, 121. Fabri (Mme), 419, 430. Fabricca, 277. Fa£el (Mlle), 198. Fagotti, 147. Faivre (Mlle), 175, 221, 245, 284, 316, 324, 353, 439. Falcon (Mlle), 210. Fantacchiotti (E.), 278. Fargueil (Mlle), 100, 385 . Farrenc (A.), 179, 1S0, 294. Farrenc (Mme V.), 3. Fasch, 214. Fauconnier, 2, 99, 386. Faure, 5, 17, 45, 70, 92, 97, 100, 109, 120, 122, 144, 163, 170, 198, 214, 220, 223, 238, 271, 277, 285, 301, 309, 311, 318, 324, 373, 386, 394, 402. Fauré (G.), 277. Fauré (Mme Brière-), 85, 169, 182. Faux, 287. Favarger (R.), 285, 362, 368, 386, 424. Favart (Mlle), 180, 262, 319, 401. Febvre, 353, 433. Fechter, 72, 100. Fel (Mlle), 218, 225. Félix, 72. Félix-Mélotte (Mme), 230. Fenelli, 3. DES NOMS. Féré (O.), 176. Féret, 354. Ferket, 47, 63. Ferlendis, 430. Ferai frère et sœurs, 23, 53, 54, 72, 94, 111, 138, 147, 295, 340. Fernkorn, 326. Ferrand (Mlle), 89, 121 . Ferranti (Z. de), 6, 44. Ferraris (Mme), 2, 86, 109, 204, 212, 229, 237, 254, 277, 284, 293, 361, 370, 386, 433. Ferreyra (Mlle J.), 229, 369, 393, 448. Ferri, 47, 170, 205, 222, 347, 385. Fesca, 142. Fétis père, 6, 19, 47, 53, 54, 57, 63, 78, 89, 90, 91, 101, 131, 138, 143, 158, 159, 167, 186, 187, 214, 223, 233, 242, 259, 342, 344, 346, 347, 391, 408, 409, 410, 411, 435, 441, 450. Fétis (A.), 110, 121, 137, 142. Fétis (E.), 434. Feuillet (0.), 100, 119, 182, 209, 385, 393, 416. Féval (P.), 294, 318. Fichel (Mme E.), 354. Fichu, 275. Field, 159. Figeac (Mlle), 244. Filey (Mlle), 147. l'illutte-Loraux, 129. Filliette (Mme H.), 419. Filliol, 91. Fillon (Mlle M.), 72, 181. Fillonneau, 198. Finoli (Mlle), 154. Fioli (Mme G.), 277. Fioravanti, 147,206, 231, 299, 347. Fiorentini (Mme), 31, 74, 319. Fiorentino, 22. Fioretti (Mme), 53, 13S, 353, 379, 387, 411,425, 432, 442, 450. Fischoff, 285, 370. Fissot, 258. Fix (Mlle), 79, 98, 136, 180, 244. Fizelicr, 244. Flahaut, 276. Flamand, 246. Flan (A.), 286. Flandin, 204. Flandre (S. A. R. le comte de), 110, 170, 238. Flaubert (G), 431. Fleury (Mlle E.), 119, 262. Flexmore (R.), 310. Fliege, 239. Florenza, 254, 354. Flotow (de), 7, 15, 29, 32, 47, 54, 62, 74, 81, 82, 83, 92, 93, 101, 103, 108, 120, 122, 136, 144, 153, 154 , 169, 170, 170, 178, 179,183, 190, 191,205,214, 223, 230, 231, 246, 247, 278, 285, 286 , 295, 300, 301, 303, 311, 325, 343, 353, 362, 370, 371, 378, 386, 403, 419, 424, 434. Flynn (Mlle), 254. Folz, 263, 302. Forest, 19S. Forey (le général), 278. Forgues (E.), 105, 126, 142, 162, 178,442. Formés (K.), 311, 326, 339, 371, 419. Forst, 255. Forti (A), 3. Fortuna, 45, 69, 137, I69. Fossey, 294. Foucher (V.), 81, 167, 198. Foulon, 3S, 203. Fourcade, 275, 440, Fournier (E.), 186. Fournier (M.), 337. Fournier (Mme), 262. Frackmann (W.), 434. Framery, 27. Franchomme, 21, 28, 44, 70, 110, 126, 150, 262, 434, 449. Franck aîné, 4. Franck (J.), 46, 81, 99, 169, 346, Franco-Mendés (J.), 38, 62, 120, 137, 150, 154, 160, 166, 178, 286, 293, 310, 354, 450. François, 222. François (Mlle H.), 121, 141, 191, 286, 295, 310. Francon, 383. Frankenberg (Mlle), 147. Frantz, 10. Frantzen, 267. Fraschini, 15, 103, 213, 395, 419, Frassini (Mlle), 122, 155, 1G3, 191, 214, 223, 255, 302. Frédérick-Wilhelm, de Prusse (S. A. R. le prince), 171. Frelon (A.), 246, 300. Frémeaux, 302. Fréret, 250. Frescobaldi, 146. Frezzolini (Mme), 47, 190. Fricdbei'g (Mlle), 271. Frison (Mlle), 21 . Fritsche, 261. Fritze, 23. Frizzi, 155, Fromant, 45, 210, 221, 337, 305. Frondoni, 246. Fuertés idon M. S.), 362, 398, 399, 415, 423. Fumagalli (A.), 69, 435. Fumagalli (L.), 14, 32, 38, 54, 69, 155, 435. Fumagalli (Mme), 386. Furpille, 213, 226, 402, 418. Furstenow, 47. Fuzelier, 201. Gabriel, 210, 221. Gabrielli (le comte N.) , 2, 145, 151. Gade,55, 199, 393. Gaëtani (le marquis), 181. Gaillard (Mlle), 331. Galetti-Gianoli (Mme), 311. Galilée (V.), 415. Galin, 41, 42, 43, 65, 167, 194, 195, 221. Galiotti (G.), 403. Galitzin (le prince G.), 239, 303. Galles (S. A. R. le prince de), 395. Galli (F.). 249. Galli (Mme), 146. Galli-Marié (Mme), 39, 162, 198. Gallino (Mlle), 267, 275. Gallois, 267. Galois, 23. Galoppe d'Onquaire , 59, 213 , 352 Galvani, 163, 18S, 206, 347, 363. Gambale, 26. Ganesco (G.), 254. Ganuzza(J.), 162. Ganz(M.), 394. Garcia, 146. Gardoni, 12, 17, 34, 61, 144, 169. 189, 223, 238, 270, 325, 330. 345, 349, 384, 402, 406, 425, 449. Garibokli, 346. Garimond, 150, 166, 177. Garique, 275. Carreau, 81. Gasc (M. et Mme), 162. Gasse(H.), 342. Gasser, 258. Gassier (M. et Mme) 144, 190, 206. 214, 220, 23S, 254,277. Gastineau (B.),285. Gastinel (L.), 31, 46, 186, 203, 325. Gautier (T.), 71. Gautier (E.), 237, 277, 307, 434- Gautier (F.), 170. Gautrot, 131,246. Gavaudan ainée et cadette (Mmes), 313. Gavaux, 175. Gay (Mlle), 363, 371. Gazzaniga-Malespina (Mme), 277. Geffroy, 153, 293, 401. Geibel, 403. Geismar (Mlle), 346, 378. Génat (Mlle), 345. Gênée, 261. Genest (Mme), 46. Génin, 275, 426. Gentili (R.), 427. Geoffroy (du Gymnase), 336. Geoffroy ( du théâtre Dcjazet ) , 325, 402. Geoffroy (Mme C), 189, 293. Geraizer, 267, 414- Géraldine (Mlle), 59, 177, 285. Géraldy, 31, 120, 141. 142, 1S2, 198, 2S7, 302, 302, 370. Gérard (E), 14. Gérardy-Saintine, 291 . Gerbert, 382. Germain, 326. Geiminy (le comte de), 62. Gérôme, 154. Gerpré, 63, 346, 378, 3S4, 403. Gervais (C. H.), 194. Geslin (de), 42. Gevaërt, 2, 3, 4,80, 100, 120, 136, 157, 158, 167, 223, 254, 294, 434. Ghilain, 275. Giacometti (P), 197. Giannini, 277. Giaquinto, 68'. Gibclli, 263. Gide (C), 81. Gigout (E.), 277. Gil-Perez, 13, 145, 202, 417. Gilbert, 22. 15 Gille (P.), 38, 51, 209, 213, 226, 362, 371, 399. Gillette, 53. Gilliess (Mlle L), 150, 294, 362. Gio (C.), 319. Giovanni (de), 147 . Giozza, 103, 111. Giraldoni, 15, 47, 53, 91, 93, 138, 230. Girard, 259. Girard (N.), 29, 30. Girard (Mme veuve), 100, 136. Girard (Mlle), 115, 210, 221, 317, 324, 325, 393. Girardin, 258. Girardin (Mme E. de), 142, 144 Girardot, 210, 316, 317, 325, 353, 439. Girardot (Mlle), 258. Gits, 326. Giuglini, 2, 6, 21, 30, 144, 163, 170, 206, 214, 2J8, 277, 278, 339, 371, 3S7, 403,419, 435. Gleichauff, 38, 78, 434. Gliémann (G.), 22. Glinka , 80 , *03 , 109 , 239 , 379, 435. Glogguer (C), 81, 8S, 378. Gluck, 2, 32, 39, 44, 78, 90, 108, 113 , 127 , 152 , 199 , 202, 200, 217, 223, 231, 245, 246, 254, 259, 271, 309, 313, 325, 377, 378,387, 411, 417. Gobelin, 258. Godard (B.), 106. Goddard (miss A.), 93, 206, 223, 239, 449. Godefroid (F.), 88, 419. Godefroy, 259. Godfrend (Mlle), 310, 434. Godfrin, 260, 283. Goethe, 113, 239, 295, 355, 400, 447. Goldner, 450. Golle, 425, Gollmick, 311. Gombert (N.), 345. Goossens, 183. Gordigiani (L.), 182. Goria (A.), 213, 246, 434. Goria (Mme), 434. Gossec, 54 , 297, 298, 313 , 314, 315, 441. Gosselin, 54, Got, 36, 120,136, 204, 244, 352. Gottschalk, 32. Goubaux, 3. Goudboz, 162. Gouffé (A.), 21, 62, 70, 146, 149, 203. Goumas, 109, 132, 133, 134, 133, 136. Gounod (C.), 2, 3, 38, 45, 53, 55, 61, 67, 68, 69, 81, 97, 117, 136, 145, 150, 152, 154, 167, 196, 198, 213, 230, 261, 262, 276, 284, 302, 310, 362, 394, 410, 411- Gourdin, 250, 266, 267, 2S3, 414- Gourdon, 101, 103. Geurdon'E.),281. Gozio de Solence, 430. Gozlau (L.), 144, 371. Gozora, 230, 294. Graat, 154, 191. Graff, 263. Grandval (Mme la comtesse de), 169. Grange (E.), 38, 51, 182, 269, 277. Grange (MlleC.), 46. Granier, 162. Granler (Mlle I.),120. Grassau (Mme), 47, 198, 450. Graun, 155. Graziani (le comte M.), 39, 271. Graziani (F.), 6, 12, 21, 32, 51 54,87,91, 106,117, 120, 136, 147, 150, 154, 169, 170, 198, 206, 223, 230, 238, 246, 270, 325, 326, 353, 361 , 370, 377, 3S6, 402, 409, 422, 425, 441, 449. Graziani (L.), 15, 103, 3S7. Grazzini (Mlle), 47. Grédelu, 93. Grégoir (F.), 442. Greive, 82, 99, 159, 311, 324. Grell, 214. Grétry, 5, 55, 99, 122, 261, 276, 371, 403. Ori|let, 346. Grillon, 317. Grillparzer, 346. Grimminger, 83. Grinswell. 347. Grisar (A.), 2,161,294,393. Grisi (Mme G.), 17, 170, 19S, 214, 222, 238, 277, 371. Grodvolle, 244, 2S4, 311. Groot (de), 181, 245, 293, 294. 1G Gros (A.), 409. Grossmann (C), 295. Grus, 205. Guardi, 175. Gudin, 333. Guédron, 70. Guérette (Mlle E.), 238, 202, 346, Guérin, 6. Guérin (de Cille'), 47. Gueymard, 53, 73,86, 145, 204, 253, 2G2, 273, 301, 353, 357, 386, 393, 401, 417, 433, 441, 449. Gueymard ;MmeLauters-), 53, 80, 86, 100 , 120, 136, 145, 153, 223, 293, 309, 324, 345, 377, 425, 449. Guglielmi, 15, 61, 73, 79. Gui d'Arezzo, 382. Guiaud (Mlle), 311. Guicciardi, 15, 319, 347. Guicciardi (Mlle J. de), 187. Guichard, 317, 336. Guidon frères, 154. Guillard (L.), 403. Guillaume. 295, 347. Guillemot, 154. Guilmant ( A. et Mlle L. ) , 302 , Guing'and (Mlle de), 326. Gutmann (A.), 178. Guttierez (E.), 246. Guyon (E.), 125. Guyon(Mme), 180, 293, 317, 401. Cuyot, 53, 116, 391. Gye, 93, 109, 122, 136, 144, 222, 223, 303. H Habeneck, 341, 408. Haendel, 23, 36, 73,79,80,89, 90, 91, 14C, 155, 189, 199, 206, 214, 233, 239, 354, 377, 378, a03, 411, 435. Haeser, S2. Hainl (G ), 110. Haitzinger, 174. Haitzinger (Mme), 138, 147. Halanzier, 63, 147, 346, 384. Halarypere, 109, 132, 133, 134, 135', 136. Halary, 191. Halbleid, 59, 190, 212, 402. Halévy (F.), 30, 81, 109, 131, 160, 167, 177, 198, 214, 219, 231, 276, 325 , 326, 333, 358, 365 , 374, 416. Halévy (L.), 285. Hall (le baron de), 82. Halle, 182. Hamackers (Mlle), 88, 120, 145, 221,245,353, 357, 370. Hamilton (la duchesse), 271. Hammer(R.), 106, 126, 142, 160, 394, 441. . Hammerstein, 102. Hanf, 206. Hanslick (le docteur), 310. Hanssens (C.),155, 163, 170, 246, 319, 411. Hardouin (Mlle), 267. Harriès-Wippei'n (Mme), 102, 271. Harrison , 82 , 310, 363, 371, 395, 435. Hartmann (P. E.), 74, 244. Hartog (E. de), 21, 101, 138,188. Hartung, 407. Harvin, 39, 121, 346, 378. Haslinger (K.;, 22. Hasse, 160. Hasselmans, 55, 261, 426. Haszler (L.), 219. Hatton, 31. Hausmann, 302. Haussmann (S. E. le préfet de la Seine), 145, 153, 276, 285. Hauteroohe, 307. Haydn, 29, 32, 35, 58, 70, 74, 77, 80, 81, 90, 101, 120, 126, 146, 214, 246, 276, 325, 341, 362, 377, 386, 430. Hayet, 110, 318, 354, 386. Hébert, 130. Héblot, 258. Heiberg (J.-L.), 326. Heid, 270, 402. Heinisch (Mme), 309. Heinroth, 11, 43. Heintz (J.), 54, 107. Hélène de Russie (S. A. I. la gr.- dii' liesse), 15, 215, 311. Hell'éricli (Mlle), 214. Heller (S.), 78, 105, 142, 160,190, 238, 270, 271, 283. Hellmesberger, 74, 131, 427. Henkel, 206. Henri, 205. Henrichs, 346. Henri™ (Mlle), 6, 262, 441, 449. Henrion de Solènes, 278. Henrotay, 63. Henselt, 213. Hensler (MmeE.), 81, 103, 277. Hantschel (E.), 3, 11, 67, 374, 375. Héquet(G.), 52, 81,160,167,402. Herbeck, 213, 419. Herluison (Mlle), 266, 267. Herman (A.), 6, 16, 36. 46, 70, 78, 79, 81, 98, 117, 126, 152, 153, 177, 302, 343, 362, 426. Hermann, 276, 395. Hernandez, 275. Hernoud, 267. Hérold, 197, 204, 209, 221, 310, 326. Hérold (Mme veuve), 102. Herrenschneider, 205. Hersant (Mlle O.), 110, 378. Hervé (F.), 170, 205. Herwyn (M. et Mme H.), 6, 38, 63, 230. Herz (H.), 43, 52, 98, 102, 161, 206, 213, 267, 287, 310, 402. Herz (J.), 213. Hess, 259, 267. Hess (J.-C), 146, 246, 300, 303, 409. Hesse (LL. A A. RR. le grand-duc et la grande-duchesse de), 287. Iletsch, 254. Heugel, 5. Heugel (Mlle A.), 302. Heurard, 258. Heyberger, 261. Heyligenstadt (Mlle de), 163. Heymann, 425. Hicntzsch, il. Higli, 411- Hignard (A.), 54, 294, 301, 315, 316, 441. Hilger, 206. Hille, 214. Hiller (F.), 74, 163, 200, 254, 411. Hiller-Mitchcll (Mme), 403. Hilliard (Mlle), 190. Himy (Mlle), 448. Hitzmanu, 275. Hochstettcr (F.), 277. Hocmelle (E.), 6, 22, 62, 78, 346. Hoelck (Mlle), 102. Hoffer-Kohler (Mlle), 259. Hognet, 287. Hollande (S. M. la reine douai- rière de), 93. Kollassy (Mlle), 435. Holm (Mlle), 207. Holmes frères, 171. Holtzem, 186. Homps, 122. Hooghe (d'), 32. Hopdé (Mrnrl, 102. Horschelt (A.), 278. Horstig, 366. Horzalka, 346. Hostein, 37, 181, 222. Hubert (J.), 196, 351. Hucbald, 228, 382. Hucca (Mlle), 206. Huerta, 318. Huet (Mlle V.), 6, 45, 73. Hugo (V.), 3, 45, 88, 143, 281, 378, 448. Hulsen (de) , 102. 402, 426, 434. Humbert (Mlle L.), 101. Humblot, 63. Humboldt (de), 286. Hummel, 70, 93, 122, 142, 166, 244, 270. Hiiuten, 108. Hurand, 118, 391, 402, 400, 410. Hnry-Haigh, 7. Hutschenruyter (Mlle. H.), 3. Hyacinthe, 13. I Ikelmer (A.), 205. Imbault (Mlle), 259. Ingelwrg-Starck (Mme), 23. Inkli (Mlle I.), 199, 363. Isbert, 135, 136. Isidore de Séville, 359. Ismaël 32, 386. Ismaël (Mme), 39. Isnard (Mme), 23, 93. Jachmann-Wagner (Mme), 287. Jackson (Mme A.), 223. Jacob (V.), 110, 132, 133, 134, 135, 136. Jacobi (G.), 52, 54, 73, 88, 140, 161, 166, 178, 402. Jacoby (H.), 450. Jacquard (L.), 6, 22, 29, 38, 54, 58, 70, 73. 79, 92, 126, 142, 271, 310, 311. Jacqueminot (le général), 277. Jacques (Mlle), 38. TABLE ALPHABÉTIQUE Jadassohn, 419- Jaëll (A.), 46, 54, 62, 73, 81, 87, 88, 101, 106, 111, 121,137, 141, 170, 183, 263, 287,300, 347, 418. Jahn (O.), 74, 205, 394. Jaillet, 252. Jalheau, 63. Jallais (A. de), 22, 285. Jancourt, 191. Jandeau. 276. Jansenne (Mlle), 449. Jaspar, 63. Jauner-Krall (Mme), 163, 247. Javal, 81. Jean (d'Amiens), 258. Jean-Paul, 116, 186, 399. Jeliotte, 218, 225, 242. Jeltsch (C), 386,431, 442. Jenneval, 37. Jérôme, 47, 63. Jessel (A.), 277. Joachim (J.), 15, 63, 147, 183, 206, 255, 419, 427. Johannsen, 183. John (C), 246. Joiuville (Mlle), 313. JolietfH.), 292. Jolly (Mme de), 47, 55, 338. Joly, 258. Joly (A.), 277. Jomard, 81, 167, 350, 351. Jomelli, 202, 214. Jonas (E.), 268, 351. Joncières (V.), 190. Jones (W.), 290. Jorris, 426. Jouard (M. et Mme), 82, 154. Jouassin (Mlle), 244. Jourdan, 6, 36, 80, 99, 166, 189, 191, 237, 270, 319, 338, 354, 363, 371,378,387,435,450. Jouvin (B.), 188. Juclier, 198. Jue, 42. Juillerat (P.), 13. Julian (T.), 100. Jullien, 22, 38, 62, 81, 92, 102, 109, 122. Jullien (Mme veuve), 121, 271, 294. Jullien (Mlle), 101. Jung(L.), 287. Jung-Guibert (Mme L.), 137, 159, 302. K KadefO.), 394. Kaiser, 32. Kalergis (Mme de), 81. Kalkbrenner (A.), 31, 108, 310. Kalliwoda, 81,160. Kanschine (D.), 205. Kap.y (G.), 213. Karoly (Mlle), 336, 309, 440. Karr (A.), 37, 72. Kaschpéroff, 32, 161. Ka*tner (G.), 14, 81, 163, 167, 203, 227, 333, 370, 394, 410, 416. Kastner (Mme Escudier-), 324, 338, 371. Katow (Mlle de), 126, 347, 371. Katto (Z.-B.), 346. Kéerkëmëty, 3. Kenneth. (miss), 103, 204, 230. Kéraniou (de), 144. Kerle (J. de), 93, 345. Kerne, 122. Ketten (H.), 6, 22, 29, 106, 137, 146, 150, 254, 449. Ketterer (E.), 6, 14, 22, 36, 46, 54, 62, 79, 88, 152, 246, 302, 3S6, 419. Riesling, 223. Kime, 433. Kindermann, 285, 287. Kiss-.loszi, 14. Klaproth, 290, 291. Klein, 90. 146, 203, 442. Klett, 367. Klosé, 222, 351. Koch (J.-F.-G.), 11, 367. Kock (H. de), 353. Koehler, 263. Koempel (A.), 38, 46, 61, 77, 81, 101, 105, 106, 107, 136, 142, 412. Kœnig, 6, 357. 378. Kœnnemann, 284, 324, 371. Kœster, 442. Kœster (Mme), 102, 223, 355, 3S7, 442, 450. Kœtlitz, 47. Kologrivoff (V.), 215. Kontski (A. de), 111, 271, 303, 432. Kontski (C. de), 117, 303, 432. Kopp, 369. Kortzer, 286. Kotschoubey (la princesse), 39,100. Kraeshner (E.), 254. Kral'zotr (J.), 125, 178, 204, 213. Krall (Mlle), 386. Kramer (C), 73. Kraty-Baschik, 418. Krausnick, 434. Krebs-Michalesi (Mme), 239. Krestowsky, 271. Kretzschmann, 131, 246. Kreutzer, 128, 129, 160, 219, 223, 236. Kreutzer (L.), 21, 166, 178, 354. Krug (D.), 378, 450. Kruger (G. I, 82. Kruger (W.), 38, 46, 58, 62, 73, 81, 106, 142, 146, 152, 160, 213, 278, 310, 386, 387. Kruger (le docteur), 214. Kûcken, 82, 160, 219, 236, 247, 363, 370, 376, 387, 449. Kuhl (Mlle A.), 38, 88, 106. Kuhne, 363. Kul, 247. Kune (A.), 326, 370. Kuniscli, 407. Labarre, 52, 376. Labat, 402. Labat (Mme V.), 47. Labaye, 132. Labbé (Mlle), 266. Labéda (Mlle C), 190. Labiche (E.), 330, 353. Labit (H.), 170, 206. Lablache fils, 286. Laborde (Mme), 15. La Bruère, 201. Laçassagne (l'abbé), 27. Lacaussade, 294. Lachner (V. et F.), 93, 111, 254, 311, 362, 371, 386, 411. Lack (L.), 277. Lacombe (L.), 46, 81, 92, 101, 105, 117, 120, 137, 142, 160, 197, 213, 219, 238, 302, 354, 376, 419, 448. Lacombe (Mlle), 213, 261. Locourt (Mme), 82. Lacressonnière, 353. Lacressonnière (Mme), 11. I.a Fage (A. de), 42,81, 205,351. Laferrière, 37, 153. La Ferté< (de), 297. Lafeuillade, 55. Lafon (Mme), 15, 111, 147. La Fons-Melicocq (de), 257. Lafont, 49, 119. Lafont (C), 182. La Fontaine, 68, 182. Lafontaine, 37, 180,197,203,416., Lafranque (Mlle), 403. I.agai'de (P.), 136, 1S5. Lag^t, 39, 253, 275, 393, 422, 449. Laaet-Planterre (Mme), 145. Lagier (Mlle S.), 153. Lagnier (Mlle), 213. Lagramanti (Mlle), 285, 450. Lagrange (Mme A. de), 80, 362, 387, 395, 403, 411, 442. Lagrange (Mme), 353. Lagrua (Mlle E. de), 15 , 23, 39, 47, 53, 80, 93, 111, 138, 147, 155, 163, 183, 199, 206, 230. 221, 239, 253, 277, 310, 353, 371, 387, 425, 432. Laguesse (Mlle), 117. Lainez, 314. Laîr de Reauvais, 7. Lajarte (T. de), 2. Lalanne (Mlle), 89. Lalliet, 275. Lalo (E), 6, 22 , 28, 38, 54, 5S, 70, 73, 92, 99, 126, 142. Laloue, 449. La Msdelaine (S. de), 318. Lamakiel, 295. Lamare (de), 259. La Marre (l'abbé de), 218. Lamartine (de), 392, 437. Lamber (F.), 326. Lambert (L.), 434. Lambert (Mme M.), 78. Lambertini (l'abbé), 260. Lambotte (Mlle), 63. Lamorlière (Mlle de), 45, 143, 287. La Motte, 218. Lamoureux(Cl, 6, 14, 31,70, 116. Lamoury (P.), 117, 166,331. L'nmpillas, 415. Lanari, 339. Lang, 263. Langer (H.), 101. Laughaus, 355. Langlé (F.), 182. Langlois (le colonel), 2S6. Lapchina (Mme), 72. Lapommeraye (Mlle de), 22,54, 81, S9, 142,278, 302,440,441. Laprade (V. de), 389. Lapret (E.), 6 , 22, 29 , 38, 54, 58, 70, 73, 92, 99, 126, 142. Lapret (L.), 434. Larabit, 81. Larina (L.), 411. Laroche, 266, 283. La Rochefoucault (Mlle L. de), 311, 370. La Rounat (de), 99. Larrivée (Mme), 225. Lascelles (Mlle), 93. Lassabathie, 22, 297, 313, 315, 341. Lassen (E.), 170. Lasserre (J.), 98, 178. Lasslo-Doria (Mme), 223. Lasso (Orlando), 93, 345. I.assouche, 434. La Tanaye (l'abbé de), 217. Laterza, 15. Latila, 202. Latouche (Mme), 93, 378. Latour, 225. Latour Saint-Ybars, 317. La Trémouille (le duc de), 194. Laub, 147, 244, 271, 287, 302. Lauch (C). 3. Laudoux aînée (Mlle), 258, 259. Laurence-Cyriali(Mme),7, 55,110, 154, 198, 214. Laurent, 169, 182, 337. Laurent (T.), 277. Laurent (Mme), 100, 121, 318. Laurentie, 205. Laussel (A.), 277, 318. Lauterbach, 74. Lautier, 276. Lauton (L.), 92, 106. Laval (Mlle C), 53. Lavenu (L.-H.), 3. Lavoye (Mlle), 82, 91, 371. Lawroff (Mme M.), 402. Laya (L.l, 182, 294, 352. Lays, 313. Lazareff, 147. Lebeau (A.), 54, 81. Leblanc (Mlle), 337. Leborne, 173. Lebnuc, 21, 30, 38, 54, 70, 73, 92, 105,117, 126, 160, 205, 214. Lebreton, 39. Lebrun (A.j, 46, 126, 158, 178, 269, 410, 450. Lechesne (Mlle), 267. Lecieux(L.), 99,120,143,150. Leclère, 119, 393. Leclercq (Mlle), 82, 98, 259, 440. Lecomte (Mlle), 258. Ledent, 63. Lee, 54, 62, t)9, 199, 410, 440. Lefébure-Wély (M. et Mme), 4, 5, 22, 62, 79, 106, 146, 167, 169, 198, 213, 285,362. Lefebvre(H.), 22,337. Lefebvre (J.), 146. Lefebvre (de Lille), 47. Lefebre (de Rouen, 90. Lefebvre (Mme Faure-), 100, 109, 120, 161, 174, 237, 274, 293, 31S, 324, 330, 393, 422. Lefeuve, 182. Lefort (J.), 7, 21, 22, 46, 58, 78, 105, 117, 143, 166, 243, 263, 271,277. Lefort (d'Angers) , 121. Lefranc, 151. Legendre, 179, 270, 319. Legouix (E.), 190, 245. Legouvé (E.), 180. Legrain (Mlle), 247. Legrand (E.), 277. Legrand (du th. lyrique), 227, 441. Legrand (P.), 13, 92, 120, 153, 176, 205, 212. Legros, 53, 225. Leîimann (E.), 277. Leibnilz, 290. Leins, 363, 403. Lelong, 267. Lemaire, 158, 274, 308, 447. Lemaire (de. Strasbourg), 47. Lemaire (Mlle), 206, 254, 338, 371, 419. Lemaitre (F.), 13. Lemercier (Mlle), 50, 136, 15S, 189. 237, 307, 329, 361, 3S6, 393. Lemmé (C), 26. Lemmens, 12, 90, 91, 278, 302. Lemmens-Sberrington (Mme), 7, 182, 263 , 371. Lemoine lA.) , 42. Lemonnier, 7. Lenormant, 227. Lenz (de), 1S7, 279. Lenzi (P.), 379. Léo, 202. Léonard M. et Mme), 47, 74, 93, 141, 27S, 346, 347, 370. Léonce, 239. Léonova (Mlle), 303. Léopold, 47, 198. Léopold (S. M. le roi des Belges), 110, 1-69. Léotard, 197, 369. Lepercq, 162, 302. Lépine (E.), 167. Le Play, 332. Lepot-Delahaye, 259. Leprévôt, 30, 198, 205, 262. Léris(de). 136,180,185. Lerouge, 222. Le Roux (J), 257. Leroux, 293, 401. Leroy (instr.), 142, 191. Leroy (de l'Op.-Com.), 238, 402, 409. Le Sage, 114. Lesage, 221, 227, 337. Lesie (H.), 198. Lespérut (le baron de), 331. Lessing, 434. Lesueur, 68, 342, 409. Le Tanneur, 432. Letellier, 63, 102, 303, 371. LétGr 101. Leuvèn (de), 37, 45 , 49, 73, 80, 204, 402, 434. Levasseur, 169, 181, 318, 393. Lévèque, 169. Lévy (F.), 440. Lévy (M.), 203. Lévy (S.), 267, 346. Lévy (Mlle C), 159. Leybach, 155. Lhéritier (Mme Ricquier-), 88, 99, 117, 205, 403. Lhomet, 449. L'Hôte (A.), 29, 116. Lhuillier, 362. Liadova (Mme), 72. Lichtenstein, 360. Liébé, 261. Liebig, 239. Liesniewska (Mme), 263. Limbach (Mme) , 247. Limnander, 2, 81, 223, 361. Lincelle, 81, 434. Lind-Goldschmidt (Mme J.), 6, 239, 247, 339. Lindau (R.), 440. Lindpaintner, 261, 319, 403. Lionnet frères, 150, 237, 287. Lipp, 363. Lippe (Mlle), 160. Liszt (F.), 23, 29, 44, 70, 88, 142, 197, 223, 346, 370, 379, 395, 419,425, 426. Lita (Mlle), 303, 326. Litolff (H.), 3, 4, 22, 29, 32, 47, 54, 55, 61, 63, 81, 86, 93, 105, 110, 142, 155, 189, 190, 254, 285, 311, 370, 386, 441- Litschner (Mlle), 32, 74, 92, 244, 303, 326, 338, 346. Litté, 47, 82. Livry(Mlle E.), 100,109,136, 229, 277, 284, 337, 345, 386, 413, 414. Lobkowitz (le prince), 251. Lobstein, 169. Lockroy, 310, Loder (E.), 410. Lodi, 103. Loëwe (T.), 255, 271. Lola-Montès (Mme), 278. Longueville (A.), 154, 300. Loret, 238. Lorini , 39 , 138, 155, 363, 395, 435. Lorini-Mariani (Mme) , 163, 1S2, 188, 206, 347. Lorini- Vera (Mme), 138, 207, 270, 319, 347, 353. Lortzing, 39, 191, 207, 231. Losse, 275. Lotsky (J.), 346. Lotti délia Santa (Mme), 103, 238, 277, 346. Lotto (J.), 121, 137, 141. Louault, 47, 403. Lovely (Mlle), 331. Loys, 267,449. Lubeck père, 74. Lubeck (E.), 32, 46, 1R6, 142, 182, 310. Lubert, 3. Lucca (F.), 3. Lucca (Ville), 387. Lucche6i, 52, 117. Luchini (Mlle R.), 230. Lueder, 442. Luguet (H.), 153. Luguet (IL), 212, 417, 434. Lully, 100, 182, 225, 400. Lumley (M. et Mme), 278, 319, 330. Lund (Mlle), 171. Lurine (L.), 418, 433. Lutz, 440. Lux, 261. LwolIT (A. -F. de), 147, 231, 238, 262, 271. Lyon (M. et Mme E.), 6, 73, 88, 177. Lysberg (C.-B.), 110. M Macaferri, 47. Mac-Farren , 182, 326,355, 371, 387. Mac-Mahon (le maréchal de), 162. Maesen (Mlle de), 63, 162. Magin -Marrens, 167. Magne, 82, 91, 214. Magnien (F.), 44, 275. Magnien (V.), 162, 302. Magnus (D.), 21, 36, 18 », 189, 253, 318, 362, 37S, 424, 434, 441. Magnus (Mlle C), 311. Magny (Mlle), 337. Mabler, 130. Mahuet, 331. Maïkoff (Mme), 103. Mailand (E.), 298, 299. Maillard (Mlle), 313. Maillard (Mlle E.), 81, 160, 250, 267. Maillart (A.), 15, 47, Gl, 81, 147, 162 , 163, 170, 181 , 188, 213, 284 , 293, 294 , 317, 319, 324, 325, 337, 345, 353, 354, 362, 378,393,410,417, 425,437,438, 439. Maillot, 418. Maine (la duchesse du), 18. Malagola, 347. Malard, 266. Malézieux, 347. Mallefille (F.), 196, 244, 318. Malpass (Mlle), 258. Mancel (Mme). 318, 450. Manchicourt (P. de), 345. Manelli, 201. Mangeant (S.), 54, 205, 212, 234, 269, 434- Mangin, 198. Mangot (Mlle), 258. Manotte (L.), 230, 278, 426. Manry (C), 31, 88, 101, 120, 105 198, 222, 411, 447. Mansour, 146, 177. Manvoy (Mlle), 266. Maquet (A.), 417. Mara (Mme), 263. Marcello (M.), 138, 160, 219, 263. Marchand (E.j, 418. Marchand (Mlle M.), 99. Marchant, 176, 370. Marchisio sœurs (MIJes), 100, 102. 109, 145, 169, 204, 245, 249. 250, 270, 277, 284, 309, 324, 337. 345, 353, 361, 370, 386, 400. 409, 425, 433, 441, 449. Marchot, 93. Marcoliui (Mine), 430. Mareschal (G.), 434. Maretzeck, 170, 231. Margucrie (L.), 111. Mariani (A.), 80, 247, 347, 395. 411. Marie-Antoinette (la reine), 282. Marié, 177. Marimon (Mlle), 21, 145, 161. 229, 245, 274, 318, 324, 350, 370, 371, 433, 446, 447. Marini, 15,23, 53,138, 147,171. Mario, 161, 169, 170, 189, 198. 214, 230, 238, 270, 277, 273. 325, 349, 370, 371, 386, 393, 409, 422, 441. Mariotti, 308. Markevitsch, 103. Markowski, 278. Marlow (Mme), 387, 403. Marloye, 131. Marmontel, 45, 213, 410. Marnet (L.), 389, 442. Marochetti, 14, 54, 106, 12Ô, 178. Marot (C), 45. Marpurg, 278, 287. Marquet (Mlle D.), 119. Marra, 230, 395. Marra-Volmer (Mme), 279. Mars (Mlle), 60. Marschner, 38, 207, 223, 319, 411, 419, 449. Marseille (S. Gr. l'évêquc de). 213. Marsollier, 250. Martainville, 337. Martin (A.l, 36, 205. Martin (E.), 99, 284, 336. Martin (P.), 22, 262, 278. Martin (de I." Opéra-Comique), 274. 314. Martin (décorateur), 85, 414. Martin (organiste), 140. Martin (d'Amiens), 173. Martin (de Lille) j 146. Martin (de Kimes), 426. Martin (Mlle J.), 78, 120, 143, 150, DES NOMS. Martinet (Mlle), 121. Martinez (Mme), 46. Martini d'Ormoy (Mme), 47. Marty (Mlle), 197. Marval, 83. Marx (A.), 58, 137, 187. Marx (de Berlin), 326, 371. Marzi frères, 213. Mas, 98, 117. Massart, 03, 189. Massart (Mme A.), 6 , 29 , 70, 141, 440. Massât, 276, 402. Massé (V.), 2, 3, 37, 100, 169, 318, 324, 387, 419, 450. Massé (Mlle), 47. Massen frères, 311. Massenet (J.), 259, 394, 418. Massimino, 25, 43. Massini (F.), 411. Masson (M.), 11, 182. Masson (Mlle E.) , 14, 108, 324, 338, 371, 379, 387, 402. Massot (M. et Mme), 144, 450. Massy (Mlle L), 121, 435. Mathias (G.), 2. Mathieu, 63, 326. Mathieu (E.), 449. Mathieu (J.-N.), 286. Mathilde (S. A. I. la princesse) , 54. Mattmann (Mme), 70, 149. Matton, 106, 222. Maucourt, 407. Maugard, 23, 47, 93. Mauraisin (Mlle), 198, 214. Maurin, 6, 14,22, 35, 38, 54, 92, 105, 126, 150, 158. Mauro, 347. Maury, 203. Mayer (J.), 403. Mayer (Mlle L.), 53. Mayerhofer (M. et Mlle), 32, 93, 121, 426. Mayeur, 222, 275. Mayseder, 155. Mazzoleni, 32. Méa (Mlle), 369. Mechelaëre, 357. Medori (Mme), 395. Megnot, 7. Méhul, 74, 128, 129, 250, 295. 355, 391, 392, 441. Meilhac (H.), 369. Meillet, 14, 35, 115, 366. Meillet (Mme), 32, 74, 213, 337, 365, 449. Méjan (le comte), 302. Mélcsville, 182, 318. Mélingue, 100, 417. Mellinet (le général), 81, 154 167, 198, 205, 275. Mellon (A.), 7, 82, 303, 326, 371, Melvil (Mme), 82. Membrée (E.), 79, 120, 136, 143, 154, 167, 204. Meudelssohn-Bartholdy , 23, 28, 29, 44, 46, 52, 57, 63, 70, 81, 86, 93, 98, 99, 102, 105, 106. 121, 125, 138, 141, 150, 159, 160, 169, 178, 189, 191, 199. 206, 219, 236, 239, 263, 287, 321, 329, 331, 338, 371, 377 . 392, 395, 418, 419, 435, 441 , 447. Mendès (la segnora C.), 197. Mendioroz, 250, 266, 267. Meneau (L.), 147, 410, 434. Mcngand, 7. Menier (P.), 120, 365. Menjaud (Mgr), 370. Mérante, 337. Mercadante, 78, 231, 425. Mercey (de), 377. Mercier, 39. Mercklin, 12, 46, 73, 90, 302. Mercuriali, 206. Mercurier, 394. Méreaux (A ), 263, 302, 431. Merelli (F.), 3, 163, 182, 188, 199, 214, 254, 263, 2S7, 311, 339, 353, 363, 387. Mérian (le baron de), 291. Méric, 32, 63, 121, 346, 378, 384, 403. Méric-Lablache (Mme de), 386. Mérimée, 294. Merly, 2, 39, 102, 109, 114, 153, 182, 206. Mermant, 318, 371. Méry, 36, 100 , 143 , 222 , 228 , 230, 249, 250, 254, 294, 326, 338, 350. Méry (L.), 346. Mcsser (F.), 147, 155, 3S0. Messon (Mlle), 7. Mestépès, 310. Mélastaso, 226, 309. Mctgé'f .), 326. Metiifessel (E.), 254. Metternich (le prince de), 154. Mey (A.), 69, 402. Meyer, 21. Meyer (L. de), 147, 223, 239, 246, 254, 380. Meyerbeer (G.), 6, 7, 14, 23, 29, 30, 30, 39, 47, 53, 55, 57, 59, 71, 74, 79, 80, 81, 82, 91, 92, 93, 98, 101, 102, 108, 100, 110, 113, 114, 120, 121, 122, 137, 138, 141, 144, 145, 146, 152, 153, 154, 155, 160, 167, 170, 177, 179, 101, 198, 199, 205, 206, 207, 214, 222, 223, 231, 236, 238, 239, 247, 253, 254, 262, 263, 270, 271, 286, 287, 293, 295, 301, 310, 311, 318, 319, 323 , 325, 356, 329 , 330 , 334, 337, 339, 343, 345, 346, 347, 352, 353, 354, 355, 357 , 362, 363, 370, 371, 374, 377, 378, 384, 386, 387, 394, 395, 402, 403, 411, 416, 41", 419, 424, 425, 426, 427, 432, 434 , 442, 449, '(50. Meynne, 183, 189. Michaëlis (G.), 239. Michal (Mlle L.), 206. Micheau (Mlle), 102. Michel (A.), 448. Michel (Mlle), 378. Michot, 77, 120, 153, 169, 181, 253, 309, 324, 345, 353, 301, 380, 400, 425. Mick (Mlle), 387. Migriant, 275. Milesi, 206. Millont, 162. Minnesaenger, 370. Miolan IMme veuve), 92. Mira (Mlle M.), 46, 58, 59, 213. Mîraglia, 15. Mirai, 250, 266. Mirapelli, 82, 338. Mirés (Mlle], 213. Miroy (Mme C.), 37. Miska-Hauser, 222, 295. Mocker, 145, 158, 318, 329, 386, 422. Mocker (M.), 418. Moderati, 311. Moësner (Mlle M.), 15, 63. Mohenot (J.), 265. Mohr, 101, 149, 198, 236, 353. Mohr-Dietsch (Mme), 47. Moisson (Mlle), 3. Moitessier, 262, 27S. Moléri, 386. MolidofT (Mlle) , 162. Moline Saint-Yon (le général), 205 Molique, 347. Momas, 32. Momigny (G. de), 53. Moncouteau, 409. Mondonville, 193, 194, 201, 202, 218, 225, 226, 241, 242. Monestier, 268. Mongiardini, 379. Mongini, 23, 39, 53, 122, 138, 155, 170, 189, 206, 214, 23S 239, 254, 263, 271, 277. Moniot, 205. Moniuszko, 311. Monjauze, 32, 337, 365. Monnais (E.), 81, 167, 237, 416, Monnier (A.), 228. Monnier (H.), 237, 337. Monplaisir (Mlle), 229. Monrose, 196, 401. Monrose (Mlle), 2, 5, 50, 91, 100, 109, 120, 136, 151, 204, 229, 262, 293, 301, 324, 329, 337, 353, 361, 370 , 373, 336, 393, 418. Montagne (Mlle), 40. Montaland (Mlle C), 153, 337. Montanello (B.), 25. Montaubry, 5, 23, 50, 53, 61, 73, 80, 92, 136, 145, 152, 161, 204 229, 237, 245, 293, 318, 324, 329, 353, 361, 393. Montauriol, 391. Montaut (Mme), 162. Montcavrel, 270, 33S. Montéclair, 27. Monteil, 282. Montelli, 120, 154, 310, 403. Montigny, 94, 138. Montigny-Lemoine, 119. Montmant, 450. Moralt, 15. Morcau, 270, 295, 319. Moreau (E.), 154. Morcau (Mlle), 14, 227, 441. Morcau-Sainti (M. et Mme), 130. Morcl (A.), 15, 63, 92, 102, 169, 335, 340. Morclli, 345, 353, 425, 433, 441, 449. Morère, 266, 275. Moretti, 27. Morin-Nilo (M. et Mme), 449. 17 Morini (F.), 2, 117, 278, 38.% 442. Morino, 47. Moritz-Reuchsel (Mlle), 137, 150, 410. Morley (C.), 299. Morny (le comte de), 120, 167, 354. Moroni (L.), 231. Morris, 419. Morrison, 32. Mosata, 416. Moscheck (C.), 82. Moschelès, 98, 254, 267, 286, 386, 440. Moskowa (le prince de la), 154. Motto, 430. Moulin, 198. Moulins (S. Gr. l'évêque de), 262. Mouravieva (Mme), 53. Mouret, 18, 127, 126. Mouron (Mlle), 145. Mozart, 2, 14, 21, 23, 29, 32, 33, 34, 35, 38, 44, 52, 58, 70, 74, 87, 90, 98, 101, 105, 110, 116, 120, 126, 138, 146, 149, 150, 160, 175, 189, 191, 199, 206, 219, 231, 236, 254, 259, 261, 263, 287, 311, 325, 341, 360, 361, 363, 371, 377, 395, 403, 426, 430, 434, 442, 448. Muhldorfer, 32. Muhlendorf, 284. Muir-Wood, 74. Mulder (R.), 419. Mulder (Mlle L.), 37(1, 386. Muller, 38, 52, 69, 78, 9S , 160, 254, 435. Muller (E.), 244. Muller frères, 217, 239. Muller (Mlle), 387. Munchheimer, 435. Murât (le comte J ), 167. Murât, 161. Muratet, 267, 275. Murer (Aille L.), 92, 101, 106. Murger (H.), 269, 417. Musard père, 3. Musard, 2, 154, 179 , 198, 205, 225, 233, 238, 246, U70, 286, 294, 295, 301, 319. Musset (A. de), 45, 190, 416. Mutel (A.), 36, 46, 99, 246, 331. N Nadaud (G.), 6, 150, 347. Nœgeli (H.), 10. Nagenzaun, 287. Naglia (Mme), 147. Najac (de), 182. Nantier-Didiée (Mme), 23, 39, 47, 53, 71, 80, 138, 144, 198, 200, 214, 220, 238, 247, 326, 345, 353, 374, 425, 432, 450. Napoléon III (S. M. l'Empereur), 31, 61, 86, 92, 109, 161, 181, 230, 278, 286,425, 433. Napoléon (S. A. I. le prince), 190. Nargeot, 342. Nargiller, 111, 378. Nassau ( LL. AA. RR. le grand duc et la grande-duchesse de), 311, 319, 370, 450. Nathan (E.), 14, 32, 54, 81, 110, 117, 142, 169, 262, 378, 449. Nathan (deVÙjiéra-Comique), 186, 213. Nathorp,ll, 367. Navarre (Mlle), 347. Nefl (A.), 263. Negrini, 231, 270. Nelly (Mlle), 337. Neri (Saint-Philippe), 415. Neri-Baraldi, 277, 286. Ncswadba, 138, 271. Neuberth, 222, 276. Neukomm (S. et A.), 131 , 167, 287, 291, 419. Neulat (M. et Mme), 23. Neumans, 1S3. Neustedt (C.), 294, 3S6, 424. Ney (C.), 21, 44, 52, 62, 70, 117, 126. Ney (Mlle), 20G. Niboyet (P.), 105, 302. Niboyet (Mme), 351. Nichetti (l'abbé A.-M.), 41. Nicolaî, 82, 371. Nicolo, 1S3, 274. Nicou-Choron, 331. Niedermeyer, 81, 167, 198, 238, 2liS, 277, 331, 334, 378. Niel (le maréchal], 246. Nielscn(N.-P.), 137. Nielsson (Mlle C.), 311. Niemann, 222, 230, 231, 245, 263, 295, 310, 311, 326, 339. Nieuwerkerke (le comte de), 92. Nissen-Saloman (Mme), 94, 103. Noël, 276. Nolau, 85, 414, 441. 18 Kollet, 78. Noltës (Mlle), 231. Norbliri, 52, 92. Norrowine (I.), 325. Nourrit (A.), 344, 390. Nourrit (R.), 434. Novello (.lime C), 3C3, 387. Nuertès (S.), 254. Nuitter, 310. Numa-Blanc (Mme), 433, 441. 0 Oberthur, 206. Obiu, 86, 145, 204, 250, 309, 324, 370, 449. Obrecht (J.), 344. Ockeghem (J.), 344. Odesenne, 47. Oehlcnschlaeger, 394. Oiïenbach (J.), 2, 5, 14, 23, 38, 51, 100, 109, 116, 121 , 122, 136, 138, 167, 169, 170, 107, 214, 231, 238, 247, 271, 277, 284, 287. 301, 303, 318, 319, 324, 337, 355, 362, 393, 395, 402, 409, 413, 414, 435, 441, 445, 446, 447. Offenbach (Jules), 106, 160, 354. O'kelly, 441. Olbacli (le baron d'), 217. Ole-Bull, 239, 255, 311, 394, 419. Olivier (Mlle). 162. Onslow, 93, 149, 333. Oppel, 206. Oppelt (G), 15, 110, 205, 230. Oprawil (Mlle), 377, 386. Orange (S. A. R. le prince d'), 55. Orban (Mlle M. d'), 442. Orfila, 107. Orlandini, 201. Orléans (C. d'), 45. Orléany, 138. Orray (Mme G. d'), 346. Orsini, 163, 188, 347,395. Ortigiie (J. d'), 81, 167, 198, 205. Ortolani (Mme), 83, 355. Orwil (Mlle), 393. Osmond (le comte d'), 154, 338. Oubilicheff, 187. Oudshoorn , 32, 93 , 121 284 , 426. Ouseley (S.), 290. Oxenstiern (le comte), 295. Oxtoby (Mlle), 162. Pacini, 254, 394, 403, 427. Pacini (E.), 85, 394. Paër, 408, 409, 430. Paër (A.), 222; Paër (Mme), 331. PaËz (C. de), 311. Paganini, 408, 409. Pagans (L.j, 120, 144, 433. Page (Mlle), 136, 181. Pages, 442, 450. Pagez (Mlle), 331. Pagngelï, 125, 347. Pailleron (E.), 317. Pain (Mme), 3. Paisiello, 70, 176, 222. Paladilhe (A.), 62, 79,99,245,258, 358, 393, 425, 441. Palestrina, 345. Palfy (le comte), 250, 251. Palianti (L.), 190, i29. Pallini sœurs (Mlles), 147. Palmieri (Mme), 411. Pancani, 138, 245, 270, 346, 353, 361, 377. Panis, 431. Pannard, 18. Pannetrat (Mlle) , 189, 222 , 230, S85, 393, 422. Panofka (II.), 222, 310. Panseron (A.), 3, 270, 278, 370. Papin, 276. Paque, 189, Paquis, 166. Parade, 337. Parepa (Mme), 7, 03, 263, 303, 419, 450. Paris (A.J, 42, 167, 194, 195, 220, 221, 230, 236, 237. Paris (U.), 426. Paris (S. E. l'archevêque, de), 117. 145. Parizot (V.), 205. Parme (S. A. It. la duchesse de), 294. Parmentier (M. et Mme), 246, 261. Pascal, 270. Pasdeloup, 28, 77, 81, 87, 97, 120, 129, 145, 167 , 195, 198, 250, 270, 276,441. Pasi, 109. Pasqualati (le baron), 419. Pasqué, 170, 394. Pasta (Mme), 114, 349. Pastou (de), 42. Patriossi (M. et Mme), 6, 271, 419. Patry, 7. Pati (Mme A.), 170, 205, 222, 347, 395. Paulin (M. et Mme), 6 , 70. 136. Paulin (Saint-), 228. Paulus, 102. Paur, 442. Paurelle (Mlle), 449. Pavani, 199. Paxton (J.), 243, Pazzi (E.), 325 Pélissier (le maréchal), 280. Pellegriu (Mme), 81, 151, 153. Pelletier (J.), 270, 282,283, 377. Pelletier (l'abbé), 205, 410. Pellini (Mlle R.), 163. Pemmark, 197. Penco (Mme), 6, 21, 34, 61 , 109, 114, 117, 153, 169 , 189, 198, 222, 238, 247, 270, 353, 361, 370, 377, 384, 402, 1,00, 425, 433, 441, 449. Pêne (H. de), 230, 319. Pentenrieder (X.), 183. iJény, 146. Pépin, 39, 403. Péreuil, 258. Pérey (C.), 245. Perez(don V,), 423. Perfall (de), 15. Pergolése, 176, 201. Péri (J.), 103, 138, 415. Périé, 275, 386, 391. Périga (Mlle), 119. Périllé, 82. l'erman (J.), 238, 277. cerne, 323. Perny (P.), 23, 108, 191, 270, 354- Péronnet (G.), 400, Péront, 258, 266, 318, 414. Perrault, 274. Pcrrin (E.), 120, 173. Perron, 55. Perrot, 94, 136, 411- Perrot [du Conservatoire), 259. Perrot de Renneville, 370. Perruggi, 55, 122, 13*. Persigny (le comte de), 230, 243, Peschard, 77, 267,275, 283, 393. 425, 437, 4Î9. Peschel (Mlle), 267. Pestalozzi, 10. Petipa, 85, 92. Petipa(Mme), 72. Petit (P.), 146, 250, 266, 267, 283. Petit (ban/Ion), 302. Petit (Mlles M. et L.) , 267. Petitet (Mlle) , 266. Petiton, 203. Petrella, 32, 155,247, 319. Petrolï, 303. Pfau, 355. Pfeiffer (G.), 31, 38, 52, 82, 98, 238, 262, 294, 418, 441. Pfeiffer (T.), 10. Pfeiffer (Mme C.), 154, 370, 418, 441. Pfotzer (Mlle), 198, 250, 266, 283. Piatti, 287, 311, 425. Piavo (F.-M.), Il , 12, 254. Picard (Mlle A.), 150, 258. Piccini, 202, 217. Piccioli, 103. Piccolo, 14. Piccolomini (Mlle), 91, 155, 163, 170, 181, 271. Pickaërt, 259. Piedbœuf, 63. Piermarini, 293. Pierson, 355. Pierson (Mlle), 244. Pignant, 275. Pilati, 120. Pilet (L), 70. Pilinski (S.), 277. Pillet-Will (le comte), 54, 02. Pilling (miss), 82. Piquet- Wild (Mme), 63. Piron, 292. Pinon, 331. Pisari, 442. Pischeck, 303, 387. Pistilli (A.), 387. Pithou-Chéret (Mme), 54. Pizzigali, 32. Placet, 246. Platitude (C.), 190,262. Planté (F.), 28, 44, 70, 116. Plessy(Mme Arnould-), 153,369. Pleyel (Mme M.), 53, 61 , 73, 81, 86, 101, 105, 142, 278. Plock de Bcrthier ( Mme M. ) , 40. Plou (Mlle M.), 434. TABLE ALPHABETIQUE Poé (E.), 197. Pohl (E.J, 353. Poincet, 125. Poinsot (Mlle), 111. Pointaux (Mlle), 258. Poisot(C), 54, 205, 434. Poize (F.), 47, 99, 402, 434. Pokorny, 15. Polignac (le prince A. de), 15!i, 213. Polonini, 271. Pomey, 299, Pompadour (la marquise de), 201, 202, 218, 226, Ponce de Léon (S.), 154, 252. 319. Ponchard (C.), 61, 158, 186, 318, 324, 394, 422. Poniatowski (le prince J.), 5, 37, 45, 73, 81. 85, 120, 154, 167, 169, 277, 319, 377, 410. Ponsard (F.), 182, 293, 317, 369. Ponsin (Mlle), 206, 283, 317, 306. Pontet, 82, 449. Ponti (Mme), 403. Poorten (A.), 94. Porst, 21. Portehaut, 213. Potel, 210, 227, 399. Potesini, 261. Potier (C.), 119, 150, 337. Potier (M. et Mme H.), 2, 130, 137, 150, 354. Pouillet, 131. Pouilley, 154, 198, 214. Pourcelle, 23. Pourchez, 276. Pouschkine, 38, 171, 215, 325. Poussèze (Mlle), 15,55, 394, 410. Poznianski, 183. Pozzi (Mlle), 379. Pozzo, 426. Pradal (Mlle A.), 266, 267. 355, 426. Pradeau, 102, 434. Prechtler (O.), 191. Pressel (G.), 111,247, 355. Prévost, 26. Prikhounova (Mme), 72. Prilleux, 4, 50, 100, 136, 158. 180, 308, 386, 434- Prohaska, 207. Prost, 270. Prost (Mlle), 109, 308, 310, 374, 386, 393. Protat (l'abbé), 394- Provini, 6, 46. Provost, 403. Provost (E.), 402. Prudent (E.), 2, 22,31, 46, 52, 54, 61, 70, 71, 73, 81, 87, 92, 100, 110,121, 122, 150,310. Prume (E.), 3. Prume (J.), 271, 286. Prumier père, 203. Prumier (C.), 262. Prusse (LL. AA. RR. le prince régent et la princesse de), 122, 171, 223,311, 318, 319. Puget, 73, 338. Pugni, 94. Puliga (le comte de), 154. Pyne (miss L.), 199, 310, 363, 371, 395, 419, 435. Quclus, 231, 303. (Juesne, 318. Quew, 171, 191. Quinchez, 245. Itabaud (H.), 137,150. Haby (Mme), 386. Radecke, 435. Radccke(Mme R.), 13S. Radziwill (le prince de), 319. Raine, 275. Rambures (de), 26, 43. Rameau, 68, 12 7, 218, 221, 292. Ramelli (Mme), 433. Randhartiger, 326. Ransdorf, 93. Raoux, 109, 132, 133, 134, 135, 136. Rathail (J. de), 227. Rauïs (Mme), 82, 419. Raupach, 346. Raux (Mlle), 258. Ravaisson, 167. Ravel, 37, 181, 353, 393, 417. Ravina, 46, 8S, 101. Ravisy, 141. lîayual, 151, 3S6, 448. Raynard, 229. Baynaud (Mme), 32, 47, 55, 93, 146,346, 410, 420. Raynouard, 113. Rebel, 18. Reber, 22, 70, 261, 416. Reboul, 276. Rebsamen (J.-J.J, 418. Redern (le comte de), 7, 39, 47, 155, 422. Rée (E.), 73. Regnault de Prébois (Mme), 212. Régnier, 153, 244, 319, 401, 403. Régny (Mlle), 266, 283. Régondi, 7. Reichardt (A.), 31, 246, 277, 281, 286, 295,301, 418, 434. Reine (Mlle L.), 387,394. Reinecke (C.), 347, 395. Reissiger (G. -T.), 3. Reiter, 199. Reizet (J. de), 154- Uellstab (L.j, 426,434, 442. Rémaury (Mlle), 270. Reuvy d'Auxerre, 382. iîémusat, 442. Renard, 45, 61, 98, 102, 120, 277, 386, 393. Renaud, 31. Renouleau (Mlle), 250. Réty (C.), 129, 145, 161, 294, 325, 337, 345, 416. Reuss (le prince de), 154. Rèverand, 276, 402. Révial, 294. Révilly (Mlle), 109, 308, 386. R-y, 347. Rey (Mlle A.), 222, 325, 357, 401, 402, 418, 425. Rey-Balla (Mme), 63, 326, 386. Rey-Saimon (Mme), 162. Reyer(E.), 3, 337,345, 362, 41S, 441. Reynaud,275. Reynier (M. et Mlle L.), 125. Riban, 333. Ribes, 15,245, 353. Ricci (L.),3. Richard (Mlle Z.), 189, 254, 262, 273. Riohter, 354. Ricordi(T.),354. Rie (B.), 70, 92, 101, 110, 116, 117, 205. liiebesthal, 26. Riedle(C), 122. Riehl, 267, 268. Ries (F.), 187. Riester (Mlle), 258. Rietschel, 338. ietz(J.),138, 206, 363, 395. Rifaut (Aille), 258. Riga, 385. Rignault (Fr.), 62, 106, 142, 203, 441. Rillé (L. de), 54, 81, 160, 198, 219, 236, 268, 346, 351, 385, 426, 449. Rinaldo (de Capoue), 202. Rinuccini (O.), 415. Riquer(Mlle E.), 237. Ristori (Mme), 180, 197, 2 '2, 230, 432, 442. Ritter (T.), 2,. 6, 29, 31, 78, 79 106, 1S2,189, 219. Rivay (Mlle), 197, 213, 226. Hobberechts (A.), 198, 205, 434. Robert, 162. Rotertaux, 205. Robilanski, 206. Robin, 173. Rocco, 47. Roche (E.), 434. Rochefort, 145, 151. Rocke, 32. Rode, 259. Rodrigues (E.), SI, 167, 19S. Rœber (F.), 395. Roehn, 132. Roentgen, 395. Roever (L.), 286. Roger, 2, 7, 14, 21, 38, 45, 51, 61, 77, 91, 106, 120, 146, 190, 198, 205, 206, 213, 230, 237, 245, 253, 262, 270, 2S4, 303, 310, 311, 318, 325,326, 303,370,387, 395, 402, 410, 449. Roger [baryton], 222. Roger (du Conservatoire], 276. Roger-le-Fëron, 258. Rogier (C.), 402. Rogier (de Lille], 265. Rohault de Fleury, 361 . Rohleder (J.), 26. Roissy (Mme de), 170, 206, 230. Rokytanski,15. Rolin (Mlle), 267, 275,414. Rolla, 430. Rolland (A.), 99,180. Rollandini (Mlle L.), 146. Roller, 71,131. Rolliu, 153. Romagucsi, 163. Roraberg (H.), 3, 160. Rouconi, 144, 189, 198, 238, 361, 370, 3S0, 393, 402, 409, 417, 449. I Rondeau, 39. Rongé, 383. Ronzani !D.), 346. Ronzé (MmeC.), 362. Roqueplan (N.), 158, 229, 273, 284, 293. Roques, 258- Rore (C. de), 345. Rosa, 379. Rosati (Mme), 2, 53, 71, 72, 9a, 136,271. Rosenhain (J.), 55, 88, 418. Rosselloty (A.), 182, 262. Rossi, 138, 426. Rossini, 34, 59, 62, 82, 83, 103, 109, 113, 138, 150, 153, 154, 161, 162, 178, 182, 190, 199, 204, 205, 231, 238, 249, 254, 263, 294, 311, 319, 325, 330, 339, 346, 353, 355, 368, 371, 393, 403, 411, 414, 416, 441, 442. . Rota, 427. Roubin (A. de), 22. Rouen (S. E. l'archev. de), 90. Rouff, 121. Rouget de Lisle (Mlle) , 259. Roulle (Mlle), 259. Rousseau, 214, 313: Rousseau (J. J.), 187, 176, 194, 202, 217, 221, 366, 367. Rousseil (Mlle), 266. Roussel, 78. Rousselot, 70. RoyerfA.), 30, 161, 212, 250. Roze, 318, 354. Rozier, 361. Roziès (Mlle), 250, 267, 317, 324, 325, 337, 365. Rubé, 85 , 414, 441. Rubi, 347. Rubini, 349. Rubinstein (A.), 74, 94, 147, 170, 190, 206, 215, 255, 295, 319, 326, 419, 442. Rucquoy, 55, 244, 261, 371. Ruda (MmeR. de), 32,39, 55,13S, Ruf (K.), 222. Ruggi, 155, Ruiner, 100. Ruitz, 395. Rumigny (le général de), 333. Rumrael (J.), 38, 103, 394. Russie (LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice de), 39, 215, 238. Russie ;S. M. l'Impératrice douai- rière de), 109, 138, 161. Rust, 294. Sabatier, 6, 14, 22, 35, 38, 54, 158. Sabatier (Mme Gavaux-), 21, 22, 78, 79, 143, 166, 449. Sabatier (Mlle J.), 22, 78. Sabatier-Blot (Mlle), 267. SabourofT (de), 23, 190, 205, 230, 246, 271, 285, 294, 425. Sacchero (M.), 238. Saëmann-Paëz (Mme), 102, 311. Saenser (E.;, 69, 92. Sain d'Arod, 63, 230, 27S, 318. Sdnt-Aguet (Mlle), 267, 275. Saint-Amant, 45. Saint-Brice, 7, 198, 214. Saint-Elia (la princesse de), 207. Sainte-Foy, 17, 23, 59, 61, 100, 106, 109, 145, 152, 158,213, 237, 318 , 338, 345, 350 , 353, 361, 373, 447. Saint-Georges (de), 2, 5, S5, 284, 31S, 365, 377, 386, 409, 413. Saint-Huberti (Mme), 313. Sainti (T.), 130. Saiutis, 426. Saint-LéOD, 53, 71, 72. Saint-Marc (Mlle), 100. Saint-Martin, 121. Sainton, 62, 73, 80, 189, 425. Saint-Saeus, 120, 129, 142, 213, 406. Saint-Salvi, 285. Saint-Urbain (Mlle), 2S7, 393, 417, 425, 441, 445. Saint- Victor, 294. Saint-Yves, 176, 294, 31S. Salazar y Luua (B. de), 415. Salle (Mlle), 18. Sallis, 276. Salmon, 26. Salomon (H.), 353. Salvator-Luis (D.), 415. Salvi, 111,230,253,255, 295. Salvini, 207. Sampayo (O.), 154. Sampieri (le marquis de), 167. Samson, 78, 237, 369. Sanchioli (Mme), 7, 23, 83, 109, 147, 161, 162, 204, 222, 230, 244, 262, 294, 326, 338, 346, 371, 426, 441. San-Clementi (le duc de), 278. San nier (Mlle), 23, 302. Sapm, 121. Sarasate, 59, 78, 149, 310, 394, 402, 441. Sardou (V.), 161, 197, 284, 293. Saretie, 314, 315. Sari, 319. Sarolta (Mlle), 230. Sarti (V.), 379, 387, 42?. Sasonofï, 213. Satow, 394. Satriano (le duc de), 32. Saunière (P.), 31. Sauvage, 136, 185, 386. Sauvageot (C), 121. Sauveur, 25. Sauzay, 61. Savart, 333. Savary, 198, 403. Sax (A.), 27, 32, 38, 110, 130, 132, 133, 134, 135, 136, 246, 262, 276, 294, 331, 332, 333, 334, 335, 336, 432. Sax (Mlle M.), 2, 14, 45, 46, 145, 153, 166, 230, 263, 270, 273, 284, 293, 310, 324, 353, 386, Saxe (S. M. le roi de), 31. Saxe-liobourg (S. A. R. le duc de), 23, 71, 230, 247, 311, 326, 378, 450. Saxe-Weimar (S. A. le grand-duc de), 230. Sbriglia, 346. Scalese, 319. Scannapieca, 231. Schachner, 387. Schafhault, 131. Scharnke (Mlle), 347, 450. Schedeaieyer père, 162. Scheidemann (H.), 219. Schenck. 187. Scheremberg (Mme), 310. Schey, 13. Schiller, 47, 53, 230, 355, 370, 386, 403. Schimon, 150. Schindelraeister, 263. Schindler, 187. Schlesinger (H.), 294. Schlosser fières, 243. Schlottmann, 222. Schmidt (G.), 155, 190, 252, 360, 378. Schmidt [Mlle E.), 206, 287, 303, 311. Schneider, 199, 311. Schneider (Mlle), 269, 434. Schneitzhoeffer, 414. Schnorr, 206, 287. Schober, 326. Schoberlechner (Mme), 94. Schodel (Mme), 63. Schœn (F.), 402, 425. Schott (Mine B.), 63, 450. Schrader, 11. Schreck (Mlle), 204, 287. Schrceder-Devrient (Mme), 46, 50, 92. 102, 310, 155, 174. Schubert (Fr.), 79, 80, 83, 100, 160, 162, 163, 183, 239, 377, 400, 448. Schubert (Ferd.), 3. Schubert (C), 170. Schubert (Mme A.), 30, 62, 379. Schubert (Mlle G.), 122, 163, 387. Schuloff (J.), 410. 442. Schûltz (H.), 378. Schulze, 366. Schumann (R.), 32, 58, 70, 74, 77, 81, 83, 93, 102, 105, 199, 206, 239, 355, 395, 426. Schumann (Mme C.), 15, 155, 347, 395, 411, 435, 442. Schumpff, 106. Schunké, 426. Schûtsky, 363, 403. Schùtze, 12, 40, 73, 90, 302, 442. Schutzenberger, 21, 121. Schwab (F.), 21, 55, 163, 261, 294, 377. Schwab (Mlle), 259. Schwarzbach (Mlle), 223. Schwœderlé (M., Mme et Mlle), 32, 93, 121, 426. Scot-Erigène (J.), 382. Scott, 322, 278. Scribe (E.), 2, 47, 49, 182, 221, 263, 287, 293, 301, 324, 337, 303, 409, 417, 441, 445, 440, 449. Scribot, 450. Scudo (P.), 152, 203. 204, 223, Sébault (C), 222. Seelig (H.), 6, 143. Segarelli, 146. Seghcrs, 177. Ségisser (Mlle A.), 101, 110, 137, 142, 152. Séguier (A.), 131, 333. Seiffert, 286, 303. Séjour (V.), 37, 100, 153, 294. Séligmann (P.), 19, 39, 83, 138, 162, 169, 278,287, 410. Sellenick, 294, 315, 316. Sellette, 202. Séméladis, 39. Séménoff (Mme), 373, 191. Semet (T.), 114, 115, 310. Sendré, 198, 214. Senfl (L.), 93. Sérene, 175. Sergent, 90, 302, 318, 354. Servais, 61, 88, 92, 117, 173, 182, 223, 278, 286, 324, 326, 331. Sétoff, 72. Seyfried (de), 187, 251. Shane, 394. Sieg, 254. Siévers (Mme), 120, 143, 144, 150, 311. Sighicel'.i (H.), 105, 154, 366, 246, 371, 378. Silas (E.), 23. Silcher, 310. Simart, 18. Simon (l'abbé), 145. Sims-Reewes, 371. Singer, 199. Singer (Mlle), 54. Siraudin (P.), 228. Sivori (C.), 2, 6, 23, 31, 81, 88, 136, 155, 198, 222, 247, 294, 311, 324, 338, 362, 403, 410, 434, 441. Skraup, 263. Smith, 122, 144, 103, 206, 214, 237. 254, 271, 277, 419. Smith (E.-T.), 82,263. Snel, 385, 441. Sobiéry, 7. Solié, 82, 91, 426. Solieri, 263. Solliva, 429, 430. Sollohub (le comte de), 42, 118 366. Solomé, 354. Sontheim, 387. Sophie d'Autriche (S. A. I. l'archi- duchesse), 23a. Soubiran, 6. Soubre, 385. Souhaitty (le père), 167. Soulié (F.), 181, 269. Soullier (C), 238. Sowinski (A.), 22, 92, 98, 111, 121, 449. Spannagel (Mlle), 403. Spezzia (Mlle), 32. Spira (E.), 31, 46. Spohr (L.), 2, 23, 38, 60, 74. 77, 107, 138, 222, 250, 251, 362, 378, 406, 408, 418, 427, 429, 430, 435, 450. Spontini, 82, 122, 240, 270, 278, 333, 371, 379, 418. Squarcia (D.), 163, 1L8, 399, 206. Stadt (Mlle), 387. Stahl, 374. Stahn, 426. Stahremberg (le prince G. -A.!, 354. Stamaty (C.), 349, 325. Stanley, 7. Stanzieri, 137, 154, 326. Stappers (A.), 55. Starck (Mlle I ), 125, 150, 166, 178. Stare (L.), 197. Stargardt, 254. Starzer (Mme), 309. Stefani (J.), 111. Steffani, 93. Steffenone (Mme B.), 270, 347. Stéger, 238, 295, 327. Stein (le baron de), 239. Steiner, 450. Stendhal, 249. Stennebruggen, 55, 12), 163, 244, 261. Sténosse, 275. Stévons (Mme), 39. Stiel, 386. Stipaneck, 394. Stigelli, 346, 419. Stilcher, 47. Stokhausen (J.), 55, 74, 83, 102, 111, 121, 163, 191, 206, 285, 287, 347. Stoeger (Mlle), 223, 347. Stoll, 47. Stoltz, 302, 409. Stoltz (Mme R.), 109, 277, 326, 330. Stoltz (Mme), 122. Stoumon, 47. Stradella, 278. Strakoscb (M. et Mme), 47, 170, 347. DES NOMS. Stranski (Mme), 39. Strassmann-Dambock (Mme), 403. Strauss, 54, 205, 426,433. Stroecken, 46. Studemand, 11. Stumz (J.-H.), 3, 93. Stutz (P.), 294. Sudre (M. et Mme), 28G. Sue (E.), 229. Suiste, 258. Sujol, 263, 435. Sulzer (J.), 191. Suppé, 111. Surdun, 150. Survie, 120, 131, 334. Susini, 170, 205, 222, 347. Szarvady-Clauss(Mme),31, 40, 58, 78, 105, 142, 386, 411, 439. Taborowski, 23, 94, 29i, 303. Tacchinàrdi (N.), 3. Taffanel (M. et Mlle), 275, 399. Tagliafico, 31, 81, 105, 144, 238, 271, 346, 418. Taglioni, 7,355. 370. Taglioni (MmeM.), 2, 300, 318, 337, 377, 386, 413, 414. Taigny (E.), 386, 393. Talexy(A-), 136,339. Talexy (Mlle), 246. Talma, 60. Talon, 82. ïalvo(MlleM.),394, 419. Tamara, 183. Tamberlick, 2, 23, 39, 47, 53, 80, 91, 97, 100, 109, 120, 136, 138, 146, 153, 101, 169, 204, 200, 230, 238,245, 254,263,270, 271,279, 286,310,318,353, 371,387,425, 432, 450. Tamburini, 247. Tapi au, 32. Tardieu deMalleville (Mme), 33. Tartini, 347. Taste, 182. Tasti, 347. Tati (Mme), 170, 230. TaubrTt, 133, 371, 4-14- Tautin, 176. Tautin (Mlle L ), 51. Tayau, 186, 387. Taylor (le baron), 2, 46, 154, 102, 190, 203, 262, 405, 434. Tedesco (Mm-), 15, 32,81,91,147, 153, 161,197,204,212.253, 284, 301, 318, 324, 337, 345, 357, 370, 377, 385, 401, 417, 433, 441, 449. Tegerstrom (MmeH.),311. Tcgner, 394. Teichmann. 278. Telesynski (J.), 142, 154. Terby (J.), 409. Terranova, 147. Terry, 03, 189. Terzagi (le main,, is), 327. Tesi-Traiiiontani (Mme), 309. Texier (E ), 278. Thalberg, 29,131, 151,178, 346. Tuêaulori, 209, 273, 274. Thélen, 122. Therlwals (miss), 7, 435. Thiboust (L.), 228, 269. Thierret (Mme), 393. Thierry, 85,414, 441. Thierry, (E.), 150, 403. Thomas (A.), 5, 37, 45, 40, 49,50, 61, 73, 74, 80, 81, 88, 99, 145, 146, 160, 167, 169, 189, 108, 204, 219,236, 243,302,324, 331,334, 386, 416. Thomas (J.), 286. Thomascik, 374. Thuillier (Mlle), 393, 433. Thurner, 303, 394. Thys (Mme), 102. Thys (Mlle P.), 89, 143, 222. Tiberini, 83, 355. Tichatscheck, 183, 397, 214, 239, 254, 427. Tiéfensée (MlleF.de), 39,325. Tilmant, 30, 46, 50, 87, 158, 166, 169, 386. Tinctoris (J.), 344, 440,441. Tinney (F.-G.), 419. Tirabosclii, 415. Tisserant, 393, 433. lissier, 230, 285, 325. Tissot (Mlle), 258. Tiljens (Mlle), 103, 144, 170, 182, 189,198, 200,214, 223,238,204, 203,277,339, 371,387,403,419, 435. Todor, 81. Tolbecque, 169. Tombcsi (G.), 93. Tonel (Mlle L.), 410, 442. Tonelli (la), 201 . Tordeus (Mlle), 266, 283. Tosi (Mme), 230, 395. Tostée (Mlle), 152, 186. Tournier, 109, 132, 133, 134, 3 35, 136. Tourte (F.), 254. Touzé (l'abbé), 285. Trautmann (Mlle M.), 387. Trebelli (Mme), 32, 93, 3 53, 237. 254, 325, 339, 347, 363, 373, 378, 387, 395, 403, 413, 435, 442, 450. Trefftz (Mlle J.), 449. Treitt, 431. Treumann (K.), 15, 303. Trianon (H.), 30, 307. l'riberth, 309. Tridémy (J.), 277. Triébert, 70, 177, 191, 202, 208. 331. Trinquart, 146. Trochu (Mlle N.), 180, 190, 197. Trœg (A.), 286. Troplong, 120. Troy, 17, 45, 120, 145, 213,373. Tuai (Mlle), 91, 386, 393, 422. Tugeniiolt, 371. Tulou, 30, 253. Turbri (H.), 22. Turnbout (G. de), 345. U l'chard (M.), 154. Ugalde (Mme), 14, 35, 52, 109. 115, 110, 129, 161, 389, 230, 237, 245, 253, 262, 270, 277. 284, 293, 301, 310, 318, 32U. 445, 449. Uhland, 142. Ulmann, 47, 170, 302, 318, 347. Uschmann, 121, 261. Vadé (Mme), 162, 439. Vadé (Mlle), 353. Vaéz(G.), 100, 109, 173. Valentini (Mme), 319. Valiquet (H.), 294, 442. Vallée (O. de), 335. Valsovain, 339. Van-Ahsen, 302. Vandenhaute (Mme), 93, 346, 419, 450. Vandenheuvel (Mme C. Duprez-), 47, 61, 74, 100, 110, 129, 262, 270, 273, 284, 293, 301, 309, 310, 324, 353, 361, 380, 393, 434. Vanderbeck sœurs (Mlles), 38, 52. Vandervelpen, 344, 345. Vaneri (Mme), 69, 206, 238, 254. Van-Eycken, 394. Van-Hasstlt, 440, 441. Van-Haute, 160, 318. Van-Hoye, 344, 345. Vantrappe, 83. Varcollier, 81, 367, 193. Varesco (l'abbé), 360. Varesi, 15, 120, 147, 170, 206, 230. Varin, 221. Varney, 214, Vasseur (L.), 275, 277. Vaucanson, 193. Vaucorbeil (A. E. de), 45, 62,106. Vaudin (J.-F.), 81, 160,219,243. Vaulhrot, 406 Vautrin, 276. Vecchi (Mme C. de), 337. Vény, 351. Venzano, 117. Vercken, 385. Verdi, 55, 74, 82, 103, 118, 138, 147, 163, 167, 231, 311, 370, 411, 441. Vei-din (Mlle B.), 154. Verhulst (J,),32, 214, 385. Verne, 294. Verninck (Mlle), 63. Véron (le docteur L.), 389, 390. Véron (P.), 36, 221. Verrimst (V.-F.), 39. Verroust, 4)9, 440. Verstowski, 81. Vert, 420. Vervoite (C.), 166, 310, 318, 354, 386, 394, 410. Vestri (Mlle), 349. Vestvali (Mme), 1, 5, 53, 92,120, 346, 353, 301, 377. Vialctti, 144, 200, 238,277, 339, 419, 435. Vialon (A.), 54,442, 450. Viard (Mme L.), 301, 116. Viardot. (Mme P.), 2, 14, 61, S0, 87, 120,161,1,75,190, 204,230, 245, 293, 310, 311, 371, 377, 386, 393, 394, 434, 441. Victor-Emmanuel (S. M. le roi de Sardaigne), 416. Victoria (S. M. la reine d'Angle- 19 terre), 102, 122, 170, 238, 239, 325. Victoria (Mlle), 144. V.eillard (A ), 128, 129. Viening (Aille), 270. Vierling, 435. Vietinhoff, 103. Vietti (Mme), 182. Vieuxtemp'i (H.), 15, 23, 52, 53, 72, 94, 103, 107, 111, HO, 138, 147, 223, 239, 254, 255, 271, 310, 311, 347, 431. Vigourel, 63. Viguier (M. et Mme), 6, 14, 22, 35, 33, 54, 101, 105, 158, 166, 178. Vila, 121. Vilbac (R. de), 90, 358, 370, 394. Villalobos, 415. Villanfret, 150. Villani, 81. Villebichot, 276. Villebois, 247, 271. Villemessant (de1, 318. Villeneuve (Mlle O. oe), )S0. Villette (Mme), 7, 214. Villiers (Mlle), 212. Vincent (A.), 39, 108, 410, 431. Viotti, 403. Vitaux, 362. Vivier, 230, 286, 2S7, 295, 319, 338, 350, 370, 371, »77. Viviers (Mgr l'évéque de), 4G. Vizentini, 426. Vogcl (A.), 378, 403. Vogler (A.), 113. Vogler (l'abbé) 206. Vogué (le comte M. de), 154. Voisenon (l'abbé de), 217, 225, 226, 242. Voituret, 276. Voizel (Mlle C), 426. Volkmann, 394. Volpini (M. et Mme), 346. Voltaire, 293. Von-Milde (Mme), 171. Voss fC.), 81, 198, 219, 268, 302, 323, 351, 385, 426. Vounderlich, 14. Vrabély (Mlle), 99. Vriès (de), 2^5. Vriès (Mme de), 32, 63, 371, 387, 435. Vrcye (A. de), 88, 142. Vrydagh, 32. Vulpian, 228. W Waagen (Mme), 190. Wachtel, 303, 326, 355, 442. Wackenthaler (M. et Mlle), 211, 252, 426. Wadislavleff, 171. Wadmann, 367. Wagner (R. i, 21, 31, 33, 46, 58, 68, 100,188, 231,255, 278,310, 326, 433. Wagner (décorateur)^ 71. Wagner (Mme J.), 39, 37S. Walckiers, 349. Waldor (Mmo M.), 397. Waldteul'el (M. et Mlle), 121, 122, 125. Walew.~ki (le comte dej 409,418, 433. Wallace (W.), 82,355, 363, 395. Wallenstein, 450. Wallon (le comte), 00. Walter, 199, 255. Warnotz (M. et Mme), 55, 122, 162, 338, 426. Warot, 91, 109, 101, 174, 178, 237, 262, 274, 308, 330, 374, 447. Wartel fils, 210, 316, 353. Wartel (Mme T.), 302, 425. Watier, 47, 146. Weber (C. M, de), 2,15, 32, 55, 70, 89, 106, 113,117, 159,189,214, 231, 239, 244, 254, 335, 363, 377, 378, 3S5, 394, 426. Weber (E.), 32, 93, 121. Wegeler, 187. Weiile (C), 271. Weigand, 267. Weigl (Mme E.), 92. Weilich, 47. Weingacrtner, 267, 275 . Weismann (Mlle), 270. Weith (Mlle), 74. Wekerlin (J. B.), 59, 213, 409, 433, 439, 440. Wellington (lo duc de) 238. Wenner, 258. Wenzel-Muller, 102. Werdy (Mme), 246. Werthcimber (Mlle), 61, 121,159, 205, 237, 245, 31S, 337, 303, 361, 370, 373, 386, 393, 402, 409. 20 Westmoreland (le comte de), 3. Wetzenstein (Mlle), 263. Wey (F.), 294. Wicart, 82, 93, 147, 212, 221,229, 237, 245, 319, 338, 346, 347, 419, 450. Wicart (décorateur), 32. Widor, 169. Wielheorsky (le comte), 109, 118, Wieniawski (H.), 23, 54, 55, 147, 163, 183, 262, 285,425, 432. Wieniawski (J.), 23, 72, 81, 101, 110, 137, 152, 154, 159, 170, 183, 190, 262, 325, 378, 402, 425, 433, 440, 449. Wieprecht, 271. TABLE ALPHABÉTIQUE DES RÉDACTEUBS. Wiesen (M. et Mme], 81, 160. Wiest (L.), 219. Wigand (G.-H.), 60. Wignon (J.), 265. Wilbrant, 55. Wild (F.), 22, 38. Wildauer (Mlle), 339. Wilden (Mlle), 267. Wilhelmy, 450. Wilhem, 154, 363. Wilhéme (Mlle), 63. Wilhorst (Mme), 83. Wilke, 367. Willaërt (A.), 345. Willems, 228. Willmann, 311. Wilson (Mme), 6. Winkler (L.), 367, 375, 376. Winter, 93, 419. Wittgenstein (la princesse), 197. Wocher (MUe de), 178. Woëlffle (A.), 295. Wœstyn, 153. Woldemar, 26. Wolff(A.),62. Woltf (E.), 14, 62, 108, 150, 152, 159, 323. Wolff(J.-L.), 3. Wuerst (R.), 435. Wuillaume, 267. Wuille (H.), 163, 205, 210, 261, 284, 324. WiUIner, 7, 385. Wurin, 303. Wurtemberg (le prince E. de), 302. Y Ymbert (T.), 182, 378, 402, 410, 418. Zacchi(M.), 311. Zaccone (M. et Mme), 176, 434. Zacconi (Mme), 231. Zadrobilek (Mlle A.), 22, 52, 82. 89, 110, 125. Zahm, 299. Zara, 449. Zarzycki, 126. Zelger, 82, 144, 238. Zeller (C.-A.-F.), 10. Zelter, 447. Zevaco (Mme), 337. Zichy (le comte), 39. Zinck, 171. Zirndorfer (MUe M.), 183, 339. Zoboli, 231. Zœllner (famille), 435. Zœlner (C), 311, 354, 387. Zompi (D.;, 14, 101, 116, 338. Zucchini, 12, 34, 61, 117, 169, 270, 384, 425. Zumsteeg (G. A.), 22. TABLE ALPHABÉTIQUE DES BÉDACTEUBS. Botte (A.), 3, 19, 28, 35, 43, 44, 52, 58, 69, 78, 86, 87, 98, 105, 108, 116, 125, 141, 149, 159, 166, 176, 177, 219, 283, 300, 323, 330, 342, 368, 376, 400, 405, 424, 431, 440, 447. Convert (Aug.), 261. Duesberg (J.), 260, 406, 429. Durocher (L.), 34, 67, 114, 174, 209, 226, 315, 365, 437. Fétis père, 9,19, 25, 41, 65, 179, 188, 233, 289, 305, 321, 330, 344, 350, 358, 381, 391, 408. Gollmick (K.), 360. Héquet (G.), 59. Kastner (G.), 227. Kronthal (W.), 366, 374. LaFage (A. de), 4,20, 128. 211, 252,257,265, 281, 292, 298,308, 397, 415, 423. Lindner (O.), 308. Mathieu de Monter (E.), 160, 268, 331, 351. Méreaux (A.), 384. Parmentier (T.), 60. Pougin (A.), 18, 127, 193, 201, 217, 225, 241, 391. Rongé (J.-B.), 5, 189, 384. Saint-Yves (D.-A.-D.), 12, 36, 49, 72, 99, 119, 144, 152, 157, 173, 180, 185, 196, 211, 228, 244, 269, 273, 292, 307, 317, 336, 352, 369, 385, 392, 401, 416, 421, 432, 445, 448. Smith (P.), 1, 33, 85, 89, 113, 151, 186, 203, 249,259, J97, 313, 341.-389, 413, 439. Articles signés A. B., 186, 329. Articles signés D., 59, 116. Article signé I. R., 243. Article Bigné M. S., 244, Articles signés P. S., 11, 17, 28, 29, 51, 57, 77, 97, 177, 250. 275, 276, 282, 349, 357, 358, 373, 384, 414. Articles signés R., 151, 176, 273, 324, 350, 422. Articles signés S. D., 71, 80, 143, 178, 220, 236, 253. Articles signés X., 53, 91. Articles signés Y, 29, 61, 252. c°, mu nui BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. rc° i. 1er Janvier 186 ON S'ABONNE 1 Dans les Déportements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les libraires, et aux Bureaux des Messageries et des Postes. REVUE ET PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris. 24 fr. par an Départements, Belgique et Suisse 30 >» id- Étranger 34 •> H. Le Journal paraît le Dimanche. — wv\AA/WVvw~ su yiWCtïHSEPVIEHB ANNÉE. REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS O/fre à ses abonnés au renouvellement de l'année les "r ËtreiiMëÉ-Ifriittës DONT VOICI LES TITRES : 1° Une nouvelle composition de SCÈNE ET CANZONETTA Chantées par Madame Nanticr- Didiée, aux représentations, à Londres, du WAWM©n mm ploiebmel PAROLES ITALIENNES ET FRANÇAISES. à&ûtiiii i t m± m CONTENANT Trois nouveaux morceaux de D'ian» : ROSÉE DE MAI. — V CHANT DE LA FILEDSE. - LES OCTAVES, ÉTUDE. 3° Llh. IPAGuTOTOÛlN] ARRANGÉE POUR LE PIANO SEUL, DE Opéra semi-seria en quatre actes, musique de 1I1U. les Abonnés de Paris sont priés de vouloir bien faire re- tirer les prîmes, en renouvelant leur abonnement, dans nos bureaux, 1, boulevard des Italiens. Nous les enverrons franco aux Abonnés de province. SOMMAIRE. — Revue de l'année 1859, par Paul Smith; — Album des con- temporains, Album de Henry Litolff, six proverbes de Gevaert, par Adolphe Botte. — Inauguration de l'orgue de Sainte-Clotilde , par Adrien de Iia- Fagc. — La maison où est né Grétry, par «Î.-B. Kong-é. — Nouvelles et an- nonces. BEVUE DE L'AMEE 1859. Depuis longtemps nous n'avons eu à dresser le bilan d'une année aussi riche que celle qui vient de finir en productions théâtrales d'un mérite supérieur, parmi lesquelles même nous comptons un chef- d'œuvre. C'est donc par la qualité exceptionnelle de quelques-uns des ouvrages qu'elle a enfantés, et non par leur quantité, en général, que la défunte année se distinguera de ses sœurs aînées. Une autre particularité qui la caractérise, c'est la lenteur qu'elle a mise à débu- ter dans la carrière ; c'est l'abstinence complète de nouveautés qu'elle a observée pendant deux grands mois. Chaque théâtre était en tra- vail, et il semblait que l'un attendît l'autre, en disant comme les offi- ciers français à Fontenoy : « Nous ne tirons jamais les premiers. » L'Opéra préparait Herculanum; le théâtre Lyrique, la Fée Cara- bosse et Faust, dont les destinées devaient être si diverses; et l'Opéra- Comique, le Pardon de Ploërmel. Rien n'apparaissait encore ; mais les observateurs tenaient leurs lorgnettes incessamment braquées du côté de l'Orient, pour être à portée de signaler la naissance de l'un des nouveaux astres. Enfin Herculanum se montra, mais pas avant le mois de mars ; la Fée Carabosse et Faust le suivirent à quelques jours d'intervalle, et le k avril le Pardon de Ploërmel brillait à l'ho- rizon. Après un tel effort, le repos était nécessaire, et les théâtres ne se le refusèrent pas. 11 en résulta un second chômage que les extrêmes chaleurs de l'été prolongèrent jusqu'à l'automne. Les théâtres repri- rent alors un peu de cette activité dont le succès les avait dispensés ; les nouveautés devinrent moins rares et atteignirent à peu près leur chiffre habituel. Voici du reste le bulletin détaillé des travaux dont nous venons d'exposer l'ensemble. Au théâtre impérial de l'Opéra, Herculanum à l'avantage d'ouvrir et de fermer la liste des œuvres vraiment inédites. Roméo et Juliette, qui vint longtemps après, n'était que la traduction d'une œuvre ita- lienne, une seconde édition revue et arrangée des Capuleti c i Mon- tecchi, que nous avions déjà vus et entendus en France. Ce qu'il y eut de plus remarquable dans la pièce, c'est le début de Mme Vestvali , REVUE ET GAZETTE MUSICALE qui tenait à se montrer d'abord en costume masculin. Avant elle, une cantatrice célèbre en Allemagne, Mme Csillag, s'e'tait essayée avec un certain succès dans le Prophète et dans la Favorite ; néanmoins elle ne s'établit pas chez nous : Mme Vestvali fut plus heureuse. 11 n'y a plus à noter que deux reprises : celle de Y Ame en peine, et celle du ballet des Elfes. Chose singulière! l'année entière s'est passée sans un ballet nouveau. Mme Rosati s'en est allée, Mme Ferraris est reve- nue ; Mlle Taglioni compose, en société avec MM. de Saint-Georges et Offenbach : c'est tout ce que nous avons à dire pour l'avenir, comme pour le passé. Le théâtre de l'Opéra-Comique ne pouvait consacrer trop de zèle, de soins, d'études à l'œuvre d'un compositeur illustre, qui, pour la seconde fois, lui confiait son génie et sa gloire. Le Pardon de Ploër- mel iut monté comme il devait l'être, et produisit tout ce qu'il devait produire. Les trente-deux premières représentations versèrent plus de 195,000 fr. dans la caisse du théâtre : c'était environ 6,100 fr. par soirée. Depuis sa reprise, le chef-d'œuvre a prouvé qu'il n'avait rien perdu de sa force attractive, comme un digne frère de cette Etoile du Nord, de ce Prophète, de ces Huguenots et de ce Robert le Diable, qui, soit d'un côté du boulevard, soit de l'autre, occupent toujours le poste d'honneur. Les autres ouvrages donnés après le Pardon de. Ploërmel sont : le Diable au moulin, de Gevaërt, le Ro- sier, de Henri Potier, le Voyage autour de ma chambre, de Grisar, la Pagode, de Fauconnier, Yvonne, de Limnander, Don Gregorio, du comte Gabrielli ; total, 7 pièces et U actes. En fait de débuts, il y a eu d'abord celui d'une charmante jeune fille, qui n'a paru que pour être applaudie et mourir, la pauvre Mlle Breuillé ; ensuite, celui de Mlle Cordier, celui de Mlle Monrose, celui d'Ambroise, qui chantait aux Variétés, et qui maintenant joue à l'Opéra-Comique. Au théâtre Italien, dans la saison du printemps, nous avons eu le Polhtto, de Donizetti, chanté par Tamberlick, qui nous revient tou- jours avec les hirondelles : dans la saison d'automne, Il Cui ioso accidente, dont le titre est devenu l'histoire ; car c'est un accident curieux que celui d'une représentation seule el unique, dans la salle Ventadour surtout. Plusieurs débuts heureux ont compensé l'échec de cette soirée malencontreuse. Morini, Merly, Giuglini ont été reçus à bras ouverts, et n'ont recueilli que des bravos. On a fait à Mme Dottini un accueil moins chaleureux, et pourtant c'est une jeune et jolie femme. Le théâtre Lyrique a marché d'un pas plus ferme que jamais dans la double voie de la musique moderne et de la musique ancienne. Après la Fée Carabosse, de Victor Massé, le Faust, de Gounod, il a offert à son public, ['Enlèvement au sérail, de Mozart, V Abou-Hassan, de Weber ; après les Violons du Roi, de Deffès, et Mamzell' Pénélope, de Lajarte, il a remonté YOrphëe, de Gluck, avec un succès qui a dépassé toutes les espérances. Son contingent de l'année est, au ré- sumé, de 7 pièces et de 17 actes ; mais, en outre, il a découvert une cantatrice dans un café du voisinage, Mlle Marie Sax, et il a conquis Mme Viardot, la seule artiste capable de triompher du rôle d'Or- phée, et peut-être aussi de celui de Leonore, dans le Fidelio de Beetho - ven, dont elle doit bientôt s'occuper. Au théâtre des Bouffes-Parisiens, la vogue interminable d'un Orphée, de tout autre genre que celui de Gluck, a longtemps et richement défrayé le répertoire : à peine quelque opérette bien modeste parve- nait à s'y glisser, dans le plus strict incognito. Ce fut seulement à l'époque- de la villégiature, lorsque la troupe joyeuse reprit le chemin des Champs-Elysées, son pays natal, que les nouveautés se montrèrent publiquement, à visage découvert, et qu'on nous donna successivement Y'Omelelte à la Follembuche, Y Ile d'amour, Un mari à la porte, les Vivandières de la grande armée, le Fauteuil de mon oncle. Dans la rue. Le retour au passage Choiseul fut signalé par Veuve Gropin, le Major Schlagmann, la Polka des sabots, et enfin par cette Geneviève de Brabant, destinée à ressusciter le fabuleux succès d'Orphée. Tout cela forme un total de 10 pièces et de 11 actes, dans lesquels Offen- bach entre pour sa bonne part de travail et aussi de talent. Sa fécondité est telle, qu'elle lui permet d'écrire en même temps la mu- sique d'un ballet avec Mlle Taglioni, la musique d'un ou deux opéras- comiques avec M. Scribe. On lui reproche quelquefois (singulier reproche!) d'avoir un genre à lui, un théâtre à lui, théâtre qui n'est pas plus grand que la maison de Socrate ; mais, qu'importe ! si, malgré l'étroitesse du local, il peut encore y recevoir quelques jeunes gens, que Gluck, Mozart, Beethoven et Weber empêchent d'arriver ailleurs ? Ne faut-il pas que tout le monde vive un peu, même les vivants ? Avant de franchir le cercle théâtral, enregistrons cette magnifique soirée, dans laquelle un de nos artistes les plus aimés, les plus juste- ment célèbres, nous revenait après un terrible accident, et recueillait en bravos sans fin le prix d'un courage héroïque. Oui, le courage a sauvé Roger, en l'élevant plus haut que tous ses succès ne l'avaient placé encore. Le courage lui a donné plus de voix, plus d'accent, plus de puissance dramatique. Et pourtant il nous quitte, il s'éloigne, mais non pour longtemps, il faut l'espérer. Ce qui n'est pas remplacé, n'est pas détruit, disait une femme célèbre, à propos de quelque chose de plus sérieux que l'art. Roger a-t-il un remplaçant ? Nous aimerions à connaître son nom et son adresse. Toujours dans la région dramatique, notons le joyeux avènement des Huguenots à Boston, de Robert le Diable à Barcelone, du Pardon de Ploërmel à Londres, à Stuttgard, à la Haye, à Bruxelles, sans parler des villes de France où le chef d'œuvre a été reçu comme à Paris. Le festival de Bade toujours dirigé par Berlioz lui a permis de sou- lever un coin du rideau qui couvre encore l'opéra dont il est doublement l'auteur pour les vers et la musique. « Comment voulez- » vous, disait un touriste naïf, que les Troyens réussissent à Bade, » n'est-ce pas le pays des Grecs? » Cependant, en dépit des Grecs, les Troyens ont réussi ! Berlioz pourra bien loger l'auteur de ce mot dans sa galerie des Grotesques de la musique. La grande réunion des orphéonistes de France au palais de l'In- dustrie, organisée et dirigée par M. Delaporte, a couronné dignement les efforts inouïs d'un homme qui n'a pas son égal en dévouement à la propagande du chant populaire. La fête de Schiller célébrée à Paris et dans le monde entier n'avait pas de modèle et restera peut-être à jamais sans copie. On ne doit pas moins la considérer comme un témoignage glorieux de la sympa- thie universelle que rencontre de nos jours le souvenir d'un grand poète qui eut les sentiments, les idées d'un grand citoyen. N'oublions pas qu'un double festival de musique militaire s'est tenu au palais de l'Industrie, sous l'impulsion toujours active et féconde de M. le baron Taylor. Ajoutons que l'association des artistes musi- ciens, dont il est fondateur et président, nous a fait connaître cette année, le jour de sainte Cécile, une messe de Mozart, comme l'année dernière elle nous en avait révélé une de Weber. Parmi les concerts qui méritent une mention, hâtons-nous d'inscrire ceux d'Emile Prudent, de Georges Mathias, de Hans de Bulow, de Sivori et de Théodore Ritter. Rappelons l'ouverture du Casino, dont l'excellent orchestre recon- naît Arban pour chef, et celle des concerts aériens dirigés par Musard aux Champs-Elysées. Enfin le diapason normal, dont le principe était déjà résolu, a reçu d'un arrêté ministériel sa sanction définitive, que l'exécution doit bientôt suivre, malgré les obstacles ridicules maladroitement jetés sur son chemin. Tant d'opiniâtreté sied-elle aux bassons et aux cla- rinettes ? Maintenant, passons à ce que notre tâche annuelle nous impose de plus douloureux. Pendant les douze mois qui viennent de s'écouler, que de fois la mort n'a-t-elle pas frappé de ces coups imprévus qui attei- gnent indistinctement tous les âges ! La France a perdu des composi- DE PARIS. teurs, des auteurs, tels que Panseron, Philippe Musard, Brunswick, Goubaux, Ader; d'anciens directeurs, comme Lubbert, Comte, Deles- tre-Poirson, Alphonse Cerf-Beer (qui fut l'associé de M. Crosnier à l'Opéra-Comique et non celui de Delestre-Poirson au Gymnase); Mlle Armand, une ancienne cantatrice ; Mlle Breuillé, qui débutait à peine; Mlle Victorine Farrenc, Mlle Moisson, toutes les deux jeunes ; Mme Joseph Pain, la doyenne des violoncellistes féminins; un physicien célèbre, le baron Cagniard de la Tour, inventeur de la sirène, instru- ment fait pour mesurer la fréquence des vibrations ; Allyre Bureau, qui, sortant de l'École polytechnique, entra dans l'artillerie pour deve- nir musicien, journaliste, et mourir sur la terre d'exil au moment de revoir sa patrie. A l'étranger, il faut porter sur la liste funèbre Louis Spohr, le comte de Westmorland, Luigi Ricci, Reissiger, Doppler, J.-L. Wolff, Tac- chinardi , l'ancien chanteur, père de Mme Persiani ; Mme Bosio , Mme Anglès-Fortuni , Mlle Hélène Hutschenruyter, Henri Romberg , fils du célèbre André; Ferdinand Schubert, frère de Franz; Franz Mérelly, J. Beckert, Cari Lauch, Ernest Prume, Jean Durrner, Henri Lavenu, Keerkémety , le violoniste bohémien; Badnelly, violoniste belge; Lucca, l'éditeur de Milan; Fenelli, poète de la cour de Saxe- Gotha ; Boesendorfer, facteur de pianos, à Vienne ; Stuntz, maître de chapelle, à Munich ; Antoine Forti, ancien chanteur à Vienne ; Michel Dumontfier, chanteur amateur à Cologne, et bien d'autres encore dont le temps a déjà dispersé les noms : ludibria ventis. Mais, tandis qu'une génération s'éteint, une autre se lève : chaque année produit des noms nouveaux qui demandent leur place au soleil. Faisons des vœux pour que l'année qui commence nous indemnise largement de ce que nous regrettons avee amertume. Espérons qu'elle nous donnera de beaux talents, d'éminents artistes ; mais, hélas ! nous n'en sommes que trop sûrs, elle ne nous rendra pas nos amis. Paul SMITH. AIBU1 DES CONTEMPORAINS. ALBUM DE HENRY LITOLFF, SIX PROVERBES DE GEVAERT. II ne nous faut pas une bien grande dose de pénétration pour devi- ner qu'en voyant le seul mot d'album, plus d'un musicien sérieux va sourire et dire : « Passons. A quoi bon, quand tant d'oeuvres impor- tantes réclament mon attention, s'occuper de ces œuvres légères que chaque jour de l'an voit éclore et qui le plus souvent sont oubliées à la fin de la saison ? » Cette fois, notre lecteur est en défaut. Nous n'en sommes pas fâché ; car il ne nous ménage guère sans doute, quand nous avançons quelque chose qui n'est pas de son goût. Afin de le rassurer, nous commen- çons par déclarer que nous n'entendons parler ni de la richesse de la reliure, ni de la beauté des dessins, et nous ajoutons que nous lui faisons grâce des mille et un albums qui s'étalent dans la montre des marchands et presque dans les baraques en plein vent. Nous sommes plus délicat. Mais malgré l'approche du jour de l'an, nous croyons encore nous occuper de critique musicale plutôt que de réclame indus- trielle en rendant compte de l'album de Litolff et de l'album des Con- temporains qu'ont signé Félicien David, Gounod, Ernest Reyer, Victor Massé, Xavier Boisselot, Abadie, Duprato, Destribaud, Gevaert. Voilà certes des noms entourés d'estime, de sympathie, quelques-uns même d'admiration. Ils méritent bien qu'on leur consacre quelques instants, et l'on conviendra qu'un moment d'examen donné à chacun d'eux n'est pas un moment perdu. Commençons par Gounod. L'excellent maître a chanté la neige des pommiers et les bruissements harmonieux de la nature. La Chanson du printemps est une délicieuse mélodie. Son talent n'a rien perdu en descendant ainsi dans la vallée. La pureté, l'élégance du style et certaines coquetteries harmoniques trahissent la main qui a écrit tant de belles pages. Nos lectrices, si bons juges en matière de délicate et rêveuse poésie, remarqueront, sans nul doute, une pièce des Contemplations : Moi, seize ans et l'air morose ; Elle, vingt : ses yeux brillaient; Les rossignols chantaient Rose Et les merles me sifflaient. Reyer a noté cette vieille chanson du jeune temps en musicien ca- pable de traduire, d'agrandir même, par les développements exquis de sa mélodie, les couplets si naïfs, si jeunes, si parfumés de Victor Hugo. L'histoire de quatre orphelins, courageux enfants qui comprennent trop tôt les douleurs et les devoirs de l'homme a inspiré à Gevaert un chant dont la simplicité égale le charme. C'est de la pure romance, mais rehaussée par le tact sûr et le goût exercé du compositeur. Victor Massé, avant ses succès au théâtre, avait mis en musique plusieurs pièces de nos vieux poètes; il y avait fait remarquer son goût pour les grandes pensées, son talent fin et chercheur. Aujour- d'hui, par une filiation toute naturelle, il passe de Ronsard à Victor Hugo : sa muse toujours amie des beaux vers choisit dans les Rayons et les Ombres la délicieuse guitare que tout le monde connaît : Ramez, dormes, aimez ! La musique est tout à fait distinguée de rhythme. On y retrouve le même soin, les mêmes détails ravissants que dans tout ce qui est sorti de la plume délicate et féconde du jeune maître. Une courte et spirituelle chanson de J. Duprato : la Petite Madelon, nous paraît destinée à cette chose rare et précieuse qu'on appelle le succès populaire. Dégagée de toute prétention, cette petite page sera écoutée avec plaisir et par les simples et par les doctes. Pour notre part, et quoique la question soit très-controversée, nous croyons que les compositeurs n'ont qu'à gagner au contact de la vraie poésie. Boisselot en est encore un exemple. La villanelle : Quand viendra la saison nouvelle, Quand auront disparu les froids, Tous les deux nous irons, ma belle, Pour cueillir les muguets aux bois, est une des plus suaves fantaisies vocales de cet album. Le piano chargé de rendre la fraîcheur du printemps, le chant des merles et des rossignols, s'en acquitte de façon à ravir Théophile Gautier lui- même, si peu dilettante, du moins s'il faut en croire l'aveu qu'en a fait le charmant poëte dans les Grotesques. On devine Félicien David à je ne sais quel parfum antique que l'on respire dans ses mélodies, où le mode mineur intervient souvent avec ses accents plaintifs et caressants. Nul mieux que lui peut-être ne sait exprimer la rêveuse mélancolie et son cortège de regrets et de larmes. Témoin le Vieillard et les Eoses, douce et gracieuse élégie, comme les soupire dans ses heures de loisir l'auteur du Désert. 11 ne faut pas que les talents élevés nous fassent oublier les talents naïfs et plus exclusivement prime-sauliers. A côté des ouvrages plus habilement ciselés, Louis Abadie a écrit, avec un sentiment drama- tique, une sincérité d'émotion que plus d'un musicien, mieux accou- tumé à toutes les ressources de l'art, pourrait lui envier : le Miracle des roses, la Conversion de saint Paul, le Centenier et les Etoiles. M. Destribaud a fort bien dramatisé une jolie petite scène de Jules Brésil, l'Ondine. Au lieu de l'uniformité d'inspiration, de la monotonie d'un genre, de la seule note émue ou gracieuse que possèdent quelques-uns de nos compositeurs de romances, et qu'ils répètent chaque année sans toujours la varier suffisamment, on sera heureux de trouver dans l'Album des contemporains la variété charmante qui devait naître nécessairement de cette réunion de talents si divers. C'est un ravis- REVUE ET GAZETTE MUSICALE sant tournoi musical. A qui le public décernera-t-il le prix? Nous l'igno- rons. Mais nous pouvons affirmer que toutes ces chansons de prin- temps, si fraîches et si souriantes, réchauffent l'imagination et qu'elles nous ont fait oublier celte semaine les rigueurs du froid et les tris- tesses du dégel. Il suffit de lire les six Proverbes de Gevaert pour se convaincre qu'il a parfois l'esprit badin. Les si et les mais entre autres nous montrent la chansonnette élevée à une hauteur inconnue du goût tri- vial qui a compromis ce genre charmant après tout quand on sait le rendre tel. La critique est souvent obligée d'avoir recours à ces deux terribles monosyllabe.? pleins de réticences, les si et les mais. Cette fois encore el e aurait pu les employer en analysant ces bluettes, mais ces choses-là ne s'analysent pas. Contentons-nous de dire que les accompagnements de Gevaert sont frappés au coin de la science et qu'il a su conserver de la distinction au milieu de la franche et par- fois folle gaieté qui éclate dans Tout passe, tout lasse, tout casse,- Faute d'un point; Bonjour lunettes, adieu ftllett's; Une aiguille dans une botte de pjin ; Un œuf pour un bœuf. Les paroles sont de Prilleux, le spirituel artiste de l' Opéra-Co- mique. Poète et comédien sont deux beaux titres; ils vont bien en semble, et, sans évoquer les grandes ombres qui n'ont que faire ici, les annales de Favart offrent plus d'une fois cet heureux assemblage du double talent de créateur et d'interprète. Les trois morceaux de piano qui composent l'album de Henry Li- tolff sont de moyenne difficulté et cependant très-brillants. On sait quel légitime succès obtint et obtient encore son Premier chant de la fileuse. La matière n'était pas plus épuisée, il paraît, que le talent pour la mettre en œuvre, car c'est un Deuxième chant de la fileuse qui ouvre ce joli recueil. Obtiendra-t-il la même vogue que l'aînée? Nous n'en serions nullement surpris. Il est aussi imitatif, aussi chan- tant, aussi distingué de forme. Plusieurs thèmes ornés d'arpèges gracieux, de trilles légers et scintillants se succèdent, se développent et reviennent avec beaucoup de charme. A la page 5 une modulation enharmonique produit une délicieuse sensation. Le motif più moderato confié à la basse, et sur lequel se dévide et bruit une espèce de trille en tierces, est d'un beau caractère plein de trouble et d'expression. La fougue de la pensée est remarquable dans les Octaves. Cette élude de concert produit assurément beaucoup d'effet. Le majeur con bravura ne manque certes ni d'élévation ni de puissance, ni de feu; néanmoins, malgré son talent, malgré les élégantes marches d'har- monie qu'il a employées et qu'il a su rajeunir par d'ingénieuses va- riantes, l'auteur n'a pu entièrement dissimuler ce que ces sortes d'études comportent d'uniformité. Aussi préférons-nous de beaucoup Rosée de mai. Dans ce chant sans paroles, comme dans ta Fileuse, point de singularité, point de bizarrerie, point de sensibilité inquiète et fébrile, ni de modulations inattendues et étranglées ; au contraire une simplicité, une clarté mélodique et harmonique qui devient de plus en plus rare. C'est poétique et vrai. La signification de chaque phrase, bien née du sentiment, n'emprunte rien au nombre des noies. Le plus beau mécanisme du monde ne peut donner que ce qu'il a et ne saurait suppléer à ce que les véritables amateurs demandent avec raison à la musique. Litolff l'a parfaitement compris ; sa Rosée de mai ne laisse rien à désirer sous le rapport instrumental, elle est bien l'œuvre d'un compositeur connaissant tous les secrets du piano, mais en même temps elle est le fruit d'une heureuse et fertile imagi- nation qui veut toucher le cœur et intéresser l'esprit. Adolphe BOTTE. INAUGURATION DE L'ORGUE DE SAINTE- CLOTILDE. L'inauguration du grand instrument construit pour la nouvelle église de Sainte-Clotilde par M. Aristide Cavaillé-Coll a eu lieu le 19 dé- cembre. Une très-nombreuse réunion avait bravé le froid excessif et l'épais brouillard qui, alors, ont pu faire croire aux Parisiens et aux étrangers qu'ils étaient dans un tout autre pays que la France. Cette assemblée, dans laquelle on voyait de nombreuses célébrités ar- tistiques, n'a pas eu à se repentir de s'être rendue à l'appel de M. Ca- vaillé. Je parlerai de l'orgue dans un autre article où certaines ques- tions, assez graves, seront traitées par occasion ; aujourd'hui, je me borne à rendre compte de la séance d'inauguration. M. Franck aîné, organiste de la paroisse, a commencé par un mor- ceau largement taillé et dont le style plein de force a été remarqué de tout l'auditoire, qui n'a pas moins apprécié M. Franck lorsque, cessant de se montrer lui-même comme compositeur, il s'est hardiment ap- puyé du génie de Sébastien Bach. C'est toujours se risquer fort que d'exécuter en public des pièces de ce compositeur, et en certains sens, les organistes ont bien raison de jouer plutôt leur propre musique que j celle-là. La difficulté n'est pas tant, à mon avis, de représenter ma- tériellement les idées de Bach sans faire une faute; c'est de savoir exploiter tout cet immense capital harmonique de manière à lui faire rendre tout ce qu'il peut produire. Quand on veut exécuter en public de la musique de Bach, il faut avant tout se persuader à soi-même qu'il y a dans celle harmonie si compliquée autre chose que des notes, autre chose que des difficultés de doigté, autre chose que des traits incommodes, et autres embarras dont on se rend maître par l'exer- cice : il faut, outre cette précision, cette régularité qu'il est déjà si dif- ficile d'atteindre, trouver moyen de donner à tout cela une couleur, un caractère; faire sentir, en un mot, Vâme de cette grande musique ; c'est seulement ainsi qu'elle peut intéresser, émouvoir même. Com- ment, dira-t-on, deviner cette couleur, comment l'exprimer par l'orgue, instrument inexpressif? Comment ? C'est là le secret des grands organistes, et ils ne sont pas plus capables que moi de vous le dévoi- ler ; car c'est alors chez eux une sorte d'intuition. Ils peuvent bien la reconnaître, mais ils ne sauraient se l'expliquer, ni, à plus forte raison, l'expliquer aux autres. C'est à ce but que paraît tendre M. Franck, et la manière dont il s'est tiré de la fugue en mi mineur a prouvé que ce n'était pas chez lui une vaine tentative. Des études aussi sérieuses que celles qu'il a dû faire annoncent chez lui une persévé- rance et lui donnent, dès à présent, une place parmi les organistes de premier ordre. Il s'est encore montré sous le jour le plus heureux lorsque, reprenant le clavier pour son propre compte, il a joué son morceau final sur le grand chœur. Dans ce finale, on a reconnu les idées et l'exécution d'un véritable maître. Que dire maintenant de Lefébure-Wely ? Que dire des charmantes improvisations du plus aimable des organistes, de ce véritable repré- sentant de notre école française. En l'enlendant, celle-ci ne devrait- elle pas songer à se renouveler, à se régénérer, à retrouver, comme i! a su le faire, ces formes élégantes, ces idées gracieuses, ces heu- reuses combinaisons, cet emploi piquant de certains effets, cette con- naissance parfaite de l'instrument qui lui fait sentir sur-le-champ quel jeu convient à telle idée, quelle idée convient à tel jeu, et comment avec celte multitude de détails on arrive à faire un merveilleux en- semble. On a bien reconnu les qualités de son admirable talent dans les deux premières improvisations, où il a fait valoir toutes les ressources de l'instrument, le présentant tour à tour sous différents aspects, on y a entendu séparément les jeux les plus intéressants, dont les tim- bres ont paru séduisants à toutes les oreilles. Mais le morceau où il a été le plus complet et dans lequel il a vrai- ment ravi son auditoire, est l'improvisation symphonique dans laquelle, DE PARIS. se rappelant l'époque de l'année à laquelle nous touchions, il a sem- blé chercher ses idées dans l'évangile de Noël, s'efforçant de faire un tableau scénique des circonstances qui ont accompagné la naissance de Jésus. Il a introduit dans ce grand morceau le chant assez mo- derne, mais fort intéressant, de l'hymne Adeste fidèles, qui, joué sur les voix humaines et avec tous les moyens d'expression imaginés pas la facture moderne, a produit la plus douce sensation. Enfin il a ter- miné par un grand chœur travaillé, sur l'air d'un cantique assez connu, Il est né ce divin enfant. On ne se lasse pas d'entendre ces vieux airs français, justement admirés pour leur caractère franc et naïf. Sous les habiles et savantes mains de notre excellent Lefébure, celui dont je parle acquérait à chaque moment un charme nouveau. l'ai dit sous ses habiles et savantes mains ; c'est qu'il s'est trouvé des gens assez sots pour lui reprocher précisément ce qui donne le plus de prix à son talent et en fait le principal caractère, savoir : la tournure gracieuse de ses idées, l'harmonie quelquefois légère dont il préfère l'usage, enfin son habitude d'improviser presque toujours et de ne jouer jamais de morceaux écrits. Sous ce dernier rapport, et malgré le peu de cas à faire de sem- blables critiques, on n'en peut croire les auteurs assez simples pour penser que si M. Lefébui'3 ne joue pas de musique écrite, ce soit chez lui manque de capacité, et qu'il ne se trouve pas assez bon lecteur pour exécuter correctement la musique des grands maîtres^qui l'ont pré- cédé. Au reste, notre improvisateur a répondu dernièrement et de la meilleure manière à ces partisans d'une musique savante qui a pour preneurs des hommes qui sont si peu savants. M. Lefébure a donné dans la Maîtrise, que publie M. Heugel, de trop peu nombreuses pièces d'orgue dans le style lié ; là se montre la vraie science sous son aspect le plus élégant ; là les idées parfaitement ordonnées et sobrement dé- veloppées se déroulent avec l'emploi convenable de la richesse harmo- nique exempte de toute pesanteur, et renfermée dans les limites que prescrivent et le bon goût et cette saine raison à laquelle les plus belles imaginations se soumettent sans effort, sachant combien ces faciles concessions augmentent leur force et leur procurent d'inap- préciable avantages. Adrien de LA FAGE. LA MAISON OU EST NE GRÉTRY. Le touriste français qui pénètre en Belgique par le chemin de fer du Nord arrive bientôt aux rives fleuries de la Meuse qui ont vu naître l'illustre auteur de Richard. Ce beau fleuve décrit de capricieux méandres entre des rochers et des montagnes boisées dont le carac- tère est plus pittoresque que grandiose. A mesure que l'on avance dans cette belle partie du pays wallon, le tableau se déroule, la val- lée s'élargit, la nature est plus riche et plus verdoyante. Le garde du convoi ne tarde pas à crier : Liège ! Si notre voyageur est artiste et musicien, ce mot lui rappellera un nom bien cher aux arts, le nom de Grélry ! et il ne voudra pas passer par cette ville sans visiter la modeste habitation qui donna le jour à ce grand compositeur. S'il in- terroge quelque cicérone pour savoir ce que la reconnaissance des Liégeois a fait pour la mémoire de leur illustre compatriote, on lui répondra : « Une belle et large rue, une place publique, et plusieurs Sociétés de chant et d'harmonie portent son nom. Une statue en bronze du chantre liégeois, érigée sur un piédestal en marbre blanc où est renfermé son cœur, s'élève, non en face du théâtre, sa véri- table place, mais vis-à-vis de l'Université ; cette situation ne peut être justifiée que par le voisinage du Conservatoire de musique, qui a déjà produit tant d'artistes distingués, et de la salle d'Emulation, qui a ouvert ses portes à tous les grands virtuoses de l'Europe. Le Cercle artistique a pris depuis quelque temps une initiative qui lui fait hon- neur en célébrant chaque année l'anniversaire de Grétry par l'exécu- tion d'un de ses ouvrages. Mais ce n'est pas seulement dans une salle de concert qu'on doit exécuter les œuvres dramatiques, c'est sur la scène, au milieu des applaudissements de la foule ; aussi chacun attend avec impatience le jour où la ville donnera une fête musicale populaire, le 1 1 février de chaque année, pour célébrer l'anniversaire de la naissance du inaitre liégeois, et où l'on exécutera un de ses opéras avec tout le soin et le respect que les villes d'Allemagne donnent aux œuvres des Beethoven et des Mozart. Enfin la maison où est né Grétry est aujourd'hui la propriété de la ville et son produit, affecté à une fondation artistique, grâce à la libéralité de Mme veuve Dubois- Desoer dont l'action généreuse ne saurait obtenir trop de publicité (1).» Notre touriste, à qui l'on a indiqué la direction à suivre, franchit le pont des Arches, en reconstruction, que notre compositeur a par- couru tant de fois pour se rendre à la collégiale de Saint-Denis, où, par parenthèse, on lui donnait plus de coups que "de principes de musique ; il traverse un quartier fort populeux, vaste ruche indus- trielle de la ville, et, dans une rue adjacente, il trouve une petite ma- sure de chétive apparence, habitée par plusieurs ménages d'artisans, sur laquelle on lit ces mots : Ici est ni André- Modeste Grétry, le 11 février 1741 - Quoi ! dira notre voyageur, c'est dans cette humble demeure que reçut le jour le père de l'opéra-comique français, celui qui a fait les délices de plusieurs générations et dont les chants heureux sont im- primés clans toutes les mémoires ! Cet homme qui a posé les premiers jalons d'une route si brillamment parcourue par Méhul, Dalayrac, Hé- rold, Auber, ces illustrations musicales qui jettent tant d'éclat sur la France artistique du xixe siècle ! Et après avoir visité, non sans une certaine émotion, la chambre de quelques pieds carrés où l'auteur de Richard et du Tableau parlant vit la lumière pour la première fois, il s'éloigne en réfléchissant aux singuliers caprices de la destinée qui fait naître si petit celui que la postérité doit faire si grand un jour ! J.-B. RONGÉ. NOUVELLES. -/, Aujourd'hui, dimanche, à l'Opéra, par extraordinaire, Robert le diable, (423° représentation). *** Guillaume Tell, le Trouvère, et la Sylphide, ont défrayé le réper- toire de la semaine. Mme Vestvali répète activement le rôle de Fidès, dans lequel elle s'est déjà montrée fort remarquable en pays étranger. Les répétitions de l'ouvrage en cinq actes du prince Poniatowski et du ballet de MM. de Saint-Georges et Offenbach se poursuivent en même temps. **„ La santé de Faure n'étant pas encore rétablie, les représenta- tions du Pardon de Ploërmel sont toujours interrompues. Suivant toutes les probabilités l'ouvrage pourra être repris dans le courant de la se- maine. *** Les principaux rôles du nouvel ouvrage d'Ambroise Thomas, en répétition à l'Opéra-Comique, sont confiés à Mlle llonrose et i Montau- bry. On répète également Zêmire et Âzor, de Grétry. (1) Mentionnons un acte de libéralité et de patriotisme qui sera vivement loué par tous ceux qui professent le culte de nos grands hommes, et qui s'intéressent au progrès de l'art musical. Mme veuve Dubois-Desœr a fait don à la ville de la maison où est né notre illustre compatriote Grétry. La donatrice, à laquelle l'ad- ministration communale de Liège s'est empressée d'exprimer sa reconnaissance, n'a mis à sa libéralité que deux conditions : la première, d'entretenir la mais on à perpé- tuité et avec soin, ainsi que l'inscription qui se trouve placée sur la façade ; la seconde, d'affecter les revenus, déduction faite des frais d'entretien, a des subsides pour l'encouragement des études musicales. Le collège pourra cumuler les reve- nus pendant plusieurs années, pour rendre les subventions plus effioaces. Cette donation est approuvée par arrêté royal du 20 juin 1859. [Extrait du rapport de la ville.) REVUE ET GAZETTE MUSICALE „% Dimanche dernier on a repris Haydée. Mlle Henrion, qui chantait pour la première fois le rôle principal , s'est tirée à son honneur de cette épreuve. Jourdan a obtenu son succès habituel. „*„ Les Puritains ont reparu jeudi dernier au Théâtre-Italien; Giuglini, Graziani, Angelini et Mme Penco chantaient les quatre rôles de cet ou- vrage si longtemps populaire. Tous ces artistes ne méritent que des éloges. Pour son second début Giuglini s'est surpassé : il a dit surtout dé- licieusement la charmante canzone : Cerca il somio, que Mme Penco fait d'abord entendre dans le lointain, Giuglini n'est engagé que pour douze représentations ; il a chanté sept fois dans le Trovatore : il ne chantera plus que cinq fois dans les puritains. .% C'est décidément demain lundi que l'opéra nouveau de Braga, Margherita la mendicante, doit être représenté. En présence de nom- breuses demandes de places qui lui ont été adressées et auxquelles il lui était impossible de répondre favorablement un jour d'abonnement, la direction du théâtre Italien s'est trouvée en quelque sorte dans l'obliga- tion de donner, par extraordinaire et abonnement suspendu, cette pre- mière représentation. Afin de n'apporter aucun changement dans le cours régulier des représentations d'i Puritani, la troisième représenta- tion de cet opéra sera donnée mardi prochain, et la deuxième de Mar- gherita la mendicante le jeudi suivant „*t Au théâtre Lyrique, la Reine Topaze, chantée par Mme Carvalho, doit êtrereprise dans la semaine. Philérnonet Baw.is, ouvrage en trois actes de Gounod, dans lequel Mme Carvalho doit également remplir le princi • pal rôle, et Gil Dlas, en quatre actes, musique de Sémet, avec Mme Ugalde. seront représentés ensuite dans le courant du mois. »% Le Pardon de Plnarmel vient d'obtenir le succès le plus éclatant à Bruxelles. A Hennés, où le dernier ouvrage de Meyerbeer vient aussi d'être représenté , il a également excité l'enthousiasme. On le donnera prochainement à Nantes, Rouen, Lide. Bordeaux, Toulon, Clermont, Brest, Gand, Anvers et Mons. „,% M. Fétis père, notre savant et illustre collaborateur, se propose de publier incessamment dans ce journal une suite d'articles sur l'en- seignement populaire de la musique et certains systèmes de notation. *** Une messe nouvelle de M. Benoist a été exécutée dimanche der- nier, 25 décembre, à Saint-Eustache. Cette œuvre d'un compositeur qui a pris rang parmi les plus dignes, se recommande aux amateurs de mu- sique d'église par un style toujours grave et par des mélodies toujours élevées. Le Kyrie est formé d'une seule phrase, qui, par l'heureux emploi d'ingénieux développements, passe, sans fatiguer l'auditeur, dans toutes les parties vocales et instrumentales. Le Gloria in excelsis, qui débute par un allegro brillant, renferme plusieurs solos d'un caractère différent, se- lon l'exigence des paroles du texte sacré. Le Qui tollis, surtout, nous a semblé empreint d'accents d'une douleur touchante, et la facture en est éminemment religieuse. La mélodie de VO salularis, douce et suave, a bien le caractère mystique et élevé qui convient au mystère du saint sacrifice Les harpes ajoutent encore à cet effet par des arpèges d'une harmonie sévère. VAgnus Dei, qui doit se dire trois fois, ainsi que le pres- crit la liturgie, est chanté d'abord par le baryton, ensuite dans un mode mineur par un enfant de chœur, et enfin par tout le chœur dans le ton principal. Ce morceau se termine par quelques imitations qui rappellent un peu le faire de Cherubini. Cet éloge n'est pas le seul que mérite M. Benoist, de même que ce n'est pas seulement dans le genre sacré que sa plume s'est exercée avec les qualités qui constituent le maître. t% M. Guérin, l'excellent professeur de violon, vient de prendre sa retraite au Conservatoire. Il est remplacé par M. Dancla, qui n'était que professeur adjoint. Cette dernière place est supprimée. »%, Le duo brillant pour piano et violon que MM. Herman et Ketterer ont composé sur des thèmes du Pardon de Ploërmel, et qui obtient un si grand succès dans les soirées où ces artistes le font entendre, paraîtra très-prochainement. *% Théodore Hitter et C. Sivori ont été forcés de suspendre le cours de leurs succès à la salle Beethoven. Sivori est appelé à Londres, et Th. Pùtter est parti pour Marseille. Nous sommes certains d'être agréa- bles à leurs nombreux admirateurs en annonçant pour le 1er février la continuation de leurs intéressantes séances. *% Le premier volume de la nouvelle édition de la Biographie uni- verselle des musiciens, de M. Fétis, entièrement refondue, et augmentée de plus de moitié, vient de paraître chez MM. Firmin Didot frères, fils et Ce. Nous nous empresserons de rendre compte de cette publication si impor- tante pour l'histoire de l'art et des artistes, et si impatiemment attendue. *** La grande quantité d'oeuvres de toute nature publiée depuis un an par la maison G. Brandus et S. Dufour, a rendu indispensable la pu- blication de suppléments à son catalogue. Ces suppléments paraîtront dans le cours de la semaine; mais nous donnerons dès aujourd'hui la liste des ouvrages pour le piano publiés pendant l'année 1S5D. „*, On annonce que Mme Jenny Lind-Goldschmidt se propose de fonder une caisse de secours au profit des chanteurs nécessiteux et de leurs familles. *% M. Seling, excellent pianiste compositeur, vient d'arriver à Paris, où il se fera entendre cet hiver. t% Mlle Virginie Huet a donné, lundi 26 décembre, une soirée dans laquelle la charmante pianiste-organiste s'est fait vivement applaudir en exécutant le prélude de Bach avec M. Hervvyn, puis l'air du Barbier, une fantaisie sur les Puritains, et la marche des Veilleurs de nuit qu'on lui a redemandée. Sivori a joué la prière de Moïse, de Paganini, qui lui a valu des bravos unanimes. Ferranti , le guitariste, a fait entendre un délicieux morceau. Gustave Nadaud a terminé cette brillante soirée en chantant plusieurs de ses plus jolies chansons. „% Le jeune Henri Ketten donnera cette année son second grand con- cert à orchestre le 18 janvier dans la salle Herz. Ce virtuose de onze ans et demi fera entendre entre autres morceaux le cinquième concerto de Beethoven et la grande polonaise de Chopin, sans aucun doute, devant un très-nombreux public. *** Il y a quelques jours M. et Mme Herwyn ont donné une brillante soirée musicale. Pour la première fois de l'hiver, ils ouvraient leurs salons du quai de la Tournelle, et, malgré la rigueur du froid, il s'y trouvait une assemblée nombreuse, d'excellents artistes, des noms connus et aimés. On y a fait de belle et bonne musique. Mmes Bockholtz-Fal- coni et Wilson, Virginie Huet, Marie Darjou, MM. Lyon, Paulin et Hervvyn figuraient au programme, et chacun, à leur tour, ont charmé l'auditoire. ,*» Jeudi dernier, à la chapelle du Sénat, MM. Ed. Hocmelle et A. Ehvart ont fait exécuter plusieurs morceaux de leur composition pendant la célébration du mariage de M. Elie de Beaumont, sénateur, avec Mme la marquise Dubouchet, née de Quelen. M. Patriossi, baryton du théâtre des Italiens, a chanté avec goût un Ave Maria et un Domine salvum de M. Ed. Hocmelle, et M. Kœnig, de la chapelle de l'Empereur, a inter- prété un Pater nosler de M. A. Ehvart, avec le style excellent qu'on lui connaît. Les jeunes Soubiran et Bautin ont également chanté un Veni crealor du même compositeur. M. Ed. Hocmelle, malgré la défectuosité de l'orgue, a su se faire écouter avec satisfaction par l'auditoire d'élite qui se pressait dans la charmante chapelle du palais de Marie de Médicis. i*i, La société des quatuors Armingaud, Jacquard, Lalo et Lapret, à laquelle Mme Massart, l'éminente pianiste, prêtera sou concours, aura sa première séance le 18 janvier dans les salons de Pleyel, YVolff et Ce. „*„ La société des quatuors de Beethoven, interprétée par MM. Maurin, Chevillard, Viguier et Sabatier, inaugurera ses séances le 5 janvier, dans la même salle. „*,, La première des quatre séances de musique de chambre annoncées par M. Charles Lamoureux aura lieu le i2 janvier dans les salons de Pleyel. En voici le programme : 1" quatuor en si bémol (op. 18), Mozart; — 2° quatuor en ut mineur (op. 18), Beethoven ; — 3° sonate en sol ma- jeur pour piano et violon (op. 30), Beethoven; — 4° canzonnetta du qua- tuor en mi bémol (op. 12), Mendelssohn ; — 5° 67e quatuor en ré majeur, Haydn. MM. Colonne, Adam, Louis Pillet et Bernhard Rie seconderont M. Charles Lamoureux. t*4 Nous croyons rendre service à certains de nos lecteurs en leur annonçant que la réouverture des cours d'harmonie mutuels et gratuits, professés par M. de Bombes, aura lieu dans la première quinzaine du mois de janvier 1860. On s'inscrit chez le professeur, rue Montmartre, n° 159, de neuf heures à midi. t\ M. Provint", ancien directeur du théâtre Français -Italien de Mar- seille, vient de fonder une agence dramatique dont le siège est rue de la Victoire, n° 46, à Paris. „*„ Un nouvel instrument de musique, nommé calliope, vient d'être apporté d'Amérique en Angleterre, où on le voit pour la première fois. Il est dans le transept central du palais de cristal de Sydenham. On peut le considérer comme un orgue à vapeur; il consiste en une charpente en fer soutenant deux cylindres sur lesquels sont placés une série de tubes en airain, répondant assez bien aux diapasons ouverts des orgues, mais ayant une grande ressemblance avec le. sifflet d'une machine à vapeur ordinaire. La vapeur est amenée, d'une chaudière située dans le plan- cher, dans les cylindres, et de là dans les tuyaux qui produisent les notes, au moyen de soupapes à double effet; celles-ci sont ouvertes par des leviers en communication avec des fils de fer sur lesquels on peut agir au moyen de touches de piano, ou par des tiges d'acier fixées sur uncylindresemblable àceluid'un orgue de Barbarie. L'instrument du palais de Cristal est le plus faible, le plus doux qui ait jamais été construit. Il fonc- tionne à ja pression de o livres poids ou uu peu moins de 2 kil. 1/2 par pouce carré; le maximum de la pression dans les orgues d'église est de 5 onces pour la même surface. Le caractère de cette invention consiste en ce que l'on peut construire des instruments dans lesquels on portera la force de vapeur jusqu'à 150 livres par pouce carré, produisant des sonsmusi- DE PARIS. eaux trente fois aussi forts que ceux du calliope existant aujourd'hui. Telle est la force des sons à cette haute pression, que l'on affirme qu'il a été entendu à 12 milles, c'est-à-dire 5 lieues ou 20 kilomètres. L'étendue du son est presque illimitée, depuis les sons les plus bas d'une boîte à musique jusqu'à une force telle qu'elle peut être entendue de toute une ville. A cause de la quantité de vapeur nécessaire pour faire marcher l'instrument, on n'a jamais pu le faire entendre dans une maison; mais si au lieu de vapeur on se sert d'air condensé, on a une meilleure mu- sique et une pression plus considérable. Les usages auxquels on peut ap- pliquer le calliope sont nombreux. Un général s'en servira pour donner des ordres à toute une armée. A Saint-Louis et à la Nouvelle-Orléans, on s'en est servi en guise de cloches. Un phare anglais situé sur les côtes de la Nouvelle-Ecosse est pourvu du calliope pour donner des signaux. Le pacha d'Egypte en a un dans son bateau à vapeur comme instru- ment de musique. A ce titre, il est souvent employé aux Etats-Unis. Quoique l'harmonie, par suite de l'emploi de la vapeur, ne soit pas tou- jours parfaite, cependant sa mélodie plaît à l'oreille ; et comme nou- veauté musicale, le calliope a des droits à l'attention du public. (indicateur populaire, cité par le Moniteur.) „*„ Les concerts du Casino sont toujours très-suivis ; Arban vient de faire exécuter une grande fantaisie sur le Pardon de Ploërmel, qui a produit beaucoup d'effet; on a surtout applaudi l'air du Chasseur et la romance Reviens à toi, très-heureusement transcrite pour le violon- celle. La pullca des Oiseaux et Iffetzheim-galop, souvenir des courses de Bade, sont toujours accueillis par les applaudissements de la salle tout entière. *% Le 17 décembre est mort à Cassel le chef d'orchestre du théâtre de la cour, M. Sobiéry; il a été immédiatement remplacé par le maître de chapelle, M. A. Dessof, qui s'est fait avantageusement connaître comme chef d'orchestre à Dusseldorf, Aix-la-Chapelle et Magdebourg. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. t% Bennes. — La troupe lyrique marche de succès en succès , le grand événement de la fin de l'année a été la première représentation du Pardon de Ploërmel qui a eu lieu devant une salle comble ; le succès de la partition et des exécutants a été colossal. Dans le premier acte on a surtout applaudi la Berceuse, le duo Sonne, sonne, gai sonneur, et l'air d'Hoël : 0 puissante magie; au second acte, l'air de l'ombre a soulevé de toute part les applaudissements les plus enthousiastes ; les couplets de Corentin et la légende ont aussi été accueillis très-chaleureusement. L'air du Chasseur, le Pater noster à quatre voix, la romance d'Hoël et le duo final ont vivement impressionné le public. Mme Laurence, MM. Saint- Brice et Mengaud ont été au-dessus de toute critique. Les chœurs et l'orchestre méritent aussi des éloges sans restriction, mais les plus sin- cères félicitations sont dues au remarquable quatuor de cors qui a ac- compagné le chant du Chasseur, de la façon la plus complète. t*t Caen. — Le festival organisé par M. Lair de Beauvais a été splen- dide. La partie vocale réunissait MM. Roger, Lefort et Mlle Messon. Roger a chanté le duo de la Reine de Chypre et le premier acte de la Dame Blanche avec un succès pyramidal. Le lendemain le théâtre se trouvait de moitié trop étroit, car Roger avait consenti à chanter le deuxième acte de la Dame Blanche et le quatrième acte de la Favorite. „,*$; Grenoble. — Martha de Flotow, vient de réussir complètement. Parmi les morceaux qui ont produit le plus d'effet, il faut citer le duo d'ouverture admirablement chanté par Mme Abrit, le duo chanté par MM. Bouché et Lemonnier, Des ma plus tendre enfance, le quatuor des Rouets, la chanson du Porter, et enfin le duo du quatrième acte : Le prin- temps va renaître. Les chœurs et l'orchestre out droit aussi aux plus grands éloges. „% Bone. — Les deux dernières représentations delà troupe lyrique ont eu lieu le 8 et le 11 décembre; on jouait l'Eloile du Nord, et l'empresse- ment était tel que toutes les places étaient retenues huit jours à l'avance. Le chef-d'œuvre de Meyerbeer a été salué par des applaudissements en- thousiastes. MM. Crosset, Megnot et Mme Vilette ont obtenu beaucoup de succès. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. t*t Londres. — Au théâtre de Covent-Garden on vient de représenter un nouvel opéra de M. Alfred Mellon. Le libretto est tiré entièrement du drame-vaudeville français Victorine ou la Nuit porte conseil. La partition a' obtenu un succès très-légitime. L'ouverture a été très-applaudie. Miss Parepa (Victorine), miss Therlwals (Louise), M. Stanley (Julien) et M. llury Ilaigh (Michel) ont joué et chanté l'opéra de M. Mellon avec beaucoup de talent. — Le second concert de la Société musicale des amateurs a été donné le 12 décembre et a attiré une foule très-nom- breuse On a beaucoup applaudi dans la partie instrumentale M. Seymour Egerton, qui a joué un solo de lirnst avec beaucoup de talent, et dans la partie vocale Mme Lemmens Sherrington, qui a chanté, avec son succès habituel, l'air de V Ombre, du Pardon de ploërmel.— A la matinée musicale donnée par M. Catalaire, on a surtout remarqué M. Patry, qui a chanté avec autant de goût que de méthode la romance de l'Etoile du Nord : 0 jours heureux, etc., et M. Regondi.qui a exécuté sur le concer- tina une fantaisie sur le même opéra. ** Bruxelles. — La première représentation du Pardon de Ploërmel a eu"lieu vendredi, 23 décembre, devant un des plus nombreux et des plus brillants auditoires qui se soient trouvés réunis pour assistera une solennité lyrique. Hâtons-nous de le proclamer, c'est un succès, un succès véritable auquel n'ont manqué ni les acclamations ni les rappels. Mlle Boulard a déployé dans le rôle de Dinorah un charme et une puis- sance qui lui ont valu plusieurs ovations aussi unanimes que spontanées. M. Aujac a fait de Corentin un de ses meilleurs rôles, et M. Carman a courageusement soutenu un rôle écrit pour la voix étendue et vibrante de Faure. Les deux artistes ont été rappelés avec Mlle Boulard après le deuxième acte et à la chute du rideau. La mise en scène a été en tout point digne de l'œuvre et du théâtre. L'orchestre et les chœurs ont fait vaillamment leur devoir. Quatre représentations ont parfaitement établi le succès de l'ouvrage. »** Aix-la-Chapelle. — Au troisième concert d'abonnement, l'oratorio Paulus, de Mendelssohn, a été exécuté sous la direction de M. Wùllner. Notre société instrumentale a consacré une séance à la mémoire de Spohr ; on y a exécuté l'ouverture de Faust et diverses autres composi- tions du maître. **» Cologne. — Au cinquième concert de la société a été exécuté Èsthfr, oratorio de Haeridél. C'est la première fois qu'on a entendu à Cologne, et même en Allemagne, cette œuvre qui mérite d'être connue et que le public a écoutée avec le plus vif intérêt ; on y trouve les premières révé- lations du génie qui dans des créations postérieures a déployé toute sa puissance. „*$ Berlin. — Les représentations de la troupe italienne ont commencé le 22 décembre par le Barbier de Séville. On annonce à l'Opéra royal, pour le mois de janvier, la première représentation de l'opéra : Christine, reine de Suède, du comte de Redern, qui sera suivi d'un nouveau ballet intitulé : Voir Naples et puis mourir. Cette œuvre chorégraphique est de l'infatigable Taglioni. Le célèbre pianiste M. Hans de Bulow vient de verser à la caisse de la fondation Schiller la somme de seize cents francs, produit de trois concerts qu'il a donnés au profit de cette œuvre. M. Ilans de Bulow doit se faire entendre à Bàle le 15 janvier et se rendre ensuite à Paris, où il compte donner une série de soirées musicales dans les sa- lons Pleyel. ç*i Vïenne.— L'administration des théâtres impériaux va être abandonnée à l'exploitation privée, et une subvention annuelle sera allouée aux nouveaux directeurs comme prix de la location des loges impériales et des places réservées pour le service de la cour. Il a été décidé que l'opéra impérial connu ici sous le nom de Porte de Carinthie, cessera à par- tir du le-- avril prochain d'être administré par l'Intendance impériale. Toutes les économies rêvées par le budget ont déjà reçu un commence- ment d'exécution cet hiver ; l'opéra italien a été supprimé pendant toute la saison. t*t Darmsladl.— Au troisième concert de la chapelle ducale de Darms- tadt a été exécutée une symphonie nouvelle de M. Abert, artiste de la chapelle royale de Stuttgard, auteur de Anna de Landskron, opéra qu'on a donné avec succès au théâtre de cette capitale. „,*„ Saint-Pétersbourg. — Les études du Pardon de Ploërmel avancent vers leur terme. Décidément, c'est Debassini, et non Giraldoni, qui joue le rôle d'Hoël. Calzolari et Mme Charton-Demeur sont toujours chargés des deux autres. „** Nice. — Mme Sanchioli obtient de beaux succès au Théâtre-Royal dans le Trovatore et Maria di Rohan. La célèbre cantatrice doit se faire entendre ensuite dans un de ses rôles de prédilection, celui de Fidès, du Prophète, qu'elle a chanté sur les principales scènes, en Italie, avec un immense succès. le Directeur : S- Dl'lOVR. En vente chez J. M. GUERRIER, 19, rue Vivienne : HUIT ET J0ÏTB Collet-tloii «le «aio«s*es im-oKressïves en «rois séries. La première série [très-facile) est terminée. JuIon et Kdouarrt, deux valses par B. T. Missler 4 50 ftieorses et fcéon, polka et redovva * s0 Ariniir et Alphonse, schottisch et valse * 50 «tarif et FlaVï'e, mazurka et polka jleiiiij-i.éoiiiie, redovva et valse JL.es Mignons, quadrille BEVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. MUSIQUE DE PIAN® PUBLIÉE PENDANT L'ANNÉE 1859 Par G. BRiXDtii et S. DUFOIJB, éditeurs, ÎO.'B, rue de Richelieu, au ï''. FANTAISIES, TRANSCRIPTIONS, ETC. Ascner. Illustration du Pardon de Ploërmel — Op. 84. Ici. de Hubert le Diable Badarzevt&lka La Prière d'une vierge Kernard (Paul). Op. 52. Le Pardon de Ploërmel, transcription. . — Op. 55. La Charité, cliœur de Rossini, transcription. . . . Beyer (F.). Op. 36. Petite fant. facile sur le Pardon de Ploërmel.. — Op. Bouquet de mélodies Id. Blumiemtual (J.). Op. Â5. La Solitude, rêverie — Op. 46. Deux mazurkas — ■ Op. 47. Chanson napolitaine populaire, transcription. . . — Op. Z|8. Le Départ du vaisseau, fantaisie — Op. 49. Chanson populaire de Capri , transcription .... — Op. 50. Une Nuit sur le lac Majeur, rêverie — Op. 51. N° 1. Le Chant du cygne, mélodie plaintive . . . — N« 2. Une Fleur des Alpes, mélodie — Op. 52. L'Étoile du soir, 3e valse — Op. 53. Marche du vainqueur. . . .. Burginuller. Grande valse de salon sur le Pardon de Ploërmel. Ch»[>în (F.). Op. 18. Grande valse brillante — Op. A2. Grande valse — Op. 57. Berceuse Cometiaait. Transcription-fantaisie sur le Pardon de Ploërmel. . Cramer (IL). Petite fantaisie sur le Pardon de Ploërmel Cramer (J.). Fantaisie-valse sur l'air de l'Ombre Croisez (A.). Morceau de salon sur le Pardon de Ploërmel. . . . Corïu (A.). Op. 95. Fantaisie dramatique Id. .... — Op. 00. Fantaisie de salon sur les Dragons de Villars . . . — Les Regrets, impromptu, étude ne»s. Op. 54. Rêverie sur le Pardon de Ploërmel KalkBureaiBier (A.). Mosaïque brillante Id Ketterer (Eugène). Op. 67. L'Espérance, suite de valses . . . — Op. 68. Fantaisie-transcription sur le Pardon de Ploërmel . Knerlit. Op. 8. La Chanson du moulin, étude de concert. . . — Op. 9. La Ronde des lutins Id. ... — Op. 10. .Etude-fantaisie de concert, pour la main gauche sur Norma — Op. 11. La Nuit est belle, mélodie de Perrucchini variée. Krugcr. Op. 69. Mélodie pastorale — Op. 88. Berceuse du Pardon de Ploërmel, transcrite Kudk. (Aloys). Op. 12. Fantaisie sur le Pardon de ploërmel . . . Lecai-nentler (Ad.). 185 et 186e bagatelles sur le Pardon de Ploërmel, chaque — 187° bagatelle sur Maria — 1 88e bagatelle sur les Dragons de Villars Leduc (Alph.). Op. 182. Fantaisie élégante et facile sur le Par- don de Ploërmel Eieyltacb. Op. 31. Deuxième mazurka, caprice brillant. . . . — Op. 19. Ballade : — Op. 20. Deuxième grande valse brillante — Op. 21. Caprice-étude, marche funèbre — Op. 24. Aux bords du Gange, caprice brillant sur une raé- mélodie de Mendelssohn-Bartholdy Lftolir (II.). Chant du rouet — Les Octaves, morceau de concert — Rosée de mai liUSKim (J.). Op. 12. Fantaisie de concert sur Robert le Diable. Masiius Op. 60. Grand caprice sur les Huguenots 5 » 7 50 7 50 9 » 9 » 9 » 7 50 7 50 5 » 7 50 50 7 50 7 50 6 » 6 » 7 50 6 » 5 » 5 » 5 » 5 » 7 50 7 50 7 50 7 50 r,o llatkiaa (G.). Op. 31. Les Regrets, ballade Mcurielssuuii-Bnrtiiold.v. Op. 14. Rondo capricio SSeyerneer. Quatrième marche aux (lambeaux Moulins (Amélie). Fantaisie sur Maria Perny (P.). Op. 21. Souvenirs du prophète, caprice Pi«ani. Dans les bois, polka-mazurka de salon — Désolation, mélodie, — La Nuit, méditation Ponce de Léon. Mélodie irlandaise, intercalée dans Marta, transcription Prudent (E.). Op. 53. Adieu printemps, étude-caprice .... — Op. 54. Chant du ruisseau, caprice — Andante de Mozart, transcription KoKcElen. Op. 167. Fantaisie brillante sur le Pardon de Ploërmel Rummel. Fra Diavolo, échos des opéras, n° 1. (Sous presse). — Guillaume Tell, Id. n» 2. Id — Le Comte Ory, Id. n° 3. Id — Le Domino noir, Id. n° 4. Id — Les Diamants de la couronne, Id. n° 5. Id — La Muette de Portici, Id. n° 6. Id Talexy (Ad.). Une Fille d'Eve, polka-mazurka de salon — Polka-mazurka de salon sur le Pardon de Ploërmel. Tedcsco. Poëme d'amour, rêverie nocturne .... Véiii (A.). Op. 10. Danse des sylphes, caprice fantastique. . . Vincent (A.). Op. 7. Dolorès , polka-mazurka. — Op. 8. Die Tlirane (la Larme), mélodie de Kucken, transcrite — Op. 9. Je suis Lindor, de Paësiello, transcription — Op. 10. Le Pardon de Ploërmel, transcription — Op. 11. Orphée, de Gluck, deux transcriptions WeliBe (Ch.). Op. 51. Brindisi, chant des buveurs Wolffl. Op. 234. Mathilde, valse-caprice — Op. 235. Ida, valse-caprice 50 9 7 5 3 3 3 4 9 9 6 7 6 6 6 6 6 6 6 6 7 6 5 5 5 7 5 » 5 » 7 50 7 50 50 50 OUVERTURES, PIANO SOLO ET A QUATRE MAINS. Ernest II. Diane de Solanges 6 » Flotow. Martha 7 50 — La même à quatre mains . 9 » Uaillart (A.). Les Dragons de Villars 7 50 — La même à quatre mains 9 » Meyertoecr (G.). Le Pardon de Ploërmel . 9 » — La même à quatre mains 12 » PARTITIONS, PIANO SOLO ET A QUATRE MAINS. SDaillart (A.). Les Dragons de Villars, format in-S° .... net. 10 » lleycrbecr (G.). Le Pardon de Ploërmel, format in-8° . . net. 10 » — La même a quatre mains, format in-A" net. 25 » MUSIQUE DE PIANO A QUATRE MAINS. Beyer. Op. 112. Petite fantaisie sur le Pardon de Ploërmel ... 750 Burgmuller. Grande valse Id. .... 9 • Croisiez (A.). Souvenirs du Pardon de Ploërmel 7 50 doria. Op. 91 . Marche triomphale pour deux pianos concertants. 12 • Hunten (F.). Op. 166. Fantaisies sur Marta, en trois suites, chaq. 6 » Meyerueer. Quatrième Marche aux flambeaux 10 » Wolff (L.). Op. 233. Grand duo dramatique sur le Pardon de Ploërmel 10 » MUSIQUE DE DANSE QUADRILLES Aërts. La Veuve Grapin 4 50 Arliaii. Dans la rue 4 60 — Le Pardon de Ploërmel k 50 — Le même à quatre mains . . U 50 ArtiiN (Alex.). Fanfan la Tulipe ... 4 50 — Le même à quatre mains. . . A 50 — Les Fugitifs 4 50 — Le Maître d'école 4 50 Bouhu.uet. Le quart d'heure de Ra- belais A 50 Uarx (Ad.) . Le Pardon de Ploërmel . U 50 MrniifiN. 2e quadrille sur Marta. . . U 50 — Le même à quatre mains. ... A 50 VALSES Burgniuller (F.). Le Pardon de Ploërmel 6 » — La même à quatre mains .... 9 » Elbel. Corinne 6 » Ettllng (Emile). Op. 91. Le Pardon de Ploërmel 5 » Cirazlanl. Les Cyclopes 6 » Ketterer. Op. 67. L'Espérance ... 6 » Strauss». Le Pardon de Ploërmel . . 6 » — La même à quatre mains ... 7 50 — Dans la rue 6 » DANSES DIVERSES Arltan. Polka des Oiseaux A » — Iffetzheim, galop . 4 • Arfus (Alex.). Fanfan la Tulipe, polka 3 » Bousquet. Polka sur le Pardon de Ploërmel 4 » Desgrnugcs. Schottisch sur le Pardon de Ploërmel 4 » iïriii liant. Redowa styrienne .... 2 50 — La Comète de 185S, galop ... 4 » Blusard . Redowa du pardon de Ploërmel i » Talesy. Une fille d'Eve, polka-mazurka 6 » — Polka mazurka sur le Pardon de Ploërmel 6 » PARI3. — IMI'EINERIE CENTRALE DE CnAIX ET C", EUE BUREAUX A PARIS : BOULEVARD ©ES ITALIENS, 1. 27e Année. i\° 2. ON S'ABONNE : Dans les Départements et â l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aux Bureaux des Messageries et des Postes. REVUE 8 Janvier 1S0O. PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris 24ir.paran Départements, Belgique et Suisse. ... 30» id. Étranger M " id- Le Journal paraît le Dimanche. GAZETTE Nous rappelons à nos Abonnés de Paris que les prî- mes que nous leur offrons à titre d'étrennes sont n leur disposition, et nous les prions de vouloir bien les faire prendre dans nos bureaux. Nous les envoyons franco aux Abonnés de province. SOMMAIRE. — Sur l'enseignement populaire de la musique (1er article), par Fétis père. — Théâtre impérial Italien : MargherUa la mendicante, opéra en trois actes, libretto de F. M. Piave, musique de Gaetano Braga. — Inaugura- tion du nouvel orgue de Wazemmes. — Revue des théâtres, par D. A. B. Saint-l'-ves. — Nouvelles et annonces. SDR L'ENSEIGNEMENT POPULAIRE DE LA MUSIQUE. (Premier article.) La musique, ou, pour parler plus exactement, le chant, est con- sidéré à juste titre aujourd'hui comme une nécessité de l'éducation du peuple. A vrai dire, le chant populaire a existé chez toutes les nations, à quelque race qu'elles appartinssent, depuis les premiers âges du monde, et ses monuments précèdent partout ceux de la mu- sique à l'état d'art. Originairement ce chant n'eut pas d'autre auteur que le peuple lui-même. Il y déposait ses idées, ses croyances, ses sentiments, ses légendes et ses souvenirs historiques. On les trans- mettait par tradition, comme cela se pratique encore en Orient, chez les peuples slaves, et en général chez ceux que la civilisation mo- derne n'a poinî. encore dépouillés de leur caractère primitif; cir ces populations ont ignoré et même ignorent encore l'existence d'une musique notée. Il n'en est plus de même dans les centres de civilisation, car le véritable chant populaire en a disparu. S'effaçant par degrés sous l'influence incessante de la musique proprement dite, il a cessé d'être l'expression naïve des sentiments des masses ; il s'est formulé selon les règles de l'art; et dans le moment même où l'unisson populaire fait irruption dans l'opéra, l'harmonie du chœur dramatique pénètre jusque dans les hameaux. Une semblable transformation ne doit pas plus nous étonner que toutes celles qui se sont accomplies depuis un demi-siècle ; mais il devient évident que la tradition ne suffit plus pour transmettre dans le peuple des chants qui appartiennent au do- maine de l'art, et qu'un enseignement est devenu nécessaire pour cet objet. Toutefois n'oublions pas que la partie du domaine de la musique à laquelle appartient le chant populaire est fort bornée en comparaison de l'art dans tous ses développements, d'où il suit que l'enseignement des éléments du chant, dans les écoles primaires, doit être renfermé dans les limites de ce qui est exactement nécessaire pour atteindre le but proposé. Que si, par l'effet de celte première éducation, le goût de l'art se développe chez certains individus, si des organisations pré - destinées se font apercevoir, il faudra les confier non plus à l'enseigne- ment collectif des écoles communes, mais à l'enseignement individuel qui seul peut faire les artistes. Il est de la plus haute importance que les gouvernements et les autorités placées à la tète de l'enseignement comprennent bien cette différence des deux genres de destination, car on arriverait aux résultats les plus déplorables s'ils étaient con- fondus. Les conservatoires dans les capitales, et leurs succursales dans les provinces, sont des écoles d'artistes : les leçons s'y donnent in- dividuellement, bien qu'un certain nombre d'élèves soit réuni dans chaque classe. Là les organisations d'élite se font immédiatement re- connaître ; elles ne sont point astreintes, comme dans les collèges, à suivre les cours avec la même lenteur que les organisations médio- cres ; car, dans la même année, elles peuvent passer de l'enseigne- ment préparatoire du répétiteur au degré plus avancé du professeur adjoint, ou de celui-ci à l'enseignement supérieur. D'autre part, pen- dant que l'élève artiste cultive, avec les soins nécessaires, son or- gane vocal, s'il est destiné à l'art du chant, en égalise les sons et les registres, l'assouplit par des exercices de vocalisation, règle sa respiration et corrige les défauts de sa prononciation ; ou, si sa voca- tion l'a porté vers l'étude d'un instrument, pendant que les leçons du professeur lui enseignent pa" les principes et par l'exemple tout ce qui constitue un mécanisme parfait d'exécution, il augmente l'ensemble de ses connaissances par la fréquentation des cours d'harmonie, d'ac- compagnement et de composition. Compositeur, il doit étudier les modèles, lire les partitions des grands maîtres, et pour le faire avec fruit, il faut que toutes les clefs lui soient également familières, et qu'il ait l'habileté de faire concurremment plusieurs genres de trans- position avec la même rapidité que" l'action de lire dans un livre d'une langue connue. Une pareille éducation complète a exigé de tout temps une belle organisation et huit ou dix années d'études. 11 est donc de toute évidence que l'enseignement populaire du chant dans les écoles communales ou autres ne peut avoir qu'un seul point de contact avec celui des conservatoires, où l'art véritable est 10 REVUE ET GAZETTE MUSICALE l'objet des études, à savoir : les éléments communs aux deux genres d'éducations, c'est-à-dire les mêmes gammes, les mêmes divisions du temps et le même système de mesure de la durée des sons, enfin la même notation. On comprend que l'identité des éléments est une né- cessité absolue dans l'enseignement populaire du chant comme dans l'éducation musicale des artistes, car, s'il en était autrement, l'ensei- gnement populaire contenu dans ses limites naturelles ne serait pas une introduction à la connaissance de l'art véritable. On a vu en Al- lemagne, dans la première moitié de ce siècle, une démonstration évi- dente de cette vérité : il me parait nécessaire d'entrer dans quelques détails à ce sujet. On sait que l'Allemagne, au point de vue religieux, est divisée en deux grandes parties, l'une catholique, l'autre protestante. Les pro- vinces rhénanes, la Bavière, la Bohême, une partie de la Silésie et l'Autriche composent la première ; le royaume de Hanovre, les an- ciennes villes libres de Francfort, Brème, Hambourg, Lubeck, le du- ché de Brunswick, la Thuringe, la Prusse, la Saxe appartiennent à la seconde. L'éducation musicale du peuple dans l'Allemagne catholique fut florissante pendant toute la durée du dix-huilième siècle, parce que le nombre considérable d'églises, de grandes abbayes et de mo- nastères qui s'y trouvaient étaient autant d'écoles gratuites de musi- que, où se formaient dans la connaissance de l'art une multitude d'en- fants de chœur. Devenus plus tard chanteurs, instrumentistes ou organistes, tous étaient employés dans les églises ; car il n'y avait point de paroisse de village, d'abbaye, de couvent où il n'y eût tous les jours messe et salut en musique ; point de petite localité où il n'y eût un orgue et un organiste, lequel cumulait les fonctions de maître d'é- cole et avait chez lui un clavecin ou une épinette, ou un clavicorde dont il enseignait à jouer aux enfants soumis à sa férule. Il n'était point alors de cité ni de bourg qui n'eût ce qu'on appelait le musicien de ville à gages. Cet homme devait savoir jouer de tous les instruments et en donner des leçons gratuites aux habitants de l'endroit qui lui en demandaient. Bien que son traitement fût assez minime, sa position n'était pas mauvaise, parce qu'il envoyait ses élèves dans les orchestres d'églises de village ou dans les guinguettes, et prélevait un droit sur leurs salaires. 11 serait difficile aujourd'hui de comprendre quelle était alors l'existence toute musicale de l'Allemand catholique. Les presses d'Augsbourg, de Nuremberg, de Salzbourg et de Ratisbonne suffisaient à peine à l'impression des messes, motets, vêpres et saluts destinés aux plus petites localités, et qu'on appelait, à cause de cette destina- tion, messes et vêpres rurales. Biïhler, Demonler, Dreyer, Drcesig, Emmerig, Gleissner, Hacker, Hahns, Hirschberger, Kobrich, Kcenigs- perger, Lasser et Ohnewald furent les grands fournisseurs de cette musique champêtre d'église avec petit orchestre. Chacune de leurs œu- vres éLaient composées d'au moins six messes, et le reste en propor- tion. Pour les grandes villes et les riches abbayes, on avait les œu- vres de Fux, de. Tag, de Zeleuka, de Joseph et de Michei Haydn, de Mozart et des maîtres italiens. La connaissance de la musique était si populaire dans toutes ces contrées, qu'il n'y avait pas de paysan chez qui l'on n'entendit ou des chants à plusieurs voix, ou quelqu'instrument. Chez les grands sei- gneurs, tous les domestiques étaient musiciens. Après le diner, les uns prenaient des violons, les autres des altos, des basses; celui-ci une flûte, cet autre un hautbois, un basson : les gardes-chasse étaient ap- pelés avec leurs trompes pour jouer dans les symphonies les parties qu'on appelait alors par cette cause cors de chasse. Le Herr Kapell- meisler prenait la direction de cet orchestre en livrée, et le seigneur châtelain régalait ses hôtes de symphonies et de concertos où l'on pouvait désirer plus de perfection, mais où le sentiment intime de l'art se faisait apercevoir. En Bohême, il n'y avait pas de village où l'on n'entendît exécuter d'une manière satisfaisante des quatuors, des trios, des sonates, par des mains qui venaient de quitter la charrue ou la hache du bûcheron. Tout ce monde avait appris la musique comme on l'apprend encore dans les conservatoires et dans leurs succursales, c'est-à-dire dans l'enfance et par des exercices fréquents. On n'imaginait point alors qu'il y eût d'autre méthode, et l'on n'en sentait pas la nécessité, parce qu'on n'était pas encore arrivé à notre temps de hâte en toute chose. Les guerres qui ont dévasté l'Allemagne depuis les dernières amiées du dix-huitième siècle, les spoliations des églises, les suppressions des abbayes et des couvents, enfin les changements politiques et la ruine de beaucoup de familles nobles, ont anéanti dans ces contrées la prospérité populaire de la musique. Vienne et Munich sont les seules villes de l'Allemagne catholique où j'aie entendu dans les églises de bonne musique bien exécutée, avec des auditoires compacts. L'éducation populaire, au point de vue de la musique, a toujours été moins avancée dans l'Allemagne protestante que dans les pays catholiques, parce que cette éducation se borne, dans les écoles pri- maires, à ce qui est nécessaire pour le chant des psaumes et des can- tiques, lequel est fort simple, ne module pas, et n'admet dans son rhythme que les valeurs de temps les plus élémentaires. Jusqu'au commencement du siècle présent, le cantor, chargé de l'enseignement de ce chant aux élèves des écoles primaires, avait suivi la méthode ancienne exposée dans les traités de musique à l'usage de ces écoles ; mais les réformes entreprises par Pestalozzi dans toutes les branches de l'enseignement élémentaire ne tardèrent pas à exercer leur influence sur celui du chant. On sait que la base de ces réformes consiste dans la division des parties d'une science qui n'ont pas une connexion in- time, afin d'éviter la confusion dans l'esprit des enfants. Dès 1804, Traugott Pfeiffer avait tracé le plan d'un cours de chant d'après cette donnée fondamentale, et l'avait réalisé dans l'école modèle d'Vverdun, fondée par le célèbre réformateur. Pfeiffer avait basé son cours sur cinq divisions. La première, sous le nom de rhythmique, renfermait tout ce qui est relatif à la mesure du temps dans la durée des sons et du silence, avec les combinaisons de cette durée. La deuxième, qui avait pour objet la détermination des .intonations, et leurs combinaisons en certaines formes de chant, était appelé?, mélodique. La troisième, désignée d'une manière assez impro- pre par le nom de dynamique, était destinée à la connaissance des divers degrés d'intensité des sons et de leurs modifications. Dans la quatrième, les trois premières se réunissaient sous le nom de science de la notation : les élèves y étaient exercés à la conception simul- tanée de la représentation des sons dans leur durée, leur intonation et leurs modifications d'intensité. Là se trouvaient les exercices géné- raux de la lecture et du solfège. Une cinquième division était destinée à exercer les élèves à la réunion des paroles au chant. Frappé des avantages qu'il remarquait dans celte méthode, Naegeli, esprit original accompagné de beaucoup d'instruction, en donna un aperçu dans le petit écrit en langue allemande, intitulé : la Méthode de chant pestalozsienne, d'après l'invention de Pfeiffer (1). Déjà cette méthode avait fixé l'attention de Charles-Auguste-Frédéric Zeller, conseiller de l'enseignement supérieur de Prusse qui, après avoir visité l'établissement d'Yverdun, dirigeai Tubinge une école de pauvres, depuis le mois de juillet 1804 jusqu'à la fin de Tannée suivante. Il avait adopté les trois premières divisions de Pfeiffer ; mais, voulant borner dans les écoles primaires de l'Allemagne protestante l'enseigne- ment à ce qui était nécessaire au chant choral, il imagina de simplifier le travail des élèves, en substituant à la notation ordinaire les chiffres dont les signes et la classification ordinale est connue des enfants dés leurs premières années scolaires. Zeller fit de nouvelles applications de sa méthode au Gymnase (collège) de Saint-Gai), dans les années 1806 à 1808, sans toutefois la rendre publique. Après avoir obtenu, en 1809, sa nomination de conseiller des études du royaume de Prusse, il alla (1) Die Pestalozzisvlie Gesangbildungslehrc nach Pfeiffers Erfindung. Zurich, 1809, in-8" de 76 pages. DE PARIS. 11 se fixer à Kœnigsberg, et là il publia, l'année suivante, ssn Essai pour V avancement de V éducation nationale en Prusse (1), dont le premier volume concerna le chant choral et populaire . La notation en chiffres ne trouva d'abord que peu de partisans en Allemagne : mais elle fut reprise en 1815 par Natorp, conseiller du consistoire à Potsdam, puis à Munster, qui lui fit subir des modifica- tions assez considérables. Comme Pfeiffer, Naegeli et Zeller, Natorp divisa l'enseignement en Irois branches principales qu'il désigna aussi parles noms de rhythmique, mélodique et dynamique; mais dégageant ces divisions de tous les détails d'une Lhéorie trop développée, il ré- duisit l'enseignement aux éléments les plus simples et les plus indis- pensables pour la pratique du chant dans les écoles primaires. A l'égard de la notation, il la réduisit à l'emploi de chiffres pour la dé- signation des degrés de la gamme en les disposant sur une ligne au- dessus et au-dessous, et les diversifiant d'une certaine manière par des grandeurs proportionnelles. Quant aux va'eurs de temps, il les représenta par des signes empruntés à la notation ordinaire et com- bina ceux-ci avec les chiffres. L'exposé du système fut publié par Natorp (en allemand) sous ce titre : Introduction à l'enseignement du chant, à l'usage des professeurs des écoles populaires (2). Natorp ne borna pas ses instructions à ce qu'il avait écrit pour les maîtres, il voulut aussi venir directement au secours de l'intelligence des élèves, et publia pour chaque cours (inférieur et supérieur) des ma- nuels de deux feuilles d'impression qui sont des modèles de simpli- cité et d'enseignement pratique, et dont les titres sont, Petit manuel de V art du chant publié pour la jeunesse des écoles populaires (3). Enfin cet homme dévoué voulut compléter son œuvre de réforme en écrivant un livre de mélodie chorale en notation chiffrée pour l'usage des jeunes gens qui avaient suivi les cours des écoles qui avaient adopté son système d'enseignement (k). Ces écoles s'étaient multipliées avec rapidité, ainsi que le prouve le grand nombre d'éditions de ces instructions et manuels en peu d'an- nées. Quelques provinces de la Prusse, presque tout le royaume de Wurtemberg, une partie de la Westphalie, et diverses localités parti- culières adoptèrent avec une sorte d'enlhousiasme la réforme de la notation pour le chant choral. Des hommes ardents dans leurs con- victions, tels que Studemand, Jean-Frédéric-Guillaume Koch, con- seiller du consistoire de Magdebourg, Frantz, Engsfeld, professeur à Duisbourg, et beaucoup d'autres publièrent des manuels, des pam- phlets, des livres chorals et des recueils de chants populaires en chif- fres pour le triomphe de la cause. Mais une circonstance qui n'avait pas été prévue vint tout à coup ébranler la confiance du public et pré- parer la chute du système d'enseignement populaire du chant par la notation chiffrée : ce furent précisément les élèves des écoles où ce système était en vigueur qui lui portèrent un coup mortel. L'âge étant venu pour eux d'entrer dans les collèges, puis d'aller suivre les cours des universités, ils virent que ce qui leur avait é:é enseigné de la musique n'avait aucun rapport avec la musique notée. Les uns vou- laient se livrer à l'étude d'un instrument, d'autres entrer dans les associations chorales qui se trouvent presque partout en Allemagne ; mais, pour atteindre leur but, il leur fallait recommencer les études les plus élémentaires, et de plus, ils éprouvaient de grandes difficultés à s'affranchir des habitudes qu'ils avaient contractées dans les écoles primaires. Leur correspondance avec leur famille fixa l'attention des (1) Jleilrœge zur Befœrderung der Preuss. Naliunal-Erziehung. Kœnigsberg, 1810, 1 vol. in-8°, en quatre parties. (2) Anleilung zur Vntenoeisicng im Singen fur Lehrer in Volksschulen. Potsdam, 1815 ; Essen, 1816 ; Duisbourg, 1818 ; id. 1821 ; id. 1825. (3) Lehrbiichlein der Singkunst, fur die Jugend in Volksschulen herausge- geben. Duisbourg, 1816, in-8° de 32 pages. (4) Melodknbuch fur dm Gemeindcpcsang in den evangelischen Kirchcn. Essen, 1822, in-8". parents sur ce sujet. Les journaux de musique ne tardèrent pas à s'occuper de celte question ; des professeurs dont le nom inspirait confiance démontrèrent l'inutilité de la notation chiffrée et les graves inconvénients de son usage : de ce nombre furent Heinroth, directeur de musique de l'université de Goettingue, Schrader , le savant Hientzsch, professeur supérieur du séminaire des instituteurs de Breslau, Louis Erk, l'un des hommes les plus éminents de l'Al- lemagne en tout ce qui concerne la pédagogie musicale, et professeur du séminaire des instituteurs de Berlin, enfin Ernest Heutschel, di- recteur de musique' du séminaire des instituteurs de WeissenfeU, et rédacteur de YEuterpe, revue musicale des professeurs des écoles po- pulaires de l'Allemagne, en collaboration avec Erk et Jacob. De proche en proche la désapprobation de la notation chiffrée s'étendit partout et en amena la suppression, il n'existe plus aujourd'hui en Allemagne une seule école où cette notation soit encore en usage. {La suite prochainement.) FÉÏIS père. THÉÂTRE MPËRIÂl ITALIE?!. OTAB£93MlEB5aTA Miâ. BÏESI9ÏCASTE, Opéra en trois actes, libretto de F. M. Piave, musique de Gaetano Braga. (Première représentation le 2 janvier 1860.) Gluck jouait du violoncelle, Olfenbach en joue encore ; M. Gaetano Braga, qui ne ressemble pas plus à l'un qu'à l'autre de ces deux composi- teurs, s'est d'abord présenté à nous comme un habile violoncelliste ; mais à Vienne et à Naples il a fait d'heureux débuts dans la carrière lyrique en donnant trois ouvrages intitulés, Y Aima, la Stella di San Germano et // Ritratto. Le voilà maintenant arrivé jusqu'au théâtre Italien deParis, où l'on n'a guère l'habitude d'applaudir que les ouvrages consacrés par de grands noms et de grands succès. Cependant il n'a qu'à se féliciter du résultat de sa tentative. Il a été applaudi, bissé, rappelé en la personne de ses artistes et aussi en la sienne. Sans être une production di prima sfera, sa Margherita réunit assez de quali- tés pour justifier cet accueil flatteur autrement que par des sentiments d'amicale bienveillance. Quel sera son avenir sur notre scène pari- sienne? Nous ne saurions le dire, et, en tout cas, si elle ne s'y établit pas à perpétuité, l'auteur pourra s'en consoler par d'illustres exem- ples, car de tous les ouvrages italiens composés pour nous, et nous en comptons un bon nombre, il n'en est qu'un seul, les Puritains, de Bellini, qui aient conquis au répertoire une place inamovible. La partition de M. Braga est écrite sur un texte français d'origine, un mélodrame qui a pour auteurs MM. Anicet Bourgeois et Michel Masson, et qui fut joué, en 1852, au théâtre de la Gaité. Mme La- cressonnière, qu'une mort si précoce a frappée, était chargée du rôle principal de la Mendiante, aujourd'hui confié au talent de Mme Borghi-Mamo. Ce ne serait pas une petite affaire que d'expliquer par le menu comment et pourquoi Marguerite en est venue à ce point de mendier son pain sur sa route. Marguerite avait pour époux un hon- nête artisan, un riche armurier, Rodolphe Berghen ; mais elle s'est éprise d'un grand seigneur, le comte de Rendorf : elle a quitté sa mai- son, sa famille ; quel châtiment trop dur pour une telle faute ! Un jour qu'elle se met à la fenêtre pour regarder seulement passer son enfant, la petite Marie, elle est atteinte en plein visage par la foudre qui lui ôte la vue à jamais. Des bohémiens enlèvent Marie à son malheureux père et la transforment en petit prodige, en petit sauteur-équilibriste sous le nom de Colibri. A la foire de Leipsick, Colibri comparait en place publique : un saltimbanque devenu son maître va le contrain- dre à y faire preuve d'une agilité, d'une adresse qu'il lui enseigne à 12 REVUE ET GAZETTE MUSICALE sa façon. 0 merveille des merveilles ! Marguerite qui n'y voit plus n'en reconnaît pas moins bien sa fille dans ce garçon dont elle en- tend raconter la triste destinée. Plus tard, lorsqu'elle retrouve son mari qui s'est vengé du comte les armes à la main, elle lui rend sa fille qu'il croyait perdue, et l'honnête Rodolphe oublie son ressenti- ment, son injure : il pardonne à Marguerite, nui cesse par conséquent d'être mendiante, mais qui reste aveugle comme devant. Ce mélodrame était sans doute excellent dans son genre, mais fournissait-il le sujet et la matière d'un bon libretto? Nous n'y aper- cevons qu'un rôle, et ce rôle est plus affligeant que sympathique. Ajoutez à cela que l'incurable situation de Marguerite s'oppose à ce que le dénoùment nous apporte son tribut nécessaire de consolation et de joie. Néanmoins il faut convenir que dans quelques parties le libretto taillé par M. Piave est musical, et c'est probablement tout ce que lui demandait le compositeur. M. Braga est jeune, il doit avoir h confiance qui manque rarement à son âge, et il aura compté sur sa verve féconde et facile pour faire excuser les défauts de son ca- nevas. En effet, M. Braga écrit facilement, trop facilement peut-être. II est encore dans la période d'imitation involontaire, à laquelle peu de jeunes musiciens savent échapper. Par exemple, dans l'air chanté par Marguerite au premier acte, il a reproduit exactement tous les dessins de la cavatine du Trooalore ; dans la scène finale du troisième acte, il s'est rappelé, du moins pour la disposition et la coupe, les deux couplels ou strophes du ténor et du contralto dans la Favorite. En général, il y a clans ses phrases trop de notes qui se suivent sans rien dire de neuf, et que la facture ne relève pas assez. Ses canli- lènes n'ont pas un caractère assez net, mais ses choeurs sont vifs et brillants, d'un rhythme varié : le grand morceau d'ensemble du deuxième acte est conduit avec art, et le crescendo vocal y mar- che franchement jusqu'à l'explosion prévue, mais qui n'en impres- sionne pas moins fortement l'auditoire. Ce grand morceau a été rede- mandé, répété, ainsi que le quatuor du dernier acte, et plusieurs au- tres morceaux, notamment la romance ou complainte de Marguerite, ont soulevé des bravos chaleureux. C'est à Mme Borghi-Mamo que revient le principal honneur de l'exécution : jamais nous ne lui avions trouvé autant d'expression pathétique : elle joue aussi bien qu'elle chante, et c'est beaucoup dire. Dans les rôles secondaires, Gardoni, Graziani et Zucchini ont mis beaucoup de talent et de dévouement, ce dont le public leur a tenu compte, en les associant par ses suffrages intelligents à la double ovation de la cantatrice et du compositeur. P. S. INAUGURATION DU NOUVEL ORGUE DE WAZEMES1". L'église de Wazemmes suffisait à. peine à contenir la foule venue pour entendre le nouvel orgue construit par MM. Merklin, Schutze et C, et touché par le célèbre organiste M. Lemmens, reconnu aujourd'hui pour le premier des maîtres en son art. Dans les solennités de ce genre, le plaisir éprouvé par l'auditoire ne se traduit pas en applaudissements, mais ici il s'est manifesté sur toutes les physionomies d'une manière qui ne laissait pas de doute sur les impressions produites et par les ri- chesses de l'instrument et par le talent incomparable de l'artiste. Pui- sons d'abord, dans le compte rendu de cette mémorable séance la part d'honneur qui revient aux excellents facteurs du nouvel orgue, nous réservant de dire ensuite les merveilles d'effets qu'en a su tirer le génie de M. Lemmens. L'orgue de, la nouvelle église de Wazemmes n'est pas entièrement neuf: des considérations d'économie ont obligé MM. Merklin et Schutze à faire entrer une partie de l'ancien orgue dans l'instrument nouveau; et, par une condition plus défavorable encore, il a fallu loger dans la cage de l'ancien buffet une quantité de jeux plus considérable et de plus grande importance que ceux qui y étaient autrefois contenus; (1) Mémorial de Lille. mais l'habileté des artistes constructeurs a triomphé de ces difficultés avec un rare bonheur. Ampleur de sonorité, puissante énergie sans du- reté, sympathie et variété des timbres; coloris des nuances; passage progressif et bien ménagé du piano le plus délicat au forte le plus puis- sant et réciproquement; enfin combinaison presque inépuisable d'ac- cents dont l'âme est émue: voilà ce que le nouvel instrument construit dans les ateliers de MM. Merklin, Schutze et Ce, a fait entendre à l'au- ditoire d'élite réuni mardi dernier dans l'église de Wazemmes. Nous exprimerons seulement le regret que ce vaste vaisseau soit si peu favorable à la propagation libre et pure des sons d'un si bel ins- trument, et que l'architecte n'ait pas prévu que l'immense quantité de niches dont il a parsemé la voûte et les grands arceaux qui coupent celle-ci était ce qui pouvait être imaginé de pire au point de vue de l'acoustique. Dans la plupart des églises , l'excellent instrument de MM. Merklin et Schutze ne serait pas contrarié par la multitude d'échos dont les oreilles sont choquées dans l'église de Wazemmes. Une chose nous a frappé dans la séance d'inauguration, c'est que, nonobstant l'humidité occasionnée par les pluies torrentielles de ces huit derniers jours, et malgré les gonflements inévitables des bois, pas une note n'a failli, pas un cornement ne s'est fait entendre pendant une épreuve dont la durée n'a pas été moindre de deux heures. On peut comprendre ce qu'il faut de précision et de fini dans une machine aussi compliquée que l'orgue pour atteindre à de pareils résultats. C'est une bonne fortune inestimable pour l'auteur d'un bel instrument de rencontrer, pour en faire connaître toutes les ressources, un artiste tel que M. Lemmens ; c'est-à-dire celui que tous les organistes de l'épo- que actuelle considèrent comme leur maître et leur modèle. Dans une large et savante improvisation qui a été le premier morceau du pro- gramme de la séance, ce grand artiste a tout à coup saisi l'auditoire par le caractère de grandeur magistrale qui caractérise son talent. Cette main puissante pour laquelle il n'existe pas de difficulté, y a montré tout d'abord son exécution ferme et hardie, jetant dans les mo- dulations inattendues, quoique toujours correctes, des flots d'admirable harmonie. A cette entréeen matière, M. Lemmens a fait succéder une douce can- tilène exécutée avec un charme inexprimable sur les jeux de solos. Puis, se rattachant à la tonalité du chant de l'église, dans une improvisation sur le sixième ton, le célèbre artiste a fait voir comment, eu conservant le caractère austère de cette tonalité, on peut y associer l'harmonie moderne, devenue une nécessité pour nos instincts actuels. A qui n'a pas entendu M. Lemmens dans le prélude et la fugue de Bach, il serait bien difficile de donner une idée approximative de la prodi- gieuse supériorité du célèbre professeur du Conservatoire de Bruxelles dans les pièces les plus difficiles qu'ait produites le génie du géant de l'harmonie allemande. Là, les deux mains et les pieds, montrant une égale aptitude, ont paru se jouer des plus inextricables difficultés, comme s'il ne se fût agi que de jeux d'enfants, et nonobstant la fatigue qui semblait devoir être le résultat d'un si violent exercice, M. Lem- mens n'a pas moins conservé jusqu'au bout la magie de son exécution foudroyante. Que dire de la prière en fa pour les voix humaines, où tous les genres de charme sont été réunis, soit par les plu« heureux choix dans les associa- tions de sonorité, soit par la grâce de la mélodie, soit enfin par les riches- ses de l'harmonie et de la modulation ? Il faut avoir entendu ce morceau délicieux pour comprendre jusqu'où peuvent aller les impressions que l'orgue peut produire sous la main d'un grand artiste. Après ce morceau est venue une splendide harmonie sous le nom d'tfo- sanna, dans lequel était encadré un charmant morceau à la fois chantant et brodé avec élégance. Enfin, une magnifique improvisation finale a terminé cette séance, qui laissera d'impérissables souvenirs dans la mé- moire des amateurs de notre ville. BEVUE DES THEATRES. Bilan dramatique de l'année 1859. — Odéon : les Equipées de Stenio, comédie en trois actes et en vers, par M. Paul Juillerat. — Paiais-Royal : l'Omelette du Niagara, revue-vaudeville en trois actes, par MM. Dormeuil père et Lambert Thiboust. — Ambigu : le Marchand de coco, drame en cinq actes, par MM. Dennery et F. Dugué. — Revues des Folies-Dramatiques, des Délasse- ments-Comiques, du Théâtre- Déjazet et du Théâtre du Luxem- bourg. Si l'année qui vient de finir a été bonne pour les théâtres lyriques, si elle a enfanté des oeuvres destinées à une longue et glorieuse existence, nous n'en pouvons dire autant des autres scènes parisiennes. Dans le grand nombre de comédies, de drames et de vaudevilles qui DE PARIS. 13 ont défilé devant nous sans laisser de traces, il en est à peine deux pour lesquels il nous faudrait faire une exception non exempte de réticences : le Duc Job, aux Français ; Un père prodigue, au Gymnase. En dehors de ces deux ouvrages et de la Tireuse de cartes, dont le sort n'est pas encore nettement déterminé, quand nous aurons constaté le demi-succès du Testament de César Girodot, à l'Odéon, et celui des Pirates de la Savane, à la Gaîté, le bilan dramatique de l'année 1859 sera complet, et nous chercherons vaine- ment un seul titre à ajouter à cette liste plus que modeste. Quelques célébrités nouvelles ont-elles du moins surgi parmi les artistes? Hélas! non, les vieux s'en vont et ne sont pas remplacés. Bouffé a renoncé au théâtre; Frederick Lemaitre n'est plus que l'ombre de lui-même; Bocage et Mlle Déjazet, oubliés par les directeurs, essaient de se survivre en exploitant leurs propres privilèges. Tout cela est fort triste et le serait encore bien davantage si le public prenait la chose au sérieux et ne savait pas se contenter d'un à peu près. Heureusement il est bon prince et la situation des théâtres ne se ressent pas trop de son indifférence. Viennent les chefs-d'œuvre si patiemment attendus, et les prospérités de 1860 auront bien vite effacé les souvenirs né- gatifs de l'année précédente. — Parmi ceux-ci il faut ranger, à notre très-grand regret , une comédie en trois actes et en vers, les Équipées de Stenio, que M. Paul Juillerat a fait jouer à l'Odéon, et qu'il a eu le courage de retirer à la suite d'une première et unique épreuve. Celte œuvre, du genre fantaisiste, n'était pourtant pas dépourvue de mérite ; dans un jour de bonne humeur, le public eût ri franchement aux aventures de ce Stenio qui se donne beaucoup de mal pour enlever une jeune fille qu'un ami lui souffle au dénouaient. Mais il est de ces heures néfas- tes où les plus louables intentions sont prises à contre-sens, où un incident futile et le plus souvent étranger à la pièce fait dévier les sympathies et les rend impuissantes, où enfin un malentendu de quel- ques minutes enlève au poëte le fruit de plusieurs mois de labeur, et ne lui laisse pas même la consolation d'avoir été loyalement et saine- ment discuté. M. Juillerat s'est peut-être montré un peu trop prompt à accepter un arrêt qui eût été bien certainement cassé le lendemain; mais nous respectons d'autant mieux sa susceptibilité, que le théâtre contemporain n'en fournit pas beaucoup d'exemples , et qu'une pa- reille décision est ordinairement l'indice d'un talent sûr de sa force et qui a devant lui l'avenir. Il y a un an qu'à cette même place nous tirions l'horoscope des re- vues qui selon nous avaient fait leur temps et n'exerçaient plus l'attraction d'autrefois. Malgré l'apparent démenti que nous donnent en ce moment plusieurs théâtres, notre opinion ne s'est pas modifiée, et nous croyons que ce genre détourné de son origine par l'extension déraisonnable qu'on lui a fait subir, doit bientôt mourir de pléthore. Peut-être pourrait-on le sauver en le ramenant à des proportions plus humaines et en sacrifiant moins le trait satirique à ces exhibitions fas- tidieuses de costumes et de décors qui lui tiennent lieu d'esprit et de malice. Mais on ne s'avisera de cette réforme qu'à la dernière extré- mité ; la spéculation est entrée trop avant dans les habitudes de MM. les auteurs à commandes dont l'ambition consiste à occuper l'affiche au détriment de leurs confrères. Là est tout le secret de ces pièces inter- minables qui pourraient sans inconvénient supporter l'amputation de deux ou trois de leurs membres. Le pouvoir s'est ému récemment de la situation de notre première scène littéraire désertée par nos meil- leurs écrivains dramatiques, et il leur a offert l'appât d'une rémunéra- tion plus forte mais inférieure encore à celle qu'ils tirent des théâtres de genre. Il existait pourtant un remède bien plus simple et bien plus profitable à la grande majorité des auteurs, c'était de rappeler à ces théâtres les termes de leurs privilèges dont la stricte exécution suppri- merait les avantages exceptionnels faits en faveur d'un petit nombre d'hommes de talents qui n'auraient plus alors aucun motif pour res- ter éloignés de la scène française et pour obstruer les abords des scènes secondaires. Tout le monde y gagnerait, à commencer par le public qui ne se plaindrait pas assurément de voir finir avant minuit une revue sur laquelle la toile se lève à sept heures du soir. De tous les théâtres qui ont exploité cette année ce genre d'actualité, le Palais-Royal est le seul qui ait su se renfermer dans des limites à peu près convena- bles. Nous ne reprocherons à son Omelette du Niagara, que deux choses : l'abus du dialogue dans la salle, et celui des équivoques gros- sières sur la scène. En revanche, nous signalerons comme détails amusants la pantomime d'Hyacinthe sur la poutre qui remplace la corde du fameux Blondin, l'ingénieuse application du procédé Carte- ron contre l'inflammabilité du cœur des femmes, et en première ligne les imitations de Brasseur, de Gil-Pérez et de Mlle Aline Duval. — L'Ambigu vient d'obtenir quelque succès avec le Marchand de coco, de MM. Dennery et F. Dugué. C'est, dit-on, la dernière création de Fédérick Lemaitre ; par malheur, ce n'est pas la meilleure. Ce drame, dont la donnée repose sur un homme du peuple qui couvre de sa protection une jeune fille dont l'amant est compromis dans une affaire politique, se passait d'abord en pleine Terreur ; mais le comité de censure a vu du danger dans la reproduction des scènes sangui- naires de cette époque de notre histoire, et il en est résulté une cer- taine confusion, une certaine gêne dans les incidents de la pièce ajus- tés tant bien que mal au régime de la Restauration. Le rôle de Frederick Lemaitre a un peu souffert de ces transformations fâcheu- ses . Cependant le grand comédien que le boulevard est à la veille de perdre, a fait jaillir quelques éclairs de la situation du deuxième acte et de celle du quatrième. C'est, à tout prendre, un honorable adieu qu'il fait au théâtre de ses anciens triomphes. Le jeu de Schey, que nous avons vu naguère au Vaudeville, égayé ce tableau de proscrip- tion, dont les teintes sont généralement trop noires et trop lugubres. — Nous ne nous arrêtons pas souvent aux petits théâtres, mais, par ce temps de revues universelles, nous ne pouvons nous dispenser de leur rendre visite, quand ce ne serait que pour constater qu'il y a là parfois plus d'entrain, de joie et surtout de jeunesse qu'aux Variétés ou au Palais-Royal. Les pièces de fin d'année sont pour les Folies- Dramatiques et pour les Délassements-Comiques l'occasion d'un suc- cès traditionnel qui ne leur fait jamais défaut. Leurs procédés sont invariables et leur cadre ne change pas ; c'est un passe-partout dans lequel on amalgame tous les événements de la ville et du théâtre en les saupoudrant de couplets, de trucs et de ronds de jambe. Cette fois la rentrée des troupes et l'agrandissement de Paris ont eu les honneurs du défilé. Viv' la joie et les pommes de terre, disent les Folies, on ne sait trop pourquoi, mais qu'importe, pourvu que le titre soit populaire Aux ? Délassements, le principal attrait de La ioile ou mes quaf sous, c'est la danse excentrique de Marguerite la huguenote que l'on nomme vulgairement Rigolboche. Au théâtre Déjazet les épigrammes de Gare là-d'ssous sont un peu arriérées ; on y parodie la Juive et la Sylphide qui ne sont pas précisément des nouveautés, mais qui sont rajeunies par la mimique grotesque de Paul Legrand. Enfin au Luxembourg on joue la Foire aux bêtises, et les éclats de rire qu'elle provoque dans ces parages lointains re- tentissent au delà de la rive droite de la Seine. D. A. D. SAINT- YVES. NOUVELLES. „** Aujourd'hui dimanche à l'Opéra, par extraordinaire, les Huguenots, (336° représentation). ,•„ A ce théâtre, l'année a commencé par une belle représentation de Robert le Diable , qui , suivant son usage, avait attiré une nombreuse assemblée. H REVUE ET GAZETTE MUSICALE „*, Les Huguenots, donnés le lendemain lundi, ont produit une recette de plus de 9,000 francs. „% Mlle Masson, qui tout récemment a obtenu de très-beaux succès à PJaples et a Madrid, est, dit-on, engagée à ce théâtre, où elle a été long- temps applaudie. „*„ Le début de Mlle Brunet dans le rôle de Valentine, des Huguenots, est toujours retardé pour cause d'indisposition. „*., Les indispositions continuent de sévir au théâtre de l'Opéra-Comi- que et d'entraver le répertoire. Faure n'étant pas encore remis, et Mme Cabel se trouvant aussi hors d'état de chanter, le Pardon de Plër- mel n'a pu encore reprendre le cours de ses brillantes représentations. „% On annonce l'engagement de Roger au théâtre Italien. Le célèbre artiste doit s'y faire entendre dans le rôle de Bon Juan. t*„ Mlle Marie Battu débutera la semaine prochaine dans la Sonnam- bula. Les autres rôles seront chantés par Mme Cambardi, MM. Gardoni et Angelini. „** Le premier ouvrage que jouera le théâtre Lyrique, après les deux opéras-comiques de MM. Gounod et Semet, ce sera le Cosi fan tutte, de Mozart, dont Mmes Viardot et Carvalho chanteront les principaux rôles. „,%, On vient de mettre à l'étude une pièce en un acte, intitulée : Ma Tante, dont les paroles sont de M. H. Crémieux et la musique de M. Cas- pers. Mme Ugalde et Meillet doivent y jouer. ,*» Mlle Moreau a remplacé pendant quelques soirées Mlle Marie Sax, qu'une indisposition éloignait de la scène, dans le rôle d'Eurydice, d'Orphée, qui attire toujours la foule. „,% Jeudi prochain auront lieu au ^héâtre des Bouffes-Parisiens troi premières représentations : Forteboule, opérette bouffe, paroles de MM. De- forges et Gasiineau, musique de M. de l'Epine, jouée par M. Désiré, Bou- net, Mmes Tostée etCico; le Nouveau pourceauynai: , l'ancienne pièce du Gymnase arrangée pour les Bouffes, par M. Scribe, musique de M. A. Ba- gnard, jouée parMM. Duvernoy, Caillât, Marchand, Mmes Chabert, Tostée et Baudouin ; Bonne étoile, opérette, paroles de M. Pn. Gille, musique de M. L. Delibes, jouée par M. Tayau, Caillât, Trillet ( un débutant), et Mlle Cxo. En même temps les Bouffes montent une revue comique et musicale, qui prendra pour titre le Carnaval des Revues, revue de carna- val, enrichie des airs les plus populaires d'Offenbach, dont tous les théâ- tres de vaudeville se sont depuis longtemps emparés, en les défigurant trop souvent. Cette fois au moins on pourra les entendre tels qu'ds ont été compris par le maestro et accompagnés, dit-on, de musique nouvelle qui ne le cédera en rien à l'ancienne. „*„ Le Pardon de Ploërmel poursuit à Bruxelles le cours de son bril- lant succès, Aux détails que nous avons donnés sur la première repré- sentation, nous devons ajouter que Mlle Boulart (Dinorah) a été l'objet d'une distinction des plus flatteuses. LU. AA. RR. le duc et la duchesse de Brabant assistaient au spectacle. Après le second acte de l'opéra de Meyerbeer, la jeune cantatrice a été appelée dans la loge royale, où elle a passé tout l'entr'acte. Le duc l'a vivement félicitée sur le brillant talent dont elle faisait preuve dans sa nouvelle création, et lui a offert un splendide bracelet comme gage de son admiration. „,% On assure qu'une troupe lyrique allemande doit venir à Paris, et donner des représentations au théâtre Italien pendant les mois d'avril et de mai prochains. „*■„ Notre savant collaborateur Georges Kastner, membre de l'Institut, vient d'être nommé chevalier de l'ordre d'Ernest par S. A. R. le grand- duc régnant de Saxe-Cobourg et Gotha. *** Aujourd'hui dimanche, première matinée de la Société des concerts dans la grande salle du Conservatoire. „'% La Société des jeunes artistes du Conservatoire donnera son pre- mier concert dimanche prochain, 15 janvier, à deux heures, salle Herz. En voici le programme : 1° symphonie inédite de M. Demersmann ; 2° chœur de Méndelssolm ; 3°ouverturo d'Oberon, de Weber; 4" fragments du Comte Orij, de Rossini, soli chantés par M. Peschard ; 5° symphonie en ut mineur, de Beethoven. L'orches're sera dirigé par M. I. Pasdeloup. »*» Jeudi dernier avait lieu dans la salle Ilerz, devant un cercle d'in- vités, un concert véritablement extraordinaire, donné par trois artistes, dont le plus grand, âgé de vingt-cinq ans, possède une taille de 3i pou- ces. Le succès le plus complet a accueilli les chanteurs lilliputiens qu'on a applaudi à tout rompre après le prologue, et surtout après le trio pot-pourri tiré de divers opéras allemands, joués et chantés par MM. l'iccolo, Vounderlich et Kiss Jozsi ; ce dernier a, en outre, chanté avec une verve splendide le Cri du cœur, de Lhuillier et Bourget: C'est ma [Me ; et les Deux gendarmes, de Nadaud. A côté des petites mer- veilles qu'on applaudissait pour la première fois à Paris, nous avons remarqué Mlle Cherrean, qui a exécuté de la façon la plus brillante di- vers morceaux sur l'orgue Alexandre. M. Marochetti a bien dit le Pa- radis perdu, de Ritter. — Mardi prochain, dans la même salle, les trois artistes en miniature donneront leur première soirée dramatique et lyrique, avec le concours de virtuoses distingués. Jeudi 12 aura lieu la deuxième séance. t% Les soirées si bril'antes et si recherchées que M. Benson a l'habi- tude de donner tous les ans à ses amis ont été inaugurées vendredi de la manière la plus charmante par un concert, dans lequel de grands artistes et des amateurs très-distingués ont rivalisé de talent. Herman, le violoniste au jeu sympathique et brillant, s'y est fait entendre dans un nouveau morceau de sa composition, une fantaisie sur Norma d'une grande difficulté, très-réussie et semée d'effets nouveaux. L'auteur l'a jouée, comme toujours, avec une perfection rare, et, comme toujours encore, il a réuni tous les suffrages. On connaît la délicieuse transcrip- tion de la berceuse du Pardon de Ploërmel, de Kruger, ainsi que celle du chœur de Faust. L'auteur les a rendues supérieurement, et l'on a pu admi- rer .1e nouveau son beau talent de pianiste et de compositeur. Nathan, l'excellent violoncelliste, dans ses Canzonette napoiitane, morceau carac- téristique très-remarquable, a déployé tout à la fois la délicatesse et l'é- nergie de son archet. ,% Nous apprenons que M. Xavier Boisselot, l'auteur de Ne touchez pas à la reine et de Mosquita, qui, depuis trois ans seulement, avait pris la gérance de la Compagnie musicale (ancienne maison d'édition J. Meis- sonier, 18, rue Dauphine), va se consacrer exclusivement à l'exploitation de ses fabriques de pianos de Marseille et de Barcelone (Espagne), dont les produits jouissent d'une vogue méritée. Il vient de céder à M. E. Gérard, son ancien représentant â Marseille, la gérance de la maison d'édition de musique de Paris. Espérons que les soins importants d'une grande exploitation industrielle laisseront cependant à l'auteur si bien inspiré de Ne touchez pas à la reine le loisir d'écrire des œuvres musicales dignes de leurs sœurs aînées. „,% Deux charmantes valses-caprices d'Ed. Wolff viennent de paraître cette semaine: ces deux œuvres se recommandent par les qualités qui ont assuré à M. Ed. Wolff un des premiers rangs parmi les pianistes compositeurs. Ida et Mathilde obtiendront cet hiver un succès de vogue. t*t Luca Fumagalli, frère du célèbre pianiste de ce nom, se fera en- tendre le 14 de ce mois, au Cercle des sociétés savantes. Il jouera deux morceaux de sa composition, et la Danse des sylphes, morceau composé par son frère, Adolphe Fumagalli. „*, M. Antonio-José Cappa, l'auteur de l'oratorio // Diluvio, et de plu- sieurs opéras, parmi lesquels on cite Giovanna di Castiglia, ainsi que Mme Munoz Cappa, cantatrice italienne d'un grand mérite, se trouvent en ce moment à Paris. „/% L'audition annuelle des œuvres nouvelles de Ketterer aura lieu le dimanche 22 courant dans la salle Herz. On y entendra entre autres le duo sur le Pardon de Ploërmel composé par le bénéficiaire et Herman qui lui prêtera son concours. *t Nous recommandons à nos lecteurs pianistes Yallegro rapido, mor- ceau de concert aussi brillant que mélodique, composé par M. D. Zompi, dédié à M. C. Stamaty, et que l'auteur exécute dans les salons les plus distingués avec le plus grand succès. .% La Société de quatuors, consacrée par MM. Maurin, Chevillard , Viguier et Sabattier aux dernières œuvres de Beethoven, a tenu jeudi sa première séance de l'année, Nous en joindrons le compte rendu à celui de la seconde *** Un jeune pianiste, M. Victor Boullard, accompagnateur à l'Opéra- Comique, vient de publier Clairette, véritable polka de pianiste, sortant des lieux communs ordinaires. C'est un morceau élégant, bien fait, dans lequel on trouve à la fois de la distinction, de la grâce et de l'origina- lité. Le même éloge peut être adressé à Léona, polka-mazurka du même auteur. „*» La première des quatre séances de musique de chambre annon- cées par M. Charles Lamoureux reste fixée â jeudi prochain, dans les salons l'ieyel. L'heureux choix des œuvres qui figurent au programme, et le mérite des exécutants promettent une brillante et agréable soirée. „,% L'un des vice -présidents du comité de l'Association des artistes musiciens, M. Devaux, qui était en outre administrateur de la Société municipale de secours mutuels de Saint-Martin-des-Champs, administra- teur de la caisse d'épargne et membre de la Société des enfants d'Apollon et du Cercle musical, vient de mourir dans sa soixante-neuvième année. Ses obsèques ont eu lieu vendredi dernier. DE PARIS. 15 CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. t*t Marseille. — Mme Elmire a fait son troisième début dans le Pro- phète ; elle a déployé dans le rôle de Fidès une fort belle voix servie par une excellente méthode. M. Depassio s'est fait aussi beaucoup applaudir dans le rôle de Zacharie, qu'il a chanté de la façon la plus remarquable. Parmi les ouvrages à l'étude, on cite particulièrement le Jugement île Dieu, grand opéra inédit en cinq actes, dont le libretto est d'un auteur marseillais déjà connu par de charmantes poésies et sur lequel M. Aug. Morel, directeur du conservatoire de musique de cette ville, a écrit une partition dont on dit à l'avance beaucoup de bien. On parle aussi d'un opéra également inédit de M. Agnelli, compositeur italien, depuis long- temps fixé à Marseille , lequel a écrit sur les Deux Avares une musi- que de son crû. ,% Metz — Les représentations du Pardon de ploërmel sont toujours très suivies. t\ Strasbourg. — Les Dragons de Villars viennent de remporter une véritable victoire. Peu d'ouvrages ont eu jusqu'ici le don de plaire autant dans cette ville que la partition d'Aimé Maillart. Mlle I'oussèze a joué et chanté à ravir le rôle de Rose Friquet; Mlle Bléau, MM. Ribes et Bineau ont parfaitement secondé la charmante cantatrice. — A l'étude StraJella, paroles françaises de M. Gustave Oppelt, musique de F. de Flotow. »% Rennes. — La seconde et la troisième représentation du Pardon de Ploërmel ont surpassé la première. Les chœurs avaient plus d'ensemble ; les artistes, débarrassés de l'émotion inséparable d'un premier début, étaient plus sûrs d'eux-mêmes ; enfin l'orchestre a mérité les plus grands éloges Le public a fait au Pardon de Ploërmel l'accueil le plus enthou- siaste. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. „,% Bruxelles, 5 janvier. — Une indisposition de M. Aujac a suspendu pendant quelques jours les représentations du Pardon de Ploërmel qui sera joué demain pour la cinquième fois. — Veuve Grapin , opéra-comique de M. de Flotow, joué au théâtre du Parc, est un petit acte rempli de fraîches mélodies auxquelles on reconnaît tout de suite la muse facile et élégante de l'auteur de Martha. 11 n'y a que trois personnages dans cette pièce, et le plus intéressant des trois, à coup sûr, est la sémillante Mme Delvil, dont la voix est charmante. „*„ Manheim. — Le Pardon de Ploërmel vient d'être représenté et a obtenu un succès d'enthousiasme. „,*„, Hanovre.— Mme Clara Schuman a donné un magnifique concert sous la direction et avec le concours du célèbre violoniste Joachim, qui vient de recevoir le titre de directeur de concerts. Le maître de chapelle Scholz vient d'être appelé à la direction de l'académie de chant. a** Dresde. — Le 17 décembre on a célébré au théâtre de la cour l'an- niversaire de la naissance de Beethoven, et le lendemain, celui de la naissance de Weber. *** Leipzig. — Un jeune violoncelliste russe, M. Davidofl', de Moscou, a débuté avec un succès des plus honorables au neuvième concert du Gewindhaus; après l'exécution d'un concerto de sa composition, M. Davidoff a été rappelé au milieu des plus chaleureuses acclamations. Dans une soirée du Conservatoire de musique on a beaucoup applaudi une transcription par Stephen Heller, de la mélodie de Mendelssohn, la Vallée d'amour, pour piano. Un trio de Beethoven, des airs de Rossini et de C. M. de Weber, ainsi qu'une polonaise de Chopin, ont rempli le reste de la soirée. ^ Munich. — Une soirée donnée par le musicien de la cour, M. Mo- ralt, a clos la première partie de la saison des concerts, pendant laquelle nous avons entendu entre autres virtuoses, Mlle Moesner, l'éminente harpiste. Parmi les autres concerts, nous signalerons le quatrième con- cert d'abonnement dans la salle de l'Odéon, — le morceau capital était un adagio funèbre de Mozart, qui est peu connu et qui passe pour une des meilleures compositions du maitre ; — et les soirées de la Société des oratorios, qui, sous la direction de M. de Perfall, a fait entendre des œuvres de P. Bach, Ilaendel et Gluck. t*4 Vienne. — L'opéra italien doit rouvrir au théâtre An der Wien et y donner des représentations depuis la mi-mars jusqu'en juin. On annonce les engagements suivants: prime-done, Mmes Lagrua, Borghi-.Mamo, Lafon, Laborde et Beltramelli; ténors, Graziani , Miraglia et Cristiani ; barytons, Giraldoni, Guicciardi et Varese ; basses, P.okytanski et la Terza. On jouera : Parisina, l'oliuto, Fausta, la Favorita , PAjo nell'embarazzo, Cosi fan tutte, la Cantatrice villane, etc. — Dans les premiers jours de l'an- née qui vient de commencer, Ander doit faire sa rentrée par le rôle de Stradella, dans l'opéra de M de Flotow. Vieuxtemps, qui a eu l'honneur de se faire entendre à la cour, a eu, dans son troisième concert, un succès d'enthousiasme. Le célèbre violoniste est parti pour Gratz.— Pour l'anniversaire de la naissance de Beethoven, le théâtre de la cour a donné Fidelio. Cette partition a été jouée pour la première fois à ce théâtre,le 23 mars 481Zu— Notre capitale va être dotée de deux théâtres nouveaux : l'un, dont M. Treumann a obtenu le privilège, aura sa face sur le quai François-Joseph. De plus, M. Pokorny se propose de bâtir le huitième théâtre de Vienne, avec le concours d'un riche capitaliste. „*„ Amsterdam, 4" janvier. — Au troisième concert de la Société Félix Merilis, l'excellent chanteur Guglielmi a dit la romance d'Hoël, du Pardon de Ploërmel, avec le succès que lui assure partout cette inspi- ration magnifique. t*t Stockholm. — Un opéra-comique en deux actes, Lully et Quinault, musique de Berens, a beaucoup de succès. On a, du même compositeur, Violelta, grand opéra, qui n'obtint dans le temps qu'un succès d'estime, elle Songe d'une nuit a'été, qui fut plus favorablement accueilli. *% Saint-Pétersbourg. — Don Giovanni a été représenté au bénéfice de Marini. Le bénéficiaire et surtout Mlle Lagrua y ont obtenu un grand succès. Cette célèbre cantatrice a été invitée par la grande-duchesse Hé- lène à se faire entendre dans un concert chez elle. *** Lisbonne, 27 décembre. — Après neuf représentations très-suivies de Lucrezia Borgia, Mme Tedesco a repris la Favorite, avec Fraschini et Bartolini. Le succès a été prodigieux ; déjà la salle est louée pour la huitième représentation, et trois seulement ont été données jusqu'ici. L'enthousiasme et l'admiration pour la grande cantatrice s'accroissent d'année en année, quoique le public soit toujours le même. On répète le Prophète, et bientôt Mme Tedesco chantera le rôle de Fidès. Le chef- d'œuvre sera parfaitement monté, avec des artistes engagés tout exprès et des décors neufs. le Directeur : S. DUFODR. PRIX ACCORDÉ A L'UNANIMITÉ A l'EXPOSITION UNIVERSELLE DE LONDRES 1851. l'oui-iiEsscur tics Ministères de In Guerre cl. île lu ^Bai'iue île IPrnucc. Agent à Londres JDLLIEN ET Cc, 21d , Régent Street. MAISON FONDÉE EN 1803. INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE GQUETOI SS, rue tien Marais - Saint - Martin , 8S Ci-devant rue du Caire, 21. MEDAILLE D ARGENT DE 1" CLASSE A L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS 1855. Facteur du Conservatoire et de l'Académie impériale de Paris. Agent à Saint-Pétersbourg : A. BDTTNER, Perspect. Newsky, maison de l'église St-Pierre. La maison ANTOINE COURTOIS ayant agrandi ses ateliers, est en mesure de satisfaire à toutes les demandes qui pourront lui étr adressées; elle garantit réellement à sa clientèle des instruments irréprochables sous tous les rapports. 16 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. EN VENTE CHEZ G. BRANDUS ET S. DUFOUR, EDITEURS, 103, RUE DE RICHELIEU, AU I La Partition pour Chant et Piano en grand format (in-4°) DU PARDON DE PLOERMEL Opéra-comique en trois actes, musique de Prix net : 30 francs, POUR PARAITRE LE 15 JANVIER : La Partition du Pardon de Ploêrmel, arrangée pour le Piano à quatre mains, net : 25 francs. ALi JrlUriût à brevets d'invention et de perfectionnement . Instruments Saxomiiïtoniques. Invention à la- quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con- sacré la plus belle page dans son rapport officiel [Ins- truments de cuivre), dont voici de courts extraits : « M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) o La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par cite seulement que peut être résolu le problème d'une justesse parfaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1330.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Rue Lamartine, 22, à Paris. Grande manufacture d'Orgues et d'Harmoniums de la Société anonyme. Etablissement Merklin Schutze , suce, de M. Ducroquet, facteur de S. M. l'Empereur, Boulevard Montparnasse, 49, a Paris. On y trouve aussi des Orgues à tuyaux pour chapelles et églises, toutes prêtes à Être posées. En vente chez A. IKELMER et C, éditeurs, 1], rue Hougemont. MUSIQUE DE H&NT Geraert. (F. A.). Bonjour lunettes, adieu fillet- tes, proverbe 2 — Faute d'un point, proverbe 2 — Les Si et les Mais, proverbe 2 — Tout passe, tout lasse, tout casse, proverbe 2 — Une Aiguille dans une botte de foin 2 — Un OEuf pour un Bœuf, proverbe. 2 Hangeant. Le Directeur et le Ténor, duo co- mique T.B. 6 MUSIQUE DE PI&NO Favareer (R.). Op. 11. Vanda, varsovienne. . 7 — Op. 12. Tarentelle 7 — Op. 13. Souvenir de Beethoven 7 — Op. 14. En Chasse, fantaisie 7 Ravina (H.). Op. 10. La Danse, morceau de salon 0 — Op. 11. Première grande valse 0 — Deuxième grande valse 7 — Deuxième mazurka G — Op. 18. Le Mouvement perpétuel, étude . de concert 9 — Op. 20. Rondo-polka 7 — Op. 21. Sicilienne....' 9 — Op. 22. Elégie 7 50 SIX FAXTAISIES i:\ TRIO Pour Piano, Violon et Violoncelle, composées par D. Ravina et Ei. Clnpissou. QUADRILLES ,!<■ ri». La Chanson du Cloutier 4 50 Blaucheteau . Les Belles de nuit 4 50 — -Laissez les roses aux rosiers 4 50 Çfllîrï FTA facteur de pianos. Médaille d'or, Ex- oUUlLIllU position I8.'i9; Médaille de \" classe Exposition universelle 1S55. Spécialité de pianos pour l'exportation. Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Expo- sitions, des récompenses méritées par l'excellence de ses os droits, cordes obliques, dont la réputation est jus- tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand format, xtra, qui ne laisse rien à désirer sous le double rap- port de la quantité et de la qualité du son. Magasin, rue Montmartre, 161. L'HARIOMFLUTE MAYERHARIX, dont le succès grandit chaque jour , se trouve chez Mayermarix, 40, passage des Panoramas, à Paris. MAISON H. HERZ vSSÏÏiïïtâ toii e, à Paris. A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- . alité des votes du Jury. Il portait le n° 28. Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et4u obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première el la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. h A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier •ang du concours, sous le rapport du volume et de la lualité du son. > (Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) i" médaille d'or Exposition nationale française de 1849. DECORATION DE LA LÉGION D HONNEUR Exposition de 1849- t" médaille d'argent Exposition nationale française de 1844. -o-SkS-o- MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS FONDÉE A PARIS EN 1843 PAR abowbs bm:, Facteur de lu Maison militaire de l'Empereur. BUE SAINT -GEORGES, 50 I médaille Exposition nationale belge de 1841. DÉCORATION DE LJ COURONNE DE CHÊNE de Hollande (1845). Grande médaille d'or du Mérite de Prusse (1S40). ■°^©°? — Seule sritntle médaille Seule grande médaille d'honneur à l'Exposition universelle «le Pari» (1S55) (Votmcil Jftetltil) à l'Exposition universelle «le Louilpes (.1851). Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale. INVENTEUR DES FAMILLES DES CORNETS-SAX (compensateurs). CLARINETTES CONTRE-BASSES-SAX. CLARINETTES BASSES-SAX. BASSON-SAX (en cuivre et en bois) . Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons SAX-TTJBAS. SAXOPHONES. CLAIRONS-SAX. TROMBONES-SAX. SAXO-TROMISAS. SAXHORNS. Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres ; invention brevetée en ■ S5!>. Tous les instruments à pistons avec addition d'une ou plusieurs clefs; invention brevetée en 1S50. Système d'instruments à pistons ascendants; iuv. brev. en 1S5«. ou cylindres, les mêmes forme Saso-Tromba. Clairons, Trompettes d'ordonnance. Flûtes, Clarinettes, Bassons, Caisses roulantes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales , Cym- bales, etc., etc. BERGÈRE, 20. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. N° 3. 15 Janvier 1860. ON S'ABONNE 1 Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aux Bureaux des Messageries et des Postes. REVUE PRIX DE L'ABONNEMENT*. Paris. 24ir.paraû Départements, Belgique et Suisse — 30 » id* Étranger 34 - id- Le Journal paraît le Dimanche. GAZETTE HUSIC SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique et théâtre impérial Ita- lien : M. Troy dans le Pardon de Plocrmel, et Mlle Marie Battu dans la Son- nambula. — Mouret (2e article), par Arthur I»o«gin. — Biographie uni- verselle des musiciens et bibliographie générale de la musique, par F. J. Fétis père. — Revue critique : Concerto pour violoncelle, par P. Séligmann, par Adolphe ffiotte. — Ouvrage divers relatifs à l'accompagnement du plain- chant (2e article), par Adrien de ILa Fage. — Correspondance, Stras- bourg. — Nouvelles et annonces. THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA-COMIQUE. ET THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN. - II. Troy dans le JPttrtlote Ue Ploëtrmel, et Mlle Marie Battu dans la Sonnatnbulft . Ce sont en quelque sorte deux débuts que nous plaçons sous la même rubrique. Nous savons bien .que Troy, qui a déjà fait ses preu- ves dans des ouvrages anciens et nouveaux, n'est plus ce qu'on ap- pelle en langage de théâtre un débutant, mais à nos yeux il en repre- nait la condition et le caractère, en se présentant tout à coup, sans être attendu, à la place d'un chanteur aussi renommé que Faure, en succédant à son maître dans un rôle que celui-ci venait de créer et qui est certainement le plus beau fleuron de sa couronne. Que vou- lez-vous ? Faure était souffrant depuis plus d'un mois, et avec lui, le Pardon de Plocrmel restait éloigné de la scène. Or, en ce moment, plus de Pardon, plus de recettes. Il a bien fallu que le jeune artiste se dévouât, et, comme il arrive presque toujours, le dévouement n'a pas tardé à recevoir sa récompense. A en juger par son émotion extrême, Troy ne se dissimulait pas le péril de sa tentative, et pourtant il en a glorieusement triomphé. Ses terreurs ne l'ont pas empêché de chanter le rôle d'Hoél avec une voix pleine, timbrée, agile, en digne élève de Ponchard, qui avait commencé son éducation au Conservatoire, et de Faure qui l'y a terminée. Le premier jour, il avait laissé quelque chose à désirer dans l'expres- sion passionnée que demandent la romance et le duo du troisième acte, mais le surlendemain, la confiance lui a rendu ses forces, et bientôt il sera dans celte partie du chef-d'œuvre aussi complet que dans tout le reste. Les espérances de la direction ont donc été justifiées : le pu- blic est revenu en foule, et le Pardon de Plocrmel, qui en est à sa cin- quante-neuvième représentation, n'a pas moins rempli la salle et la caisse que dans les premiers temps. Il est vrai que Mme Cabel y chante toujours le rôle de Dinorah d'une façon prodigieuse, et que Sainte-Foy élève celui du cornemusier au niveau des créations les plus originales et les plus comiques du répertoire. Au théâtre Italien, c'est d'une vraie débutante qu'il s'agit. Fille du second chef d'orchestre de l'Opéra, élève de Duprez, Mlle Marie Battu n'avait encore paru que dans les concerts et sur le petit théâtre construit par son maître daus la rue Turgot. Ces modestes essais avaient suffi pour la faire connaître et désirer : on attendait beaucoup d'elle et, hâtons-nous de le dire, on a trouvé beaucoup plus encore que l'on n'attendait ; nous ne nous rappelons pas de début plus heureux, sans excepter même celui de Julie Grisi, et Julie Grisi était Ita- lienne ; elle avait déjà brillé au théâtre ; elle nous arrivait précédée d'une certaine réputation. Mlle Marie Battu est grande et svelte ; elle a une physionomie expressive, comme sa voix ; elle est actrice de la tête aux pieds, et son talent de cantatrice, elle ne le tient pas moins de la nature que de l'art. Nous n'ôterons rien au mérite si éminent de son maître, en disant qu'il y a dans la jeune artiste ce sentiment qui devance les leçons, et les fait fructifier au centuple. Elevée dans une atmos- phère musicale, elle a chanté comme on respire, et elle a eu cela de commun avec les Malibran, les Viardot, les Caroline Duprez et quel- ques autres privilégiées. De là, ce style parfait, ce bon goût, cette hardiesse toujours contenue, et cette admirable faculté de colorer la mélodie, de la nuancer avec la plus exquise délicatesse. Le rôled'Amina convenait parfaitement à la manifestation d'un talent de cette espèce rare. Jamais la tendresse virginale des inspirations si pures et si fines que Bellini a répandues dans la Sonnambula, n'avait été mieux rendue ; jamais il n'y avait eu d'accord plus intime entre l'ouvrage et l'in- terprète. Aussi le succès a-t-il été grand, unanime. Toute la salle applaudissait, rappelait, et, après la chute du rideau, voulait encore revoir deux fois la jeune artiste. Gardoni a bien légitimement partagé ce triomphe. Le meilleur des encouragements c'est l'exemple, et il a chanté lui-même avec une ex- pression charmante ce rôle d'Elvino, qui semble fait à sa taille. La soirée a été belle pour lui comme pour Mlle Battu, belle aussi pour le théâtre, où, nous n'en doutons pas, les vrais amateurs seront ravis de retrouver un ouvrage tout simple, tout musical, et des chanteurs qui chantent, sans autre intention que celle de plaire et de toucher. P. S. 18 REVUE ET GAZETTE MUSICALE (2e article.) (1) Le H août 1714, Mouret fit représenter à l'Opéra les Fêtes de Thalie, ballet en quatre entrées, de Lafont. Voici ce que nous trou- vons au sujet de cette pièce dans un recueil concernant les théâtres de Paris : « C'est le premier opéra où l'on ait vu des femmes habillées » à la françoise, et des confidentes du ton des soubrettes de la co- » médie. Le public en fut d'abord allarmé ; cependant il y vint en » foule, mais presque à contre-cœur. L'auteur dit qu'il se fit cons- i) cience de divertir ainsi les gens malgré eux, c'est pourquoi il se » dépêcha de faire lui-même la critique de son ouvrage, où il donna » le mérite du succès à la musique et à la danse. Cet opéra eut » quatre-vingts représentations (1). » Le 9 octobre, en effet, la pièce reparut, divisée ainsi : 1er acte : La Fille. 2e acte : La Veuve. 3e acte : La Femme. 4e acte : La Critique des Fêtes de Thalie. Elle fut reprise ensuite à différentes époques et avec de nouveaux changements: d'abord, le 12 mars 1715; on remplaça alors l'acte intitulé la Veuve par un autre qui portait le titre de ta Veuve co- quette; puis, le 25 juin 1722 ; à la troisième reprise, qui eut lieu le 17 septembre de la même année, les auteurs y ajoutèrent un cinquième acte qu'ils nommèrent la Provençale. Enfin, elle fut remise encore quatre fois au répertoire sans nouvelles transformations, les 2 juin 1735, 29 juin 1745, 13 janvier 1746 et 24 septembre 1754. Le 9 janvier 1755, le troisième acte en fut représenté à Versailles, devant le roi, sur le théâtre du château. Au mois de mars 1716, Mouret donna à l'Académie royale les Fêtes de l'été, opéra- ballet, paroles de La Grange et Roy. Le 6 avril 1717, il y faisait paraître, avec les mêmes collaborateurs, Ariane, tragédie- opéra en cinq actes et un prologue; Mlle Salle, la célèbre dan- seuse, obtint dans cette pièce un éclatant succès. Le 26 janvier 1723, il faisait représenter Piri/hous, roi des Lapithes, opéra aussi en cinq actes et un prologue, dont La Serre avait fait les paroles. Les Amours des dieux, ballet héroïque en quatre actes et un prologue, de Fuze- lier, fut donné le 14 septembre 1727. Cet ouvrage, dont le succès fut considérable, fut repris le 18 juin 1737, le 12 mai 1746, le 16 août et le 8 novembre 1757, et le 6 avril 1768. En 1728, Mouret acheta à Philidor (Anne), son privilège du con- cert spirituel et s'associa avec Simart pour l'exploitation de cette en- treprise, qu'il conserva six années. C'est pendant le temps de sa di- rection qu'il y fit exécuter les motets Benedictus Domine, Cantate, cantemus Domino, Quemadmodum , Regina Cœli lœtare et Ils- quequà. Le 5 juin 1732, il reparaissait à l'Opéra avec le Triomphe des sens, ballet-opéra en cinq actes, paroles de Roy. Cet ouvrage était divisé ainsi : l"acte : Leucothoé, ou l'Odorat. 2" acte : Protésilas, ou le Toucher. 3° acte : L'Amour, ou la Vue. 4° acte : Les Sirènes, ou l'Ouïe. 5e acte : Trigonc, ou le Goût. Il fut remis au théâtre le 17 mai 1740 et le 27 août 1751. Le 28 mars 1748, le troisième acte en fut représenté sur le théâtre des petits appartements. Enfin, le 5 mai 17:î5, Mouret donnait à l'Académie royale son der- nier ouvrage, du moins le dernier qui y fut représenté de son vivant, (1) Voir le n° 51 de l'année 1859. (2) Maupin: Bibliothèque des rMMm.'Paris, 1783, in-8°. puisque nous avons dit que Bagonde ne fut jouée qu'en 1742. Cet ouvrage était un ballet héroïque en trois actes, de Roy, intitulé les Grâces; le premier acte avait pour titre l'Ingénue ; le deuxième, la Mélancolique ; le troisième, l'Enjouée. Il fut repris le 7 juillet 1744, avec quelques modifications. Outre les pièces que nous venons de mentionner, Mouret fit pour la Comédie italienne, dont il était compositeur, un nombre considé- rable de vaudevilles et divertissements. Plusieurs des airs qu'il com- posa à cette époque pour le théâtre Italien, et qui ont donné nais- sance à ce genre de morceaux très-courts , qu'on a baptisés du nom de ponts-neufs, ont eu un grand succès, et ont joui longtemps d'une renommée véritablement populaire ; nous citerons, entre autres, les deux petits airs connus sous les noms de Cahin-caha et Dans ma jeunesse. Un bon nombre de pièces de Pannard et de quelques-uns de ses contemporains n'ont été soutenues que par les vaudevilles de Mouret, qui fut réellement le créateur de ce genre de musique, où il réussissait parfaitement. Parmi les pièces pour lesquelles il travaillait à la Comédie italienne, on peut citer particulièrement l'Amante capricieuse, de Joly (trois actes, 1726), YAmour maître de langue (trois actes, 1718), le May (1) (un acte, 1719), M 'élu sine (trois actes, 1719) et la Rupture du Carnaval et de la Folie (un acte, 1719), toutes quatre de Fuzelier; Arlequin Pluton, de Gueulette (trois actes, 1719), Diane et Endymion, de Dominique et Riccoboni père (trois actes, 1721). 11 fit ainsi la musique d'environ cinquante pièces pour la Comédie. Tous ces airs furent publiés et forment six cahiers assez volumineux, portant ce titre -.Recueils des divertissements du nouveau théâtre Ita- lien, dédiés à S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans, régent du royaume, par Mouret, musicien de la chambre du roy. Mouret fit aussi plusieurs divertissements pour la Comédie-Fran- çaise ; il écrivit même pour ce théâtre une œuvre assez importante, Pan et Doris, pastorale héroïque, en un acte, qui fut représentée le 6 juillet 1729, dans une pièce de Daiguebert, intitulée les Trois spec- tacles. Entre autres divertissements qu'il composa pour le même théâtre, nous mentionnerons ceux de la Pupille, comédie en un acte, de Fagan, représentée en 1734. En cette année 1734, Mouret perdit la direction du Concert spiri- tuel, qui relevait de l'Opéra, et que l'administration confia aux soins de Rebel, voulant désormais le régir par elle-même. Précédemment, il avait perdu l'intendance de la musique de Mme la duchesse du Maine (2), et, en 1736, il se vit enlever aussi son emploi de composi- teur à la Comédie italienne. Touché de la détresse dans laquelle le plongeaient ces revers successifs, — il ne lui restait plus alors que sa place de musicien de la chambre du roi, — le prince de Carignan assura au pauvre Mouret une pension de 1,000 livres ; mais la raison du malheureux artiste ne put résister au chagrin de se voir privé de lapresque totalité de ses ressources, et aussi à la douleur qu'il éprouvait de ne pouvoir, vu la position précaire dans laquelle il était tombé, trouver à marier convenablement sa fille, son unique enfant, qu'il chérissait plus que tout au monde. Il devint fou, et le dérangement de son esprit se manifesta un soir, à une représentation de l'Opéra, où il entendit chanter le fameux chœur Brisons ?ws fers, de Rameau. On fut obligé de le transporter chez lui, où il ne cessa plus de chanter (1) Qu'il ne faut pas confondre avec un ballet- pantomime de Marcouville, musi- que de Desbrosscs, qui fut représente' au même théâtre le 18 mai 1751. (2) Tous les biographes de Mouret s'accordent a dire qu'il perdit cet emploi seule- ment à la mort du duc du Maine, laquelle arriva le 19 mai 1736. C'est la encore une de ces erreurs de date que nous nous faisons un devoir de rectifier. Mouret fut privé de cette place quatre ans au moins avant l'époque que fixent ses bio- graphes. La preuve s'en trouve dans l'ouvrage de Titou du Tillet intitulé le Pâmasse français, livre publié en 1732, et dans lequel on lit un quatrain, signé Marchand, lecteur de S. A. S. Madame la duchesse du Maine et intendant de sa musique. DE PARIS. 19 ce morceau. Peu de jours après, on dut le conduire à Charenton, chez les pères de la Charité, et il mourut dans leur établissement le 22 dé- cembre 1738, dans la cinquante-septième année de son âge. Mouret fut un compositeur, sinon d'une habileté extrême , du moins d'une fécondité assez rare de son temps. A celles de ses œu- vres que nous avons déjà mentionnées, il faut ajouter encore des cantates, des cantatilles, plusieurs sonates pour deux flûtes ou vio- lons, trois livres d'airs sérieux et à boire et des fanfares. Mouret ne fut certainement point un musicien de premier ordre, mais ce fut du moins un compositeur fort agréable et dont on pourrait, de nos jours encore, entendre certains morceaux avec quelque plaisir. L'oreille et le cœur n'ont pas toujours besoin des fortes sensations que procurent la lecture ou l'audition des grands chefs-d'œuvre. Il faut d'ailleurs me- surer le terrain où l'on se place et savoir établir la différence entre les œuvres qui se sont fait jour dans l'enfance de l'art, et celles qui sont écloses lorsque cet art en était arrivé à la plus grande ma- nifestation de sa puissance et de son éclat. Si notre cœur se sent profondément remuer à l'impression produite par ces œuvres gi- gantesques et magistrales sorties dans toute leur splendeur du cerveau de nos grands génies, ainsi que Minerve sortit tout armée de la tête de Jupiter, il nous semble que l'imagination peut se reposer avec une douce sérénité par la contemplation d'un de ces petits tableaux naïfs et touchants, tels qu'en enfantent les talents simples et gracieux qui, — sans le chercher et sans même s'en douter, — ouvrent la voie aux grands maîtres de l'esprit humain. Or, pour exprimer nettement notre pensée, il nous semble qu'après la lecture d'un des chefs-d'œu- vre tragiques de Racine ou l'audition d'une des admirables partitions de Mozart, on pourrait sans ennui jeter les yeux sur une des naïves petites pièces de Joachim du Bellay ou écouter une des romances si simples et si gracieuses de Mouret. Arthur POL'GIN. (La suite prochainement.) BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS ET BIBLIOGRAPHIE «ÉXÉKA1,E DE E.A MUSIQUE. Par F. J. FÉTIS père. En attendant que nous puissions rendre un compte détaillé du premier volume de cet important ouvrage, dont l'étude est si atta- chante pour nous, nous croyons devoir en mettre le prospectus sous les yeux de nos lecteurs. Le succès universel du livre dont nous publions aujourd'hui la deuxième édition pourrait nous dispenser de le recommander à l'atten- tion du public et de faire son éloge; car il n'est pas d'artiste, pas d'a- mateur, qui n'en connaisse la valeur, au moins par sa renommée. Mais nous avons à rendre compte de ce qui distingue cette nouvelle édition de la première, et à mentionner sommairement les additions immenses ainsi que les améliorations importantes que l'auteur a faites ù son ou- vrage, par des travaux persévérants de vingt-cinq années. Pendant un quart de siècle qui s'est écoulé depuis la publication du premier volume de la première édition de la Biographie universelle des Musiciens, une multitude de compositeurs, d'instrumentistes, de chan- teurs, de théoriciens, d'historiens de la musique, de critiques, d'inven- teurs de méthodes pour l'enseignement, et de fabricants d'instruments de tous genres, sont apparus dans le monde musical avec plus ou moins d'éclat, et y ont exercé des influences très-diverses. Quel que soit l'in- térêt qui s'attache à leur nom, cet intérêt rejaillira sans aucun doute sur notre livre, dans lequel pour la première fois les faits relatifs à leur existence sont signalés, et dans lequel en outre le lecteur sera cer- tain de trouver cette juste et impartiale appréciation du mérite des ar- tistes, en môme temps que de la valeur des œuvres, appréciation qui a mis depuis longtemps M. Fétis hors de toute comparaison dans sa spé- cialité. Dire ce qu'il a fallu de patience, de persévérance et de soins pour recueillir des renseignements exacts sur une si grande quantité de personnes nées dans toute l'étendue du monde civilisé, ne serait pas possible; cependant ce grand travail n'est rien, si on le compare à la nécessité de lire tant d'œuvres de musique, tant de livres, de brochures, d'en pénétrer la signification, de sonder la portée des théories nouvel- les, de vérifier les aperçus ainsi que les assertions de l'histoire de l'art et de la science. Il suffit de parcourir, même rapidement, la Biographie universelle des Musiciens, pour acquérir la conviction que son auteur s'est acquitté de cette tâche avec une conscience qui n'est presque plus de notre temps. Il n'a pas mis moins de zèle, de dévouement, d'exactitude, à perfec- tionner la partie de son travail qui appartient à la première édition de la Biographie des Musiciens. La nomenclature des articles qui ont précédé l'époque actuelle s'est immédiatement accrue ; d'anciens articles de peu d'étendue ont pris des proportions considérables par l'importance des dé- couvertes. Toutes les grandes bibliothèques de l'Europe ont été explorées par l'auteur dans ses voyages. Lui-même possède la collection d'ouvra- ges de musique la plus considérable qui ait jamais été rassemblée: ces ressources ont fourni les moyens de rectifier une multitude de faits et de dates. Les améliorations de cette espèce sont innombrables dans notre édition. Il est une partie du livre qui mérite une attention particulière de la part des artistes et des amateurs d'élite : elle concerne les créateurs de l'harmonie et les premiers siècles où l'art moderne s'est formé et déve- loppé. On sait comme le goût des produits de la musique de ces temps reculés s'est répandu depuis que M. Fétis a fixé sur eux l'attention pu- blique, par les succès d'enthousiasme de ses Concerts historiques. Au- jourd'hui, les moindres débris de cet art primitif et naïf sont recherchés avec passion et se paient des prix fabuleux. Des hommes qui en ont été les auteurs, il ne restait guère que les noms : M. Fétis a pensé, qu'a- près avoir sauvé leurs œuvres de l'oubli, il devait s'occuper de leur personne ; il n'a pas reculé devant l'entreprise difficile de retrouver leur histoire dans la poussière des archives et dans la discussion approfondie des moindres circonstances mentionnées par les écrivains contempo- rains. Nous ne craignons pas d'affirmer que les résultats de cette partie de son immense travail renferment un trésor d'érudition et de sagacité. Nous croyons devoir terminer ces considérations par une remarque qui nous paraît avoir beaucoup d'importance : elle concerne le mérite de la forme. La Biographie universelle des Musiciens a été précédée par des publica- tions d'ouvrages du même genre, en Allemagne, en Italie, en Angleterre et même en France ; mais, laissant à part les immenses lacunes qui s'y trouvent, les inexactitudes multipliées et l'absence du savoir nécessaire chez leurs auteurs, si l'on ne s'attache qu'à la forme et au style, on recon- naît au premier coup d'oeil qu'aucun de ces ouvrages n'est lisible. Il n'en est point ainsi du livre de M. Fétis, car le mérite de l'écrivain y égale celui du savant et de l'artiste. Des notices telles que celles de J. S. Bach, Boïeldieu, Boccherini, Beethoven, Cherubini, Dussek, Grétry, Gluck, Haendel, Haydn , Lully, Meyerbeer, Mozart, Rameau, Rossini, Viotti et cent autres, offrent à la fois l'intérêt du sujet et le charme d'un style élégant et facile. Certes, ce n'est pas un médiocre sujet d'étonne- ment que de trouver cet agrément de la forme dans un travail colossal, entrepris et conduit jusqu'à la fin par un seul homme, nonobstant les difficultés qui auraient pu jeter plusieurs érudits dans le décourage- ment. En considérant la Biographie universelle des Musiciens dans la nouvelle édition que nous publions, M. Fétis peut se dire, sans être accusé d'or- gueil : Exegi monumentum. REVUE CRITIQUE. Concerto pour violoncelle, par P. Seligmanu. Pour écrire un beau concerto, que faut-il ? Bien des choses assu- rément. Pour n'en citer que quelques-unes, il faut, ce nous semble, s'efforcer d'oublier les formes grêles de la fantaisie, les ornements superflus dont on a pris malheureusement l'habitude de la charger ; mais il faut aussi prendre garde à la froideur et à la monotonie dont s'empreint d'ordinaire une pensée jetée dans un moule convenu. Les grands solistes qui écrivirent des concertos pour leur instrument tentèrent plus d'une fois de modifier ce moule ; Seligmann a trouvé le moyen de satisfaire, à la fois, les esprits sérieux qui exigent de l'unité, de la correction, et les virtuoses qui recherchent l'occasion de faire admirer l'habileté matérielle de leur exécution. Le tutti du premier allegro moderato a beaucoup d'éclat et de fran- chise. Le solo débute par de vigoureux arpèges soutenus de riches 20 REVUE ET GAZETTE MUSICALE accords qui préparent, non sans une certaine solennité, le premier motif. Ce chant, en doubles cordes, accompagné par des pizzicati, exprime une douce mélancolie. Le genre chromatique y domine. Le violoncelle fait entendre là cette voix élégiaque, gémissante qu'on aime tant en lui et que l'auteur sait si bien faire vibrer. Ce premier morceau n'est pas coupé, selon l'usage, par des tutti; il se compose d'un unique solo. Les mélodies modulent de la tonique à la dominante ; elles sont sépa- rées par des traits d'un grand effet, d'une grande distinction et se terminent par une péroraison chaleureuse, où le staccato, la gamme chromatique, l'octave brillante, si difficile sur les instruments à cordes par la justesse qu'elle demande, sont rassemblés en foule pour mettre en relief le mérite de l'exécutant. On retrouve habituellement dans les ouvrages des solistes les formes qu'ils affectionnent le plus particulièrement, les traits qu'ils exécutent le mieux. Si l'un a plus d'agilité de doigts que de force et d'émotion, si son talent est plus papillonnant, plus léger qu'expressif et chaleureux, on est sûr de trouver dans sa musique de jolis petits motifs musqués, de petits allegretto pleins de gammes, d'arpèges, de trilles, etc. ; si l'autre, au contraire, brille par la sensibilité, s'il a de l'âme, s'il est émouvant, pathétique, passionné, on est assuré que le largo,\'agitato,\'appassionato domineront dans ses compositions. Aussi nous rappelant avec quelle supériorité, avec quelle éloquence l'auteur disait les canlabile, les andante, avons-nous été surpris de ne trouver qu'une romance, délicieuse il est vrai, mais nullement développée, où nous attendions un bel adagio, une de ces larges mélodies qui vont si bien au violoncelle. Toutefois, malgré sa concision, trop grande peut- être dans un concerto, elle n'en est pas moins remarquable par la ten- dresse, par la douceur de ses accents et par la jolie harmonie, les élégants dessins des parties accompagnantes qui en rehaussent singu- lièrement l'incontestable valeur. Le rondo est très-original ; les idées y sont abondantes ; mais nous louerons bien plutôt ici l'imagination du compositeur que l'art qu'il a montré dans la disposition de ce iinalc. La fougue, le caprice éclatent dans ces dernières pages ; les beaux chants succèdent aux beaux traits, l'énergie à la coquette légèreté. L'orchestre n'abdique plus son importance, comme dans le premier morceau ; il a des tutti d'un travail excellent qui laissent respirer le soliste, des modulations charmantes. En résumé, malgré quelques taches légères, malgré une harmonie parfois un peu cherchée, ce nouveau concerto atteste que Seligmann, violoncelliste des plus sympathiques et des plus aimés, est aussi un véritable musicien, un artiste sérieux qui, non content des beaux succès que lui valurent toujours son beau talent d'instrumentiste, a su cons- ciencieusement demander à l'étude les moyens d'écrire purement et de donner à ses inspirations le mérite indispensable et inappréciable d'un bon style. Adolphe BOTTE. OUVRAGES DIVERS RELATIFS A L'ACCOMPAGNEMENT DD PLAIN-CHANT. (28 article) (1). llclliotle simple et facile pour apprendre a accom- pagner le plalii-cliant avec orgue à clavier traiis- positcuir, Écrite eu musique et en plain-chant , Pai> ALEXANDRE BRUNEATJ, Organiste de la métropole de Bourges. Voici un livre qui semble s'adresser à des élèves peu avancés encore, et qui même pourraient faire usage de l'ouvrage sans savoir (1) Voir le n" 50 do l'année 1S59. la musique ; il leur suffirait à la rigueur de connaître le plain-chant. L'auteur applique , comme on le voit , son enseignement à l'orgue transpositeur, qui est en effet plus commode pour les commençants, car ils trouvent plus facile dé jouer dans des tons simples auxquels ils sont habitués, et se plaisent à laisser les modes du plain-chant dans leur position accoutumée sur l'échelle générale. Après quelques avis préliminaires sur la connaissance du clavier , sur le doigter, la soufflerie, les jeux, et sur la manière de gouverner le mécanisme transpositeur, M. Bruneau donne des exercices élémen- taires pour la position des doigts, pour exercer les mains d'abord sé- parément, puis ensemble, pour plaquer ses accords. Il entre ensuite plus directement dans l'objet spécial qu'il se propose d'enseigner. Voici en quoi consiste le système d'accompagnement de M. Bruneau : Il place le plain-chant à la basse, joué et doublé au besoin par la main gauche ; puis supposant qu'il peut être toujours rapporté à nos deux gammes majeure et mineure, il donne pour l'une et l'autre la formule d'accompagnement connue sous le nom de règle de l'octave. Et je me permettrai de lui faire à cet égard un reproche assez grave - c'est de n'avoir pas choisi la formule la plus pure, la plus correcte et la plus ancienne dans laquelle on ne dièse jamais le fa en montant du la au si, ce qui évite un passage chromatique tout à fait déplacé dans l'application de cette formule aux modes du plain-chant. Il est aussi fort étonnant que M. Bruneau n'ait donné la formule que dans sa première position ; les deux autres étaient tout aussi susceptibles d'être employées. La règle de l'octave étant donnée d'abord dans notre mode ma- jeur, l'auteur en fait l'application aux troisième, cinquième, sixième, septième et huitième modes du plain-chant. Tous ceux qui ont l'ha- bitude de l'ancien style ne pourront approuver complètement une telle application qui peut en plusieurs occasions dénaturer la cons- titution du mode. A la vérité M. Bruneau cherche à y remédier en marquant des exceptions, notamment pour la conclusion ou les repos du troisième mode en mi qu'il accompagne, comme on le fait d'or- dinaire, par l'accord parfait majeur ; mais je crois qu'il a tort de dire que cet accord doit toujours être employé non seulement dans ce mode, mais dans les cinquième, septième et huitième, quand il se présente un repos sur le mi. La manière dont il amène cet accord est également blâmable; pour qu'il produise bon effet et qu'il s'iden- tifie avec la tonalité du plain-chant, il faut, si la note qui précède le mi est un fa, que celle-ci porte l'accord de sixte, et si c'est un ré, qu'elle ait l'accord parfait. M. Bruneau donne ensuite la règle de l'octave de notre mode mi- neur pour en faire l'application aux premier, deuxième et quatrième modes du plain-chant. A mon avis, il tombe ici dans une erreur plus grave encore que celle que je lui reprochais à propos du mode ma- jeur, puisqu'il donne une échelle dont le second tétracorde ne sau- rait en aucun cas être applicable au plain-chant, celle où la sixte est mineure et suivie de la septième majeure, tant en montant qu'en descendant, formule que répudie de la manière la plus absolue l'ancienne tonalité, dans laquelle les intervalles diminués ou augmen- tés n'ont jamais été admis. On comprend d'après cela que les incon- vénients que je signalais pour l'application au plain-chant de l'har- monie de notre mode majeur sont encore plus sensibles pour celle de notre mode mineur. L'auteur continue par des règles générales qu'il eût peut-être été bon d'étendre davantage, et il termine par des exemples de la psal- modie des huit modes harmonisée. Je m'étonne qu'il ait ici placé le chant à la basse, ce qui est peu avantageux dans ce genre, et amène même de mauvais effets. D'après ce qui vient d'être dit, on peut reconnaître que le système d'accompagnement adopté par M. Bruneau n'est au fond autre chose que l'application de notre harmonie plaquée aux modes du plain-chant ; or, ceux-ci ne se modifiant pas, il faut que l'harmonie plie, et quel- DE PARIS. quefois se compromette pour aider et soutenir cet allié exigeant qu'elle réchauffe cependant, et qu'elle ravive en le couvrant de son riche manteau ; mais parfois, il s'agite sous cette généreuse protection, et il montre maladroitement des membres décrépits et décharnés que l'on aurait voulu ne point apercevoir. Ceux qui trouvent de grands inconvénients à cette union des deux styles adresseront à M. Bruneau des reproches, sur lesquels force lui sera de passer condamnation. Toutefois, les hommes sans préjugés trouveront que pour ceux qui doivent faire usage de son livre, et pour ceux qui doivent entendre le plain-chant accompagné d'après ses principes, le parti par lui pris est cent fois préférable à certains sys- tèmes extravagants proposés en ces dernières années, et qui, s'ils eussent été adoptés, auraient définitivement abouti à dégoûter les mu- siciens du plain-chant et les plains-chantisles de la musique. Adrien de LA FAGE. (La suite prochainement.) CORRESPONDANCE. Strasbourg, 22 décembre. Dimanche dernier, la jolie petite église de Saint-Pierre-le-Jeune s'est trouvée réellement trop petite pour donner accès à tous les fidèles qui assiégeaient son enceinte. On s'entretenait beaucoup depuis quelque temps, et dans les termes les plus élogieux, d'une messe à laquelle M. Schwab avait donné tous les soins que l'importance du sujet récla- mait; on savait aussi que c'était pour Noël et à Saint - Pierre -le- Jeune que cette messe devait être exécutée par l'élite de nos solistes, et avec le concours de la société de chant l'Union musicale. Pour tous ceux qui ont écouté avec attention l'œuvre de M. Schwab, il y a eu succès complet. Il est difficile de posséder mieux que lui la facture chorale, de mieux grouper et fondre les jvoix, d'en mieux assor- tir les timbres en conservant à, la mélodie un caractère religieux, tou- jours calme sans pesanteur et majestueux sans emphase. Ne pouvant citer tous les morceaux de cette messe nouvelle , nous dirons qu'il se trouve dansle Gloria sur ces paroles : Qui tollis peccata mundi, un quatuor marqué au cachet d'une inspiration pleine de charme. Une fugue très- bien faite amène la conclusion de ce morceau, et ensuite l'une des plus belles pages de la partition, c'est le Credo. Pour le quatuor : Et incarna- lus est, l'auteur a trouvé des effets ravissants, et il y a déployé une re- marquable richesse d'harmonie. Sous ce dernier rapport, ;le morceau le mieux fait, c'est le Sanctus. Le Benedictus et VAgnus Dei font aussi beau- coup d'honneur à M. Schwab, qui d'ailleurs ne pouvait rencontrer de meilleurs interprètes que Mlles Barthel et Frison, MM. Schutzenber ger et Porst. L'orgue d'accompagnement était tenu par l'excellent orga- niste de Saint-Pierre, M. Meyer, qui cultive son art avec amour, mais sans faste et sans ambition. NOUVELLES. „,*„ Au théâtre impérial de l'Opéra, la représentation des Huguenots donnée dimanche dernier a été belle et brillante. ,% Demain lundi, Mlle Brunet, qui a fait ses premiers pas au théâtre Lyrique et qui chantait dernièrement à Marseille, débutera dans le même ouvrage. *% Le Pardon de Ploërmel n'obtient pas moins de succès à l'étranger et en province qu'à Paris. Cette semaine encore, pendant que les brillantes représentations du chef-d'œuvre continuaient à Bruxelles, Metz, Rennes, Stuttgard, Manheim, etc., on le jouait pour la première fois à Gand, aux applaudissements unanimes d'un nombreux public. *** Dimanche dernier, une très-brillante représentation des Puritains a été donnée. Giuglini, qui fait aujourd'hui ses adieux au public parisien dans le Trovalore, a reçu un accueil dans lequel les félicitations se mêlaient aux regrets. Rarement la voix du célèbre ténor avait été plus sympathique. Graziani et Mme Penco ne méritaient pas moins les ap- plaudissements qu'on leur a prodigués. *** Roger vient de donner au Havre deux représentations, dans les- quelles il a joué les rôles d'Edgar, de Lucie, et de Georges, de la Dame, blanche. A la suite de la seconde, les artistes du théâtre lui ont fait hom- mage d'une couronn'e composée de feuilles de chêne entremêlées d'épis d'or. Sur un ruban se déroulait, en lettres d'or, l'inscription suivante : « A M. Boger, les artistes du théâtre du Havre, 9 janvier 1 860. » *% A son retour du Havre, le célèbre artiste a définitivement con- clu son engagement avec le théâtre Italien. C'est le 2 février prochain qu'il y doit paraître dans Lucie, et Mlle Marie Battu ferait son second début dans cet ouvrage. »% C'est samedi prochain que l'ouvrage de MM. Crémieux et Caspers, Ma tante dort, doit être représenté au théâtre Lyrique. Voici quelle est la distribution de cet opéra, sur lequel l'administration fonde de grandes espérances : Mme Tjgalde, Mlle Durand (un début) et Mlle Vadé; MM. Meillet et Legrand. *% La Heine Topaze a reparu avec Mme Carvalho dans le rôle prin- cipal ; l'ouvrage et la cantatrice ont retrouvé leur ancien succès. »% Dimanche dernier, Mlle Marimon a rempli dans les Noces de Figaro le rôle de Chérubin, créé d'une manière si brillante par Mme Carvalho, que la jeune artiste a eu le bon esprit de prendre en tout pour mo- dèle. *** Dans le budget de 1860, le chapitre des subventions aux théâtres impériaux et au Conservatoire de musique figure pour 1 ,705,000 fr. ; celui des indemnités ou secours à des artistes, auteurs dramatiques, composi- teurs et à leurs veuves, pour 437,700 fr. ; celui des encouragements et souscriptions dépasse 200,000 fr. »% L'annexion de la banlieue vient de créer aux directeurs des théâtres des communes annexées une situation nouvelle. Cette situa- tion a été examinée par la commission créée au ministère d'Etat pour l'examen des questions concernant les théâtres. La commission a décidé que les choses resteraient en l'état jusqu'à l'expiration des privilèges, qui ont encore quatre ans de durée. A cette époque, on prendra pro- hablement des mesures administratives propres à sauvegarder tous les intérêts. En attendant les théâtres de la banlieue bénéficieront des pri- vilèges qu'ils ont en ce moment d'emprunter les pièces de leur réper- toire aux théâtres de Paris et de faire jouer sur leur scène des pièces inédites. *% Richard Wagner donnera, le mercredi 25 janvier, au théâtre Ita- lien, un grand concert, dans lequel il fera entendre divers fragments de ses ouvrages, entreautres de Tannhauser et Lohengrin. ,% M. Empis, ex-directeur du Théâtre-Français et membre de l'Aca- démie française, vient d'être promu au grade de commandeur dans l'ordre de la Légion d'honneur. *** S. M. le roi de Bavière a chargé les autorités compétentes de rechercher, parmi les jeunes musiciens du pays, ceux qui offriraient de sérieuses espérances d'avenir, et de les signaler à la protection spé- ciale du gouvernement. »*„ Nous avons assisté dernièrement, chez M. Jules Béer, neveu de l'illustre Meyerbeer, à une charmante soirée musicale, où des œuvres de Mozart et Léon Kreutzer ont été fort bien exécutées. On sait que M. Jules Béer est compositeur lui-même et s'est fait connaître par un opéra de salon, qui avait M. Lefort et Mme Sabatier pour interprètes ; mais il ne s'en tiendra pas là, et sans aucun doute il abordera bientôt nos scènes lyriques. On assure que M. Michel Carré travaille pour lui. *% Mercredi dernier, dans l'une des séances qui ont lieu chez M. Gouffé, M. J. Bellon a fait entendre un trio de sa composition, spécialement écrit pour alto, violoncelle et contre-basse,et exécuté d'une manière supérieure par MM. Casimir Ney, Lebouc et de Bailly , jeune élève de M. Gouffé. M. Bellon, qui n'a pas épargné les difficultés dans son œuvre, en avait fait une large part à l'alto et au violoncelle, qui sous les doigts et l'ar- chet d'artistes d'élite, les ont surmontées sans peine. Mais ce qui a le plus étonné, c'est l'exécution tout à fait remarquable du jeune Bailly, qui a prouvé que la contre-basse pouvait tenir honorablement sa place à côté des deux autres instruments. Comme professeur, M. Gouffé a reçu la plus digne récompense de ses soins dans le succès de son élève et dans les félicitations qui lui arrivaient de toutes parts. „% M. Edouard de Hartog est de retour à Paris ; l'écrin musical du jeune compositeur s'est enrichi de plusieurs ouvrages importants, qu'il compte nous faire entendre prochainement : il doit se rendre à Bruxel- les où l'on exécutera son ouverture de Macbeth, au troisième concert du Conservatoire, et à son retour il donnera' une audition de ses der- nières œuvres. *** Mardi 24 janvier, aura lieu, dans les salons de Pleyel-Wolff et Ce, l'audition des nouvelles œuvres de M. Magnus. Outre les compositions du bénéficiaire, parmi lesquelles on a remarqué un grand caprice sur les Huguenots, on entendra dans cette soirée M. Marochetti, qui chantera l'air du Chasseur, du Pardon de Ploërmel. „*„ MM. Alard et Franchomme commenceront leurs séances de musique 22 REVUE ET GAZETTE MUSICALE de chambre aujourd'hui dimanche dans la salle Pleyel-Wolff et Ce, et continueront de quinzaine en quinzaine. „,*, Mlle Albertine Zadrobilek, jeune pianiste de Prague, d'un très- grand talent, vient d'arriver â Paris, où elle se fera probablement en- tendre en public. »** M. Fiorentino et M. Hippolyte Lefebvre, qui a traduit en français Diane de Solange, et écrit l'opéra en cinq actes Rodrigue de Tolède, dont Litolff a composé la musique, viennent de recevoir la décoration de l'or- dre de la Maison Ernestine de S. A. R. le grand-duc de Saxe-Cobourg et Gotha. **„. Dimanche prochain 22, à l'occasion de la fête de sainte Agnès, une seconde exécution de la nouvelle messe de M. Benoist aura lieu à Saint-Eustache, a dix heures précises, sous la direction de M. Hurand, maître de chapelle de cette église; les soli seront chantés par MM. Périé et Guyot. „*» La seconde séance de la Société Maurin, Chevillard, Viguier et Sabattier aura lieu jeudi, 19 janvier, à deux heures dans les salons Pleyel. On y entendra le quatuor en si bémol, n° 130, et le quatuor en mi mineur, n" 3, de Beethoven, un andante en si bémol de Haydn, et un air varié de Haendel, exécuté par Mme Tardieu de Malleville. t% Litolff, à peine revenu d'Allemagne, est reparti pour la Belgique où il fera entendre ses nouvelles compositions pour piano. „*» Le célèbre chef d'orchestre et compositeur Jullien se propose de donner au cirque des Champs-Elysées une série de grands concerts qui commenceront au mois de mars et dans lesquels il fera entendre des fragments de plusieurs oratorios, Elie, le Messie, la Création, Paulus, etc. „% Emile Prudent vient de quitter Paris pour donner une série de concerts dans les départements. Il se fera entendre sur l'un des magni- fiques pianos de la maison Herz. „,*, Albert Sowinski est de retour à Paris. Les journaux de Bor- deaux et d'Angoulème, où l'excellent pianiste s'est fait entendre, font grand éloge de son beau talent et de ses nouvelles compositions pour cet instrument. „,*,, Dans sa séance de samedi dernier 7 janvier, l'Académie des beaux- arts a procédé au renouvellement de son bureau pour 1860. M. Gilbert a passé à la présidence, M. Reber a été élu vice-président. »% La première des soirées de musique de chambre de MM. Armin- gaud, Jacquard, Lalo et Lapret aura lieu mercredi prochain dans les sa- lons Pleyel, avec le concours de madame Massart. En voici le programme : 1° quatuor (en mi bémol) pour piano, violon, alto et vi'oloncelle, de Mozart; 2° 35e quatuor (en fa mineur) pour instruments à cordes, de Haydn; 3° sonate (en soi majeur), op. 30, pour piano et violon, exécutée par Mme Massart et M. Armingaud, de Beethoven; 6° quintette (en si bémol), op. 87, pour deux violons, deux altos et violoncelle, de F. Men- delssohn. *** Le Dalibor , journal de musique paraissant à Prague, annonce qu'une dame habitant cette capitale possède un violoncelle de Guarnérius dont l'authenticité aurait été reconnue par Spohr, Romberg et Servais. D'après des évaluations tant soit peu exagérées, ce nous semble, cet instrument est estimé à 20,000 florins. ,,*» Le programme de la première séance donnée dimanche par la Société des concerts était ainsi composé : 1° symphonie en la mineur, de Mendelssohn ; 2" motet, de S. Bach (double chœur) ; 3° concerto d'Haydn, exécuté par Norblin; à" Près du fleuve étranger, par Gounod, traduction du psaume Super /lamina; 5° Lauda Sion, duo, de Cherubini, chanté par Mme Ribaultet MlleRey; 6° symphonie en ut majeur, de Beethoven. Le morceau composé par Gounod, et qu'on avait déjà entendu dans les séances solennelles de l'Orphéon, a produit une vive sensation sur l'au- ditoire. »** C'est le '18 de ce mois que le concert du jeune et déjà célèbre pia- niste Henri Ketten aura lieu dans la salle Herz. Le 5e concerto de Bee- thoven, la Fileuse, de Litolff, et les Mélodies hongroises, de Liszt, y seront exécutés par cet artiste de onze ans. „*, Jacques Baur, l'excellent pianiste, donnera son premier concert le 25 courant. Il y fera entendre, entre autres morceaux remarquables, l'Illustration du Prophète, de Liszt (hymne, prière, marche du sacre). t*t M. Lefèbure-Wély, le célèbre organiste, s'occupe activement d'un opéra en trois actes dont le poëme est de M. Amédée de Jallais, et qui à pour titre, tes Paysans de Nivelle. Les fragments que nous avons enten- dus nous font espérer que nous pourrons bientôt applaudir le talent mul- tiple de M. Lefèbure-Wély. ;*, La partition du Pardon de Ploërmel, arrangée pour le piano à quatre mains, vient de paraître. **» M. P. Martin, de Toulouse, rivalise depuis longtemps avec les principaux facteurs de pianos de Paris. Les soins qu'il apporte constam- ment à la fabrication viennent de recevoir une juste récompense. Le jury de l'exposition de la Société philharmonique de Bordeaux a décerné à M. P. Martin une médaille d'argent de première classe, pour les innovations qu'il a apportées dans la fabrication de ses instru- ments. t*s En rendant compte dans notre dernier numéro du concert donné par les trois artistes lilliputiens, c'est à tort que nous avons nommé Mlle Chéreau; c'est Mlle Delphine Champon qui a tenu l'orgue-Alexandre dans cette soirée. — Mardi dernier la jeune organiste faisait entendre, dans la salle Herz, une délicieuse fantaisie de Lefèbure Wely sur YElisire d'amore, applaudie, de la façon la plus sympathique, à trois reprises différentes. Mlle Champon a été rappelée par la salle tout entière. *** Dimanche, 22 janvier, à deux heures, aura lieu, dans les salons de Pleyel. l'audition des compositions nouvelles pour le piano de M.E. Kette- rer. — Le programme se compose du grand duo de concert sur le Par- don de Ploërmel, composé par le bénéficiaire et Ad. Herman, et exécuté par les auteurs ; puis M.^Ketterer fera entendre, pour la première fois, le Réveil des sylphes, Aubade espagnole, Chanson de etiasse', un grand ca- price de concert, et plusieurs autres morceaux. — Dans la même séance, Mme Altès Ribault, M. Jourdan et plusieurs autres artistes chanteront les nouvelles productions de M. Alfred Mutel. t% Les morceaux séparés de l'album Litolff paraîtront dans le courant de cette semaine ; nous prédisons un succès immense à ces trois nou- velles productions du célèbre pianiste - compositeur : la Chanson du Rouet, Rosée de mai et les Octaves seront dans quelques jours dans tous les salons où l'on aime la bonne musique. „% Mme Gaveaux-Sabatier, MM. Jules Lefort et Castel viennent de donner à Tours, Blois ^t Saumur une série de concerts très-brillants. Au nombre des morceaux exécutés par ces artistes, nous devons signa- ler un opéra de salon parfaitement interprété, dont les paroles sont de Mlle Jenny Sabatier et la musique de M. Edmond Hocmelle, qui accom- pagnait lui-même son ouvrage et qui s'est fait entendre avec beaucoup de succès sur l'orgue-mélodium-Alexandre. „** L'éditeur de musique de Vienne, M. Cari Haslinger, a reçu la croix en or pour le mérite. »% S. Exe. le ministre d'État vient d'honorer de sa souscription l'His- toire du Conservatoire impérial de musique, dont l'auteur est M. Lassa - bathie. t% Les concerts du Casino continuent à attirer la foule. Jeudi dernier l'excellent orchestre sous la direction d'Arban, a exécuté un grand di- vertissement de M. Amédée de Roubin. L'effet produit a été très- bon et nous a fait bien augurer du succès qui attend cette composition origi- nale, destinée par son auteur au théâtre des Arts, de Rouen. La grande fantaisie d'Arban sur les motifs du Pardon de Ploërmel est écoutée tous les soirs avec l'attention la plus profonde, et soulève à chaque nouvelle audition des applaudissements plus enthousiastes. x*t Un violoniste et compositeur d'un caractère un peu excentrique, II. Turhri, est mort le 28 décembre dernier, à l'âge de soixante-quatre ans. Il avait été attaché à la chapelle de Charles X, répétiteur d'une classe d'harmonie au Conservatoire, violon-solo au théâtre de la Porte- Saint-Martin. Il avait aussi fait exécuter plusieurs symphonies et il laisse un opéra, la Jérusalem délivrée, qui n'a jamais été représenté. »% On annonce la mort récente du ténor jadis célèbre Franz Wild, décédé le 1°r janvier à Vienne; de Henri Enke, compositeur, mort à Leipzig; de l'éditeur de musique G. A. Zumsteeg, fils du célèbre com- positeur, et de l'acteur George Gliémann, attaché depuis 1836 au théâtre grand-ducal de Schvverin , en dernier lieu, régisseur de l'opéra à ce théâtre. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. *t Rennes.— Le premier concert de la Société musicale vient d'avoir lieu avec beaucoup d'éclat. Nous citerons parmi les morceaux qui ont produit le plus grand effet, l'admirable ouverture do. Pardon de Ploërmel, exécutée d'une manière remarquable, et la grande scène d'Orphée, dans laquelle Mlle de Lapommeraye, de l'Opéra, a été l'objet d'une véritable ovation, qui s'est renouvelée avec éclat pour la jeune cantatrice à Laval et au Mans, où elle avait été appelée par les sociétés philharmoniques. — Au théâtre, le Pardon de Ploërmel attire constamment la foule. „*.» Bordeaux, 11 janvier. — L'auteur de la partition du Stabat mater portant l'épigraphe Pange lingua gloriosi , etc., etc., qui a obtenu une mention honorable dans le dernier concours de la Société Sainte-Cécile, DE PARIS. 23 et dont le nom était resté inconnu, vient de se faire connaître au comité d'administration de la Société. Le lauréat est M. J. Barrière, organiste et directeur de la Société de Sainte- Cécile de Cherbourg. *% Avignon. — Martha vient d'obtenir le succès qu'elle a rencontré dans toutes les villes de la province. MAI. Bussi, Masset, Neulat, Galois ; Mmes Erambert et Neulat ont été à la hauteur de la tâche qu'ils avaient acceptée. M. Bussi-Masset a été rappelé avec Mme Erambert. *t Amiens. —La société philharmonique a donné son premier concert devant une salle comble. Les artistes engagés étaient Montaubry, Sainte Foy, le frère et la sœur Ferni. Montaubry a obtenu un succès d'en- thousiasme. L'orchestre a exécuté d'une manière très-remarquable l'ou- verture de l'Ame en peine de Flotow. Le même mérite s'est reproduit dans la belle fantaisie sur les principaux motifs de la Juive, composée par M. Jules Deneux, président de la Société. L'introduction de cette fantaisie, les transitions d'un motif à un autre, l'orchestration des par- ties du chant, ont fourni une nouvelle preuve du goût parfait et du talent très-distingué de M. J. Deneux dont la flûte s'est fait applaudir dans un court solo auprès du hautbois de M. Pourcell^et de la clarinette de M. Boadois. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. »% Londres. — Le 2 janvier a eu lieu, à faint-Jair.es's-Ball.le co- cert donné par M. Brinley-Richard, et qui a marqué le retour de MM. Sivori etBottesini. Le bénéficiaire, M. Brinley-Richard, y a obtenu un très-beau succès. On a aussi beaucoup applaudi un quatuor de M. E. Silas, pour piano, violon, harmonium et contre-basse, ainsi que deux morceaux pour harmonium qui ont été supérieurement exécutés par M. L. Engel. Sivori et Bottesini ont ensuite provoqué d'unanimes applaudissements, le premier, avec la Clochette, de Paganini ; le second, avec son andante et variations sur Béatrice di Tenda. — Le programme du concert donné par la Société littéraire et scientifique contenait vingt- quatre morceaux de chant, parmi lesquels nous citerons l'air de l'Om- 6re^et la canzonetta composée pour Mme Nantier dans le Pardon de Ploërmel, t\ Bruxelles. — Le succès de Brassin à la soirée donnée au Cercle artistique et littéraire a dépassé toutes les espérances. Perfection de mécanisme, puissance de son, pureté de style, sentiment exquis, Brassin possède tout au suprême degré. Cette soirée, où l'artiste a soutenu à lui seul tout l'intérêt, a été une longue suite de triomphes. Le troisième con- cert de l'association des artistes musiciens a eu lieu avec le concours de H. Wieniawski ; le public a fait un excellent accueil au violoniste polonais et lui a décerné une véritable ovation après l'air varié de Paganini, le Carnaval de Venise. Le Pardon de Ploërmel continue à faire salle comble. Mlle Sannier a paru dans le Prophète et a déployé dans le rôle de Fidès de véritables qualités qui lui ont valu de nombreuses mar- ques de la plus vive sympathie. «,% Gand. — Le Pardon de Ploërmel n'a pas obtenu moins de succès ici qu'à Bruxelles. Mine Isnard a chanté le rôle de Dinorah de la façon la plus remarquable et a été rappelée à plusieurs reprises. Mil. Bussine et Maugard secondent dignement la prima dona. Presque toute la salle est retenue pour plusieurs représentations. *% BeHin. — Au nouveau théâtre Victoria, Mlle Artot vient d'obtenir un très-grand succès dans le rôle de Rosine, du Barbier de Séville. Toute la cour assistait à cette représentation brillante. Dès son premier air, Mlle Artot a été accueillie par une triple salve d'applaudissements, et dans le cours de la représentation, l'éminente cantatrice a obtenu fréquemment les honneurs du rappel. Carrion (Almaviva) a partagé avec Mlle Artot les honneurs de cette belle soirée, qui est du plus heureux augure pour la nouvelle entreprise.— Vieuxtemps en estdéjààson troi- sième concert, et à chaque soirée la foule augmente et le succès va croissant. — On donnera prochainement à l'Opéra royal Santa Chiara, du duc de Saxe-Cobourg-Gotha. — Le violoniste -compositeur Taborovrski, après avoir donné une série de six concerts dans la salle Kroll, est reparti pour Saint-Pétersbourg. — Un corps de musiciens de marine, sous la direction de M. Fritze, doit accompagner l'expédition prussienne au Japon. „% Vienne. — L'Académie de chant a donné hier, dans la salle des redoutes, un concert auquel assistait une assemblée aussi brillante que nombreuse. On a écouté avec un intérêt soutenu des morceaux de chant choisis dans les œuvres des meilleurs maîtres anciens : les chœurs de Dèborah. par Haendel ; des fragments de la Passion, de Bach, et le Mi- serere, d'Allegri, ont été redemandés. — Au Carls-Theater, l'opérette d'Offenbach, le Mari à la porte, fait plaisir, quoique la traduction n'ait pas été favorable au texte.— C'est le 9 avril que commenceront les re- présentations de la troupe italienne, sous la direction de Salvi, par le Siège de Corinthe. „% Dresde. — Au Schauspielhaus a eu lieu le concert annuel pour les pauvres. La chapelle royale y a exécuté Fesl-Klaenge, poésie-symphonie par Franz Liszt; duo du Faust, de Spohr ; concertino pour quatre cors de chasse, et Loreley, de Mendelssohn. Les répétitions de Dinorah se pour- suivent activement. *** Nice. — Au théâtre Royal, toujours même enthousiasme pour Mmes Sanchioli et Boccobadati. Maria di Itohan et le Barbier ont été revus avec plaisir. — Bazzini adonné un très-beau concert ; il a obtenu un brillant succès à côté de Mme Sanchioli, qui a chanté une des com- positions du célèbre violoniste. Bazzini a joué le Souvenir de Naples, la fantaisie sur Béatrice di Tenda, les Abeilles et la Danse des lutins. La transcription de la belle marche funèbre de Chopin a produit un grand effet. — Parmi les nouveautés les plus à la mode dans les réunions musi- cales, nous signalerons plusieurs compositions de M. Perny, qui jouissent en ce moment de la faveur la plus méritée; ces productions ont pour titre: Premières impressions, grande valse brillante pour le piano; Soute- nir, et enfin, un caprice sur les motifs du Prophète, de G. Meyerbeer. „% Venise. — Une démonstration faite au théâtre San-Benedetio, où l'on représentait le Barbier de Séville, a fait décréter par le comman- dant militaire la fermeture immédiate de tous les théâtres. „.%, Varsovie, 4 janvier. — A son retour des provinces de Volhynie et de Lithuanie, Joseph Wieniawski vient de se faire entendre de nouveau ici dans trois matinées musicales, auxquelles n'assistaient pas moins de deux mille personnes, et qui ont produit la somme assez ronde de 18,000 fr. Selon toute apparence, le célèbre pianiste se rendra à Paris cet hiver. x*çSt-Pétersbourg, 3 janvier.— Samedi 31 décembre a eu lieu, devant une salle comble, la représentation de Don Giovanni, au bénéfice de Debassini. Une grande partie de la famille impériale honorait cette solennité de sa présence, et plusieurs fois elle a donné le signal des applaudisse- j raents. 11 est vrai de dire que l'élite de la troupe italienne interprétait le chef-d'œuvre de Mozart, et le théâtre Italien de Saint-Pétersbourg est peut-être aujourd'hui le seul en Europe qui offre une pareille réunion de talents. Mme Lagrua, dans le rôle de dona Anna, n'a pas démérité de la haute opinion qu'elle a su conquérir dès son début ; son entrée a été superbe, et dans l'air qui le suit, dans son duo avec Ottavio, dans le trio des masques, rendu avec un ensemble parfait par elle, Tamberlick et Mme Bernardi, et bissé avec acclamation, elle s'est maintenue avec une supériorité qui lui a valu de nombrenx rappels. Mme Charton-Demeur, dans le personnage de Zerline, s'est montrée fort gracieuse et a chanté délicieusement; aussi a-t-on voulu entendre deux fois le fameux duo avec don Juan : La ci darem la mono, de même que le duo qui suit, avec Mazetto (Everardi). Mme Charton a donné à ces deux admirables mor- ceaux leur véritable caractère, et des applaudissements, suivis de rappels réitérés, lui ont témoigné toute la satisfaction qu'elle avait fait éprouver. Le rôle de Tamberlick est un peu effacé dans cet opéra; mais il contient cette sublime cantilène d'il mio tesoro qui suffit pour l'élever au niveau des autres, et Tamberlick l'a dite dans le plus grand style, avec un charme et une pureté irréprochables. Debassini, le bénéficiaire, a été très-beau dans le rôle de don Juan, qui convient également à son phy- sique et à son talent. 11 a très-bien chanté sa romance : Deh; vieni alla finestra, et nous citons ce morceau sans préjudice de tous les autres, dans lesquels il s'est montré avec non moins d'avantage et de succès. Quand on a entendu Lablache dans Leporello, on est difficile ; disons ce- pendant que si Warini est bien loin de ce modèle inimitable, il a con- couru convenablement à l'ensemble de la représentation. Le rôle de dona Elvira occupe une grande place dans l'œuvre de Mozart ; il a été bien tenu par Mme Bernardi, à laquelle il faut reprocher une froideur comparable seulement à sa beauté. — M. de Sabouroff, directeur des théâtres impé- riaux, a donné, la semaine dernière, dans son magnifique hùtel du quai de la Moïka, un grand dîner aux artistes du théâtre Italien; on a fait ensuite de la musique, et Mlle V. Balfe, qui y avait été invitée avec son père, a chanté; elle a obtenu séance tenante la promesse d'un début qui aurait lieu incessamment dans la Traviata. La semaine prochaine, le Freischûtz sera donné pour le bénéfice de Mongini, et c'est le 9 ou le 16 janvier que passera le Pardon de Ploërmel, dont les répétitions marchent très-activement. — Olosanti, qui possède sur l'ophicléide un talent analogue à celui de Bottesini sur la contre-basse, et que vous avez entendu à Paris, vient d'arriver â Saint-Pétersbourg, où il se propose de se faire entendre.— Dimanche, Mlle Ingeborg-Starck, qu'on a applaudie également à Paris l'hiver dernier, a donné, dans la salle de la No- blesse, un concert qui avait réuni beaucoup de monde, et auquel assis- taient Mgr le grand-duc et Mme la grande-duchesse Constantin. La jeune artiste a obtenu beaucoup de succès. 2u REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. MM. G. BRAMllUS et S. DVFOUli, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au I", Viennent de publier : &M, W ABTTTXOH ARRANGÉE POUR LE PIANO A QUATRE MAINS DU PARDON DE PLOERMEL B OPÉRA-COMIQUE EN TROIS ACTES, Paroles de MM. BÏRBIEB et CARRÉ, musique de M ..H^JOsL loi Prix net : 25 fr. ARRANGEMENTS POUR MUSIQUE MILITAIRE Arrangée pour harmonie par Eug. Jaucourt. Op. 46. — Prix : 9 fr. Et Redowa arrangée pour harmonie. Op. 47. — Pris : 9 fr. A Paris, rue Vivienne, gd rotonde Colbert, escalier E, chez ik. VIA1LON. éditeur de la Musique pour tous et de l'Orphéon religieux. (Mention honorable, Exposition de 1855.) «EU Vit ES « piamo . A. VIALOM Les Pécheurs (2* édition) 5 » I Les Caquets du couvent 4 50 i Avant le combat 5 » I Le réveil des Moissonneurs 4 50 Jadis et aujourd'hui 4 » Le tic-tac du moulin (2e édit.) 4 50 La Fanfare du Charlatan 5 » Le quadrille pour tous (2e édit.) 4 50 Mélancolie et gaieté 4 50 ' Hommage a Galin 4 » ' Marche des Mandarins 5 » La fin du concert 5 a NOTA. 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Nid de Bengalis, 3e polka 5 » Op. 33. Père Sabremioche, 4e polka 3 » Op. 34. Mirobolanpouff, schottich 3 75 Op . 35 . Morto insecto ! 5e polka 3 75 Op. 36. Enivrement du cœur, lrc rêverie. .. . 4 » Op. 37. Fauvette du moulin, 6° polka 3 75 Op. 30. Jeune Vivandière, 2" schottisch 4 » Op. 40. Nymphe de l'Océan, 2e redowa 5 » Op. 41. Fleur des champs, 3e valse Op. 42. Ardeurs de la mi-Août, 7e polka. Op. 43. Casilda, 1er boléro Op. 44- To a flower! souvenir Op. 45. Supplication, mélodie-mazurka . Op. 40. Remembrance, 2e rêverie Op. 47. Punch, galop de concert Op. 48. La Fille de l'air, 1" nocturne .. 4 » 7 50 4 » 4 50 4 50 Publication de A. Vialon : EES MAITRE* MOUERAES BIT PIAA© , nouvelles œuvres de Goria, Rosellen, Ascher, Barbot, Barbier, Ad. Botte, Concone, Comcttant, Charpaux, Desgranges, Mlle Dancla, Donuay, Gerville, Ch. John, G. Jung, Griiber, Ketterer, Lacout, Le Carpentier, W. Levey, Longueville, Magnus, Marmontel, Massas, Léo Maresse, Messemaeckers, Missler, Mocker, Moniot, Mortier, Parizot, Philipot, Protti, Mlle Nagle, Redler, Rheiu, Scard, Talexy. Prochainement : E.KS GLOIRES OU PIANO, collection facile des classiques, en g. format, édition de luxe, et en in-8° édition à, bon marché. PARIS. — IMl'QMIEIUE CENTRALE DE NAPOLEOK CUAIX ET C% RLE DERCÈRE, 20. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. N° 4. ON S'ABONNE : Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aus Bureaux des Messageries et des Postes. REVUE 22 Janvier 1860. PRIX DE L'ABONNEMENT : Paris 24 fr. par an Départements, Belgique et Suisse.... 30 n id. Étranger 34 >• id. Le Journal paraît le Dimanche. GAZETTE ICAL il garnis, SOMMAIRE. — Sur l'enseignement populaire de la musique (2e article), par Fétis père. — Société des jeunes artistes du Conservatoire impérial de musi- que (1er concert). — Auditions musicales, par Adolphe Botte. — Bibliogra- phie musicale. — Nécrologie : N. Girard. — Nouvelles. SUB L'ENSEIGNEMENT POPULAIRE DE Là MUSIQUE. (2e article.) (1) J'écrivais en 1847, dans la troisième édition de mon livre intitulé : La Musique mise à la portée de tout le monde (2) : « Les méthodes » d'enseignement de la musique ne peuvent avoir pour but que deux » résultats, à savoir, de former des artistes, et de donner aux masses » populaires des notions de chant. Pour atteindre le premier de ces » buts, c'est-à-dire, pour conduire un jeune musicien à la plus grande » habileté pratique qu'il puisse acquérir, l'expérience a démontré » que l'exercice lent, progressif et souvent répété, est le seul moyen » efficace. C'est dans l'exposition des principes et dans la gradation » de l'exercice que consiste l'ancienne méthode par laquelle on ar- » rive au terme de l'éducation de l'artiste. Cette méthode n'a pas » besoin d'être justifiée , car ses résultats sont trop évidents. Si les » auteurs des premiers ouvrages élémentaires et des anciens solfèges » ont fait désirer plus d'ordre et de philosophie dans l'exposition des » principes, les défauts de leurs ouvrages ont progressivement dis- » paru dans ceux de leurs successeurs la division de l'enseigne- » ment en trois objets principaux et distincts qui sont l'intonation » des sons, leurs durées et la notalion, n'a plus rien laissé d'impar- » fait. Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, il n'y aura jamais d'artiste » véritable formé que par celte méthode, et les hautaines déclama- » lions de ses adversaires seront toujours impuissantes à lui porter » atteinte. » A l'égard de l'enseignement élémentaire et populaire de la mu- » sique, on l'a vu se produire sous des formes variées à différentes » époques, particulièrement depuis le commencement de ce siècle ; » mais toutes ces formes se classent en deux systèmes principaux, « dont l'un est conforme à l'art tel qu'il est, et dont l'autre s'est posé » en réformateur. » Au premier système appartiennent les méthodes d'enseigne ment collectif et mutuel de Massimino, et Bocquillon Wilhem, qui furent mises en pratique sur une grande échelle depuis 1815, et auxquelles on peut ajouter la méthode concertante qui, dans l'instilu- (1) Voir le n" 2. (2) Paris, Brandus et C°, vol. in-8° (pag. 82 et suiv.). tion dirigée avec éclat par Choron, a produit de beaux résultats. On peut enfin y joindre les méthodes mixtes par lesquelles les éléments du chant et de la musique sont enseignés dans les écoles communales de Bruxelles, et dans la multitude de sociétés chorales d'ouvriers et de paysans qui couvrent aujourd'hui le sol de la Belgique. Dans le second système se rangent les méthodes basées sur des idées de réforme qui, toutes, attaquent la notation usuelle comme trop difficile, irrationnelle, obscure, insuffisante en certain cas, sura- bondante en d'autres. On a vu, dans mon premier article, ce qui a été fait en Allemagne pour un usage très-élémentaire et restreint du chant. La pensée des auteurs de cette réforme était qu'en n'obligeant pas les enfants à s'instruire de la valeur des signes qui n'ont d'emploi que dans la musique, et en ne leur présentant que ceux qui leur sont déjà familiers, c'est-à-dire les chiffres, dent ils faisaient application pour la représentation des degrés de la gamme, ils feraient une chose utile et bonne en soi. Cependant, si modeste que fût le but où ils voulaient atteindre, le résultat, comme je l'ai dit, fut très-différent de celui qu'ils avaient espéré, et l'on dut renoncer à un mode d'ensei- gnement qui, pour rendre plus faciles les commencements, créait des obstacles sérieux à la réelle connaissance de l'art. Certes, un pro- blème très-digne d'attention est celui où l'on se proposerait de ne pré- senter aux enfants et aux adultes de la classe ouvrière que des élé- ments dont ils eussent connaissance pour les initier aux principes de la musique, pourvu que ces éléments ne fussent pas un obstacle à la pratique avancée de cet art, et que par des transformations succes- sives et logiques on arrivât à la notation usuelle. Je dirai dans la suite de ce travail comment ce problème a été posé, et, selon moi, résolu. C'est une curieuse histoire que celle de tous les systèmes de nota- tion qu'on a essayé de substituer à celle qui est en usage pour la musique, et de toutes les mésaventures, sans exception, des auteurs de ces systèmes. Ces tentatives ont été de deux espèces ; car les unes ont eu pour objet de remplacer la notation usuelle par des systèmes de signes d'invention de toutes sortes, dont les auteurs ont montré plus ou moins de sagacité, mais où tous ont également échoué par l'application. Les uns, comme Sauveur, de l'Académie des sciences de Paris, et l'abbé Demotz de la Salle, tous deux au commencement du xvme siècle (1), et récemment M. Bartholomé Montanello (2), ont (1) Principes d'acoustique et de musique, ou système général des intervalles des sons, et son application à tous les systèmes et instruments de musique, par Sauveur (dans les Mémoires de l'Académie royale de musique de Paris, année 1701). — Méthode de musique, selon un nouveau système très-court, très-facile et tres-sùr, par l'abbé Demotz do la Salle. Paris, 1728, in-8°. (Dlnlorno allô scrivere la musica, leltcra di Bartholomeo Montanello à Marco 2G REVUE ET GAZETTE MUSICALE imaginé des notations composées d'un ou deux signes diversement tournés, et destinés à représenter l'échelle des sons. C'était la repro- duction d'un essai tenté au ixe siècle par Hucbalde, moine de l'abbaye de Saint-Amand (1). Toutes les modifications d'un même signe sont insaisissables dans la rapidité de la lecture. D'autres, au nombre desquels on remarque de l'Aulnaye (2), Rie- besthal (3), Bootsey (4), M. de Rambures (5), Woldemar (6) et M. Pré- vost (7), composent le système complet de signes arbitraires, dont les derniers sont plutôt des sténographies musicales que des notations véritables ; car les signes ont pour but de représenter non des sons isolés, mais des phrases. Quant aux autres, sous prétexte d'éviter les difficultés de la notation ordinaire, dont ils n'ont pas les avantages, ils en ont accumulé d'insurmontables, en ce que leurs systèmes ne peignent point aux yeux par masses, et obligent à distinguer tous les détails dans la rapidité de la lecture. Il est des systèmes de notation dans lesquels on a essayé de con- server une portion plus ou moins considérable de la notation usuelle, en la modifiant dans certaines parties suivant les préjugés de leurs auteurs contre telle ou telle imperfection supposée. Ainsi, M. le gé- néral Blein (8) et M. Gambale, de Milan (9), proposent des portées de six lignes pour représenter les douze demi-tons de l'échelle chroma- tique d'une octave, alin de faire disparaître les dièses, bémols et bécarres. Ce n'est pas à dire toutefois que les systèmes de Blein et de Gambale soient identiques ; car leur application est précisément en contradiction, M. Blein employant toutes les lignes et les espaces de la portée pour une seule octave, et réformant aussi le clavier de l'orgue et du piano, de telle sorte que les touches blanches et noires se suivent alternativement, et que chaque touche blanche répond à une note placée sur une ligne, et chaque touche noire à un espace ; tandis que M. Gambale représente par des notes blanches une suite de sons placés à l'intervalle d'un ton, et par des notes noires, de m ême forme et position qne les blanches, les demi-tons intermédiaires, ce qui implique aussi la réforme du clavier. Au- surplus, cette réforme du clavier par laquelle les touches blanches et noires auraient été pla- cées alternativement, et qui aurait rendu nécessaire une modification de la notation , cette réforme, dis-je, n'est pas nouvelle, et n'appar- tient ni à Blein, ni à Gambale ; car elle avait été proposée, dès 1792, par Jean Rohleder (10), prédicateur à Friedland, dans la Poméranie. Bucafichi, Milano, 1843, in-80.— Si un modo facile ed economico per stampare la musica. Lettera di Barl. Montancllo a Giovanni Ricordi, Milano, 1844. (l) Musica enchiriadis (dans les Scriptores ecclesinsiici de musica, publiés par l'abbé Gerbert, tome I", pages 152 etsuiv.). (2} Mémoire sur un nouveau système de notation musicale, par lequel, sans le secours des portées ni d'aucune espèce de clef, on peut exprimer tous les sons appré- ciables renfermés dans l'étendue du clavier, en représentant chacun de ces sons par un signe particulier. (Dans les Mémoires du Musée de Paris, 1785, n° 1 . ) (3) Nouvelle méthode'pouT noter la musique et pour l'imprimer avec des carac- tères mobiles. Strasbourg, Levrault, 1810, in-4°. (4) An Altempt tosymplify Ihe Notation of music. Londres, Baldwin, 1811, l vol. in-4". (5) Notation musicale rendue facile par la sténographie. Abbeville,1844, in-12. — Signes de la sténographie musicale servant aux cours populaires de musique, établis d'après la méthode de Rambures. Paris, Périsse frères, in-18. (0) Tableau mélo-lachy graphique. Paris, Cousineau, 1799. (7) Sténographie musicale, ou art de suivre l'exécution musicale en écrivant. Paris, 1833, in-8°. (8) Principes de mélodie et d'harmonie déduits de la théorie des vibrations. Paris, Bachelier, 1832, 1 vol. in-8°, p. 10-12. (9) la Riforma musicale riguardanie tin nuovo slabilmento di signi c di rigole per appremlerela musica. Milano, 1840, in-8°. (10) Erleichterung des Klavierspiclens vcrmœge einer neuen Einrichtung der Klaviatur und eincs ncuen /Votoisj/stoiis (Moyenplus facile de jouer du clavecin, par le procédé d'un nouveau clavier et d'un nouveau système de notation). Kœuigsberg, 1792, in-4". Comme M. Gambale, Rohleder plaçait les touches blanches à la dis- tance d'un ton, et les représentait par des notes blanches, et les tou- ches noires, intermédiaires des blanches, étaient représentées par des notes noires sur les mêmes degrés. Dans ce système, les dièses, bémols et bécarres étaient aussi supprimés. Plus tard, et avant M. Gambale, le facteur de pianos Charles Lemmé avait reproduit le système de Rohleder, avec quelques modifications (1), sans nommer son prédé- cesseur, et avait construit des instruments dont le clavier présentait dans toute son étendue des touches blanches et noires dans un ordre alternatif. Ainsi pour faire disparaître la prétendue difficulté des dièses et des bémols, et sous prétexte qu'il n'y a point de note élevée ni baissée, mais douze sons à la distance d'un demi-ton dans l'intervalle d'oc- tave, voilà quatre personnes qui imaginent de bouleverser d'abord toute la notation et de la rendre en réalité, d'une part, beaucoup plus difficile par l'addition d'une sixième ligne à la portée, laquelle trouble la vue, puis en mettant les signes de sons différents sur des positions identiques, et qui, dans l'obligation de les distinguer d'une manière quelconque, emploient des figures de notes destinées à expri- mer des différences de durée pour représenter des intonations diffé- rentes. Ce n'est pas tout, car cette notation faite pour un instrument à clavier, n'a plus aucune signification pour un violon, une basse, une flûte, etc.; déplus, la régularité qu'ils établissent dans la succession des touches du clavier est cause qu'il est impossible d'y distinguer une note, car c'est précisément par la différence d'aspect des groupes de deux et de trois touches noires que les notes se reconnaissent sans peine sur les claviers ; enfin, il faut brûler toute la musique d'orgue et de piano pour la remplacer par d'autre, car toutes les règles du doigter sont renversées. Par exemple, si l'on veut faire une gamme en ut, en sol, en ré, en la, en mi, en si, le passage du pouce se fera sur des touches noires, et le reste à l'avenant. Voilà les réformateurs de la notation : voulant obvier à des préten- dues difficultés ou à des imperfections supposées, ils imaginent des combinaisons dont les difficultés et les imperfections sont beaucoup plus réelles. Au fait, qu'y a-t-il de difficile dans l'usage des dièses et des bémols' La multitude innombrable de musiciens qui peuplent les chœurs des églises, des théâtres, des sociétés chorales, les orchestres de théâtres, de concerts, de musique militaire, de bals ; le nombre immense d'amateurs répandus sur toute la terre, lesquels chantent, jouent du piano ou de tout autre instrument, songent-ils à la diffi- culté attribuée à c es signes par quelques rêveurs ? Qu'y a-t-il d'ail- leurs de contraire à la raison dans leur principe inhérent à la concep- tion générale de la notation universellement en usage ? Le dièse hausse la note d'un demi-ton, le bémol la baisse également d'un demi-ton, le bécarre la remet dans sa situation primitive ; qui y a-t-il là qui ne soit exactement vrai? On a dit : on. ne peut ni hausser ni baisser un son ; il est ce qu'il est. Cela est, sans doute ; mais une note n'est pas un son; c'est un signe. Ce signe, modifié par un autre, a une signi- fication d'intonation ou plus haute ou plus basse. Voilà le vrai : toutes les déclamations par lesquelles on a prétendu l'attaquer sont autant de non-sens. Beaucoup d'autres modifications de la notation usuelle ont été pro- posées à diverses époques ; et d'abord la réduction du nombre des clefs a été considérée par plusieurs réformateurs comme une nécessité absolue. Le premier qui posa comme un principe la nécessité de cette réduction à une seule clef fut un Anglais nommé Salmon, qui vécut dans le xvne siècle (2) ; son opinion fut reproduite un peu plus tard (1) Nouvelle méthode de musique et gamme chromatique qui abrège le travail et l'étude de la musique, etc. Paris, 1829, in-4°, avec 10 lplancb.es in-4° obi. et un tableau . (2) An Essag lo thé advancement of Music, by casting away the perplexity of différents cli/fs, etc. Londres, 1072, in-S". DE PARIS. 21 par Monteclair (1), par l'abbé Lacassagne (2), par Framery (3), l'espa- gnol Moretti (4),. Colet (5) et d'autres. Remarquez à ce propos que sous le prétexte de rendre l'art plus facile, les réformateurs tendent toujours à restreindre les connaissants et à mettre les nouvelles gé- nérations dans l'incapacité de connaître les belles œuvres de l'art des temps antérieurs et d'en jouir. Voyez quel est le résultat de toutes ces petites partitions d'opéras réduites pour le piano, avec toutes les voix notées à la clef de sol sur la seconde ligne ! Déjà il n'y a plus de chanteur de théâtre ou de concert qui soit en état de lire sa partie dans une partition écrite il y a vingt-cinq ans seulement La plupart des pianistes ne connaissent plus autre chose que les deux clefs de la main droite et de la main gauche. Que serait-ce si on leur propo- sait de transposer uu morceau? Ne sachant lire que les clefs dont ils ont l'habitude, ils seraient hors d'état de faire cette opération de la transposition par la supposition des autres clefs. Si l'on n'y prend garde, toutes ces idées de réforme et de simplification auront pour résultat la disparution de tout bon musicien avant trente ans. Ce que les partisans de réformes appellent rendre plvs facile consiste à enseigner moins de choses. Que parle-t-on d'ailleurs de difficultés à propos de la lecture des clefs ? C'est une étude à faire comme on fait des gammes sur le piano pour assouplir et égaliser les doigts sur le piano, comme on fait sur d'autres instruments pour acquérir de la justesse et un beau son. C'est un objet d'étude : on ne peut le supprimer sans porter préju- dice à l'art. Tout consiste à commencer dans l'enfance les exercices qui s'y rapportent. J'écris chaque année pour les concours du Con- servatoire de Bruxelles des leçons où de grandes difficultés d'intona- tions et de combinaisons de valeurs de temps sont réunies; de plus, toutes les clefs y sont employées et changent presque de mesure en mesure. Pour obtenir le premier prix au concours, il faut chanter à première vue cette leçon et ne pas faire de faute. Eh bien, chaque année le prix est partagé entre cinq, six, huit élèves. Au dernier concours une jeune fille, enfant de dix ans, a eu ce prix en partage. Qu'on ne me parle donc plus de difficultés de ce genre dans l'éducation d'un élève destiné à être artiste. Dans l'enseignement populaire seu- lement on peut restreindre cette étude. On peut, je le sais, objecter que certains instruments, par leur propre nature, opèrent la transposition d'octave qui représente la différence des clefs : ainsi la guitare joue une octave plus bas que la clef de sol à laquelle on écrit sa musique. Si la trompette est à l'unisson de la clef de sol (en ut), le cor, écrit à la même clef, joue une octave plus bas. La vérité est que la notation, pour les instru- ments qui transposent à raison des dimensions de leur tube, n'est qu'une sorte de tablature, et je ne vois nul inconvénient à l'emploi d'une -seul clef de sol pour tous les instruments qui transposent par eux-mêmes d'un ton, d'une tierce, d'une quarte, d'une quinte, d'une ou deux octaves. En pareil cas, que représente la note ? Un piston, un trou, un doigter. Ainsi Adolphe Sax ayant construit ses familles des saxhorns et des saxotrombas sur le même modèle, depuis l'ins- trument le plus aigu jusqu'au plus grave et leur ayant donné le même doigter, il est évident que celui qui jouera à l'unisson de la clef de sol les notes do, mi, sol, do, exécutera sur son instrument les mêmes (1) Nouvelle méthode pour apprendre la musique. Paris, 1709, in-4°. (2) Traité général des éléments du chant. Paris, 1760, 1 vol. in-8". (3) Dictionnaire de musique de Y Encyclopédie méthodique, article clef. (4) Sislema uniclave o ensayo sobre uniformar las claves de la musica sujelandolos a una sola escala. Madrid, 1824, in-8°. (5| La Panharmonie musicale, ou Cours complet de composition théorique et pratique, etc., avec un nouveau système de clefs réduites à une seule clef de sol, etc. Paris, Meissonnier et Heugel, 1840, gr. in-4°. notes que celui qui, par les dimensions différentes du tube, fera en- tendre fa, la, do, fa, et un autre, à une ou deux octaves plus bas, do, mi, sol, do. La notation de ces instruments n'est en réalité qu'une tablature spéciale , elle n'indique qu'un doigter. Au nombre des novateurs qui ont essayé de combiner certaines parties de la notation usuelle de la musique avec des nouveaux si- gnes, on remarque un professeur de mathématiques attaché à l'école de la marine de Cherbourg qui, par le moyen de signes de son inven- tion appliqués à la portée, a fait disparaître les rondes, blanches, croches, doubles et triples croches, ainsi qu'une partie des autres signes de la notation habituelle, et qui, par les dimensions propor- tionnelles de ses nouveaux signes, indiquait à la fois l'intonation et la durée des sons (1). C'est une notation qu'il aurait fallu lire le com- pas à la main. Un autre, séparant les cinq lignes de la portée, de la même manière que les touches noires du clavier, c'est-à-dire deux lignes, un intervalle, puis trois lignes, un intervalle, et continuant ainsi, d'octave en octave, suivant les besoins, plaçait les notes cor- respondantes aux touches blanehes du piano au-dessus, au-dessous ou dans les intervalles des lignes, et les notes correspondantes aux touches noires sur les lignes. De cette manière, il n'y avait plus ni clefs, ni dièses, ni bémols, ni bécarres dans la notation (2), mais les yeux se perdaient dans ce dédale. Un troisième a eu la bizarre idée de distinguer chaque note par une modification de forme (3), comme si les degrés de la portée n'étaient pas suffisants pour faire ceLte dis- tinction. S'il s'est trouvé des réformateurs qui ont ajouté des signes, il s'en est rencontré d'autres qui ont voulu en diminuer le nombre : tel est M. Louis Chéron, qui a réduit la portée à quatre lignes pour la musi- que instrumentale et à trois pour la vocale (h), et qui complète son système par une clef de sol placée sur la note la plus haute de la portée, et la clef de /« sur la deuxième ligne. Mais le plus radical de tous les réformateurs, à ce point de vue, est M. Miquel jeune, de Montpellier, qui, réduisant la portée à une seule ligne, y applique des chiffres pour indiquer les notes de chaque octave distinguées au moyen de certains signes accessoires, et combine ces chiffres avec les signes de durée de la notation usuelle (5). Le public a vu passer devant lui, avec la plus complète indiffé- rence, tous ces essais d'innovation sans but réfléchi, sans connaissance suffisante de la nature des choses. Tous ces systèmes sont morts dès leur naissance; mais la triste expérience qui en a été faite n'a pas dé- couragé les réformateurs de la notation usuelle de la musique ; de loin en loin il s'en trouve un nouveau qui veut tenter l'aventure.. Dans un prochain numéro, pour achever ce qui concerne la guerre faite à la notation universelle de la musique, j'examinerai les systèmes qui ont rompu radicalement avec elle. FÉTIS père. (La suite prochainement.) (1) Nouveau système de notation musicale, suivi d'un essai sur la nomenclature des sons musicaux. Paris, 1837, gr. in-8" avec planches. (2) Traité de l'art graphique et la mécanique appliquée à la musique, par Michel Eisenmenger. Paris, 183S, in-8". (3) Monogammie, par M. Juce. Paris, 1843, in-8». (4) Eléments de la musique, d'après une nouvelle manière de l'écrire. Paris, Demartray, 1834, iu-4". (5) Arilhmographic musicale, méthode de musique simplifiée par l'emploi des chiffres. Paris, Catelin, 1842, gr. in-8". 28 REVUE ET GAZETTE MUSICALE SOCIÉTÉ DES JEDNES ARTISTES DU CONSERVATOIRE ISIPÉKIAL DE MUSIQUE. Unitivme année. — 3ct cnncert. Huitième année ! Cela répond à bien des critiques et constate une certaine valeur, un certain mérite, auprès des gens sensés du moins, car auprès des autres, plus on avance et plus on a tort. Les ennemis de M. Pasdeloup — , on en a toujours dès qu'on fait quelque chose, — lui en veulent d'avoir voulu faire ce quelque chose, et surtout d'y avoir réussi. Ils lui en veulent de ce qu'il n'est pas resté les bras croisés pour prouver qu'il était capable de conduire un orchestre, et non- seulement de le conduire, mais de l'organiser, de le reconstituer tous les ans. Peut-être aussi ne lui pardonnent-ils pas d'avoir ouvert la lice à des artistes français et étrangers, qui, sans lui, n'auraient guère trouvé moyen de se produire. Voilà qui est grave en effet : pourquoi nous encombrer de symphonies nouvelles, quand la Société des con- certs a le bon esprit de n'en jouer jamais ? Pourquoi encourager des musiciens vivants, quand il existe dans nos théâtres et dans le public une tendance manifeste à préférer les morts ? M. Pasdeloup est bien coupable, et s'il persiste, ce n'est pas que les avis charitables lui aient manqué. Il persiste néanmoins, et, pour inaugurer la 'saison, il nous a fait entendre une symphonie inédite de M. Demersseman, jeune composi- teur, que tout le monde connaît déjà comme l'un de nos premiers flûtistes. Je voudrais le moins possible attirer l'anathème sur la tête de l'un et de l'autre. Ma conscience m'oblige pourtant à déclarer que la symphonie de M. Demersseman est une œuvre excellente, et que l'orchestre dirigé par M. Pasdeloup l'a exécutée avec une incontestable perfection. Transportez la symphonie et les exécutants, y compris le chef, dans la grande salle du Conservatoire; n'y gardez que tout juste le petit nombre d'auditeurs en état de comprendre et d'admirer autre- ment que sur la foi du programme, et vous aurez un de ces succès qui ouvrent avec éclat la carrière d'un artiste. Je ne désespère pas qu'il n'en soit de même, quoique le succès n'ait été obtenu que dans la salle de M. Herz ; mais je ne me suis jamais dissimulé l'influence du local sur certains effets et sur leurs conséquences. Elargissez la salle de la rue Bergère, donnez-lui les proportions de celle de l'Opéra, et vous verrez ce que deviendra Beethoven, même avec la symphonie en ut mineur. L'épreuve d'ailleurs a été faite, et le doute n'est plus permis. M. Demersseman, dans sa symphonie, procède plutôt de Haydn que de Beethoven ; il y a des hommes dont il ne faut pas trop s'appro- cher de peur de brûler ses ailes. Son style est toujours clair, élégant, riche d'imagination et de ce qu'on appelle si improprement science, mot malheureux qui fait plus de tort que de bien, et dont les igno- rants se servent comme d'une injure. Dans le premier mouvement de son œuvre, l'auteur s'est souvenu de l'instrument dont il joue si bien, en lui confiant un thème extrêmement gracieux, qui revient plusieurs fois. Peut-être cet allegro a-t-il un peu trop la forme d'une ouverture, mais ce n'est là qu'un léger défaut, et les qualités l'emportent de beaucoup dans la balance. Le second mouvement, l'andante, est ce- lui qui indique le mieux le modèle choisi par l'auteur : l'inspiration calme, heureuse et souriante du père de la symphonie, s'y reproduit avec le charme rajeuni de ses ingénieux caprices. Le scherzo a plus d'élan, de verve et d'imprévu; les cors y sont employés avec une habileté remarquable. Dans le quatrième morceau, l'œuvre s'agran- dit : un cantabile majestueux s'y fait d'abord entendre ; un thème rapide et léger lui succède, et le morceau continue ainsi jusqu'à ce que les deux thèmes se réunissent, s'entrelacent, et que le cantabile proposé par le violoncelle soit repris et entonné par l'or- chestre tout entier.. Cette péroraison termine dignement la composi tion du jeune musicien, qui, dès son coup d'essai, se place au premier rang des symphonistes de son époque. J'en dirais plus si l'éloge avait ses coudées aussi franches que la critique, et si, par intérêt pour ceux qu'on loue, il ne fallait craindre de trop louer. C'est pourquoi je passerai rapidement sur l'ouverture d'Oberon, non moins bien exécutée que la symphonie de M. Demers- seman, et je glisserai plus vite encore sur la symphonie en ut mineur de Beethoven, qui n'a pas de difficultés pour M. Pasdeloup ni pour son orchestre. Le Départ des chasseurs, de Mendelssohn, l'in- troduction du Comte Ory formaient le contingent vocal du concert, et sans être tout à fait au même niveau que la partie instrumentale, y apportaient du moins une agréable diversion. P. S. ADDITIONS MUSICALES. Première séance de musique de chambre d'Aluni et Franchomme. — Première soirée de quatuors d'Armingaud. — Concert de Hini'i E&etten. Les Sociétés de quatuors que nous possédons ne charment pas seulement les dilettantes ; elles font plus. Au milieu de toutes les choses vagues, dissemblables, parfois incohérentes que l'on entend chaque jour, elles dirigent et fixent l'admiration de la foule incer- taine; elles entretiennent ou font naître le goût du pur, du grand, du beau égaré par tant de sollicitations ardentes, ambitieuses et inquiètes; enfin par l'éloquence de l'exemple et par la grandeur des résultats excitent l'émulation et entraînent les artistes plus jeunes dans cette voie sûre, dans ce culte du génie où se recueillent les suc- cès durables et les applaudissements des esprits cultivés. L'autre soir, un de nos amis nous plaignait d'être obligé d'entendre à peu près tous les concerts qui se donnent à Paris. Assurément il y a bien des auditions peu intéressantes, mais, en revanche, il y en a de très-belles ; nous avons des semaines heureuses, et celle-ci était du nombre. Si elle a offert peu de variété, car, sauf le jeune Ketten, elle était consacrée à la rentrée des sociétés de musique de chambre, elle n'en a pas moins été magnifique par la beauté des œuvres et le talent de l'exécution. . Dimanche, dans les salons de Pleyel-Wolff, Alard, Franchomme et Planté reprenaient le cours de leurs sérieux et beaux succès. Ils ont fait goûter au public les immortelles, mais diversement belles inspira- tions de Haydn, de Mozart et de Beethoven. L'exécution étant l'âme de la musique et n'étant jamais semblable, elle fait quelquefois du même compositeur un compositeur nouveau, de la même œuvre, bien connue cependant, une œuvre nouvelle. En écoutant un quintette et une sonate de Mozart, dont la partie de piano a été délicieusement dite par Planté, un trio de Beethoven et un quatuor d'Haydn joués avec un admirable ensemble, en retrouvant, comme les années pré- cédentes, cette haute intelligence de la pensée des maîtres, ce style élevé et pur, ces intonations si fines, si délicatement justes, on ne re- connaissait plus tout à fait ces mêmes compositions entendues ailleurs. Alard et Franchomme sont parvenus à faire de leur société de musique classique comme un fidèle écho des merveilles instrumentales dont jouissent les auditeurs des concerts du Conservatoire. En effet, c'est en miniature la même âme, le même fini, la même perfection ; c'est aussi cette qualité de son toute française qui a bien son prix. Nous ne savons comment sont rendus eu Allemagne tous ces chefs-d'œuvre que nous lui devons et que nous nous sommes appropriés par une étude assidue et par une interprétation souvent irréprochable. Quoi qu'il en soit, nous doutons qu'ils puissent être mieux compris et mieux exé- cutés qu'ils ne le sont par Alard et par Franchomme. Nous doutons aussi qu'ils soient écoutés plus religieusement. DE PARIS. 29 Par une attention soutenue, par une constante sympathie, par des applaudissements souvent contenus, tellement il craignait d'amoindrir son plaisir en perdant quelques notes, le public ravi et charmé a prouvé, l'autre jour encore, aux exécutants, combien il apprécie leur talent, combien il l'aime, et combien il le trouve au-dessus de certaines ova- tions prodigués trop souvent. — Il faut encore que nous parlions de Haydn, de Mozart, de Bee- thoven et de Mendelssohn, leur héritier le plus direct; mais la mo- notonie du beau est trop peu commune pour qu'on puisse s'en plain- dre. Assez d'autres se chargent du soin de la détruire et de la remplacer par une diversité de leur façon qu'il est permis de ne pas toujours goûter. D'ailleurs, quoi de plus varié que le répertoire de chacun de ces maîtres illustres et féconds qui écrivent avec une abondance à confondre la pensée? Nous les avons retrouvés tous à la première séance de MM. Armingaud, Léon Jacquard, Lalo et Lapret ; l'un avec son quatuor, l'autre avec sa sonate, un autre avec son quintette. Tou- jours ce qu'ils disent est intéressant, distingué, noble, souvent exquis, grandiose et sublime. Faut-il s'étonner si le public accourt en foule pour les entendre, et s'il leur prodigue ses plus enthousiastes accla- mations ? 11 y aurait un travail intéressant à faire sur les nuances, sur les dif- férences qui séparent nos sociétés de musique de chambre. Nous n'en- treprendrons pas aujourd'hui ce parallèle de talents si divers. Toute- fois nous pouvons dire qu'elles ont chacune une physionomie propre, un cachet distinctif bien fait pour captiver les dilettantes délicats. Le succès des interprètes a été très-grand. Armingaud a beaucoup de chaleur ; il est nerveux, inégal. Son archet mord parfois la corde d'une façon quelque peu éloignée de la pureté ; mais il est souvent éloquent. Son jeu plein d'expansion attache constamment Les autres artistes qui composent cet excellent quatuor sont de très-remarqua- bles instrumentistes, des musiciens pleins de goût ; c'est dire qu'ils contribuent brillamment à une complète exécution : ce qui n'est pas un aussi mince éloge qu'on pourrait le croire. En jouant plusieurs morceaux avec la sûreté, la vigueur, la délica- tesse de doigts et aussi avec le sentiment musical jamais exagéré, mais jamais froid, qui lui ont fait une belle place parmi nos pianistes, Mme Massart a jeté un vif éclat sur cette soirée fort applaudie par un auditoire nombreux et des plus sympathiques. — Entendre un virtuose de onze ans et demi n'est pas chose très- rare. La nature se plaît à en créer de temps en temps ; puis à défaut d'elle, il y a des serres chaudes pour ces éclosions prématurées. On a recours alors à des études opiniâtres après lesquelles l'intelligence de l'enfant sort quelquefois anéantie ou tout au moins privée de sève et de fraîcheur. 11 n'en a pas été ainsi pour Henry Ketten, et il y a chez lui l'étoffe d'un artiste exceptionnel. Depuis l'année dernière, il a fait de notables progrès. L'autre soir le public réuni chez Herz- applaudissait non pas un de ces talents relatifs auxquels on tient compte de tout, de la longueur des cheveux, de la petitesse de la taille, des mains inhabiles aux traits en octaves, à l'extension des dixièmes qui désespèrent tant de pia- nistes, mais un talent réel, naturel et acquis. Henri Ketten a exécuté avec beaucoup d'aplomb un concerto de Beethoven, et avec beaucoup d'élégance et de clarté le chant de la Fileuse, de Henri Litolff, et plusieurs morceaux de J. Liszt, de Thalberg et de Chopin. Nous pou- vons déjà donner de grands éloges à ce petit prodige. Nous espérons pouvoir un jour les continuer à l'artiste, et retrouver développées et agrandies les précieuses facultés dont il est si richement doué et qui promettent un pianiste, un musicien sérieux et peut-être célèbre. M. Archainbaud possède une fort jolie voix de baryton. Il s'est montré vocaliste habile en disant l'air de Zaïre, de Mercadante, et chanteur expressif en phrasant avec ampleur le Paradis perdu, de Th. Ritter. Adolphe BOTTE. BIBLIOGRAPHIE MUSICALE. Frédéric Brîsson. — Marta, trio pour piano, violon et orgue. — Ro- bert le Diable, grand duo caractéristique pour piano et orgue. — Trio de Guillaume Tell, arrangé pour piano, violon et orgue. Nous venons un peu tard pour exprimer une opinion quelconque sur des œuvres qui ont déjà traversé deux saisons, et qui sont aujour- d'hui généralement connues et appréciées. Depuis que Frédéric Bris- son les a fait eutendre dans son concert de l'hiver dernier, leur succès ne s'est pas démenti, et elles ont conquis leurs grandes en- trées dans la plupart des salons où l'orgue partage les honneurs dé- cernés au piano. C'est donc pour les retardataires que nous prenons la plume et que nous écrivons ces lignes à la louange du jeune et gracieux pianiste-compositeur dont les inspirations se sont en quel- que sorte spécialisées au profit du nouvel instrument d'Alexandre. Son trio pour piano, violon et orgue, sur les principales mélodies de Marta, est un morceau des plus remarquables, et ne le cède en rien à celui dont il a emprunté les éléments à la Norma. Après une in- troduction concertante entre les trois instruments, l'orgue pose le joli motif de la romance de la Rose, qui fournit le prétexte de deux très-brillantes variations, l'une pour le violon et l'autre pour le piano ; puis la deuxième partie, plus vive et plus animée, re- produit tantôt sur l'orgue, tantôt sur le piano ou le violon, le motif du chœur des servantes. L'effet de ce trio, habilement combiné, est des plus heureux . Les chants gracieux et spirituels de M . de Flotow y brillent d'un éclat qui n'a rien à envier à celui de la scène. Le Grand duo caractéristique, pour piano et orgue, sur Robert le Diable, affecte des proportions plus vastes et plus sérieuses. On sent que l'influence du génie de Meyerbeer n'est pas restée étrangère aux développements ingénieux, aux traits élégants, aux harmonies ex- pressives qui font de ce morceau une œuvre réellement belle. Le piano et l'orgue s'y donnent mutuellement la réplique avec un art et un goût qui éloignent l'idée du travail et ne laissent subsister que celle de l'inspiration la plus pure et la plus distinguée. Par un enchaînement dont les rouages sont adroitement dissimulés, le chant imposant et sublime : Nonnes qui reposes, côtoie un air de danse, sans que l'on soit le moins du monde choqué de ce contraste. Ce duo restera comme un des meilleurs titres de Brisson à la gloire que lui a valu dans ces derniers temps son double talent de com- positeur au point de vue du piano et de l'orgue. Nous craindrions de nous répéter en analysant les riches et brillants effets répandus à pleines mains dans l'arrangement, par le même auteur, du trio de Guillaume Tell, pour piano, violon et orgue. Qu'il nous suffise de constater qu'il peut marcher de pair avec les deux morceaux d'élite que nous venons de mentionner, et que son succès, pas plus que celui du trio de Marta et du duo de Robert le Diable, ne saurait maintenant être mis en question. Allsert 1/Hôte. ■ Confidence, pour piano, facile pour le piano. ■ Rimembrspiza, fantaisie M. Albert L'Hôte vient de publier deux nouveaux morceaux, le premier, intitulé Confidence, est une mélodie pour violon, élégante, sagement écrite, d'une expression douce et tendre, d'un charme pénétrant, et oui laisse regretter qu'elle soit aussi courte ; ce n'est malheureu- sement pas là un défaut commun à tous les compositeurs, et l'on doit louer l'auteur de Confidence de la sobriété avec laquelle il a écrit cette page charmante, qui, comme toutes les productions de ce genre, n'exige de l'exécutant qu'une grande simplicité de style unie à beaucoup d'expression. Le deuxième morceau, qui a pour titre Rimembranza, est une fantaisie facile pour le piano. Après une introduction courte, d'un mouvement lent et d'un tour mélanco- lique, vient un allegro moderato d'une grâce exquise et d'une extrême délicatesse. Le motif principal, plusieurs fois varié dans le courant de cet allegro, est toujours ramené avec beaucoup de bonheur,' et nous citerons en outre un passage en trémolo qui est d'un effet délicieux ; le morceau se termine par une péroraison mouvementée et vigoureuse qui n'exclut pas la distinction. En somme cette fan- taisie est une œuvre très-heureuse et réunit toutes les qualités qui constituent un excellent morceau de salon. Y. NÉCROLOGIE. ]\\ «ÏB€AK». Chef d'orchestre habile et honorable, Girard est mort au champ d'honneur. Lundi dernier, pendant la représentation des Huguenots, 30 REVUE ET GAZETTE MUSICALE entre le second et le troisième acte, il avait dit à l'un des artistes : « Mettez la main sur mon cœur et voyez comme il bat : je me sens bien mal. » Et comme cet artiste l'engageait à se retirer : « Non, dit-il, je resterai jusqu'au bout ; je ne veux pas abandonner la débutante qui compte sur moi. » (C'était Mlle Brunet qui chantait pour la première fois à l'Opéra le rôle de Valentine.) Girard resta donc; mais vers la fin du troisième acte il chancela et sortit de l'orchestre, soutenu par deux musiciens. Après lui avoir donné les soins nécessai- res, on le reporta mourant chez lui, à quelques pas du théâtre ; un peu plus tard il avait cessé de vivre. Des accidents survenus déjà dans les mêmes circonstances soit à l'Opéra, soit à la Société des concerts, auraient pu servir d'avertisssements ; mais le courageux artiste n'o- béissait qu'à la loi du devoir, et il voulut l'accomplir jusqu'au dernier moment. Girard (Narcisse) était né à Mantes le 28 janvier 1797. Elève du Conservatoire, il remporta le premier prix de violon dans la classe de Baillot. Il étudia aussi la composition et s'y forma par de sévères études. Après avoir visité l'Italie et s'y être essayé comme chef d'orchestre, il revint en France où, vers les derniers temps de la Restauration, Rossini lui confia la direction de l'orchestre du théâtre Italien. Après 1830, il fut appelé à celle de.l'orchestre du théâtre Nautique. Au mois de novembre 1835, un concert fut donné par M. Hector Berlioz et par lui dans la grande salle du Conservatoire. Girard s'y produisit comme compositeur en faisant exécuter une ouverture d'Antigone, et une So- nata fantasia de Beethoven, mise en symphonie. Bientôt le directeur de l'Opéra-Comique, M. Crosnier, le chargea de diriger l'orchestre de son théâtre, et il remplit ces fonctions pendant onze années avec un talent rare. Non-seulement il perfectionna singulièrement l'exécution instrumentale, mais il rendit des services réels aux jeunes composi- teurs, auxquels il donna souvent d'utiles conseils. Lui-même, il écrivit la partition des Deux voleurs et celle du Conseil des Dix, deux ou- vrages en un acte. Il avait aussi arrangé et complété une partition italienne du maestro Coppola, la Pazzaper amore, pour les débuts de Mme Eugénie Garcia. L'illustre Habeneck ayant été mis à la retraite, Girard lui succéda, comme chef d'orchestre de l'Opéra et de la Société des concerts. A sa mort il lui succéda encore comme professeur de violon au Conserva- toire, et quand la chapelle impériale fut organisée, il reçut de M. Auber un titre de plus. Les obsèques de cet artiste éminent ont été célébrées jeudi der- nier dans l'église Saint-Roch. Dès neuf heures du matin, la vaste en- ceinte était remplie. La nef réservée aux personnes qui suivaient le convoi ne suffisait pas à contenir tous les amis du défunt, les profes- seurs du Conservatoire, artistes et notabilités de tout genre. A l'entrée du cortège funèbre, l'orchestre, dirigé par M. Tilmant, a exécuté la marche funèbre de Beethoven. Les cordons du char étaient tenus par MM. Auber, directeur du Conservatoire et président de la So- ciété des concerts ; Halévy, membre de l'Institut ; Alphonse Royer, directeur de l'Opéra, etTulou, ancien professeur au Conservatoire. Le Kequiem de Mozart, exécuté par les artistes de la Société des concerts et de l'Opéra, écouté dans un religieux silence, a produit une pro- fonde sensation. L'offertoire et la marche de sortie ont été improvisés sur l'orgue par M. Leprévot. A l'arrivée du cortège au cimetière Mont- martre, les chœurs de la Société ont encore chanté le De profanais avec un ensemble admirable. Plusieurs discours ont été prononcés, le premier par M. Lebouc, se- crétaire de la Société, qui a caractérisé Girard en ces termes: « Il sut, dans l'accomplissement de ses fonctions, mériter le respect » et l'estime de ses subordonnés par son esprit juste et impartial, en » même temps qu'il obtenait l'entière confiance des directeurs de ces » grandes entreprises artistiques. » Une des qualités les plus saillantes du caractère de Girard fut la » dignité d'artiste qu'il sut garder dans les différentes positions qu'il » a occupées. » D'autres que moi vous diront sans doute, Messieurs, avec quelle » énergie et quelle persistance il travailla à améliorer la position des » artistes de l'Opéra; quant à moi, parlant spécialement au nom delà » Société des concerts, je me plais à vous rappeler le zèle et l'amour » avec lesquels il s'occupait de notre belle institution. Grâce à son » goût exquis, à la justesse de ses observations, notre Société a conti- » nué à suivre la voie de perfectionnement dans laquelle son illustre » fondateur l'avait fait entrer. » MM. Alphonse Royer et Deldevez ont ensuite parlé au nom de l'administration et des artistes de l'Opéra; nous regrettons de ne pouvoir reproduire ici leurs paroles ainsi que celles de M. Trianon, qui, à titre d'ami, s'est particulièrement attaché à retracer les qua- lités personnelles de Girard. Le comité de la Société des concerts a décidé qu'en signe de deuil sa seconde séance qui devait avoir lieu aujourd'hui serait,, remise au dimanche, 5 février. C'est M. Tilmant qu'elle a choisi pour chef, et cet honneur est un juste hommage rendu au talent non moins qu'à la modestie avec laquelle, lors de l'avènement de Girard, l'ancien lieu- tenant s'était effacé devant le nouveau général. L'orchestre de l'Opéra passe sous la direction de M. Dietsch, l'un des chefs du chant de ce théâtre. Le règlement du Conservatoire n'admettant que trois classes de vio- lon, celle que tenait Girard semble devoir être supprimée ; mais dans cette espèce de succession d'Alexandre , il reste encore un titre à conférer, celui de chef d'orchestre des concerts de la cour. Un nom se présente tout d'abord , celui d'Hector Berlioz , qui déjà célèbre , consentit à s'associer Girard dans le concert que nous rappelions tout à l'heure, lorsque celui-ci avait encore ses preuves à faire, et qu'il lui fallait un ferme appui pour l'y aider. P. S. NOUVELLES. »*,,. Au théâtre impérial de l'Opéra Mlle Marie Brunet a fait lundi son premier début dans le rôle de Valentine, des Huguenots. On sait qu'elle arrive de Marseille, et qu'elle avait fait ses premiers pas au théâtre Lyrique dans un petit rôle de la Fanchonnette; Alors elle sortait du Conservatoire où elle prenait des leçons de Mme Damoreau. Depuis elle a étudié avec Duprez et elle a voulu changer de genre. A-t-elle eu tort ou raison? c'est une question que nous jugerons un autre jour. Mlle Brunet doit, dit-on, faire son second début dans la Juive. *** Le Pardon de Plaërmel a été joué mardi et jeudi. Maintenant que le chef-d'œuvre a dépassé sa soixantième représentation, le moment est venu d'en faire jouir cette portion du public auquel le théâtre est in- terdit pendant la semaine; on le donnera donc, par extraordinaire, aujourd'hui dimanche, et la salle ne suffira pas à contenir la foule qui voudra profiter de l'occasion. t% Le théâtre Italien annonce pour mardi prochain la reprise d'il Malrimonio segreto, de Cimarosa, qui n'a pas été chanté à Paris depuis la saison 1846-47. »*» Giuglini est engagé à la Scala de Milan pour douze représentations et à raison de 2,000 fr. par soirée. Les débuts du célèbre ténor auront lieu dans la Favorite. „*„ Le théâtre Lyrique a donné hier la première représentation de J/« tante dort, opéra-comique en un acte, de MM. Hector Crémieux et Cas- pers. t% Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de tout genre, pendant le mois de décembre, se sont élevées à la somme de 1,389,619 fr. 85 c. a*. Le Pardon de Ploërmel vient d'être joué avec le succès le plus éclatant à Hambourg et à Dresde. Dans la première ville , c'est Mlle Schubert qui a rempli le rôle de Dinorah : elle s'est montrée charmante comme comédienne et comme cantatrice ; elle a été rappelée à diffé- rentes reprises. A Dresde, où Meyerbeer se trouvait de passage, le maître DE PARIS. 31 a été rappelé après chaque acte, et S. M. le roi de Saxe l'a fait venir dans sa loge pour lui exprimer son admiration. Tous les artistes ont dû reparaître après chaque acte, et Mme Burde-Ney, qui jouait le rôle de Dinorah, a été rappelée trois fois après l'air de l'Ombre. *** A la liste des villes où le Pardon de Ploërmel doit être prochaine- ment représenté, on doit ajouter Angers et Strasbourg. *% Voici le programme du concert que Richard Wagner donnera mer- credi prochain, 25 janvier, au théâtre Italien : 1° ouverture du Vaisseau- Fantôme ; 2° marche et chœur ; 3° introduction du troisième acte (pèle- rinage); h° chant des pèlerins; 5° ouverture du Tannhaustr; 6° prélude de Tristan et Iseult; 7°introduction : 8" marche des fiançailles (avec chœur); 9" fête nuptiale (introduction du troisième acte) et épithalame du Lohen- grin. L'orchestre et les chœurs seront dirigés par Richard Wagner. *** Emile Prudent est de retour de son voyage à Metz et à Nancy, où il vient d'obtenir un véritable succès d'enthousiasme. Le célèbre ar- tiste passera tout l'hiver à Paris. **, La troupe organisée par les soins de M. Willert Beale pour entre- prendre une grande tournée artistique dans le Royaume-Uni, est main- tenant au grand complet et a commencé ses excursions depuis quelques jours. Les premières séances ont obtenu beaucoup de succès , et les rappels n'ont manqué ni à M. Bottesini ni à MM. Sivori, Engel et Rei- chardt ; en somme l'effet produit est très-bon, et tout annonce que ce voyage musical sera couronné du plus beau succès. Voici les noms des artistes engagés par le célèbre imprésario anglais : Partie vocale, Mlle Cor- bari, Mmes Badia et Fiorentini; MM. Reichardt, Tagliafico et Hatton. — Partie instrumeniale : piano, M. Brinley Richards ; violon, M. Sivori; har- monium, M. Engel; contre-basse, M. Bottesini; chef d'orchestre, M. Hat- ton. Mlle Corbari a été engagée en remplacement de Mlle Balfe, qui a rompu son engagement au dernier moment. **„ Sur !a proposition de S. Exe. le ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, M. Alexandre (Edouard), facteur d'instruments de musique, a été nommé chevalier de la Légion d'hon- neur. t% S. M. le roi de Wurtemberg vient de faire remettre à l'éditeur M. G. Brandus la médaille en or de l'ordre du Mérite civil. „% S. M. l'Empereur a envoyé à M. Jules Cohen une belle médaille, à l'occasion de la cantate composée par lui et exécutée au théâtre Lyrique, après la victoire de Solferino. „** La préfecture de la Seine publie l'avis suivant : n Un concours de composition chorale, sans accompagnement, est ouvert par la commission de surveillance de l'enseignement du chant dans les écoles communales de Paris. Deux médailles d'or, de la valeur de 430 fr. chacune, seront décernées, l'une à l'auteur d'un chant pour voix d'hommes, et l'autre à l'auteur d'un chant pour 1er et 2° dessus, ténors et basses. Les composi- teurs ont la liberté de choisir les paroles qu'ils mettront en musique; mais ils rejetteront rigoureusement toute poésie qui, par le sujet ou par le style, ne répondrait pas à la destination de leurs morceaux : les éta- blissements primaires de la ville. Les morceaux couronnés seront exé- cutés dans une des grandes séances publiques de l'Orphéon. Us resteront la propriété des auteurs. Les manuscrits devront être envoyés à l'Hôtel de Ville, au bureau de l'instruction primaire, avant le 15 mars 1860. Ils ne devront pas porter de nom d'auteur, mais ils seront accompagnés chacun d'une épigraphe ou devise qui sera reproduite sur un billet ca- cheté dans lequel le nom de l'auteur sera inscrit. » „.** Les examens pour l'obtention du certificat d'aptitude à l'emploi de professeur de chant, dans les écoles communales de Paris, auront lieu vers la fin du mois de janvier. ,% Théodore Ritter est de retour de son excursion à Marseille, où il s'est fait entendre avec un immense succès. „.*„, On annonce que Mme Szarvady (Wilhelmine Clauss) doit donner, pendant la saison, trois concerts, dont le premier est fixé au 28 janvier. Pour une artiste d'un talent si rare et de nature tout à fait exception- nelle, il n'est besoin que de citer son nom et d'y ajouter une date pour que le succès du concert soit assuré. *** F. Brassin, l'éminent pianiste, dont les grands succès en Belgique, en Hollande et en Allemagne sont connus, vient d'arriver. Il passera l'hiver à Paris et se fera entendre en public. „,** A peine de retour de Bâle, où il vient de se faire entendre dans un brillant concert avec Stockhauson, M. Hans de Bulovv se dispose à donner une soirée musicale dans les salons Pleyel vendredi prochain 27 janvier. Entre autres œuvres classiques, M. de Bulow exécutera la sonate op. 106 de Beethoven, et divers morceaux de Chopin, Liszt et Mendelssohn. „** M. A. Kalkbrenner qui depuis longtemps avait privé le public de ses productions musicales, vient de se décider, après le succès de sa mosaïque sur le Pardon de Ploërmel, à faire paraître une série de com- positions nouvelles et de genres différents, chez l'éditeur Saint-Hilaire. Outre une collection de musique de danse, il nous promet un grand trio pour piano, violon et violoncelle , et plusieurs morceaux de chant M. Kalkbrenner inaugure cette publication par les Chants de l'Italie, trois nocturnes dé caractère pour piano, et Faites l'aumône à l'orphelin, stances de M. Paul Saunière. *** Un violoniste belge dont on dit beaucoup de bien, M.Jacques Dupuis, va se faire entendre pour la première fois à Paris au prochain concert de la Société des jeunes artistes, dirigés par M. Pasdeloup. M. Jacques Du- puis exécutera le concerto de Beethoven. „,*,,, C'est jeudi prochain que doit avoir lieu la seconde des quatre séances de musique de chambre données par M. Charles Lamoureux. Outre le quatuor en ré mineur de Mozart et différents autres morceaux classiques, M. Lamoureux fera entendre une nouvelle sonate d'Adolphe Blanc pour piano et violon. *** L'un des plus brillants disciples de Prudent, M. Léon Dufils, dont nous avons fait connaître les succès dans nos principales villes de France, va se faire entendre pour la première fois à Paris. Il donnera, le mercredi 8 février, dans la salle Herz, un concert à grand orchestre, sous l'habile direction de M. Tilmant et avec le concours de nos plus grandes célébrités musicales. t*t L'excellent violoniste Jean Becker, virtuose de S. A. I. la grande duchesse de Bade, vient d'arriver de Londres où il a obtenu les plus lé- gitimes et les plus brillants succès à Saint-Jame's-Hall. Paris va être ap- pelé à l'applaudir de nouveau, car on annonce son premier concert, dans les magnifiques salons Erard, pour le mardi soir, 7 février, avec le con- cours d'artistes les plus distingués. „/%, Géraldy a fait entendre dimanche dernier, dans la brillante mati- née donnée par le jeune pianiste , M. G. Pfeiffer, deux nouvelles com- positions de M. Charles Manry, l'Enfant dangereux et Fleur d'Italie. Ces charmantes mélodies pleines de grâce et de sentiment ont valu à Gé- raldy, qui les a chantées avec le goût et la méthode parfaite qu'on lui connaît, les plus chauds applaudissements. „.** M. Spira qui, il y a une dizaine d'années, obtenait de très-curieux résultats au moyen d'un instrument fabriqué avec de petits morceaux de bois, vient d'arriver à Paris où il compte se faire entendre. »% On annonce la prochaine inauguration des nouveaux salons d'Erard. Ils sont parfaits, dit-on, sous le rapport de l'acoustique et peuvent, contenir environ trois cents personnes.' *** Samedi dernier, Mlle Balby, élève du Conservatoire , s'est fait en- tendre au Cercle des sociétés savantes ; la jeune artiste a dit avec beau- coup de goût l'air du Concert à la cour ; elle a été très-bien accueillie. »*t Le jeudi, 2 février 1860, l'association des artistes musiciens de France célébrera la Fête de la Purification, en faisant entendre en l'église de Saint-Vincent de Paul une nouvelle messe solennelle avec soli, chœur et grand orchestre, de M. Léon Gastinel, spécialement composée pour cette circonstance. Les artistes au nombre de deux cents, seront di- rigés par M. Deloffre. Le grand orgue sera tenu par M. Cavallo. **„. Le concert de Jacques Baur, qui devait avoir lieu le 25 de ce mois, est remis au 1k février prochain. *** M. de Berens, compositeur' suédois, vient de faire représenter à Stockholm une partition en deux actes sur le poème de Lulli et Quinault, On a déjà du même compositeur le Songe d'une nuit d'été, ainsi qu'un opéra intitulé \ioletta. +% Voici un de ces actes de bonne confraternité artistique que l'on. est heureux de citer. Pendant un des jours de verglas qui ont signalé le mois de décembre, un artiste lillois, M. Renaud, gagnait modestement à pied le village d'Annapes, où l'appelait son travail. M. Renaud est le chef de la musique d'Annapes et de celle du tissage de Marquette, et, comme tel se rend chaque semaine dans les localités pour y donner ses leçons et diriger les répétitions. M. Renaud, en chemin, glissé tout à coup, tombe et se brise la cheville du pied droit. Quelques instants après, on ramassait l'artiste sur la route et on le transportait chez lui. Depuis ce jour, le chef de musique est cloué dans son lit; la guérison d'une bles- sure du genre de celle qu'il a reçue est longue; il faut de l'argent, beau- coup d'argent, et les musiciens modestes ne font jamais fortune, loin de là. Pour comble de malheur, les leçons n'allaient pas, ejt on pouvait craindre que l'absence du chef n'entraînât la désorganisation des mu- siques qu'il dirigeait si son remplacement n'était pas effectué. Le chef de musique du S61' de ligne s'entendit alors avec son sous-chef pour faire le service de l'artiste blessé pendant son traitement ; la proposition qu'ils en firent au corps de musique fut accueillie avec empressement, et, depuis, le chef du 86" se rend à Marquette toutes les semaines, le sous- chef à Anapes, et tous deux gardent intacte la position qui était la plus belle partie des ressources du blessé. „% Un facteur de pianos à Vienne annonce qu'il donnera à chaque acheteur de piano une prime consistant en un professeur de piano, d'une REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. valeur relative à celle de l'instrument. Des leçons seraient ainsi données à l'acheteur gratis, ou plutôt en prime, pendant six mois, qui suffisent, d'après la même annonce, pour apprendre parfaitement à jouer sur les magnifiques pianos sortant de cette fabrique. „,*„ Histoire d'un inventeur au dix-neuvième siècle, tel est le titre de la publication infiniment curieuse et instructive que M. Oscar Comet- tant a consacrée aux ouvrages et aux luttes d'Adolphe Sax. Nous nous occuperons de ce livre qui vient de paraître et ne manquera pas de lecteurs. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. **„ Strasbourg, 14 janvier. — Les séances de musique de chambre de MM. Schwaederlé, Mayerhofer, Weber et Oudshoorn sont arrivées à leur apogée. Depuis cinq ans MM. les artistes-sociétaires ont à se réjouir d'une sympathie toujours croissante de la part du public, et, dimanche dernier, la salle de la mairie s'est trouvée littéralement trop petite pour contenir la société d'élite qui s'y était donné rendez-vous. Outre un charmant quatuor d'Haydn et la grande fugue du neuvième quatuor de Beethoven, le pro- gramme portait encore le concerto pour violon d'Auber, l'illustre chef de l'école française. M. Schwaederlé a su mettre en relief avec l'admirable talent qu'on lui connaît toutes les beautés de la composition d'Auber qui a été acclamée par la salle entière. Une toute jeune pianiste, Mlle Fanny Schwaederlé, a interprété avec grâce et beaucoup d'entente musicale le trio en mi majeur de Mozart, dans lequel elle a été parfai- tement secondée par MM. Schwaederlé et Oudshoorn. ,*, Reims. — La Société des concerts vient de donner avec succès son deuxième concert de la saison. Les artistes engagés étaient : Mme Borghi- Mamo, MM. Graziani et Ernest Nathan, l'excellent violoncelliste. M" Borghi a fait fureur, principalement avec la Chanson Napolitaine, de Braga, et dans le duo du Barbiere avec Graziani, qui, lui aussi, a récolté de nom- breux bravos. Ernest Nathan a délicieusement accompagné sur son vio- loncelle Am.or funesto, mélodie de Bonoldi; le Souvenir de Bellini et sur- tout le Caprice, sur des airs napolitains, deux charmants morceaux de sa composition, ont valu à Ernest Nathan un succès d'enthousiasme. »*„, Lille. — Les répétitions du Pardon de Ploërmel se font avec beaucoup de soin. Ce bel ouvrage sera joué mardi ou jeudi prochain, et aura pour interprètes Mm* Jienaud, première chanteuse, Barré, baryton, et un trial du théâtre de Gand engagé pour cet important ouvrage. Trois beaux décors sont peints par Wicart, décorateur lillois. ■m\ Lyon. — La matinée de M. Pontet a emprunté un attrait tout nouveau à la présence de Mlle Dorville, jeune pianiste que Paris a applaudie et qui est venue depuis peu se fixer à Lyon. Cette char- mante artiste a tenu la partie de piano dans le quatuor de Weber avec une netteté et un sentiment musical qui lui ont valu l'accueil le plus brillant. j,** Rouen. — La reprise de Joconde a été accueillie avec un véritable plaisir; la charmante partition de Nicolo a été très-bien interprétée par MM. Méric, Bouvart et M™8 Barbot. A l'étude le Pardon de Ploërmel dont la première représentation est attendue avec la plus vive impatience. x*t, Chalons-sur-Saône, 9 janvier. — Les Malices de Nicaise , tel est le titre d'un opéra-comique, œuvre de deux Chalonnais, et dont notre scène doit avoir la primeur. La représentation est fixée au 19 courant. Si nous en croyons les indiscrétions de quelques amateurs, ce début serait des plus remarquables et de nature à faire concevoir les plus belles espé- rances. Les rôles principaux sont confiés a Mme Bellet et à M. Morrisson, baryton de Paris. **„ Perpignan — On répète VÈtoile du Nord dont la reprise aura lieu au premier jour. On parle aussi d'un opéra inédit, œuvre de deux com- patriotes, et dont on dit d'avance beaucoup de bien. . *** Marseille. — Mlle Octavie Caussemille vient de donner au Grand- Théâtre un concert qui laissera le souvenir d'une véritable solennité ar- tistique. La jeune virtuose avait choisi le quatrième concerto syinpho- nique de Henri Litolu" pour piano et orchestre, vaste composition qui réunit tous les caprices, toutes les combinaisons les plus difficiles dont l'habile et savante pianiste a su triompher en artiste supérieure. A chaque période, enlevée avec la plus merveilleuse précision, il y a eu des applaudissements sans fin, puis, après le scherzo, plusieurs bouquets sont tombés sur l'estrade, et Mlle Caussemille, rappelée par toute la salle, a reparu au milieu de l'enthousiasme universel. Le concerto de Litolff terminait la première partie du concert. Dans la seconde, Mlle Caus- semille a joué avec un talent hors ligne la fantaisie de Leybach sur la Sonnambula, la Jota aragoness, de Gottschalk, et Un carnaval de plus, de Fumagalli. La partie vocale a obtenu aussi un succès de bon aloi, ce qui n'est pas surprenant, puisqu'elle se composait de Mme Meillet, de Mlle Lischtner, de MM. Monjauze, Ismaël et Depassio. Un air de la Flûte enchantée, un duo de Martha, le boléro des Vêpres siciliennes, la canzon- nette de Marco Spaia, etc., en ont fait les frais. L'orchestre, vaillam- ment conduit par M. Momas, a supérieurement rendu les deux ouver- tures du Freischiitz et de Zampa, et jamais Mlle Caussemille ne sera mieux secondée qu'elle ne l'a été dans la merveilleuse exécution du quatrième concerto de Litolff. CHRONIQUI ÉTRANGÈRE. **,,, La Haye, 1 8 janvier. — Stradella, l'opéra de M. de Flotow, a parfaitement réussi, et la seconde représentation avait attiré une foule immense. L'effet du quatrième acte a été surtout des plus brillants. M. Tapiau a chanté avec beaucoup de goût le rôle de Stradella. Les personnages des deux bravi ont été parfaitement rendus par MM. d'Hooghe et Vrydagh. — Après avoir paru en décembre dans II Trova- lore, Ernani et Lucrèce, c'est dans Norma que se produisait sa- medi dernier Mme de Vriès (ancienne choriste du théâtre de la Haye, sa ville natale). Le succès de cette éminente cantatrice, qui a créé et joué presque consécutivement vingt-huit fois le rôle de Fidès, du Prophète, à la Nouvelle-Orléans, rappelle les ovations qu'a obtenues ici Jenny Lind, il y a quatre ou cinq ans, dans ses fameux concerts. Quel- ques jours avant la représentation de Norma, Mme de Vriès avait géné- reusement prêté le concours de son talent au neuvième concert donné au profit de la caisse de pensions et secours aux artistes. L'or- chestre a ouvert le concert par une belle symphonie de Joh. Ver- hulst, admirablement exécutée sous la direction de l'auteur. Tous les autres morceaux, pour lesquels M. Lubeck a repris le bâton de chef d'or- chestre, ont également été enlevés avec une précision et une verve d'exécu- tion toujours dignes des plus grands éloges. ^^Manheim. — Le succès du Pardon de Ploërmel se consolide de plus en plus. Mlle Mayerhofer est une excellente Dinorah, M. Becker, un Hoël très-remarquable, et M. Rocke se montre charmant dans le rôle deCoren- tin. Les décors peints par MM. Muhldorfer, attaché au théâtre de notre ville, sont admirables. „*„ Vienne. — Ander, qui faisait sa rentrée par le rôle de Stradella, a reçu le plus chaleureux accueil. La représentation du charmant opéra de Flotow a été pour Ander "l'occasion d'un véritable triomphe. Manfred, musique de Robert Schumann, a disparu de l'affiche après la première représentation. On répète très-activement Iphigénie en Tauride, opéra de Gluck. Pendant la dernière saison il y a eu au théâtre de la Cour trois cent quinze représentations, dont deux cent quarante-trois pour l'opéra allemand, et soixante- douze pour l'opéra italien. *% Berlin. — Au théâtre F. Wilhelmstadt a eu lieu la représentation de Un vieux compagnon ouvrier, pièce à ariettes par M. Kaiser. Après 11 Barbiere, les Italiens donneront Cenerentola, Lucia, il Trovatore. Dans Lucia doit débuter la signora Rose de Ruda. »% Milan. — On a donné il y a quelques jours au théâtre Carcano, la première représentation d'un opéra en quatre actes, intitulé Marie Tudor, et tiré du drame de Victor Hugo. La partition est du maestro Kachpéroff, compositeur russe. Le succès a été complet. t\ Naples. — M. Major Tedesco, frère de la célèbre cantatrice, vient de faire exécuter par les élèves du Conservatoire deux ouvertures qui ont obtenu un très-grand succès. Il a, de plus, composé une messe qui, par faveur spéciale, a été aussi exécutée au Conservatoire et lui a valu les félicitations de tous les maîtres attachés à cet établissement. — M. le duc de Satriano, surintendant des théâtres royaux, vient de donner sa démission qui a été acceptée : son successeur n'est pas encore désigné officiellement. — Morosina, nouvel opéra de M. Petrella, a été repré- senté le 6 janvier au théâtre Saint-Charles. L"ouvrage n'a eu qu'un succès d'estime, et a été assez froidement accueilli. — On répète au même théâtre, Gemma, qui sera chanté par Mlle Spezza. MM. Mazzoleni et Pizzigali. — Le ballet de Rita est décidément tombé, eu dépit des efforts et du talent de Mlle Boschetti. t*t Madrid, 8 janvier. — Mlle Trebelli , la brillante élève de Wartel , a obtenu un nouveau triomphe dans Lucrc-ia Borgia: elle y a chanté le Brindisi avec tant de hardiesse et d'éclat, que le public l'a obligée d'en répéter le dernier couplet. s. OCFOCR. l.ÉON CI1A1X ET c, nui; BUREAUX A' PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. IV° o. 29 Janvier 1860. ON S'ABONNE 1 Dana les Pépnrtrments et à l'Étranger, chez tous les Murcrmnds de Musique, Us Libraires, et aux Fui-eaux des RKs^igiTirs et des Postes. PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris 24 fr. par an Départements, Belgique et Suisse... 30 « id. Étranger 34 » id. Le Journal paraît le Dimanche. GAZETTE MUSICAL SOMMAIRE. — Théâtre impérial Italien : Premier concert de Richard Wagner; reprise de II Matrimonio segrelo, par Paul Smith . — Théâtre Lyrique : Ma tante dort, opéra comique en un acte, paroles de M. Hector Crémicux, musique de M. Henri Caspers, par Léon Bnrocher. — F. Brassin, par Adolphe Botte. — Auditions musicales, par le même. — Revue des théâ- tres, par D. A. B. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces. THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN. Premier concert «le Richard Wagner. (Mercredi 25 janvier.) C'est quelque chose sans doute que de se croire et de s'intituler fièrement : Musique de l'avenir; il paraît néanmoins que cette musique ne serait pas fâchée de devenir aussi un peu celle du présent, et la voilà qui, franchissant le Rhin, nous arrive en la personne de son plus célèbre représentant, Richard Wagner. Et pourtant n'avait-il pas dé- claré quelque part dans ses écrits qu'après avoir tenté vainement de se faire comprendre du public et des critiques, il n'avait plus rien à attendre de la génération actuelle et ne travaillait que pour l'autre ? mais fallait-il s'en fier à sa parole? Mozart lui-même était-il bien sin- cère lorsqu'il disait que la musique de Don Juan n'avait été faite que pour lui et pour ses amis ? Quoi qu'il en soit, au seul nom de Hichard Wagner tout le monde musical s'est ému ; à la seule annonce de son concert, tous les ar- tistes et amateurs se sont mis en mesure d'y assister, et mercredi, la salle Ventadour s'est trouvée complètement remplie. Le programme ne se composait que de huit morceaux, et dans ces huit morceaux il n'y avait pas un solo ; rien que des ouvertures, des introductions, des marches et des chœurs. La curiosité générale n'avait pas eu besoin d'autre excitant que le nom de l'auteur et le titre des ouvrages dont tous ces fragments étaient tirés : Vaisseau- Fantôme , Tannhœuser, Tristan et Iseult, Lohcngrin. Richard Wagner n'est pas seulement un compositeur, c'est tout un système. Pour lui l'opéra n'est plus l'opéra tel que nous l'avons connu, aimé, applaudi jusqu'à nos jours; ses formes, consacrées par le temps, ne sont que des conventions dont il faut se hâter de faire justice. L'opéra et le drame doivent se fondre en un seul corps, de même que la poésie et la musique en un seul langage. Donc, il n'est plus ques- tion d'airs, de duos, trios, quatuors, etc., etc., la ballade et la chan- son obtiennent seules merci comme produit spontané de la nature. La mélodie n'est plus admise que dans des cas exceptionnels et à con- dition de se dépouiller de toutes les vieilles combinaisons, retours pé- riodiques de motifs principaux, répétitions de paroles et autres moyens que les musiciens d'autrefois jugeaient propres à en augmenter le charme et la puissance expressive. Comment et par quels degrés l'au- teur de ce système en est-il]venu à le concevoir, à le formuler, à le mettre en pratique ? Quelle est au fond sa valeur, et quelle sera probablement sa destinée?' Nous n'avons pas à nous en occuper : toutes ces choses ont été racontées, exposées, discutées avec une telle autorité de science et de raison par notre illustre collaborateur, M. Fétis, que notre tâche est plus que remplie d'avance. Quel autre que lui pourrait ajouter quelque chose aux belles et profondes études qu'il a publiées dans ce journal même (1)? Là est notre profession de foi ; là sont nos doctri- nes, et nous ne saurions en avoir d'autres. Cependant Richard Wagner se décide à tenter chez nous une épreuve qui ne manque ni d'intérêt ni d'importance. Il vient en quelque sorte nous consulter pour savoir ce que nous pensons, non plus seulement de ses théories, mais de ses œuvres. Or, pour que l'épreuve soit sérieuse , la consultation utile et décisive, il faut d'abord lui accorder l'audience qu'il sollicite, l'attention à laquelle il a droit. Pour notre part, quand même nous aurions oublié que nous avons eu l'honneur de le compter parmi nos collaborateurs, quand nous ne tiendrions nul compte de sa situation politique, nous n'en serions pas moins dispo- sés à l'accueillir, à l'écouter, à ne le juger enfin qu'en parfaite con- naissance de cause. Le premier concert, donné mercredi dernier, sera suivi de plusieurs autres, et le second, qui aura lieu mercredi prochain, en reproduira exactement le programme. Ce que nous avons à constater dès à présent, c'est que Richard Wagner a été salué à son entrée par des bravos chaleureux, qui se sont renouvelés après chaque morceau et à la fin de la soirée. Cce que nous constaterons encore, c'est que, toute opinion réservée sur le système, le compositeur a porté dans sa réalisation une grande énergie de volonté, de patience et même de capacité mu- sicale. Nous verrons plus tard si le public français est ou n'est pas d'avis que ces rares qualités auraient pu être employées au service d'une meilleure cause. Reprise il'JW iriali'ÎHtomio segrelo. C'était précisément la veille de ce concert dédié à l'avenir que l'on (1) Revue el Gazette musicale, 1852. Richard Wagner, sa vie, son système de rénovation de l'opéra, ses œuvres comme poète et comme musicien, son parti en Allemagne, appréciation de la valeur de ses idées, n° 23 à 32. 34 REVUE ET GAZETTE MUSICALE reprenait sur le même théâtre ce vieux petit chef-d'œuvre âgé de soixante-neuf ans et qui nous parait si jeune encore. Cimarosa reve- nait de Russie, lorsque l'empereur Léopold lui ayant donné la place de Salieri à Vienne, il composa le Matrimonio segreto dans une atmosphère tout imprégnée du souffle harmonieux de Mozart. Cela ex- plique pourquoi le Matrimonio segreto offre tant d'analogie avec le Nozze di Figaro, que l'on croirait presque les deux ouvrages sortis de la même plume. Mozart allait mourir et Rossini allait naître, lors- que Cimarosa écrivit cette partition ravissante, dans laquelle on peut dire que les trois maîtres se donnent la main, car si Cimarosa s'ins- pirait de Mozart, combien Rossini à son tour ne s'est-il pas inspiré de Cimarosa ? Nous n'en voulons pour preuve que ce finale, dont l'effet le plus comique se retrouve dans celui du Barbier. Mais qu'importe ! imitation n'est pas copie ; les hommes de génie rendent toujours beaucoup plus qu'ils n'ont emprunté. Depuis plus de quinze ans, le Matrimonio segreto n'avait pas été joué à Paris. Lablache, le plus prodigieux des Geronimo, semblait l'avoir emporté dans la tombe. Zucc.hini a osé l'en tirer, et il n'a pas à se repentir de son courage. C'est un des meilleurs bouffons que nous ayons vu dans ce rôle de sourd, qui est à lui seul l'âme et la vie de toute la pièce. Badiali chante et joue fort bien celui du comte Ro- binson, et, quant à la physionomie, à l'âge, à la tournure, Gardoni est l'idéal du jeune Paolino : seulement l'air Pria che spunti exige un peu trop de largeur et de puissance, il ne s'en tire qu'à force d'habileté. Les deux sœurs et la tante, Carolina, Lisetta, Fidalma ont pour interprètes Mmes Penco, Dottini et Alboni ; sur les trois on compte au moins deux cantatrices et deux voix admirables. On leur a redemandé le charmant trio du premier acte, et il faut dire qu'à la seconde fois Mme Dottini a beaucoup mieux dit sa partie qu'à la pre- mière. Somme toute, la reprise a fait grand plaisir et prouve de plus qu'il y a encore beaucoup d'avenir dans le passé. Paul SMITH. THÉÂTRE LYB1QUE. MA I.4SIB »'Ô»'T, Opéra-comique en un acte, paroles de M. Hector Cré.mieux, musique de M. Henri Caspers. (Première représentation le 2Î janvier 1860.) Voici une petite pièce fort gaie, et dont le dialogue ne manque pas d'esprit. Il faut noter le fait, qui est devenu assez rare. Mlle Gabrielle, nièce de Mme la marquise d'Ambert, est mandée en toute hâte, dans je ne sais quelle petite ville de la Guyenne ou du Languedoc, par madame sa tante qui veut la marier. — A qui ? Ga- brielle n'en sait rien, et la terrible tante lui assure qu'elle n'a pas à s'inquiéter de ce détail. Gabrielle s'est donc mise en route, escortée de Mlle Martine, rusée soubrette, digne de l'ancienne comédie. Mais le moyen de voyager sans aventures ? Tous les voyageurs en ont eu, depuis Ulysse jusqu'à Robinson Crusoé. L'aventure de Gabrielle et de Martine a été la rencontre de M. le chevalier de... — je vous dirais son nom si je le savais, — cheminant, de son côté en compagnie de son valet Scapin. Le chevalier a trouvé Gabrielle charmante; il a eu pour elle mille attentions délicates, et n'a pas montré moins de respect que d'empressement. Scapin, quoique moins jeune et moins tendre, était trop fin connaisseur pour ne pas apprécier le piquant minois et l'œil fripon de Mlle Martine. Martine, fille expérimentée, a jugé que Scapin avait beaucoup d'esprit, et Gabrielle a été si vivement touchée des agréments de M. le chevalier, qu'elle n'a pu lui refuser la pro- messe de le présenter à sa tante. Or, à leur arrivée dans la petite ville en question, Mme d'Ambert n'y était plus. Que faire en attendant son retour ? Comment se pré- server des séductions de M. le chevalier, et des entreprises du trop dangereux Scapin ? Martine, prudente et avisée, imagine un strata- gème assez original. Elle se procure un mannequin, l'habille de la robe à falbalas et de la mante de la marquise, le chausse de ses souliers, le coiffe d'une grande perruque en pyramide, poudrée à frimas, l'ins- talle au milieu du salon dans un fauteuil à la Voltaire, lui donne l'atti- tude d'une femme endormie, et lui voile convenablement le visage. — Maintenant, monsieur le chevalier, venez quand il vous plaira, je ne vous crains plus. — 11 paraît en effet, et peint sa passion avec toute l'ardeur de son âge ; mais à chaque parole un peu trop vive, à chaque note un peu trop accentuée : — Chut ! la tante dort : respectez son sommeil ! Je vous préviens qu'elle est toujours de mauvaise humeur en s'éveillant»; elle vous mettrait infailliblement à la porte. Partez donc, c'est le phis sûr ; vous reviendrez un peu plus tard. Scapin découvre la supercherie. Il en conclut assez légèrement que Gabrielle et Martine sont deux intrigantes, et court prévenir son maître. Mais pendant ce temps la marqnise arrive. Grand embarras de Scapin ! Le chevalier est vif : il commettra quelque impertinence, et tout retombera sur le maladroit valet, qui sera battu pour son excès de zèle. Comment détourner cette catastrophe ? Présenté à la marquise en qualité de coiffeur, il lui débite, en la frisant, un conte si ennuyeux qu'il réussit à l'endormir, et, lorsque le chevalier vient exprimer son indignation, on lui chante de nouveau : Ma tante dort ! Mais Scapin n'y gagne rien. 11 a beau répéter vingt fois à son maître : — Allons, monsieur, sortons d'ici, le chevalier a mauvaise tête. Il tient à confondre Gabrielle. — Ah ! votre tante dort F Voilà bien longtemps qu'elle dort! 11 faut enfin la réveiller !... Et il secoue rudement la dormeuse qui s'éveille en sursaut, et l'écrase du poids de son cour- roux ! — Ah ! Scapin, tu me le paieras ! — Mais Scapin a disparu. Où s'est-il caché? Il se montre bientôt par un œil-de-bœuf et parlemente. Mais le chevalier est intraitable. — Je te tuerai, maraud ! — Eh! bien, j'aime mieux vous en éviter la peine. Passez-moi votre épée. — La voilà. — Merci, mon bon maître. Recevez mon éternel adieu. Après un moment, un gémissement se fait entendre, puis un bruit sourd, puis la porte s'ouvre et l'on voit Scapin qui tombe transpercé sur le plancher. — Scapin est mort! Pleurons son triste sort! Et l'on chante l'oraison funèbre de Scapin sur un ton qui n'est rien moins que pathétique. Lorsqu'on a suffisamment chanté et qu'il est temps de finir, il se trouve, — ce que vous avez certainement deviné dès le commencement, — que le futur choisi par la marquise et le chevalier préféré par Gabrielle ne font qu'un. Alors Scapin ressuscite. C"est le mannequin qu'il avait tué, après l'avoir revêtu de son pourpoint, de son haut-de-chausses et de son bonnet de Scapin. Les détails seuls donnent du prix à ces folies. Le dialogue de Ma tante dort est spirituel et plaisant. On rit depuis l'exposition jusqu'au dénoûment. Que peut-on demander de plus ? Se plaindre, argumen- ter, critiquer après avoir ri serait la marque d'un trop mauvais ca- ractère . M. Caspers a placé au début de son ouverture un des meilleurs morceaux de sa partition : c'est le quatuor où Martine et Gabrielle mettent des sourdines à la passion du chevalier, quand elle devient un peu trop expansive, par ces mots vingt fois répétés : Chut! ma tante dort ! C'est le titre de la pièce qui sert ainsi de prologue à la partition. Il était impossible de penser plus juste et plus ingénieuse- ment. Ce que les voix chanteront plus tard est arrangé pour les instru- ments à vent de la manière la plus heureuse, et les trombones, dont la sonorité est habilement retenue et voilée, y font un accompagne- ment singulièrement agréable. Une mélodie exécutée par le hautbois et variée par la flûte complètent l'effet de cette jolie introduction. Puis la mesure change, ainsi que le mouvement. Les violons prenant la parole à leur tour entament l'allégro, dont le motif est piquant et dont les développements, adroitement et lestement conduits, ont pour DE PARIS. 35 conclusion une petile valse sur laquelle la pièce doit •finir. De vifs applaudissements ont salué cette jolie symphonie, applaudissements qui ne partaient pas seulement du fond du parterre, comme il arrive trop souvent aujourd'hui dans les théâtres. L'air syllabique de Martine : Madame la marquise, est facilement écrit et ne manque pas de gaieté ; mais le thème n'offre rien de saillant. La romance en duo chantée par Martine et Gabrielle est gra- cieuse et accompagnée avec élégance, surtout au second couplet ; seu- lement on est tenté, en l'écoulant, de se demander si l'on n'a pas déjà entendu, dans son jeune temps, quelque chose de semblable. Le quatuor : Ma tante dort, est beaucoup plus neuf, les voix y sont fort bien disposées, l'effet en est parfaitement agréable; nous nous étendrions davantage sur ce morceau, si nous n'en avions déjà parlé à propos de l'ouverture. L'air bouffe de Scapin : Chez les valets, il faut le reconnaître, a été vigoureusement applaudi. L'idée en est plaisante. Scapin assure que les valets ont beaucoup plus d'esprit que les maîtres, qu'ils veil- lent sur eux, qu'ils pensent pour eux, qu'ils inspirent leurs résolu- tions et dirigent leur conduite, qu'enfin le maître serait fort embar- rassé et ferait mille sottises, si son valet l'abandonnait à lui-même. Cela est plus vrai au théâtre que dans la vie réelle. Mais qu'importe! le paradoxe est amusant. Le compositeur ne nous a point paru là au niveau du poëte, et doit, ce nous semble, à la verve du chanteur une bonne part de son succès. Ce morceau est suivi d'un second air de Martine, bien supérieur au premier, gai, spirituel et d'une vivacité charmante. Le duo de la marquise avec Scapin qui la coiffe est mieux réussi encore, surtout à l'endroit où Scapin assoupit sa pratique par ses contes à dormir de- bout. Le chant y est vague et lourd, l'accompagnement monotone, des bâillements très-expressifs se mêlent à la mélodie sans en déchi- rer le tissu. Tout enfin y est spirituellement conçu et touché avec finesse. L'auteur n'a pas été moins bien inspiré dans le finale, et surtout dans le trio consacré à l'oraison funèbre de Scapin : Scapin est mort ! Meillet et Mme Ugalde jouent les deux rôles principaux, ceux de Scapin et de Martine, avec beaucoup d'esprit et de verve. On regrette seulement que Mme Ugalde gâte parfois ses rares qualités par de l'exagération et des excès de hardiesse. Quel service on lui rendrait si l'on pouvait lui donner plus de tact et de mesure. Sa voix est un peu fatiguée, mais on s'en aperçoit à peine, tant elle donne d'accent et de relief à tout ce qu'elle chante. Après tout, c'est une artiste re- marquable, et ses défauts même donnent peut-être à son talent une physionomie plus originale. Léon DUROCHER. AUDITIONS MUSICALES. Deuxième séance «le musique «le chambre «le SEnnrïn et Che- villard. — Kctlcrer et Alfred SSutcl. — D. ïBasvmi-, . La seconde séance de la Société Maurin , Chevillard , Viguier et Sabattier avait attiré chez Pleyel l'auditoire choisi, le public tout ex- ceptionnel qui, chaque année, vient étudier ce que Beethoven a mis de profonde rêverie, de science hardie et de génie clans ses dernières œuvres. On a beaucoup applaudi et sans doute beaucoup compris. Nous parlons d'un maître illustre, et nous n'ignorons pas que nous avons contre nous bien des opinions faciles et commodes , bien des admirations toutes faites, fondées non pas toujours sur l'analyse, sur le plaisir, sur les sensations éprouvées, mais quelquefois sur l'autorité colossale d'une gloire immense ; cependant nous aurons le courage de dire qu'il nous reste encore quelques doutes sur la sublimité de cer- taines parties de plusieurs de ces ouvrages. L'archet expressif et en- traînant de Maurin, le jeu si pur et si touchant de Chevillard, leur admirable interprétation ne peuvent parvenir à nous en délivrer entiè- rement. Mozart, le divin Mozart, est aussi un grand nom, aimé et vénéré de tous. Pourtant ceux qui lui préfèrent Beethoven ne se gênent guère pour dire que sa musique de piano, que sa musique de chambre toute charmante, toute suave, toute mélodique, contenant à chaque instant de ravissantes finesses harmoniques jetées profusément, mais toujours avec le goût le plus pur, est toutefois dépourvue en général de vigueur et d'élan. Nous ne sommes nullement de cet avis que nous entendons émettre tous les jours par des musiciens et surtout par des hommes distingués étrangers à l'art musical, par des savants, par des peintres, par des poètes. Qu'y a-t-il au fond de tout cela ? Une injustice, ce nous semble, comme dans la plupart des comparaisons. Mozart, ré- pète-t-on, c'est l'esprit, l'enjouement, la tendresse, la grâce, le charme ; Beethoven, c'est la passion, la force, la couleur, l'impétuosité. Mon Dieu, non ! c'est cela et c'est autre chose encore ; car Mozart est singu- lièrement vigoureux et pathétique, Beethoven est singulièrement ten- dre et insinuant : leurs moyens diffèrent comme leur nature , voilà tout; mais ils sont complets l'un et l'autre dans leurs chefs-d'œuvre. Prenez leurs belles pages, et dites si elles ne sont pas parfaites et si le génie humain a jamais été plus loin. Dans le quatuor en si bémol que nous avons entendu jeudi dernier, parmi d'incontestables beautés, à côté du presto-scherzo, à côté de l'admirable andante qui précède la dansa tcdesca et la cavatine ada- gio molto espressivo dont il est superflu de vanter ici le charme incomparable, les vifs accents de sensibilité, on pourrait blâmer l'abus de surprises provenant d'un trop grand luxe de modulations quel- quefois brusques. Le premier morceau surtout laisse un peu trop voir le procédé : en quatre pages, on y compte six passages subits de l'adagio à Y allegro. Ces soubresauts de la passion, de l'amour, de la douleur s'exprimant par un trait rapide d'une seule mesure et par une autre unique mesure d'un mouvement très-lent, dans un rhythme dif- férent, peuvent paraître un moyen aussi court que violent. Ils saisis- sent fortement et frappent l'imagination des auditeurs ; cela est vrai ; mais que nous aimons bien mieux les développements unis, majes- tueux que Beethoven, plus que tout autre peut-être, savait si bien trouver, notamment dans ses merveilleux adagio I Combien nous préférons leur ampleur et leur beau naturel à ces successions de pe- tites phrases qui, si elles peignent le désordre et la fougue, annoncent le parti pris d'étonner par des transitions toujours uniformes ! Les exécutants se sont surpassés en jouant le quatuor en mi mi- neur, op. 59. Il nous serait difficile de dire tout le plaisir qu'ils ont causé; ils ont montré une grande supériorité, une grande puissance de style dans ces pages qui, comme toutes celles de Beethoven, de- mandent, pour être ainsi rendues, autant d'habileté matérielle que de souffle poétique. Chose qui paraîtra singulière à certains esprits, un andante de Haydn a peut-être produit une plus vive impression encore. Le con- traste était grand en effet. On se délectait à cette simplicité, à cette limpidité tonale qui laisse voir tout d'un coup ce que l'œuvre recèle de mélodie et d'harmonie. Certes, le vol est moins hardi ; on touche quelquefois la terre, nous le voulons bien ; mais l'auteur y trouve de si jolies fleurs, de si fraîches pensées , il y chante des amours si naïfs, si gracieux, qu'on oubliait presque avec plaisir en l'écoutant les aspi- rations plus hautes, les sentiments plus exaltés qui tout à l'heure ébranlaient l'esprit, Mme Tardieu de Malleville a ravi l'auditoire en jouant encore avec 36 REVUE ET GAZETTE MUSICALE la netteté, la grâce, la manière correcte et contenue qui la distinguent, un air varié de Haendel. Dans ces derniers temps, on a bien voulu dire à nos compositeurs qu'ils avaient perfectionné et agrandi la variation. En vérité, il eût été permis d'en douter en entendant celles de Haendel. Assurément il ne disposait pas d'un instrument aussi suave, aussi brillant, aussi so- nore que ceux de Pleyel-Wolf, et nous n'avons rien à regretter de ce côté ; mais, au point de vue de la composition musicale, nous pouvons regretter plus d'une fois les adorables broderies, les coquetteries har- moniques que les vieux maîtres trouvaient aussi bien sur leurs clave- cins que dans l'orchestre. — MM. Eugène Ketterer et Alfred Mutel faisaient entendre diman- che, dans les salons de Pleyel-Wolff, leurs dernières productions. On adopte assez difficilement les nouveautés, mais on veut en entendre à tout prix, ne serait-ce que pour en médire un peu. Quoi qu'il en soit, nous ne profiterons pas de l'occasion, et nous ne vanterons pas les anciennes compositions de Ketterer au détrimeut de celles qui viennent d'éclore. Nous avons retrouvé dans Y Aubade espagnole, dans le Réveil des sylphes, aussi bien que dans Chanson de chasse et dans Darmstadl, les qualités élégantes qui firent le succès de la Marche hongroise, de la jolie mélodie intitulée Souvenir, et de mille autres choses légères et gracieuses. Nous y avons même remarqué, de plus, une certaine variété de ton et d'accent, qualité rare et précieuse que Ketterer laissa désirer plus d'une fois. 11 n'a pas enfermé sa pensée dans ces petits rhythmes sautillants, dans ces traits rapides et brillants, toujours les mêmes, qui plaisent d'abord à l'oreille, mais qui bientôt lassent l'es- prit, cherchant quelque chose et se dépitant de ne rien trouver de franc, de senti et de coloré. 11 n'a pas refait toujours le même mor- ceau, et ne s'est pas contenté de la seule nouveauté des thèmes. Nous l'en félicitons ; car on peut rester très-orné, très-fécond en effets de virtuosité, et néanmoins ne pas s'en tenir à cet unique intérêt qui s'épuise vite; on doit demander à la mélodie, à l'harmonie, leurs sé- ductions et leurs charmes bien plus puissants que les agréables grou- pes, les éclatantes fusées de notes dont se contentent souvent tant de jeunes compositeurs. Le succès du pianiste n'a rien eu à envier à celui de l'auteur. On a vivement applaudi cette grâce de style, cette netteté scintillante qui se joue des difficultés et qui leur enlève ce qu'en d'autres mains elles laissent paraître d'études laborieuses et de gène peu aimable. La partie vocale tout entière était consacrée à l'exécution des mé- lodies d'Alfred Mutel. Elle était confiée à Mme Altès, de l'Opéra, et à Jourdan, de l'Opéra-Comique ; c'est dire que le chant dramatique et varié y a recueilli bon nombre de bravos. M. Mutel avait choisi plu- sieurs pièces remarquables de Pierre Véron et de G. Choquet ; mais c'est au poète que nous aimons, que nous admirons tous, à Méry, qu'il demande le plus souvent ses inspirations. Dimanche encore, l'auditoire était ravi par ce délicieux fabliau , l'Eventail, dont nous détachons quelques vers : Quand les pauvres dieux du Pinde Furent vendus en détail, Zéphire partit pour l'Inde, Le dieu se fit éventail. Puis il fit le tour du globe, Toujours donnant la fraîcheur Au corsage d'uue robe, Au calice d'une fleur. Ce petit conte a porté bonheur au musicien qui, hardi, mais non téméraire, puisque cela lui a réussi, n'a pas craint de s'attaquer à Voltaire. Il a fait entendre les belles stances que l'auteur de Candide écrivit dans une heure de mélancolie : Si vous voulez que j'aime encore, etc. Les œuvres de Mutel ont un cachet de distinction que l'on ne sau- rait méconnaître. Chanteur plein de goût, il écrit bien pour les voix; harmoniste correct, il accompagne ses chants d'une façon peu com- mune; mélodiste souvent heureux, il connaît déjà le succès, le Credo des quatre saisons lui a ouvert le chemin de la popularité. Ses nou- velles romances suivront-elle l'exemple du Credo'! Pas toutes peut- être ; mais nous ne serions nullement surpris que plus d'une atteignît à un débit aussi prompt et arrivât à la cime de ce mât de cocagne de la vogue où ne s'élèvent pas toujours les choses les mieux pen- sées et les mieux écrites. Herman a délicieusement joué sa dramatique fantaisie sur la Norma. Le grand duo qu'il a composé avec Kettere^ sur le Pardon de Ploërmel a causé un indicible plaisir. Les mélodies de Meyerbeer qui, belles et rayonnantes de fraîcheur, ne perdent rien de leur éclat à être ainsi transplantées et à passer du théâtre aux salles de concert, ont valu aux deux virtuoses un rappel enthousiaste. — A l'audition des dernières productions de M. Magnus, pianiste- compositeur, on a applaudi d'abord lin fort joli trio de Félicien Da- vid ; puis des morceaux originaux très-dissemblables et d'un charme inégal, parmi lesquels nous avons surtout remarqué une berceuse, une mazurka et un morceau de bravoure. L'espace nous manque pour les apprécier comme ils le méritent ; mais les jeunes pianistes sauront bien, sans nous, choisir celui qui répondra le mieux aux be- soins de leur intelligence musicale. Peut-être les adopteront-elles tous les trois, comme elles ont déjà adopté, du même auteur, les réminis- cences de l' Eclair et le caprice sur les Huguenots. ' Adolphe BOTTE. REVUE DES THÉÂTRES. Théâtre-Français : Le Quinze janvier, à-propos en un acte et en vers, par M. Henri de Bornier; le Malade imaginaire et ses trois intermèdes. — OdéON : La Fête de Molière, à-propos en un acte et en vers, par M. Alexis Martin. — Vaudeville : La Pénélope nor- mande, pièce en cinq actes, par M. Alphonse Karr. — Palais- Royal : Jeune de cœur, vaudeville de MM. E. Martin et de Najac; J'invite le colonel, vaudeville de MM. Marc-Michel et Eug. La- biche. — Ancien Cirque : l'Histoire d'un drapeau, drame en douze tableaux, par M. Dennery. La Comédie-Française ainsi que l'Odéon' ont conservé la louable habitude de fêter, le 15 janvier, l'anniversaire de la naissance de Molière. Cette année le retour de cette solennité a donné naissance à deux à-propos en vers qui ont été également bien accueillis sur l'une et sur l'autre rive de la Seine. Quelques vers heureux, quel- ques allusions ingénieuses recommandent le Quinze janvier que M. Henri de Bornier a fait représenter au théâtre de la rue Richelieu, moins comme une comédie véritable que comme un prologue sans prétention destiné à servir de lever de rideau au Malade imaginaire. Le côté piquant de cette soirée résidait surtout dans les intermèdes ajoutés à la pièce de Molière. Nous savions que Got est un excellent comédien, mais nous ignorions qu'il fût aussi chanteur, et, à ce titre, nous lui devons des compliments pour la manière dont il s'est ac- quitté de la scène de Polichinelle et des archers. 11 est vraiment à souhaiter que le rétablissement de ce joyeux intermède ne reste pas un fait isolé, et que l'on restitue en même temps au Médecin malgré lui la scène qui formait le second intermède. Quant au troisième, c'était, comme de coutume, la cérémonie de la réception avec le défilé traditionnel-; mais ce qui en faisait l'attrait le plus curieux, c'était la résurrection de la risible musique de Charpentier remplacée depuis longtemps par des airs plus modernes. Le grand succès de cette représentation devrait engager la Comédie-Française à la renouveler souvent dans les mêmes conditions d'intérêt rétrospectif. L'à-propos de l'Odéon, intitulé la Fcte de Molière, est le début d'un jeune poëte, M. Alexis Martin, dont les vers ont été si chaleureuse- 37 ment applaudis qu'ils pourraient bien survivre longtemps à la cir- constance. — Le pêcheur de Sainte-Adresse, le jardinier de Nice, l'auteur des Guêpes, Alphonse Karr en un mot, vient tout à coup de se révéler comme écrivain dramatique, dernière incarnation que la nature de son talent ne laissait guère prévoir. Il est vrai que les bruits de cou- lisse lui attribuent deux collaborateurs qui ont fait tout exprès le voyage de Nice pour l'arracher à ses fleurs et pour le forcer de ve- nir affronter, malgré lui, les caprices du public parisien. La partie était chanceuse, car, de tous les ouvrages d'Alphonse Karr, la Péné- lope normande était assurément celui qui présentait le plus de diffi- cultés à sa transformation en pièce de théâtre, notamment pour la scène du Vaudeville. Rien de plus sombre en effet, de plus répulsif, même en dépit de ses charmes de pensée et de style, que le sujet de ce livre. D'Apreville, un capitaine au long cours, a épousé une jeune fille, Noémi, pour laquelle il rêve toutes les joies, toutes les splendeurs de la terre. Dans le but de les lui procurer il se condamne à un long exil et s'embarque en laissant sa femme à la garde d'un rustre qu'on nomme Anthime Ferrouillat. Bien différente de son modèle antique, cette autre Pénélope, au lieu de filer de la laine, se jette par désœuvre- ment dans les bras de son ignoble gardien. Puis elle est prise de dégoût et elle cherche à effacer sa première faute par une intrigue un peu plus éthérée avec un homme du monde, René de Sorbières. Le mari revient inopinément, apprend ce qui s'est passé en son ab- sence, fait tuer René de Sorbières par Ferrouillat, tue à son tour celui-ci et se rembarque après avoir défiguré sa femme à l'aide d'une fiole do vitriol. L'aimable et gracieuse donnée pour un théâtre au fronton duquel on lit le mot Vaudeville ! Nous ne nions pas son es- sence dramatique, au contraire c'était pour nous un motif de frayeur et de doute avant de la voir approprier à la scène, et Alphonse Karr, ou plutôt ses collaborateurs anonymes, qui sont gens du métier, en ont si bien senti les dangers qu'ils se sont efforcés par tous les moyens possibles d'atténuer les conséquences. Qu'en est-il résulté ? C'est que presque tous les événements principaux de la pièce se passent dans les entractes et sont réduits à l'état de récits. Grâce à ces précau- tions timides ils ont pu être conservés. Le dénoûment seul a dû subir une réforme complète, et par suite le but moral s'est trouvé annulé. Le roman du moins punit la femme coupable dans sa beauté qui a été la cause et non l'excuse de sa trahison. Le d'Apreville de la pièce se montre plus généreux, mais moins vrai; et lorsqu'il s'est vengé des amants de Noémi, il lui pardonne, à elle, en la quittant. Est-ce donc pour se donner authentiquement ce démenti qu'Alphonse Karr a consenti à patronner la Pénélope normande du Vaudeville ? C'est là une défaillance dont nous n'aurions pas cru capable l'esprit le plus droit et le plus ferme de la littérature moderne. Constatons toutefois sous cette réserve que la pièce a brillamment réussi et qu'elle de- viendra peut-être cenlenaire. Mais elle devra en grande partie ce ré- sultat au jeu des artistes, en tête desquels nous citerons Lafontaine et Mme Doche. — Deux petites pièces sont venues prêter main-forte à la revue du Palais-Royal qui commençait à en éprouver le besoin. La première, Jeune de cœur, a été faite en vue d'Arnal; c'est l'odyssée d'un no- taire de province qui, après avoir vendu son étude, veut faire enfin connaissance avec les plaisirs, avec les enivrements de Paris. Il tombe chez un neveu qui est justement à la veille de se marier et de dire adieu à cette vie dont le bonhomme Gélinet caresse la douce perspec- tive. Privé de la boussole sur laquelle il comptait, Gélinet fait fausse route et se trouve lancé dans une foule de complications périlleuses qui le guérissent bien vite de ses idées folâtres et le ramènent au gîte natal. Dans la seconde, J'invite le colonel, c'est Ravel qui est chargé d'égayer la scène, et, les auteurs aidant, la tâche lui est facile. Sa situation est celle d'un mari qui, surpris par sa femme en flagrant délit d'infidélité, est forcé de lui abandonner le gouvernement du mé- nage et qui, à chaque symptôme de révolte, se voit menacé de la peine du talion sous la forme d'un colonel imaginaire. Le mari dé- couvre la ruse et lève aussitôt l'étendard de l'insurrection ; mais voilà que le colonel devient une belle et bonne réalité qui force Ravel d'ab- diquer définitivement entre les mains de sa moitié, trop généreuse pour abuser outre mesure de' ses terreurs et pour persister dans ses invitations au colonel. Tout cela n'est ni très-neuf ni très-piquant, mais c'est rondement joué par Arnal et par Ravel, ces deux vétérans de la pointe et du couplet. — Le théâtre Impérial de l'ancien Cirque, restauré avec autant de goût que de luxe par M. Holstein, son nouveau directeur, a convié ces jours derniers le public du boulevard du Temple h une réouverture des plus intéressantes et en même temps des plus splendides. La répu- tation d'habile metteur en scène que M. Holstein s'est acquise dans son double passage au théâtre Historique et à celui de la Gaîté n'a pas été sans influence sur le succès de l'Histoire d'un drapeau, drame militaire dont M. Dennery a seul accepté la paternité, mais pour le- quel on lui prête un éminent collaborateur, le même, dit-on, qui partage secrètement les honneurs de la Tireuse de cartes avec M. Vic- tor Séjour. Quoi qu'il en soit, en retrouvant ses vieux uniformes de la république et de l'empire, ses évolutions équestres et ses batailles tapageuses, le Cirque va retrouver ses beaux jours d'autrefois. La fable du drame de M. Dennery est d'ailleurs assez bien agencée pour servir de lien suffisant à ces tableaux patriotiques qui nous trans- portent du pont d'Arcole à la révolte du Caire, des neiges de la Russie au retour de l'île d'Elbe, et qui nous montrent en rêve les futurs triomphes de Malakoff et de Solférino. Le drapeau national brille d'un vif éclat à travers ces héroïques péripéties, et il est bravement dé- fendu par Laferrière, un comédien éprouvé que nous avons vu souvent à l'œuvre. Deux nouveaux venus, M. Jenneval et Mlle Clarisse Miroy, se distinguent également dans la mêlée ainsi que deux anciennes con- naissances, Colbrun et Volet. Le ballet est charmant, les décors sont pittoresques. . . . enfin tout est pour le mieux dans ce théâtre rajeuni dont l'audacieuse métamorphose semble vouloir protester contre la démolition prochaine dont on le menace. D. A. D. SAINT- YVES. Le défaut d'espace nous oblige à remettre au prochain numéro le compte rendu d'une audition intime dans laquelle M. Brassin a fait admirer son beau talent de pianiste. IOUVELLES. **„ Au théâtre impérial de l'Opéra, les répétitions de Pierre de Médicis, dont M. le prince Poniatowski a écrit la musique, n'ont pas subi d'in- terruption par suite de la mort si regrettable du chef d'orchestre, et rien ne fait pressentir que l'ouvrage soit donné plus lard qu'on ne l'avait annoncé. *** M. Victor Massé, l'auteur des partitions de Galathée, des Noces de Jeannette et de la Reine Topaze, a été nommé chef du chant, en rempla- cement de M. Dietsch, appelé à diriger l'orchestre. **„ La représentation extraordinaire du Pardon de Ploërmel, donnée dimanche dernier au théâtre del'Opéra-Comique, a produit tout ce qu'on pouvait en attendre : salle comble, recette énorme et succès de même proportion. Il est donc tout simple que la direction se serve aujour- d'hui du même moyen pour obtenir un résultat semblable. Le Pardon de Ploërmel, qui a été joué jeudi, sera donc encore représenté aujour- d'hui dimanche, sans préjudice des représentations de la semaine. x*n, L'Opéra-Comique annonce pour samedi prochain la première re- présentation du Roman d'Elcire , opéra-comique eu trois actes , de MM. Alexandre Dumas et de Leuven, musique d'Ambroise Thomas, et qui portait d'abord le titre provisoire de Fantaisie de marquise. 38 REVUE ET GAZETTE MUSICALE *** Orphée, la Rrine Topaze, les Noces de Figaro et Ma tante dort dé- frayent le répertoire du théâtre Lyrique. „** La semaine prochaine aura lieu, au théâtre des Bouffes-Parisiens, la première représentation du Carnaval des Revues, revue de carnaval en neuf tableaux et un prologue, de MM. Orangé et Gilles; la musique est d'Offenbach qui, aux mélodies les plus populaires de son répertoire, a ajouté des airs nouveaux et des arrangements sur différents opérasqu'on dit pleins de piquant et d'originalité. La pièce sera jouée parMmes Tau- tin, Chabert, Maréchal, Tostée, Cico, Rose Deschamps, Fréval, Eeaudoin, Lasserre, et par MM. Léonce, Désiré, Tayau, Guyot, Duvernoy, Marchand, Caillât, Desmont, Bonnet, Jean-Paul, Tautin père, etc. Les décors sont de MM. Cambon et Thierry. On compte sur un grand succès. „*„, Roger, appelé à Dijon pour concourir à une grande fête musicale organisée au profit des pauvres, a reçu du public l'accueil le plus cha- leureux. La veille du concert, il assistait dans la loge municipale à une représentation des Huguenots ; mais bientôt reconnu par quelques spec- tateurs, le célèbre artiste ne tarda pas à être l'objet d'une véritable ovation. Roger dut s'avancer sur le bord de la loge pour remercier le public qui lui donnait cette marque spontanée de sympathie et d'intérêt. Pendant son court séjour à Dijon, Roger a donné deux représentations. Il a joué le rôle de Georges Brown, de la Dame blanche, et celui de Raoul de Nangis, des Huguenots. Dans ces deux ouvrages, il a excité un vif enthousiasme, et s'est retiré couvert de bravos, de couronnes et de fleurs . „*» Par décret du 21 janvier, M. Foulon, directeur des cours de chant aux Associations philotechnique et polytechnique, a été nommé chevalier de la Légion d'honneur. **, On annonce que les chefs d'orchestre des théâtres de Paris se disposent à publier le violon répétiteur des airs intercalés dans les principaux vaudevilles du répertoire de chacun de leurs théâtres. Il est inutile de signaler les avantages d'une publication qui intéresse égale- ment les directeurs, les artistes et les auteurs. t\ Voici le programme du deuxième concert de la Société des jeunes artistes, qui aura lieu aujourd'hui dimanche , 29 janvier, dans la salle Herz : \ " ouverture, de M. Lacombe ; 2° chœur des chasseurs d'Euryanthe, de Weber ; 3° concerto pour violon, de Beethoven, exécuté par M. Dupuis; h° air du Concert à la cour, d'Auber, chanté par Mlle Balby ; 5" pastorale sur un Noël du xvme siècle (chœur), de Gounod ; symphonie en la ma- jeur, de Mendelssohn (allegro vivace, andante, scherzo, saltarelle.) — L'or- chestre sera dirigé par M. J. Pasdeloup ; les chœurs, par M. E. Batiste. /„, La Société chorale allemande, le Liederkranz, a célébré, le 21 jan- vier, dans les salons de l'hôtel du Louvre le deuxième anniversaire de s'a fondation. Cette fête de famille était précédée d'un concert dans lequel la Société et des artistes invités se sont fait entendre d'une façon très-remarquable. On a beaucoup applaudi un chœur de Mozart, Stœndchen, et un autre de Marschner, Liedesfreihcit. M. Krûger a ob- tenu un très-grand succès en exécutant Loreley, fantaisie très-brillante pour le piano. MM. Gleichauf et Muller ont fait valoir leur beau talent sur le violon et le violoncelle, et le concert s'est terminé par le prélude de Bach, arrangé pour chœur, piano, orgue, violon et violoncelle, par Gounod et admirablement exécuté. La marche de Schiller, exécutée en "•rande partie par un orchestre d'amateurs, membres de la Société cho- rale le Liederkranz, et dirigé par son excellent chef, M. Emant, a été également exécutée dans le courant de la soirée, et après avoir été bruyamment applaudie, a dû être répétée. „*„ Le premier festival qui doit être donné à Paris au cirque de l'Impé- ratrice par la Société philharmonique universelle, sous la direction de H Jullien, de Londres, est définitivement fixé au dimanche, M mars prochain. On fait de grands préparatifs pour cefistival d'inauguration, d'ans lequel doivent figurer six cents exécutants. „*, En attendant le concert qu'il va donner dans les nouveaux salons d'Erard, J. Becker s'est fait entendre dans une soirée musicale intime. Il y a exécuté les variations / tanti palpili, de Paganini, et la grande fantai- sie sur le thème de Nel cor plu non mi sento, du même auteur. Son jeu est large et brillant et les difficultés du célèbre maître ont été rendues avec un talent hors ligne. On lui a redemandé la Ronde des lutins, de Bazzini, et il l'a jouée avec un brio et un esprit qui ont électrisé l'audi- toire. Mlle E. Desmaisons l'accompagnait, et elle s'est montrée également dans .iivers morceaux une pianiste, comme toujours, gracieuse et dis- tinguée. ,,*, Samedi dernier une brillante soirée réunissait, dans les salons de M. et MmeHerwyn, Mlle Acs, cantatrice du théâtre Italien, Mlle Jacques et M. Il.-J. Binfield. Le morceau capital était la belle fantaisie sur Faust que M. Herwyn vient de composer et qu'il exécute avec un charme tout a fait remarquable. Mlle Blcymann a interprété avec beaucoup de goût et de distinction différents morceaux de Weber, Bach et de Men- delssohn. t*t La troisième séance de la Société Maurin, Chevillard, Viguier et Sabattier aura lieu jeudi, 2 février, à deux heures, dans la salle de MM. Pleyel-Wolff et (>\ »% Les deux soirées musicales qui seront données par MM. Th. de Cuvillon et G. Pfeifferdans les salons de Pleyel, Wolff et Cc, rue Roche- chouart, 22, auront lieu les mardis 7 février et 6 mars, à huit heures du soir, avec le concours de MM. Muller, Casimir Ney, etc. La partie vocale qui doit varier le programme composé de l'exécution des œu- vres de Beethoven , Mendelssohn, etc., sera confiée pour la première soirée à Mlle Baretti, destinée cet hiver à faire uue véritable sensation dans le monde musical. „■%, M. Lebouc annonce trois soirées de musique classique, pour les mercredis 115, 29 février et 14 mars. Ces soirées auront lieu dans les nouveaux salons d'Erard. *** La Cour de Paris, chambres réunies, était saisie lundi de la de- mande eu réhabilitation formée par M. Sax, fabricant d'instruments, qui, à la suite de nombreux procès qu'il a eu à soutenir contre ses contre- facteurs, s'était vu dans la nécessité de se déclarer en faillite. M. Sax ayant justifié du paiement intégral de ses créanciers et aucune opposi- tion ne s'étant produite, la Cour a prononcé la réhabilitation. *** L'autobiographie de L. Spohr paraîtra en trois volumes, chez l'éditeur G. H. Wigand, à Goettingue. *** M. Alexandre Boucher, le doyen des violonistes extraordinaires, nous écrit pour nous dire que malgré sa reconnaissance pour l'accueil qu'on lui a fait à son concert de l'année dernière, il revient à Paris, non pour en donner un autre, mais pour mettre au service de ses jeunes successeurs, ses bravos, sa renommée et son talent. *** Une audition musicale fort intéressante aura lieu le 6 février pro- chain, salle Beethoven, passage de l'Opéra : elle sera défrayée par les quatre sœurs Van der Beek ; Mlles Sidonie et Virginie, soprano et con- tralto, élèves de Duprez, Mlles Stéphanie et Célestine, harpiste et pianiste. Voici le programme de cette soirée : l'air de Robert et la sicilienne des Vêpres, chantés par Mlle Sidonie ; duos de Mendelssohn et du Prophète. chantés par Mlles Sidonie et Virginie ; la Danse des Sylphes et la Mélan- colie, de Félix Godefroid, exécutées par Mlle Stéphanie ; le grand duo de Labarre, pour harpe et piano, exécuté par Mlles Stéphanie et Virginie, et le trio en ut majeur de Beethoven, exécuté par Mlle Ernestine et MM. Nor- blin et Briard. *"%, La Société musicale de Saint-Pétersbourg vient d'ouvrir un con- cours pour une cantate, avec chœurs et orchestre, sur une pièce de vers de Pouchkine : Un festin de Pierre le Grand. Le compositeur de la meilleure partition recevra une médaille d'or et un prix de 200 roubles argent (800 fr.). La partition qui viendra en secon le ligne recevra une médaille d'argent et 125 roubles argent (500 fr.) Les compositeurs natio- naux sont seuls admis à concourir. *** Le célèbre ténor Wild, dont nous avons annoncé la mort, a laissé une autobiographie qui doit être publiée incessamment. „,** La première série des Echos des opéras de Rummel vient de pa- raître; elle contient six fantaisies de moyenne force sur les thè- mes favoris de Fra-Diavolo, Guillaume Tell, le Comte On/, le Domino noir, les Diamants de la Couronne et la Muette de Portici. Cette collection sera prochainement continuée et comprendra tous les chefs-d'œuvre modernes. Nous prédisons dès aujourd'hui un succès de vogue à ces gracieuses transcriptions, écrites de la façon la plus brillante, et qui s'adressent particulièrement aux élèves qui ont franchi les premiers degrés de l'école du piano . „*„ M. Kimpel, violoniste très-distingué, élève de Spohr et virtuose de la chambre du roi de Hanovre, est arrivé à Paris, où il compte passer quelques mois et se faire entendre en public. *% MM. Armingaud, Jacquard, Lalo et Lapret donneront, mercredi prochain, dans la salle Pleyel, leur deuxième soirée de musique de cham- bre. En voici le programme : 1° quatuor, en la mineur, de Schubert, exécuté pour la première fois ; 2° sonate de Beethoven, pour piano et violoncelle, par MM. Lubeck et Jacquard; 3" adagio du 75e quatuor de Haydn ; 4° quatuor de Mendelssohn. en mi bémol (op. 4i, n" 3). **»M. Franco-Mendès, le célèbre violoncelliste et compositeur, vient de recevoir la décoration de la croix de mérite de l'ordre ducal de la branche Ernestine de Saxe, de la part de S. A. R. le duc Bernard de Saxe- Meiningen, avec une lettre des plus flatteuses, à propos de la dédicace d'un nouveau quatuor pour deux violons, alto et violoncelle. »** Le jeune pianiste Luca Fumagalli donnera son I er concert le 1 6 février dans la salle Erard, avec le concours des artistes suivants : MlleVaneri; MM. Solicri, Fortuna, Ney et Saenger. 11 fera entendre trois de ses com- positions inédites encore en France : 1" duo pour deux pianos sur le Tro- vatore ; 2° Nuitamment, rêverie, et 3° Caprice de danse ; la sonate de Bee- thoven, op. 30, avec violon; romance sans paroles, de Mendelssohn; fantaisie de bravoure sur le Prophète, et sérénade espagnole, de sou frère Adolphe Fumagalli. *** Mlle Anna Kûhl , l'excellente violoncelliste, donnera un concert vendredi prochain dans les salons de MM. Pleyel, Wolff et f>. MM. Gleich- auf et Ketterer lui pvèteront leur concours en exécutant le duo pour piano et violon sur le Pardon de Plocrme! , composé par Herman et Ketterer. **„ Aujourd'hui 29 janvier, à l'occasion de la fête de saint François DE PARIS. 39 de Sales , patron du clergé , on exécutera dans l'église Saint-Thomas- d'Aquin, à dix heures précises, une messe en musique de la composition de M. V.-F. Verrimst, maître de chapelle de ladite église. L'orchestre et les chœurs seront dirigés par l'auteur. .Mgr le cardinal-archevêque offi- ciera pontiflcalement. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. **» Amiens, 23 janvier.— Le Prophète vient enfin de nous être donné avec une magnificence vraiment extraordinaire. Le poëme et la parti- tion ont produit une sensation profonde et générale. Les rôles, très-bien distribués, sont joués et chantés avec beaucoup de talent par M. Duprat, premier ténor des théâtres de Marseille et de Lyon ; par Aime Ismaël, qui déploie, dans le rôle de Berthe, les qualités brillantes de sa voix, et par Mlle Erambert, qui, dans celui de Fidès, a fait preuve, comme actrice et comme cantatrice, d'une énergie, d'une sensibilité dont, à plusieurs reprises, l'expression a provoqué les plus vifs applaudissements. MM. Cas- telmary, Rondeau et Lebreton interprètent très-convenablement les rôles des trois anabaptistes. L'orchestre et les chœurs, fort bien conduits par M. Séméladis, méritent aussi beaucoup d'éloges.— La beauté des décors, dont la plupart sont nouveaux, la variété, la richesse et la fraîcheur des costumes, la -partie pyrotechnique, dont les effets se manifestent par l'embrasement et l'écroulement du palais de Munster, tout cela a été fort admiré et a provoqué d'unanimes bravos. **„ Met:. — Le Pardon de Plo'èrmel poursuit sa marche triomphale, et les beautés que renferme cette partition excitent chaque soir l'enthou- siasme. ,,*„ Toulouse. — La reprise des Dragons de Villars attire la foule. Mme Galli-Marié a chanté admirablement le rôle de Rose Friquet et a obtenu un magnifique succès. M. Laget a très-bien joué le rôle de Sylvain, et le sergent Belamy a trouvé un très - bon interprète en M. Vincent. — Mlle Desterbecq est de plus en plus en faveur; les Hugue- nots ont valu à la cantatrice deux chaleureux rappels ; c'est du reste un des opéras qui ont valu à Mlle Desterbecq ses plus beaux succès. %** Dijon, 25 janvier. — Guillaume Tell, ce chef d'oeuvre de Rossini, a eu hier sa troisième représentation. M. Merly, de passage en notre ville, remplissait le rôle du libérateur de la Suisse, et M. Harvin celui d'Arnold. Grâce à sa voix magnifique, a la netteté de sa prononciation et à la manière supérieure avec laquelle il dit le récitatif, M. Harvin s'est tiré avec honneur de cette périlleuse épreuve. M. Merly a été couvert d'ap- plaudissements après sa phrase d'entrée, Il chante et l'Helvclie ; le duo entre Guillaume et Arnold a été très-bien rendu ; l'andante du duo avec Ma- thilde, Doux aveu, très-bien dit par Harvin ; quant au trio du deuxième acte, il a produit un immense effet. Merly doit jouer encore la Favorite et la Muette avant de nous quitter. „,*„ Caen. — Mlle Angèle Cordier vient de donner deux brillantes re- présentations dans sa ville natale. La jeune et intelligente artiste a chanté la Fanchonnette et V Ambassadrice de façon à mériter de véritables ovations. La partition d'Auber a surtout valu à Mlle Cordier un très-beau succès. Rappelée a la chute du rideau de la manière la plus unanime et la plus spontanée, elle a dû reparaître pour recevoir une dernière fois les marques de sympathie de ses compatriotes. A côtô'de Mlle Angèle Cordier se sont fait remarquer M Lucien Bourgeois (Benedict), M. Cave, M. Mercier et Mme Stevens. — On répète activement les Dragons de Villars. CHRONiQUI ÉTRANGÈRE. „*„ Bruxelles. — Jeudi dernier a eu lieu la douzième représenta- tion du Pardon de Pluërmel qui continue à faire des recettes splen- dides. Un accident, heureusement sans gravité, a failli interrompre les représentations du nouveau chef-d'œuvre de Meyerbeer. Mlle Boulart s'est blessée dans la chute du pont au deuxième acte et on a craint un moment qu'elle ne pût achever la pièce. Après un avis du régisseur, Mlle Roulart a cependant chanté jusqu'à la fin. Le nouveau ballet de M . Henri Desplaces, le Bijou du roi, a obtenu un très grand succès. „.% Liège. — Mme Stranski s'est surpassée dans le rôle de Fidès, du Prophète; son air : Comme un éclair, a été dit de la façon la plus drama- tique. On répète activement le Pardon de Ploermel dont la première re- présentation aura lieu dans le courant de la semaine. **„, Genève. — La première représentation du Pardon de Ploermel vient d'avoir lieu devant une salle comble. Le public genevois a chaleureu- sement applaudi la partition nouvelle qui a obtenu un succès des plus éclatants. Les artistes ont fait vaillamment leur devoir , mais on a surtout remarqué Mlle Emon qui a saisi avec le plus grand bonheur toutes les nuances du rôle de Dinorah. La Berceuse du premier acte, l'air de l'Ombre, la légende et le sublime duo du troisième acte ont valu à la cantatrice de véritables ovations. Les chœurs et l'orchestre, dirigé par son habile chef M. Pépin, se sont aussi fait remarquer par le mérite hors ligne qu'ils ont déployé dans cette circonstance. Le Pardon de Ploermel est pour longtemps stéréotypé sur l'affiche de notre théâtre. *% Berlin. — Mlle Ar'tot et M. Garrion se sont fait entendre dans un concert à la cour, où la Schiller-Marche, de Meyerbeer, a été. exécutée. Cette magnifique composition a excité 1p plus grand enthousiasme. — La Société italienne, sous la direction de Lorini, a donné sa huitième repré- sentation, et la première de la Lucia, de Donizetti. Dans le rôle principal débutait Mme de Ruda, dont la voix n'a plus toute fa fraîcheur de la pre- mière jeunesse, mais qui, grâce à une excellente méthode et à une grande puissance dramatique, n'en a pas moins complètement réussi. Carrion a (té magnifique dans le rôle d'Edgardo, et le finale du troisième acte a été pour l'éminent chanteur l'occasion d'un véritable triomphe.— Au théâtre royal de l'Opéra vient d'être joué pour la première fois Christine de Suède, opéra en trois actes, musique de M. de Redern, ballet de M. Ta- glioni. Une brillante assemblée assistait à cette représentation. La parti- tion de M. de Redern a eu le plus honorable succès. Dès le premier acte, Mme Wagner (Christine) a eu les honneurs du rappel. *** Prague. — Mlle F. de l'iefensée a eu l'honneur de se faire enten- dre dans un concert à la cour de l'empereur Ferdinand. Au théâtre de la ville on a mis à l'étude le Pardon de Ploermel, de Meyerbeer. *** Rostock (Meklembourg). — Le Pardon de Ploermel vient d'être repré- senté avec le plus éclatant succès. L'exécution a été irréprochable et le nombreux public qui assiste aux représentations du chef-d'œuvre témoi- gne, par ses applaudissements et des rappels, sa satisfaction aux ar- tistes. „*„ Vienne. — Le premier concert philharmonique a eu lieu dans la salle de l'opéra de la Cour : on y a exécuté entre autres l'ouverture çTAnacréon, de Chérubini, la septième symphonie de Beethoven et la Fée Mab, scherzo de la symphonie Bornéo et Juliette, de Berlioz. Ce morceau a été exécuté avec une rare perfection et accueilli avec enthousiasme. — La reprise CCIphigénie en Tauride. opéra de Gluck, avait attiré beaucoup de monde, et le succès a été complet. Mme Dustmann a interprété le rôle principal avec un immense talent. Au même théâtre a eu lieu avec succès la première représentation de le Braconnier, opéra-comique de Lortzing. t** Francfort. — Le Pardon de Ploermel sera représenté incessamment à notre théâtre; les répétitions sont terminées; on n'attend plus que l'achèvement des décors.— Le célèbre pianiste A. Dreyschock a donné, le 23 janvier, un concert auquel assistait un brillant et nombreux auditoire. Le succès a été tel, que Dreyschock s'est décidé à donner incessamment un deuxième concert. * jVice. — Avec le carnaval vont commencer les fêtes, les bals et les concerts. Parmi les nouveaux venus; on cite Bazzini. Seligman et Lôopold Amat, qui nous arrive cette fois de l'Italie. Gênes, Milan et Turin ont applaudi, dans quelques salons, les gracieuses compositions de ce compositeur-chanteur ; à Gênes, entre autres, dans le salon artis- tique du comte Maximilien Craziani, Léopold Amat a fait entendre quel- ques-unes de ses mélodies. „% Saint-Pétersbourg. — Décidément le Pardon de Ploermel ne sera pas joué avant le 23 janvier (4 février). Ce sont les décors qui occa- sionnent ce retard : on assure qu'ils seront admirables. Mme Charton , Calzolari et Debassini rempliront parfaitement les trois rôles. L'ouvrage sera donné pour le bénéfice de Mme Charton, et déjà toute la salle est louée : impossible de se procurer une place. — En attendant, la Traviata, chantée par Mlle Balfe, va être donnée pour le bénéfice de Calzolari, et le Prophète pour celui de Tamberlick. — Avant-hier, le Frcischutz avec mise en scène, costumes et décors nouveaux, a été joué pour le bénéfice de Mongini. La salle était pleine, et le succès obtenu par Mlle Lagrua a été très-brillant. — Le même soir, au théâtre Français, une représenta- tion extraordinaire offrait l'occasion rare et curieuse d'entendre Tam- berlick chanter une romance française et une romance russe, et Mme Nantier-Didiée des chansonnettes napolitaines. Chacun des deux éminents artistes a dû les répéter aux acclamations de toute la salle ; mais elle a failli crouler sous les applaudissements lorsque Tamberlick a dit et répété la fameuse romance de la princesse Kotschoubey Skajité'ieï avec une expression et un style qui n'appartiennent qu'à lui. A minuit le spectacle s'est terminé par une exhibition de tous les artistes français, groupés admirablement par le célèbre peintre Zichy dans un immense tableau vivant, occupant toute la scène et de l'effet le plus pittoresque. LL. MM. l'empereur et l'impératrice et plusieurs mem- bres de la famille impériale, une foule de hauts dignitaires et la majeure partie de l'aristocratie assistaient à cette brillante représentation , orga- nisée au profit d'un artiste par ses camarades, to REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. PRIX ACCOUDÉ A L' UNANIMITÉ A L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE LONDRES 1851. Fonrnlssenr tics HiniKtères tle la Guerre et de la narine de France. Agent à Londres JDLLIEN ET C\ 214 , Régent Street. MAISON FONDÉE EN 1803. INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVR ANTOINE COURTOIS 88, rue des jftarais - Saint '.- Martin, S 8 Ci-devant rue du Caire, 21. MÉDAILLE D'ARGENT DE 1" CLASSE A l'exposition UNIVERSELLE DE PARIS 1855. Facteur du Conservatoire et de l'Académie Impériale de Paris. Agent à Saint-Pétersbourg : À. BUTTNER, Perspect. Newsky, maison de l'église St-Pierre. La maison ANTOINE COURTOIS ayant agrandi ses ateliers, est en mesure de satisfaire à toutes les demandes qui pourront lui être adressées; elle garantit réellement à sa clientèle des instruments irréprochables sous tous les rapports. Publié par G. BRAXDVS et S. DUFOUR, 103, rue de Richelieu, au Ie'. 2° ÉDITION. LA DANSE DES FÉES PAR EMSUE PRUDE VT Prix : 9 fr. Cette édition a été soigneusement revue par Fauteur, AIVÏÏflïïICF vAY (««WMOR). —Neuf R.LiU\Ji\ùli Oi&A brevets d'invention et de perfectionnement . Instruments ^axomiiitoiiâques. Invention à la- quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con- sacré la plus belle page dans son rapport officiel [Ins- truments de cuivre), dont voici de courts extraits : >< M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments a pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) « La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par elle seulement que petit être résolu le problème d'une justesse parfaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1336.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Rue Lamartine, 22, à Paris. En vente chez A. IKELMER et C, éditeurs, 11, rue Rougemont. MUSIQUE DE CHANT CJevaert. (F. A.). Bonjour lunettes, adieu fillet- tes, proverbe 2 — Faute d'un point, proverbe 2 — Les Si et les Mais, proverbe 2 — Tout passe, tout lasse, tout casse, proverbe 2 • — Une Aiguille dans une botte de foin 2 — Un OEuf pour un Bœuf, proverbe 2 Mangeant. Le Directeur et le Ténor, duo co- mique T.B. 6 MUSIQUE DE PIANO Favarser (R.). Op. 11. Vanda, varsovienne . . 7 — Op. 12. Tarentelle 7 — Op. 13. Souvenir de Beethoven 7 — Op. 14. En Chasse, fantaisie 7 Ravina (H.). Op. 10. La Danse, morceau de salon 6 — Op. 11. Première grande valse 6 — Deuxième grande valse 7 — Deuxième mazurka 6 — Op. 18. Le Mouvement perpétuel, étude de concert 9 — Op. 20. Rondo-polka 7 — Op. 21. Sicilienne 9 — Op. 22. Elégie 7 SIX FANTAISIES BX TRIO Pour Piano, Violon et Violoncelle, composées par H. Ravina et L. Clnpissou. CAÏTFÏ VT(\ facteur de pianos. Médaille d'or, Ex- ÛUlUîliJJlU position 1849; Médaille, de 1" classe Exposition universelle 1855. Spécialité de pianos pour L'exportation. Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Expo- sitions, des récompenses méritées par l'excellence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est jus tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne laisse rien à désirer sous le double rap> port de la quantité et de la qualité du son. Magasin rue Montmartre, 161. MAISON H. HERZ P. Victoire, à Paris. 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Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 aoât, a ac- cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier ■ang du concours, sous le rapport du volume et de la bualité du son. » (Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) L'HARIOMFLUTE MAYERMARIX , dont le succès grandit chaque jour, se trouve chez Mayermarix, 46, passage des Panoramas, à Paris. LA LYRE FRANÇAISE Choix d'airs d'opéras, duos, romances sans accom- pagnement des meilleurs auteurs anciens et modernes. 100 n". Edition populaire. Ch., 25 c. ■ " médaille d'or Exposition nationale française de 1840. DÉCORATION DE LA LÉGION D HONNEUR Exposition de 1849. i" médallIcTd'argcnt Exposition nationale française de 1844. MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN ROIS FONDÉE A PARIS EN 1843 PAU Facteur de la Maison militaire de l'Empereur. RUE SAINT -GEORGES, 50 i" médaille Exposition nationale belge de 1841. DÉCORATION DÉ LA COURONNE DE CHÊNE <& Hollande (1S45). Grande médaille d'or du Mérite de Prusse (1S46). Seule grande médaille d'honneur à l'Exposition universelle île Paris (8S55). — Seule grande médaille [fntmcif Meriat) à l'Exposition universelle de Londres (1S5I). Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale. INVENTEUR OES FAMILLES des CLARINETTES CONTRE-BASSES-SAX. BASSON-SAX (en cuivre et en bois) . Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons ou cylindres, les mêmes forme Saxo-Tromba. 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Le Journal paraît le Dimanche, GAZETTE Avec lie prochain numéro, Bios altouiaés retcuront le titre et la table analytique des imasiâères poair l'an- née 1859. SOMMAIRE. — Sur l'enseignement populaire de la musique (3ù article), par Fctis père. — F. Brassin, par Atloipbe Botte. — Auditions musicales, par le même. — Nouvelles et annonces. SUR L'ENSEIGNEMENT POPULAIRE DE LÀ MUSIQUE. (3e article.) (1) Parmi les systèmes particuliers de notation musicale qui sont en opposition absolue avec la notation universelle et ne sont pas sténo- graphiques, on remarque les notations alphabétiques et les notations chiffrées. L'idée de faire représenter les sons par des caractères d'un alphabet connu de tout le monde est la plus ancienne qui ait été mise en pra- tique. L'Inde nous en offre un exemple dans la plus haute antiquité, et chez les Chinois l'usage s'en est perpétué depuis les temps les plus an- ciens jusqu'à l'époque actuelle à l'aide de certaines modifications des types primitifs. Plus de cinq cents ans avant l'ère chrétienne nous trouvons chez les Grecs une notation musicale dont les caractères alphabétiques de la langue ont fourni les premiers éléments. Il en est de même chez les Etrusques et chez les Romains. Les lettres latines se retrouvent encore çà et là, dans le moyen âge, pour la représentation des sons, et, de nos jours, les Allemands désignent encore par les premières lettres de l'alphabet les notes que nous appelons ut ou do, ré, mi, fa, sol, la, distinguant le si bémol par b, et le si bécarre par h. Les tabla- tures d'orgue et de clavecin aux xve et xvie siècles étaient composées des mêmes lettres combinées avec les signes d'intonation accidentelle et de durée empruntés à la notation ordinaire. En 1833, M. l'abbé Antoine-Marie Nichetti, de Padoue, proposa, comme une nouveauté qui rendait beaucoup plus facile la lecture de la musique, le retour aux tablatures de cette espèce dans un écrit intitulé : Prospectus d'un nouveau mode plus aisé d'écriture musi- cale (1). Il y donna à la fin de sa brochure un exemple de son sys- (1) Voir le n° 4. (l) Prospetto di un nuovo modo più agevole di serittura musicale'. Padoue, 1833, in-8° de 72 pages, avec huit tableaux de notation. tème dans l'air final de Cenerentola avec les variations et un accom- pagnement de piano. Le point de départ de M. l'abbé Nichetti est que les lettres sont connues de tout le monde et que leur application dans la musique est la seule chose qu'on ait à apprendre, tandis que la portée, les lignes, les formes des notes de toutes les valeurs, les clefs, les dièses, bémols, bécarres sont autant de choses inconnues du com- mençant, et que leurs combinaisons lui fatiguent l'intelligence. Il ne s'est pas aperçu de l'avantage qui résulte précisément de la variété des formes de cette notation pour la lecture, et que c'est par là qu'elle peint aux yeux, dès le premier aspect, tout ce qui doit être exécuté. Dans son système de notation, au contraire, l'obligation de voir une à une toutes ces lettres de caractères différents qui indiquent la di- versité de leurs petits signes modificateurs de durées et d'intonations, exige un travail constant d'analyse qui rend la lecture rapide impos- sible. M. l'abbé Nichetti fait remarquer que sa notation a un très- grand avantage sur celle des chiffres en ce qu'elle ne laisse jamais la modulation incertaine et donne toujours immédiatement la note quel que soit le ton : cela est vrai; mais ces deux systèmes périssent par la nécessité d'analyse dont l'intelligence la plus prompte ne pour- rait résoudre les difficultés dans les combinaisons compliquées de la musique moderne. Les tablatures anciennes avaient été imaginées dans un temps où la gravure de la musique par les procédés actuels n'exis- tait pas, et lorsque la typographie n'offrait que des moyens trop im- parfaits pour la notation ordinaire. Ces tablatures, si embarrassantes qu'elles fussent, étaient la seule ressource dont on pouvait disposer : il fallait bien qu'on s'en contentât. Mais aujourd'hui, quelle peut être leur utilité, et pourquoi ce retour aux choses de l'enfance de l'art? Ce que je dis ici, le public l'a compris tout d'abord, car le système de M. l'abbé Nichetti est allé s'ensevelir dans un profond oubli comme tous ceux du même genre. Me voici arrivé à la notation chiffrée dont on fait grand bruit en France depuis plus de quarante ans. J'ai dit ce qui en est advenu en Allemagne dans un but plus modeste ; mais les auteurs allemands de la réforme n'avaient ni la ténacité ni l'habileté que nous avons vu déployer pour atteindre des résultats plus importants. Lorsque Galin arriva à Paris avec sa méthode du méloplaste, il chercha d'abord à la mettre en pratique dans un établissement public où l'essai serait fait sur une grande échelle. Il ne fallait pas songer au Conservatoire : Galin se tourna du côté de l'école de musique religieuse dirigée par Choron. Aux premiers mots qu'il dit à celui-ci des difficultés par lesquelles la notation ordinaire de la musique et les méthodes usitées pour l'enseignement du solfège portaient le découragement dans h-2 REVUE ET GAZETTE MUSICALE; l'âme des commençants : Mais, mon cher monsieur, d'où sortez- vous ? lui dit Choron avec sa verve habituelle ; descendes au rez- de- chaussée; entrez dans m' s clauses de gamins, et voyez s'ils 'sont dé- couragés et s'ils ne vous chanteront pas tout ce que vous voudrez ! Galin comprit par cette réponse qu'il n'avait pas trouvé ce qu'il cher- chait, et n'insista pas. A quelque temps de là il ouvrit des cours qui eurent du retentissement: des jeunes gens qui venaient de terminer leurs études de collège et d'université, et qui n'avaient pu s'occuper de musique jusqu'alors, mais à qui la fréquentation des théâtres avait donné le goût de cet art, furent séduits par les promesses d'un ensei- gnement lumineux, et fréquentèrent ces cours avec une foi robuste. Bientôt il ne fut bruit que du méloplaste. Des musiciens qui avaient suivi les cours de Galin et. s'étaient initiés à sa méthode, y virent un moyen de succès pour leurs affaires. Des affiches; annonçant des cours de méloplaste, couvrirent les murs de Paris. MM. Aimé Le- moine, Jue et de Geslin en ouvrirent dans plusieurs quartiers de Paris. Les deux premiers, il faut bien le dire, finirent par renier les idées de leur patron, après avoir tiré beaucoup d'argent de leur exploi- tation. Le moment était venu où l'on reconnaissait que les promesses failes par la méLhode ne se réalisaient pas : l'engouement avait dis- paru ; on essaya de le ranimer. M. Lemoine modifia le méloplaste jusqu'à le rendre méconnaissable, et M. Jue en arriva jusqu'à sa mo- nogamie, l'une des plus grandes absurdités qu'on ait tenté d'intro- duire dans la musique. Quant à M. de Geslin, c'était un pauvre esprit incapable de soutenir un apostolat. Après avoir été houspillé par M. Adrien de la Fage dans une polémique, et avoir reçu un coup d'épée dePastou, ancien officier, grand ferrailleur et auteur d'une méthode de musique appelée la Lijre harmonique, laquelle avait aussi ses par- tisans, M. de Geslin ouvrit un magasin de calicot avec l'argent gagné dans sa mission méloplastique ; depuis oncques il n'en fut plus ques- tion . Le méloplaste était mort, du moins on le croyait ; mais il restait un homme, ancien élève de Galin, plein d'ardeur, de conviction, de vo- lonté et d'une rare intelligence. Cet homme était M. Aimé Paris. Il se dévoua à la doctrine de Galin et parcourut pendant trente ans toute la France pour la propager. 11 ne s'agissait plus pour lui d'un enseignement élémentaire de la musique à l'usage des masses popu- laires; c'était aux musiciens mêmes qu'il s'attaquait, les défiant à la lutte et les pressant corps à corps. Ce qu'il demandait à haute voix, c'était la substitution des chiffres à la notation dont l'usage est univer- sel, l'abandon de la méthode du solfège, qu'il traitait de misérable routine, et la glorification de la doctrine méloplastique. Arrivé dans une ville pour la première fois, il n'y parlait pas d'abord de musique, mais il ouvrait des cours gratuits de mnémonique, et, doué d'une élo- cution facile, il captivait son auditoire. Alors seulement et lorsqu'il pouvait compter sur un certain nombre d'adhérents, il lançait son manifeste, couvrait les murs de la ville de l'annonce de son cours et provoquait au concours les professeurs de la cité et leurs élèves. Si quelque imprudent, n'ayant pas la parole facile ni le talent de polé- mique de M. Aimé Paris, se hasardait dans ce traquenard, il était iné- vitablement pourfendu par les brochures et les correspondances de journaux. Après un temps plus ou moins long de séjour dans une ville, M. Aimé Paris allait s'établir dans une autre, où les mêmes faits se reproduisaient de la même manière et à peu près dans le même ordre. Son départ était le signal du retour du calme : on ne parlait plus du méloplaste, et les illusions de ceux qui avaient cru apprendre la mu- sique par la notation chiffrée se dissipaient en acquérant bientôt la conviction qu'ils n'en savaient rien. Si quelques-uns d'entre eux vou- laient essayer ensuite des méthodes ordinaires, comme j'en ai vu dans le Conservatoire de Bruxelles, les habitudes qu'ils avaient contractées y étaient un obstacle qui les décourageait. Au résumé, l'énergique activité de M. Aimé Paris n'aboutissait à aucun résultat durable. Telle était la situation des choses quand le continuateur de Galin rencontra dans son beau-frère, M. Chevé, un auxiliaire puissant et dévoué. Même tempérament, même ardeur, même énergie de vo- lonté, même audace, les avaient faits dignes de se seconder mutuel- lement. Médecin distingué et auteur d'un mémoire estimé, relatif à sa profession, M. Chevé s'éprit tout à coup d'une admiration sans bornes pour la réforme entreprise par Galin et continuée par M. Paris, et renonçant à la pratique de la médecine, il compléta la trinité Calin-Paris Chevé. Ayant compris les inconvénients de l'apo>tolat nomade de son beau-frère, il reconnut la nécessité d'un centre perma- nent qui devînt une base d'opérations stratégiques pour la propaga- tion de la doctrine des chiffres, et Paris lui parut le lieu naturellement désigné pour ce centre d'activité. M. Paris n'avait fait la guerre qu'aux musiciens des départements: M. Chevé ne crut pas entreprendre une tâche au-dessus de ses forces en s'attaquant au Conservatoire royal, puis impérial de musique, au Comité central d'instruction primaire de la ville de Paris, à l'Institut de France, aux noms les plus illustres, aux plus grandes capacités. Il les accabla de demandes de concours, de défis, et les frappa de sa colère dans des brochures qui ne se font pas remarquer par l'urbanité du langage (1). Le courage de M. Chevé n'a pas failli pendant plus de quinze ans : repoussé dans ses prétentions par des jugements qui paraissaient sans appel, il est revenu à la charge avec la même réso- lution, suffisant à tout par son activité, écrivant sans cesse, publiant des méthodes, des pamphlets, multipliant ses cours, gagnant du ter- rain dans l'opinion de la multitude, et, à fin de compte, parvenant à ébranler les résolutions d'abord contraires de l'autorité. Tels sont au- jourd'hui les succès de MM. Paris et Chevé, qu'un noble étranger, M. le comte Sollohub, chambellan de S. M. l'empereur de toutes les Russies, reprochait à la France, dans une brochure récemment pu- bliée, de ne leur avoir point encore élevé de statues. Elle n'y avait peut-être pas songé; mais la voilà mise en demeure, et, sans doute, elle s'exécutera de bonne grâce. A Dieu ne plaise que j'écrive contre l'érection de ces statues ; j'ai à instruire le procès de la notation chif- frée, mais sans toucher en rien aux personnes qui l'enseignent et l'exploitent. Les propagateurs de la méthode d'enseignement par la notation chiffrée ont élevé depuis longtemps leurs prétentions jusqu'à défier les écoles d'art qui n'ont point de rapports avec la destination popu- laire de ce genre d'enseignement. Peut-être les chefs de ces écoles d'art ont ils eu tort d'opposer simplement le mépris à de telles prétentions, au lieu de poser la question sur son véritable terrain. La question n'est pas de constater qu'on peut arriver à de certains résultats (toujours bornés si-on les compare au but de l'art véritable), par une méthode ou par une autre, par un système, ou par un système opposé ; car lorsqu'il ne s'agit que du chant simple, tel qu'on le rencontre dans les (1) Appelait bon sens .de toutes les nations qui désirent voir se généraliser chez elles l'enseignement musical; enseignement élémentaire: lecture, écriture, théorie; haut enseignement . harmonie, fugue, contre-point, etc. Paris, 1S45, gr. in-8". — Protestation adressée au Comité central d'instruction primaire de la ville de Paris, contre un rapport de sa commission de chant. Paris, 18d7, in-S° de 6a pages. — Coup de grâce à la routine musicale par Emile Chevé, à l'occasion d'un nouveau rapport de la Commission spéciale de sur- veillance de l'enseignement du chant dans les écoles communales de la ville de Paris, commission composée de MM. Victor Faucher, président; Adolphe Adam, de l'Institut; Auber, de l'Institut; Barbereati; Poulet; Carafa, de l'Institut; L. Clapisson; Ermcl; Edouard Podrigucs, vice-président; F. Ha- lévy, de l'Institut; G. Héquet, rapporteur ; Jomard, de l'Institut; Gide, Zim- merman, Demoyencourt, secrétaire, contre la méthode Galin-Paris-Cheré, re- poussée à l'unanimité par la commission. Paris, 1851, in-8» de 79 pages. — La Poutine et le Bon sens, ou les Conservatoires et la méthode Gal'm-Paris-Chevê ; lettres sur la musique. Paris, 1S52, in-S° de 192 pages. — Historique et procès- verbal du concours musical ouvert à Paris le 12 juin 1S53, sous la présidence de M. Henri Reber, suivi des comptes rendus des journaux et accompagné de notes, par Emile Chevé. Paris, 1853, in-S° de S2 pages. DE PARIS. 43 mélodies, dans les chœurs de musique des sociétés chaînantes, des églises et des théâtres ; ces résultats, je les ai vu obtenir de vingt manières différentes ; d'abord, par la méthode usuelle dans toute l'Europe, particulièrement dans l'immense quantité de sociétés cho- rales de l'Allemagne et de la Belgique ; par la méthode de Massimino, en 1816 et années suivantes; parles procédés de Bocquillon-Wilhem qui ont créé ['Orphéon; par les procédés de Heinroth, à Gcettingue ; par le système de M. de Rambure, dans le département de la Somme. Je vois même dans un ouvrage, publié par M. Maurice Delcamp, sur une notation de son invention fort originale, laquelle se compose de lunes dans leur plein, de lunes à moitié éclipsées, de lunes com- plètement éclipsées, de carrés et de triangles, je vois, dis-je, dans ce livre des certificats des maîtres de pension, chez qui M. Delcamp en- seigne par ces systèmes, voire même des certificats de curés de pa- roisses, lesquels constatent les heureux résultats obtenus par le rival de la notation chiffrée. Avant de faire des défis de méthodes, avant de proposer des con- cours, il .faut faire vider la question du choix delà notation, pour que le concours se fasse dans des conditions égales et ait quelque chose de réel. Or, ces questions de choix du système de notation ne peuvent être résolues par la France seule, car la musique est la seule langue universelle. En tout pays, le musicien placé devant sa partie l'exécute et est compris de tous. Que si l'on adoptait dans un pays une notation qui ne serait pas celle d'un autre, le musicien français qui se rendrait en Allemagne, par exemple, serait dans la même situation que le brave négociant de Paris qui, arrivé aux frontières des provinces rhénanes, n'entend plus un mot de ce qu'on lui dit, et ne peut, sans un embarras extrême, demander un potage et des côtelettes. Un congrès de toutes les nations serait donc nécessaire si l'on vou- lait décider ces questions : si l'on abandonnera la notation dont l'usage est universel pour en adopter une autre, et quelle sera celle qui aura la préférence? Chacune alors devra être examinée, produire ses titres et faire constater ses avantages, si elle en a. 11 se pourrait bien faire alors que la notation dont l'usage est exclusif sur toute la terre, de- meurât spectatrice du combat, et qu'elle eût à se divertir de toutes celles qui passeraient en revue devant elle et qui se disputeraient le terrain sans s'entendre. Ce serait la tour de Babel. La notation chiffrée, qui a l'habitude de parler plus haut que les autres et qui aime le bruit, prendrait tout d'abord la parole. Elle di- rait, par l'organe de M. Chevé : « En résumé, l'écriture de Galin est parfaite, puisqu'elle rend clai- » rement et nettement toutes les idées d'intonation et de durée ; que » chaque idée est représentée toujours et partout par un signe unique, » et qu'un signe donné représente toujours et partout la même idée. » La méthode de Galin n'eût-elle, sur toutes les autres méthodes, que » l'avantage d'une écriture irréprochable, qu'elle serait déjà, par cela » seul, infiniment supérieure, puisqu'elle rend toutes les idées musi- » cales accessibles à toutes les intelligences ; ce qui est exactement le » contraire des méthodes écrites en musique ordinaire. » (Méthode élémentaire de musique vocale, par M. et Mme Chevé, page 19, 7e édition, k° tirage.) » Cette écriture est si simple, si claire, si commode, qu'elle » finira nécessairement par remplacer l'autre, du moins pour ce qui » regarde la musique vocale et la théorie. » (P. 273.) « Ces caractères (ceux de la notation usuelle) masquent si sou- » vent les idées qu'ils sont appelés à représenter, que toute la force » intellectuelle est dépensée à les déchiffrer, et qu'il n'en reste plus » pour trouver l'intonation et la durée. » (P. 15, note.) Il suit évi- demment de cette dernière assertion que tous les musiciens, occupés qu'ils sont par les difficultés de la lecture, chantent faux et ne peuvent jouer en mesure. « Quand on compare cet horrible galimatias de mesures , galima- » tias rendu cent fois plus horrible encore par l'habitude des auteurs » de mêler perpétuellement entre elles les fractions qui appartiennent » à des unités différentes ; quand on compare, dis-je, ces débris in- » formes d'un système marqué au coin de l'enfance de l'art, à l'écri- » ture si simple, si précise, si admirablement lisible de Galin, on ne » peut s'empêcher de gémir profondément de voir l'esprit humain s'a- » muser à embrouiller les questions les plus simples, au point que lui- » même ne sait plus comment s'en tirer. » (P. 304.) Et après ce pompeux éloge d'elle-même et le mépris dont elle a accablé la notation en usage, la notation chiffrée déclare, toujours par l'organe de M. Chevé, que son usage est absolument impraticable dans la musique instrumentale ! Il y en aura donc deux? et cette vieille no- tation si vicieuse, qui masque les idées; cet horrible galimatias, enfin, sera réservé pour la musique la plus compliquée, dont les idées sont bien plus complexes que celles de la musique vocale , et dont les mouvements, souvent rapides jusqu'à l'excès, exigent une prompti- tude de lecture incomparablement plus grande? Nous voici dans l'absurde. FÉTIS père. (La suite prochainement.) En dépit de toutes les tentatives de décentralisation artistique, c'est toujours à Pans que les musiciens viennent demander de consa- crer leur célébrité. Notre monde musical, avec ietact et la sûreté de jugement qui le distinguent, même au milieu de singuliers engoue- ments, ne se trompe pas et classe chacun selon son mérite. Pour quelques-uns qui ont reçu le baptême de la gloire, combien en avons-nous vu qui, proclamés ailleurs grands, forts et incompara- bles, ont perdu leur prestige et n'ont pu conserver, après cette épreuve difficile, les qualifications flatteuses qui accompagnaient leur talent ! Brassin, que le bruit de ses succès en Belgique, en Hollande et en Allemagne avait précédé parmi nous, vient], à son tour, faire sanc- tionner sa jeune renommée par le public parisien. Nous l'avons en- tendu dans une charmante soirée intime où nous avons remarqué un maître bien compétent, M. Henri Herz, qui paraissait enchanté du nouveau venu. Si l'heureux cadre où nous l'avons vu n'est pour rien dans le vif plaisir qu'il a fait éprouver, Brassin n'aura qu'à s'applau- dir de l'expérience décisive qu'il va bientôt tenter. A quelle école appartient-il ? A quelles traditions se rattache-t-il ? A-t-il de l'originalité? Les dilettantes répondront prochainement à toutes ces questions; car l'éminent pianiste se fera entendre à la So- ciété des jeunes artistes du Conservatoire. Quoique ayant reçu les précieux conseils du célèbre Moschelès, dont on connaît les belles et pures compositions , le jeu irréprocha- blement classique, Brassin, qui semble plein de feu, de vivacité et d'imagination, se rapproche plutôt de la manière large, fougueuse et passionnée de Liszt et de Rubinstein. Pour notre part, nous aimons assez qu'on garde ainsi une certaine indépendance, en restant un peu l'élève de la nature. Nous avons bien remarqué quelques aspérités dans son exécution ; mais ces rudesses du son disparaîtront sans doute dans une salle de concert où, grâce à la perspective, les traits, un peu durs ailleurs, deviennent d'une sonorité mieux ménagée. Après avoir montré une puissance rare en jouant une fantaisie pleine de caprice et hérissée de difficultés qu'il a enlevées avec une clarté remarquable, Brassin a prouvé la souplesse et la flexibilité de son talent dans divers mor- ceaux de Beelhoven et de Chopin. La grâce succédant au bruit, l'ac- cent ému faisant place aux prestigieux arpèges, aux véritables vagues d'octaves et d'accords plaqués, ont dissipé les doutes qu'on avait pu concevoir sur la variété de son style qui avait paru d'abord plus u REVUE ET GAZETTE MUSICALE brillant qu'expressif. En somme, c'est un artiste à peu près complet : s'il fait vibrer fortement et même tonner la corde, il sait aussi, de dégradations en dégradations, en tirer ces demi-teintes, ces inflexions douces, louchantes, vaporeuses que Chopin aimait tant, et qu'il mit dans sa musique comme les meilleurs interprètes de la poésie vague, religieuse et inexprimable qu'il avait dans le cœur. Nous sommes, comme le public, quelque peu blasé sur les prodi- gieux mécanismes, et nous ne parlerons pas de celui de Brassin, quoiqu'il soit très-beau. Nous dirons seulement que l'artiste nous a semblé posséder l'âme et le souffle nécessaires pour que le musicien pût dominer le virtuose. C'est bien heureux pour lui ; car aujourd'hui il ne faut pas moins que ces exquises qualités pour faire vraiment sensation et pour s'élever au-dessus des habiles instrumentistes, dont le nombre n'est que trop supérieur à celui des pianistes ayant du style, de la sensibilité, se distinguant par quelque marque d'indivi- dualité. Adolphe BOTTE. AUDITIONS MUSICALES. Haiis île Bulow. — Alard et Franchomme. — H;ini ili Ferrantï. lies frères DEô n lioltl . — A.-E. de Yaucorbeil. Ce n'était pas un début, on le sait, que faisait la semaine dernière M. Hans de Bulow, c'était une rentrée; et l'auditoire distingué réuni dans les salons Pleyel-Wolff l'a faite très-brillante. Quiconque l'avait entendu l'an passé n'avait pu l'oublier, et avait conservé dans ce coin de la mémoire réservé aux artistes d'élite, aux natures privilé- giées, le souvenir de l'un de ces pianistes rares .en tout pays. Grâce à l'àme, à la sensibilité profonde dont il est doué, et que domine et règle un goût élevé et sûr, M. de Bulow se préoccupe bien plus de rendre la pensée des maîtres dans toute leur originalité, leur vérité, leur physionomie saisissante et accusée, que de faire admirer les ressources infinies, et même la perfection de son mécanisme. Il fuit le maniérisme avec autant de soin que d'autres en mettent à le pour- suivre. Esprit élevé, cultivé et réfléchi, il semble avoir fait une étude toute particulière des dernières œuvres de Beethoven. Cn sent qu'il en connaît les secrets, qu'il y a trouvé des beautés que plus d'un exécutant avant lui n'avait pas su y découvrir, qu'il les aime enfin, et qu'il a' besoin, comme tous les interprètes convaincus, de faire par- tager l'admiration qu'elles lui inspirent. C'est par la très-difficile, la très-longue sonate, op. 106, par cette imposante et vaste symphonie, d'un genre inconnu des pianistes avant Beethoven, que M. de Bulow a ouvert son concert. On l'a suivi avec le plus vif intérêt dans toutes les parties de ce grand poërae instru- mental plein de traits de génie, plein de flamme, d'amour et aussi de ténèbres. Ce n'est certes pas la faute de M. de Bulow, qui constam- ment s'est montré à la hauteur de la sublimité répandue dans plus d'une page, si, pour bon nombre d'auditeurs, bien des obscurités sont venues voiler le sens donné par l'auteur à quelques parties de sou œuvre. De l'avis des hommes spéciaux, si difficiles parfois à contenter, l'exécution du virtuose n'a pas faibli un seul instant: toujours, avec la même puissance et le même élan, elle a su gravir les cimes les plus escarpées; puis, ensuivant fidèlement le texte, redescendre brusquement pour exprimer les angoisses, les misères, les accablements, les déchi- rements profonds que l'imagination de Beethoven trouva sur la terre, et qui lui inspirèrent des accents si navrants et si pathétiques. La discussion est et restera encore longtemps ouverte sur les der- niers ouvrages de Beethoven. Quelquefois on en applaudit certaines pages uniquement parce qu'elles ont été écrites par cet esprit immor- tel. INous aussi nous admirons ; mais là où nous cessons de compren- dre, nous croyons pouvoir cesser d'admirer. Nous aimons, par exemple, à savoir en quel ton est le passage que nous entendons, où nous conduit une modulation ; nous aimons à suivre une idée, à con- templer la belle et savante ordonnance d'une fugue. Cette dernière jouissance nous a été refusée dans le finale de la sonate. Beethoven n'affectionnait pas la fugue : aussi y semble-t-il mal à l'aise. On dirait qu'il a des dédains pour cette forme scolastique ; tantôt il la rudoie, tantôt il la brise. Préoccupé d'idées plus indépendantes, plus élevées, si l'on veut, il lui demanda, sans doute, plus qu'elle ne pouvait lui donner, et se priva parfois de ce que l'intelligence plus calme de Che- rubini y trouvait si facilement de parfait, d'éloquent et d'incompara- blement pur. M. de Bulow a joué encore, avec beaucoup de charme et de dis- tinction, deux morceaux de Chopin et un autre de Schubert. Mais c'est surtout la musique de Liszt qu'il exécute d'une manière qui atteint à la perfection. Les plus vifs applaudissements l'ont obligé de redire la Marche nationale hongroise. Après avoir ainsi montré que le piano moderne, enrichi par Liszt de si beaux et si riches effets, n'avait pas de difficultés dont il ne pût triompher avec une aisance parfaite, M. de Bulow est remonté à l'enfance de l'instrument qui, on le sait, n'empêcha pas la maturité d'inspiration des compositeurs. Les extrêmes se touchent ; et les mêmes acclamations qui avaient éckté pendant la marche hongroise, ont accueilli une gavotte de Bach. A qui s'adres- saient-elles ? Au virtuose d'abord, aux œuvres ensuite, aux merveilles de mécanisme prodiguées dans l'une et aux merveilles de science pro- fonde, mais aimable, prodiguées dans l'autre. — Le trio en ut mineur, de Mendelssohn, par lequel commençait la deuxième séance d'Alard et de Franchomme, est une des plus jolies choses que l'on puisse entendre et qu'ait écrites l'auteur d'Elie et de Paulus. L'andante et le scherzo de ce trio, exécutés par Alard, Franchomme et Planté, avec ce talent achevé qui a le privilège de redonner à Lout ce qu'il interprète tant de fraîcheur, d'éclat et de jeunesse, ont été très- vivement applaudis. Le finale, où une espèce de choral se mêle d'abord au premier motif, passionné et d'un tout autre caractère, et bientôt l'interrompt ; où l'art développe si savamment et avec les libres allures de la véritable science ce que la mélodie cachait de surprises, de métamorphoses, d'harmonies riches, et de traits exquis ; où enfin le piano est traité d'une façon qui annonce amant le grand pianiste que le grand compositeur, et rivalise d'expression, de force et de variété avec le violon et le violoncelle ; le finale, disons- nous, a fait éclater d'unanimes témoignages de sympathie. Puis est venu le quatuor en sol, de Mozart*. Bien de plus curieux, de plus instructif, de plus attachant que ces contrastes de sentiments et de styles, ren- fermés dans le même programme ; rien qui saisisse plus fortement les auditeurs les moins initiés aux transformations successives de l'art. Entre chaque morceau, on sent une autre société, une autre civilisa- tion : tout à l'heure on était ému et charmé par une musique ardente, inquiète, pleine de recherches harmoniques, de préoccupations de forme et de nouveauté ; maintenant on s'aperçoit, dès les premières notes du quatuor de Mozart, qu'on est transporté à l'une de ces heureuses et fertiles époques d'épanouissement, de libre et encore naïve expansion où le génie cueillait simplement et naturellement ce qu'il y a de meilleur dans un art, et enlevait, comme disait Mme de Sévigné, le dessus, c'est-à-dire la fleur de tous les panière. Nous n'essaierons pas de dire la somme d'habileté, de finesse, la quantité de sons ravissants de pureté et saisissants d'expression dépensées par l'archet d'Alard dans toutes les parties de ce quatuor, entre autres, puisque nous sommes obligé de nous limiter, dans le ravissant andante. Il faut entendre le célèbre violoniste, et, tout en l'admirant, il faut aussi ne pas oublier qne de talents l'entourent et l'aident à déployer librement sa magistrale exécution, que d'art MM. Franchomme, Casimir Ney, Magnien, apportent dans un ensemble qu'ils contribuent à rendre vraiment irréprochable. — Zani di Ferranti est un talent aimable et sympathique : c'est le DE PARIS. 45 dernier des troubadours et le plus étonnant guitariste du monde. C'est aussi un musicien dans la belle et bonne acception du mot. Nous l'avons entendu au concert qu'il donnait la semaine dernière dans la salle Beethoven ; nous l'avons vu lutter contre les ressources exiguës de son instrument auquel cependant il fait dire tant de choses. L'ins- trument ne vaut pas l'artiste, et, contrairement à ce qu'on voit tous les jours, ce sont les moyens d'expression qui manquent au talent. Ce qu'il écrit est distingué et franc. Le feu, la jeunesse brillent dans ces petites pages sans prétention, où le goût veille scrupuleusement sur les plus audacieuses fantaisies d'un esprit bouillant et tout italien. Dans une fantaisie sur un thème original, varié par des oppositions et des nuances que nous ne soupçonnions pas à la guitare, il a intercalé avec beaucoup d'art, le joli chant, maintenant national : Parlant pour la Syrie. Le compositeur et le virtuose ont été également applaudis. Mlle Virginie Huet a un talent distingué comme sa personne. Son jeu est léger, gracieux et suffisamment brillant. La jeune et élégante pianiste a fait plaisir et a été fort bien accueillie à cette soirée, où se sont fait entendre avec elle Mlle de la Morlière et M. Fortuna. Les nouveaux salons Erard, ou plutôt un grand et élégant salon, dé- coré simplement et avec goût, ouvrait mardi ses portes pour la pre- mière fois. Il nous a paru favorable au développement du son, et, par conséquent, avantageux pour le succès des artistes. Les frères Binfield inauguraient ce temple qui, nous l'espérons, sera consacré aux belles harmonies. Henri Binfield est un émule de Félix Godefroid ; mais nous ne pouvons pas dire qu'il possède toutes les charmantes qualités du célèbre harpiste ; néanmoins il a obtenu beau- coup de succès en exécutant brillamment et avec pureté plusieurs fantaisies de sa composition. Deux morceaux religieux de lui ont fait grand plaisir. V Agnus Dei surtout, avec quatuor vocal et accompagnement instrumental, a paru distingué et très-convenablement écrit. Le style est correct et les voix sont habilement groupées. Le solo était dit par Mme Bochkoltz- Falconi. L'interprétation large et magistrale de la cantatrice était bien capable de faire ressortir le mérite de l'œuvre. Si cette inspiration nous a semblé digne d'être applaudie, nous ne pouvons en dire, autant de certain trio pour piano, harpe et orgue. Dans cette espèce de mélange, il y a peut-être de fort gracieuses choses, mais assurément il n'y a aucune trace de composition. Cela ne saurait intéresser un public de concert accoutumé à des œuvres mieux conçues, sinon mieux exécutées. Un solo de concertina, fort joliment joué par Auguste Binfield, et plus encore peut-être des mé- lodies composées et chantées par Mme Bochkoltz-Falconi, ont suffi- samment pourvu cette soirée de talent et d'œuvres remarquables. — Les salons ont aussi leurs auditions musicales, et ce ne sont pas toujours les moins intéressantes. L'autre soir on chantait, chez M. Marmontel, tout un recueil de méiodies signées d'un nom qui va loin ; car de Vaucorbeil a autant de science que d'inspiration, autant de goût que d'originalité. Les œuvres que nous avons entendues deman- deraient un long article. Contentons-nous de dire pour aujourd'hui qu'un madrigal de Clément Marot, entre autres, nous a paru une chose ex- quise. Le savoir du jeune maître ne sert ici que d'assaisonnement à la mélodie. Le chant prend, avec une réelle simplicité, le ton de cette petite composition, dans laquelle on retrouve la grâce, la naïveté de l'esprit gaulois épuré par les élégances, par les délicatesses que Marot puisait à la cour de François Ier. Le Géant, de Victor Hugo ; un Psaume, d'Alfred de Musset ; un llondel, de Charles d'Orléans, une Ode d'Horace, imitée par Emile Deschamps ; Plainte sur la mort de Sylvie, de Saint-Amant, et bien d'autres pages empruntées à la littérature de siècles si différents, ont tour â tour inspiré au composi- teur des mélodies dont la variété égale le charme. On reproche à de Vaucorbeil de pécher par excès d'élégance. Il demande à l'art, dit-on, de faire oublier le peu d'originalité de l'invention première. Ce re- proche n'est pas fondé. Sa musique, il est vrai, ne se compose pas de petites phrases plus ou moins heureuses, cousues les unes aux autres avec habileté, de certaines harmonies qui dépaysent l'auditeur, tout prêt à reconnaître, malgré cette précaution, ce qu'il a entendu ail- leurs ; elle brille, au contraire, par l'ensemble de la conception, par la justesse des proportions, par une sévérité de style et de pensée qui se refuse les enjolivements parasites. 11 ne veut pas, pour charmer certains esprits, enlever à ses œuvres leur caractère et leur homo- généité ; il veut que toutes les notes portent. Toutes, en effet, ont leur signification et concourent à l'harmonie générale. I! hait le placage, et ce n'est pas nous qui lui en voudrons de cette haine. Tantôt il accom- pagne la mélodie, comme dans le Madrigal, par une ou deux parties seulement; tantôt, comme dans le Psaume, il se contente encore à moins ; il choisit l'unisson que complique bientôt, il est vrai, une charmante et ingénieuse imitation à l'octave, allant se perdre dans de beaux et larges accords. Tout cela peut sembler bien sobre à des oreilles blasées par les orgies de la sonorité, mais délectera assuré- ment les délicats. Dans cette prétendue maigreur, ils découvriront plus de véritables beautés que dans la seule puissance du rhytbme, dans l'abus des notes, souvent ennemi, nous le voyons tous les jours, de la pensée, de l'inspiration, et même de la couleur. En somme, ce recueil contient bien des pages irréprochables ; et, malgré l'exiguïté de certaines formes, la recherche du fini, qu'on sent à chaque instant, n'entraîne jamais l'auteur jusqu'au précieux, et n'altère ni la netteté, ni la franchise, ni la vigueur de la mélodie. Ces dernières productions de Vaucorbeil sont dédiées à Roger, qui les chante avec le sentiment d'un grand artiste et le dévouement d'un am1 convaincu de l'excellence de ce qu'il interprète. L'an dernier, il ob- tint partout beaucoup de succès en disant plusieurs pièces de ce joli petit volume, notamment la Ballade serbe, une de ces précieuses trouvailles qui fondent la réputation d'un compositeur. Adolphe BOTTE. NOUVELLES. **» Au théâtre de l'Opéra, Mme Earbot s'est essayée lundi dans le rôle de Léonor, de la Favorite, qu'elle a chanté vendredi pour la seconde fois. Elle y a trouvé l'occasio„n de montrer sous un nouveau jour son rare talent d'actrice et de cantatrice. Au troisième acte et au quatrième surtout, son succès a été aussi brillant que possible, et Renard, qui chantait le rôle de Fernand, l'a partagé. Dumestre, dont les progrès sont remarquables, remplissait lundi le rôle d'Alphonse, que Bonnehée a repris vendredi. Cazaux s'est fort bien acquitté du personnage de Balthazar. „,%, On annonce pour le 1 8 de ce mois la première représentation de Pierre de Uédicis, l'opéra eii cinq actes du prince Poniatowski. »% Hier, samedi, le théâtre impérial de l'Opéra-Comique a donné la première représentation du Roman d'Elvire, ouvrage en trois actes de MM. Alexandre Dumas et de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas. *% Quelques jours auparavant, c'était doublement fête à ce théâtre. Faure y faisait sa rentrée mercredi dans le Pardon de Ploérmel, et sa charmante femme reparaissait aussi le lendemain dans le Chien du Jar- dinier et l'Epreuve villageoise. Les deux artistes n'ont eu qu'à se féliciter de l'accueil d'un public heureux de les revoir après une absence de six semaines, et plus encore de les retrouver dans la plénitude de leur talent. „.*„ Le Pardon de Ploérmel, représenté dimanche devant une salle comble, a été joué encore mercredi et vendredi. Le retour de Faure ne doit pas faire oublier le service éminent rendu par Troy, qui, pendant l'indisposition de son chef d'emploi, a si bien tenu le rôle d'Hoel. L'ou- vrage sera joué aujourd'hui dimanche pour la 66e fois. „** Aujourd'hui dimanche, au théâtre Italien, début de Roger dans Lucia di Lammermoor : Mlle Marie Battu chantera le rôle de Lucia. *** Au théâtre Lyrique, Philémon et Baucis, le nouvel opéra en trois actes, dont les paroles sont de MM. J. Barbier et M. Carré, la musique de Ch. Gounod, sera représenté dans le courant de la semaine. En voici la distribution : Mme Miolan-Carvalho jouera le rôle de Baucis, M. Fro- mant, celui de Philémon, M. Battaille, celui de Jupiter, M. Balanqué, celui de Vulcain, et Mlle Marie Sas, celui d'une bacchante. „*., Le nouvel opéra-comique de Caspers, Ma tante dort, obtient beaucoup de succès. L'air de Martine, Madame la marquise, le quatuor 46 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Ma tante dort, l'air bouffe do Soapin et le trio Scapin est mort sont tou- jours vivement applaudis. »% Le théâtre des Bouffes-Parisiens a dû donner hier soir la première représentation de Monsieur de Bonne Etoile, musique de M. Delibes. *% Au théâtre Déjazet on a donné hier la première représentation de Fanchette, opéra-comique en un acte, musique de M. Déjazet. #% La société des concerts du Conservatoire a chargé M. Tilmant, deuxième chef d'orchestre de la société, de diriger les concerts de la session de 1860. La seconde séance aura lieu aujourd'hui 5 février. En voici le programme : 1° Symphonie avec chœurs, de Beethoven ; sali chantés parMmes Grignon et Printemps, MM. Dufresne et Archaimbaud; 2" fragment d'un quatuor d'Haydn, pour tous les instruments à cordes ; 3° air de Joseph, de Méhul, chanté par M. Jourdan ; 4° chœur du Rossi- gnol, de l'oratorio de Salomon, de Haendel; 5» ouverture d'Euryanthe, de Weber. „** Aujourd'hui dimanche, 5 février, à dix heures précises, une messe en musique, de la composition de MM. Adolphe Adam et Ambroise Tho- mas, sera chantée, à Notre-Dame, par la société chorale du Conservatoire, dirigée par M. Edouard Batiste, la société chorale de l'Odéon , di- rigée par M. Delafontaine ; les Enfants de Lutèce, dirigée par M. Gau- bert; l'Ensemble, dirigée par M. Vaquette, et l'Union chorale, dirigée par M. Chéret. La messe sera accompagnée par des harpes et l'orgue du chœur. M. Edouard Batiste, professeur au Conservatoire, organiste de Saint-Eustache, dirigera l'exécution. — Une quête sera faite au profit de l'Association des artistes musiciens. „.%, Le second concert de la Société des jeunes artistes du Conserva- toire commençait par une ouverture de M. Lacombe, morceau fort bien fait et offrant d'ingénieuses combinaisons, dont le principal effet est dû à l'emploi des cors. M. Dupuis, jeune violoniste belge, n'a pas encore acquis toute la force nécessaire pour dominer l'orchestre dans le grand concerto de Beethoven; mais une seconde épreuve lui donnera sans coûte plus de vigueur et d'aplomb. Mlle Balbi, jeune élève du Conser- vatoire, a fort joliment chanté l'air du Concert à la Cour. La sym- phonie en la, de iMendelssohu, que l'orchestre a supérieurement exécu- tée, terminait la séance. *** Le second concert, donné par Ricl.ard Wagner, a eu lieu mercredi. Le programme était le même que celui du premier, sauf une romance de Tannhauser, chantée par Lefort, et qu'on y avait ajoutée. Le troi- sième et dernier concert est annoncé pour mercredi prochain. **„ Une nouvelle édition de la Danse des fées, l'un des morceaux les plus populaires d'Emile Prudent, vient de paraître la semaine dernière; cette édition, revue avec le plus grand soin par l'auteur, sera prompte- ment épuisée. *** Alfred Jaeil, l'excellent pianiste-compositeur, est arrivé à Paris. »*, Les journaux que nous recevons des départements de l'Ardèche et de la Drôme donnent un compte rendu très-intéressant d'une magni- fique cérémonie qui a eu lieu à Viviers, le 10 janvier, à l'occasion de l'inauguration d'un grand orgue construit pour la cathédrale par les habiles facteurs Merklin, Schultze et Ce. C'est M. Edouard Batiste, pro- fesseur au Conservatoire, organiste de Saint-Eustache, qui avait été choisi par Monseigneur Delcusy, évêque de Viviers, pour faire entendre l'instrument, et pendant plus de deux heures le talent si religieux, si mélodique et si varié de M. Edouard Batiste a captivé l'immense audi- toire qui remplissait la vaste nef de cette basilique. *** C'est Auguste Koempel (et non Kimpel), virtuose de la chambre du roi de Hanovre, dont nous annoncions l'arrivée dimanche dernier, et qui doit bientôt se faire entendre en public. t% M. Stroecken est de retour à Paris. „*„ 11. Enrique;Spira, le virtuose qui produit de si beaux effets sur son instrument de bois et de paille, annonce son concert pour le 14 février dans la salle de M. Montai. »% Une jolie barcarolle à deux voix égales, composée par M. P. 0a- vallo sur des paroles de Mme Marie Plocq de Berthier, se recommande aux amateurs du genre gracieux et mélodique. „** F. Brassin se fera entendre au prochain concert de la Société des jeunes artistes du Conservatoire, qui aura lieu le 12 février. /, La matinée musicale et lyrique que donne Mlle M. Mira, avec le concours de Sainte-Foy, Lefort, Castel et le jeune virtuose Sarasate, aura lieu aujourd'hui dans la salle Herz. On y entendra deux opéras de salon : Entre deux feux, de MM. Cadol et J.-B. Wekerlin, et Loin du bruit, de MM. Galoppe d'Onquaire et Paul Bernard. »*„ On annonce la publication prochaine des lettres de Félix Men- delssohn-Bartholdy ; elles sont éditées par MM. Droysen et le frère du compositeur. »% Le concert de l'excellent pianiste-compositeur M. Kruger aura lieu, vendredi prochain, daus les salons d'Erard. Des artistes très-distin- gués prêteront leur concours au bénéficiaire. „% Dans la séance do l'Académie des sciences, du lundi 23 janvier 1S60, M. A. Cavaillé-Coll, facteur d'orgues, a lu un mémoire sur la déter- mination des dimensions ds tuyaux "largues par rapport à leur intonation. Cette importante question, qui a occupé un grand nombre de savants depuis Bernouilli jusqu'à nos jours, vient d'être enfin résolue par cet habile facteur d'une manière théorique et pratique. La facilité des cal- culs de cette nouvelle théorie a permis à l'auteur de mettre entre les mains de ses plus simples ouvriers des tables et des règles au moyen desquelles ceux-ci peuvent, par une simple opération arithmétique ou seulement avec le compas, déterminer directement avec la plus grande exactitude la vraie longueur des tuyaux, de même que la position des nœuds de vibration pour la formation des nouveaux jeux harmoniques dont ce savant facteur a enrichi l'art moderne. J*t La soirée musicale de Mme Szanvady, l'une des plus intéressantes de la saison sans contredit, reste fixée au 1 1 février. La célèbre pianiste s'y fera entendre dans un quintette de Schumann, des sonates d'Haydn et Beethoven et divers morceaux de Mendelssohn, Bach et Chopin. Les deuxième et troisième soirées auront lieu le 2o février et le 1 0 mars. *** E. Lubeck annonce son concert pour le 17 février dans la salle de l'hôtel du Louvre. *%, Le 8 février Léon Dufils donnera un grand concert dans la salle Herz. *% Mme Martinez (surnommée la Malibran noire) a organisé un concert pour le 6 février, dans la salle Herz. „** Le concert de Becker est toujours fixé au 7 février. „% Dans le courant de cette semaine, paraîtra le beau duo sur le Pardon de Ploermel, composé par Ad. I-Jerman et Eug. Ketterer, et qui a obtenu un si brillant succès à la matinée musicale donnée, il y a quelques jours, chez Pleyel, par MM. Ketterer et Mutel. „% Le jeudi 2 février, jour de la Purification, l'Association des artistes musiciens de France, fondée par M. le baron Taylor, a fait entendre en l'église de Saint-Vincent-de-Paul une messe solennelle de M. LéonGastinel, composée spécialement pour cette circonstance. Cette œuvre nous paraît non-seulement digne de sa sœur aînée, déjà entendue à la même église, mais nous y trouvons une force de conception qui la place au-dessus de la précédente. Le Kyrie, le Gloria, VOffertoire et le Domine saluum do la pre- mière messe ont laissé de vifs souvenirs dans l'esprit de ceux qui assistaient à l'audition de 1859; cependant le Credo et le Sanctus avaient paru manquer de puissance et de largeur. Cette fois l'œuvre nouvelle compte le Credo parmi ses meilleurs morceaux; le plan en est ample, magistral et d'une parfaite unité. Dans le Crucifixus, supérieurement chanté par M. Barbot et Mlle Sax, on a remarqué des effets dialogues entre les solos et le chœur d'une nouveauté saisissante et extrêmement habile. Le Kyrie, le Gloria et le Graduel qui précède sont également d'une véritable valeur. Dans le qui iollis du Gloria, la voix de Mlle Sax a vibré d'une manière admi- rable sous les voûtes du temple, et elle a fait une vive impression en laissant expirer peu à peu la mélodie pendant que le chœur fait un decrescendo sur le mol miserere. M. Barbot a chanté de la façon la plus heureuse les passages importants de sa partie, et ils sont nombreux. Sa belle voix et son style simple et large ont été principalement appréciés dans le Kyrie, le Crucifixus, YO salutaris et VAgnus Dei. M. Balanqué a parfaitement dit le début du Credo, le Crucifixus et le chant de VAgnus Dei. Ce dernier morceau est d'une couleur très-heureuse., mais peut-être un peu trop développé. Nous nous félicitons de n'avoir que cette cri tiqueà adresser à l'œuvre de M. Gastinel, et nous le connaissons assez pour savoir qu'il considérera cette première audition comme le moyen d'étudier à fond cette composition importante et de la perfectionner. M.Cavallo, l'orgauiste de la paroisse, a fait une charmante improvisation sur des motifs du Kyrie au moment de l'offertoire. L'orchestre et les chœurs, formés de deux cents artistes, ont été parfaitement dirigés par M. Deloffre, l'excel- lent chef d'orchestre du théâtre Lyrique. **„, Joseph Franck, de Liège, se fera entendre comme pianiste, violo- niste et organiste, dans la soirée musicale qu'il donnera le jeudi S mars à 8 heures, dans les salons d'Erard, rue du Mail, 13.11 jouera quatre nou- veaux morceaux de sa composition. a** Ravina a adopté cette année pour morceaux de concert le Mou- vement perpétuel, l'Élégie, le Rondo-Polka et la Sicilienne. La deuxième édition de ces fantaisies brillantes et originales est en vente. „% La Société des secours mutuels du quartier Saint-Thomas-d'Aquin adonné, dimanche dernier, sa fête annuelle, salle de l'Hùtel-de- Ville. Dans la partie musicale, on a beaucoup applaudi Mmes Genest, Grange et Dreyfus, MM. Lebrun et Provint Quant à la partie dramatique, elle a été défrayée, avec un grand succès, par Mlle Montagne et M. Chéry, du Théâtre-Français. »% Les romances détachées du nouvel album d'Etienne Armand ob- tiennent un très-grand succès. t*t La Société des gens de lettres tiendra son assemblée générale ordinaire dimanche, 12 février, dans les salons de Lemardelay. ,,*„ Une cantatrice étrangère, que Paris n'a pas oubliée, et qui, avec le célèbre ténor Haitzinger, fit parmi nous le succès et la gloire de l'opéra allemand, Mme Schroeder Devrient (YVilhelminei vient de mourir à Dresde, à la suite d'une longue et douloureuse maladie. Née à Ham- bourg eu 1805, elle était fille de Sophie Schroeder, qui porta longtemps le sceptre de la tragédie allemande, et qui existe encore. Destinée elle- DE PARIS. kl même au genre tragique, elle commença dès ses premières années par jouer les petits rôles d'amour dans les ballets. A l'âge de quinze ans, elle débuta au Burg-Theater de Vienne dans Phèdre, de Racine, par le rôle d'Aricie, et joua ensuite celui de Louise, dans Cabale und Liebe, celui d'Opbélie, dans Hamlet ; mais c'était dans l'opéra qu'elle devait surtout briller, et l'année d'après, elle s'y révéla, en chantant le rôle de Pamina, de la Flûte enchantée. Son mariage avec l'acteur Devrient ne fut pas heu- reux et se termina par un divorce. En 1849, Mme Schroeder Devrient quitta la scène, après avoir épousé 11. de Bock, gentilhomme livonien. „,*„ Le directeur Stilcher, directeur de musique de l'Université de Tu- bingen depuis 1817, est mort récemment; il s'était fait une grande répu- tation par ses lieder. Ce digne vétéran de l'art venait d'obtenir sa re- traite, et à cette occasion le roi de Wurtemberg lui avait conféré l'ordre de Frédéric. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. „,** Lille. — La première représentation du Pardon de Ploërmel a eu lieu mardi dernier avec un très-grand succès. Les trois rôles du nouveau chef- d'œuvre ont été fort bien rendus par Mme Reynaud, MM. Maugard et Barré. Le quatuor de cors et le chant du Chasseur, ainsi que l'air de VOmbre, la Berceuse, l'air de l'Or, les trios et les finales ont produit un effet admirable. A M. Bénard, l'excellent chef d'orchestre, revient une large part du succès pour la manière intelligente dont il a dirigé l'exécution d'une des plus belles pages de l'auteur de Robert et des Huguenots. Féli- citons les artistes de l'orchestre pour leur bonne coopération, sans oublier les chœurs qui ont marché avec assurance. Le directeur, M. Desmottes, n'avait rien épargné, décors nouveaux, torrent d'eau naturelle, etc. M. Guérin, le régisseur général, a aussi parfaitement réglé la mise en scène, et tout promet une suite de représentations fructueuses. — Une solennité musicale et religieuse doit avoir lieu le jour de Pâques à l'église de Saint-Maurice par les sociétés chorales de cette ville réunies. Une messe solennelle dédiée à S. Exe. le duc de Magenta, de la composition de notre compatriote, M. Watier, sera exécutée par deux cents chanteurs. Nous espérons aussi que l'excellente musique du corps des canonnière, habilement dirigée par M. Lefebvre, prêtera son concours. Le corps des canonniers sédentaires de Lille voulant perpétuer le souvenir de plusieurs de ces sièges mémorables où le courage lillo's se mit sous la protection de Notre-Dame de la Victoire, a offert à l'église de Saint-Maurice deux vitraux qui sont comme un abrégé de l'histoire du corps et en même temps comme un témoignage de ses longs et bons rapports avec l'église de Saint-Maurice. Les sociétés chorales de Lille tiennent aussi à laisser dans leur vieux monument un de leurs souvenirs. Elles se cotiseront pour offrir un vitrail qui rappellera le concours qu'elles auront donné à sa décoration. t% Lyon. — On a repris le 24 janvier l'Étoile du Nord Mme Vanden- heuvel-Duprez a chanté le rôle de Catherine de la façon la plus remar- quable. La partition du maître et la cantatrice ont reçu à Lyon le même accueil enthousiaste qui les avaient jadis accueillis à Paris. Les autres rôles sont bien tenus ; l'orchestre et les chœurs ont fait vaillamment leur devoir. Somme toute, VÉtoile du Nord vient d'obtenir un véritable succès et promet de rester longtemps au répertoire. „*„ Amiens, 30 janvier. — Le Prophète a été joué jeudi pour la qua- trième fois, et son succès, loin de se ralentir, va en grandissant. „,*„, Nancy. — La reprise des Dragons de Villars a été accueillie avec beaucoup de faveur. M. Litté (Sylvain), M. Léopold (Bellamy) et Mmes Victorine Labat et Grasseau ont mérité les plus grands éloges. La parti- tion de Maillart, qui n'avait pas été représentée depuis deux ans, est ap- pelée a figurer désormais honorablement au répertoire. »*„ strasbouug. — On a joué pour la première fois, le 19 janvier, Stradella, l'opéra de F. de Flotow. La délicieuse partition de l'au- teur de Maria, qu'une troupe allemande avait fait connaître ici, il y a quelques années, a été accueillie, en français, avec une grande faveur. M. Bineau a fait admirablement valoir le beau rôle de Stradella qui lui a valu un succès complet. Les autres rôles sont remplis par MlleBléau, MM. Berry, Leraaire et Odezenne. t\ Bordeaux.— Il y avait foule à la reprise de Robert le Diable. Cette partition, qui n'avait pas été exécutée depuis quelque temps, a valu à M. David, première basse, un très-beau triomphe. M. Louault (Robert) n'était pas très-sûr de son rôle. Mme de Joly et Mlle Massé ont été ac- cueillies par les témoignages les plus flatteurs de l'affection du public bordelais. Mlle Granzini a dansé le rôle de l'abbesse de façon à mériter les bravos les plus sympathiques. On répète le Pardon de Ploërmel. CHRONIQUE ETRANGERE. „*„ Bruxelles. — Le Pardon de Ploërmel est toujours le grand succès de la saison ; la quinzième représentation aura lieu au bénéfice du deuxième chef d'orchestre, M. Bosselet. — M. Stoumou, de Liège, a fait représenter au théâtre de la Monnaie un opéra-comique en un acte, inti- tulé Phœdé, et dont il a écrit les paroles et la musique. Le libretto est une pâle imitation de la Ciguë, d'Emile Augier, et de Haydèe, de Scribe, mais la partition révèle chez M.Stoumon, un musicien expérimenté.- Les Charmeurs , de M. Poize, joués il y a quelques jours pour la première fois, auraient eu plus de succès si l'exécution avait été plus satisfai- sante. — On s'occupe activement de la mise en scène de Gustave III, qui sera monté avec un véritable luxe de décors et de costumes.— Dimanche dernier, 29 janvier, le deuxième concert du Conservatoire royal de mu- sique, sous la direction de M. Fétis, avait attiré une foule compacte. On a exécuté avec le plus grand succès la deuxième symphonie en sol mi- neur de Mozart; le .cinquième concerto de Léonard, joué par M. Leen- ders; une ouverture de concert de M. Fétis ; le troisième concerto pour piano, de Beethoven, joué par M. Kœtlitz, et le finale de Fidelio, de Bee- thoven. — Le concert donné par la Société philharmonique a eu lieu le 28 janvier ; LL. AA. RR. le duc et la duchesse de Brabant honoraient de leur présence cette solennité artistique et ont donné à plusieurs re- prise le signal des applaudissements. Henri Litolff a eu les honneurs de la soirée ; ses nouvelles compositions, le Chant du rouet et les Octaves, ont obtenu un succès immense, ainsi que l'ouverture à grand orchestre, le Chant des Guelfes, du même compositeur. La partie vocale, confiée à M. Audran et à Mme Mohr-Dietsch , n'a rien laissé à désirer. M. Li- tolff n'a pas obtenu moins de succès à la Société de symphonie dont l'orchestre est sous l'habile direction de Léonard. 11 y a fait également entendre aux applaudissements unanimes les Octaves. Léonard s'est aussi fait applaudir dans un de ses concertos pour violon. — A la séance du 12 janvier de la classe des beaux-arts de l'Académie royale de Belgique, M. Fétis a lu un rapport très-remarquable sur un fragment du Salut de Noël, dont le lauréat du concours a fait l'envoi au gouverne- ment, et sur lequel la section permanente du jury a été appelée à se prononcer. **% Liège. — Le concert annuel du Conservatoire a valu un succès mérité à Mlle Douchaad, cantatrice, élève de M. Vercken; à M. Jérôme, bassoniste, élève de M. J. Radoux, et à M. Ferket, violoniste, élève de M. Frère. On a applaudi con furore l'ouverture magistrale du Pardon de Ploërmel et celle des Girondins, de Litolff, toutes deux exécutées d'une façon irréprochable sous l'intelligente et chaleureuse direction de M. Ferry. „*„. Gand. — Le Pardon de Ploerme'. obtient toujours beaucoup de succès et on est à la douzième représentation. j.** Berlin. — Le théâtre Italien, établi dans la salle Victoria, continue à faire de magnifiques recettes. Au concert à la cour du prince-ré- gent on a exécuté, outre la polonaise de Struensée et la Schiller-Marche, par Meyerbeer, des fragments de l'opéra la Reine Christine, du comte de Redern. t*4, Hambourg. — Pour l'anniversaire de la naissance de Mozart, M. Furstenow a organisé un concert où l'on n'a entendu que de la mu- sique de ce grand compositeur. *% Florence. — La Société philharmonique, à son dernier concert, a exécuté d'une façon magistrale l'ouverture du Pardon de Ploërmel. Le succès a été très-grand. *** Constantinople. — L'association allemande Teutonia, qui a été fondée il y a dix ans, par M. Robert Capitain, compte aujourd'hui trois cents membres. La Teutonia avait célébré l'anniversaire de la nais- sance de Schiller par une représentation de Guillaume Tell; le chef-d'œu- vre du célèbre poète allemand a été très-bien interprété par les membres de la Société. „% Saint-Pétersbourg. — Le début de Mlle Balfe a eu lieu dans la Tra- viata ; elle a été applaudie, rappelée, quoique sa voix ait paru fatiguée, et que ses intonations ne fussent pas toujours irréprochables. Elle chan- tera encore une fois cette semaine avant de repartir pour Londres, et l'on dit qu'elle sera engagée pour la saison prochaine. Au fond, c'est Calzolari qui a le plus mérité les honneurs de la représentation. Dans le rôle du père, Giraldoni s'est montré excellent chanteur : il a produit beaucoup d'effet dans l'air du deuxième acte. — Tamberlick va chanter le Prophète pour son bénéfice : Mme Nantier-Didier; dont l'engagement a été renouvelé pour deux années, remplira le rôle de Fidès. — Après Mlle Balfe, Mlle La Grua compte prendre le rôle de la Traviata. — Les décors du Pardon de Ploërmel seront bientôt prêts: tous les artistes sont enchantés de leurs rôles. „,% New-York. — La compagnie italienne d'Ullmann et Strakosch nous a fait ses adieux dans les Huguenots, et est partie pour Philadelphie, où elle doit donner douze représentations. Incessamment, nous aurons un second opéra italien, dont voici le personnel : Mmes Frezzolini, Alber- tini et Martini d'Ormoy ; MM. Beaucardé, Macaferri, Ardavani, Morino, Rocco etWeilich; maîtres de chapelle, Anschûtz et Stoll. 48 1ÏEVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. PSASOS D'ART .Aircrf agtuhs mm nÂigo BLANCHET fils PIAXOS DE COMMERCE DE L'ANÛIE ROLLER ET BLANCHET FBLS A Paris, ru«! d'OautevilIc, il0 «C. Celte maison est connue, depuis de longues années, pour la remarquable supériorité de ses pianos droits. Blanchet fils, ancien élève de l'Ecole polytechnique, a consacré le fruit de ses études scientifiques et de ses constantes recherches au per- fectionnement de son industrie ; et après avoir obtenu, aux diverses expositions d'Angleterre et de France, les plus hautes récompenses, il -a été nommé chevalier de la Légion d'honneur par le jury international de l'Exposition universelle de 1855. Convaincu de la nécessité de mettre à la portée de tous les instruments fabriqués avec conscience et pouvant satisfaire aux qualités artisti- ques aussi bien qu'aux principes de solidité garantis par une longue réputation, Blanchet fils vient de créer un nouveau modèle de piano dit format de commerce, qui, tout en possédant les qualités d'une facture de premier ordre, a l'avantage d'être accessible à toutes les fortunes. Les instruments de ce format sont à cordes verticales, obliques ou demi-obliques. Désormais cette importante manufacture réunira donc les deux branches, également essentielles, d'une fabrication à la fois artistique et commerciale. MUSIQUE ®E PIAN© NOUVELLE Publiée par G. BHANDUS et S. DUFOUK, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au l«r. ÏÏH %*TT©IMT Rosée «le Mai. chant sans paroles 9 Chanson «Un Roucl, Fantaisie 9 B.es* Octaves, morceaux de concert 9 E. WOLFF Op. 234. Matkilde, valse caprice ... 7 50 Op. 235. Ida, valse caprice 7 50 Grand duo à quatre mains sur Stradella (sous presse) 10 » Op. 41. Lia Danse «les F«?es (2e édition) 9 Op. 53. Adieu printemps, étude caprice 9 Op. 54. Citant «In ruisseau, caprice 9 Les Echos des opéras, fantaisies faciles : Fra Diavolo. h. Domino noir. 2. Guillaume Tell. 5. Diamants de la couronne. 3. Comte Ory. 6. Muette de Portici. Sera continué. — Prix de chaque : 6 fr. BIiUMENTHAL Op. 51 N°1. Le Chant du cygne, mélodie 5 » 2. Une Fleur des Alpes, id. . 7 50 Op. 52. L'Etoile du soir, 3e valse. ... 6 » Op. 53. Marche du vainqueur 7 50 ASCUEU. Illustration du Pardon de Ploermel 9 — Op. 84. Illustration de Robert le Diable 9 BADAKXEWSKA. Prière d'une vierge 5 BKBYtitn (Paul). Op. 52. Transcription du Pardon de Ploermel. 6 — Op. 55. La Charité, chœur de Rossini, transcription ... 6 «OKI* (A.). Fantaisie dramatique sur le Pardon de Ploermel. 1 — Fantaisie de salon sur les Dragons de Villars 9 HESS. Op. 54. Rêverie sur le Pardon de Ploermel 5 UUfVTEN (F.). Fantaisies sur stradella et Maria, de Flotow, ch. 5 KAIiKltBEXXEB (A.). Mosaïque sur le Pardon de Ploermel 7 50 KETTEKESS. Op. 79. Fantaisie brillante sur Diane de Solange . 7 50 KBUGEB. Op. 88. Berceuse transcrite du Pardon de Ploermel. 7 50 ILE CABPEXTIEK. Bagatelle sur le Pardon de Ploermel, ch. 5 » — 1 87e bagatelle sur Marta 5 » — 188e bagatelle sur les Dragons de Villars 5 » MAfcXUS. Op. 60. Grand caprice sur les Huguenots 9 » PEBSIY. Op. 21. Souvenirs du Prophète, caprice 5 » FOACE DE eéox. Mélodie irlandaise de Marta, transcription k » VIXCENT. Orphée, de Gluck, deux transcriptions 6 » A Paris, rue Vivienne, gdc rotonde Colbert, escalier E, chez j&. VIALQN; éditeur de la Musique pour tous et des Gloires du Piano. L'ORPHÉON FRANÇAIS > Publications in - octavo de nouvelles «EBJVE5ES CHORALES, dans tous les styles et pour toutes les voix, par Éjr-i DE RIL.L.E L'ORPHÉON J" SÉRIE. RELIGIEUX (Divisées en quatre séries.) Catholique : Nouvelles Messes, Motets et Prières faciles, avec ou sans ace. p. toutes les voix, à l'usage des Orphéons, des Séminaires et maisons d'éducation : lrc Messe brève, FACILE, à 2 voix égales, sans accomp. (Orgue ad libitum). Les 2 voix réun. : 00 c. net.— Chaque séparém., 15 c. net.— L'Orgue seul : 60 c. net. lrc Messe CUOKAEE, a 3 voix (sopranes, ténors et basses), avec ace. d'Orgue. Les 3 voix et l'Orgue en partition : 3 fr. net.— Chaque voix séparém.: 30 c. net. 1" Messe MELODIQUE, a (j voix d'hommes, sans accomp. (ou en chœur a l'unisson, avec Orgue). Les ti voix réunies : 1 f. net.— Chaque voix sépar., 30 c. net.— L'Orgue seul: 1 f. net. 1" Messe des OltPIIÉOXK FRANÇAIS, à h voix d'hommes, sans accomp. Les li voix en partition, -chaque partie séparée,— l'orgue seul (prochainement). 0 MOTETS : Ave Maria, — Ave, maris Stella, - Sub tuum, —Ave Rcgina,— Regina cœli, — Salve, Regina, — a U voix d'hommes, sans ace, chaque 20 c. — Les mêmes a 1, 2 ou 3 voix, avec Orgue, 50 c. net chacun. 3 MOTETS: Ave verum, O salu/aris, Ecce partis, même prix que les précédents. Nouvelles Prières, Hymnes et CANXIQXJBS, pour voix égales, sans accomp.: Notre Père, à 3 voix. — Reine des Anges, à 3 voix. — Deux cantiques (P. Brydaine) a 2 ou à /i voix ; — chaque : 20 c. net. SERIE. L'ORPHÉON de h H W E M I R (ENFANTS) Chœurs sans accomp. pour Concours, a 3 et à h voix d'enfants. N° 1 . LES PUPILLES DE L'ORPHÉON, partition et parties sép. (prochainement) . L'ORPHÉON NATIONAL (HOMMES) Chœurs sans accomp. a quntre voix d'hommes, composés pour les concours. 1° L'AVANT-GARDE DES ORPHÉONS, marche (prochainement). 2° MALBOROUGH chœur gai (prochainement)'. 3" LES PORTEURS D'EAU, solo et chœur (en vente) partition, net: 75 c. Chaque partie séparée, prix net : 15 c. 4e SÉRIE. L'ORPHÉON UnBVEfidEL (Voix diverses) Chœurs pour voix de femmes et d'hommes, sans ace, pour festivals. N° 1. LES ENFANTS D'ORPHÉE, partition et parties séparées (prochainement) DE IVAPOLEO* CUAIX ET C", RUE UERGÈRE, 20. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. M 7. ON S'ABONNE : Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aux Bureaux des Messageries et des Postes. REVUE 12 Février 1860. PRIS DE L'ABONNEMENT s Paris 24 Ir. par an Départements, Belgique et Suisse... 31 - Le Journal paraît le Dimanche. a. GAZETTE EHOSBCâLE mm wm^wlëi — ■sw\j\f\f\j\fypj\nr* — Nos abonnés reçoivent, avec le numéro <(e ce jour, les titres et la table analytique «les matières poaar l'affi- née 9859. SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra - Comique : le Roman d'Elvire, opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Alexandre Dumas et de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas, par D. A. H». Saint-Yïes. — Théâtre impérial Italien : P.oger et Mlle Marie Battu dans Lucia di Lammermoor. — — Théâtre des Bouffes-Parisiens : Le Carnaval des Revues (précédé du Souper du Mardi gras, prologue), en deux actes et neuf tableaux, par MM. Grange et Gilles, musique d'Offenbach. — Auditions musicales, par Adolphe ISotte. — Correspondance : Saint-Pétersbourg. — Nouvelles et annonces. THÉÂTRE IMPÉRIAL BE L'OPÉRi-COIIOÏÏE. liE KOJSflAST BVEI/VIRE, Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Alexandre Dumas et de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas. (Première représentation le h février 1860.) Hàtons-nous de le dire, car c'est chose toujours assez rare, le nouvel opéra a réussi autant par les paroles que par la musi- que. Le Roman d'Elvire est une pièce ingénieuse, où la fantaisie côtoie la réalité, sans que l'une fasse tort à l'autre, et sans que l'inté- rêt soit trop choqué par le défaut de vraisemblance. Quoiqu'il vienne après la Vieille de M. Scribe, sa donnée n'en est pas moins originale, et s'en écarte d'ailleurs complètement par les détails. Nous avons bien quelque vague souvenir d'une pièce en trois actes, que nous avons vu jouer aux Variétés, il y a une quinzaine d'années, par Lafont et Mlle Déjazetj sous le titre d' Un conte de fées, et qui ressemble, comme une sœur jumelle, à celle de MM. Alexandre Dumas et de Leuven. Mais, qu'importe ? N'est -elle pas à peu près oubliée aujourd'hui, et cette absence de notoriété ne |prouve-t-elle pas qu'en fait d'ouvrages dramatiques, tous les genres ne peuvent pas être impunément confon- dus, et que tel sujet, passé inaperçu sous la forme de la comédie ou du vaudeville, a parfois toutes les conditions nécessaires pour devenir un très-bon opéra-comique ? Nous sommes à Gênes.... Ah! pardon! nous allions vous raconter le vaudeville des Variétés, qui, du reste, était des mêmes auteurs, en y ajoutant Brunswick, un mort de l'année dernière, et qui, par consé- quent, n'est plus là pour réclamer son droit de paternité. Les deux survivants ont jugé à propos de nous transporter à Palerme, et, pour notre part, nous n'y voyons aucun inconvénient. Donc, le seigneur Gennaro est un des plus francs mauvais sujets de Palerme, un joueur, un libertin, un mangeur d'héritages; il a déjà dévoré deux oncles et trois tantes , et quoiqu'il n'ait plus aucun grand parent à se mettre sous la dent , il a formé l'audacieux projet d'accaparer les bonnes grâces de la signora Sirena , la plus belle et la plus avide des cour- tisanes de toute la Sicile. Pour atteindre ce but, il compte sur le secours de la bohémienne Lilla, avec laquelle il travaille au grand œuvre. Par nature Gennaro est superstitieux et croit sincèrement au pouvoir de la magie et aux miracles de l'alchimie. En effet, Lilla lui remet un diamant de la valeur de dix mille ducats qu'elle a ob- tenu avec un charbon et dont la moitié qui lui appartient est repré- sentée par une reconnaissance de cinq mille ducats que lui signe Gennaro. Ceci se passe chez la vieille marquise de Villa-Bianca , qui vient d'être enrichie de plusieurs millions par le gain d'un procès. Or, Gennaro so hâte de perdre au jeu, dans les salons de la douai- rière, les ducats contre lesquels il a échangé son diamant, et pour surcroît d'infortune, il est bloqué dans le palais de la marquise par ses innombrables créanciers ; force lui est donc de demander asile pour la nuit à la bonne dame qui lui répond par la lecture d'un roman de chevalerie dont la situation est analogue à la sienne. — Je ne puis re- cevoir la nuit, dans mon château, que mon époux, dit Elvire au pala- din, qui lui adresse la même requête que Gennaro à la marquise. Sur les conseils de Lilla, Gennaro accepte la condition imposée au paladin, et le voilà devenu le seigneur suzerain des charmes et des millions de la douairière de Villa-Bianca. A vrai dire, ce n'est guère que cette dernière considération qui l'a décidé, parce que les richesses de sa femme lui permettront de prendre pour maîtresse la signora Sirena, et de gagner le pari engagé à ce sujet avec ses amis. Mais lorsque, après avoir payé ses créanciers, il veut s'élancer à la con- quête de la Sirena, il s'aperçoit qu'il est prisonnier dans le palais de la marquise, qui reste sourde à toutes ses récriminations. Que faire pour sortir de ce mauvais pas ? La bohémienne Lilla, touchée de son désespoir, lui propose d'endormir la marquise à l'aide d'un narcotique de sa façon, et de lui dérober, pendant son sommeil, les clefs du palais. L'offre est acceptée, mais dans sa précipitation, Lilla de trompe de fiole, et, au lieu du narcotique, elle verse à la douairière un breuvage magique qui lui enlève d'un seul trait plus de quarante années. Tout d'abord, Gennaro se réjouit de la méprise qui lui donne une 50 REVUE ET GAZETTE MUSICALE femme îeune et belle, à laquelle il sacrifie sans peine ses projets sur la Sirena. Seulement il ne tarde pas àgreconnaitre qrc la marquise, en retrouvant la jeunesse, a perdu la mémoire, et que ses droits sur elle sont réduits à néant. L'amour qu'elle lui inspire est mis à de rudes épreuves, et lorsqu'enfm sa jalousie est prête à déborder, un podes- tat, courtisan éconduit de la vieille marquise, vient demander compte à Gennaro de la disparition de sa femme. Certains indices font sup- poser qu'il s'est débarrassé d'elle par un crime. On l'arrête et l'on instruit aussitôt son procès. Un seul moyen de justification est possible à Gennaro, c'est de re- présenter la vieille marquise avec ses soixante ans, et pour cela, il faut que la jeune femme consente à recourir aux philtres de Lilla. Elle se laisse attendrir, mais au moment fatal, c'est Gennaro lui-même qui ne peut se résoudre à lui^rendre de gaieté de cœur ses rides et ses cheveux blancs. Cette preuve d'amour sincère décide la marquise, elle boit le philtre de Lilla, mais sous le voile qui couvre ses attraits décrépits, Gennaro retrouve avec bonheur les charmes qui l'ont en- sorcelé, et qui en réalité, n'ont jamais eu besoin d'une métamor- phose. L'énigmejest bien facile à expliquer ; dans ses jours de prospériLé, Gennaro a refusé de faire honneurgà une|promesse d'alliance qu'il avait contractée envers une belle et noble jeune fille. Celle-ci a juré de se venger, et nous avons vu comment, avec l'assistance de Lilla, elle s'y prend pour arriver à ses fins. Il est vrai qu'à ce compte, Gen- naro n'est pas trop à plaindre et qu'il a joué finalement à qui perd gagne. Nous n'avons pas besoin de faire ressortir tout ce que cette donnée, dont les auteurs ont tiré un habile parti, offre de situations éminem- ment favorables à la musique. C'est là son principal mérite, et nous ne sommes pas surpris que M. Ambroise Thomas y ait puisé des ins- pirations dignes du compositeur à qui nous devons le Caïd et le Songe d'une nuit d'été. Nous ne saurions, de prime abord, assigner exacte- ment la place que le Roman d'Elvire occupera à côté de ces deux œuvres d'élite qui sont inscrites par la faveur constante du public au nombre des meilleures du répertoire. Il est permis d'hésiter sur le destin d'une partition que le temps n'a pas encore consacrée. Mais ce que nous pouvons affirmer dès aujourd'hui, sans craindre d'être contredit, c'est que le deuxième acte de cet opéra est un des plus charmants et des plus complets_qui aient été signés du nom de W. Ambroise Thomas. Avant d'en signaler les parties saillantes, ainsi que celles des deux autres actes, nous remarquerons, à la louange du compositeur, qu'il s'est abstenu avec soin de ces développements exa- gérés, dont on fait parfois abus à l'Opéra-Comique. Il n'y a pas à s'y tromper, le Roman d'Elvire a été écrit pour la salle Favart, et non pour la rue Le Peletier. L'ouverture est une œuvre fort remarquable; le motif de l'introduction, répété par les instruments à vent, notamment par la flûte et la clari- nette, est gracieux et distingué. Le chœur chanté sans accompagne- ment par le cortège de la Sirena, qui passe au fond de la scène, quoique un peu écourté, est d'un bon effet. Un morceau tracé de main de maître, c'est le duo de la sorcellerie entre la marquise et. la bohé- mienne Lilla ; il est à la fois très-brillant et très-bien dessiné. Men- tionnons, sans trop nous y arrêter, les couplets de Gennaro : J'aime Cor, d'une énergie concise, et ceux du podestat : C'est un grec, railleurs et spirituels. Nous saluerons aussi en passant l'entrée des invités de la marquise et les couplets d'Ascanio avec refrain et chœur. Le duo de Gennaro et de la marquise, dans lequel intervient la lecture du roman de chevalerie, est parfaitement traité ; rien de plus simple et en même temps de plus suave que la mélodie qui accompagne cette lecture ; c'est un des plus jolis passages de la partition. Nous n'aimons pas autant les couplets de Lilla qui servent de début au finale, où la danse se mêle aux chants joyeux des invités de la marquise. Le deuxième acte commence par un chœur d'amis et de créanciers de Gennaro, et par de délicieux couplets que i'on a fait répéter à Montaubry. Le grand air qu'il chante ensuite a également provoqué des applaudissements nombreux et mérités. Mais, nous l'avons dit, à part le petit duo : Endormons et fermons tous les yeux, qui, si gentil qu'il soit, ne saurait soutenir une comparaison quelconque avec son en- tourage, la même formule laudative doit être appliquée à tous les mor- ceaux de cet acte, parmi lesquels nous citerons en première ligne l'air de la marquise rajeunie : Est-ce un mensonge ? Le cantabile de cet air emprunte un grand charme aux sons de la harpe et n'en fait que mieux ressortir l'élégante légende des stances de l'hirondelle et de l'abeille. Le duo qui suit, entre Gennaro et la marquise, est éminem- ment scénique, surtout dans sa première partie. Quant au trio des rires, nous louerons sans restriction son entrain et sa verve. C'est une trôs-bonne|préface pour le finale, que la situation a permis au compo- siteur de développer avec bien plus d'ampleur que celui de l'acte précédent. La science et l'inspiration s'y prêtent un mutuel secours et y sont prodiguées à doses égales. M. Ambroise Thomas a rarement écrit quelque chose de plus élevé et de plus complet. Moins riche que le 2e acte, le 3e n'est cependant pas dépourvu d'at- trait. Le chœur des sbires qu'on entend au lever du rideau a comme un reflet du fameux chœur des chasseurs du Songe d'une nuit d'été. Les couplets d'Ascanio : Puisque des biens de cette terre, sont fort agréables. L'air de la marquise, qui débute sur une mesure de boléro et qui se termine par une tarentelle vocalisée, est un morceau de bra- voure des mieux réussis. Il y a là encore un trio de situation on ne peut plus recommandante. Mais la perle de cet acte, c'est la romance de Gennaro : Ah! ce serait un crime. Tout en faisant la part de la per- fection avec laquelle Montaubry l'a chantée, il nous semble que M . Ambroise Thomas n'est pas resté étranger à l'enthousiasme qui a valu un rappel unanime au second couplet de cette romance. Le nouvel opéra n'aurait pas d'autres titres au succès, qu'il fau- drait l'aller applaudir pour sa brillante interprétation. Montaubry n'a encore créé qu'un rôle pour sas débuts, celui de Dalayra; dans les Trois Nicolas, et il ne mérite pas moins d'éloges dans celui du chevalier Gennaro. Ses qualités ont grandi et ses défauts ont disparu. Les plus chaleureux bravos ont donné acte à Montaubry de la satisfaction du public qui a bissé deux de ses morceaux. Mlle Monrose, dont les premiers pas sur la scène de l'Opéra-Comi- que ont produit une sensation incontestable, nous a paru aussi bien mieux placée dans le rôle de la marquise que dans celui de la reine, du Songed'une nuit d'été. Sous le rapport du jeu, cela s'explique aisé- ment, car rien n'est plus favorable au taie nt d'une comédienne jeune et belle que cette alternative de rides et de fraîcheur, que cette tran- sition de l'hiver au>printemps. Comme cantatrice, Mlle Monrose a fait également de nouveaux progrès; sa voix est plus sûre, son style plus large et plus correct; chaque note décèle en quelque sorte les con- seils qui l'ont formée et qui triomphent en ce moment sur nos quatre scènes lyriques. Crosti, Prilleux et Mlle Lemercier ne laissent que bien peu de chose à désirer dans les rôles d'Ascanio, du podeslat et de la bohémienne Lilla. La mise en scène est splendide et soignée dans ses moindres dé- tails; les costumes, du temps de Louis XIII, sont fort riches, et les décorations ont de l'éclat. Enfin, pour ne pas être injuste, gardons- nous d'oublier l'orchestre qui fonctionne à merveille sous l'archet de M. Tilmant. D. A. D. SAINT-YVES. DE PARIS. 51 THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN. Roger et Aille Marie nattai dans Sjttcia «Js Kianinteii'tttoor. Qui l'eût dit, il n'y a guère plus de six mois, alors qu'une fatale nouvelle se répandait parmi nous, et que Roger semblait à jamais perdu pour la scène ? Comment supposer qu'il nous reviendrait si vite après une terrible catastrophe, et qu'en le revoyant on s'en apercevrait si peu! Nous le pressentions pourtant, et nous l'avons déclaré ici même . Dès le collège, nous avions lu l'épître de Delille à M. Lau- rent, l'ingénieux auteur d'un bras artificiel construit pour un soldat invalide : O prodige ! Ton bras reparaît sous sa main : Ses nerfs sont remplacés par des fibres d'airain ; De ses muscles nouveaux essayant la souplese, 11 s'étend, il se plie; il s'élève et s'abaisse. Et voilà justement le prodige une fois de plus opéré pour un grand artiste ! Désormais il faut que les spectateurs ne s'en préoccupent pas plus que Roger lui-même. Nous n'avons pas besoin de dire avec quels bravos, quelle chaleur sympathique il a été reçu par le public delà salle Ventadour ! Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'avant son acci- dent, il songeait à cette émigration de la scène française à la scène italienne, et que le cours des événements n'a été dérangé en aucune sorte. Tout le monde savait comment il joue et chante le rôle d'Edgard : on l'y avait vu et entendu assez souvent dans une autre enceinte, il n'y avait de changé que l'idiome, mais pour lui c'est la moindre des choses, il ne serait pas plus embarrassé de nous répéter le même rôle en allemand et en anglais. Donc, nous nous bornerons à dire que Roger s'est montré égal à lui-même, supérieur même peut- être dans l'expression vigoureuse et désespérée de son indignation, de sa rage au finale du second acte. Il a été applaudi à outrance, rap- pelé plusieurs fois, et cela doit lui compter dans un théâtre où ap- plaudisseurs et rappeleurs ne sont pas à l'état de troupes régulières et soldées. Maintenant dans quel rôle va-t-il se produire ? Il n'a sans doute que l'embarras du choix, lui qui s'est familiarisé dès longtemps avec tout le grand répertoire. Nous regretterons de ne pas le voir dans Don Juan, qui serait trop long à monter, et nous le regretterons d'autant plus que Roger, qui sait si bien pleurer, sait encore mieux sourire, et que sa physionomie y gagne beaucoup. S'il veut que nous lui indi- quions un rôle, qui sous ce rapport lui conviendrait à merveille, nous désignerons celui de Lyonel, dans Marta, et nous ne doutons pas qu'il n'y fût charmant, gracieux, plus que personne. Le second début de Mlle Marie Battu n'a pas été moins heureux que le premier : elle a soutenu et complété dans Lucià l'opinion que l'on s'était formée de son talent dans la Sonnambula. Cependant, elle avait tout à faire pour se mettre en état de chanter un rôle dont jamais elle ne s'était occupée auparavant. Un très-petit nombre de jours lui avait été accordés pour ses études. ;^les répétitions avaient été rares, et la jeune artiste n'avait pu s'aguerrir comme elle l'aurait voulu. Toute- fois, comme cantatrice, elle n'a rien laissé à désirer en élégance, en délicatesse ; comme actrice, elle s'est animée par degrés : la passion lui est venue et lui viendra encore avec la force et la confiance. Il n'y a qu'un sentiment sur Graziani et sur la façon violente dont il a rendu le rôle d'Asthon. Trop de zèle, trop de voix, trop de gestes menaçants, jusque dans le finale où chaque personnage, se parlant à lui-même, doit rester parfaitement immobile et presque sensa bat- tere il ciijlio. C'est dans le rôle de Rigolelto que Graziani nous semble avoir inauguré ce système de turbulence vocale et mimique auquel tous ses amis lui conseilleront de renoncer. P. S. THEATRE DES BOUFFES-PARISIENS. SiE CABNAVAI/ MES "REVUES, Précédé du Souper «lu Ifïardi gras, prologue , En deux actes et neuf tableaux, par MM. Grange et Gilles, musique ^'Offenbach, (Première représentation le 10 février 1860.) Le Carnaval des Revues arrive à propos pour se mêler à la folle gaieté des jours gras qui s'avancent, et prolonger encore les éclats de leur bon rire pendant le carême qui leur succédera trop tôt. Pourquoi donc le théâtre des Bouffes-Parisiens n'aurait-il pas aussi sa revue puisque tous ses confrères, grands et petits, se la permettent et ne s'en trouvent pas mal ? On dira que c'est un peu tard : pourquoi en - core ? Mieux vaut tard que jamais, si la revue est amusante, car c'est là le grand point. Amusez, amusez et tout le reste est peu de chose. Or, il n'est pas douteux que le Carnaval des Revues n'ait souvent et fortement diverti la brillante assemblée qui remplissait avant hier la salle Choiseul. On taillera, on rognera dans cette étoffe trop longue et trop large de plaisanteries dont les moins bonnes nuisent aux meilleures; il en restera toujours assez pour que l'hilarité circule et que les recettes se multiplient. Le cadre choisi par les auteurs du Carnaval des Revues n'est ni plus ni moins ingénieux que celui de beaucoup d'autres œuvres du même genre. Le Mardi gras commence par vouloir souper avec plu- sieurs belles dames, en qui se personnifient les Revues à la mode, celles des Variétés, du Palais-Royal, des Délassements, des Folies, du théâtre Déjazet. Et puis le joyeux amphytrion se met à voyager de par le monde, en passant par le boulevard, le bois de Boulogne, la Chine et mille autres lieux. Dans la seconde période de son voyage, se produisent les imitations et parodies dramatiques, parmi lesquelles il y en a d'excellentes : celle de la Tireuse de cartes est de ce nom- bre ; celle du Marchand de coco ne lui cède guère -, mais pour nous autres, hommes d'art, ce qu'il y a d'admirable, d'incomparable, c'est la scène du musicien faisant exécuter ses chefs-d'œuvre sym- phoniques par l'orchestre, et chantant avec le plus grotesque accom- pagnement de voix ce qu'il appelle la Tyrolienne de l'avenir. Cette scène a été droit aux nues, aile stelle ! on la redemandait de tous les côtés et il a fallu en redire une partie. Par exemple, on fera bien d'abréger beaucoup la scène des compositeurs morts, qui se font jouer au préjudice des vivants, et de supprimer celle du diapason, dont l'intention échappe. Le Carnaval des Revues n'a presque pas de musique nouvelle : c'est une revue, un panorama, un répertoire des meilleurs morceaux composés par Offenbach depuis qu'il a créé son théâtre. Est bien père qui nourrit, dit le proverbe, et quel autre qu'Offenbach aurait pu nourrir son enfant de cette innombrable quantité de mélodies pleines d'originalité, de fraîcheur, de verve spirituelle ? La danse joue aussi un rôle important dans le Carnaval. Dé- siré, Mlle Tautin se distinguent dans le ballet final qui n'aura pas moins de succès que les décors, les costumes et surtout que la musique de l'avenir. Et qui ose affirmer que cette musique n'est pas faite pour nous et ne saurait nous plaire? Allez au théâtre des Bouffes-Parisiens et voyez s'il y a moyen de réussir davantage. Après avoir parlé de la pièce nouvelle, comment payer nos dettes et liquider notre arriéré envers plusieurs pièces plus anciennes dont nous avons laissé grossir la pyramide. Que MM. les auteurs et compo- siteurs qui ont collaboré au Nouveau Pourceaugnac, à Croquignole XXXVI, à M. de Bonne-Étoile, veuillent bien nous excuser. Quand le soleil a paru, s'occupe-t-on encore des étoiles, même des bonnes, et le Carnaval des Revues est à cette heure le plein soleil de s Bouffes-Parisiens. P. S. 52 REVUE ET GAZETTE MUSICALE AUDITIONS MUSICALES. Iiéon Daflls. — «Jean Becker. — Ph. de Cnvillon et teor;cs Pfeiffer. — Mlles Van der Beek. — Georges de Slomigny. Un pianiste dont le corn était déjà connu, M. Léon Dufîls, a fait cette semaine son début devant le public parisien. Très-ému, d'abord, il n'a pu montrer l'énergie, la chaleur, l'élan, dont plus tard il a fait preuve. Dans l'exécution de la Prairie, d'Emile Prudent, son maître, l'orchestre !e dominait. Solitude et Barcarolle, composé js par le jeune pianiste, ont été plus finement jouées ; elles ont montré qu'il possé- dait entièrement un remarquable mécanisme et un bon style, quoi- qu'un peu froid encore. Le crescendo du mieux devait aller jusqu'à la fin toujours croissant : rassuré par l'accueil très-chaleureux qui lui a été fait, il s'est entièrement révélé en exécutant encore deux ouvrages de Prudent, entre autres, Folie, une des plus délicieuses études qu'ait écrites l'auteur. M. Dufils a fait entendre le Réveil des Bacchantes, de sa composition. Il l'a dit avec verve, netteté et franchise. Ce morceau a été bissé. Cette fois encore, ce n'était pas le meilleur qui était redemandé. Pourtant, il est loin d'être sans mérite, et il témoigne des bonnes études faites par l'auteur, dont l'instrumentation est claire et brillante. L'ima- gination et le savoir qui s'y font remarquer promettent, bien plus que Solitude et Barcarolle, un compositeur plein d'avenir. Lucchesi a délicieusement chanté la romance de Martha, et Mme Ugalde, qui était en voix, a fait admirer les beautés hardies de sa vocalisation. — Becker est jeune et son talent a de la jeunesse ; deux choses dont l'une n'implique pas toujours l'autre. Son exécution correcte, irrépro- chable, à laquelle l'imagination, la fantaisie donnent un éclat, une passion et une couleur tout italienne, n'était pas oubliée des dilet- tantes. Ce qui caractérise, à notre avis, l'individualité de ce violoniste, c'est l'alliance heureuse des solides et précieuses qualités de style et de mécanisme de l'école allemande, avec celles de l'école représentée par Paganini. Aussi est-ce peut être dans la musique si difficile, si ca- pricieuse, si bizarre de ce maître, que Becker déploie le mieux les souplesses, les élégances et les fougues de son archet. La grande fan- taisie, Nel cor piu non mi sento, vraiment hérissée de périls, et qui demande tant de qualités diverses, tant de justesse et d'expression pour paraître ce que l'auteur l'a faite, c'est-à-dire belle et profusé- ment ornée, a été pour le virtuose l'occasion d'un grand et unanime succès. Ce morceau n'est pas le seul qui ait fait éclater des transports d'enthousiasme. Sans parler des œuvres de Beethoven, exécutées par Becker avec la pureté et la sobriété que la musique d'ensemble exige, deux courtes et gracieuses compositions de lui, l'une allegretto, simple, fraîche, naïve, bien modulée, bien traitée, l'autre, la Veille des noces, plus rêveuse, plus attendrie, d'un accent plus pénétrant, ont causé aussi un vif plaisir. L'auteur les a dites d'une façon ravissante, sans les cahotements de mouvements qu'on peut quelquefois lui repro- cher, ainsi qu'à la plupart des grands solistes. Privées même d'une telle interprétation, ces deux petites pages sont conçues, ce nous sem- ble, de manière à plaire infiniment aux violonistes, et à être partout sympathiquement accueillies. Mlle A. Zadrobilek, jeune pianiste, élève de Liszt et de Dreys- chock, possède un très-aimable talent ; elle s'est fait plusieurs fois applaudir en jouant deux morceaux des célèbres artistes qui furent ses maîtres. Dans la partie vocale, la moisson de bravos a été féconde aussi. Mme Falconi a chanté des variations sur un thème original, dues à la plume doublement connue de M. Gustave Héquet. La mélodie de ce joli morceau est d'une suavité et d'une largeur remarquables; les broderies, faites avec beaucoup d'art sur le tissu harmonique, attes- tent que si l'auteur connaît admirablement tout ce que la voix pos- sède de brillant et de varié, il sait encore écrire pour elle des diffi- cultés d'un goût exquis. Ces variations ont à la fois charmé l'audi- toire et fait briller l'habileté de la cantatrice. — MM. de Cuvillon et Georges Pfeiffer donnaient mardi, dans les salons Pleyel-Wolff, leur première soirée musicale. M. de Cuvillon joue aussi bien la musique de chambre que le solo, ce qui est rare. Après avoir dit magistralement sa partie dans diverses œuvres de Mendelssohn et de Beethoven, après avoir, en compagnie de Casimir Ney, Jacobi et Muller, phrasé avec une pureté de son et un senti- ment qui ont été très-remarques, le quatuor en la de Mozart, il a exécuté un conte de Vieuxtemps aux applaudissements de toute la salle ; il y a fait apprécier enlre autres un trille d'une égalité et d'une finesse exquises. Le succès de G. Pfeiffer a été grand aussi dans la musique classique. Comme soliste, il sait tirer du piano mieux que des difficultés : de beaux sons, des accents simples et expressifs, ve- nant de l'intelligence plus encore que des doigts. Nous ne pourrions du reste rien ajouter qui valût ce fait : il a été obligé de redire un charmant morceau de Mendelssohn. On a voulu entendre une seconde fois cette jolie inspiration et cette exécution claire, légère et distin- guée. Une élève de Laget, Mlle Baretti, a chanté une romance de Guil- laume Tell. La pureté, la douceur de son organe ont d'abord charmé le public. Enfin, disait-on de toutes parts, voilà une chanteuse qui ne force pas sa voix et qui n'en produit pas moins d'effet. Elle prouve une fois de plus que l'expression, le charme ne résident, comme on le croit souvent, ni dans l'effort, ni dans le cri ; et on lui prodiguait les bravos. Malheureusement, ainsi encouragée, la jeune cantatrice, dans l'air de Norma, a voulu faire mieux. Cette fois encore le mieux a été l'ennemi du bien. Mlle Baretti s'est jetée dans des fioritures ambitieuses, dont il est permis de contester le bon goût; elle a perdu tout d'un coup le naturel, la grâce qui venaient de causer une véritable sensation de surprise et de plaisir. — 11 est des familles heureuses et privilégiées ; mais il en est peu qui offrent un quatuor féminin aussi charmant que celui que nous avons vu et entendu samedi à la salle Beethoven. Par leur jeunesse et leur mérite artistique, Mlles Van der Beek ont tour à tour charmé l'assemblée très-distinguée qu'elles avaient réunie. A elles seules, car le violoncelle de Norblin et le violon de Briard se sont fait entendre un moment pour ne plus reparaître, elles ont suffi à rendre leur soirée une des plus intéressantes auxquelles nous ayons assisté. Mlle Céles- tine joue du piano ; Mlle Stéphanie, de la harpe. Il faut à cet instru- ment un auxiliaire qui lui donne du corps et de la puissance ; alors il devient délicieux. Samedi, dans un duo de Herz et de Labarre, l'éclat, les sons plus soutenus et plus mâles du piano se mêlant aux notes fines, aériennes, vaporeuses de la harpe, formaient un ensemble que de chaleureux applaudissements ont accueilli. Nous ne savons pourquoi cette forme, si riche autrefois, est de nos jours à peu près abandonnée. Disons vite que Mlle Virginie a fait en- tendre, dans le magnifique duo du Prophète, une voix de contralto, non sans valeur assurément, mais qui a besoin encore d'être assou- plie et affermie pour donner tout cequ'elle possède de force, de puis- sance, et arrivons à Mlle Sidonie. Elle a eu les honneurs de la partie vocale ; elle a fait naître une émotion que de plus habiles ne donnent pas toujours. Est-ce donc déjà une grande cantatrice ? Mon Dieu non, pas encore ; mais elle a tout ce qu'il faut pour le devenir bientôt : une voix de mezz-o-soprano, dont le timbre doux, virginal et sympa- thique va droit au cœur ; un accent juste et souvent vrai ; un charme, en un mot, un je ne sais quoi qui se sent et ne s'analyse pas. En lui entendant chanter un air de Robert et une romance des Vêpres avec tant d'expression, de simplicité, on se disait, malgré soi, que si l'art est une belle et admirable chose, il ne supplée pas à tout ; qu'il n'est pas un métier dont on apprend tous les secrets, et que, pour s'y distin- DE PARIS. 53 guer, il faut encore que la nature veuille bien vous en révéler quelques- uns qu'elle a gardés pour elle. — Au concert donné la semaine dernière par M. G. de Momigny, des mélodies vocales de sa composition ont été dites avec talent par Guyot et Legros. Ce sont des chants faciles et aimables ; ils n'ont rien de bien saillant, de bien original , mais quelques-uns ont un certain mé- rite de facture qui n'est point à dédaigner et ne manquent ni de verve, ni de couleur. Dans la parlie instrumentale on a applaudi, et il le mé- ritait, un solo de harpe composé et exécuté par Gillette. Le piano, qui a détrôné cet instrument, ne cesse néanmoins de le poursuivre, comme s'il craignait une restauration, et n'a pas voulu lui laisser tout le succès ; il a lutté , et , grâce à l'exécution claire , énergique et gra- cieuse de Mlle Clémence Laval, nous ne voudrions pas jurer que cette fois encore il n'ait été vainqueur. La mélodie trouvée par Gounod sur le prélude de Bach a un carac- tère éminemment religieux ; on avait eu l'heureuse idée d'y adapter la prière de Y Ave Maria: elle a été bissée par acclamation ; Mlle Marie Box l'a chantée avec un bon sentiment musical. Adolphe BOTTE. CORRESPONDANCE. Saint-Pétersbourg, 23 janvier. Samedi dernier a eu lieu une magnifique représentation du Prophète. Tamberlick avait choisi le chef-d'œuvre de Meyerbeer pour son béné- fice, et huit jours d'avance il n'y avait plus une place à louer dans la salle. Mme Kantier-Didiée devait chanter pour la première fois le rôle de Fidès, et quoique se trouvant dans une situation qu'on est convenu d'appeler intéressante, elle n'a point hésité à aborder cette tâche difficile, remplie avant elle par Mme Viardot et par Mme Tedesco. La tentative lui a plei- nement réussi. Elle a fort bien dit l'air du deuxième acte ; Mon fils sois béni ; elle s'est montrée très-dramatique dans tout le quatrième acte, et au cinquième les vocalises de son grand air : Comme un éclair, attaqué avec beaucoup de hardiesse et d'habileté, et le duo avec Jean de Leyde ont complété son succès ; applaudie avec enthousiasme elle a été rap- pelée je ne saurais vous dire combien de fois. Tamberlick n'en était pas à son début dans le rôle de Jean de Leyde; il y avait laissé des souvenirs qui se sont ravivés immédiatement après l'air du Songe dit avec un charme inexprimable ; mais le cantique sublime : Roi au ciel et des anges, chanté avec la puissance que possède cet artiste,, lui a valu une véritable ovation qui s'est traduite en bravos frénétiques, accompagnés de bouquets et de couronnes. — Tamberlick a été aussi très-beau dans la scène de la fascination et dans le duo du cinquième acte avec Fidès ; enfin le brindisi a brillamment terminé cette représentation qui ne s'ou- bliera pas de longtemps, et qui a produit le maximum de la recette (15,000 fr.). Une partie de la famille impériale y assistait. Mlle Brambilla, qui chantait le rôle de Berthe, ne possède pas des moyens suffisants ; Marini et Bettini se sont bien acquittés des person- nages des anabaptistes; Everardi (Oberthal) a contribué au succès ; la mise en scène et les décors sont splendides. — Les répétitions à l'orchestre du Pardon de Ploermel ont commencé ; s'il ne survient pas d'incident, l'ouvrage passera samedi prochain, 30 janvier. Les chaoteurs savent parfaitement leur rOle. — Mardi 26 aura lieu sans remise, au bénéfice de Mme Rosati, la représentation de Pâquerette, ballet de Saint-Léon. On dit merveille des décors et de la chorégraphie. — Il y a eu dimanche huit jours, une des plus aimées de nos danseuses russes, la Mouravieva, a fait une chute grave ; on craint que les suites ne la forcent à abandon- ner le théâtre. — On annonce l'arrivée de Mlle Bogdanofi" que vous avez vue à l'Opéra et qui, si l'on en croit les on dit, rentrerait au grand théâtre Impérial. — Aujourd'hui, par ordre, a lieu le bénéfice de Mme Louise Mayer annoncé pour demain. Cette artiste, dont les débuts eurent lieu au Vaudeville, rue de Chartres, et qui avait épousé ici l'acteur Alexan- dre Michel, actuellement aux Variétés, se retire après vingt ans de ser- vices. Inutile de dire que la salle sera comble; une souscription a eu lieu pour offrir à Mme Louise Mayer, qui a toujours été fort aimée du public, une magnifique parure en brillants, à laquelle se joindront certainement plusieurs cadeaux de la cour. Une partie des réengagements de la troupe italienne est faite, du moins pour les hommes. Tamberlick, Debassini, Calzolari, Marini, Bettini nous restent ; Mongini et Giraldoni nous quitteront vraisemblablement. Mme Nantier-Didiée est réengagée pour deux ans. Mme Lagrua a demandé une forte augmentation de traitement qui lui sera vraisemblablement accordée ; son bénéfice, pour lequel elle a choisi Norma, l'un de ses triomphes, terminera la saison. Rien n'est encore décidé pour Mme Char- ton, et certainement la direction aurait tort de ne pas la réengager, car elle ne la remplacerait pas, quoiqu'elle ait engagé en Italie, pour la saison prochaine, la Fioretti. On parle beaucoup de l'engagement de Mlle Balfe. qui a chanté de nouveau la Traviata, aux applaudissements frénétiques d'une portion de la haute aristocratie qui l'a prise sous sa protection. Dimanche dernier a eu lieu un grand concert dans les salles de l'Uni- versité ; tous les artistes italiens y chantaient : il en sera de même demain, Ces concerts sont organisés par la Société philharmonique au bénéfice des veuves et des orphelins. Lundi, au grand Théâtre, les sœurs Ferni donnent leur première matinée musicale. — Incessamment, "Vieuxtemps est attendu, et il donnera ses concerts au Carême. X. IOUVELLES. t% Au théâtre impérial de l'Opéra, la première représentation de Pierre de Médicis est annoncée comme devant avoir lieu très-prochaine- ment. En attendant, Herculanum, donné vendredi, a fourni l'occasion à Mines Gueymard et Vestvali de déployer les lirillantes qualités qui les distinguent. Gueymard et Obin remplissent toujours fort bien les rôles d'Hélios et de Nicanor. „% Une indisposition de Montaubry a retardé la seconde représentation du nouvel opéra-comique le Roman d'Elvire, qui n'a pu être rejoué que jeudi ; mais il parait que par excès de zèle le jeune artiste s'était trop hâté et qu'un repos de quelques jours lui est encore nécessaire. Le Roman d'Elvire attendra donc jusqu'à la semaine prochaine pour re- prendre le cours de son succès. „.*,. Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de tout genre se sont élevées, pendant le mois de janvier, à la somme de 1,880,968 fr. hk c, savoir : théâtres impériaux, 489, SOS fr. 01 c; théâ- tres secondaires, 1,154,790 fr. 43 c; cafés-concerts, bals, spectacles, 211,513 fr.; curiosités diverses, 24,857 fr. C'est une augmentation de 173,623 fr. 54 c. sur janvier 1859. #*„, En Allemagne, ainsi qu'en France, le Pardon de Ploermel marche rapidement de ville en ville, de théâtre en théâtre. Déjà représenté à Stuttgard, Dresde, Cobourg, Manheim, Gotha et Hambourg, le nouveau chef-d'œuvre va être incessamment donné à Francfort, Kœnigsberg, Prague, Leipzig et Munich. t% La Société des jeunes artistes du Conservatoire continue une tâ- che qu'elle avait glorieusement commencée dans les précédentes années, en nous faisant entendre plusieurs fois la magnifique ouverture compo sée par Meyerbeer, pour le drame de struensée. Aujourd'hui elle ajoute à cette ouverture deux des entr'actes écrits par le grand maître pour le même drame, et nos lecteurs doivent se rappeler ce que M. Fétis a dit de ces morceaux, exécutés à Bruxelles avec un immense effet, et que notre savant collaborateur range parmi les chefs-d'œuvre de l'auteur de Robert et du Prophète. Voici, du reste, le programme complet de ce concert, qui sera, sans aucun doute, l'un des plus remarquables de la saison. Ouverture de la Flûte enchantée, de Mozart ; concerto de piano, de Mendelssohn, exécuté par M. Brassin ; fragments de la musique du drame Struensée, de Meyerbeer, 1° ouverture; 2° 1er entr'acte (la ré- volte des gardes;. — Appel par les tambours. — Chœur de soldats qui par- courent la ville, chantant l'air populaire danois. — Le chœur s'éloigne. — Marche militaire sur le chant du chœur. — Retour du chœur. — Il s'éloigne de nouveau. — Expression de sentiments douloureux.— On entend le chœur par fragments dans le lointain. — Le bruit cesse par degrés ; 3° 2e en- tr'acte (le bal et l'arrestation). Polonaise à grand orchestre. —Agitation de la cour. — Expression de la douleur de la reine lorsque Struensée est arrêté. — Reprise de la polonaise ; — Duo du Barbier, de Rossiui, chanté par MM. Crosti et Capoul ; Symphonie eu sol majeur, d'Haydn ; marche et chœur des Mages, de Lesueur. L'orchestre sera dirigé par M. J. Pas- deloup, les chœurs par M. E. Batiste. *** La publication des deux œuvres composées expressément par Meyerbeer pour célébrer le 1 00e anniversaire de la naissance du grand poète de l'Allemagne était impatiemment attendue. Des demandes arri- vant de toutes parts attestaient le désir qu'on éprouvait de posséder enfin ces belles pages si dignes du nom de leur auteur. Aujourd'hui nous sommes heureux de pouvoir y satisfaire en annonçant que la Schiller-marche va paraître chez les éditeurs G. Brandus et S. Dufour. La Cantate suivra de près la marche et sera mise en vente incessamment. n% Mme Pleyel est à Paris en ce moment. Sans connaître encore les intentions de la célèbre artiste, nous ne pouvons nous refuser à l'espoir qu'elle ne nous quittera pas sans se faire entendre. !1 y a bien longtemps que nous sommes privés de ce plaisir qui est aussi uu avantage pré- cieux pour les artistes et les amateurs. „,% Tous tes artistes et amateurs de musique de chambre apprendront 54 REVUE ET GAZETTE MUSICALE avec plaisir la publication d'un nouveau quintette de M. Fétis père. Cet ouvrage, dont nous rendrons compte prochainement, est un quintette pour deux violons, deux altos et violoncelle. „,*„ Observation de quelques musiciens el de quelques amateurs sur la mé- thode de musique de\M. le docteur Emile Chevé. Tel est le titre d'un petit ouvrage publié depuis deux jours et dont nous nous occuperons bientôt. Voici de quels musiciens et amateurs il porte les signatures : Auber (de l'Institut), Carafa (id.), Clapisson (id.), Ermél, Victor Foucher, président: Charles Gounod, F. Ilalévy (de l'Institut); Jomard (id.), général Mellinet, Edouard Monnais, Niedermeyer, Edouard Rodrigues, vice-président, Am- broise Thomas (de l'Institut), Varcollier, membres de la commission de surveillance de renseignement duchant\dans les écoles communales de Paris. — H. Berlioz (de l'Institut), Dietsch (chef d'orchestre de l'Opéra), Georges Kastner (de l'Institut), J. d'Ortigue (directeur-rédacteur en chef de la Maîtrise), — Pasdeloup, F. Bazin (directeurs de l'Orphéon de Paris) t*t ("est toujours un événement '"musical qu'un concert donné par Emile Prudent, qui, comme on sait, ne se prodigue pas devant la foule ; mais la foule ne lui en veut pas pour cela, et nous sommes sûrs de la voir accourir dès que le célèbre artiste voudra bien lui donner rendez- vous ; il ne tient donc qu'à lui d'en fixer lu jour et le lieu. »% M. A. Elwart va publier une histoire de la société des concerts. Cet ouvrage contiendra une statistique complète du personnel de cette So- ciété, de ses travaux, des programmes et des recettes de chaque séance, depuis sa fondation jusqu'en 1860. Il sera orné des biographies et por- traits d'Habeneck aîné et de Beethoven. »% On lit dans un journal belge: « Henri Litolff, qui vient de repa- raître devant le public de Bruxelles, au concert de la Société philhar- monique, est un des artistes qui avaient laissé ici les plus profonds, les plus vivaces souvenirs. Vivait-il encore? On l'ignorait depuis un an. Mais on se rappelait ce génie fiévreux, cette figure étrange, cette per- sonnalité saisissante [où le réel se mêle au Jfantastique — A ce con- cert donné par la Société philharmonique Litolff a fait entendre plu- sieurs compositions nouvelles pour nous. Entre autres une ouverture intitulée, le Chant des Guelfes. . . Il a joué aussi la Chanson du rouet qui a tout le piquant du chant de la Pileuse Les Octaves, autre composition récente, sont d'une plus haute portée et d'un accent plus fier. Rien d'original et de décidé comme le rhythme do cette étude ; l'al- lure est entraînante, impérieuse, la couleur chaude, la nouveauté sai- sissante. Ce n'est pas tout. Sur ce tourbillon qui semble se dérober sans cesse, Litolff a su mettre un orchestre qui dit sa petite chanson pendant que ces fougueuses Octaves courent, se déchaînent et reviennent. Com- ment tout cela s'accorde, je l'ignore. Mais les Octaves du piano de Litolff ont l'air d'être à l'aise dans ce réseau d'instruments qui les enveloppe; elles n'y perdent ni une vivacité ni une hardiesse. On annonce que Li- tolff donnera prochainement un concert : je redemande les Octaves. >• Le célèbre compositeur-pianiste doit également jouer le 16 de ce mois à Gand. et le 29 à Liège. »% Samedi, à février, Ernest Nathan, le célèbre violoncelliste, donnait chez lui une brillante soirée dont Mmes de la Pommeraye, Anna Bertini, MM. Graziani, Marochetti et deux amateurs excellents faisaient les hon- neurs de la partie vocale: Mme Pithou-Chéret, MM. Pancla, Charles Poisot, Alfred Lebeau et Ernest Nathan s'étaient chargés de la partie instrumentale. „** La commune de Vergnies, du canton de Beaumont, dans le Hai- naut, où naquit le célèbre Gossec (dont le vrai nom était Gossé), vient de décider qu'il sera placé à l'extérieur de la maison communale une tablette en marbre portant l'inscription suivante en lettres d'or : « A la mémoire de François-Joseph Gossec, célèbre musicien, créateur de la symphonie en France, né à, Vergnies, le 17 janvier 1733, mort à Passy, le 16 février 1829. » „,*„, H. Wieniawski est en ce moment à Paris et va se rendre pro- chainement en Russie où l'appelle un brillant Rengagement. „*» La société de quatuors de MM. Armingaud, Lapret, Lalo et Jac- quard, donnera sa troisième soirée de musique de chambre, mercredi 1 S février 186'1: en voici le programme : Trio de Weber pour piano, violon et violoncelle ; quatuor de Schumann (première audition), pour instruments à cordes; variations de Mendelssohn pour piano et violon- colle; 10" quatuor de Beethoven pour instruments à cordes. »*„ La quatrième séance de la Société Maurin, Chevillard, Viguier et Sabattier aura lieu jeudi, 16 février, dans les salons Pleyel-Wolff. „,** A. .laell annonce son concert pour le vendredi 2 mars, dans la salle Herz. Nous en donnerons prochainement le programme. t\ La commission des congrès de l'Ouest|vient de choisir M. G. Chaine, l'habile violoniste-compositeur, 'pour la direction du grand festival qui doit avoir lieu cette année à Poitiers. Elle a décidé, en outre, que la première journée serait consacrée à l'exécution d'une messe solennelle à quatre voix, solos, chœurs et grand orchestre, de la composition de M. G. Chaine. Nous ferons connaître prochainement le titre des morceaux et le nom des artistes qui doivent concourir à l'éclat de cette fête musi- cale qui a toujours un grand retentissement. *** Angelo et Teresa Ferni, de retour à Paris depuis quelques jours, ont été appelés à se faire entendre, lundi dernier, chez S. A. 1. la prin- cesse Matbilde. S. A. a vivement applaudi chacune des quatre composi- tions interprétées par le frère et la sœur. 4% Eugène Ketterer a publié cette semaine une très-remarquable fantaisie pour le piano sur les motifs de Diane de Solange. Le charme des mélodies choisies par l'habile pianiste-compositeur et le bon goût qui a présidé à l'arrangement assurent dès aujourd'hui à la nouvelle produc- tion d'Eugène Ketterer un véritable succès de vogue. a** Le bal au profit de l'Association des artistes dramatiques aura lieu le 10 mars, à l'Opéra-Comique, sous le patronage de LL. MM. l'Empe- reur et l'Impératrice. Strauss conduira l'orchestre. *** Mlle Delphine Champon, la jeune pianiste-organiste dont nous avons mentionné le gracieux talent, va se faire entendre dans les princi- pales villes du Nord, où l'apDellent plusieurs engagements. — Mlle Cham- pon se rend d'abord à Valenciennes pour participer au concert qui sera donné le 1 3 courant par la Société philharmonique de cette ville. »*„ Nous rappelons à nos lecteurs que la première soirée de musique classique de M. Ch. Lebouc aura lieu mercredi prochain, dans le nouveau salon d'Erard. En voici le programme : 1 ° septuor en ré mineur, de HummeL exécuté par Mme Mattmann, MM. Dorus, Triébert, Rou^selot, Casimir Ney, Lebouc et Gouffé ; 2° duo d7 Flauto magico, de Mozart ; Duettino de la Molinara, de Paeisïello, chantés par Mme Bertrand et M. Paulin : 3° trio pour violon, alto et violoncelle, de Mozart, exécuté par MM. Herman, Casimir Ney et Lebouc ; 4° air de la Création. d'Haydn, chanté par Mme Bertrand; 5° Variations pour piano et violoncelle, de Mendelssohn, exécutées par Mme Mattmann et M. Lebouc ; 6° La Religieuse, de Schu- bert, chantée par M. Paulin ; 7° prélude, menuets et gavotte, pour violon, de S. Dach, exécutés par M. Herman ; 8° air à'Anacrénn, de Chérubini ; chanson, deGuédron. chantés par Mme Bertrand; 9° andante et polonaise pour piano, violon et violoncelle, d'Haydn, exécutés par Mme Mattmann, MM. Herman et Lebouc. #% S. Mangeant, chef d'orchestre au théâtre du Palais-Royal, a com- posé pour la Ténélope à la mode de Caen une ronde ayant pour titre la Plaine des vertus, et qui promet d'être avant peu aussi populaire que le Punch Grassot. La partition du Nouveau Pourceaugnac, de M. A. Hignard, va paraître prochainement. Un quadrille sur les motifs de citte opérette est en vente. *** Le concert de M. Jacobi, le jeune et hsbile virtuose, aura lieu le samedi 3 mars, avec le concours d'artistes distingués. **„ Mlle Singer, élève de H. Ravina, a exécuté dans une soirée intime le Mouvement perpétuel^ la Sicilienne et ['Elégie. Les bravos les plus frénétiques ont prouvé une fois de plus à l'aimable interprète de son maître le bon goût déployé dans ces diverses compisitions. „** L'éditeur J. Heinz vient de faire paraître la Consolation, nocturne de M. Bergson, morceau d'un très beau style ; deux compositions nou- velles de Maurice Lee : la Nostalgie, fantaisie facile sur les thèmes alle- mands, et Polonia, mazurke de salon. Nous signalons ces trois morceaux de piano, ainsi que la dernière composition d'A. Croisez sur la Folle, de Grisar. »% Le concert de Luca Fumagalli est fixé au 16 février, et aura lieu dans la salle d'Erard. *%, Au moment où l'idée orphéonique prend en France un si grand développement, nous signalerons volontiers une nouvelle collection de musique chorale que M. A. Vialon vient de créer sous le titre de l'Or- phéon français, comme complément de sa Bibliothèque de la musique pour tous et de ses cours populaires de chant. Cette importante publi- cation, fondée avec le concours de M. Laurent de Rillé, le compositeur le plus aimé de nos sociétés chorales, est écrite dans tous les styles et pour toutes les voix. VOrphéon français se divise en quatre, séries : 1° l'Orphéon religieux, messes, motets et prières faciles, à une ou plu- sieurs voix, avec ou sans accompagnement ; 2° l'Orphéon de l'avenir, chœurs de concours a trois ou quatre voix d'enfant; 3° l'Orphéon natio- nal, chœurs a quatre voix d'homme ; 4° l'Orphéon universel, chœurs de femme et d'homme, pour les grands festivals. Le tout publié en par- tition avec des parties séparées d'un extrême bon marché. „*t Les bals masqués de l'Opéra ont joui cette année de la vogue la plus méritée. Jeudi prochain et samedi 18 février, dernier samedi du carnaval 1860, 9° et 10° bals masqués. Strauss conduira l'orchestre et fera exécuter son brillant répertoire, dans lequel se font remarquer les quadrilles et la valse du Pardon de Ploermel, les quadrilles sur Maria, de Flotow,etlavalse sur les motifs de l'opérette de Caspers, Dans la rue. „,*» M. Gosselin, l'habile professeur de danse, qui fut longtemps atta- ché au théâtre de Sa Majesté à Londres, et qui avait passé depuis au théâtre impérial de l'Opéra, est mort à Paris la semaine dernière. „*„ M. Antony Béraud , auteur dramatique et ancien directeur du théâtre de l'Ambigu-Comique, est mort, dimanche dernier, à l'âge de soixante-neuf ans. *% Nous avons la douleur d'apprendre à l'instant que M. le comte Pillet-W'ill, dont la santé s'était affaiblie depuis peu de temps, vient de succomber. La perte de cet homme honorable autant que distingué sera généralement sentie. DE PARIS. 55 CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. „*„ Metz, — Martha vient d'être représentée, avec un grand succès au bénéfice de M. Warnotz. Cette solennité musicale avait attiré tout le public dilettante. M. Warnotz, accueilli dès son entrée en scène par les plus chaleureuses marques de sympathie, a parfaitement chanté le rûle de Lyonel. — Le surlendemain, le Prophète a été interprété de la façon la plus brillante. — Les recettes du Pardon de Ploërmel continuent de se tenir au maximum. . t% Lille. — Le succès du Pardon de Ploërmel dépasse toutes les espé- rances qu'on avait pu fonder sur la splendide partition de G. Meyerbeer. Le nouveau chef-d'œuvre tiendra l'affiche jusqu'à la fin de la saison. Mme Reynaud (Dinorah) a trouvé enfin un rôle tout à fait à sa taille, elle l'a abordé avec l'audace qui convient au talent vrai, et le succès a été aussi complet que possible. Les autres rôles sont toujours bien te- nus ; mais les plus grands éloges sont dus au chef d'orchestre, M. Bé- nard, qui s'est montré digne en tout point de la partition dont il avait à diriger les représentations. „*„, Strasbourg, 26 janvier.— Hier a eu lieu, dans la grande salle de spectacle, le concert annuel au profit du Conservatoire municipal de la ville, et l'on peut dire que depuis longtemps solennité musicale plus bril- lante n'avait été organisée.!!. Hasselmans, chef d'orchestre du théâtre et directeur du Conservatoire, a droit aux félicitations unanimes pour la manière dont il a fait exécuter le Soncje d'une nuit d'été, de Mendelssohn, par la vaillante phalange de ses artistes renforcée de quelques bons ama- teurs. La flûte de M. Rucquoy, le cor de M. Stenebruggen, ainsi que les voix de Mines Poussèze, LSléau, et le chœur des dames et des jeunes solfé- gistes dirigé par M. Boymond, se sont également distingués dans l'inter- prétation du chef-d'œuvre. La seconde partie du concert se composait de divers morceaux, parmi lesquels les Adieux à Corinne, composition de M. F. Schwab, fort bien rendue par Mlle Poussèze, ont reçu le meilleur accueil. L'Invitation à la valse, de Weber, instrumentée par Berlioz, terminait cette belle séance. „.*.,, Rennes. — Le Pardon de Ploërmel en est à sa septième représenta- tion ; c'est une des belles pièces de la saison comme triomphe pour le maestro et les artistes, et, comme recettes, pour le directeur. Ma- dame Laurence a très-heureusement abordé les difficultés du rôle de Dinorah ; aussi son succès est-il aussi brillant que possible. Les autres rôles, les chœurs et l'orchestre ne laissent rien à désirer. *%, Bordeaux. — S. A. P.. le prince d'Orange a honoré de sa présence la dernière représentation de Martha, et a donné à différentes reprises le signal des applaudissements. Mme de Joly chante toujours à ravir la délicieuse musique de M. de Flotow ; la romance de la. Rose est chaque soir pour la gracieuse cantatrice l'occasion de plusieurs salves de bravos unanimes. — Tout ce que la ville compte de musiciens d'élite et d'a- mateurs distingués se pressaient en foule, mercredi Ie' février, pour entendre et applaudir Henri Wieniawski. Le succès du célèbre violoniste a été si éclatant qu'il a dû se faire entendre une seconde fois avant de quitter Bordeaux. *** Toulouse.— Les répétitions de l'Etoile du Nord, arrangée en grand opéra avec les récitatifs, se poursuivent avec la plus grande activité. La pièce est distribuée d'une façon tout à fait inusitée jusqu'à ce jour. Nous donnons cette nouvelle distribution qui peut être d'une grande utilité pour les directeurs de théâtre. — Peters, première basse de grand opéra; Daninowitz, premier ténor demi-caractère; Georges deuxième ténor; Gritzenko, première basse d'opéra-comique; Catherine, première chanteuse légère; Prascovia, premier soprano; Nathalie, pre- mière dugazon ; Ekimouna, deuxième chanteuse. Nous ne saurions trop complimenter M, Lafeuillade d'avoir songé à offrir à son public le chef- d'œuvre complété par le compositeur, et nous ne doutons pas un instant du succès qui attend cette brillante reprise. La traduction des récitatifs est l'œuvre de M. Louis Danglas et a reçu l'approbation du maestro. CHRONIQUE ETRANGERE. **» Liège, 8 février. — La première représentation du Pardon de Ploër- mel, attendue avec une vive impatience, a eu lieu le .'SO janvier et déjà cinq représentations (abonnement suspendu) ont constaté l'immense succès de l'œuvre. Le directeur du théâtre lioyal , M. Perron, n'a rien négligé pour rendre la mise en scène aussi somptueuse que possible : Les décors, qu'il avait confiés au pinceau de M. Wilbrant, de Bruxel- les, sont d'une grande richesse, surtout celui du Val-Maudit. L'or- chestre a bien rempli sa tâche, et les chœurs se sont convenable- ment acquittés de la leur. Les trois principaux interprètes de l'œuvre ont rivalisé de talent et d'intelligence, au point de mériter les hon- neurs d'un très-légitime rappel : c'est que Mme Ceret s'est montrée aussi charmante comédienne qu'agréable cantatrice dans le rôle de Dino- rah; que M. Perruggi a chanté celui d'Hoël avec beaucoup de goût, et que notre trial , M. Ceret, fait un excellent Corentin. — Le cent dix- neuvième anniversaire de la naissance de Grétry dans cette ville sera célébré cette année d'une façon brillante. L'administration du Théâtre-Royal prépare, à cette occasion, pour le 10 février, la reprise de Richard Cœur de Lion. On y entendra, en outre, une cantate, dont la musique est de M. Rongé, lauréat de l'un de nos grands concours de composition musicale, et dont les paroles sont de M. Ad. Stappers, lequel a également composé un poëme sur la vie de Grétry. Ce poëme sera lu par un des artistes du théâtre. jLe Cercle artistique se prépare, de son côté, à célébrer dignement cet anniversaire par une grande solennité musicale. On y ^exécutera les meilleurs j morceaux de quelques opéras de Grétry : le Tableau parlant, Zémire et Azor, la Fausse magie, Anacréon. Cette solennité musicale, qui aura lieu le 12 février, se terminera par l'exécution de la cantate composée en 1828 |par M. Daussoigue-Méhul pour l'arrivée du cœur de Grétry à Liège. Plusieurs artistes distingués prêteront leur concours à cette intéressante soirée. **„. Mons. — Le dernier concert de la Société philharmonique a été très-remarquable. Litoltt" nous a fait entendre son concert symphonique et plusieurs autres morceaux qui ont eu un grand succès, et Mlle Dobré a ravi le nombreux auditoire dans l'air du Freischùtz, l'Ave Maria sur le prélude de Bach, par Gounod, et l'Adieu à la mer, scène de concert avec orchestre de Rosenhain. Ce dernier morceau, qui était nouveau pour nous, a l'ait le plus grand plaisir ; c'est une conception poétique et d'une grande valeur. t*t Gand. — Les représentations du Pardon de Ploërmel font salle comble, et bientôt elles vont alterner avec celles de l'Enlèvement au Sérail, dont l'apparition est prochaine. *% Berlin. — Au théâtre Victoria on a donné pour la première fois Rigole io, de Verdi. C'est encore Carrion qui a eu les honneurs de la soirée dans le rôle du duc. Mlle Artot, chargée de celui de Maddalena, a su donner un charme tout nouveau à cette partie secondaire ; Mlle de Ruda, dont la voix a eu quelques défaillances, a été magnifique de verve et de passion dramatique dans la partie de Gilda. — Le pianiste Dreys- chock se trouve parmi nous et doit donner incessamment un concert. „% Leipsig. — Il n'y a eu dans ces derniers temps à l'Opéra que des reprises ; dans le nombre, celles du Freischiitz, de la Flûte enchantée, du Prophète et de Santa Chiara ont obtenu le plus de succès. : Au treizième concert du Gewandhaus, ouverture de la Vestale; symphonie de Gade; air de la Gazza ladra, et divers lieder chantés par Stockhausen. Toutes ces œuvres ont été parfaitement exécutées, et Stockhausen a retrouvé les mêmes sympathies qu'à sa première apparition dans cette salle cé- lèbre. — On répète le Pardon \de Ploërmel. t% Golha.%— .Le Pardon de Ploërmel vient d'être représenté avec un très- grand succès. — Le 3 février ont eu lieu les funérailles de Mme Schroeder- Devrient. En tète du convoi marchait le porte-croix; venaient ensuite un maître des cérémonies (un maréchal de deuil), un personnage portant sur un coussin une couronne de laurier donné par le duc, le sacristain de la ville, le corbillard, l'ensevelisseuse (Todten-frau), les parents et le clergé, le commissaire ducal, des députations du théâtre de la cour, de divers autres théâtres et diverses associations de chant. i% Darmstadt. — L'Etoile du Nord, de Meyerbeer, vient d'être donnée pour la première fois avec les récitatifs, et a produit un effet immense. Parmi les opéras joués pendant ces dernières semaines, nous avons à signaler les Huguenots, Lucrèce Borgia, Norma et Martha. „*, Nouvelle-Orléans.— La Société lyrique a débuté de la manière la plus brillante par Robert le Diable. S. DUl'OUR. En vente chez «. BBASBWJS et S. BSJFOUK, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au 1Qr LE RÉPERTOIRE DU CHANTEUR KÏÏtS chant des plus célèbres compositeurs anciens et modernes, classés pour les différentes voix. 18 VOLUMES FORMAT !N-8°. Prix du volume : 13 fr. net; richement relié : 1G FR. net. Chaque volume contient 23 morceaux, avec paroles françaises ou italiennes. 1 volnmc conicnant cjB*icii»e «Çtlifâon de la Etatise fies Fées. Chacun le sait, mais il est des choses qu'il faut toujours répéter, Emile Prudent est un grand pianiste, un artiste d'élite. Son intelli- gence enthousiaste est éprise d'art et de poésie. Ce qu'il y a de non moins remarquable en lui peut-être, et nous voulons aujourd'hui in- sister sur ce point, c'est la conscience, le soin scrupuleux qu'il ap- porte dans toutes ses compositions. Il les rêve, les caresse et les cisèle avec amour. La réflexion féconde encore l'inspiration, et le jour où dans sa pensée il les sent achevées et pleines de vie, il prend la plume et il écrit des œuvres plus que charmantes ou belles , des œuvres durables. 11 ne les livre à la publicité que lorsqu'elles lui semblent avoir atteint la perfection qu'il peut leur donner, et, ajou- tons, qu'il leur donne si souvent. Ce que nous avançons là nous est suggéré par un frais et coquet exemplaire que nous avons sur notre piano. Prudent a-t-il donc composé quelque grand ouvrage, comme DE PARIS. son Concerto symphonie, ou bien vient-il seulement d'enrichir le ré- pertoire des pianistes en publiant un pendant à Chant du ruisseau et à Adieu printemps ? Non ; l'exemplaire dont nous parlons fait simple- ment partie de la seconde édition de la Danse des Fées. Quelques auteurs nous ont désaccoutumé de croire aux titres de leurs ouvrages; toutefois en voilà un qui promettait mille enchante- ments et qui a encore dépassé toutes ses promesses; il rappelle une des plus heureuses, des plus colorées, des plus jolies créations du compositeur; il est aussi populaire parmi le public que parmi les virtuoses. Nous étions curieux de savoir ce que le temps, qui mûrit tout et qui emporte si rapidement dans l'oubli tant de pages long- temps applaudies, avait pu, entre une édition et l'autre, conseiller à Prudent de modifications et de retouches. Eh bien ! grâce à ce res- pect du public, à cet amour de l'art dont nous parlions tout à l'heure, à fort peu de choses près (car la différence est si légère qu'elle mérite à peine d'être signalée) le maître n'a presque rien eu à effacer ni à augmenter ; nous avons retrouvé la Danse des Fées telle que nous l'avait montrée la première édition. Ce morceau est trop connu pour que nous puissions nous donner le plaisir de l'analyser ; d'ailleurs nous avons déjà exprimé, ici même, combien nous le trouvions, ainsi que le Chant du ruisseau et Adieu printemps, beau de forme et de pensée, distingué d'harmonie, de mélodie et riche d'ornements délicieux. Nous dirons seulement que, pris au hasard dans l'œuvre entière de Prudent, ces trois ouvrages, consacrés par le succès, prouvent avec la même force et la même évidence quel chemin l'auteur a parcouru en peu d'années. Négli- geant ou quittant à peu près la voie des arrangements, où il sema tant de fantaisies étincelantes, où il montra tant d'art et de goût , il se mit à puiser hardiment dans son propre fonds ; il en rapporta les Bois, les Champs, le Retour des bergers, et bien d'autres productions que nous ne rappellerons pas, ne voulant point aller sur les brisées des catalogues. Dès les premiers pas, on put voir qu'il n'avait pas trop présumé de la fécondité de son imagination. Cette deuxième phase du talent d'Emile Prudent est, à notre avis, non-seulement la plus belle, la plus complète , la plus originale, mais elle est encore celle où il déploya le plus d'habileté, de science, où il trouva les plus piquantes et les plus ingénieuses combinaisons instrumentales ; celle enfin où l'orchestre et le piano se marient le plus harmonieusement et se prê- tent à qui mieux mieux les effets et les couleurs. Adolphe BOTTE. CORRESPÛNMICE. Saint-Pétersbourg, 15 février. Deux solennités impatiemment attendues du public devaient marquer la fin de notre saison au grand théâtre : Pâquerette, ballet monté par Saint-Léon, pour le bénéfice de la Rosati, et le Pardon de Ploermel, chanté par la troupe italienne au bénéfice de Mme Charton- Demeur. Parlons d'abord de la seconde solennité à cause de son importance et de l'intérêt qu'elle devait naturellement provoquer. Retardée par l'exécution des décors de Pâquerette, puis par les indispositions de plu- sieurs artistes, l'œuvre nouvelle de Meyerbeer, Il Pelegrinaggio [le Pardon de Ploermel) a paru sur la scène de notre grand opéra avec d'au- tant plus d'éclat qu'elle s'annonçait partout en Augleterrc et en Alle- magne, par des triomphes; que la musique se trouvait déjà depuis six mois sur tous les pianos, et que chacun des abonnés du théâtre Italien craignait de ne pas être appelé à l'entendre. Aussi les demandes de billets pour la première représentation atteignaient-elles un chiffre inusité chez nous, et avons-nous vu offrir jusqu'à 100 roubles (400 fr.) pour une loge! Telle est la puissance des œuvres de Meyerbeer qui ont le rare privilège de passionner le public à leur naissance, de le tenir en haleine pendant des années, et de ne vieillir que pour être mieux appré- ciées. Je n'ai donc pas besoin de vous dire que notre vaste salle, eût-elle été trois fois plus grande, n'aurait pu contenir la foule qui s'y pressait le H février. Ainsi que je vous l'ai écrit précédemment, les rôles prin- cipaux étaient interprétés par Debassini (Uoel), Calzolari {Corentin) , Mme Charton - Demeur (Dinorah) '; lrc chevrier, Mme Nantier-Didiée; 2° chevrier, Mme Bernardi ; braconnier, Everardi ; faucheur, Bettini, c'est- à - dire les principaux artistes de notre troupe. Semblable en cela au public de Paris, le nôtre a sur-le champ salué de ses plus vifs ap- plaudissements l'air de V Ombre, le chœur du Pardon, la ballade de Di- norah ; comme celui de Londres il a applaudi le Pater noster à quatre voix et l'air du chevrier composé pour Mme Nantier. Mais, afin de vous bien édifier sur l'effet produit par cette première représentation, je procéderai par ordre. L'ouverture, fort bien exécutée par l'orchestre qui a fait en tout une dizaine de répétitions, a produit beaucoup d'effet. Le pre- mier duo entre Dinorah et Corentin, dit avec une grande perfection et plusieurs fois interrompu par les bravos dans le cours de son exécu- tion, a été couvert d'applaudissements; le duo suivant, entre Coren- tin et Hoël, n'a pas été moins bien accueilli; mais le trio final a sou- levé un véritable enthousiasme; les artistes ont été rappelés cinq ou six fois. Au second acte, ainsi que je vous le disais, grand succès de l'air chanté par Mme Nantier-Didiée ; mais la véritable ovation a été pour le grand air de Mme Charton, dit air de l'Omure ; elle s'y est surpassée. A chaque reprise qui permettait aux applaudissements de se faire jour, les bravos et les rappels ne s'arrêtaient pas. Calzolari a dit de la façon la plus comique les couplets de la peur. La légende a fait sensation ; mais le trio final est bientôt venu dominer l'attention de la salle, qui ne s'attendait pas à la grandeur et à la sombre majesté de ce morceau, digne de Robert etdes Huguenots. Largement et énergiquement rendu, il a valu de nombreux rappels aux artistes. On aurait désiré qu'Everardi eût accentué d'a- vantage l'air du Chasseur; nul doute qu'en l'abordant plus carrément et en marquant davantage le ryhthme, il ne le réussisse mieux à la pro- chaine représentation. Bettini a été plus heureux dans l'air du Faucheur, qu'il a dit avec beaucoup de charme et une fort jolie voix. Je vous ait dit que le Pater noster avait été accueilli avec une grande faveur. Dans la romance et dans le duo final avec Dinorah, Debassini s'est montré l'excellent musicien et le grand artiste que vous connaissez ; le magni- fique chœur qui accompagne ce morceau et la marche de la procession ont brillamment terminé cette représentation, et si l'on réfléchit que l'orchestre n'avait pas pu faire plus de dix répétitions, si l'on tient compte d'une indisposition de Debassini qui, aux dernières répétitions générales, paralysait complètement sa voix, et dont il n'était pas encore entière- ment remis, de même que de l'hésitation naturelle des artistes interpré- tant pour la premère fois une partition comme celle du Pardon dt Ploer- mel, on peut envisager comme immense le succès qu'elle vient d'obte- nir, et prédire, sans crainte de se tromper, qu'elle prendra sur notre scène le rang qu'y occupent déjà les précédents chefs-d'œuvre de Meyer- beer. Venons maintenant au ballet de Pâquerette, qui n'est point une nouvelle création de Saint-Léon : donné à votre grand Opéra en janvier 1851 pour la Cerrito, elle y fit merveille avec son partenaire, qui remplissait alors lerôle de François le menuisier, son amant Le libretto a subi qnelques modifica- tions en passant sur notre scène. Pâquerette est une bouquetière amoureuse d'un beau tourneur nommé Martin, qui, après avoir échappé par le tirage d'un bon numéro à la conscription, s'engage pour soustraire son vieux père aux poursuites d'un impitoyable créancier. Pâquerette, désolée, veui s'enrôler dans son régiment, et sous un déguisement masculin essaie de tromper sur son sexe un sergent fin matois qui, à la blanche main de Pâquerette, ne tarde pas à la reconnaître et la poursuit de ses galante- ries. Martin rentre à la caserne au moment même où Bridoux, le sergent, veut lui ravir un baiser ; il insulte son supérieur, qui le fait conduire en prison pour être fusillé. Mais Pâquerette parvient à lui dérober la clef de la prison et la jette à Martin qui s'évade. Poursuivi par les soldats, il se jette dans une barque, essuie une effroyable tempête à laquelle il échappe par miracle. Sauvé par des pêcheurs qui l'ont recueilli, il s'en- dort, et un songe brillant lui montre Pâquerette entourée de jeunes filles qui le convient de se mêler à leurs danses ; enivré d'espoir et d'a- mour, Martin se réveille, mais pour retrouver la triste réalité, sous la forme de Bridoux et de son escouade, qui ont suivi la trace du fugitif et se disposent à le conduire au supplice, lorsque Pâquerette accourt avec la grâce du condamné, qui tombe à ses pieds. La partie du libretto de Th. Gautier qui conduisait François en Hon- grie a été supprimée; il s'ensuit que la pièce tourne trop court et ne paraît pas finie, d'autant plus que le dénoûment n'est point suivi d'un pas final, ainsi que ceia a lieu ordinairement. Quoi qu'il en soit, le cadre était parfaitement convenable pour faire briller l'art du déco- rateur et le talent de la llosati , et il faut dire que ni l'un et l'autre n'a failli à sa tâche. Les décorations de MM. Roller et Wagner sont très- belles : celle qui représente l'effet de tempête est d'une grande vérité ; la grotte du songe est splendide, et quant à la mise en scène et à la richesse des costumes, la direction a fait les choses impérialement. Est- il besoin de dire que l'héroïne de la soirée, la Rosati, s'est montrée ce que vous la connaissez, admirable mime et charmante danseuse? Sa phy- sionomie mobile, son regard intelligent, traduisent avec autant de clarté que la parole toutes les émotions qui l'agitent, toutes les passions aux- quelles elle est en proie. Saint-Léon a introduit dans le premier acte une fête des laboureurs, dans laquelle apparaissent tour à tour les quatre saisons de l'année ; ce tableau a fourni à la Rosati l'occasion de déployer 72 REVUE ET GAZETTE MUSICALE toute la grâce et la correction de sa danse ; dans la bas-bretonne, pas de caractère d'un genre tout à fait opposé, et dans une valse avec Saint-Léon, on a pu admirer la vigueur, l'aplomb unis à la plus grande légèreté. Enfin dans la scène du songe, la célèbre ballerine s'est surpassée. Aussi, malgré la partialité, fort respectable d'ailleurs, dont une partie de notre public fait preuve pour nos danseuses indigènes, la perfection incon- testable de la Rosati a soulevé les bravos de toute la salle, et de nom- breux rappels ont surabondamment prouvé à la bénéficiaire tout le plai- sir qu'elle avait causé. Nous devons dire pour être juste que Mmes Prik- hounova, Amossova, Liadova, Lapchina et Petitpa ont justifié les ap- plaudissements dont elles ont été l'objet. Cette dernière surtout, dans le Tambour de la reine, pas dansé en battant du tambour, s'est montrée fort gracieuse. Saint-Léon s'était chargé du rôle du sergent Lridoux; il s'en est acquitté d'une manière fort comique, et le public l'a rappelé à la chute du rideau, l'applaudissant chaleureusement et comme danseur et comme choréographe. — L'opéra d'Auber, Gustave III ou le Bal masqué, a été traduit et ar- rangé pour la scène lyrique russe; la première représentation a été don- née au bénéfice de Setoff, qui chante le rôle de Gustave. ■ — Quoique les représentations théâtrales n'aient pas encore cessé , les concerts ont déjà commencé. Ceux que diverses Sociétés philharmoni- ques et de bienfaisance ont donnés avec le concours des artistes italiens, ont été très-suivis. Outre Vieuxtemps, nous attendons incessamment Wieniavski, le célèbre violoniste. — Les deux sœurs Ferni ont beaucoup de succès. Leur premier con- cert au Grand-Ihéâtre avait attiré assez de monde ; mais à part le talent remarquable des bénéficiaires qui a été vivement apprécié, l'absence de plusieurs artistes italiens annoncés sur le programme a causé quel- que désappointement; Bettini a fait de son mieux pour les suppléer, et il est juste de dire qu'il y a parfaitement réussi ; on a beaucoup applaudi les quatre morceaux qu'il a chantés successivement, et l'on a redemandé le dernier. Bettini a beaucoup gagné depuis quelque temps; il a fort bien chanté récemment les rôles de Rodrigo, d'Otello, etd'El- vino, de la Sonnambula ; si des rôles importants lui étaient plus fréquem- ment donnés, il ne tarderait pas, nous en sommes certains, à prendre une belle position et à rendre d'importants services à l'administration. D. REVUE DES THÉÂTRES. Gymnase : reprise du Bal d'enfants. — Vaudeville : reprises des Mémoires du Diable et de On demande un gouverneur . — Palais- Royal : Je suis mon fils , vaudeville de MM. Varin et Rochefort ; la Pénélope à la mode de Caen, parodie de MM. Siraudin et L. Thiboust. — Gaité : le Prêteur sur gages, drame en cinq actes et huit tableaux, par MM. Anicet Bourgeois et Michel Masson. — Théatre-Déjazet : P'tit fi, p'tit mignon, vaudeville de MM. Ga- briel et Dupeuty ; le Carnaval de Gavarni, vaudeville en trois actes et cinq tableaux, par MM. Guénée et Penvillé. Le carnaval n'a pas été fertile en nouveautés ; plusieurs théâtres ont splendidement vécu sur leurs succès ; les autres, comptant sans doute sur les recettes forcées des jours gras, ont renvoyé au carême le renouvellement de leurs affiches. Aussi, gare l'avalanche ! Provi- soirement, notre horizon est vide, ou peu s'en faut. Çà et là, quel- ques reprises : au Gymnase, le Bal d'enfants, un gai vaudeville de MM. Dumanoir et Dennery, emprunté aux légendes de Gavarni ; au Vaudeville, les Mémoires du Diable, où Félix a créé le seul rôle qu'il puisse opposer victorieusement à celui de Desgenais, et On demande un gouverneur, jolie comédie qui sied mieux à Fechter que tous ses grands drames. Faut-il conclure de ces reprises que le Père prodigue et la Pénélope normande n'ont pas tenu les brillantes promesses de la première représentation ? Cela n'est que trop probable, et donne raison aux es- prits sceptiques qui se défient de l'engouement exagéré du public ha ■ bituel de ces solennités. — Si pourtant vous voulez du nouveau, n'en fût-il plus au monde, adressez-vous au Palais-Royal. Voilà un théâtre précieux pour l'é- coulement des produits dramatiques. Quand ses confrères se croisent les bras, on est sûr de voir son répertoire s'accroître de deux ou trois vaudevilles qui n'ont jamais servi, ce qui ne veut pas dire qu'ils soient toujours d'une irréprochable fraîcheur. Par exemple, Je suis mon fils ! Nous n'osons affirmer que ce personnage grotesque de Gibassier, joué par Delannoy, n'ait pas quelques airs de famille avec certains pères de notre connaissance qui, comme lui, usurpent le rôle de leurs héritiers, dont ils courtisent les prétendues, quitte à se laisser berner par eux au dénomment. Qu'en pensent M. Jules, des Variétés, et le comte de la Rivonnière, du Gymnase ? Encore un type qui a fait son temps et dont la nécessité ne se fait plus sentir — On rit du moins franchement et sans arrière-pensée à la paro- die de la pièce d'Alphonse Karr. Cette Pénélope à la mode de Caen offre une charge très-spirituelle et très-bouffonne des principales si- tuations de la Pénélope du Vaudeville. Presque tous les acteurs imi- tent la voix et les gestes de leurs camarades du théâtre voisin. Un d'entre eux vient expliquer, après chaque acte, toutes les obscurités du drame, et cette critique est d'autant mieux accueillie qu'elle frappe juste au défaut de la cuirasse. Une particularité piquante, c'est que les deux collaborateurs anonymes d'Alphonse Karr, s'il faut ajouter foi aux bruits de coulisses, se sont eux-mêmes parodiés. — Après avoir repris la Mendiante, ce drame célèbre mis en mu- sique, au théâtre Italien par M. Braga, et y avoir montré, comme intermède, les merveilleux exercices d'une troupe de gymnastes amé- ricains, dignes rivaux de Léotard, la Gaîté a donné un drame nouveau, le Prêteur sur gages, dont les complications défient toute analyse sommaire. Il nous faudrait bien plus d'espace que celui dont nous dis- posons pour expliquer l'intérêt de Bob l'usurier à rechercher une petite fille jetée aux enfants trouvés par suite de la condamnation de son père, pour accompagner cette jeune fille à Botany-Bay et pour revenir avec elle à Londres, où son séjour chez Bob nous initie aux mystères du Quartier maudit. Il y a dans cette dernière partie une situation très-dramatique, celle d'un jeune garçon qui doit hériter d'une grande fortune s'il n'a commis aucune action honteuse, et qui se trouve entraîné dans un piège destiné à le priver des bénéfices de ce testament conditionnel. Avons-nous besoin d'ajouter que l'inter- vention du vieux Bob conjure tous les périls accumulés sur la tête de cet enfant, et le délivre de ses persécuteurs? Ce drame est plein d'é- motion et de terreur ; la mise en scène en est fort soignée, et il a pour interprètes d'excellents artistes, fort appréciés au boulevard, Du- maine, Mlle Duverger et Mlle Desmonts. — Au succès de Fanchette, dont nous avons parlé dans notre der- nier numéro, le théâtre Déjazet vient d'ajouter un double complément, dont les attraits lui garantissent une longue série de soirées fructueu- ses. C'est d'abord P 'lit fi, p'tit mignon, charmant vaudeville où Mlle Déjazet joue à la fois le rôle d'une vieille grand'mère et celui d'un joli petit zouave qui revient au village pour disputer à son père la main d'une gentille paysanne normande représentée par Mlle Marie Fillon. La donnée de cette pièce est légère, mais ce défaut est ample- ment racheté par la gaieté et la finesse des détails. L'uniforme de zouave manquait à la collection des costumes de Mlle Déjazet, dont le rideau présente au spectateur un si curieux spécimen. Elle le porte à ravir, et elle chante avec un art infini les spirituels couplets mis en musique par le jeune et habile chef d'orchestre du théâtre, M. Bernardin. La seconde pièce, donnée à la faveur du dimanche gras, est un vau- deville en plusieurs tableaux intitulé le Carnaval de Gavarni. Gomme dans le Bal d'enfants, que nous avons eu occasion de rappeler tout à l'heure, ce sont les personnages et les légendes de notre ingénieux dessinateur qui font les frais de ces scènes mêlées de chant, de danse, saupoudrées de sel gaulois et ornées de minois séduisants. Cette vive et folle pochade compose une excellente fin de spectacle. D. A. D. SAINT-YVES. DE PARIS. 73 NOUVELLES. „% Au théâtre impérial de l'Opéra, Guillaume Tell, Herculanum, la Fa- vorite, le Comte Org et (es Elfes ont composé le spectacle des quatre re- présentations consécutives des jours gras et du mercredi des Cendres. „% Vendredi les Huguenots ont été chantés par Gueymard et Mme Bar- bot. Le chef-d'œuvre a été fort bien rendu et a produit son effet ordi- naire . -t% La première représentation de Pierre de Médicis, le nouvel opéra du prince Poniatowski, aura lieu lundi, 5 mars. /«Une difficulté s'est opposée à la conclusion de l'engagement d'Achard, le nouveau ténor, [/artiste demandait a débuter dans un opéra nouveau, et la direction ne croyait pas pouvoir le lui promettre. Nous ne savons encore s'il y a eu solution. „% Le succès du Roman d'Elvire s'accroît à chaque représentation. Il sera joué quatre fois cette semaine : lundi, mercredi, vendredi et samedi. A la dernière représentation, on a redemandé avec acclamation la bar- carole du deuxième acte et la romance du troisième, chantée avec au- tant de grâce que d'expression par Montaubry. »*t Deux de nos artistes lyriques viennent d'être blessés sur le théâtre. A Toulouse, Puget, en jouant la Sirène, est tombé dans une trappe et s'est fait à la cuisse gauche une blessure assez grave. Il n'en a pas moins terminé la pièce et reparu à la fin quand le public l'a rap- pelé. A Bruxelles, Mlle Dupuy, dans un pas des Charmeurs, où son dan- seur la fait pirouetter sur elle-même, ayant présenté la main gauche au lieu de la droite, a eu l'épaule démise. Cependant elle a achevé l'ou- vrage et joué encore dans la Muette ; mais après cet effort les douleurs se sont fait sentir très-vivement. t*t Nous avons dû attendre que notre savant et illustre collabora- teur, M. Fétis, eût terminé son beau travail sur l'enseignement populaire de la musique, pour nous occuper de la brochure dont nous annoncions l'apparition, il y a quinze jours, sous ce titre : Observations de quelques musiciens et de quelques amateurs sur la méthode de musique de M. le docteur Emile Chevé. Cette publication a déjà fait quelque bruit dans le monde musical, et nous en donnerons bientôt quelques extraits. »% Voici le programme du concert de la Société des jeunes artistes du Conservatoire, qui aura lieu aujourd'hui dans la salle Herz ; 4° symphonie en si bémol (1'° audition), de R. Schumann ; 2° concerto de violon, de Spohr, exécuté par M. Kœmpel, violon solo du roi de Hanovre ; 3° air de la Muette de Portici, chanté par Peschard ; k° hymne, de Haydn, exécuté par tous les instruments à cordes; 5° fragments de Christophe Colomb, de F. David : une Nuit des tropiques , chanson du mousse , chœur des génies de l'Océan, solo par Mlle Balbi ; 6" ouverture du Jeune Henri, de Méhul. »*,k Le concert de Mme Pleyel aura lieu le 7 mars, à S heures, dans la salle de l'hôtel du Louvre, avec le concours de Mme Borghi-Mamo, de Graziani et d'un orchestre dirigé par M. Pasdeloup. La grande et cé- lèbre artiste jouera le concerto en sol mineur de Mendelssohn ; le con- certo — paraphrase de Liszt sur le Songe d'une nuit d'été, de Mendelssohn ; l'adagio et le scherzo du concerto symphonique de Litolff, et la fantaisie d'Ascher sur la Traviata. *% Jeudi 1er mars, Jacques Baur donnera, dans les salons d'Erard, un grand concert dans lequel il exécutera une fantaisie sur des airs bohé- miens-hongrois de Liszt, une fantaisie chromatique avec fugue de J.-S. Bach, le trio en ré majeur de Beethoven, un nocturne de Chopin, une valse de Schubert arrangée par Liszt, et des illustrations du Prophète, (prière, hymne triomphale, marche du sacre) du même compositeur. ,% Mme Sainton-Dolby et M. Sainton donneront, le 1er mars, jeudi prochain, dans la grande salle du Louvre, un concert dans lequel Mme Sainton chantera des œuvres de Haendel, Haydn, Liiders, et des bal- lades écossaises. M. Sainton, outre deux morceaux de sa composition, exécutera, avec MM. Th. Ritteret Rignault, le trio en ut mineur de Men- delssohn, et la sonate de Beethoven dédiée à Kreutzer. Th. Bitter jouera sa marche nocturne et le mouvement perpétuel de Weber, et Jules Lefort fera entendre la Main du seigneur, de Boulanger. „% L'excellent pianiste-compositeur W. Kroger est de retour depuis hier d'un voyage qu'il est allé faire à Stuttgard, pour assister aux fêtes qui ont eu lieu en l'honneur de son père, à ^'occasion de son cinquan- tième anniversaire comme membre de la chapelle royale. Nous donne- rons dans notre prochain numéro les détails de cette manifestation excep- tionnelle, dont le digne vétéran de l'art a été l'objet. *** Le concert de Prudent reste fixé au 8 mars, et aura lieu dans la salle de Herz. Voici le programme de cette solennité musicale : 1° ou- verture à'Egmont , de Beethoven ; V caprice sur la Sonnambula , par Prudent; 3° le Chant du ruisseau, composé et exécuté par Prudent; 4° rondo de l'Ilaliana in Algieri, Pensa alla Patria, chanté par Mme Viar- dot ; S" Chant du lac tranquille , par Prudent ; 6° V Aurore dans les bois (piano et orchestre), par Prudent; 7° sonate en si bémol, de Mozart, exécutée par MM. Alard et Prudent ; 8° air d'Orphée : J'ai perdu mon Eurydice, chanté par Mme Viardot; 9° la Chasse (op. 35), pour piano et orchestre, par Prudent: I0<> airs espagnols, chantes par Mme Viardot; 11° ouverture de l'Hôtellerie portugaise, de Cherubini. L'orchestre sera dirigé par M. Tilmant. *** La publication des œuvres de Haendel se poursuit très-active- ment : le premier volume du tome II vient de paraître ; il contient Hercule, oratorio, création puissante où le génie de Haendel se déploie dans toute sa vigueur. „% Le concert d'Alfred Jaël aura lieu le 2 mars dans la salle Herz avec le concours de M. Sivori ; le célèbre artiste exécutera entre autres le Ca- rillon, des transcriptions du Pardon ae Phërmel, du Prophète et de quelques œuvres de R. Wagner, et enfin des préludes de Liszt avec M. Hans de Bulovr. /„ Le concert de M. Jacobi, le jeune violoniste, aura lieu samedi 3 mars, dans la salle de Herz, avec le concours de Mlle Hamakers et de M. Dumestre, de l'Opéra; de Mme Riquier-Lhéritier, Mlle M. Darjou et Berthelier, de l'Opéra-Comique. t*é M. Guglielmi, l'excellent baryton du théâtre impérial de Vienne, se fera entendre dans le concert de Ketterer, qui aura lieu demain soir. *t Par décret en date du 1 1 février, rendu sur la proposition de S. Exe. le ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics, M. Debain, facteur d'orgues à Paris, a été nommé chevalier de la Légion d'honneur. 4% Pour la fête des Rameaux, Gaston d'Albano a composé un hymne plein de majesté et de joie ; il y a un chœur et une partie d'orgue ad libitum. Cette édition vient d'être illustrée d'un beau dessin de Ram- bert représentant l'entrée de Jésus à Jérusalem. .*» L'inauguration des grandes orgues de la cathédrale de Rouen, re- construites, par ordre du gouvernement, dans '.l'établissement Merklein- Schutze, à Paris, est fixée aux 1" et 2 mars. Monseigneur l'archevêque présidera la cérémonie, et, d'après son invitation, MM. Lemmens, orga- niste belge, Edouard Batiste, Renaud de Vilbae et Sergent, organistes de Paris, et Klein, organiste titulaire de la cathédrale de Rouen, feront entendre l'instrument. »% Le mercredi 7 mars, M. et Mme Edouard Lyon donneront leur con- cert dans les salons d'Erard. Il se divisera en deux parties : la première, consacrée à la partie vocale et instrumentale; la seconde, à l'exécution d'un proverbe lyrique en un acte : Quand Dieu est dans le ménage, Dieu le garde, paroles et musique de Mlle Thys. M. et Mme Lyon interpréte- ront les rôles du vicomte et de la vicomtesse du Théran. „% MM. Armingaud, Jacquard, Lalo et Lapret donneront leur qua- trième soirée de musique de chambre, mercredi prochain, dans la salle Pleyel. On y entendra un trio de Mendelssohn pour piauo, violon et violoncelle; une sonate de Bach pour piano et violon par MM. Lubeck et Armingaud ; un quatuor de Mozart, et un quintetto de Boccherini pour instruments à cordes. ,% La deuxième soirée de musique classique de M. Lebduc aura lieu mercredi prochain dans les salons d'Erard ; on y entendra Mme Boch- koltz-Falconi, MM. Portehaut, Herman, Saint-Saëns, Leroy, Casimir Ney, Mas et Maton. ,% Une intéressante soirée musicale sera donnée mercredi, 29 février, dans la salle Beethoven par Mlle Virginie Huet , avec le concours d'artistes distingués, MM. Graziani, Pascal et Lamazou, Mlles Acs et Veron. »% Les éditeurs G. Brandus et S. Dufour viennent d'acquérir la pro- priété du Roman d'Elvire, opéra-comique de M. Ambroise Thomas, pa- roles d'A. Dumas et Leuven. Les airs détachés seront mis en vente inces- samment. »% Le grand bal annuel au profit de la caisse de secours et pensions de l'Association des artistes dramatiques aura lieu sous le patronage de LL. MM. l'Empereur et l'Impératrice, le samedi 10 mars prochain, tou- jours dans la salle du théâtre impérial de l'Opéra-Comique ; de nom- breuses demandes de billets sont faites aux dames patronnesses. Cette fête toute spéciale, la plus belle de toutes celles qui sont données pendant la saison d'hiver, aura le succès de vogue des années pré- cédentes. „% L'éditeur de musique Emmanuel Rée vient de mourir a Copenha- gue. ,*„ Cari Kramer, l'auteur d'un lied, en dialecte du pays, Jan und Grièt, devenu populaire, est mort à l'hôpital civil de Cologne. On doit aussi à Kramer quelques pièces de théâtre burlesques. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. »% Rouen. — Le succès du Pardon de Ploérmel se confirme complète- ment Les représentations de cet ouvrage alternent avec celles de Jo- conde. lh REVUE ET GAZETTE MUSICALE „** Lyon. — Notre théâtre veut être le premier à monter le nouvel ouvrage d'Ambroise Thomas. Le Roman d'Elvire va entrer en répétition. Mme Vandenheuvel-Duprez et Achard, chanteront les deux principaux rôles. „,*„ Orléans. — Les Dragons de Villars ont été donnés pour !e bénéfice de Mlle Emilie Dumas. L'ouvrage, paroles et musique, a été joué avec un remarquable ensemble par MM. Bertrand, Chapuis, Donval, Mmes Beckers et la bénéficiaire. M. Bertrand a très-bien chanté son air du deuxième acte et son duo avec Ville Dumas, duo qui a été accueilli par deux salves d'applaudissements. Mme Beckers est charmante dans le rôle et sous le costume de Rose Friquet. Bien que ce rôle, écrit pour une voix de con- tralto, ait dû être transposé pour Mme Beckers, l'habile chanteuse s'en est tirée à son honneur. Elle a enlevé avec une rare vigueur le grand air du troisième acte, et mis beaucoup de finesse et de gaieté dans le duo du premier acte avec M. Ghapuis, le beau brigadier de dra- gons. Mlle Dumas, qui avait peu de chose à chanter, a trouvé le moyen de faire applaudir son jeu plein de finesse et de gracieuse malice. Les chœurs ont été justement applaudis, et c'est chose assez rare pour qu'on en parle. *** Marseille. — Armandi, notre excellent ténor, rétabli d'une indispo- sition, vient de paraître dans les Huguenots et dans Robert le Diable. Il a été salué par les applaudissements de toute la salle. A côté de lui, pendant ces deux belles soirées, ont vaillamment combattu Mmes Meillet et Litschner, MM. Depassio, Battaille et Boulège. „,% Nantes. — Les répétitions du Pardon de Ploërmel se poursuivent avec la plus grande activité, et la première représentation de l'ouvrage aura lieu très-prochainement. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. „■%, La Haye. — Léonard et sa femme sont, pour la sixième fois, dans notre ville, et jamais artistes n'y ont plus vaillemment conquis leur droit de cité. Notre société aristocratique, ordinairement si froide, leur pro- digue des bravos et des rappels d'autant plus significatifs qu'ils sont plus rares. Le 22, le couple artiste s'est fait entendre à la société Diligentia avec un succès des plus remarquables. La Ie symphonie de Beethoven a été exécutée avec la plus grande perfection, sous la direction du sa- vant directeur du Conservatoire, M. Lubeck, père du célèbre pianiste. M. Lubeck est un des plus fervents soutiens de la grande musique en Hollande. Léonard et sa femme vont continuer leur tournée triomphale à Amsterdam, Rotterdam, Utrecht, Arnheim, Bois-le-Duc, etc., où les appellent de brillants engagements. — Le Pardon de Ploërmel voit son succès augmenter chaque jour. M. Jahn, le chef d'orchestre, l'a monté avec une intelligence musicale des plus rares. t*t Anvers. — Le Pardon de Ploërmel vient d'être mis à l'étude. t*t Berlin. — Du 13 au 1 9 février, le théâtre de l'Opéra royal a donné Martha, deFlotow ; Il Trovalore, de Verdi ; le Prophète, de Meyer- beer, et le Maçon, d'Auber. Au Schauspielhaus, Egmont, de Gœthe, mu- sique de Beethoven. La troisième soirée de Mme Burchardt a été une solennité commémorative en l'honneur de L. Spohr ; on y a exécuté son opéra de Faust. — A la salle des concerts du théâtre Royal, des étudiants de l'université de Beriin ont joué, en latin, la comédie Captivi, de Plaute. — Le 14 février, la Société Bach a célébré le^3° anniversaire de. sa fondation par un concert où l'on a exécuté, entre autres, trois cantates de Bach. *** Francfort-sur-Mein. — Le Pardon de Ploërmel vient d'être repré- senté et a obtenu le succès le plus éclatant. Mlle Veith, dans le rôle de Diuorah, s'est montrée admirable. Elle a dû répéter l'air de l'Ombre, et a été rappelée après chaque acte avec les artistes qui remplissaient les rôles de Hoël et de Corentin. La salle est retenue d'avance pour plu- sieurs représentations. J"„ Leipzig. — Au 15e concert du Gewandhaus, Stockbausen a chanté l'air du' Valet de chambre, opéra de Carafa, et des lieder de Robert Schumann. Cet excellent chanteur s'est surpassé lui-même ; après chaque morceau, l'enthousiasme du public a éclaté en applaudisse- ments. Nous avons entendu, en outre, dans la même soirée : un concerto pour violon, de L. Spohr, fort bien interprété par Lauterbach, violo- niste de la cour a Munich, et enfin l'Océan, symphonie de A. Ru- binstein. »*„ Prague. — Le vétéran de nos ténors, M. Emminger, a choisi pour son bénéfice Joseph en Egypte, de Méhul. Un public nombreux s'était réuni pour- entendre les poétiques mélodies du célèbre compositeur français. „*» Vienne.— Le théâtre de l'opéra de la Cour a mis Armide, de Gluck, et l' Enfant prodigue, d'Auber, au répertoire. — Le quatuor Hellmesberger vient de donner sa centième soirée depuis sa création : à cette occa- sion, les quatre artistes dont il se compose ont été l'objet d'une ovation de la part du public. *% Peslh.— Franz Erkel, l'auteur de la musique de l'opéra Hunijadi Lasslo, est aujourd'hui le compositeur le plus populaire de la Hongrie. On attend de lui une nouvelle partition, Bànk-Bàn. »*„ Dusseldorf.— Le trente-septième festival du Bas-Rhin aura lieu dans notre ville aux fêtes de la Pentecôte : M. Hiller s'est chargé de la direction. *** Copenhague. — Au concert du Muisk-Verein on a entendu une composition inédite, les Noces de la dryade, musique de P.-E. Hartmann, qui a produit le plus grand effet. Dans les trois concerts d'abonnement qui ont eu lieu jusqu'ici, on a exécuté successivement Israël, oratorio de Haendel, et diverses compositions de Gluck, Haydn, Mozart, Spohr, etc. „,** Edimbourg, 20 février. — M. Engel , qui possède un si rare talent sur l'harmonium , est de retour d'une excursion artistique dans laquelle il a joué son duo de Dinorah dans quarante-six concerts. Le journal Glascow-Herald rend pleine justice à ce morceau et à la ma- nière dont il a été rendu par l'auteur et M. Brinley-Richard, le compo- siteur pianiste, dans un concert donné par M. Muir-Wood. M. Engel s'est, de plus, signalé dans sa fantaisie de Don Pasquale et dans l'ac- compagnement obligé de l'air Casta diva, chanté par Mme Fiorentini. s. DUFOUR. Chez G. BRANDUS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue Richelieu (au 1"), et KETTERER Grand duo brillant sur le Pardon de Ploërniel , pour Piano et Violon 10 fr. Deux mélodies de Maria, transcrites pour le Violoncelle, avec accompagnement de Piano 6 » M* Mi MtoWJMÏT LIED (Poésie allemande de GIBEL, traduction française par DUESBERG) Musique de DERNIERES NOUVEAUTES MUSICALES Publiées par JULES HEINZ, éditeur, rue de Rivoli, 146. PIANO. Bergson. Op. 44. Consolation, nocturne 5 » Crolwex. Op. 124. Le Pâtre styrien, fantaisie très-facile .... 6 » — Op. 230. La Folle (de Grisar), morceau de genre. ... 6 » Bêlions. Le Réveil, aubade 6 » Bumiorct. Les Chants d'Espagne, boléro 6 » & — Op. 72. Marie-Louise, valse 5 » — Op. 73. La Rose d'Aranjuez, valse espagnole 6 » Meintz (C). Fantaisie facile sur Roméo et Juliette 6 » Mess. Campanella, mazurka de salon 6 » Eiitrailierit. Le Rêve du solitaire, contemplation 5 » — L'Onde et le Roseau, valse élégante 5 » (Lee (Maurice). Polonia, mazurka de salon 6 » — La Nostalgie, fantaisie facile sur des thèmes allemands . . 6 » iLe Bel (Louis). Mina, valse élégante 4 S0 — Edition facile en feuille. 2 50 Marteaux iCh.). Fantaisie brillante sur Au clair de la lune . . 9 » — Les Cloches du soir, rêverie 6 » Philip»!. Op. G9. Bourrée d'Auvergne 7 50 — Op. 70. Confidences, nocturne 6 n Dernières Compositions de Chant de loigi bordèse. Mignon regrettant sa patrie, scène pour mezzo-soprano 5 » La Prière de la jeune fille, scène pour mezzo-soprano 5 » Paroles soigneusement choisies pour les jeunes personnes. DE PARIS. 75 PRIX ACCORDÉ A L'UNANIMITÉ A l'EXPOSITION UNIVERSELLE DE LONDRES 5 851. Fournisseur des Ministères de la Guerre et de la Marine de France. Agent à Londres JDLLIEN ET C\ 214 , Régent Street. MAISON FONDÉE EN 1803. 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Invention à la- quelle le Juiy de l'Exposition universelle de Paris a con- sacré la plus belle page dans son rapport officiel {Ins- truments de cuivre), dont voici de courts extraits : « M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) « La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être résolu le problème d'une justesse parfaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout de la plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1336.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Rue Lamartine, 22, à Paris. En vente chez A. IKELMER et C, éditeurs, 11, rue Rougemont. MU?3S^UE DE GBANT Gcvace-t. (F. A.). Bonjour lunettes, adieu fillet- tes, proverbe 2 50 — Faute d'un point, proverbe 2 50 — Les Si et les Mais, proverbe 2 50 — Tout passe, tout lasse, tout casse, proverbe 2 50 — Une Aiguille dans une botte de foin 2 50 — Un OEuf pour un Bœuf, proverbe 2 50 Slangeaitt. Le Directeur et le Ténor, duo co- mique T.B. 6 » MUSIQUE ©E PIANO Favarçer (R.). Op. 11. Vanda, varsovienne. . 7 50 — Op . 12 . Tarentelle 7 30 — Op. 13. Souvenir de Beethoven 7 50 — Op. lit. En Chasse, fantaisie 7 5(> Ravina (H.). Op. 10. La Danse, morceau de salon 6 » — Op. 11. Première grande valse 6 » — Deuxième grande valse 7 50 Deuxième mazurka 6 » — Op. 18. Le Mouvement perpétuel, étude de concert 9 » — Op. 20. Rondo-polka 7 50 — Op. 21. Sicilienne 9 » — Op. 22. Elégie 7 50 SIX FANTAISIES ES VISIO Pour Piano, Violon et Violoncelle, composées par B. ESavina et Sj. Clnpisson. facteur de pianos. Médaille d'or, Ex- position 1849; Médaille de 1" classe Exposition universelle 1855. Spécialité de pianos pour l'exportation. Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Expo- sitions, des récompenses méritées par l'excellence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est j tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne laisse rien à désirer sous le double rap port de la quantité et de la qualité du son. SSusasin rue Montmartre, 16JL. Chez G. Brandus et S. Dufour, 103, rue de Richelieu. E€Ï2©S ®BS OPÉRAS Fantaisies faciles par RÏÏMMEL Fra Diavolo. Guillaume Tell. Le Comte Ory. Seca continué. ï. Le Domino noir. i. Les diamants de Icouronne. >. La Muette de Portici. Prix de chaque : 0 fr. MAISON H. HERZ :;: Victoire, à Paris. pianos, AS, rue de la A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son atteution. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28. Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. » A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la bualité du son. » {Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) LIÂMÛNIFLIJTE ^««b,,, dont le succès grandit chaque jour , se trouve chez Mayermarix, 46, passage des Panoramas, à Paris. S"- médaille d'or Exposition nationale française de 1849. DÉCORATION DE LA LÉGION D HONNEUR Exposition de 1849. MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN ROIS FONDÉE A PARIS EN 1843 PAR 1" médaille Exposition nationale belge de 1841. DÉCORATION DE LA COURONNE DE CHÊNE de Ho\lande (1845). fl' médaille d'argent Exposition nationale française de 1844. Facteur de la Maison militaire de l'Empereur. RUE SAINT ■ GEORGES, 50 Grnude médaille d'or du Mérite de Prusse (1846). Seule grantle médaille d'honneur à l'Exgtosition universelle tle Paris (tSSS). — Seule grnnile médaille (Cowneil Méfiai) à l'Exposition universelle de Londres (1851). Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale. invemtf.hr des familles des o^2™R,&MBAS' SAX-TUBAS. CLAIRONS-SAX. CORNETS-SAX (compensateurs). 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DÉJAZET HALE DE tYAl'OI 1 riels Le développement de la pensée d'une œuvre, dans » certaines limites, est, sans nul doute, une condition de la beauté ; » mais si l'on dépasse le but, il y a divagation, et l'effet de la pensée » première s'affaiblit. Parvenue au point où elle est aujourd'hui, la » manie du développement ne produit plus que fatigue et dégoût : » c'est la décadence. Le caractère de la grandeur fait naître notre » admiration ; nous le trouvons élevé à sa plus haute puissance dans » les œuvres de Haendel, de Gluck et de la deuxième époque de » Beethoven, mais le gigantesque, le disproportionné, qu'on a voulu » réaliser plus tard dans certaines productions, sont des monstruosi- » tés qui indiquent une époque d'égarement. La modulation élégante, » inattendue, lorsqu'elle n'est pas prodiguée, est une des richesses » nées de la tonalité moderne : Mozart, ce modèle de la perfection, » qu'il faut toujours citer, y a puisé des effets admirables -, mais multi- » pliée à l'excès, employée à chaque instant pour déguiser la pau- » vreté mélodique, suivant la méthode de certains compositeurs, la » modulation équivaut à la monotonie et devient un indice du dépé- » rissement de l'art. Enfin le coloris instrumental est une des plus » belles conquêtes de la musique moderne : ses développements ont « été. le fruit du perfectionnement progressif des instruments et de » l'invention de plusieurs nouveaux éléments de sonorité ; mais il ne » faut pas en abuser. Rien de trop dans les moyens pour l'artiste qui » s'en sert avec goût comme l'ornement d'une pensée belle d'inspi- » ration et d'originalité, et qui, dans la multitude d'effets possibles, » sait choisir et trouver à la fois le secret de la nuance propre et celui » de la variété ; mais l'excès de l'instrumentation, la fatigue qu'elle » cause par la réunion incessante de tous ses éléments, le bruit, le » fracas toujours croissant de ses forces exagérées, c'est la décadence... » Disons-le avec assurance, la doctrine du progrès, bonne et vraie » pour les sciences comme pour l'indus.trie, n'a rien à faire dans » les arts d'imagination, et moins dans la musique que dans tout » autre. Elle ne peut donner aucune règle valable pour l'appréciation » du talent et des œuvres d'un artiste ; c'est dans l'objet même de ces » œuvres, dans la pensée et dans le sentiment qui les ont dictées qu'il » en faut chercher la valeur. » Que ne pouvons-nous reproduire encore tout ce que H. Fétis dit avec une égale raison de la secte réaliste, qui soutient que l'imitation delà nature est l'unique objet de l'art ! «Dans son application même » aux arts du dessin, écrit notre auteur, à la peinture, à la sculpture, » une doctrine semblable ne peut avoir pour résultat le beau, qui doit » être le but du travail de l'artiste. L'homme n'est pas le copiste de » la nature: il s'inspire simplement de son spectacle, et lui dérobe » ses formes pour en composer des œuvres qu'il ne doit qu'à son » propre génie. Si l'artiste n'avait pour objet de son œuvre que l'imi- » tation de la nature, son travail serait pour lui une cause de conti- » nuelles déceptions et de désespoir ; car la vie réelle, qui anime la » nature, donnerait toujours au modèle une incomparable supériorité » sur la copie. » C'est ainsi que M. Fétis esquisse largement la physionomie de l'art à ses différentes époques, et particulièrement à la nôtre, qu'il traite, nous devons le reconnaître, avec une certaine sévérité. Nous sommes souvent de son avis ; mais pour parler ici avec pleine franchise, et ce sera la meilleure garantie de notre sincère admiration pour ses ou- vrages, nous trouvons que parfois il semble un peu trop faire peser sur nos artistes contemporains la responsabilité des torts de l'art même, et de sa situation présente. Si la foi s'est ébranlée, si le dé- couragement s'en est suivi, à qui la faute ? Si l'on ne sait plus que faire pour amuser le public, comme le lui disait un jeune compositeur, qui peut-être se trompait de verbe, et voulait dire : attacher, émou- voir, cela vient-il de ce que nos musiciens sont inférieurs à ceux des autres temps par leur nature, par leur éducation, par leurs habitudes'.' Nous croyons positivement le contraire, et, en supposant de leur part un délit quelconque, nous sommes prêt à plaider, quand on le vou- dra, les circonstances atténuantes. Mais, pour le moment, cette thèse nous détournerait de notre voie, et nous demandons la remise de la cause pour continuer l'examen de l'important ouvrage dont, plus que personne, nous connaissons l'excellence et le prix. Paul SMITH. CORRESPONDANCE. Rouen, 7 mars 1860. A M. le directeur de la Revue et Gazette musicale de paris. La ville de Rouen conservera longtemps le souvenir des journées des \<* et 2 mars, où s'est faite l'inauguration du grand orgue que MM. Merklin et Schûtze ont récemment construit pour notre somptueuse cathédrale, l'une des plus vastes du monde chrétien. Rien n'avait été négligé pour donner à cette solennité un éclat inaccoutumé ; car non-seulement ces fêtes ont rempli deux grandes séances, où plus de sept mille personnes étaient réunies ; mais sur l'invitation spéciale de Mgr l'archevêque, trois des organistes les plus distingués de la capitale, MM. Batiste, de Saint- Eustache; Sergent, de la cathédrale de Paris, et Renaud de Vilbac, de Saint-Eugène, enfin, le célèbre M. Lemmens, professeur d'orgue au Con- servatoire de Bruxelles, s'étaient rendus dans notre ville pour faire en - tendre le nouvel instrument dans toute la splendeur de ses ressources sonores. Précisément un siècle auparavant, en 1760, un grand orgue avait été établi dans la cathédrale de Rouen par Lefebvre, facteur rouennais, dont le travail obtint alors l'approbation des connaisseurs. L'etfet du temps rendit nécessaires à diverses époques des restaurations plus ou moins importantes à ce même instrument ; mais la facture d'orgues s'est en- richie depuis un siècle d'une si grande variété de timbres ; l'art d'ali- menter les jeux en raison de leurs dimensions et de leur caractère par des pressions de vent diverses a fait de si grand progrès dans ces der- niers temps, et la mécanique a fait tant de conquêtes de moyens nou- veaux, faciles et commodes, que le moment était venu do reconstruire sur de nouvelles bases le grand orgue de la cathédrale; on n'a conservé de l'ancien instrument qu'un très-petit nombre de jeux; peut-être aurait- il mieux valu qu'on n'en eût rien gardé. L'orgue de MM. Merklin et Schûtze est un trente-deux pieds; il a quatre claviers à la main, chacun de cinquante-quatre touches ; un clavier de pédale séparé, de vingt-sept touches ; quinze pédales de combinaisons et d'accouplements, cinquante-huit jeux, dont une bombarde de 32 pieds, et huit 16 pieds. Les proportions de ces jeux à l'égard les uns des autres, leur excellente harmonie, la rondeur majestueuse des jeux de fonds, l'éclat sans dureté des jeux d'anches, la riche variété des jeux de détails et l'homogénéité du plain-jeu font de cet instrument l'ensemble le plus satisfaisant qu'on puisse entendre. La puissance de sa sonorité est telle, que l'immense étendue de l'édifice en est remplie sans s'affaiblir à quel- que point que ce soit de son étendue. Sa richesse en variété d'effets semble inépuisable. Au point de vue de la précision et de la perfection du mécanisme, l'orgue de MM. Merklin et Schûtze peut être cité comme un modèle : soumis pendant deux jours à l'action différemment accen- tuée de cinq organistes, il n'a fait entendre aucun de ces accidents si fréquents dans les grands ouvrages de ce genre les mieux construits, de cornements, de note lente à se relever, ou de sifflements de quelques petits tuyaux aigus : son articulation est nette, franche, rapide, quelle que soit la gravité des jeux employés dans les combinaisons. En somme, le nouvel orgue de notre cathédrale est un instrument ac- compli. En invitant trois des meilleurs organistes de Paris et M. Lemmens à prendre part à l'inauguration du bel orgue de MM Merklin et Schûtze, Mgr l'archevêque a voulu donner un grand éclat à cette cérémonie : il fut réglé qu'elle serait divisée en deux séances. La première commença par la bénédiction de l'orgue, faite par le prélat lui-même, assisté de tous les chanoines et de tout le clergé de la cathédrale ; puis MM. Ba- tiste, Sergent, Renaud de Vilbac et M. Klein, organiste de mérite attaché à cette église, se firent entendre tour à tour dans des morceaux de leur composition, où ils déployèrent toute leur habileté bien connue, alter- nant avec la maîtrise qui, sous la direction de M. l'abbé Bluat, maître de chapelle, exécuta plusieurs morceaux de musique religieuse de Haydn, Mozart et Haendel, avec beaucoup d'ensemble, de rhythme, et avec des nuances d'expression bien rendues. Le vendredi 2 mars, jour de la seconde séance d'inauguration, avait été réservé pour M. Lemmens seul. La réputation européenne de ce DE PARIS. 91 grand artiste avait dès longtemps précédé son arrivée à Rouen. Un très- vif intérêt s'attachait à ce qu'on allait entendre ; mais quelque favora- bles que fussent les prévisions de l'immense assemblée réunie pour en- tendre M. Lemmens, l'effet qu'il produisit à son introduction surpassa tout ce qu'on avait espéré, et frappa tout l'auditoire d'admiration dans les quatre parties d'un superbe concerto d'orgue de Haendel. Sous sa main puissante, l'instrument semblait avoir doublé ses magnificences sonores. A ce concerto succéda une improvisation d'une rare délicatesse, où les voix des différents claviers s'unirent en combinaisons d'effets variés et charmants ; puis la prodigieuse exécution de M. Lemmens se produi- sit avec un éclat extraordinaire dans sa large composition intitulée Hosanna, dont la seconde partie est un chef-d'œuvre de grâce et d'élé- gance, ainsi que dans le grand prélude suivi de la fugue en ré mineur, de Jean-Sébastien Bach, dont les difficultés seraient inabordables pour tout autre, et qui n'ont semblé qu'un jeu sous sa main. Une charmante prière en fa, d'un style plein de suavité, et une grande improvisation pour la sortie ont complété cette seconde séance où, pendant deux heures, M. Lemmens a tenu sous le charme un auditoire de plus de six mille personnes. L'instrument et l'artiste étaient de toute part salués par les expressions les plus enthousiastes. Tel est, mon cher Monsieur, le résumé exact et fidèle des impressions produites sur les habitants de Rouen par l'essai du nouvel orgue de notre cathédrale, et par le talent des artistes qui l'on joué, particulièrement par le célèbre professeur du Conservatoire de Bruxelles. Agréez, etc. Nantes, le 9 mars 18G0. Monsieur le Rédacteur, Ainsi que vous l'avez annoncé, le Pardon de Floermel a obtenu un im- mense succès sur notre scène ; établi dès le premier soir, les auditions suivantes l'ont triomphalement confirmé, et, la meilleure preuve, c'est que, — fait sans précédent au théâtre de Nantes, — cinq représentations du nouveau chef-d'œuvre ont été données en dix jours. Du reste notre public a toujours montré une préférence marquée pour la musique de Meyerbeer ; je ne pense même pas que sur aucune autre scène de pro- vince, Robert, les Huguenots, le Prophète et l'Etoile, aient été représentés aussi souvent qu'à Nantes ; toutes les œuvres du maître nous sont con- nues à fond, elles appartiennent toutes au répertoire courant, et elles provoquent toujours un empressement aussi vif que général. Cela est si vrai que l'année dernière les Huguenots ont été remontés dans des con- ditions inusitées de luxe, avec une mise en scène entièrement renouve- lée, des accessoires refondus, des costumes et des décors neufs, l'ad- ministration déployant dans cette circonstance l'entrain et le zèle qu'elle eût mis dans la création d'un ouvrage nouveau, et le public accourant en masse, écoutant, admirant, applaudissant avec le même élan et le même enthousiasme que s'il ne s'agissait pas d'une pièce qu'il écoute, admire et applaudit chaque hiver dix ou douze fois depuis vingt ans. C'est donc devant un auditoire parfaitement disposé à le comprendre, très-apte à en saisir les beautés diverses, que le Pardon s'est déroulé l'autre soir. Suivant pas à pas les péripéties du drame, les préparant et les développant, accentuant chaque situation, se faisant passionnée ou poétique, simple ou violente, colorée ou naïve, cette musique a exercé comme une sorte de fascination sur les spectateurs. Ils ont retrouvé le maître, avec la merveilleuse souplesse de son génie, avec sa muse tou- jours inspirée dans le sentiment le plus élevé et le plus distingué de l'art, avec cette science forte et solide, base inébranlable et bien assise sur- laquelle il a pu construire le monument d'une gloire impérissable. A peine le premier accord avait retenti que le public s'est laissé aller au courant de ses sensations, il a frappé des mains avec transport, et a décerné à l'œuvre nouvelle l'ovation la plus retentissante et la plus cha- leureuse dont j'aie été témoin à la salle Graslin. Je ne vous dirai pas que tel passage a été plus chaudement accueilli que tel autre, je n'ai pas non plus à entrer dans l'examen d'une œuvre que vous connaissez si bien, je constate simplement que le triomphe a été général, et que les specta- teurs charmés n'ont cessé de manifester leur admiration par des explo- sions énergiques et unanimes de bravos. Dans ce succès, le plus éclatant peut-être dont les échos de la scène de Nantes aient gardé le souvenir, une part importante revient na- turellement à l'exécution et à la mise en scène. Mlle Lavoye était char- gée du rôle de Dinorah ; elle l'a chanté comme une excellente cantatrice qu'elle est, avec la méthode sûre que vous lui connaissez, dans ce style noble et large qui est le sien ; l'adorable Berceuse, la ballade si solen- nelle dans sa grave simplicité, l'air de VOmbre dont l'habile artiste a dé- taillé avec un art parfait toutes les nuances délicates, ont été pour Mlle La- voye autant d'occasions de se montrer la digne interprète de cette grande école de chant dont elle est une des individualités les plus distinguées. Elle a d'ailleurs très-finement joué l'important personnage de Dinorah. Le rôle de Hoel a été rempli par M. Magne, qui s'est tiré de cette tache impor- tante avec autant d'intelligence que de talent ; le public n'avait pas jusqu'à présent fait grand accueil à M. Magne; Hoël est venu et tout est arrangé; que dis-je ? l'artiste est aujourd'hui au nombre des préférés des specta- teurs habituels de la salle Graslin. C'est comme M. Charles, Trial un peu effacé dans la troupe ; le rôle charmant de Corentin en fait un des pen- sionnaires les plus importants ; de fait il y est très-bien ; il en a pris fort spirituellement et dans une bonne mesure la physionomie, et il le chante en vérité d'une façon tout à fait satisfaisante. M. Filliol, première basse chantante, entonne chaque soir de sa voix mâle et timbrée le chant si original du braconnier, et M. Carré, premier ténor léger, celui du faucheur ; enfin les deux petits pâtres sont interprétés par deux charmantes Dugason qui se tirent d'affaire à merveille. Quant aux chœurs, ils marchent avec un aplomb imperturbable, ils sont parfaits; l'orchestre soutient vaillamment de son côté sa vieille réputation d'habileté et de conscience; et ce que vous avez dit delà mise en scène est parfaite- ment vrai; elle est au moins égale à celle de Paris; et M. Bernier, notre peintre-décorateur, s'est surpassé dans les quatre décors qu'il a exécutés. Quant à notre directeur et chef d'orchestre, M. Solié, l'administration lui a témoigné par une lettre spéciale ses félicitations pour le zèle et le talent apportés par lui dans l'exécution du nouveau chef-d'œuvre de Meyerbeer. X.... , NOUVELLES. «*» Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de toute es- pèce se sont élevées, pendant le mois de février, à 1,765,398 fr. *** Dimanche dernier, le Pardon de Ploërmel a été représenté, et il a fait salle comble. La recette a atteint G, 000 fr. On a dû, faute de place, refuser beaucoup de monde. t% Mardi dernier, Mlle Tuai, élève du Conservatoire, qui s'était dis- tinguée dans les exercices et les concours, a débuté par le rôle de Zer- line, dans Fra Diavolo. C'est une jeune et jolie personne, qui a de la voix et jouera bien la comédie. Le ténor Warot remplissait pour la première fois le rôle de Fra Diavolo. „% Le concert donné à la cour et une indisposition de Mlle Monrose n'ont pas permis au théâtre de l'Opéra-Comique de donner cette semaine le Roman d'Elvire. %*% Tamberlick, arrivé mardi dernier, s'est mis tout de suite à la dispo- sition de M. Calzado. Malgré la fatigue d'un voyage très-pénible dans cette saison, le célèbre artiste est en possession de tous ses moyens, et aujourd'hui même la salle Ventadour ne se trouvera pas assez grande pour contenir la foule qui voudra le voir et l'applaudir dans le rôle d'Otello. C'est Mme Borghi-Mamo qui chantera Desdemona , et Graziani lago. „,** Hier, Roger donnait au théâtre du Cirque, à Bruxelles, une repré- sentation composée de Lucie de Lammermoor, et dans laquelle il rem- plissait le rôle d'Edgar, celui de Lucie était chanté par Mlle Cordier, de l'Opéra-Comique. „*,, Nous avons dit quelques mots du succès obtenu par Mme Tedesco dans le rôle de Fidès du Prophète, représenté sur le théâtre de San-Carlo à Lisbonne. Nous devons ajouter que la célèbre cantatrice avait chanté auparavant le rôle de Rosine, du Barbier. Elle avait eu l'heureuse idée d'intercaler dans la leçon de chant l'air de l'Ombre, du Pardon de Ploër- mel. Les vocalises, aussi légères que brillantes, de la cantatrice dans cet admirable morceau lui ont valu une véritable ovation. Le succès extraor- dinaire qu'elle obtient auprès du public de Lisbonne s'explique d'ailleurs aisément par la flexibilité de son talent qui lui permet d'aborder avec une égale facilité les grands rôles dramatiques du répertoire, aussi bien que les rôles brillants et légers. *% Lorsque tous les théâtres de province montaient à l'envi les Dra- gons de Villars, Montpellier, la patrie de l'auteur, ne pouvait rester plus longtemps en arrière. Le théâtre de cette ville vient donc de faire re- présenter cet opéra, et il a obtenu le succès qui l'a accueilli partout. #*% Alessandro Bettini, ténor du théâtre impérial Italien de Saint- Pétersbourg, vient d'arriver à Paris. — Giraldoni, baryton du même théâtre, y a passé également et est reparti pour Barcelone, où il est engagé. »% Notre savant et illustre collaborateur, M. Fétis père, est en ce mo- ment h Paris. „** Un journal étranger annonce le mariage delà Piccolomini avec un prince italien. „,*,,, Voici la liste des principales villes d'Allemagne où le Pardon de Ploër- meia été monté jusqu'ici : Stuttgard, Mannheim, Francfort, Cobourg-Gotha, Dresde, Hambourg, Rostock, Augsbourg, Hanovre, Prague, Kœnigsberg. Pour le mois prochain l'ouvrage est annoncé à Breslau, Leipzig, Munich, Wiesbade, Lubeck, Darmstadt et Wurzbourg. 92 REVUE ET GAZETTE MUSICALE ,,*,,, La Société des jeunes artistes du Conservatoire donne aujourd'hui son cinquième concert a deux heures précises, salle Herz. En voici le programme : symphonie en mi bémol, de Gounod ; choeur d'Athalie, de Jules Cohen, solo par M. Faure; ouverture de Sémiramis, de Rossini; fragments du Siège de Connthe, solo par Faure ; symphonie en ut majeur de Beethoven. L'orchestre sera dirigé par M. Pasdeloup. *% Le premier concert des Tuileries a eu lieu mardi devant trois cents invités, au nombre desquels on remarquait plusieurs notabilités artis- tiques et littéraires. Faure, Montaubry et Mme Cabel y ont fort bien chanté et ont été complimentés par Leurs Majestés en personne. Mardi prochain aura lieu le deuxième concert.— Les concerts hebdomadaires de l'Hôtel de ville ont également recommencé, et M. le comte de Nieuver- kerke a repris ses soirées musicales et artistiques. *** Si l'espace ne nous manquait, nous parlerions avec plus de détails du début intéressant d'un jeune pianiste qui s'est fait entendre mardi dernier dans les salons de M. Marmontel, son maître, devant une bril- lante assemblée. Alphonse Duvernoy est l'un des fils de l'excellent ar- tiste et professeur de ce nom ; après avoir remporté le premier prix de piano au Conservatoire, il a continué ses études avec plus d'ardeur que jamais. Alors il avait douze ou treize ans : il en a maintenant dix-sept, et il peut à son tour prendre rang parmi les maîtres. Dans un trio de Beethoven exécuté avec MM. Saenger et Korblin ; dans un morceau de Chopin, des variations de Haendel, et surtout dans la Chasse de Stephen Heiler, il a fait preuve d'un talent qui unit la délicatesse à la force, et réussit à reproduire des styles tout différents. En l'écoutant nous pensions au mot de Mozart, lorsqu'il entendit pour la première fois Beethoven : « Faites attention à ce jeune homme-là ! » *** M. Petitpa, artiste de la danse, vient d'être nommé professeur de la classe de perfectionnement à l'Opéra, en remplacement de M. Gosselin, décédé. *** Le théâtre Déjazet vient de mettre à l'étude une opérette de Flotow, Pianella, qui a obtenu beaucoup de succès en Allemagne, et qui offrira cette curieuse particularité que Paul Legrand y remplira un rôle. — En attendant, le petit opéra-comique de Fanchette est applaudi tous les soirs. „*.,. Les symptômes qu'avait présentés la maladie grave dont le célèbre chef d'orchestre Jullien a été subitement atteint, ont dégé- néré en fièvre cérébrale. Quoique encore fort grave, sa situation paraît devoir s'améliorer, et il y a lieu d'espérer qu'il ne sera perdu ni pour l'art, ni pour ses amis. ,„*» Prudent annonce pour le mercredi, 28 mars, un second concert, a,** La prochaine séance des quatuors Maurin et Chev illard, qui aura lieu jeudi, présentera un attrait particulier ; on y exécutera le nouveau quintette de M. Fétis, pour instruments à cordes. ***Le Journal des travaux publics annonce que c'est M. Belu, entrepre- neur, qui est chargé de la construction des deux théâtres de la place du Châtelet, sous la direction et d'après les plans de M. Davioud, ar- chitecte. La dépense en travaux de maçonnerie et de couverture s'élè- verait à la somme de 4,300,000 fr. environ. D'après le traité qui aurait été signé il y a quelques jours, les deux salles de spectacle seraient construites dix-huit mois après que le terrain sera livré à l'entrepreneur. »*„ L. Brassiu donnera, demain lundi, un second concert dans la salle Beethoven. 11 y fera entendre un impromptu et scherzo de Cho- pin, une étude de Moschelès ainsi que trois morceaux de sa composition, un air varié de Vieuxtemps transcrit pour le piano, chant du soir et galop fantastique. „% Mlle Miirer, l'excellente pianiste et élève de Prudent, donnera un grand concert le 21 de ce mois dans la salle Uerz. „,*„, Le pianiste compositeur, M. Bernhard Rie, donnera un concert le 26 mars dans la salle Herz. Nous ferons prochainement connaître les noms des artistes qui prêteront leur concours à M. Bernhard Rie. *** M. de Casella, violoniste de S. M. le roi de Sardaigne, vient d'ar- river à Paris. ;k** MM. Armingaud, Lapret, Lalo et Jacquard donneront leur 5e soirée de musique de chambre mercredi prochain, 4 4 mars, dans les salons Pleyel. ,„** Le programme de la matinée musicale que donne Louis Lacombe, le lundi 19 mars, dans la salle Herz, est des plus intéressants. La partie vocale est confiée ù Roger, Jules Lefort et Mme Wekerlin-Damoreau. Ils chanteront, entre autres, des fragments de l'.Lmoiir, drame de M. Niboyet, dont le bénéficiaire a écrit la musique. En outre, Louis Lacombe fera entendre plusieurs de ses compositions : la chanson de Barberine, la Chanson du fou, la Grand'mère ; enfin, Mlle Stella Colas déclamera une scène d'Alfred de Musset. Le violoniste Koempel, C. Lebouc, Emile For- gues, compléteront l'ensemble de ce beau concert. **„, Un élève distingué du Conservatoire, Louis Lauton, qui possède une charmante voix de ténor, court le risque de voir ses études inter- rompues pour obéir à l'appel de la conscription. Un concert fructueux peut le mettre à même d'échapper à cette nécessité, et les artistes les plus distingués lui ont offert spontanément leur généreux concours pour le composer. Le vendredi 16 mars, dans les salons d'Erard, à 8 heures du soir, Mmes Borghi-Mamo, Stella Colas, Desportes, et MM. Roger, Graziani, Sainte-Foy, L. Lacombe, Lamoury, etc. , se feront entendre au bénéfice du jeune artiste. L'intérêt qu'il inspire et une semblable réunion de talents ne laissent pas de doute sur les résultats de sa tentative. n*t Un grand et beau concert sera donné le samedi. 17 mars, à deux heures, dans la salle Herz, rue de la Victoire, au profit de l'œuvre de Saint-Joseph des Allemands, qui a pour but de procurer le bienfait de l'instruction et de l'éducation à ces nombreux enfants venus d'Allema- gne, d'Alsace et de Lorraine dont les familles habitent les quartiers les plus pauvres de Paris. Les amateurs de bonne musique auront le dou- ble attrait d'entendre les artistes les plus distingués de l'Allemagne, et de soutenir une xuvre essentiellement utile et morale. On y enten- dra Mme Bochkoltz-Falconi et M. Morini ; Mlle Anna Kull, M. Henri Ketten et M. Kœmpel, le quatuor allemand de Mme Falconi et la So- ciété chorale Teutonia. ^*» C'est mercredi prochain, dans les salons d'Erard, qu'aura lieu la troisième et dernière soirée de musique classique donnée par M. Lebouc. Le programme en est aussi riche que varié et la séance sera des plus intéressantes. . *** Lundi 12 mars, à huit heures et demie, dans les salons d'Erard, M. Albert Sowinski donne un concert dans lequel il fera entendre un quintette pour piano et instruments à cordes; des chants religieux à trois voix, des études et une gigue pour piano de sa composition. MM. Waldbert, Marochetti, Chaine, .Mas ; Mme Cambardi et plusieurs autres artistes distingués prêteront leur concours au bénéficiaire. „,** Mme veuve Miolan, mère de Mme Carvalho, atteinte depuis plu- sieurs mois d'une affection chronique, a succombé subitement à une congestion cérébrale. Le malheur qui frappe Mme Carvalho suspend néces- sairement les représentations de Philémon et Baucis, dont la reprise sera ultérieurement annoncée. *** Elisabeth Weigl, veuve du compositeur célèbre auquel on doit la Famille suisse, est décédée à Vienne, le 26 février dernier, dans sa 85e année. **„, Les restes mortels de Mme Schroeder Bevrient, qui avaient été déposés provisoirement à Cobourg, dans le caveau de la famille, ont été portés à Dresde et enterrés dans un des cimetières de cette capitale. Quel- ques amis seulement suivaient le cercueil. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. *% Toulouse.— La deuxième représentation de Y Etoile du Nord a con- firmé tout ce qu'avait fait espérer la première. L'essai de notre directeur, qui, le premier en France, a eu l'idée de donner en grand opéra la belle œuvre de Meyerbeer a été un coup de maître, car il aura fixé pour longtemps la foule au théâtre du Capitole. Les morceaux ajoutés après coup à la partition, l'air de Danilowilz au premier acte, les couplets de Gritzenko au deuxième et le trio du troisième, chanté par Péters, Danilowitz et Gritzenko, ont été très-goûtés et vivement applaudis, il en a été de même des récitatifs. Les interprètes se sont mon- trés â la hauteur du chef-d'œuvre, et l'orchestre et les chœurs méritent les plus grands éloges. M. Danglas, qui n'a pas arrangé, comme nous l'avions dit par erreur, la pièce en grand; opéra, mais qui a traduit de l'italien les récitatifs a fait ce travail avec beaucoup d'habileté. „% Marseille.— Hier, a eu lieu au Grand-Théâtre la première repré- sentation du Jugement de Dieu, opéra dû à la collaboration de MM. Au- guste Morel et Adolphe Carcassonne. Un auditoire d'élite se pressait à cette solennité qui offrait à sa curiosité l'attrait d'une œuvre indigène. Nous dirons tout de suite que son attente n'a pas été trompée. Le succès a été grand, légitime et de bon aloi. Le compositeur, le librettiste, les acteurs, chacun en a eu sa part, et les applaudissements étaient assez uni- versels pour satisfaire à tous. Nous reviendrons sur cette œuvre dont le sujet est des plus intéressants et dont la musique renferme des beautés de premier ordre. MM. Armandi et Depassio, Mmes Elmire et Litschner, chargés de l'interpréter, s'en sont acquittés avec le plus grand talent, et ont été fréquemment rappelés. »% Nantes. — Deux artistes de première ligne, Servais, l'inimitable violoncelliste, et Mme Vestvali, contralto de l'Académie impériale de mu- sique, brillaient au programme du concert donné vendredi par la So- ciété des beaux-arts. Dire que le succès de Servais a été immense, c'é- tait chose sue d'avance. Quant à Mme Vestvali qui s'est fait une si belle place à l'Opéra, elle a enthousiasmé notre public. Elle a dit d'une manière admirable la scène des tombeaux de Roméo et le brindisi de Lucrezia Borgia ; elle a dû répéter ces deux morceaux après lesquels elle a été chaque fois rappelée et couverte de fleurs. DE PARIS. 93 ,% Amiens. — Notre premier ténor M. Martin vient de prendre avec un très-grand succès le rôle de Jean de Leyde dans le Prophète, et il s'y fait applaudir tous les soirs. Mlle Erambert est très-bien dans le rôle de Fidès, et Mme Ismaël une excellente Bertlia. Le chef-d'œuvre de Meyerbeer, ainsi interprété et forr bien monté d'ailleurs, fournira une longue et belle carrière. 2*2 Lille, 9 mars. — La représentation du Pardon de Ploërmel, qui a été donnée au bénéfice de Mme Reynaud, notre première chanteuse, a été pour elle l'objet d'une véritable ovation ; pendant le cours de la représentation, le public lui a témoigné par des applaudissements, des bouquets et des couronnes toute sa satisfaction. Mme Reynaud est d'ail- leurs admirablement secondée par M. Barré et M. Maugard, et le nou- veau chef-d'œuvre de Meyerbeer est dans la voie d'un grand et durable succès. — On vient de reprendre Martha; le charmant opéra de Flotow a retrouvé son succès habituel, auquel ont bravement con- tribué, pour leur part, Mmes Raynaud, Latouche et MM. Codelaghi et Chenest. „.*„. Saint-Etienne. — Un opéra en deux actes : la Charmeusi de Saint- Vallier, coup d'essai du fondateur-directeur de la Société chorale foré- zienne, M. Alfred Dard, qui déjà, en 1853, avait fait exécuter une messe solennelle à grand orchestre, va se produire sur notre théâtre après avoir été fort goûté dans les salons de notre ville. Les artistes chargés de l'interpréter se montrent fort satisfaits de leurs rôles, et tout présage un succès pour le jeune compositeur. „.*„. Strasbourg, 6 mars. — Les séances de musique de chambre de MM. Schwaederlé, Mayerhofer, Weber et Oudshoorn continuent avec un succès toujours croissant. La cinquième, qui a eu lieu dimanche dernier, se composait du quintette en mi mineur d'Onslow (deuxième violoncelle, M. Schuncke) ; du dixième quatuo" de Beethoven ; du trio en mi bémol majeur, op. 12, pour piano, par Hummel ; de la Romanesca transcrite pour violon par Baillot, et d'un duo du Stabat mater, de Rossini. Ajoutons que l'exécution a été aussi consciencieuse et aussi habile que de coutume. Dans la partie de piano du trio de Hummel, Mme Schwaederlé a déployé un charme de doigter et un brillant tout à fait hors ligne. M. Schwae- derlé a dit la Romanesca en digne élève de Baillot, avec les pures tradi- tions de son illustre maître, et une inspiration personnelle qui lui fait grand honneur. CHRONIQUE ETRANGERE. *% Londres.- Il ne se donne pas un concert en Angleterre où la musique du Pardon de Ploërmel ne soit chantée. Au dernier concert de samedi, donné au Palais de Cristal, Mlle Parepa, qui ne s'y était pas encore fait entendre depuis qu'elle fait partie de la troupe de M. Gye, a été l'étoile de la partie vocale. Elle a chanté une scène de Benedict et l'air de VOmbre de Dinorah avec une grande supériorité, et elle a dû le répéter aux grands applaudissements de la foule. Mlle Lascelies a, de son côté, chanté avec non moins de succès l'air de contr'alto Fanciulle che il core, du même opéra. — Le mardi suivant, au concert annuel de M. Ransford, vieil ami de notre public, miss Arabella Godclard a exécuté, sur l'air de VOmbre, une nouvelle et brillante fantaisie qui a produit le plus grand effet. — Le théâtre royal italien de Covent-Garden ouvre le 10 avril par Fidelio avec Mme Czillag. Immédiatement après suivront il Pelegrinaggio , Stradella et Herculanum. — Le théâtre de Sa Majesté ouvrira par Oberon, traduit en italien. „*, Bruxelles. — Lundi, la reprise du Gustave III, de M. Auber, avait attiré une foule prodigieuse au théâtre de la Monnaie. Cet opéra porte la date, pour Paris, du '27 février 1833, et pour Bruxelles, du 19 février 1835. Ce qui a frappé tous les yeux, c'est la richesse des costumes, c'est la splendide mise en scène de ces cinq actes, c'est surtout le bal mas- qué, éblouissant de lumières, de mouvement et de gaieté. Quant à la mu- sique, c'est toujours M. Auber avec son imagination heureuse, sa verve, son esprit, son orchestre élégant et riche, mais sans profusion, où les motifs circulent et se croisent dans la transparence de l'harmonie la plus limpide. Pour une première représentation l'ensemble a été bon et ga- gnera certainement aux suivantes Nos principaux artistes : KM. Wicart, Depoitier, Aujac, Marchot, Mmes Vandenhaute et Dupuy y tiennent leurs rôles avec talent. Le ballet aussi, à la tête duquel se distinguent Mme De- léchaux et M. Gredelue, a bien mérilé du public— Deux de nos. artistes les plus justement aimés, M. et Mme Léonard, terminent en ce moment une tournée artistique en Hollande, qui n'a été pour eux qu'une suite de triomphes. A Amsterdam, a Rotterdam, à Utrecht, à Bois-le-Duc, à Arnhem, partout enfin ils ont recueilli bravos et couronnes ; mais c'est à la Haye surtout que leur succès a été grand, et a pris dans le monde musical toutes les proportions d'un événement. Après l'exécution du quatrième concerto, œuvre magistrale dont Bruxelles a eu la primeur, notre éminent violoniste a été acclamé par l'orchestre et rappelé à diffé- rentes reprises par la salle tout entière; enfin, pendant un concert donné chez la reine-mère, et dont nos compatriotes ont fait tous les frais, S. M., après s'être longuement entretenue avec eux, leur a fait remettre de riches présents, et Mme Léonard, qui avait déjà vu bisser le dernier morceau du programme, a dû céder encore aux désirs de son royal au- ditoire en chantant quelques-unes de ces mélodies espagnoles aux- quelles elle imprime le double cachet de son talent original et de sa na- tionalité. — Au dernier concert de l'association des artistes-musiciens, nous avons entendu M. Alard, professeur au Conservatoire de Paris. M. Alard est un violoniste français dans toute la force du terme, c'est-à- dire qu'il possède la grâce, le fini et la pureté de son. Ces qualités dis- tinctives, il les a toutes mises en évidence par l'interprétation de deux charmantes fantaisies, la première, sur la Fille du régiment, la seconde, sur la Muette, et des applaudissements prolongés ont dû prouver au re- présentant de l'école française, qu'en Belgique, la terre par excellence des violonistes, on apprécie à sa juste valeur le véritable talent, quelle que soit son origine. „.*„. Gand. — Le Pardon de Ploërmel en est à sa quinzième représenta- tion, et chaque jour l'admirable musique du grand maître est mieux ap- préciée. Le Pardon de Phermel abonde en grandes et riches inspirations, en mélodies neuves, originales, élégantes Dans tous les morceaux isolés, comme dans l'ensemble de l'opéra, on reconnaît la touche magistrale de l'illustre compositeur qui signa les partitions des Huguenots, de Ro- bert, du Prophète et de l'Etoile, du Nord. Les interprètes méritent d'ailleurs d'être associés au succès de l'ouvrage : Mme Isnard , dans le rôle de Di- norah; M. Maugard, dans celui de Corentin; M. Bussine, dans celui d'Hoel, se surpassent tous les soirs. ,*i Liège. — Le célèbre pianiste compositeur II. Litolff vient de nous donner deux concerts. Nous devrions tout d'abord entretenir nos lec- teurs de l'éminent artiste et du succès colossal qu'il a remporté dans le cours de ces deux soirées, mais quelles formules laudatives pourraient atteindre au lyrique enthousiasme du public ébloui, transporté par ces magiques accords, cette pluie de notes qui étincellent , éclatent tout à coup comme la tempête pour s'égrener en s'adoucissant peu à peu comme le chant lointain de l'oiseau. Le morceau la Chanson du rouet, d'une dou- ceur et d'une simplicité patriarcales, et les Octaves, cette audacieuse composition d'une exécution vraiment désespérante pour un pianiste or- dinaire, ont provoqué une de ces manifestations auxquelles M. Litolff est habitué et qu'un chroniqueur ne peut guère définir. Le quatrième con- certo symphonique, et surtout Vandante religioso de cette composition, ont montré toute la flexibilité du talent du compositeur, qui a su exprimer les sentiments les plus sublimes et les plus suaves. Dans l'ouverture des Girondins, au contraire, Litolff a voulu traduire cette lugubre page des annales révolutionnaires de la France. Mlle de Aynssa a vaillamment secondé le grand artiste, et jamais notre orchestre n'avait atteint une pareille perfection. #*% Hambourg. — Le Pardon de Ploërmel a été joué vingt fois depuis la première représentation (le 11 janvier). „% Prague. — Depuis longtemps nul événement musical n'avait mis notre ville en émoi comme la première représentation de Dinorah. Le rôle principal a été un véritable triomphe pour Mlle Brenner, qui a été rappelée après chaque morceau chanté par elle. „,** Leipzig. — Dans la salle du Gewandhaus a eu lieu un concert de bienfaisance, dans lequel on a exécuté pour la première fois une œuvre posthume de Schumann ; la musique de la ballade, la Malédiction du chanteur, texte de Uhland, et en outre, la première nuit de Walpurgis, paroles de Gœthe, musique de Mendelssohn. Dans le même local, l'a société de chant des étudiants de l'université a donné son concert annuel. **„, Munich. — Le premier concert de l'Odéon, qui a eu lieu le 27 fé- vrier, sous la direction de Lachner, était en quelque sorte un concert historique. On y a exécuté, dans un ordre chronologique, des morceaux dus aux compositeurs qui ont été attachés à la chapelle royale : L. Senfl, (de 1490 1590), lied à quatre voix; Orlando Lasso (de 1520—1594), motet et madrigal; de Kherl (1625—1690), antiphonie à quatre voix et chœur; de Berna (1639—1732), hymne; Steffani (1655—1730), duo et chœur de Semiramis; de Winter, Gaspard Ett, Chelard, Aiblinger, Stunz. ,% Florence. — Giuseppe Tombesi, ténor à la voix aussi belle que puissante et l'artiste préféré de notre public, maintenant encore fêté à. notre théâtre Alfieri, est engagé au grand théâtre deTrieste pour la prochaine saison du carême. „% Madrid.— On a donné au théâtre Royal la Cenerentola. Mlle Tre- belli y a obtenu un succès aussi grand que mérité. Il s'est traduit par des bravos, des rappels et des bouquets présentés par des co- lombes. Cette artiste fait de grands progrès et marche à une belle réputation. a,% Saint-Pétersbourg, 1°r mars. — Tous nos artistes italiens sont partis les uns pour Moscou, Mme Charton et Calzolari sont de ce nombre, et doivent y donner trois concerts; les autres pour l'Italie ou pour Paris. Mme Lagrua doit passer quelque temps à Dresde, auprès de sa famille. L'engagement de Mme Charton n'est pas encore renouvelé ; celui de De- bassini l'a été pour deux ans. 11 serait possible que Giraldoni nous re- vînt ; ce jeune artiste dont une maladie sérieuse avait, dans le prin- 94 REVUE ET GAZETTE MUSICALE cipe paralysé les moyens, s'est montré, vers la fin de la saison, ce qu'il est réellement, chanteur à la voix fraîche et sonore, et musicien de la bonne école. — L'étoile de notre ballet, Mme Kosati, vient d'être réengagée pour la saison prochaine. Ses succès dans Jovita, le Corsaire, et en dernier lieu dans Pâquerette, ne laissaient aucun doute à cet égard. La direction montera pour sa rentrée en octobre prochain un grand ballet de Perrot, musique de Pugni. — La saison des concerts promet d'être brillante cette année. On en va juger par quelques noms: Vieux- temps qui vient d'arriver et qui donne son premier concert la semaine prochaine, après celui des sœurs Ferai, déjà annoncé. Puis viendra le tour d'un jeune Russe qui a fait de brillantes études au Conservatoire de Bruxelles où il était élève de Servais et qui a enlevé le premier prix de violoncelle à la pointe de son vaillant archet. Il se nomme Arved Poorten; il vient chercher le jugement de ses compatriotes après avoir été salué par les applaudissements de Bruxelles et de Paris. C'est un tout jeune homme et c'est déjà un maître. Puis voici venir un autre Russe, un vio- lon, celui-ci, encore un premier prix de Bruxelles, M. Tabourowsky, une fantaisie, une flamme, une tempête! un beau présent, un grand avenir! Puis encore Montigny, un des bons violoncellistes de l'école belge, qui prépare un concert au grand Théâtre; puis Colosanti, le rossignol de l'ophicléide; puis Rubinstein, le célèbre compositeur pianiste ; puis Mme Nissen-Saloman, la cantatrice justement renommée; puis Mme Scho- berlechner, qui fête son cinquantième anniversaire; puis Dreyschock qui. de Berlin, se met en route pour Saint-Pétersbourg. Que de concerts et de beaux concerts! Ce sont les sœurs Ferni, qui, dimanche prochain, ouvrent la marche. s. DUFÛIIR. LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C% RUE JACOB, 56. Et chez tous les libraires de France et de l'étranger. BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS ET BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE DE MUSIQUE Deuxième édition Entièrement refondue et augmentée de plus de moitié, JPar F.-«I . FÉTIS Maître de chapelle du roi des Belges, Directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles. ENVIRON DIX VOLUMES IN-8° DE CINQ CENTS PAGES Paraissant par livraisons «li- Iw pages chacune, lO livraisons par vol h nie. Prix de chaque livraison 80 centimes. Prix de chaque volume 8 francs. (Le prospectus de l'ouvrage se délivre gratis en s' adressant aux éditeurs par lettre affranchie.) Publiés par G. BRANDUS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au 1". NOUVEAUX MORCEAUX DE PIANO Exécutés dans les concerts et soirées musicales de celte saison. Alfred Jaell Ombre légère, transcription de l'air de l'opéra-comique le Pardon de Ploermel 7 50 Ee Carillon, morceau de salon 6 » Transcription du Chœur des enfants, du Prophète 7 50 H. Litolff Chanson du Rouet, Fantaisie 9 » Rosée de liai, chant sans paroles 9 » E.cs Octaves, morceau de concert 9 » E« Prudent Op. 54. lie Citant du ruisseau, caprice 9 » Op. 55. Lies Bois, chasse 9 » DU MÊME AUTEUR : Op. 41. LaDanse des Fées (2e édition) 9 » Op. 53. Adieu printemps, étude caprice 9 » J. Bliiineiitlial Op. 51. Le Cliant du Cygne, mélodie 5 » Op. 52. I/Etoile du soir, troisième valse ......... 6 » Op. 53. Marche du Vainqueur 7 50 Une Fleur des Alpes 7 50 CHEZ LES MÊMES ÉDITEURS : ASCDGB. Illustration du Pardon de Ploermel 9 » — Op. 84. Illustration de Hubert le Diable 9 » BADARZEWSKA. Prière d'une vierge 5 » BERNARD (Paul). Op. 52. Transcription du Pardon de Ploermel. 6 » ■ — Op. 55. La Charité, chœur de Rossini, transcription ... 6 » GORIA (A.). Fantaisie dramatique sur le Pardon de Ploermel. 7 50 — Fantaisie de salon sur les Dragons de Villars 9 » DESS. Op. 54. Rêverie sur le Pardon de Ploermel 5 » HUNTEM (F.). Fantaisies sur Stradella et Maria, de Flotow, ch. 5 » KAEKBRENNER (A.). Mosaïque sur le Pardon de Ploermel 7 50 KETTERER. Op. 79. Fantaisie brillante sur Diane de Solange. 7 50 KROGER. Op. 88. Berceuse transcrite du Pardon c/a Ploermel. 7 50 LE CARPENTIER. Bagatelles sur le Pardon de Ploermel, ch. 5 » — 187° bagatelle sur Maria 5 » 50 EiE CARPENTIER. 188e bagatelle sur les Dragons de Villars. IAKMSUEVIEEE. Fantaisie dramatique sur Stradella, de Flotow. MACJNCS. Op. 60. Grand caprice sur les Huguenots 9 » PERNY. Op. 21. Souvenirs du Prophète, caprice 5 » PONCE DE LEON. Mélodie irlandaise de Maria, transcription h » RC1I11E1.. Les Echos des opéras, fantaisies faciles : 1. Fra Diavolo. h. Le Domino noir. 2. Guillaume Tell. 5. Les Diamants de la couronne. 3. Le Comte Ory. 6. La Muette de Portici. Sera continué. — Prix de chaque 6 » VINCENT. Orphée, de Gluck, deux transcriptions 6 » WOEFF (E.). Op. 234. Mathilde, valse caprice 7 50 — Op. 235. Ida, valse caprice 7 50 — Grand duo à quatre mains sur Stradella, de Flotow. ... 10 » POUR PARAITRE PROCHAINEMENT : A. ALARD Grande Fantaisie de concert sur la MUETTE DE PORTICI, d'Auber, Pour le Violon, avec accompagnement de Piano. — Prix : 10 />. 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HEEYERBEER Prix net : i'ô fr. SÏTJUfbWtT Ci Y (JUHHOR). — Neuf ALi Iluliuli uAA brevets d'invention et de perfectionnement. Instruments Saxomnitoninnes. Invention à la- quelle le Juiy de l'Exposition universelle de Paris a con- sacré la plus belle page dans son rapport officiel (Ins- Iruments de cuivre), dont voici de courts extraits : •< M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) il La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par e le seulement que peut être résolu te problème d'une justesse parfaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1336.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Rue Lamartine, 22, à Paris. En vente chez A. IKELMER et C, éditeurs, 11, rue Rougemont. MUSIQUE DE CHANT fteiaert. (F. A.). Bonjour lunettes, adieu fillet- tes, proverbe 2 50 — Faute d'un point, proverbe 2 50 — Les Si et les Mais, proverbe 2 50 — Tout passe, tout lasse, tout casse, proverbe 2 50 — Une Aiguille dans une botte de foin 2 50 — Un OEuf pour un Bœuf, proverbe 2 50 Slangennt. Le Directeur et le Ténor, duo co- mique T.B. 6 » MUSIQUE DE PIANO Fararger (1!.). Op. 11. Vanda, varsovienne. . 7 50 — Op. 12. Tarentelle 7 30 — Op. 13. Souvenir de Beethoven 7 50 — Op. 11. En Chasse, fantaisie 7 50 tSaviiii» (H.). Op. 10. La Danse, morceau de salon — Op. 11. Première grande valse — Deuxième grande valse 7 50 — Deuxième mazurka 6 — Op. 1S. Le Mouvement perpétuel, étude de concert 9 — Op. 20. Rondo-polka 7 50 — Op. 21. Sxilienne — Op. 22. Elégie 7 50 WBX PASTTAISIES »v.^T TIÏIO Pour Piano, Violon et Violoncelle, composées par ES. Sîaiiiia et L. Clupissou. LÀ LYRE FRANÇAISE Choix d'airs d'opéras, duos, romances sans accom- pagnement des meilleurs auteurs anciens et modernes. 100 n°'. Edition populaire. Ch., 35 c. CniTFT FTA facteur de pianos. Médaille d'or, Ex- uUUl ll£llU position 1849; Médaille de l" classe Exposition universelle 1855. Spécialité de pianos pour l'exportation. Celte maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Expo- sitions, des récompenses méritées par l'excellence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est jus- tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne laisse rien à désirer sous le double rap< port de la quantité et de la qualité du son. Magasin rue Montmartre, 161. MAÏCrtrïï H Hm7 Manufacture de IuAIoUM H. JtÎLitttl pianos, 48, rue de la Victoire, à Paris. A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9. Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n* 28. Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. » A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la bualité du son. » [Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) LHARMONÏFLUTE »ave«»a«,x, dont le succès grandit chaque jour , se trouve chez Mayermarix, 46, passage des Panoramas, a Paris. t" médaille d'or Exposition nationale française de 1849. DÉCORATION DE LA LÉGION 0 HONNEUR Exposition de 1849. & ro médaille d'urgent Exposition nationale française de 1844. MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS FONDÉE A PARIS EN 1843 PAU Facteur de la Maison militaire de l'Empereur. RUE SAINT -GEORGES, 50 t" médaille Exposition nationale belge de 1841. DÉCORATION DE LA COURONNE OE CHÊNE de Hollande (1845). Grande médaille d'or dit Mérite de Prusse (1846). -o-©Sr°- Seule grande médaille d'honneur à l'Exposition universelle de Paris (8 §55). — Seule grande médaille (C'ouncil ItSetiat) à l'Exposition universelle de Londres (1*51). Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale. SAXO-TROMDAS. SAX-TUBAS. CLAIRONS-SAX. SAXHORNS. SAXOPHONES. TliOMBONES-SAX. Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres; invention brevetée en i SSSS. Tous les instruments a pistons avec addition d'une ou plusieurs clefs; invention brevetée en BS5t>. Système d'instruments k pistons ascendants; inv. brev. en lS5 id. Le Journal paraît le Dimanche. ETTE IHUSI --^aa/\A/W\A/w\/-- SOMMAIRE. — Théâtre impérial Italien et Société des jeunes artistes du Conser- vatoire. — Auditions musicales, par Adolphe Botte. — Revue des théâtres, par D. A. B. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces. THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN ET SOCIÉTÉ DES JEUNES ARTISTES DU CONSERVATOIRE Tamberlick nous est revenu, et avec lui l'éternel débat sur l'ut de poitrine, débat inutile s'il en fut, en présence de l'effet produit par la note exceptionnelle. Quelle que soit la force de vos arguments contre cette note, empêcherez-vous un chanteur de s'en servir, quand la nature lui en a fait le cadeau? Pas plus que le renard de la Fon- taine ne détermina ses pareils à supprimer l'appendice dont un ac- cident l'avait privé. Il eut beau pérorer : La mode en fut continuée. Vous n'empêcherez pas davantage le public d'être surpris, frappé, ébloui par une de ces facultés qui sortent des règles et dépassent les limites connues. Dites tant que vous voudrez que ce n'est pas de l'art, et résignez-vous, faute de mieux, au phénomène, ainsi qu'à toutes ses conséquences , dont la principale est une abondance miraculeuse de curieux dans la salle et d'argent dans la caisse. Ce se- rait d'ailleurs une grande injustice que de ne pas reconnaître aujour- d'hui en Tamberlick, comme autrefois en Duprez, les hautes qualités d'artiste, dont la note phénoménale n'est et n'était après tout que l'appoint. Sans ces qualités, la note cesserait bientôt d'avoir cours sur la place et/ tomberait au bas prix de celle que Bilboquet enseigne à donner dans la fameuse scène des Saltimbanques. C'est dans Olello que Tamberlick a fait sa rentrée avec MmeBorghi- Mamo pour Desdémone. On avait peine à en croire ses yeux, en lisant sur l'affiche le nom de la célèbre cantatrice, qui, par la nature de sen organe, ne semblait pas destinée s cet emploi. Depuis trente-neuf ans que le chef-d'œuvre se chante à Paris, nous n'avons entendu que des voix de soprani dans le rôle de la femme du More, le plus beau de tous ceux que le maître écrivit pour Mme Colbrand. Cependant, Mme Pasta, qui le créa chez nous, avait d'assez belles notes graves, et elle les faisait valoir dans l'air de la Donna del Lago, qu'elle inter- calait pour son entrée. Mme Borghi-Mamo a repris cette tradition, et au petit duo des femmes, elle a substitué la grande et large cavatine : Mura infelici ! Quoique ce morceau fût bien dans sa voix, le premier jour elle l'a dit un peu froidement, comme le reste du rôle, qu'elle avait étudié trop vite pour en être complètement sûre, et dont elle transpose quelques parties ; mais, le second jour, elle avait retrouvé tout son courage et tout son talent : aussi les bravos ne lui ont pas manqué dans le finale du seconde acte : Se'l padre m'abandona, et dans la romance du saule. L'habile cantatrice a fait tout ce qu'elle pouvait faire, et l'on doit lui tenir compte d'un tour de force si heureuse- ment accompli. Après Olello, Tamberlick a chanté le Trovalore, et puis il a repris Olello, toujours avec la même affluence et le même succès. Notons en passant que l'autre samedi, entre les deux actes du Matrimonio segrelo, Mlle Marie Battu a chanté son premier air de la Sonnambula (au lieu du duo qu'elle devait dire), et que cet intermède, dont elle a seule fait les frais, lui a valu les plus brillants honneurs, dûment conquis par son jeune talent. Le dernier concert donné par la Société, jeune aussi, que dirige M. Pasdeloup, était richement composé, et l'exécution a dignement répondu au programme. D'abord on a entendu la charmante sym- phonie en mi bémol de M. Gounod, symphonie dont la place est marquée au répertoire, à peu d'intervalle des meilleures productions du genre. Les chœurs d'Athalie, écrits par M. J. Cohen pour le Théâtre-Français, où ils ont longtemps escorté le chef-d'œuvre de Bacine, passaient pour la première fois de la scèue au concert, et il nous semble que ce changement de local n'a servi qu'à en mieux faire ressortir le mérite. Au théâtre, l'attention, fatiguée par un long spectacle, ne suffit pas au surcroît de labeur que lui impose la musi- que. Au concert, on n'a que la musique à entendre, à juger, et ce n'est plus qu'un plaisir. L'œuvre de M. J. Cohen a donc été parfaite- ment écoutée, chaleureusement applaudie ; Faure s'y est distingué par sa belle voix, comme par son beau style. Dans les fragments du Siège de Çorinthe, il n'a pas chanté avec moins de puissance et d'ex- pression. L'ouverture de Sémiramide et la symphonie en ut majeur de Beethoven fournissaient de plus à l'orchestre l'occasion de montrer avec quelle habileté il fonctionne sous la main du chef qui s'est chargé de le conduire dans la voie du progrès, et n'a jamais failli à son en- gagement. P. S. 98 REVUE ET GAZETTE MUSICALE AUDITIONS MUSICALES. Angnste Bnrand. — P. de Cuvillon et Georges Pfeiffer. — Albert Sowinski. — Iiouis Brassin. — Mlle Félicie I«eclercq.— Vincent Adler. — Mlle Marie Marchand. — M. «reiTe.— Mlle Szerafina Vrabély. — «Joseph Franck. — Ernest Martin. Si l'orgue mélodium n'a pas toutes les richesses, tout le brillant du piano, il a en revanche des douceurs, des sons soutenus et ex- pressifs que le dernier ne possède pas : aussi obtient-il partout les suffrages des musiciens et du public. Entre tous les virtuoses qui ex- cellent sur cet instrument, peu y trouvent de plus gracieuses inspira- tions que M. A. Durand. A Saint-Roch, où il est organiste, son goût, son style, remarquable surtout par la pureté et l'absence de manière , sont fort appréciés. Jeudi , dans la salle Herz, on a vivement applaudi la délicate et fine exécution d'un duo concertant pour piano et orgue, joué avec M. Barthe, d'une étude et d'une chanson toscane. Ces com- positions sont distinguées, mélancoliques surtout; mais toutefois ne tombent pas dans ce vague énervant que, n'osant l'appeler mélodie, on décore maintenant du nom de fantaisie poétique, pantbéislique, etc. Le Moine, de Meyerbeer, une scène splendide que tout le monde a chantée, que tous les pianistes ont jouée, et dans laquelle on retrouve, autant que dans ses chefs-d'œuvre dramatiques, la vigueur, la sève et la passion de l'illustre maître, a vivement impressionné l'auditoire. Admirablement dite par Battaille, après une autre large et religieuse mélodie de Gounod, Jésus de Nazareth, elle a été non-seulement le plus grand succès de la partie vocale, mais le plus grand charme de cette jolie matinée. Une trinité des plus harmonieuses est certainement le piano l'orgue et le violon. M. A. Durand fait chanter ces instru- ments et en mêle les effets de façon à plaire autant aux virtuoses qu'aux auditeurs : son trio sur Rlyoletto, très-bien exécuté par lui, Herman et Barthe, a fait grand plaisir. La comédie de Mlle Augustine Brohan : Qui femme a , guerre a, terminait ce concert. Spirituels et distingués tous deux, Mlle Fix et Bressant ont été, comme toujours, parfaits d'aisance, de naturel et de grâces aristocratiques. Parmi nos plus jeunes et nos plus habiles pianistes , il en est peu qu'on écoute avec autant de plaisir que Georges Pfeiffer : c'est qu'indépendamment de ses brillantes qualités de virtuose , on sent chez lui de bonnes études musicales. Le meilleur fruit qu'ail encore produit la solide éducation qu'il a reçue, celui qui annonce un musi- cien de race et promet un compositeur dans la belle et bonne acception du mot, est sans contredit le premier concerto que le jeune pianiste a délicieusement joué à la deuxième soirée donnée par lui et M. de Cuvil- lon dans les salons Pleyel-Wolff. Ce concerto, entendu seulement avec accompagnement de double quatuor, est une page symphonique tout à fait remarquable. Deux très-jolies mazurkas et la Fileuse, de Men- delssohn, interprétée avec une finesse que cette semaine encore nous n'avons pas retrouvée sous les doigts de toutes les pianistes qui l'ont exécutée, et un admirable andante de Mozart ont, avec le concerto, partagé le succès et montré que Georges Pfeiffer pouvait passer heu- reusement des nobles et pures inspirations des maîtres aux composi- tions où brillent les beautés du piano moderne. M. de Cuvillon est l'un des rares violonistes qui ont conservé les bon- nes traditions. Les bravos qui ont éclaté pendant des morceaux de Mozart, de Beethoven et de Bériot lui ont témoigné que les suffrages des vrais dilettantes,— les seuls qui importent— ne manquaient jamais aux artistes de la grande école des Habeneck, des Baillot, et autres maîtres illustres. — En thèse générale, quand dans les concerts on rencontre un ar- tiste complètement médiocre, c'est ordinairement un chanteur ou une chanteuse. En effet.il n'est pas un des instrumentistes que nous enten- dons chaque jour qui n'ait passé, au moins, dix ans de sa vie à étudier un instrument; pas un qui ne soit bon musicien et qui, ayant plus ou moins détalent, ne soit très-recommandable par quelque côté. Pour les chanteurs, on le sait, c'est une tout autre affaire : le plus petit filet de voix, une romance péniblement apprise, et que nous défions les meilleurs accompagnateurs de suivre, suffisent pour se présenter devant un auditoire accoutumé à ce que le monde musical compte de plus cé- lèbre. Mais tout a des bornes, et nous avons bien cru, au concert de M. Albert Sowinski, que le public parisien, le plus aimable et le plus bienveillant qui soit au monde, allait se fâcher. Dans un morceau d'ensemble, il est assez difficile de distinguer quelle est la partie qui détonne, mais il est certain qu'une seule suffit pour tout gâter. Si nous ne pouvons savoir au juste quelle part revient à chacun, nous pouvons néanmoins constater l'intempestive et triste hilarité causée par l'exé- cution de trois morceaux religieux, harmonisés par M. Sowinski, et de l'air de la Perle de Frascati. Dire, après cela, si ces ouvrages sont jolis, bien écrits pour les voix est chose impossible. Un quintette, de M. Sowinski, où il y a de très-bons passages, et qui a été Irès-con- venablement rendu par MM. Chaine, Mas, Muller, Renard et l'auteur; deux fantaisies, une étude pour le petit doigt, page mélodique et bien modulée, et un remarquable caprice, composé et exécuté par M. Chaine, ont vivement contrasté avec la partie vocale et ont été par conséquent très-applaudis. Malgré cela il y avait trop d'ombres dans cette soirée et le succès s'en est ressenti. — Nous pourrions en dire à peu près autant de la soirée donnée lundi dans la salle Beethoven par un pianiste des plus distin- gués. Louis Brassin, lui aussi, a cru devoir apporter aux plaisirs du public des diversions qui toutes n'ont pas été goûtées. Après avoir fait applaudir ses brillantes qualités au concert des jeunes artistes et au concert qu'il a donné dans la salle Herz, nous eussions préféré que cette fois il se fût présenté seul. Il y eût gagné et ses auditeurs n'y auraient rien perdu. Les nombreux mor- ceaux qu'il a joués, notamment la belle étude de Moschelès et des ouvrages charmants de sa composition, le Chant du soir et Galop fantastique, auraient certainement mieux produit l'effet qu'ils devaient produire, car ils ont été exécutés avec un mécanisme, une verve, un brio dignes d'un grand virtuose. Ils pouvaient dispenser le jeune et fougueux pianiste de s'entourer d'artistes qui n'ont su faire éprouver au public aucune des douces émotions qu'il s'était promises, et qu'il est en droit d'attendre chaque fois qu'un musicien sérieux et d'une va- leur incontestable fait appel à son dilettantisme. — Mlle Félicie Leclercq, élève de M. Henri Herz, a pleinement jus- tifié cette semaine, comme le font au reste tous les élèves du Conser- vatoire, les succès obtenus par elle rue Bergère. Un jeu fin, gracieux élégant, net et une certaine vigueur de style ont valu à la jeune pianiste d'être applaudie par des mains exprimant chaudement le plai- sir qu'elle faisait éprouver. Elle a exécuté sa partie dans Validante et V allegro du grand sextuor de Moschelès de façon à contenter des juges difficiles. Ce sextuor a été très-goûté. La science et l'inspiration y sont réunies dans une juste proportion. C'est de la musique bien faite, mais aussi de la belle musique. La fantaisie de Henri Herz sur des mélodies de la Fille du régiment, \' Impromptu de Chopin et des œuvres de Mendelssohn ont posé Mlle Leclercq en artiste capable, avec quelques efforts, avec un style un peu plus large, un peu plus expres- sif, de s'élever au-dessus des talents ordinaires qui, à Paris, dans la musique instrumentale, sont déjà de fort beaux talents. Un autre lauréat du Conservatoire, un élève de M. Vaslin, Jules Las- serre, a exécuté la fantaisie de Servais sur Leslocq. Un beau son, un grand charme d'expression, une grande justesse dans l'exécution des difficultés, et surtout une sévérité de style entièrement opposée aux excès de l'école vibrante et glissante, ont été très-remarques. — M. Vincent Adler, pianiste au jeu correct, élégant et pur de toute mignardise de style, s'est fait entendre cette semaine dans les salons d'Erard. S'il joue bien, il compose mieux encore peut-être. Un allegro de concert, soutenu par un second piano, une élude et une DE PARIS. 99 Styrienne ont révélé un musicien instruit qui, n'ayant ni volubilité étourdissante, ni chaleur factice, écrit des œuvres profondément senties, où les mélodies ne se croient pas dispensées 'd'être belles, variées de ton et d'accent, parce qu'elles sont rehaussées d'une har- monie piquante et souvent pleine d'éclat. Après ces morceaux origi- naux, M. Adler a exécuté une fantaisie sur le Domino noir. La Gitana, tel en est le titre, a été chaleureusement applaudie. Outre le charme des ravissants motifs d'Auber, on y a remarqué une bonne facture, du goût et des traits délicats et expressifs. — Au concert qu'elle donnait samedi, Mlle Marie Marchand a joué très-nettement et très-élégamment un rondo de Chopin et diverses œuvres deDoelher et de Mendelssohn. La jeune paniste a fait d'ex- cellentes études au Conservatoire, sous la direction de M. Lecouppey ; de plus, la nature lui adonné un bon sentiment musical. Disons-le cepen- dant, un peu de chaleur et de sensibilité ne gâteraient rien, et ajou- teraient même beaucoup à cet aimable talent. Ces qualités feraient passer Mlle Marchand du rang d'élève distinguée au rang des artistes qui savent colorer leur exécution et lui donner une piquante origina- lité. Jourdan a dit l'air de Joseph, une jolie mélodie de Fauconnier, Ah ! viens à moi! et une mélodie d'Alfred Mutel, la Vie, qui n'a pas été la moins goûtée et la moins applaudie. Paladilhe, Mme Riquier- Delaunay et Léon Lecieux, qui, malgré un son un peu maigre, n'en est pas moins un violoniste de talent, ont, avec la fine et communicative gaieté de Berthelier, contribué à rehausser l'attrait de cette soirée". — M. Greive est du petit nombre des jeunes compositeurs qui se distinguent en écrivant des trios, des quatuors, etc. Sa musique de chambre est brillante, très-ornée et faite pour des exécutants habiles, mais elle ne franchit pas les limites que le genre impose. Plutôt symphoniste que compositeur dramatique, on sent que M. Greive est plus familiarisé avec les instruments qu'avec les voix : aussi ses œuvres vocales ne sont pas celles que nous préférons. Quoique dites par Mme Cambardi avec une grande énergie de son et par Gardoni, dont le talent aimable, gracieux, sympathique, était bien fait pour en révé- ler les beautés, elles n'ont pas causé le même plaisir et ne sont pas aussi remarquables que le trio et surtout que le quatuor où MM. Ar- mingaud, Lapret, Lalo et Lee ont délicieusement rendu toutes les intentions de l'auteur. Certes, ces compositions instrumentales sont belles, et il fallait bien du mérite pour les écrire. Cependant voilà encore un musicien qui n'arrive ni au théâtre, ni à la popularité. Pourquoi ? C'est qu'il manque à sa musique, comme à celle de bien d'autres artistes, la passion et la vie ; c'est que, peu prodigue de ces chants heureux que l'art seul ne donne pas, elle n'est jolie que d'un certain côté. Dans tous ces ouvrages, rien de jeune, rien de vif, rien de primesautier ; toujours un bien uniforme, que la réflexion apprend à aimer, mais qui satisfait plus l'intelligence que le cœur. Si la critique doit faire la part du talent acquis, d'une savante facture, de la pureté de l'harmonie, elle doit rappeler aussi la partie intellectuelle et idéale de la musique, et dire franchement à tous que les sympathies universelles, le secret des grands succès ne se trouve que dans ces mélodies claires, colorées, bien accusées qui sont la fleur d'une riche imagination, et que le public veut toujours trouver épanouie au milieu des mille développements d'une idée. — Mlle Vrabely s'est fait entendre dans les salons Erard. Sans s'éle- ver au-dessus des talents estimables qu'on applaudit chaque jour, elle a comme eux toutefois un mérite incontestable. Elle dit la musique allemande sérieusement, clairement et, il nous faut ajouter, un, peu froidement. Telle est du moins l'impression qu'elle a produite sur un public trop exigeant peut-être, parce qu'il entend partout des virtuoses qui font naître dans son esprit des comparaisons peu obligeantes. Mais, sous peine d'être injuste, il faut tenir compte des efforts et des talents qui, sans atteindre bien haut, n'arrivent pas moins à des ré- sultats très-satisfaisants et relativement très-heureux. Ils méritent, ce nous semble, d'être encouragés ; car, après tout, ils ne sont stériles ni pour l'art, ni pour les plaisirs des dilettantes. — Une vingtaine de matinées et soirées musicales ont été données cette semaine. Nous n'oserions dire que nous avons assisté à toutes ; mais nous pouvons assurer qu'à son concert, Joseph Franck, de Liège, a été très-chaleureusement accueilli comme compositeur et comme virtuose, et que des chœurs de Grétry et d'Ambroise Thomas, chantés par les élèves du Conservatoire, et la spirituelle partition de Poise, les Charmeurs, ont fait de la soirée d'Ernest Martin une soirée très- intéressante. Adolphe BOTTE. BEVUE DES THEATRES. Odéon : Le Parvenu, comédie en cinq actes et en vers, par M. Amé- dée Rolland. — Vaudeville : Reprise de la Maràti-eet de la Dame aux Camélias. — Palais-Royal : Si Ponloise le savait, vaude- ville de MM. Adenis et Tourte. — Ambigu : le Compère Guillery, drame en neuf tableaux, par M. Victor Séjour. Le privilège de l'Odéon vient d'être renouvelé pour trois ans entre les mains de M. de Laronnat, et dans cette circonstance, il faut avouer que la justice se trouve en parfait accord avec la faveur. Ce direc- teur, aussi actif qu'intelligent, a rendu plus de services à la jeune littérature que les cinq ou six administrations qui ont précédé la sienne, et le succès a plus d'une fois répondu à ses vaillant efforts. Tout récemment, deux noms nouveaux étaient encore révélés au pu- blic par l'existence centenaire du Testament de César Girodot. Au- jourd'hui ce n'est pas tout à fait un auteur inconnu qui vient de triom- pher, mais il s'en faut de bien peu. M. Amédée Rolland a déjà signé le Marchand malgré lui en collaboration avec M. Duboys, et V Usurier de village, avec M. Battaille. Cette fois, il est seul pour le Parvenu, et nous avons affaire à une personnalité très-nette et très-accusée. A vrai dire, M. Rolland ignore les finesses du métier ; il ne sait pas conduire une intrigue, prendre son action corps à corps, et en tirer toutes les déductions logiques. Mais c'est un poëte, et en dépit de ses incorrections dont il se corrigera, on peut prévoir qu'il se fera rapi- dement sa place au soleil, et qu'il comptera bientôt parmi les parve- nus du royaume des lettres. Le grand tort de sa pièce, au point de vue de l'agencement, est de ne point assez justifier le choix du sujet. M. Mercier, ancien meunier, quatre ou cinq fois millionnaire, est bien en effet un parvenu, mais ce titre, dont il est fier, est une enseigne trompeuse, et ne produit abso- lument rien qu'un autre individu ne puisse faire, dans n'importe quelle situation de la vie. Il a de faux amis ; qui n'en a pas? Il a un frère entiché de noblesse, un beau-frère adonné aux jeux de Bourse; son fils entretient une Lorette et n'en aime pas moins sa cousine qu'il finit par épouser. Est-il bien nécessaire d'avoir gagné une colossale fortune à moudre du grain, pour que ces choses-là vous arrivent? A travers ces lieux communs, il y a pourtant deux belles et fortes scènes qui rachètent bien des détails oiseux et futiles, celle où le fils du par- venu se laisse insulter par un homme à qui il croit devoir de l'ar- gent, jusqu'au moment où son père, en offrant de payer sa dette, lui fournit l'occasion de se relever et de demander raison à son insul- teur, et celle où la nièce de M . Mercier force son oncle à lui rendre ses comptes de tutelle pour désintéresser secrètement les créanciers de son cousin. Les types abondent dans cette comédie, selon l'usage du théâtre contemporain, et plusieurs sont habilement photographiés. Mais, nous le répétons, ce qu'il faut louer chez M. Amédée Rolland, c'est moins l'auteur dramatique que le poëte; son vers affecte toutes les formes ; tantôt gai, tantôt incisif, il s'élève parfois jusqu'au lyrisme 100 REVUE ET GAZETTE MUSICALE et à la véritable éloquence. Voyez par exemple de quelle façon le bonhomme Mercier prend la défense des parvenus. TeDez, je ne sais rien de plus platement bête , Que ce mot parvenu que nous jette à la tête Le premier fainéant et le dernier venu. Comme l'on crie au loup, on crie au parvenu ! Que lui demande-t-on ? Des ancêtres, peut-être? Mais chaque parvenu n'est-il pas un ancêtre? N'est-ce pas lui le tronc du chêne glorieux, D'où chaque jour encor naissent d'autres aïeux ? Artistes, ouvriers, savants, hommes de guerre , Avec la plume, avec l'épée, avec l'équerre, Nous avons tellement, fils de quatre-vingt-neuf, Labouré le vieux sol et mis la France à neuf, Fondé le droit moderne, et semé par le monde Aux quatre vents du ciel sa semence féconde, Que nos grands parvenus se comptent par milliers Sur les champs de bataille et dans les ateliers ; Que de leurs jeunes noms toute l'Europe est pleine , Et que, si l'on voulait, par imbécile haine, Effacer d'un seul trait tous ces noms éclatants , Il faudrait raturer l'histoire de cent ans. Ce sont là de beaux et de bons vers, bien pensés et bien exprimés; maintenant que la route de l'Odéon n'est plus un prétexte d'épigram- mes, il n'en faut pas davantage pour y ramener tous ceux qui ont applaudi le Testament de César Girodot. — Le Vaudeville prépare une pièce de M. Octave Feuillet, et pro- visoirement il vit tant bien que mal de reprises. Mlle Fargueil vient do jouer la Marâtre après Mme Marie Laurent. Il y a tout un monde entre ces deux interprètes du drame de Balzac, et c'est pour le public un assez curieux sujet de comparaison. Autant l'une y était menaçante et terrible, autant l'autre y fait preuve de perfidie féline. A tout pren- dre, nous ne comprenons pas pourquoi le directeur du Vaudeville, ayant tout d'abord Mlle Fargueil sous la main, s'est cru obligé d'em- prunter Mme Laurent à un théâtre du boulevard. La Dame aux camélias a aussi reparu ces jours derniers avec Fech- ter et Mlle Jane Essler. Il est regrettable qu'on ait attendu, pour faire cette reprise, que Mme Doche se soit envolée tout à coup vers le Théâtre-Scribe, de Turin. — Le Palais-Royal, toujours sur la brèche, a lancé dans la circulation une pièce de carnaval qui , par parenthèse, arrive un peu tard. Si Pantoise le savait ! s'écrie le vertueux greffier Boutibonne forcé de se costumer en matamore et de tenir tête à deux dominos mystérieux. Mais ce n'est qu'une mystification imaginée parla femme d'un ami qui lui a prêté son domicile, et, malgré certains retours de jeunesse dus à l'influence du Champagne, Boutibonne peut rentrer au bercail sans avoir donné prise à la médisance. Cette binette est amusante et renferme une opposition, qui a le mérite d'être vraie, entre l'homme ordinairement sérieux sous le frac noir et changeant de caractère en même temps que de costume. — Tout le monde connaît la chanson du Compère Guillery, mais on serait bien embarrassé d'en dire l'origine. Il existait en Bretagne, au temps de la ligue, trois frères du nom de Guillery qui se battirent en braves soldats, mais qui, une fois la paix signée, se Drent dévali- seurs de grande route, et déclarèrent la guerre à toutes les classes de la société, excepté à la noblesse dont ils faisaient partie. Ils avaient pris pour devise : La paix aux gentilshommes, la mort aux prévôts et aux archers, la bourse aux marchands. Ils furent réduits et condamnés au supplice de la roue sous le règne de Henri IV. Est-ce sur ces trois frères, ou sur l'un d'eux seulement, ou enfin sur un simple chas- seur de perdrix qui portait le même nom que la chanson a été faite? C'est ce qu'il serait difficile de décider aujourd'hui. Toujours est-il que ce refrain naïf est devenu populaire, et qu'à ce titre l'Ambigu a eu rai- son de le choisir pour enseigne d'un drame à grand spectacle. Le Compère Guillery de ce théâtre, breton comme les trois frères rom- pus en 1608, n'est précisément ni un honnête homme ni un bandit. C'est un aventurier qui protège une jeune fille qu'un gentilhomme a voulu tromper. 11 soutient une longue lutte contre ce Gaston de Jussac, et après avoir reçu le dernier soupir de sa fiancée, il tombe lui-même atteint d'une balle. Cette pièce a été fabriquée pour Mélingue, c'est tout dire : le rôle de la fiancée est joué par Mlle Saint-Marc qui, à l'exemple de Mme Doche, de Mlle Page, de Mlle Duverger, a quitté les théâtres de genre pour s'enrôler parmi les desservantes du sombre mélodrame. Cela devient une véritable épidémie. Du reste, Mlle Saint- Marc n'a pas eu moins de succès que Mélingue ; mais les honneurs de la première représentation ont été, il faut en convenir, pour deux magnifiques décors qui représentent la citerne aux loups et le torrent du Mont-Diable. Il fut un temps où une seule décoration suffisait pour remplir la caisse d'un théâtre des boulevards ; si cette époque n'est pas tout à fait passée de mode, les décorations du Compère Guillery et les péripéties du drame de M. Victor Séjour rempliront longtemps la caisse de l'Ambigu. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. *** Au théâtre Impérial de l'Opéra, Pierre de Médicis a été représenté lundi, mercredi et vendredi. *% Les études de Sémiramis, pour le début des deux soeurs Marchisio, commenceront prochainement. *% On annonce que le Tannliœuser de Richard Wagner sera représenté l'hiver prochain, et que déjà même on s'occupe des études que nécessite la mise en scène de cet ouvrage. *** C'est aussi au commencement de l'hiver que viendra le ballet composé pour Mlle Emma Livry par Mlle Taglioni, et dont J. Offenbach a écrit la musique. L'opéra de M. Gevaert, paroles de MM. Méry et Vaez, interprété par Mmes Gueymard et Caroline Duprez, serait joué ensuite.. „*.,. Une représentation se prépare au bénéfice de Mme Girard, veuve du chef d'orchestre. *** On assure que le décret qui augmente les droits d'auteur pour le théâtre de l'Opéra est tout prêt à paraître ; ce décret maintiendrait indé- finiment pour toutes les représentations, la rémunération fixe limitée jusqu'à présent aux quarante premières; on sait qu'au-dessus de ce nombre le chiffre du droit s'abaissait de plus de moitié. *% L'indisposition de Mlle Monrose continue d'ajourner les représenta- tions du Roman d'Elvire ; cependant on pense qu'elle pourra le chanter dans les premiers jours de la semaine prochaine. *% L'engagement de M. et Mme Faure vient d'être résilié d'un com- mun accord entre la direction de l'Opéra-Comique et les deux artistes. M. Faure quittera le théâtre le 1er mai, et Mme Faure le 1er juillet. „% Le Château-Trompette, de MM. Gevaert et Cormon, qui va entrer en répétition, sera chanté par Mme Cabel, Couderc, Sainte-Foy et Pril- leux. Couderc représente dans cette pièce Richelieu à soixante ans. ' „*„ L'engagement de Barrielle, l'excellente basse, qui chante si bien les couplets du chasseur dans le Pardon de Ploërmel, vient d'être re- nouvelé pour trois ans. „,% Le théâtre italien a donné cette semaine trois représentations successives ù'Otello qui chaque fois ont rempli la salle. Aujourd'hui par extraordinaire, Don Giovanni, dans lequel Tamberlick chantera le rôle de don Ottavio. „*„ Victor Massé prépare pour le théâtre Lyrique une grande partition sur ie Don Juan de lord Byron. „,*„, Cette semaine aura lieu aux Bouffes-Parisiens une première re- présentation qui piquera vivement la curiosité publique: Daphnis et Chloé, opérette bouffe, de M. Clairville, musique de M. Offenbach. C'est dans cette pièce que Mlle Julliette Beau fera ses débuts par le rôle de Daphnis ; Mlle Chabert remplira celui de Chloé, Mlle Cico celui de Calysto, et M. Désiré celui du dieu Pan. Le même soir on donnera aussi la première représentation de C'était moi, de MM. de Najac et Deulin, musique de M. Billemont, jouée par Mlles Cico, Beaudoin, Las- serre; MM. Guyot et Jean Paul. „** Le théâtre Déjazet a donné avant-hier vendredi une opérette de M. Th. Julien, musique de M. Ruitter. L'Ile de sol-si-ré est une bouffon- nerie carnavalesque qui n'a que le défaut d'arriver un peu tard. Le DE PARIS. 101 poëme, qu'on croirait un tableau détaché d'une des grandes féeries des frères Cogniard, est semé de mots assez heureux. Quant à la partition, elle se recommande par une ouverture originale, une romance, et enfin une polka avec accompagnement de mirlitons très- heureusement réussie. MM. Bâche, Bellecour, Gourdon ; Mmes Jullien et Baudriller ont leste- ment enlevé Vile de sol-si-ré, qui accompagnera d'une façon très-honora- ble la jolie partition de Fanchetle. *** Un nouveau succès a été obtenu, le 28 février, sur le théâtre de Schwerin, par M de Flotow, avec le Conte d'hiver, d'après Shakspeare, arrangé pour la scène par M. Dingelstedt. „% Dans le concert de la Société des jeunes artistes, qui aura lieu dimanche prochain et qui sera le dernier de la saison, les fragments de Struensée, de Meyerbeer, seront de nouveau exécutés. „,% D'après VAlmanach théâtral de 4 860, le nombre des théâtres en Allemagne est de 184, avec un personnel de 7,000 individus. Sur ce chiffre, il y a 20 théâtres de la cour, 112 sont la propriété des villes ; il y a 5 théâtres d'été, 3i troupes ambulantes, 6 théâtres fondés par actions, etc. „% Aujourd'hui dimanche, la Société des concerts exécutera les Sai- sons, d'Haydn. Roger chantera la partie de ténor. %*t L'Association des artistes musiciens de France célébrera, cette année, la fête de l'Annonciation, en faisant exécuter par 400 artistes, le lundi 26 mars courant, à H heures 1/2, dans l'église métropolitaine de Notre-Dame, la 13° messe en mi bémol de Mozart. La messe sera pré- cédée de la Marche religieuse, avec accompagnement de harpes, dernière œuvre d'Adolphe Adam. Les daines patronnesses et M Bolle-Lasalle, agent trésorier de la Société des musiciens, rue de Bondy, 68, tiendront à la disposition des bienfaiteurs de l'œuvre des lettres d'admission dans l'en- ceinte réservée. *** Mme Pleyel, ayant dû refuser un grand nombre de personnes à son premier concert, s'est décidée à donner demain lundi 19 mars, à 8 heures, salons Pleyel-Wolff et C", une seconde soirée musicale dans laquelle elle jouera la sérénade de Mendelssohn avec accompagnement de quatuor ; trois études de style, de Jules Cohen ; la sonate op. 27, de Beethoven ; la Fileuse, de Litolff, et la Truite, de Stéphen Heller. MM. Sighicelli et Tagliafico prêteront à Mme Pleyel le concours de leur talent. *% Alfred Jaell s'est fait entendre le 7 mars au concert Dûigentia à la Haye, et le 8 mars à Rotterdam au concert Eruditio musica. Ces deux soirées ont été pour l'excellent pianiste l'occasion d'un véritable triom ■ phe. Dans les deux villes A. Jaell a dû répéter le Carillon et les trans- criptions du Pardon de Ploërmel ; celle du Prophète a obtenu également un grand succès ainsi que le nocturne et la valse de Chopin. A Rotter- dam, A. Jaell a été salué par une triple fanfare de l'orchestre et par les applaudissements enthousiales du public. Le 13 mars A. Jaell était attendu à la Haye, où il a donné un nouveau concert. **„, J. Becker, réminent violoniste dont nous avons parlé à propos de son dernier concert à Paris, a été appelé à Cassel et Leipzig, où son beau talent a eu le plus grand et le plus légitime succès. Appelé de nouveau à Londres, l'exécution de ses engagements n'a pu lui permettre d'arriver à Paris pour son deuxième concert déjà annoncé. On nous écrit que son succès grandit chaque jour, et qu'à la soirée donnée le 25 février à Saint-James-Hall il a été applaudi plus de dix fois pendant l'exécution du magnifique morceau de Paganini, Nelcor piu non misento, et rappelé deux fois de suite avec acclamation. i*^ Mme Viard-Louis va donner, le 23, dans les salons de Pleyel-WolfF, une soirée musicale avec le concours de MM. Alard, Franchomme et Géraldy. Mme Viard-Louis est une pianiste distinguée, accoutumée à la faveur du public qui ne lui fera pas plus défaut aujourd'hui qu'alors qu'elle partageait les succès de son mari, M. N. Louis, enlevé trop tôt à l'art qu'il cultivait avec passion. *** A l'université de Leipzig a été créée récemment une chaire de musique qui a été confiée à M. H. Langer, directeur de l'Association des chanteurs de l'université. *** On parle d'un concert qui serait donné par un éminent pianiste, Ravina, et dans lequel il exécuterait deux de ses dernières productions, ainsi que sa Sicilienne, son Mouvement perpétuel, et VElégie. Les ama- teurs de son beau talent verraient avec satisfaction ce bruit se con- firmer. *** Mercredi 21 mars, dans la salle Herz, Mlle Murer, l'élève de prédi- lection de Prudent, donne un grand concert dans lequel elle exécutera la fantaisie de son maître sur la Sonnambula, le Chant du ruisseau, l'Aurore dans les bois ; l'andantede Beethoven, op. 7, et une ballade de Chopin. „% M. Mohr, premier cor solo de l'Opéra, a été appelé samedi à Or- léans par l'Institut musical. 11 a joué sa brillante fantaisie sur la Magi- cienne et Bélisaire, scène antique pour cor solo et orchestre de Charles Manry. Cette belle et large composition, interprétée par M. Mohr avec un talent hors ligne, a soulevé d'unanimes applaudissements, et l'habile virtuose a été unanimement rappelé. „% A la matinée musicale donnée par Mlle Léonide Ilumbert dans les salons de M. Navarre, nous avons entendu une charmante fantaisie de Charles de Bériot, exécutée sur le violon d'une façon très-remarquable par M. Ph. de Cuvillon ; puis M. César Allard, jeune violoncelliste dont nous avons prédit les succès, a élé chaleureusement applaudi après avoir exécuté avec un sentiment exquis une mélodie de Schubert. Mlle Léo- nide Humbert, dans l'exécution de plusieurs morceaux de Beethoven et de Mozart, a fait preuve de goût et de délicatesse ; son talent s'est main- tenu constamment à la hauteur des maîtres dont elle a interprété les œuvres. , **„, Mlle Albertine Segisser, jeune fille de onze ans, qui fait sensation dans les salons en récitant d'une manière remarquable des scènes de nos tragédies célèbres, donnera, sous les auspices de M. Kruger, réminent pianiste-compositeur, le dimanche 25 mars, à deux heures, dans les salons Erard, une matinée musicale et dramatique. On y entendra pour le chant, Mme Bernolla et M. Marochetti ; pour la partie instrumentale, MM. Leroy, Jancourt, E. Rignault, Amédée de Vroye, llammer et Kruger. *% C'est mercredi soir, 21 mars, qu'aura lieu, dans la salle Erard, le splendide concert de notre éminent violoncelliste, Alexandre Batta. Comme les années précédentes, il s'est entouré de toutes les célébrités présentes à Paris. Il exécutera pour la première fois en public son morceau sur des motifs cVArmide, de Gluck; une méditation nouvelle sur une mélodie de Schubert pour orgue, piano et violoncelle; il redira le charmant mor- ceau, toujours unanimement redemandé, qui a nom Passiflore; puis vien- dront les compositions nouvelles de Mme Clémentine Batta, et qui sont déjà en possession d'un légitime succès, chantées par Mme Sabatier et J. Lefort. Mlle Joséphine Martin, Mil. Lefébure, Dien, Malezieux et Maton compléteront l'ensemble de cette belle soirée. 4% La Société impériale de Valenciennes ouvre un concours de com- position musicale pour choeur d'hommes sans accompagnement ni solo sur une camate : Union de l'industrie et des arts. Le prix consistera en une médaille d'or de 100 fr. Le chant pourra être à trois ou quutre voix. S'adresser, pour plus amples renseignements, au secrétaire général de la Société, M. Martin, à Valenciennes. **„ Une indisposition de M. Chevdlard ajourne au 29 courant la séance de musique de chambre dans laquelle devait être exécuté le quintette de M. Fétis père. *** Le célèbre pianiste- compositeur Joseph Wieniavski vient d'arriver à Paris. $*% La Belgique nous envoie un jeune artiste, premier prix de la classe de Servais, M. Deswert, qui possède déjà nn remarquable talent sur le violoncelle et qui veut le faire apprécier à Paris. Les élèves d'un maître tel que Servais ne passent jamais inaperçus; l'attention et les sympathies du public parisien ne feront donc pas défaut à celui-ci aussitôt qu'il se sera décidé à se faire entendre. *** Mardi 20 mars, dans les salons d'Erard, M. et Mme Viguier don- neront, avec le concours de Mme Barbot, de l'Opéra, de MM. Barbot et Maurin, un beau concert vocal et instrumental, dans lequel Mme Viguier exécutera plusieurs morceaux pour le piano, et M. Viguier deux morceaux de sa composition pour alto et violon. **„ Samedi 24 mars, à 8 heures et demie, M. Zompi, pianiste-com- positeur distingué, donnera dans les salons d'Erard, avec le concours de MM. Cuvillon et Franchomme, de M. Lucchesi, de l'opéra Italien, et de Mlle Mancel, son élève, un concert dans lequel il fera entendre plu- sieurs de ses nouvelles compositions. *** C'est toujours demain à deux heures, dans la salle Herz, qu'aura lieu le beau concert donné par Louis Lacombe, avec le concours de Mmes Wekerlin-Damoreau, Mlle Stella-Colas, et de MM. Roger, Jules Lefort, E. Forgues, Kœmpel etCh. Lebouc. *** M. Léter, l'ex pensionnaire du théâtre Lyrique, a chanté d'une manière remarquable aux concerts du palais de l'Industrie les Cerises, la Chanson et la Promenade du paysan, de P. Dupont, ainsi qu'une mélo- die dont le titre est : Souviens-toi. La diction, la manière de phraser de M. Léter lui ont valu des applaudissements et rappels justement mérités. t% Notre illustre collaborateur M. Fétis père fera exécuter, au pro- chain concert du Conservatoire de Bruxelles, l'ouverture de Macbeth, de M. de Hartog, le même ouvrage, qui obtint un succès si éclatant au concert que ce jeune compositeur a donné à Paris l'année dernière. „** Lundi 26 mars aura lieu, à la salle Herz, le concert donné par M. Bernhard-Rie. L'éminent pianiste-composieur jouera, outre ses nou- velles compositions, le quatuor en mi bémol, dédié à Rossini, d'Adolphe Blanc, avec l'auteur, MM. Casimir Ney et René Douay. Mme Riquier- Delaunay et M. Crosti, de l'Opéra-Comique, prêteront leur concours à M. Bernhard-Rie pour la partie vocale, et M. Lamoureux pour la partie instrumentale. „,*.,, Le 23 mars, salle Herz, M. Dombrowski donnera un concert dans lequel il fera entendre de nouveaux morceaux de sa compositicfh. Mlle Michelli, M. Casella, violoncelliste solo du roi de Sardaigne, et M. Fortuna, prêteront leur concours au bénéficiaire. „,** Le violoniste Kœmpel annonce une deuxième soirée musicale, qui aura lieu jeudi prochain dans les salons Pleyel, avec le concours de Mmes Szarvady et Bochkoltz-Falconi. 102 REVUE ET GAZETTE MUSICALE /* L'Académie des beaux-arts offre chaque année une médaille d'or de la valeur de 500 fr. à l'auteur des paroles de la cantate choisie pour être donnée comme texte du concours de composition musicale. La can- tate doit être exécutée par trois personnages, une femme, un ténor et un baryton ou basse-taille. Elle doit contenir un, ou au plus deux airs, un seul duo et un trio final, chacun de ces morceaux devant être sé- paré des suivants par un récitatif. Le poëte devra éviter de donner trop d'étendue aux récitatifs; il devra renfermer dans le moins de vers possible l'expression des sentiments que le sujet amènera. S'il y a deux airs, il faudra nécessairement qu'ils diffèrent de caractère et de mou- vement. Le poëte combinera son trio final de manière que le composi- teur puisse y trouver, soit au début, soit au milieu, un motif de chant sans accompagnement. Le sujet pourra être choisi indifféremment dans la Bible, dans l'histoire ancienne, dans l'histoire du moyen âge, dans l'histoire moderne, ou être tout à fait d'invention. Il faut que le poëte offre aux compositeurs un sujet clair, clans lequel il y ait du mouve- ment, de la passion, de la variété. Il est difficile de limiter précisément la longueur de la pièce de vers, mais il est à désirer, dans l'intérêt des jeunes compositeurs, que la cantate mise en musique n'excède pas une durée de vingt ou vingt-cinq minutes. Cette considération peut servir de guide à l'auteur des paroles. L'auteur de la cantate choisie par l'A- cadémie sera invité à se mettre à la disposition de la section de mu- sique, pour faire, s'il y a lieu, les changements, additions ou suppres- sions que la section pourra trouver nécessaires. Chacune des pièces de vers contiendra, dans un billet cacheté, le nom de l'auteur, son adresse, et l'épigraphe de sa pièce. Il ne sera reçu à ce concours que des pièces de vers inédites. Les manuscrits ne seront pas rendus, mais les auteurs pourront en faire prendre copie. Les cantates seront reçues au secrétariat de l'Institut jusqu'au 16 mai 1860. Ce terme est de ri- gueur. „*„ On ancien chanteur du théâtre royal de Berlin, le baryton Hammerstein, vient de mourir à New-York dans le plus complet dé- nûment. *** Mercredi soir, Jullien, le célèbre chef d'orchestre, a succombé à la fièvre cérébrale qui s'était emparée de lui à la suite de son attaque de folie. „,*„, Mme Thys , femme du compositeur-professeur , et mère de Mlle Pauline Thys, qui s'est déjà fait un nom bien à elle, a été enlevée la semaine dernière par une mort subite, à la suite d'un rhume violent. **„ Mme veuve Hérold, mère de l'illustre compositeur de ce nom, est morte le 12 mars, âgée de près de quatre-vingt-dix ans. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. **„, Marseille. — Le succès du Jugement de Dieu, l'œuvre nouvelle de MM. Morel et Carcassonne, s'est pleinement confirmé à la deuxième re- présentation. Dans le premier acte un magnifique chant de guerre et un sextuor final ont produit une véritable sensation. Au deuxième on a chaleureusement applaudi un boléro très-bien réussi, une marche d'un beau caractère, une délicieuse romance très-bien dite par Armandi, et un air de basse dans le genre ancien. Le troisième acte, qui a été una- nimement jugé le meilleur, se compose d'une romance très-bien chantée par Mme Elmire, d'un ravissant duo entre les deux femmes finissant par un trio plus ravissant encore, puis d'un grand duo entre Mme Elmire et Armandi d'un effet saisissant, et il se termine par un très-beau chœur funèbre. Le quatrième offre la scène du tournoi, une cabalette d'une belle inspiration et la reprise du chant de guerre qui termine de la façon la plus heureuse cette œuvre, d'un1 mérite réel, et qui fait le plus grand honneur à notre compatriote. La mise en scène du Jugement de Dieu, les décors, les costumes ont été l'objet de soins particuliers et de grandes dépenses; mais M. Letellier, l'intelligent directeur qui a su com- prendre la valeur de M. Morel, n'aura certainement pas à les regretter. — Le grand concert de M. Henri Herz avait attiré samedi dernier un public d'élite dans la salle Beauveau. Ce célèbre pianiste-compositeur a fait entendre successivement sa nouvelle fantaisie intitulée la Sympathie, gracieuse mélodie rendue avec une expression exquise ; son nouveau concerto, mêlé de chœurs avec accompagnement d'orchestre, une nou- velle tarentelle et la Tapada, polka du Pérou, enfin la fantaisie militaire pour piano et orchestre sur la Fille du régiment. La salle entière a prouvé, par les plus vives acclamations, à M. Herz, toute son admiration pour son rare talent, et l'a remercié en même temps des jouissances inap- préciables que lui avait procurées cette belle soirée. Au milieu de nos éloges, nous ne devons pas oublier le magnifique instrument sorti des ateliers de M. Herz, et auquel le grand artiste semblait communiquer son âme : sous ses touches d'ivoire, qui se prêtaient avec tant de doci- lité à ses inspirations, les cordes vibraient, et les sons, tantôt doux, suaves ou éclatants, arrivaient toujours purs à nos oreilles. — On cite comme artistes engagés pour l'année prochaine au grand théâtre, MM. Kenard, du grand Opéra de Paris; Merly, du théâtre italien et Mlle Sannier. *** Bordeaux. — La troisième épreuve de Mlle Micheau a eu lieu dans le rôle de Fidès, du Prophète. On l'a vivement applaudie dans tous les passages où la voix de contralto domine ; son succès sera encore plus grand aux autres représentations. *** Ârras. — La Société philharmonique a donné hier son deuxième concert avec le concours de Mme Cambardi, de Dufresne et de Demers- mann. Les honneurs de la soirée ont été principalement pour M. De- mersmann, qui a joué une fantaisie de sa composition pour la flûte sur des motifs du Prophète et des variations sur le Carnaval de Venise. Des applaudissements frénétiques ont salué ce dernier morceau, qui a été bissé. CHRONIQUE ETRANGERE. „% Londres. — La reine, qui ne se trouvait plus à Londres lorsque le Pardon de Ploërmel y fut do:iné pour la première fois, a demandé une représentation extraordinaire, en anglais, du nouveau chef-d'œuvre de Meyerbeer. Sa Majesté n'a cessé d'applaudir pendant toute la durée de la représentation, et elle a daigné charger son ambassadeur, à Berlin, d'exprimer à l'illustre compositeur toute sa satisfaction, et de lui deman- der le manuscrit de la Schiller-Marsch. *** Bruxelles, 11 mars. — La seconde représentation de Gustave III a pleinement confirmé l'effet de la première, et l'exécution générale était meilleure encore. Une indisposition de Mlle Boulart a quelque peu troublé le répertoire, mais la charmante artiste n'a pas tardé à reprendre son service. On donnait le Pardon de Ploermël, dont la vogue se maintient, et qui conserve le privilège d'attirer la foule. „,% Berlin. — A la reprise de la Flûte enchantée, la salle était comble; Mme Koester a chanté le rôle de la reine de la nuit avec le talent qu'on lui connaît; la voix suave et fraîche de Pamina (Mme Harriers-Wippern) lui a valu de nombreux applaudissements. — L'Académie de chant a exécuté au troisième concert d'abonnement, Abraham, oratorio de M. Blummer, directeur de cette Académie. — Al. Dreyschock a donné son qua- trième concert au profit de l'établissement de la Reconnaissance nationale, pour les soldats prussiens. Il a reçu l'ordre de l'aigle rouge, quatrième classe. — Au concert qui a eu lieu à la cour, dans le palais du prince régent, on a entendu les solistes du théâtre royal de l'Opéra ; Mme Sae- mann Paëz a chanté la grande scène du Crociato, de Meyerbeer, qui diri- geait la solennité. — L'intendant général du théâtre, M. de Hulsen, qui s'était rendu â Hambourg pour assister à la vingt-et-unième représentation de Dinorah, est de retour dans notre capitale. — Le 7 mars a été conduit à sa dernière demeure le corps de Mlle Hoelck : dans une représentation les vêtements de cette danseuse avaient pris feu, et malgré tous les soins de l'art qui lui furent prodigués, elle est morte des suites de cet acci- dent. — Bans le Trovatore, Mlle Artot (Léonore) et Carrion (Manrico) ont eu les honneurs de la soirée. Délie Sedie s'est également fait applau- dir dans le rôle du comte de Luna. Les débuts de Mme Abbadia dans celui d'Azucena n'ont pas été aussi brillants qu'on l'espérait. — La fête commémorative pour Mme Schroeder - Devrient a été fort belle. Le Requiem de Mozart exécuté par la Société Stern et les premiers artistes de l'Opéra royal, a produit un effet vraiment grandiose. La solennité a commencé par un prologue récité par Mme Hoppé ; puis on a chanté un chœur de Paulus et le lied de Meudelssohn. La recette est destinée aux frais du monument qui doit être érigé à Mme Schroeder-Devrient. * Vienne. — La reprise du Moulin du diable sur la montagne de Vienne, musique deWenzelMuller, a eu un immense succès. Cette pièce joyeuse, du genre de celles qu'on appelle ici Casperliades, fut représentée pour la première fois, le 20 octobre 1799, et eut à cette époque cent représentations consécutives. — On va commencer incessamment la con- struction du nouveau théâtre de l'Opéra de la cour. * Hanovre. — Le Pardon de Ploërmel attire constamment la foule. — M.*J* Stockhauseu vient d'être nommé chanteur de la chambre p3r le roi de Hanovre, qui lui a en outre conféré la médaille en or pour l'art et les lettres. ** Leipzig. — Le Pardon de Ploërmel doit être joué au théâtre de la ville *dans le courant du mois d'avril ; Mme Burde-Ney, du théâtre de Dresde, chantera le rôle de Dinorah. — Au concert donné le 5 mars au profit du fonds des pensions, a été exécuté le Paradis et la Péri, de Ro- bert Schumann. * Gotha. — A la deuxième représentation de Dinorah, il y avait une telle* aflluence d'étrangers, venus par le chemin de fer, que le duc crut devoir céder la grande loge de la cour au public ; l'intendant des théâtres céda également la sienne. * Milan, 11 mars. — La rentrée des sœurs Marchisio a été chaleu- reusement accueillie par un public qui gardait le meilleur souvenir de leur manière de chanter dans Semiramide etNorma, surtout dans le pre- mier de ces deux ouvrages. Les deux sœurs ont reparu dans le Irova- DE PARIS. 103 tore. On aurait désiré quelque chose de plus neuf, et, en outre, on ne peut se dissimuler qu'elles n'ont pas dans les ouvrages de Verdi l'im- mense supériorité dont elles font preuve en chantant la musique de Rossini, que personne aujourd'hui ne dit aussi bien qu'elles. 11 leur a donc fallu y revenir, et la direction va remettre en scène la Cenerenlola. Déjà, dans une espèce de concert, les deux sœurs viennent d'exciter les transports, en chantant le duo de Matilde di Shabran. La Cenerentola sera suivie du nouvel opéra de Péri, et précédée de celui de Giorza, dont la première représentation a lieu ce soir même. i*s Barcelone. — Toute la presse est d'accord sur le succès de Maria, et se fait à cet égard l'écho de l'opinion publique. Pendant le carnaval, l'ouvrage avait pour interprètes le ténor Graziani et Mlle Kenneth. Main- tenant à cette dernière a succédé Mlle Titjens. Graziani est excellent ; Mlle Titjens a réussi, malgré les souvenirs laissés par sa devancière. ,,% Lisbonne. — Enfin, Robert le Diable nous a été rendu. Depuis vingt-deux ans, le chef-d'œuvre n'avait pas été donné en cette ville. Le succès a été grand: tous les artistes, Mmes Lotti délia Santa, Hensler, MM. Fraschini, Cappello, Antonucci, ont enlevé les bravos, mais l'ouvrage en a obtenu bien plus encore. Le rôle d'Alice est un des meilleurs du répertoire de Mme Lotti, qui possède une des voix les plus belles et les plus puissantes que l'on connaisse au théâtre. Ses deux romances ont produit un effet extraordinaire, ainsi que son duo avec Bertram, et le trio qu'on voulait faire redire. Mme Hensler a fort bien chanté, avec une voix petite, mais bien timbrée. Fraschini est toujours le grand et incomparable artiste. Cappello a été excellent dans le rôle delîaimbaud, et dans celui de Bertram, Antonucci a remporté un véritable triomphe. S,*N, Saint-Pétersbourg, 7 mars. — Vieuxtemps donne aujourd'hui, dans la salle de la Noblesse, son premier concert. Le célèbre violoniste y exécute plusieurs de ses plus importantes compositions ; tout notre monde artistique se propose d'assister à cette solennité. — Les sympa- thies qui se sont tout d'abord manifestées pour la fondation de notre société musicale russe se prononcent chaque jour davantage et se tra- duisent par une augmentation sensible de son capital. A Mme Nissen- Saloman, engagée par elle, viennent d'être adjoints deux professeurs de chant, MM. Lodi et Piccioli, qui donneront des leçons gratuites aux amateurs des deux sexes doués d'heureuses dispositions, et que leur po- sition de fortune ne leur permettrait pas de payer. La Société vient également d'assurerà un jeune violoniste plein de talent, M. Markevitsch, une subvention de 1,200 fr., pour lui faciliter les moyens d'aller se per- fectionner à l'étranger. — Le théâtre Italien a donné, cette saison, 82 représentations. 17 opéras ont été chantés: la Norma, Otello, Guillaume Tell, le Trovatore, Il Barbiere, VItaliana m Algieri, Gazza ladra, Traviata, Sonnambula, Don Giovanni, Freysclmlz, les Huguenots, le Pro- phète, le Pardon de Ploërmel, Maria di liohari, Rigolelto. Lucia, — Notre Opéra russe a montré, de son côté, une grande activité ; on a monté les Commères de Windsor et Gustave III, d'Auber; la Muette de Por- tiei, Lucia, la. Juive, et le plus souvent Martha, de Flotow, qu'on ne se lasse pas d'entendre, se sont le reste du temps partagé le répertoire. — En opéras nationaux, on a exécuté la 'Esméralda et la Roussalka, de Dar- gomitzki; le lie pour le Tzar, de Glinka, et Mazeppa, de Vietinhoff. — On a beaucoup remarqué le début d'une dame de la Société, Mine Maï- koff, élève de Ricci, qui s'est fait applaudir dans les rôle de Gilda et de Leonora. Le numéro vendu séparément •ï."ï ceraliraies. JOURNAL DE LA FAMILLE Paraissant tous les samedi?, depuis le 1er janvier 1860. Le n° avec patrons, vendu séparément ."»« centimes. Contenant par an plus de 2,000 dessitis de modes les plus élégants et des modèles de travaux d'aiguille, etc. — Beaux-Arts . Musique. — Nouvelles. — Chroniques. — Littérature, etc. 52 NUMÉROS PAR AN DE 8 PAGES DE TEXTE GRAND IN-4° AVEC GRAVURES. UN AN : 12 FR. — SIX MOIS : @ PR. — TROIS MOIS ■ 3 FR. Le prix des abonnements doit être envoyé en un mandat sur la poste. RÉDACTION, ADMINISTRATION ET ABONNEMENT, 56, RUE JACOB, A PARIS. ON S'ABONNE ÉGALEMENT CHEZ TOUS LES LIBRAIRES DE FRANCE ET DE L'ÉTRANGER. Afin qu'on puisse se rendre exactement compte de cette charmante publication, le premier numéro sera envoyé gratis et franco par la poste à toute personne qui, par lettre affranchie, en fera la demande. PMMOS D'ART BLANCHET fils COMMERCE DE L'ANCIENNE MAISON ROLLER ET BLANCHET FILS A Paris, rue d'IInutevSlle, 11° «©. Cette maison est connue, depuis de longues années, pour la remarquable supériorité de ses pianos droits. Blanchet fils, ancien élève de l'Ecole polytechnique, a consacré le fruit de ses études scientifiques et de ses constantes recherches au per- fectionnement de son industrie ; et après avoir obtenu, aux diverses expositions d'Angleterre et de France, les plus hautes récompenses, il a été nommé chevalier de la Légion d'honneur par le jury international de l'Exposition universelle de 1855. Convaincu de la nécessité de mettre à la portée de tous les instruments fabriqués avec conscience et pouvant satisfaire aux qualités artisti- ques aussi bien qu'aux principes de solidité garantis par une longue réputation, Blanchet fils vient de créer un nouveau modèle de piano dit format de commerce, qui, tout en possédant les qualités d'une facture de premier ordre, a l'avantage d'être accessible à toutes les fortunes. Les instruments de ce format sont à cordes verticales, obliques ou demi-obliques. Désormais cette importante manufacture réunira donc les deux branches, également essentielles, d'une fabrication à la fois artistique et commerciale. 104 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. 103, rue de RïclielieD. SCHILLER-IHIARSCH Composée à l'occasion du festival donné à Paris pour la célébration du 1 00e anniversaire de la naissance de Schiller, MtMtbttt Arrangée POUR LE PIANO, par Chariot, prix, 7 fr. 50. POUR PARAITRE PROCHAINEMENT : La même, arrangée à quatre mains, par Ed. Wolff, prix, 10 fr. La Grande Partition. — Parties d'Orchestre. En vente : LES AIRS DÉTACHÉS Avec accompagnement de Piano, par Bazille, du Mi D'ELV Opéra-comique en trois actes, paroles de ALEXANDRE DUMAS ET DE LEUVEN Musique de AMBROISE THOMAS (De F Institut.) QUADRILLES pour Piano, par Arban et Marx, prix, k fr. 50 c. Ii.ETTEB$SËR. — Fantaisie -Transcription (Romancero, Barcarolle, Air-Cachucha, Romance). BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. ON S'ABONNE I Dana les Départements et a l'Étranger, chez t les Marchands de Musique, les Libraires, et Bureaux des Messageries et des Postes. M° 13. REVUE 25 Mars 1860. PRIS DE L' ABONNEMENT t paris ?4 fr. par an Dépurtcmenls, Belgique el Suisse. .. 30 « id- Étrunser 34 •' <&■ Le Journal parotl le Dimanche. GAZETT CALE —^pjy\f\f\pj\f'jy^ssj — SOMMAIRE. — Concert de Louis Lacombe. — Auditions musicales, par Adol- phe Botte. — Observations de quelques musiciens et de quelques amateurs sur la méthode de musique de M. le docteur Chevé. — Revue critique, par Adolphe Botte. — Nécrologie : Jullien. — Nouvelles et annonces. CONCERT DE LOUIS LACOMBE. Comme compositeur, Louis Lacombe se distingue par la chaleur et la netteté du style ; il écrit bien pour les voix, chose qui générale- ment n'est pas le côté brillant des instrumentistes. Ce qu'il a joué de l'Amour, partition écrite pour le drame de P. Niboyet,, et qui fut exé- cutée au théâtre Saint-Marcel, ce qu'en a chanté Jules Lefort attestent de grandes qualités dramatiques et mélodiques, dignes de se montrer et de briller sur une autre scène. Dans la musique de piano, Lacombe est toujours heureux. L°.s Adieux à la patrie, Tendresse, sa fameuse étude en octaves, et jus- qu'aux accompagnements qu'il crayonne en s'inspirant des vers de nos grands poètes, ont été accueillis par de vifs transports de sympa- thie. Mme Wekerlin-Damoreau et Jules Lafont ont chanté des mélodies de sa composition, Chanson de Barberine et Chanson de la brise, qui sont de bien douces et de bien mélodieuses chansons. L'harmonie surtout en est charmante ; les dessins qui s'y déroulent sont pleins d'art et d'élégance. La belle sonate en ul dièse mineur de Beethoven, un trio du même maître, délicieusement dit avec MM. Kœmpel et Lebouc, et son beau duo à deux pianos sur des mélodies de Robin des Bois, duo où Emile Forgues a fait applaudir aussi une très-brillante exécution, ont été pour Lacombe une suite de succès, pendant laquelle le style sévère et classique , le style élégant et fantaisiste ont bien des fois excité de chaleureux applaudissements. Mme Wekerlin-Damoreau semble avoir hérité de la vocalisation de sa mère. L'inimitable cantatrice lui a transmis ses exquises broderies, ses délicieux mezzo-voee et quelques-uns des secrets de son art de phraser les mélodies. Aussi , Mme Wekerlin a-t-elle été accueillie comme on accueille seulement les chanteuses qui, à une jolie voix, joignent une excellente méthode. Cette matinée, qui avait commencé par une déception , car on était venu annoncer que, très-souffrant, Roger ne chanterait pas, n'en a pas moins été charmante. Adolphe BOTTE. AUDITIONS MUSICALES. Mme Marie Pleyel. — Mme Szarïady. — M. et Mme Viguier. — Mlle Louise Murer. — Alexandre Batta. — Biehard ID-iminer. — Concert de l'Œuvre de Saint-Joseph des Allemands. — Louis Lautou. — A. Kœmpel. Lundi, Mme Pleyel se faisait entendre de nouveau et enle- vait une fois encore toutes les admirations. Mme Pleyel est du petit nombre des artistes qui ne jouent jamais de la même fa- çon : selon l'inspiration du moment, selon les sympathies plus ou moins intelligentes qui l'entourent, elle joue avec plus ou moins de bonheur et d'élan ; et cet attrait de l'imprévu, Mme Pleyel le possède à un degré singulièrement rare. Nous ne reviendrons pas sur toutes les autres qualités qui font de Mme Pleyel une artiste exceptionnelle; nous nous bornerons à dire que dans ce second concert, qui avait, comme le premier, attiré une grande affluence, ces qualités se sont manifestées de la manière la plus brillante dans l'exécution de la so- nate en ut dièse de Beethoven , de la Fileuse , de Lilolff, et de la Truite, ce chef-d'œuvre de poésie et de sentiment, si bien transcrit par Stephen Heller. Cette fois, Tagliafico et H. Sighicelli s'étaient char- gés de varier le concert de Mme Pleyel, dont la nouvelle apparition à Paris aura produit son effet accoutumé. — Un talent d'un ordre aussi élevé, quoique complètement diffé- rent, s'est produit aussi samedi de cette semaine pour la troisième et dernière fois de la saison. Mme Clauss-Szarvady a fait encore admi- rer dans cette soirée l'exquise pureté de son style dans l'exécution des œuvres si différentes de Beethoven , de Mozart, de Mendelssohn , de Schumann et ae Chopin : aussi a-t-elle été fêtée avec un véritable enthousiasme. — M. Viguier, qui, aux belles séances de quatuors de Maurin et Che- villard , tient si magistralement la partie d'alto, donnait mardi un concert où son double talent de virtuose et de compositeur a été très- applaudi. 11 joue aussi bien le solo que la musique d'ensemble, et se distingue par l'une des plus grandes qualités que puisse posséder un artiste, par un très-beau son. La symphonie concertante de Mozart pour violon et alto-viola a été enlevée par lui et Maurin avec des élans de style, des délicatesses d'archet qui ont ravi l'assemblée. M. Viguier n'a eu qu'à se louer aussi de l'accueil fait à ses deux compositions originales, dont l'arran- gement, le goût, les fines harmonies ont été justement remarqués. Sans posséder, peut-être, les sérieuses qualités de style qui carac- térisent l'exécution de son mari, Mme Viguier a beaucoup d'agilité, de 106 REVUE ET GAZETTE MUSICALE brio et de fougue. La vigueur dontelle a fait preuve pendant le concerto de "Weber lui a valu de sincères bravos. Quoiqu'elle l'ait joué un peu vite, son mécanisme ne lui a pas fait défaut. Néanmoins, ce morceau n'a pas été son plus grand succès. La jeune et gracieuse pianiste a joué avec beaucoup plus de finesse et de nuances délicates la ravissante et poétique Danse des fées, que son maître, Emile Prudent, semble avoir dérobée à l'Orient, tellement elle est gracieuse, enchanteresse et pleine de couleur. Elle a joué encore avec expression et sensibilité des romances de Mendelssohn . M. et Mme Barbot ont chanté de fort jolies choses. L'un a dé- ployé une puissance de voix que nous ne lui connaissions pas ; l'au- tre, un talent de vocalisation que nous avons souvent signalé, et, dans un air de Lully, une ampleur, une déclamation large, noble et naturelle qui, pour n'être pas du domaine fleuri et semé de fioritures que Mme Barbot parcourt ordinairement, n'en ont été que plus cha- leureusement accueillies. —Une autre élève de Prudent, et l'une des meilleures qu'il ait for- mées, Mlle Louise Murer, obtenait mercredi un grand suc;ès en jouant, de son maître, le Caprice sur la Sonnambula, le Chant du ruisseau, l'Aurore dans les bois; de Beethoven, le magnifique largo de la sonate op. 7, et de Chopin, une poétique ballade. Les deux premiers mor- ceaux surtout ont fait un plaisir extrême. En vérité, il serait difficile à Prudent, en eût-il envie, de renier Mlle Murer pour son élève , car la jeune pianiste possède bien toutes les brillantes et solides qualités de l'école à laquelle elle appartient. Elle a trouvé de beaux sons pour les touchantes mélodies de Bellini, si admirablement disposées et variées par Prudent; elle a déployé une rapidité, une égalité, une légèreté gazouillante, une élégance parfaite pour tous les murmures, toutes les harmonies du ruisseau. L'exécution de Mlle Murer est d'une re- marquable pureté; son style et sobre est sévère ; nous lui voudrions seulement un peu plus de force et de véhémence. A l'avenir, Mlle Mu- rer, dont le talent est déjà fort beau, peut sans crainte se livrer da- vantage aux excellents conseils que l'intelligence et la sensibilité donnent aussi aux artistes assez sûrs de leurs doigts pour ne se préoc- cuper que de l'expression. Un jeune violoncelliste belge a montré un mérite sérieux en exécu- tant deux fantaisies de Servais, son maître. Une grande habileté dans les difficultés, un grand charme dans la manière de phraser, distin- guent le talent de M. Jules Deswert. Si les sons qu'il tire du violon- celle étaient aussi puissants, aussi variés qu'ils sont justes et purs, nos éloges eussent été sans restriction. Mme Anna Bertini, qui était en voix, a plus d'une fois excité des témoignages de sympathie. — Ce qui manque à M. Deswert est peut-être la plus grande supé- riorité d'A. Batta. En effet, c'est par la qualité et la rondeur du son qu'il brille entre tous, et qu'il donne à son exécution la variété, la puissance qui la distinguent. A sa soirée, donnée mercredi, l'éminent violoncelliste a joué, avec Lefebure et Maton, sa transcription de Thekla, prière de Schubert. L'effet produit par cetle page, pleine d'ampleur et parfaitement exécutée, a été excellent. Si on a admiré les inspirations larges, élevées et pures de Schubert, on n'a pas moins admiré le mérite des interprètes. Batta s'est surpassé lui-même dans une très-touchante romance russe de la princesse Kotschoubey, dans Passiflo?-e, et dans un délicieux morceau, Souvenir de Gluck. Lefebure- Wély a joué sur l'harmonicorde deux jolies compositions, les Noces basques et Romance sans paroles. La mélodie de cette ro- mance est ravissante, l'harmonie a toutes les délicatesses familières à la plume fine et exercée de l'auteur. Des compositions de Mme Clé- mentine Batta, et le Paradis perdu de T. Ritter, encadraient chaque morceau de violoncelle, et ont fait le plus grand plaisir. — R. Hammer, un de nos bons violonistes, un de ceux qui écrivent de fort gracieuses choses pour leur instrument, et qui les jouent avec beaucoup de charme, donnait mercredi, dans les salons Pleyel-Wolff, son concert annuel . Avec MM. Kruger et Rignault, il a exécuté brillam- ment, mais très-sobrement pourtant, un triode Félicien David, œuvre remarquable où l'imagination n'égare et n'altère jamais la pureté du style. Hammer a misa contribution les partitions d'Halévy et de Verdi, et il a écrit de très- aimables, de très-jolies fantaisies qui, exécutées par lui et son tout jeune élève Benjamin Godard, ont été chaleureuse- ment accueillies. Les compositions originales de R. Hammer sont mé- lodieuses. La teinte élégiaque répandue sur quelques-unes les rend touchantes et dignes d'être fort goûtées. Mlle Mélanie Ducrest et M. Marochetti se sont fait entendre non sans succès ; mais nous devons surtout faire mention des bravos obtenus par Kruger, et dire que sa Chanson du chasseur et sa Polonaise- boléro ont fait un nouveau pas vers la popularité. — La matinée donnée au profit de l'œuvre de Saint-Joseph des Allemands avait attiré dans la salle Herz un public nombreux. L'Al- lemagne, représentée avec tant d'éclat parmi nous, ne laissait aux dames patronnesses pour composer un attrayant programme que l'em- barras du choix. Cette fois c'étaient Mlles Bochkoltz-Falconi et Anna Kull, MM. Koempel, Schumpff et le jeune Ketten qui se faisaient ap- plaudir. Presque tous ces noms pourraient nous dispenser d'ajouter que la fête a été charmante. Disons cependant que, après des soli brillamment exécutés, des morceaux d'ensemble chantés avec le sen- timent, l'entente des nuances, l'intelligence de l'effet général, qui ca- ractérisent si éminemment les chœurs d'outre-Rhin, ont enchanté les auditeurs. Le quatuor de Mlle Falconi et la société chorale Teuto- nia, sous la direction de Jules Offenbach, n'ont démenti en rien l'opinion généralement admise que, par une disposition particulière à leur organisation, les Allemands chantent la musique d'ensemble mieux qu'on ne le fait partout ailleurs. — Se sentant plus de goût pour le service dramatique que pour le service militaire, Louis Lauton, jeune chanteur qui vient d'être appelé pour la conscription, a fait appel au talent de quelques-uns de nos plus grands artistes. Tous, avec le cœur qui les distingue, se sont empressés de lui promettre leur concours, et tous ont fait de son concert, donné vendredi, un des plus beaux de la saison. Roger, qu'on est toujours sûr de rencontrer en semblable occasion, a été accueilli par de vifs transports d'enthousiasme, qui ne s'adressaient pas seule- ment à l'artiste. Si, entre autres choses, on a été heureux de lui entendre dire Simple chanson et Ballade serbe, deux mélodies de Vaucorbeil, jeune compositeur dont nous signalions ici dernièrement le mérite sérieux et déjà éclatant, on a été non moins heureux de retrouver le célèbre chanteur n'ayant rien perdu de sa voix, de sa belle méthode et de son style toujours parfait. Graziani a phrasé d'une façon délicieuse une jolie mélodie, et Mme Dottini, qui remplaçait Mme Borghi- Mamo, a fait ap'précier une vocalisation très-hardie et très-nette. Deux joyeusetés musicales, dites par Sainte-Foy avec infiniment d'esprit et de bon goût, ont fait le plus grand plaisir. —L'autre jour, dans la salle Herz, le pianiste du roi de Hanovre, Alfred Jaell, obtenait un succès dont le retentissement a été grand ; jeudi, dans les salons Pleyel-Wolff, le violon-solo du même souverain recevait à son tour un accueil des plus sympathiques. S'il fallait s'en îvpporter au rare mérite de ces deux artistes, le royaume de Hauovre serait l'un des plus riches de l'Allemagne en virtuoses éminents. M. Kœmpel, un des disciples les plus distingués de Spohr, possède la sûreté, la justesse, le style pur, sévère, contenu, et pourtant cha- leureux, de la belle et large école de ce maître. Le jeune violoniste a déployé toutes les qualités classiques de son jeu dans le trio en ut mineur de Mendelssohn et dans une sonate de Beethoven où Mme Szarvady l'a admirablement secondé. La musique d'ensemble sied à ravir à M. Kœmpel. Il la joue simplement, et s'il y met de l'âme, il n'y met aucune affectation. Là, il nous a paru com- plet. Entre plusieurs solos, il a exécuté une fantaisie sur des mélodies DE PARIS. 107 de Jessonda qui attestent par leur charme la supériorité que cette partition a conservée parmi les plus achevées que Spohr ait écrites. Mais le style, les traits, la sévérité savante qui régnent dans cette fan- taisie n'ont pas permis à M. Kœmpel de montrer s'il pouvait atteindre à la verve, à la spontanéité, aux mille séductions de la fantaisie mo- derne. Jaloux de prouver tout le sérieux et toute l'élévation de son talent, il n'a voulu devoir ses succès qu'à des morceaux classiques. Pourtant la liberté, l'imagination, qui se donnent un libre cours dans les fantaisies ne sont certes point à dédaigner, quand elles sont ré- glées par le goût. Vieuxtemps, un violoniste sérieux aussi, leur doit bien des bravos. Le jour où il sera un peu moins exclusif, après avoir enchanté les doctes par quelques pages des maîtres savants, M. Kœm- pel enchantera aussi, nous en sommes sûr, ceux qui, moins familia- risés avec le grand style allemand, avec les sublimes mais parfois austères beautés de Bach, aiment à retrouver dans le solo une manière un peu plus lâchée, il est vrai, mais qui permet à l'archet certaines coquetteries, certaines recherches d'élégance, certains accents de sensibilité dont la valeur artistique a bien aussi son prix. La brillante vocalisation, le style excellent de Mlle Falconi ont été chaleureusement applaudis. Adolphe BOTTE. OBSERVATIONS DE QUELQUES MUSICIENS Et de quelques amateurs sur la méthode de musique de 91. le docteur Clievé (1). Nous nous sommes souvent demandé pourquoi la commission de 1850 avait surexcité la colère du savant professeur ; pourquoi il nous avait accablés d'injures ; en quoi nous étions plus coupables que nos de- vanciers, que M. Orfila, par exemple, qui avait longtemps présidé les commissions et qui, à plusieurs reprises, s'était prononcé contre l'en- seignement par le chiffre. Probablement M. le docteur Chevé n'osait déclarer , et en cela il avait parfaitement raison, qu'il refusait au docteur Orfila, homme de science, doyen de la Faculté, et, de plus, excellent musicien, les qualités qu'il nous dénie, et auxquelles nous ne prétendons pas : « la profondeur de vues, le sens intellectuel, la compétence, » en un mot, la dose de capacité nécessaire pour apprécier une méthode élémen- taire de lecture musicale. Tout le monde, en effet, conviendra que M. Orfila réunissait les conditions exigées. Son opinion, qui est la nôtre, subsiste donc avec une grande valeur. M. Chevé, qui a une tendance manifeste à vouloir régner par la terreur, s'indigne qu'on ait osé publier le rapport de la commission de 1850; c'est, selon lui, «un abus de pouvoir, une lâche méchan- ceté. » Il ne demandait pas l'adoption de sa méthode : non-seulement on n'avait pas le droit de publier le rapport, on n'avait pas même le droit de faire un rapport, d'examiner son livre ; il demandait seule- ment des concours comparatifs. Nous ne reviendrons pas sur la prétention superbe élevée par M. Chevé, à savoir : que sa méthode est sacrée, qu'il ne reconnaît à personne le droit de la juger ; mais n'est-il pas de la dernière évi- dence qu'une demande de concours n'est qu'une stratégie, une forme, une manière de demander l'adoption d'une méthode ; autrement, à quoi bon des concours comparatifs ? Et avant de donner des concours comparatifs, n'est-il pas juste, con- venable, nécessaire, que l'administration, qui a le droit de les ac- corder ou de les refuser, veuille être renseignée sur l'opportunité de ces concours, qui devront infailliblement amener une perturbation dans les travaux ordinaires des écoles? Faut -il, parce qu'un concours est (1) Nous avons annoncé déjà plusieurs fois l'ouvrage qui porte ce titre, et, sui- vant notre promesse, nous en publions aujourd'hui le paragraphe que l'on va lire. demandé, l'accorder sur-le-champ, sans discussion, sans examen préa- lable, et se tenir constamment à la disposition de quiconque a l'idée de demander un concours ? La persistance dans une demande de ce genre constitue -t-elle un droit? L'administration n'a-t-elle pas le de- voir de faire examiner la valeur du système proposé ? Et les gens qu'on charge de ce travail sont-ils forcément des ignorants, de mé- chantes gens, sans honneur et sans probité, parce qu'ils ont jugé dans leur âme et conscience que le procédé proposé ne peut faire la base d'un bon enseignement? On lit sur les murs de Paris : «L'anglais ou l'allemand, etc., enseigné en 25, en 30 leçons; » ou bien : « Cours de mathématiques, de latin, éludes pour le baccalauréat,» etc., dans des conditions analogues. Certes, nous tenons les professeurs de ces cours pour gens très- estimables, et nous n'avons garde de les offenser, mais qu'arriverait - il si ces professeurs venaient à demander publiquement, hautement, que leur enseignement fût l'objet de concours comparatifs avec l'en- seignement officiel, comme dit M. Chevé? Que répondrait M. le mi- nistre de l'instruction publique ou le conseil supérieur de l'Université ? Nous n'en savons rien, et nous ne voulons rien préjuger. Mais n'y a*-t- il pas lieu de croire que si l'on donnait suite à ces demandes, avant d'ordonner des concours comparatifs, on chargerait d'honnêtes gens, notoirement connus pour savoir l'anglais ou l'allemand, ou le latin, ou les mathématiques, etc., des gens qui auraient fait preuve de science et de connaissances pratiques, de rendre compte à l'adminis- tration et au public de l'opportunité des concours demandés, et de la valeur des livres, des systèmes, des arguments, des procédés an- noncés? Quelques personnes disent : Qu'importent les systèmes, les procé- dés, les doctrines, la notation? M. Chevé fait chanter des choeurs et ses élèves écrivent sous la dictée. Cela est vrai, c'est à cela que se borne l'enseignemeut que M. Chevé veut élever à une si grande hauteur. Supposons que la notation universelle soit, comme M. Chevé a grand intérêt à le proclamer, inabordable et enveloppée de ténèbres ; supposons qu'on recule d'effroi devant une page de musique ; que l'enseignement musical n'existe pas en France ; que l'on ne soit jamais parvenu à faire chanter des chœurs, et qu'au milieu de cette nuit profonde, M. Chevé apparaisse, la lumière à la main ; ah ! nous lui ferions cortège, nous publierions sa gloire, et nous n'y aurions aucun mérite; en secondant ses efforts, nous ne ferions qu'obéir à notre propre intérêt. Mais nous sommes obligés de dire aux hommes de bonne foi qui pourraient se laisser persuader que le système, les prétentions, les plaintes amères, les accusations de M. Chevé n'ont aucune raison d'être. On chante partout des chœurs, et l'enseignement élémentaire, celui qui convient aux orphéons et aux réunions populaires, aussj simple et plus vrai que celui du chiffre, est facilement donné et faci- lement compris (1). Il y a à Paris, en France, en Angleterre, en Belgique, en Alle- magne, dans toute l'Europe un nombre considérable de sociétés cho- rales lisant la musique, chantant sans accompagnement avec justesse, netteté, précision, exprimant les nuances les plus délicates, et cela par les principes de l'enseignement général, et comme une chose toute simple, ordinaire, qu'on fait tous les jours, qu'on apprend facilement. Car ces sociétés sont modestes, elles chantent pour chanter, pour leur plaisir, pour celui des auditeurs, et ne prennent pas l'univers à té- moin qu'elles chantent des chœurs. Et c'est pour cela que beaucoup de personnes ignorent l'existence de ces sociétés, et peuvent croire qu'en effet la musique est quelque chose de caché, d'inaccessible, qu'il faut des efforts surhumains pour réunir un groupe de voix hu- (1) Nous avons entendu dans de petites communes autour de Paris des orphéons qui, après six mois d'existence, ont donné des résultats remarquables. Nous pour- rions citer l'orphéon de llueil, dirigé par M. Heintz, etc. 108 REVUE ET GAZETTE MUSICALE maines en un ensemble harmonieux, et que cela n'est donné qu'au maître de VÉcole nouvelle, hors de laquelle il n'est point de salut. Car M. Chevé se nomme toujours Y École nouvelle et, en vérité, il y a là un grand abus de mots. On dit en peinture : l'école de Raphaël, l'école lombarde, l'école flamande, etc., en musique, l'école italienne, allemande, française ; on dit l'école de Mozart, mais on n'a jamais dit l'école de Rodolphe (1). Ne fait pas école qui veut, et encore faut- il qu'il y ait matière à école. (La suite prochainement.) REVUE CRITIQUE. Arthur Kalklti-eimer : Mosaïque brillante sur le Pardon de Ploermel. — V. Huiiten : Trois fantaisies sur Marta. — Ang. Vincent: Orphée, de Gluck. — ff». (Perny : Souvenir du Prophète. — Bummel : Echos des opéras. — Edouard WoIA": Ida, valse-caprice; Mathilde, valse-caprice. Arthur Kalkbrenner porte un nom qui rappelle une de nos plus belles écoles de piano, et en même temps, des compositions dont quelques-unes ne périront pas. Noblesse oblige ; il semble ne pas l'oublier : il écrit, dit-on, — car nous ne les avons pas entendues, — des choses très-aimables, en attendant sans doute des productions plus sérieuses. Sa Mosaïque brillante sur le Pardon de Ploermel a beau- coup de charme. Les mélodies de la Berceuse, de l'air de l'Ombre, de la Légende, quoique très-rapprochées, sont liées avec art. L'in- troduction faite avec la chanson du Chasseur est ravissante, peu dif- ficile et néanmoins très brillante. Sauf de jolies variations qui ramè- nent la berceuse à la fin du morceau et qui permettront aux jeunes pianistes de déployer toute la vélocité de leurs doigts, dans plusieurs traits en notes répétées et en arpèges bien écrits pour l'instrument, le piano tient à honneur de reproduire fidèlement le texte du maître et d'en faciliter le sens aux intelligences musicales des élèves. Souder ainsi avec habileté des motifs de caractères si différents, mettre dans ce travail du goût et de la correction, c'est se montrer harmoniste plus encore que pianisle ; et ne pas essayer d'embellir de semblables chants, se résigner à les joindre le plus harmonieusement possible , c'est prouver qu'on les comprend et qu'on est digne d'y toucher. Ces qualités sont plus rares qu'on ne pense. En effet, quel gaspillage ne voit-on pas tous les jours, quelle absence de tact dans la disposition des trésors mélodiques offerts par la partition ! que de chétives harmonies viennent contraster avec celles des maîtres et leur faire ombre! La Mosaïque d'Arthur Kalkbrenner plaira, parce que la pensée de l'illustre compositeur y prédomine constamment, qu'elle éclaire tous les ornements ajoutés par le pianiste ; elle plaira encore parce qu'elle est accessible à tous, et qu'elle demande plus de sentiment que d'exé- cution. — Dans les pensionnats, il n'est guère de compositeur plus connu que Hïmten. Presque toutes les jeunes pianistes lui doivent leur pre- mière initiation aux beautés musicales. Ses nouvelles fantaisies à quatre mains, sur Marta, sont encore écrites pour des musiciennes peu habiles. La touchante romance de la Rose se trouve dans le nu- méro 2, et, malgré cela, nous ne savons lequel de ces trois morceaux sera le préféré , car ils sont également chantants et expressifs. Us con- tiennent les plus jolis motifs de la délicieuse partition de M. de Flotow. Tout en laissant ce qu'il y a de plus difficile à la première partie , Hûnten confie, de temps en temps, à la seconde, qu'il rend toujours intéressante aussi, quelque petit trait bien en dehors, bien brillant, (1) Auteur d'un solfège qui a eu une grande vogue. bien à effet, de façon à ce que tout le monde puisse montrer son intel- ligence, sa précision et ses progrès. L'harmonie gagne beaucoup à cette distribution plus égale, qui permet au compositeur de mettre un peu plus de richesse qu'il n'y en a ordinairement dans ces petits ouvrages. Si la vogue n'a pas été éphémère pour Hûnten comme pour tant d'autres, si sa popularité a survécu aux nombreux succès qu'il a obtenus, c'est qu'il a suivi avec beaucoup de tact les transformations du piano, et que, tout en satisfaisant les exigences du jeune public auquel il s'adressait, il a toujours prouvé du savoir et du goût. — L'Orphée, de Gluck, exhumé avec tant de bonheur par le théâ- tre Lyrique, a fait naître toutes sortes d'arrangements. Les pianistes se sont abattus sur cet admirable opéra et lui ont pris quelques pages, qu'ils ont déposées ensuite, avec plus ou moins d'habileté, dans leurs fantaisies. Parmi ceux qui ont choisi la célèbre romance : J'ai perdu mon Eurydice, il faut citer Aug. Vincent. Transcripteur souvent heu- reux, il a réussi, encore cette fois, à écrire un morceau très-intéres- sant et très-brillant. 11 ne s'est pas contenté de la sublime romance que tout le monde chante ou joue à cette heure ; un bel allegro vient contraster avec le touchant andànte. Le chœur des démons, attaqué en octaves par la basse, fait entendre la large et puissante harmonie : Quel est l'audacieux Qui dans ces sombres lieux. Des arpèges en triolets, confiés à la main droite, accompagnent harmonieusement ce chant qui bientôt monte à l'aigu et se développe avec beaucoup d'ampleur. Ce joli morceau n'offre assurément rien de bien nouveau au point de vue instrumental ; mais, on le sait, le nou- veau est rare. D'ailleurs, on s'en passe si bien quand on fait entendre la musique de Gluck ; elle porte en elle tant de jeunesse, de passion, de vie et de vérité qu'on peut ne se préoccuper que d'en transcrire simplement les impérissables beautés. — S'inspirant du Prophète, Perny a composé pour piano un très- joli caprice. Les souvenirs de la magnifique partition de Meyerbeer y sont nombreux et charmeront tous ceux qui aiment la musique large et pathétique. Ce morceau, assez difficile, annonce un pianiste habile en même temps qu'un harmoniste correct. Entre autres fraîches et pures mélodies, l'auteur a traité avec une certaine sobriété de notes la romance de Jean de Leyde. Assurément, elle fera plus de plaisir ainsi et touchera plus vivement les cœurs que s'il s'était évertué à prodiguer les difficultés, à gâter ces chants si profondément drama- tiques, en voulant les développer et les orner outre mesure. — Sous ce titre : Echos des opéras, Rummel publie une charmante collection. C'est un des compositeurs les plus heureux que nous con- naissions ; à l'avance il est sûr du succès. Le moyen vraiment de n'en pas avoir, quand on choisit clans les meilleures œuvres des maîtres leurs plus belles inspirations ! Hier, il prenait les chants nobles et éle- vés de Meyerbeer; aujourd'hui, il prend les mélodies fines et gracieuses d'Auber. Son dernier morceau est une jolie petite fantaisie sur la Muette. Une brillante introduction, l'air du sommeil, la célèbre bar- carolle : Amis, la matinée est belle, et la marche de l'ouverture y sont réunis avec autant d'habileté que de goût. — Les polkas, les mazurkas sont ordinairement des œuvres qui n'ont d'autre ambition que celle de plaire aux gens du monde et d'être jouées distraitement par quelques jeunes filles, songeant à toute autre chose qu'à chicaner l'auteur sur la pauvreté de son imagination et sur la trivialité de ses ornements. Néanmoins dans les compositions les plus légères et les moins méditées, on peut encore montrer du ta- lent; on peut, dans la valse surtout, répandre bien de la poésie et faire harmonieusement succéder au bond de la passion, du plaisir et de la folle ivresse les plus douces et les plus voluptueuses rêveries. C'est ce que vient de faire dans Mathilde et Ida, Ed. Wolff, le plus infatiga- ble des pianistes-compositeurs. 11 a publié tant de jolis morceaux — il en est à l'op. 235 — qu'on pourrait s'étonner de retrouver dans ses DE PAKIS. 109 nouvelles valses les mêmes qualités élégantes qui brillèrent pendant ses plus fécondes et ses plus riches années. Grâce à des traits d'une rare distinction, à des harmonies piquantes, à des chants heureux, qui ne tombent jamais dans la banalité, malgré leur allure facile et déga- gée, ces deux dernières pages d'Ed. Wolff ne déparent point son œu- vre. Elles y ajoutent, au contraire, des morceaux gracieux et bien conduits, qui ne démentent en ripn la réputation de compositeur ins- piré que l'auteur a conquise par des publications où le goftt et l'imagi- nation ont toujours été marqués. Adolphe BOTTE. NECROLOGIE. Cet artiste, dont la fin si prématurée a causé une impression de surprise douloureuse, était né dans une petite ville des basses Alpes, et avait pour père un musicien dont le talent plus que modeste était l'uni- que fortune. Dès l'âge de seize ans il vint à Paris : il entra au Con- servatoire, où sa vocation se révéla. Au lieu d'une leçon d'harmonie, il apportait souvent à son maître, M. Halévy, l'esquisse d'un quadrille. Nous ne rappellerons pas ici comment il arriva plus tard à se faire une popularité plus grande que celle de tous ses devanciers et ri- vaux. Il la dut à son talent et plus encore à son caractère. 11 avait dans son genre quelque chose de l'audace et de l'intrépidité qui fait les héros. C'est par là surtout qu'il réussit en Angleterre, sa seconde patrie, et que, pendant vingt ans, il y continua triomphalement ses Promenades-concerts, dont il avait le secret de perpétuer la vo- gue. Dans ses mains, le bâton de mesure s'était changé en un sceptre magique, doué d'une irrésistible puissance. Aurait-il re- trouvé chez nous la même influence et le même succès dans l'en- treprise qu'il était sur le point de tenter ? Cela est plus que dou- teux. Jullien connaissait mieux l'Angleterre que la France, et par delà le détroit, la fibre populaire lui répondait mieux qu'en deçà. Le Musical World lui a consacré un article que nous voudrions pou- voir reproduire La physionomie de l'artiste et de l'homme y est des- sinée de main de maître. Au seul bruit de la terrible maladie qui était venue le frapper, une souscription avait été ouverte à Londres. On savait que ce musicien, qui avait fait et défait plusieurs fortunes de nabab, laissait une femme et une fille adoptive absolument sans res- sources. Maintenant on s'occupe d'organiser à leur bénéfice un grand concert, auquel tous les artistes éminents s'empresseront de concourir. A Paris, on ne fera pas moins, et Arban est chargé de préparer la solennité qui aura lieu d'ici à peu de temps, dans le cirque des Champs- Elysées. C'est le plus digne tribut que l'on doive à la mémoire d'un artiste qui, malgré des travaux immenses, ne lègue à ceux qui lui étaient chers d'autre héritage que son nom. NOUVELLES. „,*„. Par extraordinaire, le théâtre impérial de l'Opéra donnera au- jourd'hui la 424e représentation de Robert le Diable. „,** Dimanche dernier on a donné la Favorite, et le lendemain lundi Guillaume Tell. Pierre de Mèdicis a été joué mercredi et vendredi. *** L'engagement de Mlle Marie Brunet a été résilié d'un commun accord. La jeune artiste se rend à Londres, où elle va chanter au théâtre royal italien. *% S. M. l'Empereur, voulant témoigner à Mme Ferraris tous le plai- sir qu'elle lui avait fait dans sa nouvelle création du rôle de Diane, dans le ballet de l'ierrede Mèdicis, lui a fait remettre, par M. le comte Baccio- chi, un superbe bracelet enrichi de diamants. „% Les sœurs Marchisio sont attendues à Paris pour le 5 avril. La se- maine prochaine les chœurs commenceront à répéter Sêmiramis. Outre une mise en scène splendide. les décorations offriront une étude des plus curieuses au point de vue artistique et archéologique, car la direction se propose d'y restituer la Babylone antique avec toutes ses merveilles, et les études les plus minutieuses sont faites à ce sujet. On espère que le chef-d'œuvre de Rossini pourra être représenté à la fin de juin. Le ballet compo-é pour Mlle Emma Livry viendra ensuite. „.** Le Pardon de Ploërmel a été joué mercredi avec un admirable ensemble. Faure, qui va bientôt nous quitter et qui tient à augmenter nos regrets, n'avait jamais mieux chanté le rôle d'Hoël ; Mme Cabel a obtenu son succès accoutumé dans celui de Dinorah, et Sainte-Foy a été, comme toujours, d'un comique excellent dans celui de Corentin. Bar- rielle, Warot, Mmes Hévilly et l'rost ont aussi enlevé leur bonne part de bravos. „% Quoique l'indisposition qui tient depuis quinze jours Mlle Monrose éloignée de la scène ait diminué, la jeune cantatrice ne pourra probable- ment pas, avant la fin de la semaine prochaine, reprendre le rôle qu'elle a créé d'une façon si remarquable dans le Roman d'Elvire. „*» Outre le Château- TnmipeUe, en répétition à l'Opéra -Comique, on a mis à l'étude un acte inédit de Donizetti, poëme de G. Vaez, dans lequel Mine Faure-Lefebvre créerait uu rôle important. *** En quittant le théâtre de l'Opéra-Comique, Faure se rendra à Londres, où il va inaugurer sa carrière de chanteur italien. Engagé par M. Gye, directeur du théâtre de Covent-Garden, il y débutera dans le Pardon de Ploërmel (il Pelegrinaggio). Mme Miolan-Carvalho chantera le rôle de Dinorah, créé par elle la saison dernière. *** Au théâtre Italien, mardi dernier, pendant le troisième acte du Trovatore, le voile que portait Mme Penco ayant pris feu tout à coup, la cantatrice s'est vue environnée de flammes, qu'on a pu heureusement comprimer, sans qu'il en résultât d'autre mal qu'une émotion très-vive. Cependant Mme Penco a pu achever son rôle, mais le lendemain elle était indisposée et forcée de garder le lit. — Le concert pour l'œuvre des faubourgs, qui devait avoir lieu le soir même, a été remis au mer- credi suivant, 28 mars. *% Mardi, 27 mars, aura lieu la première représentation d'il Crociato in ' Egitlo, de Meyerbeer. Cet opéra sera chanté par Merly, Angelini, Mmes Borghi Mamo, Penco et Albont. *** Dans la représentation de Don Giovanni, donnée dimanche, Tam- berlick remplissait le rôle de Don Ottavio. Il a chanté l'air /( mio lesoro avec un succès hors ligne, et comme personne ne l'avait fait depuis Rubini. *% Hier samedi, le théâtre Lyrique a donné la première représenta- tion de Gil-blas, opéra en cinq actes, dont le rôle principal est confié à Mme Ugalde. „% C'est mardi qu'aura lieu aux Bouffes-Parisiens la première représen- tation de Daphnis et Chloé, opérette en un acte de M. Clairville, mu- sique de M. Offenbach, et dans laquelle Mlle Juliette Beau débutera par le rôle de Daphnis. Le même jour aura lieu également la première repré- sentation de C'était moi, un acte de MM. de Najac et Deulen, musique de M. Debillemont. — On répète activement au même théâtre un acte de M. le comte Gabrielli; un acte de Mme de Granval ; deux petits actes, dont trois jeunes compositeurs, MM. Hignard, Delibes et Erlanger, ont écrit la musique ; un acte de M. Gastinel et un acte de M. Bazzoni. „% Mme Stoltz est en ce moment à Londres ; elle se rendra bientôt à Vienne. *** Voici le programme du concert donné aujourd'hui à deux heures par la Société des jeunes artistes du Conservatoire : 1° Fragments de Struensée, de Meyerbeer, redemandés ; 2° chœur des génies d'Oberon ; 3" symphonie inédite de Saint-Saens; 4° fantaisie pour le violoncelle, de Servais ; 5° chœur des bacchantes de Philémon et Baucis ; 6° septuor de Beethoven. „,** On joue en ce moment, au théâtre royal de Nice, un opéra italien intitulé Marie Tudor, musique d'un compositeur russe qui a fait trois ans d'études à Milan sous les meilleurs maîtres. Son ouvrage, interprété par une troupe d'élite, a eu du succès. Le premier rôle était naturellement dévolu à Mme Sanchioli ; les autres sont échus à MM. Pasi, ténor; Cota- gni, baryton, etc., etc. L'impératrice-mère, qui tient, comme on sait, une cour brillante à i\ice, a fait appeler la cantatrice, et lui a demandé les principaux morceaux du nouvel opéra. Mme Sanchioli a fait à l'auguste malade une agréable surprise, eu ajoutant une romance de Glinka en russe, accompagnée sur le violoncelle par le comte Wielhorsky, chambellan et excellent amateur. „*„ Le tribunal de police correctionnelle de la Seine (6e chambre) vient, après de nombreuses audiences consacrées aux plaidoiries, de condamner MM. Besson, Kaoux, Halary père, Tournier, Goumas, Beau- 110 REVUE ET GAZETTE MUSICALE bœuf, Victor Jacob, etc., comme contrefacteurs des instruments Sax. — Nous donnerons dimanche un extrait de ce jugement. **„, Joseph Wieniawski s'est décidé à donner un concert a grand or- chestre, qui doit avoir lieu le jeudi 26 avril à huit heures du soir, dans la salle Herz. On y entendra le concerto en sol mineur, composé par réminent bénéficiaire. „% M. Adolphe Fétis annonce pour samedi 31 mars une grande ma- tinée musicale dans les salons de MM. Pleyel, Wolff et Cc. Mme Pleyel, dont le merveilleux talent a produit cet hiver une si grande sensation, jouera à ce concert pour la dernière fois pendant son séjour à Paris. Mme Faur-Lefebvre, MM. Jourdan, Géraldy et Ueswert prêtent au jeune compositeur l'appui de leur talent. „,%. Le concert annuel d'Ernest Nathan est annoncé à l'hôtel du Louvre pour mercredi, 28 mars. Outre un trio nouveau de sa composition pour orgue, piano et violoncelle, M. Nathan offre aux amateurs une opérette exécutée par Mlle Chabert, des Bouffes-Parisiens, Briand et Tacova ; et de plus Mlle de la Pommeraye, MM. Graziani, Solieri, les frères Lionnet, Herrman, Lacombe et A. Lebeau prêteront leur concours au béné- ficiaire. **t Le Moniteur belge signale à l'attention de ses lecteurs l'Histoire gé- nérale et chronologique de 1830 à 1860 que vient de publier M. Gustave Oppelt. Cet ouvrage, remarquable par la verve rapide et entraînante du récit, joint à une réunion de rares documents historiques une appré- ciation approfondie des choses politiques, militaires et diplomatiques. C'est l'histoire officielle en quelque sorte de la révolution belge et du règne de Léopold 1". Aussi le roi des Belges et LL. AA. RR. le duc de Brabant et le comte de Flandre se sont-ils inscrits en tête de la liste de souscription. L'exécution typographique est remarquable et sort des presses de M. Ilayez. ;,,*„ Un compositeur dont tout le monde connaît les charmantes pro- ductions, M. A. Croisez, annonce pour le 31 mars, dans les salons d'Erard, une soirée dans laquelle il veut faire entendre ses œuvres les plus nouvelles pour le piano et pour la harpe. *** L'Association de fabricants et artisans pour le patronage d'orphe- lins des deux sexes, présidée par M. le baron Ch. Dupin, donnera, le dimanche 25 mars, à. huit heures du soir, dans la salle Herz, son concert annuel dans lequel se feront entendre, pour la partie vocale, Mmes Grisi, Belia et Dubois, MM. Marochetti et Lavessiôre, et, pour la partie ins- trumentale, MM. D'Aubel, Daussoigne-Mehul, etc. On trouve des billets chez MM. Hadaman, rue Bleue, 14 ; Dufourmantelle, quai de la Grève, 26 ; Lambert, boulevard Beaumarchais, 2; à l'agence de l'Association, rue Neuve-Saint-Merry, 9, et à la salle Herz, rue de la Victoire, 48. **„, Plusieurs pianistes ont été successivement appelés à jouer à la cour : M. Hans de Bulow a d'abord eu cet honneur, et il s'est fait en- tendre sur un des magnifiques instruments de la maison Pleyel-Wolff, envoyé par elle aux Tuileries pour cette solennité, Emile Prudent y a, à son tour, exécuté, mardi dernier, sa délicieuse fantaisie sur la Son- nambula. S. M. l'impératrice a daigné' le complimenter elle-même sur son beau talent. *** Jeudi prochain 29 mars, à l'occasion de la fête des écoles du 2e arrondissement, une messe à grand orchestre, de la composition de M. Benoist, sera exécutée à Saint-Eustache, à 11 heures très-précises, par les artistes du théâtre Italien, sous la direction de M. Hurand, maître de chapelle de cette église. Les solos seront chantés par M. Guyot et un autre artiste distingué. »*„ C'est demain soir lundi qu'aura lieu à la salle Herz le beau con- cert de Bernard Rie, dont nous avons donné le programme dans notre dernier numéro. *** Mlle Delphine Champon, élève de Lacombe, est de retour a Paris; appelée dans le Nord par plusieurs Sociétés philharmoniques, elle s'y est fait entendre avec un grand succès sur l'orgue Alexandre. »** M. Baur annonce un second concert pour le 23 avril, dans les salons de MM. Pleyel, Wolff et C<\ „*„ Un journal allemand va publier incessamment les mémoires {Sou- venirs de la vie) de Mme Schroeder-Devrient. „.% Demain lundi, à 11 heures et demie, l'Association des artistes mu- siciens célébrera la fête de l'Annonciation, en faisant exécuter, par 400 artistes, dans l'église métropolitaine de Notre-Dame, la 13m0 messe en mi bémol de Mozart. La messe sera précédée de la Marche religieuse, avec accompagnement de harpes, dernière œuvre d'Adolphe Adam. Les dames patronnesses et M. Bolle-Lasalle, agent-trésorier de la Société des musiciens, rue de Bondy, 68, tiendront à la disposition des bienfaiteurs de l'OEuvre, des lettres d'admission dans l'enceinte réservée. „,** Les éditeurs du Ménestrel viennent d'enrichir leur belle collection de musique de piano de plusieurs œuvres nouvelles de Ch.-B. Lysberg, sous le titre : Ressouvenir, ballade; l'Echarpe blanche, valse, et Don Juan, grand duo pour deux pianos sur les plus beaux motifs du chef-d'œuvre de Mozart, qui a également inspiré à M. Lysberg une remarquable mo- saïque pour piano seul, intitulée, Souvenirs de Don Juan. **„ Le 29 mars, Mlle A. Zadrobilek, élève de Dreyschok, dont nous avons parlé avec éloge dans un de nos derniers numéros, donnera, dans la salle Beethoven, un second concert, k 8 heures du soir. **;:, Mlle O. Hersant, professeur au Conservatoire, vient d'ouvrir des cours de piano, d'harmonie et de lecture musicale, n° 12, rue Papillon (faubourg Poissonnière). Chacun de ces cours a lieu deux fois par se- maine, et les élèves y sont classées par divisions. Les jours fixés pour se faire inscrire sont le lundi et le jeudi. „,** Le concert de Mlle Albertine Segisser est remis au lundi 8 avril, à huit heures du soir. 2*2 Une deuxième audition des Chansons populaires des provinces de la France est annoncée pour jeudi prochain, 29 mars, à 8 heures du soir, dans la salle Herz. On y entendra Mmes Ch. Ponchard, J. Martin, Gugen- heim, chœur. Le concert sera dirigé par M. Wekerlin. On terminera par un opéra de salon. *% J. F. Dotzauer, violoncelliste, est mort à Dresde le 6 mars dernier. Né en 1783 à Husselrieth, près de Hildburghausen, il était depuis 1811 membre de la chapelle royale; il s'était fait connaître avantageusement par de nombreuses compositions pour son instrument; on lui doit éga- lement un opéra, une symphonie et plusieurs messes. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. „,*„ Routn, 17 mars. — Hier, entre le deuxième et le troisième acte du Pardon de Ploe'rmel, l'orchestre exécuta, avec l'ensemble le plus par- fait, la Marche aux flambeaux, de Meyerbeer, après laquelle le doyen des musiciens de l'orchestre se leva et offrit à leur chef, M. Bernard, un superbe bâton de mesure (ébène et argent ciselé) portant sur un cordon d'argent la date et la cause du présent. De plus, un abonné, au nom des abonnés et habitués du théâtre, lui présenta une riche bague en dia- mants, ainsi qu'une énorme couronne vert et or. La salle tout entière s'associa par ses bravos redoublés à cette manifestation inusitée que justifient trois années d'excellents services. — Une jeune cantatrice qui a fait ses débuts au grand Opéra de Paris, Mlle Audibert, obtient ici des succès éclatants. On remonte pour elle le Prophète. *% Lyon. — A la suite d'une indisposition qui l'avait éloignée de notre scène pendant un mois, Mme Vandenheuvel a fait sa rentrée au Grand Théâtre dans le Barbier de Séville. — Le concert annuel de M. George Hainl. qui a eu lieu samedi soir au Grand-Théâtre, a été, comme d'ordinaire, une véritable solennité musicale réunissant un audi- toire aussi nombreux que brillant. On y a entendu le trio cVIl Matri- monio segreto, le chœur des soldats de Faust, puis l'ouverture si drama- tiquement coupée du Pardon de Ploe'rmel. Mme Vandenheuvel a redit l'air de VOmbre, l'un des principaux morceaux de cet ouvrage, et qu'elle avait chanté pour la première fois à Lyon l'année dernière. t*t Rennes. — Mme Laurence a choisi pour sa représentation d'adieux Robert le Diable que notre public réclamait vivement. Afin de satisfaire à ce vœu, notre première chanteuse, au moyen de la suppression de quelques mesures dans la partition, chantera les deux rôles d'Alice et d'Isabelle. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. *** Anvers. — Le célèbre pianiste-compositeur II . Litolff vient de nous arriver chargé des lauriers qu'il avait cueillis à Liège. La Société royale d'harmonie ne pouvait clore plus brillamment la série de ses concerts de la saison qu'en nous faisant entendre un artiste aussi exceptionnel que Litolff, et nous disons exceptionnel a dessein, car il est rare de cumuler à un aussi haut point le talent du virtuose et le génie du compositeur. Nous ne répéterons pas les éloges prodigués par nos con- frères de Liège aux compositions diverses exécutées par Litolff; mais nous dirons que son troisième et son quatrième concerto symphonique, ses octaves, son ouverture des Girondins, ont enthousiasmé la foule; que cet DE PARIS. 111 enthousiasme s'est traduit, après chaque morceau, par des bravos fréné- tiques, des rappels et des bouquets jetés à ses pieds de toutes les parties de la salle. En un mot, que son triomphe a été complet. — Dans une réunion d'intimes qui a eu lieu pour fêter le célèbre pianiste, les admi- rateurs de ce grand artiste, éblouis par son merveilleux talent et sa supériorité incontestable, ont spontanément décidé que le navire en construction au chantier de M. Louis Marguerie, et qui jusqu'à ce jour n'avait pas été baptisé, recevrait le nom de Liiolff. a** Amtlerdwi. — Nous avons entendu au neuvième concert de la Société Félix Meritis un artiste de grand talent, Alfred Jaëll, pianiste du roi de Hanovre, que le bruit de ses succès à Paris, à la Haye, à Rotter- dam, avait précédé dans notre ville M. Jaëll a brillamment justifié sa réputation de virtuose et de compositeur, en exécutant avec une perfec- tion qui a provoqué à plusieurs reprises des bravos enthousiastes, le concerto en mi bémol, de Beethoven, des solos de Liszt et de Chopin, et une délicieuse transcription de l'Air de l'Ombre, du Pardon de Ploërmel. — Stockhausen chantait à ce concert, et son succès a été très-grand. L'or- chestre a fait merveille, et s'est surtout distingué par la perfection avec laquelle il a rendu l'admirable ouverture du Pardon. „** Vienne. — L'abonnement au théâtre Italien comprend une série de quarante-six représentations; en outre il y aura trente représenta • tions avec abonnement suspendu, par conséquent soixante-seize en tout, à raison de six par semaine. La saison commencera le lundi de Pâques avec le Siège de Corinthe. L'orchestre, qui se compose de soixante-trois artistes, est placé sous la direction de M. Suppé ; les chœurs ont été portés à cent voix. Par dépêche télégraphique de Saint-Pétersbourg nous apprenons que Mme Charton-Demeur a accepté le brillant engagement que lui offrait le directeur, M. Salvi. La troupe italienne comptera, par conséquent, trois prime-donne de premier ordre : Mme Charton-Demeur, Mme Lafon et Mlle Lagrua. *** Munich. — L'opéra du directeur général de musique, F. Lachner, Catarina Cornaro, vient d'atteindre sa cinquantième représentation ; la salle était comble. Sur le pupitre de Fr. Lachner un laurier en argent avait été déposé par les soins des membres de l'orchestre. **„, Stuttgart. — L'opéra nouveau de Pressel : le Soir de la Saint-Jean, a été mis en répétition et doit être représenté sous peu. On s'attend à un grand succès. **„ Weimar. — Au dernier concert à la cour, l'ouverture de Dinorah a été parfaitement exécutée et saluée d'applaudissements enthousiastes. ■ *** Gotha. — L'opéra nouveau de Nargiller : Frédéric à la poche vide ( Mit der leeren Tasche) , doit être représenté incessamment par ordre exprès du duc de Saxe-Cobourg-Gotha. Le Pardon de Ploërmel ne quitte que rarement l'affiche. „*,,, Varsovie. — On prépare dans cette capitale trois grandes solennités musicales, pour réunir les fonds destinés à notre nouveau Conservatoire de musique. Le gouvernement ayant accordé à M. Apolinaire Kontski l'autorisation qu'il sollicitait, ce dernier s'occupe activement d'organiser cette nouvelle école ue musique sur des bases larges et nationales, de façonà donner une grande impulsion aux progrès de la musique dans les pays slaves. Un comité de musique a été nommé pour le choix des compositions. Il a décidé que le programme serait entièrement composé d'ouvrages écrits par les auteurs nationaux, et qui devront être exécutés par les virtuoses polonais. Ce comité est présidé par M. Konstki et Joseph Stefani; il est composé des premières notabilités musicales de Varsovie. Le premier concert aura lieu dans le courant de mars, dans la salle du grand Théâtre. Nous apprenons qu'on y exécutera des frag- ments de l'oratorio de Saint- Adalberl, musique de M. Sowinski. L'orchestre et les chœurs, composés des premiers artistes et d'amateurs de la capi- tale, seront au nombre de quatre cents exécutants. %*t Saint-Pétersbourg, 14 mars. — Vieuxtems, dont le concert donné mercredi au grand Théâtre avait attiré une affluence prodigieuse, vient de nous quitter pour se rendre à Moscou. Mais nous avons en compen- sation une bonne nouvelle à annoncer à notre monde dilettante, c'est l'arrivée de Dreyschok, qui se prépare à donner très-prochainement un brillant concert au grand Théâtre. — Les sœurs Ferni avaient déjà annoncé leur départ pour Londres, mais, cédant à de nombreuses sollici- tations, elles se sont décidées à donner mardi une dernière soirée dans les salons de M. Benardaky, mis gracieusement par leur propriétaire à la disposition des deux jeunes et brillantes artistes. ,.*„, Milan. — Le théâtre de la Scala vient de donner un opéra, Corrado, console di Milano, dont un jeune compositeur, M. Paolo Giorza, a écrit la musique. C'est une œuvre faible, qui manque surtout de cette égalité de style et de cette harmonie dans les proportions qui sont le fruit de l'ex- périence. Toutefois il s'y trouve certaines qualités qui permettent de bien augurer de l'avenir de l'auteur. *** Calane. — Mlle Poinsot , cantatrice française , vient de remplir avec grand succès le rôle d'Abigail, de Nabucodonosor, au théâtre com- munal. Chez G. BRANDUS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue Richelieu [au 1er), Pour VIOLONCELLE avec ace. d'orchestre ou de I'iano, par P. SELIGMANN Pour Piano: 18 fr. Op. 70. L'orchestre: 20 fr. LE RÉPERTOIRE DU CHANTEUR recueil de morceaux de chant des plus célèbres compositeurs anciens et modernes, classés pour les différentes voix. 18 VOLUMES FORMAT IN-8°. Prix du volume : 13 fr. net; richement relié : 1G fr. net. Chaque volume contient 25 morceaux, avec paroles françaises ou italiennes. 1 volume contenant CO morceaux appropriés aux exercices de chaut dans les pensionnats. I" médaille d'or Exposition nationale française de 1849. DÉCORATION DE LA LÉGION D HONNEUR Exposition de 1849. MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE IUSIQDE EN CUIVRE ET EN ROIS FONDÉE A PARIS EN 1843 PAR Exposition nati édaillc nale belge de 1841. DÉCORATION DE LA COURONNE DE CHÊNE de Hollande (1845). t '■ nicdallle~d'argciit Exposition nationale française de 1844 -0-§><£0- Crauflc médaille d'or du Mérite de Prusse (1846). Facteur de la Maison militaire de l'Empereur. BUE SAINT ■ GEORGES, 50 Seule grande médaille d'honneur à l'Exposition universelle de Paris (H 855). — Seule grande médaille (CoMttcif Jlfeant) à l'Exposition universelle de Eondres (1851). Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale. INVENTEUR DES FAMILLES DES CORNETS-SAX (compensateurs). CLARINETTES CONTRE-BASSES-SAX. CLARINETTES BASSI'.S-SAX. BASSON-S AX (en cuivre et en bois) . Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons SAXO-TROMBAS SAXHORNS. CLAIRONS-SAX. TROMRONES-SAX. SAX-TUBAS. SAXOPHONES. Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres; invention brevetée en ■ 85î>. Tous les instruments à pistons avec addition d'une ou plusieurs clefs; invention brevetée en ik.ïw. Système d'instruments à pistons ascendants; inv. brev. en 1S5«. ou cylindres, les mômes forme Saxo-Tromba. Clairons, Trompettes d'ordonnance. Flûtes, Clarinettes, Bassons, Caisses roulantes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales, Cym- bales, etc., etc. 112 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Publié par G. BRANDUS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au 1er. SCHILLER-MARSCH Composée à l'occasion du festival donné à Paris pour la célébration du 100° anniversaire de la naissance de Schiller, par Giacomo Mcycrtecer Arrangée Pour le Piano, par Chariot, prix : 7 fr. 30. POUR PARAITRE INCESSAMMENT: La même, arrangée à quatre mains, par Ed. Wolff 10 La grande partition 24 Les parties d'orchestre 24 LES AIRS DETACHES Avec accompagnement de piano, par Bazille, du ROMAN D'ELVIRE Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Alexandre Dumas et de Leuven, musique de JLinfdi'oise Thomas (De l'Institut.) QUADRILLES pour piano, par Arban et Marx, prix : h fr. 50 c. KETTERER. — Fantaisie-Transcription (Romancero, Barcarolle, Air-Cachucha, Romance). En vente chez A. IKELMER et C MUSIQUE DE PIANO Favarçer (R.). Op. 11. Vanda, varsovienne. . 7 50 — Op. 12. Tarentelle 7 30 — Op. 13. Souvenir de Beethoven 7 50 — Op. li. En Chasse, fantaisie 7 50 Ravina (H.). Op. 10. La Danse, morceau de salon 6 » — Op. 11. Première grande valse 6 » — Deuxième grande valse 7 50 Deuxième mazurka 6 » — Op. 18. Le Mouvement perpétuel, étude de concert 9 » — Op. 20. Rondo-polka 7 50 — Op. 21. Sicilienne 9 » — Op. 22. Elégie 7 50 ALl HUNuL uAA brevets d'invention et de perfectionnement . Instruments Saxomnitoniques. Invention à. la- quelle le Juiy de l'Exposition universelle de Paris a con- sacré la plus belle page dans son rapport officiel [Ins- truments de cuivre), dont voici de courts extraits : « M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) « La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par ele seulement que peut être résolu le problème d'une justesse parfaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1336.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien ol nouveau système. Rue Lamartine, 22, à Paris. diteurs, 11, rue Rougemont. B5U3IQUE DE CHANT Cievaert. (F. A.). Bonjour lunettes, adieu fillet- tes, proverbe 2 50 — Faute d'un point, proverbe 2 50 — Les Si et les Mais," proverbe 2 50 — Tout passe, tout lasse, tout casse, proverbe 2 50 — Une Aiguille dans une botte de foin 2 50 — Un OEuf pour un Bœuf, proverbe 2 50 Mangeant. Le Directeur et le Ténor, duo co- mique T.B. 6 » SIX FA VffABSIES EX TRIO Pour Piano, Violon et Violoncelle, composées par ES. Ravina et E. Clapisson. Publié par G. BRANDVS et S. DVFOVR, 103, rue de Richelieu, au 1er. LE PARDON DE PLOERMEL Opéra-comique en trois actes, musique de G. MEYERBEER lffAÏCAN U HVH! Manufacture de MAiâOR H. UllRÙ pianos, iS, rue de la Victoire, à Paris. « A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le nq 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n* 28. » Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. » A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. Eu présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la bualité du son. ■ [Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) EA PARTITIOX net. Pour Chant et Piano, format in-4° 30 fr. La même, avec paroles françaises, in-8°. 1 8 La même, avec paroles italiennes, in-8°. 48 Arrangée pour le Piano seul, in-8° 10 ld. pour le Piano à quatre mains. . 25 LÀ LYRE FRANÇAISE Choix d'airs d'opéras, duos, romances sans accom- pagnement des meilleurs auteurs anciens et modernes. 150 n". Edition populaire. Ch., 25 c. OfllTFÏ TTA facteur de pianos. Médaille d'or, Ex- ùUUlllIllU position 182i9; Médaille de 1" classe Exposition universelle 1855. Spécialité de pianos pour l'exportation. Cette maison a obtenu, depuis 183/i, à toutes les Expo- sitions, des récompenses méritées par l'excellence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est jus- tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne laisse rien à désirer sous le double rap- port de la quantité et de la qualité du sou. Magasin, rue Montmartre, 161. 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ON S'ABONNE t Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aui Bureaux des Messageries et des Postes. REVUE l« Avril 1860. PRIS DE L'ABONNEMENT ! Paris 24 fr. par on Départements, Belgique et Suisse — 30 » id. Étranger 34 <> id. Le Journal paraît le Dimancbe. GAZETTE MUSICAL — ^AAAAAfJV'JVw— SOMMAIRE. — Théâtre impérial Italien : II Crocialo in Erjitto, opéra en trois actes, musique de G. Meyerbeer, par Paul Smith. — Théâtre Lyrique : Gil Blas, opéra-comique en cinq actes, paroles de MM. Michel Carré et Jules Barbier, musique de T. Semet, par Léon Btirocher. — Théâtre des Bouffes- Parisiens : Daphnis et Chloé, opérette en un acte, paroles de M. Clairville, musique d'Offenbach ; C'était moi ! opérette en un acte, paroles de M. Deulin, musique de M. Debillemont. — Auditions musicales, par Adolphe Botte. ■ — Observations de quelques musiciens et de quelques amateurs sur la méthode de musique de M. le docteur Chevé. — lievue des théâtres, par B. A. B. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces. THÉÂTRE IMPÉRIAL ITALIEN IL CROCIATO IN EGITTO, . Opéra en trois actes, musique de G. Meyerbeer. (Reprise, mardi 27 mars.) En France, on appela Meyerbeer l'auteur du Crociato jusqu'à ce qu'il fût devenu l'auteur de Robert le Diable. Le Crocialo, représenté à Venise le 26 décembre 1824, à Londres et à Paris dans l'été et dans l'automne de l'année suivante, fut le terme et le couronnement de la carrière italienne du jeune maître, carrière commencée sous l'influence d'un vif enthousiasme pour le génie rossinien. Meyerbeer, élevé dans les principes sévères de l'école allemande, ne s'en montra pas moins sensible aux beautés d'un chef-d'œuvre tel que Tancrède, et l'admira- tion le convertit, l'entraîna pour un temps sous les lois d'une autre école. Dans l'espace de six ans, de 1818 à 1824, on sait que l'élève de l'abbé Vogler, le condisciple et l'ami de Charles-Marie de Weber, composa en Italie plusieurs opéras, parmi lesquels se distinguent Romilda e Costanza, Emma di Resburgo, Margherita d'Angiù, l'Esule di Granata, et enfin le Crocialo, le dernier, le plus brillant et le plus fort, celui dont le succès retentit dans l'Europe entière. Il faut tenir en haute estime les artistes qui, avant de quitter un genre, commencent par y exceller et n'innovent pas par le seul motif qu'ils sont incapables de faire ce que l'on faisait avant eux. Ainsi, dans le dernier siècle, Gluck s'était annoncé par des ouvrages bien différents de ceux qui devaient l'illustrer, et il n'arriva que par degrés à la réalisation de son idéal dans Orphée, Alcesle, Jphigénie, Armide. Ainsi, de nos jours, Meyerbeer fit avec éclat ses preuves dans le genre italien : le Crocialo réussit complètement à Venise, sur ce même théâtre de la Fenice où, l'année précédente, Rossini avait donné Semiramide, et, chose singulière, où il avait dit aussi son der- nier mot à l'Italie. Du Crociato à Robert le Diable il n'y eut qu'un pas, retardé par diverses circonstances que nous nous dispenserons de rappeler ici ; mais quel pas gigantesque ! Quelle magnifique et pro- digieuse transformation '? Et pourtant le Crociato en contenait les symptômes ; il révélait une tendance à des conceptions plus larges, à un style plus élevé, plus nerveux, en un mot à des œuvres plus musicalement dramatiques, plus religieusement sublimes, et nous pouvons maintenant juger si le présage était trompeur. Ce n'est pas Meyerbeer qui a demandé que l'on reprît le Crociato trente-cinq ans après son apparition sur la scène parisienne. En gé- néral, les grands maîtres, poètes et musiciens, n'aiment pas les ou- vrages de leur jeunesse. Goethe ne pouvait souffrir qu'on lui parlât de Werther, et bien d'autres ont été dans les mêmes sentiments. La manière do voir, de penser, de s'exprimer, change avec les années : on cesse de sympathiser avec soi-même ni plus ni moins qu'avec un étranger. Tout cela n'empêche pas le Crociato d'être un ouvrage d'im- mense valeur et d'occuper dans l'histoire de l'art une place que le temps ne pourra lui enlever. Le sujet du libretto offre quelque analo- gie avec la fameuse tragédie de M. Raynouard, les Templiers. Un jeune chevalier de Rhodes, Armand d'Orville, a failli trouver la mort sur les plages de l'Egypte pendant la sixième croisade. 11 n'a pu se sauver qu'en revêtant le costume d'un guerrier égyptien qui avait péri dans la mê- lée. Sous ces habits d'emprunt, et sous le nom d'Elmireno, il a rendu de grands services au Soudan de Damiette. Oubliant ses vœux de che- valier et les serments qui le fiançaient à Félicia, une compatriote et une parente, il s'est épris dePalmide, la fille du Soudan : un fils est né de leurs amours, qui, du reste, seraient bientôt sanctifiés par l'hymen sans l'arrivée d'Adrien, grand-maître des chevaliers de Rho- des. Adrien, qui vient offrir la paix au Soudan, reconnaît Armand, son neveu, dans Elmireno et lui adresse une verte réprimande. Le sou- dan se fâche et fait jeter dans les fers tous les chrétiens, en attendant qu'il les envoie au martyre. Heureusement, dans sa prison même, Adrien découvre une conspiration prête à éclater contre Aladin : il la lui dénonce et l'aide à en triompher. En récompense, le Soudan par- donne : Armand épouse Palmide, qui a embrassé la foi chrétienne. Il n'y a que la pauvre Félicia qui s'en retourne comme elle était venue, et sans autre parti possible que celui d'une pieuse résignation. Voilà en trop peu de mots, sans doute, l'esquisse sommaire du libretto qu'avait à traiter Meyerbeer ; mais ou conçoit sans peine les ressources que son imagination, riche et puissante, devait y rencon- trer. C'est une admirable page que cette introduction, pendant laquelle les prisonniers chrétiens se livrent sur le port à différents travaux, et saisissent le moment où leurs gardiens s'éloignent pour échanger entre eux quelques paroles, pour lire une lettre, pour couvrir de baisers un portrait, pour s'abandonner sans contrainte à leur douleur. lill REVUE ET GAZETTE MUSICALE Dès lors, on sent que la muse italienne obéit à une inspiration nou- velle et chante sur un autre ton que par le passé . Les prisonniers saluent de leurs accents joyeux l'arrivée de Palmide, leur bienfai- trice, et dans la cavatine que chante celle-ci, la muse-italienne re- parait avec toute sa séduction gracieuse et légère. Il en est de même dans tout le reste de la partition, où la force et la grandeur alternent avec le charme et la délicatesse, mais de telle sorte que la grandeur et la force finissent par l'emporter. Parmi les morceaux capitaux de l'œuvre, il faut citer la délicieuse cavatine, écrite par Meyerbeer pour Mme Pasta et qui est restée l'un des modèles du genre : Ah ! corne rapida fuggi la speme, sans ou- blier le chœur, qui la précède et le duo qui la suit, entre Palmide et Armand. Dans sa coupe primitive, le Crociato n'avait que deux actes; aujourd'hui qu'on a jugé à propos de le diviser en trois, le premier acte se termine par le grand duo d'Armand et d'Adrien ; le second s'ouvre par la charmante romance et le trio de femmes : Gxovinetto cavalier. Vient ensuite le finale, au milieu duque 1 figure un célèbre canon à cinq voix, et dont toutes les parties se développent d'ailleurs avec autant d'intérêt que de majesté. Au troisième acte (le second autrefois), la partition a subi d'étranges bouleversements. Le chœur des conjurés qui ne se chantait que vers la fin, a été placé en pre- mièreligne, et l'on a supprimé quatre morceaux: unecanzonetla chantée par Armand, un rondo de Félicia (qui par parenthèse avait déjà passé une cavatine au premier acte), un air de Palmide, et le duo finale de Palmide et d'Armand. Sans aucun doute, on a eu beau couper , il reste encore dans cet acte assez de grande et forte musique pour que l'auditoire soit satisfait. Le chœur si populaire, Nel silenzio e fra Vorrore, l'hymne religieux, et l'air sublime que chante Adrien en présence de la mort, peuvent être considérés comme formant un bagage plus que suffisant. Il n'en est pas moins vrai qu'on a pris avec Meyerbeer et sa partition des libertés qui dépassent toutes les bornes. Une autre conséquence de ces injustifiables mutilations, c'est que le libretto n'a plus de sens et que le dénouement brille par son ab- sence. Le Soudan a condamné les chevaliers chrétiens, et, au mo- ment où on les croit perdus sans retour, il les délivre, sans qu'on puisse deviner pourquoi. Tout le monde est d'accord sur le vice radical des anciennes lois qui sacrifiaient les auteurs au point de vue matériel en livrant à tous venants leur propriété la plus sacrée : n'est-ce pas un tort plus grave encore que celui qui consiste à les sacrifier au point de vue moral, en permettant de tailler, rogner à merci des œuvres que l'on joue gratis ? Et les chanteurs qui, profitant de ce que les compositeurs ne sont pas là, refusent de dire leurs rôles comme ils sont écrits, suppriment à leur gré des morceaux ; n'est-ce pas barbarie sur barbarie ? Cependant le Crociato a réussi, complètement réussi : grâces en soient rendues à Meyerbeer et à sa musique ! C'était au fond une ex- cellente idée que de remettre à la scène une des meilleures partitions du répertoire italien, et Meyerbeer était le seul peut-être qui pût ne pas le désirer. Quant au public, il devait conspirer avec le directeur pour que la célèbre partition fût exhumée des archives du théâtre. L'exécution du Crociato,, sauf quelques détails et quelques exceptions, a répondu au mérite de l'œuvre ; Mme Borghi-Mamo dans le rôle d'Armand, Mme Penco dans celui de Palmide, et surtout Merly dans ce- lui du grand-maître, ont déployé tout leur talent et mérité des salves redoublées. Pourquoi Mme Alboni, par ses économies de bonne vo- lonté, de zèle et de costume, nous oblige-t-elle à nous en imposer à son exemple dans nos éloges ? Chaque soir, le succès du Crociato est allé grandissant : aussi a-t-on décidé que la reprise de cette saison ne compterait que comme répé- tition générale de celle qui aura lieu dans la saison prochaine, et qu'a- lors la partition, comme le libretto, seraient rétablis dans la plénitude de leurs droits et prérogatives. N'est-ce pas le moins que l'on puisse faire pour l'œuvre d'un compositeur illustre que l'on joue mal- gré lui? Paul SMITH. THEATRE LYRIQUE. GIL BîBiAS, Opéra-comique en cinq actes, paroles de MM. Michel Carré et Jules Barbier, musique de M. T. Semet. (Première représentation le 23 mars 1860.) Faire une pièce de théâtre avec le roman de Gil Blas n'était pas une opération facile. L'œuvre de Le Sage n'a point de nœud, ni par conséquent de dénoûment : c'est une série d'aventures et de tableaux de mœurs, où l'on voit cependant figurer le même personnage, tantôt comme acteur, tantôt comme spectateur. Ce procédé est commode dans un livre et suffit pour donner un semblant d'unité à un recueil d'anecdotes et de nouvelles. Que les anecdotes soient piquantes, que les nouvelles intéressent, et le lecteur est satisfait. Le théâtre est plus exigeant. Si l'on a pu sans dommage s'affranchir de la règle des trois unités, qui, en effet, était arbitraire, l'unité d'action a toujours été regardée comme le fondement indispensable de toute construction dramatique. L'essai qui vient d'être tenté du système contraire ne le fera point prévaloir. Les auteurs ont pris dans le roman cinq épisodes, cinq si- tuations, cinq sujets. Ils ont donc été obligés de faire cinq expositions, de former cinq nce.ids, de les résoudre par cinq dénoûments. Cinq ex- positions ! Cela est bien froid. A chaque lever de rideau l'on voit pa- raître de nouveaux personnages et une nouvelle question se pose. 1° La jeune femme arrêtée par la bande d'honnêtes gens que com- mande le capitaine Rolando, sera-t-elle délivrée par Gil Blas ou res- tera-t-elle prisonnière '• 2° Don Vincent, tombé entre les mains du terrible docteur San- grado, échappera- t-il à la mort ou laissera-t-il sa riche succession à son scélérat de neveu qui a imaginé ce moyen ingénieux de se défaire d'un vieux parent? 3° Gil Blas, valet d'un grand seigneur, obtiendra-t-il les bonnes grâces de Mlle , soubrette de la comédienne Florimonde? 4° Gil Blas, affamé, trouvera-t-il à dîner? Réussira-t-il du moins à manger de la galette? C'est à cela que se réduit le quatrième sujet. Gil Blas y joue avec le mangeur de croûtes, devenu son ami, le rôle du gastronome sans argent, mais d'une façon bien moins gaie que M. Fringale, son devancier, parce que les situations sont tout autres : on rit volontiers des ruses et des déconvenues d'un homme qui, ayant chez lui la soupe et le bœuf, court après les bons morceaux ; mais celui qui n'a réellement pas de quoi manger est triste. 5° Enfin Gil Blas, devenu secrétaire du premier miuistre et mer- cure galant du prince royal, ira-t-il coucher dans la tour de Ségo- vie? Pour ne vous pas laisser dans l'inquiétude sur le sort d'une tête si chère, nous vous dirons tout de suite qu'il échappe au danger en reconnaissant à propos dans l'alguazil qui vient l'arrêter le capitaine Rolando qu'il peut envoyer d'un mot à la potence. Il lui promet le secret et l'homme de police le laisse partir. MM. Carré et Barbier ont pris beaucoup à Le Sage, et quelquefois ils l'ont copié textuellement. Souvent aussi ils ont mis leurs propres imaginations à côté de celles du romancier. Par exemple, ce neveu impatient qui persuade à son vieil oncle qu'il est malade (lui, le vieil oncle) et lui amène médecins sur médecins, pour que le talent de ces messieurs avance le moment où il doit hériter, est purement de leur invention, et c'est une manière d'assassiner les gens qui est assuré- DE PARIS. 115 ment fort ingénieuse. Mais on ne comprend pas qu'un homme de tant d'esprit veuille donner à Sangrado des coups de bâton, parce qu'il a manqué son coup et que don Vincent n'est pas mort. On n'est pas tout à la fois aussi franc et aussi rusé. Où trouver, après tout, — si ce n'est au théâtre Lyrique, — un homme assez franc pour dire à un médecin devant témoins : « Je vais vous assommer pour vous punir de n'avoir point tué mon oncle ? » L'ouvrage se sauve par les détails, l'agrément de quelques scènes, et l'originalité de quelques types donnés par Le Sage, quand les auteurs du livret ne les ont point poussés jusqu'à la caricature. Ils ont un peu outré, ce nous semble, celui du docteur Sangrado Ce personnage avait à l'époque où le roman parut un modèle vivant, qui fut reconnu par tout le monde. C'était le docteur Héquet, venu d'Amiens ou d'Abbeville à Paris, et qui avait inventé, au eommencement du xvme siècle, la doctrine et, à peu de chose près, la méthode que Broussais remit à la mode cent ans plus tard. Il soutenait que la sura- bondance du sang était le principe de toutes les maladies. Partant de là, il soumettait tous les patients que leur mauvaise étoile lui envoyait à un traitement simple et peu varié: la saignée et la diète. Homme de talent, malgré l'exagération de son système, et écrivain instruit, quoique bizarre, il a fait deux brochures très-curieuses sur les convul- sions du cimetière de Saint Médard, où il soutient que ces accidents 'étranges ne sont point l'œuvre de Dieu, comme le prétendent les jansénistes, ni du démon, comme le pape l'a affirmé dans une bulle, mais qu'ils proviennent d'un certain ébranlement des organes, qui modifie ou suspend la sensibilité. Il avait deviné ce que la science a constaté de nos jours. Ce n'était pas un homme ridicule. Le Sage l'a mis en scène en l'intitulant Sangrado, le docteur Saigné (il aurait dû écrire Sangrador) ; mais il n'en a pas fait l'imbécile du théâtre Lyrique. L'intrigue de Gil Blas, travesti en gentilhomme, avec la suivante affublée de la parure de sa maîtresse, leur entretien troublé par Mel- chior Zapata, la scène de nuit où le comédien et le valet font grand bruit de leur épée, et se menacent sans avoir la moindre envie d'arriver au fait, donnent au troisième acte plus de mouvement et d'intérêt que n'en ont les autres. C'est évidemment le meilleur des cinq. Il y a dans la partition plusieurs morceaux remarquables. Les chœurs de brigands, au premier acte, ont de l'entrain et de la vigueur. La chanson à boire que Gil Blas leur débite pendant qu'ils s'enivrent, a une certaine crânerie d'allure qui ne déplaît pas . Il est fâcheux que Gil Blas et la seiiora Aurore, au moment de s'échapper de ce repaire, croient devoir à la règle ou à l'usage du poëme lyrique de chanter en duo : Partons sans bruit, fuyons, esquivons-nous, etc. Un rire général leur a prouvé qu'on les aurait dispensés de cette formalité très-faci- lement, et que, dans leur situation, il valait mieux agir que chanter. Au second acte, les couplets d'Aurore : Quel dommage, etc., sont agréablement tournés. La marche sur laquelle le docteur Sangrado fait son entrée et son compliment, a du style et de la couleur. Mais le morceau à cinq voix qui suit, et qui est consacré à la consultation, ne produit qu'un effet médiocre. Le chant manque de relief. Il est presque toujours syllabique, et l'on perd la moitié des paroles, tant l'accompagnement est lourd. Les couplets de Gil Blas à Aurore : Et si c'est un rêve, Laissez-moi rêver, ne manquent pas de grâce, ni, jusqu'à un certain point, de chaleur. Gil Blas n'aurait-il pas mieux fait, cependant, de renoncer à cette for- mule, si souvent reproduite depuis vingt ans ? Si l'extase où je suis est un songe, Que jamais je n'arrive au réveil! Ce qui a été si bien dit une fois ne devrait jamais, ce semble, être répété. Don Vincent, après qu'un bon dîner, ordonné par le docteur Gil Blas, l'a remis sur pied, et que le malaga lui a monté à la tête, chante le vin et l'amour, et trouve une heureuse idée musicale : Sa taille est fine, Et sa basquine, etc., etc. Nous n'avons pas retenu les vers, mais nous nous souvenons très- distinctement du tour piquant, de l'allure leste et gaillarde de la mé- lodie. Cet acte unit par un duo bouffe, ou qui, du moins, voudrait l'être. 11 est syllabique comme le quintette. 11 nous a paru manqué, comme le quintette, et plus complètement encore, pour les mêmes raisons, qu'il serait inutile de répéter. En revanche, rien de mieux réussi que les petits couplets de la sou- brette, au troisième acte, lorsqu'elle déclare sa résolution de prendre la robe à falbalas de sa maîtresse, d'attirer, comme elle, les œillades, les hommages, d'avoir des adorateurs, de les rendre heureux s'ils le méritent, et qu'elle conclut par ces mots: Pourquoi pas? Cela estfaile, vif, spirituel, fringant, et de plus, chanté par Mlle Girard d'une façon qui ne laisse rien à désirer. Nous ne voyons pas non plus ce qu'on pourrait demander à M. Meillet, qui joue le rôle du comédien, ou plutôt du cabotin Zapata, et, qui dit ses couplets d'entrée avec une perfection rare. On ne saurait avoir la voix plus agréable, ni l'expression plus juste. On ne saurait mieux deviner les intentions du compositeur, ni les rendre avec plus de finesse., ni détailler un morceau avec plus d'es- prit. C'est dans ces couplets, peut-être, que M. Semet a mis cette fois le plus de talent. L'accompagnement y est charmant comme la mé- lodie. L'auteur, qui, en maint endroit, s'évertue à être plaisant, et n'y parvient pas toujours, l'est ici naturellement et sans le moindre effort. Les bonnes plaifanleries sont celles qui n'ont pas été cherchées. Il y a de jolis passages dans le duo qui précède cet air, duo chanté par Gil Blas et la soubrette. Le reste... Ne disons rien du reste. Si nous parlions de tous les morceaux d'une partition si volumineuse, nous n'aurions jamais fini. Au quatrième acte, noce de village, chœurs de paysans, danses rustiques, airs de ballets, par conséquent, — valse peu originale, mais qui a beaucoup d'entrain. C'est quelque chose. Nous avons remarqué aussi un chœur dans l'accompagnement duquel prédominent les trombones et le flageolet, ou la petite flûte, comme il arrive sou- vent aux orchestres de barrière. L'effet est assez piquant. Gil Blas, qui est à la porte, et qui voudrait bien se faire convier au festin, adresse à la cantonnade des couplets qui ont peu de succès auprès des gens de la noce, mais qui en ont beaucoup auprès du pu- blic. Ils ont une couleur espagnole très -prononcée. Est-il vrai, comme le bruit s'en est répandu, que ce joli morceau ait été en effet rap- porté d'Espagne par Mme Ugalde, qui, l'an dernier, a passé quelques mois à Madrid? Nous l'ignorons, et peu nous importe. Ce qui est certain, c'est que l'air est très-original, très-piquant, et que Mme Ugalde le dit avec une verve, une audace, et un accent merveilleux. Les couplets de Zapata, devenu majordome au cinquième acte, ont du mérite, et en auraient davantage s'ils rappelaient moins le God snve the king. Mais il n'y a que des félicitations à adresser à l'auteur sur le petit chœur des valets qui vient ensuite. Voilà qui ne ressemble à rien! voilà qui est neuf, et trouvé, comme disait Boileau. Les com- positeurs même les plus habiles font rarement d'aussi heureuses ren- contres. Nous pourrions encore citer un petit air que chante Gil Blas au moment de décamper pour éviter la prison. Mais, encore une fois, on ne saurait tout dire. 11 y a, en résumé, de très-jolies choses dans cette partition, laquelle gagnerait cent pour cent si on la déchargeait de beaucoup d'autres, qui ont moins de valeur, et fa- tiguent l'attention en pure perte. Nous sommes comme la Fontaine, qui disait, avec sa naïveté si pleine de bon sens : Les longs ouvrages me font peur. Tout y serait excellent, admirable, parfait, qu'ils auraient encore 116 REVUE ET GAZETTE MUSICALE un défaut, celui d'être trop longs. Voltaire a écrit quelque part : Tou- jours du plaisir n'est pas du plaisir. Nous savons qu'il y a là une ques- tion linancière : on est bien aise de remplir la soirée, et de ne par- tager avec aucun confrère. C'est un bon sentiment, mais ce n'est pas toujours un bon calcul. Mme Ugalde (Gil Blas) est étincelante de gaieté, d'audace et de verve. Des critiques plus sévères lui reprocheront peut-être de man- quer parfois de mesure, de n'avoir pas toujours un goût parfaitement pur, d'outrer certains effets, de pousser le comique jusqu'à la charge, de ne pas ménager assez une voix qui commence à se fatiguer : mais nous avons de la partialité pour Mme Ugalde, et nous ne voulons voir en elle que les côtés qui brillent, dussent-ils nous éblouir Léon DUROCHER. THÉÂTRE DES BOUFFES -PARISIENS. DAPHUriS ET CHIiOJÈ, Opérette en un acte, paroles de M. Clairville, musique cZ'Offenbach. C'ETAIT MOI! Opérette en un acte, de M. Deulin, musique de M. Debillemont. {Premières représentations le 27 février 1860.) La pastorale de Longus, arrangée pour la scène par M. Clairville, n'en est pas à sa première métamorphose. Représentée au Vaudeville en 1849, elle a subi quelques modifications indispensables pour deve- nir une opérette, et, sous cette nouvelle forme, elle n'a eu qu'à se louer de l'accueil qu'on lui a fait au passage Choiseul. Nous ferions injure à nos lecteurs en leur racontant le roman des amours naïfs de Daphnis et Chloé ; tout le monde connaît cette ber- gerie que M. Clairville a suivie dans ses plus importants détails, en se bornant à y ajouter des effets comiques confiés au dieu Pan. Nous ci- terons entre autres drôleries dues à celte addition, la scène où le dieu Pan cherche à séduire Chloé, et boit, pour se donner pius d'ar- deur, le contenu d'une gourde qui a été remplie, sans qu'il le sache, à la source du Léthé. Il faut voir Désiré s'efforçànt de ressaisir sa mémoire perdue, et ne pouvant achever la leçon d'amour commencée avec Chloé. Cette situation est des plus amusantes. La musique d'Offenhach est parfaitement appropriée au genre de ce petit tableau champêtre. Elle est charmante d'un bout à l'autre, et témoigne, plus que toute autre, de la variété et de la richesse d'inspi- ration que possède l'auteur des Deux aveugles, du Mari à la porte et d'Orphée aux enfers. Rien de plus gracieux que l'air d'entrée de Chloé et que celui qu'elle chante avec Daphnis. Nous mentionnerons encore la jolie romance : Même en fermant les yeux; la chanson de Nérea, qui a eu les honneurs du bis; le trio de la leçon de flûte, le duo de Pan et de Chloé, enfin presque toute la partition ; car nous serions embarrassé de choisir entre ces mélodies fraîches et suaves. Le rôle de Chloé est parfaitement interprété par Mlle Chabert, et celui de Daphnis n'est pas trop mal placé entre les mains de Mlle Ju- liette Beau, jolie débutante, dont la voix de mezzo-soprano fera bien certainement plaisir lorsqu'elle aura surmonté la peur qui l'oppressait pendant les premiers jours. Cette opérette de Daphnis et Chloé, représentée au bénéfice de la caisse des auteurs et compositeurs dramatiques, était accompagnée ce soir-là d'une seconde nouveauté, intitulée C'était moi ! Le conte de la Servante justifiée a fourni les principales scènes de cette petite pièce, gaiement agencée, et rondement jouée par Guyot, Jean-Paul et Mlle Cico. Un jeune compositeur, M. Debillemont, s'y est essayé avec assez de bonheur ; plusieurs morceaux de sa partition ont été justement applau- dis, et parmi eux, un air de baryton, les couplets du Tic toc, tic toc, un trio et un quintette fugué. D. AUDITIONS MUSICALES. Itomltrowski. — Diomède Zompl. — Mine Viard-Iionis. — Bernhard Rie. — Mlle «I. Iiagnesse. — Concert de l'Association des fabri- cants et artisans. — Ernest \alhan.- A. Bessems. — Concert de l'Œnvre des faubourgs. — Messe de M. Benoist. Pour franchir la distance énorme qui sépare le virtuose habile du véritable artiste, il faut plus que de l'étude, il faut être richement doué et ne pas s'attarder aux succès faciles qu'on obtient avec quelques jolies binettes auxquelles suffisent des doigts agiles et exercés. Aussi, parmi tous les talents qui se font remarquer, avons-nous beaucoup de bons exécutants, mais peu de maîtres. M. Dombrowski, que nous avons entendu la semaine dernière, est un pianiste de mérite, comme on en applaudit chaque jour. Il n'a presque joué que ses composi- tions ; et, certes, quoiqu'elles ne soient pas dépourvues de grâce et de style, elles n'offrent pas une assez grande variété, des aspects assez différents pour qu'on puisse savoir au juste comment il dirait les œuvres plus sérieuses et plus larges. Quoi qu'il en soit, dans plusieurs de ses gracieuses inspirations, M. Dombrowski a fait applaudir un excellent mécanisme, beaucoup d'égalité, de netteté et de brio. M. Casella a du charme et de la chaleur. Les compositions de ce jeune violoncelliste se distinguent par une verve toute italienne qui* mêlée de sensibilité, a été très-goûtée. — Le jeu de Diomède Zompi est distingué et correct. Ce jeune pianiste, qui donnait samedi son concert, comprend et dit bien la mu- sique de Mozart, mieux peut-être que celle de Beethoven et de Weber. Son plus grand succès a été dans un duo de l'auteur de Don Juan, où le violoncelle de Franchomme a été tout simplement admirable. M. de Cuvillon s'est montré aussi très-remarquable en exécutant son joli morceau sur des mélodies de Marie Stuart et en faisant sa partie dans le long trio en si bémol de Beethoven, qui, s'il n'a pas la conci- sion de quelques autres du même maître, des premiers surtout, n'en est pas moins très-beau et très-brillant. Le piano y joue un grand rôle, et M. Zompi ne lui a rien enlevé de son importance. Plusieurs morceaux de ce virtuose ont d'ailleurs fait grand plaisir. — Si les concerts nous laissaient un peu plus de place et de temps, nous dirions moins brièvement que Alard et Franchomme terminaient dimanche leurs belles séances de musique de chambre, comme il les avaient commencées, c'est-à-dire au bruit des applaudissements en- thousiastes d'un auditoire d'élite, enchanté surtout de la façon incom- parable dont la" musique de Mozart y est interprétée et par les deux célèbres artistes, et par Francis Planté, jeune pianiste que les succès n'enivrent pas et qui s'élève chaque jour, contrairement à tant d'au- tres qui, comme lui, donnèrent les plus grandes espérances. Mais il faut nous limiter et mettre la bride à l'admiration : donc, contentons- nous de dire que, avec Àlard et Franchomme, Mme Viard-Louis fai- sait apprécier l'autre soir dans les salons Pleyel-Wolff son talent de . pianiste. L'exécution de la gracieuse virtuose est un peu terne et man- que quelquefois de netteté -, mais on ne peut tout avoir, et Mme Louis, qui est très-bonne musicienne, qui connaît ses classiques, a charmé l'auditoire en jouant des œuvres de Mozart, de Beethoven, de Weber et de Mendelssohn où le violon et le violoncelle ont été merveilleux. — Au concert de Bernhard Rie, pianiste de l'école de Dreyschock, on a vivement applaudi le jeu fin, perlé et clair de ce jeune artiste et ses compositions gracieuses, correctes, qui, comme son exécution, ne manquent que d'un peu d'énergie, de passion et de puissance. Charles Lamoureux a joué une remarquable fantaisie de Vieuxtemps et une élégie de Frédéric Brisson dont le charme mélodique, la distinction harmonique, méritent d'être signalés. Une autre aimable mélodie de M. Albert L'Hôte a été aussi très-applaudie. Le même accueil a été fait à un adagio pathétique et à un rondo de René Douay, qui, joués avec expression et un bon style par l'auteur, font espérer que ce jeune SUPPLÉMENT. DE PARIS3 117 et très-habile violoncelliste sera un jour un compositeur remarquable. Un fort joli quatuor d'A. Blanc, exécuté par Bernhard Rie, Casimir Ney, René Douay et l'auteur, ouvrait cette soirée, dans laquelle Mme Ricquier-Delaunay et Crosti ont bien des fois excité les bravos. Crosti, dont la voix est charmante, a bien tort d'exagérer certains effets; il risque ainsi d'altérer, comme l'ont fait tant de ténors et de barytons, un organe vraiment délicieux, qui, ménagé, lui promet de longs succès. — Mlle Laguesse donnait lundi, dans les salons Pleyel-Wolff, son concert annuel. Alard, Mas et Lebouc ont exécuté avec elle un qua- tuor de Mozart. On a d'abord mis sur le compte de l'émotion le peu de clarté, l'absence presque complète de nuances et de style que l'on remarquait dans l'exécution de ce quatuor et d'une belle marche fu- nèbre de Chopin. Mais, malheureusement, Mlle Laguesse, qui avait été obligée de s'arrêter dès les premières mesures d'un délicieux rondo de Weber, consultant plutôt' son courage que ses forces, est revenue jouer un morceau d'Ascher qui, exécuté jusqu'au bout, n'a rien dimi- nué de l'impression produite par les autres. Après les faiblesses du piano, on a eu à regretter aussi des faiblesses vocales d'autant plus fâcheuses qu'on les trouve partout. Si l'on a entendu et vivement ap- plaudi Jules Lefort, qui dit les mélodies douces et expressives avec un grand charme et Lucchesi, qui a chanté avec goût la romance de Martha, on a entendu aussi une cantatrice dont la voix ne manque ni de tim- bre ni d'étendue, mais qui gâte ses meilleures qualités par des efforts, des oppositions violentes, en un mot, par des cris qui, décidément, sont antipathiques à toute espèce de bonne musique. — Dimanche, au bénéfice des orphelins et des orphelines qu'elle pa- tronne, l'association de fabricants et artisans donnait un concert où quelques jolis talents se sont fait entendre. Une Élégie de A. Daus- soigne-Mehul, exéculée sur le violoncelle, l'orgue et le piano, par MM. Lamoury, d'Aubel et l'auteur, est une composition sérieusement écrite, d'une inspiration élevée, et dont la première audition a été toute favorable au compositeur et à ses habiles interprètes. Plusieurs pièces élégamment conçues et disposées de façon à faire ressortir toutes les qualités de l'instrument, ont été jouées sur l'orgue Alexandre et ont valu un grand succès à M. d'Aubel. A ce concert, on a entendu un peu de tout : des œuvres vraiment belles, parmi lesquelles il faut citer le quintette de Charles de Kontski, sur la prière de Moïse; un qua- tuor de Gounod, et aussi des œuvres qui s'étaient glissées là sous le manteau de la bienfaisance, où nous n'irons certes pas les analyser. Quant aux chanteurs, les uns avaient du talent et pas d'organe, les autres avaient de la voix et pas de méthode. Cependant Mlle Dubois, membre de l'association, s'est fait applaudir et a su triompher des vocalises de la valse de Venzano. — Le concert d'Ernest iNathan, donné mercredi dans les salons de l'hôtel du Louvre, a été fort joli. On y a entendu un sérieux et mélo- dieux trio de Louis Lacombe, très-sobrement et très-bien joué par Herman, Nathan et l'auteur; un trio arrangé avec beaucoup de goût par l'excellent violoncelliste pour orgue, piano et violoncelle sur cette prière de Moïse avec laquelle on est sûr d'enchanter le public, toujours heureux d'entendre cette sublime inspiration. Des gens très-difficiles reprochent bien quelques petites choses au talent de Nathan; mais on ne peut méconnaître toutefois qu'il ne soit très-sympathique et qu'il 'ait le don de charmer, ce qui à la rigueur, dispense d'une grande largeur de style. Après avoir fait brillamment sa partie dans les mor- ceaux d'ensemble, il a exécuté plusieurs fantaisies qui ont été chaleu- reusement accueillies. Son caprice sur des chansons napolitaines, Un rayon de tes yeux et Souvenir de Sjm, de Servais, inspirations suaves, gracieuses et chantantes, ont été dites par le brillant virtuose avec in- finiment d'expression et de fougue. Les qualités charmantes et élevées qui dislinguent le talent de Lacombe ont été encore une fois fort goû- tées dans deux morceaux de sa composition. Graziani a ravi l'auditoire en phrasant d'une façon ravissante une délicieuse mélodie. — A. Bessems est un violoniste de talent. Sa manière distinguée de dire la musique classique est aussi éloignée de la sécheresse que de l'effet quand même. On l'a souvent applaudi dans des morceaux d'en- semble, exécutés avec une finesse et une unité remarquables. A. Bes- sems compose, et il trouve souvent des mélodies heureuses. 11 l'a prouvé en jouant à sa soirée, donnée la semaine dernière, plusieurs compositions doublement originales ; car il n'en avait pas emprunté les motifs aux maîtres de la scène, et quelques-unes n'en portent pas moins le sceau de l'originalité. Par leur style, par leurs grâces mélo- diques, elles plaisent partout où l'on aime le sérieux allié avec le gracieux et le brillant que demandent les morceaux de salon. — Mme Alboni est certainement accoutumée aux succès : sa voix merveilleusement douce, harmonieuse et puissante, sa vocalisation, sa méthode, son style si purs, si brillants, si parfaits, triomphent sans peine et sans fatigue des plus grandes difficultés et excitent toujours et partout l'enthousiasme ; mais nous doutons que la célèbre cantatrice ait jamais été mieux comprise et plus fêtée qu'elle ne l'a été mercredi à la soirée donnée au proût de l'OEuvre des faubourgs. Le duo de Sémiramide, avec Mme Penco, et le rondo de la Cenerentola, qui a été bissé, et après lequel on a rappelé deux ou trois fois au moins l'incom- parable interprète, ont émerveillé l'auditoire exceptionnel qui rem- plissait la salle Ventadour. Les plus grands artistes de la scène, italienne ont fait assaut de talent, de verve, d'esprit et de grâce ; c'était à qui prodiguerait le plus généreusement sa voix et ses beaux élans drama- tiques. Mme Penco, touchante et pathétique dans un air de la Tra- viata, noble et belle dans des fragments de Sémiramide ; Tamberlick fougueux, tendre et passionné dans le fameux duo A'Otello, expressif, admirable de style simple et naturel dans un autre morceau, dont le succès a égalé pour le moins celui auquel le fameux ut dièse vient donner le prestige de sa renommée; Mlle Battu qui, quoique française, a su prendre sa place sur le théâtre où se sont illustrées les Malibran et les Persiani; enGn, Graziani, Badiali, Zucchini et Morini ont fait de cette soirée l'une des plus délicieuses auxquelles on puisse assister. Grâce aussi à l'empressement du public, elle a dû être l'une des plus fécondes que la philanthropie ait eues cet hiver. — Jeudi, en présence de Mgr. l'archevêque et d'une nombreuse as- semblée, une messe à grand orchestre a été exécutée à Saint-Eustache au profit de la caisse des écoles. Pour cette solennité on avait choisi la première messe de M. Benoist. S'il est un nom que les artistes en- tourent de respect et de sympathie, c'est assurément celui de ce maître. Célèbre professeur d'orgue au Conservatoire, grand artiste lui-même, — deux titres dont le premier n'implique pas toujours le second, — compositeur souvent habile au théâtre, l'éminent musi- cien possède une science rare dont les trésors rappellent par leur pureté et par leur inépuisable variété le beau style de Cherubini. C'est surtout dans la musique religieuse qu'on retrouve M. Benoist tout entier avec ses chants larges et pathétiques, avec ses harmonies exquises,, avec ce tact, cette profondeur qui extrait d'un motif, parût- il d'abord assez insignifiant, mille développements naturels et féconds. A certaines associations de sons, à certaines combinaisons harmo- niques, nous avons reconnu dans la messe de M. Benoist une de ces mains fermes, vigoureuses, qui ne se contentent pas toujours des ri- chesses acquises, qui, au contraire, en cherchent de nouvelles et qui, lorsque l'esprit et le goût sanctionnentpeurs témérités, n'hésilent pas à tracer quelques accords, à rapprocher des notes que nous ne trou- verions peut-être pas disposées ainsi dans nos éléments d'harmonie, mais qui n'en forment pas moins une alliance heureuse. Toutes les parties de cette œuvre sont magistralement écrites. Le Credo surtout est une fort belle page, plus développée que les autres ; ce serait un chef-d'œuvre si la phrase du début, égarée là par hasard, ne rappelait un peu trop les cabalettcs et les félicita de l'école italienne. Les combinaisons les plus belles, les ressources les plus variées du contre- point et de la fugue, les formes les plus élégantes et les plus fines ne 118 REVUE ET GAZETTE MUSICALE sont pas les seuls côtés brillants qui caractérisent le talent deM. Be- noist : son imagination aussi est riche et puissante. Seulement on a perdu l'habitude de ce style sobre et contenu, on ne sait plus toujours reconnaître ce qu'il renferme de dramatique, de fort et d'élevé. C'est tant pis, car ces œuvres vivront et seront encore exécutées quand beaucoup d'autres auront disparu. Du reste, l'avenir doit bien une compensation aux auteurs de musique sacrée, à ceux qui restent fidèles aux grandes traditions, même au milieu des rêves maladifs d'une génération musicale qui ne préconise quelquefois l'indépen- dance que pour se dispenser des études profondes que l'art im- pose. L'exécution, dirigée par M. Hurand, a été bonne. On y a néan- moins regretté plusieurs mouvements trop rapides qui ont enlevé à quelques passages de cette messe la gravité que l'auteur y a mise. M. Edouard Batiste s'est particulièrement distingué en faisant entendre à la sortie une magnifique fugue de Bach, qu'il a dite avec un excel- lent style. Adolphe BOTTE. OBSERVATIONS DE QUELQUES I0SIC1EIS Et de quelques amateurs sur la méthode de musique de M. le docteur Clievé (1). M. le comte Sollohub s'est récemment déclaré chaud partisan de Y École nouvelle. Dans une lettre que V Indépendance belge a publiée, et que nous avons lue avec l'intérêt que méritent le nom et la situa- tion de l'auteur, M. le comte Sollohub raconte : qu'assistant par hasard à un cours de M. Chevé, il vit « le professeur, au sourire plein de bonhomie ; » puis il vit « un tableau surchargé de chiffres auxquels il ne comprenait rien. » 11 demanda alors à son voisin sur quelle clef on chantait. «Monsieur (lui répondit le voisin), la méthode n'a pas de clef du tout, ce qui nous dispense d'apprendre les sept clefs de la musique usuelle. » C'est puissamment raisonné. Mais nous avons déjà fait justice du fantôme des sept clefs que M. Chevé évoque sans cesse. On aurait pu dire de plus à ce voisin naïf, charmé de la méthode qui n'a pas de clef du tout, qu'il y a toujours une clef, que l'alphabet a une clef, qu'un chiffre a une clef, et que lire des notes écrites sur une clef, ou lire un chiffre dont il faut avoir la clef, cela revient exactement au même. « Je voulus savoir alors comment on reconnaissait les tons, » con- tinue M. le comte Sollohub, qui avait parfaitement raison. « Mon interlocuteur m'expliqua que tous les tons en dièses et en bémols n'avaient été inventés que pour se conformer aux défectuosités de certains instruments qui devaient rectifier par ces moyens la filia- tion normale des sons dans chaque gamme. » Nous félicitons le noble étranger s'il a pu comprendre cette expli- cation foudroyante, cette démonstration merveilleuse ; ou plutôt nous regrettons qu'un homme de sa valeur, d'un esprit élégant, charmant, élevé, ait daigné écouter si longtemps un tel interlocuteur, et qu'il se soit payé d'un raisonnement semblable. Personne n'a inventé les tons en dièses et en bernois, pour parler le langage de l'interlocuteur, et surtout on ne les a pas inventés pour se conformer à des défectuosi- tés. On n'invente pas ce qui est. La musique est faite d'une certaine façon, comme il a plu à Dieu qu'elle fût faite. M. Chevé lui-même re- connaît au'il y a des tons en dièses, et avoue qu'il y en a en bémols, et combien M. le comte Sollohub regretterait qu'il n'y en eût pas ! (1) Voir le n° 13. Nous voudrions, pour le convaincre et le punir à la fois, lui faire en- tendre Semiramide sans dièses et les Huguenots sans bémols. Mais l'interlocuteur continue: il dit « que la voix étant omnitone, il lui suffisait d'avoir un point de départ pour trouver les intervalles nécessaires, et que par conséquent la solmisation d'après les tonalités devenait inutile. C'était évidemment faciliter l'étude de chant propre- ment dit, des quinze procédés toniques. En les multipliant par les combinaisons des sept clefs, l'enseignement devenait cent cinq fois plus facile. » M. le comte Sollohub eut la bonté de trouver cela « parfaitement clair, et il comprit alors la signification du tableau. » Restait au noble étranger « à se rendre compte de la division des mesures. » Rien de plus simple : « Il ne fut pas peu surpris d'entendre tout l'auditoire proférer des sons qui lui étaient parfaitement inintelligibles. C'était une langue dont chaque monosyllabe marquait pour ainsi dire brutalement la valeur des durées et des silences. Cette langue remplaçait les huit entiers de mesures de l'enseignement usuel, et détruisait la combinaison de cent cinq multipliés par huit. 11 en résultait la conclusion que, par la méV thode, la lecture du chant se trouvait facilitée, pour s'exprimer aussi en chiffres, de huit cent quarante fois. » 11 faut respirer après une argumentation si puissante, et reconnaître qu'il n'y a rien à répondre à des calculs si clairs, à des principes si écrasants, qu'une méthode qui peut appeler à son aide des démons- trations si victorieuses est évidemment la première méthode du monde, et que rien ne doit lui résister. M. le comte Sollohub dit ensuite « qu'il apporta à la société chorale de M. Chevé deux chœurs à quatre voix, l'un de Bortnianski, l'autre manuscrit, de son beau-père, le comte Michel Wielhorski. Les deux morceaux ne pouvaient être connus. On les transcrivit en chiffres, et ils furent lus avec une précision remarquable. » Nous n'en doutons pas. Mais si M. le comte Sollohub avait bien voulu apporter ces deux morceaux au Conservatoire, ou à l'orphéon, ou à une des nombreuses sociétés chorales de Paris ou de la banlieue, on n'aurait pas eu besoin de la transcription en chiffres. Et l'épreuve n'eût-elle pas été mille fois plus intéressante pour le comte Sollohub, et surtout plus concluante, s'il avait entendu chanter à Paris, sur l'écriture originale, ces manuscrits tracés en Russie pour tous les musiciens du monde, excepté, à ce qu'il parait, pour les adeptes de M. Chevé ? — Et c'est une satisfaction qu'il eût pu se procurer fa- cilement. M. le comte Sollohub dit plus loin « que le peuple n'a pas trente ans à donner à l'étude d'une science ardue. » Et c'est la lecture mu- sicale qu'il désigne ainsi. Quoi! véritablement! on a pu persuader cette énormité à M. le comte Sollohub ! on lui a montré des élèves de trentième année ! Un peintre de l'antiquité n'a pas craint de dire à un monarque puis- sant qui pariait de peinture dans son atelier : c 0 roi, cessez de tenir de tels discours : vous feriez rire mon broyeur de couleurs ! » Nous prions M. le comte Sollohub de nous excuser si, en toute sincérité, nous nous sommes permis de lui présenter quelques, observations, il a trop d'esprit pour s'en formaliser, et nous espérons qu'il nous par- donnera si nous lui déclarons que nous sommes des pécheurs endurcis, affermis dans leur conviction par les arguments mêmes qui ont formé la sienne (1). (1) Aux noms des vingt-deux signataires de l'ouvrage, dont nous venons d'ex- traire un fragment, il faut ajouter celui de Verdi, qui a envoyé par écrit son ad_ hésion pleine et entière. DE PARIS. 119 REVUE DES THEATRES. Théâtre-Français : le Feu au couvent, comédie en un acte , par M. Th. Barrière. — Vaudeville : la Tentation, pièce en cinq ac- tes et six tableaux, par M. Octave Feuillet. — Gymnase : le Che- veu blanc, proverbe de M. 0. Feuillet ; V ne voix du ciel, comédie de MM. Fournier et Meyer; le Paratonnerre, comédie-vaudeville en deux actes, par MM. Dupeuty et Gabriel ; les Deux timides, vaudeville de MM. Marc-Michel et Labiche. — Variétés : Une femme aux cornichons, vaudeville de MM. Siraudin et Delacour; Quel drôle de monde! vaudeville de MM. Clairville et E. Moreau ; les Portiers, vaudeville de MM. Brisebarre et Eug. Nus; la Grande marée, vaudeville en deux actes, par MM. Th. Cogniard et Clairville. — Palais-Royal : La Sensitive, vaudeville en trois actes, par MM. Labiche et Delacour. — ■ Théâtre Dejazet : Une bonne pour tout faire, vaudaville de MM. G. Adenis etRostaing; Vile de sol- si-ré, opérette de M. Julian, musique de M. Ruytler ; la Marée dé- montante, à -propos de M. Guénée. Les théâtres parisiens, et principalement les théâtres de genre, qui viennent d'avoir leurs giboulées de mars, nous ont constitué un ar- riéré considérable que nous allons essayer de liquider le plus claire- ment et le plus succinctement qu'il nous sera possible de le faire. Mettons-nous d'abord en règle avec la Comédie Française, où M. Bar- rière a fait jouer avec un très-joli succès un petit acte intitulé le Feu au couvent. L'effet de cette pièce repose sur une situation vraie et touchante qui consiste dans l'opposition de l'ignorance naïve d'une jeune fille avec les vices élégants du monde. M. de Savenay, resté veuf à vingt-cinq ans et menant la vie à grandes guides, a, pour être plus libre, rélégué sa fille au fond d'un couvent. Un incendie la ra- mène à son père au moment où celui-ci va se battre pour une maî- tresse, comme il l'a fait dix fois déjà, sans songer qu'il pouvait laisser derrière lui une orpheline. La présence de son enfant lui inspire de salutaires réflexions, et avant de se rendre sur le terrain où il trou- vera peut-être la mort, il confie Adrienne, par une sorte de testament, aux soins d'un de ses amis dont la conduite n'est pas plus irréprocha- ble que la sienne, mais qui du moins est homme de cœur. Les bons sentiments de la jeune pensionnaire exercent aussi leur influence sur cet ami, et quand M. de Savenay revient sain et sauf de son duel, une double conversion, cimentée par un mariage, atteste la victoire d'A- drienne. Malgré quelques longueurs, cette comédie a été parfaitement ac- cueillie; il est vrai qu'elle est interprétée par Bressant, Delaunay et Mlle Emma Fleury. — A l'exemple d'Alfred de Musset, ce n'est qu'après avoir livré à l'impression la plupart de ses Comédies et proverbes que M. Octave Feuillet est venu demander pour eux, au public, la consécration de la rampe. Le Pour et le contre, la Crise, Dalila, Péril en la demeure, le Village, et jusqu' au Roman d'un jeune homme pauvre, toutes ces agréables productions, où brillent à doses égales l'esprit et l'élégance, ont revêtu successivement les deux formes du livre et de la scène. La Tentation, du Vaudeville, est, croyons-nous, le premier ouvrage de M. Feuillet qui n'ait pas accompli cette double formalité et qui soit arrivé tout droit au théâtre. A cela nous n'aurions rien à ajouter si cette infraction à ses habitudes décelait un progrès dans la manière de l'auteur, mais malheureusement cette excuse lui échappe, et les re- vues qui ont été le berceau des œuvres que nous venons de citer, se fussent tout aussi bien accommodées de celle-ci que des autres. M. Feuillet excelle dans l'analyse minutieuse de certains sentiments dont la délicatesse est plutôt un défaut qu'une qualité devant un au- ditoire avide de faits bien plus que de paroles. Or, qu'est-ce que la Tentation"! Une jeune femme, négligée par son mari, se laisse pren- dre aux airs ténébreux d'un étranger avec lequel elle entame le pre- mier chapitre d'un roman platonique. Le mari s'en aperçoit, provoqne son rival, cherche querelle à sa femme, qui pourtant n'est pas trop coupable, et finit par lui pardonner, grâce à l'intervention de sa fllle. En conscience, y a-t-il là matière à cinq actes et six tableaux? Dans un livre, peut-être ; à la scène nous ne le croyons pas. Aussi est-il à craindre que la Tentation ne se soutienne pas aussi longtemps sur l'affiche que Dalila ou le Roman d'un jeune homme pauvre. Et pourtant le rôle du mari est joué par Lafont, et celui de la femme, par Mlle Delphine Marque t, deux artistes distingués que le Vaudeville a empruntés à M. Montigny pour renforcer sa troupe. — Au Gymnase, nous retrouvons M. Octave Feuillet, mais, cette fois, dans son véritable élément. Une scène de ménage, très-finement développée, fait tous les frais du Cheveu blanc, petit acte imprimé dans le même recueil que la Crise et que Péril en la demeure. Un mari et une femme, parvenus aux dernières limites de l'indifférence conjugale et tout prêts à la franchir, sont rapprochés par le hasard d'une nuit d'hiver et d'un bal trop tôt fini. Ils s'expliquent forcément, et la découverte d'un cheveu blanc égaré au milieu de la chevelure brune du mari vient l'avertir qu'il est temps de dire adieu aux illusions coupables pour goûter la réalité du bonheur domestique. Le mari c'est Dupuis, et sa femme c'est Mme Rose Chéri, c'est-à-dire les deux artistes qui s'entendent le mieux à traduire le marivaudage gra- cieux, mais parfois maniéré, dont la plume de M. Octave Feuillet n'est pas souvent assez avare. Une voix du ciel, au même théâtre, est tout simplement la voix d'un poëte qui, par des strophes de circonstance, ramène à la vertu une jeune mère que la crainte de léguer à sa fille un souvenir désho- noré, retient sur le bord de l'abîme. Cette leçon, passablement maus- sade, est sauvée par Mlle Périga, l'excellente Elmire de l'Odéon, que ce théâtre a cédée au Gymnase. Mais nous ne sommes pas au bout des pièces de début que M. Mon- tigny a offertes à son public. Seulement celles dont il nous reste à parler sont plus gaies que les précédentes. On pourrait même dire, eu égard au genre habituel du lieu, que le Paratonnerre outrepasse les bornes de la désinvolture. Cette comédie-vaudeville en deux actes a été faite pour Mlle Francine Cellier, l'ex-danseuse de l'Opéra, qui, après avoir remporté un prix au Conservatoire, vient de faire victo- rieusement ses preuves dans le rôle jovial d'une forgeronne courtisée par un baron ridicule, et se servant de lui pour empêcher la baronne, sa femme, de commettre une imprudence irrémédiable. Les Deux timides sont plus réservés, mais non moins amusants. Une autre élève du Conservatoire, Mlle Albrecht, couronnée également aux derniers concours d'opéra-comique, remplit dans cette pièce un rôle qui consiste à mettre aux prises les deux timides, un père et un amoureux, en leur persuadant que chacun d'eux a affaire à plus poltron que soi. Cette situation excentrique a été saluée par un fou rire, et Mlle Albrecht a été fort applaudie, bien qu'elle abuse un peu trop des privilèges qu'elle tient de son instruction musicale. — Le bilan des Variétés se compose aussi de quatre pièces : Une femme aux cornichons, où Mlle Boisgonthier essaie de tous les moyens possibles pour diminuer son embonpoint, et ne réussit qu'à faire maigrir de jalousie Charles Potier son mari. Quel drôle de monde! Très-drôle de monde en effet que celui dans lequel le neveu et la nièce de M. Verdavaine ont placé leurs amours. Par bonheur la danseuse de corde qui est sur le point d'épouser le neveu, et l'escamoteur qui s'est fait aimer de la nièce, se reconnaissent au moment des explications, et comme ils sont mariés, ce brave M. Verdavaine est tout naturellement débarrassé de leur honorable alliance. Les Portiers, scènes de mœurs parisiennes, photographiées d'après nature. Le type du portier Chignon, représenté par Leclère, est excel- lent; mais ce farouche despote des locataires a beau plier sous le faix des quolibets et des épigrammes dont les auteurs l'accablent, il n'en restera pas moins solide sur son trône, regardant les empires crouler et défiant les émeutes et les révolutions. Enfin, la Grande marée-, mystification en deux actes, composée 120 REVUE ET GAZETTE MUSICALE d'une suite de scènes épisodiques à peine liées entre elles par un semblant d'intrigues, mais suffisamment saupoudrées de traits et de couplets piquants h l'adresse de ces pauvres Parisiens, victimes de M. Babinet. — Le Palais-Royal fait de l'argent avec la Sensitive, facétie en trois actes, assurément fort spirituelle, mais d'une hardiesse qui distance tout ce que ce théâtre s'est jamais permis dans ses meilleurs jours, d'humeur graveleuse. La donnée en est pourtant bien simple en appa- rence ; il s'agit d'un nouveau marié qui ne peut parler d'amour sans être pris tout à coup d'un bégaiement des plus fâcheux. Nous n'insis- terons pas trop sur les résultats de cette grotesque infirmité, et si nous ne dissuadons pas le public masculin d'aller passer deux bonnes heures à ce spectacle, nous lui conseillerons pourtant d'y munir sa femme d'un éventail et de laisser sa fille à la maison. — En attendant que le Théâtre-Déjazet nous donne l'opérette de M. Flotow que nous avons annoncée sous le titre de Pianeïïà, ilfajoute coup sur coup trois pièces nouvelles à son répertoire encore peu varié et qui ne demande qu'à le devenir. Une bonne pour tout faire offre à Mlle Irma Granier l'occasion de se montrer dans plusieurs costumes différents et d'imiter très-gentiment l'accent provençal. L'Ile de Sol- si-ré est une bouffonnerie musicale, dans laquelle l'administration a déployé un très-grand luxe d'accessoires, et le compositeur, M. Ruyt- ler (lisons Pilati) un luxe non moins grand de motifs gais et faciles. Quant à la Marée démontante, c'est une seconde critique due à la mystification du 9 mars, et improvisée pour le bénéfice de M. Paul Legrand, dont le talent mimique et le masque enfariné ont, comme tou- jours, décidé le succès de cette bluette. — Nous devons encore mentionner l'apparition au théâtre de la Gaité d'un vaudeville très-vif et très-amusant, Quatre femmes sur les bras, dont M. Commerson est l'auteur et dans lequel Mlle Derval, dans quatre rôles différents, a su se faire applaudir à côté de Perrin qui se montre, comme toujours, comédien original. — La reprise du Courrier de Lyon au môme théâtre avec Paulin Menier, Alexandre et Surville, continue son inépuisable succès et remplit la salle tous les soirs. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. *** La représentation de Robert le Diable, donnée dimanche, a été très- belle : Belval a été applaudi chaleureusement dans le rôle de Bertram ; Renard et Dufresne se sont bien acquittés de ceux de Robert et de Raim- bault, et ceux d'Isabelle et d'Alice ont fait honneur â Mmes Hamackers et Dussy. — Une indisposition de Mme Gueymard n'a pas permis qu'on donnât mercredi Pierre de Médicis ; on y a substitué les Huguenots, dont l'exécution n'a rien laissé à désirer.— On parle de la reprise de la Muette pour la continuation des débuts de Micuot, qui doit incessamment chan- ter dans Lucie. **„ Les représentations du Pardon de Ploërmel attirent toujours une grande ailluence à l'Qpéra-Comique; pris d'une indisposition subite Faure n'a pu chanter mercredi le rôle d'IIoel ; il a été remplacé par Troy, qui s'est très-bien acquitté de sa tâche. — Mlle Monrose se trouve à peu près rétablie de sa longue indisposition, et le Roman d'El- vire va reprendre, après la clôture de la semaine sainte, le cours du succès que cette indisposition était venue si fâcheusement interrompre. — - L'ouvrage de Gevacrt se trouve retardé par suite d'une indisposition de Couderc. — 11 est question de remonter avant le départ de Mme Faure- Lefèvre un des chefs-d'œuvre de Bo'ieldieu, le petit Chaperon rouge. »*„, Le théâtre Italien donnera demain lundi le Trovalore au bénéfice de Graziani, et mardi Rigoletto avec Tamberlick et Mlle Marie Battu. *** Le théâtre Lyrique donnera, dans le courant du mois d'avril, une représentation au bénéfice do Mme Viardot. „,*„, Après le départ de Mme Miolan-Carvalho, ce théâtre donnera \eFidelio, de Beethoven, interprété par Battaille, Guardi, Fromant, Serène, Yanaud, Mme Pauline Viardot et Mlle Marimon. *% Un journal annonce que l'administration de l'Opéra passerait dans les mains de la municipalité de la ville de Paris, et que cette mutation rendrait plus prompte la solution des questions relatives â la construction d'une nouvelle salle pour notre première scène lyrique. Le même journal parle de la fondation d'un cercle artistique, sous le patronage des plus illustres dilettanti, parmi lesquels on compte MM. de Morny, Troplong, Baroche, etc., et dont le prince Poniatowsky serait le président. Toutes les semaines aurait lieu un concert, où ne serait exécutée que de la musique inédite et de compositeurs vivants, et l'on choisirait de préfé- rence des fragments d'oeuvres destinées à la scène. Un établissement pareil rencontrerait certainement les plus vives sympathies et serait de la plus grande utilité. *** La Schiller-Marsch a été exécutée au concert de l'Hôtel de ville, par l'orchestre de Pasdeloup et y a produit le plus grand effet. *% Géraldy, l'excellent baryton, a chanté deux fois cette semaine, chez Herz, une nouvelle mélodie de M. Charles Manry, l'Enfant dangereux, composée sur des paroles d'Auguste Barbier. Il est impossible de dire avec plus de goût et de charme cette originale composition de M. Charles Manry, qui porte en elle le cachet de la poésie et de l'art. M. Géraldy a trouvé dans l'Enfant dangereux ce degré d'inspiration qui convient à sa voix puissante et sympathique. *** Le vendredi saint, la Société des jeunes artistes donnera un grand concert dans la salle Herz. On y entendra la symphonie pastorale, psaume de Niedermeyer (1r0 audition) ; hymne d'Haydn, par les instruments à cordes; fragments des Saisons, d'Haydn, et une fantaisie exécutée par Bottesini. *** M. Membrée, l'auteur de François Villon, vient de composer la musique d'un opéra dont M. Got, de l'Académie française, a écrit les pa- roles, et qui a pour titre le Moine rouge. *** L'association des artistes-musiciens a fait exécuter lundi dernier, dans l'église de Notre-Dame, la messe de Mozart, qui avait été choisie pour la fête delaSainte-Cécile,et qu'on avait entendue à cette époque dans l'église Saint-Eustache. M. Battaille et M. Barbot avaient bien voulu se charger des soli, et se sont acquittés de leur tâche avec le beau talent qu'on leur connaît. C'est M. Battaille qui a dit \'0 salutaris, sur un thème de Mozart, et le Benediclusa, été chanté par M. Barbot, avec accompagne- ment d'alto, exécuté par M. Adam. A l'offertoire, Alard a joué sur son violon un larghetto extrait des Souvenirs de Mozart; deux enfants de chœur de la maîtrise chantaient des soli, destinés dans la partition aux voix de soprano et de contralto. La marche religieuse, écrite par Adolphe Adam, a produit son effet ordinaire et complété cette solennité reli gieuse et musicale, dont le produit a dépassé la somme de 3,000 fr. **,. Le sixième et dernier concert d'abonnement donné par la Société des jeunes artistes du Conservatoire a été fort remarquable. La séance commençait par l'exécution redemandée des fragments de Slruensèe, la magnifique ouverture et les deux entr'actes, déjà entendus et applaudis par tout l'auditoire. Dimanche dernier , l'orchestre s'est surpassé dans l'accomplissement de sa tâche, et l'œuvre de Meyerbeer a été rendue avec une perfection rare. La ravissante Polonaise a obtenu plus de bravos encore qu'à la première audition. Nous reviendrons sur cette séance où l'on a exécuté entre autres nouveaués une symphonie inédite de M . Saint-Saens et le chœur des bacchantes de Phi* lémon et Baucis. „,% Mardi 27 mars a eu lieu à Amiens le plus beau concert de toute la saison. JIM. Roger, Graziani et Mlle Vestvalli y ont obtenu un succès d'en- thousiasme. *** Alessandro Bettini vient d'être engagé pour le théâtre Italien de Barcelone, après quoi il fera partie de la troupe organisée à Marseille par Montelli. *% Louis Lacombe annonce un second concert pour le mercredi , 1 1 avril , dans les salons d'Erard ; nous en donnerons le programme dans notre prochaiu numéro. *** L'éminent pianiste-compositeur, Ferdinand de Croze, a passé quel- ques jours a Paris, et il s'est fait entendre dans quelques salons aristo- cratiques. Il joué avec un très-grand succès chez Mme la maréchale Randon son Étude-polka, son Crescendo, et surtout le Chemin de fer, qui fait partie de son Album de 1S60. „,** A l'Amhigu-Comique, chaque soir, le quadrille d'Alexandre Artus, Compère. Guillery, obtient les honneurs du bis. Cette faveur est du reste méritée. " *% Le vendredi saint, à midi, dans l'église Saint-Roch, le célèbre ora- torio d'Haydn, 2es Sept paroles de Noire-Seigneur sur la croix, sera exé- cuté avec accompagnement d'orchestre sous la direction de M. Charles Vervoitte, maître de chapelle. Le jour de Pâques, dans la même église, on chantera la quatrième messe d'Haydn, ['Alléluia d'Haydn, et un salut solennel de M. Charles Vervoitte. ,.% La semaine dernière, Mlle Ida Bertrand, dont le talent et le nom grandissent toujours, avait réuni l'élite de l'aristocratie russe dans ses élégants salons. Plusieurs de nos premiers artistes lui avaient prêté leur concours avec un affectueux empressement. Mmes Joséphine Martin, Sievers, Ida Bertrand, MM. Graziani, Varesi, Pagans, Lecieux. Franco- Mendès se sont fait entendre et applaudir successivement. L'air célèbre d'Orphée a été dit par Mlle Ida Bertrand de manière à rappeler Mme Viar- dot. L'éminente cantatrice, que l'on entend trop rarement en public, DE PARIS. 121 doit donner prochainement un concert qui sera l'un des plus beaux de la saison. *** Albert Jaell a joui5, trois fois à Amsterdam, deux fois à Rot- terdam, et deux fois à la Haye, à Utrecht et à Leyde ; partout les succès de l'éminent pianiste ont été des plus brillants. Les morceaux de son répertoire qui ont reçu le meilleur accueil sont : concertos et sonates de Beethoven et le Carnaval de B. Schumann. Parmi les compositions de A. Jaell, il faut citer en première ligne la transcription du Pardon de Ploërmel, qui lui a été partout redemandée; le Carillon et la transcrip- tion du Prophète. Le 26 mars A. Jaell a donné son concert d'adieux à Amsterdam avec Stockhausen, l'excellent chanteur. *** On lit dans VUnion bretonne : « Au concert donné par Mlle Fran- çois dans la salle des Beaux-Arts, Prudent s'est montré artiste accompli : il ne se contente pas de jouer parfaitement , il compose avec une dis- tinction rare , et ses œuvres ont un cachet qui leur assure une place à part parmi les productions contemporaines; c'est le musicien de la nature, plein de sentiment intime, de nuances profondes et de grâce, qui peint à merveille toutes les harmonies et en fait des tableaux charmants savamment ordonnés et encadrés avec un goût achevé. Mlle François a eu une inspiration heureuse en «'associant Prudent, dont le talent fait école, et qui, récemment applaudi à la cour par des mains augustes, est l'une des expressions les plus élevées de l'art du piano à notre époque. » *** On écrit de Saint-Malo que M. Bessems vient d'obtenir un grand succès comme violoniste et compositeur, dans le concert donné par la Société philarmonique de cette ville. M. Sapin, le ténor de l'Académie impériale de musique, a été aussi fort applaudi après une ballade com- posée pour lui par M. Bessems, ainsi que dans plusieurs morceaux d'o- péras nouveaux. „% C'est le 15 avril, au Cirque de l'Impératrice, qu'aura lieu le grand concert donné sous la direction d'Arban au profit de la veuve de Jullien. Il y fera entendre sabePe fantaisie sur le Pardon de Ploërmel, et la Schiller Marsch, de. Meyerbeer. *** Le dimanche 1er avril, à 2 heures précises, dans les salons d'Erard, rue du Mail, M. Philoxène Boyer étudiera la vie et l'œuvre de Schiller. La séance commencera par une scène de Marie Stuart, jouée par Mlle Montagne et Hugon. Mlle Montagne déclamera la Cloche, poésie de Schiller. Cette matinée dramatique est donnée au profit de la caisse de secours des lettres et des arts. On trouve des stalles en location à l'administration de la loterie de bienfaisance, boulevard Montmartre, 22. *** Nos lecteurs se rappellent sans doute le nom d'un jeune violo- niste, Isydor Lotto, de Varsovie, qui obtint, il y a peu d'années, le pre- mier prix au Conservatoire de Paris. Pensionné par S. M. l'empereur de Russie et par de grandes familles polonaises, il put, sans être obligé de tirer parti de ses premiers succès, continuer les études musicales les plus sérieuses dans cette illustre école. Aujourd'hui, le jeune artiste possède un talent qui lui promet le plus brillant avenir. Nous ne doutons donc pas qu'un nombreux auditoire n'assiste au grand concert avec orchestre qu'il donnera dans la salle Herz, le jeudi soir, 12 avril pro- chain. Isydor Lotto y fera entendre le magnifique concerto de Mendels- sohn pour le violon, et plusieurs œuvres de sa composition ; il sera se- condé par les artistes les plus éminents, en tête desquels nous devons ci- terjla célèbre pianiste Mme Massart. *** L'habile chef d'orchestre du Casino, qui joint à un talent inimita- ble sur le cornet à piston celui de compositeur très-distingué, Arban, se propose de donner le samedi saint, dans la salle de la rue Cadet, un grand concert à son bénéfice ; entre autres morceaux remarquables du programme, il fera exécuter pour la première fois la magnifique marche composée par Meyerbeer pour le festival de Schiller, et que des milliers d'amateurs ne purent entendre alors. %*% Une des nouvelles productions pour piano de M. Albert Sowinski, intitulée : Gigue écossaise, très-applaudie à son dernier concert, va paraî- tre incessamment. „% Le concert annoncé par M. Adolphe Fëtis est remis au 10 avril. %*# Un ancien artiste, longtemps attaché à l'orchestre de l'Opéra, M. Ch. Sauvageot, qui avait fait don au musée impérial d'une collection précieuse, amassée pendant sa vie entière et estimée 600,000 fr., est mort vendredi dernier à l'âge de quatre-vingts ans. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. „.*„. Rouen. — A peine le Pardon de Ploërmel venait -il de clore ses brillantes représentations, que les portes du théâtre des Arts s'ouvraient à une foule empressée d'assister à la reprise de cet autre chef-d'œuvre de Meyerbeer qui a nom le Prophète. La direction avait mandé exprès de Paris Mlle Wertheimber pour chanter le rôle de Fidès, et son nom sur l'affiche était un attrait qui n'a pas peu contribué au succès, d'ailleurs complet, de la soirée. Cette partition du Prophète, qu'on n'avait pas en- tendue depuis longtemps à Rouen, a reparu hier, comme â sa création, jeune, mélodique, saisissante, grandiose : ses imposants ensembles, ses dramatiques cantilènes, ses gracieux détails, son orchestration si vive- ment colorée, toutes ces beautés artistiques d'un ordre si élevé et mises en relief avec tant d'art, de science et d'inépuisable inspiration, ont pro- duit leur effet accoutumé, l'admiration et l'enthousiasme Dans le duo du premier acte, dans la bénédiction au second, dans toute la scène de l'église au quatrième, dans le grand air et dans le grand duo du cinquième, Mlle Wertheimber a produit une impression aussi profonde que soute- nue ; le public lui a témoigné, par les plus chaleureux bravos, combien il ressentait vivement toutes ces émotions que les accents de sa voix lui communiquaient irrésistiblement. A la chute du rideau, un rappel una- nime l'a ramenée sur la scène, où elle a reçu une dernière et enthou- siaste ovation. C'est un succès qui laissera parmi nous les meilleurs sou- venirs du sympathique talent de Mlle Wertheimber. Nous avons des éloges â adresser à Mme Laurent, qui a bien chanté le rôle de Bertha. M. Caubet a bravement soutenu la lourde responsabilité du rôle si im- portant et si difficile de Jean de Leyde. Quant à MM. Bouvard et Bon- nesseur, nous dirons que Meyerbeer ne pourrait pas désirer de plus intelligents représentants de ces anabaptistes, dont il a coloré si éner- giquement la sombre physionomie. M. Méric, en se joignant à eux, a très-heureusement complété le trio biblique des fanatiques sectaires. M. Aubry s'est bien acquitté du personnage d'Oberthal. *** Dijon, 28 mars. — Le Prophète a été représenté hier avec un écla- tant succès. M. Harvin, dans le rôle du roi-prophète, a su conserver à la sublime création de Meyerbeer ce cachet de noblesse et de grandeur qui la distingue ; grâce à sa voix sonore et pure, à son excellente méthode et à une diction qui permet au spectateur de ne pas perdre une syllabe du poëme, notre excellent ténor a pu mettre en relief et faire apprécier les incomparables beautés que l'illustre auteur a jetées à pleines mains dans ce splendide ouvrage. Aussi les plus petites phrases ont-elles été remarquées et applaudies ; mais c'est surtout après la romance pastorale : Pour Bertha, moi je soupire, et après l'air bachique du cinquième acte : Versez, que tout respire, que l'enthousiasme n'a plus connu de bornes. M. Harvin a été rappelé deux fois et a vu tomber à ses pieds couronnes et bouquets. Mlle Ferrand, dans le rôie de Fidès, a fait preuve de talent. Elle a chanté son chœur du cinquième acte de manière à provoquer les applaudissements de la salle entière. La mise en scène a été réglée avec intelligence par M. Vila, qui s'est bien acquitté du rôle de Zacharie. **„.. Saint-Etienne. — Un jeune compositeur de notre ville, M. Dard, vient de faire représenter un opéra qui a pour titre : la Charmeuse. Il a été fort bien accueilli ; la musique en est facile et abondante et dénote des qualités qui font bien augurer de l'avenir de l'auteur. s.** Angers. — M. Rouff, notre habile directeur, vient enfin de nous mettre a même d'apprécier le dernier chef-d'œuvre de Meyerbeer. La première représentation du Pardon de Ploërmel a eu lieu avec le plus grand éclat, et nous devons constater d'abord que grâce au zèle intelli- gent de notre chef d'orchestre M. Lefort, les chœurs et les musiciens ont fort bien marché. Mlle Ida Massy, à laquelle avait été confié le rôle de Dinorah, s'est vaillamment acquittée de sa tâche, et elle a surtout admirablement chanté l'air de VOmbre, qui lui a valu de longs et chaleu- reux bravos. M. Derval, dans le rôle d'Hoel, a laissé à désirer ; par contre, M. Saint-Martin s'est montré excellent chanteur bouffe dans celui de Corentin ; les couplets de la Peur, son duo avec I-Ioel, ont été fort ap- plaudis ; enfin les rôles secondaires même ont été fort bien dits par M. Fabre, le faucheur, et Mlles Martinet et Augusta, les deux chevrières. La mise en scène et les décorations ont été très-soignées, et à voir le pont et l'eau naturelle de la cascade du second acte, on aurait pu se croire à l'Opéra -Comique de Paris. — Deuxpièces des Bouffes-Parisiens, Ba-ta-clanet la Rose de Saint-Flour d'Offenbach, ont été représentées avec un succès bien différent; la première n'a pas été comprise et a complètement échoué ; la seconde, pleine d'une gaieté franche et de bon aloi, a plei- nement réussi. 4*ï Strasbourg. — C'est le dimanche 25 mars qu'a eu lieu la sixième et dernière séance de musique de chambre de MM. Schwaederlé, Mayer- hofer, Weber et Ousdshoorn. Commencée par le 80° ^quatuor de Haydn, elle s'est terminée par le septuor de Beethoven, â l'exécution duquel ont concouru MM. Schwaederlé, Wuille, Stenebruggen, Uschmann, Weber, Oudshoorn et Fabian. Cette valeureuse phalange a rendu le chef-d'œuvre de Beethoven avec une perfection qui a soulevé les bravos enthousiastes de l'auditoire. M. Edmond Weber, déjà connu par quelques jolies pen- sées musicales, s'est posé en pianiste de premier ordre en interprêtant avec un sentiment vrai et un beau mécanisme le quatuor en ut mineur de Mendelssohn. M. Oscar Schiitzenberger, excellent amateur, a charmé l'auditoire par sa belle voix de ténor et la manière distinguée dont il a chanté le grand air iXOrphèe : J'ai perdu mon Eurydice. Enfin M. Schwae- derlé, le fondateur de ces magnifiques séances, a dit un andante de Spohr, pour violon, avec l'élévation et la pureté de style que comportent les œuvres du grand maître allemand. — L'un des plus brillants concerts de la saison, celui de M. Waldteufel, violoncelle solo et professeur au Conservatoire de cette ville, a eu lieu le 21 mars à la mairie, de- vant une assemblée nombreuse. M. Waldteufel a obtenu, comme cha- que année, un triomphe éclatant dans tous les morceaux qu'il a joués et dans lesquels il a déployé autant de sentiment et d'expression que d'habilcte extrême à surmonter les plus grandes difficultés. La Matinée 122 REVUE ET GAZETTE MUSICALE en Suisse et la fantaisie sur des motifs de Don Juan, deux de ses compo- sitions, ont produit un effet vraiment extraordinaire. A côté du père, on a décerné les plus légitimes suffrages à la fille, Mlle Valérie Waldteufel, jeune pianiste qui possède déjà un talent réel et en train de grandir encore. Le septuor de Hummel, où elle a tenu la partie de piano avec un ap'omb qui dénote une excellente musicienne; l'Impromptu de Chopin, et le Miserere du Trovalore, par Prudent, ont mis en relief une habileté de mécanisme déjà fort développée en même temps qu'une intelligence musicale parfaite. „,*,,, Marseille. — Un nouvel essai des jeunes talents que possède notre ville vient de se produire au Grand-Théâtre, et, sans renouveler le succès du Jugement de Dieu, il a été accueilli avec beaucoup de faveur. Il s'agit des Deux avares, l'un des chefs-d'œuvre de Grétry, auquel M. Agnelli vient de donner un nouvel habit musical. Le poëme a été entièrement conservé, et l'auteur, en témoignage de son respect pour Grétry, a même maintenu dans sa partition les parties vocales du chœur célèbre la Garde passe. On a reconnu dans l'œuvre de M. Agnelli une tentative modeste et sans prétention, justifiée par une musique légère, gracieuse et surtout facile, dont l'orchestration, à la fois ingénieuse et originale, est pleine de piquants effets; elle a d'ailleurs été fort bien interprêtée, la réussite a été aussi franche que légitime. *** Metz. — M. Warnots, notre premier ténor , a donné pour son bénéfice Martha ; le charmant opéra de M. de Flotow a été exécuté avec une véritable perfection, et le public n'a cessé d'applaudir et de rappeler le bénéficiaire qui a rempli le rôle de Lyonel avec une supériorité remarquable ; Mme Warnots (Nancy) a partagé ce triomphe. M, Ilomps, qui chantait celui de Plumket, a vaillamment contribué à l'ensemble de de cette belle représentation. chronique: étrangère. *** Londres. — M. Smith, directeur du théâtre Italien de Sa Majesté à Londres , vient de publier son programme pour la saison qui ouvre le 10 avril. En voici le détail : 1° Chant : Mlle Piccolomini (ses soirées d'adieux jusqu'à sa retraite définitive de la scène), Mlles Vaneri, Laura Paxter, Maria Brunetti (du grand Opéra de Paris), Mme Alboni, Mlles Lotti délia Santa, délia Anese , Nardi , Mme Maria Cabel (prima donna de l'Opéra-Comique de Paris), Mme Borghi Mamo (pour la première fois en Angleterre), Mlle Titjens; MM. Mongini, Belart, Corsi, Mercuriali, Soldi, Giuglini, Everardi ( des théâtres impériaux de Vienne et de Saint-Péters- bourg , pour la première fois en Angleterre), Fellar (premier début en Angleterre), Aldigheri, Ronconi, Gassier, Castelli, Vialetti. 2" Danse: Mlles Salvioni (du théâtre Saint-Charles de Naples, début en Angleterre), Morlacchi, Clavelle, Claud, Pecchini , Moncelet, Cucchi (de l'Opéra im- périal de Vienne, début en Angleterre), Lequine, Bioletti, Mme Fer- raris; MM. Mérante (du grand Opéra de Paris, début en Angleterre) , Calori (de l'Opéra de Vienne, début), Durand, Borri, maître et compo- siteur de ballets; Benedict et Arditi, directeurs de la musique, compo- siteurs et chefs d'orchestre. Sa Majesté la reine et S. A. le duc de Cambridge, de même que beaucoup de familles aristocratiques, se sont empressés de faire retenir leurs loges. Il compte ouvrir par il/or(a , chantée par Giulini et Mme Titjens. — Le théâtre Italien de Covent- Garden ouvrira également ses portes le 10 avril ; le programme de M. Gye sera publié dans quelques jours. Mme Miolan-Carvalho est attendue au commencement d'avril ; son répertoire se composera de il Pelegri- nagyio (Pardon de Ploërmel), qu'elle chantera avec Faure engagé à cet effet ; il Barbiere, Fra Diavolo , la Ronnanbula et Marguerite des Hugue- nots. — La souscription en faveur de Jullien est organisée sous la direc- tion de l'habile éditeur M. Chapell. — Le théâtre Royal english opéra a dû. faire sa clôture, malgré le récent succès de Lurline, qui attirait la foule ; mais M. Gye ne pouvait se passer de la salle pour la réouver- ture du Royal italian opéra, et les apprêts indispensables. ii*-t Bruxelles. — Une des plus jolies opérettes d'Offenbach est le Violo- neux; elle vient d'être jouée au théâtre du Parc avec grand succès pour la pièce et pour les acteurs. **„ Liège. — Le théâtre-Royal vient enfin, après une longue attente, de nous donner le Pardon de Ploërmel ; plusieurs représentations succes- sives ont à peine suffi pour faire entendre au public nombreux qui assiégeait la salle la nouvelle partition de Meyerbeer. Nous nous bornerons à constater que l'ouvrage a été trouvé digne de celui qui l'a signé, et qu'il a obtenu sur notre scène, comme sur toutes les autres, un immense succès. L'exécution en a été aussi satisfaisante que possible, et les interprètes ont été à la hauteur de leur tâche. Mme Ceret a droit aux plus grands éloges pour la façon remarquable dont elle a créé Dinorah et chanté l'air de l'Ombre et la légende. M. Peruggi est un ex- cellent Hoël, qui s'est fait légitimement applaudir; le rôle de Corentin a été très-bien composé par M. Ceret, qui a dit avec beaucoup de natu- rel les couplets de la Peur et le duo avec Hoël. Les rôles secondaires du chasseur, du faucheur et des chevrières ont été convenablement tenus, et il n'y a que des félicitations à adresser aux chœurs et à l'orchestre! Enfin, notre direction n'a point reculé devant la dépense pour monter l'ouvrage ; la mise en scène et les décors ne laissent rien à désirer. »% Anvers. — Notre ténor léger, M. Scott, avait choisi pour son béné- fice le Pardon de Ploërmel. La salle était littéralement comble, et le bénéficiaire a reçu le plus chaleureux accueil. Le nouveau chef-d'œuvre de Meyerbeer a été donné trois fois depuis lors avec la même affiuence, et c'est le grand succès du jour. t% Francfort. — Mlle Frassini (Eschborn) a débuté le 21 mars dans le rôle de Dinorah, qui a été pour la célèbre cantatrice l'occasion d'un vrai triomphe. Le 23 mars l'opéra de Meyerbeer a été donné pour la deuxième fois. t% Berlin. — On annonce pour la saison d'automne la première re- présentation du Pardon ae Ploërmel ; le rôle de Dinorah serait chanté par Mlle Georgine Schubert, la fille du maître de concert Schubert, de Dresde. — Al'occasion de l'anniversaire delà naissance du prince régent, le théâtre Royal de l'opéra a donné : Obérun, précédé de la marche de fête (Fest-marsch), deSpontini.— Le prince et la cour ont assisté le 20 mars à une représentation de deux vaudevilles français, joués dans la salle des concerts de l'opéra, par des artistes appartenant à la haute aristo- cratie. La solennité a été précédée de trois tableaux vivants : Sainte Elisabeth, le Plongeur, ballade de Schiller; scène de brigands. »*% Wurtzbourg. — Toute la ville assistait hier à la première repré- sentation du nouveau chef-d'œuvre que Meyerbeer vient d'ajouter à Robert 'et aux Huguenots, et toute la ville a applaudi avec enthousiasme le Pardjn de Ploërmel. C'est au zèle de notre jeune chef d'orchestre, M. Cari Riedle, que nous devons de connaître cette partition si riche de mélodie et dont l'exécution lui fait le plus grand honneur. Le rôle de Dinorah était tenu par Mme Stoltz (non Mme Rosine Stoltz), dont la voix fraîche et l'excellente méthode ont provoqué, surtout après l'air de VOmbre, des tonnerres d'applaudissements. M. Thelen, à la voix mor- dante et expressive, quoique encore inexpérimentée, chantait le rôle d'Hoel ; celui de Corentin était rempli par un jeune ténor de force, dans lequel il y a l'étoffe de trois chanteurs et d'un bon comédien; il faut féliciter notre théâtre de posséder ce phénix. Le Pardon est un grand succès, et qui va jeter beaucoup d'éclat sur notre théâtre. *** Wiesbade. — L'opéra de Meyerbeer, Dinorah, a été représenté avec le plus grand succès et a déjà été donné deux fois. *** Pesth. — La reprise de Benvenuto Cellini, opéra de Kerne, a eu du succès. L'ouverture, qui est fort belle et plusieurs morceaux ont été sur- tout très-vivement applaudis. „*, Milan. — Deux fois de suite au théâtre de la Scala l'ouverture du Pardon de Ploërmel , cette magnifique symphonie de Meyerbeer, a été exécutée avec un succès analogue à celui qu'elle avait obtenu à la So- ciété philharmonique. La direction se propose de la faire entendre encore plusieurs soirées consécutives. — Les débuts du ténor Mongini, qui arrive de Saint-Pétersbourg, où il a chanté cet hiver, ont eu lieu dans Otello, Fernand, de la Favorite, et le Trovatore. En voulant se poser tout d'abord en rival de Pancani et de Giuglini dans des rôles qui leur ont valu la faveur du public, Mongini a montré peu de pénétration, car s'il avait laissé , lors de sa première apparition à Milan, le souvenir d'une voix belle, étendue et vibrante , on n'avait pas oublié non plus son inexpérience comme chanteur, son exagération dans l'émission du son et ses défauts fréquents de mesure et d'intonation. Le séjour de cet artiste en Russie ne lui a pas profité, il faut bien en convenir, et il nous est revenu tel que nous le connaissions. Mongini ne sait pas ou ne veut pas utiliser les dons qu'il tient de la nature; il manque de méthode, de style; il ignore ce que c'est que l'intention artistique, l'accent, l'expression et les délica- tesses du chant, et il leur substitue des effets immodérés et d'une exagé- ration outrée qu'il prend pour du sentiment musical et dramatique. Chez G. BRAN DUS et S. DU FOUR, Éditeurs, 103, rue Richelieu. LES AIRS DETACHES Avec accompagnement de piano, par Bazille, du ROMAN D'ELVIRE Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Alexandre Dumas et de Leuven, musique de Amtorofoc Thomas (De l'Institut.) QUADRILLES pour piano, par Arban et Marx, prix : h fr. 50 c. HGVTEBGB.- Fantaisie-Transcription (Romancero, Barcarolle, Air-Cachucha, Romance). DE PARIS. 123 Publié par G. BRANDUS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au Ie NOUVEAUX MORCEAUX DE PIANO Exécutés dans les concerts et soirées musicales de cette saison. Alfred Jacll Ombre légère, transcription de l'air de l'opéra-comique le Pardon de Ploermel 7 50 Le Carillon, morceau de salon 6 » Transcription du Chœur des enfants, du Prophète 7 50 Chanson «la Rouet, Fantaisie 9 Rosée de Mai, chant sans paroles 9 Les Octaves» morceau de concert 9 E. Prudent; Op. 54. Le Chant du ruisseau, caprice 9 » Op. 55. E.es Bois, chasse 9 » DU MÊME AUTEUR : Op. 41. La Danse des Fées (2e édition) 9 » Op. 53. Adieu printemps, étude caprice 9 » J« BlllllftClltllfBl Op. 51. Le Chant du Cjgnc, mélodie 5 » Op. 52. L'Etoile du soir, troisième valse 6 » Op. 53. llarche du Vainqueur 7 50 Une Fleur des Alpes 7 50 ASCHER. Illustration du Pardon de Ploermel 9 » — Op. 84. Illustration de Robert le Diable 9 » BADABZEWSKA. Prière d'une vierge 5 » BERNARD (Paul). Op. 52. Transcription du Pardon de Ploermel. 6 » — Op. 55. La Charité, chœur de P.ossini, transcription ... 6 » GORIA (A.). Fantaisie dramatique sur le Pardon de Ploermel. 7 50 — Fantaisie de salon sur les Dragons de Villars 9 » DESS. Op. 54. Rêverie sur te Pardon de Ploermel 5 » HUKTGK (F. ). Fantaisies sur slradella et Maria, de Flotow, ch. 5 » KALKBRENNER (A.). Mosaïque sur le Pardon de Ploermel 7 50 KETTERER. Op. 79. Fantaisie brillante sur Diane de Solange . 7 50 KRCCiER. Op. 88. Berceuse transcrite du Pardon de Ploermel. 7 50 LE CABPENTIER. Bagatelles sur le Pardon de Ploermel, ch. 5 » — 187e bagatelle sur Marta 5 » LE CAKPENTIER. 188e bagatelle sur tes Dragons de Villars. 5 » LOXOlJE'w'iLLE. Fantaisie dramatique sur Slradella, de Flotow. 7 MAtiNl'S. Op. 60. Grand caprice sur (es Huguenots 9 PEBSY. Op. 1. Premières impressions, valse brillante 0 — Op. 12. N°1. Souvenir, mélodie 4 — Op. 21. Souvenirs "du Prophète, caprice , . , 5 PONCE BE LEON. .Mélodie irlandaise de Maria, transcription h RCMMEli. Les Echos des opéras, fantaisies faciles : 1. Fra Diavolo. h. Le Domino noir. 2. Guillaume Tell. 5. Les Diamants de la couronne. 3. Le Comte Ory. 6. La Muette de Portici. Sera continué. — Prix de chaque 6 VINCENT. Orphée, de Gluck, deux transcriptions 6 WOILFF (E.). Op. 234. Mathilde, valse caprice 7 — Op. 235. Ida, valse caprice 7 . — Op. 236. Chansons polonaises 7 — Grand duo à quatre mains sur Stradella, de Flotow. ... 10 HERMAN ET KETTERER Grand duo brillant sur le Pardon de Ploermel, pour piano et violon 10 CONINX. — Fantaisie sur Marta, pour la flûte avec accompagnement de piano. 7 50 IiCT«EN. — Mélodies de Marta, trans- crites pour violoncelle avec accompa- gnement de piano 6 » LOUIS ENGEL Grand duo sur le Pardon de Ploermel, pour piano et harmonium 7 50 A. ALARD. Grande Fantaisie de concert sur la MUETTE DE PORTICI, d'Auber, Pour le Violon, avec accompagnement de Piano. — Prix : 10 fr. 3PIANOS D'ART BLANCHET fils PIANOS COMMERCE DE L'ANCIENUE lâlSOi R0LLER ET BLANCHET FILS A Paris, rue d'HautevilIc, n° %C. Cette maison est connue, depuis de longues années, pour la remarquable supériorité de ses pianos droits, Blanchet fils, ancien élève de l'Ecole polytechnique, a consacré le fruit de ses études scientifiques et de ses constantes recherches au per- fectionnement de son industrie ; et après avoir obtenu, aux diverses expositions d'Angleterre et de France, les plus hautes récompenses, il a été nommé chevalier de la Légion d'honneur par le jury international de l'Exposition universelle de 1855. Convaincu de la nécessité de mettre à la portée de tous les instruments fabriqués avec conscience et pouvant satisfaire aux qualités artisti- ques aussi bien qu'aux principes de solidité garantis par une longue réputation, Blanchet fils vient de créer un nouveau modèle de piano dit format de commerce, qui, tout en possédant les qualités d'une facture de premier ordre, a l'avantage d'être accessible à toutes les fortunes. Les instruments de ce format sont à cordes verticales, obliques ou demi-obliques. Désormais cette importante manufacture réunira donc les deux branches, également essentielles, d'une fabrication à la fois artistique et commerciale. 124 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Ancienne Maison MEISSONNIER Paris. — E. GÉRARD et Ce (COMPAGNIE MUSICALE), — 18, rue Dauphine. EN VENTE A. LECARPENT LA PBOVmi IIS SBFAHTS (Op. 200) Mélodies françaises, italiennes et allemandes, Airs de danses, Rondos, Airs variés D'UNE DIFFICULTÉ PROGRESSIVE SANS OCTAVES ET SOIGNEUSEMENT DOIGTÉS POUR LES PETITES MAINS Suite et complément de la Méthode de Piano pour les Enfants. — En deux livres, chaque : 10 fr. THÉORIE COMPLÈTE DE L'HARMONIE RAISONRfÈE ET EXPLIQUÉE Contenant: lrc partie : les Principes élémentaires; — 2e partie : les Principes supérieurs et des Articles spéciaux sur l'Analyse musicale et la manière d'apprendre à écrire une basse correcte sous un chant, Op. »•*«. 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S., C. Bar. B.: Sogni e ridenti 12 » C'aiizonclta con variazioni, M. -S.: Gara mano deW amore 4 » Scena e rondo, C: Ah: ch1 io l'adoro ancore ! 9 » Scena e aria, S.: D'una madré dispera 7 B0 ACTE III. Coro dl conginrati : Ncl silenzio fra l'orror 3 » auartetto, S., M. S., C, Bar.: Cielo clémente 12 » Scena ed lnno di morte, Bar.: Suona fanerca Vora di morte.. 4 50 Aria, Bar.: La nostre spade, oh ciel: Vacciar délia fede 7 50 Coro : Vdite or alla arcano l Con noi quai alto 3 » Duetto finale, S., M. S.: Iiavvisa, Ravvisa quai aima 7 50 Chantés en 1860 par : Mme Penco, M. Angelini. Mme Schiassetti M. Donzelli Mme Pasta et M. Donzelli. Mmes Mombelli, Pasta, Schiassetti Mmei Mombelli. Pasta, Schiassetti, MM. Donzelli et Levasseur.. Mme Pasta Mme Schiassetti M. Mombelli Mmes Pasta, Mombelli, Schias- setti, M. Donzelli M. Donzelli M. Donzelli Mmes Pasta et Mombelli. Mme Borghi-Mamo. Mmes Borghi-Mamo et Peuco. M. Merly. Mme Borghi-Mamo et M. Merly. Mmes Penco, Borghi et Alboni. Mmes Penco, Borghi, Alboni, MM. Merly, Angelini. Mmes Penco, Borghi, Alboni, M. Merly. M. Merly. M. Merly. LA PARTITION POUR CHANT ET PIANO, IN 4, NET, 12 FR. (Seule édition dans laquelle se trouve la cavatina, n ° 7 : l'ace io reco.) lia Partition, arrangée pour le Piano seul, in-4° net « fr. ARRANGEMENTS BurgniuIIcr . Fantaisie sur le chœur des conjurés U 50 — La même, arrangée à quatre mains 6 » Czemy. Op. 195. Rondiuo pour le piano 5 i> Pixis. Impromptu pour le piano 6 » Plejel. Mélange des thèmes 6 » YVoliT. Morceau très-facile 4 50 I1ERIE CEIVTIIA VA FOULON CIIAIX ET C, RIE BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. IV0 15. 8 Avril 1860. ON S'ABONNE 1 Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aui Bureaux des Messageries et des Postes. REVUE PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris 24 (r. par on Départements, Belgique et Suisse. - 30 » id. Étranger 34 « id. Le Journal paraît le Dimanche. ^AAAAATl/V/'JW^— SOMMAIRE. — Auditions musicales, par Adolphe Botte. — Mouret (3e et dernier article), par Arthur Pougin. — Méhtil, sa vie et ses œuvres, de P. A. Vieillard, par Adrien de lia Fage. — Nécrologie : Moreau-Saititi. — Affaire Adolphe Sax. — Nouvelles et annonces. ADDITIONS MUSICALES. Hlle Albertine Zadrobilek. — Mlle Ingeborg Starck. — «B. Kraf- zoff. — Léon UeTnier. — II. Zarzycki. — Mlle Hélène de Katovr. — A. Croisez. — Sixième séance de la Société Armingaud . — Dernière soirée de H.Kieboac. — Emile Forgnes. — F. Dcl- sarte. Une jeune et belle pianiste, dont nous avons déjà parlé avec les quelques réserves et tous les éloges que demande son talent, Mlle A. Za- drobilek, a donné un second concert dans la salle Beethoven. Comme la première fois, elle a exécuté avec autant de clarté que de grâce et d'élégance divers morceaux de Beethoven, de Chopin et une ad- mirable fugue de Mendelssohn. On le sait, il y a fugue et fugue ; à côté de celles de l'école, il y a telle fugue vocale, de Cherubini par exemple, qui offre mille combinaisons piquantes, belles et inattendues que bien des auditeurs ne s'attendent guère à trouver là. Dans celle de Mendelssohn que nous avons entendue, il y a de la science, du chant et de la passion. Une ravissante mazurka et une délicieuse ro- mance de Dreyschock, composée, disait le programme, pour son élève Mlle Zadrobilek, et qu'elle a parfaitement jouée, sont deux com- positions qui attestent que le grand pianiste est aussi un grand mu- sicien. — La Russie cultive les lettres et les arts avec succès : elle a des musiciens, des chanteurs et des instrumentistes qui ne le cèdent à aucun autre ni en voix, ni en habileté de doigts. On a applaudi di- manche, dans les salons Pleyel-Wolff, l'exécution brillante et expres- sive de Mlle Starck. La jeune et charmante pianiste dit la musique de Chopin en véritable fille du Nord qui comprend toutes les poésies et toutes les vagues aspirations. Elle a déployé beaucoup d'ampleur et de force dans la difficile et vigoureuse paraphrase du Sonyc d'une nuit d'été de Mendelssohn. Pour se conformer à une mode qui tend à s'établir, Mlle Starck a joué aussi une fugue de Bach. Ces œuvres savantes, que nous aimons et que nous admirons, sont- elles bien à leur place dans un concert, et ne vaudrait-il pas mieux les laisser aux organistes que de les faire entendre, comme l'autre soir, entre une valse et une fantaisie sur la Muette''. — Un autre artiste russe, un ténor de mérite, M. J. Krafzoff, s'est fait entendre aussi avec succès lundi dans la salle Herz. Sa voix a de la douceur et un certain éclat ; il phrase avec infiniment de goût et possède l'accent dramatique. 11 a d'abord soupiré avec charme une romance de Donizetti, puis il a chanté avec M. Marochetti le duo d'Otello, où nous ne sommes pas très-sûr d'avoir entendu un ut dièse bien merveilleux, mais où nous sommes cerlain d'avoir trouvé, ce qui vaut mieux, de l'expression, de la vigueur et un talent de vocalisa- tion que les ténors de là-bas possèdent, il paraît, plus généralement que ceux d'ici. Le jeune violoniste Pogojeff a causé un vif plaisir en jouant ta Veillée de Damcke. Cette délicieuse pastorale, con sordino, se distingue, comme il convient à ces petites pages, par une grande simplicité mélodique et par des richesses, des élégances d'accom- pagnement si bien combinées qu'elles n'enlèvent rien à la naïveté et au gracieux du chant. C'est du Florian, si l'on veut, mais avec une grande vigueur et une grande variété d'harmonie. — Léon Reynier, brillant virtuose qui ne prodigue pas son talent dans les concerts, mais qu'on accueille toujours avec sympathie cha- que fois qu'il se présente, donnait, il y a huit jours, dans là salle Herz, un charmant concert. On y a applaudi Mlle Barelti et M. Bar- bot. Après le menuet et l'andante varié du cinquième quatuor de Beethoven, délicieusement et très-purement joué par Léon Reynier et MM. E. Guyon, Waldteufel et Poincet, le grand intérêt de la soirée, son plus grand charme a été le dernier concerto de Bériot. Dit avec beaucoup d'ampleur et de fini, il a enchanté les auditeurs. On sait combien étaient élégantes et distinguées les fantaisies de M . de Bériot ; mais entre elles et ce concerto il y a la distance qui sépare l'arrangeur, l'homme de goût du compositeur instruit et inspiré. Comme Baillot, comme tous les grands artistes, de Bériot n'a cessé de travailler, d'augmenter son talent. Toujours si applaudie pourtant, son exécution s'est plus d'une fois modifiée, agrandie, épurée ; son inspiration s'est constamment élevée, et, après avoir charmé l'Eu- rope par des compositions qui devaient beaucoup à l'archet qui les animait, il a écrit des œuvres sérieuses qui resteront des modèles de grâce, de pureté et de mélodie. Dans ce concerto, Léon Reynier s'est montré plein de souplesse et de variété ; il a chanté avec sensi- bilité et exécuté les difficultés avec autant de correction que de finesse et de brio. Mlle Léonie Reynier, dans le rôle modeste qu'elle s'était choisi, a fait apprécier des charmantes qualités de bonne musicienne et de pianiste. 126 REVUE ET GAZETTE MUSICALE La jolie et spirituelle partition de Duprato, Wsieu Landry, terminait cette soirée. — Zarzycki débutait la semaine dernière dans la salle Herz. Ce pianiste polonais a beaucoup de talent ; il fait les octaves d'une façon surprenante ; il a l'agilité, la netteté, le brillant et même la fougue. Mais pour faire sensation dans le monde musical ou tout au moins pour charmer les gens impartiaux qui ont du goût, il eût dû se faire entendre dans d'autres compositions que les siennes. Le concerto du jeune artiste est en vérité une conception étrange. Décidément l'a- narchie est dans le royaume des sons; la bizarrerie sonore ambitionne une dictature dont il faut se méfier. Quelques jeunes compositeurs méprisent la mélodie avec une déplorable affectation, et dédaignent superbement tout ce qu'on aime et tout ce qu'on respecte. De prime abord, ils brisent les rhythmes, les périodes ; ils saccadent leurs phra- ses; ils ravagent, tout, et si, par hasard, quelques mesures chantantes s'annoncent bien et font espérer une belle pensée, vite ils volent à autre chose essoufflés, mais voulant faire croire qu'il ne tiendrait qu'à eux de continuer, comme l'eussent fait à leur place ces pauvres es- prits logiques et vigoureux qui, s'il fallait en croire cette nouvelle école, auraient décidément fait leur temps. Est-ce parti pris, est-ce impuissance ? Quoi qu'il en soit, le public est évidemment du côté de la critique : il accueille froidement ces ouvrages et sait parfaitement distinguer où est le mérite de l'exécution et l'erreur ou le néant de l'inspiration. Chopin aussi eut des harmonies hardies et parfois irré- gulières; mais ceux qui voudront l'imiter devront avoir comme lui la pensée poétique, forte et passionnée qui, au milieu de ses plus grands écarts, ne l'abandonnait jamais. — Sur tous les instruments les Milanollo sont rares : le violon n'en compte plus et le violoncelle n'en compte pas encore. Cependant , nous avons entendu cette semaine, dans les salons Pleyel-Wolff, une jeune violoncelliste de talent. Mlle de Katow, élève de Léon Jacquard, joue avec beaucoup de grâce et de charme ; elle enlève même les difficultés avec une certaine vigueur. M. Brandt, pianiste-compositeur, a exécuté avec Mlle de Katow et Hammer un trio de sa composition, et, seul, divers morceaux qui se distinguent par un style assez sévère. Mme Cambardi a fait grand plaisir dans son air de Norma et dans la Fioraja, de Bergson. Cette dernière composition, mélodieuse et bien écrite pour faire briller la voix, est charmante. — M. A Croisez joue du piano et de la harpe. Il en joue fort bien, en excellent musicien et en virtuose. Mais c'est surtout comme com- positeur qu'il est connu. Ses œuvres sont fort goûtées des jeunes pia- nistes. Ni trop difficiles, ni trop recherchées dans leurs harmonies et dans leurs ornements, elles sont remarquables par le goût, par l'ar- rangement et quelquefois, dans les morceaux originaux, par l'invention mélodique. Plusieurs jolies compositions de Croisez sont populaires, et mieux écrites d'ailleurs que bien d'autres pages légères qui ont eu le même honneur et qui n'auront pas la même durée. Il a fait entendre à son concert un duo concertant sur le Noël, d'Adolphe Adam. Cette simple et large mélodie, brillamment variée, a été fort bien rendue par l'auteur et par une de ses plus gracieuses et de ses plus habiles élèves. Prière pendant l'orage, scène très-dramatique et très -colorée, et mieux encore une fantaisie, Halte de bohémiens, pleine de verve, de caprice, de belle humeur, ont prouvé que si Croirez abandonnait à d'autres les succès qu'on obtient en exécutant magistralement des œuvres très- difficiles et très-compliquées, il pouvait rivaliser avec tous ceux qui publient des morceaux bien faits, gracieux, élégamment coupés et clignes d'être accueillis partout avec sympathie. — Nos sociétés de musique de chambre occupent une grande place dans les plaisirs de l'hiver. Jusqu'à Pâques, elles donnent toujours de vives jouissances aux amateurs, dont le goût délicat a besoin de cette grande et belle musique allemande pour se consoler de certaines inspi- rations qu'on lui fait subir de temps en temps. Aussi, accourent-ils dans les salons Pleyel-Wolff, soit aux séances d'Alard et Franchomme, soit aux matinées de Maurin et Chevillard ou aux soirées d'Armingaud, et savourent-ils comme des gourmets quelque bel adagio d'Haydn, de Mozart et de Beethoven. Là, au moins, ils sont sûrs de ne pas être trompés; et, si la veille, ils ont perdu leur soirée, si quelque instru- mentiste a montré plus d'habileté matérielle que de charme et de style; si quelque chanteur — ce qui est encore moins rare — a prouvé qu'on pouvait posséder une jolie voix et n'avoir jamais rien appris, pas même le solfège, ils n'en reviennent que plus fervents. La semaine passée le quatuor Armingaud donnait sa sixième séance. Intéressante, comme elles l'ont été toutes, cette dernière soirée offrait de plus que les autres ce qu'offrent toutes les séparations où l'on oublie quelques légers torts, quelques petits nuages, pour ne songer qu'aux sérieuses qualités, auxquelles on se sent plus attaché qu'on ne l'avait cru. Aussi, a-t-on applaudi avec plus de sympathie que jamais au talent de MM. Ar- mingaud, Léon Jacquard, Lalo, Lapret et Ernest Lubeck, à leur re- marquable ensemble et à l'unité d'intention qui les distingue. — Les soirées de musique classique données par M. Lebouc ont une physionomie particulière : elles offrent, avec une grande variété, des ouvrages que l'on n'entend pas ailleurs et qui prouvent souvent du goût et des recherches érudites. A sa dernière soirée un Hymne à Calliope, attribué à Orphée, a été chanté par le jeune Bollaerd et re- ligieusement écouté. Peut-être fallait-il avoir fait des travaux archéo- logiques pour comprendre cette page — ce qu'on ne saurait demander au public; — mais ce qu'il y de^certain, c'est que la romance de Joseph, dite immédiatement après, en excellent musicien, par le même artiste, a seule causé une véritable sensation de plaisir. Les Echos d'Haydn, délicieusement exécutés par quatre violons et deux violoncelles, ont enchanté l'auditoire. On a retrouvé dans ce double trio les mélodies gracieuses, naïves, tendres et spirituelles du maître, ses harmonies limpides, ingénieuses et toujours si tonales. Le quatuor en ré de Mo- zart est rarement interprété par des exécutants plus intelligents, plus sûrs de l'effet qu'ils veulent et doivent produire que ne le sont MM. Hermann, Lebrun, Casimir Ney et Lebouc. Ce dernier s'y est particulièrement distingué. 11 est l'un des artistes qui, musiciens pleins de tact, savent tout sacrifier à l'effet général et fondre la personnalité du soliste dans un ensemble où chacun se résigne à n'avoir que l'im- portance donnée par l'auteur. Une ovation a été faite à Herman après l'exécution des préludes, Menuets et Gavotte de S. Bach. Comme à la première soirée, le bril- lant violoniste a triomphé des passages ardus qu'ils renferment avec une grande supériorité, et a mis en lumière les phrases mélodiques avec un charme et un brio irrésistibles. — Mardi, Emile Forgues avait convié à son audition, dans les sa- lons Erard, bon nombre d'artistes et de connaisseurs. Tous ont fait un chaleureux accueil au pianiste et au compositeur. C'est au Conser- vatoire que nous avons connu Forgues. Déjà, à cette époque, il se signalait par un remarquable mécanisme et par une façon d'enlever les octaves dont se montrait fière la classe de Zimmerman. Depuis, il a travaillé, voyagé et n'a cessé de progresser, ce qui n'arrive pas à tous ceux qui travaillent et qui voyagent. Son talent, toujours vigou- reux, net et brillant, est maintenant plus délicat et plus expressif. Exécutées par lui, ses compositions, qui ne manquent ni de feu ni de fraîcheur, sont charmantes et pleines de variété; mais elles sont très- difficiles, et cela n'est pas toujours sans danger pour le compositeur. Si le virtuose y trouve l'occasion de déployer toute son habileté, il est à craindre souvent que le côté purement instrumental ne prédo- mine, et ne voile parfois ce que le fond contient de grâce, de clarté et d'originalité. — On n'a pas moins de voix et plus de talent que n'en a F. Del- sarte. Ce qu'il chante est, selon le point de vue auquel on se place, en deçà ou au delà de la musique. Il ne dit pas, il ne rhythme pas comme tout le monde : les mouvements lents conviennent surtout à sa savante et admirable déclamation ; aussi trouve-t-il des andante DE PARIS. 127 là où d'autres verraient des allegro. Mais tout cela est si pathétique, si émouvant, si noble, si beau de geste et d'accent, tout esi scandé avec tant d'art que nous nous sommes laissé emporter, comme le public, par la mâle éloquence, la simplicité primitive, les mythologi- ques terreurs que l'éminent professeur a retrouvées dans un air de Fernand Cortes, dans la romance de Joseph et dans une scène à' /phi- génie. Il ne faut rien exagérer, pas même les réactions musicales les plus salutaires, et nous croyons que les pianistes rétrogradisles ont tort de vouloir faire entendre à toute force des pièces de clavecin. Certes, il y en a de fort belles ; mais toutes ne le sont pas , et, comme dans les ouvrages de tous les temps, il y en a de très-médiocres. Est-ce la faute de l'exécution ou celle de la composition ? Nous ne savons. Tou- jours est-il que des pages de Couperin et de Rameau ont été accueillies avec une froideur dont l'irrévérence mérite d'êlre signalée. Adolphe BOTTE. (3' et dernier article) (1). Nous allons, par une analyse aussi rapide que possible de quel- ques-unes de ses principales compositions, faire connaître les quali- tés et les défauts les plus saillants de cet artiste, qu'on avait, à bon droit, surnommé de son temps le musicien des Grâces. Nous commencerons par l'opéra d'Ariane, le deuxième ouvrage qu'il fit représenter à l'Académie royale. On trouve dans cette pièce plusieurs morceaux assez bien réussis. Au premier acte, après le chœur : Venez, heureux vaisseaux, souverains de ces mers... vient un élégant rondeau qui sert à une entrée de matelots, et qui est charmant de grâce, de naïveté et de légèreté depuis la première note jusqu'à la dernière. Au deuxième acte, l'air de Péribée : Lieux qui de notre honte éternisez l'histoire, Et vous, mânes cruels, ombre avide de sang ! Il ne manquait à votre gloire Qu'une victime de mon rang. Ce morceau, quoiqu'il manque de développement, n'en est pas moins remarquable; il est écrit avec largeur, et la mélopée un peu lamentable qui le constitue exprime assez heureusement la douleur qu'éprouve la princesse captive. Un peu plus loin, nous trouvons une espèce de chant funèbre, sorte d'hymne de guerre chanté par un soldat crétois en l'honneur de la mémoire du frère d'Ariane, sur ces paroles : Que le son des trompettes, Que ce bruit si cher aux héros, Frappe les échos. Le chant de ce morceau est bien trouvé ; accompagné principale- ment par les trompettes et les violons, il a une allure franche et dé- cidée, un rhythme net et précis, qui lui donnent bien le caractère qu'il doit avoir; l'instrumentation, nourrie et vigoureuse, — qualité rare chez Mouret, — en est assez soignée ; enfin, conçu sur un bon plan et développé dans une bonne mesure, ce morceau nous paraît réunir complètement les qualités que comporte son caraclère. Mais c'est à propos de l'air de Minos au troisième acte que la science moderne ne manquerait pas de railler la naïveté de nos ancêtres. Mouret n'a rien trouvé de plus tragique, pour justifier la terreur de ce prince au moment où il va faire célébrer ses fiançailles avec la belle Péribée, que de faire entendre un dessin un peu serré de violons à l'audition duquel le roi de Crète s'écrie : (1) Voir le n° 3. Quels sifflements effroyables! Quels tremblements, quels éclairs I Je reconnais Vénus. Ses fureurs implacables Soulèvent contre moi le ciel et les enfers. Sur quoi les violons reprennent; alors Minos, terrifié complète- ment, s'écrie de nouveau : La Discorde a brisé ses fers ; L'hymen s'enfuit, la terre s'ouvre ; Le temple tombe, je frémis. A mes yeux l'enfer se découvre. Quel spectre menaçant! c'est l'ombre de mon fils. On doit avouer que, malgré le peu de ressources que possédait à cette époque l'orchestre de l'Opéra, Mouret eût pu sans peine obtenir un résultat plus saisissant pour une scène aussi dramatique que celle qu'il avait à peindre. On conçoit facilement que, cinquante -sept ans plus tard, Gluck ait pu jeter la terreur dans l'esprit de ses spec- tateurs, lorsque, dans son immortel Orphée, il faisait pressentir l'ap- proche des enfers par l'audition d'un trombone. Pirilhoûs est supérieur à Ariane sous beaucoup de rapports ; l'ou- vrage est, du reste, beaucoup plus important. Nous citerons, au pre- mier acte, le chœur : Que nos chants remplissent les airs; Dans le fond des forêts que nos sons se répandent, qui, écrit à trois parties, est assez bien agencé. Il s'y trouve surtout une phrase musicale sur laquelle revient pour la seconde fois la phrase poétique : Echos, répétez nos concerts, qui, est écrite sur une marche faisant imitation à une mesure de dis- tance entre les deux parties extrêmes, ei qui est d'une grâce naïve et charmante; de plus, cette phrase est très-correcte, ce qui n'était pas précisément commun chez Mouret. A la fin du même acte, le duo entre Hermilis et Eurite, sur ces paroles caractéristiques : Il faut que la rigueur accable Des cœurs qu'on a trop ménagez. Haine, dépit, fureur inexorable, Servez l'amour ou le vengez, est un morceau très-recommandable. A part la force et la puissance dramatiques dont il manque un peu, ce duo est bien tracé et conçu d'une façon heureuse ; de plus, il est entièrement écrit sur un dessin obstiné de violons qui n'est pas sans élégance et dont l'accent tour- menté exprime assez bien — à défaut de la vigueur qu'on serait en droit d'exiger dans une scène aussi dramatique — les tourments in- térieurs dont sont agités les deux personnages qui occupent le spec- tateur. Somme toute, nous le répétons, ce duo est fort remarquable. Nous mentionnerons encore tout particulièrement le petit morceau symphonique qui sert d'introduction au second acte ; il est d'une harmonie très-pure et assez neuve pour l'époque; l'auteur y a fait très-heureusement et plus d'une fois emploi des doubles retards, et de plus ce morceau est agréablement tourné et coupé d'une façon assez élégante; on regrette seulement que plusieurs incorrections se soient glissées sous la plume de l'auteur dans le travail instrumental, et que la marche des parties entre elles laisse tant à désirer sous le rapport de la pureté du dessin harmonique ; on remarque aussi une soudure inutile et maladroitement faite qui relie ce petit air avec le suivant, lequel pouvait parfaitement s'attaquer sans enchaînement et sans modulation puisque l'un est en fa et l'autre en ut. Mais voici venir le morceau le plus saillant de la pièce et certainement un des meilleurs et des plus complets qui soient sortis de la plume fine et élé- gante de Mouret; c'est le duo entre Hermilis et Pirithoûs qui ouvre le second acte. La pensée qui a présidé à l'enfantement de ce duo est véritablement supérieure et la vérité dramatique a cette fois été com- plètement atteinte par l'auteur. La phrase écrite sur ces paroles : 128 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Ingrat, fais donc cesser l'amour que j'ai pour toi, a de l'ampleur, de la puissance, et contient bien l'expression passion- née qui convient à l'amour sans espoir d'Hermilis ; mais celle qui suit, lorsqu'elle s'écrie : Ah ! si la liberté t'est chère, Dis-moi seulement que j'espère, est véritablement et de tout point digne d'un drame lyrique. Nous croyons que ces élans fougueux de la princesse, rendus aujourd'hui en public avec l'aide de toute la puissance instrumentale dont nous pos- sédons les ressources et le secret, serait encore susceptible de produire un grand effet. L'évocation des démons faite dans ce même acte par Hermilis n'est pas sans mérite; elle a de la har- diesse et de la puissance, qualités qui n'étaient point les plus com- munes chez Mouret. On trouve encore dans Pirithous quelques au- tres morceaux convenablement traités. Nous terminerons ici l'analyse des œuvres de Mouret; mais nous devons dire que nul artiste mieux que lui n'a mérité le surnom charmant qui lui fut accordé par ses contemporains. C'est en effet dans la musique légère et gracieuse qu'il excellait, et il n'eut véritablement point de rival en ce genre. On en peut facilement acquérir la preuve en parcourant les six recueils de ses divertisse- ments pour la Comédie italienne, lesquels, nous l'avons dit, sont dé- diés au duc d'Orléans, régent du royaume. Dans la plupart de ces petites pièces, courtes et légères, respirent un charme, une naïveté, une gentillesse et une élégance qu'on chercherait en vain dans les œuvres des artistes de son temps. Il était là dans le vrai centre de son talent, et réussissait beaucoup moins dans la conception de ses opéras, quoique souvent le succès ait justifié sa témérité. Il lui manquait pour cela de grandes qualités. Les morceaux qu'il a faits pour le théâtre— à part quelques exceptions, que nous avons signalées— manquent géné- ralement de puissance, d'éclat, d'énergie, et surtout de cette couleur dramatique, si indispensable dans la tragédie lyrique. Cependant, mal- gré ces défauts capitaux, Mouret parvenait encore à gagner les faveurs du public par la grâce et l'élégance qu'il répandait sur ses ouvrages, dans lesquels, du reste, la critique a beaucoup à reprendre. Mouret sait rarement faire un morceau, le couper, le charpenter, en un mot l'établir sur un plan raisonnable et raisonné ; son plus grand défaut dans ses opéras est de briser constamment son rhythme : il change de mesure jusqu'à quinze ou vingt fois dans le courant de ses morceaux, qui sont toujours très-courts, et ce, sans motif réel ou apparent, afin sans doute de s'épargner des difficultés et de se donner moins de peine pour prosodier. Ce défaut capital a pour moindre inconvénient de donner à la musique un vague et une indécision qui à la longue fatiguent l'oreille de l'auditeur le plus indulgent, puis aussi de tenir en haleine continuelle les exécutants, qui, par ces variations incessantes et inutiles, sont toujours exposés à des fautes involontaires. De plus, on est en droit de reprocher à Mouret de n'avoir pas poussé assez loin ses études, car l'on trouve parfois dans les morceaux sortis de sa plume, non-seulement de graves incorrections, mais encore des né- gligences impardonnables. On voit que tous les défauts que nous re- prochons à ce compositeur ne laissent pas d'être graves, et cepen- dant, nous le répétons, par le charme naturel, l'élégance naïve et l'abandon plein de grâce dont ses ouvrages étaient remplis, il trouva moyen, non-seulement de les atténuer, mais même en quelque sorte de les faire complètement disparaître. Par ses qualités simples et na- turelles, par sa facilité, par sa légèreté, Mouret peut être appelé le Chaulieu de la musique, car son talent a plus d'un rapport avec celui de l'abbé-poète. Arthur POUGIN. MEHUL, SA VIE ET SES ŒUVRES, Par P. A. VIEILLARD. Cet opuscule est un joli petit livre dû à un amateur passionné de musique qui n'a pas cessé de l'être dans les divers emplois d'admi- nistration qu'il a occupés et depuis qu'il est devenu bibliothécaire du Sénat. Il vient aujourd'hui le prouver encore par la publication de cet opuscule, où il parle avec enthousiasme du célèbre musicien dont il a été l'ami. 11 le suit dans la carrière qu'il a parcourue avec tant de succès, s'arrêlant sur ses principaux ouvrages et rappelant des faits aujourd'hui trop loin de nous pour n'être pas en partie oubliés. Ce tableau de la vie d'un des plus illustres compositeurs français est écrit avec beaucoup de soin, et les appréciations y sont en général justes, quoique l'on s'aperçoive de temps en temps que Méhul est pour M. Vieillard un compositeur de prédilection dont il loue égale- ment et les ouvrages et le caractère, et quoique l'on puisse lui faire non sans justice plus d'un reproche sous l'un et l'autre rapport. Dans l'embarras de choisir quelque passage intéressant, je prends celui où M. Vieillard nous peint la société dans laquelle il retrouva Méhul, qu'il avait connu dix ans plus tôt, mais sans beaucoup le fréquenter. •< C'était, dit le biographe, chez M. Kreutzer aîné, avec lequel Méhul était lié par le talent moins encore que par l'amitié. La maison de Kreutzer était un vrai sanctuaire de l'art. Divers titres à la vogue et à la célébrité avaient procuré à Kreutzer une des plus grandes exis- tences d'artiste dont il y ait eu des exemples en France ; par le ta- lent, il était arrivé à la fortune, et la spirituelle intelligence d'une femme du plus haut mérite avait fait de sa maison le centre de réunion d'un petit nombre d'auteurs et d'artistes d'élite qu'il rassem- blait toutes les semaines à sa table. La place de Méhul y était toujours marquée la première; heureux de m'y voir admis, je dois dire que de toutes les relations de cette nature dont j'ai joui dans une carrière déjà prolongée au delà du terme commun, je n'en ai pas rencontré qui m'ait procuré de plus douces jouissances ni laissé de meilleurs souvenirs. Ce qui faisait surtout le charme de ces réunions, c'était la franchise de ton, l'absence de toute prétention guindée, la bonhomie enfin qui y régnait constamment. Le moyen de ne pas réussir..., c'était d'y apporter l'intention de briller, des mots, de lancer des traits... Il faut ajouter que dans cette maison où l'art et le talent avaient élu domicile, si l'on parlait souvent de théâtre et de littérature, ce sujet de conversation n'avait jamais rien d'exclusif et ne tournait jamais à la dissertation, encore moins à la pédanterie. La po- litesse n'eût pas permis de siffler celui qui eût voulu y introduire l'esprit de coterie et les pratiques de Ta cabale ; mais, à la froideur répulsive qui eût accueilli ses premiers essais, il eût bientôt reconnu qu'il ne se trouvait pas là sur son terrain. J'y ai été témoin de plus d'un mécompte de cette nature. » C'est sans doute de relations de ce genre que M. Vieillard composera en grande partie les Souvenirs qu'il nous annonce dans le premier titre de son opuscule. Espérons qu'ils ne se feront pas longtemps attendre. Je pourrais relever quelques petites erreurs de M. Vieillard ; je m'attacherai à une seule, précisément parce qu'elle n'est pas de lui seulement, mais qu'il la partage avec beaucoup de monde. On a peine à croire qu'elle se soit si bien établie dès le temps où il était si facile de la rectifier. M. Vieillard parle du grand succès de la Lo- doïska de ce même Kreutzer qui vient d'être nommé : c'est une grave erreur. La pièce de Kreutzer n'en obtint aucun, et de même que pour le Jeune Henri, on n'en a conservé que l'ouverture, plus communément nommée Marche des Tartares, qui était encore popu- laire il y a peu d'années. Cette pièce, dont les paroles étaient de SUPPLEMENT. SUPPLÉMENT. DE PARIS. 129 Dejaure, roulait sur un épisode du roman de Faublas et fut donnée en 1791 aux Italiens. Or, dans cette même année, on avait repré- senté au théâtre Feydeau une autre Lodoïska, paroles de Fillette- Loraux, dont le sujet se trouvait exactement le même, mais dont la musique était de Cherubini, et qui obtint près de cent représentations. « Elle est ravissante, disent les critiques du temps, qui alors n'ad- miraient pas comme aujourd'hui tout ce que l'on voulait, elle est ra- vissante, elle est sublime ; un style large, des masses admirables, un orchestre profond, une verve étonnante, une originalité extraordinaire, de grands traits, voilà ce qu'est la musique de Cherubini et ce qui justifie l'enthousiasme du public, qui, lors des représentations, se levait à chaque morceau pour applaudir son immortel auteur. » Ce fut une des circonstances si rares en France où la musique triomphe en dépit de paroles bien inférieures à celles que Dejaure avait fournies à Kreutzer, qui vit cependant cette musique succomber, et comme l'ouvrage se terminait par un incendie, un plaisant dit là- dessus que dans cet opéra il n'y avait de senti que la fumée. Puisque nous en sommes sur les bons mots, j'en veux rappeler un prétendu que j'ai depuis longtemps sur le cœur et qui va nous rame- ner àMéhul, puisqu'il le concerne. Dans Ulhal, sujet ossianique au- quel le compositeur avait voulu donner un cachet particulier, il em- ploya des altos au lieu de violons. Grétry, qui assistait à la répétition générale, répondit à Méhul qui l'interrogeait sur ce qu'il pensait de l'ouvrage : « Je pense que je donnerais volontiers six francs pour enten- dre une chanterelle. » Avec tout le respect dû à la réputation et à l'esprit de l'auteur de Zémire et Azor, car il en avait beaucoup, ce soi-disant bon mot m'a toujours semblé une haute sottise. Grétry dit dans ses Essais qu'il pourra bien lui arriver quelque jour de ne pas faire parler un seul instrument à vent pendant tout le premier acte d'une pièce et qu'il en résultera un effet excellent. S'il l'eût fait, ne pouvait-on pas aussi offrir six francs pour entendre un hautbois ? Et le mot n'en eût pas eu plus de valeur. Le compositeur est libre d'em- ployer ou de rejeter les instruments selon les effets qu'il a l'intention de produire. Si ce but est atteint, il n'y a pas plus lieu de se plaindre de l'absence des uns que de la présence des autres. Les lecteurs de l'opuscule de M. Vieillard pourront lui reprocher de ne pas nous avoir donné assez de détails sur la vie intime de Méhul dont il avait été l'ami particulier. On trouvera aussi qu'il est plutôt le panégyriste que le biographe de son héros. Peut-être il pallie un peu trop ses défauts, sur lesquels ses contemporains tombent d'accord, en disant que Méhul était envieux, jaloux et défiant. M. Vieillard se contente de dire que l'injustice ne le révoltait pas moins à l'égard des autres que pour lui-même ; cela donne à sa physionomie d'artiste un aspect moins fâcheux et justifie ce que l'on a dit de lui que, en le prenant dans ses Bons moments, il savait faire un mot agréable d'un simple bonjour. Mais qui aurait le courage de blâmer celui qui dit du bien de son ami ? Nous avons si souvent des amis qui ne disent de nous que du mal!... Et enfin, la haine est si souvent partiale... Ne serait-il pas permis à l'amitié de l'être quelquefois ? Adp.ien de LA FAGE. En revenant, comme nous l'avions promis, sur le concert donné il y a quinze jours par la Société des jeunes artistes du Conservatoire, nous comptions avoir, en outre, à parler de celui que cette Société donnait habituellement le soir du vendredi saint, mais une bande posée sur l'affiche nous a prévenus que l'autorisation nécessaire, et qui avait toujours été accordée depuis huit ans, n'avait pu être obtenue cette fois et que le concert n'aurait pas lieu. Cela tient sans doute à des considérations d'ordre supérieur qui ne sont pas de notre domaine, car, en ce qui touche la Société, loin d'avoir mérité rien qui res- semble à un acte de rigueur, elle s'est plus que jamais assuré des droits à la protection bienveillante, à l'intérêt éclairé des vrais amis de l'art musical. Tous ses programmes Ide la saison ont offert une réunion d'éléments remarquables, et l'exécution a toujours répondu à l'intelligence qui avait su les choisir. Placée en face d'une Société dont la renommée est européenne, mais immobile par destination, par principe (et ce n'est pas un reproche que nous lui adressons), la jeune Société, tout en accueillant les œuvres modernes et les composi- teurs vivants, n'est pas restée inférieure à l'autre sur le terrain clas- sique ; elle s'est mise en état de soutenir avantageusement la lutte, même dans l'interprétation des immortelles productions de Beethoven, Nous n'en voulons pour preuve que la manière admirable dont elle a rendu, il y a quinze jours, le fameux septuor joué par tous les ins- truments à cordes. Changez le local ; transportez l'orchestre de M. Pasdeloup de la rue de la Victoire dans la rue Bergère, et vous aurez absolument le même effet. Nous avons déjà dit avec quelle perfection le même orchestre avait exécuté l'ouverture et les entr'actes de Struensée, que nous lui avons l'obligation de connaître. Ce sont là des services qui comptent et que l'on ne saurait oublier. La justice veut également que l'on re- mercie M. Pasdeloup d'être venu seul en aide aux compositeurs na- tionaux et étrangers dans leurs tentatives les plus difficiles et les plus importantes, lorsqu'ils osent aborder le genre symphonique. Dans le dernier concert, une symphonie nouvelle de M. Saint-Saens a encore été entendue, et dans quelle autre enceinte aurait-elle pu arriver jus- qu'au public ? M. Saint-Saëns est un de nos jeunes musiciens les plus renommés. Quand la Société Sainte-Cécile existait, il s'y était déjà produit comme symphoniste. Il était bien jeune alors ; aujourd'hui qu'il a grandi en âge et en talent, nous lui trouvons un peu trop de prédilection pour la science, laquelle atteint chez lui aux sommets les plus élevés. Il excelle à combiner des alliances de sons, à enche- vêtrer des dessins qui , pour n'être pas complètement impossibles , n'en sont pas moins étranges, pénibles parfois, et nous lui conseillons de rechercher davantage ce charme de simplicité mélodique, dont le père de la symphonie, Haydn, lui fournira tant de ravissants modèles. Le chœur des génies d'Oberon, et celui des bacchantes de Philémon et Baucis composaient la partie vocale de ce concert, dont le pro- gramme démontrerait au besoin que la Société fondée par M. Pasde- loup remplit largement sa tâche, et qu'une place lui doit être assi- gnée à côté de la Société des concerts. Le théâtre Lyrique a changé de directeur : M. Charles Réty succède à M. Carvalho qui s'en éloigne en même temps que sa femme cesse d'y chanter. C'est un événement grave et de nature à soulever de nombreuses questions. Pour nous, à travers les doutes qui nous assiègent, ce qui nous rassure, c'est que M. Charles Réty, qui rem- plissait depuis quatre ans les fonctions de secrétaire général, connaît à fond le théâtre et nous parait, plus que tout autre, en état de le gouverner. Maintenant quel système suivra-t-il ? S'il n'espère pas faire plus de recettes que n'en a fait H. Carvalho, cherchera-t-il à dimi- nuer les dépenses î Réduira-t-il le chiffre des appointements d'artistes, ou bien son économie portera-t-elle sur la mise en scène, les décors, les costumes. Peut-être un peu sur tout cela. Enfin se rapprochera- t-il des termes de son privilège, en exhumant moins d'auteurs morts et en jouant plus d'auteurs jeunes ou du moins vivants ? Nous verrons bien, et nous jugerons, sans oublier jamais les difficultés d'un théâtre, auquel sa situation ne permet guère de compter sur une existence moyenne, et qui jusqu'à présent n'a trouvé le secret d'attirer la foule que par des coups hardis et dispendieux. Les Noces de Figaro, le succès le plus productif pour M. Carvalho, n'avaient pas coûté cher à monter, d'accord ; mais trois cantatrices comme Mmes Carvalho, Caroline Duprez, Ugalde ne se donnent pas pour rien, et puis l'on n'a 130 REVUE ET GAZETTE MUSICALE pas toujours sous la main un auteur tel que Beaumarchais, un musi- cien tel que Mozart ! Quoi qu'il en soit, et en attendant que nous re- prenions cette thèse, qui nous entraînerait trop loin aujourd'hui, disons que Mme Carvalho laisse un grand vide, mais qu'on la remplacera, comme on en a remplacé tant d'autres. Par exemple, te plus tôt sera le mieux. NECROLOGIE. MOÏSEAU-SAINM. Encore un artiste frappé subitement par un de ces coups dont au- cun présage n'avertit. Le vendredi 30 mars, on l'attendait au Con- servatoire pour l'examen de sa classe d'opéra-comique, où il s'était lui même bien promis de venir, lorsqu'on apprit qu'il était au plus mal : le lendemain samedi, vers quatre heures, il avait cessé d'exis- ter ! Plus heureux que sa femme, morte peu d'années avant lui, du moins il avait échappé aux cruelles souffrances qui font désirer le der- nier moment. Moreau-Sainti, né à Paris vers la fin de l'autre siècle, n'avait que soixante et un ans, et semblait destiné à une longue existence. Son activité, son adresse à tous les exercices du corps, annonçaient une constitution vigoureuse, sur laquelle le temps ne marquait pas sa trace. Dès sa première jeunesse, il s'était voué à l'art théâtral. Lors de la création du Gymnase-Dramatique, au mois de décembre 1820, il faisait partie de la troupe du nouveau théâtre, et joua dans l'une des pièces d'ouverture, mais il quitta bientôt Paris pour la province. C'est à Lille qu'il épousa Mlle Sainti, dont il joignit le nom à celui de Moreau qu'il tenait de son père. Après avoir brillé sur plusieurs scènes , les deux époux revinrent dans la capitale. Tandis que Mme Moreau-Sainti prenait sa place dans la comédie et le drame à l'Odéon, puis au Théâtre-Français, le mari s'en faisait une à l'Opéra- Comique, où il débuta le 5 mai 1829 dans Jean de Paris et Adolphe et Clara. Pour la première fois, da:is les Deux Nuits, il joua un rôle nouveau, confié d'abord à Ponchard. De 1833 à 1836, il retourna en province, où il chanta même le répertoire du grand opéra. Rentré à l'Opéra-Comique, il y resta jusqu'en 1847, époque à laquelle il re- nonça tout à fait au théâtre pour se consacrer au professorat. Il avait fondé avec M. Henri Potier l'Ecole lyrique de la rue Latour-d'Auvergne, entreprise peu profitable et qui lui causa de graves embarras. 11 fut nommé chef du pensionnat au Conservatoire, et ne quitta ces fonc- tions qu'à la mort de sa femme. Il laisse deux enfants, un fils, Théo- dore Sainti, qui s'est essayé, non sans succès, à l'Odéon et aux Va- riétés, mais qui maintenant a pris une autre carrière, et une fille dont les débuts sur notre première scène chantante n'ont pas manqué d'un certain éclat. Quoiqu'il n'ait jamais été l'égal d'Elleviou, Moreau-Sainti le rappelait autant qu'il lui était possible : il avait recueilli ses traditions et travail- lait à continuer son école. Comme chanteur, H avait toujours eu plus de goût que de voix; comme acteur, il se distinguait par l'aisance, la vivacité, l'aplomb; son élégance avait le défaut d'être un peu outrée; mais, en somme, il savait occuper la scène et servir ses camarades autant que les auteurs. Parmi les rôles qu'il a créés, il faut citer celui du duc de Valberg de l'Ambassadrice et celui de Juliano du Domino noir. Son talent de professeur lui attirait constamment une innom- brable clientèle. Presque tous les jeunes gens qui voulaient devenir artistes venaient lui demander des leçons, et les gens du monde ne se montraient pas moins empressés. Fort habile à l'escrime et à tout ce qui s'y rattache, Moreau-Sainti possédait encore un talent qui aurait pu faire sa fortune, en le po- sant comme rival des Bosco, des Robert Houdin et autres prestidi- gitateurs célèbres. En 1848 il fut sur point de chercher une ressource dans ce qui n'avait été pour lui qu'un amusement. Il possédait un cabinet de physique très-riche en objets curieux, et mettait dans l'exé- cution de ses tours autant de grâce aimable et facile que de prodi- gieuse dextérité. Ses obsèques ont eu lieu lundi, en l'église Notre-Dame-de-Lorette . M. Théodore Sainti conduisait le deuil, que suivait une foule de cama- rades, d'élèves et d'amis. J es élèves du Conservatoire ont pris part au service funèbre sous la direction de M. Jules Cohen. Ainsi que nous l'avons annoncé, nous donnons le jugement pro- noncé en faveur de M. Adolphe Sax contre ses contrefacteurs. Nous faisons précéder cette pièce de quelques fragments empruntés au remarquable réquisitoire de M. Mahler, avocat impérial, en re- grettant que le défaut d'espace nous empêche d'en faire autant pour les éloquentes et habiles plaidoieries de Me Hébert, avocat de M. Sax. TRIBUNAL DE LA SEINE {Sixième chambre correctionnelle.) Présidence de M. Gislain de Bontin, M. Mahler faisant fonctions d'avocat impérial. AWOLPHE SAS. contre les sieurs Besson , Raoux , Halury père, Buffet jeune, Buffel-Crampon, Tour nier et Goumas, Martin frères, Beaubœuf, Victor Jacob et autres. EXTRAIT DU RÉQUISITOIRE. Le brevet d'invention qui a soulevé tout ce long débat, brevet de quinze années pris par M. Sax, le 13 octobre 1845, pour un instrument de musique appelé le saxotroraba, figure au premier rang parmi les brevets qui, depuis soixante ans, ont été le plus discutés, le plus atta- qués. C'est merveille qu'il reste encore debout. A peine publié, il de- vient, delà part des confrères de M. Sax, l'objet d'un siège en règle; depuis quinze ans, tous les moyens d'agression sont mis en œuvre : les assaillants succèdent aux assaillants, l'échec des uns ne décourage pas les autres, et aujourd'hui, vous le voyez, la lutte autour de ce brevet est aussi ardente, aussi passionnée que le premier jour. Il est permis d'assigner deux causes principales, deux causes géné- rales à la persévérante énergie des adversaires de M. Sax. Avant tout, re- connaissons que ce brevet a été pris dans des circonstances qui ont dû frois- serleur amour-propre. C'était à l'époque où les compositeurs, les artistes, les commissions chargées de réorganiser les musiques militaires, se plai- gnaient de rencontrer chez les f.cieurs une absence complète d'initiative et d'invention, et accueillaient avec une sympathie marquée M. Sax, qui se présentait à eux les mains pleines d'améliorations et de perfec- tionnements applicables aux instruments de cuivre. En second lieu, et sans préjuger la validité du brevet, il est certain que l'excellence de l'instrument, sa valeur marchande, attestée par la rapidité avec laquelle il prenait place dans tous les orchestres militaires, était faite pour ten- ter la contrefaçon, même au prix de procès longs et dispendieux, même au risque de dommages-intérêts énormes. Le brevet du 1 3 octobre 1 845, tant de fois lu et commenté durant ces débats, est connu de vous dans ses moindres détails. Il me sufiira de rappeler que, suivant les prétentions de M. Sax, il s'applique à un instrument nouveau par ses formes et dispositions exté- rieures, nouveau par le son qui s'en échappe et les proportions qui pré- sident à sa construction La nouveauté de la voix résulte de certaines propositions déterminées, proportions soigneusement indiquées, dans le dessin joint au brevet, par des cotes qui donnent le diamètre de l'instrument aux différents points de son tube. Ainsi, selon M. Sax, 9e trouve résolu un important problème musi- cal, celui de l'aire un instrument qui puisse être porté commodément, en laissant à l'artiste toute la liberté de ses mouvements, et dont le timbre, tout à fait dissemblable du timbre des instruments précédem- ment fabriqués, remplisse plus convenablement qu'on ne l'avait fait jus- qu'alors, les parties intermédiaires de l'orchestre. DE PARIS. 131 Nous mentionnerons ici, et pour n'y plus revenir, le troisième point du brevet de 1845 : l'application des formes du saxotromba aux familles de chacun des instruments représentés dans les dessins de ce brevet, ainsi que l'application des proportions du saxotromba à toute la famille de cet instrument nouveau. Ce point, qui, dans les précédents procès, a soulevé des controverses si vives, a été laissé en dehors du débat actuel. Au cours de la présente instance, commencée depuis cinq années, la situation de la plupart des parties saisies s'est modifiée : les unes ont transigé avec M. Sax ou obtenu de lui un désistement ; les autres n'ont pas été citées ou ont déclaré s'en rapporter à la justice. Parmi celles qui sont restées en cause, toutes, moins une, se sont défendues par des con- sidérations tirées de leur bonne foi ou de leur situation particulière. Seul, du moins en apparence, M. Besson a porté le débat sur le brevet même, et, faisant table rase de tout le passé de l'affaire, a remis tout en question. Nous disons, en apparence; car, en réalité, c'est pour tous les autres facteurs aussi bien que pour lui que M. Besson a combattu. Sans rechercher si, dans cette lutte, les facteurs dont nous parlons lui prêtent d'autre concours que celui de leurs vœux, d'autre aide que celle de leurs sympathies, sans rechercher s'ils sont ses témoins ou ses alliés, il n'en est pas moins vrai qu'il y a entre eux et lui cause commune, in- térêts solidaires, et que la solution de l'affaire, dans quelque sens qu'elle intervienne, leur sera applicable avec toutes ses conséquences. En apparence, donc, c'est M. Besson qui a soutenu tout le poids de la lutte; il avait, du reste, toutes les qualités requises pour diriger une re- prise d'hostilités contre M. Sax : une rare fécondité de ressources et d'expédients, une activité que rien ne lasse, une ardeur poussée jusqu'à la passion. Pour nous, loin de nous en plaindre, nous nous féliciterons de l'ar- deur de M. Besson qui, en forçant M. Sax et ses adversaires à dire leur dernier mot, aura, en définitive, servi les intérêts de la justice et de la vérité et préparé une décision qui ne pourrait être rendue en plus pleine et plus parfaite connaissance de cause. Il nous est seulement permis de regretter que, sur un point, sa fougue ait entraîné M. Besson plus loin que ne l'exigeait le soin de sa défense. Qu'il ait cherché à faire ressortir son honorabilité industrielle aux dépens de celle de M. Sax, c'était son droit ; mais c'est le nôtre de nous étonner qu'il n'ait pas craint de violer la vie privée de son adversaire. Par là, il s'exposait aux cruelles repré- sailles qui lui ont été infligées et dont il conservera un cuisant sou- venir. Nous ne serions néanmoins disposé à en accueillir les résultats qu'avec l'extrême réserve que doit inspirer la preuve testimoniale en matière de brevets et de contrefaçon. Mais ce qui leur donne une signification particulière, c'est qu'ils sont pleinement confirmés par l'enquête à la- quelle se sont livrés, pour remplir leur mission, les trois jurys des Expo- sitions de l'industrie qui ont eu lieu depuis quinze ans, exposition exclu- sivement française en 1849, expositions universelles en 1851 et 1855. Pour les fabricants, la conséquence de ces concours industriels, c'est, vous le savez, une récompense honorifique d'un ordre souvent élevé qui les signale à la confiance du public, à la reconnaissance du pays. Aussi, chacun cherche-t-il, pour l'emporter sur ses rivaux, à y figurer avec le plus d'avantages, à y présenter ses inventions les plus nouvelles, ses pro- cédés les plus heureux. Il s'agit, ne l'oublions pas, d'un concours où la première place est l'objet d'ardentes compétitions. Eh bien ! cette pre- mière place, M. Sax l'a obtenue trois fois ; elle lui a été attribuée par des juges dont vous connaîtrez les noms et qui sont si haut placés dans la science ou dans l'art musical, que le moindre soupçon de partialité ou d'influence subie ne saurait monter jusqu'à eux. Et, au point de vue spécial où nous sommes placés, ce qui fait la valeur de cette tripe victoire de M. Sax, c'est que les circonstances dans lesquelles il l'a remportée nous garantissent qu'elle a dû lui être vivement disputée par ses concurrents, qui, à la même époque, étaient ses adversaires en justice Eh hien! en 1849, le jury, où figuraient MM. Armand Séguier, prési- dent, Pouillet, Mathieu, Erard et un fabricant d'instruments d'acoustique, M. Marloye, rapporteur, décernait à M. Sax une médaille d'or, et moti- vait sa décision de la manière suivante: M. Sax a oblenu au concours un succès qui, seul, justifierait la grande réputation dont il jouit En 1851, à Londres, le jury international, où siégeait un seul Français, M. H. Berlioz, les autres membres étant anglais ou allemands, attribuait à M. Sax l'unique médaille d'honneur pour récompenser l'excellence et l'utilité de ses inventions sa création de la classe entière des saxo- irombas qui a produit les résultats les plus satisfaisants et une révolution complète dans la musique militaire (1). La portée de cette déclaration, en ce qui concerne le saxotromba, ne peut vous échapper; elle est faite au moment où les discussions sont les plus vives au sujet de cet instrument, au moment où les adversaires de M. Sax signalent la forme du saxotromba comme empruntée à l'Allema- (1) Voij. Exhibition 1851, Reports by tlie juries, p. 332, London, 1853 : a His création of the entire class of sax-lrumpets lias produeed the most satisfac- tory rcsults, in the total révolution of military music. » gne. Or, de qui émane cette déclaration ? d'un jury où figurent trois Allemands : M. Thalberg pour l'Autriche, Mil. Neukomn et Schafhault pour le Zollverein. Leur amour-propre national est intéressé à donner raison aux assertions des adversaires de M. Sax ; ils n'en font rien, ils classent M. Sax au-dessus de leurs concitoyens, les facteurs renommés de Prague et de Berlin, et la création de la classe des saxotrombas est en première ligne parmi les motifs de leur impartiale décision. Dira t-on que la religion du jury de Londres a été surprise; que, loin de leurs ateliers, les concurrents de M. Sax ont manqné des moyens de faire valoir leurs droits ? Eh bien ! en 1855, une occasion se présente de faire réviser la décision de 1851. C'est à Paris que l'exposition a lieu ; cette fois, le jury est en majorité composé de membres français. L'in- tervalle de 1851 ;\ 1855, les adversaires de M. Sax l'ont mis à profit pour remuer l'Allemagne et l'Italie et y chercher des antériorités ; le procès qu'ils soutenaient à la même époque et qui venait de se terminer par l'arrêt de Rouen, témoigne de la persévérance et de l'àpreté de leurs efforts; ils doivent être armés de toutes pièces; l'épreuve est décisive, quel en sera ie résultat ? Voyons quelle est la composition du jury. Elle est de nature à inspirer confiance aux plus ombrageux. Les trois conservatoires de musique les plus importants de l'Europe, après celui de Paris, y sont représentés par leurs présidents : M. Hellmesberger pour Vienne, sir Clerk pour Londres, M. Fétis pour Bruxelles. Ajoutons, pour la France, Mil. Berlioz et Halévy, qu'il suffit de nommer, et deux honorables fabricants , MM. Coller et Marloye, et nous aurons une réunion d'hommes dont il est difficile de nier la compétence et l'autorité. Le rapport qui résume les travaux de la commission est une œuvre savante due à M. Fétis, dont la vie a été consacrée à des recherches érudites sur l'art mus cal. La part faite dans ce travail à il. Sax, en tant qu'inventeur, est bien glorieuse pour lui; mais nous résisterons à la tentation de citer autre chose que ce qui concerne l'objet du débat, le saxotromba. La valeur absolue et la valeur relative de l'instrument, le mérite de son timbre et de sa forme y sont définis dans des termes qui semblent une réponse anticipée aux questions que le tribunal posera à M. l'expert Surville Puis M. Fétis indique le résultat de la comparaison du saxotromba avec les instruments analogues exposés par les autres facteurs. Aussi MM. Besson et Gautrot n'obtenaiont-ils que des médailles, l'une de première, l'autre de deuxième classe, tandis que la grande médaille d'honneur était décernée à M. Sax, pour l'ensemble de ses inventions et per- fectionnements dans les diverses catégorits d'instruments à vent (1).* On vous dirait que les concurrents de M. Sax se sont laissé vaincre sans opposer une énergique résistance, vous qui les avez vus à l'œuvre, vous ne le croiriez pas. M. Besson, entre autres, a été devant le jury aussi violent, aussi passionné que durant l'enquête ou devant AI. l'expert Surville. Sans entrer dans aucun détail, nous nous bornerons à signaler en passant les factums contre M. Sax qu'il adressait aux jurés ; vous les connaîtrez, car, si nous ne nous trompons, ils vous sont déférés par M. Sax, pour ne s'être pas renfermés au sujet de ses inventions, et sur- tout de sa personne, dans les limites de la critique permise. Nous nous résumons sur tout ce qui est relatif aux enquêtes et contre- enquête : D'un côté, de prétendues antériorités, telles parleur provenance, telles par les circonstances qui s'y rattachent, qu'elles doivent inspirer au tribunal une extrême méfiance ; — d'un autre côté, une triple série de témoignages dont la concordance est une réponse péremptoire aux an- tériorités produites par M. Besson, ces antériorités ne vinssent-elles pas d'une source aussi suspecte que la fabrique du sieur Kretzschmann, de Strasbourg. Les adversaires de M. Sax prévoyaient- ils que les résultats de l'enquête demandée par eux leur serait à ce point défavorables ? On serait tenté de le croire, quand on se rappelle leur insistance à réclamer en môme temps une expertise. Craignant d'être battus sur le terrain de la forme extérieure, ils voulaient sans doute se ménager le moyen de recommen- cer la lutte sur le terrain du timbre et de la voix. Examinons s'ils ont été plus heureux dans l'expertise que dans l'enquête. La désignation d'un expert n'était pas chose facile. Choisir un musi- cien, on ne pouvait guère y songer. Depuis quinze ans, quel est le musicien qui n'ait eu l'occasion d'exprimer son opinion sur M. Sax ? Et, il faut le dire, les compositeurs les plus éminents, ceux qui semblaient s'offrir le plus naturellement au choix de la justice, étaient ceux qui étaient le plus notoirement favorables à M. Sax. C'est pourquoi le tri- bunal fut amené à investir de sa confiance un homme étrangerjpar sa situation à toutes les querelles qui, au sujet de M. Sax, ont ému le monde musical, M. l'ingénieur Surville. Mais M. Surville, mathématicien de mé- rite» familier avec tous les problèmes de l'acoustique, pouvait ne pas être en état d'essayer lui-même les instruments qu'il était appelé à juger : aussi, fut-il autorisé à se faire assister par tel artiste qu'il voudrait (1) Voy. Exposition universelle de 1855, Rapports du jury international, p. 1335 et 1335, imp. impériale, 1856. 132 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Le surplus des prévenus restés en cause se divise naturellement en deux séries : les uns se trouvent pour la première fois sous le coup des poursuites de M. Sax ; les autres sont pour lui des adversaires d'ancienne date, engagés dans les procès antérieurs, notamment clans celui qui a été terminé par l'arrêt de la Cour de P.ouen de 1854. Ces derniers sont au nombre de trois, MM. Raoux, Halary père et Buffet jeune, tous trois ayant été membres de la réunion des facteurs qui a succombé à Rouen, le premier, président , le second, trésorier de cette réunion. En l'état, peu importe, du reste, la solution doctrinale ; si ce n'est pas l'application de la chose jugée, ce sera par une décision motivée à nouveau, que MM. Raoux, Halary père et Buffet jeune seront déclarés contrefacteurs et condamnés comme tels. Comment se défend M. Raoux? Il confesse que, jusqu'à l'arrêt de Rouen, il a fabriqué, en pensant user de son droit, des instruments qu'il ne croyait pas être la contrefaçon du saxotromba ; mais il proclame qu'il s'est incliné devant la décision de la justice; que, depuis 185Zi jusqu'à l'époque où il a quitté les affaires, en janvier 1857, il n'a fa- briqué aucun instrument qui puisse être argué de contrefaçon, et il en donne pour garants sa probité héréditaire et l'honorabilité deux fois séculaire de sa maison de commerce. Eh bien ! nous le regrettons pour cette vieille maison de la rue Serpente, où, de père en fils, les Raoux ont été facteurs de nos anciens rois de France ; mais M. Raoux y a in- troduit des habitudes de contrefaçon qui n'en sont sorties qu'avec M. Raoux, quand il a cédé sa fabrique à M. Labbaye. Contrefacteur avant 1834 et de son propre aveu, contrefacteur d'autant plus dangereux pour M. Sax, qu'aux yeux du public et de la justice, sa bonne réputation semblait mieux établie ; contrefacteur sur une grande échelle, ainsi qu'il résulte de ses prospectus depuis plus de dix ans, M. Raoux a continué d'être contrefacteur après 185û, jusqu'au jour même où il s'est retiré des affaires M. Halary père, frappé de saisie le 29 décembre 1834, n'a pas repré- senté, au récolement opéré le 13 décembre 1857, les instruments et les livres dont il avait été constitué le gardien judiciaire ; il a avoué avoir fondu les uns et perdu les autres. Ce qu'il y a de grave dans cette con- duite pour l'appréciation des faits imputés à M. Halary et les consé- quences à en tirer, nous n'avons pas besoin de l'indiquer. La même observation s'applique à M. Buffet jeune. Dans la deuxième série des prévenus de contrefaçon qui vous sont dé- férés par M. Sax, nous rencontrons d'abord M. Besson. Contrefacteur ? M. Besson l'est au premier chef; il l'est de son propre aveu, du moment que sont repoussées les antériorités qu'il a produites, les exceptions qu'il a tirées de la non-brevetabilité du système et de la non-nouveauté de l'invention. Contrefacteur depuis de longues années ? Il l'est depuis aussi longtemps q»e les facteurs condamnés à Rouen, MM. Raoux, Halary et autres ; il faisait partie occulte de la réunion dont ces derniers étaient les meneurs avoués ; sa signature est au pied de l'acte de coalition primitive, et dans toutes les instances civiles ou correction- nelles, on le voit engagé de son argent, de ses instruments, de ses docu- ments, de ses témoins, de son activité passionnée. Contrefacteur sur une vaste échelle? Nous en avons la preuve maté- rielle dans les cinq procès-verbaux de saisie en date des 29 décembre 185i, 5 mars, 11 et 24 décembre 1857, 22 avril 1838, lesquels ont cons- taté la présence dans les magasins et ateliers de M. Besson, non-seule- ment d'un grand nombre d'instruments ou de partie d'instruments con- trefaits, mais encore d'un outillage considérable propre à la fabrication de ces instruments ; nous en avons encore la preuve matérielle dans les livres de M. Besson, où sont mentionnées des inscriptions réitérées de fournitures d'instruments du système de M. Sax, faites à presque tous les régiments de l'armée. Contrefacteur ayant réalisé, au préjudice de M. Sax, des bénéfices importants? Nous en avons la preuve morale dans l'énergie même de la résistance opposée par il. Besson aux poursuites de M. Sax. M. Besson n'est ni un artiste, ni un inventeur: c'est un fabri- cant, c'est un marchand. Donc, quel autre mobile qu'un puissant intérêt matériel exciterait, entretiendrait en lui cette ardeur fébrile qui ne sait même pas se contenir en présence de la justice? Contrefacteur plein de jactance, hardi jusqu'à détourner les objets saisis, confiés à lui en qualité de gardien judiciaire, jusqu'à braver les plaintes en diffamation? Vous parcourrez les publications, factums, cir- culaires, rédigés par M. Besson pour sa plus grande gloire et pour la plus grande ruine du crédit et de la réputation de M. Sax ; vous le verrez, ce membre de toutes les académies et sociétés savantes de la France et de l'étran- ger, que ses antécédents judiciaires devraient rendre plus réservé, vous le verrez, gravant en tête de ses factures, offrant au public dans ses prix courants, tous les instruments de M. Sax, tantôt sous leurs véritables noms, tantôt sous les noms dont les avait baptisés la décision de 1848 ; vous étudierez tout le détail des pratiques et manœuvres de M. Besson à l'égard de M. Sax, et nous prononcerez, non pas seulement au nom de la loi, mais au nom de la morale Ici, M. l'avocat impérial conclut également à la condamnation de MM. Tournieret Goumas, Oscar, Beaubceuf, etc. Mais cette condamnation doit atteindre M. Victor Jacob, dont la maison de commission était le débouché habituel des contrefacteurs Qu'à raison des faits que nous venons de passer en revue, à raison du préjudice matériel, du préjudice moral qui en est résulté, une large ré- paration soit due à M. Sax, vous l'admettrez sans doute. Nous espérons même que vous admettrez que cette réparation doive être exceptionnelle, comme la situation que la contrefaçon a faite à M. Sax. Oui, situation exceptionnelle, nous le disons avec une auto- rité de l'ordre le plus élevé; nous le disons avec le législateur qui s'est ému de cette situation, et s'est occupé des moyens d'empêcher, par une espèce de purge légale du brevet, qu'elle pût désormais être faite aux inventeurs. Le projet de loi sur les brevets d'invention, qui, cette année même, sera soumis au Corps législatif, est précédé d'un exposé de motifs dont quelques lignes sont appliquées à M. Sax nommément, par l'honorable rapporteur, M. le comte Dubois, conseiller d'Etat : L'usage de la faculté accordée à tous de contester la nouveauté et la réalité de l'invention a donné lieu à de graves abus et amené plus d'une fois des conséquences désastreuses pour le breveté. Les contrefacteurs ne manquent pas d'invoquer ce moyen contre ses poursuites; et l'on a vu tel inventeur épuiser ses ressources, et passer de longues années dans une lutte sans cesse renouvelée par dus contrefacteurs, agissant tantôt sous leur nom et tantôt sous des noms supposés (1). Dans ces graves abus, dans ces conséquences désastreuses, énergiquement signalés par le législateur, se trouve le principe de la réparation maté- rielle qui nous semble due à M. Sax. Quelle doit être l'importance, quelle doit être la forme de cette réparation ? Cette forme ne doit-elle pas être différente suivant la situation des prévenus? N'est-il pas à craindre, par exemple, que des dommages-intérêts par état, prononcés contre les contrefacteurs retirés des affaires et dont les livres ont disparu en partie, comme MM. Halary père et Raoux, ne donnent à M. Sax qu'une satisfaction incomplète? Sur tous ces points, nous ne pouvons que nous en rapporter au tribunal ; mais ce qu'il nous appartient de dire, c'est que l'importance de la réparation est déterminée par la nature même et les circonstances de la contrefaçon dont M. Sax a été victime : con- trefaçon acharnée, dont la durée aura été égale à celle du brevet même, ne s'arrêtant pas devant les décisions souveraines de la justice, trou- vant, durant quinze ans, dans d'interminables procédures le moyen de se perpétuer impunément et de se ménager des délais propices à ses pratiques déloyales ; contrefaçon multiple, ingénieuse à se déguiser et à varier ses formes à l'infini ; contrefaçon organisée par l'esprit mer- cantile ou la concurrence routinière et envieuse pour épuiser les res- sources pécuniaires, les forces physiques de M. Sax, pour remplir son esprit d'angoisses, pour l'amener à la faillite, pour le réduire, s'il était possible, à une ruine complète. A cette réparation matérielle s'ajoutera une réparation morale qui, venant de votre justice, aura pour M. Sax un prix inestimable. On vous a dit que M . Sax n'est qu'un industriel habile, habile à s'ap- proprier les inventions d'autrui, à faire accepter comme des créations merveilleuses les procédés les plus simples et les plus connus, habile surtout à faire des dupes ou à se créer des complices. Votre décision répondra que M. Sax est un véritable inventeur; que, grâce à lui, la France, son pays d'adoption, a figuré au premier rang, pour la facture des instruments de musique, dans les grandes luttes industrielles de 1851 et de 1855; votre décision répondra que c'est très-gratuitement faire monter bien haut d'injurieux soupçons que d'insinuer que M. Sax a pu rencontrer des dupes ou des complices dans les compositeurs illus- tres et les artistes éminents qui Pont patronné, dans les gouvernements divers qui lui ont accordé leur confiance, dans les jurys qui lui ont dé- cerné les plus hautes récompenses, enfin, dans la justice qui, à plusieurs reprises, a solennellement, souverainement reconnu les droits d'inven- teur de M. Sax. Jugement rendu à la suite des audiences des 30 juillet et 13 août 1S58, 6 août, 15, 22 et 29 décembre 1859, 5, 12, 19, 26 janvier, 2, 9, 16 et 23 février 1800. 22 mars 1S0O. — 6e Chambre. Lb Tribunal donne défaut contre Rœhn et Beaubceuf. En ce qui touche Drouelle, disjoint et remet à quatre semaines. Attendu que Sax a pris un brevet le 13 octobre 1845, ayant pour ob- jet : 1° Un nouvel instrument de musique, appelé saxotromba; 2° La famille de cet instrument ; (1) Yoy. Exposé des motifs du projet |de loi sur les brevets d'invention, 1859, pages 17 et 18. DE PARIS. 133 3° La forme nouvelle qu'il lui a donnée ; 4° L'application de cette forme aux saxhorns, trompettes, cornets et trombones; Attendu qu'en vertu de ce brevet, Sax a fait pratiquer diverses saisies sur Gautrot, Besson, Roux, Halary père, Halary fils, Buffet jeune, Buffet- Crampon, Tournier, Goumas, Beaubœuf, Jacob, Isbert, Martin frères, Rœhn et Battut, qu'il poursuit comme contrefacteurs; En ce qui concerne Gautrot et Halary fils, attendu qu'il y a désiste- ment ; Donne acte de ce désistement. En ce qui concerne Buffet-Crampon : attendu qu'il est établi qu'il a cédé son fonds dès 1 850 à Louis Buffet, qui l'a cédé à Tournier, lequel s'est associé Goumas ; que cette maison a pris la signature Buffet-Crain- pon, comme il est souvent d'usage dans le commerce, et qu'il n'y a rien à inférer contre Buffet -Crampon de ce que ce nom se trouve sur diverses pièces des instruments établissant la contrefaçon à une époque postérieure à la cessation.de commerce; Attendu que le procès-verbal constatant la saisie d'un saxotromba por- tant l'estampille de Buffet-Crampon ; n'en constate pas la date qu'ainsi il n'y a pas lieu de la lui attribuer, que si cet instrument était de la fa- brication de Buffet-Crampon, elle serait antérieur à 1850, et que le délit serait couvert par la prescription. En ce qui concerne Jean-Baptiste Martin et Fé!ix Martin : attendu que s'il est établi par la saisie du 30 avril 4 855, que les frères Martin ont fabriqué un baryton à trois cylindres parallèles au corps de l'instrument, il n'est pas établi que cet instrument ne soit pas celui qu'ils déclarent avoir vendu, en 1 852, à un un sieur Lefèvre ; qu'ainsi il y aurait pres- cription de ce délit ; Que s'il résulte du relevé de leurs livres qu'ils ont eu chez eux des saxhorns et autres instruments du nouveau modèle inventé par Sax, ils déclarent que ces instruments proviennent d'un sieur Labbaye faisant partie de l'association des facteurs de Montmartre ayant une licence de Sax; que cette déclaration est confirmée par l'attestation de Labbaye et par la mention même qui se trouve sur leur registre; Renvoie sans dépens lesdits Isbert, Rœhn, Battut, Buffet-Crampon, Jean Baptiste Martin et Félix Martin, et ordonne la main-levée des saisies pratiquées sur eux ; — et statuant sur la demande reconventionnelle de Battut et de Buffet-Crampon ; Attendu qu'il n'est pas établi qu'ils aient éprouvé un préjudice, et que, d'ailleurs Sax avait de justes motifs d'introduire sa demande, Les déclare mal fondés en leurs demandes et les en déboute. En ce qui concerne les autres prévenus : Attendu qu'ils soutiennent que le brevet du 13 octobre 1845 est nul par défaut de description ; que le saxotromba n'est point un instrument nouveau et que la forme n'en est pas nouvelle; que Sax avait divulgué son invention avant d'avoir obtenu son brevet; et que, dans tous les cas, ils n'ont contrefait ni le timbre ni la forme du saxotromba; A l'égard de Raoux, Halary père et Buffet jeune: Attendu qu'ils ont été parties dans une instance civile, ayant pour objet la nullité et la déchéance du brevet du 13 octobre 1845, pour dé- faut de description et non -nouveauté de l'invention ; Que cette question a été définitivement jugée entre eux et Sax par arrêt de la Cour de Rouen, du 28 juin 1854 ; Que s'il est vrai que les jugements rendus en pareille matière par les tribunaux correctionnels n'ont d'effet qu'à raison du délit à l'occasion duquel ils ont été rendus, il n'en est pas de même lorsque les moyens de nullité et de déchéance ont été rejetés dans une demande principale par les tribunaux civils ; Qu'en effet, dans le premier cas il s'agit de tribunaux correctionnels, saisis d'un fait correctionnel, qui n'ont à examiner la question de droit civil qu'au point de vue du fait incriminé ; qu'on conçoit, en consé- quence, que leurs décisions ne s'étendent pas au delà de ce fait, et que le droit exceptionnel de décider soit borné au cas particulier qui l'a fait naître ; Que, dans le second cas, au contraire, les décisions des tribunaux ci- vils sont prises dans la plénitude de leur juridiction ; qu'elles sont rendues d'une manière générale et absolue, selon les règles ordinaires du droit, et doivent être, par conséquent, applicables à tous les cas où la même question se présente entre les mêmes parties ; qu'ainsi il y a sous ce rapport chose jugée entre Sax, Ravoux, Halary père et Buffet. A l'égard des autres prévenus : En ce qui touche la nullité du brevet pour défaut de description, Quant à la voix du saxotromba: Attendu que, dans le mémoire joint à l'appui de sa demande, Sax a déclaré qu'il prenait un brevet pour un instrument de musique nou- veau ; Qu'il a joint à ce mémoire des dessins avec des numéros ; que le nu- méros 1 et 3 des figures représentées dans les dessins ont des efftes de proportion ; Que la légende qui se trouve à la suite du mémoire indique que les figures représentées sous les numéros 1 et 3 sont des saxotrombas, l'un en mi bémol, l'autre en si bémol ! Que les proportions des différents tubes des instruments en cuivre constituent leur voix, et qu'en donnant les proportions de l'un de ces instruments, les proportions de tous les membres de cette même famille d'instruments sont par cela même indiquées; Que le mémoire et les dessins se complètent l'un par l'autre ; qu'en les déposant simultanément, Sax a satisfait d'une manière suffisante à l'o- bligation de description qui lui était imposée ; Qu'en vain on prétend trouver une insuffisance de description en ce que la longueur des tubes n'est pas indiquée et que les chiffres des cotes ne sont pas posés aussi exactement qu'ils auraient pu l'être, soit sur l'original déposé au ministère, soit sur les copies délivrées qui sont légè- rement difformées ; Attendu que ces erreurs ou différences ne sont pas de nature à faire annuler le brevet ; que Sax a fait une description loyale et conscien- cieuse du nouvel instrument qu'il voulait faire breveter et que tout homme, suffisamment habile dans la fabrication des instruments en cuivre, était mis par cette description en mesure de pouvoir le fabri- quer. Quant à la forme : Attendu que Sax a déclaré dans son mémoire qu'il voulait faire breveter la forme et les dispositions nouvelles qu'il donnait au saxotromba ; Qu'il a décrit tous les avantages de la forme nouvelle qu'il avait adop- tée ; qu'il a dit que cet instrument se portait à gauche, légèrement appuyé sur la hanche et retenu par le bras gauche; qu'il avait le pavillon en l'air; et que l'on trouve dans les figures 1 et 3 de ses dessins la forme de cet instrument dont les pavillons sont parallèles ; Que dans son mémoire, Sax indique, en outre, qu'il a appliqué la forme du saxotromba aux saxhorns, trompettes, cors et trombones, et que sous les numéros 5, 5 bis, G, 7, 8,9, 10,11, 12, 14,16 et 17, il donne les figures de ces instruments ramenés au système du saxotromba ; qu'enfin, il ajoute qu'il entend faire breveter cette forme non-seulement pour les instruments qu'il a représentés dans ses dessins, mais aussi pour tous les membres de ces mêmes familles d'instruments ; Qu'à cet égard donc Sax a satisfait complètement aux conditions qui lui étaient imposées par la loi . En ce qui touche la non-nouveauté de l'instrument, Quant à la voix : Attendu qu'il est constant qu'avant l'obtention du brevet de Sax, en 1845, il existait une lacune dans l'échelle musicale des instruments en cuivre ; qu'il manquait un ton intermédiaire entre le trombone et l'ophi- cléide ; Que cette lacune a été constatée par les hommes éminents qui se sont occupés à cette époque de la réorganisation des musiques militaires en France, et par les efforts faits par les musiciens pour rendre les ins- truments connus propres à jouer les parties intermédiaires des compo- sitions musicales, ou à produire des instruments nouveaux qui, tels que le clavicor ou le néocor, n'ont jamais été généralement adoptés et aux- quels a succédé l'ophicléide-alto ; Attendu que le saxotromba a réalisé le but qu'on se proposait alors et qu'il se place dans l'échelle musicale entre le trombone et l'ophi- cléide ; Que les qualités propres de cet instrument ont été constatées par les membres de la commission chargée de la réorganisation des musiques militaires; par les membres des jurys des diverses expositions qui ont eu lieu en France et à l'étranger, lesquels ont décerné à Sax les ré- compenses les plus élevées; par le succès qu'il a obtenu de l'adoption presque générale qui en a été faite ; Que les qualités ne constituent pas seulement un perfectionnement des instruments existants ; que les experts qui ont eu à se prononcer à cet égard en 1 847 ont déclaré qu'elles constituaient une voix nouvelle ; Que l'expert Surville, commis par le tribunal, constate dans son rap- port que le timbre du saxotromba n'a rien de commun avec ceux du cornet, de la trompette, du cor et du trombone, qui ont des voix particulières résultant de leurs proportions spéciales; et que de même ce timbre est parfaitement distinct de ceux des saxhorns et des bugles ; Que le timbre du saxotromba en mi bémol se rapproche du trom- bone, et que le timbre du saxotromba en si bémol se rapproche de ce- lui des saxhorns; mais qu'il ne pouvait en être autrement, dit l'expert, puisque les saxotrombas doivent occuper une place intermédiaire entre ces deux instruments; Que le saxotromba a un timbre différent du trombone alto, du cla- vicor, du néocor, de l'ophicléide, du saxhorn et de l'alto, dont il se distingue par la sonorité, l'égalité et la rondeur de son timbre, ce qui lui constitue une voix nouvelle; Que la voix du saxotromba ne lui est commune qu'avec les instru- ments désignés aujourd'hui sous les noms d'altos et de barytons, que 134 REVUE ET GAZETTE MUSICALE l'on emploie concurremment avec les saxotrombas, pour les parties in- termédiaires des orchestres militaires; Mais attendu que la création des altos et barytons est postérieure au brevet obtenu par Sax en 1845, et qu'ils sont la contrefaçon du saxo- tromba, dont ils ont, sinon les dimensions, du moins les proportions constitutives de la voix. Quant à la forme : Attendu qu'il est constant qu'antérieurement au brevet de Sax, il y avait une très-grande variété dans la forme des instruments en cuivre ; qu'ils se portaient en avant, les uns à droite, les autres à bout de bras; qu'ils se tenaient des deux mains et avaient leurs pistons transversaux; qu'ils étaient d'une exécution difficile et quelquefois même dangereux; Que Sax a donné au saxotromba une forme, des dispositions particu- lières qui permettent de le porter à gauche ; qu'il pose légèrement sur la hanche, qu'il est retenu par le bras et laisse la main droite libre, que le pavillon de cet instrument est en l'air, et que les pistons sont parallèles au corps de l'instrument; Que Sax a rendu ainsi l'exécution de cet instrument plus facile et a obvié aux inconvénients qui résultaient des anciennes formes; Qu'en réalisant cette forme et en l'appliquant aux saxhorns, trom- pettes, cors et trombones et aux diverses familles de ces instruments, Sax a obtenu un véritable résultat industriel, résultant de l'unité de la forme en elle-même ; Attendu que cette forme était nouvelle à l'époque où Sax l'a appliquée aux saxotrombas et aux autres instruments qu'il a fait breveter sous ce rapport ; Qu'en effet, il est certain qu'en 1845, époque à laquelle fonctionnait la commission chargée de la réorganisation des musiques militaires, il n'y avait pas d'instruments de cette forme dans l'armée ; Qu'aucun des facteurs d'instruments qui se sont présentés devant cette commission n'a produit d'instrument de cette forme ; Qu'il n'est pas douteux qu'à l'époque où le saxotromba a paru, il a fait grand effet, non-seulement a raison de sa voix, mais aussi à cause de sa forme: Que les instruments modèles du saxotromba ont été immédiatement adoptés dans l'armée, par décision ministérielle maintenue par les divers gouvernements qui se sont succédé; que les facteurs se sont empressés d'en appliquer la forme non-seulement aux instruments qu'ils fabriquaient pour l'armée, mais aussi pour ceux qu'ils livraient aux particuliers ; Qu'il est donc difficile d'admettre que cette forme, qui, lorsqu'elle a été appliquée par Sax au saxotromba, a été immédiatement adoptée, était connue plusieurs années auparavant sans qu'on s'en fût préoc- cupé ; Attendu, il est vrai, que Besson a produit plusieurs témoins et repré- senté divers instruments desquels il résulterait que la forme qui fait l'objet du brevet de Sax était connue avant l'obtention de son brevet ; Mais attendu que les preuves qui s'appliquent aux instruments fabri- qués par Besson lui-même ne sont pas satisfaisantes et laissent de l'in- certitude sur leur degré de sincérité ; Que celles résultant des antériorités Guichard paraissent s'appliquer à des instruments, clavicor ou néocor, dont la forme ancienne et la pose n'admet aucune comparaison avec les instruments brevetés par Sax, ainsi, d'ailleurs, que cela résulte des dessins représentés sur les deux mé- thodes Schneider produites par Besson à l'appui de son articulation; Que les preuves résultant de l'enquête au sujet des instruments Krelzschmann ne sont pas suffisantes pour détruire les preuves con- traires résultant de la contre-enquête et des circonstances ci-dessus rappelées; Qu'en effet, il est permis de penser qu'après un si long temps écoulé depuis l'époque où se sont passés les faits sur lesquels les témoins dé- posent, ils puissent commettre des erreurs, même capitales ; qu'il est bien certain que leurs témoignages ont été reçus par des personnes sans qualités, avant qu'ils soient venus déposer devant la justice, et qu'ils auraient pu être influencés sans qu'ils s'en doutassent ; Que si Kretzschmann avait réalisé d'une manière aussi complète que Besson le prétend, dès 1839, la forme du saxotromba, il en aurait re- connu les avantages et s'y serait fixé ; qu'il ne se serait pas borné à faire accidentellement quelques instruments de cette forme ; Que les instruments auraient été connus des facteurs Finck et Roth, qui, habitant Strasbourg, n'auraient pas demandé à Sax une licence pour en fabriquer de semblables ; Qu'enfin, dans sa correspondance à l'époque de l'apparition du saxo- tromba, on ne voit nulle part que Kretzschmann revendique cette forme; qu'au contraire, on voit dans quelques-unes de ses lettres que, contestant la nouveauté de l'instrument quant à la voix, il dit que Sax n'a inventé que la forme extérieure ; Que, plus tard, il écrit que ce sont des instruments prussiens ; Qu'ainsi il n'y a pas dans ces prétendues antériorités Kretzschmann pas plus que dans les autres, motif suffisant pour enlever à Sax le droit résultant de son invention, invention reconnue en faveur de Sax par tous les hommes étrangers à la fabrication, et dont les fabricants ont en quelque sorte fixé la date, par l'application générale qu'ils en ont faite à l'époque où Sax a pris son brevet. En ce qui touche la divulgation de l'invention : attendu que Sax n'avait jamais vendu ni produit en public des instruments avant de les faire breveter ; Que loin de là, il a fait confectionner en secret par Hubart, pendant la nuit, son premier saxotromba ; Que s'il a produit ses instruments au Champ de Mars devant la com- mission militaire, il l'a fait comme nécessité et uniquement en vue des avantages qu'il en retirerait, lorsqu'il aurait assuré son droit privatif par l'obtention de son brevet ; Le tribunal rejette les exceptions présentées ; Et statuant sur le fond en ce qui concerne Besson ; Attendu que par une première saisie, à la date du 29 décembre 1854 il a été trouvé chez Besson plusieurs altos et différents aut res in stru ments; Mais attendu que cette saisie est nulle comme ayant été faite par Sax étranger, sans versement préalable d'un cautionnement, et avant qu'il ait été autorisé à jouir des droits civils en France; Que par un second procès-verbal, en date du 5 mars 1837, il a été saisi sur lui, au greffe de la police correctionnelle, un clavicor alto en mi bémol à trois pistons parallèles, lequel avait été présenté par Gautrot, et pro- venait de la fabrication de Besson ; Que par un troisième procès-verbal, à la date du 11 décembre 1857, il a été saisi chez Besson plusieurs altos et barytons et un grand nombre d'instruments à pistons parallèles ; Qu'il est également constaté par ce procès-verbal que sur les livres de Besson se trouvaient mentionnées des inscriptions de fournitures d'ins- truments de musique à un grand nombre de régiments de l'armée, d'al- tos, basses, contre-basses, Besson-forme, que madame Besson a déclaré être des instruments dont la forme avait été changée par son mari, en ce qui concerne le pavillon, depuis la saisie du 29 décembre 1 Soi ; Attendu qu'à la date du 14 décembre 1857, il a été fait sur Besson une quatrième saisie, dans les ateliers de Sax, d'un instrument dit sax- horn basse à quatre cylindres, apporté dans la maison dudit Sax par un musicien de l'armée pour une répétition, et portant les mots poinçonnés: Besson breveté ; Que dans un cinquième procès-verbal, dressé le 14 décembre 1857, chez Buffet jeune, et constatant les mentions de ses livres, se trouve à la date du 29 août 1856, cette mention : Une contre-basse de Besson fournie à M. Digne, au 88°; Attendu, enfin, qu'à la date du 22 avril 1858, il a été procédé à une dernière saisie chez Besson de divers instruments ou parties d'instru- ments, parmi lesquels deux altos et une contre-basse se plaçant sous le bras gauche, ayant les pistons parallèles aux tubes, avec le pavillon in- cliné en arrière, à partir du milieu de sa longueur; Que sur un référé interjeté par Besson, il a été décidé que la saisie ne frapperait, quant à présent, que sur un des objets qui étaient désignés, lequel serait déposé au greffe ; Attendu qu'il résulte du rapport de l'expert commis par le tribunal que les altos et barytons de Besson ont la voix des saxotrombas de Sax; que cette voix résulte de leurs proportions qui sont les mêmes que celles du saxotromba, bien qu'il y ait des différences dans les dimensions, les- quelles ne modifient en rien la voix; Qu'il n'y a pas de distinction à faire entre les altos en fa et les altos en fa et mi bémol ; que la réunion des deux tons ne peut faire qu'il n'y ait pas contrefaçon, alors qu'il est constaté que la voix est celle du saxo- tromba ; Attendu que tous les instrument saisis sur Besson renferment les élé- ments de la forme inventée par Sax ; qu'ils se portent à gauche, sont retenus par le bras gauche,qu'ilsont le pavillon en l'air ; Que les pistons sout parallèles au corps de l'instrument, et que, s'ils ne sont pas parallèles au pavillon, ce n'estque par suite d'une déviation de forme imaginée par Besson pour échapper, si cela était possible, aux poursuites de la contrefaçon ; Que Besson a, ainsi que Sax, l'amené tous les instruments qu'il fabri- que à l'unité de forme dont l'avantage avait été signalé par Sax dans son brevet et qu'il avait fait breveter ; Attendu que toutes les parties d'instruments saisies chez Besson de- vaient servir à la confection d'instruments ayant la forme ou la voix du saxotromba, qu'ainsi ils doivent être considérés comme objets de contre- façon ; Attendu que deux des mandrins saisis servaient à la confection des altos; que les autres étaient destinés à confectionner des instruments ayant la forme revendiquée par Sax; que le genre de fabrication habi- tuelle de Besson, constaté par toutes les saisies faites chez lui et le sys- tème de défense qu'il a adopté, ne laissent aucun doute à cet égard; DE PARIS. 135 qu'ainsi il y a lieu de considérer comme instruments de contrefaçon, non-seulement les mandrins servant à la confection des altos, mais les seize autres trouvés à son domicile. En ce qui concerne lîaoux : Attendu que la saisie du 29 décembre 1854 est nulle comme ayant été faite par Sax, étranger, sans versement préalable d'un cautionnement et avant qu'il ait été autorisé à jouir de ses droits civils en France; Qu'il n'est pas suffisamment établi que le saxhorn saisi chez Sax le 44 décembre 1857, ait été fabriqué par Raoux; que, dans tous les cas, la date de sa fabrication est incertaine, et que sa forme n'en a pas été suffisamment constatée; Mais attendu que sur son registre de vente, ou livre-journal, se trou- vent, du 1" janvier 1856 au 15 janvier 1857, époque à laquelle Raoux a vendu son fonds au sieur Labbaye, des mentions de ventes nombreuses, écrites de sa main et constatées par un relevé dressé par le ministère d'huissier, le 1er février 1860; que parmi ces mentions, il s'en trouve qui constatent la vente d'altos en mi bémol et d'instruments destinés à des musiques militaires ; Attendu que les altos sont la contrefaçon des saxotrombas , quant à la voix, ainsi qu'il résulte du rapport d'expert, et que la destination des instruments vendus pour des musiques militaires indique d'une manière positive qu'ils étaient, ainsi que Raoux l'indique dans ses prospectus, du nouveau modèle, c'est-à-dire fabriqués clans la forme des instruments de Sax . En ce qui touche Halary père : Attendu que la saisie du 29 décembre 1854 est nulle, comme ayant été faite par Sax, étranger, sans versement préalable d'un cautionnement et avant qu'il ait été autorisé à jouir de ses droits civils en France ; Mais attendu que, par un autre procès-verbal du 12 décembre 1857, il a été saisi chez Halary père un saxhorn à trois pistons parallèles au corps et au pavillon de l'instrument; un cor à trois pistons, semblable au précédent, portant l'estampille : Halary, à Paris, lesquels instru- ments Halary fils a déclaré venir du commerce de son père ; Que ces instruments ont tous les caractères des instruments de Sax ; Qu'Halary père se livrait tellement à la contrefaçon que le 19 août 1856 il a pris un brevet pour ces mêmes instruments, avec simple ren- versement du pavillon au moyen duquel il espérait fabriquer des'ins- truments à pistons parallèles à l'abri de toutes poursuites de contrefaçon ; Attendu qu'Halary père ne peut pas arguer de la transaction inter- venue entre son fils et Sax, puisqu'au contraire Sax a expressément réservé dans cette transaction ses droits contre Halary père. En ce qui concerne Buffet jeune : Attendu qu'il est établi et qu'il résulte d'un procès-verbal du minis- tère d'huissier, en date du 14 décembre 1857, que Buffet jeune a vendu : 1°le 14 juin 1854, un alto en mi bémol et un ophicléide en si bémol; 2ole 1er mars 1855, un ophicléide nouveau système; 3° le 6 janvier 1856, une contre-basse en si deGautrot; 4° le 17 avril 1856, deux ophicléides, deux sax-altos; 5° le !M avril 1856, une contre-basse en mi bémol, une basse en si bémol ; 6° le 29 août 1856, une contre-basse de Besson ; 7° le 28 août 1856, un alto d'occasion; 8° le 11 décembre 1856, une contre-basse en si bémol, deux basses à quatre cylindres, nouveau mo- dèle, deux altos; 9" le 16 septembre 1857, deux saxhorns en si bémol ; Attendu, à l'égard des instruments vendus le 14 juin 1854, que la prescription était acquise au moment de la saisie ; Mais attendu que la plupart des instruments vendus par Buffet jeune étaient vendus pour des musiques militaires, ainsi que cela résulte des mentions qui se trouvent sur ses livres, et qu'ils étaient, par conséquent, du nouveau modèle, c'est-à-dire du modèle Sax, quant à la forme; que cette même forme existe pour certains instruments ; Attendu que les altos ne sont autres que les saxotrombas, quant à la voix et quant à la forme; Que deux altos sont même dénommés sax-altos, et que les systèmes appelés système Gautrot et système Besson ne sont autres que ceux aux- quels ceux-ci se sont livrés par contrefaçon; Attendu que Buffet jeune ne peut exciper de sa bonne foi ; qu'il n'igno- rait pas les poursuites que Sax exerçait contre ses contrefacteurs, et qu'en achetant d'eux pour revendre, il s'est associé à leur contrefaçon ; Qu'il articule, mais ne prouve pas, que les deux saxhorns vendus le 16 septembre 1857 provenaient de chez Michaud, qui a une licence de Sax. En ce qui concerne Tournier et Goumas : Attendu que par procès-verbal du 1 7 décembre 1 857, dressé dans leurs magasins, il a été constaté qu'ils avaient refusé de représenter leurs li- vres, leur correspondance et leurs factures ; Que néanmoins il a été trouvé par l'huissier : 1° Un marché passé entre le Conseil d'administration du 95° régiment d'infanterie de ligne et Buffet-Crampon, le 16 mars 1857; 2" un autre marché, passé le 4 juin 1857, entre le 1ct régiment d'infanterie de marine et Buffet-Crampon ; 3° une lettre d'un sieur Olivier, du 9 avril 1837, por- tant commande d'un trombone à pistons; 4o une lettre d'un sieur Del- tone, du 2 juillet 1857, portant commande d'un saxhorn-alto en mi bémol; 5° une lettre adressée à Buffet-Crampon, le 5 juillet 1836, par M. Baud, du 6e de ligne, portant commande de deux saxhorns-soprano, deux sax- horns-contralto, deux saxhorns-baryton, deux saxhorns-basse; 6° un mar- ché passé entre le 1er régiment d'infanterie de marine et Buffet-Crampon, le 10 septembre 1857, portant deux commandes; Attendu, en ce qui concerne les commandes faites par les sieurs Oli- vier et Deltone, que rien ne constate que les instruments livrés fussent des ' instruments contrefaits; Mais, en ce qui concerne les autres instruments, qu'ils ont été livrés à des régiments ; qu'ils étaient nécessairement du nouveau modèle, c'est- à-dire de la forme faisant l'objet du brevet Sax ; Attendu, d'ailleurs, qu'il n'est pas douteux et qu'il a été reconnu, dans le pfocès-verbal de saisie, que la signature Buffet-Crampon était celle de la société Tournier et Goumas. En ce qui touche Beaubœuf et Victor Jacob : Attendu que la saisie du 29 décembre 4 854 est nulle comme ayant été faite par Sax, étranger, sans versement préalable d'un cautionnement et avant qu'il ait été autorisé à jouir de ses droits civils en France ; Mais attendu que suivant procès-verbal du 13 décembre 1856, il a été saisi chez Beaubœuf: un mandrin pour saxhorn, 15 pavillons en cuivre pour saxotrombas, 1 pavillon pour saxhorn, 5 culasses, 5 saxhorns en cours de fabrication, 4 saxhorns, 5 pavillons de contralto et ténor; Qu'il a été en outre constaté par ce procès-verbal qu'il avait été vendu à Jacob, le 29 octobre 1856, 12 bugles; le 13 novembre, 2 contre-basses; le 7 décembre, 6 contre-basses ; Attendu que le 30 avril 1857, il a été saisi sur Beaubœuf, au domi- cile de Sax, un saxotromba portant l'estampille : Beaubœuf, breveté à paris ;„ Que le 14 décembre 1857, il a été également saisi au domicile de Sax, un saxhorn apporté pour être réparé, portant l'estampille Beau- bœuf ; Attendu que par un procès-verbal du 13 novembre 1856, il a été saisi chez Victor Jacob deux saxhorns, forme saxotromba, ayant le pavillon parallèle aux pistons ou les pistons parallèles au corps de l'instrument ; Que ce même procès-verbal constate que Victor Jacob et son employé ont déclaré que ces instruments provenaient de Beaubœuf; Que les factures saisies au domicile de Jacob et le relevé de ses livres constataient de nombreuses opérations faites pour des instruments en cuivre avec Gautrot, Beaubœuf et autres ; Attendu que Beaubœuf a reconnu lui-même, en 1854, qu'il contrefai- sait les instruments de Sax et qu'il portait à 1,684 le nombre des instru- ments qu'il avait contrefaits jusqu'alors ; Qu'il résulte des procès -verbaux ci-dessus visés que Beaubœuf n'a pas cessé, depuis lors, de se livrer à la contrefaçon, et qu'il contrefaisait les instruments de Sax, non-seulement quant à la forme, mais aussi quant à la voix, puisqu'on trouve parmi les instruments saisis ou vendus, des barytons et des saxotrombas ; Attendu que Jacob, commissionnaire, faisant de nombreuses expéditions à l'étranger, et achetant des instruments en cuivre, a dû être renseigné sur les contestations existantes entre Sax et ses contrefacteurs, et qu'a- chetant de ceux-ci les instruments qu'il expédiait à l'étranger, il s'est associé à leur contrefaçon ; Le tribunal déclare Besson, Raoux, Halary père, Buffet jeune, Tournier, Goumas, Beaubœuf et Victor Jacob, coupables de contrefaçon, — délits prévus et punis par les articles 40, 41 et 49 de la loi du 5 juillet 1844; Et leur faisant application desdits articles, condamne Besson à 2,000 fr. d'amende, Raoux à 1,000 fr., Halary père à 1,000 fr., Buffet jeune à 1,000 fr., Tournier et Goumas chacun à 500 fr., Beaubœuf à 1,000 fr., Victor Jacob à 500 fr ; Déclare bonnes et valables les saisies sur eux pratiquées par Sax, à l'exception de celle du 29 décembre 1854; Prononce la confiscation des objets contrefaits et de ceux ayant servi à la contrefaçon et en ordonne la remise à Sax ; Et statuant sur les conclusions de la partie civile : Attendu que Sax a éprouvé un préjudice et qu'il lui en est dû répa- ration, Condamne Besson, Raoux, Halary père, Buffet jeune, Tournier et Gom- mas, Beaubœuf et Isbert en sa dite qualité de syndic, et Victor Jacob à payer à Sax des dommages-intérêts qui seront justifiés par état ; Nomme Boquillon, bibliothécaire au Conservatoire des arts et métiers ; Verre, expert teneur de livres, demeurant à Paris, rue de Douai, 34, et Richardière, expert teneur de livres, demeurant à Paris, rue de la Vic- toire, 9, experts, à l'effet d'émettre leur avis sur le chiffre de l'indemnité à accorder au plaignant, eu égard à la fois aux bénéfices réalisés par les individus déclarés contrefacteurs, aux gains que Sax a manqué de faire, à l'impossibilité où il a été de céder son brevet ou de faire des traités pour la fabrication des instruments de son invention ; Autorise les experts à se faire représenter ou à compulser tous les 136 REVUE ET GAZETTE MUSICALE livres saisis, ainsi que tous les autres livres, mémoires, correspondances, factures, inventaires et autres pièces des individus condamnés, pour y faire les recherches nécessaires à l'accomplissement de leur mission, consistant principalement à établir le nombre et la nature des instru- ments de toutes sortes contrefaits par les individus susnommés, leur prix de revient, leur prix de vente, et les bénéfices réalisés pour chacun d'eux, et à indiquer, avec toutes preuves à l'appui, toutes autres sommes de bénéfice illicite dont les contrefacteurs auraient profité au préjudice de Sax, pour, après le procès-verbal dressé, être statué ce qu'il appar- tiendra ; Ordonne, en outre, quant à Besson, qu'il sera tenu de représenter les instruments décrits au procès-verbal de saisie du 22 avril 1858, desquels il a été constitué séquestre judiciaire par ordonnance rendue sur référé, sinon, et faute de ce faire, le condamne dès à présent à en payer la#va- leur que le tribunal fixe à 4,000 francs; Ordonne l'affiche du présent jugement au nombre de cinq cents exem- plaires, et son insertion ;\ trois reprises, dans cinq journaux de Paris et dans un journal de chaque département, le tout au choix de Sax pour chacun des journaux et chacune des insertions, le tout aux frais des condamnés ; Condamne, sans solidarité, à raison de la divisibilité de la poursuite, Besson, Raoux, Balary père, Buffet jeune, Tournier' et Goumas conjoin- tement, Beaubœuf et Isbert, ce dernier en sa qualité de syndic de la faillite Beaubœuf, et Victor Jacob , aux dépens, chacun en ce qui le con- cerne, dans lesquels entreront les frais d'expertise, dont les trois quarts seront a la charge de Besson, et le surplus par sixième par chacune des autres parties, lesquels dépens ont été avancés par Sax ; Fixe à deux ans la durée de la contrainte par corps, qui pourra être exercée par Sax ; Fixe à un an la durée de la contrainte par corps, qui pourra être exer- cée par le Trésor. NOUVELLES. »*„ Au théâtre impérial de l'Opéra, demain lundi, pour la réouverture, les Huguenots. „*,. Pierre de Mèdicis a été joué lundi dernier, mais une indisposition de Mme Gueymard-Lauters l'a empêché d'être représenté mercredi, et la Favorite a pris sa place. Il paraît que Mme Gueymard aura besoin, pour se rétablir, d'un repos de quelques jours. *% La Captive, opéra en deux actes, de Félicien David, va entrer en répétition ; il sera joué avec le ballet composé pour Aille Emma Livry. t% Mme Rosati est de retour à Paris. La saison qu'elle a passé à Saint- Pétersbourg a été fort brillante pour la célèbre ballerine qui a été ren- gagée pour l'hiver prochain à ce chiffre fabuleux d'appointements que la Russie seule donne aujourd'hui et auxquels s'ajoutent de riches cadeaux. Perrot s'occupe déjà pour elle de deux ballets pour la splendeur des- quels rien ne sera épargné. *** Mme Borghi-Mamo vient de partir pour l'Angleterre où elle n'a pas encore chanté jusqu'ici. Elle est engagée au théâtre de Sa Majesté. *** L'Opéra-Comique rouvre demain après la clôture de la semaine sainte, par le Roman d'Elvire, et le lendemain on jouera le Pardon de Ploërmel. Après la pièce de Gevaert, le Château Trompette, viendra un acte, l'Habit de Mylord, paroles de MM. Léris et Sauvage, musique de M. P. Lagarde. L'opéra inédit de Donizetti, en un acte, est également à l'étude, de même que la Belle Chocolatière, opéra en un acte de Paul Dupuch, com positeur bordelais. **„, Remise de sa longue indisposition, Mlle Monrose a pu reprendre son rôle dans le Roman d'Elvire, interrompu depuis un mois. Lundi dernier, l'ouvrage a reparu et il a été joué deux fois dans la semaine. A voir le succès qui l'a accueilli, on peut dire, sans crainte d'être contredit, que l'interruption même à laquelle il a été exposé a fait ressortir davantage la gaieté et l'intérêt du poème, et la valeur de la musique inspirée à Amb. Thomas par l'œuvre de ses spirituels collaborateurs A. Dumas et de Leu- ven. Mlle Monrose se montre aussi charmante comédienne qu'excellente chanteuse dans le personnage de la marquise, et cette création la pose désormais en première ligne sur la scène de l'Opéra-Comique. Montau- bry, dans le rôle de Gennaro, y fait briller les qualités exquises qui le distinguent plus que dans aucun autre rôle. Il dit sa romance avec un accent si plein de tendresse et de passion que l'auditoire charmé, la lui fait, chaque soir, répéter en le couvrant d'applaudissements. La délicieuse barcarolle du deuxième acte obtient le même résul- tat, et elle est invariablement bissée. Repris dans de pareilles con- ditions et avec le concours de Prilleux, de Crosti et de Mlle Lemercier, qui complètent un ensemble excellent, le Roman d'Elvire va fournir une longue et brillante carrière. t% Lundi dernier, dans le Chalet, a eu lieu le début de Mlle Breschon, jeune cantatrice qui arrive de province. Elle possède une voix agréable de mezzo-soprano ; elle est jeune et fort jolie, elle pourra certainement rendre des services au théâtre de l'Opéra-Comique. t% Le théâtre Italien reprenait, mardi dernier Rigoktlo, avec Tam- berlick, Graziani, MMmes Alboni et Marie Battu. Dans le rôle de Gilda, cette dernière a obtenu plus de succès encore que dans ceux d'Amina et de Lucie. Au second acte, le public voulait lui faire répéter tous ses morceaux : il lui a fallu redire avec Graziani le duo du troisième, et au quatrième sa voix a parfaitement soutenu la lutte avec les trois plus belles voix du théâtre. Mlle Marie Battu a aussi concouru avec beaucoup de distinction à l'exécution du Stabat Mater, dans les concerts spirituels de la semaine. *** Après le Fidelio de Beethoven, le théâtre Lyrique doit monter un opéra à grand spectacle de M. Gounod : La Reine Balkir. t*t Mme Carvalho-Miolan est partie pour Londres où l'appelle un en- gagement au théâtre de Covent-Garden. *** Le dernier ouvrage d'Ofïenbach, \Daphnis et Chloé, remplit chaque soir la jolie salle du passage Choiseul ; au mérite réel de la pièce se joint l'attrait de curiosité provoqué par l'apparition sur la scène de Mlle Ju- liette Beau, dont le naturel et la naïveté ont un charme tout particulier. Mlles Cico et Chabert la soutiennent d'ailleurs vaillamment, et Désiré est un dieu Pan des plus comiques.. „*„ Le théâtre Déjazet attire toujours une grande affluence ; Mme Déja- zet vient de s'y montrer dans une de ses meilleures créations, le Marquis de Lauzun ; cette charmante pièce est accompagnée du petit opéra, Fanchette, d'Eugène Déjazet, dont le succès est chaque soir plus grand. Après les fêtes de Pâques viendra la représentation de Pianella, opérette nouvelle de Flottow. „.*„ Erratum. — Nos lecteurs auront corrigé d'eux-mêmes la curieuse faute d'impression qui s'est glissée dans l'annonce que nous faisions dimanche dernier d'un grand opéra dû à la collaboration de M. Membrée et de M. Got, le spirituel et excellent acteur. Tout le monde ne sait-il pas que M. Got est de la Comédie, mais non encore de V Académie fran- çaise! Cela lui viendra peut-être après son opéra; mais avant, la nouvelle est au moins prématurée. *% M. Paulin, qui a longtemps appartenu à l'Opéra, est nommé pro- fesseur de chant au Conservatoire de musique, eneremplacement de M. Faure, démissionnaire. »% Dimanche dernier, dans la sixième matinée de la Société des con- certs, M. Kaempel s'est fait entendre : il a joué le huitième concerto de Spohr, son maître, avec le rare talent qu'il avait déjà montré dans une séance de la Société des jeunes artistes du Conservatoire. Le magnifique finale de la Vestale terminait le concert et n'a pas produit une impression moins vive qu'aux précédentes exécutions. — Ce soir concert extraordinaire au bénéfice de Mme Girard, veuve de l'ancien chef d'orchestre. *** Camille Sivori est arrivé à Milan. *** Le théâtre royal de Saint-James, à Londres, va être exploité cette saison par l'un de nos compositeurs bien connus, M. A. Talexy, qui a engagé à cet effet quarante artistes dramatiques des théâtres de Paris, et entre autres MM. Got et Brindeau, Mlles Fix, Page, Duverger, etc. L'ou- verture aura lieu le 1er mai. *** Mardi, 10 avril, le théâtre italien de Covent-Garden ouvrira ses portes au public; voici le personnel engagé par M. Gye pour cette sai- son : — Chant : Mmes Grisi, Nautier-Didiée, Giuditta Sylvia, Tagliafico, Miolan-Carvalho, Leva, Penco, Raparrini, Rosa Csillag (de l'Opéra de Vienne). — MM Mario, Patriossi, Luchesi, Polonini, Neri, Baraldi, Cuiro, Gardoni, Rossi, Tamberlick, Zelger, Ronconi, Graziani, Tagliafico, Faure. — Mlle Zina Richard, première danseuse. — M. Costa, directeur de la musique, compositeur et chef d'orchestre. — M. Barris, régisseur géné- ral. — Pour l'ouverture, Dinorah, par Mme Miolan-Carvalho, Gardoni et Faure. Le 17 avril, Mlle Rosa Csillag paraîtra dans Fidelio. La Favorite sera donnée pour la rentrée de Mme Grisi. — Vingt autres opéras composeront le répertoire : /( Matrimonio Segreto, par Mines Penco, Nantier, Carvalho, Graziani, Gardoni, Ronconi; le Nozze di Giannetta, Mme Carvalho, Ron- coni; le Prophète; Fidès, Mlle Csillag; Jean de Leydc, Tamberlick; les Huguenots ; Don Giovanni ; Il Barbiers, Mme Carvalho, Ronconi ; Otello ; LucreziaBorgia;la Gazza Ladra. Mme Penco, Faure; Maria di Rohan ; Xor- ma; la Sonnambula, Mme Carvalho; / Puritani; la Traviata ; .Varia, Lady Henriette, par Mme Penco ; /( Trovatore; Zampa; Fra-Diavolo, Zerlina, par Mme Carvalho; Il Giuramento; Rigoletto, Gilda, par Mme Penco.— Mlle Csillag était à Paris ces jours-ci et elle y avait été mandée par dépêche télégraphique. La direction de l'Opéra ne semblerait pas éloignée de s'attacher cette artiste éminente. *% La chronique départementale nous apporte deux faits curieux. A Mons, la représentation de la Favorite a été interrompue parce qu'au troisième acte on avait jugé convenable de supprimer la pause de trois temps, qui coupe la fameuse phrase : qu'il reste seul avec son déshon_ DE PARIS. 137 neur, et que les plaisants du parterre se donnaient toujours le plaisir de marquerpar une, deux, trais, ainsi que cela se fait d'ailleurs dans plusieurs autres localités. Malgré les efforts du chef d'orchestre et du régisseur, il n'y eut pas d'autre moyen de calmer l'orage qui grondait dans la salle, que de rétablir le morceau dans sa forme primive et de laisser marquer les trois temps.— A Tournai, pendant la Muette de Portici, quelques soldats de la garnison, remplissant le rôle de comparses, devaient comprimer la révolte et il leur avait été recommandé de stimuler une résistance énergique. L'un d'eux , voyant arriver sur lui l'acteur principal armé d'un poignard, prit son rôle au sérieux et appliqua sur la tête du premier sujet un coup de crosse qui n'avait rien de simulé. Heureuse- ment la blessure ne présente aucune gravité, et l'acteur en fut quitte pour un étourdissement. „.** Voici le programme du concert avec orchestre qui sera donné dans la salle Herz le jeudi 12 avril 1860, à 8 heures du soir, par I. Lotto, de Varsovie : 1° Quverture du Médecin malgré lui, de Gounod ; 2° duo de VElisir d'amore, chanté par SIM. Géraldy et Lorenzo Pagans ; 3° Concerto pour le violon, de Mendelssohn. exécuté par I. Lotto ; U° air de Norma, chanté par Mlle Baretti ; 5° air de la Dame blanche: Ahl quel plaisir d'être soldat I chanté par M. Géraldy ; 6° morceau de concert composé et exécuté par I. Lotto ; 7° sérénade et allegro giocoso, pour piano et orchestre, de Mendelssohn, exécutés par Mme L. Massart ; 8° chanson- nettes espagnoles, chantées par M. Lorenzo Pagans; 9° fantaisie sur l'hymne national russe, composée et exécutée par I. Lotto ; 10° air de chasse du Pardon ae Ploe'rmel ; Comme à vingt ans, mélodie, chantés par M. Géraldy ; 11° Valse de concert, composée et exécutée par I. Lotto ; 12° finale (orchestre).— L'orchestre sera dirigé par M. Victor Chéri. *% L'école spéciale de chant fondée et dirigée par Duprez, donnera, le 15 de ce mois, sa première séance annuelle. Une œuvre inédite de Duprez, Jeanne d'Arc, opéra en six tableaux, composé sur un poëme de M. Ed. Duprez, doit inaugurer la série de ces inté- ressantes séances. Cent quinze personnes concourront à l'exécution de cette œuvre, dont les principaux rôles sont confiés aux élèves anciens et nouveaux de l'école, et elle sera représentée avec orchestre, chœurs, costumes et décors. *** La charmante composition de Blumenthal, les deux Anges, a été beaucoup jouée cet hiver; c'est un des morceaux les mieux réussis de l'auteur de la Source. *** M. et Mme Henri Potier annoncent une très-intéressante soirée musicale, salons Pleyel-Wolff, pour le samedi 14 avril. On y entendra dans la partie instrumentale MM. Alard et Goria, et dans la partie vo- cale, indépendamment des nouvelles compositions de M. Henri Potier, chantées par l'auteur, Mme Potier, MM. Barbot, Troy, Sainte-Foy et Berthelier, la grande scène de Clytemnestre, dCIphigénie en Aulide, de Gluck, déclamée et chantée par Mme Caroline Barbot, de l'Opéra. *** La partition de l'opéra de Déjazet, Fanchette, paraîtra cette se- maine, arrangée pour piano et chant, chez les éditeurs G. Brandus et S. Dufour. *** Les mêmes éditeurs viennent de faire faire un second tirage de la Schiller-Marsch, de Meyerbeer, arrangée pour piano. Le premier tirage a été épuisé en deux jours. „.*„, Jeudi soir, 12 avril, dans les salons d'Erard, Louis Brassin donnera son troisième et dernier concert. 11 y fera entendre deux morceaux de sa composition et plusieurs autres de Beethoven, de Ihalberg, etc. Mme Pellegrin, élève de Bonoldi ; le baryton Guglielmi, MM. Dupuis et Muller, prêteront leur concours au jeune artiste dont la réputation vient d'être si brillamment consacrée à Paris. „,*,. La musique des régiments va subir des modifications importantes. Un décret, en date du 26 mars 1860, fixe à quarante hommes pour les troupes à pied et à vint-sept pour celles à cheval la section de musique de chaque régiment. — Les musiciens de quatrième classe seront choisis parmi les élèves-musiciens actuels, lesquels sont supprimés. — L'article 5 porte que les musiques des régiments de gendarmerie et des guides de la garde impériale et celle delà garde de Paris conserveront, à titre ex- ceptionnel,, leur constitution actuelle sous le rapport du personnel et de la composition instrumentale. Seulement, les élèves musiciens y seront commissionnés musiciens de quatrième classe. — L'article 6 rend obli- gatoire l'application du diapason normal. — Cette ordonnance modifie profondément la composition instrumentale des musiques de régiment dans lesquelles elle fait prédominer complètement les instruments de cuivre sur les instruments de bois. **» Un concert à grand orchestre, qui promet d'être l'un des plus bril- lants de la saison, sera donné le 20 avril, dans la salle Herz, par Mme Louisa Jung, excellente pianiste. Nous en donnerons prochainement le pro- gramme. „.** Joseph Wieniawski fera entendre à son concert, qui reste fixé au 26 avril, outre son concerto pour piano, une ouverture de sa composition qu'il dirigera lui-même. „*„. Vincent Adler donnera un second concert le 20 avril et y fera en- tendre, entre autres morceaux, la Gitana, fantaisie sur le Domino noir, sa Scène de bal et la Styrienne. Le beau duo de Vieuxtemps et Erkel sur des airs hongrois y sera également exécuté. *** Le Carillon d'Alfred Jaëll et ses transcriptions du Prophète et du Pardon de Ploe'rmel étaient à peine publiés que tous les amateurs qui les lui ont entendu exécuter ont voulu les posséder. Ce sont d'ailleurs de charmants morceaux de salon. t*„, Deux quadrilles viennent de paraître simultanément sur le Roman d'Elvire ; l'un d'Arban, l'autre de Marx. Il serait difficile de savoir auquel donner la préférence ; mais tous deux se recommandent par un rhythme et un entrain qui les feront vivement rechercher. „*,, Voici le programme du deuxième concert que donnera Lacombe mercredi 11 avril dans les salons d'Erard : divers morceaux de V Amour, légende en cinq actes, de Paulin Niboyet, musique de Lacombe ; la Pen- sionnaire et la Fiancée du timbalier, déclamées par Mlle Stella-Colas; trio en la mineur ; Ricordanza, rapsodie hongroise de Liszt ; sonate en la de Beethoven; fantaisie dans le genre hongrois, de Lacombe, pour deux pianos ; hymne à Schiller, chœur avec accompagnement de deux pianos, de Lacombe, exécuté par l'éminent compositeur; air de Jean de Paris, air de la Fiancée, chantés par M. Lyon et M. Hayet. MM. Emile For- gues, Kœmpel, Lamoury, Triebert, prêteront leur concours à M. La- combe. *** C'est demain qu'a lieu, dans les salons d'Erard, le concert de Mlle Albertine Segisser, âgée de onze ans, avec le concours de MmeBer- nola et de M. Marochetti, de MM. Kriiger, Hammer et Aubret, artistes distingués. ** Jeudi soir, 26 avril, l'éminent violoncelliste et compositeur Jacques Franco-Mendès donnera, dans les salons de Pleyel-Wolff, son concert annuel. Il fera entendre quatre nouveaux morceaux de sa composition et le 7e quatuor de Kreutzer, pour deux violons, viole et violoncelle. **„, Mardi 17 avril, à huit heures du soir, dans les salons d'Erard, Mlle Moritz Pieuchsel donnera son concert annuel avec le concours de MM. Ed. Wolff, Schioion et plusieurs autres artistes distingués; elle y fera entendre plusieurs morceaux nouveaux de sa composition, et con- sacrera son beau talent à l'exécution des grandes œuvres classiques. Ï*H, Vendredi, 13 avril, dans les salons d'Erard, M. Stanzieri donnera un concert dont ne sera pas le moindre attrait une tarentelle pour piano, composée il y a deux ans par Rossini, et connue seulement de ses amis. L'Alboni, Graziani, Braga et de nouvelles compositions du bé- néficaire compléteront un programme bien fait pour piquer la curiosité des dilettanti. *** Lundi 16 avril, le jeune Henri Ketten donnera un concert dans les salons Pleyel-Wolff. *** Les travaux de décoration de l'église Saint-Eustache viennent de recevoir un splendide complément dans les peintures, les sculptures, les motifs d'ornementation et les faïences émaillées dont on a enrichi les deux bras de la croix de ce vaste édifice. A l'occasion de l'achèvement de ces travaux, une cérémonie religieuse et musicale doit, dit-on, être prochainement célébrée par les soins du vénérable curé de cette pa- roisse. On y entendra, exécutées sur les orgues, les œuvres des an- ciens maîtres ; elle offrira donc le plus vif attrait au public et aux artistes. „*.,. C'est définitivement mardi, 10 avril, que la matinée musicale de M. Adolphe Fétis doit avoir lieu. On sait que Mme Pleyel s'y fera enten- dre pour la dernière fois de la saison. MM. Jourdan, Géraldy et d'autres artistes de mérite prêtent leur appui au jeune compositeur qui fera entendre des œuvres nouvelles. „*,„ M. Fortuna, baryton, qui compte de beaux succès sur les théâtres d'Italie, s'est fait dernièrement remarquer aux concerts donnés par Dom- brovski et Krafzoff, en chantant avec une belle voix, une excellente mé- thode et beaucoup d'expression, plusieurs morceaux, qui ont été fort applaudis. *** Encore un jeune artiste que les amateurs de l'art musical peuvent soustraire aux exigences de la loi sur le recrutement, en assistant au concert qu'il va donner, le 12 avril, à la salle Beethoven, avec le con- cours de Mmes Wekerlin-Damoreau, Adrienne Picard, Stella Colas, Armingaud et Barbot. C'est Hippolyte Rabaud, violoncelliste de l'Opéra, conscrit de 1860, et qui mérite, à tous égards, l'intérêt du public. . * M. Besson; l'un des facteurs condamnés par le tribunal de police correctionnelle clans l'affaire Sax, nous prie d'annoncer qu'il a fait inter- jeter appel de ce jugement. ,% Un concours de choristes pour toutes les voix aura lieu mercredi 11 avril, à neuf heures du matin, au théâtre impérial de l'Opéra-Comi- que ; se présenter muni d'un morceau de chant. „*„ Le plus grand acteur du Danemark, Nicolay-Peter Nielsen, est 138 REVUE ET GAZETTE MUSICALE mort le 13 mars, à l'âge de soixante-cinq ans. Ce qui caractérisait son talent, c'était la conception originale de ses rôles et une sensibilité puis- sante et cominunicative. Nielsen était né à Friederichsbourg, en 1795 ; en 1811, il fut nommé sous-lieutenant d'artillerie. Ses débuts au théâtre remontent au 20 septembre 1820. CHRONIQUZ ÉTRANGÈRE. **„ Bruxelles.— Le 3« concert du Conservatoire, retardé de huit jours par suite d'une indisposition deM.Fétis, a eu lieu dimanche; il nous a fourni l'occasion de faire connaissance avec une ouverture intitulée Macbeth, de M. de Hartog. Le jeune compositeur a dû être satis- fait de l'exécution de son œuvre comme aussi du succès qu'elle a ob- tenu. La dernière partie du programme a été tout entière consacrée à des fragments du Struensée, de Meyerbeer, que M. Fétis a fait rendre d'une manière irréprochable. *% Mans. — Le succès du Pardon de Ploërmel fera époque à notre théâtre. Il est d'ailleurs très-bien interprété par MM. Duchaumont fils, Orleany et Mme David. — La clôture aura lieu le I " avril par les Dragons de Villars. *** liège. — Nous sommes au moment de la clôture de notre saison théâtrale, et nous devons constater que le succès du Pardon de Ploërmel en a été le véritable événement. La foule n'a cessé de se porter aux nom- breuses représentations du nouvel opéra de Meyerbeer, et les recettes se sont maintenues à un taux fort élevé; M. et Mme Ceret et M.-Peruggi, le baryton, n'ont pas peu contribué, par le talent avec lequel ils ont inter- prété le Pardon, au résultat brillant qu'il a obtenu. *** Berlin. — L'Opéra italien a terminé ses représentations par l'exé- cution de divers fragments habilement choisis en vue de faire briller le talent individuel des principaux artistes de la troupe : le premier acte du Trnvatore, de Verdi ; le troisième acte de Don Pasquale, l'ouverture et un trio de Vllaliana in Algieri, par Rossini, et l'ouverture et le troisième acte du fiarbiere. Les honneurs de la soirée ont été pour Mlle Artot, oui par une attention délicate pour la nationalité des auditeurs, avait inter- calé un lied de Taubert, qu'elle a chanté en allemand ; une explosion d'applaudissements accompagnés d'une averse de bouquets et de cou- ronnes accueillit ce morceau. Carrion, délie Sedie, Mme de Ruda eurent leur bonne part du succès ; l'imprésario M. Lorini et le chef d'orchestre Neswadba furent rappelés sur la scène à la fin du spectacle. *** Leipzig. — Trois compositions nouvelles de différents maîtres ont été exécutées au 1S': concert du Gewandhaus : ouverture d'une tragédie de Shakspeare (le Roi Jean), par Mme Robert Radeke ; caprice pour vio- lon, par M. Rietz, et fantaisie par Vieuxtemps. Ces deux derniers mor- ceaux ont été bien rendus par le maître de concert Dreyschock. *% Vienne. — Au théâtre de l'Opéra de la Cour ou a donné, du 27 fé- vrier au 1 8 mars : Diane de Solange, la Juive, les Huguenots, le Braconnier, le Trovatore, Czar et charpentier, le Prophète, Fernand Cortez, Robert le Diable ; la reprise de Fernand Cortez ne paraît pas avoir été heureuse. Quant aux trois opéras de Meyerbeer, ils attirent toujours la foule, et la foule les applaudit toujours avec le même enthousiasme. Le Prophète en était à sa 55° représentation au théâtre de la Cour. — Les théâtres ont été fermés dès le 31 mars à cause des solennités de la semaine sainte. Au théâtre de la Cour on exécutera, le 1" avril, l'oratorio Âthalie, et le lendemain le Christ au Jardin des Oliviers. Le lundi de Pâques commen- ceront les représentations de l'opéra italien au théâtre An der Wim ■ le Carlthealer ouvrira avec YOrphée, d'OSenbach. — Le 29 avril, la cé- lèbre actrice Mme Haitzinger, du Burgtheater, fêtera le cinquantième anniversaire de ses débuts comme artiste dramatique. A l'âge de dix ans la demoiselle Morstadt, plus tard Mme Neumann.et aujourd'hui Mme Hait- zinger, figura pour la première fois sur la scène, à Carlsruhe ■ il y a quarante ans qu'elle a débuté au Burgtheater. „,** Sahburg. — Le 27 mars la Société de musique de la cathédrale Dom-verem et le UozarUum ont donné leur premier concert : on n'y a entendu qu'un seul morceau de Mozart : l'ouverture de la Clémence de Titus. **,, Sondershausen. — Le 23 mars, anniversaire de la naissance de la princesse, on a donné pour la première fois Dinorah, de Meyerbeer, avec un immense succès. *** Zurich. — La Société des quatuors a donné le 20 mars une fête commémorative en l'honneur de L. Spohr, où l'on a exécuté un choix des meilleurs morceaux écrits par l'illustre compositeur. Son buste, cou- iné de lauriers, était placé sur l'estrade de l'orchestre ; la salle était *** Nice.— Séligmann, après avoir joué chez S. M. la reine de Dane- mark, a été appelé à se faire entendre devant S. M. l'impératrice douai- rière de Russie. Contrairement à l'étiquette, qui interdit à la cour d'ap- plaudir, l'impératrice ayant donné le signal, la brillante assemblée a bruyamment prouvé par ses bravos tout le plaisir que le célèbre artiste lui avait causé. Le lendemain, S. M. l'impératrice a fait remettre à Sé- ligman une bague en diamants, accompagnée d'une lettre autographe. „.% Milan, 20 mars. — Hier, presque à l'improviste, nous avons eu la première représentation de Giuditta, le nouvel opéra du maestro Péri, l'auteur renommé de Victor Pisani, œuvre unanimement applaudie à Rome, à Bologne et à Florence. Le livret de Giuditta a été écrit par Mar- celliano Marcello, et si les vers n'en sont pas très-bons, les situations n'en sont pas moins dramatiques et intéressantes. Si Pancani avait été en voix, cette nouvelle partition du persévérant compositeur aurait fait fureur. On ne peut nier, en effet, qu'elle renferme des idées neuves et originales, qu'elle est bien conduite et que l'instrumentation est digne de nos meilleurs compositeurs. Si elle est reprise en automne ou au carna- val avec un meilleur ténor, notre répertoire se sera incontestablement enrichi d'un nouveau fleuron. La Lorini-Vera a été l'héroïne de la fête; c'est une artiste incomparable et povir le chant et pour le jeu. Corsi a droit à tous nos éloges, et dans la scène de folie avec la Lorini, il s'est surpassé. Le maestro a été rappelé dix fois. *% Saint-Pétersbourg, 1 6-23 mars. — La saison des concerts est très- animée cette année, et les artistes de mérite ne nous font pas défaut. Vieuxtems, Dreyschok, les sœurs Ferai, Montigny, se partagent le public dilettante de Saint-Pétersbourg. Après avoir été brillamment fêté à Moscou, Vieuxtems annonce un nouveau concert à notre grand théâtre ; Dreyschok en a déjà donné un au théâtre Michel, et il récidive demain mercredi. Un auditoire trop peu nombreux , mais composé d'artistes et d'amateurs distingués, assistait à la première soirée ; demain il y aura foule, car sans être témoin de l'étonnante puissance de talent à laquelle il est parvenu, et de l'incroyable perfection d'exécution qu'il a acquise, personne ne peut se faire une idée de ce qu'est Dreyschok. Le finale du concerto en sol mineur de Mendelssohn joué par lui met vraiment l'auditeur hors d'haleine; toutes les difficultés, les tours de force, si nous osions nous exprimer ainsi, semblent ne lui coûter aucun effort, aucune fatiguei Les morceaux que l'éminent artiste a fait entendre en- suite à son public étaient le Nocturne en fa, de Chopin ; les Arpégis, ro- mance sans paroles et une saltarelle de sa composition; la Gavotte, de Rach, et une Rapsodie {op. 40.) également de lui. Rappelé à plusieurs reprises après chaque morceau, Dreyschok a terminé la soirée par l'air national anglais God save the queen, avec variations pour la main gauche seule, qui a enlevé l'auditoire. Les cris et les bravos ont éclaté de toutes parts, et l'artiste a dû se présenter encore aux applaudissements que lui réservaient les rappels réitérés du public. Dreyschok, avant d'arriver à Saint-Pétersbourg, avait donné dix concerts à Berlin et cinq à Kœnigs- berg ; il devra certainement en donner également une série chez nous — Le concert donné hier au grand théâtre par les sœurs Ferai a été pour elles une longue suite d'ovations. Colosanti, l'ophicléide-miracle , a eu sa bonne part de bravos. — Nous serons à même d'apprécier de- main le talent de M. Montigny, violoncelliste, qui nous arrive précédé d'une grande réputation. — On vient d'ouvrir l'abonnement au théâtre Italien pour la saison prochaine ; les sujets engagés sont jusqu'à présent: MmesEmy Lagrua, Nantier-Didiée, Bernardi et Fioretti; MM. Tamberlick, Calzolari, Mongini, ténors; •Debassini , Everardi , barytons; Marini et Rossi, basses. Les bruits d'engagement de Mlle Balfe ne se sont pas réa- lisés , et Mmes Charton-Demeur et Brambilla n'ont pas été réengagées non plus que Giraldoni. Chez G. BRÀNDUS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue Richelieu (au 1"), LE PARDON DE PLOËRMEL De G. MEYERBEER, ■•sur piano cl liiirinoiihiiu. PAS Prix : 7 fr. 50. DE PARIS. 139 lr° médaille d'or Exposition nationale française de 1849. DÉCORATION DE LA LÉGION D HONNEUR Exposition de 1849. " médaillcld'argent Exposition nationale française de 1844. MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN ROIS FONDÉE A PARIS EN 1843 PAR Facteur de la Maison militaire de l'Empereur. 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Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) i( La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être résolu le problème d'une justesse parfaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1330.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Rue Lamartine, 22, à Paris. MAISON H. HERZ p«i™ Victoire, à Paris. « A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle desconcertsdu Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontest ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang nanimité des votes du Jury. Il portait le n" 28. » Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. Publié par G. BRAXDUS et S. DUFOUR, 103, rue de Richelieu, au 1". LE PARDON DE PLOERMEL Opéra-comique en trois actes, musique de G. MEVERBESR liA PARTITION net. Pour Chant et Piano, format in-4" 30 fr. La même, avec paroles françaises, in-8°. 1 8 La même, avec paroles italiennes, in-8°. 18 Arrangée pour le Piano seul, in-8° 10 Id. pour le Piano à quatre mains. . 25 LÀ LYRE FRANÇAISE Choix d'airs d'opéras, duos, romances sans accom- pagnement des meilleurs auteurs anciens et modernes. Edition populaire. flfllïPÏ fFft facteur de pianos. Médaille d'or, Ex- lWUI LL 1 U position 1849; Médaille de X" classe exposition universelle 1855. Spécialité de pianos pour l'exportation. Cette maison a obtenu, depuis 1834, a toutes les Expo- sitions, des récompenses méritées par l'excellence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est jus- tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand format, » A l'ouverture des listes qui suivit le concours, onl tra . ne iaisse r;en a désirer sous le double rap- reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé ^ ,a quantité et de ja qualité du son. Magasin, sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si 'rue Montmartre, 161. beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- _^^___^_^___ cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, le premicA — rang du concours, sous le rapport du volume et de la immiim tirnin de bualité du son. . L HÂRMUNll liU i II MAÏEBMAB1X, [Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition dont le succès grandit chaque jour, se trouve chez universelle de Paris.) Mayermarix, 40, passage des Panoramas, à Paris. prix accordé a l'unanimité a l'exposition universelle de londres 1851. Fournisseur des Ministères île la Clucrre et de la .IBariuc de France. Agent à Londres JDLLIEN ET Cc, 214 , Begent Street. MAISON FONDÉE EN 1803. INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ANTOINE COURTOIS 88, me êtes Marais - Saint - Martin* 88 Ci-devant rue du Caire, 21. MÉDAILLE D'ARGENT DE 1" CLASSE A l'exposition UNIVERSELLE DE PARIS 1855. Facteur du Conservatoire et de l'Académie impériale de parla. Agent à Saint-Pétersbourg: A. BDTTNER, Perspect. Newsky, maison de l'église St-Pierre. La maison ANTOINE COURTOIS ayant agrandi ses ateliers, est en mesure de satisfaire à toutes les demandes qui pourront lui être adressées; elle garantit réellement à sa clientèle des instruments irréprochables sous tous les rapports. 140 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. 103, rue de lticïielîeu. 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Depuis , il a travaillé , il a étudié l'harmonie , la composition, et son jeu a hérité de tout ce que les fortes études , le travail de la pensée, les méditations que font naîlre les pages des grands maîtres donnent aux virtuoses; c'est-à-dire un goût scrupuleux, un style pur et sévère. Jeudi, dans un brillant concert, le jeune vio- loniste a prouvé, — ce que ne prouvent pas toujours les exécutants précoces , — que le fardeau des succès récoltés tôt n'avait rien enlevé à la vigueur, à la grâce et à la fraîcheur de son talent. Tout d'abord , l'émotion ne lui a permis de faire apprécier que l'élégance, la finesse et la douceur de son style, que la longueur de son coup d'archet au- quel on eût pu demander de se passionner davantage et de mordre aussi bien la corde qu'il la caressait ; mais bientôt, rassuré et animé par l'accueil enthousiaste qui lui était fait , il a dit tous ses morceaux avec l'expression tendre qu'ils demandaient et aussi avec beaucoup d'élan, de fermeté et d'ampleur. Le concerto de Mendelssohn est bien un concerto, — ce qui devient rare. — L'accompagnement d'orchestre, tout riche , tout symphonique qu'il est, laisse bien la souveraineté au violon principal. Lotto a exé- cuté toutes les parties de cette œuvre difficile, touchante et passionnée avec une expression vraiment exceptionnelle. Le point d'orgue du premier allegro, ses arpèges, ses trilles, ses beaux accords ont trouvé sur le violon du jeune maestro une force et un éclat qui ont excité de chaleureux bravos. Les chants de cet ap- passionalo ont été aussi complètement rendus que les traits. La mé- lodie de Validante, si simple, si noble, si dramatique, et où les doubles cordes, les duos les plus serrés sont exécutés parle violon, a été dite avec une admirable justesse. Rien de plus aimable, de plus spirituel, de plus fantasque, de plus modernisé que le finale. Lotto y a déployé une souplesse, une légèreté prodigieuse et y a excité de bien sympa- thiques acclamations. Dans ce concerto aussi bien que dans la belle fantaisie de Léonard, Souvenirs d'Haydn, il a conservé cette aisance qui ne laisse voir que ce que les passages périlleux ont d'aimable et d'éblouissant. 11 y a plus que du savoir et de la distinction dans les deux compo- sitions du jeune artiste : Morceau de concert et Grande valse, il y a de l'originalité et une tendance au grand style ; quoique Fauteur, en vrai soliste, s'y montre encore un peu trop amoureux des difficultés. Elles ont été délicieusement jouées et vivement applaudies. Un très-bon orchestre, supérieur à presque tous ceux qu'on entend dans les concerts, et fort bien dirigé par M. Victor Chéri, a jeté beau- coup d'éclat sur cette soirée. Il a accompagné avec talent le ravissant Capriccio de Mendelssohn que Mme Massart a joué avec une délica- tesse, une légèreté , un brio, une flexibilité d'expression qui ont en- chanté l'auditoire et ont valu à la charmante pianiste une magnifique ovation. Mlle Baretti a une voix délicieuse et déjà très-exercée, mais il manque à son talent un peu plus de finesse, de charme, et l'on peut souvent désirer quelque chose de meilleur goût dans la composition de ses fioritures et de ses points d'orgue. On pourrait exiger de Géraldy un organe plus puissant, mais on ne pourrait rendre avec plus de talent qu'il ne l'a fait la belle et franche inspiration de Meyerbeer : la chanson du Chasseur, du Pardon de Ploërmel, et l'air de Boïeldieu : Ah ! quel plaisir d'être soldat. — M. Ravisy possède une jolie voix plutôt douce que forte. Chez le jeune ténor l'instrument n'est pas tout : il a le goût, l'intelligence, le sentiment musical ; il comprend les choses gracieuses et les dit avec suavité ; il a de la chaleur et vocalise très-convenablement ; sa voix de tête est souvent délicieuse, et le médium est bon ; mais dans la voix de poitrine les sons élevés manquent d'aisance , d'ampleur, et dans tous les registres on peut souhaiter parfois une plus grande justesse. Toute la partie vocale de ce concert a été remarquable : la méthode et le style n'en étaient pas absents , comme cela arrive si souvent. Outre Balanqué , qui a bien chanté un air des ISoces de Figaro , et avec M. Ravisy un duo de Masaniello , Mlle François a été vivement applaudie ; cette cantatrice a fait de grands progrès : sa voix vibrante, étendue, très-sympathique et toujours belle, a plus de nuances , d'expressions diverses et est plus sagement conduite ; elle a dit avec une sensibilité exemple de toute afféterie une mélodie 142 REVUE ET GAZETTE MUSICALE d'Alary, V Etranger, écrite , il nous a semblé , sur une touchante et dramatique poésie de Mme Emile de Girardin. Un trio de Fesca où il y a des choses ravissantes ; Souvenirs de Bellini, de Nathan, que l'auteur a joués avec beaucoup d'expression : deux jolis morceaux composés et exécutés par M. Chaîne , enfin un solo de hautbois ont tour à tour été accueillis avec sympathie, quel- ques-uns même avec enthousiasme. Nous n'aurions donc que des élo- ges à donner aussi aux instrumentistes, si un solo de piano n'était venu faire dissonance , et prouver, ce qui n'avait nullement besoin de l'être, qu'un bon accompagnateur pouvait manquer de l'élégance, de la souplesse et de la distinction qui font les bons solistes. C'est le cas de redire : Tel brille au second rang qui s'éclipse au premier. — Albertine Ségisser, charmante enfant dont la précoce intelli- gence avait frappé tout le monde au concert de Kruger, où elle avait déclamé plusieurs pièces de vers avec des intentions très-fines, donnait lundi une soirée musicale et littéraire ; d'excellents artistes rehaus- saient l'éclat de cette petite fête qui a été charmante. La Prière d'Es- ther, des fables de Florian, et une scène dramatique de M. Blanvalet ont été récitées par la toute jeune artiste de façon à justifier l'intérêt et les sympathies qu'elle inspire; elle est fille d'un musicien de ta- lent, d'un compositeur de mérite, dont les œuvres, ce soir-là, ont été très-favorablement écoutées. Hammer, Kruger et Rignanlt ont fort agréablement joué un trio de M. Ségisser, où il y a du savoir et des pensées souvent brillantes. La flûte si mélodieuse et si sonore de M. Amédée de Vroye a fait grand plaisir dans un duo du même au- teur. Kruger a exécuté deux morceaux de sa composition avec les qualités sérieuses qui, jointes à une grande distinction de style, don- nent à son talent une supériorité aujourd'hui solidement établie. — i. Telesinski, l'un des plus brillants élèves d'Alard, a donné mardi, dans les salons Pleyel-Wolff, un fort joli concert que Mlle de la Pommeraye, MM. Victor Capoul, René Douay n'ont pas peu contri- bué à rendre charmant, et que Berthelier a égayé de ses piquantes et spirituelles chansonnettes. Telesinski a joué deux morceaux d'Alard avec cette justesse, ce brio, cet excellent style, cette sûreté, ces har- diesses [d'archet qui rendent notre école de violon si belle et lui assignent un rang si élevé dans l'enseignement du Conservatoire. Le jeune artiste a exécuté encore avec une grande pureté et un grand charme le quatuor op. lh de Beethoven; il a joué simplement sa partie ; il y a trouvé l'expression convenable, chaleureuse ; il n'a rien outré, pas même l'importance du premier violon, et il a satisfait aussi pleinement ses auditeurs dans cet admirable ouvrage , que dans les capricieuses fantaisies de ses deux soli. La soirée a été bonne pour le brillant violoniste qui, depuis l'année dernière, a encore gagné en vigueur et en variété de style. Mme Szarvady a captivé l'admiration de l'auditoire en disant deux pièces de Chopin avec la vérité d'expres- sion qu'elle apporte dans les compositions de tous les maîtres. — M. Adolphe Fétis n'a fait entendre à son concert que deux courtes et gracieuses pages de sa composition. La Légende des siècles, chant sans paroles, a été exécuté sur l'harmonium par l'auteur avec beau- coup de charme et un excellent style. S'il a emprunté le titre à un grand poète, il n'a emprunté à personne l'élégance des mélodies et les finesses de l'harmonie. Malgré une exécution presque défectueuse, l'air de son opéra-comique inédit, ÏOnch Tranchard, a paru bien fait et spirituellement écrit. Quand donc les chanteurs, si privilégiés déjà par la nature, comprendront-ils qu'un bon musicien est mainte- nant chose assez commune et que, seuls, ils ne sauraient être dis- pensés des études que font bien plus longues et bien plus difficiles encore les compositeurs et les instrumentistes? Géraldy, qui chante toujours avec tant d'esprit et de sensibilité, a fait un plaisir extrême ; et il eût été à désirer que les œuvres de M. Adolphe Fétis eussent pu avoir un semblable interprète. Mme Marie Pleyel a dit un adagio de Hummel avec une éloquence qui n'appartient qu'à elle. La célèbre artiste possède à un degré sin- gulièrement rare une qualité qui, dans les inextricables difficultés de la musique moderne, est incomparable : elle ne perd jamais de vue le point mélodique ; elle le fait briller, au contraire, dans la foule des traits, comme si une seule voix, plus puissante que les autres, domi- nait sur tout le chœur qui l'accompagne, la soutient et l'embellit. Il a suffi à Mme Pleyel de jouer la Truite, si bien et si délicatement ornée par Stephen Heller, et la Fileuse, de Litolff, pour obtenir un véritable triomphe. — Incontestablement, M. Camille Saint-Saens est l'un des meilleurs talents, l'un des meilleurs fruits que puisse donner une école. Quoi- que jeune, il compose depuis longtemps ; mais après avoir vite conquis l'estime des artistes, il n'a guère fait de chemin dans l'opinion publi- que. Tout le monde vous dira, pour l'avoir lu ou entendu quelque part, que M. Saint-Saens est un artiste sérieux, instruit; mais nul ne vous jouera ses œuvres. 11 y a comme cela, à Paris, une dizaine de jeunes musiciens dont chacun ne parle qu'avec une certaine gravité, et que le public ne connaît pas et ne connaîtra peut-être jamais. On le sait, M. Saint-Saens joue toujours magistralement ; c'est un pianiste classique dont le talent est grand, quoique un peu froid et un peu sec. Ses œuvres ont été interprétées par lui et par MM. Dorus, Leroy, Achille Dien, Armingaud, Lapret, Lalo, Jacquart et E. Lubeck. Rien de tout ce que peut prêter une magnifique exécution n'a donc manqué au compositeur, et pourtant nous ne saurions louer cette musique sans réserve. Si elle est toujours intéressante, si elle captive l'esprit elle est rarement belle et émouvante. L'harmonie, d'une sévère cor- rection et parfois d'une grande hardiesse, n'est guère limpide : ce ne sont que dissonances, retards et recherches de toutes sortes. Nous en signalons l'abus, parce qu'il nous semble qu'on n'a recours à toutes ces coquetteries de forme que lorque la pensée n'est ni assez large, ni assez passionnée, ni assez franche pour marcher un peu plus librement, et se montrer un peu plus simplement vêtue. Dans le quintette, dans les duos pour piano et harmonium, dans la fantaisie pour clarinette, dans le concerto pour violon, dans la tarentelle, etc., il y a tout le talent qu'on peut souhaiter; il yen a même peut-être trop. Si M. Saint-Saeifc pouvait joindre aux qualités qui étincellent dans son style ce quelque chose qui restera le secret de la pensée, de la passion et de la nature, nous comp- terions assurément au lieu d'un compositeur plein de mérite, un grand compositeur de plus. Toutefois mardi, à la soirée musicale qu'il donnait dans les salons Erard, il a obtenu et devait obtenir beaucoup de succès. — Au deuxième concert de Louis Lacombe, on a entendu plu- sieurs des jolies compositions qu'on avait applaudies au premier, no- tamment des fragments de l'Amour pleins de chants heureux, frais et finement harmonisés. Comme pianiste, Lacombe n'est plus discuté; nul ne songe à lui contester un mécanisme savant et étudié, un style pur, agrandi par une longue fréquentation des vieux maîtres. 11 est difficile de mieux rendre qu'il ne l'a fait toutes les beautés de la sonate en la de Beethoven, tout le caprice, toutes les fougues, toutes les difficultueuses combinaisons d'une étude et d'une Kapsodie hongroise, de F. Liszt. Mais comme compositeur, et malgré ses succès, peut-être n'occupe-t-il pas encore toute la place qui lui est due. En écoutant son trio en la mineur, où le violon de M. Kœmpel a ravi l'auditoire, sa fantaisie dans le genre hongrois, — tous les genres sont bons, hors un seul que Lacombe se garde bien de traiter, — on a pu voir que l'auteur ne manquait ni de science, ni d'inspiration, ni d'initiative. Dans cette fantaisie à deux pianos, l'auteur et Emile Forgues, c'es'.-à- dire quatre mains des plus habiles, se sont fait applaudir avec une chaleur méritée autant par leur style que par le brio de leur exécution. Une des plus jolies mélodies qu'ait écrites Lacombe est sans contredit celle qui lui a été inspirée par une pièce d'Uhland : le Château près de la mer. La musique, pleine de charme et de mélancolie, s'ac- DE PARIS. lij} corde merveilleusement avec les paroles et transporte l'imagination dans les temps de rêveuse et naïve poésie. Mlle Stella Co'.as a dit avec beaucoup de sentiment un monologue de Méry, et la Fiancée du timbalier, de Victor Hugo. — M. Hans Seeling a fait entendre, dans les salons Erard, ses com- positions pour piano. Il les a exécutées en musicien élevé à bonne et sérieuse école et elles ont été fort goûtées, moins cependant que ne le méritent leurs qualités de style. Le travail en est excellent, mais l'auteur se complaît peut-être trop longtemps dans la même idée ; il la retourne en tous sens, il l'épuisé et ne se décide à la quitter que quand elle a passé par toutes les marches d'harmonie, toutes les mo dulations, qui, si elles offrent de l'intérêt, ne sont pas sans monotonie pour ceux qui veulent plus d'élan, de passion et une plus grande abondance mélodique. Quoi qu'il en soit, M. Seeling est un pianiste, un musicien de beaucoup de talent; il a l'élégance et la forme, le fond se colorera. Si ses œuvres n'ont pas les grâces séduisantes, les coquetteries de jolies et pimpantes petites pièces qu'on publie chaque jour, elles ont de la pureté et de l'élévation; elles prouvent de bonnes études, une organisation fine, délicate et distinguée qui aspire aux choses durables et qui est tout imprégnée du parfnm des maîtres. Il serait difficile de dire combien de fois nous avons entendu cet hiver, dans les concerts et dans les salons, l'air de l'Ombre, du Pardon de Ploêrmel. Cette page, l'une des plus fraîches et des plus exclusivement mélodiques qu'ait écrites l'illustre maître, est vite de- venue la favorite de toutes les cantatrices. Elles imitent le mieux qu'elles peuvent la grâce incomparable, les vocalises de Mme Cabel. A son tour Mlle Baretti l'a chantée à ce concert et y a obtenu beaucoup de succès. Adolphe BOTTE. Concert de Mme Gaveaux-Sabatier. — Une opérette de IKSle Tliys. — Msne Sievers. Mardi, à la salle Herz, Mme Gaveaux-Sabatier donnait son concert annuel. Il y avait beaucoup de monde. Le programme était fort riche, trop riche même ; car la première partie comprenait neuf morceaux, la deuxième, un petit opéra, et la troisième, des chansonnettes. Comme il ne fallait pas moins de quatre heures pour exécuter tout cela, il eût été rationnel de commencer à 8 heures pour finir à minuit, ce qui aurait été déjà suffisant ; mais les concerts se sont mis sur le pied de lutter avec les théâtres, et c'est à qui finira le plus tard ; aussi la soirée de Mme Sabatier n'ayant commencé qu'à 9 heures, minuit sonnait sur le finale de l'opérette. Ceux des auditeurs qui ont tenu à en avoir pour leur argent et à entendre les chansonnettes de M. Castel, ont dû rentrer chez eux à 1 heure du matin. Nous ne saurions trop nous élever contre cette coutume qui fait d'un plaisir une fatigue, et, dans l'intérêt même des donneurs de concert si nombreux aujourd'hui, nous devons leur dire que deux heures de musique, si bonne qu'elle soit, sont une mesure raisonnable, et qu'en persistant dans la voie où ils sont entrés, ils finiront par jouer ou chanter dans le désert. Nous sommes d'ailleurs étonné que les propriétaires des salles, à la charge desquels est l'éclairage et dont les frais augmentent en raison de la durée, ne soient pas les premiers à la limiter, et surtout que la police qui soumet les théâtres à l'obligation de finir à minuit, n'impose pas la même règle aux salles de concert. Nous croyons que tout le monde y gagnerait, et la partie du public qui se montre exacte n'aurait pas du moins à souffrir de l'inexactitude de celle qui se fait attendre. Sur les neuf morceaux de la première partie, trois étaient consacrés au violon et exécutés par Lecieux. On eût pu sans inconvénient en retrancher deux ; l'instrument de cet artiste, au talent duquel nous rendons d'ailleurs justice, n'était pas en voix ce soir-là, et nous ne l'avons retrouvé lui-même que dans la fantaisie qu'il exécutait pour la première fois. Mlle Joséphine Martin et Alexandre Batta, la première dans un menuet et dans l'Ouverture des chasses, le second dans les Souvenirs de Gluck, fantaisie pour le violoncelle, ont fait un très- grand plaisir et ont été parfaits; c'est, au reste, leur habitude. Mme Sabatier était arrivée souffrante et n'a pu chanter qu'un morceau ; son partenaire fidèle et dévoué, Jules Lefort, qui avait réclamé pour elle l'indulgence, l'a valeureusement suppléée en chantant avec sa voix sympathique deux chansons remarquables de Membrée, Page, écuijer, capitaine et Chanson d'amour ; il a dit de plus une scène de Mme Clémentine Batta, la Vision du Dante, accompagnée par Batta, et qui a été fort goûtée. Après une bonne demi-heure d'entr'acle consacré à la pose d'une décoration dont l'utilité ne nous a pas semblé bien démontrée, la Perruque du bailli a commencé. C'est une paysannerie. Louison, jeune orpheline, attend un mari du choix de sa tante ; ce mari sera Mathu- rin, fermier peu dégourdi, mais qui aime considérablement Louison, à laquelle, sous un prétexte délicatement trouvé, il a déjà donné l'hé- ritage de son oncle le bailli dont il n'a conservé que la perruque. Seulement il s'agit de se faire agréier, comme il dit, et la chose n'est pas facile, car Louison a été éduquée et il s'en faut que lelangage et les manières de Mathurin répondent au ton de la jeune fille. On a répété souvent à Mathurin, en lui parlant de son oncle le bailli, qu'il y avait beaucoup d'esprit sous sa perruque ; prenant la chose à la lettre il s'imagine qu'en s'affublant de cette perruque elle lui inspirera le cou- rage et lui suggérera les belles paroles qui peuvent toucher le cœur de son amoureuse. L'épreuve ne lui réussit pas précisément, mais elle amène une explication qui apprend à Louison tout ce qu'elle doit au bon cœur et à la tendresse de Mathurin, et elle comble ses vœux en l'agréiant pour mari. Les paroles et la musique de ce petit opéra de salon sont de Mlle Thys qui compte déjà plusieurs succès dans ce genre. On peut reprocher à la Perruque du bailli un peu de langueur dans l'action qui manque de mouvement et de vivacité; mais le dialogue en est naturel et semé de mots heureux. L'exécution musicale s'est un peu ressentie de l'indisposition de Mme Sabatier qui a dû passer son air principal ; la partition s'est donc réduite pour nous à quatre ou cinq morceaux, et nous devons dire qu'ils se distinguent par une cou- leur villageoise bien saisie ; la romance chantée par Mathurin a du charme et de la sensibilité ; les couplets-ronde entre ce dernier et Louison et qui sont heureusement ramenés à la fin de l'ouvrage, ont une allure franche et naturelle; le duo de la déclaration est bien en situation ; il a été fort applaudi et méritait de l'être. En somme c'est un nouveau succès pour Mlle Thys qui travaille sérieusement à s'ou- vrir les portes de nos théâtres lyriques. M. Biéval a joué avec beau- coup de rondeur et chante avec expression le rôle de Mathurin. Mme Sabatier, que le temps semble oublier dans sa course destruc- trice, s'est montrée charmante comédienne et a chanté de manière à faire regretter l'air qu'elle a cru devoir passer. — Jeudi, 12 avril, a eu lieu, dans la salle Pleyel-Wolff, le concert de Mme Sievers. Quoiqu'il n'eût pas été annoncé, ce concert avait réuni une société nombreuse, élégante et choisie, et ce qui est assez rare, même à Paris, une société de dilettantes éclairés. Le ta- lent éminent de Mme Sievers, comme organiste, a été trop bien ap- précié dans notre journal même par le plus compétent des juges, M. Fétis, pour que nous ayons autre chose à faire qu'à répéter ses éloges; une élégance achevée, un goût infaillible, un sentiment exquis, une méthode parfaite ne sont pas les seules qualités de Mme Sievers ; elle a joué sur l'orgue un morceau inédit de sa composition qui a produit la plus profonde impression. Mme Sievers, qui réunit plu- sieurs talents, a chanlé, en s'accompagnant sur son instrument de prédilection, plusieurs morceaux avec un style où se reconnaissait évidemment l'artiste consommée. Le programme annonçait plusieurs morceaux chantés par Mlle la Morlière qui, attendue jusqu'au dernier 144 IlEVUE ET GAZETTE MUSICALE moment, n'a pas cru devoir se présenter. Dans un joli trio de Ni- colo, que le public a rarement l'occasion d'entendre, Mme Sievers s'est chargée à l'improviste de la partie que devait chanter Mlle la Morlière, et elle l'a chantée de manière à ne pas laisser aux audi- teurs le moindre regret au sujet de l'artiste absente. M. René Douai, l'excellent violoncelliste dont la place est marquée depuis longtemps dans le inonde arliste, M. Pagans, l'élégant ténor, et l'un des élèves les plus distingués de Mme Sievers, M. de V..., qui a fait preuve d'un vrai talent, ont partagé avec Mme Sievers les fa- tigues et les honneurs de la soirée. S. D. Mardi, 10 avril, les deux théâtres Italiens de Londres ont ouvert leurs portes au public. Le théâtre de la Reine, sous la direction de M. Smith, donnait Maria, de M. de Flotow; Giuglini remplissait le rôle de Lionel, Ronconi ce- lui de lord Tristan, et Mlle Titjens celui de lady Henriette. Le ballet de Fleur des champs, de Massot, terminait le spectacle. Le dernier chef-d'œuvre deMeyerbeer (ilPelegrinaggio), le Pardon de Ploënnel, avait été choisi par M. Gye pour l'ouverture du théâtre de Covent-Garden. Un grand attrait de curiosité s'attachait à cette représentation, dans laquelle débutait Faure à côté de Mme Miolan- Carvalho et de Gardoni. Ces deux derniers artistes ont retrouvé leur succès de l'an dernier. L'air de la Berceuse , adorablement dit par Mme Carvalho, a été bissé avec enthousiasme. Quant à Faure, voici comment s'exprime sur son compte le journal le Times : « Il signor Graziani a laissé un si bon souvenir de l'exécution de son » rôle comme vocaliste que parterre et loges n'ont point été médiocre- » ment surpris et impressionnés par la voix et le jeu de M. Faure. C'est » un baryton sans rival, même en France ; c'est un acteur consommé. » L'idiome italien, malgré les difficultés qu'il présente à un étranger, » n'a nullement embarrassé M. Faure pendant le cours des représenta- » tions d'hier. Il faut reconnaître tout d'abord qu'il est rare de trouver » réunis physique, organe, intelligence dramatique et élocution parfaite. » Bien que sa prononciation décèle son origine, M. Faure a évité toute •< teinte d'affectation si commune parmi ses compatriotes transplantés » sur notre sol. Chacun a admiré l'aisance avec laquelle il nuançait les » diverses situations de son rôle. Sa bonhomie dans le premier acte, » son attitude pendant que Dinorah dessille les yeux de sa dupe, son » repentir et son désespoir au troisième acte, nous ont donné la mesure » du comique parfait et de la sensibilité vraie dé l'artiste interprêtant » la pensée de Meyerbeer et s'élevant à sa hauteur. Aussi M. Faure a-t-il » produit une profonde et heureuse impression sur toute la salle. On » lui a redemandé en masse le Sei vendicata assai, qu'il a répété avec » une aisance parfaite et un sentiment admirable. Le triomphe de » M. Faure est complet. Et si, dans les rôles qui lui reviennent, nous le » retrouvons tel que nous l'avons vu hier, facile, naturel, parfait, nous » constaterons que depuis bien des années l'Opéra-Italien n'a fait une » aussi précieuse acquisition. » Le Pardon de Ploêrmel a été donné pour la seconde fois jeudi avec le même succès. Au théâtre de Sa Majesté, le jeudi, Mme Borghi-Mamo a fait son apparition dans la Favorite; la célèbre cantatrice a obtenu un im- mense succès dans ce rôle qui est peut-être le plus beau de son répertoire. A propos des engagements faits cette année par les deux théâtres rivaux, le Musical World fait remarquer que c'est l'élément étranger qui domine dans les deux troupes soi-disant italiennes. En effet, à Covent-Garden, Mme Miolan-Carvalho, Mme Nantiée-Didier, Faure et même Tagliafico sont Français ; Zelger est Belge, et Mme Czillag, primo-contralto, est Allemande. Au théâtre de Sa Majesté, la prima- dorraa assoluta, Mlle Titjens, est Allemande, et Mme Marie Cabel, Mlle Marie Brunet, Gassier, Everardi (Everard) et Vialetti (Vialette) sont Français. REVUE DES THÉÂTRES. Gymnase : Jeanne qui pleure et Jeanne qui rit, comédie en quatre actes, par MM. Dumanoir et de Kéraniou. — Variétés : les Amours de Cléopâtre, vaudeville en trois actes, par MM. Marc-Michel et Delacour. — Palais- Royal : Un bal sur la tête, vaudeville de MM. Si- raudin et V. Bernard. Nous ne sommes pas de ceux qui font un crime aux pièces de leurs ressemblances avec d'autres, surtout lorsque le temps a passé sur ces dernières et les a fait presque oublier. Le public se préoc- cupe fort peu de ces sortes de choses, et pourvu qu'une scène l'amuse, il ne se demande pas si elle a amusé une précédente génération. 11 est bien entendu que nous ne parlons ici que d'analogie, et non pas de plagiat. Encore faut-il faire une restriction â propos des ouvrages dramatiques qui, bien que déjà anciens, sont cependant restés cé- lèbres. Ainsi, que la nouvelle pièce du Gymnase, Jeanne qui pkure et Jeanne qui rit, emprunte ses principales situations à Théobald, qu'on ne voit plus depuis longtemps sur l'affiche, nous n'y trouvons pas un bien grave inconvénient ; mais il existe au Théâtre-Français une seconde édition de Théobald, qui se joue toujours, et pour les spectateurs qui viennent d'applaudir la Joie fait peur, la comédie de MM. Dumanoir et de Kéraniou perd peut-être un peu de son attrait. Néanmoins, nous devons convenir qu'elle est faite avec assez d'ha- bileté pour effacer en partie ce désavantage. Ce qui lui donne d'ailleurs un certain air de nouveauté, c'est l'opposition très-adroitement présentée et très-heureusement soutenue du caractère de Jeanne quiritel de celui de Jeanne qui pleure. Comme on le pense bien, ce double titre ren- ferme une contre-vérité qui amène des situations pleines de surprises et de larmes. Le colonel Rey est tombé sur un champ de bataille quel- conque en Afrique ; un jeune chirurgien, son ami, s'est chargé de remettre à sa famille des papiers importants qu'il lui a confiés avant de mourir. Lorsque ce jeune homme se présente pour s'acquitter de sa mission, il trouve la veuve et la sœur du colonel, qui forment l'en- tourage de sa vieille mère aveugle, le rire aux lèvres et le plaisir en tète. Indigné d'une pareille sécheresse de cœur, Maurice Borel s'éloigne de ces deux femmes, et se rejette du côté d'une autre veuve, Jeanne Vanneau, inconsolable de la perte récente de son mari. Renonçant à la sœur du colonel qu'il devait épouser, il porte ses vues sur celte veuve modèle. Mais le notaire de la famille Rey lui ouvre les yeux, et lui fait comprendre que, sous cette joie factice qui a pour but de ca- cher la mort du colonel à sa vieille mère, se cache une douleur poignante, tandis que la tristesse de Jeanne Vanneau n'est qu'une in- digne comédie. Le retour des deux maris ressuscites offre à Maurice Borel l'occasion de se convaincre que le notaire lui a dit vrai, et il re- tourne définitivement à la sœur de son ami. Le dernier acte de cette pièce, remarquablement joué par Mme Rose Chéri et par Mlle Victoria, en a décidé le succès et a fait pardonner toutes les réminiscences dont nous avons parlé et auxquelles nous ajouterons Lady Tartufe, de Mme de Girardin. Le personnage de Maurice Borel est interprêté par un débutant du nom de Desrieux qui a commencé h la Porte-Saint-Martin et qui nous semble beaucoup mieux placé au Gymnase. — Savez-vous comment on se débarrasse d'une maîtresse? M. Léon Gozlan nous l'a appris dans une nouvelle qui porte ce titre et dans une petite comédie intitulée la Fin du roman. La même solution sert de dénouement aux Amours de Cléopâtre, vaudeville en trois actes, qui fait en ce moment recette au théâtre des Variétés. L'Antoine de cette Cléopâtre se nomme Gulistan; il est sur le point d'entrer en ménage avec la fille d'un ancien marchand de bouchons ; mais DE PARIS. 145 Cléopâtre a découvert la trahison de son amant, et elle s'acharne si bien après lui qu'elle finit pas faire manquer ses projets d'établisse- ment et par le confisquer à son profit ; d'où il résulte que Gulistan ne parvient à se débarrasser de sa maîtresse qu'en l'épousant. Trois actes sont peut-être bien un peu longs pour cette donnée légère ; le public a même failli donner son opinion à cet égard d'une manière fâcheuse ; mais les vives et coquettes séductions de Mlle Alphonsine ont conjuré l'orage, et tout fait supposer que son union avec Gulistan sera longue et fortunée. — Les tribulations d'un auteur dramatique qui va se loger au fond du Marais pour travailler plus tranquillement, et dont les belles réso- lutions sont contrariées par une soirée bruyante qu'on donne à l'étage supérieur, tel est le sujet de la petite pièce que le Palais-Royal appelle Un bal sur la tête. L'accueil favorable qu'elle a reçu lui présageait un bon nombre de représentations qui sont provisoirement entravées par une maladie de Gil-Perès, mais il y a tout lieu d'espérer que, sous très-peu de jours, cet excellent artiste sera rétabli, et qu'Z7« bal sur la tête reprendra sa place à côté de la Sensitive, dont le succès n'est pas près de se ralentir. D. A. D. SAINT- YVES. NOUVELLES. **„. Au théâtre impérial de l'Opéra, la représentation des uguenots, donnée lundi dernier, a offert aux deux artistes principaux, Gueymard et Mme Barbot, l'occasion d'obtenir un nouveau succès dans les rôles de Raoul et de Valentine. Belval et Cazaux, dans ceux de Marcel et de Saint- Bris ; Mlles Hamakers et Delisle, dans ceux de la reine et du page Ur- bain, ont aussi mérité des bravos. — Le Comte Ory et les Elfes compo- saient le spectacle de mercredi. Vendredi, on a donné Guillaume Tell. *** Les représentations de Pierre de Médicis sont toujours arrêtées par la maladie de Mme Gueymard-Lauters. On espère cependant qu'elle pourra reprendre son rôle la semaine prochaine. »% Les sœurs Marchisio sont arrivées et elles sont déjà en possession de leurs rôles dans Sêmiramis ; la langue française leur est très-familière et les études vont marcher très-rapidement. Il y a même tout lieu de penser que les chanteurs seront prêts avant les décorateurs; car aucune recherche n'a été omise pour mettre ces derniers à même de nous montrer l'antique Babylone dans toute sa splendeur. Le rôle d'Assur est confié à Obin. *** Mlle Marie Sax a eu l'autre semaine, à l'Opéra, une audition qui lui a été favorable. **„, L'arrêté ministériel relatif au diapason normal sera mis en exécution à l'époque où la Sêmiramis doit être représentée. *** Le Pardon de Phérmel, joué mardi, a fait 5,500 fr. de recette. Mme Cabel y a déployé sa vocalisation prodigieuse : Troy, Sainte-Foy et Barrielle ont eu leur part accoutumée dans les suffrages que le public n'é- pargne pas. *% Maintenant que le Roman d'Elvire, le charmant opéra d'Amb. Tho- mas, a repris sa marche régulière, le public peut se convaincre que depuis longtemps on ne lui avait donné une comédie lyrique aussi amusante et une musique mieux appropriée au sujet. Aussi le succès grandit-il à chaque représentation. »% Une indisposition assez sérieuse oblige en ce moment Couderc à s'éloigner de la scène. Le rôle qu'il devait jouer dans le Château- -Trom- pette sera rempli par Mocker. On annonce l'ouvrage pour l'un des der- niers jours de la semaine. *** Le privilège du théâtre Lyrique, qui devait expirer au mois de février 1861, avait été récemment renouvelé au profit de M. Carvalho, et prolongé jusqu'au mois de février 1867. M. Réty a donc un peu plus de six années d'exploitation assurées par l'acte officiel. „% Mlle Mari mon passe du théâtre Lyrique à celui de l'Opéra-Co- mique. *% On annonce que le traité passé entre la ville de Paris et l'entre- preneur chargé de la construction des deux théâtres de la place du Châtelet, c'est-à-dire du théâtre Impérial (ancien Cirque) et du théâtre Lyrique, vient d'être approuvé par l'autorité supérieure. Aux termes de ce traité, et moyennant une somme de 4,300,000 fr., l'entrepreneur doit, dans un délai de dix-huit mois à partir du jour où le terrain lui sera livré, avoir terminé les deux théâtres, non-seulement comme maçonne- rie et couverture, mais comme décoration inférieure. En un mot, à l'expiration des dix-huit mois, les deux salles doivent être ouvertes au pu- blic. **,„ Le Faust, de Gounod, joué récemment à Strasbourg avec un très- grand succès, a été représenté cette semaine à Rouen. Le compositeur assistait au spectacle et a dû repareitre, ainsi que M. Halanzier, le di- recteur, après la chute du rideau. „% Vendredi 27 aura lieu au théâtre Italien une représentation ex- traordinaire qui doit vivement piquer la curiosité publique. Le Théâtre des Bouffes-Parisiens donnera Orphée aux enfers, de Jacques Offenbach , avec les chœurs et l'orchestre des Italiens, et la danse de l'Opéra pour le tableau final des Enfers. Les comédiens français donneront une des plus charmantes pièces de leur répertoire; un pas dansé par deux artistes de l'Opéra complétera cette représentation, une des plus attrayantes que l'on ait donnée depuis longtemps. Mardi 17, aux Bouffes-Parisiens, pre- mière représentation du Petit Cousin, paroles de MM. Rocliefort et Deu- lin, musique de M. le comte Gabrielli. *% Par arrêté en date du 1 de ce mois, S. Exe. le ministre d'Etat a nommé M. Ernest Mocker, l'excellent artiste et régisseur du théâtre im- périal de l'Opéra-Comique, professeur de la classe d'opéra-conrque au Conservatoire, en remplacement de M. Moreau-Sainti, décédé. C'est un choix que le public approuvera d'une voix unanime. *** C'est aujourd'hui dimanche, à une heure, qu'aura lieu la première séance de l'école spéciale de chant dirigi'e par G. Duprez. On y exécu- tera/canne d'Arc, opéra inédit de sa composition, en trois actes et six tableaux, avec chœurs, orchestre, décors et costumes. *** Si Mlle Balfe n'a pas contracté d'engagement avec le théâtre de Saint-Pétersbourg, il y a pour cela un excellent motif. On annonce que la jeune cantatrice vient d'épouser sir John Cramplon, ambassadeur d'Angleterre à Saint-Pétersbourg, âgé de cinquante-trois ans, et qui lui a immédiatement fait don d'une inscription de rente au capital de 1,250,000 fr. (50,000 liv. st.) *** Notre sœur d'Italie, la Gazzetta musicale de Milan, nous reproche avec une aigreur peu fraternelle une de ces erreurs qui se commettent et s'excusent si facilement dans les journaux. Au lieu de dire, ce qui est très-vrai, que l'ouverture du Pardon de Ploërmel avait été exécutée deux fois de suite à Elorence, au théâtre de la Pergola, nous avons dit à la Scala, ce qui est un crime irrémissible. Notre confrère croit-il donc que nous ne sachions pas distinguer les deux théâtres? Nous faisons mieux, et nous souhaitons sincèrement qu'en fait d'ouvertures la Scula ne soit jamais plus malheureuse que la Pergola. „*,, Le célèbre ténor Bordas vient de donner avec Mme Laget-Plan- terre des représentations très-brillautes et très-suivies à Nancy et à Metz; c'est surtout dans Robert le Diable que Bordas se montre avec le plus d'éclat. Les deux artistes sont attendus à Strasbourg, d'où ils reviendront à Nancy, où le directeur les redemande encore. „.*„. Le concert donné hier à l'Hôtel de ville a été très-brillant. Mlle Monrose et Montaubry y ont chanté, la première son grand air du Roman d'Elvire; le second sa délicieuse romance du même opéra. Alard a exécuté sa belle fantaisie sur la Muette, et l'orchestre de Pasdeloup s'est signalé par la manière dont ii a rendu l'ouverture de Struensée, de Meyerbeer. „*, Une grande solennité, d'un genre tout à fait neuf, se prépare en ce moment, et s'accomplira', selon toute apparence, vers la fin du mois. Il s'agit non-seulement d'un concert, mais d'une suite de concerts destinés à se perpétuer d'année en année, c'est-à-dire d'une véritable institution musicale, qui aura pour fondateur un de nos compositeurs les plus distingués, M. Beaulieu, de Niort, correspondant de l'Institut, à qui nous devons déjà la grande association musicale de l'Ouest. D'après le vœu du fondateur, ces concerts seraient destinés à faire entendre de la musique vocale des grands maîtres que l'on n'exécute pas ordinaire- ment en public, parce que l'on craint que son influence ne soit pas assez attractive, Cette musique serait puisée dans toutes les écoles, ainsi que dans tous les genres , et rien ne manquerait de ce qui est humaine- ment possible à la beauté de son exécution. Aujourd'hui nous n'entre- rons pas dans de plus longs détails : il nous suffit d'avoir indiqué la pensée première qui dirige M. Beaulieu dans sa noble entreprise; bien- tôt nous aurons l'occasion d'y revenir et de nous expliquer avec plus d'étendue sur le projet même et sur les moyens employés pour le réaliser. „'*., Le jeune et célèbre violoniste Becker est depuis peu de temps à Londres. Déjà il a été appelé à Windsor, et il a eu l'honneur de jouer devant Sa Majesté qui a daigné le féliciter elle-même. La Société philhar- monique l'a engagé pour la saison comme premier violon solo. En outre, on raconte que le lendemain d'un concert donné à Saint-James-IIall, où Cecker avait joué la sonate de Beethoven, dédiée à Kreutzer, un riche amateur de musique lui écrivit une lettre des plus flatteuses pour le prier d'accepter un violon magnifique, comme témoignage de la vive admiration qu'il professe pour son talent. t*t Une très intéressante solennité a eu lieu à Saint-Eustache jeudi dernier, à l'occasion de l'inauguration des grandes peintures faites dans cette église. S. Em. le cardinal-archevêque de Paris, M. le sénateur préfet de la Seine, MM. les membres du conseil municipal de la ville de Paris et de la commission des beaux-arts assistaient à celte cérémonie. A cette fête des arts, la grande et belle musique n'a point été oubliée. Pendant le le Deum et la distribution des médailles aux artistes peintres par M. l'abbe Simon, curé, M. Edouard Batiste, professeur au Conserva- 146 REVUE ET GAZETTE MUSICALE toire, organiste de la paroisse, a exécuté avec une grande perfection des pièces d'orgue de Frescobaldi, Haendel, J.-S. Bach et Couperin, dont les médaillons ornent l'admirable buffet d'orgue que M. Baltard, architecte, a dessiné et fait construire pour Saint-Eustache. Cette solen- nité s'est terminée par un salut solennel à grand orchestre. M. Tam- berlick a chanté de la manière la plus remarquable un motet, Domine Deus, de M. Bonetti. „% Le jour de Pâques, une messe à grand orchestre de M. Peny, professeur de chant dans les écoles communales de la ville de Paris, a été exécutée à l'église Sainte-Marguerite. Cette œuvre renferme de bonnes parties. L'orchestre et les chœurs ont marché avec beaucoup d'ensemble, grâce à l'intelligente et habile direction du maître de cha- pelle de la paroisse, M. Charles Bleuse, dont le talent d'organiste est très-remarquable. „% Mansour, pianiste égyptien, donne un concert le 28 avril, salle Pleyel ; il y fera entendre des œuvres de sa composition, et entre autres un trio pour piano, violon et violoncelle, avec Herman et René Douay. Mme Cabel veut bien lui prêter son concours. „*„ L'empressement manifesté par le public pour les deux concerts de M. G. Jacobi ont déterminé le jeune violoniste à en donner un troisième qui aura lieu le 21 de ce mois dans la salle Beethoven, avec le concours de M. Marochetti et de Mlle Baretti. *% Le jour de Piques a été fêté d'une manière splendide à l'église de Neuilly. L'excellent directeur du chant, M . l'abbé Boyer, a fait exé- cuter la messe en fa de Mozart avec une précision remarquable. La jolie voix de ce jeune prêtre a été particulièrement distinguée dans plusieurs solos. M. Hess touchait le grand orgue, et M. Martin, l'orgue d'accompagnement . #%Lundi23 avril, à 8 heures du soir, aura lieu, dans lasallellerz, le con- cert de Mlle Bochkoltz-Falconi,. qui, outre plusieurs morceaux classiques, y fera entendre les brillantes variations composées pour elle par G. Héquet, et quelques-unes des mélodies de sa composition qui viennent de paraître chez l'éditeur Maho Le concours de la Société chorale Teutonia, sous la direction de VI. Jules Offenbach, ainsi que celui de MM. Ch. Lebouc , Kruger et Chaîne, assurent un grand intérêt à cette soirée, dont nous donnerons le programme. *** ' a matinée annuelle de notre excellent contre-bassiste, A. Gouffé, aura lieu mercredi prochain, 18 avril, dans les salons Pleyel-Wolff. Voici le programme de cette intéressante séance : 1° Quintette de Mozart, pour 2 violons, y altos et violoncelle, exécuté par MM. Rignault, Guerreau, Casimir-Ney, Adam et Lebouc; 2° Fragments d'un quintette de M. Adolphe Blanc, pour piano, flûte, clarinette, cor et basson, exécutés par Mme Maltmann, MM. Brunot, Rose, Mohr et Jancourt; 3° Adagio en sol de Franchomme. exécuté par M. Lebouc; A° Andante et finale du 26e quin- tette d'Onslow, pour 2 violons, alto, violoncelle et contre-basse, exécutés par MM. Guerreau, Rignault, Casimir-Ney, Lebouc et Gouffé ; 5° Sicilienne composée et variée, pour la contre-basse, exécutée par M. Gouffé ; 6° Frag- ments d'une sonate pour piano et cor, exécutés par Mme Mattmann et M. Mohr; 7° Andante et finale d'un quatuor de Haydn, pour 2 violons, alto et violoncelle, exécutés par MM. Rignault, Guerreau, Casimir-Ney et Lebouc ; 8° Fragments d'un quintette de Beethoven (le septuor), exé- cutés par MM. Guerreau, Rignault, Casimir-Ney et Gouffé; 9° Solo de piano, exécuté par Mme Mattmann. t*t Le deuxième concert d'Henri Ketten aura lieu demain 1 6, à 8 heures du soir, dans les salons Pleyel. Le jeune pianiste prodige exécutera avec Maurin et Chevillard le grand trio en ré mineur, de Mendelssohn, la Fiteusc, du même; une œuvre posthume de Chopin, etSaltarello, d'Alkan; l'adagio et finale du trio en si bémol, de Beethoven; un concerto ita- lien de Seb. Bach, et la grande marche du Tannhauser, arrangée par Liszt. Maurin jouera la romance en sut de Beethoven et une Rêverie, caprice de Berlioz, pour violon solo. t*t Bruxelles, Anvers et plusieurs autres villes de la Belgique ap- plaudissent en ce moment Gariboldi dont le talent comme flûtiste est des plus distingués, et qui y joint celui d'un compositeur très-gracieux. „*„ 11 vient de paraître une remarquable photographie de MM. Pierre Petit et Trinquart, représentant Roger dans le quatrième acte de la Favorite. La physionomie est d'une admirable expression . **„ Le concert donné par Arban au Casino le Samedi Saint a été très- brillant. Le bénéficiaire y faisait exécuter pour la première fois la Schiller- Marsch, de Meyerbeer, et ce magnifiquemorceau, très-bien rendu par l'orchestre, a produit le plus grand effet. Arban ne pouvait moins faire pour son auditoire que de lui jouer quelque chose sur son instru- ment de prédilection. Le solo qu'il a exécuté sur le cornet à piston a soulevé plusieurs salves d'applaudissements. Un très-grand succès a également accueilli l'exécution du quadrille nouveau qu'il a composé sur le Roman d'Elvire. Il fait on ne peut mieux ressortir les délicieux motifs du nouvel opéra d'Ambroise Thomas, et il a été enlevé avec un admirable entrain. „*„, Le concert au bénéfice de la Société allemande de bienfaisance, organisé par les soins de M. Kruger, aura lieu le samedi soir, 21 avril, à la salle llerz. Les artistes les plus distingués ont bien voulu promettre leur concours à ce concert, qui sera digne de ses aînés. On trouve des billets chez les principaux éditeurs de musique. t% Dans le concert que donnera Mme Caroline de Beaulieu, chez Pleyel-Wolff, on entendra d'abord un quintetto de Reissiger et plusieurs morceaux d'Emile Prudent, qui permettront à l'habile pianiste de dé- ployer son remarquable talent. **„ Le concert de L. B. Brassin a été remis au lundi 16 avril. „*„. L. Bohrer, le célèbre violoncelliste, a passé quelques jours à Paris avant de se rendre au Brésil où l'appelle un très-brillant engagement. j** Un concours pour deux places de premiers violons à l'orchestre du théâtre impérial de l'Opéra-Ccmique aura lieu le 17 de ce mois au dit théâtre, à dix heures du matin. »% Un compositeur de musique, M. F. Couplet, vient de mourir à Paris. *** Le célèbre danseur et mime italien, Segarelli, que nous avons vu débuter dans le Corsaire, à l'Opéra, vient de mourir à Milan d'une atta- que d'apoplexie. Il n'était âgé que de quarante-trois ans. **,: Mlle Luigia Rollandini, prima donna , a péri, en revenant de Bahia à Meranaho, sur le vapeur la Princesse de Joinville; l'embarca- tion sur laquelle était montée cette jeune artiste avec Mme Galli et M. Garcia, a sombré, et tous trois sont tombés à la mer ; ces deux der- niers passagers ont pu être sauvés. Un pauvre pêcheur s'élança dans les flots pour porter secours à Mlle Rollandini, mais lui-même fut victime de son dévouement, et périt laissant une veuve et trois petits enfants. Voici qui peut donner une idée du point où en est la civilisation dans ce pays. Il a fallu faire escorter par des agents de la police le cadavre de l'infortunée cantatrice, pour le soustraire à la rapacité de la populace, qui voulait le dépouiller de ses habits et de ses bijoux. „.** Louis Boehner, connu sous le nom de : le musicien ambulant, est mort à Gotha, le 28 mars dernier, dans sa soixante - quatorzième année. Il était né dans un village du duché d3 Gotha. Boehner a été dans son temps un virtuose - compositeur en renom : de nombreu- ses productions témoignent de son talent. C'était un homme bizarre, jaloux de son indépendance, impatient de toute gène, et qui se plaisait à errer ça et là, au hasard ; il repoussa constamment toute offre qui lui aurait assuré une position en l'enchaînant à un emploi. Dans ses dernières années, Boehner en fut réduit à traverser l'Allemagne à pied, cherchant à se défaire de ses œuvres, qu'il donnait à bas prix pour vivre. *% Un artiste dont le nom restera dans l'histoire de la musique militaire, Joseph-David Buhl, ancien chef de la musique des gardes du corps du roi, vient de mourir à Versailles dans sa quatre-vingtième année. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE * Lille. —Robert le Diable vient d'être remis au répertoire. Le chef- d'œuvre a été très-bien interprété par Mmes Reynaut (Isabelle*, Mahy (Alice), et MM. Chenet (Robert) et Codelaghi (Bertram). — Le Pardon de Ploe'rmel est à sa douzième représentation. Le succès de ce bel ouvrage va toujours croissant et chaque fois qu'on l'entend, ou y découvre des beautés nouvelles. — Alard, le célèbre violoniste, vient de se faire en- tendre clans un grand concert donné au cercle du Nord. Ses fantaisies sur la Muette, le Jrovatore, ainsi que sa deuxième symphonie pour deux violons, exécutée avec son ancien élève, M. Martin, ont été accueillis par d'unanimes applaudissements. — La solennité musicale que nous avions annoncée, il y a quelques temps, a eu lieu à Lille le jour de Pâques à l'église cathédrale Saint-Maurice. La nouvelle messe militaire de M. Watier a été exécutée d'une manière remarquable par toutes les Sociétés chorales de Lille réunies (six sociétés), avec le concours de l'excellente musique des canonniers lillois, habilement dirigée par M. J. Lefebvre. Cette messe, d'une exécution facile, est écrite dans un style large et religieux. La prose liturgique , chose assez rare, y est rigoureusement observée. L'accompagnement est bien adapté au sujet. Cette œuvre religieuse et musicale est écrite pour les musiques de l'ar- mée et pour leur cours de chant choral ordonné par décision ministé- rielle. „% Rouen. — Dimanche, la solennité de Pâques a été célébrée à la cathédrale avec un éclat instrumental auquel les fidèles n'étaient plus habitués depuis bien longtemps. Le grand orgue a retenti dans toute sa puissance de sonorité sous les doigts de M. Klein, qui a su également en faire ressortirtous les effets si heureusement combinés par l'habile fac- teur. !1 y a tels passages que l'on croirait exécutés par des voix humaines. L'illusion ne peut être plus complète. Quant aux autres ressources du magnifique instrument, nous les avons retrouvées mises en œuvre avec beaucoup de tact et de talent dans tous les morceaux de Rinck, d'Haydn et de Lefébure-Wély que M. Klein a exécutés aux différents offices du jour. DE PARIS. 147 „% Rochefort. — Dans un Stabat mater, chanté à la chapelle des Or- phelines de la marine et écrit pour voix de femmes par M. Léon Meneau, on a remarqué, outre le mérite de la composition, le talent avec lequel Mlle Auguin a dit les soli. *** La Rochelle. — L'opérette le Dîner de Madelon, dont la partition est due à la plume exercée d'un de nos compatriotes, a eu plusieurs représentations consécutives et très-brillantes qui n'ont été interrompues que par la clôture de la saison théâtrale. Cette opérette doit être jouée sur plusieurs scènes départementales. *** Nice, 31 mars. — Le concert de Mlle d'Arboville avait attiré une assemblée nombreuse et brillante. C'est une excellente musicienne et une pianiste qui joue également bien tous les genres. Dans la partie vocale, Mme Sanchioli s'est montrée admirable comme toujours : aussi a t-elle été acclamée, rappelée. La séance se terminait par la marche triomphale de Pevny, Guerre et victoire, composition magnifique. Le rhythme en est caractéristique, et le chant qui précède la rentrée du mouvement de la marche est d'un effet saisissant. Mlle d'Arboville a exécuté cette œuvre avec une chaleur entraînante. CHRONIQUE ETRANGERE. ^«Bruxelles.— Le théâtre de la Monnaie joue alternativement le Pardon de Ploërmel et Gustave III, en attendant les Dragons de Villars, de M. Maillart, et Ernani, de Verdi. Ces deux opéras, déjà connus du public, auront été précédés de la Péri, de M. Burgmuller. Ce ballet, qui a été joué pour la première fois sur notre théâtre le 12 décembre 1844, a été revu avec plaisir. — Guillaume Tell a été repris pour le bénéfice de Carman La salle était comble. Wicart chantait le rôle d'Arnold, et Depoitier celui de Walter. De nombreuses ovations ont accueilli Wicart, ainsi que le bénéficiaire.— Pour sa soirée, Depoitier avait choisi Gustave III, et Des- places le Pardon de Ploërmel. „*„ Gand. — Notre saison théâtrale est terminée. L'opéra qui a été joué le plus de fois cette année est le Pardon de Ploërmel, qui a été donné quatorze fois. »% Vienne. — Pour compléter la troupe lyrique italienne, il ne man- que plus que Mme Lafon et Beneventano ; Mmes Lagrua et Naglia, MM. Graziani, Benedetti, Varesi, Fagotti, Fioravanti viennent d'arriver ces jours-ci. La saison allemande est terminée, et les représentations de l'opéra italien vont commencer incessamment. Toutes les loges étant prises, les galeries vont être converties en loges — Dans les salons du prince Paul Esterhazy a eu lieu un concert où se sont fait entendre la cantatrice Mlle Frankenberg, Mlle Fileyet M. Léopold de Meyer, pianis- tes. Ce dernier doit donner son troisième concert dans la première semaine après Pâques. — A propos du 50° anniversaire de ses débuts au théâtre, Mme Haitzinger a reçu des marques nombreuses d'intérêt. De riches présents lui ont été offerts par des personnages de la cour : l'empereur lui a fait remettre une médaille en or; une autre médaille lui a été offerte parle directeur du Burgtheater, M. Laube, au nom du prince régent de Prusse. — La Société philharmonique, qui a pris le nom de Société d'orchestre, a donné une « soirée Mozart », qui a eu beau- coup de succès. .,,*„. Lemberg. — Le 1i mars, nous avons vu sur le théâtre polonais de cette ville— pour la première fois— l'opéra intitulé Flis {le Débardeur), par Boguslawski. La musique se compose presque en entier de mélodies nationales, que Boguslawski a arrangées avec goût, et qu'il a parfaite- ment instrumentées. j*t Francfort. — Franz Messer, qui pendant de longues années a dirigé la Société de Sainte-Cécile et les concerts du Musée, vient de mourir. Messer possédait des connaissances très-étendues; c'était un excellent chef d'orchestre et un excellent homme: il jouissait d'une haute estime parmi tous ceux qui le connaissaient ,j,** Lisbonne. — La représentation au bénéfice de Mme Tedesco a été magnifflque. La célèbre cantatrice avait choisi les Vêpres siciliennes, et plus de deux mille personnes s'étaient donné rendez-vous pour lui pro- diguer yes témoignages d'un enthousiasme fanatique, parmi lesquels figurait le portrait d'une dame de la société portugaise passé dans une bague eu brillants, et accompagné d'une couronne de flsurs artificielles. Les rappels ont dépassé le chiffre 30 pour la cantatrice, et se sont élevés en masse à h~l pour tous les artistes. „% Barcelone, 9 avril. — Alessandro Bettini a débuté ici de la ma- nière la plus brillante dans le Barbier deSéville. L'enthousiasme a com- mencé dès sa cavatine, et la romance : Se il mio nome saper bromate a fait fureur. Même succès dans le duo avec Figaro, etc. L'ouvrage est, du reste, fort bien chanté par Mmes d'Angri, Citagni, Marini et de Gio- vanni. La représentation n'a été qu'un bravo perpétuel. „% Saint-Pétersbourg . — L'approche de la semaine sainte met un terme aux auditions musicales. Elles ont été nombreuses et remarquables cette saison. La direction des théâtres impériaux s'est signalée par quatre concerts monstres, où se sont tour à tour produites la musique classique et la musique de l'avenir. La Société des concerts, sous la direction de M. Lvoff, n'est pas demeurée en reste, et elle a donné, dans la salle de l'Ecole des chantres, quatre belles soirées qui ont été fort courues. Notre célèbre Rubinstein a réuni également, dans son concert et dans une matinée musicale, tout ce que Saint-Pétersbourg compte d'amateurs et d'artistes. — Les sœurs Ferni, après leur beau succès ici, nous ont quittés pour aller cueillir de nouvelles palmes à Moscou. — Il signor Terranova, pianiste distingué et auteur de quelques opéras représentés à Naples, vient d'arriver avec l'intention de les faire jouer sur notre théâtre Ita- lien la saison prochaine. — Un amateur forcené de musique, M. Lazareff, auteur de plusieurs symphonies et oratorios incompris, -vient de distri- buer un factum des plus curieux, destiné à réfuter les violentes criti- ques dont il a été l'objet dans la plupart de nos journaux. Le sublime touche au ridicule; mais nous craignons bien que le colérique maestro ne soit plus près du dernier que du premier. — Ces jours derniers est arrivé àSaint-Pétersbourg Henri Wiéniawski, qui forme avec Joacbim et Vieuxtemps, la trilogie suprême du violon. Henri Wiéniawski vient d'ob- tenir en Allemagne, en France, en Angleterre et en Belgique, un de ces succès auxquels ne peuvent prétendre que les artistes qui sont incon- testablement des maîtres, et qui sont éclatants sans le concours de la bien- veillance banale et de la réclame complaisante. Wiéniawski donnera le mercredi de la semaine de Pâques son premier concert au grand Théâtre. Deux jeunes et gracieuses personnes, deux Italiennes, MlleBitaetCaterina Pallini, celle-ci soprano, celle-là contralto arrivent, elles aussi, de leur mélodieux pays par Constantinople, Odessa, Karkhow, Poltawa etKiew. Partout on les a beaucoup applaudies, partout on leur a dit, sur leur passage : Allez à Saint-Pétersbourg, comme on disait jadis : Essayez d'aller à Corinthe. Elles sont venues bravement, malgré les neiges et le vent qui faisaient si mauvais les longs chemins, et après Pâques, elles con- vieront le public à les entendre et à les juger. S'il faut nous en rapporter à ce que l'on nous écrit, leurs auditeurs n'auront pas besoin d'être ga- lants pour leur faire fête; outre le charme delà physionomie, elles ont, nous dit-on, de belles voix et du talent. S. DDFOCR. LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C% RUE JACOB, 56. Et chez tous les libraires de France et de l'étranger. CIEWS BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE DE MUSIQUE Deuxième éilitSfitii Entièrement refondue et augmentée de plus de moitié, Par F.-tJ. FÉTIS Maître de chapelle du roi des Belges, Directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles. ENVIRON DIX VOLUMES IN-S» DE CINQ CENTS PAGES Paraissant par livraisons lie 48 pn^es chacune, ÎO livraisons par volume. Prix de chaque livraison 80 centimes. Prix de chaque volume 8 francs. (Le prospectus de l'ouvrage se délivre ij affranchie re gratis en s'adressant aux éditeurs par lettre 148 BEVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Ancienne Maison lIEISSONrYIER Paris. — E. GÉRARD et Ce (COMPAGNIE MUSICALE), — 18, rue Dauphine. 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Ave Marin, duo pour soprano et contralto, avec accompagnement de hautbois, ud lib. . . /i 80 U. Ave veruni, solo pour soprano 2 50 5. Ave regina cœlorum, duo pour soprano et mezzo-soprano 3 75 6. Inviolata, duo pour soprano et mezzo-soprano. 3 75 7. O salutaris, pour soprano 3 » 8. A va maris Stella, duo pour soprano et mezzo- soprano 5 » Les huit numéros réunis, 10 fr. net. A. a»ANSEKOîï Prière à Marie, cantique pour basse-taille, bary- ton ou contralto 3 » Le nom de Marie, cantique à deux voix de femmes k 50 Invocation à Marie, cantique à deux voix . . 2 » O salutaris , pour sopranc ou ténor 2 50 A gnus Dei, pour basse-taille, baryton ou contralto 3 » Bencdictus, pour basse-taille, baryton ou contralto 0 » Mon unique espérance, pour soprano ou ténor, avec accompagnement de piano ou mélodium. 5 » Jésus vient de naître, cantique pour deux voix h 50 HOSSIIVI STABAT MATER ET COMPLAINTE A LA VIERGE A quatre voix et chœurs. La grande partition, 100 f.— Les parties d'orchestre, 100 f. LES MORCEAUX DÉTACHÉS AVEC ACCOMP. DE PIANO : . , , .. I Stabat Mater ) - „ 1. introduction. | La vierge en pleurs . . . . j J " 2. Air pour l Cujus animant j 3 7j ténor . . \ La douleur avec son glaive | 3. Duo pour 2 l Qnis est homo ( , -e soprani. . j Où peut être la mesure . . j ' lt. Air pour i Pro peccatis j g ^ basse ou ténor. ( Fruits amers i 5. Chœur et réci- j Elia mater j 3 7- tatif . . . j Source d'amour j ,. ,, , t Sancta mater ( , o. Quatuor. . . j yierge , accorde-moi la grâce| 5 " 7. Cavatine, pour l Fac ut portent j a soprano. . J O cœur noyé ! | 8. Air et chœur J Inflammatus I j n pour soprano { Par la flamme j 9. Quatuor sans ( Quando corpus 1 3 u accompaij. ( Que la croix me justifie. . > io. Chœur final. [ ^^1 Seigneur!! ! \ \ \ * ' La partition format in-4" 25 » La même, format in-8" net. 7 » IIEYERBEEB Sainte Marie, chœur du Pardon de Ploèrmet . . 5 » Pater noster, à quatre voix, du même opéra ... U » PALESTRINA Stabat Mater à 2 chœurs sans accompagnement. 7 50 STADL.ER Deux motets cl tes quatre antiennes à ta sainte- Vierge, à 4 voix avec accompagnement d'orgue 7 50 JOSilUIN DESPREZ Stabat Mater a 5 voix ti 50 M8ARBE Cantique à Marie, chœur à trois voix de femmes 5 ■ VITAL Litanies de ta Vierge, pour soprano avec chœurs 2 50 E. .KIM* O salutaris 3 » FESSA Le Stabat Mater arrangé pour orchestre seul : 1. Stabat Mater. 2. Cujus animant. 3. Pro peccatis, chaque 12 » H. IM\OFK.Î Ave Maria, pour ténor ou mezzo-soprano, avec accompagnement de piano ou orgue 3 » O satutaris, pour ténor ou mezzo-soprano, avec accompagnement de piano ou orgue 3 » KR1K CENTRA BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. OIV S'ABONNE l Dans les Départements et à l'Étranger, cher t les Marchands de Musique, les Libraires, et i Sureaux des Messageries et des Postes. N° 17. REVUE 22 Avril 1860. PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris ?4fr.paron Départements, Belgique et Suisse... 30 •> id* Étranger M " »'f AlirllUlluIi oAA brevets d'invention et de perfectionnement . Instruments Saxomnitoniques. Invention à la- quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con- sacré la plus belle page dans son rapport officiel [Ins- trumenls de cuivre), dont voici de courts extraits : « M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) « La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par et le seulement que peut être résolu le problème d'une justesse parfaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1336.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Rue Lamartine, 22, à Paris. TVfkïOAN II ÏIFD7 Manufacture de IvlAldUH H. nhnù pianos, 48, rue de la Victoire, à Paris. •• A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les su frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28. » Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et Au obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. » A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la bualité du son. ■ {Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) pour paraître prochainement Chez G. Brandus et S. Dufour, 103, rue de Richelieu. A. BRASSIN Transcription pour le Piano du deuxième air varié d'H. Vieuxtemps. Rarcarolle. Sérénade. Grand galop fantastique. Binette. lie Ruisseau, morceau de salon. lie Chant du soir, rêverie. An bord de la mer. Donze études de concert. Publié par G. BRANDUS et S. DUFOUR, 103, rue de Richelieu, au 1". LYRE FRANÇAISE Choix d'Airs d'opéras, Duos, Romances, etc., sans accompagnement, des meilleurs auteurs anciens et modernes. 150 n°'. Edition populaire. Ch., 25 c. OAïiTÏ Ï"FA facteur de pianos. Médaille d'or, Ex- uUUl LIi 1 V position 1849; Médaille de \" classe Exposition universelle 1855. Spécialité de pianos pour l'exportation. Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Expo- sitions, des récompenses méritées par l'excellence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est jus- tement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne laisse rien à désirer sous le double rap- port de la quantité et de la qualité du son. Magasin, rue Montmartre, 161. 1" médaille d'or Exposition nationale française de 1849. DECORATION DE LA LÉGION D HONNEUR Exposition de 1849. MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS FONDÉE A PARIS EN 1843 PAR ÛMOX3>WB BAL 1™ médaille Exposition nationale belge de 1841. DÉCORATION DE LA COURONNE 0E CHÊNE de Hollande (1845). Grande médaille d'or du Mérite de Prusse (1846). «™ médaille d'argent ,_ Exposition nationale française de 18«4. FaCtCUI' (1C M MllISOIl militaire (le I fclliperCliï. -o-3> » id. ÉtruDser 34 » id. Le Journal parait le DiniaDCDC. GAZETTE — ■wv\f\j\f lAAn/w-^- SOMMA1RE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique : le Château-Trompette, opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Cormon et Michel Carré, musique de M. Gevaert, par D. A. B*. Saint- Yves, — Sixième séance de musique de chambre de Maurin et Chevillard ; quintette de M. Fétis. — Concert de Joseph Wieniawski. — Auditions musicales, par Adolphe Botte. — L'Orphéon français à Londres, par llathien de Monter. — Nouvelles et annonces. THEATRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA-COMQUE. 1-E CHATEAU-TROMPETTE, Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Cormon et Michel Carré, musique de M. Gevaert. (Première représentation le 23 avril 1860.) On sait que le Château-Trompette, qui aujourd'hui a disparu pour faire place aux embellissements de Bordeaux, était un ancien fort, conslruit, de même que celui de Hâ, du temps de Charles VII, non- seulement contre les Anglais, mais aussi contre les Bordelais, souvent enclins à la révolte. Il faudrait de bien grands efforts d'imagination pour trouver dans les souvenirs légués par cette forteresse un sujet d'opéra-comique. Aussi MM. Cormon et Michel Carré n'y ont-ils guère songé, et n'ont-ils considéré le Château-Trompette que comme une excellente enseigne à la pièce qu'ils ont faite avec les amours de Mlle Lise et de M. Olivier Bancelin, contrariés par les prétentions du maréchal de Bichelieu. Mlle Lise est de la race perdue de ces jolies grisettes de Bordeaux qui portaient si gaillardement la mule à talons, le jupon court et le foulard de soie noué sur le chignon. M. Olivier est un jeune robin assez insignifiant, qui partage ses affections entre sa mère et Lise. Qui les empêche de se marier? En attendant qu'ils s'y décident, voici que S. M. le roi Louis XV confie le gouvernement de sa fidèle province de Guienne au vain- queur de Manon, escorté dans cette espèce de vice-royauté, beaucoup moins par la renommée de ses exploits guerriers que par celle de ses innombrables triomphes galants. Ne soyons donc pas surpris de voir tous les maris des bords de la Garonne trembler de peur à son ap- proche et se mettre en mesure d'émigrer avec leurs moitiés trop sé- duisantes. Parmi les plus effrayés, se distingue un M de Bourcant, qui oc- cupe un emploi important dans les gabelles. Mais M. de Bichelieu a entendu vanter la beauté vraiment merveilleuse de Mme de Bourcant, et il ne se la laissera pas enlever par son Bartholo de mari. 11 commence par suggérer aux principaux habitants de la ville l'idée de lui offrir un grand bal auquel ils ne pourront se dispenser de conduire leurs femmes. Mais M. de Bourcant est un homme de res- source; il enverra secrètement, par une embarcation sur la rivière, Mme de Bourcant à sa maison de campagne, et néanmoins à la même heure il la mènera au bal. Ce problème, en apparence inextricable, est pourtant dos plus fa- ciles à résoudre; seulement, une complication imprévue vient s'y mêler et l'embrouiller plus que jamais. Il est bon de savoir que ce vieux Céladon de maréchal (car il a dépassé depuis longtemps la cinquantaine) ne voyage pas sans em- porter dans ses bagages un coffret renfermant les médaillons de toutes ses maîtresses. Or, M. Olivier Bancelin, l'amoureux de Lise, a dé- couvert, par une indiscrétion qu'il nous serait malaisé d'expliquer, que le portrait de sa mère était au nombre des trophées de M. de Bichelieu. Touchée de son désespoir, Lise conçoit le généreux dessein de s'in- troduire dans le boudoir du maréchal pour lui dérober cette minia- ture compromettante, et à cet effet, elle se substitue à Mme de Bourcant, qu'elle sait devoir être enlevée, pendant son sa course sur l'eau par Champagne, le valet de confiance du maréchal. Le masque de rigueur la protégera contre la curiosité de cet homme qui la connaît, et qui l'a même courtisée naguère. C'est grâce à cette même protection du masque que M. de Bour- cant a, de son côté, formé l'audacieux projet de conduire sa servante Cadichonne au bal, et de la présenter comme sa femme au gouver- neur. La situation se devine : le maréchal , placé entre les deux fausses moitiés de l'employé aux gabelles, est bien et dûment mystifié ; mais Lise se charge de prolonger le quiproquo à son profit. Cadichonne est mise hors de cause , le maréchal s'enferme pour souper avec Lise, et celle-ci, à force de rasades, se débarrasse des tentatives du vieux roué , qui finit par s'endormir, pendant que la grisette fait main basse sur le portrait de Mme Bancelin. Après cela, que nous reste- t-il à apprendre? La pièce semble ter- minée, et elle le serait en effet si, pour le triomphe de la morale», le duc de Bichelieu ne se croyait forcé de déclarer hautement que Mme Bancelin, attirée autrefois par lui dans une petite maison, en est sortie aussi pure qu'elle y était entrée , et que cette dame est sans contredit la plus vertueuse de toutes les Bordelaises passées, présen- tes et futures. 158 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Et le Château-Trompetle? où donc est-il? D'abord sur l'affiche, et si cela ne vous suffit pas, voici le gargotier Frigousse qui a décoré de ce nom ronflant la guinguette dont il est le seigneur et maître. La pièce de MM. Cormon et Michel Carré est assez gaie et renferme des détails spirituels ; mais elle aurait pu être facilement resserrée en deux actes. Convenons en outre que le duc de Richelieu y joue un rôle qui déroute bien des idées reçues. En fait d'aventures galantes, le célèbre Lovelace français était plus souvent mystificateur que mys- tifié. Il est vrai que l'exception n'infirme pas la règle. La partition de M. Gevaert est écrite, comme tous les ouvrages de ce jeune compositeur belge et comme les derniers surtout, avec élé- gance, avec verve ; mais l'originalité de l'inspiration y est plus rare que dans ses premiers opéras. On y trouve d'excellentes intentions , mais non toujours suivies du fait. Telle idée dont on attend le déve- loppement tourne court et s'efface pour en laisser passer une autre qui n'est souvent pas mieux conduite à bonne fin. Plusieurs morceaux ont néanmoins été remarqués et applaudis. Dans le nombre nous citerons l'ouverture, composée des principaux motifs de la pièce; le Noël sur M. de Richelieu, que Lise chante au premier acte, avec refrain en chœur, et qui a obtenu les honneurs du bis; un joli duo entre Champagne et Lise, où le compositeur a fait intervenir l'air du Carillon de Dunkerque et celui de la Boulangère dans unestrelte vive et pimpante, puis un finale très-bien dessiné, où une chanson de matelot est remplacée par une ronde populaire, pleine de mouvement et d'entrain. Au second acte, nous mentionnerons l'air de Lise : Non, ce n'est plus Lisette, très-brillant et très-favorable à la voix de Mme Cabel ; un charmant quintette sur des rires parfaitement nuancés, des cou- plets comiques de Cadichonne, et une petite chanson fort piquante dans la scène de table, sur ce refrain : Quand ils sont vieux, les loups ne mordent guère. Enfin, au troisième acte, les morceaux qui ont produit le plus d'ef- fet sont les couplets de Champagne, Bonjour, Fanchon; bonjour, Su- son, redemandés par le public; d'autres couplets avec refrain en duo, chantés par Frigousse et Cadichonne, et que l'on a aussi voulu enten- dre deux fois ; et pour terminer la pièce, la reprise du Noël de M. de Richelieu, lequel pourrait bien devenir populaire. Le rôle de Lise, auquel les auteurs ont consacré un soin tout spé- cial, est interprété par Mme Cabel, qui en a fait une de ses plus agréa- bles créations. On sait avec quelle grâce, avec quel charme elle porte le tablier et le bonnet de la grisette; rien n'égale sa bonne humeur et sa joyeuse allure. Au second acte, il y a des scènes que Mme Ca- bel joue en très-fine et très-habile comédienne. Quant au chant, c'est toujours la même légèreté, la même fraîcheur, la même sûreté d'in- tonations. Elle dit avec infiniment d'esprit le Noël du premier acte, et fait des merveilles de vocalisation dans son grand air du se- cond. Le personnage de Richelieu, si étrangement travesti, était destiné à Couderc ; une regrettable maladie l'y a fait renoncer ; sera-ce le con- soler que de lui dire qu'il n'en aurait pu tirer un meilleur parti que Mocker? En jouant Champagne, Sainte-Foy n'est pas dans son emploi ; mais des artistes de sa nature ne sont déplacés nulle part, et se sauvent des plus mauvais pas par leur adresse et leur talent. Berthelier et Mlle Lemercier gasconnent à qui mieux mieux, et sont tous les deux parfaits dans les rôles de Frigousse et de Cadi- chonne. Prilleux, Tonchard et Lemaire concourent, chacun pour sa part, à l'ensemble. Félicitons M. Roqueplan sur la mise en scène, qui est des plus soignées et des plus intelligentes, ainsi que M. Tilmant sur son orchestre, dont les qualités solides font assez haut l'éloge du chef qui le dirige. D. A. 1). SAINT-YVES. SIXIÈME SOIRÉE DE MUSIQUE DE CHAIBRE DE MAURIN ET CHEVILLARD. - QUINTETTE DE M. FÉTIS. M. Félis possède une de ces puissantes organisations, une de ces intelligences d'élite bien faites pour dérouter la foule. Certains esprits connaissant surtout l'immense érudition du maître, tant musicale que littéraire et historique, ont peine à croire qu'il lui reste le temps d'écrire une vive et chaleureuse page symphonique. Il en est pourtant ainsi: bon nombre d'eeuvres l'attestent. Nous ne rappellerons pas ici, ce serait superflu, ses travaux d'art et de science, ce sont des monuments que la postérité connaîtra et qu'elle admirera ; nous dirons seulement que le quintette exécuté jeudi à la sixième séance de Maurin et Che- villard suffirait à fonder la réputation d'un musicien ; car on y trouve l'imagination qui crée et la science qui féconde. Les modulations en- harmoniques du premier allegro en la mineur, plein de mouvement, d'élégance et d'originalité, ont une douceur et un éclat vraiment sai- sissants. Ces modulations sont l'une des plus belles choses de l'har- monie moderne. L'effet qu'elles produisent ne peut être comparé qu'à ces éclaircies de jour et de soleil qui tout à coup viennent percer et illuminer l'obscurité des grands bois. M. Fétis. qui l'a si heureuse- ment employé, ne l'a point émoussé par un usage trop fréquent, comme on le fait souvent maintenant. 11 y a dans la tendre et suave mélodie de Validante soslenuto, jouée par le premier violon, soutenue par le violoncelle, de jolies broderies, de délicates variations en staccato, en arpèges pianissimo sur deux cordes, d'un charme inexprimable. Tout cela a été rendu avec beau- coup de finesse par MM. Maurin, Chevillard, Viguier, Sabattier et A. Lebrun. Dans X intermezzo, la vigueur succède à la grâce, les traits les plus fougueux, les plus capricieux aux chants les plus aimables. Un adagio espressivo, où l'on a remarqué quelques-unes de ces harmonies sim- ples dont le secret n'appartient qu'aux maîtres, précède le finale, qui est d'un entrain, d'un esprit, d'un brio irrésistibles. Les fanfares de chasse, les éclats de joie et de mélodie qui terminent ce dernier mor- ceau ont ravi l'auditoire et ont été très-chaleureusement accueillis. Nous ne pouvons analyser entièrement ce finale, nous voulons seu- lement insister sur la science enjouée qui s'y montre, et signaler une phrase staccato, dite d'abord en mi majeur, puis en vl majeur, et modulant toujours par des cadences qui, malgré les richesses et les recherches harmoniques dont elles sont entourées, conservent une franchise et un naturel ravissants. Tantôt-, l'auteur module et prend le chemin le plus long où se cueillent en passant les accords les plus hétérogènes ; tantôt, il saute d'une tonalité à une autre avec la conci- sion, la sobriété et aussi avec l'effet et la douceur que connaissent seules les plumes accoutumées à faire sentir toute la valeur d'une note. Ceux qui dans un quintette peuvent suivre toutes les parties, en- tendre aussi bien les intermédiaires que les extrêmes, ont été enchantés de l'intérêt, des dessins mélodiques répandus par M. Fétis dans les cinq voix qu'il faisait parler. Il faut être bien profondément savant pour conserver des allures aussi vives, pour n'avoir rien de tendu, rien d'ambitieux, et pour garder ainsi, au milieu de la plus grande sévérité de style, une telle verdeur de pensés. Fidèle comme compo- siteur aux théories qu'il a toujours professées comme critique, M. Fétis s'est montré dans cet ouvrage d'une simplicité et d'une clarté lumi- neuse. On est toujours un peu rebelle à l'admiration ; mais, cette fois, disons-le à la louange du public parisien, les applaudissements en- thousiastes qui ont salué l'œuvre de M. Fétis ont prouvé qu'on lui pardonnait d'être à la fois un grand théoricien, un grand historien de la musique et un compositeur inspiré. DE PARIS. 159 Celte séance s'est terminée par le quatuor en la mineur de Beetho- ven. Dans l'interprétation de ces pages, le beau talent de MM. Maurin, Chevillard, Viguier et Sabattier semble rehaussé encore par l'étude approfondie et toute spéciale qu'ils ont faite des dernières œuvres de ce maître . Entre le quintette de M. Fétis et le quatuor de Beethoven, une jeune pianiste, Mlle Caroline Lévy, a produit une vive sensation, en jouant délicieusement deux jolis morceaux de Weber et de Mendelssohn. Sa manière est tout éclectique: c'est la meilleure, à notre avis. Elle a la sobriété et le brillant, la grâce et la force ; elle emploie les effets du piano moderne, mais en évitant le fracas et l'exagération. Elle est, nous a-t-on dit, élève du Conservatoire, de Mme Farrenc. Nous ne nous étonnons plus alors de la finesse et de la pureté de son style. Mlle Lévy a obtenu un de ces succès qui font monter tout à coup les meilleures élèves au rang d'artistes vraiment distingués. CONCERT DE JOSEPH WIENIÀWSKI. Personne n'avait oublié J. Wieniawski ; on se rappelait qu'il avait obtenu, il y a quelques années, de grands succès au Conservatoire. Après avoir voyagé, il nous revient avec une exécution qu'on connais- sait déjà, mais en partie seulement, car elle est singulièrement élar- gie, fortifiée, et avec des compositions qu'on ne connaissait pas du tout et qui attestent un musicien instruit , plein de verve , de feu et souvent d'originalité, ce qui est plus rare. A son concert, donné jeudi dans la salle Herz, après la magnifique ouverture à'Egmont, fort bien dite sous l'intelligente direction de M. Victor Chéri, Joseph Wieniawski a exécuté d'une façon magistrale — épi- thète méritée cette fois — son concerto en sol mineur avec orchestre. Nous n'avons pas la prétention d'analyser, après une seule audition, toutes les beautés, tous les détails d'une œuvre longue et sérieuse, nous dirons seulement qu'on a été frappé par un ensemble harmo- nieusement combiné, par des mélodies franches et bien accusées, par un travail attachant qui ne sent pas l'effort et qui décèle autant la richesse de l'imagination que l'habileté de la maih. Malgré le mérite de \ amiante et de \' allegro molto vioace, c'est le premier allegro mode- rato, page très-remarquable, que nous préférons. Il y a bien aussi, parfois, dans ce morceau le vague de pensées, la surabondance d'idées et de notes que donne la jeunesse ; mais heureux les jeunes compo- siteurs qui ont tant de choses à dire, qui ont peine à choisir, et chez qui le convenable glacé ne remplace pas une certaine effervescence que la réflexion et l'expérience calment toujours assez tôt! Sans recherches ambitieuses, sans parti pris de ne s'adresser qu'à un petit nombre d'auditeurs, sans emphase, l'auteur va droit son chemin et trouve des mélodies généralement claires, colorées et distinguées ; sans affecter la profondeur, il rencontre des harmonies piquantes et souvent neuves. Dans sa grande ouverture de concert, il y a de bien charmantes idées, des développements très- ingénieux et très-intéressants ; mais on y voudrait un peu plus de concision. L'orchestre y est traité à la belle et large manière allemande. On sent que Weher, notamment, est l'un des maîtres préférés par le jeune compositeur ; la facture, en plus d'un endroit, rappelle celle de l'ouverture à'Oberon. Dans l'art aussi, fùt-on doué comme Wieniawski d'une imagination créatrice, on est toujours fils de quelqu'un, et il faut convenir que l'artiste pouvait plus mal choisir son modèle et se rattacher à une famille moins noble, moins énergique et moins grande. Le sentiment et la volonté prêtent à l'exécution de J. Wieniawski les forces qui semblentmanquer à ses doigts. Dans les traits en octaves, qu'il fait à ravir, dans tous les placages, il arrive à triompher de la faiblesse de ses mains. C'est une lutte intéressante à voir; car, cette fois encore, c'est l'esprit qui est vainqueur, c'est l'âme qui se fait jour et qui éclate malgré tout. Pourtant, l'originalité du compositeur est plus grande que celle du pianiste. Assurément dans sa romance variée : Souvenir de Lublin ; dans sa valse brillante comme dans la jolie chanson polonaise, d'Edouard Wolff, et dans différents morceaux de Mendelssohn, de Field et de Chopin, le jeune virtuose a eu toute la netteté, tout le charme, toute la grâce, toute l'énergie auxquels nous ont accoutumés nos meilleurs pianistes ; mais rien de plus : il n'atteint pas encore à la vigueur, aux délicatesses, aux éloquences passionnées de quelques rares solistes. Comme compositeur, au contraire, il a déjà un caractère d'individualité, une mélancolie et une fougue qui lui ap- partiennent bien en propre. On a dit qu'à la fin de la saison des concerts, le public est las. Oui, il est las du médiocre, las d'entendre des chanteurs et des chanteuses qui, comptant beaucoup trop sur une voix plus ou moins belle, sem- blent faire fi des premières notions du style ; las d'entendre des com- positions qui, essais utiles et intéressants peut-être, ne devraient pas franchir le cercle de l'intimité ; mais qu'un jeune homme comme Joseph Wieniawski se présente, armé par l'étude, animé par l'inspira- tion, la sympathie et l'enthousiasme renaissent bien vite, et, malgré le printemps — ne fût-il pas en retard d'un grand mois, ainsi qu'il l'est cette année — toutes les mains applaudissent comme aux plus belles soirées de l'hiver. AUDITIONS MUSICALES. Mme Louisa. Jnng-«uibert. — Concert de la Société allemande de bienfaisance. — Mlle Anna Bocbkoltz-Falconi. —Jacques Banr. Parmi les œuvres avec orchestre que Mme Jung-Guibert a fait en- tendre à son charmant concert, il faut citer le cinquième concerto de Henri Herz. On le sait depuis longtemps, Herz est un esprit net, plein de verve et de fantaisie ; mais on songe trop parfois à ses œuvres ai- mables, gracieuses, et l'on oublie la souplesse et la variété de son ins- piration. Pourtant après avoir écrit tant de morceaux légers, il a écrit aussi bien des œuvres sérieuses ; il a su passer des succès de vogue aux succès durables, fondés sur la richesse de l'imagination, sur la pureté et la flexibilité du style. Ce concerto, qui a fait grand plaisir, demande de la netteté, delà grâce, de l'expression; il demande à être joué avec beaucoup d'élégance, de douceur, d'éclat, de rapidité, et allait à ravir au talent de la jeune et jolie pianiste. Ses doigts si agi- les, si fins, si délicats, n'ont presque rien laissé à désirer, presque rien laissé dans l'ombre. Les traits étaient brillants ; les octaves, no- tamment, avaient un charme et une précision qui ont été très-juste- ment remarqués. Mme Jung-Guibert a dit plusieurs morceaux de Chopin, entre autres une délicieuse et adorable Polonaise avec accom- pagnement d'orchestre. Elle a joué encore, avec beaucoup de sobriété et de distinction, la Sérénade de Mendelssohn et la grande valse de J. Wieniawski. Cette valse a eu les honneurs du bis, et, quoique fine- ment interprétée, le compositeur peut bien revendiquer sa bonne part de l'accueil qu'elle a reçu. Un excellent orchestre , très-habilement dirigé par M. Greive , de qui il a exécuté une ouverture fort bien faite quoique un peu bruyante parfois, a secondé Mme Jung-Guibert avec beaucoup de talent, c'est-à- dire avec la discrétion qui convient à toute partie accompagnante. La soirée a été féconde en succès : à côté de celui de la gracieuse pianiste, nous devons parler de ceux obtenus par Mlle Wertheimber et par Crosli : l'une, dans l'air de Galalhée; l'autre, dans la chanson du Chasseur, du Pardon de Ploermel. L'effet de cette belle mélodie est toujours irrésistible ; la couleur en est saisissante ; dès les premières notes de la ritournelle , on se sent emporté bien loin des villes , on respire je ne sais quel parfum agreste d'un charme inexprimable ; il 160 REVUE ET GAZETTE MUSICALE est impossible de trouver quelque chose de mieux venu, de plus franc que cette page. Crosti a été obligé de la redire, et il l'a fait avec plus de feu et plus de vigueur encore que la première fois. — Donné samedi au profit de la Société allemande de bienfaisance, le concert organisé par Krûger avait attiré dans la salle Herz un audi- toire très:distingué et aussi sympathique à la pensée qui présidait à cette soirée qu'au mérite des exécutants. Deux des plus belles inspi- rations de Beethoven, un grand septuor et un quintette, ont été jouées, et très-bien, par MM. Krûger, Barthélémy, Auroux, Van-Haute, Espai- gnet, Hammer, Altès, Muller et Bailly. On prétend que le charme de la nouveauté est très-grand, qu'il suffit à beaucoup de compositions contemporaines qui dans quelques années seront flétries et oubliées. Quoi qu'il en soit, il faut bien re- connaître que les créations du génie restent éternellement jeunes, qu'elles conservent cette beauté du diable uont le public se montre si friand ; car, chaque jour, elles ravissent les auditeurs, comme s'ils ne les entendaient pas partout depuis bien des années. En vérité, ces admirations si constantes pour Haydn, Mozart et Beethoven sont à désespérer tous nos rêves de progrès et de perfectibilité indéfinis ! De ravissantes pièces pour piano, de Chopin, de Stephen Heller et de Krûger, jouées par ce dernier avec le charme et le style qu'on lui connaît, ont été des mieux accueillies. Hammer a montré beaucoup de justesse, d'âme et même de largeur dans une très-touchante et très- mélodieuse élégie de Ernst qui a été chaleureusement applaudie. — Mlle Bochkoltz-Falconi a dit à son concert, avec cette sûreté d'intonation et de méthode que possèdent seules les excellentes mu- siciennes, les véritables cantatrices, l'air de Titus, de Mozart, et l'air de Cyrus, de Hasse. Ces deux noms, ainsi rapprochés, nous ont fait songer à ce que disait Hasse après avoir entendu Mithridate, com- posé à treize ans par Mozart: Cet enfant nous fera tous oublier. Le vieux maître avait raison ; ce qu'il avait si bien prévu est arrivé : lui qui a tant écrit , qui dans tous les genres obtint d'immenses succès, qui brilla dans le sacré et dans le profane ; lui que les. Italiens appe- laient le divin Saxon, est presque oublié aujourd'hui, parce que, à sa riche et poétique imagination, il ne joignit pas, comme l'auteur de Don Juan, la pureté, l'élévation et la force du style. Toutefois, l'air qu'on a entendu lundi est plein de douceur, de grâce et de passion, il est dramatique, suave, chantant, naturel, et Mlle Falconi n'a eu qu'à s'applaudir de l'avoir pour un moment remis au grand jour. La première partie de cette soirée était consacrée à la musique classique. Un sévère et très-beau psaume de F. Schubert, chanté par Mlles Falconi, Maillart, Lippe et Wiensen, des chœurs de C. Kreutzer et de Mendelssohn, exécutés par la Société Teutonia, sous la direction de son chef intelligent, M. Olfenbach ; des airs russes variés de Rom- berg; enfin un trio deBeeLhoven, fort bien exécuté par MM. Krûger, Chaine et Lebouc, ont montré l'inspiration allemande aussi belle, aussi variée dans les pages vocales que dans les pages symphoniques. On a remarqué dans la seconde partie, destinée aux œuvres modernes, de charmantes compositions de Kucken, Kalliwoda et de Mlle Bochkoltz, la fantaisie de M. Chaine sur la Juive, deux délicieux morceaux de Krûger, parmi lesquels on a distingué la jolie rêverie qu'il vient d'écrire sur la mélodie de Durand, Comme à vingt ans. On y a encore remarqué et beaucoup applaudi des variations sur un thème original de M. Gustave Héquet. Chantées et vocalisées avec un grand art par Mlle Falconi, ces variations brillantes, audacieuses, pleines des effets aimés de tous les virtuoses que n'embarrassent ni le rhythme, ni la difficulté, conservent un caractère mélodique, un charme musical bien rares au milieu de traits aussi habilement compliqués. — Lundi, dans les salons Pleyel-Wolff, Jacques Baur a fait appré- cier non-seulement un remarquable mécanisme, mais encore un style chaleureux et parfois très fin et très-distingué. Seul, il a fort bien dit des morceaux de Beethoven, de Chopin, et avec Franco-Mendès une sonate de Mendelssohn.. Nous n'avons trouvé dans l'exécution de l'ha- bile pianiste qu'un petit défaut. Ce n'est pas trop par le temps qui court, aussi n'hésitons-nous pas à le signaler. Au milieu de brillantes qualités qu'il a révélées, notamment dans les Illustrations du Pro- phète, au milieu des beaux sons, des effets qu'il a trouvés dans la Prière et dans l'Hymne triomphale, il s'est quelquefois laissé em- porter par l'ardeur de son sentiment musical et n'a pas toujours con- servé à la Marche du sacre, par exemple, son beau et noble carac- tère ; il n'a pas donné aux traits, aux modulations hardies, pour ne rien dire de plus, dont le célèbre maître de Weimar l'a entourée, toute leur ampleur et toute leur clarté. Cependant, il y a été vive- ment applaudi, comme il l'a été ensuite dans la Campanella de Pa- ganini, également transcrite par Liszt. Adolphe BOTTE. L'ORPHÉON FRANÇAIS A LONDRES. Chaque jour l'institution de l'Orphéon français s'étend et se manifeste. Dans deux mois elle va se produire à Londres au pa- lais de Sydenham , qu'elle a choisi pour local de son congrès lyrique. M. E. Delaporte, l'infatigable promoteur du chant cho- ral , avait demandé aux Sociétés orphéoniques trois mille chan- teurs pour représenter en Angleterre l'orphéon et l'excellence des principes qui le dirigent : le relevé des adhésions présente aujour- d'hui un contingent de quatre mille exécutants. Dans ce chiffre figurent un certain nombre de Sociétés qui n'avaient pas envoyé de députation à la première réunion des orphéonistes de France (mars 1859) et qui, apportant leur coopération au festival du palais de Sydenham , marquent ainsi le progrès inhérent à une œuvre artistique vaillamment inaugurée. Les départements de l'Aisne, de l'Aude, des Bouches-du-Rhône, du Calvados, de la Charente, du Cher, de la Côte-d'Or, du Doubs, d'Eure-et-Loir, de la Haute-Garonne, du Gers, de la Gironde, de l'Hérault, d'Indre-et-Loire, de la Loire, de la Marne, de la Meurthe, du Nord, du Haut eUBas-Rhin, du Rhône, delà Seine, de la Seine - Inférieure, de Seine-et-Oise, de la Vienne, etc.,, etc. envoient plus de cent cinquante Orphéons ou Sociétés à ce festival, qui aura lieu du 24 au 30 juin prochain. Le programme des chœurs qui seront exécutés aux deux concerts du festival est ainsi arrêté : God save the Quen. Les enfants de Paris (A. Adam). Veni Creator (Besozzi) . La Chapelle (Bêcher) . Fragment du psaume XIX (Mar- Départ du chasseur (Mendels- cello) sohn). Choral de Léon Hassler (1601) . Le Jour du Seigneur (Kreutzer) . Choral de Henri Scheidemann Le chant des montagnards (Ku- (1604). cken). Chœur des prêtres des mystères Le Chant du bivouac (Kucken). a'Jsis (Mozart). La Retraite (Laurent de Rillé). Septuor des Huguenots (Meyer- La Nouvelle alliance (Halévy) . béer). France ! France! (Ambroise Tho- Cimbres et Teutons (L. Lacombe). mas). Ces deux derniers chœurs, dont les paroles sont de M. Vaudin, rédacteur en chef de YOrphcoti, ont été spécialement composés pour le festival. La presse anglaise vient d'annoncer officiellement cette grande so- lennité musicale, qui contribuera à effacer de regrettables et histo- riques inimitiés. Le Times, VObscrvcr, le Dailij-tSews, le Morning- Herald et les journaux de toutes nuances en ont accueilli la nouvelle avec une faveur marquée. Peut-être est-il permis d'espérer que cette 161 fête musicale laissera des Iraces sérieuses dans les esprits et réagira heureusement sur les relations internationales. De plus, la Société d'harmonie sacrée de Londres, association qui compte sept cent cinquante exécutants et jouit en Angleterre de la notoriété la plus considérable, a donné à M. Delaporte l'avis officiel que « désireuse de témoigner sa respectueuse sympathie aux Sociétés chorales de France, auxquelles l'unit une intmie communauté de tendances artistiques, elle avait résolu de leur offrir un grand concert, et qu'elle consacrerait tous ses efforts à leur préparer une réception digne de la plus noble légion de musiciens qui ait jamais visité les rivages d'Angleterre. » C'est ainsi que les orphéonistes de France se préparent à faire avec l'Angleterre le libre échange de la musique populaire. Si leur exécution des chœurs du programme répond à ce que le public est en droit d'attendre d'eux, ils ajouteront sur le sol britannique une nouvelle page à l'histoire de leurs progrès ; et s'il est vrai qu'ils ont les mêmes tendances artistiques et poursuivent le même but morali- sateur que la Société d'harmonie sacrée d'Angleterre, on peut ad- mettre que cette union solennelle de deux imposants orchestres na- tionaux cimentera pour l'avenir de nobles et fécondes alliances. EM. Mathieu DE MONTER. NOUVELLES. *** Au théâtre impérial de l'Opéra, la Favorite a été donnée diman- che dernier. — Pierre de Mèdicis a rempli les trois représentations de la semaine. „.% L'engagement de Mme ïedesco à l'Opéra n'est poiat encore con- clu ; mais la célèbre cantatrice est attendue à Paris dans les premiers jours de mai, et si elle accepte les propositions qui lui ont été faites par M. Alph. Royer, elle rentrerait par le rôle de Fidès du Prophète, en attendant qu'elle pût prendre le rôle d'Olympia dans l'opéra de Félicien David. *** Des difficultés qui s'aplaniront sans doute mettent, quant à pré- sent, obstacle à l'engagement de Mme Czillag. 3% Les études de Sémiramis se poursuivent avec activité ; il n'est cependant pas probable que le chef-d'œuvre de Rossini puisse être prêt avant la mi-juillet. *** Slme Sanchioli, dont le nom est aujourd'hui célèbre en Italie, est attendue à Paris, où elle compte se faire entendre. La manière dont elle a interprété les grands ouvrages du répertoire, et notamment le rôle de Fidès, du Prophète, lui assurent à l'Opéra de magnifiques débuts. — A Nice, Mme Sanchioli a chanté, entre autres opéras, la nouvelle partition du maestro Kaschperoff. L'impérairice-mère, de Russie, en a voulu en- tendre plusieurs fragments dans son hôtel, et elle a magnifiquement ré- compensé l'artiste. ,% Le théâtre Italien a donné hier Poiiulo. La clôture reste fixée au 30 avril par une représentation au bénéfice de Tamberlick. »% Le Roman d'Elvire alterne avec les représentations du Château- Trompette à l'Opéra-Comique. — La reprise du Petit Chaperon rouge paraît décidée. On assigne les principaux rôles de l'opéra de Boïeldieu à Mon- iaubry, Barielle, Warotet MlleBelia; Mlle Marimon débuterait à ce théâtre par le rôle du Petit Chaperon , qui devait d'abord être chanté par Mme Faure-Lefebvre. C'est toujours cette dernière qui doit créer le rôle de liita dans le petit opéra posthume de Donizetti qui serait représenté dans la première semaine du mois prochain. »% Le théâtre Lyrique donnera mardi prochain la première représen- tation de Fidelio, de Beethoven. Cet ouvrage, qui n'aura qu'un très-petit nombre de représentations, à cause du départ de Mme Pauline Viardot, fixé a la fin du mois de mai, sera interprété de la manière suivante : Fidelio, Mme Pauline Viardot; Brock.M. Battaille; Jean Galéas, M. Guardi; Stôfano. M. Fromant; le duc Sforza, M. Serène; le roi Charles VIII, M. Ya- naud; .Marceline, Mlle A. Faivre. „% On a déjà commencé les fondations du théâtre Lyrique, à l'o- rient de ia place du Châtelet, et l'on espère que dans un an, terme moyen, le nouveau théâtre Lyrique pourra être livré à son nouveau directeur, M. Réty. L'architecte de la ville chargé do ce travail, M. Davioud, fait de sérieuses recherches sur l'acoustique et reçoit toutes les communi- cations d'hommes compétents en pareille matière M. Davioud nous ménage aussi la surprise d'un ciel lumineux au lieu et place de l'in- commode lustre traditionnel. Mais ce n'est pas tout : des courants d'air chaud et d'air froid seront habilement ménagés et de manière à con- duire les ondes sonores dans la salle. ,% Grisar s'est obligé à livrer d'ici à quatre mois à M. Ch. Rety la partition d'un opéra en trois actes, dont M. Dennery a écrit les paroles. — On dit que l'engagement de Mme Ugalde au théâtre Lyrique n'est pas renouvelé. **„, La représentation donnée vendredi au théâtre Italien, au bénéfice d'un artiste, avait attiré, malgré le prix doublé des places, une foule considérable. S. M. l'Empereur y assistait. „,** Le théâtre Déjazet donnera demain lundi la première représen- tation de Monsieur Garât, pièce en deux actes, de M Sardou. Mlle Dé- jazet créera le principal rôle. **,, On lit dans l'Eplacordo, auquel nous en laissons la responsabilité, la nouvelle suivante : « Un de ces derniers soirs, les jours du célèbre ténor Mario ont été mis dans le plus grand péril, à la suite d'un bavar- dage de rivalité; il aurait même couru le risque d'être tué avec son valet de chambre, si d'abord quelques-uns de ses amis, et plus tard la force publique ne l'avaient tiré d'affaire. Les journaux de France et d'Angleterre donneront sans doute bientôt les détails de cette désa- gréable affaire. » ,,** Nous avous annoncé déjà la pensée qui a dirigé M. Beaulieu dans un projet du plus haut intérêt pour l'art et les artisles. Le concert d'inauguration qui aura lieu mardi prochain 1"r mai, à huit heures du soir, dans la salle Herz, sera donc tout à la fois une fête musicale et le commencement d'une institution. La moitié du produit de ce concert, ainsi que de ceux qui auront lieu chaque année, fera versée dans la caisse de secours et pensions de l'Association des artistes musiciens ; l'autre moitié viendra grossir le capital constitué dès à présent pour assurer l'ave- nir de la fondation. Voici le programme de la première soirée : 1° fragment du Messie (1141), de Haendel avec l'instrumentation de Mozart, air et chœur, solo chanté par Mlle Bochkoltz-Falconi; 2" le Croise captif (16421, madrigal d'Orlando Gibbon, maître de chapelle de Jacques Ier, roi d'Angleterre, chœur sans accompagnement ; 3» andante et scherzo, de Beethoven, pour deux hautbois et cor anglais, exécutés par MM. Bruyand, Garimond et Triebert; i° fragment du premier acte d'àlceste, de Gluck (scène du temple), soli chantés par Mlle Falconi et M. Marié; 5° Jésus Dulcis, motet à quatre voix de Vittoria (1560), chœur sans accompagnement : 6° frag- ments de Psaumes, de Marcello (1720), soli chantés par Mlle Bochkoltz- Falconi ; 7° fragments de la deuxième partie de l'Oratorio d'Élie, de Men- delssohn; les soli seront chantés par Mlles Bochkoltz-Falconi, Maillard et Irma Marié, MM. Lyon et Grisi. La plupart de ces morceaux n'ont jamais été exécutés publiquement à Paris. L'orchestre sera dirigé par M. Seg- liers, les chœurs par M. Marié. On peut se procurer à l'avance des bil- lets à la salle Herz, chez M. Bolle-Lasalle, agent-trésorier de l'Association des artistes musiciens, rue de Bondy, 63, et à la loterie de bienfaisance du Vase d'argent, boulevard Montmartre, 22. „*, Le Pardon de Ploermel a été représenté récemment avec le plus grand succès à Darmstadt, Lubeck, Munich, Leipzig et Breslau. Cet admi- rable ouvrage est devenu déjà populaire en Allemagne où on l'applaudit sur vingt et un théâtres dont voici la liste : Stuttgard, Cobourg, Gotha, Manheim, Dresde, Augsbourg, Rostock, Hambourg, Hanovre, Prague, Lubeck, Kœnigsberg, Sonderhausen, Darmstadt, Lemberg, Wurzbourg, Wiesbade, Leipzig, Breslau, Francfort-sur-le-Mein et Munich. „% Henri Herz donnera, le 12 mai prochain, au Grand-Théâtre de Lyon, un concert dans lequel sera exécutée la Schiller-Marche de Meyerbeer. On s'attend à une fête splendide. »% Mlle Joséphine Caye vient de publier plusieurs compositions pour le piano, sur lesquelles nous appelons l'attention sérieuse de nos lec- teurs. Rien de plus frais et de plus gracieux que le Bouquet, valse bril- lante; le Jasmin blanc, schottisch de salon, et la Pervenche, polka-mazurka. La fantaisie brillante pour piano et violon sur l'air populaire II pleut, ber- gère 1 mérite aussi mieux que des encouragements. „% M. Emile Chevé vient de publier une brochure : Simple réponse, pour l'opposer à celle qui a pour titre : Observations de quelques musi- ciens et de quelques amateurs sur sa méthode, et dont on connaît les vingt- trois signatair. s. La brochure contient de plus une autre réponse de MM . les membres de la commission de patronage de cette méthode, dont les conclusions tendent à ce qu'il soit ouvert un concours. Nous nous occuperons bientôt de cette publication. .„% Le second concert que G. Jacobi devait donner le 24 avril a été remis, pour cause d'indisposition, au mardi 8 mai, et aura lieu dans la salle Beethoven, à 8 heures du soir, avec le concours de Mlle Baretti, M. Marochetti, M. Jules Lasserre, violoncelliste de la reine d'Espagne, et d'autres artistes distingués. *„ On annonce pour le dimanche 6 mai une matinée musicale qui sera donnée dans la salle Beethoven par M. Murât, flûtiste, avec le concours de Mlles Marie Ducrest et Collin et MM. Barielle, du théâtre impénal de l'Opéra-Comique, Armingaud, Fauvre, Matton, artistes justement aimés. M. Murât n'est pas connu à Paris, mais il mérite de 1 être, et nous aimons 162 REVUE ET GAZETTE MUSICALE à croire qu'un grand nombre d'artistes et d'amateurs voudront s'en assurer. »*„ Le comité du Conservatoire royal de musique de Milan vient d'adopter à l'unanimité la méthode de vocalisation de M. F. Bonoldi , déjà approuvée et adoptée par les Conservatoires de Paris, Marseille, Genève, Bologne, Rio-Janeiro, etc., etc. **„ C'est demain, lundi, 30 avril, qu'Emile Forgues donnera son concert à 8 heures et demie du soir, dans les salons Pleyel-Wolff. 11 y jouera plu- sieurs œuvres de sa composition, Hommage à Wilhtm,, morceau de con- cert inédit, la Fête des aimées et le Départ (inédit), Concerto, allegro maes- toso (inédit), trémolo (id.), solo-étude et grande tarentelle de concert. *% La polka composée par Ettling, sur le Roman d'Elvire, est un mo- dèle de genre ; elle obtient un grand succès. %% La matinée musicale donnée à la salle Beethoven par Mlle Molidoff a été des plus attrayantes. Indépendamment du succès obtenu par la bénéficiaire, dont la voix de mezzo-soprano est des plus sympathiques, on a vivement applaudi deux artistes de Lyon, MM. Francisque et Fer- dinand Alday. il. Francisque Alday a exécuté avec un jeune pianiste de huit ans le duo concertant pour piano et violon sur des motifs de Guil- laume Tell; la beauté du son, la sûreté de l'archet, le sentiment musical sont les qualités par lesquelles se distingue le brillant violoniste. M. Fer- dinand Alday, pianiste-compositeur et organiste remarquable, a exécuté sur l'harmonium Alexandre deux belles fantaisies de sa composition sur des motifs des Huguenots et de l'Étoile du Nord. L'uue et l'autre ont éga- lement enlevé les suffrages. La maison Alexandre, voulant donner un témoignage de sympathie pour le talent de M. Alday, le Lefebure lyon- nais, avait mis à sa disposition un de ses magnifiques instruments. „,*,„ L'approche du mois de Marie rappelle le nom d'un compositeur qui a surtout excellé dans les chants consacrés à cette époque de l'année. Les vingt-cinq- solos, duos et trios, latins et français que nous a laissés Panseron, forment certainement l'une des parties les plus distinguées de son œuvre mélodique. Il est peut-être superflu de les recommander aux amateurs de musique religieuse. „** C'est toujours après-demain, mardi 1er mai, que l'Association des artistes musiciens, fondée par M. le baron Taylor, célébrera la fête de l'ou- verture du mois de Marie en faisant exécuter par deux cents artistes, en l'église Saint-Koch, à midi très-précis, une nouvelle messe solennelle de M Charle? Manry. L'orchestre sera dirigé par M. Tilmant. Les chœurs seront conduits par M. Vervoitte, maître de chapelle de la paroisse. Le produit des chaises et de la quête, abandonné par la paroisse, sera versé dans la caisse de secours de l'Association des artistes musiciens. „*„ Il vient de paraître chez l'éditeur Ilégnier-Canaux une importante collection de Huit Magnificat, composés pour l'orgue par M. J. Ganuza, organiste que plusieurs œuvres spéciales ont déjà fait connaître. Cette publication, qui ne renferme pas moins de quarante-huit morceaux, di- visés en quatre livres, se recommande aux amateurs d'orgue par la variété et l'élégance des idées, par le mérite de la facture et surtout par l'ingé- nieuse combinaison des ressources et des effets de l'instrument. Toutes ces pièces conviennent aussi à l'harmonium, que les perfectionnements imaginés par Alexandre et par Debain rendent de plus en plus popu- laire. „> A l'occasion de la solennité de Pâques, on a chanté, dans plusieurs églises réformées du midi de la France, un certain nombre des Chants évangèliques composés par notre collaborateur Maurice Bourges, et publiés par la librairie protestante de Cherbuliez. A Mazamet, à Castelmoron, à Bordeaux particulièrement, où les chœurs des temples sont remarquable- ment organisés, le Cantique d'entrée, la Prière avant le sermon, la Collecte, la Bénédiction, et surtout VHijmne de Pâques, ont produit une profonde impression religieuse, digne de la gravité du sanctuaire. „,*„. V Histoire de la Société des concerts, de A. EIwart, a paru lundi chez l'éditeur Castel, passage de l'Opéra. — Ce livre intéressant est édité avec beaucoup de goût. Nous en reparlerons dans un article spécial. „*„, Le Gaulois, journal hebdomadaire illustré, publie chaque semaine le portrait et la biographie des célébrités contemporaines : cent cin- quante portraits et biographies ont déjà paru. Nous citerons au nombre des célébrités théâtrales : MM. Roger, Tamberlick; Mines Ugalde, Duprez, Miolan, etc. On s'abonne au Gaulois , rue des Filles-Saint-Thomas, 7. Prix par trimestre : i fr. 50 c. pour Paris , 6 fr. pour la province. ,,** M. Schedemeyer' père, facteur de pianos et créateur de cette branche d'industrie à Stuttgard, est mort le T avril dernier. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. „,*„, Marseille, 21 avril. — Pour la troisième fois, Seligmann est venu nous visiter et nous faire admirer son beau talent, désormais arrivé à son apogée. Il continue ici la série des succès si brillants com- mencée h Nice. Jamais la modeste salle du Conservatoire n'avait vu d'o- vation comparable à celle qu'il a reçue dans la soirée de samedi dernier : VEloge des larmes, de Schubert; la charmante sérénade de Kossini : Mira la bianca luna, jouée avec M. Millont, et plusieurs autres morceaux en- core, ont permis à Seligmann de nous montrer dans toutes leurs nuan- ces et leurs séductions les qualités de son jeu si élégant et si expressif. M . Bouttier, jeune baryton marseillais, et Mme Sanchioli ont eu largement part aux ovations de la soirée. *% Toulon, 16 avril. — La première représentation du Prophète a eu lieu jeudi devant un public nombreux qui a chaleureusement applaudi le chant des anabaptistes, le trio bachique, l'hymne Roi du ciel et des anges, la marche du sacre, la prière de la mendiante, l'air, le duo et le triode la prison, tous morceaux du plus magnifique effet. M. Cham- bon, notre premier ténor, a créé le rôle de Jean de Leyde de ma- nière à enlever tous les suffrages. On ne saurait être chanteur plus habile, notamment dans les couplets du deuxième acte, l'hymne religieux du troisième, et toutes les parties de récit. Les belles qualités qui distinguentMme Rey-Sainton, comme cantatriceet comme tragédienne, brillent de tout leur éclat dans le rôle de Fidès; aussi elle y a obtenu un immense succès. Mme Durand-Eperche est une Berthe des plus gra- cieuses. Elle a fort bien dit les couplets du premier acte et le duo du quatrième. Les chœurs ont marché avec assez d'ensemble pour ne mé- riter que des éloges, dont une bonne part revient de droit à M. Brunet, notre infatigable chef d'orchestre. La mise en scène fait également grand honneur à l'administration dont M. Robert est le régisseur général. **„, Montpellier. — L'une des plus brillantes représentations à bénéfice qui se soient données ici a été, sans contredit, celle ue M Granier ; on y jouait pour la première fois les Dragons de Villars, le charmant opéra de M. Aimé Maillart, si bien interprété par M. et Mme Gasc, M. Crain- bade et Mme Vadé. La salle était comble longtemps avant le lever du rideau, et l'œuvre et les artistes ont obtenu un succès complet. *** Lyon, 20 avril. — Pradeau, du Palais-Royal, répand la joie au théâtre des Célestins par de fréquents retours à son répertoire des Bouffes. Il n'a pas été moins original, moins amusant dans Tromb'al Cazar et la Rose de Saint-Flour que dans le Bourreau des crânes. *% Grenoble. — Les Dragons de Villars, avec Mme Montaut dans le rôle de Kose Friquet, avaient tout l'attrait d'une pièce nouvelle. La prima donna, succédant à Mlle de Maelsen, a réussi parfaitement; on trouvait l'entreprise téméraire, mais l'événement a fait changer d'avis. — M. Goud- boz avait composé sa représentation à bénéfice de Trente ans ou la Vie d'un joueur, et de Martha, l'opéra toujours de plus en plus populaire, dont chaque représentation fait valoir le talent de Mmes Alrit, Olivier, et de M. Bouché. „% Toulouse. — La deuxième représentation du Prophète est la plus belle dont les habitués du théâtre du Capitule aient gardé la mémoire depuis plus de dix ans. M. Bovier-Lapierre et Mme Gally-Marié ont été tous deux admirables. Le public en masse les a rappelés deux fois dans le courant de la soirée. „.*„, Poitiers. — Le grand festival de cette ville est définitivement fixé aux 8 et 9 mai prochain. La première journée sera exclusivement con- sacrée à l'exécution d'une messe solennelle à quatre voix, chœurs, solos et grand orchestre, composée par E. Chaîne. Le second jour, aura lieu un grand concert dans lequel on exécutera : 1" symphonie en la mineur, de Mendelssohn ; 2° ouverture de Slruensée. de Meyerbeer ; 3" fragments de la Flûte enchantée et d'Idoménée, de Mozart; 4° fragments de l'Ode à la joie, symphonie avec chœurs et solos, de Beethoven ; 5" fragments d'un quintette pour instruments à vent, de E. Chaîne. Mlle François, MM. Jourdan, Battaille, E. Chaîne, Dorus, Leroy, Triébert, Jancourt, Halary et Gilette ont été engagés par la Commission du Congrès pour concourir, par leur talent bien connu, à l'éclat de ces brillantes fêtes musicales. La direction de l'orchestre et des chœurs est confiée à il. E. Chaîne, l'éminent violoniste-compositeur. „*„ Lille, 24 avril. — La fête musicale donnée samedi dernier par notre Conservatoire, en l'honneur de Son Excellence le maréchal de Mac- Mahon, a été magnifique. C'est au directeur, M. Victor Magnien, que l'organisation en est due. L'exécution de l'ode-symphonie : Christophe Colomb, de Félicien David, a répondu, dans ses quatre parties, à l'at- tente générale d'r.uditeurs habitués à entendre interpréter avec bonheur des œuvres d'une haute portée. Les exécutants, au nombre d'en- viron 100. ont rendu cet ouvrage pittoresque et descriptif avec une cha- leur, un ensemble et une justesse de nuances remarquables. M. Bou- langer, professeur de la classe de chant pour les hommes, avait bien voulu se charger de la partie importante de Christophe Colomb. Il s'en est acquitté en maître. MM. Vitaux, Dupuis et Lepercq, ses élèves, ont droit à nos éloges, malgré l'émotion qu'ils ont dû éprouver. Mlles De- vaux, Oxtoby, Dufossez se sont distinguées comme solistes Les chœurs ont été irréprochables et l'orchestre a souvent montré beaucoup d'en- semble et de vigueur. t*t Metz. — Cazaux vient de commencer la série des représentations qu'il doit donner dans cette ville. 11 a paru d'abord dans Robert le Diable et a interprété avec un véritable talent le beau rôle de Bertram. Cette représentation a été pour Cazaux une longue ovation : bravos et rappels unanimes, rien n'a manqué à son triomphe. Les Huguenots, qui sont venus ensuite, n'ont fait que grandir encore, s'il est possible, le triom- phe de l'artiste, admirablement secondé par M. Boutinos et Mme War_ DE PARIS. 163 nots. 11 est venu après le trio final recevoir, avec ses partenaires, de nouvelles marques de l'entliousiasme général. „*,, Strasbourg .— MM. Wuille et Stenebruggen, professeurs au Conser- vatoire, ont donné, le 21 avril, au foyer du théâtre, un concert qui a été pour ces deux artistes un triomphe éclatant. M. Wuille, le prodigieux clarinettiste, a émerveillé l'auditoire dans les deux morceaux qu'il a joués : le Trille diabolique, tour de force inouï, et une fantaisie brillante, composée par M. F. Schwab, deStrasbourg, morceau non moins charmant que difficile. Des bravos enthousiastes ont été prodigués à l'éminent virtuose, qui compte un triomphe de plus. M. Stenebruggen, excellent cor solo, n'a pas été moins chaleureusement accueilli ; il a joué avec un art inimitable Y Ave Maria de Schubert, une romance de Iiomagnési, et après chacun de ces morceaux une ovation lui a été décernée. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. ,;*„ Londres. — l.a prolongation inaccoutumée de l'hiver tourne au profit de nos théâtres. Après trois splendides représentations de Dinorah avec Faure et Mme Miolan-Carvalho, dans lesquelles la célèbre canta- trice, sûre aujourd'hui de la faveur de notre public, s'est livrée à tout le luxe de son délicieux ramage , le théâtre Italien de Covent-Garden a donné Fidelio. Le principal attrait de cette représentation consistait dans la first appearance en Angleterre de Mme Rosa Czillag, et je ne crois pas que jamais un succès se soit tout d'abord dessiné plus énergi- quement. Mme Czillag a conquis immédiatement l'auditoire par son ex- trême passion, par la chaleur de sa diction , l'émission sympathique de sa voix, son physique poétique, qui offre quelque analogie avec celui de notre grande Rachel, et par son talent tragique, qui n'a pas laissé que de surprendre quelque peu les habitués d'un théâtre italien ; on a même admiré sa parfaite prononciation. Avec cette merveilleuse facilité des Hongrois, ou, pour mieux dire, des peuples slaves, à s'assimiler tous les langages, Mme Czillag se trouve parler italien presque mieux que les Ita- liens eux-mêmes. Enfin, elle a réussi par les qualités qui font les grands artistes, et les fleurs et les rappels ne lui ont pas manqué. Dans cette même soirée l'orchestre a joué dans l'entr'acte la plus grande des trois ouvertures écrites par Beethoven pour son opéra, et le public, si bon juge aujourd'hui, l'a comprise et reçue avec un enthousiasme bien digne de remarque. M. Costa a dirigé d'une manière qui dénote un long com- merce avec Beethoven ; son orchestre serait certes l'un des premiers du monde, s'il pouvait faire quelque réforme dans les instruments de cuivre, et augmenter le nombre des violoncelles et contre- basses. — De son côté, le théâtre de Sa Majesté n'est pas moins ardent à sou- tenir la lutte avec son concurrent. Après Maria et la Favorite, après le succès de Mme Borghi-Kamo dans l'œuvre de Donizetti, M. Smith an- nonce un opéra nouveau en cinq actes, du maestro Campana, intitulé Ahnina, dans lequel Giuglini et Mme Piccolomini créeront les principaux rôles — Il est assez remarquable que cette année les deux théâtres Ita- liens comptent trois artistes français dans l'élite de leurs chanteurs : Mme Carvalho, Faure et Everardi; car ce dernier se montre excellent chanteur et comédien très-distingué. — On s'occupe fort dans le monde officiel des débuts d'une noble Berlinoise, Mlle de Heyligenstadt, dont la beauté, la superbe voix de soprano aigu et le talent tout formé pro- mettent une de ces artistes-princesses , peut-être même une de ces prin- cesses de l'art, dont l'Allemagne nous a donné déjà plusieurs éditions. *% Bruxelles.— Le théâtre royal de la Monnaie a fait relâche pendant trois jours, rendant ainsi hommage à la mémoire de M. Ch. de Brouckere, le défunt bourgmestre de Bruxelles. C'est seulement le 24 que la re- prise des Dragons de Villars a eu lieu, au bénéfice de M. Hanssens. Comme il y a deux ans, la musique de M. Maillart a produit une vé- ritable et profonde sensation. Carman et Mlle Boulart, Cœilte, Gour- don et Mlle Dupuy ont moissonné tour à tour les bravos. — La troupe italienne, sous la direction de M. Merelli, continue ses représenta- tions au milieu d'un enthousiasme toujours croissant et devant un public de plus en plus nombreux. Après le Trovatore, nous avons entendu le Barbier de Séville et la Lucrezia Borgia. Mme Lorini-Ma- riani, MM. Galvani et Squarcia ont déployé dans ces trois opéras un talent vraiment supérieur ; les bravos, les rappels et les bouquets doivent prouver à ces artistes distingués combien le public bruxellois sait les apprécier. Mme Lorini-Mariani est en possession d'une voix magnifique, d'une grande étendue et d'une justesse irréprochable. Si dans le Barbier elle a laissé quelque peu à désirer sous le rapport de la légèreté et de la finesse, par contre dans les deux autres opéras, elle a fasciné l'auditoire par la hardiesse de son chant et par la vérité de sa diction. A côté de ces artistes, nous avons applaudi M. G. Ciampi dans le rôle de Bartholo du Barbier; il a-de la voix et a su tirer un parti charmant de ce rôle presque toujours laissé au second rang. Le reste de la troupe m,arche d'une manière très-satisfaisante. M. Orsini, â la tête d'un orchestre, maintenant plus nombreux et plus assoupli à la main vigoureuse de son chef, imprime à l'ensemble de l'exécution ce cachet de fini et d'entrain auquel nous ne sommes plus habitués. „*„ Vienne. — Le début de Mlle La Grua, dans Norma, a été fort brillant : comme actrice et comme cantatrice, elle a été vivement ap- plaudie, notamment dans le premier duo qu'elle chante avec Adalgise. — Au théâtre de l'Opéra on vient de représenter pour la première fois un ballet intitulé : la Nymphe, dontle sujet paraît tiré du livre les Syrènes, de M. G. Kastner. La musique est un pêle-mêle de morceaux empruntés à différents compositeurs. Mlle Couqui , chargée du rôle de la nymphe a obtenu un grand succès. — La célèbre cantatrice, Mlle Frassini, a été engagée pour la prochaine saison au théâtre de l'Opéra, où elle doit débuter par le rôle de Dinorah. — Stockhausen a donné son premier concert. „*„. Leipzig. — Le Pardon de Ploërmel a été représenté pour la première fois le 18 avril au théâtre de la ville ; salle comble, succès d'enthousiasme. Mme Bùrde Ney a chanté le rôle de Dinorah. — Le comité des concerts du Gewandhaus en a offert la direction à Ferdinand Hiller. .,.% Hambourg. — Le Pardon de Ploërmel en est à la 25e représentation. Mlle Georgine Schubert est une excellente Dinorah. *** Munich. — Le 15 avril a eu lieu la première représentation du Pardon de Ploërmel, à laquelle assistaient le roi Louis de Bavière, la reine et toute la cour. Dès la fin de l'ouverture les applaudissements éclatèrent et se renouvelèrent après chaque morceau. Les acteurs ont été rappelés plusieurs fois. %% Breslau. — La première représentation du Pardon de Ploërmel a eu lieu le 21 avril et a servi de début a Mme Jauner Krall L'ouvrage et la débutante ont eu beaucoup de succès et plusieurs morceaux ont dû être répétés. â% Saint-Pétersbourg, 18 ayril. — Hier a eu lieu au Grand -Théâtre, avec un immense succès, le concert donné par Henri Wieniawski. Le célèbre violoniste a été accueilli par notre public avec un enthousiasme qui ne s'est pas attiédi un seul instant, et que le talent du jeune maître a poussé jusqu'au paroxysme des bravos et des rappels à la fin de la soirée. Wieniawski a joué le concerto de Mendelssohn, le Carnaval de Venise et trois ou quatre morceaux de sa composition d'un charme et d'une originalité de facture qui lui assurent un avenir de compositeur digne de sa renommée de virtuose. Il lui a fallu répéter trois morceaux de son programme; quant au Carnaval de Venise, Wieniawski en a fait une exquise nouveauté. La partie vocale était confiée à Mlle Rita Pellini, l'une des deux sœurs dont nous avons annoncé l'arrivée ici. Quoique visiblement émue, elle a chanté d'une voix sonore et étendue deux morceaux, — l'un de Verdi, l'autre de Donizetti, — avec un sentiment dramatique et une expression qui lui ont valu les applaudissements de l'auditoire. C'est demain mercredi qu'aura lieu, au théâtre Michel, le concert des demoiselles Pellini, que nous pourrons alors apprécier complètement. le Directeur : S. DUFOUR . LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C, RUE JACOB, 56. Et chez tous les libraires de France et de l'étranger. ItlOCMPOIE UNIVERSELLE MUSIC BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE DE MUSIQUE Deuxième édition Entièrement refondue et augmentée de plus de moitié, Par F.-*f . FÉTIS Maître de chapelle dxi roi des Belges, Directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles. ENVIRON DIX VOLUMES IN-8» DE CINQ CENTS PAGES Paraissant par livraisons «le AS pages chacune, ÎO livraisons par volume. 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Ave Maria, hymne à la Vierge, pour soprano, avec accompagnement de hautbois, ai lib. - . 3 » 2. Ave Maria, solo pour contralto 3 » 3. Ave Maria, duo pour soprano et contralto, avec accompagnement de hautbois, ad lib.. . 4 80 4. Ave verum, solo pour soprano 2 50 5. Ave regina cœlorum, duo pour soprano et mezzo-soprano 3 75 6. Inviola ta, duo pour soprano et mezzo-soprano. 3 75 7. O salutaris, pour soprano 3 » 8. Ave maris Stella, duo pour soprano fit mezzo- soprano 5 » Les huit numéros reunis, 10 fr. net. A. FArVSERON Prière à Marie, cantique pour basse-taille, bary- ton ou contralto 3 » f.e nom de Marie, cantique à deux voix de femmes h 50 Invocation à Marie, cantique a deux voix . . 2 » O salutaris, pour soprano ou ténor 2 50 Agnus Dei, pour basse-taille, baryton ou contralto 3 » Benedielus, pour basse-taille, baryton ou contralto 6 » Mon unique espérance, pour soprauo ou ténor, avec accompagnement de piano ou mélodium. 5 » Jésus vient de naitre, cantique pour deux voix 4 50 ROSSIBTI STABAT MATER ET COMPLAINTE A LA VIERGE A quatre voix et choeurs. La grande partition, 100 f. — Les parties d'orchestre, 100 f. LES MOHCEAUX DÉTACHÉS AVEC ACCOMP. DE PIANO : i.y^!(c^,jL-v^-pleu;s;;:;| 5 . 2. Air pour j Cujus animam j 3 75 ténor . . ( La douleur avec son glaive | 3. Duo pour 2 j Qnis est homo ( , -g soprani. . f Où peut être la mesure . . \ 6. Air pour ( Pro peccatis J 3 7g basse ou ténor, j Fruits amers | 5. Chœur et réci- j Elia mater j 3 75 tatif ■ • • ( Source d'amour | r /i„ „/„„,. ( Sancta mater ( t , 6. Quatuo, ... | VJergei accorue.ffioi uigracej 5 7. Caratine pour ( Fac ut portera. j 3 „ soprano. . j O cœur noyé! | 8. Air et chœur j Inflammatus j g n pour soprano ( Par la flamme ( 9. Quatuor sans l Quando corpus ) 3 u accompag. \ Que la croix me justifie. . ) 10. Chœur final. { ^"..f seigneur ! ; | ; { « ■ La partition format in-4° 25 » La même, format in-S" net. 7 » UEYEKBEEB Sainte Marie, chœur du Pardon de Ploêrmel . . 5 » Pater noster, à quatre voix, du même opéra. . . 4 « PALESTRIKA Stabat Mater à 2 chœurs sans accompagnement. 7 50 SiTADLER Deux motets et les quatre antiennes à la sainte Vierge, à 4 voix avec accompagnement d'orgue 7 50 JOS4HJIN DESl'KEZ! Stabat Mater à 5 voix 4 50 LABARRE Cantique à Marie, chœur à trois voix de femmes 5 • VITAIi Litanies de la Vierge, pour soprauo, avec chœurs 2 50 E. JO\AS O salutaris 3 » FESSA Le Stabat Mater arrangé pour orchestre seul : 1. Stabat Mater. 2. Cujus animam. 3. Pro peccatis, chaque 12 » U. PAAOFKA Ave Maria, pour ténor ou mezzo-soprano, avec accompagnement de piano ou orgue 3 » O salutaris, pour ténor ou mezzo-soprano, avec accompagnement de piano ou orgue 3 » BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. !\To 19. ON S'ABONNE t Bans les Départements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aux Bureaux des Messageries et des Postes. 6 lai 1860. PRIX DE L'ABONNEMENT : Paris 2t(r.paran Départements, Belgique et Suisse — 30» id. Étranger M » iâ- Le Journal paraît le Dimanche. wm pâbis. --w\/\AAJ\AAAAA/v-- SOMMAIRE. — Association des artistes musiciens, messe de M. Charles Manry, par Adojphe Botte. — Auditions musicales, par le même. — Enseignement populaire de la musique, par Wilhelm. — Nouvelles et annonces. ASSOCIATION DES ARTISTES MUSICIENS. Messe de II. Charles Hanry. Le mois des fleurs, le mois de Marie s'est ouvert mardi à l'église Saint-Roch par une solennité musicale à laquelle assistaient tous ceux qui s'intéressent encore à l'art religieux. L'association des artistes musiciens faisait exécuter une messe nouvelle de M. Charles Manry. Cette messe se distingue par des mélodies vraiment pieuses, et, au besoin, s'élève jusqu'aux accents passionnés qu'autorisent parfaite- ment, quoi qu'on en dise, les belles et austères paroles de la litur- gie. L'auteur a su prendre un parti, ce qui est assez rare. Il a été franchement moderne, mais toujours grave, recueilli et plein d'onction. Il n'a pas fait d'archaïsme, et, pour notre part, nous l'en félici- tons. Il a plutôt allié la simplicité mélodique à des recherches har- moniques, sûr ainsi de plaire en même temps à la foule et aux esprits accoutumés à un certain coloris instrumental qui, pour êlre parfois prodigué au théâtre, n'en est pas moins à sa place à l'église quand il est bien ménagé. M. Manry encourra-t-il, comme tant d'au- tres, le reproche de s'être montré trop dramatique dans l'expression des sentiments chrétiens? Nous ne savons ; car on s'entend générale- ment assez peu sur le style qui convient à la musique d'église. Les uns demandent avant tout une grande douceur, une grande sobriété, et peut-être l'exclusion complète de certaines modulations très-belles et très-dramatiques, mais dont le caractère sensualiste les effarouche. Ils aiment les voix et l'orgue ; ils admettent bien certains instruments ; mais les instruments à vent, les trombones, par exemple, leur sem- blent comme un écho du théâlre, indigne de pénétrer dans la maison de Dieu. Les autres, admirateurs fervents, ainsi que nous le sommes nous-même, des magnifiques messes de Mozart, de Beethoven, de Cherubini, etc., croient que l'art musical, avec tous ses perfectionne- ments matériels, peut aussi élever l'âme, la dégager des préoccupa- tions vulgaires, la porter enfin jusqu'aux pures et sublimes idées de l'infini. Quant à nous, nous croyons qu'il serait très-difficile à un mu- sicien contemporain de s'isoler tellement des idées de son siècle qu'il pût retrouver, nous ne dirons pas seulement les formes, mais, ce qui nous paraît impossible, la naïveté et le véritable esprit des maîtres d'autrefois. Il ne ferait alors, ce nous semble, qu'un froid pastiche qui ne dirait rien à personne, parce que la vie n'y serait pas. On le sait, M. Manry est un musicien instruit, bien doué ; son in- telligence élevée et méditative l'appelle vers le genre sacré. Déjà, il avait érrit plusieurs messes remarquables à beaucoup de titres ; mais sa nouvelle œuvre, dans laquelle on retrouve toute la suavité, toute la distinction, toute l'abondance et toute la fraîcheur mélodique des pre- mières, a une élévation, une largeur qui attestent un énorme progrès ; en un mot, elle nous paraît la plus complète, la plus riche, la plus achevée que l'auteur ait encore produite. Le Kyrie est un fort bon morceau ; les voix et l'orchestre y sont traités avec beaucoup d'habileté. Dans le Credo (une très-belle page, et la plus développée de toutes) il y a un magnifique chant à l'unisson bien instrumenté où les harpes et les violons rappellent cette dispo- sition de parties si heureusement employée dans des finales célèbres et dans plus d'un chœur de Bardes. Dans ses morceaux les plus pom- peux, les plus larges, les plus majestueux, l'auteur n'est pas allé une seule fois jusqu'à l'abus de la sonorité. C'est surtout aux instruments à cordes, aux violons et aux violoncelles principalement, qu'il a confié de délicieuses phrases. On a remarqué dans YO salutarh le goût et l'art avec lesquels les cors étaient employés. Nous pourrions peut-être louer davantage la correction, la couleur de l'harmonie, enfin le talent de M. Manry, qui est aussi un contrapuntiste distingué ; mais nous ai- mons mieux insister sur la netteté, sur l'originalité de son inspiration et sur la parfaite convenance de son style. Il ne nous reste plus qu'à -faire la part de la critique : ce sera la plus courte. L'auteur, qui mêle si heureusement les voix, qui fait suc- céder à des solos très-saillants des tutti pleins de puissance et d'éclat, laisse quelquefois l'orchestre un peu vide, un peu nu. Alors les mélodies, écrites souvent en mineur, reviennent languissantes, et auraient besoin d'être soutenues par quelques dessins et par quelques richesses harmoniques. En résumé, cette messe est une excellente composition; de plus, c'est réellement de la musique sacrée. Quoiqu'elle soit fort bien écrite, que les voix s'y meuvent toutes avec une grande aisance, qu'on trouve dans le Gloria une fugue habilement conduite, la science n'y tient que le second rang; le premier appartient à une inspiration claire, abondante , souvent élevée et empreinte d'une touchante mélan- colie. L'œuvre de M. Manry brille par ce qui plaît et émeut , par un sentiment toujours religieux, qui ne se perd ni dans les froides et aride: combinaisons, ni dans ces phrases d'opéra-comique que les compjri teurs modernes ne peuvent toujours parvenir à faire taire quand ils écrivent pour l'église. 166 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Depuis longtemps nous n'avions assisté à une aussi bonne exé- cution. M. Tilmant dirigeait un nombreux orchestre. C'est dire que tous les artistes étaient animés par une volonté aussi puissante qu'in- telligente. M. Charles Vervoitte, maître de chapelle des plus distingués, compositeur estimé, conduisait les chœurs et l'a fait en musicien exercé à toutes les exigences du style religieux. Mlle Sax, MM. Jour- dan et Balanqué chantaient les soli. On connaît le goût, l'âme que Jourdan apporte dans la musique sacrée; cette fois encore il y a été très-remarquable. L'excellent sentiment musical de Mlle Sax lui a permis de révéler, dans un genre qu'elle connaissait peu sans doute, de précieuses qualités d'expression. AUDITIONS MUSICALES. Franco-Mcndes. — Mlle «Dulieime Amlré. — BSlîe «Joséphine Martin. — Casella. — Mlle Su^eI>org:-Starck. Au concert donné par Franco-Mendes dans les salons Pleyel-Wolff, on a applaudi le cinquième quintette de cet excellent violoncelliste. Dit d'une façon délicieuse par MM. de Cuvillon, Jacobi, Viguier, Biétry et l'auteur, il a prouvé encore une fois que le talent d'exécution n'absorbait pas toutes les facultés d'un musicien bien organisé, et qu'il restait place encore pour les bonnes études et pour des travaux plus sérieux, plus [^importants que ceux d'une gracieuse fantaisie, d'un charmant arrangement ou d'une ingénieuse transcription. D'autres compositions ou touchantes ou aimables, ou suaves ou brillantes, mais toujours correctement écrites, ont été jouées par l'auteur avec la justesse, le sentiment qu'il apporte dans tout ce qu'il exécute. Elles ont été accueillies avec la sympathie que le public n'ac- corde qu'au véritable talent. M. de Cuvillon a causé un plaisir infini dans un très-beau quatuor de Léon Kreutzer, où il y a une verve, une élégance, un savoir, un esprit que nous voudrions retrouver plus souvent dans la jeune musique de chambre. — La semaine dernière, dans les mêmes salons, nous avons entendu Mlle Julienne André, élève d'Alard. La jeune artiste a joué deux mor- ceaux de son maître avec une sûreté, une largeur d'archet et de style qui ont été particulièrement remarquées. Mlle André a de la vigueur, du feu et, chose singulière, moins de douceur et de grâce que certains violonistes ; mais elle a, comme tous les virtuoses élevés à la même école, les précieuses qualités que peut donner le meilleur enseigne- ment. Elle a été très-fêtée, notamment pendant l'exécution d'une saltarelte, d'Alard, l'une des pages les plus originales, les plus colo- rées et les plus hardies qu'ait écrites le célèbre professeur. — Pianiste aimée et partout sympathiquement accueillie, musicienne sérieuse, compositeur très-distingué, Mlle Joséphine Martin donne chaque année un concert où se font entendre des artistes d'un grand mérite. Vendredi, dans la salle Herz, c'étaient Mmes Ida Bertrand, Gaveaux-Sabatier, M. Jules Lefort et la Société chorale du Conserva- toire qui prêtaient à la partie instrumentale, les unes, leurs belles voix et leur charmant talent si pathétique et si fin ; les autres, leur style plein de goût, et un ensemble parfaitement réglé et dirigé par M . Edouard Batiste. Un duo de Lysberg, à deux pianos, sur des mé- lodies de Don Juan, exécuté par Mlle J. Martin et sa jeune élève, Mlle Angèle Simiet; puis une fantaisie espagnole, un menuet et l'Ou- verture des chasses, composés et joués par la bénéficiaire, ont charmé l'assemblée. Les nombreuses qualités du jeu de Mlle J. Martin sont bien connues ; c'est, on le sait, un style net, précis, énergique : l'élé- gance, la finesse et la grâce. Avant Amour et -prière et la Valse de Marguerite, gracieuses et mélodieuses inspirations de Mme Clémentine Batta, très-joliment chantées par Mme Sabatier et Jules Lefort, Mlle J. Martin, MM. Coche, Garimond, Pâquis, Casimir Ney, Nathan et de Bailly ont dit les deux premiers morceaux du septuor de Hummel. Le minuetto scherzo, si délicatement orné avec les broderies exquises du piano, les chants expressifs du violoncelle, ou plutôt avec tout son esprit, toute sa légèreté, toutes ses ravissantes coquetteries, a enthou- siasmé l'auditoire et a valu aux interprètes, qui, d'ailleurs, se sont constamment maintenus à la hauteur de l'œuvre, un franc et légitime succès. — Le violoncelliste qui n'aurait pas puisé dans les partitions de Bellini, qui ne leur aurait pas demandé quelques-uns de ces chants si mélancoliques et si tendres, aurait eu bien tort: car, en dépit de toutes 'les critiques et de toutes les ironies des gens blasés, ces chants passionnant et passionneront toujours la foule, parce qu'ils sont nés dans une de ces 'heures d'inspiration, de douleur et d'enthousiasme où les musiciens les moins savants créent des choses assez belles pour se passer des richesses, cependant si admirables, d'un grand style. M. Casella, violoncelliste du roi de Sardaigne, a transcrit, à son tour, le quatuor des Puritains. Il l'a joué au concert qu'il donnait samedi dans la salle Beethoven, et avec cette seule page, dite, il est vrai, avec beaucoup de largeur et d'expression, il a été très-vivement applaudi. Dans deux autres morceaux, Un pensiero et Souvenirs d'Italie, le brillant soliste a montré que s'il jouait bien, sans afféterie et avec une grande sensibilité, il savait aussi composer avec goût, arranger avec tact et varier les mélodies en virtuose accoutumé à ne demander aux difficultés que ce qu'elles ajoutent à un ouvrage d'intéressant et d'ai- mable à entendre. Une élégie animée d'un souffle religieux assez rare, même à l'église, a été fort goûtée. Interprétée avec un grand charme d'expression par MM. d'Aubel, Casella et l'auteur, Daussoigne-Méhul, elle offrait, outre le mérite de la composition, la beauté de timbres et d'effets qui res- sort de cette trinité si harmonieuse : le piano, l'orgue et le violoncelle. M. Fortuna, qui a du talent, mais auquel on pourrait demander un peu plus de chaleur, s'est fait plusieurs fois applaudir à ce concert, où dans un solo, le violon de Sighicelli a été ravissant de grâce, d'élé- gance et de brio. — Au dernier concert de Mlle I. Starck, deux artistes de mérite, Jacques Dupuis et Lamoury, ont joué avec la charmante pianiste le trio en ré majeur de Beethoven. La musique classique sied au talent de Mlle Starck; toutefois, dans les œuvres de Bach notamment, son style n'est pas toujours assez sévère et assez soutenu. Mais il faut avoir une grande puissance d'exécution pour jouer en public, au piano, ces admirables fugues, si difficiles sous tous les rapports. Nous aimons mieux la jeune artiste dans les pièces de Field, de Chopin et même dans celles de Liszt; là elle trouve des douceurs infinies, des élégances naturelles, et aussi des effets puissants et sonores auxquels plus d'une pianiste, d'ailleurs très-distinguée, ne saurait atteindre. Adolphe BOTTE. Le défaut d'espace nous oblige à remettre au numéro prochain la suite du compte rendu des concerts, au nombre desquels se trouve celui dont la pensée et l'organisation sont dues à M. Beaulieu. ENSEIGNEMENT POPULAIRE DE LA MUSIQUE. Nous avons annoncé la publication d'une brochure de M. Emile Chevé, en réponse aux Observations de quelques musiciens et de quelques amateurs sur sa méthode. Nous avons dit en outre que la brochure était suivie d'un manifeste de la commission qui a pris cette méthode sous son patronage, et nous nous proposions d'en discuter les conclusions, mais la Revue contemporaine , dans son numéro du DE PARIS. 167 3() avril dernier, contient un article qui nous semble remplir suffi- samment cette tâche; pour aujourd'hui nous nous bornerons donc à en reproduire quelques fragments. Après avoir rappelé comment l'idée de substituer les chiffres aux notes de la gamme, conçue d'abord par le P. Souhaitty, ensuite par J.-J. Rousseau, fut frappée de mort dès sa naissance, par la simple observation d'un bon musicien, de Rameau, qui en démontra le vice radical : après avoir raconté, avec le savant M. Fétis (1), comment cette même idée, largement essayée en Allemagne, en a été définiti- vement bannie, parce qu'on s'y dégoûta d'un enseignement populaire qui ne pouvait servir d'introduction à l'art véritable, l'auteur de l'ar- ticle constate qu'en France les conquêtes de la notation furent moins étendues, mais non plus solides, malgré les efforts de M. Galin, qui mourut à la peine, et de M. Aimé Paris, son successeur dans la pro- pagande du méloplaste. « Enfin, ajoute-t-il, M. Emile Chevé, beau-frère de M. Aimé Paris, quittant la médecine pour la musique, ouvrit des cours, publia des ouvrages, et ainsi se trouva formée latrinité Galin-Pàris-Chevé. Alors commença la croisade entreprise à frais communs pour le triomphe du chiffre et du système musical qui en est l'appui. L'ambition de MM. Aimé Paris et Emile Chevé devait être de conquérir, en tout ou en partie, les écoles communales de la ville de Paris ; c'était pour eux comme une Jérusalem qu'il fallait délivrer du solfège et de ses sec- tateurs. En 1845, M. Emile Chevé demanda au préfet d'ouvrir un concours entre la méthode en usage et la sienne. L'idée fixe de M. Aimé Paris (idée que peu de gens partagent, nous verrons pourquoi), est que tout peut et doit finir par des concours. La première demande ayant été repoussée, une seconde fut faite en 1850, et n'eut pas un meil- leur sort. Pour la seconde fois, la commission de surveillance du chant avait examiné la méthode qui lui était soumise et l'avait jugée inadmissible. Je voudrais pouvoir citer entièrement l'excellent rapport rédigé par elle en cette occasion. « Le système de M. Chevé, disait » le rapporteur, M. G. Héquet, a pour base la substitution d'une écri- » ture nouvelle à l'écriture usitée aujourd'hui. Au lieu de représenter » les intonations par des signes placés sur une portée, il les repré- » sente par des chiffres. La commission a fait de vains efforts » pour comprendre l'utilité de ce changement. M. Chevé fait grand » bruit des prétendus défauts de l'écriture musicale actuelle, qu'il » déclare bizarre, compliquée, fatigante pour l'œil du lecteur, enfin » très-difficile à déchiffrer. Selon lui, c'est cette difficulté qui retarde » les progrès des commençants et leur fait perdre courage. La com- » mission ne saurait partager sur ce point l'opinion de M. Chevé. Au- » trefois, on faisait ce qu'il propose ; l'antiquité représentait les sons •» par des lettres , lesquelles étaient en même temps des chiffres. » Le système de M. Chevé est littéralement renouvelé des Grecs. » C'est au xiie siècle seulement que furent imaginés les premiers rudi- » ments de notre écriture moderne, les points, la portée, et cette » invention fut considérée alors comme un immense progrès. En effet, » l'écriture nouvelle indiquait, par la position même des signes, le » plus ou moins de gravivé de chaque son. Elle parlait à la fois à » l'entendement et aux yeux, tandis que les chiffres ne parlaient » qu'à l'entendement. Ce que le bon sens de nos pères abandonna, il » y a huit cents ans, M. Chevé nous le veut faire reprendre aujour- » d'hui, et il nous donne cet étrange mouvement rétrograde pour » une amélioration ! Nous ne pouvons être de son avis ; l'écriture » musicale actuelle ne paraît bizarre qu'à ceux qui ne la savent pas » lire. Si elle est compliquée, c'est qu'elle peint, aux yeux du lecteur, i> une foule d'éléments divers, qu'elle exprime à la fois l'intonation, » la durée, le rhythme, et jusqu'aux détails les plus délicats, les plus » minutieux de l'exécution. M. Chevé supprime ces détails, et il pro- » clame son écriture plus simple. Est-ce simplifier que d'appauvrir? (l) V. Revue et Gazette musicale, n° 2, 8 janvier 1860. » Ne nous faisons pas d'illusion. Le véritable obstacle, qui arrête » les élèves à l'entrée de la carrière, c'est la difficulté d'unir Vidée » d'une intonation déterminée au signe qui la représente. Que ce si- » gne soit un chiffre ou une note, la difficulté reste la même, et le » procédé de M. Chevé ne la diminue en rien. » » Là est, pour tout musicien, le vrai point de la question, et le rapport l'éclaircit de manière à ne pas laisser place au doute. Récapi- tulant ensuite les diverses imperfections du système de M. Chevé, quant à la musique instrumentale que la notation chiffrée ne peut re- produire, quant aux douze tonalités qu'il réduit à une seule, quant à l'étude du mode mineur, où l'ordre naturel des chiffres est renversé, le rapport conclut en ces termes : « La commission pense non-seu- i) lement qu'il n'y aurait aucun bénéfice à remplacer par celle qui lui » est soumise la méthode qui est en vigueur depuis trente années, » mais que V enseignement y perdrait dans mie proportion considé- » rable. » » On a vingt-quatre heures au palais pour maudire ses juges : M. Emile Chevé employa près de dix années à poursuivre les siens de sa colère et de ses invectives. Armé de la parole et de la plume, il ne cessa d'attaquer ceux qui avaient rendu la sentence et ceux qui l'avaient approuvée, dans une longue série de publications, dans un journal créé tout exprès, toujours avec la collaboration de M. Aimé Paris. Les hommes éminents qu'il attaquait chaque jour ne s'ému- rent pourtant pas et ne daignèrent pas lui répondre : c'était peut-être une faute. Au mois de juillet dernier, une commission de patronage s'étant formée sous la présidence d'une grande illustration politique pour la propagation de la méthode Galin Pâris-Chevé, il ne fut plus permis de garder le silence . On comprit que la patience avait assez duré, que la prolonger serait faiblesse, et qu'il fallait s'expliquer net- tement sur un système qui ne cherchait plus à s'établir par la seule force de ses principes et le seul avantage pratique de ses procédés. C'est ce qui a donné lieu à la brochure intitulée : Observations de quelques musiciens et de quelques amateurs sur la méthode de musique de M. le docteur Chevé. Cette brochure est signée de MM. Auber, de l'Institut; Carafa. id.; Clapisson, id.; Ermel, compositeur; Victor Foucher, président; Charles Gounod, compositeur; F. Halévy, de l'Institut; Jomard, id.; général Mellinet ; G. Meyerbeer, de l'Institut; Edouard Monnais; Niedermeyer, compositeur ; Edouard Rodrigues, vice-président; Ambroise Thomas, de l'Institut; Varcollier, membres de la commission de surveillance de l'enseignement du chant dans les écoles communales de la ville de Paris, et de MM. H. Berlioz, de l'Institut ; Dietsch, chef d'orchestre de l'Opéra, Georges Kastner, de l'Institut; Verdi, correspondant de l'Institut; J. d'Ortigue, directeur- rédacteur en chef de la Maîtrise; Pasdeloup et F. Bazin, directeur de l'Orphéon de Paris. » A cette brochure collective, M. Emile Chevé vient de répondre par une autre brochure signée de lui seul, et le comité de patronage a daigné adresser aux signataires de la première une lettre dans laquelle il expose formellement ses intentions. Cette lettre porte les noms de MM. le comte Morny, président du comité de patronage, le prince Poniatowski, vice-président, le comte Olympe Aguado, le comte Onésime Aguado, le général de Courtigis, Félicien David, le baron .Dubois, Gevaert, Lefébure-Wély, Magin-Marrens, inspecteur général de l'enseignement primaire, Edmond Membrée, le comte Joachim Murât, Neukomm, Offenbach, Ravaisson, membre de l'Ins- titut, le marquis de Sampieri, Ernest L'Epine, secrétaire du comité, et conclut à ce que, pour juger définitivement le débat, un concours soit ouvert en présence des signataires de la brochure et des mem- bres formant la commission du patronage. Voici textuellement la teneur du cartel rédigé par la commission : « 1° Que chaque école » expose scientifiquement au tableau ses principes et ses moyens » d'action ; 2° que des expériences pratiques et comparatives soient » faites sur les résultats déjà obtenus de part et d'autre ; 3° que deux 168 REVUE ET GAZETTE MUSICALE » expériences parallèles sur deux masses lout à fait étrangères à la » musique soient tentées, l'une sous l'habile direction de MM. Pasde- » loup et Bazin, directeurs de l'Orphéon, ou de toute autre personne » qu'il plaira aux signataires de la brochure de désigner, l'aulre sous » la direction de M. Chevé. Ces trois expériences faites, on saura dé- » finitivement à quoi s'en tenir, et, une fois édifié, on cessera de part » et d'autre une polémique inutile et indigne de l'art. » » J'ignore ce que les vingt-trois signataires de la brochure pensent de cette proposition, mais je ne puis m'empêcher de remarquer avec quelle courtoisie elle leur est présentée : MM. Aimé Paris et Emile Chevé ne les avaient pas accoutumés à cette politesse de ton, à cette convenance de langage, et quoi qu'il advienne, l'intervention de la commission de patronage leur aura beaucoup profité. Ce que je re- marque encore, c'est que les membres de cette commission jugeant leurs adversaires d'après eux-mêmes, et ne doutant ni de leur inté- grité, ni de leur bonne foi, ne se préoccupent nullement de l'équilibre des partis dans la composition du tribunal: dix-sept juges, partisans du chiffre, consentent à siéger à côté de vingt-trois autres, connus pour être ses ennemis! A coup sûr on ne pouvait montrer une confiance plus noble et plus chevaleresque. Nous doutons cependant que le déû soit accepté. Nous n'hésitons pas toutefois à en croire la proposition sérieuse, et alors nous nous demandons si un pareil concours est praticable et s'il peut avoir quelques résultats. Nous comprendrions à la rigueur, malgré les difficultés sans nombre dont il serait entouré, qu'un concours fût ouvert entre des méthodes conduisant au même but et satisfaisant aux conditions d'un même programme, mais telle n'est pas la situation. Nous sommes en présence de deux méthodes, dont l'une, consacrée par le temps, conduit à la connaissance de cette langue musicale qui est le véritable, le seul idiome universel des peuples civilisés (on nous accordera que cette universalité est déjà une légère présomption en faveur de son excellence), et dont l'autre, née d'hier, ne mène qu'à l'intelligence d'un dialecte d'un emploi et d'un usage infiniment restreints. La langue musicale a son alphabet, ses caractères propres, et possède l'avantage de parler à l'intelligence en même temps qu'elle se dessine aux yeux; le dialecte n'a pour écriture que des signes empruntés à une autre langue, détournés de leur fonc- tion naturelle, ne s'adressant qu'à l'esprit, difficiles à saisir par le regard dans leurs indispensables modifications. La langue musicale ouvre l'accès à lout ce que la musique a enfanté de grand et de beau dans ce monde, permet à celui qui la possède de se livrer à l'étude des instruments, et d'arriver jusqu'à celle des partitions religieuses ou profanes de nos grands maîtres. Le dialecte s'en tient à la transcrip- tion de quelques mélodies bien simples, et s'arrête devant la musique instrumentale ; la partition lui est également interdite, non qu'il soit impossible d'en écrire une avec des chiffres, mais il est évident que personne ne pourrait la lire. » On nous dit qu'avec la notation chiffrée, que nous condamnons, avec ce dialecte, qui nous paraît si pauvre, la musique est enseignée plus vite qu'elle ne saurait l'être avec la notation ordinaire. Nous savons que par une stratégie habile, par des manœuvres ingénieuses et par un certain art de mise en scène dont nous sommes loin de nier le mérite, M. Chevé est parvenu à faire croire en certains lieux qu'il enseigne la musique plus rapidement que personne ; mais quelle musique? La sienne et non pas la nôtre. J'ai vu des gens du monde qui sortaient de ses cours tout émerveillés, et persuadés que les ouvriers passant dans la rue n'avaient qu'à entrer dans l'amphithéâtre où M. Chevé préside, regarder ses chiffres et se mettre à chanter aussitôt. Les chiffres n'ont pas celte vertu, ni M. Chevé cette puis- sance. Le rapport de 1850 l'a dit avec une parfaite justesse; la dif- ficulté réelle pour les commençants, c'est d'unir l'idée de l'intonation au signe qui la représente. « Que ce signe soit un chiffre ou une » note, la difficulté reste la même. » L'argument favori des novateurs (et Dieu seul en sait le nombre), qui prétendent remplacer les notes de la gamme par les chiffres de l'arithmétique ou les lettres de l'al- phabet, consiste à dire que les chiffres et les lettres étant déjà connus, les élèves n'ont pas besoin d'apprendre de nouveaux signes, ce qui est pour eux une grande économie de temps. Ceci est une erreur, car si l'on attribue à des signes connus un sens et une valeur qui ne leur appartiennent pas, on en fait en réalité des signes nouveaux pour le nouvel office qu'on leur confie. Et d'ailleurs faut-il donc un temps si long pour se familiariser avec le nom, la figure et la position des notes de la gamme? Deux jours, trois jours, mettons-en huit, suffisent pour y réussir, même aux élèves les plus tardifs. Il ne nous paraît pas démontré qu'il en faille moins pour apprendre le sens par- ticulier que M. Chevé prête à ses chiffres. » Il en est de même des autres éléments de l'enseignement musical primaire. Ces éléments sont tellement simples qu'il n'est pas possible d'économiser sur la durée de l'apprentissage. Aussi parcourez, non pas les classes du Conservatoire, puisqu'on le met hors de cause, mais les classes de l'Orphéon et jusqu'aux salles d'asile, vous y ver- rez de petits enfants lire et chanter la musique de tout le monde aussi bien, mieux peut-être que les élèves de M. Chevé ne lisent et ne chantent la musique destinée à leur usage personnel. Allons plus loin, admettons que, sur une épreuve de trois ou quatre mois, la notation chiffrée devançât la notation ordinaire de huit ou quinze jours, ce ne serait pas encore un motif suffisant de préférer la première à la se- conde. En entretenant à ses frais des écoles de musique, l'Etat se propose non-seulement de faire chanter des chœurs par les élèves, mais de les initier à la connaissance d'un art qu'ils pourront cultiver ensuite selon leur goût et leurs facultés. Voici, à nos yeux, le double inconvénient du système de Galin-Pâris-Chevé et de tous les réforma- teurs du même genre : ou les élèves qui étudient d'après leur méthode en resteront là et par conséquent ne sauront jamais rien de la vraie musique, de ses caractères, de ses règles, en un mot de tout ce qui en fait la langue universelle, ou bien ces élèves voudront aller plus loin, et c'est alors qu'ils auront à entreprendre une seconde élude pour laquelle la première leur sera plutôt un embarras qu'un secours. Les novateurs soutiennent, il est vrai, le contraire et affirment qu'après avoir passé par leur école, on étudie bien plus facilement dans la nôtre. Les hommes de i'art ont de fortes raisons pour n'en rien croire. Leur vieille expérience leur dit qu'un détour allonge toujours le che- min, quand il n'égare pas complètement celui qui s'y engage. » Le concours que l'on propose est donc inutile et sans issue : entre les deux méthodes, la question de supériorité ne saurait être un instant douteuse. Les partisans de. M. Emile Chevé eux-mêmes ne pa- raissent pas se rendre bien compte de ce qu'ils voudraient faire. Ils ont trop d'esprit et de sens pour songer à détruire l'ancienne nota- tion musicale, ainsi que M. Marie se flattait d'abolir l'ancienne ortho- graphe : ils ne travaillent, disent-ils, que pour le peuple, et ils ne voient pas que ce qu'ils s'efforcent d'obtenir serait essentiellement préjudiciable à ses intérêts. Désormais, la musique serait divisée en deux langues, l'une sacrée, l'autre démotique ; la première réservée aux adeptes et inaccessible aux masses, la seconde uniquement faite pour le peuple. De cet ordre de choses si opposé aux idées du siècle, il résulterait qu'un de ces ouvriers qui n'aurait appris que la langue populaire pourrait passer devant une page de musique écrite dans la langue sacrée sans se douter de ce qu'elle signifie, sans être capable d'en déchiffrer une seule phrase, d'en épeler un seul mot ! Aujour- d'hui, au contraire, l'enfant élevé dans nos écoles communales et autres y reçoit un enseignement qui le met à l'égard de la musique sur un pied d'égalité avec ses plus riches concitoyens. De quel côté est l'avantage? s Plus j'y réfléchis, et moins je conçois qu'on veuille changer des écoles de musique en hippodromes et décerner un prix de course, au lieu d'un prix de savoir. C'est bien ici vraiment que le temps ne fait rien à l'affaire, et qu'il faut examiner la qualité des choses que l'on DE PARIS. 169 enseigne avant de mesurer le temps qu'on met à les enseigner. Quelle immense risée s'élèverait de tous les coins de l'Europe, surtout de l'Allemagne, qui a renoncé au chiffre, et de l'Italie, qui n'a jamais voulu en entendre parler, si l'on nous voyait en France ouvrir un concours pour décider quelle est l'école musicale qui ûle le plus de nœuds à l'heure! Et ce concours, comment l'instituer? Comment le régler? Quels sont les juges qui se sentiraient assez forts, assez sûrs d'eux-mêmes, de leurs lumières et de leur impartialité, pour pronon- souverainement, ex cathedra, sur le mérite relatif de l'exposition scientifique que chaque école serait venue faire au tableau de ses prin- cipes et de ses moyens d'action'1. Ce n'est rien encore. Comment pro- céder au pesage et au mesurage intellectuel de ces deux masses tout à fait étrangères à la musique sur lesquelles deux expériences paral- lèles devraient être tentées par des experts à ce commis? Je sais bien que l'on pèse les jockeys sur le champ des courses ; mais je ne sache pas que l'on ait encore trouvé le moyen d'évaluer en chiffres ronds l'épaisseur d'une capacité, l'étendue d'une ignorance? Et pour- tant, il faudrait que tout fût parfaitement égal entre les concurrents ! Sinon, quelles conséquences certaines pourrait-on tirer de l'épreuve? Supposons cependantque toutes cesdifficultés n'aient pas empêché le concours, ni enlevé une parcelle d'autorité et de force à son arrêt définitif, qui se flatterait de l'espoir que tout serait fini, et que l'une des écoles n'aurait plus qu'à céder la place à l'autre? Est-ce ainsi que se terminent les grands débats qui agitent le monde? Quand deux armées sont en présence, évitent-elles une rencontre en se livrant bataille par procuration? Un tournoi dispense-t-il d'une guerre ? L'his- toire ne cite en ce genre que le combat des Horaces et des Curiaces ; mais en France le fameux combat des Trente ne servit qu'à illustrer le nom de Beaumanoir et le chêne de la Mi-Voye. La guerre n'en reprit qu'avec plus de fureur, après cette lutte de héros, comme hélas ! selon toute probabilité, la querelle des notes et des chiffres recommence- rait après le concours. » W1LHELM. » NOUVELLES. *% Au théâtre impérial de l'Opéra, Lucie de Lammermoor a été donnée lundi dernier pour les débuts de Michot Le jeune ténor y remplissait le rôle d'Edgard, et, comme on devait le prévoir, sa voix charmante dans les passages qui ne demandent qu'une expression douce et tendre, laissait quelque chose à désirer dans ceux qui exigent de la vigueur. — Pierre de Médicis a été joué mercredi et vendredi. „,** On parle d'avancer autant que possible la représentation de Sémi- ramis pour le début des sœurs Marehisio ; ce bruit paraît devoir mériter confirmation. Le directeur de l'Opéra est trop habile, en effet, pour in- terrompre ainsi le succès de l'opéra du prince Poniatovvski, qui, bien loin de diminuer à l'arrivée des beaux jours, semble vouloir au con- traire prendre encore de plus larges proportions. „,% Demain lundi aura lieu à l'Opéra-Comique la première représenta- tion de Rita, opéra posthume de Donizetti. *** Nathan a succédé à Prilleux dans le Roman d'Elvire et ne s'y montre pas moins comique que son prédécesseur. L'opéra d'Ambroise Thomas attire toujours beaucoup de monde au théâtre de l'Opéra-Co- mique qui le joue ce soir. »*» Mlle Augustine Brohan vient de terminer un opéra-comique, in- titulé provisoirement Speranza, et dont M. Victor Massé écrit la musique. **„ La clôture annuelle du théâtre Italien s'est faite lundi dernier avec un éclat extraordinaire. Le spectacle se composait de divers fragments d'ouvrages du répertoire. Tous les artistes ont eu leur ovation, leurs bouquets ou leurs couronnes. La recette s'est élevée à près de 20,000 fr. S. M. l'Impératrice honorait la représentation de sa présence et ne s'est retirée qu'après la fin du spectacle. **„ Tamberlick est parti pour Madrid, avec la basse Manfredi et M. Bonetti, chef d'orchestre du théâtre Italien. Il doit y donner quinze ou vingt représentations. „% M. Calzado a renouvelé pour la saison prochaine les engagements de MM. Graziani, Gardoni, Zucchini, Badiali ; de M mes Alboni, Penco et Marie Battu. „,*.,. La représentation d'Orphée aux Enfers, d'OfTenbach, donnée au théâtre Italien, a produit près de 20,000 fr. „% Hier a eu lieu au théâtre Lyrique la première représentation de Fidelio ; nous en rendrons compte dimanche. %** Le Sou de Lise, opérette dont la musique a été composée par la comtesse de Grandval, sera représentée demain lundi aux Bouffes pari- siens. *** Au théâtre Déjazet, mardi prochain, représentation de l'opérette bouffe Piunella, de F. de Flotow. Cette représentation aura lieu au béné- fice de Mlle Granier. „,*„, Une souscription, dont le produit est destiné à faire graver la par- tition du Jugement de Dieu, le grand opéra d'Auguste Morel, vient d'être ouverte à Marseille; c'est le témoignage le plus flatteur et le mieux mé- rité qui pût être rendu au compositeur par ses compatriotes. La sous- cription a été immédiatement couverte de signatures. „.% La dernière matinée de la Société des concerts a eu lieu diman- che. Le programme était magnifique : la symphonie en ut mineur, le chœur d'Euryanthe, y figuraient à côté des fragments du septuor, joué par tous les instruments à cordes, et de l'ouverture d'Oberon. Ce qu'il y a eu toutefois de plus remarquable, c'est la manifestation dont Tilmant, l'excellent chef, a été l'objet, à son entrée, de la part de l'orchestre et du public. Jamais la salle n'avait retenti d'acclamations plus chaleureuses, jamais ovation plus imprévue n'avait été reçue avec plus de modestie et d'émotion. ,% M. Tilmant vient d'être, à une immense majorité, nommé chef d'orchestre de la Société des concerts ; il avait dix concurrents. M. Del- devez a été choisi pour chef d'orchestre en second. *** L'excellent chanteur qui fut dans son emploi l'artiste le plus accompli et créa tous les grands rôles du répertoire moderne, Levasseur, donnera un concert jeudi prochain, à huit heures et demie du soir dans les salons Pleyel, Wolff. Ce sera une bonne occasion d'entendre encore cette voix puissante qui n'a rien perdu de sa force, et d'apprécier cette belle et large métnode dont la tradition remonte jusqu'à Garât. *% La Presse théâtrale, d'après quelques journaux italiens, explique, par quelques vivacités échangées entre Mario et le chef d'orchestre du théâtre de Madrid, l'événement rapporté par VEptacordo et qui aurait mis en péril les jours du célèbre ténor. M. Mario en a été quitte pour des excuses envers le chatouilleux chef d'orchestre qui, accompagné de quelques-uns de ses musiciens, était venu lui demander des expli- cations. „,%, La partition pour chant et piano du Roman d'Eloire vient de paraître. „*„ Seligmann est de retour de son excursion à Nice et à Marseille. Le célèbre violoncelliste a donné vingt-deux concerts dans cette tournée artistique. *** Trois artistes des plus distingués, MM. Tolbecque, violoncelliste, Lévêque, violoniste, et Lobstein, pianiste, font partie du congrès musical de l'Ouest, qui doit se réunir à Poitiers la semaine prochaine. 4*% Le 6 mai prochain, la statue de Mendelssohn doit être inaugurée sur la terrasse du palais de Cristal ; pendant la solennité on exécutera son oratorio : Elie. *** Il n'est bruit dans ce moment, à Londres, que d'uue nouvelle troupe française qui réunit tous les éléments possibles de succès. Le directeur, M.Laurent, s'est attaché, entre autres excellents artistes, Mme Fauré, qui a obtenu déjà l'année dernière de si brillants triomphes, et qui, nous n'en doutons pas, sera accueillie avec la même faveur par les Anglais, chez lesquels son double talent de chanteuse et de comédienne a laissé les plus agréables souvenirs. *** S. M. le roi des Belges vient, par lettre du 2 de ce mois, dans les termes les plus flatteurs, d'accepter la dédicace du Concerto pour le piano avec accompagnement de quintette, op. 41, de M. Joseph Franck, de Liège, qui lui a valu un si grand et légitime succès, et le rappel à son dernier concert du 8 mars dernier. ,*„ On lit dans le Messager de Nice : « M. Jules Cohen, professeur au Conservatoire impérial de musique de Paris, vient de composer une can- tate niçoise qu'il a dédiée à M. le sénateur Piétri. Cette composition, pour laquelle le nom de son auteur, nouvellement et déjà avantageusement connu dans le monde musical, est une garantie de mérite et de succès, vient d'être mise à l'étude et sera prochainement exécutée à Nice. » *** Le dimanche 15 avril â eu lieu à Belley l'inauguration du grand orgue de la cathédrale construit par MM. Aristide Cavaillé-Coll et C,c. L'Orphéon de Bourg a prêté son concours à cette intéressante cérémo- nie en chantant d'une manière fort satisfaisante une messe composée et accompagnée sur le nouvel instrument par M. Dupart, maître de chapelle de la cathédrale. L'orgue a ensuite été touché à plusieurs re- prises par M. Widor, organiste de Saint- François de Lyon. M. Lefébure- Wély, expert nommé par le gouvernement, a joué l'offertoire, et sa dé- licieuse improvisation où il a tiré un parti très-heureux des Voix hu- maines, a charmé la foule qui encombrait les nefs et les tribunes de l'église. Le soir, après vêpres, ces trois artistes se sont de nouveau fait entendre, et ont donné une idée des ressources de ce bel instru- 170 REVUE ET GAZETTE MUSICALE l'illustre facteur qui l'a cons- ment, qui fait le plus grand honneur truit. *** Une pensée toute artistique se réalise par les soins et sous la di- rection de son auteur, M. de Besnier, compositeur et professeur de musique. Le Mois de Marie va être chanté dans les paroisses Saint-Tho- mas-d'Aquin le mardi ; Saint- Vincent de-Paul le mercredi ; Saint-Ger- main-1'Auxerrois le vendredi de chaque semaine à huit heures du soir, par une réunion d'artistes lauréats du Conservatoire, membres de la Société des concerts et de la chapelle impériale, auxquels se joignent des dames amateurs. Ces exécutions musicales ont pour but de diriger le goût vers les œuvres religieuses, classiques et modernes, en les faisant interpréter par des talents éprouvés. Nous parlerons des exécutants en rendant compte du résultat de cette initiative à laquelle nous applau- dissons, non sans féliciter MM. les curés, qui l'encouragent par leur patronage. »% C'est aujourd'hui dimanche, 6 mai, que l'association des auteurs et compositeurs dramatiques tiendra son assemblée générale annuelle dans les salons de Lemardelay, rue Richelieu, 100. La commission fera son rapport sur les travaux de l'année, et il sera procédé ensuite à l'é- lection de cinq commissaires, en remplacement de MM, Th. Anne, Mé- lesville, Michel Masson, Ponsard et Rossini, membres sortants. „% Les amateurs de chansonnettes comiques en auront rarement chanté de plus amusantes que celle qui est dite en ce moment tous les soirs au théâtre des Variétés par Blondelet et qui a pour titre la Trian- gulation de Paris, les paroles et la musique sont de Ferdinand Gautier, et cet à-propos comique est des mieux réussis. — La bouffonne chanson nègre de Bibi Bambam, dont nous parlions dernièrement et que toutes les réunions veulent entendre chanter par Berthelier, vient aussi de pa- raître ; dire que les paroles sont de Bourget et la musique une des plus charmantes inspirations d'Offenbach, c'est tout dire. *** La vogue tout exceptionnelle qu'a obtenue la Prière d'une vierge, de Mme Badarzewska, a engagé les éditeurs à faire arranger à quatre mains ce remarquable morceau de piano ; il vient de paraître. ,*, Son Excellence M. le ministre d'Etat et de la maison de l'Empereur vient de faire prendre un certain nombre d'exemplaires de l'Histoire de la Société des concerts du Conservatoire, de M. Elwart, pour les bibliothèques de la couronne. »% L'assemblée générale annuelle de la Société des auteurs, composi- teurs et éditeurs de musique aura lieu le dimanche 13 mai courant, à deux heures après midi très-précises, chez M. Souffleto , facteur de pianos, rue Montmartre, 161. MM. les sociétaires sont instamment priés d'assister à cette réunion. *** Incessamment doit paraître chez l'éditeur Girod la fameuse valse pour le piano de Joseph Wieniawski, laquelle a eu tant de succès à son dernier concert, et qu'il a dû répéter, aux applaudissements enthou- siastes du public. C'est une bonne fortune pour les pianistes que l'ap- parition de cette belle œuvre, et l'on cite déjà des artistes telles que Mme Massart et Mme Jung qui s'en sont emparées et la jouent avec le même succès que l'auteur. *** On écrit de la Nouvelle-Orléans : « Le théâtre Italien de New- York, sous la direction de MM. Ullmann et Strakosch, a ouvert la saison avec le Barbier de Séville, chanté par le ténor Brignoli, Ferri, Amo- dio, Susini, et Mme Adelina Patti dans le rôle de Rosine. Le théâtre rival de Winter-Garden, dirigé par M. Maretzeck, a ouvert par Lucia di Lam- mermoor. —Mme Colson est l'étoile de l'opéra français à la Nouvelle-Or- léans. L'imprésario de New-Opera-House, M. Boudousquié, vient de la rengager à raison de 3,500 dollars pour six mois. Elle doit chanter dans cette saison : l'Etoile du Nord, la Fille du régiment, les Amours du Diable, et Si j'étais roi I qu'elle a créé avec tant d'éclat au théâtre Lyrique de Paris. » *** Une foule immense s'était portée au Casino de la rue Cadet le samedi 30 avril, jour de la clôture. Arban qui, par son triple talent de chef d'orchestre, de compositeur et de virtuose, a contribué pour une si large part à la fabuleuse prospérité de l'entreprise, avait composé un de ces programmes comme lui seul sait en faire. Les bénéfices de la saison qui vient de finir se sont élevés à 100,000 fr. : c'est d'un bon augure pour la saison prochaine. _»% L'ouverture des Concerts de Paris, aux Champs-Elysées, a eu lieu hier soir. La Schiller- M arch, de Meyerbeer, y a été exécutée avec un im- mense succès. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. »** Tours. — L'événement de la soirée de mardi 24 avril a été la pre- mière représentation de la Sérénade, opérette en un acte, paroles de M. Donon, mnsique de M. Labit, chef de musique du 84° de ligne. La musique de la Sérénade est élégante, gracieuse et distinguée. Elle témoigne des bonnes études du compositeur et d'un goût pur joint à une grande expérience de son art L'ouverture, très- bien traitée, a été chaleureusement applaudie; la cavatine, la sérénade, morceaux bien ins- pirés et mélodieux, un joli duo, une romance et le finale n'ont pas été moins bien accueillis. Enfin la partition de la Sérénade fait beaucoup d'honneur à M. Labit, et elle a été bien interprétée par MM. Beckers, Hervé et Mlle Dumas. ^% Brest. — Joconde vient d'être représenté avec beaucoup de succès. Mlle Danhauser s'y est montrée fort remarquable dans le rôle de Jean- nette. La jeune artiste s'est fait également beaucoup applaudir dans le Pardon de Ploërmel, et elle étudie le rôle de Nancy dans Martha, opéra de Flotow, qui doit être représenté prochainement. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. „*„ Londres, 1" mai. — La foule se porte aux représentations d'adieu que donne Mlle Piccolomini au théâtre de Sa Majesté. La jeune canta- trice s'est montrée le jeudi de l'autre semaine, dans un opéra nouveau, Almina, dont la musique est l'œuvre de M. Fabio Campana, qui s'est fait connaître en Angleterre par des productions vocales d'un genre léger. En Italie, il a donné un ou deux opéras, dont nous ne savons rien. Le sujet A' Almina, qui ne brille pas par la nouveauté, présente quelques situations dramatiques dont un compositeur plus fort que M. Campana eût tiré bon parti ; mais c'est précisément la force qui lui manque. Il s'ensuit que la musique ne répond pas toujours aux situations, et l'on peut dire aussi qu'elle ne convient pas davantage à la voix de Mlle Pic- colomini, d'ailleurs assez bien placée dans le rôle principal. Dans celui de Biondello, Giuglini a chanté mieux que jamais, et Aldighieri s'est acquitté de celui de Walter avec le talent qu'on lui connaît. A en juger parles bravos et les rappels, le succès <£ Almina a été des plus brillants, M. Campana lui-même à dû reparaître. Lucrezia Borgia vient d'être re- prise. Mlle Titjens a chanté ce rôle; Mme Borghi-Mamo remplissait pour la première fois celui d'Orsini ; elle y a été applaudie avec enthou- siasme. Mongini chantait celui de Gennaro , il y a obtenu également beaucoup de succès; on lui a fait répéter la romance de don Sébastien introduite par lui dans la pièce; on a bissé également le terzetto .: Ah\ Madré mia, dans lequel il avait remarquablement chanté. — Au théâtre royal Italien, Mario et Mlle Grisi ont fait leur rentrée dans la Favo- rite. Faure chantait le rôle d'Alphonse, et on lui a redemandé la ro- mance Pour tant d'amour. Nul autre artiste avant lui, n'avait représanté le roi de Castille avec plus de dignité et de grâce. — La reine était attendue hier à Covent-Garden. S. M. a fait annoncer qu'elle irait de- main, et a demandé expressément qu'on changeât le spectacle et qu'on représentât Dinorah. „,% Bruxelles. — S. A. R. et I. Mme la duchesse de Brabant, l'archi- duc son frère, et Mgr. le comte de Flandres assistaient, mardi, à la représentation des Dragons de Villars, l'une des plus belles qu'on ait vues depuis quelque temps au grand théâtre. L'exécution de l'œuvre de Mail- lart a été un véritable triomphe pour l'auteur, pour les chanteurs et pour M. Hanssens, dont les services si distingués méritaient cette éclatante récompense. La seconde représentation a eu lieu vendredi, en pré- sence d'une foule énorme, et avec un succès plus grand peut-être qu'à la première. Il y a eu deux rappels, l'un après le premier acte et l'au- tre après le troisième. Le maestro, M. Kaillart, a assisté à cette re- présentation, et a témoigné aux interprètes de son œuvre toute la satis- faction qu'il éprouvait de voir sa musique si intelligemment rendue. La présence de Maillart dans la salle était connue, et le public s'est mon- tré désireux de lui faire une ovation ; mais il a cru ne pas devoir l'accepter, et il est resté sourd aux voix nombreuses qui, après le baisser du rideau, ont acclamé l'auteur. — Dimanche, la troisième représenta- tion n'avait pas attiré moins de monde, quoique l'abonnement fût sus- pendu.—Le théâtre Italien a continué ses représentations par Ernani et Don Pasquale. Ce sont deux nouveaux succès à enregistrer.et il en sera de même de tous les opéras qui seront donnés successivement ; le talent hors ligne des premiers artistes en est un sûr garant. **„ Leipzig. —Le Pardon de Ploërmel en est à la quatrième représen- tation; l'affluence augmente, et Mme Bûrde-Ney continue d'être une gra- cieuse Dinorah. — Le pianiste Rubinstein et Cari Schuberth sont récem- ment arrivés ici, venant de Saint-Pétersbourg, t% Brunswick. — Nous avons eu une magnifique clôture de saison, grâce à l'éminent pianiste A. Jaell, qui nous a fait entendre les meilleurs morceaux de son répertoire.— La chapelle grand-ducale a exécuté avec beaucoup de précision et de verve l'ouverture du Roi Lear, par Ber- lioz. „*„ Tienne. — Après une interruption de quelques jours l'opéra Italien a donné Iligoletto : Mines de Roissi et Tati, MM. Graziani et Varesi ont chanté les principaux rôles. — Au bénéfice de son fonds de pension, l'or- chestre du théâtre de l'Opéra de la Cour a exécuté les chœurs d'Athalie, musique de Mendelssohn, et le Christ au jardin des Oliviers. t*t U'eimar, 25 avril. — Un nouvel opéra, de M. Edouard Lassen, Frauenlub, dont le poëme est de M. Pasqué, et qui devait être joué le 9 pour la représentation-gala donnéeà l'occasionde l'anniversaire de la nais- sance de S. A. la grande-duchesse, vient d'être représenté au théâtre DE PARIS. 171 delà Cour avec le plus brillant succès. M. Edouard Lassen, d'origine belge, ancien élève de M. Fétis, n'en est pas à son coup d'essai; il avait déjà fait jouer sur notre scène un opéra, refusé à Bruxelles, et dont le mérite, mieux apprécié par notre public, avait valu à son auteur le poste de chef d'orchestre du théâtre de la Cour. Son nouvel ouvrage contient des beautés de premier ordre; les mélodies y abondent, riches, heureuses, et particulièrement originales; l'instrumentation dénote la science pro- fonde du musicien et se lie admirablement .à la marche du .drame. Les morceaux nombreux qui ont exoité l'enthousiasme du public -sont particulièrement les duos de baryton et de basse, de baryton et de so- prano, plusieurs solos de ténor, une scène d'évocation, avec une magni- fique tempête instrumentale, deux chœurs, un morceau d'ensemble. L'interprétation a été généralement satisfaisante; notre prima donna, Mme Von Milde, s'est particulièrement distinguée dans un rôle relative- ment secondaire. Quoique toute entrée defaveureût été rigoureusement suspendue, la salle était comble; le grand-duc et la grande-duchesse sont restés jusqu'à la chute du rideau, et le public captivé, impressionné par le drame et la musique, oubliant la présence du souverain et les exigen- ces de l'étiquette, n'a cessé, durant toute la représentation, de manifester son plaisir et son émotion par de chaleureuses salves d'applaudissements terminées par le rappel de l'auteur, acclamé à grands cris à la fin de l'ouvrage. La partition de Frauenlob nous paraît renfermer tous les élé- ments d'un succès durable, et nous ne croyons pas nous tromper en di- sant qu'elle sera jouée sur tous les théâtres de l'Allemagne. ,j% Wittemberg . — A l'occasion de l'anniversaire de la mort du cé- lèbre théologien Jielanchton a eu lieu, à l'église du château, avec le con- cours de l'académie de chant de Berlin, et de la chapelle de la cour à Dessau, un concert spirituel, auquel assistaient le prince régent et le prince Frédéric Wilhelm de Prusse. *** Dusseldorf. — Le festival du Bas-Rhin aura lieu dans notre ville aux fêtes de la Pentecôte. Première journée: symphonie, de Schumann; Samson, de Haendel ; deuxième journée : Ver sacrum, de Hiller ; fragments cVIphigénie en Tauride, par Gluck, symphonie de Beethoven; troisième journée : concert dit d'artistes [Kunstler -Concert). „% Wurzbourg. — Le duc de Saxe-Cobourg-Gotha vient de mettre en musique une hymne à quatre voix pour chœur d'hommes, avec accom- pagnement d'orchestre; Son Altesse a dédié cette nouvelle composition aux réunions de chant de notre ville. *** Carlsruhe. — Après une assez longue absence, le prophète a fait de nouveau son apparition au théâtre de la Cour ; la salle était comble, et retentissait d'applaudissements comme aux premières représentations. Mme Boni-Bartel a débuté avec succès dans le rôle de Fidès. *** Copenhague. — Parmi les nombreuses représentations d'opéras que nous avons eues à notre théâtre, nous citerons celle de Roméo et Juliette, où Mlle Lund a chanté avec un grand succès; sa voix est un fort beau contr'alto. Dans le Matrimonio segreto, de Ciunarosa, M. Zink a eu l'oc- casion de faire applaudir sa belle voix de ténor et son excellente méthode. — A l'un des concerts du Musik-Verein se sont fait entendre deux violo- nistes anglais, les frères Holmes, à qui l'on a fait bon accueil. — Le nom de Mozart jouit ici d'une telle popularité qu'il est donné aux enfants comme nom de baptême, exemple : Mozart Petersen. t% Saint-Pétersbourg, 2o avril. — Un service de bout de l'an en l'hon- neur de l'artiste que pleure encore notre théâtre italien, MmeBosio, vient d'être célébré avec une certaine solennité à l'église arménienne. Il y avait beaucoup de monde. — Un grand empressement de notre public di- lettante se manifeste pour la prochaine saison italienne, et le réabon- nement se fait très-activement. Le directeur des théâtres impériaux est sur son départ et il va sans doute ajouter quelques étoiles à celles que nous avons déjà. Une prima donna légère, un banjton en état de chanter les rôles bouffes, une basse profonde, qui relègue Marini au second plan, sont indispensables, et nous ne tarderons pas à apprendre qu'il y a été pourvu. Il a été beaucoup question de l'engagement de Mme Miolan- Carvalho; mais nous avons des raisons de croire qu'il n'y a eu encore aucun pourparler sérieux avec elle. Le succès qu'elle obtient à Londres et qui surpasse beaucoup celui de ses débuts de l'an dernier, rendrait ce choix très-précieux, et certainement il serait bien accueilli. En attendant, l'Opéra de Moscou a fait une descente à Saint-Pétersbourg; les deux principaux chanteurs, Mme Semenoflfet Wadislavieff sont arrivés,' et nous aurons d'abord le Freischutz et Guillaume Tell ; après quoi l'on nous annonce un opéra nouveau dont le poème (le Prisonnier du Cau- case) est emprunté à Pouschkine, et dont un officier de la garde, M. Quew, a écrit la musique.— Après beaucoup de résistances, dont elle à triomphé, Mlle Bogdanoff va reparaître sur notre grand théâtre ; la cé- lèbre ballerine va rentrer par Giselle.— L'une des îles pittoresques qui en- vironnent notre capitale, la Novaïa-Derevnia (le village neuf) , la plus fréquentée pendant l'été, par les négociants surtout, va s'enrichir d'un établissement musical destiné à y donner encore plus d'attrait. Un de nos jeunes et habiles compositeurs, M. Emmanuel Bach, a réuni un orchestre de cinquante musiciens, qui y fera entendre chaque jour les œuvres des grands maîtres. Une troupe de bohémiens russes y ajoutera le concours de ses chants nationaux, et on prétend même qu'une com- pagnie de chanteurs français, engagée exprès et recrutée en bon lieu, s'y ferait entendre pour la première fois. le Directeur : S . DtJFOUR . LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C% RUE JACOB, 56. Et chez tous les libraires de France et de l'étranger. BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE DE MUSIQUE Deinxiènme éilitiou Entièrement refondue et augmentée de plus de moitié, Par F.-dJ . FÉTIS Maître de chapelle du roi des Belges, Directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles. ENVIRON DIX VOLUMES IN-8» DE CINQ CENTS PAGES Paraissant par livraisons de 48 pages chacune, 10 livraisons par volume. Prix de chaque livraison 80 centimes. Prix de chaque volume 8 francs. (Le prospectus de l'ouvrage se délivre gratis en s'adressant aux éditeurs par lettre affranchie.) pmx accokdù A l'unanimité a l'exposition UNIVEKSELLE DE LONDRES 3 851. H'Oiii'n!sHCtEr tic» ministères île lu Guerre et de lu IVJlnrinc de France. Agent à Londres JDILIEN ET C°, 214 , Régent Street. MAISON FONDÉE EN 1803. INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ANTOINE COURTOIS SS, t*Qçe iHes Jgfëô'eiês - Saint - IPMftrt jm, SS Ci-devant rue du Caire, 21. MEDAILLE D ARGENT DE lre CLASSB a l'exposition universelle de paris 1855. Facteur du Conservatoire et «Se 1* Académie impériale » l'équivalent de ce que j'ai de moins en revenu territorial, mais le » surplus est, je crois, très-suffisant pour commencer... » En effet, on a commencé: le premier concert a eu lieu, et maintenant ces intéressantes séances se suivront d'année en année. Les noms de Haendel, de Gluck, de Beethoven, de Mendelssohn, auxquels se joignaient ceux d'Orlando Gibbon et de Vittoria, figu- raient sur le programme de la soirée d'inauguration ; des fragments du premier acte d'Alceste et de la seconde partie à' Elle en formaient les éléments principaux. Beethoven n'y entrait que pour un petit mor- ceau, andante et scherzo, écrits pour deux hautbois et cor anglais, délicieusement joué par MM. Bruyant, Garimond et Triébert. M. Seghers conduisait l'orchestre, et M. Marié les chœurs, composés avec un soin égal d'artistes d'élite, ce dont l'exécution instrumentale et vocale portait l'évident témoignage. Comme solistes, il y avait Mme Bochkoltz-Falconi, MM. Marié et Lyon. La cantatrice, par son grand talent de musicienne et sa rare intelligence, suppléait à ce que sa voix et sa prononciation laissaient à désirer dans un rôle comme celui d'Alceste, où la déclamation a besoin d'être si pure. Les deux chan- teurs étaient parfaitement placés, l'un dans l'emploi de grand-prêtre, l'autre dans celui de prophète. Il est certain que pour des concerts d'un genre rétrospectif comme celui dont nous parlons, le choix des artistes est une affaire délicate, et qu'on aura toujours peine à en trouver d'assez instruits pour bien interpréter des œuvres qui ne sont plus de notre temps. Mais laissons faire et ne doutons de rien. Le jour où la Société des concerts a fait son début, qui pouvait prévoir son avenir? Le programme n'était pas extraordinaire ; la recette ne s'é- leva pas bien haut ; aujourd'hui nous savons le rang qu'elle occupe, et l'Europe entière le sait comme nous. D'ici à qnelques années, nous verrons ce que sera devenue la fondation de M. Beaulieu. P. S. AUDITIONS MUSICALES. A. flSIuiisonr. — Emile Forgues. — Eiéon Kreutzer. — Mlle «le Wocher. — (G. <9acol>i. — KrafzofF. En nous rendant' au concert de M. A. Mansour, pianiste égyp- tien , nous espérions quelque chose d'inaccoutumé ; nous rêvions de compositions fortement originales, de quelques mélodies écrites en présence des vastes solitudes et sous l'influence d'un soleil brûlant ; nous nous attendions à une espèce d'invasion de notes éblouissantes, échos merveilleux de quelque histoire de sérail; enfin, nous pensions que le jeune pianiste-compositeur nous apporterait quelques souvenirs de son pays. Eh bien ! pas du tout ; ce que nous avons entendu n'a rien de particulier: aucune saveur étrangère, rien qui le distingue de ce que nous entendons tous les jours de charmant, d'aimable et de gracieux. Mais il ne faut pas que notre amour de l'inconnu, notre at- tente trompée, nous rendent partial; disons donc bien vite que les doigts de M. Mansour ont une légèreté, une égalité remarquables; que son trio en fa, délicieusement exécuté par lui , Herman et René Douay, brille par la clarté, le charme mélodique, et rendons pleine justice à un talent qui, quoique francisé, n'en est peut-être après tout que plus élégant et plus pur. On a redemandé à M. Mansour sa Mar- che des Sy/phes, délicate et gracieuse inspiration qu'il a jouée d'une façon toute féminine. Nous aimons moins la Chasse que le Souvenir, la Noce champêtre ; pourtant dans cette chasse, peu originale et peu vigoureuse, on retrouve, comme dans les autres morceaux, de la fi- nesse, de la souplesse et ces mille riens, ces papillotages élégants qui ravissent et raviront toujours les jeunes pianistes, plus soucieuses de la grâce enjouée que des nobles et parfois austères beautés. Quelques pages de Meyerbeer ont tenu une grande place dans les plaisirs de cette soirée. Mme Cabel a chanté l'air de V Ombre du Par- donde Ploermel. Si l'on a admiré l'étendue et la flexibilité de sa voix, la légèreté et l'énergie de ses vocalises, le charme incomparable qu'elle 178 REVUE ET GAZETTE MUSICALE apporte dans le motif de valse, on a admiré tout autant l'expression et la douceur qu'elle répand dans le cantabile qui coupe et ramène si mélodieusement, et par des harmonies sur lesquelles il est superflu de revenir, la mélodie principale. Avec sa fantaisie sur Robert, Her- man a causé un tel plaisir que, rarement, cet hiver, nous l'avons vu aussi fêté. — Il y a déjà bien des années, Emile Forgues était notre condisciple dans la classe de Zimmerman. A cette époque il jouait à ravir la mu- sique de Thalberg, et il obtint, si notre mémoire est bien fidèle, son premier prix de piano en exécutant d'une manière tout exceptionnelle et quifuttrès-remarquéeau concours, la fameuse et belle fantaisie sur Moue. Tous à ce moment, et par notre âge et par cette espèce de fièvre qui saisit le monde pianiste, au grand désespoir de l'illustre Cherubini, alors directeur, nous ne rêvions que difficultés. C'était là le beau, le but suprême de l'art; nous le croyions du moins. Bien en- tendu on jouait peu les classiques alors. Dans les essais-de composi- tion, c'étaient des choses si impossibles que les jeunes auteurs eux mêmes avaient peine à se comprendre et quelquefois à s'interpréter. Le résultat de cette phase regrettable est bien connu : grand nom- bre de jeunes pianistes, qui avaient tout ce qu'il fallait pour devenir des maîtres, restèrent de très-brillants exécutants et laissèrent désirer plus de style et plus de sensibilité. Depuis, on s'est aperçu qu'on ne pouvait se dispenser de belles mélodies bien ordonnées. Ceux qui se contentaient ae notes éclatantes, de traits touffus et bruyants, s'aper- çurent que le public ne se payait, lui, que de chants heureux et d'har- monies correctes, élégantes et intéressantes. Dans les salons Pleyel-Wolff, au concert qu'il donnait en com- pagnie de Mlle Baretti et de Marochetti, nous avons retrouvé Emile Forgues, avec toutes les brillantes qualités de soliste qu'on pouvait espérer de lui à ses débuts. 11 est impossible d'avoir un mécanisme plus remarquable, plus sûr, une vigueur plus soutenue, une plus admirable énergie de son; en un mot, plus de verve, de puissance et d'éclat. Il a des doigts d'acier, disait-on en applaudissant ses octaves étincelantes de rapidité, de feu, de brio ; mais, il faut bien le dire, on eût voulu ausii que ses doigts se laissassent plus souvent amollir par la grâce et les mille délicatesses qui rendent le piano si délicieux et capable de chanter simplement et très-mélodieusement. Les compositions de Forgues ont un grand mérite. Son succès a été très-beau, et il devait l'être-, il eût été immense, il eût placé Forgues à la tête de notre école, si l'on eût pu applaudir autant à la beauté, à la variété de son style qu'à sa prodigieuse habileté. — Dimanche , comme pour unir la musique à la peinture, Léon Kreutzer avait choisi la belle et riche galerie de M. Goupil pour y faire entendre ses œuvres. Nous avions le tort de connaître encore fort peu le talent et l'inspiration de ce compositeur, car il ne prodigue ni l'un ni l'autre, au public du moins. Cette séance nous les a révélés pres- que toujours marqués au coin de la science et de l'originalité. Dans un quatuor brillamment exécuté par MM. de Cuvillon, Jacobi, Viguier et Franco-Mendès, et dans une piquante tarentelle très-développée , très- travaillée et très-passionnée, il y a beaucoup de mérite; peut-être, cependant, les détails charmants, ingénieux, qu'elle renferme s'éga- rent-ils de temps en temps dans des répétitions, dans des épisodes nuageux dont il est assez difficile de saisir le véritable caractère à une seule audition. Ce qui nous a plus particulièrement enchanté et ravi, ce sont des airs de ballet (fragments d'un opéra inédit: les Filles cFasur), où des fées appellent à leur aide les esprits de l'air, de la terre, de l'eau et du feu pour séduire deux chasseurs égarés dans les forêts de l'Ecosse. Bien de plus fin, de plus vaporeux, de plus poé- tique que cette délicieuse page qui, pour la pensée, tient de l'Hoffmann et de l'Alfred de Musset. Sauf ces ravissants airs de ballet, dignes d'ac- compagner quelque scène de Shakspeare ou d'Ossian, les honneurs de cotte matinée ont été pour les morceaux de chant. Un rondel de Charles d'Orléans, plusieurs pièces de Théophile Gautier, des chœurs, des mélodies allemandes et bretonnes ont tour à tour montré la sou- plesse du style de Léon Kreutzer, et une inspiration tantôt ardente et vive, tantôt mélancolique et touchante. Elles avaient pour inter- prètes Warot, de l'Opéra-Comique, et Mme Caroline Barbot, de l'Opéra. — Mlle de Wocher, pianiste au jeu fin, correct, élégant plutôt qu'é- nergique et passionné, s'est fait entendre là semaine dernière et vi- vement applaudir en joua.it d'abord avec M. Lebrun, violoniste de talent, une sonate de Beethoven; puis, seule, la ravissante Danse des fées, d'Emile Prudent, et différentes pièces de Mendelssohn et de Thalberg. La Marche des guides, de A. Gutmann, a fait grand plaisir aussi, mais moins peut-être qu'un andante de Frédéric Brisson et le charmant trio du même auteur sur Martha, l'une des partitions les plus connues et les plus aimées de M. de Flotow. Jouées avec beau- coup de charme et d'expression par Mlle de Wocher, Brisson et Le- brun, ces mélodies si traîches et si aimables, ainsi habilement dispo- sées et variées, ont enchanté l'auditoire: aussi a-t-il prodigué aux exécutants les plus flatteuses marques de sympathie. — Cet hiver, nous avons eu souvent l'occasion de louer le jeune talent de Georges Jacobi, un des bons élèves de M. Massart. Mardi, salle Beethoven, à son second concert, après avoir déployé de sé- rieuses qualités de style et de mécanisme dans un très-beau concerto de M. de Bériot où il y a beaucoup d'élégance, de limpidité et de brio; après avoir dit les chants de Yandante avec un grand charme d'ex- pression, les passages difficiles de toutes les parties de cette œuvre avec la justesse et la souplesse d'archet qui font les brillants solistes, il a fait entendre sa fantaisie sur des mélodies de Y Etoile du Nord, sa romance sans paroles et sa Valse de concert. Dans ces trois mor- ceaux, comme dans la Barcarolle que M. Capoul, jeune élève du Conservatoire, a fort joliment chantée, le compositeur a semé de jo- lies mélodies. Une belle fantaisie de Servais, dite avec un style pur, exempt de toute exagération et avec infiniment de goût., de sûreté et d'habileté par Jules Lasserre, a valu à ce violoncelliste de sincères bravos. — Le ténor russe Krafzoff a donné lundi un second concert où se sont fait successivement et plus ou moins applaudir Mlles J. Starck, Julienne André et M. Marochetti. Comme Krafzoff sait vocaliser, il dit de préférence la musique de Rossini. Sa voix manque peut-être bien un peu d'ampleur, mais elle a du charme, de la légèreté et de l'ex- pression : aussi les belles mélodies et le style orné d'un air et d'un duo (YOtello lui ont-ils valu beaucoup de succès. Le fameux ut dièse était annoncé sur le programme, et sans doute plus d'un auditeur, s'il faut en croire les applaudissements, a trouvé que M. Krafzoff possé- dait cet oiseau rare qui plane au-dessus de la portée où peu de ténors vont le dénicher. Quant à nous, ainsi que nous l'avons déjà dit à pro- pos de M. Krafzoff, nous croyons devoir tenir compte, avant tout, de certaines qualités de style. Les notes exceptionnelles ajoutées par les virtuoses, ne nous ravissent guère; d'abord parce qu'elles ne sont jamais bien bonnes, ensuite parce que les compositeurs s'en étaient parfaitement passés; ce qui ne les a pas empêchés d'exciter partout un enthousiasme qu'ils ne devaient qu'à la beauté de leurs pensées et non à un effet isolé, sans valeur musicale. Adolphe BOTTE. CONCERTS MDSARD RÉOUVERTURE. Le samedi, 5 mai, ainsi que nous l'annoncions, a eu lieu, devant un auditoire de plus de quatre mille personnes accourues malgré la fraî- cheur de la soirée, la réouverture de cet établissement si bien appro- prié au goût et à la distraction du public parisien, qui se trouve, par ses affaires ou ses occupations, déshérité pendant la majeure partie DE PARIS. 179 de l'été des plaisirs de la villégiature. Déjà, pendant la saison der- nière on avait pu remarquer combien de familles, après leur prome- nade au bois, rabattaient volontiers , vers les neuf heures, sur le concert Musard, certaines de s'y reposer commodément, d'y entendre de bonne musique et de s'y rencontrer avec leur monde ; car le direc- teur de ce jardin privilégié a eu le bon esprit et le bon goût de tenir sévèrement la main à ce qu'il ne fût pas envahi par le monde inter- lope qu'on ne rencontre que trop dans les réunions publiques où chacun peut être admis pour son argent. Donc il y avait véritable- ment fête ce jour-là ans Champs-Elysées, et nous devons dire que Musard a tenu tout ce que promettait son brillant programme. D'en- thousiastes applaudissements lui ont à maintes reprises prouvé com- bien étaient appréciés l'orchestre qu'il dirige si habilement, le choix des morceaux et l'ensemble admirable qui préside à leur exécution. Meyerbeer, avec sa magnifique Marche de Schiller; Auber, avec l'ou- verture du Domino noir, et la Muette; Flotow, avec Stradella, — ■ cette œuvre encore inconnue à Paris, lorsque la province et l'étran- ger l'applaudissent depuis longtemps , — brillaient au premier rang du programme. Diverses compositions de Musard sur les opéras en vogue, des fantaisies brillantes pour des solistes comme Demerss- mann, Legendre, etc., le variaient de la manière la plus heureuse, et si l'on en doit juger par l'effet de cette première soirée, une belle et fructueuse saison vient de s'ouvrir pour le Goncert-Musard, qui d'ail- leurs ne paraît pas avoir à redouter cette année la concurrence du Pré Catelan et du théâtre des Bouffes-Parisiens. Si nous sommes bien informés, Musard, actif à varier son réper- toire, l'enrichirait bientôt de l'ouverture de Pianella et d'un boléro, empruntés à la charmante opérete de Flottow, représentée avant-hier avec tant de succès au théâtre Déjazet. Enfin, des améliorarations matérielles qui ont leur importance pour les yeux et le confort témoignent de la sollicitude intelli- gente du directeur. Le nombre des chaises a été considérablement augmenté et toutes les allées en ont été abondamment pourvues ; les pelouses, les parterres sont admirablement entretenus et riches des plus belles fleurs; l'éclairage est splendide, et l'élégant café qui domine le jardin offre d'excellents rafraîchissements. S. D. LE TRÉSOR DES PIANISTES. Collection des œuvres choisies des maîtres de tous les pays et de toutes les époques, depuis le XVIe siècle jusqu'à la moitié du xix°. Accompagnées de notices biographiques, de renseignements bibliographiques et historiques, d'observations sur le caractère qui convient, à chaque auteur, des régies de Tappogiature, d'explications et d'exemples propres à faciliter l'intelligence des divers signes d'agréments, etc. Recueillies et transcrites en notation moderne par Aristide FARRENC, avec le concours de Mme Louise FARRENC. Si j'ai transcrit en entier ce titre un peu long, c'est qu'il n'y arien à en ôter pour faire connaître au public l'intérêt qui s'attache à la grande entreprise formée par M. Farrenc avec un courage et un dévouement d'artiste qui lui font le plus grand honneur et lui assu- rent la sympathie des hommes de cœur. Ceux-ci sont pénétrés de cette sainte vérité, que le beau, sous quelque forme qu'il se pro- duise, est de tous les temps, parce qu'il est la manifestation de ce qu'il y a de plus puissant dans les facultés humaines, c'est-à-dire la synthèse du sentiment et de l'imagination élaborée par l'art. Que cette manifestation soit naïve ou audacieuse, simple ou compliquée, gaie ou mélancolique, légère, élégante ou dramatique, renfermée dans un petit cadre, ou prenant de larges développements, peu im- porte, si les conditions du beau s'y trouvent, c'est-à-dire si l'inspi- ration réglée par la force de la pensée a produit l'œuvre, car il y a en nous une source intarissable d'émotions pour tous les genres de beautés. Le sentiment du beau se perfectionne et acquiert plus de force par l'habitude d'en entendre ou d'en voir les productions, de les étudier, de les méditer,et de se pénétrer de ce qui les distingue des œuvres médiocres ou vulgaires. Ce sentiment, pour être vrai, actif, éclairé, doit être en même temps éclectique et assez sûr de lui- même pour être à l'abri des influences d'époques, d'écoles ou de coteries. Sa foi dans la réalité de son objet est une condition insé- parable de son existence; car si elle n'était profondément enracinée, la diversité des opinions sur la valeur d'une même œuvre finirait par l'ébranler ; or, si le moindre doute pénètre dans l'âme sur l'ab- solu du beau, on ne tarde point à prendre la forme pour l'essence; et comme la forme est de sa nature variable, on arrive insensible- ment à la conclusion que le beau n'a rien d'absolu; qu'il n'est que relatif, et qu'il cesse d:être dans un temps ce qu'il a été dans un autre. C'est pour être arrivée là que la foule des critiques qui s'é- vertuent chaque matin et chaque soir dans la presse, s'égare presque toujours dans ses appréciations. Un des exercices les plus salutaires pour développer le germe, qui se trouve en toute créature humaine bien organisée, de l'amour du beau musical, consiste à le mettre souvent en contact avec des œu- vres qui en sont le produit, soit dans l'isolement, où nos facultés sen- timentales et méditatives jouissent de toute leur liberté, soit dans l'intimité d'un petit nombre d'amis de l'art, en communion de senti- ments et d'idées. 11 est hors de doute, en effet, que la musique de chambre est celle où le beau absolu, le beau en lui-même, manifeste le mieux sa puissance. La raison de la supériorité de ce genre de mu- sique, au point de vue dont il s'agit, est évidente par elle-même, pour peu qu'on y réfléchisse. En premier lieu, cette musique est absolu- ment libre de toute autre condition que celles du sentiment, de l'i- magination et de l'art de tirer des idées tout ce qu'elles renferment d'éléments de beauté : elle n'a point à répondre à un programme ; elle n'a d'autre objet qu'elle-même ; elle est l'infini. De plus, elle ne tire aucun secours des choses extérieures pour produire l'émotion: ses moyens sont réduits aux plus petites proportions ; elle ne peut appeler à son aide la puissance des grandes sonorités. Ce qui est en elle suf- fit, lorsque c'est le génie qui l'inspire, parce qu'elle s'adresse à l'âme et n'a rien à dire aux sens, c'est-à-dire au système nerveux ; mais ce qui la place si haut dans le domaine de l'art est aussi ce qui en li- mite l'emploi ; car, par cela même que ses délicatesses procurent les plus vives jouissances aux natures d'élite, elles ne conviennent point aux masses. A celles-ci il faut la grosse musique, non la grande. Un sujet donné, d'une conception facile, leur est nécessaire pour com- prendre ce que signifie la musique ; il leur faut des passions, du mouvement, du drame, du rhythme et du bruit, de gros éclats de sonorité et des crescendo qui soient en rapport avec leurs effervescen- ces. L'artiste qui aime et recherche le grand, même dans un petit cadre, n'a que faire de tout cela ; il en sent le vide, il en voit à découvert les procédés de fabrication, et le dégoût le saisit à l'audi- tion de ce qui fait naître l'enthousiasme du gros public. C'est dans la musique inspirée et dégagée de toute formule qu'il cherche ses nobles plaisirs; plaisirs qu'il peut goûter dans la plus complète solitude, avec un piano pour tout orchestre, en fouillant dans le trésor des œuvres de pensée et de sentiment pour lesquelles la mécanique des doigts n'est pas le but, mais le moyen. Que de choses belles, charmantes, ont été faites en ce genre, depuis le temps où toutes les ressources de l'effet étaient renfermées dans l'humble épinette, jusqu'au règne des grands pianos d'Érard , de Pleyel, de Herz ! Que d'idées ! Que de transformations dans la tona- lité, dans l'harmonie, dans la mélodie, dans l'art de nuancer et dans les rhylhmes! Quelle prodigieuse variété de formes, et quelle inépuisa- 180 REVUE ET GAZETTE MUSICALE ble source d'émotions ! A mesure que le cercle s'agrandit, l'esprit est saisi d'admiration en présence de ce beau spectacle du développe- ment des facultés humaines, et c'est surtout dans cette élude histori- que que s'acquiert cette conviction consolante que l'art est inépuisable. Pour quiconque s'y livre et y persévère, le sentiment de la grandeur de cet art devient une religion. Qu'on ne vienne pas lui répéter cette assertion mensongère et désespérée de notre temps, que tout est dit en musique et qu'il ne reste plus qu'à reproduire les idées du passé, en diversifiant les formes : il n'y croira pas. Éclairé par une voix se- crète qui l'instruit de l'infinie variété mise par le Créateur dans l'or- ganisation de l'homme, il sait que le génie est tout individuel, indé- pendant, et que le passé ne peut imposer de limites à l'avenir. Ce que l'artiste a sous les yeux dans l'immense galerie d'œuvres des cla- vecinistes et des pianistes de talent ; ce cachet de sentiment personnel qui se voit et se sent dans chacune d'elles, tout l'avertit que de nou- veaux champs d'exploration s'ouvriront toujours aux idées musicales, lorsque le sentiment sera vrai et lorsque l'imagination ne se limitera pas par la formule. C'est cette même galerie que M. Farrenc entreprend de mettre à la portée de toutes les personnes qui jouent bien du piano : œuvre de patience et d'intelligence, longue et difficile, commencée avec amour et poursuivie avec persévérance. Pour un grand nombre d'ouvrages, c'est en quelque sorte une résurrection, car les exemplaires des édi- tions originales, ou sont écrits dans un système de notation qui offri- rait aux exécutants de grandes difficultés de lecture, ou sont devenus si rares, qu'il serait à peu près impossible de se les procurer. Ainsi qu'on l'a vu par le titre, elle commence au xvr siècle et em- brasse ce qui a été produit par les artistes les plus célèbres depuis cette époque jusqu'à nos jours, car le nom de Chopin est le dernier qui se présente dans une liste de cinquante-quatre auteurs, parmi lesquels figurent les Anglais William Bird, John Bull, Orlando Gib- bons, Henri Purcell et Field; les Italiens Claude ftlerulo, Frescobaldi, Bernard Pasquini, Durante, Dominique Scarlatti, Porpora, Marcello, Zipoli, le père Martini et Clementi; les Français Champion de Cham- bonnières , les Couperin , Le Bègue, d'Angebert, Rameau, d'Azin- cour et Dandrieu ; les Allemands, Jean Kuhnau, les deux Stuffat, Georges Bœhm, Jean-Gaspard de Kerle, Froberger, Jean-Sébastien Bach et ses fils, Guillaume-Friedman et Charles-Philippe-Emmanuel, Haeudel, Mattheson, Schaffrath, Haydn-Mozart, Kirnberger, Albrechts- berger, Dussek, Georges Benda, Eckard, Joseph Stefan, Beethoven, J.-B. Cramer, Hummel, Ch.-M. de Weber et Mendelssohn, les deux Espagnols don Basilio SeKe et don Ramon Ferrenac, enfin le Polonais Chopin. Hormis quelques noms illustres des temps les plus rapprochés de nous, c'est là un monde nouveau pour la presque totalité des pia- nistes; mais je puis affirmer que ce monde est de la race des élus. Tous ces hommes ont une valeur différente, mais tous en ont une, et leurs œuvres représentent autant de spécialités, autant d'expressions de sentiment individuel, ou de transformations de caractère et de style. Nul, ayant une âme d'artiste, ne peut rester indifférent à la part qu'il peut prendre de ce trésor des pianistes, accumulé pendant une suite de générations. M. Farrenc ajoute un grand prix à la résurrection de ces belles œuvres oubliées, par les notices historiques et bibliographiques dont elles seront accompagnées, ainsi que par des instructions, tirées de source certaine, sur le mode d'exécution des œuvres de chaque épo- que, et sur la signification des ornements autrefois multipliés dans la musique de clavecin et d'épinette, parce que ces instruments n'avaient pas la faculté de prolonger les sons que possèdent nos pianos. L'histoire d'un art accompagnée de ses monuments est devenue une des nécessités de l'époque actuelle. Cette tendance de l'esprit moderne doit nous rassurer sur l'avenir; elle est le signe d'un besoin des choses sérieuses, sentimentales et intellectuelles qui aura les conséquences les plus heureuses, quand les agitations politiques au- ront cessé. FÉTIS père. REVUE DES THÉÂTRES. Théâtre-Français : représentation au bénéfice d'une petite-fille de Racine, Mme Ristori et la Fedra; stances de M. Legouvé ; Hom- mage à Racine, par M. Amédée Rolland. — Odéoîv : débuts de Mlle Olga dans Cinna; les Profits du jaloux, comédie en un acte par M. de Léris. — Gymnase : rentrée de Lafontaine dans Une Femme qui trompe son mari et dans Je dîne chez tna mère. — Palais-Royal : les Jours gras de Madame, vaudeville en un acte, par MM. Nuitter et Derley. — Porte-Saint-Martin : reprise de la Closerie des Genêts. — Ambigu : la Sirène de Paris, drame en cinq actes et six tableaux, par MM. E. Grange et X. de Monté- pin. — Cirque Impérial : le Cheval fantôme, drame en dix ta- bleaux, par MM. Anicet-Bourgeois et F. Dugué. — Théâtre Dé- jazet : V Enlèvement des Sabins, vaudeville en deux actes, par M. H. Lefebvre ; la Famille Robinet, vaudeville en un acte, par MM. Latouche et A. Peupin ; Monsieur Garât, vaudeville en deux actes, par M. Victorien Sardou. On sait que la commission des auteurs dramatiques, après avoir adopté et fait élever à ses frais une petite-fille de Racine, a ouvert, en faveur de cette jeune personne, une souscription en tête de laquelle l'Empereur et l'Impératrice se sont inscrits pour une somme considé- rable. L'impulsion donnée, le Théâtre-Français ne pouvait rester étranger à une manifestation qui devenait pour lui l'acquit d'une dette de reconnaissance. C'est dans ce but qu'a eu lieu, au bénéfice de Mlle Noémie Trochu, une brillante représentation composée presque exclusivement d'emprunts faits au répertoire de son illustre aïeul. La compagnie italienne de Mme Ristori avait voulu s'associer à cette bonne œuvre en interprétant le quatrième acte de Phèdre, traduite par M. Dall-Ongaro. Des stances françaises, en l'honneur de Racine, dues à M. Legouvé, ont en outre été récitées, sans trop d'accent, par la grande tragédienne, et, pour compléter la fête, une remarquable pièce de vers, de M. Amédée Rolland, l'auteur d' Un parvenu, nous a fourni l'occasion d'applaudir Mmes Guyon, Fix et Favart, placées sous l'invocation de la muse tragique, de la muse comique et de la poésie. — L'Odéon, de son côté, a eu sa soirée de tragédie cornélienne pour les débuts de Mlle Olga de Villeneuve, qui a fait merveille dans le rôle d'Emilie, de Cinna. L'héritage de Rachel est toujours vacant ; nous ne voyons pas pourquoi Mlle Olga se refuserait la satisfaction d'y prétendre comme tant d'autres, sauf à le mériter plus tard, si la chose est possible. Mentionnons à ce même théâtre une jolie comédie de M. de Léris, les Profits du jaloux. L'esprit et l'observation abondent dans cette petite étude de caractère, où il est prouvé que presque toujours les jaloux s'attirent les disgrâces qu'ils mettent trop de zèle à vouloir éviter. Quoique nos maîtres l'aient dit avant lui, M. de Léris a su pourtant se faire écouter avec une faveur sympathique. — Au Gymnase, Lafontaine, le héros du Roman d'un jeune homme pauvre et de la Pénélope normande, a fait modestement sa rentrée dans deux petits vaudevilles, Je dîne chez ma mère et la Femme qui trompe son mari. Nous ne pouvons qu'approuver la courageuse déter- mination de cet artiste, qui revient à son point de départ, au moment même où son camarade Dupuis quitte le sien pour aller courir les hasards des grandes pièces du Vaudeville. — Les dernières représentations de la Sensitive, au Palais-Royal, sont accompagnées depuis quelques jours d'un vaudeville intitulé: les Jours gras de Madame. Comme dans la Femme aux cornichons, des Variétés, c'est une ronde commère qui veut maigrir et qui pour DE PARIS). 181 cela se livre à une foule d'exercices de gymnastique, en cachette de son mari. Cette mystérieuse hygiène donne lieu à des scènes de ja- lousie d'autant plus bouffonnes qu'elles sont jouées par Ravel. Avons- nous besoin d'ajouter que le dénoûment de cette pochade n'est pas aussi dramatique que celui d'Othello, et que tout s'explique à la sa- tisfaction du mari jaloux ? — La reprise de la Closerie des Genêts-, à la Porte-Saint-Martin, est un événement tout aussi capital que pourrait l'être la représentation d'une pièce nouvelle. Le vieux drame de Frédéric Soulié, tant de fois repris, n'a jamais cessé d'exercer une attraction puissante sur le pu- blic, et aujourd'hui encore, il fixe la foule de manière à permettre au théâtre de réparer à loisir l'échec du lioi des îles. — Une anecdote singulière, qui se trouve rapportée dans les Mé- moires de la police publiés par Peuchet , a fourni le sujet du drame qu'on applaudit en ce moment à l'Ambigu, sous le titre de la Sirène de Paris. D'après la chronique, du temps de M. de La Reynie, une jeune et belle femme, affiliée secrètement à une société de bandits de la pire espèce, se promenait chaque jour aux Tuileries pour attirer sur ses pas des fils de famille, qui, croyant aller à un rendez-vous d'amour, tombaient dans un piège où ils laissaient leur argent et souvent même leur existence. A l'Ambigu les choses se passent exactement de la même manière; seulement la sirène n'a pas conscience du rôle qu'on lui fait jouer; c'est son tuteur qui l'envoie à la pêche des ga- lants , et c'est sa gouvernante qui les amorce. Grâce à cette combinai- son, le spectateur s'intéresse vivement au sort de Christine et se ré- jouit, au dénoûment, de la voir délivrée de la tutelle de cet affreux Muller, par l'intrépidité du jeune André et de son père. Un person- nage comique de gentilhomme provincial jeté au milieu de cette intri- gue, l'égayé suffisamment et n'en fait que mieux ressortir les péripé- ties dramatiques. Quant à Mlle Page , quoiqu'elle soit charmante , comme toujours, sous les traits du jeune André, on est surpris, nous dirions presque désappointé , que dans une pièce qui s'appelle la Sirène, les auteurs ne lui aient pas confié un rôle si bien fait pour elle. — La nouvelle direction du Cirque impérial, bien différente de l'ancienne, n'épargne aucun sacrifice pour ramener ce théâtre à sa splendeur passée. Après l'Histoire d'un Drapeau, où elle a montré de quelle façon elle entend la mise en scène militaire, voici venir le Cheval fantôme, un drame pittoresque composé de plusieurs épisodes de la guerre d'indépendance américaine. Nous aurions peine à racon- ter tous les incidents qui se croisent et s'entre-croisentdans cette action multiple, dont les principaux personnages ne sont autres que le grand Washington et le général Lafayette. Ces deux glorieux noms brillent d'un tel éclat que tout ce qui les entoure est forcément rejeté dans l'ombre. C'est ce qui fait que le cheval Stelb, qui devrait occuper le premier plan, est relégué au second. Et pourtant la légende qui fait apparaître ce cheval à toutes les époques importantes de l'histoire na- tionale n'est certes pas dénuée d'intérêt. 11 en est de même de ces deux frères qui combattent dans des camps opposés, et de cette muette dont la main patriotique plante sur un rocher l'étendard de la délivrance. Tout cela est encadré dans de magnifiques décors et dans une mise en scène plus riche encore que celle du drame d'ouverture. Nous cite- rons, entre autres tableaux d'un effet saisissant, le pont du Diable, l'inondation et le pic Williams ; le sixième se compose d'une bril- lante fête à Versailles qui est naturellement le prétexte d'un ballet fort agréable. Nous recommandons à l'attention des connaisseurs la musique de ce ballet, où le nouveau chef d'orchestre du Cirque, M. de Groot, s'est particulièrement distingué. Plusieurs autres passages de sa parti- tion attestent d'ailleurs que M. Hostein ne pouvait faire un choix plus heureux ni plus habile. — La louable activité qui règne au théâtre Déjazet nous a mis, malgré nous, en retard avec lui. 11 est vrai que sur trois ouvrages qui ont fait leur apparition dans ces derniers temps, un seul mérite d'être spécialement remarqué. Nous ne parlerons donc que pour mé- moire de l'Enlèvement des Sabins, vaudeville dont le titre annonce l'excentricité grotesque, et de la Famille Robinet, pièce à travestisse- ment, où Mlle Fillon fait preuve de gentillesse sous ses divers cos- tumes. Monsieur Garât,, c'est Virginie Déjazet, c'est-à-dire la finesse et la grâce, c'est-à-dire le plus joli filet de voix que jamais théâtre ait pu mettre au service du fameux chanteur bordelais. Les deux actes de ce vaudeville ne sont pas très-corsés, mais ils sont spirituels et ils ont l'avantage d'être parfaitement interprétés, non-seulement par l'ini- mitable Déjazet, ce qui ne doit surprendre personne, mais aussi par l'amusant Dupuis, dont les allures dégingandées se prêtent on ne peut mieux à la charge de Vestris, le fils du diou de la danse. Nous croyons que le théâtre Déjazet tient là un succès qui ne sera pas épuisé de longtemps. D. A. D. SAINT- YVES. NOUVELLES. *** Au théâtre impérial de l'Opéra, Pierre de Médicis et la Juive ont composé les spectacles de la semaine. Mme Caroline Barbot a repris le rôle de Rachel. ,,% Pour son troisième début, Michot étudie le rôle de Raoul, des Hu- guenots. t% On sait que le plan proposé pour la reconstruction du théâtre de l'Opéra et déposé à la mairie a soulevé beaucoup et de sérieuses objections. Un journal étranger qui prétend tenir ce renseignement de bonne source, affirme aujourd'hui que S. M. l'Empereur, après une visite de l'emplace- ment que doit occuper la nouvelle salle, aurait trouvé ces critiques fon- dées et désapprouverait le projet. Sa Majesté pencherait pour l'idée de reconstruire la salle sur l'emplacement actuel, en mettant la façade du côté du boulevard et en abattant le passage de l'Opéra avec deux ou trois maisons qui y sont contiguës. *** Le bruit s'étant répandu que la Société des concerts du Conser- vatoire avait l'intention de doubler à l'avenir le nombre de ses con- certs, son comité nous prie d'annoncer qu'il n'a jamais eu ce projet. „,*,, Le concert donné jeudi dernier par M . Levasseur a été fort brillant. Le célèbre artiste y a chanté d'une voix aussi puissante et aussi timbrée que s'il n'en était qu'à ses débuts. Qu'en diront ceux qui soutiennent que l'orchestre moderne et les opéras en cinq actes sont la destruc- tion de toutes les voix? t*(Le Pardon de Ploërniel vient d'être représenté à Nancy. L'exécu- tion en a été aussi bonne que l'on pouvait le désirer, et le chef-d'œuvre a obtenu un plein succès, dans lequel il est juste d'accorder une part à ses trois principaux interprètes. t% Le festival qui sera donné à l'Opéra le samedi 1 9 mai courant, au bénéfice de la caisse des pensions de retraite des artistes et employés de ce théâtre, sera très-brillant. En voici le programme : Première partie : Symphonie pastorale, de Beethoven ; OFilii,de Leisring (seizième siècle), double chœur sans accompagnement; scène d'Euryanlhe, de Weber; les soli seront chantés par Gueymard, Cazaux et Coulon ; marche du Songe d'une nuit d'été, de Mendelssohn; fragments du premier acte d'Akeste, de Gluck, chantés par Bonnehée et Mme Gueymard-Lauters ; Pietà, signor deStradella, air chanté par Michot; final du deuxième acte de la Vestale, Spontini, chanté par Obin et Mlle Rey. — Deuxième partie : ouverture de la Flûte enchantée, de Mozart; fragments du cinquième acte de la Magicienne, d'IIalévy, chantés par Mmes Gueymard-Lauters et Barbot, et par Gueymard, Belval et Dumestre; duo et chœur dVsïs, deLulli, chantés par Mlles Hamackers etDelisle; air de Clytemnestre {Iphigènieen Aulide), de Gluck, chanté par Mme Barbot; la bénédiction des drapeaux du Siège deÇorinthe, de Rossini, soli chanté par Belval et Dufrêne; air de VEn- fant prodigue, d'Auber, chanté par Bonnehée ; chœur de Colinette à la, cour, de Grétry ; Schiller-Marsch, de Meyerbeer; duo d'Euphrosine et Co- radin, de Méhul. chanté par Gueymard et Mme Gueymard; chœurs de Castor et t'ollux, de Rameau, soli chantés par Mlles Hamackers et Delisle; Alléluia, chœur de l'oratorio du Messie, de Haendel ; chœurs des chas- seurs des Saisons, de Haydn. *** Mlle Piccolomini a quitté Londres la semaine dernière pour se rendre en Toscane, où elle va épouser le marquis Gaetani. On dit que la célèbre cantatrice a réalisé, à l'aide de son talent, la somme énorme de 40,000 livres sterling (I million de francs). Le marquis est également homme de fortune et de grande naissance. Le véritable nom de Marie Piccolomini est Clémentine. Les cinq dernières représentations qu'elle a données à Londres lui ont rapporté 620 liv. st. (15,000 fr.). »% Maillart est de retour à Paris ; son séjour à Bruxelles a été une série d'ovations pour l'auteur des Dragons de Villars, dont la reprise a 182 KEVLE ET GAZETTE MUSICALE eu lieu avec le plus brillant succès. Il est peu d'exemples d'une vogue aussi persistante et aussi générale que celle qui accueille cette œuvre aussi bien en France qu'à l'étranger. t*t La Société des auteurs et compositeurs dramatiques a tenu di- manche dernier sa séance annuelle dans les salons de Lemardelay, rue Richelieu, sous la présidence de M. Eugène Scribe, président perpétuel. La séance a été ouverte à une heure un quart, et la parole a été don- née à M. Raymond Deslandes, l'un des secrétaires de la commission, pour lire le rapport qui rend compte des travaux de l'année. M. Théo- dore Anne, trésorier, a lu ensuite le rapport relatif à l'état financier de la Société. Les recettes se sont élevées à 30,425 fr. 55 c, et les dé- penses à 29,636 fr. 50 c, y compris l'achat de 60 obligations de che- mins de fer, rapportant un revenu de 900 fr. La fortune de la Société se compose de 6,650 fr. de rentes. La séance s'est terminée par l'élec- tion de cinq commissaires, destinés à remplacer MM. Mélesville, Pon- sard, Rossini, Michel Masson et Théodore Anne, membres sortants et non rééligibles. Ont été élus : MM. Octave Feuillet, Delacour, Léon Laya, Eugène Granger et Charles Lafont. Membres suppléants : MM. Fer- dinand Langlé et de Najac. „** D'après le rapport présenté par M. Théodore Anne, en qualité de trésorier, les recettes des théâtres de Paris se sont élevées, du 1" mai 1859 au 30 avril 1860, à la somme de 10,367,227 fr. 88 c. ainsi répartis : Opéra, 1,011,390 70; Français, 937,006 58; Opéra-Comique, 1,00.3,590 99; Odéon, 312,71 1 25; Théâtre-Lyrique, 744,689 80; Vaude- ville. 575,483 50; Variétés, 62i,347; Gymnase, 517,577 80; Palais-Royal, 561,789 60; Porte-Saint-Martin, 911,881; Gaîté, 604,482 85; Am- bigu, 554,057 35; Cirque, 598, 891 30; Folies-Dramatiques, 356,610 13; Délassements, 266,049 30; Bouffes-Parisiens, 363,594 25; Théâtre-Déjazet (8 mois), 174,842 33; Luxembourg, 42,10615; Beaumarchais, 149,066; total, 10,367,227 fr. 88 c. Pendant le même exercice, les droits d'au- teur ont été de 1,304,054 fr 36 c. Paris entre dans ce total pour une somme de 1,070,664 fr. 30 c, ainsi qu'il suit par chaque théâtre : Opéra, 47,778 61; Français, 98,173 57; Opéra-Comique, 136,663 53; Odéon, 32,232 05; théâtre Lyrique, 59,583 40; Vaudeville ; 68,500 81 ; Variétés, 74,799 92; Gymnase, 70,625 36; Palais-Royal, 72,457 22; Porte-Saint-Martin, 95,033 88; Gaîté, 62,260 38; Ambigu, 58,727 12; Cirque, 62,528 07; Folies- Dramatiques, 36,293 01 ; Délassements-Comiques, 26,682 15; Bouffes- rarisiens, 37,125 40; Folies-Nouvelles (direction Huart), 1M 75 ; même théâtre (devenu Déjazet) pour huit mois, 18,979 73; Luxembourg, 5,111 48; Beaumarchais (jusqu'au 31 décembre 1859, les relations ayant été inter- rompues a cette époque), 5,372 14; Divers théâtres, salle Molière, con- certs, etc., 993 70, total, 1 ,070,664 fr. 30 c. La banlieue a produit 1 8,413 57; les départements, 198,150 67; l'étranger, 16,825 82; total général, 1,304,051 fr. 36 c. — M. Théodore Anne a fait en outre remarquer que les droits d'auteur à l'Opéra représentaient une moyenne de quatre et demi pour cent et n'étaient supérieurs que de 11,485 fr. 60 c. à ceux perçus aux Folies-Dramatiques, dont les recettes sont moins fortes des deux tiers, ce qui démontre la légitimité des réclamations poursuivies depuis plus de vingt ans. *** Depuis la clôture du théâtre Italien, Mlle Marie Battu a déjà été invitée par les sociétés philharmoniques d'Amiens et de Lille à venir se faire entendre et applaudir dans ces deux villes. La jeune et brillante cantatrice n'a pas été moins bien accueillie dans l'une que dans l'autre. On aurait voulu lui faire répéter tous ses morceaux. Merly et Servais concouraient avec elle à l'éclat de l'un de ces concerts. „% La Société philharmonique d'Amiens vient de terminer sa session musicale de 1860. Le cinquante-sixième concert, donné par M.J. Deneux, restera longtemps gravé dans la mémoire de ses heureux auditeurs. „.% Voici en quels termes l'Académie des beaux-arts approuve la méthode d'enseignement musical , dont l'auteur est un professeur excellent, dans son rapport du 17 mars 1860 : « La méthode de M. Du- chemin-Boisjousse est exposée avec une grande clarté et une élé- gante simplicité. Elle amène naturellement et sans fatigue les jeunes élèves à la connaissance, pratique de tous les procédés de la solmisation. Nous avons surtout remarqué le parallèle ingénieux des deux modes fait au moyen de deux leçons notées, l'une en majeur, et l'autre identique à la première, quant à la mélodie, mais différente par les altérations qui constituent le mode mineur. Ce procédé nous semble excellent pour faciliter aux élèves la prompte distinction des deux modes. L'auteur a également écrit de bons exercices sur les différentes mesures binaire, ternaire, simples et composées. De jolies vocalises terminent cette mé- thode, et des récréations vocales, parmi lesquelles nous citerons la chasse, une marche et une prière, complètent, avec l'explication suc- cincte des principes de l'harmonie, cette œuvre élaborée avec soin. » „*+ Une composition musicale d'un genre neuf et piquant vient de paraître chez les principaux marchands de musique: c'est le prologue d'une fable de la Fontaine, le Chat et la Souris, mis en musique par M. Th. Ymbert pour voix de baryton ou de mezzo soprano. La poésie de notre illustre fabuliste se prêtait on ne peut mieux, par sa coupe essentiellement lyrique, à cet essai, qui a complètement réussi. Quelques mesures de récitatif précèdent les couplets, où le poète passe en revue les divers sujets de la fable que le jeune prince lui a demandés. Doit- il représenter une belle qui se joue des cœurs qu'elle a pris, comme le chat de la souris! ou la fortune qui traite souvent cmx qu'on croit ses amis, comme le chat fait la souris ! ou Louis XIV, le roi puissant, qui se joue de ses ennemis, comme le chat de la souris! Le refrain placé sur ces derniers mots a une grâce charmante , et la ritournelle qui suit dépeint avec bonheur les mouvements capricieux et élégants du chat qui pelotte une souris. Cette jolie bluette est interprétée d'une manière exquise par notre célèbre chanteur Géraldy, qui en fait admirablement ressortir les nuances et les délicatesses. Elle a été bissée dès la première audition au concert donné par L. Pagans , le ténor espagnol en vogue ; elle est du petit nombre de ces morceaux qui gagnent à être entendus plusieurs fois et étudiés de près. Nous la croyons appelée à un succès véritable. £% L'ouvrage de M. Lefeuve, sur les Anciennes maisons de Paris, donne sur celle de Lulli les renseignements suivants: « Au commencement du xvmc siècle, Mme Lulli dispose, rue Neuve- des-Petits-Champs, des n°' 45 et 47, où se trouve déjà une boutique à l'image de l'Épée de Bois : son mari les lui a laissés en 1687. Le plan de la première de ces maisons, décorée de pilastres d'ordre composite, a été commandé par le grand musicien à Gittard; il était alors devenu riche, et une charge de secrétaire à la chancellerie l'avait, de plus, fait gentil- homme. Les trois fils de M. de Lulli cultivaient le même art que lui, mais en élèves respectueux restant loin, bien loin de leur maître Quand sa santé se trouvait compromise, sa femme en accusait bien plus les plaisirs de la table que l'excès du travail, et elle en faisait des reproches à tous ceux qui les partagaient, et jusqu'à ce bon la Fontaine, que Lulli avait tant prié de lui écrire des livrets d'opéra, et qui s'était enquinaudé par affection pour le compositeur. » „** Nous avons sous les yeux plusieurs œuvres de musique de danse de M. Aristide Rosselloty, parmi lesquelles nous remarquons la Fête du. village, suite de valses d'une facture élégante; la Reine au bal, polka- mazurka, et Bobinette, polka admirablement rhythmée. Cependant nous don- nons la préférence à la dernière composition de ce jeune amateur,, la polka intitulée Joyeuse, dont la mélodie gaie et entraînante aurait pu être signée par Musard. *** M. Alexandre, le célèbre facteur d'orgues, a fait, la semaine der- nière, dans la personne de sa mère, Mme Alexandre, une perte dou- loureuse à double titre, car Mme Alexandre, par sa participation active et intelligente aux affaires de la maison, n'avait pas peu contribué au développement qu'a pris cet établissement et à sa prospérité. „,% Le compositeur H. Boehner, dont nous avons annoncé la mort, a laissé des ouvrages inédits dont plusieurs vont être publiés ; entre autres : (es Mystères des tonalités et une méthode complète d'har- monie. **,, L'art musical vient de faire une perte cruelle en la personne de Luigi Gordigiani, mort à Florence le 1er de ce mois, après une longue et douloureuse maladie. Les admirateurs de son talent l'avaient surnommé le Schubert italien. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE, t*t Londres, 11 mai. — Les deux théâtres italiens attirent beaucoup de inonde. Au théâtre de Sa Majesté, Mlle Titjens a été magnifique dans Norma, que l'on donnait ^mardi dernier. Jeudi, Don Giovanni, pour le début de Mme Borghi-Mamo dans le rôle de Zerliue. La grande cantatrice n'y a pas obtenu moins de succès que dans la Favorite , le Trovatore, Otello et Lucrazia Borgia. Plusieurs morceaux ont été bissés; il y a eu rappels, bouquets, en un mot ovation complète. Demain, Mlle Brunetti dé- buteradans Rigoletto. —Au théâtre royal italien de Covent-Garden, la repré- sentation de Dinorah, donnée par ordre de la reine, a été très- brillante. Mme Carvalho s'y est surpassée; ensuite elle a chanté dans Fra Diavolo et dansle Barbier avec un succès éclatant, surtout les variations du Carnaval de Venise qu'elle y avait intercalées. Dans Fidelio, qu'on a joué jeudi, Mme Czillag s'est montrée fort dramatique et les bravos ne lui ont pas manqué. — L'Opéra-Comique français, sous la direction de M. Laurent, a commencé ses représentations avec la ''art du Diable; .Mme Fauré- Brière s'est distinguée dans cet ouvrage. Il en a été de même de M. Bec- quié de Peyreville, l'excellent chef d'orchestre du Lyceum. — La saison promet d'être très-brillante, et les concerts y seront nombreux. Parmi les pianistes étrangers Théodore Ritter, Lubeck et Magnus fixent sur- tout l'attention et donneront concert prochainement. A Saint-James- Hall, le concert de la société musicale de Londres, donné mercredi, a été fort beau. Halle, Mmes Dolby et Lemmens s'y sont fait entendre, et une nouvelle cantate de Mac Farren, Christmas, y a été exécutée avec un légitime succès. *% Bruxelles, 10 mai. — Les jours se suivent pour notre théâtre Italien, mais ils ne se ressemblent pas. Après le succès çVErnani et de Vltaliana in Algieri, opéra dans lequel a débuté avec succès MmeV'ietti, contralto de mérite, quoique un peu fatigué, M. Merelli a voulu donner Xorma au pied levé, aussi la déroute a-t-elle été générale. Malgré les efforts de vaillance de Mme Mariani-Lorini et de Taste pour rétablir le combat, jamais l'admirable opéra de Bellini n'avait vu pareil fiasco. On an- DE PARIS. 183 nonce pour aujourd'hui // Malrimonio segretn,par les principaux artistes; espérons que l'opéra de Cimarosa leur fournira l'occasion de prendre une éclatante revanche. — Remis d'un accident assez grave, réminent directeur de notre Conservatoire a pu reprendre le bâton de chef d'or- chestre au dernier concert qui a eu lieu dimanche dernier 6 courant. Un des principaux morceaux du programme était la symphonie compo- sée par M. Meynne, ancien lauréat. Jusqu'alors il ne s'était fait connaître que par quelques morceaux de piano et de chant. De là a. une symphonie pour orchestre la distance est grande; M. Meynne l'a franchie avec bon- heur. 11 a pris pour modèle Beethoven ; il en a adopté la coupe, les tour- nures et les combinaisons musicales ; il ne pouvait certes mieux choisir et il a été facile de voir tout de suite qu'il avait consciencieusement étudié son modèle. Rien n'est tourmenté dans cette composition dont les idées ont une véritable originalité et le mérite de se prêter heureuse- ment au développement musical. Elle pose désormais l'auteur d'une manière très- favorable parmi les symphonistes belges. Il serait à désirer pour l'art qu'il ne se bornât pas à ce seul succès. — M. Goos- sens, qu'une maladie de larynx avait obligé au silence pendant plusieurs années, s'est fait entendre avec le plus grand succès ; d'abord visiblement ému, il a bien vite retrouvé tous ses moyens et a déployé le talent sympathique qui lui a valu tant de triomphes— Un solo de basson, qui avait pour interprète M. Neumans , professeur au Conservatoire , a été applaudi avec enthousiasme. Le finale des Ao es de Figaro, le septuor de Beethoven et un fragment de symphonie de Haydn complétaient le programme de cet intéressant concert. — Mlle Artot est à Bruxelles de- puis quelques jours ; elle se rend à Londres, où l'attendent de magnifiques engagements. „% Fribourg (en Brisgau). — Nous aurons pendant l'été un grand festi- val de chant auquel plus de deux mille chanteurs prendront part; il y aura des concours entre les sociétés chorales de Carlsruhe, Constance, Heidelberg, Manheim, etc. »% Brunsivick. — A. Jaell vient de nous faire sa visite annuelle. Il a donné trois concerts successifs. La foule s'est montrée si empressée de s'y rendre qu'aux deux derniers on a dû refuser du monde. Aux deux premiers A. Jaell avait le concours de la chapelle ducale. Il a exécuté avec orchestre les concertos en do mineur de Beethoven et en la mineur de Schuman; un trio de Schubert, la sonate Op. 81 de Beethoven, et plusieurs autres morceaux des grands maîtres. Le merveilleux talent de Jaell lui a valu les applaudissements les plus enthousiastes ; mais quand il a eu joué ses délicieuses transcriptions du Pardon de Ploermel et du Prophète, ainsi que son original Carillon, l'auditoire s'est levé spontané- ment pour les lui faire répéter, et il a récolté une véritable moisson de couronnes et de bouquets. *% Hanovre. — A. Jaell vient de nous arriver précédé de son succès triomphal en Allemagne et en dernier lieu à Brunswick et à Gœttingue. Il a joué hier à la cour avec Joachim. Les deux éminents artistes ont entre autres exécuté le rondo de Schubert avec une perfection qui leur a valu les compliments de l'illustre assemblée. t*2 Munich. — La deuxième représentation de Dinorah a eu encore plus de succès que la première ; les acteurs chargés des trois principaux rôles ont été rappelés à la fin du spectacle. .^^Wiesbaie. —Mlle Zirndorfer a chanté le rôle d'Alice, dans Robert, avec un grand succès. La saison avait été ouverte par les Huguenots. i.*^ Leipzig. ■ — Maison à vendre, opéra-comique de X. Pentenrïeder, a été accueilli avec une faveur marquée. La musique a de la verve, de la gaieté, et offre plusieurs moreaux remarquables. Il est question de fonder l'institut Mendelssohn, dont le but serait de venir en aide à des étu- diants indigents qui suivraient les cours de l'Université de la ville. „.*„. Darmsladt. — Cendrillon, de Nicolo, avec une brillante mise en scène, a fait le plus grand plaisir. Tichatscheck. donne ici des représenta- tions. „,*„ Schiverin. — M. de Flotow, intendant du théâtre de la cour, vient départir pour Vienne. Quelques jours avant son départ, les chanteurs de ce théâtre lui ont donné une sérénade à l'occasion du jour aniversaire de sa naissance. La reprise d'Indra, que nous n'avions pas entendue de- puis longtemps, avait presque l'attrait de la nouveauté pour le nom- breux public que cette charmante partition avait attiré. *% Vienne. — Le théâtre de la cour a donné la première représenta- tion de Dominga, opéra-comique en deux actes, musique de Dessauer : la pièce nouvelle a eu du succès, l'auteur a été rappelé à la fin du der- nier acte. — A la salle Boesendorf, un violoniste américain, M. Poznan- ski, élève de Vieuxtemps, a donné un concert où il a prouvé qu'il a mis à profit les leçons de son illustre maître. — A l'Opéra italien on a mis à l'étude Freischutz; le rôle d'Anna (Agathe) sera chanté par Mme Charton- Demeur, Mme Lagrua chantera celui de Nancy (Aennchen) —L'Opéra allemand a joué les Huguenots, la Juive, Guillaume Tell et Lohengrin. „% Saint-Pétersbourg.— Henri Wieniawski vient d'être nommé violon solo des. M. l'Empereur et des théâtres impériaux. Cette double nomi- nation qui fixera désormais l'éminent artiste a Saint-Pétersbourg pour toute la durée de la saison théâtrale, est une bonne fortune dont tout le monde ici se réjouira.— Pendant qu'Henri Wieniawski obtenait ici cette flatteuse distinction, son frère Joseph, pianiste non moins distingué que notre célèbre violoniste, voyait consacrer à Paris son beau talent de virtuose et de compositeur dans un brillant concert qui avait réuni l'élite des artistes et des dilettanti. **** New-York. — Dans le courant du mois dernier on a donné ici une re- présentation de Fidelio, de Beethoven : un Italien, M. Tamara, a chanté le rôle de Florestan, Mlle Johannsen a chanté celui de Fidelio. If llirtruur : S [H'I Gl B . Chez G. BRANDUS et S. DUFOVR, éditeurs, 103, rue Richelieu. OIIIITETTE Pour deux Violons, deux. Altos et Violoncelle. PAR Te S. FiSTXS Maître de. chapelle du roi des Belges, directeur du Conservatoire de musique de Bruxelles. Op. G. — Prix : 20 fr. LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C% RUE JACOB, 56. Et chez tous les libraires de France et de l'étranger. BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE DE MUSIQUE Deuxième édition Entièrement refondue et augmentée de plus de moitié, Maître de chapelle du roi des Belges, Directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles. ENVIRON DIX VOLUMES IN-S° DE CINQ CENTS PAGES Paraissant par livraisons île 48 pages chaenne, lO livraisons par volume. Prix de chaque livraison SO centimes. Prix de chaque volume S francs. (Le prospectus de l'ouvrage se délivre gratis en s'adressant aux éditeurs par lettre affranchie.) Pour paraître le 20 courant, Chez E. G1ROD, éditeur, 16, boulevard Montmartre: «Si ru ml succès» JOSEPH WIENIAWSKI VALSE DE CONCERT POUR LE PIANO Op. 3. — Prix : 7 50. 184 REVUK ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Ancienne Maison MEISSONNIEB Paris. — E. GÉRARD et Ce (COMPAGNIE MUSICALE), — 18, rue Dauphine. 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Prix marqué. , 2 50 CHANSONNETTES COMIQUES : La Marée du 9 Mars, poisson d'avril, chansonnette comique de Eiefeïrvre et Mangeant, chantée tous les soirs au théâtre du Palais-Royal, par Brasseur. Prix marqué L'Incendie, cri de détresse, chansonnette comique, paroles et musique de lUillot, chantée par Pradeau, du Palais-Royal. 2 50 Citez ii. ISRANDUS et S. DUJFOUB, éditeurs, 103, rue «le Richelieu, au 1er. ILa Partition pont' Citant et Piano OMA LVIR Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. A. Dumas et Leuven, musique de JLMBBÛIili TEOKiL Format ïn-S°. (f)e l'Institut.) Prix net : 15 ffr. POUR PARAITRE INCESSAMMENT Formai in -8°. La Partition pour Chant et Piano LLA Prix net : 8 f r ©liéVctlc-lioufTe en nn at-le. musique «le w. mm vlotow Valse-Boléro par MUSARD. \,U'l>l.EOrï Cil MX Rï C". BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. iVo 21. 20 Mai 1860. OIV S'ABONNE 1 Dans les Déportements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aux Bureaux des Messageries et des Postes. REVUE PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris 24 fr. par M Départements, Belgique et Suisse... 30 • id. .h . id. Le Journal parait le Dimanche. GAZETTE ICAL mm w&wlis. --^aaaAAA/'JVvw- SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique: l'Habit de milord, opéra- comique en un acte, paroles de MM. Sauvage et Léris, musique de M. Paul La- garde, par D. A. O. Saial-Î'ies. —Théâtre des Bouffes-Parisiens: Titus et Bérénice, opérette-bouffe en un acte, paroles de M. Ed. Fournier, musique de M. L. Gastinel. — Biographie universelle des musiciens et bibliographie géné- rale de la musique, par Fétis père (2e article), par Paul Smith. — Cor- respondance : Bruxelles, par Fétis père. — Henri Litolff à Liège, par «S. -H. Rongé. — Londres. — Nouvelles et annonces. THEATRE MPÉRIÂL DE L'OPÉRÂ-COMQUE. L'HABIT DE SIILORD, Opéra-comique en un acte, paroles de MM. Sauvage et Léris, musique de M. Paul Lagarde. (Première représentation le 16 mai 1800.) Il règne en ce moment une grande activité à l'Opéra-Comique. Voilà, en moins d'un mois, trois pièces nouvelles, dont une en trois actes, qui viennent d'y être représentées. Les deux plus récentes : l'Habit de milord elliila, par un contraste singulier, se trouvent être le dernier ouvrage d'un maître et le pre- mier essai d'un débutant. Mais, avant de nous occuper de M. Paul Lagarde, disons deux mots du poème (vieux style) de ses collaborateurs , qui ne sont pas des novices. A la suite de la bataille de Culloden, perdue par le prince Edouard, l'un de ses partisans, le jeune officier James Gordon, s'est aventuré dans les rues de Londres pour revoir sa sœur et lui demander un moyen de salut ; mais il a été découvert, poursuivi, et s'est réfugié au hasard dans la taverne de Peters. A la même heure, John Digby, garçon coiffeur, engagé dans une querelle avec des chapeliers , s'est vu forcé d'échapper par la fuite à ses adversaires et de chercher asile dans le cabaret susdit. Là , nos deux individus , sans se voir, sans se connaître, ont échangé leurs habits, dont ils s'étaient débar- rassés pour courir plus vite. A compter de ce moment, James Gordon, métamorphosé en artisan, dépiste avec facilité les gens qui sont à sa recherche et parvient sans encombre jusqu'au navire qui doit le transporter en France. John Digby, au contraire, affublé de l'uniforme rouge du vaincu de Cullo- den , est en butte à toutes sortes de vicissitudes plus ou moins fâ- cheuses. De prime abord pourtant tout se passe assez bien : iord Cockman, le mari de la sœur du jeune Gordon qui ne connaît pas son beau-frère, vient lui offrir ses bons offices, et, trompé par le costume, s'adresse à John Digby, lui donne de l'argent, lui fait servir un bon repas et lui offre de favoriser son évasion. Naturellement, John Digby se laisse aller au courant de la situation et profite de tous les excellents pro- cédés de lord Cockman. Mais quelle est ia médaille qui n'a pas son revers? John Digby n'a pas achevé son dernier verre de porto qu'un shériff, prévenu par la rumeur publique, se présente chez Péters avec plusieurs constables pour arrêter le jeune Gordon. Le brave garçon coiffeur, rappelé brus- quement à la réalité, apprend non sans terreur que son travestisse- ment va ie conduire tout droit à la tour de Londres, et peut-être plus loin encore. Dès lors il récuse le personnage de James Gordon et revendique celui de John Digby ; mais on refuse de le croire. 11 propose de four- nir une preuve de son identité en rasant lord Cockman; par malheur, sa main tremble si fort qu'il écorche le menton de sa seigneurie et ne réussit qu'à mieux égarer les convictions de tous les assistants. Déjà le shériff étend sur lui son bâton d'ivoire, lorsqu'une lettre de James Gordon, datée du navire qui le mène sur le continent, vient faire éclater l'innocence de John Digby et le rend à la liberté. La pièce de MM. Sauvage et de Léris, bâtie sur uu quiproquo amu- sant, mais peu original, est intriguée avec assez d'adresse ; elle a du mouvement et se recommande par quelques détails spirituels. La scène de la barbe a paru plaire au public et en a décidé le succès. La partition de M. Paul Lagarde est, dit-on, le fruit des loisirs que ce nouveau compositeur a su se créer en dehors des instants qu'il consacre aux opérations de la Bourse. Pour nous ce serait peut-être le cas de déplorer les progrès de cette tendance vers la littérature et le théâtre qui semble s'être emparée depuis quelque temps d'un si grand nombre des gens du monde au détriment des auteurs et des compositeurs dont l'existence ne repose pas sur des occupations étrangères à leur art; mais nous renvoyons à un autre moment l'examen de ceLte ques- tion, qui, du reste, ne peut être souverainement jugée que par le public. Sans aller au fond des choses, nous croyons que de grandes et sérieuses qualités sont l'indispensable excuse d'un musicien amateur qui ne craint pas d'aborder les hasards de la scène. Sous ce rapport, M. Paul Lagarde a-t il des droits réels à une exception basée sur un talent supérieur à celui de tant de jeunes compositeurs dont le novi- ciat est si long et si pénible ? Nous hésitons à nous prononcer pour l'affirmative, quoique, tout 186 REVUE ET GAZETTE MUSICALE bien considéré, sa partition ne soit pas exemple d'un certain charme élégant et facile, assez semblable à celui d'une opérette bien réussie. On y trouve peu d'inspirations saillantes ; le maniement de l'orches- tre y est parfois défectueux ; mais l'ensemble est agréable et ne laisse pas trop de prise à la sévérité de la critique. Après une ouverture composée des principaux motifs de la pièce, le rideau se lève sur une introduction passablement scénique, mais où, par une étrange préoccupation, le compositeur a reproduit une phrase presque textuelle d'une des valses les plus connues de Strauss. Les couplets de Jenny : Je ne suis pas coquette, ainsi que le petit duo : Je le sais, dans notre Angleterre, ont de la grâce et de la légèreté. Il y a encore un trio, un duo et deux morceaux d'ensemble qui offrent quelques heureux détails. Mais le morceau qui a été le mieux accueilli etquel'ona seul fait répéter, c'e^t l'air: Passe, aimable liqueur, dont le refrain est digne en effet d'une mention particulière. Ce qui manque surtout, on doit le reconnaître, à la distribution de l'Habit d>. Milord, c'est une étoile. Ponchard fait tout ce qu'il peut dans le rôle capital de John Digby; Prilleux, Nathan, Holtzem, Mlle Zoé Bélia, le secondent de leur mieux au second plan ; mais lors- qu'une pièce e>t privée d'un point d'appui solide, ce n'est malheu- reusement pas le zèle qui suffit à le remplacer. D. A. D. SAINT-YVES. THÉÂTRE DES BOUFFES -PARISIENS. TITUS ET BÉKÉSTICE, Opérette-bouffe en un acte, pivotes de M. Ed. Fournier, musique de M. L. Gastinel. (Première représentation le il mai 18G0.) Après la mythologie, l'histoire romaine ou grecque devait néces- sairement tenter les fournisseurs ordinaires du théâtre des Bouffes. Les plus grands faits historiques y passeront bien certainement tour à tour, travestis et considérablement augmentés de charges et de lazzi qui eussent effrayé, nous en sommes bien convaincu, la muse court-vêtue du vieux Scarron. Aujourd'hui M. Ed. Fournier n'a fait qu'effleurer le sujet; espérons que bientôt un autre plus hardi nous montrera le vieux sujet tragique dans toute sa vérité et ne craindra pas d'affubler Léonce ou Désiré de la tunique vespasienne, et une des nymphes du passage Choiseul du péplum de Bérénice. L'action de la nouvelle opérette se passe, autant que nous avons pu comprendre, à Bergame, dans cette bonne ville où fleurissent de temps immémorial les Panta- lon, les Tartaglia, les Arlequin et les Colombine de la comédie italienne. Dès le lever du rideau Mlle Tostée prend le soin d'avertir le public, dans un prologue gracieusement rimé, du peu d'importance que l'au- teur attache à son poëme. Son père, César, est peintre et défend la porte à tous les amoureux, au moins jusqu'à ce que son chef-d'œuvre soit achevé. Ce chef-d'œuvre est une affreuse toile représentant, à ce qu'assure son auteur, Vespasien repoussant les prières de Titus et de Bérénice. Mais deux soupirants vont bientôt s'introduire dans le sanc- tuaire, et, pour tromper la vigilance de l'Argus, ils ne trouvent rien do mieux à faire que de prendre la place des mannequins achetés par le vieux rapin pour représenter les deux héros de l'ancienne Rome. Après quelques scènes dont le côté le plus comique est de mettre en présence à plusieurs reprises le peintre et ses modèles dans les poses les plus excentriques, César donne sa fille à Lelio, l'amant préféré, et tout finit, comme dans tous les vaudevilles passés, présents et à venir, par un mariage Sur ce canevas un peu décousu, et qui n'est sauvé que par les mots heureux , M. L. Gastinel a jeté de la musique à pleines mains. On peut même lui reprocher beaucoup de prolixité : ses duos, ses morceaux d'ensemble sont trop longs ; la situation, ten- due continuellement , aurait exigé une musique vive et surtout brève : M. Gastinel a montré trop de science et pas assez de savoir faire. Son duo de la dispute entre les deux mannequins est bien fait, bien coupé, d'une excellente couleur bouffe, mais il eût certainement beaucoup gagné à être réduit d'un bon tiers. L'histoire des amours de Bérénice et de Titus est le joyau de la nouvelle parti- tion de l'auteur de VOpéra aux fenêtres : c'est un petit bijou musical, d'une mélodie bien franche, quoique un peu commune. L'ouverture est bien écrite et surtout heureusement conçue. Somme toute, Titus et Bérénice n'ajoutera rien, croyons-nous, à la gloire musicale de son auteur ; mais cette opérette a prouvé, ce que nous savions, du reste, que M. L. Gastinel était un musicien habile et souvent bien inspiré, qui pourra quand il le voudra ou quand l'occasion lui en sera offerte, traiter un véritable sujet d'opéra-comique un peu en dehors des excentricités musicales de la salle du passage Choiseul. Mlle Tostée a joué le rôle de Bérénice en actrice intelligente et en cantatrice. M. Tayau a été splendide dans le mannequin Lelio-Tilus. MM. Desmonts et Jean Paul ont donné la réplique à leurs camarades avec beaucoup de verve et d'enlrain. • A. B. BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS ET ÏSBBlLEfOGSaSAE'.BSIE GES.~EK.AIiE DE IiA. MUSIQUE. Deuxième édition entièrement refondue et augmentée de plus de moitié, "Par E.-JT. FÉTIS. (2' article.) (1) Revenons à ce grand ouvrage, dont la lecture a pour nous l'intérêt d'une histoire et le charme d'un roman. Sans aucun doute, ce qui en constitue l'immense valeur, indépendamment de l'inappréciable ori- ginalité, c'est d'avoir été conçu, exécuté par un seul homme; bien plus encore, c'est que ce même homme ait pu le continuer, le com- pléter, l'achever une seconde fois vingt-cinq ans après. Quel autre que M. Fétis eût été capable d'entreprendre et de mener à fin une pareille tâche? Pour s'en faire une idée, il faut avoir vu les tomes composant la première édition de la Biographie, retravaillés de sa main, grossis de feuillets nouveaux presque à chaque article. Il faut avoir estimé d'un coup d'œil ce que tant d'additions, de corrections, de 'recherches opiniâtres exigeaient de labeur et de temps, même chez l'écrivain le mieux doué pour l'accomplissement d'une œuvre de ce genre. M. Fétis s'est donné un plaisir que lui seul pouvait se procurer, et qui probablement ne sera jamais accordé à aucun autre. Dans la première édition de son livre, il avait commencé par dénom- brer et classer aussi exactement que possible le personnel des musi- ciens morts et vivants, dont le nom méritait une mention grande ou petite. Puis, cette opération faite, il s'est mis à contempler ce monde musical dont il venait de dresser la statistique : il n'a pas cessé de le regarder vivre, s'agiter, se multiplier, grandir ; en portant ses regards sur tout le présent, il n'a pas négligé le passé, s'atlachant d'un côté comme de l'autre à faire des découvertes, et n'y réussis- sant pas moins heureusement. Pendant un quart de siècle, il n'a pas quitté son poste d'observateur. Comme un de ces astronomes infati- gables qui, les yeux toujours tournés vers le ciel, ne laissent le té- lescope que pour prendre la plume, M. Fétis, pendant vingt-cinq ans, s'est attaché à suivre, pour les mieux décrire, les astres anciens de la musique, à signaler les astres nouveaux qui se produisaient dans l'espace; et le magnifique résultat de ce dévouement sans égal à l'art et à la science, c'est la seconde édition de la Biographie universelle (1) Voir le n° 11. DE PARIS. 187 des musiciens, entièrement refondue et augmentée de plus de moitié. Jamais ouvrage n'a mieux tenu les promesses de son titre. Rien de plus curieux que de lire en même temps les deux éditions et de comparer la seconde à la première : c'est le moyen de recon- naître que les augmentations ne consistent pas seulement en articles ajoutés pour des noms omis ou qui n'existaient pas encore, en arti- cles plus étendus en raison des progrès du talent et de la renommée des artistes ; mais aussi en articles remis sur le métier, enrichis de faits, de considérations, élevés à la taille d'une monographie, pour des artistes déjà connus, déjà illustres et morts depuis nombre d'années, lorsque la première édition parut. Par exemple, Beethoven, qui avait cessé de vivre en 1827, et dont la gloire avait atteint son apogée en France dans les grandes solennités de la Société des concerts , per- sonne ne doute que, dix ans plus tard, M. Fétis n'ait mis tous ses soins à raconter sa vie, à caractériser son génie, à énumérer et analyser ses œuvres. Dans l'article qu'il écrivit à cette époque, on remarque la division neuve alors, et dont tout l'honneur lui revient, de ces œuvres si fortes et si belles en trois classes différentes, division sur laquelle on a tant raisonné, tant écrit, tant discuté depuis! Eh bien, malgré la bonne volonté, le zèle, malgré le talent du biographe de 1837, celui de 1860 le surpasse et l'efface incontestablement. Le premier article n'avait qu'une douzaine de pages ; le second en compte plus du double, aux colonnes plus chargées de lignes, au texte plus fin, plus serré. C'est que la pensée et l'érudition de M. Fétis ne se sont pas arrêtées à un point donné ; c'est qu'il n'a pas cru devoir se hâter de dire, comme tant d'autres: Mon siège est fait! Au contraire, il a profité de tout ce qu'on avait écrit et publié sur Beethoven : il a lu tout ce qu'on avait imprimé de biographies, de commentaires, de bro- chures élogieuses et critiques ; il en a recueilli la substance, et il faut voir avec quel art il a su la mêler, la fondre avec celle de l'article pri- mitivement sorti de sa plume. On dirait que Wegeler, Ferdinand Ries, Schindler, de Lenz, Oulibichef et Marx n'ont en réalité travaillé que pour lui. Comme spécimen de l'habileté extrême avec laquelle M. Fétis a procédé au remaniement de son œuvre, en s'assimilant tout ce qui lui a semblé de bonne prise, citons entre autres le paragraphe relatif au célibat de Beethoven et aux causes qu'onlui attribuait généralement. Dans la première édition, ce paragraphe est très-court : «Beethoven, » y lit-on, ne se maria point ; M de Seyfried dit même qu'on ne lui » connut aucun attachement de cœur. L'auteur de cette biographie se » souvient cependant que Woëlfllui a parlé d'une dame chez qui Bee- >» Ihoven allait souvent dans sa jeunesse, et qu'il aimait beaucoup, » sans le lui avoir jamais dit. Il paraissait être ému de jalousie quand » des propos galants étaient adressés à l'objet de son amour. Le » piano devenait alors le confident de ses pensées et recevait l'im- » pression des orages de son cœur ; mais un regard de la dame et » quelques mots bienveillanls ramenaient le calme dans son âme et « laissaient succéder les douces mélodies aux âpres accents de sa » verve passionnée. » Voici dans la seconde édition ce même paragraphe, où tout ce qu'on vient de lire est conservé : « Beethoven ne se maria point ; » M. de Seyfried dit même, etc.... Cependant le docteur Wegeler, son » ami d'enfance et de jeunesse, dit qu'il n'était jamais sans amour » dans le cœur et qu'il en était épris jusqu'à l'exaltation. ( Beethoven » war nie ohne eine Liebe und meistens von ihr ira hohen Grade » ergriffen.) Schindler avoue que cette assertion est exacte et fournit » à ce sujet des renseignements qui ne sont pas sans intérêt. Les » objets de ses affections étaient toujours d'un rang élevé, circonstance » qui s'explique par son noble caractère et par ses relations fréquen- » tes avec les hautes classes de la société. Du reste son amour était » tout platonique : le cœur et l'imagination en faisaient tous les frais » et les sens n'y avaient que peu de part. Pendant plusieurs années » il fut épris de Mlle Julie de Guicciardi, qui plus tard épousa le » comte de Gallenberg et à qui il a dédié sa sonate en ut dièse mi- » neur. Quelques letLres écrites dans l'été de 1806, d'une localité de » bains en Hongrie, où il était allé pour essayer la guérison de sa » surdité, et qui ont été publiées par Schindler, nous apprennent que » son amour était partagé. Schindler cite aussi une tendre liaison de » l'illustre compositeur avec la comtesse Marie d'Erdaedy, à qui il a » dédié ses deux beaux trios de l'œuvre 70. Hauteur de cette biogra- phie se souvient, etc. (Voyez ci- dessus). Ries, élève de Beethoven » pour le piano, et qui vécut plusieurs années dans son intimité, dit » que les passions amoureuses de son illustre maître n'étaient jamais de » longue durée, et que l'épreuve la plus persévérante de constance » qu'il pût citer avait duré sept mois. Cependant son amour pour » Mlle de Guicciardi l'occupa pendant plusieurs années . » Telle est la méthode constamment suivie par M. Fétis. Nous venons de montrer comment il a refait dans l'histoire de Beethoven le cha- pitre de l'amour. Voyons maintenant celui de l'amitié, sur lequel la première édition gardait un silence absolu : « Beethoven, continue le » savant biographe, n'était pas moins sensible à l'amitié qu'à l'amour; » mais, très-susceptible, il se blessait facilement et se brouillait avec » ses amis les plus intimes. Ses frères, qui troublèrent souvent sa » tranquillité et furent cause de ses plus vifs chagrins, jetaient à « plaisir dans son esprit des doutes sur les hommes pour qui il avait » une sincère affection, afin de le dominer sans témoins. Beethoven » prêtait trop légèrement l'oreille à ces propos, et, au lieu de s'en » expliquer avec franchise, il boudait et repoussait par sa froideur » ceux dont il croyait avoir à se plaindre. Mais si l'on parvenait à » l'éclairer sur son erreur, il se hâtait d'avouer ses torts, en deman- » dait pardon et les réparait avec empressement. Bien que très-at- » taché aux amis de sa jeunesse, des années s'écoulaient quelquefois » sans qu'il y pensât. On voit par une de ses lettres à M. Wegeler, » compagnon de son enfance et son ami intime, qu'il ne lui avait pas » écrit une fois dans l'espace de sept années. Très-lié avec Schenk, » qui l'avait éclairé sur les défauts de son éducation musicale, il pa- » raissait cependant l'avoir oublié, lorsqu'un jour, se promenant en » société de Schindler sur le boulevard de Vienne, il le rencontra » après l'avoir perdu de vue pendant près de vingt ans. Ivre de joie » de revoir ce vieil ami qu'il croyait descendu dans la tombe, Ber„ » thoven l'entraîna dans un cabaret voisin (au Cor du chasseur), sa » fit apporter du vin, et là, avec un épanchement semblable à celui » de la jeunesse, cet homme, si taciturne et si distrait d'ordinaire, se » livra à des élans de gaieté et régala le vieux Schenk d'une multi- » tude d'historiettes et d'anecdotes. Après une heure passée dans cette » effusion, ils se séparèrent, et ce fut pour toujours, car ceci se pas- » sait en 1824 ; et moins de trois ans après le grand homme n'exis- » tait plus. » Aux chapitres de l'amour et de l'amitié succède celui de la famille. Viennent ensuite les anecdotes caractéristiques dont M. Fétis a fait la moisson la plus ample, et enfin son excellent travail se termine par un catalogue chronologique des œuvres de l'artiste, suivi d'une apprécia- tion des biographies, études et autres écrits publiés à son occasion. Nous ne saurions dire avec quel plaisir nous avons lu et relu toutes ces pages, marquées au cachet de la plus haute science alliée à la plus saine, raison. Du reste, qui s'étonnerait que M. Fétis ait écrit un chef- d'œuvre à propos de Beethoven ? Nous verrons bientôt que pour être traité par lui non moins bien, il n'est pas toujours nécessaire d'être un aussi grand homme. Paul SMITH. (La suite prochainement.) 188 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Dans sa dernière Revue critique des thdâtres (lj, M. B. Jouvin. à propos d'Aimé Maillart, fait quelques réflexions que nous nous plai- sons à reproduire: » Mais la province ne se borne pas à casser les arrêts de la mé- tropole ; dans ses jours d'omnipotence, elle va jusqu'à élever autel contre autel et fabriquer à son tour des réputations qu'elle espère bien nous faire adopter plus tard. Elle fait en ce moment la fortune de l'auteur des Dragons de Villars. Si M. Aimé Maillart n'avait pas autant de modestie que de talent, il pourrait se placer sur le piédes- tal que lui élève à frais communs la province, et prenant l'attitude de Talma dans Manlius, s'éciier: Qu'en dis-tu? en toisant de haut en bas ce Paris qui le dédaigne et le condamne à l'inaction dans l'âge de la production. Un opéra applaudi, mais joué sans le fracas des réclames au théâtre Lyrique, les Dragons de Villars, fait en ce moment son tour de France. On le joue au nord, on le reprend au midi, on le fête partout. Lyon, Marseille, Rouen, Toulouse, Nantes, Bordeaux, et, en ce moment, Bruxelles, n'ont des yeux que pour le maréchal des logis Belamy et des oreilles que pour Rose Friquet. So- prani d'Opéra-Comique, contralti de grand Opéra, saisis de l'émula- tion de l'enthousiasme, font siffler leur badine et chantent sur toutes les scènes grandes ou petites: Hop! hop! mules chéries. Une an- cienne pensionnaire de l'Opéra-Comique, dont le talent s'est déve- loppé dans un exil qui ne fut pas une disgrâce, Mlle Boulard ravit en ce moment les habitués du théâtre de la Monnaie dans ce rôle de muletière des Dragons. Je sais bien que la province est la province, et c'est là son plus grand défaut, hélas ! mais les populations du midi de la France sont essentiellement musicales ; mais Bruxelles est un centre artistique; cela mérite réflexion. Paris n'a pas des composi- teurs à revendre. Ceux qui se piquent de mettre un chant dans un moule harmonique sont rares ! Parmi les plus populaires, combien en est-il dont les productions franchissent les barrières? Je vous défie d'en citer plus de trois, et même d'en citer trois ! Pourquoi Paris, qui ne se fait pas faute, en temps de disette, de prendre des chan- teurs à la province, n'essayerait-il pas de lui enlever son composi- teur? Pourquoi, témoin de l'accueil fait aux Dragons de Mllars, ne demanderait-il pas un ouvrage au musicien des Dragons de Villars? Attend-il que M. Maillart n'ait plus de cheveux (hélas la chose est faite), ou plutôt attend-il qu'il n'ait plus d'idées? Ce serait plus grave, car ce serait ruiner le métier et la gloire d'une foule de messieurs qui se font de gros revenus à l'Opéra-Comique, au théâtre Lyrique et même à l'Opéra, en faisant chaque soir au public un cours de tri- gonométrie musicale. » B. JOUVIN. » CORRESPONDANCE. Bruxelles, 16 mai 1860. Monsieur le Directeur, Au moment où la saison musicale se termine, vous désirez que je vous fasse le résumé de ce qui s'y est passé de plus remarquable à Uruxelles. Je ne puis vous donner que des notes fort incomplètes ; car le temps, dont je n'ai jamais assez pour ce que je voudrais faire, ne me permet ni de tout voir ni de tout entendre, ce qui n'est pas un mal pour mes oreilles, mais ce qui ne peut manquer défaire de moi un fort mauvais correspondant. La musique est, en général, mal organisée dans nos églises, parce que l'argent manque pour faire quelque chose qui ait de la valeur au point de vue de l'art sérieux ; je n'en parlerai donc pas. Les éléments ne manquent certes pas ici ; mais on ne sait ni ne veut les employer comme il faudrait. (1) Feuilleton du Figaro, jeudi 17 mai. A l'égard des théâtres, ils ont eu des phases de bonne et de mauvaise fortune. Le théâtre Royal n'a pu tirer bon parti de son personnel de grand opéra, dans lequel il y a cependant quelques artistes de mérite, à cause de la monotonie du répertoire. Ce répertoire, toujours le même, toujours ressassé depuis une longue suite d'années, ne peut plus avoir d'attrait pour le public. Il faudrait qu'il fût renouvelé; mais il ne peut l'être que par des ouvrages joués avec succès à Paris, et vous savez combien ils y sont rares. Avec une population flottante de quelques cen- taines de mille étrangers, l'opéra de la rue Le Peletier fait des recettes avec des spectacles tels quels ; mais à Bruxelles c'est toujours le même monde qui alimente la recette, et pour le faire venir, il faut des nou- veautés. La bonne fortune de notre théâtre royal, pendant l'année dramatique, a consisté dans les représentations du Pardon de Ploërmel, des Dragons de Villars, et dans le plaisir qu'a pris le public à entendre le chant de Mlle Boulard. A Paris on n'a pas aperçu ce qu'il y avait à Lu're du talent de cette cantatrice et on n'a pas su la mettre en évidence dans des rôles importants. On lui a fait chanter les Papillotes de M. Benoit et des choses du même genre, dont je ne prétends certes pas diminuer la valeur, mais qui ne sont pas faites pour une brillante cantatrice. A Bruxelles, Mlle Boulard a, comme on dit, fait fureur, et a, sans aucun doute, souvent mérité la vogue dont elle jouit. Elle a progressé dans le succès, comme il arrive aux artistes dans lesquels il y a du talent vrai ; mais elle a abusé de ses forces, ayant joué des ouvrages ou cha ité dans des concerts cinq fois par semaine. En ce moment elle est fatiguée : il faut qu'elle y prenne garde. Nous' avons ici M. Merelli, de Milan, qui nous a amené de bons artistes, d'autres médiocres ; qui a placé sa compagnie au théâtre du Cirque, grande salle fort sale, mais bonne pour la musique: qui a trouvé à ce théâtre un orchestre exécrable, lequel servait à je ne sais quelles hor- reurs qu'on y représentait, et y a placé son excellent chef d'orchestre, M. Orsini, dont je devine le désespoir en se voyant à la tête de pareils éléments. Force lui fut d'appeler à son secours quelques violonistes de talent qui, heureusement, ont répondu à son appel, mais qui ne peuvent pas toujours lutter avec succès contre leur entourage. Cela n'est rien encore auprès des choristes dont le choix est vraimentbouSbn. En dépitde ces obstacles, il y a eu quelques très-bonnes représentations, grâce au talent remarquable de certains chanteurs et à cette verve méridionale d'ensemble qu'ont toujours les artistes italiens. Don Pasquale, par exem- ple, ce charmant ouvrage de Donizetti, n'a pas été si bien chanté ni joué depuis le temps de Lablache qu'il l'a été ici avec lime Lorini-ilariani, le ténor très-agréable M. Galvani, l'excellent baryton .M. David Squarcia, et M. Ciampi, bouffe parfait, dont la voix est puissante. Cet enseml le, digne des bons temps de la scène italienne, m'a- charmé et a rappelé à mon souvenir des époques plus heureuses pour l'art. Des concerts 1 nous en avons eu un déluge : vous savez ce que c'est, et M. Botte encore plus. Que je plains souvent ce jeune artiste, si bon musicien, critique si judicieux, si fin, de si bon goût, d'être obligé de passer incessamment par la, et de distribuer à. chacun sa petite part d'encens pour ne pas faire de jaloux. Pour moi, je ne suis pas si malheureux : je ne vais rien entendre de tout cela. Les choses: d une valeur réelle ou qui ont un intérêt de curiosité peuvent seules me faire sortir du gite où je suis toujours songeant ; Car que faire en un gite, à moins que l'on ne songe. Les concerts de M. Richard Wagner, répétition de ceux qu'il a donnés à Paris, ont eu beaucoup de retentissement à Bruxelles. On a débité là- dessus mille folies dans les journaux d'estaminets et de tavernes : pour moi, je ne dirai rien sur ce sujet, parce que je l'ai traité, autrefois d'une manière sérieuse. Cette musique s'adresse à un avenir qu'on ne serait pas fâché de transformer en présent : je laisse à l'avenir à s'expliquer. C'est dans les concerts du Conservatoire que la grande musique se trouve d'ordinaire dans toute sa splendeur, parce qu'elle y est rendue avec un fini qui est le résultat d'études consciencieuses. Cette année a été marquée par un progrès dans de certaines choses où l'orchestre s'est approché autant que possible de la perfection, rêve nécessaire de tous les arts; rêve heureux, bien qu'il ne se réalise jamais d'une ma- nière absolue. Je ne me borne point, dans le programme de ces concerts, aux œuvres purement classiques : je laisse la porte ouverte aux hommes du présent, et il n'y a point d'année où je n'aie fait entendre des symphonies ou des ouvertures inédites. J'ai bien à lutter à cet égard avec les admi- rateurs exclusifs des noms consacrés : mais je tiens ferme et ne me laisse point influencer par leurs préventions. J'ai donné au troisième une ouverture de concert composée par M. de Ilartog, connu par beau- coup d'autres œuvres. Le compositeur a pris son sujet dans la tragédie de Shakspeare, Macbeth, où le génie de ce grand homme s'est aban- donné à ses plus grandes hardiesses. L'ouverture de M. de Hartog est d'un caractère énergique, bien approprié au sujet. Elle est largement développée dans son système d'unité et l'instrumentation en est bien entendue. C'est une œuvre d'expérience qui dénote une main ferme dans l'art d'écrire pour l'orchestre. Au dernier concert, j'ai fait exécuter une symphonie inédite de DE PARIS. 189 M. Meynne, un des premiers élèves de composition que j'ai formés à Bruxelles. Cet ouvrage a obtenu un très-légitime succès. Sans se jeter dans des proportions gigantesques, M. Meynne atteint au caractère de la grandeur en plusieurs parties de son œuvre; l'enchaînement des idées y est naturel et l'on y trouve de l'inattendu. Le scherzo, Fondante et le finale particulièrement ont impressionné l'auditoire et obtenu les éloges des artistes. Il y a beaucoup d'habileté dans les oppositions de timbres dans l'instrumentation. Ce début doit encourager M. Meynne, qui n'a que le tort d'avoir trop tardé à le faire. J'ai voulu, à ce dernier concert, rendre au prodigieux finale du se- cond acte du Mariarje de Figaro, son caractère, qui avait complètement disparu aux représentations du théâtre Lyrique de Paris; car, suivant ses habitudes, le public parisien faisait consister toute la valeur de cette œuvre colossale dans le chant, bien séduisant à la vérité, dans le chant des trois femmes de talent qui s'étaient chargées de l'interpréter. On n'a plus les traditions de cette musique en France. Avec l'orchestre du Conservatoire de Bruxelles, l'effet de ce finale a été somptueux. Je ne sais si vous serez satisfait de votre correspondant ; mais, enfin, voilà. Tout à vous, FÉTIS père. Henri LitoïfT à Uége. La tournée artistique que Litolff fit, il y a deux ans, en Belgique avait laissé une impression profonde. Un jour lo bruit se répand qu'une para- lysie du poing va le tenir éloigné du théâtre de ses succès. A cette triste nouvelle, on ne saurait peindre l'anxiété qui s'empara des dilettanti. Enfin, après dix -huit mois de traitement pendant lesquels l'artiste a dû cruellement souffrir aux heures de découragement et de doute, Litolff a pu reprendre l'étude de son instrument favori et montrer bientôt que sa main droite, loin de perdre en agilité, avait plutôt gagné dans son prodigieux mécanisme. Bruxelles, Gand, Mons, ont de nouveau reçu le virtuose comme un ami que l'on n'espérait plus revoir ; Vcrviers a fait venir un orchestre de cinquante musiciens pour exécuter ses grandes compositions ; Anvers, après lui avoir tressé des couronnes, lui a préparé une fête sur l'Escaut, à l'occasion du baptême d'un navire qui va porter au bout du monde le nom de Henry Litolff, son illustre patron ; enfin, Liège lui a donné ses droits de cité, en l'accueillant comme un fils, et par reconnaissance celui-ci lui a consacré la primeur de fragments d'un grand opéra en cinq actes, intitulé Rodrigue de Tolède, ouvrage entièrement écrit de la main gauche, pendant que la droite était paralysée. Toutes ces villes ont entendu successivement dans une série de con- certs ses quatre grandes ouvertures: Rob'Spierre, les Girondins, les Guelfes, et le Chant des Belges, vastes épopées musicales. Son troisième concerto, et surtout son quatrième qui a mis le sceau à sa réputation, ont été exé- cutés un grand nombre de fois. La Roséi de Mai, le Chant de la pileuse, et son Etude d'octaves, ont pris place sur tous nos pianos, depuis que l'au- teur a fait entendre ces nouvelles compositions, qui ne le cèdent aux précédentes ni en valeur ni en popularité. Dans un festival d'adieu, donné le 29 avril dernier, Liège a voulu en- tendre la plupart de ces œuvres; jamais peut-être Litolff ne les avait exé- cutées avec autant d'expression et de puissance. Un concerto pour le violon, œuvre de sa jeunesse, pleine de fraîcheur et de mélodie, et qui faisait déjà pressentir, dans un ordre d'idées moins élevées pourtant, la manière du maître, a été bravement exécuté par M. Rodolphe Massart, petit-neveu du professeur du Conservatoire de Paris. Le compositeur enchanté de l'exécutant lui a fait don du violon sur lequel le concerto avait été composé. Nous arrivons à la partie la plus sérieuse de notre tache, aux frag- ments de l'opéra, Rodrigue de Tolède. Comme la plupart des artistes, Li- tolff a d'abord produit pour le seul besoin de produire, et publié des compositions fort remarquables, mais où l'allure libre et indépendante était poussée jusqu'au fantasque; aujourd'hui, mûri par l'expérience, il marche d'un pas ferme vers un but qu'il atteindra. Par ses œuvres ins- trumentales, on se ferait difficilement une idée de ses compositions dra- matiques: ici, il n'abandonne plus rien au caprice, mais il semble em- ployer toutes ses facultés à rendre le sens des paroles qu'il traduit dans une langue musicale sévère et fortement colorée. Nous n'en voulons pour preuve que la grande scène, chantée d'une manière large et dra- matique par Mme Cérot, premier sujet du théâtre royal. L'andaute et le récit qui le précède sont d'un beau caractère; l'allégro plein de fougue et de passion fait penser à Weber avec lequel l'auteur de Rodrigue de To ■ lède a plus d'un rapport ; l'accompagnement soutient la voix sans jamais la couvrir, et, par ses détails et ses modulations toujours claires et dis- tinguées, ajoute à l'expression du morceau. Quant au finale du quatrième acte, c'est une vaste composition que nous plaçons au niveau des plus grandes œuvres lyriques. Ce morceau, habilement conduit, se. termine par un crescendo qui arrive à une ex- plosion véritable où les voix du théâtre et les voix de l'orchestre luttent de puissance et d'énergie. Impossible de rendre l'enthousiasme qu'il a produit : c'étaient des trépignements et des rappels à faire écrouler la salle, et pourtant l'interprétation n'était pas à la hauteur de l'œuvre, si nous exceptons' l'orchestre qui a fait merveille sous la direction de M. Terry, professeur au Conservatoire, à qui nous adressons nos sincères compliments pour l'organisation de cette fête musicale. Toute la presse locale est d'accord sur le succès que le virtuose-maestro a obtenu dans une soirée, belle pour le public, plus belle encore pour l'artiste. J. B. RONGÉ. Londres, lk mai. La matinée musicale que vient de donner Théodore Ritter dans les Willis'rooms, mérite un bulletin spécial. Je ne me permettrai pas de caractériser le talent de ce jeune virtuose compositeur, dont la renom- mée grandit à vue d'œil : vous le connaissez depuis plus longtemps que moi. et vous m'aviez longtemps d'avance informé de sa valeur toujours croissante. Je vous dirai seulement qu'à son égard l'Angleterre et la France sont d'un accord parfait. Les salons regorgeaient de ladies et de miss, dont quelques unes n'ont pu parvenir à se placer. Le trio en ut mineur de Mendelssohn, exécuté par le piano de Théodore Ritter, assisté du violon de M. Sainton et du violoncelle de M. Paque, ouvrait la séance et a été littéralement enlevé. Immédiatement après, Mme Sainton-Dolby a chanté un air d'Admete, de Ilaendel, avec un sentiment parfait et un style de même ordre. C'est toujours la cantatrice par excellence et la reine des sa'ons, comme son mari, malgré l'avalanche des violonistes, conserve toujours le premier rang. Il l'a bien prouvé dans la sonate en ut mineur jouée avec Théodore Ritter, et dans ses solos, romance et ta- rentelle. Je ne puis ni ne dois oublier M. Paque, l'éminent violoncelliste. Quant à la marche nocturne et à l'impromptu veloce que Théodore Ritter exécute avec sa verve et son inspiration d'auteur, ainsi qu'au rondo de Weber, dont vous savez comment il «e tire, je ne vous dirai rien, si ce n'est qu'il ne saurait s'y montrer plus admirable à Paris qu'il ne l'a fait à Londres. Aussi l'enthousiasme a-t-il dépassé les limites connues. — Un autre pianiste compositeur, nouvellement arrivé à Londres, M. D. Magnus, se faisait entendre le même jour dans le local de Royal Gallerg of illustration. Deux œuvres, dont il est l'auteur, une fantaisie sur les Huguenots et un galop de bravoure, steeple-chase, ont été bissés. — Au théâtre de Sa Majesté, Mlle Brunet (Maria Brunetti) a fait son début samedi dans Rigdelto. Elle y a pleinement réussi. Mongini pèche par la distinction dans le rôle du duc, mais il l'a bien chanté. Celui de Rigoletto a été fort bien rendu par Ronconi. Le même jour Mme Penco faisait pour la première fois de la saison son apparition à Covent-Garden, dans le rôle de Zerlina, de Don Juan. L'opéra de Mozart a été magistralement exécuté; Mario a été ravissant. Gardoni, quoiqu'encore un peu souffrant, s'est bien tiré du fameux air il mio tesoro, et Dona Elvire a reçu un lustre tout particulier du talent de Mme Czillag, qui avait bien voulu s'en charger. Quant à Mme Penco particulièrement, sa belle voix, ia perfection de son jeu lui ont valu de chaleureux applaudissements, et elle a dû redire les deux morceaux, Vedrai carino et La ci darem la mono. Mlle Zina Richard continue à faire fureur dans le ballet. — Mmcs Miolan-Carvalho, Czillag et Titjens ont été appelées à la couf pour le premier concert donné par la reine; elles y ont été fort ap- plaudies. NOUVELLES. ,,*.„ Le festival qui devait avoir lieu hier au bénéfice de la caisse des pensions du théâtre impérial de l'Opéra, est provisoirement ajourné. „,*„ Le théâtre de l'Opéra-Comique fait de belles recettes avec le Roman d'Elvire et Rita, spectacle qui alterne avec le Château-Trompette. Mlle Lomercier ayant un rôle important dans cette dernière pièce, a dû céder le rôle de Lilla dans l'opéra d'Amb. Thomas à Mme Geoffroy, qui s'en acquitte très-bien. „,*„, Les répétitions du Chaperon rouge sont po ussées avec activité. La première représentation aura lieu sans doute avant la lin du mois. Le Mazaniello de M. Carafa sera repris dans le courant du mois de juin. Les principaux rôles sont confiés à Jourdan (Mazaniello), Barrielle, Mlle Pannetrat. „** Gil Blas continue d'attirer la foule au théâtre Lyrique; Mme Ugalde s'y montre toujours admirable de verve et d'entrain. Elle a vaillamment payé de sa personne dans une représenlation donnée lundi à ce théâtre 190 REVUE ET GAZETTE MUSICALE pour une bonne œuvre, et dans laquelle elle a chanté avec Battaille le premier acte du Toréador avec un immense succès. — Fidelio n'aura plus qu'un très-petit nombre de représentations, Mme Viardot et Battaille de- vant prendre leur congé. ^*t Monsieur Garât remplit chaque soir le théâtre Déjazet. — Un acci- dent survenu à l'acteur Harbleid, qui s'est cassé la jambe en sautant un fossé, a momentanément interrompu le succès delà charmante opé- rette de Flotow, Pianella. — Samedi a eu lieu le début des danseuses espagnoles. — Lundi, au bénéfice de Mlle Trochu, la première repré- sentation de Racine vit encore. »% M. Eug. Déjazet a adressé la lettre suivante aux principaux orga- nes de la presse théâtrale : « Monsieur, » Il se répand un bruit inexact que je vous prie de vouloir bien rec- tifier. » Le ministre m'aurait fait dire de rester dans les termes de mon privi- lège et d'avoir ù ne plus jouer d'opérettes. » Son Excellence ne m'a pas retiré une chose qui existait du temps des Folies-Nouvelles, puisqu'elle a, au contraire, étendu ce privilège, en y ajoutant le vaudeville et l'opérette en trois actes et plusieurs tableaux. » Donc, je ne suis pas sorti des termes de la permission qui m'a été accordée. » Le petit succès que j'ai obtenu comme compositeur, et que je dois en grande partie à la valeur des artistes qui m'ont interprété, celui que ces artistes viennent encore d'obtenir avec la partition de M. de Flotow, et le soin que j'apporte à monter tous les ouvrages qui me sont confiés, attireront chez moi, je pense, les jeunes compositeurs de valeur qui ne peuvent trouver place ailleurs, et me continueront l'estime, la protec- tion du ministère et de la presse, auxquelles j'attache le plus grand prix. » Agréez, cher Monsieur, mes remercîments et salutations. » Eugène Déjazet. » „,% Le prince Napoléon et la princesse Clotilde assistaient lundi der- nier à la représentation de Pianella, le nouvel opéra de Flotow. „% La préfecture de police a publié le chiffre des recettes perçues pendant le mois d'avril par l'administration des hospices pour le droit des pauvres ; en voici le résultat : théâtres impériaux subventionnés, 519,241 fr. 41 c; théâtres secondaires de vaudevilles et petits spectacles, 820,207 fr. 53 c; concerts, spectacles-concerts, cafés-concerts et bals régis, 161,106 fr. 90 c; curiosités diverses, 21,520 fr. 90 c; total, 1,522,076 fr. 74 c. a*^ Le concours préparatoire de composition musicale a eu lieu sa- medi 12 mai à l'Académie des beaux-arts. Voici les noms des six élèves qui ont été admis au grand concours : MM. Dubois, élève de M 51. 4m- broise Thomas et François Bazin; Deslandres, élève de M. Leborne; Danhauser, élève de MM. Halévy et François Bazin; Legouix, élève de M.Ambroise Thomas, et Diaz, élève de M. Halévy. „.*„, Roger est dans le midi de la France; il a chanté à Avignon la Fa- vorite et la Dame Blanche, et chaque fois devant une salle comble; inu- tile d'ajouter qu'il a été salué des plus vifs applaudissements et rappelé. „,*„, Nous avons plusieurs fois parlé de M. Bordas, ténor fort distingué, dont les succès en province viennent encore d'être brillamment constatés à Nancy, Metz et Strasbourg. A Nancy, ses représentations ont principa- lement consisté dans Robert le Diable, qu'on a donné quatre fois en trois semaines, et dont il a interprété le rôle principal de la façon la plus brillante ; Jérusalem, Norma, la Favorite, ont rempli successivement les »utres, et Bordas n'a pas été moins bien accueilli dans ces ouvrages de genre si différent. Après avoir joué Oiello à Metz, il a voulu aborder ce rôle devant le public de Strasbourg, et il a produit un effet irrésistible, surtout dans le fameux duo avec lago, où il a déployé la passion la plus véhémente unie a la plus douloureuse tendresse. Des applaudissements enthousiastes partis de tous les points de la salle ont prouvé à Bordas qu'il était compris et apprécié, et ils se sont reproduits après la seconde scène finale, dans laquelle il n'a pas déployé moins de talent. *** Le Courrier des Etals-Unis fait dans son numéro du 23 avril un éloge éclatant du succès que vient d'obtenir au théâtre Winter-Garden, à New-ïork, Mme Frezzolini dans le rôle de Lucrezia Borgia. Son talent dramatique et son admirable méthode ont provoqué un enthousiasme qui a pu lui rappeler ses premiers et ses plus beaux triomphes. A côté d'elle M. et M. Gassier faisaient leur rentrée, et ils ont été on ne peut mieux accueillis. **» Le banquet annuel offert à M. le baron Taylor par les quatre as- sociations d'artistes dont il est le fondateur, a eu lieu mardi dernier, 15 mai, dans les salons de Deffieux. Plus de cent convives ont pris part à cette fête do famille, à laquelle la Société des auteurs et composi- teurs dramatiques, ainsi que celle des gens de lettres, avait, comme les années précédentes, envoyé des représentants. **„ A la Collection de mises en scène que publie avec tant de profit pour les auteurs et les ouvrages, le consciencieux et infatigable L. l'alianli, il faut en ajouter trois nouvelles, le Pardon de Ploe'rmel, le Roman d'El- vire et le Diable au moulin. t*t Rectifions une erreur qui nous est échappée en parlant du con- cert donné sous les auspices de M. Beaulieu. Ce ne sont pas seulement soixante, mais cent soixante lettres du Poussin dont il était possesseur, et dont cession a été par lui faite à la Bibliothèque impériale, moyen- nant 5,000 fr. **„, La partition pour piano et chant de Pianella paraîtra cette se- maine. La maison Soosey et fils à Londres en a acheté la propriété pour l'Angleterre. „.%, Une femme du monde, élève de Romani, qui cultive le chant pour l'amour de l'art, M'" Hilliard, s'est fait entendre la semaine dernière chez Duprez dans la Favorite et dans Desdemona, d'Othello. Un auditoire de trois cents personnes, au nombre desquelles on remarquait l'illustre maestro Rossini, a salué de ses applaudissements la façon tout excep- tionnelle dont M"' Hilliard a interprété ces deux rôles. *** Le premier chef d'orchestre du théâtre de la ville à Francfort, M. Gustave Schmidt vient de recevoir du duc de Saxe-Cobourg-Gotha la médaille pour les arts et les lettres. M. G. Schmidt est l'auteur de deux opéras qui ont eu du succès en Allemagne : le Prince Eugène et les Epouses fidèles. »*„.. Rubinstein a été nommé membre honoraire de la Société philhar- monique de Londres. *** Le délicieux motif de la Berceuse, du Pardon de Ploe'rmel, qui a déjà exercé la verve et le talent de plusieurs des meilleurs pianistes et compositeurs,, vient d'inspirer à M. Dolmetsch, l'un de nos artistes les plus distingués, une transcription admirablement réussie et qui, tout en reproduisant de la manière la plus heureuse le thème de l'illustre maes- tro, en fait un morceau aussi neuf qu'original, un véritable morceau de concert du plus brillant effet. %% Chaque œuvre nouvelle échappée aux méditations rêveuses de Steph. Ileller est une bonne fortune pour les artistes comme pour les amateurs de piano ; nous sommes donc certain de leur faire plaisir en leur annonçant que très-incessamment il livrera à la publicité, sous le titre de Tableau de genre, un morceau digne de ses aînés. *% Berthelier fait fureur en ce moment dans les salons que le retard de la saison laisse encore ouverts, en chantant, avec cette verve qu'on lui connaît, la chansonnette de Bourget dont M. Charles Plantade a écrit la musique, My dear contrebasse. Rien de plus comique que cette étude de mœurs britanniques; nous la recommandons aux amateurs. **„ Il y a cinq ans, une jeune élève des classes de piano du Conserva- toire obtenait, à peine âgée de quinze ans, un premier prix dos plus bril- lants. Depuis cette époque, le travail le plus consciencieux et le plus assidu a mûri les dispositions constatées par ce premier succès d'école, et Mlle Clémence Labéda s'est produite cet hiver dans plusieurs de nos salons avec beaucoup d'éclat. Le bruit de ces succès lui a valu un en- gagement pour la saison de Bade. C'est une célébrité que nous saluons à sa naissance. Nous souhaitons pouvoir en suivre les progrès rapides, et la retrouver à une belle place dans la saison prochaine des concerts à Paris. *% M. Victorin Jonciôres , jeune compositeur que nous avons déjà eu occasion d'apprécier, vient de publier deux charmantes romances et une chanson, intitulées Adieu, Bonjour Suzon et la Vision, paroles d'Alfred de Musset. On rencontre dans ces morceaux le sentiment exquis et l'al- lure franche qui distinguent le talent de Al. Joncières. »% S. Ex. M. de Sabouroff, directeur des théâtres impériaux de Rus- sie, est arrivé à Paris. »% Litolff est de retour de Liège, où il vient de faire exécuter des fragments de son opéra Don Rodrigue de Tolède. „*„ Joseph Vieniawski vient de partir pour Londres. ,,,% L'assemblée préparatoire du congrès pour la restauration du plain-chant et de la musique religieuse, aura lieu le vendredi 25 mai, à une heure, dans les salons d'Erard, 13, rue du Mail. „*„ V Etude artistique sur le diapason normal, publiée par notre hono- rable et cher confrère, G. Bénédit, de Marseille, est un des plus raison- nables et des plus spirituels écrits que nous connaissions sur ce sujet, qui n'a pas porté bonheur à tout le monde. L'auteur y a joint quelques anecdotes sur les ténors eu province, qui égayent la matière, et dont nos lecteurs ont pu juger, par l'échantillon que nous leur en avons donné dans ce journal même. j,** La réponse des vingt-trois signataires de la brochure intitulée : Observations de quelques musiciens et de quelques amateurs sur la méthode de musique de M. le docteur Chevé à la lettre rédigée par les dix-sept membres du comité de patronage a paru le 15 de ce mois. Nous en pu- blierons le texte. „% L'entrée du concert Musard, ù cause de l'exposition agricole qui a lieu au mois de juin, est replacée (provisoirement) où elle était l'été dernier, lors de l'ouverture. Le public, piétons et voitures qui se ren- dentau concert, devront prendre l'avenue d'Antin(rond-point des Champs- Elysées). „..*,,, Nanette Schechner (Mme Waagen), cantatrice si fêtée autrefois, vient de mourir à Munich dans sa cinquante-sixième année. Mme Schech- DE PARIS. 191 lier a surtout brillé à Vienne et à Berlin : elle excellait notamment dans la Vestale, et dans le rôle d'Emmeline, de la Famille suisse, opéra de Weigel. #% Le prince Constantin Czartoryski (né àPulawy le 28 octobre 1773), Mécène des beaux-arts, chez lequel, depuis treize ans et toutes les se- maines, il y avait un cercle de soixante personnes pour entendre le meilleur quatuor de Vienne, Mayseder en tête, est mort à. Vienne le 2i avril dernier. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. t*t Poitiers, il mai.— La grande association musicale de l'Ouest, fondée par M. Beaulieu, vient de tenir ici son congrès annuel, divisé en trois journées, et l'on peut dire que cette fois M. Chaine en était le héros. La première journée, celle du 8 mai, était consacrée à l'exécution d'une messe composée par lui, et la seconde, celle du 9, à un concert donné sous sa direction. Un bal, donné le 41, terminait cette belle solennité. Ne pouvant entrer dans l'analyse détaillée de chaque morceau de la messe, nous nous bornerons à dire qu'on en a sans exception admiré le carac- tère, l'inspiration, le style, et que le compositeur a du être content de son succès. Dans le concert, où figuraient la symphonie eu la de Men- dclssohn, l'ouverture de Slruensée, de Meyerbeer, des morceaux de la Flûte enchantée et à'IJoménèe, de Mozart, et le finale de la symphonie avec chœurs de Beethoven, un fragment de quintette pour instruments à vent, également composé par M. Chaine, a produit un effet ravissant. MM. Dorus, Triébert, Leroy, Ilalary et Janeourt l'ont rendu avec une perfection sans égale. MM. Battaille, Jourdan et Mlle François, qui s'étaient distingués dans l'exécution de la messe, n'ont pas pris une part moins importante au concert, constamment acccompagné des bravos unanimes de l'auditoire. „,% Brest. — Martha vient d'être représentée avec un très-grand succès; c'était ù qui applaudirait le plus chaleureusement les charmantes mélodies de M. de Flotovv. Son œuvre a d'ailleurs été très-bien interprétée; Mme Boulangeot est une très-séduisante Martha; Mlle Esther Danhauser, nne suivante très-accorte et très-piquante; Arnaud, dans Lionel et Graat dans Plumkett ne laissent rien à désirer. Notre habile chef d'or- chestre, M. Beautran, a eu sa bonne part dans le succès. „*, Strasbourg. — On vient de représenter l'opéra de Lortzing : Czar et charpentier. La musique de cet opéra, qui a obtenu beaucoup de suc- cès en Allemagne, est originale et aurait été bien mieux accueillie si le poème eût été meilleur. *% Nice. — L'un de nos artistes les plus distingués, M. Perny, a composé un Chant patriotique qui a pour sujet l'annexion de notre comté à la France. C'est un hymne d'un beau caractère et qui produit beaucoup d'effet. Il doit être chanté au grand théâtre le jour de la proclamation officielle de l'annexion, par les choristes du théâtre et le chœur des ouvriers, en tout soixante voix. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. *% Berlin. — La Société nouvellement engagée par le théâtre Kroll a commencé ses représentations par Martha, ae M. de Flotow. „*„ Vienne. — M. Jules Sulzer écrit la musique d'un grand opéra, dont les paroles sont de M. OttoPrechtler. — On annonce la prochaine repré- sentation du Siège de Corinthe par la Société italienne du Theater an der Wien. — Jules Stockhausen a donné son troisième et dernier concert. — Mlle Frassini est engagée au théâtre de l'Opéra de la cour pour chanter le rôle de Dinorah pendant la saison prochaine. „,*„ Svhwerin. — Le théâtre de la Cour a terminé ses représentations (Le prospectus de l'ouvrage par Robert le Diable , de Meyerbeer. $% BrunsuÀck. — Pour l'anniversaire de la naissance du grand-duc , le théâtre de la Cour a repris Lestocq. opéra-comique d'Auber. „% Dusseldorf. — Le trente septième festival du Bas-Rhin aura lieu les 27, 28 et 20 mai dans notre ville. Premier jour : symphonie de Robert Schumann ; Samson, oratorio de Haendel. Deuxième jour : ouverture des Deux journées , de Cherubini ; fragments d'Iphigénie en Tauride , de Gluck; septième symphonie de Beethoven. Troisième jour : concert où se feront entendre Mme Burde-Ney, de Dresde; Mlle Schreek, de Bonn; MM. Jules Stockhausen, de Paris ; Joachim, de Hanovre, et d'autres vir- tuoses. „,% Saint-Pétersbourg. — Le début de Mme Semenow, cantatrice du théâtre de Moscou, a eu lieu dans Martha; le charmant opéra de Flotow a été l'occasion d'un succès pour l'artiste. — L'opéra nouveau de M. Quew, dont la première représentation était annoncée, a été retardé par suite d'une indisposition de Mme Boulokhow. — Mlle Bagdanoff continue depuis sa rentrée à être grandement en faveur auprès de notre public. — La reconstruction du théâtre du Cirque, incendié il y a deux ans, est pres- que terminée ; la salle a subi de grandes améliorations, et elle sera ou- verte pour l'hiver prochain à l'opéra russe, au drame et aux pièces à spectacle. Le Directeur : S. DUFOL'R. LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET Cc, RUE JACOB, 56. Et chez tous les libraires de France et de l'étranger. BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE DE TOQUE SPeuxnèirae édition Entièrement refondue et augmentée de plus de moitié, V' K Maître de chapelle du roi des Belges, Directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles. ENVIRON DIX VOLUMES IN-8» DE CINQ CENTS PAGES Paraissant par livraisons île 48 pages chacune, 10 livraisons par volume. Prix de chaque livraison 80 centirr.es. Prix de chaque volume 8 francs. ! délivre gratis en s'adressant aux éditeurs par lettre affranchie.) PRIX ACCORDE A L'UNANIMITE A l EXPOSITION UNIVERSELLE DE LONDRES 1851. ITournEsscur des IVHlDBi«tèB*es île la ttuci're cl de la Marine de France. Agent à Londres JDLUEN ET Ce, 2U , Régent Street. MAISON FONDÉE EN 1803. INSTRUMENTS DE MUSÎQUE EN CUîVRE COURTOIS SS, rwe tten MSmrtiis - Saint ■ Martin, SS Ci-devant rue du Caire, 21. MÉDAILLE D'ARGENT DE 1" CLASSE A l'exposition universelle de paris 1855. cYacleur du Conservatoire et de l' Académie Impériale de Paris. Agent à Saint-Pétersbourg : A. BDTTNER, Perspect. Newsky, maison de l'église St-Pierre. La maison ANTOINE COURTOIS atjant agrandi ses ateliers, est en mesure de satisfaire à toutes les demandes qui pourront lui être adressées; elle garantit réellement à sa clientèle des instruments irréprochables sous tous les rapports. 192 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PAPIS. CHEZ G. BRANDUS ET S. DUFOUR, ÉDITEURS, 103, RUE DE RICHELIEU, AU 1°. Trois nouvelles Chansonnettes comiques : MY DEAR CONTRE-BASSE Fantaisie d'outre-Manche, paroles de BOURGET, Musique de CHARLES PLANTADE, Chantée par Berthelier. Prix : 3 fr. LA TRIANGULATION A-propos comique, paroles et musique de FERDINAND GAULTIER, Chantée par Blondelet. Prix : 3 fr. BIBI-RAMBAN Chanson nègre, paroles de BOURGET, musique d'OFFENBACH, Chantée par BeriUeller. Prix : 3 fr. En vente chez A. IKELMER et C, éditeurs, 11, rue Rougemont. MUSIQUE DE PIANO Fatarser (R.). Op. 11. Vanda, varsovienne. . 7 50 — Op. 12. Tarentelle 7 30 — Op. 13. Souvenir de Beethoven 7 50 — Op. 11. En Chasse, fantaisie 7 50 Ravina (H.). Op. 10. La Danse, morceau de salon — Op. 11. Première grande valse — Deuxième grande valse — Deuxième mazurka — Op. 18. Le Mouvement perpétuel, étude de concert — Op. 20. Rondo-polka — Op. 21. Sicilienne — Op. 22. Elégie 7 50 MUSIQUE DE CHANT ftevaert. (F. A.). Bonjour lunettes, adieu fillet- tes, proverbe 2 50 — Faute d'un point, proverbe 2 50 — Les Si et les Mais, proverbe. 2 50 — Tout passe, tout lasse, tout casse, proverbe 2 50 — Une Aiguille dans une botte de foin 2 50 — Un OEuf pour un Bœuf, proverbe 50 Mangeant. Le Directeur et le Ténor, duo co- mique T.B. 6 » SIX FANTAISIES EX TRIO Pour Piano, Violon et Violoncelle, composées par O. Ravina et L,. Clapisson. CfllirT T"Tfk facteur de pianos. Médaille d'or, oUUlLlllU Exposition 1849; Médaille de V classe Exposition universelle 1855. Spécialité de pia nos pour l'exportation. Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Ex- positions, des récompenses méritées par l'excellence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est justement établie. Elle vient de mettre en vente nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, graud format, extra, qui ne laisse rien à désirer sous le dou- ble rapport de la quantité et de la qualité du son. Magasin, rue Montmartre, 161. CHEZ G. BRANDUS ET S. DUFOUR, ÉDITEURS, 103, RUE DE RICHELIEU, AU 1", Fl'A.V'ELLA Opérette-bouffe en un acte, paroles de MM. Octave Féré et de Saint-Yves, musique de FLOTOW In-8°. — Partition pour t liant et Piano. - Prix : 6 fr. Valse-Bolero sur PI ANE IL A, par Musard. ATDUMQCr vAY (^*>"\«or). — Neuf ALl nUlluIl U&A brevets d'invention et de perfectionnement . Instruments Saxomnitonique». Invention à la- quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con- sacré la plus belle page dans son iiappoiit officiel [Ins- truments de cuivre), dont voici de courts extraits : M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) « La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par e le seulement que peut être résolu le problème d'une justesse parfaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout de la plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1336.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musi.que en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Rue d'Abbeville, 5 bis, pris la place Lafayette, à Paris. MÀTCfiN U UTB? Manufacture de iUAlijUll H. HliIUl pianos, AS, rue de la Victoire, à Paris. « A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos a queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28. - Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et iu obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et laci:iquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. » A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il lient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la bualité du son. ■ [Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) f« médaille d'or Exposition nationale française de 1849. DÉCORATION DE LA LÉGION D HONNEUR Exposition de 1849. 1TC médaille d'argent Exposition nationale française de 1844. MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN ROIS FONDÉE A PARIS EN 1S43 PAU Facteur de la Maison militaire de l'Empereur. RUE SAINT- GEORGES, 50 1 ■ médaille Exposition nationale belge de 1S41. DÉCORATION DE LA COUSONNE DE CHÊNE de Hollande (1845). Grande médaille d'or du Mérite de Prusse (1840). — Seule grande médaille Seule grande médaille d'iionneur à l'Exposition universelle de Paris (JS55) (Cottncil JIMetltil) à l'Exposition universelle de Eondres (IS5t). Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale. inventeur des familles des COHNETS-SAX (compensateurs). CLARINETTES CONTRE-BASSES-SAX. CLARINETTES BASSES-SAX, BASSON-SAX (eu cuivre et en boi.-) . Cors, Cornets, Trompettes. Trombones simples, les mêmes. à pistons ou cylindres, les mêmes forme Saxo-Tromba. SAXO-TROMBAS. SAX-TUBAS. CLAIRONS-SAX. SAXHORNS. SAXOPHONES. TROMBONES-SAX. Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres ; invention brevetée en iS5U. Tous les instruments à pistons avec addition d'une ou plusieurs clefs; invention brevetée en i">r>u Système d'instruments à pistons ascendants; inv. brev. en 1S5%. Clairons, Trompettes d'ordonnance. Flûtes, Clarinettes, Bassons, Caisses roulautes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales , Cym- bales, etc., etc. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. i\° 22. 27 Mai 1800. OR S'ABONNE I Dans les Départements et a. l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aux Bureaux des Messageries et des Postes. >>g:«^»^^ PRIX DE L'ABONNEMENT! Paris 24 fr. par an DôparU-mi'iils, Belgique et Suisse 30 » id. Étranger 34 M id. Le Journal paraît le Dimanche. ETTE SICA 3>S P&RÏS, -w\nrj\/v\f j\aa/\- — SOMMAIRE. — Mondonville et la guerre des coins (1" article), par Arthur Pougin. Méthode Chevé : réponse des membres du comité de patronage à la brochure intitulée : Observations de quelques musiciens et de quelques ama- teurs de musique sur la méthode de musique de M. le docteur Chevé; et lettre des vingt-trois signataires de cette brochure. — Revue des théâtres, par Bï. A. D. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces. KONDOSVILLE ET LA GUERRE DES COINS. (1" article.) I. 11 arriva un jour à Vancanson, l'illustre mécanicien, une aventure assez curieuse qui ne laissait pas que d'avoir un côté tragique, et qui pensa priver à la fois la France d'un savant de premier ordre et d'un artiste recommandable. Yaucanson, connu déjà par la structure admirable de ses célèbres automates, cherchait à utiliser son génie en le mettant au service du bien public, et, par l'invention d'une nouvelle machine appelée à diminuer très-sensiblement la main-d'œuvre dans la fabrication des étoffes de soie , il allait rendre à l'agriculture une grande partie des bras qui lui manquaient et qu'elle réclamait impérieu- sement. Mais, en France comme ailleurs — peut-être plus qu'ail- leurs — les idées nouvelles ont peine à se faire jour, et, de plus, l'intérêt particulier, qui est l'ennemi le plus acharné du bien général, est toujours là pour entraver les progrès utiles et réduire à néant les plus magnifiques conceptions du génie. Sur l'invitation qui lui en fut faite par le gouvernement, Vaucanson se rendit à Lyon afin d'y faire l'essai du nouveau procédé qu'il desti- nait à nos fabriques ; il était accompagné dans ce voyage par un de ses amis les plus intimes. Après une route longue et fatigante — on mettait alors plus d'une semaine pour franchir la distance qui sépare Lyon de la capitale — nos deux voyageurs arrivent un matin, harassés de fatigue et moulus, dans la seconde ville du royaume de France et de Navarre. Ils descendent à l'hôtel qui leur avait été indiqué, et, sans se douter des dangers qu'ils couraient et auxquels ils s'exposaient si inno- cemment, ils ne songent qu'à prendre, quelques moments de repos. Par malheur pour eux, la nouvelle invention, en se répandant dans la po- puleuse cité, y avait eu déjà un grand retentissement, et à peine nos deux voyageurs avaient-ils mis pied à terre que le bruit de leur arrivée transpirait parmi la population ouvrière. Ils étaient bien tranquilles et ne cherchaient qu'à se délasser de leur longue excur- sion, lorsque des cris féroces retentissent tout à coup au dessous des fenêtres de leur chambre. Surpris et émus, ils demandent quelle peut être la cause de ce bruit inaccoutumé, et apprennent bientôt que c'est la foule des ouvriers qui se croient blessés dans leurs intérêts par la nouvelle invention de Vaucanson et. qui ne parlent que de se saisir de sa personne et de le lapider. On devine, à une pareille nouvelle, la terreur du savant artiste et celle de son compagnon qui pouvait être enveloppé avec lui dans la fureur populaire : terreur d'autant mieux justifiée d'ailleurs que des menaces la populace passait à l'exécution, et que plusieurs projectiles lancés à travers les carreaux avaientdéjà failli les atteindre. Nos deux amis ne savaient que faire ni à quoi se résou- dre, lorsque, heureusement, une personne charitable leur prêta deux déguisements qui les aidèrent à échapper au triste sort dont ils étaient menacés. Ils ne le purent toutefois qu'à la condition de s'entourer de mille précautions, et durent, pour ne point tomber entre les mains de leurs ennemis, s'évader par les greniers ; ils passèrent ensuite, non sans péril, dans une maison voisine, où ils réussirent à se dérober à tous les yeux en attendant le coucher du soleil ; puis, la nuit venue, ils sortirent enfin de leur cachette et s'enfuirent précipitamment de la ville, ayant ainsi le bonheur d'échapper sains et saufs à un péril si inattendu. II. L'ami qui avait accompagné Vaucanson dans cette dangereuse ex- cursion avec l'espoir d'être témoin de son triomphe, et qui, tout au rebours de ses prévisions, avait failli être enveloppé dans sa perte, était Mondonville, musicien d'un grand renom, qui pendant vingt ans tint fixés sur lui les yeux de Paris et de toute la France, et qui eut la gloire d'être mis par ses contemporains en parallèle avec Rameau, quoique son talent fût loin d'égaler celui du célèbre compositeur bourguignon. Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville (1) naquit à Narbonne le 25 décembre 1715. Sa famille, fort ancienne, était originaire de Tou- louse, et un de ses ancêtres, Germain Cassanéa, avait été capitoul de cette ville en 1553(2). Son aïeul, pour une peccadille de jeunesse sans (1) Cassanéa était le nom véritable de ses ascendants. Joseph prit celui de Mon- donville, d'une terre patrimoniale qui avait appartenu autrefois a sa famille, mais dont celle-ci à sa naissance n'élait plus eu possession. (2) On sait que les capilouls étaient les magistrats municipaux de la ville de Toulouse, et qu'ils tenaimt cette dénomination de l'habitude qu'ils avaient de se réunir au Capilole pour exercer leurs fonctions et rendre leurs sentences. La puis- sance de ces otficiers publics était beaucoup plus considérable que partout ailleurs, et il paraît même que, dans l'origine, elle s'étendait, non-seulement à la ville en- 194 REVUE ET GAZETTE MUSICALE importance, avait été privé de ses biens patrimoniaux, <■ inconvénient trop commun de la puissance paternelle, trop peu bornée dans les pays de « droit romain » — dit un biographe contemporain de Mon- donville; — en sorte que ce dernier, qui parles siens eût dû être riche, ne reçut de son père qu'une instruction solide, seul bien que celui-ci pût lui donner. Se sentant entraîné vers la musique par un penchant très-prononcé, Mondonville s'adonna, dès ses plus jeunes années, à une étude sé- rieuse du violon. On ignore quel fut le professeur sous la conduite du- quel il acquit un talent incontestable sur cet instrument, ainsi que celui avec lequel il fit ses études de composition, qu'il commença aussi de fort bonne heure ; mais ce que l'on sait, c'est qu'à l'âge de dix- neuf ans, grâce à un travail consciencieux et persévérant, il était déjà l'un des premiers violonistes que possédât la France. C'est alors qu'il quitta sa ville natale et entreprit de voyager en donnant des concerts. De grands succès l'accueillirent partout où il se présenta, et il fut bien- tôt appelé par l'administration du concert de Lille pour y tenir l'em- ploi de premier violon. Encouragé par la façon bienveillante dont il fut reçu dans la capitale de la Flandre française, il songea à mettre aussi à profit son talent de compositeur et écrivit trois grands motets sur les psaumes : Dominus regnavit, décorum indutus est. Magnus Dominus et Laudabilis nimis. Jubilate Deo, omnis terra ; servite. Ces trois motets furent exécutés au concert et y obtinrent un écla- tant succès. Le duc de Boufflers, qui était alors gouverneur de Lille, engagea fortement le jeune Mondonville à diriger ses pas vers Paris, lui offrit des lettres de recommandation et finit par le déterminer à se rendre dans la capitale. Il y vint en effet, et commença par jouer quelques solos de violon au concert spirituel; la sensation qu'il y produisit fut très-grande. Il y fit aussi exécuter ses trois motets qui lui valurent un véritable succès d'enthousiasme. « On n'avait point » encore vu au concert spirituel — dit un recueil du temps — une » affluence égale à celle qu'attirèrent les premiers essais de M. de » Mondonville (1). » Peu de temps après, il fit entendre ces mêmes motets à la chapelle de Versailles devant le roi et toute la cour, et « la cour ainsi que le public — dit un autre recueil contemporain — » parurent dans le plus grand étonnement de voir ce jeune homme, » à peine sorti de l'enfance, compositeur de trois motets qui éga- » laient les plus beaux de Lalande (2). » Le duc d'Aumont et le duc de la Trémoille (3) l'attachèrent alors en qualité de violon à la mu- sique particulière du roi et à la chapelle de Versailles, en lui faisant entrevoir l'espérance de la première place de maître de cette chapelle. Ceci se passait en 1737 ; le jeune artiste était donc seulement dans sa vingt-deuxième année. Mondonville, sentant sa position assurée et se voyant à la tête de tière, mais encore à tout le comté. Leur autorité était telle en 1463 que ce fut entre leurs mains que le roi Louis XI fit le serment de conserver les libertés et fran- chises de la ville et du comté de Toulouse, et voici comment s'exprime à ce sujet un ancien historien : « Il ne faut pas trouver estrange si dans cet acte, les capi- » tonls de Tolose stipulent pour tout le comté ; d'autant qu'ils ne doivent pas estre n pris pour de simples magistrats municipaux ; car estant autrefois le conseil des » comtes de Tolose, ils doivent estre considérez comme l'ancien sénat do la pro- » vince de Languedoc. » On conçoit que les citoyens élevés à une telle dignité devaient être choisis parmi les plus influents et les plus honorables, et que la considération qui s'atta- chait à leur nom rejaillissait sur la famille entière; c'est pourquoi celle de Mon- donville, quoique ruinée, était encore regardée comme une des plus considérables et des plus fameuses de la province. (1) Nécrologe (les hommes célèbres de France, notice sur Mondonville. (2) Les Spectacles de Paris, 1773, notice sur Mondonville. (3) Premiers gentilshommes de la chambre, en service ordinaire à la chambre et à la chapelle. deux emplois qui lui valaient des émoluments considérables, se livra à la composition avec une ardeur plus vive encore que par le passé. Il fit paraître en peu de temps deux livres de sonates pour le violon, un livre de trios et deux livres de pièces de clavecin ; plus tard il composa plusieurs concertos d'orgue qui produisirent un grand effet par la façon supérieure dont lialbâtre les exécuta au concert spiri- tuel (1). Selon la promesse qui lui en avait été faite, il succéda en ilkk à Gervais (2) comme maître de chapelle de Versailles. Parvenu, malgré son jeune âge, à un poste aussi important, Mondonville ne songea qu'à s'en rendre digne; il se remit alors à la musique reli- gieuse, à laquel'e il devait le commencement de sa réputation, et écrivit deux motets sur les psaumes : Venite, exultemus Domino, et De profundis clamavi ad te, Domine. Ces deux nouvelles productions furent, comme les précédentes, accueillies avec un immense succès ; dans la première, le verset Venite, adoremus, fut l'objet de l'admira- tion des contemporains, et donna à Coypel l'idée de son tableau de Y Adoration (3). (La suite prochainement .) Arthur POUGIN. Nous avons promis de publier la lettre adressée aux membres du comité de patronage de la méthode Chevé par les vingt-trois signa- taires de la brochure intitulée : Observations de quelques musiciens et de quelques amateurs sur cette méthode. Nous allons tenir notre promesse; mais pour que rien ne manque à l'instruction du débat et que nos lecteurs puissent juger en connaissance de cause, nous commen- cerons par reproduire la réponse même du comité de patronage à la brochure en question, bien que nous en ayons déjà inséré quelques fragments dans les colonnes de ce journal. (Voir n» 19.) « Une brochure, signée des noms les plus honorables et les plus justement renommés au point de vue musical, vient d'être publiée dans le but de combattre le système de musique enseigné par M. Chevé. Cette brochure est intitulée : Observations de quelques musiciens et de quelques amateurs de musique sur la méthode de musique de M. le docteur Chevé. » Depuis plus de vingt ans que MM. Paris et Chevé enseignent la méthodedont J.-J. Rousseau et Galin ont posé les premières bases, jamais attaque aussi redoutable n'a été dirigée contre eux. Nous étant, avant (1) Claude Baldathe, un des organistes les plus distingués du siècle dernier, naquit a Dijon le 8 décembre 1729 j il vint à Paris le 16 octobre 1750, y prit pen- dant quelques années des leçons de Rameau, son compatriote et son ami, et dé- buta le 21 mars 1755 au concert spirituel, où il fut bientôt attaché. Reçu, le 26 mars 1756, organiste de Sainl-Roch, en survivance de Landrin, il fut, en 1760, nommé à l'Eglise de Paris ; plus tard, en 1776, il obtint le brevet d'orga- niste de Monsieur, conserva cet emploi jusqu'à la Révolution, qui lej.lui enleva, et mourut a Paris le 9 avril 1799. (2) Né à Paris le 19 février 1671, Chables-Hubeiit Gervais, musicien médiocre, obtint, à l'aide de puissantes protections, la direction de la musique de la cham- bre du duc d'Orléans, régent du royaume, compositeur lui-même et amateur pas- sionné de musique ; il fut appelé ensuite à la maîtrise de la chapelle de Ver- sailles, où il resta jusqu'à sa mort. Trois pièces furent dounées sous son nom à l'Académie royale de musique : Méduse (et non point Médée, comme ledit à tort La Borde; Médée, opéra en cinq actes, est de Charpentier, l'auteur de la mu- sique du| Malade imaginaire, et qui fut le professeur de composition du duc d'Orléans), 1697, opéra en cinq actes; Hijpermnes/re (1716), dont le régent avait écrit plusieurs morceaux, et les Amours de Protée (1720). Ces ouvrages u'eurent point de succès. Gervais mourut a Paris le 15 janvier 1744 . (3) u M. Coypel, premier peintre du roi, saisi d'enthousiasme, conçut dans l'ins- » tant le plan de son beau tableau de l'Adoration, et pour prouver que c'étoit » au musicien qu'il en devoit l'heureuse idée, il mit au-dessous les paroles sui- n vantes: Venite, adoremus, de M. de Mondonville.» (Spectacles de Paris, 1773.) DE PARIS. 195 la publication de cette brochure, réunis pour patronner le système d'enseignement qu'elle combat, il nous a paru convenable d'exposer les motifs qui nous ont déterminés à le défendre. » Une grande partie de la brochure a pour but d'attaquer la forme plus ou moins convenable employée quelquefois par M. Chevé dans sa polémique. Nous sommes loin de défendre les vivacités auxquelles il s'est laissé entraîner ; mais il nous semble que la forme peut être mau- vaise sans que pour cela le fond soit condamnable. » Nous n'avons pas à répondre à la partie théorique de la bro- chure : c'est à M. Chevé à le faire ; mais comme nous nous trouvons engagés dans la question par le fait de l'appui moral que nous avons prêté à sa méthode, nous pouvons préciser le but que nous nous sommes proposé et essayer de démontrer que, loin d'être hostiles au Conservatoire, nous n'avons cherché qu'à lui créer des auxiliaires. » Nous n'avons jamais prétendu, à l'aide de la méthode Galin, Paris et Chevé, faire des chanteurs émérites (1), des instrumentistes ha- biles ou île savants compositeurs de symphonies et d'opéras, cela est l'affaire du Conservatoire : notre but est tout autre : « Apprendre très-rapidemenLaux masses à lire couramment la tnu- » sique et à chanter en chœur, ce qui est pour les ouvriers une » grande distraction et un bon emploi de leurs loisirs; — contribuer » à développer le goût de la musique dans le peuple et aider à dé- » couvrir des voix et des organisations musicales qui deviendraient » des recrues pour le Conservatoire, la maîtrise et le théâtre ; — sim- » plifier les moyens d'écrire la musique vocale et rendre le prix de » la copie presque nul, pour que les jeunes compositeurs, pour lesquels » ces frais sont généralement un obstacle, puissent plus facilement » faire entendre et juger leurs œuvres ; — rendre l'impression de la » musique à si bon marché que les classes les plus pauvres puissent » avoir leur bibliothèque musicale ; — faire connaître les chefs-d'œuvre » de MM. Auber, Carafa, Halévy, etc., à tous ceux qui, trop pauvres » pour acheter leur musique, pourront se la procurer par le système » de Galin. » Voila ce que nous nous sommes proposé. » Profondément convaincus que l'habitude prise par les ouvriers de » se réunir les jours fériés et le soir, après le travail, pour chanter en » chœur, ne peut manquer d'avoir pour eux les conséquences les » plus moralisantes, nous nous sommes réunis pour patronner la raé- » thode Galin, Paris et Chevé, parce qu'elle nous a paru permettre » mieux que toute autre d'atteindre ce but (2). » La musique et la morale y trouveront donc chacune leur part. » Les élèves du Conservatoire, que l'on cite et que l'on oppose aux élèves de M. Chevé, font de la musique une élude spécjale, tan- dis que ces derniers sont presque tous des ouvriers, qui ne consa- crent à l'étude du solfège que quelques heures par mois ; et cepen- dant, dès qu'ils savent lire la musique par la méthode Galin, ils se mettent très-vite au courant du système usuel de notation, que nous ne cherchons d'ailleurs pas à détruire. Nous ne le traitons pas d'illi- sible , mais nous ne pouvons pas nous empêcher de reconnaître qu'il est très-long et très-difficile à apprendre , et que très-peu d'initiés lisent la musique couramment. ». Les auteurs de la brochure repoussent toute idée de modifica- tion à un système graphique en usage, disent-ils, depuis huit cents ans. L'ancienneté ne fait pas toujours le mérite, et tout progrès vient à propos. » Nous ne saurions trop le répéter, nous ne voulons rien combattre, rien détruire; suivant nous, la méthode employée par M. Chevé est (1) Signalons ici une erreur qui nous a causé quelque surprise. Entérite n'a ja_ mais été synonyme d'excellent: en français, on désigne par cet adjectifle profes- seur qui a pris sa retraite. En latin, emerilus miles signifiait le soldat qui s'était retiré du service. (2) Extrait d'une lettre adressée à MM. les ministres d'Etat, de l'instruction pu- blique et de l'intérieur, en date du 19 janvier. un moyen plus simple et plus rapide d'apprendre la musique aux masses chorales. » Si vingt années de succès n'ont rien prouvé, si nous sommes dans l'erreur, si nous patronnons un système mauvais et nuisible, nous ne demandons qu'à être convaincus, mais non pas convaincus par une polémique qui n'a que trop duré. » Voilà ce que nous proposons : » En présence des signataires de la brochure et des membres for- mant la commission de patronage ■ » 1° Que chaque école expose scientifiquement, au tableau, ses principes et ses moyens d'action ; >■ 2° Que des expériences pratiques et comparatives soient faites sur les résultats déjà obtenus de part et d'autre ; » 3° Que deux expériences parallèles, sur deux masses tout à fait étrangères à la musique, soient tentées, l'une sous la direction de MM. Pasdeloup et Bazin, directeurs de l'Orphéon ou de toute autre personne qu'il plaira aux signataires de la brochure de désigner, l'autre sous la direction de M. Chevé. Ces trois expériences faites, on saura définitivement à quoi s'en tenir, et une fois édifié, on cessera, de part et d'autre, une polémique inutile et indigne de l'art. » Si M. Chevé prêche une fausse doctrine, elle sera écartée à tout jamais. » S'il triomphe, il aura prouvé que la méthode qu'il enseigne est bonne comme moyen élémentaire et préparatoire, et il n'en résultera pas pour cela qu'il faille brûler les bibliothèques musicales et fermer le Conservatoire, ni même y introduire son système. » S'il est démontré que certains points de la méthode de MM. Galin, Paris et Chevé sont bons, on les laissera subsister et se propager par la force des choses, sans y porter obstacle, et les points erronés se- ront écartés. » Nous sommes convaincus que les personnes illustres et honorables qui ont rédigé et signé la brochure, ne refuseront pas de se joindre à nous. Ce n'est pas une lutte que nous demandons, ce n'est pas même un concours, c'est un examen fait avec une bienveillance mu- tuelle, profitable à l'art et destiné à faire cesser toute polémique. » Les uns et les autres nous cherchons la vérité; nous la trouve- rons mieux ensemble. » Comte DE MORNY, président du Comité de patronage; — Prince PONIATOWSKI, vice-président; — Comte OLYMPE AGCADO, — Comte ONÉSYME AGUADO, — Général DE COURTIGIS, — FÉLICIEN DAVID, — Baron DUBOIS , — GEVAERT, — LEFÉBURE- WÉLY, — MAGIN-MARRENS, inspecteur de l'en- seignement primaire ; — EDMOND MEMBRÉE, — Comte JOACHIM MURAT, — NEUKOMM, — OF- FENBACH, — RAVA1SSON, membre de l'Institut; — Marquis DE SAMPIERI, — ERNEST L'ÉPINE, secrétaire du Comité. » Paris, 16 avril 1860. » A MM. les membres du comité de patronage de la méthode enseignée par M. Emile Cliev". « Messieurs, » Il n'existe et il ne saurait exister aucune polémique entre M. Emile Chevé et nous. Aux incessantes attaques dirigées depuis quinze ans par M. Chevé contre la méthode de notation musicale universelle- ment adoptée, aux récriminations, violentes jusqu'à l'outrage, pro- diguées à ceux d'entre nous qui avaient été appelés, comme membres de la commission du chant pour les écoles de Paris, à se prononcer sur son enseignement, nous n'avions, par un sentiment que vous saurez certainement apprécier, opposé que le silence le plus absolu. 196 fiEVUK ET GAZKTTE MUSICALE Mais lorsque nous avons appris qu'un comité composé d'hommes con- sidérables se formait pour patronner ce système, nous avons reconnu que nous avions une mission à remplir, et nous avons publié nos Observations afin d'éclairer le public sur la valeur théorique et pra- tique de la méthode de musique de M. Emile Chevé. » Aujourd'hui, avec une courtoisie dont nous vous exprimons toute notre gratitude, vous voulez bien, Messieurs, nous faire savoir le but que s'est proposé votre comité, constitué avant la publication de notre écrit. » Constatons tout d'abord, que, loin de vous associer à la préten- tion de M. le docteur Chevé de donner le coup de grâce à la routine musicale, « vous ne voulez rien combattre, rien détruire, et que loin » d'être hostiles au Conservatoire, vous ne cherchez qu'à lui créer » des auxiliaires. » » Constatons également que « vous n'avez jamais entendu, à l'aide » de la méthode Chevé, faire des chanteurs entérites, des instru- » mentistes habiles ou de savants compositeurs de symphonies ou » d'opéras, et que votre seul but est d'apprendre très-rapidement » aux masses à lire couramment la musique et à chanter en » chœur. » » Tel est aussi le but que se sont proposé, bien avant M. Chevé, Choron et Wilhem, après eux, MM. Hubert et Gounod, et que s'ef- forcent d'atteindre leurs successeurs, sous la direction de la commis- sion de surveillance de chant. » Réduit aux termes dans lesquels vous l'admettez, le système d'en- seignement de M. Chevé ne se présente plus que comme un procédé ayant pour objet de rendre plus facile et plus prompte la lecture de la musique dans ses premiers rudiments, sauf à l'élève à l'oublier pour apprendre la notation usuelle dès l'instant où il aura franchi les pre- miers degrés de l'instruction élémentaire. » Mais, à ce point de vue même, nous ne saurions reconnaître l'uti- lité du procédé reproduit par M. Emile Chevé, et nous ajoutons que l'expérience a démontré et démontre tous les jours l'excellence de la notation usuelle, non-seulement pour former les élèves des conserva- toires de musique, mais encore pour initier à la lecture musicale les masses chantantes, dont l'éducation préoccupe MM. les membres du comité de patronage. » A cet égard, nous ne pouvons que prier les honorables membres de ce comité de sortir de l'amphithéâtre du docteur Chevé pour par- courir les trois cents écoles communales de la ville de Paris, où, matin et soir, près de vingt mille enfants et adultes reçoivent l'en- seignement d'après la routine musicale, ou de vouloir bien assister aux répétitions hebdomadaires de l'Orphéon, ou encore de se ren- seigner près des sept cents sociétés chorales qui existent en France, et ils reconnaîtront que la notation usuelle n'a rien à envier au pro- cédé Chevé, qu'elle n'a aucun besoin de son secours ni de celui d'au- cun remède empirique pour produire les heureux effets qu'on en doit attendre. — C'est que, nous ne saurions trop le répéter, la notation usuelle est si facile à saisir pour les organisations les moins exercées, qu'il suffit de pénétrer dans tous les centres d'études où elle est em- ployée pour être frappé de la promptitude avec laquelle les enfants les plus jeunes, les ouvriers les plus étrangers à l'alphabet musical, le comprennent et le lisent. » N'est-ce pas là, Messieurs, un spectacle plein d'intérêt, et de toutes les épreuves la plus considérable comme la plus concluante? Or, quand un système de notation produit un tel enseignement et donne de tels résultats ; quand, constituant déjà un progrès, il s'est prêté depuis tant de siècles à toutes les modifications de l'art; quand cette notation est devenue l'unique organe des relations musicales du monde entier, pourquoi troubler cette harmonie par l'adoption d'un procédé sans valeur, triste retour vers l'enfance de l'ait?' Pourquoi élever une petite église à côté de la grande assemblée universelle dans le giron de laquelle les néophytes de la première doivent toujours rentrer, de "votre propre aveu, pour devenir musiciens? » Que diriez-vous, Messieurs, si on proposait d'avoir, pour l'étude de la langue française, deux alphabets et deux orthographes distincts, les uns à l'usage des classes populaires, les autres réservés aux classes mieux traitées par la fortune? Que penseraient les masses, ob- jet de notre mutuelle sollicitude, de cette classification intellectuelle ? Croyez-vous que, si on demandait soit à l'Académie française, soit à l'Université, de faire une expérience comparative des deux systèmes, ces illustres corps acceptassent une semblable proposition? et à plus forte raison, accepteraient-ils cette expérience, s'il s'agissait, non de la langue particulière à un peuple, mais d'une laugue universelle, en usage chez toutes les nations civilisées ? » Aussi, Messieurs, permettez-nous de persister dans les conclusions de notre écrit et de maintenir le jugement que nous avons porté sur le mode d'enseignement de M. Emile Chevé. » Agréez, Messieurs, l'assurance de notre haute considération. » ACBER (de l'Institut) ; — CARAFA (de l'Institut) ; — CLAPISSON (de l'Institut) ; — ERMEL ; — VICTOR FOUCHER, président; — CASIMIR GIDE; -CHARLES GOUNOD; — F. HALÉVY (de l'Institut); — JOMARD (de l'Institut); — Général MELLINET ; — 1IEYERBEER (de l'Ins- titut); — EDOUARD MONTAIS; — NIEDER- MEYER; — EDOUARD RODRIGDES, vice- président; — AMBROISE THOMAS de l'Insti- titut ; VARCOLLIER, membree de la commission de surveillance de l'enseignement de chant dans les écoles communales de Paris; — H. BERLIOZ (de l'Institut) ; — DIESTCH (chef d'orchestre de l'Opéra) ; — GEORGES KASTNER (de l'Institut) ; — J. D'ORTIGUE (directeur rédacteur en chef de la Maîtrise) ; — VERDI (correspondant de l'Institut);— BAZIN et PASDELOUP, directeurs de l'Orphéon de Paris. » REVDE DES THEATRES. Théâtre- Français : les Deux veuves, comédie en un acte, par M. F. Mallefille. — Odéon : une Veuve inconsolable , comédie en trois actes et en vers, par M. César Perruchot. — Théâtre Ven- tadour: Mme Ristori dans Elisabelta, regina d'inghilterra , et dans Maria Stuarda. — Gymnase : les Pattes de mouche, comédie en trois actes, par M. V. Sardou. — Variétés : Sourd comme un pot, vaudeville de MM. Dupin et H. Leroux. — Palais-Royal : le Pantalon de Nessus, vaudeville de MM. A. Monnier et E. Martin. — Ambigu : Reprise de l'École des jeunes filles, drame en cinq actes, par Mme Mélanie Waldor. — Théâtre Déjazet : Racine vit en- core, vaudeville de M. Carmouche ; Mlle Cristina Mendez et les danses espagnoles. — Ouverture du Cirque de l'Impératrice et de I'Hippodrome : Léotard et Leone Stare. Nous avons eu déjà occasion de remarquer que le hasard se plaisait à de singuliers rapprochements dans la tête des auteurs. Les idées sont dans l'air, dit-on ; nous serions tenté de le croire en voyant la grande consommation de veuves inconsolables que le théâtre a faite depuis quelque temps. Après Jeanne qui pleure, voici la Comédie- Française qui joue à son tour les Deux veuves, un gentil et spirituel proverbe dans lequel les sœurs Brohan font assaut de fines coquette- ries, l'une en sa qualité de. veuve consolée, et l'autre de veuve qui ne veut pas l'être, mais qui finit pourtant par troquer sa robe de deuil contre une parure blanche de mariée. 11 y a dans celte petite pièce, intriguée à la manière de Sedaine , un rôle de garde-chasse très- plaisamment composé par Monrose. Les Deux veuves de M. Félicien Mallefille ont donc réussi sans contestation, et varieront agréablement le répertoire. DE PARIS. 197 — A l'Odéon , nous retrouvons encore une Veuve inconsolable. Celle-ci est en trois actes et en vers: mais elle n'en est pas plus neuve pour cela, et quoiqu'elle ait reçu un bon accueil du public, elle ne se distingue pas, comme celle des Français, par une originalité re- lative. Gabrielle a juré de ne pas se remarier ; son père et sa cousine s'unissent pour lui tendre un piège. Loin de chercher à combattre son obstination, on feint de détourner sur une rivale l'amour de son prétendant ; mais le complot est trahi par une soubrette, et Gabrielle, quand elle s'est bien vengée des conjurés, finit par oublier son ser- ment et par accorder à tout le monde un généreux pardon. Les vers de cette comédie sont presque toujours élégants et faciles ; quelques- uns ont été applaudis avec justice. S'ils ont un défaut, c'est le sujet banal qui les a inspirés. — Mme Ristori, dont la présence à Paris s'est révélée par sa participation active à la soirée donnée au bénéfice de la petite-fille de Racine, a commencé ses représentations annuelles à la salle Ven- tadour. Malgré un accident qui a mis, assure-t-on, sa vie en danger, elle a déjà joué deux grands rôles de son répertoire, avec une supé- riorité de moyens très-rassurante pour les suites de son empoison- nement involontaire. Les bravos qui lui ont été prodigués dans VElisabetta, regina d'Inghilterra, de Paolo Giacometti, et dans la Maria Sluarda, imitée de Schiller, ont dû lui être une preuve de l'intérêt soutenu qu'on porte chez nous non moins à son talent qu'à sa personne. — Parmi les jeunes auteurs dont le nom contient le plus de pro- messes d'avenir, M. Victorin Sardou a droit à une distinction toute spéciale. On a prétendu que l'esprit de Beaumarchais revivait en lui. Sans partager cette opinion hyperbolique, nous pensons qu'il est heureusement doué pour le théâtre, et qu'il possède non-seulement l'art de faire parler des personnages, mais aussi celui de les faire agir avec un brio, une habileté qu'on n'est pas habitué à trouver réunis au même degré chez la plupart de ses confrères, même les plus che- vronnés. La comédie en trois actes qu'il vient de faire représenter au Gymnase, sous le titre des Pattes de mouche, est un véritable tour de force dont M. Scribe eût seul été soupçonné capable. Le sujet n'est rien; Edgard Poe qui bâtissait des Histoires extraordinaires sur la pointe d'une aiguille, en a donné un avant-goût dans sa Lettre volée. Tous les gens intéressés à découvrir cette lettre, la cherchent bien loin et y consacrent, bien des efforts. L'homme qui la détient l'a tout sim- plement mise en évidence dans un porte-montre pendu à sa cheminée, et il ne faut pas moins qu'un observateur de génie pour l'aller pren- dre là. La pièce de M. Sardou procède de ce conte ingénieux ; seu- lement elle se complique d'une jalousie conjugale qui lui prête un intérêt assez semblable à celui qui a fait le succès d'une ancienne pièce du Palais-Royal, qu' pu nommait VÉtourneau. Lafontaine, quia reparu au Gymnase dans le principal rôle des Pattes de mouche, semble avoir dit adieu au drame pour rentrer dans le giron de la bonne et saine comédie; à ce compte-là, il aurait pu s'épargner le luxe de ses longues pérégrinations. — Aux Variétés on joue Sourd comme un pot : c'est l'éternelle facétie du sourd qui entend. Celui-là a été réellement affligé d'un dérangement de son système auditif, et on a pris l'habitude autour de lui de ne pas se gêner pour le maltraiter en paroles et pour dire des douceurs à sa femme. Vous voyez d'ici le coup de théâtre quand on s'aperçoit que l'ouïe lui est revenue sans qu'on le sache. Il ne manque à ce vaudeville, pour être aussi amusant que le Sourd de Desforges, que le papa Doliban et son gendre Danières. — Un vieux fabliau, qui a pour titre la Culotte du juge, pourrait bien avoir servi de patron au Pantalon de Nessus, qui figure aujour- d'hui sur l'affiche du Palais-Royal. Dans l'un, le juge se rend à l'au- dience avec une culotte qui n'est pas la sienne et qu'il a prise par mégarde au chevet de sa femme ; dans l'autre, le malheureux Beau- fumé, un homme sérieux, s'en va à ses affaires avec un pantalon ga- rance trouvé de la même façon, et devenu corrosif comme la robe de Nessus. Où diable la mythologie va-t-elle se nicher? — L'Ambigu a repris, pour le bénéfice d'un artiste de la maison, l'Ecole des jeunes filles, de Mme Mélanie Waldor. Ce drame, repré- senté d'origine, avec un très-grand succès, au théâtre de la Renaissance, n'a pas produit moins d'effet sur la scène qui a eu l'heureuse idée de le rendre aux applaudissements du public. Fort bien interprété par Caslellano, par Mlles Delaislre et Marty, il aide puissamment la Sirène de Paris à charmer le boulevard Saint-Martin. — La souscription ouverle en faveur de Mlle Noëmie Trochu avait suggéré à M. Carmouche un à-propos qui se vendait au profit de cette petite-fille d'un grand homme. Le théâtre Déjazet s'est associé à cette bonne œuvre en mettant à son répertoire le vaudeville de M. Carmou- che, intitulé Racine vit encore. Cette pièce accompagne Monsieur Garât, et le spectacle est complété de la manière la plus attrayante par les danses espagnoles de la senora Crislina Mendez et de sa troupe. Deux ballets, la Flor Gaditana et la Fiesta en Valencia, forment le cadre de ces exhibitions chorégraphiques. — Du côté des Champs-Elysées, les théâtres d'été viennent de rouvrir leurs portes. Le merveilleux trapèze de Léotard attire la foule au Cirque de l'Impératrice, et l'Hippodrome invite les amateurs du sport à confier leurs chevaux vicieux aux soins d'un gaucho de l'Amérique du sud, Leone Stare, qui renouvelle les prodiges du célèbre dompieur Rarey. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. **„, Au théâtre impérial de l'Opéra, Pierre de Méiicis a été donné lundi et mercredi. Le spectacle de vendredi se composait de Guillaume Tell. „,'*„ Mme Tedesco est de retour à Paris, après une troisième saison triom- phale à Lisbonne ; on peut dire avec vérité, triomphale, car sa représen- tation de clôture a été de la part ,du public portugais une ovation com- plète. Acclamations, innombrable quantité des plus riches bouquets, conduite à la sortie du théâtre, rien n'a manqué à ces adieux. — Les plus brillantes propositions sont faites à l'éminente cantatrice ; mais elle n'a pas encore décidé auxquelles elle donnerait la préférence. ^*t II est question d'une reprise curieuse qui aurait lieu au théâtre Lyrique avant la clôture. L'opéra d'Herold, les Rosières, représenté avec beaucoup de succès en 1817, et qui fut la première œuvre marquante du jeune compositeur devant lequel allait s'ouvrir un si brillant avenir, serait joué la semaine prochaine par MM. Riquier-Delaunay, Lesage, Gabriel, Fromant; Mmes Girard, Faivre, Vadé. *% On représentera prochainement au même théâtre un opéra en un acte de MM. Carmouche et Louis Lacombe, intitulé la Madone. Cet ou- vrage à trois personnages sera interprété par MM. Riquier-Delaunay, Vanneau, et par Mlle Moreau, la jeune et charmante cantatrice. „.*„. Outre le petit opéra de Lacombe, la Madone, le théâtre Lyrique a encore à l'étude les Valets de Gascogne, de M. Alfred Pufresne, et le Ma- riage aux épées, d'une dame compositeur, Mlle Rivay. **„.. Le théâtre des Bouffes-Parisiens a commencé à prendre ses va- cances, et il donue en ce moment des représentations à Amiens. De là la troupe doit aller â Lyon; la réouverture aura lieu le 1" septembre par la reprise d'Orphée. Ofîenbach reste à Paris pour travailler aux di- verses partitions qu'il a sur le métier pour l'hiver prochain. *** Une basse du nom de l'emmarck a appris lu rôle de Pamphile, dans Fiamlla ; l'opérette de Flotow va donc reparaître la semaine prochaine sur le théâtre Déjazet et y reprendre le cours de son succès interrompu. **„. Le ténor Tichatschek, qui s'est acquis une grande célébrité en Allemagne, vient de recevoir du grand-duc de liesse la médaille d'or affectée au mérite dans les sciences et les arts. „% Les journaux allemands annoncent le prochain mariage de Franz Liszt avec la prince se Wittgenstein ; les dispenses attendues depuis si longtemps viennent d'arriver de Rome. La cérémonie aura lieu à Fulde, sous les auspices de l'évèque, qui donnera la bénédiction nuptiale. „** L'assemblée générale annuelle de l'Association des artistes musi- ciens aura lieu le jeudi 31 mai, à midi, dans la grande salle du Conser- vatoire de musique. REVUE ET GAZETTE MUSICALE *% L'Académie des beaux-arts a examiné dans sa séance du 19 de ce mois, les cantates destinées au concours du grand prix de composition musicale ; le choix de l'Académie s'est porté sur la cantate n» 29, inti- tulée le Tzar Ivan IV, et dont les paroles sont de M. Théodore Anne. *f. La ville de Paris avait mis au concours deux chœurs destinés à être chantés dans les séances solennelles de l'Orphéon. Plus de deux cents manuscrits ont été envoyés. Le jury, composé de M. Victor Tou- cher, président, MM. F. Halévy, A. Thomas, Counod , Niedermeyer, général Mellinet, Ermel, Ed. Uodrigues, Varcoilier, F. Bazin, Pasdeloup, a terminé ses travaux d'examen mardi 15 mai. Deux médailles d'or ont été décernées, l'une à M. Jules Cohen, pour un chœur qui a pour titre : Prière à la Madone, l'autre à M. Savary, de Saint-Servan, pour un chœur- barcarolle. „% Géraldy chante avec un grand succès en ce moment deux mélodies nouvelles de M. Charles Manry, l'auteur de la belle Messe exécutée récemment à Saint-Roch au profit de l'Association des artistes musiciens. Elles ont pour titre : L'enfnnl dangereux et Fleurs d'Italie. Nous avons rarement entendu^ quelque chose d'aussi bien réussi et d'aussi bien in- terprété. **« Le festival qui doit réunir à Londres les orphéonistes de France s'organise activement. M. Delaporte, qui a pris l'initiative de ce projet, a adressé une circulaire aux directeurs de ces sociétés chorales pour leur demander leur concours et leur indiquer les principales mesures à prendre à ce sujet. Les études sont déjà commencées presque partout, et des inspecteurs ont été désignés pour en conslater les résultats. Ce sont MM. Laurent de Rillé, Besozzi et Camille de Vos. De son côté, M. Henri Leslie, directeur d'une des principales sociétés chorales de Londres, vient d'adresser une lettre des plus aimables au directeur des orphéons français, pour les inviter à un concert qu'il donnera en leur honneur. *** Le Cercle de l'Union artistique est définitivement conslitué. La liste des membres fondateurs a été close sur le chiffre de quatre cents. La première réunion a eu lieu mardi à la salle Herz. L'hôtel Delisle, rue de Choiseul, a été loué par le Cercle au prix de 40,000 fr. *** M. de Besnier, qui s'est donné pour mission de propager la bonne exécution du chant religieux, poursuit avec persévérance son utile en- treprise, dans laquelle il est secondé avec zèle et talent par Mlles Charles etPfotzer, soprani distinguées, par Mlle Fagel, contralto qui donne les plus belles espérances, et par M. et Mlle Wiesen, qui faisaient partie des quatuors de Mlle Falconi. *** Nous nous plaisons à conslater le nouveau succès qu'a obtenu M. Mohr, premier cor solo de l'Opéra et de la Société des concerts, au concert annuel de la Société des enfants d'Apollon. Cet artiste éminent a exécuté la fantaisie de Bélisaire, de M. Charles Manry, aux applaudis- sements unanimes de l'assemblée. L'orchestre, dirigé par M. Léopold Dancla, a parfaitement rendu l'œuvre de M. Charles Manry. *% Demain, lundi de l'a Pentecôte, à l'église- Sainte-Marguerite et sous la direction du maître de chapelle de la paroisse, M. Charles Bleuse, on exécutera, au bénéfice de la Société de secours mutuels du 11° arron- dissement, la troisième messe solennelle à grand orchestre de M. Le- prevost. »** Im Maîtrise vient de couronner sa troisième année d'existence par un double manifeste des plus remarquables, signé J. d'Oi'tigue, et dans lequel le savant et zélé propagateur de la vraie musique religieuse constate solennellement, après trois années de laborieuse expérience, le triste état dans lequel se trouve aujourd'hui en France l'éducation du plain-chant et de la musique d'église. Le premier numéro de la qua- trième année contiendra un cantique sur la Retraite, du célèbre père Bridaine;un Ave verum à deux voix, par Ch. Gounod; un Offertoire, d'Ambroise Thomas; et une Elévation, de Lefébure-Wély. Ue pareils noms peuvent se passer d'éloge et de commentaire. *** Sous ce titre : les Concerts de Paris, revue de la saison musicale de 1800, M. Fillonneau vient de publier un résumé qui n'offre pas moins d'intérêt aux amateurs qu'aux artistes. „** L'exécution de la polonaise de Struensée par l'orchestre de Musard n'a pas produit moins d'effet qu'au concert de la Société des jeunes ar- tistes. Dite avec beaucoup d'ensemble et avec une observation délicate des nuances, elle a été vivement applaudie, et elle va occuper une belle place dans le répertoire du Concert des Champs-Elysées. »% La valse-bolero de l'iam-lla que Musard a fait exécuter mercredi aux Champs-Elysées va devenir un des morceaux les plus attrayants de son programme. Depi.is le l'amen v boléro des Deux aveugles, dont il rap- pelle l'originalité et lYntrain. nous ne croyons pas qu'on en ait en- tendu de mieux réussi. *'%, Le comité de secours pour le= blessés et les familles de ceux qui sont morts dans la dernière guerre de l'indépendance italienne a adressé à Camille Sivori une lettre de retuerciments au sujet du concert que le célèbre artiste a donné au théâtre Carcano, au profit de la pieuse insti- tution. *** Un de nos meilleurs violonistes, Itobberechts, qui fut, dit-on, le maître de Bériot, vient de mourir à l'âge de soixante-deux ans. Per- sonne parmi les plus célèbres ne jouait avec plus de charme et d'élé- gance, avec un son plus pur et une justesse plus parfaite. Il excellait surtout dans l'exécution des œuvres de Mozart qu'il interprétait avec un sentiment exquis. C'était un maitre dans toute l'acception du mot. L'art musical perd en lui un de ses plus fervents interprètes, un de ses plus ardents disciples. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. t*tLe Havre. — Notre grand Opéra a clôturé par le Prophète, que M. Ju- clier avait remonté cette année, à la grande satisfaction de notre public. M. Moulin, dans le rôle de Jean de Leyde, et Mlle Masson, dans celui de Fidès, ont interprété avec beaucoup détalent le chef-d'œuvre de Meyer- beer. M. Moulin avait choisi pour son bénéfice la première représenta- tion de cette reprise qui a fait salle comble. „*» Le Mans. — Après le succès obtenu à Rennes par le Pardon de Ploer- mel, nous devions compter sur la prochaine apparition dans notre ville du nouveau chef-d'œuvre de Meyerbeer. Constatons tout d'abord une réussite hors ligne et telle que depuis nombre d'années n'en a pas en- registrée notre théâtre. La foule qui 'avait pu pénétrer dans la salle, presque aussitôt comblée qu'ouverte, a manifesté pendant toute la repré- sentation par ses chaleureux applaudissements combien elle goûtait et appréciai; le mérite de cette magnifique composition. Tous les mor- ceaux capitaux, à commencer par l'ouverture, qui peint d'une façon si parlante tous les événements accomplis avant l'action du drame, ont valu à l'orchestre et aux artistes les marques de la plus sympathique approbation. Mme Laurence-Cyriali , Dinorah; M. Saint-Brice. Iloel; M. Sendré, Corentin, ont rivalisé de zèle et de talent, et certes l'illustre maestro, s'il les avait entendus, n'aurait eu que des compliments à leur adresser. N'oublions pas dans ce rapide compte rendu, M. l'ouilley (le chasseur); M. Laurence-Cyriali (le faucheur), et les deux pâtres, Mmes Do- morgue et Jlauraisin, qui ont remarquablement complété l'ensemble. Comme a Rennes, où huit représentations consécutives n'avaient pas épuisé la curiosité de la population, le Pardon de Ploermel fournira au Mans une longue et fructueuse carrière. **,,.. Nancy. — Le Pardon de Ploermel a déjà eu quatre représentations sur notre théâtre, et chacune a fait mieux apprécier le nouveau chef-d'œuvre de Meyerbeer. Nos artistes ont fait de leur mieux pour le bien interpréter, etnous devons dire tout d'abord qu'ils ont réussi. M. Léo- pold, dans le rôle d'Hoel ; M. Delamarre, dans celui de Corentin, et sur- tout Mme Bailly-Labat, dans le personnage de Dinorah, sans oublier MM. Mangin et Forest, et Mmes Grasson et Anatole dans les rôles épi - sodiques, ont à maintes reprises provoqué des applaudissements mérités. L'orchestre et les chœurs ont bien marché. „*„ Bordcau.c. — Un des plus brillants élèves de Prudent, M . Léon Uufils, vient de donner un concert qui avait attiré au Grand-Théâtre une foule nombreuse et choisie. Le jeune artiste a exécuté successivement la Danse des Fées, la Prairie, et le Miserere, de son maître ; et il a fait suivre ces morceaux d'une fort jolie fantaisie, le Réveil des Bacchantes, qu'il a lui-même composée. Le double talent de virtuose et de compositeur, si largement départi â il. Léon Dufils, a été chaudement apprécié, et il doit être satisfait du succès qu'il a obtenu parmi nous. *% Toulouse. — La deuxième représentation de Roger a été plus bril- lante encore que la première. Le Prophète n'avait jamais été joué avec autant d'ensemble. On eût dit que Roger avait communiqué à tout le monde une partie de l'inspiration qui l'anime. Quant à lui, il a déployé pendant toute la soirée les qualités d'un chanteur hors ligne et d'un acteur éminent. Pour ceux qui ne l'avaient pas encore vu dans le rôle de Jean de Leyde, c'est à-dire pour les trois quarts du public, le Prophète avait l'intérêt d'une première représentation. L'artiste ne jouait pas le. rôle, il le révélait. Roger a été rappelé trois fois. Mme Galli- Marié a partagé ces ovations et elle le méritait bien. Le public l'a cha- leureusement applaudie, surtout au troisième, au quatrième et au cin- quième actes. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE „% Londres. — La représentation de Lucrfzia Borgia au théâtre de Sa Majesté, a valu un grand succès à Mme Alboni, dans le brindisi. Mme Titjons remplissait le rôle de Lucrezin, elle s'y est montrée fort belle et a réussi. — Au théâtre de fou.nl Garden, Mlle Brunet doit conti- nuer ses débuts dans Semiramide . et demain Mme Nantier Didiée fera sa rentrée par le rôle de Pippo dans la Gazza Ladra. Mme Penco, chantera celui de Ninetta; Mario, celui de Gianetto ; Faure représentera Fernando ; et Ronconi, le Podestat ; Graziani a choisi le Trovatore pour son début; les autres rôles seront chantés par Mario, Mme Grisi et Mme Czillag DE PARIS. 199 *% Bruxelles. — Le nombre des spectateurs habituels s'accroît jour- nellement au théâtre du Cirque, et ce sont de véritables amateurs qui suivent les représentations de la troupe italienne. F.n attendant Don Giovanni, nous avons eu samedi une excellente représentation de Lucia, et l'on peut dire que le succès s'est élevé jusqu'à l'enthousiasme. Jamais le baryton Squarcia n'avait eu d'aussi beaux moments; il a litté- ralement enlevé le public dans le célèbre sextuor, surtout dans le : Ah! è mio sangue, l'ho tradita, etc. Pavani est faible dans le rôle d'Edgard ; cepen- dant il l'a chanté de manière à se faire app'audir. Une nouvelle can- tatrice, Mlle Inkli , remplissait le rôle de Lucia. C'est une excellente acquisition pour la compagnie de M. Merelli et qui la complète d'une façon très satisfaisante. Mlle Isabella Inkli est toute jeune encore; sa voix n'est pas très-ample ; elle est légèrement gutturale, inégale et par moments un peu vacillante dans les sons pleins et soutenus; mais il faut lui reconnaître une vocalisation nette, une manière de phraser élé- gante et beaucoup de goût. Quand l'étude aura perfectionné son talent, nul doute qu'il ne devienne très-remarquable. ' *%, Bâle, 14 mai.— La Société helvétique de musique, fondée en 18<>8, vient de célébrer, dans notre ville, sa vingt-neuvième réunion. C'est à Bâle que les concerts de 1820 et 1840 eurent lieu, et il n'est pas sans intérêt, en consultant les archives de la Société, de constater sa marche ascendante et l'heureuse influence que cette inslitution exerce de plus en plus sur nos populations. Comme d'habitude, la fête a été des plus brillantes, car les Bâlois savent bien faire les choses. Les chœurs, com- posés de 1 00 sopranos et altos et i reconnais avec vous et d'autres critiques distingués qui se sont oc- » cupés de mon livre, que le chapitre sur la musique de Venise, etc. » Cependant je tiens beaucoup à ce chapitre, ainsi que vous l'avez » judicieusement fait pressentir à vos lecteurs, etc., etc. Voilà mon » excuse, mon cher Monsieur, aux observatfons très-justes et très- » fondées que mon livre vous a suggérées. Recevez donc, avec mes » sincères remercîments, l'assurance de mes sentiments distingués et » d'une bonne confraternité. » 14 février 1859. « En vous faisant de nouveau, mon cher confrère, » mes compliments sur votre vigoureuse réponse à M***, je vous » adresse un produit de mes veilles, comme on disait autrefois, que » je recommande à votre bienveillance éclairée. Si vous ne voyiez pas » d'inconvénient à citer quelques lignes de l'avanl-propos dans votre » appréciation, je vous en serais plus particulièrement obligé. Agréez. » je vous prie, l'assurance de mes sentiments de bonne confraternité. » Nous fîmes ce que désirait l'auteur du volume intitulé Critique et littérature musicales. L'article de la Gazette musicale fut même re- produit dans plusieurs journaux italiens. 13 février 1860. « Mon cher Monsieur, voici le volume en question » {V Année musicale) et l'article sur M*** dont j'ai eu le plaisir de » vous entretenir. Toute réflexion faite, je ne vois aucun inconvénient » à le reproduire tout entier, si vous le jugez à propos. Je vous laisse » la liberté de faire toutes les réserves qu'il vous semblerait nécessaire » de faire. Agréez l'expression de mes sentiments de bonne confra- » ternité. » Pour cette fois, la requête ne fut pas admise ; l'inconvénient que notre illustre confrère n'avait pas vu de ses yeux de lynx, nous l'aperçûmes nous, journalistes obscurs, de nos yeux de taupe, et l'article ne fut pas reproduit. Nos lecteurs savent le reste : ils appré- cieront ! Après tout ce qu'on vient de lire, nous n'abuserons pas des avantages de notre position pour renvoyer à M. P. Scudo sa bordée de sarcasmes éventés et d'insinuations doucereuses, à la façon d'un personnage célèbre des comédies de Beaumarchais. Désormais on saura ce que signitie le mot de bonne confraternité dans un langage, qui, nous nous en glorifions, n'a jamais été le nôtre. Ce qui reste prouvé, d'après son aveu même, c'est que lorsque M. Scudo appelle la vindicte publique sur la tête d'un fonctionnaire, il ne connaît pas plus le nom de ce fonctionnaire que la nature de ses fonctions. Il parle d'emplois inutiles, et quoi de plus inutile que le sien, qui consiste à décourager, à amoindrir les vivants, avec ou sans dédicace, au bénéfice des morts, qui n'en profitent guère, mais dont il n'est pas jaloux ! Pensez-y bien, illustre M. Scudo, vous à qui celui qui écrit ces lignes n'a jamais rien demandé : vous êtes l'obligé du journal obscur et sans consistance, dont vous avez trop souvent réclamé les services, dont vous vous êtes trop souvent déclaré l'excellent confrère, pour avoir le droit d'en parler aujourd'hui d'un ton si grotesque à force d'être arrogant. Paul SMITH. NOUVELLES. **» Les représentations de Pierre de Méiicis ont été interrompues cette semaine par suite d'un accident arrivé dans celle de lundi à Mme Fer- raris. Au deuxième acte, l'éminente artiste avait dansé la moitié de son pas dans le ballet des Amours de Diane, et l'enthousiasme du public allait croissant, lorsqu'elle dut s'arrêter sous l'impression subite d'une vive douleur dans une jambe. Elle avait éprouvé ce que l'on appelle vulgai- rement un coup de fouet. C'est un accident qui n'a rien de grave fort heureusement et qui n'exige que quelques jours de repos. Mercredi prochain Mme Ferraris reprendra son rôle. — Vendredi on a donné les Huguenots avec Gueymard, Mme Barbot et Cazaux. Le chef-d'œuvre de Meyerbeer a été remarquablement exécuté, et la salle était pleine. „.** Les répétitions de Sémiramis se poursuivent avec beaucoup d'acti- vité à l'Opéra. Obin va quitter son rôle dans Pierre de Médicis pour étudier celui d'Assur. Les sœurs Marchisio obtiennent beaucoup de succès aux répétitions, et on pense toujours que l'ouvrage de Rossini pourra être représenté dans la première huitaine de juillet. Ainsi que nous l'avons dit, les décors de Sémiramis seront des chefs-d'œuvre d'art et de science, et les peintres, sous l'habile direction de M. Flandin, re- produiront l'antique Babylone avec une vérité tenant du prodige. Le décor du premier acte représentera l'antique cité telle qu'elle était en Tan 1916 avant Jésus-Christ. Le décor du deuxième acte montrera les jardins sus- pendus de Sémiramis ; au troisième acte, les tombeaux des rois assyriens dans une crypte d'une profondeur immense, empreinte d'une majesté sombre et terrible. On a réservé pour le tombeau et pour l'apparition de l'ombre de Ninus des merveilles fantastiques; et quaut aux costumes, ils seront d'une fidélité et d'une richesse sans pareilles. „,** Rien n'est encore terminé pour l'engagement de Mme Tedesco à l'Opéra. < a** On lit dans le Moniteur : « Quelques journaux annoncent que l'ad- ministration abandonne le projet d'établir l'Opéra sur le boulevard des Capucines, et proposent de modifier les alignements de ce boulevard, ainsi que tout le système des grandes voies publiques projetées qui doivent y aboutir. Les assertions de ces journaux manquent de fonde- ment, et leurs propositions sont au moins inopportunes. Le projet de reconstruction de l'Opéra est soumis à l'examen de la commission d'en- quête ; rien ne donne lieu de croire que l'avis de cette commission soit contraire à l'emplacement proposé. Le percement des rues nouvelles qui doivent aboutir au boulevard d.?s Capucines ne se poursuit qu'en exé- cution de la loi du 28 mai 1858 qui a approuvé les plans arrêtés et le contrat passé entre l'Etat et la ville pour l'exécution de ces iravaux. Quant à l'alignement du boulevard, il a été fixé par le décret du 14 no- vembre 1858, rendu après enquête, sur l'avis du conseil d'Etat. » „% La célèbre cantatrice Giulia Sanchioli est en ce moment â Paris. t*t Le Château Trompette et le Roman cTEloire occupent tour à tour la scène de l'Opéra-Comique. La barcarolle et la délicieuse romance de l'œu- vre nouvelle d'Ambroise Thomas sont constamment bissées et valent à, Montaubry bravos et rappels. Mlle Monrose est de plus en plus char- mante dans son double rôle de vieille et jeune marquise, et la pièce d'A. Dumas et Leuven amuse comme une bonne comédie du Théâtre- Français. „% Le théâtre Lyrique donnera mardi prochain la reprise des Rosières, opéra-comique en trois actes, de Théaulon, musique d'Ilérold. Cet ouvrage est destiné à alterner avec Orphée, dont Mme Pauline Viardot a consenti à donner encore quelques représentations. ,,** Le directeur du théâtre Lyrique a reçu l'opéra en quatre actes, écrit par Got. du Théâtre-Français; il a pour titre: le Moine rouge, et c'est M. Membrée qui en a composé la musique. Le sujet de la pièce est emprunté a une légende du Nord, riche d'effets fantastiques et très- saisissants. **„ Tamberlick est arrivé a Madrid et a débuté au théâtre de la Zar- zuela par le rôle d'Otello. Si l'on en doit croire les journaux et les correspondances de la localité, le célèbre ténor aurait été tout d'abord accueilli assez froidement et son talent discuté. Mais â Madrid comme ailleurs l'irrésistible talisman, Vut dièse, est venu fondre la glace, et les applaudissements se sont fait jour. Il y a eu infiniment, plus de sponta- néité pour Mme Kenneth, qui a déployé beaucoup de sentiment et de passion dans le rôle de Desdemona. Sa cavatine a provoqué des bravos enthousiastes, et il était impossible de dire avec une mélancolie plus touchante la romance du Saule. Les honneurs de la soirée semblaient plutôt pour elle que pour Tamberlick. Bartholoni a très-bien rendu le rôle do Iago. Aux représentations suivantes, et surtout dans Potiuto, Tamberlick a reconquis ses avantages. Mme Kenneth a été très-belle dans le rôle de Pauline. »% On annonce l'engagement au théâtre Italien de Moscou du ténor Kraftzow qui a donné, cet hiver, à Paris, deux concerts, dans lesquels il s'est fait remarquer par une jolie voix de ténor. DE PARIS. 205 *% Mose in Egitto, de Rossini, vient d'être donné à l'Académie de musique de New- York, avec Susini, Ferri, Brignoli et Mlle Paiti. Les journaux américains annoncent un succès immense. »*„ La partition de Pianella, opérette de Flotow, pour piano et chant, a paru hier. — La charmante valse-bolero composé par Musard sur un motif de cet opéra, et qui obtient un si grand succès chaque soir au con- cert des Champs-Elysées, a paru également, arrangée pour piano par Desgranges. Elle est illustrée d'un très-beau portrait de Paul Legrand dans le rôle de Scapin, qu'il remplit si plaisamment dans l'œuvre nou- velle de Flotow. *% S. Exe. M. de Sabouroff , directeur des théâtres impériaux, vient de recevoir de S. M. l'empereur de Russie le cordon de b. Alexandre Piewski. „,** La messe solennelle en la majeur de M. Leprévot, exécutée le lundi de ia Pentecôte, à l'église Sainte-Marguerite, renferme des mélo- dies d'une touchante suavité, des harmonies claires, élégantes et distin- guées. Les situations dramatiques du Credo, brillamment développées, sont surtout traitées avec beaucoup d'habileté. M. Charles Bleuse, maître de chapelle de la paroisse, a dirigé l'exécution de cette œuvre avec ce sentiment exquis des nuances, cette haute intelligence qui ont fait du chœur de Sainte-Marguerite un des meilleurs que nous ayons. „*„. Samedi dernier chez Bossini, on a entendu un fort beau trio d'Adolphe Blanc, exécuté par M. Bernard Rie, l'auteur et M. Lebouc, qui a été fort applaudi dans un solo de violoncelle. Les honneurs de la soirée ont été pour M. Bernard Rie, qui a joué deux de ses composi- tion, l'Impromptu et le Rouet. M. Rie a dû recommencer ce dernier morceau, qui lui a valu les chaleureux applaudissements de l'auditoire. t*t Un professeur distingué, M. Herrenschneider, a fait entendre mardi dernier, dans la salle Beethoven, plusieurs de ses élèves. Cette réunion avait pour but de faire apprécier l'avantage de la méthode ra- tionnelle qu'il a adoptée pour l'étude du piano et de la nécessité qu'il y aurait à l'introduire dans l'enseignement. Les résultats remarquables obtenus par M. Herrenschneider sont la meilleure démonstration qu'il pouvait faire de cette nécessité. *% Outre l'orchestre de Strauss, les habitués de Vichy y trouveront pendant cette saison plusieurs artistes distingués, au nombre desquels nous citerons Mme Ribault-Altès, de l'Opéra; M. Delaunay-Riquier, du théâtre Lyrique, Mlle Lhéritier, etc. s% L'assemblée générale annuelle de la Société des auteurs, compo- siteurs et éditeurs de musique a eu lieu le 13 mai dernier. L'ordre du jour se composait de la lecture du rapport du trésorier sur les recettes et les dépenses, de la lecture du rapport annuel du président, du renou- vellement du quart des membres du syndicat, conformément à l'art. 12 des statuts.— Du rapport de M. Crus, trésorier, il résulte que les per- ceptions de l'exercice 1859-1860 se sont élevées ù fr. 110,448 31. Les- re- cettes de l'exercice de 1838-1859 avaient été de fr. 99,178 72. C'est donc une augmentation de fr. 11,269 59. L'avoir de la caisse sociale est porté aujourd'hui à fr. 33,998 47. — 90 nouvelles adhésions données par 34 auteurs de paroles, 46 compositeurs et 10 éditeurs de musique por- tent à 847 le nombre des sociétaires. Un arrêt de la Cour impériale de Colmar du 7 mars 1860, et plus récemment un jugement du 46 avril dernier, rendu par le tribunal civil de Cherbourg, viennent de compléter la jurisprudence relative au droit des compositeurs en matière d'airs in- tercalés dans les vaudevilles. Ces décisions judiciaires reconnaissent ces principes importants, à savoir : que dans les œuvres dramatiques, les paroles et la musique constituent une propriété commune au profit des auteurs et des compositeurs ; que les droits de chacun s'étendent et peuvent s'exercer pour toutes ces parties de l'œuvre commune, qu'il s'agisse des paroles ou de la musique ; qu'aucune pièce ne peut être re- présentée sans le consentement de tous les auteurs, et qu'enfin aucunes substitutions, aucuns changements ne peuvent être faits sans le consente- ment de tous les ayants droit. A la suite de la lecture du rapport, l'as- semblée a confirmé la nomination de M. Poisot, en remplacement de M. Moniot, démissionnaire. MM. Dufour-Brandus et Ettling, membres sortants, après quatre années d'exercice, ont été remplacés au syndicat par MM. Victor Parizot, compositeur, et A. lkelmer, éditeur. t** On annonce une édition populaire de la Biographie de Mozart, par Otto Jahn. Cet ouvrage capital, fruit d'immenses recherches, qui a paru d'abord en quatre forts volumes, sera publié par livraisons; il y en aura vingt-six en tout. „% La séance préparatoire du congrèspour l'amélioration du plain-chant et de la musique d'église a eu lieu, comme nous l'avons annoncé, ven- dredi 25 mai, dans les salons d'Erard. L'assemblée était nombreuse; on y remarquait une foule d'ecclésiastiques de distinction, des artistes, des hommes de lettres, des organistes, des maîtres de chapelle, des composi- teurs distingués, deux de nos brillants généraux, le général Mellinet et le général Moline de Saint-Yon. Après le discours d'ouverture, prononcé par M. l'abbé Pelletier, chanoine d'Orléans, promoteur du congrès, l'as- semblée a arrêté le programme des travaux suivants, où sont contenues toutes les questions théoriques et pratiques qui seront discutées, débat- tues et résolues dans le congrès. Voici ce programme. Première section: Histoire de la musique d'église en France; Partie grégorienne et non grégorienne; indications bibliographiques; actes du saint-siége, des concile* et des évêques, concernant le chant et la musique. — Deuxième section: Situation présente des églises des villes et des campa- gnes, sous le rapport du chant et de la musique ; enseignement du chant, de la musique et de l'orgue dans les écoles normales d'instituteurs et d'institutrices, les séminaires, les maîtrises, ses résultats; maîtres de chapelle et organistes, leur nombre, leur répertoire, les ressources d'argent et d'exécution dont ils disposent ; concours des sociétés chorales; cantiques en langue vulgaire, usages et abus, caractère et défauts. Troisième section: véritable caractère de la musique d'église, vocale et instrumentale; composition ; l'orgue, son style, son expres- sion, les limites de cette expression, facture; plain-chant, sa restitution, son exécution, soit mélodique, soit psalmodique, son accompagnement ; vœux à formuler et â émettre; principes à proclamer. — Après l'adop- tion de ce programme, l'assemblée a formé son bureau, qui se compose ainsi qu'il suit: président, M. l'abbé Pelletier; vice-présidents, MM. de La Fage, Laurentie, F. Benoist, J d'Ortigue ; secrétaire général, M. Ro- butaux. L'époque définitive du congrès a été fixée à la deuxième quin- zaine de novembre. Sa durée sera de cinq jours. 11 s'ouvrira par une messe du Saint-Esprit, en plain-chant et en musique, et un sermon pro- noncé par un des ecclésiastiques, membre du congrès. Toutes les com- munications relatives au congrès doivent être adressées au directeur de la Maitri e. „** L'hymne à la Vierge de l'opéra Stradella, paroles de M. Gustave Oppelt, musique de M. de Flotow, devient de plus en plus populaire dans toute l'Italie, où on l'exécute comme chant patriotique. La maison Brandus-Dufour, éditeur de l'œuvre de Flotow, a eu l'heureuse pensée de publier l'Hymne à la Vierge, tant pour ténor et chœurs que pour voix de contralto ou de soprano. „,** Les Refrains baroques, tel est le titre de la nouvelle ronde chantée dans les Jours gras de madame, pièce jouée au théâtre du Palais-Royal ; l'auteur, M. S. Mangeant, a intercalé dans le refrain une série d'airs po- pulaires qui produisent le plus grand effet. On a composé sur la même pièce un quadrille qui renferme les motifs populaires de la Plaine des Vertus, les Barbistes et les Barbettes. **„ Concert Musard. — Le célèbre clarinettiste Henry Wuille, profes- seur au Conservatoire de Strasbourg, traversant Paris pour se rendre en Allemagne, se fera entendre au concert des Champs-Elysées, les h, o, 6. 7, 8, 9 et 10 juin. Toute l'Allemagne eonnaît l'admirable talent de l'éminent artiste ; un grand succès lui est réservé à Paris. t*ç En annonçant dimanche dernier la mort subite du célèbre violo- niste André Bobberechts.nous rendions hommage aux éminentes qualités qui le distinguaient. On nous communique la note suivante qui complète son éloge : — Doué au suprême degré du sentiment musical et pénétré du culte du beau, Robberechts consacra sa vie à l'enseignement des chefs-d'œuvre des grands maîtres, préférant cette modeste carrière aux succès que son style large et pur, son jeu brillant et chaleureux lui assuraient devant le public. Sa seule ambition était de propager les grands principes de la musique qu'il avait puisés à l'école de Baillot, de Viotti, de Reicha, et qu'il se plaisait à transmettre gratuitement aux jeunes artistes qui s'adressaient à lui, tandis qu'il devait sans cesse re- fuser les offres brillantes qui lui étaient faites dans la plus haute société de Paris, pour participer à ses leçons. Compositeur élégant et gracieux, les œuvres qu'il a laissées respirent un parfum de distinction et de noble simplicité qui leur donnent un charme et un attrait tout particuliers. La perte de cet homme de bien a été un deuil général parmi tous ceux à qui il a été donné de le connaître, et, mus par un sentiment de pieuse reconnaissance, ses élèves ont résolu de se réunir et de former une souscription pour élever a sa mémoire un monument funèbre. Ils se font un devoir d'en informer ceux de ses amis qui pourraient l'ignorer et désireraient se joindre à eux. Les souscriptions sont reçues chez MM Pillet-Will et C°, banquiers, rue de la Chaussée-d'Antin, 70. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. t*t Rouen. — La représentation donnée au bénéfice des choristes du théâtre des Arts se composait de la Favorit-, interprétée par Mlle Wer- theimber ; l'éminente cantatrice a rendu le rôle de Léonora avec sa su- périorité ordinaire. Dans l'entr'acte, l'orchestre a exécuté la Marche aux [lambeaux, de Meyerbeor, d'une façon irréprochable. Le dimanche, 20 mai, a eu lieu la clôture de la saison théâtrale. „% Tours. — Le concert donné le 18 mai par la Société de Sainte- Cécile au profit des pauvres a été une véritable solennité. Les honneurs de la soirée ont été pour Mme Cabel. L'éminente artiste a dit avec une inimitable perfection les couplets de Galathée; mais le succès le plus écla- tant, l'ovation la plus brillante étaient réservés à l'air de VOmbrc, du Par- don de Ploërmel, cette merveille de vocalises, d'harmonie, de touchante mélodie et de rhythme entraînant. Après l'exécution de cette pagesplen- dide, Mme Cabel a été littéralement couverte de bouquets et d'applaudis- sements. MM. Henri, Van Gelder, violoncellistes, Amédée Martin, Hervé et Roger se sont fait remarquer et applaudir auprès de la cantatrice pa- 20G REVUE ET GAZETTE MUSICALE risienne. L'orchestre de la Société a exécuté avec beaucoup de perfection une ouverture de M. II. Labit, chef de musique du 84'de ligne, le chœur des soldats de Faust et l'ouverture de Giralda, un des chefs-d'œuvre d'Adam. *% Lyon. — Nous avons eu successivement les représentations, au Grand-Théâtre, de Roger, Tamberlick et Merly. Après la Favorite, dans laquelle il avait produit un grand effet, Roger a joué le rôle de Raoul, des Huguenot*, avec cette supériorité qui en avait fait le premier chanteur du grand Opéra. Le premier et le quatrième acte lui ont valu des applaudissements enthousiastes. Le célèbre artiste est parti pour Mar- seille. Tamberlick a chanté deux fois Olhe'lo, et le fameux ut dièse a pro- duit son effet accoutumé. Merly a donné trois représentations consacrées aux Huguenuts, Guillaume Tell et le Trovalore. Il a été fort bien accueilli. — Henri Herz nous a donné un de ces magnifiques concerts comme il en sait donner seul, et qui ont le privilège d'attirer tout ce que notre public renferme d'artistes et d'amateurs. Magnifique exécution, bravos, rappels: tel est le résumé de ce concert, semblable en cela à tous ceux qui signa- lent l'apparition du grand artiste dans notre ville. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. t*t Londres. — La représentation de Semiramide au théâtre de Sa Ma- jesté a présenté Mme Titjens dans un rôle qui lui est très-favorable et comme physique et comme talent ; elle y a eu un très-beau succès. Mlle lîrunet a débuté dans le rôle de Gilda, de liigoletto, elle a été bien accueillie. — A Covent-Garden Mme Nantier-Didiée a fait sa rentrée dans laGasza ladra aux applaudissements chaleureux du public qui l'aime beau- coup. — Les deux théâtres rivaux vont donner simultanément les Huguenots. — Au théâtre de M. Smith le chef-d'œuvre de Meyerbeer sera interprété par MM. Giuglini, Gassier, Everardi, Vialetti , Mongini (qui chantera le célèbre Ralaplan), et Mmes Borghi-Mamo, Louise Michal (pre- mier début) et Titjens. Avec de tels noms, la soirée ne peut manquer d'être brillante. — On monte aussi Ob, toi pour Mines Titjens, Brunetti , Lemaire, Vaneri, Alboni, et .MM. Bélart, Castelli, Everardi, Aldighieri, Mercuriali et Mongini. — La saison est maintenant dans toute sa splen- deur : les salles de concert se remplissent d'une foule attentive à écouter avec le mGme recueillement tantôt les œuvres des grands maîtres exé- cutées avec une rare perfection par les plus célèbres artistes; tantôt de la musique détestable non moins détestablement interprétée; tant il est vrai qu'en Angleterre il y a un public pour tout et pour tous. Parmi les auditions les plus remarquables, il faut citer celle du harpiste Ober- thiir a Willis's-Rooms : c'est un artiste d'un grand talent et dont les compositions sont fort remarquables. Miss Arabella Goddard s'est fait brillamment applaudir en jouant avec le bénéficiaire un duo qui a pro- duit beaucoup d'effet. La même artiste a obtenu également un succès d'enthousiasme au dernier concert de la Société des Monday popular concerts, qui faisait exécuter un choix d'œuvres des maîtres italiens, et où elle interprétait une sonate de Glementi et un choix de leçons de harpe de Scarlatti. „.*„, Bruxelles. — Le théâtre de la Monnaie vient de faire une surprise agréable à ses abonnés en reprenant, avant la clôture, Giralda, un des plus jolis opéras d'A. Adam et qui obtint un grand succès â l'Opéra- Comique lorsqu'il y fut représenté. Mlle Boulart avait sans doute pres- senti que le rôle de Giralda convenait tout à fait â son talent, car elle avait choisi cette pièce pour son bénéfice, et elle a été en cela on ne peut plus heureusement inspirée ; son succès a été complet. Elle a dé- licieusement joué le rôle de la nouvelle Psyché, et fait valoir avec beau- coup de finesse les mélodies qui abondent dans l'œuvre d'Adam. — La Compagnie italienne a donné la première représentation de YElisire d'a- more, chanté par l'élite de ses artistes : Mme Lorini-Mariani, MM. Galvani, Squarcia et Ciampi. La jolie partition de Donizetti a fait le plus grand plaisir, et le second acte surtout a été fort bien rendu et fort applaudi. — Bériot est de retour de Saint-Pétersbourg; on dit qu'il a mis à profit son séjour en Russie pour composer un opéra. **» Carlsruhe. — La première Nuit de Walpurgis, de Mendelssohn, a été jouée au théâtre, de la cour. Cette partition, qu'on écoute avec tant de plaisir dans la salle de concerts, a produit un effet immense sur la scène, où les situations étaient, en quelque sorte, rendues visibles. »% Manhein. — Le concours ouvert pour un prix a décerner au meil- leur quatuor, est resté sans résultat; aucun des trente-huit ouvrages qui avaient été envoyés, n'a été jugé digne du prix; quelques-uns seu- lement ont obtenu une mention honorable. *** Leipzig. — Le dernier concert du Gewandhaus a été dirigé par le maître de chapelle Julius Rietz, qui nous a quitté récemment pour pren- dre la direction de l'orchestre delà cour, à Dresde. Lors de son départ, M. Rietz a reçu ici de nombreux témoignages d'estime et d'affection : l'Académie de chant, dont il avait été directeur, lui a offert une magni- fique montre en or avec sa chaine; le comité du fonds de pension lui a fait hommage d'une coupe en argent; enfin le Maenner-Gesang- Verein a accompagné son ancien directeur a la gare du chemin de fer, et lui a fait ses adieux en chantant un lied de Mendelssohn. — M. Henri Berh avait renoncé aux honoraires qui lui étaient dus pour la part qu'il avait prise à l'exécution de la l'assion, de Bach, le vendredi saint ; en échange, il avait prié l'orchestre du Gewandhaus de lui jouer un beau jour deux symphonies. Cette demande assez originale fut favorablement accueillie, et dimanche, 20 mai, M. Behr assistait avec sa famille à l'exécution de deux symphonies, l'une de Mendelssohn et l'autre de Beethoven. — Le même jour a eu lieu le deuxième concert de la société Richard Muller et le quatrième concert de la société de l'orchestre des amateurs. „.*„ Francfort-sur-Mein. — Les professeurs lîanf, Henkcl, Hilger et Oppel ont obtenu l'autorisation de créer ici une école de musique; cet établissement ouvrira l'automne prochain. „** Dusseldorf. — Les artistes convoqués à la solennité de 1860, et qui avaient répondu à l'appel de l'habile directeur du festival Ferdinand Hiller, étaient: Joachim, Stockhausen, Aille Schreck, un jeune chanteur des plus heureusement doué, M. Schnorr von Carosfeld et une artiste célèbre en Allemagne, Mlle Jenny iNey. La première journée a été con- sacrée à l'exécution de Samson, oratorio de Haendel, suivi de la sympho- nie en si bémol de Schumann. C'est Morel qui a arrangé pour l'Alle- magne cette œuvre écrite en Angleterre, et il avait supprimé un grand nombre de morceaux; M. IJiller a rétabli les plus dignes d'être entendus et, entre autres, deux airs de Samson d'un beau caractère, et un air de Dalila, qui ont été fort admirés et fort applaudis. En général, d'ailleurs, l'exécution a été â la hauteur de l'œuvre. Jamais les chœurs n'ont mar- ché avec plus d'ensemble, de correction et de fermeté, dans l'attaque et dans la mesure; jamais si puissante sonorité n'avait été atteinte dans l'ex- plosion des masses vocales. M. Schnorr qui chantait Samson promet à l'Allemagne un virtuose du plus haut mérite ; Mlle Ney a dit la partie de Dalila avec un remarquable sentiment dramatique. Hiller adonné tous ses soins à l'exécution de la symphonie de Schumann, expression la plus caractérisée de la fantaisie et du romantisme en musique, et qui contras- tait singulièrement avec la simplicité classique de l'œuvre de Haendel ; aussi a-t-eile été admirablement interprétée. Le programme de la se- conde journée se composait du Printemps sacré , oratorio héroïque composé pjr Ferdinand Hiller sur les paroles du docteur Bischoff, et de l'Ipkigénie, de Gluck. Le concert s'ouvrait par l'ouverture des Deux jour- nées, de Chérubini. L'œuvre de notre savant maître de chapelle, qui re- cèle des beautés du premier ordre, entre autres le grand air de la prê- tresse de Vesta et le quatuor sans accompagnement, a soulevé les bra- vos de la salle entière, et public et artistes ont fait à l'auteur une de ces ovations chaleureuses qui marquent dans la vie d'un artiste. L'Iphigénie a mis en lumière les admirables qualités qui distinguent Mlle Ney, et surtout la puissance dramatique dont elle est éminemment douée ; elle a dit le songe d'iphigénie avec une vérité d'expression saisissante. Stock- hausen a compris et rendu avec un art parfait la scène du sommeil d'O- reste. M. Schnorr é'ait chargé du rôle de Pylade. Le festival s'est ter- miné le troisième jour par le Concert des artistes, dont le programme était très-riche; mais une indisposition de Stockhausen a furoé d'en re- trancher plusieurs morceaux. Quoi qu'il en soit, cette journée n'a pas été moins intéressante que les précédentes. L'attention se concentrait prin- cipalement sur Joachim, le grand virtuose hanovrien, qui s'y produisait dans la Romance de Beethoven, dans la Passion de Bach, et dans un concerto de sa composition, remarquable surtout par l'admirable talent avec lequel il était rendu. Les plus chaleureux applaudissements inter- rompaient â chaque instant le célèbre violonist . — Inuiile de dire qu'à chaque journée un auditoire où se remarquaient les personnages les plus illustres se pressait malgré le mauvais temps dans l'immense salle du Geisler's garteu. „*„ Vienne. — Le succès de Mlle Lagrua s'accroît chaque jour; elle a été admirable dans VAssedio di Corinto. La représentation au béné- fice de la célèbre cantatrice se composera de divers fragments d'opéras. On y exécutera plusieurs scènes des Huguenots, de Meyer- beer, en italien, et la bénéficiaire chantera l'air d'Agathe du Frei- schiitz en langue allemande. — L'Elisire, de Donizetti, a obtenu un bril- lant succès. Comme toujours, Mme Charton-Demeur nous a ravis par la perfection de son chant, la verve entraînante de son jeu et les grâces de sa personne. Fioravanti s'est montré excellent dans le rôle du char- latan. Plusieurs morceaux ont été redemandés. Jusqu'ici l'opéra Italien a donné sept ouvrages : Norma, Lucrèce Borgia, le Siège di Corinlhe, Ri- guletto, la Traviata, le Barbier, et VEUsire d'amore. Pour la fin de la sai- son on annonce Dun Giovanni avec Mmes Lagrua, Charton-Demeur et de Roissy, et MM. Graziani, Beneventano, Varcsi, Milesi et ltokilanski. — Rubinstein est ici en ce moment ; le célèbre pianiste-compositeur se propose de terminer un opéra dont le texte est tiré de Yanku, poème de Charles Beck. i% Darmstadt. — A l'occasion du cinquantième aniversaire de l'exis- tence du théâtre de la cour, on y a donné Titus, de Mozart. Cette repré- sentation a été précédée de l'exécution de l'ouverture de Samori, par l'abbé Vogler, et d'un prologue. Mlle Emilie Schmidt, notre prima donna, a été magnifique dans 1g rôle de Sextus : le duo du premier acte (avec Annius) a été redemandé au milieu d'acclamations enthou- siastes et d'une pluie de bouquets. *** Berlin. — La brillante cantatrice Mlle Hucca, qui en ce moment obtient un si beau succès à Prague, vient d'être engagée au théâtre DE PARIS. 207 royal de l'Opéra. Le 20 mai, ce théâtre a donné Oberon ; pour la clôture on annonce le Templier et la Juive, par Marschner. La troupe d'opéra- comique, au théâtre Kroll a débuté de la manière la plus heureuse par le Fourbisseur (Waffenschmicd), de Lortzing. C'est une des meilleures productions de cet éminent compositeur. *** h'œnigsberg. — Dinorah, le dernier chef-d'œuvre de Meyerbeer, vient d'être représentée au théâtre avec le plus éclatant succès. Mlle Holir, chargée d'interpréter le rôle principal, s'acquitte très-habi- lement de sa tâche. *** Nvples, 24 mai. — 11 est temps que les théâtres royaux soient réorganisés de manière à ce qu'ils reprennent un peu de la faveur qui les abandonne de plus en plus. Le cahier des charges de San-Carlo de- mande chaque année un opéra écrit par un grand maître, et pourtant on n'y donne que des œuvres tout à fait secondaires. La saison d'été ne s'annonce pas comme devant être brillante. La Favorite qu'on a défi- gurée pour l'adapter à un libretto ridicule, Leonore de Gusman, et qui n'avait pas été jouée depuis dix ans, a été accueillie avec indifférence. Mme Vera-Lorini seule y a mérité et obtenu des applaudissements. Il est heureux pour Meyerbeer que l'on ait hésité h jouer son Prophète, et ce- pendant on en avait bien envie, car on n'a pas oublié les magnifiques recettes qu'a produites Robert le niable joué pendant l'été dans des con- ditions presque aussi mauvaises. — Au théâtre des Florentins, l'acteur Salvini, qui a obtenu autrefois beaucoup de succès à Paris avec la l'.is- tori, fait courir tout Naples; on loue les places huit jours à l'avance. L'aristocratie napolitaine, malgré les préoccupations de l'insurrection de Sicile, a voulu jouer la comédie française, italienne et napolitaine ; quatre magnifiques représentations ont été données au palais Delafield cette semaine. — Une comédie originxle napolitaine du chevalier de Durci a obtenu un succès extraordinaire. L'auteur remplissait le rôle national de Pulcinella; son succès a été prodigieux. Mme la princesse de Saint-Elia et la belle Mme Delafield, la fauvette des salons aristocra- tiques, ont obtenu chaque soir les bravos les plus frénétiques. „*„ Cunstantinople. — Une société de musiciens bohèmes, sous la di- rection de M. Prohaska, exécute depuis quelque temps à Péra des mor- ceaux de musique allemande, que la population musulmane écoute avec ravissement. Le grand-turc en ayant entendu parler, a fait venir les artistes étrangers dans son palais, où ils ont eu l'honneur de se faire en- tendre en présence du chef des croyants. — Le 6 mai l'Association alle- mande Teuionia et la Liedertafel ont salué le retour du printemps par une fête toute artistique. Ce jour-là, presque toute la colonie allemande s'est rendue à Hunkiar Skelessi, un des plus beaux sites du Bosphore. Le mauvais temps obligea la société à chercher un abri dans les ruines de la papeterie du sultan Sélim. Plus tard le ciel s'étant éclairci, la Lie- dertafel et la Teuionia s'installèrent sur les terrasses de l'établissement et exécutèrent les plus beaux chants de leur répertoire avec une verve, une vigueur et un ensemble qui firent une impression profonde sur les populations grecques et musulmanes que la solennité avait attirées. Le soir les chanteurs ont fait leur entrée à Péra avec la bannière aux cou leurs allemandes et précédée de kawass. le Directeur : S. DUFOUR. En vente , Chez E. G1ROD, éditeur, 16, boulevard Montmartre. NOUVELLES PUBLICATIONS Joseph Wieniavisfaî. Op. 3. Concert pour le piano 7 50 ilenri Cnspers. Ma Tante dort, opéra-comique en un acte, paroles d'Hector Crémieux, format in-8° net. 8 » E. Savnrv. La Brigantine, chœur à quatre voix, sans accom- pagnement net . » 60 (Ce chœur vient d'obtenir la médaille d'or au grand concours de la ville de Paris.) Alto . Sowîitskî . Gigue écossaise, pour le piano 7 50 E.. IM^mer. Op. 2. Barcarolle, pour le piano 6 » J. Witrii. 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Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) o La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par e le seulement que peut être résolu le problème d'une justesse paiifaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1336.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Rue d'Abbeville, 5 bis, près la place Lafayette, à Paris. MAISON H. HERZ Pil Manufacture de anos, 4S, rue de la Victoire, à Paris. « A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28. » Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. n A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier rang du concours, sous le rapport dn volume et de la bualité du son. • [Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) *" médaille (l'or Exposition nationale française de 1849. DÉCORATION DE I A LÉGION D HONNEUR Exposition de 1849. 1" médaille d'argent Exposition nationale française de isu4. MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS FONDÉE A PARIS EN 1843 PAR Fadeur de la Maison militaire de l'Empereur. BUE SAINT -GEORGES, 50 1" médaille Exposition nationale belge de 1841. DÉCORATION DE U COURONNE 0E CHÊNE de Hollande (1845). Grande médaille d'or du Mérite de Prusse (1846). -o-^S-o- — Seule grande médaille Seule grande médaille dlionneur à 1 Exposition universelle tle Paris (S §55). (Councif WBetliil) à l'Exposition universelle de Londres (1851). Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de U Garde impériale. INVENTEUR DES FAMILLES DES CORNETS-SAX (compensateurs). CLARINETTES CONTRE-BASSES-SAX. CLARINETTES BASSES-SAX. BASSON-SAX (en cuivre et en bois) . Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à piston SAX-TUBAS. SAXOPHONES. CLAIRONS-SAX. TROMBONES-SAX. SAXO-TROMBAS. SAXHORNS. Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, i et 5 cylindres ; invention brevetée en I85W. Tous les instruments a pistons avec addition d'une ou plusieurs clefs; invention brevetée en 1S50. Système d'instruments à pistons ascendants; inv. brev. en 1S5%. ou cylindres, les mêmes forme Saxo-Tromba. Clairons, Trompettes d'ordonuance. Flûtes, Clarinettes, Bassons, Caisses roulantes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales, Cym- bales, etc., etc. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. K? 24. 10 Juin 1800. ON S'ABONNE t Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aui Bureaux des Messageries et des Postes. REVUE PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris. 24fr.paroJ Départements, Belgique et Suisse — 30 ■» id. Étranger 34 " *d. Le Journal parait le Dimanche . GÂZET SOMMAIRE. — Théâtre Lyrique : les Rosières, opéra-comique en trois actes, pa- roles de M. Théaulon, musique d'Hérold ; les Valets de Gascogne, opéra-comi- que en un acte, paroles de M. Philippe Gille , musique de M. Dufresne, par Léon Durocher. — Henry Wuille. — Revue critique : Ouvrage divers re- latifs à l'accompagnement du plain-chant (3e article), par Adrien de La l'.-ifre. — Revue des théâtres, par D. A. D. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces. THMTRE LYRIQUE. LES ROSIÈRES, Opéra-comique en trois actes, paroles de M. Théaulon, musique f/'HÉROLD. LES VALETS DE GASCOGNE, Opéra-comique en un acte, paroles de M. Philippe Gille, musique de M. Dufresne. (Premières représentations.) Les Rosières ont été représentées ;iu théâtre Lyrique le 5 juin, et les Valets de Gascogne le 2. Mais qu'importe ici la chronologie? Le lecteur est probablement plus pressé d'avoir des nouvelles d'un ou- vrage d'Hérold dont il a à peine entendu parler, que de tout ouvrage moderne, et nous sommes convaincus que M. Dufresne cédera vo- lontiers à son ancien l'honneur du pas. Les Rosières sont le premier opéra qu'Hérold ait fait jouer à Paris. C'est le 27 janvier 1817 que fut jeté pour la première fois au par- terre de la salle Feydeau ce nom qui allait bientôt devenir si célèbre. Les Rosières prouvèrent aux artistes et aux amateurs éclairés que la France avait un compositeur de plus. Leur succès fut brillant et du- rable. Elles ne quittèrent définitivement le répertoire qu'en 1826. Est-ce Marie qui les en chassa ? On peut le supposer sans faire crier à l'invraisemblance. Marie est une partition évidemment supérieure h l'autre. La pensée y est plus abondante, plus vigoureuse; elle se développe plus largement. L'instrumentation surtout y est beaucoup plus riche et plus brillante. Mais on trouve dans les Rosières le germe de toutes les qualités qui devaient illustrer la trop courte car- rière d'Hérold, la facilité, la grâce mélodique, un sentiment très-vif et très-fin de tout ce qui constitue l'élégance du style, beaucoup de tact et beaucoup d'esprit. L'auteur n'y court pas encore après les modulations imprévues ; son harmonie est simple et naturelle, mais elle est déjà remarquable par sa correction et sa clarté. Dans les mor- ceaux d'ensemble, les parties vocales sont très-habilement ajustées. A l'orchestre, les instruments à vent sollicitent rarement l'attention de l'auditeur , mais le quatuor est toujours écrit magistralement. L'ouverture est fort bien faite. On y reconnaît tout de suite que l'auteur débutant n'est pas fâché d'établir une fois pour toutes qu'il n'a pas volé son grand prix, que ses études ont été sérieuses et com- plètes, qu'il sait tout ce qu'un compositeur doit savoir. Le motif prin- cipal y est traité avec cette habileté ingénieuse, cette abondance fa- cile et celte richesse de détails dont Joseph Haydn a donné de si beaux exemples dans ses symphonies, ses sonates et ses quatuors. Le commencement du premier acte est un peu froid. Le chœur d'introduction est très -ordinaire. Il n'y a rien à eu dire. L'air de Bastien : Les fillettes du village Ont toutes un jo'i minois, Mais la plus belle, la plus sage Est cell' qui me tient sous ses lois, etc., est écrit d'un style simple et naïf, parfaitement approprié à la con- dition du personnage qui le chante. Mais il ne suffit pas qu'un mor- ceau soit convenable; un tour plus original, un peu plus de mouve- ment et de verve n'y auraient rien gâté. La romance du comte Ed- mond : Gentille rosière, Toi seule me plaît, etc. , n'offre rien de saillant. C'est seulement aux couplets de Mlle Floretle : De ce village Tous les garçons , que le génie du compositeur se révèle enfin. Il n'y a là qu'une phrase ; mais elle est nette , précise , vive , piquante , spirituelle au dernier point. Hérold fera rarement de plus heureuses rencontres , même à l'époque où son talent sera complètement développé. Arrivé à celte hauteur, il n'en descend plus. Le quatuor qui suit est très-court, mais il est plein de fraîcheur et de grâce. Le chœur villa- geois qui termine le premier acte, très-court aussi, — l'usage des grands finales ne s'était pas encore introduit à l'Opéra-Comique, ou du moins il n'était pas obligatoire, — le chœur, disons-nous, roule sur des phrases aussi élégantes que naïves. Au second acte , un autre chœur est bientôt suivi d'un morceau d'ensemble qui n'est pas moins remarquable par la valeur intrinsèque des idées que par le mérite de la facture. Les couplets de Mme de Mondor, — à laquelle nous ne donnons peut-être pas son véritable nom, — sont charmants : chant, harmonie, accompagnement, tout y est également distingué. Il y a moins d'éloges à faire peut-être du duo 210 REVUE ET GAZETTE MUSICALE du comte Edmond avec Mme de Mondor déguisée en rosière ; mais la marche des gardes-chasse, qui -vient ensuite, est un morceau des plus rares. Le thème en est aussi fin qu'élégant. Après que les violons l'ont présenté, les instruments à vent le reproduisent, et le premier violon l'accompagne alors d'une variation en triolets de l'effet le plus piquant. Rien de tout cela ne vaut pourtant le duo du troisième acte entre Bastien et Florette : Laisse-moi, Bastien, laisse-moi, lequel finit en trio. On voit rarement une scène aussi bien filée, pour nous servir du terme consacré. Le chant y est naturel, gra- cieusement comique et singulièrement expressif. Il peint la parole. Le morceau est conduit de main de maître, et les rentrées y sont amenées avec une habileté singulière. On remarquera vers la fin, lors- que Florette s'aperçoit que Bastien offensé offre ses hommages à Mlle Cataut Bertrand, une phrase plaintive qui fait le plus heureux contraste avec tout ce qui précède et tout ce qui va suivre. Elle est touchante et ne cesse pourtant pas d'être comique. On ne saurait avoir plus d'esprit, plus de goût et un art plus délicat. Nous voudrions parler encore de l'air de Florette délaissée et pleu- rant sur les conséquences de son ambilion déçue, et d'une autre pe- tite marche très-jolie, et puis encore Mais comment parler de tout? Boileau, le législateur du Parnasse, comme on disait autrefois, déclare qu'il faut savoir se borner. Bornons-nous donc, quoique nous ne prétendions nullement à l'honneur de nous guinder sur le Parnasse. Voilà d'ailleurs Mlle Girard qui nous appelle. Elle joue le rôle de Florette avec esprit, avec finesse, et ce je ne sain quoi qui donne à toutes ses créations un air si original. Elle chante ses couplets du premier acte, son duo du troisième, etc., avec autant de verve que de grâce. Exécution facile, correcte, brillante, vive intelligence, goût exquis, voix charmante.... que pouvez-vous désirer de plus? Nous lui avons reproché longtemps de chevrotter ; elle ne chevrotte plus, et nous sommes obligé de la louer sans restriction. Rude épreuve pour un critique ! Mlle Faivre fait de grands progrès. Sa prononciation est plus nette et sa voix mieux posée. Encore quelques efforts et ce sera une de nos plus agréables cantatrices. M. Fromant, M. Ricquier-Delaunay, Gabriel, sont bien placés dans leurs rôles, et ce joli ouvrage est très-convenablement exécuté. Nous n'avons encore rien dit de la pièce : elle est fort amusante, bien faite, vivement menée. Théaulon avait beaucoup d'imagination, d'esprit, de gaieté, et, de plus, il savait écrire, ce qui ne gâte ja- mais rien . Son comte Edmond qui se plaint des femmes de la cour parce qu'elles ont eu pour lui trop de bontés, — le fat! — et qui veut à toute force, pour se venger d'elles, épouser une paysanne ; son sénéchal, ses baillis, son commandeur travesti en juge de village, font rire le parterre à chaque mot qu'ils disent. Le drame n'a rien de compliqué, on le suit sans effort, et le divertissement ne devient ja- mais une fatigue. Il a une autre qualité fort précieuse : il n'est pas trop long. On en sort la tête libre et l'on rentre chez soi de bonne humeur. Personne, après avoir vu les Rosières, ne regrettera sa soirée. Et personne par conséquent ne sera tenté de chicaner l'auteur sur l'in- vraisemblance de sa fiction. — Nous en pouvons bien dire autant des Valets de Gascogne. Ce sont deux hobereaux de village aussi pauvres que glorieux, et qui, n'ayant pas de quoi payer un valet, endossent la livrée, et se servent eux-mêmes. Il va sans dire que le maître n'est jamais là quand on trouve le valet, et que le valet est toujours sorti lorsque l'on rencon- tre le maître. L'un a une nièce et cherche à la marier. L'autre, qui croit à l'existence d'une dot, la demande en mariage, est admis sans examen, à cause du beau nom qu'il porte, et vient lui-même, en habit galonné, annoncer sa prochaine arrivée. 11 suit de là une scène assez plaisante des deux faux valets, qui se traitent fort cavalièrement, se prennent de querelle, et se battraient si l'on n'y mettait ordre. C'est l'amant de Mlle Blanche, M. Blondel, professeur de chant, qui leur rend ce service. Blondel a surpris le secret de M. le marquis de Panillac, et s'est emparé de son habit de cérémonie, de son épée, de son cha- peau à trois cornes. Ainsi accoutré, rien ne l'empêche de lui prendre aussi son nom. Une fois lancé dans cette aventure, il profite de ses avantages et traite sans miséricorde le pauvre gentilhomme qui n'en peut mais. — Allons ! François, prenez ma canne et mon chapeau, allez chercher la table, mettez le couvert, servez le potage, versez à boire à Mlle Blanche et à M le marquis de la Basse-Boulaine, etc., etc. On voit la situation, et nous n'en dirons pas davantage. Quand il a bien turlupiné son rival, et qu'il ne trouve plus aucun nouveau tour à lui jouer, il le démasque, lui rend son titre, sa canne, son chapeau, sa houpelande et sa perruque. Les deux marquis sont couverts d'un tel ridicule qu'ils n'ont plus rien à lui refuser. Tout cela est fou, assurément, mais on rit comme, si l'on était au Palais-Royal. On n'aurait pourtant pas au Palais-Royal la musique de M. Dufresne, une jolie ouverture, un trio et un quatuor très-bien faits, un duo ré- jouissant,— celui des deux marquis déguisés en valets de chambre, — et quelques couplets fort heureusement tournés. Mlle Faivre, M. Gi- rardot, M. Wartel, jouent et chantent gaiement ce petit ouvrage. M. Potel, qui est chargé du rôle de Blondel, y obtient un succès dé- cidé comme acteur et comme chanteur. 11 a de l'intelligence, Thabi- tude du théâtre et une agréable voix de ténor dont il se sert ha- bilement. Avec ces deux ouvrages et Orphée, dont la vogue dure encore, le théâtre Lyrique passera doucement le mois de juin et se consolera du succès d'estime de Fidelio. Il est certain qu'un théâtre non subven- tionné ne saurait vivre de succès d'estime. Léon DUROCHER. HENRY WUILLE. C'est un événement musical tout à fait digne d'une mention parti- culière que le début à Paris de cet artiste, qui a fait sa renommée à Strasbourg, à Bade et autres villes. Pendant l'hiver, la Société des concerts ou celle des jeunes artistes se seraient empressées de lui ouvrir leurs portes. Pendant l'été, il s'est fait entendre aux Champs-Elysées, dans les concerts-Musard, parce que la foule est là, et que cette foule s'y connaît. Henry Wuille appartient à l'élite des instrumentistes extraordinaires qui non-seulement possèdent leur instrument de manière à profiter de toutes ses ressources, mais qui le dominent, le transforment, à ce point que toute comparaison devient impossible. Nous avons des cla- rinettistes du talent le plus élevé, le plus pur, du style le plus irré- prochable : nous n'en avons pas un qui ressemble à Henry Wuille. Avec lui, la clarinette prend un autre son que celui qu'on lui connaît en général. Au lieu de cette voix éclatante, mais toujours un peu lourde, un peu massive, c'est quelque chose d'aérien, de léger, d'onc- tueux, qui n'a plus rien à envier à la brillante volubilité de la flûte, ni à la rêveuse tendresse du hautbois. Henry Wuille est doué d'une puis- sance de respiration sans égale : il aborde aussi facilemont le largo le plus soutenu que le presto le plus rapide. Il chante avec âme, il enfle et éteint le son, comme il veut : il rend le lointain des échos sans le moindre effort. En un mot, il est du premier ordre des virtuoses, pour lesquels la nature n'a pas moins fait que l'art. Dans la fantaisie de Bender sur un thème à' A Une, dans le con- certino du même compositeur, il a déployé toutes les qualités solides et brillantes de son jeu. Dans ses variations bouffes sur l'air de Mal- brough, dans le trille vraiment diabolique dont il accompagne sans DE PARIS. 211 interruption le motif de l'air, il a mis au jour la partie fantastique et pour ainsi dire impossible. Chaque fois qu'il a joué ces divers mor- ceaux, on aurait entendu voler un papillon dans la salle de verdure, et à chaque repos c'étaient des applaudissements sans fin que l'artiste recevait avec une modestie charmante. Henry Wuille n'avait que dix jours à nous donner : un engagement le rappelle à Bade, d'où il ne s'éloignera que pour le festival alsacien qui doit se célébrer à Mulhouse pendant le mois de juillet. Quoique attaché au Conservatoire et au théâtre de Strasbourg, nous ne doutons pas que Paris ne trouve moyen de l'obliger à revenir d'ici à peu de temps, et pour ne plus nous quitter. REVUE CRITIQUE. OUVRAGES DIVERS RELATIFS A L'ACCOMPAGNEMENT DU PLAIN-CHANT. (3' article) (1). En continuant notre revue des écrits publiés récemment sur l'ac- compagnement du plain-chant , nous trouvons la Méthode pratique d'accompagnement du plain-chant basée sur la tonalité ecclésias- tique et sur la pratique constante du moyen âge, par L. Bignon, or- ganiste de Notre-Dame du Mont à Marseille, etc. Si je ne devais pas plus loin parler d'un autre ouvrage qui a des droits tout particuliers à ma sympathie , elle appartiendrait sans réserve au travail de M. Bignon. A mon sens, personne plus que M. Bignon n'est dans le vrai quant à l'accompagnement du plain-chant, et l'on pourrait même dire qu'il est le seul qui ait cet avantage. Remarquons avant tout que pour l'obte- nir il lui faut mentir en partie à son titre, et l'on ne saurait trop l'en féliciter. Non, Dieu merci, ce n'est point la pratique constante du moyen âge qu'il vient nous exposer, ce n'est point la barbare et gros- sière organalion qui pouvait convenu' à ces abominables temps, et qui consistait en suites de quintes ou de quartes marchant continuel- lement avec le plain-chant et dans le même sens que lui ; ce qu'en- seigne M. Bignon, c'est l'harmonie pure, correcte, élégante qui se forma lorsque la divine renaissance vint rendre à la musique comme aux autres arts, comme aux sciences et aux lettres, cette vigueur et cette couleur qui caractérisent les époques où l'esprit humain est dans sa force et se plaît à enfanter les chefs-d'œuvre. L'harmonie que l'organiste de Marseille veut voir adaptée au plain-chant est celle dont l'expression la plus élevée et la plus parfaite brille d'un vif éclat dans les œuvres immortelles de Pierluigi, de Victoria et de plusieurs de leurs contemporains. La méthode de M. Bignon commence par un texte assez étendu dans lequel je ne relèverai pas quelques points qui me semblent erronés, parce que ces erreurs sont tout simplement la reproduction de ce qui se lit en beaucoup d'autres livres. Je crois aussi qu'il n'était pas né- cessaire d'offrir aux lecteurs la nomenclature du diagramme grec, fort inutile aujourd'hui, et que Guido avait avec pleine raison bannie des livres élémentaires. Abordant positivement son sujet, M. Bignon donne en quelques pages les règles générales de son système d'accompagnement. Ainsi que je viens de le dire, ce système n'est autre que celui qui se tire naturellement des exemples fournis par les compositeurs du xvie siècle dans leurs compositions vocales, avec cette différence que ces grands musiciens, faisant marcher leurs parties en toute liberté, employaient, selon qu'il leur convenait, les notes de passage et les dissonances préparées et sauvées selon les règles, tandis que M. Bignon réduit son accompagnement à l'harmonie consonnante, note contre note, qui se trouve encore resserrée par la nécessité d'obtenir pour l'instrument un doigté convenable. (1) Voir le n» 3. Après avoir donné les exemples les plus nécessaires pour les pas- sages embarrassants, pour ceux que les anciens traitaient d'une ma- nière particulière, pour l'introduction des accidents, la manière de caractériser les cadences, etc., l'auteur parcourt successivement les huit modes en donnant pour chacun un certain nombre de pièces des- tinées à servir de modèles et fort bonnes en effet à prendre pour tels. Peut-être ne s'arrête-t-il pas sur chacun d'eux autant qu'on le désirerait: ainsi n'est-ce pas se tirer bien vite d'affaire de dire que le troisième mode ne présente rien de particulier qu'à la finale, et les élèves se contenteront-ils tous de n'en pas apprendre davantage? Ensuite était-il bien nécessaire de parler de pièces de ce mode qui se terminent en lu ? On ces pièces sont étrangement corrompues, ou elles n'existent pas en tant qu'appartenant au quatrième mode, et elles doivent être renvoyées au neuvième mode, appelé aussi premier en a. Viennent ensuite des avis sur la transposition dont l'emploi est in- dispensable à l'église pour assortir le plain-chant aux voix qui l'exé- cutent. A la fin se trouve la manière d'accompagner la psalmodie et ses différentes finales avec une harmonie convenable. L'ouvrage est terminé par des notions sur le plain-chant musical, espèce bâtarde, à laquelle, les deux siècles passés ont donné en France une attention qu'assurément elle ne méritait guère. Ce n'est, à vrai dire, le plus souvent que de la mauvaise musique écrite en notes carrées et n'ap- partenant au plain-chant que parce côté. Par une bizarrerie singulière, les musiciens accompagnent souvent le plain-chant comme si c'était delà musique, et s'il s'agit de plain-chant musical, qui n'est autre chose que de la musique, ils prétendent le traiter comme si c'était réellement du plain-chant; M. Bignon veut que chaque chose reprenne sa véritable place, et tout le monde sera de son avis. C'est avec raison que M. Wackenthaler ayant à publier un petit ouvrage sur la matière qui nous occupe, l'a intitulé : l'Art d'accompa- gner le plain-chant romain; mais il a eu tort d'ajouter au sous-titre : mè'hode claire et facile ; non que son ouvrage manque de clarté et qu'il soit difficile à comprendre, mais franchement on ne peut dire que ce soit là une méthode. L'idée que fait naître ce mot dans l'es- prit suppose une disposition des matières dans un ordre tel que cha- que fait ou chaque précepte soit une déduction de principes posés dès le commencement, et dont le reste de l'ouvrage n'est que le dé- veloppement. Or, quoique l'ordre dans lequel M. Wackenthaler expose ses idées soit fort simple et fort raisonnable, il n'offre point les qua- lités que je viens d'indiquer, et l'on peut même dire que dans son plan elles n'étaient point nécessaires. Adrien de; LA FAGE. (La fin prochainement. REVUE DES THEATRES. La fermeture de I'Odéox. — Les adieux de Mme Ristori. — Vaude- ville : l'Envers d'une conspiration, comédie en cinq actes , par M. Alexandre Dumas père. —Palais-Royal : les Trois fils de Cadet Roussel, vaudeville en trois actes, par MM. Varin, Laurencin et Michel Delaporte. — Gaité : Une pécheresse, drame en cinq actes, par Mme Régnault de Prébois et M. Théodore Barrière. •— Giuque Impérial : Reprise d'Héloïse et Abeilard, drame en cinq actes et neuf tableaux, de MM. Anicet Bourgeois et Francis Cornu. — Théatiie Déjazet : le Jeune homme au riflard, vaudeville de MM. Varin et Cadot ; la Traite d'un nègre blanc , pochade en deux tableaux, par M. Guénéej reprise de Pianella. L'été commence â exercer son influence habituelle sur les théâtres. Plusieurs d'entre eux ont déjà fermé leurs portes pour la saison ; d'au- tres se préparent à suivre cet exemple. L'Odéon a fait ses adieux au public le 31 mai, avec le Testament de César Giraudot, le grand succès de l'hiver. Les Bouffes-Parisiens sont en voyage. Les Délasse- ments-Comiques annoncent leurs dernières représentations, et tout 212 REVUE ET GAZETTE MUSICALE fait supposer que nous ne les reverrons plus qu'à l'Eldorado, -qui se dispose à les recevoir. Bientôt viendra le tour du théâtre Lyrique, qui, lui du moins, fera encore une étape au boulevard du Temple avant d'aller habiter son nouveau domicile de la place du Châtelet. — Le séjour de la Compagnie italienne à Paris ne s'est pas pro- longé au delà du 29 mai. Ce jour là, Mme Ristori s'est prodiguée dans une splendide représentation où elle a joué des fragments de ses quatre meilleurs rôles, comme pour quadrupler les regrets qu'elle nous laiste. La comédie du cornle Giraud, / Gelosi fortunati , la scène de Macbeth, le cinquième acte d'Elisabelta, les troisième et cin- quième actes de Maria Stuarda, tel est le programme de la soirée triomphante dans laquelle Mme Ristori a pris congé des habitués de la salle Ventadour. — La veille du départ de M. Alexandre Dumas père pour son voyag-e de circumnavigation dans la Méditerranée, on a fait quelque bruit d'une pièce qu'il destinait à la Comédie française, et dont la lecture aurait été brusquement interrompue par une discussion relative à la prime d'usage. Cette question, soulevée sans motif apparent par un membre du comité, a passé, aux yeux de bien des gens, pour un moyen détourné de forcer l'auteur à remporter sa pièce. C'est en effet ce qui est arrivé : M. Dumas père, dont la patience n'est pas la vertu dominante, n'a pas même achevé sa lecture et a couru offrir son œuvre au directeur du Vaudeville, en stipulant avec une sorte de crânerie qu'il ne lui serait alloué aucune prime, et que l'En- vers d'une conspiration serait joué en plein été. Nous avons nommé l'objet du litige; maintenant que chacun peut se prononcer à son égard en connaissance de cause, il nous reste à examiner si ses dé- fauts sont de nature à justifier le comité du Théâtre-Français, ou si ses qualités répondent suffisamment à la présomptueuse confiance de M. Dumas père. On connaît le sans-façon avec lequel le fécond et hardi romancier traite presque toujours l'histoire. Son procédé est invariable : étant donné un événement célèbre dont les principaux acteurs sont forcé- ment indiqués, il y mêle un ou plusieurs personnages d'invention qui tiennent les fils de l'intrigue, et il y distribue à doses égales la fan- taisie et la réalité. On ne peut disconvenir que cette olla podrida n'amène parfois des effets pleins d'intérêt et de curiosité, mais à quel prix ? Depuis trop longtemps on s'est déshabitué de prendre M. Dumas père au sérieux, et il n'a plus d'autres titres à l'attention que celui d'amuseur. Nous croyons que sa pièce du Vaudeville, charpentée dans les mêmes conditions que les ouvrages dont nous parlons, n'est pas faite pour le réhabiliter. 11 s'agit de la conspiration qui rendit le trône d'Angleterre au roi' Charles II et à la reine Catherine de Bragance ; voilà pour le côté historique. Quant à l'envers, il est représenté par une jeune femme, lady Ilamilton, et par un chevalier d'aventure, l'Ecossais Evan Mac Donald, qui, venu à Londres pour servir le parti républicain, contribue puissamment, par amour pour lady Ilamilton et sans qu'il s'en doute, au rétablissement de la royauté. Dupuis, l'ex-artiste du Gymnase, a été engagé pour le rôle de Mac Donald, qui prête à cette pièce les allures les plus gaies. Si M. Dumas n'a pas eu d'autre ambition que celle-là, il n'est pas impossible que le public lui donne raison ; mais si l'on se reporte au temps où ce dramaturge n'affichait pas un tel dé- dain de la forme littéraire, on ne donnera pas tort au Théâtre- Français. — Au Palais-Royal les Trois fils de Cadet Roussel ont réussi, mais non sans quelque hésitation. 11 n'y a rien de plus difficile à mettre en scène que ces types grotesques, passés, pour ainsi dire, à l'état légendaire. Et quel autre personnage a subi plus de métamor- phoses comiques que celui de Cadet Roussel ? Nos pères l'ont vu dé- filer dans plus de trente pièces, tour à tour barbier à la fontaine des Innocents, maître d'école à Ckaillol, professeur de déclama- tion, etc., ou bien an café des Aveugles, aux Champs-Elysées, dans l'île des Amazones, ou encore — et ce n'est pas la moins plaisante de ses incarnations, — dans la peau d'un esturgeon. A quelle sauce n'a-t-on pas servi ce digne frère de Jocrisse, de Janot et du Jérôme Pointu? Ce n'est donc pas une petite affaire de le ressusciter aujour- d'hui, voire même dans sa progéniture; la tradition de ses anciens hauts faits lègue à ses fils des exigences presque impossibles à satis- faire. Ne soyons donc pas trop surpris si les deux premiers actes de la nouvelle bouffonnerie du Palais-Royal ont été reçus un peu froidement. Le troisième a été plus heureux, grâce à une pantomime arlequinade réglée par Paul Legrand et enlevée à merveille par la famille de Cadet Roassel, Delannoy, Brasseur, Luguet, Gil-Perès et Mlle Dubouchet. Cette bamboche drolatique s'appelle le Mariage de Cassandre ou VEnfanl du rhinocéros. On a aussi fort applaudi la Ronde dit pacha Mustapha, qui est très-originale et qui fait honneur à l'imagination de M. Silvain Mangeant, le chef d'orchestre du théâtre. — Le drame de la Gaîté, Une pécheresse, ne brille ni par l'inven- tion, ni par la variété des combinaisons, et cependant il intéresse, il émeut et provoque les larmes dans certaines scènes tracées avec talent. C'est le Passé d'une femme, c'est le Livre noir, c'est tout ce que vous voudrez ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que c'est une pièce faite par un homme d'esprit et par une femme de cœur : nous n'en voulons pour preuve que l'idée seule du dénoûment. Compro- mise par quelques imprudences rétrospectives, la pécheresse est accu- sée de trahison par son mari ; elle cherche à se disculper. « Si je mens, s'écrie-t-elle, que Dieu me reprenne mon enfant. » Au même instant, le pauvre petit meurt. Le père, croyant à un jugement de Dieu, se bat en duel avec l'homme qu'il regarde comme son rival ; mais tout à coup la mère se jette entre les deux adversaires : « Tu ne m'as pas cru, dit-elle à son mari, et pourtant notre enfant existe !» — Le drame de Mme Regnault de Prébois et de M. Th. Barrière restera longtemps au répertoire de la Gaîté. — 11 y a environ vingt-cinq ans que l'Ambigu a joué pour la pre- mière fois Héloise et Abeilard, et les nombreuses reprises de cette pièce attestent le prodigieux succès qu'elle obtint alors , et qui n'est pas encore épuisé à l'heure qu'il est. Le Cirque impérial vient de s'en emparer, et pour la rajeunir, il lui a fait les honneurs d'une mise en scène magnifique. Parmi les additions faites à l'œuvre pri- mitive, nous mentionnerons le brillant tournoi qui figure à présent au troisième tableau. — Deux petites pièces ont fait leur apparition au théâtre Déjazet, en même temps que la reprise de Pianella, interrompue dès ses pre- mières représentations par un regrettable accident dont Halbleid a été victime. L'artiste qui le remplace a droit à des encouragements. Quant aux deux nouveautés : l'une, le Jeune homme au ri/lard, est un joyeux vaudeville basé sur la recherche d'un parapluie-talisman ; l'autre, la Traite d'un nègre blanc, est une pochade dont la princi- pale situation est empruntée à l'histoire de la coupe de Joseph vendu par ses frères et devenu premier ministre de Pharaon. Monsieur Ga- rât continue à remplir la salle. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. „*» L'indisposition de Mme Ferraris se prolongeant, elle a dû être remplacée dans le rôle de Diane par Mlle Villiers, et Pitrre de Médias a été représenté vendredi. *** La première représentation de Sémiramis aura lieu le 29 juin ou le 2 juillet au plus tard. „.** La direction de l'Opéra vient de rengager Wicart. Il rentrera par le rôle d'Arnold, de Guillaume Tell, après lequel il chantera celui de Raoul, des Huguenots. „*„, L'engagement de Mme Tedesco a été signé avant hier. La célèbre cantatrice doit être à la disposition de M. Alphonse Royer le I" septem- DE PARIS. 213 bre, pour commencer les répétitions du Tanhauser, qui doit être joué à la fin de janvier. t*„, Mercredi l'Étoile du Nord a rempli la salle du théâtre de l'Opéra- Comique. Mme Cabel a chanté avec sa supériorité ordinaire le rôle de Catherine. Troy s'est convenablement acquitté de celui de Peters. Mlle Belia, Nathan et Caussade remplissaient les autres rôles. Le chef- d'œuvre a produit son effet accoutumé. — Le Roman d'Elvire et Itita, le Château-Trompette et V Habit de Mijlord tiennent l'affiche les autres jours. — On répète un opéra de M. Paul Dupuch, Gertruds, qui passera après le Petit Chaperon rouge, dont la représentation est très-prochaine. Voici les noms des artistes chargés d'interpréter l'un des populaires chefs- d'œuvre de Boïeldieu : Rodolphe, M. Crosti ; Roger, Warot: le bailli, Lemaire; l'ermite, Barrielle; Rose-d'amour, Mlle Marimon; Annctte, Belia. **» Avant la clôture, le théâtre Lyrique donnera une nouvelle opérette, Mailre Palma, annoncée d'abord sous le titre de Mariage aux èpées. Le livret est de MM. Furpille et Gille, et la musique, le coup d'essai de Mlle Rivay. La Madone, de Lacombe, doit aussi faire son apparition très- prochainement. „,*,, Le directeur du théâtre Lyrique vient d'engager Mme Wekerlin- Damoreau pour la saison prochaine. „% Un acte de bienfaisance réunissait, la semaine dernière , à Ver- sailles, un nombreux auditoire ; il s'agissait d'un concert organisé au bénéfice de l'Asile maternel de cette ville. Au nombre des artistes qui concouraient à cette bonne œuvre, M. Fr. Brissou s'est fait applaudir â plusieurs reprises, en exécutant successivement, sur l'orgue d'Alexandre, son beau trio sur Martha , et le duo qu'il a également composé sur le Pardon. MM. Portehaut et Mme Lagnier ont chanté avec beaucoup de succès le duo des Dragons de Villars. La séance n'a pas été moins hono- rable pour les artistes que fructueuse pour l'institution. „*,, Dimanche dernier a eu lieu une séance des plus intéressantes chez Rossini : M. Wekerlin faisait entendre son Ode-symphonie de la Mer, œu- vre à laquelle il vient de mettre la dernière main. Il n'y avait pas moins de vingt exécutants pour cette lecture au piano, qui a valu au composkeur les éloges les plus flatteurs de la part du maître. „*x A la dernière réunion musicale qui a eu lieu chez Rossini avant son départ pour la campagne, M. Paul Bernard, après\avoir exécuté sa belle transcription de la Charité, pour le piano, a fait entendre une œuvre nouvelle écrite par M. Galope-d'Onquaire, et dont il a composé la mu- sique. C'est une pastorale bouffe qui a pour titre Loin du bruit. Joué et chanté avec beaucoup d'entrain par Sainte-Foy et Mlle Mira, cet inter- mède a obtenu un succès du meilleur aloi. La gaieté du poème, l'origi- nalité de la musique ont valu aux auteurs des félicitations chaleureuses et des applaudissements réitérés dont Rossini a donné â plusieurs reprises le signal. **„, 11 y a peu de jours, A. Goria, l'éminent pianiste, désirant faire apprécier sa méthode d'enseignement, avait réuni dans les salons de Pleyel-Wolff, mis gracieusement à sa disposition, les élèves de la classe qu'il a fondée il y a six mois. Un jury, composé des frères Herz, de Marmontel, Kruger, Lefebure-Wely, etc., devait présider à cet exercice- concours et distribuer des médailles aux élèves les plus distingués. Dix jeunes filles et deux jeunes garçons ont concouru ; le programme se composait du rondo de Hummel en mi bémol et de l'allégro du con- certo de Beethoven en ut mineur. Deux médailles d'argent et trois de bronze ont été décernées par ces juges compétents, qui ont chaleu- resement complimenté Goria sur un mode d'enseignement destiné à pro- duire les meilleurs résultats. „.*„. Le directeur du théâtre de l'Oriente, à Madrid, vient d'engager pour la saison prochaine le célèbre ténor Fraschini. „,% Mme Borghi-Mamo, que le directeur du théâtre de Sa Majesté a rengagée pour la saison prochaine, vient également de signer un enga- gement, pour la saison du carnaval prochain, avec les frères Marzi, direc- teurs du théâtre de la Scala, à Milan. „•% Mme Meillet, qu'on a applaudie pendant plusieurs années au théâtre Lyrique en compagnie de son mari, est de retour â Paris. Elle vient de Marseille, où elle avait été engagée pour la saison qui vient de finir, et où elle a retrouvé les succès qu'elle avait eus à Paris. „*„, Mlle Esther Danhauser, qui a tenu avec beaucoup de succès, cet hiver, l'emploi de dugazon au théâtre de Brest, est de retour à Paris. *** Roger est revenu de sa tournée artistique dans le midi. C'est à Bordeaux qu'il a donné ses dernières représentations pour la clôture du théâtre, et le célèbre ténor y a trouvé un accueil digne de sa réputation. Le Prophète a été surtout un véritable triomphe pour lui. — Les Dragons de Villars ayant pour interprètes Mlle Lacombe et M. Colomyès ont été salués par des applaudissements qui promettent au charmant opéra de Maillart une brillante ropriseâ la saison prochaine. Cet opéra et celui de Martha ont été les deux succès de l'année. *% Roger doit se trouver à Bade au mois d'août. Il y est engagé pour chanter avec Mme Miolan-Carvalho un opéra inédit deCh. Gounod. „,** M. Ivan Krafzoff, ténor, dont on a annoncé l'engagement pour Moscou, doit, avant de se rendre dans cette ville, chanter pendant trois mois au théâtre italien de Saint-Pétersbourg. *** Le mariage de Mlle Mirés et de M. le prince de Polignac a eu lieu le 5 juin dans l'église de la Madeleine, richement décorée pour cette cérémonie, à laquelle assistait une affluence énorme, composée de per- sonnages appartenant â la politique , â l'administration , à la finance , aux arts, aux lettres et aux sommités du monde. Mgr l'évêque de Mar- seille officiait et a donné la bénédiction nuptiale aux deux époux. La musique de la messe, exécutée pour cette solennité, a été composée par le prince Edmond de Polignac , le plus jeune des quatre frères de cette illustre famille. L'œuvre de M. de Polignac a été fort remarquée, et elle témoigne d'études sérieuses de la part de l'auteur. L'orchestration en est sobre et savante à la fois, et la mélodie est empreinte de ce profond sentiment religieux qu'on ne trouve que dans les compositions des vieux maîtres. L'exécution de cette messe par des artistes choisis dans l'or- chestre de l'Opéra et par le chœur de la Madeleine , sous la direction de son maître de chapelle, M. Dietsch, n'a rien laissé à désirer. L'orga- niste de la paroisse, M. Saint-Saens, était au grand orgue, et quand Mgr l'évêque a fait son entrée dans l'église, il a exécuté une marche solennelle d'un très-beau caractère, et qui a produit sur l'auditoire une profonde impression. *** 11 vient de se fonder en Russie une institution qui fait honneur â ce pays. La Gazette du Nord publiait dans son avant-dernier numéro l'ex- posé de la situation du Fonds de secours des gens de lettres et des savanis en Russie. Cette Société, fondée depuis peu de mois par l'élite des écri- vains russes et par les directeurs des principaux journaux et revues, dit la Gazette du Nord, n'est pas une société de secours mutuels. Pour par- ticiper à ses bienfaits, il suffit d'être un homme de lettres ou de science, d'être présenté par un membre ou d'écrire simplement au comité. Les veuves et les orphelins ont aussi droit aux secours. Un empressement fort honorable pour le caractère national s'est produit dans toutes les régions du monde pour aider la Société à atteindre le but qu'elle se propose. L'empereur et sa famille ont bien voulu souscrire pour un versement an- nuel de 1,300 roubles argent (5,200 fr.). Les hommes de lettres les plus célèbres se sont engagés à donner tant pour cent sur le produit de leurs ouvrages; plusieurs artistes ont fait de même, et les directeurs des prin- cipales revues ont résolu de payer à la Société un droit fixe sur chaque abonnement à leurs publications. Quelques éditeurs connus ont pris un engagement semblable pour les livres qu'ils font paraître, et beaucoup de particuliers n'appartenant pas à la littérature, ni à la science, ni à l'art ont versé d'abondantes contributions comme témoignage de leur dé- vouement au progrès et à la diffusion des lumières, en même temps que de leur respect pour ceux qui s'y consacrent. La Société a déjà pu ac- corder des pensions annuelles dont le montant est de 2,160 roubles argent (8,610 fr.), et distribuer en secours temporaires la somme de 1,300 roubles argent (5,200 fr.). Son capital, qui n'était au 2 (14) fé- vrier de l'année courante que de 8,536 roubles argent (34,144 fr.), s'élève actuellement à la somme de 18,236 roubles argent (72,944 fr.) Le nom- bre des associés est de 407. M. Sasonoff annonce que la Gazette du Nord ouvre, en faveur du Fonds littéraire, une souscription â laquelle elle con- vie non-seulement ses compatriotes présents à Paris, mais aussi tous ceux qui s'intéressent à la cause et à la liberté de la pensée. „.% Le célèbre pianiste Henselt, en sa qualité d'inspecteur général des établissements de musique de Saint-Pétersbourg, a reçu la croix de che- valier de l'ordre de Saint-Wladimir. C'est la première fois que cette dé- coration que l'empereur confère en personne, et qui d'ordinaire n'est ac- cordée qu'à des personnages haut placés, l'aura été à un artiste. „.*„ Le Messager de Nice nous apprend que notre compatriote, M. Ka- pry, le jeune et brillant pianiste dont nous avons eu plusieurs fois occa- sion de parler avec éloge, vient de recevoir de S. M. l'impératrice de Russie une très-belle bague en or, surmontée d'un saphir entouré de brillants. Le même journal annonce également que cet artiste accom- pagne l'impératrice à Wildbad, en qualité de pianiste de S. M. „*, Le chef des chœurs du Maennergesangverein, Herbeck , à Vienne, auteur de la cantate qui a été chantée lors de l'inauguration du monument érigé à l'archiduc Charles, a reçu de l'empereur d'Autriche une bague enrichie de diamants, au chiffre de Sa Majesté. »*„ D'après des tableaux statistiques, il y aurait aujourd'hui en Eu- rope 18,140 acteurs, 21,609 actrices, 1,733 directeurs de théâtre; le nombre des personnes qui sont attachées à un titre quelconque aux éta- blissements dramatiques s'élèverait à 82,216. 4*t Mme Léon Auffant, qui s'est fait connaître par plusieurs œuvres distinguées, a composé, sous le titre de Mon étoile et mon guide, Prière à l'ange gardien, dont M. Alph. Cordier a écrit les paroles, une mélodie qu'elle a dédiée à S. A. I. le prince impérial, et dont S. M. l'impératrice a daigné agréer l'hommage. „*,, Nous faisions dernièrement l'éloge de la remarquable transcription de la Berceuse, du Pardon de Ploërmcl, composée par M. F. Dolmetsch , pianiste de la bonne école, qui se trouvait de passage à Paris. Nous ne pouvons aujourd'hui passer sous silence quelques autres compositions du même auteur, qui se distinguent par la mélodie comme par le 214 REVUE ET GAZETTE MUSICALE style ; ce sont ses trois ballades, op. 22; ses romances sans paroles, op. 41 et ii, et la Danse bretonne, op. 43 : œuvres qui le classeraient vite au nombre des bons professeurs de Paris. »% M. Lebouc vient de faire paraître une transcription pour violon- celle avec accompagnement de piano, de la célèbre Marche funèbre de Chopin. Ce morceau, que M. Lebouc a fait entendre avec succès cet hiver, ne peut manquer d'être bien accueilli par les amateurs de vio- loncelle. %*# La Rose cHeste, mélodie poétique de M . Buchet, sera mise en mu- sique prochainement. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. **„ Le Mans, — La foire de la Pentecôte nous a valu une série de brillantes représentations données par la troupe lyrique que dirige M. Rousseau. Le Pardon de Ploermel, Galathée, Martha ont été joués successivement et aux grands applaudissements du nombreux public accouru pour y assister. La salle était comble pour le Pardon, qui a été interprété de ia façon la plus remarquable par Mme Laurence-Cyriali, MM. Saint-Brice et Sendré, auxquels s'étaient joints, pour les couplets et le quatuor du troisième acte, M mes Domergue et Mauraisin et MM. Laurence et Pouilley. Après la magnifique partition de Meyerbeer, Martha, ce charmant opéra de Flotow, dont la musique est si sympathi- que aux oreilles françaises, a fait le plus grand plaisir, et a valu aux mêmes artistes de chaleureux applaudissements. *** Nantes. — Après le grand succès obtenu tout d'abord par le Pardon de Ploermel, notre direction théâtrale l'a donné à plusieurs re- prises, et chaque fois le nouveau chef-d'œuvre de Meyerbeer a attiré la foule et provoqué les applaudissements. — Après le Pardon, les Dragons de Villars ont été l'ouvrage heureux de la saison ; Mlle Borghèse, qui a créé à Paris d'une façon si originale le rôle de Rose Friquet, y a obtenu ici un véritable triomphe. Disons, pour être juste, qu'elle était admira- blement secondée par MM. Carré, Magne, Charles et .Mlle Courtois. *** Constantine. — C'est par un des chefs-d'œuvre de Meyerbeer, l'Étoile du Nord, que noire théâtre a fait sa clôture. Malgré les imper- fections de l'exécution, l'opéra du célèbre maître n'en a pas moins produit son effet habituel. On doit des éloges à Mme Villette, chargée du rôle de Catherine et qui s'en est acquittée avec verve et talent. CHRONIQUE ETRANGERE. *** Bruxelles. — Le théâtre de la Monnaie a clôturé sa saison par une brillante représentation dans laquelle ont, reparu presque tous les artistes dugrand Opéra pour lesquels elle a été une véritable ovation. — La troupe italienne a clos également la série de ses représentations par la Sémiramide ; M. Merelli a l'intention de se rendre à Anvers pour en don- ner quelques-unes. — Jacques Offenbach est ici depuis quelques jours, et il a traité avec le théâtre dos Galeries-Saint-Hubert pour y donner un cer- tain nombre de représentations auxquelles on peut prédire d'avance une grande vogue et un succès fructueux. M. Offenbach nous amène ses meil- leurs artistes : M mes Lise Tautin, Chabert, Toslée, Maréchal, Cico, Four- nier ; MM. Léonce, Désiré, Guyot, Tayau, Duvernoy, Desmont, Marchand, Tautin, Caillât, Jean-Paul, etc. — L'orchestre sera conduit par M. A.. Var- ney. — Parmi les vingt-six opérettes que donneront les Bouffes-Parisiens pendant leur séjour à Bruxelles, plusieurs sont déjà populaires et ne manqueront pas d'attirer les amateurs de spectacles variés et amusants. Nous citerons entre autres : les Deux aveugles, les Daines de la Halle, les Pantins de Violette, le Violoneux, Une nuit blanche. Deux vieilles Gardes, le Major Schlagmann, Vent du soir, Orphée aux enfers, le Mariage aux lan- ternes, le Mari à la porte, Ba-ta-clan, la Chatte métamorphosée en femme, Croquignole XXXVI, les Petits Prodiges, la Symphonie de l'avenir, etc. — A la séance ordinaire de juin, de l'Académie royale de Belgique (classe des Beaux-Arts), M. Fétis père a voulu donner à ses confrères la primeur de son grand ouvrage, celui qu'il considère comme sa dernière œuvre : l'Histoire générale de la musique, travail gigantesque qui va bientôt voir le jour. Ce que M. Fétis a lu à l'Académie, c'est la première partie de l'introduction de son livre ; c'est l'exposé philosophique des fondements sur lesquels il a appuyé son édifice ; c'est le résumé des conclusions générales auxquelles il est arrivé. La classe a entendu cette commu- nication avec un vif intérêt. ,,** Liège. — Arban, le célèbre cornet à piston, professeur au Conser- vatoire de Paris, avait été appelé pour prendre part au troisième concert organisé par la Société du Casino. Il a été le héros de la soirée, et le public nombreux qui remplissait le vaste salon de l'établissement ne se lassait pas d'admirer les effets étonnants qu'A-ban a su tirer de cet instrument, d'une portée d'ailleurs si restreinte, les contrastes de délica- tesse et de force qu'il obtient ; le sentiment et l'expression qu'il apporte dans son jeu ; les difficultés inouïes dont il triomphe. Aussi a-t-il obtenu un succès complet et l'a-t-on rappelé après chaque morceau. Le concert avait commencé par la magnifique Marche de Schiller, de Meyerbeer, qu'on entendait pour la première fois, et qui a été exécutée avec un ensemble admirable par M. Jules Duguet, l'habile chef d'orchestre de la Société. Elle a produit le plus grand effet. **% Rotterdam. — Outre le théâtre hollandais que possède notre ville, M. Verhulst, le célèbre compositeur, se propose de fonder ici une société lyrique dans le but de faire représenter des opéras allemands *** Londres. — Les deux théâtres Italiens rivaux ont simultanément donné les Huguenots. Si le théâtre de S. M. avait pour chanter le chef- d'œuvre de Meyerbeer, Mme Titjens, MmeBorghi-llamo,Giuglini, Gassieret Everardi, Covent-Garden mettait en ligne Giulia Grisi, Mme Miolan Car- valho, Mme Nantier Didiée, charmante dans le rôle du page ; Mario et Eaure. Un ensemble pareil de chaque côté était de nature à piquer vi- vement la curiosité des diletanti ; aussi dans chaque camp les applau- dissements ont-ils rivalisé pour fêter la magnifique partition du maître. La musique allemande avait été représentée à Covent-Garden par l'exé- cution de Fidelio, dans lequel MmeCzillag avait pu faire valoir les belles qualités dont elle est douée. M. Smith ne veut pas être en reste avec son voisin, et il annonce O'ieron, chanté par Mme Titjens, Rezzia ; Mon- girii, Uuon, et Mme Alboni, Puck, avec Mlle Cucchi, la charmante dan- seuse, dans le ballet. — Le 1er juin, le Concert du Palais de Cristal, dans lequel chantent les artistes du théâtre de Sa Majesté, avait attiré près de dix mille auditeurs. Cet empressement était motivé par la première ap- parition (first appearance) de Mme Alboni, qu'on n'y avait pas encore entendue. „,** Cobourg, 23 mai. — Aujourd'hui on a publié le programme du festival de chant qui doit avoir lieu ici les 21, 22 et 23 juillet. „,% Wiesb'ule. — Tichatscheck, qui doit donner une série de repré- sentations, a débuté dans Lohengrin. *** Weimar. — Mme Bûrde-Ney, qui s'est fait entendre fréquemment dans les concerjs de la cour, a dû naturellement exercer une puissance des plus marquées sur notre public. Ses représentations au théâtre grand-ducal ont été très-suivies, et celle de Don Juan, où la célèbre cantatrice a interprété le rôle de dona Anna d'une manière tout à fait supérieure, a été pour elle l'occasion d'un véritable triomphe. **% Goettingen. — Depuis plusieurs années, l'art musical esi cultivé à notre université avec un zèle tout particulier. Il existe une réunion de chant et d'orchestre sous la direction de M. Hille, qui fait en outre un cours d'harmonie et de théorie musicale. Une autre société de chant est dirigée par un pianiste livonien, M. J. 0. Grimm , qui a introduit chez nous les œuvres de S. Bach. Une troisième association vocale, unique- ment consacrée à la musique d'église, a pour chef le docteur Kriiger, qui doit ouvrir, pour le semestre d'été, un cours de théorie musicale et d'histoire générale de la musique. „** Ratisbonne, 30 mai. — Le Pardon de Ploermel a été représenté sur le théâtre de la ville avec le plus grand succès On a retrouvé dans ce nouveau chef-d'œuvre tout le génie et tout l'art dont Meyerbeer a donné tant de preuves. Le trio final du premier acte, l'air de l'Ombre au se- cond, le quatuor et la romance d'Hoël au troisième, sont au niveau des plus belles productions de leur auteur. Les artistes et l'orchestre ont concouru largement à l'exécution de l'œuvre et de manière à honorer notre théâtre. Le décorateur, le machiniste et le costumier n'ont rien épargné pour obtenir justement leur part d'éloges et de gloire. Il n'est donc pas douteux que le ^ardon de Ploermel ne s'établisse pour longtemps chez nous, et ne devienne un des soutiens du répertoire. **„, Leipzig. — Dans le courant du mois de mai, le théâtre de la ville a joué Fidelio, de Beethoven ; le Val d'Andorre, d'Halévy ; le Freischutz, de Weber; Dinorah (deux fois, 13 et 27 mai), de Meyerbeer, Monteechi e Capuletti, de Bellini ; la Fille du régiment, de Donizetti, et le Maçon, d'Auber. En tout sept opéras et huit représentations. „.% Berlin. — Au théâtre Fr. Wilhelmstadt on doit donner sous peu Stradella, de M de Flotow, pour les débuts de Mlle Helferich. — Le succès de la reprise de : le Médecin et l'Apothicaire, par Dittersdorf, se soutient. — L'Académie de chant a offert une fête au conseiller intime Hellwig, qui depuis soixante ans fait partie de cette Société célèbre, et la ciirige de- puis trente ans. L'Académie a exécuté un choral de Fasch, son fonda- teur; un motet, de Haydn; lied, deGrell; chœur de Jomelli, Alléluia, de Uaeniel. — La première représentation de la reprise de : le Templier et la Juive est fixée au 4 juin. „,** Hambourg. — Après avoir charmé le public dans le rôle de Di- norah, Mme Frassini n'a pas fait moins de plaisir dans celui de Martha. Dans la Somnambule elle a eu également un beau succès, ainsi que Car- rion ; rarement nous avons entendu ces deux parties interprétées d'une manière aussi magistrale. DE PARIS. 215 *** Vienne. — La Société académique de chant s'est rendue à Rade (près Vienne) pour y donner une sérénade au roi Louis de ISavière. qui réside au château de Weilbourg. On a chanté le Walhallalied, la Patrie allemande, etc. Le roi, vivement touché de cette démarche, a remercié avec effusion le comité de la Société, et Ta fortement engagé à faire une excursion à Munich — Mme Ellinger a terminé ses représentations par le rôle de Fidès, dans le Prophète ; Ortrud, dans Lohengrin, et de Zaïde, dans Don Sébastien. Le théâtre de l'opéra de la Cour a fait sa clôture par Don Juan. *** Copenhague. — Le célèbre quatuor des frères Muller, virtuoses de la chambre à Saxe-lleiningen, a donné ici, avec le plus brillant succès, une série de concerts où ils nous ont fait entendre un choix de mor- ceaux de musique classique. »** Saint-Pétersbourg, 30 mai. — De 1840 à 1850, il exista dans cette ville une société symphonique dont les statuts avaient été sanctionnés par le gouvernement. Cette société avait cessé faute de ressources, mais pour se reconstituer plus tard. Au commencement de l'année der- nière, ses anciens membres se réunirent sur l'invitation de l'un d'entre eux, chez M. le comte M. Wielhorski, qui, avec MM. D. Kanschine, V. Kologrivoff, A. llubinstein et D. Stassoff, furent élus directeurs Le projet des nouveaux statuts fut soumis à la sanction impériale et con- firmé le 1" mai 1859. S. A. I. Mme la grande-duchesse Hélène daigna prendre la société sous sa protection et lui faire don de 1,000 roubles (4,000 fr.). S. M. l'empereur et S. M. l'impératrice lui assurèrent une subvention annuelle l'un de 500 roubles (2,000 fr.), l'autre de 150 (600 fr.). Des princes et des princesses acceptèrent le titre de mem- bres honoraires. Conformément au paragraphe 7 des statuts, la société a dû donner, dans le courant de l'hiver, dix soirées symphoniques qui ont commencé le 28 novembre, et dont le but principal a toujours été l'exécution de grandes compositions instrumentales, tant pour orchestre seul que pour orchestre avec chœurs. Le comité consultatif s'est occupé de la réception de ceux qui désiraient entrer dans les classes de chant. Sur la proposition de M. Dargomysky, il a mis au concours une can- tate sur le thème du Festin de Pierre le Grand, de Fouschkine, en allouant pour la meilleure composition une médaille d'or et une prime de 200 rou- bles (800 fr.), et pour la seconde une médaille d'argent et une prime de 125 roubles (500 fr). Le comité a résolu de commencer aussi ses opé- rations à Moscou, et les amateurs de chant des deux sexes ont formé un chœur sous la direction de M. Rubinstein, dont le départ pour l'étran- ger a momentanément suspendu les exercices. La société compte déjà 20 membres honoraires, 111 membres exécutants et 479 membres titulaires. Pendant l'année 1S59, ses recettes se sont élevées à 15,285 rou- bles (61,140 fr.), et la société possède en caisse, toutes dépenses faites, un reliquat de 5,633 roubles (22,53-2 fr). Chez G. BrandusetS. Dufour, 103,'rue Richelieu, au 1". LE PARDON DE PLOERMEL Opéra-comique en trois actes, musique de G. MSY^UBEEE Si A PARTITION net. Tour Chant et Piano, format in-4" 30 fr. La même, avec paroles françaises, in-8°. 18 La même, avec paroles italiennes, in-8°. 18 Arrangée pour le Piano seul, in-8° 10 ld. pour le Piano à quatre mains.. 25 En vente chez CHATOT, éditeur, 1, rue de la Feuillade : eux Mélodies nouvelles L'EMFAST MBAMS3EIREUX, paroles d'A. Barbier. FXJSIJÏIS I&'ITASiïE , paroles de G. Châtenet. Chantées par GÉRALDY. JP.n i ente , Chez E. GIROD, éditeur, 16, boulevard Montmartre. NOUVELLES PUBLICATIONS cBosepB» WiouSsiMsskï. Op. 3. Valse de concert pour piano. 7 50 Henri Caspcrs. Ma Tante dort, opéra-comique en un acte, paroles d'Hector Crémieux, format in-8° net. 8 » E. Savary. La Brigantine, chœur à quatre voix, sans accom- pagnement net. «60 (Ce chœur vient d'obtenir la médaille d'or au grand concours de la ville de Paris.) Alto. Soivlnsltî. Gigue écossaise, pour le piano 7 50 I(. Dkmor. Op. 2. Barcarolle, pour le piano 6 » J. Ward. Les Filles de Morven, valse pour le piano... 6 » Ferdinand Gaultier. Le Caporal Suce-ton-Pif, chansonnette. 2 50 Th. Salonrô. Juana, valse 6 » En vente chez SI. BHATOBtUS et S. ItVFOUIl, éditeur 103, rue de Richelieu, au 1er LE RÉPERTOIRE DO CHANTEUR SSS&Ï chant des plus célèbres compositeurs anciens et modernes, classés pour les différentes voix. 18 VOLUMES FORMAT lN-8°. Prix du volume : 12 rn. net; richement relié : 1G fr. net. Chaque volume contient %s morceaux, avec paroles françaises ou italiennes. 1 volume contenant fiO morceaux appropries aux exercices île chant dans les pensionnats. LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C% RUE JACOB, 56. Et chez tous les libraires de France et de l'étranger. USICIEMS ISIOUE IBeiExiènBBe éditîoBi Entièrement refondue et augmentée de plus de moitié, Far F.-tf. FÉTIS Maître de chapelle du roi des Belges, Directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles. 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Cazotle et l'abbé de Voisenon se trouvaient à la tête du parti opposé. Ce dernier publia un opuscule intitulé Réponse du coin du roi au coin de la reine, qui contenait d'assez sages réflexions, portant en parti- culier sur la cause de la querelle ; nous en extrairons le passage suivant : « J'avoue que je ne suis pas un hypocrite en musique, quoiqu'à » présent tout en fourmille. On fait semblant d'aimer la musique ita- » lienne pour faire imaginer qu'on a la tète bien organisée ; l'incré- » dulité même a ses dévets de vanité : on est impie sans principe pour « faire croire qu'on a la tête forte. On ne veut plus être soi. Je » comtois beaucoup de bonnes gens qui se tuent à s'efforcer d'être » méchants : il y en a d'autres qui auraient du bon sens et qui ne » veulent avoir que de l'esprit. On voit des femmes froides qui se » mettent au jeu sans avoir de dépense à faire ; il n'y a pas jusqu'à » des fermiers généraux qui se donnent les airs de se ruiner comme » de grands seigneurs. » A présent tout est réduit en airs. C'est par cette raison que la » plupart de nos François exaltent les bouffons, pour se donner un » vernis d'étrangers : ils se croyent obligés de sacrifier nos opéra, » pour faire les honneurs de la nation : ils mettent d'abord l.ulli à la » dernière place ; en effet c'est là qu'il doit être, il sera toujours le « maître de la maison. • Je ne rends pas moins de justice aux autres : c'est une duperie » que les goûts exclusifs : les femmes mêmes en sont revenues : » j'épouse tous les plaisirs, et je n'épouse aucun parti. » (Réponse du coin du roi au coin de la reine, pages 2 et 3.) Puis, pour établir son impartialité, voici de quelle façon accom- modante le bon abbé établit le parallèle des deux musiques : « La musique italienne est une coquette qui croit faire des mines, » et qui souvent ne fait que grimacer des mots. (1) Voir le n° 23. » La musique françoise est une femme tendre qui peint des senti- » ments. J'accorde les ariettes à la première ; mais que l'on soit équi- » table : la musique italienne fournit de fort jolis hors-d'œuvre : la » musique françoise fait le fond du repas.» Un auteur comique, de Boissy, dans une petite comédie en vers intitulée la Frivolité, et représentée à la Comédie italienne, non- seulement se moque des deux partis en querelle, mais enveloppe dans une même raillerie l'Opéra, les Bouffons et jusqu'à la Comédie-Fran- çaise. Voici un des passages les plus saillants de cette petite pièce, qui, du reste, n'avait guère d'autre mérite que celui de l'à-propos. C'est lUiss Blav, une comédienne anglaise, qui parle ; J'étois venue en France apprendre expressément La décence, le goût, la grâce et l'agrément, Pour les joindre à la force où nous primons à Londre ; Mais je me suis méprise infiniment. Vos spectacles changés ne sont plus une école. On ne voit plus régner chez eux Qu'un plagiat qui me désole, Et qu'un déplacement affreux. C'est l'Opéra que partout on copie. On chante au Théâtre-François, Ou comme lui plutôt on crie Des vers bouffis faits pour mugir exprès; La troupe italienne en tout le parodie, Et lui dérobant ses moutons Ne quitte plus la bergerie. Pour avoir sa revanche il a pris leurs bouffons. L'amour qu'on a pour eux devient le goût unique. Tout paroît travesti, tout est lazzis, chansons. Comme on outre le jeu, l'on charge la musique, Et tout Paris n'est plus qu'un Opéra-Comique. [La Frivolité, sceue iv.) On doit dire que dans cette querelle étrange, qui devait se renou- veler vingt-cinq ans plus tard avec le même acharnement lors de l'ar- rivée en France de Gluck et de Piccinni, les deux partis avaient en- semble et tout à la fois tort et raison. Mais, aveuglés tous deux par la violence de leur discussion et la passion qu'ils y apportaient, ré- solus d'ailieurs à ne se rien concéder l'un à l'autre, ils ne voulaient point convenir ni même s'avouer à eux-mêmes que chacune des deux musiques possédait, avec une certaine somme de défauts, des qua- lités réelles, incontestables et surtout très-distinctes. Ils ne s'aper- cevaient pas que la musique française, déclamatoire jusqu'à l'excès avec Lulli, pompeuse et traînante, mais noble et imposante avec Ra- meau, était douée d'un sentiment profond et d'une vérité d'accent 218 REVUE ET GAZETTE MUSICALE réelle qui, plus tard alliée aux formules italiennes, devait constituer un jour le véritable, drame lyrique dans l'acception la plus large du mot; que, de son côté, la musique italienne, dénuée de force et sur- tout de vérité dramatique, mais vive et légère, accorte et réjouissante, mélodieuse autant que musique peut l'être, avait le don du charme et de l'entraînement, et surtout ce je ne sais quoi de sensuel et de passionné qui est le caractère principal des races méridionales, et qui vous saisit invinciblement d'une émotion inconnue lorsque pour la première fois il vous est donné de le ressentir. Ils ne s'apercevaient pas surtout qu'ils disputaient dans le vide, puisqu'ils mettaient en pa- rallèle deux choses qui n'avaient entre elles aucun rapport, aucune affinité, qui étaient aussi éloignées l'une de l'autre que le vaudeville de la tragédie, et qui n'avaient de commun que l'emploi d'un seul et même procédé, l'orthographe d'une seule et même langue, la langue musicale. Dix ans plus tard cette querelle n'eut pas pris naissance, ou du moins elle ne se fût point trouvée dans les mêmes conditions : l'opéra-comique était formé, et il eût pu seul se trouver en comparaison avec les intermèdes italiens. Quoi qu'il en soit, le parti qui s'intitulait national (celui du coin du roi et de la musique française) songeait sérieusement à faire ex- clure les bouffons de l'Académie royale et à les renvoyer au delà des Alpes. Mais pour cela il fallait un prétexte, et ce prétexte ne pou- vait se trouver que dans la réussite éclatante, exceptionnelle, d'un opéra français. On s'adressa d'abord à Rameau pour savoir s'il ne voudrait pas se décider à écrire un nouvel ouvrage ; mais le grand homme ne se souciait nullement de compromettre dans une pareille querelle la réputation qu'il s'était si glorieusement et si légitimement acquise. D'ailleurs il avait couru sur lui une assez méchante épi- gramme, qui, quoique plate et sans esprit, n'avait pas laissé que de le chagriner. Voici ce joli échantillon du sel attique que l'on prodi- guait alors : Contre la moderne musique, Voici ma dernière réplique : Si le difficile est le beau, C'est un grand homme que Rameau ; Mais si le beau, par aventure, N'était que la simple nature Dont l'art doit être le tableau, C'est un pauvre homme que Rameau. Le seul compositeur qui, à défaut de Rameau, pût raisonnable- ment entrer en lice, était Mondonville, dont les motets avaient eu beaucoup de retentissement, et qui, par son récent succès du Car- naval du Parnasse, s'était mis complètement en lumière. Homme habile et insinuant d'ailleurs, il avait su se faire à la cour des parti- sans zélés, qui certes n'eussent point manqué de plaider sa cause dans une telle affaire. On avait trouvé dans les papiers de l'abbé de la Marre le poëme inachevé de Titon et l'Aurore, opéra en trois actes. Mondonville, qui prétendait se poser en littérateur non moins qu'en musicien , avait fait retoucher et terminer cet ouvrage par l'abbé de Voisenon, en ayant grand soin de donner ces remaniements comme siens, y avait ajouté un prologue de La Motte intitulé Proincthce, et avait mis le tout en musique. Sa pièce était donc toute prête, ce qui lui était d'un immense avantage sur les concurrents qui eussent pu se présen- ter. De plus, Mme de Pompadour, qui avait été un peu la cause de sa promple fortune, et pour laquelle il ne laissait échapper aucune occasion de flatterie et d'adulation, le protégeait toujours ouverte- ment. Il fut donc décidé, vers la fin de novembre 1752, que les étu- des de Titon et l'Aurore seraient immédiatement commencées à l'O- péra, et que tout serait mis en œuvre pour assurer le succès de cet ouvrage, en le rendant le plus éclatant qu'il serait possible. En effet, la pièce fut bientôt mise en répétition, les études s'en poursuivirent activement, et, le 9 janvier 1753, l'affiche de l'Opéra en annonçait la première représentation. Ce fut un grand jour pour Paris que celui où l'Académie royale étala pompeusement sur son affiche ce titre de Titon et l'Aurore. Chacun des deux partis opposés comptait ses forces, se disposant de son mieux à soutenir les siens, et la lutte qui se préparait pour le soir au milieu d'une sourde agitation étant regardée comme devant être tout à fait décisive, les préparatifs auxquels elle donnait heu n'en étaient que plus importants et plus considérables. Le spectacle était annoncé pour cinq heures un quart; mais l'em- pressement était tel que dès trois heures de l'après-midi les abords du Palais-Royal étaient envahis par la foule qui venait chercher place. La garde habituelle de l'Opéra, triplée pour une circonstance aussi extraordinaire, fut distribuée par détachements dans les rues adjacen- tes, et M. le maréchal de Biron, colonel des gardes françaises, reçut l'ordre de veiller lui-même et en personne à la police des carrosses. L'ouverture des bureaux put donc se faire dans le plus grand ordre ; mais l'encombrement avait été si grand, les assistants étaient si nom- breux et éprouvaient tant de difficultés à se placer , que, malgré l'heure indiquée sur l'affiche, le signal du commencement de l'ouver- ture ne put être donné avant six heures moins un quart. Les partisans de la musique française avaient eu le soin de s'ar- ranger de façon à ne point subir un échec et au contraire à assurer la déroute complète de leurs ennemis. A cet effet, le parterre avait été occupé, avant l'entrée des spectateurs , par les gardes de la mai- son du roi, les chevau-légers et les mousquetaires; les autres places, retenues longtemps à l'avance, se trouvaient prises par les secta- teurs de l'Opéra, en sorte que les amis des malheureux bouffons, ne pouvant se loger ailleurs, durent rester confinés dans les corridors ou sur les derniers bancs de l'amphithéâtre. Ainsi dispersés et désorien- tés, ils perdaient le peu de force que leur réunion aurait pu leur lais- ser, et ils tentèrent vainement une protestation qui devait inévitable- ment échouer. De plus, la pièce avait été montée avec un luxe inouï de décors et de costumes; les deux chanteurs favoris du public, Jé- liotte et la gracieuse Mlle Fel, étaient chargés des principaux rôles, et enfin Camargo, la fameuse Camargo, qui l'année précédente s'était retirée de la scène dans tout l'éclat de son talent, avait bien voulu consentir h reparaître dans cette solennité et à se montrer de nou- veau à une foule qui l'avait toujours idolâtrée. Grâce à des moyens si puissants, employés sur un public gagné d'avance, grâce surtout aux précautions que nous avons énumérées plus haut, Titon et l'Au- rore obtint un succès fou, colossal, et sans précédent dans les an- nales de l'Académie royale de musique. Ce ne furent, depuis le com- mencement jusqu'à la fin de la représentation, qu'applaudissements frénétiques, trépignements et rappels incessants. On acclamait tour à tour le luxe et la splendeur des décors, la fraîcheur des costumes, les grâces enchanteresses de la Camargo, la voix limpide et charmante de Mlle Fel, le jeu sympathique et passionné de Jéliotle. Les applau- dissements éclataient de toutes parts, et pour l'auteur, et pour l'or- chestre, et pour les ballets. Chacun y trouvait son comple ; c'était une ivresse, une furie, un délire comme on n'en avait jamais vu, et quand les mains avaient cessé de battre, elles recommençaient à bat- tre encore. Bref, le succès fut complet, la victoire décisive, et, im- médiatement après la représentation, le parti triomphant dépêcha au roi un courrier qui lui porta la nouvelle de ce fait important. Peu de temps après, le renvoi des bouffons fut décidé : le 9 mars 115k ils retournèrent définitivement dans leur pays, et l'Opéra reconquit enfin tous les avantages, privilèges et immunités de son ancien monopole. Arthur POUGIiN. {La suite prochainement. DE PARIS. 219 CONCERT DE H. L. W1EST. Quoique Allemand, ou tout au moins ayant fait ses études musica- les en Allemagne, M. L. Wiest, chef de la chapelle princière de Bu- charest, est un violoniste dont l'intelligence et le talent se sont vi- vement épris de toutes les fantaisies de certaine école italienne . aussi, au lieu de sévères beautés, de nobles et grandes inspirations, d'oeu- vres méditées et de longue haleine, n'a-t-il fuit entendre, au con- cert qu'il donnait lundi salle Beethoven,* que des morceaux légers de sa composition. Sauf dans le joli caprice sur des airs na- tionaux valaques, il n'y a dans les ouvrages de M. Wiest ni l'origina- lité ni la saveur slave qn'on pensait y trouver Cela n'a pas empêché toutefois d'apprécier la grâce, la gaieté et les douceurs répandues dans Un rêve d'Italie, dans une fantaisie pastorale et dans une chan- sonnette américaine. Si ces pages n'ont pas permis au virtuose de révéler une grande pureté et une grande élévation de style, elles lui ont suffi pour montrer beaucoup de charme, de sensibilité, d'habi- leté et de brio. M. Wiest a donc été fort applaudi, et l'a plus d'une fois mérité. Parmi nos jeunes pianistes il en est peu assurément d'aussi com- plets et d'aussi sûrs d'eux-mêmes que Th. Bitter. Celui-ci n'exagère pas la signification de quelques notes, comme tant d'autres; il va droit son chemin, et répand sur l'ensemble une netteté , une franchise, un fini tout à fait rares. Ses gammes sont éblouissantes de clarté et de rapidité. Si on peut lui signaler parfois quelques rudesses de toucher, on doit le louer, en revanche, de ne pas tomber dans cette sensible- rie qui affaiblit et corrompt le style. Au milieu des plus douces et des plus tendres mélodies, qu'il soupire d'ailleurs délicieusement, il ne descend jamais aux petits artifices de rhythme qui défigurent la pen- sée des maîtres et altèrent leur véritable physionomie. Th. Ritter prêtait gracieusemement son concours à M. Wiest. Nous ne parlerons pas de sa Marche nocturne et de son Impromptu, qu'il a joués d'abord : on sait le mérite de ces deux compositions et avec quelle supériorité l'auteur les exécute; nous aimons mieux nous oc- cuper de ses deux nouvelles Pensées mélodiques, qui ont été écou- tées avec une grande sympathie et exécutées d'une façon ravissante. Par la beauté de la facture, par la distinction des détails, ces mélodies, très - remarquables et bien au - dessus des Muettes qui se publient chaque jour, méritent d'être examinées sérieuse- ment. Elles sont en général un peu courtes et manquent quel- quefois d'unité. Malgré d'ingénieuses rentrées, de savantes soudures, d'exquises harmonies, on sent que la seconde partie>n'est pas tou- jours logiquement déduite de la première, qu'elle n'en est pas née immédiatement, et qu'enfin c'est plutôt une opposition pour faire va- loir le retour de l'idée principale. Au point de vue instrumental, et surtout sous les doigts de l'auteur, cela semble charmant et propre à montrer, en-quelques pages, les différentes ressources du piano; mais, comme composition, cela manque quelque peu d'homogénéité : aussi la mélodie qui a été bissée nous parait-elle bien supérieure à la pre- mière : elle est mieux faite, mieux conduite et plus colorée. Spiri- tuel, mélodieux et brillant, ce morceau, très-habilement traité, nous le répétons, prouve que le caprice, la fantaisie, les saillies de l'esprit sont jusqu'à présent ce qui inspire le mieux le jeune compositeur. Que dire de la partie vocale, sinon ce que nous avons déjà dit tant de fois cet hiver? Qu'une jolie voix a bien du charme, mais que la justesse d'intonation, la netteté et l'élégance des vocalises, l'intelli- gence des maîtres qu'on interprète ont bien aussi leur prix. Adolphe BOTTE. FESTIVAL DES ORPHÉONISTES FRANÇAIS Au palais de Sydenliam. C'est aujourd'hui qu'a lieu à la salle de l'Alcazar, rue du Faubourg- Poissonnière, la répétition qui doit réunir les Sociétés chorales de Paris et du département de la Seine et le choral d'artistes de Paris. Dimanche prochain 24, dix bateaux à vapeur partant de Dieppe et de Calais conduiront à Londres, où ils resteront une semaine, trois mille lauréats des orphéons de France, choisis dans les deux cents Sociétés qui les composent aujourd'hui et obéissant à leur chef intré- pide, M. Delaporte. Outre la gratuité du voyage d'aller et retour, des arrangements pris d'avance assurent à la phalange musicale la nour- riture et le logement pendant la semaine à un prix très-modéré . Voici l'emploi du temps des orphéonistes à Londres : Arrivée le dimanche 24 dans l'après-midi, installation ; —lundi, à Sydenham, répétition, et premier concert à trois heures ; — mardi, répétition, visite au palais de Cristal, deuxième concert ; — mercredi, prome- nade dans Londres; — jeudi, troisième concert; — vendredi, pro- menade; — samedi, fête d'adieux; — dimanche, retour en France. Voici maintenant la liste définitive des morceaux qui seront exé- cutés : God save the qucen (arrangé à quatre parties pour voix d'hommes par Camille de Vos) ; Veni Creator, de Besozzi ; Fragment du Psaume XIX, de Marcello ; Choral de Léon Haszler (1601) ; Choral de Henri Scheidemann (1604) ; Chœur des prêtres des Mystères d'Isis (Mozart); Septuor des Huguenots ; Cimbres et Teutons (L. Lacombe) ; Les Enfants de Paris (A, Adam) ; La Chapelle (Beckér); Départ du chasseur (Mendelssohn) ; Le Jour du Seigneur (Kreutzer) ; Le Chant des montagnards (Kucken) ; Le Chant du bivouac (Kucken); La Retraite (Laurent de Rillé) ; France! France! (Ambroise Thomas); La Nouvelle alliance (Halévy). Les paroles des deux derniers chœurs ont été spécialement compo- sées à l'occasion de cette fête, par M. J.-F. Vaudin, rédacteur en chef du journal VOrphéon. Le programme variera à chaque concert et sera composé d'un cer- tain nombre de morceaux choisis dans le répertoire que nous venons de donner. Mais le beau septuor des Huguenots, qui a eu tant de succès au festival de Paris, sera chanté aux trois concerts. La Nouvelle alliance, d'Halévy, sera accompagnée par les harpes. — Certains chœurs serontchantés sans accompagnement. — M. Edouard Batiste, organiste de Saint-Eustache, touchera l'orgue pour le Veni Creator, le psaume de Marcello, etc. Enfin, trois nouveaux morceaux seront accompagnés par un orchestre militaire : le septuor des Hu- guenots ; France! d'Ambroise Thomas; Cimbres et Teutons, de Lacombe. 11 avait d'abord été question de musiques anglaises pour cet or- chestre militaire ; mais il en a été décidé autrement : M. Delaporte a engagé la musique des guides. Outre les chœurs dont nous venons de parler, où ils doivent doubler ou accompagner les voix, les musi- ciens des guides répètent trois morceaux qu'ils joueront seuls. Londres prépare une réception somptueuse et cordiale aux musi- ciens de France : le Rifle-Corps s'apprête à fraterniser avec eux : la Société harmonique les invite à une de ses séances ; et l'on pense que certains théâtres et établissements de musique leur donneront des re- présentations gratuites. 220 REVUE ET GAZETTE MUSICALE A l'occasion de la lutte que soutiennent à Londres les deux direc- tions du théâtre Italien, des avantages qui en résultent pour le public, et du dévouement qu'apportent les artistes à seconder chacune des entreprises à laquelle ils sont attachés, notre confrère, Achille Denis, faisait dans un des derniers numéros de la Revue et Gazette des Théâtres des réflexions très-sensées, auxquelles nous nous associons pleinement, et que nous croyons utile de reproduire. « De grands talents, des réputations européennes, des étoiles de nos premiers théâtres lyriques, des artistes difficiles et susceptibles daignent accepter à Londres des rôles que, pour rien au monde, nous en sommes convaincu, ils ne consentiraient à jouer à Paris. Par quel miracle, par quelle bonne fortune les Anglais peuvent-ils applaudir Mme Borghi - Mamo et Mme Didiée chantant dans les Huguenots le rôle du page Urbain, et MM. Gassier et Faure celui de Saint - Bris ? Le public de l'Opéra ne sera pas témoin de ce fait, qui l'étonnerait sans doute, mais dont il serait certainement charmé. » Une exécution de ce genre doit rehausser les chefs-d'œuvre et offrir au public mille jouissances inconnues. Nous ne comprenons pas, pour notre compte, qu'il n'en puisse pas être de même à Paris: nous ne comprenons pas surtout les raisons qui déterminent un chanteur de premier ordre à refuser à Paris un rôle placé au second plan, et qu'il accepte sans difficulté à Londres. Question d'argent, nous dira- t on. Ceci nous paraît une erreur. L'argent ne lève pas toujours les obstacles soulevés par l'amour-propre. Nous ferions volontiers cette gageure, à savoir que les considérations d'argent ne détermineraient jamais Mme Borghi-Mamo à prendre dans les Huguenots le rôle d'Ur- bain, joué par Mme Dussy, ni M. Faure à remplacer Coulon dans celui de Saint-Bris. » La concurrence peut avoir du bon, on le voit, mais cet exemple que nous sommes heureux de citer, doit démontrer jusqu'à l'évidence une opinion que nous avons toujours soutenue : c'est qu'il n'y a pas de petits rôles dans un chef-d'œuvre ; c'est que l'artiste ne déroge pas en acceptant dans un chef-d'œuvre un rôle un peu sacrifié. Le jour où l'amour-propre cédera devant les intérêts de la grande cause de l'art, nous aurons des spectacles pareils à ceux que la haute société anglaise a le privilège de contempler et qui doivent quelque peu hu- milier l'orgueil parisien. Ceci nous ramène donc à notre thèse, qui consiste à placer le répertoire ancien sons la protection des premiers sujets qui le dédaignent aujourd'hui, qui l'abandonnent pour se con- sacrer exclusivement aux créations, qui accommodent à leur guise les rôles qu'ils se sont commandés, qui brisent la chaîne des grandes tra- ditions que leur devoir serait de conserver. » Achille Denis. Si MM. Emile Chevé et Aimé Paris pouvaient se douter du tort qu'ils se font et du ridicule qu'ils se donnent, par leur système om- brageux, tracassier, qui, ne souffrant ni observation ni critique, et ne visant qu'à l'intimidation, procède constamment par voie de menace, d'injure, de dénonciation même, ils changeraient de tactique à l'ins- tant. Ce que nous pouvons leur certifier, c'est qus jamais en ce monde, une méthode quelconque, bonne ou mauvaise, ne s'est éta- blie par de tels moyens. Us se tourmentent comme des âmes en peine; ils ont beau faire, leur méthode n'en est pas meilleure, et ils en de- viennent plus insupportables. Tantôt l'un d'eux vous écrit pour se plaindre de ce qu'on ne le nomme pas dans une brochure où l'on discute son œuvre ; tantôt il se prévaut de ce qu'on l'a nommé pour vous accabler de ses répliques. Tantôt c'est un procès qu'il va vous intenter, tantôt c'est la dissection d'un de vos livres qu'il va entre- prendre avec le scalpel de son beau-frère le médecin. Une fois il vous écrit une lettre dans laquelle il vous demande un rendez-vous pour vous donner des éclaircissemenls et produire des pièces justifi- catives. Sans hésiter, vous accédez à sa demande, et puis il vous écrit derechef pour vous déclarer que, ne croyant pas devoir se présenter à votre domicile, il vous attendra, au jour et à l'heure par vous dési- gnés, dans le jardin du Palais-Royal, devant le café de la Rotonde, afin que nul tiers importun, ajoute-t-il, ne gêne l'entretien calme qu'il a sollicité. Eu vérité, si l'on n'avait les preuves en main, tout cela serait incroyable. Aujourd'hui c'est une autre affaire : il s'agit de papier timbré. M. Aimé Paris était venu réclamer de nous l'autorisation de répondre à divers articles reproduits dans ce journal, et nous avions dû lui ré- pondre que nous ne lui en reconnaissons pas le droit. En effet, ces articles ne traitant que des questions d'art, de théorie, de méthodes et non de personnes, le droit n'existait et n'existe aucunement. D'ail- leurs, M. Aimé Paris ne nous avait pas communiqué sa réponse, la- quelle pouvait être inadmissible, et en tout cas, d'après son écriture connue, eût été certainement illisible. Au contraire, son huissier a la main assez belle: nous avons lu son manuscrit couramment, et cela nous décide à l'accueillir, sous toutes réserves, comme dirait M. Aimé Paris, l'avocat retors ! Gagner un procès contre lui, ce serait encore un ennui, sans parler du reste. De deux maux évitons le pire : nos lecteurs voudront bien nous pardonner: une fois n'est pas coutume! Que nos adversaires se le tiennent pour dit, et surtout qu'ils se persuadent qu'en les aidant à se faire connaître de plus en plus, il s'en faut que nous soyons entièrement désintéressés. A M. le Directeur de la Revue et Gazette Musicale de Paius. Monsieur le Directeur, Nommés l'un et l'autre, ou désignés dans la critique de notre œuvre collective, nous avons vu accueillir par un refus formel la demande d'insertion amiable de notre réponse aux articles que vous avez publiés contre nous (1). C'est à regret que nous recourons a un acte extra-judiciaire, pour éclairer vos lecteurs ; mais ce devoir est devenu d'autant plus impérieux pour nous, que depuis votre relus, votre n° du 6 mai 18G0 contient un article signé Wilhelm, emprunté à la Revue contem- poraine du 30 avril dernier, et précédé de quelques lignes non signées, dans lesquelles nous sommes également nommés. Même en admettant qu'on puisse prouver que nous sommes dans l'erreur, quant à la didactique, nous avons toujours fait ce que nous croyons courageux et loyal, en mettant notre vrai nom en toutes lettres, à côté des noms de ceux que nous prenions à partie. Il se peut que nous usions des droits que nous nous réservons de porter plainte en justice contre l'abus de l'anonyme et du pseudonyme : nos droits restent entiers à cet égard (2). En attendant, nous venons remplacer par une sommation la prière dont vous n'avez pas tenu compte, et exiger, au nom de la loi, la reproduction dans votre plus prochain numéro, du commencement des ligues de réponse que la loi nous accorde (3). Nous nous plaisons a espérer qu'en cessant de refuser d'admettre la suite de nos répliques (li), dont nous vous enverrons le texte, sans recourir d'abord à l'inter- vention de l'huissier, vous ne nous forcerez pas à grossir le chiffre des frais dont la restitution fera de notre part l'objet d'un procès civil, si vous continuez à nous imposer l'emploi du papier timbré, pour repousser les agressions du journal que vous dirigez Notre premier à-compte de publicité légalement demandée se borne donc, pour aujourd'hui, au texte du résumé imprimé pages 70 et 71 de la Simple réponse (5) de M. Emile Chevé, texte dont le manuscrit est à la suite de cette lettre, qu'il doit suivre dans voire plus prochain numéro. Nous avons l'honneur d'être, avec une considération distinguée, Monsieur le Directeur, Vos très-humbles et très-obéissants serviteurs, Signé : Aimé Pabis ; Emile Cdevê. Paris, le 6 juin 1850. (1) « On ne peut refuser ce qu'on ne connaît pas. » (Voltaire.) (2) Nous avons déjà traité cette question, qui ne regarde nullement nos adversaires. M. "Aimé Paris devrait se rappeler le conseil qu'il a reçu au parquet de M. le pro- cureur impérial, lorsqu'il s'y est rendu bien inutilement. (3) .. Ce que je sais le mieux, c'est mon commencement. » (Racine.) (4) La suite!. ... Ah! mais tout beau ! Nous ne sommes nullement disposés à dire, avec l'auteur d'Jlernani : « De ta suite, j'en suis ! » (5) Ce résumé ayant déjà été imprimé dans la Simple réponse, ces messieurs supposent donc que cette Simple réponse a trouvé peu de lecteurs {vel duo, vel nemo), puisqu'ils nous obligent a en donner une seconde édition qui, dans le fait, sera la première. DE PAI'.IS. 221 RÉSUMÉ. Que le lecteur me permette de résumer la question telle qu'elle a été posée dans la brochure de mes illustres adversaires et dans la réponse que j'ai l'honneur de leur faire. Les idées de J.-J. Rousseau et de Galin n'ayant été adoptées par aucun homme spécial, M. Aimé Pari?, Mme Chevé (Emile) et moi, nous avons eu foi en ces idées, et nous leur avons, depuis plus de vingt ans, consacré notre vie tout entière. Multipliant chaque jour et partout les cours et les expériences, nous avons, de plus, combattu dans nos publications ce que nous croyons être l'erreur, et sou- tenu ce que nous croyons être la vérité. Les progrès très-grands accomplis récemment dans l'opinion publique ont porté les défenseurs de la science officielle à se liguer contre notre école, qui, depuis quelque temps, s'est trouvée en butte à des attaques de toute nature (1). ■ Une brochure revêtue de vingt et un noms a paru en février dernier, et devait, au dire de plusieurs, anéantir l'école avec ses chefs Pour atteindre ce but, parfaitement avoué, qu'ont fait nos illustres adversaires? 1° Au lieu de prouver que leur science attaquée par nous est bien l'expression des faits, qu'elle est vraie et qu'elle conduit à une pratique rationnelle, ils affirment que leur science est parfaite. 2° Au lieu de prouver que la science nouvelle que nous proposons n'est pas l'ex- pression des faits , qu'elle est fausse, et qu'elle n'a aucune influence utile sur la pratique, ils affirment que notre science est fausse. 3° Nous prouvons par des exemples comparatifs que l'écriture et la langue mu- sicales usuelles, éminemment vicieuses, sont un empêchement pour le plus grand nombre ; et que l'écriture et la langue musicales de notre Ecole, éminemment lo- giques, conduisent le plus grand nombre à un succès certain... Ces messieurs, contre l'évidence des faits, déclarent que leur écriture et leur langue sont parfaites, et que l'écriture et la langue de Galin sont très-mauvaises. 4° Sur le témoignage de milliers de personnes et d'un très-grand nombre de pro- fesseurs de l'ancienne école, nous déclarons bons et nous proposons des exercices pratiques, dont la puissance est immense, comparée à celle des exercices pratiques usités dans l'école ancienne... Nos adversaires affirment que leurs exercices sont excellents et que les nôtres sont puérils. 5° Dans toutes les écoles : écoles élémentaires, écoles secondaires, écoles supé- rieures, on se plaint de n'avoir pas de lecteurs pouvant lire un chœur à première vue ; cet état d'ignorance au point de vue de la lecture musicale, est un fait de notoriété publique... Eh bien! ces messieurs affirment que partout on lit: à l'Orphéon, à l'école communale, à la salle d'asile... 6° Dans l'espoir de nous tuer moralement (2) et après une lutte incessante de plus de vingt ans, où nous avons toujours combattu à découvert, contre des ad- versaires cachés, — ces messieurs réunissent en faisceau toutes les paroles que nous ont arrachées la colère et l'indignation, et nous les reprochent, en taisant avec soin toutes les causes qui, les ayant provoquées, les expliquent et les justi- fient (3). 7° Tout ce que nous avons écrit à l'adresse de l'écriture musicale des gram- maires et des grammairiens, on ne craint pas — contre toute justice et toute vérité — de nous le faire adresser à Haëndel, Bach, Mozart, Beethoven, Rossini dont nous n'avons jamais parlé qu'avec l'admiration qu'ils méritent. 8° En tronquant les textes que l'on cite de moi, on me lait dire toute autre chose que ce que j'ai écrit, et l'on en profite pour me lancer des sarcasmes les plus amers ,et les moins mérités. 9° On passe sous silence des expériences faites par centaines, et l'on ne tient aucun compte du jugement des hommes spéciaux qui — quoique nos ennemis na- turels — nous ont donné approbation pleine et entière, après examen sérieux. 10° Au lieu de réfuter sérieusement une théorie assez forte pour vous avoir con- traints de vous réunir tous contre moi, vous faites une brochure qui ne contient pas un mot de science, qui n'est qu'un sarcasme d'un bout à l'autre, et qui ne peut malgré son affectation d'urbanité, dissimuler la malveillance qui y règne de la première à la dernière ligne (4). 11° Ce qui est écrit et signé par d'autres, on le met à mon compte et on me le reproche. 12° Les choses les plus fausses, on les affirme ; les faits les plus authentiques, on les nie. 13° Enfin, dans une question si grave, puisqu'il s'agit de rendre la lecture mu- sicale un fait aussi général que l'est cehiide la lecture de la langue mater- nelle, ces messieurs se contentent de juger sur pièces, en refusant absolument de voir à l'œuvre l'instrument nouveau qu'ils condamnent sans le connaître; et j'ai le droit de dire, sans le connaître, puisqu'ils ne l'ont point vu à l'œuvre Ces messieurs ont commis un anachronisme : aujourd'hui la parole d'honneur n'est plus suffisante dans les questions scientifiques; il faut des faits prouvés et des déductions rigoureuses. Les faits ? Ils sont de notre côté. Partout on lit chez nous (5). Les déductions? Que le lecteur compare les deux brochures ! (6). Signé : Emile Chevé. 30 mars 1860. (1) Nos adversaires voudraient intervertir les rôles. Ce sont eux qui ont attaqué sans relâche, et, à la fin, on s'est défendu. (2) On ne tue moralement ni physiquement ceux qui se suicident, (3) Nos adversaires ont inventé un moyen de justification parfaitement commode. « Nous étions en colère, disent-ils, nous étions indignés ! » Mais en colère, pour- quoi ? Indignés de quoi? De ce qu'on ne voulait pas adopter votre méthode pour l'enseignement public? En effet, voilà un grand crime ! Mais vous a-t-on jamais em- pêché de la pratiquer? Du reste, pas plus que l'ivresse, la colère et l'indignation ne sont des excuses. (Il) MM. Emile Chevé et Aimé Paris se plaignent de la malveillance peu dissimulée de la brochure : Quis tuleril Gracchos de sedilione quer entes? (5) Partout on lit chez nous ! Cette phrase n'est pas claire. M. ÉmileChevé en- tend-il que partout, dans son école, on étudie la lecture musicale, et qu'on y réussit plus ou moins bien, plus ou moins vite? Alors il n'avance rien que de très-naturel, de très-ordinaire, et toutes les écoles peuvent en dire autant. Mais s'il soutient que Enfin nous en voilà quittes et nos lecteurs aussi! Quel dommage que nous ne puissions les venger! MM. EmileChevé et Aimé Paris ont aussi un journal, le sublime du ridicule, espèce de pamphlet hebdoma- daire, invariablement divisé en deux parts : glorification de la méthode Gâlin-Paris-Chevé. et apothéose de ses pontifes, anathème sur toutes les autres méthodes et sur tous les autres professeurs. Si cet homme- là était volable! disait-on à propos d'un poëte de la poche duquel sortait un manuscrit. Et nous disons, nous : Si la Réforme musicale était lisible ! Si ce journal avait quelque valeur ? Malheureusement il n'est créé à d'autre fin que d'être expédié yralis à ceux qu'on aime peu, chaque fois qu'il contient quelque chose qu'on présume pouvoir leur être désagréable, et comme on y met beaucoup de zèle, l'envoi de- vient bientôt presque régulier. Fasse le ciel que les membres du comité de patronage s'avisent de le parcourir seulement une ou deux fois : nous n'en demandons pas davantage. Par le ton et le style des écri- vains, ils jugeront la portée de la doctrine. Vous qui prétendez avoir recueilli l'héritage de Jean-Jacques Rous- seau, convenez que vous suivez bien mal son exemple. Quand il vint à Paris, n'apportant pour tout bien que son système tle notation chif- frée, et que l'Académie des sciences l'eut repoussé, il se résigna, sans mot dire. Quand Rameau l'eut convaincu d'erreur, il reconnut que Rameau avait raison. Et vous, héritiers de Rousseau, que faites-vous depuis tant d'années? Vous continuez ses traditions à peu près comme des sectaires violents et fanatiques continuent celles du maître divin. S. D. NOUVELLES. „% La représentation donnée vendredi à l'Opéra offrait beaucoup d'attrait h la curiosité. Wicart, premier ténor du théâtre de la Monnaie à Bruxelles, engagé pour quatre représentations prises sur son congé , se montrait de nouveau sur notre première scène lyrique et chantait le rôle d'Arnold dans Guillaume Tell. Chacun désirait constater les progrès remarquables faits par cet artiste depuis sa première apparition à l'Opéra, progrès qu'une brillante répétition préalable s'était déjà chargée de di- vulguer. Disons tout d'abord que Wicart s'est encore élevé au-dessus de ce qu'on avait pu dire, et que son succès a été aussi grand que mérité. Il est donc fort à désirer qu'à l'expiration de son engagement son talent soit acquis au public parisien. La voix de Wicart est étendue, bien tim- brée, mordante surtout dans les notes élevées ; il a chanté avec beau- coup de sentiment et dans le meilleur style le duo du deuxième acte avec Mlle Hamackers ; dans le trio avec Dumestre et Coulon, il s'est montré tour à tour énergique et passionné. Mais c'est à l'air Asile héréiitaire qu'on l'attendait; la première partie, rendue avec une expression exquise, lui a valu de chaleureux applaudissements, suivis de nombreux rappels après la strette : Amis, secondez ma vaillance, qui termine ce morceau, et dont Wicart a vaillamment franchi recueil. — Guillaume Tell sera représenté une seconde fois, et Wicart chantera ensuite deux fois le rôle de Raoul dans les Huguenots. a,*^ La commission nommée pour l'examen de remplacement de l'Opéra e-t composée de MM. Chaix-d'Est-\nge, président; Caristie, ar- chitecte, ; Cornudet, Eugène Scribe, Varin, L. Véron, Denière. Le rap- port a été, dit-on, déposé et conclut en faveur de l'emplacement du boulevard des Capucines. „,% L'Etoile du Nord avait été affichée hier; une indisposition a fait changer le spectacle. t*# Le succès des Rosières va grandissant à chaque représentation. La partition d'Hérold est interprétée avec un ensemble remarquable. Mlle Girard et Mlle Faivre méritent à un haut degré les applaudissements qu'on leur prodigue; Fromant, Lesage et Ricquier-Delaunay les secondent bien; Gabriel a donné un cachet remarquable de naturel au rôle du sé- néchal, qu'il joue en bon comédien. — Les Valets de Gascogne accompa- gnent fort bien les Rosières; la pièce est fort amusante et la partition de M. Dufresne fait grand plaisir. chez lui tout le monde arrive à lire également bien, également vite, nous nous per- mettrons de lui faire observer qu'il sort du domaine de la science et de l'expérience pour entrer dans le vaste champ des docteurs dont l'élixir guérit de tous les maux. (G) C'est demander beaucoup : à l'impossible nul n'est tenu. 222 REVUE ET GAZETTE MUSICALE „.% Les divers théâtres de Paris ont célébré par des cantates l'an- nexion de Nice et de la Savoie à la France. A l'Opéra, trois belles stro- phes de Méry, musique de J. Cohen, chantées par Dumestre, Dufrène et Mlle Uey. — A l'Opéra-Comique, France et Savoie, paroles de M***, mu- sique de M. Matton. — Au théâtre Lyrique, France et Savoie. — Au théâtre Déjazet, France et Savoie, paroles de M. Ch. Bridault, et musique de Fr. Barbier. **, Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de tout genre pendant le mois de mais dernier, se sont élevées à la somme to- tale de 4,206,"523 fr. 40 c. ,,*„ La Patrie annonçait ces jours derniers qu'on se prépare à cons- truire un théâtre sur un des côtés du square des Arts et Métiers, et qu'on se propose d'y appliquer toutes les améliorations réclamées par le public qui paie à la perte le droit d'assister commodément au spec- tacle, d'y être en toute sécurité, d'y respirer un air pur, de voir à son aise, d'entendre facilement et bien. Ainsi, pour la première fois depuis que l'on construit à Paris de ces sortes d'édifices, celui-ci, qui, dit-on, portera le nom de théâtre du Prince-Impérial, sera construit selon toutes les règles du bon sens et dans les meilleures conditions d'hygiène, de salubrilé, d'aération, de perspective, de sonorité, d'éclairage, de circu- lation large et facile. Ce serait, si nous sommes bien informés, une com- pagnie anglaise qui construirait ce théâtre sur les plans de deux ingé- nieurs français, approuvés par l'Empereur. La Presse dit de son côté : « On assure que le futur théâtre du Cirque-Impérial, qui s'élève en ce moment sur le quai de la Mégisserie et la place du Châtelet et qui doit être terminé dans l'espace de dix-huit mois, vient d'être loué par la ville à M. llostein, moyennant un loyer annuel de 210,000 fr. M. Hos- tein, bien que son privilège de directeur n'ait plus que sept ans à cou- rir, aurait consenti cette location pour vingt ans et resterait garant du bail pendant toute la durée de cette période, fût-il ou non maintenu dans ses fonctions de directeur. En déduction de ce prix, il aurait à percevoir les loyers des quatre boutiques et appartements qui seront établis aux quatre angles du théâtre. Le théâtre voisin, destiné à deve- nir théâtre Lyrique, n'a pas encore de locataire. M. Carvalho se pro- posait de' traiter, lorsqu'il a cru devoir donner sa démission de di- recteur. » n% Deux artistes italiens en grand renom, Mme Sanchioli et M. Baz- zini, font en ce moment une tournée en France avec un succès cons- tant. Ils ont donné des concerts à Mulhouse, à Montbéliard, à Besançon, et vont en donner un au théâtre de Strasbourg, Nous en rendrons compte d'après notre correspondant de cette ville. „*, On annonce l'arrivée prochaine à Paris du célèbre ténor Nie- matin. $% Mosè in Egitto, de Rossini, vient d'être donné à l'Académie de musique de New-York, avec Susini, Ferri, Brignoli et Mlle Patti. Les journaux américains annoncent un succès immense. t% Dans un concert d'adieu donné il y a quelques jours au théâtre Carcano, à Milan, Sivori a joué une fantaisie nouvelle intitulée Chilena (la Chilienne), composée sur un thème national de cette magnifique ré- gion américaine. Cette composition pleine d'effet, consiste en variations brillantes d'un genre neuf, surtout celle qui précède le finale, véritable tourbillon de notes exécutées avec autant de rapidité que de précision. Les applaudissements et les masses de fleurs, auxquelles se mêlait une couronne de lauriers, ont accueilli l'adieu du prodigieux virtuose. „,*» Mardi dernier à l'église de la Trinité, a été célébré le mariage de Mlle Pauline Thys avec M. Charles Sébault, docteur médecin. Ce ma- riage, décidé depuis quelques années déjà, était le vœu de Mme Thys, qui en avait fixé elle-même l'époque au 12 juin, date religieusement respectée par les deux familles. L'assemblée, composée des parents et amis des conjoints et d'artistes, était fort nombreuse. „% Un journal italien annonce le prochain mariage de l'ambassadeur prussien à Stuttgard, comte de Schullemburg, avec Mlle Pannetrat, du théâtre de l'Opéra-Comique. „*„ Dans la Revue de l'année théâtrale que donnent les journaux de musique de Bruxelles et dans l'appréciation des ouvrages représentés, on lit ce qui suit : « Un vrai succès, très-grand et très-mérité, c'est le Pardon de Ploermel. On a tout dit sur cette œuvre ingénieuse et char- mante dont notre public a compris et apprécié toutes les beautés de détail, quand l'exécution a bien voulu respecter le. caractère et la couleur de l'œuvre. Mlle Boulart aidant, et aussi M. Aujac, et même M. Cannait, nous retrouverons l'année prochaine le Pardon de Ploermel au premier rang du répertoire. » „*„, Dans le concert donné la semaine dernière par Karl Ruf, on a remarqué avec un certain étonnement le talent déployé par Mlle Angèle Cordier, qui prêtait son concours au bénéficiaire. Sortie du Conserva- toire pour entrer à l'Opéra-Comique, cette jeune cantatrice s'y produit rarement, en sorte que ses progrès ont été peu remarqués ; mais la façon dont elle a chanté au concert de M. Ruf doit appeler l'attention sur elle. On peut dire qu'elle a eu les honneurs de la soirée en chantant avec une justesse irréprochable, un organe sonore et très-bien timbré", avec une agiliié merveilleuse des variations brillantes sur un air de la Moli- nara de Paisiello. Elle a enlevé tous les suffrages et provoqué les applau- dissements les plus enthousiastes. 11 y a dans Mlle Cordier l'étoffe et l'a- venir d'une cantatrice de premier rang. *% Conformément au vœu exprimé par la dernière assemblée géné- rale de la Société des auteurs , compositeurs et éditeurs de musique , une assemblée extraordinaire spéciale aura lieu aujourd'hui dimanche 17 juin, à deux heures après midi très-précises, chez M. Soufleto, facteur de pianos, rue Montmartre, 161. MM. les sociétaires sont instamment priés d'assister à cette réunion. *** Le lundi de la Pentecôte a eu lieu la première représentation de la Passion à Ober-Ammergau ; l'affluence était si grande que plus de deux mille personnes n'ont pu être placées. Parmi les assistants on re- marquait le nonce du pape, prince Chigi, avec tout le personnel de la nonciature. **„ Une commission, composée de sommités littéraires et administra- tives, se réunira cette année, par les soins du ministre d'Etat, pour exa- miner et discuter les questions qui se rattachent au principe de la propriété littéraire. „*„, La musique du régiment d'artillerie monté de la garde impériale, sous l'habile direction de M Klosé, vient de commencer ses concerts au parc de Versailles. Le programme est composé avec goût, et on a sou- vent l'occasion d'applaudir des solistes d'un talent réel, tels que MM. Le- rouge, sous-chef, premier prix du Conservatoire ; François, trombone ; Schlottmann, cornet à pistons; Roger, baryton; Neuberth, contralto, et Mayeur, saxophone, lauréat du Conservatoire, qui s'est fait justement remarquer dans l'ouverture de Diana Vernon, de Charles Manry. Il y aura concert dimanche, mardi et jeudi de trois à cinq heures, et nous recommandons aux amateurs de bonne musique celui de mardi, où on exécutera une fantaisie sur Sémiramis, l'ouverture de Diana Vernon, et une fantaisie sur le "ardon de Ploermel, arrangée d'une manière tout à fait remarquable par M. Klosé. „.** La Revue contemporaine, dans sa partie musicale, s'exprimait der- nièrement en . ces termes sur un ouvrage, « dont l'auteur, M. H. Pa- ii nofka, s'est fait un nom si honorable dans le professorat et a » publié une excellente méthode intitulée : l'Art de chanter. Mais » pour chanter il faut de la voix; pour bien chanter il faut une voix » fraîche et pure dont le timbre ne se soit pas éraillé dans des exercices » barbares. Voilà pourquoi M. Panofka, revenant en quelque sorte sur » ses pas, a composé l'Abécédaire vocal, ce qui signifie une méthode pré- » paratoire de chant pour apprendre à émettre, à poser sa voix et à » vocaliser » Il n'en existait pas, M. Panofka le dit avec raison, avant PAbècélairt vocal, » composé par lui avec la finesse d'intelligence, la sagacité, le soin qu'il » apporte à toute chose, et d'abord â son enseignement. A une époque » où les belles voix se paient si cher et conduisent si haut les mortels » qui en sont doués, n'est-ce pas à la fois rendre un important service « et faire une bonne spéculation que d'enseigner aies ménager dès l'en- » fance, à les économiser pendant la jeunesse, par conséquent à doubler, » tripler, quadrupler même son capital? C'est à M. Panofka que l'idée » en appartient, à lui que la reconnaissance en sera duo. » *** La célèbre virtuose Miska Hauser donne en ce moment des concerts à Constantinople ; le sultan lui a conféré l'ordre du Medschidjé. *** Le deuxième volume de l'autobiographie de Spohr vient de paraî- tre ; l'auteur y donne des détails sur son séjour â Vienne, sur ses rela- tions avec Beethoven (1805-1815). *** Le neuvième volume des œuvres de S. Bach, publié par la Société S. Bach à Leipzig, vient de paraître ; il contient exclusivement des com- positions pour musique de chambre. *** Tous les jours, au théâtre Lyrique, de midi à une heure, jusqu'au 30 juin, audition pour les personnes qui désirent entrer dans les ch Burs (hommes et dames). On est prié de se présenter avec un mor- ceau de musique. „%, Le maestro Alexandre Paër, fils du célèbre compositeur de ce nom, vient de mourir à Rome. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE ij*j Londres. — Les deux théâtres italiens donnent fréquemment des représentations extraordinaires le lundi. Lundi dernier, le théâtre de Sa Majesté jouait Scmiramide. Mardi, Il Baïbiete, avec Mme Borghi-Mamo, qui a chanté le fameux air de Santa Lunia, arrangé par Braga, avec un immense succès. Jeudi, dans Itigoletto, Mlle Brunet a continué ses débuts psr le rôle de Gilda; la Traviata est annoncée pour cette jeune canta- trice.— A Covent-Garden, / Paritani, avec Mme Peuco, qui a succédé à Mme Grisi dans le rôle d'Elvire, défrayaient la représentation extraordi- naire de lundi. Mardi Dinorah a été donné à Covent-Garden. Le nouveau chef-d'œuvre de Meyerbeer assure chaque fois qu'il est représenté une brillante recette â M. Gye. Au désir d'entendre cette admirable partition, si pleine de fines et délicates mélodies, et qui a été appréciée par le public anglais à sa véritable valeur, se joint l'attrait d'y voir réunis trois artistes qui l'interprètent merveilleusement, et qui tout d'abord ont su DE PARIS. 223 captiver la faveur générale, c'est Mme Carvalho, c'est Faure et Cardoni. Talent de comédien, perfect'on du chant, ensemble irréprochable, voilà ce qui assure à cet opéra la supériorité sur tous les autres ouvrages dn répertoire et qui explique le crescendo de son succès. — Hier a dû être donnée au théâtre de Sa Majesté la Lucia, chantée par Mlle Titjens. — Jeudi, on a joué Fra Diavolo. — On annonce pour lundi 18, au même théâtre, un grand concert vocal et instrumental donné en commun par miss Arabella Goddard et Léopold de Meyer. — M. Gye a rengagé le ba- ryton Graziani pour les deux saisons de 1861-1862, à raison de 10,000 fr. par mois. „*„ Rruxelles.— On lit dans Y Année musicale, ouvrage que M. Scudo, critique de la Reçue des dtux Mondes, vient de publier à Paris : « En Belgique, cette mauvaiee contrefaçon de la France, on ne chante et on ne joue que les opéras et les pièces de théâtre qui viennent de Paris. Bruxelles possède un Conservatoire de musique dirigé par un homme très-capable, M. Fé'tis, et qui, tous les ans, produit un grand nombre d'habiles instrumentistes et d'excellents musiciens. MM. Vieuxtenips, Servais, Limnander, Guewaert (sic), Mmes Gueymard, à l'Opéra, et Cabel, à TOpéra-Comique, sont des artistes différents dont la Belgique peut s'honorer sans doute ; toutefois l'art moderne d'un pays si actif, si libre et si heureusement gouverné, manque complètement de caractère et de distinction, et la musique belge, si tant est qu'il y en ait une, est aussi équivoque que la langue française qu'on parle à Bruxelles, à Gand et à Liège, qui possède aussi un Conservatoire royal qui a la prétention de ne pas être une succursale de celui de la capitale. Bruxelles n'a d'autre langue littéraire que la langue qu'on écrit à Paris ; on y reproduit tout ce qui se fait à Paris, jusqu'au théâtre des Bouffes-Parisiens ! Il faut avoir une vocation décidée pour la contrefaçon. » Cette citation inspire au Journal de Gand la réflexion suivante ; « En présence de cette litté- rature de que-que et de qui-qui, on ne peut s'empêcher de trouver déli- catement tourné le compliment que M. Scudo nous adresse sur notre ignorance de la langue française. Est-ce qu'il ne voudrait pas se faire le professeur de cette langue en Belgique? » — La Compagnie Merelli a traité, dit- on, avec le propriétaire de la salle du théâtre National, ce qui lui permettrait d'avoir une saison de trois mois, de février à avril. — La troupe des Bouffes-Parisiens a commencé ses représentations, qui sont très-suivies: le Mariage aux lanternes; le Mari à la porte; la Demoiselle en loterie, etc., etc., ont obtenu un très-grand succès. Lundi, Orphée aux enfers. *% Berlin. — La reprise du Templier et la Juive vient d'obtenir un grand succès. Cet opéra, le plus populaire de ceux qu'a écrits Slarschner, avait eu, à sa première apparition, à lutter contre les œuvres de deux rivaux redoutables, Weber et Spohr; il ne fut pas apprécié alors à sa juste valeur. Cette fois, Marschner a eu sa revanche ; on a rendu justice à la puissance dramatique qui respire dans plusieurs morceaux, aux mé- lodies gracieuses, aux richesses instrumentales qui distinguent cette partition. Le rôle de Rebecca a été pour Mme Koester l'occasion d'un nouveau triomphe. — Une nuit à Grenade, opéra de Kreutzer, a été très- bien accueillie à la salle Kroll. — Slradella, opéra de Flotow, est en pos- session constante de la faveur publique ; il a attiré la foule sur denx théâtres à la fois, celui de Kroll et celui de Frédéric-Guillaume ; on fait bisser à chaque représentation le duo entre les deux brigands et l'hymne à la Vierge. C'est un succès égal à celui de Martha. »% Vienne, — Le théâtre italien fera sa clôture le 28 juin prochain. Pour la prochaine saison allemande on annonce la première représenta- tion du Pardon de Ploërmel ; le rôle de Dinorah sera chanté par Mme Frassini. *%. Breslau. — La Feuille de l'église catholique de Breslau annonce la mise au concours d'un prix qui sera décerné â l'auteur de la meilleure messe à quatre voix, de peu d'étendue, avec texte latin et accompagne- ment d'orgue; le terme de ce concours est fixé au 1" septembre 1860. Les manuscrits devront être adressés au maître de chapelle du dôme, M. Brosig, à Breslau. — L'opérette bouffe, le Numéro 66, par Offenbach, a été joué ici avec le plus grand succès. Le texte allemand est de M. Ries- ling. — Mme Lasslo-Doria est engagée comme prima donna au théâtre de la Cour â Cobourg-Gotha : elle nous a fait ses adieux dans la Lucia de Donizetti. t*t Munich. — Le Pardon de Ploërmel a été donné quatre fois avec un succès toujours croissant ; Mlle Schwarzbach est fort applaudie dans le rôle de Dinorah. — La Société d'oratorios a clos la saison par la Cantate de Noël, des. Bach, et des fragments de l'oratorio Susanne, de Haendel. — On annonce la prochaine réapparition d'Iphigénie en Auli le, de Gluck, que nous n'avons pas entendue depuis trente-quatre ans. Le rôle prin- cipal sera interprété par Mlle Stoeger. „** Koenigsberg. — Pour la représentation du 5 juin, le prince ré- gent avait choisi le Pardon de Ploërnul; Son Altesse l'a honoré de sa présence. t\ Trieste, 30 mai. — Robert le Diable a été représenté la semaine dernier au grand théâtre Mauroner pour les débuts de Mme Amalia Jackson qui chantait le rôle d'Isabelle. Le succès de la jeune cantatrice a été des plus brillants. Elle a été couverte d'applaudissements à maintes reprises, notamment après l'air de Grâce. „** Boston. — Le 14 avril a été donné le cinquième et dernier concert philharmonique. On y a exécuté la quatrième symphonie de Beethoven. — Les œuvres nouvelles que les concerts philharmoniques nous ont fait connaître sont: l'ouverture de Dinorah. par Meyerbeer ; celles cVUriel Acosta, par Schindelmeister,'et les Préludes, de Liszt. Pour le 1" mai l'on attend la troupe d'opéra qui doit donner dix représen- tations . LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C% RUE JACOB, 58. Et citez tous les libraires de France et de l'étranger. MUSICIEMS ET BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE DE MUSIQUE Deuxième édition Entièrement refondue et augmentée de plus de moitié, Par F.-J. FÉTIS Maître de chapelle du roi des Belges, Directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles. 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Alpbonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) « La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par e le seulement que peut cire résolu le problème d'une justesse parfaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1336.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Rue d'AbbcvihV, 5 bis, près la place Lafayette, à Paris. MAISON H. HERZ piano™Ys,C)"e«Wa Victoire, à Paris. « A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le môme instrument emporta les suf- frages unanimes du Jur}*. Il portait le n° 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et a l'audition des pianos a queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28. » Enfin, dans la séauce du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. » A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'ôtre parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la qualité du son. • (Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) i" médaille d'or Exposition nationale française de 1849. DÉCORATION DE LA LÉGION D HONNEUR Exposition de 1849. MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS FONDÉE A PARIS EN 1843 PAK I" médaille Exposition nationale belge de 1841. DÉCORATION DE LA COURONNE DE CHÊNE de Hollande (1845). I" médaille d'argent Exposition nationale française de 1844. -°-®<&o- Crnnde médaille d'or du Mérite de Prusse (1846). Facteur de la Maison militaire de l'Empereur. RUE SAINT ■ GEORGES, 50 Seule grande médaille «'honneur à l'Exposition universelle de Paris (1855). — Seule grande médaille» (Votmcil itlettal) à l'Exposition universelle «le Londres (1851). Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale. inventeur des familles des CORNETS-SAX (compensateurs). CLARINETTES CONTRE-BASSES-SAX. CLARINETTES BASSES-SAX. BASSON-SAX (en cuivre et en bois) . Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons SAX-TUBAS. SAXOPHONES. CLAIRONS-SAX. TUOMBONES-SAX. SAXO-TROMBAS. SAXHORNS. Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, -t et 5 cylindres ; invention brevetée en I85i>. Tous les instruments à pistons avec addition d'une ou plusieurs clefs; invention brevetée en 1850. Système d'instruments à pistons ascendants ; inv. brev. eu 1 85». ou cylindres, les mêmes forme Saxo-Tromba. Clairons, Trompettes d'ordonnance. Flûtes, Clarinettes, Bassons, Caisses roulantes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales, Cym- bales, etc., etc. PARIS. — IMPRIMERIE CENTRALE DE NAPOLÉON CHAIX ET C", RUE BERGÈRE, 30. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. No 26. 24 Juin 1860. ON S'ABONNE I Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aui Bureaux des Messageries et des Postes. prix de l'abonnement: Paris 24 fr. par Ql Départements, Belgique cl Suisse.... 20 n id. Étranger 34 h id. Le Journal paraît le Dimanche. ET GAZETTE EIUS1C il F^HIS, — 'VW\A/\AAAn/w~ jtvcc le prochain numéro, nos abonnés recevront la VALSE BOLÉRO de B»I.4:*ELLA. composée par llv- simi. et exécutée avec le plus grand succès aux con- certs des Cnamps-Elysées. SOMMAIRE. — Mondonville et la guerre des coins (4° article), par Arthur Pougin. — Théâtre Lyrique : Maître Palma, opéra-comique en un acte, pa- roles de MM. Furpillc et Gillc, musique de Mlle Rivay, par Léon llurocher. — Chants de l'armée française (5e et dernier article), par tàeorg-es Kastner. — Revue des théâtres, par D. A. D. Saint- Yves. — Nouvelles et an- nonces. MONDONVILLE ET LÀ GUEBRE DES COINS. (4e article.) (1) V. Parvenu par son récent triomphe à la plus haute faveur, Mondon- ville fit représenter, vers la fin de l'année suivante, sa fameuse pas- torale de Daphnis et Alcimadure, opéra-ballet en trois actes et un prologue, qui devait établir définitivement sa réputation. Cette pièce obtint un 1res- grand succès, dû surtout à deux causes particulières : la première, c'est que — circonstance sans précédent à l'Opéra — l'auteur en avait fait lui-même les paroles et la musique ; la seconde, c'est que le librello en était écrit en dialecte languedocien, patois très -doux et presque aussi favorable à la musique que la langue italienne. Né dans le Midi, élevé au milieu d'une population qui n'employait pour ainsi dire pas d'autre langage, Mondonville était naturellement très-familier avec ce dialecte , qu'il avait parlé pres- que exclusivement pendant toute son enfance et une partie de sa jeunesse. Celte singularité, nouvelle à Paris, et aussi le jeu de-Jé- liotte, de Latour et de Mlle Fel, qui remplissaient les principaux rôles de l'ouvrage et qui, étant Méridionaux ainsi que l'auteur, parlaient parfaitement le patois, ne contribuèrent pas peu à sa réussite. Da- phnis et Alcimadure fut représenté à Fontainebleau, sur le théâtre de la cour, le 29 octobre et le k novembre 1754. Fort bien accueillie par les grands seigneurs et les courtisans qui formaient le public ha- bituel de ces représentations de gala, la pièce fut donnée ensuite à (1) Voir le n° 25. l'Opéra le 29 décembre, et y obtint, ainsi que nous l'avons dit plus haut, un brillant succès. Cependant, le double mérite de Mondonville comme auteur des paroles et de la musique de sa pastorale, était beaucoup moins grand qu'on ne l'avait cru d'abord. On ne tarda pas en effet à recon- naître que le sujet et les principaux incidents du poëme avaient été empruntés par lui à une pièce très-populaire dans le Midi et connue sous le litre de F Opéra de Fronlicjnan ; quant à la musique, on s'a- perçut bientôt aussi que les motifs les plus importants rappelaient certains airs villageois du Languedoc, et même que certaines phrases démontraient un plagiat évident commis au préjudice de divers in- termèdes italiens. Le mérite principal de l'auteur cousistait donc parti- culièrement dans la fidélité scrupuleuse de sa mémoire. Pour ce qui est de la valeur intrinsèque de l'ouvrage, on fut à même de l'apprécier complètement lorsqu'en 1768, à la sollicitation de quelques person- nes influentes, il le remit au théâtre, traduit par lui-même en fran- çais. Soit que Legros et Mme Larrivée, qui avaient repris les rôles créés par Jéliolle et Mlle Fel, y apportassent moins de talent que leurs devanciers, soit que — ainsi qu'on l'a dit — la naïveté du jar- gon méridional devînt fade et niaise à la traduction, toujours est-il que cette reprise fut très-froidement accueillie et que la pièce, ainsi transformée, n'obtint qu'un très-petit nombre de représentations. La grande qualité tic celte traduction est d'avoir élé faite d'une façon si exacte que l'on n'eut besoin, dans la partition , que de mettre les vers français au-dessous des vers languedociens qui y correspon- daient, sans faire un seul changement à la notation. A la mort de Royer, qui arriva le 11 janvier 1755, Mondonville obtint, avec Caperan, la direction du concert spirituel ; tous deux s'as- socièrent avec la veuve du défunt, et, grâce à l'activité de Mondon- ville,' cette administration fut une des plus heureuses de l'établisse- ment. Pendant sept ans et demi qu'il fut à la tête du concert, puis- qu'il ne l'abandonna qu'au mois de juillet 1762, époque à laquelle expirait son bail, il y fit connaître quatre nouveaux motets; c'est aussi pendant le temps de sa direction qu'il y fit entendre les pre- miers oratorios qui furent exécutés à Paris. A l'époque, en effet, où il composa ses trois drames religieux, ce genre de musique, qui avait pris naissance en Italie, n'avait point encore franchi les Alpes. Le premier, intitulé les Israélites au mont Oreb, fut représenté dans la quinzaine de Pâques de l'année 1758; les paroles en étaient de l'abbé de Voisenon ainsi que celles du second, qui avait pour titre les Fureurs de Saûl, et qui fut donné l'année suivante, à la même épo- que ; le dernier, qu'on nommait les Titans, et dont les paroles étaient en partie tirées du prologue d'un opéra de Fontcnelle, fut joué 226 REVUE ET GAZETTE MUSICALi pendant la semaine de la Passion de 1762. Ces trois ouvrages obtin- rent un grand succès. Du reste, le titre seul d'une œuvre de Mon- donville sur l'affiche du concert spirituel exerçait une telle . in- fluence, que lorsque Dauvergne vint à lui succéder dans la direc- tion de cette entreprise, il dut, pour obtenir le droit déjouer la mu- sique de son prédécesseur, dont il avait cru d'abord pouvoir se passer, subir toutes les exigences de celui ci. Voici la preuve de ce que nous avançons : lorsque Mondonville quitta l'administration du con- cert, il emporta toutes ses partitions; Dauvergne, ne se doutant pas de l'attrait irrésistible qu'elles avaient pour le public, ou du moins espérant compenser cette perle très-préjudiciable au répertoire par des morceaux inédits, songea à offrir à ses habitués des œuvres nou" velles ; mais malgré l'impulsion progressive qu'il avait donnée à son administration, malgré les efforts qu'il fit pour plaire aux spectateurs, ceux-ci réclamèrent avec tant d'instances les motets et les oratorios de Mondonville, qu'il lui fallut enfin s'entendre avec ce dernier; or il ne consentit à laisser exécuter ses œuvres qu'aux conditions suivan- tes : 1° qu'il lui serait payé 27,000 livres comptant; 2° qu'il dirige- rait lui-même l'exécution de ses morceaux; 3" et enfin, qu'on les laisserait reposer pendant deux années. Quelque onéreuses que lu' parussent de telles conditions, Dauvergne dut les subir, sous peine de voir périr son administration naissante. Le 9 mai 1758, sous ce titre : les Fêles de Paphos, Mondonville avait fait représenter à l'Académie royale les deux actes de Vénus et Adonis et Bacchus et Erigone, qu'il avait composés, ainsi que nous l'avons vu, à l'instigation de Mme de Pompadour, pour le théâtre des petits appartements ; il y en ajouta un troisième qui portait le titre de l'Amour et Psyché. Selon sa coutume, il se donna pour l'auteur uni- que de ce dernier, bien que i'abbé de Voisenon en eût réellement fait les paroles. En 17G2, il fit jouer à Fontainebleau, au théâtre delà cour, ce même acte de V Amour et Psyché, qui fut encore repris à l'Opéra quelques années plus tard. En 1765, Mondonville refit la musique du Thésée de Quinaull; j] en retrancha le prologue et conserva les récitatifs de l'ancienne mu- sique de Lulli. Ce fut là une tentative malheureuse. La pièce parut d'abord à la cour où elle fut très-froidement accueillie, et vint tomber à plat à l'Académie royale le 13 janvier 1767. Elle n'y fut jouée que trois fois, et l'auteur eut l'humiliation de la voir remettre à la scène avec la musique primitive. Voici ce que dit à ce sujet un journal du temps: « M. Mondonville s'est avisé de remettre en musique l'opéra » de Thésée, psalmodié, il y a cent ans, par l'ennuyeux Lulli. . . Son » opéra est précisément aussi plat et aussi pauvre que celui de Lulli. » C'est une psalmodie tout aussi assoupissante, et il n'y a pas le plus » faible motif de préférence de l'un sur l'autre. » En 1768, Mondonville obtint de l'administration de l'Opéra une pension de 1,000 livres ; la même année il fit représenter à ce théâtre sa traduction française de Daphnis et Alcimadure, et, en 1771, il y donna son dernier ouvrage, les Projets de l'Amour, ballet héroïque en trois actes. 11 s'occupa ensuite très-activement de traduire le Thémis- tocle de Métastase, qu'il voulait mettre en musique, cl l'on prétend que l'ardeur extraordinaire qu'il apporta dans ce travail contribua considérablement à altérer sa santé et à abréger ses jours. 11 mourut en effet peu de temps après l'avoir entrepris, dans la maison de cam- pagne qu'il possédait à Belleville, le 8 octobre 1772. Arthur POUGI.N. (La suite prochainement.) THEATRE LYRIQUE. MAITRE PAOI1, Opéra-comique en un acte, paroles de MM. FunriLLE et Gille, musique de Mlle Rivât. (Premiire représentation le 17 juin 1860.) Ce n'est pas le dimanche, ordinairement, qu'on joue les pièces nouvelles, et il est encore plus rare qu'on en fasse dès le premier jour un lever de rideau. Quelles sont les causes de ce procédé in- solite ? Nous l'ignorons, et, n'étant pas curieux naturellement, nous n'avons fait aucun effort pour « pénétrer ce mystère, » qui, nous aimons à le croire, n'a rien « d'infernal. » Toujours est-il que Maître Palma ayant commencé à une heure qui s'accordait mal avec les ha- bitudes de la vie parisienne et la longueur du voyage, nous n'avons pu entendre ni l'ouverture, ni l'exposition. Nous avons compris seule- ment que M. Contarini, formidable duelliste, a tué ou croit avoir tué en combat singulier son ami Salviati ; qu'il est venu se cacher à Pa- doue avec sa fille Marta, pour se dérober aux recherches de la justice et à la vengeance des Salviati; que, pour dépister les limiers de la police vénitienne, il s'est fait orfèvre; qu'un beau jeune homme vient chaque jour coller son visage aux vitres de la boutique ; que Mlle Maria s'est empressée de voir en ce beau jeune homme un amoureux, et lui a, du premier coup, « rendu amour pour amour ; » que, pen- dant l'absence du faux artisan, le beau jeune homme s'introduit chez lui et demande à Marta des bijoux ; que Marta lui répond : — A quoi bon dissimuler? Je ne suis pas aussi sotte que vous le croyez. Ce ne sont pas des bijoux que vous voulez, c'est mon cœur. Eh ! bien, Monsieur, adressez-vous à mon père, et, pour être sûr de le trouver chez lui, venez ce soir à l'heure du souper. Voilà, certes, qui est original, et l'on conviendra que les jeunes filles n'ont pas coutume de faire ainsi les premiers pas, et d'aller au but d'une allure si franche et si décidée. — Après tout, c'est peut- être l'usage à Padoue. — Ce que nous avons plus de peine à nous ex- pliquer, c'est que le beau jeune homme, ainsi invité à souper par Marta, revienne un moment après, donne sa bourse à l'apprenti Gi- letti, et lui commande de préparer un souper dans cette même bou- tique, pour lui et pour Marta. 11 se délie apparemment de la cuisine de l'orfèvre. Là-dessus, arrive Contarini. Le beau jeune homme le prend ou feint de le prendre pour un rival. — Allons, mon cher, dé- guerpissez ! Vous êtes de trop ici. J'en suis fâché pour vous, mais c'est moi que Marta préfère, et je vais souper avec elle tout à l'heure. — On devine ce qui s'ensuit, querelle, insolences, provocations. D'abord Contarini refuse de se battre, mais le beau jeune homme réussit à lui faire perdre patience, et les deux héros croisent le fer. Une. deux! bien attaqué, bien paré, bien riposté. Contarini est habile, mais son adversaire ne l'est pas moins, et Contarini est enfin obligé d'en venir à certaine botte secrète avec laquelle il a tué Salviati. C'est où l'aulre l'attendait. Il pare la botte secrète absolument comme si elle ne l'était pas, et s'adressant à la cantonade : — Entrez, Mes- sieurs, notre homme est trouvé. — La porte s'ouvre. Sbires, magis- trat en robe rouge. On entoure Contarini, qui se rend. Le beau jeune homme a réussi. Cet amoureux était un agent de police. Il parait que la fameuse botte secrète était le secret de tout le monde, et que, de plus, elle était l'unique trait du signalement de Contarini. Le ma- gistrat verbalise, ou en fait le semblant. — Allons, Monsieur, signez ce procès-verbal. — Contarini signe. — A vous, Mademoiselle; si- gnez aussi. — Pourquoi cela? dit Contarini. — Parce que ce procès- verbal est un contrat de mariage ; que monsieur, que vous prenez pour un commissaire de police, est un notaire, et que je suis, moi, Lorenzo Salviati, fils du vieil ami que vous croyez avoir tué et qui se porte à merveille. J'ai dressé ce guet-apens pour réconcilier nos deux familles. DE PARIS. l27 Embrassons-nous, Monsieur, que tout soit dit ! L'amitié doit unir les gens d'esprit. Si vous avez vu jamais une pièce aussi ingénieusement fabriquée, nous Tirons dire à Padoue. La musique est écrite avec naturel et facilité , parfois même avec assez de grâce. Il y a un fort joli air que chante Marta, air à deux mouvements, précédé d'un petit bout de récitatif. Vandante est ten- dre et un peu mélancolique. L'allégro est une valse brillante et co- quette. Mlle Moreau chante fort bien ce morceau , qui est beaucoup plus difficile à exécuter que l'air de l' Ombre heureuse, dans Orphée. Il y a deux romances assez agréables , , dites par Conlarini et par Marta au commencement de la pièce ; puis le père et la fille unissent leurs voix dans un petit duo qui ne manque ni de mouvement ni de fraîcheur. Le rôle de Lorenzo Salviati n'est pas aussi mélo- dieux, et c'est dommage, car M. Potel, qui en est chargé, a une voix charmante et sait s'en servir ; son duo avec Contarini, quand il le provoque et veut le forcer à se battre, — duo qui devient trio par l'in- tervention de Marta, — est bruyant sans être énergique : il n'y a là ni l'accent ni la couleur qu'on y voudrait voir et que la situation exi- geait. Les autres morceaux ne méritent guère, à notre avis , qu'on les cite. Nous avons déjà dit pourquoi nous ne pouvions dire rien de l'ouverture. La musique de Mlle Rivay est correcte et chantante; son instrumentation n'a pas un grand éclat, mais elle est douce et sans prétention. Les diverses sonorités de l'orchestre s'y marient dans un harmonieux ensemble, el, en général, elle accompagne fort bien les voix. Ce petit ouvrage est exécuté fort proprement par Mlle Moreau , M. Potel, M. Lesage et M. Lcgrand. Léon DUROCIIER. CHAHTS DE L'ARMÉE FRANÇAISE, Par GEORGES KASTNEIt. (ô= et dernier article.) (1) Un exemple de poésie guerrière très-curieux et datant aussi du vnc siècle, nous a été conservé dans une Vie de saint Fa- ron , évêque de Meaux , attribuée à Hildegaire, autre évêque de la même ville sous Charles le Chauve. C'est un chant de iriomphe en vers monorimes destiné à célébrer la victoire remportée en 622 par Clolaire II (Hold-IIard) sur les Saxons. On y exalte la charité de saint Faron, qui sauva de la mort les députés vaincus. Il ne reste de ce chant que les deux passages ci-après : De Chlothario est canere rege Francorum Qui ivit pugnare in gentem Saxonum; Quam graviter provenisset missis Saxonum, Si non fuissot inclytus Faro de gente Burgundionum (2) Quando veniunt in terram Francorum, Instinctu Dei transeunt per urbem Meldorum Ne interficiantur a rege Francorum (3). (1) Voir le n° 46 de l'année 1859. (2) On présume qu'il y a une lacune entre ce vers et les suivants qni semblent être les derniers du poème. Hildegaire le donne à entendre, puisqu'il met ici : « Et infine liujus carminis. » (3) Les deux fragments qu'on vient de lire ont été transcrits de différentes ma- nières. Souvent le premier contient ces légères variantes : De Clotario canere est rege Francorum. — Qui ivit pugnare contiu Saxonum. La RavalUere, Poésies du roi de Navarre, t. I, p. 193, a complété le quatrain du second fragment avec deux interpolations de Hildegaire. Son texte porte : Quando veniunt in terram Francorum, Faro ubi erat princeps, missi Saxonum. « Quand les envovés saxons vinrent dans la terre des Francs où Faron était prince. » « Chantons Clotaire, le roi des Francs, qui alla combattre la na- » tion saxonne. Certes, il serait bien arrivé malheur aux envoyés » saxons, sans l'illustre Faron, de race bourguignonne. » Quand les envoyés saxons vinrent dans la terre des Francs, par » une inspiration de Dieu, ils passèrent par la ville de Meaux, de » peur d'être pris par le roi des Francs. » Sidoine Apollinaire qui, dans une de ses lettres, reproduit les frag- ments de cette chanson, nous apprend qu'elle fut chantée à pleine voix, magna vociferatione, dans tout le royaume. Le biographe de saint Faron, parlant de la victoire de Clotaire, atleste la même chose. « On composa sur cette victoire, dit-il, un chant populaire qui, à cause de sa rusticité, volait de bouche en bouche (1). » Cependant le latin barbare qu'on vient de lire n'a ni rhylhme ni cadence. Les auteurs de Y Histoire littéraire de la F tance n'y voient avec raison qu'une mauvaise prose mise en plus mauvais vers. Plu- sieurs écrivains soupçonnent que ce n'est point là le texte original, mais une simple traduction de ce texte. Ils pensent que celte chan- son fut composée primitivement en langue vulgaire, la seule qui fût parfaitement intelligible aux militaires, au peuple et aux femmes. Ils sont même d'avis que les petits vers mnémoniques de l'original théotistique ont été imités dans la traduction latine. Quelques monosyl- labes reclifiés suffisent, suivant eux, pour rétablir le rhythme primi- tif (2). En tout cas, ce chant eût été peu propre à seconder les mouvements de la danse, et peut-être la marche du soldat, si les paroles et la mélodie n'en avaient pas été suffisamment rhylhmées. La même remarque s'applique à toutes les poésies de celte époque qui, par la nature de leur contenu, devaient plus particulièrement s'adresser au peuple et à l'armée. Dans les siècles suivants, les pièces latines composées par des clercs sur des sujets héroïques tendent à imiter les formes savantes de la poésie des anciens. Ce sont pour la plupart des œuvres laborieuse- ment conçues, et qui trahissent les prétentions du poète au style bril- lant et fleuri. Il est douteux que celles que l'on a pu recueillir jus- qu'à ce jour aient été très-populaires, surtout parmi les soldats. Ce- (1) « Ex qua Victoria carmen publicum juxta rusticitatem por omnium pêne » volitabat ora ita canentium : fœminœquc choros inde plaudendo componebant. » (Ap. Dom Bouquet, t. III, p. 505.) — M. J. de Rathaïl, en citant ce passage dans son opuscule sur l'Existence d'une épopée franke, en a donné une traduction qui ne répond pas tout à fait au sens de l'interprétation à laquelle on s'est tenu jusqu'à présont. Il traduit ainsi : « Ce fut à l'occasion de cette victoire que parut un cliant si populaire qu'il volait de bouebe en bouche, jusqu'au fond des campa- gnes, où tout le monde le chantait, même les femmes "qui le disaient en formant des rondes et en battant, des mains. » Enfin, ailleurs on lit : « La grossièreté même de la poésie servit à la faire voler de bouche en bouche, et les femmes elles-mêmes accompagnaient les hommes en chœur. » On voit par là qu'il y a plusieurs ma- nières d'entendre le latin. (2) Chlotar est cancre De rege Francorum, Qui ivit pugnare In gentem Saxonum. Quam provenisset, Si missis Saxonum lncly' non fuisset Faro de Burgundium. (Barrois, Éléments de linguistique.) Cette manière de changer la physionomie d'un texte connu en supprimant ou en y ajoutant des mots, est, si je ne #ie trompe, ce que les savants désignent sous le nom de restitution. C'est au moyen de ce procédé ingénieux, trop ingénieux, peut-être, que l'ou croit être parvenu à découvrir dans les légendaires et dans les anciennes gestes latines, entre autres dans le Gcsta Dagoberti, des vestiges de chants mérovingiens semblables à ceux que l'on possède sur la victoire de Clo- taire H, mais beaucoup plus anciens. Toutefois, l'authenticité de ces frustes débris, arrachés pour ainsi dire de force, et par le plus laborieux des enfantements, aux ouvrages qui semblent les receler, n'est pas encore prouvée aux yeux du plus grand nombre. Du reste, on peut consulter à ce sujet un intéressant travail do M. Lc- normant, publié dans la Bibliothèque de l'École des chartes, t. Ie', p. 321. 228 P.EVUE ET GAZE'ITE MUSICALE pendant j'en indiquerai plusieurs qui me paraissent avoir eu quelque chance pour l'être, soit à cause de l'événement qu'elles célèbrent, soit pour tout autre motif. Les personnes qui désirent en connaître les textes pourront recourir au précieux recueil de poésies latines publié par M. Edélestand du Méril. Elles y sont transcrites et anno- tées avec le plus grand soin. Une des plus intéressantes, au point de vue du sujet qui nous occupe, est l'Ode alphabétique sur la bataille de Fonlenay ou Fontanet, livrée le 25 juin 841, entre les fils de Louis le Débonnaire (1). Elle a pour auteur un Franc, nommé Angelbert, qui joua un rôle actif dans l'action sanglante dont on lui doit le ré- cit (2). Nous ne la possédons pas tout entière, car les strophes com- mençant par les dernières lettres de l'alphabet nous manquent, mais nous en avons la mélodie qu'on voit très-lisiblement notée en signes, selon l'usage d'alors, au-dessus des vers de la première strophe dans le manuscrit n° 1154 de la Bibliothèque impériale. Cette mélodie se compose de trois phrases de huit mesures chacune. Quoique fort sim- ple et présenlant quelque analogie avec nos vieux airs de noëls, elle est assez bien caractérisée pour le temps, et dut contribuer h rendre populaire l'œuvre du poète. Je citerai ensuite un hymne funèbre en l'honneur d'Eric, du; de Frioul, qui se distingua, dans les années 796 ou 797, par plusieurs expéditions contre les Huns ou les Avares, sur lesquels il remporta des avantages considérables. Ce poëme, que l'on attribue généralement à saint Paulin, patriarche d'Aquilée, contempo- rain de Charlemagne, figure aussi, texte et musique, comme le docu- ment qui précède, dans le manuscrit de la Bibliothèque impériale in- diqué plus haut. Ce manuscrit contient, en outre, parmi des chants populaires très-curieux, une complainte sur la mort de Charlemagne, composée, à ce qu'on présume, peu de temps après l'événement qui en est le sujet, vraisemblablement en 814 ou 815; puis une autre pièce du même genre sur la mort de l'abbé Hug, fils naturel de Char- lemagne et de Régine, que Louis le Débonnaire fit tonsurer, et qui perdit la vie dans une rencontre à main armée avec le jeune roi Pépin. Si je mentionne encore un chant sur l'arrivée de Lothaire, je me trouve avoir épuisé la liste des chansons historiques en langue latine, qui, de toutes celles que nous a léguées le ixc siècle, méritaient le plus de fixer ici notre attention. Si, durant la période carlovingienne, les chants guerriers en langue latine jouirent encore d'une certaine popularité, à plus forte raison les chants héroïques en langue vulgaire (3) eurent-ils le privilège de charmer la foule. C'était probablement des chants de ce genre qu'Al- béric, moine des Trois-Fonlaines, qui écrivait dans le xinc siècle, avait vus, qu'il cite dans sa chronique, sous le titre de Herokœ canlilenœ, et d'après lesquels il fait mention des victoires remportées par Char- (1) Elle commence ainsi: Aurora cura primo mane tetram noctem dividens, Sabbatum non illud fuit, sed Saturni dolium; De fraterna rupta pace gaudet drcmon impius. Bella clamant hinc et inde, pugna gravis oritur; Fratcr fratri mortem parât ; nepoti avunculus ; Filius nec patri suo exhibet, quod menait. Voyez Edélestand du Méril, Poésies populaires, p. 2^9-251. — Les faits qui amenèrent cette bataille sont racontés par Nilhard, dans le second livre du De dissenllonibus ftliorum Ludovici Pli, (2) Il s'est nommé dans la strophe suivante : Hoc autem scelus peractum, quod descripsi rhythuiice, Angelbertus ego vidi, pugnansque cum aliis, Solus de multis rcmattsi prima fontis acie. Angelbert est donc un des plus anciens soldats-poètes dont le nom figure dans nos annales. (3) Par langue vulgaire, je n'entends pas ici seulement la langue romane, rus- tique ou gallicane, laquelle commença d'être en usage sous le règne de Charle- magne, mais je comprends aussi sous cette dénomination les dialectes tudesques, comme l'idiome franc, lingua francia, dérivé, suivant M. Ampère, du haut alle- mand, et qu'on appelle quelquefois langue théoliitique. les le Chauve, en 866, sur Gérard de Vienne, duc des Deux-Bourgo- gnes. On ne peut douter qu'il n'y en ait eu un nombre très-considé- rable, et cependant on n'en a cité qu'un seul jusqu'à présent qui se soit conservé jusqu'à nous dans son cadre original et dans sa forme première. Ce qui ajoute à l'intérêt que présente ce poëme historique, c'est qu'il est du petit nombre des documents en langue franque échap- pés aux ravages du temps. 11 renferme cent dix-huit versets rimes et divisés par strophes, et célèbre la victoire que Louis II, roi de Neus- trie, fils de Louis le Bègue, remporta sur les Normands, à Saucourt, en 880 ou 881. On présume qu'il fut composé peu de temps après cette bataille, et environ un an avant la mort du jeune roi Louis, en faveur duquel il exprime un souhait de longue et heureuse vie qui ne fut pas exaucé. Le caractère en est religieux et le ton solennel. Peut- être est-il, comme on le dit, l'œuvre d'un moine (1). On assure qu'il fut longtemps populaire sur les bords du Rhin, en Belgique et dans une partie du nord de la France. Les Allemands le placent au nombre de leurs chants nationaux. REVUE DES THEATRES. Les à-propos et les cantates du 14 juin. — Vabiétés : la Fille du diable, vaudeville fantastique en cinq actes et huit tableaux, par MM. Clairville, Siraudin et Lambert Thiboust. — Porte-Sai\t- Maktin : le Gentilhomme de la montagne, drame en cinq actes et huit tableaux, par M. Alexandre Dumas. — Ambigu : Reprise du Juif errant, drame en cinq actes et dix-sept tableaux, par MM. Di- naux et Dennery. La solennité du 14 juin a été célébrée de diverses manières parles théâtres parisiens, toujours à l'affût des circonstances. Sans parler des scènes lyriques, nous citerons le Chant des Niçois, de M. Léopold Amat, exécuté au Vaudeville; l'Aigle aie sommet des Alpes, ode pa- triotique de M. Méry, à la Porte-Saint-Martin ; les cantates du Palais- Royal, du théâtre Déjazet, et mieux encore les à-propos improvisés par la Galté et le Cirque-Impérial, l'Enfant de la Savoie, de MM. Du- tertre et Vulpian ; Jusqu'aux Alpes, de M. Albert Monnier. Il fut un temps, sous la Restauration et sous le premier Empire, où le zèle des auteurs était stimulé en pareille occasion par des récompenses offi- cielles ; aujourd'hui il est gratuit et n'en est que plus ardent, et par conséquent plus méritoire. — Malgré le démenti persistant donné à la saison par l'état de l'atmosphère, les grandes pièces d'été ont commencé leur tournée annuelle sur la ligne des boulevards. Les Variétés ont ouvert la marche par la Fille du diable, vaudeville fantastique en huit tableaux, de MM. Clairville, Siraudin et Lambert Thiboust. L'idée baroque, folle d& cette féerie vaut bien la peine d'être racontée, quand ce ne serait que pour montrer jusqu'où peut aller la fantaisie si on lui lâche un peu la bride. Sachez donc qu'il est inscrit au livre des destins que le diable n'aura d'autre progéniture que des garçons tant que sa femme lui sera fidèle, mais que Mme Satan aura une fille si elle s'avise de donner un coup de canif dans le contrat. Or, c'est précisément ce qui arrive : la reine des enfers s'est laissée séduire par les grâces de son coiffeur et l'arrêt fatal s'est accompli. Satan, furieux, enlève l'enfant à sa mère, et comme il est stipulé au même livre des destin?, que si la jeune fille atteint l'âge de dix-huit ans sans avoir fait un seul faux pas, elle appartiendra définitivement à la terre, il veille sur elle avec la sollicitude la plus vertueuse, afin d'en être à jamais débar- rassé. Mais le diable s'est fait accompagner là-haut par son notaire Rocaillon, qui a tout juste l'intérêt contraire, parce qu'il nourrit l'es- poir de devenir le gendre et le successeur de son maître. Cette lutte secrète de Satan et de son acolyte, à laquelle Diavoline apporte l'ap- (I) M. Willems n'est pas éloigné de l'attribuer a Hucbald, qui était à la fois poète et musicien, et qui florissait à Saint-Arnaud vers l'époque marquée par l'é- vénement dont il s'agit. DE PARIS. 229 point de ses dispositions naturelles, donne lieu à des situations très- variées, très-amusantes et très-originales. Il va sans dire qu'après bien des péripéties scabreuses, Diavoline parvient au terme fixé par les destins sans le plus petit accroc à sa vertu, et qu'elle épouse un jeune bachelier espagnol, pendant que Satan retourne avec Rocail- lon dans son infernal empire. Le tableau le plus applaudi de celle pièce, montée avec un grand luxe de décors et de costumes, est celui des débuts de Diavoline à l'O- péra. Mlle Judith Ferreyra y exécute avec Raymond un ballet pastoral, intitulé les Amours d'une rose, dont l'effet est charmant. Le rôle de Satan est joué par Christian, qui s'y travestit cinq ou six fois avec une prestesse et une habileté qu'on ne peut comprendre, même après avoir vu. Il y a en somme dans ce vaudeville fantastique les éléments d'un succès qui traversera victorieusement les fortes chaleurs, si le ciel se décide à nous en envoyer. — Dans cette prévision, la Porte-Saint-Marlin vient de donner un exemple utile à suivre. Une partie de la salle a été transformée en un jardin pittoresque, qui s'élève à la place du parterre, et qui est en- touré de chaises et de fauteuils en fer, avec coussins de cuir. Le cor- ridor des premières est devenu une serre remplie de fleurs et d'arbus- tes ; trois loges de face ont été supprimées pour former, en regard delà scène, une corbeille fleurie, au-dessous de laquelle se dresse un massif de rochers couverts de plantes marines. Du centre de. ces ro- chers s'élance une cascade qui retombe dans un bassin circulaire, et pendant les enlr'actes une gerbe, capricieusement éclairée par les reflets du gaz, s'épanouit au milieu du bassin, dont les bords sont garnis également de fleurs, de plantes et de verdure. On ne saurait rien imaginer de plus élégant et de plus gracieux que l'aspect de ce jardin, dont les merveilles suffiraient à la fortune du théâtre, quand bien même le spectacle qu'il offre aux yeux ravis des spectateurs, n'aurait pas pour complément un drame nouveau de M. Alexandre Dumas père. Il y a quelques années que l'ami et le biographe de Garibaldi, au- près de qui il est en ce moment à Palerme, a publié dans le Mousque- taire un roman de cape et d'épée, intitulé El Salleador. C'est de ce livre que sont tirés les principaux incidents du Gentilhomme de la Montagne, selon la coutume adoptée aujourd'hui par M. Dumas père, qui ne se met plus guère en frais d'imagination pour le théâtre, comme au temps à'Anlony et de la lotir de Nesle. Mais puisque ce procédé commode lui réussit et satisfait son ambition, ce n'est pas à nous d'y trouver à redire, quels que soient nos regrets d'assister au suicide volontaire d'une organisation aussi éminemment dramatique. Si encore les productions actuelles du romancier n'étaient pas traitées avec le même dédain des qualités puissantes qui firent autrefois sa re- nommée! Le Salleador étant, selon toute apparence, fort peu connu de nos lecteurs, nous leur révélerons, aussi succinctement que possi- ble, les faits et gestes de ce bandit de bonne maison. A la suite d'un duel, le seùor don Fernand de Torillas est protégé contre les alguazils par des brigands, qui lui proposent de le prendre pour chef. Le premier exploit du gentilhomme de la montagne s'a- dresse h un vieux compagnon de Christophe Colomb, don Velasquez de Haro, qui revient du Mexique avec sa fille dona Flor. La généro- sité de Fernand à leur égard les engage à obtenir sa grâce du roi don Carlos ; mais celui-ci la refuse d'abord, et ne l'accorde que sur l'inter- cession d'une petite bohémienne, qui est sa sœur de la main gauche, et qui aime le bandit. Le roi met pour condition à cette faveur que la bohémienne Ginesta entrera au couvent. Plus tard, don Fernand fait encore des siennes, et va jusqu'à lever la main sur son propre père. Cette fois, il n'y a plus de rémission possible, et Fernand est sur le point de passer un fort mauvais quart d'heure, lorsqu'on apprend qu'il n'est pas le fils de l'homme qu'il a frappé, et que son véritable père est don Velasquez de Haro, qui vient d'être revêtu de la dignité de grand justicier. Le vieillard s'en démet pour ne pas [avoir à con- damner son fils, et le roi, rendu indulgent par la décision de la diète de Francfort qui vient de le nommer empereur d'Allemagne, pardonne une seconde fois, accorde à don Fernand la main de sa sœur Ginesta, et fait don Velasquez vice-roi du Mexique. Ce drame, comme on en peut juger par cette courte analyse, ne repose sur aucune élude sérieuse de sentiments ou de passions ; c'est un pêle-mêle d'aventures amusantes et parfois attachantes auxquelles il ne faut pas demander davantage ; sa portée littéraire nous échappe, mais le public nous a prouvé qu'elle n'était pas indispensable, en donnant raison à l'auteur. — A l'Ambigu, encore un drame tiré d'un livre, et d'un livre qui a joui en son temps d'une certaine célébrité. C'est le Juif-Errant, d'Eugène Sue, arrangé, en 1849, pour la scène par MM. Dinaux et Dennery. Bien différent du Salleador, le roman d'E. Sue a été assez lu pour que nous n'ayons pas besoin d'en rappeler les innombrables combinaisons. Elles ne forment pas moins de dix-sept tableaux, parmi lesquels on distingue la mer de glace, la tempête, la vallée de Josaphat et la magnifique apothéose de la fin. La bacchanale du onzième tableau, dansée par Espinosa et par Mme Montplaisir, serait irrépro- chable si on pouvait la raccourcir un peu. Nous devons une mention au directeur Chilly pour le rôle de Rodin qu'il a créé naguère, et au régisseur Albert, qui a reparu dans cette pièce après une assez longue absence de la scène sur laquelle il a tant brillé jadis. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. »*, Au théâtre impérial de l'Opéra, l'avènement du diapason normal a eu lieu mercredi dernier. Le spectacle se composait du Comte Ory et de la Sylphide. L'exécution générale s'est bien trouvée d'un chan- gement qui ne peut offrir que des avantages aux chanteurs, sans nuire à l'éclat de l'orchestre. Tout a donc marché pour le mieux, sauf quelques légères dissidences, qu'il sera toujours temps de signaler; mais, nous l'espérons, elles s'empresseront do disparaître. **,. Une chute de M. Wicart, à la répétition. des Huguenots, ne lui a pas permis de chanter cette semaine le rôle de Raoul. Ce sera pour demain. Mme Ferraris reprend la semaine prochaine son rôle dans le ballet de Pierre de Médkis, donné deux fois cette semaine. Mercredi dans la syl- phide, Mlle Emma Livry a été comme toujours admirable de grâce, de force et de légèreté. „*,, Par arrêté de S. Exe. le ministre d'Etat en date du 18 juin, M. Alfred Beaumont a été nommé directeur du théâtre impérial de l'O- péra-Comique, en remplacement de M. Nestor Roqueplan , démission- naire. De longues négociations ont précédé cet événement, et tant qu'elles ont duré, nous nous sommes imposé un silence absolu. A côté de l'action ministérielle, dont rien ne doit gêner l'exercice, il y a les arrangements pécuniaires, que des indiscrétions peuvent contrarier. Trop d'intérêts divers sont attachés à l'existence d'un théâtre pour qu'il soit permis d'en parter tout haut et â toute heure. Si, au point de vue de l'art, les directions théâtrales sont justiciables du public, il n'en sau- rait être de même au point de vue des affaires. C'est là un principe que nos confrères de la presse oublient trop souvent, et que nous avons le droit de rappeler parce que nous ne nous en sommes jamais départi, et que nous le considérons comme une sauvegarde indispensable. *% M. Nestor Roqueplan a présenté â son successeur, M. Alfred Beauinont, tout le personnel de l'Opéra-Comique. — Le 1er juillet, Mon- taubry et MmeCabel prennent leur congé. Hier, la charmante cantatrice a chanté délicieusement le beau rôle de Catherine, dans V Étoile du Nord ; la salle, envahie par la foule des étrangers qu'attire à Paris l'exposition agricole, était comble.— De leur côté, Montaubry et Mlle Monrose don- nent avant leur départ les dernières représentations du Roman dîEloire, opéra dans lequel ils ont créé si brillammment les deux principaux rôles, et qui désormais sera l'un des plus attrayants du répertoire.— Remis de sa longue indisposition, Couderc, après trois mois d'absence, rentrera dans les premiers jours de juillet. — La semaine prochaine aura lieu, pour les débuts de Mlle Marimon, la reprise du Petit chaperon rouge. „** Quelques changements ont déjà eu lieu dans le personnel admi- nistratif du théâtre de l'Opéra-Comique. Gomme au théâtre impérial de l'Opéra, les musiciens de l'orchestre sont désormais soumis au régime de la cravate blanche. 230 REVUE ET GAZETTE MUSICALE t\ On annonce pour mardi 26 juin, au même théâtre, une repré- sentation à bénéfice qui excitera un vif intérêt. M. Roger y jouera le 1,r acte de la Dame blanche et chantera le duo de la Heine de Chypre avec M. Bonnehée. Le 2e acte d'il Barbiere sera exécuté par M. Crosti et Mlle Trebelli, du théâtre Italien de Madrid. Un intermède musical, où l'on entendra Mme Cabel, M. Bonnehée, les frères Lionnet; une lecture par M. Samson ; la Famille Poisson, par les artistes de la Comédie- Française ; la Famille improvisée, par M. Henri Monnier, ajoutent aux séductions de ce brillant programme. z% Mario a été engagé par M. Calzado pour toute la saison pro- chaine. „% La clôture du théâtre Lyrique aura lieu le 30 juin. Mme Ugalde, dans GilBlas; Mme Viardot, dans Orphée, donn ent leurs dernières repré- sentations. Les Rosières ont été jouées trois fois cette semaine avec grand succès. Le spectacle était complété par les Valets de Gascogne, qui ont de plus en plus conquis la faveur du public. *** Lundi prochain aura lieu la clôture du théâtre Déjazet. Un des bons acteurs de ce théâtre qui l'avait quitté pour les Variétés, Tissier, y rentrera pour la réouverture. *** Le directeur du théâtre de l'Oriente à Madrid a engagé les deux barytons Giraldoni et Marra, de même que Mlle Sarolta. — Les repré- sentations de Tamberlick ont été interrompues par une indisposition de Mme Kenneth. *% Le théâtre de l'Opéra, à Vienne, ayant fait sa clôture le 22, le directeur, M. Salvi, est allé donner des représentations à Pesth ; il a em- mené M mes Lagrua, de Itoissi, Tati, et MM. Graziani, Beneventano et Varesi. **» 1,' Indépendance annonçait ces jours derniers que M.' de Sabouroff avait engagé Mme Uistori et toute sa troupe pour les trois mois de no- vembre a janvier, à raison de 300,000 fr , les frais d'enlretien de la troupe restant à la charge de Mme Uistori. „** La saison de Bade sera riche en nouveautés cette année. Après l'opéra de MM. Gounod et Carré, chanté par Roger et Mme Carvalho au commencement d'août, viendront en septembre la comédie écrite en collaboration par Mlle Aug. Brohan et M. II. de Pêne, une nouvelle pièce de Méry et le grand festival de Berlioz. — Une véritable curiosité, ce sera l'opéra de Vivier, composé sur les paroles de Méry et Cormon, et qui clora le programme de M. Benazet. Il nous a été donné d'entendre quelques fragments de cette œuvre, et nous pouvons dire qu'elle partici- pera grandement de l'originalité bien connue du célèbre corniste. £%. M. Louis Manotte, directeur do l'Orphéon dunkerquois , vient d'arranger pour solo de ténor et chœur pour voix d'homme, la mélodie irlandaise intercalée dans Marta, de Flotow, et populaire depuis long- temps, sous le titre de la Dernière rose de l'été. L'arrangement de M. L. Manotte est d'une difficulté moyenne, qui le rend accessible à la plus grande partie des sociétés chorales. L'introduction et le finale, parfaite- ment coupés, font de la mélodie irlandaise un délicieux morceau qui peut être exécuté, soit comme sérénade, soit comme chœur de concert. Cette publication est une bonne fortune pour les sociétés orphéoniques, aussi nous empressons-nous de la signaler à leur attention. *** Une souscription vient d'être ouverte au profit de Mme Couvé- Hameau, petite-nièce du compositeur célèbre. On souscrit au Conserva- toire impérial de musique et de déclamation. S. M. l'Empereur a donné 500 fr. **» Le célèbre ténor Niemann, du théâtre de Hanovre, a été appelé a chanter devant Sa Majesté l'Empereur et les souverains allemands réunis à Bade. Son succès devant l'auguste assemblée a été très-grand, et selon toute apparence l'engagement qui le lie au théâtre de Hanovre sera résilié en faveur de notre première scène lyrique. M. Niemann sera à Paris la semaine prochaine. ***MlleBury, cantatrice allemande distinguée, qui a chanté à l'Opéra italien de Londres, est en ce moment à Paris. *** Plusieurs journaux avaient annoncé le prochain mariage de Mlle Pannelrat, de l'Opéra-Comique, avec un grand personnage. Cette nouvelle est dénuée de fondement. »*„ La Société d'Euterpe, à Vienne, a admis au nombre de ses membres le duc de Saxe-Cobourg-Gotha. *** Dans un concert donné récemment à Saint-Germain au bénéfice d'un artiste malheureux, on a beaucoup applaudi M. Henri Ilerwyn , violoniste de l'école de Vieuxtcmps et do Bériot. M. Ilerwyn y a exé- cuté une nouvelle fantaisie qu'il a composée sur Faust, et qui a produit une vive sensation. Du reste, ce n'est pas seulement Paris qui, à maintes reprises, a pu apprécier le talent hors ligne de M Ilerwyn. Sydney, Pesth, Constantinople, retentissent encore des applaudissements qu'il y a obtenus. „% S. M. l'Empereur a daigné autoriser la musique du régiment des guides a accompagner les orphéonistes français â Londres. Le départ des trois mille chanteurs a lieu aujourd'hui, ainsi que nous l'avons an- noncé ; les formalités de passe-port leur ont été évitées par les soins du ministère de l'intérieur. Ils seront logés dans deux immenses bâtimenls appropriés à toutes les exigences de l'hygiène et du bien-être. La presse anglaise est unanime dans ses cordiales sympathies pour cette puissante manifestation. Il se forme à Londres un comité de patronage du festival composé de vingt-cinq des membres les plus inûuents de la chambre des communes et de quelques notabilités de la Cité. „*„ A l'occasion du voyage de LL. MM. Impériales en Savoie et de leur passage à Aix, un bal splendide aura lieu au Casino ; il sera pré- cédé d'un brillant concert qui doit réunir plusieurs artistes distingués au nombre desquels on peut citer Mlle Marie Sax, MM. Cazaux et Dulau- rens ; ils interpréteront une cantate de circonstance dont la musique a été composée par M. Sain d'Arod. On doit y entendre aussi M. Gozora, le spirituel diseur de chansonnettes, qui a obtenu un si grand succès l'hiver dernier dans les principaux salons de Lyon, et, pour la partie instrumentale, deux virtuoses qui y résident habituellement, le pianiste Ferd. de Croze, et M. Arnstein, l'éminent violoniste hongrois. .*** Un peintre allemand, M. Amberger, a découvert à Bàle, dans un coin de la boutique d'un marchand de bric-à-brac , un portrait, resté inconnu jusqu'ici, de Schiller. La parfaite ressemblance en ayant été constatée par la fille du grand poète, Mme la baronne de Gleichen, le grand-duc de Saxe-Weimar en a fait l'acquisition, et l'a euvoyé au Schiller- Haus de Weimar. „.*„, Le 21 de ce mois aura lieu, au salon de conversation à Bade, une grande soirée musicale. Mme Sanchioli et M. Bazzini ont été enga- gés par M. Benazet pour cette solennité. „.** Parmi les dernières publications de musique sérieuse, il en est une qui a particulièrement fixé l'attention des amateurs : c'est l'œuvre 4 de M. Edouard Batiste, organiste du grand orgue de Saint-Eustache et pro- fesseur au Conservatoire impérial de musique. Cette œuvre renferme deux communions pour l'orgue qui se distinguent par l'enchaînement logique des idées, le charme des mélodies et la correction d'une harmo- nie toujours élégante. Quant à l'entente des combinaisons do mélanges et des accouplements de claviers, on peut s'en rapporter à l'auteur; qui possède l'orgue le plus complet de Paris et qui sait en faire apprécier toutes les richesses. Aussi, nous pensons qu'il avait en vue son gigan- tesque instrument, quand il a ésrit en tète de chaque morceau des notes où il explique quels sont les registres qui conviennent à chaque clavier. Cependant nous pouvons dire avec certitude à ceux de MM. les orga- nistes qui n'ont â leur disposition qu'un petit orgue, que deux claviers à la main et un pédalier suffiront ù l'exécution des deux nouvelles com- positions de M. Edouard Batiste. — F. Benoist. **„ Nous recevons de M. G. Oppelt la lettre suivante : « Monsieur le directeur, « Permettez-moi de réclamer de votre bienveillance, l'insertion dans votre estimable journal de la déclaration suivante faite par M. de Fiô*- tow, dans le but de prévenir le désagrément de voir plusieurs auteurs se charger de la composition des paroles françaises de son nouvel opéra. « Je déclare, par cet écrit, reconnaître et donner mon approbation » exclusive au libretto français écrit spécialement pour mon opéra : » le Meunier de Méran (der Millier von Méran), par Gustave Oppelt. Je » le prie d'en informer en mon nom l'Association des auteurs et com- » positeurs dramatiques de Taris, ainsi que MM. les directeurs de » théâtre et éditeurs de musique, que cette disposition peut éventuelle- » ment intéresser. i. Schwerin, le 12 juin 1800. » Signé : Frédéric de Flotow, » Intendant du théâtre de la Cour et chambellan de S. A. H. le » grand-duc de Mccldenbourg - Scli werin . » » Veuillez agréer, etc. » Gustave OnrEi/r. » Ce W juin 1860. » „,% Malgré l'inclémence de la saison, la foule, aussitôt que la pluie veut bien faire relâche pour une soirée, se porte aux concerts Musard. On peut voir à l'entrée de ce bel établissement des groupes composés de l'élite de la société parisienne formés en cercle, causant et recevant des visites comme dans leurs aristocratiques salons. Cette fleur de r,obles;e qui se donne rendez-vous dans un jardin où la meilleure musique charme les oreilles sans fatiguer, le ton de bonne compagnie qui y règne font aujourd'hui des concerts des Champs-Elysées un endroit à part destiné à être de plus en plus fréquenté. L'orchestre de Musard s'y montre d'ailleurs d'une supériorité remarquable, et la variété de ses programmes a droit de satisfaire les plus exigeants. On parle de dispo- ser dans le jardin un immense vélum destiné â mettre le public à l'abri en cas de pluie subite. On ne peut que féliciter M. de Besselièvre de cette. nouvelle amélioration. „.*.,. Mme Félix, née Melotte, femme de l'excellent acteur du Vaude- ville, vient de mourir à la suite d'une longue et douloureuse maladie. .j,*x La fièvre jaune sévit â Rio-Janeiro avec la dernière violence. Le théâtre est fermé depuis quinze jours, et l'épidémie vient d'enlever Eche- verria, chanteur de talent. La Tosi, sa femme, est en convalescence. Au nombre des morts se trouve également la Isachele Luchini. .^L'espace nous manque pour régler définitivement nos comptes avec MM. Aimé Paris et Emile Chevé; mais que ces messieurs prennent pa- tience : ce qui est différé n'est pas perdu. DE PARIS. 231 CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. **„ Bruxelles.— La troupe d'Offenbach continue le cours de ses joyeuses représentations qui attirent la foule au théâtre des Galeries-Saint-Hubert. La Chatte métamorphosée en femme, le Sou de Lise, le petit Cousin, la Rose de Saint-Flourb. la musique vive et alerte, laVeuveGrapin, petit chef-d'jeuvrc de Flotow, ont défrayé la semaine. Le \a\ir £C Orphée aux enfers va bientôt venir. Offenbach est allé à Berlin. pour assister aux répétitions de cette opérette qu'on y monte en ce moment. — La réouverture du théâtre de la Monnaie est fixée au 1er septembre prochain. Voici les noms des artistes rengagés par M. Quélus. Pour le grand opéra: MM. Wicard, Carman, Depoitier, Marchot, Ilenault et Borsary ; Mlle Elmire (en rem- placement de Mlle Saunier), ;vimes Vandenhaute, Dupuy. — Pour l'opéra- comique : MM. Jourdan (en remplacement de M. Audran), Aujac, Mengal, Ferré ; Mmes Boulart, Côbe, Muller, Meuriot. ,% Hanovre. — Mme Noltès, qui depuis quatorze ans appartenait au théâtre de la Cour, a fait ses adieux au public dans le rôle de Valen- tine (Huguenots). Le soir, le corps de musique des gardes du corps a donné une sérénade à l'éminente cantatrice, qui est vivement regrettée. *** Francfort. — M. Niemann, ex-ténor du roi de Hanovre, se trouve parmi nous depuis le 7 ; il a chanté avec un brillant succès dans le Prophète, Joseph, le Trovalore et la Juive. „% Berlin. — Marlha a été représenté cette semaine au théâtre royal de l'Opéra; il y avait foule. 1*2 Vienne. — Le 5 juin a eu lieu la représentation au bénéfice de Mlle Lagrua, composée de deux actes de A'omo, d'un fragment du Tro- valore et de deux airs bouffes. Dans Norma, Mlle Lagrua a obtenu un succès qui fera époque dans nos annnles dramatiques ; il faut remonter jusqu'aux plus beaux jours de Jenny Lind pour trouver un point de com- paraison. Laquelle des deux a le mieux chanté l'air Casta diva? Les avis sont partagés, et ce fait seul suffit pour constater l'immense effet que Mlle Lagrua vient de produire. Après la représentation, il y a eu applaudissements sans fin , acclamations, pluie de bouquets et de fleurs, au milieu desquelles voltigeaient des sannets signés : Studenti italiani délia quarta galleria. — Le théâtre de la Cour a donné, du .17 juillet 1859 au 31 mai 18G0, 217 représentations d'opéras, sur les- quelles Meyerbeer en compte, à lui seul, 35; Mozart, 23; Wagner, 23; Donizetti et Weber, chacun 20 ; Lortzing, 16; Auber et Verdi, 1 1; Halévy, 10 ; de Flotow, 1; Beethoven, 7; Rossirii, 6, et Gluck, 2. Le Hof-Burgtheater, où l'on joue le drame, la comédie et la tragédie, reçoit sur la cassette •npériale une subvention annuelle de 84,000 florins; le théâtre de l'opéra de la Cour, 240,000 florins. « ,*„, Saint-Pélersbourg. — Il y a eu le 19 mai à la chapelle des chantres de la cour, en présence de nombreux amateurs, un examen remarquable des élèves de la classe instrumentale. C'était le premier depuis l'ouverture de cette classe, qui remonte au Tr janvier 1859. Avant la séance, on a exposé dans un compte rendu le but de la fondation et les succès déjà obtenus. Aujourd'hui, 31 élèves prennent des leçons: 15 étudient le violon, 4 le violoncelle, 2 la contre-basse, 8 le piano, 1 la flûte et 1 la clarinette. L'examen a commencé par le chant de l'hymne national, avec accompagnement d'orchestre. A la fin, on a distribué aux élèves des listes d'approbation et des récompenses consistant en œuvres musicales. Cette belle cérémonie a excité un vif intérêt et provoqué des bravos sympathiques : l'attention se portait surtout sur l'honorable directeur de la chapelle, M. A. F. Lvoff, à cause de sa coopération active à cette bonne œuvre. Pendant l'examen, l'excellent directeur suivait les élèves et les encourageait avec une sollicitude toute paternelle : il les a remerciés ensuite d'une voix émue, qui a trouvé un écho dans leurs cœurs. „,*„ Rome, 4 juin. — Am'elo est le premier drame lyrique mis en mu- sique par le jeune maestro Luigi Moroni, né en cette ville. Les rôles principaux étaient remplis par la Boccherini, Negrini et Coletti ; les autres avaient pour interprètes Bossi, Bazzoli et Decaroli. Parmi les causes qui ont nui au succès de la partition, il faut signaler la tristesse et la monotonie du libretto. Les chœurs et l'orchestre ont fait de leur mieux. x** Naples. — Au théâtre nuoeo vient d'être représenté, sous le titre de Monzu Gnazio ou le Pcrruqier et la fiancée, un nouvel opéra de M. Ni- colas d'Arienzo. Ce jeune maestro qui n'a pas encore atteint dix-huit ans, n'a pas seulement composé une œuvre musicale, supérieure à ce qu'on pouvait attendre, de son âge, mais il a fait de la musique agréable, originale et gaie. Nous ne pouvons que féliciter sa famille. d'une si belle preuve de génie précoce donnée par le neveu du poète chéri d'Arienzo. L'ouvrage a été fort applaudi et le compositeur rappelé plus de six fois de suite. Monzu Gnazio a été interprété par la Zacconi, le ténor Scanna- pieca, la basse Zoboli et le bouffe Fioravanti qui ont beaucoup contri- bué au succès. Un pareil succès est le présage d'une brillante carrière. „,*„. New-York. — Maretzek a ouvert sa nouvelle saison le mois passé par Nabuco. 11 apporte avec lui un répertoire largement fourni qui contient entre autres : ilartha, de Flotow, et le Bravo, de Mercadante. La troupe chantante, qui est revenue de sa tournée dans le Sud, doit exécuter au jardin d'hiver / Ma*nadieri, drame musical imité des Bri- gands de Schiller. Mme Cortesi est de retour, avec sa troupe, de l'île de Cuba ; elle compte se rendre à Boston pour y donner des représen- tations. s oufouh. LIBRAIRIE DE FIRMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C°, RUE JACOB, 56. Et chez tous les libraires de France et de l'étranger. BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE OE lOSIQOE OTeiixièMae édition Entièrement refondue et augmentée de plus de moitié, Par Wo-S • FÉTM Maître de chapelle du roi des Belges, Directeur du Conservatoire royal de musique de Bruxelles. ENVIRON DIX VOLUMES IN-8° DE CINQ CENTS PAGES Paraissant par livraisons «le 4S pag-es chacune, lO livraisons par volume. Prix de chaque livraison 80 centimes. Prix de chaque volume 8 francs. (Le prospectus de l'ouvrage se délivre gratis en s'adressnnt aux éditeurs par lettre affranchie.) En vente chez CHATOT, éditeur, 2, rue de la Feuillade : Deux Mélodies nouvelles 1EAHBY Ii'BSrFAWT «MGflKElJI, paroles d'A. Barbier. FREMIS D'ITALIE, paroles de G. Châtenet. Chantées par HÉRALDY. 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Quatuor chanté par Mmes Girard, Vadé, MM. Delaunay- Piicqi'ier et Gabriel : Demeurez, aimable Florette . . 9 » 6. Finale et chœur : Quel beau jour et quel plaisir .... 6 » DEUXIÈME ACTE 7. Morceau d'ensemble : Quel maintien enchanteur 9 » 8. Romance chantée par Mlle A. Faivre : Je suis sage, fob- ■ tins la rose 2 50 Partition pour niano et chant, met : 1S fi\ Quadrille par MUSARD. — Prix marqué : k francs 50 centimes. POUR PARAITRE LE 30 JUIN : L. Dancla. — Duo pour violon et violoncelle sur les motifs favoris des Rosières Musard. — Quadrille pour orchestre Prix liet • • • Id. ' Le même pour piano Prix marqué Prix marqué. 9. Duo chanté par Mlle A. Faivre et M. Delacnay-Ricquier: Plaisir extrême, heureux moment 6 » 10. Finale: Jeunes beautés, avant peu parmi vous 9 » TROISIÈME ACTE 11. Air chanté par Mlle A. Faivre: Adieu, rose à peine éclose 2 50 12. Trio chanté par Mlles Girard, Faivre et M. Fromvat : Laisses-moi, Bastien, laisses-moi 7 50 12 bis. Duo extrait du trio : Laisses-moi, Bastien, laisses-moi. 6 » 13. Petit air chanté par Mlle Girard : Ah! ah! faut-il à mon âge! 2 50 14. Finale : Le Destin trompe mon espérance 9 » 1 25 h 50 Publiée par G. KESANDUS et S. DUFOUK, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au 1e PIANO Brassin (L.). Air varié (2e morceau de salon) de Vieuxtemps, transcrit (sous presse) 9 » Badarzcivska . La Prière d'une Vierge, arrangée pour le piano ;\ quatre mains 6 » nolmctscli. Op. 49. Transcription de la Berceuse du Pardon de Ploërmel '. 7 50 Ilellcr (Stephen). Op. 94. Tableau de genre 7 50 IIcss (Charles). Op. 60. Bouquet de mélodies du Roman d'Eloire 7 50 Kettcrcr. Op. 6'». Fantaisie-Transcription sur le Roman di1 Elvire 7 50 «laell. Ombre légère, air du Pardon de Ploërmel, caprice valse 7 50 — Transcription du chœur d'enfants du Prophète 6 » — Le Carillon, morceau élégant 7 50 K.ongucYïlIc. Fantaisie dramatique sur Stradella, de Flotow .. 7 50 XIciHlclfcMoDin . La Pileuse, romance sans paroles 5 » Meyerlieer. Polonaise pour piano, extraite du 2° entr'acte de Slrucnsce 7 50 — Schiller-Marsch, arrangée pour le piano par Chariot 7 50 _ — a 4 mains par E. Wolff. 10 » A» oBtT (F..). Chanson polonaise 7 50 — Duo i\ quatre mains sur Stradella, de Flotow 10 » Mnsaral. Valse-Bolero sur Pianelh, de Flotow (ornée du portrait photographié de Paul Legrand dans le rôle de ScapiD). . . Arnan. Marx et Etling. Quadrilles et polka sur le Roman d' Elvire 4 50 Alard (A.). Op. 36. Fantaisie de concert sur la Muette de Por- tiez, pour violon avec ace. de piano Ilcrman et Hellcrer. Grand duo brillant pour piano et vio- lon sur le Pardon de Ploërmel Eiutgcn. Deux mélodies de Maria pour violon ou violoncelle avec ace. do piano Durand (Aug.). Souvenirs de Guillaume Tell, pour orgue de salon Frelon (L.-F.-A.). Fantaisie de concert sur la Part du Diable, pour orgue et piano 10 » 10 » 6 .. 5 » MUSIQUE VOCALE Oh! belle étoile, oh! doux regard, mélodie d'Alexandre Reichardt., Mélodie irlandaise de Martha (de Flotow), solo pour ténor et chœur pour voix d'hommes, arrangée par L. Manotte My dear contre -basse Plantade. . . TttOIS CIIlTiSOXXr/irTES COMIQUES Chantées r.\n Bertuelier et Bloisdelet. fantaisie d'outre-Manche , de Bourget et Bibi-Bamban, chanson nègre, de Bourget et Offenbach La Triangulation, à-propos comique, paroles et musique de Gaultier 3 » 3 » 3 » P.VRI3. — rSlI'UIMEKEE CEIVTRALE DE KAPOI.ÉOX CIEYIX ET Cc, ItVE BERGÈBE. 20. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. N0 27. ON S'ABONNE 1 Dons les Départements ot à l'Iîtranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, st aui Bureaux des Messageries et des Posles. 1er juillet 1860. PRIX DE L'ABONNEMENT: poris 24 fr. par an Départements, lklgique et Suisse.... 30 n iû- Étranger 34 m id. Le Journal paraît le Dimanche. GAZETTE SIC AL --^aa^JVWVTjw^- Sos abonnés reçoivent, avec le numéro de ce jour, la VALSE BOLÉRO de PIANELLA, composée par 31 n- SABtip, et exécutée avec le plus grand succès aux con- certs des Champs-Elysées. • SOMMAIRE. — Fragments de l'introduction d'une histoire générale de la musique, par Ft'tis père. — Les orphéonistes français à Londres. — Nouvelles et annonces. FRAGMENTS DE L'INTRODUCTION D'UNE HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE (Ouvrage inédit.) Premier fragment (1). Otl ne commencera pas cette histoire par la recherche de l'origine de la musique, ainsi que l'ont fait la plupart des historiens de cet art, et l'on ne posera pas la. question du nom de son inventeur, parce que tout démontre que l'homme porte en lui-même les prin- cipes de ses chants, à savoir, l'instinct de la formation des sons par sa voix, et la conception des rapports de ces sons, dans leurs intona- tions et dans leurs durées. L'art tout entier s'engendre de ces prin- cipes : ils lui ont donné l'existence chez tous les peuples, et l'on ne peut douter qu'ils l'eussent fait renaître, si, par impossible, quelque catastrophe avait pu l'anéantir. De la différence des intonations des sons, et de celle du temps plus ou moins long pendant lequel ils frappent l'oreille, naît instinctive- ment la pensée de leur arrangement dans un certain ordre. Cet or- dre, variable à l'infini, donne pour résultats, d'une part, une progres- sion ascendante, depuis le son le plus grave jusqu'au plus aigu, et une progression descendante depuis le plus aigu jusqu'au plus grave; d'autre part, une progression croissante de durée, depuis le son le plus court jusqu'au plus long, et une progression inverse ou décrois- sante. Une multitude d'intonations possibles existe entre le son le plus grave et le plus aigu ; mais un certain nombre seulement affectent l'oreille de différences facilement appréciables et qui peuvent être déterminées. Les progressions a cendantes et descendantes de sons déterminés ont été formulées de diverses manières , suivant les temps et les lieux, et des noms différents leur ont été donnés. Les (1) On sait que M. Fétis s'occupe principalement de deux grands ouvrages, une Biographie universelle des musiciens, dont la seconde édition se publie, et une Histoire générale de la musique. De ce dernier ouvrage sont extraits les frag- ments que l'on va lire, et dont notre illustre collaborateur a bien voulu nous accor- der la communication. formules de sons déterminés qui sont les bases de la musique des Européens modernes et des peuples qui en sont issus ont reçu les noms d'échelles et de gammes. A l'imitation des sons de sa voix,, l'homme, secondé par le hasard qui lui a fait découvrir les qualités sonores de certains corps, a cons- truit des instruments dont quelques-uns sont monophones ou ne pro- duisent qu'un seul son, et d'autres par lesquels on peut faire enten- dre des échelles d'intonations diverses plus ou moins étendues. Ceux-ci présentent, dans les variétés de leurs sons, des phénomènes analogues à ceux de la voix humaine. Les sons, quelle qu'en soit la durée, se produisent nécessairement dans le temps; car durée et temps sont synonymes dans leur application concrète. Les proportions rela- tives de ces durées fournis^sm'.es éléments de ce qu'on appelle en musique la mesure du tenij)S: ou simplement la mesure. Après que les hommes doués des organes de la voix et de l'ouïe eurent formé des sons et eurent remarqué les différences de leurs intonations, ils comprirent que la diversité des sons contenus dans les échelles ascendanles et descendantes sont susceptibles de combi- naisons diverses dans leurs successions ; ces combinaisons, plus ou moins heureuses, formèrent les chants. Par des observations semblables, on remarqua que la diversité de durée des sons peut engendrer des combinaisons symétriques de plu- sieurs espèces, d'où vinrent les rhythmes. Des deux genres de com- binaisons d'intonation et de durée on forma les mélodies. Quel que fût l'état sauvage dans lequel les navigateurs ont trouvé certaines populations de l'Océanie, elles avaient des chants de certaine espèce. Celles même chez qui l'on n'a point aperçu d'instruments polyphones avaient des tambours qui leur servaient à marquer le rhythme de leurs accents et de leurs gestes. Il est donc évident que ce serait méconnaître l'origine véritable de la musique, que de rechercher historiquement quel a pu être l'inven- teur de cet art dans l'antiquité ; ou bien encore de se demander si le chant des oiseaux ou d'autres bruits naturels n'en ont pas fourni le modèle. Lorsque Lucrèce — bizarre anomalie d'un poëte matéria- liste — nous dit en vers harmonieux : « Le chant flexible des oi- » seaux fut imité par la voix longtemps avant qu'une suave mélodie ' » s'unît aux vers faciles pour charmer l'oreille des humains; le souffle » des zéphyrs, résonnant dans le creux des roseaux, apprit à enfler » d'agrestes pipeaux, et par de lents progrès, la flûte, pressée entre » des doigts agiles , mêla sa douce plainte aux chants harmonieux. » Son usage naquit du loisir des bergers au sein des solitudes et des » sombres forêts; » Lucrèce, dis-je, méconnaît la noble origine de l'art, comme il a méconnu la cause première de l'existence du monde. 234 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Par l'émission spontanée de certaines successions des sons de sa voix, l'homme a partout obéi à l'une des plus puissantes impulsions de son organisation physique et morale. En développant progressive- ment le cercle de ses idées et les facultés de son imagination, il a élevé ces rudiments à la dignité d'art. L'histoire des premières combinai- sons qui conduisirent l'espèce humaine vers ce but se confond par- tout avec la fable ; mais il en est ainsi de toute chose. Au milieu de ces fables , une chose est digne de remarque : c'est que la musique fut considérée comme un si grand bienfait par les premiers hommes, qu'elle est le seul art dont l'invention fut attribuée aux dieux. On tomberait dans une sérieuse erreur si l'on se persuadait, par une fausse interprétation de ce qui vient d'être dit, que tous les peuples sont arrivés aux mêmes résultats dans leur musique, ayant eu le même point de départ; car, d'une part, les différences physiolo- giques qui se font remarquer dans la conformation de ces peuples ; de l'autre, le climat, l'éducation, les mœurs et mille circonstances diverses, ont pu faire produire par la voix humaine des séries diffé- rentes de sons, accoutumer l'oreille à de certaines successions d'into- nations plutôt qu'à d'autres, et conséquemment donner naissance à des conceptions de l'art plus ou moins divergentes entre elles. Or, c'est précisément ce qui est arrivé, ainsi que cela sera démontré dans le cours de cette histoire. En l'état actuel des choses, nous avons la certitude : 1° que plu- sieurs nations placent les intonations des sons à des intervalles qui blessent l'oreille des autres peuples ; 2° qu'il en est d'autres qui, ayant des successions identiques d'intonation, les disposent de manières différentes dans leurs gammes, d'où résultent des conceptions de l'art peu analogues ; 3° que chez certains peuples anciens, le rhythme de la musique fut absorbé par le mètre de la poésie, et que le contraire a lieu dans la musique des Européens modernes ; k° et enfin, que dans toute l'antiquité et chez les nations orientales de l'époque actuelle, la musique n'est constituée que par le rhythme et par la mélodie, tandis que chez les Européens et dans leurs colonies du nouveau monde, l'harmonie simultanée des sons a été ajoutée aux autres éléments de la musique, et en a l'ait un art plus complet, plus élevé. Un seul moyen nous est donné pour nous instruire de l'histoire de la musique dont les peuples de l'antiquité firent usage : c'est d'exa- miner avec attention ce qui existe encore en certaines parties de l'Orient; c'est enfin d'étudier celte musique en elle-même, au lieu de l'ajuster à nos habitudes, ainsi qu'aux sentiments qu'elle éveille en nous. Ce serait en vain qu'on essaierait de comprendre l'histoire ancienne de la musique, si l'on n'admettait préalablement qu'elle a pu être dans des conditions autres que celles de la musique actuelle. N'avons-nous pas la preuve que la musique européenne a subi de com- plètes transformations, et que la gamme, qui en est le principe, n'est plus aujourd'hui ce qu'elle était il y a trois siècles? Des attractions de sons, des combinaisons autrefois inconnues, des enchaînements nou- veaux d'harmonie, des périodes rhythmiques, des accents passionnés, expressifs, ont été introduits dans l'art à une époque qui est une des plus intéressantes de son histoire : ces éléments n'y existaient pas auparavant. Si nous comparons les résultats de transformations si importantes, si radicales, avec les produits de la musique antérieure, nous y reconnaîtrons à peine le même art. Cependant cette musique ancienne, si différente de la nôtre, avait assez de valeur en elle-même pour charmer les grandes intelligences des xve et xvie siècles. Ne nous y trompons pas : la nature même de la musique exige qu'il en soit ainsi. Cet art n'est pas destiné à produire des manifes- tations d'idées déterminées, ou des représentations d'objets exté- rieurs, ainsi que font la poésie, la peinture et l'art statuaire, mais bien à faire naître des émotions et exprimer des sentiments dont les mo- difications sont infinies. Les poëmes d'Homère, de Pindare, de Théocrite, d'Anacréon, ont enfanté la poésie de l'antiquité latine, du moyen âge et des temps modernes. On en trouve quelque chose dans les productions des génies les plus indépendants. Homère et Virgile vivent encore dans l'apocalypse poétique du Dante, et les créa- tions originales du poète florentin ont inspiré ses successeurs. La tragédie d'Eschyle, d'Euripide et de Sophocle se retrouve en partie dans la tragédie moderne. Les statues et bas-reliefs de nos artistes ne diffèrent point par le but des produits du ciseau de Phidias et de Praxytèle. A l'art des peintres grecs la peinture moderne n'ajoute que la perspective et des nuances plus savantes de coloris ; quant à l'objet de la représentation, quant à la forme, rien n'a changé. La musique, au contraire, vague dans son essence autant que sublime dans ses effets, n'a d'identique dans la multiplicité de ses détermina- tions que le temps et le scn. Chez les peuples de l'Inde, à la Chine, chez les Arabes, chez les Grecs, dans la psalmodie, dans les combi- naisons harmoniques des xiv% xve et xvic siècles, dans les mélodies populaires des diverses nations, enfin dans les productions drama- tiques ou instrumentales des compositeurs de nos jours, l'art est si peu semblable à lui-même qu'on serait tenté de lui attribuer des origines différentes. L'imitation delà nature est, dans certaines limites, le principe des arts du dessin ; la création libre et spontanée est celui de la musique. Une seule idée relative à cet art a traversé les siècles, à savoir, celle d'une harmonie universelle établie par la création, et de sons à la fois formidables et doux produits par les mouvements des sphères lancées dans l'espace, d'où résulteraient des accords ineffables et des concerts dont la musique de l'homme ne. serait qu'une émanation : idée poétique et profonde dont on aperçoit les premières indications dans la théogonie et dans la cosmogonie des plus anciens peuples orientaux ; idée dont Pythagore a fait une des bases de sa doclrine ; idée reproduite et propagée par les disciples de ce grand homme, puis par les néoplatoniciens, et qu'on retrouve à Rome vers la fin de la république comme aux derniers jours de l'empire; idée enfin dont la réalité supposée égara d'illustres savants modernes dans leur entre- prise pour sa démonstration mathématique. Notre histoire fera voir comment l'humanité tout entière a protesté par la multiplicité des formes de l'art contre cette sorte de fatalisme qui n'en eût permis qu'une seule. Les savants dont les travaux ont eu pour objet de pénétrer les mystères de l'origine des peuples ont reconnu que les caractères par lesquels ils diffèrent ou se ressemblent sont l'organisation physiolo- gique, les rapports des langues et le principe religieux. Nous nous proposons de démontrer dans cette histoire que les différences et les analogies de principes qui sont les bases des systèmes de musique ne sont pas moins caractéristiques, et que plusieurs de ces systèmes ont des types primordiaux qui subsistent encore en Orient, nonobs- tant les modifications qu'ils ont subies en certains lieux par le mélange des races ou par des circonstances particulières. En la considéiant h ce point de vue, l'histoire de la musique ne peut être séparée des études ethnographiques ; car on ne peut saisir les analogies et les divergences des principes de cet art, et en suivre les transformations que par la connaissance du développement de l'espèce humaine, des caractères radicaux par lesquels se distinguent les différentes familles, des mouvements et des migrations de celles-ci ; enfin de leurs mé- langes par les invasions et les conquêtes et des influences exercées réciproquement les unes sur les autres. La filiation des peuples est un problème dont la solution certaine ne peut être espérée. L'établir historiquement sera toujours impos- sible, parce que les premiers mouvements, les premières migrations de l'espèce humaine sont antérieurs à la civilisation ainsi qu'à l'histoire. On ne peut faire un pas dans les recherches sur ce sujet, sans entrer aussitôt dans le champ des conjectures ; trop heureux si l'on y rencontre quelques probabilités dont les rapprochements fassent luire un éclair dans les ténèbres ! Cependant c'est de cette filiation DE PARIS. 235 même des races que dépend l'éclaircissement des questions les plus intéressantes concernant certaines idées communes et fondamentales de morale, de religion, de philosophie, d'art, ainsi que les rapports des langues. Deux opinions sont en présence à l'égard de l'origine des races primitives : leurs luttes, déjà fort anciennes, ne leur ont pas fait faire un pas vers la conciliation. Suivant la première de ces opinions, les contrées les plus belles du monde connu des anciens auraient été habi- tées dans l'origine par des peuples autocHthones, c'est-à-dire nés du sol sur lequel ils étaient placés. La plupart des nations civilisées de l'antiquité, les Egyptiens, les Grecs, les peuples de l'Italie, les Hindous, les Scythes et les Celtes, avaient cette tradition de leur origine. Aujourd'hui même, les descendants des Scandinaves ne doutent pas que leurs premiers pères n'aient vu le jour dans les contrées qu'ils habitent encore. Des historiens nationaux se sont faits les échos de ces traditions, et le célèbre géographe Malte-Brun, né leur compatriote, a épuisé sa vaste érudition à établir qu'il en fut ainsi de la plupart des grandes nations mentionnées par l'histoire, dans la plus haute antiquité. L'opinion contraire, soutenue par des érudits de premier ordre, distingue différents types dans les races primitives de l'humanité. Elle établit, par certains rapprochements, la parenté des variétés d'un même type, et suppose, à l'aide des grandes constructions grossières ap- pelées cyclopcennes. lesquelles sont toutes composées de blocs informes superposés, et subsistent encore en Europe comme en Asie de même que sur tous les points écartés du monde connu des anciens, ainsi qu'à l'aide de rapports de langues évidents entre des peuples séparés par d'immenses espaces ; elle suppose, disons-nous, d'après ces données et s'appuyant sur des traditions recueillies par les historiens les plus anciens, de grandes migrations opérées à des époques très-éloignées, et dont les plus anciennes se perdent dans la nuit des temps. Ce n'est que dans cet ordre de choses et d'idées que nous pouvons trouver la démonstration des rapports qui ont existé entre les divers systèmes de musique de l'antiquité : nous nous rallions donc à l'opinion de ces archéologues, sans nous effrayer de l'accusation d'hypoLhèse qu'on ne manquera pas de nous adresser ; car où l'histoire se tait, l'hypothèse est une nécessité. Elle peut même acquérir une valeur positive, si elle s'appuie sur des inductions tirées de la nature des choses, et si elle les étaie de tous les témoignages traditionnels qui sont à sa disposition. La conformation du globe terrestre montre partout des traces de grands cataclysmes qui ont bouleversé le monde à des époques diffé- rentes ; mais il y a lieu de croire que ces immenses révolutions physiques ont précédé la création de l'homme, car aucun fossile humain ne se mêle aux débris des générations antédiluviennes. De ce fuit incontestable, les naturalistes et les géologues ont conclu que la formation organique la plus récente est celle de l'homme. La Genèse ainsi que d'autres traditions écrites, de la plus haute antiquité, parlent d'un déluge qui dévasta la terre et fit périr de grandes populations ; mais ce grand événement paraît avoir été postérieur aux catastrophes prodigieuses qui ont modifié la forme du globe et englouti les pre- miers produits de la création. Les peuples les plus anciens avaient conservé la tradition d'événements semblables. Les souches primitives de ces peuples, dont on ne retrouve les traces que sur le penchant des plus hautes montagnes, présentent trois variétés de conformation si distinctes, que d'illustres savants n'ont point hésité à les considérer comme ayant échappé aux destructions du déluge sur des points diffé- rents de la surface du globe terrestre. Cuvier, dont les opinions ont un grand poids en ces matières, ne reconnaît que trois races diffé- rentes, à savoir la race blanche, qu'il nomme caucasiquc, la jaune ou mongolique, la noire ou éthiopienne (1). D'autres ont ajouté à ces types radicaux la race brune des Malais et les peaux rouges de l'Amé- (1) Le Règne animal distribué d'après son organisation, t. I, édit. de 1829. rique; cependant les observations d'anatomie comparée faites sur ces races ont fait voir que leurs caractères physiologiques ne les séparent pas absolument des trois premières races : elles semblent en être un produit mélangé, dans lequel le sang caucasien, mongolique'Ou nègre est plus ou moins dominant. Le teint seul n'a pas paru constituer de différence essentielle de conformation, et l'on a pensé que les popu- lations dont il s'agit peuvent avoir eu pour origine des tribus de l'an- tiquité asiatique, égarées sur l'Océan. Les recherches les plus patientes et les plus exactes faites dans ces derniers temps, semblent démontrer que la race blanche primitive, à laquelle se rattachent toutes les familles indo-persanes et caucasien- nes, descendit, après que les eaux du dernier déluge se furent reti- rées , de Y Himalaya, chaîne des plus hautes montagnes de la terre, laquelle sépare le Thibet de l'Indoustan, et que cette race se fixa, d'un côté, dans la Bactriane, de l'autre, dans la vallée de Cachemire. Des Bactriens sortirent, dans les temps postérieurs, toutes les peuplades qui vivent dans l'histoire sous les noms de Perses, d'Arméniens, d'ibériens, d'Arab's, de Chaldëens, d'Assyriens, de Phéniciens, d'Égyptiens, d'Hébreux, de Cappadociens, de Mèdes, de Pélasges de l'Asie Mineure et de la Grèce, de Scythes, et toutes celles qui plus tard, sous différents noms, s'étendirent dans la Germanie, en Italie et dans la Gaule. De simples hordes qu'ils étaient originaire- ment, ces peuples devinrent avec le temps de grandes nations. Ce fut en Asie qu'ils prirent d'abord leur plus grand développement, par- ticulièrement dans la partie de l'Asie centrale comprise entre les li- mites orientales du Caucase et l'Himalaya. De là leur est venu le nom de peuples caucasiens. Leurs caractères physiologiques étaient le teint plus ou moins blanc, les traits du visage réguliers, le nez droit et les yeux horizontaux. A l'égard de l'organisation morale de tous les peuples sortis de la souche blanche, partout et dans tous les temps elle présente les caractères des facultés de progrès et de perfectibilité dont les limites sont indéfinies. Depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours, l'histoire présente le tableau de leurs progrès in- cessants, en dépit des obstacles et des égarements plus ou moins prolongés où ils tombent parfois. Les ethnologues placent au second degré de l'intelligence la race jaune ou mongolique. Elle est caractérisée physiologiquement par la face aplatie, le nez gros et épaté, le front carré, les pommettes saillantes, les yeux étroits et obliques, la barbe rare, les cheveux droits et noirs, le teint olivâtre. On conjecture que cette race, si dif- férente de la blanche, a échappé au déluge sur la cime des monts Altaï, grande chaîne qui sépare la Sibérie de la Kalmoukie, et forme l'extrémité septentrionale du grand plateau central de l'Asie. La population mongolique se divise en diverses branches, dont les prin- cipales sont: 1° la chinoise, qui comprend les Chinois proprement dits, les Japonais, les habitants de la Cochinchine, du Tonquin, de la Corée, du Laos et des îles Philippines, Mariannes et Carolir.es; 2° la 'mongole, placée à l'est de l'Asie, qui, sous les noms de Mo-igols et de Huns, fut autrefois la terreur de l'Asie et de l'Europe, et dont les descendants dégénérés errent aujourd'hui dans les vastes plaines de l'Asie orientale. Cette famille se divise en Monjols proprement dits et en Kalmouks ; 3° la famille tunyousc, qui comprend deux variétés, à savoir : les Mandchoux, maîtres de la Chine depuis deux siècles, et les Tungouses nomades, véritables barbares sans industrie, sans his- toire, sans littérature, mais chez lesquels la musique n'est ;pas négli- gée. L'ensemble des familles mongole et tungouse est en général désigné par le nom de Tartare ou Tatare. A peine y a-t-il lieu de mentionner dans une histoire de la musique les malheureuses popula- tions sibériennes, dont les plus nombreuses sont les Samoyèdes, répandus sur les côtes de la mer Glaciale, les Kamtchadales et les Kou- rils. Ecrasés par la rigueur d'un climat affreux, ces infortunés ont cependant quelques notions de l'art consolateur, et charment leur existence végétative par des chants mélancoliques. 236 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Organisé pour s'élever jusqu'à un certain degré de perfectionnement, la race mongolique ne paraît pas pouvoir le dépasser : elle y reste stationnaire. Ainsi, les Chinois, qui cultivent les sciences physiques et mathématiques, particulièrement l'astronomie ; qui pratiquent l'agri- culture, la navigation et les arts mécaniques; enfin, qui ont connu longtemps avant les Européens la boussole, 'l'imprimerie et la poudre à canon : cette même nation n'a plus fait de progrès dans ces connais- sances depuis plusieurs siècles. Ils considèrent leur immobilité comme la perfection. Si les rapports de religion et les systèmes de langues établissent l'i- dentité des peuples de la race mongolique aussi bien que leur confor- mation physiologique, il en est de même à l'égard de leur conception de la musique, laquelle est parfaitement analogue chez les Chinois, les Mandchoux, les Mongols, les Japonais, les Cochinchinois, les Co- réens, les Tunquinois, et même chez les Malais qui peuplent la pres- qu'île de Malacca et les îles de Sumatra, de Java, des Célèbes et de Timor. Que ceux-ci, différents par le teint, forment une race dis- tincte, comme l'ont pensé plusieurs savants, ou qu'ils ne soient, suivant une autre opinion, qu'un mélange des familles blanche et mongolique, avec un caractère plus prononcé de celle-ci, l'analogie de leur système de musique avec celui des peuples mongoliques de race pure n'est pas moins évidente. Chez tous ces peuples, l'arrangement des sons dans les gammes ou modes est tel, que les demi-tons n'y sont presque jamais employés, et que leur suppression bannit toute tendance d'un son vers un autre. Cette rude tonalité donne à la musique des peuples mongoliques le caractère le plus étrange. L'usage immodéré d'une multitude d'ins- truments de percussion-, tels que des tambours de toute forme et de toute dimension, des appareils de lames métalliques qu'on frappe avec des marteaux, des gongs, des cloches, tamtams, pierres sonores, en- fin des figures d'animaux qui portent sur le dos des timbres cor- respondants aux degrés de l'échelle musicale, et qu'on frappe avec des barres de bois dur, caractérisent aussi la musique des peuples mongoliques. Les relations de Thunberg et d'autres voyageurs sur le Japon, la Cochinchine, le Tonquin et la Corée, ainsi que les rapports les plus récents des Anglais sur la Chine, s'accordent à présenter les concerts de ces pays comme un affreux charivari de pareils instru- ments. Il en était ainsi dans l'antiquité, car la lecture attentive des livres chinois sur la musique démontre qu'elle n'a pas varié dans l'espace de plus de huit cents ans. Au degré le plus bas de l'échelle organique de l'espèce humaine doit être placée la race éthiopienne ou nègre. Les caractères physio ■ logiques de cette race sont la couleur plus ou moins noire de la peau, l'angle facial aigu, la mâchoire et les pommettes saillantes, le crâne comprimé, le front déprimé, le nez gros et épaté, les lèvres épaisses, et les cheveux laineux et crépus. Echappée à la destruction sur la cime des monts Alkurar, ou de la Lune, dans la grande catastrophe du déluge, el e s'est répandue ensuite dans l'Ethiopie, et c'est d'elle que sont issues toutes les peuplades nègres d'Afrique. Inférieures en intelligence aux autres races, ces peuplades n'ont qu'une civilisation rudimentaire. Livrées à une éternelle enfance sociale qu'entretient l'absurde religion du fétichisme, elles sont aujourd'hui dans la même situation où elles devaient être il y a quelques milliers d'années. Toutes cultivent la musique ; mais leurs chants barbares et leurs ins- truments grossiers n'appartiennent pas à une véritable conception de l'art, si imparfaite qu'on la suppose. Ce que nous enseigne l'histoire des développements de l'espèce humaine, en raison de l'organisation physiologique et morale des ra- ces, est vrai pour la musique comme pour tout ce qui est du domaine du sentiment et de l'inLelligence. La perfectibilité , ainsi que la fa- culté de transformation, résultent pour cet art, comme pour toutes choses, de lois établies par la création dans la destination des races. Ces lois se montrent dans la conception des systèmes primordiaux de la musique avec une évidence si saisissante, pour quiconque étudie avec attention le point de départ des peuples les plus anciens, qu'il devient possible de démontrer que les transformations diverses chez certaines nations, jusqu'à la situation actuelle de l'art, de même que l'absence de transformations et de progrès chez d'autres peuples, ont été des nécessités logiques. Nous espérons avoir mis, dans notre Histoire de la musique, la démonstration de cette vérité à l'abri de toute critique fondée. FÉTIS père. [La suite prochainement.) En attendant que nous donnions une relation complète du voyage des orphéonistes français en Angleterre, constatons dès aujourd'hui l'excellent accueil qu'ils ont reçu et le début triomphal qui a signalé leur arrivée. C'est lundi dernier qu'ils se sont fait entendre pour la première fois au palais de Sydenham. La réunion était magnifique : trois mille orphéonistes et la musique des guides pour exécutants avec un auditoire de plus de douze mille personnes. Le premier morceau a été le God save the queen chanté en anglais par les orphéonistes, qui ont ensuite exécuté les morceaux suivants : Première partie. Veni Creator Besozzi. Chant du Bivouac Kiicken. Départ du Chasseur Mendelssohn. Septuor des Huguenots Meyerbeer. Deuxième partie. Les Enfants de Paris. 0 Isis La Retraite Le Jour du Seigneur. France ! France ! . . . . Adam. Mozart. Laurent de Rillé. Kreutzer. A. Thomas. On doit de justes éloges à M. Delaporte, président des orphéonistes, et à M. Ed. Batiste, son second. L'excellente musique des guides, dirigée par M. Mohr, s'est sur- passée dans l'exécution des ouvertures de Zampa, d'Oberon, d'une fantaisie sur des motifs de Giralda et de variations sur une mélodie bohémienne, composées par l'habile chef de cette musique sans rivale en Europe. Les applaudissements ont redoublé lorsque les guides ont attaqué l'hymne national avec une vigueur toute britannique. D'après le Morning Advei User « le second concert des orphéo- n nisles a été une véritable ovation internationale, » et le Globe ajoute que le troisième devait attirer plus de monde encore que les deux précédents. La musique des guides est populaire en Angleterre, où elle s'est fait entendre en 1854 dans un concert donné au profit de la So- ciété française de bienfaisance, placée sous le haut patronage de S. M. l'Impératrice, et dont S. Exe. l'ambassadeur de France est président. Sur le désir exprimé par M. le comte de Persigny, un concert de même nature a dû être donné hier samedi, dans Saint- James hall. Ecce itcriim M. Aimé Paris en compagnie de M. Emile Chevé. La première condition d'une réponse, pour être légalement admissible, c'est de répondre à quelque chose. Avez-vous des faits à rectifier, des dates à rétablir, des erreurs matérielles à signaler? Le droit de ré- pondre vous appartient sans aucun doute ; mais si vous n'articulez rien de semblable, si vous restez toujours sur le terrain de la polé- mique, alors nous devons vous le rappeler, dans le sens légal, argu- DE PARIS. 237 menter, controverse!1, disputer, ce n'est pas répondre. Vous n'avez pas plus le droit de nous contraindre à proclamer qun votre système est admirable, que vous n'avez le moyen de nous le persuader. Depuis le commencement du débat, M. Aimé Paris s'occupe à cher cher quelle est la main qui a tracé dans plusieurs numéros de ce jour- nal quelques lignes, que tuut le monde pouvait écrire, sous la garantie du gérant. Pour lui, le nom, c'est tout; il ignore donc que mieux vaut ne pas signer des choses raisonnables, que d'en signer de ridi- cules, et qu'une seule des fameuses Provinciales, qui ne furent jamais signées, est préférable à des monceaux d'écrits au bas desquels s'é- talent en toutes lettres les noms et qualités de leurs auteurs. Cependant M. Aimé Paris est parvenu à découvrir (quelle décou- verte !) qu'il se pourrait bien que M. Wilhelm, de la Hernie contem- poraine, fût la même personne que M. Paul Smith, de la Revue et. Gazette musicale, et que cette personne eût un troisième nom plus sérieux, plus réel, ce qui ferait d'elle une espèce de trinité dans le genre de celle Galin-Pàris Chevé ! Quoi donc? Prétendriez-vous au monopole de la trinité, par hasard? Qu'importe qu'il n'y ait qu'une seule personne en trois noms, si, sous les trois noms, on a toujours et partout dit les mêmes choses? — Comment, qu'importe? N'est-ce donc rien que de grossir ainsi le nombre de nos adversaires? — Eh! bien, rayez en deux, si cela vous convient : il vous en restera bien assez pour vous faire perdre votre cause. Voyez un peu quelle est votre maladresse ! M. Edouard Monnais, à qui vous en voulez, ainsi qu'à tant d'autres, est un des vingt-trois signataires de la brochure qui combat vos doctrines : il a signé aussi la lettre en réponse à celle du comité de patronage, comme membre de la commission de surveillance du chant. Ses opinions sont donc bien connues, et il n'a aucune raison pour les cacher. S'il lui plaît d'écrire sous d'autres noms, ce n'est donc pas par crainte ou par hypocrisie. 11 lui suffit'de lever la visière pour vous prouver qu'il n'a dans la question d'autre intérêt que celui de l'art, de la raison, de l'expérience. Et vous, messieurs Aimé Paris et Emile Chevé, pouvez - vous en dire autant ? Un de nos confrères l'écrivait l'autre jour ; « M. Emile Chevé fait » des cours gratuits, il faut le croire puisqu'il l'affirme ; mais il vend » ses livres, autrement il ne les imprimerait pas. S'il les vend, il doit » en retirer une rémunération honorable. Si on ne les achète pas, que » devient son enseignement? à quoi est-il bon ? _» Voilà donc qui est bien entendu. Vous donnez des consultations gra- tuites, mais vous vendez vos élixirs et vos onguents ! Aux vingt-trois signataires de la brochure ayant pour titre : Ob- servations de quelques musiciens, et de quelques amateurs sur la méthode de musique de M. le docteur Emile Chevé, il faut en ajou- ter un vingt-quatrième, compositeur célèbre , académicien comme plusieurs d'entre eux. et dont le témoignage ne sera pas suspect, puisqu'il n'est pins mêlé aux querelles de ce monde. Nous voulons parler d'Adolphe Adam, qui dans une biographie de J.-J. Rousseau, considéré au point de vue musical, s'est exprimé sur la question du chiffre avec la lucidité ordinaire de son savoir et de son esprit (1). Après avoir rappelé l'objection capitale faite par Rameau sur le vice d'une notation qui oblige à tout lire sans permettre de rien deviner, Adolphe Adam continue en ces termes : « L'argument était sans ré- » plique : il l'est encore au bout d'un siècle , quand des essais du » même genre veulent se renouveler. Les commençants auront » l'air d'aller fort vite avec cette méthode ; les premières lectures » qu'on leur fera faire se composant de combinaisons fort simples, » l'esprit suffira pour les résoudre; il sera insuffisant dès que les » complications arriveront. Ce système ne pourra d'ailleurs s'appli- (1) Voyez Souvenirs d'un musicien, page 193. » quer qu'à une partie isolée, mais il serait inadmissible pour la par- » tition, où vingt et quelquefois trente parties réunies en accolades » doivent être embrassées d'un seul coup d'oeil et lues comme une » seule ligne, quoique écrites sur vingt ou trente lignes différentes. » 11 faut, pour cette opération si rapide, que l'œil soit frappé par un » dessin : des chiffres ou des signes uniformes ne pourraient jamais » atteindre ce but. » Personne, excepté peut-être M. Aimé Paris, ne contestera la valeur de ce témoignage d'outre-tombe. S. D. NOUVELLES. „.*„ Par suite du changement de spectacle occasionné à l'Opéra par l'indisposition de Wicard et qui, la semaine dernière, a fait ajourner les Ilugumuts, Mme Ferraris avait repris, aux acclamations du public, son rôle de Diane, dans Pierre de Médicis. La célèbre danseuse est partie pour Londres, où elle est engagée pour plusieurs représentations par M. Smith, directeur du théâtre de Sa Majesté. Elle sera de retour le 1er août. t*t Sémiramis sera représentée vendredi prochain ; la répétition gé- nérale aura lieu mardi. „,*.,. Comme nous l'avons déjà dit, le diapason normal fonctionne à l'Opéra. M. Cavaillé-Coll a dû transformer l'ancien orgue de la scène, celui de Robert le Diable, en un nouvel instrument, qui n'est pas encore placé, mais dont on fait le plus grand éloge. ,*„, Après avoir labirieusement examiné tous les projets, la Commission en est revenue à celui du gouvernement pour la reconstruction de l'Opéra; mais, tenant compte des critiques dont il avait été l'objet, elle l'a notablement modifié. Le nouvel Opéra aura toujours fi6 mètres de façade sur 70 de profondeur ; mais la place sera agrandie de l'espace primitivement destiné à deux rues latérales ; de plus, leur suppression permettra d'ajouter au bâtiment principal deux cours couvertes, l'une réservée pour l'entrée exclusive des voitures de la cour, l'autre pour celles du public. Les deux rues Lafayette et de Rouen, portées de 15 à 20 mètres de largeur, viendront aboutir sur la nouvelle place, qu'un boulevard de 30 mètres de large reliera au carrefour Gaillon, tandis que deux rues de 20 mètres de largeur chacune aboutiront l'une à la façade orientale de la Madeleine, l'autre à la piace de la Bourse, près du théâtre du Vaudeville. **t La représentation extraordinaire, qui a eu lieu mardi dernier au théâtre de l'Opéra-Comique, a été à la fois une bonne action et une bonne affaire. Le public s'y est porté en foule, attiré par un programme dont nous avons donné la composition et qui réunissait tant de noms ai- més : ceux de Bressant, Augustine Brohan, Edile Riquer, Samson, Henri Monnier, Roger, Bonnehée, Sainte-Foy, Berthelier, Lemercier, les frères Lyonnet. Un seul nom était peu connu encore, celui de Mlle Trebelli, jeune cantatrice, élève de Wartel, et dont l'heureux début s'est fait à Madrid dans la dernière saison. La nouvelle venue a chanté un fragmeut du Barbier deSéville, l'air Vna uoee et le duo suivant avec Crosti, qui l'a fort bien secondée ; elle a dit ensuite le brindisi de Lucrezia Borgia. Sa voix de mezzo soprano possède d'éminentes qualités : timbre, légèreté , justesse, ce qui, joint à une physionomie charmante, promet une artiste de premier rang. Roger s'est signalé dans le duo de la Reihv de Chypre, dans le premier acte de la Dame blanche. Samson a joué seul une scène à deux personnages tirée d'une comédie inédite : on l'a justement applaudi pour deux, comme acteur et auteur. La salle n'avait pu suffire au nombre des aspirants, et l'on n'y aurait pas placé une épingle. Il faut s'en réjouir doublement, puisque la recette avait pour but de libérer du service le fils d'un artiste honorable. Le nouveau directeur, M. Beau- mont, avait garanti d'avance la libération, et il y trouvera du bénéfice: on ne pouvait désirer mieux. 3% Mme Ugalde vient d'être engagée à l'Opéra-Comique et reparaîtra cette semaine dans Galathée, opéra qu'elle a créé avec tant d'éclat. Mlle Wertheimber, chargée du rôle de Pygmalion, a consenti à retarder son congé de quelques jours pour faciliter cette rentrée de l'éminente cantatrice. — Jourdan, le charmant ténor, chantera mercredi pour la première fois le rôle de Georges Brown dans la Dame blanclie. — Le Petit Chaperon rouge sera représenté dans la première quinzaine du mois. — Mme Faure jouera le rôle de Rose-d'Ainour ; M, Crosti celui de Rodolphe; M. Warot celui de Roger. Enfin la rentrée de Gouderc aura lieu le 1S juillet dans un opéra nouveau de M. Eugène Gautier, intitulé : Crispin médecin . „*, Montaubry et Mme Cabel vont nous quitter; mais Montaubry re- prendra son service le 1S juillet. Berthelier, dont l'engagement a été renouvelé pour trois années, a renoncé à son congé. REVl-E ET GAZETTE MUSICALE *% Nous avons dit que la nouvelle direction du théâtre de l'Opéra- Comique avait apporté des modifications dans le personnel de l'adminis- tration. Ces changements sont assez importants : M. Alfred Beaumont signe et délivre lui-même les billets de faveur. M. Achille Denis reste attaché à l'administration pour le service des communications aux jour- naux et la correspondance. M. Leroy, régisseur, se retire. Il n'est tou- tefois point remplacé par M. Dutertre, auteur dramatique et ancien secrétaire du théâtre de la Porte-Saint-Martin, ainsi que plusieurs jour- naux l'ont annoncé. Le titre qui paraît le mieux s'appliquer aux fonctions de 11. Dutertre, dans l'administration nouvelle, est celui de secrétaire général. *** Un avis publié ces jours-ci porte que les entrées de faveur sont suspendues à l'Opéra-Comique, et que les ayants droit sont priés d'adresser leurs réclamations par écrit â l'administration. **„ Quelques journaux ont annoncé que MM. Carmouche et I.acombe ont retiré leur opéra en un acte, la Madone, qui devait être représenté avant la fermeture du théâtre Lyrique. Cette nouvelle est absolument dénuée de fondement. a,** Le directeur du théâtre Lyrique vient de demander à M. S. Man- geant un opéra-comique en un acte pour la saison prochaine. La dernière production de ce compositeur, la Ronde du sultan Mustapha, obtient tous les soirs au Palais-Royal les honneurs du Us. *** Le 17 de ce mois, à l'audience des criées, a été mis en vente, sur la mise à prix de 200,000 fr., le petit théâtre Choiseul, dont M. Offenbach est locataire. L'immeuble a été adjugé moyennant 293,000 fr. à M. Le- noir, avoué de A). Charles Comte, l'un des copropriétaires, après une vive résistance de l'avoué de M. Offenbach, qui a poussé les enchères jusqu'à 292,500 fr. *% Les deux théâtres de la place du Châtelet s'élèvent ; les fondations des monuments destinés au théâtre Lyrique sont déjà au niveau du sol, et les travaux de déblai de Ja salle édifiée pour recevoir le théâtre Im- périal sont exécutés depuis longtemps. „*t Un journal a annoncé que Meyerbeer mettait en musique un li- bretto de Molchiorre Sacchero, intitulé Charlotte Corday, et destiné au théâtre San Carlo de Kaples. Cette nouvelle est dénuée de fondement. „*„ Une décision fort importante, musicalement parlant, vient d être prise en Russie : S. M. l'empereur a décidé que le 1e' septembre pro- chain l'orchestre des théâtres impériaux serait mis au diapason adopté par la commission française. M. le général Lwoff, dont la haute position dans l'art est connue de toute l'Europe, a obtenu de Sa Majesté une somme de 45,000 fr., donnée en indemnité aux artistes pour les substi- tutions d'instruments nécessitées par cette mesure. Cette nouvelle ré- sulte de la communication faite par l'honorable maître de chapelle, frère de M. le général Lwoff, qui se trouve en ce moment à Paris, avec Al. Sa- bouroff, directeur du théâtre impérial à Saint-Pétersbourg. „*„ Mme Charton-Demeur est de retour à Paris, où elle va prendre quelques mois de repos. „,** Une nouvelle expérience du procédé Carteron contre l'incendie vient dêtre faite à la douane de Lyon, et le résultat en a été assez concluant, pour que l'application de ce procédé aux théâtres doive être considérée comme mesure d'utilité publique. **„, Les nombreux admirateurs du grand talent de Stephen Heller apprendront avec plaisir que sa dernière composition, Tableau de genre, a paru. „.*„ S. M. l'impératrice-mère de Russie a daigné faire remettre à M. Georges Pfeiffer, pianiste-compositeur, une bague enrichie de dia- mants avec une lettre des plus flatteuses. Cet artiste s'était fait entendre chez Sa Majesté, et son beau talent lui avait valu les suffrages de l'auguste princesse. **„ La Schiller-Marsch de Meyerbeer est dès à présent adoptée par toutes les Sociétés philharmoniques, et n'obtient pas moins de succès à l'étranger qu'en France. Publiée en Allemagne, elle vient aussi de paraître en Angleterre et en Italie, et a été applaudie récemment dans des concerts à Bruxelles, à Berlin et à Dresde. »% La transcription de l'air varié (2° morceau de salon), de Vieux- temps, composée par L. Brassin et exécutée par le célèbre pianiste avec tant de succès dans ses concerts â Paris pendant l'hiver dernier, vient de paraître. „% S. M. Guillaume III, roi des Pays-Bas, vient de nommer le célèbre violoncelliste Alexandre Batta officier de l'ordre grand-ducal de la Cou- roune de chêne. *** Les amis de l'art musical remarquent depuis un certain nombre d'années les efforts on ne peut plus honorables que font plusieurs pe- tites villes de nos départements pour ne pas rester en arrière des loca- lités plus importantes: elles font ouvrir des classes de musique dans les écoles communales, elles encouragent les exécutions de messes dans les églises, enfin elles font construire des orgues destinées à augmenter la pompe du culte et le goût de la musique religieuse. Dernièrement en- core on inaugurait dans la petite ville de Bailleul (Nord) un excellent instrument construit par M. Aristide Cavaillé-Coll, qui ne cesse de pour- suivre dans ses travaux ce point de perfection auquel l'artiste conscien- cieux tend toute sa vie. La solennité, organisée par les soins de M.Nie- dermeyer, avait attiré à Bailleul, dans l'église de Saint-Amaud, l'élite du clergé et des amateurs du département. On a entendu un Ave Maria , solo et chœur, de AI. Siedermeyer; un O Salutaris, de Rossini, etc. L'or- gue a été tenu alternativement par M. Loret, professeur à l'école de musique religieuse de M. Niedermeyer, et AI. Permann, élève de la même école, qui ont fait valoir avec beaucoup de talent le mérite de l'instru- ment nouveau, dont tout le monde a loué la sonorité puissante et la belle harmonie. *** On attend à Néris-les-Bains Mlle Emilie Cuérette , élève de Du- prez, engagée pour la saison des eaux. Cette jeune personne , dont le gracieux talent fait honneur aux leçons du célèbre professeur, s'est fait entendre la semaine dernière avec un grand succès, dans une messe de mariage à Saint-AIandé, où elle a chanté, l' Ave Maria de Gounod. *** M. Ch. Soullier vient de publier, sous le titre de Paris neuf, un volume composé, de quarante-quatre satires en vers sur la capitale de la France vers le milieu du xixe siècle, et orné de gravures représentant les monuments de Paris. C'est un ouvrage qui se distingue par beau- coup de verve et d'originalité. s,** C'est mardi prochain que Musard doit faire exécuter par son bril- lant orchestre le fameux quadrille du Sultan Mustapha. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. „,*„, Londres, 26 juin. — Dans les premiers jours de juillet, Tamberlick fera sa rentrée au théâtre de Covent-Garden dans le Prophète, et la saison sera close le i août. Le même théâtre a repris Maria, et le succès de l'œuvre n'a pas été moins brillant qu'à son apparition première, il y a deux ans. Sauf le rôle de lady Henriette, que chante aujourd'hui Aime Penco, la distribution n'a pas changé. Sans faire oublier Aime Bo- sio, si charmante sous le costume de Aiarta, Aime Penco ne lui est pas restée inférieure. Elle a délicieusement chanté avec Alario la romance : Qui sola vergin, rosa, que l'on a redemandée, et Mario a dû répéter aussi l'air qu'il chante si bien : M'appari iult' amor. Graziani a dit l'air à boire avec toute sa verve. Aime Nantier-Didiée, Tagliafico, Zelger, n'ont mérité que des éloges. La seconde représentation des Huguenots avait été retar- dée par le malheur qui a frappé Mario et Mlle Grisi, en leur enlevant leur plus jeune fille. On l'a donnée enfin, et le chef-d'œuvre n'a rien perdu pour attendre. Demain, 27, aura lieu un graud concert, dans la première partie duquel on entendra Ronconi, Gardoni, Faure, Graziani, Aimes Carvalho et Grisi. Dans la seconde partie, on aura une représenta- tion avec décors et costumes de l'Orphée italien, de Gluck. Aime Csillag jouera Orphée, Aime Penco, Eurydice, Mme Nantier-Didiée, l'Amour, et c'est Aime Carvalho qui chantera l'air de l'ombre heureuse. — Au théâtre de Sa Majesté, Oberon est fort bien rendu par Mlle Titjens, Aimes Alboni, Brunet, Vaneri, MM. Belart, Everardi, Mongini. C'est un peu pour Mme Alboni qu'on a donné, samedi 23, le Mariage s cret, de Cimarosa. Aime Lotti délia Santa chantait Carolina, Giuglini Paolino, l'excellent bouffe Chmpi Geronimo et Everardi le comte. Ciampi avait débuté dans le Barbier par le rôle de Bartolo, de façon à se placer tout près de Lablache. Cassier est toujours, après Ronconi, le meilleur des Figaros. Dans Lucia s'est produit un autre débutant, AI. Steger, du théâtre impérial de Vienne. C'est un ténor de force dont la voix, par trop vibrante, a produit un fâcheux effet. Pour la seconde représenta- tion, Mongini devait le remplacer; mais on a donné Lucrezia Borgia. — Les concerts sont au moment de leur activité la plus grande. S. AI. la reine en a donné un dans son palais, où Mme Borghi-Mamo a chanté. Le duc do Wellington a reçu à Apsley-IIouse S. AI., le prince Albert, le comte de Flandres et toute la haute aristocratie anglaise et étrangère. Les artistes engagés étaient ceux du théâtre de Covent-Garden, Aimes Car- valho, Nantier, Csillag, A1M. Gardoni, Alario, Ronconi, Belletti et Graziani. — Le prince Albert a posé dernièrement à Alaybury, près Woking, la première pierre du Dramatic-Collegc. Cet établissement, qui a été créé, par souscription, est destiné à venir en aide aux artistes dramatiques indigents, ainsi qu'à leurs familles. — L'événement de la quinzaine mu- sicale a été le concert annuel de Bénédict, l'un des chefs d'orchestre du théâtre de Sa Majesté. On a donné le Stabat, de Rossini, avec Giu- glini, Everardi, Vialetti, Mme Alboni, qui a chanté d'une façon adorable Fac ut portem, et Aille Titjens, qui, remise à peine d'une indisposition, a dit d'une façon remarquable la stance Inflammatus. Puis venaient 239 l'Are Maria de Mendelssohn, par les dames de l'Association vocale, — la Sehiller-Manch de Meyerbeer, 7— le petit acte bouffon de la Prova d'un opéra séria, — enfin, le dernier acte (VOtello, où lime Borghi-.Mamo a soulevé l'enthousiasme. — La Société philharmonique a donné, par ordre, un concert dans la salle a'Hanover-Square. La reine y assistait avec le roi des lîelges, les princesses Alice et Hélène. — Les concerts deSaint- James-Mall et de la Société d'harmonie sacrée sont toujours très-suivis. — 11 n'est pas facile de se poser à Londres comme pianiste. Léopold de Meyer et miss Arabella Goddard sont toujours en possession de l'ad- miration générale. — C'est à Saint-James-Hall que le prince Georges Galitzin a donné son concert russe, au bénéfice de Garibaldi. Le prince conduisait l'orchestre; INongini et Mme SaintonDolby ont chanté un duo de sa composition ; on a exécuté aussi un chœur russe de Bortuianski, un trio et un air de danse tirés d'un opéra de Glinka (l'auleur de la Vie pour le czar), etc. — 11 y aura deux autres concerts russes, le 6 et le 15 juillet. „% Bruxelles. — Le public qui afflue au théâtre des Galeries- Saint- Hubert attendait avec impatience le début d'un des meilleurs comiques de la troupe d'Offenbach, Léonce. Il vient de se montrer dans deux ou- vrages capitaux du répertoire des Bouffes, Mesdames de la halle et les Petits prodiges. 11 y a obtenu un succès de fou rire. Les Dames de la halle sont un des produits les mieux réussis du compositeur; il y a dé- ployé toute la variété de son talent ; les couplets du tambour-major, pleins de mélodie et du rhythme le plus franc, ont été accueillis par les bravos et les applaudissements. A demain Orphée aux enfers. „,% Wiesbade. — Tichatscheck a terminé ses représentations au théâtre de la Cour par le rôle d'Eléazar, dans la Juive, d'Halévy. „,*, Fribourg. — Le festival de chant que nous avons annoncé a eu lieu au milieu d'un concours immense; quatre-vingt-deux sociétés vo- cales s'y étaient rendues. Dans le nombre on en a remarqué deux ve- nant de France; l'une de Colmar et l'autre de Paris. Le-grand duc et la grande-duchesse de Bade, ainsi que le ministre de l'intérieur, ont honoré cette solennité de leur présence. »*» Zwickm. — On vient de célébrer ici le 50e anniversaire de la naissance de Robert Schumann; le 8 juin a eu lieu le concert, et le len- demain on a mis à découvert la table commémorative et le portrait-mé- daillon de Schuman n„ qui ont été fixés à la façade de la maison où naquit le célèbre compositeur. „% Berlin. - Goethe aussi va avoir ici sa statue. Le comité chargé de diriger l'exécution du monument, a élu pour président Jacob Grimm, le célèbre philologue. — La clôture des représentations de l'Opéra a eu lieu le 20 juin. — La Muette de Portici a clôturé les représentations de l'Opéra royal, qui seront suspendues pendant deux mois. — Aux Opéras-Comiques (salles d'été), de Kroil et de Frédéric- Guillaume, les Noces de Figaro, Stradella et le Di.cteur et l'Apothicaire attirent beaucoup de monde. Orphée aux enfers vient d'y être rsprésenté et a obtenu un très-grand succès. Offenbach dirigeait l'orchestre. — L'éditeur G. Bock a organisé une série de six concerts à grand orchestre dont les programmes seront des plus attrayants. Arban, le célèbre cornettiste de Paris, s'y fera entendre incessamment. — Une solennité unique sans doute dans les annales de l'art musical, c'est le 3,000e concert que le directeur de musique Charles Eichelberg \ient de donner ici. L'orchestre avait été organisé sur une échelle colossale : 30 premiers violons, 20 deuxièmes violons, 20 basses de viole, 16 violoncelles, 20 contre-basses ; en tout, 150 artistes- L'exécution des nombreux morceaux portés au programme et parmi les- quels figurait la Schiller-Marsch, de Ueyerbeer, a été dirigée successive- ment par les chefs de musique Liebig, Engel, Fliege, G. Michaelis et le bénéficiaire. „% hreslau. — Le 10 juin dernier on a donné la 250° représentation du Freischiitz. En 1805, Ch. M. de Weber était chef d'orchestre au théâtre de cette ville, où il a écrit la partition de son opéra Mbezahl. é% Saxe-Mriningm. — Notre théâtre, qui jusqu'à ce jour avait été exploité par un imprésario, est devenu récemment théâtre delà Cour. A la tête de l'administration se trouve un des aides de camp du duc, le baron de Stein. L'orchestre que dirige le maître de chapelle de la cour, M. Bott, compte parmi ses membres les célèbres frères Huiler, de Bruns- wick. „*„, Schicerin. — Le premier festival du Mecklenbourg a eu lieu. Mme Krebs-Michalesi, de l'opéra de la Cour à Dresde, a chanté, le premier jour, la partie de Mica, dans Samton, oratorio de Haendel, et dans le concert du lendemain, divers morceaux qui tous ont été cou- verts d'applaudissements. Le grand-duc de Jieeklenbourg-Schwerin a fait remettre à Mme Michalesi un bracelet enrichi de pierres fines. — Le théâtre de la Cour a fait sa clôture par la reprise de Jessonda. Il rouvrira avec Faust, de Goethe, le 28 août, jour anniversaire delà nais- sance de l'auteur. *** Maijencc — Les fêtes à l'occasion du quatrième festival du Mittel- Bhein (tUiin central) dureront quatre jours, dont deux sont réservés pour la paitie musicale ; en voici le programme : Premier jour, ouver- ture de Beethoven ; Israël en Egypte, oratorio de Haendel ; — deuxième jour, fragments cVAkeste, de Gluck ; deux chœurs a capella, l'un de Pales- trina et l'autre de Mozart ; symphonie en ut mineur, de Beethoven ; la première nuit de Walpurgis, de Mendelssohn. Les chœurs se composent des Sociétés de chant de Mayence, Darmstadt, Manheim, Wiesbaden et Worms. Les solistes sont : Mme Dustmann-Meyer (Vienne), Mlle Sehreck (Bonn), MM. Schnorr (Dresde) et Kindermann (Munich). Directeur, M. Marpurg. *** Vienne, 23 juin. — La troupe italienne a donné un concert au profit de l'Association académique de chant. Mlle Lagrua a fait enten- dre le grand air du freischiitz et Erlkoenig, de Schubert, au milieu des acclamations enthousiastes de l'auditoire. Mlle Lagrua a partagé les hon- neurs de la soirée avec Mme Charton-Demeur, qui a pareillement élec- trisé la salle en chantant avec son talent habituel un air de Nozze di Figaro et un autre de Marco Spada. M. Belletti, de l'orchestre du théâtre Italien à Paris, s'est fait applaudir dans un concerto de sa composition pour clarinette. L'archiduchesse Sophie et l'archiduc Charles assistaient au spectacle. „** Stockholm. — Les concerts d'Ole-Bull et de Vieuxtemps ont donné beaucoup d'intérêt à la saison actuelle. Ole-Bull s'est fait entendre quatre fois avec le plus brillant succès devant un nombreux auditoire. — Les cérémonies du couronnement n'ont pas empêché Vieuxtemps de faire de fort bonnes affaires. Pendant son séjour dans notre capitale, l'éminent violoniste a été nommé membre honoraire de l'Académie royale de musique ; de plus, le roi de Suède lui a conféré l'ordre deG. Wasa. — Une violoniste âgée de ssize ans, Mlle Amélie Bido, de Vienne, a fait preuve de talent et d'une bonne éducation musicale. — On attend Mme Jenny Lind-Goldschmidt qui doit nous revenir après une absence prolongée; la célèbre cantatrice passera l'été dans les environs de la capitale. Chez G. BRANDUS et S. DUFOTJR, éditeurs, 103, rue Richelieu. LE RÉPERTOIRE DU CHANTEUR SÏÏ5ï£S chant des plus célèbres compositeurs anciens et modernes, classés pour les différentes voix. 18 VOLUMES FORMAT IN-8". PRIX DU VOLUME : 12 FI\. NET ; RICHEMENT RELIÉ : 1G FR. NET. Chaque volume contient 23 morceaux, avec paroles françaises ou italiennes. H volume contenant i&O morrriius: appropriées aux exercices «3e citant dans les pensionnais. 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Alphonse Sax, pat une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) ci La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par ele seulement que peut être résolu le problème d'une justesse parfaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1336.) Preveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système, lïue d'Abbeville, 5 bis, près la place Lafayette, à Paris. MAISON H. HERZ pianos™4S,CJTH! de la Victoire, à Paris. « A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28. * Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 60 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. » A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, te premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la qualité du son. > (Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) 1 " iiié«Dnllle tl'or Exposition nationale française de 1869. 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TUOMBONES-SAX. Forme et dispositions nouvelles de Trombones a 3, 4 et 5 cylindres ; invention brevetée en 185». Tous les instruments à pistons avec addition d'une ou plusieurs clefs; invention brevetée en BS5S>. Système d'instruments à pistons ascendants ; iuv. brev. en 1 S5«. ou cvlindres, les mêmes forme Saxo-Tromba. Clairons, Trompettes d'ordonuauce, Flûtes, Clarinettes, Bassons, Caisses roulantes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales, Cym- bales, etc., etc. APOI.KON en l BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. B* 28. ON S'ABONNE S Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aux Bureaux des Messageries et des Postes. REVUE g Juillet 1860. PRIX DE L'ABONNEMENT: paris 24 (r. par on Départements, Belgique et Suisse 30 « id- Étranger ^4 -» id. Le Journal parait le Dimanche. GAZETTE KWSICALE — '\AAAAAAAA/w^ — SOMMAIRE. — Mondcraville et la guerre des coins (5e et dernier article), par Arthur Pougin. — Les Orphéonistes français à Londres. — Correspon- dance : Bade. — Revue des théâtres, par D. A. D. Saint-I'ves. — Nou- velles et annonces. MONDONVILLE ET LÀ GUERRE DES COINS. (5e et dernier article.) (1) VI. On doit convenir que si Mondonville acquit de son vivant une grande célébrité , il la dut bien moins à son talent qu'aux cir- constances dans lesquelles il se trouva placé et aussi à certaines particularités de son caractère. Esprit insinuant, homme habile et doué d'une certaine souplesse d'humeur dans ses relations avec les grands, il sut se faire à la cour des auxiliaires puissants qui lui furent utiles en plus d'une occasion. Les courtisans et les grands seigneurs n'étaient point fâchés d'avoir quelqu'un à opposer au grand Rameau, qui, fort de son génie et de son intelligence, s'occupait peu de plaire aux hommes de cette classe, et conservait toujours avec eux une franchise rude et fière à laquelle ils n'étaient point habitués, et qui ne laissait pas que de les indisposer vivement contre lui. Mondonville, ainsi que nous l'avons dit déjà, possédait un talent vraiment remarquable sur le violon. Lorsque , à son arrivée à Paris, il débuta au concert spirituel et s'y fit connaître comme vir- tuose, il y produisit une véritable sensation. Il y trouva un nommé Guignon, ainsi que lui violoniste habile, dont, après avoir été le rival, il devint l'intime ami. Au lieu de chercher à se nuire l'un l'autre, les deux artistes eurent le bon esprit de réunir leurs ta- lents; ils charmaient l'oreille des dilettanii du concert parla façon supérieure dont ils exécutaient des duos et des symphonies concer- tantes pour deux violons. La réputation de Mondonville comme ins- trumentiste était donc justement méritée ; mais nous ne pouvons nous empêcher de faire remarquer encore que les circonstances le favo- risèrent d'une façon tout exceptionnelle et furent pour beaucoup dans les brillants succès qui signalèrent sa carrière de compositeur. Sous ce rapport il a été loué par ses contemporains au delà de toute me- sure. Nous avons vainement feuilleté ses partitions dramatiques dans l'espoir d'y rencontrer quelque chose de saillant, et nous n'avons trouvé qu'un seul morceau qui mérite d'êlre signalé, c'est le chœur : Vous qui volez sans cesse sur nos traces. . . (1) Voir le n° 26. qui ouvre la quatrième scène du premier acte dans le Carnaval du Parnasse. Ce chœur, écrit presque tout entier en style de canon, est d'une facture extrêmement remarquable. Il débute avec franchise par une phrase de soprani qui semblerait être un sujet de fugue, et que reprennent ensuite les basses à la quarte inférieure ; le morceau est écrit, d'un bout à l'autre, sur des marches harmoniques en imitation qui sont d'un excellent effet; de plus, il est d'une grande sonorité. Mais nous lui reprocherons d'abord de n'être pas en rapport avec les paroles ; en second lieu, d'être trop tourmenté, comme, du reste, toute la musique de Mondonville. Nous nous rappelons, au sujet de cette pièce, une épigramme qui courut lors d'une des reprises que l'on en fit. C'était en 1759, si nous ne nous trompons; l'adminis- tration de l'Opéra avait fait de grandes dépenses de mise en scène que ne purent couvrir les maigres receltes obtenues avec cet ouvrage, qui pourtant, lors de sa première apparition, avait eu un certain succès. C'est alors qu'un malin fit courir le quatrain suivant : On habille, on décore en vain Un opéra si misérable. C'est servir des mets à. la diable Dans la vaisselle de Germain (1). A notre grand regret, nous n'avons pu nous procurer ni les motets ni les oratorios de ce compositeur. Quant à sa musique dramatique, qui occupe une place considérable dans l'ensemble de ses œuvres, puisqu'il fit représenter six opéras et un ballet, nous venons de citer le seul fragment qui nous en ait paru réellement remarquable. Mon- donville était très bon harmoniste ; il écrivait très-purement et ses morceaux sent soigneusement instrumentés ; mais cette instrumenta- tion même était beaucoup trop difficile pour le temps où il vivait, et nous sommes convaincu que les violons, particulièrement, n'ont jamais exécuté d'une façon qui pût le satisfaire les traits maladroi- tement compliqués qu'il écrivait pour eux. La cause de cette difficulté inutile qu'on découvre dans son or- chestration se fait comprendre par le peu de fond de ses idées. En effet, ces idées sont d'une pauvreté extrême, pour ne pas dire d'une nullité complète; pour voiler de son mieux cette indigence d'imagina- tion, il recherche les combinaisons extraordinaires, entasse notes sur notes, et surcharge ce que nous appelons le remplissage d'une multi- tude de dessins impuissants à racheter l'absence du feu sacré dont il est privé. En voulant donner un intérêt particulier à chaque instru- ment, il arrive à des mouvements confus, à un verbiage inutile et cent fois trop compliqué. (1) Célèbre orfèvre souvent nommé par Voltaire dans ses poésies légères. 242 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Il résulte nécessairement de lout cela que sa musique est contour- née et tourmentée à l'excès, et que derrière ce fouillis inextricable de doubles et de triples croches se cachent une platitude et une pé- nurie extrêmes dans la mélodie. Son style a toujours beaucoup d'em- phase et de prétention ; de noblesse et de véritable grandeur, jamais. En un mot, Mondonville sait, mais il emploie mal son savoir ; il ne veut pas — ou ne peut pas — avoir la naïveté charmante ni la ten- dre gaieté de Mouret, en même temps qu'il brise ses ailes, lorsqu'il essaye d'atteindre à la hauteur et à la puissance de Rameau. Du reste, sa vogue ne fut que de peu de durée ; et ce qui vient à l'appui de notre appréciation, c'est que ses ouvrages ne furent jamais remis au répertoire et que, vingt ans après sa mort, ceux-là seuls qui l'a- vaient connu pouvaient se les rappeler. Nous sommes assez fondé à supposer que la musique religieuse de Mondonville avait les mêmes défauts et les mêmes qualités que sa musique dramatique ; nous avons eu entre les mains le second re- cueil de ses pièces pour le clavecin avec accompagnement de violon, qui sont en quelque sorte de petits motets, la partie de violon n'étant faite que pour remplacer au besoin une partie de chant, écrite sur les paroles de différents psaumes. Le recueil est dédié par son auteur à monseigneur l'évêque de Rennes, et porte en tête une épigraphe tirée de l'ode IV du troisième livre des Odes d'Horace. C'est toujours le même abus de notes joint à la même pauvreté de mélodie; mais ces défauts paraissent encore, s'il se peut, plus sensibles dans la mu- sique religieuse, laquelle, ne pouvant se sauver par les agréments du style, doit toujours être claire et naturelle, et exige avant tout de la simplicité, de l'élévation et une véritable grandeur. Cependant nous ne pouvons être de l'avis de Grimm, qui traitait Mondonville de mu- sicien de guinguette; tout en avouant qu'il manquait des hatites qualités exigées par la composition musicale , nous devons convenir aussi que son défaut n'était point la trivialité. Nous avons dit que Mondonville était extrêmement prétentieux et bouffi de vanité ; sa manie de se poser en homme de lettres a pu le prouver suffisamment, car nous avons fait voir que plusieurs des poëmes de ses opéras, publiés sous son nom, étaient réellement dus à l'abbé de Voisenon. Mais une preuve plus palpable encore de l'ex- cessif amour-propre qui le dominait se trouve dans l'idée saugrenue qui lui vint un jour de mettre en musique le privilège de la librairie qui se trouvait à la suite d'une de ses partitions, Louis, par la grâce de Dieu, etc., etc.; il mit son idée à exécution, et il prétendait faire chanter ainsi un numéro de la Gazette de Hollande tout comme une scène d'opéra. 11 lui arriva un jour une aventure assez singulière : un littérateur de sa connaissance, qui avait fait recevoir un poëme à l'Opéra, lui confie son ouvrage en le priant de le mettre en musique et de s'en occuper aussitôt, léliotte devant jouer dans la pièce et comptant sur un grand succès. Notre homme promet de s'y mettre incontinent; mais les jours, les semaines et les mois se passent sans qu'il y mette la main et en écrive une seule note. Chaque fois que le poëte lui demandait des nouvelles de son opéra, Mondonville lui répondait in- variablement : — Je m'en occupe, mon cher; il avance, ce sera bien- tôt fini. — Cependant, après deux années de remises continuelles, le poëte impatienté, vient un matin au saut du lit trouver le composi- teur et lui dit: — Eh bien! voyons, où en sommes-nous? — J'ai terminé, lui répond celui-ci. — Pas possible? — Complètement! — En ce cas, voyons. — Volontiers. Mondonville alors se met à fouiller partout chez lui, sachant bien qu'il ne trouvera pas la musique qu'il n'a pas faite ; enfin, après avoir ouvert ses portefeuilles, bouleversé tous ses tiroirs : — Je ne puis trouver ma partition, dit-il, je ne sais où je l'ai fourrée ; mais c'est égal ; je la sais par cœur, voilà ton poëme, je vais le faire entendre cela. Il se met alors au clavecin, improvise l'opéra tout entier, et le poëte enchanté court chez Jéliotte lui annoncer cette heureuse nouvelle. Mondonville n'était point méchant; sa société était fort agréable et il ne manquait point d'esprit. M. Fétis affirme qu'il était fort avare ; que, grâce à cette avarice, il avait amassé une assez jolie fortune, et que ce vice affreux était poussé chez lui à un tel degré qu'il mourut sans vouloir recevoir aucun secours de la médecine. Ce que nous pouvons affirmer, c'est que nulle part ailleurs nous n'avons trouvé trace d'une pareille accusation. Quant à la fortune que Mondonville avait amassée, il nous semble que sa position était assez brillante et s'était dessinée d'assez bonne heure pour que, sans se priver de rien, il pût l'avoir acquise. Violoniste de la chambre du roi à vingt-deux ans, maître de la chapelle de Versailles à vingt-neuf, directeur pendant près de huit années du concert spirituel, ayant fait représenter plu- sieurs ouvrages qui eurent beaucoup de retentissement, et, par des- sus tout cela, s'étant marié fort avantageusement, en voilà, selon nous, plus qu'il n'en faut pour justifier le bien assez considérable qu'il laissa au fils unique né de son union avec Mlle de Boucon (1). Sa veuve, du reste, fit de lui, à sa mort, le plus bel éloge qu'une femme puisse adresser à la mémoire de son époux : « Le bien qu'on a a à dire de ses talens, dit-elle à ceux qui l'entouraient, est bien » au-dessous de ce qu'on doit dire de son caractère et de son cœur. » 11 eut toutes les vertus, et je ne lui connus jamais un vice après » vingt-cinq ans de mariage. » Arthur POUGIN. LES ORPHÉONISTES FRANÇAIS A LONDRES. Les chants ont cessé, mais l'impression se prolonge d'échos en échos, et laissera des traces durables. Une fête musicale s'est trans- formée en événement politique et social. Rien ne saurait donner une idée de l'enthousiasme sympathique avec lequel nos compatriotes ont été reçus par nos voisins. Jamais hospitalité plus cordiale n'avait été exercée par les enfants d'une grande nation envers ceux d'une autre. Raconter en détail toutes les scènes émouvantes de ce pèlerinage, d'un genre si neuf et d'un intérêt si vif par son but et ses résultats, nous serait impossible aujourd'hui. Nous nous bornerons à continuer la relation sommaire, commencée il y a huit jours ; et d'abord nous transcrirons le fragment d'une correspondance empruntée au dernier numéro de la Revue et gazette des théâtres : » 2 juillet 1S60. » Les quatre concerts donnés par les orphéonistes français, au palais de Sydenham, ont obtenu un succès croissant, et le quatrième, qui a eu lieu samedi dernier, quoique ce jour, le dernier du mois, fût con- sacré à la liquidation, n.'a pas réuni moins de 15 à 20,000 personnes. C'était une furie, un enthousiasme et des transports que je renonce à décrire. » Le programme, cependant, différait peu de ceux des précédents concerts ; mais il y avait dans l'empressement du public autre chose que l'amour de la musique vocale ; il y avait parti pris de rendre aux yeux de tous l'hospitalité aussi généreuse que possible, et de prouver que, de la part de la population britannique du moins, l'entente cor- diale n'était pas un vain mot. » On a donc applaudi avec frénésie, dans ce concert d'adieu, le (1) Le fils do Mondonville, né à Paris en 1748, une année environ après le ma- riage de son pure, fut, ainsi que lui, un habile violoniste. A l'âge de dix-neuf ans il publia un recueil de six sonates pour violon et basse, seul échantillon qu'il ait laissé de son talent do compositeur. Il s'adonna ensuite au hautbois et en joua dans les concerts avec un certain succès. Il mourut à Paris , en 1808 , âgé de soixante ans. DE PARIS. 243 septuor des Huguenots; le Chant du bivouac, le Betour du chas- seur, le Jour 'du Seigneur, les Enfants de Paris, la Chapelle, la Retraite et le France ! France ! composé pour le festival de Londres par M. Ambroise Thomas ; on a fait une ovation à l'excellente mu- sique des guides, dont la perfection et l'ensemble ne laissent rien à désirer. Puis la foule ayant crié bis au dernier couplet de France] France ! les orphéonistes se sont levés en masse, et ont entonné le God save the Queen, qui avait commencé le concert. Les An- glais ont répondu à cette galanterie en attaquant en masse le Chant national français, et les accords de vingt mille voix ont fait trembler les voûtes de cristal de l'admirable palais de Sydenbam. » A la suite du concert, un immense banquet d'environ A, 000 cou- verts a eu lieu dans la grande galerie. Il était offert aux orphéonistes par une souscription couverte en quelques heures par des membres du Parlement, des notabilités de la ville et de la Cité. M. J. Paxton, de la Chambre des communes, directeur de la compagnie du Palais de Cristal, présidait. Une table était spécialement réservée à la presse de Paris et de Londres. Une affiche placardée sur un pilier désignait quatre toasts : A la Reine! A l'Empereur! Aux Orphéonistes! A l'Al- liance ! » M. Paxton a porté les deux premiers, qui ont excité d'unanimes applaudissements. Un membre du comité, qu'on m'a dit être un mi- nistre, a porté le toast aux orphéonistes, et c'est M. Bright, du Parle- ment, l'ami de Cobden, et l'un des plus fervents adeptes de la paix, qui a bu à l'alliance entre deux grandes nations rivales. « Je suis » aussi Français que vous, » a-t-il dit à nos orphéonistes, et ceux-ci l'ont acclamé de trois hurrahs formidables. » Après ces quatre toasts officiels, annoncés chacun par une fan- fare, MM. Delaporte, Vaudin et Eugène d'Auriac ont pris la parole et bu successivement à l'Angleterre, à l'accord entre les nations, à la généreuse hospitalité britannique, etc. Des tonnerres d'applaudisse- ments éveillaient, pour ainsi dire, à chaque mot, les échos endormis dans la vaste serre ordinairement silencieuse. » Au dehors, une foule immense attendait la sortie des orphéo- nistes. Ils ont repris leurs bannières après le banquet et ont com- mencé à se diriger vers la gare de Sydenham, afin de rentrer à Londres. Deux corps de musique, riflemen et artillerie, placés sur la grande terrasse, n'ont cessé de jouer pendant tout le défilé. Un déta- chement de volontaires fraternisait avec nos chanteurs. Deux haies compactes d'hommes et de femmes élégantes s'étendaient sur leur passage. Ce qu'on a échangé d'embrassements, de serrements de mains, de protestations d'amitié éternelle, est vraiment incroyable. Un drapeau tricolore a été partagé parmi les Anglais, et chaque gentle- man ornait sa boutonnière d'un fragment de couleur. On a vu des ladies, remarquables par leur beauté et par leur toilette, enlever les insignes de nos orphéonistes et en orner leurs corsages; d'autres, plus enthousiastes encore, couper une mèche de leur belle chevelure et les offrir à la France dans la personne d'un de ses enfants. » Le défilé a duré longtemps. Commencé à neuf heures, il n'était pas terminé à minuit, grâce à ces interruptions, à ces embrassements prolongés. Quoique partant de cinq en cinq minutes, les trains ne suffisaient point au service entre Sydenham et London-Bridge. Les derniers touristes ne sont arrivés dans le quartier central qu'à une heure et demie ou deux heures du matin, et la ville de Londres a en- tendu toute la nuit les chants nationaux français et anglais, car les orphéonistes, devant partir dimanche matin pour rentrer chez eux, ont jugé à propos de ne pas se coucher du tout. Le départ a pré- senté les mêmes incidents et reproduit les mêmes scènes d'effusion cordiale. » Pendant leur séjour à Londres, les orphéonistes ont trouvé l'occa- sion de faire une bonne œuvre ; ils n'y ont pas manqué. Comme nous le disions il y a huit jours, il existe, sous la présidence de S. Exe. le comte de Persigny, ambassadeur de France, une société dont le but est de fournir des secours aux Français nécessiteux qui habitent l'Angleterre ; c'est une noble et généreuse pensée, partagée par plusieurs membres de l'aristocratie anglaise. Cette société don- nait à Saint-James Hall un concert le samedi 30 juin. M. le comte de Persigny avait demandé le concours des chanteurs français; il ne pouvait être refusé. MM. Schlosser frères, qui avaient prêté leur concours à M. Delaporte dans tous les préparatifs du festival, choisirent cent orphéonistes, et le soir, malgré les fatigues du jour même, nos excellents compatriotes firent leur apparition à Saint-James Hall. Ce fut pour eux un triomphe, et un triomphe mérité. Là, devant un public d'élite, ils chantèrent avec une rare supériorité les morceaux qui avaient obtenu le plus de suc- cès aux grands concerts. L'exécution fut parfaite et digne des meil- leurs artistes. Il est impossible de rendre l'impression produite par ces cent voix, presque toutes belles, pures et sonores, disant avec la précision la plus admirable et le fini le plus complet ces vigoureuses mélodies. Le concert a été des plus brillants. Jules Lefort y a obtenu un de ces succès auxquels il est depuis longtemps accoutumé. La musique des guides a été couverte d'applaudissements ; enfin on voyait "que chacun avait à cœur de rendre brillante cette soirée consacrée à une œuvre de bienfaisance nationale. Dès la veille, le vendredi, M. le comte de Persigny avait reçu les directeurs des différentes Sociétés chorales qui lui ont été pré- sents par M. Delaporte. Voici à peu près textuellement les pa- roles qui leur ont été adressées par Son Excellence : « Messieurs, » Je suis heureux de vous voir en Angleterre. Je sais et j'apprécie toutes les difficultés que vous avez rencontrées pour venir jusqu'ici. Je vous félicite des succès qui ont couronné tant d'efforts, et personnel- lement je vous ai écoutés avec le plus grand plaisir. » Vous êtes venus dans la Grande-Bretagne pour y faire entendre les chants avec lesquels vous avez parcouru la France ; mais votre mission s'est agrandie. » Si j'avais été consulté sur votre projet, je n'aurais peut-être pas osé, en présence des difficultés politiques survenues pendant ces der- niers mois entre la France et l'Angleterre, conseiller une pareille tentative de fraternisation. Mais le succès a dépassé toutes les pré- visions. Le peuple anglais a prouvé par la cordialité avec]laque!le il vous a accueillis, qu'il a au fond du cœur pour la France plutôt des aspirations de rapprochement et de sympathie que des sentiments de défiance et de haine qu'on a semblé lui supposer dans les régions élevées de ce pays. » Vous le voyez, Messieurs, votre mission, née d'une pensée fra- ternelle, aura eu une véritable influence politique. Je vous remercie donc, au nom de l'Empereur, d'avoir fait taire, par vos voix, toute idée d'antagonisme entre deux peuples dont l'union forte et sincère peut seule assurer au monde les bienfaits de la civilisation. » (Accla- mations.) Par sa réponse à M. le comte de Persigny, M. Delaporte a digne- ment couronné l'honorable mission qu'il vient de remplir avec tant de dévouement et de zèle. CORRESPONDANCE. Bade, 6 juillet. La saison de Bade a été inaugurée cette année par un préluda politique qui, dit-on, n'est que le précurseur d'un concert européen, dont le pro- gramme a été arrêté ici. Souhaitons que dans l'exécution il n'y ait point de dissonances, point de modulations imprévues, et que l'avenir qu'on nous prépare ressemble, non pas ix la musique de l'avenir, mais plutôt m REVUE ET GAZETTE MUSICALE à la musique de Palestrina, pure et sereine, et qui, malgré toute sa ri- chesse, ne sort pas de Vaccord parfait. La saison musicale s'est ouverte par un concert qui sera suivi d'un grand nombre d'autres où, comme pendant les saisons précédentes, on entendra les artistes les plus distingués de Paris. Certes le programme d'un concert musical ne peut pas se comparer à celui dont nous parlions tout à l'heure ; cependant il a bien aussi ses difficultés, et le public, malheureusement les artistes eux-mêmes, ne s'en rendent pas suffisamment compte. Que diriez-vous d'un poëme d'opéra où plusieurs airs ou duos se suivraient? Vous le trouveriez, et avec rai- son, mal coupé, car une des premières conditions d'un bon poëme est la variété ; et le compositeur qui dans un opéra écrirait plusieurs mor- ceaux de suite dans le même ton , dans la même mesure ou du même caractère, encourrait également de votre part le reproche de manquer de discernement, de ne pas savoir calculer ses effets ! Eh bien, il en est de même d'un programme : plusieurs morceaux lents qui se suivent, deux airs à roulades l'un après l'autre, trois morceaux dans le même ton peuvent rendre un concert monotone, ennuyeux même ; tout cela soit dit sans application au premier concert donné ici. Un fragment du septuor de Hummel, son chef-d'œuvre, ouvrait la séance ; il a été très-bien rendu par MM. Billet, Rucquoy, Doerschel, Ste- nebrûggen, Grodvolle, Cosmann et Hartmann. Cosmann a chanté quel- ques morceaux sur le violoncelle; Gleichauf, un violon de l'école de Vieuxtemps, dont il rappelle la qualité de son à la fois large et moelleux, a fait entendre une rêverie et une fantaisie de son maître. Billet, le pia- niste favori du public brillant de Nice, a joué avec un entrain et une précision remarquables le septuor et un rondo espiègle et coquet de Weber. Mlle Sanchioli, qui nous a fait entendre l'air du Barbier et un air de la Donna del lago, a une très-belle voix et elle sait chanter ; cepen- dant nous lui rappellerons le mot de Buffon : Le style, c'est l'homme ; et nous lui dirons : Le style, c'est l'artiste ! J. R. Une autre lettre que nous recevons à l'instant même, nous apporte les nouvelles suivantes : « Les deuxième et troisième concerts ont été superbes, grâce surtout à M. Laub, cet admirable violoniste qui, avec Vieuxtemps et Joachim, est aujourd'hui à la tête de nos virtuoses, surtout quand il s'agit de l'exé- cution de bonne et grande musique classique, ce qui ne l'empêche pas d'exécuter avec une pureté irréprochable les choses les plus difficiles, telles que les variations d'Othello, d'Ernst, le Lutin, de Bazzini, etc., etc. Il a joué avec un talent hors ligne les fragments du grand trio de Beethoven avec Mlle Caussemille et Cossmann, les variations et le finale de la grande sonate de Beethoven, dédiée à Kreutzer, avec Mlle Causse- mille. Cette dernière a fait des progrès sensibles depuis deux ans : net- teté, élégance, sentiment, telles sont ses principales qualités. On l'a vi- vement applaudie dans les deux concerts où elle s'est fait entendre. Un violoncelliste, M. Didio, qui nous était parfaitement inconnu, n'a pas obtenu un accueil très-llatteur ; son jeu est froid et monotone, et il avait de plus choisi des morceaux qui ne lui étaient pas favorables. En fait de chant, nous n'avons pas été gâtés; nous n'avons à citer jusqu'à ce moment que Mlle Litschner, une hongroise qui a obtenu en 1859 le premier prix du Conservatoire à Paris, et qui a chanté l'hiver dernier à Marseille. » Hier nous est arrivé la nouvelle d'un grand festival, qui doit avoir lieu à Arnheim (Hollande), les 9, 10 et 11 août, une fête qui sera sans doute d'autant plus intéressante, qu'elle est donnée par la fameuse Société Maatscheppi ; dans ces occasions, qui ne se renouvellent que tous les six à sept ans, elle se distingue toujours. Le programme promet beaucoup. Nous y lisons, outre le Samson, de Ilaendel, Lorely, de Hiller, Elie, de Caenen ; ouverture et chœurs de Lucifer, par van Eijken, lé Lobgesang, de Mendelssohn, une nouvelle symphonie, par Verhulst, e't la 7e symphonie, de Beethoven. Le dernier jour est destiné à un 'grand concert dans lequel on entendra les plus célèbres artistes de l'Europe. Que peut-on demander mieux? BEVUE DES THEATRES. Théâtre-Français : Début d'Ariste dans l'Ecole des maris ; reprise du Cœur et la dot, comédie en quatre actes, de M F. Mallefille. — Vaudeville : La femme doit suivre son mari, comédie de M. De- lacour ; Toute seule, vaudeville de M. E. Plouvier et J. Adenis ; te Trésor de Biaise, comédie de M. ***,_ Palais-Roval : le Capi- taine Georgette, vaudeville de MM. Siraudin, Delacour et G. Har- mant. — Gajté : la Petite Pologne, drame en cinq actes, par MM. Lambert Thiboust et E. Blum. — Cirque Impérial : le Ba- taillon de la Moselle, drame militaire en cinq actes et treize ta- bleaux, par MM. A. Monnier et E. Martin. La Comédie-Française a commencé le défilé des débutants auxquels elle consacre habituellement cette partie de l'année. Le premier qui s'est offert à l'appréciation du public est un ex-amoureux de l'Odéon, qui, sous le nom d'Ariste, a laissé d'excellents souvenirs parmi les habitants de la rive gauche. Le rôle de Valère, de l'Ecole des maris, dans lequel il vient de se montrer sur la scène de la rue Richelieu, lui a été très-favorable. A en juger par ce début, l'ancien répertoire comptera en lui un de ces interprètes, de plus en plus rares, qui gardent le culte des bonnes et saines traditions. L'exemple donné récemment par l'auteur de V Aventurière a séduit M. Mallefille, dont on a repris le Cœur et la dot, comédie en cinq actes, réduits à quatre et remaniés avec beaucoup de soin. Cette pièce, assez bien accueillie dans sa nouveauté, continue à faire plaisir, bien moins par les douteux agréments de son sujet et de sa contexture que par la manière remarquable dont elle est jouée. Le côté masculin y est représenté par Beauvallet, Régnier, Delaunay, Got, et le côté féminin par Mlles Augustine Brohan, Fix, Jouassin et Figeac. Quelle plus charmante réunion de talents ! Et comment un auteur pourrait-il trébucher avec de pareils soutiens ? — Le code civil a déjà défrayé bien des comédies, et les commen- taires de messieurs les professeurs delà Facullé ont été souvent battus en brèche par ceux de messieurs les vaudevillistes, qui expliquent le droit à leur manière. C'est ainsi qu'aujourd'hui le Vaudeville nous dé- montre que la femme doit suivre son mari pour savoir ce qu'il fait et où il porte ses pas. 11 est vrai que cette prescription n'est pas exempte d'inconvénients aussi bien pour la femme que pour le mari, et que le ménage ainsi compris n'est pas absolument le paradis sur terre. Mais il y a là un paradoxe plaisant, et le public du dimanche devant lequel il a été développé s'en est fort diverti ; que d'étudiants vou- draient bien en dire autant des leçons de l'école ! Ce même théâtre du Vaudeville a complètement renouvelé son affiche avec deux autres pièces qui ont suivi la première de fort près. Une veuve, Mme Christine de Ténac, vit toute seule dans son château; deux jeunes gens y demandent l'hospitalité, et l'un d'eux est un peintre qui aime Christine depuis l'enfance et qui , pour lui rester fidèle, a refusé les meilleurs partis. Mme de Tinac , déguisée en soubrette , acquiert la preuve de cette merveilleuse constance et la récompense par le don de sa main. Marivaudage léger, mais spi- rituel ; Mme Pierson, toute seule, le sauvera quelque temps de l'oubli. Aimez-vous les tableaux villageois ? Vous plait-il d'entendre parler le patois de certains romans de Mme Sand ? Saluez alors le Trésor de Biaise, un vrai trésor caché dans une armoire de paysan. Biaise, sans le savoir, a propagé la croyance de ce trésor pour donner un mari à sa protégée, la petite Jeannette. La ruse est découverte, mais Pierre n'en persiste pas moins, et dans sa joie il brise la vaisselle de la maisonnette, et y trouve pour de bon les écus inventés par Biaise. Cette bluette est le début au théâtre de M. Muller, l'auteur de la Mionnette. Son nom n'est pas sur l'affiche , mais c'est le secret de la comédie. — Au Palais-Royal, c'est aussi à la faveur du dimanche que le Capi- taine Georgette a fait son apparition , sans bruit et sans accident. Un M. Fizelier a débuté avec assez de bonheur dans le rôle d'un pioupiou dévoué fanatiquement à une jolie grisette qui l'a racheté du service. — Si un écrivain, qui est mort l'année dernière après avoir vécu longtemps dans la Bohême parisienne, n'avait pas consacré un livre à la description des localités habitées spécialement par les petits mé- tiers, bien des gens ignoreraient l'existence de ces sortes de pha- lanstères, perdus dans la grande ville, et qui tendent d'ailleurs à s'effacer tout à fait pour faire place aux cités ouvrières. C'est parmi DE PARIS. 245 ces curieux vestiges du passé qu'il faut ranger la Petite Pologne dont la Gaîté a entrepris de nous faire connaître les usages et les mœurs. Mais avant d'y entrer, le spectateur est forcé de passer par Toulon certain jour que le bagne a laissé échapper un de ses pensionnaires. Le forçat poursuivi s'est réfugié chez un jeune peintre qui veut le livrer; Pierre Renaud, pour l'attendrir, lui offre le partage d'une somme de 500,000 francs qu'il a cachés en lieu sûr. Le peintre re- fuse : une lutte s'engage, le forçat est tué, et voilà pourquoi nous retrouvons à Paris Lucien Gérard, le peintre, à la tête d'une fortune rondelette. Seulement cette richesse mal acquise ne le met pas à l'abri du remords, et il vient à penser qu'il ne retrouvera un peu de repos que lorsqu'il aura découvert la fille de l'homme assassiné par Pierre Renaud pour lui voler son portefeuille. Cette recherche le con- duit à la Petite Pologne, située au fond du faubourg Saint-Honoré, et qui a été remplacée en partie, vers la fin du siècle dernier, par les frais ombrages et les temples grecs du parc de Monceaux. A la Petite Pologne Lucien rencontre non-seulement la jeune fille en question sous les traits d'une bouquetière, mais encore le fils du forçat qu'il a tué à Toulon. Est-il besoin d'ajouter que la réparation la plus complète dénoue de la manière la plus satisfaisante ce drame popu- laire, habilement fait et non moins bien interprété? Lucien Gérard, c'est Dumaine, le lion actuel du boulevard du Temple. Le forçat et son fils sont joués par le même acteur, et cet acteur, c'est Charles Péray qui s'est fait applaudir successivement à l'Ambigu, aux Va- riétés, puis à la Gaîté, où il vient de faire une rentrée triomphante. Les éléments à la fois dramatiques et comiques de la Petite Pologne garantissent à cette pièce une longue série de représentations. N'est- ce pas ce mélange de rires et de larmes qui a éternisé le succès du Courrier de Lyon? Un fort agréable lever du rideau, intitulé la Pre- mière chasse de Polissard, a été donné en même temps que la Petite Pologne, et le nom de l'auteur, M. Jules Delahaye, a été accueilli par les bravos. — L'illustration de ce fameux Bataillon de la Moselle, d'où sont sortis tant de chefs héroïques, et qui a fait bravement les premières campagnes de la révolution sans vêtements, sans chaussures et sans pain, revenait de droit au Cirque impérial. Tout l'intérêt du drame est dans les faits et gestes de ces courageux volontaires, dont l'épopée commence aux rives du Rhin, et se termine à la bataille de Monte- notte. Cependant, l'intrigue mêlée à leurs exploits est plus que suffi- sante pour remplir les treize tableaux de cette pièce militaire. Un jeune fermier accompagne à la frontière la baronne de Rennevée, son ancienne maîtresse. Le père du jeune homme, vieux grognard de la république, vient chercher son fils jusqu'à Coblenlz, et est fait pri- sonnier par les émigrés. 11 périra, si son fils ne prend pas du service dans l'armée de Condé. Cette obligation entraîne la condamnation à mort du jeune fermier en France. Mais Bonaparte devient premier consul, et la baronne de Rennevée obtient da lui la grâce de son sau- veur. Une brillante mise en scène encadre celte action, où la poudre n'est pas épargnée ; les décors sont fort beaux, et, ce qui ne gâte rien, la gaîté la plus franche anime presque toujours la scène. M. de Groot, l'habile chef d'orchestre du Cirque impérial, a écrit pour cette pièce une musique vraiment digne d'être remarquée. La ronde des Castors et surtout celle du Bataillon de la Moselle en sabots, qui sont chantées par Darcier, ne peuvent manquer d'acquérir une rapide popularité. La dernière obtient chaque soir les honneurs du bis. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. „% Au théâtre impérial de l'Opéra, les Huguenots ont été donnés mercredi pour le début de Wicard dans le rôle de Raoul. On ne saurait lui contester plusieurs des qualités principales que ce rôle demande. Il en a la voix plutôt que le physique ; il en rend bien cer- taines parties, mais l'ensemble manque de cet idéal que plusieurs de ses devanciers savaient lui donner. Mme Barbot montre toujours beau- coup de talent dans le rôle de Valentine. La charmante voix de Mlle Hamackers se développe avec tous ses avantages dans le rôle de Marguerite : la jeune artiste a fait des progrès remarquables. Quant à l'exécution générale de l'ouvrage, il y aurait beaucoup de choses à dire: pour aujourd'hui, ne parlons que du mouvement accéléré que l'on donne à certains morceaux. Par exemple, jamais le chœur des Baigneuses n'a été conduit aussi vite : il est marqué Poco anlante, et c'était presque un allegro. La situation indique pourtant qu'il vaut mieux ra- lentir que presser. Dans d'autres endroits, la voix des chanteurs ne sem- blait pas encore parfaitement d'accord avec le nouveau diapason. „,*„, La première représentation de Sémiramis est annoncée pour de- main. On dit qu'à la répétition générale les sœurs Marchisio ont pro- duit le plus grand effet. **„, Le célèbre ténor Niemann s'est fait entendre à l'Opéra dans une audition privée, à la suite de laquelle son engagement a été décidé. C'est le rôle de Jean de Leyde dans le Prophète qu'il choisirait pour son début. „** Roger a reparu jeudi dernier à l'Opéra-Comique dans Haydée. Ce retour du célèbre ténor sur le premier théâtre de ses succès avait attiré beaucoup de monde. Il n'a du reste tenu qu'à lui de se croire aux pre- miers jours où il créa avec tant de talent le rôle de Lorédan ; l'accueil qu'il a reçu a été des plus chaleureux, et les applaudissements de toute la salle lui ont été prodigués. Le lendemain Mme Ugalde rentrait en possession de son rôle dans Galathée : on eût pu dire également d'elle qu'elle ne l'avait jamais quitté; sans rien perdre de sa verve, eile a montré dans son chant un goût plus sévère et l'on ne saurait trop l'en féliciter. Mme Wertheimber a été admirable dans Pygmalion. a** L'engagement de Crosti est renouvelé . *% Mlle Marimon, qui a cédé son rôle du Chaperon rouge à Mme Faure- Lefebvre, débutera prochainement dans les Diamants de la couronne. *** C'est le 1b août, et non le 45 juillet, que Montaubry reprendra son service à l'Opéra-Comique. **». Mme Cabel est partie pour Londres, où elle va chanter au théâtre de Sa Majesté. „,** Mlle Dupuy est rentrée au théâtre de l'Opéra-Comique dans le Chercheur d'esprit et Haydée. 3,*4 II est possible que la reprise du Chaperon rouge n'ait lieu que vers la fin de la semaine prochain ou au commencement de l'autre. „% Tamberlick est à Londres, où il va chanter Jean de Leyde, du Prophète; il ne reviendra pas pour la saison prochaine au théâtre Italien. M. Calzado a engagé le ténor Pancani pour les deux derniers mois de cette saison. **„, MmeBorghi-Mamo est engagée au théâlre de Bologne pour la grande saison , elle y chantera quatorze fois. ,,% La clôture du théâtre Lyrique a eu lieu le samedi de l'autre se- maine avec Orphée et les Valets de Gascogne. „.*,. Mercredi les portes du même théâtre se sont rouvertes pour une représentation au bénéfice de M. Quinchez, régisseur général. Le pro- gramme était composé d'Orphée, d'un intermède dans lequel on a en- tendu Mme Ugalde, Faivre, M.M. Balanqué et Ribes, du théâtre de Stras- bourg; le spectacle se terminait par les Valets de Gascogne, pièce dont le comique franc et la musique charmante ont fait le plus grand plaisir. t*„ Le succès que le théâtre Lyrique a obtenu avec Orphée engagerait, dit-on, à monter la saison prochaine Alceste, de Gluck. Mme Viardot y chanterait le principal rôle. .p.** Déjà depuis quelques années les théâtres de l'Opéra-Comique, le théâtre Lyrique et celui des Bouffes-Parisiens avaient adopté l'usage de faire photographier, dans leurs costumes, les artistes qui avaient créé les rôles d'un opéra nouveau. La direction de l'Opéra a voulu, de son côté, appliquer la photographie à la perpétuité de la tradition. Elle fait en ce moment photographier les costumes de Pierre de îVèdicis, et à l'avenir cette intelligente mesure sera prise pour tous les opéras. La Comédie-Fxançaise, qui, bien plus encore que l'Opéra, vit de traditions, ne saurait manquer d'adopter cette méthode, et de transmettre ainsi à ses successeurs de précieux documents qu'elle n'a malheureusement pas pu recevoir elle-même de ses devanciers. „% Le rapport de la commission d'enquête sur l'emplacement à don- ner à l'Opéra est maintenant soumis à l'examen du conseil des bâtiments civils. La sagesse et l'expérience de ses membres ne peuvent manquer de porter la lumière sur une question si intéressante pour la ville de Paris et pour l'histoire de l'art national. „*„ L'Académie des beaux-arts a jugé hier samedi le concours de composition musicale. — 1" grand prix : M. Emile Paladilhe, élève de M. Halévy ; —2° grand prix: M. Ad. -Ed. -Marie Deslandres, élève de M. Le Borne. — Mention honorable: M. Isidore-Edouard Legouix, élève de MM. Ambroise Thomas et Reber. ,% Le ténor Alessandro Bettini est de retour à Taris, après avoir 246 REVUE ET GAZETTE MUSICALE chanté avec grand succès à Barcelone pendant la saison. A. Bettini chantera la saison prochaine à Saint-Pétersbourg. „,*,„ A l'expiration de son engagement au théâtre Italien de Paris, c'est-à-dire pour la saison de 1861-62, Graziani fera partie de la troupe du théâtre italien de Saint-Pétersbourg. Il a été engagé pour deux ans par S. Ex. M. de Sabouroff. *% Mlle Marie Battu est partie pour Bade, où elle doit chanter dans deux concerts. ,*„ S. Ex. M. de Sabouroff, intendant général des théâtres impériaux de Russie, est de retour à Paris. *% Léopold de Meyer jouit à Londres d'une vogue telle qu'il a été en- gagé successivement pour vingt-huit concerts. Le dernier était celui de Benedict, pour lequel il a composé tout exprès un morceau à deux pianos sur liohert le Diable. Exécuté par le bénéficiaire et l'auteur, ce morceau a produit un effet magnifique et a été bissé. Le célèbre pianiste a com- posé aussi une fantaisie charmante sur Dinorah. Au grand concert donné par Sa Majesté le 27 juin, en présence du roi des Belges, du duc de Flandre, du duc de Saxe-Cobourg, et autres personnages éminents, il a exécuté cette fantaisie, lorsque la reine, qui s'était approchée du piano avec les augustes auditeurs, lui demanda un second morceau. Pendant les mois d'octobre et de novembre, Léopold de Meyer fera une tournée, avec la troupe italienne de Beale. Ensuite il doit venir à Paris, et nous faire entendre ses productions, parmi lesquelles se trouve une Victoria- Polka, de la plus brillante facture. »% Le théâtre italien San-Carlos de Lisbonne, administré par l'Etat, vient d'être cédé à M. Frondoni avec une subvention d'environ 150,000 fr. pour une saison théâtrale de six mois. t% M. A. Reichardt, qui s'est fait applaudir plusieurs saisons de suite sur les scènes italiennes de Londres en qualité de ténor, et dont la char- mante voix et l'excellente méthode ont été également appréciées dans plusieurs concerts à Paris, vient de se révéler sous un jour nouveau en composant en Angleterre des romances délicieuses. L'une d'elles, publiée sous le titre de Thou art so near and yet so far, a obtenu un tel succès que plus de dix mille exemplaires en ont été vendus dans l'espace de quelques mois. Cette vogue cesse, au surplus, d'étonner, quand on a en- tendu cette mélodie, empreinte d'une douceur infinie et avec laquelle s'identifient admirablement les paroles. Nous sommes rarement dans le cas de donner de la publicité à un morceau si bien réussi ; c'est donc avec la certitude de le voir bien vite accueilli en France que nous en annonçons la publication sous le titre de 0 belle étoile, 6 doux regard. Nous nous tromperions fort si ce bijou musical n'était pas avant peu populaire à Paris. *% Deux morceaux remarquables pour orgue de salon viennent de paraître : une fantaisie sur des thèmes de la l'art du Diable, par A. Fre- lon, et un souvenir de Guillaume Tell, par Durand. Nous croyons pou- voir prédire un grand succès à ces compositions d'une exécution facile et d'un brillant effet. »** A Toulouse, pour l'inauguration de ses nouveaux salons, S. Exe. le maréchal Niel avait réuni dernièrement l'élite de la société de cette ville. Dans une pareille réunion la musique ne devait pas faire défaut, et Mme Teresa Milanollo, comme son mari M. Parmentier, aide de-camp du maréchal, ne pouvaient se soustraire à la demande générale de se faire entendre dans quelques nouvelles productions. Mme Teresa Mila- nollo a excité l'enthousiasme du brillant auditoire dans une nouvelle composition sur la Favorite, et par deux romances nouvelles: le bap- tême et l'Extase, dont Mlle Talexy a bien voulu se faire l'interprète. Les romances de M. Parmentier : la Cloche, Priez pour moi et l'Hirondelle de l'exilé, ont été vivement applaudies, et on a dû se souvenir que déjà Kœrner avait, par les chants de sa lyre, augmenté l'éclat de sa gloire militaire. „** Un grand festival musical, à l'instar de ceux de l'Allemagne, se prépare à Namur pour le 22 juillet prochain. Les Saisons, de Haydn, y seront exécutées par un très-grand nombre d'artistes et d'amateurs, sous la direction de M. Ch. Hanssens. L'orchestre se composera de plus de deux cents exécutants, choisis parmi les plus distingués qu'il y ait en Belgique et ù l'étranger. Le Conservatoire royal de Bruxelles y prendra part. „*„ Charles John, le compositeur-pianiste, vient de quitter Paris pour l'Allemagne, où il se propose de séjourner quelque temps. „% A Dieppe une réunion d'artistes d'élite, dirigée par M. Placet, an- cien chef d'orchestre du théâtre Lyrique, a inauguré le 1" juillet les concerts offerts chaque jour dans le grand pavillon des fêtes au bord de la mer. L'exécution des chefs-d'œuvre des grands maîtres n'a rien laissé à désirer, et c'est un attrait de plus pour les baigneurs de Dieppe. t*.t Parmi les papiers appartenant a la succession de feu le bibliothé- caire Spicker, se trouvent trois compositions dramatiques de Gluck ; elles faisaient partie, avec Orfeo, d'un drame musical que le maestro écrivit en 1769 à Parme, pour les fêtes qui avaient lieu à l'occasion d'un mariage. *% M. J.-Ch. Hess vient de composer sur le rxoman d'Elvire un de ces bouquets de mélodies qu'il arrange si bien et qui ont le mérite de résumer en un petit nombre de pages brillantes et faciles toute la fleur d'une œuvre lyrique. L'auteur de ce charmant opéra a lui-même compli- menté M. Hess sur sa nouvelle production, destinée à lui valoir un succès de plus. *% La fête que la jolie ville de Château-Thierry donne annuellement en l'honneur de Jean de la Fontaine puisait cette fois un attrait nouveau dans le charmant concert que M. Flamand avait organisé pour cette so- lennité avec autant de goût que de dévouement. M. Flamand est un véri- table artiste, et son talent lui donnerait le droit de briller au premier rang à Paris, si sa modestie ne lui faisait préférer en province une exis- tence moins élevée peut-être, mais plus utile. N'est-ce pas, en effet, bien mériter de l'art que de propager, de faire aimer partout la bonne musi- que ? Après le concert que M. Flamand a donné le '1 de ce mois, il ne doutera pas que ses efforts aussi bien que son talent ne soient pleine- ment appréciés ; une salle comble et les applaudissements les plus vifs ont dû lui en donner la preuve évidente. MM. Ketterer, Sighicelli et Mutel étaient venus de Paris pour apporter à leur digne confrère le concours de leur talent. M. Ketterer a trouvé à Château-Thierry le même accueil sympathique auquel la grande capitale l'a habitué ; le mérite de ses compositions y est pour autant que le charme de son exécution. M. Sighicelli dans le Carnaval de Venise, d'Ernst, et M. Mutel avec quelques morceaux de chant fort agréables, ont partagé les hon- neurs de la séance. L'excellente musique d'harmonie de la fabrique de M. Gauthrot a, comme les années précédentes, puissamment contri- bué à l'éclat de la fête. *** Parmi les adversaires d'Adolphe Sax, les uns contrefont ses inven- tions, les autres osent se prétendre diffamés par sa défense. Telle est l'origine de l'action intentée contre l'habile facteur par le sieur Kretzsch- mann, et qui vient de recevoir son dénouement à la 6e chambre de police correctionnelle de la Seine. Nos lecteurs ne liront pas sans intérêt le jugement rendu conformément aux conclusions de M. l'avocat impérial qui fait justice des incroyables prétentions du sieur Kretzschmann. — « Attendu qu'aux termes de l'article 319 du code d'instruction crimi- nelle, Sax avait le droit de discuter et d'attaquer le témoignage de Kretzschmann dans le procès en contrefaçon intenté par lui contre Besson; — attendu qu'aux termes de l'article 23 de la loi du 17 mai 1819, au- cune action n'appartient à un témoin dont le témoignage est attaqué dans des conclusions écrites ou imprimées, produites au cours d'une ins- tance, si elle ne lui est réservée par les tribunaux ; — attendu au surplus que, dans l'espèce, Sax n'a fait qu'user de son droit en contes- tant avec énergie la véracité de la déposition de Kretzschmann alors qu'il est établi jusqu'à l'évidence par les propres écrits dudit Kretzsch- mann , que loin d'être un témoin désintéressé et digne de foi, il était l'ennemi acharné de Sax et prêtait un concours très-actif à son adver- saire; — attendu en conséquence qu'il y a lieu de déclarer Kretzsch- man non recevable dans sa demande ; — par ces motifs, déclare Kretszchmann non recevable dans sa demande, renvoie Sax des lins de la citation ; condamne Kretzschmann aux frais.» — M. Kretzschman a ap- pelé de ce jugement. *% Les quelques beaux jours que vient de nous accorder l'avare été de 1860 ont été pour les concerts Musard l'occasion d'une recrudescence d'auditeurs. Au nombre des morceaux nouveaux exécutés par son excel- lent orchestre, il faut placer une fantaisie nouvelle de M. Cohen, lau- réat du Conservatoire, sur le Prophète. Elle a obtenu un grand succès. Musard a eu l'heureuse idée d'ajouter à son répertoire l'ouverture à'Olympie. On sait que cet opéra de Spontini, après avoir eu seulement quelques représentations à Paris, obtint en Allemagne un succès mé- rité. L'ouverture est une très-belle symphonie qui sera entendue avec plaisir. La veuve du célèbre maestro doit assister aux répétitions pour s'assurer que les mouvements ont été bien conservés. Musard prépare également la charmante ouverture de Pianella, de Flotow, remaniée par le compositeur pour un grand orchestre. „*„ Emmanuel Guttierez, maître de chapelle à la cour de Madrid, composa lui-même son épitaphe, dont voici la traduction : a Ci-gît Don » Emmanuel Guttierez, maître de chapelle du roi son seigneur. Lorsqu'il » monta au ciel, Dieu dit à ses anges : « Maintenant, taisez-vous et » laissez jouer Guttierez. » t% Une très ancienne célébrité théâtrale vient de s'éteindre dans l'obscurité et le dénûment : Mme Werdy, plus connue sous le nom de Mlle Vohs, qui fut jadis une des gloires du théâtre allemand, est morte à Francfort-sur- Mein, dans sa quatre-vingt-troisième année. C'est Mlle Vohs qui a joué le rôle de Marie Stuart, lors de la première repré- sentation de cette tragédie, en présence de Schiller et de Goethe ; elle y produisit un effet immense. Les principaux rôles de son répertoire étaient en outre: Thékla [WalUnstein), Phèdre (traduction de Schiller), Louise (Intrigue et Amour) et Jeanne d'Arc (de Schiller). »*,,, Un pianiste compositeur qui jouissait d'une réputation méritée, A. Goria, a succombé vendredi soir à onze heures, aux suites d'une congestion cérébrale, qui l'avait déjà frappé une fois il y a une couple de mois. L'art musical perd en lui un professeur de talent et générale- ment aimé. Goria est auteur d'œuvres nombreuses et estimées. DE PARIS. 247 CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. *** Londres, 3 juillet. — La représentation d'Orphée à Covent-Garden n'avait pas attiré autant de monde que l'on pouvait l'espérer, et il faut avouer qu'elle n'a pas produit beaucoup d'effet. Sauf le premier air d'Orphée, le grand duo du troisième acte et l'air : J'ai perdu mon Eury- dice, qu'on a fort applaudis, le public est demeuré froid. Mme Csiliag, qui chantait le rôle principal, et Mme Penco celui d'Eurydice, ont eu les honneurs de la soirée; Mmes Carvalho et Nantier-Didiée ont mé- rité aussi des bravos dans les rôles de l'Ombre heureuse et de l'Amour. *% Bruxelles. — La troupe d'Offenbach vient de nous quitter, pour aller poursuivre ailleurs le cours de ses succès. C'est par un triom- phe qu'elle a clôturé ses représentations. Orphée n'a pas été moins goûté par notre public que. par celui de Paris ; cette suprême expression de la fantaisie portée au théâtre a produit complètement l'effet attendu, et sans son départ forcé, Offenbach aurait pu compter sur une longue suite de représentations de son œuvre, sinon la meilleure, au moins la plus excentrique. *** Cobourij . — Le programme des fêtes de chant pour les 22, 23 et 24 juillet, est déjà arrêté. Le principal concert aura lieu, le 22, à l'église Saint-Maurice ; le 23, excursion à la villa Rosenau ; le soir, exécution de diverses pièces de chant dans le parc, etc. Parmi les chœurs qui doivent être chantés dans ces diverses solennités se trouve l'hymne que le duc de Saxe-Co bourg a dédié aux réunions de chant Liedertafels et Saenger- Ii'ranz de Wurzbourg. 3% Stuttgart. — Le 24 juin, nous avons eu la première représentation de la Nuit de la Saint Jean, texte et musique par Gustave Pressel. Pres- que tous les morceaux ont été applaudis. Le jeune maestro a été rap- pelé après le premier acte et à la fin du spectacle. A l'église du château a été exécuté récemment un motet nouveau du maître de chapelle de la cour, Kucken, et il a produit une impression profonde. „** Berlin. — Le 23 juin a eu lieu la première représentation d'Orphée aux enfers, opéra-bouffe d'Offenbach, texte allemand, par Dechmann. La pièce, montée avec le plus grand soin, a obtenu un magnifique succès. C'étaient coup sur coup des explosions de folle joie, accompagnée de bravos et d'acclamations sans fin : huit morceaux ont été redemandés. Offenbach, qui dirigeait l'orchestre; Deichmann, l'auteur des paroles allemandes, et tous les auteurs ont été rappelés après le deuxième et le quatrième acte. En outre, Mlle Limbactf(Ëurydice) a eu les honneurs d'un rappel spécial. — Au théâtre Victoria, Mlle Legrain, la charmante danseuse de Paris, continue à enthousiasmer le public. j*â Breslau. — Mme Jauner-Krall, qui était en représentation, a fait ses adieux par le rôle de Martha, dans la charmante partition de Flotow. Mme J.-Krall a fort bien chanté, surtout le lied de la rose, et le grand air du quatrième acte. „*„, Stockholm. — Mme Jenny-Lind Goldschmidt est arrivée ici le 17 juin, à bord du steamer Sivea: un grand nombre de ses admirateurs lui ont fait un accueil enthousiaste. La célèbre cantatrice, qui est accompagnée de son mari et de ses deux enfants, compte passer l'été daus une villa aux environs de la capitale. t*t Saint-Pétershourg. — L'ancien théâtre du Cirque, maintenant théâtre de S. A. I. la grande-duchesse Marie, est près d'être achevé. Son arran- gement intérieur est d'une rare magnificence. De riches dorures, des loges commodes, de larges escaliers et de vastes galeries servant de communication aux différents étages, font de cette construction l'un des théâtres les plus remarquables de l'Europe. On assure que cette magni- fique salle est destinée principalement aux représentations de l'Opéra russe, qui, dit-on, a aussi ses nouveautés toutes prêtes. On étudie un nouvel ouvrage, le Prisonnier du Caucase, dont le sujet est, ainsi que nous l'avons dit , emprunté au poëme de Pouschkine ; cet opéra est la première œuvre musicale de M. Kui, officier aux gardes. On dit aussi qu'une autre parlition du compositeur russe M. Villebois, sous le titre de Natacha, aurait été mise en répétition. Des connaisseurs, qui ont entendu quelques fragments de cette œuvre nouvelle, dans des cercles privés, en ont depuis longtemps parlé avec éloge. {Journal de Saint-Pé- tersbourg (français). „,% Gènes, 26 juin. — Un concert composé d'éléments magnifiques et destiné à laisser un long souvenir a été donné hier au théâtre Paganini par la Société de secours mutuels des artistes musiciens. La moitié du produit était réservée à la cause nationale. Le nom de Meyerbeer, la présence de Tamburini suffisaient à remplir la salle. Le célèbre chan- teur a dit avec tout son talent plusieurs morceaux de son riche réper- toire, la cavatine de la Sonnambula, l'air deMaumelto II, le duo du Bar- biere avec Mlle Agrone, etc. La seconde partie du concert commençait par l'ouverture du "ardon de PU/ërmel, et l'on peut dire sans hésiter que c'est là une des œuvres les plus grandes, les plus profondes que le génie Ae Meyerbeer ait enfantées. Tout y est réuni, conception, colo- ris, marche dramatique, effet prodigieux. 11 ne fallait pas moins que le talent supérieur de notre excellent chef d'orchestre, llariani, et l'habi- leté des artistes qu'il dirige pour atteindre à la hauteur de l'immortel chef- d'œuvre. A peine l'ouverture était-elle finie qu'on la redemaudait à grands cris, et la seconde exécution a encore dépassé la première. Parmi les morceaux chantés par Mme Agrone, la romance du Prophète doit être citée ; un chœur de VAssedio di Leyda, du maestro Petrella, terminait le concert. „*„, Milan. — Sivori et Bottesini se sont réunis pour donner un con- cert au profit de la cause nationale. L'un et l'autre ont reçu l'accueil si bien dû à leur talent et à leur renommée. Sivori s'est surpassé par la manière dont il a rendu son fabuleux Carnaval de Venise, et un duo de violon et contre-basse, composition magistrale de Bottesini, a terminé cette belle fête musicale. s. DDFODR. Chez G. BRANDVS et S. 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Fantaisie sur la Part dm Oârelsle, d'Auber, pour orgue et piano, par Prix: 10 fr. «■• JT l'iiBOil p,.ix . ,0 fr. 248 r.EVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Anrionne Maison MEIS*0>:\IE« Paris. E. GERARD et O (COMPAGNIE MUSICALE) EN VENTE: N° 18, rue Dauphine. Opéra-comique en trois actes. PAROLES DE E. THÉAULON Musique de w@ HE]IK€fIjD Opéra-comique en trois actes. Morceaux détachés avec accompagnement de Piano, par Léo DEL1BES OIVERTI RE FOUR P1AXO, PRIX : e FRAWCS. PREMIER ACTE Prix marqué. 6 » 50 1 . Introduction et chœur : Livrons-nous à l'allégresse 2. Air chanté par M. Fromant : Les Fillettes de ce village . 5 3. Air chanté par M. Delaunay-Ricquier : Gentille rosière . 5 4. Ronde chantée par Mlle Girard : De ce village 2 5. Quatuor chanté par Mmes Girard, Vadé, MM. Delaunay- Ricquier et Gabriel : Demeurez, aimable Florette . . 9 •> 6. Finale et chœur : Quel beau jour et quel plaisir .... 6 » DEUXIÈME ACTE 7. Morceau d'ensemhle : Quel maintien enchanteur 9 » 8. Romance chantée par Mlle A. Faivre : Je suis sage, j'ob- tins la rose 2 50 Prix marqué. 9. Duo chanté par Mlle A. Faivre et M. Delaunay-Ricquier: Plaisir extrême, heureux moment 6 » 10. Finale: Jeunes beautés, avant peu parmi vous 9 » TROISIÈME ACTE 1 1 . Air chanté par Mlle A. Faivre : Adieu, rose à peine éclose 2 50 12. Trio chanté par Mlles Girard, Faivre et M. Fromant : Laissez-moi, Bastien, laissez-moi 7 50 12 bis. Duo extrait du trio : Laissez-moi, Bastien, laissez-moi. 6 » 13. Petit air chanté par Mlle Girard : Ah! ah! faut-il à mon âge! 2 50 14. Finale : Le Destin trompe mon espérance 9 » «a fr. Partition jbojii" piano et irliitiil. nt't POUR PARAITRE INCESSAMMENT Ii. Bancla. — Duo pour violon et violoncelle sur les motifs favoris des Rosières 2$ïusard. — Quadrille pour orchestre ■. Prix net . . . Id. Le même pour piano Prix marqué 1 25 k 50 POUR PARAITRE INCESSAMMENT OBESE G. «RAJVBÎUS ET S. DUFOUIK, ÉBMTEaJKS, I03, MUE DE RICHELIEU, Nouvelle série de 50 numéros DE LA LYRE FRANÇAISE Choix d'Airs d'Opéras, Duos, Romances, etc., sans accompagnement, des meilleurs Auteurs anciens et modernes 152 153. CHANSON. . . 154. Polka chantée. 155. BOLERO .... 156. Ariolli' militaire 157. COUPLETS . . 158. ROMANCE. . . 159. COUPLETS . . 160. AIR 161. COUPLETS . . 162. ROMANCE . . . 163. BARCAROLLE 164 COUPLETS . . 165. COUPLETS . . 166. ROMANCE. . 167. BARCAUOLLE 168. 169. Chanson hngu . 170. Cavalinc ilu page 171 AIR 172. COUPLETS . . 173. 174. ARIETTE . .. 175. ROMANCE. . . Nina, jolie et sage Actéon Auber. Ali! pour un jeune cœur... Cheval aie bronze.. — La grenouille aux camélias. Les deux Pêcheurs O/Jenbac/i. Versez, moi j'aime le doux. Deux vieilles gardes Dellbes. Dans les défilés Diamants de la eonronne Auber: Quand le dragon abien trottù.Drngons île Villars Maillart. Grâce à ce vilain ermite ... — Il est un enfant d'Israël L'Enfant prntlig'ue Auber. Beau cavalier L'Etoile du Mord.. Meyerbeer Des roses, partout des roses La Fée aux roses.. Halévy. Que de mal, de tourment.. La Fiancée Auber. Un ciel serein et sans nuage — — Le gondolier Adèle Fra SSinvoîo — Pour toujours, disait-elle ... — — O mon habit, mon bel habit Giralda Adam . Sois immobile Guillaume Tell Rossini. Glisse, ma gondole Mayilée Auber. Unis par la naissance — Pifl\ palf Les nusrucnots Meyerbeer i.Nobles seigneurs, salut _ L'épreuve est tout à fait. . . tJoconde Aicolo. Parmi les filles du canton. . — Ne nous trahissez pas tous. Lestocq Auber. Ah! voyez donc! ah! Ilartha Flotow. Bois paisible, vert feuillage. — — IBines de la Siïalle. BU u elle de Portici Le 3iabab , Le Philtre Le Portefaix Le Prophète couplets . . La lune et le soleil barcarolle Amis, la matinée est belle romance. . . Mon oncle a dit ballade ... La reine Yseult bonde Une princesse de Grenade arioso .... Ah ! mon fils, sois béni. . hymne Roi du ciel et des auges. . cavatine . . Le roi sommeille Robert Bruce. . . sicilienne . O fortune, à ton caprice... Robert le I>iable Valse infernale Noirs démons, fantômes, air Le bel état air Dans une symphonie. . . ronde Un jambon de Bayonne. romance. . . Le violon brisé canzonetta Achetez, voici des orangi 191. DASSIER. 102. — 103. 194. GKRALDY... LABARRE... 196. 197. 19S. 199. 200. vDcuiie fille et fauvette.. Aimer et soufTrir Adieu, patrie! La Lettre au bon Uicu. Ln Fille d'Otaïli La Fiancée du Kicphte Le Vieil pendant l'ornar Mèrc-çTand Marguerite Ces Plaintes de la Jeune Le Serment B^e Toréador 'S'romb-nl-c«-zar . . Le Violoneux Xerlinc Romance. Offenbach. Auber. Halévy. Auber. Garnis. Meyerbeer Rossini. Auber. Adam. Offenbach. Simple lus Romance. CHAQUE N°, »5 c. NET. EDITION POPULAIRE re Mélodie. Nocturne à 3 voix. Mélodie. : fille — CHAQUE N°, <55 c. NET. paris. — IHIMUMI un: i i:\ir\i.c ni: wpoi.kon cuaix BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. N° 29. 1S Juillet 18G0. OH S'ABONNE : Dans les Départements et à l'Étranger, cliez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aux Bureaux des Messageries et des Postes. REVUE PRIS DE L'ABONNEMENT : Poris. 24 fr. par Ql Départements, lîvlgique et Suisse... 30.» id. Étranger 34 <> id. Le Journal paraît le Dimanche. II w - -w\n/\f\/\r JW/vvv— SOMMAIRE. — Théàt re impérial de l'Opéra : Sémiramis, opéra en quatre actes paroles de M. Méry, musique de Rossini, par Panl Smith. — Conservatoire impérial de musique et de déclamation ; exercice des élèves. — Beethoven, chef d'orchestre, par iLouis Spohr. — Revue critique : Ouvrage divers relatifs à l'accompagnement du phin-chant (4e et dernier article), par Adrien de I>a Page. — Bibliograpl ie musicale. — Nouvelles et annonces. THEATRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA. SËMîIîAHBg, Opéra en quatre actes, paroles d? M. Méry, musique de Rossini. (Première représentation le 9 juillet 1S00.) Si l'on a souvent traduit, si l'on continue encore n traduire des opéras étrangers pour notre grande scène lyrique, if n'en faut pas conclure que l'art et le public ne demandent rien autre chose en France qu'en Italie ou qu'en Allemagne. Les exemples sont là pour prouver le contraire : on ne s'établit solidement chez nous qu'avec des œuvres bien différentes de celles qui réussissent le plus à Milan, à Naples, à Venise, à Vienne, à Prague et à Berlin. Les traductions passent, les ouvrages originaux restent seuls. Se borner à traduire même des chefs-d'œuvre, c'est faire trop bon marché de certaines conditions auxquelles tous les hommes de génie ont voulu se soumettre, lorsqu'ils sont venus écrire pour nous les Iphigénies, Armide, Didon, OEdipe à Colone, la Vestale, Guillaume Tell, Ro- bert le Diable, les Huguenots, le Prophète, la Favorite, dont l'inspi- ration s'est pliée aux lois de l'art français pour s'imposer à l'Europe entière. Cela dit et posé pour l'honneur des principes, qui ne serait heu- reux d'accueillir des productions d'un ordre aussi élevé que Sémira- mis, le dernier des enfantements d'un illustre maestro dans sa pa- trie, le point culminant de l'art italien à la On du premier quart de ce siècle? Sémiramis fut représentée pour la première fois à Venise dans le carnaval de 1823; Elisabetta Colbrand, devenue Mme Ros- sini, chantait le principal rôle, et Filippo Galli celui d'Assur. S'il y avait quelque chose à critiquer dans cet ouvrage de proportions si vastes, c'était sa grandeur même; c'était l'exubérante richesse, l'é- tendue inusitée, et aussi un peu la régulière monotonie de ses mor- ceaux, taillés sur le patron des monuments de Babylone. Du reste, on y retrouvait cette imagination puissante qui avait révolutionné tout un genre et fait dire avec tant de justesse par Stendhal que « dans » le genre ennuyeux de Vopera séria, Rossini portait une vie incon- » nue avant lui. » Peut-être eût-il dû choisir un autre sujet, et s'il eût travaillé pour nous, à coup sûr il se serait gardé d'en revenir à cette sombre légende dont notre vieille tragédie avait si souvent usé, jusqu'à ce que Vol- taire trouvât moyen de s'en servir comme de passe-port à une imita- tation de Shakspeare et à l'apparition de l'ombre du père d'Hamlet. Un revenant en plein théâtre, c'était quelque chose de neuf dans une tragédie, entre Mérope et YOrphelin de la Chine ! Mais de nos jours, et même en 1823, celte innovation avait bien perdu de son charme. Le grand Opéra aussi, dès l'anuée 1802, avait eu sa Sémiramis voltai- rienne, ornée par Catel, l'harmoniste correct, d'une élégante partition. 11 n'y avait donc plus guère d'intérêt pour cette exhumation d'une reine victorieuse et conquérante, mais dont la physionomie, ressem- blant trop à celle des Jocaste et des Gertrude, n'offrait de trait distinctif que son goût pour les expéditions lointaines, les édifices immenses et les enivrantes voluptés ; c'est ainsi que la caractérise une antique inscription : « La nature m'a donné le corps d'une » femme; mes actions m'ont égalée au plus vaillant des hommes » Avant moi, aucun Assyrien n'avait vu de mers : j'en ai vu quatre » que personne n'abordait et je les ai soumises à mes lois... J'ai pavé » de mon argent des chemins où l'on ne voyait que les traces des ani- » maux sauvages; et au milieu de ces travaux, j'ai trouvé du temps » pour mes plaisirs et pour ceux de mes amis. » Cet élément précieux de nouveauté qui manquait à Sémiramis, ne pouvait-on le chercher dans l'éclat d'une mise en scène rajeunie par les découvertes de la science et, avant tout, dans la distribution de ses rôles principaux ? Il y a près de deux années, un bruit soudain, merveilleux, dont ce journal fut le premier écho, se répandit au delà des Alpes. Deux jeunes filles, deux sœurs, Carlotta et Barbara Mar- chisio, venaient de débuter dans Sémiramis, à Venise, sa ville natale, sur le théâtre San Benedelto. Et ce début n'avait pas été seulement un succès, mais un triomphe, un transport, une fureur ! Deux sœurs qu'on ne connaissait pas, et dont l'une possédait un soprano char- mant, frais, pur, sympathique; l'autre, un contralto plein et sonore, vocalisant et montant avec la même aisance ; deux sœurs capables de jouer et de chanter, celle-ci le rôle de Sémiramis, celle-là, le rôle d'Arsace ! En fallait-il plus pour exciter le fanatisme, le délire ? En effet, l'enthousiasme eut bientôt dépassé toute mesure. La France voulut savoir au juste à quoi s'en tenir sur le phénomène, et elle expédia un ambassadeur, qui, sans perdre le temps à examiner ces jumelles de la musique, jugea plus court d'en faire la conquête au 250 REVUE ET GAZETTE MUSICALE nom de la France et de les engager pour le théâtre de l'Opéra. Voilà comment du même coup nous avons eu Sérniramis et les sœurs Mar- chisio. Qui donc aurait songé à séparer le couple chantant, nobile par, à emmener une sœur sans l'autre ? Et, de même, qui seulement eût conçu l'idée de les séparer de Sérniramis 1 Eh bien , maintenant que nous avons vu et entendu, nous sommes forcé de reconnaître que le prodige n'est pas tout à fait aussi prodi- gieux que l'avait proclamé la renommée. Les sœurs Marchisio ont de la voix et savent chanter ; ce sont de plus, nous assurent leurs amis, d'excellentes musiciennes, mais ce ne sont encore, à beaucoup près, ni des Pasta, ni des Sontag, ni des Giulia Grisi, ni desPisaroni, ni des Alboni et autres cantatrices universellement célèbres. Pour être rigou- reusement juste, il faut constater que, le premier jour, Carlotta, la soprano, la Sérniramis, succombait à des émotions, à des terreurs qui lui permettaient à peine d'ouvrir la bouche lorsqu'elle entra en scène ; et pourtant, à l'acte suivant, le courage et la voix lui revin- rent assez pour qu'on ne doutât plus de son talent, et qu'on ne l'ap- plaudît plus uniquement pour la rendre à la vie. Barbara , le contralto, l'Arsace, nous a semblé plus calme et plus sûre d'elle- même ; on a pu la juger sur-le-champ, et, quoique sa voix n'ait pas les notes graves qui sont de l'emploi, lui décerner des bravos en conscience. Comme actrices, les sœurs Marchisio ne sont encore que des élèves annonçant des dispositions et donnant quelquefois plus que des espérances. Leur taille est petite; leur visage, dont les traits diffèrent autant qu'il est possible à des sœurs, ne se ressemble que par une sorte d'étrangelé plutôt indienne qu'italienne. C'est donc comme cantatrices qu'elles se présentent surtout, et qu'un avenir les attend. Pour Carlotta, l'air du second acte, Doux rayon de l'amour, a été le plus favorable, le mieux rendu et le mieux reçu. Pour Barbara, c'est l'air d'entrée : Me voici donc à Babylone; pour toutes les deux ensemble, c'est le fameux duo du troisième acte : Eh bien, frappe ta mère, avec son délicieux andante : Jour d'épouvante et d'allégresse, dont le bis traditionnel au théâtre Italien s'est reproduit à l'Opéra. Par prudence sans doute on avait allégé la tâche des deux sœurs en retranchant l'autre duo, si beau pourtant: Garde-moi ce beau zèle\ Probablement on aura voulu garder l'effet de l'union vocale d'Arsace et de Sérniramis pour l'acte qui touche le plus à la conclusion de l'œuvre : Tout est bien qui finit bien. Par malheur, le quatrième acte, où il n'y a que l'air d'Assur et un trio de peu d'effet, se termine à l'Opéra, comme au théâtre Italien, par une espèce de cligne-musette, dont le seul résultat dramatique a toujours été d'engager à la retraite la presque totalité des spectateurs. Si l'on voulait rendre à Obin un service d'ami, on ne pouvait mieux faire que de lui confier le rôle d'Assur, même après Galli et Tamburini. Nous ne dirons pas qu'il les surpasse, ce serait le tromper et lui nuire, mais nous voyons avec plaisir un artiste français, un élève de notre Conservatoire soutenir aussi vaillamment le parallèle avec deux excellents artistes italiens. Obin chante et joue ; il- réunit les avantages de la taille, de la figure, du regard, du geste et de la voix. Dans les autres rôles de valeur bien moins grande, Coulon, Dufresne, Fréret, Mlle Bengraf, ne dépensent que tout juste ce qu'il faut de talent et profitent de l'occasion pour faire des économies. Le ballet se compose musicalement d'un air ou deux empruntés à Moïse, et d'un autre air écrit par M. Carafa, l'ami fidèle de l'illustre maestro, le I'atrocle de cet Achille, qui persiste à rester sous sa lente et à laisser la victoire se décider pour lui, mais sans lui. Et pourtant quel spectacle magnifique, imposant, radieux, que celte restitution de la superbe Babylone, pour laquelle on dirait que l'on a retrouvé à point nommé les ruines de Ninive ! Tant do savants archéo- logues n'ont donc pas travaillé en vain ! Le grand Opéra profite de leurs profondes recherches : Ninive aura étonné le monde une se- conde fois. Et quels costumes éblouissants ! que d'or semé h pleines mains! que de couleurs répandues à profusion! que c'armures, de col- liers, de bracelets, de diadèmes! Il n'y a que 1'intrcduclion titanique, hiéroglyphique, écrite par M. Méry, le poétique traducteur du texte italien, qui soit encore plus étincelante, plus chatoyante et miroitante que la mise en scène exécutée sous l'influence et par les ordres du directeur, M. Alphonse Royer. Paul SMITH. CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION. Exercice des élèves. Le premier acte du Comte Ory et Vlrato composaient cet exercice, qui précède de si peu les concours. Aussi n'en parlerons-nous qu'avec toute la brièveté possible, pour ne pas nous exposer h tomber bientôl dans les redites. Le Comte Ory avait pour interprètes principaux trois élèves pensionnaires, MM. Mendioroz, ténor, Petit et Gourdin, basses-tailles, Mlles Barelly, Maillard, Pfotzer et Renouleau. Ces jeunes gens et ces jeunes personnes ont presque tous d'excellentes voix, plus ou moins assouplies par l'étude ; dans le nombre, il y en a certainement plu- sieurs que les théâtres lyriques ne tarderont pas à s'approprier, trop tôt peut-être; mais au siècle de la vapeur el de l'électricité, tout le monde se presse et craint de se laisser distancer. C'est la faute du siècle ! Dans Vlrato, le même M. Gourdin et le même M. Petit jouaient les rôles de Scapin et de Pandolfe. M. Capoul, autre ténor de qualité, non moins précieuse que M. Mendioroz, tenait celui de Lysandre; M. Mirai, celui du docteur Balouard; Mlles Céronetti el Rozés se présentaient sous le costume d'Isabelle et de Kérine. Déjà la bouffonnerie deMarsollier, sur laquelle Méhul croyait avoir écrit de la musique italienne, a été essayée, il y a quelque huit ans, mais il s'en faut que l'exécution ait été aussi satisfaisante que celle de jeudi dernier. M. Gourdin surtout s'est distingué dans le rôle écrit pour Martin, et désormais impossible à toute voix humaine. L'auditoire le savait aussi bien que nous, et l'a prouvé, en applaudissant l'élève pour son courage à braver les difficultés, même quand il ne lui était pas donné de les vaincre. M. Capoul a fort plaisamment dit et chanté les charmants couplets : Si je perdais mon Isabelle, et le quatuor : Femme jolie et du bon vin, a joyeusement couronné l'œuvre. Arrêtons-nous: l'heure des concours sonne, et dans la distribution de l'éloge ou de la critique, nous ne voudrions pas nous mettre en op- position avec leurs arrêts. Laissons donc passer leur justice; mais pour être aussi juste qu'elle, constatons que malgré l'émotion du dan- ger présent, la préoccupation des luttes prochaines, l'exercice a très-bien œar ché du commencement à la fin, et qu'une large part du succès revient à M. Pasdeloup, chef d'orchestre ordinaire et ex- traordinaire de ces juvéniles solennités. P. S. BEETHOVEN, CHEF D'ORCHESTRE. Au printemps de l'année 1813, le célèbre compositeur Louis Spohr alla se fixer à Vienne ; le comte Pallfy l'avait engagé comme maître de chapelle au Thcater an der Wien, dont il était propriétaire à cette époque. Dans un des plus curieux chapitres de son autobiographie, dont le deuxième volume vient de paraître, Spohr nous a laissé un récit très-amusant de ses relations avec Beethoven, récit qui renferme, DE PARIS. 251 en outre, quelques nouvelles indications et dont voici une traduction scrupuleusement fidèle. « Dès rncn arrivée à Vienne, j'allai voir Beethoven ; ne l'ayant pas trouvé chez lui, je laissai ma carte. J'espérais le rencontrer dans une des réunions musicales auxquelles j'étais fréquemment invité ; mais bientôt j'appris que depuis que sa surdité avait acquis un degré d'in- tensité qui l'empêchait d'entendre un morceau de musique dans son entier, on ne le voyait plus dans aucun cercle musical, et qu'il était devenu misanthrope. Je tentai de nouveau la chance d'une visite ; ce fut encore inutilement. Enfin, contre toute attente, je le rencontrai au restaurant, où j'allais tous les jours avec ma femme. J'avais déjà donné un concert à Vienne ; j'y avais fait exécuter deux fois mon oratorio ; les journaux viennois en avaient parlé favorablement ; je n'étais donc plus un inconnu pour Beethoven lorsque je me présentai à lui; il me fit un accueil des plus gracieux. Nous primes place à la même table ; il devint très-expansif au grand élonnement de la société : d'ordinaire sombre et taciturne, il restait immobile, les yeux fixés sur un même point. Toutefois, c'était une rude besogne de se faire entendre ; il fallait crier à être entendu dans les pièces voisines. Dès lors, Beethoven vint souvent à ce restaurant et me fil une visite, de sorte que nous ne lardâmes pas à nous lier. Il avait des manières tant soit peu rudes, pour ne pas dire plus ; toutefois, sous ses épais sourcils il y avait un regard loyal. u Après mon retour de Gotha, je le rencontrais de loin en loin au Theàter an der Wicn, immédiatement derrière l'orchestre, où le comte Palffy lui avait donné une place de faveur. Après la représentation, il m'accompagnait d'ordinaire chez moi, et passait le reste de la soirée avec nous. Dans ces moments-là, il était souvent très-aimable envers Doretle (la femme de Spohr) et avec les enfants. Il parlait rarement musique. Lorsque cela lui arrivait, ses jugements étaient sévères et formulés d'une manière absolue, comme si toute contradiction était impossible. Il ne s'intéressait pas le moins du monde aux travaux d'autrui : aussi n'eus-je jamais le courage de lui montrer les miens. Un thème favori de conversation était pour lui, à cette époque, l'administration du prince Lobkowilz et du comte Palffy, dont il faisait une critique sévère. Contre ce dernier, il s'emportait en injures, souvent même dans l'enceinte du théâtre, de manière à être entendu non-seulement du public au sortir de la salle, mais du comte Palffy lui-même dans son cabinet. Cela me mellait dans un cruel em- barras, et je m'efforçais de détourner la conversation vers d'autres sujets. » La brusquerie parfois choquante dans les manières de Beetho- ven provenait de la surdité à laquelle il n'avait point encore appris à se résigner, et trouvait aussi son explication dans sa position gênée. Il n'était pas économe, et avait de plus le malheur d'ê;re volé par son entourage. Souvent il manquait même du nécessaire. Dans les premiers temps de notre liaison, comme il était resté plusieurs jours sans venir au restaurant, je lui dis : « Vous n'avez pas été malade? — » C'est ma botte qui était malade, me répondit-il; et comme je » n'en ai qu'une seule et unique paire, j'étais aux arrêts dans ma » chambre. » » Au bout d'un certain temps, ses amis le tirèrent d'embarras. Fidelio, qui avait clé donné dans des conjonctures fâcheuses, en I8O/1 ou 1805, lors de l'occupation de Vienne par les Français, et avait eu peu de succès, fut repris par les régisseurs du théâtre Kaernlhner- Thor pour une représentation à leur bénéfice. Bcelhoven s'était dé- cidé à écrire une seconde ouverture (celle en mi)-, un lied pour le geôlier et le grand air de Fidelio (avec cor obligé), et de faire quelques changements à la partition. Sous celle nouvelle forme, Fidelio eut un grand succès et une longue suite de représentations. Le premier soir, le compositeur fut appelé plusieurs fois sur la scène et fixa de nouveau l'attention du public. Ses amis profitèrent de ce moment favorable pour organiser un concert à son bénéfice dans la grande salle des Redoutes, où devaient être exécutées les dernières œuvres de Beethoven. Tout ce qui savait frotter les cordes d'un instru- ment, tout ce qui savait souffler dans un cuivre ou dans un bois quelconque, tout ce qui savait chanter, fut invité à concourir à cette solennité : parmi les artistes de quelque valeur, pas un ne fit défaut. » Mon orchestre et moi, nous prîmes naturellement part au concert, et pour la première fois je vis Beethoven diriger. Quoiqu'on m'en eût averti, je n'en fus pas moins extrêmement surpris. Il s'était habitué à marquer les diverses nuances de l'expression musicale par les mou- vements les plus bizarres du corps. Quand venait un sforzando, ses deux bras, qu'il tenait croisés sur la poitrine, s'écartaient violem- ment. Pour le piano, il se baissait, et d'autant plus bas qu'il voulait qu'il fût marqué. Quand suivait un crescendo, il se redressait peu à peu, et au forte, il faisait un bond en l'air; parfois, pour renforcer le forte, il criait lui-même à travers le bruit, sans le savoir. » Seyfried, à qui je fis part de mon étonnement, me raconta un accident tragi-comique, lequel était arrivé au dernier concert de Beethoven au Theater an der Wien. » Beethoven jouait sur le piano un nouveau concerto de sa compo- sition ; mais dès le premier tutti, il oublie qu'il était soliste, s'élance de son siège et se met à diriger à sa manière. Au premier sforzando, il projette les bras des deux côtés par un si grand écart, qu'il ren- verse les deux flambeaux de son pupitre. Le public se mit à rire : Beethoven fit recommencer le tout. Craignant qu'au même passage le même accident ne se renouvelât, Seyfried fit placer à côté de Beethoven deux enfants de chœur, et leur fit tenir les flambeaux. L'un d'eux s'approche sans défiance, et jette les yeux sur le cahier de musique ouvert sur le pupitre. Quand le fatal sforzando éclate, l'en- fant reçoit de la main droile du compositeur un coup si violent que, dans son effroi, il laisse tomber le flambeau. L'autre, plus prudent suivait d'un œil attentif tous les mouvements de Beethoven, et il eut le temps de se baisser pour esquiver le coup. Si la première fois le public avait ri, celte fois il se laissa aller à une jubilation folle. Là- dessus, Beethoven entre dans une telle fureur que, dès les premiers accords du solo, il brisa une douzaine de cordes. Tous les efforts que firent les véritables amateurs pour rétablir la tranquillité et l'attention restèrent sans résultat. Le premier allegro du concerto fut donc entiè- rement perdu pour les auditeurs. Depuis cette catastrophe, Beethoven ne voulut plus jamais donner de concert. » Celui qu'avaient organisé ses amis fut des plus fructueux. Aux nouvelles compositions du maître, on fit un accueil des plus sympa- thiques, notamment à la symphonie (la septième) ; la deuxième partie, qui est admirable, fut redemandée : elle fit sur moi une impression profonde et durable. L'orchestre marcha parfaitement, malgré les ex- centricités de son chef. » La salle était, comble, le public applaudissait avec enthousiasme ; encouragés par ce succès , les amis de Beethoven organisèrent un deuxième concert, qui produisit une recette presque aussi forte que le premier. Pour le moment, le compositeur se trouvait donc à l'abri de la gêne ; toutefois on dit qu'il eut encore à lutter contre des em- barras financiers plus d'une lois avant sa mort. » Jusqu'à cette époque on ne remarqua chez lui aucune trace d'épui- sement de la force productive ; mais la surdité dont il était affligé allant toujours en croissant, son imagination dut s'en ressentir. Ses aspirations à l'originalité ne pouvaient plus, comme auparavant, être dirigées par l'ouïe. Faut-il donc s'étonner que ses productions soient devenues de jour en jour plus baroques, plus incohérentes et plus inintelligibles ! A la vérité, il y a des gens qui croient les compren- dre, et, clans leur joie, les placent bien au-dessus de ses œuvres précé- 252 REVUE ET GAZETTE MUSICALE dénies. Je ne suis pas du nombre, et j'avoue sans détour n'avoir jamais pu goûter les dernières compositions de Beethoven. Dans cette catégorie, je range même la 9« symphonie, dont, malgré quelques éclairs de génie, les trois premières parties me semblent de beaucoup inférieures aux huit symphonies précédentes. Quant a la quatrième partie, je la trouve tellement monstrueuse, tellement triviale dans la manière dont l'Ode à la joie, de Schiller, y est comprise, que j'en suis encore à me demander comment un tel génie a pu l'écrire ! C'est pour moi une preuve de plus de l'absence de goût, de sentiment du beau que j'avais remarqué déjà chez Beethoven à Vienne. » Louis SPOHR. » REVUE CRITIQUE. OUVRAGES DIVERS RELATIFS A L'ACCOMPAGNEMENT DD PLAIN-CHANT. (4e et dernier article) (1). M. Wackenthaler, depuis longues années maître de chapelle et or- ganiste de la cathédrale de Strasbourg, est un artiste de haut mérite qui vient d'apporter à l'accompagnemeut du plain-chant le tribut de son talent et de son expérience. Il ne fait d'ailleurs, qu'exposer la pra- tique traditionnelle et les règles données, comme il le dit, par des hommes qu'on peut citer comme autorité : c'est celle des organistes allemands, tant luthériens que catholiques. Elle consiste à ne faire usage que des accords parfaits majeurs ou mineurs, quelle que soit d'ailleurs la tonalité et la modalité de la mélodie originaire sur laquelle on doit traiter l'harmonie, et qui dans ce cas se place à sa partie su- périeure. Ce système n'est pas sans inconvénients : à la vérité l'on n'y fait entendre que les accords les plus purs et les plus harmonieux, mais on doit avouer aussi que les successions ne sont pas toujours aussi pures et aussi harmonieuses que les accords; que l'on trouve souvent l'accord mineur où l'on voudrait l'accord majeur et réciproquement ; que certaines fausses relations sont inévitables ; que les basses sont le plus souvent d'une monotonie tout à fait fatigante ; enfin que l'ampleur même de cette forme d'accompagnement finit par n'être pas agréable à l'oreille, ainsi que les mets les plus sains et les plus nourrissants ne tardent pas à laisser le palais sans aucune sensation agréable s'ils reparaissent chaque jour sur la table. La marche suivie par l'suteur est, comme je le disais il y a un instant, fort simple et fort naturelle : il donne successivement la gamme de chacun des huit modes avec l'harmonie qui leur convient dans le système qu'il a suivi ; ensuite il examine les cas les plus ordi- naires dans lesquels se présente telle ou telle note, et donne la ma- nière de l'accompagner en conséquence. C'est sans doute par suite d'une distraction que M. Wackenthaler n'a donné le tableau de l'étendue des modes qu'après, avoir entamé ce- qui concernait le premier tableau qui aurait dû se montrer dès le commencement ; c'est, du reste, une faute qui ne tire nullement à conséquence. Quand M. Wackenlhaler a établi quel accompagnement doit être donné à chacune des notes de l'échelle du mode, il fait suivre ces exemples, qui sont de simples fragments, de ce qu'il appelle des modèles réalisés, c'est-à-dire des pièces complètes accompagnées d'après les règles qu'il a posées. Quelquefois, sans remplir les pagej, M. Vackenthaler ajoute de courts préludes dans le slyle familier aux organistes allemands, et l'on ne peut, à cet égard, que lui reprocher sa parcimonie, car toutes ces petites pièces sjnt remarquables par leur correction et leur élégance. (1) Voir le n" 2k. La petite Méthode élémentaire d'harmonisation du plain-chant, expressément composée pour les commençants sans maîtres, par Georges Schmitt, organiste de Saint-Sulpice et professeur à l'Ecole de musique religieuse, est conçue dans un sens fort différent de l'ouvrage précédent. L'auteur a réellement voulu donner une méthode en la resserrant dans le moins d'espace possible, et en faisant un livre tel- lement pratique que les élèves pussent l'étudier et profiter de l'en- seignemeut tout comme s'ils eussent eu le secours d'un maître. Il a donc parlé avec une grande précision des gammes, des inter- valles, des accords et de leurs renversements ; et comme il n'admet que l'accord parfait et celui de septième dominante, il entre aussitôt dans une série d'exercices sur ces accords, présentés sous leurs dif- férentes faces dans les modes majeur et mineur. Chacun de ces exer- cices est présenté dans les trois positions que peut prendre la main droite. D'autres exercices suivent et présentent l'accord parfait et ses renversements avec mélange des trois positions et dans différents modes. Plus loin, autres exercices du même genre, mais avec intro- duction de l'accord de septième et de ses renversements. Toutes ces pièces sont écrites note contre note, à l'exception de quelques pas- sages des_ dernières, destinés à faire prendre à l'élève ^habitude de passer deux ou un plus grand nombre de notes de la main droiLe pour une seule de la main gauche. Arrivé à ce point, M. Schmitt donne les moyens d'appliquer à l'ac- compagnement du plain-chant les règles qu'il a posées. 11 passe en revue les huit gammes du plain-chant et présente pour chaque mode, d'abord la manière d'hannonisar son échelle tant en dessus qu'en des- sous, puis des exemples pris dans les livres lithurgiques et revêtus d'une harmonie à deux, trois ou quatre parties. Quoique le doigté n'offre aucune difficulté, on en trouve ici l'indication, l'ouvrage étant destiné à de jeunes élèves qui peuvent n'avoir pas plus de connais- sance du clavier qu'ils n'en ont de l'harmonie. D'après ce qui vient d'être dit, on a compris que le système d'ac- compagnement de M. Schmitt appartient, de même que celui de M. Jaillet, dont j'ai parlé précédemment, au style moderne, et il faut bien croire que M. Schmitt a eu de bonnes raisons peur le préférer : c'est sans doute la facilité d'étude et le besoin de contenter notre oreille, habituée à l'effet de sa sensible, de la quinte mineure, du triton, de la septième, etc., qui l'auront déterminé. On doit savoir en effet que M. Schmitt, qui nous enseigne ici un style moderne, lequel aux yeux de certains docteurs, équivaut à une morale très-relàchée, ïst non seulement un très-habile exécutant dans les deux styles, mais aussi très-bon compositeur dans l'un et l'autre ; et il faut bien qu'il en soit ainsi, puisque les morceaux de sa façon qu'il a. publiés dans son beau Musée de l'organiste (1) dont j'ai plusieurs fois parlé dans la Gazelle, s'y trouvent associés à ceux des plus grands compositeurs et organistes classiques et modernes, et occupent leur place sans jar mais faire mauvaise figure. Dire cela, n'est-pas en faire le plus bel éloge î Adrien de LA FAGE. BIBLIOGRAPHIE MUSICALE. S. l'onrr de Léon. — Mélodie irlandaise de l'opéra de Maria, transcrite cl varice pour piano. Dans le grand nombre de transcriptions qui ont été inspirées par le charmant opéra do M. de rlotow, il y aurait injustice à ne pas si- gnaler d'une manière toute spéciale les jolies variations que le pia- niste liavrais, Ponce de Léon, a composées sur la Mélodie irlandaise, qui est à juste titre regardée comme la perle de cette partition. (1) Le nfusc'c de l'organiste, 100 morceaux d'orgue classiques et modernes, rédi- ges par Georges Schmitt; Ouvrage terminé. de paris; 253 C'est un morceau d'étude qui exige déjà une certaine force, m?is sans être inabordable pour les élèves qui ont surmonté les premières difficultés de l'instrument. A vrai dire, ses développe- ments sont extrêmement modestes, et se bornent à une seule et unique modification du thème. Mais ce petit morceau est écrit avec un goût parfait, avec un soin extrême, et porte la trace des qua- lités estimables qui ont fait avantageusement connaître, comme professeur, comme exécutant et comme compositeur, le pianiste de S. M. la reine douairière d'Espagne. Talon. — Quinzième grand solo pour la flûte, avec accompagnement de deux violons, alto et basse, ou de piano. Le nom de Tulou est une recommandatbn suffisante pour tonte œuvre dont il décore le frontispice, et devrait nous dispenser d'ajouter aucun commentaire à l'annonce d'un morceau placé sous son artistique patronage. Kous pensons toutefois que les personnes qui font leur spécialité de l'instrument auquel Tulou à dû son immense réputation, nous sauront gré des quelques lignes que nous consacrerons ici à la louange du dernier solo que l'habile profes- seur a composé pour les concours du Conservatoire. L'heure de la retraite qui vient de sonner pour lui, après de si longs et de si nombreux services, et qui lui a fait céder sa classe à Dorus, son digne élève, prête à ce morceau l'apparence d'un souvenir légué par le maître aux disciples dont il se sépare. Aussi n'en semb'e t-il que plus précieux, et doit-il être recommandé plus particulièrement aux artistes chez qui la mémoire de Tulou n'est pas destinée à mou- rir avec son enseignement. Ce quinzième solo, que le professeur- virtuose, avec moins de modestie, aurait pu appeler un concerto, renferme en abrégé tous les effets de mécanisme et d'expression qui sont du domaine de la flûte. Quoi de plus gracieux que les divers motifs de la première rentrée, et de plus charmant que l'andanté six-huit de la seconde? Ge n'est pas avec les éléments variés qui se succèdent dans ce morceau et surtout dans sa brillante péro- raison que les élèves admis au concours pourraient courir le ris- que d'assoupir l'aréopage chargé de les juger La jeunesse et la sève de l'inspiration sous laquelle il a été écrit nous font espérer que, si Tulou a définitivement renoncé au professorat officiel, il n'a pas dit du moins son dernier mot comme compositeur. CIi. Dancla. '■ — Sixième pltit air varié pour violon, avec accompagnement de piano. Il est bien peu de maîtres qui se dévouent à l'instruction de leurs élèves avec une plus compf te abnégation, et en même temps avec une plus louable sagacité que Ch. Dancla, le jeune et habile profes- seur du Conservatoire. Lorsqu'il pourrait sans peine aborder un genre de composition plus sérieux et plus profitable, il consacre une bonne part de ses inspirations aux progrès de l'enseignement élémentaire. On trouve un peu de tout d.ms son œuvre déjà considérable : une méthode, des études mélodiques, caractéristiques, des duos pour violons, des duos concertants pour violon et piano, des quatuors, des symphonies et un très-joli choix d'airs variés. Les six derniers qu'il a livrés au public, et qui sont d'une exécution facile, ont pour thèmes de charmants motifs choisis dans les opéra de Pacini, de liossini, de fiellini, de Donizetti, de Boïeldieu et de Mercadante. Il sont paru successivement, et les cinq premiers ont été accueillis avec une faveur que le sixième ne peut manquer de partager. Le thème, emprunté à Mercadante, est un cantubde très-simple et ce- pendant très-expressif, un de ces chants qui vont à l'àme, et qu'on ne peut oublier dès qu'on ies a entendus II donne lieu à trois variations d'un caractère distinct, et dont la dernière est même d'un effet brillant. L'accompagnement de piano "st également d'une grande facilité, ot sauf dans une courte introducion ou dans des ritournelles de quatre mesures, il s'efface tout à fait devant la partie principale. La précaution e-t excellente pour ne jamais manquer d'accompagnateurs, réclamât-on leurs secours à l'impro- viste. Y. Il existe certains talents modestes et timides, lesquels, ignorant la maxime si pratiquée de nos jours : Que le savoir-faire vaut souvent mieux gve le savoir, se tiennent en dehors de la réclame et de l'in- trigue, laissant au temps ou au hasard le soin de les produire un jour et de les faire arriver. Travailleurs infatigables, ne vivant que pour l'étude et le perfectionnement de leur art, ils polissent leur œuvre avec une patience que rien ne peut rebuter. Aussi, lorsque le mo- ment est venu, le public est-il tout étonné de se trouver en face d'une célébrité dont la veille encore il ne soupçonnait pas l'existence, et de lire une belle page de plus. M. Magnus est une de ces natures rares qui, renfermant tout ce qui constitue le véritable mérite et mène à la célébrité, semblent s'ignorer elles-mêmes. Virtuose d'une grande force M. Magnus s'est livré à la composition, et la science musicale a été pour lui l'objet des études les plus consciencieuses. C'est à Londres, au commencement de la saison, qu'il s'est révélé par deux morceaux composés sur les Huguenots et sur Dinorah; les Anglais ont acclamé ces deux œuvres magistrales avec l'enthousiasme qui distingue nos voisins d'outre-Manche, et le jeune auteur a dû les jouer à maintes reprises dans tous les concerts où il s'est fait entendre. M. Magnus ne pouvait s'inspirer mieux que des chefs-d'œuvre de Meyerbeer : aussi lui ont-ils porté bonheur et l'ont-ils désormais classé dans les hautes sphères artistiques. Son Grand caprice sur les Huguenots, qu'il vient de livrer à l'impression, est une des œuvres les plus distinguées qui aient paru sur cet opéra ; et quant à la fantaisie sur Dinorah, qui ne verra le jour que 1 hiver prochain, nous pouvons la donner comme admirablement traitée et reproduisant de la façon la plus originale et la plus heureuse les délicieuses mélodies de Meyerbeer. S. D. KOWELLES. H.*t Au théâtre impérial de l'Opéra, Sémiramis a été donnée trois fois dans la dernière semaine. ,', On a mis à l'étude la repri-e du Prophète, qui sera chanté par Mme Tedesco et dueymard. — Michot doit incessamment s'essayer dans le rôle de Raoul, des Huguenots. „,% La semaine a été fructueuse pour l'Opéra-Comique. Roger et lime Ugalde ont alterné dans les représentations de la Dame blanche, de l-alatée et de l' ambassadrice , et chaque fois le public a rempli la salle, prodiguant à l'un et à l'autre de ces artistes aimés les plus chaleureux applaudissements. Un début a eu lieu en outre : celui de M. Laget, longtemps applaudi à Toulouse, et qui a paru dimanche dans le rôle de Tracolin, du Toréador, i,!. Laget possède des qualités réelles, mais en même temps des habitudes de province dont il devra se débarrasser. Il faudra, d'ailleurs, avant de le juger, l'entendre clans des rôles plus im- portants. „*„ Le succès obtmu au théâtre de l'Opéra-Comique par Roger et Mme Ugalde a fait ajourner pour quelque temps encore la première re- présentation du Petit Chaperon rouge. *** Roger, avant son départ très-prochain pour Bade, chantera le Domino noir avec Mme Ugalde. „** Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de tout genre, pendant le mois de juin dernier, se sont élevées à 1,020,170 fr. 22 centimes. „% Mlle Emy Lagrua est attendue sous peu de jours à Paris, où elle passera six semaines, après quoi elle retournera à Saint-Pétersbourg pour remplir le brillant engagement qui ly rappelle pour deux ans. Les représentations qu'elle vient ne donner â Pesth, où une partie de la troupe du théâtre de Vienne s'était rendue après la clôture de l'Opéra, ont été pour la célèbre cantatrice l'occasion de nouveaux triomphes. La Aoruia et Léonora, du Trovat re, rôles dans lesquels elle a déployé la puissance dramatique, la magnifique voix et le grand style qui la distin- guent â un si haut degré, ont provoqué les bravos enthousiastes de la salle, et ce n'est pas sans un sensible regret que les amateurs de Pesth ont vu réduites â un si petit nombre les représentations données par M. Salvi. t*t Mme Charton-Demeur vient do contracter, pour la saison pro- chaine, un brillant engagement au théâtre de l'Oriente â Madrid. t*t M. et Mme Barbot viennent d'être engagés pour la saison d'automne au théâtre de Bologne, où se trouvera également Mme Borghi-Mamo. Le directeur monte pour eux le Prophète, dans lequel Mme Borghi-Mamo 254 REVUE ET GAZETTE MUSICALE chantera le rôle de Fidès, Mme Barbot celui de Bertha, et son mari celui de Jean de Leyde. *** Dans un beau concert donné à Lille au bénéfice d'un artiste, Mme Arnold, cantatrice distinguée de cette ville, s'est fait remarquer et chaleureusement applaudir par la manière dont elle a chanté l'air de l'Ombre, du Pardon de Ploërmel. Plusieurs artistes et amateurs ont con- couru à cette œuvre, de bienfaisance. »*„ Les journaux italiens, en donnant la liste des chanteurs engagés au théâtre Carcano de Milan, annoncent que le premier ouvrage qui y sera monté est le Prophète, de Meyerbeer. „% Le maestro Pacini vient do terminer un opéra-bouffe, le Muletier de Tolède, sur les paroles du poète Concetti, et il travaille à un autre opéra, Berta, sur un libretlo de Piave. „% M. Merelli fils vient d'ajouter à sa troupe Mlle Trebelli, dont nous avons fait connaître les succès récents à Madrid. „*„ Mme Miolan-Carvalho vient d'être engagée par le directeur des théâtres royaux de Berlin pour chanter douze fois pendant le mois de septembre. „,*„ Le célèbre Moschelès, à qui l'école du piano est redevable de si grands progrès, est en ce moment à Paris, où il compte passer une quin- zaine de jours. „*„ Litolff est à Wiesbade, occupé à organiser un festival musical qui aura Heu le 24 août. .*, Une pianiste irlandaise d'un grand talent, Mlle Flynn, de Dublin, vient d'arriver à Paris. „.% Un artiste qui a beaucoup de succès à la Havane, le baryton Flo- renza, vient d'arriver à Paris. .*,. Nous recommandons à l'attention des amateurs une fort jolie mé- lodie de M. Edmond Cottin, composée sur les paroles de M. Francis Tourte et dédiée a M. Grégory.Ganesco. Elle a pour titre VEtoile du pê- cheur. ,*, M. Soriano Nuertes vient do publier la dernière livraison de son Histoire de musique espagnole, depuis l'arrivée des Phéniciens jusqu'à Vannée 1850. Nous rendrons prochainement compte de cet important ouvrage qui nous donne des renseignements sur la musique d'un pays que, jus- qu'à présent, on a fort peu connu sous ce rapport. „% Henri Ketten, après s'être fait entendre et applaudir dans son concert, donné à Londres dans llanover square room, a été appelé à Osborne' devant la reine. D'abord il y a joué d'une manière admirable une valse de Chopin et un morceau d'Alkan, et, sur la demande de Sa Majesté, il a dû exécuter plusieurs de ses propres compositions iné- dites ou improvisées. Le prince Albert ayant choisi quelques thèmes d'Auber, Ketten a improvisé une grande fantaisie de manière à surpren- dre et -a charmer ses augustes auditeurs. % En parlant dimanche dernier d'une fantaisie sur les motifs du Prophète, exécutée avec d'autres morceaux nouveaux aux concerts Musard.'nous avons dit qu'elle avait pour auteur M. Cohen, lauréat du Conservatoire ; mais il faut lire, M. Léonce Cohen, lauréat de l'Institut, qui a obtenu le grand prix de Rome et donné une opérette au théâtre des Bouffes-Parisiens. *„ Les éditeurs du Ménestrel viennent d'acquérir la propriété de la Sémiramis, de Rossini, traduction française de Méry. Ils vont en consé- quence,— indépendamment des airs détachés pour chant, des transcrip- tions, arrangements et morceaux de danse pour piano,— publier la parti- tion de Sémiramis avec paroles françaises, récitatifs, airs de ballet, points d'orgue et tous autres détails conformes à la représentation de l'Opéra. Cette édition-modèle, grand in-8°, revue et corrigée avec un soin reli- gieux, sera gravée largement sur planches dites du Conservatoire, et les cinq cents premiers exemplaires, imprimés sur papier vélin, ornés du portrait de Rossini, seront réservés aux premiers souscripteurs.— On souscrit au Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne. Prix net de la partition, piano et chant : 20 francs (franco). CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. ,*, Londres, 12 juillet. — Le théâtre de Covent-Garden vient enfin de donner le Prophète : Tamberlick y a fait un début triomphal : Mlle Czil- lag chantait le rôle de Fides, Mme Corbari celui de Bertha ; Mlle Zina dansait dans le divertissement. Dernièrement, le Barbier de Séoille, de Rossini, et l'Orphie, de Gluck ont été joués dans une môme soirée. — Au théâtre de Sa Majesté, M. Smith, l'habile directeur, fait aussi des merveilles, et la brillante revanche par lui donnée à Weber en repre- nant son Oberon, porte ses fruits. Il est vrai que cette reprise équivaut à une pièce nouvelle. Oberon a été revu, corrigé, diminué de prose, enrichi de musique, dont les autres ouvrages de Weber ont fait les frais. C'est à la main habile et savante de M. Benediet que ces additions heureuses sont dues: il a emprunté quatre morceaux à Eunjanthe pour en enrichir Oberon, notamment les traits brillants qui appartiennent au finale du premier de ces opéras, et un duo très-remarquable. La partition ainsi complétée a pour interprètes : d'abord, Mlle Titjens, la meil- leure Rezia possible, et puis Mongini, Belart, Gassier, Everardi et Mme Alboni, qui disent, comme on ne l'a jamais dit, le duo de la Garonne. Mmes Vaneri et Lemaire achèvent l'ensemble et concourent à ce succès vraiment productif. Oberon remplit seul le spectacle et la salle. La mise en scène est admirable. Depuis l' Enfant prodigue d'Auber, on n'a rien vu de si riche, de si éblouissant, de si varié dans aucun opéra ni ballet. — Les concerts populaires du lundi ont commencé. Le premier était dédié â Beethoven, le second à Mozart, le troisième à tous les grands maîtres, quoique sur le programme tous leurs noms n'eussent pas trouvé place. Le succès de ces concerts est tout à fait sans précédent. — L'a fantaisie de Léopold de Meyer sur les thèmes de Dinorah obtient sur les pianos le même succès que l'air de l'Ombre avec toutes les voix qui le chantent dans tous les concerts. Le pianiste-lion, comme l'appelle Ber- lioz, a lui-même délicieusement improvisé sur cet air dans une ma- tinée musicale donnée par M. Deprét. — 13 juillet. La clôture de la saison régulière pour le théâtre de Sa Majesté a eu lieu par une représentation extraordinaire dans laquelle, outre l'exécution de Lu- crèce Bôrgia, la célèbre danseuse, Mme Ferraris, et la première chan- teuse de l'Opéra-Comique, Mme Cabel, faisaient leur réapparition à Londres : la première dans un ballet-divertissement, et la seconde en chantant le fameux air de l'Ombre, de Dinorah. — Mme Ferraris a ob- tenu un succès que lui assurera toujours son immense talent. — Quant à Mme Cabel, quoique l'idée de présenter pour la première fois une artiste d'un mérite aussi éminent, à onze heures et demie passées, a un auditoire déjà fatigué d'une séance de trois heures, ne fût pas plus heureuse que celle de la faire paraître dans une seule scène d'une œuvre qu'elle joue tout entière avec une remarquable perfection, néanmoins le public a fait à la célèbre cantatrice française l'accueil le plus cordial, et s'est montré enchanté de la revoir. L'exécution de l'air de l'Ombre a a été de tous points admirable, et les applaudissements les plus en- thousiastes ont rappelé Mme Cabel sur la scène. Demain soir elle débu- tera complètement par la Figlia del reggimento. „,% Bruxelles.— M. de Bériot, le célèbre violoniste, a fait entendre, l'autre jour, dans une soirée intime, plusieurs fragments d'un opéra- comique qu'il a composé en Russie, et que M. Gevaert a orchestré. Des mélodies faciles, beaucoup de fraîcheur et d'originalité, telles sont les qualités qui distinguent cet ouvrage, reçu, dit-on, à l'Opéra-Comique de Paris, pour y être joué cet hiver. t*t Zofmgen (Suisse;. — Le festival d'Argovie a eu lieu le 22 et 23 juin à Zofingen. La Société musicale de cette ville, avec le concours d'un certain nombre d'artistes d'Argovie, a exécuté Saiil, oratorio de Ililler. Les chœurs et l'orchestre comptaient trois cents exécutants ; il y avait quatorze contre-basses et soixante violons. Le lendemain (23 juin) au matin, l'admirable symphonie en ut mineur de Beethoven, a été dignement exécutée par cent-trente instrumentistes. a,** Manheim. — La TonhaUe avait mis au concours un prix destiné à l'auteur de la meilleure partition pour une opérette intitulée l'Anneau d'amour (Uebesring) ; ce prix a été décerné à M. E. Kraehmer, maître de chapelle à Augsbourg; M. E. Meth'fessel a obtenu le premier accessit. Il y avait en tout vingt-quatre concurrents ; les juges du concours étaient MM. Hetsch, Ililler et V. Lachner. — Le théâtre de la ville a reçu l'opérette couronnée, Panneau d'amour. — M. Kraehmer écrit en ce moment la partition d'un opéra-comique en trois actes : le Vétéran. /„, Andernach (sur le Rhin)- — Le 8 juillet a eu lieu ici un festival et concours de chant, auquel ont pris part les sociétés vocales de six villes de première classe, et de vingt et une petites villes et bourgs. „*, Dresde. — Tichatscheck est de retour. Après avoir fait sa rentrée dans Rienzi, il a chanté le rôle de Raoul, dans les Huguenots, avec un grand succès, et a partagé les honneurs de la soirée avec Mme Burdo- Ney (Valentine), qui est aujourd'hui l'une des plus éminentes cantatrices de l'Allemagne. * Francfort-sur-Mein. — La troupe italienne de Merelli donne ici des représentations qui sont très-suivies ; l'une des plus brillantes a été celle àeNorma ; la salle était comble.— M. Muller, jusqu'ici directeur de mu- sique à Munster (Westphalie), vient d'être nommé directeur de la Société Sainte-Cécile,, en remplacement de Messer, décédé. — Vieuxtemps est de retour de ses pérégrinations artistiques dans le Nord. „\ Berlin.— La librairie Stargardt publie le catalogue d'une collection des plus curieuses, contenant une partie de la succession du professeur DE PARIS. 255 Dehn, et un certain nombre d'ouvrages anciens sur la théorie de la mu- sique, par Drescler, Forkel Gerbert, bassus, Lippius, Marpurg, Matheson, Praetorius et autres. Parmi les autographes, on cite une lettre de Bee- thoven, une composition de Graun et trois symphonies inédites de Mozart. ,.*., Vienne. — C'est le 16 juillet que doit commencer la saison alle- mande ; le personnel de la troupe est à peu près au complet. Parmi les ouvrages nouveaux qui seront joués dans le cours de la saison, on cite le Par Ion de Ploe'rmel; puis les Enfants des Landes, opéra en quatre actes, de Rubinstein ; Wanda, par Doppler ; Aima, par Thomas Loewe ; le Vaisseau fantôme, par liiehard Wagner. C'est Mlle Frassini qui chantera le rôle de Dinorah dans le Pardon de Ploermel. JIM. Beck et Walter chan- teront les rôles de Hoël et de Corentin. La saison allemande s'ouvre, comme on voit, sous des auspices favorables, et s'annonce comme devant être des plus intéressantes. M. Forst, régisseur du théâtre Josephstadt, vient de recevoir le privilège d'une nouvelle salle de spectacle, qui devra être construite à Funfhaus, de sorte que la capitale de la monarchie au- trichienne possédera bientôt sept théâtres. „% Hanovre. — Le roi vient de doubler les appointements du célèbre violoniste Joachim, directeur des concerts de la cour. t*t Stockholm. — La saison musicale a été marquée par la présence de deux artistes illustres à différents titres, Mil. Ole-Bull et "Vieuxtemps. Ces deux violonistes ont donné des concerts ; mais ceux d'Ole-Bull seuls ont été très-suivis. Vieuxtemps a donné les siens dans un moment peu opportun, à l'époque du couronne nent ; toutefois il a été nommé mem- bre d'honneur de l'Académie de musique et décoré de l'ordre de Wasa. „*„, Bucharest. — La troupe hongroise d'opéra trouve un excellent ac- cueil auprès de l'aristocratie walaque : ses représentations sont très- suivies. Le directeur et sa troupe reçoivent constamment des marques de sympathie. „% Pesth. — Le 10 juillet, dernière représentation italienne. Après la clôture, Salvi doit se rendre à Bergame. le Directeur : S . DUFOUR . Chez G. BRANDUS et S. DUFOVR, éditeurs, 103, rue Richelieu. (Edition populaire), choix d'airs d'opéras , duos , roman- ces, etc., etc., sans accompagnement, des meilleurs auteurs anciens et modernes. 200 livraisons. — Pkix de chaque : 25 c. net. Publiée par G. SRANDUS et S. DUFOUlEê, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au 1er. O belle Etoile ! O doux regard ! Prix : 5 fr. Mélodie, Prix : 5 fr. Taroles françaises de A. Baralle, musique de Â. Reichardt Prix : 9 fr. L. Brassin Air varie aie VieuxfempSt Transcription. E. Dolmelsch Berceuse du l'ardoss «le Pioeruoel , de Meyerbeer, Prix : 7 fr. 50. Transcription. Prix : 7 f. 50. Op. 94. Stéphen Heller Tunleau de genre. C. Hess Bouquet de mélodies du Koman «B'Eîvire, d'A. Thomas. Op. 60. — Prix : 7 fr. 50. 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Invention & la- quelle le Juiy de l'Exposition universelle de Paris a con- sacré la plus belle page dans son iuppout officiel [Ins- truments de cuivre), dont voici de courts extrails : « M. Alplionsc Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des truus d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) « La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par e le seulement que peut être résolu le problème d'tine justesse paiifaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1336.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Hue d'Abbeville, 5 bis, près la place Lafayctte, à Paris. Mail il facture !S, rue de la MAISON H. HERZ „u Victoire, à Pu « A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. 11 portait le n° 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontest; ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n' 28. » Knfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première el la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. » A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. II. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, te premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la qualité du son. En vente chez A. Ih'ELMER et Cc, éditeurs, 11, rue Itovgemont. MUSIQUE DE GS3ANT MANGEANT. Les Refrains baroques, ronde 2 50 La Plaine des Vertus, ronde 2 50 HIGNARD. Le Nouveau Pourceaugnac, partition in-8°, pour piano et chant net 6 » Romances pour pensionnats. BLANCHARD. Dodo, l'enfant do, romance 2 50 Entrez dans la danse, romance 2 50 Je vous vends mon corbillon, chansonnette 2 50 Madame est sur la sellette, id. 2 50 Pigeon vole, valse-chansonnette 2 50 Petit bonhomme vit encore, chansonnette. 2 50 Les Maisonnettes, id. 2 50 Monsieur Jeudi, id. 2 50 Fi, le go.urmand, id. 2 50 Les «Ponrs gras «te Madame. Quadrille pour piano, par SYLVAIN MANGEANT. A 2 mains lx 50 — A 4 mains 6 » Pour orchestre 9 » CftlTfl TTA facteur de pianos, médaille d'or, ÙXjUihhlV Exposition 1849; Médaille de X" classe Exposition universelle 1S55. Spécialité de pia- nos pour l'exportation. Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Ex- positions, des récompenses méritées par l'excellence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est justement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand format, extra, qui v.a laisse rien a désirer sous le dou- (Extraildi: rapport officiel au Jury de l'Exposition ble rapport de la quantité et de la qualité du son universelle de Paris.) Magasin, rue Alontmnrtrc, ICI. i™ uietlallle «l'or Exposition nationale française de 1849. DÉCORATION DE LA LÉGION 0 HONNEUR Exposition de 1849. 4™ médaille d'argent Exposition nationale française de 1844. - &©« MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET ES BOIS l-ONDÉE A PARIS EN 1843 PAU t" médaille Ex/ osition nationale belge de 1841. DÉC9IUTI0N DE l» COURONNE DE CHÊNE de Hollande (1845). Qrnitile médaille d'or du Mérite de Prusse (1846). Fadeur de la Maison militaire de l'Empereur. BUE SAINT ■ GEORGES, 50 Seule grande médatlie d'honneur à l'Exposition universelle de Paris (s 855). — Set (i'nttncit irBeiiat) à l'Exposition universelle de LoB««lres (issmj. Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale — Seule grande médaille SAXO-TROMISAS. SAX-TUDAS. CLA1RONS-SAX. SAXHORNS. SAXOPHONES. TUOMBONES-SAX. Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres ; invention brevetée en «95». Tous les instruments a pistons avec addition d'une ou plusieurs clefs; invention brevetée en 1850. Système d'instruments à pistous ascendants; inv. brev. en 1S5«. TAM1LI.ES DES CORNETS-SAX (compensateurs). CLARINETTES CONTRE-UASSES-SAX. CLARINETTES DASSES-SAX. BASSON-SAX (eu cuivre et en bois) . Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons ou cylindres, les mêmes forme Saxo-Tromba. Clairons Trompettes d'ordonnance. Flûtes, Clarinettes, Bassons, Caisses roulautes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales , Cym- bales, etc., etc. PARIS. — IMl'Ilim'.lï!!-: CF,\I i.n de Nirouiox envis et c-, hue BF.nofcr.E, 20. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. I\° 30. 22 Juillet 1800. ON S'ABONNE I Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et au* Bureaux des Messageries et des Postes. REVUE PRIX DE L'ABONNEMENT 1 pflrjs ....... 24 fr par an Départements, Belgique cl Suisse.... 30 -< id- Étranger 34 " ™. ' Le Journal parait le Dimanche, GAZETTE MUSICALE /■j"J"'J\AAATiAaa^- SOMMA1RE. — Des carillons et cloches, nouvelles recherches (1er article), par Adrien de I>a Page. — Conservatoire impérial de musique et de déclama- tion : concours à huis clos. — Biographie universelle des musiciens et biblio- graphie générale de la musique, par Fétis père (3B article), par Paul Smith. — Un virtuose à Melbourne, par «I. Ituesberg. — Correspondance: festival de Mulhouse, cinquième réunion des chanteurs alsaciens, par Auguste Conïert. — Nouvelles et annonces. DES CARILLONS ET CLOCHES. Nouvelles recherches (1). (Premier article.) Quelques lecteurs de la Gazette musicale se souviennent peut- être de plusieurs articles donnés en 1856, où l'on a traité avec une certaine étendue des carillons et des carillonneurs. Ces articles ayant, à l'époque à laquelle ils parurent, valu à l'auteur des félicitations auxquelles, comme bien pensez, il a été fort sensible, il n'a pas perdu ce sujet de vue , et a recueilli plusieurs documents nou- veaux dont il se croit obligé de donner communication à ceux qui avaient si bien accueilli ses précédentes élucubrations. Avant tout je veux arrêter le sens d'un terme dont il se pourra que je me serve dans le courant de cet article, et la ebose est d'au- tant plus nécessaire que l'acception dans laquelle je l'emploierai est oubliée dans les dictionnaires. Un bateleur ou balteleur n'est plus pour nous, comme le marque le Dictionnaire de l'Académie française, qu'un faiseur de tours de passe-passe, ou, comme le dit l'ancien Dictionnaire comique de Jo- seph Le Roux, « un charlatan, un opérateur qui vend des drogues en public sur un théâtre, un tabarin qui fait des bouffonneries sur un théâtre pour mieux débiter son orviétan. C'est de ce nom, ajoute le même auteur, qu'on appelle tous les grands parleurs qui vantent leur mérite ou leurs talents au préjudice de la vérité. » 11 se donne aussi aux saltimbanques, danseurs de corde, charlatans, joueurs de farces, etc., et l'on en fait application dans l'occurrence quand on dit d'un bouffon de société qu'il fait le batteleur , que c'est un batleleur. Or tout ceci ne nous apprend pas le sens originaire du mot pris dans son acception naturelle et reposant sur sa base étymologique. Un bal- teleur était un carillonnent- qui battait les cloches, c'est-à-dire qui en agitait le balai pour les faire résonner dans l'ordre voulu. (1) Voyez la Gazette musicale-, année 1855, p. 351,358, 572,407. Des cérémonies analogues à celles que l'on pratique lors de l'in- troduction de cloches nouvelles dans une église étaient aussi en usage pour les carillons, mais avec moins d'éclat, parce que les fondeurs apportaient les clochettes toutes fondues et n'opéraient pas sur les lieux. Dans les comptes de la paroisse de Saint-Pierre- de-Roye (Somme), relevés par M. de la Fons-Melicocq, on trouve des renseignements détaillés sur la dépense faite à l'occasion de trois cloches coulées par un fondeur nommé maître Jehan, qui, pour son travail comme pour les plommas (le plombage) et le r/ngrossement de deux petites cloches, reçoit vingt-six livres seize sols. Pour la plus grosse des trois, nom- mée Marie, Jehan reçoit douze livres seize sols. Ce compte nous fait connaître qu'en 1Z|92, époque de la fonte des cloches, il était d'usage que ceux qui en faisaient les commandes fissent toutes les fournitures et payassent tous les déboursés quel- conques qu'occasionnait l'opération , le maître fondeur n'ayant à ré • clamer que le prix de sa façon. Les opérations du fondeur commençaient au moment où l'on fai- sait le moule des cloches et ne se terminaient pas lorsqu'elles avaient été desobies (déterrées), mais seulement après leur baptême. On four- nissait au fondeur le métal et la mit3ille (mitraille), l'étain, le fil d'ar- chal, la terre à mouler, le charbon: on lui payait le loyer du moule; on lui faisait creuser la fosse, laver les cendres; on lui don- nait des hommes de peine pour l'aider, lui et ses souffleurs ; on le nourrissait, lui et son monde, tant que durait le travail ; à plusieurs reprises on payait le vin, on donnait des gants au maître fondeur et à son valet, etc. Nous voyons enfin que la chemise des cloches ap- partenait au fondeur et que cette fois il s'éleva quelques difficultés, car il fallut la payer h maître Jehan, à qui apparemment elle n'avait pas été livrée ; on prétendait que cette indemnité regardait les parrain et marraine, mais ils se refusèrent à cette dépense et il fallut que la commune y suppléât. Elle dut à cet effet payer vingt-huit sols. Ce compte est tellement circonstancié que nous y trouvons ce qu'a- vait coûté l'empesage desdites chemises : la commune en avait été quitte pour dix-huit deniers. 11 est plus intéressant encore d'y re- trouver le prix du métal qui était alors de vingt-sept deniers la livre, celui de la mitraille de dix-huit, celui de l'étain de trois onzains (trente-trois deniers). Une journée d'homme de peine se payait alors dix-huit deniers ; la nourriture du fondeur et de tout son monde était comptée à raison d'une livre par jour. Il est aussi assez remar- quable que le jour où l'on desobait les cloches, on payait le clergé de l'église pour qui elles étaient faites. Les baptêmes de cloches n'étaient pas toujours très-magnifiques, 2D8 REVCK ET GAZETTE MUSICALE mais on ne manquait cependant jamais d'y boire et d'y manger. Dans un compte de l'église de Montauban près Arras (Pas- de-Calais), égale- ment examiné par M. de La Fons-Mélicocq, on voit, à un baptême de cloches, quatre livres dix sols pour le vin, cervoise (bierre) et acces- soires payés pour le baptême des clocqs ; on y mange un agneau, qui coûte vingt-quatre sols, et le cuisinier qui a fait le dîner reçoit cinq sols trois deniers. Tout porte à croire que les gros personnages du lieu avaient envoyé en nature le complément du festin. En cette occasion encore, le doyen qui a baptisé la cloche ne se laisse pas oublier, et on lui alloue vingt-huit sols. Bien des raisons me font croire que ce maître Jehan était Jean, d'Amiens, fondeur de la cloche qui se trouve encore à Rouen dans le bâtiment appelé la Tour de la grosse horloge, sur le listel de laquelle son nom est porté ; et puisque j'en suis sur le chapitre des cloches, qu'on me pardonne sur celle-ci une digression de quelques lignes, car il y a lieu de faire à son occasion une observation qui n'est pas dénuée d'intérêt. 11 existait anciennement à Rouen une cloche appelée Rembol ou Bouvel, que Charles VI prit aux Rouennais pour les punir d'une insur- rection qui avait éclaté en 1390, et dont il donna le métal à deux de ses panneLiers. 11 fallut plus tard remplacer cette cloche, ce qui se fit par les soins de Roger le Feron et des riches habitants de la vide; l'inscription ne porte point de date, mais doit nécessairement appartenir au xve siècle, puisque le beffroi, appelé Tour de la grosse horloge, ne fut achevé qu'en 1398. La cloche qu'il renferme fut dès lors et a toujours été appelée la cloche d'argent. Pas un bourgeois de la ville qui ne croie, en conséquence, qu'elle renferme une grande quantité d'argent, et jusqu'à ces derniers temps, c'eût été une grave irrévérence et même une véritable injure de témoigner à cet égard la plus légère incer- titude. Cependant, il y a quelques années, un chimiste distingué et peu soucieux des superstitions locales, M. Girardin, voulant s'éclairer une bonne fois sur la vérité du fait, soumit à l'analyse chimique quelques grammes de métal enlevés à cette cloche au moyen de la lime, et un examen attentif lui démontra que sur 100 parties en poids, l'alliage offrait 71 parties de cuivre, 26 d'étain, 1/8 de zinc, 1/2 de fer. Or, la plupart des cloches sont fondues dans les proportions de 7«S parties de cuivre sur 22 d'étain : les autres métaux qu'on y rencontre ne s'y trouvent qu'accidentellement, et sont introduits soit pour faciliter l'alliage, soit pour en diminuer le prix, en augmentant les bénéfices du fondeur. L'analyse ci-dessus indiquée démontre que la cloche à'argent n'en contient pas un atome, et il est fort vraisemblable que beaucoup d'au- tres vieilles cloches, dans lesquelles on prétendait qu'il en était entré une grande quantité, n'en renferment pas davantage. Mais, va-t-on dire, comment accorder ce résultat avec le fait bien notoire et alors très-fréquent de l'apport fait par des personnes ri- ches, lors de la fonte d'une cloche, de quelques pièces de leur argen- terie qu'elles précipitaient elles-mêmes dans la matière en fusion, et que la vanité plus encore que la piété faisait quelquefois monter à des valeurs considérables ? Comment concilier la soustraction du métal précieux avec la publicité donnée à la fonte des cloches? C'est précisément là que j'en voulais arriver. L'explication est des plus simples. Quiconque a visité une fonderie sait qu'on y fait usage d'un four- neau dit à réverbère, dont la partie supérieure présente un trou pra- tiqué directement au-dessus du foyer ; ce trou, dont on se sert aussi pour introduire le combustible, est séparé de la sole du four sur laquelle les matières sont mises en fusion. Dans ladite ouverture était jeté l'argent qui tombait ainsi, non dans le bronze liquéfié, mais dans le foyer, d'où il coulait ensuite dans le fond du cendrier. C'était là que le fondeur savait fort bien le retrouver lorsque la cérémonie était terminée et l'atelier désert. C'est sans doute ce qui arriva lorsque la nouvelle cloche destinée à remplacer le Rouvel fut fondue avec grande pompe, et que tous les riches bourgeois, croyant augmenter la beauté de son timbre, por- tèrent de grandes quantités de pièces à'argent qu'ils eurent eux- mêmes l'honneur de précipiter dans le fourneau, d'où il se rendit di- rectement dans la cassette de maître Jean, notre honnête fondeur qui, pour la paix de sa conscience et aussi pour la satisfaction de son amour-propre, eut, n'en doutez pas, le plaisir d'entendre dire aux connaisseurs du temps que la beauté du son de la Grosse-Horloge ve- nait de l'immense quantité de métal précieux qu'elle renfermait, et de voir s'établir la dénomination de cloche A'argent, nom qui lui convenait assez, car chacun savait ce qu'elle avait coûté ; le bon Jean, d'Amiens, savait seul ce qu'elle avait rapporté, et l'on peut croire que jamais secret ne fut mieux gardé. Adrien de LA PAGE. {La suite prochainement .) CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION. Concours ù liais clos. Quatre jours de la dernière semaine ont été consacrés aux concours à huis clos. En voici les résultats dans l'ordre même où ces différents concours ont eu lieu. Séance du lundi, 16 juillet. Ohgue (professeur, M. Benoist). — 1er prix, M. Fissot; 2e premier prix, M. Chauvet; 2e prix , M. Paladilhe ; 1er accessit, M. Diémer; 2e accessit, M. Péron. CoNTRE-Poiivr et Fugue. ■ — 1er prix , M. Fissot, élève de M. Am- broise Thomas; 2e prix, M. Diémer, élève du même; 1" accessit, M. Roques, élève du même ; 2e accessit, M. Duhot, élève de M. Le- borne; 3e accessit, M. Goblin, élève du même. Séance du mardi, 17 juillet. Solfège. — Premières médailles. — MM. Crongny, élève de M. Ba- tiste ; Péreuil, jeune, élève de M, Durand ; Allouard, élève de M. Sa- vard ; Heurard, élève de M. Durand ; Charpentier, élève de M. Savard ; — Mlles Pointaux, élève de Mlle Raillard ; Cellier, élève de M. Lebel ; Chœl, élève de M. Batisle ; Laudoux aînée, élève de M. Lebel ; Le- comte, élève de M. Batiste ; Delage, élève de Mme Maucorps; Cornu, élève de M. Lebel ; Chart, élève de Mme Maucorps. Deuxièmes médailles. — MM. Arnoud, élève de M. Durand ; Joly, élève de M. Batiste ; Suiste, élève du même ; Chaffet, élève de M. Sa- vard ; Gasser, élève du même. — Mlles Picard, élève de Mlle Mercié- Porte ; Raux, élève de M. Goblin ; Boutoille, élève de Mme Doumic ; Davis, élève de M. Lebel ; Rifaut, élève de Mme Mercié-Porte ; Ca- vailhés, élève de Mme Maucorps ; Girardot, élève de M. Lebel ; Tissot, élève du même; Riester, élève de Mlle Hersant. Troisièmes médailles. — MM. Cavalier, élève de M. Batisle ; Bibès, élève de SI. Henri Duvernoy ; Bautain, élève de M. Jouas ; Wenner, élève du même. — Mlles Dupire, élève de Mme Maucorps; Anspacher, élève de M. Lebel ; Connerose, élève de Mlle Raillard ; Malpass, élève de Mlle Hersant; Mangot, élève de M. Batiste; Creutznach, élève de Mlle Hersant. Séance du mercredi 18 juillet. Coxtue-basse (professeur, M. Labro). — 1er prix, M. Bricard ; 2° prix, M. Héblot ; 1" accessit, M. Baute 3= ; 2e accessit, M. Ber- nard 2e. 259 Harpe (professeur, M. Prumier). — Pas de premier ni de second prix; 1er accessit, M. Pickaërt; 2e accessit, Mlle Landoux lre. Harmonie et accompagnement (classe des hommes ; professeur, M. Bazin). — 1er prix, M. Hess ; 2e prix, M. Sicg ; 1er accessit, M. Lepot-Delahaye ; 2e accessit, M. Boulard 2e; 3e accessit, M. Espin y Perez.— (Classe des femmes.) 1er prix, Mlle Deshays-Meifred, élève de M. Bienaimé ; 2° prix, Mlle Rouget de Lisle, élève de Mme Du- fresne ; 1 cr accessit, Mlle Schwab, élève de la même ; 2e accessit, Mlle Leclercq, élève de M. Bienaimé. Séance du jeudi 1 9 juillet. Harmonie. — 1er prix, M. Perrot, élève de M. Reber ; 2e prix, M. Girard,- élève de M. Elwart; 1er accessit, M. Massenet, élève de M. Reber; 2e accessit, M. Godefroy, élève du même. Etude du clavier. — lre mention d'encouragement, Mlle Roulle, élève de Mme Emile Réty; Mlle Hoffer-Kohler, élève de la même; 2e mention d'encouragement, Mlle Bouteille, élève de Mlle Jousseiin ; Mlle Irabault, élève de Mme E. Réty. Demain lundi, les concours publics commenceront et dureront jusqu'à la fin du mois. En voici l'ordre et la marche : Lundi 23 juillet, déclamation dramatique, tragédie et comédie ; mardi 24, chant; mer- credi 25, piano ; jeudi 26, opéra comique ; vendredi 27, violoncelle et violon ; samedi 28, grand opéra; lundi 30 et mardi 31, instru- ments à vent. BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS ET atlBIjIOGRA.F'MIE «ÉJttÉRALE 1»E Si A TOUSSAI1 E. Deuxième édition, entièrement refondue et augmentée de plus de moitié, Par F.-.B. FETIS. (3& article) (1). Nous avons indiqué en termes généraux la méthode suivie par notre illustre collaborateur pour donner un caraclère entièrement neuf à son grand et utile ouvrage. Désirant montrer avec quelle force de volonté savante et laborieuse il avait poursuivi pendant vingt- cinq ans la tâche qu'il s'était imposée, nous avons choisi l'article Beethoven, l'un des meilleurs de la première édition sans aucun doute, et dont néanmoins la valeur ainsi que l'élendue ont plus que doublé dans la seconde. Le même travail de révision et de transformation se remarque dans la plupart des articles principaux : nous nous bor- nerons à citer les suivants : Âaron (Pietro) , Abailard, Agaz-sari, Agricola (Alexandre), Alday, saint Ambroise, Auber, la famille des Bach, Bcllini, Beyle, Bischofj, Boccherini, Boely, Bohrer, etc., etc. Tous ces morceaux se sont enrichis de recherches , d'observations, et il faut en dire autant de beaucoup d'autres d'importance moindre, sur lesquels l'attention de Fauteur aurait pu glisser sans encourir aucun reproche. Parmi les articles auxquels M. Fétis n'a eu que quelques lignes à ajouter, comme complément nécrologique et bibliographique, se dis- tingue celui qu'il avait écrit pour notre célèbre Bai/lot, l'un des chefs les plus regrettés de l'école française du violon. En effet, cet article excellent offrait le modèle d'une narration simple, exacte, instructive, sobre de détails, mais pleine de faits dignes d'être rappelés. Si l'é- crivain se permettait d'y intervenir personnellement , ce n'était que pour mieux relever et faire comprendre le mérite de l'artiste dont il retraçait la vie. Nos lecteurs vont en juger. A l'époque où le ministre Chaptal posa la première pierre de la bibliothèque et de la grande salle des concerts (août 1801), M. Fétis était depuis quelques mois élève du Conservatoire. « La cérémonie, dit-il, fut suivie d'un con- (1) Voiries n" 11 tt 21. » cert improvisé. Arrivé depuis peu de ma province, tout était nou- » veau pour moi; toutefois, bien que fort- ignorant, je comprenais » par instinct la possibilité du beau, et j'apercevais jusqu'où il pou- » vait aller. Aussi dois-je avouer que, lorsque j'entendis Rode jouer à » un concert de Mme Grassini son septième concerto, bien que je » fusse charmé par ce jeu si élégant, si pur, si brillant et si jeune, » je ne fus point étonné. J'avais compris d'avance que pour jouer du » violon avec perfection il fallait en jouer ainsi. Mais j'éprouvai » dans le même temps deux sensations auxquelles je n'étais pas pré- » paré, et dont l'ébranlement est encore présent à ma pensée. La » première fut causée par l'audition de VIphigénie en Tauride, de » Gluck. Je ne connaissais pas Gluck. Malheureux que j'étais ! Sa '» musique ne ressemblait à rien de ce que j'avais entendu aupara- » vant -, c'était un monde nouveau pour moi, et plusieurs mois se » passèrent avant que je pusse songer à autre chose. Eh bien ! une » émotion d'un genre aussi neuf pour mon âme fut colle que je res- » sentis à la séance dont je viens de parler, lorsque j'entendis Bail- » lot jouer un trio (c'était en fa mineur, je m'en souviens) accompa- » gné par Rode et par de. Lamare. Là, je compris tout à coup que le » violon peut être autre chose qu'un instrument bien joué, et sous » l'impression des accents passionnés de l'artiste, qui m'inondaient » d'un plaisir inconnu, je me fis tout d'abord l'idée de sa mission et » de son avenir; mission qu'il a remplie dans toute son étendue, » avenir qui s'est réalisé tel que je l'avais prévu. » L'article d'Adam (Adolphe) rentre dans la catégorie de ceux qui ont dû grandir avec les artistes auxquels ils étaient consacrés. Le bio- graphe a religieusement constaté les progrès qu'ils ont faits en uu quart de siècle, et quelquefois il lui est arrivé de modifier les juge- ments qu'il avait portés sur eux d'après leurs oeuvres primitives. Sous ce rapport, rien de plus remarquable que le second article écrit sur Berlioz (Hector), où, malgré les dissidences prononcées qui les séparent et auxquelles M. Fétis ne renonce pas, le compositeur, le critique et l'écrivain sont placés à un point de vue tout autre que dans le premier, et occupent le rang qui appartient à ce que nous connais- sons de plus élevé dans les régions de l'art, de l'intelligence et de la renommée. Ce n'est pas seulement de nos jours ou dans les temps qui s'en rapprochent que M. Fétis a trouvé des sujets d'articles nouveaux. L'antiquité la plus reculée lui en a également fourni, comme par exemple, Alcée, le poëte-musicien, que la première édition avait omis el que nous restitue la seconde, avec le spécimen du vers aclaeïquc, dont il fut l'inventeur, et la tradition de ses véhémentes attaques contre Pittacus, l'un des sept sages de la Grèce, qui ne mérita jamais mieux ce titre qu'en pardonnant à son ennemi, quand la défaite et la fuite l'eurent jeté entre ses mains. Les annales de la Perse et de l'Arabie ont été aussi fouillées, et nous ont donné les noms d'Abou- Aloufa, auteur d'un Traité de musique pour le chant et les instruments qu'on joue avec la bouche et aiec les doigts, rapporté en Europe par Chardin, eld'A/farabi, célèbre philosophe, qui a compris l'art musical dans ses éludes. L'analyse de l'ouvrage d'Abou-Aloufa contient la figure du manche de VEoudo, ou luth, avec sa division et les noms des cordes, ainsi que des cases : sa doctrine est la division de l'octave en vingt-quatre parties ou quarts de ton : « La musique, dit-il, est une » ville divisée en quarante-deux quartiers, dont chacun a trente-deux » rues (circulations ou gammes) ; d'où il suit que le nombre de mo- » des fondamentaux et dérivés de la musique persane est de treize cent » quarante-quatre. » En retouchant l'article de la célèbre cantatrice Aguiari, dont par- lent les lettres de Mozart père et fils, M. Fétis a jugé à propos d'y insérer le spécimen que Wolfgang donne d'un trait exécuté par h voix prodigieuse de cette artiste, connue alors sous le nom de la Uastardella, parce qu'elle était fille naturelle d'un grand seigneur. Son père la lit élever dans un couvent, où elle reçut des leçons de 260 REVUE ET GAZE'ITE MUSICALE chant de l'abbé Lambertini. En 1764, elle débuta à Florence, et en- viron dix ans après elle fut appelée à Londres par les propriétaires du Panthéon, où se donnaient alors les concerts que patronnait l'aris- tocratie. « Les entrepreneurs, dit le biographe, consentirent à lui » payer l'énorme somme de cent livres sterling par soirée (2,500 fr.), » quoiqu'elle n'eût voulu s'engager qu'à chanter deux morceaux dans » chaque concert. » Il n'y a donc rien de nouveau sous le soleil, ni sous le lustre des théâtres ! La gamme a eu ses acrobates longtemps avant que le Niagara rencontrât ses Blondin! La seconde édition de la Biographie universelle des musiciens n'en est qu'à son premier tome : nous avons toute la lettre A ; mais la lettre B n'est pas épuisée, et déjà nous pouvons citer une foule de noms nou- veaux que la première édition avait laissés dans l'ombre, soit qu'ils n'eussent pas encore mérité d'en sortir, soit que par une distraction bien involontaire on les eût oubliés. Voici dans le nombre plusieurs articles que nous remarquons : Alard (Delphin), notre célèbre vio- loniste ; Alizard, le chanteur; Alary (Jules), le compositeur et le professeur; Albertaszi (Emma); Alboni, Altès, Adorno, Balfe, Bar- roilhet, Bassi (Louis), Ba«a (Alexandre), Battanchon,Bazin(François), Bazzini, Beaulieu, élève de Méhul, l'un des premiers pensionnaires de Rome et le fondateur de V Association musicale de l'Ouest ; Bêcher, le docteur et le compositeur qui périt si malheureusement ; les deux Bêc- her, l'organiste et le professeur, le compositeur et le musicologue ; Bennali, le médecin de la voix humaine; Blanchard, notre ancien collaborateur; le baron Blein, Blondeau , Blvmenlhal, Bocquillon- Wilhem, le créateur de l'Orphéon. Toutes les notices qui se rappor- tent à ces noms, traitées avec un soin extrême, abondent en faits, en anecdotes, en détails, dont l'histoire de la musique moderne fera son profit, et qui, en attendant, répondront à la curiosité naturelle de tous les lecteurs, artistes et gens du monde. Quant à nous, au lieu d'en détacher quelques lambeaux pour jus- tifier l'éloge que nous décernons à l'œuvre totale, nous choisirons parmi ces notices, et nous en reproduirons quelques-unes dans les colonnes de ce journal, persuadé qu'en pareille occurrence, afin de ne pas se répéter sans cesse, et de rendre à un écrivain, à un artiste, à un savant de l'ordre le plus élevé ce qu'il a droit de demander à ses juges, la plus juste et la plus sure façon de louer, c'est de citer. Paul SMITH. UN VIRTUOSE À MELBOURNE ">. Melbourne, dont la population s'élève à près de 150,000 âmes, est située au centre de la colonie Victoria : c'est la capitale de tout le district. Un boulevard partant du port la traverse dans toute sa lon- gueur : il est coupé à angles droits par de belles rues larges et tirées au cordeau, avec des hôtels splendidement meublés et des maisons comme des palais qui viennent de sortir de- terre. On y travaillait encore çà et là : c'était la toiture qui manquait ou les cadres des fenêtres ou les lambris; et dans ces demeures inachevées on trouvait déjà des appartements pourvus de lourds rideaux de damas, de glaces, etc., tant on avait hâte de s'y établir. Des milliers d'individus de toute sorte de couleurs, de races et de costumes, aux physionomies les plus diversement bizarres, se pressaient au milieu du bruit inces- sant des équipages, des omnibus, des camions ; c'était un vacarme qui durait nuit et jour, pareil au sourd roulement de la mer : c'était à donner le vertige au voyageur récemment débarqué. J'avais employé plusieurs heures à parcourir la ville, et j'avais trouvé partout la même activité, le même bruit. Le soleil allait se coucher lorsque je rentrai à l'hôtel, où j'attendais le ténor qui, pen- dant ce temps, avait couru chez tous les journalistes, t;hez tous les (l) Pérégrination d'un virtuose autrichien. Tome II. Leipsig, 1859. directeurs de spectacles et chez les chefs de toutes les sociétés mu- sicales, pour régler les préparatifs du concert qui offraient de grandes difficultés. En effet toute une nuée de chanteurs, de cantatrices, de virtuoses , de danseuses s'était abattue sur la ville et avait loué toutes les salles de concert ou les avait retenues pour plusieurs se- maines à l'avance. Voici la relation exacte de la première représentation théâtrale à laquelle j'assistai à Melbourne ; j'y fis la connaissance d'un nouvel opéra de Balfe, intitulé la Fée Kéolanthe. L'opéra est fort couru ; la décoration de la salle est d'une richesse éblouissante. A l'amphi- théâtre des premières se tiennent les ladies du haut parage qui, dans leur pruderie toute anglaise, dans leur austérité puritaine que jamais ne vient éclairer un sourire, restent là roides et immobiles, et semblent rivées à leur place. Au contraire les gentlemen ne se gênent guères : à demi-couchés sur leur siège, dans une nonchalance dé- daigneuse, ils fument leur cigare et lorgnent les loges du premier rang, sans s'inquiéter le moins du monde de ce qui se passe sur la scène. Les loges, où, il faut le dire, jamais une véritable lady ne met le pied, sont le paradis des houris du demi-monde ; encadrées dans de belles tentures de velours nacarat, inondées de la lumière éblouis- sante du gaz et entourées d'un cercle d'adorateurs, vous y voyez les beautés aventurières de tous les pays : des Françaises, des Espagnoles, des Créoles, les unes fières et hardies sous leur costume Bloomer, les autres pour la plupart magnifiquement accoutrées, couvertes de fleurs et de dentelles, étincelantes de pierreries : elles se penchent à la ba- lustrade, prennent des attitudes provoquantes, fument le panatellas, jasent et rient, ou font jouer l'éventail dont elles pourraient très-bien se passer, le plus grand nombre de ces dames ne rougissant plus. L'opéra de Balfe, véritable caravansérail de tous les lieux communs de la musique, était bien ce qu'il fallait à un pareil auditoire. L'or- chestre était un chaos: chanteurs et chanteuses détonnaient à l'envi, criaient la fin de leurs morceaux à tue-tête avec accompagnement de fanfares et au milieu d'un tonnerre d'applaudissements. Le ténor était ce qu'il y avait de plus supportable par la raison qu'il n'avait pas de voix, mais la basse- taille parcourut consciencieusement, pr.r ordre alphabétique, toute la série des défauts et des balourdises d'un mauvais chanteur. Quant aux dames, elles n'avaient aucune méthode; leur unique ressource était le trémolo et toujours le trémolo. Toutes les salles étant louées , comme je l'ai dit plus haut , il ne me restait plus d'autre ressource que de me mettre à la merci d'un directeur de spectacle, envers lequel je pris l'engagement de jouer pendant douze soirées consécutives , à partir des derniers jours du mois de mai. J'avais été précédé à Melbourne d'une réputation déjà ancienne, et pendant plus de six semaines les journaux de la ville s'étaient occupés de moi ; aussi à mon premier concert on étouffait dans la salle. Selon la mode du pays, un ballet précéda la solennité musicale. Au lever de la toile, une Française svelte, douée d'une gracilité élégante de formes et de la physionomie la plus piquante, vint bondir sur la scène en faisant voltiger coquettement sa courte jupe de den- telles ; une explosion d'applaudissements accueillit cette gracieuse apparition, et l'orchestre, qui traduisait très -habilement ses pirouettes et ses entrechats, finit par lui donner une salve étourdissante de trom- pettes et de timbales. Mais voilà qu'il survient une créole dans toule la splendeur juvénile de la beauté, avec une richesse voluptueuse de formes et des yeux ravissants, grands, langoureux et du plus beau noir: un cri d'enthousiasme salue la nouvelle venue, et les deux ballerines se disputent les honneurs de la soirée dans une tarentelle échevelée. Au milieu de la lutte, la Française glisse et tombe ; la créole accourt pour la relever; d'un bond sa rivale se dresse sur ses jambes, fond, la main haute, sur sa trop compatissante camarade, et en pleine scène, aux yeux du public, lui applique un vigoureux soufflet. Ivres de haine et de colère, les deux femmes s'attaquent et se pren- nent aux cheveux au milieu des vociférations et des rires joyeux DE PARIS. 261 du poulailler . Le public resta spectateur assez indifférent de ce com- bat singulier jusqu'à ce qu'on fût obligé d'emporter la créole évanouie. Ses partisans voulurent faire arrêter celle à qui était restée la victoire; mais elle aussi avait ses amis qui accoururent à sa défense : alors se livra un véritable assaut: une partie du parterre s'élance sur la scène, en franchissant l'orchestre ; les basses, les violons sont brisés ; des nuages de poussière s'élèvent dans la salle, les femmes poussent des cris au milieu de la foule ; je prends mon violon à deux mains et me sauve à toutes jambes, comme si le diable et tout l'enfer étaient dé- chaînés contre moi, jusqu'à mon hôtel, trop heureux d'avoir atteint le port et de me voir à l'abri de la tempête; je me jette hors d'ha- leine dans un fauteuil, et j'allume mon cigare que j'aspire avec bonheur. « Adieu Melbourne, demain je pars, » m'écriai-je en m'élan- çant de mon siège. « Vous partez, s'écria le directeur de spectacle, qui venait d'entrer chez moi, et avait entendu ces dernières paroles, mais sachez, par le diable, que je m'y oppose, » me cria-t-il dans l'o- reille d'une voix éclatante et il me présenta notre traité : «Voyez, c'est votre signature ; vous ne m'échapperez pas. » Je le suppliai de me faire grâce au moins pour ce jour-là, les tempes me battaient, j'éprou- vais des maux de cœur : il fut sans pitié, le bourreau , il me dit que le public demandait à cor et à cri que le concert commençât, sinon il fallait rembourser l'argent, et on menaçait de démolir la salle. Je dus le suivre. Un effroyable vacarme accueillit mon entrée, et je ne pus me défendre d'une vive anxiété. L'ouverture de Don Juan devait ouvrir la solennité ; mais les instruments étaient brisés, les artistes avaient fui, le chef d'orchestre avait gagné le large, et le sigaor Potesini vint faire des excuses. Toutefois le calme ne se rétablit que sur la pro- messe du directeur de faire exécuter l'ouverture de Don Juan. A mi- nuit enfin je montai sur l'estrade ; quand, après un profond salut, je me fus mis à la tête du corps de musique, je vis toutes les lorgnettes et tous les binocles se braquer sur moi. Au moment où je donnai le signal, un constable parut sur la scène armé de son bâton blanc et ordonna la fermeture du théâtre au nom du gouverneur. La salle se remplit de soldats de la colonie, et cinq minutes après le parterre était désert. Dans tout Melbourne il n'y avait pas de plus heureux mortel que moi en ce moment. Le lendemain, les journaux de Melbourne adressèrent une verte ré- primande au public. « Que pensera de nous l'Europe, le inonde civi- lisé, (lisait entre autres V Argus, si des artistes qui viennent chez nous en bravant les périls d'une navigation sur l'Océan, sont si peu honorés ? si l'art est avili à ce point ? » Ces paroles firent impression ; le len- demain je jouai au milieu des marques les plus flatteuses de sym- pathie et d'estime. La colonie Victoria, fondée en Australie, il y a vingt- deux ans, a aujourd'hui, d'après les documents officiels, un revenu annuel de 75 millions de francs. J. DUESBERG. CORRESPONDANCE. Festival de Mulhouse. Cinquième réunion des chanteurs alsaciens. Loin de s'endormir sur leurs lauriers d'outre-Manche, les vaillants orphéonistes d'Alsace et des départements limitrophes accouraient en foule samedi passé, là juillet, à Mulhouse, pour fêter leur cinquième réunion. Il y avait en tout trente-quatre sociétés françaises, puis le Kirchen-musikgesanr gercin de Mayence, et des députations de Zurich, Francfort, Lahr et Fribourg en Brisgau; total, 1,200 chanteurs. La ville de Mulhouse, ce Manchester français, a grandiosement fait les choses; il n'y a qu'une voix de la part de tous ses hôtes pour louer l'ac- cueil magnifique qui leur avait été réservé, et élever aux nues l'hospi- talité mulhousienne ; l'on sait du reste depuis longtemps que l'hospi- talité la plus patriarcale est une vertu classique de l'Alsace. Dimanche, à une heure, après avoir été présentés aux autorités de Mul- house, les chanteurs réunis en un cortège vraiment imposant, se ren- dirent musique en tête à la loge du festival, en parcourant les rues de la ville, toutes décorées et pavoisées avec un goût exquis, et excitant partout sur leur pa-sage le plus vif enthousiasme ; les bouquets pleuvaient de toutes parts! A trois heures, commençait le concert vocal sous la direction de M. Liebé, le savant professeur de Strasbourg. Sans donner une analyse détaillée de tous les chœurs, nous citerons les principaux: le Salut aux chanteurs, de M. Heyberger, musicien distingué de Mulhouse, a digne- ment ouvert la séance; les paroles dues à M. Davin, l'infatigable secré- taire du Comité local, sont des plus poétiques, aussi nos lecteurs nous permettront-ils d'en reproduire ici la première strophe: Salut amis ! Salut !. . . Salut à vos bannières! La cité du travail veut sa part de vos chants; î'ils de la paix! pour qui s'effacent les frontières, Mulhouse, en vous fêtant, croit fêter ses enfants. A l'admirable Einlracht de Mozart, a succédé le chœur général : Frauenlub, de M. Gênée, ex-Jirecteur de la Société de Mayence. Cette belle composition, véritable ballade germanique, a été applaudie comme elle le méritait. Un autre chœur général: le Chant, dû également à la colla- boration de M VI. Heyberger et .Davin, mérite aussi une mention spéciale. L' Harmonie, scène chorale de M. Liebé, composée pour la circonstance et dédiée aux orphéonistes alsaciens, remplissait à elle seule la deuxième partie du programme. Cette œuvre remarquable, quoique parfois un peu trop savante et partant obscure, contient cependant des beautés de premier ordre ; entre autres: les Ouvriers, chœur fort original et très- bien chanté par la Chorale de Thann; les Sollats, morceau chevaleresque enlevé avec beaucoup d'entrain par ['Orphéon de Colmar; enfin, la Chorale de Strasbourg a rendu dans la perfection les Laboureurs, sans contredit le morceau le mieux réussi de tout l'ouvrage, aussi a t-il été bissé. Un refrain large et grandiose, chanté par toutes les sociétés, formait la pé- roraison de chacun de ces chœurs. En préférant l'œuvre de M. Liebé à des compositions moins difficiles peut-être, les orphéonistes alsaciens ont- ils fait preuve de reconnaissante courtoisie envers le directeur infati- gable et dévoué de toutes les grandes fêtes chorales de l'Alsace? Parmi les chœurs de la troisième parlie du programme, mentionnons le bel Ave Maria de Teresa Milanollo, et la chanson de Roland du Guil- laume Tell Fantaisie sur la Part «lu Diable, d'Auber, pour orgue et piano, par Prix: 10 fr. A. FrfilO/1 Prix : 10 fr. En vente ehez GIROD, éditeur, 16, boulevard Montmartre, à Paris SEMIRAMIS Grand opéra avec paroles françaises, musique de ROSSIMI Format in-8», prix net: 12 fr. La même en italien, in-8", prix net: 8 fr. L'ouverture à 2 et 4 mains. Les airs détachés avec paroles italiennes. LE PETIT CHAPERON ROUGE Opéra-comique en trois actes, Paroles de TiiiUulon, musique de BOIELDIEU Format in-8", prix net : 8 fr. G. Brandus et S. Dufour, éditeurs, 103, rue de Richelieu. LE RÉPERTOIRE DU CHANTEUR Recueil de morceaux de chant des plus célèbres compo- siteurs anciens et modernes, classés pour les différentes voix de. Soprano, Ténor, Mezzo-Sdprano, Contralto, Baryton, Basse Taille. Duos pour 2 Soprani, Ténor et Basse, Ténor et Soprano, Ténor et Basse. 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BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. ON S'ABONNE: Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aux Bureau* des Messageries et des Postes. m 3i. REVUE 20 Juillet 1860. PRIX DE L'ABONNEMENT: par;s ,. 24 fr. par an Départements, Belgique et Suisse.... 30 n id. Étranger M " id- Le Journal paraît le Dimanche. SOMMAIRE. —Des carillon!' et cloches, nouvelles recherches (2e article), par Adrien de La Page. — Conservatoire impérial de musique et de déclama- tion : concours publics. — La critique musicale en Allemagne, par Albert LefaiYre. — Correspondance: festival de Provins, par Em. Mathieu de Monter. — Revue des théâtres, par D. A. D. SaintYves. — Nou- velles et annonces. DES CARILLONS ET CLOCHES. IVouvelles recherches. (4e article.) (1) Maintenant, revenons aux carillons par un document authentique qui n'est pas dépourvu d'importance musicale. Il date de 1548 et concerne l'établissement à Béthune, dans le clocher de Saint- Wast : o D'un certain accord de dix cloches (un carillon) faict à grands fraiz, pour alicier et athirer le peuple à dévotion, et hanter la nouvelle église. « Il paraît qu'alors les carillons étaient comme le sont aujourd'hui, du moins quelquefois, les orgues de nos églises, soumis à une exper- tise : le carillon dont il vient d'être parlé fut sans doute critiqué, et pour lever les doutes il fallut, en 1559, mander à Béthune Rogier de Lille, maître batteleur, demeurant à la Bassée, a lequel, après avoir battelé lesd. cloches par deux jours en présence de plusieurs mussi- ciens ad ce évoquez, ont trouvé lesd. accords de cloches deffectif seu- lement es cloches qui s'enssuivent, assçavoir en la Vme moienne, le sol, y a à dire à double environ demy ton ; sy est sygillé et raccour- chie par dessaubz au destrumenl de la cloche. It. la III"10 grosse est aussy trop grosse pour octave de desseure. lt. la VIme tient aussy du bas a'iencontre de son octave. Pour ces causes ne sont lesd. cloches à recepvoir, tant et jusquesque le tout sera mis en estât suffisamment. Auquel Mc Rogier pour son voiaige, lui a esté faict XXXI sols. » Plus tard, lorsque la même église achète à Jacques Mohenot, fon- deur de cloches à Chocques « cinq clochettes pesant ensemble 60 tb., pour estre pendues au beffroy et servir tant au battelaige que ap- peaulx (2) des heures, » il est convenu qu'elles devront être de bonne harmonie, selon et ainsi qu'il sera juç/é par musiciens. Si d'un côté les acquéreurs de cloches avaient droit de ne point accepter celles qui étaient déclarées défectueuses, de son côté le fondeur, s'il n'était (1) Voir le n" 30. (2) Petits timbres ou clochettes destinés à marquer les quarts d'heure ou demi- quarts d'heure ; acception omise par l'Académie. pas bien payé ou s'il n'était pas payé aux termes convenus, avait droit de reprendre ses cloches, et les à-compte reçus lui étaient légitime- ment acquis. Un autre document relatif à la même église et daté de 1575 nous fait connaître que Jean Wignon, batteleur de Saint-Wast, était aux appointements de douze livres par an pour conduire et mener les appeaulx de l'horloge : « il est tenu de mectre les nottes à lad. orloge, pour jouer chansons honnestes et plaisantes et non diffam a- toires, pareillement hymes selon l'occurrence du temps et la règle de l'église, tant à l'heur que demy heure, et de batteler les nuietz et jour des festes de Chandeleur et Saint-Bartholomy, avec le nuict et jour de la procession de Saint-Wast et tous aultres jours de récréa- tion quy se feront en lad. ville. » Voilà qui était bien travailler pour douze francs par an, même à l'époque indiquée. Peut-être y avait-il avec cela quelques gratifications. On voit qu'ici Jean Wignon cumulait, d'après un usage assez com- mun que j'ai indiqué dans un de mes anciens' articles, les fonctions de carillonneur ou batteleur, et celles de noUur'$:-. cylindre mécanique qui marche avec l'horloge et se fait entendre aux heures, demi -heures et quarts. A cet égard les choses sont réglées de différentes manières selon l'usage des localités. Voici celui de la cathédrale de Reims : à chaque heure on entend l'hymne ou la prose de la fête la plusjoisine, selifc l'ordre du calen- drier ecclésiastique, et qu'il faut par conséquent disposer sur le cylin- dre chaque fois qu'il doit y avoir changement. Les airs de la demi- heure, du quart et des trois-quarts sont invariablement les mêmes : au quart, les quatre notes do si re mi correspondent au Pcccalores des litanies des saints; à la dernière, le chant qui s'adapte au répons bref In manus tuas Domine , commendo spirilum meum ; aux trois- quarts, la continuation de la phrase du quart répondant aux paroles Te rogamus audi nos. Tout cela est sans doute fort religieux et fort respectable, mais peu amusant. Aussi dans les villes qui possèdent des carillons, lorsqu'il y a des fêtes publiques ou lorsqu'il entre dans les fonctions du carillonneur de jouer à certains jours qui ne sont signalés par aucune solennité reli- gieuse, par exemple au jour de marché, joue-t-il presque toujours des airs plus ou moins connus. L'usage de carillonner les jours de marché n'est qu'un raffinement de l'usage bien plus ancien et toujours pratiqué d'annoncer au moyen des cloches et clochettes l'ouverture des marchés publics. Cette ma- nière de rassembler la foule remonte à une très-haute antiquité, et me fournit l'occasion de rappeler un fait assez singulier raconté par 266 REVUE ET GAZETTE MUSICALE le géographe Strabon : « Un musicien de grande réputation ayant té- moigné aux habitants d'une des îles de Carie le désir de s'y faire entendre, prit jour à cet effet ; une réunion nombreuse se forma sur la place publique, et il commença son concert, chantant et jouant de la lyre de manière à captiver l'attention de l'auditoire. On admirait son talent et on l'applaudissait, quand tout à coup la cloche qui aver- tissait de l'ouverture du marché au poisson se fit entendre ; tous laissè- rent là le pauvre musicien, à l'exception d'un seul qui demeura près de lui. L'artiste se crut obligé de le remercier, pensant en lui-même que dans cette île si peu musicale il avait trouvé du moins un appré- ciateur de son mérite et de l'art qu'il professait; mais quel fut son étonnement quand cet homme , qui était extrêmement sourd, ne ré- pondit à ses remercimenls qu'en lui demandant si la cloche du marché au poisson avait sonné. Sur la réponse affirmative du musicien , le sourd s'y rendit comme les autres, et le concertiste demeura seul sur la place, lançant de justes imprécations contre la barbarie de ces in- sulaires. On s'est quelquefois récrié sur le choix des airs qui se jouaient sur les carillons, sans songer que tout carillon est essentiellement un ins- trument d'allégresse; que sa situation dans le clocher des églises n'est le plus souvent qu'une circonstance accidentelle ; on l'y place pour qu'il soit entendu de plus loin et produise dans l'air un effet plus agréable ; s'en servir pour des airs lugubres n'est autre chose que le dénaturer et détruire la pensée dans laquelle il a été conçu. Je ne parle pas de ces airs d'église fort courts que l'on note sur le cylindre, ni même de quelques-uns que le carillonneur peut jouer de temps à autre; mais je veux dire que dans les conditions ordinaires, l'association des petites cloches demande des morceaux légers et gra- cieux. C'est par abus de termes que l'on a nommé carillons les pièces qui se jouent sur l'orgue la veille du jour des morts et dont j'ai parlé précédemment (1). Ni par rapport aux cloches qui les exécutent, ni à l'égard des orgues qui en imitent l'effet, ce ne sont là des carillons, ce sont des clas ou glas à trois ou quatre cloches mises en volée dans un ordre convenu , de manière que les tons de chaque cloche se succèdent régulièrement; et comme il s'agit ici de grosses cloches, il faut pour leur donner le branle autant de sonneurs qu'il y a de cloches, tandis que le carillonneur est toujours seul. Carillonner à l'occasion des morts eût été un contre-sens. Dans le pays où les carillons sont le plus en usage, c'est-à-dire dans les Flan- dres, ce sont toujours des airs de joyeuses chansons, et l'on en fait souvent des danses, comme nous l'avons vu dans les articles précités pour le carillon de Dunkerque. Cela est si vrai qu'autrefois lorsque celui de la Samaritaine à Paris, dont j'ai aussi parlé, se faisait enten- dre, les ramoneurs se rassemblaient sur le quai et formaient des danses fort animées et fort nombreuses. On a vu que les carillonneurs étaient distincts des sonneurs; les places des premiers étaient mises au concours. Il y avait une hiérar- chie convenue: tous les sonneurs s'humiliaient comme de raison de- vant les maîtres carillonneurs; mais les carillonneurs de tout le diocèse devaient à leur tour hommage au carillonneur métropolitain. Comme plusieurs églises possédaient des carillons sans être assez riches pour payer des carillonneurs à l'année, elles s'arrangeaient pour en avoir aux fêtes principales, et surtout aux fêLes de patrons ou autres auxquelles, par une raison quelconque, elles devaient donner plus de solennité. Adrien de LA FAGE. (La suite prochainement.) (1) Voyez Gazette musicale, année 185G, p. 374. CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION. Concours publics. La déclamation dramatique occupait cette année la première séance, et lundi les néophytes du grand art de bien dire les vers et la prose classiques ont comparu devant leurs juges. 11 y avait d'une part deux tragédiens et quatre tragédiennes ; de l'autre, dix comédiennes et cinq comédiens. Plusieurs de ces jeunes gens et de ces jeunes per- sonnes ont montré, sinon du talent, au moins des dispositions qui méritaient d'être encouragées, et c'est ce qu'a fait le jury en leur décernant des prix et des accessits dans l'ordre suivant : Tragédie (hommes) : 1er prix, M. Godfrin, élève de M. Beauvallet; 2e prix, à l'unanimité, M. Laroche, élève de M. Régnier. (Femmes) : 1er prix, aussi à l'unanimité, Mlle Tordeus, élève de M. Provost ; 2e prix, Mlle Rousseil, élève de M. Régnier. 1" accessit, Mlle Ponsin, élève de M. Provost; 2e accessit, Mile Binda, élève de M. Beau- vallet. Comédie (hommes) : Pas de 1er prix ; 2e prix, M. Coquelin et M. La- roche, tous deux élèves de M. Régnier. 1er accessit, M. Malard, élève du même professeur. [Femmes) 1" prix, Mlles Regny, élève de M. Régnier, et Ponsin, élève de M. Provost; 2e prix, Mlle Dambri- court, élève de M. Régnier. 1<" accessit, Mlle Rousseil, élève du même; 2e accessit, Mlles Petitet et Manvoy, éièves de Mlle Augustine Bro- han. La séance de mardi, consacrée au chaut, n'a pas mis en ligne moins de onze concurrents et de vingt-cinq concurrentes. Les cri- tiques sévères trouveront encore que c'était trop, et peut-être n'au- ront-ils pas tort; mais ce que nous pouvons affirmer, c'est que, sur la quantité, les belles et jolies voix étaient assez nombreuses pour que le Conservatoire n'encoure pas le reproche de manquer à sa mission. Avec les sujets distingués qui ont subi l'épreuve, plus d'un théâtre rajeunira sa troupe. A la manière dont M. Petit a dit l'air de Sémiramis, et M. Morere celui de la Juive, on doit croire à leur ave- nir. Nous en dirons autant de M. Gourdin, qui aurait obtenu une dis- tinction plus haute si la cabalette de l'air des Brigands, de Merca- dante, par sa tournure trop italienne n'eût détruit l'excellent effet du cantabile. M. Capoul a trouvé un écueil du même genre dans l'air de ténor emprunté à Sémiramis, et qu'on supprime depuis longtemps. Les femmes avaient été plus heureuses dans le choix de leurs airs, notamment Mlle Balbi, qui a fort bien chanté celui de Robert le Diable: En vain j'espère; Mlle Baretty celui de Norma, Mlle Pfotzer celui des Puritains, Mlle Cico celui du Pré aux C'eres, Mlle Ene- quiste celui du Siège de Corinlhe, Mlle Brou de Lavessière celui de Moïse. Voici le résultat de ce remarquable concours : Hommes : 1" prix, M. Petit, élève de M. Révial ; 2e prix, M. Mo- rere, élève du même. 1"' accessit, M. Gourdin, élève de M. Fontana; 2e accessit, M. Mirai, élève de M. Laget, et M. Mendioroz, élève de M. Fontana; 3° accessit, MM. Duplan, élève de M. Révial, et Péront, élève de M. Laget. Femmes : 1er prix, Mlle Balbi, élève de M. Grosset, et Mlle Pfolzer, élève de M. Giuliani; 2e prix, Mlle Baretty, élève de M. Laget, et Mlle Cico, élève de M Révial. 1" accessit, Mlle Enequiste, élève de M. Masset, et Mlle Brou de Lavessière, élève de M. Révial ; 2° accessit, Mlle Dupin, élève du même, et Mlle Piadal 1", élève de .M. La- get; 3° accessit, Mlle Herluison, élève de M. Fontana, et Mlle Labbé, élève de M. Battaille. A la suite des élèves couronnés par le jury, ne serait- il pas juste de citer les accompagnateurs qui ont su se faire applaudir par l'audi- toire ? Le jeune Alphonse Duvei noy s'est signalé entre tous par le ta- lent délicat et pur qu'il a déployé dans l'exécution de quelques belles ritournelles. Ceci nous servira de transition pour passer au concours de piano DE PARIS. 267 qui avait lieu le lendemain, mercredi, et dans lequel nous retrouve- rons un autre Duvernoy qui marche sur les traces de son frère. Le sixième concerto de Henri Herz avait été choisi pour les hommes, au nombre de quatorze, elle quatrième de Moschelès pour les femmes, au nombre de trente et une. On a remarqué que Moschelès assistait à la séance et prenait des notes sur chacune des concurrentes. Les prix et accessits ont été distribués ainsi qu'il suit : Hommes : 1er prix, M. Colomer, élève de M. Marmontel ; 2e prix, à l'unanimité, M. David, élève de M. Laurent. 1er accessit, M. Edmont Duvernoy et M. Frantzen, élèves de M. Marmontel; 2e accessit, M. Weigand, élève du même ; 3e accessit, M. Gallois, élève de M. Marmontel, et Bernard, élève de M. Laurent: ; k' accessit, à l'una- nimité, M. Hess, élève de M. Marmontel. Femmes : 1er prix, à l'unanimité, Mlle Sabatier-Blot, élève de Mme Farrenc, et Mlle Wilden, élève de M. Henri Herz; 2e prix, Mlle Peschel, élève du même. 1er accessit, Mlle Deshays-Meifred, élève de Mme Coche, et Mlle Blanc, élève de M. Lecouppey; 2° ac- cessit, Mlle Lechesne, élève du même, et Mlle Barnnrd , élève de M. Henri Herz ; 3e accessit, Mlle Coche, élève de sa mère, et Mlle Har- douin lle, élève de M. Henri Herz. L'opéra-comique remplissait toute la séance de jeudi : le Songe d'une nuit d'été, Galathée, le Barbier de Séville, les Mousquetaires, Manon Lescaut, ont fourni les scènes les plus souvent jouées, et dans lesquelles les élèves ont été le plus heureux. Nous reviendrons sur le talent que plusieurs y ont montré ; pour aujourd'hui, nous ne pou- vons qu'enregistrer leurs noms. Hommes : l*' prix, à l'unanimité, MM. Gourdin et Petit, élèves de M. Mocker ; 2e prix, M. Capoul, élève du même; l<:r accessit, M. Men- dioroz, élève de M. Morin ; 2e accessit, M. Géraizer, élève du même; 3e accessit, M. Dervieux, élève de M. Mocker. Femmes : 1er prix, à l'unanimité, Mlle Baretty, élè e de M. Mocker ; 2e prix, à l'unanimité, Mlle Balbi, élève du même; 1er accessit, à l'unanimité, Mlle Bolin, élève du même, et Mlle Herluison, élève du même ; 2e accessit, Mlles Durant et Saint-Aguet, élèves de M. Morin; 3e accessit, Mlles Gallino, élève de M. Morin, à l'unanimité ; Maillard, élève de M. Mocker, et Rozés, élève de M. Morin. Les concours de violoncelle et de violon avaient lieu vendredi. Par une exception assez rare, une jeune fille a pris part au premier, et trois au second. Parmi ces dernières, deux se sont signalées par un talent tout à fait remarquable, qui leur a valu les suffrages de l'audi- toire et du jury, et ce n'est certainement pas par égard pour leur sexe que des prix leur ont été décernés. Violoncelle : Ier prix, à l'unanimité, M. Hernoud, élève de M. Franchomme ; 2e prix, M. Dabaud, élève du même ; 1e'' accessit, à l'unanimité, M. Loys, élève du même. Pas de second accessit. 3e ac- cessit, Mlle Clauss, élève de M. Chevillard. Violom : 1er prix, Mlle Boulay, élève de M. Alard ; 2e prix, Mlle Castellan et M. Weingaertner, élèves du même ; 1" accessit, MM. Colonne, élève de M. Sauzay ; Willaume, élève de M. Massart-; Lévy, élève de M. Alard; 2e accessit, M. Lelong, élève de M. Sauzay, et Aubéry, élève de M. Alard ; 3e accessit, M. Muratet, élève de M. Dancla. Avant de terminer, réparons une omission que nous avons commise dimanche dernier en donnant le résultat du concours de solfège. A la nomenclature des élèves qui ont obtenu des premières médailles, il faut ajouter Mlle Petit (Marie) et Mlle Petit (Louise), élèves de Mme Maucorps ; à celle des troisièmes médailles, M. Delannoy, élève de M. Batiste. Nous nous bornerons à transcrire les noms des élèves qui se sont distingués hier samedi dans le concours de grand opéra. Hommes : 1" prix, M. Peschard, élève de M. Duvernoy; 2° prix, MM. Gourdin et Morére, élèves du même: pas de premier accessit; 2° accessit, M. Dervieux, élève de M. Levasseur. Femmes : 1" prix, Mlle Brou, élève de M. Duvernoy; 2° prix, Mlle Enequiste, élève de de M. Levasseur ; 1er accessit, Mlle Baretty, élève de M, Duvernoy ; 2e accessit, Mlle Dupin, élève du même ; 3° accessit, Mlles Rozés, élève du même, et Pradal, élève de M. Levasseur. La Revue contemporaine, dans son numéro du 15 de ce mois, con- tenait un article remarquable sur la critique musicale en Allemagne, à propos d'un ouvrage (1) dont nous nous occuperons bientôt nous- mêmes. En attendant, voici la conclusion de l'article dans lequel sont combattues les doctrines d'après lesquelles il ne faudrait considérer que deux choses dans la musique, l'action que la ^ociôté exerça sur elle, et l'influence qu'elle exerce à son tour sur la société : « Il suit de là que M. Riehl assignera dans sa république une grande place aux compositeurs. Ils devront concourir aux bonnes mœurs, à la religion, enseigner les enfants, soutenir les hommes faits, con- soler les vieillards. L'art musical sera un sacerdoce, une prédication ; il montera en grade ; mais, en revanche, une lourde part de respon- sabilité lui sera dévolue. Si les mœurs s'énervent, si les vertus civi- ques dégénèrent, si l'Etat penche vers sa ruine, la musique sera coupable de haute trahison ; c'est sur elle que la vindicte des ma- gistrats devra s'exercer. Le musicien ne pourra donc plus, comme autrefois, se retrancher dans son art et planer au-dessus des agita- tions politiques, travaillant pour le roi, pour la ligue, indifféremment. Ses chants étant l'expression de certains principes, de certains sys- tèmes politiques, il ne peut plus changer de maître, et chacune de ses variations acquiert la portée et produit les conséquences d'une apostasie. Adieu l'insouciance, ce privilège si précieux de l'artiste; adieu la philosophie aimable et légère ; ""adieu cette sérénité épicu- rienne, source de gracieuses inspirations. Le compositeur est un homme public, un personnage dans l'Etat. Il faut qu'il se prononce sur toutes les questions, qu'il adopte un drapeau, qu'il épouse avec ardeur toutes les passions nationales. Autrement ses chants seront sans couleur, sans portée, indignes d'occuper ses concitoyens. « Tra- vaillons pour accomplir de grandes choses! » telle doit être sa pen- sée de tous les matins, lorsqu'il se met à l'ouvrage ; car la musique n'est plus un vulgaire plaisir, c'est un rouage essentiel de la vie pu- blique, un agent moralisateur. » Le musicien doit donc changer complètement son genre de vie; ses études même doivent changer de nature. L'harmonie, le contre- point, cette base de l'éducation musicale, ne sont plus désormais des accessoires. Est-ce la qu'il creusera les problèmes dont nous attendons de lui la solution? Sa pensée doit s'ouvrir de larges hori- zons; il lui faut d'immen--es matériaux ; les richesses accumulées des siècles doivent concourir à la féconder. Qu'il pâlisse donc sur les livres, qu'il délaisse son clavier pour les bibliothèques, qu'il fouille les arcanes de l'antiquité, qu'il explore tous les mystères du cœur humain, toutes les avenues de l'intelligence. Qu'il s'élève à l'univer- salité du philosophe et de l'homme d'Etat, car ce n'est qu'à ce titre qu'il peut se poser en instituteur et remplir sa mission dans la société. » Et l'art, que va t-il retirer de celte transformation ? Les mélodies en auront-elles plus de grâce? Un parfum plus suave s'exhalera:t-il de cette langue divine? Hélas! tout ce que nous souhaitons, c'est que tant d'efforts, tant de science n'étouffent pas "dans la musique toute inspiration. En écoutant les œuvres cosmogoniques de nos jours, ces poèmes, ces grandes leçons adressées à l'intelligence, ne se prend-on pas souvent à regretter le temps où la musique, sans afficher aucune prétention, chantait d'instinct pour le plaisir des oreilles? Pour plaire, pour verser son baume dans les cœurs, elle n'avait pas be- (1) Musikalische Charactcr-Kœpfe, par Riehl. 268 REVUE ET GAZEÏTE MUSICALE soin de s'imposer tant de- labeurs, de creuser si profondément les arcanes de la science. Son domaine est agrandi, son rôle plus con- sidérable : soit; mais qu'importe tout cela, si sa beauté primitive s'efface, si ses parures d'emprunt la font paraître vieille et ridée, privée de toute séduction ? Peut-être la fraîcheur, la naïveté, l'ab- sence de recherche étaient-elles le secret de son empire. Son secret? Il est dans le gosier du rossignol, dans le timbre argenté de la jeune fille; mais il faut en jouir sans le connaître, sans approcher de l'om- brageuse Psyché le flambeau indiscret de la science. La lumière l'ef- farouche, l'odeur de l'huile la fait disparaître. » Qu'est-ce donc que l'art? Nous n'avons pas la prétention de le définir, mais il nous semble que sa mission est moins d'agir sur les idées que de vivifier l'âme par d'intimes jouissances. Est ce que la poésie doit prouver quelque chose ? Non. La poésie émeut, ravit, transporte, mais elle n'ajoute rien à nos connaissances ; elle ne pro- cure à l'esprit que des songes d'or. La vérité, l'erreur, lui sont pres- que indifférentes, elle les prend sans les distinguer. Si même elle a quelques préférences, n'est-ce pas pour la fiction, pour le merveil- leux et l'imaginaire? Avec quel amour elle se reporte au temps d'autrefois, aux époques de crédulité et d'ignorance populaires! On dirait qu'elle regrette les progrès de l'intelligence, comme si l'esprit humain, en s'émancipant, devait échapper à son influence et la re- léguer au rang des frivolités. Les poètes eux-mêmes, quand ils sor- tent du monde fantastique pour entrer dans la vie positive, se sentent gênés par la poésie. Eux-mêmes renoncent à l'art de Virgile quand ils aspirent au rôle de penseurs sérieux. Quelques-uns même vont plus loin et la renient publiquement comme « un art de bala- dins, » bon, tout au plus, pour les loisirs d'un jeune homme, indigne d'occuper les méditations d'un homme grave. La poésie, disent- ils, est un exercice puéril; c'est le lit de Procuste de la pensée; elle défigure toutes nos conceptions, affaiblit les ressorts de l'intelli- gence. Ainsi s'exprimait, il y a peu de temps, le plus grand poète de notre siècle. » Si ces attaques sont fondées, elles s'adressent à la musique bien plus encore qu'à la poésie ; car le champ de la première est beaucoup moins vaste, ses ressources sont infiniment plus bornées ; elle ne puise pas ses matériaux dans le domaine intellectuel. Elle ne pro- duit que des sensations ; ses plus grands effets ne sont, comme on aurait dit au xvme siècle, qu'un ébranlement du système nerveux. 11 est peut-être à regretter que Condillac n'en ait pas fait l'objet d'une de ses savantes analyses , car nulle faculté de l'entendement n'est plus dans le ressort de la philosophie expérimentale. Nulle n'est plus matérielle, plus physique dans son développement. L'ins- tinct musical, disons-le franchement, ne figure pas parmi les élé- ments constitutifs de l'esprit humain. La pensée et la musique se meuvent dans des sphères toutes différentes; elles ne se prêtent mu- tuellement aucun secours. Prenons, examinons une à une les diverses facultés, les diverses opérations de l'intelligence, pas une ne se for- tifie par la musique ou ne s'affaiblit par son absence. Nous voyons bien des gens du monde, des amateurs s'écrier avec emphase que la musique est pleine pour eux de révélations. A ce compte, les ha- bitués de l'Opéra seraient les plus profonds penseurs de la terre ; un abonnement au Conservatoire serait plus fructueux pour l'esprit que tous les livres et toutes les académies. Malheureusement, ce n'est point a l'Opéra, ni dans les concerîs que l'homme de science prend ses degrés et cherche son initiation. La musique est muette pour lui et ne veut rien lui dire. Mozart, Beethoven, Haydn, Rossini, les par- titions, les symphonies les plus expressives, les plus géniales, comme dirait M. Riehl, n'aplaniront pas à, l'intelligence une difficulté, ne lui épargneront pas une demi-heure de travail. On pourrait même aller plus loin et soutenir que la musique, loin d'être un secours pour l'esprit, endort, amollit nos facultés par ses vapeurs énervantes. Puis- santes sont les séductions de l'enchanteresse ; heureux sommes-nous de les subir et d'y succomber ; mais qu'avons-nous besoin d'y mettre de l'orgueil, et de nous en faire un mérite, comme si notre dilettan- tisme était une fonction sociale, un service rendu à l'humanité. » L'art et la science sont donc deux choses tout à fait distinctes, et la critique musicale devrait tenir compte plus qu'elle ne le fait de cette différence. Elle s'adresse aux rêveurs, aux personnes d'ima- gination : rien de mieux ; mais alors pourquoi dogmatiser? Pourquoi faire des théories, comme si son terrain était celui de la science? D'autre part, si quelque raisonneur se présente et veut discuter froi- dement les principes posés, on s'écrie qu'il n'a pas le sentiment des choses artistiques ; on le récuse en se moquant de sa ridicule pré- tention. Ceux-là sont artistes qui jugent par le goût, parle sentiment, et non avec une rigueur pédantesque. 11 serait plus franc de dire : ceux-là sont artistes qui se laissent persuader par des métaphores, et qui cèdent sans résistance à l'étourdissement de paroles pom- peuses. Ce n'est pas que nous reprochions à la critique musicale les tours de force vraiment prodigieux qu'elle accomplit tous les jours en fait d'imagination et de style. Bien au contraire , nous sommes les premiers à demander qu'elle nous amuse de la sorte. Nous la re- mercions des brillantes féeries qu'elle sait substiluer à nos impres- sions. Nous tenons seulement à ne pas les prendre pour des systèmes ou pour des explications scientifiques. La fantaisie, pour être la bien- venue, ne doit pas affecter l'air d'un enseignement » Albert LEFAIVRE. » CORRESPONDANCE. Fontenay-Sair.t-Brice, près Provins, 27 juillet 1860. Monsieur le directeur, Le dixième concours d'Orphéons du département de Seine-et-Marne a eu lieu dimanche dernier, à Provins. Au pied de ces forteresses que traça la main de César; à l'ombre de ce palais où Thiébault, le chevaleresque amant de Blanche de Castille. fit peindre autrefois ses virelays d'amour, dans cette ville qui rappelle les luttes et la poésie du xm° siècle, se sont rassemblées les Sociétés chorales de la Brie, de la Champagne, de l'Ar- tois, de la Picardie et de l'Ile-de-France: deux mille chanteurs environ réunis dans une pensée commune de concorde et d'émulation. La fête a duré deux jours, et elle eût été complète si le soleil eût daigné sourire aux « haies en fleurs, aux petits bois , aux fermes et aux fermières » que chanta notre pauvre et cher Hégésippe eirant aux bords de la Voulzie. Les concours de chant ont été ouverts sous la Halle et dans le salon d'Apollon ; celui des musiques d'harmonie a eu lieu sur les promenades. Les trois jurys se composaient de MM. Niedermeyer, Elw.irt, Delsarte, Besozzi, Peffès, Camille de Vos, Laurent de Bille, Jonas, Dauverné, Dufresne, Couderc, Triébert et Cokken. Je vous citerai parmi les Sociétés couronnées : la Choralede l'Odéon. qui a parfaitement exécuté la Retraite de Soubre; les Enfants de Lutéce, VOrphéonde Samt-Denis; dont le chœur : le Rffrain des Mineur?, composé par son chef M. Monestier, a été fort remarqué, les Enfants 'le l'aris, VOrphéon de Ai eaux , la Société chorale de file Saint-Denis, les Orphéons de Chatenaij, de Brou, de B'ay- sur-Seine, les Élevés de l institution Jacquier (Nogent-sur-Seine), les Enfants des écoles comiHunales de saint-Leu, de Nangis et de Provins ; jeunes et vaillantes pépinières qui apporteront plus tard à l'institution orphéoni- que, officiellement organisée, un contingent nombreux de voix mâles et de sociétaires disciplinés. Le soir, après (a. distribution des prix, qui a permis à M. de Bourgoing, l'honorable préfet de Seine-et-Marne, d'affirmer une fois de plus, en un langage chaleureux et élevé, les sympathies qui l'unissent, suivant ses expressions, « aux hommes de cœur qui chantent pour Dieu, pour la pa- trie et pour les arts ». orphéonistes et musiciens ont envahi les prome- nades enserrant sous leurs ormes contemporains des croisades les séduc- tions brillantes et sonores des fêtes populaires. On eût dit la fête des lanternes, un kaléidoscope de lueurs et de feux se profilant en guirlan- des scintillâmes dans des profondeurs de forêts qui font oublier Versailles. Au milieu de ces bruits, sous ces allées ombreuses, on voyait passer, monsieur le directeur, les orphéonistes qui ont suivi Delaporte à Londres, il y a un mois, lors de ce festival historique dont les fatigues m'ont ravi l'honneur de raconter ici les enthousiasmes et les résultats grandioses. Applaudis en Angleterre par tout un peuple, ilssont venus se faire cou- ronner a Provins, et comme pour relier en un symbole poétique ces deux étapes de leur histoire, ils portaient sur la poitrine, attachaient à leur bannière cette rose de pourpre, fleur du Saaron dont Thibault ap. DE PARIS. 269 porta le plant de Palestine, et qu'Edmond de Lancastre prit pour devise, opposant son incarnat à la blancheur de la rose d'York. Durant leur séjour à Provins, les représentants de la presse ont ren- contré chez M. Pierre Dupont l'hospitalité la plus charmante et la plus courtoise : par moment on eût cru que la vraie fête était à Saint-Rrice, tant les ombrages résonnaient de refrains, tant le poëte nous révélait, de cette pittoresque résidence, en prodigue, ces chants larges et ces mélo- dies sereines qui exaltent dans leur inspiration tout ce que la nature dit au penseur et à l'homme de bien. — « Monsieur, a répondu M. le séna- teur Lebrun, l'auteur de Marie Stuart, au poëte qui venait de chanter à la fin du banquet, je ne savais pas que vous fussiez ici; mais je veus de- vinais aux sentiments que vos vers expriment et que chacun est heureux d'applaudir. » Aujourd'hui, monsieurle directeur, les orphéonistes ont quitté Provins, et les hôtes de Saint-Brice ont pris congé ne l'artiste dont la Vigne, les Bœuf* , les Louis d'or, ont dégrossi , pour ainsi dire, les voix des tra- vailleurs, et vigoureusement préparé dans les campagnes, dans les centres manufacturiers, l'œuvre studieuse de l'Orphéon. Mais les souvenirs de ce concours et de cette grande assemblée de chanteurs, d'artistes, d'administrateurs, d'écrivains, ne sauraient rester stériles. Bien loin de là, ils contribueront puissamment, j'en ai la certi- tude au développement du chant choral dans Seine-et-Marne. Le progrès de .'orphéon français s'explique, se traduit par ces fêtes qui parlent une langue éloquente aux populations des campagnes, et les convertissent à l'harmonie, à l'art, bien mieux que ne le font les théories du livre ou les enseignements du journal. En ceci, l'exemple est souverain : grâce à son action, le mouvement du chant populaire s'accentue de jour en jour da- vantage dans les provinces les plus rebelles jusqu'à présenta l'adoption des idées modernes. Les laboureurs, les artisans, tous ceux qui creusent dans la terre, dans le bois, dans les métaux, le rude sillon du travail, comprennent quedesfètesne pourraientê're dédiées, et des honneurs ren- dus à une œuvre illusoire. Peu à peu le bon sens vient en aide à, leurs impressions. Us se réunissent, ils chantent à leur tour. C'est ainsi que l'Orphéon gagne du terrain en propageant les saines notions de l'art, de la morale et de l'émulation; c'est ainsi que, servant la cause du droit et de l'ordre, la musique devient un élément civilisateur que l'on ne saurait dédaigner. A ces divers titres, monsieur le directeur, vous vous inté- ressez depuis longtemps déjà aux manifestions artistiques de l'Orphéon français et aux vaillantes initiatives d'Eugène Delaporte; vos sympathies retrouveront cetie année les sociétés chorales de France à Beaucaire, à Nîmes, à Besançon, à Saint-Dizier. Veuillez agréer, monsieur le directeur, l'expression de mes sentiments distingués. Em. Mathieu de MONTER. BEVUE DES THÉÂTRES. Gymnase : reprise des Favx bonshommes. — Vaudeville : reprise de la Vie de Bohème et de la Tentation. — Palais-Royal : L"s Mémoires de Mi mi- Bamboche, roman en cinq chapilres mêlés de couplels, par MM. Eugène Grange et Lambert Thiboust; iou-yo po, vaudeville de MM. Delacour et Adolphe Choler. — PoitTE-SAiNT- Maktin : reprise des Étudiants, de Frédéric Soulié. La température anormale dont nous sommes affligés a tellement pris au dépourvu tous nos théâtres , que c'est tout au plus si, dans l'espace de trois semaines, ils nous ont offert une seule nouveauté de quelqueimportance. Chaque année, à pareille époque, les directeurs goû- tent les plaisirs de la villégiature, les comédiens vont en vacances, et les auteurs prennent les eaux. Il est si bien reconnu qu il n'y a rien à faire contre les ardeurs de la canicule, que chacun tire de ton côté, et que, s'il survient un dérangement subit dans l'ordre des saisons, per- sonne n'est a son poste pour en profiler. C'est précisément ce qui ar- rive aujourd hui ; le public ne demanderait pas mieux que de passer ses soirées au spectacle ; mais, à peu d'exceptions près, que fait-on pour l'y attirer? Les pièces nouvelles manquent presque complète- ment sur la place, et, faute de mieux, on a recours à des reprises. Le Gymnase emprunte les Faux bonshommes au répertoire du Vaudeville, et tout l'attrait de celte exhumation repose sur la compa- raison à établir entre les interprètes des deux théâtres. Sous ce point de vue les avis sont assez partagés ; nous n'interviendrons pas dans le débat. La comédie de MM. Barrière et Capendu a pris rang désor- mais parmi les meilleures de l'époque contemporaine» Son effet ne pouvait être douteux au Gymnase, pas plus qu'au Vaudeville, et nous nous bornerons à constater qu'en dépit de la différence du jeu des ar- tistes, le succès a été le même au boulevard Bonne-Nouvelle qu'à la place de la Bourse. — Le Vaudeville a repris la Vie de Bohême, cetle autre comédie modèle, qui restera une des plus remarquables esquisses des mœurs de notre temps. Les représentations de cette pièce, dont on a d'ail- leurs abusé depuis les Variétés, ont été bientôt interrompues pour la rentrée de Brindeau dans la Tentation, où cet ancien sociétaire de la Comédie-Française a joué le rôle de Gontran, créé parLafont. Malheu- reusement l'ouvrage de M. Octave Feuillet n'a pas conservé , beau- coup plus que celui de M. Henri Murger, le don d'attraction qu'il avait dans sa nouveaulé, et ce n'est pas avec des reprises de ce genre que le Vaudeville bénéficiera des faveurs inespérées dont le ciel se montre prodigue en pure perte. — Au nombre des prévoyants, nous rangerons le Palais-Royal, qui n'a eu pourtant d'autre mérite que de spéculer à propos sur un des plus grands scandales du jour. Nous ne comprenons pas, à vrai dire, tout le bruit qui s'est fait à l'occasion de cette baladine que l'on nomme Rigolboche. Mais enfin il existe, et, si nous ne craignions pas de nouslaisser entraîner un peu loin dans u e voie des plus sca- breuses, nous prouverions peut-être que l'autorisation donnée à une scène du boulevard de produire en public cette demoiselle est la principale cause de sa célébrité. Aussi longtemps que l'éclat de ses triomphes chorégraphiques eût été circonscrit dans l'enceinte du Casino Cadet, pas un biographe n'eût songé à écrire des Mémoires, et à étaler sa disgracieuse photographie aux vitrines de tous nos libraires. Elle fût resLée l'idole d'un petit cercle de gandins idiots, et son nom serait encore inconnu, à l'heure qu'il est, aux trois quarts des innom- brables badauds de l'asphalte, qui manipulent ces sortes de réputa- tions. Les Délassements -Comiques ont donc enfanté les Mémoires de Rigolboche ; deux jeunes auteurs ont protesté chaleureusement, en publiant une brochure intitulée : A bas Rigolboche , mais leurs voix impuissantes n'ont pas empêché le Palais-Royal d'afficher, à son tour, les Mémoire de.... Mimi Bamboche, pseudonyme transparent à travers lequel resplendit l'auréole de la trop fameuse acrobate. Passe encore si cette pièce eût été la satire de Rigolboche et de ses stupides admi- rateurs; mais loin de là: le Roman en cinq chapitres, de MM. Eugène Grange et Lambert-ïhibousi n'est autre chose que la glorification d'une femme qui, par dépit amoureux, dispute la palme des bals publics à une rivale, monte sur les planches, fait faire ses mémoires, et finale- ment ramène son infidèle, sans cesser un seul instant de mériter le prix de vertu. Etait-ce bien la peine de se placer sous l'invocation de sainte Rigolboche pour aboutir à une pareille banalité ? Ce n'est pas notre avis, mais c'est, sans doute, celui de la direction du Palais- Foyal, qui a, dit-on, rencontré une mine d'or dans les Mémoires de Mimi Bamboche. Convenons, du reste, que Mlle Schneider est char- mante dans le principal rôle, qu'elle danse fort agréablement, et qu'elle chante avec beaucoup de goût les airs nouveaux de M. Sylvain Man- geant. On joue au même théâtre une facétie chinoise assez plaisante, sous le titre excentrique de Fou-yo-po. Il s'agit de deux Parisiens tombés, on ne sait comment, dans une famille de braves mandarins qui les font voir à leurs compatriotes pour de l'argent, sans qu'ils s'en dou- tent. Les Parisiens finissent par découvrir le pot aux roses, et se vengent en enlevant deux Chinois auxquels ils se proposent d'infliger la peine du talion dans leur patrie. L'idée de cette bouffonnerie est suffisamment drôle et justifie l'accueil favorable qu'on lui a fait. — Le drame des Etudiants, par Frédéric Soulié, a été représenté pour la première fois à l'Ambigu il y a une quinzaine d'années, et est resté pendant fort longtemps au répertoire de ce théâtre. Une action intéressante, égayée par de nombreux rôles comiques, une interpréta- 270 REVUE ET GAZETTE MUSICALE tion brillante, plusieurs airs de M. Artus devenus populaires, telles étaient les qualités qui firent alors le succès de cette pièce. A la Porte-Saint-Martin, où l'on vient de la reprendre, l'effet n'a pas en- tièrement répondu à ce qu'on était en droit d'attendre de ses antécé- dents. Mais peut-être la faute en est-elle à la distribution, qui, sous bien des rapports, a semblé inférieure à celle du théâtre voisin. Néanmoins, si cette reprise ne peut être comparée à celle de la Clo- scrie des genêts, dont les recettes ont été productives, elle fournira une carrière assez longue pour donner le temps à la célèbre féerie du Pied de mouton, revue et corrigée , d'entrer en ligne avec toutes ses merveilles. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. „,*,, Au théâtre impérial de l'Opéra, Sémiramis a été jouée lundi et ven- dredi ; la salle était comble à la dernière représentation; les deux sœurs Marchisio, familiarisées aujourd'hui avec leur public, montrent beaucoup plus d'assurance, et les belles qualités qu'elles possèdent se révèlent de jour en jour davantage. Le magnifique duo d'Arsace et de Sémiramis est toujours bissé avec acclamation. — Pierre de Méiicis a été donné mercredi devant une nombreuse et brillante réunion. — Robert le Diable avec Mme Vandenheuvel-Duprez et Mlle Marie Sax sera représenté vendredi prochain ou le lundi suivant. *** Rog3r a fait ses adieux mercredi au public de l'Opéra-Comique dans la Dame blanche. A la représentation précédente de cet opéra, donnée devant une salle comble, le célèbre chanteur avait été l'objet d'une manifestation des plus flatteuses à laquelle il avait dû céder en promettant de jouer une fois de plus avant son départ pour Bade. C'est par ce rôle de Georges, dans lequel il avait su retrouver tout le charme et le talent de ses premières années, qu'il a pris congé du nombreux auditoire accouru pour l'entendre. Jamais triomphe n'a été plus complet, et l'idée d'avoir ramené Roger au berceau de ses premiers succès doit être comptée à M. Beaumont comme un acte d'habile admi- nistration. — Jeudi; la Fille du régiment, chantée par Mme Ugalde et Jourdan, avait attiré beaucoup de monde.— Vendredi, Carré continuait ses débuts dans Haydée. Nous avons retrouvé chez cet artiste les qualités que nous lui connaissions, fortifiées par l'expérience; il a montré beau- coup de distinction clans le rôle sympathique de Lorédan. Sa voix est agréable et il la conduit avec beaucoup de goût. La scène du songe a été bien détaillée ; l'air de bravoure : Elle est d toi 1 a été dit avec cha- leur, et en somme M. Carré a réussi. — La reprise du Petit chaperon rouge aura lieu cette semaine. — Incessamment la comédie d'Uau- teroche , Crispin médecin , dont la représentation avait souffert des difficultés maintenant aplanies ; le titre seul sera changé, et Couderc remplira le rôle du médecin. ,.*„, Mme Miolan-Carvalho est de retour à Paris. La célèbre cantatrice va partir pour Spa où elle est attendue ; elle se rendra ensuite à Bade et de là à Berlin pour remplir les divers engagements qu'elle a con- tractés. *** On se préoccupe déjà, de la future saison italienne ; on sait que si Tamberliclc. ne revient pas, Mario a été engagé pour les six der- niers mois, et Pancani pour mars et avril. Graziani, Gardoni, Badiali, Zucchini, Angelini ; Mmes Alboni, Penco, Marie Battu, reviennent et com- poseront un ensemble des plus complets. — La Sonnambula ouvrira la saison, et la semiramide, interprétée par Mmes Alboni, Penco et Ba- diali, offrira un point de comparaison piquant avec la sémiramis de l'Opéra. — Le Mariage secret, 1 Italiana in Algieri, opéras dont la courte durée ne remplit pas suffisamment la soirée, seront renforcés par des ouvrages en un acte pris dans l'ancien répertoire italien. On voit que M. Calzado ne néglige rien pour satisfaire ses abonnés et pour s'assurer une fructueuse récolte. *** Les deux grandes séances de l'Orphéon de la ville de Paris auront lieu aujourd'hui, 29 juillet, et dimanche prochain 5 août, dans la salle du Cirque Napoléon, sous la direction de MM. François Bazin et Pasde- loup, directeurs de l'enseignement du chant dans les écoles communa- les. Voici le programme de la première séance : Première partie : 1" Veni Creator, de Bezosi ; 2° le Médecin Tant-Mieux et le Médecin Tant- Pis, de F. Bazin; 3° Angélus, de Papin ; i° la Garde passe (voix d'hom- mes), de Grétry; 5" 0 salutaris, d'Auber; 6° le Couvre-feu, de F. Halévy. Deuxième partie : 1" .Invocation, de Pasdeloup ; 2° le Printemps (voix d'hommes), de Von Callo ; 3° les Vendanges , d'Orlando de Lassus ; t\° Faust (voix d'hommes), de Gounod ; 5" Cantique, de Haydn ; Vive lEmpereur: de Gounod. *** Il y a quelques jours, on a entendu dans le concert de Mlle Vie- ning, une jeune pianiste, élève de M. Lecouppey, et connue par ses succès au Conservatoire. Mlle Remaury a exécuté avec beaucoup de verve et de brio le concerto de Hummel et la tarentelle de Stephen Heller; ce dernier morceau a été bissé chaleureusement, et la jeune artiste a été rappelée avec enthousiasme. ,.** Le concours instrumental et vocal des élèves du conservatoire de Milan a eu lieu le 8 juillet; les journaux signalent comme s'étant fait particulièrement remarquer, Mlle Weismann, contralto, qui a chanté V Exilé de Grenade, de Meyerbeer, et le grand air de la Semiramide. *** Un des premiers effets du régime constitutionnel octroyé à Naples par le roi, a été de rendre au répertoire du théâtre San-Carlo plus de la moitié des opéras italiens interdits antérieurement par la censure. En outre, le corps de ballet s'est empressé d'en profiter pour se débarras- ser des affreux caleçons verts qui faisaient le désespoir des célébrités chorégraphiques. Aussi tous les soirs les sylphides de San-Carlo sout- elles accueillies par de frénétiques applaudissements. — La direction a engagé pour la saison prochaine le ténor Pancani, Negrini, Colletti, la Steffenone, la Vera-Lorini et la première danseuse Mlle Boschetti. *■%. L'appareil vocal, dans l'homme, est d'une délicatesse extrême et d'une excessive susceptibilité; de là les affections nombreuses, plus ou moins graves, qui attaquent ce précieux organe chez les personnes que leur position astreint à en faire un plus fréquent usage. C'est donc rendre un véritable service aux prédicateurs, aux orateurs, aux pro- fesseurs, aux chanteurs, à tous ceux qui ont l'habitude de parler ou de chanter en public, que de leur signaler les pastilles du docteur Ed- mond, dont l'efficacité souveraine a été reconnue par les sommités mé- dicales pour préserver ou guérir de l'aphonie, *de l'enrouement, de toute altération de la voix, quelle qu'en soit la cause, et qui rendent presque immédiatement à l'appareil vocal sa sonorité, sa pureté et toute sa fraîcheur. »% Jeudi a été exécutée au Concert Musard l'ouverture d'Olympie, de Spontini. Ce morceau, que les amateurs ont eu rarement l'occasion d'en- tendre à Paris, offrait un vif attrait de curiosité ; on y retrouve le grand style de l'auteur de la Vestale, et l'orchestre de Musard, auquel Mme Spontini avait bien voulu donner les indications nécessaires, l'a admirablement interprété ; il a produit le plus grand effet, et il faut féliciter le jeune et habile chef d'orchestre d'en avoir enrichi son répertoire. La Marche turque de V Enlève ment au sérail, orchestrée par Pascal, le Quadrille de Mustafa, les solos de Legendre, de Moreau, de De- merssmann, sont applaudis chaque soir ; aussi les concerts des Champs- Elysées continuent-ils à attirer l'élite de la société parisienne. „*,, Mardi prochain 31 juillet, en l'église de Saint-Eugène, aura lieu, à dix heures très-précises, un service de bout de l'an célébré pour le repos de l'âme d'Aug. Panseron. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. **„ Lyon, 23 juillet. — Une société d'artistes. et d'amateurs s'était réunie dernièrement dans les salons de, M. Prost pour entendre quelques morceaux de musique de chambre de M. E. Albert, compositeur, venu de Paris, et dont les œuvres s'adressent particulièrement aux exécutants pour qui celles de Mozart, Beethoven et autres grands maîtres offrent de trop grandes difficultés. Le succès qu'a obtenu M. Albert le décidera sans doute à venir cet hiver organiser ici un concert important. Jîn attendant, il va se faire entendre à Montpellier, Cette, Avignon et Mar- seille. „% Bordeaux. — Le comité d'administration de la Société Sainte- Cécile, sur le rapport du jury du concours d'opéra-comique, a, dans sa séance du 19 juillet, décerné le prix à MM. de Bruge et Montcavrel, auteurs de la pièce intitulée : Une Aventure sous la Ligue. Un avis ulté- rieur fera connaître les conditions du concours musical, qui sera très- prochainement ouvert. „,*„, Nice. — Nous avons possédé pendant quelques jours un jeune compositeur dont les œuvres musicales jouissent en Italie et en France d'une juste renommée. M. Pierre Perny, dont le nom indique l'origine française, retrouve la patrie de ses pères par la réunion de Nice à l'Em- pire. Parmi les nombreux ouvrages qu'il a publiés en France, en Alle- magne et en Russie, on a beaucoup remarqué sa marche triomphale intitulée : Guerre et Victoire, composée â la suite de nos triomphes en Italie, et dédiée â S. M. l'Empereur Napoléon III. Un hymne national, publié en 1848, fut la première révélation du talent de M. Perny. dont les autres compositions n'ont pas démenti les brillantes espérances que ce début avait fait naitre. CHRONIQUE ETRANGERE „*„ Lon Ires, 23 juillet. — Au théâtre de Sa Majesté , Mme Cabel a continué, dans la Fille du régiment , le succès qu'elle avait obtenu dans l'air de l'Ombre du Pardon de Plo'ermel. On a trouvé qu'elle donnait au DE PARIS. 271 personnage de Marie un caractère de vivacité spirituelle et gracieuse qui contraste avec la tournure un peu irop hardie et soldatesque de Mlle Pic- colomini, sa devancière dans ce rôle. Belart et Ciampi sont très-bien placés à côté d'elle dans les rôles de Tonio et de Sulpice. Mongini, qui avait terminé son engagement, a dû être rappelé par le directeur, M. Smith, pour continuer les représentations d'Oberon, qui ne marchait plus sans lui. — Le Prophète et les Huguenots ont alterné au théâtre de Covent-Garden avec tout le succès possible. Après Martha on a joué Ri- goletto, et Mme Carvalho-Miolan a dû s'essayer dans le rôle de Gilda. — Un grand concert, composé d'un choix de morceaux et de l'Orphée, de Gluck, a été donné récemment; ce qu'il y avait de mieux, c'était l'ou- verture d'Oberon et le serment de Guillaume Tell , exécuté par Tamber- lick, Lucchesi, Polonini. Tagliafico, Patriossi, Faure, l'orchestre et les chœurs. — Le 31 juillet doit avoir lieu, au jardin de Surrey, un grand concert au bénéfice de la veuve de Jullien. Les talents les plus distin- gués de Londres, et MM. Jules Lefort et Engel participeront à eette bonne œuvre. $% Bade. — Mlle Marie Battu n'est pas accueillie ici avec moins de sympathie qu'au théâtre Italien de Paris. Dans les deux concerts pour lesquels elle avait été engagée par M. Benazet, avec MM. Vieuxtetnps et Jacquart, et qui ont eu lieu les 12 et 19 juillet, e'ie a chanté les cavati- nes de la Sunnambula et de Rigoletto , le grand air des Puritains et le rondo final de Cenerentola. Ce dernier morceau lui a valu une ovation telle que M. Benazet l'a engagée pour un troisième concert où elle devra le redire. La princesse Marie de Bade, duchesse Hamilton, a voulu en- tendre chez elle la jeune cantatrice, ainsi que Vieuxtemps; elle lui a demandé le (inale de la Sonhambula et quelques romances françaises. Là encore, son succès a été aussi grand que le permettait l'étiquette dans un salon rempli de tètes couronnées. — Le corps de musique de la garnison prussienne de Iîastadt, lequel a été réorganisé par le chef de musique Wieprecht, donne des concerts très-suivis devant la Conversation. Récemment il y a fait entendre le Réveil du lion, par Kontsky ; la Chasse, de Stephen Ileller ; la Marche cosaque, de Wehle, et pour le bouquet, la Schiller Marsch, de Meyerbeer. Ces divers morceaux ont été arrangés pour musique d'harmonie par M. Wieprecht. — Voici les noms des prin ■ cipaux ai-tistes qui doivent être entendus cette année aux concerts de Bade : Sivori, Piatti, Cossniaim, vieuxtemps, Sighicelli, Batta, Mlle Oc- tavie Caussemille, Mlle Labeda, Mlle Guiaud ; Roger, Bussine; Mme Car- valho, Mlle Battu, Mlle Marimon ; Mlle Litschner; Vivier, Renard, Bon- nehée ; Mlle Monrose ; Jacquard, Sainte-Foy, etc., etc. „,% spa.— Au concert du 16, M. Laub, violoniste allemand, a fait applaudir un talent des plus remarquables. A M Laub vont succéder MmeMiolan-Carvalho et M. Jehin Prume notre compatriote, violoniste, dont les»succès en Russie, en Allemagne et en Belgique ont été des plus brillants. Le contingent du mois d'août n'est pas moins riche : il compte sept fêtes, sept concirts, pourrions-nous dire, dont l'un est donné par Vivier, le célèbre corniste. Celui-ci aura lieu dans le grand salon de la Redoute. Des six autres, deux se donneront également à la Redoute ; quant aux quatre derniers, ils auront pour théâtre la Place-Royale, la promenade des Sept-IJeures et la Géronstère. *% Arnheim. —La Société pour l'encouragement de la musique orga- nise un festival pour les 9, 10 et 11 août. Premier jour : symphonie de Verhulst; Sa/nson, de Haendel. Deuxième jour: ouverture et chœur de Lucifer, tragédie de Vondel, par J.-A. Van.F.yken; Loreley, deHiller; Etie au mont Oreb, par Coenen ; hymne, par Mendelssohn. Troisième jour : psaume 84, par Verhulst, et septième symphonie de Beethoven. L'orchestre sera dirigé par Verhulst. „,% Vienne. — Outre les pièces nouvelles : Dinorah, de Meyerbeer ; Aima, de M. Loevve, etc., que le théâtre de l'opéra de la cour doit repré- senter pendant la saison, on remettra à la scène: Orphée, de Gluck; les Mousquetuires de la Reine, d'Ilalévy ; l'Enfant prodigue, d'\uber. M. Dessof, de llesse-Cassel, a été engagé comme maître de chapelle, en remplacement de Stegmayer. Pour le 22 juillet, on annonce les Hugue- nots : Mme Harriès-Wippern, du théâtre royal de Berlin, qui est ici en représentation, chantera le rôle de Marguerite. „*„ Berlin. — Le théâtre de l'Opéra de la cour rouvrira le 2 août par Aladin. — Le succès d'Orphée aux Enfers, par Offenbach, se soutient au théâtre Frédéric-Wilhelmstadt. — La saison d'opéra, sous la direction de M. Meswadba, a commencé le 6 mai : jusqu'au 18 juillet, on a donné : Martha, six fois; Straâella, neuf fois; Freischiitz, six fois ; Czar et char- pentier, quatre fois ; le Maçon, d'Auber, deux fois, etc.; en tout, quarante- neuf représentations dans l'espace d'un peu plus de deux mois. 4% Gênes, 23 juillet. — Une belle symphonie, intitulée la Chasse, et dont l'auteur est M. le comte Graziani, faisait partie du concert donné au théâtre Paganini, et dans lequel on a exécuté avec tant de succès l'ou- verture de Dinorah, de Aleyerbeer. Quoique venant après ce chef-d'œuvre, la Chasse a produit aussi un effet remarquable. „■% Saint-Pétersbourg. — Afin de mettre la direction de sa chapelle et celle des théâtres impériaux en mesure d'adopter le diapason nor- mal, Sa Majesté l'empereur vient de confier à M. le général Lvoff une somme de 45,000 fr. pour la réparation des vieux instruments de l'orchestre et l'achat d'instruments nouveaux reconnus indispensa- bles.— L'automne prochain, sera représenté l'opéra dramatique en deux actes que M. Villebois avait achevé dès 1834 et qui a pour titre Natarcha, ou les Brigands du Volga, paroles de Krestovsky. M. Villebois prépare également une collection de chansons russes au nombre d'environ cent, dans leurs mélodies originales, qu'il se propose de publier pro- chainement. Le jeune Taborovsky, parti il y a quatre ans pour Bruxelles, afin de se perfectionner dans l'étude du violon, sous la direction des professeurs Léonard et Oamcke, vient de rentrer à Saint-Pétersbourg après avoir obtenu le premier grand prix au concours du Conservatoire. Taborovsky a donné sur sa route des concerts à Cologne, à Berlin et dans d'autres villes d'Allemagne, et il y a obtenu les suffrages des critiques les plus sévères. — S. Exe. M. de Sabcurolf a commandé au célèbre facteur Debain un orgue pour notre grand théâtre— Nous attendons incessam- ment le retour de la Rosati, qui va se mettre en route de Paris pour les études du ballet par lequel elle doit faire sa rentrée. — Les diamants de la danseuse, Mlle Frieclberg, pour la restitution desquels une récom- pense de 500 thalers avait été promise l'année dernière, ont été trouvés dans une boîte à allumettes saisie chez un nommé G..., arrêté récem- ment à Mulheim, où il faisait partie d'une bande de voleurs exploitant les chemins de fer. L'or avait été fondu. AVIS. MM. les Directeurs de théâtre sont informés que la Grande Par- tition et les Parties d'Orchestre du Bornait «î'EKviire , opéra- comique en trois actes, paroles de MM. Alexandre Dumas et de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas, viennent de paraître chez MM. G. Brandus et S. Dufour, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au 1". Le Directeur : S. DtIFOUn . P1UX ACCOIIDÉ A l'unanimité A l'exposition UNIVERSELLE DE LONDRES 3 851. l'oui'iiiNKpiir des Ministères S S Ci-devant rue du Caire, 21. MÉDAILLE D'ARGENT DE lrc CLASSE A l'exposition universelle de PARIS 1855. Facteur fin Conservatoire et «le l'Académie înipcriiilc de Paris. Agent à Saint-PiHersbourg : A. BOTTNER, Perspect. Pvewsky, maison de l'église St-Pierre. La maison ANTOINE COURTOIS ayant agrandi ses ateliers, est en mesure de satisfaire à toutes les demandes qui pourront lui être adressées; elle garantit héellement à sa clientèle des instruments irréprochables sous tous les rapports. 272 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Publiée par G. BRANDUS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au Ie MUSIQUE DE PIANO NOUVE Brassin (L.). Air varié (2e morceau de salon) de Vieuxtemps, transcrit 9 » Badarzewska . La Prière d'une Vierge, arrangée pour le piano à quatre mains 6 » Uolmetsch. Op. 49. Transcription de la Berceuse du Pardon de i'ioërmel 7 50 Ileller (Steplien). Op. 94. Tableau de genre 7 50 Iles» (Charles). Op. 60. Bouquet de mélodies du Roman d'Eloire 7 50 Kettcrer. Op. 64. Fantaisie-Transcription sur le Roman oV Elvire 7 50 •laell . Ombre létjère, air du Pardon de Ploërmel, caprice valse 7 50 — Transcription du chœur d'enfants du Prophète 6 » — Le Carillon, morceau élégant 7 50 Longuevîlle. Fantaisie dramatique sur Stradella, de Flotow .. 7 50 Slcndelssnhn . La Fileuse, romance sans paroles 5 » Meyerneer. Polonaise pour piano, extraite du 2e entr'acte de Struensèe 7 50 — Schiller-iVarsch, arrai/gée pour le piano par Chariot 7 50 — — à 4 mains par E. Wolff. 10 » Ylolff (E.) Deux chansons polonaises 7 50 — Duo a quatre mains sur Stradella, de Flotow 10 » Hliisard. Valse-Bolero sur Pianell i, de Flotow (ornée du portrait photographié de Paul Legrand dans le rôle de Scapin)... 5 » Arban, Marx, et Ettifng. Quadrilles et polka sur le Roman d'Elvire h 50 Strauss. Valses sur le Pardon de Ploërmel (3e édition) 5 » lie 1er août sera mise en vente la NOUVELLE SÉRIE DE 50 NUMÉROS DE Ejm Lyre M^rtënçeëêse Choix d'Airs d'opéras. Duos, Romances, etc., sans accompagnement de Piano. Format in-8°. Edition populaire. Chaque n° : 25 cent. CHEZ G. BRANDUS ET S. DUFOUR, ÉDITEURS, 103, RUE DE RICHELIEU, AU 1". ALllil/HoIi oAÀ brevets d'invention et de perfectionnement . Instruments Saxomnitonique». Invention à la- quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con- sacré la plus belle page dans son iurPOBT officiel (Ins- truments de cuivre), dont voici de courts extraits : " M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments a pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) o La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être résolu le problème d'une justesse paiifaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout delà plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1336.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Bue d'Abbeville, 5 bis, près la place Lafayette, à Paris. MAISON H. HERZ piLn^T i^rZTàe lî Victoire, à Paris. « A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le n* 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par urre supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28. „ Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 1)0 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. » A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac cordé, A l'unanimité, à cet artiste industriel, te premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la qualité du son. » {Extrait dit rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) En vente chez A. IKELMER et C, éditeurs, 11, rue Rougemonl. MUSIQUE DE CHANT MANGEANT. Les Befrains baroques, ronde 2 50 La Plaine des Vertus, ronde 2 50 HIGNARD. Le Nouveau Pourceauynae , partition in-8°, pour piano et chant net 6 » Romances^pour pensionnats. BLANCHARD. Dodo, l'enfant do, romance 2 50 Entrez dans la danse, romance 2 50 Je vous vends mon corbillon, chansonnette 2 50 Madame est sur la sellette, id. 2 50 eon vole, valse-cliansonnette 2 50 Petit bonhomme vit encore, chansonnette. 2 50 Les Maisonnettes, id. 2 50 Monsieur Jeudi, id. 2 50 Fi, le gourmand, id. 2 50 Ecs Jours gras de Madame. Quadrille pour piano, par SYLVAIN MANGEANT. A 2 moins U 50 — .-1-1 mains. ..... 4 50 Pour orchestre 9 » OftïTFÏ Ï"FA facteur de pianos. Médaille d'or, ûUUlIiLlU Exposition 1849; Médaille de V classe Exposition universelle 1855. Spécialité de pia- nos pour l'exportation. Cette maison a obtenu, depuis 1834, a toutes les Ex- positions, des récompenses méritées par l'excellence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est justement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne laisse rien à désirer sous le dou- ble rapport de la quantité et de la qualité du son. fSag'asin, rue .lloiilmarl re, 161. 1" médaille d'or Exposition nationale française de 1849. DÉCORATION DE LA LÉGION D HONNEUR Exposition de 1849. 11Q médaille d'argent Exposition nationale française de 1844- -o-S>S-<>- MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS FONDÉE A PAr.IS EN 1843 PAU Exposition nationale belge de 1841. DÉCORATION DE LA COURONNE DE CHÊNE de Hollande (1845). Grande médaille d'or du Mérite de Prusse (1846). Fadeur de la Maison militaire de l'Empereur. RUE SAINT -GEORGES, 50 ■*»©«- Seule gi-aude médaille d honneur à l'Exposition universelle de Paris («855). —Seule grande médaille (Cntntcil jVSeiltil) à l'Exposition universelle de Londres (1*51). Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale. 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REVUE PRIX DE L'ABONNEMENT: pari3., 24 fr. par an Départements, Uclgique et Suisse — 30 n id. Étranger 34 » id. Le Journal parait le Dimanche. GAZETTE SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra : Robert le Diable, débuts de Mme Vandenheuvel-Duprez et de Mlle Marie Sax. — Théâtre impérial del'O- péra-Comique: reprise du Petit Chaperon rouge, opéra-comique en trois actes, paroles de M. Théaulon, musique de Boïeldieu, par D. A. D. Saint-"ïfTes. — Conservatoire impérial de musique et de déclamation : concours publics. — Orphéon, première séance solennelle au Cirque Napoléon. — Ecole de musique religieuse de Paris. — Nouvelles et annonces. THEATRE IMPÉRIAL DE L'OPERA. Haltère le Sfiaùle. — Débuts de lime Vamlenlieuvel- Daprez et de Mlle Marie Sax. C'était la /|25c représentation du chef-d'œuvre , et il n'y avait pas moins de deux débuts à la fois, celui de Mme Vandenheuvel-Duprez, dont le nom s'entoure d'une double auréole, et celui de Mlle Marie Sax, astre nouveau qui s'est levé tout récemment à l'horizon du théâtre Lyrique pour passer au firmament de l'Opéra. Nous laissons à penser quelle foule se pressait dans la salle et dans ses alentours. Une œuvre nouvelle n'aurait pas excité de curiosité plus vive, d'em- pressement plus général. Disons tout de suite ce que sans doute on a deviné déjà. La fille du grand ténor a remporté une victoire décisive dans le rôle de la prin- cesse Isabelle, créé par Mme Damoreau, continué par Mme Dorus, et, de l'avis des connaisseurs, depuis cette dernière, nulle cantatrice ne l'a rempli avec plus d'éclat, de charme et de talent réel que Mme Van- denheuvel-Duprez. Dans l'air si justement célèbre : En vain, j'espère, elle s'est signalée par un admirable point d'orgue. Au quatrième acte elle a dit l'air de Grâce avec une perfection sans égale; aussi l'a-t-on rappelée à grands cris. Faut-il dire que dans les morceaux d'ensem- ble, dans quelques notes graves la force et l'ampleur lui ont quelque- fois manqué ? Mais qui peut tout avoir ? L'essentiel est de posséder ce qui domine et fait oublier le reste. Chargée du rôle d'Alice, ce rôle qui a servi à tant de débuts heu- reux, Mlle Marie Sax, qui a fait de notables progrès, y a paru de ma- nière à donner, pour l'avenir, de grandes espérances. Sa voix est richement timbrée, sympathique ; elle n'a besoin que d'un peu d'ex- périence pour en ménager les ressources, en régler les effets. Somme toute, c'est une acquisition excellente, dont notre première scène lyrique doit tirer un merveilleux parti. Elle a été rappelée à la chute du rideau. Le rôle de Robert a toujours été le plus beau du répertoire de Gueymard, qui s'y est montré vendredi en pleine possession de sa voix puissante et dramatique ; Belval ne s'est pas moins bien acquitté du rôle de Bertram, et Mlle Zina Richard, à peine arrivée de Londres, a bien vite revêtu la robe de l'abbesse qui se réveille à la voix d'un damné pour se livrer encore une fois au plaisir : impossible de saisir l'occasion avec plus de charme et de légèreté. Pour cette représentation, qui avait tout l'air d'une reprise, presque tous les costumes avaient été renouvelés, en attendant qu'on renouvelle aussi les décors, et il faut se hâter, si l'on veut arriver avant la 500e représentation, laquelle, selon toute probabilité, ne se fera pas longtemps attendre. R. THEATRE IKPÉRIAL DE L'OPÉRA-COMIQUE. ME PETIT CHAPEKOIV BOUGE, Opéra-comique en trois actes, paroles de M. Théaulon, musique de Boïeldieu. (Reprise le jeudi 2 août 1860.) Enfin a eu lieu celle semaine la représentation du Chaperon de- puis fi longtemps promise. Préparée par les soins de M. Roqueplan, à qui en revient l'idée, elle a été retardée successivement par les pre- miers travaux de la nouvelle direction, puis, dans les derniers jours, par une indisposition de Crosti. Du reste M. de Beaumont a utilisé ces longs délais d'une façon assez méritoire pour qu'on ne lui en fasse pas un reproche. Boïeldieu venait d'entrer à l'Institut, on remplacement de Méhul, lorsqu'il fit la musique du Vêtit Chaperon rouge, représenté le 30 juin 1818; aussi a-t-on dit de cet opéra que c'était son discours de réception. Jusque-là sa vie artistique avait été fort active ; le Cha- peron avait été précédé d'assez près par Jean de Paris, la Fête du village voisin et le Nouveau seigneur. Mais à compter de ce moment, soit qu'il fût fatigué, soit qu'il se recueillît devant l'invasion des formes nouvelles, il ne travailla plus avec la même assiduité. Il mit douze ans à composer les Voilures versées, la Dame blanche et les Deux nuits. Si donc, en empruntant une expression plus spécialement consacrée aux peintres, la première manière de Boïeldieu se termine à son départ pour la Russie , le Chaperon peut être consid comme le point culminant de sa seconde manière, et, à ce titre, il mérite tout l'intérêt qui va s'attacher à cette reprise. 274 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Le grand succès de la Cendrillon, de Nicolo, antérieure de quelques années au Chaperon, n'a certainement pas été étranger à l'idée de transporter aussi ce dernier sur la scène. La mode était alors aux contes de Perrault, et il eût été bien surprenant que l'une de ses affa- bulations les plus charmantes et les plus populaires échappât à la main des arrangeurs. 11 est vrai qu'il y a dans ce conte une plus forte dose de naïveté enfantine que dans tous les autres, et qu'il n'offre pas les ressources dramatiques qui se rencontrent par exemple dans Cendrillon. Il ne fallait pas moins que l'esprit inventif de Théaulon, un auteur de la bonne roche, pour tirer trois actes d'une donnée aussi puérile, et encore n'en est-il pas venu à bout sans peine. Le petit chaperon a été transformé par lui en un talisman prolecteur de la vertu, auquel il a opposé un anneau magique, autre talisman, falla- cieux artisan de séduction. La mère-grand a fait place à un bon er- mite quelque peu sorcier, et le loup est devenu un coureur d'aven- tures à la façon de Joconde. Mais ici la substitution était indiquée par la moralité de Perrault dans laquelle on voit Que les jeunes enfants, Surtout de jeunes filles, Belles, bien faites et gentilles, Font très-mal d'écouter toutes sortes de gens ; Et que ce n'est pas chose étrange S'il en est tant que le loup mange; Je dis le loup, car tous les loups Ne sont pas de la même sorte. Il en est d'une humeur accorte, Sans bruit, sans fiel et sans courroux, Qui, privés, complaisants et doux, Suivent les jeunes demoiselles Jusque dans les maisons, jusque clans les ruelles. Mais, hélasl qui ne sait que ces loups doucereux De tous les loups sont les plus dangereux? Le baron Rodolphe est justement de cette espèce, et lorsque, re- vêtu du froc de l'ermite, il adoucit sa voix pour dire à Rose-d' Amour: Tira la bobinelte, la chevillette cherra, on est bien près de prendre au sérieu-t le fameux dialogue : « Ma mère-grand que vous avez de grandes dents! — C'est pour te manger » Heureusement le véritable ermite intervient assez à propos pour empêcher le méchant loup de manger le petit chaperon, et le "conte amendé par Théau- lon, se dénoue par le mariage de Rose-d'Amour avec le comte Roger qui s'est fait aimer d'elle sous le nom d'Alain, berger portant une houlette et un chalumeau. Grâce à la musique de Boïeldieu, grâce surtout h la manière dont elle était interprétée, cette féerie primitive, habillée à la vieille mode, a brillé dans son temps d'un certain éclat, et, pendant bien des années, a occupé un rang très-distingué au répertoire de l'Opéra-Cbmique. A cette époque, les principaux rôles étaient tenus par Martin, Ponchard, Lesage, Mmes Gavaudan, Boulanger et Desbrosses, c'est â-dire par les meilleurs artistes dont ce théâtre ait conservé la mémoire depuis le commencement du siècle. Le personnage du baron Rodolphe était si bien approprié au talent et au goût de Martin, qu'il le choisit pour un de ses rôles de rentrée, en 1832, quand il fit une dernière appa- rition sur la scène qui lui avait valu tant et de si beaux triomphe?. Après Martin, nous ne nous souvenons pas d'avoir vu le baron Ro- dolphe joué par personne que par... Couderc, oui vraiment, Cou- derc qui l'avait pris pour ses débuts, et qui y préludait à son prochain et éclatant succès du Chalet. Aujourd'hui, il faut bien en convenir, le Chaperon a perdu, en partie, les attraits qu'il avait autrefois, et cependant, ainsi que nous l'avons dit en commençant, nous ne saurions blâmer MM. Roqueplan et de Beaumont d'avoir songé à nous le rendre. La partition de Boïeldieu, quoique fort loin de la Dame blanche, des Voitures versées et même de quelques-unes des œuvres qui les ont précédées, n'en est pas moins bonne à entendre. On y trouve, comme dans tous les opéras du com- positeur rouennais, de délicieuses mélodies, de très-gracieux motifs, et, de plus, on y peut constater, en remontant à ses premiers ouvra- ges, les progrès immenses qu'il avait accomplis dans l'art de faire servir l'harmonie à la réalisation de ses idées ; son orchestre y est plus nourri, et le dessin des accompagnements y est mieux disposé ; c'est la préface de la Dame blanche. Si la reprise du Chaperon n'a pas répondu complètement à l'effet qu'on était en droit d'en attendre, il ne faut donc pas en accuser Boïeldieu. Avant de remonter cet opéra, la direction aurait peut-être dû consulter davantage les éléments dont elle pouvait s'entourer. En dehors de toute comparaison, et selon leur mérite personnel, les artis- tes qui ont concouru à cette reprise sont, à coup sûr, très-capables de rendre de bons services. Mais sont-ils tous à leur place dans le Chaperon ? Crosti, plein de zèle et d'excellentes intentions, possède en outre une fort jolie voix de baryton. Ce n'est pas sa faute si le temps lui a manqué pour acquérir l'expérience nécessaire à l'interprétation du rôle de Rodolphe, et s'il n'a pu faire oublier que ce rôle a été écrit pour la voix exceptionnelle de Martin. Néanmoins, il a plus d'une fois obtenu des applaudissements mérités, notamment dans l'air : Anneau charmant, si redoutable aux belles, dans les deux duos du deuxième acte, et dans celui du troisième, où il a chanté avec infiniment de goût les délicieux couplets : Robert disait à Claire. Mme Faure-Lefebvre , qui faisait sa rentrée par le rôle de Rose- d'Amour, est plus près de la tradition. Elle a du charme, de la finesse; mais si elle n'y prend garde, elle laissera gâter ses qualités louables par un peu trop d'afféterie. Sous le rapport du chant , nous n'avons rien à lui reprocher ; nous lui devons même des compliments sincères pour l'esprit et la grâce avec lesquels elle a dit la fameuse ronde : Depuis longtemps, gentille Annette, ainsi que son duo du deuxième acte avec Rodolphe. Quand il n'y aurait dans le rôle du comte Roger que la suave ro- mance : Le noble éclat du diadème, pour faire valoir la bonne édu- cation d'un chanteur, cela seul suffirait, et nous devons dire que Warot n'a pas failli à celte occasion favorable. Barrielle est très-convenablement placé dans le personnage de l'er- mite, et Lemaire est fort plaisant sous les traits de Job, le magister. Mme Casimir n'a que quelques mots à débiter ; elle est par consé- quent au-dessus de sa tâche. Quant à Mlle Zoé Bélia, c'est la pre- mière fois que nous la voyons dans un rôle comique ; nous l'enga- geons à prendre des leçons de Mlle Lemercier. Elle chante, du reste, fort gentiment ses couplets : Il m'a demandé le bouquet. En somme, et avec les réserves que nous avons faites, la repré- sentation du Chaperon a marché aussi bien que possible. Tout le monde a fait bravement son devoir, depuis l'orchestre jusqu'aux chœurs, aux danseuses, aux décorateurs et aux machinistes. Les deux ballets du premier et du deuxième actes ont paru bien dessinés, et le rêve de Rose-d'Amour a produit un effet des plus agréables . Quelques jours avant la reprise du Petit Chaperon rouge, nous avons assisté à une représentation des Diamants de la couronne, qui emprun- tait un certain intérêt au début de Mlle Marimon dans le rôle de Catarina. Nous n'avons à juger Mlle Marimon ni comme actrice, ni comme chanteuse; elle a fait ses preuves au théâtre Lyrique, où ses diverses créations l'ont désignée au choix de la direction de l'Opéra- Comique. Le doute ne pouvait porter que sur l'accueil plus ou moins cordial qui lui serait fait par le public de ce théâtre. Dès les premiers mots, dès les premières notes, sa cause a été gagnée, et ce n'était certes pas une petite affaire de mener à bien le rôle écrasant de cette reine de Portugal, battant les grands chemins à la tête d'une troupe de faux-monnayeurs ou trônant dans toute sa gloire au palais de Lis- benne. C'est principalement au deuxième acte que tous les suffrages se sont déclarés en sa faveur, lorsqu'elle a abordé les vocalises du boléro : Dans les défilés des montagnes. Pour notre part, nous nous DE PARIS. 275 faisons un plaisir de ratifier sans aucune réticence le jugement de la grande majorité des spectateurs en engageant toutefois Mlle Mari- mon à se souvenir de préférence des excellentes leçons qu'elle a reçues de Mme Damoreau. D. A. D. SAINT-YVES. CONSERVATOIRE IMPERIAl DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION. Concours publics. Le concours de grand opéra devait ramener sur la scène plusieurs des élèves qui s'étaient distingués déjà dans celui d'opéra-comique. A ce propos, disons qu'il conviendrait de fixer plus nettement les li- mites des deux genres. Celles du second sont élastiques au point qu'on y rencontre souvent des ouvrages et des scènes qui pourraient fort bien appartenir à l'autre. Au théâtre, cela peut être un avan- tage ; au Conservatoire c'est un inconvénient. Est-ce réellement de l'opéra-comique que certains fragments d'I/aydée, du Songe d'une nuit d'été, de Galathée, où il n'y a que du chant et à peine quel- ques lignes de dialogue? Comment juger si les élèves sont en état de satisfaire à l'une des conditions essentielles du concours, celle de savoir parler? C'est justement par ce talent, dont plusieurs de ses émules n'avaient pas assez donné de preuves, que Mlle Rolin s'est signalée dans une scène de la Fée aux Roses. Mlle Saint-Aguet dans une scène de Manon Lescaut, et Mlle Gallino dans une autre du Mauvais œil ont aussi montré qu'elles avaient la parole agréable et juste, sans quoi l'opéra-comique n'existe pas. Le grand opéra n'exige pas une somme de talent plus grande, au contraire ; mais il demande une somme de forces physiques plus rare ; de là vient le haut prix des sujets. De là vient aussi que onze élèves femmes seulement se présentaient à ce concours, tandis qu'il y en avait vingt à celui d'opéra-comique. Le nombre des hommes était de sept dans l'un et dans l'autre. M. Peschard, qui l'année der- nière avait remporté le second prix plutôt comme chanteur que comme acteur dans une scène de la Muette, a montré de sensibles progrès dans le quatrième acte de la Favorite, et prouvé qu'il pou- vait jouer quand il le voulait. A notre avis, c'est une espérance pour notre première scène lyrique, et nous le pensons également de M. Morére, autre ténor plus passionné, plus vigoureux, mais de taille petite, qui a produit beaucoup d'effet dans le trio de Guillaume Tell et dans le troisième acte d'Otelto. Le jury ne lui a décerné qu'un second prix, parce qu'il a encore des progrès à faire, et qu'on doit espérer qu'il les fera. Dans son état actuel, il nous semble déjà très- digne d'attention et supérieur à des artistes qu'on a cru devoir en- lever à d'autres théâtres. Parmi les femmes, Mlle Brou de Lavessière est la seule qui puisse passer immédiatement de l'école au théâtre : elle a une voix de mezzo-soprano plus solide que légère ; dans le rôle de Desdémone, elle a victorieusement enlevé son premier prix. Mlle Baretty, qui a obtenu un premier accessit, ne concourait, nous aimons à le croire, que pour s'exercer dans un genre qui ne sera jamais le sien, comme on dit souvent de la tragédie, pour mieux as- souplir son organe et exceller plus sûrement dans la comédie. D'anciens élèves du Conservatoire, M. Laget, non la basse-taille, le ci-devant chanteur, aujourd'hui professeur, mais le ténor léger qui concourait lui-même en 1841, et qui, malgré les dix-neuf ans écou- lés , n'en est pas moins léger toujours et agréable à entendre ; MM. Casaux et Périé, de l'Opéra, M. Boutines n'ont pas dédaigné de venir assister leurs jeunes camarades dans ces jours d'épreuve. As- sister, c'est fort bien, l'intention est excellente, mais le fait ne s'y joint pas toujours. Par exemple quand une voix comme celle de M. Casaux, habituée aux vastes enceintes, fortifiée par la pratique ct e temps, vient faire gronder son tonnerre dans une bonbonnière étroite comme celle de la rue Bergère, que deviennent les pau- vres assistés dont les faibles accents se perdent dans le fracas? Le concours de violon n'avait pas eu jusqu'ici d'analogue par son ensemble et ses résultats : trois jeunes filles comparaissaient dans la lice où l'on ne voit ordinairement que des hommes, et de ces trois jeunes filles, l'une, âgée de quatorze ans, Mlle Boulay, a remporté seule un premier prix ; l'autre, âgée de quinze ans, Mlle Castellan, a ob- tenu le second prix avec l'un des concurrents mâles, M. Weingaertner, qui ne compte pas moins de dix-huit printemps ; tous les trois sont élèves d'Alard. Déjà au concours de violoncelle une jeune fille du nom de Clauss, et dont les deux sœurs cultivent le violon, avait mé- rité un modeste accessit. Que signifie celte invasion féminine dans le royaume des instruments à cordes? Serait-ce que menacées de plus en plus dans celui du piano par la foule toujours grossissante des hommes, les femmes se réfugient sur le terrain que beaucoup de ceux-là délaissent? Il y a des exemples si séduisants! le nom des Milanollo, celui des Ferni rayonne d'un éclat si vif! Ce qu'il y a de certain, c'est que Mlle Boulay s'annonce comme une virtuose capable de disputer le sceptre du violon aux hommes qui ne demanderaient pas mieux que de le lui interdire en vertu d'une espèce de loi salique qui n'existe rulle part. Mlle Boulay a déployé dans l'exécution d'un des beaux concertos de Viotti une vigueur, une élégance, une jus- tesse, un style qui l'ont mise hors de pair. On peut être fort bon violoniste et ne pas atteindre à ce niveau, parce que l'étude n'y suffit pas et que la nature y fait plus que l'étude. C'est donc une nouvelle Milanollo que le concours de cette année a mise en lumière. Pour triompher il eût fallu que ses émules fussent au moins ce qu'avaient été en pareille occurrence les Wieniawski , les Lotto, les Sarasate, mais nul d'entre eux no les a égalés ; il y avait la différence du talent au génie. On a reproché à Mlle Boulay quelques erreurs dans le morceau de lecture; les autres en avaient commis autant qu'elle, à l'exception d'un seul, le jeune Muratet, élève de Dancla et âgé de quinze ans, qui a déchiffré en digne lauréat de solfège, et obtenu le troisième accessit comme Mlle Boulay le premier prix, seul et sans partage. D'ailleurs ces erreurs ne sauraient compter comme fautes musicales : ce sont des éblouissements, des vertiges insépa- rables d'une lecture en public après les émotions et les fatigues du concerto. Deux séances ont été consacrées aux instruments à vent. La flûte, le hautbois, la clarinette, le basson, le cor ordinaire el le cor à pistons remplissaient la première ; la trompelte, le trombone, le cornet à pistons, le saxophone et le saxhorn la seconde. M. le général Mellinet, qui préside avec un zèle si éclairé à la réorganisation de. nos musiques militaires, faisait partie du jury le premier jour ; une indisposition su- bite l'a seule empêché de revenir le lendemain s'asseoir parmi les juges. Flûte (professeur, M. Dorus). — 1er prix, M. ïaffanel; 2° prix, M. Génin ; 1" accessit, M. Hitzmann ; 2e accessit, M. Stenosse. Hautbois (professeur, M. Verroust). — Ie1" prix-, à l'unanimité, M. Lalliet; 2^ prix, aussi à l'unanimité, M. Fourcade; 1er accessit, M. Magnien ; 2e accessit, à l'unanimité, M. Raine. Clarinette (professeur, M. Klosé).— 1" prix, M. Mayeur ; 2e prix, à l'unanimité, M. Blcger; 1" accessit, M. Pteynatid; 2° accessit, M. Fichu ; 3e accessit, M. Demandez. Basson (professeur, M. Cokken). — 1" prix, M. Vasseur ; pas de second prix; 1" accessit, M. Canus. Cor (professeur, M. Gallay), — 1." prix, à l'unanimité, M. Ghilain; 2" prix, à l'unanimité, M. Garique. Cor à pistons (professeur, M. Meifred). — V prix, M. Bunet; 2" prix, M. Pignant, à l'unanimité tous les deux. Trompette (professeur, M. Dauvern'é). — Pas de premier prix; 2e prix, à l'unanimité, M. Mignot ; 1« accessit, M. Losse. Trombone (professeur, M. Dieppo). — Pour la première fois, on a 276 REVUE ET GAZE'ITE MUSICALE jugé séparément les élèves qui jouent du trombone à coulisses et du trombone à pistons. Trombone à coulisses, 1" prix, M. Villebichot ; 2e prix, M. Lautier ; 1er accessit, M. Roger. Trombone à pistons, lcrprix, M. Sallis ; 2* prix, M. Noël, tous les deux à l'unanimité ; Ie' accessit, M. Hermann ; 2° accessit, à l'unanimité, M. Reboul. Cornet à pistons (professeur, M. Forestier). — 1e' prix, M. Jandot; 2e prix, à l'unanimité, M. Bourdeau ; 1" accessit (de même) , M. Beaslas. Saxophone (professeur, M. Adolphe Sax). — 1" prix, M. Elfrique et M.Burrus; 2° prix, M. Heid et M. Reverand; 1er accessit, M. Berteu et M. Cerami ; 2e accessit, M. Massât ; 3e accessit, M. Pourchez. Saxhorn (professeur, M. Arban). — 1er prix, à l'unanimité, M. Neuberth ; 2° prix (de même), M. Dimier ; 1er accessit (de même), M. Flahaut; 2e accessit (de même), M. Vautrin ; 3° accessit, M. Voiluret (de même), et M. Adam. Sans entrer à l'égard de ces divers concours dans des détails trop étendus, nous devons dire que celui de flûte a brillamment marqué l'avènement de M. Dorus au professorat et celui de l'instrument ré- formé par Bôhm au Conservatoire. Tous les élèves, civils ou mili- taires, se sont distingués par un excellent style ; celui qui a obtenu le premier prix, M. Taffanel, entré dans la classe en même temps que le professeur, n'avait pris de leçons que de lui, et n'est âgé que de quinze à seize ans. Dans le concours du hautbois, on a remarqué le jeune Fourcade, enfant de onze ans, qui joue en homme et presque en maître. Son second prix de cette année doit être suivi d'un premier. Ce qu'on regrette de plus en plus pour le basson, le cor ordinaire et le cor à pistons, c'est la rareté des élèves qui lient à des causes contre lesquelles il est difficile de lutter. Au contraire les classes d'instruments nouveaux se peuplent d'élè- ves nombreux, et qui, par une transformation rapide, arrivent tous en peu de mois à faire preuve de talent. Cet incontestable avantage dont jouissent le saxophone et le saxhorn s'explique par l'excellente con- formation des instruments aussi bien que par le zèle des professeurs. A ce double titre, M. Adolphe Sax, inventeur et professeur, réclame une large part d'éloges. Parmi les onze élèves qu'il a fait entendre, on n'en citerait pas un seul qui jouât comme un novice : ils ont tous du goût et du style ; ils jouent de manière à faire plaisir, et pourtant, quant à la durée de leurs études, ils ne sont, à vrai dire, que des commençants. Même justice à rendre à M. Arban pour les six élèves qu'il a produits et dont tous ont obtenu de légitimes récompenses. Le trombone h pistons, qui en était à son second concours, rentre aussi dans les inventions de M. Adolphe Sax, et, pour la seconde fois, il a soutenu victorieusement le parallèle avec le trombone à coulisses, dont on ne pouvait vaincre les difficultés qu'avec des années : aujour- d'hui les années sont changées en mois. Hier samedi, la distribution des prix s'est faite avec la solennité accoutumée. M. Jules Pelletier, secrétaire général du ministre d'État, présidait la séance et l'a ouverte par un discours que nous ne pou- vons reproduire aujourd'hui ; mais ce n'est que partie remise au nu- méro prochain, et en même temps nous reviendrons sur plusieurs des lauréats qui ont figuré dans l'exercice musical et dramatique. P. S. ORPHÉON Première séance solennelle au Cirque Xanoléon (Dimanche 29 juillet.) L'orphéon a changé de chefs, et, malgré l'axiome qui veut qu'un tréne soit trop étroit pour être partagé, la succession de M. Gounod a passé aux mains de MM. Pasdeloup et Bazin. On conçoit que les nouveaux directeurs aient rencontré des difficultés dont la solution a demandé du temps, et que les deux solennités annuelles aient dû être retardées. Du reste, pourvu qu'elles arrivent , l'époque n'importe guère, et ce ne sont pas les chaleurs qui, cette année, en auront fait re- gretter l'ajournement. Jamais la vaste salle du cirque n'avait été aussi remplie de chan- teurs et d'auditeurs que dimanche dernier. M. le préfet de la Seine s'y était rendu avant l'heure. Les orphéonistes, enfants et adultes, étaient au nombre de quatorze ou quinze cents, et les notabilités n'avaient pas laissé dans le parquet une place vacante non plus que le public sur les gradins. L'exécution a commencé à deux heures précises par le Domine salvum entonné avec vigueur et ensemble. C'est à M. Ba- zin que le sort avait confié la direction de la première partie du pro- gramme, et en cela le sort s'était montré intelligent, puisque dans cette partie se trouvait un morceau de sa composition, de même qu'il y en avait un de M. Pasdeloup dans la seconde. M. Bazin n'a pas abordé sans émotion son emploi de chef de l'immense orchestre vocal, moins facile à guider qu'un orchestre ordinaire, mais il s'est promptement aguerri et désormais il reprendra le bâton de mesure en toute con- fiance. Le Veni Creator, de M. Besozzi, chœur général d'un beau style religieux et sévère, était suivi d'un autre chœur pour toutes les voix, le médecin Tant-Pis et le médecin Tant-Mieux, dont le carac- tère est bien différent. En s'inspirant du texte de la Fontaine, M. Bazin s'est souvenu de l'exemple donné par M. Gounod dans la Cigale et la Fourmi, le Corbeau et le Renard : il a traité sa petite comédie parle même procédé, et lui a donné la même allure, ce qui fait que le mor- ceau plaît beaucoup à ceux qui le chantent et à ceux qui l'enten- dent. L' Angélus, chœur d'enfants, dont l'auteur est M. Papin, l'un des professeurs de l'institution, a quelque chose de simple, d'ingénu, et contrastait avec le chœur traditionnel de Grétry, la Garde passe, que chantent seulement les hommes et qui ne manque jamais son effet. Un suave et gracieux O Salutarisde M. Auber, et le Couvre-jeu, du Juif- Errant d'Halévy, chœur à proportions larges et à combinaisons so- nores, terminaient la première partie. Avec la seconde, M. Pasdeloup entrait en scène comme chef d'or- chestre et compositeur; son chœur général, V Invocation, est d'un bon style et n'a d'autre prétention que d'introduire, de préparer à des morceaux plus amples. Le Printemps, chœur pour voix d'hommes, ne vaut pas à beaucoup près le chœur général d'Orlando Lasso, les Vendanges, où la main du maître se fait sentir partout. C'est là un morceau d'étude qui doit toujours resier au répertoire, quoique l'effet n'en soit pas saisissant et coûte plus d'efforts qu'il ne rapporte de bravos. 11 faut en dire autant du cantique d'Haydn, grande et calme inspiration, fort bien placée dans les écoles, mais qui dans une séance publique aurait gagné à être dite avant le chœur d'hommes tiré de Faust, morceau brillant, chaleureux, et dont le rhythme militaire re- mue si vivement la fibre française. Un bis unanime l'a fait répéter, ainsi que la Garde passe, et le chœur général, Vive l'Empereur ! dont l'auteur est aussi M. Gounod, a couronné cette séance, qui sera ins- crite parmi les meilleures journées de l'Orphéon. Ainsi ont débuté les nouveaux directeurs, dont l'union fera la force, et qui réussiront d'autant mieux dans leur tâche commune, que chacun y apportera des qualités diverses, destinées avec le temps à se fondre et à se compléter. Le suprême mauvais goût, la suprême imprudence, ce serait de les opposer l'un à l'autre et de semer entre eux le mau- vais grain, qui de deux collaborateurs risquerait de faire deux ennemis. Aujourd'hui dimanche, à deux heures, seconde séance solennelle. P. S. DE PARIS. 277 ÉCOLE DE MUSIQUE RELIGIEUSE DE PARIS. Les concours de l'Ecole de musique religieuse de Paris, dirigée par M. L. Niedermeyer, viennent d'avoir lieu en présence du comité de sur- veillance des études dont M. le prince Poniatowski est président. On sait que le but de cette institution, en faveur de laquelle S. Exe. le mi- nistre des cultes a fondé trente-six demi-bourses, misés à la disposition de l'épiscopat français, est de former pour toute la France des organis- tes et des maîtres de chapelle, et que des diplômes sont délivrés par le ministre à ceux des élèves qui se sont particulièrement distingués. Déjà un grand nombre de villes importantes sont en possession de maîtres de chapelle et d'organistes sortis de l'école. Le résultat des concours de cette année a été, de l'avis unanime du jury, on ne peut plus satisfaisant. La distribution des prix aura lieu au mois d'octobre prochain; nous n'attendrons pas cette époque pour faire connaître le nom des lauréats. Composition musicale. — Prix : Louis Lack, boursier de Mgr l'évêque de Quimper. 1 °r accessit : Eugène Gigout, boursier de Mgr l'évêque de Nancy ; 2« accessit : Albert Jessel, boursier de Mgr l'évêque de Strasbourg. Contre-point et fugue. — Prix : Joseph Permann, boursier de Mgr l'évê- que do Strasbourg. Harmonie ( 2e division ). — Prix ex œquo : Gabriel Fauré, boursier de Mgr l'évêque de Pamiers , et Léon Vasseur, boursier de Mgr l'évêque d'Arras. 1er accessit : Emile Lehmann , boursier de Mgr l'évêque de Strasbourg; 2e accessit : Stanislas Pilinski, boursier de S. Em. le cardi- nal archevêque de Paris. Mention honorable : Ernest Legrand, boursier de Mgr l'évêque de Nantes. Orgue (1" division).— Rappel du 1er prix de 1859, Eugène Gigout, déjà nommé. 1er prix donné par S. Exe. le ministre des cultes: Joseph Per- mann, déjà nommé; 2e prix: Léon Vasseur.déjà nommé. 1t"accessit: Léon Bodovillée, boursier de Mgr l'évêque de Cliâlons ; 2e accessit : Edmond Audran, boursier de Mgr l'archevêque de Paris. Mention honorable : Al- bert Jessel, déjà nommé. — 2e division. 1er prix: Emile Lehmann, déjà nommé; 2e prix : Adolphe Dietrich, boursier de Mgr l'évêque de Stras- bourg. Accessit ex œquo : Auguste Joly, boursier de Mgr l'évêque de Verdun, et Stanislas Pilinski, déjà nommé. Mention honorable : François llochstetter, boursier de Mgr l'évêque de Strasbourg. Plain-chant (faux bourdon, écrit, accompagnement et transposition à première vue). — Rappel du \<* prix de 18b9 : Eugène Gigout, déjà nommé. 1er prix donné par S. Exe. le ministre des cultes : Joseph Ber- trand, boursier de Mgr l'évêque d'Arras; 2e prix : Joseph Termann, déjà nommé. Piano (Ve division). — 1" prix : Gabriel Fauré , déjà nommé; 2e pre- mier prix : Adam Laussel, boursier de Mgr l'archevêque de Paris; 2° prix: Eugène Gigout, déjà nommé. 1e' accessit : Adolphe Dietrich, déjà nommé; 2° accessit : Emilo Lehmann, déjà nommé. Mention honorable : Joseph Permann , déjà nommé. — 2e division. Prix : Auguste Dreyer, boursier de Mgr l'évêque de Strasbourg. .1e1' accessit : Théodore Laurent, boursier de Mgr l'évêque d'Autun; 2e accessit : Jules Tridemy, boursier de Mgr l'é- vêque de Verdun. Nous recevons la lettre suivante, dont on nous demande l'inser- tion : « Paris, le 3 août 1860. » Monsieur, » Plusieurs journaux ontanroncé d'après V Orphéon que M. E. Dela- porte venait de donner sa démission de président du comité de l'Asso- ciation des sociétés chorales de Paris. Mais ces journaux se sont abstenus d'exposer les causes de cette démission; il est nécessaire de les signaler sommairement. M. Delaporte a renoncé à ce titre qui impose des de- voirs vis-à-vis de l'autorité, parce que le comité de l'Association s'est engagé depuis quelque temps dans une voie où ne peuvent le suivre des esprits d'ordre et des caractères qui ont souci de leur dignité. » Après avoir fondé en 1855 l'Association des sociétés chorales de Paris, et lui avoir consacré depuis cette époque son temps et son ac- tivité, avec un complet désintéressement, M. Delaporte s'est retiré li- brement au mois de mai dernier, devant une opposition turbulente et stérile, qui exerce aujourd'hui sur le comité une influence regrettable. Cette démission de M. Delaporte ne change en rien la posilion qu'il oc- cupe vis-à-vis les Sociétés cliorales des départements ; nous n'en voulons pour preuve que l'éclatant succès des festivals de Paris et de Londres. Il est toujours le chef reconnu et acclamé des orphéonistes de France. » L. F. VAUDIN. » NOUVELLES. „** Au théâtre impérial de l'Opéra, Sémiramis a été donnée deux fois cette semaine et toujours devant une salle pleine. On y applaudit chaleureusement Obin et les sœurs Marchisio. *% Renard vient de débuter avec succès à Bordeaux dans Guillaume Tell. „.% On remarquait à la dernière représentation de Sémiramis Mines Borghi-Mamo, Czillag et Amalia Ferraris, revenues de Londres après la clôture de la saison. *** Le mauvais temps aidant, les recettes de l'Opéra-Comique ont atteint une moyenne très-élevée. On reprendra lundi V Etoile du Nord dans laquelle Mme Ugalde chantera le rôle de Catherine. — M. Beaumont a reçu un opéra comique en trois actes, paroles de M. Eugène Grange, musique de M. Duprato ; le titre est Salvator Rosa. Crosti jouera le rôle principal qui avait été écrit pour M. Faure. — Le titre, — définitif, cette fois, - de l'opéra de M. Gautier, où Couderc doit créer le rôle principal, est le Doc- teur Mirobolan. *** Berthelier vient de se faire entendre à Reims, dans un graud concert organisé par les musiciens de la ville et qui a été fort brillant. Le spirituel artiste y a obtenu un succès étourdissant. Il a dit, comme il sait les dire, quatre de ses plus charmantes chansonnettes : Pile ou face, Bibi-Bamban, le Boursier, VHumour britannique, qui ont produit une véritable sensation. »*t Le théâtre Lyrique, place du Châtelet, est déjà construit jusqu'à la naissance du premier étage. Le rez-de-chaussée est arcade à peu près comme l'Odéon. t*i MmoEmmy Lagrua est à Carlsbad. Elle arrivera à Paris cette semaine. La Gazetta dei Teatri rapporte qu'une députation de jeunes gens de Pesth lui a offert à. la suite de sa dernière représentation de Norma, un ma- gnifique poignard destiné à armer le bras de la prêtresse druidique. La lame de ce poignard est en argent ; le manche, doré et orné de pierres précieuses, porte cette inscription : Alla signorina Lagrua, la yioventù di Pest. — 1860. *** La direction du théâtre de Turin vient de donner une représenta- tion du Barbier, avec Mme Giuseppina Fioli, Giannini et Vittorio Can- toni. Le Pirate fait beaucoup d'éloge de la Fioli, qui a donné plusieurs représentations successives avec un très- grand succès. +% La célèbre cantatrice, Mme I'.osine Stoltz, est toujours à Londres; en septembre, elle ira à Lyon où elle est engagée. **„ Les artistes engagés jusqu'à présent par le maestro Fabricca pour Lisbonne, sont : Mmes Gazzaniga-Malaspina, Elisa Uensler, Emilia Bellini ; MM. Antonio Agresti, Neri Baraldi, Antonucci. „,** La troupe d'Offenbach exploite en ce moment le théâtre de Lyon. Le maestro-directeur est lui-même à Paris très-occupé à terminer la par- tition qu'il prépare pour le théâtre de l'Opéra-Comique et la musique du ballet destiné à .Mlle Emma I.ivry. L'une et l'autre œuvre doivent être représentées vers le mois d'octobre. „,% Mme Cabel est de retour de Londres où elle a obtenu un si beau succès au théâtre de Sa Majesté. Dans 4'une de ses dernières représenta- tions, après avoir chanté deux fois l'air de l'ombre, du Pardon de Ploe'r- mel, elle a dû reparaître et chanter encore une fois, et devant le rideau baissé, ce morceau qu'elle dit d'une manière si admirable. t*t A peine la saison de Londres est-elle terminée que l'habile et actif directeur du théâtre de Sa Majesté, M. Smith, a pourvu aux néces- sités de la saison prochaine, et s'est assuré une troupe d'élite. 11 vient d'engager pour trois ans Mme Titjens — Mario — Mongini — Belart — Everardi — Ciampi. Il a en outre engagé Mme Grisi, pour son adieu à l'Angleterre, Mmes Borgi-Mamo, Alboni, Lotti et Gassier, — MM. Giu- glini, Vialelti et Gassier. 11 est difficile de rencontrer une réunion pareille d'artistes d'élite. *% Les grands théâtres de l'étranger s'apprêtent à monter l'hiver prochain le Pardon de Pluërmel; Mme Charton-Demeur va le chantera Madrid, et l'ouvrage fait partie du programme de celui de Lisbonne. „*„, Le ténor Alessandro Bettini, du théâtre impérial Italien de Saint- Pétersbourg, avait été appelé à prendre part aux derniers concerts de Bade. Il a fait applaudir sa charmante vo x et son excellente méthode; il n'a pas eu moins de succès dimanche au concert organisé par le maire de Meudon au profit des pauvres de la commune, et pour lequel le gé- néral Jacqueminot avait gracieusement prêté et fait décorer son oran- gerie. t*t Lefort, quî a chanté avec le plus grand succès, dans plusieurs con- certs à Londres, '.la délicieuse romance de Reichardt avec les paroles an- glaises, se propose de la chanter à Paris en français. 0 belle étoile, 6 doux regard va trouver dans cette interprétation un gage de plus de la vogue qui lui est réservée. „.*„ Les sociétés philharmoniques apprendront avec plaisir que l'ou- verture à grand orchestre du Roman d'Elvire vient de paraître. 278 REVUE ET GAZETTE MUSICALE *% M. Auguste Horschelt, maître de ballet du théâtre Royal de Stutt- gart et artiste d'un grand talent, vient d'arriver à Paris. ***.Un des principaux immeubles du boulevard, le théâtre du Cirque, appartenant â M. Dojean, a été acquis par la ville pour l'achèvement du boulevard du Prince-Eugène, au prix de 2,140,000 fr. t*t II vient de se former à Florence une commission pour l'érection d'un monument à la mémoire de L. Chérubini. Cette commission, qui a pour promoteur M. le professeur Ferdinand Morini, compte dans ses rangs le duc di San Clémente, le marquis Pompée Azzelino et le profes- seur Edouard Fantacchiotti, ce dernier choisi pour l'exécution du monu- ment. C'est un bel hommage rendu au grand compositeur qui avait pris la France pour son pays d'adoption. .% A l'occasion du festival du Rhin central le grand-duc de Hesse vient d'accorder la médaille en or pour les arts et les lettres à M. Mar- purg, maître de chapelle à Mayence. „*i On écri t de Bruxelles que les concours du Conservatoire royal de musique ont été magnifiques cette année. Les élèves couronnés de M. Lemmens pour l'orgue, de Mme Pleyel et de M. Dupont pour le piano, de Servais et de Léonard pour le violoncelle et le violon, sont de véritables artistes et possèdent des talents qui feraient partout sen- sation. »% Le violoniste Léonard et sa femme ont passé quelques jours à Paris. Ils étaient appelés à Caen pour prendre part à un très-beau concert qui vient d'y être donné et où ils ont obtenu leur succès ordinaire. Le célèbre professeur du Conservatoire de Bruxelles y est retourné pour les concours. *% Les préparatifs les plus considérables commencent à se faire de toutes parts pour le prochain voyage de Leurs Majestés Impériales en Savoie, et les fêtes qui leur seront offertes par la ville de Chambéry semblent devoir porter à la fois un caractère civil, militaire, religieux et artistique. Le programme doit, dit-on, indiquer un bal, une revue; il est aussi ques- tion d'une visite à l'église métropolitaine, dans laquelle serait chanté très-solennellement le Te Deum, comme expression religieuse de l'en- thousiasme des populations, depuis leur annexion à la France. A ce pro- pos, toutes les ressources vocales sont mises en activité pour étudier le Te Deum impérial de M. de Sain d'Arod, ouvrage très-remarquable, qui, après avoir été agréé par Sa Majesté, a eu le privilège d'être choisi l'année der- nière pour être exécuté le15août à Notre-Dame de Paris dans la triple so- lennité de la paix, du retour de l'armée d'Italie et de la fête de l'Empereur. Les écoles communales, séminaires, la maîtrise de la cathédrale, la Société chorale, tous sont â l'œuvre sous la direction des plus habiles pro- fesseurs, alin de fournir un contingent vocal qui devra remplir les voûtes de la métropole. Aux nombreux éléments dont dispose Chambéry vien- dront encore s'en ajouter d'autres, choisis parmi les amateurs les plus distingués qu'il y ait à Lyon dans l'art musical, et qui doivent être amenés par cet éminent compositeur de musique religieuse. „,% Au théâtre lie de Milan s'est produite une cantatrice anglaise qui pourrait lutter avec les Italiennes, la signora Lumley, nièce du fameux ■imprésario. Elle a été fort applaudie non-seulement pour la beauté de son organe, mais aussi pour son excellente méthode et pour l'art avec lequel elle chante. *** Kriiger est parti pour Stettin où il prend ses vacances pour se prépaver à de nouveaux succès l'hiver prochain. „.*„. Le roi de Saxe vient d'amnistier Richard Wagner, compromis dans les événements de 1848. Le décret d'amnistie a été envoyé à M. Wagner à Paris par voie télégr aphique. „.*„ Tout le monde connaît la délicieuse mélodie irlandaise introduite par M de Flotow dans son opéra de Màrtha. M. Louis Manotte, directeur de l'Orphéon dunkerquois, a eu l'heureuse iilée de l'arranger en chœur pour les sociétés chorales. Cet arrangement, on ne peut mieux réussi, est destiné à un grand succès. **„ Une nouvelle édition de la Prière d'une vierge de Radarzewska a été publiée cette semaine ; des tirages, s'élevant à /i,000 exemplaires, n'ont pas épuisé le succès hors ligne qu'obtient ce morceau. „/% La collection d'airs d'opéras, duos, romances, etc, publiée en édi- tion populaire â très-bon marché sous ce titre : la Lyre française, vient de s'enrichir de cinquante numéros nouveaux, qui en portent aujour- d'hui le nombre à deux cents. „*<, En annonçant queMM. Martin et Moitessier, de Toulouse, avaient ob - tenu à l'exposition -le Montpellier le premier le rappel de la médaille d'or, et le second une médaille d'argent, nous avons omis de mentionner M. Bonnifas qui a obtenu une médaille d'argent de 1'° classe. **„, Samedi 11 août, dans les salons de Markowski, rue de Buffault, 12, grande fête offerte aux écrivains Mané Thecel, Phares, Nemo, Pierre et Jean. On n'y sera admis que sur billets pris d'avance et délivrés chez M. Markowski. t*% Nous recommandons à nos lecteurs une valse qui vient de paraître et qui, peut-être, est un peu tard venue vu le baptême qu'elle a reçu à sa naissance. L'œuvre de M. Uenrion de Solènes porte en effet le titre de Valse de Monttbello et elle est dédiée au vainqueur de cette mémorable journée, M. le général Forey. .Mais qu'importe le titre, lorsque, comme celui-ci, un morceau est élégant, heureux dans ses motifs, et révèle chez son auteur assez de savoir pour écrire des œuvres beaucoup plus importantes ! Nous espérons donc et nous prédisons pour cet hiver à la Valse de Montebello un brillant succès de salon. „,*,, Parmi les articles relatifs à des musiciens, et que M. Denne-Baron a écrits pour la Nouvelle biographie générale, publiée par M. Firmin Didot, plusieurs méritent d'être remarqués, notamment celui de Lulli. Nous saisirons la première occasion pour mettre nos lecteurs à même d'en apprécier le mérite. *** Le dernier ministère de l'instruction publique de l'Emilie ayant eu connaissance qu'il exisi lit dans la bibliothèque palatine de Vodène une collection de musiq i<; des xvi» et xvn" siècles, abandonnée aux souris et aux vers, et qu'une autre collection également précieuse du xviii0 siècle se trouvait dans le palais national , ordonna leur réu- nion. M. Angelo Catelani, maître de chapelle de la cathédrale et conservateur-adjoint de la Bibliothèque, très-savant dans la bibliographie et la littérature musicales, a été chargé récemment par le gouvernement de dresser un catalogue de ces œuvres musicales , parmi lesquelles se trouvent de nombreux ouvrages de Stradella, dont certains ne sont pas connus. Ce catalogue, enrichi de notes biographiques, bibliographiques et historiques, doit être publié. *** Le ciel continue à tenir rigueur au concert des Champs-Elysées ; toutefois, dès que la pluie fait relâche, les amateurs en prennent la route. L'ouverture d'Olympie, de Spontini, nouvellement mise au réper- toire de Musard, a été fort goûtée ; incessamment on nous annonce celle de Pianclla, de Flotcrvv. Le Siècle avait élevé quelques plaintes contre la sévérité du contrôle envers les dames arrivant sans cavalier, sévérité qui aurait exposé une honorable famille à s'en voir refuser l'en- trée. M. de Besselièvre,dans une lettre adressée au rédacteur, M. Edmond Texier, proteste contre l'inexactitude de ce fait, en insistant sur le peu de probabilité que des dames honorables vinssent seules dans un endroit public, dépourvu de places gardées ou de loges, au risque de s'exposer à un voisinage masculin qui, même sans intention, pourrait être pour elles désagréable ou compromettant. ,,*„, Les journaux américains annoncent la mort de Lola Montés. La célèbre ballerine a succombé à une attaque d'apoplexie, après une agonie qui a duré douze jours. „% Le conseiller aulique Teichmann, secrétaire général de l'inten dance des théâtres royaux, est mort le 16 juillet à Berlin. M. Teich- mann, auteur de diverses productions littéraires et dramatiques, jouissait de l'estime générale; il avait été en relation avec Goethe, Tieck et autres célébrités littéraires. *** Un service anniversaire en la mémoire d'Auguste Panseron réu- nissait mardi dernier bon nombre de ses parents et amis dans l'église Saint- Eugène. Parmi les morceaux composés par lui et qui faisaient parlie du service, on a remarqué un Pie Jesu à quatre voix, et un Lacry- mosa à cinq voix d'hommes, écrit dans le style du plain-chant et d'un effet éminemment religieux. L'exécution en a été remarquable et bien propre à rendre encore plus vive l'émotion des assistants. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. „..** Saint-ilalo. — Le premier concert du Casino a eu lieu vendredi 27 juillet. Mlle de la Pommeraye, du théâtre impérial de l'Opéra, et Se- ligmann, l'excellent violoncelliste, avaient "été engagés pour y prendre part. Mlle de la Pommeraye a chanté avec beaucoup d'âme et d'expres- sion l'air d'Orphée : J'ai perdu mon Eurydice, la cavatine de Pierre de Médicis et une très-jolie valse de sa composition ; elle a dû être satis- faite de l'accueil qu'elle a reçu. Encore sous le charme de la voix de la jeune artiste, nous ne devions pas être moins ravis par les accents du violoncelle de Seligmann. Après avoir montré dans son morceau de con- cert sur Norma toute la puissance et la variété des ressources de son instrument , il lui était donné de nous faire pleurer dans VÈloge des larmes; on n'a pas plus d'âme, plus d'expression: aussi un tonnerre d'applaudissements a-t-il accueilli l'artiste après ce morceau. Les bravos ont recommencé après l'exécution de la Captive, tirée de son album al- gérien. Rappelé avec acclamation , Seligmaun a gracieusement cédé à l'empressement de son brillant auditoire en jouant VAve Maria, de Schu- bert, au lieu de VÈloge des larmes qu'on lui redsmandait. Nous ne nous étonnons plus qu'avec un pareil talent, Seligmann soit convié à toutes les belles fêtes musicales. — On nous promet pour le prochain concert le célèbre violoniste Alard et Mlle Cambardi. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. „% Londres, 31 juillet. — La vogue ù'Oberon continue de façon à ce que la clôture du théâtre de Sa Majesté sera retardée d'une semaine. Lucie de Limmermoor et le dernier acte de la Favorite ont été donnés pour le bénéfice de Giuglini. — Au ihéâtre de Covent-Garden la reprise de Rigoktto a eu lieu. Mme Carvalho chantait le rôle de Gilda, et Mario DE PARIS. 279 celui du duc de Mantoue. La représentation extraordinaire {extra-per- formance) du Prophète a témoigné des progrès immenses de l'exécution . Tamberlick et Mme Czillag y ont montré un talent sans reproche. Cette soirée a été la plus belle de la saison. — Le Julien-Festival, sous la di- rection de Benedict, est annoncé pour ce soir avec le concours de Mme Ai- boni et d'une foule d'excellents artistes: M mes Catherine Hayes, Gassier, Maria Brunetti, Louisa Vinning, Weiss, Enrichetta Camille, Poole, Pal- mer, Laura Baxter, Brougham, Kate Banoe, Parepa et miss Arabella Goddard; MM. Gassier, Weiss, Wilbye Cooper, Léonard, Patey et Sims Reeves. Chreur : The vocal As o-Aation qui compte deux cents membres sous la direction de Benedict. L'orchestre sera composé : 1" des princi- paux membres des orchestres de Covent-Garden et du théâtre de Sa Majesté ; 2" des solistes de l'ancien orchestre de Julien ; 3° de la mu- sique des grenadiers de la garde sous la direction de M. P. Godfrey; 4° de celle des coldstream guards; 5° de celle des fusiliers gardes, dirigées par M. Godfrey junior. Les chefs d'orchestre sont MM. Alfred Mellon, James Pecck, Emile Berger et Benedict. On doit exécuter plusieurs mor- ceaux de Julien, et notamment la dernière valse qu'il avait composée et qui est demeurée inédite. „.*„ Linz. — Le Pardon de PI ërmel doit être représenté incessamment à notre théâtre ; on espère que le rôle de Dinorah aura pour interprète la célèbre cantatrice Marra-Volmer, qui se trouve en ce moment dans cette ville. *** Hambourg. — M. de Lenz, l'auteur bien connu de Beethoven et ses trois styles, vient de publier un supplément à cet ouvrage, sous le titre de Beethoven, chez Hoffmann et Campe, libraires-éditeurs. le Directeur : S. UUKOIiH. EN VENTE CHEZ G. BRANDUS ET S. DUFOUR, ÉDITEURS, 105, RUE DE RICHELIEU AU I LA EiYME FBJL Choix d'Airs d'Opéras, Duos, Romances, etc., sans accompagnement, des meilleurs Auteurs anciens et modernes 1. coorLETs... Ah! quelle nuit! Le Domiuo unir. Auber. 2. — Qui je suis?... une fée.... . — — 3. romance... Quanddelanuitl'épais nuage L'Éclair. Halévy. Allez, suivez votre pensée.. L'Enfant prodigue. Auber. 5. couplets... En sa demeure L'Etoile du Surcl. 6. cavatine... Pour tant d'amour La Favorite 7. romance... Un ange, une femme inconnue — 8. — Oui, chaque jour je viens.. La Fée aux roses. 9. duo Entendez-vous 1 La Fiancée. 10. tyrolienne. Montagnard ou berger — 11. couplets... Je voulais bien Fra Diavolo. 11 2. ronde Voyez sur cette roche — 13. romance. .. Pendant la fête une inconnue Guido et Gïnevra. 14. — Sombres forêts, désert triste Guillaume Tell. 15. barcarolle. Ah! que Venise est belle! . Daydre. lC. couplets. . . C'est la corvette Sflaydéc. 17. romance... Plus blanche... Les Huguenots. 18. air Rachel, quand du Seigneur. La «Suive. 19. cavatine... Ferme tes yeux, la fatigue. La Muette de Portici. Auber. 20. romance... Ferme ta paupière, dors... La Fart du Diable. — 21. alr Je suis sergent Le Fhiltre. — 22. ronde Mes amis, écoutez l'histoire. Le Postillon de Lonj . Adam. 23. Ain Souvenir du jeune âge Le Pré aux Clercs. Hérold. 2a. pastorale.. Pour Bertha, moi je soupire Le Prophète. Meyerbeer. 25. cavatine... Triste exilé La Reine de Chypre. Halévy. 26. évocation.. Nonnes qui reposez Robert le Diable. Meyerbeer. 27. romance... Va! dit-elle, va, mon enfant! — — 28. couplets... O dieu des flibustiers La Sirène. Auber. romance... Marguerite qui m'invite Le Val d'Andorre. Halévy. Meyerbeer. Donizetti. Halévy. Auber. Halévy. Rossini. Auber. Ailier. Meyerbeer. Halévy. Auber. 30. Toute la nuitsuivant sa trace «1. couplets. . . 11 est, dit-on, un beau S. 'Ambassadrice 32. air Que ces murs coquets — 33. romance... Le trouble et la frayeur ... . Le Domino noir.. — 3j. aragonaise. La belle Inès fait florès — — 35. air O monFernand, tous lesbiens La Favorite Donizetti. 3G. — Ange si pur que dans un songe — — 37. duo Va-t'en d'ici, de cet asile... ■ — — 38. couplets. . . Il dit qu'à sa noble patrie. . . Raydée Auber. 39. romance... A la voix séduisante — — 40. — Il va venir, et d'elfroi La Juive Halévy. 41. cavatine. . . Ne repoussez pas La Muette de S'ortici. Auber 42. air Bocage épais. Les Mousquetaires de la Reine. Halévy 43. couplets... Le cardinal, dans sa colère . — — 44. duo Les rendez-vous de noble... Le Pré aux Clercs. Hérold. 45. — Vous qui delà chevalerie... La Reine de Chypre. Halévy 46. cavatine... Robert, toi que j'aime Robert le Uiable.. Meyerbeer 47. ronde Prends garde, montagnard. . La Sirène Auber. 48. chanson... Voilà le sorcier Le Val d'Andorre. Halévy. 49. romance . . . Faudra-t-il donc pâle — — 50. — Le soupçon, Thérèse — 51. Ain Humble fille des champs. . 52. cantique Heureux qui ne respire. . . 53. cavatine,... Mes chères sœurs 54. prière Veille sur eux toujours L'Fto 55. récit et air. Jardins de l'Alcazar 56. cavati Charles VI Le Domiuo noii , .. Halévy. . . . Auber. 57. romance.. 58. cavatine. 59. AIR 60. ROMANCE.. 61. LÉGENDE. . 62. nOMANCE.. 63. CAVATINE. 64. ROMANCE.. iln Nord . Meyerbeer. Favorite Donizetti. Rêve heureux du jeune âge. Giralda Adam. Ange des cieux - — Tu l'as dit, oui, tu m'aimes. . Les Huguenot» . ... Meyerbeer. Ah! pour moi quelle peine.. «leaunot et Colin.. Nicolo. Dans un délire extrême «Seconde — Le «Bu il ern Pour expier envers lui. . . . A moi ta sœur et ton amie . . . Dieu, que ma voix La «luivc Je l'ai sauvé celui. Les Mousquetaires de la 65. extr. du duo Mieux vautmourirque rester La Muette de Port 66. barcarolle. Chantons gaîment la barcarc. 67. — Voyez du haut de ces rivages. 68. Coupl. du lalac. Le destin comble mes vœux. 69. air Vous me connaissez tous. . . 70. rarcarolle. Je suis riche, vous êtes belle, 71. air..... .. Mon petit mari... Le Po 72. romance Souvenirs du jeune âge. .. . 73. Ain Ce soir j'arrive donc 74. ronde A la fleur du bel âge — — ■ 75. ballade.... Jadis régnait en Normandie. Robert le Diable.. Meyerbeer. Le Nabab Le Pbiltre . . Halévy. Halévy. Auber. stilli Le I iOiieJumeau. Adam. X Clercs. Hérold. 76. BLUMENTHAL.. Le Chemin dn Paradis Mélodie. 77. DASSIER Ce que j'aime Romance. 78. — Marcel le marin Romance dramatique. 79. — Pour les pauvres, merci — 80. — Trop tard — 81. — One vengeance corse Chant dramatique. 82. — Va-t'en, je t'aime Mélodie. 83. DUPREZ La Vie d'une fleur Pastorale. 84. HALÉVY La Venta Boléro. 85. KUCKEN Ave Maria Prière. 86. LABARRE L'Anneau d'argent Léyende. 87. — La Pauvre négresse Romance. 88. MEMBRÉE L'Ondine et le Fêcheur Ballade. 8a. MEYERBEER... Chanson de mai Mélodie. 90. — . Guide au bord ta nacelle... — PI. — Le Moine — 92. — La Sérénade 9j. PANSERON Au revoir, Louise 94. — Demain on vous marie 95. PROCH Le Cor des Alpes 96. SCHUBERT (F.). Adieu 97. — Ave Maria 98. — La jeune Religieuse... 99. — La Sérénade 109. TROUPENAS... Le Rravo 101. couplets .. Quand on est fille, hélss!.. Cheval de Bronze. Auber. 102. air Veiller sans cesse 14e Comte Ory Rossini. 103. ballade... Castilbêta Les deux Pécheurs Offenbach 104. couplets .. Vivent la pluie Diamants de la Couronne Auber. 105. air Heup! heup! mule chérie.. Dragons de Villars. Maillart. 106. romance... Ne parle pas, Rose 107. air Il m'aime, espoir ch Romance. Mélodie. Prière. Mélodie. Romance. 108. couplets.. Ah! dans l'Arabie. . 109. romance... J'ai tout perdu, Seigneur. 110. — 111. Couplets à 2 1 112. romance. . 113. — 114. BALLADE. . COUPLETS L'Enfant prodigue Auber. L'Etoile du Xord. Meyerbeer Auber. Adam. Halévy. Rossini. O jours heureux de joie. Sur son bras m'appuyant.. — En dormant, c'est à moi... La Fée aux Roses. Halévy. Près de toi je crois revivre. — Si je suis infidèle La Fiancée Garde à vous — 116. air Je vois marcher Fra Diavolo 117. barcarolle Agnès, la jouvencelle — 118. air Rêve si doux Giralda 119. duo O dieu d'amour — 120. grand air . Quand renaîtra Guido et Ginevra , 121. barcarolle Accours dans ma nacelle. . . Guillaume Tell. . . 122. air Asile héréditaire — ~ 123. Clian>onbaclii<|. Enfants de la noble Venise. lïaydée Auber. 124. Couplets milil. Rataplan Les Huguenots. .. . Meyerbeer 125. couvre feu. Rentrez, habitants de Paris. — — 126. air J'ai longtemps parcouru. . . «loconde JF" 127. romance... Seule ici, fraîche rose Martha Flotow. 128. Clians. du porter Mes chers amis — 129. romance... Lorsqu'à mes yeux — _ ~~ 130. couplets.. Aubeaujourdclanii-carèmo Mmes de la halle. O//en0ac/i. 131. barcahoile Ouel plaisir de flotter «»b-ron Webcr. 132. chanson... Pierrot est un joli pantin.. Pantins de » îolette.-lrinm. 133. air Le singulier récit La Part du BMnble Auber. 134. — La coquetterie Le Philtre ._. — 135. romance... Assis au pied d'un hêtre.. . Postillon «le Loi..,. Adam. 136. duo Me voilà, oui c'est elle Poupée de Wuremh. — 137. complainte Donnez à la pauvre femme. Le Prophète ... Meyerbeer. 138. Air lioiilfv an '1. Oh! Paris, séjour charmant Rêve d'uue unit d'été OffenbaC/t. 139. couplets.. Quand j'ai quitté Robert le Diable.. Meyerbeer 140. ro\de Le violoneux du village Le Violoneux Offenbac/l. 141. DASSIER Le Chêne du llialile Romance. 142. — Marine — Stances à l'éternité Mélodie. Le Retour des Promis Canlabile andaloux. Sérénade moresque Mélodie. La ■■■■pille Chansonnette. Lr. Ita rq ue légère Mélodie . Cantique du Trappiste — lia Poste — Le Roi des Aulnes — 143. DELSARTE.... 144. J. DKSSAUER. 145. F. KUCKEN... 140. Tu. LABARRE. 147. MEYERBEER., 148. — 149. F. SCHUBERT. 150. — CHAQUE N°, «.-» f. NET. EDITION POPULAIRE CHAQUE N°, «S o. NET. 280 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Ancienne Maison MEISSONNIEB Paris. — E. GÉRARD et O (COMPAGNIE MUSICALE), — NM8, rue Dauphine. 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Ariette militaire COUPLETS . . ROMANCE. . . COUPLETS . . Ain COUPLETS . . ROMANCE. . . BARCAnOLLE COUPLETS . . COUPLETS . . ROMANCE . . BARCAROLLE AIR Chanson liugu. Caïaline lin page Ain couplets . . nuo Nina, jolie et sage Actéon Auber. Ali ! pour un jeune cœur... Cheval «le bronze. . — La grenouille aux camélias. Les deux Pêcheurs Offenbacli. Versez, moi j'aime le doux. Deux vieilles gardes bellbes. Dans les défilés Diamants de la couronne Auber. Quand le dragon a bien trotté. Dragons de Villars Malllarl. Grâce à ce vilain ermite ... — 11 est un enfant d'Israël. .. . L'Enfant prodigue Auber. Beau cavalier L'Etoile du I\Toril.. Meyerbeer Des roses, partout des roses La Fée aux roses.. Matévij. Que de mal, do tourment.. La Fiancée Auber. Un ciel serein et sans nuage — ■ — Le gondolier Adèle Fra Dînvolo — Pour toujours, dirait-elle ... — O mon habit, mon bel habit Giraldn Adam. Sois immobile Ciuillaume Tell. . . . fiossinl. Glisse, ma gondole Ilaydcc Auber. Unis par la naissance. . . . PilT, putT. Nobles seigneurs, salut . . . L'épreuve est tout à fait. . . Parmi les filles du canton. Ne nous trahissez pas tous Ah ! voyez donc ! ah ! Bois paisible, vert feuillage Ilnirucnots . Meyerbeer •Joroude Nicolo. Lestocq. Illartha. . . Auber. . . . Flotow . 176. 177. 178. 179. 180. 181. 182. 183. 184. 185. 186. 187. 188. 189. 190. 191. 192. 193. 194. 195. 196. 197. 198. 109. 200. couplets . . La lune et le soleil barcarolle Amis, la matinée est belle., romance.. . Mon oncle a dit ballade ... La reine Yseult ronde Une princesse de Grenade. . ARioso .... Ah ! mon fils, sois béni. . . . hymne Roi du ciel et des anges. . . . cavatine . . Le roi sommeille sicilienne . O fortune, a ton caprice... Valse infernal» Noirs démons, fantômes. .. , Ain Le bel état Unies de la Halle. Offcnbach. Muette de Portici. Auber. Le Nabab Halccij. Le Philtre Auber. Le Portefaix Gomis. Le Prophète Meyerbeer Robert Bruce Hobert le Diable. . Rossini. Meyerbeer Le Serment iuber. Adam. Ain Dans une symphonie Le Toréador. bonde Un jambon de Bayonne.. .. Tromb-al-ca-zar . . . Offenbacll. romance. . . Le violon brisé Le Violoneux — canzonetta Achetez, voici des oranges. . Zcrllne Auber. DASSIER olenne fille et fauvette Romance. Aimer e* souffrir — Ailie il, patrie! — La Lettre au bon Dieu Simple histoire. La Fille d'Otaïti Romance. La Fiancée du Klcpbte — Le Vœu pendant l'orage.... Mélodie. Mère-grand Nocturne à 2 voir. Marguerite Mélodie. Les Plaintes île la jeune fille — GÉRALDY. LABAU11E. MEYERBEER. SCHUBERT..'. CHAQUE N°, "85 c. NET. EDITION POPULAIRE CHAQUE N», «5 e. NET. (Voir à la paye précédente le catalogue des 150 numéros publiés précédemment.) BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. N° 33. ON S'ABONNE : Bans les Deimrlcmenls et à l'LtrnngiT , chez tous les Mnrchnnds de Musique, lis Libraires, et aux Bureaux des Mi.ssugt.Ties et des Postes. 12 Août 1860. PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris 24 fr. paron Départements, Belgique et Suisse.... 30 •> Jd. Étranger 34 m id. Le Journal paraît le Dimanche, AZETTE SICALE •&m w&ms. — ^nnrj\A/\AAn/v^ — Nos abonnes reçoivent, avec le numéro de ce jour, la charmante romance d*A. BiiciiiBnr, dont noms avons parlé: OU! BEIXE ÉTOILE, OU! DOUX REGARD. SOMMAIRE. — Des carillons et cloches, nouvelles recherches (3e et dernier article), par Atlricn de E>a Eag^e. — Conservatoire impérial de musique et de déclamation: distribulim des prix. — Revue critique, par Ado'piic Botte. — Correspondance: Bade. — Nouvelles et annonces. DES CARILLONS ET CLOCHES. rïouTelles recherches . (3e et dernier article) (1). Il paraît qu'au siècle passé il y eut en France des carillonneurs capables de le disputer aux plus habiles quant à l'agilité. On en cite un qui exerçait ses talents à Lyon et qui avait parié contre un habile violoniste de la ville qu'il jouerait sur les cloches un solo fort difficile que le premier exécutait sur son instrument; le carillonneur gagna le pari. A la fin du siècle dernier, cloches et carillons étaient en France dans l'état le plus florissant; fondeurs, sonneurs, carillonneurs vi- vaient et trinquaient tous en parfaite intelligence, sans pourtant con- naître encore les vers de M. le comte de Celano, dans lesquels il est dit : L'union fait la force, et la fraternité, Où la cloche n'est pas, n'a jamais existé (1). La fraternité avait toujours existé parmi ces braves gens dont la main ne quittait la cloche que pour prendre le verre. Ils n'avaient aucun besoin de décrets qui la proclamassent, et lorsque vinrent ces décrets, toute la classe sonnante de la nation fut étrangement sur- it) Voir le n° 31. (1) M. do Celano est auteur d'un poème en cinq chants intitulé les Cloches, com- posé en société avec M. Edouard Gourdon. Décidé que je suis à dire des auteurs et du livre tout le bien possible, j'avertirai que M. de Celano est membre du collège hé- raldique de France, et M. Gourdon auteur d'une Histoire des églises de Paris. Quant au livre, c'est un joli petit volume in- 16, imprimé avec beaucoup de luxe à Paris, en 1848. Les deux vers cités dans le texte ne donnent qu'une tres-faible idée de beaucoup d'autres, bien faits pour égayer la matière. prise de les voir escortés d'autres décisions qui mettaient les cloches à la fonte. Tous les Quasimodo de l'époque, aussi amoureux de leurs cloches que l'était le célèbre personnage, création si originale de M. Victor Hugo dans son roman de Notre-Dame de Paris, furent dans un véri- table désespoir. Les maîtres de clocher, qu'en certains diocèses, no- tamment dans celui du Pucq, on nommait abbés de chœur, et qui por- taient le même habit que les chanoines, crurent fermement que le feu refuserait son action dans un cas où il devait avoir un résultat si funeste. Ils virent avec douleur leurs espérances déçues : les clo- ches se transformèrent en canons qui servirent du moins à re- pousser l'ennemi, et en gros sous qui n'enrichirent pas beaucoup la nation et ne l'empêchèrent pis d'avoir recours aux assignats. L'exécution des décrets qui décidaient la fonte des cloches entraî- nait d'inévitables longueurs: les représentants que l'on envoyait en mission étaient chargés d'en activer les effets, et prenaient en ce sens des arrêtés parfois très-curieux. En voici un échantillon, que les lecteurs nous sauront gré d'avoir remis sous leurs yeux : «N. N., représentant du peuple , considérant que, depuis quinze ou dix-huit siècles, les cloches rompent la tête aux gens raisonna- bles, et qu'il est temps enfin qu'en expiation elles aillent la casser à l'ennemi ; considérant que les peuples libres ne doivent connaître que le son du tambour et du canon ; voulant assurer la pleiue et entière exécution de la loi du 3 juillet, arrête : « Toutes les cloches, sans exception, seront descendues, brisées, et le métal en provenant sera envoyé à la plus prochaine fonderie. » On laissait toutefois une cloche aux communes qui possédaient une horloge, pour servir de timbre à sonner les heures. De tels arrêtés sont bientôt rendtis; mais avec toute la bonne volonté possible, même en supposant qu'elle se rencontre également de to.is les côtés, ils ne sont ni aussi promptement, ni aussi aisé- ment mis à exécution. D'abord peu de représentants en mission avaient le temps de faire exécuter par eux-mêmes les arrêtés qu'ils rendaient, parce qu'on leur envoyait des successeurs ; ensuite, dans l'espèce qui nous occupe, les opérations, surtout dans les communes isolées, exigeaient du temps et des moyens matériels dont on ne pou- vait toujours disposer. Ensuite, la prochaine fonderie pouvait être quelquefois fort éloignée et avoir des abords peu praticables. Enfin, dans beaucoup de lieux, on ét-it enchanté de trouver des impossibi- lités d'obéir à des injonctions qui contrariaient les goûts et les habi- tudes du plus grand nombre. Aussi a-t-on reconnu en ces derniers temps que, malgré l'immense quantité de cloches détruites depuis soixante-dix ans, il restait 282 REVUE ET GAZETTE MUSICALE encore dans les quatre-vingt-six départements qui composaient ia France en 1856, au moins trente mille cloches d'une assez forte di- mension (1). Il existe même encore quelques carillons, mais ils n'ont à peu près aucune importance, et je ne m'y arrêterai pas. Ce n'est pas dès le commencement de la révolution que ceux qui existaient alors cessèrent de se faire entendre : tout au contraire à Paris, lors de la fédération, ils retentissaient tous d'airs joyeux, parmi lesquels s'en trouvait un qui devint dès lors fort célèbre ; je veux parler de celui sur lequel furent en ce temps composées des paroles fort connues, que tout le peuple chanta lorsqu'il se mit à l'œuvre pour les travaux de nivellement du champ de Mars, où devaient se réunir les députés des provinces pour l'ouverture de l'assemblée na- tionale. Elle fut, l'on s'en souvient, précédée d'une messe en plein air, célébrée solennellement par Talleyrand de Périgord, et la der- nière qu'il ait dite, car il quitta l'Eglise presque aussitôt après. Ce carillon était l'air favori de Marie- Antoinette, qui le chantait fort souvent, ne se doutant guère, hélas ! que ce serait un de ceux qu'elle entendrait en allant au supplice. Comme, en France, les paroles d'un air, même lorsque ces paroles ne sont qu'une adaptation, ou selon le terme technique, quoique fort impropre, une parodie , sont toujours ce qui frappe ou occupe le plus, on nomma Carillon national le couplet dont les paroles primitives étaient : Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, La liberté s'établira. Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, Malgré les méchants tout réussira. C'était là un chant purement joyeux, dont la mélodie avait un carac- tère d'entrain et d'allégresse merveilleusement convenable à un mo- ment où tout le monde vivait d'espoir ; il fut trop tôt transformé, par la substitution de paroles infâmes et atroces, en un cri de mort dont tout honnête homme aurait rougi de souiller sa bouche ; on avait alors plus que jamais oublié que ce n'était réellement qu'un air de cloches- qui avait d'abord retenti au-dessus des églises. Quoique en ces derniers temps on ait proposé, relativement k la construction de celles-ci, de revenir à beaucoup d'idées ridicules fort sagement abandonnées, on n'a pas encore pensé à établir dans celles que l'on a érigées des carillons, et les cloches même ont été traitées comme objets de peu d'importance. Assurément l'on a eu raison : en dernière analyse, si c'est là de la musique, c'est une musique de bar- bares, et il est d'autant plus raisonnable de prendre les cloches pour ce qu'elles valent, qu'au milieu de tant d'industries qui ont fait des progrès tenant du prodige, l'industrie campanaire n'a fait que ré- trograder. Au moyen âge, on ornait les cloches, on leur donnait des formes gracieuses, on en faisait des objets d'art ; aujourd'hui, ce ne sont plus que des machines sonnantes ; si du moins elles sonnaient bien ! Mais de toutes celles que l'on a fondues en ces derniers temps, pas une n'a égalé les anciennes pour le timbre et la sonorité : la plupart même se sont trouvées tout à (ait mauvaises. Il faut pourtant dire que ce genre d'industrie a cherché en dernier lieu à se mettre un peu en mouvement ; mais en quel sens ! On a essayé de substituer au métal ordinaire des cloches l'acier fondu de Prusse, et à l'Exposition universelle de 1855 on a pu voir des cloches de ce genre qui sortaient des aciéries de Bochum, en Westphalie; il y en avait môme une d'assez forte dimension ; elles avaient toutes un assez beau son, mais trop sourd pour bien répondre à leur desti- nation. Ces cloches d'acier, si elles eussent été adoptées, offraient sur les autres l'mcontestable avantage du bon marché que l'on recherche tant aujourd'hui, et après lequel cependant il ne faudrait pas courir aux (1) Voyez les articles de M. l'abbé Bernard dans les Annales archéologiques, de M. Didron. dépens de tout le reste. Les cloches d'acier pourraient peut-être pré- senter certains avantages pour les carillons, si l'on en établissait encore aujourd'hui. Mais quel que soit le métal que l'on emploie, quelle que soit la manière dont on s'y prenne pour le mettre en fusion et le mouler, on ne fera plus de ces cloches qui se mettaient d'elles-mêmes en branle lorsque des reliques de saints passaient à leur portée, ainsi qu'il arrivait inévitablement au moyen âge. C'est que si les clo- ches de ce temps ne ressemblaient pas aux nôtres, les oreilles et les intelligences de la même époque étaient aussi fort différentes. Les gens d'alors ne s'en tenaient pas à l'Évangile, qui recommande de croire sans avoir vu : ils croyaient sans avoir entendu. La foi, si vive alors en toute chose, l'était surtout à l'endroit des cloches; on ne pouvait concevoir un pays, une ville, un hameau qui en fût dépourvu, et c'est avec raison que l'excellent Monteil, dans son Histoire des Français des divers états (xive siècle), met en scène le bedeau de Saint-Gatien, de Tours, qui disait souvent : « Babylone, Athènes, Carlhage, Rome, qui n'avaient pas de cloches, devaient être de fort drôles de villes ! » Et il se mettait à rire à gorge dé- ployée. Peut-être un jour viendra-t-il où quelque personnage qui ne sera pas bedeau de Saint-Gatien, dira : Rome, Paris, Londres, Vienne et une multitude d'autres villes avaient des cloches et même des carillons ; ce devaient être de fort drôles de villes. Et il rira de tout aussi bon cœur que le bedeau de la cathédrale de Tours. Adrien de LA FAGE. CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE ET DE DECLAMATION. Distribution îles prix. La distribution des prix a suivi de près les derniers concours ; comme les deux années précédentes, la séance solennelle était prési- dée par M. J. Pelletier, conseiller d'Etat, secrétaire général du mi- nistère d'Etat, qui l'a ouverte par le discours suivant : « Messieurs, « Nous voici arrivés à la fin d'une année de travaux dont les concours ont montré le bon emploi, et nous allons dans peu d'instants vous distri- buer les récompenses que vous avez méritées. Délégué par S. Exe. le ministre d'Etat pour présider à cette séance, je me réjouis de la mission qui me ramène à côté de votre illustre et cher directeur, au milieu de grands artistes et de professeurs célèbres. Mais, avant de vous remettre ces récompenses, je voudrais, en quelques mots rapides, et sans trop retarder les satisfactions de cette journée, vous faire part des réflexions qu'elle m'inspire. Pour beaucoup d'entre vous, pour tous ceux qui ont terminé le cours de leurs études, elle est bien solennelle et doit compter dans leur existence ; elle marque en effet la limite qui sépare le temps de la préparation de celui de la lutte. Ce soir, ils ne seront plus d<-s élèves, ils seront des artistes. Désormais livrés à eux-mêmes, ayant vu s'écouler déjà les années heureuses et insouciantes, ils iront affronter ce long combat de la vie, où l'on ne triomphe qu'en déployant autant de persé- vérance que d'élan, autant de résignation que de courage. » Au moment où des camarades, des amis vont dire adieu à cette pai- sible enceinte et échanger l'inoffensive émulation de l'école contre les périlleuses rivalités du monde, n'est-il pas bon de faire avec eux un retour sur le passé, de jeter un regard sur l'avenir, d'estimer leurs ressources, de prévoir leurs besoins, de les armer contre les dangers, contre les fatigues, contre les découragements qui les attendent? Us ne doivent pas se le dissimuler, aucune de ces épreuves ne leur sera épar- gnée; car, dans aucune carrière, elles ne sont épargnées à personne. Ils auront à lulter contre leurs rivaux, contre les événements et contre eux-mêmes. Mais cette perspective, si elle doit les garder de trop de présomption, ne doit pas leur inspirer trop de défiance. L'examen at- tentif de leurs forces, la comparaison des conditions actuelles avec les conditions anciennes du théâtre, doivent leur montrer qu'ils ont peu à craindre de leurs rivaux, et que, s'ils triomphent, ils n'auront rien à en- vier à leurs prédécesseurs. » L'instruction qu'ils ont trouvée ici est un puissant instrument mis en leurs mains. Us peuvent tout en espérer, s'ils s'exercent à le manier avec pers stance et s'ils s'ingénient à lui demander tout ce qu'il peut rendre. C'est lorsqu'ils se trouveront en face de concurrents n'ayant pas DE PARIS. 283 ce fonds sérieux d'études -qu'ils en apprécieront la valeur. Us verront alors quelle supériorité donnent la connaissance de la tradition et l'ob- servation des règles. Ils se convaincront que jamais le travail n'a pu gêner l'inspiration, la comprimer dans son essor ou l'arrêter dans son développement. Les plus grands artistes de notre temps, ceux chez qui la personnalité s'est montrée la plus accusée, l'originalité la plus vive, le talent le plus spontané, avaient passé par le Conservatoire et fait ce stage des études sérieuses. Avant d'inventer, ils avaient appris, beaucoup et longtemps appris. » Soyez-en persuadés, Messieurs, il faut commencer par l'assiduité, par le travail, par la peine, si l'on veut finir par le talent et par le suc- cès. Dans l'art comme dans la nature, toutes les routes qui montent sont ardues, et l'on n'atteint les hauteurs qu'à la sueur de son front. Ce sont les routes qui descendent qui sont faciles et séduisantes. Main- tenez donc vos regards fixés vers le but que vous voulez atteindre, ne vous laissez décourager -ni par les difficultés de l'étude ni par les anxié- tés des premiers essais. Si vous êtes véritablement artistes, vous en triompherez. Plus favorisés même que ceux qui sont venus avant vous, vous, trouverez des compensations qu'ils n'ont pas connues et des avan- tages qu'ils n'auraient pas osé espérer. » J'ai entendu des esprits éminents regretter les anciennes conditions du théâtre, soutenir qu'elles étaient plus favorables au culte de l'art que les conditions actuelles. Je ne saurais partager leur avis. Jadis, nous disent-ils, le public était moins nombreux et plus éclairé que de nos jours. La foule n'allait guère àla comédie; c'était un plaisir réservé aux oisifs et à quelques rares amateurs. Le public était donc presque tou- jours le même; le répertoire n'était pas beaucoup plus varié. On con- naissait aussi bien nos chefs-d'œuvre dans la salle que sur la scène. On savait les beautés d'un rôle, on en prévoyait les difficultés. On applau- dissait l'artiste à outrance ou on le tançait vertement, car c'était le temps où le public savait encore applaudir et siffler. Pour plaire à ces esprits choisis que l'habitude rendait plus difficiles encore, les artistes, nous dit-on, faisaient des efforts que ne peut plus exiger d'eux une foule inconnue et confuse, sans cesse renouvelée, qui a plus de curiosité que de goût, et que doit remporter le lendemain le train aveugle qui l'a ap- portée la veille. » C'est ainsi que s'expriment les enthousiastes du temps passé. Je ne crois pas qu'ils soient justes dans leurs regrets, et, si je compatis à leurs doléances, je ne saurais m 'associer à leurs accusations. Le présent vaut bien le passé et notre temps vaut bien le leur. » Si les conditions du théâtre sont changées, les règles de l'art ne le sont pas. Etait ce donc si profitable à l'art de débiter pour la centième fois la même tirade ou de chanter pour la millième fois le même air de- vant les mêmes personnes, élégantes et polies, j'en conviens, mais sus- ceptibles à l'excès, exigeantes et absolues dans leurs idées et leur goût? » Ce goût même, que l'on nous prône, était -il toujours bien suret bien dégagé de toute mode? Ces délicats ne tombaient-ils pas quelque- fois dans l'excès et n'imposaient-ils pas la recherche? Car, il ne faut pas s'y tromper, Messieurs, autrefois, en fait de théâtre, c'était ce pu- blic restreint qui seul posait les règles et seul rendait les arrêts. Les artistes devaient s'y soumettre et, de gré ou non, s'y conformer ou disparaître. Je trouve qu'il est non moins difficile et plus glorieux d'im- poser son sentiment que de subir celui des autres, de dominer le public que de le flatter. Cette foule que l'on dédaigne est plus docile que les raffinés que l'on vanté; elle n'est ni moins compréhensive ni moins sen- sible. Si elle n'a pas toutes les ténuités des esprits blasés, elle a toutes les délicatesses des cœurs naïfs, et si elle n'apprécie pas les beautés convenues, elle sait comprendre les beautés vraies. » Est-ce vous, Messieurs, qui lui reprocherez de se renouveler sans cesse et de se faire, pour tous les points du monde, la messagère de votre gloire? A cô:é de ses millions de voix éclatantes et jeunes, regret- terez-vous la vieille ftenommée aux cent bouches? « Croyez-moi, Messieurs, vous n'avez rien à regretter, ['lus peut-être pour vous que pour tous ses autres enfants, la civilisation moderne s'est montrée généreuse et facile. t La société d'autrefois, si avide des plaisirs de la scène, était bien sévère pour ceux qui les lui donnaient. Son orgueil se refusait à distin- guer parmi les comédiens, et les confondait tous dans le même ostra- cisme. Notre société répartit plus justement ses disgrâces et ses faveurs et n'a d'exclusion systématique pour personne. Si elle s'éloigne sans regrets de ceux qui les premiers s'écartent d'elle, elle sait récom- penser partout le travail, honorer partout le talent, et respecter partout ceux qui se respectent eux-mêmes. » Loin de nous perdre en des lamentations ingrates, félicitons-nous donc, Messieurs, d'être de notre temps et de notre pays ; d'appartenir à cette terre des nobles initiatives, à cette France impériale, agrandie et enviée, qui a des sympathies pour toutes les bonnes causes, des dévoue- ments pour toutes les idées généreuses, et que ses plus fiers rivaux ne peuvent qu'admirer quand ils veulent être justes, imiter quand ils veulent être grands. » Ce discours , que de légitimes applaudissements ont interrompu à plusieurs reprises, contient beaucoup d'idées d'une justesse incontes- table, et une thèse, qui l'est un peu moins, sur les conditions anciennes et actuelles du théâtre, relativement à l'art et aux artistes. Le pour et le contre peuvent être également soutenus par d'excellents esprits, et la conclusion peut varier sans cesser d'être bonne : cela dépend du point de vue où l'on se pose. A celui du Conservatoire, la conclu- sion de M. J. Pelletier est certainement la meilleure, puisqu'il s'agit d'encourager des jeunes gens à l'entrée d'une carrière difficile. D'ail- leurs n'est-il pas toujours plus sage et plus sain de se persuader que le temps où l'on vit est le meilleur, puisqu'on n'a pas la liberté d'en changer ? Dans l'intermède qui a suivi la distribution, les élèves qui ont obtenu des premiers prix de chant, de déclamation dramatique et lyrique se sont fait entendre. M. Petit a fort bien chanté l'air de Zaïre, Mlle Balbi celui du Concert à la Cour et Mlle Pfotzer celu de Robert le Diable : En vain j'espère. La jeune violoniste, Mlle Bou- lay, est venue redire le concerto de Viotti, enrichi par Alard d'un ma- gnifique point d'orgue que son élève a rendu en virtuose de premier ordre. C'était la seule instrumentiste admise dans ce programme où ii ne pouvait y avoir place pour tout le monde. Ensuite M. Godfrin et Mlle Tordeus ont joué l'une des grandes scènes d' Andromaque ; Mlles Régny, Ponsin et M. Laroche un fragment des Femmes savantes. M. Gourdin et Mlle Baretty ont dit une scène de Galathée ; M. Peschard et Mlle Brou presque tout le quatrième acte de la Favorite. Ainsi que les concours de cette année en général, l'intermède a paru remarquable par le nombre et le mérite des jeunes sujets qu'il a mis en évidence. C'est au théâtre que le publie et la critique retrouveront bientôt la plupart d'entre eux. P. S. REVUE CRITIQUE. Tithleau «Je genre, tic Sleplacn ISeller. Quoiqu'il soit toujours assez difficile de faire passer dans l'esprit de ses lecteurs quelque chose du plaisir qu'on a ressenti, nous allons essayer de donner, non pas une analyse, mais une idée du dernier ou- vrage de Stephen Heller : Tableau de genre, que nous venons délire. Par exemple, si l'on nous demandait ce que c'est qu'un tableau de genre en musique, et en musique de piano surtout, nous serions assez embarrassé de répondre ; mais ce que nous pourrions dire, c'est qu'il ne faut pas attacher à un titre plus d'importance qu'il n'en a, et que cette exquise et pathétique composition, d'un seul mouvement, alle- gro assai, bien rhythmée, pleine d'animation, de fanfares éclatantes, brille par une passion et une ardeur auxquelles ne nous a pas toujours accoutumé l'auteur de si suaves rêveries, de si mélancoliques petites pièces et de si ravissantes études. En effet, quelle variété, quelle sonorité, quelle largeur de style et quelle vie dans ces phrases si amples, coupées par des accents dé- chirants confiés aux basses et traversées par des soupirs et des san- glots ! La péroraison surtout est superbe. La phrase du début y re- vient en octaves, accompagnée, cette fois, par des pédales supérieures de tonique et de dominante. Toute cette fin est vraiment magnifique : on se sent entraîné, ébloui par ce tutti formidable , qui semble un fragment emprunté à quelque grande symphonie, et qui laisse si bien deviner toutes les fougues et toutes les puissances de l'orchestre. Assurément un musicien un peu exercé devinera l'instrumentation en parcourant ces pages où s'épanouissent en se pressant tant de sentiments divers, où les cris d'une chasse hardie se mêlent, au drame, où le calme succède à l'onge, d'expressifs récitatifs, de sou- dains apaisements à de sombres fureurs, à de rapides explosions de joie, de colère et d'amour. - 284 REVUE ET GAZETTE MUSICALE A la bonne heure ! voilà bien le piano traité à la façon des vieux maî- tres et comme l'aiment les vrais musiciens : il n'essaie pas de remplacer la pensée par une gymnastique plus ou moins ingénieuse ; là toutes les notes portent, se tiennent et ont un sens. Tantôt elles se détachent isolément, tantôt elles se groupent et jaillissent en masse ou s'écoulent en dessins ravissants et délicatement travaillés qui soutiennent forte- ment et élégamment le tissu mélodique. Une admirable unité règne dans ce morceau; il n'y a pas un trait parasite, et l'on y sent un dédain profond pour tout, ce qui ne con- duirait ni à l'expression ni au développement de l'idée. 11 y règne aussi un sentiment tonal qui, au milieu des plus neuves, des plus savantes harmonies grosses de dissonances, ne s'égare pas un seul instant. En résumé celte nouvelle œuvre colorée , remplie de verve, d'audace et d'élans poétiques nous paraît complète. C'est l'une des plus émouvantes qu'ait tracées la plume ingénieuse, éloquente et fine de Stephen Ileller. Elle ne sera peut-être pas comprise de tous, car elle est bien loin des publications frivoles qui paraissent chaque jour, mais elle ne saurait manquer d'obtenir les suffrages des intelli- gences cultivées. Adolphe BOTTE. Nous publierons dans notre prochain numéro la suite de l'important travail de M. Fétis père sur l'Histoire générale de la musique. CORRESPONDANCE. Bade, 6 août 1800. On continue de travailler ici avec un soin toujours croissant la culture dramatique et musicale. Arrosées par la pluie d'or dont ce petit coin de terre a le privilège, les pièces et les partitions poussent à vue d'œil et se hâtent d'éclore dans de brillants salons, au bruit, toujours sans mé- lange, des bravos d'un auditoire trop poli pour faire autre chose qu'ap- plaudir et admirer. Tout est charmant, divin; aucun mot ne le blesse! Le théâtre de Bade ressemblerait beaucoup à un théâtre de la cour s'il y avait une cour, ou à un théâtre d'amateurs si c'étaient des amateurs et non des artistes qui en formassent la troupe. Du reste on y respire une telle atmosphère de bienveillance, et même d'enthousiasme, qu'avec la meilleure volonté du monde on ne sait trop à quoi s'en tenir sur la valeur réelle des rouvres qui s'y donnent. Les journaux du lieu et des alentours ne s'exprimant pas sur un autre ton que l'auditoire même, pro- longent vos incertitudes, et comme dans cette harmonie élogieuse un seul mot de critique jetterait une fâcheuse dissonance, on se garde bien de le risquer., Prenez donc ce que nous allons vous dire pour un simple écho du salon Louis XtV dans lequel vient d'apparaître un nouvel opéra, la Colombe, paroles de MM. Michel Carré et Jules Barbier, musique de M. Gounod. Avant cet opéra, nous avions eu le Marquis Jacquot, vaude- ville dont l';iuteur est M. Edouard Martin ; mais vous vous souciez peu de vaudeville, et nous passons sans attendre à la Colombe, c'est-à-dire au Faucon, car les auteurs du libretto se sont bornés à remettre sur le métier le conte de Bocace et de la Fontaine, comme l'année dernière ils s'étaient contentés d'enjoliver pour le môme théâtre le Philémon et Baucis •d'Ovide et du même fablier. Le faucon s'est donc métamorphosé en une colombe, qu'un jeune seigneur florentin a baptisée du nom de Sylvie, en mémoire d'une femme qu'il adorait au point de se ruiner pour elle, et dont les lèvres se sont un jour posées sur le charmant oiseau. Le libretto suit à peu près la même marche que le conte ; cependant il est juste de dire que les auteurs l'ont heureusement modifiée en y introduisant un nouveau personnage, celui d'un bipède emplumé dont la réputation balance l'estime dont jouit la colombe. Ce bipède est un perroquet dont la belle Aminte est propriétaire et la belle Sylvie jalouse, en sorte qu'elle meurt d'enyie de posséder la colombe pour l'emporter sur sa rivale. Comme dans le conte, elle vient chez celui qui l'aime toujours et qui lui sacrifierait sa vie: quoi d'étonnant à ce que, pour dissimuler la détresse de sa table, il sacrifie celle de l'oiseau chéri ? Mais la Providence, sous la forme de Mnzet, jeuue paysan resté au service d'Horace, son parrain, et qui remplit près de lui l'office d'un nouveau Caleb, a trouvé moyen d'empêcher le sacrifice. Horace et Sylvie croient avoir mangé la co- lombe, et tout à coup on découvre que le perroquet a fait les frais du festin. Grand succès pour le libretto : succès encore plus grand pour la mu- sique : succès pour les artistes, Roger, Balanqué, Mmes Carvalho et Faivre ! Enfin succès pour tout et pour tous, y compris M. Oudshoorn, le violoncelliste, qui, dans l'introduction, exécute à ravir une mélancolique ritournelle; pour M.Wuille, et l'andantino ravissant que soupire sa clari- nette ; pourM. Grodvolle, et le solo de violon joué par lui dans l'entr'acte ; enfin pour M Kœnnemann, l'habile chef d'orchestre, qui a rempli sa tâche nouvelle avec un vrai talent. Nous n'insisterons pas sur chaque morceau de la partition, dans la- quelle l'inspiration fine , élégante et souvent touchante de M. Gounod se retrouve avec tout son charme. De même que Pierrot demandait jadis ce que l'on faisait des vieilles lunes, quelquefois aussi on voudrait sa- voir ce que deviennent tous les chefs-d'œuvre que Bade enfante chaque année. Mais si la Colombe en est un véritable, il faut croire que vous l'entendrez à Paris, et alors vous me saurez bon gré d'avoir abrégé mon analyse. La construction de notre théâtre marche maintenant à grands pas ; les grandes œuvres sont terminées, et l'architecte fait tous ses efforts pour mettre le bâtiment sous toit avant l'hiver. On espère que la décoration intérieure sera prête au commencement de l'année 1862. C'est le célèbre Muhlendorf, de Manheim, appelé l'an dernier à Paris, par la direction de l'Opéra-Comique, pour les décorations du Pardon de Ploèrmel, qui est chargé de la partie des machines. L'inau- guration aurait lieu pour notre saison de 1862, par un opéra d'Hector Berlioz. NOUVELLES. *% Le théâtre impérial de l'Opéra a donné cette semaine deux re- présentations de Sémiramis et la 426» de Robert le Diable. „,*„. Samedi prochain on donnera à ce théâtre une grande représenta tion extraordinaire au profit des chétiens d'Orient. „*„ Mme Ferraris rentrera le 15 août dans les amours de Diane, de Pierre de Médicis, opéra choisi pour le spectacle gratis donné à l'occasion de la fête de l'Empereur. *% Mme Vandenheuvel-Duprez doit faire son second début dans le rôle de Marguerite des Huguenots ; Mlle Sax dans celui de Rachel, de la Juive. „% A l'occasion delà fête du 15 août, Aimé Maillard a composé un chant d'allégresse dont les paroles sont de M. Cormon, et qui sera exé- cuté au théâtre impérial de l'Opéra. „%, La reprise du Prophète avec Mme Tedesco dans le rôle de Fidès, est fixée aux premiers jours de septembre. *** Mme Caroline Barbot fera ses adieux au public vers la mi-septembre dans le rôle de Valentine, des Huguenots. **„ Mlle Carlolta llarchisio étudie le rôle de Mathilde, de Guillaume Tell, et le contre-alto, Mlle Barbara, celui d'Azucena, du Trouvère. *•■%.. Les répétitions du ballet composé par M. de Saint-Georges pour Mlle Emma Livry, avec la musique d'Offenbach, suivent leur cours. La scène se passe dans les sites pittoresques de la Circassie, et on dit merveille du rôle que doit y remplir la jeune et déjà célèbre bal- lerine. „,*„ Le second début de Mlle Marie Sax dans le rôle d'Alice, de Robert le Diable, a confirmé largement les espérances données par le premier. Plus maîtresse de son émotion, la jeune artiste a pu donner un essor complet à ses moyens, et faire admirer l'étendue, l'égalité et "la pureté de sa magnifique voix. Dans son air du troisième acte et le duo avec Bertram qui le suit, dans le trio sans accompagnement , mais surtout dans le célèbre trio du cinquième acte, elle a été à plusieurs reprises justement et chaleureusement applaudie. Quant à Mme Vandenheuvel- Duprez, nous ne pouvons que répéter ce que nous disions dans notre dernier numéro sur la manière pai faite dont elle chante les parties du rôle de la princesse qui n'exigent point une grande force vocale. L'air: De grâce, est un véritable triomphe pour elle. „..% La représentation de l'Étoile du Nord, donnée mercredi au théâtre de l'Opéra-Comique, avait attiré*.beaucoup de monde ; on était curieux de revoir Mme Ugalde dans le rôle de Catherine auquel elle avait im- primé, dans certaines parties, le cachet original de son talent. Son premier air le Bonnet sur l'oreille, la ronde Bohémienne, la prière et barcarolle Veille sur eux, lui ont valu de chaleureux applaudisse- ments ; elle a été rappelée à la fin du premier acte et à la fin du spectacle. *** Mme Ugalde, qui avait joué avec beaucoup de succès au théâtre Lyrique l'opéra de M. Gaspors, Ma tante dort, a obtenu qu'il fût transporté â l'Opéra-Comique, où il sera représenté incessamment. *** La direction du théâtre de l'Opéra-Comique vient de recevoir un livret en trois actes, intitulé la Villa Medicis, écrit par Mil. Nestor Ro- queplan et Victorien Sardou. Mais si nous en croyons quelques indiscré- DE PAKIS. 285 tions le nom du spirituel prédécesseur do M. de Beau mont abriterait celui d'une des célébrités féminines du Théâtre-Français. La musique de cette pièce, dont le sujet est puisé dans le domaine de la fantaisie, serait, dit-on, confiée à deux compositeurs. *% Faure est de retour à Paris, plus décidé que jamais, après son succès en Angleterre, à suivre la carrière du chant italien. Plusieurs engagements brillants lui sont proposés en ce moment. En attendant, le directeur du théâtre de Covent-Garden se Test attaché pour trois ans. »** On annonce comme très-prochaine, au théâtre de l'Opéra-Comique, la première représentation du Docteur Mirobolan. .% Lefébure-Wély a composé la musique d'un opéra-comique en trois actes, les Recruteurs, paroles de M. Amédée de Jalllais, qui vient d'être reçu par M. de' Beaumont. t*t M. Calzado vient de gagner un procès assez important contre M. deSaint-Salvi, agissant au nom des propriétaires de la salle, qui ré- clamaient un supplément de loyers pour avoir prolongé la saison d'un mois. Le tribunal adécidé que M. Calzado louait la salle à l'année et qu'il avait droit d'en jouir toute l'année. „*„ Le théâtre Déjazet reprendra le 1e1' septembre Monsieur Gant. Tessier y remplacera Bâche qui rentre au théâtre des Bouffes-Parisiens. Au même théâtre, on donnera le Mariage en l'air, opérette de SI. Déja- zet, jouée au théâtre Lyrique en 1852. Mlle Géraldine chantera le rôle créé par Mlle Guichard. Nous reverrons également Pianella, la charmante opérette de M. Flotow, dont le succès a été interrompu par la fermeture du théâtre. »% Les recettes des théâtres, concerts, bals et spectacles de tout genre pendant le mois de juillet, se sont élevées â la somme de 932,81 3 fr. 79 c, ce qui constitue une différence de 87,356 fr. 43 c. en moins sur le mois de juin précédent. ,% Le théâtre de Bologne fait de grands préparatifs pour monter di- gnement le Prophète. On sait que le chef-d'œuvre de Meyerbeer sera in- terprété par Mme Borghi-Mamo et M. et Mme Barbot. **» La réouverture du théâtre de X Oriente, à Madrid, aura lieu le 1 "' ou le 2 octobre. Voici la composition de la troupe engagée par le direc- teur : Prime donne : Mmes Julienne Dejean, Charton-Demeur, Sarolta , Méric-Lablache, Calderon ; tenori : MM. Fraschini, Morini, Ronzi ; bari- toni : MM. Giraldoni, Marra; bassi : MM. Bouché, Manfredi ; buffo co- mico : M. Rovere. **„. S'il faut en croire le journal Trovatore, le nombre des chanteurs et des cantatrices est aujourd'hui en Italie de 1,730. Sur ce chiffre il y a 44 0 prime donne, 330 ténors, 280 barytons, 160 basses-tailles, 80 bouf- fes, etc. En outre l'Italie possède 1,670 danseurs et danseuses, à savoir: 180 premières danseuses di rango francese, 220 premières danseuses di rango italiano; 110 premiers danseurs, 970 danseurs et danseuses mezzo carattere, 40 maîtres de ballet. t*t S. Exe. M. de Sabouroff vient d'engager, pour les théâtres de Moscou et de Saint-Pétersbourg, une jeune artiste, Mlle Lagramanti, pour tenir en second les rôles de contralto. .„*,t L'orphéon a tenu dimanche dernier sa seconde séance solennelle, devant un auditoire aussi nombreux qu'à la première. Bien n'avait été changé au programme. Les divers morceaux ont été exécutés dans le môme ordre et n'ont pas produit moins d'effet. Les exécutants, enfants et adultes, dépassaient le chiffre de quinze cents. M. le préfet de la Seine assistait encore à cette séance et a donné plusieurs fois le signal des applaudissements. „.*,,. Le grand concert offert tous les ans à l'élégant public de Bade, et organisé avec un luxe princier p?.r M. Bénazet, aura lieu le 27 août. En voici le programme : 1° Ouverture des Francs-Juges de M. Berlioz; 2° fragments du premier acte d'Orphée, de Gluck, chantés par Mme Viar- dot ; 3" grand concerto en ré mineur, composé et exécuté par M. Vieux- temps; 4° air chanté par Itnger ; 5° cavatine chantée par Mme Carvalho ; 6° chœur et ballet des sylphes de la Damnation de Faust, de M. Berlioz: les soli seront chantés par MM. Eberius et Oberhofer, de la chapelle du- cale de Carlsruhe; 7° adagio et finale de l'a symphonie en si bémol de Beethoven; 8° prélude de Bach, avec solo de violon, chant et orchestre, arrangé par M. Gounod : le solo de chant sera chanté par Mme Carva- lho; 9° fragments du concerto de violoncelle de Molique, exécutés par M. Jacquart; 10» air d'Orphée (J'ai perdu mon Eurydice), chanté par Mme Viardot; 11° h roi des Aulnes, de Schubert, chanté avec orchestre par Roïer; 12" ouverture d'Eunjanthe, de Weber. Les chœurs et l'orchestre, composés des artistes de Bade, de la chapelle grand-ducale de Carlsruhe et de Strasbourg, seront dirigés par M. II. Berlioz. „*„ Dimanche dernier un concours d'orphéons a eu lieu dans les Arènes, à Beaucaire. Dix-sept villes s'y étaient donné rendez-vous. Elles formaient quatre divisions. La division supérieure, composée des sociétés d'Avignon, a remporté un prix exceptionnel. Les trois autres divisions comptaient les villes de Pernes, Sommières et Sorgues. Sommières a ob- tenu le premier prix. Dans la deuxième concouraient Arles, Istres, Mar- seillais Nîmes et Vauvert. Marseillan a obtenu la médaille d'or. Les villes de Cette, Alais, fiivesargues, Châteauneuf-Calcernier, Courthezon, Maraussan, Mouriès et Beaucaire étaient comprises dans la troisième division, dont les deux premiers prix ont été obtenus par l'Orphéon et la Société philharmonique de Cette. *% Un concoure d'orphéons aura lieu le 12 de ce mois à Tonneins (Lot-et-Garonne).' M. A. Elvvart, invité par la commission, est parti pour aller présider cette manifestation chorale à laquelle plus de vingt-cinq Sociétés orphéoniques doivent prendre une part active. t*t Le, Temps, illustrateur universel, a publié dans son sixième numéro Anila Garibaldi. légende d'un proscrit, paroles de M. Léon llalévy, musique de A. Elwart. Nous avons eu l'occasion d'entendre cette mélo- die dans une réunion particulière; elle était chantée par Mlle Angèle Cordier, artiste d'un charmant talent, que l'Opéra-Comique où elle a fait d'heureux débuts laisse trop dans l'ombre. *% Voici le programmé de la solennité musicale qui sera donnée le vendredi 24 août, à sept heures du soir, dans la grande salle du Kursaal de Wiesbaden, par Henri Litolff, avec le concours de Mlle Emilie Sehmidt, première chanteuse du théâtre Grand-Ducal de Hesse-Darmstadt ; Mme L. de Sievers, de Paris; MM. Cari Formes, Cari Schneider et Auer, violo- niste de Vienne. Première partie: 1° ouverture A'Oberon , de Weber; 2° chœur do la Flûte enchantée, de Mozart ; 3° quatrième concerto symphonique pour piano et orchestre ; a, allegro con fuoeo; b, andante re- ligiuso; c, scherzo, exécuté par l'auteur, M. Litolff; 4° grand air de Titus, de Mozart, chanté par Mlle Sehmidt ; 5° andante et finale du troisième concerto-symphonique ( national hollandais) , exécutés par l'auteur , M. Litolff. — Deuxième partie : 1° les Girondins, ouverture dramatique, de Litolff; V air de la Flûte enchantée : O Isis et Osiris, de Mozart, chanté par Ch. Formes ; 3° marche funèbre et rondo du concerto pour violon (Eroïca), de Litolff, exécutés par M. Auer ; 4" solos pour orgue d'Alexan- dre avec orchestre , exécutés par l'auteur, Mme de Sievers ; ( pour la première fois en Allemagne) 5° fragments de l'opéra inédit Rodrigue de Tolède: a, grande scène chantée par Mlle Emilie Sehmidt; 6, scène et finale du quatrième acte, chantés par Mlles Emilie Sehmidt, Mlle Neffer- dorf, MM. Ch. Formes, Ch. Schneider et Chœur. — Le piano sort des ate- liers de la maison Erard ; l'orgue est de la maison Alexandre père et fils. ./■„, Parmi les brochures inspirées par l'expédition des orphéonistes français en Angleterre, nous citerons celle qui a pour titre : Le voyage comique et orphéonique des trois mille Français à Londres, par Benjamin Gastineau, et le Festival de Londres et l'Orphéon dunkerquois . „*» Mercredi dernier, 8 août, le mariage de M. Henri Wieniavvski avec Mlle Isabelle Bessie-IIampton a été célébré en l'église Saint-André (cité d'Anlin). 4*s La Liedcrlafel de Mayence vient d'accorder le diplôme de membre honoraire au célèbre baryton Stockhausen qui, au deuxième concert du dernier festival, s'est si gracieusement offert à remplacer M. Kin- dermann pris d'un enrouement subit. »% S. M. la reine d'Espagne a fait remettre à D. Alard, le célèbre violoniste, la croix d'officier de l'ordre de Charles III. t** Bené Favarger, l'excellent pianiste compositeur dont les ouvrages jouissent d'une vogue exceptionnelle en Angleterre et en France , se trouve à Paris, et a fait entendre cette semaine, dans une. réunion in- time, ses nouvelles compositions. Nous y avons particulièrement remar- qué deux morceaux d'une grâce exquise, intitulés : Caliban et l'Escarpo- lette, ainsi que des fantaisies d'un très-grand effet sur les Huguenots, le Comte Ory et Martha. Nous croyons devoir signaler d'avance aux pianis- tes ces morceaux, qui paraîtront dans quelques semaines. - J't Les parties d'orchestre de l'ouverture de Pianella, de Flotow, qui obtient un si grand succès aux concerts Musard , viennent de paraî- tre. „*,,, L'appareil vocal, dans l'homme, est d'une délicatesse extrême et d'une excessive susceptibilité; de là les affections nombreuses plus ou moins graves, qui attaquent ce précieux organe chez les personnes que leur position astreint à en faire un plus fréquent usage. C'est donc rendre un véritable service aux prédicateurs, aux orateurs, aux profes- seurs, aux chanteurs, à tous ceux qui ont l'habitude de'parler ou de chanter en public, que de leur signaler les pastilles du docteur Edmond, dont l'efficacité souveraine a été reconnue par les sommités médicales pour préserver ou guérir do l'aphonie, de l'enrouement, de toute alté- ration de la voix, quelle qu'en soit la cause, et qui rendent presque im- médiatement à l'appareil vocal sa sonorité, sa pureté et toute sa fraî- cheur. „,*„. M. Touzé, chanoine honoraire de Reims, vicaire de Saint-Gervais, auteur de plusieurs compositions distinguées, a voulu payer son tribut à l'intérêt qu'inspirent les chrétiens d'Orient; sous ce titre : le Deuil de la Syrie, il vient de publier une élégie pleine d'expression, avec accom- pagnement de piano et d'orgue, qui se vend au profit des malheureux de ces contrées, et qui ne peut manquer, sous le double rapport du mé- rite et de la charité, de trouver de nombreux acquéreurs. Elle se vend au magasin Brandus, chez Retté et C°. **„ La bibliothèque musicale provenant de la succession de feu le professeur Fischhoff, à Vienne, a été achetée pour le compte de la bi- bliothèque de Berlin. Cette riche collection ne contient pas moins de 3,978 pièces. 286 REVUE ET GAZETTE MUSICALE 2*t Depuis le 9 août les Champs-Elysées offrent aux visiteurs de cette belle promenade un attrait de plus. Après huit mois de séjour à Sébas- topol, après quatre ans de travail, M. le colonel Langlois vient de livrer à la curiosité publique, dans l'immense rotonde construite à cet effet au- près du palais de l'Exposition, le panorama de la prise de MalakoQ'. On se souvient encore du panorama de la bataille d'Eylau qui pendant une période de plusieurs années captiva l'attention, nou seulement des Pa- risiens, mais encore de tous les étrangers qui venaient visiter la capi- tale. La prise de la tour de Malakoff offre un aspect plus saisissant en- core. Placé dans la tour même, sur le dernier étage que les Russes avaient conservé et dans lequel ils avaient concentré tous leurs moyens de défense, le spectateur embrasse la vue entière du champ de bataille, des armées russes, anglaise et française, de Sébastopol, de la mer Noire et des flottes des deux nations ennemies.; il assiste à tous les épisodes de cette lutte sanglante pour la reproduction de laquelle le colonel Langlois a rapporté photographiés tous les souvenirs encore récents des lieux, des hommes et des choses. On ne peut sans l'avoir vu se faire une idée de la vie qui anime ce gigantesque tableau et des détails infinis qu'il récèle. Dimanche dernier dans l'après-midi, l'Empereur, accom- pagné du prince impérial, est venu le visiter. Le maréchal Pélissier ac- compagnait Sa Majesté et lui a expliqué les scènes principales de cette page. L'Empereur vivement intéressé est resté plus d'une heure au pa- norama des Champs-Elysées. *** Encore quinze jours et l'orchestre Musard aura quitté les Champs- Elysées. Comme pour se faire regretter davantage, ses vaillants artistes redoublent d'ensemble et de perfection; et jamais ses programmes n'ont été plus variés. On peut dire que c'est lui qui a fait connaître à la gé nération actuelle des amateurs, l'ouverture d'Ohjmpie ; rarement on a mieux exécuté la magnifique Schiller-Marsch, de Meyerbeer, et chaque soir, dans le genre gracieux, on applaudit la mélodieuse ouverture de Flotow, Pianella, page qui figurerait dignement en tête d'un opéra en trois actes. Comme tous les établissements qui comptent sur le soleil, celui de M. de Besselièvre a été rudement éprouvé par l'inclémence de la saison; mais l'habile et intelligent entrepreneur ne se découragera pas, car il a doté l'une de nos plus belles promenades d'un attrait incontestable et qui réunit toutes les conditions les plus heureuses pour durer. „% Une place de violoncelle étant vacante à l'orchestre du théâtre impérial de l'Opéra, un concours aura lieu le vendredi 17 août, à neuf heures du matin. Se faire inscrire à l'administration. „.*„, Musard annonce pour jeudi prochain un grand concert extraor- dinaire au bénéfice des chrétiens de Syrie. %*% Le passage Sandrié et les maisons environnantes sont en pleine démolition pour faire place aux constructions de la nouvelle salle d'opéra. Le Conseil municipal a voté à l'unanimité le dernier projet qui lui a été soumis pour cette reconstruction. »% Le violoncelliste Anton Troeg, autrefois professeur au Conserva- toire de Prague et en dernier lieu attaché à l'orchestre de l'opéra de la Cour, à Vienne, est mort dans cette capitale à l'âge de quarante-deux ans. Parmi les nombreux élèves qu'il a formés on cite Seifert, a Saint- Pétersbourg, Ludovic r.xver et Kortzer, à Brûnn. **„, Le 24 juillet, est mort à Malines, M. Nicolas-Joseph Mathieu (né à Champton, le 24 janvier 1816), professeur de musique à Louvain, ancien élève du Conservatoire de Bruxelles, où il remporta le premier prix de chant, en 1840, ancienne basse-taille au théâtre de la Monnaie, ancien directeur du théâtre royal d'Anvers. 11 s'est suicidé en se précipitant sur les rails du chemin de fer à Malines. au moment de l'arrivée du convoi. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. t*t Bordeaux, 6 août. — Des expériences curieuses ont eu lieu jeudi, 2 août dans les salons de l'Académie impériale de Bordeaux, en présence d'une nombreuse réunion. Elles avaient pour objet la démonstration de la méthode de M. Sudre, inventeur de la langue musicale et de la télé- phonie. On sait que M. Sudre s'est proposé de doter l'humanité d'une langue nouvelle et universelle, et il n'est assurément pas un homme sérieux qui mette en doute l'utilité de la solution d'un pareil problème. L'inventeur qui avait M"" Sudre pour gracieuse interprète, a développé de la manière la plus claire et laplus satisfaisante son ingénieux système de communication. Par des expériences concluantes il a prouvé que dé- sormais les aveugles avaient une langue commune avec les muets, et qu'indépendamment de la transmission des ordres militaires qu'il opère avec une extrême facilité, son système s'appliquait même à la re- production dos noms propres. Dans cette séance, qui dura une heure environ, l'Académie ne cessa de donner à l'inventeur des marques de la plus vive satisfaction. Nous concevons que M. le baron de Uumboldt, après avoir assisté, en 1854, à Berlin, a plusieurs séances données par le célèbre inventeur, terminât ainsi une de ses lettres : «.... Je mo hâte de » vous transmettre cette nouvelle en vous renouvelant l'expression de » l'admiration qui est due a votre puissant talent inventif et combi- » notoire , » *** Boulogne-sur-Mer . — 11 y aura lundi, 13 août, à l'établissement des bains, concert donné par M. lîeichardt. On y entendra M"» Alboni, la cé- lèbre cantatrice; Benedict, le grand compositeur, qui accompagnera et jouera un solo de piano; Paque, le violoncelliste; Louis Engel, le propa- gateur de l'harmonium, et le bénéficiaire lui-même, le favori delà ville, qui chantera sa charmante romance: Oh\ belle étoilel Oh ! doua; regard ! [Thouart sonear) et Comment est-ce arrivé ? romance d'Engel, popularisée à Londres par Jules Lefort. — Les visiteurs de distinction abondent ici : dans le nombre il faut citer Lablache, fils du grand chanteur, et l'un des premiers professeurs de chant â Londres; Moschelès et sa fille, celle-ci pianiste remarquable, quoique amateur ; la duchesse de Bassano, et beaucoup d'Anglais des premières familles des trois-royaumes. „,*., Fête de l'exposition bisontine- Un concours^musical aura lieu à Besan- çon le 23 septembre prochain et sera suivi le lendemain, 24, d'un grand festival destiné à clôturer les fêtes de l'exposition, et qui sera donné sur la promenade de Chamars. Les sociétés chorales, les fanfares et mu- siques d'harmonie de France et de l'étranger, qui désireront prendre part à ce concours, devront se faire insciire â la mairie de notre ville avant le b septembre. Chacune d'elle aura à faire connaître: 4° son nom comme société; 2" sa résidence; 3° le nombre de ses membres exécutants; 4° le nom de son chef; S" la division dans laquelle elle désire concourir. Le tirage au sort pour l'ordre d'audition dans le con- cours aura lieu le 6 septembre, à l'hôtel de ville de Besançon. Chaque société appelée à concourir pourra s'y faire représenter. Pour tous autres renseignements, s'adresser à M. le maire de Besançon, président de la commission de l'exposition . CHRONIQUE ETRANGERE. „** Londres, 8 août. — Le théâtre royal italien de Covent-Garden a brillamment terminé la saison avec le Prophète. Ce chef-d'œuvre, admi- rablement rendu par Tamberlick et Mme Czillag, avec un orchestre et des chœurs d'un mérite supérieur, une mise en scène splendide, a eu les honneurs de la saison. Dans les rôles secondaires, Neri-Baraldi s'est particulièrement distingué. La saison s'est composée de 56 représenta- tions : sur ce nombre, Meyerbeer en a eu 19; Bellini, 5 ; Flotow, /j; Bossini, 4; Beethoven, 4; Gluck, 4; Verdi, 3; Donizetti, 3, etc. — Mlle Artot va se marier, dit-on, à M. John Thomas, harpiste de la reine, jeune artiste plein de talent et d'avenir. *** Bruxelles. — Un compositeur distingué, M. Bordèse, est en ce moment à Bruxelles, où il a été admis à l'honneur de présenter à Mgr le duc de Brabant la messe solennelle qu'il a composée pour le baptême du compte de Hainaut. — M. Bordèse vient de terminer pour la maison Schott frères, sous le titre de l'Esprit et le Cœur, une opérette en un acte, spécialement composée pour être exécutée dans les salons, ou dans les pensionnats.de demoiselles. Elle n'exige que le concours de quatre demoiselles et ne nécessite point de grands frais de décors. Le sujet en est charmant et l'ouvrage est de M. A. Flan, l'auteur de tant de ravissantes productions. Quant à la musique, elle ne le cède en rien â ce que M. Bordèse a composé de plus frais et de plus gracieux. L'opérette comporte en tout une ouverture, une cavatine, un air et une romance, un duetto et un duo, le tout terminé par un finale du plus grand effet. %*tSpa. — La soirée musicale que nous avions annoncée et à laquelle devaient concourir Mme Miolan-Carval.ho et Jehin Prume, a eu lieu le 27 juillet, et elle avait attiré non-seulement toute la société d'élite qui peuple en ce moment notre ville, mais encore un grand concours d'a- mateurs des localités environnantes. L'éminente cantatrice a chanté quatre morceaux, le grand air du Pré aux Clercs, l'air de l'abeille, de la Reine Topaze, la romance des Noces de Figaro et l'air d'Actéon. Dans chacun de ces morceaux, d'un genre différent, elle a déployé cette ad- mirable méthode, cette douceur, cette suavité exquise des demi-teintes dont elle possède seule le secret. Aussi a-t-elle soulevé les applaudis- sements les plus enthousiastes, surtout lorsqu'avec une grâce char- mante elle a répété la chanson de l'Abeille et l'air des Noces. M. Jehin-l'rume, notre jeune compatriote, déjà digne du nom que lui a transmis son oncle, s'est fait entendre dans une fantaisie de sa composition. On a vivement applaudi, son jeu, l'habileté de ses doigts et la facilité avec laquelle il triomphe des plus grandes difficultés. — Pour demain, 10 août, est annoncé le concert de Vivier, avec le con- cours de Mlle François et de Franco-Mendés, et pour le 22, nous au- rons une fête qui aura du retentissement: car elle est donnée pour l'inauguration d'une nouvelle promenade, que l'édilité spadoise a baptisée de promenade Meyerbeer. C'est M . Féchevin Servais qui en a fait la proposition dans les termes suivants: « Parmi les visiteuis célèbres qui honorent notre ville de leur présence, aucun ne nous a été plus fidèle et n'est entouré d'une gloire plus universelle que Meyerbeer. l'un des plus grands artistes de l'époque. Depuis irente-deux ans que l'illustre maître vient ù Spa, nos montagnes qu'il affectionne tant, lui ont inspiré plus d'un de ces chants tour â tour énergiques et suaves qui font les délices du inonde musical. Nous pouvons sans témérité revendiquer un peu comme nôtre ce brillant génie, car on sait généralement qu'il n'est pas une de ses productions, à partir du succès populaire et toujours DE PARIS. 287 jeune de Iiob~rt le Diable jusqu'à sa dernière création, le Pardon de Pluër- mel, qui n'ait reçu son germe ou qui ne se soit développée parmi nous. La promenade Meyerbeer rappellera à chaque pas les œuvres du grand maître : Ici, le repos d'Alice ; là, le pont de Bertram ; plus loin, la cas- cade de Ploërmel, le Ibosquet de Dinorah, etc. Ce monument, taillé en pleine nature, n'aura pas la destinée de bien d'autres plus solides en apparence ; loin de subir les outrages du temps, il aura l'avantage de grandir et de reverdir à chaque printemps. Ce sera comme la musique éternellement belle de Meyerbeer, à qui vous consacrerez ce souvenir. » Le conseil communal a adopté par acclamation la proposition de M. Servais. *** Berlin. — Le 19 juillet, jour anniversaire de la mort de la reine Louise de Prusse, a eu lieu une solennité funèbre à l'église Louise (Luisen- Iîirche) ; on y a exécuté des fragments de Paulus et du Messie, et le Requiem, de Mozart — La célèbre prima donna, Mme Jachmann-Wagner, est partie pour Varsovie, où elle est engagée pour une série de repré- sentations. — Orphée aux enfers, par Offenbach, en est à la 30e repré- sentation. — Le 2 août les représentations ont repris au théâtre royal de l'Opéra; on avait choisi pour cette solennité, la Lampe merveilleuse, ballet du Hoguet. **,,. Mayence. — Le premier concert du festival du Miltel-Rhein (Rhin central) a eu lieu le 22 juillet. Dès 14 heures du matin, la salle était comble. Bientôt parurent le roi Louis de Bavière, le grand-duc et la grande-duchesse de Hesse, qui prirent place, avec leur suite, dans la loge qui avait été construite pour les recevoir. Aussitôt la solennité commença par l'ouverture que Beethoven écrivit, en 1822, pour la fête de l'empe- reur d'Autriche. L'oratorio, Israël en Egypte, chef-d'œuvre qui renferme des beautés du premier ordre, f«t exécuté, ainsi que l'ouverture, avec une précision et une verve qui électrisèrent l'auditoire. Presque tous les morceaux furent bissés. Le duo des basses (MM. Kindermann et Beckerj, dans la deuxième partie, reçut une triple salve d'applaudissements. Les solistes, Mme Dustmann-Meyer, de Vienne ; Mlle Schreck, de Bonn ; M. Schnorr de Carolsfeld, de Dresde, eurent également leur part des té- moignages de sympathie du public. A une heure, après le concert, une promenade en bateaux eut lieu sur le Rhin. Les chanteurs, les canta- trices, les artistes invités s'embarquèrent à bord de quatre magnifiques steamers pavoises ; un cinquième avait été réservé pour le roi de Ba- vière, le roi de Hollande, le grand-duc et la grande-duchesse de Hesse et les personnes qui les accompagnaient. Chaque embarcation avait son orchestre ; cette harmonieuse Armada se mit en mouvement au bruit des instruments et du canon. Partout sur son passage les populations rassemblées sur les bords du fleuve saluaient la flottille de leurs acclama- tions ; des barques nombreuses, ayant à bord des réunions de chant, venaient la rejoindre. Le soir, au retour,- des fusées partirent des di- verses embarcations, etc. A 10 heures du soir, la flotte rentra dans le port de Mayence ; une brillante assemblée dans les salons du grand-duc de Hesse termina cette fête magnifique. — Le 23 juillet a eu lieu le deuxième concert du festival. On y a exécuté, entre autres, la sympho- nie en ut mineur de Beethoven, et la Première nuit de Walpurgis, par Mcndelssohn. Le solo de basse-taille a été chanté par Stockausen ; le célèbre chanteur, qui assitait à la solennité, s'était offert à remplacer M. Kindermann, qui venait d'être pris d'un enrouement subit : inutile d'ajouter que la reconnaissance du public s'est manifestée à plusieurs reprises par des applaudissements mérités à tous égards. A la fin du con- cert les vivat répétés de l'auditoire accompagnés des fanfares de l'or- chestre, ont salué le maître de chapelle Marpurg, qui avait organisé et dirigé le festival avec autant de zèle que de talent. t%Beme. — Le festival a duré deux jours. Dans léchant artistique, c'est l'Harmonie de Zurich qui a obtenu le premier prix. Les autres prix ont été accordés à la Liedertafel de Baie, à celles de Berne, de Coïre et de Saint-Gall. Dans le chant populaire pour voix d'hommes, Rappors- will a emporté le premier prix, Bâle le deuxième prix. „*„ Vienne. — A la suite des examens des élèves du Conservatoire, a eu lieu la distribution des prix. Pendant la dernière année scolaire, 336 élèves ont suivi les cours : sur ce nombre, 7 ont reçu des médailles d'argent ; il y a eu, en outre, '21 prix et 72 mentions honorables. **„ Sakbourg. — Le Mozartéum est une réunion d'artistes salariés, qui, sous la direction du célèbre compositeur M. Faux, exécute tous les di- manches et jours de fête des messes, des vêpres, des litanies et autres morceaux de musique religieuse de Mozart, Beethoven, Joseph et Michel Haydn, Hummel, Aiblinger, Eybler, Drobiseh, Nikolaï, Reissiger. Le di- recteur, M. Faux, a écrit plusieurs messes d'un beau style et une litanie en ut majeur pour quatre voix et orchestre ; nous avons, en outre, la chapelle de l'église collégiale de Saint-Pierre ; cette chapelle est un peu déchue de son ancienne renommée, qui avait atteint son apogée de 1842-50. Durant ces huit années, le célèbre compositeur, chevalier Neukomm, venait passer l'été auprès d'un ami de sa jeunesse, l'abbé Nagenzaun, et y dirigeait l'exécution de ses propres œuvres. Le. cha- pitre de Saint-Pierre conserve plusieurs de ces compositions en ma- nuscrit. **.<, Hambourg. — Dans une fort bonne représentation des Hugue- nots, nous avons eu occasion d'apprécier le talent remarquable de Mlle Schmidt, de Darmstadt, qui a joué et chanté le rôle de Valentine de manière à mériter plusieurs fois les honneurs du rappel. „.% Cologne. — Le 28 juillet, la Société italienne Mérelli a commencé une nouvelle série de six représentations : elle jouera le Barbieièik Sé- ville, Don Juan, Lucrèce Borgia, le Mariage secret et Don Pasquale. ,% Wiesbaden. — Seligmann est attendu pour le festival du 17 cou- rant. %*# Ems. — Notre ville est en ce moment le rendez-vous de l'aristo- cratie de tous les pays. — Elle assistait hier à un brillant concert donné par Henri Herz, Mlle de la Morlière et Mlle Marie Cruvelli. Herz a merveilleusement joué un grand concerto et trois de ses plus belles fan- taisies. Mlle de la Morlière a chanté avec beaucoup d'art et le plus grand succès deux romances, le Brindisi d' Herculanum et la sérénade de Cil Blas. Mlle Cruvelli a dit un grand morceau de Titus, de Mozart, et deux autres morceaux. Déjà au kursaal nous avions entendu les frères Lionnet, Alfred Jaell, Louis Jung, M""' Burde-Ney, une étoile allemande, et Laub, le premier violon d'Allemagne. Nous attendons maintenant Vi- vier, Geraldi, Piath, Mme' Cambardi, Saint-Urbain, etc. — Offenbach nous a quittés ces jours-ci pour retourner à Paris. Il était venu à Ems pour se reposer, et il a trouvé le moyen de terminer son opéra-comique en trois actes , le Roi Barhouf, paroles de Scribe et Boisseaux, qui va entrer en répétition. „,** Graz.— Le compositeur et éditeur de musique Cari E vers a reçu la croix d'officier du Medschidié, du sultan, auquel il avait dédié son recueil de Chansons d'amour. AVIS. MM. les Directeurs de théâtre sont informés que la Grande Par- tition et les Parties d'Orchestre du ïSwmssïas a5'Ei*-5a-e , opéra- comique en trois actes, paroles de MM. Alexandre Dumas et de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas, viennent de paraître chez MM. G. Brandus et S. Dufour, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au 1". PniX ACCORDE A L UNANIMITE A L EXPOSITION UNIVERSELLE DE LONDRES 1851. fournisseur iBch Ministères «If lu Guerre et dk' la ^Qui-ônt' de SPrnucc. Agent à Londres JULLIEN ET C", 21/i , Régent Street. . MAISON FONDÉE EN 1803. INSTRUMENTS OE MUSIQUE EN CUIVRE ANTOINE COURTOIS 88, raae tSt'S jWtiS'/eSs - Steiaif - MStirliti , SS Ci-dov»nt rue du Caire, 21. MÉDAILLE D'ARGENT DE 1" CLASSE A L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS 1855. Vactcui' «lu Conservatoire et . Tous les instruments à pistons avec addition d'une ou plusieurs clefs; invention brevetée en i»5». Système d'instruments à pistons ascendants; inv. brev. en i§5«. ou cylindres, les mêmes forme Saso-Tromba. Clairons, Trompettes d'ordonnance. Flûtes, Clarinettes, Bassons, Caisses roulantes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales, Cym- bales, etc., etc. PARI». — lui KmCRIE CENTRALE BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. N° 34. 10 Août 1860. ON S'ABONNE I Dans les flernrtoments et à l'Étranger, chez tous les Mnrchnnds de Musique, les Libraires, et aux Bureaux des BU-ssngerics et des Postes. REVUE PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris 24 fr, para» Départements, llilgiquu et Suisse — 30 » id. ... 34 .. id. Lu Journal paraît le Dimanche. GAZETT ~^Mf>J\PJ>S\PjW^ SOMMAIRE. — Fragments de l'introduction d'une histoire générale de la musique (2° fragment), par Fétis père. — Piron et Rameau, par Adrien tic La Page. — lievue des théâtres, par lï. A. D. Sain (Yves. — Nouvelles et annonces. FRAGMENTS DE L'INTRODUCTION D'UNE HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE (Ouvrage inédit.) Deuxième fragment (1). Vers l'an 2500 avant Jésus-Christ, ou deux siècles plus tard, sui- vant d'autres calculs chronologiques, commença la grande migration d'une multitude d'Indiens septentrionaux. Elle s'avança lentement vers l'Ouest et le Nord, laissa dans l'Asie mineure des colonies qui furent les souches des populations lydienne et phrygienne; puis elle entra en Europe par la Tauride, où s'établirent quelques tribus con- nues sous le nom de Cimmêriens. Arrivés sur le Danube, les Indo- Scythes, suivant toute probabilité, se partagèrent en trois rameaux dont un se dirigea vers l'Italie, pendant qu'un autre entrait dans les Gaules, poussant devant lui les Ibères, produits d'une migration plus ancienne sortie de l'Arménie. Une partie de ces Ibères se réfugia en Espagne, et l'autre en Italie, vers la Sardaigre. Le troisième ra- meau s'établit d'abord dans la Thrace, puis s'avança progressivement dans la Grèce et la peupla. Les premiers habitants de la Grèce pro- duits par ce rameau d'émigrants ont été connus sous le nom de Pé- lasges. Ces Pélasges, premiers habitants de la Grèce, et dont le nom si- gnifie étrangers, furent civilisés par plusieurs colonies de Phéniciens et d'Egyptiens. La première, sous la conduite d'Inachus, était com- posée de pasteurs phéniciens, égyptiens et arabes : elle bâtit Argos, vers l'an 1970 avant J.-C. Cécrops, à la tête d'une colonie d'Egyp- tiens, aborda dans l'Altique, et y jeta les fondements des bourgades dont se composa plus tard Athènes. Cadmus fut le chef de la troi- sième colonie, entièrement composée de Phéniciens ; il s'établit dans la Béotie en l'année 1594 avant l'ère chrétienne et y bâtit la ville de Thèbes. Enfin, des Egyptiens, dirigés par Danaùs, furent la qua- trième et dernière colonie. Elle arriva dans l'Argolide en 1586. Peu nombreuses, et trop faibles pour songer à faire des conquêtes, ces colonies vécurent en bonne intelligence avec les Pélasges, et conlri- (1) Voir le n° 27. buèrent puissamment aux progrès de leur civilisation. Toutefois, ceux- ci n'apparaissent dans l'histoire que comme un peuple dégénéré. A l'égard des Pélasges qui s'étaient dirigés vers l'Italie, ils y en- trèrent par le Nord, chassant devant eux les Ibères qui s'y étaient retirés, et qui passèrent en Sicile, où ils furent connus sous le nom de Sicani. Quelques tribus de ces Pélasges s'emparèrent de la Sardai- gne, puis ils s'avancèrent dans la Toscane, sous le nom de Thyrrènes ou Thyrréniens. Plus tard, ce qui resta de cette population fut appelé Tasci ou Etrusques, après que les Rhasbnes, nation venue des Alpes tyroliennes, les eurent vaincus et se furent mêlés avec eux. Le royaume d'ELrurie ne commença qu'en l'an 992 avant l'ère chré- tienne. Une autre colonie de Pélasges, sortie de la Grèce sous la conduite d'OEnotrus, s'était fixée dans le Latium environ 1790 ans avant J.-C.: elle y fonda la monarchie des Sabins. On a quelquefois confondu cette branche pélasgique avec la première (celle des Thyrréniens), et cette erreur a jeté quelque confusion dans l'histoire des premiers temps de l'Italie. Il est vraisemblable que les colonies thyrréniennes, s'avançant progressivement dans l'Italie méridionale, peuplèrent la Campanie, l'Apulie et le royaume de Naples, jusqu'à l'extrémité de la péninsule. A l'époque de l'invasion des Rhasènes, une partie de ces Thyrréniens se réfugia en Sicile, y prit le nom de Siculi, et se mêla aux Sicani, qui en avaient été les premiers habitants. En dépit des efforts persévérants des érudits, une obscurité profonde, invincible environne le berceau des anciens peuples de l'Italie, tels que les Ombriens, qui occupaient une partie de la Romagne ; les Osques de la Campanie, nation civilisée dont la langue nous est connue par les tables eugubines et par quelques inscriptions ; les Auzones, les Eques et les Volsques, qui étaient de la même famille, et enfin les Samnites, qui occupaient une partie de l'Àbruzze. Aux temps antérieurs aux époques historiques appartient aussi le rameau indo-scythe identique avec les Pélasges qui, sous le nom de Celtes, pénétra dans les Gaules, en remontant le cours du Danube, et ne put s'avancer qu'avec lenteur; car les contrées qu'il traversait of- fraient encore de toutes parts les traces de la grande catastrophe di- luvienne, dans de vastes marécages d'un abord difficile et dangereux. De grands fleuves et des rivières considérables, tels que le Rhin, le Rhône, la Saône, la Moselle et la Meuse, présentaient de sérieux ob- stacles aux mouvements de translation de ces hommes dépourvus des ressources de la civilisation. Remonter ces fleuves jusqu'auprès de leur source était sans doute leur direction ordinaire. Aux premiers temps de l'histoire, nous, voyons la nation celtique établie dans une grande partie des Gaules, sous le nom de Gais ou GacU, traduit 290 REVUE ET GAZETTE MUSICALE par Galli chez les écrivains de Rome, et dont les Français ont fait Gaulois. . Arrêtons-nous et voyons quelles conséquences nous pouvons tirer, pour l'histoire de la musique, de l'identité d'origine de lous les peu- ples caucasiens, de ceux de l'Asie mineure, de la Grèce et d'une grande partie de l'Europe. Mais, dira-t-on, quelles garanties avons- nous de celte identité ? Nous l'avons déjà dit : il ne peut y avoir de garantie certaine de faits antérieurs à toute histoire ; mais les histo- riens de l'antiquité ont recueilli des traditions qui remontent jusqu'à l'enfance des nations. Ces traditions, recueillies avec soin, étudiées avec persévérance, et controversées par des érudits d'une haute por- tée, ont été l'objet de mémoires et de livres où se trouvent des déve- loppements sur ces questions délicates qui ne peuvent trouver place ici (1). La linguistique, science toute moderne, est venue prêter son appui aux travaux des ethnologues. 11 y a longtemps que Leibnitz a dit que l'origine des peuples ne se révèle que par les affinités des langues ; Klaproth s'est appuyé sur cette grande autorité dans son Asia polyglotte (2), et M. Eichhoff a dit avec beaucoup de justesse : « L'histoire des langues est la base de celle des nations. Au milieu » des épaisses ténèbres qui couvrent les premiers âges du monde, » parmi tant d'erreurs et de fables dont chaque peuple a environné » son berceau, elle est comme un fil conducteur qui nous dirige, si- » non avec certitude, du moins avec méthode et probabilité, en » marquant dans la famille humaine des analogies et des différences, » en caractérisant chaque génération successive, et en signalant sur » le sol mobile des traces de son rapide passage, que tant d'événe- » ments postérieurs semblaient avoir effacé sans retour (3). » Un cor- tège imposant d'autorités se présents pour constater les rapports de la langue zend des Perses avec le sanscrit, qui est la plus ancienne des langues de l'Inde et la source de toutes les autres, ainsi que les rapports de ces langues primitives avec les idiomes grec, latin, ger- maniques et celtiques. Les auteurs les moins favorables à la commune origine des langues européennes, parmi lesquels on remarque l'histo- rien Niebuhr, avouent qu'elles ont des points nombreux de contact, et que dans celles qu'on désigne soùs le nom ù.' indo-européennes, on trouve quelques centaines de mots, lesquels servent à exprimer les idées élémentaires et les choses naturelles en rapport avec les be- soins primitifs de l'homme, dont les analogies. sont évidentes. Or, ce sont précisément ces points de contact qui doivent se rencontrer entre des peuples issus d'une même souche, dont la séparation s'est opérée dans des temps antérieurs aux idées civilisatrices. Par les progrès de la civilisation, des nouvelles idées se produisent, des faits nouveaux se manifestent de jour en jour, et les langues s'enrichissent de mots destinés à leur désignation. C'est dans ces mots nouveaux que les analogies disparaissent entre les langues, et que chacune prend un caractère particulier. Ce rapide résumé, fait dans le but déterminé de notre ouvrage, ne peut présenter qu'une indication sommaire des rapports primitifs des religions des peuples anciens qui appartiennent à la race blanche. Chez tous, le principe fondamental est le panthéisme, à l'exception de la famille hébraïque, qui s'éleva jusqu'à la connaissance d'un seul Dieu créateur de l'univers. Chez les Hindous, les Egyptiens, les Phéniciens, les Grecs, les Etrusques, les Romains, les nations germaniques et slaves, enfin chez les Celtes, le panthéisme se combine avec l'idolâtrie, et chez les plus anciens de ces peuples, avec la doctrine de l'incarnation. (1) Los ouvrages les plus importants sur cette matière sont indiqués, et les opi- nions discutées dans les notes de notre introduction a l'Histoire générale de la mimique; notes trop multipliées et trop étendues pour la place réservée à ces frag- ments. (2) Dans la préface de la deuxième édition. Paris, 1831. (3) ParolUle des langues de l'Europe et de l'Inde. Paris, 1830, in-4°, p. 7-8. L'analogie de conformation physique, les traditions historiques, les affinités de langues, le rapport des idées fondamentales sur lesquelles reposent les formes des anciennes religions, et les monuments les plus antiques se réunissent donc pour démontrer l'origine commune de tous les peuples qui appartiennent à la race blanche, et pour donner toute la probabilité désirable de la filiation indiquée précédemment de ces peuples, les seuls qui ont reçu de Dieu les facultés nécessaires pour progresser sans relâche dans la science et vers le but moral de leur existence, comme aussi pour se transformer incessamment dans la cul- ture de l'art. Une dernière considération, non moins générale, non moins importante, va se réunir aux autres pour achever de constater l'identité de cette race, et la filiation des peuples qui en sont issus : nous voulons parler des rapports primitifs qui existent dans la con- ception des systèmes musicaux chez les nations indo-caucasiennes , rapports non moins évidents que ceux de langues, et qui sont les bases réelles de l'histoire de l'art. C'est une opinion généralement admise que la disposition des sons connue aujourd'hui dans la musique des peuples européens, et dont nos gammes majeure et mineure présentent les formules, est le pro- duit d'une loi fondamentale, immuable, et que la musique diatonique, c'est-à-dire celle dont les sons se suivent à de certains intervalles appelés tons et demi-tons, est la musique de la nature. Suivant la doctrine des théoriciens et des historiens de l'art, celte conception des rapports des sons aurait précédé toutes les autres. Quelle que soit l'opposition qu'on ait à redouter en attaquant des idées si bien enracinées, nous n'hésitons pas à déclarer qu'elles sont absolument contraires aux vérités qu'enseignent des monuments d'une antiquité et d'une autorité certaines. Non-seulement la musique diatonique n'est pas la plus ancienne dont on a fait usage, mais on peut démontrer qu'aucun des peuples de l'antiquité ne l'a connue originairement et que la plupart en ont toujours ignoré l'existence. Il n'est pas difficile d'établir par des preuves aussi incontestables que celles des affinités des langues l'existence d'un système d'intervalles de sons autre que le diatonique chez tous les peuples primitifs, et de faire voir avec évidence quels ont été les modes de transformations par lesquels on a été conduit progressivement de ce système primordial au système diatonique perfectionné de la musique moderne. Les traités de musique les plus anciens et les plus authentiques que nous trouvons dans la littérature sanscrite démontrent que le système antique de celte musique était intimement lié aux idées religieuses des habitants primitifs de l'Inde, ainsi qu'à leurs systèmes cosmogonique et philosophique. Le plus ancien de ces ouvrages, a pour auteur Soma, musicien et poète hindou, qui vient plusieurs siècles avant l'ère de la chrétienté. W. Jones et S. Ouseley, qui ont publié des extraits de ce livre, lui attribuent même une très haute antiquité, car elle ne remonterait pas à moins de trois mille ans. On y voit que les musiciens de l'Inde ayant établi dans la musique un système com- plet qui correspond à l'octave, quant à ses limites, divisaient cette étendue en vingt-deux parties un peu plus fortes que des quarts de ton, car vingt-quatre de ceux-ci correspondraient aux douze demi- tons contenus dans l'octave de la musique européenne. Comme celle-ci la musique ancienne des Hindous avait une gamme composée de sept sons qui avec le huitième, nécessaire pour compléter l'octave, for- maient sept intervalles entre lesquels les vingt-deux parties de cette octave étaient inégalement réparties, à savoir, en intervalles composés de deux, trois ou quatre de ces parties appelées snttis, en sorte qu'aucun de ces intervalles ne correspondait exactement au demi-ton ni au ton de la musique diatonique. Ces éléments étaient distribués d'une manière différente dans les trente -six gammes ou modes de l'an- cienne musique de l'Inde, et les sons qui les composaient étaient altérés suivant le mode, tantôt d'un sruti ascendant, tantôt d'un sruti descendant. Dans certains modes un ou deux sons étaient sup- primés, tandis que d'autres étaient altérés. Des traités de musique DE PARIS. 291 postérieurs de plusieurs siècles à celui de Soma, par exemple le San- gita Narayana et le Sângita Dcrpana, indiquent des modes qui dif- fèrent de noms, de nombres et de formes, ce qui fut sans doute le ré- sultat de modifications produites par le temps; mais le principe des petits intervalles des sons y domine toujours. Aucun traité de la musique de la Perse ne remonte à une anti- quité aussi reculée que celle de l'ouvrage de Soma ; aucun n'est écrit dans l'idiome send. La plupart de ceux que nous connaissons sont ou des traductions d'ouvrages sanscrits traduits en persan moderne, ou des traités dont l'ancienneté ne va pas au delà du xme siècle de l'ère chrétienne. Les théories des auteurs persans sont incohérentes et contradictoires entre elles, parce qu'elles exposent ou l'ancienne doctrine de la musique de l'Inde, ou cette même doctrine déjà altérée par le mélange d'élémenis étrangers, ou le système particulier de la musique persane, ou celui des Arabes, qui, sous les kalifes, furent les dominateurs du pays, ou même des théories européennes qui sem- blent y avoir pénétré vers les derniers temps des croisades. La doc- trine musicale des Persans modernes, qui vraisemblablement est issue des anciens Perses, et doit avoir eu la même origine que la musique des Hindous, divise les intervalles des sons par quarts de ton, en sorte qu'elle en place vingt- quatre dans l'étendue de l'octave. Leurs instruments de musique sont construits conformément à cette division. Les musiciens persans qui se trouvaient à Bagdad, et qu'Amurat IV em- mena en esclavage à Constantinople en 1647, introduisirent en Turquie la musique basée sur ce système : elle y était encore en usage vers la fin du xvme siècle, ainsi que nous l'apprend Toderini (1), bon musi- cien, qui vécut à Constantinople depuis 1781 jusqu'en 1786. Comme les Hindous, les Persans ont des modes dans lesquels certaines notes sont supprimées, et dont les gammes ont aussi pour notes initiales tous les sons du système. Or l'analogie de ce système avec celui de l'Inde, et l'antiquité bien constatée de celui-ci, ne permettent pas de douter que la musique des anciens Perses a été identique à celle des Persans modernes, et que leur échelle de sons fut divisée par quarts de "tons. De même que les langues sémitiques n'ont pas conservé dans leurs formes autant d'analogie avec le zend et le sanscrit que les langues européennes, bien que Klaproth ait fait voir les rapports nombreux de celle-ci avec le chaldéen (2), de même le système de la musique arabe s'éloigne un peu des systèmes hindou et persan. Vingt-quatre petits intervalles divisent l'octave dans la musique persane, vingt-deux dans l'ancienne musique de l'Inde ; mais dans, la musique des Arabes, il n'y a que dix-sept intervalles pour la même étendue, parce que les tons sont divisés par tiers, et que les deux demi-tons de l'échelle sont égaux à ceux de la gamme diatonique. A quelle époque s'est ainsi modifié le type primitif ? Il serait impossible de résoudre aujourd'hui ce problème d'une manière satisfaisante ; cependant si l'on remarque que dans l'antiquité la plus reculée, les Hébreux, les Chaldéens, les Modes, les Syriens et les Phéniciens avaient réduit les lettres de leur alphabet à vingt-deux, et même qu'à l'époque où la première colonie phénicienne aborda en Grèce, l'alphabet qu'elle y porLa n'était com- (1) Lilleratura lurchesca, t. I, cap. xvi. Il ajouie (p. 232) : La musique tur- que est lajm(.m.c que la persane moderne (la musica turchesca è persiana mo- to»). Les renseignements récents que nous ayons reçus de voyageurs en Perse prouvent que toutes les mélodies y sont formées de petits intervalles de son», et qu'on finit par s'accoutumer à ces relations étranges de sons et par y prendre goût. Dans son livre intéressant intitulé Trois ans en Judée, M. Gérardy Saintine dit aussi: « Vivez quelque temps parmi les Orientaux, habituez votre oreille aux » sons fantastiques, capricieux de cette musique sauvage, et vous serez étonné d'y » trouver un charme étrange, quelque chose qui diffère essentiellement des sensa- » tions musicales produites par l'harmonie européenne. Cette gamme par quarts » de tons, qui blessait d'abord votre tympan effarouché, perdra ce caractère d'in- n tonations vagues et fausses, etc. » (2) Voyez son Mémoire sur les langues sémitiques, dans le livre du baron de Mérian intitulé : Principes de l'élude comparée des langues. posé que de seize lettres, tandis que l'alphabet sanscrit a cinquante- deux lettres, classées suivant toutes les nuances d'intonations de la voix ; que les langues sémitiques anciennes n'ont pas de voyelles exprimées par des caractères, et que l'usage des points qui en tien- nent lieu dans les divers dialectes arabes est relativement moderne, tandis qu'il y a huit voyelles simples et quatre diphtongues dans la langue sanscrite ; enfin, que toutes les nations de l'Asie occidentale écrivent de droite à gauche, et que le sanscrit s'écrivait de gauche à droite, on comprendra que les modifications introduites dans le système musical primitif ont dû se faire dans des temps aussi anciens, ou à peu près, et que la première colonie qui s'établit dans VAram, lequel contenait la Syrie, la Chaldée, la Mésopotamie, l'Assyrie et l'Elam, a dû, parvenue à un certain degré de civilisation, fournir le modèle de toutes les langues anciennes et modernes du pays, et poser les bases du système de musique que nous voyons encore en usage dans ces contrées. Lorsqu'on examine avec attention l'immobilité des choses dans l'Orient et l'attachement de ses populations à leurs usages, à leurs mœurs, on se persuade sans peine que la musique y a dû être connue à son origine telle à peu près qu'elle est aujourd'hui, et que le sys- tème des dix-sept intervalles usité parmi les musiciens du pays, et dont on trouve l'exposé dans les traités de musique arabe, y a existé de tout temps et a dû être en même temps celui des autres familles de la postérité de Sem, à savoir : les Syriens, les Chaldéens, les Phéni- ciens, les Assyriens, les Babyloniens, les Hébreux et vraisemblablement celui des Egyptiens. Si ce système n'a pas les nuances d'intonations délicates et richement modulées de la musique de l'Inde, il est ce- pendant composé d'intervalles sensiblement plus petits que ceux de la musique européenne, car au lieu de dh-sept intervalles dans l'oc- tave, nous n'en avons que douze (1). Le goût des peuples de l'Asie occidentale à l'égard de la musique ne se caractérise pas seulement par la petitesse des intervalles des sons, mais aussi par la multiplicité des modes, c'est-à-dire des divers ordres d'arrangement de ces sons. Les Arabes de nos jours ont dans leur musique les modes multipliés que nous remarquons dans l'an- cienne musique des Hindous et chez les Persans : il en est de même des Arméniens. Il y a donc lieu de croire que ces peuples primitifs ont conservé les principes de l'art originaire, et que ce que nous connaissons aujourd'hui de cet art est analogue à ce qu'il fut dans les premiers temps. A l'égard des nations qui se sont formées par la première migra- tion indo-scythe, c'est-à-dire des Pélasges, des Celtes, des Etrusques et autres peuples de l'Europe, une étude attentive des sources de l'art dans l'antiquité nous fait voir que le principe indien n'a pas eu moins de part dans leur musique primitive que dans leurs langues. FÉTIS père. (La fin de ce fragment prochainement. } (1) Il en est du chant arabe comme de la musique persane ; on finit par s'y accoutumer avec le temps. Le compositeur Neukomm, qui visita l'Algérie peu d'an- nées après la conquête de ce pays, nous écrivait à ce sujet le 17 septembre 1835 : « Lorsque j'arrivai a Alger, voulant tout connaître, je parcourais avec intérêt les » rues habitées par le peuple arabe, et même des espèces de bouges où l'on fume, » ce que je déteste, en prenant du café, que je n'aime pas davantage. Mes oreilles ii y étaient fréquemment mises a la torture par des ràcleurs d'espèces de guitaies » qui chantaient faux à me faire fuir. Mais, mon cher ami, le croirez-vous ? mon » oreille s'est insensiblement pervertie, et j'ai fini par tiouver un certain charme » mélancolique à entendre ces vagues canlilèncs qu'on a d'abord de la peine a » discerner, à cause des tremblements et des traits ridicules dont les misérables » chanteurs les enveloppent. Connaissez-vous cette singulière musique ? Si cela est, » expliquez-m'en, je vous prie, les principes, etc. » 292' REVUE ET GAZE'ITE MUSICALE PIRON ET RAMEAU. Il vient de paraître à Lyon, imprimerie de Louis Perrin, un petit volume in-16 Jésus, imprimé avec luxe et contenant treize lettres inédites d'Alexis Piron adressées à Maret, secrétaire de l'Académie de Dijon et père du duc de Bassano. On y trouve quelques renseignements sur Rameau, né, comme l'on sait à Dijon, de même que l'auteur de la Métromanie. Ainsi que de la plupart des musiciens de son temps, on a pu dire de lui que toute son âme et son esprit étaient dans son clavecin ; quand il l'avait fermé, il n'y avait plus personne au logis. Piron, et Rameau vécurent quarante ans à Paris sans s'être vus en tout la durée d'un jour. Le musicien allait presque tous les matins dîner chez quelque riche financier qui tenait à grand honneur de hoire avec lui, ce qui ne déplaisait pas à Rameau, de son côté assez amateur du bon vin, comme Bourguignon qu'il était, surtout quand il le buvait sans bourse délier. Tenant à se comporter vaillamment h table, il se rendait vers onze heures aux Tuileries pour gagner de l'appétit. « Je me trouvais quelquefois à la même heure dans le jardin, dit Piron; il m'apercevait le premier, me huchait de loin et accourait à moi; je le voyais venir à l'aide de ma lorgnette : ce n'était plus qu'un long tuyau d'orgue en l'absence du souffleur. Après m'avoir meurtri les joues du choc des siennes, nous nous efforcions d'entrer le pre- mier en conversation ; sa grosse voix lui donnait le pas. Il me parlait musique et basse fondamentale; je lui parlais d'Homère et de Cor- neille. Nous nous donnions de l'algèbre par les oreilles, à tour de rôle; il s'impatientait à la fin, il envoyait la poésie où je n'ose dire, mais où je renvoyais la musique aussitôt. Cela finissait tout naturelle- ment par nous envoyer tous deux où nous venions d'envoyer les beaux-arts, jusqu'au revoir et sans rancune, sauf à recommencer à la première rencontre. » Piron ajoute que ce grand homme, dont la gloire rejaillit sur les Dijonnais, ses compatriotes, les honora toute sa vie de la plus par- faite indifférence et du plus profond oubli, comme, sans sa réputation, ils eussent fait à son égard. 11 le peint d'ailleurs à peu près comme l'ont fait tous ses contemporains, n'ayant en sa faveur que le bruit de ses triomphes harmoniques ; pour tout le reste, intéressé, dur, glo- rieux, insociable, d'un caractère sombre, n'aimant, n'estimant per- sonne, ne voyant que ses chambrées, n'écoutant que l'orchestre et les applaudissements, et ne goûtant en somme que la mélodie des écus du trésorier de l'Opéra. 11 nous apprend qu'il en laissa 100,000 au service d'une veuve, d'un gendre et d'un fils qui ne le pleurèrent point, mais qu'en récompense il fut bien chanté par le corps des mu- . siciens dans des messes de Requiem farcies de sa propre musique. « Ils auraient volontiers dansé des ballets sur sa tombe, car, dit encore le malin poète, tout cela était une réjouissance de rivaux que sa supé- riorité fatiguait. » Si les musiciens chantaient la messe pour Rameau, on voit que le poêle lui faisait une assez étrange oraison funèbre. Comme dans le reste des lettres de Piron il ne se trouve rien de musical, nous n'avons à en parler ici que pour dire qu'elles sont toutes on ne peut plus spirituelles; que l'on peut y admirer sans cesse l'intarissable gaieté de ce poêle qui octogénaire et aveugle, et de plus attaqué d'une péripneumonie, mot à tuer, dit-il, les quatre fils Aymon et à guérir leur cheval,- ne cesse de plaisanter sur tous les sujets, de harceler les gens qu'il n'aime pas et de manifester le plus vif attachement et la plus tendre reconnaissance pour ceux qu'il aime, tout en ouvrant inutilement deux grands yeux qui, par cela même, achèvent de se crever. Mais les yeux d'un Bourguignon ne s'obscurcissent jamais au point de lui cacher la place de son verre. Piron a vu le sien jusqu'au der- nier jour, et ses dernières poésies étaient, comme il le pensait bien, de nature à le rappeler dans la mémoire des bons pantagruélistes. Ces lettres, dont nous devons la publication à M Henri Joliet, Di- jonnais, grand amateur de bonne musique et savant hors ligne en his- toire, littérature et antiquités bourguignonnes, sont aussi faites pour rappeler le souvenir de Piron ; il n'imita point Rameau dans l'oubli de sa ville natale, qu'il avait pourtant quittée bien jeune. On le voit encore dans ses lettres, fidèle au goût du terroir, déplorer la décadence d'un siècle dans lequel les confitures ont pris la place du fromage, et où l'on ne finit pas une bouteille entre huit ou dix convives de vingt à trente ans. Pas d'homme plus gai, pas de plus digne Bourguignon que lui. Adrien de LA FAGE. REVDE DES THEATRES. Théâtre-Français : L'Africain, comédie en quatre actes et en prose, par M. Charles Edmond. — Vaudeville : Ce qui plait aux femmes, pièce en trois actes, par M. Ponsard. — Cirque-Impérial : Reprise de la Poule aux œufs d'or, féerie en vingt et un tableaux] par MM. Dennery et Clairville. La littérature dramatique est toujours en vacances, et n'a pas l'air de s'apercevoir du parti qu'elle aurait pu et qu'elle pourrait encore tirer de ce renversement des saisons qui s'obstine à transformer nos mois d'été en un automne pluvieux. Deux pièces nouvelles et une re- prise, voilà au total de quoi se compose le bilan des trois dernières semaines. L'une de ces nouveautés, qui se qualifie de comédie en quatre actes, a pour titre l'Africain, et a été représentée au Théâtre-Français. L'auteur, M. Charles Edmond, aurait pu, tout aussi bien, l'appeler, un mélodrame, et l'adresser à la Pôrte-Saint-Martin. N'avons-nous pas déjà au boulevard la Femme à deux maris? La soi-disant comédie de M. Charles Edmond est évidemment de la même famille que l'œuvre célèbre de Guilbert de Pixéricourt. La donnée s'en retrouve aussi dans les romans de Balzac et de Georges Sand. Qu'on nous per- mette quelques mots d'analyse, et le lecteur les reconnaîtra, sans que nous ayons besoin de les nommer. Le comte Mattei, marié depuis fort peu de temps à une jeune Vé- nitienne, est forcé de s'expatrier pour fuir ses créanciers. Il se ré- fugie en Afrique sous la domination française, et là, pour mieux prendre ses sûretés, il substitue son individualité à celle d'un indi- gène qui meurt près de lui à l'hôpital des suites d'une blessure reçue à la bataille dTsly. Le Kabyle est enterré sous le nom de Léoni Mattei, et Léoni Mattei reparaît dans le monde sous le nom du caïd Hamza. Seize années s'écoulent; la comtesse Mattei, qui n'a eu aucune raison de mettre en doute la mort de son mari, a épousé en secondes noces un Français, M. de Lancy. Mais un certain baron Bénadier, soupirant éconduit de la comtesse, découvre par hasard l'existence du premier époux, et pour se venger de la femme qui repousse ses hommages, il attire à Paris le caïd Hamza. La situation se devine aisément : les deux maris sont en présence. L'Africain n'hésiterait pas à céder la place à M. de-Lancy ; mais il a une fille, et l'amour paternel entre en lutte dans son cœur avec ses sentiments de générosité naturelle. Cependant la courtoisie l'emporte; il commence par punir le baron de sa trahison en le tuant en duel ; puis, devant la préférence hautement manifestée par sa fille pour M. de Lancy qui l'a élevée, il s'enfuit éperdu, sans que l'on sache d'une manière positive si Mme de Lancy continuera à vivre dans la fausse position qu'il lui a faite, ou si elle en sera délivrée par un suicide. DE PARIS. 293 Avions-nous tort de dire que cette pièce était plutôt un mélodrame qu'une comédie? Il n'y manque absolument que la catastrophe finale pour que les productions de ce genre les mieux caractérisées n'aient rien à lui envier. On y rencontre d'ailleurs des scènes qui rachètent ce vice d'origine ; la seconde partie surtout renferme des situations attachantes et habilement traitées. Et puis, il faut en convenir, l'in- terprétation est excellente : Geffroy est parfait dans le rôle du caïd Hamza; Mme Guyon a de très-belles inspirations dans celui de Mme de Lancy, et Leroux fait supporter, à force de talent et de verve, le personnage antipathique du baron Bénadier. — La seconde nouveauté que nous avons annoncée" au lecteur est • de M. Ponsard, l'auteur académicien de l'Honneur et l'argent. C'est une fantaisie bizarre dont le titre seul, hâtons-nous de le dire afin que personne ne s'y méprenne, appartient à Voltaire. M. Ponsard, l'un des chefs de l'école du bon sens, ne s'est pourtant pas signalé jusqu'à ce jour par de grandes hardiesses, et l'on ne s'attendait guère à le voir dépasser d'un seul coup les plus audacieux novateurs du théâtre moderne. Si, par ce parti pris de singularité, il a cher- ché le bruit et le scandale, il n'y a que trop réussi. Dès les pre- mières représentations de Ce qui plaît aux femmes, la pièce, en butte à de violents orages, a été suspendue par ordre ministériel: aussi les convenances nous eussent-elles imposé la loi de n'en pas parler. Mais les modifications consenties par M. Ponsard l'ayant fait repa- raître sur l'affiche du Vaudeville, nous n'avons plus de motifs aujour- d'hui pour ne pas formuler notre avis à son égard. Une comtesse jeune, belle et veuve se meurt d'ennui quoiqu'elle soit, ou peut-être parce qu'elle est entourée de nombreux adorateurs. L'un d'entre eux, qui de plus est son cousin et ne manque pas d'es- prit, lui propose d'accorder une journée à chacun de ses soupirants, et de choisir celui qui aura su, dans cet espace de temps, inventer une combinaison capable de lui faire oublier son humeur noire. La comtesse accepte cette idée, et l'épreuve commence Nous n'avons pas à nous occuper de ce qu'imagine la majorité des concurrents ad- mis à ce steeple-chase de nouvelle espèce ; leurs prouesses ne sor- tent pas de la coulisse. Deux seulement nous donnent un échantillon de leur ingéniosité, l'un par une splendide féerie dont il offre le spectacle à la comtesse, et l'autre, le cousin, qui s'est réservé le der- nier jour, en conduisant sa cousine dans une mansarde pour lui en- seigner les jouissances de la chanté. La grande dame, sensible à la leçon, lui décerne à l'instant le prix du tournoi. Que faut-il conclure de tout ceci ? Que la bienfaisance est ce qui plaît aux femmes. M. Ponsard l'affirme, et nous voulons bien le croire, quoi que Voltaire en dise. Mais, puisque M. Ponsard est en train de prêcher, il eût pu faire, ce nous semble, un sermon plus amusant. Sa pièce comporte trois actes : le premier est une composi- tion sans valeur aucune ; le second, où la danse se mêle agréablement à la poésie, est un hors-d'œuvre resplendissant de beaux vers et de généreux sentiments, mais enfin c'est un hors-d'œuvre. Quant au troisième, c'est du réalisme tout pur ; la misère des femmes y est peinte sous des couleurs tellement sombres que le public a de la peine à s'y faire, même depuis les changements. Nous devons toutefois constater que Voila podrida de M. Ponsard remplit chaque soir la salle du Vaudeville. Mais est-ce bien un succès solide, et quand la curiosité sera salisfiite, Ce qui plaît aux femmes plaira-t-il longtemps à tout le monde ? Le doute est au moins permis. — La reprise de la Poule aux œufs d'or, immense féerie en vingt et un tableaux, a été accueillie au Cirque Impérial avec un enthou- siasme extraordinaire. C'est bien là le spectacle qu'il faut aux collé- giens: de la danse, des décors, des trucs, des costumes, et, brochant sur le tout, la prose et les couplets de MM. Dennery et Clairville, en- jolivés par la musique de M. de Groot, dont les plus charmants mor- ceaux ont été composés pour Mme Coraly Geoffroy, une transfuge des Bouffes-Parisiens, qui, avant de s'arrêter au boulevard du Temple, a fait récemment une station à l'Opéra-Comique. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. „% Le 15 août, à l'occasion de la fête de S. M. l'Empereur, lous les théâtres ont donné des représentations gratis. Robert le Diable avait été choisi par le théâtre impérial de l'Opéra pour cotte solennité. Après le deuxième acte de Hubert, le chant d'allégresse de M\I. Cormon et Aimé Maillart (les deux nouveaux chevaliers de la Légion d'honneur) a été exécuté avec beaucoup de succès. Les solos étaient chantés par Du- mestre. *% Lundi a été représentée Sémiramis et venc'redi Robert le Diable. Dès le matin le bureau de location était assiégé par une foule compacte et empressée d'entendre le chef-d'œuvre de Meyerbeer; la salle était comble, et la recette s'est élevée à 9,500 fr. Le succès de Mme Vanden- heuvel et de Mlle Marie Sax grandit à chaque représentation. »% Mme Gueymard-Lauters va chanler le rôle de Valentine dans les Huguenots. „% Hier samedi a eu lieu à l'Opéra la représentation extraordinaire donnée au profit des chrétiens d'Orient. Elle se composait de Sémiramis et d'un pas nouveau dansé par Mme Ferraris pour cette solennité. • .% Le théâtre de l'Opéra-Comique avait choisi pour la représentation gratis du 15 août Fra Diavolo et Maître Pathelin. Montaubry était re- venu tout exprès pour prêter le charme de son talent â l'interprétation du chef-d'œuvre d'Auber; le public exceptionnel devant lequel il chan- tait lui a prodigué des applaudissements qui ont dû le flatter. Mme Faure a été la délicieuse Zerline que nous connaissons et a partagé son suc- cès. Entre les deux pièces une cantate, Vive l'Empereur, paroles de M. Beaumont, musique de M. J. Cohen, a été chantée avec beaucoup de feu par Montaubry et les artistes des chœurs. **„. Cm a joué hier de nouveau V Étoile du Nord au théâtre de l'Opéra- Comique. — La direction annonce comme prochaine la reprise de la Part du Diable, ouvrage dans lequel Mlle Monrose prendra le rôle de Carlo Bros- chi ; la jeune cantatrice est, dit-on, charmante sous le costume mascu- lin, et Auber s'est montré si satisfait de la manière dont elle interprète sa partition, qu'il a enrichi plusieurs des airs qu'elle chante de fiori- ture* et de points d'orgue nouveaux, — L'opéra comique en trois actes annoncé sous le titre de Une révolte dans l Inde, est entré en répétition. Mmes Ugalde et Crosti y rempliront les principaux rôles. — Le programme de la représentation qui sera donnée au bénéfice des chrétiens d'Orient n'est pas encore publié. %% Nous annoncions dans notre dernier uuméro que la direction de l'Opéra-Comique venait de recevoir un livret de MM. Nestor Roqueplan et Sardou, sous ce titre : la Villa Médicis. A ce propos, M. Battu, ancien chef d'orchestre de l'Opéra, nous écrit que cette annonce est sans doute inexacte, puisqu'il y a deux ans environ, il a remis à M. Nestor Hoqueplan, alors directeur, un manuscrit de feu Léon Battu, son fils, portant, le même titre, et que, sur sa demande, ce manuscrit lui a été rendu tout demièreineut, avec trois autres livrets déposés par son fils lui-même : le Puits qui parle, le Testament de Faublas et le Cousin de Ma- rivaux. t% Le théâtre Italien a publié son programme. Voici par ordre alpha- bétique les noms des artistes engagés pour la saison 1860-1861 . Soprani, Mmes Marie Battu. I'enco ; contralti, Mmes Alboni, Ede ; comprimarie, Mmes Varona, Vestri ; premiers ténors, MM. Gardoni, Mario, I'ancani ; ténors comprimari, MM. Cappello, Morley ; barytons, MM. Badiali, Gra- ziani ; tasses, MM. Angelini, Patriossi ; premier bouffe, M. Zucchini ; seconds râles, Mme Leva, MM. Cazaboni, Soldi ; chef d'orchestre, M, I3o- netti ; maître de chant, M. Uranio Fontana ; chef des chœurs, M. Chiara- monte. Le répertoire so composera des ouvrages suivants : Semiramide, II Barbiere, Cenerentola, Otello, de Rossini ; Norma, I Puritani, Sonnam- bula, de Bellini ; Poliuto, Lucia di Lammermoor, Regina di Golconda, Furioso, de Donizetti ; Giuramenlo, Eleonora, de Mercadante; il Ratio in mascherq, la Traviata, il Trovatore, Rigoletto, Ernani, de Verdi ; Don De- siderio, du prince Poniatovvski ; Maria, de Flotow; la Serva padrona, de Pcrgolèse ; Il Malrimonio segreto, de Cimarosa ; Don Giovanni, le Nozze di Figaro, de Mozart. D'après cette liste, nous aurons, comme ouvrages nouveaux, les Nozze di Figaro, la Regina di Golconda, Furioso, Eleonora , il Rallo in Maschera et la Serva padrona. .„** Le directeur du théâtre Lyrique est de retour à Paris et s'occupe de sa réouverture, fixée au lcr septembre. Mme Viardot a été rengagée pour jouer Alccste et Iphigénie; plusieurs ouvrages nouveaux importants sont â l'étude : un opéra de Scribe et Clapisson, en trois actes; un 294 REVUE ET GAZETTE MUSICALE opéra de Cormon et Aimé Maillart ; trois actes de Grisar, paroles de Dumanoir et d'Ennery. En outre on répète activement Crispin, rival de son maUre, revu par Bertboud, et dont M. Sellenick a écrit la musique. — M. Itety a engagé Mlle Gilliess, premier prix de l'année dernière au Conservatoire. Deux opéras-comiques en un acte sont également tout prêts, Une bonne nuit, musique de M. Ilignard, paroles de MM. Verne et Carré; Aslaroth, paroles de M. Boisseaux, musique de M. Debillemont. *** Orphée inaugurera le 1Gr septembre la réouverture du théâtre des Bouffes-Parisiens. „.** Le théâtre de la Gaité prépare avec activité la reprise du Fils du Diable, drame en onze tableaux, de MM. Paul Féval et Saint- Yves, joué dans l'origine à l'Ambigu. C'est Dumaine, l'acteur favori du public ha- bituel des boulevards, qui remplira le rôle d'Otto, créé par Montdidier, actuellement en Russie. On dit que M. Fossey, l'habile chef d'orchestre du théâtre, a composé, tout exprès pour cette reprise, une ronde très- gaie et très-originale qui se chantera dans l'acte de la Rotonde du Temple. Aussitôt que le succès de la Petite Pologne baissera, le Fils du Diable prendra l'affiche. **,„ A l'occasion de la fête de S. M. l'Empereur, ont été nommés che- valiers de l'ordre de la Légion d'honneur, MM. Uévial, professeur au Conservatoire de musique; Aimé Maillart, compositeur de musique; Gevaërt, id. „*„ Ont été aussi nommés chevaliers du même ordre, MM. Léon Laya, auteur dramatique; Victor Séjour, id.; Cormon, id.; Saint-Victor, homme de lettres; Laeaussade, id.; Paul Dalloz, l'un des directeurs gérants du Moniteur universel. „.** La même distinction a été accordée â M. L. Danel, de Lille, qui s'occupe avec tant de zèle des établissements de musique et de bienfai- sance. ,** M. Mérimée a été promu au grade de commandeur, et M. Francis Wey, président honoraire de la Société des gens de lettres, à celui d'officier du même ordre. .*, S. M. l'Empereur vient de faire remettre à M. Frédéric Barbier, auteur de la cantate France et Savoie, chantée avec succès au théâtre Déjazet, une très-belle médaille. *% M. Adolphe de Groot, chef d'orchestre du théâtre du Cirque, et compositeur distingué, a reçu une grande médaille d'argent de S. M. l'Em- pereur à l'occasion de sa belle cantate sur l'annexion de Nice. „,*„, S. Exe. M. de Sabouroff, directeur des théâtres impériaux de Russie, a quitté Paris hier pour retourner à Saint-Pétersbourg. „,% Rossini possède une collection des portraits de Mozart. Der- nièrement M. Henri Schlesinger, éditeur à Berlin, lui en ayant fait remettre un qui manquait à sa précieuse galerie, le grand maître l'en a remercié par la lettre suivante en date du 20 juillet: « Pregiatissimo sgr. Enrico ! Mi corre debito viscontrare il di lei amabilissimo fo- glio 16 d. d., ed a pari tempo effrhie mille ringraziamonti per il prezioso dono che le ô piaciuto farmi del ritratto di Mozart; questa immagine bene ricorda il Titano musicale in cui pareggiano il Genio e la Scienza : mi è tanto più caro questo dono poichè (in una età più matura) è di perfetta assomiglianza ad'un medaglioncino regalatomi dalP illustre e caro amico mio Meyerbeer. La mia riconnoscenza per lei uguaglia l'ammirazione che ebbi ognofa pel sommo Compositore Alemanno. Pieno di calda riconnos- cenza mi do l'onore di dirmi di Lei obig. e dev. Servitore Gioacuiwo ROSSINI. » (1) *** La Cour de cassation, dans son audience du 10 août, a rejeté le pourvoi de M. Gustave Besson, condamné comme contrefacteur des ins- truments de musique de M. Adolphe Sax. Cet arrêt termine, pour ainsi dire, la longue série de procès que M. Sax a eus à soutenir depuis qua- torze ans contre ses contrefacteurs. »*•» A la suite du succès de la Colombe, à Bade, M. Bénazet a de- mandé aux auteurs du livret, MM. Michel Carré et Jules Barbier, d'é- crire, pour la saison prochaine, un autre poème d'opéra, dont M. F. Schwab, de Strasbourg, fera la musique. „*„ Camille Sivori, le célèbre violoniste, a passé ces jours-ci à Paris revenant de Milan, où il a donné successivement dix-sept concerts, dont deux au bénéfice des pauvres et trois au profit de la cause de Gari- baldi ; ces derniers ont produit 13,000 fr. que Sivori a fait tenir au vail- lant champion de la liberté italienne. Appelé a Bade pour pren- dre part aux concerts do M. Bénazet, Sivori, sur l'invitation du prince régent de Prusse, se rendra ensuite en Allemagne. **, Le concert au bénéfice de Mme veuve Jullien a eu lieu à Surrey- Gardeus avec un éclat extraordinaire. On y comptait plus de quinze mille (1) o Tres-cstimablc M. Henri, Je dois répondre a votre très-aimable lettre du » 1G courant, et en mémo temps vous offrir mille remereîments pour le précieux » cadeau que vous avez bien voulu me faire du portrait do Mozart. Celte image •> rappelle bien le Titan musical en qui se réunissent le génie et la science, et le « cadeau m'en est d'autant plus cher que (dans un âge plus mûr) elle ressemble » parfaitement a un petit médaillon que m'a donné mon illustre et cher ami Meyer- » béer. Ma reconnaissance pour vous égale l'admiration que j'ai toujours eue pour » le grand compositeur allemand. Rempli de cette reconnaissance chaleureuse, j'ai » l'honneur de me dire votre obligé et dévoué serviteur. GioAcmivo ROSSINI. » personnes. Le temps était magnifique. Le concert, divisé en quatre par- ties, a offert un véritable intérêt. La dernière valse composée par Jul- lien a eu les honneurs du bis. La recette s'est élevée à un chiffre qui a dépassé 30,000 fr. Mme Jullien a suivi pour la composition du pro- gramme les traditions de son regrettable mari. La plupart des célèbres artistes étrangers actuellement à Londres, et ils sont nombreux, y figu- raient chacun pour son morceau. Ajoutez les deux orchestres des théâtres italiens et les quatre corps de musique de la garde royale an- glaise. „,% Dernièrement, dans la salle Pleyel, se donnait en l'honneur du cé- lèbre Moschelès une matinée musicale curieuse, à tous égards, et dans laquelle M. Farrenc, dont on connaît les recherches et les connaissances archéologiques en musique, a fait exclusivement entendre delà musique des xvi% XVIIe et xvm° siècles. On a particulièrement remarqué la grande fugue de Bach, composée pour l'orgue, qui terminait la séance, et que M. Georges Peiffer a magistralement exécutée sur le piano pédalier. Elève de sa mère et quoique jeune encore, M. Peiffer est déjà un grand artiste, et le plus bel avenir s'ouvre devant lui. „** Le planiste Louis Brassin, qui s'est fait entendre à Paris cet hiver, a donné tout récemment, à Wiesbaden, un concert qui a parfaitement réussi. Le virtuose et le compositeur ont été également goûtés et applau- dis. L'air varié de Vieuxtemps, transcrit pour le piano par M. Louis Brassin, a particulièrement fait plaisir. M. Brassin a quitté Wiesbaden pour se rendre à Aix-la-Chapelle, où il a donné un concert le 15 du courant. **„ Une découverte aussi intéressante pour la science que pour l'art musical vient d'être faite, par M. Bordas, dans un endroit voisin de Pé- rigueux et appelé le Petit Paradis. C'est un instrument naturel, formé de pierres antédiluviennes et rendant, avec un timbre de son tout particu- lier, une échelle chromatique d'une octave et demie d'étendue. Plusieurs de ces pierres chantantes sont des pétrifications d'os 'et d'écorce d'ar- bre. Rien ne saurait donner l'idée de ia musique étrange, à la fois char- mante et poétique, qui s'exhale de cet instrument, unique peut-être, et que les savants ont nommé lithophone. Le lithophone est tel que la na- ture l'a formé. C'est une voix nouvelle ajoutée à toutes celles que nous a fait connaître M. Oscar Comettant dans son étude, récemment publiée par le Siècle, sur les Harmonies de la Mature. Cette curiosité artistique est visible gratuitement chez M.' Bordas, hôtel Favart, place de l'Opéra- Comique. .,.*„, La Société Bach vient de faire paraître le neuvième volume des œuvres du grand maître. M. Rust, qui a dirigé cette publication, a joint à ce volume une curieuse notice sur la construction du clavecin du temps de Bach. On comprend de quelle utilité cette notice sera pour les pianistes qui voudront exécuter ses compositions. t*H. Voici les morceaux de la Sémiramis de Rossini, traduction fran- çaise de Méry, sous presse ou déjà publiés par les éditeurs du Ménestrel: 1° l'andante, avec points d'orgue, du grand duo chanté par les sœurs Marchisio, — orné de leur portrait, — morceau qui sera immédiatement suivi des autres airs détachés, duos, trios et quatuors ; 2° ce même an- dante, ainsi que l'ouverture â deux et quatre mains, transcrits pour piano par Paul Bernard; 3" trois transcriptions variées par Ch. Neustedt, l'au- teur des transcriptions des A'oces de Figaro et de l'Orphée , de Gluck ; 4" un impromptu-fantaisie de Besozzi ; 5° une grande fantaisie dramati- que de J. Ascher ; 6" un quadrille et une grande valse de Musard ; 7° une fantaisie mignonne et des Souvenirs, pour les petites mains, par II. Vali- quet et J.-L. Battmann; 8° la polka des Niniviénnes, de Philippe Stutz , sur l'air de ballet de Carafa. Quant à la partition, piano et chant, de Sémiramis, paroles françaises et italiennes, avec récitatifs, airs de ballets, points d'orgue et tous autres détails conformes à la représentation de l'Opéra, elle paraîtra du 1" au 15 septembre. Cette édition-modèle du chef-d'œuvre de Rossini, revue et corrigée avec le plus grand soin, sera gravée largement sur planches dites du Conservatoire. Les cinq cents premiers exemplaires, imprimés sur papier vélin, ornés du portrait de Rossini et de dessins représentant les scènes capitales de chaque acte, seront réservés aux premiers souscripteurs. — Écrire franco aux éditeurs du Ménestrel, 2 bis, rue Vivienne, en accompagnant chaque demande d'un mandat de 20 fr. s..** Mme Sanchioli, la célèbre cantatrice italienne, vient de donner au Havre deux concerts en compagnie de l'éminent violoniste Bazzini. La salle des bains Frascati s'est trouvée trop petite pour contenir la foule accourue pour entendre les deux artistes, qui ont été applaudis avec enthousiasme. De retour à Paris avant-hier, ils viennent de repartir pour Boulogne où ils sont engagés aux concerts donnés par l'administra- tion des bains. „*„. Les bains d'Uriage, Allevard, Lucerne, etc., viennent tour à tour de posséder Ferdinand de Croze, l'éminent pianiste, qui, eu compagnie de Gozora. a donné plusieurs concerts très-suivis et honorés entre autres de la présence de Mgr le comte de Ghainbord, de S. A. R. Mme la duchesse de Parme et d'une foule d'étrangère de distinction. M. de Croze a obtenu un immense succès en jouant son Etude-polka et sou Crescendo qui ne manque jamais son effet. La pluie, de Nadaud, le Chemin du para- dis,de Blumenthal, la Lettre au bon Dieu, de Géïaldy, chantés par Gozora, ont été chaleureusement applaudis. — Les deux artistes ont été engagés DE PARIS. 295 à Aix pour le concert qui sera donné à S. M. l'empereur Napoléon à son passage dans cette ville. **„ Il se présente pour les amateurs qui cultivent le chant, le piano ou le violon, une charmante perspective pour passer agréablement leurs soirées d'automne et d'hiver. M. Blève, facteur de pianos, rue de Va- lois, 33, tiendra dans son salon, trois fois par semaine, des réunions d'amateurs, dans lesquelles chaque personne de la société pourra se faire entendre, soit seule, soit dans un duo, trio ou quatuor. 11 n'y aura d'auditeurs que les exécutants et les parents qui accompagneront les dames. On pourra même déchiffrer pour le chant à la partition. Ce sera tout à fait de la musique de chambre exécutée comme en famille. S'adresser, pour être admis et pour les renseignements, à M. Blève, de midi à 3 heures. **„. Le concert extraordinaire qui devait se donner au bénéfice des chrétiens de Syrie, jeudi dernier, au concert Musard, a été remis, à cause du mauvais temps, au mardi 21 août. t*t La semaine qui finit a compté deux ou trois soirées sans pluie, et la foule n'a pas manqué d'en profiter pour aller écouter l'excellente musique du concert des Champs-Elysées. Nous devons, à cette occasion, rectifier une erreur que nous avons commise, dans notre dernier numéro, en disant que le 1 cr septembre verrait la clôture de ces concerts ; c'est le 1er octobre seulement qu'elle aura lieu. A l'un des derniers, le public a remarqué et vivement applaudi un des solistes de Musard, Moreau, qui, sur l'ophicléide, a rendu un air de Mayseder avec une perfection et une délicatesse dont cet instrument paraissait incapable. M. Moreau est un artiste d'un grand talent, et son nom sur le programme des con- certs organisés par les sociétés philharmoniques, les établissements de bains, etc., offrirait, nous n'en doutons pas, un grand attrait de curiosité. *** M. Angel Woelffle, organiste de la cathédrale d'Angoulème et pianiste, à peine âgé de vingt-cinq ans, vient de succomber ù une maladie aiguë. — L'art perd en lui un homme de talent et d'avenir qui aurait fait honneur a son pays. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. t*t Boulogne-sur-Mer . — Lé premier concert organisé par les soins de l'administration des bains a été fort brillant. Mme Alboni, MM. Engel Rei- chardt, avaient été engagés pour y concourir, et toute l'élite de la société et des étrangers a couvert d'applaudissements ces éminents artistes. Reichardt a chanté avec un sentiment et une expression indicibles sa délicieuse romance : Oh I belle étoile'. Oh\ doux regard ! dont la vogue ne sera pas moindre en France qu'en A ngleterre. ,*„ Nice. — La Revue de Nice donne des détails intéressants sur les jeunes chanteurs de la chapelle russe, qui font sensation en ce moment dans notre ville : ce sont des enfants de neuf à treize ans. Avant leur dé- part ils se sont fait entendre en public ; ils ont chanté des airs, des chœurs, des barcarolles, des scènes entières d'opéras avec un talent sur- prenant, sous la direction de M. Lamakiel, qui est le maître de chapelle de l'impératrice de Russie et du comte Scheremetieff. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. *** Berlin, 28 août. — A l'occasion de l'anniversaire de la naissance de Gœthe, il y aura, pendant quatre jours consécutifs, des représenta- tions théâtrales : le 27, Le Lieutenant du roi, par Gutzkow, concert mili- taire, sous la direction de M. Wieprecht ; le 28, Frédèrique à Sesenheim, opérette par Eberwein ; Frère et sœur, par Gœthe ; le 29, Gœihe-Marsch, par Liszt; ks Caprices des amoureux, par Gœthe; Calme sur la mer, par Beethoven ; Nuit de Walpurgis, par Mendelssohn ; la Transfiguration, fragment de Faust, deSchumann; le 30, la Foire à Plundersweiler, par Gœthe, concert. Les recettes seront remises au caissier du comité chargé de l'érection du monument de Gœthe. Hanovre, — On annonce que c'est Stéger qui doit remplacer Niemann au théâtre de la Cour. »*„ Weimar. — Macbeth, opéra de Chelard, qui, après avoir été froi- dement accueilli à Paris, obtint un grand succès en Allemagne, doit être remis en répétition au théâtre de la Cour. „*„ Vienne. — Ander doit faire sa rentrée au théâtre Kaernthner-Thor par le rôle de Jean de Leyde, dans le Prophète.— Rubinstein a terminé sa nouvelle partition qu'il vient de remettre à l'administration du théâtre de la Cour. — La direction du théâtre Italien est décidément donnée à M. Salvi, qui commencera ses représentations en avril, pour les finir à la fin de juillet. »*, Spa, 11 août. — En dépit de la rigueur du temps, notre saison est très-brillante. C'est hier qu'a eu lieu dans le grand salon de la Re- doute le beau concert organisé par les soins de l'administration des jeux et sur le programme duquel figurait le num de Vivier, prestige im- manquable pour assurer le succès de la fête. Vivier s'est montré dans cette occasion solennelle à la hauteur de sa réputation. Il a exécuté un cantabile de sa composition avec une netteté, une justesse de sons qui tiennent du prodige. Un autre morceau, également de lui et intitulé la Chasse, a enlevé les applaudissements frénétiques de l'auditoire, qui en a demandé à grands cris une seconde audition. La courtoisie de l'artiste n'a pas été inférieure a son talent. Une cantatrice de Nantes, Mlle Honorine François, a chanté avec un talent véritable l'air de Jean- notel Colin, la valse de Faust et le grand air des Puritains. La voix de Mlle François est sympathique; elle a été écoutée avec plaisir et applau- die. M. Francd-Mendés, violoncelle-solo de S. M. le roi des Pays-Bas, a fait preuve d'un talent réel en exécutant plusieurs de ses composi- tions. Enfin l'orehjstre de la Redoute, sous la direction de M. Guillaume, a interprété avec verve et ensemble l'ouverture du Diable au moulin, de Gevaert. Le piano était tenu par M. Charles Grossmann, jeune et habile artiste qui accompagne admirablement. Rotterdam. — M', de Vriès, directeur du Théâtre-Hollandais à Amster- dam, se propose de créer ici un opéra allemand; pour encourager l'en- treprise, le haut commerce a réuni un capital de 80,000 florins, dont les intérêts seront servis à M. de Vriès à titre de subvention. t*s Stockholm. — Dans l'académie suédoise de musique, ont été intro- duites des réformes importantes. Parmi les chaires que l'on y a nouvelle- ment créées, nous avons remarqué celle d'histoire et d'esthétique et une autre pour l'art d'accorder les pianos. Feu le comte Oxenstiern a légué à la Bibliothèque royale sa riche collection, contenant des parti- tions depuis Lully jusqu'à II. Berlioz, depuis Keiser jusqu'à Iï. Wagner, et depuis Palestn'na jusqu'à Verdi. Le professeur et bibliothécaire Drake est occupé à en dresser le catalogue. *%. Copenhague. — Marlha, de Flotow, a obtenu un brillant succès; cette partition, remplie des plus gracieux motifs, a fréquemment soulevé les applaudissements d'un nombreux public. Le nouveau ballet de Bour- nonville : Loin du Danemark, a fait plaisir. **„, Trieste. — Dinorah est un des premiers ouvrages qui vont être représentés sur notre théâtre. Le dernier chef-d'œuvre de Meyerbeer sera monté avec beaucoup de luxe. „..% Gènes.— On travaille activement à la restauration complète du théâtre Carlo-Felice. La salle sera d'une richesse et d'une élégance qui la met- tront en état de rivaliser avec les plus beaux théâtres de l'Europe. La pro- chaine saison promet d'être très-brillante. **,., Milan. — Nous aurons deux opéras nouveaux pour la saison d'au- tomne : l'Assedio di Firenze, de Bottesini, qui n'a point encore été re- présenté en Italie, et Leone Isauro, du jeune maestro Cianchi, de Florence, auteur de plusieurs œuvres représentées avec succès dans sa patrie, et notamment de Salvator Rosa. — Les sœurs Ferai viennent de donner un beau concert au théâtre Carignano. *% Naples. — La subvention du théâtre San-Carlo a été portée de 60,000 ducats à 80,000 ; c'est aujourd'hui le théâtre le mieux rente do toute l'Italie. L'école de danse, qui est fort déchue de son ancienne splen- deur, doit être réorganisée ; c'est de cette école que sont sorties les cé- lèbres ballerines Taglioni, Carlotta et Fanny Grisi. a** Pesth. — Au théâtre allemand on vient de mettre à l'étude Joseph, de Méhul. — Le pianiste Boskowitz a donné, avant son départ pour l'Allemagne, un brillant concert au profit du monument Szechenyi. — Le célèbre violoniste Miska-Hauser vient d'arriver dans notre capitale, où il se propose de donner des concerts. AVIS. MM. les Directeurs de théâtre sont informés que la Grande Par- ai les Parties d'Orchestre du ftComaià «B'Elvire , opéra- comique en trois actes, paroles de MM. Alexandre Dumas et de Leuven, musique de M. Ambroise Thomas, viennent de paraître chez MM. G. Brandus et S. Dufour, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au 1er. 296 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Ancienne Maison MKISSO^XIEB Paris. — E. GERARD et Ce (COMPAGNIE MUSICALE), — N" 18, rue Dauphine. EJV VENTE Opéra-comique en trois actes, paroles de THÉAULON, musique de F. Hérold Partition in-8° piano et chant. — Prix net : 12 fr. L. Bancla. — Duo pour violon et piano sur les motifs favoris des Rosières Prix marqué 6 » Musard. — Quadrille pour piano — 4 50 LE ILITIII Opéra-comique en un acte, paroles de PAUL DE KOCK, musique de F. Hérold Partition nom- piano et chant, isa-S". — Prix net : 8 fr. «J© C^H« MESS NOUVEA-HTËS VIVEUSES : Chansonnettes nouvelles avec dessins de STOP : L'HUMOUR BRITANNIQUE Souvenirs «le I entièrement conforme à l'édition originale 16 vol. brochés, prix net: 120 fr. Les œuvres concertantes sont publiées en partition et en parties séparées. Sur papier vélin, avec le portrait de l'auteur. Les CONCERTOS arrangés pour Piano seul par WIOSCHELES, formant une série à part, 1 vol. broché, net: 25 fr. COLLECTION COMPLÈTE DE SES SONATES TRIOS SONATES Pour Piano sait. — .'|0 fr. net. Pour Piano, Violon cl Violoncelle. 40 fr. net. 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La création en remonte à l'époque de la renaissance musicale en Italie. Dès que le besoin de chanteurs se fît sentir, on comprit qu'il fallait ouvrir des écoles pour en former. 11 De s'agissait encore ni de grands airs, ni de rondos, ni de cavatines ; on ne chantait que les louanges de Dieu , mais on tenait à ce qu'elles fussent chantées le mieux possible. Le premier Conservatoire apparut à Naples en 1537, sous l'invocation de Santa Maria di Loreto , et dès le commencement du siècle suivant la même ville en comptait trois autres , soutenus en grande partie par les ressources de la charité. Venise en eut aussi bientôt un nombre égal ; mais par une singularité curieuse, tandis que ceux de Naples étaient exclusivement consacrés à l'éducation des hommes , ceux de Venise ne recevaient que des femmes. On ne pouvait obvier plus sû- rement au danger du rapprochement des sexes. La France suivit bien tard l'exemple donné par l'Italie. En 1784, une école de chant et de déclamation avait été fondée par le baron de Breteuii pour fournir des sujets au grand Opéra qui, jusqu'alors, s'é- tait pourvu de chanteurs dans les maîtrises des cathédrales. Le Con- servatoire ne date que de l'année 1795, et l'on n'ignore pas que la né- cessité du recrutement des musiques militaires (la France avait alors quatorze armées!), habilement exploitée par Sarrette, fut un des prin- cipaux motifs qui déterminèrent la Convention à en décréter le prin- cipe. La Restauration essaya de briser cette œuvre nalionale, agran- die et dotée par le premier Empire, mais le Conservatoire se montra plus fort, plus vivace que l'antique dynastie, qui le laissa debout lorsqu'elle vint à tomber. La révolution de Juillet, la révolution de Février se gardèrent bien de toucher à ce que leur avait légué leur gigantesque sœur aînée, et le second Empire tint à honneur de suivre les traditions du premier. Ainsi le Conservatoire est venu jusqu'à nous, h travers les événements de tout genre, les critiques de toute sorte, et ne s'en est porté que mieux. C'est aujourd'hui le plus émi- nent des Conservatoires, qui se sont multipliés en Europe, ainsi que les écoles succursales en France. Il ne lui manquait plus qu'un his- torien, et M. Lassabathie s'est chargé de le lui fournir. A dire le vrai (d'autres que nous en ont déjà fait la remarque), son livre n'est pas précisément ce qu'on appelle une histoire : c'est plutôt une table chronologique, où tous les faits importants sont inscrits à leur date : c'est de plus un précieux recueil de documents peu connus, de rap- ports, de lettres, qui abondent en détails intéressants, en révélations piquantes, et, dès la publication de l'ouvrage, nous nous étions pro- mis d'en donner un échantillon à nos lecteurs. L'occasion long- temps attendue s'étant enfin présentée, nous nous empressons de la saisir. Comment s'élonner des attaques dont le Conservatoire de Paris est encore si souvent l'objet, quand on voit que cette habitude de déni- grement, de moquerie, de négation a précédé même sa naissance? On F iquait déjà dans cette petite école royale du baron de Hre- teuil, et il faut voir avec quelle vigueur de bon sens, de conscience e.' de juste fierté Gossec la défendait dans une lettre à M. de la Ferlé. L'écume n'exisiait que depuis deux ans et demi, et on l'accusait déjà de ne rien produire ! Gossec répondait à ce reproche et à bien d'au- tres : « Une expérience de quarante ans dans la musique, un talent » qui m'a donné quelque réputation dans l'Europe, quoiqu'on en ait » négligé l'usage à Paris et à la cour, une connaissance du théâtre, » l'équité et la bonne foi, dont je ferai toujours profession, mon respect » et mon dévouement enfin pour tout ce qui vous intéresse, Monsieur, » semblent m'autoriser à démentir toutes ces assertions, à rompre le » fil d'une trame perfide, et à combattre les moyens que la mauvaise » foi emploie pour vous faire prendre une idée défavorable du travail, » des progrès et des avantages de cette école. Sont-ce des personnes » de l'art qui souillent le poison ? Elles ne sont, dans ce cas, que plus » dangereuses, étant plus persuasives pour celles qui n'en sont pas. Mais » daignez croire, Monsieur, qu'il est des personnes de l'art qui rai- » sonnent fort maladroitement de leur art même. . . Croyez aussi » qu'il en est qui, sous le manteau de l'intérêt, couvrent quelque » perfidie. » Et le loyal Gossec, qui, à la façon de notre grand Corneille, ne craignait pas de rappeler lui-même ses titres et de dire ce qu'il en pen- sait, continuait son plaidoyer, en accumulant les preuves à l'appui. « Celte école, contre qui l'on s'élève, que l'on se plaît à décrier, et » dont on veut prouver l'inutilité, n'a-t-elle pas donné les aperçus » les plus favorables ? La représentation de Ho/and qu'elle a donnée REVOE KT GAZETTE MuSÏCALÊ » au théâtre des Menus, suffirait seule pour la défense. Cette repré- » sentation, donnée au bout de dix-huit mois d'école, avec des élèves » tirés du néant et do la plus profonde ignorance, des élèves à qui n nous avions déjà donné des talents au bout de ce terme, quoique » les ayant commencés tous par l'alphabet de chaque science que l'on » professe à l'école, cette représentation, dis-je, ne tenait-elle pas du » miracle? N'y a-t-on pas entendu, indépendamment des premiers » sujels, qui s'y sont distingués, tous ces enfants rendre les chœurs, » j'ose le dire, avec plus de précision et de justesse qu'à l'Opéra? » N'ont-ils pas exécuté merveilleusement, l'année dernière, à différents » examens, vous présent, Monsieur, des chœurs de Dardâmes, » d'Echo et Narcisse et d' Athalie? Ces enfants, malgré le » grand nombre, sont tellement avancés qu'ils sont requis pour m toutes les musiques qui se font dans les églises de Paris, où ils » sont très-utiles, ainsi qu'au Théâtre-Français, pour les intermèdes, » tels que dans Bayard, aux fêtes particulières où il y a des chœurs, » notamment à Brunoy, chez Monsieur, où ils furent demandés lors » du dernier voyage que le roi y fit. » Do ce passage de sa lettre il résulte que Gossec ne regardait pas comme indispensable aux progrès des élèves l'obligation de rester hermétiquement cloîtrés dans leurs classes, et qu'au contraire il se félicitait de toutes les occasions qui s'offraient à eux de faire de la mu- sique. De même, à Naples, dans l'origine des Conservatoires, les élè- ves allaient exercer leur art non-seulement dans les chapelles de la ville, mais dans des provinces éloignées, aux fêles solennelles, sous la direction d'un de leurs maîtres. Ils chantaient les litanies aux pro- cessions, le Libéra nos, Domine aux funérailles des personnes riches; plus tard, ils remplissaient même les fonctions de choristes dans les théâtres, et participaient à toutes les solennités musicales du royaume. Mais savez-vous, parmi les artistes français, quels éLaient ceux qui s'opposaient le plus fortement à la création d'une école ? Gossec le constate dans sa lettre : c'étaient les artistes de l'Opéra. « Cepen- » dant, écrivait-il, l'Opéra ne veut pas qu'il existe une école. Pourquoi » donc l'administration aime-t-elle mieux rester toujours dans la né- » cessité de recourir à la verge de fer ou à la prière pour faire mou- » voir l'Opéra ? » Pourquoi les acteurs font-ils la loi? C'est faute de sujets. » Et l'Opéra ne veut pas qu'il y ait une école ! » Ici Gossec entrait dans la question brûlante du moment, et traçait l'esquisse du personnel de notre scène lyrique en traits propres à faire réfléchir les étemels louangeurs du passé. « L'Académie ne voit-elle pas Mme Saint-IIuberti courir à grands » pas vers son déclin? Qui la remplacera? Sera-ce Mlle Gavaudan » cadette, Mlles Maillard et Dozon? Trois de nos jeunes acteurs » principaux ne sont- ils pas épuisés par les maladies? Sera-ce les » sieurs Saint-Aubin, Martin, Duchant, Chardini et Châteaufort qui les » remplaceront? Croit-on que les sieurs Lainez et Moreau, sur qui » pèse tout le fardeau de l'Opéra, pourront soutenir encore longtemps » celle charge ? » Et l'Académie ne veut point qu'il exisle une école ! » Elle le voulait si peu, ses artistes affichaient un si profond dédain pour les élèves de l'école, qu'ils refusaient tous de se commetlre avec eux devant le public. « Quelqu'un de l'Opéra, écrivait encore » Gossec, ne m'a-t-il pas rappelé que l'on craignait de donner Ho- » land avec trois débutants de l'école, parce qu'en cas d'incommo- > dilé, aucun sujet de l'Opéra ne voudrait les doubler? N'est-ce pas » là, Monsieur, une puérilité des plus misérables ? » Oui , nous sommes de l'avis de Gossec, et nous pensons, comme lui, que, lors- que des sujets de l'école débutaient à l'Opéra, ils entraient dans son bercail; et que, faisant alors partie de son troupeau, ils mangeaient tous au même râtelier-, et qu'ère conséquence personne ne se trouvait compromis. Le langage est naïf, mais le raisonnement n'en est pas moins juste. Du reste, les temps sont bien changés ; les opinions et les mœurs aussi, nous aimons à le croire. Paul SM1TD. {La suite prochainement .) BIBLIOGRAPHIE MUSICALE. DÉCOUVERTE DES ANCIENS VERNIS ITALIENS EMPLOYÉS POUR LES INSTRUMENTS A CORDES ET A ARCHETS, Par 31. Eugène SI ABl.AXU. Paris, 1850, in-18, imprimerie Lahure et C On sait de quelle juste réputation jouissent parmi les connaisseurs les instruments à cordes fabriqués en Italie aux trois derniers siècles par les célèbres luthiers crémonais. Au nombre des qualités qui les distinguent se trouve à un éminent degré la beauté des vernis , qui peuvent, de l'avis de tout le monde, être regardés comme parfaits, tant pour le jaune que pour le rouge. Or aujourd'hui, ces anciens vernis ont cessé d'être en usag-e, et l'on suppose communément que les formules des luthiers crémonais ne sont pas parvenues jusqu'à nous. Celte opinion paraît être une erreur au moins par rapport aux élèves qu'ils ont formés, puisque ceux-ci, sauf quelques différences dans la nuance de coloration, em- ploient des vernis à peu près identiques aux leurs. Si ces vernis élaient bons et s'ils avaient paru convenables depuis l'époque où la facture des instruments avait pris de l'importance, comment et pourquoi les a-t-on abandonnés et en a-t-on même, se- lon l'opinion commune, perdu le secret? M. Eugène Mailand explique la chose d'une manière fort naturelle. L'art de fabriquer les vernis demeura dans l'enfance jusque vers la fin du xvnc siècle ; alors cette industrie subit une véritable révolution par suite, entre autres causes, des changements qu'y introduisit l'im- portation de la gomme laque et les efforts tentés pour dissoudre le succin et le copal dur. Il en résulta qu'après le milieu du siècle sui- vant, les formules empiriques dont on s'était servi jusqu'alors furent délaissées, et la composilion des vernis réglée d'après les procédés de la science. Evidemment ce changement consliluait un progrès; comment alors se fait-il que l'on regrette aujourd'hui les vernis plus anciens , et comment ne retrouve-t-on rien qui les remplace aussi bien qu'on le voudrait ? Le voici : c'est que le nouveau système de fabrication four- nissait des vernis excellents, mais d'une application peu favorable à la lutherie. Ce n'était pas celle industrie qu'on avait eue en vue, et le progrès s'était fait dans un autre sens. Ainsi que le remarque M. Mailand, on a obtenu outre du brillant une grande solidité, et les vernis actuels peuvent se vanter de résis- ter autant que possible aux principales causes de destruction. Ce sont là sans doute des qualités précieuses, « mais, ajoute notre auteur, ce ne sont pas précisément celles qui importent le plus à la lutherie, qui a besoin avant tout d'une souplesse constante et durable. » Or il est certain que nos meilleurs vernis ne sont ni aussi souples ni aussi trans- lucides que les anciens, et si l'on considère que l'application d'un mauvais vernis peut gâter un bon instrument au moins pour longtemps, on concevra qu'il ne s'agit pas seulement en ceci d'une affaire d'or- nement, mais d'une chose fort essentielle à la beauté du son, à la résonnance générale de toule la boîte sonore, et surtout à la con- I)E PAiïiS. servation de l'instrument, car Félix Savart a fort bien prouvé qu'un violon laissé sans vernis se détériore au bout de peu d'années. M. Mailand a donc cherché d'abord à bien connaître quelle était la composition des vernis italiens aux deux siècles passés : on sait qu'à cet égard on ne s'exprimait encore au commencement du nôtre qu'avec beaucoup de mystère; or, le mystère appeknt le mystère, il en résultait que personne ne voulait communiquer ses formules, en déclarant, bien entendu, qu'elles étaient les meilleures, et que si celles des anciens luthiers valaient mieux, il n'y fallait plus songer puisqu'elles étaient perdues. Comment, dira-t-on, n'avoir pas eu recours à l'analyse chimique? . C'est qu'elle eût offert peu de ressources, parce que les résines et le véhicule qui a servi à les dissoudre sont oxydés depuis longtemps, et que d'ailleurs on ne se soucie pas de soumettre les instruments an- ciens restés en bon état à une opération qui les détériorerait et en diminuerait la valeur. M. Mailand a donc dû suivre une marche dif- férente. Il a recherché clans les auteurs contemporains quel élait l'état de la fabrication des vernis aux époques auxquelles travaillaient les célè- bres luthiers italiens. Il nous donne ainsi les procédés d'ALENis dans ses Secrets des arts, 1550 : de Fioravanti, Miroir universel des arts et des sciences, 1564; d'AuDA, Recueil abrégé des secrets merveilleux, 1663; de Zahm, Oculvs arti/icialis, 1685; de Christophe Morley, Collectanœa chimicœa Lydensia, 1692 ; de Coronelli, Epitome cos- mographique, 1693 ; de Pomey, Histoire générale des drogues, 1694 et 1735; de Bonanni, Traité des vernis, 1713. M. Mailand examine ce qu'il peut y avoir à prendre et à rejeter dans ces différentes recettes, et cherche à bien établir quelles qua- lités doivent posséder 'les vernis destinés aux instruments. 11 remar- que avec raison que depuis un demi-siècle, on s'est un peu trop pré- occupé de la solidité du vernis sans songer que cette qualité néces- saire sans doute n'est pas l'unique à acquérir. Il s'étonne qu'un homme d'aussi grand mérite que Savart, et qui avait fait des ins- truments à cordes une étude aussi approfondie, préfère le vernis à l'huile au vernis à l'esprit-de-vin, et donne des formules qui ne peu- vent convenir qu'à des travaux d'ébénisterie. Ce qui doit paraître fort singulier, c'est qu'on ne semble pas encore savoir d'une manière bien positive si l'ancien vernis des facteurs crémonais était à l'alcool ou à l'huile. La première opinion est la plus répandue, mais il s'en faut qu'elle soit à l'abri de toute dis- cussion. M. Mailand se fait à ce sujet une objection importante : « Mais, nous dira-t on, les luthiers crémonais avaient peut-être le secret d'un vernis qui n'était pas dans le commerce et qui a été perdu avec eux. A cela nous répondrons que nous comprenons bien qu'une personne ait pu, faisant mieux que ses concurrents, avoir un secret qu'elle ait emporté avec elle en mourant ; mais qu'il n'est pas supposable un instant, qu'une chose qui a existé plus d'un siècle et qui s'est trans- mise pendant plusieurs générations de luthiers, soit restée se- crète. Elle devait nécessairement être connue de tout le monde, et n'a été abandonnée qu'au moment où un progrès considé- rable s'est fait dans la fabrication des vernis. On croyait trouver mieux, ce qui prouverait au besoin qu'on n'avait pas autre chose que ce qui se faisait dans le commerce. Objectera-t-on qu'il y a des dif- férences entre les vernis de tel ou tel maître, c'est possible; mais cela ne prouverait qu'une chose, c'est que les uns savaient mieux les ap- proprier et les employer que les autres. » Après de nombreuses expériences faites sur quantité de violons d'auteur, M. Mailand en arrive à cette conclusion que,' malgré diffé- rentes variations dans la manière de faire, les luthiers de la bonne époque restaient tous fidèles au principe de n'employer que des résines souples qu'ils nlliaient'à celles qui ont du liant, et qu'ils main- tenaient dans cet état par le véhicule dans lequel elles étaient dis- soutes. Dans la seconde partie de son livre, M. Mailand traite en premier lieu de Vencollage des instruments. On a douté que les anciens luthiers encollassent, et l'on a cru le plus ordinairement qu'ils appliquaient leur vernis immédiatement sur le bois ; tel n'est pas l'avis de notre auteur qui seulement croit que l'ancien encollage était fort léger. La nécessité de l'encollage n'est pas douteuse pour lui et il en donne de fort bonnes raisons. Cette préparation étant reconnue nécessaire, quelle est la meilleure formule à employer? M. Mailand en donne plusieurs, et ici encore il recommande de se méfier de certains procédés applicables à la seule ébénislerie, et qui ont plus d'une fois séduit les luthiers vul- gaires. Passant ensuite à la coloration des essences, M. Mailand entre dans des détails fort étendus et dans lesquels nous ne pouvons pas le suivre; il rend compte des opérations par lui faites à ce sujet et qui l'ont conduit à proposer avec confiance ce qu'il offre aujourd'hui au public. Il CBoit avoir bien fixé les matières dont se servaient, sinon toujours, au moins le plus généralement, les anciens luthiers ; il avoue qu'il peut y avoir du doute sur sa manière de faire dissoudre les ré- sines de sandragon et de gomme -gutte, lesquelles, selon lui, ser- vaient à colorer les essences, mais peu importe, dit-il, si nous arri- vons au même résultat. 11 indique alors les procédés à suivre pour obtenir la dissolution des matières colorantes dans l'alcool, la coloration applicable aux essences, et enfin les modifications à donner au ton rouge. Il a soin en outre de rendre compte de plusieurs expériences par lui faites et qui n'ont point amené de résultat satisfaisant, ne serait-ce que pour éviter aux personnes, qui chercheraient après lui, de retomber dans des essais infructueux. Il ne lui reste plus alors qu'à s'occuper du vernis proprement dit, c'est-à-dire des résines à introduire dans l'essence, de manière à com- poser un vernis brillant, souple, liant et qui puisse résister à l'aclion des frottements, « qualités essentielles que possédaient ceux des an- ciens maîtres. » M. Mailand entre dans tous les détails nécessaires sur les préparations à faire, les précautions à prendre, les remèdes à employer lorsque l'application ne se présente pas telle qu'on l'atten- dait. « On voit, dit-il en terminant, que ces opérations ne présentent aucune difficulté ; et nous espérons avoir rendu les manipulations assez pratiques pour qu'elles soient à la portée de tous, et que chaque luthier puisse faire par lui-même son vernis. Cela est toujours préfé- rable, parce qu'il est le meilleur appréciateur de ce qui convient à son instrument. » C'est en effet pour tout le monde que M. Mailand a voulu travailler, c'est toute la lutherie qu'il appelle au partage de ses découvertes, et nous ne pouvons assez féliciter le savant et laborieux amateur de ses vues larges et généreuses. On lui offrait des avantages pour exploiter de compagnie les améliorations à obtenir par suite des procédés nou- veaux qu'il propose dans le but de faire aussi bien que les anciens. En les abandonnant au domaine public, il a voulu que toute l'industrie luthière, mais surtout que l'art musical recueillit le fruit de ses utiles recherches. Il serait bien à désirer que les amateurs qui ont à disposer de leur temps en entreprissent souvent de semblables et qu'elles abou- tissent à d'aussi satisfaisants résultats Adrien de I.A PAGE. 300 REVUE ET GAZETTE MUSICALE REVUE CRITIQUE. Alfreil Jaell: caprice-valse sur le Pardon de Ploermel ; tran- scription du Prophète; le Cari/Ion. — liouis Brassin : tran- scription de Y Air varié , de Henri Vieuxtemps. — Alphonse SiOBi^ueviKc : fantaisie dramatique sur Stradelîa. — Jf.-Cl». Hess: bouquet de mélodie sur le Roman d'Elvire. — Auguste Durand : souvenirs de Guillaume Tell. — Ii.-F.-A. Frelon : fantaisie fie concert sur la Part du Diable. — Alexandre Rei- cliardt : Oh! belle étoile ! oh ! doux regard] mélodie. — WIu- sard : valse-boléro sur Pianella. Ceux qui, cet hiver, ont entendu l'éminent pianiste Alfred Jaell se rappellent sans doute l'immense plaisir, la profonde sensation qu'ils éprouvèrent en lui entendant jouer, entre autres choses , son caprice-valse sur le Pardon de Ploermel, sa transcription du Pro- phète, et son morceau de salon le Carillon. Il arrive souvent qu'en parcourant chez soi des compositions dont on avait été charmé au concert, grâce a une merveilleuse exécution, on n'y retrouve ni l'âme, ni la vie qu'elles semblaient avoir. Cette fois, hâtons-nous de le dire , nul ne sera déçu : ce sont des mélodies de Meyerbeer, et le piano, tout en restant orné des traits les plus harmonieux, des ar- pèges les plus brillants, s'est rarement montré aussi gracieux et aussi chantant. Le chœur d'enfants, du Prophète, attaqué par la basse, est délicieu- sement accompagné par la main droite. Ce sont d'abord de ravissants murmures, des accords argentins voltigeant en staccato jusqu'aux plus hauts sommets du clavier; puis le chant s'élargit, il éclate en octaves con bravura. Cette belle sonorité, succédant aux délicates inflexions de la mélodie, sans avoir pourtant rien de heurté, rien de violent, produit un contraste d'une irrésistible puissance. Si quelques effets, quelques dispositions de parties semblent être empruntés à la manière large de Thalberg, si les octaves s'étalent majestueusement au médium, en revanche Alfred Jaell marie toujours si heureusement les notes aiguës aux grosses notes de l'harmonie, qu'elles rappellent jusqu'à un certain point les sons harmoniques (dont usent et abusent beaucoup de violonistes), et qu'elles donnent à sa musique une grande originalité, une physionomie très-poétique, très-rêveuse et très-fine. Dans le caprice sur l'air de VOmbre, il y a de délicieux échos qui imitent à ravir les dialogues des voix et de l'orchestre, des points d'or- gue qui ne tombent pas, sous prétexte d'être brillants, dans celte prolixité si peu agréable à ceux qui veulent retrouver, avant tout, la pensée musicale du maître qu'on transcrit ; il y a aussi des modula- tions qui attestent du savoir et un sentiment parfait de l'harmonie. Mélancolique et expressif, le thème du Carillon est d'une grande suavité. Les variations imitatives et chantantes exigent une finesse et une délicatesse toute féminine Le chant, exécuté par le pouce , accompagné d'arpèges en triolets, rappelle, il est vrai, bien des pages qui semblaient avoir enlevé à celte combinaison un peu de sa fraî- cheur et de son éclat , mais il est soutenu en tierces par la main gauche avec un charme et un bonheur que peu de pianistes ont en- core rencontrés. — Compositeur lui-même, et compositeur distingué, Louis Brassin vient de transcrire, avec autant de tact que d'habileté, une des plus jolies compositions de Henri Vieuxtemps : son deuxième morceau de salon. Les variations sont choses as~ez difficiles à transplanter d'un instrument à un autre, et il était à craindre qu'elles perdissent un peu de leur brillant et de leur véritable couleur ; que le staccato, par exemple, qui, sous l'archet du maître, avait tant de séductions, ne parût froid et n'entraînât à des doigtés exceptionnels et insuffisants. Aussi, nous n'oserions affirmer que le jeune pianiste ait triomphé de toutes ces difficultés ; mais il s'est montré plein de goût dans l'accom- plissement de sa tâche. Il a fait dire au clavier tout ce que le clavier pouvait dire, et les dileltanti lui devront un morceau des plus re- marquables. — Dans une jolie partition comme Stradelîa, choisir était une diffi- culté ; M. Longueville nous paraît l'avoir tranchée en prenant un plus grand nombre de motifs. A chaque page de sa ravissante fantaisie, c'est une nouvelle figure, nn nouveau thème, une situation différente. Ici l'amour cha*nte, là la jalousie gronde sourdement pour éclater bientôt, puis la prière fait entendre ses purs accents ; car dans Stra- delîa, M. de Flotovv a chanté sur tous les modes, hors sur le mode ennuyeux que les Grecs ignoraient et que, dit-on, nous connaissons si bien, On a tant abusé du mot bijou musical que nous n'osons nous en servir ; disons donc tout simplement que l'arrangement de M. de Longueville est de ceux qui arrivent vite à la popularité. Il contient, ce qui défie et détrône la musique trop contre-pointée, la grâce, la jeunesse, le sourire et les larmes ; toutes belles et bonnes choses que les plus profondes combinaisons de l'esprit ne donnent pas, et qui auront éternellement le privilège de satisfaire le goût de la foule intelligente. — Bien des petiles mains joueront le charmant morceau de Charles Hess sur le Roman d'Elvire. Tout à fait facile et arrangé avec cette habileté qui distingue l'auteur et qui lui a déjà valu tant de succès dans des œuvres plus sérieuses, ce bouquet de mélodies offre, en quelques pages, la finesse, la mélancolie, la rare distinction qui carac- térisent tout ce qu'a tracé la plume noble et savante de M. Ambroise Thomas. Pleine de gaieté par le mouvement de valse qui la termine, cette fantaisie, presque enfantine, est aussi pleine d'élévation par un certain andantino où se reconnaissent aisément l'harmonie, si sobre et si pure, la mélodie si franche et si passionnée du maître. La voix humaine est une enchanteresse, l'orchestre un magicien, et nous doutons toujours un peu de la valeur intrinsèque d'une œuvre qui a d'aussi irrésistibles interprètes , nous ne la reconnaissons pour entièrement belle que quand elle a passé par l'arrangement où elle laisse tant de prestiges. Eh bien ! les mélodies du Roman d'Elvire défient l'épreuve ; elles en sortent charmantes et variées. Dans le petit morceau de Charles Hess, il y a plus d'idées, plus de science que dans beaucoup d'autres pages plus longues, plus difficiles et plus compliquées. — Sous ce titre : Y Orgue des salons, se publient des œuvres dignes de l'attention et de la sympathie des connaisseurs. Bien entendu qu'en allant dans les salons, l'orgue se fait mondain, gracieux et aimable : plus de fugues sévères, plus de combinaisons sérieuses. Pour se faire bien voir, il a tous les goûts du jour. Les deux morceaux que nous avons sous les yeux sont des souvenirs de Guillaume Tell et de la Part du Diable. Le premier est de M. Au- guste Durand. L'auteur a choisi le beau chœur d'introduction du pre- mier acte, le pas de soldats et plusieurs autres motifs. Le second, écrit pour orgue et piano, est de M. Frelon. A quelques nuances près, la même habileté, la même connaissance des ressources de l'instru- ment se font remarquer dans ces deux fantaisies. Ce n'est plus l'orgue comme l'aiment exclusivement les délicats ; mais c'est, néanmoins, quelque chose de charmant. Plus moelleux que le piano, il en a sou- vent le brillant. Dans la fantaisie de concert sur la Part du Diable, les sons des deux instruments se mêlent d'une façon très-harmonieuse: le piano babille pendant que l'orgue chante, et, de cette alliance, il résulte des effets qui, pour des compositeurs aussi distingués que M . Frelon, sont une nouvelle mine à e -tploiter et prometleut des succès dont l'art, aussi bien que les salons, ne peut que profiter. — Pourquoi les petites compositions vocales, les romances, les mélodies obtiennent-elles assez rarement depuis quelques années une de ces vogues qui portèrent si loin les noms de Panseron, de Masini, de Loïsa Pugel et de plusieurs autres compositeurs ? A notre avis, il faut s'en prendre à la confusion de style qui a envahi aussi ce char- DE PARIS. 301 tnant domaine. Où il ne faudrait qu'une note, la note de la tendresse et de la simplicité, on veut à tout prix montrer de la science, de la recherche. M. A. Reichardt, qui est un excellent chanteur, n'a em- ployé ni grosses modulations, ni accompagnements chargés, ni retards prétentieux, et sa mélodie : Oh ! belle étoile ! oh ! doux regard ! dra- matique en certains endroits et pleine d'accents vraiment élégiaques, est franche, limpide et parfaitement bien écrite pour la voix. La sen- sibilité, la naïveté qui régnent dans- cette composition assez déve- loppée, charmeront tous ceux que la froide analyse et l'abus des fortes épices harmoniques n'ont pas encore blasés. — La spirituelle partition de M. de Flotow, Pianetla, écoutée avec tant de plaisir au théâtre Déjazet, a inspiré à Musard une valse-bolero que les auditeurs des remarquables concerts des Champs-Elysées ont fort goûtée et que goûteront aussi les pianistes qui vont s'emparer à leur tour de celte page facile et si bien venue. L'auteur de Maria et de Stradella éparpille dans ses œuvres les plus légères des trésors de grâce et d'harmonie ; aussi rien de plus dansant, de plus charmant que cette valse-boléro. Musard a été rarement mieux inspiré. M. E. Des- granges, en arrangeant tous ces délicieux motifs, s'est souvenu et de la belle exécution de l'orchestre et des jolis détails que l'opérette con- tient. Une mélodieuse introduction précède le tempo di boléro, puis l'esprit et la gaîté éclatent. Le joli rhythme de la valse renferme cette fois — ce qui ne lui arrive pas toujours — les mélodies les plus sémillantes et des airs coquets à faire danser et damner les gens les plus graves. Adolphe BOTTE. Nous avons fait connaître dans notre avant-dernier numéro la dé- cision prise par le conseil communal de Spa, et votée par acclama- tion, de donner à la promenade de Barisart à la Géronstère, qui vient d'être achevée et qui sera inaugurée au printemps prochain, le nom de Promenade Meyerbeer. Voici la charmante réponse qui vient d'être faite à cette communi- cation par l'illustres maestro : « Schwalbach, 12 août 1860. » Messieurs, » Absent de Berlin depuis un mois et voyageant presque conti- nuellement depuis cette époque, ce n'est qu'hier que m'est parve- nue la lettre que vous m'avez adressée à Berlin. » Je ne saurais vous exprimer, Messieurs, combien je suis touché de l'honneur que vous projetez de me faire, en voulant donner mon nom à la nouvelle promenade de Barisart à la Géronstère. » Cette marque de sympathie me flatte d'autant plus qu'elle me vient de cette ville de Spa, si chère à mon cœur; car je dois à ses sources bienfaisantes l'affermissement de ma santé, à ses sites pitto- resques des inspirations et de doux loisirs, à ses habitants un accueil cordial et bienveillant depuis un grand nombre d'années. » Cette nouvelle expression des sympathies que vous me portez ne saurait augmenter davantage mon attachement et ma reconnais- sance pour Spa : mais c'est un lien de plus qui m'attache à votre ville, dont j'ose presque me regarder comme l'enfant adoptif, croyance que vous venez de fortifier en inscrivant mon nom sur l'une de vos promenades. » Veuillez agréer, Messieurs, l'expression des sentiments les plus distingués de votre très-dévoué et reconnaissant, » MEYERBEER. » NOUVELLES. „*t L'opéra a joué lundi Pierre de Méd'cis, mercredi Sémiramis et ven- dredi les Huguenots pour la continuation des débuts de Mme Vandenheu- vel-Duprez. Le chef-d'œuvre de Meyerbeer avait attiré une affluence énorme, et la salle était littéralement comble. Mme Vandenheuvel n'a pas euvnoins de succès dans le rôle de Marguerite que dans celui de la princesse Isabelle. Après l'air Oh ' beau pays de la Touraine ! détaillé avec une rare perfection, et qui a provoqué de chaleureux applaudissements, Mme Vandenheuvel, dans le duo avec lïaoul, qui le suit, ne s'est pas montrée seulement cantatrice du plus grand talent, mais encore très- habile comédienne. Elle a eu dans la phrase : Ah ! si fêlais coquette! des intentions d'une finesse et d'un enjouement qui lui appartiennent en propre, et qui ont donné à ce morceau célèbre un cachet de nouveauté remarquable et un charme tout particulier. Cueymard-Raoul a suivi l'artiste sur ce terrain ; il a été plein d'élégance et de distinction. Le grand duo du quatrième acte a produit son effet ordinaire ; Mme Barbot y a déplojé beaucoup de passion, Gueymard l'a dignement secondée, et les deux artistes ont été rappelés à la chute du rideau. Belval a très- bien tenu le rôle de Marcel et Cazaux celui de Saint-Bris. En un mot, cette représentation, par l'ensemble qu'a offert l'exécution, par la brillante composition de la salle, par l'attention du public à écouter, par sa chaleur à applaudir, peut compter comme une des plus belles qui aient accueilli l'œuvre immortelle du grand maestro. ■*% La rentrée de Mme Tedesco aura lieu par le rôle de Fidès, du Prophète, qui sera représenté le samedi 9 septembre au bénéfice de la Caisse des pensions. *** La représentation extraordinaire donnée au bénéfice des chrétiens de Syrie, a produit une recette de 9,700 fr. %% L'opéra-comique annoncé sous le titre d'une Révolte dans l'Inde est le même que celui de Scribe et Offenbach, qui a reçu le titre défi- nitif du Roi Barkouf, et qui sera joué par Crosti, berthelier, Mme l'galde, Mlle Jïelia, etc. \*t La reprise de la Part du Diable a fourni à Mlle Monrose l'occasion de se montrer dans un rôle tout nouveau pour elle, celui de Carlo Broschi, si bien créé par Mme Rossi-Caccia, qu'elle n'a pu ni voir, ni entendre. La jeune cantatrice s'est acquittée de sa tache difficile avec un talent dont les progrès se manifestent de jour en jour, et cette der- nière épreuve contribuera encore à les hâter. **» Le Pardon de Ploermel sera bientôt remis au répertoire. C'est Mlle Monrose qui doit chanter le rôle de Dinorah. **„, Demain lundi, première représentation du Docteur Mirobolan. t*t M. Calzado introduit le nouveau diapason à l'orchestre du théâtre Italien. Dans une quinzaine de jours tous les nouveaux instruments se- ront prêts. Le diapason de ce théâtre, était l'un des plus élevés des théâ- tres de Paris. Cette mesure, dont le directeur s'impose tous les frais, sera très-favorable aux chanteurs. *** Nous avons fait connaître sommairement dans notre dernier nu- méro le programme du théâtre Lyrique pour sa prochaine saison théâ- trale; nous complétons aujourd'hui nos renseignements. Ainsi la re- présentation d'ouverture se composera de Crispin, rival de son maître, qui sera joué pas MM. Balanqué, Fromant, Wartel, Legrand, Leroy; Mmes A. Faivre, Durand et Duclos, et de V Auberge des Ardennes, opéra- comique en un acte de MM. M. Carré et Verne, musique de M. Aristide Ilignard, pour les débuts de M. Verdellet. Viendront ensuite la reprise des Dragons de Villars pour la rentrée de M. Grillon et les débuts de Mlle Hoziès qui se continueront dans le rôle de Gil Blas; celle du Val d'Andore, ave M. Battaille dans le rôle qu'il a créé. Au mois d'octobre, première représentation des "écheurs de Catane, opéra-comique en trois actes, de MM. Cormon et Carré, musique de M. Maillart. Pour la rentrée de Mme Miolan-Carvalho, reprises de Faust, des Noces de Figaro, de la Fanchonnette, de Philèmon et Baucis. Reprise d'Orphée pour la rentrée de Mme P. Viardot et les débuts de Mlle Oprawil, son élève. A partir de décembre, première représentation d'un opéra-comique en trois actes de M. Clapisson, de plusieurs ouvrages en un acte, d'une pièce en trois actes de M. Semet, d'une autre de M. Reyer, et enfin d'un opéra-co- mique en cinq actes dont la musique sera conliée â cinq jeunes com- positeurs. »*» Après une tournée départementale qui n'a été qu'une série de triomphes, la troupe des Bouffes-Parisiens se prépare â faire sa rentrée sur le sol natal. Le théâtre Choiseul ouvrira ses portes du 1«' au S septembre, et c'est Orphée qui sera la pièce de réinstallation, Orphée à qui un succès immense, général, a donné un nouveau baptême, Orphée que la Belgique et l'Allemagne ont acclamé. I.a première nouveauté qui sera offerte au public sera les Musiciens, opéra en deux actes, confié à trois jeunes compositeurs, MM. Ilignard, Delibes et Erlanger. Otl'enbach prépare avec Hector Crémieux une grande pièce en deux actes et quatre tableaux, c'est-à-dire un succès. „,% Des offres très-brillantes avaient été faites à M. Faure â son re- tour de Londres. Nous apprenons qu'il a accepté celles de la direction du théâtre royal do Berlin où il se rendra au commencement de I hiver. 302 REVUE ET GAZETTE MUSICALE „** Mme Czillag, la cé'èbre cantatrice, a été engagée aux conditions les plus brillantes pour l'année prochaine par M. Ullman, directeur de l'Opéra à New-VorL „*„ Mlle Natalie Escliborn, plus connue dans le monde théâtral sous le nom de Frassini, vient d'épouser, à Hambourg, le prince Ernest de Wurtemberg. La bénédiction nuptiale a été donnée le 18 août par le pasteur Van Ahsen, à l'hôtel Keller qui est la propriété de M. Escliborn père. Le dimanche suivant, le prince et sa jeune épouse sont partis pour la villa qu'il possède dans les environs de Cobourg. **„. Géraldy est de retour de son excursion a Bourbonne-les-Uains, où il a donné deux concerts dont l'un au bénéfice des pauvres. Dans le premier il a été secondé par un pianiste de Langres, M. Alvvens, dont l'exécution brillante, jointe au choix toujours habile de ses morceaux, a enlevé tous les suffrages. Delà il s'était rendu à Ems où il s'est l'ait entendre à côté de Mines Cambardi, Charlotte Dreyfus et Ketterer. Une foule nombreuse s'était rendue à l'appel de ces célèbres artistes, et leur a prodigué les plus chaleureux applaudissements. **„ M. Willert Beale était à Paris cette semaine. Le célèbre impré- sario est à la veille d'effectuer sa tournée dans les provinces d'Angle- terre, qu'il a l'habitude de visiter annuellement pendant les mois de septembre, octobre et novembre, avec une troupe composée d'artistes les plus éminents. Cette année il a, dans ce but, engagé Mmes Grisi, Viardot, Gassier et Mme Orvil, ainsi que MM. Mario, Graziani, Ciampi, Angelo Luise, Fallard et Kinne. Indépendamment de cette excursion artistique, M. Beale a engagé la célèbre cantatrice Clara Novello, ainsi que M. Léopold de Meyer, et la Société chorale des Glees et Madri- gaux, sous la direction de M. Lande, pour donner pendant deux mois une série de concerts au palais de cristal de Sydenham. Mme Clara No- vello fera dans ces concerts ses adieux au public anglais. „% La jeune et jolie pianiste polonaise, Mlle Hedwige Brezowska, vient d'épouser M. le comte Méjan, consul général de France à la Nou- velle-Orléans. ,t*.:, Les courses du Mans ont été l'occasion d'un festival brillant. Parmi les morceaux qui ont produit le plus d'effet, nous citerons l'ouverture du Gitano, de M. Cherouvrier, lauréat de l'Institut, et Minuit, grande ballade, paroles et musique du même auteur, qui a fourni à Mlle Lapom- rneraye, de l'Opéra, l'occasion d'un nouveau succès. Le style pur, l'ex- pression pathétique, le talent en un mot qu'elle a déployé et sa belle voix ont soulevé des applaudissements enthousiastes. Une romance de la composition de la jeune cantatrice a été redemandée. Mlle Dupire, du Conservatoire, a fort bien exécuté un morceau de Ilerz et une sonate de Pixis ; et un amateur, M. lîrice, qui joue du hautbois en véritable artiste, a obtenu le plus grand succès dans une fantaisie de sa compo sition. '„,% Mme Louisa Jung, pianiste distinguée, qui s'est fait entendre a Paris cet hiver, vient de donner à Ems et à Kreutznach des concerts qui ont attiré beaucoup de inonde. Elle y a exécuté divers morceaux d'un genre différent de VVeber, Chopin, Wieniawski, Mathias, qui lui ont valu des applaudissements aussi chaleureux que mérités. Des artistes de talent, M. Laub, violoniste, Mme Bertini, Folz, le flûtiste, prêtaient leur concours à Mine Jung. »'% Mme T. VVartel est l'une des artistes que nous suivons avec le plus d'intérêt sur la terre étrangère et dont les succès peuvent seuls nous alléger l'absence. Nous sommes heureux de pouvoir annoncer que cette excellente virtuose et professora s'est fait en une année une meilleure position que bien d'autres en dix. Elle a fondé un cours de musique de chambre, dont la faveur est grande dans la société d'élite. Le concert donné par elle a été l'un des plus brillants et des plus productifs de la saison. „,*„, Depuis que Paganini et Ernst ont composé et rendu populaires les variations du Carnaval de Venise, d'innombrables imitations et arran- gements de ce célèbre morceau, la plupart' pour le piano, ont été pu- bliés, et parmi ces derniers, celui de Charles Voss s'est placé en première ligne. Mais un arrangement pour le piano à quatre mains manquait, et cette lacune a été souvent regrettée par les professeurs et les pianistes. Ils apprendront donc avec plaisir que le Carnaval de Venise de Charles Voss, arrangé à quatre mains, paraîtra cette semaine. **„ La ville de Cambrai met au concours le projet de construction d'un théâtre devant contenir de onze à douze mille places, sur un péri- mètre de 85 mètres de longueur et de 20 à 22 de largeur. Le théâtre sera isolé. »% Nous rappelons aux Sociétés chorales et fanfares, ainsi qu'au pu- blic, qu'un concours général d'orphéons aura lieu à Besançon le diman- che 23 septembre. Cette solennité empruntera un caractère exception- nel à l'exposition universelle ouverte â Besançon , depuis le 21 juin dernier, et qui appelle de tous les points de la France un grand con- cours do visiteurs. **, Amédéc Meneaux, le célèbre professeur et critique de Iloucn, est en ce moment à Paris. :|,,,:;j, I a remarquable partition que Louis Lacombe a écrito pour le drame de M. Paulin Niboyet va être enfin exécutée par des chœurs et un or- chestre dignes de cet ouvrage et de la réputation de ses auteurs. VAmour doit être bientôt représenté à Anvers, au Grand-Théâtre, sous la direction de M. Calabresi. Nous nous en réjouissons pour Louis La- combe et pour les Anversois, car l'Hymne à Schiller (premier acte) , où déborde si largement l'enthousiasme d'une jeunesse reconnaissante, le chœur des gardes de nuit et le Miserere sont des pages d'un puissant coloris, d'une inspiration soutenue et d'une science toute magistrale. **» Au nombre des dernières nouveautés exécutées au concert des Champs-Elysées, on a remarqué et vivement applaudi l'ouverture du Roman d'Elvire, d'Ambroise Thomas. L'orchestre de Musard l'a admira- blement exécutée. **,. S. M. le roi de Portugal a fait remettre au violoniste Herman la croix de chevalier de l'ordre de Saint-Jacques. „..** L'administration du théâtre Lyrique a l'honneur d'informer MM. les artistes musiciens que les places de violon solo et de violoncelle solo étant vacantes dans l'orchestre de ce théâtre, un concours aura lieu le lundi 27 courant, à l'effet de pourvoir à ces vacances. On est prié de se faire inscrire d'avance au théâtre. „*„ On annonce la mort du violoniste Ilausmann, décédé le 10 juillet à Edimbourg, où il était employé comme directeur de musiaue. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. **„ Boulogne-sur-Mcr . — Une séance solennelle de musique religieuse vient d'avoir lieu dans notre ville à l'occasion de l'inauguration du grand orgue de l'église Saint-Nicolas. Ce magnifique instrument sorti des ateliers de MM. Merklin, et Schutze, célèbres facteurs de Paris et de Bruxelles, d'où sont sorties également les grandes orgues de Saint- Eustache de Paris, des cathédrales de Rouen, de Bourges, de Murcie (Espagne), et où se construisent maintenant les grandes orgues des ca- thédrales d'Arras, de Dijon, de Lyon, de Notre-Dame de Paris et de l'église Saint-Philippe du Boule, a excité l'admiration de l'auditoire d'élite qui remplissait notre vaste église. Après la bénédiction solennelle de l'ins- trument par M. le grand doyen, MM. Edouard Batiste, professeur au Conservatoire impérial de musique, organiste de Saint-Eustache de Paris, Sergent, organiste de la métropole de Paris, et Alex. Guilmant, orga- niste de Saint-Nicolas, ont fait entendre successivement tous les effets de l'orgue, et la maîtrise, à laquelle s'étaient joints des amateurs de la ville, ont exécuté plusieurs morceaux de Haendel, Mozart, Haydn, Men- delssohn, Rossini et Gounod, sous la direction de M. A. Guilmant, maître de chapelle; Mlle L. Guilmant tenait l'orgue d'accompagnement. Nous n'avons que des éloges à adresser sur la manière remarquable dont les morceaux de chant ont été interprétés, et sur le talent déployé par les organistes que notre ville élait heureuse de posséder. On a beaucoup remarqué la Prière en mi, de Lenimens, et la fugue en sul mineur, de Bach, par M. Guilmant, le bel Offertoire, de M. Sergent, et surtout un morceau d'orçiae et une communion, joués avec une grande délicatesse de sentiment musical et un tact exquis des choses mélodi- ques par leur auteur, M. Edouard Batiste. Ces deux suaves mélodies, empreintes d'un cachet tout céleste, ont eu les honneurs de cette re- marquable et imposante solennité. £% Lille. — L'une des plus anciennes succursales du Conservatoire de musique de Paris, celle de notre ville, prend de plus en plus des proportions considérables depuis qu'elle est dirigée par M. Magnien. Près de trois cents élèves en font partie, Quatre ou cinq classes nou- vellement élablies, jointes à celles qui existaient déjà, en font une école des plus complètes qui, chaque année, envoie à la capitale des élèves dont un bon nombre se place au premier rang. Cette école vient, dans sa dernière distribution de prix, de se distinguer de nouveau par le concert qui a précédé la remise des couronnes. Un chœur nombreux avec accompagnement d'orchestre, tiré du Faust, de Gounod, a été dit avec un ensemble remarquable sous la conduite du directeur qui se charge de cet emploi pour les exécutions générales. l'ans cette audi- tion, les soli qui ont eu le plus de succès sont, sans contredit, ceux de violoncelle et de hautbois. Quant à la partie vocale, on a surtout ap- plaudi Mlles Dufossez et Devaux, dans l'air du Comte Onj et dans celui de Robin des Bois. Il en a été de même à l'égard de M. Dupuis dans l'air ùelUa-aniello, et de MM. Vitaux, Lepers et Frémeaux dans le trio de Cuil- laume Tell. Dans ce morceau capital, M. Vitaux s'est distingué princi- palement dans l'andante qu'il a dit avec distinction. Ce ténor monte sans effort, et c'est dans cette condition qu'il a fait entendre un ut dièse de poitrine. 11 faut ajouter que l'exécution de ce concert, grâce aux soins de la direction, a eu lieu conformément au diapason normal. Deux allocutions prononcées par le directeur et M. le maire de Lille, ont précédé l'appel des lauréats qui, tous, ont été reçus chaleureu- sement par l'auditoire compacte qui se pressait dans les salons de l'Académie. *% Touion. — Le 8 courant a eu lieu dans l'église Saint-Louis l'inau- guration d'un grand orgue do 16 pieds, construit par la maison Stoltz et Ce, de Paris. L'instrument, qui a trois claviers à mains et un clavier DE PAK1S. 303 de deux octaves de pédales séparées, est composé de trente-deux jeux dont la belle exécution a émerveillé MM. les ingénieurs et artistes ap- pelés à expertiser ce nouvel instrument. En effet, la maison Stoltz et C° occupe une place à part par l'excellence de ses produits et la modicité de ses prix. M. J.-Ch. Iles.s, venu exprès de Paris pour faire entendre cet orgue, a laissé un beau souvenir de son talent dans le midi de la France. Tous les jeux ont parlé le meilleur langage, tous les genres de la musique religieuse se sont fait entendre. L'orgue et les artistes qui l'ont touché nous ont paru du premier choix. M. Thurner, organiste à Marseille, a partagé avec M. Hess les honneurs de la journée. Ces deux maîtres éminents ont tour à tour occupé l'attention des assistants pen- dant une heure et demie sans qu'elle se soit jamais lassée. L'assemblée était nombreuse et distinguée ; M. l'archiprètre de Toulon, ci-devant curé à Saint-Louis pendant vingt ans, a béni le nouvel orgue. Il était entouré de MM. les curés de la ville et de la banlieue, d'un grand nombre dec- . clésiastiques, des autorités, des officiers de l'armée, des professeurs de musique et des dilettanti de la société toulonnaise. La journée a été belle pour M. Stoltz, l'habile et consciencieux facteur. CHRONIQUE ETRANGERE. „% Londres. — Depuis quinze jours, la magnifique salle florale atte- nant à Covent-Garden est envahie par les amateurs des promenades- concerts implantés à Londres par Juliien. M. A. Mellon a entrepris une série de ces concerts avec le concours du prince-artiste Galitzin. Cette spacieuse salle se prête merveilleusement à ces sortes de fêtes. L'or- chestre, conduit tour à tour par M. A. Mellon et par le prince Galitzin, est irréprochable. On admire chaque soir les charmantes vocalises de Mlle Parepa et la belle voix de M. Wilbye Cooper. Les chœurs appar- tiennent à l'Opéra italien, c'est dire que ce sont les meilleurs que nous possédions. — L'impulsion donnée par Eugène Delaporte à la musique chorale par la récente visite des orphéonistes à Londres, a déjà porté ses fruits. Deux sociétés sont en pleine voie d'organisation et n'at- tendent que le concours do quelque ami de l'art pour se constituer en comité. Nous verrions avec plaisir l'une de ces sociétés françaises prendre le nom des Enfants de Luièce et d'Albion, en souvenir de la brillante démonstration qui a eu lieu, il y a deux mois, au Palais de Cristal. — Parmi les ouvrages nouveaux qu'il avait annoncés le direc- teur de l'Opéra italien de Covent-Garden devait jouer Stralella deFlotow. L'auteur de cet ouvrage devait y faire quelques additions qui ne sont pas arrivées à temps, M. Gyt, a donc été forcé de l'ajourner à la saison prochaine. „,*„, Bruxelles. — Déjà presque tous les artistes de notre première scène lyrique sont arrivés, et les répétitions vont commencer. Tout le monde est généralement d'accord que M. Quélus, dans les nouveaux engagements qu'il a contractés, a eu la main heureuse. — Parmi les artistes nouveaux qui feront partie de sa troupe, nous voyons figu- rer le nom de Mlle Litschner. Ce nom inconnu de la plupart des habitués du théâtre de la Monnaie, ne l'est pas à Paris et encore moins dans le midi de la France. Mlle Litschner a fait partie de la troupe que M. Letellier dirige àMarseilleetelle en était une des étoiles. Elle y a rem- pli les emplois de premières chanteuses légères de grand opéra. Parmi les grands succès de la jeune cantatrice, nous citerons les rôles de Mathilde, de Guillaume Tell, ceux de Lucie et de la reine dans les Huguenots. „% Vienne. — Au théâtre de la Cour, on a mis en répétition la Fian- cée, cl'Auber. Le rôle principal sera chanté par M. Wachtel. Karl Treu- mann a passé avec Offenbach un traité qui assure au premier le droit exclusif de faire jouer à Vienne les ouvrages de l'auteur d'Orphée aux enfers. M. Treumann a obtenu, comme on sait, le privilège d'un nouveau théâtre; la salle est en voie de construction. „,*„. Carlsruhe. — Pioger vient de reparaître sur le théâtre de la Cour où il a chanté le rôle de George Brovvn et do Itaoul avec un succès égal à son talent ; c'est toujours la même élégance, la même verve et la même puissance dramatique. Après le duo du quatrième acte des Huguenots, Roger a été salué d'un triple rappel. .% Berlin. — Mme Miolan-Carvalho est attendue dans notre capitale où elle est engagée pour une série de repré-eniations; avant de se ren- dre ici, la célèbre cantatrice doit se faire entendre à Spa et à Bade. „,** Brunswick. — Pour l'ouverture de la saison le théâtre de la Cour doit donner Dinorah. C'est Mlle Eggeling qui chantera le principal rôle déjà interprété par elle avec succès à Hambourg. *% Hambourg. — Parmi les nombreux artistes qui sont ici en repré- sentation, nous citerons Mlle Lita, de Dre;de, qui a obtenu un brillant succès dans le rôle de Marguerite, des Huguenots. Cette jeune cantatrice a également réussi dans le rôle de Dinorah. Mlle Schmitt, qui nous a fait ses adieux dans celui de Fidès, a été l'objet d'une ovation. »*» Tœplitz. — Le premier festival de la Bohême a eu lieu dans cette ville les 12 et 13 août. Ont pris part à cette intéressante solennité 18 so- siétés bohèmes, 8 sociétés moraves, 1 société prussienne et 14 yenues de- S.'ixe; ce qui fait un total de 3S associations de chant avec 4,600 chan- teurs. ,,% Saint-Pétenbourg, fi/t7 août. — Un brillant concert vient d'être donné dans une des grandes salles du palais Anglais, à Péterhof, au profit de l'hospice Nicolas de cette localité. Il avait été organisé par le compositeur Dutsch ; les artistes qui y ont pris part étaient Mlle Léo- nova, MM. Antoine Kontski, Tabarovski, Seiffert, Wurin et Pétroff. Parmi las morceaux exécutés on cite un duo, chanté par Mlle Léonova et M. Pé- troff, tiré d'un nouvel opéra composé par Dutsch et intitulé les Rivales, qui, dit-on, sera représenté au mois de décembre, et auquel on croit pouvoir prédire du succès si l'on en juge par les morceaux qu'on a eu l'occasion d'entendre déjà. La musique de Dutsch répond parfaitement au sujet intéressant du poëme ; elle est dramatique et d'un sentiment vrai, s'écoute facilement et renferme des effets scéniques qui du pre- mier coup saisissent les masses. — Le 1er octobre prochain doit être ouvert à Varsovie le Conservatoire musical si généralement attendu et désiré, et dont M. Apollinaire Kontski, en ce moment à Pétersbourg, a été nommé directeur. C'est le 28 août (8 septembre n. st.) 1859 que M. Kontski a reçu l'autorisation suprême de réaliser l'idée d'un insti- tut musical à Varsovie, à la condition que le capital de fondation, éva- lué approximativement à 45,000 r. , serait déposé à la banque dans l'es- pace de six mois; le fondateur a été en même temps autorisé à recevoir des dons de 50l> r. de la part des fondateurs de bourses, et même des sommes moindres pour en former des bourses également. Le gouverne- ment s'est déclaré prêt à concéder les édifices nécessaires pour l'éta- blissement, et il a pris l'engagement d'assigner les sommes utiles pour les reconstructions et réparations, de donner 2,000 r. par an et d'accor- der quelques prérogatives aux maîtres et à ceux des élèves qui auraient achevé avec succès leur éducation musicale dans l'établissement. Non- seulement les magnats polonais, le clergé, les propriétaires, les fonc- tionnaires, mais les artisans même ont apporté leurs dons, comprenant la nécessité d'un institut qui put rendre inutiles aux élèves les voyages dispendieux à l'étranger pour se perfectionner dans toutes les bran- ches de l'art musical, en même temps qu'il fournirait les moyens de compléter des orchestres et d'obtenir des artistes et des maîtres pour tous les instruments. En outre l'on a organisé à Varsovie, au. profit de cette fondation, quatre festivals qui ont produit une recette con- sidérable, et dans plusieurs villes populeuses du royaume on a aussi donné des concerts d'amateurs au profit de l'institut. En ce moment le capital nécessaire est déposé à la banque, tous les instruments sont là, et le Conservatoire compte déjà sur sa liste deux cent cinquante can- didats. La rétribution annuelle est très-modérée comparativement à d'autres instituts du même genre; elle est fixée à 50 r., tandis qu'au Conservatoire de Leipzig elle est de 75 r. I Journal français de Saint-Pétersbourg .) prix accorde A L UNANIMITE A l EXPOSITION UNIVERSELLE DE LONDRES ]851. Fournisseur des Ministères de la Guerre et tic la tsarine de B-'raucc. Agent à Londres JDLLIEN ET Cc, 214 , Kcgent Street. MAISON FONDÉE EN 1803. INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ANTOINE COURTOIS 8S, rue tte» Marais - Suint- Martin, S S Ci-devant rue du Caire, 21. MÉDAILLE D'ARGENT DE lre CLASSE A l'exposition universelle de paris 1855. Facteur du Conservatoire et de l'Académie impériale de Paris. Agent à Saint-Pétersbourg : A. BOTTNER, Pcrspcct. Newslty, maison de l'église St-Pierre. La maison ANTOINE COURTOIS ayant agrandi ses ateliers, est en mesure de satisfaire à toutes les demandes qui pourront lui être adressées; elle garantit iiéellement à sa clientèle des instruments irréprochables sous tous les rapports. 304 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Chez CJ. BÏ&A1VIHJS et S. BUJFOUR, éditeurs, t©3, rue de Richelieu, au 1". THÉÂTRE IMPÉRIAL DE ÏLB©!P£llE^ HUGUENOT lia Partition Tour Piano et Chant, format in-8°, net ... . Arrangée pour le Piano seul, format in-8", net THEATRE IMPERIAL DE £, WÉÏ&J^=(S® EHÏKpn ïii» Partition Pour Piano et Chant, format in-8*, net Arrangée pour le Piano seul, format in-8", net En vente chez A. IKELMER et C, éditeurs, 11, rue Rougemont . MUSIQUE DE GBANT MANGEANT. Les Refrains baroques, ronde 2 50 La Plaine des Vertus, ronde...,. 2 50 HIGNARD. Le Nouveau Pourceauynac, partition in-8°, pour piano et chant net 6 » Romances pour pensionnats, par BLANCHARD. Dodo, l'enfant do, romance ■■ •■ 2 50 Entrez dans la danse, romance 2 50 Je vous vends mon corbillon, chansonnette 2 50 Madame est sur la sellette, id. 2 Pigeon vole, valse-chansonnette ■ ■ 2 50 Petit bonhomme vit encore, chansonnette. 2 50 Les Maisonnettes, id. 2 Monsieur Jeudi, id. 3 Fi, le gourmand, id. 2 fL.es Jours gras «le Madame, Quadrille pour piano, par SYLVAIN MANGEANT. A 2 moins U SO — A 4 moins i Pour orchestre. 9 » | CHEZ G. BRANDUS ET S. DUFOUR, ÉDITEURS, 103, RUE DE RICHELIEU, AU 1 FANTAISIES POUR LE PIANO SUR DES MOTIFS FAVORIS D'AU. ADAM, AUBER, MEYERBEER, R0SSINI, ETC., Par J. RUMMEL Fra Diavolo. . . Guillaume Tell. a.e Comte Gry. . lrc SERIE DEJA PUBLIEE ! . . Auber. I h. I>e Domino noir Auber. . . Piossini. 5. Les Diamants de la couronne, id. 3. i-e Comte Ory Auber. I 6. t>a Muette «le Portici . . Auber. Chaque : 6 francs. POUR PARAITRE PROCHAINEMENT (2e série) : 1. Le Pardon de Ploërmel .... Meyerbeer. I h. Robert le Diable Meyerbeer. 2. Stradella Meyerbeer. 5. Martha De Flotow. 3. Le Postillon de Langjumeau . . Adam. | 6. Les Dragons de Villars . . . . Maillard. SOUFLETO classe facU'ur de pianos. Médaille d'or Exposition 1 849 ; Médaille de X" lion universelle 1855. Spécialité de pia- nos pour l'exportation. Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Ex positions, des récompenses méritées par l'excellence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est justement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne laisse rien à désirer sous le dou- ble rapport de la quantité et de la qualité du son. Magasin, rue Montmartre, lfii . ALPHONSE bAX brevets d'invention et de perfectionnement . Instruments Sasomnitoni«nies. Invention à la- quelle le Juiy de l'Exposition universelle de Paris a con- sacré la plus" belle page dans son rapport officiel {[ns- Irumenls de cuivre), dont voici de courts extraits : Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. « (Page 1333.) u La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être ■ésolu le problème d'une justesse pmifaitf. pour les nslrumcnls à pistons. Le mécanisme est partout delà plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de ebaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1330.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Rue d'Abbeville, 5 bis, près la place Lafayette, à Paris. 15 1: ifacture de 48, rue de la MAISON H. HERZ Victoire, à Paris. " A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos a queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n" 28. Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et .'iu obtinrent, à l'unanimité des sutfrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. » A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, A l'unamsiité, à cet artiste industriel, le premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la qualité du son. • {Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) i" médaille d'or Exposition nationale française de iSIt'J DÉCORATION DE LA tÉGION D HONNEUR Exposition de 1869. MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS FONDÉE A PARIS EN 1S43 PAR 1" médaille Exposition nationale belge de 18il. DECORATION DE LA COURONNE DE CHÊNE de Hollande (1845). 1™ médaille d'argent Exposition nationale française de 18a4 Grande médaille d*or Facteur de la Maison mililaire de rtinnercur. «&o- Seule grande médaille d'honneur à 1 Exposition universelle de Paris (1955). -Seule grande médaille (Vnttttcil JtSeilitl) à l'Exposition universelle île Eondres (I8»l). Organis iteur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de U Garde impériale. INVENTKLR DES FAMILLES DES ownTnOMIUS SAX-TUBAS CLA.IRONS-SAX. CORNETS-SAX (compensateurs). CLARINETTES CONTRE-BASSES-SAX. Iaxhobns Saxophones. trombones-sÀx. clarinettes basses-sax. basson-sax^ cuivre et en b&is). Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres ; l Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons inventinn brevetée en lSSî>. ou cylindres, les mêmes forme baxo-lromba. Tous les instruments a pistous avec addition d'une ou plusieurs Clairons, Trompettes d'ordonnance. Flûtes Clarinettes, ■ »»"5*« clefs; invention brevetée en 1S5». Caisses roulantes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales, Lym Svstèm'e d'instruments à pistons ascendants; inv. brev. en I S5«. I baies, etc., etc. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. ON S'ABONNE 1 Dana les Départements et à l'étranger, chez les Marchands de Musique, les Libraires, et Hureaux des Messageries et des Postes. N° 36. 2 Septembre 1860. PRIS DE L'ABONNEMENT: Paris 94 fr. par on Départements, Uelgiquc cl Suisse, - . 30 » îd- lilrungcr 34 » id. Le Journal parait le Dimanche. ■M ' F. — '\nn/\J\r\AAAA/w^ SOMMAIRE. — Fragments de l'introduction d'une histoire générale de la musique (suite et fin du 2e fragment), par Fétis père. — Théâtre impérial de l'O- péra-Comique: le Docteur Mirobolan, opéra-comique en un acte, paroles de MM. Cormon et Trianon, musique de M. E. Gautier, par D. A. D. Saint- Yves. — Revue critique, par Adrien de La Fage. — Un opéra inédit de Gluck, par l.indner. — Nouvelles et annonces. FRAGMENTS DE L'INTRODUCTION D'UNE HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE (Ouvrage inédit.) Suite et fin du deuxième fragment (1). Les plus anciennes traces d'un système régulier de tonalité dans la musique des Grecs se trouvent dans le peu qu'on sait concernant le poëte-musicien Olympe qui, né dans la Mysie, contrée de l'Asie Mineure, et cpnséquemment Pélasge d'origine, vécut environ deux siècles avant le siège de Troie. Je démontrerai, dans l'histoire de la musique des Grecs, qu'à cetle époque le système de la musique pé- lasgienne était celui de l'octave divisée par vingt-quatre quarts de ton, et que cet intervalle y était fréquemment employé ; on y verra enfin que le système diatonique, c'est-à-dire la combinaison des tons et des demi-tons, y était absolument étranger. L'identité du système primitif de la musique des Grecs avec celui de la Perse était complète: son origine orientale n'est pas douteuse.. Vers l'an 1600 avant l'ère chrétienne, Deucalion, fils de Promé- thée, vint des environs du Caucase, à la tête d'une colonie, s'établir dans la Thessalie et y régna. Ses deux fils, Hellen et Amphictyon, rassemblèrent ses sujets, qui s'étaient retirés sur de hautes monta- gnes pour échapper à la grande inondation partielle connue sous le nom de déluge de Deucalion, et se partagèrent ses Etats. Hellen donna son nom au peuple qu'il gouvernait, et ses fils ou petits-fils Eolus, Doras, Ion et Achœus, devinrent les chefs des quatre grandes tribus dont se composaient les Hellènes, lesquelles sont connues dans l'histoire sons les noms de Doriens, Eoliens, Ioniens ou Iastiens, et Acheens. Devenus nombreux et puissants, les Hellènes firent la guerre aux Pélasges, les chassèrent du pays ou se mêlèrent avec eu-c. Héroï- ques dans les combats, particulièrement les Doriens, mais ignorants et barbares, ils firent rétrograder d'abord la civilisation de la Grèce. Les guerres que se firent ensuite les tribus helléniques occasionnèrent (1) Voir le n° 34. à plusieurs reprises, pendant plus de trois siècles, des déplacements de populations entières ; enfin, lés Achéens se fixèrent dans l'Egiale, qui prit d'eux le nom i'Achaïe ; une partie des Ioniens se mêla aux Eoliens dans l'Attique ; le reste se répandit dans les îles de la mer Egée et fonda des colonies dans l'Asie Mineure. Quant aux Doriens, ils s'emparèrent de l'Argolide, de la Laconie, de la Messénie, d'une partie du Péloponèse, et des îles de Crête et de Mégare. Plus tard, ils en- voyèrent, ainsi que les Eoliens, des colonies dans l'Asie Mineure. Tous ces mouvements, auxquels il faut avoir égard pour bien en- tendre les transformations qui s'opérèrent dans la musique des Grecs, furent accomplis vers le milieu du xue siècle avant l'ère chré- tienne. Après que les Pélasges eurent été chassés ou soumis par les Hellè- nes, et surtout après la destruction du royaume de Troie, qui rendit les Grecs maîtres d'une grande partie de l'Asie Mineure et réduisit les Phrygiens en esclavage, les éléments de la langue pôlasgique se fon- dirent insensiblement dans l'hellénique, et ceux de la tonalité musi- cale, également originaires de l'Inde, commencèrent à se transformer. Alors s'opéra un changement considérable dans la constitution de l'échelle des sons de la musique grecque ; car au principe pélasgique de la division de l'octave par quarts de ton, principe sur lequel re- posait ce qu'on a appelé le genre enharmonique d'Olympe, succéda le principe hellénique de la classification des sons contenus dans les mêmes limites par des intervalles de tiers et de deux tiers de ton ; ce qui constitua un genre nouveau qu'on appela chromatique, c'est-à- dire coloré, mais qui n'était en réalité qu'une forme du genre enhar- monique, moins ancienne que l'autre, ainsi que l'a fort bien remarqué le savant Boerkh (1), bien qu'il n'ait aperçu l'origine de l'une ni de l'autre. Dans ce deuxième genre enharmonique de la musique des Grecs, se montre une analogie remarquable avec le système tonal des Arabes, dont j'ai signalé l'existence probable chez tous les peuples sémitiques dès la plus haute antiquité. D'où était donc venu dans là Grèce ce genre nouveau de musique substitué à celui des Pélasges ? On ne peut lui trouver d'origine qu'en supposant que les Hellènes l'avaient apporté des contrées caucasiennes, leur première demeure ; car rien niarrive sans cause,, et la seule qu'on puisse indiquer ici ré- side dans les rapports des nations de l'Asie occidentale entre elles. Il est essentiel de ne pas se tromper sur la signification du mot de système appliqué à la musique de ces temps anciens et barbares ; car il n'y avait point alors d'autre musique que les chants populaires des diverses nations. Le système tonal d'un peuple, dans ces temps re- (1) De Mctris Pinclari, lib. III, cap. x; in Pirul. op.. Ier, p. 250. 306 REVUE ET GAZETTE MUSICALE; culés, n'est autre chose que sa manière de chanter : il réside tout entier dans la tradition. La diversité des modes de la musique grecque et les formes de ces modes confirment l'origine orientale de cette musique. Deux de ces modes étaient pélasgiques , à savoir, le phrygien et le lydien; les trois autres, appelés ionien ou iaslien, colien et dorien, étaient hellé- niques. Les noms qui leur étaient donnés indiquent l'usage habituel qu'en faisait dans leurs chants chacune des peuplades dont se forma la nation grecque. A ces formes s'ajoutèrent plus tard les transpo- sitions de leurs formes, à des degrés plus élevés ou plus bas dans l'échelle des sons, par des procédés mécaniques qui seront exposés en leur lieu. Dans les premiers temps de la musique grecque constituée en art élémentaire, et lorsque le genre enharmonique était le seul connu , chaque mode pouvait recevoir plusieurs formes, par des arrangements divers des altérations des sons de l'octave : or celte coïncidence avec les formes diverses des modes de la musique antique de l'Inde est une indication nouvelle de la filiation des peuples dont nous avons esquissé le tableau. La transformation complète de la musique grecque, et la création du système diatonique, devenu la base de la musique européenne du moyen âge, commencèrent par la substitution du tétracorde, ou série de quatre sons, à Ja division simple de l'octave. C'est dans ce nouveau système, dont la conception sera expliquée quand il en sera temps, que s'introduisit dans la musique le genre chromatique proprement dit, lequel fut appelé par les Grecs chromatique ionique. Dans ce genre, le demi-ton fut substitué au tiers de ton, qui disparut ; mais celte innovation importante ne fut que l'intermédiaire par lequel on arriva au genre diatonique, dans lequel les sons de l'échelle furent placés à des intervalles de tons el de demi-tons inégalement répartis. Alors fut achevée une des plus grandes révolutions dont l'histoire de la musique ait conservé le souvenir ; alors sortit enfin du chaos ce genre diatonique, considéré, par une erreur singulière, comme le seul qui soit en rapport avec l'organisalion humaine, tandis qu'il n'a été que le fruit de lents progrès chez une nation éminemment intelligente et perfectible. 11 est à remarquer que ce genre diatonique n'est point encore celui de la musique européenne des temps modernes, le seul qui ait toutes les conditions nécessaires à l'art complet ; il en est même très-éloigné, car les modes divers sont basés sur des différences de constitutions d'octaves, c'est-à-dire sur les variétés de positions des demi-tons, suivant que l'un ou l'autre son déterminé devient l'initial d'un mode. Si, d'après certains calculs qui paraissent fondés et qu'on trouvera dans le cours de cet ouvrage, la formation du genre diatonique peut être rapportée au ixe siècle avant J.-C, il n'aura pas fallu moins de deux mille cinq cenls ans pour passer de ce système à celui de la musique moderne, dont les gammes sont toutes formées d'une manière uniforme; car celui-ci ne s'est révélé au génie d'un grand musicien, par l'harmonie, que dans les dernières années du xvip siècle, ou dans les premières du xvne. 11 est nécessaire que je déclare ici que tout ce qu'on vient de lire concernant l'origine et les transformations du système musical des Grecs ne provient pas de renseignements positifs de l'histoire, car une profonde obscurité couvre tout ce qui est antérieur au temps de Pylhagore, et l'on ne commence à rencontrer quelques indications précises sur la nature de celle musique qu'environ cinq cents ans avant J.-C. Les bases de la génération et des transformations des to- nalilés de l'ancienne musique grecque ne peuvent se trouver que par des rapprochements d'indications fugitives et des faits dont l'enchaîne- ment n'est saisi qu'au moyen d'études minutieuses, patientes, héris- sées de difficultés. A vrai dire, tout cela est dans le domaine de l'hypothèse ; mais l'hypothèse nécessaire, celle qui ressort de la na- ture des choses, est aussi de l'histoire à défaut de documents cer- tains. Les Pélasges qui entrèrent en Italie à deux époques assez rap- prochées, les premiers sans chef connu, les autres sous la conduite d'OEnolrus, et qui s'établirent, les premiers dans la Toscane, les autres dans le Latium, avaient, comme nous l'avons fait voir, la même origine que ceux qui peuplèrent la Grèce et appartenaient à la même. migration indo-scythe. Du mélange des premiers avec les Rhasènes, peuple de la même origine qui s'élait arrêté longtemps dans la Rhétie, sortirent les Tnsei ou Etrusques, et des compagnons d'OEnotrus vinrent les Sabins et autres peuples lat;ns. Le système musical de ces peuples ne nous est pas connu, mais l'identité qu'ils ont avec les Pélasges de la Grèce, les rapports plus remarquables en- core de la langue latine avec le sanscrit que ceux de la langue grec- que avec celle-ci, l'analogie parfaite du style étrusque avec le plus ancien style grec dans les arts du dessin, enfin la similitude frap- pante des instruments de musique représentés sur les vases peints recueillis dans l'ancienne Etrurie, dans la Campanie et l'Apulie (par- ties actuelles du royaume de Kaples et de la Calabre) avec ceux des monuments grecs parvenus à notre connaissance, tout enfin nous porte à croire que le système tonal de tous les peuples du l'antique Italie a dû être originairement pélasgien, c'est-à dire identique avec le plus ancien système de la musique des Grecs dont la source ou les sources furent les tonalités antiques de l'Inde et de la Perse. Les mêmes probabilités existent pour les Hénètes, ancêtres des populations actuelles de l'Illyrie et de la Dalmatie, ainsi que les Vé- nèles du territoire de Venise, tous de même souche non mélangée. On sait, en effet, que les Hénètes et les Yénètes étaient des Troyens échappés à la destruction de leur patrie, qui, sous la conduite d'An- tenor, avaient fondé des colonies dans la Thrace, dans l'Illyrie, en Dalmatie et sur les côtes de l'Adriatique. Or, les Troyens étaient Phrygiens, ceux-ci Pélasges, et les Pélasges provenaient de la pre- mière migration indo-scythe. Nul doute que leur système tonal ne fût l'enharmonique d'Olympe, leur compatriote, et que parmi leurs chants ne se trouvassent ceux que ce poëte-musicien avait composés plusieurs siècles avant leur émigration. Plus tard, ces Hénètes et ces Vénètes devinrent la souche des races slaves, par leur union avec les Sarmates. Par une étude attentive des mélodies anciennes des populations slaves, des Finlandais, des Dalmates, des Illyriens, on est frappé .d'étonnement par l'analogie de certains types avec ceux des airs de l'Inde les plus anciens. Cette analogie n'est pas moins évi- dente dans les chants de ces populations errantes qui parcourent la Russie, la Pologne, la Hongrie et la Croatie, et ailleurs, sous les noms de Ziç/ennes ou Zinganes, et sont connues vulgairement sous le nom de Bohémiens. Ce peuple singulier, qui ne s'est mêlé à aucun antre, a conservé dans sa langue des rapports si nombreux avec le sanscrit, qu'elle en semble un dialecte. On croit que son émigration de l'Inde date des temps les plus anciens , temps antérieurs à toute histoire. Suivant une tradition rapportée par Burnouf, des Hindous dégénérés et dégradés par tous les vices auraient été frappés de malédiction et forcés de s'éloigner du pays à une époque qui se perd dans la nuit des temps. Si les Zigennes ou Zinganes, sans patrie, sans demeures fixes et sans culte, descendent de ces Hindous maudits, la malédic- tion pèse encore sur eux. Le chant consolateur seul leur est resté avec la danse. A l'égard des Sicani et des Siculi qui peuplèrent la Sicile, les rap- ports de leur langue et de leur système tonal avec l'ancienne musique de l'Inde ont dû s'affaiblir rapidement; car les Phéniciens, qui se mêlèrent à eux et bâtirent les villes de Panorme (Palerme) et de Le- lybée, durent modifier le système pélasgique des premiers habitants du pays par l'introduction d'éléments qui appartenaient au système arabe. Les rapports de certains poèmes chantés, encore en usage dans la Sicile, avec le Cantique des cantiques de la Bible, lesquels DE PARIS. 307 ont été remarqués par un savant voyageur, ainsi que ceux des mélo- dies populaires des Siciliens avec les chants arabes, donnent beaucoup de vraisemblance à ces conjectures. FÉTIS père. THEATRE MPËRIAL DE L'OPÉRA-COMIQUE. LE DOCVEUK J7Hlê©BS3HBi.%.%. Opéra-comique en un acte, paroles de MM. Cokmon et Trianon, musique de M. E. Gautier. (Première représentation le 28 août 18C0.) Pour rendre à César ce qui appartient à César, le régisseur, chargé d'annoncer les auteurs, aurait dû ajouter que la pièce, arrangée par MM. Cormon et Trianon , était d'Hauteroche et s'appelait Crispin médecin. Mais il parait que la Comédie-Française a exigé que l'on déguisât ce nouvel emprunt fait à son répertoire , et que c'est sur ses réclamations qu'on l'a nommé le Doctevr Mirobolan. Du resle, celte manière d'appropriation musicale n'en est pas au- jourd'hui à ses débuts. Certains chefs-d'œuvre, tels que Don Juan, le Barbier de Séuille, les Noces de Figaro, ont été mis hors de cause par le génie des compositeurs. Mais on ne s'est pas arrêté là, et il fut un temps, vers la fin du siècle dernier et vers le commencement de celui-ci, où les nombreux théâtres lyriques qui existaient alors ne se firent aucun scrupule de puiser a pleines mains dans les œuvres de Molière, de Regnard, de Dufresny et de vingt autres maîtres de la scène. L'abus alla si loin, qu'un auleur journaliste crut devoir le com- battre par une comédie en vers intitulée : le Misan'hrope en opcr .- comique. De nos jours on semble revenir à ces fâcheux errements, et, si l'on n'y prend garde, nous verrons se réaliser la prévision satirique que nous venons de citer. Nos faiseurs de livrets sont-ils donc si à court d'imagination qu'ils ne puissent rien trouver que dans le fonds d'au- trui? Et sont ils eux-mêmes si hostiles à leurs intérêts, qu'ils n'y regardent pas à deux fois avant d'abandonner une partie de leurs droits au domaine public, lorsque, avec un peu plus de peine, ils pourraient les conserver tout entiers. Ce système nous a valu, c'est vrai, les gracieuses partitions du Mé- decin malgré lui et de l'Avocat patelin; mais nous croyons ferme- ment que MM. Gounod et Bazin auraient été tout aussi bien inspirés par des ouvrages nouveaux. En admettant d'ailleurs le recours à l'ancien répertoire, la comédie d'Hauteroche était-elle digne de fixer le choix de trois hommes d'es- prit et de goût? Malgré le succès délire qu'elle a obtenu, nous n'ose- rions l'affirmer. Crispin médecin a été représenté pour la première fois, à l'hôtel de Bourgogne, en 167?i, c'est-à-dire à une époque où les comédies de Molière, et notamment la dernière, avaient mis à l'ordre du jour la guerre des épigrammes contre la Faculté. Le pu- blic de ce temps -là accueillait ce genre de comique avec la même faveur que nous avons témoignée, depuis quelques années, à' la ques- tion de l'agiotage et à celle des Filles de marbre. Hauteroche, en se conformant à l'exemple de son illustre rival, était loin d'apporter au service de cette cause le talent incisif que Molière a déployé jus- que dans ses productions les plus légères. Mais comme lui comédien, il possédait à fond l'art des effets de scène, et savait par ce moyen dissimuler tout ce qui lui manquait au point de vue de l'intrigue et surtout du dialogue. Le sujet de Crispin médecin existe à peine; l'al- lure en est basse et triviale. Pourtant cette comédie s'est soutenue au répertoire pendant près de deux siècles. A cela, il y a plusieurs raisons, la première, nous l'avons indiquée, c'est l'air do famille que la critique imaginée par Molière contre l'ignorance des docteurs de son siècle lui prête avec les excellentes boutades des maîtres ; la se- conde, c'est le brio du rôle de Crispin, créé par Raymond Poisson, et qui a toujours été tenu par de très-bons acteurs ; enfin, la troisième et la plus évidente, c'est l'abondance des jeux de scènes, trouvés en partie par l'auteur- comédien, en partie consacrés par la tradition et qui font de cette pièce une grosse farce, d'un goût souvent douteux, mais d'un comique presque toujours irrésistible. Qu'y a-t il dans les trois actes d'Hauteroche? Un Gérante qui veut épouser une jeune fille aimée par son fils. Le valet de celui-ci, Crispin, s'introduit chez le docteur Mirobolan pour mettre obstacle à ce ma- riage ; mais il ne vient à bout de son entreprise que grâce à la bonne volonté des deux vieillards. C'est tout. Comme ingrédients épisodiques, ajoutons que Crispin, pour ne pas se laisser surprendre chez le doc- teur Mirobolan, est obligé de passer pour un pendu sur le point d'êLre disséqué, et que, las de ce rôle périlleux, il endosse la robe noire du médecin, et donne des consultations qui aboutissent inva- riablement à l'ordonnance de pilules purgatives. Le mérite de cette donnée burlesque réside dans les lazzi de Cris- pin lorsqu'il est couché sur la table de dissection, et dans ses ridi- cules contre- sens lorsqu'il fait le docteur et qu'il veut parler le latin du Médecin malgré lui ou du Malade imaginaire. MM. Cormon et Trianon ont facilement réduit ces trois actes en un seul. Parmi les drôleries que la tradition leur a léguées, ils n'avaient que l'embarras du choix; aussi ont-ils eu soin d'élaguer tout ce qui aurait pu choquer par trop les yeux ou les oreilles du public un peu prude de l'Opéra-Comique. Ce qu'ils ont gardé suffit à faire de la re- présentation de leur pièce un inextinguible éclat de rire. M. Eugène Gautier, qui a écrit la musique du Docteur Mirobolan, est un des bons élèves de M. Halévy. Le théâtre Lyrique lui est re- devable de plusieurs partitions à succès; il a fait applaudir à l'Opéra- Comique celle du Mariage extravagant. Nous avons foi dans l'avenir de M. Gautier ; ses inspirations sont faciles et spirituelles, son style est correct et distingué; nous ne con- naissons pas beaucoup déjeunes compositeurs qui possèdent à un aussi haut degré la science de l'harmonie. Son orchestre est une étince- lante mosaïque, où chaque nuance est à la place qui lui est propre et concourt à un ensemble des plus séduisants. Si, avec toutes ces qualités, M. Gautier mérite un reproche, c'est celui d'affectionner un genre dans lequel ses véritables aptitudes nous semblent quelque peu déplacées. 11 n'a pas, selon nous, la veine franchement comique, et nous sommes convaincu que la grâce et la finesse trouveraient en lui un meilleur interprète que la bouffonnerie. Ainsi, dans le Docteur Mirobolan, il y a de fort jolis détails; mais on y chercherait vainement un seul morceau qui répondît d'une manière complète aux intentions grotesques de l'ancien auteur des paroles. L'ouverture est une page symphonique à coup sûr très-élégante ; mais ce n'est pas parce qu'il y a dans l'introduction un de ces effets de basson à l'aide desquels on a coutume aujourd'hui d'indiquer cer- taines situations burlesques, que le sentiment général du morceau pourrait faire illusion sur sa portée réelle. A la faveur des mêmes restrictions, nous louerons volontiers le quintette de la demande en mariage, les couplets à deux voix : Géralde est son nom ; le duo de Crispin et de Dorme; la rencontre des deux médecins, où reparaît la phrase du basson de l'ouverture; le quintette de la consultation, dans lequel sont intercalés les gracieux couplets de Géralde : la joie et la mélancolie, et enfin le morceau final, ter- miné par le joyeux ensemble : la soupe nous attend. Nous avons réservé pour le bouquet l'air de Crispin, et par-dessus tout les couplets du grand Simon, qui, en dépit de quelques modula- tions ambitieuses, ont un cachet suffisamment original ; le public a eu raison de les faire répéter, Généralement, le Docteur Mirobolan est plutôt interprété par des comédiens que par des chanteurs, et ce n'est pas un mal. Couderc est, comme toujours, parfait dans le rôle de Crispin. Mlle Leinercier 308 REVUE ET GAZKiTE MUSICALE joue à merveille celui de Dorine. Le docteur, c'est Lemaire, qui, cette fois, peut se livrer à la charge, sans qu'on ait le droit de l'accuser d'outrer son personnage. Berlhelier n'a qu'une scène et qu'un air ; mais la scène a fait rire aux larmes et l'air a été bissé. Les autres rôles sont très-convenablement rendus par Prilleux, Warot, Duvernoy, Mines Révilly, Bousquet et Prost. D. A. D. SAINT-YVES. , REVUE CRITIQUE. SUL NUOVO R. ISTITUTO MUSICALE Dl FIRENZE, cenno tJi A. Kasevi. Firenze, ISfiO. Le gouvernement royal de Toscane a nommé une commission char- gée d'examiner l'état présent et les besoins des écoles musicales an- nexées à l'Académie des beaux-arts de Florence, et de proposer les améliorations susceptibles de les faire répondre au but pour le- quel elles ont été instituées. Cette commission est composée de MM. Azzolino, Cassamovata, Mariotli et Basevi, auteur de la présente brochure . Elle a dû songer d'abord à la dépense qu'occasionnerait l'établisse- ment d'un nouvel Institut musical ; et pour y subvenir, elle n'a trouvé d'autre moyen que d'ajouter à la somme que l'on dépensait pour le Lycée musical, celle qui était consacrée à la chapelle grand-ducale, aujourd'hui supprimée. Elle propose d'accorder des indemnités aux artistes de cette chapelle qui ne seront pas employés dans le nouvel établissement. La deuxième section de Y Académie des beaux- arts, qui renfermait la musique (la première appartenant aux arts du dessin), en serait dé- tachée, et formerait dans le nouvel Institut musical une Académie mu- sicale composée de membres résidants et de membres correspondants. Tous les membres résidants devraient être compositeurs, le nombre en serait limité, et ils ne pourraient être élus sans avoir donné des preuves positives de leur habileté. A celte académie appartiendrait le droit de conférer le diplôme de capacité aux élèves dont les études seraient terminées et de juger les concours. Dans son sein serait pris un conseil de censure ou de sur- veillance composé de trois membres chargés des examens d'admis- sion, des changements des classes, des méthodes d'enseignement à pré- férer, de la direction des concerts, etc. L'enseignement comprendrait : 1° Le contre-point et la composition, un maître et un sous-maître; 2° Le chant, un maître de perfectionnement enseignant aussi la dé- clamation et surveillant la mise en scène, un maître de chant et un sous-maître ; 3° Le solfège, un maître qui dirigerait aussi l'école chorale, deux sous-maîtres, l'un pour les hommes, l'autre pour les femmes ; 4° Les chœurs; les maîtres de solfège sus-indiqués, auxquels un aide sera joint, enseigneront la bonne exécution des ouvrages de musique classique, théâtrale et ecclésiastique ; 5° L'orgue et l'accompagnement pratique, un maître; 6" Le piano comme instrument d'exécution, un maître ; 7° Le piano comme instrument d'accompagnement, un maître ; 8° Le violon et la viole, un maître et un sous-maître; 9° Le violoncelle, un maître ; 10° La contre-basse, un maître; 11° Les instruments à vent en bois , un maître ; 12° Les instruments à. vent en cuivre, un maître. La commission ne se dissimule pas l'insuffisance d'un seul maître pour chaque classe d'instruments à vent; mais, comme elle le dit avec raison, peu vaut mieux que rien ; et d'ailleurs dans le cas où se présenteraient des élèves curieux d'apprendre un instrument peu connu des maîtres, ceux-ci pourront demander au gouvernement un aide temporaire qui recevra une gratification mensuelle. La nouvelle école, dépendante de l' Institut musical, se trouvera ainsi pourvue de plusieurs classes qui manquaient à l'ancien Lycée. Nous approuvons singulièrement la division des classes de piano en classes d'exécution et d'accompagnement, et l'introduction de classes pour l'exécution des chœurs. Il nous semble que la commission n'a pas assez divisé et réparti entre plusieurs professeurs l'enseignement du chant ; elle avoue la décadence de cette branche, la première de toute exécution ; elle se borne à recommander l'attention dans le choix des professeurs, mais il faut aussi qu'ils soient en nombre suffisant. Dans le chant propre- ment dit, il est impossible à un seul professeur de donner ses soins à un nombre démesuré d'élèves. La commission admet aussi avec beaucoup de raison l'emploi d'élèves répétiteurs venant en aide aux professeurs et qui reçoivent des gratifications d'encouragement. Il est un autre point dont on doit lui savoir gré et pour lequel en mon particulier je lui voue une bien sincère reconnaissance : ce sont ses efforts pour remettre en honneur la musiqne classique. Je traduis M. Basevi : « La commission a pris en sérieuse considération l'igno- rance, et qui pis est, l'aversion de beaucoup de compositeurs en ce qui concerne la musique classique, seule capable de ramener le bon goût et de sauver l'art d'une décadence inévitable. » A cet effet, V Institut musical donnerait dans le cours de chaque année plusieurs concerts, grands et petits. Dans ces derniers, on exé- cuterait des trios, quatuors, quintettes et autres morceaux de musique vocale ou instrumentale à petit orchestre dus a des auteurs réputés classiques. Dans les grands, on entendrait les compositions à g.'and orchestre et à grandes masses vocales. On espère que le nouvel Institut musical de Florence sera ouvert vers la fin de l'année. Puisse-t-il avoir une longue et glorieuse exis- tence ! Puisse-t-il rendre à l'Italie cette quantité de grands composi- teurs, de délicieux chanteurs qu'on y rencontrait partout autrefois ! Puisse-t-il empêcher de dire que les idées modernes ont été destruc- trices des beaux arts ! Puisse-t-il leur rendre cette vie qui semble chaque jour s'affaiblir davantage et qu'une alimentation sage, substan- tielle et généreuse pourra seule leur faire retrouver ! Ne nous étonnons pas de voir la Toscane et surtout Florence parler la première en ce sens. C'est bien ici un peuple d'artistes. Mille préoccupations, mille inquiétudes tourmentent les esprits ; des habi- tudes sécu'aires vont être abandonnées ; on leur en substilue de nou- velles qui diminuent incontestablement l'importance locale et indivi- duelle. A quoi cependant pensent surtout les Florentins, à profiter d'une occasion qui, comme le dit M. Basevi, ne se présentera peut-être plus pour organiser un Institut musical. C'est là ce qui doit nous rassurer et ne pas nous laisser sans espoir quant a l'avenir des beaux-arts, et surtout de la musique, dans la péninsule ausonienne. Et en ce qui touche spécialement la Toscane, le plus doux vœu que puissent émettre ses plus chaleureux amis n'est-il pas, qu'annexée ou autonome, grand-duché ou province, ou même simple département, elle demeure toujours la terre classique de l'art, le sol fécond de la renaissance, le beau pays des Médicis, et que Florence reste toujours l'Athènes de l'Italie. Adrien de LA FAGE. UN OPÉRA INÉDIT DE GLUCK. Au mois de septembre 1754, le feld-maréchal Joseph-Frédéric de Saxe Hildburghausen donnait, dans son château de Schlosshof, à DE PARIS. 309 l'empereur François Ier d'Allemagne, une fête qui dura plusieurs jours. La musique y jouait un rôle important. Le 20 septembre, fut exécutée une pièce de circonstance, Il vero ommagio, qui avait été mise en musique par le maître de chapelle de la cour, Bonno ; le lendemain, on représenta le Cinesi (les Chinoises), drame musical, texte de Métastase, musique de Gluck. L'impératrice Marie-Thérèse se trouvait parmi les spectateurs. La pièce fut jouée par les dames Tesi Tramontani, Heinisch, Starzer et le chanteur Triberth. La mise en scène était d'une magnificence inouïe. Dittersdorf, qui était alors au service du prince comme violoniste, et assistait à la solennité, en parle dans son autobiographie. « Les décors, dit entre autres le cé- lèbre compositeur, étaient tout à fait dans le goût chinois et transpa- rents : les vernisseurs, les doreurs et les sculpteurs y avaient em- ployé toutes les ressources de leur art. Mais ce qui donnait surtout à la décoration un éclat éblouissant, c'étaient des prismes de verre qui avaient été polis dans les fabriques de la Bohême. Les barres de cristal, qui étaient exactement engrenées les unes dans les autres, avaient été adaptées aux vides, qu'on recouvre d'ordinaire de papier huilé. On ne saurait se faire une idée du merveilleux spectacle qu'offraient les prismes, où se reflétaient d'innombrables lumières. Et avec cela, la divine musique de Gluck!... C'était une féerie. » L'empereur visita la scène après la chute du rideau et se fit remettre quelques-uns de ces prismes ; par son ordre, la pièce fut jouée une seconde fois l'hiver suivant au théâtre de l'Opéra de la cour. Avant son départ, il envoya à chacun des deux compositeurs Gluck et Bonno une tabatière en or renfermant 100 ducats. Voici maintenant le sujet de l'opéra de Métastase : Trois jeunes filles chinoises délibèrent sur le choix d'un amusement qui puisse charmer leur ennui ; survient un jeune homme qui est le frère de l'une des trois jouvencelles et qui est amoureux de Sirène, l'une de ses compagnes : il a visité l'Europe et a séjourné quelque temps il Paris. Au premier moment, les jeunes beautés, effarouchées, veulent renvoyer l'intrus; elles finissent par céder à ses instances, et lui permettent de prendre part au divertissement projeté qui consiste en ceci : une scène de grand opéra, une pastorale et une scène d'opéra-comique seront successivement improvisées, ainsi que la mu- sique correspondant à chacun de ces trois genres. D'abord apparaît Andromaque au moment où l'on veut lui arracher son fils Astyanax et où Pyrrhus vient pour la contraindre à le suivre à l'autel. Lisinga — c'est la demoiselle chinoise chargée du rôle d'An- dromaque — chante après un récitatif : Prenditi il figlio — ah no .' E troppo crudelta Eccomi — oh Dei che fo ? Pi' ta consiglio, etc. Puis vient la scène pastorale. Silango, ainsi s'appelle le jeune homme, joue le rôle de Tirsis ; dans un récitatif suivi d'un air, il fait des reproches à sa chère Licoris sur sa froideur. Licoris est repré- sentée par Sirène, celle des trois jeunes fleurs du céleste empire que Silango aime. Licoris proteste de son amour pour lui, tout en lui fai- sant remarquer qu'il ne dépassera jamais certaines limites : ' Caro Tirsi, io voglio amarti, Ma no voglio delirar, etc. Finalement la troisième, Tangia, qui est un peu jalouse de Sirène, joue le rôle d'un jeune homme suffisant qui a voyagé à l'étranger, parle avec ravissement de la vie parisienne et croit que personne ne saurait lui résister. Ensuite on discute le mérite de ces trois genres de musique ; on trouve le grand opéra trop sérieux, la pastorale en- nuyeuse ; quant à l'opéra-comique, il pourrait facilement dégénérer en satire et en personnalité. On se décide à faire venir des musiciens pour se donner le plaisir de la danse. Nous n'avons pas besoin de faire observer que la tâche du compo- siteur consistait à écrire pour chaque scène une musique caractéris- tique. Le biographe de Gluck, A. Schmidt , passe le Ciwsi sous silence par une excellente raison, c'est qu'il ne connaissait pas l'ouvrage. Il dit, page 53 : « On ignore où se trouve aujourd'hui cette partition. » Or, elle existe, ou du moins il y en a une copie à la bi- bliothèque royale de Berlin, mais le titre n'en est pas tout à fait exact. Au dos du volume on distingue bien encore ces mots : le Cinesi clal sgr. Gluck ; mais il plut au sieur Gœlchau, qui avait l'ouvrage en sa possession, d'écrire à la première page du volum'e qui était restée en blanc, ainsi qu'en lête de la première page de la partition : l'Eroe Cinese di Metastasio. En effet le célèbre poète italien a également écrit un opéra por- tant ce titre, mais il n'a rien de commun avec le Cinesi. Outre les récitatifs, qui offrent quelques traits intéressants, l'ouvrage renferme les morceaux suivants : Ouverlvrr. — Lisinga (contr'alto), récitatif obligé. Air: Prenditi, avec accompagnement de cors. Silango (ténor). Air : Son. lungi e non mi brami. Sirène (soprano) . Air : Non sperar. Tangia (contr'alto) . Air : Ad un «York. — Les éditeurs Massen Brothers viennent d'acquérir la propriété du Musical World, qu'ils ont fondu avec leur Revietv ; ce journal paraîtra désormais sous le double titre de : Musical Recieiv and musical )Vorld. Chez G. BRANDDS et S. DUFOVR, éditeurs, 103, rue Richelieu. UIVDC CDAMPAICC («««ion poimîalrc), choix Lïnt rnHIll/fVIOU d'airs d'opéras, duos, roman- ces, etc., etc., sans accompagnement, des meilleurs auteurs anciens et modernes. 200 LIVRAISONS. — PllIX DE CHAQUE : 25 C. NF.T. 312 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Ancienne Maison HEISSOMME» Paris. — E. GÉRARD et Ce (COMPAGNIE MUSICALE), — N° 18, rue Dauphine. LES ROSIERES Opéra-comique en trois actes, paroles de THÉAULON, musique de F. Hérold MORCEAUX DÉTACHÉS AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO, PAR LÉO DELIBES. — OUVERTURE POUR PIANO, PRIX : 6 FR- PREMIER ACTE Prix marqué. 1. Introciuclion et chœur : Livrons-nous à l'allégresse. ... 6 2. Air chanté par M. Fromast : Z"s Hlletles de ce village . 5 3. Air chanté par M. Delaunay-Ricquiur : Gentille rosière . 5 k. Ronde chantée par Mlle Girard : De ce village ...... 2 5. Quatuor chanté par Mmes Girard, Vadé, MM. Delaunay- Riçquier et Gabriel : Demeurez, aimable Florelle . . 9 6. Finale et chœur : Quel beau jour et quel plaisir .... 6 DEUXIÈME ACTE 7. Morceau d'ensemble : Quel maintien enchanteur 9 8. Romance chantée par Mlle A. Faivre : Je suis sage, j'ob- tins la rose 2 Prix marqué. 9. Duo chanté par Mlle A. Faivre et M. Delalnay-Ricqiier: Plaisir extrême, heureux moment 6 » 10. 50 Xi. Dancla. 2HUSARD. Finale: Jeune:; beautés, avant peu parmi vous TROISIÈME ACTE 11. Air chanté par Mlle A. Faivre: Adieu, rose à veine eclose 12. Trio chanté par Mlles Girard, Faivre et M. Fromant : Laisses-moi, Bastien, laissez-moi 12 bis. Duo extrait du trio : Laissez-moi, Bastien, laissez-moi. 13. Petit air chanté par Mlle Girard : Ah! ah! faut-il à mon âge ! 14. Finale : Le Destin trompe mon espérance 9 Partition in-8° piano et chant. — Prix net : 12 fr. — Duo pour violon et piano sur les motifs favoris des Rosières Prix marqué 6 » — Quadrille pour piano — 4 50 50 2 50 7 50 6 » 2 50 J. €11. HESS Souvenirs «le Loïsa Pnget, fantaisie caprice. Prix marqué, Souvenirs «le Masini, valse brillante — lion cœur soupire, des iVoces de Figaro, de Mozart, transcrit et varié — NOUVEAUTES DIVERSES : Chansonnettes nonTellcs avec dessins de STOP : L'HUMOUR BRITANNIQUE Boutade anglaise de E. Bourget et V. Parizot Prix inarqué. 2 50 Dernièrement parues : Pile ou Face, de E. Bourget et G. Baneux 2 50 lie Dîner «le nia Vante, de E. Bourget et Lhuillier 2 bO l.es Français en Chine, de E. Bourget et Plantade 2 50 Chez U. BRAKDlfi et S. DUFOUB, éditeurs, 103, rue «le Ulrlielieu, au ïCr. LE PARDON DE PLOERMEL Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. BARBIER et CARRÉ, musique de GIAGOMO MEYERBEER L'OUVERTURE En grande partition 24 Les parties d'orchestre 24 Arrangée pour le piano 9 Pour le piano à quatre mains 12 Pour 2 violons, 2 cornets, chaque 5 Grande Partition. — Parties d'orchestre. LA PARTITION Avec paroles françaises, in-4°, net La même, in 8°, net Avec paroles italiennes, in- 8», net Arrangée pour piano seul, in-8°, net. Récitatifs. LES AIRS DE CHANT 30 » Avec paroles françaises. Avec paroles italii 1 8 » Les airs arrangés 18 » Pour deux violons ou violon seul. 10 » Pour deex cornets ou cornet seul. Pour deux flûtes ou flûte seule. POUR LE PIANO ASCHER. — Illustration BERNARD (PAUL). — Reviens à loi, transcription BEYER. — Boiifiuet «le mélodies Id. Op. 36. Petite i'mitaisie BURGMULIER. — Grande valse «le salon COMETTANT. — Transcript ion-fantaisie CRAMER (J.). — Fantaisie-valse sur l'air de l'Ombre CRAMER (H.).'— Fleurs d'opéra, mélange CROISEZ. — Morceau «le salon DOLMETSCH. — Transcription brillante de la Berceuse G0R1A. — Op. 95. Fantaisie dramatique 7 HESS (C). — »ê*erie 6 JAELL (A ) — Ombre légère, caprice-valse 7 RALKRENNÉR (A.). — Mosaïque brillante 7 KETTERER. — Op. 88. Fantaisie-transcription 7 KRUGER — Transcription brillante de la Berceuse 7 KUNC (ÀLOYS). — Fantaisie 6 LECARPENTIER. — Meux bagatelles, chaque 5 LEDUC. — Fantaisie élégante et facile. 5 ROSELLEN. — Op. 167. Fantaisie brillante 7 salon. TALEXY. — Folkn-maziirha d VINCENT. — Transcriptions 7 A QUATRE MAINS BEYER. — Op. 112. Petite fantaisie 7 BURGMULLER. — «ramle valse «le salon 9 CROISEZ. — Souvenirs, duo facile 7 WOLFF. — Réminiscences, grand duo dramatique 10 Pour piano à quatre mains, net 25 Arrangements, Fantaisies, Transcriptions : POUR DIVERS INSTRUMENTS HERMAN. — Morceau «le salon p. violon avec ace. de piano 9 » KETTERER ET HERMAN. — Grand duo pour piano et violon 10 » GD1CHARD. — Fantaisie pour violon, flûte ou cornet seul.. 6 » Id. Les mômes, avec ace. de piano, chaque 7 50 jj;£_ — Morceau «le salon p. violoncelle avec ace. de piano 7 50 SELIGMANN. — Souvenir pour violoncelle et piano 7 50 C0N1NX. — Fantaisie pour flûte avec ace. de piano 7 50 TULOD. — Grande fantaisie pour flûte et piano 9 » BRISSON. — méditation sur le Chœur religieux, pour har- monium, piano et violon ou violoncelle 7 50 Id. Duo brillant pour harmonium et piano 7 50 ENGEL. — Fantaisie «-lésante pour harmonium seul. ... 6 » Id! Fantaisie brillante poi.r harmonium et piano 9 » JANCODRT. — Mosaïque pour harmonie militaire 18 » Id. Fantaisie et redowa pour harmonie militaire. 18 » MUSIQUE DE DANSE Quadrilles, par ARBAN, pour piano et à quatre mains h 50 Quadrilles, par MARX Id. .. av. orchestre. 4 50 Valses, par STRAUSS Id. . . av. orchestre. 6 » Valses, par ETTLING 5 » Polka,, par BOUSQUET h " Redowa, par MUSARD 4 •> Scbottlscli, par DESGRANGES 4 » Polka-Mnzurka, par TALEXY 6 » 50 50 CENTKAAE BUREAUX A PARIS : BOULE VARB DES ITALIENS, 1. 27e Aimée. N° 37. OH S'ABONNE 1 pans les Départements et â l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aui Purcaus des Messageries et des Postes. 9 Septembre 1860. PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris 24 (r. paroi Départements, Uelgique et Suisse... .'ÏO « id. Étranger M » "d. Le Journal paraît le Dimanche. GAZETTE IHUSiC ^ m p^miia ■^MTj\j\l\f\f\TJv^ — SOMMAIRE. — Histoire du Conservatoire impérial de musique et de déclamation, par Lassabathie (2e et dernier article), par Paul Smitli. — Théâtre Lyri- que : réouverture; Crispin rival de son maître, comédie de Lesage, arrangée par M***, mise en musique par M. Sellenick; l'Auberge des Ardennes, opéra- bouffon en deux actes, paroles de MM. Michel Carré et Jules Barbier, musique de M. Aristide Hignard ; reprise d«s Dragons de Yillars, par ILéon Dnro- cher. — Revue des théâtres, par ». A. D. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces. CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION, Par I,.4S*ABATIIIE. (21 et dernier article) (1). Le reproche banal qu'on ne manque presque jamais d'adresser à l'élève du Conservatoire qui pour la première fois met le pied sur la scène, c'est de n'être pas un artiste complet. Reprochez au conscrit de n'avoir pas les qualités du vétéran, ce sera tout aussi raisonnable ! Mais comme, du reste, il n'y a rien de nouveau sous le soleil, l'inven- tion du terrible grief ne date pas d'hier, et, il y a plus de soixante- dix ans, Gossec était obligé de défendre les élèves de l'Ecole royale en prouvant que les artistes ne poussent pas comme les champignons, et qu'avec les plus belles dispositions du monde il faut encore du temps et de l'exercice. Ce système d'argumentation parfaitement simple nous a valu de la part du célèbre compositeur une série de notes qui ne manquent pas d'un certain intérêt sur le personnel que le grand Opéra possédait alors. Dans le dénombrement qu'il on a fait se rencontrent plusieurs noms d'artistes dont la célébrité est venue jusqu'à nous, et que nous sommes habitués à contempler de loin dans leur costume de théâtre. Les notes de Gossec ont l'avantage de nous les montrer de près et en déshabillé. « Maintenant, dit-il dans sa lettre, il s'agit de voir qui des sujets » de l'école formés par nous, ou de ceux de l'Opéra formés par le » public, le théâtre et le Magasin (2), ont mis le plus de rapidité dans leurs progrès. 1" « La demoiselle Sàint-Huberti, entrée bonne musicienne il y a (1) Voir le n" 35. (2) C'était le nom d'une ancienne école de chant et de danse pour les jeunes fdles établie rue Saint-Nicaise. » huit ans à l'Opéra, ayant joué et chanté pendant un bon nombre » d'années sur tous les théâtres de l'Allemagne et de la Prusse, a été » quatre ans mauvaise, rejetée du public, renvoyée de, l'Opéra et re- » prise ensuite sous M. Devisme, devenue passable h la cinquième » année, bonne à la sixième et excellente à la septième. » Voilà sans doute un apprentissage qui devait compter et un exemple encoura- geant pour les vocations d'un épanouissement difficile. Gluck n'en eut que plus de mérite à deviner celle de Mme Sàint-Huberti, alors que, chargée d'un petit rôle dans Armide, elle venait aux répétitions tou- jours vêtue de la même robe noire et que ses camarades se moquaient de sa mise en l'appelant madame la Ressource. — Oui, s'écria Gluck avec sa franchise brusque et sa voix rude, oui, vous avez raison, la ressource de l'Opéra! 2° « Mlle Maillard, après avoir joué et chanté sur divers théâtres, » entra à l'Opéra il y a six ou sept ans, où maintenant elle n'est » pas encore dans tout son éclat.» Gossec disait vrai: Mlle Maillard avait encore des progrès à faire pour arriver à toute son importance, Le rôle à' Armide fut un de ses meilleurs au temps de sa haute for- tune, et puis elle finit par jouer celui de la Haine quand sonna pour elle l'heure du déclin. C'est la progression ordinaire. 3° « Mlle Gavaudan l'aînée, depuis dix ans à l'Opéra, n'a encore » rien appris avec la plus charmante voix du monde. 4° » Mlle Gavaudan cadette, depuis cinq à six ans, a fait de faibles » progrès avec une très-belle voix. 5" » Mlle Joinville, depuis huit à neuf ans, ne vaut encore rien. 6° » Mlle Buret l'aînée, depuis six ans, idem. 7» u Mlle Audinot, entrée sous M. Devisme, ne sait chanter que » Coiinette; ensuite on ne sait à quelle sauce la mettre. » Excusez, de grâce, la naïveté de l'expression. Tel était le chapitre des femmes. Celui des hommes suit immé- diatement. 1° « M. Chéron, entré bon musicien et avec la superbe voix qu'on » lui connaît, sous M. Devisme, a été pendant quatre ans aussi mau- » vais acteur que mauvais chanteur. Il a du naturel, mais il est encore » à cent lieues de son prédécesseur Larrivée et vient demander des » conseils à l'école. 2° » Le sieur Rousseau, depuis huit à neuf ans à l'Opéra, où il est » entré excellent musicien, ne se montre que depuis quatre ans. 11 » chante très-bien maintenant et s'est formé lui-même dans celte » partie. 3n » Le sieur Lays, depuis six à sept ans à l'Opéra, entré bon mu- n sicien, n'est quelque chose aux yeux du public que dans ta Cara- » vanc. Il excelle dans le chant, où il s'est formé lui-même. » Comme 314 REVUE ET GAZETTE .MUSICALE son contemporain, le célèbre Martin, de l'Opéra -Comique, qui ne de- vait aussi qu'à lui-même son talent de chanteur, il finit, à force de jouer, par se former comme acteur, et il en donna la preuve dans le Rossignol, où il chantait si bien le rôle du bailli, l'ami de tous les pères, le père de tous les enfants. k" « Le sieur Martin (bien différent de celui dont le nom précède) » ne vaut et ne vaudra jamais rien. 5° » Le sieur Lainez, quoique nullement musicien, est donc le seul » sujet de l'Opéra qui ait montré des progrès rapides, qui soit devenu » bon acteur en peu de temps, parce que la nature l'avait doué d'une » intelligence rare en lui refusant la voix. 6° » Le sieur Moreau, depuis douze à treize ans à l'Opéra, n'a » pas encore acquis et n'acquerra jamais un talent éminent : sujet » d'utilité. 7° » Le sieur Chardini, depuis six ans à l'Opéra, a fait quelques » progrès; mais, quoique très-bon musicien, il ne sera jamais qu'un » sujet d'utilité comme le sieur Moreau. » Enfin il y a encore à l'Opéra un nombre de petits sujets qui » restent derrière la porte pour empêcher qu'on ne la ferme, et à qui » ce poste est assigné pour la vie. » Belle conclusion et digne de l'exorde, du moins quant au style; mais ici le style ne faisait rien à l'affaire; Gossec avait pour lui la raison, et de plus brillants écrivains n'auraient pas mieux plaidé sa cause. Il fallait en France une école de chant tout comme il faut des écoles de droit, de médecine, et l'on devait se garder de lui deman- der l'impossible, c'est-à-dire qu'en moins de deux années on y for- mât des arlisLes accomplis de tout point. Avant que cette école fût fondée chez nous, on n'avait d'autres pépinières de sujets chantants que les maîtrises. Malgré les regrets éloquents, les touchantes élégies que leur destruction excita, malgré les plaintes que nous avions souvent entendu formuler à cet égard par des hommes à qui noire confiance est acquise, nous nous étions toujours douté qu'une maîtrise de cathédrale ne pouvait réaliser le type idéal d'une école de chant dramatique. Avec quel plaisir n'avons- nous pas trouvé notre opinion pleinement justifiée par un document précieux, Observations sur l'état de la musique en France, qui furent lues à l'assemblée générale des membres du Conservatoire par le di- recteur Sarrette le 5 ventôse an X (24 février 1802) ! Les maîtrises venaient à peine d'être abolies, tous les membres de l'assemblée les avaient vu fonctionner et savaient à quoi s'en tenir sur leur valeur. L'appréciation qu'en faisait Sarrette n'eût p;is manqué de contradic- teurs en cas d'erreur de compte. Après avoir rappelé que l'instruc- tion musicale, étant restée entièrement subordonnée aux usages du culte, n'avait pu suivre la marche rapide des sciences et des arts depuis le règne de Louis XIV , Sarrette s'exprimait en ces termes : « Les moyens de conservation et de production de l'art musical » en France se trouvèrent donc circonscrits dans l'enseignement des » maîtrises. Quels étaient ces moyens? Quant à la composition, le » contre-point, plus particulièrement employé pour la musique d'église, » était seul enseigné ; on s'abstenait absolument du genre, drama- » tique : l'étude instrumentale se bornait à l'orgue et au serpent ; dans » quelques-unes des maîtrises on enseignait le basson et le violon- » celle, mais rien de plus. Quant à la mns:que chantée, l'on sait » combien celle-ci dans les églises de France était éloignée de la pu- » reLé et de la grâce de la mélodie italienne ; encore n'enseignait-on » le chant dans ces écoles que jusqu'à l'âge où la voix mue, parce » que jusque-là les élèves enfants de chœur fiaient utiles pour reni- » plir les parties de dessus ; lorsque ce terme arrivait, ils étaient rem- » placés par d'autres enfants et renvoyés avec une modique somme. » Parmi ceux qui n'avaient pas conservé de voix, les uns se livraient » à l'étude des instruments, les autres embrassaient un état différent; » ceux dont la voix après la mue avait acquis les qualités néces- » saires au chant, se destinaient ordinairement à remplir les places » de chantres bénéficiaires dans les chapitres ou de choristes dans les » églises; mais ces élèves, abandonnés après une première éducation » aussi imparfaite, dépourvus de bonnes méthodes pour cultiver leurs » moyens, viciaient toujours leur voix, la rendaient dure et criarde, » parce que leur but comme leur instruction avait été de faire en- « tendre les chants du culte, du lutrin au porche, et tout ce qui » pouvait leur faire atteindre ce but était bon, si défectueux que » pût être la méthode qu'ils employassent. » Les plus belles de ces voix furent appelées par l'ancien gouver- » nement à recruter la chapelle royale et l'Opéra : elles eurent alors » des occasions plus favorables à leur culture. Dans le nombre on » distingue quelques artistes qui ont acquis une réputation méritée » sur la scène lyrique, mais il faut convenir que c'est en changeant » de méthode qu'ils se sont formés. » Donc les maîtrises, qui coûtaient fort cher, ne rendaient à notre musique nationale que des services incomplets. L'étude des instru- ments y était peu cultivée; presque tous les musiciens de nos armées nous venaient d'Allemagne, nos orchestres de théâtre même se rem- plissaient d'artistes étrangers. On y formait non des chanteurs, mais des chantres, et de plus les femmes en étaient totalement exclues. « Quelle que fût, ajoute Sarrette, l'utilité d'un enseignement aussi » dispendieux que celui des cathédrales (1), quels furent ses résultats » dans toutes les parties de l'art? A commencer par les compositeurs, » il n'en est sorti qu'un très-petit nombre, parmi lesquels peu se dis- » tinguèrent; elles n'ont produit aucun virtuose dans la partie ins- » trumentale, et, à quelques exceptions près, les chanteurs qu'elles » ont formés n'ont pas dépassé la médiocrité. » Le Conservatoire s'éleva sur les ruines des maîtrises, de l'Ecole royale de chant et de déclamation et d'une école de musique mili- taire que Sarrette et Gossec avaient déjà fondée. C'était comme une arche sainte ouverte dans le naufrage social ; mais par malheur tous les aspirants ne pouvaient y être accueillis. « On concevra facile- » ment, disait Sarrette, que beaucoup d'artistes, atteints par la des- » traction des anciennes institutions.se pressèrent autour du nouvel » établissement et y demandèrent des places, mais le Conservatoire » ne pouvait pas les réunir tous; dès lors il compta au, nombre de » ses détracteurs une grande partie de ceux qui ne furent point » admis dans son sein. Ces mécontents rallièrent à leur cause les » esprits inquiets et ambitieux qui craignirent que l'art ne fit des » progrès et qu'il ne se formât d^s artistes qui partageassent avec » eux les applaudissements. Dès lors un système de calomnie fut di- » rigé contre le Conservatoire » Les envieux mourront, mais non jamais l'envie. Le système dont parle Sarrette devait se perpétuer : le Conserva- toire n'a pas d'ennemis plus constants, plus violents que les professeurs qui n'en sont pas et qui voudraient en être. Ajoutez à cette foule toujours grossissante les parents et amis des élèves qui n'ont pas obtenu de premier prix, quelquefois les élèves mêmes qui ont été le mieux traités et qui trouvent du plaisir à battre le sein de leur nourrice. Cela donne un certain air d'indépendance et de supériorité ! On cite le propos d'un de ces élèves superbes à qui l'on rappelait ce qu'il devait aux leçons de ses professeurs. & Des professeurs au » Conservatoire!.... Est-ce qu'il y en a? J'y arriverai sans doute, et » alors il y en aura un ! » Le mal est, non pas que de jeunes étour- neaux disent de telles folies, mais que ces folies soient prises au sé- rieux par des gens qui devraient être sages. Malgré des exemples (1) Les cinq cents écoles établies alors coûtaient environ 10 millions. DE PARIS,. 315 non moins nombreux qu'illustres, nous persistons à trouver de mau- vais goût cette éternelle moquerie des élèves du Conservatoire, ce persilïlage convenu d'un établissement qu'on nous envie et qu'on imite. C'est un sujet rebattu qui prête beaucoup plus aux pauvres d'esprit qu'aux riches. Il nous semble aussi que les critiques de- vraient toujours s'informer, s'enquérir, en un mot savoir avant de critiquer. Dernièrement encore, dans un feuilleton, d'ailleurs plein de convenance et de bon esprit, nous lisions qu'au Conservatoire les classes de chant avaient un double tort, celui de ne se tenir que deux fois par semaine et celui d'être composées de vingt-cinq élèves ! Voilà comme on écrit l'histoire! Eh bien! les classes de chant ont lieu tous les deux jours et il n'y a jamais que douze élèves au plus ! En général, les critiques ne se piquent pas d'une exactitude plus ri- goureuse. Dans un autre article beaucoup pius vieux et aussi moins bienveillant, nous trouvions un jour Vépitome des qualités sans les- quelles on ne pouvait se permettre d'enseigner le chant au Conser- vatoire. Des études sérieuses sur le style des divers temps, une sorte de science historique, y étaient exigées surtout, et quelques lignes plus bas nous lisions que Bordogni, qui, de l'aveu du critique, ne savait rien de tout cela, n'en avait pas moins été un excellent professeur et avait formé d'excellents élèves. Ceci peut passer pour un effet inat- tendu de logique transcendante. Cependant, nous l'avouerons, il est un point sur lequel le Conser- vatoire n'a pas pleinement répondu à sa mission. Gossec, l'un de ses créateurs, se flattait que, grâce au nombre des artistes qui sortiraient de son sein, nos théâtres seraient en position de dicter des lois au lieu d'en recevoir, et que les sujets de premier ordre viendraient humblement frapper à la porte des directeurs, sollicitant la faveur d'un engagement. Illusions ! vaines promesses ! Au lieu de cet âge d'or, que voyons-nous? Une hausse excessive dans les prétentions et les traitements, un budget toujours trop pesant, des talents trop rares!... Le bon Gossec se trompait donc?.... Non pas; mais lors- qu'avec son ami Sarrette il concevait le plan du Conservatoire, il ne l'instituait que pour Paris, pour la France ; car alors, sauf quelques villes de Flandre et d'Allemagne, dans quel coin de l'univers aurait-on voulu d'un chanteur français? Aujourd'hui quelle différence! Le chanteur français est recherché partout, dans le nouveau monde comme dans l'ancien, en Angleterre comme en Espagne, et même en Italie, Yalma parens des chanteurs et de la musique ! Et d'où vient cet étrange revirement dans la condition de nos artistes? A quelle cause l'attribuer, sinon à l'existence même de ce Conservatoire où ils se forment presque tous, à l'éducation qu'ils y reçoivent et qui les met en état de se présenter partout. Le Conservatoire a donc large- ment contribué aux progrès de l'art du chant en France, quoique la tradition critique affirme toujours avec le même aplomb qu'on y en- seigne fort mal à chanter. Ouvrez le livre de M. Lassabathie, parcourez ces listes volumi- neuses qu'il a soigneusement recueillies; voyez y revivre et s'agiter toutes ces générations d'élèves qui se sont succédé pendant tant d'an- nées, se passant les uns aux a.itres le flambeau de l'étude, l'étincelle du talent ! Lisez ces règlements, ces comptes rendus, ces discours où la parole s'appuie sur le fait, vous ne douterez plus que malgré ses défauts, ses erreurs, malgré ses veines bonnes ou mauvaises, où la na- ture lui vient plus ou moins en aide, le Conservatoire ne serve à quelque chose, et que si toute la gloire de Sarrette consiste à l'avoir fondé, de sa direction aussi rejaillissent quelques rayons sur les fronts lumineux de Cherubini et d'Auber. Paul SMITH. THÉÂTRE LYRIQUE. RÉOUVERTURE Urîspîi» rival de son maître, comédie de Lesage, arrangée par M***, mise en musique par M. Sellenick. — I/Anfoeirge tïem Ardeiianes , opéra-bouffon en deux actes , paroles de MM. Michel Carré et Jules Barbier, musique de. M. Aristide Hignard. — Reprise des ESrngom» elle WiBîan-s. Crispin rival de son maître est une si vieille comédie, on l'a tant jouée, elle a si peu quitté le répertoire du Théâtre-Français, qu'il nous semble absolument superflu d'en faire ici l'analyse. Nous nous permettrons seulement d'examiner si c'était un ouvrage auquel la musique pût s'adapter facilement et avec succès, comme il est arrivé pour le Barbier de Séville, le Mariage de Figaro, le Mariage secret, etc. Crispin. rival, est une comédie d'intrigue comme le Barbier. Et même Crispin commence au théâtre Lyrique, comme le Barbier au théâtre Italien, par une aubade qu'un amant donne à sa maîtresse. Ici et là vous voyez au lever du rideau le soupirant en manteau cou- leur de muraille et la guitare à la main , précédé ou suivi d'un choeur de musiciens enrôlés pour l'accompagner. Valère exhale en mélodies son amoureuse flamme sous les fenêtres de sa belle, comme le comte Almaviva. Valère compte sur les services de Crispin, comme Almaviva sur ceux de Figaro. Mais la ressemblance s'arrête là. Cris- pin, au lieu de servir son maître, imagine de travailler pour lui- même, sans avoir un autre but que celui de s'emparer de la dot, et de disparaître immédiatement. L'intrigue, une fois engagée dans cette voie, n'en sort plus, et la question qui se débat pendant toute la pièce est de savoir si le bonhomme Oronte perdra ou ne perdra pas ses vingt mille écus. Cela est bien peu musical. La musique est faite pour exprimer les passions nobles et désintéressées, pour pein- dre les mouvements du cœur. Les bons opéras sont ceux qui nous font oublier les préoccupations matérielles de la vie, qui nous trans- portent loin du inonde réel, dans le pays de l'idéal et de la fantaisie. On peut rire un instant des ruses et de l'impudence d'un valet fripon qui s'efforce de dépouiller un vieillard imbécile, mais il n'inspire aucun intérêt ; il ne peut faire naître aucune émotion ; il ne dit rien au cœur, et c'est au cœur seulement que la musique s'adresse. Si on eût donné un peu plus de place à la passion de Valère, à la tendresse d'Angélique, à leurs espérances, à leurs craintes, à leur douleur, quand ils ont lieu de croire qu'ils vont être séparés pour toujours, il y aurait eu là de quoi inspirer un musicien. L'expression de ces passions opposées lui aurait permis de varier ses couleurs, de multiplier les contrastes, d'attaquer dans l'âme du spectateur des cordes qu'on y trouve toujours et qui ne demandent qu'à vibrer. Mais Crispin et son complice Labranche sont continuellement sur le premier plan, et l'on finit par être bien las de les y voir. Il vient un moment où l'on trouve la pièce trop longue, où l'on éprouve le désir, nous avons presque dit le besoin de la voir finir. Si on l'ar- rêtait immédiatement avant ce moment-là, on lui assurerait de nom- breuses représentations qu'elle n'aura probablement pas si elle reste comme elle est. Pour cela il faudrait avant tout la remettre en un acte. Lesage avait parfaitement compris qu'un pareil sujet ne devait point rester trop longtemps sous les yeux du spectateur, et surtout qu'on ne de- vait pas le lui présenter deux fois. Où était la nécessité de couper en deux et de séparer par un entr'acte une suite de scènes si bien liées l'une à l'autre qui doivent courir vers le dénoûment et n'y sau- raient arriver trop tôt ? L'auteur de la musique, M. Sellenick, est, dit-on, chef de musique 316 REVUE ET GAZETTE MUSICALE dans un de nos vaillants régiments. Il n'y paraît guère dans sa par- tion. ... — à moins toutefois qu'on ne doive attribuer à sa position le soin qu'il a eu d'éviter le bruit, les effets de force, les éclats de trompette et de trombone, ainsi que le cachet gracieux et sentimen- tal qu'il a imprimé au rôle de Valère. S'il a voulu en effet surprendre son monde et tromper l'attente du public, il ne pouvait pas mieux s'y prendre, et il a parfaitement réussi. Son orchestre est générale- ment très-doux et peu chargé de détails. Le quatuor en est toujours la partie principale et les instruments à vent n'y jouent qu'un rôle épisodique. On y remarque pourtant çà et là quelques détails assez piquants. Il y a au commencement de l'ouverture un solo de clari- nette d'nn style élégant et noble, — un peu trop majestueux peut-êlre pour la circonstance. La seconde partie — allegro à deux temps — renferme quelques phrases assez heureusement tournées, mais rap- pelle trop à certains moments le refrain populaire : La bonne aven- ture, 6 gail Le premier chœur (l'aubade) se chante sotto voce et quasi sans accompagnement ; il est plein de grâce et d'harmonie, et révèle parmi les exécutants de charmantes voix de ténor. 11 faut louer ce morceau sans réserve. Les couplets de Valère, auxquels ce chœur serf pour ainsi dire de cadre, sont fort gracieux aussi ; ils ont cet air noble, (/niant et doux que Trissotin attribue aux odes de Vadius. L'air bouffe de Crispin a du mouvement et ne manque pas de gaieté. Il y a au milieu un passage très-chantant et d'un tour agréable. Nous devons signaler aussi, dans le duo entre Crispin et son ami Labranche, la phrase : Esprit d'audace, Souplesse et grâce, etc , phrase bien dessinée, bien rhythmée, et qui a beaucoup de caractère. Elle gagnerait à être chantée sans affectation. On n'est guère plaisant lorsque l'on fait tant d'efforts pour l'être. Le premier acte finit par un petit bout de sextuor qui a bien peu de valeur, à notre avis. Ni l'idée mélodique, si tant est qu'il y en ait une, ni l'harmonie, ni les dispositions vocales, ni l'accompagnement instrumental, ne méritent qu'on s'y arrête. Passons donc au second acte. Nous y trouverons d'abord un trio entre Lisette, Angélique et Valère, où ce dernier personnage chante une mélodie assez gracieuse : Lisette, on nous sépare, etc. C'est un élégant solo, encadré dans un trio fort médiocre. L'auteur ne paraît pas avoir suffisamment étudié l'art de faire manœuvrer les voix, de tirer parti de leur réunion, de développer un long morceau, de conduire un dialogue musical. Il a eu plus de succès dans le petit air de Lisette : Tromper une fillette, Se jouer des parents, etc. Le style de ce morceau n'est peut-être pas très-naturel ; mais il a de l'originalité, une allure décidée, je ne sais quoi de piquant et d'in- cisif qui lui ont valu les applaudissements de la salle entière et les honneurs du bis. Ajoutons ici, entre parenthèses, un fait dont M. Réty, le nouveau directeur, ne saurait être trop loué. C'est que messieurs les claqueurs ont fonctionné, à cette représentation, avec une réserve singulière, et qu'ils n'ont point paru une seule fois vouloir imposer au public leur admiration. M. Sellenick a donc obtenu cette fois des applaudissements spontanés, sincères, et un succès véritable. Cela est rare, aujourd'hui et méritait bien d'être constaté. Nous ne dirons rien du trio entre Oronte et les deux valets. Le duo qui suit contient du moins un assez joli passage sur ces paroles grotesques : Avec l'argent tout est salubre, Mais tans argent tout est lugubre. La mélodie à trois temps que l'auteur a mise là est nette, bien rhythmée, et les deux voix marchent l'une à coté de l'autre avec beaucoup d'aisance. Ce n'est pas la faute de l'auteur si M. Balanqué exécute sa partie un peu lourdement. — Parlerons-nous "du dernier air de Valère? Il est si petit, si petit, que nous avons bien de la peine à le retrouver dans nos souvenirs. Il nous semble que cette fois M. Sellenick a poussé le goût de la simplicité jusqu'à l'excès, jus- qu'à l'affectation. Son second finale ne vaut guère mieux que le premier, quoiqu'il soit développé beaucoup plus largement. A cet égard, M. Sellenick a besoin d'étudier encore et de s'exercer. Mais son instrumentation, — si elle n'a pas beaucoup d'éclat — est raisonnable et suffisante, et il y a de l'aisance, de la souplesse, quelquefois' même de l'élégance dans sa mélodie. Fromant chante la partie de Crispin avec une voix fraîche et un timbre flatteur qui conviendraient mieux à un rôle d'amoureux qu'à un rôle de valet fripon. Mlle Faivre joue avec une verve piquante celui de la soubrette, qui va si bien à son œil vif et à son petit nez re- troussé. Nous avons dit tout à l'heure quel succès elle obtient dans ses couplets : une bonne part de ce succès lui appartient. Le rôle d'Angélique est rempli par Mlle Durand, nouvelle recrue, dont le talent n'est pas encore parvenu à sa maturité. M. Wartel fait de grands progrès comme acteur. Il joue avec naturel et bonhomie le rôle d'Oronte, et avec une certaine originalité celui du père Richard dans Y Auberge des Ardennes, à laquelle il est bien temps que nous arrivions. Cette auberge des Ardennes inspire d'étranges terreurs à un pauvre diable d'huissier que l'orage force à y prendre gîte, et qui a peut- être vu jouer à Mouzon, sa ville natale, V Auberge des Adrets par quelque troupe ambulante. M. Julien, le fils de la maison, dent son arrivée malencontreuse a troublé la première nuit conjugale, exploite, pour se venger, sa poltronnerie, et lui fait croire qu'il est tombé dans un coupe-gorge. Vous devinez le reste, ami lecteur, sans qu'on vous importune des détails. M. Aristide Hignard a brodé sur ce ca- nevas une petite partition où nous avons principalement remarqué un air bouffe : Ah ! quel doux espoir ! Je dors comme un loir," où il y a de la gaieté, de la verve, et bon nombre de facéties musicales qui n'ont rien d'affecté. C'est une qualité assez rare dans la musique française. La chanson : Lisette est une bonne fille, mérite également une mention. Claudine, pour effrayer l'huissier, chante la chanson de Lisette sur Pair du brigand. Les paroles et la musique forment un assez plaisant contraste. Nous n'avons guère pu juger les morceaux que chante Julien, le rôle ayant été donné à un jeune ténor que la peur avait pris à la gorge. Il ne savait ce qu'il faisait, ni ce qu'il chantait, d'où il est résulté que nous ne savons pas ce que nous avons entendu. M. Girardot a l'esprit fin, la physionomie originale et la frayeur comique : il est très-amusant dans le rôle de l'huissier terrifié et mystifié. La pièce fait donc rire, et c'est tout ce qu'on peut lui demander. Quelques jours après la réouverture, le théâtre Lyrique a eu la bonne pensée de reprendre les Dragons de Villars, qui obtinrent un si brillant succès il y a quelques années. Ce succès s'est reproduit partout où l'on a joué la pièce, soit en France, soit à l'étranger. C'est qu'il y a là tout ce qui fait réussir les partitions : une mélodie abon- dante, des effets harmoniques souvent remarquables, une instrumen- tation très-soignée, originale, riche, haute en couleur. On a revu cet excellent ouvrage avec un plaisir extrême. Le chœur des dragons, celui des huguenots fugitifs, les couplets de l'ermite, ou plutôt sur l'ermite, qui sonne et résonne, le duo du maréchal des logis avec Rose Friquet, le trio de ces deux personnages avec la fermière, le duo de Rose avec Sylvain, et tant d'autres morceaux que nous pour- rions citer, ont été applaudis avec un entrain peu ordinaire. La musi- DE PARIS. 317 que de M. Aimé Maillart a obtenu la consécration du temps : elle dure ; cela n'a jamais été commun, et devient plus rare de jour en jour. Mlle Rosiez, qui a remplacé Mlle Borghèse dans le rôle de Rose Friquet, n'a pas toute la vigueur, tout le moulant, toute l'originalité de sa devancière ; mais elle a de la finesse, de la grâce et une voix très-agréable, quand la phrase musicale ne descend pas trop bas. Elle a aussi de l'expression, delà passion, — une passion délicate et con- tenue,— qui a eu beaucoup de succès, au second acte, dans le duo entre Sylvain et Rose Friquet. Mlle Girard est dans le rôle de la fer- mière ce qu'elle est partout, une actrice qui pétille d'esprit, une can- tatrice d'une habileté peu ordinaire. M. Cœuille a une voix délicieuse, et chante, en vérité, fort bien. Comme acteur, il a encore quelque chose à faire. Il prononce très-bien en chantant, et assez mal en parlant: cela n'est-il pas bizarre ? M. Grillon a la voix charmante aussi, et chante fort bien, mais il n'est pas encore assez franchement mauvais sujet. On dirait parfois qu'il lui reste des scrupules. Des scrupules à un dragon ! fi donc ! Quant à M. Girardot, il n'y a que des compliments à lui faire. Léon DUROCHER. REVUE DES THEATRES. Théâtre-Français : Débuts de Guichard dans Britannicus et dans Horace et Lydie; débuts de Mlle Ponsin dans l'Ecole des vieillards. — [Odéon : réouverture, le Parasite, comédie en un acte et en vers, par M. Edouard Pailleron ; les Mariages d'amour, comédie en cinq actes et en prose, par M. Ernest Dubreuil. — Gymnase : la Folle du logis, comédie en quatre actes, par M. Latour Saint-Ybars ; re- prise de Si jeunesse savait ! vaudeville de M. Mellesvill.e. — Vaude- ville : reprise des Mères repenties, drame en quatre actes, par M. Mallelille. — Gaitê : reprise du Fils du Diable, drame en cinq actes et onze tableaux, par MM. Paul Féval et Saint- Yves. Les théâtres se réveillent enfin, et sortent de leur longue torpeur. Voici l'époque des réouvertures ; les provisions d'hiver sont faites ; on les signale à l'horizon; quelques ballons d'essai sont déjà lancés; viennent les soirées d'automne, et les affiches, entièrement renouve- lées, offriront un menu aussi varié qu'appétissant. En attendant les pièces de résistance, la Comédie française procède à ses débuts annuels. Guichard, qui a fait ses premières armes à l'Am- bigu en 1847, et qui depuis s'est distingué à l'Odéon, n'a pas craint d'aborder le fameux rôle de Néron, dont le souvenir de Talma est devenu inséparable. Heureusement pour Guichard que la génération actuelle n'est pas a même de comparer. Malgré le discrédit où la tra- gédie est tombée depuis la mort de Mlle Rachel, il a plus d'une fois arraché les applaudissements des connaisseurs, notamment dans l'ad- mirable scène de l'altercation avec Agrippine, qui avait Mme Guyon pour interprète. Pour son deuxième début, Guichard a joué le rôle d'Horace dans la charmante comédie inspirée à M. Ponsard par le Donec gratus erim du poëte. Cette épreuve lui a été plus favorable encore que la pre- mière, et nous fait supposer que le Théâtre-Français s'attachera d'une manière définitive ce jeune comédien, intelligent et consciencieux. Le rôle d'Hortense, créé par Mlle Mars dans V Ecole des vieillards, nous a montré aussi, sous un jour des plus avantageux, une jeune et jolie débutante, Mlle Ponsin, qui a sa place marquée auprès de Mlle Plessy et de Mlle Madeleine Brohan. — Fidèle à sa promesse, l'Odéon a fait sa réouverture le 1er sep- tembre, avec deux pièces nouvelles. L'une est en vers, et s'appelle le Parasite ; l'autre est en prose, et se nomme les Mariages d'amour. Du combien d'études antiques la Ciguë de M. Emile Augier n'a-t- elle pas été le modèle et le prétexte! Autrefois, tout rhétoricien qui aspirait aux honneurs de la scène rimait sa tragédie classique sur les bancs du collège ; maintenant c'est une étude grecque ou latine qui a remplacé la tragédie. Un acte au lieu de cinq, et un thème tout préparé par les travaux de chaque jour, il est clair qu'il y a bénéfice pour les lycéens. Aussi, que de moutons de Panurge ! Donc, l'auteur du Parasite, M. Edouard Pailleron, est un tout jeune homme qui jette, comme tant d'autres, sa gourme classique. Mais, de plus que d'autres, il entre en lice avec de louables dispositions qu'il ne tiendra qu'à lui de transformer en un talent réel. -Son vers est concis, bien frappé, tel qu'il doit être dans une comédie grecque ; à part quelques vulgarités, l'esprit n'y manque pas, et, il faut bien le dire, le sujet est hardi pour un adolescent. Myrrhine attend son mari qui a disparu le jour même de ses noces, et refuse d'écouter les consolations d'un galant qu'elle ne peut épouser. Par jalousie, une jeune esclave per- suade à un parasite du nom d'Eaque de venir jouer auprès de Myrr- hine le rôle de l'époux voyageur. Avons-nous besoin d'insister sur la situation graveleuse à laquelle donne lieu l'exécution de cette ruse? Il est vrai que les convenances sont sauvées par la nouvelle de la mort de son mari, et par le mariage de Myrrhine avec son pré- tendant. Que de choses dans ce titre : les Mariages d'amour ! non qu'il offre à l'imagination un champ bien neuf et tout à fait inexploité, mais il est assez vaste pour qu'après la moisson, on y trouve à glaner long- temps encore. M. Ernest Dubreuil a-t-il eu cette bonne fortune? c'est ce qu'il reste à savoir. Deux frères sont eu présence, guidés tous deux, dans leurs projets d'union, par un rare désintéressement. L'un, Georges, le peintre, épouse une jeune fille pauvre, mais non sans s'assurer qu'elle est digne de lui: il est heureux. L'autre, Henri, le médecin, entre, les yeux fermés, dans une famille dont la position apparente offre tontes les garanties désirables. Mais à peine marié, il s'aperçoit que sa belle-mère a spéculé sur l'amour que lui a inspiré sa fille, pour supposer une dot qui n'existe pas. Le drame résulte des roueries odieuses de cette belle-mère, et de l'indignation bien naturelle du gendre désillusionné. La leçon est vraie, mais répulsive; elle est d'ailleurs sans dénoûment possible. Tous les replâtrages du monde ne feront pas qu'Henri n'ait été trompé dans ses espérances et que son âme n'en garde une amertume qui rejaillira tôt au lard sur son bonheur conjugal. Les développements de la pièce de M. Dubreuil se ressentent de ce vice d'origine ; il y règne un certain embarras qui a failli plus d'une fois en compromettre le succès. Si du moins, la vigueur et l'originalité du pinceau déguisaient la mauvaise disposition du dessin ! Par malheur, le tableau ne brille pas par le coloris, et la seule figure qui s'en détache, celle de la belle-mère, n'est pas faite pour lui gagner beaucoup de sympathie. M. Ernest Dubreuil n'en est plus à ses débuts en littérature, mais il est assez jeune pour se corriger de ses défauts. — A l'exemple de M. Ponsard, voici un autre poëte, l'auteur de Virginie et du Vieux de la Montagne, M. Latour Saint-Ybars, puis- qu'il faut le nommer, qui déserte à son tour les hautes cimes de l'art pour s'abattre sur le sol prosaïque des théâtres de genre. C'est au Gymnase qu'il est allé demander asile pour sa Folle du logis, une jeune fille qui n'a rien de commun, ainsi qu'on pourrait le croire, avec cette autre folle du logis qu'on appelle l'imagination. Mlle Mar- celine est, dans toute l'acception du terme, une franche étourdie dont la tête tourne à tous les vents. On se ferait difficilement une idée de tous ses caprices, de toutes ses tyrannies devant lesquels cha- cun s'incline. A la veille de se marier avec un brave garçon plein de raison et de droiture, elle refuse tout à coup de signer le contrat, parce qu'elle a entrevu dans la foret de Saint-Germain un jeune gandin qui l'a préservée, en passant, d'une chute de cheval. L'amou- reux éconduit provoque son rival; mais dès les premiers mots il re- connaît à qui il a affaire ; au lieu de se batire avec lui, il paie ses dettes et lui cède sa place auprès de Marceline. Effectivement celle-ci 318 RE VLE F.T GAZETTE MUSICALE ne larde pas à découvrir la nullité de son sauveur et elle est trop heureuse de revenir à son premier fiancé. C'est fort bien; décidé- ment les voilà mari et femme ; mais qui nous garantit que la folle du logis ne sera pas un peu folle dans son ménage ? Le passé de Mar- celine est si peu rassurant ! Tant il est vrai que l'avis rara du théâtre, c'est un bon dénoûment. Pourquoi aussi M. Latour Sainl-Ybars a-t-il fait infidélité à la poésie ? Ce n'est certes pas par impuissance ; nous n'en voulons pour preuve que les beaux vers lus le même soir que sa pièce au Cymnase par Pierre lierton pour appeler la pitié des spectateurs sur les victimes du Liban. Ce môme théâtre a repris un très-agréable vaudeville de M. Mé- lesville, intitulé Si jeunesse savait! Le rôle de Richelieu, créé par Derval au Palais-Royal, est toujours tenu par cet acteur, qui y re- trouve son succès d'autrefois. — En fait de reprises importantes, signalons celle des Mères repen- ties, un drame de M. Mallefille, qui vient de paraître au Vaudeville, avec Mme Marie Laurent, et celle du Fils du Diable, un drame de l'Ambigu, interprété d'une manière très-remarquable par Dumaine, à la Gaîté, et dont nous ferions peut-être l'éloge si, à côté du nom de M. Paul Féval, ne figurait pas le nom qu'on lit au bas de cette revue. D. A. D. SAINT-YVES. EOPELLES. a** Le théâtre impérial de l'Opéra a donné lundi les Huguenots , mer- credi Srmiramis et vendredi les Elfes avec le Comte Ory. „'% C'est vendredi 14 ou lundi 17 que sera joué le Prophète pour la rentrée de Mme Tedesco dans le rôle de Fidès. t*t Le ballet de .Mlle Taglioni se répète activement; on espère qu'il sera prêt pour le 15 octobre. „,** Au théâtre de l'Opéra-Comique Montaubry est rentré cette se- maine par Fra Diavolo qui avait attiré beaucoup de monde. On sait avec quel talent réminent artiste interprète le rôle principal du chef- d'œuvre d'Auber. Il a chanté surtout avec une perfection inimitable la barcarole du deuxième acte, et la salle entière a éclaté en applaudis- sements. Mme Faure-Lefèbre, délicieuse Zerline, et Berthelier, d'un comique parfait dans l'Anglais, ont vaillamment contribué au succès. „*» Deux bonnes nouvelles: Montaubry va prendre dans le Petit cha- jeroti rouge le rôle de Rodolphe qui lui avait été destiné d'abord, et celui de Georges dans la Dame blanche, remontée à cet effet avec des décors neufs. Mlle Marimon chantera le rôle d'Anna, et M. Mocker celui de Dickson. „,% Le départ du premier ténor de l'Cpéra-Comique avait interrompu les représentations du Roman d'Eloire ; la charmante partition d'Ambroise Thomas reprend aujourd'hui sa place sur l'affiche du théâtre de 1 "Opéra- Comique, et les amateurs pourront de nouveau applaudir Mile Monrose dans le rôle de la marquise qu'elle a créé avec tant de talent. »*„ Le directeur du théâtre de l'Opéra-Comique a reçu Maître Claude, un acte de M. de Saint-Georges, musique de J. Cohen. ,,*„ Le théâtre des Bouffes-Parisiens a fait hier sa réouverture par Orphée aux enfers avec l'élite de la troupe. :t*.t Le temps a été assez beau lundi pour que le concert Musard ait pu donner sa soirée au bénéfice des chrétiens de Syrie. Il y avait beau- coup de monde et la recette a été bonne. *** Meyerbeer, qui a passé quelques jours à Paris, se rendant aux bains de mer, part aujourd'hui. „,% La semaine dernière a eu lieu â Blois, dans la salle des Etats, le concert organisé par la direction du Figaro au profit des pauvres de la localité Une réunion des plus célèbres artistes avait été convoquée pour cette bonne œuvre, et ils se sont empressés de se rendre à l'appel de M. de Villemessant. Une représentation de Galathée, autorisée par le directeur de l'Opéra-Comique, précédait le concert. Mmes Uugalde et Wertheimber, MM. Poncliard et Sainte-Foy ont interprété l'œuvre de. Victor Massé avec le talent qu'on leur connaît, et nous devons ajouter qu'ils se sont surpassés. Le programme du concert était fort riche : le duo de Moïse, chanté par Tamberlick et Faure; le boléro des Vêpres siciliennes, par Mlle Battu; l'évocation des nonnes de Robert le Diable, par Levasseur ; des chansonnettes, par Sainte-Foy ; pour la deuxième partie, l'air du Chalet, par Faure; le rondeau de la Ccne- rentola, par Mlle Battu; l'air de Jérusalem, par Tamberlick; la Com- plainte de Cil Blas, par Mme Ugalde, et le trio de Guillaume Tell, par Tamberlick, Faure et Levasseur; enfin le Sylphe, fantaisie jouée sur le violoncelle par.J. Offenbach. L'énumération de ces morceaux et les noms des artistes qui les chantaient rendent tout commentaire inutile; disons seulement qu'à la fin du concert tous ont été rappelés par une acclamation unanime qui témoignait assez de l'admiration de l'assis- tance, et que le produit du concert s'est élevé au chiffre significatif de 14,000 fr.! £\ Nous avons annoncé le grand concert religieux et historique qui sera donné le 14 septembre à Boulogne-sur-Mer au profit de l'œuvre de Notre-Dame, sous la direction de M. Ch. Vervoitte, maître de chapelle de l'église Saint-Iïoch à Pai is. Voici les noms des artistes qui ont bien voulu prêter leur concours gratuit à cette bonne œuvre. MM. Bussine, Cazaut, Quesne et Ilayet, chanteurs solistes à Saint-Koch ; MM. Barthé- lémy, Boze, Espaignet, Van Haute, membres de "l'Académie impériale de musique; Chardard, directeur de l'Ecole de musique de Boulogne ; Ba- tiste, organiste de Saint-Eustache ; Sergent, organiste de la cathédrale de Paris, et plusieurs autres artistes. t*# Louis Engel a fait à Bade les honneurs de l'orgue Alexandre à S. A. 11. Mme la princesse de Prusse. Le timbre doux et mélodieux de l'instrument, les sons expressifs que le célèbre artiste sait en lirer, la perfection de son exécution et les nouveaux effets qu'il en a obtenus ont excité au plus haut point l'intérêt de Son Altesse Royale, qui s'est fait donner des explications minutieuses sur la soufflerie, les registres et la combinaison des jeux. Avant de partir, Son Altesse Boyale a daigné exprimer dans les termes les plus flatteurs à M. Engel tout le plaisir que lui avait causé cette audition. t** Roger a donné trois représentations, à Carlsruhe, dans le cou- rant du mois: il a chanté la Dame blanche, les Huguenots et le Prophète. Dans ce dernier opéra, il a été rappelé sept fois. **„ Le Pardon de Ploè'rmel sera représenté au commencement de la saison d'hiver à New-York. Le directeur de l'Académie de musique de cette ville, M. Ullmann. a engagé à cet effet une des premières canta- trices de l'Allemagne. Elle doit créer en Amérique le rôle de Dinorah. **# L'Institut de -France (académie des beaux-arts, section de musi- que) vient d'accorder sa haute approbation à un nouveau travail de M. Stéphen de la Madelaine, intitulé : Leçon écrite sur l'air dTAnnette du Freischiilz. Ce curieux et important travail est extrait d'un ouvrage qui va paraître sous le titre de: Eludes pratiques de musique vocale pour faire suite aux Théories complètes de chant du même auteur, dont la Revue musicale a publié les premiers chapitres il y a quelques années. **„. Nous avions annoncé qu'à l'arrivée de LL. MM. IL à Chambérj', le Te Deum impérial de la composition de M.Sain-d'Arod serait chanté à l'é- glise métropolitaine. On nous communique sur cette solennité quelques détails que nous nous empressons de mettre sous les yeux de nos lec- teurs : « Les chœurs étaient composés de plus de deux cents voix choi- sies dans les écoles de la ville, de la Société chorale de Chambéry et d'une Société chorale de Lyon; la partie instrumentale, écrite pour un orchestre de symphonie militaire, était confiée à la belle musique du 54° d'infanterie, à laquelle s'étaient réunis un grand nombre de professeurs et d'amateurs instrumentistes venus de Lyon et qui renfor- çaient de la façon la plus heureuse la masse des exécutants. Cazaut, l'excellente basse de l'Opéra, avait été mandé de Paris pour chanter les soli avec M. Peront, lauréat du Conservatoire, et M. Mermant, premier ténor du grand théâtre de Gand. S. M. l'Impératrice a particulière- ment remarqué la beauté de cette œuvre et la perfection avec laquelle elle a été exécutée. Deux jours après, M. Sain-d'Arod a organisé à Aix-les-Bains un très beau concert où se trouvaient réunis Cazaut, MM. Peront, Mermant, pour la partie vocale, Mme Mancel, M. de Croze, Arnstein, Laussel, Duport, etc. *** M. fluerta, le célèbre guitariste, que plusieurs journaux avaient fait mourir à Nice, il y a quelques mois, vient d'arriver à Paris où il compte se faire entendre plusieurs fois dans le courant de la prochaine saison. La réputation qui précède M. Iluerta nous est un sûr garant du succès qui attend l'éminent virtuose. „,*.,, Voici le tableau de la troupe du théâtre royal de San-Carlos, de Lisbonne, pour la saison d'hiver, sous la direction de l'imprésario Cor- radini : prime donne, Marietta Gazzaniga et Ferranti Kennet ; prima mezzo soprano et contralto, Mme Galli-.Marié ; premiers ténors, Agresti et Neri Baraldi ; premier baryton, Fagotti ; première basse, An- tonucci. „% Mme Charton-Demeur part mardi pour Madrid ; un léger accident qu'a éorouvè l'éminente cantatrice en descendant de voiture l'a retenue quelques jours de plus à Paris. „,% Au mois de juillet dernier, nous appellions l'attention sur un pianiste-compositeur aussi distingué que modeste, M. D. Magnus. Après avoir donné dans les Pyrénées et à Bayonne quinze concerts des plus suivis, dans lesquels l'exécution de sa belle fantaisie sur les Huguenots a produit le plus grand effet, M. Magnus est revenu à Paris où nous l'entendrons cet hiver. DE PARIS. 319 »*„ Les sociétés chorales ont souvent regretté qu'il n'existât pas de recueils de chœurs d'opéras arrangés pour quatre voix d'hommes. Il leur sera agréable d'apprendre qu'incessamment paraîtront les princi- paux chœurs des opéras d'Auber, Meyerbeer, Rossini, etc., arrangés pour les orphéons. t*t S. M. la reine d'Espagne vient d'accepter de la manière la plus gracieuse la dédicace du chant guerrer composé par M. S. Ponce de Léon, à l'occasion des victoires de l'armée espagnole au Maroc. ,*, C'est le 30 septembre que fermeront les concerts des Champs- Elysées ; mais, si l'on en croit certains bruits, nous n'en serions pas privés cet hiver, et l'issue du procès perdu par M. Sari contre la proprié- taire de l'Eldorado laissant libre ce local, construit et approprié pour une salle de concert, Musard pourrait bien y planter son bâton de chef d'orchestre. En attendant, les quelques belles soirées de ces jours der- niers y ont ramené la foule, et les programmes ont été fort heureuse- ment variés : la Schiller Marsch, la polonaise de Slruensée, la redowa sur le Pardon de Ploërmel, celle du Prophète, sont toujours en possession de la faveur publique. Une charmante ouverture d'Aimé Maillart, le Moulin des tilleuls, a fait le plus grand plaisir. Enfin, les solistes Demerssmann, Legendre, Moreau, rivalisent chaque soir de perfection. t*„ Des lettres de Lisbonne confirment la nouvelle de la mort de Luigia Bianchi, charmante prima donna applaudie sur les principaux théâtres d'Europe. Elle a succombé le 13 juillet â une longue et douloureuse ma- ladie. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. „,*,,. Cherbourg. — A l'occasion de l'ouverture du congrès scientifique, dont la 27e session a eu lieu dans notre ville, M. José Barrière a écrit la partition d'une cantate de M. Delachapelle. Cette œuvre du directeur fondateur de la Société de Sainte-Cécile de Cherbourg a été parfaite- ment exécutée dimanche dernier par les membres de la Société, déjà deux fois couronnés aux deux seuls concours orphéoniques auxquels ils ont pris part, à Caen en 1858, et à Paris en 4859. M. Desquènes, ténor, qui possède une jolie voix , a été très-applaudi dans la cantate de M. José Barrière. A la séance d'inauguration du congrès, M. A. Elwart a prononcé un discours sur le passé, le présent et l'avenir de l'Orphéon en France Ce discours a été très-goûté, et M . A Elwart, en indiquant les moyens de répandre l'instruction morale chez les orphéonistes, a obtenu l'ap- probation de l'assemblée. Le lendemain lundi, une messe du Saint-Esprit, écrite à quatre voix d'hommes, sans accompagnement, par M.José Barrière, a été exécutée à l'église Sainte-Trinité, en présence du congrès réuni. VO salutaris, solo de hautbois, composé et exécuté par M. Antonio Bar- rière, et accompagné par les voix du chœur, a été également très-re- marque. **t Strasbourg, 2 septembre. — Hier, la jeune élève du Conservatoire de Paris qui a remporté le premier prix de violon au concours de cette année, Mlle Marie Boulay, a donné un concert des plus brillants. C'était un hommage rendu par elle à sa ville natale, qui l'en a remerciée par son empressement à venir l'entendre et â l'applaudir. Déjà, dans une soirée particulière, elle avait ravi, étonné un petit nombre d'auditeurs. Pans le concert qui a eu lieu dans le foyer du théâtre, elle a soulevé des transports d'enthousiasme, en jouant le beau concerto de Viotti, enrichi du magnifique point d'orgue, composé par Alard pour son élève. Une berceuse avec sourdine, de Reber (redemandée), deux fantaisies d'Alard, sur Linda et le Trovatore, ont fourni autant de triomphes à la charmante artiste, qui n'en a semblé que plus gracieuse et plus modeste, ce qui n'est pas de moins bon augure pour son caractère que pour son talent. **„. Marseille. — La réouverture du grand théâtre a eu lieu par l'opéra de Guillaume Tell. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. „,% Bruxelles. — Dimanche dernier, le Théâtre-Royal a rouvert ses portes au public, convié à une représentation du chef-d'œuvre qui a principalement défrayé le répertoire de l'an passé, le Pardon de Ploër- mel. Dans cette pièce faisaient leur rentrée des artistes sûrs d'avance de la sympathie de leur auditoire. En première ligne Mlle Boulart, qui a été accueillie par d'interminables salves de bravos. Notre prima donna nous est revenue avec une voix plus souple et plus fraîche que jamais, avec les mêmes qualités dramatiques que nous avons toujours tant ap- préciées chez cette artiste. L'air de VOmbre a été pour Mlle Boulart un véritable triomphe. M. Aujac n'a pas reçu moins bon accueil, et c'était justice. Le public sait combien de services rend au théâtre M. Aujac, et il lui a bruyamment témoigné sa satisfaction. La rentrée de M. Car- man s'est faite aux applaudissements prolongés de toute la salle. Malgré un rhume opiniâtre dont quelques, traces subsistent encore, notre excel- lent baryton s'est montré à la hauteur de sa réputation. C'est tout dire. — Lundi, pour la rentrée des artistes du grand Opéra, on a joué la Favorite. MM. Wicart, Carman, Depoitier ; Mmes Elmire et Delechaux y ont été salués des plus vifs applaudissements. — Mardi voyait le début de Jourdan dans Huydée. L'impression produite par cet artiste lui a été toute favorable. Le public de Bruxelles a confirmé le jugement porté depuis longtemps par celui de Paris sur le mérite de Jourdan, qui vient de conquérir bravement chez nous l'emploi de premier ténor de l'Opéra-Comique. — Samedi, au Parc, a eu lieu la réouverture du nouveau théâtre, honorée de la présence de LL. AA. RR. le duc et la duchesse de Brabant. On a admiré les heureux changements apportés à la salle. La décoration on est charmante. — Le premier grand opéra qui sera monté cette saison au Théâtre-Royal sera YHerculanum, de Fé- licien David. Viendra ensuite un grand opéra dont M. Hanssens a com- posé la musique sur un libretto versifié par un de nos poètes les plus justement renommés. — Un journal de Paris annonce que. M. Lumley, l'habile impressario, vient d'obtenir la direction du théâtre national du Cirque à Bruxelles. Ce théâtre serait desservi, â partir du 4" octobre, par une troupe italienne lyrique, parmi laquelle on pourrait déjà citer des noms célèbres. *** Spa.— Le concert donné par Louis Brassin a réuni la plus brillante assemblée. De mémoire d'amateur on n'avait pas entendu ici de pianiste de cette force. Grâce, sentiment, puissance, dextérité, ce jeune artiste possède tout cela. 11 a joué plusieurs morceaux de sa composition en provoquant les applaudissements les plus enthousiastes. L'administration des jeux, cédant au vœu général, a engagé M. Louis Brassin pour un grand festival qui aura lieu le 21 septembre, et elle lui a fait, en outre, de brillantes propositions pour la saison de 1861. *% Baie. — On attendait avec impatience la comédie écrite par Mlle Aug. Brohan, en collaboration avec M. H. de Pêne, un des critiques de la presse parisienne le plus en vogue et le plus sympathique. A la campagne (tel est le titre de la pièce) vient d'être joué deux fois de suite. La princesse de Prusse et le prince de Nassau honoraient la pre- mière représentation de leur présence. Empruntée aux mœurs de la société actuelle, marquée au cachet du bon ton, écrite d'un style char- mant, elle a fait le plus grand plaisir. Le rôle que Mlle Brohan s'est ré- servé dans son œuvre pétille de mots spirituels et qui gagnent encore, dits par l'admirable comédienne. Sainte-Foy est des plus amusants dans le rôle d'un sportroann devenu antiquaire; Mlle Favart a représenté au naturel une charmante miss anglaise vivant de feuilles de rose et de la contemplation des astres et du ciel bleu ; Bressant est d'une grande distinction dans le personnage du comte Raynald, et il a chanté avec un talent digne de l'Opéra-Comique un grand air écrit exprès pour cette co- médie par le prince Poniatowski. — Le 13 est fixé pour la représenta- tion de la comédie de Méry, jouée par Mlle Madeleine Brohan, Bressant et Régnier. L'opéra de Vivier terminera la saison. *% Francfort. — Marsckner, de retour de son voyage à Paris, est depuis quelques jours parmi nous. En son honneur, le théâtre de la ville a joué le Vampire. Le célèbre compositeur a bien voulu hono- rer de sa présence une fête musicale donnée à son intention par le Liederkranz. £*£ Vienne. — Mme Czillag ne rentre pas à l'Opéra de la cour, comme on l'avait annoncé : la célèbre cantatrice part pour New -York, où elle a un engagement de six mois, à raison de 10,000 fr. par mois. — Du 6 au 26 août, l'Opéra de la cour a donné : les Huguenots, le Postillon de Long- jumeau, Satanella, la Dame blanche, Dm Juan, les Gaies commères de Windsor, Bélisaire, le Prophète, V Etoile du Nord, Lohengrin. — L'opéra de Rubinstein, les Enfants des Landes, sera représenté clans le courant de novembre — Le théâtre Treumann doit ouvrir avec Geneviève de Bra- bant, opéra- bouffe d'Offenbach. ,/•%, Berlin. — Le 28 août, jour anniversaire de la naissance de Goethe, le théâtre de l'Opéra de la cour a donné Faust, avec la musique compo- sée partie par le prince Radzivvill, partie par Lindpaintner. La repré- sentation donnée au profit du monument de Goethe était précédée d'un excellent prologue, écrit pour la solennité par Adami, et récité par Dessoir. Cette étude littéraire, qui survivra à la circonstance qui l'a inspirée, a été saluée d'un tonnerre d'applaudissements. t*t Naples. — Le nouvel opéra du maestro Petrella, il Folelto di Gresg, vient d'avoir un très-grand succès sur notre théâtre del Fonda. Depuis la première jusqu'à la dernière note, il a fait fanatisme. L'auteur a été rappelé vingt fois. Les chanteurs Scalese et Guicciardi ont fait merveille. La Nera-Lorini a soulevé un véritable enthousiasme, et les plus vives acclamations l'interrompaient à chaque phrase. L'effet de l'opéra entier a été indescriptible et fera époque à Naples. Les rappels et les bis ont été innombrables. *** Milan.— Le théâtre de la Scala a ouvert avec V.hsedio di Firenze, de Bottezini ; cette œuvre avait pour interpr^-tes la signora Fiorentini, Claudina et Valentini, Cristiani Gio, Cotogni Antonio, Délia Costa, Cesare, Alessandrini Luigi. 320 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Chez €J. BRATVWUS et S. BUJFOUB, éditeurs, IO$, rue «le Richelieu, au t". wmàjmm wwm&m RÂGONS D Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. LOCKEOY et CORMO Y, musique de GRANDI". PAUTITION, 400 fr. PARTIES D'ORCHESTRE, (lOO fr. La Partition pour piano et chant, in-8°, net 15 fr. I OuTerture pour piano seul, 7 fr. SO ; à quatre mains La même, arrangée pour piano seul, in-8°, net 10 fr. | Pour orchestre, 18 fr. — Pour harmonie militaire . AIRS DÉTACHÉS DE CHANT : 1er ACTE Chœur. Heureux enfants de la Provence 3 » Chanson provençale. Biaise qui partait, en mer s'en allait 4 » Ariette militaire. Quand le dragon a bien trotté 5 » i*. La même, pour ténor 5 » Air. Maître Thibaut, vos mules sont charmantes 6 » Romance. Ne parle pas, Rose, je t'en supplie 2 50 is. La même, en sol, pour baryton 2 50 Duo. Allons, ma chère, allons, voici mon verre 9 » Coupleis de l'ermite. Grâce à ce vilain ermite , 5 » Chanson de soldats. Pour séduire, une fillette 2 50 2" ACTE 9 . Villanclle. Ah 1 tra la, ah ! tra la 4 10. Duo. Moi jolie! moi jolie! 9 1 1 . Trio. C'est là, c'est là, voilà 10 12. Chœur et Prière 5 3° ACTE 13 . Chœur . Vous savez la nouvelle 3 1 4 . Chanson à boire . Le sage qui s'éveille 3 15. Air. Il m'aime, espoir charmant 6 16. Cantabile. Il m'accuse, il me croit coupable 3 ARRANGEMENTS : Bargmuller. — Valse de salon pour piano 6 » Croise*. Fantaisie élégante pour piano 6 » (••tria. — Fantaisie de salon pour piano 9 » liecariventier. — Bagatelle pour piano 5 » liongueville. — Fantaisie pour piano 6 » Mare Burty . — Caprice pour piano 8 50 Talexy. — Fantaisie élégante pour piano 7 50 Woli'f . — Duo pour piano à quatre mains 9 » Ettling. — Suite de valses, pour piano 5 « €»aston de Lille. — Polka pour piano 4 » H. Marx. — ■ Schottisch pour piano 4 » ITIgisard. — Quadrille pour piano el à quatre mains 4 50 Talevy. — Polka-Mazurka 5 » Dallée. — Pas redoublé pour harmonie militaire 6 » Id. Deux mosaïques pour harmonie militaire, ch... 12 » LES AIES arrangés pour violon seul, 2 suites, chaque 6 » LES VALETS DE GASC Partition piano et chant, prix net : 8 fr ^. ru? r_A0^ Oiiéra-eoseiitiue en un acte, naroles de M. PHILIPPE GILLE, musique de DUFRESNE Partition piano et chant, prix net: 8 fr. SCH1LLER-MARSCH et GRANDE CANTATE Avec chœur, poésie de E. PEAU. Composées à l'occasion du festival donné à Paris pour la célébration du 100e anniversaire de la naissance de Schiller, PAR dmeomo Mvyerheer Grande partition 24 » Arrangée pour le piano. . 9 » i Grande partition (avec paroles françaises et allemandes) 24 » Parties d'orchestre 24 » Arrangée à. 4 m. par Wolff 10 » 1 Avec accompagnement de piano, format iu 8° net. 4 » OUVERTURE et POLONAISE La grande Partition, prix : 25 francs. Arrangée pour le piano 9 » | Arrangée à quatre mains , 10 » PAitir.. — iur H1L (IMUAIl. IU: MNIHrt (.IIAIX ET Cc , I BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. H» 38. ON S'ABONNE 1 Dans les Départements et à l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et ûm Bureaux des Messageries et des Postes. R 16 Septembre 1860. PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris 24 (r. par QO Départements, Belgique et Suisse.... 20 ■» id. Étranger 31 » id. Le Journal [Kir.iît h: Dimanche, GAZETTE --wwvXAAAA/vw- — Avec le prochain numéro, nos abonnés recevront LA FlliEUSE, romance sans paroles de SlE»nEi.ssoHX- Babihoidy. SOMMAIRE. — Fragments de l'introduction d'une histoire générale de la musique (3° fragment), par B?étis père. — Revue critique, par Adolphe ESolle. — — Correspondance : Bade. — Nouvelles et annonces . FRAGMENTS DE L'INTRODUCTION D'UNE HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA MUSIQUE (Ouvrage inédit.) Troisième fragment (1). Les études les plus minutieuses faites sur les populations indigènes et primitives de l'Amérique n'ont pu les faire rattacher d'une ma- nière certaine à aucune des grandes races de l'ancien monde. Par la conformation de la tète et des traits du visage, les unes semblent se rapprocher de la souche caucasienne ; d'autres, de la race mongolique; mais leur teint rouge de cuivre et l'absence presque complète de la barbe, paraissent leur donner une autre origine. Dans le Mexique, on distinguait, au moment de la conquête, sur l'étendue d'un vaste ter- ritoire, sept peuples qui différaient par des nuances de conforma- tion, de mœurs et de langage. Le Pérou offrait de semblables va- riétés (2). Cependant l'état avancé de la civilisation dans ces contrées et les rapports de cette civilisation avec celle de plusieurs grandes populations de l'Asie, ne permettent pas de douter de la part qu'ont eue ces populations dans la formation de celles du Mexique et du Pé- rou, quelque difficulté qu'il y ait d'ailleurs d'expliquer de si longues excursions avec les faibles ressources de l'art de la navigation dans ces temps reculés (3). Parmi les peuples que les Espagnols trouvèrent en Amériqne] au moment de la découverte, les Alzèques du Mexique et les Quichuas du Pérou se distinguaient par des connaissances variées, et par une (1) Voir le n° 36. (2) Jo. De Laet, Novus orbis, p. 243. (3) Cf. De Laet, ,Yo(œ ad dlssertationem Hugonis Grotii de origine genlium americanontm (Paris, 1643, in-8°), et Georges Horn, de Originhbus americanis, lib. 1 V Ga Haye, 1052, in-12). civilisation relativement avancée. Lorsque Cortez parvint au Mexique en 1519, les habitants de celte riche contrée pratiquaient l'architec- ture, la musique, la peinture, la sculpture et l'astronomie; ils avaient une écriture hiéroglyphique et une autre écriture phonétique, comme les Egyptiens ; enfin, on trouvait dans leur empire des routes, des canaux et de grandes villes, dont la principale (Palenque) renfermait plus de trois cent mille habitants. Ce qui subsiste de celte remarqua- ble civilisation, nonobstant les dévastations exercées par les Espa- gnols et les ravages du temps, atteste les heureuses facultés intellec- tuelles des Mexicains. Les Quichuas ou Péruviens ne leur cédaient pas en aptitude pour les sciences et les arts. A l'époque de l'invasion de leur pays par les Espagnols sous la conduite de Pizarre (1525), leur architecture civile et militaire, la beauté de leurs temples, de leurs routes, parmi lesquelles il y en avait d'une étendue immense dans les Andes, leurs canaux d'irrigation, leurs vases, habits, armes, instruments de mu- sique, ornements de tout genre, enfin leurs institutions politiques et religieuses témoignent du haut degré d'avancement qu'avait atteint celte nation. Sa langue, douce, riche, harmonieuse, avait favorisé son génie poétique, qui se manifestait par des chants dont on a conservé des fragments remarquables par leur originalité. Des découvertes récentes ont fourni les moyens nécessaires pour étudier les constitutions tonales de la musique de ces peuples in- téressants, et sont venues confirmer les conjectures sur leur origine orientale; car des analogies saisissantes existent entre ces constitu- tions tonales et celles des modes musicaux des anciens peuples de l'Asie, particulièrement avec le système tonal des Hindous. Comme dans celui-ci, on trouve chez les Quichuas du Pérou des formes mé- lodiques dans lesquelles certaines notes sont supprimées, d'autres qui admettent des sons intermédiaires entre ceux des demi-tons et dont les intonations varient en raison de certains buts d'expression. La construction des instruments à vent, parmi lesquels se trouvent plu- sieurs espèces de flûtes, dont une, comme Yarghouk des Arabes, fait entendre une note tenue de basse en bourdon, et une syrinx de huit tuyaux dont l'accord est analogue à certains instruments en usage dans plusieurs contrées de l'Asie et qui, par les trous latéraux de quelques-uns de ses tuyaux, rappelle le système de construction du cheng chinois ; de plus, parmi les instruments à cordes, est une sorte de guitare à cinq cordes ou à sept, semblable à Veoud arabe ou persan, et qui, comme celui-ci, est susceptible de divers genres d'ac- cord de ses cordes. De ces monuments mis à notre disposition, nous avons tiré, par des rapprochements délicats avec ce que nous connais- sons de l'ancienne musique orientale, des lumières précieuses sur 322 REVUE ET GAZETTE MUSICALE l'identité de l'ancienne doctrine musicale de l'Inde avec les faits dé- montrés par ces mêmes monuments. Un instrument à cordes, quelle que soit son antiquité, s'il n'a sur le manche les traces de la division des cordes par lesquelles se formaient les intonations, un tel instru- ment, disons-nous, est une voix éteinte, parce que ses cordes sont rompues et que, les eût-il conservées, leur accord serait altéré et n'aurait plus de signification tonale; mais une flûte retrouvée dans un tombeau après trente siècles est une voix vivante qui révèle le passé. C'est ainsi que les flûtes égyptiennes des musées de Florence, de Turin et de Leyde, tirées des hypogées , nous disent d'une manière certaine quel fut dans l'ancienne Egypte le système de division des intervalles des sons, parce que la perce des trous du tube, remon- tât-elle au temps du roi Menés, produira atout jamais des intonations invariables. Après celte excursion incidente dans la musique du nouveau monde, revenons à notre examen sommaire des diverses phases du système indo-européen et des circonstances qui ont déterminé ses variations. La fin des temps héroïques de la Grèce, l'adoucissement des mœurs de ses habitants, ainsi que les progrès de leur génie dans l'art et dans la science, datent des poèmes d'Homère, environ trois cents ans après la guerre de Troie, ou neuf cents ans avant l'ère chrétienne. Vers le même temps, Lycurgue donne des lois à Sparte, et fournit à la Grèce le premier modèle d'une constitution politique. La royauté , depuis longtemps abolie à Athènes, disparaît successivement d'Argos, de l'Elide, de CoritHhe, de l'Arcadie, de la Messénie, et, dès le vii" siè- cle avant Jésus-Christ, tous les États de la Grèce sont constitués en républiques. Seule, Lacédémone conserve la forme du gouvernement monarchique. Vers la même époque, Rome, fondée dans l'année 753, commence l'essai de ses forces contre les petits Etats qui l'environ- nent, et prélude à la conquête du monde. Attaquée par les puissants rois ce Perse, Darius et Xercès, la Grèce donne à l'univers le beau spectacle d'une poignée de héros qui osent se mesurer avec d'innombrables armées pour la liberté de la patrie. La défense du passage des 'lhermopyles par Léonidas à la tête de quelques Spartiates, et les victoires prodigieuses de Marathon, de Sa- lamine, de Mycale et de Platée, assurent l'indépendance de la Grèce (Z|90-Z|79 ans avant Jésus-Christ) et dispersent ou anéantissent les immenses armées asiatiques qui l'avaient envahie. Alors commencent les plus beaux temps du développement intellectuel des Grecs : la poé- sie, l'éloquence, la philosophie, les arts font de rapides progrès, et le génie grec se manifeste dans des œuvres qui excitent encore l'ad- miration universelle. Vers la même époque (environ 480 ans avant Jésus-ChrisL) ou peu auparavant, la musique de ce grand peuple était devenue purement diatonique ; car, bien que les auteurs de traités de cet art et les his- toriens parlent longtemps encore après des genres chromatiques et enharmoniques, ils n'existaient plus qu'en théorie. Aristote dit que de son temps (384-322 avant l'ère chrétienne) il n'existait plus de musicien dont la voix fût assez exercée aux petits intervalles des sons pour pouvoir chanter les nomes ou mélodies d'Olympe. Les ef- forts faits par Timothée de Milet, Phrynès. et Philoxône pour ramener la musique an genre chromatique, et pour la rapprocher de son ori- gine orientale, furent sans succès, parce que les organes s'étaient accoutumés à ne produire et entendre que les intervalles de sons d'une intonation plus facile et plus saisissable. Cette musique nouvelle excitait chez les Grecs des transports d'enthousiasme. Les anciens jeux olympiques, isthmiques, pylhiqûes et néméens, souvent inter- rompus autrefois, étaient alors régulièrement célébrés : ils émurent louie la Grèce par le talent des artistes qui s'y présentaient, et par celui des poètes qui chantaient les succès des vainqueurs dans les concours. Quel était le caractère esthétique de la musique des Grecs à cette époque de parfaite constitution politique et sociale? En d'autres ter- mes, en quoi consistaient ses beautés, ses formes, ses moyens d'action, et comment les musiciens grecs parvenaient-ils à émouvoir jusqu'à l'enthousiasme une nation sensible et spirituelle, dont le génie dans les autres arts a produit des œuvres d'une beauté achevée? Nous l'ignorons et l'ignorerons toujours; car un art ne peut être connu que par ses monuments. Or, ceux de la musique des Grecs paraissent anéantis pour jamais. Les eussions-nous, d'ailleurs, nous n'en pour- rions tirer que peu de lumière, car les moyens d'interprétation certaine nous manquent. Quelques misérables fragments ont été retrouvés par des érudits, et l'on en a cherché la signification au moyen de cer- taines indications fournies par les écrivains grecs. Vingt traductions complètement différentes en ont été faites. Mais tous ces efforts d'é- rudition et de patience n'ont abouti qu'à des résultats plus ou moins ridicules. Il y a plus : on n'a pu même se mettre d'accord sur le mode de récitation des vers grecs, ni sur la signification absolue du syslème de la métrique. Or, la poésie était si intimement liée à la musique dans l'antiquité, qu'on ne peut en quelque sorte séparer l'une de l'autre. Avec si peu de connaissance de ce qu'était en soi l'œuvre produite par l'union de ces deux arts, comment a-t-on pu se persuader qu'on parviendrait à connaître ce qu'était celui de ces arts dont on ne possède rien? L'histoire de la musique grecque est pour nous d'un intérêt qui ne peut être méconnu ; mais c'est par le système de sa tonalité qu'elle doit fixer notre attention, parce que cette tonalité est l'ouvrage des Grecs ; leur exquise intelligence en a découvert les éléments au sein des tonalités irrationnelles de l'Orient qui avaient charmé leur enfance sociale. Cette œuvre immortelle, il nous l'ont léguée ; car c'est cette même tonalité diatonique qui est devenue le point de départ de toute la musique du moyen âge, de la. renaissance et des temps modernes. D'où vient donc que, de tous les historiens de la musique, pas un seul n'ait aperçu cette vérité, la seule qui soit incontestable dans ce qu'on sait de l'art mélodique des Grecs? Les rivalités d'Athènes, de Sparte et de Thèbes, les guerres qui en furent les conséquences, et surtout la guerre sacrée, occasionnée par le pillage du temple de Delphes par les Phocéens, préparèrent la chute de la Grèce ; car ces événements affaiblirent les républiques qui, seules, auraient pu s'opposer à la domination étrangère, et les mirent à la merci de Philippe, roi de Macédoine, et de son fils Alexandre. Ce conquérant acheva d'épuiser les forces de la Grèce, en transpor- tant ses meilleurs soldats en Asie, où la-plupart trouvèrent un tom- beau. En vain de grands citoyens, à la tête desquels se placent Aratus et Philopœmen, essayèrent-ils de rendre à leur patrie son an- cienne vigueur, leurs efforts et ceux de la ligue achéenne ne purent empêcher le mal que fit la ligue des Etoliens, en appelant l'étranger dans le pays. Les longues guerres que se firent les deux ligues four- nirent aux Romains un prétexte pour s'immiscer dans leurs dissen- sions. Après avoir soumis l'Illyrie, ceux-ci anéantirent les royaumes de Macédoine et d'Epire, et l'asservissement de la Grèce entière fut achevé par eux l'an 146 avant l'ère chrétienne. Devenue dès lors une des provinces des Etals romains, sous le nom d'Achaïe, cette patrie des grands hommes et des grandes choses cessa d'avoir une existence propre et marcha rapidement vers son déclin. Après la conquête de la Grèce par les Romains, les artistes aban- donnèrent en foule leur patrie pour aller chercher fortune à Rome, à Naples, en Egyple, et dans quelques-unes des villes principales de l'Asie. Dès lors, le système de la musique grecque devint exclusive- ment celui des Romains. C'était le même système qu'on trouvait dans les villes grecques, telles qu'Alexandrie et Smyrne, ainsi que dans les îles de l'Archipel et dans les colonies de l'Asie Mineure. Objet des travaux des théoriciens, qui lui donnaient pour base des principes différents, il donnait lieu à de vaines disputes dans sa partie spécula- tive ; mais identique dans sa pratique, la musique grecque était la même à Athènes, à Rome, en Egypte, et partout où les artistes de la DE PARIS. 323 nation pénétraient. Les philosophes seuls prenaient quelque intérêt aux discussions des pythagoriciens et des aristoxéniens ; mais les musiciens de profession ne s'inquiétaient ni des proportions numériques des premiers, ni du système empirique des autres. En général, les. hommes pratiques ont peu de penchant pour l'étude, et recherchent ce qui est simple et d'une intelligence facile. C'est ainsi que, nonobs- tant les classifications des modes de la tonalité conservée dans tous les ouvrages didactiques, sauf certains dissentiments sur leur désigna- tion et sur leur nombre, la plupart des chanteurs et des instrumentistes avaient réduit la pratique habituelle de l'art à un seul mode appelé lydien, vers le premier siècle de l'ère chrétienne, ainsi que nous le démontrerons en son lieu. C'est pour cette cause que, dans le iv siècle, un écrivain grec, nommé Alypius, présenta dans un livre spécial tous les modes, au nombre de quinze, avec leurs signes de notation, sous la forme du mode lydien, ne les diversifiant que par leur degré initial dans l'échelle chromatique. Cette vérité n'a été aperçue et comprise que par le savant Perne. Toutefois, la classification des mo- des, au nombre de sept, proposée par Ptolémée deux siècles aupara- vant, était restée dominante dans l'Église grecque, et l'on y avait seulement ajouté un huitième mode à l'aigu. Ce fut le principe de ce système de modes qui s'introduisit dans l'Église latine au 111e siècle et y produisit les résultats qu'on verra dans la suite de ce fragment. FÉTIS père. {La suite prochainement.) REVUE CRITIQUE. Edouard Wolff : Scuilleh-Marscii , de Meyerbeer , arrangée à quatre mains. Deux chansons polonaises. — CSiarles Voss : caprice brillant sur le Carnaval de Venise, arrangé à quatre mains. L'année dernière, pour célébrer le 100e anniversaire de la nais- sance de Schiller, Meyerbeer écrivit sa belle marche triomphale : Schiller-Marsch. L'Allemagne eut ainsi, pour fêter sa gloire littéraire, une gloire musicale à la hauteur de tout ce qu'elle enfanta jamais de grand et d'illustre. Ceux qui s'intéressent encore aux nobles concep- tions, qui se passionnent pour toutes les belles choses de l'esprit, du cœur et de l'intelligence, ont salué de leurs bravos enthousiastes la nouvelle œuvre du maître, et ils étaient nombreux ; car malgré le scepticisme et le matérialisme qui nous envahissent de toute part, on s'aperçoit vite que l'art est ce qu'il y a de mieu:c à cultiver et à aimer. M. Chariot, musicien modeste, instruit, et capable de créer lui- même des choses remarquables, mais qui jusqu'à présent s'est con- tenté de traduire les pensées des maîtres, avait déjà transcrit cette dernière composition avec beaucoup d'habileté, de goût et de talent. A son tour, E. Wolff vient d'arranger, mais à quatre mains, cette ma- gnifique page. Les ouvrages écrits pour l'orchestre conservent toujours une phy- sionomie, une valeur et une richesse musicales qui leur sont propres, et que les œuvres écrites spécialement pour le piano n'ont que bien rarement ; aussi ces deux transcriptions sont-elles pleines et com- plètes. Dans le morceau d'Edouard Wolff, le premier motif, allegretto maëstoso, qui revient après chaque mélodie et les encadre toutes, rappelle bien le quatuor des instruments à cordes qui, seul d'abord, attaque avec une douceur et une délicatesse infinies ce chant si franc, si tonal et d'une si belle simplicité. Ce qui est difficile à deux mains ne l'est évidemment plus à quatre , et cette disposition de parties permettait à Ed. Wolff de rendre mieux que Chariot quel- ques effets de l'inimitable orchestration de Meyerbeer. Ainsi, la perle mélodique de l'œuvre, le magnifique cantabile en si bémol, remar- quable surtout par la simplicité de l'harmonie, — car les huit pre- mières mesures, d'un sens déjà complexe et d'une éloquence rare, ne sont accompagnées que par les accords de tonique et de dominante, — a été fort bien disposée par le pianiste ; le chant est à la deuxième partie, à l'unisson du violoncelle qui, dans la partition, se marie avec tant d'élégance et d'ardeur à la clarinette et au basson ; de vigoureux arpèges sont exécutés par la première partie, qui reproduit ainsi l'harmonieux effet que Meyerbeer a demandé aux harpes. Cette mé- lodie, la plus délicieuse de toutes, si nous ne nous trompons, tantôt simple, tantôt modulée d'une façon si riche et si pénétrante, suffirait à faire vivre cette marche, mais elle n'est pas seule ; car cette com- position est abondante en motifs colorés, vigoureux et bien venus. Ici c'est une fanfare en /«bémol, qui retentit éclatante et belliqueuse, les instruments à cordes se taisent, et l'on est étonné qu'une aussi mer- veilleuse sonorité puisse s'obtenir pendant le silence de tant de par- ties; là c'est une sombre; et ténébreuse mélodie en ut mineur, qui gronde sourdement ; les bassons, les trompettes gémissent ; puis, la sérénité revient, et un chant d'une suavité angélique se fait entendre. Ces motifs, dans leur sévère unité, contrastent singulièrement entre eux ; ils se rehaussent mutuellement, et, par leur dissemblance, se prêtent un vif éclat. Dans le thème principal qui, descendant aux basses, est accompagné par le trémolo des violons et des altos, développé, dialogué, coupé par tout ce que la modulation a de caprices, de sé- ductions et d'enchantements, Meyerbeer a des coquetteries.de style ra- vissantes qui fonL naître dans l'esprit de l'auditeur le désir et la curio- sité. Après mille surprises, mille excursions dans des tonalités éloi- gnées et inattendues, mais toujours d'une admirable clarté, ce motif reparaît enfin, agrandi cette fois par une instrumentation nouvelle, par de nouveaux accompagnements, et va se perdre dans une péro- raison ardente, guerrière et pathétique, où les marches d'harmonie sont traitées avec un bonheur qui leur donne une piquante originalité, une fraîcheur adorable, et où toutes les pompes de l'apothéose écla- tent dans un immense tutti. Le morceau d'Edouard Wolff est fort bien fait, très-brillant, et on y retrouve entières la pensée et l'harmonie du maître, qui, quoi- que dépouillées de la magie de son orchestre, restent, ainsi trans- crites, belles, pures et élevées. — Rien de plus original, de plus gracieux, de plus mélodique que les deux chansons polonaises d'Edouard Wolff. Sont-ce des chants du pays? Est-ce un écho de la patrie aimée qu'il vient de noter et d'idéaliser? Nous l'ignorons. Cependant nous serions tenté de le croire, à la teinte rêveuse, aux longs silences inattendus, aux harmonies bizarres parfois , mais toujours pleines d'une saveur pénétrante, aux terminaisons étranges, aux rhythmes piquants et brisés, aux accents religieux des cadences plagales qui terminent ces amoureuses romances, à la mélancolie profonde et concentrée, enfin au sourire mêlé de larmes qu'on aperçoit au milieu de ces notes plaintives jus- que dans leur gaieté. Quoi qu'il en soit, ces deux morceaux sont pleins de poésie, de tendresse et de feu. Le piano chante au lieu de babiller, et il y a de la passion et de l'élégance dans ces mélodies, qui n'ont cependant que quatre pages. — 11 nous reste à peine assez de place pour parler de l'arrange- ment à quatre mains de l'un des plus charmants morceaux de Charles Voss. Pourtaut, nous dirons que c'est un délicieux caprice, extrême- ment brillant et peu difficile. L'auteur, après tant d'autres, a brodé sur le Carnaval de Venise de jolies variations ; il a imité les plus aimables et les .plus délicates fantaisies des violonistes. L'humour, 324 REVUE ET GAZETTE MUSICALE l'esprit, la légèreté, brillent dans ce morceau, qui se prêtait mieux que tout autre à la transcription à quatre mains qui vient d'en être publiée. Adolphe BOTTE. CORRESPONDANCE. Bade, 12 septembre 1860 Voici un fragment de dialogue recueilli au débarcadère : — Comment! vous venez à Bade par le temps qu'il fait? — Que voulez- vous? il faut bien changer de pluiel Tel est en effet le seul motif déterminant pour voyager cette année. On s'ennuie d'être toujours mouillé de la même façon, et on veut voir si par hasard il n'en existerait pas une qui eût un peu moins de désa- grément. A Bade, il pleut en musique. Dès le matin, à sept heures ; à trois heu- res de l'après-midi, et le soir, encore à sept heures, installez-vous sur la promenade : vous serez arrosé musicalement. Vous recevrez à la fois les douches d'harmonie que vous enverront les musiciens cantonnés dans le kiosque, et celles dont il plaira aux nuages humides de vous gra- tifier. Après cela, la pluie a ses moments de relâche, mais, soyez tranquille, la musique ne vous manquera jamais. J'admire en vérité la constance intrépide de ces pliai anges sonores, tantôt militaires, tantôt civiles; tantôt composées uniquement d'instruments à vent, tantôt mêlant les cordes au bois et au cuivre 1 Que ce soient des Badois, des Autrichiens ou des artistes de Strasbourg, de Carlsruhe, leur ponctualité est la même : rien ne trouble leur ensemble, rien n'ébranle leur aplomb. Parmi eux se rencontrent des solistes de premier ordre, à la tête desquels se distingue toujours Arban, qui, vous le savez, a le triple talent de virtuose, de compositeur et de chef d'orchestre. Arban ne joue ordinairement que deux fois par semaine, et ce sont autant de fêtes pour l'auditoire nomade, qui s'arrête pour l'entendre, l'applaudir et ne se remet en marche que lorsque tout est consommé. Wuille, l'admirable clarinettiste que vous avez entendu à Paris aux concerts Musard, partage souvent avec Arban- les honneurs de la soirée. Ce dernier a composé sur les motifs du Tro- valore une fantaisie très- intéressante, qui les réunit tous deux dans sa dernière partie, où le Miserere s'exécute presque aussi complètement qu'au théâtre. Arban, avec son cornet, remplace le primo tenore; Wuille, avec sa clarinette, la prima donna, et des choeurs accompagnent ces deux voix, dont aucune voix humaine n'égalerait l'expressive et dramatique pureté. La musique ne se borne pas à ces manifestations quotidiennes qui bravent les éléments : il y a les grands concerts, donnés dans de ma- gnifiques salons, étincelants d'or et de parures, sous les feux de mille et mille bougies. Le concert, dirigé par Berlioz, venait à peine de finir, qu'un autre s'organisait à l'occasion de la fête du grand-duc et au profit de l'hôpital de Bade. M. Bénazet pense à tout le monde : plus il devient riche, et plus il tient à ce que les pauvres aient leur bonne part. Donc, il a noblement fait les choses en convoquant des artistes renommés, Sivori, Servais, Faure. Il y avait un orchestre conduit par Krennemann, excepté pour le premier morceau, dont l'auteur, M. Greive, s'était ré- servé la direction. Ce morceau est une ouverture de concert déjà connue à Paris, et qui tout d'abord a pleinement satisfait les connaisseurs en l'art d'écrire. On y sent l'étude et jusqu'à l'inspiration de Weber; l'or- chestre l'a rendue avec une délicatesse qui ne laisse aucune nuance passer inaperçue. Dantan était là, et, au rapport de quelqu'un, le célèbre sculpteur, fidèle à ses habitudes, disait que beaucoup de musiciens au- raient voulu être à la place de Greive, pour être aussi bien exécutés; mais c'est une calomnie, et nous dénonçons le rapporteur comme auteur de cet affreux jeu de mots. Sivori et Servais ont comparu deux fois chacun sur l'estrade. A qui décerner le prix ? Dieu nous garde de prononcer entre deux talents d'une originalité si marquée, d'une portée si haute! La fantaisie des Fleurs de Naples et la Prière de Moïse se placent au même rang que l'Hommage à Lafont et Maître Corbeau. Le programme annonçait le con- certo eu ut mineur de Beethoven. Mme Rosa Escudier-Kastnera eu le bon esprit de ne dire qu'un fragment de cette œuvre immense pour laquelle Liszt lui-même ne serait pas de trop. Dans quelques morceaux détachés, elle a de plus montré une vigueur et une maestria très-remarquables chez une femme. Faure et Mlle Masson nous ont chanté des airs et des duos dont le choix nous a paru quelquefois singulier. Par exemple, le duo de l'auber- giste Girot et de la gentille Nicette dans le Pré aux Clercs convient-il mieux au chanteur qu'à la cantatrice, et, pour exhumer avec succès le vieil air d'Ariodant, femme sensible, Faure n'avait il pas besoin de l'être un peu plus? entendons-nous, non pas vieux, mais sensible. Si des concerts publics nous7passions aux concerts intimes, nous aurions à parler surtout de Mlle Caussemille, la jeune pianiste, dont le talent s'est développé avec tant d'éclat depuis deux années. C'est la virtuose en chef de la villa Bénazet, où l'on se connaît en musique et où l'on en fait d'aussi bonne que partout ailleurs. Mais tandis que nous écrivons, voilà le soleil qui se met à luire. On a remarqué que tous les jours des courses ont été favorisés de ses rayons. Pour peu que cela dure, Bade et ses environs rentreront dans leurs droits et prérogatives. On n'y viendra plus seulement pour changer de pluie, mais pour y retrouver des plaisirs dont l'attrait ne varie pas. R. NOUVELLES. „*„, L'Opéra a donné lundi le Trouvère, pour la continuation des débuts de Michot et de Mlle Barbara Marchisio. Mlle Barbara a très-bien chanté le rôle d'Azucena,et notamment la scène du deuxième acte, après laquelle elle a été rappelée d'une façon unanime. M. Michot est en voie de pro- grès, et a été très-applaudi dans tous les passages qui ne demandent que du senliment et de la douceur, mais il a un peu manqué de force dans toutes les parties vigoureuses du rôle de Manrique. lia bien dit surtout la cavatine et le Miserere, après lequel il a été acclamé et rappelé. Mme Gueymard est toujours une Léonore accomplie, et son succès a été des plus complets. x*,,: Mercredi, Sémiramis, avec les sœurs Marchisio, Obin et Dufrêne , avait attiré beaucoup de monde. Vendredi, on a joué Robert le dia'Ae devant une salle comble. Mmes Marie Sax, Vandenheuvel-Duprez, MM. Gueymard et Belval, ont admirablement interprété le chef-d'œuvre du maître. „.% La reprise du Prophète est retardée de quelques jours, par une in- disposition de Mme Tedesco. ,*„ Ainsi que nous l'avions annoncé, le Roman d'Elvire, si bien inter- prété par Mme Monrose et par Montaubry, a repris dimanche sa place au répertoire de l'Opéra-Comique. La délicieuse barcarole du second acte, les stances Suisje l'hirondelle? et la romance du troisième acte ont été pour les deux charmants artistes l'occasion d'un véritable triom- phe. Hier samedi, a eu lieu avec le même succès la seconde représenta- tion de la reprise de l'œuvre d'Ambroise Thomas. *% Mercredi, Mlle Monrose a chanté la Part du Diable. La jeune et vaillante artiste s'est complètement incarnée dans le rôle de Carlo, qu'elle joue et chante avec autant d'esprit que de verve. Les applaudissements ne lui ont pas fait défaut. % La représentation au bénéfice des chrétiens de Syrie est annoncée pour demain lundi. En voici le programme : 1° les Chaises a porteurs ; 2» le premier acte de l'Etoile du Nord ; 3° première représentation à ce théâtre de Ma tante dort; k° intermède : scène et duo de Château-Trom- pette, par Mme Lemercier et Berthelier; trois morceaux du Pardon de Vloermel: le chœur du deuxième acte; l'air de l'Ombre, par Mlle Mon- rose et le Chant du chasseur, par llarrielle ; 5° deuxième acte de Fra Dia- volo; 6" cantate. Avec un semblable programme, la salle sera trop étroite pour contenir les amateurs de. bonne musique, stimulés cette fois dou- blement et par l'appel de la charité, et par une représentation hors ligne. *s Les répétitions de la pièce de MM. Scribe, Boisseaux et Offenbach, se poursuivent avec la plus grande activité. — Montaubry se fera en- tendre dans le Petit chaperon rouge et dans le Domino noir.— On prépare la reprise du Val d'Andorre avec Mme Faure, Mlle Marimon, MM. Bar- rielle, Ponchard et Carré. — L'Eventail, opéra-comique en un acte, paroles de Mil. Barbier et Carré, musique de M. Boulanger, a été mis à l'étude. a*, M. Beaumont vient de recevoir un opéra-comique en trois actes de MM. Dumanoir et Victor Massé, ayant pour titre le Lutrin et une pièce en deux actes et en vers, de MM. Dartoy et Besselièvre, intitulée l'Age d'or, dont M. Duprato est chargé d'écrire la musique. t\ Le procédé Carteron, qui rend ininflammable les bois, toiles et étoffes, vient d'être adopté à l'Opéra-Comique. **„, Le théâtre Lyrique a donné quatre fois cette semaine les Dragons de Villars. Vendredi a eu lieu la 100e représentation de la délicieuse partition d'Aimé Maillart, dont le succès est encore bien loin d'être épuisé. Mlle Boziès, familiarisée avec le public parisien, gagne chaque soir comme comédienne et comme cantatrice et obtient chaque soir un nouveau triomphe. Depuis dimanche, Mlle Faivre a remplacé Mlle Girard dans le rôle de Georgette ; elle s'y est fait applaudir. — L'Enlèvement au sérail et Crispin rical de son maître ont alterné avec DE PARIS. 325 les Dragons de Villars. — La reprise du Val d'Andorre aura lieu dans le courant de la semaine prochaine. C'est Mlle Roziès qui chantera le rôle de Georgette, Battaille rentrera en possession du rôle du vieux chevrier, une de ses créations les plus spleudides, et Mlle Girard jouera Rose-de-Mai. **„ Les Valets de Gascogne, ont reparu sur l'affiche du théâtre Lyrique. La charmante partition de M. A. Dufresne obtient, comme l'année der- nière, un succès très-honorable. Parmi les morceaux les plus applaudis, nous citerons le duo bouffe des maîtres-valets et les couplets : Connais- sez-vous mon domestique ? qui valent chaque soir à Girardot une véritable ovation. *% M. Ch. Rety vient' de recevoir les Dragées de Suzette, un acte, paroles de M. Jules Delahaye, et le Buisson vert, paroles de M. Michel Carré, musique de M. Gastinel, l'auteur de VOpéra aux fenêtres, opérette jouée avec beaucoup de succès aux Bouffes-Parisiens. t% Nous avons publié déjà le programme du théâtre Italien. La réou- verture est fixée au 2 octobre. La Sonnambula, de Bellini, inaugurera la nouvelle saison. Mlle Battu et M. Gardoni chanteront les principaux rôles. Le second opéra dans lequel paraîtra Mlle Battu sera la Marta, de F. de Flotow. La jeune cantatrice sera secondée par Mario, Graziani et Mlle Edenska, le nouveau contralto. „*„ Le théâtre Déjazet a fait sa réouverture vendredi par Monsieur Garai, la première représentation de Matelot et fantassin, vaudeville en un acte, et le Docteur Tam-Tam, opérette de M. F. Barbier. Dans cette dernière pièce, on a beaucoup applaudi Tissier, qui rentrait dans le rôle du docteur Bémolini, M. Geoffroy, jeune transfuge des Bouffes, et enfin Mlle Rey, qui affrontait pour la première fois le public et qui a obtenu un succès honorable. — Incessamment aura lieu la reprise de l'iandli, de F. de Flotow. $% Les recettes des théâtres de Paris se sont élevées, pendant le mois d'août, à la somme de 1,115, 130 fr. 21 c. Dans ce chiffre, les théâtres impériaux figurent pour 273,003 33 ; les théâtres secondaires, pour 646,093 08, et enfin les concerts, bals, etc., etc., pour -196,033 80. Les recettes du mois correspondant de l'année 1859 n'avaient été que de 643,881 fr. 13 c. **.,, Un grand concours d'orphéons, organisé par les associations des artistes musiciens de France et les sociétés chorales de la Seine, aura lieu à Livry-Sévigné, le dimanche 23 septembre, à midi. Le concours sera précédé d'une messe solennelle qui sera chantée par une des so- ciétés chorales de la division supérieure. . **,. Roger a quitté Bade dimanche dernier pour se rendre à Wiesbaden, où il doit donner trois représentations ; de là le célèbre ténor se rendra à Manheim, puis à Hambourg et à Berlin. +*t Cédant aux désirs de plusieurs artistes et amateurs venus de la province et de l'étranger pour recevoir ses conseils, M. Ch. Stamaty a donné, dans les salons de MM. Pleyel-Wolff et Ce, une soirée intime dans laquelle il a fait entendre celles de ses compositions qui pouvaient mettre le plus en relief les qualités si diverses de son jeu. Dans les différents morceaux qu'il a exécutés , entreautres sa sonate, sa fantaisie sur Richard, sa Valse des oiseaux, et Souffle de printemps, il a su tour à tour captiver et charmer son auditoire par l'exécution la plus chaleu- reuse et les accents les plus sympathiques ; enfin, secondé par un instrument merveilleux, i! s'est montré une fois de plus le pianiste- compositeur que nous connaissons et que nous avons si souvent ap- précié. x*x M. Joseph Wieniawski, venant de Ilombourg et Wiesbaden, est ar- rivé à Paris. „** Strasbourg, Montpellier et Bayonne viennent de mettre à l'étude le Pardon de Ploermel. Toutes les grandes villes de la province s'empres- sent d'ailleurs de remonter le grand succès de la saison dernière. .** Mlle Trebelli vient de quitter Paris pour se rendre à Berlin. »*„, Les amateurs de la musique de Mozart apprendront sans doute avec intérêt qu'on à découvert, parmi les trésors de la Bibliothèque royale de Munich, un autographe jusqu'ici inconnu de Mozart, et qui ne se trouve cité nulle part. C'est l'air italien, pour soprano, Fret cento affanni e cento. Cet air a été, d'après l'inscription qu'il porte, écrit par Mozart à Milan, en 1770, alors qu'il n'avait que quatorze ans, et pendant qu'il faisait exécuter avec un grand succès sa quatrième composition dramatique, l'opéra Mitridate rè di Ponto. „% M. Angelo Cunio, pianiste-compositeur encore inconnu à Paris, mais dont les œuvres ont en Angleterre une valeur et une vogue incon- testables, va publier à Paris quatre morceaux auxquels nous prédisons un véritable succès ; en voici les titres : Constance, allegretto ; Mon para- dis, andante grazioso; Vivacité, caprice galop, et Idylle, andante. „,** Du 11 au 14 septembre, aura lieu un festival à Worchester : le programme se compose entre autres de à oratorios : Paulus, les Choses dernières, Elie et le Messie; de plus, 16 morceaux tirés de la Création, de Haydn, et 2/j morceaux tirés de Judas Machabee. t*»Mlle Charlotte de Tiefensée, qui s'est fait entendre à plusieurs re- prises avec suesès à Paris, il y a quelques années, après avoir parcouru brillamment l'Allemagne et la Russie, n'a pas été moins bien accueillie à Londres, où elle a passé la dernière saison. Mlle Charlotte de Tiefensée possède une fort belle voix de soprano, qui descend facilement aux notes basses du contralto, et à laquelle le travail a donné une grande agilité. Mlle de Tiefensée a chanté non-seulementdans les grands concerts publics de Hanover-square-room, du théâtre italien de Covent Garden, à Floral- Hall, etc., mais elle a eu l'honneur d'être invitée à Buckingham palace, au concert de la cour, et de chanter devant S. M. la reine Victoria, le prince Albert et les autres membres de la famille royale, qui lui ont témoigné de la manière la plus flatteuse leur satisfaction. *** Une pétition des directeurs des principaux théâtres allemands, concernant les réformes à introduire dans l'organisation des établisse- mentsdramatiques.vient d'être adressée aux souverains de l'Allemagne. Ce document important a été rédigé par une commission composée de MM. Achenbach, de Mannheim ; Dingelstedt, de Weimar, et Edouard Devrient, de Carlsruhe. t% Les journaux du Midi parlent avec beaucoup d'éloges d'un de nos pianistes-compositeurs les plus distingués, M. Emile Albert, qui vient d'y donner plusieurs concerts très-suivis. Nous lisons entre autres dans la Gazette du Midi, de Marseille : « Lundi dernier, dans les salons de M. Clary, une assemblée nombreuse et brillante avait répondu à l'appel de M. Albert, qui s'est montré tout à fait à la hauteur de ce qu'on attendait de lui. Le jeu de M. Albert est d'une netteté et d'une élégance parfaites ; bien qu'il exécute des traits familiers aux prestidigitateurs du piano, ce n'est pas la difficulté précisément que recherche cet artiste plein de goût; c'est grâce au charme d'un style tour à tour simple, brillant, et toujours distingué, qu'il obtient des effets réservés au seul talent véritable. Les compositions de M. Albert sont remarquables par la science harmonique et la facilité des mélodies ; on sent que l'auteur s'inspire de l'école allemande, sans, toutefois, en avoir contracté les défauts. Ses trois études mélodiques sont empreintes principalement de cette inspiration. » Parmi les morceaux de divers genres dont se com- posait le programme de cette soirée, ceux qui ont été les plus applau- dis sont : le Trio de salon, pour piano, violon et violoncelle ; Etudes mélodiques; les Folies d'Espagne, morceau de genre, et Michelemmà, variations brillantes sur un air napolitain. »*„ Pour répondre aux nombreuses demandes qui sont parvenues aux éditeurs au sujet des chœurs dont nous avons parlé dans notre dernier numéro, nous sommes priés d'annoncer que la collection du Répertoire des Orphéons et des Sociétés chorales paraîtra dans le courant de la se- maine prochaine. Cette première série se composera de vingt chœurs tirés des opéras d'Auber, de Flotow, Gluck, Halévy, Maillart, Meyer- beer et Rossini. t% On parle d'instituer en Italie une grande fête littéraire dans le genre des solennités qui ont eu lieu l'année dernière en Allemagne, pour célébrer le 100e anniversaire de la naissance de Schiller. Cette fête est fixée provisoirement à l'année 1866. La principale cérémonie serait l'i- nauguration, à Florence, de la statue de Dante Alighieri, dont l'exécution est confiée au sculpteur Enrico Pazzi, de Ravenne. Le gouvernement piémontais s'est inscrit à la souscription nationale pour la somme de 400 francesconi. »*„ On lisait dernièrement dans un des courriers de Paris de V Indé- pendance belge: « A propos de l'Opéra, on se remue beaucoup en ce mo- ment dans le monde diplomatique russe, pour y faire représenter en- core un ouvrage posthume d'un compositeur russe nommé Bortniansky; c'est le prince russe W..., qui s'est mis entête défaire représenter l'opéra de Bortniansky à Paris. Il compte d'abord pour populariser cette musique donner à Paris plusieurs concerts. Pour cela il fait venir de Saint- Pétersbourg une Société de chanteurs russes appartenant pres- que tous à la chapelle impériale qui se compose d'un corps d'artistes dont l'exécution est admirable et n'a pas de rivale au monde. L'E- glise grecque n'admet l'intervention d'aucun instrument de musique dans ses cérémonies religieuses. Ces chanteurs sont donc exercés à exé- cuter de la musique sans accompagnement. C'est seulement à la chapelle de Russie que l'on emploie des voix de basses-contre, moins rares en ftussio que partout ailleurs, et dont la portée s'étend quelquefois jus- qu'au la grave, deux notes au-dessous de l'«( à vide du violoncelle. L'effet de ces voix doublant â l'octave les parties de basses-tailles est ini- maginable. Ce sont de véritables contre-basses humaines dont on ne peut se faire une idée sans les avoir entendues. Le corps de chanteurs rus- ses, amenés par le prince W. . ., compte plusieurs de ces basses-contre, et notamment un homme qui a une grande réputation de talent en Russie, M. Ivan Norrowine, qui aura à Paris autant de succès avec sa voix que Bottesini avec sa contre-basse. L'opéra de Bortniansky que le prince W. . . veut faire représenter à Paris, a été, assure-t-on, retrouvé dans les papiers de ce compositeur. Le poème avait été écrit parPousch- 326 REVUE ET GAZETTE MUSICALE kine. Dans cet opéra il y a plusieurs chœurs sans accompagnement. Ce sont ces chœurs que nous entendrons dans les concerts. Bortniansky, compositeur totalement ignoré en France, était maître de chapelle de l'empereur de Russie et a exercé cet emploi depuis 1782 jusqu'à 1826, époque de sa mort. Sa musique emprunte tout son effet au judicieux emploi des masses chorales dont il connaissait toutes les ressources. C'est de l'harmonie correctement écrite acquérant une grande valeur à l'exécution. La civilisation est toute nouvelle en Russie. L'art n'y compte pas de tradition dans le passé. Toute la musique qu'on exécute à la chapelle de l'empereur, toute la musique russe que Ton exécute dans les concerts, date du xvmc siècle. »*„ Au nombre des nouvelles publications pour le piano dont ia vogue paraît assurée, nous signalerons les œuvres 13, 14 et 15 d'Aloys Kunc; cette dernière surtout, intitulée l'Hirondelle du prisonnier, sera l'un des beaux succès de la Saison musicale. N'oublions pas non plus de men- tionner le nouveau caprice de F. Dolmetsch : Refrain militaire, morceau très-bien réussi, et que nous recommandons à l'attention des pianistes. „** Le compositeur Louis Boehner, le prototype du maître de cha- pelle Jean Kreyssler, bien connu des nombreux admirateurs d'Hoffmann, a laissé une sonate fort originale qui vient de paraître à Gotha. 3% Pendant que l'Opéra voit grandir chaque soir le succès de Sémira- mis, les éditeurs du Ménestrel mettent sous presse une édition modèle de ce chef-d'œuvre de Rossini, ornée d'un double portrait de l'illustre maître: l'un daté de Naples 1820, l'autre de Paris 1860, et de des- sins de M. Belin, représentant les scènes capitales de l'ouvrage. Quant à la musique avec accompagnements et rentrées d'orchestre aux points d'orgue des sœurs Marchisio, de M. Obin, et autres détails, les amateurs auront une partition des plus complètes, des plus correctes; clairement et largement gravée sur planches du Conservatoire; conforme en tout à la représentation de l'Opéra, avec la traduction française de Méry, sans omission du texte italien. Voilà, certes, de quoi séduire les 500 pre- miers souscripteurs; aussi s'inscrit-on avec le même empressement au bureau de location de l'Opéra pour la représentation, et au bureau du Ménestrel pour la nouvelle partition. **„, Le Casino vient de faire sa réouverture, mais Arban étant à Bade, il né fera sa rentrée avec son orchestre que le 1er octobre pour l'inau- guration des concerts. „** M. Antor, doyen des artistes musiciens du théâtre royal de la Monnaie et l'un de ses meilleurs violons, vient de mourir à Bruxelles à l'âge de soixante-dix ans. Il était entré à l'orchestre en 1803. „% Jean-Louis Heiberg, le créateur du vaudeville danois, est mort, dans sa soixante-neuvième année, à Bonderux (Seeland) : il était né à Copenhague, le 14 décembre 1791, et commença par étudier la médecine, à laquelle il renonça bientôt, pour se consacrer au théâtre. A l'âge de vingt-trois ans, il écrivit un Don Juan pour le théâtre des Marionnettes. Plus tard, il s'éprit pour les drames de Calderon, qu'il imita dans une pièce qui fut jouée en 1817. De 1819 à 1822, il vécut à Paris, où son goût pour le vaudeville lui fit concevoir l'idée de ses Singspiel (pièces â ariettes), qu'il introduisit sur la scène danoise, et qui sont de véritables comédies nationales. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. „,*, Lyon. — La direction du Grand-Théâtre vient d'engager pour trois mois, avec faculté de renouveler le traité, la célèbre Mme ritoltz, aujour- d'hui au théâtre de Lisbonne. Mlle Rey-Ballà\ qui a déjà obtenu de grands succès à Lyon, doit reparaître à la fin de ce mois. En attendant, Mlle Cos- tan, première chanteuse de Montpellier, supporte vaillamment le poids du répertoire. M. Bovier-Lapierre a fait son deuxième début dans Robert le Diable ; il a parfaitement réussi. Le chef-d'œuvre du maître servait en même temps de pièce de rentrée à M. Mathieu, première basse de grand Opéra. **% Dunkerque. — A l'occasion des fêtes, V Orphéon a donné un grand concert auquel ont pris part Mme Sanchioli, une des premières canta- trices de l'Italie, et le violoniste Buzzini. Les deux artistes ont été reçus membres honoraires do l'Orphéon dunkerquois. Mme Sanchioli doit se faire entendre le 17 à Boulogne, puis se rendre à Nice, où elle est en- gagée pour chanter le Prophète. „*,, Arras. — Notre Société philharmonique avait convoqué pour son concert annuel trois célébrités qui lui assuraient d'avance un triple succès : Graziani, Mme Nantier-Didiée et Servais. Aussi la foule assiégeait- elle d'avance la salle, empressée d'entendre ces sommités artistiques. Mme Nantier n'a pas eu de peine à provoquer de nombreuses salves d'ap- plaudissements, en chantant l'air de V Italienne à Alger, la ballade du Trouvère, la romance de Maria di Rohan, et avec Griaziani les duos de Marta et de la Traviata. Graziani, de son côté, l'émineut artiste du théâtre Italien, a dit de sa belle voix l'air de la Slraniera, la romance de Maria Padilla et Io t'amero, de Stranzieri; il a constamment captivé son auditoire, et partagé le triomphe de Mme Nantier-Didiée. La partie tnstrumentale était tenue par l'illustre Servais qui, dans son adagio re- ligioso et suivi d'un rondeau militaire, dans une fantaisie slave, égale- ment de sa composition, et dans son caprice si original de Maître Corbeau, a déployé toutes les ressources de son immense talent. EnfiD, comme morceau symphonique, notre habile chef d'orchestre, M. François Lam- ber, nous faisait entendre, pour la première fois, la marche composée par Meyerbeer, en l'honneur de Schiller. Le caractère grandiose de cette marche et l'ensemble avec lequel elle a été rendue ont produit la plus grande sensation. La fête a été complète de tout point. „.** Carcassonne. — On annonce comme très-prochaine la première représentation de Simon de M ml fort, opéra inédit, paroles de M. Louis Metgé, musique de M. Germain. Les frais de cette nouvelle tentative de décentralisation seront supportés par une souscription locale, en faveur de laquelle la ville s'est inscrite pour 1,000 fr. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. „.% Londres. — L'opéra anglais ouvrira au théâtre de Sa Majesté le 8 octobre par le Robin Ho d, de Macfarrens. — Les concerts donnés sous la direction de M. Alfred Mellon à Floral-Hall sont toujours très- suivis. Cette vogue s'explique d'ailleurs par la variété du programme, qui tantôt est composé de musique légère et tantôt de musique reli- gieuse, et des oratorios des grands maîtres. „*» Bruxelles. — Mlle Listscher a débuté dans Guillaume Tell. La peur paralysait tellement la débutante qu'il serait peu équitable de la juger d'après cette première audition. „% Spa. — Le 7 septembre a eu lieu dans le grand salon de la Re- doute un concert auquel ont pris part Mme de Guingand, M. Puhem, professeur de cornet à piston et de trompette au Conservatoire de Bruxelles, et M. Gits, professeur do piano à Londres. Mme de Guingand est un talent jeune et agréable ; elle a chanté avec beaucoup de goût et de sentiment les trois airs qu'elle a empruntés au Pardon de Ploërmel, à V Ambassadrice et aux Dragons de Villars. t,*i, Hambourg. — Car'. Formés, qui a donné ici quelques représenta- tions, est surson départ. — La première nouveauté que nous entendrons dans cette saison est Diane de Solange, par le duc de Saxe-Gotha. — La re- prise du Pardon de Ploërmel a été des plus brillantes. Mlle Lita s'est sur- passée dans le rô'e de Diuorah ; aussi la partition et les artistes ont-ils été accueilis avec un véritable enthousiasme. t% Berlin. — M. Marx, directeur de musique à l'Université, et le maître de chapelle Dorn, sont chargés d'écrire les différentes composi- tions qui doivent être exécutées pour le 50e anniversaire de la création de l'Université. — Orphée aux enfers se maintient toujours au répertoire. Le nombre des représentations a déjà dépassé le chiffre de soixante. — Mme Miolan-Carvalho débutera très-prochainement à l'opéra Royal dans le Harbier. La charmante cantatrice parisienne chantera tous les airs en italien et dira le dialogue en français. Les autres rôles seront joués et chantés en allemand. — Roger est engagé à l'opéra italien du théâtre Victoria de cette ville. **„, Vienne. — M. Eckert s'est démis de ses fonctions de directeur de l'opéra de la Cour, dont l'administration est confiée provisoirement à M. Schober, régisseur en chef. La situation de cet établissement ne pa- raît pas être des plus prospères : le déficit va croissant d'année en année. Les pièces nouvelles qu'on nous avait promises sont ajournées d'une saison à l'autre. — Le maître de chapelle de la cour, Randhartiger, se propose de faire ériger un monument a, Beethoven aux environs de Vienne, près de Heiligenstadt ; le sculpteur Fernkorn s'est offert à mo- deler et à faire fondre la statue de Beethoven à ses frais. Pour faire face aux dépenses préparatoires, M. Randhartiger doit donner à Hei- ligenstadt un concert auquel Bubinstein prêtera son appui.— Le 4 sep- tembre, reprise de Fra Diavolo ; le rôle principal a été chanté par M. Wachtel. „,% Brunswick. — La première représentation du Pardon de Ploërmel vient d'obtenir le plus éclatant succès. „*» Leipsig. — Dans le courant d'août, le théâtre de la ville a repré- senté les opéras suivants : Zampa, de Hérold ; le Prophète, de Meyer- beer (Jean de Leyde, Niemann); la Juive, d'ilalévy (Eléazar, Niemann); Huguenots (Rabul, Niemann); Tunnhaeuser, de Wagner (Niemann) ; la Dame blanche, de Boïeldieu. t% Munich.— Il vient de nous arriver une société d'artistes qui se qualifie : Première chapelle nationale musicale de Pesth, et qui offre beau- coup d'intérêt. L'orchestre se compose de trois premiers violons, de DE PARIS. 327 trois seconds violons, basse de viole, contre-basse et du cimbal, instru- ment à vingt-huit cordes; on enjoué en les frappant avec deux-baguei- tes dont les extrémités sont enveloppées de coton. Ces douze instruments produisent un merveilleux effet, surtout dans l'exécution des mélodies et danses nationales, toutes notées dans le mode mineur. Le public les salue d'applaudissements enthousiastes et ne se lasse pas.de les en- tendre. „% Hanovre. — M. Steger, de Vienne, remplacera le ténor Memann. M. Steger recevra la somme de 5,000 écus pour une année. ■Chez G. BRANDUS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue Richelieu (au 1e'), Le Pardon de Ploë'rme.l vient d'entrer en répé- „,** Copenhagu tition. „*„. Milan. — Le théâtre de la Scala vient de donner ia première re- présentation de VAssedio di Firenza, du maestro G. Bottesini. Cet opéra a été accueilli assez froidement, non pour la musique qui renferme de grandes beautés, mais à cause de l'exécution qui a été faible. Bottesini a été beaucoup applaudi, mais n'a pas été rappelé ; somme toute, beaucoup d'éloges mais peu d'enthousiasme. Le public de la seconde représentation a accueilli plus chaleureusement l'œuvre du jeune maître, et nous sommes certains que, si l'exécution devient meil- leure, VAssedio di Firenza prendra au répertoire une place fort honorable. — Un autre jeune compositeur, le maestro Cagnoni, auteur du fameux Don Bucefalo, a fait représenter sur notre théâtre avec un grand succès un nouvel opéra, il Vecchio délia montagna. — JI. le marquis Jules Ter- zaghi a été nommé directeur des théâtres royaux de cette ville. LE RÉPERTOIRE DU CHANTEUR n=lx^ chant des plus célèbres compositeurs anciens et modernes, classés pour les différentes voix. 18 VOLUMES FORMAT Ifi-8". Prix du volume : lïit. net; richement relié : 16 fr. net. Chaque volume contient 23 morceaux, avec paroles françaises ou italiennes. 1 volume contenant G© morceaux appropriés aux exercices «le chant dans les pensionnai»». 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IlEiIMi pianos, AS, rue de la Victoire, à Paris. « A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le môme instrument emporta les suf- frages unanimes du jury. Il portait le n° 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, a l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28. » Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. » A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la qualité du son. ■ (Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) En vente chez A. IKELMER et C, éditeurs, 11, rue Rougcmont. î§oe de: chant MANGEANT. Les Refrains baroques, ronde 2 La Plaine des Vertus, ronde 2 HIGNARD. Le Nouveau Pourceaugnac, partition in-8°, pour piano et chant net 6 Romances pour pensionnats, par BLANCHARD. Dodo, l'enfant do, romance 2 Entrez dans la danse, romance 2 Je vous vends mon corbillon, chansonnette 2 Madame est sur la sellette, ' id. 2 Pigeon vole, valse-cnansonnette ♦. 2 Petit bonhomme vit encore, chansonnette. 2 Les Maisonnettes, id. 2 Monsieur Jeudi, id. 2 Fi, le gourmand, id. 2 S.i'n «lours gras «te Madame. Quadrille pour piano, par SYLVAINl MANGEANT. A 2 mains k 50 — A 4 mains 4 Pour orchestre 9 » ALPHONSE SAX («JUNIOR ). — Neuf brevets d'invention et de perfectionnement. Instruments !$;ixniiiiiitoiii 6. Finale et chœur : Quel beau jour et quel plaisir .... 6 » DEUXIÈME ACTE 7. Morceau d'ensemble : Quel maintien enchanteur 9 » 8. Romance chantée par Mlle A. Faivre : Je suis sage, j'ob- tins la rose 2 50 10. Finale: Jeunes beautés, avant peu parmi vous 9 TROISIÈME ACTE 11. Air chanté par Mlle A. Faivre : Adieu, rose à peine éclose 2 50 12. Trio chanté par Mlles Girard, Faivre et M. Fromaxt : Laissez-moi, Bastie7i, laissez-moi 7 50 12 bis. Duo extrait du trio : Laissez-moi, Bastien, laissez-moi. 6 » 13. Petit air chanté par Mlle Girard : Ah! ah; faut-il à mon âge! 2 50 14." Finale: Le Destin trompe mon espérance 9 » arocvEA.iTTEs iîivebsses OLIVIER METRA Mêïasueolie, suite de va'ses pour piano. Prix marqué 6 » pour orchestre complet. Prix net. 1 80 _ _ pour petit orchestre. Prix net. . . 1 25 I^e Reiidcaî-vons, polka-mazurka pour piano. Prix marqué. . 4 » _ pour orchestre. Prix net . . I 25 CHARLES GOURLIER I>es ©«seaux du fou, fantaisie pour piano et violon sur les motifs de la romance de Ferdinand Michel. Prix marqué. . 9 » TjroBïeiine, variations originales pour piano et violon sur un thème favori de Mme Malibran. Prix marqué 7 50 TRIX ACCORDÉ A L'UNANIMITÉ A l'EXPOSITlON UNIVERSELLE DE LONDRES 1851. Fournisseur «les Ministères tic la ouerre et de lu Marine île France. Agent à Londres JDLLIEN ET C°, 214 , Régent Street. MAISON FONDÉE EN 1803. INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ,011 88, rue ttes Marais - Saint - Martin , 88 Ci-devant rue du Caire, 21. MÉDAILLB D'ARGENT DE lre CLASSE A L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS 1855. t'arlriir du Conserratoire et de V Académie Impériale de Paris. Agent à Saint-Pétersbourg : A. BDTTNER, Perspect. Newsky, maison de l'église St-Pierre. La maison ANTOINE COURTOIS ayant agrandi ses ateliers, est en mesure de satisfaire à toutes les demandes qui pourront lui être adressées; elle garantit réellement à sa clientèle des instruments irréprochables sous tous les rapports. t" médaille d'or Exposition nationale française de 184.9. DÉCORATION DE LA LÉGION D HONNEUR Exposition de 1849. lr° médaille d'argent Exposition nationale française de 1844. MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS FONDÉE A PARIS EN 1843 PAU lr° médaille Exposition nationale belge de 1841. DÉCORATION DE LA COURONNE OE CHÊNE de Hollande (1845). Grande médullle d'or du Mérite, de Prusse (1846). Facteur de la Maison militaire de l'Empereur RUE SAINT ■ GEORGES, 50 Seule grande médaille d honneur à 1 Exposition universelle de Paris («S3S); ~ Sf",e S,am,e ■»««1«»lle (Vauncit Metlal) à l'Exposition universelle de Londres («S*»;. Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale. INVENTEUR DES FAMILLES DES • TOMBAS. SAX-TUBAS^ 2*£°«f„ »SBS?' ^KYx^SlSlf^ SAXHORNS. SAXOPHONES. TROMBONES-SAX. Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres; invention brevetée en 185». Tous les instruments à pistons avec addition d'une ou plusieurs clefs; invention brevetée en issu. Système d'instruments à pistons ascendants; inv. brev. en 185». CLARINETTES BASSES-SAX. Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons ou cylindres, les mêmes forme Saxo-Tromba. Clairons Trompettes d'ordonnance. Flûtes, Clarinettes Bassons, Caisses roulautes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales , Cym- bales, etc., etc. »IIHUE CENTRALE DE NAPOLKON l.H •, HUE bercèri:, 20. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. ON S'ABONNE 1 Dans les Dcpnrtcments et a l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aut Bureaux des Messageries et des Postes. S* 39. REVUE 23 Septembre 1860. PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris 24 fr. par an Départements, Uelgique cl Suisse — ai) u id. Étranger 34 >i id. Le Journal paraît le Dimanche. GAZETTE mm p^îiïs, -wwjwrjvfjw^ Nos siltonnés reçoivent, avec le numéro de ce jour, I..4 FILEVSE, romance sans paroles de .»!Ii;.ydi;i.i>.soiu\- BitBTlIOlBÏ, SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opëra-Comique: représentation au bénéfice des clirétiens de Syrie; Ma tante dort ; Mlle Monrose dans le rôle do Dinorah ; le Petit Chaperon rouge. — Biographie universelle des musiciens, par I?étis père. — Correspondances : Vichy, par Adolphe Botte ; Saint-Dizier, par Em. Mathieu de Slontcr. — Brevets de M. Sas. — llevue des théâtres, par !>. A. O. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces. THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L'OPÉBÀ-COIIQUE. Représentation au bénéfice des chrétiens de Syrie. — UStt tante dort, ■ — mile Monrose dans le rôle de Dinorali. — E*e Petit VHtifieram vowge. Les éléments choisis par M. Beaumont pour la représentation qu'il a donnée lundi au bénéfice des chrétiens de Syrie étaient de nature à rendre celle représentation aussi brillante que fructueuse , et son attente a été de tout point justifiée. La salle était fort bien remplie. Comme nouveauté principale. Mlle Monrose préludait dans l'air de YOmbre du Pardon de Ploërmel au rôle de Dinorah qu'elle va bientôt aborder. Une petite pièce, transfuge du théâtre Lyrique, faisait sa pre- mière apparition, et l'interprétation de tout ce qui devait être représenté avait été confiée à l'élite de la troupe : aussi la soirée, qui s'est prolongée jusqu'à près d'une heure et demie du matin, n'a-t-elle été qu'une longue suite d'applaudissements, de bis et de rappels. — Dans les Chaînes à porteurs, Couderc s'est montré charmant, et Mlle Lemercier pleine de verve et d'entrain. Un des chefs-d'œuvre de Meyerbeer : V Étoile du Nord, était la partie sérieuse et dramatique de la représentation. On sait avec quelle supériorité Mme Ugalde chante le rôle de Cathe- rine ; elle a été/appelée à la chute du rideau. Un petit incident s'est produit au moment où on allait commencer le premier acte, qui de- vait seul être donné. Le public avait cru que l'ouverture devait le précéder : il a donc demandé à grands cris celle ouverture ; le régisseur n'a pas eu de peine à faire comprendre à l'assistance que l'exécution du morceau ne figurant point au programme, la di- rection n'avait pas dû penser qu'il serait demandé et ne s'élait point pourvue du double orchestre d'instruments de Sax indispensable pour l'exécuter. Après l'allocution de M. Palianti, le rideau s'est levé sur le chœur d'introduction, et l'œuvre du maître a été écoutée avec une religieuse attention. Le petit opéra de Caspers, Ma tante dort, dont le succès avait été si franc au théâtre Lyrique, n'a nullement perdu en passant à l'Opéra-Comique. La mélodie, la gaieté qui y régnent d'un bout à l'autre n'ont pas été moins bien appréciées au boulevard des Italiens qu'au boulevard du Temple, où il a élé interprété avec une rare perfection de chant et d'orchestre. Le rôle de Martine avait été une excellente création pour Mme Ugalde, et elle s'y est encore surpassée lundi. Elle a dit avec un comique parfait les couplets de Scapin est mort, qui ont été bissés, et le délicieux quatuor deia tante dort a fait aussi le plus grand plaisir. Le rôle de Meillet (Scapin) était échu à Mocker, qui s'en est parfaitement tiré. Ponchard a su faire valoir ce- lui du chevalier. On a rappelé à la fln Mme Ugalde et Mocker. L'un des principaux attraits de la soirée offerts à la curiosité du public était l'intermède, qui réunissait trois morceaux du Pardon de Ploërmel; aussi était-il attendu avec impatience par les amateurs, empressés d'établir une comparaison entre Mlle Monrose et Mme Cabel dans l'exécution de l'air devenu si célèbre d'Ombre légère. Disons tout de suite que la jeune cantatrice y a obtenu un succès aussi franc que mérité. Sa voix légère et souple s'est jouée de la difficulté des vocalises répandues dans cet admirable morceau, et elle l'a joué aussi bien que chanté, avec une grâce, une distinction et une intelligence qui lui ont valu de chaleureux bravos. Cet essai fait très-heureuse- ment augurer de la manière dont elle tiendra le rôle de Dinorah lors- qu'elle aura à l'interpréter tout entier. Les amateurs avaient encore présent au souvenir l'admirable effet produit par Barrielle dans l'au- dit du Chasseur. Cet effet s'est renouvelé lundi, et augmenté si c'est possible. Après le duo bouffe du Château Trompette, chanté de la façon la plus plaisante par Berthelier et Mlle Lemercier, la dé- licieuse musique de Fra Diavolo, si bien interprétée par Montaubry, a fait oublier au public l'heure déjà très-avancée, et l'a retenu jusqu'à la fin de cette splendide soirée, dignement close par la cantate de MM. Beaumont et Cohen, déjà acclamée à la solennité du 15 août. On a repris le Petit Chnperôh rouge. Nous avons rendu compte de cet important ouvrage il y a quelques jours à peine, et nous n'aurions pas à nous en occuper si le rôle du comte Rodolphe n'avait pas changé d'interprète. Montaubry s'est montré comme d'habitude le comédien hors ligne et le chanteur élégant que nous connaissons. 330 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Lui seul du reste dan? le personnel de l'Opéra-Comique pouvait ac cepter sans faiblir ce rôle, l'une des plus belles créations de Martin et dont plusieurs passages ne sont pas dans sa voix. Mme Faure- Lefebvre a partagé avec Montaubry le succès de cette représentation. M. Warot fait chaque jour de nouveaux progrès; il a dit avec un goût exquis la romance du premier acte. BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS Par F.-J. Fétig. [Deuxième édition, entièrement refondue et augmentée de plus de moitié.) BALFE (MICHEL-GUILLAUME). Balfe, dont le nom de famille est Balph, est né, le 15 mai 1808, à Limerick en Irlande, et non à Dublin, comme il est dit dans le Con- versalions-Lcxicon. Doué de la plus heureuse organisation pour la musique, il apprit le chant et le piano presque en se jouant, et ne 'fit jamais d'étude sérieuse de la composition; cependant il a obtenu des succès comme chanteur avec une voix médiocre, il accompagna au piano avec beaucoup d'intelligence et de verve, il posséda beau- coup d'habileté dans la direction des orchestres; enfin il a improvisé une vingtaine d'opéras peu remarquables par l'invention,, mais où il y a de l'instinct, un bon sentiment d'harmonie et la connaissance de l'instrumentation . Homme d'esprit, d'ailleurs, et plein de confiance en lui-même, il a su tirer de ses facultés plus d'avantages qu'el'es ne semblaient en promettre. Son père et le musicien Horn furent ses premiers maîtres, et ses progrès furent si rapides, qu'il put se faire entendre en public dès l'âge de sept ans, dans un concerto de Viotti. Arrivé à Londres à peine âgé de seize ans, il chanta le rôle du chas- seur dans quelques représentations du Freyschûtz. Dans le même temps il entra dans un des petits théâtres de Londres en qualité de chef d'orchestre. En 1825 il lit un voyage à Rome avec une riche famille anglaise. Dans l'année suivante, il écrivit à Milan la musique du ballet de La Permise, pour le théâtre de la Scala. Arrivé à Paris, à la fin de cette même année 1825, il débuta au théâtre Italien sous le nom de Balfi, dans le rôle de Figaro du Barbier de Séville. Sa voix de baryton mal timbrée et son inexpérience de la scène étaient des obstacles trop sérieux pour qu'il pût réussir à côté des excellents chanteurs qui brillaient alors sur cette scène. Peu de temps après, il retourna en Italie. Engagé à Plaisance au printemps de 1830, il y chanta pendant toute la saison ; puis il se rendit en Sicile, chanta au théâtre de Palerme, et y donna son pre- mier opéra sous le titre de I Rivali. En 1832 il était à Florence, où il fit jouer l'opéra-bouffe tin Awertimcnto. A Milan, il chanta en 1833 au théâtre Carcano, où il fit représenter Enrico IV al passo délia Marna, nouvel opéra de sa composition dans lequel Mlle Roser, de- venue sa femme depuis peu de temps, chanta le premier rôle. Les réminiscences nombreuses que le public remarqua dans cette parti- tion en empêchèrent le succès. Après avoir chanté à Bologne, Balfe obtint un engagement pour le théâtre de la Fenice à Venise. Ce fut là qu'il eut la malheureuse idée de mutiler le Crociato de Meyerbeer, en y introduisant des morceaux de sa composition, et d'autres de Rossini et deDonizetti. L'indignation de l'Italie contre cet acte de bar- barie obligea Balfe à s'éloigner de ce pays. Arrivé à Londres en 1835, il y donna des leçons de chant et écrivit pour le théâtre italien YAs- sedio di la Rochelle, opéra en trois actes qui eut quelque succès. Mme Malibran ayant été engagée au printemps de 1836 pour jouer l'opéra anglais au théâtre de Drury-Lane, Balfe écrivit pour elle The Maki of Artois, dont le sujet avait beaucoup de ressemblance avec celui du ballet et de l'opéra de Clan', joués longtemps auparavant à Paris. Peu scrupuleux sur le choix des idées, il en avait pris dans plusieurs partitions en vogue pour fabriquer la sienne ; mais une valse de. Strauss, dont il avait fait un air chanté par Mme Malibran avec une verve merveilleuse, assura le succès de cet ouvrage. Le 27 mai 1837, il donna au même théâtre Jeanne Gray, opéra en trois actes, qui ne réussit pas. Dans l'année 1838, Balfe fit représenter à Londres Àmalia, or the love test (Amélie ou l'amour éprouvé), puis Fahtaff; Jeanne d' Arc fut jouée en 1839. Tout cela était écrit trop rapidement pour prendre place parmi les belles œuvres d'art ; ce- pendant les connaisseurs reconnurent des progrès dans Falsiiff, sous le rapport de l'originalité du style. Le Diadesté, joué en 1839, ne réussit pas. Chargé de la direction de l'orchestre du théâtre de Drury-Lane, Balfe ne donna pas d'ouvrage nouveau en 1840; dans cette même année et dans la suivante, il fit des voyages en Irlande et en Ecosse avec sa femme et le célèbre pianiste Thalberg, pour y donner des concerts. A son retour à Londres, il fit jouer Kéolanthe, opéra romantique qui ne réussit que médiocrement. Dans l'été de 1842, Balfe fut chargé de la direction de la grande fête musicale de Nor- ■wich. Peu de temps après, il partit pour Paris, où il écrivit le Pvils d'amour, qui fut représenté à l'Opéra-Comique au mois d'avril 1843. Cet ouvrage, dépourvu d'originalité, mais où il y a du mouvement et de la distinction dans l'harmonie, a eu du succès et a été joué à l'é- tranger comme en France. The Bohemian Girl (la Jeune bohémienne), jouée à Hambourg, sous le litre de la Gitana, et à Vienne sous celui de die Zigeunerin, marqua du progrès dans le talent de Balfe, et fit voir qu'il avait été sensible à la critique des journaux de Paris. Cet ouvrage fut joué pour la première fois à Londres, en 1844. Dans la même année l'auteur fit représenter à l'Opéra-Comique de Paris les Quatre fils Aymon, en trois actes. De tous ses ouvrages, c'est celui dont le succès a été le plus général, en France, dans toutes les gran- des villes de l'Allemagne, en Angleterre et en Hollande. Quoiqu'on y remarque toujours la négligence et la trop grande facilité du compo- siteur, on ne peut nier que ce ne soit sa meilleure production et qu'il ne s'y trouve de jolies choses. Depuis cette époque, Balfe a écrit aussi la Fille de la place Saint-Marc; l'Etoile de Séville, en 1846, pour l'Opéra de Paris, et qui ne réussit pas, quoique les principaux rôles fussent chantés par Gardoni et par Mme Stoltz; The Bond-man l'Esclave), dans la même année, et The itJaid of honour (la Fille d'honneur); mais ces ouvrages ont fait peu de sensation. Lorsque M. Costa, suivi de tout l'orchestre qu'il dirigeait, quitta le théâtre de la Reine pour passer à celui de Covent-Garden, M. Lumley chargea Balfe de l'organisation d'un autre orchestre et lui en confia la direction. Dans ces fonctions, il a fait preuve de beaucoup d'habi- leté, d'intelligence et dégoût; mais l'entreprise ayant cessé en 1852, il partit pour l'Allemagne. Balfe, très-bon maître de chant, avait publié à Londres, en 1852, un ouvrage élémentaire de chant intitulé : Indispensable studtes for a soprano voice, in-fol. A son retour à Londres en 1855, il y a fait pa- raître une méthode de chant, et a donné au commencement de 1859 Satanella, opéra romantique en trois actes, qui, d'après les journaux, a obtenu un brillant succès, et qui est considéré en Angleterre comme son meilleur ouvrage. CORRESPONDANCE. Vichy, 15 septembre 1860. Vichy possède incontestablement le plus bel établissement thermal de France et le plus fréquenté par l'aristocratie de tous les pays. Pourquoi donc la musique n'y est-elle pas représentée par un choix d'œuvres d'un goût plus élevé ? Pourquoi n'y retrouve, t-on pas comme à Bade, comme à Spa, comme dans beaucoup d'autres villes d'eau, les grands talents qu'on applaudit à Paris? Pourquoi n'y entend-on aucun de 331 nos chanteurs, de nos cantatrices et virtuoses les plus célèbres ? Nous ne savons. Pourtant, avec le très-petit orchestre qu'il possède et qu'il dirige très-habilement, il serait facile à Strauss, ce nous semble, de faire goûter plus souvent à ses auditeurs quelques beaux morceaux symphoniques. Cette année, grâce à la pluie, pas de douces causeries dans le parc, pas de promenades dans la campagne de l'Allier, déjà presque aussi belle que celle de l'Auvergne : on allait donc forcément au salon. Chaque soir, il y avait concert ou représentation théâtrale'. Avec une toute pe- tite troupe, les représentations ont primé les concerts. La monotonie des programmes a rendu facile une supériorité que tout le monde re- grettait. Mme Bertrand et Mlle Raton ou Quand on veut tuer son chien, joués fort gentiment par Caillât, André, par Mmes Paër et Lovely, sont peut-être des vaudevilles très-amusants, d'un goût très-fin ; les chansonnettes, dites par Caillât et Bousquet, sont peut-être très-spirituelles ; mais, pour notre part, et nous n'étions pas le seul, au lieu de vaudevilles, nous eussions préféré quelque charmant proverbe d'Alfred de Musset ou d'Oc- tave Feuillet ; au lieu de chansonnettes, de valses, de polkas, de mazur- kas, de schottischs, quelques magnifiques pages de Mozart ou de Beetho- ven eussent bien mieux fait notre affaire. Malgré toute l'influence de la musique, nous ne pensons pas que les airs de danse soient considérés comme faisant partie du traitement ; nous le croyons d'autant moins que, dans ses ouvrages sur Vichy, qui font auto- rité, notre aimable et savant docteur Durant-Fardel, tout excellent musi- cien qu'il est, n'en a jamais rien dit. L'un des plus jolis concerts que nous ayons entendus, a été donné, non dans les salons de l'établissement, mais à l'hôtel Germot. Une société d'élite y assistait. Mlle Pagez, élève du Conservatoire, avait organisé cette charmante matinée. La jeune artiste possède une belle voix de contralto, une méthode déjà suffisante et un excellent sentiment musical. En com- pagnie de Mme Ribault, elle a chanté avec beaucoup d'âme îe beau duo du Giuramento, et seule, l'air de la Favorite, dans lequel elle a été très- applaudie. Le violoniste Accursi, Mlle Gaillard, dans un morceau de Prudent, et surtout Ph. Lamoury, qui, en exécutant une ravissante fan- taisie de Servais, a déployé autant d'habileté que d'expression, ont été aussi très-sympatiquement accueillis. Depuis qu'elle a quitté l'Opéra, Mme Ribault semble choisir de préfé- férence les morceaux du répertoire italien, pour lesquels, ce me semble, sa voix et sa manière de phraser ne sont pas faites. Pourtant, dans quel- ques-uns des derniers concerts, elle a obtenu beaucoup de succès. Après avoir dit, avec finesse et expression, de très-jolies mélodies d'Alfred Mutel.elle a fait apprécier toutes les qualités dramatiques de sa méthode, en chantant d'une façon remarquable les délicieux couplets du troisième acte de Robert le Diable et le grand air de Robin des Bois. Adolphe BOTTE. Saint-Dizier, 21 septembre 1880. Il y a un mois à peine, un journal consacré au compte rendu de l'exposition industrielle et agricole de Saint-Dizier, publiait en tête de ses colonnes l'annonce d'un concours de Sociétés chorales et de musiques d'harmonie. « Chaque siècle, disait cet avis, a son esprit, ses mœurs et ses plaisirs. Les orphéons sont la joie du peuple et la fête de tous. Dans les mains de leur fondateur et chef, M. Eugène Delaporte, ils tiennent haut et ferme la bannière du progrès artistique et ont su s'il- lustrer à Paris et à Londres. Toutes les villes qui ont eu des concours d'orphéon^ les ont salués avec enthousiasme. C'est donc pour Saint- Dizier, qui va avoir le sien, une bonne fortune à laquelle le départe- ment de la Haute-Marne applaudira. » Dimanche dernier, les Sociétés musicales de cinq départements se réu- nissaient donc dans une petite ville perdue au milieu des vignes et jusqu'à ce jour ignorée pour l'art sous l'épais brouillard de ses forges et de ses haut-fourneaux. Hier, Provins, la poésie, le souvenir, le passé, les fleurs, les hautes murailles, les ménestrels, les cours d'amour, les chevauchées d'une mystérieuse époque. Aujourd'hui, Saint-Dizier, l'in- dustrie, le travail, le présent, les usines, le minerai, les hommes de forte race pour qui battre le fer est un jeu. C'est ainsi que la musique rassemble en une cordiale étreinte les deux points extrêmes de cette antique Champagne qui donne le fer aux labeurs, aux combats de la France ; le vin aux banquets, aux joyeux loisirs des deux mondes ! N'est-ce point une belle œuvre que celle qui arborait son drapeau, em- blème de concorde, dans ces îles du Jard où la guerre fit couler, sous François Ier, tant et de si noble sang? N'est-ce point un touchant spec- tacle que celui de l'envahissement pacifique de l'art dans une contrée tributaire de l'industrie, au milieu de populations vouées aux rudes tra- vaux de la métallurgie et de la viniculture? Et au moment où l'archéo- logue voit défiler le long des vieux remparts assiégés par Charles-Quint, défendus par Sancerre et ses routiers, les compagnies souriantes de ces artisans chanteurs que tout dernièrement à Londres sir Richard Cobden appelait avec un si gracieux à-propos « la grande armée de la paix, » le penseur est heureux de songer à ce principe de modération inhérent à l'orphéon, qui substitue la bienveillance, l'honnêteté, la paix aux ri-' valités du présent comme aux luttes des âges lointains. Les concours ont commencé à l'issue d'une messe de Nicou-Choron, — pastiche de divers styles, — dont la Société philharmonique, dirigée par M. Pirron, n'a pu dissimuler l'incohérence. Les sociétés chorales de Montmartre, Epinay, Joinville, Wassy, Chaumont, Bar-le-Duc, Troyes, lieims, .Metz et Nancy, ont concouru devant un jury présidé par M. Nie- dermeyer. L'orphéon de Chaumont a remporté la grande médaille d'or, prix d'honneur donné par l'Empereur. Reims, Metz, Nancy, Joinville, ont obtenu les premiers prix de leurs divisions respectives. Les morceaux d'épreuve avaient été laissés au choix des sociétés. Parmi ceux dont l'exécution a été le plus remarquable, je citerai le Salut auv chanteurs, d'Ambroise Thomas, le f'abliau des deux nuits , de Boïeldieu, un Lied, de. Mendelssohn, et les Enfants de Paris, d'Adam. MM. Dauverné, Cokken, Triébert et Couder, composaient le jury du concours des musiques et fanfares. Les premiers prix ont été décernés aux sociétés de Ville-sur-Saulx et de Reims ; les seconds, celles d'Ancer- ville, de Saint-Dizier et de Meaux. M. le baron de Lespérut, député de la Haute-Marne, désireux d'activer dans ce département la propagation du chant choral, et de reconnaître l'empressement avec lequel certains orphéons ont répondu à l'appel de la commission du concours, a offert trois médailles, que le jury a décernées séance tenante. La distribution des récompenses n'a donc fait que peu de mécontents, et aucune société n'a pu voir d'épigramme dans le dis- cours de bienvenue de l'honorable M. Mahuet, maire de la ville. Aussi, la fête de nuit s'est-elle ressentie de cette allégresse générale. En Champagne, l'orphéon aime assez à tremper son choral dans un verre, et l'aï a baptisé de sa mousse d'argent les médailles du concours. L'exposition avait constellé son parc de lueurs et de feux. La musique jouait dans les kiosques illuminés ; le vent apportait l'écho de fanfares sonnées sous de lointaines futaies embrasées par des feux de Bengale. Grande était la foule, grand aussi le plaisir 1 Au soir d'un jour bien em- ployé, il est doux, dit Montaigne, de s'ésbahir Un peu. Certes, Montaigne eût été heurpux en cette occurence, et le vieux philosophe eût souri de bon cœur au cortège nocturne des chanteurs et des instrumentistes re- gagnant, bras dessus, bras dessous, la station du chemin de fer. Les instrumentistes chantaient, les orphéonistes instrumentaient, et tout allait pour le mieux dans cette meilleure des sérénades dédiée aux coteaux, aux arbres du chemin et aux ombres protectrices de la nuit ! 11 n'y a pas de fête sans lendemain, et, fidèle au vieil adage, la Société philharmonique donnait le lendemain un concert qu'elle a ouvert en in- terprétant avec goût l'ouverture de Montana et Stéphanie. Mlle Pages et M. Bounet se sont fait applaudir dans la partie vocale, le second surtout pour la façon pleine de charme dont il a dit l'air de Galathée. Si je ne craignais d'imiter ces voyageurs impitoyables qui s'étonnent de rencontrer la civilisation dans les contrées nouvelles pour eux, je vous dirais que la musique est en grand honneur à Saint-Dizier. Du ma- tin au soir les pianos, dans un but concertant, donnent le lai. des violons remplis de bonne volonté. On prémédite des duos; on conspire pour des quatuors; on invente des cannes-pupitre; que sais-je encore? Heureux pays que celui où une cavatine endort les soucis et abrège les heures séculaires de la vie de province! Et combien ils ont de poésie dans leur austère simplicité ces orphéons de la famille, où, dans la tiède atmosphère du foyer domestique, se répètent les mélodies de nos pères, les ariettes du passé, chants pétris d'esprit et de grâce que l'enfant murmure en s'endormant, et qui salueront plus tard sa réception au seuil hospitalier de la société chorale. Em. Mathieu de MONTER. Le Bulletin des lois vient d'enregistrer le texte de celle qui pro- roge de cinq années les brevets de M. Adolphe Sax. Un acte de haute justice , qui, après une lutte acharnée de dix ans , assure enfin à l'inventeur d'une nombreuse famille d'instruments nouveaux la jouis- sance paisible et le fruit de ses inventions, ne saurait recevoir une trop grande publicité. C'est à ce titre que nous reproduisons le texte de la loi rendue en faveur de M. Adolphe Sax, ainsi que les deux re- marquables rapports faits au Corps législatif à ce sujet, et qui ont amené l'heureux résultat dont se félicitent aujourd'hui tous les amis de l'art et les appréciateurs du mérite. 332 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Corps législatif (session 1860). Annexe au procès-verbal delà séance du 20 juin 18C0. PROJET DE LOI Relatif à la prolongation de durée de deux brevets accordés en 1845 et 1864 au sieur Sax, fabricant d' instruments de musique. PRÉCÉDÉ Du décret de présentation et de l'exposé des motifs, transmis sur les ordres de l'Empereur, par le ministre d'État, au président du Corps législatif. NAPOLÉON, Tar la grâce de Dieu et la volonté nationale Empereur des Français, A tous présents et à venir, salut; Avons décrété et décrétons ce qui suit : Art. ).,■. _ sera envoyé au Corps législatif, par notre ministre d'Etat, le projet de loi délibéré en conseil d'Etat et relatif à la prolongation de deux brevets accordés, en 4845 et 1846, au sieur Sax, fabricant d'instru- ments de musique. Art. 2. — SIM. Le Play et le comte Dubois, conseillers d'État, sont chargés de soutenir la discussion de ce projet de loi devant le Corps législatif et le Sénat. Art. 3. — Notre ministre d'Etat est chargé de l'exécution du présent décret. Fait au palais de Fontainebleau, le 26 juin 1860. Signé : NAPOLÉON. Par l'Empereur : Pour ampliation : Le ministre d'État, Le conseiller d'État, secrétaire général, Signé : Achille Fould. Signé : J. Pelletier. EXPOSÉ DES MOTIFS D'un projet de loi relatif à la prolongation de durée de deux brevets d'inven- tion, accordés en 1845 et 1846 au sieur Sax, fabricant d'instruments de musique. Messieurs, Le premier brevet délivré à M. Sax, le 13 octobre 1845, a pour objet une famille d'instruments en cuivre, que l'inventeur a désignée sous le nom collectif de Saxolromba. Elle appartient, comme les trombones, les ophicléïdes, etc., à la classe d'instruments à vent dans laquelle les lèvres font fonction d'anche. Elle offre, lorsqu'on la compare aux instru- ments antérieurement connus, des caractères de nouveauté et de per- fectionnement qui, depuis quatorze ans, sont sans cesse contestés par les contrefacteurs, sans cesse confirmés par les tribunaux et par toutes les autorités qui ont eu à se prononcer dans ces longs débats. Le deuxième brevet, délivré le 21 mars 1846, a pour objet une autre famille d'intruments en cuivre nommés Saxophones. Ceux-ci of- frent la combinaison de l'embouchure à anche simple, et d'un tube à clefs de construction spéciale. Personne n'en a contesté la nouveauté ; mais l'inventeur n'a évité cet écueil que pour donner contre un autre. Pendant longtemps, il n'a trouvé que quelques artistes capables de faire usage de ces instruments : cet usage a commencé seulement à se ré- pandre dans ces dernières années, depuis que M. Sax a formé des élèves dans une classe spéciale, instituée au Conservatoire impérial de mu- sique. La loi du 5 juillet 1844, concernant les brevets d'invention, est fort laconique en ce qui concerne les prolongations : elle se borne à déclarer dans son article 15, que : « la durée des brevets ne pourra être pro- longée que par une loi. » Toutes les autorités qui ont eu à se prononcer au sujet de la seconde application ( I ) qu'il s'agit de faire de cet article, reconnaissent que les pro- longations de brevets ne doivent être accordées qu'à titre exceptionnel, et seulement lorsque les deux conditions suivantes se trouvent réunies : en premier lieu, lorsque l'inventeur a introduit une amélioration consi- dérable dans un art ou dans une industrie; en second lieu, lorsque des circonstances de force majeure n'ont pas permis au breveté de tirer profit de son invention. Mais s'il y a eu accord sur le principe, il s'est produit une divergence sur l'opportunité de l'application. Le comité consultatif des arts et manufactures craignant l'abus qu'on pourrait faire des prolongations de brevets, et se fondant sur une doc- trine générale plutôt que sur les circonstances spéciales à M. Sax, a émis l'avis qu'il n'y avait pas lieu de lui accorder cette faveur. Le conseil d'Etat, convaincu que l'intervention obligée du pouvoir législatif donne toute garantie contre le retour de ces abus, écartant, (1) La première application a été faite, parla loi du 18 juin 1856, au brevet de M. Boucherse, relatif au procédé de conservation et de coloration des bois. en conséquence, les préoccupations'systématiques, pour étudier l'affaire en elle-même, a constaté, comme l'a fait M. le ministre du commerce, que toutes les conditions qui peuvent attirer sur la réclamation de M. Sax la bienveillance de l'autorité se trouvent ici réunies. En ce qui concerne l'appréciation des services éminents rendus par M. Sax à l'art et à l'industrie, il suffira de rappeler le jugement porté par de hautes autorités dans quatre circonstances solennelles. En 4845, au moment même où M. Sax portait sa première invention à la connaissance du public, une commission d'artistes et de savants, instituée par M. le ministre de la guerre, déclara que les instruments de M. Sax étaient supérieurs à ceux qu'on avait employés jusque-là ; sur sa proposition, ces instruments furent introduits dans la composition des musiques militaires, où l'on constata, dès lors, un progrès considérable. En 1849, le jury de l'exposition des produits de l'industrie nationale attribua à M. Sax la seule récompense de premier rang qui fut décernée pour la fabrication des instruments en cuivre; en outre, sur sa proposi- tion, le chef de l'Etat accorda à M. Sax la décoration de la Légion d'hon- neur. En 1851, le jury international de l'exposition universelle de Londres réserva également pour M. Sax la seule récompense de premier rang qui fut attribuée a cette même spécialité. Enfin, en 1855, le jury international de l'exposition universelle de Pa- ris accusa encore mieux la supériorité de M. Sax sur tous ses concur- rents indigènes et étrangers : il lut donna la récompense de premier rang, tandis qu'il n'attribua que la récompense de troisième rang à ceux de ses concurrents qu'il distingua le plus. M. Sax, en transformant les orchestres d'harmonie, n'a pas seulement contribué au progrès de l'art, il a, en outre, donné une grande impul- sion aux industries qui ont pour objet la fabrication des nouveaux ins- truments. En 1843, à l'époque où M. Sax venait s'établir à Paris, les fabriques françaises produisaient sur une petite échelle des instruments défec- tueux qui n'avaient guère de débouché au dehors. La France devait même demander les instruments de choix aux fabriques de la Bavière, de la Bohême et de l'Autriche. Grâce aux travaux de M. Sax, la situa- tion relative de la France et des pays étrangers est aujourd'hui complè- tement changée. Les fabriques françaises emploient un nombre qua- druple d'ouvriers; elles livrent les instruments de cuivre à tous les peuples qui n'ont pas de fabriques indigènes; elles commencent même à fournir les instruments de choix à l'Angleterre et aux Etats allemands. En ce qui concerne les circonstances de force majeure qui, jusqu'à ces derniers temps, rendaient ces inventions stériles pour leur auteur, on peut se borner à signaler les procès en déchéance et en contrefaçon que celui-ci soutient depuis quatorze ans, et qui sont en quelque sorte devenus classiques pour les personnes adonnées à l'étude de ce genre de contestations. M. Sax n'a pas eu seulement à lutter contre chacun de ses contrefacteurs, il s'est trouvé en présence d'une véritable coalition, qui n'a d'abord que trop réussi à absorber son temps et à épuiser ses ressources ; et c'est ainsi que M. Sax a dû subir momentanément la plus pénible épreuve qui puisse frapper un commerçant. Il est notoire que pendant cette longue lutte, les bénéfices dus à la production des nouveaux instruments ont été presque exclusivement recueillis par les contrefacteurs. Depuis deux ans seulement, grâce à la justice tardivement rendue par les tribunaux, M. Sax commence à re- couvrer une partie de ces bénéfices dans les dommages et intérêts payés par les principaux contrefacteurs. C'est aussi seulement depuis cette époque, que les licences libéralement accordées à tous ceux qui désirent exploiter le seul brevet productif, donnent enfin â l'inventeur une légi- time rémunération. En résumé, sur les quinze années composant la durée ordinaire des brevets, treize années n'ont produit pour M.^ax que des souffrances morales et des désastres financiers. Le Conseil d'Etat s'est assuré qu'une prolongation de cinq ans, accor- dée aux brevets de M. Sax, ne léserait aucun intérêt. Le droit modéré prélevé par l'inventeur sur les fabriques françaises augmente peu le prix des produits et n'en restreint pas l'exportation dans les pays étrangers. Les principaux facteurs d'instruments ont même déclaré, par écrit, qu'ils verraient avec satisfaction que ce dédommagement fût donné à leur confrère; ce témoignage de sympathie honore également M. Sax et ses anciens rivaux. Par ces motifs, le Conseil d'Etat vous propose de sanctionner le projet de loi dont la teneur suit. Signé à la minute : F. le Play , Conseiller d'Etat, rapporteur; Comte Dubois, Conseiller d'Etat, Certifié conforme : Le conseiller d'Etat, secrétaire général du Conseil d'Etat , Signé : F. BoiLAY. SUPPLEMl-:.\r. SUPPLÉMENT. DE PARIS. 333 PROJET DE LOI Relatif à la prolongation de durée de deux brevets accordés, en 1845 et 1846, au sieur Sax, fabricant d'instruments de musique. Article unique. — La durée des brevets d'invention délivrés au sieur Antoine-Joseph Sax, dit Adolphe Sax, les 13 octobre 1845 et 2l mars 1846, le premier pour le saxotromba, le second pour le saxophone, est prolongée de cinq ans, moyennant le paiement de la taxe annuelle fixée par l'art, 4 de la loi du 5 juillet 1844. Ce projet de loi a été délibéré et adopté par la Conseil d'Etat dans sa séance du 21 juin 1860. Le président du Conseil d'Etat, Signé : J. Baroche. Le conseiller d'Etat, secrétaire général du Conseil d'Etat, Signé : F. Boilay. Certifié conforme : Le conseiller d'Etat, secrétaire général du Conseil d'Etat, Signé : F. Boilay. Annexe au procès-verbal de la séance du 13 juillet 1860. RAPPORT Fait au nom de la commission (1) chargée d'examiner U 'projet de loi re- latif à la prolongation de durée de deux brevets accordés en 1845 et 1846 au sieur Sax, fabricant d'instruments de musique, PAR M. NOGENT-SAINT-LAURENS, Député au Corps législatif. Messieurs, M. Adolphe Sax a pris, le 14 octobre 1845, un brevet relatif à une famille d'instruments en cuivre désignés sous la dénomination générale de saxotromba. Ce brevet expire le 13 octobre 1860. M. Sax a pris, en outre, à la date du 21 mars 1846, un brevet pour une autre famille d'instruments appelés saxophones. Ce brevet doit s'éteindre en juin 1861. Le conseil d'Etat a été saisi par M. Sax d'une demande en prolonga- tion de ces deux brevets. Il invoque à l'appui l'utilité de son invention, la privation du bénéfice de ses brevets par suite de circonstances graves, exceptionnelles et mal- heureuses. Le conseil d'Etat a admis la réclamation de Sax, et il a, en consé- quence, formulé son adhésion dans un projet de loi qui vous propose de prolonger de cinq ans la durée des brevets des 13 octobre 1845 et 21 mars 1846. Ce projet a été soumis à l'appréciation de votre commission, et nous venons vous rendre compte de l'examen auquel elle s'est livrée. Tout d'abord, et en même temps que le projet de loi nous arrivait, nous avons constaté, comme chacun de vous a pu le faire, une résistance très-vive qui s'est formulée dans deux notes portant la signature de M. Besson, fabricant d'instruments de musique. Il n'y avait là qu'un in- térêt privé, et le Corps législatif ne s'arrête pas ordinairement aux ques- tions de ce genre; mais comme la loi proposée est aussi une loi qui af- fecte principalement l'intérêt privé, il a paru juste à votre commission de ne pas omettre ces notes. Notre examen s'est porté d'abord sur !a demande de M. Sax prise en elle-même, sur la question générale et sur les questions spéciales qu'elle pouvait soulever. La législation des brevets a suscité bien des systèmes et des théories. Le droit privatif résultant des brevets a été parfois contesté par cer- tains esprits partisans exclusifs du domaine public. Nous n'avions pas à remonter vers ces théories qui sont autour de la loi de 1844, et qui se sont renouvelées à propos du projet modificatif de la loi de 1 844 qui vous a été présenté l'année dernière. Notre point de départ naturel et nécessaire était la loi de 1844, celle qui nous régit et qui est applicable à la demande formée par M. Sax. La loi de 4 844, en organisant le brevet, a voulu donner à l'inventeur les premiers avantages résultant de son œuvre; elle a voulu ajouter à sa renommée, aux récompenses honorifiques qu'il peut recueillir, un profit matériel résultant de la pratique de l'invention elle-même. La loi de 1844, en limitant la durée du brevet, a voulu réserver les droits du domaine public et de l'intérêt général. Une invention vraiment utile ne peut pas demeurer éternellement sous les restrictions d'un mo- (1) Celte commission est composée de MM. Creuzet, président; Josseau, secré- taire; Aymé, Du Mirai, Nogent-Saint-Laurens, Gcoffroy-de-Villeneuve, Véron. Les conseillers d'État, commissaires du gouvernement, chargés de soutenir la discussion du projet de loi, sont : MM. Le Play et le comte Dubois. nopole, qui empêche qu'elle soit répandue et qu'elle produise dans le monde tout le bien qu'elle doit y faire. Cette combinaison semble équitable. Toutefois, en proclamant ce principe général que le brevet prendrait fin par l'expiration du temps pour lequel il avait été accordé, la loi de 4 844 a permis exceptionnellement la prolongation du brevet. L'art. 15 de cette loi est ainsi conçu : « La durée des brevets ne pourra être prolongée que par une loi. » Ainsi la loi nous donne le pouvoir de prolonger un brevet. Votre commission a été unanime pour reconnaître que les cas de pro- longation doivent être fort rares ; elle a reconnu que des motifs graves, sérieux et exceptionnels pouvaient seuls déterminer la mesure excep- tionnelle de la prolongation. Du reste, il serait impossible d'accuser le pouvoir législatif d'avoir fait abus de l'art. 15 de la loi de 1844. Nous ne connaissons en fait de précédents que celui relatif à la prolongation des brevets du docteur Boucherie, qui a inventé un système de coloration et de conservation des bois. Si les brevets Sax sont prolongés, cela fera deux prolonga- tions depuis la loi de 1844, c'est-à-dire en seize années. Il paraît difficile que l'on puisse user avec une plus grande réserve de l'art. 15 de la loi de 1844. Un membre de la commission a fait observer qu'il était fâcheux que le Corps législatif fût saisi d'une question qui n'engageait que des inté- rêts privés et qui était au-dessous des questions ordinairement soumises à nos appréciations. 11 a été répondu que cette critique s'adressait plutôt à l'art. 15 de la loi de 1844 qu'à la question elle-même. En effet, tant que l'art. 15 subsistera, il ne pourra dégager autre chose que des questions touchant principalement à l'intérêt privé. Il faut ou l'abroger ou le subir. La loi n'a pas dit expressément quels seraient les cas dans lesquels on pourrait prolonger un brevet. Cette désignation était impossible, car les prolongations de brevet sont surtout des questions se rattachant à des faits que nul ne peut prévoir; elles dépendent des circonstances person- nelles au breveté. Il a fallu dès lors confier ces appréciations au pouvoir discrétionnaire des assemblées législatives. Toutefois, les esprits se sont fixés sur les conditions nécessaires à la prolongation d'un brevet. La question a été profondément discutée et vivement éclairée à l'occasion des brevets du docteur Boucherie. Il existe une doctrine à cet égard et la voici : Pour qu'il y ait lieu de prolonger un brevet, il faut deux conditions : 1» une invention sérieuse, une amélioration véritable apportée dans un art ou une industrie; 2° un inventeur malheureux qui, par des circons- tances exceptionnelles et de force majeure, n'ait pas pu tirer profit de son invention. 11 reste maintenant à examiner si M. Sax remplit les deux conditions ainsi posées : L'invention est-elle sérieuse, a-t-elle apporté une amélioration véritable dans un art ou dans une industrie? Le premier document communiqué par M. Sax est un rapport fait au ministre de la guerre en 1845, par une commission nommée pour la réorganisation des musiques militaires. Cette commission était composée de MM. Savart, colonel du génie, Adam, Séguier, Halôvy, Spontini, Gudinet IUban colonels, Carafa, Au- bert et Onslow; elle était présidée par le général de Rumigny, et avait pour secrétaire M. Georges Kastner. De solennelles épreuves eurent lieu au Champ de-Mars. Après ces épreuves, la commission déclara adopter à l'unanimité l'avis de M. Spontini, qui est ainsi formulé : On réaliserait une musique magnifique et supérieure à toutes celles qui existent en Autri- che, en Prusse, en Russie et dans les autres pays de l'Europe, notam- ment par l'adoption et l'introduction des instruments de M. Sax, que ces différentes nations ne possèdent pas encore dans leurs armées. Plus bas on lit les passages suivants : « Restent les instruments nouveaux présentés par M. Adolphe Sax, » dont la belle sonorité, la puissance, la portée, l'étendue, la justesse, » l'égalité, la simplicité du mécanisme et la facilité d'embouchure et de » doigté ont déterminé l'adoption. . » La commission a reconnu que l'instrument appelé saxophone possède » un charme et une puissance vraiment incomparables; qu'il se prête » aux nuances les plus douces comme aux effets les plus grandioses; » qu'il offre, en un mot, d'immenses ressources, et qu'on peut l'em- » ployer avec un égal avantage, soit pour les solos, soit pour les en- » semblés. n Quant à la saxotromba, elle a été jugée avoir une sonorité aussi » forte que belle, participant à la fois du buglo et de la trompette, avec » cette différence toutefois que le timbre en est moins voilé que celui du » bugle et moins strident que celui de la trompette ; elle a donc un ca- » ractère spécial et doit à ce titre occuper une place importante dans » les musiques militaires. » Ces instruments étant d'une invention toute récente, la Franc; se- u rait le seul pays qui en compterait dans ses musiques. » 334 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Après la rédaction de cel document, émané d'hommes compétents et indépendants, les instruments de M. Sax furent adoptés dans les musi- ques militaires. Une décision ministérielle du 19 août 1845 détermine, en effet, la composition instrumentale des musiques d'infanterie et de cavalerie. On trouve dans la nomenclature officielle des instruments les saxophones et les saxotrombas. Les saxophones, jugés dès cette époque, y étaient ins- crits pour l'avenir; car ces instruments, absolument nouveaux et sans analogie dans le passé, n'étaient encore joués par personne. L'effet de cette décision fut interrompue en 1848. Deux décisions mi- nistérielles des 21 mars et 18 mai 1848, décidèrent que plusieurs instru- ments avaient été désignés à tort sous le nom du fabricant qui les avait con- fectionnés, et qu'il fallait leur rendre la dénomination générique qu'ils n'au- raient jamais dû perdre. Ces décisions portèrent un coup terrible à la fortune de M. Sax, mais, pour les hommes compétents elles n'ébranlèrent pas l'importance et le mérite de ses inventions. Un an après, à l'exposition nationale de 1 849, M. Sax obtint la médaille d'or et fut décoré. A l'exposition de Londres en 1831, le jury lui décerna la seule mé- daille affectée à cette spécialité entre tous les concurrents de toutes les nations. Il est utile de citer le passage suivant extrait du rapport du jury in- ternational : « Parmi les inventeurs d'instruments de musique, la plus » haute distinction;est due au mérite de M. Sax, qu'on le considère soit » sous le rapport de la variété et de l'excellence, soit sous celui de l'u- »' tilité de ses inventions. » La création de la classe entière des saxhorns et des saxotrombas » a produit les^résultats les plus satisfaisants et une révolution complète » dans la musique militaire, sur le théâtre et dans les concerts. Cette » vaste échelle instrumentale offre d'importants avantages jusque dans >. les extrêmes limites, à l'aigu comme au grave. » M. Sax a aussi créé la classe des saxophones, instruments de cuivre » avec un bec à anche simple, dans le genre de celui de la clarinette. » L'effet de ces nouveaux instruments est d'un charme égal à l'origina- le lité de leurs sons, et ils portent au plus haut degré de perfection la » voix expressive, etc., etc. c Voila ce que disaient en 1851 les hommes les plus compétents de l'Europe. Le jury de l'exposition universelle de 1855 n'a fait que confirmer ces hautes approbations. Il a décerné à M. Sax la grande médaille d'hon- neur, la récompense de premier rang, et n'a attribué qu'une récompense de troisième rang à ses nombreux concurrents, sans aucun cloute pour tracer une distance caractéristique et proclamer davantage la supériorité de Sax. Plusieurs lettres ont été produites lors des procès de M. Sax. Ce sont des opinions individuelles qui ont leur importance, et qu'il est utile de rapprocher des avis collectifs des différents jurys. En conséquence, nous allons transcrire quelques passages de ces lettres : o En proclamant le succès de M. Ad. Sax, en faisant l'éloge de ses dé- t couvertes précieuses, de ses ingénieux perfectionnements relatifs aux » instruments à souffle, en le remerciant des services de la plus haute » importance qu'il a rendus à l'art, aux musiciens, aux orchestres de » concerts des théâtres, et des régiments d'infanterie et de cavalerie, je » n'ai fait que rendre justice à M. Sax, etc., etc. » Castil-Blazè. » 6 juin 1849. » « Au chancelier de V Ambassade belge. » M. Sax n'est pas seulement facteur d'instruments, il est, en outre, » musicien exécutant très-d'stingué ; ses connaissances théoriques, ré- » sultat d'une étude consciencieuse, jointe à une longue pratique de son » art ; lui ont permis de réaliser les perfectionnements et les inventions » qui lui ont fait une si grande réputation Je me bornerai à men- » tionner sa clarinette basse (M. Sax a fait d'autres inventions que celles » énumérées au projet; il a pris plusieurs autres brevets qui sont tombés » dans le domaine public, et dout la musique profite aujourd'hui), instru- » ment défectueux jadis, aujourd'hui d'une perfection achevée; ses saxo- » phoncs, comprenant une famille de six individus, de l'aigu au grave, » dont la sonorité magnifique et particulière sera d'un précieux se- » cours, etc. . .;ses saxhorns et ses saxotrombas, éclatantes fanfares de • cuivre, également divisées en famille, instruments d'une grande jus- » tesse, d'un beau timbre, d'une grande plénitude et puissance de son. » Si quelqu'un a su mériter l'appui et les encouragements dus aux ar- » tistes consciencieux, c'est assurément l'auteur de tant de belles créa- it tions par les services signalés que, dans sa spécialité, il a rendus â » l'art musical. . ., etc. i Meyerbeer. » J'aurais pu multiplier mes citations, mais je m'arrête au nom de Meyer- beer; je me borne à ajouter que MM. Adam, Berlioz, Niedermeyer, Ain- broise Thomas ont exprimé une opinion semblable à celle de l'illustre maître. Ainsi les jurys les plus éclairés de l'Europe, les musiciens les plus re- nommés sont les partisans des inventions de M. Sax. C'est un fait ac- quis et dont chacun peut déjà tirer les conséquences. Vers la fin de 1852, les instruments de Sax avaient été rétablis dans l'armée. Il fut chargé de l'organisation de la musique des guides. On sait les succès éclatants obtenus par cette musique vraiment supérieure. En 1854, le système Sax fut appliqué aux régiments de la garde im- périale. Kons avons vu la série des appréciations scientifiques et artistiques, nous allons jeter un regard rapide sur les appréciations judiciaires. Il eût été miraculeux qu'une invention aussi grande échappât aux aggressions de la contrefaçon. Dès 1846, Sax fut attaqué avec une énergie et un ensemble excep- tionnels. En 1843, -malgré une expertise favorable, un jugement du tri- bunal de la Seine, confirmé par arrêt, prononça la déchéance de ses brevets. Cet arrêt fut cassé, et le 28 juin 1854. un arrêt de Rouen, rendu en audience solennelle, restitua aux brevets Sax leur mérite et leur valeur. Cet arrêt est le point de départ d'une jurisprudence qui n'a plus varié depuis. Il y a plus, le saxophone n'a plus été contrefait ni contesté. La contrefaçon s'est exclusivement dirigée vers le saxotromba, et celui-ci, pendant six années consécutives, n'a plus subi aucun échec judiciaire. Les adversaires actuels de Sax, à propos du saxotromba, reconnaissent l'importance et la nouveauté du saxophone. Après ces documents officiels émanés des divers jurys, après ces opi- nions de nosgrands musiciens, après les nombreux documents judiciaires dont la permanence a doublé l'autorité, il semble que l'importance et le mérite de l'invention du saxotromba ne peuvent être sérieusementcon- testés. Il n'en est pourtant pas ainsi : un membre de ta commission a fait ob- server que le saxotromba ne lui paraissait pas une invention suffisante pour motiver une prolongation de brevet. Cet instrument se fait remar- quer surtout par la situation du pavillon en l'air et par le parallélisme des pistons. Or, M. Sax ne peut revendiquer ces modifications principales. Il paraît résulter de divers documents qu'il existe des antériorités, et que toutes les dispositions du saxotromba étaient connues. Les termes généraux du brevet relatif â une disposition particulière de l'instrument laissent une étendue trop considérable au droit privatif de Sax, qui peut accuser de contrefaçon tous les instruments analogues au sien. A ces observations il a été répondu par les observations suivantes : le saxotromba est précisément l'instrument qui a été soumis le plus spécialement à l'appréciation si importante des jurys et des hommes compétents, le saxophone ayant été peu pratiqué jusqu'à présent. Le saxotromba ne peut pas servir à la saisie et à la poursuite de tous les instruments analogues. S'il avait le tort de le faire, il serait facile de discerner son droit, car le saxotromba se distingue par deux caractères : il est l'invention d'une voix nouvelle, distincte de toutes les voix con- nues et produites par les instruments de cuivre. Cette voix résulte des dimensions, de la forme géométrique du tube dans lequel s'accomplis- sent les vibrations de l'air qui produisent le son ou la voix. Le saxotromba présente encore une disposition particulière, qui per- met au musicien à cheval ou en marche d'appuyer l'instrument contre lui-même, de le placer à la portée des lèvres, ce qui détermine ainsi une immobilité de l'instrument et une sûreté d'intonation qui n'avaient jamais été obtenues. L'instrument tenu do la main gauche reste ainsi appliqué au corps sans oscillations ; il est solidaire en quelque sorte avec le musicien, et la main droite entièrement libre sert à la pression et à la manœuvre des pistons. Les droits du saxotromba sont dans ces deux caractères princi- paux ; sous ce double rapport, il est un instrument nouveau, ainsi que l'ont proclamé les jurys d'exposition, les musiciens les plus éminents, les experts les plus capables, et notamment M. l'ingénieur Surville, en 4 858, les magistrats les mieux autorisés. Quant aux antériorités produites, on a fait remarquer qu'à cet égard il y avait chose jugée, puisque M. Besson avait perdu un procès récent en première instance et en appel, et cela malgré la production de ces anté- riorités. Il serait exceptionnel, téméraire peut-être, et certainement dé- licat, de contester l'œuvre de la justice. Quoi qu'il en soit, l'autorité de la chose jugée a semblé à votre commission une garantie suffi- sante contre ces antériorités produites fort tard, et qui ne sont venues qu'après de nombreux procès qui ont eu un retentissement considérable et duré plus de quatorze ans. M. Resson a fait observer que le dernier mot n'avait pas été dit par la justice, et que des procès existaient encore ; la majorité de la com- mission a pensé qu'elle ne pouvait être arrêtée par cette observation. D'abord, les procès qui existent sont faits par M. Sax ; c'est lui qui poursuit et demande la répression. Ensuite, une prolongation de brevet ne peut avoir aucune influence sur les procès- futurs. La justice conserve entiè- rement le droit d'annuler les brevets, s'il venait à être reconnu, malgré DE PARIS. es documents existants, et contrairement à toute vraisemblance, que les brevets sont sans valeur. Un membre de la commission a proposé de faire une distinction, de prolonger le brevet relatif au saxophone et de refuser la prolonga- tion au saxotromba. La majorité a repoussé cette distinction, par le motif que les deux brevets avaient un égal mérite. Ainsi donc la majorité de la commission a pensé comme les jurys de 1851 et de 1855, comme tous les illustres musiciens de l'Europe, comme les experts, comme les magistrats, qu'il y avait dans ces brevets une invention considérable et digne de fixer l'attention du Corps lé- gislatif. On s'est demandé cependant, tant nous avons agi avec prudence et scrupule, si le mérite était assez grand pour déterminer une pro- longation. Quant au mérite musical, il n'est pas contestable. Sax a fait une heu- reuse révolution dans les musiques militaires. 11 serait injuste de dire que cette amélioration n'est pas d'une utilité générale. Nous ne voulons faire aucune poésie, mais linflueuce de la musique sur le moral des armées ne saurait être niée sérieusement. Toutefois, le motif déterminant pour la commission n'est pas celui-ci. 11 est autre ; le voici : avant Sax, la fabrication des instruments de cuivre était très-médiocre et très-réduite en France. Nous allions chercher nos instruments à l'étranger, à Berlin, à Prague, en Bavière, à Munich. Aujourd'hui la fabrication a pris un développement considérable, et l'étranger vient en France. C'est à Paris qu'est la véritable fabrication ; c'est la que s'est constitué un centre d'exportation très-considérable. 11 y a là un service industriel rendu au pays, et qui a vivement frappé la majorité de la commission. En conséquence, elle a décidé que M. Sax avait accompli la première condition imposée à la prolongation d'un brevet, c'est à-diie, qu'il avait introduit une amélioration considérable dans un art, et développé, presque créé une industrie spéciale en France. La première condition étant accomplie, nous arrivons immédiatement à la seconde : M. Sax est-il un inventeur malheureux qui, par des circons- tances exceptionnelles et indépendantes de sa volonté, n'a pas pu tirer profit de ses inventions!... M. Sax est pauvre ; il a été ruiné par des procès injustes. C'est ce que proclame l'opinion publique. Toutefois, l'opinion publique peut s'égarer quelquefois; voyons de près les faits. Les brevets de M. Sax ont été attaqués dès leur origine. En mars 1846, la contrefaçon, dans sa poursuite ardente, s'est découragée vis-à-vis du saxophone, qu'elle avait d'abord contesté comme le saxotromba. En face d'une invention aussi radicale que celle du saxophone, la contrefaçon ne pou- vait sérieusement produire aucune de ces analogies plus ou moins exactes que l'on appelle des antériorités, et qui sont le moyen usité pour sou- tenir les demandes en déchéance de brevets. On s'inclina donc devant le saxophone ; mais les efforts concentrés redoublèrent contre le saxo- tromba. Le mal fait à M. Sax par les procès est vraiment inouï. Outre les brevets de 1845 et 1846 qui vous sont soumis, il avait pris en 18/|3 un autre brevet toujours relatif à la fabrication des instruments en cuivre. Ce brevet a été validé par la Cour de Rouen, le 23 juin 1854 ; mais les ennemis de Sax avaient réussi. Ce brevet, qu'il n'avait pu pratiquer utilement au milieu des procès, avait expiré lorsqu'il fut validé par la Cour de Rouen. Il demande aujourd'hui qu'on lui évite un résultat aussi déplorable. Ce fait, si regrettable de brevets expirés sans profit et sous les atteintes de la contrefaçon, a excité les émotions les plus sérieuses. A l'audience de la Cour impériale dé Paris du 26 mai 1860, M. l'avocat général de Vallée disait dans des conclusions contraires à M. Besson, et à propos de la contrefaçon du saxotromba : « J'ai bien envie d'ajouter qu'il est vraiment douloureux de voir à » quelles épreuves a été soumise cette propriété de Sax. Ce n'est pas son » éloge que je veux faire ; cela ne conviendrait pas dans ma bouche. Je » parle de son droit. Souverainement reconnu par tant d'arrêts, ce droit t a été tellement contesté qu'il s'éteindra demain et qu'il n'aura pas » vécu un instant libre et fructueux pour son auteur. Je suis dans l'hy- » pothùse où Sax est légitimement breveté, où il n'est pas le charlatan » dont parle Kretzchemann, où il est l'inventeur si souvent récompensé, » dont l'invention a été consacrée parles arrêts de la justice. » Cet homme a vu son droit privatif livré à toutes les attaques, à » tous les combats; son champ a été envahi : d'heure en heure, d'an- » née en année, les combattants se succèdent, les assaillants s'y rem- » placent ; Besson est le dernier, mais le champ est épuisé. La propriété » s'éteint à l'heure où je parle. Il y a là un grand abus de. ce que les » facteurs ont considéré jusqu'ici comme leur droit. Sax avait une pro- » priété plus recommandablo peut-être encore que la propriété qui vient » de nos pères, puisqu'elle est le résultat de nos efforts personnels et » des travaux de notre esprit. » Quelles que soient les conséquences de nos paroles, de ce qui s'est passé, • je le dis et je souhaite que ces paroles soient entendues ; certain que » le droit privatif existe, que, s'il a été fait du bruit autour de cette in- » vcntion, elle est au fo id réelle, sérieuse, légitime, je verrais avec » douleur, moi, magistrat, que ce droit fût anéanti entre les mains de » celui qui l'avait conquis, et en même temps que je demande à la Cour » un arrêt souverain et définitif, qui mettrait hors de combat les derniers d assaillants, je fais des vœux pour que le droit privatif ne soit pas, par » l'effet du temps, enlevé à celui qui, par son travail et son mérite, se » l'est légitimement acquis. » A côté d'un vœu formulé pour la prolongation, il y a dans ces paroles la constatation des malheurs de Sax. Ils sont trop vrais. L'étendue d'un rapport ne comporte pas le récit de tous les procès suscités à Sax et in- variablement gagnés par lui depuis l'arrêt de Rouen de 1854; et d'ail- leurs, ces procès sont connus et sont un fait constant. La contrefaçon s'était organisée contre lui sous la forme d'une coali- tion. Des lettres produites pendant le procès de 1860 prouvent qu'elle avait un président, un trésorier. Il est intéressant de voir cet homme, fort de sa conviction et de son droit, rester debout contré tous et soutenir la lutte sans démoralisation, sans découragement. Beaucoup auraient succombé; mais s'il a été ruiné, il a su, au milieu de la ruine et du chagrin, conserver intacts son cou- rage et son inte'ligence. Un instant la coalition a obtenu un terrible succès. Cet inventeur, ainsi traqué, ruiné par des expertises, par des procédures, a vu' son cré- dit disparaître. Des commanditaires, effrayés de l'acharnement de ses adversaires, l'ont abandonné. Pour ne, pas laisser périr son droit privatif, pour faire face aux frais judiciaires, il a dû recourir à des emprunts onéreux; un jour, le 5 juillet 1852, il a dû déposer son bilan et se décla- rer en faillite ! Cette catastrophe n'a pu l'abattre ; il a lutté encore, et, dans ces der- niers temps, plusieurs de ses adversaires, les plus puissants et les plus acharnés, ont transigé avec lui. L'argent provenu des transactions lui a servi à se faire réhabiliter. Un arrêt du 23 janvier 1860, rendu au rapport d'un des conseillers de la Cour de Paris, et sur les conclusions conformes du ministère public, a prononcé la réhabilitation de Sax. Il a pu, ce jour- là, reprendre sa croix d'honneur, dont la prérogative est inconciliable avec la position de failli. En présence d'une faillite qui est la preuve de la ruine et de la misère, en présence d'une réhabilitation récente, il parait superflu de démontrer que M. Sax est pauvre, et qu'il n'a point profité de ses brevets. Cependant on affirme, dans une note qui nous a été distribuée, qu'il a fait des bénéfices considérables par les dommages-intérêts prononcés et par sa propre fabrication. On a répondu par une note contraire, que les bénéfices allégués n'existaient pas ; et, en effet, Sax, d'après les informations les plus précises, les plus désintéressées, les plus sérieuses, ne possède rien. Il est vrai qu'il a reçu dans une transaction, en argent ou valeurs, une somme de 505,000 fr. Mais cette somme ne constitue pas un bénéfice ; elle a servi à le faire réhabiliter. Nous nous excusons d'entrer daus ces détails, qui sont peut-être indignes des hautes appréciations de la Chambre ; nous nous bornons à constater que le brevet de Sax relatif au saxotromba a été paralysé dans ses mains par les innombrables procès qui lui ont été suscités, et qui ont déterminé sa faillite. 11 est donc équitable et juste de lui donner, par une prolongation, le profit qui lui était dû et qu'il aurait recueilli sans les circonstances exceptionnelles que nous avons énumérées. C'est ce qu'a pensé la majorité de votre commission. La prolongation du brevet relatif au saxophone est fondée sur un autre motif non moins sérieux. Attaqué dans le principe, ce brevet n'a pas tardé à être respecté, mais il n'a pu être pratiqué. L'instrument est si nouveau qu'il n'y a pas d'ouvriers pour le fabriquer et d'artistes pour le jouer. Il a fallu donner à M. Sax une chaire au Conservatoire, et, grâce à ses leçons, quelques élèves se sont formés dans ces dernières années. Mais le personnel manque encore, et cette circonstance exceptionnelle a empêche M. Sax de profiter de son brevet. Du reste, l'opinion qui s'est formulée dans la commission contre le saxotromba a paru accepter la prolongation pour le saxophone, à cause de la nouveauté absolue de cet instrument et de l'emploi si restreint qui en a été la conséquence. Il convient de dire un mot d'un document qui a son importance. Le comité consultatif des arts et manufactures a donné un avis défavorable à la demande de Sax. En lisant attentivement ce document, on voit sans peine que le comité s'est placé en dehors et au-dessus de la question. 1,'avis est rédigé dans un esprit doctrinal et systématique ; il exprime les répugnances et les inconvénients que suscitent les prolongations de brevets qui sont des dérogations à la loi, mais il ne discute pas le fond de la question, c'est-à-dire, la nouveauté de l'invention et la stérilité du brevet par des circonstances exceptionnelles. Dans la question du docteur Boucherie, résolue favorablement par la Chambre, le comité avait été défavorable à l'inventeur. Contre ce document on nous en a soumis un autre qui mérite l'attention spéciale de la Chambre. Après la demande en prolongation de Sax, sept facteurs, les anciens adversaires de Sax, lui ont écrit. Ils donnent une adhésion complète à la prolongation. Certes, au premier abord, ces lettres apparaissent comme l'hommage 3?6 REVUE ET GAZETTE MUSICALE le plus louable et le plus éclatant rendu au mérite et aux malheurs de Sax. On a prétendu pourtant que les signataires de ces lettres avaient ob- tenu des licences de M. Sax, et que par conséquent ils étaient Intéressés au droit privatif. M. Sax a répondu qu'il avait donné des licences aux mômes conditions à tous ceux qui en avaient demandé, et qu'il en ac- corderait à tous ceux qui en demanderaient. Les conditions faites aux porteurs de licence sont modérées. Après une étude approfondie de la question, après avoir écouté avec soin les argu- ments et les intérêts contraires, il a paru à la majorité de votre com- mission que M. Sax réunisssait les deux conditions d'une prolongation de brevet, qu'il était un inventeur important et un inventeur malheu- reux. En conséquence, votre commission, à la majorité de cinq voix con- tre deux, vous propose l'adoption du projet de loi. PROJET DE LOI. Relatif à la prolongation de durée de deux brevets accordés, en 1845 et 1846, au sieur Sax, fabricant d'instruments de musique. Article unique. — La durée des brevets d'invention délivrés au sieur Antoine-Joseph Sax, dit Adolphe Sax, les 13 octobre 1845 et 21 mars 1866, le premier pour le saxotromba, le second pour le saxophone, est pro- longée de cinq ans, moyennant le paiement de la taxe annuelle fixée par l'art. 4 de la loi du 5 juillet 1844 . LOI Portant prolongation de la durée de deux brevets d'invention délivrés en 1845 et 1846 à M. Sax, pour les instruments dits saxotromba et saxo- phone. Du 1er août 1860. NAPOLÉON, par la grâce de Dieu et la volonté nationale, Empereur des Français, à tous présents et à venir, salut. Avons sanctionné et sanctionnons, promulgué et promulguons ce qui suit: LOT. Extrait du procès-verbal du Corps législatif. Le Ccrps législatif a adopté le projet de loi dont la teneur suit: Art. 1". — La durée du brevet d'invention délivré au sieur Antoine- Joseph Sax, dit Adolphe Sax, ie 13 octobre 1845, pour l'instrument dit saxutrumba, est prolongée de cinq ans, moyennant le paiement de la taxe annuelle fixée par l'article 4 de la loi du 5 juillet 1844. Art. 2. — Est également prolongée de cinq ans, et sous la même con- dition, la durée du brevet d'invention délivré au sieur Sax, le 21 mars 1846, pour l'instrument dit saxophone. Délibéré en séance publique, à Paris, le 20 juillet 1860. Le président, Signé : Comte de Mornï. Les secrétaires, Signé : Comte Lodis de Cambacérès, comte Léopold Le Hon, comte Joacuim Mcrat. Extrait du procès-verbal du Sénat. Le Sénat ne s'oppose pas à la promulgation de la loi ayant pour objet do prolonger la durée de deux brevets accordés en 1845 et en 1846 à M. Sax, fabricant d'instruments de musique. Délibéré et voté en séance, au palais du Sénat, le 24 juillet 1860. Le président, Les secrétaires, Signé : Troplong. Signé: A. Laity, comte de Grossolles-Flamarens, baron T. de Lacrosse. Vu et scellé du sceau du Sénat, Le sénateur secrétaire, Signé : Baron T. de Lacrosse. Mandons et ordonnons que les présentes, revêtues du sceau de l'État et insérées au Bulletin des lois, soient adressées aux Cours, aux tribu- naux et aux autorités administratives, pour qu'ils les inscrivent sur leurs registres, les observent et les fassent observer, et notre ministre secrétaire d'Etat au département de la justice est chargé d'en surveiller la publication. Fait au palais de Saint-Cloud, le 1°' août 1860. . Signé : NAPOLÉON. Vu et scellé du grand sceau. Le garde des sceaux, ministre Par l'Empereur : secrétaire d'Etat au département de la justice, Le ministre d'État, Signé : DelanGle. Signé : Acuille Fould. REVUE DES THÉÂTRES. Théâtre-Français : Débuts de Guichard et de Mlle Ponsin. — Odéon : Débuis de Mlle Karoly et de M. Dubarry. — Gymnase : le Voyage de M. Perrichon, comédie en quatre actes, par MM. E. Labiche et E. Martin.— Variétés : Une chasse à Saint-Germain, vaudeville en deux actes, par MM. R. Deslandes et Moreau ; Joseph Prudhomme, chef de brigands, vaudeville en trois actes, par H. Monnier ; reprises de Madame et monsieur Pinchon et (Y Une fille terrible.— Palais-Royal: Un jeune homme en loca- tion, vaudeville de MM. H. Lefebvre et Dubruel. — Porte-Saint- Martin : le Pied de mouton, féerie-ballet-revue en vingt et un tableaux, par MM. H. Cogniard et H. Crémieux. Les débuts continuent à la Comédie-Française et à l'Odéon. Il y a longtemps que la tragédie ne s'est trouvée à pareille fête ; c'est à faire croire qu'elle est ressucitée. Cette illusion est due à la manière brillante avec laquelle Guichard a interprété certaines parties du rôle d'Oreste, dans ï'Andromaque de Racine, ainsi qu'un grand bruit qui s'est fait à l'occasion du début d'une demoiselle Karoly, dans Camille d'Horace. En réalité, nous croyons que Guichard, artiste soigneux et convaincu, finira par conquérir une place honorable dans le répertoire du Théâtre-Français, et que Mlle Karoly, si elle ne se laisse pas aveugler par un triomphe factice et si elle se corrige des exagérations qui déparent son jeu, comptera bientôt au nombre des bons comédiens de l'Odéon. Dans Andromaque, Mlle Devoyod, chargée du rôle d'Her- mione, s'est fait très -légitimement applaudir à côté de Guichard; dans Horace, un jeune homme du nom de Dubarry a fait preuve de qualités sérieuses et qui ont droit à des encouragements. Pour clore cette chronique des débuts annuels, constatons que Mlle Ponsin, pre- mier prix du Conservatoire, qui s'est montrée d'abord dans Y Ecole des vieillards, a obtenu un succès bien marqué dans le Jeu de l'amour et du hasard. — Le Gymnase a joué, sous le titre du Voyage de M. Perrichon, une pièce en quaLre actes, qui, pour la forme, ressemble singulièrement à un vaudeville sanscouplets, mais qui, pour le fond, renferme une idée de bonne et joyeuse comédie. Les auteurs, MM. Labiche et Edouard Mar- tin, ont mis en évidence cette vérité que, pour obtenir les bonnes grâces d'un bourgeois vaniteux, un service rendu est bien moins efficace qu'un service reçu. Témoin M. Perrichon qui, dans un voyage en Suisse, a été retiré d'un précipice par M. Armand, et qui, à son tour, a sauvé M. Daniel d'un danger à peu près identique. Vous croyez peut-être que ce brave Perrichon, guidé par un sentiment de reconnaissance, que bien des gens trouveraient naturel, va se prendre d'une belle amitié pour M. Armand, et lui octroyer d'emblée la main de sa fille Henriette, que celui-ci convoite? Pas du tout; l'amour-pro- pre froissé du bourgeois ne se paie pas de cette monnaie ; l'obligation qu'il a contractée envers M. Armand lui devient odieuse, et il s'ac- commode bien mieux du rôle d'obligé que M. Daniel a pris vis-à-vis de lui. Une fois ce caractère tracé, les maladresses de M. Armand achèvent de le ruiner dans l'esprit du père d'Henriette, tandis que M. Daniel, mieux avisé, exploite son orgueil, et deviendrait à coup sûr son gendre, sans une circonstance fortuite qui dévoile sa ruse, et fait regagner à son rival tout le terrain perdu. Ce thème, beaucoup moius paradoxal qu'il en a l'air de prime abord, est développé avec une verve, une franchise, une rondeur, qui font du Voyage de M. Perri- chon une odyssée des plus amusantes. Le type principal convient merveilleusement au talent de Geoffroy, qui y retrouvera son succès du Bourgeois de. Paris. — Depuis que la Fille du Diable a disparu de l'affiche des Va- riétés, deux nouveautés et deux reprises ont succédé à cette féerie centenaire, mais n'ont pas hérité du secret de ses receltes. Une chasse à Saint-Germain, c'est l'histoire drolatique d'un peintre qui, à la veille de se marier, se voit en butte aux poursuites de trois an- ciennes maîtresses, et n'échappe aux conséquences de cet hallali com- DE FA IIIS. 337 promenant qu'en les faisant passer, aux yeux de sa future, pour les Dulcinées de trois Don Quichotte de ses amis. Joseph Prudhomme, chef de brigands, est une pièce en trois actes dont les prétentions, bien autrement élevées que celles du vaudeville précédent, ne sont cependant guère mieux justifiées. La création de Joseph Prudhomme, l'illustre élève de Brard et Saint-Omer, l'expert assermenté près les cours et tribunaux, appartient de vieille date à Henri Monnier, qui, après en avoir crayonné l'originale physionomie, l'a promenée pen- dant trente ans en sa personne, sur toutes nos scènes parisiennes. Certes, la caricature et le théâtre ont inventé peu de types aussi com- plets, aussi bien réussis que celui-là, mais il a eu son temps, et, à force de se prodiguer, il a terriblement blasé le public sur son compte. C'est ce qui explique Tassez triste accueil que l'on a fait à sa nou- velle et dernière incarnation en chef de brigands, quoiqu'il y ait de bonnes choses dans celle bouffonnerie, et qu'Henri Monnier y soit fort plaisant, dans l'acte surtout où il cherche à ramener ses affreux bandits italiens dans le sentier de la vertu. On a revu avec plaisir, au même théâtre, Madame et Monsieur Pinchon, ancien vaudeville rajeuni par Charles Potier et par Mlle Lu- cile Durand, ainsi qu' Une fille terrible, autre joli vaudeville qu'on a repris pour les débuts de Mlle Leblanc. — Au Palais -Royal, un quiproquo résultant de l'usage, vrai ou supposé, de louer des danseurs pour un bal, comme on loue des ban- quettes, a fourni à MM. H. Lefèvre et Dubruel quelques scènes spiri- tuelles, rassemblées sous le titre d' Un jeune homme en location. — Dans ce moment, on ne joue au boulevard que des reprises, et c'est partout une véritable pluie d'argent. A voir tous ces vieux titres qui s'étalent pompeusement au frontispice des théâtres, depuis la Porte-Saint-Martin jusqu'à la Bastille, on se demande avec inquiétude ce que deviendra le métier d'auteur dramatique, si cela continue. Heureusement que cette manie d'exhibitions rétrospectives est plus apparente que réelle ; ainsi, c'est bien le Pied de mouton qu'on applaudit chaque soir sur la scène de la Porte-Saint-Martin ; mais c'est moins le Pied de mouton de Martainville que celui de MM. Co- gniard et H. Crémieux. Martainville aurait peine, en elfet, à reconnaître son œuvre, à travers les douze tableaux qui y ont été ajoutés et qui n'ont pour ainsi dire conservé de l'ancienne pièce que les noms si connus des personnages, Guzman, ISigaudinos, Lazarille. Il y a loin des trucs vieillis, des décorations mesquines, du spectacle indigent, qui, pendant près de quarante ans, ont suffisamment protégé cet essai précurseur de nos grandes féeries modernes, aux magnificences de mise en scène que M. Fournier a déployées dans cette nouvelle édition considérablement revue et augmentée. Tout un corps de ballet a été amené à grands frais d'Angleterre pour nous fournir un échantillon des grâces et des séductions de Covent-Garden. Des danseuses fran- çaises ou italiennes, parmi lesquelles brillent au premier rang Mmes Carlotta de Vecehi et Magny, ont été adjointes à cet essaim de beautés britanniques. Le Vaudeville a prêté un de ses bons comiques, Parade, pour jouer Nigaudinos ; Laurent s'est surpassé dans le rôle de Lazarille ; Mlles Nelly, Céline Montalant, Daudoird, se sont partagé les autres personnages de quelque importance et y ont fait assaut de malice et de gentillesse ; enfin le décorateur et le machiniste ont reculé les bornes du possible dans les tableaux de la fontaine mer- veilleuse et de l'apothéose finale. Semblable à Guzman, M. Marc Fournier, en accomplissant tous ces prodiges, a sans doute voulu prou- ver qu'il ne connaissait pas d'obstacles, et le public lui donne raison par ses bravos et par son affiuence. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. „** Le théâtre impérial de l'Opéra a donné lundi Sémiramis avec les sœurs Marçhisio. Mercredi, Pierre de Médiats a reparu sur l'affiche. — La reprise daProphêle, retardée par l'indisposition de JimeTedesco, aura lieu prochainement.— On prépare une reprise deGuitluume Tell; Mlle Car- lotta Marçhisio chantera le rôle de Mathilde, dans lequel on rétablira l'air et la scène qu'on avait cessé de chanter depuis la réduction en trois actes du chef-d'œuvre de Rossini. — Le ballet composé par Mlle Ta- glioni pour Mlle Emma Livry sera représenté du 15 au 23 octobre. La jeune artiste le répète avec activité sous les yeux de la célèbre dan- seuse ; on dit merveille des principaux pas que doit exécuter Mlle Livry dans la nouvelle oeuvre chorégraphique ; on cite entre autres une ma- zurka, au premier tableau; la valse des rayons, au deuxième, un pas noble avec Mérante, et enfin un pas final de la plus grande originalité. *** La reprise du Pardon de Ploërmel ne pouvait se faire longtemps attendre à l'Opéra-Comique. Elle est donc annoncée pour le mois pro- chain ; mais M. Beaumont a eu l'heureuse idée de faire jouer le rôle d'IIoel par Mlle Wertheimber, qui a su si bien s'assimiler celui de Pig- malion, écrit pour une basse-taille, et qui, par la nature de son organe et de son talent dramatique, est dans les plus belles conditions pour en faire ressortir toutes les beautés. La jeune artiste a donc été engagée à cet effet. Mlle Monrose chantera le rôle de Dinorah, qu'elle sait parfai- tement. Meyerbeer et MM. Carré et Barbier ont complètement approuvé cette nouvelle distribution. *** Les répétitions de l'opéra en trois actes de Scribe et J. Offenbaeh se poursuivent activement La direction prépare pour la musique nou- velle de l'auteur de tant d'oeuvres devenues populaires, des décorations et une mise en scène splendides. *% La prochaine saison du théâtre Italien s'annonce de la façon la plus brillante. Le bureau de location est littéralement envahi, et Uon compte déjà parmi les abonnés les plus grands noms de la noblesse et de la finance. ,,% Le théâtre Lyrique annonce pour la semaine prochaine la pre- mière représentation du Val d'Andorre. La reprise de cet ouvrage, im- portante à tous égards, est l'objet des soins les plus assidus. De nouveaux engagements ont été contractés; ainsi, outre Battaille, qui était inimita- ble dans le rôle du chevrier, nous verrons reparaître Mme Meillet, spé- cialement engagée, et M. Monjauze, dans les rôles de Rose-de-Mai et du chasseur Stephan. M. Meillet se présentera dans le personnage de Le- joyeux et M. Fromant dans celui de Saturnin. Mlle Roziès continuera les heureux débuts qu'elle vient de faire dans les Dragons de Yillars, de A. Maillart, dans le rôle de Georgette. Le rôle de la fermière Thé- rèse sera rempli par une débutante, Mme Zevaco, à laquelle on ac- corde un précieux talent dans un emploi devenu très-rare aujourd'hui, celui des jeunes mères. — On vient de mettre à l'étude un opéra en un acte de Théodore Barrière et Carré, dont M. Léo Delibes a écrit la mu- sique.— Les répétitions de l'opéra de Maillart, les Pécheurs de Catane, se poursuivent activement. „% Les Dragons de Villars ont été donnés quatre fois cette semaine. Mmelloziès continue à être très -applaudie dans le rôle de Rose Friquet. Les exigences du répertoire ont obligé la direction â apporter quelques changements dans la distribution. Delaunay-Riquier a pris possession du rôle de Sylvain et Lesage a remplacé Grillon dans le personnage de Bellamy. — Les Valets de Gascogne font toujours grand plaisir. La charmante partition de M. Alfred Dufresne gagne chaque soir dans la faveur du pu- blic. „,*„, Un différend regrettable vient de surgir entre la direction du théâtre Lyrique et l'auteur du Sclam et de Maître Wolfram. M. E. Reyer a écrit, sur un poëme de MM. Michel Carré et Jules Barbier, une parti- tion en trois actes qui, aux termes d'un traité passé entre les auteurs et M. Carvalho, alors directeur du théâtre Lyrique, devait être exécutée à la réouverture du théâtre. C'était là le délai de rigueur. Lorsque M. Réty prit la succession de M. Carvalho, il pria M. Reyer de vouloir bien ajourner au mois de décembre la représentation de son ouvrage. M. Reyer et ses collaborateurs y consentirent. Aujourd'hui, par suite de nouvelles combinaisons, de nouveaux engagements qu'il ne nous appar- tient pas de discuter ni d'apprécier, M. Réty se trouverait dans la néces- sité de renvoyer l'ouvrage de M. Réyer à une époque indéterminée. Les auteurs se refusent à accepter ce délai, dont la date leur paraît un peu trop incertaine. L'affaire va donc être portée devant un tribunal com- pétent, à moins que la commission des auteurs n'intervienne en faveur de M. Reyer et de ses collaborateurs. Un dédit, si élevé qu'en soit le chiffre, n'indemnise jamais un compositeur du silence auquel il est condamné, surtout lorsqu'il a produit une œuvre soigneusement et longuement élaborée, sur le succès de laquelle il a quelque raison de REVUE ET GAZETTE MUSICALE compter. Espérons, pour les auteurs, comme pour le théâtre Lyrique, que cette affaire s'arrangera à l'amiable, à la satisfaction des parties intéressées et du public. t% Mme Marie Cabel est attendue à Saint-Etienne, où elle doit donner une série de représentations. „*t Mlle Masson, dont nous avions mentionné le succès à Bade, au grand concert du 8 septembre, vient d'être engagée au théâtre de la Pergola pour y créer spécialement le rôle de Fidès, d'il Profela. „% M. Auguste Morel, directeur du Conservatoire impérial de musique de Marseille, vient d'être décoré par S. M. l'Empereur ; M. Léopold A mat a été honoré de la même distinction. ,„% M. Iîegli, rédacteur en chef du journal II Pirata, a publié, par ordre alphabétique, les biographies des artistes et des poètes qui de- .puis le commencement du siècle ont figuré sur les théâtres de l'Italie. t*t On lit dans la Gazette de Cologne : « Aux nombreuses fêtes germa- niques de cette année, la ville de Liège va ajouter un festival, auquel sont invitées les Sociétés de chant de la Belgique, de l'Allemagne, de la France et de la Hollande. Cette solennité acquiert d'autant plus d'im- portance, qu'elle aura lieu à l'occasion de la présence du roi des Belges dans cette ville et fournira aux quatr* peuples l'occasion de se livrer un paisible combat, et de manifester, sous les yeux de ce souverain aimé, leur bonne intelligence. En outre, ce sera pour les Allemands l'occasion de soutenir leur ancienne réputation de chanteurs. Nous souhaitons que les Sociétés allemandes prennent part en grand nombre à ce festival, qui aura lieu les 14 et 15 octobre. » x** Le monument de Weber, par Rietschel, doit être inauguré a Dresde, dans les derniers jours de septembre; il a été érigé sur la place derrière le théâtre. *** Le comité d'administration de la Société de Sainte-Cécile de Bor- deaux vient de publier le programme de son concours de composition musicale (opéra-comique). En voici le texte: « Art. 1er. La pièce en un acte, couronnée par la Société de Sainte-Cécile, Une aventure sous la Ligue, par MM. de Bruge et Montcavrel, est proposée comme sujet de concours aux compositeurs de musique. — Art. 2. Cette pièce, impri- mée par les soins de la Société et à ses frais, est tenue à la disposition des compositeurs qui en feront la demande, directement ou par écrit, à M. le vice-président de la Société de Sainte-Cécile, place Puy-Paulin, \, à Bordeaux, ou à M. Elwart, professeur au Conservatoire, rue Laffitte, 43, à Paris. Néanmoins, pour prévenir tout abus, la remise du livret ne sera faite que moyennant une redevance de cinq francs au profit de la caisse de secours de la Société. — Art. 3. Il ne devra être fait au livret, en vue du concours, aucun changement par le musicien. Seulement, le prix une fois décerné, les auteurs des paroles et le musicien couronné pourront s'entendre pour apporter à leur œuvre commune telles modifi- cations qu'ils jugeront convenables, à la condition formelle qu'elles seront agréées par le comité d'administration de la Société. — Art. 4. Les auteurs du poème couronné restent propriétaires de leur œuvre. En conséquence, les compositeurs qui auront pris part au concours sans obtenir le prix, n'auront aucun droit de publier ou de faire représenter l'opéra résultant de cette collaboration ; ils pourront seulement disposer comme ils l'entendront de la musique par eux composée. — Art S. Le délai accordé aux concurrents est de six mois, à partir du 1" septembre. Le concours sera clos le 1er mars 1861. — Art. 6. Le prix à décerner est de mille francs, offerts à la Société par la ville de Bordeaux, en vue du présent concours. — Art. 7. La Société prend, en outre, l'engagement de faire représenter, dans les meilleures conditions d'exécution et de mise en scène qui lui seront possibles, l'opéra couronné sur la scène du Grand-Théâtre de Bordeaux, et d'en obtenir l'admission et la mise a l'étude dès que le prix aura été décerné au musicien. — Art. S. Un prix unique sera décerné. Dans aucun cas, il ne pourra être accordé par le jury d'autres prix, récompenses ou mentions. — Art. 9. Les partitions devront être adressées, sous un pli cacheté et franco, à M. le secrétaire général de la Société de Sainte-Cécile, cours du Jardin-Public, 64. Les plis cachetés devront porter en suscription une épigraphe qui sera reproduite sur la partition. — Art. 10. Les manuscrits ne seront communiqués qu'aux membres du jury, et le comité de Sainte-Cécile se porte fort de leur entière discrétion. — Art. 11. Toutes les partitions autres que celle qui aura été couronnée seront tenues à la disposition de leurs auteurs. Celles qui ne seront pas retirées resteront secrètes dans les archives de la Société. Les plis cachetés seront restitués en même temps que les par- titions. Les auteurs devront seulement justifier, par la production de l'épigraphe, de leur droit de propriété sur l'œuvre. — Art. 12. La Société ne prétend â aucune part dans les droits d'auteur ; elle se réserve seu- lement la première représentation dp l'opéra couronné en faveur de ses pauvres. » *** La clôture annuelle des Concerts-Musard est fixée au 30 septem- bre. Le public dilettante profite des quelques belles soirées que uous avons encore pour se rendre chaque jour dans ce jardin, le mieux fré- quenté de Paris. CHRONIQUE DEPARTEMENTALE. *** Boulogne-sur-Mer, 20 septembre. — La soirée musicale donnée à l'établissementdes Bains par Bazziniet MmcSanchioli avait attiré un public nombreux et connaisseur. Mme Sauehioli a enchanté et surpris l'auditoire par sa voix sympathique, autant que par sa méthode excellente ; aussi, les applaudissements unanimes ne lui ont pas manqué. Bazzini, dont la renommée est si bien établie dans cette ville, n'a pas été moins heu- reux : l'expression de son jeu a produit des effets irrésistibles. Les deux célèbres artistes s'étaient adjoint l'habile pianiste et professeur, MlleGuilmant, ainsi que son frère Alexandre, jeune organiste composi- teur d'un brillant avenir. La sœur et le frère se sont distingués dans un duo pour harmonium et piano ; ce dernier instrument, l'un des meilleurs qui soient sortis des ateliers Erard, a été expressément envoyé pour les concerts de l'établissement des Bains. „*„, Nantes. — Les débuts de la troupe d'opéra ont eu lieu dans Ro- bert le Diable. Mile Léontine Desterbecq, qui paraissait pour la première fois dans le rôle d'Alice, a obtenu un véritable triomphe; M. Warnots (Kaimbautj et M. Bertrand (Robert) ont très-bien secondé la débu- tante. t*t Trouville, 20 septembre. — Notre plage n'oubliera pas le nom de l'habile pianiste D. Zompi, qui vient d'exécuter avec beaucoup de succès plusieurs œuvres de sa composition au Casino, ainsi qu'au théâtre. »* t Bordeaux. — M. Mirapelli a fait ses deux premiers débuts dans la Juive et les Huguenots. Malgré les qualités incontestables qui ont placé depuis plusieurs années ce jeune artiste au rang de nos meilleurs ténors de la province, M. Mirapelli a dû se retirer devant l'opposition qui s'est . manifestée dans le courant delà représentation. Mlle Charry a obtenu de véritables ovations dans le rôle de Valentine. M. Dulaurens, s'est fait applaudir dans Guillaume Tell. Mme de Joly vient de faire une l'en- trée triomphale dans la Sirène, en compagnie de M. Puget, dont les re- présentations sont très-suivies. *** Nice. — Il y aura cet hiver, comme les années précédentes, opéra italien ; parmi les artistes engagés on cite Mme Giulia Sanchioli. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. t*x Bade. — La nouvelle comédie de Méry, les Deux théâtres, a été représentée le 15. et le 17 septembre aux grands applaudissements de l'aristocratique auditoire invité à la juger.— Le 18, a eu lieu une fête de bienfaisance au profit des chrétiens de Syrie. Le programme avait été composé de façon à piquer vivement la curiosité ; un proverbe inédit de M. le comte d'Osmond : La voiture de Madame est avancée, in- terprété par Bressant, Sainte-Foy, Augustine Brohan et Lemaire, du théâtre de Strasbourg, et une. ouverture, annoncée sous le titre de : Sou- venir du Volksgarten (jardin du Peuple), devaient montrer le talent du noble comte sous deux aspects. La tentative lui a fort réussi et Ton a re- connu dans ces deux œuvres différentes un véritable talent d'écrivain et de compositeur. — Sivori, dans un morceau solo et dans un duo pour violon e.t piano avec Mme Bosa Kastner-Escudier, a, suivant son habitude, soulevé d'enthousiastes bravos. L'orchestre a magistralement exécuté les ouvertures du Freischutz, de Weber, et de la Grotte de Fin- gai, de Mendelssohn. La recette s'est élevée â 6,000 fr. — Nous attendons maintenant l'opéra- comique en un acte, la Comète de Cassini, de Méry et Cormon, musique de Vivier. Les interprètes sont à Bade ; le célèbre corniste lui-même est arrivé, et les répétitions vont commencer dans quelques jours. „** Bruxelles. — Nous pouvons aujourd'hui nous prononcer sur Mme Litschner ; après les trois débuts d'usage , le public , qui avait écouté attentivement la cantatrice pendant ses deux premières épreuves, s'est prononcé contre son admission. Mlle Litschner possède cependant de bonnes qualités, elle a de la voix, atteint facilement les registres élevés et sait vocaliser ; mais l'art des nuances lui manque. — L'événe- ment capital de la saison est l'apparition de notre nouveau ténor, M. Jour- dan , qui a conquis du premier coup tous les suffrages. Après avoir chanté le rôle de Lorédan dans Haydée, il a fait son second début dans les Mousquetaires de la Reine, aux applaudissements de tous. M. Bataille, basse chantante, a fait ses débuts dans Haxjdee et dans Saint Bris, des Hu- guenots.— On a repris dimanche le Domino noir avec Jourdan et Mme Bou- lart. Il y avait longtemps que cette charmante partition n'avait été aussi bien exécutée. „% Tournai. — A l'occasion des fêtes de cette ville, M. Wicart, pre- mier ténor du théâtre de la Monnaie , a donné un grand concert dans le salon delà reine; M. Wicart, secondé par M. d'Angles et Mlle Bru- netti, a été fort applaudi. DE PARIS. 339 ,*„, Londres. — RI. Talexy vient de louer le théâtre bijou ou plutôt l'a salle de concert du théâtre de Sa Majesté, pour y continuer ses re- présentations de comédie française. L'ouverture est fixée aux premiers jours de novembre. 3,% Manchester. — La troupe composée par Beale, le célèbre imprésa- rio anglais, dont nous avons annoncé la formation, est en ce moment dans notre ville, où elle obtient les succès les plus brillants. Mme Borghi- Mamo a été rappelée, bissée, acclamée, et la représentation du lia été pour la prima' donna à la mode une véritable fête. M VI. Valsovain, Via- letli et Giuglini ont vaillamment secondé la cantatrice. — Giuglini et Mlle Titjens sont engagés extraordinairement à Londres pour le mois pro- chain; mais auparavant les deux célèbres artistes se feront entendre au festival de Norwich, qui aura lieu vers la fin de ce mois. Leur engage- ment a été conclu aux plus brillantes conditions. „;*„ Vienne. — ■ La reprise de Y Etoile du Nord avait, attiré une affluence extraordinaire au théâtre de la Cour. M. Beck (Peters), et Mlle YVildauer (Catherine), se sont partagé les honneurs de la soirée. M. Eckert, ex- directeur de cet établissement, écrit en ce moment un opéra nouveau, le Prince d'Orange. „(►. Berlin. — Rleyerbeer est de retour en cette ville. — Mme Rlio- lan-Carvalho a fait ses débuts au théâtre Royal dans le Barbier de Séville. Ce début a été un véritable triomphe. Les variations du Car- naval de Venise, intercalées dans la leçon de chant, ont été bissées. Pour se conformer à l'usage- qui veut qu'en Allemagne on ajoute au Barbier un rondo final, Rime Carvalho a chanté les couplets de l'Abeille de la Reine Topaze ; l'effet a été magique. La charmante cantatrice est attendue à Paris pour le commencement d'octobre — Rime Cash, qui a été attachée pendant quelque temps au théâtre royal de Hanovre, a dé- buté avec succès dans les Huguenots, où elle a chanté le rôle si drama- tique de Valentine. La salle Kroll a fait sa clôture avec Zampa. Les re- présentations de la troupe Merelli commenceront le "27 septembre par Sèmiramis, de Rossini. t\ Cologne. — Le 16 septembre, la troupe italienne de Merelli nous a fait ses adieux par une excellente représentation de Aro>-ma. Le public, qui était très nombreux, a donné aux acteurs, à différentes reprises, d'éclatants témoignages de satisfaction. A la fin du spectacle, Mme Tre- belli a chanté un air de l'Italiana inAlgieri, qui a eu le plus grand succès. ,% Leipzig. — Robert le Diable, qui, au grand regret du public, avait disparu depuis quelque temps du répertoire, va faire sa réapparition avec des décors et des costumes entièrement, neufs. » „% Rotterdam. — La question du théâtre National et de l'Opéra alle- mand vient d'être décidée : les actionnaires ont réuni tSO.OOO florins et ont nommé une commission administrative composée de notables de la ville. On s'occupe de la formation d'une troupe d'Opéra allemand qui ne puisse rien laisser à désirer sous le rapport de la valeur artistique. La célèbre basse Cari Formés en ferait partie. 4*4 Breslau. — Pour l'anniversaire séculaire de la mort de Cherubini le théâtre de la ville a donné les Deux journées, opéra qui, dès son appa- rition, obtint un succès d'enthousiasme en Allemagne, où il s'est con- servé constamment au répertoire. — Rille Margaritha Zirndorfer, qui a obtenu de grands succès à Riga, à Francfort, et tout dernièrement à Wiesbaden en chantant avec le ténor Niemann, vient d'être engagée par la direction du théâtre de la ville, qui fonde les plus légitimes espéran- ces sur le talent de cette jeune et charmante cantatrice. *% Upsala.^- Au moment où Jenny Liftd, qui avait séjourné quelque temps parmi nous, venait de s'embarquer pour Stockholm, un certain nombre d'étudiants lui donnait une sérénade à bord d'une embarca- tion. Au moment du départ, les trop enthousiastes admirateurs de la célèbre cantatrice se portèrent brusquement à la partie antérieure du bateau, qui chavira. Ce bain involontaire ne refroidit nullement l'enthou- siasme des étudiants, qui se cramponnèrent à la coque de l'embarcation et continuèrent à chanter : un des chanteurs qui n'avait pu tr»uver place sur la barque accompagnait en nageant. Sur l'avertissement du capitaine du steamer, les jeunes gens se décidèrent enfin à regagner la côte, après un hurrâh formidable neuf fois répété. g% Florence. — RI. Lanari vient d'obtenir l'entreprise du théâtre de la Pergola. „.% Saint-Pétersbourg. — Le théâtre Marie (l'ancien Cirque) ouvrira le 23 septembre :■ on ne sait pas encore si c'est l'opéra national ou l'opéra italien qui doit l'occuper. Quoi qu'il en soit,- c'est la plus élégante et la plus riche salle de spectacle que nous ayons et la seule qui soit éclairée au gaz. AVIS à MSI. les membres de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique. Plusieurs membres de cette association onl pensé qu'il élait opportun de demander d'urgence à son syndicat la convocation d'une assemblée générale et spéciale, en conformité du § III de l'art. 24 des statuts sociaux. Une lettre se signe en ce mo- ment à cet effet dans les bureaux de la Gazelle musicale, boulevard des Italiens, n° 1, où elle sera communiquée h MM. les sociétaires qui désireraient en prendre connaissance. Mais attendu l'urgence, elle devra être close le mardi 25 à cinq heures du soir. POUR PARAITRE INCESSAMMENT; Chez G. BRANDVS et S. DUFOVR, éditeurs, 103, rue Richelieu. MUSIQUE DE CHANT : LOUIS LACOMBE Cairaemto Poésie de Th. Gautier. Muits «le «fuira — Victor Hugo. IL» ville prise — — finitare — — Ballade — P. S. Nibelle. Clair «1 1* lune — Victor Hugo. LEO MARLVET 17 Abeille, mélodie, paroles de M. Victor de Laprade. Rêverie, paroles de ***. MUSIQUE INSTRUMENTALE : FERDINAND ALDAY Fantaisie de salon sur les motifs de l'Etoile «ira ftioriî, pour orgue. Op. 32. — Ije Carnaval «le Venise, Arrangé d'après Paganini et Ernst, pour violoncelle avec ace. de piano. CHEZ LES MElvIES EDITEURS LE RÉPERTOIRE DU CHAMTEUR ÈS5&S chant des plus célèbres compositeurs anciens et modernes, classés pour les différentes voix. 18 VOLUMES FORMAT IN-S". PRIX. DU VOLUME : 12 FR. NET; RICHEMENT RELIÉ : 1G FR. NET. Chaque volume contient 2i' morceaux, avec paroles françaises ou italiennes. 1 volume contenant GO morceaux appropriés aux exercices «le chaut dans les pensionnats. Ul YRC ITDANPAKr (ï:rtî,8on Populaire), choix Ll OU rnHIiyHlijL d'airs d'opéras, duos, roman- ces, etc., etc., sans accompagnement, des meilleurs auteurs anciens et modernes. 200 livraisons. — Prix de chaque :25 c. nf.t. 340 HEVL'E ET GAZETTE MUSICALE UE PARIS. Chez G. BRANDU8 et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue Richelieu, au 1". TOUILLE P>y©LD©^TrD©IRl RÉPERTOIRE DES ORPHÉONS Collection «les plus beaux checurs p»nr voiv d'iiomnic sans accompagnement. PREMIERE SERIE CHŒURS D'OPERAS PrU 1. Auiiiii 2. — h- De Flotow. H3artha lie Iiac des Fées. . SB nette île Portici. Halévy . Maillaut. Meïeuueeh Alceste Armidc Mie Œahab Dragons de Villars lies Huguenots. . . I^e Prophète .... Itolicrt le-DIaule . Rossini. . . JLe Comte Ory . . — Guillaume Tell . lïohcrt ISrucc Chœur des Etudiants Chœur de la Chapelle Amour sacré de la patrie .". . . Mélodie irlandaise Vivez, aimez Les plaisirs ont choisi pour asile. Couplets du tabac, avec solo . . Prière: Soutien de l'innocent . . Couplets des soldats huguenots . Septuor du duel Appel aux armes Chœur des Buveurs Chœur des Moines Chœur et prière Prière Chœur de la Conjuration. . . . Chœur des Chasseurs Ciiasse et prière du soir .... Prière Chœur bachique avec solo . . . 1 >!■'.! MEME SERIE CHŒURS DEVERS 1. An. Adam.. lies Boulangers 1 2. — lies Fondeurs 1 3. — lies Garçons de restaurant 1 [\ . — lies Horlogers 1 5. — lies Canotiers 1 6. — lies Postillons . 1 7. — L'Enclume 1 8. — lies Charpentiers 1 9. Beethoven . Chant des compagnons 1 10. — Chant élégiaqne l 11. — Hymne du sacrifice, avec solo 1 . lies Canotiers de Paris » . Salut impérial, God save français » Marche du Prince impérial » Hymne national russe > . lia Fuite des captifs, chœur avec solo de ténor Vseult l'impératrice » lies Veilleurs de nuit » . La Chasse au tigre » lies Gondoliers vénitiens » Cavallo Elwaht 10. Labame Chaque partie séparée de Ténor ou de Basse se vend séparément 20 centimes net. (Ces deux séries seront continuées.) POUR PARAITRE PROCHAINEMENT Mwsiqwe Se JPiuno Souvenir à ma CBiiiianiièrc. — Douce ce» cric. RIazurli.it. ■ .a Source, Caprice arrangé pour le piano à quatre mains. Constance, Allegretto. — Op. 87 Vivacité, Caprice-galop de concert. Op. 95. Mon paradis, Andante grazioso. — Op. 87. Un Rêve, Andante. — Op. 84. BE1E FAVAROfiR lies Huguenots, Fantaisie. — Op. 44. I/Escarpolelte, Morceau de salon. — Op. 41. Iffarllia, Fantaisie. — Op. 4S lie Comte Ory Fantaisie. — Op. 43. C«lil>an, grande valse tic yalon. Op. 42, Impromptu. — Clnlr «le lnne. — Sanvenanec. — Ballade. — Polka caractéristique. — Valse élégante. Souvenir du Tjrol. — Op. 127. i^hèdé mm&mM.'um Une Chanson d'autrefois, Arabesque. — Op. 87. Lies Travestissements, Gavotte variée. — Op. S6. Inquiétude, Andante. — Op. 95. Itomance , Etude. — Op. 84. Au nord tic la mer, barcarolle à quatre mains.— Op. 88 EL Deuxième série des ÉCHOS DES OPÉRAS, fantaisies p. piano 1. Kot>eri-ic-Diai>ie Meyerbeer. 2. l,e Pardon de Ploërmel Meyerbeer. 3. Les Dragons de villars Maillart. 4. Martlsa De Flotow. ;». Stradclla ." De Flotow. G. I.e Postillon de Lonjumoan Adam. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. ON S'ABONNE 1 Dans les Déportements et a. l'Étranger, chez les Marchands de Musique, les Libraires, et Bureaux des Messageries et des Posles. I\° 40. 30 Septembre 1860. PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris 24 fr. par an Départements, Belgique et Suisse — 30 -» îd. Le Journal paraît le Dimanche. GAZETTE NaySICALE WM WikMIB* --^xnn/xfv/WVVvv^ — SOMMAIRE. — Histoire de la Société des concerts du Conservatoire impérial de musique, de A. Elwart, par Paul Smith. — Revue critique, par Artolphc Botte. — Biographie universelle des musiciens, par Fitls père. — Séance de l'Académie royale de Bruxelles. — Nouvelles et annonces. HISTOIRE DE LA SOCIÉTÉ DES COKCERTS CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE, Par A.. ELWART. Cette histoire a suivi de près celle du Conservatoire même, dont nous nous occupions dernièrement. Les tieux livres sont venus à leur tour, suivant l'ordre des temps : M. Lassabathie a engendré littérai- rement M. Elwart, comme le Conservatoire a produit musicalement la Société des concerts. Il n'y a plus rien à dire sur cette seconde institution, si ce n'est qu'on ne pouvait souhaiter une glorification plus haute et plus signi- ficative des mérites de la première. Le Conservatoire a donné à la France une école admirable, et la Société des concerts en a fourni une preuve européenne. Qui ne sait, même par delà les monts et les mers, qu'il existe chez nous une société d'artistes, sortis de la même pépinière, habiles à comprendre et à exécuter, mieux que partout ailleurs, les chefs-d'œuvre classiques ? Quel est l'étranger, ami de l'art musical, qui, en arrivant à Paris, ne se hâte de venir frapper à la porte du sanctuaire, où réside la célèbre Société? Hélas ! ce sanc- tuaire n'est guère moins étroit que la maison de Socrate, et, plus d'un étranger s'est vu réduit à s'en retourner, comme il était venu ! C'est pourquoi le livre de M. Elwart s'adresse à deux sortes de lecteurs, ceux qui ont l'heureux privilège d'assister plus ou moins souvent aux séances de la Société des concerts, et ceux qui n'ont jamais pu en franchir le seuil. Les uns, en parcourant cette longue suite de programmes, pieusement recueillis par l'auteur depuis trenle- deux ans, sentiront se réveiller de bien doux souvenirs ; ainsi le fin gastronome retrouve encore des jouissances en relisant le menu de ses festins passés! Les autres, mêlant les regrets à l'extase, laisseront plus d'une fois échapper l'exclamation virgilienne : O fortunatos niiniùm .' Ils feuilletteront l'ouvrage de M. Elwart et rêveront le reste I Pour nous, qui n'en sommes pas réduits à rêver seulement, nous n'en regardons pas moins la collection des programmes comme la partie essentielle de l'œuvre, dont ils remplissent presque la moitié. Là en effet sont les véritables annales de la Société ; si l'on ignorait encore pourquoi elle a été fondée, on le reconnaîtrait bien vite en jetant un coup d'œil sur le résumé de ses travaux, en voyant de quelle manière s'est réparti le chiffre des exécutions entre les maîtres souverains de la symphonie: le père, le fils et le saint-esprit 1 Haydn en a obtenu 58 ; Mozart 37, et Beethoven 230 ! Donc la Société a vécu par Beethoven et pour Beethoven. Habeneck, son fondateur, ne son- geait à autre chose qu'à bâtir une Église destinée au culte de Bee- thoven et à la publication de son évangile. Il lui aurait dit volontiers, comme Jésus à Pierre : « Tu es Pelrus et super hanc petram œdifi- » cabo Ecclcsium meam. » Habeneck était un homme qui couvait longtemps ses idées ; il en a tant mûri quelques-unes, qu'il lui est arrivé de mourir avant leur éclosion. Par bonheur, il était encore jeune lorsqu'il conçut le projet de la Société qui lui doit le jour. Souvent il nous a raconté qu'alors, dans les occasions solennelles, de toutes les œuvres du maître, on n'osait exécuter que l'andante de la symphonie en la, en affublant cette sublime inspiration du titre assez curieux de la Noce de village. Il nous a dit aussi comment, ayant in- vité plusieurs bons musiciens de ses amis à venir déjeuner chez lui pour faire de la musique ensuite, il leur proposa de changer l'ordre et, pour plus de sûreté, de commencer par où l'on devait finir. Ce déjeuner, transformé en dîner, lui coûta bien des flacons de son meil- leur vin, mais en échange combien lui valut- il de gloire et de bonheur! A compter de ce jour, Beethoven élait vengé : son règne allait com- mencer en France. Désormais le nom d'Habeneck avait mérité de de- venir inséparable du sien. M. Elwart a bien fait de joindre la biographie du grand chef d'or- chestre aux lettres qu'il écrivit sur le grand compositeur, lors, de l'érection de sa slatue à Bonn, sa ville natale, en 1845. Il a bien fait aussi de donner comme préambule à l'histoire de la Société des con- certs une esquisse des concerts spirituels et autres qui l'ont précédée ou suivie. Mais qu'il nous permette de le lui dire, parce que la cri- tique ne perd jamais ses droits, pourquoi avant tout cela un précis sur l'histoire générale de la musique? Et pourquoi pas un précis de l'histoire de France? Le Conservatoire, la Société des concerts appar- tiennent également à l'art et à la nation, que dis-je ? à l'histoire uni- verselle. M. Elwart le sait, puisque son précis débute par ces mots : « Écrire l'histoire de la musique, c'est aussi écrire celle du genre hu- » main. » Mais ce serait un peu long, il faut savoir se borner. Pour M. Elwart la suppression du précis eût été d'autant plus avantageuse qu'elle eût retranché du même coup une liste de théoriciens mo- 3Z|2 REVUE ET GAZETTE MUSICALE dernes composée de la plus étrange sorte, et dans laquelle sont ac- coup lés des noms dont le rapprochement seul est une hérésie. Tandis que nous sommes en train, conseillons à l'auteur de corri- ger, dans une seconde édition, quelques erreurs qui lui sont échap- pées, comme, par exemple, lorsqu'il dit, dans une de ses annotations au bas des programmes, qu'en 1793, année où Lesueur donna la Ca- verne, Cherubini était fort du succès des Devx journées, qui ne furent jouées qu'en 1800. D'un second trait de plume, il biffera, dans une autre annotation, le madrigal tombé de YAlmanach des muses sur Bottesini, le prodigieux contre-bassiste. Enfin, à propos de Turbri, qu; a pu donner de bons conseils, mais qui a composé de bien mauvaise musique, mettant de côté l'amitié, la reconnaissance, il ne dira plus que sa réputation eût été plus populaire (elle ne l'a pas été du tout), « si un caractère original et un manque total de savoir-faire » ne l'avaient, bien injustement, tenu éloigné des dispensateurs de » la gloire, que certains personnages ont trouvé le moyen de mono- » poliser à leur profit. » Parmi les dispensateurs de la gloire, le meilleur de tous, c'est le public. Les certains personnages qui mo- nopolisent la gloire ne seraient-ils pas par hasard les hommes de génie et de talent? Que l'obscurité soit légère à ceux que leur bizar- rerie et leur maladresse empêchent, justement ou non, de prendre leur place au soleil ! A côté de la grande Société des concerts, une autre réunion se constitua bientôt sous le litre de Société mineure. M. Fétis l'annonça comme il suit dans sa Revue musicale, numéro 40 de l'année 1828 : « L'émulation qui devait naître des applaudissements prodigués par » le public à l'exécution merveilleuse qui brillait dans ces concerts » (ceux de l'aînée), n'a pas tardé à se manifester. Une Société nou- » velle s'est furmée entre les jeunes élèves des classes de l'École » royale de musique, ayant pour but de consolider le talent des exé- » culants en l'exposant aux regards du public et de faire entendre les » productions, ou plutôt les essais des élèves compositeurs qui sont » encore sur les bancs de l'école. M. Cherubini a autorisé cette asso- » ciation et lui a accordé la petite salle de l'Ecole royale pour ses » exercices. » M. Elwart, l'un des premiers, avait conçu l'idée et le plan de cette création avec MM. Nargot et Hippolyte Gasse, auxquels se joignirent de nombreux adhérents. La direction en revenait de droit à l'auteur principal. « Le premier concert, dit M. Elwart, eut » lieu le 16 juin 1828. Il fut suivi de cinq autres qui, comme le pre- » mier, firent salle comble. D'abord, ajoute l'historien, il y avait eu » des choristes femmes; mais M. Cherubini, par un excès de pru ■ » dence que rien ne justifiait, défendit que les jeunes demoiselles des » classes de chant figurassent dans les concerts soit comme solistes, » soit comme simples choristes : de sorte que les compositeurs en » herbe de la Société mineure se virent dans l'obligation de faire » chanter les airs de soprano et de contralto par des ténors et des » basses-tailles. Les seuls morceaux de piano et de harpe purent être » exécutés par des élèves femmes. On comprendra le désespoir des » élèves de Lesueur, de Boïeldieu, de Berton, de Fétis et de Reicha. » Malgré leurs respectueuses réclamations , Cherubini demeura in- » llexible. » Placés dans la même situation que les Romains avant l'enlèvement des Sabines, les héros de la jeune Société ne la soutinrent pas moins avec honneur pendant six années. Remarquons qu'il était interdit d'exécuter d'autre musique que celle qu'avaient composée les élèves, sauf toutefois les solos pour instruments. En 1834, M. Elwart, couronné par l'Académie des beaux-arts, partit pour Rome, et son oeuvre ne put subsister sans lui. Nous le félicitons de l'avoir sauvée de l'oubli, en consignant dans quelques pages le souvenir des services qu'elle a rendus, et du bien qu'elle a fait dans sa courte existence. L'avenir de la Société des concerts préoccupe naturellement son historien. Avoir popularisé parmi nous les symphonies de Beethoven, c'est beaucoup sans doute ; mais est-ce tout ce qu'on est en droit d'attendre d'elle et de lui demander ? Jusqu'à ce moment, constatons que le public ne lui demande rien autre chose, et la preuve, c'est qu'il accourt en foule a chaque concert qu'elle donne, et remplit la salle du haut en bas. Cette salle, toujours trop petite, ne pourrait-elle être agrandie, ou bien le nombre des concerts ne devrait-il pas être augmenté? Deux questions plus grosses et plus graves qu'elles n'en ont l'apparence. D'abord, quant à la salle, il serait fort dangereux d'y toucher : son excellence, que l'on compare à celle d'un itradivarias, tient à ses dimensions, non moins qu'aux matériaux dont elle est faite. Quand on transporte le même orchestre et les mêmes symphonies de la salle de la rue Bergère dans celle de la rue LePeletier, on sait ce qu'il en résulte : Beethoven n'est plus Beethoven. Reste donc l'aug- mentation du nombre des concerts : à cet égard, l'historien propose un système : « Il y aurait, dit-il, un moyen certain de contenter une » foule d'aspirants abonnés; ce serait de donner une suite de con- » certs, au nombre de vingt, divisés en deux séries : la série A serait » celle des anciens abonnés et la série B celle des nouveaux. Afin de » ne pas dépasser l'époque fixée pour la durée de chaque session, les » concerts auraient lieu tous les huit jours. — Le programme du pre- » mier concert de la série A serait exécuté intégralement au premier » concert de la série B, qui aurait lieu le dimanche suivant, et ainsi » de suite pour les autres concerts, jusqu'à la fin de la session en » partie double. Ce système n'exigerait aucune étude nouvelle de la » part des exécutants, et, par sa mise en pratique, les recettes an- » nuelles de la Société seraient doublées. Tout le monde ;/ gagnerait. » — Le droit des pauvres en serait accru, les plaisirs du public prolon- » gés, et la répartition des bénéfices entre les sociétaires de diffé- » rents degrés leur offrirait un dividende très-acceptable. — 11 est bien » entendu qu'une seule et même personne ne pourrait être abonnée » aux deux séries de concerts. » Tout le monde y gagnerait. — En êtes-vous bien sûr, mon cher historien? Primo, de ce tout le monde il faut excepter nécessairement les abonnés de la série A qui ne gagneraient rien, puisqu'ils seraient exclus de la série B ! Secundo, ces concerts devenus hebdomadaires de bimensuels qu'ils ont toujours été, ne perdraient- ils pas quelque chose de leur noblesse ? ces programmes, deux fois répétés, quelque chose de leur fraîcheur? ces artistes, obligés à une double exécution, quel- que chose de leur verve? La rareté est un si beau privilège! N'y a- t-il pas imprudence suprême à l'amoindrir au point de s'en priver? Le possesseur d'une montre admirablement réglée qui sonne les heures, les demies et les quarts, serait-il sage de la rendre à l'ou- vrier pour qu'il lui fit sonner les minutes? Laissons la Société des concerts marcher de son pas ancien vers un avenir qu'elle ne con- naît pas plus que nous ne connaissons le nôtre. Et plaise au Ciel qu'elle continue de marcher de même in sœcula sœculorum ! Paul SMITH. REVUE CRITIQUE. Cî. Alard : fantaisie de concert sur la Muette. — Ad. Her- inaii : fantaisie de concert sur la Muette ; morceau de salon sur le Pardon de Ploermel ; divertissement sur Marta. — An- toine Kessems : six mélodies pour violon ou violoncelle et piano. Après plus de trente ans de succès et de popularité, après avoir inspiré aux compositeurs mille fantaisies que tous les instruments ont répétées à l'envi, la Muette a conservé la même jeunesse, la même fraîcheur et la même grâce. Elle est de ces opéras auxquels pianistes et violonistes puiseront toujours avec la même certitude de plaire au public. DE PARIS. 3i3 Àlard vient d'écrire une remarquable fantaisie de concert où de ra- vissantes mélodies de cette partition sont arrangées avec un goût vraiment exquis. Malgré les traits brillants, les difficultés étincelantes dont il dispose, le violon aime les beaux chants, et il a raison ; car un simple canta- bile, une touchante cantilène ou un pathétique adagio lui vont mieux, et le rendent plus entraînant que toutes les combinaisons ardues et compliquées dont on le charge parfois avec excès. Aussi, après quel- ques mesures dans lesquelles on reconnaît plusieurs passages de l'ou- verture, l'auteur s'empare-t- il de l'air du Sommeil : il le brode d'une façon délicieuse ; il l'orne de points d'orgue d'un goût très-pur et d'une délicatesse extrême. Tout a été dit sur l'excellence, sur la couleur, sur le charme éblouissant des airs de ballets de la Muette. Pour les uns c'est le sourire, la passion, l'extase amoureuse, la folle ivresse ; pour les au- tres c'est non-seulement quelque chose d'abondant et de ravissant en mélodies, mais c'est encore, comme élégance, comme nouveauté, comme richesse d'harmonie quelque chose d'incomparable. A l'air du Sommeil succède un de ces airs de ballet ; alors le violon, qui tout à l'heure soupirait si doucement, si mélodieusement, a des coquette- ries, des allures de boléro qui font penser à ce que l'Espagne et l'Italie ont de plus léger, de plus bondissant et de plus provoquant. La bar- carolle : Amis.' la matinée est belle, suit cette délicieuse et délicate page. Ici le staccato fait merveille, et l'archet a besoin de toutes ses grâces et de toutes ses souplesses. Nous ne dirons rien de celte barcarolle, le modèle et le type de pres- que toutes celles qu'on afaites depuis; mais nous louerons à notre aise la variation qu'elle a inspirée à Alard. Pleine de sons harmoniques et de difficultés, cette variation possède, ce que les difficultés et les sons harmoniques n'ont pas toujours, une réelle beauté musicale, une élégance de détails qui prend à l'instrument tout ce qu'il a d'énergie, de sons pleins, veloutés, doucement aigus. La mélodie du finale est encore empruntée aux divertissements, dans lesquels Auber a jeté profusément, nous le répétons, des trésors d'un prix inestimable. Après avoir exposé simplement la mélodie, jouée alors par le piano, qui, pour le dire en passant, est habilement traité et concourt puissamment à l'effet, le violon exécute une charmante variation. Tout le monde aimera ce finale : ceux qui l'entendront, parce qu'il est extrêmement brillant et vraiment joli; ceux qui l'exécuteront, parce qu'il est rempli de traits gracieux, hardis, parce que beaucoup d'art s'y montre et qu'il a une grande puissance et une grande so- norité. Les doubles cordes, les tierces, les sixtes, les sauts pleins de périls et aussi de brio, y sont employés, mais, seulement, pour ren- forcer la mélodie et lui prendre, en passant, quelque chose de son élan, de sa fougue et de sa beauté. En somme, cette fantaisie est bien une fantaisie de concert, une œuvre de virtuose. Mais Alard chante si bien et avec tant d'âme, il trouve toujours sur son violon des accents si simples, si originaux, si pathétiques, qu'il était impos- sible que son morceau, quoique fort richement orné, ne restât pas, avant tout, essentiellement mélodique. — Herman est un violoniste sympathique et toujours applaudi. Le sera-t-il, cette fois, comme compositeur autant qu'il l'est partout comme interprète ? Nous croyons pouvoir l'affirmer. La fant dsie , également sur la Muette, renferme d'excellentes parties, dos combinai- sons harmoniques qui méritent d'être signalées. Cest une composi- tion travaillée ; on sent que l'auteur a pensé à autre chose qu'à met- tre en relief l'habileté de l'exécutant. Une introduction, où se retrouvent la marche et plusieurs réminis- cences de l'ouverture exécutées largement en octaves par le violon, précède l'air du Sommeil, qu'on ne se. lasse pas plus de choisir, il paraît, qu'on ne se lasse de l'entendre. Après des développements très- bien conduits et modulés, la barcarolle chantée par Piétro au cinquième acte sert de thème à une vive et capricieuse variation que suit un maestoso. Tout cela est habilement disposé, relié; tous les motifs s'en- chaînent bien et naturellement. Il faut signaler surtout la marche que l'auteur développe, module avec talent et fait entendre en mineur avant de la rendre en majeur, telle qu'elle est dans la partition. Peut-être Herman manque-t-il parfois de sobriété, peut-être prodigue- t-il les modulations, les recherches de style, et pourrait-on désirer plus d'aisance, de liberté et de concision dans certaines harmonies ; mais enfin, au point de vue musical, sa fantaisie de concert est d'une réelle distinction et, au point de vue purement instrumental, d'une élégance de traits, d'un brio de détails qui en font l'une des plus charmantes et des plus sérieuses qui aient été publiées depuis long- temps. — Le Pardon de Ploérmel est aussi une de ces partitions riches en motifs variés, clairs, francs et colorés, qui alimentent et font naître toutes sortes d'arrangements et de transcriptions. Dans le dernier chef-d'œuvre de Meyerbeer, chaque auteur s'empare de la berceuse et de l'air de l'Ombre parce que tout le monde aime à les retrouver. Ces deux ravissantes mélodies sont au premier rang dans le gracieux morceau de salon d'Herman ; mais on y trouve encore un autre thème qui les égale en beauté et dont le fond harmonique , le dessin mélodique, l'élégance, la signification poétique et l'ineffable tendresse sont incomparables, assurément, dans l'œuvre entière du maître, on trouve des pages plus grandes , mais on ne saurait en trouver de plus complètes, de plus exquises et qui permettent mieux à un seul instrument d'émouvoir le cœur et de captiver l'esprit. Herman s'est contenté de transcrire ces mélodies, de faire chanter à son violon les naïves et pures amours de Dinorah. Il a écrit avec beaucoup d'habileté, et sans presque y mettre du sien, une composition rayon- nante de fraîcheur, de passion et de vie. — Les opéras sont de véritables arsenaux ou chacun vient prendre les armes nécessaires pour conquérir les faveurs et les sympathies du public. Après la Muette et le Pardon, c'est à Marta qu'Herman est allé emprunter quelques chants ; après Auber et Meyerbeer, c'est M. de Flotow qu'il traduit. Il a mis dans son Divertissement (c'est le titre) la romance de la Rose. Celte suave et touchante élégie, que soupirait si bien la Frezzolini et qui, avec deux accords des plus simples, émeut toujours profondément, est escortée de plusieurs autres motifs que l'on connaît, qu'on aime et que semble trouver si facilement la muse aimable, gracieuse, enjouée et toute française de l'auteur de Slradella. Dans ce morceau rien ne manque : ni la mélodie, ni le rhythme, ni l'harmonie, ni l'esprit, ni la finesse. Peu difficile, ce di- vertissement est remarquable par le goût et la connaissance parfaite de tout ce que l'instrument sait dire avec le plus de charme, le plus de bonheur et le plus d'éloquence. — M. Bessems, violoniste de la grande école de Baillot et compo- siteur distingué, a publié dernièrement pour violon et piano six mé- lodies qui se recommandent par une élévation de style peu commune et dont voici les titres : Dolorès, Consolation, Sérénade, Souvenir de J.-J. Rousseau, le Songe et Rêve d'enfant. On voit dans ces pages courtes mais purement écrites, que l'auteur a eu un fructueux commerce avec les maîtres; qu'il comprend avec une grande intelligence les innombrables et sévères beautés de la mu- sique classique. En effet, Bessems est l'un des bons interprètes des œuvres d'Haydn, de Mozart et de Beethoven. Nous serions assez em- barrassé de dire laquelle de ces compositions nous préférons ; car toutes nous paraissent également bien faites , remarquables par la limpidité et l'originalité de la pensée, par l'élégance et la délicatesse de l'harmonie. Un sentiment dramatique et profond règne dans quel- ques-unes da ces petites pièces, rêveuses en général. Consolation et Sérénade, entre autres, l'une dédiée à la comtesse de Bagneux , l'au- tre à la marquise Oudinot, sont ravissantes et très-distinguées. Le vio- lon y chante tantôt amoureusement, tantôt gaiement, et l'accompa- 344 REVUE ET GAZETTE MUSICALE gncment de piano a partout de l'intérêt et des détails qui annoncent le vrai musicien. C'est de la poésie intime, élégiaque, mais où il y a cependant une grande variété de ton. Adolphe BOTTE. BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS Par F.-JT. Fétis. {Deuxième édition, entièrement refondue et augmentée de plus de moitié.) BARROILHET (PAUL). Barroilhet (Paul), chanteur français, est né à Bayonne le 22 sep- tembre 1810. Fils d'un négociant de cette ville, il était destiné au commerce et fut envoyé ù Paris pour y faire des études spéciales et relatives à son état futur ; mais un goût passionné pour la musique le poussa à renoncer à la carrière qu'on voulait lui faire suivre et à entrer au Conservatoire comme élève de chant. L'époque de son ad- mission dans cette école est 1828. 11 était âgé de dix-huit ans. L'au- t eur de cette notice reçut alors plusieurs lettres du père de Barroilhet, lequel voyait avec chagrin la résolution que celui-ci avait prise. «Je » ne crois pas, disait-il, qu'il y ait en mon fils l'organisation d'un » artiste distingué, et je ne me consolerais pas de le voir musicien » médiocre. Si vous le croyez, au contraire, destiné à se faire un » nom honorable dans votre art, je ne m'opposerai pas à ce qu'il » suive son penchant. » Les réponses étaient rassurantes, bien que les progrès de. l'élève ne répondissent pas exactement à ce qu'on en avait attendu. Après deux années d'études sous la direction de Ban- derali, au concours de chant de 1830 aucune distinction ne fut dé- cernée à Barroilhet qui, ne pouvant espérer d'admission à l'Opéra, se décida à aller tenter la fortune sur les théâtres de l'Italie. Arrivé à Milan, il y prit des leçons de Panizza; puis il lit ses dé- buts sur des théâtres de troisième ordre. Après y avoir acquis de l'habitude et de l'assurance, il chanta à Gênes, Vérone, Brescia, Ber- game, Trieste, Turin, et fut engagé à Palerme, en 1835. Les succès q u'il y obtint le firent appeler à Rome l'année suivante. Ce fut alors qu'il prit position parmi les artistes les plus distingués, parle talent dont il fit preuve dans VAssedio di Calais, que Donizetti écrivit pour lui, et plus encore dans le Roberto Devereux et dans le Colombo du même maître. Une maladie de larynx, qui lui survint à la fin de 1837, l 'éloigna momentanément de la scène. Il se rendit alors à Naples et y trouva Nourrit, peu de temps avant sa fin tragique. Après ce triste événement, Barroilhet s'éloigna de l'Italie et vint à Paris, où il fui en gagé pour l'Opéra. Donizetti, qui n'avait pas perdu le souvenir de ses succès de Rome, écrivit pour lui le rôle de baryton de la Favo- rite, par lequel Barroilhet conquit la faveur du public. Guillaume Tell, Lusignan, dans la Reine de Chypre et Charles VI mirent le sceau à sa réputation de chanteur dramatique. Ce fut au milieu de ses triomphes qu'il quitta l'Opéra en 1847, parce qu'il ne put s'ar- ranger avec l'administration de ce spectacle pour le chiffre de ses appointements. Depuis lors, Barroilhet ne s'est plus fait entendre que dans des concerts et sur les théâtres des départements. BRUXELLIS. La classe des beaux-arts de l'Académie royale de Belgique a tenu sa séance publique annuelle mardi, 25 septembre, à l'occasion des fêtes nationales. M. Fétis père, l'un de ses membres, y a lu le rap- port suivant, qui nous a paru devoir intéresser nos lecteurs : o Messieurs, » Dirigé par un sentiment généreux de la gloire nationale, M. le mi- nistre de l'intérieur a appelé l'attention de la classe des beaux-arts de l'Académie royale de Belgique sur la rareté, devenue excessive, des œuvres musicales produites par les compositeurs qui illustrèrent notre patrie dans les xve et xvie siècles, et lui a demandé son avis concernant l'opportunité de la reproduction de ces mêmes œuvres dans des éditions nouvelles. Une telle ouverture, émanée du gouvernement, fut accueillie avec une vive sympathie par la classe des beaux-arts : elle prit la réso- lution de seconder de ses efforts les vues d'un ministre ami et protec- teur des objets de nos études. » Cependant une reproduction pure et simple d'anciennes éditions des messes, motets, hymnes, madrigaux et chants mondains de nos vieux maîtres, n'atteindrait pas le but que s'est proposé M. le ministre de l'intérieur, lequel est de procurer aux artistes, ainsi qu'aux amateurs, la connaissance de ces œuvres et d'en faire apprécier les beautés ; car les notations de la musique en usage aux époques où elles ont été produites, ont été abandonnées depuis longtemps et sont inconnues à tous les musiciens de nos jours. Un très-petit nombre d'hommes dévoués à l'étude des antiquités musicales en possèdent seuls le secret. Il y a donc nécessité de traduire en notation moderne les ouvrages dont il sera fait des éditions nouvelles, et, par une conséquence évidente, il est également nécessaire d'initier à la connaissance des anciennes notations les personnes destinées à faire le travail de la traduction. Un membre de la classe s'est chargé de ce soin et a ouvert un cours de paléogra- phie musicale pour les élèves iustruits dans les sciences de l'harmo- nie et du contre-point. » Parmi les jeunes musiciens qui ont suivi ce cours, deux particulière- ment y ont fait preuve d'une aptitude remarquable : ce sont MM. Van Hoye et Vandervelpen, de llalines, qui se sont distingués dans les der- niers concours de composition. Trois mois de leçons et d'étude leur ont suffi pour acquérir la connaissance des combinaisons difficiles de tous les signes de notations des xve et avi? siècles, et pour être capables de faire des traductious correctes. Depuis le mois d'avril dernier, ils se sont spécialement occupés de ce travail sur les œuvres d'un des pius illustres musiciens belges. » Quel qu'ait été le mérite de nos compositeurs des xv° et xvi" siècles, il y a nécessité de limiter la reproduction de leurs œuvres, et de se borner aux noms les plus célèbres, aux ouvrages les plus importants. Après avoir pourvu à l'instruction des traducteurs, il a donc fallu dres- ser la liste des artistes dont les œuvres pourraient être admises dans la collection projetée. La classe ayant chargé de ce soin celui de ses mem- bres qui s'est spécialement occupé de ce genre d'étude, il a divisé la liste dont il s'agit en deux -séries, dont la première renferme les noms des maîtres du xvc siècie, et l'autre, ceux du xvic, toutes deux compo- sées d'artistes considérés comme chefs d'école, et qui ont exercé une puissante influence sur l'art de leurs temps. » La première série renfermerait les principaux ouvrages : » 1° De Guillaume Dufay, de Chiraai, qui était ténor de la chapelle de Clément Vit, à Avignon, en 1380, puis resta au service des papes en qualité de premier chantre jusqu'au pontificat d'Eugène IV, et mou- rut à Itomc en 1432; » 2'D'Lgide Binchois, ainsi nommé parce qu'il était né à. Binche, dans le llainaut; homme de grand mérite, un peu moins ancien que Dufay, et qui fut premier chantre de la chapelle de Philippe le Bon, duc de Bourgogne; » Ces deux artistes furent les véritables créateurs de l'harmonie régu- lière, et les premiers réformateurs de la notation de la musique. » Après eux viendraient les œuvres choisies de : » 3o Jean Ockeghem, de Termonde, qui fut chantre de la collégiale d'Anvers, antérieurement à Hho, puis premier chantre et directeur de la chapelle de Charles VI, roi de France, et eut pour élèves les plus habiles musiciens de la fin du xv° siècle et du commencement du XVIe siècle ; » 4° D'Antoine Dusnois ou de Busne, le plus grand musicien d'invention, antérieurement à 1480, qui fut premier chantre ou maître de chapelle de Charles le Téméraire ; » 5° De Jean Le Teinturier ou Tindoris, chanoine de Nivelles, le plus savant musicien de la même époque, premier chantre ou maître de cha- pelle de Ferdinand d'Aragon, et qui fonda à Naples, avant 1476, la plus ancienne école de musique qui ait existé en Italie; » 6» De Jacques Obrecht, maître des enfants de chœur de la collégiale d'Anvers, grand artiste, dont les ouvrages figurent parmi les premiers monuments de la typographie musicale de l'Italie et de l'Allemagne; » 7o De Josquin Dcprés, le plus original, le plus hardi, le plus grand des musiciens qui brillèrent dans les quinze dernières années du xv° siècle et dans les vingt premières du xvic. Recherché dans toutes les cours de l'Europe, il fut célébré parles poètes de l'Italie, de l'Allemagne et de la France, comme l'artiste sans rival. Luther disait de lui : Les musiciens font ce qu'ils peuvent des notes; Josquin seul en fait ce qu'il veut. DE PARIS. 345 » Les compositeurs dont les ouvrages formeraient la deuxième série seraient : » 8» Adrien Willaert, de Bruges, fondateur de la célèbre école véni- tienne d'où sont sortis une foule de musiciens de premier ordre aux xvi° et xvii» siècles. 11 fut maître de chapelle de l'église de Saint-Marc de Venise depuis 1527 jusqu'en 1563, et -compositeur aussi renommé que théoricien savant ; » 9° Cyprien de Rore, né à Matines, successeur de Willaert à l'église Saint-Marc, puis directeur de la musique d'Octave Farnèse, duc de Parme et de Plaisance ; » 10° Alexandre Agricola, maître de chapelle de Philippe le Beau et grand musicien, dont les messes et les motets furent imprimés à Venise dans les premières années du xvic siècle ; » 11° Jacques Clément, surnommé non pape, compositeur de premier ordre, maître do la chapelle impériale à Vienne, sous les règnes de Maxi- milien I'1', de Charles-Quint et de Ferdinand 1"; » 12° Nicolas Gombert, de Gourtrai, artiste de génie et l'un des musi- ciens les plus remarquables de son époque, qui fut maître des enfants de la chapelle de Charles-Quint, à Madrid ; » 13° Corneille Canis, dont le nom flamand était de flondt, maître de la chapelle du même souverain, à la môme époque; a W Thomas Créquillon, compositeur de la même chapelle et artiste de grand talent; » 15° Jacques de Kerle, né à Ypres, maître de chapelle de l'empereur Rodolphe H ; » 16° Pierre de Manchicourt, d'abord maître des enfants de chœur de la cathédrale de Tournai, puis maître de chapelle de Philippe II, roi d'Espagne ; » 17° Gérard de Turnhout, l'un de ses successeurs dans la même posi- tion ; 18° Orland ou lîoland de l.assus, né à Mons, d'abord maître de Sain t- Jean-de-Latran, à Rome, puis maître et directeur de la chapelle d'Al- bert V, duc de Bavière; le plus grand des musiciens belges, le plus fé- cond des compositeurs, et celui dont le génie put traiter avec une égale supériorité tous les genres de musique en usage de son temps. » Contemporain de l'illustre Palestrina, maître de la chapelle du Vati- can, dont les ouvrages offrent encore aujourd'hui des modèles de perfec- tion en leur genre, Lassus eut un talent plus populaire. Sa renommée effaça toutes les autres, et l'on ne peut citer aucun artiste dont les ou- vrages aient été reproduits si souvent, sous toutes les formes, et dont il ait été fait un si grand nombre d'éditions en Italie, en Allemagne, à Lou- vain, à Anvers et à Paris. » La liste sommaire des œuvres de ce grand homme suffît pour faire connaître sa prodigieuse facilité de production : on y trouve 51 messes, à quatre, cinq, six et huit voix; 780 motets; 34 hymnes; 180 Magnificat; l'œuvre immortelle des Sept Psaumes de la Pénitence, une multitude d'an- tiennes, litanies, psaumes et lamentations; 37 1 chansons françaises à trois, quatre et cinq voix ; 233 madrigaux italiens à quatre, cinq et six parties ; environ cent chansons allemandes et latines, des villanelles et d'autres petites pièces. » Dans l'examen de l'ordre qui pourrait être suivi pour la publication projetée des œuvres des anciens compositeurs belges les plus célèbres, il a paru que l'attention publique se porterait avec un intérêt particulier sur les productions de ce grand maître, et l'on a cru que le travail de la traduction en notation moderne et de la mise en partition devait com- mencer par elles. » MM. Van Hoye et Vander/elpen ont reçu, en effet, la mission de mettre en pratique les connaissances qu'ils venaient d'acquérir sur ces mêmes ouvrages. Déjà onze messes à quatre ou cinq voix, un livre de leçons de Job, à quatre parties, et environ 50 madrigaux italiens sont prêts pour la gravure, et ces jeunes artistes poursuivent leur labeur avec autant de zèle et d'activité que d'intelligence. D'autres élèves du cours de paléographie musicale viendront par la suite se réunir à eux pour les aider dans la belle entreprise de la restauration de nos gloires musicales. » Les noms des compositeurs belges mentionnés précédemment sont ceux des plus grands maîtres ; mais la Belgique a vu naître une foule d'artistes qui, sans s'élever au mèmedegré, eurent néanmoins des talents fort recommandables. On a pensé que ce serait rendre un juste hom- mage à leur mémoire, et faire en même temps une chose utile à l'his- toire de l'art, que de réunir en un ou doux volumes de la collection projetée des spécimens de leur musique, en les rangeant par ordre chro- nologique. I es compositeurs compris dans cette catégorie seraient au nombre de trente-quatre. » L'Angleterre, l'Allemagne et la Hollande ont vu paraî're, dans ces derniers temps, des collections d'oeuvres de leurs anciens compositeurs exécutées avec un grand luxe typographique ; un accueil sympathique leur a été fait par les compatriotes de ces artistes : espérons que la Belgique, fièi'e à juste titre de l'illustration dont elle est redevable aux compositenrs qu'elle a vus naître, ne restera pas indifférente à la res- tauration des monuments de leur génie. » De nombreux applaudissements accueillent la lecture de cette inté- ressante notice. Ainsi que nous l'avions annoncé dans notre dernier numéro, sur la demande d'un nombre suffisant de sociétaires, l'assemblée générale extraordinaire de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique a été fixée au dimanche 7 octobre, à une heure de relevée, dans les salons de M. Soufleto, facteur de pianos, rw, Montmartre, n" 161. Des conflits de la nature la plus fâcheuse, et qui pourraient avoir pour l'avenir de la Société les conséquences les plus graves, ont surgi depuis quelque temps sur des questions vitales ; il est donc du plus grand intérêt pour les sociétaires qu'elles soient produites au grand jour d'une assemblée générale, et ils jugeront indispensable d'y assister. NOUVELLES. *** Le théâtre impérial de l'Opéra donnera aujourd'hui dimanche, par extraordinaire, la 431e représentation de Robert le Diable. ±*± Mlle Emma Livry a fait une brillante rentrée lundi dan* la Syl- phide. Mlle Genat, dans le rôle d'Effie, s'est distinguée auprès d'elle. — Mercredi, le Trouvère a été donné pour la continuation des débuts de Mlle Barbara Marchisio et de Michot. Tous les deux y ont été chaleureuse- ment applaudis. Mme Gueymard-Lauters a supérieurement chanté le rôle de Léonora. Dumestre est toujours en possession de celui du comte de Luna. — Vendredi, Sémiramis a été représentée. — La direction de l'Opéra vient d'engager Morelli, artiste de talent, qu'on a déjà entendu sur notre première scène lyrique. „** La reprise du Prophète avec Mme Tedesco dans le rôle de Fidès aura lieu sans remise vendredi prochain .—tes Huguenots, avec Mme Guey- mard dans le rôle de Valentine, suivront immédiatement. **« Sainte-Foy est attendu aujourd'hui de Bade et les répétitions du Pardon de Ploerrhel doivent commencer demain avec la nouvelle distri- bution que nous avons annoncée. Afin de donner un attrait de plus au chef-d'œuvre de Meyerbeer, M. Beaumont vient d'engager Mlle Dar- der j la fille du chanteur de ce nom qui s'est fait à Paris une réputation méritée. La jeune artiste chanterait l'air composé par l'illustre maestro pourremplacer au deuxièmeacte uuescène dialoguée; or cet air, chaque fois que Mme Nantier-Didier le disait à Londres au théâtre de Covent- Garden, valait à la célèbre cantatrice des applaudissements enthousiastes et de nombreux rappels. Avant cette reprise du Pardon, Mlle Darcier se ferait connaître dans le rôle d'Isabelle, du Pré aux clercs. *% L'ouverture du théâtre Italien aura lieu mardi prochain par la Sonnambula. Mlle Battu fera sa rentrée dans le chef-d'œuvre de Bellini. Dès l'année dernière, la jeune cantatrice a su se placer au. premier rang ; les études consciencieuses qu'elle n'a cessé de faire lui garantis- sent de nouveaux succès pour cette saison. Le rôle d'Elvino est tout à fait dans les moyens de Gardoni, et Angelini a su se faire applaudir dans celui du comte. — Ainsi que nous l'avons dit, l'aristocratie nobi- liaire et financière a loué à l'année les baignoires, les loges du premier rang et les stalles de balcon et d'orchestre. La saison s'annonce sous les plus brillants auspices. *% La première représentation du Val d'Andorre, au théâtre Lyrique, est irrévocablement fixée au 10 octobre. — L'opéra-comique de M. Mail- lard, sous le titre définitif de Nella, passera quelques jours après. *% Le différend survenu entre M. Réty, directeur du théâtre Lyri- que, et MV1. Michel Carré et E. Royer s'est arrangé à l'amiable. Il n'y avait dans tout cela qu'un malentendu : quelques mots d'explication ont suffi pour mettre tout le monde d'accord. Nous ne pouvons qu'ap- plaudir à un pareil résultat. L'ouvrage de MM. Carré et Reyer sera re- présenté dans les premiers jours de janvier et va être mis prochaine- ment à l'étude. On n'en connaît pas encore le titre définitif. ,*„ Mme Miolan-Carvalho poursuit le. cours de ses triomphes à Berlin. Après avoir chanté deux fois le rôle de Rosine, du Barbier, devant un public enthousiaste de son grand talent, elle s'est fait entendre dans Lucia. Son succès y a été immense; elle a été rappelée plusieurs fois et elle, a dû répéter le grand air. Quelques critiques trouvent que sa voix manque un peu de volume et qu'elle laisse à désirer dans les si- tuations qui exigent de la passion et de l'énergie, mais ils sont d'accord 346 R.LVIE KT GAZETTE MUSICALE avec la généralité du public qui avoue n'avoir jamais entendu à Berlin une cantatrice possédant à un si haut degré le véritable art du chant et qui vocalise d'une manière aussi facile et aussi brillante. Or, il ne faut pas oublier que ce public a entendu Mme Sontag et Jenny Lind. **„... L'ouverture et la polonaise de Strucns^e viennent d'être exécutées à Bruxelles, dans la séance publique delà classe des beaux-arts de l'aca- démie, sous la direction de M. Fétis. Jamais ces morceaux admirables n'avaient été rendus avec une telle puissance de sonorité et une telle perfection de détails Une multitude d'artistes assistaient a la séance, à l'occasion des fêtes nationales et de l'exposition de peinture. Leur en- thousiasme se traduisait en exclamations sur la merveille d'une œuvre et d'une exécution dont auparavant ils n'avaient eu aucune idée. *** Fr. Liszt vient de terminer un arrangement très-brillant pour piano de \a.Schiller-Marsch de .Meyerbeer. „% S. M. l'Empereur- vient de faire remettre à M. Alexandre Artus une médaille d'argent, grand module, pour la cantate que ce composi- teur a fait exécuter le 15 août au théâtre de l'Ambigu- Comique. **„, Le célèbre pianiste-compositeur Thalberg vient d'arriver à Paris. *** Mlle Emilie Guérette, cantatrice de l'école Duprez , dont nous avons parlé dernièrement à l'occasion des succès qu'elle a obtenus à Néris, pendant la saison des eaux, vient d'épouser M. César Alard, vio- loncelliste belge, élevé distingué de Servais. „,*„, Virginie Ferni quitte la carrière artistique et rentre dans la vie privée : la célèbre violoniste épouse un négociant de Nice, auquel elle était fiancée depuis sa dixième année. %*» S. M . le roi Victor-Emmanuel vient de décerner la grande médaille d'or du mérite à son effigie à Alexandre Batta, et la lui a fait remettre par S. Exe. le ministre de Sardaigne à Paris *% Arban est revenu de Bade et va reprendre le bâton de chef d'or- chestre des concerts du Casino. Le premier concert aura lieu mardi, et il y fera entendre la grande fantaisie qu'il a composés sur les Huguenots et déjà exécutée à Bade avec le plus grand succès. t*s, Dimanche dernier, l'église de Viroflay célébrait dignement sa fête en faisant entendre une messe à deux voix, composée par Edmond Hocmelle, organiste de Saint-Thomas-d'Aquin et de la chapelle du Sénat. Mlle Godefroy Christiani, de la chapelle impériale, a fait apprécier dans cette œuvre sa voix de soprano franche, timbrée, étendue. En chantant lui-même et en accompagnant sa musique, l'auteur nous a révélé, outre son talent de compositeur, les qualités qui constituent l'excellent pro- fesseur de chant. Comme organiste, par ses improvisations tour à tour brillantes et sévères, il a su mettre dans tout son relief la valeur d'un magnifique instrument de la maison Alexandre. t*4 La Société philharmonique de Valenciennes a donné lundi dernier, à l'occasion de la fête de la ville, un grand concert pour lequel elle avait engagé Mlle Vestvali, de l'Opéra; Tagliafico, du théâtre Italien de Londres, et Bazzini, le célèbre violoniste. On nous écrit que le succès de ces trois artistes a été complet. L'air de l'Étoile du Nord : 0 jours heureux ! et la Tarentelle, de Rossini, ont été redemandés à Taglialico, ainsi que le duo de Semiramide à Mlle Vestvali. N'oublions pas l'orches- tre qui a exécuté d'une façon magistrale l'ouverture des Francs- juges, de Berlioz, et M. Frank, dont l'éminent talent d'accompagnateur a aidé puissamment au succès de cette matinée. „,*„, L'époque approche où les Sociétés chorales et les Orphéons ont l'habitude de choisir leurs nouveaux répertoires. En conséquence nous leur recommandons la nouvelle collection de chœurs arrangée à quatre voix qui vient de paraître sous le titre de : Répertoire des Soeiétés cho- rales et des Orphéons, dont la première série contient un choix des plus beaux chœurs d'opéra arrangés spécialement pour Orphéons. *** La Cour impériale de Douai, par un arrêt du 22 août, fortement motivé, a donné gain de cause à la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique contre M. Simon Lévy, directeur du pré Catelan de Lille, qui, malgré la défense de l'agent général, M. Henrichs, y faisait exécuter des morceaux de musique appartenant à la Société. La Cour a condamné pour ce fait M. Lévy à une amende de SO fr., aux frais du procès et à une indemnité de 100 fr.au profit des auteurs dont la musi- que avait été exécutée. — Par un autre arrêt de la même date, la Cour a confirmé le jugement qui avait établi le même principe d'interdiction contre l'exécution publique de l'ouvrage d'un auteur vivant par les orchestres des régiments de l'armée. **» M. J. Lotsky, qui a longtemps habité l'Australie, a rapporté des provinces confédérées un hymne national dont l'origine est attribuée aux aborigènes. C'est une belle mélodie, d'un caractère très-original. M. Lotsky se propose de publier prochainement ce chant, avec quelques accessoires qui le rendront plus intéressant encore. »** A propos du concours d'orphéons qui aura lieu aujourd'hui di- manche, 30 septembre, à Besançon, la Société du Conservatoire de Paris, dirigée par M. Batiste, exécutera dans la cathédrale une messe chorale (à quatre voix d'hommes, sans accompagnement), dite Messe des Orphéons français. Cette nouvelle œuvre de l'Orphéon religieux catho- lique, de M. Laurent de Rillé, a été spécialement composée par l'au- teur pour cette solennité. *** Bonne chance, tel est le titre d'une charmante polka-mazurka, de Z.-B. Katto, qui aura le succès de Caravane-Polka, du même auteur. t%MM. Louis Aléry et Auguste Morel, auteurs de la cantate exécutée au grand théâtre de Marseille, lors du passage de Leurs Majestés, ont reçu, par l'entremise du préfet des Bouches -du-Rhône, une superbe épingle ornée d'une perle fine, et surmontée d'un diamant de la plus belle eau. „** La direction du théâtre Italien de la Nouvelle-Orléans a été prise pour une période de six ans par M. D. Ronzani ; les artistes engagés, dont les noms sont connus jusqu'ici, sont MM. Stigelli etSbriglia, ténors, Hippolyte, baryton, Coletti et Gariboldi, basses, et Mmes G. D'Ormy, contralto et mezzo soprano. Cette Compagnie chantera le répertoire italien du 1er novembre jusqu'à la fin de mai. „*„, Léonard et sa femme viennent de recevoir de la Société philhar- monique du Calvados deux diplômes d'associés, avec une lettre très- flatteuse, contenant des témoignages « de sa profonde sj'mpathie, en » retour du' bonheur immense que leur talent lui a procuré. » *** Les artistes engagés pour le théâtre Tacon, de la Havane, Mmes Lotti délia Santa, Elisa Volpini, MM. Pancani et Volpini, partiront pour cette destination le 2 novembre prochain. **„, Le pianiste et compositeur Ilorzalka vient de mourir à Penzing près de Vienne, dans sa soixante-deuxième année. On lui doit entre autres la musique du Meunier et son enfant, par Raupach, et des Flots de la mer et de l'amour (sic), par Grillparzer. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. *% Rouen. — Les débuts se poursuivent au théâtre des Arts. Notre première basse, Bonnesseur, dans les rôles de Marcel et du capitaine Ro- land; M. Méric dans le Maître de chapelle, M. Barbot dans le rôle de Léo- pold, de la Juive, et dans les Mousquetaires de la reine; M. Gerpré, notre joyeux trial ; Mme Barbot dans Marlha, dans le Pardon , dans Faust ; M. Harvin, fort premier ténor, qui s'est montré dans la Juive, se sont concilié pleinement les suffrages du public. La saison s'ouvre donc pour M. Halanzier sous les plus heureux auspices, et le retour de Mlle Geis- rnar, l'interprète si dramatique des opéras de Meyerbeer, l'admirable Valentine des Huguenots, qu'il s'est empressé de rappeler, ne contribuera pas peu à remplir la salle. *** Strasbourg. — La musique du 3e régiment d'artillerie, sous la direc- tion de son habile chef d'orchestre, M. Grillet, a donné ces jours-ci uu brillant concert d'harmonie militaire. Au nombre des morceaux exécutés, la Schiller-Harsch, de Meyerbeer, a été rendue avec un ensemble re- marquable, et elle a produit le plus grand effet.— La direction de notre grand théâtre annonce comme très-prochaine la première représentation du Pardon de Ploërmel. »*,„ Nantes , 24 septembre. — Après avoir été chaleureusement ap- plaudie dans les Mousquetaires, le Songe, Robert le Diable, le Barbier de Séville, les Diamants de la couronne et la Dame blanche, où elle s'est dis- tinguée â la fois comme cantatrice et comme comédienne, Mme Ray- naud vient d'être acceptée à Nantes en qualité de première chanteuse légère en chef et sans partage. A en juger par ces premières représen- tations, Mme Raynand retrouvera ici les succès francs et décidés qu'elle obtenait l'an passé au théâtre de Lille. **„. Dunkerque, 15 septembre. — Bazzini et Mme Sanchioli se sont encore signalés dans les fêles musicales célébrées en cette ville, et orga- nisées par l'Orphéon. Bazzini a trouvé des accents irrésistibles pour son élégie, V Absence. Dans le Carillon d'Ârras et la Ronde des lutins, il a trans- formé son archet en baguette magique. Mme Sanchioli a partagé ses una- nimes succès. CHRONIQUE ETRANGERE. „,** Bruxelles. — Les Huguenots, le Pardon de Ploërmel, les Mousquetai- res de la reine, le Domino et Guillaume Tell ont défrayé la dernière hui- taine du théâtre de la Monnaie. Mlle Litschner, pour faciliter la marelle du répertoire, continue a se faire entendre dans les rôles qui lui ont servi de débuts. Maintenant qu'elle n'est plus sous l'impression de la terreur elle chante avec infiniment plus de facilité et de franchise, et chacun admire sa belle méthode et la fraîcheur et l'étendue de son organe. — La reprise de Stradella a été aussi parfaitement reçue, et nos artistes de grand opéra n'ont rien à envier à ceux de l'opéra- comique. Mlle Vandenhaute et AI. YV'icart ont chanté do manière à justi- fier les applaudissements qu'ils ont reçus, et JIM. Aujac et Depoitier ont droit â nos éloges par la manière dont ils ont interprété leurs rôles. Le personnel dansant a eu sa large part de succès, dans le ballet de Stradella. DE PARIS. 347 M. Rubi a été très divertissant dans le Pas des Polichinelles, et Mme Delé- chaux, ainsi que Mlle Navarre, ont été vivement applaudies dans le di- vertissement du deuxième acte. — Le théâtre royal du Parc a mis à l'étude la Vieille, opéra de M. Fétis, directeur de notre Conservatoire. Cet ouvrage sera monté d'une manière digne de l'œuvre et de l'homme illustre qui en est l'auteur.— MM. Wicart, Depoitier et Carman quitte- ront l'an prochain la scène du théâtre de la Monnaie, où ils ont obtenu tant de succès. Ces artistes viennent de signer un engagement pour le théâtre de Bordeaux. ,,% spa. — 21 septembre. — Une brillante fête musicale a été offerte au public de Spa ; rarement les salons de la Redoute avaient réuni un pareil ensemble d'artistes remarquables : Léonard, l'un des maîtres de notre excellente école de violon ; Mme Léonard, charmante cantatrice que l'on aime toujours à entendre : Brassin, le pianiste, autre talent ad- mirable ; Mlle de Katow, jeune violoncelliste d'avenir; enfin M. Malé- zieux, le réjouissant diseur de chansonnettes; puis l'orchestre conduit par M. Guillaume. Chacun des morceaux du programme, et ils étaient nombreux, a soulevé de chaleureux bravos ; les auditeurs étaient dans le ravissement, et, à vrai dire, M. et Mme Léonard, aussi bien que Brassin, ont fait merveille. Notre célèbre violoniste a joué deux de ses plus charmantes productions : son adagio et rondo et le Souvenir d'Haydn, qui lui ont valu, une fois encore, une de ces ovations auxquelles son beau talent doit l'avoir accoutumé. Mme Léonard est toujours la gra- cieuse cantatrice que vous savez: son chant pur, élégant, correct, sa jolie voix, son excellente méthode, ont été vivement applaudis. Brassin est certainement l'un des plus forts dans cette phalange de pianistes qui ont poussé l'étude de cet instrument à un si haut degré de perfection. 11 a exécuté avec une verve, un brio remarquable, trois morceaux de lui, une Polonaise et un Nocturne de Chopin, et de délicieuses variations sur le Carnaval de Venise. On n'est guère habitué à voir un violoncelle entre les mains d'une jeune fille ; cependant Mlle de Katow possède d'autres mérites que celui d'une innovation étrange, et ses trois morceaux ont été très- favorablement accueillis. M. Malézieux interprète avec beaucoup d'esprit, de malice et en même temps de bonhomie, les chansons de Na- daud et des joyeux représentants du Caveau contemporain. Il a fait beau- coup rire. „,*„, Norvich. — Le grand festival musical qu'on a l'habitude de donner ici tous les trois ans vient d'avoir lieu sous la direction de M. Bônédict; il a été encore plus brillant que les précédents. Un des principaux at- traits qu'il offrait à la curiosité était l'exécution pour la première fois de deux ouvrages d'une haute valeur : Undine, grande légende lyrique de Bénédict, et l'oratorio Abraham, de Molique. Un ouvrage de Bennett Mayy- queen, a été également fort remarqué dans cette solennité musicale qui n'a pas duré moins de trois soirées. L'armée des chanteurs et des ins- trumentistes a été admirablement conduite par Bénédict, qui, à cette occasion, a obtenu un double triomphe comme organisateur, et chef d'orchestre du festival et comme compositeur ; car sa nouvelle œuvre , Undine, a obtenu le succès le plus éclatant et a été considérée comme la plus belle de ses inspirations. »** Creuznach. — Mme Clara Schumann et Stockhausen ont donné ici deux concerts avec un grand succès. Mlle Bochkoltz-Falconi et M. Rey, pianiste français de beaucoup de talent, ont aussi donné un fort beau con- cert. M. Pagogeff, jeune violoniste russe, a ét'é vivement applaudi. .% Munich. — A l'occasion de la fête de la reine, le théâtre de la cour a donné les Huguenots, de Meyerbeer. Le rôle de Marcel a été chanté avec succès par M. Beeker, du théâtre de Manheim ; notre prima donna, Mlle Stoeger, s'est fait également applaudir dans le rôle de Valentine. **„ Berlin. — Le théâtre de l'Opéra de la Cour a donné les Huguenots. Mme Cash a eu un beau succès dans le rôle de Valentine. — Dans le courant d'octobre, les représentations de l'Opéra de la Cour alterneront avec -celles de la troupe italienne, dont le personnel est composé ainsi qu'il suit : Mines Lorini, Mariani, Ineli, Trebelli ; MM. Galvani, Malagola, Tartini, Mauro, Tasti, Ciampi, Fioravanti ; chef d'orchestre". M. Orsini : les chœurs seront chantés en allemand. La Société italienne du théâtre Victoria ouvrira le 15 octobre. *** Vienne. — Comme nous l'avons déjà annoncé, l'administration de l'Opéra de la cour devient une entreprise particulière: le bail est de cinq ans ; la caution- à fournir se monte à 24,000 florins ; la subvention accordée par le gouvernement à 180,r'00 florins. Dans le cas où l'on construirait une nouvelle salle, l'administration en sera informée une année d'avance, et le bail sera considéré comme résilié. L'ancien di- recteur de ce théâtre, M. Eckert, a quitté Vienne. — Alfred Jaell se trouve en ce moment parmi nous. t% L'ipzig. — Les concerts du Gewandhaus vont commencer sous peu; ils seront dirigés, comme nous l'avons annoncé précédemment, par le maître de chapelle, Charles Reineke. Parmi les talents nou- veaux qui se produiront dans ces solennités, on cite Mlle Scharnke, cantatricede Berlin. —On annonce les prochains débuts de Mlle Grinzweil, de Pesth, dans le rôle de Fidès, du Prophète. »% Francfort. — Si nos informations sont exactes, Vieuxtemps aurait l'intention de renoncer aux pérégrinations artistiques et de se fixer dé- sormais à Francfort. Ce qui confirme cette nouvelle, c'est que le célèbre violoniste vient d'acheter une maison dans cette dernière ville. *** Naples. — Un ordre du dictateur va rouvrir les théâtres ; on a engagé la célèbre cantatrice, Mme Bina-Steffenone, et pour deux mois le premier baryton Guicciardi. *** New-York. — La magnifique salle de l'Académie de musique, toujours plus belle et plus imposante, s'est rouverte le 3 septembre. Divers embellissements faits dans l'intérieur ont rendu ce splendide édi- fice le plus élégant théâtre de l'Amérique. On doit de grands éloges aux efforts, couronnés de succès, qu'ont faits MM. Ullman et Strakosh pour composer leur troupe des éléments les plus goûtés en Amérique. Adé- laïde Cortesi, Adelina Patti remplacent Mme Colson et Fabbri ; Brignoli et Muriani succèdent à Stigelli et Errani, et enfin Ferri, Amodio, Susini et Mme Strakosh (contralto) complètent cette remarquable réunion que nous envieraient plusieurs des principaux théâtres de l'Europe. La saison a commencé par la Sonnambula. S. DUTOUR. ifiM'ill 0 fr. MORCEAUX DÉTACHÉS AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO, PAR LÉO DELIBES. — OUVERTURE POUR PIANO, PRIX: 6 FR.; POUR ORCHESTRE, PRIX : 15 FR. L. Dancla. — Duo pour piano et violon sur les motifs favoris des Rosières Prix marqué 6 » X&Iusard. — Quadrille pour piano, id. id. k 50 Opéra-comique en un acte, paroles de PAUL DE KOCK, musique de y J Partition piano et chant* arrangée par jL. SOUMIS, prix, net x £ fr. PRIX ACCORDE A L UNANIMITE A l EXPOSITION UNIVERSELLE DE LONDRES 1651. Vournlsscnr «les Ministères de la (Guerre et de lu Marine de France. Agent à Londres JDLUEN ET C% 214 , Rcgent Street. MAISON FONDÉE EN 1803. INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ANTOINE COURTOIS S S 9 ftfé* ttes Marais - Saint - Iflariin , S S Ci-devant rue du Caire, 21. MEDAILLE D ARGENT DE lre CLASSE A L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS 1855. Facteur du Conservatoire et de r Académie impériale de l'arls. Agent à Saint-Pétersbourg : A. BDTTNER, Perspect. 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ON S'ABONNE : Dans les Départements et a ITJrnnger , chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et oui tfureaux des Messageries et des Postes. REVUE PRIS DE L'ABONNEMENT: 24 h. par QO AZETTE mm pjLmis. ~^aa/vvpj\a/vw^ — SOMMAIRE. — Théâtre impérial Italien: réouverture, la, Sonnambula. — Un opéra de Vivier. — Biographie universelle des musiciens, par Fétis père. — Correspondance :" Besançon, par Em. Mathieu de Monter. — Bévue des théâtres, par D. A. D. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces. THEATRE* IMPÉRIAL ITALIEN itéouverture. — La JSonnam&tëla. Que le débat soit simple'.... Il était difficile de mieux observer ce précepte que ne l'a fait cette année le théâtre Italien en choisis- sant pour sa rentrée la touchante pastorale sortie du cœur de Bellini. Quelle partition pauvre et incomplète, si on la compare aux ouvrages qui, en 1831, lorsqu'elle apparut, tenaient l'Europe entière sous le charme! Quelle économie après tant de luxe! Quelle frugalité, après une telle profusion de richesses mélodiques et instrumentales ! Ce- pendant la modeste Sonnambula n'en fit pas moins une sensation profonde : elle enchanta le public à peu près comme la Cendrillon du conte subjugue le fils du roi. Elle plut par sa beauté même, et aussi par l'effet du contraste; mais ce qui prolongea son succès et ce qui l'assure pour longtemps encore, c'est la vérité du sentimeut ten- dre et doux, de l'émotion quelquefois passionnée qui respire dans plusieurs de ses pages. Pour ces pages, on oublie tout le reste, et on dispense l'auteur de ce qui lui a manqué en esprit brillant, en verve chaleureuse et surtout en savoir-faire. Un chanteur et une cantatrice suffisent a l'exécution de la Sonnam- bula. Bellini l'avait composée pour Rubini et pour Mme Pasta. Rubini, nous l'avons entendu pendant de longues années dans ce rôle d'Elvino, dont il rendait l'amour et le désespoir avec un accent si pa- thétique. Dans le finale du premier acte, et dans l'air: Ah! perché non posso odiurti, sa voix et sa physionomie émouvaient jusqu'aux larmes. C'est là un de ces rôles dont il a emporté le secret avec lui, comme Talma celui de Manlius, comme Mlle Mars celui de Silvia et de Valérie, comme Garcia celui de don Juan. Parmi les artistes qui se sont partagé son héritage, Mario et Gardoni méritent d'être distin- gués: l'un avait plus de voix, l'autre a plus d'âme; il chante et joue comme le compositeur a écrit, avec une émotion sincère ; aussi l'a- t-on souvent applaudi et rappelé mardi et jours suivants, en témoi- gnage du plaisir de bon aloi qu'il procurait à l'auditoire. C'est dans le rôle d'Amina que Mlle Marie Battu s'est montrée pour la première fois au théâtre, et nous a révélé son rare talent de cantatrice. Elle vient de le reprendre, ce rôle qu'elle doit aimer à plus d'un titre, avec plus de crainte peut-être que le jour de son début. Cela ne nous étonne pas : le danger dont on a triomphé n'en reste pas moins le danger ; il n'en est que plus effrayant, lorsqu'on le revoit face à face, et qu'il y a nécessité de le braver encore. Cette appréhension Loute naturelle dominait Mlle Battu pendant son air du premier acte, et jetait une sorte de voile sur les notes qu s'échappaient de sa bouche en tremblant un peu. Cette agitation passagère n'avait rien que de conforme à l'esprit du rôle. Peu à peu la jeune artiste est redevenue maîtresse d'elle-même: elle a dit sa partie du finale avec la force d'expression qu'exige cet admi- rable morceau. Dans la dernière scène de somnambulisme, elle a dé- taillé, nuancé avec un art infini le drame qui se joue dans sa pen- sée, et dont les péripéties se succèdent jusqu'à l'instant du réveil. Une expérience de dix années n'enseignerait pas à composer plus savamment cette scène difficile , pendant laquelle Mlle Battu com- mande si bien l'attention et le silence qu'on entendrait les battements d'ailes d'un papillon. Nous voudrions qu'Angelini, chargé du troisième rôle de l'opéra, rôle si inférieur aux deux autres, tâchât de l'élever, comme faisaient •ses devanciers, au lieu de l'abaisser encore. Ce n'est pas que le rôle soit trop fort pour lui ; c'est plutôt sa voix qui est trop forte pour le rôle. Au lieu d'adoucir sa prononciation, il l'exagère et la saccade, en sorte que les paroles dansent et se heurtent l'une contre l'autre, comme des œufs dans un panier. Nous voudrions aussi que sa tenue militaire fût celle d'un officier et non d'un simple soldat. Enfin, si ce n'est trop d'exigence, nous le prierions d'avoir l'air de ne pas assister avec une parfaite indifférence à l'événement dont le* hasard veut qu'il soit l'un des agents et des témoins. Une dame ou demoiselle du nom de Vestri débutait dans le rôle de la bella albergatrice. La qualité de ia voix n'a que médiocrement flatté notre oreille. Les chœurs aussi n'ont pas toujours fait preuve d'une entente sympathique ; il faut leur laisser le temps de se re- mettre et de s'accoutumer au diapason normal, lequel d'ici à quelque temps endossera la responsabilité d'un bon nombre d'infractions aux jois de l'harmonie. P. S. 350 REVUE ET GAZE- MUSICALE UN 0PÉR4 DE VIVIER. Où donc est le critique blond que la plupart de nos confrères ho- norent de leur confiance chaque fois qu'ils ne peuvent honorer de leur présence une représentation ou un concert? A défaut du blond, nous en avons consulté beaucoup de noirs, de châtains et de {/ris, car nous tenions singulièrement h nous former une opinion sur l'opéra qui vient d'être donné à Bade et dont la musique est de Vivier. Vivier ne fait rien comme un autre; aussi n'avons-nous pas éprouvé la moindre surprise en apprenant sur quelle espèce de canevas sa muse avait travaillé : la Comète de Charles-Quint ! Avez-vous jamais ouï parler d'un jeune homme , d'un rêveur éperdument amou- reux d'une comète, et finissant par épouser une jeune fille sans savoir précisément si sa bien-aimée appartient au ciel ou à la terre, si c'est une fille d'Eve ou un astre chevelu? Les critiques noirs affirmaient que la chose était impossible, les châtains répondaient qu'un étudiant d'Heidelberg est capable de tout, et les gris ne savaient trop que penser ni que dire. Sur la musique de Vivier les avis se rapprochaient beaucoup plus ; on la trouvait généralement et presque unanimement ori- ginale, inattendue, digne enfin de l'artiste qui avait déjà révélé sa faculté créatrice par un grand nombre de fraîches et charmantes productions instrumentales et vocales. Nous vous dirions bien qu'il y a dans l'œuvre nouvelle un air chanté par Mlle Marimon, un autre air chanté par Crosti, un petit duo entre Bussine et Sainte-Foy, et un quatuor final qui a particulièrement enlevé les suffrages ; nous pourrions même ajouter que l'ouverture sort évidemment d'une main habile à profiter des ressources que fournissent au compositeur les instruments de cuivre et de bois ; mais tout cela ne vous étonnerait guère et vous instruirait encore moins. Donc bornons-nous à la simple formule, plus significative souvent que de longs articles et des dissertations de même taille : « Les auteurs de la Comète de Charles-Quint, sont pour les » paroles, MM. Méry et Cormon. La musique est le premier ouvrage » de M. Vivier. » Maintenant quel est l'astronome en état de nous tracer l'itinéraire que suivra cette mélodieuse comète dans le firma- ment théâtral ? R. BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS Par F. = J. Fétis. (Deuxième édition, entièrement refondue et augmentée de plus de moitié.) BOCQUILLON-WSLHEM (GU1LLAUW1E-LOUÎS). Bocquillon-Wilhem, fils de François Bocquillon, commandant de la citadelle de Perpignan, naquit à Paris, le 18 décembre 1781. À l'âge de dix ans il suivit son père à l'armée du Nord, et dans l'invasion de la Hollande, en 1793. Enrégimenté, quoiqu'il un âge si tendre, et supportant avec courage la fatigue et les privations, il continua de suivre la carrière militaire jusqu'au mois de juillet 1795, époque où il entra à l'école de Liancourt, fondée par le duc de la Rochefoucauld. Il y étudia la grammaire, les mathématiques et la musique. Cet art devint bientôt en lui l'objet d'un goût passionné ; les progrès qu'il y fit lui ouvrirent les portes du Conservatoire de Paris, où il entra le 19 février 1801. 11 en suivait les cours avec succès depuis près de deux ans lorsqu'il fut appelé à l'école militaire de Saint-Cyr, près de Versailles, en qualité de répétiteur de mathématiques, puis de pro- fesseur de musique. Après cinq années passées dans cette situation, il sentit de jour en jour un désir plus vif de se livrer en liberté, à Paris, ù la culture de la musique et de la composition; mais les moyens d'existence lui manquaient pour réaliser ses projets ; enfin, M. Jomard, qui plus tard fut membre de l'Institut de France, lui pro- cura, en 1800, un emploi dépendant du ministère de l'intérieur, dans les bureaux formés pour la publication de la grande Description de l'Egypte aux frais de l'État. Ce fut dans cette place que Bocquillon- Wilhem eut occasion de se lier d'unj amitié intime avec l'illustre poète Béranger, dont il mit les premières chansons en musique. Quel- ques-unes de ces pièces, entre autres la Vivandière et la Bonne Vieille, eurent alors un succès de vogue. C'est aussi dans le même temps qu'il commença à se livrer à l'enseignement. En 1810, il eut le titre de professeur de musique du lycée Napoléon, devenu plus tard le collège Henri IV, et il conserva cette place jusqu'à la fin de ses jours. L'introduction de l'enseignement mutuel en France dans les écoles populaires vint préoccuper, en 1815, Bocquillon-Wilhem de l'idée que ce mode d'enseignement pouvait être appliqué à la musique. Ses pre- miers essais furent faits dans des écoles particulières fondées par lui et dans des pensionnats de jeunes gens des deux sexes. Ses succès dans sa nouvelle carrière fixèrent bientôt l'attention du conseil d'ins- truction primaire du département de la Seine ; une proposition lui fut faite, le 23 juin 1819, par le baron de Gérando, pour que l'étude de la musique fût introduite dans l'enseignement primaire à Paris, et Bocquillon-Wilhem fut désigné pour en organiser le système. L'école de Saint-Jean de Beauvais, où plus de trois cents enfants étaient réu- nis, devint alors le centre de son enseignement. Incessamment occupé du soin d'en perfectionner les détails, il porta dans sa mission un zèle égal à son intelligence et à sa patience dans la recherche des procédés les plus utiles, nonobstant les difficultés qu'il rencontrait à chaque pas. Il comprit que la division des éléments d'espèces diffé- rentes devait être son point de départ : de proche en proche ces divi- sions se multiplièrent dans sa méthode. Les beaux résultats qu'il ob- tenait à l'école modèle de la ville le firent choisir, au commencement de 1820, pour enseigner le chant aux élèves de l'École polytech- nique. La confiance qu'il inspirait à juste titre à l'autorité le fit charger à cette époque de l'organisation et de la direction d'une école normale de musique par le ministre de l'intérieur. Chaque année accrut le nombre des écoles élémentaires placées sous sa direction : en 1830, ces écoles étaient déjà au nombre de dix à Paris, et des dispositions étaient faites pour en organiser douze autres. La Société pour l'en- seignement élémentaire récompensa les travaux et le zèle du profes- seur par une grande médaille d'or qu'elle fit frapper en son honneur. Dès 1821 Bocquillon-Wilhem avait publié l'exposé de sa méthode, avec des tableaux d'exercices pour les élèves. Les éditions multipliées de ces ouvrages prouvent le succès qu'ils ont obtenu. Mais une idée heureuse de cet homme distingué vint donner un nouvel éclat à sa renommée lorsqu'il imagina des réunions périodiques des élèves de toutes les écoles en un seul chœur, qu'il désigna sous le nom d'Orphéon. Le premier essai de cette institution fut fait au mois d'octobre 1833; les prodiges d'ensemble et de fini dans l'exécution par un si grand nombre de chanteurs excitèrent le plus vif enthousiasme parmi les artistes et les amateurs. Des écoles d'adulles furent également insti- tuées, pour fournir à l'ensemble la réunion de tous les genres de voix, et les progrès des ouvriers rassemblés dans des écoles furent si rapides qu'on les vit, en moins de deux ans, lire toute espèce de musique à première vue et l'exécuter avec autant d'intelligence que de sentiment. Tant de persévérance dans la création d'une grande amélioration sociale, tant d'idées ingénieuses mises en pratique pour la réaliser et tant de zèle dans l'exercice de fonctions pénibles, trouvèrent leur récompense dans la nomination de Bocquillon à la place de directeur général de l'enseignement dans toutes les écoles primaires de Paris, avec un traitement annuel de 6,000 francs (le 6 mars 1835), et dans sa promotion à la dignité de chevalier de la Légion d'honneur (30 avril suivant). En 1839, il fut désigné par le DE PARiS. 351 gouvernement pour l'inspection de l'enseignement universitaire du chant, et dans l'année suivante on lui confia les mêmes fonctions près l'École normale de Versailles. De jour en jour l'emploi de ses procédés d'enseignement devenait plus général ; ils avaient été in- troduits dans les écoles de la doctrine chrétienne en 1840 et 1841 ; des Anglais, qui étaient venus à Paris pour étudier sa méthode, la naturalisèrent dans de grands établissements à Liverpool et à Londres. Usé de bonne heure par la fatigue et le travail, Bocquillon-Wilhem sentit ses forces diminuer vers la fin de 1841. Au mois d'avril 1842 une fluxion de poitrine vint le surprendre dans cet état de dépéris- sement, et le 26 du même mois il cessa de vivre, à l'âge de soixante ans et quelques mois. Le nombre des élèves instruits par la méthode de cet homme distingué qui se trouvaient dans les écoles de Paris au moment de sa mort était d'environ douze mille, et celui des adultes, presque tous ouvriers, s'élevait à quinze cents. C'est parmi les plus habiles de ses élèves qu'il choisissait les chanteurs des séances de l'Orphéon, où il les réunissait quelquefois jusqu'au nombre de douze ou quinze cents ; l'exécution atteignait le dernier degré de perfection dans ces concerts du peuple. Honneur à l'homme de bien dont la vie entière a été consacrée aux travaux qui ont produit de tels ré- sultats ! Voici la liste des ouvrages de Bocquillon-Wilhem et de leurs diver- ses éditions. I. Compositions: 1° Romances, paroles de Parny (Dina; Balla; le Plaisir des rois; AngéVne); Paris, Le Duc. — 2° Idem, paroles de Béranger {Marie Stuart ; Adieu de Charles VII; Brennus; la Vivandière ; la Bonne vieille ; Beaucoup d'amour; Si fêlais petit Oiseau; Parny n'est plus); ibid. — 3° Idem, paroles de B. Antier (l'Adieu de ma bien-aimée ; Amour; Silence; le Retour de Barcelone); ibid. — 4° Choix de mélodies des psaumes rhylhmées et disposées à trois parties pour voix égales ou inégales; Paris, 1836, in-12 de 48 pages. — 5° Nouveau choix de mélodies des psaumes, rhylhmées et disposées à trois parties, pour le consistoire de l'Eglise réformée de Paris; Paris, 1836, in-12 de 168 pages. Une quatrième édition de ces chants, contenant tous les psaumes à 3 voix, a paru à Paris, chez Rizler, en 1838, 1 vol. in-12 de 500 pages. — 6° les Psaumes de Da- vid à voix seule, suivis de cantiques sacrés ; Paris, 1839. — 7° Or- phéon, Répertoire de musique vocale en chœur sans accompagnement d'instruments, à l'usage des jeunes élèves et des adultes, composé de pièces inédites et de morceaux choisis dans les meilleurs auteurs ; Paris, Perrotin et Hachette, 1837-1840, 5 vol. in-8°. La dernière édi- tion de V 'Orphéon, publiée à Paris en 1837, chez les mêmes, forme dix volumes. — IL Ouvrages élémentaires : 8" Guide de la méthode élémentaire et analytique de musique et de chant, divisé en deux parties, etc.; Paris, 1821-1824, 1 vol. in-8" de 284 pages. Cet ou- vrage est divisé en plusieurs cours gradués ; la première partie ren- ferme le texte ; la deuxième les exercices de musique. On trouve des exemplaires de cette première édition avec le titre suivant : Méthode élémentaire analytique de musique et de chant conforme aux principes et aux procédés de l'enseignement mutuel, adoptée par la Société d'instruction élémentaire. Les tableaux in-folio qui accompagnent cette première édition sont au nombre d'environ 160. La deuxième édition du guide parut en 1827, à Paris, 1 vol. in-8°, avec des tableaux d'exer- cices in-folio. On trouve des exemplaires de la même édition avec la date de 1832. Le frontispice des tableaux a été aussi changé. La troi- sième édition a pour titre : Méthode, ou instructions sur l'emploi si- multané des tableaux de lecture musicale et de chant élémentaire ; Paris, L. Hachette, 1835, in-8° de 74 pages, avec deux suites de ta- bleaux in-folio, la première, pour le premier cours, en 50 feuilles, et la deuxième, pour le second cours, en 25 feuilles. Enfin, une qua- trième édition a paru sous le titre de Guide complet de la méthode B.-Vilhem, ou instructions, etc. ; Paris, L. Hachette, 1839, 1 vol. in-8", réuni aux tableaux de l'édition de 1835. La sixième édition du Guide complet aélé publiée en 1845, chez Perrotin et Hachette, 1 vol. in-8° de 156 pages. — 9° Tableaux de lecture musicale et d'exécution vocale, conformes aux principes et aux procédés de l'enseignement simidtané, etc.; Paris, 1827-1832, in-folio composé de 74 tableaux en 137 feuilles. — 10° Nouveaux tableaux de lecture musicale et de chant élémentaire, ou méthode graduée en deux cours, etc.; Paris, Hachette, 1835, in-folio. On trouve des exemplaires de cette édition avec un nouveau frontispice daté de 1838, et avec l'indication de la quatrième édition. — 11° Manuel musical à l'usage des collèges, des institutions, des écoles et des cours de chant, comprenant, pour tous les modes (L'enseignement, le texte et la musique en partition des ta- bleaux de la méthode de lecture musicale et de chant élémentaire, pre- mier et deuxième cours; Paris, Perrotin et Hachette, 1836, 2 vol. in- 8°. Une deuxième édition a paru chez les mêmes libraires en 1839, une troisième en 1840; la cinquième est de 1845, la sixième de 1847, et la septième de 1849. A l'époque où parut cette dernière édition, quarante-trois mille exemplaires de l'ouvrage avaient été vendus. Bocquillon-Wilhem a publié, dans le Dictionnaire des découvertes, une notice sur les travaux de Perne, et une Notice nécrologique sur M. J.-B. Morel (voy. ce nom); Paris, sans date, in-8°. M. Jomard, un des présidents honoraires de la Société pour l'ensei- gnement élémentaire, a publié un Discours sur la vie et sur les tra- vaux de G.-L. B.-WUhem, prononcé à l'assemblée générale de la Société pour l'instruction élémentaire, le 5 juin 1842, avec un appen- dice, un chant funèbre à deux chœurs, musique de 31. J. Hubert, un portrait de B.-WUhem, un fac-similé de son écriture, et une note historique sur l' introduction du chant dans les écoles de France ; Paris, Perrotin et Hachette, 1842, in-8° de 126 pages. On a aussi sur l'inventeur de la mélhode d'enseignement mutuel et simultané de la musique : Notice historique sur la vie et sur les ouvrages de Guil- laume-Louis Bocquillon-Wilhem, par Mme Eugénie Niboyet ; Paris, 1843, in-12. — Notice sur Guillaume-Louis Bocquillon-Wilhem , par J. Adrien de la Fage. Paris, 1844, in-8°. CORRESPONDANCE. Besançon, 1er octobre 1860. Le concours d'orphéons, ouvert dimanche dernier par la ville de Besançon, a clos pour cette année la série des manifestations artistiques du chaut choral populaire. M. Eugène Delaporte dirigeait cette solen- nité musicale dont la commission de l'exposition industrielle avait pris l'initiative. L'institution orphéonique en effet a pris rang aujourd'hui parmi les besoins intellectuels de la société, et ses fêtes figurent au programme de toutes les œuvres véritablement nationales. Le concours de Besançon a prouvé une fois de plus le zèle que les Sociétés chorales apportent à leurs études et l'empressement avec lequel elles aiment à en soumettre les résultats à. l'appréciation des artistes éminents qui di- rigent et encouragent leurs travaux. Il est regrettable que les adminis- trations de chemins de fer ne s'associent plus, comme autrefois, par l'abaissement du tarif de leurs transports à ces fêtes, qui attirent tou- jours une grande affluence de population et créent d'utiles relations entre les villes d'une même contrée. Néanmoins le nombre des Sociétés concurrentes était assez considé- rable. Montereau, Nuits, Ornans, Genlis, Fouvent-le-IIaut, Saint-Jean-de- Losne, Montmorency, Baume-les-Dames, Vesoul, Belfort, Gray, Dole, Di- jon, Salins, Chalon-sur-Saône, Plombières, Pontarlier, Beaune, Arbois, etc., avaient envoyé leurs orphéons. On comptait les bannières des fanfares de Berne (Doubs), de Vuillafans, de Pierre-en-Bresse, Longecourt, Tré- court, Autricourt, l'Isle-sur-le-Doubs, Champaguole, Genlis, Dole, Mont- béliard, etc. Arbois, Montereau, Nuits étaient représentés par leurs mu- siques. A onze heures, par un soleil radieux, — le fait mérite d'être signalé, — toutes les Sociétés défilaient sur la place Saint-Pierre devant les autorités locales et les membres du jury, et se rendaient en cortège aux lieux des concours . Les épreuves ont eu lieu au théâtre, au Palais de justice et à la pro- menade Urauvelle. MM. Delsarte, E!wart et Klosé présidaient ces trois jurys composés de MM. Camille de Vos, Deffès, Laurent de ftillé, Besozzi, de la Fage, Jonas et Veny pour les orphéons, et de MM. Dauverné, Cok- ken, Dufrêne et Couder pour les musiques. H résulte de l'ensemble des REVUE ET GAZETTE MUSICALE appréciations du jury que les Sociétés chorales sont en voie de progrès et s'acheminent individuellement vers l'interprétation artistique de leur répertoire. A cinq heures la distribution des récompenses a eu lieu dans le jardin de l'Exposition. Une estrade richement décorée réunissait les notabilités bysontines et les juges des concours. La foule avait envahi les rues en- vironnantes et s'étageait jusque sur les toits à pignons dentelés de la ville de Charlemagne et de Charles-Quint. Les Sociétés de Saint-Jean- de- Losne, Genlis, Ornans, dont le peintre Courbet est membre, Nuits, Mont- morency, Baume-les-Dames, Gray, Besançon, Arbois, Chalon, Beaune, Salins ont remporté les prix des différentes sections de la troisième divi- sion. Les médailles d'or offertes par l'Empereur et par les dames de la ville ont été décernées à l'unanimité, la première à la Chorale de Dijon, la seconde aux Enfants du Jura de Dole. Les musiques de Pierre-en-Bresse, Berne, Champagnole, Genlis, Saint-Jean-de-Losne, Dole, Arbois, Monte- reau et des Enfants du Doubs ont été également couronnées. Dans un discours judicieusement pensé, M. Clerc de Landresse, maire de Be- sançon, a rappelé aux lauréats les diverses phases et les principes mo- ralisateurs de l'institution dont ils venaient d'être les représentants ac- clamés. Un banquet a été offert le soir dans le salon d'honneur de l'Hôtel de ville par la commission de l'exposition aux membres du jury et aux jour- nalistes invités. L'aspect de la salle était magnifique. Plusieurs toasts ont été portés à l'Empereur, à M. Delaporte, l'infatigable propagateur du chant choral en France, à la presse et aux orphéons. Un toast de M. Ber- tillot, ancien maire de la ville, a été chaleureusement applaudi. — « Aujourd'hui, a dit l'orateur, nous rendons hommage au plus sédui- sant, au plus civilisateur des beaux-arts dans la personne de ses organes et de ses représentants les plus autorisés. Ils sont venus animer par leur présence ces luttes de chant et d'harmonie qui de nos jours, comme aux beaux temps de la Grèce antique, ravissent les populations et les enlèvent momentanément aux préoccupations ordinaires de la vie pour leur ouvrir les perspectives enchantées que l'imagination et le sentiment savent créer à l'aide des sons La ville de Besançon a droit, Messieurs, à toutes vos sympathies. Elle a donné naissance à l'un des plus savants et des plus habiles musiciens du xvc siècle, et c'est de la tête et de l'âme d'un Franc-Comtois qu'est sorti ce chant héroïque et passionné que re- disent en tous lieux les défenseurs de l'indépendance menacée En répandant dans toutes les classes l'intelligence et l'amour de l'art, les Sociétés chorales feront surgir parmi nous des successeurs aux Goudimel et aux Rouget de Lisle. Honneur donc aux artistes éminents qui encou- ragent et qui soutiennent le zèle de ces utiles réunions !... » La fête chorale de Besançon s'est terminée lundi par un festival donné dans la salle du théâtre, l'une des plus heureusement aménagée de nos provinces de l'Est. Les députations des Sociétés couronnées ont. exécuté avec un entrain remarquable les chœurs applaudis, il y a quatre mois, au palais de Sydenham, et l'excellente musique du 53e régiment de li- gne a fort habilement détaillé les beautés imposantes de la Marche aux flambeaux, de Meyerbeer. A l'heure où je vous écris, monsieur le directeur, la vapeur emporte aux quatre coins de la France les vainqueurs et les vaincus de ces luttes courtoises, fraternellement unis dans une pensée commune de concorde et d'émulation. Les quatre mille étrangers venus pour assister aux fêtes quittent la ville sous une.pluie torrentielle. Besançon reprend, à l'ombre de ses remparts, son calme habituel. Mais ce concours aura pour la pro- pagation de l'art musical en Franche-Comté des conséquences non moins précieuses que celles produites dans l'ordre industriel, par l'exposition bysontine. Cette noble et antique province appliquera, nous n'en doutons pas, à la grande cause de l'orphéon français, la vigueur de pensée, la solidité de jugement, la persistance et le sentiment qui caractérisent les travaux de ses habitants dans toutes les branches de l'intelligence hu- maine. Veuillez agréer, monsieur le directeur, l'expression de mes sentiments les plus disti igués. Em. Mathieu de MONTER. P.-S. Le colonel du 53e régiment de ligne, en garnison â Besançon, vient de créer dans son régiment un orphéon composé de 150 hommes. Nous avons entendu cette société exécuter sur la plate- forme de la Cita- delle un chœur dont l'air et les paro'es sont arabes. On ne saurait ima- giner l'effet produit par cette mélodie dolente et ce rythme indécis. l'Orient apparaît avec sa majesté placide et ses mystiques rêveries.- Cela saisit, berce et transporte. Ravi par cet orchestre en épaulettes de laine, l'on songe malgré soi aux profondeurs du désert, aux mystérieuses in- cantations de la mosquée. Nous ne saurions trop féliciter le brave colo- nel du 53" de substituer ainsi l'harmonie et l'étude aux dangereux loisirs de la vie de caserne. H y a là tout à la fois une belle pensée et une bonne action. REVUE DES THÉÂTRES. Théâtre-Français : Reprise des Jeunes gens, comédie en trois actes, de M. Léon Laya. — Odéon : les Vertueux de province , comédie en trois actes et en vers, par M. Galoppe d'Onquaire. — Vaude- ville : une Tasse de thé, comédie en un acte, par MM. Nuilter et Derley ; reprise de Dalila , de M. Octave Feuillet. — Palais- Royal : la Famille de l'horloger, vaudeville de MM. Labiche et R. Deslandes ; Un gros mot, vaudeville de MM. Labiche et Dumous- tier. — Ambigu : la Maison du pont Notre-Dame, drame en cinq acles et six tableaux, par MM. Th. Barrière et H. de Kock. Le Théâtre-Français avait contracté une dette de reconnaissance envers l'auteur du Duc Job, dont le succès a eu, l'hiver dernier, des proportions tout à fait exceptionnelles. Que M. Laya ait dû cette bonne fortune plus encore au talent de son principal interprète qu'au mérite réel de son œuvre, là n'est pas la question. Il a fait, pendant plusieurs mois, des recettes fabuleuses, il a contribué, pour sa large part, à la prospérité actuelle de la Comédie française, et, sous ce rapport, il avait droit à une récompense honnête. Rien n'est donc plus rationnel que la reprise des Jeunes gens, pièce en trois actes du même auteur, qui, en son temps, a été accueillie avec assez de fa- veur pour que cet acte de gratitude ne tourne, pas au détriment de ceux qui l'accomplissent. On retrouve, du reste, avec plaisir dans cet ouvrage la plupart des artistes que l'on a applaudig dans le Duc Job, et, en première ligne, l'excellent Got, non moins remarquable sous les traits de Francisque que sous ceux du gentilhomme soldat, Jean de Rieux. Tout fait supposer que le Théâtre-Français n'aura pas à se repentir de cette reprise, et que les Jeunes gens de M. Laya tiendront honorablement leur place au répertoire. — L'Odéon en est à peine à la fin de son premier mois de réou- verture, et voici la seconde pièce importante qu'il fait défiler devant le public. C'est M. Galoppe d'Onquaire, l'auteur de la Femme de guarante ans, qui est cette fois sur la sellette. Sa comédie nouvelle se nomme les Vertueux de province, et repose sur un travers très-vrai et très-bien observé. Qui de nous n'a pas connu de ces braves provin- ciaux dont les cheveux se dressent au nom seul de Paris, la moderne Babel, qu'ils regardent comme le réceptacle de tous les vices, comme le rendez-vous des mauvais instincts du monde entier. Ils n'ont pas de termes assez forts pour exprimer l'horreur et le mépris que leur inspirent les habitants de cette cité perverse. Eh bien ! soulevez un peu le voile qui abrite ces vertueux, ces rigoristes qui font fi des Parisiens et qui voudraient leur persuader que l'honnêteté, exilée de la ville, s'est réfugiée dans leur province. Prenez, par exemple, M. Duval, un ex-notaire de je ne sais quel petit endroit, voyez sa femme, voyez sa fille. Toule cette respectable famille se croit bien sincèrement à l'abri du qu'en, dira-l-on, et considère les erreurs hu- maines du haut de sa pruderie immaculée. Pourtant M. Duval spécule naïvement sur la mort d'un ami pour marier plus avantageusement Mlle Duval. Sa digne moitié, par un sentiment jaloux, décoche de petites calomnies anodines qui jettent le trouble dans le cœur d'une pauvre fille ; enfin, Mlle Duval, élevée dans la crainte du monde et dans le respect de ses parenls, donne un sournois démenti à cette éducation d'apparence irréprochable. Ces gens sans tache s'aperçoi- vent-ils seulement de la contradiction flagrante qui existe entre leurs actions et leurs paroles ? Non vraiment, et c'est de bonne foi qu'ils se regardent comme bien supérieurs, en vertus de toutes sortes, à messieurs les Parisiens. Cette thèse, habilement présentée par M. Ga • loppe d'Onquaire, est éminemment favorable à des développements satiriques dont il a su tirer un bon parti. Son vers est incisif, concis, souvent spirituel, et le poëte n'a pas obtenu moins de bravos que le peintre de mœurs. DE P^RIS. 353 — Une petite comédie intitulée Une Tasse de thé, amusant imbro glio, a parfaitement réussi ces jours derniers au Vaudeville. Il s'agit d'un pauvre diable poursuivi par des créanciers et se réfugiant, par aventure, dans un carrosse qui stationne h la porte d'un hôtel du fau- bourg Saint-Germarn. Ce carrosse conduit notre homme dans une maison fort mal gardée, où se passe une scène de ménage entre une femme jalouse et un mari indifférent. A l'aspect d'un inconnu qui pénètre tout à coup dans son boudoir, la femme s'inquiète d'abord, puis reconnaissant sa méprise, le fait servira exciter la bile de son seigneur et maître. Un louable rapprochement résulte de cette leçon donnée à la faveur d'Une tasse de thé que les deux époux achèveront à huis clos, après après avoir éconduit leur importun témoin. Cette pièce accompagne très-agréablement la reprise 'de Dalila, où M. Ribes a fait avec assez de bonheur ses débuts dans le rôle d'André Roswein, l'une des brillantes créations de Lafontaine. — Au Palais -Royal, deux vaudevilles nouveaux et tous deux de M. Labiche. L'un a pour titre la Famille de l'horloger. C'est une bouffonnerie entée sur le suicide d'une grosse et forte femme qui se jette à l'eau par désespoir d'amour. Un jeune homme la repêche et la conduit dans son propre domicile, où la présence de cette femme, qui est justement sa future belle-mère, amène une foule de quipro- quo drolatiques dont le dénoùment s'opère à la satisfaction générale. Il est bon de remarquer, pour la justification du titre, que l'inflam- mable belle-mère est la femme d'un horloger, et que celui-ci ne se rend aux motifs qu'elle lui donne de son séjour nocturne chez son sauveur, qu'en constatant que leurs montres à tous deux se sont ar rétées au moment où ils ont fait le plongeon dans le canal Saint- Martin. S'ils n'avaient pas eu de montres pourtant, comment auraient- ils prouvé leur innocence? On frémit, rien que d'y penser. L'autre pièce s'appelle Un gros mot. Quel gros mot ? Faut-il le dire ? Mme Gaillardin a osé jeter à la face de son mari l'épithète peu parlementaire de : cornichon ! Aussitôt la guerre est déclarée ; on convient d'une séparation à l'amiable ; madame habitera de ce côté, monsieur de l'autre, et l'on s'évitera le plus possible en passant par le salon commun. Monsieur exige que madame retire son gros mot ; mais madame refuse énergiquement, et, comme pour narguer son mari, elle donne un bal pour lequel elle lui adresse une invitation. Gaillardin répond à cette ironie en acceptant et en amenant avec lui un ami qui, sans savoir à qui il a affaire, tombe amoureux de Mme Gaillardin et se met en mesure de brusquer sa conquête. Les dangers suspendus sur la tête de Gaillardin modifient singulièrement son obstination et finissent par opérer un rapprochement conjugal sans que le gros mot soit relire. Ce rôle de mari têtu a été tracé en vue de Ravel qui le joue à merveille et qui y a fait une rentrée triom- phante. — Un roman de M. Henri de Kock, le Médecin des voleurs, a fourni le sujet du drame représenté à l'Ambigu sous le titre de la Maison du pont Notre-Dame. Il est vrai qu'en chemin le roman a furieusement changé, et qu'il n'est guère question dans le drame ni de médecin ni de voleurs. L'intrigue de la pièce roule sur une subs- titution de personne opérée par un certain chevalier d'industrie qui a intérêt à faire revivre un individu expédié par son complice. Mais le crime a eu un témoin caché; la victime de ce scélérat a été secrète- ment sauvée, et quand l'assassin croit s'être débarrassé pour la seconde et dernière fois de l'homme qui fait obstacle à ses desseins téné- breux, cette première victime ressuscite et le force à se faire lui- môme justice par un suicide. Malgré quelques longueurs, ce drame, plein de surprises mystérieuses et de coups de théâtre saisissants, a été fort goûté du public et la foule s'y porte. La partie sérieuse y est re- présentée par Lacressonnière, qui, dans les deux rôles de l'homme as- sassiné et de l'homme substitué, a rencontré le même succès que des moyens à peu près identiques lui avaient fait trouver à la Gaîté dans le Courrier de Lyon. La partie comique, qui y tient une grande place, a pour principal interprète Febvre, un artiste de l'Odéon, que le Testament de César Girodot a mis en réputation de l'autre côté de l'eau, et q;e la Maison du pont Notre-Dame va rendre populaire sur la rive droite. D. A. D. SAINT- YVES. NOUVELLES. t% Le théâtre impérial de l'Opéra donne aujourd'hui Pierre de Médicis, et annonce pour demain Sémiramis. „,% Dimanche dernier Robert le Diable a fait salle comble. Mme Du- prez-Vandenheuvel et Mlle Marie Sax obtiennent dans le chef-d'œuvre du maître un succès qui grandit à chaque soirée. Gueymard et lîclval complètent un excellent ensemble. „% Une indisposition de Mlle Ilamackers a forcé d'ajourner la reprise du Prophète. „% Lundi on a représenté le Trouvère avec Michot et Mlle Barbara Marchisio. — Mercredi et vendredi, Sémiramis. a% Mlle Carlotta Marchisio continuera ses débuts par le rôle de Ma- thilde dans Guillaume Tell, et selon toute apparence, Morelli débutera dans ie chef-d'œuvre de Rossini par celui de Guillaume. t*t On annonce pour jeudi 11, au théâtre de l'Opéra-Comique, une représentation au bénéfice d'un artiste dont la .position excite toutes les sympathies. Le programme de cette représentation est d'ailleurs fait pour attirer la foule. Outre le personnel de l'Opéra-Comique, celui de l'Opéra, du Théâtre-Français et du Palais-Royal doivent concourir à cette bonne œuvre. On y entendra les sœurs Marchisio dans le duo de Sémiramis, Mlle Vestvali dans l'air de Romeo, Michot dans la scène de Faust et l'air de la Dame blanche, Montaubry dans le Chaperon rouge, Sainte-Foy, Berthelier, etc. „% Mlle Wertheimber étudie avec beaucoup de zèle et d'activité le rôle d'Hoël du ^ardon de Ploërmel; Mlle Monrose sait le sien et Sainte- Foy est prêt. **„ Le théâtre impérial Italien donne aujourd'hui le Trouatore pour le début de Pancani. Mmes Penco et Alboni, MM. Graziani et Angelini feront leur rentrée dans cet opéra, qui sera donné trois fois dans la semaine. t% Les répétitions de Nella, le nouvel opéra-comique d'Aimé Maillart, se poursuivent avec activité. C'est Mlle Baretti, lauréate du Conserva- toire, qui a été engagée pour remplir le rôle principal. On pense que l'ouvrage passera le 10 novembre. Les autres rôles sont confiés à Mmes Faivre et Vadé, à MM. Girardot, Delaunay-Riquier et Wartel. *** La représentation donnée samedi de la semaine dernière se composait des Rosières, de la Partie de piquet, jolie comédie jouée par les acteurs du Gymnase, et d'un intermède de musique mili- taire sous la direction deMohr, qui a été fort applaudi.— Les répétitions du Val d'Andorre arrivent â leur terme et l'ouvrage passera probable- ment cette semaine. On vient de recevoir au théâtre Lyrique un opéra- comique en un acte de M. Jules Delahaye, sous le titre: les Dragées de Su- zette. Il a chargé M. Hector Salomon d'en écrire la musique. „\, L'opéra Italien de Saint-Pétersbourg a rouvert le 23 septembre par le Prophète, interprété par Tamberlick, Mme Nantier-Didiée et Mme Dot- tini. La salle était comble et le chef-d'œuvre de Meyerbeer a été, comme toujours, accueilli par des applaudissements enthousiastes. — Mme Lagrua a fait sa rentrée par Norma, rôle dans lequel elle a retrouvé ses triomphes de l'hiver dernier. L'ensemble a beaucoup gagné cette an- née ; Tamberlick remplaçait Mongini qui, disait-on, ne reviendrait pas à Saint-Pétersbourg, et Mme Bernardi chantait le rôle d'Adalgise. Debassini s'était chargé de celui d'Orovèse, trop haut pour Marini. — La Fioretti n'était point encore arrivée et on ne s'expliquait pas plus ce retard que celui de Mongini. — 11 a été décidé que le nouveau théâtre du Cirque, reconstruit par l'architecte Cavos et qui a pris le nom de théâtre Marie, serait désormais affecté aux représentations de l'opéra russe. 11 avait été d'abord question d'y placer l'opéra italien. — Le théâtre français a déjà vu les débuts de Mlle Douglas et do Mme La- grange; ceux de Dupuis et de Mlle Stella Colas devaient suivre. „** M. de Flotow, l'auteur de Martha, de Stradella, etc., écrit en ce moment la partition d'un opéra nouveau; dont le texte est dûâ M. F.milc Pohl. „*„ La troupe italienne de Merelli a fait son premier début au théâtre Royal de Berlin par la Norma. Mme Vera Lorini, chargée du rôle prin- 354 REVUE ET GAZETTE MUSICALE cipal, a obtenu un certain saccès, mais en général le public a accueilli froidement cet essai. „,** M. Florenza, baryton qui'obtient depuis quelques années de grands succès à la Havane, vient d'arriver à Paris. 4*4 Mlle Esther Danhauser vient d'être engagée en qualité de première Dugazon au théâtre de la Haye. *% Les théâtres de Brest, Lille, Saint-Quentin et Verviers ont mis le Roman d'Elvirek l'étude. 4** Mme Miolan-Carvalho est de retour à Paris. Elle a chanté pour ses deux dernières représentations le rôle du page des Nozze di Figaro et elle a obtenu un immense succès. Ce qui a surpris de la manière la plus agréable et enthousiasmé le public berlinois, c'est qu'elle ait pu ap- prendre assez d'allemand pour dire le dialogue dans cette langue. „,% Hier samedi, l'Académie des beaux-arts a tenu sa séance an- nuelle pour la distribution des prix et l'exécution, de la cantate. A di- manche prochain les détails. *% Demain lundi aura lieu la réouverture des classes au Conserva- toire impérial de musique et de déclamation. *** La Société allemande Haendel vient de livrer aux souscripteurs le tome VU des œuvres du grand compositeur; il contient Sérriêlé, oratorio qui a été composé en 4 743 daas l'espace d'un mois; la première exécu- tion eut lieu le 10 février 1744; le texte est tiré d'une ancienne tragé- die. A la partition est joint un arrangement pour piano par Richter. *** Mmes Henri Potier et Emerique-Fichel inaugurent leurs Cours de chant le dimanche 14 octobre, par une matinée musicale qui aura lieu dans les salons de M. Navarre, facteur de pianos, 2, rue Fléchier.— Le lundi 15 octobre, ouverture des Cours. On s'inscrit chez Aime Henri Potier, 1, rue de la Grange-Batelière. *** Dans un concours des orphéons et Sociétés chorales, "qui a eu lieu dimanche, 23 septembre, la Société allemande Teutonia faisant partie de la division supérieure, et dirigée depuis plusieurs années par M. Jules Offenbacu, a remporté le premier prix. Les morceaux qui ont été exé- cutés étaient l'Ode ou printemps, par L. Kreutzer, et un chœur inédit de Meyerbeer, intitulé : A la pairie. L'illustre maître, qui a bien voulu accepter récemment la présidence honoraire de la Teutonia, avait dédié <■(■. chœur, qui a eu un succès hors ligne, à cette Société, et celle-ci l'exécutait pour la première fois à l'occasion, du concours qui vient d'avoir lieu à Livry. „*4 M. Franco-Mendès, premier violoncelle solo de S. M. le roi des Pays-Bas, va commencer, rue de Lilie, 17, chez SI. Lévy Alvarès, un cours d'accompagnement pour le piano. Nous nous empressons de faire connaître aux mères de famille une occasion aussi précieuse de faire donner à leurs filles le complément des études musicales sous la direc- tion d'un aussi éminent professeur. *,. On nous écrit de Saint-Servan que M. A. Bessems a obtenu dans cette ville de Bretagne un grand succès eu jouant, dans un concert au bénéfice des pauvres, une nouvelle fantaisie de sa composition sur des motifs de Donizetti, ainsi qu'une ravissante mélodie intitulée l'Amélia, écrite par lui pour cette circonstance, et qui a enlevé tous les suf- rages. *** Le dernier concert de la saison d'Ems a été fort brillant. Mme Cam- bardi, dont le nom est populaire sur les bords du Rhin, s'est surpassée. M. le comte de Morny, à la veille de son départ, assistait à ce concert, et Mme de Morny a vivement applaudi la Polacca, de Bergson, chan- tée par Mme Cambardi, Ce morceau a été bissé. ^ ,„*.,, Louis Lacombe, dont les chœurs ont fait sensation au palais de l'Industrie, lors de la grande fête chorale populaire, vient de publier, indépendamment de ses Veilleurs de nuit, deux beaux chœurs religieux, un Agnus Dei et un Kyrie à trois voix égales, avec accompagnement d orgue ou harmonium et piano. C'est là de large et sévère musique qui prendra sa belle place dans un programme élevé. „*„ Douce rêverie, nouveau morceau de piano de Mme Badarzewska, 1 auteur de la Prière d'une vierge, vient de paraître. *** Nous rappelons à MM. les membres de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique que l'assemblée générale extraor- dinaire de cette Société a lieu aujourd'hui à deux heures précises dans les salons de M. Soufieto, 161, rue Montmartre. Ils sont instamment pries d'y assister. *** L'éditeur Tito Ricordi, de Milan, vient de publier une grande valse de concert, intitulée Nice. Celte œuvre rematquable est due à la lie féconde de M. le professeur Perny, qui a composé aussi un chant patriotique, la France à Nice, chaudement applaudi au théâtre. *'%, Aujourd'hui dimanche, 7 octobre, un grand concert extraordinaire a lieu de trois â cinq heures du soir, aux Concerts Musard des Champs- Elysées. Les portes ouvriront a deux heures. *** L'art dramatique vient de perdre un des hommes qui lui avaient consacré leur vie entière. M. Solomé est mort à Belleville, âgé de quatre-vingts ans. 11 avait d'abord joué la comédie, mais il se ren- ferma bientôt dans les fonctions de régisseur et de metteur en scène, qu'il remplit avec une habileté rare tant à Paris qu'en province. En cette qualité, il fut attaché successivement au Théâtre-Français, au grand Opéra, au théâtre de l'Opéra-Comique; de la Renaissance, sans compter les théâtres secondaires. 11 avait aussi composé quelques pièces parmi lesquelles se trouve un mélodrame, la Mort du chevalier d'Assas, repré- senté â Paris au théâtre du Panorama dramatique. En outre, il publia trois mises en scène, celle des Trois quartiers, de la Muette de Portici et de Zampa. 11 était un des pensionnaires de l'Association des artistes dramatiques. 4*4 C. Zollner, connu par ses nombreuses compositions et ses chœurs pour voix d'homme, vient de mourir à l'âge de soixante ans. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. ,*, Boulogne-sur-Mer. — Le grand concert religieux, historique et clas- sique, donné dernièrement dans la cathédrale non encore consacrée, par M. Charles Vervoitte, maître de chapelle de Saint-Roch, a tenu toutes les promesses de son programme, et un succès immense a couronné les efforts de son organisateur. La première partie, exclusivement consacrée aux œuvres des maîtres qui ont illustré l'art musical, depuis le xie jus- qu'au xvmc siècle, a excité pendant toute sa durée le plus vif intérêt, en révélant tour à tour dans d'exquises compositions, telles que l'Ave Maria, d'Hermann , la Bataille de Marignan, de Clément Jannequin, 0 vos omn^s, deVittoria, Gaudeamus, deCarissimi, une onction toute céleste, une originalité de rhythme, une suavité d'expression, une verve et une sorte de joie chrétienne. M. Hayet, premier ténor solo à Saint-Roch, a été fort applaudi dans l'air d'église, de Stradella, qu'il a chanté avec un sentiment excellent, rehaussé par le charme d'une voix fraîche et bien timbrée. M. Bussine a fait admirer une fois de plus sa méthode large et savante, dans un psaume de Marcello et un air de Meudelssohn, parfaitement appropriés aux qualités de sa voix et de son talent. M. Ca- zaut a fait retentir de son timbre puissant les voûtes de la grande cathé- drale, et recueilli d'unanimes bravos dans l'air classique qu'il avait à interpréter. Toute cette première partie, hérissée de difficultés d'exécu- tion, a été rendue avec une perfection admirable par les habiles solistes et choristes de Saint-Roch, sous la direction de leur chef, M. Charles Ver- voitte. La seconde partie (instrumentale et moderne), en donnant satis- faction aux amateurs moins épris de l'antiquité, a mis en relief, dans différents morceaux d'ensemble, la flûte élégante de M. Cuardard, le déli- cieux hautbois de M. Berthélemy, le style savant et distingué de M. Roze sur la clarinette, et le son moelleux et plein que M. Espaignet sait tirer de son basson. Trois chœurs de M. Vervoitte sont venus ensuite, et ont été couverts d'applaudissements : ce sont la Fêle des moissonneurs, le Départ des bergers et la Retraite, morceaux charmants, où les inspirations les plus fraîches s'unissent aux modulations les plus habiles et aux nuances les plus délicates. Ainsi s'est terminé, au milieu de bravos retentissants, ce concert grandiose, dont chaque partie avait été inaugurée par deux morceaux d'orgue brillamment exécutés, l'un par M. Batiste, organiste de Saint-Eustache, l'autre, par M. Sergent, organiste de la cathédrale de Faris. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. 4*4 Bruxelles. — ■ Le Pardon de'Ploërmel, donné dimanche dernier (abon- nement suspendu), avait attiré au théâtre Royal une foule nombreuse composée en grande partie d'étrangers venus à Bruxelles pour assister aux fêtes de septembre. Un double attrait guidait le public venu à cette représentation : la renommée de ce charmant opéra, et la réputation des artistes chargés de l'interpréter. Mlle Boulart et MM. Carmau et Aujac ont dignement soutenu cette réputation. On les a chaleureusement ap- plaudis, et Mlle Boulart a été rappelée après l'air de l'Ombre. — La re- prise des Dragons de Vïllars a été samedi , pour notre troupe d'opéra- comique, un véritable triomphe. Non-seulement la charmante partition de M. Maillart n'avait jamais été exécutée d'une manière aussi remar- quable, mais i! y a peu d'exemples d'une représentation où toutes choses aient ainsi marché à souhait. Mlle Boulart a chanté et joué le rôle de Rose en artiste accomplie ; M. Jourclan s'est montré son digue parte- naire, et parle profond sentiment avec lequel il a servi d'interprète aux touchantes inspirations mélodiques dont abonde un rôle difficile par sa simplicité même, il a causé â son auditoire un plaisir qui s'est traduit en longues salves d'applaudissements. Mlle Dupuy a rempli très-genti- ment le rôle de la fermière; M. Carra an était en voix et en verve; enfin M. Feret, qui faisait son troisième début, s'est concilié les suffrages du public en jouant le rôle du fermier avec un comique exempt de toute exagération. Tous les artistes qui s'étaient si vaillamment comportés ont été rappelés après le premier acte et i la fin du troisième. — On an- nonce comme très-prochaine la reprise de l'Étoile du Nord, DE PARIS. 35b *** Londres. — C'est demain lundi, 8 octobre, que doivent commen- cer au théâtre de Sa Majesté les représentations d'opéras anglais pen- dant un certain temps de la saison. Les meilleurs artistes nationaux ont été engagés tout exprès. Mmes Parepa, Jenny Bauer, Allessandri, Lemmens-Sherrington, Laura Baxter, Fanny Iluddart, MM. Sims-Reeves, Parkinson, George Perren, Terrot, Swift, Rosenthal, Santley, George Honery, Patey, Bartleman, Herrmann, sous la direction de MM. Charles Halle et Blagrove. Deux opéras nouveaux seront donnés successivement, Robin Hooi, de Macfarren et Âmber Witch, deW. Wallace. Des représen- tations italiennes, dont le nombre est fixé à trente, commenceront le mercredi 10 octobre et alterneront avec celles des opéras anglais. Mlle Titjens et M. Giuglini sont placés à la tête de cette troupe, dont M. Gas- sier, Mlle Yaneri, MM. Ciampi, Mercuriali feront aussi partie, et qui aura M. Arditi pour chef d'orchestre. *** Berlin. — Pour l'anniversaire de la naissance de Schiller (10 no- vembre), au théâtre de l'opérade la Cour seront exécutées la cantate et la marche que Meyerbeer a écrites pour le grand festival de l'année passée, à Paris. Pendant la marche, les principaux personnages qui figurent dans les drames de Schiller viendront se grouper sur la scène ; puis sera récité un dialogue écrit pour la circonstance par M. Pfau; la solen- nité finira par l'exécution de la cantate. — Mme Kœster a fait sa rentrée dans le rôle de Léonore de la Favorite. — Mines Miolan-Carvalho et Cash ont terminé leurs brillantes représentations. — La salle Kroll a clos la saison, pendant laquelle on y a donné en tout 84 représentations.— A l'oc- casion de la 100e représentation du nouveau ballet: les Aventures de Flick et Floclc, le prince régent a fait remettre à l'auteur, M. Taglioni, une bague enrichie de diamants. „% Stuttgart. — Le théâtre de la cour a rouvert avec la Nuit de la Saint-Jean, opéra de Pressel : cette partition est le premier essai d'un talent réel, mais inexpérimenté, et qui a besoin de se fortifier par de nou- velles études : ensuite on a représenté Joseph en Egypte, de Méhul ; les Diamants de la Couronne, d'Auber ; la Clémence de Titus, pour l'anni- versaire de la naissance du roi. — Prochainement, l'Etoile du Nord, de Meyerbeer. *% Hambourg.— Le théâtre de la ville vient de donner la quarantième représentation de Dinorah. — Pour le jour anniversaire de la naissance de Goethe, le même théâtre a donné la deuxième partie de Faust, avec la musique de Pierson. il,** Brunswick. — Enfin nous avons entendu le Pardon de Ploërmel ; le succès a été des plus complets. Mlle Eggeling, qui a inteprété le rôle de Dinorah avec un remarquable talent, a été rappelée après l'air de l'Ombre. %% Vienne. — Le théâtre de l'Opéra de la cour a repris la Juive, d'IIalévy : M. Wachtel a chanté le rôle d'Eléazar. — La prochaine nou- veauté au Carl-theater sera Tsin-lsi7i, la jolie opérette d'Offenbach, avec une mise en scène des plus riches. — Un architecte prussien, M. Langhaus, a conçu le plan d'une nouvelle salle de spectacle pour notre capitale ; si ce projet venait à se réa'iser, Vienne posséderait le plus grand et le plus beau théâtre du monde. *** La Haye. — Le théâtre royal a fait sa réouverture par la Juive. Mlle Pradal a débuté dans cet opéra, et elle y a obtenu un grand et lé- gitime succès ; mais elle s'est encore surpassée dans le rôle de Valentine, des Huguenots, qu'elle a chanté ensuite, et qui lui a valu une véritable ovation. Une troisième épreuve dans Robert le Diable a décidé son admis- sion prononcée à l'unanimité. %% Trieste. — L'ouverture du grand théâtre pour la saison d'automne s'est faite par les Puritains. Mme Ortolani, chanteuse à la voix douce, et argentine ; Tiberini, le délicieux ténor ; Beneventano, le baryton, célèbre à bon droit en Europe et en Amérique, ont admirablement interprété le chef-d'œuvre de Bellini. Les applaudissements et les rappels n'ont pas cessé durant toute la représentation. — On nous fait espérer Parisina, de Donizetti ; le Siège de Corinthe et la Dame du lac, de Rossini. Comme nouveauté, on annonce Dinorah. **„ Leipzig. — Le premier concert du Gewandhaus aura lieu le 30 sep- tembre : on y entendra le maître de concert David, et Mme Cash, can- tatrice qui est en représentation à Berlin. L'orchestre exécutera une ouverture de Beethoven et la symphonie en ut majeur, de Schumann. Le Directeur : S. DUFOUR. Claes ffi. E5ffi.^5flîaj§ et g, ©aJF©UIî, éûîêeurs, EOS, rase KIciaeMca, ass E". rs r."-" Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. BARBIER et CARP\Ë, musique de m U utiË tb " L'OuvEsrïuaz En grande partition 24 Les parties d'orchestre 24 Arrangée pour le piano 9 Po'ur le piano â quatre mains 1"2 Pour 2 violons, 2 cornets, chaque 5 <*r&nde JPiirdiiioiis. — S?ariies d'orchestre. — Récitatifs. LA PARTITION Avec paroles françaises, in-4°, net 30 La même, in-8°, net 18 Avec paroles italiennes, in- 8», net 4 8 Arrangée pour piano seul, in-8°, net.... 10 Pour piano à quatre mains, net 25 Arrangements, B<°.iiiitaisies, ^Transcriptions LES A!RS GE CHANT Avecparolesfrançaises. Avec paroles italiennes Les airs arrangés Pour deux violons ou violon seul. Pour deux cornets ou cornet seul. Pour deux flûtes ou flûte seule. . POUR LE P1ÂMO ASCHER. — Illustration 9 » BERNARD (PAUL). — Reviens à toi, traMgerijjsaSoBH 6 » BEYER. — BfflujgiHet sEe tmél® sSlex 7 50 Id. • Op. 36. Petite ffaaataâsSe 5 » BDRGMULLER. — ffiraBaoB® valse eEjs s«B©aa 6 » COBÎETTANT. — TaraBaseraBstiOBa-ffaBitaisie 7 50 CRAMER (J.). — FaBBts&âsie-v&Bse sur l'air de Y Ombre. ... 6 » CRAMER (H.). — Fïeaars «B'ffijîcéa-a, mélange 7 50 CROISEZ. — BIoJMîMiïa «Be gaSoaa 6 » DOLMETSCH. — 'jrraBascrâiBtioaa Eja-iBBasate de la Berceuse 9 » GÛRIA. — Op. 95. FaBtta&sie dramatique 7 50 HESS (C). — ESêï'ea-ie 6 » JAELL (A.). — Ombre légère, eajua-Êee-vraïs» . . '. 7 50 KALRRENNER (A.). — Si£«saï«8Me Icâïlante 7 50 REITERER. — Op. 88. Fasataisle-trangeB-iflatâonB 7 50 RRUGER — TraiiscrlptioBB brillante de la Berceuse 7 50 RDNC (ALOÏS)." — Fantaisie 6 » LECARPENTÏER. — Eleux nugratelleg, chaque 5 » LEDUC. — Faaataisie élégante et facile 5 » ROSELLEN. — Op. 167. Faaataisie brillante 7 50 TALEXY. — PoIk»-naazurka de salon 6 » VINCENT. — l'a'aaascB-SBBtioBBS 7 50 A QUATRE R3AIMS BEYER. — Op. 112. Petite fasitalsie 7 50 BDRGMULLER. — GraBïde valse «fie es»B©aa 9 » CROISEZ. — SwaavemiB's, duo facile 7 50 WOLFF. — KénBBlBBiscciaceg, grand duo dramatique 10 » POUR DIVERS INSTRUMENTS -lîE®a°eeaaa «le saîoaa p. violon avec ace. de piano 9 » RETTERER ET BERMAN. — ©raB»«ï clan© pour piano et violon 10 » GDICHARD. — F«a.sataisse pour violon, flûte ou cornet seul.. 6 '» Id. Les mêmes, avec ace. de piano, chaque 7 50 LEE. — Moarceasa aïe saloia p. violoncelle avec ace. de piano 7 50 SELIGMANN. — Souvenir pour violoncelle et piano 7 50 C0N1NX. — Fantaisie pour flûte avec ace. de piano 7 50 TULOU. — ttîB'aBBile fantaisie pour flûte et piano 9 » BRISSON. — BléslâtatâoBa sur le Chœur religieux, pour har- monium, piano et violon ou violoncelle 7 50 Id. BBib» 8Ba»653iaBB4 pour harmonium et piano 7 50 ENGEL. — Faiataâsâe éBés'aoate pour harmonium seul. ... 6 » Id. aFaBBtalsie I»a*illaBate pour harmonium et piano 9 » JANCOURT, — BïïwsaïJiBae pour harmonie militaire 18 » Id. Fantaisie et l'edoava pour harmonie militaire. 18 » MUSIQUE DE DANSE «gïaasBE'tEîes, par ARBAN, pour piano et à quatre mains h 50 «gaaasEa-Slfles, par MARX Id... av. orchestre, h 50 Valses, par STRAUSS Id. . . av. orchestre. 6 « Taises, par ETTLING 5 » Pallia, par BOUSQUET h •> USeaioiva, par MUSARD h » ScBaottiscla, par DESGRANGES 4 » Polka-Mazurka, par TALEXY 6 » 356 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Chez CJ. BRMltlJS et S. Ul'FOUK, éditeurs, 103, rue «le Richelieu, au 1". Grande parution , net. . . . 200 n Parties d'orchestre, net. . . 200 11 Partition pour piano et chant, in-4", net 40 » Partition pour piano et citant, in-8°, net 20 n Id. avec paroles italiennes 20 » PRQPH Opéra en cinq acles, Paroles de il. Eccèike SCRIBE, musique de Partition pour piano seul, net 25 La même, in-8\ net 10*" Partition pour piano à qua- tre mains, net 25 Ouverture pour piano à qua- tre mains 9 LES AIRS DÉTACHÉS DE CHANT AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO Adam. Six airs faciles tlliaii (IV.). F.tude fuguée Itcnedict. Fantaisie brillante Beyer. Bouquet de mélodies — Six tableaux, chaque. ........ Blahrtka. Quadrille des Patineurs .... Burgmuller. Grande val.se Cramer. Bagatelle Dœhlcr. Six tableaux, a à 0, chaque. . . . Dolmetsch. Op. 16. Marche du sacre . . . Dreyschock et Panof ka. Duo pour piano et violon Duvernoy. Op. 182. Fantaisie Fiimagalli. Op. 43. Grande fantaisie . . . Ciaraudé. Les quatre airs de ballet et la Marche du sacre, chaque finichard. Polonaise U. Uei'K. Op. 185. Fantaisie brillante . . . ARRANGEMENTS POUR PIANO •I. Uerz. Les quatre airs de ballet et la Mar- che du sacre, chaque 7 50 — Les mêmes à quatre mains, par Wolff, chaque. 9 » Délier. Op. 70. Caprice brillant 7 50 filiinten. Ôp. 171. Fantaisie 0 » A. Jaëll. Chœur d'enfans.t 7 50 Kruger. Op. 20. Pastorale et Marche du sacre. 7 50 LiTurpi'iiticr. 109q et 110e bagatelle, ch. . 5 » — Op. 141 à quatre mains . . 7 50 ÏB. Louis. Op. 184. Fantaisie pour piano et violon 9 » Liszt. Illustrations : N" 1. Prière, hymne triomphale . . 12 » 2. Patineurs (scherzo) 12 » 3. Pastorale. Appel aux armes. . 12 » Ei. «le Meyer. Op. 71. Grande fantaisie . . 10 » POUR MUSIQUE INSTRUMENTALE Osborne. Op. 78. Fantaisie Rosellen. Op. 114. Grande fantaisie . . . La même à quatre mains Soninski. Op. 74- Fantaisie 'JTalexy. Op. 20. Fantaisie brillante .... Thalberg. Op. 57. N° 9. Fantaisie brillante. Ch. Voss. Op. 101. Grande Fantaisie . . . — Op. 105. Complainte et Marche. %Volff. Op. 158. Grand duo à quatre mains. lYolû" et Bériot.Duo pour piano et violon. Deux quadrilles par Musard, pour piano et à qualre mains, chaque Un quadrille par Lecarpextier (facile). . . . Un quadrille par Strauss, pour piano et à qua- tre mains Valses par Ettlixg, pour piano à 4 mains . . Polka par Pasdelocp Redowa par Pilodo l'rnst. Op. 24. Fantaisie brillante pour le violon 9 » Vieuxtemps. Grand duo pour piano et violon 9 » Lee. Op. 53. Fantaisie dramatique pour violoncelle 7 50 fc£eniirsat. Duo pour flûte et piano 9 » Walckicrs. Op. 88. Grande fantaisie pour flûte avec ace. de piano. ... 9 >> — Op. 87. Quatre fantaisies pour flûte seule, chaque 0 » liabarrc. Duo facile pour harpe et piano 9 » Verrons». Op. 51. Fantaisie pour hautbois et piano 7 50 tSnichard. Op. 18. Duo pour cornet et piano Molir. Trois pas redoublés et la Marche du sacre pour musique militaire, chaque 7 50 7 50 7 50 4 50 4 50 4 50 4 50 9 » C n ïlohr. L'ouverture et les airs pour musique militaire 6, ou in. L'ouverture et les airs pour deux violons et violon seul. . Waïckiers. L'ouverture et les airs pour deux flûtes et flûte seule Qr u il' li art). L'ouverture et les airs pour deux cornets et cornet seul. ]@y^ILLE PiU)!By©^TB®[Kl REPERTOIRE DES ORPHEONS ET DES SOCIÉTÉS CHORALES Collection «les plus bciiux chœurs pour voix ri'lioninie Mans accompagnement. i'h;mii:«e série CHŒURS D'OPERAS Pri. Le Car des Fées. . Muette de Portici. 4. De Flotow. Martha . 5. Gluck . Alcestc Arniitle Halévy . . lie IVabab Maillart. . Dragons de Villan Mi \i i.i.i ■■! i. lies Huguenots. . — Le Prophète . . . llobcrt le Diable . Rossini. . . IiC Comte Ory . . — Guillaume Tell . Robert Bruce Chœur des Etudiants Chœur de la Chapelle Amour sacré de la patrie .... Mélodie irlandaise Vivez, aimez Les plaisirs ont choisi pour asile. Couplots du tabac, avec solo . . Prière: Soutien de l'innocent . . Couplots des soldats huguenots . Septuor du duel Appel aux armes Chœur des Buveurs Chœur des Moines Chœur et prière Prière Chœur de la Conjuration. . . . Chœur des Chasseurs Chasse et prière du soir .... Prière Chœur bachique avec solo . . . ■ > i : t mou: série CHŒURS DIVERS Cavallo Elwaut Les Boulangers 1 lies Fondeurs 1 lies («arçons de restaurant 1 Les Dorlogers 1 Les Canotiers 1 Les Postillons 1 L'Enclume 1 Les Charpentiers 1 Chant des compagnons . . 1 Chant élégiaque I Dyinnc du sacrifice* avec solo 1 Les Canotiers de Paris » «a lut impérial, God sa ve français Marche du Prince impérial » Uymuc national russe » La Fuite des captifs, chœur avec solo de ténor. . . » Yscult l'impératrice » Les Veillenrs de nuit » La Chasse au tigre » Les Gondoliers vénitiens > Chaque partie séparée de Ténor ou de Basse se vend séparément 20 centimes net. (Ces deux séries seront continuées.) l'Aiïls. — lui'imn nu: i:k\iihll pi. \u-oi.lox iuvix Li cc. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. ON S'ABONNE 1 Dans les Départements et à l'Iitranger, chez t les Marchands île Sïusiquc, les Libraires, et . flureaux des Messageries et des Postes. N° 42. REVUE 14 Octobre 1860. PRIX DE L'ABONNEMENT: paris 24 fr. par on Départements, Uelgiquc cl Suisse.... 30 » id. Étranger -• 3* " id- Lti Journal paraît le Dimanche. GAZETTE MUSICAL nm pjxrîs, --aaaa/VWUWw- SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra : reprise du Prophète. ; rentrée de Mme Tedesco dans le rûle de Fides. — Académie des Beaux-Arts: séance an- nuelle; distribution des prix; ouverture et cantate. — Fragments de l'introduc- tion d'une histoire générale de la musique (4e fragment), par S'ctis père. — Un opéra inédit de Mozart, par Karl Gollmick. — Nouvelles et annonces. THÉÂTRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA. Beprisc €lu Prophète. — Kentrée de Mme Tedcscm dans le rôle de Vidés. Si le Prophète laissait depuis trop longtemps sa place vacante au répertoire, c'est que la direction n'avait pas sous la main de cantatrice en état de remplir dignement le rôle de Fides, autour duquel tant de souvenirs se réunissent. Enfin Mme Tedesco nous est rendue, et avec elle le dernier chef-d'œuvre dont Meyerbeer a doté notre grande scène lyrique. Les débuts de Mme Tedesco à Paris datent du mois de no- vembre 1851 : elle arrivait d'Italie ; elle avait visité l'Amérique, et se présentait à nous dans le rôle de Catharina, de la Heine de Chypre. Le mois suivant, elle se montra dans le rôle de Fides, et voici ce que nous disions alors de la manière dont elle l'avail compris : a Après « Mme Viardot, qui l'a créé si admirablement, et l'Alboni, qui en » a refait la physionomie à son usage, Mme Tedssco est venue, et, » comme cela devait être, elle s'est placée beaucoup plus près de la » seconde que de la première. Par son chant et son jeu, elle offre » beaucoup d'analogie avec l'Alboni. La richesse de sa voix se déploie » magnifiquement dans l'arioso du second acte, dans l'invocation et » la grande scène du quatrième, dans l'air et le duo du cinquième. » Mme Tedesco s'est montrée expressive et dramatique dans plusieurs » parties de ce beau rôle ; son succès a été complet. » A neuf années d'intervalle, notre jugement n'a pas changé. Nous n'avons qu'à répé- ter ce que l'on vient de lire, en ajoutant, toutefois, qu'il y a sensible progrès dans la cantatrice et surtout dans l'actrice. Mme Tedesco peut se flatter d'une bonne fortune dont les avantages sont inappréciables au théâtre. Depuis qu'elle nous a quittés, son embonpoint précoce a plutôt diminué qu'augmenté : sa taille est moins ronde, sa figure moins pleine, tandis qu'au contraire sa voix possède toujours la môme puis- sance, la même étendue, la môme égalité. Rien ne satisfait mieux l'oreille que ce chant large, facile et hardi qu'aucun accident ne trou- ble. Encore un peu d'accent, de vigueur, et Mme Tedesco sera la can- tatrice par excellence; elle produira des impressions aussi vives qu'elle en procure de douces et de charmantes. En attendant, le public lui témoignera chaleureusement, toutes les fois qu'elle se fera entendre, le plaisir avec lequel il retrouve une artiste d'un si rare talent. Gueymard n'en était pas à faire ses preuves dans le rôle de Jean de Leyde;. c'est, après Robert, celui qui lui convient le mieux. Il le chante avec toute sa voix et toute son âme : il y met de la pas- sion, de l'én/îrgie, et dans la scène de l'église, il est parvenu à ren- dre la fascination vraisemblable par le jeu de sa physionomie et de son regard. Mlle Hamackers devait remplir le rôle de Berthe; mais une indispo- sition l'en ayant empêchée, Mlle Rey l'a remplacée de façon à nous ôter tout regret. La jeune artiste semble faite exprès pour le rôle : elle en a l'ingénuité, la candeur ; elle le joue avec toute la conviction possible, et elle le chante avec une voix d'un timbre frais et pénétrant. Jamais le duo du quatrième acte, entre Berthe et Fidès, n'avait été mieux dit que par elle et Mme Tedesco. Dans le trio du cinquième acte seulement, on a pu s'apercevoir que Mlle Rey avait encore quel- que chose à apprendre : le temps avait manqué à ses études, mais non le zèle et le talent. Du reste la représentation a été fort belle : Coulon remplit bien le rôle d'Oberthal; Belval, Kcenig et Mechelaere se distinguent dans le trio d'anabaptistes. L'orchestre et les chœurs sont excellents. En général, la mise en scène a été réglée avec beaucoup de soin. 11 est facile de le reconnaître aux intentions qui se manifestent dans les mouvements et gestes de tous les personnages, dans leurs attitudes, dans le langage muet des groupes qui se mêlent à l'action et en com- plètent le sens plastique. La danse ne s'est pas oubliée non plus : les patineurs ont redoublé d'entrain; mais il faut que cette année la glace soit bien glissante, car les chutes se succédaient fréquemment. Et comment parler d'une reprise du Prophète sans exprimer une fois de plus l'admiration qu'inspire cet immortel chef-d'œuvre, sorti de la même main que Robert le Diable et les Huguenots ? Ce qu'il y a de vrai, c'est que la conception musicale ne s'est jamais éle- vée plus haut et n'a jamais embrassé avec plus de vigueur, de va- riété, de richesse, un sujet poétique et dramatique. Le Prophète gran- dit avec le temps comme tous les ouvrages que le génie a doués du double privilège de la force et de la beauté. Vendredi, la vaste salle de l'Opéra était remplie et au delà : le bril- lant auditoire n'a pas épargné les bravos et les rappels à Mme Te- desco, à Gueymard, avec qui les autres artistes ont partagé les hon- neurs do la soirée. P. S. 358 REVC!-: ET GAZETTE MUSICALE ACADÉMIE DES BEAUX-ARTS. Séance annuelle. — Distribution ii(uiartrc, 1G1. ALPHONSE SÂX (.BUTCBWR). — Neuf brevets d'invention et de perfectionnement . Instruments Saxomiiïtoiiùisies. Invention à la- quelle le Jury de l'Exposition universelle de Paris a con- sacré la plus belle page dans son iuppokt officiel [Ins- truments de cuivre), dont voici de courts extraits : « M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) « La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par eUe seulement que peut être résolu le problème d'une justesse parfaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est. partout delà plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille ; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et. contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1330.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Rue d'Abbeville, 5 bis, près la place Lafayette, a Paris. 364 REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Chez E. GÉRARD et C", éditeurs (ancienne maison MEISSONNIER), rue Dauphine, 18, à Paris. POUR PARMTRE PROCHAINEMENT LE DOCTEUR MIROBOLAN Opéra-comique en un acte, paroles de MM. CORMON et TRIANON, musique de Partition, parties d'orchestre, morceaux détachés avec accompagnement de piano, par Ei. MOL'IIIM. LES ROSIERES E X TESTE Opéra-comique en trois actes, paroles Je TIIEAULOiï, Musique, de F. HÉROLD Partition in-§°, pian» et chant, disposée pour la conduite de l'orchestre, prix net : 1S ffr. Parties d'orchestre, prix inarqué : «OO ffr. MORCEAUX DÉTACHÉS AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO, PAR LÉO DELIBES. - OUVERTURE POUR PIANO, PRIX: 6 FR-; POUR ORCHESTRE, PRIX : 15 FR. ARRANGEMENTS SUR LES ROS1ÈPES : H lYolfart. Petite fantaisie pour piano sur un motf favori des Rosières Prix marqué. 4 50 A. Cramer. Souvenir des .Rosières, caprice facile pour piano. Prix marqué Il 50 là. Dancla. Duo pour piano et violon sur les motifs favoris des Rosières Prix marqué. 6 » Uolmclsch. Fantaisie de salon pour piano, sur des motifs fa- voris des Rosières Prix marqué. 6 » Quadrille pour piano, par Slnsard : à deux mains, 4 fr. 50; à quatre mains, i fr. 50. Opéra-comique en un acte, paroles de PAUL DE KOCK, musique de Partition piano et chaut, arrangée par IL. SOUMIS, prix net s 8 fr PRIX ACCORDÉ A L'UNANIMITE A 1 EXPOSITION UNIVERSELLE DE LONDRES 1851. Fournisseur îles Ministères «le lu Guerre et de la Marine «le ïTance. Agent à Londres JOLLIEN ET Ce, 214, Régent Street. MAISON FONDÉE EN 1803. INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ANTOINE COURTOIS 88, rue n'es Marais - Saint - Martin , 88 Ci-devant rue du Caire, 21. MÉDAILLE D'ARGBNT DE lre CLASSB A L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS 1855. Facteur du Conservatoire et de l'Académie impériale de l'nrls. Agent à Saint-Pétersbourg : A. BUTTNER, Perspect. Newsky, maison de l'église St- Pierre. La maison ANTOINE COURTOIS ayant agrandi ses ateliers, est en mesure de satisfaire à toutes les demandes qui pourront lui être adressées; elle garantit réellement à sa clientèle des instruments irréprochables sous tous les rapports. 1" médaille d'or Exposition nationale française de. 1840. DECORATION DE LA LÉGION 0 HONNEUR Exposition de 1849. MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS FONDÉE A PARIS EN 1843 PAU \re médaille Exposition nationale belge de 1841. IDÉCORATION DE LA COURONNE 0E CHÊNE de Hollande (1845). Grande médaille d'or du Mérite de Prusse (1846). Exposu^nl^ïa'^sTdeiM. Facteur de la Maison iiiililaire de l'Empereur. ^&«- RUE SAINT -GEORGES, 50 -»®©o- Seule grande médaille d'honneur à l'Exposition universelle de Paris (1855). — Seule grande médaille (C'otcttet* ,13 r il tel) à l'Exposition universelle de Londres (1851). Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale. INVENTEUR DES FAMILLES DES SAXO-TROMBAS. SAX-TUBAS. CLA1RONS-SAX. CORNETS-SAX {compensateurs). CLARINETTES CONTRK-RASSES-SAX. SAXHORNS. SAXOPHONES. TROMBONES-SAX. CLARINETTES BASSES-SAX. BASSON-SAX (en cuivre et en bois). Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres ; I Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons invention brevetée en i»5S>. ou cylindres, les mêmes forme Saxo-lromba. Tous les instruments à pistons avec addition d'une ou plusieurs Clairons, Trompettes d'ordonnance, Flûtes, Clarinettes, Bassons, clefs; invention brevetée en i»5t». Caisses roulantes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales, Cym- Système d'instruments à pistons ascendants; iuv. brev. en i$5*s. I baies, etc., etc. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. ON S'ABONNE : Dans les Départements et â l'Étranger, cher. les Marchands de Musique, les Libraires, s pureaux des Mi'ss.'igiTk's ri. des ï'osles. N° 43. REVUE 21 Octobre 1860. FRIS DE L'ABONNEMENT: Paris..... 24 (r. par an Départements, Bdgiquc cl Suisse.... 20.. id. Étranger 34» id. Lu Journal pareil le Dimancnc GAZETTE MUSICALE mm paris. aaAAAAAAaaa. — SOMMAIRE. — Théâtre Lyrique : le Val d'Andorre, opéra-comique en trois actes, paroles de M. de Saint-Georges, musique de M. F. Halévy, par Léon Duro- cher. — Le passé, le présent et l'avenir du chiffre appliqué à la notation mu- sicale en Allemagne, par William Croiithal. — Revue critique , par Adolphe Botte. — llevue des théâtres, par D. A. O. Saiut-Yics. — — Nouvelles et annonces. THEATRE LYRIQUE. IiiE VAIi D'MDOBRE, Opéra-comique en trois actes, paroles de M. de Saint-Georges, musique de M. F. Halévy. (Première représentation à ce théâtre.) Le Val d'Andorre, joué en octobre 1848, obtint un grand succès, et releva l'Opéra-Comique, que les troubles de cette époque avaient très-gravement compromis. Le succès était légitime. Le Val d'Andorre a un mérite réel. La pièce est très-bien faite. Elle intéresse d'un bout à l'autre, soit qu'elle excite le rire, soit qu'elle fasse naître l'émotion. La partition est in- contestablement une des meilleures que M. Halévy ait écrites. Tous les organes de la presse, qui, sur un autre terrain, se livraient chaque jour des batailles si acharnées, n'eurent qu'un avis sur le Val d'An- dorre. Cet ouvrage n'ayant jamais été contesté, l'appréciation qui en fut faite alors, et que de nombreuses représentations ont sanctionnée, subsiste, et nous n'avons rien à y changer. Une réputation si bien établie défie toutes les attaques, et n'a aucun besoin d'être soutenue. L'administration du théâtre Lyrique a monté le Val d'Andorre avec beaucoup de soin et d'intelligence. Elle y a mis, comme il était juste, les plus habiles artistes qu'elle eût à sa disposition. Elle n'a lésiné ni sur le temps, ni sur l'argent. Les décors sont donc parfaite- ment convenables, et l'exécution offre l'ensemble le plus satisfaisant. L'orchestre et les chœurs doivent être loués sans restriction. Ce serait une injustice flagrante que de marchander à M. Deloffre les compli- ments qu'il a si bien mérités. C'est Mme Meilletqui remplit le rôle de Rose-de-Mai, que Mlle Dar- der créa, dans l'origine, d'une manière si originale et si poétique. Mme Meillet, malgré tout son talent', n'a pas autant de grâce que Mlle Darder. Il manque à son costume nous ne saurions dire quoi, mais certainement quelque chose. Si Mme Meillet lient à s'éclairer là- dessus, elle n'a qu'à se rappeler les compliments que mesdames et mesdemoiselles ses rivales n'ont pas manqué, sans doute, de lui adresser. Ce qu'elles ont le plus loué est évidemment ce qu'il faut changer au plus vite. Nous pouvons seulement attester, pour notre part, que les cheveux blonds dont Mme Meillet a cru devoir s'entourer le visage n'ont été du goût de personne. Pourquoi ne pas rester, Madame, telle que la nature vous a faite? Vous n'avez rien à lui reprocher. Est-il nécessaire que Rose-de-Mai soil blonde? Est-elle de race teutoniqueou slave? Au contraire, sa mère est Epagnole. Elle habite une vallée perdue au milieu des Pyrénées. C'est le pays des tons chauds, des teints brunis par le soleil, des lèvres de corail, des yeux et des cheveux noirs, et votre perruque blonde n'est qu'une invraisemblance inutile. Mme Meillet, d'ailleurs, joue son rôle avecbeaucoup d'intelligence, de sentiment et de passion. Il semble que son talent de cantatrice ait grandi pendant le temps qu'elle a passé loin de nous. Sa voix, plus pleine, plus forte que jamais, est devenue plus égale et plus souple qu'elle n'était autrefois. Elle dit son premier air : Marguerite qui m'in- vite, avec une simplicité qui n'exclut pas la finesse, et avec une ex- pression poignante la romance du second acte : Faudrart-il donc, pâle, éperdue, etc. Elle trouve là les accents les plus pathétiques. Nous l'engageons seulement à ne point exagérer le crescendo des deux dernières mesures, sur le sol et le la dièses. Ce crescendo, qui n'est point marqué sur la partition et dont l'auteur ne s'était point avisé, est assurément une heureuse inspiration ; mais il ne faut abuser de rien. Mme Meillet fera bien, selon nous, de prendre garde que sa voix n'arrive, sur ce la dièse, à une intensité où son timbre cesserait d'être agréable. Mlle Roziès joue le rôle de Georgette écrit dans le temps pour Mlle Lavoye. Elle y met de la finesse, de la gaieté., de la grâce, de la verve. Sa voix n'est pas forte, il est vrai, mais son exécution est facile et brillante. Elle détaille avec esprit et vocalise très-légère- ment. Bref, elle a eu dans le Val d'Andorre autant de succès pour le moins que dans les Dragons de Villars. M. Monjauze est rentré au théâtre Lyrique par le rôle du beati chasseur qui tourne la tête à toutes les femmes et qui pourtant n'en aime qu'une. 11 a rapporté de Bruxelles le timbre un peu trop clair qu'il avait en nartanl, et un embonpoint qui fait honneur à la cuisine belge. Heureusement il n'a perdu ni ses manières distinguées ni sa prononciation nette, ni son exécution correcte, ni ses notes suraiguës de poitrine qui font quelquefois penser à Nourrit. M. Fromant est très- convenablement placé dans le rôle de Sa- turnin . 3G6 REVUE ET GAZETTE MUSICALE Celui du chevrier est rempli, comme il le fut lors de la création, par M. Battaille. On se souvient du succès qu'y obtint cet artiste, très-jeune encore, jusque-là peu connu et qui d"un seul bond s'éleva au premier rang'. 11 avait marqué ce personnage excentrique d'une empreinte pro- fonde et vigoureusement accentuée. Il y était original et vrai — plus vrai peut-être qu'aujourd'hui. Nous sommes-nous trompés '? Il nous a paru moins simple qu'autrefois. Il semble courir après l'effet. 11 appuie sur les intentions, les souligne, les exagère. 11 cherche le mieux : le mieux est souvent l'ennemi du .bien. 11 chantait, il y a dix ans, de sa voix naturelle, qui était franche, sonore, mordante. Il s'est fait une voix plus volumineuse, mais moins éclatante, dont l'émission artifi- cielle rend sa prononciation lourde et empâtée. C'est surtout dans les passages syllabiques que l'on s'aperçoit de ces petits défauts et dans les couplets du second acte : Le soupçon, Thérèse, etc. Il n'y a qu'à l'applaudir après ceux du premier : Voilà le sorcier, et l'audi- toire ne s'y est point épargné. Il ne serait guère possible en effet de donner à ce petit morceau plus de mouvement, de couleur et de physionomie. Le rôle du recruteur Lejoyeux était chanté à l'Opéra-Comique par M. Mocker. C'est M. Meillet qui en est chargé au théâtre Lyrique. Oui, M. Meillet, le baryton, fait une partie de ténor, et s'en acquitte à la satisfaction générale. Il déploie dans ce difficile et périlleux exercice une adresse merveilleuse. Martin, autrefois, n'aurait pas fait mieux. M. Meillet a une voix de fausset qui doit rendre jaloux bien des ténors. Sauf deux ou trois phrases constamment élevées, et qui ont paru le fatiguer un peu, il a surmonté victorieusement toutes les difficultés de son audacieuse entreprise, et récolté une riche moisson d'applaudissements. Seulement, nous ne comprenons pas pourquoi il gasconne au milieu de ces paysans à demi espagnols. Tous les habi- tants du val d'Andorre devraient gasconner plus que lui. M. Meillet nous répondra, sans doute, qu'en gasconnant il est plus drôle. En est-il bien sûr ? Pour notre part, nous en doutons. Mais cela n'em- pêche pas qu'en général il ne soit très-bon à voir comme à entendre, et qu'il ne tienne sa place le plus honorablement du monde dans un ensemble qui, à tout prendre, laisse peu de chose à désirer. Léon DUROCHER. LE PASSÉ, LE PRÉSENT ET L'AVENIR DD CHIFFRE APPLIQUÉ A LA NOTATION MUSICALE EN ALLEMAGNE. A monsieur le comte de Sollohub. Monsieur le comte, Vous avez publié deux brochures au sujet de l'enseignement du chant par les chiffres : dans la première vous exprimez votre admi- ration pour les résultats extraordinaires qui ont été obtenus, et dans la seconde vous défendez cet enseignement contre les attaques « de » tout un cénacle olympien, tout un jury de demi-dieux, vingt et un » juges (1) en un mot, dont chacun est une autorité, qui viennent » de lancer avec un dédain suprême les foudres de l'excommuni- » cation contre ce malheureux chiffre, faisant l'école buissonnière en » dehors des voies consacrées de la musique légale (2). » Aux dieux le soin de défendre l'Olympe et de tirer vengeance des blasphèmes de l'impiété; pour moi, je veux vous suivre sur le nou- veau terrain où vous placez la discussion, celui de la pédagogie. Elle seule en effet sera un guide sûr dans l'étude d'une question tant controversée récemment; elle seule nous révélera la vertu secrète par laquelle tant de miracles ont été opérés. (1) Le nombre s'en est élevé à vingt-trois. (2) Les musiciens contre la musique, page 5. Mais, me direz-vous : « dans les questions pédagogiques il n'y a de » juges que les pédagogues, les maîtres d'école, ceux qui ont l'en- » seignement primaire entre les mains (1); «remplissez-vous ces con- ditions? Parfaitement, monsieur le comte; déplus, tout l'arsenal des méthodes et des livrtis allemands où vous avez puisé, d'autres docu- ments encore, se trouvent là devant moi ; nous feuilleterous à loisir, et ces messieurs de l'Institut seront bien difficiles si le nombre de nos citations ne les satisfait pas. Il faut convenir néanmoins que si vous leur dites : « Pour être un génie, on n'est pas un pédagogue (2) », ces messieurs pourraient bien rétorquer l'argument et répondre que pour être pédagogue on n'est pas un génie ; mais c'est là une affaire qui ne me regarde pas entre vous et les demi- dieux de l'O- lympe ; je suis d'accord avec vous sur ce point que le seul moyen de trancher ces discussions est fourni par la pédagogie, et cela me suffit. Cependant, monsieur le comte, cet arbitre nouveau, invoqué par vous, est inconnu en France à la plupart des personnes ; et de peur qu'en ouvrant le premier dictionnaire venu pour chercher la signification de ce mot, elles ne trouvent une définition fausse ou obscure, une toute petite explication est nécessaire. Païdagôgia, mot grec dont on a fait pédagogie, signifie action de conduire, et, par extension, d'élever les enfants, et sous ce titre on comprend l'ensemble des principes et des moyens d'éducation et d'instruction : elle traite de la connaissance de l'homme et de ses fa- cultés, elle étudie les lois qui président à leur développement, elle discute la valeur et la portée des méthodes et procédés d'enseigne- ment, elle établit les règles auxquelles ces méthodes doivent satis- faire pour devenir fructueuses et stables; c'est sous ce rapport que la pédagogie est souveraine dans la présente question. En France, je le répète, elle n'est pas connue et ses décisions pourront sembler suspectes ; n'importe, elles seront si concluantes, si claires, qu'à moins de fermer obstinément les yeux, la lumière sera évidente pour tout le monde. « L'enseignement de la musique en Allemagne, dites-vous, n'est » pas le privilège accordé au souvenir d'un seul individu comme en » France ; c'est tout un élément, toute une question vitale à laquelle » on travaille sans relâche depuis cinquante ans, question sur laquelle » on a écrit des bibliothèques et à laquelle des centaines, des milliers » d'hommes ont voué leur existence. C'est donc là, si l'on veut cher- » cher la vérité, qu'il faut examiner le passé et le présent pour ar- » river à une conclusion exacte (3). » Merci, monsieur le comte; vous me tendez la main pour passer le Rhin, je la saisis avec empressement, car c'est bien dans ce pays classique de la pédagogie et de la musique que nous examinerons le mieux le passé, le présent et l'avenir du chiffre. Prenez mon bras, je vous prie, car l'idiome qui frappe nos oreilles, c'est ma langue maternelle, et faisons une tournée pédagogique. Voyons d'abord le fiasse du chiffre en Germanie. Dans ce docte pays, les œuvres de Rousseau ont été et sont encore en grand honneur; il est le devancier, sinon le père, de cette pléiade de pédagogues qui ont illustré l'école allemande. La dissertation sur la musique moderne, publiée en 17Z|3, trouva de l'écho et le système de notation avec chiffres fut appliqué. En l'année 1800, un nommé Hors ■ tig écrit dans la Gazette musicale universelle de Leipzig (4) un ar- ticle dans lequel il propose, par mesure d'économie, de chiffrer le choral d'après le système de Rousseau. 11 affirme qu'en 1791 déjà, le maître de chapelle Schulze a composé et fait imprimer en chiffres la grande partition d'un oratorio intitulé Sainte Marie et saint Jean. (1) Les musiciens contre la musique, page 45. (2) Id., page 10. (3) Ibid., page 33. (4) Allgemeine MuiikzeUung, zweiter Jahrgaiig, page 337. DE PARIS. 367 En 1813, Wilke annonce, dans la même gazette, que l'idée d'intro- duire les chiffres dans l'enseignement du chant commence à se ré- pandre. 11 combat cette nouveauté par la raison que les chiffres don- nent une notion d'unité et de pluralité, et non de gravité et d'élé- vation . Dans cette même année 1813, Natorp publie sa méthode de nota- tion en chiffres, tout en maintenant qu'avec les notes on obtient le même résultat. En 1814, Koch met au jour une méthode en chiffres; il ne les em- ploie cependant que pour les sons d'une égale durée, le plaiu- chant. En 1815, un nouvel article de la Gazette de Leigzig signale la lutte ardente que soulève la nouvelle théorie. Maas y combat les chiffres pour différents motifs; les maîtres dit-il, ont tort d'attri- buer au chiffre les résultats obtenus, lesquels ne proviennent que de leur zèle et de leur travail. C'est là une appréciation que nous re- lèverons plus tard. Rousseau n'avait pas indiqué le moyen d'effectuer les modulations; ce défaut n'arrêta pas les adeptes; ils essayèrent différentes solutions et il y eut ainsi différentes manières de chiffrer. Zerrenner, dans son livre sur les méthodes, engage, en 1821, les partisans du chiffre à travailler à la fusion des différentes manières et à l'adoption d'un seul système. En 1826, Klett publia sa Note du peuple {Volksnote), méthode de chant en chiffres qui fut généralement adoptée à cause de sa sim- plicité. Cependant la polémique des partisans de la note continuait toujours avec ardeur. Dans un article du journal de musique Cœcilia, Heinroth propose, en 1828, un armistice aux combattants, en leur prouvant que les deux partis ont raison, chacun à son point de vue. 11 promet de publier une méthode de chant simplifiée avec les notes. En 1833, Léonhard Wiucklef publie une brochure pour porter à la connaissance de ses collègues les résultats étonnants obtenus par les chiffres : « quarante heures au plus lui suffisent pour rendre ses élèves » capables de lire à première vue (1). » En 1839, Auberlen réforme la méthode de Vilett avec l'assentiment de l'auteur et celui d'un grand nombre d'instituteurs (2). En 1840 surgit une nouvelle méthode de chiffres pour les écoles primaires. Son auteur, Waldmann, ne prétend pas cependant pros- crire l'usage de la note dans les écoles; le recueil de mélodies joint à la théorie est même imprimé en notes (3). Dans sa méthode d'har- monie, publiée en 1845, Waldmann dit : « L'avenir jugera ma méthode » de chiffres. Si elle porte, comme toutes celles de mes prédécesseurs, » le germe de mort dans son sein, eh bien ! qu'elle meure, et que de » ses cendres s'élève le phénix d'un nouveau système que j'accepterai » avec amour et reconnaissance pour m'avoir sauvé de mes erreurs » passées. Mais je ne crois pas que de mon vivant mon œuvre trépasse, » car partout où elle a pénétré , elle a montré une grande vi- » gueur, etc., etc. (4). » Hélas ! le digne pasteur Waldmann avait trop présumé de la vitalité de son livre, car, à partir de cette époque, le chiffre disparaît de plus en plus des écoles. Hentschel dit dans la Revue pédagogique de 1847, deuxième vo- lume, page 303 (5) : « Il fut un temps où l'on se servait des chiffres dans » la plupart des écoles. Ce temps n'est plus ; les notes ont repris » leur empire et peu de maîtres sont restés fidèles au chiffre. Des » recueils nouveaux de morceaux chiffrés sont chose très-rare ; tout » s'imprime en notes. » (1) Vierzig Singstunden und nicht mehr. Nûrnberg, 1830, bei Ricdcl. (2) Siiddeutschcr Sclmlbole. Februarbeft, 1839. (3) Gesanglchre far Volksschulen, von Waldmann. Karlsruhe bei Uerder, 1841. (4) Harmanik, von Joseph Waldmann. Freiburg ini Breisgau boi Herdcr, 1845. (ô) Pœdagogischer Jahresbericht, von Karl Kacke. Leipzig, Brandslcttcr, zwei- ter Cand. Dans la même revue, cinquième volume, 1851, page 323 (1), Hentschel dit : « Les chiffres rétrogradent de plus en plus et dans les » écoles et dans la littérature ; à ma connaissance il n'est point de » méthode ni de recueil qui, sur le terrain pratique, en ait fait » mention dans ces dernières années. » Dans le sixième volume de la même revue, année 1852, page 346, le même Hentshel dit : « La lutte entre la note et le chiffre, qui a » duré tant d'années, peut être considérée comme terminée, la note » est victorieuse. » Dans le dixième volume, année 1857, page 369, on lit enfin : « Le » chant au moyen des chiffres est presque entièrement passé de » mode ; par contre, la note a repris de plus en plus. Certes c'est » là un grand progrès. » Ainsi, monsieur le comte, nous ne pouvons pas ne pas reconnaître que, pendant près de soixante ans, le chiffre a été expérimenté en Allemagne ; il arriva même un moment, comme le dit Hentschel dans l'ouvrage cité plus haut, où l'on se servit des chiffres dans la plupart des écoles. Cette vérité, incontestable pour nous maintenant, ne ressort pas assez, permettez-moi de vous en faire l'observation, des citations de votre brochure. Ainsi je lis à la page 75 (2) : « Le chiffre s'enseigne » en France depuis quarante ans; en Allemagne il a été pendant vingt ') années l'objet d'une polémique sans résultats. >, On dirait d'après cela que cet enseignement n'a été l'objet que de discussions purement théoriques, sans passer aux essais pratiques. Nous venons de constater le contraire : il a été pratiqué presque partout et discuté vivement par les partisans de la note. A la page 34, en parlant de l'introduction du chiffre en Allemagne, vous vous exprimez ainsi : « L'école nouvelle fut accueillie avec trans- » port par les uns, avec mécontentement par les autres. Il s'ensuivit » une polémique acharnée, violente, remplie d'aigreur. Elle dura » vingt ans, dit Hentschel (autre pédagogue musical connu en Alle- » magne par ses écrits), et, sur le papier au moins, la victoire resta » indécise. » C'est là une erreur sans doute, monsieur le comte, caria victoire ne resta pas indécise; Hentschel ne peut pas nier dans votre brochure ce qu'il affirme dans la revue, à savoir, la disparition du chiffre et la victoire de la note. J'ai cité cet auteur quatre fois, dans les volumes 2e, 5e, 6e et 10e, les pages sont indiquées et je crois avoir traduit fidèle- ment. Voyez vous-même, s'il vous plaît; vous possédez l'ouvrage. Il reste à faire encore une rectification quant au temps pendant le- quel les expériences ont duré. Vous ne parlez, d'après Hentschel, que de vingt années, tandis que c'est bien pendant près de soixante ans que le chiffre a été pratiqué; la première apparition, signalée par Horstig, remontant à 1800, et la disparition presque complète, annoncée par Hentschel, étant de 1857. A cette même page 34, à la suite de la citation précédente, je lis : « De fait, l'usage de la portée, comme étant plus complète, plus ap- » propriée aux habitudes des musiciens de profession, finit par pren- » dre le dessus, sans que toutefois le chiffre tombât complètement en » désuétude. » D'après cela il me semble que les musiciens d? pro- fession seuls, de la nature des Olympiens de l'Institut de Paris, aient dé'.erminé le retour à la note. Autre erreur, car les instituteurs mêmes qui ont pratiqué le chiffre dans les écoles primaires ont écrit la plupart des méthodes, et, après une expérience d'environ soixante ans, sont revenus à l'ancienne notation. Cela ressort clairement des recherches sur le passé du chiffre en Allemagne auxquels nous venons de nous livrer. Vous êtes d'accord avec moi, monsieur lecomtej'en suis certain, car, la main sur les livres et les brochures, vous avez pu vérifier toutes les citations. Le nombre de ces productions germa- niques s'appelle légion : on n'a que l'embarras du choix ; ceux que (1) Pœdagogischer Jahresbericht, fiinfier Band. (2) Les musiciens contre la musique, page 75. 308 REVUE ET GAZETTE MUSICALE nous avons feuilletés suffisent pour jalonner la route suivie par l'en- seignement du chiffre de 1800 à 1857, c'est-à-dire pour établir son passé. Ce passé se résume ainsi : une expérience de soixante années, qui, au lieu d'établir solidement le chiffre, l'a fait abandonner par les écoles primaires où il avait été généralement pratiqué. William CRONTHAL. [La suite prochainement.) REVUE CRITIQUE. Keité Favarger : Fantaisie sur le Comte Ory; Caliban, grande valse de salon; l'Escarpolette, morceau de salon. — T. Ba- ilarzewska : la Prière d'une vierge, arrangée à quatre mains;, Douce rêverie. — Angelo Cumin : Vivacité , galop de concert ; Constance , allegretto ; Mon Paradis, andante. A tout seigneur tout honneur ; commençons donc cetle revue par la fantaisie sur le Comte Ory, les morceaux originaux viendront après. La partition de Rossini éveille toujours , dès qu'on l'ouvre , mille charmants souvenirs. Que de grâce , que d'esprit , que de feu ! Dans ces pages immortelles où pétille à chaque note tout ce que la co- médie musicale a de plus aimable, de plus franc et de plus séduisant, le brio et l'élégance le disputent à la vérité de la pensée et à la finesse de la forme ; le travail est digne de la matière , ce qui n'ar- rive pas toujours au delà des Alpes, et ce qui amoindrit souvent les plus belles inspirations du génie italien. Tout le monde connaît le chœur à quatre parties réelles et sans accompagnement que chante , dans la coulisse , le comte Ory et sa suite: Noble châtelaine, voyez notre peine. Dans la fantaisie de M. Favarger, il se trouve presque au début. Fort bien arrangé et varié, ce ravissant andanlino laisse entières aux pianistes l'une des plus belles mélodies et quelques-unes des plus sobres et des plus pures harmonies que Rossini ait écrites. L'auteur a doigté avec beaucoup de soin la plupart de ses passages et il a bien fait ; cela aidera les élèves et peut-être plus d'un professeur. Parmi les motifs empruntés encore au deuxième acte, disposés et brodés d'une façon charmante par le compositeur, il faut citer, surtout, l'air de Raimbaud, dans lequel le charmant dessin des violons est fidè- lement reproduit. Bientôt après, un effet sourd et étouffé emprunte au staccato une couleur sombre et dramatique assez étrange et assez neuve. Les autres mélodies ont été parfaitement choisies aussi; mais là n'était pas le difficile : ce qui était moins aisé, c'était d'écrire, comme l'a fait M. Favarger, une fantaisie qui se distinguât de toutes celles, nous ne voulons pas dire que l'on compose, mais plutôt qu'on im- provise chaque jour et qui se sentent vraiment trop des libertés et des prérogatives de l'improvisation ; c'était, tout en ne négligeant pas le côté brillant et purement instrumental, d'avoir souci de la correc- tion du style, et de montrer que les œuvres des maîtres ne dispen- sent nullement ceux qui y touchent d'avoir du goût, de la science et une ingénieuse compréhension. — La grande valse de salon intitulée Caliban est distinguée, bien coupée, souvent bien traitée, malgré quelques modulations un peu cavalières peut-être. Extrêmement brillante et pas trop difficile, elle est remarquable par de véritables qualités mélodiques. Le graz.ioso en si bémol a du charme et de la fraîcheur ; la coda, de la chaleur et de l'entrain ; enfin il y a partout de l'imagination, un besoin d'être chantant qu'il faut louer et auquel l'auteur a dû déjà de beaux succès. Sans attacher à cette gracieuse inspiration plus d'importance qu'elle ne veut sans doute en avoir, elle révèle néanmoins assez de talent pour que nous conseillions à M. Favarger de concilier davantage les exigences du public avec celles des musiciens instruits et sérieux. Qu'il reste aimable, facile et clair, rien de mieux ; mais qu'il se montre parfois plus difficile dans le choix de ses idées, qu'il serre et remplisse un peu plus son harmonie. Une certaine sévérité de style est de mise partout, et donne à la pensée de la force et de l'élé- vation. A cette valse nous préférons le morceau de salon l' Escarpolette. Le rhythme en est délicieux, plein de mollesse et de gracieux balan- cements. C'est une délicate petite scène remplie de malice, de jeunesse et de poésie. Toutes les mélodies sont jolies, mais la plus originale et la plus expressive est celle en ré; elle fait succéder la tendresse à la légèreté et à l'espièglerie. Il ne faut pas beaucoup d'imagination pour deviner que le compositeur a pensé à quelque beau parc où une bril- lante et élégante compagnie se trouve réunie, et où tout à coup l'amour, ami de l'ombre et des bois, se glisse au milieu des innocents plaisirs de l'escarpolette. La façon dont ces chants sont accompagnés témoigne que M. Fa- varger peut satisfaire à la fois ceux qui aiment avant tout des motifs frais et bien venus, et ceux qui les veulent encore soutenus par tout ce que l'art y ajoute de piquant, de vigoureux et de coloré. — 11 y a quelques années, M. Badarzewska publiait en Allemagne la Prière d'une vierge. Tout de suite il obtenait, comme il obtint bien- tôt après en France, un très-grand succès. Ce succès est tel parmi nous que cette composition vient d'être arrangée à quatre mains, et nous ne serions nullement surpris que d'autres instruments ne vinssent s'en emparer à leur tour et disputer au piano les jouissances qu'elle procure. Que renferme-t-elle donc de si remarquable? Certes, l'Allemagne doit se connaître en musique, en harmonie, et quelque chose d'ordinaire ne saurait surprendre ses sympathies. Pourtant nous ne voyons dans la Prière d'une vierge qu'un thème assez court, accom- pagné par trois accords seulement, varié cinq ou six fois dans le même ton et dans le même mouvement. Où donc chercher l'intérêt qu'elle inspire? Dans la mélodie? En effet, c'est elle qui suffit à une vogue qu'ambitionnent en vain des œuvres mieux faites. Qu'on dise après cela que la mélodie n'est pas une douce chose ! — Un autre morceau du même auteur, intitulé Douce rêverie, offre les mêmes qualités et les mêmes défauts que la Prière d'une vierge. Après un motif dans le gracieux mouvement de la mazurka, on est quelque peu surpris de rencontrer un passage en octaves joriissimo con energia, et de se trouver si loin du titre. Mais on sait combien les titres dépaysent le lecteur, et combien il faut peu compter sur leurs promesses. Néanmoins, plusieurs pages de cette rêverie ont un cer- tain charme et une certaine grâce mélancoliques, qui suffisent sou- vent à la réussite de ces productions légères et probablement sans aucune prétention. — Les ouvrages de M. Angelo Cunio jouissent en Angleterre d'une assez grande réputation. On vient de publier de ce pianiste-composi- teur : Constance, 1 ivucitê et Mon Paradis. C'est du piano papillon- nant, brillant, étincelant comme on l'aime peut être plus qu'il ne faudrait. Le galop surtout est vif, ardent, bouillant et très-convena- blement harmonisé ; les mélodies, assez nombreuses, ne sont dépour- vues ni de fraîcheur, ni d'originalité. Vandante grazioso est un peu langoureux, un peu monotone, mais d'un bon sentiment. L'allégretto, qui souvent ressemble à une polka- mazurka, est rempli de délicatesse et de nuances fines. Il exige beau- coup de souplesse et de légèreté ; il est meilleur que Mon Paradis et moins bon que le galop. C'est une de ces inspirations gracieuses que l'analyse effarouche : ici encore il vaut mieux sentir que raisonner. Adolphe BOTTE. DE PARIS. 369 REVUE DES THEATRES. Théâtre-Français : reprise de V Ecole des vieillards ; Samson dans le rôle de Danville. — Odéon : continuation des débuts de Mlle Ka- roly dans Ândromaque . — Variétés : Ce qui plaît aux hommes, pièce en un acte de M. Henri Meilhac ; Un troupier qui suit tes bonnes, vaudeville en trois actes, de MM. Clairville, Paul Mercier et Morand; reprise de la Gamine.— Gaité : l'Escamoteur, drame en cinq actes, par MM. Dennery et Brésil. — Réouverture du Cirque-Napoléon. La reprise de l'Ecole des vieillards, au Théâtre-Français, a été l'occasion, ces jours derniers, d'une tentative malencontreuse de l'excellent comédien Samson dans le rôle de Danville. On a peine à comprendre les motifs qui ont pu déterminer le doyen de nos Masca- rille à cette excursion dans le domaine de Talma. La situation d'un vieux mari trompé par une jeune femme, ou sur le point de l'être, côtoie d'assez près le ridicule pour qu'il soit déraisonnable d'ajouter à ce danger celui d'un physique et d'un organe peu faits pour ennoblir un pareil personnage. Talma n'avait pas trop de toute sa dignité tragique pour dissimuler cet écueil contre lequel devait venir se briser l'impuissante habileté de Samson. Le silence du public est la leçon des acteurs comme elle est celle des rois. Puisse-t-elle suffire en cette occurrence et nous préserver a l'avenir d'une affligeante récidive. Comme compensation, Mme Plessy-Arnould est de bien peu inférieure à Mlle Mars dans le personnage d'Hortense, et contribue à sauver l'œuvre de Casimir Delavigne d'un trop complet naufrage. — Les débuts de Mlle Karoly se poursuivent à l'Odéon avec des chances diverses, mais qui témoignent d'un intérêt auquel la tragédie n'était plus accoutumée depuis la mort de Rachel. La première fois que cette nouvelle étoile s'est manifestée dans le rôle d'Hermione, il s'est produit un fait assez bizarre. Les applaudissements destinés à la débutante se sont égarés vers une demoiselle Méa, qui représentait Andromaque, et qui, depuis plusieurs années qu'elle est à l'Odéon, n'avait jamais été l'objet de la moindre ovation. Mlle Karoly, peu maitresse d'elle-même et trop prodigue d'exagérations, n'avait réussi qu'à mettre en relief le jeu sage et réglé de sa camarade. Mais, à une seconde épreuve, les destins, changeants comme les flots, se sont déclarés franchement pour Hermione. Cette jeune tragédienne a certes beaucoup à acquérir pour arriver à la perfection ; seulement, à travers son inexpérience, on voit poindre des lueurs soudaines qui accusent une belle et forte organisation dramatique. Les avis sont très-partages à son égard ; mais n'est pas discutée qui veut, et si ses détracteurs la flétrissent du nom de Rachel des carrefours, ses partisans procla- ment en elle des qualités exquises qui ne sauraient être mises en balance avec des défauts que l'étude corrigera. — N'est-il pas un peu tard pour s'intéressera une contre-partie de la comédie fantaisiste de M. Ponsard, Ce qui plaît aux femmes ? Son effet n'a été ni assez marqué, ni assez persistant pour expliquer l'obs- tination des Variétés à lui donner une suite. Il y a pourtant de jolis détails dans Ce qui plaît aux hommes; mais ils ont le tort de n'exis- ter qu'en vertu d'une œuvre morte et de n'être en quelque sorte ac- cessibles qu'aux rares spectateurs qui se souviennent encore de la pièce de M. Ponsard. Pour ceux-là nous dirons que cinq jeunes filles, élevées à Golconde, loin de toute société, voient tout à coup ap- paraître au milieu d'elles un prince beau comme le jour et dont le cœur devient aussitôt le point de mire de toutes ces dames : toutes, hers une seule qui feint de n'être pas touchée des grâces du charmant étranger, et qui, par cela même, l'emporte sur ses compagnes. D'où il résulte que ce qui plaît aux hommes, selon M. Henri Meilhac, c'est l'indifférence affectée et le mépris apparent des conquêtes amoureuses. Il ne faut pas oublier que la scène se passe à Golconde, c'est-à-dire dans un monde qui est le contre-pied du nôtre. La scène la mieux réussie de cette imitation, c'est, comme chez M. Ponsard, l'intermède offert au prince Dorilas, et dont les personnages sont pris sur le vif de nos mœurs vulgaires et positives. Comme de raison, cet intermède est envers, non académiques, mais faciles et spirituels. C'est en cela que M. Henri Meilhac s'est le plus écarté de son modèle. Le même théâtre nous a rendu un de ses anciens acteurs qui, après une école buissonnière de plusieurs années, s'est décidé à revenir au bercail pour essayer d'y remplacer Lassagne. C'est en effet dans une pièce faite pour ce dernier que Kopp a effectué sa rentrée sans trop de désavantage. Lécureuil est le nom du troupier qui suit les bonnes, et que nous voyons passer par tous les petits malheurs des amants heureux. Au premier acte, une négresse jalouse le précipite dans la fosse de l'ours Martin ; mais il s'échappe, et, au lieu de profiter de la leçon, il va rendre visite à la soubrette d'une dame aux camélias. Là, il rencontre son capitaine, se déguise en vieille femme pour n'être pas reconnu, et après vingt péripéties comiques, sort encore de la bagarre sans accident fâcheux. Au troisième acte, nous retrouvons l'incorrigible Lécureuil dans la cuisine d'un cordon bleu, qui est jus- tement au service de la femme du terrible capitaine. Pour le coup le pauvre troupier ne sait plus où se cacher, et ce n'est qu'après avoir perdu en détail une partie de son uniforme qu'il est enfin dépisté, et que son capitaine lui pardonne en considération de ses terreurs et de ses infortunes. Cet imbroglio est gai d'un bout à l'autre et n'affiche aucune prétention Kopp n'y est pas aussi extravagant que l'eût sans doute été Lassagne ; mais il apporte dans le rôle de Lécureuil cette finesse d'observation qui lui a valu jadis des succès très-mérités sous la livrée des valets du répertoire moderne. ' La reprise de la Gamine, un de ces vaudevilles populaires dont M. Paulin Deslandes possède si bien le secret, a été une nouvelle source de bravos pour Duchène, Christian et Mlle Judith Fereyra, qui remplace dans cette pièce Mlle Virginie Duclay. — La Gaîté vient de remporter un nouveau triomphe avec l'Esca- moteur, drame en cinq actes, de MM. Dennery et Brésil, que nous croyons appelé à une longue et fructueuse carrière. Ce n'est pas que ]a donnée de cette pièce offre rien de bien neuf et de bien saillant, mais le type de saltimbanque trouvé par Paulin Meynier domine l'action et lui donne une certaine originalité. Un enfant substi- tué est introduit dans la famille d'un brave et honnête général qui a prêté lui-même les mains à cette fraude pour sauver la rai- son de sa femme, ébranlée par la perte de sa petite fille. Tel est le point de départ du drame, où l'on voit ensuite un parent du général, frustré dans ses espérances dé fortune, faire intervenir l'escamoteur comme père de la fille substituée. Or, le hasard veut que cet homme ne ment pas en venant réclamer son enfant; par une révélation for- tuite il apprend que la jeune fille élevée dans la famille du général est la sienne, et dès lors il cherche à réparer le mal qu'il a fait en servant les calculs de son complice. Mais pour cela il faut qu'il se sépare de son enfant, et il ne peut s'y résoudre. Le combat qui se livre dans son cœur entre le devoir et l'amour paternel est le pivot éminemment dramatique sur lequel roule le dénoûment de la pièce. On ne saurait prévoir combien de larmes vont faire couler les péripé- ties attendrissantes et romanesques de MM. Dennery et Brésil ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que le succès de V Escamoteur se dessine d'une manière tout à fait exceptionnelle et que dès le début il prend déjà de si vastes proportions, qu'il pourrait bien créer une concurrence sérieuse au Pied de mouton de la Porte-Saint-Martin. — Constatons en finissant que le Cirque a fait ses adieux à la salle des Champs-Elysées pour reprendre possession de son local du bou- levard des Filles-du-Calvaire, et qu'il y a opéré sa réouverture de la façon la plus brillante avec les exercices de l'homme incombustible et le trapèze de Léotard. D. A. D. SAINT-YVES. 370 REVUE ET GAZETTE MUSICALE NOUVELLES. „** Au théâtre impérial de l'Opéra, la seconde représentation du Pro- phète, donnée dimanche dernier au profit delà Caisse des pensions, a été des plus belles. Mme Tedesco s'y est montrée supérieure encore à ce qu'elle avait été le premier jour. La salle était complètement remplie. — Mercredi, Mlle Hamackers, remise de son indisposition, remplissait le rùle de Berthe, et sa charmante voix s'y déployait dans tout son éclat et sa fraîcheur. — Demain lundi, 237° représentation du Prophète. *% Vendredi, Sémiramis a reparu ; les deux sœurs Marchisio y ont été plus. que jamais applaudies, et à côté d'elles Obin a continué d'être excellent. „*„ Mme Ferraris est engagée pour quelques représentations à l'Opéra royal de Berlin, et y débutera dans un ballet de Taglioni. *% Le Pardon de Ploermel sera repris mardi prochain à l'Opéra-Co- mique. L'administration n'a rien épargné pour que le chef-d'œuvre re- parût avec un éclat digne de son importance. Mlle Wertheimber, Mlle Monrose et Mlle Darcier, formeront un trio qui, avec l'air ajouté par l'illustre compositeur, offriront tout l'attrait de la nouveauté. „,% Mlle Mari mon est rentrée jeudi dans le* Diamants de la couronne. La jeune cantatrice a quitté Bade il y a quelques jours, et a laissé dans cette ville d'agréables souvenirs pour la façon dont elle a interprété la Comète de Charles-Quint, l'opéra-comique de Vivier. t*t Le théâtre Italien a repris dimanche dernier le Barbier de Séoille et mardi Cenerentola.— Aujourd'hui dimanche, début de Mlle Edenska dans le rôle d'Azucena, du Trovatore. »*„, On vient de distribuer aux artistes du théâtre Italien le Ballo in musehéra, de Verdi. Mmes Penco, Alboni, Mlle Battu, MM. Mario, Graziani et Angelini sont chargés des rôles principaux. „% Ronconi, le célèbre baryton, fera sa rentrée au commencement de novembre dans le Barbiere, dont il remplit si bien le rôle principal. ,*i Les Dragons de Villars, traduits en allemand, seront représentés très-prochainement au théâtre de Frédéric-Guillaume de Berlin, sous le titre de la Clochette de l'ermite. t\ Jeudi dernier, on a repris, au théâtre des Bouffes-Parisiens, le Sou de Lise, charmante opérette de Mme Caroline Blangy (lisez : comtesse deGrandval), parfaitement interprétée par Mlle Chahert et par Marchant. Cette petite paysannerie, à deux personnages, réussira partout, grâce à l'intérêt de la pièce, à la distinction de la musique et surtout à l'extrême facilité que présente sa distribution. „,*„, Au théâtre Déjazet on prépare la reprise de Pianella, la charmante opérette de Flotow. ,*, Fanchette, le gracieux opéra-comique de Déjazet, vient d'être représenté pour la première fois à Mulhouse, et a obtenu un fraac succès. **„ Roger obtient en ce moment le succès le plus éclatant à Ham- bourg. En quinze jours il a chanté sept fois dans le Prophète, Lucie, les Huguenots, le Trovatore et la Dame blanche. On s'enthousiasme non-seule- ment pour son talent musical et dramatique, mais on loue aussi beau- coup la manière dont il chante et parle en allemand. „,*„. Mme Jenny Lutzer Dingolstedt vient de gagner, dans une loterie autrichienne, le gros lot, qui est de 73,000 florins. Cette somme lui a éié payée par un banquier de Prague, où la célèbre cantatrice se trouve en ce moment. „% Mme Miolan-Carvalho étudie en ce moment le rôle de Dinorah en langue allemande; elle créera probablement ce rôle â Berlin; ce sera une véritable bonne fortune pour le théâtre Royal. »% Notre savant collaborateur, Georges Kastner,est de retour à Paris, où il va mettre la dernière main au grand ouvrage que nous avons an- noncé il y a déjà quelque temps. „*» S. Exe. le ministre d'Etat vient d'adresser une médaille d'argent grand module aux auteurs de la cantate exécutée le 15 août au camp de Chûlons en présence de S. M. l'Empereur: MM. Perrot de Renneville et Delteil pour les paroles, et M. Bourdon pour la musique. „,*„, La Schiller -Marsch de Meyerbeer, arrangée par F. Liszt en mor- ceau de concert, paraîtra incessamment. „% M. Alary vient de recevoir la décoration de l'ordre d'Espagne de Charles III. ,*» Henri Litolff vient d'épouser Mlle Louise-Marie-Joséphine, fille de M. le comte et de Mme la comtesse Wilfrid de la Rochefoucauld. Le célèbre compositeur doit se fixer désormais à Paris. *** La grande-duchesse de Nassau a été tellement charmée des qua- lités du piano d'Érard , sur lequel Henri Litolff a joué devant elle à Wiesbaden, qu'elle a voulu l'acquérir, et que ce bel instrument est au- jourd'hui dans son palais et devenu sa propriété. i*# Mme Lia Mulder reprendra, le 26 du mois prochain, le cours de chant qu'elle a si heureusement fondé l'année dernière, d'après la mé- thode de Bordogni. **„ De tous les théoriciens qui ont consacré leur talent et leur plume à l'enseignement, Panseron fut l'un des plus féconds. Ses solfèges et méthodes de chant resteront au rang où les plaça leur savant auteur, et les élèves continueront à y puiser ses excellentes leçons. L'Ecole pri- maire, solfège à deux et trois voix, qu'il publia peu de temps avant sa mort, est appelé au succès de VA B C, dont il a les qualités : mélodie et facilité. „% Une séance de musique religieuse très-intéressante se prépare dans la magnifique cathédrale de Bourges, sous la présidence de Mgr Men- jaud, premier aumônier de S. M. l'Empereur. Le lundi, 29 courant, aura lieu la réception du grand orgue de la cathédrale, reconstruit dans les ateliers de la Société anonyme pour la construction de grandes orgues, à Paris et à Bruxelles. M. Félix Clément, membre de la commission des arts et édifices religieux, vient d'être chargé par S. Exe. M. le ministre de l'instruction publique et des cultes, de procé- der à cette réception. Le lendemain se fera l'inauguration solennelle de ce magnifique instrument. M. Ed. Batiste, professeur au Conserva- toire impérial de musique et organiste du grand orgue de Saint-Eus- tache; M. Renaud de Vilbac, grand prix de l'Institut et organiste de Saint-Eugène, à Paris, et M. Durand, ex-maître de chapelle de S. A. R. la duchesse de Parme, nommé récemment organiste du grand orgue de la cathédrale de Bourges, feront entendre le nouvel instrument, qui, nous n'en doutons pas, sera le digne émule des orgues de Saint-Eus- tache, de la cathédrale de Rouen et de la cathédrale de Murcie, sorties des ateliers de ces célèbres facteurs. La maîtrise, sous l'habile direc- tion de son maître de chapelle, contribuera à la solennité en chantant quelques motets de grands maîtres qui seront accompagnés par M. Bru- naud sur l'orgue du chœur. *** Mme Clara PfeifTer rouvrira son cours d'ensemble le lundi 12 no- vembre prochain, à la succursale de la maison Pleyel, rue Richelieu, 93. On sait que ce cours est spécialement consacré à l'exécution des grands maîtres, et principalement du répertoire symphonique de la Société des concerts du Conservatoire. t% Le maître de chapelle de la cour, Kùcken, à Stuttgart, a reçu du roi de Danemark les insignes de chevalier de l'ordre du Danebrog. »% A Eschenbach, petite ville de la Franconie, où naquit Wolfram d'Eschenbach, on vient d'inaugurer le monument que le roi Maximilien a fait élever au célèbre llinnesaenger. *** Les représentations de la Passion à Ober-Ammer-Gau sont closes; il y en a eu vingt en tout, qui ont produit une recette de 50,000 florins, plus de 100,000 fr. ; elles ne seront reprises que dans dix ans. a.*s La bibliothèque musicale de feu le professeur Fischhoff, contenaut près de Zi,000 numéros, vient d'être envoyée à Leipzig, où elle doit être vendue par les soins de la librairie Weigel. ■t% Trois artistes dont les noms suffisent pour éveiller dans le monde musical les souvenirs les plus sympathiques, M. et Mme Léonard de Alendi et M. Géraldy, se sont associés pour faire une tournée en Belgique et en France. Cette nouvelle ne manquera pas d'être accueillie avec plaisir par toutes les sociétés philharmoniques, ainsi que par tous les amateurs de belle et bonne musique. **„ Le succès que nous avons prédit aux nouvelles œuvres d'Aloys Kunc est aujourd'hui un fait accompli ; sa fantaisie sur le Pardon de Ploermel, ainsi que Fiamma, étude mazurka, et l'Hirondelle de l'exilé, nocturne, ne laissent aucun doute sur son mérite comme compositeur pour le piano. *** Mlle Marie Beaumetz reprendra ses cours de piano le 3 novem- bre, rue du Bac, 37. *** Le plus célèbre acteur comique américain, G. II. Barrit, vient de mourir à New-York, où il avait dirigé les théâtres de Bowery et celui de Broadway réunis. Barrit était né en Angleterre, à Exeter, en 1774 ; il avait été acteur pendant soixante-quatre ans. DE PARIS. 371 CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. „% Orléans. — Les Valets de Gascogne, l'opéra comique en un acte de MM. Gille et Dufresne, viennent d'être rais à l'étude. t% Epinal, 16 octobre. — C'est au milieu des Vosges que la jeune violoniste qui celte année a remporté le premier prix au Conservatoire de Paris exerce le prestige de son archet. Mlle Marie Boulay ressemble à une péri qui aurait pris des leçons d'Alard. Il y a de l'Orient dans ses regards et dans son jeu. Après avoir plongé notre ville dans l'extase, elle est partie pour Charmes, d'où elle ira à Saverne, à Mulhouse, pour reprendre le chemin de Paris et aller demander encore des conseils à un maître qui l'a conduite si près de la perfection. »*„ Nice, 12 octobre.— Mme Sanchioli, l'excellente Fidès du Prophète, dont elle a popularisé le succès en Italie, vient d'obtenir un vrai triomphe dans la Favorite. CHRONIQUE ETRANGERE. „% Bade. — La saison musicale vient de se terminer par deux con- certs dans le salon Louis XIV, et par une fête charmante à l'orangerie de la villa Benazet. Mlles Marimon, Bussine, Sighicelli, Batta, Mme Rosa Escudier-Kastner et Mlle Octavie Caussemille en faisaient les honneurs. En répétant avec un grand talent de style et de méthode l'air de Crosti dans la Comète de Charles-Quint, Bussine a procuré un nouveau regain d'applaudissements à Vivier, l'heureux compositeur; et Mlle Marimon, en chantant au piano sa cavatine d'Edith, du même opéra, a également re- trouvé pour elle et pour le maestro une éclatante réussite. A la villa Benazet, la comédie de Léon Gozlan : Un petit bout d'oreille, a été jouée par des amateurs qui valent bien des acteurs. La seconde partie de cette fête se composait d'un concert. L'air des Noces de Jeannette a été d'abord chanté par Mlle Marimon, avec accompagnement d'un des premiers flû- tistes connus (M. Rucquoy) et le secours de l'orchestre, dirigé par M. Kœnnemann; puis Mlle Octavie Caussemille a joué au piano une fantaisie de sa composition. Interrompue plusieurs fois par les mur- mures approbateurs, la jeune et déjà célèbre virtuose a été longue- ment applaudie à la tin de ce grand morceau. **„, Gand. — L'ouverture de la campagne théâtrale a eu lieu le 26 sep- tembre par les Diamants de la couronne, parfaitement interprétés par MM. Audran, Desveauxet Mlle Lavoye. M. Mermanta débuté avec succès dans Robert le. Diable. t% Bruxelles. — Le conseil communal vient de concéder à M. Letel- licr la direction du théâtre Royal pour la saison prochaine. — Le gou- vernement a résolu d'affecter la grande salle du palais de la rue Ducale aux concerts du Conservatoire royal de musique ainsi qu'à d'autres so- lennités musicales officielles. On y placera le grand orgue pour la cons- truction duquel des subsides ont été votés par l'Etat, le conseil provin- cial et le conseil communal. — Giralia, avec Mlle Boulart, MA!. Jourdan et Carman, u terminé les représentations de la semaine passée au théâtre de la Monnaie pour le début de Mlle Gay, qui a parfaitement réussi. Mardi et jeudi de cette semaine ont eu lieu deux belles représentations du Pardon de Pto'ermel et du Prophète. — Mlle de Katovv, excellente vio loncelle, vient de donner un concert qui a été très-brillant. —Au théâ- tre du Parc, Tromb-Al-Cazar attire la foule. ^^Liège. — La Commission des travaux publics du Conseil communal a accueilli la proposition de tranférer la statue de Grétry|sur la place du théâtre. Elle a voté la dépense nécessaire pour le piédestal de la statue à élever. *** Londres. — L'ouverture du théâtre de Sa Majesté, opéra anglais et italien, à prix réduits, annoncée pour le lundi 8 octobre, n'a pu avoir lieu que le mercredi. La nouvelle saison a été brillamment inaugurée par le Trovatore. L'intérieur du théâtre a subi quelques modifications très-heureuses. Mlle Titjens (Leonora) et Giuglini (Manrique) ont obtenu beaucoup de succès. Le rôle de la bohémienne était tenu par Mme Le- maire ; mais l'événement important était le début de Francesco ISriam dans le personnage du comte de Luna. Le débutant, qui arrivait précédé d'une grande réputation, possède une excellente voix de baryton, mais il laisse beaucoup à désirer comme comédien. Le début de M. Briani peut être cependant considéré comme un succès. — La belle partition de Macfarren, Robin Hood, a été représentée jeudi soir devant un auditoire brillant et nombreux. Dn fait remarquable c'est que jamais peut-être on n'a représenté un ouvrage aussi essentiellement anglais : poëme , musique, sujet, artistes, tout appartient à la Grande-Bretagne. Mme Lem- mens a obtenu un triomphe véritable. Sims Reeves est aussi un artiste parfait ; du reste, la troupe est généralement bonne. A la fin de l'opéra, le directeur a été appelé, et alors un hourra général s'est élevé pour Macfarren, et les applaudissements ont éclaté de toute part. — A l'Opéra royal italien de Covent-Garden, la Dinorah, de Meyerbeer a été reprise de la manière la plus saillante : les bis, les rappels se sont multipliés de- puis l'ouverture jusqu'à la chute du rideau. Miss Louisa Pyne s'est sur- passée comme cantatrice et actrice. M. Harrison donne au rôle de Co- rentin le caractère le plus original. Un débutant, M. Chaple, s'est ac- quitté de celui d'IIoël avec grand succès; il monte facilement jusqu'au sol dièse. M. Mellon, l'habile chef d'orchestre , s'est distingué par sa verve et sa précision. „.** Liverpool. — Le théâtre royal d'opéra italien a donné mercredi 10 octobre une splendide représentation de Maria. Le rôle principal était chanté par Mme Grisi , et celui de Nancy par Mme Viardot; Mario retrouvait dans Lyonel ses beaux succès du théâtre Italien de Paris ; Ciampi jouait sir Tristan, et Dragoni, Plunkett. La charmante partition de Flotow a été accueillie très-chaleureusement par le public d'élite qui assistait à cette représentation. „.*% Berlin. — Le théâtre Victoria a dû ouvrir le 1S octobre par U Bar- biere, de Rossini, avec Mlle Artot; ensuite viendra Normd; le rôle prin- cipal sera chanté par Mme de Vries. — On annonce la prochaine mise à l'étude du Pardon de Ploërmel ainsi que les reprises de Calharina Cornaro, de F. Lachner, et de Nurmahal, de Spontini. — Le 30e anni- versaire de la fondation de l'Université a été célébré les 14, 15 et 16 par de brillantes solennités: la partie musicale des fêtes a été dirigée par MM. Dorn, Taubert et Marx. — Il Matrimonio segreto vient d'être l'occasion d'un nouveau triomphe pour Mme Trebelli. „.% Francfort. — M. Tugenholt, pensionnaire de l'empereur de Russie, vient de fonder ici une société de musiciens qui, sous sa direction, se propose de donner quelques séries de concerts de musique de chambre, en France, en Allemangne et en Angleterre. M. Tugenholt, dont la réputation de chef d'orchestre est aujourd'hui bien établie, fera exécu- ter les œuvres des grands maîtres et particulièrement celles de ces œuvres qui n'ont point été encore entendues en public. On peut compter sur une exécution magistrale si l'on s'en rapporte aux noms des sommités artistiques qui ont patronné cette nouvelle association musicale. *** Leipzig. — Dans le courant de ce mois le théâtre de la ville a donné : le Postillon de Longjumeau, par Adam ; .Dinorah, par Meyerbeer (deux fois); les Gaies Commères de Windsor, par Nicolaï (deux fois); Robert le Diable (deux fois). j,*s, Vienne. — Parmi les morceaux portés au programme des concerts philharmoniques qui auront lieu cette année, on remarque une cantate que Mozart, qui étant franc maçon, l'écrivit dans le temps pour la loge dite « de l'Espérance couronnée » ; elle y fut chantée par Adam Berger, et publiée par Artaria, qui étaient membres de cette loge ainsi que le compositeur. L'association des étudiants doit exécuter dans son premier concert l'Antigone, de Mendelssohn, à grand orchestre. Pour la prochaine saison 1860-1861, le prince George Czartorisky a été nommé président de l'académie de chant. i% Munich. — L'Étoile du Nord, qui vient de reparaître au répertoire, a été saluée par des applaudissements unanimes. La reprise des Deux journées, de Cherubini, et de Fidelio, avait précédé de quelques jours l'ouvrage de Meyerbeer. *% Florence. — Le Prophète, doit être représenté dans le courant de la semaine prochaine à la Pergola. Mlle Masson chantera le rôle de Fidès. ,*, Naples, 1 1 octobre. — Le théâtre San Carlo a ouvert par semi- ramide. Prochainement seront représentés la Muette de Portici et le Pro- Iphète, deux ouvrages qu'on entendra ici pour la première fois. »% Madrid, 10 octobre. — Le début de Mme Charton-Demeur dans la Sonnambula a été des plus brillants. Dès les premières mesures l'audi- toire était sous le charme et la salle entière ne tardait pas à éclater en applaudissements. Toute la représentation n'a été qu'un triomphe. Après chaque acte la cantatrice a été rappelée plusieurs fois avec enthou- siasme. ,.% Saint-Pétersbourg, 28 septembre. — Mlle Lagrua a chanté trois fois depuis son brillant début dans Norma. Le succès de la canta- trice a été prodigieux et dépasse encore de beaucoup celui qu'elle a ob- tenu l'an dernier. Reçue avec enthousiasme à chacune de ses entrées, elle est aujourd'hui l'artiste favorite; sa voix est plus belle et plus fraî- che que jamais. Mlle Lagrua a été rappelée trois fois après la cavatine et après le premier acte; elle a dû recommencer le grand duo avec Adalgise, et reparaître douze fois à la fin de l'ouvrage. Tamberlick a chanté Pollion d'une manière très-remarquable, et Mlle Bernardi a su se faire applaudir dans le rôle d'Adalgise.— Très-prochainement Mlle La- grua se fera entendre dans le Freischiitz , ensuite viendront il Trovatore et Otello. „*» New-York. — Mme Czillag, et Formés viennent d'arriver ici. En attendant leurs débuts on a représenté à l'Académie de musique Lu- cia, Sonnambula, Trovatore et Don Giovanni devant des salles combles. Mme Colson a été très-applaudie dans le rôle de Zerline. 372 KEVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Chez U. B2ItA*r»US et S. DIIFOBJR, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au V Grande partition , net. . . . 200 Parties d'orchestre, net. . . 200 Partition pour piano et 40 Partition pour piano et 20 Id. avec paroles italiennes 20 LE PRQPH Opéra en cinq actes, Paroles de ai. Eickke SCRIBE, musique de Partition pour piano seul, net 25 La même, in-8", net 10 Partition pour piano à qua- tre mains, net 25 Ouverture pour piano à qua- tre mains 9 LES AIRS DÉTACHÉS DE CHANT AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO Adam. Six airs faciles Alkan (W.). Etude fuguée Benedict. Fantaisie brillante Beyer. Bouquet, de mélodies — Six tableaux, chaque Blahetka. Quadrille des Patineurs. . . . Burgmiiller. Grande valse Cramer. Bagatelle Dœhlcr. Six tableaux, là 6, chaque. . . . Dolmetsch. Op. 16. Marche du sacre . . . Dreyschock et Panofka. Duo pour piano et violon Duvemoy. Op. 182. Fantaisie Fumagalli. Op. 43. Grande fantaisie . . . Garaudé. Les quatre airs de ballet et la — Marche du sacre, chaque Guichard. Polonaise ■I. llerz. Op. 185. Fantaisie brillante . . . ARRANGEMENTS POUR PIANO •I. Ilcrz. Les quatre airs de ballet et la Mar- che du sacre, chaque 7 50 — Les mêmes à quatre mains, par Wolff, chaque. 0 » Heller. Op. 70. Caprice brillant 7 50 Hiinteii. Op. 171. Fantaisie 6 » A. Jaé'H. Chœur d'enfants 7 50 Krugcr. Op. 20. Pastorale et Marche du sacre 7 50 Lecarpentier. 109e et 110° bagatelle, en. . 5 » — Op. 141 à quatre mains . . 7 50 M. Louis. Op. 184. Fantaisie pour piano et violon 9 » Liszt. Illustrations : N° 1. Prière, hymne triomphale . . 12 » 2. Patineurs (scherzo) 12 n 3. Pastorale. Appel aux armes. . 12 » li. de Meyer. Op. 71. Grande fantaisie . . 10 » POUR MUSIQUE INSTRUMENTALE Osborne. Op. 78. Fantaisie Rosellen. Op. 114. Grande fantaisie . . . La même à quatre mains Sovfinski. Op. 74. Fantaisie l'alexy. Op. 20. Fantaisie brillante .... Thalberg. Op. 57. N° 9. Fantaisie brillante. Ch. Voss. Op. 101. Grande Fantaisie . . . — Op. 105. Complainte et Marche. Wolff. Op. 158. Grand duo à quatre mains. Wolff et Béi-iot .Duo pour piano et violon. Deux quadrilles par Mcsard, pour piano et à quatre mains, chaque Quadrille par Lecarpentier (facile) Quadrille par Strauss, pour piano et à quatre mains Valses par Ettlinc, pour piano à 4 mains . . Polka par Pasdeloif Redowa par Pilodo SJriiHl. Op. 24. Fantaisie brillante pour le violon 9 » Vienxtemps. Grand duo pour piano et violon 9 » G ee. Op. 53. Fantaisie dramatique pour violoncelle 7 50 BtenniKal. Duo pour flûte et piano 9 » lValtliiers. Op. 88. Grande fantaisie pour flûte avec ace. de piano. ... 9 » — Op. 87. Quatre fantaisies pour flûte seule, chaque 6 » Labarre. Duo facile pour harpe et piano 9 » Verroust. Op. 51. Fantaisie pour hautbois et piano 7 50 Guichard. Op. 18. Duo pour cornet et piano Molir. Trois pas redoublés et la Marche du sacre pour musique militaire, chaque 4 50 4 50 4 50 4 50 9 n 6 » Uolir. L'ouverture et les airs pour musique militaire Inouïs. L'ouverture et les airs pour deux violons et violon seul. . Walckiers. L'ouverture et les airs pour deux flûtes et flûte seule Guichard. L'ouverture et les airs pour deux cornets et cornet seul. WELLI Pty©U©^T REPERTOIRE DES ORPHEONS ET DES SOCIÉTÉS CHORALES Collée «ïom «a<'« plus ltcmiiv cîiorîurs pour voix «l'itoiiiiuc mmum nceonipagnciuciit. 4. De Floïow 5. Gluck . . e. — 7. Halévï . 8. Maileart. 9. Meyerreer 14. 15. fltEMlLIlE SÉRli: CHŒURS D'OPERAS Le Lac des Cées. . ■luette de Portici, Martha Aleestc Armide Le \abab Dragons de Villars lies Huguenots. . . Le Prophète .... ilohei-t le Diable . I.c Comte Ory . . . Guillaume Tell . . Robert Bruce . . . Chaque Chœur des Etudiants Chœur de la Chapelle Amour sacré de la patrie .... Mélodie irlandaise Vivez, aimez Los plaisirs ont choisi pour asile. Couplets du tabac, avec solo . . Prière: Soutien de l'innocent. . . Couplets des soldats huguenots . Septuor du duel Appel aux armes Chœur des Buveurs Chœur des Moines Chœur et prière Prière Chœur de la Conjuration. . . . Chœur des Chasseurs Chasse et prière du soir .... Prière Chœur bachique avec solo . . . BttMKMi: SLiui: CHŒURS DIVERS En vnrttlioi Prix net 1. An. Adam.. Les Boulangers 1 2. — Les Fondeurs ~. 1 3. — I.es Garçons de restaurant 1 4. — Les Horlogers 1 5. — lies Canotiers 1 6. — Les Postillons 1 7. — L'Enclume 1 8. — Les Cbarpcntiers 1 9. BEETiiovEri . Chant «les compagnons 1 10. — Chant elégiaque t 11. Hymne du sacrifice, avec solo 1 Les Canotiers fie Paris » Kulut impérial, God save français « Marche du Prince impérial » Hymne national russe > B. a Fuite des captifs, chœur avec solo de ténor. . . » "Vseult l'impératrice » I.es Veilleurs de nuit a l.n Chasse au tigre » Les Gondoliers vénitiens » Cavali.o Elwaht 19. Ladarre partie séparée de Ténor ou de Basse se vend séparément 20 centimes ne (Ces deux séries seront continuées.) BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, I. 27e Année. N° 44. 28 Octobre 1860. OH S'ABONNE I Dans les Départements et a l'Étranger, clic les Marchands de Musique, les Libraires, Sureaux des Messageries et des Postes. REVUE PRIX DE L'ABONNEUENT*. Paris 24 (r par an Départements, Belgique et Suisse — 30 " id- Élranger ~ 34 n id. Le Journal parait le Dimanche. GAZETTE liiUSI MM WékWLIS, — -w\rjv\pj\/\jvw--- SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique: reprise du Pardon de Ploërmel. — Le passé, le présent et l'avenir du chiffre appliqué à la notation musicale en Allemagne (2e et dernière partie), par William Cronthal. — Revue critique, par Adolphe Botte. — Nouvelles et annonces. THEATRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA-COMQUE. Reprise «Bu S'ai-tïïott tle S*loët'»nel. Quand une œuvre de haute portée commence sa carrière théâtrale, qui pourrait prévoir le nombre de changements qu'elle est destinée à subir dans la distribution de ses rôles principaux? Combien d"arlistes doivent-ifs s'y remplacer l'un l'autre? Que d'incarnations différentes suivant l'époque et l'ordre des temps! Jusqu'à présent le Pardon de Ploërmel, qui ne compte encore qu'une année et demie d'existence, était demeuré à peu près dans les mêmes termes qu'à sa création : hormis Faure, que Troy avait quelquefois suppléé, il avait conservé tous ses interprètes, mais le départ de Mme Cabel dérangea soudaine- ment le statu quo; il fallait songer à se procurer une autre Dinorah, et, pendant qu'on était en train, l'idée vint qu'il serait possible d'in- venter un lloël tout nouveau de figure, de voix, même de sexe ; et c'est ainsi que MlleMonrose et Mlle Wertheimber furent appelées à re- cueillir l'héritage des deux artistes qui, avec Sainte-Foy, l'excellent bouffe, avaient eu l'honneur d'inaugurer la dernière production du grand maître. Nous croyons superflu de rappeler ce que Faure et Mme Cabel avaient fait des rôles d'Hoël et de Dinorah : ce n'est pas à eux que s'appliquera jamais le dicton banal : les absents ont tort. Mais, sans oublier ce qu'on leur doit, il est juste de reconnaître le mérite ëmi- nent de lsurs successeurs. Mlle Monrose, par exemple, avait une tâche effrayante à remplir, et pourtant elle s'en est acquittée avec un talent, avec un charme qui n'ont pas laissé le succès douteux. Elle avait à lutter contre le souvenir d'une voix exceptionnelle, dont l'élévation et l'agi- lité merveilleuses ont quelque chose de fantastique : on conçoit que la crainte ait d'abord retenu quelque peu l'essor de la jeune arlisle ; on a pu s'en apercevoir dans quelques passages de la Berceuse : Dors, petite, par laquelle débute le. rôle ; mais bientôt la confiance est reve- nue, et Mlle Monrose a dit admirablement le duo avec Corentin : Sonne, sonne, gai sonneur; elle en a enlevé les vocalises avec une facilité, une sûreté complètes. Au second acte, dans l'air: Ombre légère, son triomphe a encore été plus éclatant ; elle a chanté et joué à ravir, sans avoir à redouter aucun parallèle. C'est un progrès immense ac- compli par elle dans l'art et dans l'opinion : le rôle de Dinorah mar- quera son avènement dans la pléiade de nos plus brillantes can- tatrices. Mlle Wertheimber avait par devers elle un précédent bien propre à l'encourager dans la prise de possession du rôle d'Hoël. Celui de Pygmalion dans Galathée avait été conçu et écrit pour une basse- taille, répété par une basse-taille, et néanmoins c'est elle qui l'avait créé, qui l'a repris dernièrement de manière à défier toute concur- rence. Ici, bien qu'il s'agit du contraire et quelle eût à continuer ce qu'avait créé une basse-taille, nous ne doutions pas qu'elle ne réus- sît parfaitement. Et d'abord nous pensions avec bien des gens que sa taille élancée, sa gracilité féminine, conviendraient mieux au rôle d'Hoël que la solidité musculaire d'un homme vigoureux. L'intérêt dramatique devait s'en augmenter, car, il faut le dire, on ne peut se garder d'un certain mépris pour un gaillard à l'organe robuste, aux épaules carrées, qui, dans sa passion pour l'or, redoute le péril au point de se chercher un substitut et de l'envoyer comme avant- garde à un trépas qu'il croit certain. Si, au rebours, l'amateur de trésors a l'air plus faible que l'associé qu'il se donne, on le com- prend et on l'excuse presque, en supposant qu'il se flatte que son compagnon offrira quelque résistance et sortira du mauvais pas où lui-même périrait. A ce point de vue et comme d'Hoël un personnage entièreme détaillé les moindres nuances rien d'étonnant de sa part. C içtrice, Mlle Wertheimber a fait neuf; elle en a mis en relief et une finesse' de sentiment qui n'a i cantatrice elle n'a pas été moins habile ni moins heureuse, si .on tient compte de ce que la voix de contralto offre de moins que celle de baryton-basse en sonorité, en puissance. D'ailleurs cette différence n'est sensible que dans les morceaux d'ensemble. Dans les solos, airs et romances, le contralto n'a rien à envier : il chante inèrue avec une expression plus déli- cate et plus tendre; il émeut et attendrit plus qu'aucune autre voix ne saurait le faire. Ce succès n'a pas manqué à Mlle Wertheimber dans la délicieuse romance du troisième acte: Ah! mon remords te venge, applaudie avec transports et redemandée à l'unanimité. Donc le Pardon de Ploërmel nous a été rendu de façon à ce que les regrets ne pussent trouver place. Au commencement du second acte une amélioration demande à être signalée. On se souvient qu'après le chœur : Qu'il est bon, le vin du bonhomme Ivon, il y avait un pe- tit dialogue entre deux buveurs attardés. Au lieu de ces lignes de prose naïve, nous avons maintenant la scène et cansonella compo- sées à Londres par Meyerbeer pour Mme Nantier-Didiée. C'est un morceau plein d'esprit et de grâce qui a toujours produit beaucoup d'effet. La mélodie en est de race italienne et se termine par un trait des plus élégants. Voici les paroles du premier couplet : Gentille fillette, Pauvre âme simplette, Trencls garde : le diable te guette ; Promesse frivole, Ivresse d'un jour! La raison s'envole Quand nous vient l'amour. Le chœur se mêle au refrain de celte chansonnette que Mlle Bélia dit fort bien, et quia été vivement applaudie. Cette addition musicale nous prive, il est vrai, des comiques physionomies de Lemaire et de Palianti, qui ont disparu avec le dialogue; mais ils ne nous en vou- dront pas de noire préférence déclarée pour une page inédile échap- pée à la plume de Meyerbeer. Quant à l'exécution générale du Pardon de Ploërmel, nous n'aurions qu'à répéter les éloges que nous avons eu si souvent l'occasion de consi- gner clans ces colonnes. Sainte-Foy, le dernier des Romains, toujours ferme à son posle, toujours de plus en plus original et vrai dans sa gaielé de bon goût, donne au rôle de Corentin un caractère inimita- ble. Il est Breton et poltron de la tête aux pieds : il n'aura jamais de rival sur la cornemuse. Nul non plus ne chante et ne chantera mieux que Barielle l'air du Chasseur, qui nous fait respirer la senteur des bois à pleine, poitrine ; aussi le bis est-il traditionnel. Warot dit le chant du Faucheur d'une voix ravissante. Mlles Belia et l'rost sont de charmantes chevnères ; et, grâce à ces quatre artistes, le Pater noster se déploie dans toute sa richesse mélodique el harmo- nique. L'orchestre et les chœurs comprennent leur importance et le prouvent par leur ensemble excellent. Nous ne compterons pas les rappels el ovations du premier jour, nous dirons seulement qu'on ne les a pas multipliés au delà de ce que réclamait la justice. P. S. LE PASSÉ, LE PRÉSENT ET L'AVENIR DU CHIFFRE .ii^'e-a^uai a i„a \ot,iti»\ saa;s*ie.4i,aî en ALi.iin.iGXB. A monsieur le comte de Sot/o/nib. (2e et dernière partie) (1). Voyons maintenant le présent du chiffre en Allemagne. Hentschel dit on 1857, comme nous l'avons vu plus haut : « Le chif- fre est presque entièrement passé de mode, par conlre la noie a repris de plus en plus; certes, c'est là un grand progrès: la lice est donc abandonnée, le chiffre a disparu presque complètement ; enquérons- nous cependant de ce qui reste. <■ Dans la Hevue pédagogique précitée, nous trouvons la trace de deux champions qui tiennent bon sur la brèche : c'est premièrement Thomascik (2). Ce pédagogue, parlant de l'idée que les chiffres sont exclusive- ment aussi peu capables que les notes de faciliter l'enseignement du chant, a inventé le chiffre-note [zalilnole). 11 emploie les notes écrites sur une portée de cinq lignes, mais au lieu de les appeler c, d, e, /, (1) Voir le n" (c3. (2) Pruktisch methodische Gcsaugschule fiir den Volksmiterricht nach den Principien mid fur die TonbezeMmung J. ('■ ÏÏiomasciiïs, von Fr. Sclimidt. Berlin, Yci'lag vou Hnber, 1856. 0* anniver- saire de la fondation de l'université de Berlin, le ministre des cultes, M. de Bethmann-flolhveg, a donné une soirée où le Domchor a chanté une suite de compositions vocales depuis Palestrina jusqu'à Meyerbeer. — La Société Bach a fait entendre dans trois soirées plusieurs cantates du grand compositeur, la Passion, par II. Schiitz (17e siècle), et un psaume de llrendel. — A l'Opéra royal le succès de Mlle Trebelli grandit toujours; c'est surtout dans le rôle d'Arsace que la jeune artiste excite l'enthousiasme. — Au théâtre Victoria, Mlle Artot a reparu dans le rôle de Rosine du Barbier, et a été beaucoup applaudie. „** Leipzig. — La première représentation de Diane de Solange, par le duc de Saxe-Cobourg-Gotha, a obtenu du succès. Sa partition offre uue originalité bien prononcée, et on ne saurait contestera l'auteur le ta- lent de tracer musicalement un caractère ; de plus, il connaît toutes les ressources de l'orchestre et les emploie avec une habileté dont pourrait s'enorgueillir un maestro de profession. — Au troisième concert du Gewandhaus s'est fait entendre avec succès le ténor Cari Gloggner, de Paris. Hr*t Dresde. — C'est au mois de décembre prochain que Mme Bûrde-Ney partira pour New-York, où elle doit créer le rôle de Dinorah Comme son congé au théâtre royal ne commence qu'au mois de mars prochain, elle se fera remplacer jusque-là par une autre cantatrice, à ses frais. Le Faust de Spohr, qu'on n'avait pas vu depuis trente ans, va faire sa réapparition dans le courant de l'hiver. ,,% U'iesbade. — La saison a été brillamment inaugurée par la repré- sentation du Duc de Tyrol, opéra nouveau en trois actes par Nargiller. La salle était comble, et le public s'est montré sympathique au compo- siteur, qui a eu deux fois les honneurs du rappel. s*,s Manheim. — Mme Johanna Wagner a donné ici plusieurs repré- DE PARIS. 379 sentations ; elle nous a fait ses adieux dans le rôle de Eidès du Pro- phète, qui a été pour la célèbre cantatrice l'occasion d'un véritable triomphe. — On monte Fernand Cortez, de Spnntini. ,*^ Vienne. — Franz Liszt a quitté Vienne. On disait que le célèbre compositeur avait fait des démarches pour obtenir la direction du théâtre de l'Opéra de la cour ; ce bruit est dénué de fondement.— In- cessamment l'ouverture du théâtre Treumann ; la salle est fort belle et peut contenir jusqu'à deux mille quatre cents personnes.— Le 10 novem- bre, jour anniversaire de la naissance de Schiller, on exécutera la Schiller-marscli et la cantate de Jleyerbecr, avec prologue, etc. *% Florence. — Le Prophète vient d'obtenir un succès immense au théâtre de la Pergola avec le ténor Sarti, Mines Masson, Schubert, MM. Boccolini et Paoli Lenzi. :S% Gênes. — Les débuts n'ont pas été heureux au théâtre l'aganini. On a donné la Sonnambula, dont Mlle Pozzi a chanté à peu près convena- blement le principal rôle. Quant au ténor Mongiardini (Iilvino), il a encore tout à apprendre comme chanteur et comme comédien. Le basso Rosa n'a pas été plus heureux, et le rideau est tombé au bruit des sif- flets. — Le grand théâtre de Carlo-Fclice doit rouvrir avec les Huguenots. :t*„ Saint- Pë.lersbmrg. — L'inauguration du nouveau théâtre, sorti de ses cendres, le théâtre Marie, a eu lieu le 2 (14) octobre. L'architecte, M. Cavos, a réussi à en faire le plus beau théâtre du monde. L'ouvrage choisi pour la réouverture était celui de Glinka : La vie pour le tzar. — Au théâtre Italien, la Fioretti va débuter dans les Puritains; c'est elle aussi qui doit chanter le rôle de Dinorah dans le Pardon de Plpërmèl , que l'on reprendra bientôt. En teute chez G. BRAIHUS et S. IH 1(11 il, éditeurs, 103, rue de Richelieu, au 1er LE RÉPERTOIRE DU CHANTEUR =^1 chant des plus célèbres compositeurs anciens et modernes, classés pour les différentes voix. 18 VOLUMES FORMAT IN-8°. Prix du volume : 12 Fn. net; richement relié : 1G fr. net. Chaque volume contient iS morceaux, avec paroles françaises ou italiennes. 1 volume contenant AO morceaux appropriés aux: everciees île cuant ©«- Seule grande médaille d'honneur à l'Exposition universelle de Pari» (BS55). — Seule grande médaille i < ouncil rSi-4l/et, à l'Exposition universelle de Londres (1851). Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale. INVENTEUR DES FAMILLES DES SAXO-TROMBAS. SAX-TUBAS. CLAIRÔNS-SAX. CORNETS-SAX (compensateurs). CLARINETTES CONTRE-BASSES-SAX. SAXHORNS. SAXOPHONES. TROMBONES-SAX. CLARINETTES BASSES-SAX. BASSON-SAX (en cuivre et en bois). Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres; Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons invention brevetée en 185». ou cylindres, les mêmes forme Saxo-Tromba. • Tous les instruments a pistons avec addition d'une ou plusieurs Clairons, Trompettes d'ordonnance. 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Cinquième fragment (1). La musique européenne du moyen âge et des temps modernes a reçu des peuples du Nord les premiers éléments de sa notation. Nous n'avons pas dû nous étonner de voir accueillir par l'incrédulité cette assertion, en apparence paradoxale, lorsque nous l'avons émise pour la première fois (2). Pouvait-on croire, en effet, que des peuples à qui l'on a refusé l'usage d'une écriture "particulière (3) , et dont les caractères graphiques n'ont été considérés par les uns que comme des variétés de l'alphabet grec (Zi), et par d'autres comme des modi- fications bizarres des lettres romaines (5) , eussent une .notation de la musique? Cependant nous espérons démontrer qu'il n'y a pas eu moins de préjugés et d'opinions mal fondées à l'égard des notations en usage dans la musique du moyen âge, qu'en ce qui concerne l'é- criture chez les peuples septentrionaux. Les notations antiques de la musique chez les habitants de l'Inde , chez les Grecs, les Romains, vraisemblablement aussi chez les Égyp- tiens (comme nos recherches le feront voir), étaient puisées dans les alphabets de ces peuples, soit en conservant aux lettres leurs formes habituelles, comme chez les Hindous et les Romains, soit en leur fai- sant subir certaines modifications , suivant l'usage des Grecs. On a nié le fait, pour ce qui concerne la notation latine, et l'on a soutenu (1) Voir le a" 1,2. (2) Résume philosophique de l'histoire de la musique , 1" vol. de la Bio- graphie universelle des musiciens, 1™ édition, page clx. (3) Maffei, Verona illusl., col. 324, et Gibbons, Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain, t. II, p. 107, édit. de Guizot. (4) Cf. Benzelius, Momim. Surio. Goth. lib. I, et Fr. Wise, Recherches con- cernant les premiers habitants, les connaissances et ta littérature de l'Europe. Oxford, 1731, Dissert. I. (5) Cf. Lcibnitz, Collect. élijmol. illicsl. ling. Vet. Cellicœ,Ger>nan.,etc.,parsïl, 8, et Mabillon, de Ite diplom. lib. I, c. xi, p. 49-50. que la notation romaine était précisément celle que nous attribuons aux peuples du Nord qui envahirent l'empire. Nous ferons voir, dans la partie de notre histoire consacrée à ce sujet, tant par des monu- ments que par des discussions approfondies, que ces deux opinions sont également erronées. Nous suivrons dans toutes ses transforma- tions et modifications cette même notation d'origine septentrionale, et nous la verrons se formuler dès le xi° siècle et même auparavant en un système aussi compliqué que peu rationnel ; puis, se dégageant par degrés de ses combinaisons inutiles, arriver enfin à l'admirable simpli- cité de la notation actuelle. La Providence a fait de l'Orient le berceau des choses et des idées durables. L'ancien monde païen lui emprunta tous ses mythes. Révé- lateurs d'un Dieu suprême, créateur de l'univers, Moïse et les pro- phètes ont écrit pour la postérité des livres qui verront la fin des siècles. La philosophie de l'Inde a répandu par toute la terre ses vé- rités et ses erreurs. L'Orient, seul, a conçu son architecture dans des conditions de grandeur et de solidité qui pouvaient défier la main du temps-, car après plus de trois mille ans de guerres et de dévas- tations, il ne faut pas moins que le génie destructeur de l'homme pour en disperser les débris. C'est dans ces mêmes régions que la Grèce a trouvé ses premières notions des mathématiques et de l'astro- nomie, sa langue, son écriture, ses arts, ses instruments de musique. C'est aussi dans l'Orient que la science moderne est allée chercher le puissant instrument de la langue de l'analyse. Enfin, après que le Rédempteur eut révélé aux hommes les adorables principes de morale, d'égalité devant Dieu et de liberté, qui devaient régénérer l'espèce humaine; après que ses disciples eurent répandu partout sa sainte doctrine, et lorsque son Église fut constituée, ce fut encore de l'Orient que vinrent les premiers chants destinés à invoquer et à glo- rifier le Sauveur. Les psaumes de David devinrent la base de la li- turgie de toute la chrétienté, et les premiers types des mélodies sur lesquels on les chanta furent vraisemblablement empruntés au temple de Jérusalem. Le doute n'est pas possible sur l'origine du culte ca- tholique, lorsqu'on considère les livres des offices dans les plus an- ciens manuscrits parvenus jusqu'à nous ; car la multitude d'ornements de toutes formes, et les longs traits de notes parasites qu'on y voit sur une seule syllabe, sont précisément ce qui caractérise le goût oriental; tandis que les hymnes, antiennes et répons composés plus tard dans l'Occident, ont une simplicité qui contraste avec ce luxe de trilles et de groupes de toute espèce. Avec la mythologie et le culte du paganisme, tout ce qui caracté- rise les idées et le goût de l'antiquité grecque et latine avait disparu sans retour, dès la fin du ivc siècle, en dépit des efforts faits par REVUE ET GAZETTE MUSICALE l'empereur Julien pour leur rendre une existence apparente. Au ve siècle on ne trouve guère que le poëte Rutilius qui ait essayé de ranimer cette cendre éteinte. Vainqueur, au prix du sang de ses mar- tyrs, le christianisme, en imprimant une direction nouvelle aux esprits par ses austérités autant que par la foi, qui plaçait le but da la vie dans le ciel, le christianisme n'avait pas porté de moins rudes coups à la forme qu'au fond des choses de l'ancien monde. De là l'indifférence que montrèrent les populations chrétiennes pour ce qui constitue le beau idéal, et la rapide décadence des œuvres de l'art. D'ailleurs, les circonstances désastreuses dans lesquelles se trouva bientôt la ci- vilisation, les dévastations inouïes exercées par les barbares qui en- vahirent, et la succession presque non interrompue de ces malheurs pendant plusieurs siècles, achevèrent ce que le christianisme avait commencé, et rendirent plus absolu le détachement des âmes pieuses pour les choses de la terre, plus ardente la ferveur de la foi. A l'avé- nement de Charlemagne tout avait péri : plus d'architecture, plus d'arts plastiques, plus de musique, plus d'instruction, plus d'écoles. Quelques prêtres seulement, quelques évêques, moins ignorants que le vulgaire, écrivaient encore des légendes de saints qui composaient toute la littérature, toute l'histoire, dans ces temps malheureux, et des moines retraçaient, dans des annales dénuées d'intérêt, les minimes événements de leurs cloitres. A la fin du vme siècle, le génie de Charlemagne oppose une bar- rière aux progrès de la barbarie, ranime le goût des études, établit des écoles dans toute l'étendue de son colossal empire, fait recueillir les chants nationaux pour en former une histoire populaire, essaie de modifier le rude chant ecclésiastique des Gaules par les traditions orientales conservées à Rome, et fonde un enseignement spécial pour cet objet. L'impulsion qu'il a donnée porte ses fruits dans le ixe siècle: un retour à la civilisation semble s'opérer. La biographie de Charle- magne par Eginhard, la chronique du moine de Sainl-Gall, les mé- moires de Nithard et de Thégan, sont un commencement d'histoire ; la poésie latine jette quelques lueurs de sentiment énergique, particu- lièrement dans une ccmplainte sur la bataille de Fontanet , où 80,000 hommes périrent pour soutenir les prétentions ambitieuses des fils de Louis le Débonnaire, armés les uns contre les autres. La mé- lodie de cette complainte est un des plus remarquables monuments du chant populaire de cette époque. Les arts renaissent et prennent une direction nouvelle, l'architecture byzantine pénètre en Allemagne, en Italie, en France, et se combine avec le style romain ; la musique éprouve les effets de l'introduction des orgues en France sous le règne de Pépin, père de Charlemagne, et l'harmonie devient une partie essentielle de cette musique sous le nom d'organum. Vers le milieu du ixc siècle, cet organum n'est pas seulement composé d'affreuses successions de quartes et de quintes, appelées diaphonies, dont un écri- vain du même temps a laissé des exemples: il y avait dans ce com- mencement d'un art nouveau quelque chose de plus avancé, car le théologien-philosophe, Jean Scot Erigène, qui vécut à la cour de Charles le Chauve et dirigea l'école du palais, vers 850, parle de Yorganum dans son livre célèbre De la division de la nature (1), en des termes qui indiquent clairement le mélange des sons en har- monie à des intervalles divers sous certaines conditions d'art (2). Rien ne fut moins favorable aux progrès de la civilisation et des arts que l'époque comprise entre la déposition de Charles le Gros (837) et l'avènement de Hugues Capet, chef de la troisième, race des rois de France (987), époque désignée sous le nom de dixième siècle. Partout la dévastation ut la guerre : les invasions des Normands, Sar- rasins, Bulgares et Madgyares ; la dissolution de l'empire carlovingien ; la violence et la dépravation chez les papes, qui se succèdent avec rapidité par l'influence des courtisanes; l'ignorance et la lubricité des (1) De divisione iialurœ; Oxonii, JOS1 , in-fol., page lOft. (2) Ce passage sera traduit et expliqué en son lieu dans notre histoire. prêtres et des moines, le découragement et la misère des peuples. Pour se défendre contre les invasions des barbares, les seigneurs bâtissent des châteaux sur des rochers inaccessibles. Plus tard ces forteresses servent à consommer l'asservissement des peuples : c'est le commencement de l'organisation féodale. Dans ce siècle déplorable, où l'intelligence et les -bons sentiments semblent à jamais éteints chez les nations occidentales, tandis que le contraire se faisait remarquer dans l'Orient, il y eut cependant trois hommes dont les travaux sem- blent être une lumière projetée dans ces ténèbres, à savoir: Rémi d'Auxerre, Hucbald et Gerbert, qui fut pape sous le nom de Syl- vestre H. La carrière des deux premiers commença dans le siècle précédent; Gerbert ne mourut qu'au mois de mai de l'an 1003. La musique fut l'objet des études de tous trois, et tous trois écrivirent sur cette partie des connaissances humaines qui ne méritait point encore le nom d'art. Rémi ne fut que le commentateur de Marcien Capella, qui n'avait été lui-même que l'abréviateur des théoriciens grecs; mais les traités de Hucbald sont pour nous un trésor de ren- seignements sur les constitutions tonales, les notations et l'harmonie à la fin du ixe siècle et au commencement du xe. Gerbert écrivit aussi sur la musique, mais son livre n'es1, pas parvenu jusqu'à nous. Le mouvement intellectuel interrompu, et le sentiment moral en- gourdi pendant le xe siècle, se raniment au xi«. L'enfantement labo- rieux et lent des langues populaires arrive enfin à terme : elles sor- tent de l'état de patois barbares où elles avaient été retenues pendant trois siècles, et deviennent littéraires en Italie et dans les Gaules. Le latin n'est pas encore entièrement abandonné dans les écrits des pro- sateurs et des poètes ; mais le peuple ne l'entend plus : toutefois il se mêle encore çà et là dans le langage appelé communément roman, bien que la place qu'il occupe dans cette langue nouvelle diminue chaque -jour. La philosophie, les sciences, les arts, sont en progrès, et le goût de l'étude se communique de proche en proche. C'est dans ce même siècle qu'un moine italien, connu sous le nom de Guido d'Arezzo, conçoit l'idée d'une méthode pour l'enseignement de la musique, méthode toute pratique, inconnue avant lui, de laquelle dis- paraissent les notions empruntées aux théoriciens, désormais sans uti- lité, et d'où sont bannis les tâtonnements précédemment mis en usage. Pour apprécier à sa juste valeur la méthode inventée par Guido, et justifier l'enthousiasme avec lequel elle fut accueillie, il faudrait savoir en quoi consistaient les moyens mis antérieurement en usage pour instruire les élèves dans la lecture de la musique et dans le chant, moyens où l'intelligence avait sans doute peu de part, puisqu'il ne fallait pas moins de plusieurs années d'études pour parcourir le cercle infiniment "borné des connaissances musicales de cette époque ; mais on ne possède aucun renseignement positif sur ce sujet, bien que plusieurs écrits du même temps, parvenus jusqu'à nous, renferment l'exposition des éléments ; car ou n'y trouve ni enchaînement logique dans les notions, ni exercices par lesquels les commençants auraient pu se rendre familières la notation, les intonations des sons et celles de leurs divers intervalles. Guido, parlant lui-même de sa méthode, affirme que par elle on pouvait apprendre à lire le chant et à l'exécuter avec correction dans l'espace d'un mois, tandis que l'ancienne mé- thode conduisait à peine au même résultat après plusieurs années d'un travail rebutant. L'immense renommée acquise par l'auteur de cette découverte, et la popularité que conserve encore son nom, sont une garantie suffisante des bons effets qu'elle produisait. C'est aussi dans le xi° siècle qu'on voit apparaître un nouveau système régulier de notation pour la musique mesurée ; non qu'une musique de cette espèce n'ait existé de tout temps , car les chants populaires de toutes les nations furent toujours mesurés et rhythmés ; mais l'introduction de l'harmonie dans la musique avait rendu néces- saire un système de proportion exacte entre tomes les valeurs de temps déterminées par les diverses voix qui concourent à cette har- monie. La plus ancienne exposition connue de ce système se trouve 383 dans le livre d'un prêtre de Cologne nommé Francon. Le même ou- vrage offre aussi des exemples d'une harmonie meilleure que la gros- sière diaphonie des temps antérieurs. De toute évidence enfin, l'art est dès lors en voie de formation, et le mouvement de progrès qui lui est imprimé ne pourra plus être arrêté jusqu'à ce qu'il soit en possession de ses éléments nécessaires. La première croisade, cet événement de prodigieuse folie qui s'accom- plit dans les dernières années du xi« siècle (1096), et qui, par ses suites, mit en continuel contact l'Asie et l'Europe pendant trois cents ans, eut des résultats inattendus pour la musique et pour la poésie. Ruinés par les dépenses auxquelles ils furent entraînés par ces expéditions lointaines, les seigneurs y perdirent une partie de leur puissance et de leur férocité. Les mœurs s'adoucirent et offrirent bientôt un con- traste frappant avec la rudesse et la grossièreté des siècles précédents. C'est à cause de cette différence si remarquable qu'on a donné le nom de moyen âge a l'époque comprise entre les années 1100 environ et 1500, parce qu'elle forme un intermédiaire entre les temps de barbarie et la renaissance, au commencement de l'âge moderne. Les femmes, longtemps réduites à une sorte d'esclavage, s'en affranchirent pendant l'absence de leurs époux, et acquirent une prépondérance sociale qu'elles n'avaient eue dans aucun temps ; car c'est de cette époque que date cette galanterie sur laquelle est fondée leur empire, et qui devint un culte véritable dans les siècles suivants. Par suite de cette transformation sociale, les châteaux devinrent des lieux de plaisir, où la poésie et la musique trouvèrent un fréquent emploi. Déjà, avant que la croisade eût été prêchée, les rapports fréquents de la France méridionale avec les Maures d'Espagne avaient com- mencé la transformation des mœurs et du langage poétique dans ces provinces. Ce langage s'élait poli de manière h n'être plus reconnais- sable, depuis les premières années du xie siècle jusque vers 1060, et la poésie, cultivée avec succès, était devenue l'occupation des cheva- liers aussi bien que des poètes musiciens de profession. Le nom de troubadour, c'est-à-dire trouveurs d'idées et d'élégant langage fut donné aux uns comme aux autres. Le plus ancien de ces toubadours, dont les ouvrages sont connus, est Guillaume de Poitiers, duc d'A- quitaine, dont les premières poésies remontent à l'année 1071. Les chansons d'amour, les vers satiriques, les poèmes historiques ou chro- niques rimées, et les romans naissent bientôt en foule. Le (aient s'as- socie à la bravoure, et grand nombre de preux chevaliers se font gloire de leurs inspirations amoureuses et poétiques, aussi bien que de leurs grands coups d'épée. Le mouvement général qui pendant plusieurs siècles entraîna tout l'Occident vers l'Orient répandit par- tout ce goût de poésie amoureuse et de chant dont les Arabes four- nissaient le modèle. Le xn" et le xur3 siècles voient naître et se mul- tiplier les trouvères, imitateurs des troubadours dans les provinces septentrionales de la France, ainsi que dans la Flandre. En Allema- gne, les minnesinrjers, ou chanteurs d'amour, suivent leurs traces. Les grands, les princes, les rois même, ne dédaignent pas de se distin- guer par le talent de poésie et de musique. Des défis de trouvère à trouvère, des concours qui deviennent de véritables combats, sont les spectacles dont on se préoccupe à la cour des souverains comme dans les châteaux, comme sur les places publiques. Les poètes chan- teurs s'en vont de province en province, et charment les ennuis des châtelaines par leurs récits et leurs chansons. La plupart sont accom- pagnés par un musicien, ménestrel ou jongleur, qui joue d'un ins- trument, et quelquefois fait des tours d'escamotage pour l'amusement du peuple. Depuis que l'affranchissement des communes a fait orga- niser les corporations, ces ménestrels ont formé une association du même genre, et se sont donné un chef, sous le nom de rui, qu'ils élisaient d'abord librement, et qui, plus tard, ne tint sou tilre que des faveurs de cour et de lettres patentes. On voit quelques trouvères se distinguer par une habileté plus grande que d'autres dans la musique : ils harmonisent leurs chants pour deux ou trois voix et contribuent au perfectionnement de cet art. Le simple fabliau ou conte, qui se récitait sur un chant mono- tone, se transforme entre leurs mains en action dramatique entre- mêlée d'airs rhythmés. Ce qu'ils ont produit en ce genre est de toute évidence l'origine du vaudeville et de l'opéra-comique. Leurs mélodies deviennent plus gracieuses, plus élégantes que chez leurs prédéces- seurs. Le goût des ornements du chant, renouvelé par les communi- cations fréquentes avec l'Orient, devient général et reprend son em- pire dans l'Eglise même. Il y a dès lors deux sortes de chant mondain en vogue: le premier, simple, naïf, et dont toute la force est dans le rhythme, est le chant populaire ; l'autre, plus orné, plus vague dans sa forme, moins accusé dans son rhythme, mais dans lequel on re- marque une certaine délicatesse qui manque au premier, est celui des chansons de troubadours et de trouvères à l'usage du monde que dis- tinguent la naissance et l'éducation. Vers la fin du xuic siècle, cette dernière espèce de chant avait atteint son entier développement. Le xivc siècle paraît presque entièrement absorbé par le goût de l'harmonie et par les efforts des artistes pour compléter le système absurde de notation qui s'est introduit dans la musique. Au commen- cement de ce siècle on aperçoit encore, dans ce qui nous reste des productions musicales de ce temps, des associations grossières de sons ainsi que des successions d'accords qui blessent le sentiment to- nal et que le goût réprouve ; mais vers l'an 1370, trois hommes d'un mérite supérieur à leur époque apparaissent en même temps : ils in- troduisent simultanément dans l'art des perfectionnements inattendus qui lui donnent une suavité inconnue auparavant. Ces artistes prédes- tinés sont Dunstaple, Anglais de naissance, Binchois et Dufay, Belges tous deux. Tous trois ont donné des preuves de leur habileté dans leurs ouvrages, lesquels nous font voir l'harmonie parvenue enfin à toute la puielé désirable, mais réduite à un petit nombre de combi- naisons. L'art est constitué, mais il est renfermé dans d'étroites limites, d'où il ne sortira pour toujours qu'après plus de deux siècles de ti- mides essais et de tâtonnements d'une lente progression, nonobstant la puissance du génie de quelques artistes. Ici commence l'histoire véritable de la musique ; car il ne peut y avoir d'histoire d'un art que lorsqu'il existe dans les conditions qui le rendent digne de ce nom, lorsqu'il est appréciable par. ses monu- ments, de telle sorte que la filiation de ses développements et de ses transformations puisse être suivie sans lacune; enfin, lorsque les causes de ces transformations peuvent être déterminées avec justesse et mises en évidence. Ce qui précède l'époque où l'art est entré dans cette phase peut être l'objet de recherches archéologiques qui ne manquent ni d'attrait ni d'utilité; mais le caractère de certitude, in- dispensable à l'histoire, y manque toujours. L'intérêt qu'inspire l'his- toire de la musique se manifeste dans les quatre applications que la société a faites de cet art, lesquelles sont : 1° le chant religieux ; 2° le concert intime ou public ; 3° le rhythme de la danse ou de la mar- che ; 4" l'expression des passions dans le drame. Dès la fin du xinc siècle, nous pouvons suivre le progrès périodique de l'art dans les deux premières de ces applications ; au xvc siècle, la musique de la danse nous apparaît dans quelques fragments échappés aux ravages du temps ; mais le drame musical , à part quelques essais informes tentés dans les Mystères, et postérieurement à plusieurs reprises, n'a d'existence réelle qu'aux premières années du xvii« siècle. Les organes de ces divers genres de musique sont les voix et les instruments : de là les divisions naturelles en musique vocale et ins- trumentale; de là aussi 1 histoire particulière de chacune de ces par- ties de l'art; de là, enfin, celle des progrès du chant, de l'origine des instruments, de leurs perfectionnements, de leurs transformations et de l'art d'en jouer. FÉTIS père. {La suite prochainement.) 384 REVUE ET GAZETTE MUSICALE THEATRE IMPÉRIAL ITALIEN Reprise du jflulritnotiio segvelo, «le Cimarosa. « Il y a bien de l'avenir dans ce passé, » disions-nous à propos du vieux chef-d'œuvre de Cimarosa. lorsque nous le vîmes reparaître au commencement de cette année, et le voilà qui nous revient encore, avec un simple changement dans la distribution des rôles. Mlle Marie Battu a pris la place de Mme Dottini dans celui d'Elisetta ; Mraes Ai- boni, Penco, ainsi que Gardoni. Zucchini et Badiali sont demeurés tous en possession de leur emploi. Une modification de genre différent a été de plus essayée : on a ré- tabli deux airs qui ne se chantaient plus depuis longtemps, et que même nous ne nous souvenons pas d'avoir jamais entendus à Paris. Le premier appartient au rôle d'Elisetta, et vient au second acte, après le grand quintetto, dans lequel la pauvre Caroline, menacée du cou- vent, exhale en termes peu mesurés, son indignation contre toute sa famille. Ma voi sieto tanti cani, Senza amor, ne carità. L'air, il faut en convenir, a beaucoup vieilli, et l'inspiration n'en est pas fort heureuse. Mlle Marie Battu le chante avec un goût exquis et de manière à être justement applaudie. La jeune artiste a du reste parfaitement saisi le caractère de son personnage. C'est bien la sœur aînée, l'Arabella de cette nouvelle Clarisse, furieuse de se voir dédai- gnée par un honnête Lovelace, et se raccrochant à tous les moyens de vengeance féminine. L'autre air, chanté par la tante Fidalma, faisait partie du premier acte, et on l'a transporté dans le second. C'est une vieillerie pleine de naïveté, de malice : la tante énumère les avantages de la liberté, mais elle conclut toujours en faveur du mariage. Ma con un marito Via meglio si stà. Impossible de rendre ce morceau avec une bonhomie plus franche et plus iine que ne le fait Mme Alboni, pour qui le rôle de Fidalma est à peu près devenu ce qu'était celui de Geronimo pour Labla:he. Mme Penco est une excellente Caroline. Le délicieux trio : Le Faccio un inchino, admirablement chanté par elle, Mlle Marie Battu et Mme Alboni, est toujours redemandé ainsi que l'air de cette der- nière. Zucchini est, après Lablache, le meilleur Geronimo que nous ayons connu, sans excepter même Barilli. Sa surdité atteint l'idéal de l'effet bouffe. Le Matrimonio scç/relo doit beaucoup aux Nosze di Figaro qui ve- naient d'être jouées quand Cimarosa l'écrivit, et il a prêté beaucoup au Barbier de Sëville. Qu'est de\enu le temps où les grands compo- siteurs faisaient leurs chefs-d'œuvre sur des textes de comédie? Quelle antithèse avec les systèmes qui prétendent que le mythe seul est musical ! P. S. CORRESPONDANCE. Rouen, 28 octobre. Reprisa" «Bit fnB'tiaa* île IPIoëranel. La reprise du Pardon de Plo'ermel avait attiré hier une belle chambrée au théâtre des Arts. Ce chef-d'œuvre, dans lequel Meyerbeer, après tant d'immortels travaux, est plus jeune, plus inspiré, plus poète que jamais, a été entendu avec d'autant plus de plaisir qu'on en était depuis long- temps privé. Toutes les sensations tour à tour si suaves, si vives, si tou- chantes, si terribles même, que la puissante et pittoresque musique de Meyerbeer avait, dès sa première audition, fait éprouver au public rouennais, ont été reproduites sur le même public avec tout le charme et le prestige de la nouveauté. On n'avait oublié aucune des beautés de l'œuvre; on les a retrouvées toutes et dans tout leur éclat. Cette belle partition qui, lors de sa mise en scène, avait été si remar- quablement exécutée, grâce aux talents réunis de Mme Barbot, de MM. Méric, Oerpré, Bonnesseur et Barbot. avait cette année les mêmes interprètes, et elle a été rendue avec le même ensemble, avec la même intelligence du style si élevé, si finement varié et si profondément scé- nique de Meyerbeer. Mme Barbot est une gracieuse et attachante Dinorah ; sa voix fine et légère convient parfaitement aux délicates et élégantes formules dont ce rôle est parsemé ; son sentiment musical et sa diction sympathique lui en font comprendre et très-vivement exprimer la partie dramatique. Chaleureusement applaudie dans tous les détails de son rôle, elle a eu, à la chute du rideau, l'ovation d'un rappel très-justement partagé par MM. Méric et Gerpré. La création du rôle d'Hoël fait le plus grand honneur à M. Méric, qui le sent et le chante en parfait musicien et en très-habile chanteur. C'est, sans contredit, un des rôles les plus développés et les plus diffi- ciles de l'emploi, et il le détaille avec une irréprochable égalité de ta- lent; aussi son succès a-t-il été complet, comme il l'avait été d'ail- leurs l'année dernière. Après le grand air du premier acte, morceau d'une facture étudiée et d'une variété de style qui en rend l'interpréta- tion si périlleuse, mais que M. Méric chante avec une rare sûreté de méthode et une verve entraînante; après la belle romance du troisième acte, qu'il dit avec une saisissante expression, il a enlevé les bravos de toute la salle. Jamais rappel n'a été plus dignement décerné que celui qui, à la fin de la soirée, l'a ramené sur la scène pour recevoir une juste et brillante ovation. M. Gerpré, qui, dans le personnage comique et très-musical de Co- rentin, avait laissé les souvenirs d'un jeu très-divertissant et d'un chant plein d'intelligence, a été ù la hauteur de son premier succès, si même il ne s'est surpassé. Toujours en scène, toujours dans la réalité de son personnage, aussi soigneux dans ses solos que consciencieux parte- naire dans les ensembles, M. Gerpré est pour une bonne part dans l'ex- cellente exécution du chef-d'œuvre de Meyerbeer. Il avait donc tous les droits possibles au partage du rappel qui a terminé la représentation. L'intermède, cette ravissante paysannerie qui ouvre le troisième acte, a eu son effet tout particulier qui ne manque jamais avec les deux ar- tistes qui se chargent de faire valoir les deux petits rôles du chasseur et du faucheur. M. Bonnesseur fait de la chanson du chasseur une véritable scène par le relief que sa voix puissante donne à cette mélodie si bien carac- térisée et si finement orchestrée. M. Barbot chante avec beaucoup d'en- train la jolie mélodie du faucheur. Ces deux morceaux ont été cou- verts d'applaudissements. L'ensemble de l'exécution ne mérite que des éloges : les chœurs ont bien fonctionné et l'orchestre a parfaitement exécuté l'ouverture, ou plutôt la magnifique symphonie qui sert de préface, a cette admirable partition. La mise en scène, qui est une de celles que M. Halanzier avait réglées Tannée dernière avec le plus de goût et d'habileté, est toujours d'un délicieux effet; les décors et le cortège du Pardon ont été fort applaudis; à la fin du deuxième acte, le torrent a eu les honneurs du rappel, et le rideau s'est relevé au bruit des bravos pour le montrer une fois de plus au public émerveillé. Il ne faut pas omettre le succès de la chèvre Bella, qui faisait sa rentrée et qui a eu aussi son succès et ses bravos. Le Pardon de. Ploërmel va recommencer sur la scène rouennaise, comme à Paris, une nouvelle série de brillantes représentations. Amédiïe MÉRAUX. Liège, 30 octobre 1800. Le grand concours international de chant d'ensemble qui a eu lieu à Liège le 28 octobre fera époque dans les annales de l'orphéon belge. Plus de deux mille chauteurs venus de France, d'Allemagne, de Hol- lande et de tous les points de Belgique sont entrés en lice pour se dis- puter les nombreuses palmes qui devaient être le prix des vainqueurs. Environ cinquante sociétés chorales, dont quelques-unes dépassaient cent exécutants, ont pris part à cette lutte qui a été ardente, surtout pour remporter le prix unique d'honneur, auquel étaient attachées une riche couronne et une prime de 1 ,000 fr. Le concours général se divisait en huit catégories: nous ne parlerons que des deux dernières. Dans le concours d'excellence entre les sociétés belges ayant déjà obtenu un premier prix, c'est la Société des amateurs de Iluy, dirigée DE PABIS. 385 par M. Camauer, qui a remporté le prix unique, consistant en une mé- daille en or, grand module, et une prime de 600 fr. Pour le grand concours d'honneur entre les sociétés belges ayant déjà obtenu un prix d'excellence et les sociétés étrangères, nous venons de dire que la récompense était une riche couronne et une prime de 1,000 fr.: c'est la Société Concordia, d'Aix-la-Chapelle, dirigée par M. Ackens, qui l'a obtenue. Huit sociétés justement renommées étaient inscrites pour participer à ce dernier concours, et c'est encore un cercle d'Allemagne qui a su conquérir le premier rang ; mais les cercles concurrents se consoleront aisément quand on saura que l'unique prix à obtenir a été si chaude- ment disputé, que le jury a dû procéder à un deuxième tour de scrutin avant de se mettre d'accord pour décerner la palme à la Concordia, d'Aix-la-Chapelle. On voit qu'il y avait encore de l'honneur à se trouver au nombre des vaincus. Ceux qui ont assisté à ces luttes diverses ont constaté avec satisfaction combien les sociétés chorales sont en progrès ; il faut qu'elles le soient véritablement pour oser aborder les chœurs qu'elles chantent aujour- d'hui et qui sont pour la plupart de véritables symphonies. Les gammes rapides, les intonations difficiles, les enharmonies risquées et les rhyth- mes heurtés sont les difficultés que quelques compositeurs s'ingénient à réunir dans un même chœur, et cela sans le moindre respect pour les voix qui doivent presque toujours sortir de leurs limites naturelles. C'est du reste une tendance malheureuse que je vous ai déjà signalée, de prétendre faire exécuter à la voix humaine des parties qu'on dirait écrites pour des instruments d'orchestre, ce qui n'est pas sans danger même poul- ies sociétés des grands centres de population, où l'éducation musicale est répandue. Quant aux orphéons des petites villes et des communes rura- les, c'est une véritable calamité de les voir s'aventurer dans un dédale presque toujours inextricable. Qu'on y réfléchisse bien , la cause de l'insuccès et du découragement d'un grand nombre de sociétés orphéo- niques est dans le choix des chœurs, qui ne sont ni en rapport avec leur force musicale ni avec le nombre de leurs chanteurs. En somme, le concours a tenu toutes ses promesses, et sans entrer dans des considérations sur l'utilité de ces luttes pacifiques, offrons nos félicitations à MM. les membres de la Légia, l'une des meilleures sociétés belges, ainsi qu'à son habile chef, M. Vercken, pour les soins qu'ils ont prêtés à l'organisation de cette fête musicale. La France avait envoyé pour la représenter au jury, Mil. de Bille et de Vos; l'Allemagne, Mil. Weber et Wulner; la Hollande,', M. Verhulst; enfin la Belgique, MM. Daussoigne-Méhul et Ferry, présidents; Carman , Cornélis, Higa, Snel, Soubre et le signataire de cette lettre. Trois morceaux ont été composés expressément pour la fête musicale offerte par la ville de Liège au roi Léopold. Un chœur de M. Soubre et deux chœurs-cantates, de MU. Daussoigne-Méhul fils et Vercken; le premier a été imposé aux sociétés qui ont pris part aux concours d'ex- cellence et d'honneur ; les deux derniers ont été chantés par plus de trois cents voix sous les fenêtres du palais, et ont provoqué les applau- dissements de la foule. J.-B. RONGÉ. Une séance musicale a été donnée jeudi dernier au Cirque Napo- léon, par la Société chorale d'une école que nous nous abstiendrons de nommer, de même que nous nous sommes abstenus d'assister à la séance. Les chefs de cette école ayant l'habitude de s'armer d'une loi mal comprise pour assaillir de leurs prétendues réponses les journaux qui se permettent d'examiner soit leurs théories, soit leurs actes, nous avons pris le parti de ne plus nous en occuper d'aucune manière. Désormais leurs noms même n'apparaîtront plus dans ces colonnes, par simple mesure de précaution. BEVUE DES THÉÂTRES. Vaudeville : 'Rédemption , pièce en cinq actes et six tableaux, par M. Octave Feuillet. Avantd'aborder la scène, M. Octave Feuillet, marchant sur les traces d'Alfred de Musset, a publié deux volumes de comédies et de proverbes qui ne semblaient pas destinés à la représentation; mais, depuis, et toujours à l'imitation de son modèle, il s'est ravisé ; le théâtre a vu défiler plusieurs de ses productions imprimées, et le public les a saluées de ses bravos les plus enthousiastes. Est-il besoin de rappeler que le Vaudeville a particulièrement bénéficié de cette heureuse appropriation et qu'il a vécu fort longtemps sur les recettes brillantes de Dalila et du Roman d'un jeune homme pauvre ? A la lecture des œuvres de M. Octave Feuillet, on s'étonnait cependant de ce qu'une de ses plus charmantes fantaisies, celle à laquelle il a donné le titre mystique de Rédemption, n'eût pas encore les honneurs de la scène. A cela, il y avait une difficulté qui provenait sans doute du rappro:hement de deux personnages peu habitués à marcher de compagnie, une comédienne et un prêtre. Mais s'il y a des accommode- ments avec le ciel, il y en a aussi avec la censure ; M. Octave Feuillet l'a prouvé en métamorphosant son curé de manière à lui permetlre d'affronter le feu profane de la rampe. Grâce à cette concession légère, Rédemption a donc vu tous les obstacles s'aplanir, et le Vaudeville doit aujourd'hui un succès de plus au talent ingénieux et distingué de l'auteur de Dalila. Parmi les changements que M. Octave Feuillet a fait subir à sa ver- sion première, le plus important sans contredit est en même temps le plus inutile. Nous voulons parler d'une espèce de prologue où le comte Jean et son cousin Maurice Fœder, les deux héros de la pièce, procèdent à l'ouverture d'un testament qui enrichit l'un aux dépens de l'autre. Si cette clause devait exercer quelque influence sur la destinée des deux cousins, tout serait pour le mieux ; mais c'est tout uniment un point de départ qui pourrait s'expliquer en quelques mots à l'acte suivant. C'est là seulement que nous rentrons dans le livre et que l'action s'engage. Nous la rappellerons d'une façon succinte. Madeleine, l'actrice à la mode du théâtre Impérial de Vienne, pour tromper l'ennui qui la consume, veut essayer de la charité chrétienne. Le hasard la met en présence de Maurice qui est amené dans le cloître de l'église des franciscains par une cause à peu prés semblable, et la première étincelle de l'amour vrai tombe sur ce cœur dévasté et sceptique. La seconde rencontre de ces deux êtres si disparates a lieu chez un vieil alchimiste, à qui Madeleine vient demander par précaution un poison subtil qu'elle met en réserve pour un cas de désespérance sans ressource. Ces préliminaires posés, nous retrouvons Maurice dans la loge de la comédienne qui est cachée derrière un pa- ravent et qui écoute, frémissante et pâle, la semonce vigoureuse que Maurice fait à son cousin, le comte Jean, pour l'arracher aux perfides séductions de Madeleine. Dès ce moment l'actrice, transfigurée par la honte et l'amour, veut expier sa vie de courtisane, et, reconnaissant qu'elle est indigne de l'attachement d'un honnête homme, elle a re- cours à la fiole de l'alchimiste. Par bonheur, Maurice a prévu cette résolution extrême, il a substitué au poison une liqueur innocente, et il consacre l'expiation de Madeleine en lui donnant son nom et sa main. Les lecteurb fidèles de M. Octave Feuillet découvriront aisément les différences qui existent entre les deux versions de son œuvre sans que nous ayons besoin de les leur indiquer. Notre tâche se bornera à faire ressortir le grand effet de la scène du paravent, où le jeu muet de Mlle Fargueil est vraiment admirable et place bien dé- cidément cette actrice hors ligne. Si Rédemption attire autant de spectateurs qu'elle a eu de lecteurs, Mlle Fargueil y aura contribué pour sa bonne part. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. **, Au théâtre impérial de l'Opéra, Mme Tedesco a reparu lundi dernier dans la Favorite, où son succès ne pouvait être douteux. On se souvenait de la manière dont elle chante le rô'e de Léonor, et on l'y a retrouvée supérieure encore à ce qu'elle était il y a quelques années. Les bravos redoublés l'ont accueillie dans l'air du troisième acte. Le 386 UliVL'E ET GAZETTE MUSICALE duo final a été bissé. C'est Michot qui remplissait le rôle de Fernand. t*t Mercredi, Mme Vandenheuvel-Duprez et Mme Ferraris se parta- geaient la soirée l'une dans Lucie de Lammermoor et l'autre dans les Elfes. „*„, Décidément le ballet de M. de St-Ceorges et de Mlle Taglioni aura pour titre Farfalla, mot italien, qui en résume parfaitement le su- jet, puisqu'il s'agit des amours d'un papillon dont Mlle Emma Livry représentera l'aérienne légèreté. 4*4 Une indisposition assez sérieuse de SI. Gueymard a interrompu les représentations du Prophète. — Mercredi, le théâtre impérial de l'Opéra donnera la Juive pour la continuation des débuts de Mme Vandenheuvel- Duprez et de Mlle Sax. Kenard, qui est en ce moment libre d'engage- ment, a eu l'obligeance de consentir à donner quelques représentations pour ne pas entraver la marche du répertoire. „% On annonce comme très-prochaine la reprise de Guillaume Tell avec les sœurs Marchisio dans les rôles de Mathilde et de Jemmy. 4*4 Le théâtre impérial de l'Opéra-Comique a repris la Clef des champs et les Deux gentilshommes. Ambroise a paru dans ces deux ouvra- ges et obtenu beaucoup de succès. Dans les Deux gentilshommes surtout il a déployé un entrain et une verve très-remarquable. C'est Mlle Pan- netrat qui remplit fort bien le rôle créé par Mme Casimir: Mlle Tuai lui tient compagnie. ,k*„ Le Pardon de Ploermel a été joué lundi, mercredi et vendredi: Mlles Werthtimber et Monrose y sont de plus en plus applaudies. — Demain lundi, la 81e représentation du chef-d'œuvre de Meyerbeer. 4*4 Un nouvel opéra-comique en un acte de M. Sauvage, musique d' Ambroise Thomas, a été distribué cette semaine aux artistes. Les rôles seront chantés par MM. Mocker, Prilleux, Crosti ; Mines Revilly, Lemer- cier et Prost. 4*4 Aujourd'hui dimanche, au théâtre Italien, rentrée de Mario et de Ronconi dans il Burbiere. „*„, C'est Mme Alboni qui remplira cette année le rôle de Nancy, dans Marta. Les autres rôles seront tenus par Mario, Mlle Battu et Graziani. „.*„. Demain lundi, au théâtre Lyrique, reprise d'Orpfte'epour la rentrée de Mme Viardot et les débuts de Mlle Oprawil. „*,„ Au même théâtre aura lieu mercredi prochain la représentation de retraite au bénéfice de M. Emile Taigny. Parmi les célébrités artis- tiques qui prêteront leur concours au bénéficiaire, on cite Mmes Guey- mard-Lauters, Ferraris, Faure-Lefebvre, Lemercier, Pauline Viardot; MM. Levasseur, Ponchard, Berthelier, Crosti, etc. „*., Un opéra, qui a été représenté autrefois avec succès à Paris et sur les principales scènes de l'Allemagne, le Macbeth du maître de cha- pelle Chelard, compositeur français et correspondant de l'Institut, vient d'être repris sur le théâtre de Weimar, après une interruption de plus de vingt années. L'ouvrage, monté avec une grande intelligence de la scène par l'intendant Dingelstedt, a été accueilli par le public avec une faveur dont M. Chelard a plusieurs fois recueilli les témoignages. „.*„, Faure est en ce moment a Berlin, où l'appelait un brillant enga- gement. Il débutera incessamment à l'Opéra royal, dans les représenta- tions do la troupe italienne. ./„, Mme de Méric-Lablache , que nous avons entendue a Paris, vient de débuter au théâtre de l'Oriente, a Madrid, avec le plus grand succès. ,** Le conseil municipal de Paris à terminé vendredi l'affaire de la nouvelle salle de l'Opéra. — Un journal annonce qu'il, a été décidé qu'on passerait outre â la construction, malgré les réclamations de quelques propriétaires intéressés dans la question. „,*,,, Le succès de Mme Barbot, à Bologne, a été tel que la cantatrice a été immédiatement engagée au théâtre royal de Turin. Les débuts de Mme Barbot dans le Prophète sont impatiemment attendus. 4*4 Périé, qui, en sortant du Conservatoire, avait été engagea l'Opéra, chante en ce moment avec le plus grand succès au théâtre d'Alger. Baynal, du théâtre Lyrique, fait aussi partie de la troupe et y réussit également. »*» Henri Litolff est de retour à Paris où il compte (se fixer défini- tivement. 4*,,, Aujourd'hui dimanche, à St-Eustache, exécution d'une messe à grand orchestre composéo par M. Castegnier. Les chœurs seront conduits par M. Delal'ontaine. 4*4 Eugène Ketterer s'est décidé à faire paraître sa Marche orientale, qu'on a tant applaudie dans son concert de la dernière saison. Un char- mant morceau de piano, andanle et polonaise de concert, du même com- positeur est également sous presse, **» Nous avons annoncé déjà la réouverture du cours de chant de Mme LiaMulder. Aujourd'hui encore nous appellerons l'attention de nos lecteurs sur l'excellence des leçons que donne l'habile professora, con- tinuatrice de l'école de chant la plus féconde en élèves distinguées. 4*4 Le Pardon de Ploermel a inspiré à M. Charles Neustedt une trans- cription variée pour le piano dont la vogue paraît certaine. 4*4 Mme Fumagalli, l'élève et la veuve du célèbre pianiste de ce nom, a repris ses leçons en ville et chez elle. Nous recommandons cette in- téressante artiste aux mères de famille. 4*4. M. Charles Jeltsch vient de publier, sous le titre du Bouquet de la fiancée, une charmante transcription pour le piano d'un chant namurois très-original. La délicieuse coupe de ce petit morceau de salon en fera bien certainement l'un des plus brillants succès de la saison musicale. 4*4 La Société chorale la Teulonia célébrera le 10 novembre l'anniver- saire de la naissance de Schiller. On y entendra entre autres la magnifi- que cantate composée par Meyerbeer à l'occasion de la solennité de l'année dernière. 4*4 Mme Szarvadi (VVilhelmine Clauss), la charmante et célèbre pia- niste, est engagée pour Cologne où elle doit jouer dans les séances de la Société des concerts. Après une absence de six années, il est facile de prévoir de quelle façon brillante Mme Szarvadi sera reçue dans sa patrie. 4*4 Les deux transcriptions nouvelles de René Favarger sur les Hugue- nots, de G. Meyerbeer, et sur Maria, de F. Flotovv, paraîtront dans le courant de la semaine prochaine. „% La maîtrise de Saint-Roch, sous la direction de M. Vervoitte, a exécuté, le jour de la Toussaint, avec un ensemble digne d'éloges, la messe impériale, d'Haydn. Les soli ont été dits par le ténor Hayet, ac- tuellement attaché à cette maîtrise, et par Cazot, baryton. L'orchestre, conduit par Tilmant, s'est élevé à la hauteur de la mission qui lui était confiée. „.*» Si tu Pavais voulu, tel est le titre d'une nouvelle mélodie de M. Audran, parfaitement réussie et en tout point digne des charmantes paroles de M. Adolphe Catelin. t% M. Stiel, organiste à Saint-Pétersbourg, a obtenu le prix mis au concours par la Tonhalle, de Manheim, pour la meilleure sonate pour piano et violoncelle : les juges du concours étaient Lachner, Messer et Moschelès. „% Nous annonçons le retour de W. K.riiger, le pianiste-compositeur. Entre autres succès obtenus pendant son voyage, il faut citer la marque de distinction toute particulière dont il a été l'objet pendant son séjour au château de Beauchamp, en Belgique, chez M. le prince de Chimay. La musique d'harmonie de Chimay, sous la direction de son habile chef, M. Fauconnier, instruit de son arrivée, donna en son honneur une séré- nade aux (lambeaux. M. Fauconnier avait instrumenté, pour cette occa- sion, la Marche nocturne, une des dernières œuvres de M. Kriiger. 4*4 F. Bonoldi, indépendamment de ses leçons de chaut, a repris ses intéressantes séances de musique vocale d'ensemble. Elles ont lieu chez lui tous les vendredis, de 3 à 6 heures. 4*4 Le succès prédit au Répertoire des orphéons se réalise pleinement. Presque toutes les Sociétés chorales adoptent cet utile et intéressant re- cueil de chœurs d'opéras arrangés à quatre voix d'homme. 4*4 VAlmanach illustré des deux mondes, que nous offre M. Oscar Comet- tant, et VAlmanach musical dont il est aussi l'auteur, en société avec M. Moléri, sont déjà parvenus l'un à sa troisième, l'autre à sa huitième année. Nous ne saurions trop recommander ces deux élégantes et utiles publications, qui fournissent a un prix si minime tant de renseignements précieux, tant dénotions indispensables. Les gens du monde, les artis- tes, les consulteront avecautantdeprofitque déplaisir; les enfants même y prendront leurs premières leçons d'etnographie et de slatistique, dans une série à' Illustrations qui s'adressent également i tous les âges. 4*4 On annonce que le célèbre pianiste Léopold de Meyer a été frappé d'une attaque de paralysie. 11 est douteux, ajoute-t-on, que cet artiste puisse reparaître dans les concerts. 4*.f Une cantatrice, qui fut pendant quelque temps attachée à notre grand opéra, et obtint de brillants succès tant en province qu'à l'étran- ger, M""' Kaby, vient de mourir à Paris, à l'âge de trente-sept ans. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. 4% Lyon. — Mme lîey Balla, qui devait faire sa rentrée dans les ffu- guenots, a été obligée, par suite d'une indisposition de M. Ismaël, de choisir Robert le Diable. Les acclamations et les rappels se sont renou- velés plusieurs fois dans la soirée. On répète activement le Pardon de Ploermel. 4*t. Sainl-Étienne. — L'événement le plus important de la saison mu- sicale a été la visite de Mme Marie Cabel au théâtre de notre ville. La charmante cantatrice a prodigué tous les trésors de son brillant réper- toire : la Part du Diable et le grand air du Pardon de Ploermel, lui ont valu un accueil exceptionnel. Bravos, rappels, fleurs et couronues, rien DE PARIS. 387 n'a manqué au triomphe de Mme Cabel; l'enthousiasme a été général. — On a repris il y a quelques jours les Dragons de Villars. ,„% Angers, 28 octobre. — Mlle Louise Reine, qui avait débuté avec succès dans l'emploi des Dugazon, n'a pourtant pas été reçue. Le public l'avait on ne peut mieux accueillie, mais elle a échoué devant le scru- tin. C'est une bizarrerie qui ne fait aucun tort au talent de l'artiste; le scrutin seul en souffrira. »% Strasbourg. — Mlle Marie Trautmann vient de donner un concert à grand orchestre avec un très-grand succès. Le Courrier du Bas-Rhin signale les progrès réalisés par elle, depuis qu'elle s'était fait entendre en Alsace pour !a dernière fois. CHRONIQUE ETRANGERE. »*, Bruxelles. — La reprise de VÉtoile du Nord a été pour notre ville une véritable solennité. La salle était comble, le succès a été grand et il n'est pas douteux qu'il n'augmente encore aux représentations qui vont suivre. — Mme Boulard a fait du rôle de Catherine une création ravissante : ses vocalises lui ont valu de nombreux applaudissements; M. Jourdan a chanté et joué le rôle de Danilowitz avec une grande dis- tinction et une merveilleuse entente des nuances diverses de ce rôle auquel il a ajouté les deux airs composés par Meyerbeer, pour les repré- sentations de VEtoile du Nord à Dresde, et qui lui ont valu à chaque exécution les honneurs d'un bis et d'un rappel unanime. — M. Eattaille a été admirable dans le rôle de Peters , et Prascovia a trouvé dans Mlle Dupuy une interprète gracieuse et spirituelle. — Avec Tayau, le trans- fuge du théâtre des Bouffes-Parisiens , l'opérette a conquis définitive- ment son droit de cité au théâtre du Parc. Tromb-al-ca-zar, Vent du soir et les deux Aveugles obtiennent de véritables succès de fou rire. „% Londres. — Au théâtre de Sa Majesté, l'opéra anglais attire tou- jours la foule avec le Robin-Hood de Macfarren. L'opéra italien du même théâtre adonné Lucrezia Borgia avec Mme Titjens et Giuglini, et une Irès-belle représentation des Huguenots. — A Covent-Garden , miss Pyne a chanté de la façon la plus remarquable le principal rôle des Diamants de la couronne. La célèbre partition d'Auber alterne mainte- nant avec Dinorah, de G. Meyerbeer, qui continue cet hiver ses succès de la saison dernière. — La souscription en faveur de la veuve de Jullien est close, et a rapporté 756 liv. st. — Clara Kovello annonce définitive- ment son concert d'adieux à Saint-.Iames-HalI ; outre la célèbre canta- trice, on y entendra la cantate deBenedict : Ondine, qui a obtenu un si immense succès au festival de Norwich. t*t Berlin, 26 octobre, — Nous sommes en pleine saison d'hiver, et la musique, cet art de prédilection de l'Allemagne, ne règne pas seule- ment dans la salle de l'Opéra national, mais encore sur deux scènes italiennes. En outre, les affiches nous annoncent déjà les soirées sym- phoniques et les concerts du Domchor. Nos dilettanti classiques et nos musiciens patriotes commencent à prendre ombrage de cette concur- rence étrangère. Le public, un peu cosmopolite, applaudit avec trans- porte l'y] rmide, de Gluck, interprétée d'une façon incomparable par Mme Kœster. Demain, il Barbiere, Yltaliana in Algieri, Semiramide, seront cha- leureusement applaudis. C'est surtout Mlle Trebelli qui obtient et mérite les' ovations de nos dilettanti et de nos critiques. Une méthode excellente — Mlle Trebelli est élève de M. Wartel, — une voix fraîche et sympa- thique, une intonation d'une justesse rare, une vocalisation parfaite, telles sont les qualités qui placent dès aujourd'hui cette jeune cantatrice au premier rang. A côté d'elle, sur la scène du théâtre Victoria, Mlle Ar- tot continue les succès de la saison dernière, et Mme de Vries se fait aussi applaudir. — Le même théâtre vient d'engager Mme Lagrange pour un mois. — Le traité avec Merelli vient d'être prolongé. Les repré- sentations de sa troupe continueront jusqu'au mois de janvier. „% Stuttgart. — M. W. Kriiger, pianiste du roi, a donné ici, le 20 oc- tobre, un des concerts les plus brillants. 11 nous a fait entendre pour la première fois une sonate inédite qui a produit le plus grand effet, ainsi qu'un trio de sa composition, pour piano, harpe et flûte, sur l'hymne russe, exécuté avec ses deux frères, de manière à mériter une ovation. La partie vocale avait pour représentants Mme Marlovv, MM. Scntheim et Pischecli, premiers sujets du Théâtre-Royal. Une nouvelle mélodie de Kiicken, admirablement chantée par Mme Marlow, a obtenu éga- lement un grand succès. „%, Brème. — On n'a que peu d'exemples dans nos annales théâtrales qu'un ouvrage ait obtenu autant de succès à sa première représentation que le Pardon de Ploërmel. Tous les morceaux ont été applaudis, plu- sieurs ont dû être répétés, et après chaque acte, les artistes chargés d'interpréter le chef-d'œuvre ont dû reparaître devant le public. „% Leipzig. — Il s'est formé ici un comité de secours en faveur de la famille de Cari Zoellner, récemment décédé. Les soirées pour musique de chambre reprendront cette année sous la direction de David. M. Schachner, compositeur allemand établi à Londres, se trouve en notre ville , où il espère faire exécuter son oratorio, le Belour d'Israël, ce qui paraît offrir quelque difficulté. A Leipzig, on n'a l'habitude de jouer qu'un oratorio tous les ans, la Passion de Bach. a** Linz. — Le Pardon de Ploërmel vient d'être représenté pour la pre- mière fois devant un nombreux public, qui n'a pas cessé d'applaudir la dernière œuvre de Meyerbeer. L'exécution a été en tous points remar- quable. Les honneurs de la soirée ont été pour Mlle Borzaga, qui a chanté le rôle de Dinorah. *%. Slettin. — Notre saison théâtrale a été inaugurée par les Hugue- nots, dans lesquels Mlle Millier, élève de Duprez, s'est fait constamment applaudir dans le rôle de Valentine. La jeune cantatrice n'a pas eu moins de succès dans le Freischiitz et dans Don Juan. On annonce la prochaine représentation du Pardon de Ploërmel. *% Prague. — Le Prophète vient d'être repris avec un très-grand suc- cès. M. Bachmann, dans le rôle de Jean, ainsi que Mlles Lucca et Mick, dans ceux de Fidès et de Berthe, ont eu tous les suffrages du public. — Dans le courant de l'hiver, on donnera des opéras en langue bohème. .j.%. Hambourg. — Roger a passé près d'un mois parmi nous; pendant ce temps il a donné douze représentations, qui toutes ont valu au célèbre ténor parisien, de la part du public, des marques delà sympathie la plus vive. Roger nous fera ses adieux par Fra Diavolo. *% Dresde. — Le Pardon de Ploërmel vient d'être représenté aux applaudissements unanimes du public. Mlle Krall est une excellente Dinorah. „.*£ Vienne. — Au Carllheater, la nouvelle prima donna, Mlle Stadt, fera ses débuts dans la Chanteuse voilée, charmante opérette de Victor Massé. Médée, opéra de Cherubini, qui avait disparu du répertoire, vient d'être mis à l'étude. „,** Florence. — Mlle Élisa Masson a chanté le rôle de Fidès du Prophète, le 17 et le 18 octobre. Le succès de la prima donna n'a pas été moins grand comme tragédienne que comme cantatrice. Elle a été rappelée cinq fois, au milieu d'applaudissements frénétiques. La bénédiction du second acte, la complainte de la mendiante et tout le cinquième acte ont produit un effet immense. Mme Masson a été très-bien secondée, du reste, par M. Sarti, qui a chanté le rôle de Jean de Leyde avec autant de sentiment que d'intelligence, et par Mme Schubert, jeune et gentille personne qui débutait dans le rôle deBertha. »% Bologne. — Mme Borghi-Mamo a obtenu un véritable triomphe au théâtre communal, dans la Favorite. Il y a eu applaudissements fré- nétiques et rappels fréquents que la célèbre cantatrice a partagés avec le ténor Graziani et le baryton Butti. A l'une des dernières représenta- tions, le public a redemandé à grands cris le duo final et lui a prodigué les marques d'admiration et de sympathie.— Les études du Profeta sont poussées avec la plus grande activité. s.*.i Naples. — La musique de la cantate que l'on prépare pour célé- brer l'arrivée de Victor-Emmanuel est due au maestro Achille Pistilli, et sera exécutée au théâtre San Carlo par l'élite des dilettanti napolitains. Le nouveau ballet, Un épisodio délia guerra d'Italia del \ 859, a obtenu un succès immense ; la musique, dont on dit le plus grand bien, est du maes- tro Giaquinto. „*i Madrid. — Morini, le jeune ténor, qui, l'année dernière, chantait au théâtre Italien de Paris, se distingue maintenant parmi les artistes de l'Oriente. Il a chanté quatre fois de suite le rôle d'Elvino dans la Son- nambula, avec un succès toujours croissant. Le rôle de Pollione, dans Norma, que l'on va donner bientôt, sera rempli par lui. — Mme Charton- Demeur continue d'obtenir un succès unanime. — Nous avons eu en dernier lieu une très-belle représentation de Lucrèce Borrjia , avec Mme Julienne Dejean, qui y a fait littéralement fureur. Le 25, la reine a honoré de sa présence la représentation des Vêpres siciliennes. Le boléro chanté par Mme J. Dejean a été bissé. *** Saint-Pétersbourg, 24 octobre. — Au grand théâtre a reparu le Freischiitz, avec Tamberlick, dans le rôle de Max, Mlle La Grua et Ber- nardi dans ceux d'Agathe et d'Annette. Le succès de Mlle La Grua y a été surtout très-grand et très-mérité. — On a repris les Puritains pour le pre- mier début de .Mme Fioretti, qui a remplacé Mme Charron, laquelle avait succédé à Mme Bosio. Mme Fioretti est une petite femme d'une physio- nomie originale, d'une voix singulièrement agile. Elle chantait l'an der- nier a, Madrid, où Mme Charton vient de réussir avec tant d'éclat. La débutante a plu tout de suite. Il est incontestable qu'elle sait chanter et qu'elle peut soutenir avantageusement le parallèle avec une foule de virtuoses que le succès accompagne : celui qu'elle a obtenu est des plus brillants. L'enthousiasme général ne s'est calmé qu'après la chute du rideau. S DITOl'R. REVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Chez G. tlRANIlUS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue Ricnelien, au 1". ROON DE PLOERMEL Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. BARBIER et CARRÉ, musique de Grande Partition. — Parties d'orchestre. — Récitatifs. Avec Paroles françaises, in-4u, net: 30 fr. — &a inêsne, in-8°, net: 18 fr. — Avec Paroles italieaaues, il Arrangée pour Fiauo seul, in-8°, net: 10 fr. — Pour Piano à quatre mains, in-4°, net : 25 fr. lies Air® détachés PAROLES FRANÇAISES ET ITALIENNES, AVEC ACCOMPAGNEMENT DE PIANO, PAR CHARLOT. -S», net: 18 fr. ACTE Ier. I/Ouvertnre, arrangée pour le piano 9 » 4 . Chœur villageois: Le jourradieux 6 » 2. Récitatif et uerceuse : Dors , petite, dors tranquille 7 5J 2 bis. Berceuse seule î> » 2 ter. La même, transposée un ton au- dessous 5 >' 2 qualer. La même transposée un ton et demi au-dessous 5 » 3. t'cujitets : Dieu nous donne 4 » 3 bis. Les mêmes, ti ansposés p. baryton 4 » 4. Duo : ùonne, sonne 9 » ii. Grand air: 0 puissante magiel.. 7 50 5 bis. Le même, transposé pour ténor. 7 50 S 1er. I e même, transposé pour basse.. 7 50 6. Scène et conjuration : Si tu crois revoir ton père expirant. ... 6 » 7. Bbio houflTe: Un trésor, un trésor, bois encor 7 50 5. TTcrKeitisio «le la eJoeiselte : Ce tintement que Von entend 9 » ACTE IL 9. Choeur. Le retour du cabaret : Qu'il est bon, qu'il est bon 4 » 10. Récitatif et romance : Le vieux sorcier 4 » 10 bis. Les mêmes, transposés deux tons au-dessous 4 » 1 1 . Grand aïa" : Ombre légère 7 50 11 bis. Le même, transposé un demi-ton au-dessous 7 50 11 ter. Le même, transposé un ton et demi au-dessous 7 50 12. Chanson: Ah ! que f 'ai i froid 5 » 12 bis. La même, transposée p. baryton. 5 » 1 3. Légende : Sombre destinée 3 » 14. ISuo : Quand l'heure sonnera 9 » 15. Grand trio final: Holàl hold\ ma belle . , 12 » 15 A. Chanson extraite du grand trio: De l'oiseau dans le bocage 3 » 15 a bis. La même, transposée un ton et demi au-dessous 3 » 15 B. Chanson extraite du grand trio : Gai passereau, voici le jour. 3 » 15 b bis. La même, transposée un ton etdemi au-des_ous 3 » 16. ACTE III. Chant du chasseur : Le jour 4 50 4 50 est levé, la pluie a lavé 16 bis. Le même, transposé pour ténor. 17. Chant du faucheur: Les blés sont bons à faucher 17 bis. Le même, transposé p. baryton. 1 8. Vïllanelle des deux pâtres : Sous les genévriers 4 i 19. Quator et Paler nosler : Bonjour, faucheur 6 19 bis. Pater noster : Mon Dieu, no- tre père 4 20. Romance: Ah\ mon remords te venge 4 20 bis. La même, transposée p. ténor. . 4 20 ter. La même, transposée p. basse. . 4 21. Grand duo : Un songe, 6 Dieu'. 9 22. Chœur du pardon : Sainte Marie ! 5 SCÈNE ET CANZONETTA Ajoutées pour les représentations à Londres Prix : 7 fr. 50. Arrangements^ Fantaisies, Transcriptions POUR LE PIANO I/Ouverture , ASCHER. — Illustration BERNARD (PAUL). — Reviens à loi, transcription BEYER. — îïoaujuet «Be «néBotiies kl. Op. 36. l'etâte fantaisie BURGMULLER. — GraaasSe valse de galon COMETTANT. — Transcription-fantaisie CRÀIER (J.). ~ fantaisie-valse sur l'air de \' Ombre. . . . CRAMER (H.). — Fleurs d'onéra, mélange CROISEZ. — Morceau «Se salon DOLMETSCH. — Transcription brillante de la Berceuse GORIA. — Op. 95. Fantaisie dramatique HESS (C). — Kèverie KALKRENNER (A.). — Mosaïque hrillante KETTERER — Op. 88. Fantaisie-transcription KRUGER — TransscrBSîtSoBft brillante de la Berceuse MNC 'ALOYS). — Fantaisie LECARPENTIER. — »<"«ï nassatelles, chaque LEDUC. •— Fantaisie élégante et facile ROSELLEN. — Op. 167. Fantaisie brillante TALEXY. — HPolfea-iBiaKUPaitt de salon VINCENT. — Transcriptions A QUATRE MAINS li'«uverturc BEYER. — Op. 112. Petite fantaisie BURGMULLER. — Grande valse de aaloaa CROISEZ. — Souvenirs, duo facile WOLTF. — B*éBB»i»Biscenccs, grand duo dramatique 9 » 9 » 6 » 7 50 ;.ii 7 50 6 » 7 50 12 » 7 50 9 » 7 50 10 " POUR DIVERS INSTRUMENTS L'Ouverture en grande partition ld. en parlies séparées HERMAN. — ■ Morceau de salwBB p. violon avec ace. de piano KETTERER ET BERMAN. — Graaad duo pour piano et violon GUICHaRD. — FttBBtaisie pour violon, flûte ou cornet seul.. Id. Les mêmes, avec ace. de piano, chaque tjjj; — Moa'ceaiB de saloaa p. violoncelle avec ace. de piano SELIGMANN. — Souvenir pour violoncelle et piano CONINX. — Fantaisie pour flûte avec ace. de piano TULOU." — Grande fl'uaataisie pour flûte et piano BRISSON. — MédBtatioaa sur le Chœur religieux, pour har- monium, piano et violon ou violoncelle Id. Objo lia-illHBBt pour harmonium et piano ENGEL. — Fantaisie élésaBite pour harmonium seul. . . . Id. £y;oiotaisâe BjB'cSSacati' pour harmonium et piano JANCOURT. — Mosaïque pour harmonie militaire ld. Fantaisie et redowa pour harmonie militaire. iVOuvca-tuB-e arrangée pour 2 violons et 2 cornets tes Airs arrangés pour violon seul et pour 2 violons Id. arrangés pour cornet seul et, pour 2 cornets ld. arrangés pour flûte seule et pour 2 flûtes MUSIQUE DE DANSE Quadrilles, par ARBAN, pour piano et à quatre mains Quadrilles, par MARX ld. .. av. orchestre. «aises, par STRAUSS Id. . . av. orchestre. Taises, par ETTLING FulUa, par BOUSQUET KrcSona, par MUSARD Schottisch, par DESGRANGES 1'olh.a-Maziai-u.n, par TALEXY 24 » 24 » 9 » 10 » 6 » 7 50 7 50 7 50 7 50 9 » 4 50 50 MAGNUS. Faiataisic-caprice. 9 NOUVELLES PULICATIONS : A. JAELL. Ombre légère, caprice-valse. 7 50 | NEUSTEDT. Transcriptions variées. 6 » l'Aiiis.— m IILIUL CENTRALE UL NAPOLÉON fcn.UX LT C, RCIL UE1K.ÊHE, 20. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. I\° 46. ON S'ABONNE 1 Dans les Départements et a l'Étranger, chez tou3 les Marchands de Musique, les Libraires, et am Sureaux des Messageries et des Postes. REVUE 11 Novembre 1860. PRIS DE L'ABONNEMENT: par;s 24 fr. par an Départements, Iklgique cl Suisse.... 'âti <> id. Étranger M " '*■ Le Journal paraît le Dimanche. GAZETTE MUSICAL ./\/\nrj\f\AA/\/V\A- Nos abonnés reçoivent, avec le numéro de ce jour, I/ABEIIXE, nouvelle mélodie, paroles de II. Victor de Lifeide, mnsiqae de IiÉo Hauiit. SOMMAIRE. — Paris en 1860; les théâtres de Paris depuis 1806 jusqu'en 1860, de M. L. Véron, par Paul Smith. — Fête patronale de Saint-Eustache : messe en musique de M. Castégnicr, par Arthur Pougin. — Biographie universelle des musiciens (Beaulieu, Marie -Désiré-Martin), par Fétis père. — Revue des théâtres, par O. A. O. Sain t-Yncs . — Nouvelles et annonces. PARIS EN 1860. LES THÉÂTRES DE PARIS DEPUIS 1806 JUSQU'EN I8GO, Par M. Ii. ïïkos, Député et membre du conseil général de la Seine. C'est tout simplement un sixième volume ajouté aux Mémoires d'un bourgeois de Paris, lesquels n'en avaient que cinq. Dans la première partie, dont par goût et par élat nous nous occuperons moins que de la seconde, l'auteur paraphrase, en les appliquant à notre époque, ces vers du Menteur, où le grand Corneille fait dire à son Géronte et à son Dorante, en l'honneur du cardinal de Richelieu : — Que l'ordre est rare et beau de ces grands bâtiments I — Paris semble à mes yeux un pays de romans. Quelque Amphion nouveau, sans l'aide des maçons, En superbes palais a changé ces buissons. — Paris voit tous les jours de ces métamorphoses. Dans tout le Pré-aux-Clercs tu verras mêmes choses, Et l'univers entier ne peut rien voir d'égal Aux superbes dehors du palais Cardinal. Toute une ville entière avec pompe bâtie Semble d'un vieux fossé par miracle sortie, Et nous fait présumer à ses superbes toits Que tous ses habitants sont des dieux ou d£s rois. Au palais Cardinal substituez le Louvre, le Palais de justice, les halles, les casernes, les églises nouvelles, et une foule d'établissements auxquels le fondateur de l'Académie française était loin de penser, et vous n'aurez presque rien à changer au ton de l'admiration, au style de l'éloge. M. Véron sait sur le bout du doigt son Paris de 1860 : i) vous dira au juste combien il y a de maisons, combien de logements, combien il y circule de voitures ; il vous décrira dans leurs moindres détails l'asile impérial de Vincennes, la maison Eugène-Napoléon. Et puis, cette tâche accomplie avec toute la sagacité nécessaire pour ap- précier, comparer et juger, M. Véron tourne bride et en revient aux théâtres de Paris, auxquels il donne le dernier mol de son livre, comme à l'objet d'une prédilection trop bien justifiée, et que nous partageons trop avec lui pour qu'elle ne nous semble pas parfaitement naturelle : k J'ai fait des projets toute ma vie, dit M. Véron, et c'est » peut-être à ce point de vue qu'elle offre une certaine unité : j'ai » fait le projet de devenir médecin ; j'ai fait le projet de fonder une » revue littéraire ; j'ai fait le projet de diriger l'Opéra : j'ai fait le » projet de ressusciter le Constitutionnel ; j'ai fait le projet d'écrire ii sur la politique ; j'ai fait le projet de publier six à sept volumes ; » je ne sais plus trop combien ! et le public le sait encore moins que » moi Enfin, j'ai fait, en vieillissant, le projet de n'en plus faire, » de projets, et me voilà cependant rédigeant pour les théâtres un » projet que je crois nécessaire, utile, juste et rationnel. » S'il fallait conclure du passé à l'avenir, ce dernier projet ne pourrait manquer de s'accomplir, ainsi que tous ceux dont l'énumération précède et dont pas un, comme on sait, ne s'est évanoui en fumée. Sachons donc en quoi il consiste, et préparons-nous à le voir se réaliser. Nous avons quatre théâtres lyriques (c'est exclusivement à ceux-là que s'adresse le projet) et il ne faut pas avoir bien profondément étudié leur histoire pour savoir qu'ils ne sont pas à l'abri des vicissi- tudes humaines. Notre grand Opéra seul a touché le port, en passant sous la tutelle impériale ; mais l'Opéra-Comique, le théâtre Italien, le théâtre Lyrique, continuent d'être battus par les Ilots, tantôt bien, tantôt mal dirigés, livrés au caprice des vents favorables ou contraires. Les deux premiers sont situés dans un excellent quartier et jouissent de subventions plus ou moins fortes qui leur permettent de bien marcher, quand le temps n'est pas trop mauvais ou le pilote trop inhabile. Le troisième ne reçoit pas une obole, et, de plus, il est re- légué sous une zone détestable. Pourquoi la-t-on mis là? Ce n'est certes pas la faute de ceux qui s'y connaissent un peu et qui répondraient aux partisans passionnés du boulevard du Temple pour la culture musicale : « Si l'on vous donnait un privilège de mélodrame, choisi- » riez-vous pour l'emplacement de votre théâtre le boulevard Ita- » lieu ? » Enfin le théâtre Lyrique existe : il est mal situé, n'importe ; il le sera peut-être plus mal encore, quand il habitera dans le voisi- nage de l'ancien Chàtelet : raison de plus pour le soutenir et pour sauver tout un peuple d'artistes, musiciens, compositeurs, chanteurs, 390 KEVUK KT GAZETTE MUSICAL- choristes, ins.triimentisl.es, dont l'existence est désormais étroitement unie à la sienne. Eh bien, ce moyen de salut, indispensable au théâtre Lyrique, et dont l'Opéra-Comique, le théâtre Italien, ne se trouveraient pas mal non plus , selon M. Véron, c'est une association, une alliance, avec garantie du gouvernement. On pourrait trouver plus simple de de- mander une subvention pour le seul théâtre musical qui n'en ait pas encore ; mais en la demandant on ne serait nullement sûr de l'obte- nir ; M. Véron en sait quelque chose, et il pense qu'au contraire, avec la combinaison qu'il propose, la subvention ne saurait plus être refusée. Donc, les quatre théâtres lyriques, ayant chacun un directeur spécial, vivraient sous les communes lois du ministre de la maison de l'Empe- reur. « Surtout pas de nouvelles surintendances ! ajoute notre auteur: » l'unité de pouvoir est aussi nécessaire pour l'administration des » théâtres que pour le commandement d'un régiment, d'une armée... » Une réunion des quatre directeurs des théâtres lyriques aurait lieu » chaque semaine : ils auraient à se concerter, à se prêter de mutuels » secours pour la plus grande splendeur et la plus grande prospérité » de ces quatre théâtres. Je suis convaincu que dans ces conditions » les recettes de nos théâtres lyriques, ainsi annexés et convenable- » ment subventionnés, s'élèveraient â des chiffres tels qu'ils n'impo- » seraient aucun sacrifice à la liste civile. » Nous voulons bien le croire ; pourtant ce qui nous étonne, c'est que M. Véron l'espère, lui qui mieux que personne sait à quoi s'en tenir sur les brèches que font aux listes civiles les théâtres administrés de la manière dont il l'entend dans son projet. Une autre objection nous inquiète. M. Véron ne veut plus de surin- tendances, et il a raison : le mot a vieilli comme la chose: il est allé rejoindre les menus plaisirs. Mais que serait-ce qu'un ministre, sei- gneur suzerain de quatre directeurs qui rempliraient l'office de véri- tables intendants? Que deviendrait l'unité de pouvoir, si nécessaire et si désirable, avec ce congrès hebdomadaire, où sans doute les ques- tions se décideraient à la majorité des voix, où les mutuels secours imposeraient de mutuelles concessions, de mutuels sacrifices? « Les » quatre théâtres ainsi annexés, nous assure-t-on, ne seraient plus » que des émules et non plus des rivaux subventionnés pour s'en- » traver et se nuire. » Alors ce plan d'union théâtrale n'est autre chose au fond que le projet de paix perpétuelle du bon abbé de Saint- Pierre. Hélas ! nous le regrettons, car nous avons le malheur de ne croire à*la paix perpétuelle, ni dans les théâtres ni ailleurs. Tout au rebours, nous pensons que les théâtres ont essentielle- ment besoin d'être séparés, divisés même, pour réussir. Chaque fois que nous en avons vu seulement deux réunis sous la même direction, invariablement l'un des deux n'a pas tardé à ruiner l'autre. C'est qu'à chaque théâtre il faut avant tout un système, une physionomie, une originalité bien nette et bien tranchée. Nous sommes d'accord avec M. Véron sur ce point, que le premier empire avait sagement fait de limiter les genres et de défendre expressément qu'on en sortît. Ce que la tolérance moderne ne sait plus ou ne veut plus toujours em- pêcher, un directeur intelligent doit se l'interdire de lui-même, et ces mutuels secours, qu'on nous cite comme avantageux, n'auraient pour résultat que de transformer l'abus en droit régulier, en habitude lé- gale. Le grand Opéra doit rester ce qu'il est et ne pas se donner des petits airs d'Opéra-Comique ; encore moins l'Opéra-Comique doit-il se grossir et s'enfler à l'instar du grand Opéra. Le théâtre Italien doit garder ses chanteurs et ses cantatrices avec lesquels on ne parvien- dra jamais à faire un opéra français. Le cosmopolitisme des artistes n'est pas un des moindres fléaux qui travaillent aujourd'hui nos théâ- tres, d'abord parce qu'il y amène des sujets dont la naturalisation est manifestement impossible, et ensuite parce qu'il aide l'univers entier à nous faire concurrence. Nos quatre théâtres lyriques auraient beau s'entendre pour fixer un maximum de traitement sur le marché de Paris; les directeurs d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne, de Belgique et de tous les coins de l'Amérique, par leurs folles suren- chères, l'emporteraient sur nous. Du temps qu'un artiste français, comme Adolphe Nourrit par exemple, ne pouvait chanter qu'en France, la ligue intérieure aurait eu sa raison d'être : aujourd'hui que ses successeurs ont le choix entre les deux mondes, l'entente cor- diale serait nulle et de nul effet, d'autant que cette quadruple al- liance , au lieu d'augmenter nos moyens de lutte en accroissant nos capitaux, les diminuerait infailliblement et en rendrait l'action moins libre. Que M. Véron nous pardonne : nous causons franchement avec lui, parce que nous savons qu'il aime la discussion et même la critique. Mais si son projet est vraiment bon, pourquoi ne pas l'étendre à tous les théâtres de Paris, de la France? Il y a tant de gens qui le demandent avec une naïveté charmante ! Pourquoi ne pas créer une caisse des théâtres, comme un de nos financiers créa une caisse d'actionnaires, où, pendant quelque temps, pullulèrent les millions fécondés les uns par les autres? M. Véron ne va pas si loin, et nous concevons que sa sollicitude s'attache particulièrement aux théâtres lyriques. En docteur habile, il a découvert la plaie qui les ronge, de préférence à tous les autres, et cette plaie, il faut le dire tout haut, quoiqu'elle soit peu glorieuse et ridicule au premier chef, c'est la profonde et inepte ladrerie du public parisien à l'égard des théâtres dont la musique est le principal élément. Ce public avide déplaisirs, et qui en général ne marchande pas quand il s'agit de s'en procurer, ce public amateur de musique au point de ne pouvoir s'en passer, ne voudra-t-il jamais com- prendre qu'il faut y mettre le prix? II paye à peu près ce qu'il faut pour les théâtres de drame , mélodrame , vaudeville , féeries ; et la preuve, c'est que les directeurs se tirent d'affaire, s'enrichissent même quelquefois, sans que l'État leur vienne en aide. Dès que la musique entre enjeu, plus moyen de s'entendre! Vainement on démontre que le budget des dépenses d'un théâtre musical s'élève continuellement: qu'importe? le public ne souffre pas qu'on se permette de hausser celui des recettes. Il adore la musique; mais au lieu delà traiter comme une maîtresse qu'on entretient richement, sans regarder au chiffre, il ne l'accepte que comme une épouse , moyennant la grosse dot que lui constitue un tiers et qui doit diminuer les charges du ménage. Ce tiers , c'est l'État : la subvention que l'État accorde représente la somme que le public refuse de solder. Le public a sa manie : il re- fuse de payer en détail le prix des choses qu'il consomme, sauf à les faire payer en masse par des gens qui n'y touchent pas. Croiriez-vous qu'à cette heure, en l'an 1860, le prix des places de notre grand Opéra est encore à peu près le même que du temps de Lully, et alors le budget total des dépenses n'atteignait pas cent mille livres, tandis que de nos jours il dépasse deux millions ! Essayez de faire comme à Londres : doublez , triplez , quadruplez, même accidentellement, le taux du billet d'entrée, personne ne viendra , la salle restera déserte. Le public français aime pourtant la musique autant que le public an- glais; mais il est mesquin, il compte mal ou il ne compte pas du tout, et pourtant les bons comptes font les théâtres, comme les bons amis. Ah! si M. Véron, dans son projet, eût visé à résoudre le problème, que nous appellerons national, à rectifier les idées de notre public, complètement étranger aux doctrines d'économie théâtrale, si sur- tout il y fût parvenu , quel service rendu à la cause musicale ! Tous nos théâtres chantants étaient sauvés du même coup. Par mal- heur, il n'en est rien; mais, comme après tout, notre grand Opéra ne court plus de risques, comme l'Opéra-Comique et le théâtre Italien ont une dot convenable, il ne reste plus qu'un théâtre à pourvoir, celui qu'on loge le plus mal, celui à qui, par un privilège exorbi- tant, on enlève les artistes qu'il a inventés, formés et sur lesquels il s'appuie. Une subvention au théâtre Lyrique ! voilà, le résumé le plus clair du livre de M. Véron en ce qui touche les théâtres de Paris, 391 et, si grâce à lui, cette faveur venait à être octroyée, il s'en félici- terait, nous n'en doutons pas, comme du plus beau succès que pût obtenir le sixième tome des Mémoires d'un bourgeois de la grande ville. Paul SMITH. FÊTE PATRONALE DE SAINT-EUSTACHE. liesse en musique «Se AH. CasSéguicr. L'église Saint- Euslache a célébré; le dimanche k novembre, sa fête patronale, à l'occasion de laquelle elle a fait exécuter une messe à grand orchestre de la composition de M. Castégnier, un des artistes les plus recommandables de l'Opéra-Comique. M. Castégnier ne se contente pas en effet d'être un hautboïste distingué, il aspire encore aux succès du compositeur, et nous devons tout d'abord déclarer qu'il n'a pas tort, car l'œuvre qu'il a fait entendre dimanche passé sous les voûtes grandioses et superbes de Saint-Eustache est remarquable à plus d'un titre. Le Kyrie débute avec douceur; les altos et les violons entrent d'abord les uns après les autres, puis successivement les hautbois, les clarinettes et les flûtes viennent se joindre à eux. Après un court exorde le chœur fait son entrée, et bientôt toutes les masses cho- rales et instrumentales se confondent dans une explosion formidable, dans un forte puissant et vigoureux ; la seconde partie du morceau contient un solo de ténor écrit sur une phrase dont la mélodie est suave et pénétrante; le chœur reprend bientôt, et termine avec l'or- chestre ce morceau , l'un des plus heureux au point de vue de la conception et de l'elfet. Le Gloria in excelsis, qui s'ouvre par un trait de vicions commençant 'pianissimo et arrivant peu à peu avec l'aide de l'orchestre et des chœurs à une immense sonorité, nous paraît bien posséder le caractère de splendeur et de majesté que comportent les paroles. La fugue qui commence le Credo nous a semblé un peu écourtée ; l'auteur a peut-être craint d'encourir le reproche contraire et de paraître trop attaché aux formules scolas- tiques, mais, selon nous, son idée première s'arrête trop brusque- ment. Nous préférons de beaucoup à ce morceau Ylncarnalus est qui le suit, et dont la phrase principale, attaquée d'abord en solo et re • prise ensuite par le chœur, est d'un excellent effet ; mais nous don- nons des louanges complètes et sans restriction à YO salutaris, écrit pour quatre voix d'homme sans accompagnement; la conception le style et la mélodie de ce morceau sont irréprochables, et, à notre avis, c'est le meilleur de l'œuvre; nous ajouterons qu'il a été par- faitement chanté. Le Sanclus ne nous a point paru à la hauteur de ce qui le précède ; le rhythme adopté pour l'accompagnement, aux ins- truments à cordes, est trop prolongé, surtout en raison de son carac- tère un peu vulgaire et monotone. VAgnus Dei renferme des idées mélodiques très-neuves et possède d'excellentes qualités; c'est un morceau distingué qui se termine d'une façon très-heureuse et clôt dignement cette œuvre dans laquelle l'auteur a déployé des qualités nombreuses et rares. Ses modulations sont généralement très-heu- reuses ; naturelles, quoique souvent fort éloignées, et ne déchirant jamais l'oreille par des accouplements d'accords qui hurlent de se trouver ensemble; son instrumentation est riche (peut-être parfois un peu trop), sonore, vigoureuse et puissante ; on voit que par la nature même de sa profession, qui le force à hanter les orchestres, l'auteur a appris à manier les cent voix de cet instrument formida- ble; il en sait parfaitement marier les timbres et obtient tous les effets qu'il désire, ce qui n'est point une mince qualité. La mélodie de, M. Castégnier est ample, élégante , neuve surtout ; son instrumentation nourrie et colorée , son style net et pur. De telles et si nombreuses qualités sont rares, et, lorsqu'on les possède, l'ex- périence complète facilement le talent acquis et promet à l'artiste une place honorable dans l'avenir. L'orchestre, parfaitement conduit par l'auteur, et composé presque exclusivement de ses camarades de l'Opéra-Comique, a exécuté ma- gistralement l'œuvre qu'il avait à interpréter. Nous voudrions pouvoir en dire autant des chœurs du théâtre Italien; mais quoique fort habi- lement conduits par M. Hurand, chef de chant à Saint-Eustache, nous devons constater qu'ils ont laissé beaucoup à désirer, et sous le rap- port de l'ensemble et sous le rapport de la justesse. Quant à MM. Périé et Guyot, chargés de chanter les soli et que nous avons, avec inten- tion, réservés pour la fin, nous ne pouvons que leur adresser des élo- ges pour la façon remarquable dont ils se sont acquittés de leur tâ- che, et nous ferons aussi nos sincères compliments à M. Monlauriol, qui est venu se joindre à eux dans YO salutaris. Arthur POUGIN. BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MSICïEIS Par F.-*. Fétis. {Deuxième édition, entièrement refendue et augmentée de plus de moitié.') BEAULIEU (MAR1E-DÉSIRÉ MARTIN). Beaulieu, compositeur, écrivain sur la musique, est né à Paris le 11 avril 1791. Bien que le nom de sa famille soit Martin, il est plus généralement connu sous celui de Beaulieu. Son père, officier d'artil- lerie, était de Niort (Deux-Sèvres), où sa famille avait figuré dans les fonctions municipales pendant plus d'un siècle. Retiré depuis long- temps dans celte vilje, M. Martin-Beanlieu lui-même y occupe une position analogue. A l'âge de sept ans et demi il reçut les premières leçons de musique d'un musicien nommé Damé : quelques mois après il commença l'étude du violon sous la direction d'Alliaume, élève de Berthaume et bon artiste, que j'ai connu dans la position de premier alto au théâtre Italien. Plus tard, M. Beaulieu reçut pendant plusieurs années des leçons de Rodolphe Kreutzer. A l'âge de quatorze ans le désir de composer s'étant emparé de lui, son père le confia aux soins de Benincori, qui lui enseigna pendant trois ans les éléments de l'art d'écrire. Ayant appris que son élève était destiné à prendre part au concours de l'Institut pour le grand prix de composition, Benincori conseilla de le rapprocher d'un compositeur dont la réputation fût mieux établie en France que la sienne. Le père du jeune Beaulieu re- poussa d'abord cette proposition; mais Benincori insista, et l'abbé Roze fut le maître qu'on choisit. Le pauvre abbé, excellent homme d'ailleurs, et qui n'était pas dépourvu de mérite, ne convenait guère pour le but qu'on se proposait : lui-même le sentit bientôt et con- seilla de demander à Méhul l'admission du jeune artiste dans son cours de composition : il y remplaça Blondeau, qui venait de se rendre à Rome comme pensionnaire du gouvernement. M. Beaulieu suivit les leçons du maître célèbre pendant trois années : C'est là, dit-il lui- même, que j'acquis non-seulement la plus grande partie de ce que je sais dans la science du contre-point et de la fugue, mais encore ce que j'ai pu apprendre et mettre en pratique relativement à la phi- losophie de l'art musical. Au mois de septembre 1809 il obtint au concours de l'Institut le premier second grand prix de composition, et le premier grand prix lui fut décerné dans l'année suivante. Mé- hul, par affection pour son élève, ne voulut pas le laisser partir im- médiatement pour l'Italie, afin de lui faire redoubler son cours de contre-point pour compléter son éducation d'artiste. Cette circons- tance décida du reste de la vie de M. Beaulieu. A la fin de l'année 1810, après l'exécution de sa cantate couronnée, son père l'avait conduit à Niort, dans sa famille. Quoique bien jeune encore, il y forma des projets de mariage qui se sont réalisés plusieurs années 392 !!EVUE El' GAZETTE MUSICALE après et l'ont fixé dans ceite ville. M. Beaulieu n'alla donc point en Italie ; mais, bien qu'il ne profitât pas des avantages de la pension du gouvernement, il ne se conforma pas moins aux prescriptions du rè- glement imposé aux élèves pensionnaires : en 1812, il envoya à l'A- cadémie des beaux-arts de l'Institut un Miserere à quatre voix ; en 1813, un Laudate à deux chœurs, et une cantate de Sapho avec chœurs; enfin, en 1814, un Domine salvum à cinq voix. De plus, après la mort de Méhul, M. Beaulieu composa une messe de Requiem en son honneur, qui fut aussi envoyée à l'Institut, et sur laquelle un rapport a été fait à l'Académie des beaux-arts. Fixé à Niort, il forma chez lui des séances de quatuors et parvint, en 1829, à organiser une Société philharmonique. Rien de semblable n'avait jamais existé dans cette ville ; car, il faut bien le reconnaître, si Paris fut longtemps le centre des arts, par la réunion des hommes distingués de toute l'Europe, la France, à l'exception de quelques provinces et d'un très-petit nombre de grandes villes, a été longtemps le pays le plus arriéré pour la musique. Les départements du centre et de l'Ouest particulièrement étaient en quelque sorte à l'état sauvage, sous le rapport de cet art, il y a moins d'un demi-siècle. Ce fut cet état de choses qui inspira à M. Beaulieu le dessein de former une grande association musicale dans ces provinces: il lui fallut du courage et de la persévérance pour triompher de tous les obstacles que ren- contra ce projet ; mais, enfin, en 1835, V Association musicale de l'Ouest fut fondée. Composée des départements des Deux-Sèvres, de la Vienne, de la Charente-Inférieure, de la Charente, de la Haute- Vienne et de la Vendée, elle n'a cessé d'exister et de fonctionner chaque année, sauf en 1848 et 1849, et tour à tour Niort, Poitiers, la Rochelle, Angoulëme, Limoges et Rochefort ont été le siège de grandes fêtes musicales, dans lesquelles les compositions classiques les plus importantes ont été rendues avec des progrès remarquables. Cette ins- titution est la seule en France qui ait une existence permanente : elle est aussi la seule qui ne recule pas devant l'exécution complète des plus grands ouvrages. C'est ainsi que le Paulus et l'Elie, de Mendels- sohn, ont été entendus en entier à la Rochelle longtemps avant qu'on ne songeât à en faire des essais partiels à Paris. M. Beaulieu est resté l'âme de l'association, après en avoir été le créateur : son nom y est in- timement attaché, et son souvenir sera impérissable dans l'avenir chez les artistes et les amateurs de musique de cette vaste contrée. Comme compositeur, comme écrivain sur l'art, M. Beaulieu n'est pas moins estimé que comme organisateur et directeur de fêtes musi- cales. Sa messe de Requiem, composée pour honorer la mémoire de Méhul, a été exécutée en 1840 à l'église de la Sorbonne, avec la co- opération de l'orchestre de la Société des concerts, du Conservatoire et des artistes les plus distingués ; elle a laissé parmi eux les meilleurs souvenirs. Dans les années 1842, 1844 et 1856, M. Beaulieu a donné dans la salle Herz, et dans la salle Bonne-Nouvelle, à Paris, des mati- nées et des soirées de musique, dans lesquelles il a fait entendre ses oratorios, l'Hymne du malin et l'Hymne de la Nuit, paroles de M. de Lamartine, ainsi que divers fragments de ses autres ouvrages. Les journaux, notamment la Gazette musicale, ont accordé beaucoup d'éloges à ces compositions. En 1846, une messe solennelle du même artiste a été exécutée à l'église Saint-Eustache, et en 1851, une deuxième exécution de sa messe de Requiem a été faite dans l'église de Saint-Roch, en mémoire de R. Kreutzer, et au profit de l'Associa- tion des musiciens. Parmi les compositions les plus importantes de M. Beaulieu, on remarque : 1° Miserere, à quatre voix, solos et chœur (1812).— 2° Sapho, scène lyrique, solo et chœur (1813).— 3° Lau- date Dominum, à deux chœurs (1813). — If Domine salvum, à cinq voix, solos et chœurs (1814). — 5° Jeanne d'Arc, cantate, voix seule (1817).— 6» Messe de Requiem, à quatre voix, solos et chœurs (1819). — 7° Anacréon, opéra de Gentil Bernard.— 8° Sixième Ode sacrée, de J.-B. Rousseau, solos et chœur (1828). — 9°Quinzième Ode sacrée, de J.-B. Rousseau, voix seule. — 10° Fantaisie pour violon, solo et chœurs, sur des airs des Pyrénées. — 11° Fantaisie pour violon solo sur des airs espagnols. — 12» Plusieurs morceaux (8 numéros) de l'opéra Ninette à la cour, de Favart (1829). — 13° La Prière des matelots, morceaux d'ensemble, solos et chœurs (1831). — 14° Psyché et l'Amour, scènes, solos et chœur, paroles de P. Corneille (1833). — 15° Fête bachique, scène, ténor solo et chœur (1835). — 16° Hymne pour la première communion, morceau d'ensemble, solos et chœur (1840). — 17° L'Océan, morceau d'ensemble, solos et chœur (1841). — 18° l'Hymne du malin, oratorio (1843). — 19° Messe solennelle, à quatre voix, solos et chœurs (1845). — 20° L'Immortalité de l'âme, oratorio (1851). — 21» L'Hymne de la nuit, oratorio (1851). — 22° Jeanne d'Arc, grande scène lyrique en deux parties (1853). — 23° Messe à trois voix, avec accompagnement d'orgue (1853). — 24° Philadelphie, opéra en un acte (1855). — 25" Un assez grand nombre d'airs détachés, chœurs avec ou sans accompagnement, mor- ceaux à deux et un plus grand nombre de voix , nocturnes, mélodies, romances. Écrits de M. Beaulieu : 1° Du Rhythme, des effets qu'il produit et de leurs causes. Paris, Dentu ; Niort, Robin, 1852, gr. in-8° de 105 pages. — 2° Mémoire sur ce qui reste de la musique de l'ancienne Grèce dans les premiers chants de l'église. (Lu à l'Académie des beaux- arts, dans sa séance du 31 mai 1852.) Niort, imprimerie de L. Favre, gr. in-8°, avec 10 pages de musique. — 3° Mémoire sur le caractère que doit avoir la musique d'église, et sur les éléments de l'art mu- sical ciui constituent ce caractère. (Lu à l'Académie des beaux-arts, dans sa séance du 17 avril 1858.) Paris, imprimerie de N. Chaix, gr. in-8°. M. Beaulieu est correspondant de l'Académie des beaux-arts de l'Institut. REVUE DES THEATRES. Odéon : la Vengeance du mari, drame en trois actes, par M. Adolpne Bélot, — Gymnase : le Capitaine Bilterlin, comédie en un acte, par MM. Edmond About et de Najac; un Tyran en sabots, comédie en un acte, par MM. Dumanoir et Lafargue. — Variétés : Le Guide de l'étranger dans Paris , vaudeville en trois actes, de MM. E. Grange et L. Thiboust. — Palais-Royal : Réduction de Rédemption, parodie en quatre portions, par les mêmes auteurs. L'un des auteurs du Testament de César Girodol, cette joyeuse co- médie qui a obtenu un succès si retentissant l'hiver dernier, vient de remporter une seconde victoire à l'Odéon, dans un genre bien op- posé. Tout en avouant nos préférences pour le premier de ces deux ouvrages, nous devons constater que le drame de M. Adolphe Bélot, la Vengeance du mari, est digne à tous égard de l'accueil favorable qu'il a reçu. Ce qui nous en plaît surtout, c'est qu'il ne se traîne pas dans l'ornière des effets convenus, des situations forcées, dont le privilège appartient au boulevard et ne devrait jamais en franchir les limites. L'intérêt, pour n'être point produit par des moyens exagérés, n'en est pas moins puissant et se soutient jusqu'à la fin, à la faveur de procédés aussi simples que littéraires. Un diplomate, M. de Froissy, forcé de faire une longue absence, n'a pu emmener sa femme avec lui, et, au retour, sa confiance est telle, qu'il ne s'aperçoit pas qu'Emma a commis une faute et qu'elle est devenue mère. La jalousie ne s'éveille que plus tard, à l'occasion de certaines démarches mystérieuses, dans lesquelles se trouve mêlé un M. de Rives, jeune attaché d'ambassade. Mais ce n'est pas à Emma, c'est à sa fille Alice, élevée secrètement par une dame Aubry, que s'adressent les vœux de M. de Rives. Le mari finit par pénétrer le secret de sa femme, mais il est trop tard pour qu'une rencontre puisse être évitée avec l'attaché d'ambassade. M. de Froissy, blessé dangereusement, ne veut pourtant pas mourir sans pardonner, et devant toute sa famille réunie, il reconnaît Alice pour sa fille, et la donne à celui qu'elle aime. Nous le répétons, ce DE PARIS. 393 petit drame intime, sage et bien conduit, a parfaitement réussi, et il est juste d'attribuer ce résultat, non moins au talent de l'auteur qu'à celui de ses principaux interprètes, Tisseraut et Mlle Thuilier, qui se sont fait vivement applaudir dans les deux rôles du comLe et de sa femme. — Qui ne connaît les agréables nouvelles publiées de loin en loin dans le Moniteur, par M. Edmond About? Le Capitaine Bitterlin qui figure depuis quelques jours sur l'affiche du Gymnase n'est donc pour personne un type nouveau, puisque cet original a déjà égayé les amateurs de Trente et quarante. Cependant, pour ceux qui l'ont un peu perdu de vue, nous raconterons l'histoire de ce coup mémorable qui enrichit Henri de Luce, et qui force le capitaine à le prendre pour gendre. Henri, en apercevant le terrible Bitterlin dans le salon de jeu de Bade, s'enfuit éperdu en abandonnant la mise modeste qu'il a jetée sur le tapis. Le capitaine est contraint, malgré lui, de prendre la place d'Henri et se retire au bout de quelques minutes avec un gain de 140,000 fr. que le jeune homme ne veut prendre que l'épée sur la gorge, et lorsque l'on y ajoute la main d'Emma Bitterlin. La même soirée a vu naître, avec cette comédie, un petit tableau de moeurs intitulé : un Tyran en sabots. C'est le paysan madré pris sur le fait de chantage à l'endroit d'un brave bourgeois qui désire ajouter à sa propriété quelques mètres de terrain appartenant à cet homme des champs. Toutes les roueries, si bien esquissées par Balzac, sont mises en œuvre par ce Talleyrand de village qui finit par triom- pher, et le bourgeois se console dans l'espoir de faire payer fort cher à un autre voisin, plus grand propriétaire que lui, quelques acres dont il a besoin. Ainsi va le monde, et cette leçon ne le corrigera pas. — Les théâtres de genre courent volontiers après les titres popu- laires ; c'est ce qui fait qu'on lit sur l'affiche des Variétés : le Guide de l'étranger dans Paris. D'ordinaire ces sortes de pièces, faites sur un titre, tiennent peu ce qu'elles promettent, parce qu'il est plus fa- cile et surtout plus rationnel de faire un cadre pour un tableau que de faire un tableau pour un cadre. Il ne faut donc pas s'attendre à trou- , ver des merveilles dans les trois actes des Variétés ; mais Leclère y est fort plaisant sous les traits d'un brave provincial qui n'a pas vu Paris depuis trente ans et qui croit le reconnaître ; Mlle Alpbon- sine y représente avec assez de finesse et d'originalité un type de grisette vertueuse, et Mlle Judith Ferreyra y porte avec beaucoup d'aisance et de crânerie le costume d'un faux gandin qui n'aspire pas au prix Monthyon. N'est-ce pas plus qu'il n'en faut pour faire vivre le Guide de l 'étran- ger jusqu'à la Revue annuelle que l'on prépare en ce moment? — Le succès de Rédemption a fourni au Palais -Royal le prétexte d'une parodie en quatre portions, dont un prologue inutile à l'ac- tion. Cela s'appelle Réduction de Rédemption, et les principales scènes de l'ouvrage de M. Octave Feuillet y sont assez drôlement travesties ; c'est cependant poussé un peu loin la réduction que de donner à Mme Thierret le rôle d'une petite fille de quatre ans. Ce qui vaut mieux pour la recette, c'est que tous les comiques de ce joyeux théâtre, Arnal et Ravel en tête, ont fait leur rentrée, et concourent, chaque soir, à l'ensemble du spectacle. — Au Théâtre-Français, la Considération, comédie en quatre actes et en vers de M. Camille Doucet, demande par son mérite et par son succès un examen sérieux que nous lui consacrerons bientôt. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. **» Au théâtre impérial de l'Opéra , la Juive a été jouée mercredi. Renard remplissait le rôle d'Ëléazar ; Mme Vandenheuvel-Duprez chan- tait le rôle d'Eudoxie, et Mlle Marie Sax celui de Kachel. Cette dernière s'est acquittée de sa tache aussi bien que la nature de sa voix le lui per- mettait : la gêne du mezzo-soprano se faisait sentir dans les notes éle- vées. Quant à Mme Vandenheuvel-Duprez, elle n'a mérité que des éloges sans réserve. Après le trio du second acte, les trois artistes ont été rappelés, et Renard l'a été encore après le grand air du quatrième. *%, La santé de Gueymard est entièrement rétablie, et il doit rentrer mercredi prochain dans le Prophète „,*,. Les répétitions du nouveau ballet, Farfaila, maintenant nommé Papillon, sont très-avancées : la première représentation en aura lieu vers le 25 de ce mois. *% S. Exe. M le ministre d'État et de la maison de l'Empereur, voulant encourager le jeune talent de M. Emile Paladilhe, qui, à peine âgé de seize ans, a remporté cette année le grand prix de composition musicale décerné par l'Académie des beaux-arts, a décidé dans sa haute bienveil- lance, que la cantate de ce jeune homme, dont le sujet est le Czar Ivan IV, serait exécutée sur le théâtre de l'Opéra. „.% Mme Castellan, qui la première à l'Opéra chanta le rôle de Iîertho dans le Prophète, rentre dans la carrière lyrique, d'où l'avaient éloignée des devoirs de famille. L'excellente artiste se fera d'abord en- tendre à l'Opéra royal de Hanovre, où elle chantera le répertoire italien. s*:f Mlle Saint-Urbain, dont on se rappelle les brillants débuts au théâtre Italien, était sur le point de signer un engagement avec le grand théâtre de Lisbonne, mais elle reste décidément à Paris. Mme Ugalde élant indisposée, M. Beaumont, directeur de l'Opéra-Comique, a confié son rôle à Mlle Saint-Urbain dans le Roi Barkouf, l'opéra d'Offenbach. Les répétitions ont repris aussitôt et l'ouvrage passera vers la fin du mois. **,, Les répétitions du nouvel opéra-comique en trois actes de MM. Scribe et Auber ont commencé. Les artistes auxquels est confiée l'exécution de l'œuvre des deux illustres maîtres sont : Mlles Monrose et Prost ; MM. Montaubry, Couderc, Barrielle et Ambroise. t% Comme l'autre semaine, le Pardon de Ploërmel a été représenté trois l'ois dans celle-ci. Mlle Wertheimber s'y montre de plus en plus remarquable. Aujourd'hui la ,84e représentation de ce bel ouvrage. *** On vient de remettre à l'étude une des premières et des plus char- mantes productions dramatiques de M. Clapisson : La Perruche. L'ouvrage aura pour interprètes MM. Ambroise, Laget, Mlles Pannetrat et Tuai. ,,% Les répétitions de l'opéra-comique en un acte, l'Eventail, de Bou- langer, qui avaient cessé, viennent également d'être reprises. *% Le théâtre Italien était en liesse dimanche dernier : Mario et Ron- coni faisaient à la fois leur rentrée dans le Barbier. Mais il arrive sou- vent que des ombres se répandent sur les plus beaux jours : Mario était toujours le plus séduisant des don Almaviva, et Ronconi le plus amusant des Figaro, mais l'état de leur larynx laissait quelque chose à désirer, et par esprit de bonne camaraderie, il semblait que le diapason vocal eût baissé pour tout le monde; mais, à la représentation suivante, les voix ont repris leur niveau, et la fête a été complète. Le Barbier a été joué encore hier samedi; mais jeudi on adonné Rigoletto, dans lequel Mario s'est montré charmant, et Mlle Marie Battu excellente canta- trice. **„ Au théâtre Lyrique, la reprise d'Orphée a eu lieu lundi dernier; Mme Viardot a reparu dans le rôle principal de cet opéra , qui , à pro- prement parier, n'a qu'un rôle. La cantatrice était, dit-on, souffrante, et c'est à cette cause qu'il faut attribuer certaines exagérations de son jeu et de son chant. Une jeune Allemande, Mlle Oprawil ou Orwil, débu- tait dans le rôle d'Eurydice, et a chanté l'air du second acte un peu timidement, mais très-purement. Sa voix n'est pas très-forte en- core, mais elle est fraîche, délicate, bien timbrée. Mlle Girard, chargée du rôle de l'Amour à la place de Mlle Marimon , s'en est acquittée avec son esprit et son goût habituels. Elle a su rester simple, et n'a chargé d'aucun ornement de son invention la musique de Gluck , qui, en effet, n'a pas besoin qu'on lui rende de pareils services. „,*,,, On nous communique la note suivante, au sujet de Mlle Orwil, annoncée comme élève de Mme Visrdot : « Mme Viardot, dit cette note, peut lui avoir appris quelques opéras; » mais pendant trois ans, jusqu'à la fin d'octobre 1859, et sous les yeux » de Rossini et Carafa, Mlle Orwil a étudié le chant sous la direction » de Piermarini. Une autre élève de Piermarini va débuter au théâtre » Italien, dans le rôle de dona Elvira, de Don Giovanni; elle s'appelle » Mlle Dalmondi, et, après avoir travaillé sept mois avec M. Duprez, de- » puis le 47 janvier 1839, elle a étudié le chant avec Piermarini. » ,% Les représentations d'Orphée , alternant avec celles du Val d'An- dorre, la première représentation de l'opéra nouveau d'Aimé Maillard, les Pêcheurs de Catane, sera nécessairement retardée. Outre le début de Mlle Baretty, qui jouera le rôle de Nella, on aura celui de Pesehard, autre lauréat du Conservatoire, qui, l'autre année, a remporté le pre- mier prix de chant, et, cette année, le premier prix d'opéra. **„ A la représentation au bénéfice d'Emile Taigny, le charmant co- médien dont la réputation s'est faite au Vaudeville, nous avons été bien heureux de retrouver Levasseur, chantant l'invocation de Robert le Diable avec le même succès que dans les premiers temps ; bravos, rap- pels, rien n'a manqué à son triomphe. Le Chien du jardinier, d'Albert Grisar, a été fort bien interprété par Mmes Lefebvre-Faure et Lemercier; 394 REVUE ET GAZETTE MUSICALE MM. Ponchard et Crosti. Berlkelier a dit, avec non moins d'esprit que de tact, une plaisante chansonnette, Pile ou face. Mme Viardot, dans le quatrième acte d'Orphée, a vivement impressionné le public. Enfin les Valets de Gascogne ont, comme toujours, fait grand plaisir. *** Faure a obtenu à Berlin le succès le plus éclatant. Son début y a eu lieu mercredi dernier dans Lucrezia Borgia. On l'a constamment applaudi, et il a été rappelé trois fois. t*t lime Cabel continue ses représentations en province avec le plus grand succès. C'est au théâtre de Besançon que la célèbre cantatrice se fait en ce moment applaudir. %% Mme Miolan-Carvalho est engagée pour le premier concert du cercle du Nord, à Lille. *** Une jeune cantrice italienne de grand mérite, la signora Ma- ria Talvo, élève de la célèbre Carolina Ungher, est à Paris. Possédant une voix de mezzo-soprano très-étendue, d'une grande pureté et d'une rare flexibilité, Mlle Talvo arrive d'Italie, où elle a obtenu d'im- menses succès, principalement au Tcâtro-Nuovo de Florence, et au théâtre Carolino de Païenne. La Violella, la Cenerenlola, il Barbiere, et surtout la Saffo de Pacini, ont valu à la jeune artiste d'éclatants triom- phes, dont tous les journaux de musique italiens nous apportent le récit. Elle se destine, dit-on, maintenant à la scène française, où tout porte à croire qu'elle retrouvera les applaudissements qui lui ont été prodigués par les dilettânti de la Péninsule. *** Les recettes dans les théâtres de Paris, pendant le mois d'octobre, se sont élevées à 1,573,365 fr. 32. Dans cette somme, les théâtres impé- riaux figurent pour 453,344 fr. 89, et les théâtres secondaires pour 970,475 fr, 33. — Le mois correspondant de l'année 1859 n'avait pro- duit que 1,265,278 fr. 90. .,,% L'Empereur vient d'accorder une pension de 2,400 fr. à M. Féli- cien David. »% On connaît jusqu'à présent dix traductions du Freischiilz. Le chef- d'œuvre de Weber a été traduit en français par Castil-Blaze et Emilien Pacini; en italien, par Rossi; en anglais, par Cornwal-Carry; en hol- landais , par un anonyme ; en danois, par Oehlenschlaeger ; en suédois, par Tégner ; en russe, par Satow; en bohème, par Stiepaneeh, et en po- lonais, par Bogulawsky. „** Nous rappelons que l'Association des artistes musiciens de France célébrera cette année la fête de sainte Cécile en faisant exécuter par quatre cents artistes, le mercredi 21 novembre courant, à onze heures, dans l'église de Saint-Eustache, une messe solennelle de la composition de M. Bonetti, chef d'orchestre du théâtre impérial Italien. **„, Ole-Bull, le célèbre violoniste norwégien, s'est décidé à entre- prendre un nouveau voyage artistique : il doit faire incessamment sou apparition à Leipzig. „% Une grande solennité musicale et religieuse aura lieu le 19 no- vembre, à l'église de la Madeleine : la belle messe de Cherubini, com- posée pour le sacre de Charles X, sera exécutée par les artistes de l'Académie impériale de musique. ,,% M. R. Hammer vient d'être nommé chevalier de l'ordre du Lion et du Soleil, par S. II. I. le shah de Perse. *** Le doyen des violonistes, Alexandre Boucher, vient d'arriver à Paris, et se met à la disposition des artistes pour la saison des con- certs. „/%. Nous appelons l'attention de nos lecteurs sur le cours d'harmonie et de composition musicale que dirige M. Damcke, dont le talent comme écrivain musical garantit l'intelligence et la capacité comme professeur, »** Dans l'église catholique du Caire a été inaugurée, le 8 et 9 sep- tembre, une chapelle nouvelle; à cette occasion, on a exécuté une messe écrite par Alexandre Dorn, fils du maître de chapelle Dorn, à Berlin. *** M. Jules Massenet, premier prix du concours de piano de 1859 au Conservatoire, vient de terminer une fantaisie sur les motifs du Pardon de Ploennel. Le jeune artiste compte faire entendre cette œuvre bril- lante dans une série de concerts qu'il doit donner successivement à Mâcon, Lyon et Nice. »% Le jeune Sarasate, l'un des violonistes-lauréats du Conservatoire, fait en ce moment une tournée artistique en Espagne. Son succès à Bar- celone a été tel que les professeurs du Conservatoire de cette ville l'ont prié d'accepter le titre de membre honoraire. M. Sarasate est attendu à Madrid. s,*,t F. Alday vient de publier une fantaisie de salon pour orgue sur les motifs de l'Etoile du Nord, de Meyerbeer. C'est un morceau très- réussi qui se recommande de lui-même. **% Le Carnaval de Venise, si brillamment arrangé pour le piano par Ernst, vient do subir une transformation nouvelle et non moins heu- reuse. M. Maurice Ganz vient de transcrire pour le violoncelle ces dé- licieuses variations. Cette transcription, d'une difficulté moyenne, aura cet hiver un véritable succès de vogue dans les concerts. *% Dans sa trente et unième séance annuelle, la Société néerlandaise pour l'encouragement de l'art, musical vient do nommer membres de mé- rite MM. Georges Kastner à Paris, Volkmann à Pesth, Van Eyken à Elber- feld, et F. Coenen à Amsterdam ; et membres correspondants MM. Gou- nod à Paris et 0. Jahn h Bonn. Elle a couronné une composition dra- matique de M. Coenen, d'Amsterdam. Sa bibliothèque s'est enrichie cette année par plusieurs achats importants et par la munificence de plusieurs de ses membres honoraires. Par suite du concours qu'elle avait ouvert sur cette question : Esquisses historiques sur l'art musical en Hollande au xvie siècle, elle a déet-rné un prix de 150 florins à M. Otto Kade, à Dresde, comme auteur de Matlhœus le Maistre; un prix de SO florins à M. Arnold, à Elberfeld, comme auteur de Ilet daghet in dtn Oosten, et un prix de 23 florins à M. Pasqué, à Darmstadt, comme auteur de Adriaan Petit. La Société continue le concours, auquel les étrangers aussi sont invités, sur la question suivante : Esquisses historiques sur l'art musical en Hol- lande au xvie siècle, pour servir de matériaux à une histoire de l'art. *** La deuxième série des transcriptions de J. Rummel sera mise en vente dans quelques jours. Nous appelons l'attention de nos lecteurs sur cette charmante collection des airs populaires des opéras les plus célè- bres ; cette série comprendra, comme la première, six morceaux sur les thèmes de Robert le Diable, le Pardon de Ploërmel, le Postillon de Long- jumeau, les Dragons de Villars, Stradella et Marta. *** Le succès qui a salué l'apparition de la Prière d'une vierge , de Badarzewska, a décidé l'éditeur à publier trois autres productions du même auteur: Douce rêverie, Souvenir à ma chaumière, et Mazurka, qui se- ront bientôt sur tous les pianos. *** A l'un des grands concerts du Chalet des îles au bois de Boulogne, nous avons apprécié les services que peut rendre l'harmoniflûte dans un orchestre. Dans l'ouverture du Pardon de Ploennel, très-bien exécutée sous la direction de M. Mercurier, le nouvel instrument a remplacé l'orgue avec beaucoup de succès. *** Une erreur s'est glissée dans le compte rendu de l'exécution de la messe d'Haydn, chantée le jour de la Toussaint à Saint-ltoch. C'est M. Ch. Vervoitte qui a dirigé l'orchestre, ainsi qu'il le fait à chaque grande fête de Tannée. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. **„ Bordeaux. — M. Chenest, premier ténor, a été admis à l'unani- mité, après un troisième début dans le Prophète. — Mme Borghèse, qui vient d'obtenir un succès éclatant dans ses deux premiers débuts, subira sa troisième épreuve dans le rôle de Rose Friquet des Dragons de Vil- lars, qu'elle a créé à Paris d'une façon si remarquable. „.** Bourges, 4 novembre. — L'inauguration des grandes orgues de la cathédrale a eu lieu le 30 octobre. La cérémonie religieuse accomplie, M. Boissier Duran, organiste du grand orgue; SI. Batiste, professeur au Conservatoire impérial de musique et organiste à Saint-Eustache, et M. Renaud de Vilbac , premier grand-prix de l'Institut et organiste de Saint Eugène, à Paris, ont fait entendre successivement tous les effets de l'orgue. Le talent de MM. Batiste et de Vilbac est trop connu pour que nous ayons besoin de l'analyser. Nous ne pouvons que constater le charme sous lequel ils ont tenu l'auditoire pendant plus d'une heure. Le seul regret que nous ayons à exprimer, c'est qu'ils se soient réservé une part trop petite dans le programme. M. Boissier-Duran, de l'aveu même de ses confrères de Paris, est un artiste fort distingué, et qui remplit d'une manière remarquable les fonctions dont il a été chargé. La partie vocale a été exécutée par la maîtrise avec un ensemble qui de- puis longtemps déjà a fait la réputation de son directeur, M. l'abbé Protat. Nous ne saurions oublier, dans les éloges que nous devons adresser aux artistes qui ont concouru à l'éclat de la solennité, M. Bruneau , l'ha- bile organiste du chœur, dont le talent est si bien apprécié parmi nous. Au nombre des morceaux qui ont produit le plus d'effet , nous citerons particulièrement la Communion, exécutée par M. Batiste. M. Renaud de Vilbac, dans le morceau de sortie, qu'il a joué avec un brio remar- quable, a fait ressortir, par une opposition d'effets savamment trouvés et habilement ménagés, tout ce que l'orgue a de puissance et de sonorité. „% Tours, 8 novembre. — Dans le Maître de chapelle et surtout dans les A'oces de Jeannette, Mlle Louise Heine s'est distinguée par un jeu plein de verve et de gentillesse. Dans la seconde pièce, elle a surtout bien chanté la romance de l'aiguille; aussi les applaudissements et les bou- quets ne lui ont pas manqué. £** Havre. — Parmi les reprises les mieux accueillies , nous devons mentionner Giralla, parfaitement interprétée par .Mlle Poussèze. — On annonce comme très-prochaine la reprise des Dragons de Villars et celle de Martha, l'un des plus beaux succès de la saison de IS59-1S60. „% Mulhouse. — L'inauguration de l'orgue il l'église catholique de cette ville a eu lieu en présence de la commission nommée par l'administra- tion et d'une société nombreuse et brillante qu'avait attirée cette so- lennité et qui remplissait entièrement la nef et les galeries. C'était réellement la première fois que le public avait accès dans cette nouvelle église, dont l'architecture intérieure, aujourd'hui terminée, fait beau- coup d'honneur à l'architecte M. Shane. M. Thurner, organiste de l'église Saint Charles de Marseille, a fait, dans plusieurs morceaux de genres DE PARIS. "395 différents, ressortir les beautés et les ressources de ce magnifique ins- trument, sorti des ateliers de M. Cavaillé-Coll, et qui ajoute encore à la réputation si justement acquise par cet habile organiste. CHRONIQUE ETRANGERE. „% Londres.-— La Iiose de CaUille, le charmant opéra de Balfe, vient d'être repris au théâtre de Covent-C.arden et a été applaudi à l'unanimité. Miss Pyne y est admirable et partage son succès avec M. flarrison, qui chante le rôle du muletier avec beaucoup de talent. *.*, Vienne. — Le théâtre Treumann doit ouvrir dans les premiers jours de novembre avec Ma Tante dort, opérette de Henry Caspers , et Tchin-Tchiri, d'Offenbach. Il résulte du rapport de M. de Billing, secré- taire du Maenner-Gesang-Vereinde Vienne, que cette Société vocale compte aujourd'hui 54 premiers ténors, 60 deuxièmes ténors, 68 premières et 65 deuxièmes basses- tailles. Parmi les morceaux que la Société a exécutés dans le courant de l'année on remarque : Schiller, cantate, de Meyer- beer; messe, par F. Liszt; compositions de Mendelssohn , Reissiger, Gade, Schumann, Kûcken, Rubinstein, etc. *** Berlin. — Par suite du décès de l'impératrice douairière de Russie, sœur du roi de Prusse, les théâtres royaux sont restés fermés du 1er au 3 novembre inclusivement. — La signora Trebelli est engagée pour cinq ans au théâtre royal de l'Opéra. — Mme Lagrange a remplacé Mme Devries dans la troupe de M. Lorini. — A l'occasion de l'anniver- saire de la mort de Mendelssohn, la Société de chant Stern a exécuté entre autres le Requiem de Mozart et deux chœurs de Mendelssohn. — Mme Clara Schumann doit donner, dans le courant du mois de novem- bre, trois soirées pour musique de chambre. — M. Julius Rietz a été élu membre honoraire de l'Académie des beaux -arts. „.** Hanovre. — A l'exemple des théâtres de' Berlin et de Cologne, notre Opéra royal aura également des représentations d'une troupe d'opéra italien. Mmes Castellan et Chaunier, MM. Baragli, Orsini et Ruiz en seront les principaux artistes. „% Hambourg. — Roger, rappelé à la fin de sa dernière représenta- tion, a remercié en très-bon allemand ; il a dit : « Dans un autre opéra » ((a Dame blanche), j'ai à dire : Je voudrais bien être de la famille. Ici, » en face d'un public qui m'a accueilli avec tant de faveur, je n'ai qu'à » répéter ces paroles : Je voudrais bien être de la famille. » „.** Leipzig. — Le théâtre de la ville a donné successivement Ro- bert le Diable, Frcisehiitz, Diane de Solange et Dinorah. — Au quatrième' concert du Gewandhaus, a été exécutée la musique de R. Schumann pour Manfied, drame de Byron, avec texte explicatif de F. Roeber. C'est une des meilleures compositions de Schumann. En outre, on a entendu : symphonies de Mendelssohn et de Gade ; fragment des cantiques hébreux de L. Byron, par F. Miller. — La première soirée pour musique de chambre a eu lieu au Gewandhaus ; exécutants : le maître de con- certs David, le maître de chapelle Reinicke, MM. Ilermann, Roentgen et Daridoff. t*t Bologne, 4 novembre. — Dans une soirée musicale au bénéfice de l'institution Rossini, donnée au théâtre Comunitativo , la grande ouver- ture avec chœur du Pardon de Ploërmel a été exécutée et accueillie par des transports d'enthousiasme. Nous chercherions vainement à exprimer l'immense effet qu'a produit ce chef-d'œuvre, que nous n'hésitons pas à nommer gigantesque, tant est merveilleuse l'abondance des inspirations et des combinaisons savantes qui s'y mêlent à chaque instant. Notre vail- lant orchestre l'a rendue avec autant d'énergie que de verve. Son excel- lent chef, Angelo Mariani, a dû se lever de son siège pour remercier le public, qui criait : vive Meyerbeerl vive Mariani ! et insistait pour un bis. La partie vocale n'a pas été moins bien bonne que l'instrumentale et l'ouverture a fait naître le désir d'entendre tout l'opéra. En attendant, on se dispose à représenter le Prophète, avec Mme Borghi-Mamo, Barbot et sa femme. „.*„. Madrid. — Le 29 octobre, Lucia di Lammermoor a été chantée par MM. Marra, Fraschini et Mme Charton-Demeur. On a beaucoup applaudi ces trois artistes, et notamment la prima donna, qui a été très-remar- quable. %*# Philadelphie. — On a représenté Maria à l'Académie de musique, à l'occasion de la visite du prince de Galles. L'ouverture, l'air populaire de la rose et la romance de Lyonel, M'ap-pari tutt'amor, ont été pour M.Brignoli, pour Mme Patti et pour l'orchestre, l'occasion do nombreux applaudissements dont le prince a donné le signal à différentes reprises. „.•% New-York. — A l'opéra italien (Academy of Music), incessamment Dinorah, de Meyerbeer, et Loreley, de "Wallace. La troupe italienne don- nera constamment des représentations dans deux villes à la fois : à Boston, Brooklyn, Baltimore, Philadelphie, etc. t*„ Rio-de- Janeiro. — Linda di Chamounix a été donnée au bénéfice de Mme Tosi. La bénéficiaire a partagé avec Mme Medori les applaudisse- ments du public. — Mme Medori a fait ses adieux à Rio-de-Janeiro dans la première quinzaine d'octobre, avec la deuxième représentation du chef-d'œuvre de Donizetti. Chez G. BRANDVS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue Richelieu. PREMIERE SYMPHONIE A GRAND ORCHESTRE PAn Arrangée itotir plan© à qraatrc maassis. Op. 22. — Prix : 20 fr. Maninfacture <1« iaiios, A8, rue de la Victoire, à Paris. « A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle dos concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et a l'audition des pianos a queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. II portait le n° 28. » Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 40 obtinrent, 1 l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. » A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'Être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la qualité du son. " {Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) Chez G. Brandus et S. Dufour, 103, rue de Richelieu. E«£-»- t "■ médaille d'argent Exposition nationale française de 1844. -o-SK&o- Seulc grande médaille d'Honneur à l'Exnosition universelle de Paris (S 855). — Seule grande médaille (Couttetf M fit ut) à l'Exposition universelle «le Londres (1851). Organisateur et fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale. INVENTEUR DES FAMILLES DES SAXO-TROMBAS. SAX-TUBAS. CLAIRONS-SAX. CORNETS-SAX (compensateurs). CLARINETTES CONTRE-BASSES-SAX. SAXHORNS. SAXOPHONES. TROMBONES-SAX. CLARINETTES BASSES-SAX. BASSON-SAX (en cuivre et en bois) . Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres; invention brevetée en I85U. Tous les instruments à pistous avec addition d'une ou plusieurs clefs; invention brevetée en B85». Système d'instruments à pistons ascendants; inv. brev. en 185«. Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mômes à pistons ou cylindres, les mêmes forme Saxo-Tromba. Clairons, Trompettes d'ordonnance. Flûtes, Clarinettes, Bassons, Caisses roulantes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales, Cym- bales, etc., etc. paris. — iMrRim-.Rii; cimryi.l de napoiéo:* cnAix lt c°, rue bergère, BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. IV0 47. 18 Novembre 1860. ON S'ABONNE : Dans les Depnrtemcnts et à l'Étranger, chez tous Us Marchands de Musique, les Libraires, et aur Fureau* des Messageries et des Postes. REVUE PRIX DE L'ABONNEMENT'. Paris -. 24 fr. parai Départements, Belgique et Suisse.... 30 n id. Étranger 3-1 n id. Le Journal paraît le Dimanche. AZETTE < jv\z\A/\i\rjw^-- Dans notre prochain numéro nous ferons con- naître quelles seront, cette année, les Piimis. Etresiis que nous nous proposons «l'offrir à nos abonnés anciens et nouveaux. Nous n'avons rien épargné pour qu'elles fussent «l'une valeur réelle et aussi variées que possible. La musique classique et moderne «le piano et «le chant, ainsi que la pho- tographie nous en ont fourni les éléments ; notas croyons pouvoir espérer qu'elles seront accueillies avec une faveur générale. SOMMAIRE.— De la musique en Espagne (1er article), par Adrien de lia Fage. — Théâtre des Bouffes-Parisiens : l'Hôtel de la poste, opérette en un acte, de M. Ph. Gilles, musique de M. A. Dufresne. — Le premier éditeur de musique en France. — Revue critique, par Adolphe Botte. — llevue des théâtres, par O. A. D. Saint- Ytcs. — Nouvelles et annonces. DE LA MUSIQUE EN ESPAGNE. (Premier article.) De tous les pays où la musique est arrivée à un point de progrès suffisant pour que plusieurs établissements importants lui soient spé- cialement consacrés, il n'en est pas qui sous ce rapport nous soit moins connu que la péninsule ibérienne. La musique compte en Es- pagne et en Portugal un nombre considérable de professeurs qui la cultivent comme moyen d'existence; je ne parle pas de la gloire: en ce qui concerne les beaux-arls , on doit toujours la regarder comme le premier mobile, cela va sans dire, quoique souvent il n'en soit rien. Les amateurs qui ne la regardent que comme un exercice el, un amusement sont également fort nombreux , ce qui suppose une autre classe d'auditeurs bien autrement considérable et composée do toutes les personnes de n'importe quelle position sociale qui se plaisent à entendre de la musique sans la pratiquer elles-mêmes. Elles veulent des jouissances, et dans la plupart des cas, c'est réellement pour elles que les artistes travaillent. Il y a donc dans le pays un mouvement musical contimel. Si l'on ajoute à ces considérations que l'Espagne, pendant longues années, a pesé d'un immense poids dans les destinées de l'Europe et du monde, qu'elle a vu entrer dans ses ports d'incalculables richesses qui allaient chaque jour s'augmentant et n'ont pas toujours été mal employées, puisqu'une partie de ces trésors a été affectée aux œuvres d'art de plusieurs genres, on s'étonnera davantage encore de voir que l'Espagne soit si peu connue sous ce rapport. En peinture, toute l'école espagnole, digne d'un si vif intérêt, et dont la production a été si considérable, était encore presque ignorée en ces derniers temps; on citait bien quelques noms de peintres espagnols, mais presque per- sonne n'avait vu leurs ouvrages, et c'est seulement depuis qu'une ac- quisition, favorisée par les circonstances, fut faite pour le compte du roi Louis-Philippe et apportée en France , qu'en ce dernier pays on eut quelque idée de l'école espagnole. A l'égard de la musique, il pourrait bien en être de même, malheureusement il ne suffit pas ici d'acquérir et de transporter: on aurait beau posséder de la sorte une foule de chefs-d'œuvre, ils se- raient en réalité comme s'ils n'étaient pas, tant que l'exécution ne les aurait pas fait connaître. La simple lecture d'une œuvre musicale faite isolément par quelques artistes ne saurait en étendre sensible- ment la renommée. Aussi les musiciens espagnols sont-ils hors du pays moins connus encore que ne l'ont été les peintres. Ceux-ci le seront de plus en plus , à mesure que la facilité des communications amènera en Espagne un plus grand nombre de voyageurs. En sera-t-il de même pour les musiciens? Hélas! il est bien à crain- dre que non. Ce que les touristes entendront de musique dans les grandes églises pourra cependant leur donner une idée de l'impor- tance donnée en Espagne aux compositions religieuses depuis l'époque de la Renaissance, importance telle, que c'est vraiment dans cette branche que semble s'être fixée toute la gloire musicale des Espa- gnols , manifestée en ces derniers temps par la belle collection de musique d'église que vient d'achever mon illustre ami 1). Hilarion Eslava, maître de chapelle de la reine et professeur de contre-point au conservatoire de Madrid. J'ai déjà parlé de cette collection dans la Revue el Gazette musicale de Paris et je ne tarderai pas à y re- venir. Elle nous donne assurément une très -haute idée du mérite de beaucoup de compositeurs espagnols absolument inconnus hors du pays qui leur a donné le jour. Ici point de matière à discussion, si ce n'est sur l'œuvre même de ces compositeurs. M. Eslava nous met leurs œuvres sous les yeux en nous disant : Jugez. Nous jugerions ï9S REVUE ET GAZETTE MUSICALE bien mieux encore si nous enlendions de tels ouvrages exécutés comme ils doivent l'être ; mais en s'en tenant même à la simple lecture et à l'imparfaite réduction que peut fournir le piano, nous nous faisons une idée assez juste de tous ces savants conlrapontistes, dont un si grand nombre de productions sont comme ensevelies dans les archives des églises et des couvents. En nous en révélant quelques uns, M. Eslava aura bien mérité de sa patrie et de la musique en général. C'est aussi dans un esprit tout patriotique que M. Mariano Soriano FuerLes a entrepris son Histoire de la musique espagnole, dont l'im- pression, commencée à Barcelone en 1855, vient d'être terminée (1). 11 avait bien indiqué dès le moment où il annonçait son ouvrage et avec une fierté toute castillane, le but qu'il se proposait : « Revendiquer pour notre nation , disait-il , la suprématie de la musique, comme elle la possède dans tout le reste : application de la vapeur à la navigation, de l'électricité à la télégraphie, enseigne- ment des sourds-muets, etc. ; prouver que la patrie des Velasquez et des Murillos, des Lope de Vega et des Calderon, des Gonzalve de Cordoue et des Cortz, a produit dans tous les temps, h toutes les époques tant anciennes que modernes, des musiciens professeurs et compositeurs qui ont inventé, qui ont découvert les secrets de l'art admirable qui civilise les hommes et apprivoise les bêtes sauvages, tel est l'objet du présent ouvrage. » Peut-être plus d'un lecteur se récriera sur tout ceci et deman- dera si tout ce que M. FuerLes donne en cette circonstance pour des faits acquis ne serait pas sujet à discussion : c'est un soin que je laisse à d'autres, en observant cependant que ce début semble annoncer plutôt un plaidoyer en faveur de la musique espagnole qu'une simple histoire de cet art dans la péninsule. Il faut bien avouer qu'en quel- ques-uns de ses chapitres l'ouvrage de M. Fuerlcs n'est pas autre chose. Dans une courte introduction, l'auteur expose comment il s'est dé- cidé à entreprendre une tâche dont il ne se dissimulait pas la difficulté. Fils du directeur de musique de la chambre du roi, il pouvait hardi- ment se présenter dans tous les établissements en invoquant au besoin le nom de son père; il se mit donc en route et visita les principales archives et bibliothèques de l'Espagne ; il s'adressa aussi aux maîtres de chapelle les plus distingués, leur demandant tous les renseignements possibles sur leurs prédécesseurs et sur les ouvrages que pouvaient renfermer les collections dont ils avaient connaissance. Cette circu- laire ne reçut pas autant de réponses qu'en attendait M. Fuerles. Il chercha ensuite quelque appui pour la publication de son travail et n'eut presque partout d'autre réponse que le Dios le ampare! (Dieu ' vous assiste!), parole fort usitée en Espagne et que l'on n'adresse pas toujours aux- seuls mendiants, mais qu'a dû entendre plus d'une fois l'Espagnol étranger à l'intrigue et à la flatterie, qui s'en tient à tâcher de contribuer par ses études et ses travaux à l'honneur de son pays. Sentant bien qu'il ne devait compter sur aucun Mécène, car il n'en est plus de nos jours, M. Fuertes a marché seul, et il a eu le bon- heur d'achever son travail et d'en voir l'édition terminée. Il s'excuse d'abord d'avoir souvent mêlé la poésie à la musique, qui l'une et l'autre ont la même origine et sont basées sur les mêmes éléments. Celte union est incontestable ; mais peut-être l'auteur n'a-t- il pas toujours assez songé qu'ici la musique était le véritable objet du livre et qu'il ne devait régulièrement y être question de poésie que d'une manière accidentelle, et qu'à plus forte raison d'autres connais- sances qui ne se rattachent à la musique que d'une manière acces- soire, ne devaient pas obtenir tant de place, surtout lorsque l'on peut remarquer plus d'une lacune dans ce qui concerne la musique propre- ment dite, et ce que les vicissitudes auxquelles on l'a vue soumise en Espagne peuvent offrir de particulier. (1) Wstoiïa de la musica espanala desde la vcmda de los Fenieios /ias/a cl ano de 1850, par Mariano Somano Fuektes, clc. (Cet ele remplace sept longues lignes de titres.) M. Fuertes croit avec quelque raison que si les musiciens espagnols ne sont point appréciés dans leur pays comme ceux des autres na- tions le sont dans le leur, c'est que l'on y a complètement oublié leurs œuvres et jusqu'à leurs noms, tandis que l'on applaudit quan- tité de mauvaises productions étrangères. L'ouvrage débute par un prologue dans lequel sont reproduites quel- ques-unes des opinions de l'antiquité sur l'origine de la musique. Entrant ensuite dans son sujet, l'auteur expose sur l'origine des sciences et des arts en Espagne et sur l'importance qu'aurait eue dans l'antiquité la musique des Espagnols, des idées dont plusieurs semblent un peu légèrement émises. Fidèle à l'espèce d'engagement pris par lui de relever dans l'opinion publique la musique de son pays, M. Fuertes, dès son premier chapitre, nous montre les Romains, qui, selon lui, préféraient la musique des Espagnols à celle des Grecs; ce serait même, si l'on s'en rapporte à lui, les premiers qui l'auraient enseignée aux Ioniens. En parlant de temps moins éloignés de nous, M. Fuertes prétend que la notation dont on fit usage dans les livres liturgiques à partir du xif siècle, a pris naissance en Espagne et qu'elle est formée de deux anciens alphabets qui à celte époque avaient cessé d'être en usage; elle aurait ensuite passé d'Espagne en Irlande, et se serait communiquée à la France et à l'Allemagne. Dans le chapitre suivant, l'auteur s'occupe des Arabes, qui furent longtemps maîtres d'une partie de l'Espagne, et nous montre les sou- verains de cette nation, de même que les rois espagnols qui leur succèdent jusqu'au règne d'Alphonse le Sage, tous fort appliqués à l'étude de la musique. C'est au règne de ce prince que M. Fuertes attribue l'introduction de la musique vulgaire dans les églises, où elle se présente d'abord sous formes de cantiques et chansons exécutés autant par le peuple que par le clergé, souvent sous une forme dialoguée, et auxquels même se joignait en certaines occasions une danse costumée, où ceux qui l'exécutaient revêtissaient des habits de bergers ou se montraient sous d'autres déguisements. Ce fut aussi l'époque des jongleurs, qui furent alors par ordre du roi divisés en plusieurs classes ; enfin c'est à ce même règne que se rapportent plusieurs beaux manuscrits de poésies nationales, presque toujours accompagnées de la notation, et parmi lesquelles il s'en trouve certainement qui ont le roi lui- même pour auteur. Ce chapitre se termine par des documents assez précieux-sur les instruments de celte époque. Le Portugal, d'une part, et la Provence ou pour mieux dire le Languedoc, de l'autre, touchent à l'Espagne, et l'on ne peut blâmer M. Fuertes de s'être occupé accidentellement de la musique de ces deux pays. On ne peut point excuser de même ce qu'il dit du célèbre Guido d'Arezzo, qu'il suppose avoir voyagé en Espagne et avoir emprunté aux musiciens de la péninsule la plupart des inventions vraies ou prétendues qu'on lui attribue, le tout en donnant pour preuve unique que d'autres écrivains du moyen âge ont aussi voyagé en Espagne, ce qui n'est pas mieux prouvé à leur égard que pour le moine de Pompose. Un autre chapitre est ensuite consacré à la danse. Dans le suivant, l'auteur parle de l'estime que les Allemands ont toujours eue, selon lui, pour la musique espagnole. Plus loin, en s'occupant des compo- siteurs flamands, que l'on regarde partout comme les pères de l'har- monie moderne, il en fait des élèves de maîtres espagnols, et croit même que Philippe du Mont ou de Mons, l'un d'eux, était Espagnol ; puis il parle de la fête des fous, de celle de l'âne, de celle des inno- cents. On ne comprend pas bien le rapport de ces fêtes avec la mu- sique espagnole, quoiqu'il y ait eu en Espagne des fêtes du même genre dont il eût élé à désirer que M. Fuertes nous parlât de préfé- rence avec plus d'étendue, et c'est à peine s'il en fait mention. Notre auteur s'éloigne encore davantage de son pays et de son DE PARIS. 300 sujet quand il nous parle de la musique des Anglais et de celle des Turcs : comme de raison, c'est encore les Espagnols qui l'ont en- seignée aux premiers, ainsi que l'art dramatique. Et sur quoi cette opinion est-elle fondée? Sur ce que, en 1613, lors du mariage de Frédéric V, comte palatin, avec Isabelle, princesse d'Angleterre, fille de Jacques Ier, on exécuta un ballet au palais de Saint-James, où pa- rurent de magnifiques décorations et des danseurs masqués, à l'imita- tion de ce qui s'était pratiqué a Valladolid, en 1605, à la naissance de Philippe IV. A l'égard des Turcs, en adoptant les idées de M. Fuertes, ce ne seraient point les Espagnols qui leur auraient appris la musique, mais tout au contraire ils auraient enseigné à l'Espagne l'art du chant jusqu'alors mal connu, et qui n'avait consisté qu'à chanter à plein gosier. Cette opinion a du moins l'attrait de la nouveauté, et il est bon de savoir sur quelle base se fonde le nouvel historien. Kherif-Edin, auteur arabe d'une histoire véridique de Timour ou Tamerlan, parle avec un certain détail de la musique qui se faisait chez ce prince. Elle se ren- fermait dans quatre modes musicaux : le premier avait pour objet la musique militaire : il animait la valeur des soldats et inspirait la terreur aux ennemis ; le second était celui des chants de triomphe ; le troisième était consacré à la sensibilité, à la tendresse à l'amour ; le quatrième, doux et voluptueux, appartenait aux chansons qui expri- ment les transports passionnés qui accompagnent l'amour. Le mode militaire et le mode triomphal appartenant aux voix d'homme, le mode amoureux était chanté par des castrats, tandis que de jeunes filles exécutaient des danses brillantes ou gracieuses ; enfin le qua- trième se chantait par un chœur de belles femmes. Voici maintenant comment raisonne M. Fuertes. Les modes em- ployés par les Turcs au temps de Tamerlan étant fort simples, ils ne pouvaient donner à leur musique des caractères si différents que par la manière de les exécuter, et ce sont eux qui ont apporté aux Européens l'expression et la méthode de chant, ou tout au moins ces mouvements de la voix et les ornements, qui fil longtemps accuser les Italiens de ne posséder qu'un chant efféminé. Comment cette manière serait-elle entrée en Espagne? M. Fuertes l'explique par une historiette qui peut se raconter en peu de mots. Au temps de la guerre de Tamerlan, plusieurs Espagnols passèrent en Turquie, entre autres deux seigneurs appelés Clavijos, que le sul- tan distingua autant pour leurs talents militaires que pour leur habi- leté en musique ;• les ayant pris en affection, Tamerlan leur fit épouser deux femmes grecques de la plus grande beauté et des plus habiles dans l'art du chant. C'est l'historien Khérif-Édin qui rapporte le fait, et M. Fuertes en conclut que les deux belles Grecques apprirent aux musiciens espagnols à chanter à la manière des Turcs, manière qui fut depuis transportée en. Italie. Ceci se serait passé au temps de Jean II, qui, monté fort jeune sur le trône de Castille, mourut en lh5h, et, pendant les quarante-huit années de son règne, ne cessa de favoriser les lettres, et plus spécia- lement la poésie et la musique. M. Fuertes croit que cela suffit pour que son assertion reste démontrée, et l'appuie toutefois d'une preuve qui, sans doute , n'est pas sans valeur, mais n'en a pas une aussi considérable qu'il paraît le croire. « Lorsque les chanteurs es- pagnols, nous dit-il, cessèrent d'émettre grossièrement le son pour chanter à demi-voix et en employant le fausset, on dit qu'ils chantaient à la turque; et cette expression était encore en usage au commencement du siècle pour désigner toute manière de chanter empreinte d'affectation. » Adrien de LA FAGE. {La suite prochainement.) THEATRE DES BOUFFES -PARISIENS. li'HO'ffEii DE ILA POSTE, Opérette en un acte, de M. Pu. Gilles, musique de M. A. Dufresne. (PremiiTO représentation le 15 novembre 1860.) Il y a peu d'exemples d'un succès aussi persistant que celui d'Or- phée aux enfers. La réouverture des Bouffes s'est faite , il y a deux mois, avec cette pièce, qui touche aujourd'hui à sa 300" représentation. Pendant cette dernière période, les nouveautés, dont le tour est venu, ont eu tout le temps d'achever leurs études préparatoires, et, selon toute apparence, Orphée cédera la place à quelques-unes d'entre elles avant la fin de la semaine. Provisoirement , voici un joli petit lever de rideau qui n'a pas attendu le délai fixé pour ouvrir la marche et qui se contente modestement d'accompagner le déclin de l'opéra en vogue. Depuis l'accroissement des chemins de fer, l'hôtel de la poste est devenu un mythe. Mais, en conscience, si toutes ces étapes antédilu- viennes ressemblaient à celle que dirige Mme Gaspard, les voyageurs auraient tort de les regretter. Celte brave femme, quoique mûre, a bien d'autres billevesées en tête que ses relais. Une aventure de jeu- nesse, dans laquelle figure un beau joueur de guitare, flanqué d'une ballade en vers rococos du temps de la Restauration, a fait sur elle une telle impression, que sa raison ne s'en est jamais complètement , remise. La folle hôtesse est pourtant chargée de la difficile tutelle d'une jeune ingénue qui a eu aussi son petit roman mystérieux dans la pension d'où sa tante l'a tirée depuis peu. Tel est l'état des choses à l'hôtel de la poste, lorsqu'un confrère avise Mme Gaspard de l'arrivée d'une certaine baronne qui s'est échappée du domicile conjugal, pour courir les champs en habit d'homme. Or, un jeune commis du nom d'Athanase Birotteau, celui-là même' qui entretenait une correspondance amoureuse avec la nièce de Mme Gaspard, est arrivé par la malle à l'hôtel de la poste, ettout natu- rellement on le prend pour la baronne. Athanase profite du quiproquo pour avancer ses affaires auprès de Mlle Euphémie ; mais un accident survenu à sesbagag. s révèle son identité, et la tante furieuse le con- gédie tout net. Par bonheur il s'est aperçu des velléités romanesques de Mme Gaspard , et pour l'attendrir , il saisit une guitare et chante sous ses fenêtres une vieille ballade qui lui a été apprise par son oncle. Est-il besoin d'ajouter que cette ballade et cette guitare sont celles qui ont jadis enflammé le cœur de la tendre hôtesse , et qu'à la suite d'une explication , elle consent au mariage de sa nièce, à condi- tion que l'oncle d'Athanase lui sera rendu. Sur ce sujet bouffon, spirituellement traité par M. Ph. Gilles, un jeune compositeur dont les preuves ont été faites, M. Alfred Dufresne, a brodé cinq ou six morceaux sans prétention , qui ont plu générale- ment par leur allure facile et franche. C'est d'abord une gracieuse romance chantée par Euphémie ; puis une joyeuse chanson sur ces paroles : Je suis postillon de la malle ; un petit trio, un quarletto, un dueltino, tous trois remplis d'ingénieux détails, et enfin la ballade comique: Page Isolim, qui a décidé du succès. Le rôle d'Athanase Birotteau est joué par Potel, un débutant qui s'est fait connaître avec avantage au théâtre Lyrique, et qui a été parfaitement reçu par le public des Bouffes-Parisiens. Mlle Beau- doin, qui représente Mme Gaspard, a révélé clans ce personnage des qualités que nous ne lui soupçonnions pas. Jean-Paul est amusant dans un petit rôle de postillon amoureux de sa maîtresse, et Mlle Taffanel s'acquitte très-convenablement de celui d'Euphémie Toute proportion gardée, l'Hôtel de la Poste n'est pas indigne des Valets de Gascogne, que MM. Gilles et Dufresne ont fait récemment applaudir au théâtre Lyrique. 400 REVUE ET GAZETTE MUSICALE LE PREMIER ÉDITEUR DE MUSIQUE EN FRANCE. En tête d'une partition gravée de Lully, on trouve le curieux do- cument qu'on va lire. Extrait du privilège du Roy (1699). « Par lettres patentes du Roy données à Arras, l'onzième jour du » mois de may, l'an de grâce mil six cent soixante et treize, signées » Louis, et plus bas : par le Roy, Colbert ; scellées du grand sceau de » cire jaune; vérifiées et registrées en parlement, le 15 avril 1678 : » confirmées par arrests contradictoires du conseil privé du Roy du » 30 septembre 1694, et 8 aoust 1696, il est permis à Christophe » Rallard, seul imprimeur du Roy pour la musique, d'imprimer, faire » imprimer, vendre et distribuer toute sorte de musique, tant vocale » qu'instrumentale, de tous auteurs : faisant defences à toutes autres » personnes de quelque condition et qualité qu'elles soient, d'euire- » prendre ou faire entreprendre ladite impression de musique, ny » autre chose concernant icelle, en aucun lieu de ce royaume, terres » et seigneuries de son obéissance, nonobstant toutes lettres à ce con- » traires ; ny mesme de tailler, ny fondre aucuns caractères de mu- « sique sans le congé et permission dudit Ballard, à peine de confis- » cation desdits caractères et impressions et de six mille livres » d'amende, ainsi qu'il est plus amplement déclaré esdites lettres : » sa dite Majesté voulant qn'à l'extrait d'icelles mis au commence- » ment ou fin desdits livres imprimés, foy soit ajoutée comme à l'ori- » ginal. » REVUE CRITIQUE. LE ROI »ES AULNES, Ballade de François Schubert, orchestrée par Hector Berlioz. L'Allemagne musicale et littéraire a toujours irrésistiblement attiré Hector Berlioz. Comme critique, il a mis dans ses belles études sur Beethoven, Gluck et Weber autant d'âme que de talent et de sagacité; comme compositeur, il a écrit entre autres la Damnation de Faust. On se souvient qu'à son dernier concert spirituel, donné à l'Opéra- Comique, quelques pages de cette magnifique légende ont excité l'en- thousiasme du public parisien. Ce soir-là, aux applaudissements qui l'accueillaient, il eût pu se croire dans le pays de Goethe et de Bee- thoven, où, jusqu'à présent, il a été le mieux compris et le plus uni- versellement fêté. L'influence de l'Allemagne, pour être la plus marquée, n'a pas été la seule sur l'esprit élevé et original de Berlioz, l'Angleterre l'a aussi bien inspiré : les ouvertures de Waverley, du Corsaire, du Roi Lear, et plus d'une symphonie qu'il est superflu de rappeler ici , témoi- gnent que, tour à tour, il s'est passionné pour Walter Scott, pour Byron et pour Shakspeare. Berlioz trouvait dans le grand mouve- ment littéraire et philosophique qui, en Allemagne et en Angleterre, a précédé la renaissance poétique de la restauration, ce que cher- chaient alors toutes les imaginations ardentes, lasses du faux et du convenu. En attendant les Troyens, dont on se préoccupe déjà beaucoup, et où un vaillant aussi chantera la gloire et les malheurs de l'époux d'Andromaquo; en attendant cette importante partition qui, comme V Enfance du Christ, sera peut-êlre une nouvelle transformation, Ber- lioz vient de faire pour le lïoi des Aulnes ce qu'il avait déjà fait pour Y Invitation à la valse. Il a instrumenté avec le même tact, le même goût, la même discré- tion et la même habileté consommée, l'adorable mélodie de Schu- bert, et une des plus populaires parmi nous. Tout le monde sait que Schubert, s'inspirant de la ballade de Goethe, a fait de cette pièce Lout un poëme musical plein de mélodies ravissantes et, si nous l'osons dire, d'harmonies anxieuses, haletantes, qui montent, qui montent toujours, comme les fantastiques épouvan- tement du pauvre enfant perdu et fasciné par la voix merveilleuse du roi. Malgré la richesse, la hardiesse même de l'harmonie, malgré de fréquentes modulations et de nombreuses dissonances, Schubert a prouvé encore une fois que la véritable science n'était ni obscure, ni laborieuse, ni entortillée : il est resté clair, franc et tonal. Berlioz est évidemment de la famille de Weber, il en est le con- tinuateur; comme lui — ■ Roméo et Juliette, Uarold en Italie et plu- sieurs autres symphonies l'attestent — il aime passionnément la nature, le pittoresque, et sait entendre dans les grands bois les mille harmonies mystérieuses et pénétrantes que l'auteur du Freischùtz en- tendait si bien. Avec V Invitation à la valse, il était donc à l'aise ; avec le Roi des aulnes, il avait de plus la voix à ménager, à soute- nir et à compléter sans l'étouffer. Berlioz, qui, dans son Traité d'instrumentation et d' 'orchestration modernes a si admirablement joint le précepte à l'exemple, a montré en orchestrant celte ballade une exquise sobriété. Tantôt le quatuor seul accompagne doucement les cantabile; tantôt, au moyen d'un des- sin continuel en triolels qui s'apaise et s'élève comme le vent, qui domine toute la composition et passe constamment plein de trou- ble, d'agitation et de rafales, l'orchestre éclate et fait entendre à son tour, en les renforçant, toutes les fureurs de l'orage. Celte orchestration donne à la mélodie une couleur et une physio- nomie nouvelles que Schubert rêva sans doute, mais qu'il ne donna pas à son œuvre. Pour satisfaire à ce point les intelligences délicates, il faut dépouiller toute personnalité et deviner ce qu'eût fait l'auteur. Les difiïcullés de ce travail sont plus grandes qu'on ne pense généra- lement; et c'est pour cela sans doute qu'au théâtre on goûte si peu les trombones, les trompettes et tout le bruit ajoutés à l'orchestre des vieux maîtres. Gustave Péronnet: sonate; six grandes études. Autrefois les rhétoriciens, en sortant du collège, écrivaient tous leur tragédie ; les jeunes harmonistes, en quittant leur maîtrise ou leur conservatoire, composaient leur sonate. Nous avons changé tout cela : aujourd'hui on fait des œuvres écourtées où l'on se dispense de toute science et de toute méditation, des arrangements hâtifs re- produisant toujours, à travers mille variations, le thème à la mode. On dit que la tragédie et la sonate sont mortes. Nous croyons qu'on a eu de bonnes raisons pour les enterrer avant l'heure : il ne fallait pas montrer qu'on ne savait plus leur conserver la vie qu'avaient donnée à l'une, Corneille, Racine, Voltaire ; a l'autre, Haydn, Mozart, Beethoven et Weber. Nous commencerons donc par féliciter M. Gustave Péronnet, lau- réat du Conservatoire, premier prix de piano, si nous ne nous trom- pons, d'être entré dans la carrière par une composition qui témoigne de son respect pour l'art et annonce le désir d'étudier et d'imiter les maîtres. On sent, en lisant cette sonate, que l'auteur s'est épris, comme tant d'autres, des difficultés dont il a triomphé naguère, et qu'il a cru trouver en elles de véritables beautés. Cette sonate ren- ferme d'excellentes parties, des mélodies tantôt heureuses et fraîches; des pensées naturelles et jeunes, mais qui n'offrent pas toujours l'unité, les développements logiques et ingénieux que la forme com- porte. La liberté, la franchise, la hardiesse et l'originalité n'appartiennent DE PARIS. 401 qu'au génie ou à la maturité du talent : aussi aperçoit-on le travail et l'effort, et en l'harmonie est la partie la plus faible. Il y a maintenant des études de mécanisme, des études de style et beaucoup d'autres études encore qu'on a récemment inventées. Pour notre part, nous avouerons ne pas très-bien comprendre ces divisions; nous ne verrions pas d'inconvénient à ce qu'on formât en même temps le mécanisme et le style, comme l'ont fait démenti et Cramer, l'un avec son Gradus ad Parnassum, l'autre avec ses Etudes où l'on remarque de fort belles choses et de très-savantes aussi, ce qui ne gâte jamais rien, quoi qu'on en dise. Evidemment les six grandes études de M. Gustave Péromiet sont plutôt écrites pour certains virtuoses que pour les musiciens sérieux — distinction qu'on est obligé défaire aujourd'hui, puisque foute cette habileté matérielle dispense souvent de sensibilité, de finesse et de poésie. Au seul point de vue instrumental, ces études, difficiles et pleines parfois de jolis effets, sont très-bonnes à jouer; elles deman- dent un excellent mécanisme, des doigts agiles, vigoureux et habiles, surtout à exécuter sans broncher les plus périlleuses octaves. On dit d'un orchestre où nul dialogue ne s'établit, où nul jour ne se fait, où le même placage, la même sonorité durent trop longtemps,- qu'il est lourd et monotone ; on doit en dire autant des pièces de piano dans lesquelles le même effet persiste obstinément sans les oppositions, sans les trêves qui réveillent l'attention et amènent de si beaux contrastes. Ainsi, un fortissimo de trois ou quatre pages, quand il est sans relâche, finit toujours par allanguir l'intérêt et fait désirer ardemment un de ces bons passages plus calmes qui reposent les poignets de l'artiste et les oreilles des auditeurs. M. Gustave Péron- net ne nous semble pas avoir suffisamment évité ce délaut. Le piano est un petit orchestre , et c'est peut-être quand il est traité comme tel qu'on en obtient les effets les plus irrésistibles. Sauf la pureté et l'élégance de la forme, ces études, dédiées à Emile Prudent, rappellent plus d'un morceau de Thalberg, de ce maître qui n'a pu donner à ses nombreux imitateurs ni l'art ni le goût qui distinguent sa manière large et noble. En somme, avec les qua- lités répandues daDS ses études et plus encore dans sa sonate, si M. Péronnet abandonne les tours de force, puérils souvent, fatigants toujours, s'il épure son harmonie, s'il évite les duretés qu'on se croit trop autorisé à permettre dans la musique de piano, il arrivera à satisfaire entièrement ceux qui n'aiment les traits et les difficultés que comme vêlement de la phrase mélodique. Adolphe BOTTE. REVUE DES THEATRES. Tiiéatke-Fiuivçais : la Considération, comédie en quatre actes et en vers, par M. Camille Doucet. Quand le culte de l'or menace de dominer tous les intérêts de la vie, il est bon que d'éloquentes protestations s'élèvent pour rappeler à ceux qui sont trop disposés à l'oublier, que si certains actes échap- pent à la loi, ils n'en sont pas moins justiciables de l'opinion. Bien des gens peuvent être aveuglés par de coupables capitulations de cons- cience, lorsque le silence règne autour d'eux ; mais il en est peu qui soient assez détachés du respect d'eux-mêmes pour résister à la ma- nifestation du blâme et du mépris publics. C'est là ce que s'est proposé M. Camille Doucet en écrivant la comé- die en quatre actes qu'il vient de faire représenter au Théâtre-Fran- çais sous le titre de la Considération. Le but élevé de cette œuvre, honorable à tous égards, nous oblige à entrer dans quelques détails que notre cadre restreint ne nous permet pas souvent d'aborder. Un mariage d'amour et de convenance tout à la fois est sur le point de s'accomplir entre Lucien Dubreuil, fils d'un opulent finan- cier, et Laure Bernard, fille d'un honorable magistrat. Rien ne semble devoir entraver le bonheur des deux fiancés, lorsque tout à coup se présente chez M. Bernard un jeune homme dont le père a été ruiné par les fausses spéculations d'un faiseur d'affaires, qui, moyennant une liquidation de 20 0/0, s'est acquitté envers ses créanciers et a recommencé sa fortune sur nouveaux frais. Or, cet homme, inatta- quable aux yeux de la loi, mais non à ceux de la société, n'est autre que le financier Dubreuil, qui est reconnu par Armand Verdier le jour même où se signe le contrat de mariage de Lucien et de Laure. La révélalion de ce fait qui parvient aux oreilles de Lucien, le cou- vre de confusion et le décide à renoncer à l'alliance de M. Bernard. 11 se taira, il n'adressera pas un reproche à son père, mais, secrète- ment encouragé par sa mère, il essaiera de désintéresser les anciens créanciers de Dubreuil. Pour commencer, il offre à Armand Verdier les 500,000 francs consacrés à son établissement, et, par un noble senti- ment d'émulation, la famille Bernard tout entière prétend concourir à la réhabilitation paternelle tentée par Lucien. Dubreuil apprend enfin ce qui se passe, ses yeux s'ouvrent à la lu- mière; il reconnaît que la considération, dont il a cru jusque-là pou- voir se passer, n'est pas un vain mot, et, faisant amende honorable, il promet d'effacer le passé en méritant l'estime que son fils a si généreusement conquise pour lui. Telle est la donnée profondément morale, que M. Camille Doucet a traitée avec un talent, et l'on peut dire avec, une conviction qui font le plus grand honneur, non moins à son cœur qu'à son esprit. L'action de sa comédie est pleine d'un intérêt habilement gradué et allant parfois jusqu'au pathétique. Les caractères sont en général fort bien tracés, et cette qualité est d'autant plus méritoire qu'ils sont nom- breux. La brièveté de notre analyse ne nous a pas permis de signaler tous les personnages. Ceux dont nous avons parlé, et qui sont les plus importants, n'ont pas besoin d'être expliqués ; l'action les fait suffi- samment connaître ; mais nous constatons qu'ils sont merveilleusement rendus par l'élite de la Comédie française. Régnier est excellent dans le rôle difficile du financier Dubreuil; Geffroy représente le magistrat Bernard avec une rare pe"fection ; Delaunay et Bressant ne laissent absolument rien à désirer dans les rôles de Lucien et d'Armand. Mme Guyon est très-touchante sous les traits de Mme Dubreuil, et Mlle Favart, qui joue Laure, est digne de son fiancé Lucien. Parmi les autres per;onnages , nous citerons celui d'un fruit sec de collège, vieilli dans les bureaux, jaloux de toute supériorité intellectuelle ou sociale, physionomie remarquablement esquissée, et très-bien réussie par Monrose, ainsi que celle d'un agioteur du grand monde auquel Leroux imprime un louable cachet d'élégant persifïlage. De pareils interprètes auraient assuré le succès de la Considération, q.:and bien même cette comédie n'eût pas eu par elle-même les élé- ments nécessaires pour enlever les applaudissements du public. Sa haute portée morale, sa forme essentiellement littéraire, suffisent pour justifier l'accueil qu'elle a reçu. L'auteur du Fruit défendu et des Ennemis de la maison a fait un grand pas de plus dans la carrière. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. „** Au théâtre impérial de l'Opéra, le Prophète a repris mercredi le cours do ses représentations. Gueymard, parfaitement remis des douleurs qu'un refroidissement lui avait causées, a été salué à son entrée de bravos sympathiques. Sa voix, plus belle que jamais, avait profité d'un repos forcé. Mme Tedesco, toujours admirable dans le rôle de Fidès, et Mlle Amélie Iiey, qui remplissait celui de Bertha, ont aussi été fort applaudies. 402 HKVLE ET GAZETTE MUSICALE »% Le d-but d'un nouveau ténor, M. Labat, qui a quitté le professo- rat pour le théâtre, aura lieu dans la Juire. #** M. Mocker vient de renoncer aux fonctions de régisseur qu'il oc- cupait depuis si longtemps. Tout en continuant du reste â faire partie de la troupe de l'Opéra-Comique , l'excellent comédien a du reprendre une liberté devenue indispensable à sa position de professeur du Con- servatoire. Il est remplacé par .M. Leroy. *% Les répétitions générales du Roi Barkouf ont commencé cette se- maine. La nouvelle partition d'Offenbach sera probablement exécutée vers la fin de ce .mois; Mlles Saint-Urbain et Bélia; Mme Casimir, et MM. Warot, Saint-Foy, Lemaire, Berthelier et Nathan rempliront les principaux rôles de l'ouvrage. t** Engagée pour quelques représentations, Mme Marie Cabel a fait sa réapparition, à l'Opéra-Comique, dans la Part du Diable, et l'on s'est repris de plus belle à applaudir aux hardiesses éblouissantes et aux char- mantes mutineries de son chant. Elle a continué la série de ses succès de passage par YEtoile du Nnrd, qui a été représentée vendredi aux ap- plaudissements d'nne salle comble. — Aujourd'hui dimanche, VEtoik du A'urd pour la 251e représentation. „** Mlle Wertheimber a terminé hier la série des représentations extraordinaires du Pardon de Ploërmel. On n'oubliera pas l'essai hardi que la jeune cantatrice a fait de son talent et la nouvelle preuve qu'elle a donnée de son intelligence dans le bel ouvrage de Meyerbeer, qui sera désormais un des plus beaux fleurons de son répertoire en France et à l'étranger. „.% Une représentation doit être incessamment donnée au bénéfice de Mme Cabel; un acte du Pardon de Ploërmel, un acte de Jaijuarita et un acte du Toréador, en composeront le programme. „% On a lu aux artistes de l'Opéra-Comique un opéra en deux actes de M. de Leuven, intitulé André. La musique de cet ouvrage est confiée à M. F. Poise, auteur de Bonsoir voisin et des Charmeurs. L'ouvrage sera joué par MM. Crosti, Ponchard, Prilleux, Ambroise, Mmes Lemercier, Tuai et Casimir. %*% Au théâtre Italien, la Traviita a été reprise jeudi: Mme Penco, Gardoni et Graziani y ont obtenu leurs succès habituels. Hier II Matri- monio s greto avait attiré un brillant public, et dans quelques jours Ron- coni jouera le rôle de Riyoletlo, dans lequel il est, dit on, admirable. **„, Les études d'un opéra-comique, les Deux Cadis, paroles de M. Fur- pille, musique de M. Th. Imbert, viennent de commencer au théâtre Lyrique. MM. Grillon, Wartei, Gabriel et Mlle Faivre en rempliront les différents rôles. *% On termine les combles du théâtre Lyrique, place du Chàtelet. Ce théâtre a trois étages sur le rez-de-chaussée par derrière et sur les côtés. Sur le devant, le premier étage, où sera le foyer, prend à lui seul deux de ces étages. Il a onze croisées de façade sur l'avenue Victoria et au- tant sur le quai de Gèvres, et neuf du côté du levant. „% Le théâtre Déjazet a donné, il y a quelques jours, la première représentation d'une opérette dont la musique est de M. Debillemont. As-tu déjeuné, Jacquot? est un petit acte qui n'a rien de bien saillant comme libretto, mais dont les mélodies sont fraîches et originales; l'ou- verture renferme une mazurka très-réussie, et il y a dans le courant de la pièce une polka charmante. La pièce est bien jouée par JIM. Guf- froy, Halbleib et Mlle Key. *** Roger a commencé la série de ses représentations â Marseille; par le Prophète et la Dame blanche il y a obtenu le succès le plus éclatant. „*„ Le succès do Mlle Masson à la Pergola de Florence, dans le Prophète, a été des plus brillants. Les bravos et les fleurs l'ont accueillie après chaque morceau et surtout le grand air du cinquième acte. Elle doit chanter prochainement dans Norma, où déjà elle a fait ses preuves tant en Italie qu'en Espagne. **„ Mlle Marie Brunet, la brillante élève de Duprez, vient de se rendre à Berlin, où elle est engagée à l'Opéra royal. „,** Voici une note que nous trouvons dans le journal li Patrie, et que nous croyons devoir reproduire: « Il vient de se passer à Berlin un » fait assez étrange, qui intéresse un de nos compatriotes. M. Taure avait o été engagé pour donner une série de représentations sur les théâtres » royaux. Le célèbre baryton, qui a débuté dans Lucrezia Borgia, a été » rappelé trois fois clans un seul acte, et tous les journaux allemands »ont été unanimes à constater lo gYarid succès qu'il a obtenu dans cette » première audition. En dépit de cet accueil chaleureux, le lendemain, » l'artiste reçoit la visite d'un envoyé de l'intendant des théâtres, » M. de Ilûlsen, chargé de lui signifier qu'à l'avenir il ne devait plus » paraître dans la troupe italienne, mais bien dans la troupe allemande «du Théâlre- Royal. Eu présence d'un pareil procédé, AI. Faure crut » devoir refuser, et l'engagement a été résilié d'un commun accord. » La note que l'on vient de lire rectifie jusqu'à un certain point une autre note publiée par plusieurs journaux et dans laquelle, entre autres erreurs étranges, on disait que M. Fauro avait été engagé â Berlin pour chanter le Pardon de Ploërmel, tandis que cet ouvrage ne figurait en aucune façon dans l'engagement de l'artiste français. „% Le concours d'harmonie et de composition pour les classes d'élèves militaires au Conservatoire de musique a eu lieu vendredi, 9 novembre, sous la présidence de M. Auber. En voici le résultat : 1" prix, M. Fleid, élève de M. Bazin; 2e prix. M. Elfrique, élève de M. Bazin. rr accessit, M. SchOn, élève de M. Bazin ; 2° accessit, M. Massât, élève de M. Jonas; 3e accessit, M. Berteu, élève de M. Bazin; 4° accessit, M. Cerani, élève de M Bazin. **„ Le même jour, a eu lieu le concours de solfège pour les élèves militaires également: 1er prix, M. Berteu, élève de M. Emile Durand; 2e prix, M. Uévérand, élève de M. Napoléon Alkan. 1" accessit, M. Delar- roqua, élève de M. Napoléon Alkan; 2e accessit, M. lleid, élève de M. Durand; 3e accessit, M. Apte, élève de M. Alkan. t*„, M. Eugène Provost, auteur de Cosimo , et ancien pensionnaire de France à Rome, vient d'être nommé par S. M. la reine d'Espagne, Isa- belle II, chevalier de l'ordre royal de Charles III. ,,** A la mention que contenait notre dernier numéro sur la tournée artistique du jeune violoniste Sarasate en Espagne, nous ajouterons quelques détails. A Barcelone, où l'élève d'Alard a fanatisé tout le monde, on l'a nommé membre honoraire du Conservatoire. A peine ar- rivé à Madrid, la reine, qui l'avait connu tout enfant, et le roi, l'ont admis auprès d'eux. Dans leur ravissement tout naturel, IX. MM. l'ont surnommé le Puganini espagnol. A son premier concert on l'a rap- pelé huit l'ois : le public était sous le charme, et toute la presse madri- lène s'est accordée à chanter ses louanges. Le jeune Sarasate reviendra cet hiver à Paris pour y donner un grand concert, avant de commencer ses voyages à travers l'Europe. **,, Le Moniteur de Bruxelles contenait récemaient dans sa partie officielle un rapport du ministre de l'intérieur, M. Charles Rogier, que suivait un arrêté royal, en date du 12 novembre, disposant qu'il sera publié « par les soins du gouvernement, une collection des œuvres les plus remarquables des anciens compositeurs belges, traduites en Dota- tion moderne. » „*„ Mlle Bochkoltz-Falconi, l'excellente cantatrice que de nombreux engagements appelaient loin de Paris pendant les vacances, nous est revenue d'une brillante tournée qu'elle a faite en Suisse et en Allemagne ayee le pianiste Auguste Mey, dont la réputation s'est augmentée des succès obtenus pendant ce voyage. Parmi les morceaux de musique mo- derne que la cantatrice a fait entendre dans tous les concerts (on sait que la musique classique ancienne n'y manque jamais), il faut citer l'air de l'Ombre du Pardon et les brillantes variations composées pour elle par Gutave Iléquet, qui ont enlevé le public et fait littéralement fureur. „,*„, C'est mercredi 21 novembre, à onze heures et demie, que l'asso- ciation des artistes musiciens fera exécuter dans l'église Saint-Eustache, à l'occasion de la fête de sainte Cécile, la messe solennelle du maestro Bo- netti, chef d'orchestre du théâtre impérial italien. Les soli seront chantés par les premiers artistes de Paris; les chœurs seront dirigés par .Mil. Charamonte et Uurand, et quatre cents artistes, dirigés par M. Bo- netti concourront h cette solennité religieuse et musicale. Le grand orgue sera tenu par M. Batiste, organiste de l'église de Saint-Eustache. t*H. La collection du Répertoire des orphéons obtient un véritable suc- cès de vogue; les sociétés chorales adressent chaque jour de nouvelles demandes aux éditeurs, afin de se procurer les plus beaux chœurs des partitions les plus justement célèbres; l'Orphéon de la ville de Paris a choisi également dans cette collection brillante les chœurs de la cha- pelle, de la Muette, et celui des Buveurs, du Comte Ory. „.% Mme Marie Lawroff, qu'on a applaudie l'hiver dernier à la salle Herz, est de retour à Paris. Cantatrice de l'ordre le plus distingué, Mme Lawroff est appelée à briller dans nos concerts et dans nos réu- nions musicales de la saison prochaine. *% Nous appelons l'attention de nos lecteurs sur les annonces pu- bliées dans notre numéro de ce jour. Au moment où artistes et ama- teurs préparent leur répertoire de la saison d'hiver, nous ne saurions trop Lur recommander les œuvres nouvelles des pianistes-compositeurs les plus estimés, tels que Franz Liszt, Stéphen Heller, Henri Litolff, Goria, René Favarger, J. Rummel, Magnus, Neustedt, Méreaux, etc. etc. „,% La Société chorale la Teutonia a donné le 10 novembre, dans la salle du Grand-Orient de France, un grand concert en l'honneur de l'an- niversaire de la naissance de Schiller. On a surtout applaudi le beau chœur inédit de G. Meyerbeer, A la Patrie, admirablement rendu parla Société, et plusieurs morceaux exécutés par M. G. Jacobi. Le jeune violoniste a fait beaucoup d'effet avec sa grande fantaisie sur l'Etoile du Nord et sa grande valse de concert. „% Le premier concert de la saison sera donné dans les premiers jours du mois prochain par Joseph Wieniawski dans les salons Pleyel. Nous en donnerons le programme prochainement. a,** Le jury de l'exposition universelle de Besançon vient de confirmer l'immense succès des pianos Herz à l'exposition universelle de Paris (mé- daille d'honneur), en les plaçant hors concours et en accordant â la mai- son Henri Herz le diplôme d'honneur. „*,. Jeudi, entre les belles fantaisies sur les Huguenots et sur Martha, 403 fort bien arrangées et fort bien interprétées, l'orchestre d'Arban a exé- cuté avec sa verve habituelle le scherzo d'une symphonie en soi due à la plume de M. Savari, chef de musique au 34e de ligne. Une facture excellente et de la bonne école, un style où quelques-unes des ressources de la fugue sont employées avec autant d'aisance et de liberté que d'élé- gance et de finesse, une orchestration pleine de vigueur et aussi de délicatesse, telles sont les qualités qu'on a surtout appréciées. Le succès a été assez grand pour que les amateurs de bonne et sérieuse mu- sique désirassent entendre l'œuvre entière. En attendant, nous pouvons dire que ce scherzo, de modulations colorées et piquantes, d'harmonies serrées et riches, est constamment d'une franchise et d'une netteté rares. La sobriété, l'absence de tout bruit exagéré, ont dérouté ceux qui croient à l'influence de l'habitude et de l'uniforme, comme s'ils ne retrouvaient pas tous les jours, au théâtre et même à l'église, ce qu'ils ont coutume de reprocher à la musique militaire. *% Parmi les publications intéressantes, nous signalons en première ligne la Collection des chefs-d'œuvre des grands maîtres, arrangés pour les petites mains par Croisez, Cramer, Alphonse Leduc, P. Norewsky, etc , etc. Cette édition, publiée par Adolphe Catelin, renferme plusieurs séries. La première, qui est en vente, contient les ouvrages suivants : Barbier de Séeille. de llossini; Cenerentola, de lîossini ; Elisire d'Âmore; dePonizetti; Nuzze di Figaro, de Mozart ; Richard Cœur de Lion, de Grétry ; ii'ojmam- bula, de Bellini. *** Depuis 1 664 jusqu'à nos jours, la Comédie-Française possède dans ses cartons les documents les plus curieux sur les origines du Théâtre-Français, sur l'hôtel de Bourgogne, sur la première association que dirigeait Molière. De temps en temps on a fait à ce précieux dépôt des emprunts qui ont vivement excité la curiosité publique. Pour la sa- tisfaire, la Comédie-Française va publier d'une manière régulière ses Archives. La première partie contiendra, assure-t-on, le Registre de La- grange, écrit, jour par jour, par les comédiens, et qui renferme les ren- seignements les plus intéressants, les anecdotes les plus curieuses. On y ajoutera même des fac-similé de lettres, de signatures, de pièces de la plus grande rareté. MM. Régnier, Provost, Guillard doivent accom- pagner ces révélations d'annotations et d'explications nécessaires. Enfin M. Thierry, le directeur, si expert dans toutes les choses qui intéressent la littérature, l'histoire et la bibliographie, se chargera de l'ensemble de la publication. Voilà certes un ouvrage qui ne peut manquer d'être ac- cueilli par d'universels applaudissements. „,% M. Joseph Mayer, artiste de mérite, ancien rival de Levassor, fondateur des Folies-Mayer, aujourd'hui Théâtre Déjazet, vient de mou- rir à Paris. i*^ M. Galiotti (Gustave), ancien directeur du grand théâtre de Napies et agent du théâtre Italien à Paris, est mort vendredi 9 novembre , à l'âge de cinquante-sept ans. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. „*„ Rouen. — La reprise du Pardon de Ploërmel, si délicieusement in- terprété par MM. Méric, Gerpré et Mme Barbot, attire constamment la foule. #% Marseille. — M. Bussine et Mme Biquier-Delaunay ont fait leur premier début dans le Caïd ; cette épreuve leur a été favorable. — Nous avons eu, pour les débuts de Mme Lafranque, une bonne représen- tation de Robert le Diable. M. Depassio a été magnifique dans le rôle de Bertram, et M. Louault a eu plusieurs bons moments dans le rôle de Robert. — Le célèbre, violoniste Sivori se fera entendre prochainement dans plusieurs concerts. On espère que M. Montelli traitera avec ce brillant virtuose. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. „% Bruxelles.— Le succès de la reprise de l'Etoile du Nord dépasse toute prévision. Chaque fois que l'opéra de Meyerbeer figure sur l'affiche, la salle est comble, et dimanche dernier une grande quantité de places ont dû être refusées.— Nous avons eu pour les représentations de la semaine les Dragons de Villars et Guillaume Tell. Une débutante, Mme Hiller-Mitchell, a subi sa première éprouve daus le rôle de Mathildo. Ce début a été heureux. *** Bruges.— On a repris dimanche dernier li Muette de Poriici devant une salle comble.— A bientôt la première représentation du Pardon de Ploërmel. **t Gand. — On a repris dimanche les Dragons de Villars. Audran a parfaitement chanté le rôle de Sylvain, et la romance du premier acte lui a valu les suffrages de la salle tout entière. Mlle Kperche est char- mante sous les traits de Rose Friquet. — Les Pantins de Violette ont ob- tenu beaucoup de succès. „*„ Anvers. — A la représentation de gala qui a eu lieu en présence du roi et de la famille royale, on a donné Martha. L'opéra de Flotow a été interprété de la façon la plus distinguée. **„ Londres. — Les Huguenots, l'œuvre de prédilection des Anglais, fait chaque soir salle comble au théâtre de Sa Majesté. Mlle Titjens est une magnifique Valentme., et Giuglini l'un des meilleurs Raoul. Le succès qu'obtiennent ces artistes après le fameux duo du quatrième acte est prodigieux. Robin Hood continue sa carrière brillante et alterne avec les Huguenots et Don Giovanni. — Dinorah, Lurline, la Rose de Castille et les Diamants de la couronne ont été représentés cette semaine à Covent- Garden. — La grande manufacture de pianos de la maison Chappel vient d'être détruite par un incendie. **„ Stuttgart, 44 novembre. — Hier a eu lieu ici la première repré- sentation du Nid de Cigogne, opéra de Vogel, composé pour Bade et joué l'année dernière. C'est sans contredit la meilleure œuvre musicale que l'on ait écrite pour cette ville. La partition, fraîche et animée, rappelle souvent ce que nous appelons en Allemagne la vieille école française dont l'auteur a su rajeunir les formes en la relevant par des accom- pagnements d'une élégance remarquable. C'est sur la demande, du roi que l'ouvrage a été donné ; l'auteur était venu pour en diriger les répé- titions. Le succès a été complut; plusieurs morceaux ont du être répé- tés, et après la représentation, M. Vogel a été obligé de se montrer sur le théâtre où les applaudissements l'ont accueilli. L'exécution n'avait rien laissé à désirer pour l'orchestre ni pour les chanteurs. Mme Mar- low a obtenu un succès d'enthousiasme, surtout dans la romance où elle exprime le désir de voir revenir la cigogne, ainsi qne M. Schûtky dans la grande scène mélodramatique. Pourquoi donc l'Opéra-Comique ou le théâtre Lyrique dédaigneraient-ils de faire connaître cet ouvrage au public parisien ? — On prépare plusieurs grands concerts dans la nou- velle salle du Kœnigsbau (palais royal), ce magnifique monumenteonstruit par notre célèbre architecte Leins, à qui le roi a hautement témoigné sa satisfaction. „,*„ Berlin. — Au théâtre Victoria, on a donné pour la première fois la Traviata, de Verdi. Mme de Lagrange, qui débutait dans le rôle de Violette, y a fait preuve d'une habileté prodigieuse, qui, jointe à un jeu plein d'énergie, a produit un effet immense. Après la célèbre can- tatrice, qui a reçu de nombreux témoignages de sympathie enthousiaste, on a remarqué Délie Sedie, chargé du rôle de Georges Germonti. Un nouveau ténor, Danielli, a interprété sans grand succès le rôle si im- portant d'Alfred. — Mlle Trebelli n'a pas accepté l'engagement que lui avait offert l'Opéra de la cour. — La Schiller-Marsch a été exécutée avec le plus grand succès, à l'occasion de la fête du 10 novembre, organisée par la Société le Schiller-bund. *** Hambourg. — Une jeune cantatrice pleine de talent et d'avenir, Mlle Spannagel, vient de succomber à un empoisonnement par impru- dence. Des allumettes chimiques étaient tombées dans son café, qu'elle prit immédiatement après les avoir enlevées : trois jours après, Mlle Spannagel avait cessé de vivre. Elle avait paru pour la dernière fois au Thalia-Theater, à Hambourg. *% Munich. — L'association des membres de la chapelle royale, connue sous le nom d'Académie de musique, a célébré, le e Pardon de Ploérmcl. 4. fflartba. ' c. Le Postillon de Lonjumeau. Prix de chaque : 6 fr. LENE FIYARGEB lies HBiss«ae«aiftM, Op. 44. — Fantaisie. — 9 fr. MartHa, Op. 43. — Fantaisie. — 9 fr. L'Escarpolette, Op. ûl. Morceau de salon. 7 f. 50. le Comte Ory , Op. 43. — Fantaisie. — 9 fr. Lue Clianson d'autrefois, Les Travestissements, Op. 87. — Arabesque. — 6 fr. Op. 86. —Gavotte variée.— 6 fr. Inquiétude, Op. 95. — Andante. — 0 fr. Romance , Op. 8Zi. — Etude. Op. Z|2. — Câlinait, grande valse de salon. — Prix: 7 fr. 50. J Op. 88. —Au bord de la mer, barcarolle à quatre mains. — 9 fr. STÉPMEtM HELLER Tableau de genre, Dédié à son cher maître M. Antoine Halrn, de Vienne. Op. Oit. — Prix : 9 fr-. CHARLES JELTSCH Le Bouquet de la fiancée (Lï biu bouquet), Caprice sur un chœur national namurois, de Nicolas Bosret. Op. 7. — Prix: 7 fr. 50. Jlne ff. Le Pardon de Ploernsel, de MEYERBEER, Op. 28. Transcription variée. Prix: 6 fr. Mo Magiiiis Le Pardon «le Ploermel, de MEYERBEER, Op . 72 . Fantaisie-caprice. Prix : 9 fr . A. VINCENT Convenir d'Amérique (îankee DoodleJ, Air varié de Vieuxtemps, transcrit pour le piano. — Prix: 6 fr. H. VALIQÎJET Souvenirs des Dragons de Villars, Petite fantaisie militaire sur des motifs d'A. Maillart. — Prix : 6 fr. Op. 45. — Villanelle. — Prix: 5 fr. JD. MM Mj G Op. 127. — Souvenir du Tyrol. — Prix : 6 fr. Mon paradis, Andante grazioso. — Op. 87. Prix : 6 fr. i Constance, Allegretto. — Op. 86. — 6 fr. Vivacité, Caprice-galop de concert. Op. 95. Prix : 7 fr. 50. Un Rêve, Andante. — Op. 84. — 6 fr. SOUVENIR A MA CHAUMIERE Prix : S fr. LA PRIERE D'UNE VIERGE Arrangée à i mains. Prix : 6 fr. ©ou ce rêverie. Prix : U fr. Mazurka. Prix : b francs. MUSIQUE DE DANSE: Quadrille sur des chansonnettes comiques de Lhuiller, Offenbach et Marc Chautagne, Pour le piano. Par A 16 BAX. Prix : h fr. 50 Quadrille sur les motifs de l'opéra-comique de Alfred Dufresne, Pour le piano. Par STRAUSS. Prix: û fr. 50. POUR PARAITRE PROCHAINEMENT Iinipronifilu. — (Miiïr de lune. — Souvenance. — Ballade. — Polka caractéristique. — Valse élégante. (OEuvre posthume) Fantaisie biillunlr sur DOS Jl U, de Mozart FRANZ LISZT Arrangement en MORCEAU Ris t'OA'CERT pour le piano, de la COMPOSÉE PAU G. MEYERBEER km ci vn:\i i. m ;\ UOl.ECKV i CB, BUE lïERCÈnE. 20. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. IV? 48. 2Î> Novembre 1860. ON S'ABONNE 1 Dana les Dépnrtements et à l'Wr.'inger , chez tou» les Morchnnds de Musique, les Libraires, et aux Sureaux dus Messageries et dee Postes. REVUE PRIX DE L'ABONNEMENT : Paris 24 (r. par an Départements, Belgique et Suisse. .. 30» id. Élran3er 34 » id. Le Journal paraît le Dimanche. GAZETTE MUSICAL - ~rW\T JW\i\AA/V^ LA REVUE ET GAZETTE MUSICALE OFFRE, A L'OCCASION DU NOUVEL AN, Quatre Prime® - Etreintes (iseo-iseï) MUSIQUE DE PIANO : LES ROMANCES SANS PAROLES Pour le Piano, MENDELSSOHN Réunies en un volume im-&° (36 morceaux) PREMIER VOLUME DE LA NOUVELLE PUItl.ICATION DU RÉPERTOIRE DE MUSIQUE CLASSIQUE DE PIANO DEUX BEAUX PORTRAITS Photographiés d'après des gravures du temps , par Petit et Xrinquart. FORMAT DIT Cartes tle visite. MUSIQUE DE CHANT NOUVELLES MÉLODIES Avec accompagnement de Piano, Paroles de VICTOR HUGO, TH. GAUTIER ET S. NIBELLE Musique de (2e série de ses mélodies) Formant un llbuiu de chant, format in-4". A partir du 15 décembre, ces Primes seront remises aux anciens abonnés qui renouvelleront leur abonnement et aux personnes qui en prendront un nouveau. SOMMAIRE. — Association des artistes musiciens et Association philanthropique des artistes de l'Académie impériale de musique, par Adolphe Botte. — Premier voyage artistique de Spohr, traduction de J. Duesberg. — Bio- graphie universelle des musiciens: Alard, par Fttis père. — Paganini et Paér. — Nouvelles et annonces. ASSOCIATION DES ARTISTES MUSICIENS. Messe de Sainte- Cécile à Saint -Eustaclie. Les musiciens n'ont point encore cessé de fêter sainte Cécile ; il faut même espérer que, malgré les progrès de la philosophie et bien d'autres progrès encore, ils resteront fidèles à cet antique usage et qu'ils reviendront toujours h l'église, ne fût-ce que par reconnais- sance ; caries beaux-arts, en général, et la musique en particulier, lui doivent d'immortels chefs-d'œuvre. Donc, mercredi, à Saint-Eus- tache, une messe de M. Bonetti était exécutée au profit de l'Associa- tion des artistes musiciens qui, ou ne saurait trop le dire, doit tant à la haute intelligence, au caractère élevé et au noble dévouement de M. le baron Taylor. Pour rendre compte de cette messe, nous n'évoquerons pas les ombres de Palestrina, de Roland de Lassus, de Marcello, etc., d'abord parce qu'en parlant de ce glorieux passé de l'art, on s'attache seu- lement aux œuvres impérissables, parce qu'on oublie volontiers tout ce qui, dans le même système, avec les mêmes moyens et la même harmonie, a été écrit de médiocre par les musiciens sans génie; en- suite parce que tous ceux qui ont essayé de retourner aux anciens ont fait de l'archaïsme, et n'ont retrouvé ni la naïveté, ni la croyance, ni la simplicité, ni l'esprit d'autrefois. Dans le tableau de Raphaël, sainte Cécile semble fouler aux pieds, comme indignes, les flûtes, les violons, etc., toutes les voix mau- dites de l'art profane , et paraît donner raison à ceux qui disent qu'à l'église tout est sensuel excepté l'orgue. Malgré cela, et en dé- pit des plus pures théories, il y a bien longtemps que l'orchestre re- tentit dans le sanctuaire, et nous serions fâché qu'il en fût autrement. D'ailleurs, la tonalité moderne, transportée à l'église, n'est pas seule, 406 REVUE ET GAZETTE MUSICALE; n'est pas même coupable du tout des excès et des inconvenances qu'on lui altribue. Le Kyrie de la messe de M. Bonetti, écrite pour deux soprani, deux ténors et une basse, est un andantino à 6/8 où abondent, comme dans presque toute la partition, et nous parlons d'abord des choeurs, le chant syllabique et l'harmonie plaquée. Dans le Gloria, plus franc que distingué, nous avons retrouvé l'éternel grupello qu'on emploie dans tous les opéras, dans toutes les situations tristes ou gaies. La pauvreté de certaines marches d'harmonie, l'abus de certaines rosalies qui, sur ces mots, par exemple : Lavdamus, adoramus, des- cendent toute une octave avec une grande uniformité, donnent de la lourdeur et de la monotonie à ce morceau le plus développé de tous, et celui aussi qui manque le plus d'unité. 11 y a encore beaucoup d'unissons; il y en a même trop : on en trouve au Filins Patris, on en trouve encore au Domine Detts qui, par pa- renthèse, rappelle singulièrement la marche du sacre du Prophète. Le style fugué n'est pas plus employé dans le Credo que dans le Gloria. Le Sanclus est d'un assez beau caractère ; seulement, on y retrouve encore des unissons et des rosalies qui sentent l'opéra bouffe, de fa- çon à ne pouvoir s'y tromper. Les chœurs AtYAjgnus Dei ont des velléités de style sévère. Les voix n'entrent point lourdement ensemble ; elles se succèdent, elles s'ap- pellent, et leur réunion n'en a que plus de charme et de puissance : malheureusement, les soli ne sont autre chose qu'un charmant duo, un charmant nocturne, où Mines Alboni et Penco ont prodigué les accents séduisants, les roulades italiennes qu'elles ont coutume de faire applaudir au théâtre. Les arpèges harmonieux des harpes qui accom- pagnent ces cantilènes, ne sont ni assez riches ni assez variés. Certes, les deux cantatrices ont fait merveille, et pourtant leurs points d'orgue si bien exécutés sont, comme composition, sans pré- cédent dans nos églises. M. Bonetti, pensant probablement aux beaux talents de Mmes Alboni et Penco, de MM. Badiali et Gardoni, aux mérites divers des artistes qui devaient interpréter son œuvre, n'a pas ménagé les soli. Il y en a que peut-être nous aimerions ailleurs, mais qui, là, ne nous paraissent point à leur place. Quant à l'ensemble harmonique de celte composi- tion, il est peu remarquable. Les parties n'ont souvent aucun intérêt mélodique ; elles sont massées sans beaucoup d'art, et manquent, en général, de ces élégants dessins, de ces figures de contre-point, de ces ombres que los maîtres distribuent avec autant de science que de goût, et qui jouent un rôle si important dans leur style. Comme mé- lodiste, l'auteur est loin d'être original. On sent que ses souve- nirs dramatiques le pressent de toutes parts. Il n'est pas, du reste, le premier chef d'orchestre avec lequel on soit obligé de faire la part d'assez nombreuses réminiscences. En somme, l'œuvre de M. Bonetti est chantante, mais elle manque des développements savants que le style sacré permet, à ce que disent les uns, exige, à ce que disent les autres; elle est remplie de soli gracieux et expressifs, mais elle est pauvre d'harmonies distinguées , et ne révèle aucune connaissance des artifices du contre-point. Le maestro conduisait lui-même son orchestre. Les chœurs, dirigés par MM. Chiaramonle et Hurand, ont marché avec beaucoup d'ensem- ble. Indépendamment des célèbres solistes que nous avons cités, tout le monde a apporté à cette remarquable exécution autant de zèle que de talent. M. Edouard Batiste, qui touchait le grand orgue, s'est par- ticulièrement distingué. La journée a dû être bonne pour la caisse de secours de l'associa- tion, car une foule nombreuse s'était rendue à cette fête musicale, où l'art embellissait encore la charité. ASSOCIATION PHILANTHROPIQUE DES ARTISTES DE L'ACADÉMIE IMPÉRIALE DE MUSIQUE. Messe de Chernbinl à la Madeleine. Mardi, trois cents artistes, conduits par MM. Dielsch et Vauthrot, ont exécuté à la Madeleine la messe que Cherubini composa pour le sacre de Charles X, ce qui prouve que les musiciens ont aussi leur manière d'écrire l'histoire. C'était une véritable solennité musicale. En choisissant l'œuvre de l'illustre compositeur, les membres de l'as- sociation philanthropique des artistes de l'Opéra ont montré que pour faire la quête bonne, ils ne comptaient pas seulement sur une belle exécution et sur la distinction, la jeunesse et la grâce de leurs quê- teuses. Sans rechercher aujourd'hui si l'âme chrétienne trouve dans la mu- sique de Cherubini tout ce dont elle a besoin, on peut affirmer que celle musique est non-seulement pleine de science, exquise de forme; mais encore qu'elle est noble et grande. Cette messe se distingue , comme toutes celles du maître, par une facture large, par un style d'une pureté achevée, par un art profond qui sait tirer des voix et de l'orchestre tout ce qu'ils ont d'harmonieux et de puissant. Nous ne voulons certes pas établir un parallèle entre la messe de Cherubini et celle de M. Bonetti. Pourtant il serait intéressant de voir combien en Italie aussi le grand style, les grandes formes harmoni- ques sont délaissés ou ignorés. De ces deux Italiens, l'un représente l'imagination guidée, épurée et élargie par un immense savoir ; l'autre, l'imagination facile, livrée aux caprices et dégagée de ce qu'on appelle les lisières de la science. Tous les gens de goût qui, la veille, s'étaient rendus à la Madeleine, ont pu se demander à Saint-Eustache où était la vérité, le beau que nous cherchons tous, où était la justice des reproches qu'on ne cesse d'adresser à cette pauvre fugue qui n'est pas cause assurément de la stérilité de certaines inspirations. Le Lauda Sion de Cherubini a été chanté par les sœurs Marchisio avec un goût, une simplicité de méthode, une intelligence, une pureté rares. On reconnaît chez ces jeunes filles presque aulant de qualités innées que détalent. A ces accents naturels et justes, à cessons ve- loutés, doux et moelleux, à ce fini de nuances, enfin à ce charme irrésistible, on devinait sans peine des voix italiennes. A présent, peu de chanteurs savent remonter aux inspirations d'un autre âge. Michot, dont la jolie voix a laissé souvent désirer plus de justesse et de sûreté, ne nous semble pas avoir saisi le style que demande la musique de Slradella. Il s'y est montré inégal et mal à l'aise. Mû par la pensée fraternelle qui le réunissait, l'orchestre a été excellent. L'organiste de la paroisse, M. Saint-Saens, a fait apprécier plusieurs fois le goût sobre, fin, châtié, la manière correcte et sévère qui ca- ractérisent son talent. Adolphe BOTTE. PREMIER VOYAGE ARTISTIQUE DE SPOHR (l . Louis Spohr naquit le 5 avril 1784 à Brunswick. Deux ans après sa naissance, son père alla s'établir comme médecin à Séesen , petite ville des environs. C'est là que le jeune Louis passa son enfance ; puis il séjourna quelque temps dans la maison de son grand-père, mi- nistre protestant à Woltershausen, et puis enfin il partit pour Bruns- wick. Dans cette résidence il prit des leçons de violon d'abord chez (1) Extraits de V Autobiographie de Spohr. DE PARIS. 407 le musicien de la chambre Kunisch , puis chez le maître de concert Maucourt; il fut initié aux éléments de l'harmonie et du contre-point par l'organiste Hartung. « Grâce à l'enseignement de M. Maucourt — dit Spohr dans son au- tobiographie — j'étais pour mon âge d'une certaine force sur le vio- lon. Cependant mes frères et sœurs grandissaient, et il devenait impos- sible à mon père de subvenir plus longtemps aux dépenses qu'occa- sionnait mon séjour à Brunswick. Au bout d'un an il lui sembla que je devais avoir fait assez de progrès pour être à même de chercher fortune comme artiste voyageur. Il se décida, par conséquent, à m'en- voyer d'abord à Hambourg, où il avait des connaissances pour les- quelles il pouvait me donner des lettres de recommandation. » Habitué à obéir à mon père en toutes choses, tout disposé d'ailleurs à me regarder comme un prodige, je ne fis point d'objection. Envoyer au hasard dans le monde un enfant de quatorze ans, abandonné k lui- même, c'était sans doute une idée très-aventureuse ; ce projet trouve son explication dans le caractère entreprenant de mon père , qui dès l'enfance, réduit à ses seules ressources, avait fait ses études sans recevoir le moindre secours de la maison paternelle. » Me voilà donc, le gousset assez faiblement garni, en route pour Hambourg, dont le mouvement et les grands navires avaient fait une vive impression sur moi lors d'un premier voyage. Plein de con- fiance et d'espoir, je me rendis chez le professeur Bûsching, auquel mon père m'avait adressé. Hélas! mes espérances ne tardèrent pas à s'évanouir. Après avoir lu la lettre avec un étonnement toujours crois- sant, il s'écria : « Votre père est toujours le même! Quelle folie! laisser courir ainsi un enfant à travers le monde ! » Puis il m'expli- qua comment, pour donner un concert à Hambourg, il fallait avoir un nom déjà célèbre ou tout au moins avoir de quoi payer les frais d'avance, ajoutant qu'au surplus, dans la belle saison où les familles aisées habitent la campagne, un tel projet était de tout point inexécu- table. Je restai anéanti devant ces explications; il me fut impossible de proférer une syllabe, et j'avais de la peine à retenir mes larmes. Je pris congé sans mot dire, et désespéré, sans songer à remettre mes autres lettres de recommandation: je courus à mon hôtel. La certi- tude que mes moyens pécuniaires suffiraient à peine pour quelques jours me frappa d'un tel effroi, que je me croyais déjà entre les griffes des vendeurs d'âmes (racoleurs), contre lesquels les récits de mon père m'avaient mis en garde. Je pris résolument mon parti : j'embal- lai mon violon et mes effets dans ma malle, les fis porter aux mes- sageries après y avoir mis mon adresse à Brunswick, et me mis en route à pied pour cette ville. Ce qui me restait, après avoir réglé mes compLes, suffisait pour me défrayer en roule. » Après avoir fait quelques lieues, je commençai à regretter ma pré- cipitation — mais il était trop tard. J'étais profondément affligé, sur- tout en pensant à la réception que me ferait sans doute mon père ; lui, homme d'énergie et de résolution, il ne manquerait pas de me traiter de poltron, d'enfant irréfléchi. A force de chercher un moyen de m'épargner cette humiliation, il me vint l'idée de m'adresser au duc de Brunswick, et de lui demander soit un emploi dans sa chapelle, soit une subvention qui me mît à même de continuer mes études. Je savais qu'il avait appris à jouer du violon, et j'espérais, par consé- quent, qu'il apprécierait mon talent. « Quand il t'aura entendu exécuter » un de tes concertos, me dis-je à moi-même, ta fortune sera faite. » » Dès mon arrivée à Brunswick, je rédigeai une pétition. Je savais que- le duc se promenait tous les matins dans les jardins du château. J'allai l'y chercher, ma pétition dans ma poche; il voulut bien pren- dre le papier que je lui présentais. Après y avoir jeté un coup d'oeil, il m'adressa des questions au sujet de mes parents, et de mes maîtres; j'y répondis sans me déconcerter. 11 me demanda également qui avait rédigé ma supplique. « Eh ! quel autre que moi? Je n'ai pas » besoin qu'on m'aide pour ces choses-là, » lui répondis-je, blessé des doutes qu'il manifestait à l'égard de mon instruction. Le duc me dit en souriant : « Viens me trouver demain à onze heures au château; » nous causerons de ta pétition. » » Le lendemain, à onze heures précises, je me trouvai en présence du valet de chambre, que je priai de m'annoncer. «Quiest-il? » me demanda celui-ci d'un ton assez bourru. En allemand, quand on adresse la parole à des gens de condition inférieure, on emploie la troisième personne du singulier au lieu de la troisième personne du pluriel. « Je ne suis point un II, le duc m'attend, et il (en m'udressant au valet de chambre) doit m'annoncer ! » lui répondis-je tout indigné. Le valet de chambre alla m'annoncer, et je fus introduit avant d'avoir eu le temps de me remettre de mon émotion. « Altesse, votre valet de chambre me traite « de II; que cela n'arrive plus , je vous prie. » Telles furent les pre- mières paroles que j'adressai au prince en entrant. 11 partit d'un éclat de rire et me dit : « Allons, calme-toi, ça ne lui arrivera plus. » Après m'avoir adressé plusieurs questions : « Je me suis informé de « tes dispositions musicales auprès de ton maître Maucourt, » continua le duc; « je suis curieux maintenant de t'entendre jouer une de tes compositions , cela pourra se faire au prochain concert chez la du- chesse. J'en ferai prévenir le maître de chapelle Schwanenberger. » Ivre de joie , je quittai le chàleau, et courus chez moi ; dès lors je me préparai assidûment pour la solennité. » Ces concerts à la cour avaient lieu une fois par semaine. Ils répu- gnaient beaucoup aux artistes de la chapelle ducale, parce que, pen- dant l'exécution de la musique , selon la mode du temps, on jouait aux cartes. Or, pour n'être pas dérangée au jeu, la duchesse avait, donné ordre à l'orcheïtre de toujours jouer piano. Le maître de cha- pelle avait par conséquent banni les timbales et les cuivres , et veil- lait sévèrement à ce que l'on n'entendît jamais éclater -le moindre forte. Comme cela était difficile clans les symphonies, par surcroît de précaution la duchesse avait fait étaler sous l'orchestre un épais tapis, pour amortir le son, si bien qu'on entendait ces mots : « Je joue, je passe, » beaucoup plus distinctement que la musique. » Mais le spir où je débutai, les tables de jeu et le tapis avaient dis- paru. La chapelle, ayant appris que le dur. y serait, s'était préparée convenablement et tout alla au mieux. Quant à moi, sachant que mon avenir dépendait du succès que j'obtiendrais, je jouai avec un véri- table enthousiasme, et j'eus tout lieu de croire que j'avais surpassé l'attente du duc, car il me cria : bravo J à plusieurs reprises, et quand j'eus fini, il vint à moi et me frappa sur l'épaule en me disant : « 11 » y a là du talent ; j'aurai soin de toi. Viens me voir demain. » Je courus au logis informer sur-le champ mes parents de mon bonheur : la joie et l'agitation m'empêchèrent longtemps de m'endormir. » Le lendemain, le duc me dit : « Il y a une place vacante à la cha- » pelle, je te la donnerai. Travaille et conduis-toi bien. Si au bout » de quelques années tu as fait des progrès, je t'enverrai auprès de » quelque grand maître, car ici il le manque un grand modèle. » Ces dernières paroles me frappèrent d'étonnement ; jusqu'alors le jeu de mon maître Maucourt m'avait paru le comble de la perfection. » C'est ainsi qu'en entrant dans ma quinzième année je fus nommé musicien de la chambre. Le rescrit, qui fut expédié plus tard, était daté du 2 août 1799. Le traitement (100 thalers par an) était mo- dique, mais avec de l'économie et avec l'argent que je gagnai de côté et d'autre, il pouvait suffire, et dorénavant je n'eus plus besoin de recourir à l'assistance paternelle; — j'eus même le bonheur de pou- voir aider mes parents à élever les autres enfants en prenant avec moi mon frère Ferdinand, plus jeune de huit ans, qui avait du goût et du talent pour la musique, et en lui donnant des leçons. Désormais la vie du jeune musicien de la chambre fut îles plus actives. Je jouai aux concerts, à la cour et à l'orchestre du théâtre, où depuis peu de temps on avait engagé une Société de chanteurs et d'acteurs français, de sorte que je connus la musique dramatique française avant celle de l'Allemagne, ce qui ne fut pas sans influence sur les compositions que j'écrivis à cette époque. Enfin, comme pour 408 REVUE ET GAZKITE MUSICALE le temps de la foire, on avait également appelé de Magdebourg une troupe chantante allemande, je fus initié aux magnificences des opé- ras de Mozart, qui resta mon idole et mon modèle pour le reste de ma vie. « Au bout d'un certain temps, il fut question de trouver un maître potr Spobr. Viotti, qui faisait le commerce des vins à Londres, re- fusa. Ferdinand Eck, à Paris, avait épousé une riche comtesse de Munich et ne se souciait guère de donner des leçons. Il proposa son frère, Franz Eck, et Spohr fut envoyé auprès de lui pour six mois à Saint-Pétersbourg. J. DUESBERC. BIOGRAPHIE UNIVERSELLE DES MUSICIENS P»r I\-J, Fétis. {Deuxième édition, entièrement refondue et augmentée de plus de moitié.) ALARD (DELPHIN). Alard, professeur de violon au Conservatoire de Paris, et compo- siteur pour son instrument, est né à Bayonne, le 8 mars 1815. Un penchant irrésistible pour la musique se manifesta en lui dès ses premières années. A l'âge de trois ans il suivait avec bonheur les corps de musique militaire qui se rendaient sur les places. Son père, amateur passionné, encouragea son penchant, et lui fit étudier la musique vocale. Dès qu'il fut en état de lire à première vue les sol- fèges de tout genre, on lui mit entre les mains un violon véritable, au lieu de ceux qu'il improvisait auparavant avec tout ce qui lui tom- bait sous la main. Un professeur de quelque mérite lui fît étudier de bonne musique; et ses progrès furent si rapides, qu'à l'âge de dix ans il joua un concerto de Viotti dans une représentation extraor- dinaire, au théâtre de Bayonne. L'effet qu'il y produisit fut tel, que des amis de sa famille engagèrent son père à lui faire continuer ses études musicales à Paris. Il y arriva environ dix-huit mois après, et fut admis, en 1827, à suivre le cours de violon de Habeneck, comme auditeur. Une de ces circonstances inattendues qui exercent souvent une grande influence sur le sort des artistes le fît admettre à concourir pour le prix en 1829; car, au moment de l'épreuve, le courage fail- lit à un élève de Habeneck. désigné pour le concours; il se retira, et Alard, qui avait étudié en secret le concerto d'après les indica- tion du maître, mais sans avoir eu de leçons personnelles, se pré- senta, étonna le professeur, et remplaça son condisciple au concours. Sa témérité fut heureuse ; car le deuxième prix lui fut décerné â l'unanimité ; et dans le cours de l'année suivante, il emporta la palme sur tous ses concurrents, également par une décision unanime du jury. Admis en 1831 dans le cours de composition de l'auteur de cette notice, il le suivit pendant deux ans, jusqu'à l'époque où le profes- seur donna sa démission pour prendre la position de maître de cha- pelle du roi des Belges et de directeur du Conservatoire de Bruxelles. C'est dans ces deux années d'études que Alard a acquis la manière d'écrire élégante et pure qui distingue ses compositions. Entré à l'orchestre de l'Opéra en 1831, il n'y resta que deux années, parce qu'il voulut se préparer une meilleure position en se faisant entendre dans les concerts. Jouant, en 1831, à la Société des Concerts, dans la salle du Conservatoire, la polonaise d'Habeneck, en présence de Paganini , qui venait d'arriver à Paris, ce grand artiste loua beaucoup son talent, et ajouta ces paroles remarquables : Si les élèves jouent comme cela ici, comment donc doivent jouer les maî- tres? Dans un autre concert où Alard venait de se faire entendre, Paganini, qui déjà éprouvait pour lui un vif sentiment de bienveil- lance, lui fit don du bouquet qui lui avait été offert par une dame à son entrée dans la salle. En 1840, Alard entra dans la musique du roi, dont il devint pre- mier violon, après la mort de Baillot. Il remplaça aussi cet artiste illustre, en 1843, comme professeur de violon dans ce même Con- servatoire où il avait commencé ses sérieuses et fructueuses études seize ans auparavant. En 1850 il a reçu le diplôme de chevalier de la Légion d'hon- neur. Il est aujourd'hui violon solo de la chapelle impériale. Le ta- lent de cet artiste, parvenu à sa maturité, a pour caractère distinctif l'alliance entre les qualités classiques de l'ancienne et grande école avec les innovations du mécanisme de Paganini et d'autres virtuoses de l'époque actuelle, particulièrement en ce qui concerne la main gauche. Grand musicien, nourri des beautés de la grande musique, il est un digne interprète des œuvres de Haydn, de Mozart et de Bee- thoven, et, dans le solo brillant, il a des hardiesses et des délicates- ses qui semblent devoir le classer parmi les violonistes d'exception destinés spécialement à jouer dans les concerts. Quoique jeune encore, il a beaucoup écrit pour son instrument avec accompagnement d'orchestre, de quatuor ou de piano. Ses œuvres publiées jusqu'à ce jour sont celles-ci : 1° lr% 2e et 3e fantaisie sur des thèmes originaux, op. 1, 4, 5. — 2° Fantaisie sur les thèmes de Norma, op. 9. — 3° Id. sur Anna Bplena, op. 11. — 4° Id. sur Linda di Chamounij, op. 12. — 5° Id. sur Maria Padilla, op. 17. — 6° ld. sur la Favorite, op. 20. — 7° Id. (Souvenirs de Mozart), op. 21. — 8° Id. sur la Fille du régiment, op. 28 . — Id. sur la Muette de Portici, op. 31. — 9° Fantaisie caractéristique, op. 24. — 10° Premier grand con- certo pour violon et orchestre, op. 15. — 11° Symphonie concertante pour deux violons principaux et orchestre, op. 31. — 12° Six études pour violon seul, dédiées à Paganini, op. 2. — 13° Dix études avec accompagnement d'un second violon, op. 10. — 14° Idem, op. 16. — 15° Dix études caractéristiques avec accompagnement de piano, op. 18. — 16° Dix études dédiées aux artistes, op. 19. — 17° Pre- mier quatuor pour deux violons, alto et basse, op. 8. — 18° Trois duos élémentaires pour deux violons, op. 22. — 19° Trois duos faci- les pour deux violons, op. 23. — 20° Trois duos brillants pour deux violons, op. 27. — 21° Grand duo pour piano et violon, op. 25. — 22° Tarentelle pour piano et violon , op. 14- — 23° Premier nocturne1 pour violon avec accompagnement de piano, op. 6. — 24° Souvenus des Ptjrénées , deuxième nocturne, op. 13. — 25° Barcarolle et tarentelle, pour piano et violon, op. 26. — 26" Élégie, mouvement perpétuel, caprice, op. 7. — 27° Villanelle, 0p. 09. — 28° Le Désir, fantaisie sur un thème de Schubert, op. 30. — 29° Variations brillantes, op. 3. — 30° Ecole du violon, méthode complète et progressive adoptée pour l'enseignement dans le Conser- vatoire de Paris. Cet ouvrage, dont le mérite est incontestable, a ob- tenu le succès brillant et solide auquel il pouvait prétendre. 11 en a été publié des traductions en espagnol, en italien et en allemand. PAGANINI ET PAER. Notre confrère musical du Moniteur universel, dans son dernier feuilleton biographique sur le grand violoniste génois, sait poser la question suivante : « Paganini a-t-il demandé des conseils à Paër? L'a-t-il seulement » rencontré à cette époque? M. Fétis dit : non. M. Conestabile dit : » oui. Le premier affirme que Paër, à cette date, était en Allemagne. » Le second soutient que ce compositeur, entre deux ouvrages joués » à l'étranger, revenait souvent dans sa patrie, et que rien ne prouve » que Paganiui n'ait pu le voir et le consulter. Il me semble que cette DE PARIS. 409 » polémique est oiseuse en présence du témoignage si précis du grand » violoniste, qui (lit positivement que Paër l'accueillit courtoisement » et le renvoya à Ghiretti, son propre maître, violoncelliste et contre- » puntiste savant, l'un de ces musiciens consommés tels qu'il en sor- » tait du fameux Conservatoire de la Pieta de Turclùni. » Pour notre part, voici ce que nous tenons de Paër lui-même, qui racontait fort comiquement la chose dans le salon de M. Bertnn, i'au- teur dJ Aline et de Montana. « Un jour, disait-il, dans les premiers temps de l'arrivée de Paga- » nini à Paris, je vis entrer chez moi un homme grand, sec et pâle, » qui tout à coup se laissa tomber sur un fauteuil, en s'écriant d'une » voix brisée : — Ah! mon maître!... ah!... ah!.... J'avais beau le » regarder, je ne reconnaissais nullement le personnage , qui sem- » blait prêt à s'évanouir. Quand il fut revenu à lui , il nie dit son » nom, en ajoutant que j'avais été son maître, et que le souvenir de » mes leçons lui avait laissé une impression des plus vives. Ma mé- » moire ne me retraçait rien... D'ailleurs le nom de Paganini est si » commun en Italie qu'il avait pu s'en trouver un et même plusieurs » parmi mes élèves. Puis, me ravisant, je ne pus m'empêcher de lui » dire, sans malice aucune : — Mais, puisque'je suis votre maître et que » vous vous le rappelez avec tant d'émotion, comment se fait-il que » depuis tant d'années je n'aie jamais reçu le moindre petit mot de » votre part ? » Paganini balbutia n'importe quelles excuses, et Paër n'en resta pas moins dans le doute sur la question de savoir s'il avait été ou non le maître du virtuose le plus extraordinaire de notre siècle. Et ad/iuc sub judice lis est. Une belle et rare collection de musique religieuse, dramatique et instrumentale, de livres sur la musique et d'instruments à cordes des plus célèbres luthiers, provenant de feu Joseph Terby, maître de chapelle de l'église primaire do Saint-Pierre, à Louvain, était annoncée dans cette ville pour les 24 et 25 octobre dernier. Faute d'acheteurs, cette vente n'a pu avoir lieu. Le catalogue, qui a été publié (Louvain, G. Cuelens, brochure in-8° de 50 pages), comprend 57 i morceaux de musique religieuse, 332 morceaux de musique théâtrale, 112 morceaux de musique instrumentale à grand orchestre (ouvertures, symphonies, concertos, etc.), 183 morceaux de musique de chambre, (trios, quatuors, quintettes, etc.), 26 violons dont un stradivarius et deux amatis, deux violoncelles, une contre-basse , une harpe, etc. Cette collection forme dans sa spécialité un de ces assemblages rares et inappréciables aux yeux des vrais amateurs. M. Terby y avait consacré plus d'un demi-siècle; il fallait sa persévérance, son zèle infatigable, son amour du beau pour arriver à un résultat si complet dans le but de ses recherches : une histoire de l'art par ses monuments. Partant de l'époque où brillait Or- lando di Lasso, on y voit la musique instrumentale acquérir insensible- ment plus d'importance. Depuis le milieu du xvie siècle , les auteurs célèbres s'y succèdent par une chaîne chronologique qui ne finit qu'à nous. Les écoles italienne, flamande, française et allemande s'y trou- vent au grand complet. Dans l'école italienne, les compositeurs napoli- tains surtout sont en grand nombre. Ajoutons que beaucoup de mor- ceaux de cette collection n'ont jamais été édités, et que plusieurs sont introuvables. La copie en est généralement très-correcte. M. Joseph Terby (né à Louvain le 23 décembre 1780), avait été un des meilleurs élèves de Jean-Englebert Pauwels, compositeur et violoniste d'un grand mérite. En 1809, il fonda dans sa ville natale l'Académie de musique où il n'enseigna d'abord que le violon. Plus tard il y joignit une section de chant. Les résultats en furent des meilleurs, car la musique, qui jusque-là avait été négligée à Louvain, devint un art à la mode, on y prit goût, et les amateurs augmentant chaque jour, le professeur fut bientôt à même d'organiser des fêtes musicales à l'instar des grandes villes voiswes. Terby était maître de chapelle de l'église primaire de Saint- Pierre depuis 1833, et il est mort le 23 février 1860. Au nombre des élèves qu'il a formés, nous citerons ses deux fils, Joseph et Fran- çois, tous deux violonistes distingués et ayant chacun composé des morceaux pour leur instrument. L'aîné, ancien violon honoraire du roi Guillaume L" des Pays Bas, a été longtemps premier violon solo au théâ- tre Italien de Paris. L'Annuaire dramatique de 1843 contient la biogra- phie des Terby père et fils. NOUVELLES. *% Au théâtre impérial de l'Opéra, Robert le Diable a été joué mer- credi avec son succès ordinaire. Semiramis et les sœurs Marchisio ont défrayé les deux autres jours. — Aujourd'hui dimanche, par extraordi- naire, le Prophète. »■% Le nouveau ballet, le Papillon, est annoncé pour demain lundi. „,*» Mardi dernier, pendant la répétition de ce liallet, Mlle Ba- ratte, l'une des coryphées de la danse, s'étant trop approchée de la rampe, le feu a pris à sa robe de gaze. M. de Saint-Georges, l'un des auteurs du ballet, s'est élancé au secours de la jeune fille, que la flamme entourait déjà. Mlle Baratte en a été quitte pour une grave brû- lure au bras droit; M. de Saint Georges a reçu plusieurs atteintes au visage et aux mains. Deux pompiers, qui lui ont prêté assistance, ont également des brûlures aux mains. L'administration a décidé immédia- tement qu'à l'avenir les danseuses seraient dans l'obligation de revêtir aux répétitions les jupes carleronisées qui servent aux représentations, et qu'aucun autre costume ne serait admis devant la rampe allumée. t*t Le Prophète a été donné tout récemment à Bologne, avec un im- mense succès. Mme Borghi-Mamo, qui chantait le rôle de Fidès, a été applaud e à outrance et rappelée plusieurs fois. La célèbre cantatrice est attendue le mois prochain à Milaa ; elle y restera jusqu'au printemps et se rendra à Londres, où elle est engagée pour la prochaine saison. *** La nouvelle de la rentrée de M. Leroy comme régisseur àl'Opéra- Comique n'est pas exacte, au moins jusqu'à présent. *** L'Etoile du Nord a été représentée dimanche et jeudi, et les deux fois elle a rempli la salle de l'Opéra-Comique. Mme Cabel est plus que jamais sans rivale par la manière dont elle chante le troisième acte du chef-d'œuvre. „% On annonce pour jeudi prochain la première représentation du Roi llarkouf, le nouvel ouvrage en trois actes de MM. Scribe et Bois- seaux, musique d'Offenbach. *% Ensuite viendra l'opéra de MM. Scribe et Auber, dont les deux premiers actes sont déjà entièrement sus. „% L'inauguration du diapason normal au théâtre de l'Opéra Comique, ayant été retardée par diverses causes, aura lieu pour la représentation de ce dernier ouvrage. „,*„, Le théâtre Italien a donné la Traviata mardi et samedi ; jeudi, le Bar bière avec Ronconi. „,** On répète activement Marta, qui sera chantée par Mario, Graziani ; Mmes Marie Battu et Alboni. „% Le théâtre impérial Italien prépare une grande solennité musi- cale pour le mercredi 19 décembre, à huit heures du soir. On y exécu- tera pour la première fois les Poèmes de la mer, ode symphonie avec soli, chœurs et orchestre, poésie de M. J. Autran, musique de J. B. Wekerlin. Cette exécution, sous la direction de l'auteur, aura pour interprètes cent cinquante artistes. „,*„ Par décret impérial, M. le comte Walewski est nommé ministre d'Etat en remplacement de M. Achille Fould, démissionnaire. *** Il y aura jeudi prochain un exercice des élèves du chant au Con- servatoire. On y exécutera trois actes du Barbier de Scville. #% Mlle Wertheimber a accepté des offres très-brillantes qui lui ont été faites de la part de plusieurs grands théâtres de province, pour y donner des représentations. La jeune artiste se rendra d'abord à Bou- logne et à Lille, où elle a obtenu l'année passée de si éclatants succès. ,% Kotre illustre collaborateur, M. Fétis père, se trouve depuis quelques jours à Paris. „% S. Exe. le ministre d'Etat vient de charger M. Auvray de faire un second buste de Lesueur, pareil à celui qui est dans le foyer do l'Opéra, pour être placé dans les galeries historiques de Versailles. „*„ La fête de sainte Cécile a été célébrée à l'église de Saint-Germain des Prés par la réception d'un excellent orgue de chœur, sorti de la maison Stoltz de Paris. Cet instrument, qui a deux claviers et quinze jeux, produit le même effet qu'un grand orgue, grâces aux habiles com- binaisons du facteur. Le crescendo surtout est remarquable. Tout l'orgue étant expressif, cette nuance peut se produire sans secousses et l'effet en est des plus heureux. La voix humaine, le cor anglais, la voix céleste et le hautbois sont imités on ne peut mieux. M. Moncouteau, l'organiste titulaire du grand orgue, connu par ses nombreux ouvrages sur l'har- monie, a vivement félicité M. Stoltz. M. Adrien Gros, l'habile maître de chapelle et organiste-compositeur, s'est distingué dans une improvisa- tion très-brillante. M. J. Ch. Hess, invité par le facteur, a prouvé qu'il était cligne de sa réputation. La cérémonie s'est terminée par la béné- diction solennelle, dont les œuvres pleines de charme de M. Adrien Gros ont fait tous les frais. **„, Le jury de l'exposition universelle de Besançon vient de donner 410 REVUE ET GAZETTE MUSICALE un diplôme d'honneur â la maison Alexandre pour ses orgues, et une médaille de première classe à MM. Aucher, fabricants de pianos. »** Aujourd'hui dimanche, 25 novembre, l'Association des Sociétés chorales de la Seine, à l'occasion de la fête de sainte Cécile et avec l'autorisation de M. le curé de Saint-Roeh, fera exécuter clans cette église, à dix heures et demie très-précises, sous la direction de M. Delafontaine, son président, une grand'messe solennelle de la composition de Ch. Gou- nod et de M. Ch. Vervoitte. Les soli seront chantés par MM. Battaille, Dufrene et Ricquier-Delaunay. A l'Offertoire, la méditation religieuse de S. Bach, arrangée par Ch. Gounod pour violon, harpe et orgue, sera exécutée par MM. Adolphe Lebrun, Prumier et Leprévost, organiste- accompagnateur de Saint-Roch. Le grand orgue sera tenu par M. Du- rand. Une quête sera faite au profit de la caisse de secours de l'Associa- tion des Sociétés chorales. **„ Les journaux anglais annoncent pour l'année 1861 , un grand festi- val international dans le genre de celui qui a eu lieu cette année. Le comité qui a pris l'initiative de cette manifestation, a profité du séjour à Londres de M. Delaporte pour en arrêter les bases. Cette grande solennité réunirait les députations des orphéons de France aux sociétés chorales anglaises. „,*„, Mlle Léonie Tonel s'est fait entendre cette sem-aine dans une ma- tinée intime, où elle a déployé son double talent de pianiste et de com- positeur. On a notamment applaudi deux charmantes valses et rêveries, qu'on a voulu entendre deux fois. „,*„. Le congrès pour la restauration du plain-chant et de la musique d'église tiendra sa session du 27 novembre prochain au 1" décembre, dans le local delà Société d'encouragement, rue Bonaparte , u° 44. Les travaux du congrès seront inaugurés par une meSse du Saint-Esprit, qui sera célébrée dans l'église de Saint-Eustache, le mardi 27, à onze heures très-précises. Les chœurs de plusieurs paroisses de Paris ont bien voulu s'adjoindre au chœur de cette église, pour exécuter, sous la di- rection do M. Huraud , maître de chapelle de Saint Eustache, des mor- ceaux de plain-chant, des fragments de Palestrina et du xv" siècle. Le grand orgue sera tenu par M. Ed. Batiste; une allocution de circonstance sera prononcée par M. l'abbé Victor Pelletier, chanoine de l'église d'Or- léans, président du congrès. Le discours sera précédé du chant d'un cantique du P. Brydaine. „*„, V,. Théodore Ymbert vient de publier deux nouvelles fables de la Fontaine, le Sahjie fi le Passant, pour voix de basse, et la Mort et le Bûcheron, aussi pour voix de basse. Comme leurs devancières, elles se recommandent à l'attention des amateurs de bonne musique. „*„, Au concert donné le 20 novembre à l'hôtel de ville, au bénéfice des Crèches, on a beaucoup remarqué et applaudi un trio d'Emile Al- bert, interprété par MM. Lebrun, Lee et l'auteur, et le duo des Dragons de Villars ; Mira la biavea luna, duo pour violon et violoncelle, de Si- vori etSeligmann, a été très-bien exécuté par MM. Lebrun et Lee. i% Le clavier Brouvver, nouvel instrument gymnastique, destiné à exercer et fortifier les doigts isolément ou par groupes en conservant à la main sa position normale sur le clavier, a reçu l'approbation de M. llarmontel, professeur au Conservatoire. „*» J. Schulhoff est attendu à Paris pour le 15 décembre. Il donnera un concert dans le colirant de janvier. „.%. La jeune et brillante pianiste, Mlle Octavie Caussemille, après une longue absence marquée par les plus beaux succès, est de retour à Paris, où elle passera l'hiver. *x La circulaire que nous reproduisons ci-après vient d'être adres- sée à MM. les commissaires de police de Paris et du département de la Seine par M. le préfet de police : « Messieurs, » L'arrêté du 16 février 1859, qui a institué un diapason normal, porte, article i : « Tous les établissements autorisés par l'Etat devront être pourvus d'un diapason vérifié et poinçonné au diapason prototype, » et article 5: « Le diapason normal sera mis en vigueur le 1er juillet, à Paris; le 1er décembre dans les départements. A partir de cette époque ne seront admis dans les établissements musicaux ci-dessus mentionnés que les instruments au diapason normal, vérifiés et poinçonnés. » En vertu de ces dispositions, S. Exe. le ministre d'Etat demande que l'ar- rêté soit mis à exécution sans retard dans les concerts, cafés-concerts et bals autorisés par mon administration. Je vous prie, en conséquence, Messieurs, d'inviter chacun des directeurs de ces établissements qui se trouvent sur votre quartier, à régler la tonalité de son orchestre sur le diapason normal institué par arrêté ministériel et déposé au Conserva- toire impérial de musique et de déclamation. Vous voudrez bien me rendre compte du résultat de vos soins à ce. sujet. Agréez, etc. » „*„ Le procès de M. Jules Barbier contre la commission des auteurs vient de se terminer par un arrêt confirmant le jugement de pre- mière instance, et motivé comme il suit : « Considérant que la Société des auteurs et compositeurs dramatiques a été constituée notamment pour la défense des droits des associés vis-à-vis des administrateurs des théâtres, et pour la création d'une caisse de secours et d'un fonds commun de bénéfices partageables; qu'aux termes des statuts, la com- mission nommée par l'assemblée générale est autorisée à faire avec toutes entreprises théâtrales des traités qui fixent les droits des auteurs sociétaires, et chargée d'en assurer l'exécution de la part des contrac- tants ; considérant qu'en vertu de ses pouvoirs, la commission, par acte du 2 mars 1856, enregistré, a fait avec le directeur du théâtre Lyrique un traité qui fixe à 12 0/0 de la recette la rétribution à partager par moitié entre l'auteur des paroles et l'auteur de la musique ; que, le 29 janvier 1858, à l'occasion du Médecin malgré lai, opéra représenté au théâtre Lyrique, la commission, eu égard à la nature de l'ouvrage, a restreint les droits de Barbier et de Carré aux trois quarts des 6 0/0 revenant aux auteurs des paroles; restriction qui a été expressément acceptée par lesdits Barbier et Carré ; que, plus tard, la même propor- tion a été appliquée, par décision de la commission et par l'assemblée générale, à l'opéra des Noces de Figaro, représenté sur le même théâtre le 8 mai 1858; considérant que cette détermination, comme la précé- dente, rentre dans l'objet de ia Société et dans les stipulations que les statuts autorisent, etc., etc. » t*j. En réponse au passage de son article biographique sur M. Beaulieu, de Niort, dans lequel M. Fétis accuse les départements du centre et de l'ouest delà France d'être restés musicalement presque à l'état sauvage jusqu'au commencement de ce siècle, M. Meneau, de la Rochelle, nous écrit pour rappeler que dès l'année 1790 une Société de concerts existait dans cette ville, et que la Société philharmonique, à laquelle il se félicite d'ap- partenir, n'a pas cessé de donner chaque année des soirées musicales d'a- bonnement depuis 1815. Tous ces faits sont à coup sûr authentiques, et pourtant le savant M. Fétis n'en a pas moins raison. t*t L'éditeur Challiot publie l'album posthume d'Abadie contenant : le Baptême d'un enfant, Rose des bois, le Vieux Castillan, les Clochettes, An- dré Vésale, Bachehtte, Esclave et Créole, le Lutin des amoureux, le Fiancé de Jeannette, Ils suivent la file comme les moulons, Diogène clierchant une femme, Tout couleur de rose. „..*„.. Le père de notre collaborateur et ami, Georges Kastner, vient de mourir à Strasbourg dans sa quatre-vingt-unième année. **„. Mlle Maurice P.euchsel, excellente musicienne, professeur de piano et compositeur, est morte il y a quelques jours, au moment où elle com- mençait à recueillir le fruit de ses longs travaux. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. t% Nantes, 23 novembre. — Le Pardon de Ploé'rmel a été exécuté avec un ensemble parfait et a obtenu un succès immense Mme Raynaud a merveilleusement joué et chanté le rôle de Dinorah : c'était un vrai triomphe après l'air de l'Ombre. Comte-Borchard a dit son grand air et ses couplets avec une âme et un brio qui lui ont valu deux ovations justement méritées. Enfin, M. Charles est un Corentin comme il s'en rencontre peu, à la fois bon chanteur, et comédien intelligent et dis- tingué. „% Le Havre. — On vient de reprendre les Dragons de Villars avec Mlle Poussèze et M. Vincent. La partition de Maillart a été parfaitement accueillie. Le Postillon de Lonjumeau a été reçu avec beaucoup de plaisir, ainsi que Giralda, parfaitement interprétés, du reste, par M. Vincent et Mlle Barrault. On annonce comme très -prochaines les reprises de la Part du Diable, de Martha et de Haydée. »% Marseille. — Roger a chanté deux fois le rôle de Jean de Leyde dans le Prophète; le célèbre artiste a été accueilli avec les témoignages de la plus vive sympathie. Il a dit la romance du second acte : Pour Berlha moi je soupire, avec ce charme et cette poésie dont il semble avoir seul le secret. A la chute du rideau, Roger a été rappelé et a reçu l'ovation la plus brillante. — Le concert de Sivori avait attiré un nombreux public. Les divers morceaux exécutés par le célèbre violoniste ont soulevé l'enthousiasme le plus vif et le plus sincère. t*é Marmnnde, 10 novembre. - Avant-hier, le cardinal-archevêque de Bordeaux s'est rendu dans notre ville pour bénir notre nouvel orgue. Son Eminence a été reçue, à l'entrée de la ville, par Mgr l'évèque d'A- gen, le clergé de la ville et des environs ; on s'est rendu procession- nellement à l'église, qui était splendidement illuminée et décorée. Après . la bénédiction du l'orgue par Mgr Donnet, et un sermon prononcé par un religieux, l'organiste de Notre-Dame de Bordeaux et celui de la ca- thédrale d'Agen ont fait entendre le magnifique instrument construit par Cavaillé-Coll, de Paris. La cérémonie s'est terminée ptr la béné diction du Saint-Sacrement. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. „,*„ Londres. — L'événement de la semaine musicale a été la reprise, à i'Opéra anglais de Covent-Garden, des Night dancers ( danseurs noc- turnes), imité de Giselle, dont la musique est de Edw. Loder, et qui ob- DE PARIS. 411 tint un très-grand succès lors de son apparition au Princess théâtre en 1846. Cet ouvrage fort remarquable n'a pas été moins bien accueilli cette année, bien que l'exécution ait laissé a désirer en plusieurs points. Mme Palmieri (Giselle), ainsi que MM. Uigh et Corri, chargés des prin- cipaux rôles, ont été fort applaudis. — Les concerts populaires du lundi viennent d'inaugurer, sous l'habile direction de l'excellent chef d'or- chestre Benedict, leur troisième saison par une soirée très-brillante et uniquement consacrée à l'exécution d'ouvrages de Weber, Spohr et Dusseck. %*x Bruxelles. — L'Etoile du Nord a été représentée deux fois dans le cours de la semaine qui vient de s'écouler. Le grand opéra a eu une belle soirée avec le Prophète. — M. Ch. Ilanssens vient de terminer la partition du Siège de Calais, opéra en quatre actes, qui sera représenté cet hiver au théâtre de la Monnaie. — Dans la séance du 8 novembre de l'Académie royale de Belgique (classe des beaux-arts), M. Fétis a lu un rapport sur la question de savoir s'il convient que la Belgique imite la France en adoptant les mesures prises à l'égard du nouveau diapason. Le savant directeur du Conservatoire est d'avis que le diapason doit être fixé, mais non abaissé. — A l'occasion de la Sainte-Cécile, on a exécuté, le 22 novembre, à l'église de Saint-Michel et Gudule, l? messe solennelle de Charles Counod. Les soli de ténor ont été interprétés par M. Cornélis, et les chœurs ont été. chantés par cent cinquante exé- cutants. **; Berlin. — La vogue est décidément à l'Opéra italien. Aous possé- dons deux troupes italiennes à la fois, et Paris n'en a qu'une seule. Vous savez que l'Opéra de la cour a renouvelé son traité avec Mérelli jusqu'au 15 janvier prochain. Cette société se trouvait dans la position la plus critique, lorsque Mlle' Trebelli est venue la sauver. C'est la plus éton- nante apparition que nous ayons vue surgir depuis longtemps à l'ho- rizon dramatique, que cette jeune française, dont le véritable nom est Gilbert. Mademoiselle Trebelli sera probablement la première cantatrice d'un avenir très-prochain ; sa belle voix de contralto embrasse deux octaves et demie; et dans cette étendue peu ordinaire, toutes les notes de son organe sont également pures, vibrantes et du timbre le plus sympathique. Ce qui distingue particulièrement Mlle Trebelli sur la scène, c'est la manière large et puissante de traiter le récitatif, c'est l'habileté consommée avec laquelle elle sait concilier les exigences de la dé- clamation avec celles de la musique. Ce qui jusqu'ici manque sans doute encore à la jeune cantatrice, c'est la passion.— Du 12 au 18 no- vembre le théâtre de la Cour a joué : Sèmiramis, de Itossini ; Ca- tarina Cornaro, de Lachner; Rigoletlo, de Verdi; Orphée, de Gluck; le Templier et la juive , de Marschner. — La Société italienne du théâtre Victoria a donné : la Traviata, de Verdi ; Lucia, de Donizetti ; Rigoletlo, de Verdi. — Le 19, à l'occasion de la fête de la reine, l'aca- démie de chant exécutera, dans l'église de la garnison, le Messie, de Uaendel. Les soli seront chantés par Mmes Artot, Lagrange et Tre- belli. — Au service funèbre pour la feue impératrice douairière de Bussie — elle était la sœur du roi de Prusse régnant — le Domchor a chanté les cantiques et hymnes funèbres dans la chapelle de l'ambassade russe. — Les deux soirées de Mme Clara Schnmann ont été des plus bril- lantes : on n'y a entendu que des œuvres classiques, exécutées avec une pureté, une intelligence et une grâce incomparables. — Mlle Brunetti, élève de Duprez, doit débuter incessamment au théâtre italien de la Cour. j*„ Weimar. — L'opéra de Chelard, Macbeth, que nous n'avions pas entendu depuis vingt ans, a été repris ; le public lui a fait l'accueil le plus sympathique. Le compositeur a été rappelé plusieurs fois. — Le grand-duc vient de conférer à l'intendant général Dingelstedt la croix de commandeur de l'ordre du Faucon. **„ Leipzig. — Les honneurs du sixième concert du Gewandhaus ont été pour Mme Clauss-Szarvady, qui a exécuté un concerto d'Hiller avec cette netteté, cette vigueur et cette expression qui ont fait la renommée de l'éminente pianiste. La deuxième partie du concert était consacrée tout entière à Cherubini ; on a exécuté le Sanctus de son Requiem, l'ou- verture et des fragments de l'opéra les Abencerrages, ainsi que l'ouverture cVAnacrèon. „,% Hanovre. — La compagnie italienne dirigée par M. L. Larina a débuté au théâtre royal par Lucia. Le succès n'a pas été douteux un seul instant. Mme Castellan s'est surpassée et a été très-bien accueillie ; M. Baragli s'est montré le digne partenaire de la cantatrice. *** Cologne. — Ce qui donnait un puissant attrait au deuxième concert d'abonnement, c'est l'exécution magistrale d'un excellent concerto de P. Hiller pour piano, par Mme Clauss-Sarvady, qui, en outre, nous a fait entendre, avec non moins de succès, divers morceaux de Chopin. *** Bologne. — Le Prophète a été représenté lundi et mardi avec un succès immense. L'ouvrage, monté par Angelo Mariani avec un soin tout particulier, a été accueilli con frenezia. Barbot a très-bien chanté Jean de Leyde, et Mme Borghi-Mamo a déployé, dans le rôle de Fidès, toutes les ressources de son beau talent. La célèbre cantatrice a eu de nombreux rappels. „,** Florence, 18 novembre. — La Schiller -Marsch a été exécutée hier à la Filarmonica avec un immense succès. C'était pour la première fois que l'on entendait cette belle œuvre de Meyerbeer en Italie. *% Turin. — Le théâtre Gerbino vient de représenter la Bianca lo de M. dell'Ongara. Cet ouvrage, dont le succès a été très- grand, a été suivi de VEsmeralda, ballet de Perrot, mis en scène par Frédéric Massini. »% Saint-Fètersbourg. — Nos théâtres, fermés p?r suite du décès de l'impératrice-mère, rouvrit ont le 2/14 décembre. Le théâtre italien inau- gurera ses nouvelles représentations par la reprise du Pellegrinaggio di l'ioërmel. C'est Mlle Fioretti qui y chantera pour la première fois le rôle de Dinorah. le Directeur : S DUl'OI 11 . MAISON H. HERZ pianos, AS, rue de la Victoire, à Paris. .. A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle desconcertsdu Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le n" 9. u Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de celte espèce se distingua aussi des autres, sous le rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, a l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28. » Enfin, dans la séance du 17 août, pendant, laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et Au obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. n A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, A l'unanimité, a cet artiste industriel, le premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la qualité du son. ■ [Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle (te Paris.) Chez G. Brandus et S. Dufour, 103, rue de Richelieu. B"«3bS5«h nouvelle DE LA GRANDE PARTITION D'ORCHESTRE De ROSS1NI EN PETIT FORMAT Deux volumes grand in-16, Prix net : SO fr. (Edition italienne de Guidi, à Florence. facteur de pianos. — Médaille d'or, Exposition 1849; Médaille de lro classe Exposition universelle 1855. Spé- cialité de pianos pour l'exportation. Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Expositions, des récompenses méritées par l'excel- lence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est justement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne laisse rien à désirer sous le double rapport de la quantité et de la qualité du son. — Magasin, rue Montmartre, 161. ALriîuHàii ù&A brevets d'invention cl de perfectionnement. Instruments F$uxomiiitoiti> Quadrille par Irltan. CHANSONNETTES NOUVELLES AVEC DESSINS DE STOP CHANTÉES PAR BERTHELIER V Humour britannique , boutade anglaise de E. Bourget et V. Parizot 2 50 Pile ou Face, de E. Bourget et G. Baneux 2 50 L: Dîner d". ma Tante, de E. Bourget et Lhuillier 2 50 Les Français en Chine, de E. Bourget et Plantade 2 50 CHANTÉES PAR JOSEPH KELM Lon, Ion, la, noce normande, de Richemont, Joseph Kelm et Léon Marie 2 50 Petit Minet, de Jules Bertrand et Marc Chautagne 2 50 Le Dernier des Boursiers, prophétie, de Roger d'Endoume et Olivier Metra 2 50 Je resterai garçon, de Victor Mabille et Olivier Metra 2 50 POLKA DES RIFLEMEN, !»'«• IiUCIBST BUIMONTET. — Prix: 4 franc». PRIX ACCORDÉ A L'UNANIMITE A l'EXrOSITION UNIVERSELLE DE LONDRES 1851. Toul-uisgcur médaille d'or Exposition nationale française de 1849. DECORATION DE LA LÉGION 0 HONNEUR Exposition de 1849. MANUFACTURE D'INSTRUMENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ET EN BOIS FONDÉE A PARIS EN 1843 PAR 1 médaille Exposition nationale belge de 1841. [DÉCORATION OE LA COURONNE DE CHÊNE de Hollande (1S45). Facteur de la Maison militaire de l'Empereur. RUE SAINT -GEORGES, 50 Grande médaille d*or du Mérite de Prusse (1846). -o-S>«S-o- I"' médaille d'argent Exposition nationale française de 1844. Seule grande médaille d'hoiiiienr à 1 Exposition universelle de Paris (1855). — Seule grnnde médaille (t'owneil Metlal) à l'Exposition universelle de Eondres (I8»i). Organisateur cl fournisseur de la musique des Guides et des autres musiques des régiments de la Garde impériale. inventeur des familles des SAXO-TROMBAS. SAX-TUBAS. CLAIRONS-SAX. SAXHORNS. SAXOPHONES. TROMBONES-SAX. Forme et dispositions nouvelles de Trombones à 3, 4 et 5 cylindres ; invention brevetée en t «."»;>. Tous les instruments à pistou» avec addition d'une ou plusieurs clefs; invention brevetée en 1800. Système d'instruments à pistons ascendants; inv.'brev. en 185«. CORNETS SIX (compensateurs). CLARINETTES li.VSSES-SAX. CLARINETTES CONTRE-BASSES-SAX. BASSON-SAX (en cuivre et en bois) . Cors, Cornets, Trompettes, Trombones simples, les mêmes à pistons ou cyliudres, les mêmes forme Saso-Tromba. Clairons, Trompettes d'ordonnance. Flûtes, Clarinettes, Bassons, Caisses roulantes, Grosses Caisses, Tambours, Timbales, Cym- bales, etc., etc. Ri L l;Llu Lin.. 2> BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. IV0 49. 2 Décembre 1860. ON S'ABONNE : Dans les Dt-pnrtt'mcnts et a l'Étranger, chez tous les Marchands de Musique, les Libraires, et aui Sureaux des Messageries et des Postes. REVUE PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris 24 fr par OU Départements, Belgique et Suisse... 30 » id. Étranger 34 •> id. Le Journal parait le Dimanche. GAZETTE MUSICAL — ^vnnA/UVYA/Yan/^ — LA REVUE ET GAZETTE MUSICALE OFFRE, A L'OCCASION DU NOUVEL AN, COMME Primes-Étretines MUSIQUE DE PIANO : LES ROMANCES SANS PAROLES I»oiir 3e ^ïano, HENDELSSOHN Réunies en un voiuiue ln-8° (36 morceaux) PREMIER VOLUME DE LA NOUVELLE PUBLICATION DU RÉPERTOIRE DE MUSIQUE CLASSIQUE DE PIANO DEUX BEAUX PORTRAITS BEETHOVEN Photographiés d'après des gravures du temps , par Petit et Triuquart, FORMAT DIT Cartes de ïisile. MUSIQUE DE CHANT NOUVELLES MÉLODIES Avec accompagnement de Piano, Paroles de VICTOR HUGO, TH. GAUTIER ET S. NIBELLE Musique de ^353 'ff ' ^^; ^i ^!^' ^5j ^f^ ^ç*y \£ *çS£i ^sb 'wÊà (2° série de ses mélodies) Formant un Album de chant, format in-a°. A partir du 15 décembre, ces Primes seront remises aux anciens abonnés qui renouvelleront leur abonnement et aux personnes qui en prendront un nouveau. SOMMAIRE. — Théâlrc impérial de l'Opéra : le Papillon, ballet-pantomime en deux actes et quatre tableaux, par Marie Taglioni et H. de Saint-Georges, musique de J. Offenbacli, par E*anl Siuith. — Conservatoire impérial de musique et de déclamation: exercice des élevés; le Barbier de Séoille. — De la musique en Espagne (2e article), par Adrien de lia Fage. — Monument à Cherubini. — Ilevue des théâtres, par I>. A. D. Saint-Yves. — Nou- velles et annonces . THEATRE IMPÉRIAL DE L'OPÉRA, IiE PAPIIXOW, Ballet-pantomime en deux actes et quatre tableaur, par Marie Taglioni et H. de Saint-Georges, musique de J. Offenbach. (Première représentation le 2C novembre 18G0.) Marie Taglioni! quel nom, quelle réclame pour un programme de ballet, et quel honneur pour l'artiste qu'un tel auteur charge d'édi- ter son œuvre I Tout d'abord Emma Livry s'était élevée au rang de sylphide, et la voilà qui passe à l'état de papillon! 11 est vrai que papillon et sylphide, c'est à peu près une seule et même chose. Les bons sujets de ballet sont si rares, plus rares cent fois que les bons sujets d'opéra, de tragédie et de comédie! En fait de conception pu- rement chorégraphique, rien de borné comme l'infini : vous en at- teignez le fond tout de suite. Si vous voulez retrouver un peu d'es- pace et surtout de variété, revenez-en à notre pauvre terre, et deman- dez-lut quelques-uns de ces drames que jadis on aimait tant chez nous, que l'on aime encore sur la terre étrangère et que l'on nom- mait ballets d'action. Mais pour les ballets d'action il faut des acteurs, et nous n'en avons plus : depuis trente ans on s'est si bien appliqué à en détruire la race! Nous n'avons que des danseuses et point de danseurs, point de mimes ; restons donc dans les airs et dans les flots de gaze; voltigeons, mourons axechSylphidcelwecGiselle, sa sœur cadette; ressuscitons et montons au ciel avec son tout jeune frère, le Papillon. Avant de prendre son vol, le charmant lépidoptère avait pour chrysalide la forme aérienne d'une noble fille enlevée à son père, un h\k REVUE ET GAZETTE MUSICAL"!' émir circassien, par une méchante fée, qui en a fait sa servante. Cette fée est elle-même sous le coup d'une métamorphose . venant de n'importe quelle baguette. De jeune et belle qu'elle était, la baguette l'a changée en vieille décrépite et la maintiendra telle jusqu'à ce qu'un jeune homme lui fasse l'aumône d'un baiser. L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents On fait de pareils dévouements. Ce que l'histoire ne nous dit pas, c'est que pour punir une ser- vante dont les espiègleries l'impatientent, la fée Hamza ait pu vouloir la changer en papillon. «Papillon, vole! vole! vole!» lui dit la fée, et, tout en volant, le folâtre insecte vient se jeter tête baissée dans le filet d'une bohémienne. La bohémienne le vend au prince Djalma, qui s'est déjà épris de la servante et qui la revoit bientôt dans son papillon. De là une suite d'événements et de péripéties que la magie seule explique. Farfalla est reconnue pour fille de l'émir, et puis elle redevient encore papillon. La fée Hamza redevient jeune et belle, parce que le prince a le malheur de se tromper de joue et de dépo- ser sur l'une le baiser qu'il destinait à l'autre. La fée entre en guerre ouverte avec sa servante affranchie, et la remet sous le joug; elle veut absolument lui ravir le cœur et la main du prince Djalma. Vains efforts ! vains prestiges ! Au moment où l'union de la fée et du prince va se célébrer devant la cour plénière des fées, un petit bon- homme paraît, tenant à la main une torche enflammée (le livret dit que c'est la torche de l'hymen). Farfalla, toujours papillonnante , aperçoit la flamme, et n'a rien de plus pressé que d'y venir brûler ses deux ailes. Vous la croyez perdue, et pas du tout, c'est ce qui la sauve ! Le livret nous l'apprend ainsi : « Le charme est détruit avec les ailes » de la princesje ; la baguette magique de la fée se brise dans sa » main ; Farfalla redevient la belle jeune fille qu'adore le neveu de » l'émir. » Vit-on jamais pareil miracle accompli par la torche de l'hymen ? De la Sylphide et de Giselle au Papillon il n'y a que la dis- lance d'un thème à une variation. Dos partitions de Schneitzhoeffer et d'Adolphe Adam, deux vrais chefs-d'œuvre, à celle d'Offenbach quel est l'intervalle? La dernière venue est-elle aussi ce que son auteur a écrit de mieux dans ce genre? On ne saurait le dire, puis- que c'est son début, à lui, passé maître en tant d'autres exercices. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il ne pouvait écrire rien de vul- gaire ni de mesquin ; mais on a beau posséder une habileté consom- mée au service d'uue invention originale et hardie, on court le risque de n'être pas tout à fait soi-même, lorsque pour la première fois on écrit quelque chose qui doit être exécuté sur la grande >scène lyrique. On fait sans se l'avouer un effort pour grandir, s'élever; on tend le jar- ret pour montrer du nerf. Celte idée nous venait en écoutant l'ouver- ture écrite par Offenbach, ouverture un peu longue quoique déjà raccourcie, un peu obscure, un peu travaillée pour un musicien d'or- dinaire si spontané, si clair. Hâtons-nous de déclarer que ces dé- fauts, s'ils sont réels, n'apparaissent plus dans tout le reste de la musique. Offenbach n'a eu que le tort de faire en entrant une révé- rence trop étudiée, trop savante, et puis il s'est remis bien vite, il a repris sa franche allure. Toutefois, sauf à revenir sur nos impres- sions premières, la musique du nouveau ballet se distingue parj'in- génieuse finesse d'une facture inspirée de la reine Mab plutôt que par l'abondance de ces motifs au dessin net et populaire dont Offenbach se montre si prodigue quand il est chez lui, ut home. Puisqu'il s'est décidé à en sortir (el nous ne croyons pas que ce 'soit pour faire des ballets), nous aurions mieux aimé avoir à le juger d'abord dans une œuvre dramatique et chantante. La musique dansante a toujours cet inconvénient grave, que les yeux donnent aux oreilles d'involontaires distractions : on écoute le ballet, on regarde la musique. Si Mlle Emma Livry n'eût existé, le Papillon n'était pas pos- sible. A ce rôle tout aérien, tout diaphane, il fallait une artiste im- palpable, dont le ballon fût l'apanage naturel, et Mlle Emma Livry bnllonne comme on n'a jamais ballonné. Marie Taglioni elle-même doit s'étonner en se voyant surpassée, mais elle se console sans doute en songeant qu'elle avait la grâce, plus belle que la beauté. Sa légi- time héritière n'a pas encore recueilli tout ce qu'il y a de bon dans son héritage. En attendant, elle bondit et voltige comme nulle autre ne pourrait le faire. Elle rase le sol, l'eau, les fleurs sans avoir seu- lement l'air d'y toucher. Elle s'enlève comme la plume et retombe comme la neige. Son danseur l'emporte si aisément qu'il l'emporte trop. Quel dommage que ce danseur, ce jeune prince, ce bel amou- reux, plein de talent du reste, ait une physionomie qui le rendrait si propre à l'un des principaux emolois de l'ancien mélodrame, et ce ne serait pas celui du traître! mais en revanche, quelle apparition ra- vissante que celle de Mlle Louise Marcpiet, lorsqu'elle recouvre la jeu- nesse et la beauté ! Le Papillon n'a qu'à se louer de la manière dont la direction et le public ont fait les choses à son égard. Les décorations sont fort jo- lies : on y reconnaît le pinceau des habiles qui se nomment (Jambon, Thierry, Desplechin, Nolau, Piubé, Martin, radieuse pléiade ! La fête n'eût pas été complète, si, après avoir demandé le nom des auteurs, l'assistance n'eût demandé à voir l'un d'entre eux, Marie Taglioni, qui s'est rendue à l'appel, heureuse et fière de reparaître encore une fois sur le théâtre de sa gloire. Paul SMITH. CONSERVATOIRE IMPÉRIAL DE MUSIQUE ET DE DÉCLAMATION Exercice Sjrïqne. — ïï,e BSarbier tle Sévilte. Pour cette fois, le Conservatoire est en avance. L'année scolaire commence à peine, et voilà déjà un exercice. Le Barbier de Séville avait été choisi non sans raison : la prose de Beaumarchais et la mu- sique de Rossini offrent une alliance de valeur assez rare pour n'être pas des plus profitables. Parmi les élèves chargés des rôles princi- paux, il y avait d'abord Mlle Balbi, MM. Capoul et Gourdin : Rosine, Almaviva et Figaro. La Rosine est plutôt encore une Rosinette en trai • de s'épanouir, une Galathéequi va s'animer, jouant peu mais biei chantant plus et beaucoup mieux avec une voix pure, timbrée, légèrr un style excellent de sagesse et de sobriété. L'Almaviva chante aust, fort bien, mais un peu trop vile; il serre trop la note au lieu de m souLenir et de l'arrondir. Figaro est acteur et chanteur par nature musicien par étude : on le verra bientôt sur un de nos théâtres Mlle Rolin, grimée en Marceline, M. Geraizer en Bartolo et M. Péroni en Basile, méritent aussi d'être mentionnés. La représentation des trois premiers actes du chef-d'œuvre a donc marché on ne peut mieux. Par exemple, les gens experts, et il faut convenir que le nombre en est infiniment petit, se sont fort étonnés de ce que l'ancien diapason, banni de l'enseignement et des classes, eût encore été conservé pour cet exercice. Est-ce que, par hasard, le Conservatoire, en vertu de son titre, se serait cru obligé à cette mis- sion conservatrice, lorsqu'au contraire il devait ouvrir la marche et donner l'exemple ? Le grand Opéra, le théâtre Italien, le théâtre Lyrique, ont pris le pas; pourquoi donc se mettre à la remorque de l'Opéra-Comique, qui a son excuse pour être resté dans les traînards? Le Conservatoire n'en a pas, et le chef du petit orchestre aurait dû le comprendre. Celui qui a le plus besoin d'être obéi, no doit-il pas faire preuve d'obéissance ? En tous cas, ce qu'on aura gagné, c'est d'en- terrer solennellement l'ancien diapason, dont il ne sera plus question en pareille circonstance. P. S. DE PAïliS 415 DE Là MUSIQUE EN ESPAGNE. (2e article.) (1) Le second volume de l'Histoire de la musique espagnole de M. Fuei- tes commence par une introduction où l'auteur parle du chant ecclé- siastique en général et finit par se restreindre à ce qui en ce genre concerne l'Espagne. Dans le chapitre qui suit cetLe introduction, il se transporte en France, parle des hardes gaulois et de l'état de la musique sous les rois mérovingiens et carlovingiens ; il ne quitte la France qu'au moment où celle-ci adopte l'opéra, et dans tout ce qui concerne la mu- sique pendant cet espace de temps, il soutient qu'elle a fait de très- fréquents emprunts aux Espagnols. Passant ensuite en Italie, il sem- ble n'y arriver que pour donner de larges extraits de l'ouvrage de Lampillas, dans lequel cet écrivain prend la défense de la littérature et des arts chez les Espagnols, principalement contre Tiraboschi, qui en avait parlé en effet avec un peu de légèreté. Que certains musi- ciens espagnols aient aidé aux progrès de la musique en Italie, la chose, pour moi, ne fait aucun doute. J'ai même cité à cet égard un document fort peu connu (2) dans lequel un compositeur italien parle du haut mérite des maîtres espagnols des xvr et xvir3 siècles, et les met au-dessus de ceux de tous les pays en disant qu'il est, selon lui, plus facile de les admirer que de les imiter. Mais encore, et en négligeant toutes les objections susceptibles d'être faites à ce sujet, cela ne veut pas dire que tout ce qu'ont fait les Italiens en musique leur soit venu de l'Espagne. Le patriotisme gagne à se renfermer dans de justes limites et surtout dans celles de la vérité. Quelle opinion, par exemple, paraît mieux fondée en fait et en rai- son que d'attribuer l'invention du draine lyrique aux Italiens, en ne tenant pas compte de quelques essais informes et de certaines tenta- tives sans suite qui avaient eu lieu antérieurement? Ne pouvant s'ins- crire en faux à l'égard de points si bien établis, M. Fuertes n'en pré- tend pas moins disputer les premiers lauriers de la musique drama- tique aux Italiens de la fin du xvr3 siècle, notamment à Jacques Péri, à Jules Caccini, à Jacques Corsi, etc. Voici comment raisonne le nouvel historien de la musique espagnole: « Vincent Galilei, dit-il, et Jean- Baptiste Doni, en leur temps les deux principaux réformateurs de la musique italienne, conseillent aux compositeurs de leur nation d'imiter en tout les chansons espagnoles. Telle fut, ajoute-t-il, la cause qui détermina Caccini et Péri à reproduire dans leurs airs la douceur, la naïveté et l'expression des chansons de l'Espagne, ce qui fut approuvé avec enthousiasme par les littérateurs réunis à Florence. » On pourrait répondre que les premiers auteurs de drames en mu- sique ont assez peu imité le genre espagnol ; et s'il ne s'agit ici que de chansonnettes, les Italiens en possédaient un grand nombre du même genre que les musiciens d'alors tenaient au-dessous d'eux, ne les croyant pas dignes d'être associées au drame lyrique. Les compo- siteurs proprement dits pensaient que ces petites pièces étaient d'un ordre inférieur; mais comme elles offraient de l'agrément, on avait fin. par les imiter quant à la simplicité de la mélodie ; seulement on ajou. tait à celle-ci une harmonie à deux ou trois parties dans le style du temps, mais également fort simple, comme on peut le voir dans quantité de recueils publiés en ce même temps en Italie sous les noms de canzonelte, villanclle, zampille, arie napoletane, etc. M. Fuertes ne s'en tient pas là, et ce n'est pas seulement la partie mélodique des opéras dont il veut faire honneur aux Espagnols. Tout le monde avait été jusqu'à présent à peu près d'accord pour attri- buer l'invention du récitatif à Jacques Péri, ou, plus exactement, aux seigneurs florentins et au poëte Octave Rinuccini, sous la direction des- quels il avait travaillé; M. Fuertes ne partage point cette manière de (1) Voir le n" ^9. (2) Extraits du catalogue critique et raisonné d'une petite bibliothèque mu- sicale, p. 39. voir, et prétend que le véritable inventeur du récitatif est un certain maître nommé Yillalobos qui fïorissàit au commencement du xvic siècle. Son affirmation n'est du reste corroborée d'aucune preuve. M. Fuertes ne dissimule aucunement ce que l'on a pensé com- munément à cet égard. Il avoue qu'Ange Grillo, noble Florentin, se trouvant en Espagne dans les premières années du xvnc siècle, adres- sait alors à Jules Caccini une lettre dans laquelle il lui annonçait que le récitatif invenlé'par Péri s'était déjà introduit chez les Espagnols. L'auteur de la nouvelle histoire avoue aussi que Lope de Vega, dans l'épître dédicatoire de sa Selua de amor sin amor, représentée à Ma- drid en 1619, à l'occasion, de la guôrison du roi Philippe III, déclare que ce genre de représentation musicale est tout à fait neuf en Es- pagne en ce que l'on y trouve exprimés par la musique les points d'in- terrogation et d' admiration, ce qui ne peut s'entendre que du ré- citatif. A ces preuves M. Fuertes oppose une pièce qui, si elle avait réel- lement la valeur qu'il lui attribue, changerait toute la face de la ques- tion; mais, comme on va le voir, en l'examinant avec attention, on reconnaît bientôt qu'elle n'a véritablement aucune importance et que sa valeur est toute imaginaire. Il est étonnant que M. Fuertes y ait été trompé. Ce qui prouve du reste sa bonne foi, c'est qu'il a publié cette pièce dans les planches de son livre. Ce n'est autre chose que la romance Dulce esperanza mia, placée par Cervantes dans la bouche d'un garçon muletier au quarante- troi- sième chapitre de la première, partie de son immortel Don Quixote. Cette romance fut mise en musique en 1591 par D. Salvador Luis, chanteur de la chapelle et de la chambre de Philippe II ; M. Fuertes en possède le manuscrit original. C'est là que, selon lui, se retrouve le plus ancien récitatif, placé sur les deux derniers vers de la dernière strophe : No te desmaye el verte A cada paso junto al de la muerte. Je regrette bien de ne pouvoir reproduire ici l'air adapté à ces pa- roles par Luis. En le lisant, j'avoue qu'il m'est impossible d'y voir quelque chose de semblable à un récitatif: c'est au contraire, pour le premier vers, une petite phrase progressive et chantante reproduite immédiatement à la seconde, et pour le deuxième vers une manière de terminer à laquelle le compositeur a cherché à donner une expression en rapport avec le sens des paroles, mais où je n'aperçois ni la tour- nure ni la forme du récitatif proprement dit, qui du reste en pareil endroit eût été singulièrement placé. M. Fuertes trouve encore un autre motif de supposer le récitatif originaire d'Espagne: c'est sa forme d'accompagnement au moyen d'ac- cords frappés et détachés, manière très-usitée sur la guitare. Il sup- pose de plus que la première pièce où l'on ait chanté d'un bout à l'autre est un drame espagnol intitulé El Parnaso; il aurait été tra- duit en français et représenté à Paris ; or. Rinuccini n'a écrit son Eurydice qu'après son voyage de France. Il y aurait lieu de discuter longuement sur toutes ces propositions, mais la chose mènerait trop loin. Saint Philippe Neri, qui passe pour inventeur de l'oratorio, l'aurait aussi emprunté aux Espagnols. Je pense qu'il ne l'a pas plus em- prunté à ces peuples qu'à tout autre; car au moyen âge on a joué des Mystères dans quantité de villes de tous les États de l'Europe, et saint Philippe n'a aucunement eu besoin de sortir d'Italie pour avoir eu l'idée de faire exécuter les pièces musicales que l'on a depuis nom- mées oratorio. Quant à ce que l'Espagne aurait pu fournir à l'Italie relativement à la musique, il est mieux prouvé que des musiciens espagnols furent appelés par Léon X pour représenter les comédies chantées qui s'exé- cutèrent à Bologne au temps où Charles-Quint fut couronné roi de Lom- bardie et empereur de Rome. Une de ces comédies, intitulée les Deux vwnarques d'Europe, composée par Barthélémy de Salazar y Lima, m REVUE ET GAZETTE MUSICALE tHait encore une sorte de Mystère; on y voyait le couronnement mis en scène, avec une procession de moii es et de prêtres qui entrait sur le théâtre en chantant des paroles espagnoles, et toute la pièce était en cet idiome (1). 11 paraîtrait aussi que les plus anciennes pastorales italiennes repré- sentées à Naples, et que l'on a souvent regardées comme les premiers essais du lyrodrame, furent mis en musique aux frais de D. Garcia de Toledo, vice-roi de ce pays. Ce serait sur son ordre que le jésuite espagnol Mosata, qui était aussi compositeur, aurait mis en musique le Pas/or fidode Guarini et VAminta du Tasse. Adrien de LA FAGE. (La suite prochainement.) MONUMENT A CHERDBINI. La ville de Florence a résolu de rendre à Cheruhini l'honneur qu'elle a rendu à ses hommes les plus illustres. Cherubini est né dans cetle ville le 14 septembre 1760, et, à l'occasion de l'anniver- saire séculaire de sa naissance, on a posé dans l'église de Santa-Croce la première pierre d'un monument qui lui sera érigé à côté de ceux de Michel-Ange et de Galilée. Une commission composée d'hom- mes éminenls s'est formée à Florence pour recueillir les souscrip- tions nécessaires et en diriger l'emploi. Le roi Victor-Emmanuel, le prince de Savoie-Carignan, ont ouvert la liste des souscripteurs, et la ville même y a contribué pour une somme importante. La commission de Florence a fait un appel à la France, mais l'ini- tiative prise en celte circonstance par l'Italie aurait pu l'être égale- ment par nous, car on ne saurait dire à laquelle des deux nations Cherubini appartient le plus. S'il est né en Italie, s'il y a fait ses premiers pas d'artiste, c'est en France qu'il a composé ses chefs- d'œuvre, fondé une école et laissé d'immortels souvenirs. Notre part dans la dette commune est sans contredit la plus forte, et nous se- rons heureux de l'acquitter. Un comité s'est donc constitué à Paris ; il a lieu d'espérer que l'hommage de l'admiration et de la recon- naissance sera digne des services rendus par ie grand artiste dont la gloire demande une dernière consécration. La souscription est ouverte au Conservatoire impérial de musique et de déclamation, au bureau de M. Réty. Les membres du comité : MM. Auber, membre de l'Institut, Prince Joseph Poniatowski, sénateur, Halévy, membre de l'Institut, Berlioz, Carafa, Clapisson, Georges Kastner, Meyerbeer, Reber, Rossini, Ambroise Thomas, Edouard Monnais, Président. Vice-Présidents Membres de l'Institut. Secrétaire. (1) Cette comédie en musique a été conservée et se trouve dans les Comcdias esco- gitas, imprimées à Madrid en 1CC5. REVUE DES THÉÂTRES. Odéon : l'Epreuve après la lettre, comédie en un acte, par M. A. De- launay etE. Rosetti. — Gymnase : Reprise de la Dame aux Camé- lias. — Vaudeville : les Mitaines de l'ami Poulet, comédie en deux actes, par MM. Cormon et Michel Carré. — Palais Royal : J'ai perdu mon Eurydice, vaudeville de MM. Marc-Michel et A. Cho- Ier; le Passage Radziivill, vaudeville en trois actes, de MM. E. Grange, Siraudin et Lambert Thiboust ; le Serment d'Horace, co- médie de M. H. Murger ; le Passé de Nichetle, vaudeville de M- L. Thiboust. — Porte-Saint-Martin : La 70e représentation du Pied de mouton. — Ambigu : la Dame de Monsoreau, drame en cinq actes et dix tableaux, par MM. Alexandre Dumas et A. Maquet. — Théa- tre-Déjazet : — Reprise des Premières armes de Richelieu. La comédie-proverbe a fait son temps, et les imitateurs d'Alfred de Musset ou de M. Oclave Feuillet n'ont plus guère de crédit sur la place. On s'est lassé à la fin de ce froid marivaudage, de ces scènes sans action, qui n'étaient, a tout prendre, que les variations d'un même thème. M. le comte de***cédera-t-il au caprice qui l'entraîne vers Mme de X..., ou sa femme, par adresse ou par persuasion, réussira- t-elleà conjurer la crise conjugale? Telle était l'éternelle question qui s'agitait dans ces sortes d'esquisses plus ou moins littéraires, dont l'a- bus a révélé l'uniforme faiblesse. Voici pourtant encore un petit pro- verbe attardé qui s'est glissé l'autre soir timidement à l'Odéon, et qui s'est fait accepter à la condition qu'il sera le dernier. Le sujet, nous l'avons dit plus haut ; le titre, c'est l'Épreuve après la lettre, et cela s'appelle ainsi, parce que le comte est mis à l'épreuve après la trouvaille que sa femme a faite d'une lettre compromettante pour la paix du ménage. Cette équivoque constitue, comme on voit, une va- riété de la comédie-proverbe, c'est la comédie - calembour ; nous ajouterons, en guise de circonstance atténuante, qu'il règne une cer- taine dose d'esprit et de gaieté dans ce début de deux auteurs qui, avant d'aborder le théâtre, avaient déjà essayé leurs forces dans le journalisme. — Il ne manquait au Gymnase qu'une seule pièce pour compléter le répertoire de M. Alexandre Dumas fils, qui lui appartient désormais tout entier. C'était la Dame aux Camélias, que le Vaudeville vient de lui céder, et qui rencontrera bien certainement au boulevard Bonne- Nouvelle un regain de succès, dans la comparaison qu'on voudra éta- blir entre ses interprètes d'aujourd'hui et ceux de la création. Fechter et Mme Doche y ont laissé des souvenirs, contre lesquels Lafontaine et Mme Rose-Chéri auront besoin de réunir tous leurs efforts pour faire pencher la balance de leur côté. — Qu'est-ce que les Mitaines de l'ami Poulet, qu'on a jouées ces jours-ci au Vaudeville ? Un étranger, peu familiarisé avec les syno- nimes populaires de notre langue, aurait de la peine à résoudre la question, et l'inconvénient de cette enseigne bizarre nous semble d'au- tant plus gratuit, qu'on aurait pu lui substituer aisément celle de l'Homme aux ménagements. L'ami Poulet est, en effet, un brave gar- çon qui craint sans cesse de froisser son prochain, depuis le concierge de la maison qu'il habite, jusqu'à la vieille tante qui s'érige en tyran de son intérieur, sous prétexte que son héritage lui reviendra un jour. Notre homme, par calcul ou par timidité, prend donc des mitaines avec tout le monde, jusqu'à ce que, s'apercevant que chacun exploite sa manie de conciliation, il soit forcé de sortir de son caractère et de prouver qu'au besoin il n'est pas plus endurant qu'un autre. Cette comédie est amusante parce qu'elle est vraei, et qu'elle fronde un travers dont on rencontre à chaque pas des échantillons dans la so- ciété. Aussi, a-t-elle franchement réussi, et ne prendrons-nous pas de mitaines pour en souhaiter souvent de pareilles au théâtre de la Bourse. — Tous les comiques du Palais-Royal sont à leur poste, et les DE PARIS. 417 nouveautés se succèdent à l'envi pour utiliser leurs services. Voici d'abord Brasseur, qui, en digne fils d'Albion, chante h tous les échos : J'ai perdu mon Eurydice, et pousse l'excentricité jusqu'au point d'offrir de l'argent à un mari pour avoir le droit de contempler, dans la personne de sa femme, le portrait vivant de son infidèle. Le marché une fois conclu, il en résulterait de singulières choses, si l'Anglais n'apercevait par la fenêtre son Eurydice au bras du géant du boule- vard du Temple, et n'était à l'instant guéri de son amour. Qui se serait jamais douté que la délicieuse mélodie de Gluck servirait de prétexte à une facétie de ce calibre ? Ces vaudevillistes ne respectent rien. Deux rôles nouveaux composent la part de Ravel. Dans le Passage Radziwill, c'est un monsieur qui court après les femmes en leur offrant des parapluies. Les maris de ces dames, armés de son signa- lement, le poursuivent à tous les étages de cet obscur passage, et font retomber leur vengeance sur un marchand de parapluies, victime du quiproquo. Drôlerie fiévreuse, un peu longuette, et qui se refuse à l'analyse. Nous préférons de beaucoup le Serment d'Horace, d'H. Murger. Là, du moins, les scènes sont plus posées, et Ravel attrape les mots sans courir. Horace est un original qui a trouvé un carnet sur lequel un inconnu a inscrit l'emploi de sa journée. Il fait serment d'accomplir à la lettre tous les projets de l'inconnu, et il s'y prend si bien qu'il finit par supplanter le propriétaire du carnet auprès de la dame de ses pensées. Avis aux gens qui laissent traîner leurs secrets sur la voie publique. Enfin, le Passé de Nichette est un joyeux vaudeville, parfaitement interprété par Gil-Pérès et par Luguet. Un monsieur se marie, mais au moment d'entrer en possession de ses droits conjugaux, il reçoit la visite d'un jeune homme qui vient lui redemander les lettres de Mlle Nichette, son ancienne maîtresse. La mariée s'indigne, le mari se justifie, et il obtient le pardon du passé, grâce aux promesses de l'avenir. — On ne signale encore aucune défaillance dans le succès du Pied de mouton, à la Porte-Saint-Martin. L'habile direction de ce théâtre n'épargne, il est vrai, ni soins ni dépenses pour maintenir des recettes à leur apogée. Le jour de la 70' représentation de cette féerie, tous les costumes ont été renouvelés ; un décor représentant la salle de l'Opéra pour une nuit de bal masqué a fait sa première ap- parition, et un corps de ballet tout entier, venu à grands frais d'Italie, a remplacé le bataillon chorégraphique anglais, qui a repassé le dé- troit. C'est une seconde période qui commence; il n'y a pas de raison pour qu'elle finisse. — Mais c'est assez nous amuser aux bagatelles de la porte ; entrons à l'Ambigu, où s'est accompli le grand événement de la quinzaine, la première représentation de la Dame de Monsoreau. Le roman, publié sons ce titre, a partagé la vogue des Mousquetaires, de Monte- Cristo et de quelques autres productions dues à l'heureuse associa- tion de MM. Alexandre Dumas et Maquet, qui depuis... mais alors la discorde ne s'était pas mise entre eux. Quoi qu'il en soit, leurs dissidences n'ont pas empêché la transformation du livre en drame. Le procédé est si simple et si commode ! il n'est presque be- soin pour cela que d'une paire de ciseaux. Et c'est précisément la popularité du roman qui fait l'attrait de la pièce; le moindre déran- gement gâterait le plaisir du public. Nous n'en voulons pour preuve que les modifications introduites après coup dans le rôle de Chicot et qui ont failli compromettre le dénotaient de l'Ambigu. On connaît les amours de Diane de Méridor, dame de Monsoreau, avec le baron Bussy d'Ainboise; on se rappelle les merveilleux coups d'épée échan- gés entre ce brave des braves et les mignons de Henri III; on n'a pas oublié la sympathique physionomie de Chicot, le fou du Roi , ni les allures rabelaisiennes du moine Gorenfiot qui conspire, inter pocula, contre la monarchie des Valois. Mais ce qu'on ignore, c'est que le personnage de Chicot est joué à l'Ambigu par Mélingue, et que, selon les us et coutumes dramatiques, tout doit s'effacer devant ce comé- dien exceptionnel, dont le nom est un aimant irrésistible pour les ha- bitués du boulevard. Sans rien changer aux principales situations du roman, il a donc fallu les faire tout doucement converger vers cette étoile qui, du second rang, s'est ainsi élancée au premier. Puis, pour clore dignement l'épopée de Chicot, il est devenu nécessaire de sa- crifier un peu Bussy, et de faire un accroc à l'histoire , en mettant Chicot aux prises avec les assassins soudoyés par le sire de Monsoreau. Nous n'avons pas à nous prononcer sur le mérite de cette substitution; il le fallait, comme on dit dans les Saltimbanques, et elle est au- jourd'hui acceptée. Le tableau du guet-apens, modifié de la sorte, est même un de ceux qui produisent le plus d'effet. Du reste , dans tout l'ensemble de l'ouvrage, la direction de l'Ambigu a fait preuve d'une excessive prodigalité. On ira voir la Dame de Monsoreau., non- seulement pour les souvenirs qu'elle évoque, mais aussi pour la ma- nière dont elle est interprétée et pour les magnificences de sa mise en scène . — La reprise des Premières armes de Richelieu fait émeute au boulevard du Temple, et le petit théâtre Déjazet est assiégé chaque soir par une foule avide d'applaudir l'inimitable actrice qui a créé cette pièce il y a plus de vingt ans, et qui y est encore aussi jeune, aussi vive, aussi spirituelle qu'au premier jour. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. „*,„ Au théâtre impérial de l'Opéra, le Papillon a rempli les trois re- présentations de la semaine, accompagné soit des deux premiers actes de Lucie, soit du premier acte du Comte Ory. — Aujourd'hui dimanche, la 433° représentation de Robert le Diable. t% Dans la représentation du Prophète donnée dimanche dernier, Mme Tedesco a chanté et joué admirablement le rôle de Fidès. La cé- lèbre cantatrice a partagé les bravos avec Gueymard, qui n'a pas été moins admirable dans le rôle de Jean de Leyde. »** Cinq représentations consécutives du Prophète à Bologne ont con- solidé le succès du chef-d'œuvre de Meyerbeer et ont fourni à Mme Borghi- Mamo, l'excellente interprète de Fidès, l'occasion de se faire applaudir beaucoup plus encore qu'elle ne l'avait été jusqu'ici. „.*, Al'Opéra-Comique, après une répétition générale de Barlcouf, dans laquelle Mlle Saint-Urbain avait fort bien joué et chanté, cette artiste a été prise d'une indisposition assez grave pour que la première repré- sentation de l'ouvrage ait dû être remise, sans qu'on puisse prévoir encore le jour où elle aura lieu. *** L'ouvrage, en trois actes, de MM. Scribe et Auber, Faublas, se répète au théâtre, et pourrait passer avant Barkouf. „% On annonce pour après-demain la représentation de l'opéra-comi- que, en un acte, l'Eventail, paroles de Carré et Barbier, musique d'Ernest Boulanger. — Le même soir aura lieu la reprise de la Perruche, de Cla- pisson. t*t La représentation qui devait avoir lieu au bénéfice de Mme Marie Cabel, a été ajournée au mois de mars 4 8(31. 4*„ Au théâtre Italien, dimanche dernier, Ronconi a joué Rigoletto. Le célèbre artiste a justifié la réputation qu'il s'est faite dans ce rôle, l'un des meilleurs de son riche répertoire. Mlle Marie Battu remplit tou- jours avec distinction le rôle de Gilda. t*x Lucia di Lammermoor a été jouée mardi, Rigoletto jeudi, et hier sa- medi on a donné le Barbier de Séville. *** Maria sera reprise mardi prochain. *** Au théâtre Lyrique on a répété avec orchestre les Pécheurs de Catane, de Maillart. L'affiche annonce la première représentation comme très- prochaine. — On répète activement au foyer l'ouvrage de MM. Boisseaux et Clapisson; le titre provisoire est Mardi-gras. 41S UhVIE KT GAZETTE MUSICALE „.% On s'occupe aussi des Ruines de Baïbec de M. Reyer, et les études dt'Astaroth de M. Debillemont touchent à leur fin. — On vient égale- ment de mettre à l'étude les Deux Cadis, opéra comique de MM. Furpille et Ch. Inibert. **, On vient de recevoir un opéra intitulé le Chevalier de Noël, dont la musique est de M. Maillot, auteur de la Vendéenne, opéra joué a Rouen avec succès. „% Par suite de la suppression du ministère de la maison de l'Empe- reur, le théâtre impérial de l'Opéra est replacé dans les attributions du ministre d'Etat. Tous les théâtres, sans exception, relèvent dès aujour- d'hui du nouveau ministre, M. le comte Waleski, L'Opéra n'en reste pas moins une dépendance de la liste civile. Confié spécialement â l'admi- nistration de M. le comte Waleski, il ne saurait en aucune façon être assimilé aux entreprises particulières, ni rentrer dans le service ordi- naire des bureaux. ,,% Par décret impérial, en date du 25 novembre, M. Eugène Mar- chand, sous-directeur au département des affaires étrangères, a été nommé secrétaire général du ministre d'État, en remplacement de M. Pelletier, appelé à d'autres fonctions. *% Mlle Rcy, du théâtre de 1 Opéra, et M. Tagliafico, du théâtre italien de Londres, ont été engagés cette semaine pour le concert donné par la Société philharmonique d'Arras au bénéfice des pauvres. Ces deux artistes, nous écrit-on d'Arras, ont été dignement appréciés par notre public. M. Tagliafico a littéralement fait furnre avec la romance de l' Etoile du, Nord et la tarentella de Hossini. „% Mous lisons dans un journal que la Traviata vient d'être défendue à Berlin, à cause du libretto qui ne convient pas à une ville protestante. Ce qu'il y a de certain, c'est que la Dame aux camélias dans sa forme primitive y a été représentée très-souvent sur des théâtres de drame. **„ On connaît et on apprécie très-fort le beau talent de pianiste de Mme Clara Pfeiffer. Comme compositeur, elle a droit à de non moins vives sympathies. Sa sonate inédite, qu'on a entendue dimanche, chez elle, pour la première fois, est une œuvre de haute portée, une œuvre sérieuse, nous allions dire une œuvre de maître. Ecrite dans le genre classique, elle, révèle une-netteté de pensée, une pureté de style et des inspirations peu communes. Validante et le rondo ont peut-être plus par- ticulièrement excité l'enthousiasme. 11 y a là autant d'imagination que de savoir. Les mélodies ont de l'originalité, de la couleur, de la fran- chise, et, dans les développements, de soudaines réapparitions du thème principal produisent le plus bel effet, et attestent une étude approfon- die des grands modèles de l'école allemande. Les quatre morceaux dont se compose cette sonate ont été exécutés par l'auteur avec une verve, un style soutenus, qui deviennent rares. Le talent est héréditaire dans cette famille. Georges Pfeiffer a eu sa bonne part de bravos pendant cette charmante matinée. 11 a joué deux morceaux de sa composition, la Hou- lette et un Boléro de concert qui ont ravi l'auditoire. Dans ces pages lé- gères, gracieuses et de caractères si différents, on reconnaît pourtant une grande habileté, une harmonie toujours distinguée qui relève les mélodies et leur donne beaucoup d'intérêt. *„. Le violon stradivarius dont Spohr s'est servi pendant un demi- siècle va être mis en vente par ses héritiers. On dit que c'est un des meilleurs instruments à cordes connus. t\ La célèbre cantatrice, Ida Bertrand, a quitté sa villa pour ren- trer à Paris et reprendre le cours de ses leçons, ce qui ne l'empêchera pas de se faire entendre cet hiver sur l'un de nos théâtres. De bril- lantes propositions lui ont été faites après la solennité musicale donnée par elle vers la fin de la saison, avec le concours de Oraziani et autres artistes de prima sfera. **„ Dans quelques jours paraîtra la partition pour piano et chant, format in-8°, i'Olympie, de Spontini. Cette édition de bibliothèque, soi- gneusement corrigée et revue par J. Rosenhain, va enfin permettre aux artistes et aux amateurs de se procurer une œuvre, qui se recommande à tant de titres à l'admiration, et qui formera le complément indispen- sable de toute bonne collection des classiques modernes. „*„, Le pianiste-compositeur Melchior Mocker, après une brillante tournée en Italie et en Allemagne, et de très-beaux succès obtenus à Milan, à Vienne et à Munich, vient de rentrer à Paris, où il ce fixe désormais . „*„.. Le célèbre pianiste. A. Jaell parcourt en ce moment la Suisse, après avoir passé deux mois dans la retraite et le travail. Il a déjà donné des concerts à Bâle, Saint-Gall et Zurich. Dans cette dernière ville, la So- ciété chorale, que dirige le célèbre compositeur suisse, W. Baumgart- ner, a salué son arrivée par une sérénade. Il se rendra aussi à Lau- sanne et Genève. ,,% Parmi les nouveautés pour le piano qui vont paraître dans la pre- mière quinzaine de décembre, nous recommandons spécialement deux morceaux d'Emile Albert, ayant pour titres Menuet et Tarentelle. Emile Albert est l'auteur du remarquable trio de salon, interprété avec tant de succès au concert donné au bénéfice des crèches dans la salle de l'Hôtel de ville, et qu'on a déjà beaucoup applaudi dans plusieurs villes de la province. *** Le célèbre violoniste Ernst se trouve en ce moment à Vienne. L'état de sa santé s'est sensiblement amélioré, et l'on est fondé à espérer que le compositeur-virtuose pourra bientôt faire exécuter un opéra qu'il vient de terminer. t% M. J. Massenet, appelé à Troyes par la Société philharmonique, a obtenu un succès des plus brillants en exécutant au concert de cette Société, le 28 novembre dernier, une valse de Chopin et une grande fan- taisie de sa composition sur le l'ardon de Ploërmel. Mlle Monrose a aussi été très-applaudie; elle a chanté la romance de la Part du Diable, les couplets du Roman d'Elvire, et enfin le délicieux air de l'Ombre, du Pardon de Ploërmel, qui lui a valu un véritable triomphe. *% Rosenhain est de retour à Paris et va reprendre ses cours artis- tiques. Il nous rapporte de Bade (où il a fait bâtir une charmante villa) plusieurs nouvelles compositions pour piano, qui vont paraître prochai- nement. *% M. Reichardt passera à Paris une partie de l'hiver ; le charmant ténor a fait tout récemment une tournée très-brillante en Angleterre avec M. Beale. Il est non-seulement excellent chanteur, mais aussi com- positeur d'une réelle distinction. Parmi les œuvres qu'il compte faire entendre cette saison, on cite la délicieuse mélodie ayant pour titre : Oh! belle étoile'- oh! doux reyard! destinée à un succès de vogue. **„ Le célèbre violoniste Jean Becker vient d'obtenir de nouveaux succès à Brème. Il s'y est fait entendre dans le concerto de Mendelssohn, qu'il exécute avec une supériorité rare, et il a déployé aussi une habi- leté prodigieuse dans le Nel cor piu mi non sento de Paganini. **„, A l'occasion de la dernière séance annuelle de la Société des sciences industrielles de Paris, un concert a été donné, le 25 novembre, dans la salle Saint-Jean de l'Hôtel de ville. La Société chorale, l'Harmonie, y a chanté plusieurs chœurs, parmi lesquels le Noël, d'Adam, arrangé avec accompagnement de voix seules, par M. A. Elwart, a produit un excellent effet. Le solo était chanté par Mme Adeone Chevillard, jeune et déjà habile contralto de l'école de Mme Ugalde. **,., MM. Alexandre père et fils, ces infatigables chercheurs, viennent de mettre en vente un nouvel instrument d'une utilité incontestable pour les familles, les salons et les artistes en général. Cette nouvelle créa- tion se nomme V Annexe piano, et permet à toute personne ayant un piano d'exécuter un duo d'instruments. Le clavier.de trois octaves de l'annexe comprend trois registres, flûte, hautbois et voix céleste. La main gauche fait les accompagnements sur le piano, tandis que la main droite exécute à volonté le chant sur l'annexe, et traduit alternativement sur le piano les passages brillants — V Annexe-piano se fixe sans travail et se déplace sans avarie, sous le clavier de quelque piano que ce soit. *** Péltinette, tel est le titre d'une petite polka chinoise composée poul- ie piano par J. J. Rebsamen. Cette publication, qui est en ce moment de circonstance, obtient un véritable succès. .,,*„. Au Cirque-Napoléon, on offre depuis quelque temps un intermède musical, dans lequel un Hongrois, M. Krathy-Baschik, exécute sur l'harmonicor de véritables tours de force. L'harmonicor est un petit instrument dont les dimensions, en long et en large, n'excèdent pas celles d'uu doigt, et qui est percé de trous munis de petites lames de métal assez semblables à celles de l'accordéon ordinaire. A l'aide de cet ins- trument , d'une naïveté toute primitive, M. Krathy - Baschik exécute des chants de plusieurs parties, avec des accords et leurs renverse- ments. Sur un accompagnement à trois parties, le chant se dessine avec toutes les difficultés de grupetti, d'appogiatures, etc. Le virtuose hon- grois obtient chaque soir un très-brillant succès. *** Le gouvernement actuel de la Chine se divise en quatre branches principales, confiées à des mandarins qui exercent leur pouvoir sans contrôle. Nous ne remarquons pas sans intérêt que la quatrième, le dé- parlement de la musique, a pour président le seul frère survivant du pré- cédent empereur. „% Un amateur de musique français, M. Bordas, vient d'imaginer un singulier instrument, le lithophom. C'est un clavier composé de simples cailloux de silex de forme allongée et qui rendent des sons harmo- nieux. Ces pierres mélophones ont été trouvées dans une carrière du Périgord : quelques-unes sont des pétrifications antédiluviennes. M. Bordas se place devant son clavier, et, avec deux cailloux non so- nores, il frappe les touches et exécute les valses, des airs rustiques, des accompagnements pleins d'originalité. Le lithophone conserve le ton un peu cassant des castagnettes, mais ce n'en est pas moins une récréation musicale très-ingénieuse et qui aura uu grand succès de curiosité cet hiver. »** Le directeur du théâtre du Vaudeville, .M. Louis Lurine, est mort vendredi dernier. 11 était malade depuis quelque temps. La littérature DE PARIS. 419 perd en lui un de ses écrivains les plus brillants et les plus féconds : c'était aussi un orateur qui improvisait avec beaucoup d'éclat et d'a- bondance. ,.% Charles Binder, compositeur et chef d'orchestre du théâtre Charles, à Vienne, né en cette ville le 29 novembre 1816, vient d'y mourir ces jours derniers. *** F. -G. Tinney, pianiste et compositeur de musique de danse, est mort à Londres le 13 novembre. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. *** Strasbourg. — l'Étoile du Nord a été reprise dimanche. Les ar- tistes ont été généralement à la hauteur de leurs rôles; Mme Rau'is et M. Bonnefoy ont été très-applaudis. „.% Caen. — Après avoir payé un juste tribut d'éloges au violoniste Bazzini, le Moniteur du Calvados consacre quelques lignes à une jeune cantatrice nommée Maria Talvo, qui s'est fait entendre au concert donné par réminent virtuose. Mlle Maria Talvo a chanté de la façon la plus pathétique le bel andante du Prophète, et le grand air qui le suit. ,.*„. Lyon. — Les répétitions du Pardon de Ploërmel se poursuivent ac- tivement au Grand-Théâtre, et on y espère pouvoir donner très-prochai- nement l'œuvre de Meyerbeer. *** Toulon. — On vient de monter H Fée aux Roses. Décors, trucs, machines, tout a été parfait. Les artistes ont fait merveille, et cette reprise a eu beaucoup de succès. *'■%, Bordeaux. — Aime Juliette Borghèse s'est fait entendre dans les Dragons de Villars, dans l'intervalle de ses deux derniers débuts. Il est impossible de rendre avec plus d'art et plus d'esprit les nuances du rôle de Rose Friquet : aussi, après le triomphe remporté par Mme Borghèse, un troisième début n'était plus qu'une formalité, et son admission a été annoncée au bruit des applaudissements les plus unanimes. *** Beauvais. — Les élèves du grand séminaire de cette ville ont exé - cuté. le 21 novembre, sous la direction de leur professeur, une messe à quatre voix du célèbre Sigismond Neukomm. Cette belle composition est écrite pour quatre voix d'hommes avec soli et accompagnement d'or- gue. Le soir de ce jour, qui était celui de l'anniversaire du grand sémi- naire, les soixante chanteurs ont chanté au salut plusieurs motets de l'élève d'Haydn. M. A. Neukomm avait été gracieusement invité à assister à cette petite fête de famille, et c'est avec la plus vive émotion qu'il a été le témoin des marques d'estime et de respect données à la mémoire d'un maître, d'un ami et d'un frère bien-aimé. a** Boulogne-sur-Mer, 2S novembre. — Le premier concert d'hiver de la Société philharmonique vient d'avoir lieu. M. et Mme Patriossi se sont fait vivement applaudir, particulièrement dans trois duos pris du Barbier, ù'Ernani et de VElisir d'amure, qu'ils ont dit avec l'ensemble, la méthode et l'esprit que possèdent les excellents chanteurs de l'école italienne. — 1111e IL Filliette, jeune et gracieuse pianiste boulonnaise, a justifié ce que promettaient son début de l'année dernière et ses ré- cents succès obtenus à Dieppe ; elle a parfaitement interprété un Ca- priccio de Mendelssohn , la Romance russe de Ketterer, et la Danse in- dienne de Félix Godefroid, qui lui ont valu un nouveau triomphe. — M. Delpeuch a aussi obtenu sa grande part d'applaudissements dans une fantaisie pour le hautbois de Verroust, et l'orchestre, sous la bonne direction de M. Chardard, a joué avec beaucoup de verve 13s ouvertures du Farfadet et d'IIaydée CHRONIQUE ETRANGERE. **„ Londres. — La Maria de Flotow vient d'être donnée au théâtre de la Beine avec un très-grand succès. L'interprétation n'a, du reste, rien laissôâdésirer. MmesTitjens, Lemaire.MM. Giuglini et Violetti, se sont par- tagé les applaudissements enthousiastes. Dans quelques jours on donnera Lucia. Le baryton Briani chantera le rôle d'Arthur. La Lucrezia Viendra ensuite.— Le 20 novembre, l'excellente compagnie italienne de M. Smith s'est transportée de Buth, où elle a donné un grand concert. Giuglini a chanté la romance de Marta : M'appari luit' amore, puis avec Mme Pa- repo le duo de la Traviata, puis enfin une ballade de Balle ; Briani et Vialetti ont eu leur bonne part d'applaudissements. — Les AWs de Jeannette, de V. Massé, sous le titre the Marriage of Georgette, ont été représentées à l'opéra anglais de Covent-Garden. Miss L. Pyne y a ob- tenu beaucoup de succès dans le rôle principal. — Le théâtre anglais de lier Majestys annonce la Reine Topaze avec Mlle Parepa. *** Bruxelles. — Lundi dernier a eu lieu avec succès la première repré- sentation d'flenu'anum. MM. Wicart, Depaitier, Mmes Elmire et Vanden- haute, ont chanté les principaux rôles.— Les dernières répétitions avaient été dirigées par M. Félicien David. 2*1, Hanovre. — MmeCastellan a chanté au premier concert delà saison avec un grand succès. Au même concert, M. Joseph Joachim a joué le concerto de Mendelssohn, et l'orchestre a exécuté sous la direction de l'habile violoniste une des symphonies de Beethoven. Après la sympho- nie, le roi et la reine ont reçu M. Joachim, et lui ont exprimé leur satisfaction dans les termes les plus flatteurs. — Au prochain concert, qui doit avoir lieu le 1er décembre, Mme Szarvady se fera entendre. t*t Vienne.— Les répétitions de l'opéra de Rubinstein, les Enfunts des lindes, ont commencé ; la pièce sera jouée probablement dans les der- niers jours de décembre.— La baronne Pasqualati a obtenu le .privilège d'un nouveau théâtre qui portera son nom.— Il est décidé qu'au théâtre de la Cour il n'y aura pas d'opéra italien cette année. — Après bien des hésitations et des revirements, il a été définitivement arrêté qu'au printemps prochain le théâtre de l'opéra de la cour deviendrait une en- treprise particulière. Le bail, selon la Gazette de Vienne, durerait de- puisle Ier avril 1800, jusque fin mars 18GG. — M. Herbeck a fait traduire et chanter par la Société chorale qu'il dirige, trois chœurs sans accompa- gnement de Louis Lacombe. Le Corbeau et le Renard et la Chanson des pirates, ont obtenu un succès d'enthousiasme. **„ Dresde.— On annonce la mort de M. Frédéric Braun, célèbre di- lettante de cette ville. Parmi les papiers du défunt on a trouvé le ma- nuscrit d'un opéra inédit de Winter, auteur du Sacrifice interrompu. t% Leipzig. — Mme Clauss Szarvady nous a quittés pour se rendre à Hambourg, après s'être fait entendre à la deuxième soirée pour musique de chambre et au septième concert du Geivandhaus . Dans ce dernier concert, M . Jadassohn a fait exécuter sous sa direction une symphonie inédite qui a reçu un bon accueil. La deuxième partie de la solennité a été consacrée à l'exécution de la musique du Songe d'une nuit d'été, par Mendelssohn. <** Prague. — Le Pardon de Ploërmel a été repris avec beaucoup d'é- clat. Mme Brenner, dans le rôle de Dinorah, s'y est montrée aussi bonne cantatrice que comédienne. „.% Rotterdam. — L'existence de l'opéra allemand a été garantie par la souscription d'actions du capital de 750,000 florins. L'établissement est eh voie de prospérité et les représentations sont très-suivies. Fideiio a attiré le premier soir beaucoup de monde. Deux fois par mois nous avons l'opéra français, qui vient de la Haye. „*% Copenhague. — Ole-Bull s'est fait entendre plusieurs fois au théâtre du Peuple, et chaque soir il a fait chambrée complète. Le célèbre violo- niste se rend d'ici à tlelsingford, d'où il se dirigera vers la Russie. — Un opéra nouveau de Nicolaï Berendt, l'Épreuve du cœur, a du succès au théâtre Royal. — One compagnie française d'opéra donne des représen- tations au Casino sous la direction de M. Morris. „*„. Madrid. — Lucia a. été un véritable triomphe pour Mme Charton- Demeur et le ténor Fraschini. Les deux artistes ont été rappelés trois fois après le duo du premier acte. Mme Charton a ravi la salle entière dans l'air final. Dans le Barbier, nouveau succès pour la cantatrice ; elle a introduit dans la scène de la leçon de chant l'air de l'Ombre du Pardon de Ploërmel, qui a été bissé. *% Neio-Yorli. — La troupe italienne nous a quittés. Les quelques re- présentations données en ce moment sont dues à l'initiative de M. Iti- chard Mulder. Mme Fabri a été très-remarquable dans Robert le Diable, Marta, Freischulz et les Huguenots. MM. Stigelli et Cari Formés ont été aussi très-justement applaudis. — On se préoccupe vivement de la créa- tion d'un Conservatoire de musique ; malheureusement les fonds man- quent encore. Pour la direction supérieure de l'établissement, il serait question de Liszt, Marschner et d'autres compositeurs célèbres. 420 IEVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Chez d. RRAVDUS et S. !» i-Olit, éditeurs, 105, rue de Richelieu, au 1". NOUVELLES PUBLICATIONS POUR LE PIANO EUGENE KETTEBER MARCHE ORIENTALE Op. 72. — Prix : 9 fr. Andante et Polonaise de concert, Prix : 9 fr. En ré majeur. Prix : 9 fr. J. RurasiEL 2e série des ÉCHOS BES OPÉRAS, fantaisies pour piano : 1. Robert le Diable. 4. Martha. 2. Le Pardon de Ploërmel. 3. Stradella. 3. Les Dragons de Villars. 6. Postillon de JLonjumeau. Prix de chaque : 6 fr. AMWM'àm Mmmm£kïSK Une Chanson d*aulrefois, Les Travestissements, Op. 87. — Arabesque. — 6 fr. Op. 86. —Gavotte variée.— 6 fr. Inquiétude, Op. 95. — Andante. — C fr. Romance , Op. 84. — Etude. RENE FAVARGER Les Huguenots, IVIartha, Op. 44.— Fantaisie. — 9 fr. ' Op. 45. — Fantaisie. — 9 fr. L'Escarpolette, j Le Comte Or? , Op. 41 , Morceau de salon. 7 f. 50. Op. 43. — Fantaisie. — 9 fr. Op. 88. — Au bord de la mer, barcarolle à quatre mains. — 9 fr. j Op. 42. — Caliban, grande valse de salon. — Prix : 7 fr. 50. STEPHEN HELLER Tableau de genre, Dédié à son cher maître M. Antoine llalm, de Vienne. 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Étranger 34 <■ id. Le Journal paraît le Dimanche. ZETTE pb w^miB, ~wj V\/\/W\Arvwi LA REVUE ET GAZETTE MUSICALE OFFRE, A L'OCCASION DU NOUVEL AN, COMME Pritmes'Éjttrennes MUSIQUE DE PIANO : LES ROMANCES SANS PAROLES Pour le Piaaso, Réunies en nn volume ïn-8° (36 morceaux) PnEMIER VOLUME DE LA NOUVELLE PUBLICATION DU RÉPERTOIRE DE MUSIQUE CLASSIQUE DE PIANO DEUX BEAUX PORTRAITS lETIOfll Photographiés d'après des gravures du temps , par Petit et Triaquart. FORMAT DIT Cartes de visite. MUSIQUE DE CHANT : six NOUVELLES MÉLODIES Avec accompugnement de Piano, Paroles de VICTOR HUGO, TH. GAUTIER ET S. NIBELLE Musique de (2e série de ses mélodies) Formant un Album de chant, format In-4°. A partir du 15 décembre, ces Primes seront remises aux anciens abonnés qui renouvelleront leur abonnement et aux personnes qui en prendront un nouveau. SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique: V Eventail, opéra-comi- que en un acte, paroles de MM. Jules Barbier et Michel Carré, musique de M. E. Boulanger; reprise de la Perruche, opéra-comique en un acte, paroles de MM. H. Dupin et Dumanoir, musique de M. Clapisson, par D. A. B>. Saint-YTes. — Théâtre impérial Italien : reprise de Maria. — De la musique en Espagne (3e article), par Adrien de lia Page. — Poir, dans les salons de Pleyel-Wolff.— i) Trio (en ré mineur), de Mendelssohn, exécuté par J. Wieniawski, Armingaud et Lée; 2) a. Valse de salon ; b. Souvenir de Lublin (romance variée], par Wieniawski ; c. Étude en la mineur, par Chopin, exécutée par Wieniawski; 3) Air d'Orphée, de Gluck, chanté par Mlle de la Pommeraye; 4) Grande sonate en si mineur (inédite), exécutée par Joseph Wieniawski ; 5) Hommage à Haendel, duo à deux pianos par J. Moschelès, exécuté par Mme Massart et J. Wieniawski ; 6) a. Lied de B. Schumann, b. C Adieu de F. Schubert, chantés par M. Richard Lindau; 7) a. Impromptu (inédit), 6. Pensée fugitive, c. Grande valse de concert, composés et exécutés par J. Wieniawski ; 8) Air de la coupe de l'opéra Uerculanum, chanié par Mlle de la Pommeraye ; 9) Barcarolle- caprice (grand morceau de concert), composée et exécutée par J. Wie- niawski. *** MmeT.Wartel vient de donner à Londres un grand concert avec le concours de MM. Sainton, Piatti et de Mme Sainton-Dolby. Le succès de l'habile pianiste a dépassé ce que, sa renommée si bien établie en avait fait concevoir. Son jeu, doux et brillant, unissant l'expression et la ten- dresse, l'énergie et le goût, a enlevé tous les suffrages. »% M. Ferdinand Schœn, dont le talent de pianiste est connu et apprécié, est de retour de son voyage artistique dans l'Ouest. M. Schœn se fera entendre cet hiver en public. „% M. le major général de Candia, père du marquis Mario de Candia, premier ténor du théâtre Italien de Paris, vient d'être élevé i la dignité de commandant général de la division militaire de Sardaigne. „*» A. Bessems est de retour de ses voyages artistiques. Plusieurs séances de musique classique ont été données par lui à Anvers, et cet artiste a obtenu de grands succès. On a exécuté aussi le jour de la Tous- Zi26 REVl'E ET GAZETTE MUSICALE saint a la cathédrale une belle messe de sa composition, et qui a impres- sionné vivement les amateurs de musique religieuse. **, Le concert du Cercle des Beaux-Arts de Nantes a eu lieu vendredi dernier. Hermann et Mme Miolan-Carvalho se sont partagé les applau- dissements d'un public d'élite. Hermann a tiré de son violon les accents les plus suaves, et son brillant répertoire lui a valu de véritables ovations. Le succès de Mme Miolan a été des plus grands. M. Warnots a eu aussi sa part de bravos. *** Bibi-Bamban, le nouveau quadrille d'Arban, ainsi que le quadrille de Strauss, les Valets de Gascoijne, obtiennent un succès de vogue dans les salons et dans les bals. *** L'Art musical, nouveau journal de musique, sous la direction de M. Léon Escudier, a paru pour la première l'ois jeudi dernier. **„ Dès sa séance d'ouverture, le congrès pour la restauration du plain- chant et do la musique d'église s'est empressé d'approuver la prorogation de trois mois accordée aux maîtres de chapelle et organistes français et étrangers pour l'envoi des manuscrits destinés au concours de composi- tion de musique religieuse fondé par les éditeurs de la Maîtrise. On a également adopté la modification sollicitée au sujet des messes et motets, qui pourront être écrits indifféremment à trois voix égales ou non. Voici' du reste, les conditions du concours qu'il importe de faire connaître dans tous ses détails: Messes brèves : lCr prix. Une médaille en or, de la valeur de 300 fr., sera attribuée à la meilleure messe brève comprenant un Kyrie, un Gloria, un Credo, un Sanclus, un morceau pour l'élévation et un Agnus Dei, avec orgue. 2e prix. Une médaille d'argent, de la valeur de 150 fr., est instituée pour le même objet. Motets et chants sur des textes approuvés par l'ordinaire: l" prix. Une médaille en or, de la valeur de 200 fr.,sera attribuée au meilleur recueil de trois morceaux, soit motets ou pièces chantantes d'église, applicables aux offices, d'une exécution facile, d'une bonne accentuation et dans un diapason restreint^ une, deux ou trois voix). 2° prix. Une médaille en argent, de la valeur de luO fr., pour le même objet. Pièces d'orgue : i« prix. Une médaille en or, de la valeur de 200 fr., sera attribuée au meilleur recueil de trois pièces d'orgue applicables aux offices, avec ou sans pédale, mais d'une exécu- tion facile, et pédale ad libitum. 2" prix. Une médaille en argent, de la valeur de 100 fr., pour le même objet. De plus, douze médailles en bronze, d'une valeur totale de 200 fr., seront décernées, ainsi que des mentions honorables, aux morceaux qui, dans leur ordre de mérite, vien- dront après les œuvres couronnées. Les manuscrits destinés au concours, tous inédits, devront être adressés, du 1" au 10 novembre prochain, à MM. Heugel et C", éditeurs de la Maîtrise, 2 bis, rue Vivienne. Les mor- ceaux couronnés et ceux mentionnés seront publiés par les éditeurs de la Maîtrise, qui en auront de droit la toute propriété, â titre gratuit, pour la France et l'étranger. »*„ Un nouveau journal musical vient de paraître à Florence sous le titre de VItalia arlistica; cette feuille, qui en est à son huitième nu- méro, s'annonce sous les meilleurs auspices. »% Le jeune et célèbre violoniste J. Becker, dont nous constations dimanche dernier les succès en Angleterre, vient d'être victime d'un accident bien cruel. Une des cordes de son violon s'est brisée au mo- ment où il la regardait et l'a atteint à l'œil droit, qui se trouve désor- mais presque perdu. Ce malheur est d'autant plus déplorable, qu'il ar- rête l'artiste au début d'une tournée artistique des plus brillante. C'est à Leamington que J. Becker a été si douloureusement frappé. „*„. Le plus célèbre des journalistes de Berlin, Louis Rellstab, a suc- combé dans la nuit du 27 au 28 novembre. La veille, il avait assisté à une représentation de l'Opéra, et le lendemain, il fut trouvé mort dans son lit. Rellstab était né, le 13 avril 1799, à Berlin, où son père était éditeur de musique et plus tard libraire. Après avoir terminé ses études classiques, Rellstab entra, en 1815, au service, qu'il quitta en 1821 avec le grade de lieutenant. En 1827, il fut attaché à la rédaction de la Gazelli de Voss, où il écrivait les articles concernant la musique. 11 fut aussi l'un des collaborateurs de la Revue et Gazelle musicale de Paris. Nos lecteurs n'ont sans doute pas oublié ses dernières correspondances, qui se distin- guaient par l'élégance poétique d'un style rempli d'images. Dans le nombre de ses œuvres étrangères à la critique, il faut citer le libretto du Camp de Silésie, dont Meyerbeer a écrit la partition. Un nombreux cor- tège accompagnait ses restes mortels ; on y remarquait Meyerbeer, M. de Ilulsen, intendant général des théâtres; le conseiller aulique Schneider, et une foule d'artistes des divers théâtres, des journa- listes, etc. Des chanteurs de. l'Opéra exécutèrent divers morceaux devant le cercueil, avant la levée du corps. Après l'oraison funèbre, qui fut prononcée par le prédicateur Stahn, le cortège se mit en marche, pré- cédé de la sonnerie des cuirassiers et des dragons de la garde. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. *% Dunkerque, 3 décembre. — La première représentation du ?ardon de l' loermela.ua lieu hier avec un plein succès. Les trois rôles principaux étaient remplis par Mlle Clara Voizel (Diuorah), MM. Duchaumont (Co- rentin), Jorris (Hoel). M. Vert chantait celui du chasseur, M.Genincelui du faucheur et Mme Duchaumont celui d'un des pâtres. Les chœurs de l'ouverture étaient dits par soixante-dix chanteurs , parmi lesquels les élèves des cours de musique vocale, fondés par l'Orphéon, étaient en majorité. L'orchestre, sous la direction de M. Ulrich Paris, a parfaite- ment interprété l'œuvre magistrale. — Dans le neuvième concert donné par l'Orphéon et dirigé par M. Manotte, on a exécuté 1° la Saint-Hubert de Laurent de Rillé; 2° V Aurore de Camille Devos; 3° Sérénade de Saintis et 4° Valse des Etudiants. — Pour la Sainte-Cécile , l'Orphéon a chanté une messe solennelle de Laurent de Rillé, laquelle a obtenu les suffrages de tous les amateurs de belle et bonne musique religieuse. *% Nantes. — Plusieurs représentations du Pardon de Ploermel ont consolidé le succès de sa reprise au théâtre Graslin. A côté de la mise en scène splendide qui a valu l'an dernier à M. Solié une lettre de fé- licitation de l'illustre maestro, on a pu constater une interprétation ex- cellente. Le rôle de Diuorah est parfaitement approprié aux moyens de Mme Raynaud, dont le talent gracieux a soulevé d'enthousiastes applau- dissements. »% Bordeaux. — Mme Borghèse a continué avec beaucoup de succès ses débuts dans le Prophète, en compagnie de M. Chenest, qui a été admis malgré une assez forte opposition. — M. Colomyès est toujours très-applaudi dans Martha. **„ Nîmes. — Le Pardon de Ploermel, monté avec beaucoup de soin, vient d'être joué pour la première fois. L'interprétation, comme en- semble, a peu laissé à désirer. Mme Erambert et M. Martin se sont sur- passés dans les rôles de Dinorah et de Hoël. Les couplets du chasseur ont valu une véritable ovation à M. Dussargues. L'œuvre de Meyerbeer a été accueillie avec une extrême faveur. *** Strasbourg. — La seconde séance de la Société de musique de chambre, qui a eu lieu dimanche dernier, a été, sous tous les rapports, remarquable, et même brillante. MM. SchwaDderlê, Mayerhofer, Weber et Oudshoorn, ont commencé la séance par le quatuor en ut majeur de Mozart. Les trois parties de ce beau morceau, l'allégro, Vandante et le finale, ont été également goûtées par tous les amateurs de musique classique, qui s'étaient donné rendez-vous dans la salle de la mairie. La Volière, quin- tette imitatif deBoccherini, a été exécutée par les mêmes artistes d'élite, auxquels était venu se joindre un autre artiste de mérite, M. Schunké. Ce morceau, d'une composition naïve et originale, a généralement plu; on a surtout admiré, dans la partie : les Pâtres et les Chasseurs, un très- bel effet de cors de chasse. Il faut des violoncellistes de la force de MM. Oudshoorn et Schunké pour imiter ainsi le cor. Le troisième mor- ceau a surpassé l'attente générale. C'était le cinquième concerto en mi bémol majeur, de Beethoven, pour le piano, exécuté par Aille Wacken- thaler avec accompagnement d'orchestre,; nous devons dire que cette pianiste excellente s'est fait admirer autant par le talent avec lequel elle a su triompher des difficultés les plus grandes que par l'expression qu'elle a mise dans son jeu. Ajoutons qu'elle a été parfaitement secon- dée par les artistes de l'orchestre du théâtre, sous l'habile direction de M. llasselmans. Cette intéressante séance musicale s'est terminée par le quatuor eii la mineur, de II. Schumann, exécuté par les quatre artistes, si sympathiques au public, qui jouent ordinairement les quatuors. **„, Nice. — Une riche société française, anglaise et russe s'est donné rendez-vous ici pour l'hiver. Les bals et les concerts promettent d'être brillants, et notre théâtre impérial italien jouit déjà d'une vogue féconde en recettes, grâce à l'intelligente activité du nouveau directeur, M. Avette. Dans la Favorite et le Trovatore, Mmes Sauchioli, Berini, ainsi que Pozzo, Rossi et Binzeghi ont été souvent rappelés. Viceutini, le ténor applaudi à, la Scala, a été engagé pour chanter dans la Traviata et Rigoletlo. Il y a obtenu un succès d'enthousiasme, ainsi que Mme Berini. CHRONIQUE ETRANGERE. **„ Berlin. — Dans son répertoire de la semaine , l'Opéra de la cour nous a offert deux des plus belles productions de l'école allemande : la Flûte enchantée et les Huguenots; ces immortels chefs-d'œuvre ont alterné avec le Barbier de kèville , Sèmiramis et Mathilde de Shabran , dont la première représentation a eu lieu le 1"' décembre. Le théâtre Victoria a donné : Norma, Lucia et Rigoletlo. Parmi les innombrables concerts, nous remarquons la première soirée de M. de Bulow qui y a joué : ber- ceuse, de Chopin; étude de Schumann; Meyerbeer, schiller-Marsch, arrangée pour piano, par Liszt. **„ La Haye. — La reprise du Prophète a eu lieu le 2û novembre. Mlle Anaïs Pradal a chanté par complaisance le rôle de Fidès, et malgré toutes les difficultés d'un rôle tout à fait en dehors de son emploi et de ses moyens, la jeuue cantatrice a été très applaudie. En général, le Pro- phète a été bien chanté et a obtenu un très-grand succès. DE PARIS. 427 *** Dresde. — Faust, opéra de Spohr, a reçu un brillant accueil. Les honneurs de la soirée ont été partagés entre Mme Burde-Ney (Ciené- gonde), et M. Tichatscheck (comte Hugo). *** Leipsig. — Au concert qui a eu lieu dans la salle du Geivandhaus au profit du fonds de pension pour les artistes de l'orchestre, on a en- tendu deux compositions inédites : sérénade de Brahms et un concerto de Joaehim , où il y a de la verve, de l'invention , mais qu'on a trouvé trop long et un peu trop hongrois. t% Vienne. — L'association des écrivains et journalistes, Concordia, doit donner au Carthealer un concert, où avec l'autorisation de Meyer- beer, membre honoraire, seront exécutés des fragments du Pardon de Ploermel, dont la première représentation se fait attendre trop longtemps au gré des admirateurs du maestro. On y entendra , entre autres, l'ou- verture et l'air célèbre de l'Ombre, chanté par Mlle Brenner, la prima donna du théâtre de Prague. — Hellmesberger et ses collègues ont re- pris leurs soirées de quatuors, qui sont toujours en grande faveur. t*t Stockholm. — Herrmann Bérens vient d'être nommé chef d'orches- tre du second théâtre, à la suite du succès que ses opéras avaient ob- tenu dans notre capitale. Ces opéras sont : violeita, le Sunge d'une nuit a"élé, opérette en deux actes, qui a été jouée vingt fois de suite, et Lully et Quinault. t*i Rome. — Malgré le succès croissant de Gianni di Nisida, du maes- tro Pacini, on a donné au théâtre Appollo un autre nouvel opéra inti- tulé Stefanias, qui a révélé le talent musical du ieune maestro Raffaele Gentili. Le Pirate résume ainsi les qualités de l'œuvre nouvelle: «Mélodies faciles et belles, conception neuve, instrumentation cl?ire, harmonieuse et brillante.»— Un nouveau ballet de Rota a été donné au théâtre A polio. Le sujet d'il Genio Anarack, est assez bizarre pour mériter une men- tion. La scène se passe au pays des esprits, et l'un des actes représente le cabinet d'un correspondant dramatique. Anarack , chef des esprits follets, veut introduire dos innovations dans les spectacles et surtout dans les ballets ; à cet effet, il envoie sur terre deux de ses agents pour engager un maître de ballets. Les deux follets amènent bientôt Bo- rioso, qui se hâte de mettre en scène un ballet déclaré à l'avance des plus originaux. Or le ballet de Borioso n'est autre qu'un ballet de Rota, et le plagiaire est condamné à passer sa vie dans un antre, où un mi- roir lui représentera sans cesse les ballets de Rota qu'il a voulu faire passer pour les siens. Florence. — Le bénéfice de Vincenzo Sarti, le ténor toujours applaudi, a eu lieu avec la seizième représentation du Prophète; le chef-d'œuvre de G. Meyerbeer a été reçu comme d'ordinaire par des acclamations et des applaudissements unanimes. MAISON H. HERZ planos^S) -rue-. de la Victoire, à Paris. « A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le n° 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous e rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce pian fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28. >. Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. « A l'ouverture des listes qui suivit le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, te premier rang du concours, sous le rapport du volume et de la qualité du son. » (Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) %(MV1 FTA facteur de Pianos. — Médaille UUIUI JUillU d'or, Exposition 1849; Médaille de V classe Exposition universelle 1855. Spé- cialité de pianos pour l'exportation. Cette maison a obtenu, depuis 1834, à toutes les Impositions, des récompenses méritées par l'excel- lence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est justement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne 'aisse rien à désirer sous le double rapport de la quantité et de la qualité du son. — SSagasi», rue Moiititias-trc, 161. paix ACCOUDÉ a l'unanimité a l'exposition UNIVERSELLE DE LONDHES 1851. Fournisseur des Ministères de la Guerre et de la IVDariue «le France. Seuls agents a Londres CHAPPELL & HAMOND, S" DE JDLLIEN ACe 214 , Régent Street. MAISON FONDÉE EN 1803. iNSTRUSVIENTS DE MUSIQUE EN CUIVRE ANTOINE COURTOIS 88, rue tlea Marais- Saint - Martin, 88 Ci-devant rue du Caire, 21. MEDAILLE D'AKCENT DE V CLASSE A L'EXPOSITION UNIVERSELLE DE PARIS 1855. Facteur du Conservatoire et «le i'.&eadémic impériale de Paris. Agent à Saint-Pétersbourg : A. BDTTHEH, Perspect. 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Dnesber^. — Revue criti- que, par Adolphe Kotte. — Correspondances: Saint-Pétersbourg. — Revue des théâtres, par I». A. !ï. Saiiit-T&'ïes. — Nouvelles et annonces. VOYAGE DE SPOHR A MILAN (". Un mercredi, 5 septembre, fut le jour fortuné où s'accomplit un de mes vœux les plus chers et que je nourrissais dès mon enfance, je vis enfin le pays où « fleurit le citronnier ; » nous avions à peine dépassé les frontières de la Lombardie, que déjà nous nous trouvions en plein sud ; c'étaient des forêts de châtaigniers, puis des ligues et des amandes dans les jardins ; de gracieux festons de vigne s'élan- çant d'arbre en arbre, et auxquels étaient suspendus des raisins ma- gnifiques. La chaleur allait en augmentant à chaque pas et finit par devenir incommode ; à midi nous atteignîmes Domo d'Ossola, jolie (1) Autobiographie de Spohr. (Voir le n° h&.) petite ville. A l'hôtel du Cupeïlo Yerde nous eûmes ira premier dé- bat avec l'hospitalité italienne; ce nous fut un avertissement de discuter à l'avenir les prix avec les aubergistes. Après dîner nous poursuivîmes notre route jusqu'à Lareno, situé tout au bord du lac Majeur, en face de ces îles célèbres Isola Madré et Isola Bella, que nous visitâmes le lendemain. A Isola Bella l'on nous fit voir, entre autres curiosités, le chiffre de Napoléon, que le premier consul avait tracé sur l'écorce d'un laurier peu de temps avant la bataille de Ma- rengo. L'embarcation qui nous avait transportés à Isola Bella nous conduisit à Sesto Calende, à l'extrémité du lac. Le lendemain, 7 sep- tembre, nous partîmes avec un vetlurino pour Milan, où nous descen- dîmes à la pension suisse, dont on nous avait vanté la propreté tout allemande. Milan, 9 septembre. — Le soir nous fûmes à la Scala ; on donnait la Statue de bronze, opéra seun-seria de Solliva, jeune compositeur, ancien élève du Conservatoire de cette ville. A. notre entrée, la gran- deur et la beauté de la salle nous frappèrent : avec ses six rangs de loges et un parterre très-vaste, elle ne peut contenir que trois mille spec- 430 REVUE ET GAZETTE MUSICALE lateurs ; cela tient aux dimensions des places, qui sont très-spacieu- ses. Le prix d'entrée est le môme pour toutes les parties de la salle : on paie 2 lire de Milan. L'orchestre, quoique très-nombreux, vingt- quatre violons, huit contre-basses, autant de violoncelles, les cuivres ordinaires, etc., ne suffit pas à remplir la salle. L'exécution surpassa mon attente : elle était précise , correcte et calme avec beaucoup d'énergie. M. Rolla, dont les compositions sont connues même à l'é- tranger, tenait le premier \iolon et dirigeait. On ne dirige ni au piano, ni avec la battuta ; le souffleur, qui a la partition sous les yeux, souille les paroles aux chanteurs, et au besoin donne la mesure aux choristes. La musique de la Statue de bronze se rapproche du style allemand ; le jeune auteur a évidemment choisi ses modèles plutôt parmi nos maîtres que parmi ses compatriotes, et a de préférence étudié Mozart. Dans sa partition, l'orchestre ne joue point un rôle subordonné, comme d'ordinaire dans les opéras italiens; au contraire, l'instrumentation en est travaillée avec soin, souvent même elle couvre le chant : aussi a-t- on lieu de s'étonner que l'ouvrage de M. Sol'va ait reçu un accueil si favorable, ce genre d'opéra n'étant pas en général fort goûté dans ce pays-ci. A la vérité, ce ne sont ni les morceaux d'ensemble, ni les finales qui ont décidé le succès de la pièce, mais bien quelques canta- bile assez insignifiants, que les chanteurs firent valoir par une fort bonne exécution. C'est à ces cantabile seuls qu'on prêtait quelque attention. Pendant l'énergique ouverture et plusieurs récitatifs accom- pagnés avec beaucoup d'expression, il y avait un tel vacarme dans la salle, qu'on entendait à peine la musique. Dans la plupart des loges on jouait aux cartes , et dans toute la salle on conversait à voix haute. Je ne peux me figurer de tâche plus ingrate que d'écrire pour un tel public, et l'on a lieu de s'étonner qu'il y ail de bons composi- teurs qui consentent à s'en charger. Après le premier acte, on donna un ballet qui dura près d'une heure, de sorte que, quand il fut fini, on avait totalement oublié le commencement de l'opéra. Après le second acte, il y eut un ballet comique, dont la durée fut à peu près la même; ce spectacle, qui avait commencé à 8 heures, ne se termina qu'à mi- nuit. Quelle rude besogne pour les pauvres musiciens! 14 septembre. — Hier au soir, nous assistâmes à un concert que donnait un professore di oboe, Ferlendis, de Venise. Il nous fit en- tendre une œuvre de sa façon : le jeu de l'artiste et son œuvre étaient également mauvais. En Allemagne, on l'aurait immanquable- ment sifflé ; ici, quelques billets donnés applaudirent timidement. Dans la deuxième partie, Luigi Belotti joua un concerto sur le cor ; la composition ne s'élevait guère au-dessus du médiocre ; l'exécution, par contre, était des plus remarquables. Belotti a un son d'une beauté merveilleuse, beaucoup d'agilité et un goût très -pur. De peur que l'horrible hautbois n'effaçât cette bonne impression, nous renonçâmes au reste du concert. 10 septembre. — Une preuve de plus que les Italiens sont une nation essentiellement musicale, c'est que les mendiants ne deman- dent jamais l'aumône autrement qu'en chantant et en jouant d'un instrument. On les voit par troupes, de quatre à cinq qui font une musique passable le soir, devant les cafés ; d'ordinaire, ils sont ac- compagnés d'une femme magnifiquement accoutrée, qui fait la quête. Ou bien, ce sont trois chanteurs, qui, avec accompagnement de gui- tares, exécutent d'une manière très-satisfaisante des morceaux à trois voix ou des canons très-courts ; d'autres s'aventurent tout seuls, des violonistes, joueurs de flûte ou chanteurs aveugles ; même des mar- chands ambulants offrent leurs marchandises en chantant. A midi, nous avons assisté à un concert donné par la Sociela del rjiardino. Les daines Marcolini et Fabri chantèrent un duo de Rossini. La Marcolini jouit d'une grande réputation eu Italie ; elle a un bel organe et beaucoup de prestesse : par malheur elle chante trop bas. La signora Fabri est la prima donna du grand théâtre ; ses notes éle- vées sont magnifiques. Quant à la voix et au talent, les deux canta- trices sont sur la même ligne ; toutefois, ici encore, le soprano l'emporte sur le contralto. Dans la seconde partie, on chanta un duo de Pacini, une cavatine de Bonfichi et un rondo de Paër : même ton, avec des fioritures qu'on a entendues mille fois Presque toutes ces composi- tions étaient également fades et sans liaison intime ; le chant était souvent troublé ou couvert par les dessins insignifiants des instru- ments. 22 septembre. — J'ai passé aujourd'hui quelques instants à une espèce de concert d'étude ; des amateurs y exécutent, sous la direc- tion de Rolla, des symphonies, particulièrement celles des com- positeurs allemands. Les instruments à cordes sont tenus par des dileltanti ; les cuivres sont ceux de la Scala. On venait de jouer la symphonie en ré majeur de Mozart, et plusieurs ouvertures de maîtres italiens, et l'on répétait en ce moment une des grandes symphonies de Haydn. L'exécution était assez exacte, à la vérité, mais sans forte ni piano, et en général assez grossière. Cela n'empêche pas que cet établissement, le seul de cette espèce en Italie, ne mérite les plus grands éloges ; il offre aux amateurs milanais l'occasion de connaître nos admirables compositions instrumentales. Si je ne me trompe, ces réunions ont lieu dans les salons d'un M. Motto, qui possède, dit-on, une belle collection de fort bons violons. En général, il y a ici d'excellents instruments. Un M. Caroli possède deux stradivarius; Rolla en a un d'une grande beauté. Dans la nombreuse colleclion du comte Gozio de Solence se trouvent, entre autres violons (de Amati, Guarneri et Guardagnini), quatre stradivarius, dont on n'a jamais joué, et qui, quoique très-anciens, ont l'air de sortir de l'atelier du cons- tructeur : deux de ces violons sont de 1773; l'artiste avait quatre- vingt-treize ans. A la simple inspection de ces violons, on voit qu'ils ont été construits par des mains tremblantes ; les deux autres sont du meilleur temps de Stradivarius, de 1743 à 1744 ; le son en est fort et plein, mais avec cela neuf et sonnant le bois : pour devenir excellents, il faut qu'ils aient été pratiqués pendant dix ans au moins. 28 septembre. — Hier soir, notre concert a eu lieu à la Scala. Les artistes de l'orchestre restèrent à leur place habituelle; la cantatrice, Dorette (la femme de Spohr) et moi, nous nous établîmes entre l'orchestre et la toile, qui resta baissée. Quoique d'une sonorité avanta- geuse, la salle, à cause de ses vastes proportions , exige une grande force de son et un jeu large et simple. En outre, il n'est pas facile de faire agréer un violon, là où l'on n'est habitué qu'à entendre des voix. Cette considération et l'incertitude au sujet de l'effet que mes compositions et mon jeu feraient sur les Italiens, me rendirent quelque peu timide à mon début, dans un pays où l'on ne me connaissait pas encore; mais comme dès les premières mesures je m'aperçus que mon jeu était goûté, cette timidité ne tarda pas à se dissiper, et je jouai dès lors sans la moindre préoccupation. Aussi eus-je la joie de me convaincre que dans mon dernier concerto que j'avais écrit en Suisse, en forme d'une scène de chant, j'étais tout à fait entré dans le goût italien, et qu'en particulier les morceaux de chant étaient accueillis avec enthousiasme. Si agréables et encourageantes que puissent être ces acclamations bruyantes pour le virtuose, elles n'en sont pas moins un sujet de déplaisir pour le compositeur. Toute l'économie du mor- ceau est dérangée, les tutti travailles avec tant de soin sont perdus complètement, et puis on entend le compositeur recommencer dans un ton tout différent, sans savoir comment l'orchestre, par ses modu- lations, est arrivé à ce ton nouveau. Outre le concerto, je jouai avec Dorette un nouveau pot-pourri pour violon et piano, et un deuxième, avec accompagnement d'orchestre. Ce dernier, je dus le répéter sur la demande générale. L'orchestre, le même que celui de l'Opéra, m'ac- compagnait avec beaucoup de sympathie et d'attention; Rolla surtout se donnait beaucoup de mal. Dans la seconde partie, mon ouverture d'Alruna fut exécutée avec vigueur à la vérité, mais non sans encom- bre. L'orchestre est trop habitué à des répétitions nombreuses, pour pouvoir jouer un morceau à première vue. Mme Castiglioni, contralto, DE PAÏUS. 431 chanta un air dans cette seconde partie avec talent et succès. Après le concert, l'on m'engagea fortement à donner une seconde séance. Mais le vendredi suivant le gouverneur doit donner une soirée, à l'occasion de la fêle de l'empereur ; or, comme le vendredi est le seul jour libre de la semaine, et que nous n'avons nulle envie de prolonger notre séjour pendant quinze jours, je préfère donner ce second concert à mon retour, et partir immédiatement pour Venise. Cette première soirée, je fis tout au plus mes frais, qui se montaient à peu près à 50 ducats. J. DUESBERG. REVUE CRITIQUE. AaiicMlée Méresius : Romance-Étude, Inquiétude, les Travestis- sements , une Chanson d'autrefois, Au bord de la mer. — A. Vineent : Transcription du Souvenir d'Amérique , de Henri Vieuxtemps. — CîEiai-Bes «SeSlssEa : le Bouquet de la fiancée. La province comprend les arts ; elle les cultive et les aime beau- coup plus qu'on ne le croit généralement. D'ailleurs, si, comme on le dit peut-être trop, elle n'apprécie guère les choses de l'esprit et de l'imagination, il faut reconnaître du moins qu'elle nous envoie souvent de vigoureux talents, pleins de sève, de jeunesse, d'illusions et d'enthousiasme. Rouen, par exemple, la patrie de Corneille et de Boïeldieu, nous donnait dernièrement Gustave Flaubert, à qui nous devons M.idame Bovary, et Louis Bouilhet, l'auteur de MelœnU, de Madame de Mun- tarcy et d'Hélène Peyron, qui, l'autre soir, à l'Odéon, prouvait une fois de plus que Paris n'avait le monopole ni des belles conceptions ni des beaux vers. Cette ville possède bien encore quelques char- mants poètes, que nous connaissons, mais elle les garde, comme elle garde depuis un grand nombre d'années déjà M. Amédée Méreaux, pianiste compositeur connu partout et dont certes notre Athènes mu- sicale, si difficile qu'elle soit, s'honorerait à plus d'un titre. Mais arrivons à notre critique , car nos souvenirs nous entraîne- raient trop loin. Après avoir écrit des œuvres sérieuses et de longue haleine, de belles et bonnes éludes, M. Amédée Méreaux vient de composer, pour le piano, cinq morceaux tout à fait remarquables et d'une rare distinction. Cette fois, délaissant les grandes formes et les amples dé- veloppements, auxquels il s'entend si bien, il a voulu être aimable avant tout, presque concis, facile à comprendre et à exécuter. On retrouve dans ces nouvelles pages toutes les qualités qui ont fondé sa réputation : la clarté, la pureté, l'élévation de pensée. Nous n'analyserons pas ces ravissantes petites pièces, nous nous contenterons de dire que l'une fait valoir l'autre, et que toutes attes- tent une grande diversité d'inspiration et une souplesse de style non moins grande. La Gavotte est délicieuse. D'où vient-elle? Appartient-elle en pro- pre à M. Amédée Méreaux, ainsi que nous le pensons, ou bien est-ce un écho du temps passé, un écho de ce que la cour, comme la ville, aima tant depuis Bach jusqu'à Rameau? Quoi qu'il en soit, elle est charmante; elle-sent pour ainsi dire les mouches et la poudre ; elle fait penser aux petits vers malins dont le xviii" siècle ne se montra pas avare. Sans médire de rien, nous voudrions retrouver plus souvent dans la musique de piano l'unité, la franchise mélodique, l'imagination vive et jeune, la finesse d'harmonie, enfin la fermeté de style que nous avons remarquée dans Une chanson d'autrefois, chanson plus douce et plus spirituelle que bien des chansons d'à présent. Souvent a quatre parties, ces morceaux sont écrits à la manière classique, à la manière des maîtres; on y reconnaît jusque dans les licences qu'autorisent le genre et les traits de ces petites compositions, le pianiste habile de même que le musicien instruit et sévère. La gaieté, l'esprit, la grâce, la légèreté, brillent partout, sauf toute- fois dans la Romance-étude et dans Inquiétude, dont la teinte élé- giaque, la mélancolie profonde, révèlent autant de sensibilité que les modulations et les imitations de mouvement prouvent d'habileté et de science. En metlant en petit toute l'expérience, tout l'art exigés par de plus grands ouvrages, en restant élégant, sobre de notes parasites dans ces formas grêles de la rêverie et de la fantaisie où chaque jour on jette tant de banalités, pour ne pas dire d'inepties, en satisfaisant à la fois tous ceux que divise l'éternelle querelle du moule et de la pensée, M. Amédée Méreaux s'est montré artiste sérieux et convaincu. Il n'a voulu faire aucune concession à la frivolité, au mauvais goût; il a ainsi, quoiqu'on ne cesse de répéter le contraire, assuré le suc- cès de son œuvre et gagné les seules sympathies que doivent ambi- tionner les artistes de sa valeur : les sympathies des intelligences délicates et justement exigeantes. — M. Auguste Vincent, à qui l'on doit déjà entre autres transcrip- tions celles d'Orphée et du Pardon de Ploërmel, vient de faire avec la même habileté le même travail pour le Souvenir d'Amérique, un des plus beaux airs variés de Henri Vieuxtemps. Si le piano n'a pas toutes les richesses du violon, il en possède d'autres qui les égalent, pour ne pas dire plus, et qui certes ne sont pointa dédaigner. Il reproduit, cette fois, aussi fidèlement qu'il peut le faire, les élincelantes variations prodiguées par le célèbre violo- niste. M. A. Vincent ne s'était du reste imposé que cette lâche, et il l'a remplie non sans prouver qu'il connaissait toutes les ressources de son instrument et qu'il avait une parfaite intelligence des capricieu- ses, mais élégantes beautés de son modèle. — Le Bouquet de la fiancée1, voilà un joli titre assurément; mais ce qui vaut mieux, c'est qu'il n'a rien de décevant, et que le caprice de l'excellent pianiste Charles Jeltsch est fort joli aussi. Ecrit sur le chant national namurois de Nicolas Bosret, traité et orné avec, art, il se termine brillamment par une marche puissante et sonore, variant encore une fois très-ingénieusement le thème principal. Enfin, Char- les Jeltsch a su faire — chose plus rare qu'on ne pense — un bon morceau avec une bonne mélodie. Adolphe BOTTE. Nous avions bien compris le droit de réponse et nous repoussions justement l'abus qu'on voulait en faire à notre égard. C'est ce qui résulte d'un jugement rendu le 5 de ce mois par la sixième chambre du tribunal de première instance, conformément aux conclusions du ministère public, dans l'instance engagée par MM. Emile Chevé et Aimé Paris contre MM. de Calonne, directeur-gérant de la Revue contemporaine, et Dufour, directeur-gérant de la Revue et Gazelle musicale. MM. Treitt et Chaix d'Est-Ange, avaient présenté la défense des deux journaux, accueillie par le tribunal, dans les termes sui- vants : » Attendu que l'article, en forme de lettre, signifié à de Calonne à la requête de Paris et de Clievé, par exploit du 20 juin 1860, avec som- mation d'en faire l'insertion dans le plus prochain numéro du journal la llvvue contemporaine, n'est point une réponse ù l'article publié dans le numéro de ce 'journal du 30 avril précédent, qui renferme une ap- préciation de la méthode Paris et Chevé: que cette prétendue réponse ne contient qu'une suite de récriminations et d'attaques personnelles contre l'auteur réel ou supposé de l'article qui y sert de prétexte; qu'elle ne peut être considérée, dès lors, comme un exercice du droit de ré- ponse consacré par les articles 'Il de la loi du 27 mars 1822 et 13 de la loi du 1-7 juillet 1819; que c'est avec raison que de Calonne en a re- REVUE El' GAZETTE MUSICALE fusé l'insertion, et que c'est sans droit que Paris et Chevé demandent qu'il soit condamné à le faire ; » Par ces motifs : « Déclare Paris et Chevé non fondés dans leur demande , les en dé- boute et les condamne aux dépens. » l.e tribunal a rendu un jugement exactement semblable en ce qui touche M. Dufour. Dans notre numéro du k novembre dernier, n~us avions pris l'engagement de ne plus nous occuper ni des théories, ni des actes de nos adversaires, et de ne plus même prononcer leurs noms. Ce n'est sans doute pas manquer à notre promesse que d'enregistrer la décision judiciaire qui prouve que le silence est la conséquence forcée de leur système, et qu'il n'y a pas avec eux d'autre refuge contre les mauvaises difficultés. Le Moniteur du Calvados contenait récemment la note suivante : « Notre excellente musique municipale va pouvoir, grâce à l'acquisi- tion des instruments en cuivre perfectionnés par M. Alphonse Sax ju- nior, donner à l'exécution des morceaux dont se compose son riche répertoire, un degré de supériorité qui fera ressortir encore les qualités incontestables qu'elle possède. » On sait que M. Sax a opéré dans les instruments de cuivre une mé- tamorphose complète. Ses procédés les ont portés à la hauteur des ri- ches tonalités musicales dont les instruments à archets avaient eu le privilège exclusif. D'après son système, l'exécutant peut allonger ou raccourcir la colonne d'air de son instrument par la mise en fonctions des pistons, et mettre, par conséquent, la même précision dans la pro- duction du son que le fait le violoniste, qui modifie à son gré les inter- valles, en posant le doigt sur une corde. Trente-six instruments perfection- nés par M. Sax, cornets à trois et cinq pistons, bugles altos et contraltos, basses et contre-basses, trombones, cors, trompettes, figuraient à la dernière exposition universelle de Besançon, où ils ont été admirés par tous les connaisseurs. On a remarqué surtout quatre trompettes saxom- nitoniques chromatiques, de formes différentes, à quatre et à cinq pistons, et dont la sonorité est admirable. La justesse, la sûreté d'attaque pour toutes les intonations, la facilité de l'aire des trilles ou des arpèges sur tous les degrés de l'échelle chromatique, soit par tons, soit par demi- tons, font maintenant de la trompette l'instrument le plus parfait que puisse désirer le compositeur où l'exécutant le plus exigeant. Le trom- bone a été modifié d'une manière aussi avantageuse. En effet, tandis que les trombones ordinaires à coulissa ou à piston n'ont que, sept positions, dont deux sont plus ou moins vicieuses, le trombone saxom- nitonique chromatique en a douze et toutes parfaites. Aussi, quoique l'instrument soit en si bémol ténor, il peut jouer la partie de trombonne basse ou contre-basse. » Avec de pareils instruments, nous nous attendons à voir notre mu- sique municipale marcher de progrès en progrès. En suivant l'impulsion qui lui est donnée par son habile chef M. Le Tanneur, et en continuant à répéter avec ardeur, comme elle le fait (sans répétitions, il n'y a pas de succès possible) , elle soutiendra la haute réputation qu'elle s'est faite, et se préparera à obtenir encore, dans les concours, la palme qui lui a été déjà décernée, nous ne l'oublions pas, au grand concours de Lisieux. » CORRESPONDANCE. Saint-PiStersbourg, 29 novembre/6 décembre. Le concert donné le mercredi 22/4 au théâtre Marie, avec le personnel du théâtre Italien, n'avait pas attiré moins de monde que le précédent, quoique les morceaux indiqués au programme fussent en partie assez faibles; mais on y voyait figurer la ichiller Marssh de Meyerbeer, exé- cutée pour la première fois a Saint-l'étersbourg, et tous les amateurs étaient empressés d'entendre et d'apprécier l'œuvre si renommée de l'illustre maestro. — Nous n'avons pas besoin de dire que leur attente a été complètement réalisée; notre public, si connaisseur, a admiré et chaleureusement applaudi cette page grandiose et colorée, devenue par- tout un superbe morceau de concert. On l'eût fait répéter certaine- ment si la soirée n'avait été, relativement aux habitudes du pays, trop avancée. Calzolari et la Fioretti, indisposés, ont fait défaut ;\ cette soirée, dans laquelle on a applaudi et fait répéter le Roi des Aulnes, chanté en alle- mand par Mlle Lagrua, avec l'orchestration de Baveri. Sept ou huit rappels ont témoigné à la célèbre cantatrice toute la satisfaction produite par l'admirable talent et la touchante expression avec lesquels elle arendu cette belle mélodie de Schubert. Dne valse, chantée avec beaucoup d'entrain par Mme Pvantier-Didiée, artiste très-aimée du public, et qu'elle a dû répéter, lui a valu égale- ment de nombreux rappels. Le triomphe de la soirée a échu à Wieniawski. Le premier violon de Sa Majesté impériale'a joué deux airs russes arrangés par lui, avec une supériorité qui rappelle l'exécution de Paganini ; il a dû les redire aux acclamations et aux trépignements de la salle entière, lesquels n'ont plus connu de bornes, lorsqu'au dixième on douzième rappel il a reparu avec son violon pour exécuter le Carnaval de Venise, fantaisie hérissée des plus inextricables difficultés, et que Wieniawski enlève avec une aisance qui tient du merveilleux. — L'administration des théâtres impériaux n'a qu'à se féliciter d'avoir organisé ces concerts qui, tout en produi- sant des recettes considérables, font attendre avec plus de patience la réouverture de l'Opéra italien, toujours fixée au 2/ii décembre. On annonce aussi pour la fin de ce mois l'arrivée de la P.istori, qui va donner vingt-quatre représentations consécutives, pour lesquelles la direction a ouvert un abonnement qui se remplit rapidement. Le 26/8 décembre a eu lieu le dernier concert donné par la direc- tion des théâtres impériaux ; l'ouverture de VEloile du Nord et la deuxième audition de la Schiller-Marsch en formaient la partie instru- mentale. Au nombre des morceaux de chant, nous avons à citer l'hymne du Prophète: Roi des Anges avec chœurs, chanté par Tamberlick; la romance de ['Etoile du Nord, chantée par Calzolari et la cavatine de Robert, chantée par Mlle Lagrua. La salle était comble, et les artistes que nous venons do citer ont été, comme aux précédentes soirées, cou- verts d'applaudissements et maintes fois rappelés. L'ouverture de V Etoile du Nord et la Schiller-Marsch, brillamment exécutées, ont eu un immense succès. La valse chantée par Mme Nantier Didiée au concert précédent a été composée par Ciardi, jeune artiste de talent, première flûte soliste des théâtres impériaux Demain dimanche, la Société philharmonique donne à son tour un grand concert, dont le programme est fort riche ; l'ouverture et le qua- tuor du Pardon de Ploërmd, l'introduction et chœur de l'Etoile du Nord, deux opéras du célèbre maestro, très-goûtés de notre public, y figurent au premier rang. Tous les artistes du théâtre italien , Wieniawski et Kontski, se feront entendre dans cette matinée, donnée au bénéfice des veuves et des orphelins, et qui attirera beaucoup de monde. BEVUE DES THÉÂTRES. Odkon : l'Oncle Million, comédie en cinq actes et en vers, par M. Louis Bouilhet. On a tant abusé, au théâtre, de la suprématie de l'argent ^ur tous les autres intérêts de la vie, que la lutte du poëte contre le prosaïsme de son entourage n'offre plus aujourd'hui qu'un intérêt médiocre. Cette famille de province, qui ne comprend pas les vagues aspirations d'un rinieur en herbe et qui le rejette de son sein, qui trouve plus rassu- rant pour l'avenir de sa fille que son mari lui apporte en dot une étude de notaire plutôt qu'un volume d'élégies plus ou moins lyri- ques, toute cette société positive et ennemie des rêves creux, c'est ce que nous avons déjà vu un peu partout. Si encore le personnage de Y Oncle Million venait corriger cette donnée banale; mais nous le connaissons aussi ce brave homme devant qui tout le monde courbe l'échiné, parce qu'il est cousu d'or, et qu'il est pour sa nièce à l'état d'espérance. Lui seul ne partage pas le dédain affiché par tous les naturels de l'endroit pour les poètes et pour la poésie ; c'est une affaire de goùl, dont nous sommes loin de le blâmer ; mais qti'en ré- sulte-t-il ? Quelle leçon neuve et piquante va sortir de cette diver- gence d'idées ? Ici, nous avouons ne pas trop nous rendre compte des motifs qui font agir l'Oncle Million. Au lieu de proclamer hautement que son héritage est au prix de l'union du jeune Léon Rousset avec sa nièce Clara Dufernay, il prend un détour, et pour mettre en fuite l'aspirant notaire, il donne à entendre qu'il va lui-même se marier, et par con- séquent déshériter sa nièce; puis il finit par où il aurait dû commen- DE PAIUS. 433 cer, en la dotant à condition qu'elle épousera Léon, ce qui fait à l'instant tomber tous les scrupules, toutes les hésitations des deux familles. Qu'est-ce que cela prouve en résumé ? Qu'il est permis d'être poëte et d'avoir du génie, pourvu qu'on trouve un petit million dans la corbeille de sa femme, Si telle est la pensée de M. Bouilhet, il faut convenir que le précepte n'est guère d'une application usuelle et facile. S'il a eu l'intention d'attester que l'appât de l"or est tout-puissant et qu'il fait table rase des préjugés les mieux enracinés, était-ce la peine de prendre la plume ? Sous ce point de vue néanmoins la chose eût été regrettable, car nous y aurions perdu de très-beaux vers qui n'ont qu'un tort, c'est de faire parfois un singulier contraste avec le caractère ou la physio- nomie des bons bourgeois et des parfaits notaires, dans la bouche desquels l'auteur a mis ses tirades les plus rutilantes. On ne peut se défendre d'une sorte de gêne et de surprise en écoutant des gens qui, pour battre en brèche la poésie, emploient justement le langage poétique. Cette anomalie n'ôte rien au mérite de M. Louis Bouilhet, qui, s'il a beaucoup à apprendre encore pour devenir un auteur dramatique, est dès à présent un brillant et habile versificateur. C'est ce qui explique pourquoi sa pièce a reçu un accueil honorable. L'interprétation n'est d'ailleurs pas étrangère à cet heureux résultat. Tisserant, Kime, Febvre, et, en première ligne, Mlle Tbuillier et Mme Ramelli, complètent un remarquable ensemble. D. A. D. SAINT-YVES. NOUVELLES. „*„ Aujourd'hui, par extraordinaire, la 240e représentation du Prophète, avec Mme Tedesco et fiueymard. „*,. Le Papillon a été joué mercredi et vendredi. „% On s'occupe de la reprise du Philir/. Les répétitions ont com- mencé. »% Les débuts de Morelli et de Mlle Marehisio dans Guillaume TM, annorcés pour mercredi dernier, sont retardés de quelques jours. „% Les journaux italiens annoncent l'arrivée à Paris de M. P. Borri, chargé de composer et de régler le ballet dont Mme Ferraris doit créer le principal rôle l'automne prochain, au théâtre impérial de l'Opéra. Suivant un journal de Bo'ogne, les frais de mise en scène de cet ouvrage atteindraient le chiffre de 200,000 fr. %*t Un décret impérial, en date du 10 de ce mois, rendu sur la propo- sition de S. Exe. le ministre d'Etat, vient d'augmenter les droits des au- teurs et compositeurs des ouvrages représentés au théâtre impérial de l'Opéra. A partir du 1e' janvier prochain, les droits des auteurs et com- positeur?, qui décroissaient après les quarante premières représenta- tions de leurs ouvrages, ont été fixés à 500 fr. d'une manière permanente. „*, Déjà les artistes du chant avaient joué le Prophète au bénéfice de la Caisse des pensions de retraite des artistes et des employés de l'Opéra. Le ballet à son tour vient de payer son tribut. Samedi a eu lieu le deuxième bal annuel au profit de cette utile institution, qui a été ouvert par un divertissement chorégraphique composé de fragments des meilleurs bal- lets. L'orchestre a exécuté pour la première fois l'album de Strauss. La recette a été considérable. ,% A l'Opéra-Comique, c'est Mlle Marimon qui remplacera Mlle Saint- Urbain dans Barkouf, donton annonce la première représentation comme prochaine. „.*„, Mlle Numa, qui a obtenu de brillants succès dans les principales villes de France et de l'étranger, a débuté hier par le rôle do Virginie, du Caïd. „** Le théâtre Italien a repris mardi dernier Sémiramide , qu'il n'a pas craint de jouer dans sa primitive simplicité de décors et de costu- mes, en face des magnificences déployées pour elle par notre grand Opéra. C'est que l'habit ne fait pis le moine, ni la musique non plus, et que des voix comme celles de Mmes Penco et Alboni peuvent braver toutes les concurrences. Badiali, chargé du rôle d'Assur, y montre tout son talent. Un jeune artiste espagnol, Lorenzo Pagans, débutait dans celui d'Idreno : sa voix est légère, mais un peu grêle : il vocalise faci- lement et se fera une place dans le répertoire. *,*» S. M. l'Empereur assistait à la reprise de Sémiramide. t% L'affiche annonce depuis quelques jours II ballo in maschera; ce- pendant il est probable que l'ouvrage ne sera donné qu'au mois de janvier. **t Le théâtre Lyrique a fait relâche mercredi et vendredi pour les répétitions générales des Pécheurs de Catane, dont la première repré- sentation aura lieu demain, lundi. ,,*,, Aux Bouffes-Parisiens, on annonce les dernières représentations d'Orphée aux enfers, malgré les salles combles qu'il n'a pas cessé de faire, et qui nécessiteront une prochaine reprise de cet ouvrage. **„, Cette semaine, la première représentation d'une opérette, le Mari sans le savoir, dont la musique est, dit-on, d'un haut personnage. **.,. Par décret impérial du 8 décembre 1860, M. le comte Bacchiochi, premier chambellan de Sa Majesté, surintendant des spectacles de la cour, a été nommé surintendant des théâtres impériaux. Le surinten- dant des théâtres impériaux exerce, sous l'autorité du ministre d'Etat, la haute surveillance du service des théâtres impériaux; à cet effet les commissaires impériaux près le théâtre des Italiens et les théâtres de l'Opéra-Comique et de l'Odéon sont placés sous ses ordres. „% La Commission supérieure permanente instituée en -1854 pour l'examen des affaires relatives â la gestion du théâtre impérial de l'O- péra, a cessé ses fonctions. ,„*,, La Commission de la Société des auteurs et compositeurs drama- tiques a été reçue lundi par S. Exe. le ministre d'Etat. s% Mme Cabel obtient en ce moment de très-grands succès à Anvers, d'où elle a l'intention de se rendre à Cologne et à Berlin. „*,,, II. Berlioz vient de composer un opéra en un acte/ dont le sujet est tiré d'une pièce de Shakspeare. *** Une dépêche télégraphique qui nous est communiquée annonce comme il suit le résultat du début de Mlle Maria Brunetti, l'élève de Duprez, dans la Traviata, au théâtre royal italien de Berlin : « Grand succès, sept rappels, félicitations unanimes. » „*,, M. Dormeuil père est nommé directeur du Vaudeville, en rempla- cement de M. Louis Lurine, décédé. *** Cologne est la première ville de l'Allemagne qui ait adopté le nouveau diapason normal. Le résultat de cette mesure est très-satisfai- sant : le son des instruments à cordes n'en a nullement souffert, et pour les chanteurs c'est un véritable bienfait. t\ Richard Wagner vient de publier un volume divisé en deux par- ties, dont l'une comprend une Lettre sur la musique, l'autre Quatre poèmes d'opéras traduits en prose française. Dans la Lettre sur la musique nous avons retrouvé des théories sur lesquelles ce journal a souvent eu l'occasion de s'expliquer. Quant aux poèmes d'opéras, parmi lesquels figure celui du Tannliœuser, dont la représentation est prochaine, nous croyons devoir attendre qu'elle ait eu lieu pour le juger en pleine con- naissance de cause. C'est, ce nous semble, le meilleur parti à prendre pour l'auteur et pour nous. „,*„, Le concert de M. Wekerlin sera donné mercredi prochain au théâtre Italien. Voici le programme : Première partie, Hézia, ouverture â grand orchestre ; ballade orientale pour ténor solo, chantée par M. Lévy (chœur et orchestre) ; ode de Gilbert, pour basse solo, chan- tée par Belval, de l'Opéra; V Adieu des Bohémiens, scène avec chœurs, chantée par Mlle Balbi. (Ces quatre compositions sont de M. Wekerlin.) Deuxième partie : les Poèmes de la mer, ode-symphonie, paroles d'après le livre de M. J. Autran, musique de J. B. Wekerlin (150 exécutants) : 1° la Naissance des vayues (chœur); 2" Béuerie au bord de la mer, pour mezzo-soprano (sur une note); 3° le Départ, scène pour chœur de voix d'homme; ti° le Calme, la Nuit, peur soprano solo; 5° Chanson d'un triton, solo pour voix de basse; 5° les Océanides, chœur de voix de femme ; 7° Tempête (orchestre seul) ; 8° le Cabin-boij (le mousse), pour soprano solo; 9° le Soleil sur la mer, chœur; 10° Promenade, solo de ténor; 11° Epilogue, chœur final. On finira par le quatrième acte des Uoraces, de P. Corneille, joué par Mlle Karoly, de l'Odéon. „*„ C'est aussi mercredi soir que le concert de Joseph Wieniawski aura lieu. iNous en avons donné le programme dans notre dernier numéro. Ù36 m; vie et gazette musicale ,*„. Au nombre des pièces qui sont en répétition au théâtre du Palais- Royal, est une opérette de MM. de Leuven et Prilleux, dont la musique, que l'on dit fort jolie, est de six compositeurs différents : MM.Clapisson, Gewaërt, Gautier. Poize, Bazile et Sylvain Mangeant. Cette nouveauté a pour interprètes : Pradeau, René Luguet, Lassouohe et Mlle Schnei- der, qui trouvera une nouvelle occasion de faire briller sa charmante voix. ,*t Jeudi dernier, a eu lieu chez Mlle Zaccone, professeur de chant, la première séance musicale de son cours de musique d'ensemble. L'exécution des principaux morceaux chantés par ses élèves a été de tout point satisfaisante, et témoigne d'une méthode aussi sûre qu'habi- lement enseignée. Entre autres artistes que nous y avons entendus, nous citerons Mlle Ceronetti, jeune personne que nous applaudirons bientôt au théâtre, et dont la voix pure et bien timbrée a produit le meilleur effet; M. Lucien Lambert, qui a exécuté sur le piano, et avec un talent vraiment remarquable, des variations composées par lui sur un air po- pulaire de Louis Abadie. Enfin, la séance a été égayée par quelques chansonnettes dites avec infiniment d'esprit par M. Lincelle. s*t M. Edouard l'étis a rendu compte, à la dernière séance de l'Aca- démie des B •aux-Arts de Bruxelles, de la situation de la caisse centrale d^s artistes. Le capital appartenant à la caisse atteindra Dientôt pres- que la somme ae 80,000 fr. Mgr le duc de Brabant vient encore, tout récemment, de faire à l'institution un don de 300 fr. „** Un nouveau quatuor bouffe, dû à l'heureuse collaboration de MM. Edouard et Gilbert Duprez, va paraître cette semaine. Trois étoiles chez un directeur, c'est le pendant du fameux trio des Trois ténors, d'une gaieté si folle et si vraie. Le beau sexe chantant ne portera plus envie au nôtre. Les Trois étoiles, exécutées au douzième concert annuel donné par Duprez, en sa qualité de maire de Valmoudpis, ont obtenu un succès d'hilarité irrésistible. Le quatuor avait pour interprètes Mmes Vanden- heuvel-Uuprez, Marie Brunet, Godfrend et son illustre auteur. Lancé par de tels parrains, il fera son chemin dans le monde „,*„, Dreyschock, le célèbre pianiste-compositeur, doit prochainement venir i Paris. t% Parmi les ouvrages nouveaux dont nous devons bientôt rendre compte, nous citerons un Aperçu philosophique sur la musique, par Paul Charreire, et l' Histoire de la musique en France, par Charles Poisot. a!*i Sous le titre de Solfège artistique, M. Henri Duvernoy publie un recueil expressément composé pour préparer a l'étude des Vingt-cinq leçons à changements de clefs dont il est aussi Fauteur. On y trouve une suite de mélodies faciles, élégantes, toutes sur la clef de sol, ce qui en augmente encore l'attrait pour les jeunes amateurs. „*„. Le congrès pour la restauration du plain-chant et de la musique religieuse, qui avait ouvert ses travaux par une belle messe en plain- chant et en style alla Palestrina, a voulu finir par une bonne action. A la fin de la dernière séance, et sur la proposition de M. Batiste, une collecte a été faite au profit de la caisse do l'Association des artistes musiciens, et le produit en a été versé entre les mains de M. le baron Taylor. t% Un jeune et habile violoniste qu'on n'a point oublié à Paris, M, Gleichauff est de retour pjrmi nous et se propose de nous consacrer une bonne partie de l'hiver. 11 se fera entendre dans nos concerts et nos soirées musicales. M. Gleichauff est, comme on sait, un des meilleurs élèves de Vieuxtcmps. Il vient de Strasbourg on il a donné un fort beau concert. ./'a, M. W. Erackmann, l'éminent pianiste compositeur, inspecteur des études musicales de l'institut de Sainte-Catherine de Saint-Péters- bourg, a composé, à l'occasion des funérailles de l'impératrice-douairière de Russie, une très-belle marche admirablement réussie. Dans un de nos prochains numéros nous rendrons compte de cette excellente publication. t*t Deux virtuoses, l'un sur l'accordéon, l'autre sur le piano, Hip- polyte Chartain et Louis Lapret, l'élève de Prudent, vont quitter Paris pour se rendre à, Nice, en s'arrêtant dans quelques villes où leur dou- ble talent leur assure des succès. ,..** Sous le titre : les Six Prières, MM. Armingaud et Edouard Moche viennent de faire paraître six morceaux de chant pour voix seule, avec accompagnement de piano. La Prière de l'enfant, la Prière de la jeune fille, la Prière de la mère, la Prière du travailleur, la Prière de Varliste, et la Prière du vieillard, sont de véritables petits poèmes qui peuvent être chantés par toutes les voix. t% M. Robert Nourrit, docteur en droit, fils du célèbre ténor Adol- phe Nourrit, dont le souvenir est resté si profondément gravé dans la mémoire de tous ceux qui l'ont connu, épouse Mlle Marie Pion, fille de M. Henri Pion, imprimeur de l'Empereur. „% M. Reichardt, l'excellent ténor-compositeur, vient d'arriver à Paris, où il se propose de passer toute la saison : c'est une bonne for- tune pour les salons parisiens. Déjà jeudi il s'est fait entendre dans une réunion des plus distinguées, et il a obtenu un véritable succès d'enthou- siasme. Accompagné par Mme la princesse M***, la Mécène féminine de toutes les célébrités artistiques, M. Reichardt a chanté de la façon la plus exquise ses deux nouvelles compositions, O belle étoile'. 6 doue regard i et la Berceuse. Les applaudissements n'ont fait défaut ni à l'artiste, ni à son noble accompagnateur. ,,*» L'accueil favorable qu'a reçu l'annonce des portraits-cartes de visite de Mozart et de Beethoven, a engagé les éditeurs à publier une collection des célébrités musicales ; les portraits deG. Meyerbeer.de G. Rossini, Ad. Adam, Cherubini, Spontini, Haydn, F. Schubert, Doni- zetti, Weber et Mendelssohn, viennent de paraître, et déjà le plus brillant succès s'attache à cette publication, l'un des plus charmants ca- deaux d'étrenues de l'année. „*,,, Afin de satisfaire aux nombreuses demandes qui leur ont été adres- sées, les éditeurs du Répertoire d-s orphéons, recueil d'opéras et de chœurs divers arrangés pour voix d'homme sans accompagnement , viennent do faire paraître une édition de ces choeurs réunis en volume. Le pre- mier volume de cette publication, indispensable à toute Société chorale, contient vingt chœurs d'opéras, et se vend G francs net. Le second volume, contenant vingt chœurs originaux d'A. Adam, Beethoven, Kucken, etc., est coteau même prix. „.*„. La maison Gamboggi frères vient de mettre en vente un album de piano dédié à la mémoire de Coria par quelques-uns de nos pianistes- compositeurs les plus en vogue. Cette publication, ornée d'un portrait photographié du regrettable artiste, se vend au profit de Mme Goria. C'est donc a la fois un splendide cadeau d'étrennes et une bonne œuvre que nous signalons à nos lecteurs. t\ Le monument funèbre élevé au célèbre violoniste Robberechts, sur une généreuse initiative, est terminé. L'exécution en est complè- tement digne d'éloges. On y lit "cette simple inscription : A André Robbe- rechts, ses élèves, ses amis. .,*„.. Le produit de la souscription ouverte en faveur de Mme veuve Goria, s'est élevé à 7,000 fr. environ. Goria a laissé en mourant trois manuscrits qui seront publiés prochainement. Ce sont des fantaisies sur Don Juan, Philémon et Daucis et la Traviata. „*4 Un comité s'est formé à Berlin pour l'érection d'un monument à Louis Rellstab ; il se compose de Meyerbeer, de Hulsen, Boekh, Gus- tave Bock, Krausnick, Lessing, Magnus et Taubert. Un concert doit être donné aujourd'hui même au profit de la souscription. Les littérateurs et artistes français qui voudraient y contribuer sont invités à envoyer leur offrande. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE *** Dijon. — Deux représentations de jl/ar(a ont été données cette se- maine devant un public nombreux. L'ouvrage de M. de Elotow a obtenu ici, comme ailleurs, un franc et légitime succès. Parmi tous les mor- ceaux tour à tour vifs, légers ou mélancoliques que ce charmant opéra renferme, le public a surtout fêté la délicieuse mélodie irlandaise dont nous avions déjà eu un avant-goût, et que l'ranchomme nous avait chan- tée sur son violoncelle avec autant de mélancolie que de tendresse. Encore quelques représentations, et Marta sera ici tout à fait populaire et tiendra une place distinguée dans le répertoire de notre théâtre. #*# Bordeaux. — Le cercle philharmonique annonce son premier concert de la saison. Le programme porte les noms de Mme Viardot, de Sivori et du pianiste Magnus, qui doit exécuter son grand caprice sur les Huguenots et divers autres morceaux de sa composition. n% La Rochelle, 10 décembre. — Ces jours derniers, un de nos spi- rituels compatriotes, M.Gustave Mareschal, nous donnait un proverbe: Qui compte sans son hôte, pour lequel M. Léon Meneau a écrit une ou- verture et huit morceaux de musique. La pièce a reçu l'accueil le plus favorable ; on y a remarqué une abondance de mélodies tantôt légères et faciles, tantôt sentimentales, le tout rehaussé par une orchestration brillante. Nos acteurs, plutôt comédiens que chanteurs, ont fait leur devoir en conscience. L'orchestre a été admirable de zèle et d'entrain dans l'exécution de l'œuvre d'un de ses membres. t*4 Nîmes. — Interprété avec un ensemble des plus remarquables, le Pardon de Ploërmcl est aujourd'hui à sa quatrième représentation , et DE PARIS. 435 le succès a toujours été en grandissant. M. Sujol a été parfait dans !e rôle de Oorentin, et l'air de YOmbre est un véritable triomphe pour Mme Erambert. — Les l'antins de Violette ont été joués pour la première fois ici d'une façon très-satisfaisante. CHRONIQUE ETRANGERE »*„ Londres. — A l'Opéra royal anglais, le nouvel opéra de Balfe , Bianca, la fiancée du Bravo, vient d'obtenir un des plus beaux et des plus légitimes succès. L'enthousiasme, qui a commencé dès l'ouverture, est allé grandissant jusqu'à la fin du premier acte, après lequel le com- positeur a dû paraître devant le public. Quatre actes, ne durant pas moins de quatre heures et demie, n'ont pu lasser l'admiration générale. M. Ilarrison représente le mystérieux et redoutable Bravo; rni?s Lonisa Pyne a été comme toujours un modèle de grâce et d'exécution brillante. Les deux artistes ont été très-bien secondés par M. J. Albiga et miss Thirlwall. — L'oratorio Salomon, qui a inauguré la saison d'hiver à la Sacred Harmonie Society, a été écouté avec le plus grand respect. Les admirateurs de Ilaendel, qui assistaient en grand nombre à cette séance, ont témoigné hautement de leur satisfactien. — La clôture de la saison italienne doit avoir lieu le Vt décembre à [1er Majesty's Théâtre par une grande représentation au bénéfice de Mme Titjens. Cette solennité se composera du premier acte de Norma par Giuglini, Vialetti et la béné- ficiaire; d'un fragment du Trovatore, du deuxième acte de Marlha et du quatrième acte des Huguenots, dans lequel Mme Titjens et Giuglini feront leurs adieux au public. **« Bruxelles. — L'association des artistes musiciens de cette ville a donné samedi son premier concert de la saison. La symphonie en la de Beethoven et une ravissante ouverture de Glinka ont fourni à l'excel- lent orchestre, dirigé par M. Ch. Hanssens, l'occasion de prouver qu'il se maintient toujours à la même hauteur. Mlle Dupuy et M. Jourdan, du théâtre de la Monnaie, avaient prêté le concours de leur talent— Le Con- servatoire inaugurerala salle de Concerta l'ancien palais du prince d'Orange, le 5 janvier prochain, par la distribution des prix aux lauréats du dernier concours. Peu après aura lieu dans la même salle le premier concert de la saison, dans lequel M. Fétis fera entendre la première symphonie deSchu- mann, encore inconnue à Bruxelles. • Au théâtre de la Monnaie, après une belle représentation de VElode du Nord, qui a eu lieu lundi, les Dragons de Viltars ont été donnés mercredi au bénéfice du baryton Carman, qui y remplit un de ses rôles favoris. Hercu'anum et le Domino noir ont complété le répertoire de la semaine. ./"z La Haye. — Les débuts sont enfin à peu près terminés ; parmi les plus heureux on cite ceux de Mlle Esther, Danhauser : c'est l'une dos meilleures dugazons que nous ayons possédées. Voix suffisamment éten- due et d'une justesse irréprochable dans les duos, témoin celui cTHaydée avec Mme Ida Massy, qui a valu aux deux artistes un très-brillant succès. *** Hambourg. — On vient de mettre à l'étude l'Exilé, opéra de Munch- heimer; le sujet est tiré d'une légende des bords du Rhin. „% Vienne. — S. M. l'empereur d'Autriche a ordonné que l'exploita- tion du théâtre impérial de l'Opéra serait concédée à une entreprise particulière. Les représentations seront limitées aux opéras et aux bal- lets; l'obligation do donner des opéras italiens est désirable, mais il n'en est pas fait de conditions expresses. **.,, Pesth. — Au théâtre national on vient de représenter pour la première fois le Pardon de Ploërmel. Le succès a été éclatant et l'inter- prétation de l'ouvrage n'a rien laissé a désirer. Mlle Ilollassy représen- tait Dinorah. „.*„ Berlin. — Les Dragons de Villars (la Cloche de Vermitè) attirent cons- tamment la foule au théâtre Frédéric-Guillaume. Au théâtre royal on a joué du 3 au 9 décembre : Lucrèce Borgia, Malhilde de Sabran et Senvra- mide. Dans ces trois opéras, c'est Aille Trebelli qui a chanté le rôle principal. Quant à la troupe du théâtre Victoria, elle n'a point représenté de pièces complètes; on prétend que Mme Vries, â la suite du procès intenté par elle à l'imprésario Lorini, avait fait mettre les parti- tions sous séquestre par voie judiciaire. — La recette de la cen- tième représentation d'Orphée aux enfers, d'Offenbach, qui vient d'avoir lieu, a été destinée à procurer des étrennes de Noël à des familles pau- vres. — Le second concert d'abonnement de Radecke a eu lieu â la salle de l'Académie du chant : on y a entendu deux compositions inédites : 187" psaume, mis en musiqnepar Vierling : c'est une œuvre remarquable, empreinte d'une rare énergie et qui a fait une impression profonde sur l'auditoire; l'ouverture de Richard Wuerst, intitulée un Conte, où il y a de la verve et de la fraîcheur, mais dont l'ensemble n'offre point un caractère déterminé. ,,*, Leipzig. — La saison est en pleine activité. Le Ier décembre, re- prise de Faust, de Spohr; concert du Gesangverem Muller; le 2 décem- bre, troisième soirée pour musique de chambre (Clara Schumann); con- cert à l'Académie de chant, où a été exécuté le Requiem, de Cherubini ; le 3 décembre, Freischutz, concert au profit de la famille Zœllner, avec Û25 thalers de recette; le 5 décembre, la Flûte enchantée; le 6 décem- bre, neuvième concert du Gewandhaus, où l'on a entendu Marie Cruvelli. „..*„, Copenhague. — /.es Deux Journées, de Cherubini, viennent d'être reprises avec beaucoup de succès. L'exécution en est fort remarquable. On répèle au théâtre royal le Pardon de Ploërmel. t% Milan. — Luca Fumagalti donnera son premier concert dans la grande salle du Conservatoire royal. Le programme est des plus inté- ressant : le jeune pianiste exécutera un trio de Mendelssohn, le Car- naval de Venise, d'Adolphe Fumagalli , la fantaisie sur le Prophète et plusieurs morceaux originaux. ALPHONSE SAX ££ (.!U\'!0!l). — Neuf brevets d'invention et de ctionnement . Instruments Saxomnitoniqucu. Invention a laquelle le Juty de l'Exposition universelle de Paris a consacré la plus belle page dans son rapport officiel [Instruments de cuivre), dont voici do courts extraits : « M. Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une com- binaison nouvelle des trous d'entrée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à. conserver la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'emploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construction des ins- truments à pistons aux conditions normales de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) « La combinaison résultant de l'application du principe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une création nouvelle. C'est par e le seulement que peut être résolu te problème d'une justesse paufaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout de la plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système. » (Page 1330.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Bue d'Abbeville, 5 bis, près la place Lafayette, à Paris. 311 vente chez G. BBASDIJS et S. BUFOBJB, éili(curs 103, rue de Richelieu, au 1er ,. ILes Huguenots, Martini, Op. 44.— Fantaisie. — 9 fr. ' Op. 45. — Fantaisie. — 9 fr. L'Escarpolette, I* Comte »rj , Op. il , Morceau de salon. 7 f. 30. Op. 43.— Fantaisie. — 9 fr. Op. 42: — C»ïil»an, grande valse de salon. — Prix: 7 fr. 50. On, 127. 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Schubert . Spontini . Weber Chaque, net : 1 fr. 50. — (Photographies de Pierre Petit et Trinquait.) — Les 12 portraits réunis : 16 fr. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, 1. 27e Année. N° ?>2. ON S'ABONNE i Dans les Départements et à l'Étranger, cher tous les Marchands de Musique, les Libraires, St aux Bureaux des Messageries et des Postes. REVUE 23 Décembre 1800. PRIX DE L'ABONNEMENT: Paris 24 fr. par an Départements, Belgique et Suisse..., 30 •> id. Le Journal paraît le L>mi;iuclj<;. GAZETTE MUSICALE LA REVUE ET GAZETTE MUSICALE OFFRE, A L'OCCASION DU NOUVEL AN, COMME PfianeS'Éifeunes MUSIQUE DE PIANO : LES ROMANCES SANS PAROLES Pour le Piano, DE MENDELSSOHN Réunies en un volume in-8° (36 morceaux) PREMIER VOLUME DE LA NOUVELLE PUBLICATION DU RÉPERTOIRE DE MUSIQUE CLASSIQUE DE PIANO DEUX BEAUX PORTRAITS EEI1III1 Photographiés d'après des gravures du temps , par Petit et Trinquart. FORMAT DIT Cartes de visite. MUSIQUE DE CHANT : six NOUVELLES MÉLODIES Avec accompagnement de Piano, Paroles de VICTOR HUGO, TH. GAUTIER ET S. NIBELLE Musique de (2e série de ses mélodies) Formant un Album de chant, format in-â°. Des à présent, ces Primes sont remises aux anciens abonnés qui renouvellent leur abonnement et aux personnes qui en prennent un nouveau. SOMMAIRE. — Théâtre Lyrique : les Pécheurs de Calane, opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Cormon et Michel Carré, musique de M. Aimé Maillart; débuts de Mlle Baretti et de M. Peschard, par Léon Diirocher. — Théâtre impérial Italien: concert de M . Wekerlin ; les Poèmes de la mer, ode-sym- phonie, par Paul Smith. — Concert de Joseph Wicniawski, par Adolphe Botte. — Nouvelles et annonces. THEATRE LYRIQUE. LES PÊCHEURS DE CATANE, Opéra-comique en trois actes, paroles de MM. Cormon et Michel Carré, musique de M. Aimé Maillart. (Première représentation le 17 décembre 1860.) Débuts de Mlle Baretti et de M. Peschard. Quelques gens bien informés, — les gens bien informés savent tou- jours tout jusqu'à l'heure précise où l'événement accompli vient dé- montrer qu'ils ne savaient rien, — avaient 'donné à MM. Cormon et Michel Carré un illustre collaborateur, l'auteur des Méditations poé- tiques et de Jocdyn, l'historien des Girondins et des Constituants, M. de Lamartine, rien que cela! Il est vrai que M. de Lamartine a jeté aussi sur le papier, à ses moments perdus, ^quelques nouvelles merveilleuses de style, et qu'on ne lit qu'avec une émotion délicieuse. Grasiella en est une, et c'est justement Graziella qu'on prétendait avoir été mise à contribution par les auteurs du livret de M. Aimé Maillart. Il n'en est rien, Dieu merci ! La robe virginale de Graziella n'a pas été chiffonnée par la brutale main du moderne opéra-comique,' Nella, l'héroïne du théâtre Lyrique, ne lui ressemble guère, et don Fer- nand, le séducteur de Nella, n'a rien de commun avec le jeune Français qui, sans le vouloir, inspire à Graziella l'amour sans espoir et sans remède dont elle meurt. Le libretlo n'a pris à la nouvelle que le nom du cousin et du prétendu de Graziella, de ce bon Cecco qui est laid, malingre, un peu bossu, mais qui a tant de dévouement et dont l'amour est si désintéressé. L'amant méconnu de Nella s'ap- pelle aussi Cecco, mais c'est un vigoureux gaillard dont le bras est 438 HEVUE KT GAZETTE MUSiCALE aussi vaillant que le cœur. ]1 adore Nella qui a grandi à côté de lui sous l'humble toit de sa vieille mère. Pourquoi Nella, au lieu de l'épou- ser, — et c'est assurément ce qu'elle aurait pu faire de mieux, — s'esl-elle retirée tout à coup au couvent de l'Annonciade sans rien dire à personne des motifs d'une si étrange résolution ? C'est que sa mauvaise étoile lui ^ fait rencontrer le seigneur don Fernand, officier dans l'armée espagnole qui occupe la Sicile. Don Fernand lui a dit : « je t'aime! » avec cette ardeur fiévreuse et cette éloquence entraînante qu'a toujours un jeune seigneur quand il s'a- dresse à une jolie villageoise. Mais quand la villageoise lui a dit naïvement : « puisque vous m'aimez, allons trouver ensemble M. le curé qui nous mariera, » Fernand a éludé la proposition, s'est éloigné et n'a point reparu. Fernand est fiancé à une comtesse espagnole dont je ne sais pas le nom par la raison toute simple que Fernand, éLant son cousin, ne lui dit jamais que : ma cousine. Mais rien ne s'oppose à ce que nous l'appellions Inès. Inès est riche, elle est, je crois, nièce du gouver- neur; c'est un grand parti, et Fernand, qui est militaire, a de l'am- bition. Pour satisfaire à la fois son amour et son ambition, il fau- drait qu'Inès fût sa femme et Nella sa maîtresse. Déçu dans son projet machiavélique, il a mis provisoirement une sourdine à son amour et le jour de son mariage est fixé. Nella est sur le point d'achever son noviciat. On lui donne trois jours de congé avant qu'elle prononce ses vœux définitifs. Elle descend dans le village, elle revoit Cecco plus épris que jamais, Inès qui l'a connue, et qui s'intéresse vivement à elle. Mais dans le tumulte de la fête villageoise et pendant qu'elle anime les danseurs de sa voix et de son tambour de basque, Fernand se glisse dans la foule et se pré- sente tout à coup à ses yeux. Elle pâlit, elle chancelle, la voix lui manque, et l'amour lui revient au cœur avec l'espérance. Le soir Fer- nand la suit de loin à la pêche aux flambeaux, lui tient le langage le plus passionné, lui arrache une demi-promesse de le suivre, sans qu'elle songe même dans son égarement à demander où. Mais Cecco surprend ce dangereux secret, et quand Fernand revient « aux grands rochers » pour enlever Nella, il est entouré par la troupe menaçante des pêcheurs de Catane qui ont d'excellentes raisons de haïr les offi- ciers espagnols. On s'empare de lui. Il servira d'otage pour d'autres pêcheurs, prisonniers de la police et des agents du fisc. Nella, qui a plaidé sa cause le mieux qu'elle a pu, espère obtenir, par l'intercession d'Inès, la liberté des pêcheurs. En ce cas, Fernand aussi sera libre. Dans le cas contraire, il périra. Les écrivains dramatiques ont toujours à leur disposition des moyens expéditifs d'arranger les affaires. Inès, qui attend son fiancé et s'é- tonne fort de ne pas le voir, — c'est le jour fixé pour la cérémonie, — a dans sa corbeille de noces la grâce de tous les prisonniers. Fernand est donc bientôt relâché. Il arrive, et se trouve entre Inès et Nella. La situation est connue, et l'on en peut d'avance tracer le programme : surprise, exclamations qui révèlent tout, vive indigna- tion, reproches amers... Un petit évanouissement ne fait pas trop mal, vers la fin. On répète, avec des variantes plus ou moins ingénieuses, le célèbre dialogue de la Muette de Portici •■ La ■princesse : Voila donc ce mystère ! Le prince : Oui, tel est ce mystère ! La princesse : Il a trahi sa foi ! Le prince : Oui, j'ai trahi ma foi ! " Cette fois-ci, fort heureusement, le mariage n'est pas encore ac- compli, et Inès ne tient pas assez h Fernand pour ne pas être parfai- tement consolée. Elle lui rend sa parole ; elle le décide à épouser Nella, sans se soucier du qu'en dira-t-on. Mais, hélas ! quand il vient direà la pauvre fille : «Nella, voici ma main», Nella, qui n'a pu résister à tant de secousses, est en train de rendre l'âme, et lui répond, d'une voix éteinte, par ce mot fameux qui a déjà accompagné et expliqué tant de catastrophes : « 11 est trop tard ! » Je connais plus d'un spectateur qui aurait préféré im dénoùment joyeux à ce dénoùment funèbre. 11 était si facile de sauver la vie à Nella ! Il n'en aurait coûté à M. Cormon qu'un trait de plume. La chapelle était toute prête, les cierges allumés, le prêtre à l'autel. M. Maillart aurait couronné sa partition d'un petit morceau d'orgue approprié à la circonstance, et l'on serait rentré chez soi l'esprit tranquille et le cœur soulagé, comme après une foule d'ouvrages que nous nous dispensons de citer. La conclusion qu'a préférée M. Michel Carré est moins commune, mais elle est plus triste. Avant d'expirer, la jeune Sicilienne a quelques accès de folie, — folie intermittente, passagère, et qui n'amène aucun effet dramatique. C'est dommage ! La scène est longue, et aurait eu besoin d'être un peu relevée. Il nous semble que le succès de l'ouvrage, qui d'ailleurs n'a pas été contesté un seul instant, serait plus complet et plus durable si L'on abrégeait cette agonie. La pièce n'est point parfaite. Un homme qui poursuit à la fois deux femmes, et qui, par conséquent, ment à chaque mot qu'il dit, n'est jamais bien intéressant. C'est un rôle fâcheux. Ce défaut est heureuse- ment racheté par le rôle de Cecco, ce brave garçon dont la position est toujours franche, la conduite toujours nette, et dont le dévoue- ment survit à ses illusions et à ses espérances. Celui-là est toujours sympathique au spectateur. Il y a, en outre, quelques rôles secondaires, qui jettent de temps à autre des lueurs de gaieté sur le fond un peu sombre de l'action principale : c'est Mme Andréa, la cabaretière, qui serait si aise d'avoir Cecco pour mari, mais dont la passion n'altère pas la bonté naturelle, et qui sauve sa rivale quand elle pourrait la perdre ; c'est le niais Nasoni, soupirant maltraité, mais opiniâtre de cette brave femme ; c'est le capitaine Parpagallo, qui a si bon appétit, qui est si roide, si galant, et si fier d'avoir gagné la bataille de Lépante. Le. rôle d'Inès, — j'ai retrouvé son véritable nom, qui est Carmen, — le rôle de Carmen, donc, a beaucoup de grâce. Carmen et Cecco soutiendront la pièce, et la musique de M. Aimé Maillart la fera vivre. On retrouve en effet dans la partition des Pêcheurs de Catane foutes les qualités qui ont fait le succès des Dragons de Villars, la mélodie naturelle, abondante et distinguée, l'harmonie élégante, l'ins- trumentation riche et vivement colorée. Il semble même qu'à ce der- nier point de vue l'auteur soit en progrès. Son orchestre a plus de fermeté, plus d'éclat, plus de légèreté surtout. Ses accompagnements, très-habilement travaillés, aident le chanteur et jamais ne le couvrent. Il ne se laisse plus aller à ces détails parasites qui surchargent le tissu harmonique et fatiguent l'attention. Il ne s'abandonne jamais au plaisir décevant de développer mal à propos et outre mesure. Il est sobre, concis et toujours scénique. Son ouvrage est très-riche, et si l'on voulait en apprécier tous les morceaux l'un après l'autre, il faudrait écrire un volume. Je me bornerai donc à indiquer ceux qui m'ont paru faire sur l'auditoire l'impression la plus vive. C'est d'abord le chœur d'introduction : Enfants de l'Etna. Il est brillant, franchement rhythmé, et d'une harmonie très-vigoureuse. Les couplets du pêcheur Cecco, qui lui succèdent et qui le ra- mènent, ont beaucoup de couleur et posent bien le personnage. Le quintette qui suit est plein de franchise, de naturel, d'élégance et de légèreté, de plus, très-court, ce qui, tout bien considéré, ne gâte rien. Un compositeur ne doit-il pas s'estimer très-heureux quand il a fait dire à ses auditeurs: « Comment! c'est déjà fini? quel dom- mage ! » — Consolez-vous, Messieurs, on se fera un vrai plaisir de vous le redire après-demain. L'air où Nella expose qu'elle n'est sortie de son couvent que pour trois jours est remarquable surtout par la couleur de l'accompagne- ment, l'habile emploi des instruments à vent et un trait de violon d'un beau caractère. Les pêcheurs remplissent bientôt la scène et se mettent à danser. Le premier air de danse a une vivacité de rhythme, DE PABiS. 439 une légèreté, un entrain, une élégance qui seraient difficilement sur- passés. Le bal est interrompu par l'approche d'un collecteur de taxes, escorté de soldats espagnols. Quand des soldats marchent sur le théâtre, l'orchestre ne peut se dispenser de leur marquer le pas. La marche de M. Maillart, écrite à deux parties, — une basse qui ma- nœuvre sournoisement sous une dominante obstinée, qui gémit et qui grince, — est une véritable création. Je ne sais rien de mieux ap- proprié à la circonstance, rien de plus expressif. La ballade chantée par Nella, — dernier morceau du premier acte, — débute avec beaucoup d'élégance, mais elle finit par une ta- rentelle. Cette tarentelle-là n'est-elle pas un peu longue? Je m'en rapporte au goût de M. Maillart lui-même, quand, l'agitation des pre- mières représentations étant calmée, il pourra écouter son œuvre de sang-froid. Rien de plus gracieux ni de plus tendre que la romance: du serment qui m'engage, laquelle ouvre le second acte. C'est Fernand qui la chante. Malheureusement, Cecco vient à son tour chanter la sienne, et fait oublier Fernand. Cecco commence à comprendre que les refus de Nella doivent avoir une cause, et que cette cause ne peut être qu'un autre amour, un amour secret. « Je suis jaloux, » lui dit-il en homme surpris et épouvanté de la violence du sentiment qu'il éprouve. Ce sentiment est exprimé par le musicien avec une merveilleuse énergie, dans une mélodie large et profondément passionnée. C'est un des morceaux les plus remarquables de cette belle partition. Le finale du second acte, où les pêcheurs indignés veulent tuer Fer- nand, dont Nella défend les jours avec un indomptable courage, a fourni au musicien une belle occasion de montrer tout son talent pour disposer les masses vocales, et en tirer des effets vigoureux et saisissants. Il n'y a pas manqué et, peu après, quand Nella s'embarque avec Cecco sur la mer agitée par la tempête, il l'accompagne par un petit bout de symphonie descriptive où la flûte, la harpe et les cors marient leurs sonorités diverses de la façon la plus pittoresque. Le premier chœur du troisième acte est charmant, et il y a de très- piquants détails d'orchestre dans le quintette, où la duplicité de Fer- nand étant enfin dévoilée, il se décide à déclarer que son cœur ap- partient à Nella. Il me semble pourtant que cette scène, qui est la plus importante de la pièce, aurait pu être traitée par le compositeur avec plus d'ampleur, de mouvement et de passion. 11 n'a pas ren- contré non plus d'inspirations bien saillantes dans la dernière scène, où Nella bat la campagne et se débat contre la mort. Mais il a tant donné jusque-là, qu'on aurait fort mauvaise grâce à exiger davan- tage et à ne pas se déclarer satisfait. En somme, la partition des Pé- cheurs de Catane ne peut qu'ajouter encore à la belle réputation que M. Maillart s'est acquise par ses œuvres précédentes. Les décors des Pécheurs sont fort beaux, surtout le second, où l'on voit la mer bleue de Sicile bordée, jusqu'au bout de l'horizon, par une magnifique falaise. Il faut louer l'administration de tout le soin qu'elle a pris et de toutes les dépenses qu'elle a faites pour assurer le succès de cet ouvrage. Si les accessoires ne remplacent pas le principal, ils augmentent certainement sa valeur. Mlle Baretti, qui a débuté dans le rôle de Nella, sort du Conser- vatoire, et de la classe de M. Laget. — Très-jolie figure, encadrée par une chevelure magnifique , taille bien prise , démarche pleine de distinction, voix fraîche, limpide, et d'une charmante sonorité dans l'octave supérieure. Le reste est un peu faible, et se développera sans doute avec le temps. Une cantatrice ne peut avoir à dix-huit ans , et le jour d'un début, ce qu'elle aura plus tard, quand elle connaîtra mieux sa salle, son public, et qu'elle sera plus sûre d'elle-même. Elle vocalise avec autant de correction que de facilité, et son style estfort élégant. Son succès n'a pas été un moment douteux. Il faut en dire autant de M. Peschard, élève de M. Révial, qui a une voix de ténor d'une grande justesse, d'une étendue très-suffisante, et d'un timbre délicieux. Il a si bien chanté sa romance qu'on la lui a, je crois, fait répéter. On a fait redire aussi à M. Balanqué (Cecco) sa jalousie. M. Ba- lanqué chante en effet ce beau morceau avec une vérité d'expression, une énergie d'accent vraiment admirables, et tout le reste de son rôle à l'avenant. Il le joue en acteur intelligent et passionné. On n'a plus à lui reprocher que quelques gestes mélodramatiques dont il se défera sans doute, à mesure qu'il se convaincra par expérience que le na- turel et la vérité frappent plus juste que l'exagération. Il a obtenu un très-beau succès dans ce rôle de Cecco, dont la création comptera certainement parmi les plus importantes de sa carrière d'artiste. Les autres rôles sont très-convenablement remplis par Mlle Faivre, Mme Vadé et M. Girardot. — L'orchestre et les chœurs ne laissent rien à désirer, et l'on n'en finirait pas si on leur faisait tous les com- pliments qu'ils méritent. Léon DUROCHER. THEATRE IMPERIAL ITALIEN Concert «le M. Welkerlim. — JLes B'oè'estes «Se la mer, o«!e-s>Mï]>li«>nïe. Il y a déjà longtemps que M. Wekerlin aurait dû pouvoir s'essayer dans le genre dramatique : il a travaillé, il est prêt, mais il n'a pas encore trouvé le mot cabalistique, le sésame ouvre toi, qui fait tomber tous les obstacles. En attendant, il s'est réfugié dans l'ode-symphonie, qui ne ferme ses portes à personne, et il a écrit les Poèmes de la mer, la mer, cet autre Désert que sillonnent des pèlerins à voiles et à va- peur. C'est à M. Autran, le poëte marseillais, qui , dès l'année 1835, publiait un beau volume intitulé la Mer, qu'il a emprunté son texte, ou plutôt son prétexte musical. Le poëte s'est défendu d'avoir écrit un canevas lyrique : « M. Wekerlin, a-til dit, m'ayant demandé dans » le temps l'autorisation de détacher divers fragments des Poèmes de » la mer et de les disposer à sa convenance en forme de scénario , » je lui donnai cette permission , laissant son inspiration s'exercer » sur mon œuvre en toute liberté. Je suis donc étranger à l'arrange- » ment du Ubretlo, et ne voudrais amoindrir en rien le double titre » de M. Wekerlin, auteur de la musique et ordonnateur du poëme. » L'œuvre du musicien se divise en plusieurs morceaux , tels que la Naissance des vagues, Rêverie au bord de la mer, le Départ, Mer calme, Chanson d'un triton, etc. , etc. : ce sont autant de petits poëmes reliés entre eux par des vers déclamés. Ainsi, le premier, la Naissance des vagues, est annoncé comme il suit : Autour des archipels que Jehova découpe. Autour des continents qui se creusent en lit, La mer monte; elle écume, on dirait une coupe Qui sous la main de Dieu s'emplit. Et puis le chœur commence sur ces paroles : Nous sommes les vagues profondes Où les yeux plongent vainement. Nous sommes les flots et les ondes Qui déroulent autour des mondes Leur manteau d'azur écumant. Toute réserve faite à l'égard de ce système, qui prête des senti- ments, des voix aux choses inanimées, et dont M. Wekerlin n'est pas responsable, nous dirons que sa musique est constamment belle et d'un caractère élevé, plutôt calme que fougueux, plutôt gracieux que terrible. 11 a vu la mer avec amour et non avec effroi : il en a cou- 440 REVUE ET GAZETTE MUSICALE temple le côté joyeux de préférence au côté menaçant, et c'est bien de lui qu'on peut dire : . 1 . Tibi rident œquora ponti. Cependant, il y a une tempête parmi ses poëmes : comment s'aven- turer sur la mer sans y rencontrer de tempête ? Mais, à tout prendre, la sienne tient peu de place, et n'altère pas trop la pureté habituelle des lignes de son tableau. Pour nous, les plus heureuses et les meilleures cantilènes, c'est la Rêverie au bord de la mer, note uni- que, sous laquelle se balancent des dessins d'accompagnement déli- cieux; ce sont la Mer calme, le Soleil sur la mer, et surtout le Cabin-boy, ou le mousse, et encore plus la Promenade, solo de ténor avec chœur, a bocca cldusa. Nous connaissons peu de mélo- dies où le bonheur de vivre, de voir et de sentir s'exhale avec plus d'effusion et de charme. Aussi l'auditoire a-t-il voulu l'entendre une seconde fois, comme il avait déjà redemandé un morceau ravissant dit par le soprano. Le soprano, c'était une élève du Conservatoire, Mlle Balbi, jeune fleur qui commence à s'épanouir. Le ténor, M. Félix Lévy, possède une voix tout à fait sympathique, et dont il se sert avec beaucoup d'art; ce n'est qu'un amateur encore : on s'en apercevait à son émotion extrême, et Mlle Balbi ne s'en privait pas non plus. Belval, du grand Opéra, chantait un air de triton, qui rappelle trop lepifl pafl des EuguenoU; Mlle Karoly, de l'Odéon, récitait noble- ment les poétiques intermèdes. Avant les Poëmes de la mer, on avait exécuté quatre autres pro- ductions du même compositeur, une ouverture, nne ballade orientale, une mélodie sur les stances de Gilbert, Au banquet de la vie, une scène avec chœurs, Y Adieu des Bohémiens dans lequel il y a certai- nement des choses originales, mais qui auraient besoin d'être plus fortement rattachées par un fil commun. En résumé, la soirée a été bonne pour M. Wekerlin ; sa vocation d'artiste s'y est manifestée avec éclat. On a reconnu en lui le compo- siteur formé à l'école d'Haydn, père de toutes les odes-symphonies, sobre et pur comme son maître, souvent aussi mélodieux, jamais plus hardi que lui. M. Wekerlin s'est de plus signalé comme chef d'or- chestre, conduisant avec netteté, facilité, sans prétention, laissant tous les effets à l'œuvre, n'en réclamant aucun pour sa personne. — Nous devons une mention au concert annuel de la Société phi- lanthropique savoisienne, donné dimanche dernier à l'Hôtel de ville. Permis à un étranger de croire qu'il n'y avait là que des artistes de premier ordre. Nous qui savons que pour la plupart c'étaient des élèves du Conservatoire, nous n'y voyons qu'une raison de plus de leur adresser nos compliments. Parmi les instrumentistes se distin- guait M. Diémer, l'un des derniers lauréats du piano, élève de Mar- monlel. Ensuite venaient le jeune Fourcade, enfant de douze ans, élève de Verroust et qui joue du hautbois comme un maître; Mlle Castellan, autre virtuose, élève d'Alard, et qui a déjà remporté un second prix de violon ; Verroust jouait lui-même un solo de cor anglais, comme pour prouver qu'entre les professeurs et les élèves la distance était peu de chose. Pour la partie vocale, brillamment inaugurée par la Société que dirige M. Batiste, trois élèves de Revial suffisaient à la tâche : Mlle Cico et M. Capoul, qui appartiennent en- core au Conservatoire, et M. Lutz, qui serait digne d'en être si ses études complètes lui permettaient une autre destination que celle du théâtre. Les accompagnateurs, M. Edmond Duvernoy et Mlle Leclercq, ont aussi droit à leur part d'éloges dans une matinée où tout a fait plaisir, et la nombreuse assemblée a su le prouver par ses bravos et ses rappels toujours distribués avec une parfaite justice. Paul SMITH. CONCERT DE JOSEPH WIENIAWSKI. A son concert donné mercredi dans les salons Pleyel-Wolff, Joseph Wieniawski, le jeune et brillant pianiste qui, comme son frère Henri, est l'un des meilleurs élèves que le Conservatoire ait formés, n'a pas joué moins de huit soli, parmi lesquels se trouvait une sonate de sa composition divisée en quatre parties. Malgré le concours aimable de M. Richard Lindau, de Mlle de la Pommeraie, qui a été fort applaudie dans les airs d'Orphée et à'Her- culanum, le piano régnait peut-être trop despotiquement. Après avoir dit sa partie dans le beau trio en ré mineur de Mendeîssohn et s'être particulièrement distingué dans le scherzo, merveille de mélodie et d'harmonie où se sont fait applaudir aussi le violoniste Armingaud et le violoncelliste Lee, Joseph Wieniawski a fait entendre sa valse de salon, une romance variée, Souvenir de Lublin, puis sa grande so- nate inédite, œuvre sérieuse que le jeune compositeur soumettait pour la première fois au jugement du public. L'auteur en a fait ressortir avec beaucoup de talent toutes les nuances et tous les aspects. Dans- le scherzo, notamment, il a mis autant de feu , de brio que de netteté et de Dni ; mais quelques lon- gueurs, quelques répétitions, surtout dans Yadagio, ont jeté un peu d'ombre sur les parties excellentes, dont à une seule audition plus d'un dilettante n'a peut-être pas apprécié toute la valeur. Le com- positeur ne s'est montré ni absolument classique, ni tout à fait mo- derne ; il a tenu le milieu entre les formes des maîtres, celles de Weber surtout, et les formes de quelques musiciens d'aujourd'hui. Pourquoi Joseph Wieniawski abuse-t-il quelquefois du joli effet des- deux pédales : una corda ? Toujours placé à l'aigu, cet effet rappelle, il est vrai, les sons de la harpe; mais prolongé trop longtemps, il amène la monotonie et fait perdre au piano sa puissance, sa diver- sité et son véritable caractère. Un Impromptu , une Pensée fugitive, qui nous a paru être l'une des plus expressives, des plus exquises inspirations de l'auteur, et la jolie valse de concert, bien connue, depuis l'année dernière, de ceux qui aiment la musique brillante et colorée , ont fait retrouver au jeune pianiste toutes les vives sympathies que mérite son double talent. Comme exécutant, il a eu sa bonne part de succès. 11 joue sim- plement, sans manière. Sous prétexte de sensibilité, il n'exagère rien, et ses mouvements lents ou vifs, toujours bien suivis, ne cahotent pas les rhythmes et les pensées par ce style faux et prétentieux qui fleurit dans plus d'une école. Moschelès, dans son Hommage à Haendel, a répandu à profusion les plus heureuses combinaisons, les traits les plus ravissants ; il a ménagé avec un grand art des sonorités si diverses qu'elles rappel- lent souvent une ingénieuse instrumentation. Ça été une fête pour tout le monde d'entendre ee duo à deux pianos : fête pour les audi- teurs, fête pour Mme Massart qui, à côté de Wieniawski, a déployé avec tant d'aisance et de grâce un si excellent sentiment musical qu'on ne songeait plus au beau mécanisme qui donne tant de sûreté et de clarté à l'exécution de la charmante virtuose. Adolphe BOTTE. CORRESPONDANCE. Bruxelles, le 15 décembre. A la séance du 6 décembre dernier de l'Académie royale de Bel- gique (classe des beaux - arts), M. Van Hasselt a lu le rapport sur le projet de publication d'une traduction des œuvres du célèbre musicien nivellois, Jean Teinturier, connu sous le nom de Tinctoris. On se rap- pelle que dans la séance précédente avait été déposé le manus- w crit du xvc siècle contenant les onze traités de cet auteur, ainsi que la traduction, fruit des loisirs du savant directeur de notre Conserva- toire. M. Van Hasselt et M. Snel avaient été désignés comme commis- saires. Le premier s'est particulièrement chargé de contrôler la traduc- tion, de s'assurer de la correction du texte; il a apporté à l'accomplis- sement de sa tâche une conscience et une érudition peu communes, même dans les académies. La publication des écrits de Jean Tinctoris intéresse au plus haut point l'honneur national ; il ne s'agit de rien moins que de restituer à la Belgique une gloire qu'on lui avait enlevée pour en parer l'Italie. Un seul des onze traités de l'illustre musicien a été publié; mais il est devenu une rareté bibliographique. Les autres, de- meurés inédits, ont été copiés par les écrivains italiens, auxquels on en a fait honneur. Il importe d'en donner une édition complète, d'y joindre une bonne traduction, et de mettre en notation musicale moderne les exemples intercalés dans les traités; c'est ce qu'a préparé M. Fétis. L'importance des écrits de Tinctoris avait déjà été reconnue par des juges très-compétents. En -1812, la classe des beaux-arts de l'Institut de France avait déclaré que la publication de ces écrits intéressait au plus haut degré la gloire de l'école française, lisez belge; — mais à cette époque nous faisions partie de l'empire. — Cette déclaration avait eu lieu sur le rapport d'une commission composée de Choron, Méhul et Gossec. Les bouleversements politiques qui suivirent de très-près cette résolution de l'Institut, mirent obstacle à la réalisation de la proposition de ses commissaires. Il appartient à la Belgique de reprendre le projet. Si la France de 18 1 3 pouvait, en quelque sorte, s'approprier les hommes nés sur le sol annexé à son territoire, à plus forte raison pouvons-nous aujourd'hui revendiquer ces gloires et les honorer comme elles le mé- ritent. La classe des beaux-arts a accueilli par des applaudissements les conclusions de ses commissaires. Elle demandera au gouvernement d'or- donner la publication des œuvres de Tinctoris, avec la traduction de M. Fétis, laissant à l'administration supérieure le soin de décider si elle sera faite par l'Académie, au moyen d'une subvention spéciale, ou si elle sera comprise dans la publication déjà décrétée des œuvres des musi- ciens belges du xv et du xvi° siècles. Il nous semble que ce dernier parti est le plus rationnel. Il serait convenable de rapprocher la théorie de l'art de ce qui en est l'application pratique. On prouverait ainsi que nos pères n'étaient pas seulement les premiers dans la composition et l'exécution musicales, mais qu'ils ont devancé toute l'Europe dans la science de la musique. NOUVELLES. *% Au théâtre impérial de l'Opéra, le Prophète avait attiré, dimanche dernier, un nombreux public qui a chaleureusement applaudi Mme Te- desco et Gueymard. £% Le Papillon et Sémiramis ont été donnés lundi, mercredi et vendredi. ,„*„, Vendredi, la cantate de M. Théodore Anne et du jeune Paladilhe accompagnait, pour la troisième fois, le Papillon. „** Aujourd'hui, la Favorite, avec Mme Tedesco, et demain Guillaume Tell, avec Morelli et Carlotta Marchisio. *** Les bruits qui avaient couru dans le monde et dans la presse sur un changement de direction à l'Opéra-Comique sont complètement dé- mentis. La position du directeur, M. Beaumont, est plus que jamais con- solidée. „*4 Aujourd'hui dimanche, pour la première fois, le diapason normal sera mis en pratique. „*„. La première représentation de Barkouf est annoncée pour demain lundi. s*„ L'ouvrage de Mil. Scribe et Auber sera joué vers le 15 janvier. *% On répète un opéra-comique en trois actes, Salvator Rosa, dont la musique est de M. Duprato. Mlle Saint - Urbain jouera dans cet ou- vrage. „,** Mme Numa qui a débuté, il y a huit jours, dans le Caïd, est une artiste habituée aux succès. Elle a tenu le premier emploi dans plusieurs villes importantes. C'est une élève de M. Piermarini, et elle a épousé M. Numa Blanc, le célèbre photographe. s*+ Mlle llcnrion quitte l'Opéra-Comique et va, dit-on, chanter sur le théâtre de Marseille. .*.,,. Au théâtre Italien, le Barbier, Sémiramis, Ernani et Rigoletto ont composé le répertoire de la semaine. — On répète activement un Ballo in Maschera, de Verdi, dont le sujet, ainsi qu'on l'a déjà dit, est le même, quant au fond, que celui de Gustave III. Mais on a transporté le lieu de la scène en Amérique et substitué un gouverneur au souve- rain suédois, pour faire disparaître toute idée de régicide. Mario joue le rôle qui correspond à celui de Gustave, représenté par Nourrit dans l'opéra français ; Graziani, celui qui tient la place du personnage d'An- karstroëm, créé par Levasseur. Mme Penco succède à Mme Falcon dans le rôle de la femme du conspirateur ; Mme Alboni chantera la devine- resse, créée rue le Peletier, par Mme Dabadie, et Mlle Battu, le page qui empruntait les trails de Mme Dorus-Gras, dans l'ouvrage de MM. Seribe et Auber. *% Au théâtre Lyrique, le succès des Pécheurs de Calane n'a fait qu'augmenter aux deuxième et troisième représentations. ,.** On vient de mettre à l'étude le nouvel ouvrage de MM. Michel Carré, Jules Barbier et Reyer : les Ruines de Balbek. Les décors seront exécutés par MM. Nolau et Rubé, Cauibon et Thierry, d'après les belles photographies de M. Maxime Du Camp. „.** Le Rêve de Fortunio, un acte, avec musique d'Offenbach, et les Mu- siciens de l'orchestre, opérette de Delibes, Erlanger et Hignard, seront joués aux Bouffes-Parisiens, immédiatement après Marié sans le savoir, dont on annonce la représentation pour cette semaine. *** Le premier concert de la Société du Conservatoire aura lieu le 13 janvier. Parmi les œuvres non encore entendues à Paris, qui doivent être exécutées, on cite la Symphonie cantate, de Mendelssohn „.** La Société des jeunes artistes du Conservatoire, sous la direction de Pasdeloup , commencera ses concerts le 20 janvier. Parmi les œu- vres, nouvelles pour son public, qu'elle répète, nous remarquons l'ode- symphonie Faust, de Schumann, et des œuvres symphoniques de Gade. Struensée, de Meyerbeer, figure parmi les œuvres déjà entendues qui seront répétées. .^*t Mardi, jour de Noël , à 10 heures très-précises , on exécutera à l'église Saint-Eustache la quatrième messe à grand orchestre de M. Charles Manry. L'orchestre et les chœurs, au nombre de deux cents artistes, se- ront dirigés par M. Hurand, maître de chapelle de la paroisse. Le grand orgue sera tenu par M. Edouard Batiste, professeur au Conservatoire impérial de musique, organiste de la paroisse. „.*,. Le jeune violoniste Sarasate vient d'être l'objet d'une distinction toute particulière. S. M. la reine d'Espagne n'a pas trouvé qu'un cadeau fût la digne récompense de cet enfant dont le talent honore son pays, et elle lui a accordé la croix de Charles III, bien qu'il n'ait que seize ans d'âge, et que les statuts de l'ordre en exigent vingt et un. Sa Majesté a cru pouvoir faire une exception en sa faveur, parce qu'il est lui-même une exception. **.„ Mme Sanchioli est attendue à Naples, et doit débuter dans le rôle de Fidès, du Prophète. ,,** A la seconde matinée de Mme Clara Pfeiffer, la partie vocale était consacrée à l'audition des fragments d'un opéra inédit de M. O'Kelly; Mlle Moreau, M. Legrand, du théâtre Lyrique, et M. Archain- baud, ont interprété ces morceaux de manière à prouver qu'un grand succès de salon n'était pas le seul qui leur fût dû ; des mélodies fraî- ches et parfaitement vocales, une inspiration gracieuse et facile sont rares et partout bien accueillies. La partie instrumentale compre- nait le trio en ré de Mendelssohn, joué avec beaucoup de verve et de largeur par Georges Pfeiffer, MM. Hammer et Rignault ; une sonate piano et violon, l'adagio et le finale d'un concerto de Beethoven ont été rendus par l'éminent professeur, Mme Clara Pfeiffer, avec le fini d'expression et de grâce que son auditoire privilégié connaît ni bien. Un des principaux attraits de cette matinée était l'audition de deux nouveaux morceaux inédits de Rossini : l'un , le Mémento quia pulvis es, grande page religieuse digne du Stabat de l'illustre maî- tre ; l'autre, intitulé : Assez de mémento, dansons, charmante inspiration pleine de gaieté et de verve ; Georges Pfeiffer les a exécutés avec une perfection rare, et le public les a remandés. „,*„, Six nouvelles productions pour le piano, d'Henri Litolff, ont été publiées cette semaine, et déjà leur succès paraît décidé. Ces publi- cations auront, sans doute, la vogue qui s'est attachée à la Chanson du rouet et aux Octaves, publiés l'année dernière, et dont le succès est loin d'être épuisé. Voici les titres de ces nouveaux morceaux, dont nous rendrons prochainement un compte détaillé : Ballade, Valse élégante, Polka caractéristique, Souvenance, Clair de lune et Impromptu. *** Le 1 5 de ce mois le Cercle philharmonique de Bordeaux a donné dans la salle Francklin un magnilique concert dans lequel se sont fait entendre MM. Sivori, Magnus et Mme Viardot. M. Magnus a parfaitement joué sur le piano sa grande fantaisie sur les Huguenots, morceau qui lui avait été spécialement demandé, et plusieurs autres de ses composi- tions; il a obtenu un très-brillant succès à côté de Mme Viardot et Si- vori qui a excité l'enthousiasme du public. „..*„, Dans quelques jours paraîtra une délicieuse romauce de Mlle Cé- lina de Lapommeraye. Mam'selle Madeleine, interprétée par son auteur, obtiendra cet hiver un véritable succès de vogue. t\ Bazzini, le célèbre violoniste, vient de donner à Rouen deux concerts qui ont été pour lui deux triomphes, du genre de ceux que depuis quelques années, il ne cesse d'obtenir en France, en Italie et en Allemagne. Cet éminent artiste avait eu déjà, il y a huit ans environ, de magnifiques succès à Rouen, où son nom et son beau talent étaient res- hhi REVUE ET GAZETTE MUSICALE tés en grande estime. Cette fois, il a été plus inspiré et plus fêté que ja- mais; ce qui n'étonnera personne. „*„, Rémusat, l'excellent flûtiste, est venu passer en France quelques semaines, que ses fonctions à l'orchestre de l'Opéra de Sa Majesté à Londres lui laissent libres. Il se rend à Bordeaux où il donnera un con- cert, et se fera ensuite entendre a Paris. *** Schulhoff, l'excellent pianiste-compositeur, est à Paris en ce moment. *** M. Léo Marnet, auteur du Christ au roseau, et de Feuilles, tombez, vient de publier deux nouvelles mélodies et un duo, que nous retrouve- rons bien certainement dans tous les concerts de la saison : V Abeille et Première /leur se font distinguer par une mélodie charmante, soutenue par un accompagnement très-habilement écrit ; l'Enfant, duo, se distingue par les mêmes qualités; nous les recommandons vivement. **„ M. Brisson est de retour de ses excursions à l'étranger, et se pro- pose de donner prochainement un concert. L'excellent artiste vient d'ajouter à la belle mélodie de Meyerbeer, le Moine, une partie d'orgue qui produit beaucoup d'effet. **.,, On annonce que M. le conseiller Lueder aurait acheté le violon de Spohr au prix de 1 ,000 thalers, pour en faire cadeau à l'élève favori du maître, le virtuose de la chambre du roi de Hanovre, M. Koempel. .„** Emile Forgues doit arriver bientôt à Paris, où il fera entendre un concerto symphonique pour piano et orchestre, ainsi qu'une grande fan- taisie de concert, sur des motifs du Stabat Mater de Rossini, et plusieurs autres de ses compositions nouvelles. „,% La charmante transcription du chant national namurois de Bosset, par Charles Jeltsch, vient d'être arrangée pour musique militaire, par M. Bonnet, chef de musique au 1er voltigeur de la garde, et pour musi- que de cavalerie, par M. Cressonnois, chef de musique, .au 2e cuirassiers de la garde Le Bouquet de la fiancée ainsi transcrit, est une bonne fortune pour tous les corps de musique de l'armée. t*t Astre des nuits et Echos du bal, tels (.ont les titres de deux charmants morceaux de piano de Mlle Léonie Tonel qui viennent de paraître. „** M. A. Vialon, professeur de chant, 'auteur du Docteur Mirobolan- pouff, des Trompettes de Jéricho, et de nombreuses scènes bouffes dont nous avons constaté le succès, vient de composer, pour son album de la Romance pour rire, huit nouvelles œuvres dans le genre comique. Les paroles de ce joyeux recueil sont dues à la plume de MM. Ch. Delange, Alex. Flan, Hipp. Guérin, de Richemont, Tailliar et Francis Tourte. Les illustrations portent, comme toujours, la signature de Stop. Les Romances bouffes de M. Vialon, interprétées par nos célébrités, feront partie cet hiver de leur répertoire aux théâtres et dans les concerts. „% La musique facile et bien faite est chose trop rare pour que nous ne signalions pas, dès son apparition, une très-gentille fantaisie militaire sur les motifs des Dragons de Villars, et due à la plume habile de Vali- quet, l'auteur ordinaire et extraordinaire de tous les commençants. **„, L'album posthume de L. Abadie est mis en vente chez l'éditeur Challiot. 2*2 Clavier déliateur, tel est le nom d'un instrument aussi ingé- nieux qu'utile, inventé par M. Joseph Gregoir, le pianiste-compositeur belge. Si le mot déliateur n'est pas français, on ne le comprendra pas moins, car l'étymologie en est suffisamment claire et en fait deviner la portée. Il s'agit, en effet, d'un clavier qui sert à délier les doigts. Quelques explications le prouveront jusqu'il l'évidence. L'instrument consiste en un clavier de piano de huit touches, — cinq touches blanches et trois tou- ches noires. A chacune de ces touches est adapté un ressort, auquel on peut, au moyen d'un mécanisme des plus faciles, donner divers degrés de force. 11 en résulte que plus la résistance du ressort est forte, plus aussi les doigts éprouvent de peine à faire mouvoir les touches ; un travail de dix minutes des cinq doigs sur ce clavier leur donne une souplesse, un délié, que n'obtiendraient pas deux heures de travail sur un piano ordinaire. Le toucher de chacune des touches du Clavier déliateur pouvant être rendu plus ou moins léger, on pourra travailler séparé- ment les doigts les plus faibles. .,.% Un chanteur célèbre en son temps, le ténor Herrmann Breiting, vient de mourir à l'âge de cinquante-sept ans. Pendant vingt ans il a fait partie du personnel de l'Opéra de Darmstadt; mais les cinq dernières années, le pauvre artiste les a passées à l'hospice des aliénés, à Hofheim, où il est décédé le 5 décembre dernier. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. j*-„ Berlin. ■ — Les principales représentations du 9 au 10 décembre ont été: au théâtre royal de l'Opéra, celles d'Armide, de Gluck, avec Mme Kœster; du Trovalore, de Verdi, avec Mlle Trebelli ; de laFlûte enchantée, de Mozart, et delà Traviata, pour le début de Mlle Brunetti, qui y a ob- tenu un immense succès. Mlle Trebelli chantait le rôle de Gaston en y in- tercalant l'air du page des Huguenots. — Au théâtre Victoria, Norma, Ma thilde de Shabran ; dans les deux pièces les principaux rôles ont été chantés par Mme Lagrange et Mlle Artot; Rigoletto, de Verdi, par Mme Lagrango. A l'Académie royale, tableaux transparents avec accompagnement de chant par le Domchor : Adoration des bergers, adoramus par Corsi; le Christ et le tentateur au désert, miserere de Pisari; les deux Marie au saint sé- pulcre, alla trinila (1540) ; Victoire de l'Ange, Sanctus Dominus, du comte de Rœdern. — Parmi les nombreux concerts de la saison nous signalons avant tout la fête commémorative en l'honneur de feu Rellstab, dont voici le programme : Ouverture de Didon, par Klein; le texte de l'opéra est de Rellstab; prologue, par Kœster; marche funèbre, de Beethoven; Requiem de Mozart. — Le concert de la société Bach offrait par la compo- sition de son programme un haut intérêt pour les amateurs de musique religieuse. La Passion, de Schutz. le plus remarquable parmi iescompositeurs allemands de musique d'église au xvnc siècle, composition dont la forme se rapproche de celle de V Oratorio, mérite d'être mise en parallèle avec les œuvres de son maître Gabrieli ; la cantate de Bach : Re-te auprès de nous, car le soir approche, n'avait pas encore été exécutée à Berlin. La composition du même maître , Mon âme était triste, est une espèce d'o- ratorio, dont les chœurs, de formes très-diverses, ont produit une im- pression profonde. . *** Carlsruhe. — A l'occasion de l'anniversaire de la naissance du grand-duc, le théâtre de la cour a donné une belle représentation d'Orphée, de Gluck. On avait, par quelques coupures, réduit la pièce en un acte, innovation qui n'est pas heureuse. *% Leipzig. — Clara Schumann a donné dans la salle du Gewandhaus une soirée où, comme toujours, la célèbre pianiste a été admirable, soit en exécutant un trio de Beethoven avec MM. David et Davidoff, une so- nate de Mendelssohn avec M. Davidoff, ou en jouant solo une sarabande et gavotte de Bach, et une ballade de Chopin. 2*2 Vienne. — On pense généralement qu'il sera difficile de trouver un imprésario pour l'exploitation du théâtre de l'opéra de la cour; non- seulement il devra fournir un cautionnement de 60,000 florins, mais, de plus, il sera tenu de conserver tous les artistes attachés à cet établisse- ment, qui ont été engagés la plupart à des conditions très-onéreuses. Le ténor Wachtel nous quitte; le jeune artiste s'est décidé à partir pour Londres. Au Karl-Theater , la Poupée de Nuremberg, d'Ad. Adam, a eu beaucoup de succès. *** Bruges. — M. Pages, baryton, a été admis après son second début, sur la demande de la direction, afin de faciliter et d'activer les études du Pardon dePloërmel. Tout fait espérer maintenant que le nouvel opéra de Meyerbeer pourra être représenté très-prochainement. — Dans un intermède musical on a beaucoup applaudi Mme Mathilde d'Orban, qui a exécuté sur le piano une très-belle fantaisie sur le quadrille des pati- neurs, du Prophète. t\ Saint Pétersbourg, 3/15 décembre. — C'est Mme Ristori qui a inau- guré la réouverture des théâtres. Pour la première des vingt- quatre re- présentations qu'elle doit donner, elle a joué Médée avec un succès étourdissant. La reprise du Pardon de Ploërmel aura lieu le 10/22, avec Mlle Fioretti, qui, à la répétition d'hier, a chanté dans la perfection le rôle de Dinorah. Ceux d'Hoël et de Corentin sont restés à Debassini et à Calzolari, et comme ils les possèdent beaucoup mieux que l'année dernière, où les répétitions avaient été insuffisantes, cette reprise paraît destinée â un brillant succès. „*„ Naples, 1 6 décembre. — Hier soir San-Carlo a été le théâtre des plus déplorables scènes, Après avoir supporté un mauvais ballet, accueilli par des huées et des sifflets, on a donné un faible opéra, il Folletto, dont le premier acte, exécuté par les plus mauvais artistes, a été sifflé unanimement. La surintendance a empêché de continuer le spec- tacle. La foule est montée sur les bancs, a envahi l'orchestre et la scène aux cris de: A bas la surintendance l Pendant deux heures, San-Carlo a offert les scènes les plus scandaleuses. Ce n'est qu'à onze heures et demie que la foule a consenti à évacuer la salle en demandant éuergiquement le changement du surintendant. San-Carlo va rester fermé, assure-t-on, jusqu'à ce qu'on ait pu réorganiser ce théâtre. 2*j, Madrid. ■— Pour procurer à Fraschini un peu de repos, Morini s'est chargé du rôle de Gennaro dans Lucrezia, et sa charmante voix, son expression sympathique lui ont valu d'unanimes bravos. Mme Charton- Demeur est de plus en plus en faveur auprès du public madrilègne. „% New-York. — La déconfiture de l'opéra italien se coufirme; la grande ville n'aura pas d'opéra cette année ! Les concerts de virtuoses sont chose rare; la Société philharmonique et les deux Sociétés de.quatuor subsistent seules. Le Liederkranz, sous la direction de Paur, est une société vocale peut-être unique dans le monde : elle se compose de cinq cents membres et possède un chœur mixte qui fait merveille. Ou vient d'y mettre â l'étude le Paradis perdu, oratorio de Rubinstein. DE PARIS. 443 EN VENTE CHEZ G. BRANDUS ET S. DUFOUR, ÉDITEURS, 103, RUE DE RICHELIEU AU I". 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D» F* £• Opéras-Comiqaes : L'Ambassadrice , la Barcarolle , la Bergère châ- telaine , les Chaperons blancs, le Cheval de bronze, les Diamants de la couronne, le Dieu et la Bayadère, le Domino noir, le Duc d'Olonne, la Fiancée, Fra Diavolo, Haydée, Lestocq, la Part du Diable, la Neige, le Philtre, la Sirène, le Serment, Zanetta, Zerline. — Chaque, net : 1 5 fr. Opéras : La Muette de Portici, le Lac des Fées, l'Enfant prodigue. — Chaque, net : 20 fr. Sirétry. Richard Cœur de Lion . . . net. SBalévy. La Fée aux roses net. ■ — La Dame de pique net. — Guido et Ginevra net. — Le Guitarrero net. • — Le Nabab net. — La Tempesta net. llaillHi-t. Les Dragons de Villars . . net. Slcndelssohn. Paulus net. — Elie net. Mcrcailante. La Vestale. . . iu-4°, net. — Elisa i Claudio in-4°, net. Meyerbeer. Il Crociato . . . P . . net. — Margherita d'Anjou net. Mozart. Clemenza di Tito . . in-4°, net. — Cosi fan tntte in-4°, net. — Don Giovanni in-4°, net. — Il Flauto magico in-4°, net. — Idomeneo in-4°, net. — Nozze di Figaro iu-4°, nat. EOSSÏNI GUILLAUflE TELL Avec paroles françaises ou italiennes et allemandes. Prix net : 20 fr. ROBERT BRUCE Paroles françaises. Prix net : 20 fr. MOÏSE Paroles françaises. Prix net : 20 fr. LE COMTE ORT Paroles françaises. Prix net : 15 fr. STABAT MATER Paroles latines. Prix net : 8 fr. SHozart. Requiem et l'Imprésario, /f — Il Serraglio in-d", iVicolaï. Il Templario .^ïicolo. Cendrillon ne — Jeannot et Colin ne — Joconde ne ESossini. Le Siège de Corinthe . . . nei — Il Barbiere in-4°, ne' — Semiramide in-4°, — Tancredi ia-4% — Zerlina in-4% ne Siacchiui. OEdipe à Colone ne' — Dardanus in-4°, ne Spohr'. Faust nei ttpoiitini. Olimpie (sous presse)..., Thomas (Amb\). Le Roman d'Elvire, ne Y^"eb«r. Freyschùtz — Euryaute ne — Oberon ne — Il Franco Arciero in-4° Weigï. Emmeline in-4", ne Winter. 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Beethoven. | Donizetti. Chaque, net : 1 fr. 50. i Haydn. i Meyerbeer. IRossini. iSpontini. I Mendelssohn . | Mozart . | Schubert . | Weber , (Photographies de Pierre Petit et Trinquart.) — Les 12 portraits réunis, net : 16 fr. hkh HEVUE ET GAZETTE MUSICALE DE PARIS. Chez E. GÉRARD et Cic, éditeurs (ancienne maison MEISSONNIER), rue Dauphine, 18, à Paris. EST VEKIE Œuvres pour Piano de 1ÎLH NOUVELLEMENT PARUES : Souvenirs «le Saint-Pétei'sbotu'g, op. 50 ... . 7 50 | Allegro, op. 51. 7 50 Op. 10. Caprice sur des airs bohémiens Op. 11. Nocturne (déd. à Mme Mercier) Op. 12. Le Tournoi, étude Op. 26. Cantabile Op. 27. Trois Idylles : 1. Près de la fontaine. 2. Dans les bois. 3. Diman- che matin Op. 28. Souvenirs de Vienne, nocturne Op. 30. ld. de Varsovie, mazurka (chantée par Mlle de Lagrange) Op. 31. Caprices sur des thèmes hongrois Op. 3i. Tarentella Op. 35. L'Ondine, idylle Op. 36. Trois idylles: 1. Doux repro- che. 2. Etoile du soir. 3. Le Ruisseau. Chaque. .. Op. 37. Sonate en fa mineur 12 » Op. 33. Grande marche 9 » Op. 39. Souvenirs de Kieff, mazurka. . S » Op. 40. Quatrième nocturne 5 » Op. 41. Ballade 6 » Op. 42. Aubade 6 » Op. Zi3. Auprès du berceau, 1 et 2... 7 50 Menuet de Mozart, transcrit 4 50 Prière h 50 Six transcriptions en trois livres : 1" livre, Haydn. 1 . Largo de la symphonie en ré. . 2. Menuet du quatuor en fa. 2° livre, Mozart. 3. Adagio du quatuor en si bémol. h. Menuet du quatuor en ré. 3e livre, Beethoven . 5. Scherzo de la 8e symphonie. (3. Scherzo de la S* symphonie. Chaque livre.. . 7 50 44 . Polonaise 7 50 45. Chants d'amitié :• 1. Elégie. ■ . Toast. 3. Promesse...... Chaque 4 50 Les trois réunis. ... 9 » 46. Morceau caractéristique sur des motifs bohémiens 7 50 Op . 47 . Caprice 9 » Op. 48. Troisième valse brillante 7 50 Op. 49. Trois poèmes lyriques : 1 . Souvenir de Venise 5 » 2. Andantino grazioso 6 » 3 . Impromptu lyrique 4 » Op. Étrennes Musicales pour 1861. ALBUM DE CHANT 10 Romances, Mélodies, Chansonnettes, etc., PAROLES DE CE. DELANGE, J. BERTRAND ET DE RICHEBOURG Musique de 'KJieiuie Arnaud Avec frontispice de Barbizet, dessins de C. Nanteuil, Telory et V. Coindre Richement relié. — Prix net : 12 fr. ALBUM DE PIANO 6 morceaux de divers genres , par LEFÉBURE-WÉLY Dessins-titres par Barbizet. — Richement relié. — Prix net : 15 fr. ,&, £a 2 17 HS W>M 5AIS1 Dessins par Slop, Victor Coindre, Rambert et J. Marre. Richement relié. — Prix net : 1 2 fr. En vente à Paris, maison LEDIOINE aine, HARAND successeur, 20, rue de l'Ancienne-Comédie. aioxart. Six grandes symphonies arrangées pour piano par Georges Mathias, chaque symphonie séparée, p. m. 10 Les six en un volume broché . net. 15 ld. en album riche. net. 18 Bugnrtl. Ondine, rêverie pour piano 6 i ] Fcrlus. Regrets, rêverie pour piano 5 » | ld. Une Pensée û 50 ' AI. Artns. La Dame de Monsoreau, quadrille k 50 ld. id. polka-mazurka 3 » Falarbnani. // pleut Bergère, quadrille très- facile U 50 E.e Corlieïllcr. La Monaco, quadrille 4 50 F. aiaslni. Discrétion, romance 2 50 ld. Lève-toi, romance 2 50 ld. Prière d'une Hirondelle, romance 2 50 Nouveau Répertoire des célébrités chantantes, Paris, chez A. VIALON, compositeur, rue Vivienne, rotonde Colbert , escalier E. LA ROMANCE POUR RIRE ALBUM DE 8 Romances bouffes, musique de A. VIALON avec accompagnement de Piano, Paroles de MM. Ch. Delangc, Alex. Flan, Hippolyte Gucrin, Eug. de Richemont, Emile Tailliar et Francis Tourte, DESSINS DE STOP ET A. VIALON. L'Heureux particulier, aspirations ... 2 50 Un Cœur de Maire, souvenirs 2 50 A la Correctionnelle, scène 2 50 Le Revers des maximes, morale en action. Le Biberon musical, prime offerte aux abonnés du Journal de la Musique eu chiffres . . 2 50 Requête au Loup-Garou (soprano), naïveté . 2 50 Un Dinar à la Folbiche, étude 2 50 Une Volonté de fer, chansonnette 2 50 L'Album broché, net: 6 fr. — Cartonné, net: 7 fr. DERNIÈRES CHANSONNETTES DE A. VIALON: L'Histoire d'un nez. — Amour et mal de dents. — Au chatl au chatl —Le Diable en jupons. — Les Trompettes de Jéricho. —J'ai si bien dîné! ■ Sur un arbre perché. — Le petit ànon gris. — Chemise d'un homme heureux. — L'Art d'élever ses enfants. — Le Roi de la rampe. — Plus d'accidents I — Les Dîners pour tous. — Un mari Ci la tartare. — Le Docteur Mirobolanpouff. — Le parfait Jardinier. ES5 MOTIFS DE A. VIALON, (Exécutés et bissés au concert de l'Association dos Sociétés chorales de Paris.) 50 SIX NOUVEAUX (Exécutés à gd orchestre et bissés aux bals de l'Opéra, Hôtel de ville, Valentino, etc. STRAUSS. Le Docteur Mirobolanpouff, quadrille pour piano. . 4 50 — Le Roi de la rampe, id 4 50 MAKX. . . Les Trompettes de Jéricho, id h 50 Les mûmes pour orchestre prix net : 75 c. chacun. A. viAliOX. Quadrille pour rire, à 4 voix d'homme, sans accomp. — La Danse pour tous, id. ici. ob wii.i.i: (Laurent). L'Orphéon au bal, id. id. Chaque quadrille en partition, net : 75 c. — Chaque partie séparée, net : 15 c. l'ARIS.— IMPRIMERIE < U4IX ET C, RUE DERGÉRE, 20. BUREAUX A PARIS : BOULEVARD DES ITALIENS, î. 27e Aimée. ON S'ABONNE : T)an9 les Départements et à l'Étranger, chez ( les Marchands de Musique, les Libraires, 2t Fuream des messageries et des Postes. N° 53. REVUE 30 Décembre 1800. PRIX DS L'ABONNEMENT : pnr;s 24 fr par f Déportemenls, Belgique et Suisse... 30. id. Étranger 3' " id- Lu- Journal parait le Dimanche. GAZETT SICALE mm jparïi — ^a/ ia/yatvA/vw^ — LA REVUE ET GAZETTE MUSICALE OFFRE, A L'OCCASION DU NOUVEL AN, COMME Primes-ÉËtrennes MUSIQUE DE CHANT : MUSIQUE DE PIANO : LES ROMANCES SANS PAROLES Pour Se £*âano, Réunies en un volume in-8° (36 morceaux) PREMIER VOLUME DE LA NOUVELLE PUBLICATION DU RÉPERTOIRE DE MUSIQUE CLASSIQUE 0E PIANO DEUX BEAUX PORTRAITS T! Photographiés d'après des gravures du temps , par Petit et Trinquart. FORMAT DIT Cartes de visite. NOUVELLES MELODIES Avec accompagnement de Piano, Paroles de VICTOR HUGO, TH. GAUTIER ET S. NIBELLE Musique de (2e série de ses mélodies) Formant un 41 bu m de chant, format in-4°. Dés à présent, ces Primes sont remises aux anciens abonnés qui renouvellent leur abonnement et aux personnes qui en prennent un nouveau. SOMMAIRE. — Théâtre impérial de l'Opéra-Comique : Barkouf, opéra bouffe en trois actes, paroles de MM. Scribe et H. Boisseaux, musique de M. J. Of- fenbach, par B. A. B. Saint-YTes. — Messe de M. Charles Manry, par Adolphe Botte. — Ilevue critique, par le même. — Revue des théâtres, par B. A. B. Saint-Yves. — Nouvelles et annonces. THÉÂTRE fflPÉRIAL DE LOPÉRÂ-COMQUE. BARKOUF, Opéra bouffe en trois actes, paroles de MM. Scribe et H. Boisseaux, musique de M. J. Offenbach. (Première représentation le 24: décembre 1860.) Le voilà donc enfin ce fameux Barkouf dont on a tant parlé avant sa représentation, et que les difiicultés produites par les indisposi- tions soudaines de Mme Ugalde et de Mlle Saint-Urbain ont si long- temps retardé ! De tels préliminaires étaient bien dignes d'un victo- rieux dédommagement. Que ne nous est-il permis de constater ce résultat sans faire aucune réserve! Malheureusement nous devons la vérité aux auteurs de Barkouf, qui, du reste, ont assez souvent sa- vouré les douceurs de la louange pour pouvoir aisément se résigner aux inconvénients de la critique. Et tout d'abord nous éprouvons un étrange embarras pour raconter les péripéties de cette pièce que l'affiche qualifie de bouffonne. Si le lecteur ne rit pas, tout naturellement il nous accusera d'en dénaturer le sujet; mais à cela nous répondrons que le public n'a pas beau- coup ri non plus, ce qui allège tant soit peu le poids de notre res- ponsabilité. Nous sommes dans l'empire du Grand Mogol, la patrie féerique des aimées, des diamants et des cachemires. Le peuple de Lahore, pres- que aussi turbulent que certaines populations de l'autre hémisphère, se donne de temps en temps la petite distraction de casser les vitres de ses gouverneurs et de les jeter par les fenêtres de leur palais. Le Grand Mogol, tout féroce qu'on nous le peint, ramasse tranquillement A41 REVUE ET GAZETTE MUSICALE les carreaux brisés et installe un nouveau kaïmacan à la place du gouverneur contusionné. Au dixième pourtant, l'excellent monarque commence à trouver la plaisanterie monotone, et, pour punir ses sujets récalcitrants, il se fait représenter auprès d'eux par un chien qui répond au nom de Barkouf. Pour le coup, les habitants de Lahore sont complètement matés ; le gouverneur a de bonnes dents et n'est pas d'humeur à se laisser jeter parla fenêtre sans se défendre et sans mordre les faiseurs d'é- meutes. Ce n'est même qu'avec des précautions infinies et des terreurs non moins formidables que ses courtisans et ses con- seillers intimes osent l'aborder dans ses instants d'apparente man- suétude, car il lui arrive souvent de se fâcher et d'emporter le morceau. L'ancien échanson Bababeck, élevé au poste de grand vizir, est celui de tous qui est le plus exposé aux caprices du quioteux kaïmacan. 11 voudrait bien donner sa démission, mais le Grand Mo- gol ne l'accepterait qu'en l'admettant en échange aux honneurs du pal. Au milieu de ses perplexités le hasard lui adresse une jolie petite bouquetière du marché, qui, en voyant Barkouf, offre an vizir d'ap- privoiser son tyran et de le rendre aussi doux qu'un mouton, Or, il est bon de savoir, en nous reportant à une confidence de la bouque- tière Maïma à son amie Balkis, la marchande d'oranges, que Maïma, de même que Calypso, ne peut se consoler de la perte de deux êtres bien chers à son cœur, un amant et un chien. L'amant, on ignore ce qu'il est devenu ; quaDt au chien, c'est ce même Barkouf que le Grand Mogol a créé gouverneur de Lahore. Le visir Bababeck s'empresse d'accéder à la proposition de Maïma et la nomme secrétaire particulier du kaïmacan, dont elle seule peut comprendre et traduire le langage. Grâce au crédit que sa place lui donne, Maïma empêche le supplice de Xaïloum, l'amoureux de Balkis et le chef des émeutiers; puis, reconnaissant dans la personne de Saëb, jeune officier que le vizir veut faire épouser à sa fille Irès-majeure, l'amant qu'elle a perdu , elle suspend la cérémonie par ordre de Barkouf et casse le mariage sur le point de s'accomplir. Sur ces entrefaites le parti des mécontents s'agite, et, après avoir vainement tenté d'empoisonner le gouverneur, il ouvre les portes de la ville aux Tartares, ennemis du Grand Mogol. Saëb, à la tête des sujets restés fidèles, s'élance à la défense de Lahore, et Barkouf, bri- sant sa chaîne, le suit au plus fort de la mêlée, où il trouve une mort glorieuse. Le Grand Mogol qui arrive tout à point pour recueillir les fruits de la victoire de Saëb, lui accorde la succession de Barkouf et avec elle la main de Maïma. Nous n'insistons pas sur la faiblesse et la puérilité d'une pareille donnée, qui n'est ni assez comique pour un opéra bouffon , ni assez intéressante pour un opéra sérieux. MM Scribe et Boisseaux ont be- soin d'une prompte revanche, et ils sont gens à ne pas la faire at- tendre. Le plus à plaindre, dans celle occurrence, c'est à coup sûr le compositeur. Cependant, s'il est vrai, comme on l'affirme, que M. Offenbach ait eu le choix entre ce livret malencontreux, et un li- vret moins bovffe , il faut convenir qu'il n'est pas à l'abri de tout reproche. Nous croyons que ses preuves étaient assez brillamment faites en ce genre un peu subalterne, pour qu'il dût y renoncer en mettant le pied sur la scène de l'Opéra-Coniiqueet saisir l'occasion qui lui était offerte de donner un essor plus large à son talent populaire. Il n'avait qu'à vouloir; quelques morceaux de sa partition l'attestent surabon- damment. Son style a de l'éclat, de la finesse et de la légèreté; il entend l'ordonnance scénique, et il sait fort bien tirer parti de toutes les ressources de l'orchestre. Mais nous savions déjà tout cela, et nous attendions quelque chose de plus, pour ne pas dire de mieux. L'ouverture de Barkouf esi habilement traitée; elle débute par un gracieux motif confié eux instruments à vent et principalement au hautbois; la marche indienne qui lui fait suite plairait davantage si certaine dissonance qui d'abord semble originale, n'était répétée jus- qu'à l'abus. Elle a pour complément un trait de violons dont les dif- ficultés sont bravement vaincues par l'orchestre de M. Tilmant. La reprise de ce passage, sur lequel se dessine un chant large et pathé- tique, est d'un très-bon effet. Il y a de charmantes choses dans l'introduction; le chœur du marché a bien l'animation qui convient et est suffisamment original ; l'air de Bababeck : Je suis dans mon printemps, est moins heureux; mais les couplets de Balkis et de Maïma, dont le refrain est à deux voix, sont ravissants, quoique ou peut-être parce qu'ils se composent à peine de quelques mesures. Le second : Que j'aime cette rose, a été redemandé à Mlle Marimon. Nous passerons sous silence l'air de Xaïloum : Vive le tapage, pour arriver plus vite aux couplets du Grand Mogol, qui méritent d'être si- gnalés pour leur franchise et pour leur gaieté. Le mouvement de valse de la deuxième partie contraste de la manière la plus piquante avec les rires sarcastiques des gardes qui en forment l'accompagnement. La romance à deux voix de Maïma et de Balkis : L'espérance m'est ravie, est assez agréable. La fin de l'acte se compose d'une proclamation débitée à grand renfort de trompettes, et du retour de la marche indienne de l'ouver- ture, pour l'installation de Barkouf, le nouveau kaïmacan. Le deuxième acte débute par des couplets bouffes de Bababeck, dont la spécialité consiste dans l'imitation des aboiements du chien- gouverneur. La romance de Saëb, qui lui succède, atteste , par sa ritournelle et par son accompagnement, qu'Offenbach n'a pas oublié qu'avant d'être compositeur il a été un habile violoncelliste. Vient ensuite un quatuor bouffe dont l'effet est un peu atténué par le sou- venir importun de Ba-ta-clan. De jolis couplets sont intercalés dans le duo de Bababeck et de Maïma, qui a pour principal motif une vive et joyeuse polka. Si nous en croyons notre première impression, l'air de Maïma : Ici, Barkouf, est, de tous les morceaux de la partition d'Offenbach, celui qui est destiné au plus franc succès. Il est seulement à regretter que le milieu de l'air n'ait pas la franchise du début, ni la suavité de la fin. On a voulu l'entendre deux fois et il a été couvert de bravos trôs-mérités. Le finale de cet acte se distingue par un grand septuor à l'italienne, avec le crescendo obligé et le formidable tutti qui couronne ces sortes de morceaux. Cependant le rideau ne tombe qu'après un nouveau changement de motifs. Vive, vive Barkouf ! crie le chœur, et c'est encore sur un air de polka que les habitants de Lahore chantent les vertus de leur gouverneur. Avons-nous dit que le troisième acte de MM. Scribe et Boisseaux était le plus faible, le plus triste, le plus tourmenté de leur pièce? C'est ce qui explique, sans aucun doute, pourquoi le compositeur n'a pas été aussi heureusement inspiré dans ce dernier acte que dans les deux autres. Néanmoins, il serait injuste d'envelopper toute celte partie de l'ouvrage dans une même réprobation. En proposant le sa- crifice du chœur bouffe des conjurés, dont les intentions comiques n'ont pas été comprises, nous nous ferons un plaisir de signaler à l'attention la charmante valse que l'orchestre exécute dans l'entr'acie, et sur laquelle se dessine plus tard le pas des bayadères, accompagné par les voix du chœur, ainsi que l'air à boire où Maïma égrène les perles de ses plus séduisantes vocalises; ajoutons que l'air : 7c/, Bar- kouf ! est adroitement ramené dans le morceau final. Maïma, c'est Mlle Marimon, qui a été fort applaudie, et toujours à très-juste titre. Dans son passage du théâtre Lyrique à l'Opéra-Comi- que, les progrès de celte jeune et gracieuse artiste ne se sont point ralentis. Comme actrice, elle dit convenablement, d'une manière agréable, quoique un peu maniérée. Comme cantatrice, on voit qu'elle a mis à profit les bons conseils et ks bons exemples qu'elle a puisés DE PARIS. ViV à l'école de Duprez, le professeur par excellence. Sa voix, assez faible dans le médium, a du mordant et de l'éclat dans l'octave supérieure. Elle phrase avec infiniment de goût, et elle vocalise avec une netteté, une limpidité sans pareilles. Si Barkouf n'est pas assommé net par son fâcheux livret, on peut prédire que Mlle Marimon n'aura pas peu contribué à sauver du désastre commun la partition d'Offenbach, digne, après tout, d'un meilleur sort. Lorsqu'un ouvrage, dont le sujet vise à l'excentricité, n'est pas bien pris du public, les rôles les plus bouffons deviennent d'une mono- tonie, d'une tristesse désolantes, et leurs interprètes s'épuisent en vains efforts pour paraître comiques. Ce n'est donc pas Sainle-Foy, Berlheher, Lemaire, Mme Casimir, qu'il faut accuser du peu d'effet qu'ils ont produit ; la faute n'en est pas eux, et nous la renvoyons à qui de droit. Les autres personnages sont bien effacés ; cependant Warot fait va- loir, autant que possible, celui de Saëb, et Mlle Zoé Bélia est fort gentille sous les traits de Balkis. Nous ne finirons pas sans rendre à M.Alfred Beaumont la justice qui lui est due. Pour sa part, il n'a rien négligé, rien épargné à cette On d'assurer le salut de Barkouf. Sa mise en scène est splendide, ses costumes indiens sont d'une richesse et d'un goût irréprochables. Tous les décors, et spécialement celui du troisième acte, sont d'une perfection idéale, et reproduisent fidèlement les rêves poéLiques que notre imagination se plaît à concevoir des merveilles de l'Orient. Rien de plus suave et de plus attrayant que le ballet des aimées ; le pas des écharpes est délicieusement dansé par le charmant bataillon choré- graphique attaché au théâtre. Enfin, tout le monde, sans oublier les chœurs et l'orchestre, concourt au plus satisfaisant ensemble. D. A. D. SAINT-YVES. MESSE DE M. CHARLES IAHRY. Au commencement du mois de Marie, nous avons rendu compte, ici-même, d'une nouvelle messe à grand orchestre de M. Charles Manry, exécutée à Saint-Roch, au profit de l'Association des artistes musiciens. Le jour de la fête de Noël, cette œuvre a été chantée à Saint-Euslache, et la seconde audition a pleinement confirmé tout le bien que nous avions dit de cet ouvrage. Cette messe, la quatrième de l'auteur, est bien écrite; mais cepen- dant avec plus de fermeté, de vigueur et d'originalité que celles qui l'ont précédée. Les mélodies sont toujours abondantes, douces, plei- nes d'onction et de mélancolie ; mais elles ont en même temps plus de variété, de relief, de puissance et de vie. On a pu voir, au Gloria, que M. Charles Manry savait faire et bien conduire une fugue. Toutefois, dans toute sa partition, il s'est éloigné autant de la sécheresse et de la lourdeur scolastiques que de l'incon- venance de ces mélodies brillantes, sautillantes et communes, qu'à bon droit on se plaint de retrouver dans plus d'une messe que nous ne voulons pas citer. Le Credo est une belle et grande page, très-joliment instrumentée. Puisque nous parlons de l'instrumentation, nous devons ajouter que depuis le Kyrie jusqu'à YO salularis on remarque le même tact et la même sobriété discrète et savante. Malgré les différences de carac- tère exigées par le texte sacré, l'auteur, dans ses plus grands élans, s'arrête toujours où commencerait le bruit exagéré, l'abus de la so- norité, et cela avec un goût qu'il faut d'autant plus louer qu'il est plus rare de nos jours. Ce qui aurait pu étonner les admirateurs exclusifs du chant ecclé- siastique, c'est le sentiment profondément religieux qui règne dans la dernière composition de M. Charles Manry. Certes elle n'a ni l'aus- tériLé ni la majesté du plain-chant, mais, si elle est franchement de son temps, elle prouve néanmoins que la tonalité et l'harmonie mo- dernes, renfermées dans de justes limites, ne sont pas incompatibles avec les graves, naïves et pieuses paroles de la liturgie. A cette solennité, on a chanté avec solo, < hœur et orchestre le Noël d'Adolphe Adam. Avant cette belle mélodie et sa messe de Sainte-Cécile, qui eût dit que l'auteur du Postillon de Longjumeau aurait une de ces heures de noble inspiration et de hautes pensées, qu'il comprendrait à ce point ce qui convient au culte catholique, et qu'il s'élèverait tout à coup à la largeur et à la sévérité du style re- ligieux ? Adolphe BOTTE. REVUE CRITIQUE. Iïemasic«'S sans paroles «le Slcnslclssohn , premier volume (Su Képertoâre eîe Enassïogsic cîaasïajue «Jca piano. — Sis nouvelles mcloiïlea aie SLoimîs lUteoracSie. Un musicien charmant et ingénieux, homme d'esprit, de goût et de style, qui n'était pas un génie, mais qui, un jour, se montra digne, tant 'I fut bien inspiré, d'être le collaborateur de Goethe, son ami. Zeller, alors directeur du Conservatoire de Berlin , présenta , vers 1821 , à l'auteur de Werther un jeune maestro de onze ans , dont l'érudition musicale était vraiment effrayante pour son âge , car il connaissait et comprenait déjà tous les chefs-d'œuvre des maîtres. Celui qui dans Faust traça avec tant d'ironie la scène du bachelier sentit qu'il a\ait devant les yeux un être prédestiné à continuer la gloire musicale de l'Allemagne. Il lui dit en vers magnifiques : u Si ta passion te fait aimer les sévères partitions, suis ta carrière avec courage, parcours le vaste champ de l'harmonie, et tu nous procureras le plaisir et le bonheur que nous te souhaitons tous. » Ce frêle enfant, que l'étude et les inspirations de la muse avaient prématurément pâli, c'était Mendelssohn-Bartholdy, l'héritier de J.-J. Bach, d'Haydn, de Mozart et de Beethoven : c'était le futur auteur d'Elie, de Paulus, des beaux morceaux composés pour le Songe d'une nuit d'été et des Romances sans paroles que la Gazette musicale vient de réunir en un volume qui contient plus de musique et de plus hautes inspira- tions que bien des opéras. Elle ne pouvait mieux commencer sa nou- velle publication : le Répertoire de musique classique de piano, qu'en rassemblant ainsi tant d'œuvres délicieuses. Nous nous dispenserons d'analyser ici ces fougueux caprices, ces courts mais vigoureux allé- gros, ces douces élégies, ces ravissantes chansons, ces touchantes rê- veries, qui, dans leur cadre, sont aussi achevés, aussi pleins, aussi riches et aussi neufs que tout ce que Mendelssohn a tracé depuis. D'ailleurs, quel est le pianiste qui n'ait fait et qui ne fasse ses délices de ta Chasse, des Barcarolles , de la Chanson de printemps , de la Pileuse, et, entre toutes ces pièces adorables, de ce joli duello en la bémol du troisième recueil? Que de sentiments divers, que de pas- sions différentes chantent à la fois dans ces compositions où l'on re- connaît la main d'un grand maître et le sceau du génie ! Tantôt c'est un andante mélancolique, tantôt un moderato plein de quiétude, do douceur et de tendresse; ici un agitalo fougueux et presque désor- donné; là une simple cantilène suave et mystérieuse, apaisée et re- cueillie , qui fait dire aux arpèges mille choses délicates qu'ils n'ont pas toujours coutume de dire. Mendelssohn, on le sait, était un grand pianiste; mais c'était aussi un grand conlrapuntiste. Après avoir demandé à l'étude tout ce qu'elle peut donner, il était parvenu à s'assimiler toutes les beautés, tous les styles de ses devanciers, et à faire rayonner dans ses œuvres cet éclectisme qui est une véritable transformation de l'art. Aussi, pour ne parler que d'elles, ses Roma?iccs sans paroles ressemblent-elles bien 448 REVUE ET GAZETTE MUSICALE peu à certains grands morceaux que, nous l'espérons, on finira par délaisser. Génie fécond, — les moins clairvoyants le reconnaissent à cette heure, — il traita tous les genres avec une égale supériorité. Le trouvant inattaquable du côté du style, on a dit qu'il manquait d'originalité, qu'il imitait, ses prédécesseurs et qu'il profitait de tout ce qu'ils avaient créé. Voilà certes une accusation bien accablante. Mais qui donc n'a rien imité et s'est fait du premier coup une langue à soi ? Pour ne citer qu'un exemple, quoiqu'ils abondent, Beethoven, qui, on le reconnaîtra, ne manque ni d'originalité ni de puissance, n'a-t-il pas imité Mozart, et Mozart ne dut-il rien à Phiiippe-Emma- nuel Bach et à bien d'autres ? Singulière prétention de notre temps de vouloir à toute force renouveler la mélodie, l'harmonie et le rhythme ; ce qui conduit quelquefois, nous le voyons aujourd'hui, à bouleverser et à méconnaître les lois de la mesure et de la tonalité. Il vaudrait mieux, ce nous semble, continuer, comme l'ont fait tous les maîtres, et se résigner à avoir un fonds commun, à moduler et à chanter non avec la naïveté et la simplicité d'autrefois, qu'il sérail impossible de retrouver, mais avec les nouvelles combinaisons que le temps et un art plus raffiné ont amenées. Nous faisons donc des vœux (c'est le moment) pour que les jeunes pianistes imitent à leur tour Mendelssohn, et pour que artistes et amateurs élèvent leur intelligence et leur goût, en étudiant plus souvent des œuvres pareilles à ce beau volume de Romances sans paroles qui est pour eux ce que sont pour les chanteurs les mélodies de François Schubert. — Louis Lacombe est un artiste sérieux, chercheur, et, avec lui, il ne faut pas s'attendre à de pâles, langoureuses et chétives produc- tions. Les poètes où il a surtout puisé s'appellent Victor Hugo et Théophile Gautier. On connaît la chanson du pêcheur, Lamenta, de ce dernier ; c'est par elle que s'ouvre l'album de Louis Lacombe. Ecrite pour ténor ou baryton, accompagnée avec beaucoup d'art par un trémolo continu et des harmonies larges, piquantes et claires, elle est l'œuvre d'un musi- cien évidemment très-préoccupé de la vérité de l'expression et de la couleur poétique du texte qu'il développe. Comme cette première mé- lodie, les deux suivantes amènent la tonalité du mi bémol mineur que l'auteur paraît affectionner; mais, en la prenant plusieurs fois pour point de départ, il la conduit si différemment et lui fait parcourir tant de chemin, qu'il est impossible à l'oreille la moins exercée de ne pas reconnaître là une plume habile à toutes les finesses de l'har- monie. Nuits de juin est d'une suavité extrême. Le chant doux et distin- gué murmure délicieusement ; il est soutenu par un accompagnement avec sourdines où l'on remarque les jolis traits, nous allions dire les amoureux soupirs des basses. La ville frise est toute une scène orientale écrite par Victor Hugo, qui, on le sait, se fait Grec, Indien, Romain quand il lui plaît, et qui chante aussi magnifiquement Jehovah que Brahma, le christianisme que le paganisme ou le mahoraétisme. Le compositeur, entraîné par cette sombre et vigoureuse poésie, s'est montré aussi très-original. Un travail harmonique assez compliqué, des développements assez longs n'enlèvent rien à la netteté de la phrase mélodique. 11 faut si- gnaler la terminaison en majeur, dont l'ampleur et la majesté, re- haussées par les harmonieux et puissants arpèges du piano, attestent une inspiration élevée et attirée plutôt vers les grands effets que vers les combinaisons fraîches, naturelles, calmes et agréables. Après la pompe de cette scène (il y en a aussi bien dans la mu- sique que dans les vers) viennent la grâce et l'esprit de cette chanson bien connue: Rames, dormez, aimes! C'est une basse qui chante ces paroles délicieuses, et cependant nous pouvons assurer que Louis Lacombe n'a jamais confié au ténor ou au soprano rien de plus frais, de plus doux et de plus gracieux. Une ballade pour mezzo soprano cl un clair de lune pour contralto terminent ce recueil. Nous préférons de beaucoup la ballade, non pas parce qu'elle est plus longue, mais parce que, indépendamment d'ac- compagnements variés d'une façon neuve et imprévue, nous y trou- vons plus d'unité, plus de souffle et moins de ces effets cherchés, la- borieux, qui gâtent quelquefois par une harmonie contournée, par un tour mélodique manquant d'aisance et de facilité, les meilleures inspi- rations des compositeurs épris, comme Louis Lacombe, de nouveauté. Ces six Lieder offrent des qualités éminemment dramatiques, fortes et sérieuses. L'excellent pianiste n'a pas surchargé ses accompagnements, et tout en leur donnant un vif intérêt, il ne leur a pas assigné une importance exagérée, ennemie, quoi qu'on en dise, du tout-puissant charme vocal. Adolphe BOTTE. REVUE DES THÉÂTRES. La semaine des revues. — Vakiétés : Oh ! la, la, que c'est bête tout çà! revue de 1860, en vingt-deux tableaux, par MM. Th. Cogniard et Clairville. — Folies-Dramatiques : Il pleut, il pleut, bergère! revue en vingt tableaux, par M. H. Thiéry. — Théatre-Déjazet : Le Doigt dans l'œil, revus en vingt tableaux, par MM. Cn. Potier et Dunan-Mousseux. — Réouverture et revue des Délassements- Comiques. Autrefois, c'étail le Palais-Royal qui avait le monopole des grandes revues de fin d'année, et Dieu sait ce qu'il a mis d'argent dans sa caisse avec les Pommes de terre malades et le Banc d'huîtres, de joyeuse mémoire. Peu à peu le public s'est lassé de ce billet tiré sur lui à échéance fixe par les excellents parodistes de l'ancien ihéàtre de la Montansier, et l'on a cru que c'en était fait d'un genre usé et passé de mode. Mais il paraît que ce n'était qu'une fausse peur, et que cette spécialité toute parisienne ne cherchait qu'un prétexte d'é- migration. A l'heure qu'il est, les revues ont reconquis une si énorme faveur, que la semaine dernière, à elle seule, n'a pas mis au jour moins de soixante à quatre-vingts tableaux satiriques, reproduisant sous un jour assez peu flatteur les faits et gestes de l'année que nous enterrons en ce moment. El que l'on ose encore médire de Tin- constance des Parisiens ! — C'est aujourd'hui le théâtre des Variétés qui marche en tête de cette croisade. Oh! là là, que c'est bêle tout ça .' semble un titre des- tiné à prévenir le jugement habituel des spectateurs. En effet, ce re- frain est, à quelques variantes près, celui qu'ils répètent tous les ans, ce qui ne les empêche pas de s'exposer l'année suivante à le redire. Il est donc reconnu, de l'aveu- même des auteurs, qu'ils ne nous donnent en pâture que des bêtises. Tout serait pour le mieux s'ils avaient au moins l'esprit de se rappeler qu'en fait de bêtises, les plus courtes sont les meilleures. En retranchant une bonne heure de spectacle de la revue des Variétés, il resterait assez de drôleries pour défrayer convenablement toute la soirée, et les scènes conservées n'en produiraient que plus d'effet. Mais à quoi bon donner un conseil qui ne sera pas suivi ? Telle qu'elle est, la pièce a réussi et elle fera d'a- bondantes recettes en dépit de ses longueurs. On pardonnera quel- ques instants d'ennui en faveur des jolis yeux de Mlle Judith Ferreyra, des piquantes minauderies de Mlle Alphonsine, du gazouillement britannique de Mlle Hinry et des imitations burlesques d'Alexandre Michel, de Christian et de Raynard. La mise en scène sera d'ailleurs du goût de tout le monde, et l'on s'en ira satisfait des splendeurs dé- ployées dans l'apothéose. Nous adresserons le même reproche à la revue des Folies-Drama- tiques qu'à celle des Variétés. Elle est trop longue d'un bon tiers; mais elle est aussi splendidement montée que l'autre. On y trouve aussi des imitations fort amusantes, de très-jolies femmes et des trucs ingénieux. Nous citerons entre autres choses le jardin d'acclimata- tion, le tir de Vincennes, le pas des patineurs figuré par des enfants, DE PARIS. kW et la grande symphonie de Tanne-tout-le-monde en scie majeure . C'est une bonne plaisanterie musicale. Le dernier tableau qui repré- sente la Fête de la pluie, donne lieu à l'exhibition d'un magnifique décor de MM. Zara et Laloue. — Au thâétre Déjazet, les choses se passent à peu près comme aux Variétés et comme aux Folies, c'est-à-dire que le Doigt dans l'œil aurait besoin aussi de quelques coupures. La plupart des tableaux sont du reste heureusement présentés ; presque tous les couplets sont spirituels, et les rôles sont en général très-bien rendus. Quelques intermèdes comiques, tels que le notaire sur la glace et les exercices des chiens savants, provoquent une franche hilarité. Quant à la can- tate de M. Eugène Déjazet, à propos de l'annexion , c'est une inspi- ration patriotique qui fait honneur non moins aux bons sentiments qu'au talent musical du directeur-compositeur. La pièce se termine par la Fontaine des jouvencelles, brillant Lableau imité de la fameuse fontaine vivante du Pied de mouton de la Porte-Saint-Martin. Reste la grande revue des Délassements-Comiques, A vos souhaits, que l'on a dû jouer hier pour la réouverture de ce théâtre, remis à neuf et doré sur toutes les coutures. On sait que la revue annuelle est la grande ou plutôt la seule affaire des Délassements, qui ferment ensuite leurs portes, et se promènent pendant l'été, en attendant que la bise soit venue. Cette année, Rigolboche manque à l'appel, mais elle est avantageusement remplacée par' une foule de jolis minois et notam- ment par Mlle Pannelle, que les habitués des Bouffes- Parisiens ont acclamée depuis deux mois dans l'Amour, i'Orphée aux enfers. D. A. D. SAINT-YVES. IODVELLES. *% Au théâtre impérial de. l'Opéra, la reprise de Guillaume Tell, qui a eu lieu lundi, a produit tout l'effet qu'on pouvait en attendre. Morelli est rentré en possession du rôle de Guillaume, qui était le meilleur de son répertoire, et l'on a trouvé que l'absence ne lui avait rien fait perdre de sa voix ni de son talent. Mlle Carlotta Slarchisio s'est acquittée du rOle de Mathilde aussi bien que de celui de Sémiramis : elle chante avec une excellente méthode et possède à fond les secrets de la belle musique dont elle est l'interprète. Gueymard est toujours fort applaudi et fort digne de l'être dans le rôle d'Arnold. Qbin a eu sa part de bravos dans cette représentation remarquable. Tous ces artistes n'ont pas ob- tenu moins de succès vendredi, où Guillaume Tell a été joué pour la se- conde fois. „*.,. C'est vers le milieu du mois de janvier que Mme Gueymard-Lauters doit se faire entendre dans les Huguenots. *** Herculanum sera repris, avec Mme Tedesco dans le rôle créé par Mme Borghi-Mamo. **„ Les sœurs Marchisio sont engagées pour les prochains concerts de Nantes et d'Angers. On a demandé aux célèbres cantatrices les duos de la Sémiramiie, de Mathilde de Sabran et de Norma. „** Hier samedi, le théâtre de l'Opéra-Comique donnait une repré- sentation au bénéfice de l'Association des artistes dramatiques. Le pro- gramme en était fort attrayant, et la recette a été bonne. „** Mercredi, à la deuxième représentation de Barlcouf, Laget a rem- placé Warot, subitement indisposé, dans le rôle de Saëb. Il a lu le rôle qu'il n'avait pas eu le temps d'apprendre entièrement. ,,*„, Jeudi, Mme Ugalde a fait sa rentrée dans Galalhée, avec tout le succès auquel elle est habituée. „** Mlle Henrion a chanté mardi dans Ilaydée avec beaucoup de succès. L'excellente artiste ne quitte point ce théâtre. „*„ On répète activement l'opéra-comique de MM. Scribe et Auber, sous le titre provisoire à? Alexis. „% Le théâtre Italien a repris dimanche dernier les Puritains. Mme Penco, Gardoni, Graziani et Angelini remplissaient les rôles prin- cipaux de cet opéra, si longtemps populaire, et qui, bien exécuté, re- trouve toujours un peu de son ancienne vogue. Mme Penco a été plu- sieurs fois rappelée dans le cours de la représentation. „,\ Mme Borghi-Mamo a fait ses adieux au public de Bologne dans une représentation composée de fragments du Prophète, du Barbier et d'O- tdlo. La célèbre cantatrice s'est rendue â Milan, oô elle doit se faire entendre pendant le carnaval. *** L'engagement de Ronconi vient d'être prolongé jusqu'à la fin de la saison. ,% Un ballo in Maschera, opéra de Verdi, dont la première représen- tation sera donnée prochainement au théâtre Italien, paraissait, aux yeux des éditeurs de Gustave III ou le Bal masqué, avoir quelque analogie, quant au poëme, avec cette pièce de M.VJ. Scribe et Auber. Pour préve- nir toute difficulté, M. Léon Escudier a offert à MM. Brandus et Dufour de leur acheter cette dernière partition. L'offre de M. Léon Escudier ayant été acceptée, l'opéra de Gustave III, avec tous les arrangements qui s'y rattachent, est devenu l'entière propriété de IL Léon Escudier. %** Roger reviendra prochainement à Paris. On annonce que les re- présentations qu'il a données depuis un an en province et à ^étranger lui ont rapporté plus de 125,000 fr. **„, La saison dite italienne de l'opéra royal de Berlin, déjà prolongée d'un mois, expire à lafin de décembre. Mlle Brunetti, qui se trouvait libre à ce moment, a signé un nouveau traité avec la compagnie allemande du théâtre royal ; son répertoire se composera de Lucie, la Sonmambula et Roméo. *** Les recettes dans les théâtres, pendant le mois de novembre, se sont élevées à 1,530,358 fr. 65 c. Les théâtres impériaux |;gurent dans ce chiffre pour 434,082 fr. 54 c, et les théâtres secondaires, pour 950,154 fr. 83 c. *% M. Willert Bea'e, le célèbre imprésario anglais, a passé par Paris se rendant à Vienne, où il se propose d'engagerpour sa tournée prochaine dans les provinces d'Angleterre la charmante cantatrice Jetty Trefftz. Mlles Marchisio, Mme Albon: et Mme Goddard feront également partie de cette troupe d'élite. *% Albert Sowinski a donné à Lyon un concert qui a inauguré la saison musicale. Secondé par l'orchestre de la société philharmonique et le Cercle choral, il a l'ait entendre l'ouverture de Mazeppa, qui a produit une sensation vive ; un trio pour piano, violon et violoncelle, avec MM. Poutet et Bauman fils, exécuté avec beaucoup d'ensemble; un chœur, pour voix d'homme sur les paroles de J.-B. Rousseau, Dieu, dans ta gloire adorable, qu'a chanté le Cercle choral, dirigé par M. Chain - bon. L'artiste a encore joué sur le piano : Sicilienne et Tarentelle, le Sou- venir du Nivernais et V Elude du petit doigt. Tous ces morceaux ont été très-applaudis. Mlle Jeansenne, fille de l'ancien ténor de l'Opéra-Comi- que, chantait dans ce concert : elle possède une très-jolie voix. „** Le grand air du Crociato, de Meyerbeer, vient de paraître avec l'accompagnement d'orchestre en grande partition. ,.** Joseph "VVieniawski a pris part au concert donné jeudi au lycée Louis-le-Grand. L'éminent pianiste y a exécuté un concerto de Men- delssohn, Souvenir de Lublin, et une valse de concert qui lui ont valu un très- grand succès. ,.** Ernest Nathan vient de faire une tournée avec tMme Gaveaux- Sabatier. Les deux artistes se sont arrêtés à Cherbourg, Caen, Falaise, Mulhouse, Vesoul et Baie, et partout ils ont reçu le meilleur accueil, en exécutant la Colombe pour voix et violoncelle, la sérénade de Gounod et la Prière de Moïse, trio pour violoncelle, piano et orgue, qu'on a rede- mandé, ainsi que la Berceuse et les chansons napolitaines, dont Ernest Nathan est aussi l'auteur. „% A. de Casella, le violoniste du roi de Sardaigne, est à Paris depuis quelques jours. a,** Une intéressante séance musicale a eu lieu dimanche dernier, 23 décembre, dans l'amphithéâtre de l'Ecole de Médecine, au profit de la Société de secours mutuels du quartier de la Monnaie. La Société cho- rale de l'Odéon, sous la direction de M. Delafontaine, y a fait entendre des chœurs de Kueken et de M. Laurent de Rillé, exécutés avec un en- semble et une verve remarquables. Mme Meillet, l'habile cantatrice du théâtre Lyrique, y a dit l'air du Trouvère, la chanson de Marco Spada et une romance de Paul Henrion, de cette voix sonore, brillante, sympa thique, et avec cette élégance expressive qui ont élevé si haut sa répu- tation. Elle était secondée, pour la partie vocale, par M. et Mme Morin- iNilo et M. Lhomet, jeunes artistes de la plus grande espérance, et, pour la partie instrumentale, par M. Eugène Mathieu, brillant pianiste, et le charmant violoncelliste M. Loys. De chaleureux applaudissements ont prouvé à ces virtuoses la satisfaction et la reconnaissance de l'audi- toire. .„*„, MM. Alard et Franchomme commenceront, cette année, leurs séances de musique de chambre le 20 janvier. t% Le concert de Henri Ketten aura lieu mercredi, le 16 janvier pro- chain, dans les salons de MM. Pleyel, Wolff et C% avec le concours de Mme Meillet , MM. Meillet, Battaille et Fromant, du théâtre Lyrique. Ce jeune et déjà célèbre artiste exécutera le septuor de Hummel en ré mineur; et fera entendre une cantate de sa composition, intitulée Jephté. Nous publierons prochainement le programme complet de cet intéres- sant concert. „*„ Marschner, l'auteur du Templier et la Juive, du Vampire et autres opéras célèbres, est à Paris et a l'intention d'y passer l'hiver. t% Une charmante Yillanelln d'Emile Albert, récemment publiée, 450 REVUE ET GAZETTE MUSICALE obtient un sucoès de vogue en ce moment, à côté du Souvenir du Tyrol, de Krug, dont un nouveau morceau, Champagne, galop de concert, se trouve sous presse. „,*t Samedi dernier, a eu lieu dans les salons de Pleyel le concert de 31. Hugo Jacoby. Le bénéficiaire, jeune chanteur de Berlin, a fait entendre des morceaux classiques et des airs d'opéras modernes, et a été fort applaudi. M. Hugo Jacoby a été secondé par Mlle Mancei, MM. Franco- Mendès, Lebrun et Goldner, dont les talents ont profité de l'occasion. **„, Les albums de la Romance, pour rire d'A. Vialon, que nous avons annoncés dimanche, contiennent, est-il besoin de le dire? des choses légères et dégagées. Mais, sous leur spirituelle insouciance, sous leur belle humeur, elles cachent un goût, une habileté et un talent des plus charmants. Quoique l'harmonie en soit franche et jamais triviale, c'est par une mélodie abondante et vive qu'elles seront surtout remar- quées. Dans plus d'une de ces petites scènes comiques il y a pour ainsi dire des bouffées de gaieté a l'influence desquelles les dilettantes les plus graves ne sauraient résister. A. Vialon a déjà écrit beaucoup de musique : pour le piano, des morceaux délicieux qui ont obtenu un légitime succès; pour les voix, des chœurs sérieux et développés qui ont été accueillis tout aussi favorablement; mais il s'est rarement mon- tré mieux inspiré, plus original que dans ses nouveaux albums. Il a trouvé là un petit domaine, plus à lui, où il a fait une excellente ré- colle de chants aimables, bien rhythmés et bien harmonisés, faciles à retenir et à interpréter. „** Dans une soirée donnée le 3 novembre, la Société chorale pour voix d'homme de Vienne avait chanté uns hymne du duc de Saxe- Cobourg-Gotha. Or, d'après les statuts de cette association, à l'auteur de toute pièce de chant à plusieurs voix qu'elle exécute pour la première fois, elle fuit remettre un ducat à titre d'honoraires. Ce ducat fut en- voyé par conséquent au duc, qui l'accepta et adressa à la Société une lettre de remercîment qui se terminait ainsi : « Par cette simple pièce d'or vous m'avez honoré plus que n'aurait pu le faire l'hommage le plus fastueux, et parmi les décorations que je possède, elle n'occupera pas la dernière place. Et vous-mêmes, Messieurs, vous n'occupez pas une place moins élevée dans mon estime par la conliance toute allemande avec la- quelle vous m'avez considéré comme étant égal parmi des égaux. Et comme tel je vous offre mon amicale salutation de chanteur. Votre tout dévoué, {signé) Ebnest. » *** On lit dans la Revue parisienne et départementale : « Parmi les hommes dont les travaux ont contribué au progrès de l'enseignement du chant, M. Dorval-Valentino mérite une mention particulière. — Ancien élève pensionnaire du Conservatoire, M. Dorval-Valentino a su tirer de l'audition et de la fréquentation des grands maîtres, Ponchard, Bordogni, Duprez, etc., tous les éléments constitutifs d'une étude sérieuse de ce grand art, trop souvent exploité par l'ignorance et la routine; son en- seignement repose sur des principes clairs, précis, rationnels, d'une ap- plication aussi prompte que facile. Depuis la connaissance des notes jusqu'à la phraséologie de la mélodie et 1' 'expression, qui sont le complé- ment des études, il possède un système de démonstration qui forme un ensemble homogène, un tout parfaitement saisissable et à la portée des organisations les moins heureuses. Le développement de la voix est un résultat presque immédiat de sa méthode. M. Dorval-Valentino a publié sur l'art de la prononciation un ouvrage remarquable, qui a été approuvé par le Conservatoire, et dont un grand nombre d'exemplaires s'est rapi- dement écoulé. » j,** Au Casino, Arban et son orchestre attirent constamment la foule. La Marche aux /lambeaux, de Meyerbeer, et les fantaisies d' Arban sur Robert, le Trovature, le Pardon de Ploërmel, etc., captivent surtout l'atten- tion du public. **„, Le dernier bal de l'Opéra a été des plus brillants ; on a beaucoup applaudi le nouveau répertoire de Strauss, et notamment le quadrille des Valets de Gascogne sur les motifs de l'opéra-comique d'Alfred Dufresne, et le quadrille liibi-bamhan, l'un des grands succès d'Arban. CHRONIQUE DÉPARTEMENTALE. *** Bordeaux. — Mme Borghèse obtient de véritables succès; elle vient de créer le rôle de Fidès du Prophète d'une façon admirable. _ *** Toulon. — Le Pardon de Ploërmel, dont les répétitions ont été di- rigées avec beaucoup de zèle, est annoncé pour la fin de ce mois. *** Perpignan. — Les Dragons de Villars atteignent toujours le maxi- mum de la recette, grâce à l'excellent ensemble formé par MM. Bru-, neau, Montmaut, Achard; Mmes Bruneau et Grassau. — On annonce comme très-prochaine la reprise du Comte Ory et de Maria, et, pour le bénéfice de Mme Grassau, la première représentation du Pardon de Ploërmel. CHRONIQUE ÉTRANGÈRE. * * Londres. — Sur nos théâtres lyriques c'est la pantomime qui règne comme dans toutes les autres salles de spectacle. Au théâtre de Sa Majesté, les représentations d'opéras anglais ont recommencé par la Reine Topaze, qui accompagne la pantomime obligée. L'ouvrage de Victor Massé a obtenu un franc succès. Mlle Perepa s'est fait surtout beaucoup applaudir dans le rôle principal. t*z Bruxelles.— Masaniello, de Carafa, a été repris, et le public lui a fait bon accueil. MM. Jourdan et Anjac s'y sont fait remarquer, mais l'exécution en général a laissé beaucoup à désirer. — Le bénéfice de Mme Vandenhaute a eu lieu vendredi avec les Huguenots, par Wicart, Camion, Depoitier, Battaille, Mmes Vandenhaute, Boulard et Dupuy. La foule y a été grande. — Au théâtre du Parc on a repris la Vieille, de Fétis, avec beaucoup de succès. — Mme Cabel s'est fait entendre au Cercle artistique et au concert de la Grande Harmonie. La célèbre ar- tiste a dû répéter l'air de Vombre, du Pardon de Ploërmel, et a obtenu un véritable triomphe. *** Bruges. — La première représentation du Pardon de Ploërmel a obtenu un très-grand succès. Mme Massot, MM. Pages et Scribot se sont montrés à la hauteur de leur tâche; l'air de Vombre surtout a ex- cité l'enthousiasme. Les plus grands éloges reviennent aussi à M. Steiner, chef d'orchestre, qui a admirablement dirigé les répétitions et assuré au nouvel opéra de Meyerbeer une vogue certaine. s=*s. Wiesbade. — Dans la grande salle du Kurhaus a eu lieu, le 20 dé- cembre, un concert de bienfaisance, où s'est fait entendre le violoniste Wilhelmy, qui a joué avec le plus brillant succès la première partie du concerto de Spohr, et le Carnaval de Venise. M. Wilhelmy est fils du procureur général de la cour d'appel do notre ville. Ce qui a donné un puissant attrait à cette solennité, c'est que Mme Schott, d ; Mayence, s'y est fait entendre sur le piano : elle a exécuté des variations de Haen- del, un rondo capricc'oso de Mendelssohn, une fantaisie sur des motifs d'Oberon, par Goria, avec une élégance, une vigueur et un entrain qui lui assureraient une place éminente parmi les plus forts virtuoses de profession. La solennité avait attiré une nombreuse société : Mme la duchesse de Nassau l'avait honorée de sa présence. „.*.(. Berlin. — Au théâtre de la cour, deux chefs-d'œuvre de Gluck , Armideet Orphée, ont réuni les amateurs restés fidèles au culte de l'art classique. Le rôle d'Armide est, comme on sait, une des meilleures créa- tions de Mme Koester. Le_ public continue à se partager entre les troupes Merelli et Lorini, car celles-ci continuent à jouer toutes les deux le même soir. Il est juste de dire que les sympathies les plus nom- breuses se prononcent pour la société Merelli; cette préférence est due, en grande partie, au merveilleux talent de Mlles Trebelli et Brunetti. *** Vienne. — Dix-huit compétiteurs se disputent l'administration de l'opéra de la cour, qui en attendant fait de fort bonnes affaires. Tous les soirs il y a salle comble; il est vrai que le personnel chantant est au complet et qu'il forme un ensemble des plus satisfaisants. Dans la der- nière représentation de Don Juan, Anders, dans le rôle principal, et Beck (Ottavio) ont électrisé l'auditoire. „.%. Leipsig. — Au dixième concert d'abonnement du Gewandhaus a débuté un jeune pianiste, ayant nom Wallenstein; Mlle Marie Cruvelli y a chanté l'air de Titus, des Lieder, et avec Mlle Scharuke, le duo do Sé?niramis, dont l'exécution, fort bonne sous le rapport de l'habileté [jurement technique, a laissé à désirer quant à la verve et à la passion. Le morceau le plus applaudi a été la Jubel-Ouverture, de Weber. Au cin- quième concert de la Société Euterpe, la Fête chez Capulet, de la sym- phonie de/iomeo et de Juliette, qu'on n'avait pas entendue depuis plusieurs années, a fait le plus grand plaisir. Dans la deuxième partie du concert a été exécutée la symphonie en ut mineur, de Beethoven. „% Saint-Pétersbourg. — Hier a été représenté au théâtre Italieu pour la première fois depuis la réouverture, le Prophète, chanté par Tamber- lick et Mme Nantier-Uidiée. Cette représentation a été très-belle. Tam- berlick a chanté comme il chante le grand morceau du songe, l'hymne : /loi du ciel et des anges, qui a provoqué les bravos enthousiastes de la salle entière, et le magnifique duo du cinquième acte. Mme Nantier- Didiée mérite une mention particulière pour l'art avec lequel elle a conçu le rôle de Fidès. Depuis Mme Viardot, on ne l'avait pas vu inter- prété ainsi. Gracieuse dans le morceau du premier acte avec Bertha (Mme Dottini), pleine de sentiment dans l'arioso, Mon /ils, sois béni, elle s'est élevée aux plus grandes hauteurs de l'énergie et de la passion dans tout le quatrième acte et dans l'air et le duo du cinquième. Les deux artistes ont été rappelés cinq ou six fois après chaque morceau, et à la chute du rideau, les rappels se sont succédé sans interruption pendant une de mi-heure. Dans la Favorita, donnée la veille, Mlle Lagramanti, qui débutait dans le rôle de Leonore, a été très-froidement accueillie. Elle est évidemment insuffisante. — La reprise du Pardon de Ploërmel aura toujours lieu samedi, quoi qu'une indisposition de la Fioretti ait fait craindre un ajournement. Cette cantatrice vient d'être engagée pour trois ans, aux appointements de bO.OOU fr: et un bénéfice garanti 11,000 fr. DE PARIS. ii-51 Chez G. BRANDVS et S. DUFOUR, éditeurs, 103, rue Richelieu. 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Alphonse Sax, par une ingénieuse disposition des pistons et par une combinaison nouvelle des trous d'en- trée et de sortie de la colonne d'air, est parvenu à con- server la forme conique aux tubes additionnels, dont il a d'ailleurs supprimé ou diminué considérablement l'em- ploi par son piston ascendant. Par la réunion de ces deux perfectionnements importants, il a ramené la construc- tion des instruments à pistons aux conditions norma- les de justesse et d'égale sonorité. » (Page 1333.) i( La combinaison résultant de l'application du prin- cipe de M. Alphonse Sax est en quelque sorte une créa- tion nouvelle. C'est par elle seulement que peut être résolu le problème d'une justesse parfaite pour les instruments à pistons. Le mécanisme est partout de la plus grande simplicité. Nous appelons sur cette réforme l'attention des facteurs d'instruments de cuivre, car elle est radicale et fondamentale. Elle s'applique avec un égal succès à toutes les voix de chaque famille; sopranos, contraltos, ténors, barytons, basses et contre-basses, tous se perfectionneront par l'application de ce système (Page 133G.) Breveté s. g. d. g. Manufacture d'instruments de musique en cuivre et en bois. Ancien et nouveau système. Rue d'Abbeville, 5 bis, près la place Lafayette, à Paris Chez G. Brandiis et S. Dufour, 103, rue Richelieu. GHILLER " MÂESG1 MORCEAU DE COKCERT Pour le Piano PAR PRIX : 10 FR. OfkïTFÏ fFlT» facteur de pianos. — Médaille uUUIllIl I U d'or, Exposition 1849; Médaille de V classe Exposition universelle 1855. Spé- cialité de pianos pour l'exportation. Cette maison a obtenu, depuis 1834, à, toutes les Expositions, des récompenses méritées par l'excel- lence de ses pianos droits, cordes obliques, dont la réputation est justement établie. Elle vient de mettre en vente un nouveau modèle de piano droit, cordes obliques, grand format, extra, qui ne laisse rien à désirer sous le double rapport de la quantité et de la qualité du son. — Magasin, rue SlonlmarÉre, 161. ■ factura ■Ai. t. n£lJU£l pianos, /,8, rue de la Victoire, à Paris. « A l'audition des grands pianos exposés, faite dans la salle des concerts du Conservatoire, un de ces instruments frappa le Jury d'étonnement et fixa particulièrement son attention. Plusieurs épreuves de comparaison furent faites, et toujours le même instrument emporta les suf- frages unanimes du Jury. Il portait le n* 9. » Dans la séance suivante, consacrée à l'examen et à l'audition des pianos à queue de petit format, un instru- ment de cette espèce se distingua aussi des autres, sous e rapport de la sonorité, par une supériorité incontesta- ble. Le résultat des diverses épreuves auxquelles ce piano fut soumis lui conserva toujours le premier rang, à l'u- nanimité des votes du Jury. Il portait le n° 28. » Enfin, dans la séance du 17 août, pendant laquelle les pianos demi-obliques de diverses dimensions furent entendus et examinés, les deux instruments numérotés 30 et 40 obtinrent, à l'unanimité des suffrages, la première et la cinquième place dans la première série, sur 73 pia- nos de cette espèce. » A l'ouverture des listes qui suivît le concours, on reconnut que les quatre pianos dont il vient d'être parlé sortaient des ateliers de M. H. Herz. En présence d'un si beau succès, le Jury, dans sa séance du 31 août, a ac- cordé, a l'unanimité, à cet artiste industriel, le premier rang du. concours, sous le rapport du volume et de la qualité du son. » (Extrait du rapport officiel du Jury de l'Exposition universelle de Paris.) PRIX ACCORDE A L UNANIMITE A l EXPOSITION UNIVERSELLE DE LONDRES 1851. Fournisseur aies JEistisîères île la Guerre et de la JSnrîne iBc ïranee. Seuls agents à Londres CHAPPE1L & HAIMOND, S" DE JDLUEN W 21 4 , Régent Street. 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