TRAITÉ

DE STYLISTIQUE

FRANÇAISE

PAR

CH. BALLY

SECOND VOLUME

SECONDE ÉDITION

THE LIBRARY

THE INSTITUTE OF MEDIAEVAL STUDIES

TORONTO

PRESENTED BY

Louis Venceslas Dedeck-Héry

TRAITÉ DE STYLISTIQUE FRANÇAISE

TRAITE

DE

STYLISTIQUE FRANÇAISE

PAR

CH. BALLY

PROFESSEUR Â L'UNIVERSITÉ DE GENEVE

SECOND VOLUME

SECONDE ÉDITION

HEIDELBERG PARIS

CARL WJNTER'S UNIVERSITÀTS- LIBRAIRIE C. KLINCKSIECK BUCHHANDLUNG ". RUE de lille

JAN 3 1 1950

155ZZ

Tous droits réservés.

Imprimé en Allemagne chez Winter, Heidelberg (Bade).

AVANT-PROPOS.

Ces exercices ont été composés avant tout pour appuyer d'exemples aussi nombreux que possible les tendances linguis- tiques et les procédés de méthode exposés dans le Traité de stylistique française; les questions à résoudre dans chaque exercice suivent pas à pas les explications de la partie théori- que et ont pour objet d'éclairer par des faits les points essentiels exposés dans le Traité.

On a cherché à concilier avec ce but inarnédiat le désir d'être pratique et de fournir des matériaux d'étude aux personnes qui veulent se familiariser avec le maniement du français moderne; aussi a-t-on évité avec soin de multiplier les exemples dont l'observation est trop difficile et l'emploi trop rare. Il est permis d'espérer que ces exercices, s'ils sont ex- écutés sous une direction compétente, contribueront à donner une connaissance à la fois plus vivante et plus rationnelle du français d'aujourd'hui.

Ce double but serait atteint si le lecteur, une fois rompu à ce genre de recherches, sentait qu'il possède un instrument qui lui permette d'étudier par lui-même, non seulement les tendances dominantes et les ressources d'une langue particu- lière, mais aussi et surtout, la raison d'être et le mécanisme du langage en général.

Les exercices de ce manuel ne sont d'ailleurs que des spécimens destinés à guider l'observation personnelle, et des travaux analogues peuvent être composés sur le modèle de ceux-ci ou d'après les indications qui accompagnent plusieurs d'entre eux; quelques-uns (notamment les n<* 18, 19, 67, 78) sont

VI Avant-propos.

surtout des répertoires d'exemples destinés à fournir aux maîtres ies éléments de nouveaux exercices.

II a été matériellement impossible d'indiquer dans chaque cas ies sources nous avons puisé; qu'il suffise de rappeler que tous les exemples ont été empruntés à des œuvres contempo- raines ou sont des expressions entendues dans la conversation et notées au jour le jour; rien de ce que renferme ce livre n'a été directement inspiré par les recueils existants; si nous en mentionnons quelques-uns ci-dessous, c'est parce que les maîtres pourront y trouver de nouveaux matériaux, à condition, bien entendu, qu'ils les utilisent dans un tout autre esprit que ce n'est le cas dans les manuels en question.

P. Larousse. Cours lexicologique de style (Livre de l'élève et livre du maître), 2 vol. Paris, Larousse.

Brachet et Dussouchet. Grammaire française, Cours supé- rieur, 2*= volume: Exercices (Livre de l'élève et livre du maître). 5^ édition. Paris, Hachette 1905.

L Carré. Le vocabulaire français. Cours préparatoire; cours élémentaire; cours moyen (Livres de l'élève et livres du maître), 6 (petits) volumes. Paris, Colin 1906—1907.

Labor. Etude rationnelle du vocabulaire français pour la rédaction et l'orthographe. Paris, Garnier 1904.

K. Plœtz. Vocabulaire systématique et guide de conversation française. 2^ édition. Berlin 1906. Pour les autres renseignements bibliographiques, voir vol. I,

pp. XIX-XX.

Le lecteur devra se reporter à l'index de la première partie pour tous les termes techniques et tous les points de théorie dont la compréhension lui sera nécessaire; d'ailleurs chaque exercice est accompagné d'un renvoi à Ja partie théorique (désignée par l'abréviation SF.).

Enfin le petit texte qui entoure les exercices renferme des explications techniques et méthodologiques qui complètent sur plus d'un point les développements du premier volume.

VII

TABLE DES iVlATIÈRES.

pages

Avant-propos V— VI

Première partie. Délimitation des faits d'expression . . 1—74

Deuxième partie. Identification des faits d'expression . 65—114 Troisième partie. Caractères intellectuels et caractères

affectifs . , . 115—135

Quatrième partie. Caractères affectifs naturels . . . 136—146

Appendice. Le langage figuré 146 160

Cinquième partie. Effets par évocation 161—181

Sixième partie. Moyens indirects d'expression . . . 182 198 Septième partie. La langue parlée et l'expression fa- milière . . . . 199 222

Appendice. Tableau synoptique des termes d'identifi- cation 223 264

PC

2^35

.63

v.z

PREMIÈRE PARTIE.

DÉLIMITATION DES FAITS D' EXPRESSION.

Remarque générale.

On observera une fois pour toutes que les exercices se rapportant à la première partie du Traité sont destinés uniquement à combattre l'instinct étymologique. Le point de vue historique étant complète- ment mis de côté, on ne s'est pas astreint à présenter les faits ni dans l'esprit, ni dans l'ordre que la linguistique historique et surtout la sémantique jugeraient nécessaires; la disposition des matériaux n'est déterminée que par des raisons didactiques.

Chapitre 1.

Les Mots et leurs éléments.

Rapprochements étymologiques et sens fondamental

des mots.

(SF. § 35.) Les couples de mots réunis ci-dessous présentent, dans leur signification, des ressemblances et des différences; le but de cet exer- cice est de montrer que ces différences ne s'expliquent pas par l'étymologie.

Exercice 1.

a.

Mois ayant le même radical et ne différant que par le

préfixe ou le suffixe. Comparer entre eux, dans chaque couple

d' exemples f ces préfixes ou suffixes, et montrer qu'ils n'expliquent

pas la différence de sens.

Bail y, Traité de stylistique firançalse. II. 1

2 Première Partie.

La prolongation d'un congé: le prolongement d'une vue. Un serpent venimeux: une plante vénéneuse. Une raffinerie de sucre : un raffinement de cruauté. Un déchiretnent de cœur: une déchirure à un habit. Le départ d'un paquebot: un paquebot en partance. D'étroits embraàsements: de frivoles embrassades. Prolonger un congé: allonger un habit. Une question peut être complexe sans être compli- quée. — Tout chanteur n'est pas chantre. Le trajet de Paris à Bordeaux: la trujectoire d'un obus. Prix modique: plaisirs modérés. Créer un précédent: connaître les antécédents de qn. \j inclinaison d'un toit: un mariage à' inclination. Un petit bourg s'appelle une bourgade.

Le péché originel: une plante originaire d'Amérique: le texte original d'un ouvrage. Un appartement luxueux: une végétation luxuriante. Une pluie continue: une pluie continuelle. La rive d'un fleuve: le rivage de la mer.

Un caractère fantasque: un conte fantastique. Le complément circonstanciel d'un verbe : des détails circonstanciés.

Ma montre retarde: il tarde à venir. Le fait &^ estimer un objet, c'est son ... : le fait d'estimer qn, c'est l'. . . . qu'on a pour lui. La justesse du coup d'œil : la justice divine. Un enfant menteur: un récit mensonger. Une collecte pour les pauvres j une collection de papillons. Une session d'une assemblée comprend plusieurs séances. Une douleur oppresse: un tyran opprime ses sujets. Je ne l'ai pas fait exprès: on me l'a ordonné expressément. La damnation étemelle : la condamnation d'un criminel. Un lavement : un lavage. La verdeur de l'âge : la verdure des prés. Une troupe d'enfants : un troupeau de bœufs. Les caractères physiques: les foncûons physiologiques. Se vouer à la médecine: se dévouer pour ses malades. Les convenances morales ne sont souvent que des conventions sociales. Jeûner et faire abstinence: Vabstention d'un électeur. Mourir sans laisser de postérité: postériorité de date.

b.

Mots se rattachant par leur forme à des mots plus

Délimitation des faits d'expression. 3

simples de la même famille, mais en différant par un trait essentiel de leur signification. Trouver cette différence.

On peut traverser la B^rance; mais fait-on la traversée de la France? Hache-i-oi\ des épinards avec une hache? On peut différer d'avis avec quelqu'un sans avoir un différend avec lui. Autrefois, est-ce une autre fois? Altérer, est- ce simplement rendre autre? Comparez voler et une femme volage. Égarer son porte-monnaie: V égarement des sens. Avoir le (;œur haut: avoir un caractère hautain. Comparez ^vaquer à ses occupations» et lat. vacare («avoir du loisir»). Dit-on indifféremment qu'un remède produit un effet instantané ou un effet momentané'^

c.

Mots ayant des radicaux différents; d'après leurétymologie, Us devraient avoir des significations analogues; chercher cette étymologie et montrer qu'elle n'explique pas pourquoi ces mots sont actuellement séparés par le sens.

Le patriotisme ne se confond pas avec le nationalisme, -r On peut vérifier un compte sans avoir besoin de le rectifier. Une voix enfantine: une remarque puérile. Un voiturier fait-il des voitures et le charron des chars comme le carrossier fait des carrosses ? Une démarche assurée : une allure rapide. Une docte assemblée: un savant mémoire (lequel est ironique?). Un captif: un prisonnier (lequel appartient à la langue littéraire?). Les sept merveilles du monde: les miracles de Jésus-Christ. Uadresse d'un chasseur: la dextérité d'un jongleur. Une aventure inénarrable: une beauté inexprimable: un bonheur ineffable.

NB. Voir aussi les exercices 98 et 99.

d.

Le sens s'est spécialisé par une sorte de condensation (cf. SF. § 265), c. à d. que le m^t a qbsorbé en lui le sens de tout le groupe de mots dont il faisait partie; c'est ainsi qu'on peut dire: <tFair€ une déclaration à ime femme-» au lieu

j*

4 ' Première Partie.

de <une déclaration d'amour», et <^La demande doit être faite au père de la jeune filles, pour <la demande en mariage». La spécialisation ou condensation de sens est un type parfait d^étymologie insuffisante, car la partie caractéristique dti mot se trouve en dehors de lui-même et sous-entendue.

Les contextes suivants sont disposés par couples, de façon à montrer côte à côte un sens spécialisé et un sens général du même mot (ou de deux mots de la même famille). Donner la définition complète du mot à sens «spécialisé».

Donner sa parole à qn: une bonne parole. Subir une opération: suivre les opérations d'une armée. Les ordonnances de police: les ordonnances sont exécutées par le pharmacien. La santé est le plus grand des biens: demander un congé pour cause de santé: avoir une mauvaise santé. Les qualités et les défauts: les bonnes et les mauvaises qualités. Prendre un lavement: se laver les mains. La récolte a été bonne: recueillir des informations. U exécution d'un condamné: V exécution d*un ordre. Une pièce en cinq actes: une pièce de bois: artilleurs, à vos pièces! Les couches d'une femme: se coucJier à dix heures : se coucher sur le côté droit. Une table de bois: une tablée de dix personnes. ~ Enterrer un trésor : V enterrement aura lieu à cinq heures. Il a de la chance: la mauvaise chance le poursuit. Ce livre a fait fortune: la bonne et la mauvaise fortune. Un parvenu: parvenir à son but. Un homme heureux: un homme malheureux (cf. le bonheur: le malheur). Une potion calmante: de l'eau potable. Ils se sont donné le m^ot: un mot difficile à prononcer. Uâge éteint le feu des passions: un enfant en bas âge. Déterminer la valeur d'un produit: un écrivain de valeur. Être de mauvaise humeur: avoir de Vhumeur.

Écart étymologique et contact sémantique.

(SF. § 35.) Contre-partie du phénomène décrit plus haut (pp. 1 et suiv.); des mots conservent un rapport sémantique spontané malgré les différences de forme qui les séparent.

Délimitation des faits d'expression. 5

Exercice 2.

Trouver les mots j'épondant aux définitions suioantes:

Un homme qui agit beaucoup est un homme ... Un objet qui a du poids est . . . Les dieux de V enfer ; la voûte du ciel; celui qui p'otège; l'action de maudire, de bénir; faire pénétrer de Vair dans une chambre; celui qui prêche, action de prêcher, etc.

UB. Comme les meilleurs exemples de ce phénomène sont fournis par les noms d'action qui accompagnent les verbes (détruire : destruction), les noms d'agent (détruire : destructeur) et les noms de qualité accompagnant les adjectifs (chaud : chaleur), nous renvoyons aux exercices 15—18, l'on fera les mêmes observations sur des exemples très nombreux.

Préfixes et suffixes.

(Composés et dérivés.) ' (SF. §§ 41-43.) L'étude des préfixes et suffixes se résume pour nous en deux questions:

1. Le préfixe ou le suffixe a-t-il un sens analysable et distinct de celui du reste du mot ?

2. Le composé ou le dérivé est-il relié spontanément à un ou plusieurs mots de la même famille étymologique?

On peut faire des recherches complètes sur ces sujets par des moyens très simples: il suffit de posséder la liste des éléments for- matifs (préfixes et suffixes), puis de consulter, pour les préfixes, un dictionnaire alphabétique, pour les suffixes, un dictionnaire des rimes, par exemple celui de Quitard.

Pour se rendre compte de la différence de méthode qu'entraîne le point de vue styHstique par opposition à l'étude historique, on peut comparer notre façon de procéder avec les explications données par Lafaye dans l'introduction de son Dictionnaire des Synonymes, et aussi la mam'ère dont les matériaux sont disposés dans nos exer- cices et dans ceux de Brachet (Exercices 155 et suiv)..

Préfixes.

Dans la liste ci-dessous, on a imprimé en lettres grasses les préfixes les plus importants pour notre recherche, qui feront l'objet d'exer- cices particuliers. Les formes «savantes» et les formes «populaires» des préfixes sont mêlées les unes aux autres, et cela intention- nellement.

6 Première Partie.

A- ad-, con- corn- co-f contre^ de- dé' dés- dis-, é~ ex-, en- em- in- im-, entre- înter-, mai- mé^ mes-, par- per-, pré-, pour- pro-, re- y- ré'f sous- sou-, tré- trans-.

Exercice 3.

Préfixe re- (r-) ré-.

a.

Les mots en italique contiennent le préfixe re- (r-) ré-;

comparer chacun de ces composés avec le simple et dire si le

préfixe a un sens analysable et distinct du reste du mot.

Réborder une jupe. Des bœufs paissent dans le pâturage: repaître ses yeux d'un spectacle. Peupler une ville : repeupler une forêt. Redire mille fois la même chose: il n'y a rien à redire à ce travail. Poser pour un peintre: les morts reposent dans le cimetière. Recoudre un bouton. Rééditer un livre. Se vêtir chaudement: se revêtir d'un habit. Retomber dans ses anciens errements. Jouir de la vie: se réjouir de revoir un ami. Garder les moutons: regarder un tableau. Courir à toutes jambes: recourir aux bons offices de qn. Cuire et recuire un mets. Les arbres refleurissent au printemps. Le soleil luit: une plaque de métal reluit au soleil. Naître : renaître à la vie. 11 a disparu: on ne l'a jamais vu 7'eparaUre,

NB. On peut continuer cet exercice avec n'importe quel dictionnaire alphabétique, en consultant les mots commençant par re-, ré-j r-,

h.

F&rmer, pour chaque mot imprimé en italique ^ un com- posé avec re- ré- r-; déterminer le sens de ce composé au moyen du contexte (Ex.: tarder à venir: ma montre . . ., c. à d. ma montre retarde rmeine Uhr geht nach^) ; dire, dans chaque cas, si le composé est en contact étymologique avec le simple et si le préfixe a une signification indépendante du reste du mot.

NB. Dans le cas un même contexte est valable pour le simple et le composé, on ne l'a pas répété.

Délimitation des faits d'expression. 7

\ Se coiffer : se ... . Nouer des relations: . . . (id.). Un nom connu : un mauvais .... Commencer un travail. Priser du tabac: ... du linge. Amasser de l'argent: ... un sou. Mettre un objet à sa place. Envoyer une lettre: ... un élève. Compenser des défauts par des qualités: ... la vertu. Un vieillard courbé par l'âge: une canne .... Cueillir des fleurs: . . . des informations. Coller un timbre sur une lettre: ... une page détachée. Citer un auteur: . . . une fable. Marquer du linge: . . . une faute. Nier un fait; . . . son (ils. Abattre un mur : . . . un pan d'habit. Commander un bock : . . . un élève à son professeur. Sentir du plaisir. Une vue d'ensemble: une . . . des troupes. Chercher un objet: ... les plaisirs.

c.

Le préfixe re- etc. forme des tnots dont les sens sont devenus tout à fait homonymes (S F, § 50); déteivnine^', d'après les contextes, les deux acceptions de chaque mot, et dire dans quel cas le préfixe a conservé un sens analysable et distinct du reste du mot.

Remettre des objets en ordre: remettre une lettre à soa adresse. Repasser par un endroit: repasser sa leçon: repasser du linge. Reprendre sa place: reprendre quelqu'un qui se trompe. Représenter un plat: représenter un souverain : représenter une pièce. Ressortir après être entré : le profil de ce portrait ne ressort pas assez. Revenir de Paris: ce costume me revient à cent francs. Rebattre du blé mal battu : rébattre les oreilles d'une histoire. Recon- naître une personne dans la rue: reconnaître un service.

Exercice 4. Préfixe é-.

Les mots écrits en italique sont composés avec le préfixe é-. Dire, à propos de chacun d'eux, 1) si le contact avec le mot simple peut être établi spontanément supposer que ce mot simple existe en français), 2) si le préfixe a un sens distinct du reste du mot.

8 Première Partie.

Un spectacle éblouit les yeux. Des cheveux ébouriffés. -— Branler la tête : ébranler les fondements de la terre. Ébrui- ter une nouvelle. Un jeune écervelé. Échancrer un corsage. Échapper à la mort. Le feu échauffe les métaux. Se laisser choir à terre: une part échoit à qn. L'eau coule: le temps découle. Écrémer le lait. Un mur croule, ^écroule. Une bouche édentée. Effacer un mot: se voiler la face. Lancer une pierre : une taille élancée. Un crime éhonté. Élargir un habit. Élever un enfant. Émerger du sein des flots. Éprouver une émotion. Une marche éreintante. S'évader de sa prison. Éveiller un dormeur. S'évertuer à chercher qn. Effrayer un enfant. Égayer un malade. S*efforcer de plaire. S'élever dans les airs. La lune émerge du sein de la mer. Émousser un rasoir.

Exercice 5. Préfixe dé:

Les mots composés avec le préfixe dé- seront traités comme les composés avec é- de Vexercice précédent. Chose caracté- ristique, ce préfixe a deux origines (lat. de- et lat. dis-) ; mais le français ne distinguée plus les deux formations. Dire pour chaque mot, si le préfixe a un sens et lequel^ et si le composé est rattaché spontanément à un mot simple.

Déclarer la guerre. Une robe décolletée. Déjouer les plans d'un adversaire. Délibérer sur une affaire. Une armée en déroute, Dérober de l'argent. Décomposer un mot. Débattre une question. Un vase déhorde. Se déboîter, déchausser, déshabiller, déganter, Décharger qn d'un fardeau. Découvrir une soupière: découvrir un trésor. Défendre sa patrie. Définir un mot. Dépenser de l'argent. Démonter une pendule. Dédaigner les hon- neurs. — Se défaire d'une habitude. Donner sa démission. Démontrer un théorème. Dégrader un officier: dégrader un édifice. Se déguiser en paysan. Délivrer un prison- nier. — Déplaire à son entourage.

Délimitation des faits d'expression. i)

Exercice 6.

Préfixes divers.

a.

Dire, dans chaque cas^ si le contact étymologique avec le

simple est conservé (quand le simple existe) ; dire en outre si

le préfixe a un sens par lui-même et lequel.

Louer une maison: allouer une indemnité à qn. Signer un engagement: assigner en justice: consigner une remarque. Voir: prévoir un malheur: pourvoir aux besoins d'une famille. Porter un paquet: se comporter habilement dans une affaire: supporter les frais d'un voyage: apporter: emporter un objet. Prouver ce qu'on avance: approuver ou réprouver la conduite de qn. Battre un tapis: les enfants s'ébattent dans le jardin: abattre un arbre. Mettre une lettre à la poste : la remettre à son adresse : permettre à qn de s'absenter : promettre de se corriger : compromettre sa réputation : admettre une hypothèse: émettre un avis: soumettre un peuple: commettre un crime. Citer un passage: citer en justice: réeiter des vers: exciter à la rébellion. Insister sur un détail: persister dans ses dénégations: en quoi cela consiste-i-i]?

h.

Dire si les simples des mots soulignés existent ou non dans Vusage actuel; dans le second cas, le préfixe ne peut guère avoir de signification par lui-même {ex. répondre); mais la réciproque n'est pas également vraie : le simple d'un composé peut exister sans que le contact entre les deux mots soit conservé, et sans que le préfixe ait un sens par lui-même (ex.: fléchir le genou: réfléchir la lumière).

Élire un député. Respirer bruyamment. Répondre à une question. Désapprendre une science. Des papiers en désordre. Une figure irrégidière. Un défaut de construction. Une savante dissertation. Se disputer. Conférer une distinction à qn. Une inondation. Inquié- tude. — Impatience. - Éducation. Collection. Envahir un pays. Assouvir sa vengeance. Un désir inassouvi.

10 Première Partie.

Une occupation absm'hante. h' expérience des affaires. Achever un travail. Acheter un bijou. Résister à l'ennemi. Improviser au piano. Une espérance illiisoire. Un caractère inconstant. Une idée absurde. Un fait incroyable. Énoncer une proposition. Attribuer une faute à qn. Contribuer à la réussite d'une entreprise.

c.

Former des composés avec les mots simples suivants et les préfixes placés entre parenthèses ; former (en consultant au besoin un dictionnaire) des contextes montrant que la parenté étymologique entre les mots n^est plus comprise spontanément. Ex. : soit action (ex-) = action : exaction ; « Une action criminelle : les exactions d'un administrateury> .

Astre (dés-). Cueillir (re-, ac-). Clore (é-). Écrire (dé-, r-). Tenir (ob-). Lire (é-). Courir (en-, se-, dis-). Fondre (con-). Muer (re-). Poser (com-, pro-, sup-). Jeter (pro-). Mener (se dé-, sur-). Tester (at-, con-, dé-, pro-). Vouer (a-, se dé-, désa-). Prendre (ap-, com-, s'é-). Léguer (al-, dé-). Venir (de-, con-, S0U-). - Fleurer Cef-). Pendre (dé-). Quitter (ac-). Gréer (ré-). Sortir (as-). Traite (re-).

Suffixes.

Les remarques générales faites plus haut p. 5 sont applicables aux. suffixes; mais ceux-ci donnent lieu en outre à une recherche plus importante et plus délicate. Comme on le verra plus loin, ils ont, à la différence des préfixes, des significations et des valeurs susceptibles d'être «pensées» de deux manières très différentes: ils peuvent être perçus intellectuellement, comme c'est presque toujours le cas des préfixes quand leur sens est analysable ^; mais ils peuvent aussi affecter la sensibilité. On sait que cette distinction est le fondement même de la stylistique (voir SF. § 19). Bien que ce sujet ne soit abordé que dans la troisième partie du Traité, il ne peut être entièrement passé sous silence ici; cette vue provisoire aura l'avantage de préparer aux questions proprement stylistiques.

^ Les préfixes extra-, ultra-, archi- sont les seuls qui com- portent une nuance nettement affective, dans des formations inten- sives comme extra-fin, ultra-moderne, archi-plein, etc.

Délimitation des faits d'expression. 11

Les termes spéciaux dont il est fait usage ci-après {péjofatif, latidatif, comique, familier) sont en partie définis SF. §§ 17 19; l'index du Traité renverra aux passages ils sont expliqués avec plus de détail.

Dans la liste ci-dessous on a imprimé en caractères gras les suffixes dont il est particulièrement question dans les exercices.

SufiBxes formant des substantifs abstraits; -âge, -ance, -esse -ise -ice, -ie -erie, -ée- -ade, -is, iae, -tnent, -son -ison -aison -lion, -ure -ture.

SufiBxes formant des noms d'agent: -ardt -audf -er (-ère) -ter (-ière), -eur (-etise) -leur C-trice),

SufiBxes formant des substantifs d'autres catégories: -in, -oir -oire, -aille, -eau -elle, -et -ette, -on -eron, -ot 'Otte, •ule -cule.

SufiBxes formant des adjectifs ou des adjectifs substantifiés : -able, -ard^ -âtre, -aud^ -et, -el, -eux, -ible, -if, -ique, -ot, -m.

SufiBxes verbaux: -ailler, -Hier, -iser, -onner, -oter.

Pour les sufiBxes, beaucoup plus encore que pour les préfixes, on doit se demander s'ils sont vivants ou morts, c. à d. susceptibles ou non de former actuellement des mots nouveaux dans le langage spontané. Les plus importants des sufiBxes vivants sont: -âge, -ade, -aille (ailler), -aison, -ard, -avd^ -ée, -erie, -et (-ette), -eur (-eu^e), -ot (-otte). Il va sans dire que ces sufiBxes-là seront plus aptes que les autres à recevoir une valeur affective, et ce sont eux qui feront particulièrement l'objet des exercices qui suivent.

Exercice 7.

Suffixe -ée.

Dire à propos de chaque mot en italique 1) si le suffixe

-ée, encore vivant, s'ajoute à un mot actuellement existant, et

2) si Von perçoit spontanément deux unités ou une seule dans

le dérivé.

Une cuillerée de potage. Une assiettée de soupe. Une traînée de poudre. Une forte ondée. Une contrée éloignée. Une potée d'eau. Une purée de pois. Une hauteur de trois coudées. Une pincée de sel. Une rangée de peupliers. La gelée blanche. Les jetées du port. Être la risée de tout le monde. L'hirondelle donne la becquée à ses petits. Une charretée de bois. Administrer

12 Première Partie.

une fessée à un enfant. Une tablée d'ouvriers. Une toile d'araignée. Une nichée de moineaux. Une journée de congé. Une jonchée de fleurs.

Exercice 8. Suffixes -ard et -arder. Les noms et adjectifs formés avec le suffixe -ard, encore vivant, et les verhes en -arder peuvent avoir un sens péjoratif (8F, §§ 166 et 185) qui se double le plus souvent d'une valeur comique ou familière (cf. ibid. §§ 191 et 278). Voir si les mots en italique comportent ou non cette interprétation.

Un vieux grognard. Un vénérable vieillard. Un vieux soudardy très vantard, un peu soulard. Les citadins et les campagnards. Parler d'une voix nasillarde. Du papier buvard. Les fuyards de l'armée en déroute et les pillards de l'armée victorieuse. Musarder et bavarder dans la rue. Des enfants babillards, pleurards et criards. Une maison lézardée. Placarder un avis des autorités. Il a une chance! c'est un veinard. Un pédard qui renverse tout devant lui. Les bâtards de Louis, XIV. Regarder d'un air goguenard.

Exercice 9. Suffixe -ode. Dire si les substantifs suivants, formés avec le suffixe -ade, ont une valeur affective (et, dans cas particulier, une nuance descriptive ou pittoresque, cf. SI, § 192), ou bien si ce sont des termes simplement usuels ou même techniques, dépourvus par conséquent de la valoir en question (comparez à ce point de vue escapade et colonnade).

Une folle escapade. Les colonnades d'un temple. Les rodomontades d'un fanfaron. Donner une algarade à un polisson. Une limonade fraîche. Une ballade de Villon. Un étudiant en ballade (familier). Parler à la cantonade. Une marmelade de pommes. Une œillade amoureuse. Faire une promenade. Provoquer qn par ses bravades. La canonnade a duré deux heures. Être

Délimitation des faits d'expression. 13

posté en embuscade. Une mascarade de carnaval. Une cavalcade historique. La croisade de Saint-Louis. Des salles en enfilade. Les boutades d'un misanthrope. Do copieuses rasades. Une peuplade sauvage. Une bruyante pétarade.

Exercice 10.

Suffixe -elle.

Dire à propos des substantifs suivants, formés avec le

.suffixe -elle, si les mots dont ils dérivent sont encore en usage,

si le contact étymologique avec ces mots est encore senti, et si

ces dérivés comportent un sens diminutif.

Du riz à la cannelle. Une citadelle inexpugnable. Une demoiselle de bonne famille. Un col de dentelle. La femelle du coq. Une frêle nacelle. Une œnbrelle verte. Le roucoulement de la tourterelle. Une ruelle étroite. Les poutrelles du plafond. A vendre une parcelle située à X. La prunelle de l'œil. Uécuelle du chien.

Exercice 11. Suffixe -erie: Dire si les mots en italique, formés avec le suffixe -erie (encore vivant), comportent ou non un sens affectif (généralement péjoratif, SF. §§ 166 et 185, ou pittoresque, SF. § 192).

La ladrerie d'un usurier. Les âneries d'un ignorant. La pruderie singe la vertu. Les fourberies de Scapin. Combattre la piraterie. Cette scène est d'une drôlerie impayable. Argenterie, bijouterie, orfèvrerie. Papeterie, boucherie, épicerie, mercerie. Pourquoi ces cachotteries? On n'aime chez les femmes ni les bouderies, ni les agaceries. Quelle friponnerie y quelle filouterie, quelle effronterie! (Former ou trouver dans un dictionnaire des contextes caracté- ristiques pour: gloutonnerie, diablerie, fâcherie, moquerie, flatterie, raillerie, rêverie, sonnerie, jonglerie, minauderie, mièvrerie, mutinerie.)

14 Première Partie.

Exercice 12.

Snfflxe -et^ -ette {-let, -lette).

(cf. SF. §§ 184 et 250.)

Ce suffixe vivant forme des substantifs et des adjectifs qui peuvent avoir un sens diminutif. A propos de chacun des mots suivants on déterminera:

1. si le simple existe encore (il existe p. ex. pour archet [arc], et n'existe pas pour gilet) \

% si le dérivé est en contact vivant avec le simple pour le sens actuel (c'est le cas pour planchette : planche; ce n'est pas le cas pour archet :arc)\

3. surtout si la nuance diminutive est sentie affectivement, si elle produit une impression traduisible par les adjectifs «agréable, joli, mignon, etc.», comme c'est le cas pour jardinet et maisonnette; ou si au contraire la nuance diminutive est perçue intellectuellement, comme cela arrive souvent quand le dérivé est en opposition tech- nique avec le simple (ex. cigarette et cigare), ou si enfin cette nuance n'est pas perceptible du tout (comme dans verset et pommette).

a.

Les mots suivants, formés avec le suffixe -et (-ette), sont- ils en contact étymologique avec les mots simples dont ils dérivent? Ces mots simples existent-Us actuellement en français ?

Un chien barbet. Varchet d'un violon. Égrener son chapelet. Un cornet de papier. Une voix de fausset. Un filet de pêcheur. Un ïeu-follet. Un gilet de flanelle. Un plat de gourmet. Un lacet de bottine. Un œillet rouge. Ficeler un paquet. Tirer à la force du poignet. Marguerite au rouet. Une bavette de bébé. Un verset de la Bible. Une baguette de coudrier. Une toilette coquette. La cuvette du lavabo. Une chemise à manchettes. Une miette de pain. Des pommettes saillantes. Orner un livre de vignettes. Une casquette de loutre. La voilette d'un chapeau. La lancette du chirurgien. L'escrime au fleuret. Roitelet, chardonneret, alouette, fauvette, chouette. Un bouquet de violettes.

b.

Les mots suivants, formés avec le suffixe -et (-ette), ajoutent une valeur diminutive aux objets et aux abstractions

Délimitation des faits d'expression. 15

qu^ils désigneîit. Trouver les simples dont ils dérivent. Déter- miner si la nuance diminutive est perçue intellectuellement {comme p. ex. dans coffret, de coffre), ou bien si elle est sentie affectivement {comme p. ex. dans jardinet, de jardin), et dire s'il s'agit d'une valeur pittoresque, péjorative ou familière (sans serrer de trop près ces distinctions !).

Une planchette de sapin. Une historiette pour les enfants. Une cassette à bijoux. Les banquettes d'un théâtre. Un livret de caisse d'épargne. Rembourrer avec un coussinet. Un mantelet pour le matin. Trembler comme une femmelette. Faire des courbettes devant un supérieur. Les fleurettes des champs. -- Un poulet rôti. Une jeune poulette sans expérience. Un canari égayait sa chambrette. Le temps n'est plus des amourettes. Votre garçon devient grandelet. Le corps de ballet. Les feuillets d'un livre. Les bandelettes de la victime. Une côtelette de mouton. Une boulette de papier. Un pique-nique sur Vherbette, Peu s'en faut que d'amour la pauvrette ne meure. Une petite main rondelette et potelée. La pelle, le soufflet et les pincettes. Toi si jeunette, tu vas seulette au fond des bois? La pluie tombait en gouttelettes. Une toilette coquette et proprette. Un petit vin aigrelet. Une maisonnette entourée d'un jardinet.

Exercice 13. Antres suffixes diminutifs.

Tous les autres sufïïxes diminutifs donnent lieu aux recherches proposées plus haut pour le suflBxe -et -ette. Ces suffixes sont, pour les noms et les adjectifs : -eau -elle, -ille, -oie, -on -illonf -in -ine, •tin -tinCf -ot -otte, -ule -cule, et pour les verbes: -ailler (surtout péjoratif), -Hier, -onner, -oter.

Pour faire ces recherches, il suffit de consulter un dictionnaire des rimes aux finales en question, et de former des contextes avec les mots étudiés, en consultant les exemples fournis par les bons dictionnaires.

Les mots en italique, formés avec des suffixes divers, seront étudiés au même point de vue que ceux des exercices précédents {suffixe significatif par hii-même, valeur affective ou non).

16 Première Partie.

Un paysan finaud. Une figure rougemide. S'occuper de babioles. Des épaulettes de capitaine. Pourquoi conserver toutes ces vieilleries ? Se répandre en jérémiades,

Des espiègleries de gamin. Une main grassouillette. Un visage pâlot et vieillot. Jetez au feu toutes ces pape- rasses. — L'idéal du bon fonctionnaire est la paperasserie. De la ferraille sans valeur. Uauréole d'un saint. Un manchot. Une pauvre petite, toute fluette^ toute maigrichonne.

Un air propret. Dire des gaudrioles. Une épaisse muraille. Pauvre bestiole, perdue au cœur de la rose. Couper le blé avec une faucille. Avoir un bandeau sur les yeux. Des pellicules pour la photographie. Pauvres vermisseaux que nous sommes! La rowr/eo/e et la scarlatine.

Il se démène comme un diablotin. Un ballot de marchandises. Les moucherons et les moineaux pullulent. Illuminer les rues avec des lampions. Mettre les menottes à un voleur: les menottes potelées d'un bébé. Un carafon d'eau- de-vie. La prunelle des yeux. Calotin, prêtraille, cagoterie, cafard, jésuiterie, mômerie. Des politicailleurs, des bavards de la parlote.

Exercice 14. Suffixes verbaux divers.

Même exercice que le précédent:

Les oiseaux sautillent de branche en branche et picotent les fruits. Il ne vit pas, il végète, il vivote. Les feuilles du peuplier tremblotent au souffle du vent. Perdre son temps à rêvasser. Grelotter de froid. Parlez distinctement, au lieu de mâchonner vos paroles. Il toussaUle comme un vieux. Les canards barbotent dans la mare. Une voix chevrotante. Une femme indignement fagotée. Chantonner un air. Un navire ballotté par les flots. Fredonner une chanson. Frétiller comme un poisson dans l'eau. Gigoter les quatre fers en l'air. Grignoter des bonbons. Dodeliner de la tête. Écrivailler dans les journaux. Gribouiller du papier. Trottiner d'un pas alerte. Des yeux clignotants. Musarder dans les rues.

Délimitation des faits d'expression. 17

Dérivation des noms d'agent, d'action et de qualité.

lies exercices suivants se rattachent à SF. § 45 46; ils pré- parent l'étude critique des familles de mots, en montrant, dans des catégories déterminées de formations, la correspondance imparfaite entre la filiation étymologique et les rapports de sens dans un état de langage déterminé.

Parmi les questions qui peuvent se présenter, il faut distinguer:

1. les irrégularités de formation: ainsi les noms d'' agent {ormes avec des verbes sont généralement en -eur^ -teur (fondre : fondeur, fonder : fondateur), les noms d'action sont en -ion, -tion (fusion, fondation), les noms de qualité formés avec des adjectifs ont ti'ès souvent le suflBxe -té (net : netteté) ; mais il y a toutes sortes dp for- mations concurrentes {protester : protestataire; secourir : secours; prudent : prudence, etc.); les radicaux n'ont pas toujours la même forme {fondre : fusion, etc.) ; le mot peut même être emprunté à une autre famille {entendre : auditeur, etc.) ;

2. surtout les irrégularités dans la con'espondance des sens: p. ex. la signification d'un substantif en -eur -teur peut ne pas être exactement celle d'un nom d'agent (ainsi fondeur n'est pas dans le même rapport avec fondre que destructeur avec détruire, car fondeur a trait à une profession).

A. Noms d'agent.

Les noms d'agent, dans le sens strict du mot, sont ceux qui, formés avec des verbes, se déduisent de la formule «celui qui joue, achète, etc. est un jou£ur, un acheteur, etc.».

Exereice 15. 1 . Formation, Les noms d'agent des verbes suivants sont de la même famille que ces verbes ; trouver ces noms d^agent conformément à la formule ci-dessous. Constater la varitété des formations (diversité des suffixes et formes variables des radicaux)^ tout m faisant provisoirement abstraction des irrégularités dans la correspondance entre les sens et les formations (apprenti n*est pas simplement celui qui' apprend, etc.; voir V exercice suivant),

Goniment appelle-t-on celui qui achète, accompagne (un

voyageur), accompagne (un chanteur), acquiert, analyse, apprend

(un métier), assassine, assiste une réunion), attaque, cause

(avec quelqu'un), cause (des troubles, des désordres, etc.),

Bally, Traité de stylistique française. IL 2

18 Première Partie.

chante, combat, commence, conduit, conjure, conspire, contredit, corrige, critique, croit, cultive, débute, défend (sa patrie), délivre (un prisonnier), détient (un objet), dit, donne, élit, émigré, emprunte, exporte, fabrique, file (la toile), fond (des métaux), fonde (une ville), forge, fuit (2 n. d'ag.), gagne, garde (un malade), garde (un prisonnier), guide, habite, hérite, importe, instruit, interrompt, intrigue, joue, juge, lit, lit (beaucoup), loue (une maison), mendie, moissonne, navigue, observe, occupe (une place), participe, peint, possède, poursuit, prêche, prêche (trop), prête, se promène, protège, réforme, remplace (un autre), saute, sauve (un noyé), sauve (l'àme), sème, signe (un traité), survit, traduit, trafique, trahit, teint (des étoffes), tisse, vainc, vend, vote.

Exercice 16.

2. Signification, Former des noms d'agent avec les verbes suivants et dire en quoi le^ir sens n'est pas celui que fait attendre la formation (c. à d. en quoi ils ne répondent pas strictement à la formule: <^Celui qui joue est un joueur»).

Les cas les plus fréquents sont les suivants:

a) Le sens du substantif s'est spécialisé: ainsi le nom d'agent désigne celui qui fait habituellement, constamment une action, qui exerce une profession, un métier, p. ex. peintre, sonneur, etc.

b) Le nom ne se rapporte qu'à un des sens du verbe; ainsi tireur est le nom d'agent de tirer «schieÊen*, mais non de tirei- «ziehen».

c) Le nom d'agent prend, surtout dans la langue familière (SF. § 281), une valeur aâjective; dans ce cas, il a presque toujours une nuance péjorative (cf. prêcheur, radoteur).

d) Quelquefois enfin le sens du substantif n'a plus aucun con- tact avec celui du verbe (instituteur : instituer) .

Aimer (2 n. d'ag.), armer, blanchir (F.), boire, composer, confesser, copier, couper, couvrir, défendre (2 n. d'ag.), demander, devoir, éclairer, écrire, entreprendre, examiner, faner, fournir, instituer, interroger, juger, louer (= adresser des éloges), manger, mener, miner, ouvrir (F.), parler, passer, penser, planter, poser, prétendre, procurer, questionner, recevoir, régir, relier, restaurer, ruminer, servir (M. F.), saper, savoir, souffler, tailler, tirer, tourner, travailler, vivre.

Délimitation des faits d'expression. 19

NB. Reprendre à ce point de vue les exemples de l'exercice précédent.

B. Noms d'action on d'état.

Les substantifs ayant strictement le sens de noms d'action ou d'état répondent à la formule: «l'action d'augmenter, de croître, etc. est V augmentation, la croissayice, etc.», «le fait û'exister, de vivre, etc. est y existence^ la vie, etc.».

1. Formation. Les suffixes les plus fréquents sont: -ion, -tion, son, -ment, -ance, -âge; on emploie aussi les substantifs dits «ver- baux» (ex.: jeter : le jet, marcher : la marché) et les participes passés substantifiés (ex. : revenir : le revenu, venir : la venue) ; mais il y a encore plusieurs autres formations; voir les remarques faites p. 19 à propos des noms d'agent.

2. Sij^niflcation. Elle n'est pas toujours celle d'un simple nom d'action ou d'état: le substantif re(;oit souvent un sens spécialisé, ou bien il se concrétise, c. à. d. qu'il désigne un objet concret (ex.: vêtir .-vêtement).

Exercice 17.

Former des noms d'action avec les verbes suivants et exa- miner ces substantifs au double point de vue de la variété des formations et de la variété des significations possibles.

Abaisser, abandonner, abonder, s'absenter, absoudre, s'ac- corder, acquérir, adhérer un projet), adhérer une surface), agir (2 n. d'act.), apaiser, apparaître, appeler (2 n. d'act.), apprendre, approuver, arranger, arrêter (un voleur), s'arrêter, asphyxier, assaillir, attendre, attirer (2 n. d'act.), baigner, bâtir, construire, boire, calomnier, cesser (2 n. d'act.), clore, com- ploter, convenir (= être convenable), convenir (d'une chose avec qn), contraindre, coudre, courir, se courroucer, coûter, croire, croître (d'un fleuve), croître (d'une plante), cuire (2 n. d'act.), déchoir, s'efforcer, entendre, s'entendre (tomber d'accord), envahir (deux n. d'act.), éteindre, fleurir, fuir, gagner, haïr, insérer, être ivre (2 n. d'act.), jouir, laver (deux n. d'act.), mêler (2 n. d'act.), mentir (2 n. d'act.), nourrir, oser, ôter, partir, pendre, prendre, quitter, raconter, réduire, ressentir (ressentiment a un autre sens!), restreindre, retourner, saccager, scier, signer, soustraire, sufHre, suggérer, supprimer, tâcher, tousser, traiter, vaincre, valoir, vanter, vêlir, vouloir.

2*

20 Première Partie.

C. Xoms de qualité.

Les noms de qualité répondent à la formule: «la qualité d'être hîanc est la blancheur^ etc.».

Les principales irrégularités qui peuvent se présenter sont les suivantes :

1. Le substantif, tout en étant de la même famille que l'adjectif, en diffère par la forme du radical (ex.: rond .-rotondité); ou bien il est formé au moyen d'un suffixe dont rien ne détermine le choix (ex.: richesse, pauvreté, abondance, dépravation, misère, etc.).

2. Le substantif appartient i, une autre famille que l'adjectif, ou, ce qui revient au même, deux adjectifs synonymes n'ont qu'un substantif en commun (ex. : sûr et certain : certitude).

3. Le substantif n'existe pas (ex.: morne, étranger, etc. n'ont pas de substantifs).

4. Le substantif existe, mais son sens n'est pas celui qui est attribué à l'adjectif par sa place dans la liste. Ainsi sûreté n'est pas le substantif de sûr quand celui-ci est synonyme de certain, infaillible, etc., bassesse n'est pas le substantif de èas v<peu élevé», etc.

Dans la liste suivante, le sens de chaque adjectif est suffi- samment déterminé par les adjectifs synonymes qui l'entourent. Le substantif dérivé de chaque adjectif doit avoir le même sens que cet adjectif.

Cette liste est surtout un répertoire ; les adjectifs y sont disposés à peu près dans l'ordre du Tableau synoptique placé à la fin du volume; le lecteur pourra doiîc, par avance, se faire ime idée d'ensemble des principales notions simples et de leur succession dans le dit Tableau.

Exercice 18.

Comment appelle-t-on le fait d^être

Semblable, analogue, pareil, conforme, parent, identique, équivalent: contraire, opposé, étranger, incompatible, contra- dictoire, différent. Distinct, séparé, varié, divers, multiple. Egal, inégal. Supérieur: inférieur, subordonné, subalterne. Total, complet, entier, plein, absolu: incomplet, partiel, impar- fait. — Précédent, antécédent, antérieur, préalable: suivant, subséquent, ultérieur. Initial: final. Continu, interrompu. Constant; normal: anormal. Bref, court, long, durable; permanent, perpétuel, éternel, incessant, immortel. Actuel, présent: à venir, futur, imminent. Éventuel. Nouveau, neuf, récent, frais, moderne: vieux, ancien, antique, mûr, suranné,

Délimitation des faits d'expression. 21

primitif. Ponctuel, prêt; précoce, prématuré: tardif, lent. Opportun: intempestif. Fréquent, répété, rare.

Régulier, symétrique. Grand, gros, énorme, ample: petit, mince, exigu, chétif. Large: étroit. Dur, rigide, ferme: mou, tendre; souple, flexible, élastique. Humide: sec. Courbe : droit. Rond: carré. Plat. Aigu, tranchant: obtus, émoussé.

Intelligent, spirituel : bête, stupide, idiot, niais, nigaud ; sage, raisonnable: fou, insensé; habile, adroit.

Libre, spontané: nécessaire, fatal. Décidé, résolu, obstiné, tenace . Actif, vif, prompt, ardent : nonchalant, mou. Soigneux, consciencieux.

Sensible, impressionnable, sentimental, romanesque; en- thousiaste, fougueux, passionné ; impatient, inquiet, agité, violent, impétueux: calme, tranquille, paisible, serein, doux, résigné, stoïque; apathique, flegmatique, endurci, froid, inerte, indolent, paresseux, indifférent, tiède. Content, satisfait, gai, joyeux, allègre, enjoué, jovial: triste, morne, maussade, sombre, grave, austère, réservé. Etonné, surpris. Courageux, brave, vaillant, valeureux, intrépide, audacieux, hardi, assuré: peureux, craintif, poltron, lâche, pusillanime, timide, mou; téméraire, imprudent, imprévoyant: circonspect, retenu, discret. Avide, vorace, rapace, cupide, ambitieux. Envieux, jaloux. Tem- pérant, sobre, frugal: gourmand, glouton; ivrogne. Dépravé, pervers, débauché, impudique, sensuel, licencieiix, déréglé, léger, dissipé, libertin, adultère: chaste, pudique, convenable, décent. Orgueilleux, fier, hautain, arrogant, dédaigneux ; vain, vaniteux : modeste, humble.

Beau, joli, fin, mignon, gracieux, élégant, délicat, gentil, attrayant, brillant, splendide, superbe, magnifique, sublime: laid, vilain, grossier, gauche, disgracieux, difforme, hideux.

Bienveillant, charitable, humain, prévenant, compatissant, clément, miséricordieux: sévère, rigoureux, féroce, cruel, impi- toyable.

Célèbre, renommé, populaire, illustre, glorieux, éminent, distingué; noble, aristocratique. Poli, civil, courtois, affable, complaisant, familier, obligeant, flatteur: impoli, grossier, rude, froid, malhonnête, brusque, brutal, dur, acariâtre, sauvage, barbare.

22 Première Partie.

Honnête, probe, intègre, brave, loyal, sincère, véridique: malhonnête, trompeur, coquin, fripon, menteur. Rusé, roué: ingénu, candide, naïf, simple.

Pieux, croyant, dévot: impie, athée.

NB. On peut continuer cet exercice en consultant le Dic- tionnaire des qualificatifs de Schéfer, et les listes d'adjectifs données exercice 78.

Familles de mots.

(SF. § 45, cf. § 68)

La liste suivante ne renferme pas des familles complètes, mais seulement des gi'oupes restreints offrant des spécimens des rapproche- ments qui peuvent être faits tort ou à raison) entre des mots parents. De plus, les mots d'un même groupe sont disposés dans un ordre qui n'est ni strictement étymologique, ni strictement sémantique; cet arbitraire est voulu: on a cherché simplement à placer l'étranger dans les mêmes conditions que le sujet parlant sa langue maternelle. Enfin, conformément aux explications données SF. § 67, on n'a accueilli que des mots que la similitude de forme permet de rapprocher spontanément (p. ex. mont, monter, montée, inoniure^ montagne), ou qui ne présentent que des différences in- signifiantes (p. ex. sel, saler).

NB. On a réuni ici un nombre relativement considérable de ces groupes étymologiques, d'abord parce que la recherche qu'ils supposent est la synthèse de toutes les études sur l'instinct étymolo- gique, et en outre pour fournir aux maîtres de français la matière d'exercices originaux. Cette collection d'exemples étant avant tout un répertoire, on l'a disposée par ordre alphabétique. Le lecteur ne se croira pas obligé de passer en revue successivement toutes les familles de mots énumérées ci- dessous.

Exercice 19.

Dire, à propos de chaque groupe des exercices suivants, quels mots sont actuellement en contact avec le sens du mot le plus simple, ou avec le sens fondamental du groupe de mots % tout entier. Les mots de chaque groupe ont été choisis arbi- trairement de manière à ce qiCun terme au moins, généralement plusieurs, présentent une séparation de sens absolue. Ex.: Pain, panier, panetier ; le terme le plus simple, pain, a encore sous sa dépendance panetier; mais, pour le sens, panier n^est plus de cette famille. Dans le groupe Mont, monter, montée,

Délimitation des faits d'expression. 23

monture, montagne, les mots se (p-oupent, au point de vue du sens, de la façon suivante: Mont, montagne monter, montée, monture, ce qui d^ailleurs ne peut se vérifier qu'à Vaide de contextes appropriés. Pour l'étude des groupes ci' dessous, on se guidera uniquement sur les contextes accom- pagnant chaque mot ; ces contextes ont été en général composés de manière à faire apparaître, pour chaque mot, le sens usuel ou Vun des sens usuels.

Un abîme sans fond; abîmer un fauteuil; être ahïmé dans ses méditations.

h' affection d'une mère ; affecter Tindifférence ; des manières affectées} il est très affecté de ce deuil; un style plein à' af- fectation.

Agir; un nom à' agent; agent de change; agenda pour 1909; des mouvements agiles; un acte de fidélité; une belle action; un acteur de tragédie.

Une amende de cinq francs; il promet de s'amender; proposer un amendement à une loi.

Agréer une demande; un temps agréable; faire une chose avec V agrément de ses supérieurs; écrire avec agrément.

Année; une mode surannée; une plante bisannuelle.

Arabe; Arabie; les arabesques d'une broderie.

IJart et les artistes; un grossier artifice; des fleurs artificielles.

Avant l'ère chrétienne; avancer dans son travail; les avantages de la paix; donnez-m'en davantage.

Une balle à jouer; un ballot de marchandises; être ballotté par les vagues; être en ballottage avec un candidat à la députation.

Convoquer le ban et V arrière-ban ; une expression banale; bannir qn d'une société; frapper d'une sentence de bannis- sement.

Battre un tapis; un battant de porte; la batterie de cuisine; une sanglante bataille; un bataillon d'infanterie; batailler pour obtenir le consentement de qn.

La bave d'un chien; baver de rage; un enfant bavard; bavardage.

24 Première Partie.

Une bête à cornes; un cornet à pistons; un cornet de bonbons.

Avoir besoin d'argent; une ïamiMe beso^ietise ; une besogne ennuyeuse.

Boire du vin; avoir bu; un cheval fourbu; les déboires d'un candidat.

Une bonne action; expliquer les choses tout bonnement; il a bien agi; une grande bonté.

Bouder; bouderie; boudoir.

Une broche en or; pêcher un brochet; une brochure de 16 pages; embrocher une volaille.

Brouiller les cartes ; un brouillard épais ; le brouillon d'une lettre; une histoire embrouillée.

Un cabri; faire des cabrioles; cabrioler; un cabriolet.

Un argument capital; un vin capiteux; la capitulation d'une place forte.

Cacher un objet ; le cocAe^ d'une lettre; un sombre cachot; un esprit cachottier.

Une cAdîV tendre ; l'amour charnel) les parties charnues du corps; s^ acharner contre un ennemi; un charnier de cadavres.

Un c^an^ mélodieux; un chanteur; une cantatrice; un chantre de village; une tentative de chantage; être enchanté d'un voyage.

Un chemin montant; le chemin de fer; chemitter lentement; ramoner une cheminée.

Clamer; une sourde clameur; réclamer son droit; une juste réclamation; attirer les acheteurs par la réclame.

La copitf d'un acte ; recopier un brouillon ; un copieux repas.

Un vêtement commode; être commodément assis ; les tiroirs d'une commode; s^ accommoder de ce qu'on a.

L'eau com/^; Vécouletnent des eaux; les couloirs d'un appartement; les coulisses d'un théâtre.

Couper du pain; recevoir un cow/?; gagner beaucotfp d'argent; se faire une coupure; la cow^e d'un habit.

Les crocs d'un chien; croguer une dragée; un croquis au crayon; un pauvre croquant; accrocher un habit à un crochet.

Délimitation des faits d'expression. 25

Créer; la création du monde; notre créateur; Dieu aime ses créatures; se récréer après l'étude; l'heure de la r^cr^o^to».

Croître; la croissance d'un arbre; la crue du Nil; le croissant de la lune ; l'enrôlement des recrues.

Cul; reculer devant l'ennemi ; être acculé dans ses retranche- ments; une culotte courte; une rue en cw^de-sac; un cul- de-jatte.

Les dents d'une scie ; une dentelle au crochet ; une feuille dentelée; les dentelures d'une feuille.

Dépêcher un ordre; recevoir une dépêche; se dépêcher de partir.

Le désert du Sahara; déserter l'armée; un déserteur.

Du drap d'Elbcuf; la draperie d'une statue; un magasin de draperie; le drapeau français; marchand drapier.

Mourir sur Véchafaud; échafauder un système.

Une bombe éclate; un éclat d'obus; une lumière éclatante.

Le premier àage; une étagère de salon.

Une paroi étanche; étancher sa soif.

Une étrange aventure; une langue étrangère.

Exceller dans un art; un mets excellent; son Excellence le duc de X.

Une fantaisie de malade; un récit fantaisiste; une femme fantasque; un prix fantastique; une éblouissante fantasmagorie.

Une feuille de chou; les feuillets d'un livre; feuilleter un roman; un TornsLii-feuilleton.

Un fief héréditaire; un filou fieffé.

Se fier à qn; se confier en Dieu; la confiance; se défier de qn; la défiance; un audacieux défi; je vous (^^j^a de faire cela.

Une force herculéenne; je suis forcé de partir; s^ efforcer d'atteindre un but; faire un effort; l'évasion d'un forçat.

Cueillir des fleurs; effleurer la surface d'un objet; une ville florissante.

Le fond et la forme ; former un esprit; une formule algé- brique; formuler une règle; un ordre formel; se formaliser d'une boutade; accomplir les formalités d'usage.

26 Première Partie.

Fourrer ses mains dans ses poches; la lame use le fourreau; un fourré de broussailles; une fourrure de loutre; acheter une pelisse chez le fourreur.

Le front; l'os frontal; affronter les dangers; essuyer un affront; passer la frontière; un effronté menteur.

Garnir une robe; la garniture d'un habit; la garnison d'une forteresse; un mauvais garnement.

Un homme de génie; un soldat du génie; s'ingénier pttur résoudre un problème; une idée ingénieuse; un ingénieur des ponts et chaussées.

Une sombre geôle ; geôlier ; enjôler (engeôler) par des propos flatteurs.

La glace de l'étang; une glace à la vanille; le glacis d'un rempart.

Un grain de sel ; la graine d'une plante ; de la cave au grenier; égrener des pois; manger une grettade; un grenadier de la garde; les engrenages d'une machine.

Les grelots d'une mule; grelotter de froid.

Jeter des pierres ; les jetées d'un port ; un jet d'eau ; un jeton de présence.

Le jeu n'en vaut pas la chandelle; jouer aux échecs; un joujou, un jouet ; un caractère enjoué; retirer son enjeu.

Une joie profonde ; un joyeux événement ; un joyau précieux.

Un juge équitable; juger un accusé; un casier judiciaire ; causer un préjudice à qn ; les préjugés de l'ignorance.

Un homme juste; la justice divine; la justesse du coup d'oeil; ajuster une arme; soigner son ajustement.

Un dur labeur; un cheval de labour; un style laborieux; labourer un champ; un laboratoire de chimie.

Lâcher la bride à un cheval ; une lâche trahison ; commettre une lâcheté.

Lait; se nourrir de laitage; une laiterie; une salade de laitue.

Laver; le lavage du hnge; parfumer le linge à la lavande; une lavandière.

La licence des mœurs ; la licervce es lettres ; licencier des soldats.

Délimitation des faits d'expression, 27

Loger au cinquième; un logement d'ouvriers; un modeste logis; une loge au théâtre.

La lime; les montagnes lunaires; un caractère lunatique; une lunette d'approche; des lunettes de myope.

Un luxe princier; le péché de luxure; une végétation luxuriante; un ameublement luxtteux.

Faire le mal; soigner un malade; un enfant malin, malicieux.

Un marchand de bois; emballer des marchandises; conclure un marché; marchander une étoffe.

Le Maroc; un Marocain; un sac en maroquin.

Couper un membre; les membranes du cerveau; démembrer un empire.

Faire le ménage; ménager ses forces; un dompteur de ménagerie; déménager, emménager.

La moelle des os; un tapis moelleux; un mur en moellons.

Moine, moineau, moinillon.

'W orgue de l'église; V organe de l'ouïe; organiser une fête; Vorganiste de la cathédrale.

Orient; oriental; Varient d'une pierre précieuse; ^orienter dans un pays.

h'' origine du langage; le péché originel; une idée originale; un original; originaire de X.

La paille du blé; la paillasse d'un lit; un paillasse de foire; le paillasson de la porte; deux portes sur le même palier.

Le ^am quotidien; un panier à salade; le grand panetier.

Partir pour Paris; partager un gâteau; le partage de la Pologne; répartir les bénéfices; le départ d'un train.

Une ^eaw de mouton; pe^er une pêche; des pelures de pomme; une chaude pelisse.

Un ^0^ à lait; une potée d'eau; la roue du potier ; un potage au tapioca; un jardin potager.

Prévenir un danger; l'interrogatoire d'un prévenu; la prison préventive; avoir ùqs préventions contre qn ; être plein de prévenances envers un supérieur.

28 Première Partie.

Protester contre une injustice; la religion protestante; un protestant; un protestataire.

Réciter une fable; une longue récitation; un récit captivant.

Réprimer une révolte; la répression d'une révolte; une sévère réprimande; réprimander un écolier.

Les rides du front; le vent ride la surface de l'eau; un rideau de mousseline.

La rive d'un fleuve; le rivage de la mer; arriver à Paris.

Une robe de soie; dérober de l'argent.

Rome; l'empire romain; un roman romanesque; la Suisse romande; une romance sentimentale; un romane/^ à la mode ; l'époque romantique; le rotnantisme allemand.

Une séance de l'Académie; se lever sur son séant; une expression malséante.

Le sort; un sorcier ; S07*tir.

Table; un tableau de maître; une tablette à la menthe; un tablier.

Tailler un arbre; la ^a/Z/e des arbres; une haute taille; une ra^7fe de guêpe ; tailleur pour dames ; un épais taiUis.

Tâche pénible; tâchez d'ar^'iver à temps.

Un tapis de Smyrne; un tapissier; faire de la tapisserie.

Teindre une étoffe; la teinture rouge; un commerce de teinturerie; une étoffe teintée de rose.

Tenter; faire une tentative; induire en tentation; com= mettre un attentat.

La terre; un bon terrain; un billet de parterre.

Un texte latin; une plante textile; un mauvais prétexte.

Tirer un char; ^iVer à la carabine; un tir aux pigeons; le tirage d'une cheminée; le tiroir d'une commode; débiter une tirade; tirailler les pans d'un habit; un tirailleur à cheval.

Tonne; tonneau; tonnelle de jardin.

La trappe d'une cave; attraper un poisson; un trappiste.

Aller au <ro^; trotter ; les trottoirs d'une rue.

Le !?ew^ du nord; il t^n/e fort; ventiler un appartement;

Délimitation des faits d'expression. 29

un éventail; s'éventer; éventer un secret; poser des ventouses à un malade.

Ville; villa; un vilain homme; une vilenie.

Contraires étymologiques.

(SF. § 47)

L'étude critique des contraires étymologiques n'est qu'une variété importante et très démonstrative de l'étude des préfixes d'une part, des familles de mots d'autre part. L'instinct trompe de plusieurs manières :

1. on suppose pour le contraire une formation plus régulière qu'elle ne l'est en réalité (cas de convenable : inconvenant);

2. on imagine une opposition parfaite pour le sens, alors que cette opposition est imparfaite ou nulle (cas de offensif : inoffensif ) ;

3. on forge analogiquement (SF. § 44) un contraire qui n'existe pas (cas de infatigable, dont le contraire *fatigable est inusité).

Exercice 20. 1 . Formation, Chercher les contraires des mots en italique. Plusieurs présentent des irrégularités de formation.

Accord; union; ressemblance; concordance; confirmer; régularité; joindre; composer ; associer (2 contraires; ; nouer. Ami; amitié; un acte légal; un jugement équitable. Une matière odorante. Amener un ami; apporter un objet. Emmail- loter un enfant; emballer des marchandises; empaqueter des livres; arranger des objets. Amarrer, attacher un ba- teau. — Agrafer une robe; atteler un cheval; accrocher un tableau. -* S'embarquer à Calais et . . . à Douvres. Cons- truire un pont. Conseiller une chose à qn ; le persuader de la faire. S'habituer, s'accoutumer à une chose. Une expression usuelle. Parler à qn en termes obligeants. Agir par intérêt. Des propos bienveillants. Bénir la mémoire de qn. Apprendre un art. Consoler (corres- pondance de sens imparfaite). Être haUle en affaires, habile aux affaires. Un verbe transitif. Un mot déclinable, variable. Approuver un acte (2 contraires). Une démarche opportune (2 contr., dont un seul est valable pour le sens). Être apte à une chose (id.). Tout est en ordre. Être en

30 Première Partie.

faveur. Un préavis favorable. La chance lui sourit: la .... le poursuit. Des paroles encourageantes.

Exercice 21.

Dire si les mots suivants, formés avec le préfixe in-, ont ou n'ont pas de contraire dans la même famille étym,ologique. Les dictionnaires fourniront le contrôle nécessaire et des maté- riaux pour la continuation de ces exercices, par la consultation des mots commençant par in-, imm-, irr-, ill-.

Des passions immodérées. Condamner un innocent. Un nombre impair. Des manières impolies. Un enfant impertinent. Un cœur ingrat. Un vieillard impotent. Une dépense imprévue. Incommoder ses voisins. Un désordre indescriptible. Une maladie incurable, inguérissable. Un cœur inquiet, un caractère inconstant. Un appétit insatiable. Une idée insensée. Un débiteur insolvable. Être exposé aux intempéries. Une prétention illégitime. Son succès est immanquable.

Exercice 22. 2. Signification. La correspondance de sens est imparfaite ou nulle. Fixer, au moyen du contexte, le véritable sens de chaque mot en italique, et montrer que la correspondance de sens entre les contraires étymologiques est imparfaite ou nulle.

Connaître une science: méconnaître un service. Les bienfaits de Dieu : les méfaits d'un cambrioleur. La différence entre deux couleurs: manifester une complète indifférence. Être disposé à faire une chose: être indisposé. Un retour >, offensif de l'ennemi: un animal inoffensif. Un caractère déterminé: une quantité indéterminée. Un homme estimable: une valeur inestimable Envoyer une lettre: une âme ignorante et dévoyée. "L'invasion d'un pays : Vévasi(m d'un prisonnier. La garde d'un trésor: faire une chose par mégarde. Faire de gros bénéfices: les maléfices d'un sorcier. Être dans un état pitoyable: un cœur impitoyable. Le règlement d'une affaire: le dérèglement des mœurs. Concerter un projet avec

Délimitation des faits d'expression. 31

qn : être déconcerté par une réponse. Daignez m'écouter: dédaigner les richesses. Un oiseau déplumé: plumer une volaille. S'arroger un droit: déroger à l'usage établi. Avouer une faute: désavouer un mandataire.

Exercice 23.

Former, avec les contraires suivants, des contextes montrant qu'il n'y a pas entre eux correspondance de sens. Four les con- textes, consulter au besoin un dictionnaire.

Signer: désigner. Inciter: exciter. I-nfraction: effrac- tion. — Imprimer: exprimer. Infusion: effusion. Empêcher: dépêcher. Endommager: dédommager. Compenser: dépenser. Appointer: désappointer. Bienfaiteur: mal- faiteur (cf. plus haut bienfait: méfait). Tester: détester. Compliquer: expliquer. Libérer: délibérer. Hériter: déshériter; posséder: déposséder; nicher: dénicher (correspon- dance imparfaite pour le sens; dire en quoi).

NB. On peut continuer cet exercice en consultant un dic- tionnaire alphabétique aux mots commençant par les préfixes affectés ordinairement à la formation des contraires étymologiques, p. ex. dé- dés-, di- dis-, in im-, ou par des préfixes qui s'opposent or- dinairement, p. ex. a- ad-, en- em-: é- dé-, etc. (cf.: agrafer : dé- grafer, etc.).

Remarque importante. Pour le cas le plus fréquent, celui oii le contraire est d'une autre famille (p. ex. vrai : faux, vérité : erreur, etc.) voir IP partie exerc. 80 82; mais on peut, dès main- tenant, préparer cette recherche en reprenant les exemples des deux exercices précédents et en cherchant leurs contraires logiques sous la forme d'un mot isolé ou d'une périphrase. Ex.: le contraire de «un événement mo^ïiW» est «un événement prévu»; le contraire de déshériter n'est pas : hériter, mais faire de qn son héritier ou léguer sa fortune à qn, etc.

Parallélisme de forme et parallélisme de sens.

(SF. § 46 et passim) Correspondance imparfaite:

1. dans la forme: p. ex. le nom d'action d'apparaître est a^> parition, mais celui de comparaître est comparution;

2. dans la signification: p. ex. le substantif blancheur désigne la qualité de ce qui est blanc] mais le substantif verdeur, dont la for-

32 Première Partie.

mation est strictement parallèle, n'est employé qu'au figuré (verdeur d'un vin, de la vieillesse); au sens propre, on dit ïe vert.

Exercice 24.

Signaler, dans chaque groupe de mots, le manque de parallé- lisme dans la forme ou le sens.

Substantifs abstraits de apparaître et comparaître? A force de manger on devient gras, on engraisse; les aliments engraissent: à force de jeûner on devient . . ., on ... ; le jeûne, . . Contraires de riche, richesse, enrichir ; de gai^ gaieté, égayer. En été (formation parallèle pour les autres saisons). Sauver un noyé (nom d'agent et nom d'action de ce verbe). Sauver les âmes (nom d'agent et nom d'action de ce verbe). Nom de qualité de capable. Élire (nom d'agent et nom d'action); voter (idem). Grave maladie; être .. malade: grave blessure; être . . . blessé (SF. § 83). Tenter une chose; faire une ... : tenter par des séductions ; induire en. . . •— Peut- on dire que serf est à servitude comme esclave est à esclavage ? Dans quel rapport sont entre eux les mots esclave^ esclavage, serf, servitude, servage? Contraires de abréger une syllabe, abréger la durée d'un congé. Contraires de allonger un habit, allonger un mot. Contraires de chaud et chaleur. Euripide a innové: c'est un. . . Féminin de serviteur. Prendre les choses pour ce qu'elles paraissent être c'est se fier à r ... : quand une chose paraît, on dit qu'elle fait son .... Noms d'action de mêler et méla>iger. Noms d'action de chercher et rechercher. Y a-t-il correspondance de sens entre les substantifs mission, émission, admission, rémission, commission, compromission, omission, permission d'une part, et les verbes mettre, admettre (un élève), émettre (une idée), remettre (un objet à sa place), commettre (un crime), cotnpromettre (sa réputation), omettre, permettre d'autre part? Y a-t-il corres- pondance de sens entre assassin, assassinat, assassiner, et meurtrier, meurtre, meurtrir? Le sens des mots suivants permet- il d'étabUr les proportions: Laid: laideur = vilain: vilenie. Certain: swr = certitude: sûreté? Trouver le quatrième terme des proportions suivantes : Tendre: détendre =

Délimitation des faits d'expression. 33

tension : x. Sourd : surdité = aveugle : x. Obscur : obscurité = sombre: x. Jeune homme : jeune fille = vieillard: x. Haïr: haine = détester: x. Avouer: aveu = nier: x. Finir: fin = achever: achèvement = terminer: x. Revenir au pays: le .... au pays. Tâche factle, aisée: la ... . d'une tâche. Le siidj Vest, V ouest f le nord: le midi, V orient , etc. Résoudre un problème, c'est trouver sa ... ; un problème qu'on ne peut résoudre est. ... Les contraires de scdubre, sain, salutaire. Le vent du sud, le vent du nord (id. pour est et ouest).

Homonymes sémantiques.

(SF. § 49-53)

Nous rappelons que le point de vue historique n'est pas le nôtre; le choix des sens homonymes est aussi arbitraire que leur ordonnance. Notre point de vue est celui de tout individu parlant sa langue maternelle: le présent seul existe, et tous les faits passés se présentent sur le même plan.

Pour bien comprendre l'écart absolu entre deux sens homo> nymes d'un même mot, il faut les identifier par des contextes carac- téristiques, et leur trouver des synonymes présentant la même idée sous sa forme la plus simple et la plus générale. Soit l'opposition «Une affection sixicéT^'. une a/fieciîon cardiaque» : dans le premier cas affection est synonyme d'amitié, amour, sympathie, et dans le second, il équivaut à maladie. Le Tableau synoptique placé à la fin du volume peut rendre ici des services, bien que son utilité ne soit expliquée que dans la deuxième partie du Traité.

Exercice 25.

Trouver la définition de chaque mot en italique, ou, ce qui est préférable, le remplacer par une expression synonyme ou parallèle susceptible de faire comprendre la séparation absolue des deux sens homonymes; soit p. ex.: ^Un poète de génie: un soldat du génie» ; dire €un poète de talent» (terme à peu près synonyme): <un soldat de la cavalerie» {terme parallèle, mettant le mot dans son <milieu^).

Se regarder dans la glace: manger une glace. Un goût amer: le goût du luxe. Véclat du soleil: un éclat d'obus. La taille des arbres: une taille élevée. La voix humaine: la voix passive. C'est un di'ôle: c'est un drôle d'homme.

Bally, Traité de stylistique française. II. 3

34 Première Partie.

Une cuisine spacieuse : une cuisine appétissante. Un grand concours de population: un concours de thème latin. Le h'ouillon d'une lettre: un brouillon aux idées confuses. ^ordonnance du médecin: V ordonnance d^un officier. Le charpentier et le dentiste fabriquent tous les deux des râteliers! Causer avec un ami: causer du chagrin à un ami. Un salut poli: le salut de la patrie. Un méchant homme: un méchant habit. Une surface unie: un couple uni. Un point essentiel: une huile essentielle. Je suis tout interdit: la chassé est interdite. Découvrir une soupière: découvrir l'Amérique. Se rendre à la ville: se rendre à l'ennemi. Le bruit les empêche de s'entendre: s'entendre sur une question. Gagner la ville en voiture : gagner le gros lot à la loterie. Rappeler quelqu'un qui veut partir: rappeler une promesse. Repasser une leçon: repasser du linge. Conjurer un mauvais présage : je vous conjure de m'écouter. Le patron d'un atelier: le patron d'une robe. Un parti pohtique: un ï\û\Q parti. Une tablette de bois: une tablette à la mentlie. Un air pur: un air méchant. Un bouquet de fleurs: le bouquet du vin. La campagne au printemps: la campagne de 1870. Voyager en diligence : travailler en diligence. Le traitement d'un malade : le traitetnent d'un fonctionnaire. Une modeste aisance: une grande aisance dans les manières. Cours de taille: court de taille. Un flet de sang: un filet de pêcheur. hitriguer pour l'obtention d'une place: intriguer quelqu'un par ses airs mystérieux. Suspendre un tableau: suspendre un fonctionnaire. Restaurer une église: restaurer un voyageur. Acctiser un innocent: le thermomètre accuse 20 degrés. Nommer qn par son nom: nommer qn général.

Se ranger pour laisser passer qn : se ranger après une jeunesse orageuse. Élargir un habit: élargir un prison- nier. — A quoi cela tient-'û que je tiens à son affection? Je m'y prendrais autrement: je m'y prendrais autrement mieux.

Une note de couturière: une note de musique. Uusure d'un habit : prêter à usure. L'intérêt d'une question : Vintérêt de l'argent. Doubler un nombre: doubler un cap: doubler un habit. Le cours de la Bourse: le cours d'un

Délimitation des faits d'expression. 35

professeur. Dégrader un officier: dégrader un édifice. La plante du pied: une jo/a«^^ grimpante. - Le ressort d'une montre: cela n'est pas de mon ressort.

Exercice 26.

Les mots suivants présentent au moins deux sens complè- tement homonymes; on les trouvera à Vaide d'un dictionnaire et Von formera des contextes y que le dictionnaire fournira lui- même, montrant clairement l'écart de sens. Ainsi contenance signifie: 1) la mesure de ce qu\m réceptacle peut contenir ; 2) la manière plus ou moins aisée de se tenir vis-à-vis d'une autre personne. Ces sens une fois compris, on les fixera au moyen de contextes comme: <t-la contenance d'une bouteille: une contenance humble et réservée^.

Affecter. Dossier. Adresse. Défense. La veille. Mélier. Côte. Echec. Cause. Acte. Sujet. Lettre. Tirer. Dispenser. Apostrophe. Accès. Timbre. Exécuter, Charge. Cher. Bourse. Presse. Réserve. Intérêt. - - Sens. Place. Comprendre. etc. . . .

KB. On peut continuer indéfiniment ces expériences sur les sens homonymes en consultant, même au hasard, un dictionnaire français, de préférence le Dictionnaire Général; il suffit, pour faire des exercices de ce genre, d'opposer les sens au moyen des exemples que fournit le dictionnaire. On ne saurait trop insister sur l'impor- tance qu'il y a à familiariser les élèves avec ce genre d'étude.

Pour que ces oppositions aient toute leur valeur démonstrative, il faut 1. éviter de choisir des sens qui ne sont pas complètement séparés; 2. éviter d'opposer les sens d'un même mot employé dans des fonctions et avec un accord différents; ainsi on ne doit pas comparer «être stijet à des accès de fièvre» et «le sujet d'une tragédie» (parce que le même mot est adjectif dans un cas, et subs- tantif dans l'autre) ; de même, on ne peut comparer ^ tenir un bâton dans sa main» et «tenir à l'affection d'un ami» (parce que, dans le premier exemple, tenir est transitif, et dans le second cas tenir à est intransiUf; cf. SF. § 94).

3*

36 Première Partie.

Mots d'emprunt

(SF. § 56 et 62)

Les mots allemands réunis dans ces exercices ne sont pas tous tirés du français, mais ils ont tous dans cette langue des correspon- dants qui se prêtent à des rapprochements étymologiques (la plupail du temps malheureux). En traduisant (ou en retraduisant) ces mots en français il faut tenir compte de trois possibilités:

î. ou bien le mot allemand n'a pas le même sens que le mot français coiTespondant (p. ex. Kultur, qui, pour le sens, répond plutôt au français civilisation);

2. ou bien le mot allemand présente des particularités de forme qui le séparent du mot français (cf. eine Grappe: un groupe);

3. ou bien le mot allemand est un dérivé spécialement allemand d'un mot d'emprunt (p. ex. kuUurell a été dérivé par l'allemand de KuUur; culturel n'est pas encore français). La tendance de l'allemand à ajouter des suffixes aux mots d'emprunt est très caractéristique (cf. Rousseau 'sc/t« Ideen; Béïleiristik, physikctWsc^, etc.).

Exercice 27.

Trouver la différence de sens entre les emprunts allemands et les mots français qui y correspondent.

In einer Restauration essen: la restauration d'un édifice. Der Pedeïl einer Universitât : le bedeau d'une église. Eine Delikatessen\idXid\\in^\ la délicatesse de sentiments. Galanterie- waren: débiter des galanteries. Der Prokurist einer Bank: le procureur de la république. Ein fataler Witz: craindre une issue fatale. Sich nach dem Kompass richten: tracer un cercle au compas. Ein freies Coupé im Eisenbahnwagen : un coupé de maître. Eine pompôse Ausstattung: un style pompeux. In einem Verein hospitieren: hospitaliser un malade pauvre. Auf eine Stelle reflektieren : réfléchir sur un sujet. Eine Priifung ahsolvieren : absoudre un criminel. Ein Kabinettstilck feinsinniger Erzâhlungskunst : un savant de cabinet. Eine luxuriose Ausstattung: le péché de luxure; une végétation luxuriante. Eine Arbeit honorieren: honore ton père et ta mère.

Exercice 28. Dire, à pi'opos de chaque mot allemand, si un mot de forme analogue existe en français, quel sens il a et par quelle

Délimitation des faits d'expression. 37

aut7-e expression le mot allemand doit être traduit pour ^ue le contexte n'en souffre pas. Ex.: <^Ein Rezept des Arztes* ; fr. recette; mais ce mot a un autre sens (cf. <iune recette de atislne»); dites <(-une ordonnance du médecin-».

Deutsche Aj/Z^Mrgeschichte. Protokoll fiihren. Der Name des Adressaten. Herr N. ist mein Prinzïpal, mein Chef. Nach einer Pause wieder anfangen. Eine Brûnette; eine Blondine. Die Yidi\x^\.daten angeben. Im Affekt sprechen. -- Lessings Hamburgische Dramaturgie. Lokali- tàten zur Aufnahrae eines Régiments bereit halten. Interessenten haben freien Zutrilt. Eine romantische Fels- partie. Vier Grad unter Nuit. Eine familiàre Phrase. Eine hùbsche Frisur. Ein heichenkondukt. Ein Insérât in der Zeitung. Eine Generalprobe. Eine Prdbenummer zur Ansicbt schicken. Jertianden auf die Probe stellen. Prohieren Sie mal ! Das Mittel ist probat. Ein physikalisches Experiment. Er ist Spezialist in der Religionsgeschichte. Den Plan einer Reise hegen. Sich auf etw. kajprizieren. Ein solider junger Mann. Wir verkaufen nur réelle Waren, mit minderwertigen Fabrikaten nicht zu verwechseln. Ein fideler Kerl. Das ist salopp ausgedrùckt. Solenne Aus- drûcke. Ich finde den SpaÊ kapital. Eine originelle Leistung.— Phantastische Ideen. Ein krasser Gegensatz. Ein drastischer Effekt. Das kulttirelle Leben der Gegen- wart. Ein talentierter Musiker. Worte in formeller Hinsicht prûfen. Ein modernes Kleid. Ein Kleid modernisieren. Btiddhistische Priester. Krisenhafte An- fàlle. Plebejische Gewinnsucht. KontimUerliches Vordringen einer Epidémie. Papierner Stil. Er wird doch parieren mùssen. Ohne PaÊ reisen. Er hat sich furchtbar blamiert. Ich gratuliere Ihnen. Allerlei kritisieren. Man kann ihn nicht einfach ignorieren. Eine Mélodie rkythmisteren. Die Gruppierung der Elemente. Etw. mit peivUcher Genauigkeit beschreiben. Der junge Mann ist sehr musikalisch. Gegen das Hergebrachte opponieren. An elw. laborieren. Optimistisch, pessimistisch angelegt

38 Première Partie.

sein. Siidfrankreich wird vom Pariser Franzôsisch infiltriert. Die Posten einer Recbnung addieren. Sich fur Sprach- wissenschaft interessieren. Die Pikcmterie eines Ausdrucks. Er kujoniert mich fortwâhrend.

Exercice 29.

Chercher l'emprunt allemand qui correspond à chaque mot en italique et voir 1) si mot allemand a le même sens que le mot français, 2) s'il présente encore un autre sens que le mot français n'a pas. Ex.: <tTJne étoile fixe»; ail. fix; <tein fixer Sterne, mais aussi «fix und fei'tig'», sens inconnu au français.

Le parti conservateur. Le moment présent. Une action à 3%. Une jpré/7arai^«ow microscopique. Partition pour piano et chant (forme et sens!) Un manuscrit sur parchemin. Le patron d'une fabrique. Des pilules toniques. Éditer un livre, Pousser un char. Animer Je courage des soldats. Statuer sur un cas. Un appareil photographique. - - Ses cheveux frisent naturellement. Un débiteur insolvable. Quittance d'une somme payée.

NB. On peut continuer cet exercice en consultant les «Fremdwôrter» contenus dans Duden: Orthographisches Wôrterhuch (particulièrement à la lettre P) et en comparant le sens et la forme des mots allemands avec le sens et la forme des mots français correspondants.

Calques.

(SF. § 57-62)

Pour les calques, comme pour les emprunts, le point de vue historique et sémantique reste hors cadre; les comparaisons entre l'allemand et le français sont simplement présentées telles qu'elles peuvent s'ofifrir spontanément à l'esprit; si donc des ex- pressions allemandes et françaises sont opposées dans ces exer- cices, il ne faut pas en conclure dans tous les cas que l'allemand a traduit l'expression française ou viceversa. Bien souvent il y a traduction d'un côté comme de l'autre par emprunt d'une locution ou d'un mot à une troisième langue, p. ex. au grec ou au latin.

NB. L'exercice 30 n'a d'autre but que de montrer l'exis- tence du calque; on ne doit pas le traiter dans l'idée que nous

Délimitation des faits d'expression. 39

préconisons des rapprochements étymologiques que le Traité con- damne (cf. SF. § 62) ; l'exercice suivant montre du reste suffisamment ({uel est notre véritable point de vue.

Exercice 30.

Traduire automatiquement en français les mots et les locutions suivantes: les niots^ par traduction de leurs éléments^ les locutions, par traduction des mots qui les composent.

Vorlàufer. Mitleid. Taugenichts. Untersagmig. Barmherzigkeit (got. arman «misereri»). Selbstmord. Ûbei'setzUng der Bibel. Genuqtimng. Ansicht (latin CLd-\-videre). Von jemandem ahhdngen. Entschàdigen. Ackerhau. Eindruck; Ausdruck, Aussetzen, ausstellen. Schadef Malerisch (malen). Betràchtlich , ansehnlich {betrachten, ansehen «considérer»). Ausschlieâen; ausschUeâ- lich. Ausnahme; ausgenomm^n. Unternehmen (remarquer le sens absurde du préfixe). Jemandem etwas ahtreten (latin cedere «von einem Ort ahtreten'»). ( Schniirjleihchen (remarquer la traduction automatique du suffixe français, compris comme diminutif)- Rechtschreibung (composé tiré du grec). Schôpfen : ausscJiopfen = . Uberfliissig (und unnôtig). Das Leiden Ghristi (lat. pati «leiden»), Ein Buch herausgeben ; eine Klassikeraws^a&e. Ein Mann von groêem EinfluÊ. In diesem Falle (lat. casus, de cadere «fallen»). Dièse Auslegung ist bei den Haaren herbeigezogen und làÈt viel zu wUnschen ûbrig. Jemanden auf dem Laufenden halten. Ein epochemachendes Werk. Ver- sprechungen fur bare Mûnze (= b. Geld) nehmen. Ich bin nicht im stande, viel zu bezahlen. Etwas im Handumdrehen fertig bringen. Im Schiveiâe seines Angesichts arbeiten. Ein Stein des Anstoâes. Sein Licht unter den Scheffel stellen.

Exercice 31.

L'exercice précédent a montré l'existence du calque ; une seconde série d'exemples fera voir que la correspondance de sens n'est pas toujours exacte d'une langue à l'autre:

1. ou bien les deux expressions n'ont plus le même sens;

2. ou bien la correspondance n'est exacte que pour une partie

40 Première Partie.

des sens (cas de Inhalt «contenu» ; mais comparez «der Inhalt eines Romans»);

3. ou bien la dérivation a gi'effé une nouvelle formation sur l'ancienne (cas de kalthlutig).

Dire dans quels cas la correspondance est fausse, et par quoi il faut remplacer Vexpression suggérée par la traduc- tion automatique.

Der Inhalt einer Flasche: der Inhalt eines Romans. KaltblUtige Tùpferkeit. Auf Kosten jemandes reisen: auf Kosten jemandes lachen (l'emprunt Kosten forme deux calques différents). Eine photographische Platte enttvickeln: den Geist entwickeln (même cas). Einen Streitpunkt aufklàren: den Krieg erUaren (deux calques différents). Viele Tiere und nament- lich das Pferd. Jemandem etw. vorwerfen. Sich nach etw. richten: sich an jemanden richten (deux calques différents). Miiêig dastehen: eine milMge Frage (en français deux dérivés différents de lat. otium). Geld verdienen: eine Belohnung verdienen (calque de lat. mereor dans deux sens différents). Verdienst (même cas). Versuch : Versuchiing (deux calques de gr. peiraomai et de lat. tentaré). Seine Eltern unterhalten: sich kôstlich unterhalten. Der Last unterUegen (lat. suc- cumbere): der Tabak unterliegt einer Steuer von 10%. Eine ILXdâûkevausgahe mit Anmerkungen. Signer, soussigner, souscrire correspondent-ils chacun à chacun (pour le sens) à zeichnen, unterzeichnen, unterschreïben? Métamorphoser est emprunté à un mot grec, et transfigurer est un calque de ce même mot; quelle est la différence de sens? (voir Évangile sel. S. Matth. XVII 2, texte grec et trad. franc.).

Étymologie proprement dite.

(SF. § 66—68) Exercice 32.

Les rapprochements de sens indiqués pour chaque mot sont ceux que fait trouver son étymologie première; ils ont pour but de montrer quelle distance sépare la signification primitive et le sens actuel. On peut ou bien s*en tenir à ces constatations (les seules qui importent pour notre étude), ou bien chercJier

Délimitation des fails d'expression. 41

Vétymologie de chaque mot dans le Dictionnaire Général en rétablissant la filière des sens (procédé qui seul peut Justifier la recherche de l'origine des mots). Trouver surtout en quoi Vétymologie est inutile pour la connaissance pratique de ces mots; signaler les cas elle contredit même leur sens actuel (voir les deux premiers exemples); déterminer y dans chaque cas, la différence qui sépare le sens actuel du sens étymologique.

Une brouette est un chariot à deux roues ; un cadran est une chose carrée; une potence est une béquille; les coches et les pataches vont sur l'eau; une poutre est une jument: lourd veut dire sale; un m^oyen, c'est ce qui se trouve au milieu. Fermer (affermir). Noyer (tuer). - Le charme d'une femme (chant, incantation). Ladre comme un usurier (Lazare). Nous n'en serons pas quittes à moins de mille francs (tranquilles). Quitter une ville (tranquilliser). Le jiis de la vache (poitrine). J'ai de la peine à faire ce travail (châtiment). Avoir du d^t (du mépris). Devenir fou (ballon). Gagner beaucoup d'argent (paître). Cal- culer de tête (caillou). Une idée saugrenue (où le sel est en grains). Chenet (chien). Nonchalance (chaleur). Jouer un piètre rôle («qui va à pied» : Aoxxhlei pédestre). - Une maigre pitance (pitié).

Exercice 38.

Les mots opposés deux à deux dans cet exercice sont des doublets, c. à d. des couples de mots issus d'un setd et même mot (p. ex. frêle et fragile, issus tous deux du latin fragilis). Constater j dans chaque cas, la séparation ahsolue des deux mots au point de vue de la conscience linguistique et déterminer la différence de sens par des contextes appropriés.

Parole: parabole. ^- Coutume: costume. Hôtel: hôpital. Chétif: captif. Blâmer: blasphéyner. Une plaque de tôle: une table de bois. Une fabrique d'allumettes: une forge. Le pavillon anglais: un papillon de nuit. Un caractère loyal: un procédé Z^j^raZ. Un fil délié: une santé délicate. Caractère naïf : natif d'Amérique. Un passage

42 Première Partie.

étroit: le strict nécessaire. Le singulier et le pluriel: un sanglier. Vouer un culte à une divinité: voter pour un candidat. Communier à l'église: communiquer un secret à qn.

Ne pas se soucier d'une chose : solliciter une faveur. Une vitre de verre, Peser ce qu'on pense. Plier un journal: ployer une branche. Toute potion n'est pas un poison. Livrer un prisonnier, ce n'est pas le libérer. Exaucer une prière: exhausser un échafaudage. La croyance en Dieu: une créance échue. Le porche d'une église: le portique d'un temple grec. Une chose: une cause. La pitié: la piété. Un crétin: un chrétien.

Étymologie populaire.

(SF. § 69) Exercice 34.

Dans chacune des phrases suivantes, on a opposé deux mots rapprochés par étymologie populaire; on se rendra compte de la raison sémantique de ce rapprochement, puis on cherchera V étymologie réelle fournie par les dictionnaires (consulter de préférence le Dictionnaire Général).

Poser un objet, c'est lui donner une position. Héhéter, c'est abêtir, rendre bête. L'effroi glace les membres (froid).

Une émotion poignante vous étreint, vous empoigne. Contre ces forcenés les lois sont sans vigueur (force). Le faubourg, ce n'est pas la ville proprement dite (faux). On appelle un fanfaron de bravoure un fier-à-bras (fier). Mettre tout sens dessus dessous (c. à d. dans le mauvais sens), On confond quelquefois Tortho/J^c^iste et le pédicnve. Donner Vessor à son génie, c'est pour ainsi dire lui permettre de sortir. Échouer, c'est subir un échec. Être bourrelé (et comme bourré) de soucis. C'est une vilenie; c'est vilain, et c'est vil (lequel des rapprochements est conforme à l'étymologie?).

S^habiller, c'est mettre des habits. Cela est défendu de par la loi (par l'effet de la loi). Ébotdm' (boule). - Fumier (fumée). Tirer de but en blanc (en se tenant tout près du but). Être en butte aux injures (en être le but). Il n'est.

Délimitation des fait^ d'expression. '43

pas dans son assiette (confusion de deux sens homonymes du mot assiette). Marché, marchand (marcher). Une saynète (scène). - Se porter comme un charme (comme par l'effet d'un charmey. Une bande d'étoffe: marcher en bande. La retraite est l'action de se retirer, V attraction, l'action attirer. Louer quelqu'un, c'est faire son Hoge. Ne pas avoir affaire à quelqu'un, c'est n'avoir rien à faire avec lui (de l'orthographe «incorrecte» : avoir à faire à quelqu'un). Ce qu'on lègue est un legs.

Chapitre 2.

Les groupes phraséologiques. Séries d'intensité.

(SF. § 84) Exercice 35.

Remplacer, dans chacune des phrases suivantes, les points de suspension par l'adjectif d'intensité demandé par le sens et Vusage, et qu'on choisira dans la liste qui fait suite à l'exercice.

Donner un démenti .... II a pris la ... . résolution de s'améliorer. Prendre ua . . . . intérêt à une lecture. Déployer une activité .... - Examiner une chose avec un soin .... Ecouter un discours avec une attention .... Trahir une agitation .... Une preuve .... Répondre par un refus .... Ils sont unis par des liens .... Un .... outrage. - Témoigner à qn une .... reconnaissance.

- J'ai une envie ... de partir. Voler avec une rapidité ....

- C'est d'un prix .... Remporter une victoire .... Être d'une ignorance .... Elle est d'une laideur . . . . ~ Une avarice .... Un luxe .... Une répugnance ....

^ Étymologie réelle: charme, arbre dont le bois est très dur; cf. «se porter comme un chêne» ; le Dictionnaire Général donne l'étymologie populaire pour l'étymoloerie vraie!

V

44 Première Partie,

Catégorique, crasse, décisif, exorbitant, fébrile, ferme, fiévreux, formel, fou, indissoluble, insurmontable, irréfutable, minutieux, prin- cier, profond, repoussant, sanglant, sordide, soutenu, vertigineux, vif.

Exercice 36.

Même exercice que le précédent.

Une faim ... (2 adj.). Une chaleur ... (3 adj.). Une candeur ... Un sommeil ... (2 adj.). Gela est d'une nécessité. . . Une personne d'une . . . distinction. Faire de trop . . . libations. Dix ans de . . . services. C'est pour moi un devoir .... Cette lumière est d'un éclat .... Eprouver une . . . émotion. Essuyer une . . . défaite. Une . . . injustice. Une perte ... (3 adj.). Ils sont devenus ennemis .... Ce point est d'une importance .... Elle montre toujours une douceur .... Donner un ordre . . . Un argument ... Eprouver un besoin ... (2 adj.). Commettre une . . . erreur. Un froid ....

Absolu, angélique, canin, capital, cdpieux, criant, cruel, dévorant, éblouissant, glacial, grossier, irréconciliable, irréparable, loyal, naïf, péremptoire, poignant, pressant, profond, rare, réparateur, sacré, sanglant, sans réplique, sénégalien, sensible, torride, tropical, urgent.

Exercice 37. ,

Former une série avec chacun des verbes suivants, en choisissant dans la liste placée au bas de l'exercice les adverbes et expressions adverbiales demandés par le contexte.

On est . . . prié de ne pas fumer. Courir ... Promettre ... Recommander ... un protégé. Examiner . . . une question. Attendre . . . une lettre. Apprécier ... un savant. Je regrette ... de vous avoir fait de la peine. Rechercher ... (2 adv.). Contribuer ... à une bonne œuvre. Réfléchir . . . aux conséquences d'une affaire. Je vous félicite ... de votre succès. Je vois ... ce qu'il en est. Refuser ... S'ennuyer ... (3 adv.). Fuir ... Désirer ... Se plaindre ... de la conduite de qn. Être . . . convaincu d'une vérité. - S'amuser ... à une fête. Je vous engage ... à vous joindre à nous. Être piqué . . . par un sarcasme. Son infortune me touche ... Prouver ...

Délimitation des faits d'expression. 45

Étudier, savoir une chose ... Préparer une guerre . . . Je sais . . . que cela est faux. S'expliquer ... Sufire . . .

Activement, amèrement, amplement, ardemment, attentive- ment, catégoriquement, chaudement, clairement, fermement, à fond, hautement, impatiemment, instamment, largement, jusqu'aux larmes, de longue main, à mort, mortellement, à mourir, mûrement, nettement, par a + b, pertinemment, à perdre haleine, royalement, avec soin, sincèrement, solennellement, à toutes jambes, au vif, vivement.

Exercice 38.

Chercher, sous II, les mots qui peuvent former une série avec chacune des expressions contenues dans la liste I.

I . . . imminent, menaçant. ... vertement, d'importance.

. . . abordable, modéré, modique. ... à lier. . . . diamé- tralement opposées. ... poignante, aiguë. ... à tue-tête. ... à gorge déployée. ... intime. ... à coups redoublés.

... assourdissant. ... aveuglante. ... torrentielle,

diluvienne. ... à pierre fendre. ... frugal, plantureux,

succulent. ... de loup. ... de mort. . . . luxuriante.

- . . . herculéenne. ... à tire-larigot. ... une armée à

plate couture. Rendre un . . . signalé. Un caractère foncièrement ... ... chaudement. Sous le fallacieux . . . de ... tout rouge.

II. Ami, battre, boire, chanter, clarté, crier, danger, douleur, se fâcher, faim, fou, force, frapper, geler, honnête, opinion, pluie, prétexte, prix, recommander, repas, service, silence, tancer, vacarme, végétation.

Exercice 39.

Traiter de la même manière les exemples des exercices 35—37 en partant des listes d*adjectifs ou d^adverbes placées à la suite des contextes.

Exercice 40.

Daiis cet exercice, chaque nom ou verbe peut former une série usuelle avec un ou plusieurs des mots placés entre parenthèses ; choisir ces mots et exclure ceux qui formeraient des séries incorrectes. Ex.: étant donné <aimer (hautement.

46 Première Partie.

tendrement, passionnément)-», former les séries BÀm^Y tendrement, passionnément, et exclwe «aimer hautement-», qui serait in- correct.

Résistance (acharnée, extrême, opiniâtre, persistante). Jurer (catégoriquement, gravement, solennellement). Progrès (bon, marqué, réel, sensible, sérieux). Ordre (irréfutable, irrévocable, péremptoire). Résolution (énergique, ferme, impassible, imperturbable, inébranlable, inflexible). Maladie (épineuse, grave, inextricable, sérieuse). Difficulté (compliquée, impossible, impraticable, insurmontable, sans pareille). Remède (actif, efficace, énergique, important, infaillible, irré- sistible, souverain). Guérir (complètement, à fond, inté- gralement, parfaitement, purement, radicalement, souveraine- ment). — Asile (certain, infaillible, solide, sûr, tutélaire). Garder un trésor (énergiquement, jalousement, minutieusement, prudemment, avec soin). Vous voilà (bien, correctement, dûment, exactement, rigoureusement, soigneusement) averti. Tentative (chancelante, flottante, peureuse, timide). Gela suffit (amplement, copieusement, fortement, largement). Dimensions (colossales, démesurées, gigantesques, immenses, vertigineuses). Prix (coûteux, énorme, exorbitant, immense, lourd). Hauteur (culminante, extrême, vertigineuse). Travail (endurant, entêté, opiniâtre, patient, zélé). Ressem- blance (absolue, adéquate, exacte, fidèle, servile). Imitation (complète, fidèle, servile). Activité (fiévreuse, intense, vertigineuse). Importance (capitale, grande, essentielle).

Valeur (haute, profonde). Silence (intense, profond, religieux). Gris (pénétrants, perçants). Haine (meurtrière, mortelle). S'amuser (follement, princièrement, royalement).

Rire gorge déployée, à tue-tête). Fidélité (ferme, profonde, à toute épreuve). Toilette d'une élégance (con- sommée, souveraine, superbe, suprême). Ignorance (crasse, complète, entière, parfaite). Punir (rigoureusement, sévère- ment). — (Entièrement, pleinement, tout, tout à fait) satisfait.

- Travail (acharné, persistant, persévérant, soutenu). Efforts (âpres, consécutifs, obstinés, patients). Gela m'a (profondé- ment, violemment) touché.

Délimitation des faits d'expression. 47

NB. L'étude des adjectifs d'intensité peut être continuée indétininient par la consultation du Dict. des qualificatifs de Schéfer. 11 suffit pour cela de recueillir, dans une liste d'adjectifs, ceux qui ont un caractère intensif particulièrement frappant et de chercher (au besoin à l'aide d'un dictionnaire ordinaire) à quels substantifs ils se joignent le plus volontiers. Soit la rubrique grand (p. 140); je note, comme particulièrement intensifs: colossal, illimité, incal- culable, incommensurablCj inépuisable, infini, monumental, prodigieux, surhumain, volumineuse, avec lesquels je forme les contextes: une puissance colossale, des pouxoirs illimités, un nombre incalculable, une grandeur incommensurable, une complaisance inépuisable, Vin- finie bonté de Dieu, une bêtise monumentale (familier), une virtuosité prodigieuse, des efforts surhumains, une voluminetise correspondance. Ces contextes peuvent entrer à leur tour dans des phrases entières. Une fois en possession de ces matériaux, le maître peut aisément rejiverser les termes du problème et proposer à ses élèves des exer- cices semblables aux précédents.

Séries ou périphrases verbales.

(SF. § 85)

Les exercices suivants sont destinés à établir la correspondance entre les locutions verbales composées et les verbes simples de sens analoque. Nous considérons comme verbes simples:

1. les verbes formés d'un mot unique (ex.: former un p)^ojet = projeter);

2. les verbes réfléchis (ex.: tirer vengeance de = se venger de):

3. les verbes ^^aiS-.?//*- (ex. : arriver à ferme = être achevé) ;

4. les verbes dits causatifs ou factitifs (SF. § 144) indiquant que le sujet est la cause de l'action d'un autre (ex.: arracher des pleurs = faire pleurer);

5) le verbe é^rc accompagné d'un jprfft^tca^ (ex. : fermer les yeux ■= être indulgent).

Le verbe simple remplaçant la locution composée sert uni- quement à l'identifier et à montrer sa qualité de série phraséologique: la correspondance de sens n'a pas besoin d'être rigoureuse; comme on le voit par les exemples ci-dessus, la locution a souvent une plus grande force que le verbe simple, ou bien elle comporte unf- nuance de sens ou un effet particuliers.

NB. Les exercices qui suivent ne sont pas seulement im- portants au point de vue de la phraséologie: ils sont une prépa- ration directe aux exercices sur l'identification (SF. 11^ partie. chapitre 3).

48 Première Partie.

Exercice 41.

Remplacer chaque locution verbale par un verbe simple de la même famille que le substantif en italique. Ex.: * Faire usage rfe» son droit: user de son droit.

Adresser une demande à qn. Cette question n'a pas encore reçu de solution. Prendre note d'un nom. Adresser de sérieuses critiques à un auteur. On ne peut encore porter aucun jugement sur cette affaire. Porter une accusation sans fondement. Proférer des menaces contre qn. Prendre la mesure d'une table. Mettre un terme à une querelle. Faire des progrès dans ses études. Faire des efforts pour réussir. Induire en tentation par l'attrait du plaisir. Se mettre à la poursuite d'un voleur. Faire Vachat d'une montre. Prendre à sa charge les frais d'un voyage. Tramer un complot contre la personne du souve- rain. — Porter remède à un abus. Prendre sa retraite après 25 ans d'activité. Mettre une question à V étude. Se mettre à la recherche d'un déserteur. Faire une tentative de réconciliation. Faire un plongeon dans l'eau. Avoir la jouissance de tous ses biens. Venir en aide à un indigent. Avoir recours à l'obligeance de qn. Faire remise d'une dette à un débiteur. Je vous présente mes sincères remerciements. Prendre du repos après un long travail. Mettre sa conduite en accord avec ses principes. Vous courez risque d'échouer. Aviez-vous déjà connaissance de la chose? L'armée bat en retraite. Tirer vengeance d'une injure. Mettre à V épreuve le dévouement d'un ami. Porter secours à un navire en détresse. Donner connaissance d'une décision aux intéressés. Je prends une grande part à votre douleur.

Exercice 42.

Remplacer les locutions suivantes par des verbes simples, sans que ceux-ci soient nécessairement de la même famille que les substantifs compris dans les locutions (ex.: prendre de l'extension = se développer).

Délimitation des faits d'expression. 49

Ajouter foi à une nouvelle. Passer une convention avec qn. Faire bon accueil à un solliciteur. Donner son assentiment à un projet. Faire appel à la générosité de qn. Mettre en vente un article. Mettre le feu à un tas de paille. Pousser des cris aigus. Verser des larmes amères. Contracter une obligation envers qn. Faire ses préparatifs de départ. Former le projet de partir en voyage. Prendre une détermination. Se mettre en route. Faire un séjour dans une ville. Mettre en ordre ses affaires. Mettre le siège devant une ville. Poser sa candidature à la députation. Adresser la parole à qn. Rendre un verdict de culpabilité. Prendre un bain. Donner des soins à un malade. Se mettre en colère. Encourir le blâme. Engager les hostilités. Etablir un parallèle entre deux écrivains. Etablir une distinction entre deux choses. Prendre qn pour modèle. Son nom est tombé dans l'oubli. Commettre une faute, une erreur, un meurtre.

Exercice 43,

Remplacer chaque verbe simple par une locution de sens analogue et formée avec le verbe ou le nom placé entre paren- thèses ; les substantifs ne sont pas nécessairement de la même famille. Ex. : tomber (faire) signifie que tomber doit être remplacé par faire une chute.

Etre intéressé dans une affaire (intérêts) et être intéressé à sa réussite (intérêt). Faire circuler, répandre une nouvelle (mettre). Finir une affaire (mener). Je vous permets de sortir (donne). S'abriter contre la pluie (se mettre). Un édifice se dégrade (tombe). Lequel préférez-vous? (donnez). Comment le mal est-il né? (pris). L'oiseau s'envole (prend). Enquêter sur les troubles du Midi (faire). Considérer sérieusement une objection (prendre, tenir). Échouer dans une entreprise (essuyer). Je conclus de tout ceci que (tire). Prétendre à un héritage (élever). Ordonner (donner, intimer). S'engager à une chose (prendre). Négocier avec l'ennemi (entamer). Acquérir une propriété Bail y, Traité de stylistique française. II. 4

50 Première Partie.

(faire). Influer (exercer). Obliger qn à. faire qch. (mettre). Libérer un prisonnier (remettre, rendre). Asservir (réduire). Députer (envoyer). Congédier (donner).

Consentir (mains). Céder, 7'eculer (pied). Accorder une demande (droit).

NB. On peut continuer cet exercice au moyen des listes de verbes du dictionnaire de Schéfer, en s'attachant surtout à ceux qui expriment des idées abstraites (commencer, juger, etc.). Voici des exemples empruntés à la rubrique commencé (nous donnons entre parenthèses le mot caractéristique de la locution; celle-ci sera reconstituée, puis introduite à son tour dans un contexte) : un artiste commence (débuts); commencer un ouvrage (chantier); esquisser, ébaucher (faire); essayer (mettre); naître (prendre); éclore (œuf); partir (ancre, chemin, route, voile).

Rubrique jugé: arrêter (rendre) ; calculer (faire) ; conclure (tirer) ; considérer (prendre); croire (foi); décider (prendre); déterminer (prendre); discuter (mettre); examiner (soumettre, faire subir); juger (jugement, sentence, verdict), etc.

Rubrique pris: arrêter (mettre en état de); choisir (faire, dévolu); occuper (possession): saisir (main basse); surprendre (fait, flagrant délit), etc.

Exercice 44.

Trouver, pour chaque verbe simple, une locution composée ayant un sens analogue, et former de courtes phrases avec ces locutions. Ex.: être vieux = être avancé en âge (<^Socrate était déjà avancé en âge quand il fut mis en accusations^).

Démissionner. (Commencer à) régner. Commander une armée. Être fier d'une chose (vanité). Incendier (une ville). -- Allumer (de la paille, etc.). Pleurer. Regarder (yeux, regard, coup d'œil). Soupirer. Se lamenter. Ridiculiier qn. S'allumer. Discourir. Jurer (de faire une chose). Se rappeler une chose. Nuire à (tort, mal, préjudice). Blesser. Frapper. Souffleter.

Être désespéré. Emprisonner. Taire une chose. Haïr. Arranger (des objets). Disposer de (p. ex. de capitaux). Partir par mer (voile). Se diriger vers un port (cap), Sombrer (pic). Faire sombrer un navire (bas, fond). Donner qch. (cadeau, don, présent). S'asseoir (place).

Délimitation des faits d'expression. 51

Exercice 45.

Reïtforcer Vidée de chaque verbe simple en formant une série au moyen du verbe placé entre parenthèses y et en y ajoutant un des adjectifs d'intensité figurant à la fin de Vexercice. Ainsi se tromper (commettre) deviendra 1) com- mettre une erreur, 2) commettre une grave erreur, une erreur grossière.

Être très attentif (prêter). Démentir (donner). Punir (intliger). Corriger (administrer). Examiner de près (soumettre). S'intéresser beaucoup à qn (porter). Cette histoire est très intéressante (présenter). S'opposer (faire). Résister (opposer). Supplier (adresser). Vaincre (rem- porter). — Être tout à fait libre (jouir). Pécher (commettre). Se tromper (commettre). Se fâcher (entrer). Être très éclatant (jeter). Embarrasser qn (jeter). Ecouter attentivement (prêter). Avancer très vite dans une science (faire). Vouloir faire une chose (avoir). -^ Coûter très cher (être). Coûter trop cher (être). Surveiller (exercer).

Acharné, actif, ardent, attentif (2), éclatant (2), élevé, entier, exorbitant, ferme, fervent, grand, grave, grossier, magistral, profond, rapide, sévère, soutenu, vif (3), violent (2).

Séries incorrectes.

(SF. § 86) Cet exercice contient des spécimens de locutions incorrectes, empruntées pour la plupart à des travaux d'élèves de langue alle- mande. Ces incorrections proviennent, tantôt de ce qu'une locution allemande a été traduite trop servilement, tantôt, et le plus souvent, de la confusion (ou, comme on dit, de la «contamination») de deux locu- tions voisines; ainsi <<exercer une attention soutenue^ est une conta- mination de 1. exercer une (active) surveillance sur, et 2. prêter une aitetition soutenue à.

Exercice 46.

Chercher Vorigine de chaque locution vicieuse et la rem- placer par une expression correcte; la partie incorrecte de la locution est en italique.

Se détacher du joug de la tyrannie. Éprouver un terrible accident. Essuyer une curieuse aventure. Un

4*

52 Première Partie.

entrepreneur doit tenir le terme arrêté pour la livraison d'une construction. Être délivré de sa prison. Regagner sa liberté. Exécuter un serment. Donner la promesse de faire une chose. Une quantité exorbitante. La chaleur baisse, cède, s'apaise, se ralentit. Tirer un avantage, retirer- profit d'une chose. Saisir la parole. Saisir la fuite. S'attirer une maladie. Devenir malade. Faire préjudice à qn. Ce travail me fait beaucoup de peine. Faire une chose à plusieurs fois. Être dans un âge élevé. Asséner une blessure à qn. Former un plan. Tomber en colère. Faire emploi d'une chose. Avoir habitude de se promener après les repas. Il est la m,ain droite

de son maître.

*■

Utilisation des dictionnaires.

Exercice 47. '

Former, avec les substantifs stcivants, des séries phraséologi- ques correspondant aux expressions allemandes placées entre parenthèses. Ex. : air (aussehen) = avoir l'air ; former avec chaque locution une courte phrase (Ex.: «^Vous avez l'air malade^).

Liberté (sich etw. erlauben; befreien). Siège (belagern). Lumière (sichtbar machen). Vue (sichtbar v/erden; etw. in Aussicht nehmen). Jour (der Tagesanbruch ; gebâren; am Tage; ôÊfentlich; nâchstens). Peine (kaum; sich an- strengen; Miihe machen; leid tun). Ame (niemand; sterben). -T- Dette (bezahlen). Mors (durchgehen). Main (betteln; behûlflich sein; eine Arbeit anfangen; handgenaein werden; seit langer Zeit; heimhcL; in einer Sache befehlen; vollenden). Compte (berechnen; in Erwâgung ziehen; berichten; billig [kaufen] ; schlieêlich ; jemandem etw. zuschreiben ; eine Rezen- sion). Tête (trotzen ; mit jemandem allein sein ; ein Heer befehligen; ein Wein ist berauschend; ttiir schwindelt). Pied (ein Heer aufbringen; den Boden berùhren; absteigen; mutig, standhaft ahwarten ; lange warten; jemanden in die Enge treiben; wôrthch nehmen). Garde (sich vorsehen; Wache halten). Feu (abfeuern; obdachlos sein).

Délimitation des faits d'expression. 53

NB. On peut continuer cet exercice, très utile, avec les bons dictionnaires français-allemands qui tiennent compte de la phraséologie; consulter surtout les articles concernant les mots les plus usuels, comme tête, pied^ bouche, hras; pierre, terre; pièce, paH, partie, etc.

Unités phraséologiques.

(SF. § 88 et 92)

Exercice 48.

Les phrases suivantes renferment des locutions qui ont le

caractère «^'unités plutôt que de séries. 1) On délimitera chaque

locution dans V ensemble de la phrase (SF. § 102); 2) on

remplacera chaque locution par un mot simple (SF, § 92),

ou, à la rigueur, par une locution synonyme ; 3) on déterminera

la catégorie grammaticale (nom, verbe, adjectif, adverbe, etc.) à

laquelle appartient le mot simple, et par conséquent la locution.

Ex.: *Un travail de longue haleine» ; 1) de longue haleine est

tm tout; 2) il équivaut à long; 3) long et de longue haleine

sont des adjectifs. De même: <^Cet ouvrage doit coûter à peu

près dix francs* ; à peu près = environ (adverbes), etc.

NB. Ces locutions, comme toutes celles examinées dans ce chapitre, appartiennent à la langue courante ou à la langue écrite; les expressions composées de la langue famiUère, régies d'ailleurs par les mêmes lois, seront traitées dans les exercices de la septième partie. Nous rappelons que la réduction des locutions composées à des mots simples équivalents est une préparation directe et indispen- sable à l'étude de l'identification des faits de langage; on doit tenir grand compte de ce genre de comparaisons.

Prendre son parti d'un échec. Prêter l'oreille aux propos des flatteurs. Je vais le voir de temps à autre. Avec de la persévérance, la chose ira à bien. Prenez garde de me pousser à bout. C'est un homme dont je fais grand cas. Casser aux gages un domestique. Parler à cœur ouvert. Se rendre compte de l'utilité d'une chose. Faire une chose à son corps défendant. Rester court au milieu d'un discours. Mettre qn en demeure de s'expliquer. Mettre en doute la réalité d'un fait. En un clin-d'œil il eut fini. Un contrat rédigé dans les formes. Rendre grâce à Dieu de ses bienfaits. Un travail de longue haleine.

54 Première Partie.

Arriver à grand peine à terminer un ouwage. Mettre la dernière main à un tableau. Entrer en matière après un court préambule. L'ennemi commence à lâcher pied. Prendre en pitié un malheureux. Garder rigueur à qn qui vous a offensé. Faire fausse route. Faire cause commune avec qn. Tenir compagnie à qn. Un bon mot n'est pas toujours bon. II est hors d'état de se défendre. Faire entrer une dépense en ligne de compte. Je suis bien aise de vous revoir. - Une jeune fille très comme il faut. Un endroit mal famé. Une solidité à toute épreuve. Un ouvrier au courant de son métier. Être passé maître dans un art. Des idées terre à terre. Votre chapeau est posé tout de travers. Prendre sur soi les frais d'un voyage. Un commerçant doit faire honneur à sa signature. Les vivres font défaut. Faire preuve d'un grand courage. Rencontrer qn par hasard. Répéter sans cesse la même choses Examiner une chose à tête reposée. On ne peut prévoir la chose à coup sûr. Je vous dis cela par acquit de conscience. Je reviendrai tout à l'heure. Faire une chose à bon escient. Venez sur-le-champ. C'est exact à peu de chose près. Se lever de bonne heure. Percer un corps de part en part. Connaître à fond une science. Quand même cela serait vrai, je ne puis y ajouter foi. Avoir qch. à portée de la main. Il s'habilla tant bien que mal, à la hâte. Tous à l'exception d'un seul. Revenir au bout de dix ans. Flotter au gré du vent. Je l'ai vu il y a deux ans. Marcher le long du fleuve. Magasin fermé pour cause de décès. Par suite certaines circonstances il m'a été impossible de venir. Il l'a fait en dépit de mes avertisse- ments. - Gela est fait en dépit du bon sens.

Indices de Tunité phraséologique.

(SF. § 89 et suiv.)

Exercice 49.

Indices orttio^raphiqnes.

(SF. § 90,1) Cet exercice contient des mots formés d'anciens groupes phraséologigues dont les éléments ont été confondus dans

Délimitation des faits d'expression. 55

V écriture f p. ex.: milieu ^owr mi lieu. 1) Beniplacer ces mots par a' autres, synonymes ou analogues (p. ex. : milieu = centre) ; 2) alors seulement, décomposer ces mots au moyen des indi- cations fournies par un dictionnaire (consulter de préférence le Dictionnaire Général); ex.: milieu = mi lieu = lat. médius locus, et constater que le sens primitif est oublié!

Un endroit éloigné. Avoir de Ventrain. Le plafond d'une chambre. Un parterre de fleurs. Une affaire importante. Une averse soudaine. Prendre de Vembon- point. Le bonheur, le malheur. La malchance le pour- suit. — Avoir de Yentregent. Un sanglant affront. Un vilain bonhomme. Un malaise momentané. Monsieur, Madame et Mademoiselle X. Donner un acompte sur ce qu'on doit. Donner V alarme. Paravent ^ parapluie, paratonnerre. Gendarme, gentilhomme. Engager des pourparlers. Une marchandise de bon aloi. En amont, en aval d'un pont. ha. plupart des hommes. S^ envoler, s^enfuir, s'ensuivre. Beaucoup d'argent. Un air débon- naire. — Soyez le bienvenu. Davanta^ge, toujours, aussitôt, bientôt, dorénavant, désormais, autrefois, parfois, quelquefois, avant, après, auparavant, pourtant, cependant, toutefois, néan- moins, nonobstant, hélas, afin de, parce que, puisque.

Séparation des éléments des locutions.

(SF. § 90,2)

Le type parfait des locutions à éléments séparables se trouve dans les formes grammaticales; p. ex. la négation fie . . . pas, les temps composés des verbes (j'ai fait, je suis venu, etc.) l'auxi- liaire peut toujours être séparé de son participe par d'autres mots (cf. j'ai mal fait, j'y suis souvent venu, etc.) ; la phrase : il n'a pas fait cela renferme deux unités séparables enchevêtrées. Ces cas ne seront pas envisagés ici; on ne considérera que les unités d'un caractère essentiellement lexicologique (comme celles de tous les exercices de ce chapitre); p. ex.: faire fi de = dédaigner (cf. «Il ne fait jamais fi des bons morceaux»), rendre service (cf. rendre uu grand service), etc.; mais il ne faut pas oublier qu'il n'y a pas de différence de principe entre ces deux catégories (voir SF. § 252).

56 Première Partie.

Exercice 50.

Reconstituer^ dans les phrases suivantes, Vunité des locutions dont les éléments sont séparés par d^autres mots, et remplacer ces locutions par des expressions de sens analogue (ex.: faire fi = dédaigner).

La machine est mise insensiblement en mouvement. J'ai mis tout en œuvre pour le faire réussir. Nous venons de partir, et je n'en peux déjà plus. Il ne pourra pas prendre de si tôt sa revanche. A-t-on encore pied à cet endroit de la rivière? Il est seul à la tête des troupes. Ils sont toujours aux prises l'un avec l'autre. Il m'a tenu fidèle compagnie. Mettons-nous sérieusement à l'œuvre. - On pourrait, à la grande rigueur, soutenir cette hypothèse. Je ne vous garderai jamais rancune. Avoir grand faim. Passer une armée en revue. Mettre une idée à exécution. Avoir un peu envie de pleurer. Vous ne me faites pas du tout peur. Son départ aura très probablement lieu jeudi. Ce député ne prend pas souvent la parole, -r- Ne vous mettez pas, comme ça, pour un rien, en colère. Grâce, sans doute, à cette bonne volonté dont il fit preuve, il dut de réussir rapidement.

Exercice 61.

Reprendre quelques-unes des locutions contenues dans les exercices précédents, pcmr en former des phrases les éléments soient séparés de la même manière. Ex.: entrer en matière: <i Entrer tout de suite en matière».

Locutions à éléments interchangeables.

(SF. § 90,2)

encore, les formes de syntaxe offrent les exemples les plus parfaits ^cf. plus haut); ainsi une préposition (comme p. ex. près de), qui peut être suivie de n'importe quel substantif {près de la route, près de la maison, etc.), n*est pas autre chose que l'élément fixe d'une locution de cette espèce; de même une conjonction avec la proposition qu'elle introduit (p. ex.: Si vous voulez^ s'il fait beau temps, etc.). Mais nous n'envisagerons naturellement que les locutions d'un caractère essentiellement lexicologique, bien qu'il n'y ait pas

Délimitation des faits d'expression. 57

de séparation absolue entre celles-ci et les «locutions grammaticales» (voir SF. § 252).

Exercice 52.

1) Trouver^ par substitution d'un élément, le contraire de chacune des locutions suivantes, p. ex. bien élevé: mal élevé, en haut: en bas etc.

Vendre en gros. Voyager par mer. L'avant-garde d'une armée. Parler à haute voix. Faire une chose de bon gré, de bonne grâce. Au delà du fleuve. En amont du pont. Aller en avant. Vraupper, par devant. Passer par-dessus. La bonne chance. Ma montre est en avance. Une machine en mauvais état. Trente francs au plus, tout au plus, Être bien en point. Avoir bonne mine. Il avance de plus en plus, Il est parti: tant mieux! Les juges lui ont donné raison.

2) Remplacer les expressions en italique par d'autres plus simples, de manière à montrer qu'il s^agit bien de locutions composées (p. ex.: c'est du dernier bourgeois = c*€st extrême- ment bourgeois, etc.), puis remplacer l'élément variable de la locution par un ou plusieurs autres éléments (p. ex.: c'est du dernier galant, etc.).

Regarder d'un air sévère. Parler d'un ton de reproche.

Chasser un chien à coups de pieds. Marcher à pas lents,

Cet homme est des plus aimables. Venez aussitôt que possible. Il est on ne peut plus complaisant. C'est de la dernière inconvenance. La faute est bien pardonnable, si faute il y a. Le premier imbécile venu aurait trouvé cela. Ils sont en lutte les uns contre les mitres. Cela augmente de jour en jour.

Mots indépendants et mots en locution.

(SF. § 93) Exercice 53.

Dans cet exercice, des couples de phrases sont établis de telle sorte qu'un même mot apparaisse dans son emploi indé-

58 Première Partie.

pendant et soti sens le plus usuel (p. ex. champ dans: «champ de blé^), et aussi comme élément d'une locution toute faite (p. ex. sur-le-champ^. 1) Faire, dans chaque cas, la distinction entre l'une et Vautre fonction; 2) remplacer la locution par un mot simple ou une périphrase de sens analogue; p. ex. sur-le- champ = «immédiatement, tout de suite»; etc. ; 3) constater que, en locution, le mot étudié n'a plus de sens par lui-même; signaler particidièrement les locutions otc le sens usuel serait positivement absurde, comme dans «prêter l'oreille à une propo- sition'», <i'écouter de toutes ses oreilles-», etc.

NB. Plusieurs des exemples cités ont, en locution, un sens nettement archaïque, et pourraient, par conséquent, figurer aussi dans l'exercice 57.

Un fait important: un incident tout à fait sérieux. J'éprouve du plaisir à l'écouter : j'attends votre bon plaisir. Garder le silence: garder un enfant. Quels sont vos desseins?: faire une chose à dessein. Faites-le, si cela vous plaît: passez-moi le pain, s'il vous plaît. Avoir les yeux à fleur de tête: cueiUir des fleurs. Savoir un poème par cœur: son cœur bat à se rompre. Il viendra à coup sûr: recevoir un coup. Vouloir une chose à toute force: manquer de force: faire sortir qn de force. Mettre qn à la porte: il faut qu'une porte soit ouverte ou fermée. Un titre de noblesse: j'accepte, mais à titre de revanche. Faire grand cas d'un élève: c'est un cas épineux. Avoir t^ent d'une chose: regarder d'où vient le vent. Un feu de bois: un fusil qui fait long /éî?^; faire /eî^ sur un lièvre. Le bout d'une corde: être à bout d'expédients. Être bon: tenir bon. Etre à Varticle de la mort : un article du code. Prendre un Hvre: prendre le pas sur qn. II n'a aucune méthode, il va au petit bonheur: le bonheur parfait n'est pas de ce monde. Rendre un objet prêté : faire 7'endre gorge à un escroc. C'est son père tout craché (familier): cracher par terre. Vous voilà enfin? à la bonne heure! : Vheure est venue. Une fiche de consolation: consigner des notes dans des fiches. Conclure un marché: acheter quelque chose à bon tnarché. -La classe ouvrière: il est la cheville ouvrière

l

Délimitation des faits d'expression. 59

de toute l'afTaire. Expliquer un mot: ils se sont donné le mot pour ne rien dire. Sauter à pieds joints: lâcher pied. Tenir compte d'une circonstance: établir un compte. Le cas échéant, on procédera à une nouvelle enquête: l'héritage loi est échu. C'est son propre cousin: il a de V àmour-p ropre.

Déchirer qn à belles dents: une belle robe. Un usurier âpre au gain : un goût âpre. Fausser compagnie à qn : fausser une clé. Lancer un cer/-volant: un cerf aux abois. Avoir V avantage sur un adversaire: cette situation offre de grands avantages.

Exercice 54.

Dans cet exercice les mots en italique font partie de locutions et n'ont pas leur sens dominant ou usuel. 1) Former des contextes ce setis dominant apparaît ; 2) identifie}' chaque locution au moyen dUm mot simple ou dhme périphrase. Ex.: Prêter serment de fidélité jurer fidélité; cf. prêter de l'argent à un ami.

Courir un danger. Brûler la politesse à qn. Se rendre compte d'une chose. Coucher un acte par écrit. Ajouter foi à une nouvelle. Savoir gré à qn d'un service.

Rendre service. Tomber malade. - Passer un détail sous silence. Il m'a planté là. Tomber par terre. Un beau jour on le vit reparaître. Tomber au beau milieu de l'étang. Dévaliser un passant en pleine rue et en plein midi. Se lever de grand matin, de bon matin. Avoir la haute main dans une affaire. Des objets sont invisibles à l'œil nu. Prendre l'air. Ne prenez pas mon observation en mauvaise part. Il sai^ tirer parti de tout. 11 m'a à peine regardé. Entrer en matière après un court préambule.

Exercice 65.

Les locutions suivantes n'offrent aucun sens par la décom- position de leurs éléments condition, bien entendu, que cette décomposition soit spontanée, et ne s'appuie sur aucun travail d'érudition). Constater le fait en cherchant le sens usuel des mots pris individuellement (p. ex. : poser une question à brûle-

60 Première Partie.

pourpoint; cf. brûler du bois; distinguer un pourpoint d^avec un haut-de-chausses) ; puis remplacer chaque locution par un mot simple ou une périphrase de sens analogue (p. ex. à brûle- pourpoint = «inopinément, brusquement, sans avertir»).

Avoir maille à partir avec qn. (Donner un rendez-vous à qn et) lui faire faux bond. Il prend facilement la mouche; il a la tête près du bonnet. Se quereller à propos de bottes. Tirer sur qn à bout portant. (Je ne devine pas:) je donne ma langue aux chiens. Faire des châteaux en Espagne. Chercher midi à quatorze heures. (Faire une promenade) entre chien et loup. Ecrire à qn une lettre à cheval. Il a fait chou blanc, et en est pour sa courte honte. Je veux en avoir le cœur net. Être de compte à demi avec qn. Il est heureux comme un coq en pâte. La musique, ce n'est pas dans mes cordes. J'y vais séance tenante. Travailler d'arrache-pied. Prendre ses jambes à son cou. J'ai fait cette chose à mon corps défendant. Attendre qn sous l'orme, croquer le marmot, faire le pied de grue. (Il y a trop de travail:) les ouvrières sont sur les dents. Il ne fit ni une ni deux (et marcha droit à son adversaire). Ces enfants font le diable à quatre (quand leur père n'y est pas). C'est moi qui serai le dindon de la farce. Aller à fond de train. Une causerie à bâtons rompus. Nous gardons cette histoire pour la bonne bouche. Un Genevois de la vieille roche. Battre froid à qn. Ils en ont fait des gorges chaudes à mes dépens.

NB. On trouvera beaucoup d'autres exemples dans les recueils de «gallicismes».

Locutions de forme analogue. Exercice 56.

Dans Vexercice suivant chaque couple de phrases renferme deux locutions de sens différents, malgré Vancdogie ou même Videntité de leurs formes. Déterminer la signification de chacune d'elles au moye7i d"" expressions synonymes et constater V inutilité des détails de forme pour la fixation du sens.

Délimitation des faits d'expression. 61

Mettre la main à l'ouvrage: mettre la main sur un voleur. Ne serrez pas si fort, vous me faites mal: le phylloxéra fait du mal à la vigne. Je le veux: Je le veux bien, si cela vous fait plaisir. Gela me fait de la peine de vous voir triste: ce travail me donne de la peine. Faire sa toilette chaque matin: faire toilette pour aller au bal. Il y a un rapport entre ces deux questions : avoir des rapports avec quelqu'un. Vous avez lieu de vous plaindre : la bataille de Salamine a eu lieu en 480. Ce n'est pas en prenant de grands airs qu'on a grand air, On vous a fait tort dans le partage : votre conduite vous fait du tort. Prendre congé après une visite: prendre un congé pour cause de maladie : prendre son congé après une longue carrière. Vous avez de la chance, donc vous avez chance de réussir. Sa charité le sollicite sans cesse à faire le bien: on me sollicite de coopérer à cette œuvre. Y tenez-^ous beaucoup ? : il fait trop chaud, je n^y tiens plus. Servez-moi de guide: servez- moi vite, garçon, je sais pressé. Le chat tient du tigre: à quoi tient le bonheur de l'homme! Croire en Dieu: croire aux revenants. S^ occuper sérieusement c^'une affaire: s'occuper sérieusement à des bagatelles. Avoir droit à un héritage: avoir le droit de voter. Il faut mourir: il me faut de l'argent. Manquer du nécessaire: manquer à sa parole. Je pense aller vous voir demain : je pense sérieuse- ment à m'expatrier: que pensez-vous de cela? Ce que femme veut, Dieu le veut: je ne veux point c^'un trône je risque ma vie. Il est intéressé dans cette entreprise: il est intéressé à sa réussite et s'intéresse à toutes les nouvelles qu'on en donne. Passer une station: passer par Berlin en allant à Paris. S''\\ venait à mourir?: il vient de mourir. User de son droit: îiser ses habits. Cette couleur tire sur le vert: mon travail tire à sa fin. Se passer une fantaisie: se passer du superflu. Causer une déception à qn: causer de la pluie et du beau temps. Le beau participe du vrai: participer à une entreprise. S'il arrive quelque chose, je m'en prendrai à vous : vous ne savez pas vous y prendre. Vous m'en voidez de ce que j'ai fait?: c'est à moi que vous

62 Première Partie.

en voulez?: que me voulez-vous?: voulez-vous de moi pour guide? S^ échapper de sa prison: échapper à la mort. Il se fait grand: il se fait à la vie. Il rit de moi: il se rit du danger. Attendre la mort calmement: s'attendre à un échec. Décider une chose: se décider à une chose: le sort décide de notre vie. Mêlez-vous de vos affaires: se mêler à la conversation. Une chose me convient: je conviens d'xxne chose avec qn. Ow êtes-vous?: en êtes-vous de votre travail? Mettre de l'argent de côté: il demeure dans la maison à côté. Vous m.'' obligerez en le faisant: si vous ne le faites pas, vous m'obligerez à vous punir. Devoir de l'argent à qn: devoir sa fortune à son travail.

Archaïsmes de sens.

(SF. § 94) Exercice 67.

Dans cet exercice chaque mot en italique apparaît comme élément d'une locution et avec un sens sorti de l'usage.

1) Former des contextes montrant le sens dominant ou un des sens dominants de ce mot dans V usage actuel et dans son emploi indépendant (ex.: *en dépit de-», cf. «crever de dépit*^;

2) remplacer chaque locution composée par un mot simple ou une périphrase (ex. : ^arriver au port en dépit de la tempête"» : en dépit de = malgré).

Il est plus mort que vrf. Accorder créance à une nouvelle. Il a été condamné en vertu de l'article 229 du . code pénal. Faire une chose de son propre chef. La profession de foi du ^^icaire Savoyard. Je n'admets cette hypothèse que sous bénéfice d'inventaire. Une loi entre en vigueur. Ils sont assis côte à côte. Dresser procès-verbal. Il me tient lieu de père. Vous avez lieu de vous plaindre Mettez-vous en devoir de me satisfaire. Il est hors c^'haleine pour avoir trop couru. Est-ce à dire qu'il faille tout abandonner? Gela se passait du vivant de mon père. Mettre qn en demeure de s'expliquer. Il u'y a pas péril en la demeure.

Délimitation des faits d'expression. 63

Mots archaïques.

(SF. § 95) Exercice 58. Délimiter, dans les phrases suivantes, les locutions composées, leur trouver des synonymes et dire quels sont les m,ots archaï- ques qui y figurent.

Faire une chose par mégarde. Chercher noise à qn. Faire bonne chère. L'entreprise est à vau-l'eau. J'ai vu d'emblée de quoi il s'agissait. Une marchandise de bon aloi. Il disparut en un cHn-d'œil. Il l'a fait à mon insu. Vous voulez toujours agir à votre guise. Un lieu mal famé. De prime abord je l'ai reconnu. Depuis son échec il se tient coi. Se glisser à la dérobée. Ils se faisaient des politesses à l'envi l'un de l'autre. On le paie au fur et à mesure de l'ouvrage. Rire aux dépens de qn. Gela ne va pas assez vite à son gré. Il va de pair avec les gens du meilleur monde. Il fait semblant de le croire. Marcher à tâtons dans les ténèbres. Il doit au tiers et au quart.

Exercice 69.

Les mots ci-dessous ne sont plus en usage, excepté dans des locutions qu'on cherchera dans un dictionnaire et avec lesquelles on formera de courtes phrases.

Inadvertance. Foison. Partance. Gouverne. Pesant (subst.). Dévolu. Entrefaite. L'avenant. Mais (= davantage, lat. magis). Lie (lat. laetus). Dores (= d'orés). Instar. Tenant (subst.). Damer. Devers. Battant (adj. d'intensité, SF. § 84). For. Franquette. Guingois. Culminant. Haro. Liard. Martel. Mire. Parage. Parages. Philosophai. Prou. Jeun. Pinacle. Tablature. Merci (= pitié). Antan. Berlue. Opiner. Branle. Escampette. Catimini. Amiable. Séant. Céans.

Archaïsmes de syntaxe.

(SF. § 95) On appelle archaïsme de syntaxe tout emploi d'un terme gram- matical ou d'un fait de syntaxe qui n'est pas conforme à l'usage de

64 Première Partie. »

la langue vivante. Soit l'expression: «Cela ne se passera pas de la sorte»; il y a archaïsme de syntaxe par le fait que l'article (la) fonctionne avec le sens d'un démonstratif (= cette), ce qui n'est pas possible dans l'usage actuel ; un archaïsme de syntaxe révèle presque toujours la présence d'un groupe locutionnel. Nous comprenons dans la même catégorie le cas un mot fonctionne p. ex. comme adverbe, alors qu'il est adjectif dans son emploi courant, et ainsi de suite (ex.: tenir hon = résister, h(yn est adverbe).

Exercice 60.

Identifier par des mots simples ou des définitions les locutions suivantes, et constater que leurs éléments ne peuvent s'expliquer par la syntaxe usuelle. P. ex, : ce me semble = «selon moi, à mon avis» ; ce n'est plus employé comme démonstratif au neutre en dehors des groupes ce qui, ce que, c'est, etc.

NB. Plusieurs contextes de cet exercice et du suivant ren- ferment des ellipses qui ne sont plus senties comme telles (p. ex. il a de quoi, etc.), et constituent un indice phraséologique (cf. SF. § 98).

A part ce défaut, c'est un excellent homme. Le bénéfice total est de 200 francs, tous frais payés. Gela ne se peut pas. Que m'importe? Ce n'est pas de refus. Il est on ne peut plus bête. Je n'ai pas grand'chose à faire. On explique la chose comme suit. Sur ce, il sortit. Je n'en ai que faire. Il a coupé court à l'entretien. Il gagne bon an mal an dix mille francs. J'y arriverai coûte que coûte. Qu'est-ce à dire? Que n'étiez-vous là! C'est comme qui dirait un singe habillé en homme. C'est autant de gagné sur la maladie. Passe pour cette fois, mais ne recommencez pas! Vous voulez aller à Paris plutôt qu'à Genève? Va pour Paris. Ils courent à qui mieux mieux. Elle se fait fort d'en venir à bout. H n*a pas le sou. Il s'en donne à cœur joie. Le diable l'emporte! Je l'ai échappa belle. Ne faites semblant de rien. Il a de quoi vivre (ou: il a de quoi). Gela me tient à cœur. Qui vivra verra' Je vous laisse à penser s'il était content. Il vous veut du bien. Il vit au jour le jour." ^ ce compte-là la vie devient impossible. Il a beau m'y engager, je ne me décide pas. Au besoin, je viendrai moi-même. Il n*fest

Délimitation des faits d'expression. 65

jamais à court d'expédients. Fais ce que dois, advienne que pourra. Au pis aller, on pourrait y consentir. C'est à qui Je flattera le plus. Sauf votre respect, je n'en ferai rien. Si j'étais que de vous, je n'hésiterais pas. Gela va sans dire. Trop gratter cuit, trop parler nuit. Gela revient au même.* Il y est; reste à savoir s'il saura s'y tenir. Passe encore de bâtir, mais planter à cet âge! D'où vient qu'il n'a pas d'amis? Il paie de sa personne. Sonune toute, l'offre est assez avantageuse. Puisque vous l'exigez, force m'est bien d'en passer par là.

Archaïsmes de construction.

(SF. § 95) Exercice 01,

Les locutions suivantes (ainsi que plusieurs de V exercice précédent), renferment des constructions archaïques^ contraires à l'ordre usuel des mots en français moderne. Trouver des expressions synonymes sans constructions archaïques, Ex.: autant que faire se peut = autant que cela peut se faire, autant que cela est possible, etc.

Remettez ce papier à qui de droit. Autant que faire se peut, il ne faut rien laisser au hasard. Il continue son chemin sans mot dire, comme si de rien n'était. Il gèle à pierre fendre. L'avare veut tout obtenir sans bourse délier. A vrai dire, je n'y crois guère. Il a beau avoir la langue déliée; toujours est-il qu'il n'a pas les idées claires; et qui plus est, il est pour ainsi dire impossible de savoir au juste s'il sait de quoi il parle. Allez-y sans plus tarder^ sans coup férir; mieux vaut en finir tout de suite. Je vous donne un bon conseil ; libre à vous de ne pas- le suivre ; vous ne voulez pas m'écouter? Qu'à cela ne tienne! A Dieu ne plaise que je cherche à vous retenir! Vous agirez comme bon vous semble. Je n'ai pas fini, tant s^ en faut. Chemin faisant, nous causions de mille choses. Puisque telle est la loi, force m'est bien d'en passer par là. La chose sera adjugée au plus offrant. La chose vaut la peine qu'on s'en occupe,

Bail y, Traité de stylistique française. II. 5

66 Première Partie.

si tant est qu'elle soit réalisable. A quelque chose malheur est bon. Amen: ainsi soit-il!

Substantif sans article.

(SF. § 95) Exercice 02.

Uahsence d'article devant le substantif constitue une sorte d^ archaïsme de grammaire ^stéréoti/pé» ^ et indique presque toujours qu'un groupe de mots forme locution. Remplacer les expressions suivantes par des mots simples ou des périphrases. Ex.: tenir tête = résister.

Avoir peur, avoir faim, avoir froid; avoir connaissance d'un événement. Faire silence. Avoir affaire à forte partie. Mettre bon ordre à des troubles. Faire partie d'un comité. Faire part d'une nouvelle à qn. Prendre part à une expédition. Faire appel à la générosité des riches. Fair€ signe à qn d'approcher. Prendre goût à une chose.

Les anarchistes font école. Avoir coutume de fumer après ses repas. Vous faites erreur. Prenez garde de tomber. J'ai envie de sortir. Rendre compte de ses actes. Faire halte pour reprendre haleine. Prendre congé après une visite. Prenez courage, ayez foi en vous-même, ne perdez pas patience. Cette monnaie n'a plus cours.

Exercice 03.

Former avec les substantifs suivants^ sans les faire précéder d'articles, des locutions verbales ayant à peu près le même sens que les verbes et les périphrases placés entre parenthèses; former de courts contextes montrant le sens exact et l'accord de chaque locution. Ex. : profit (profiter de) = tirer profit de; cf.: «7Z sait tirer profit des avantages de la situationi^.

Usage (employer). Défaut (manquer). Parti (utiliser).

Epoque (être remarquable). Parole (exécuter une pro- messe). — Recours (recourir). Foi (croire). Corps (se

Délimitation des faits d'expression. 67

former* être plus consistant). Femme (se marier). Route (marcher). Connaissance (se familiariser). Compte (con- sidérer). — Crédit (ne pas exiger de paiement immédiat). Parti (défendre). Difficulté (être difficile). Vent (apprendre, être informé). Besoin (il me faut). Mal (souffrir). Erreur (se tromper). Ombrage (être offusqué, offensé). Jour (convenir d'un rendez-vous). Garde (se garder de qch.). Choix (choisir). Prise (pouvoir prendre). Soin (soigner). Suite (succéder). Pied (s'établir). Suite (continuer à s'occuper de). Exemple (imiter). Accès (pouvoir entrer). Coutume (être habitué). Emplette (acheter qch.). Pied (s'enfoncer dans l'eau). Fin (être terminé). Fin (terminer). Obstacle (empêcher). Oppo- sition (s'opposer). Feu (s'allumer).

Exercice 64.

Les locutions suivantes contiennent des substantifs précédés de la préposition à sans article; on les remplacera par des mots simples ou des périphrases.

Aller à pied. Mettre un fonctionnaire à pied (familier). Mener à terme. Conduire une entreprise à chef. L'enfant est venu à terme. Je vous dis cela à titre de renseignement. Vous pouvez y aller par terre ou par mer, à volonté. Traiter à forfait avec un entrepreneur. Mettre à profit les enseignements d'un maître. Cette roue tourne à vide. Un critique prend un auteur à partie. Mettre sa responsabilité à couvert Vendre à crédit. Crier à pleins poumons, chanter à gorge déployée, manger à bouche que veux-tu, aller à bride abattue. Être à charge à qn. Recevoir qn à bras ouverts.

Exercice 65.

Former avec les substantifs suivants, précédés de la prépo- sition à sans article (et accompagnés ou nofi d^ autres mots), des locutions ayant à peu près le sens des mots entre paren- thèses ; former de courtes phrases montrant V emploi exact de chaque locution. Ex. : Fond (complètement) = à fond ; cf. ^savoir

une chose à fond».

68 Première Partie.

Bout (être très fatigué). Pic (verticalement). Bien (faire réussir). Cœur (prendre soin de). Tâche (s'efforcer).

Court (manquer de ressources). Mort (tuer). Port (faire réussir). Jour (compléter). Part (parler en particulier à qn). Flot (remettre en état). Peine (presque pas). Tort (injustement). Livre (sans préparation).

Exercice 66.

Former des locutions composées entrent les substantifs ci-après j précédés de la préposition en, de manière que ces locutions aient le même sens que les expressions placées entre parenthèses ; former de courtes phrases avec^ ces locutions. Ex, : Train (être occupé à) = être en train de ; cf. ^11 était en train de lire quatid /entrai».

Vue (être visible). Butte (être exposé à). Faveur (plaire). Vogue (être célèbre). Vigueur (être appliqué). Haine (commencer à haïr). Affection (commencer à aimer).

Route (partir). Sorte (faire le nécessaire pour que). Terre (inhumer). Marche (partir). Droit (être autorisé à).

Danse (commencer à danser). Campagne (commencer une guerre). Liberté (libérer). Réserve (serrer, con- server). — Compagnie (être avec qn). Demeure (obliger, contraindre). Devoir (se préparer à). Colère (se fâcher).

Pièces (défaire une armée). Pitié (plaindre qn). Circulation (faire circuler). Revue (inspecter).

Locutions renfermant les mots le^ ,la, y, en.

(SF. § 98) Exercice 67. La présetice des pronoms personnels et particules le, la, y, en, dans un groupe de mots, en l'absence de toute relation de ces pronoms avec un substantif énoncé précédemment, est un indice de groupement phraséologique. Constater, povnr chacun des exemples ci-après, que les expressions pronominales n^ont aucune valeur syntaxique; remplacer chaque locution par un mot ou une périphrase. Ex.: <tL^ emporter sur wn adver- saire'» = «'Vaincre un adversaire», etc.

Délimitation des faits d'expression. 69

NB. Cet exercice a le caraclère d'un répertoire et renferme à peu près toutes les locutions usuelles présentant la particularité signalée plus haut.

a.

Il ne le cède à personne sur ce point. Vous ne devinerez jamais: je vous le donne en cent! On ne me la fait pas, à moi! (familier). Tu me le paieras! Vous me la baillez belle! Il le prend sur un ton tel que toute discussion devient impossible. Tenez- vous-le pour dit, et n'y revenez pas; sinon, gare à vous! Je ne Tentends pas de cette çreille. L'emportw sur un adversaire. Il l'a échappé belle! Quelqu'un qui ne l'a pas volé; c'est X.!

NB. D'autres expressions comme: En voilà un qui se la coule douce. Ça te la coupe, Je ne peux plus la dire, etc. sont trop familières pour être citées ici.

b.

Vous m'avez fait du tort, mais je ne vous en veux pas. Allons-nous-en d'ici ! Est-ce que vous en êtes réduit à mendier? Nous en resterons pour aujourd'hui. Vous avez l'air de mauvaise humeur: à qui en avez- vous? Maintenant je veux savoir à quoi m'en tenir; j'en aurai le cœur net! Je suis si étonné que j'en crois à peine mes yeux (mes oreilles). Avec cent sous nous nous en tirerons. Gela a assez duré: il faut en finir. N'essayez pas de m'en imposer, je sais ce que vous valez. Vous allez vous en voir de grises, car à moi, il m'en a fait de toutes les couleurs (familier). Je ne vous comprends pas: voulez-vous en venir? En voici bien d'une autre, maintenant! (familier). Votre achat ne vaut rien ; vous en serez pour votre argent. On m'en raconte de belles sur votre compte! Allons! ce n'est rien: nous en sommes quittes pour la peur. C'est triste, mais que voulez-vous? Je n'en peux mais. A l'en croire, il est un phénix: c'est étonnant ce qu'il s'en croit! Il m'en coûte de vous refuser, mais il le faut. Si le cœur vous en dit, ne vous gênez pas : donnez-vous-en à cœur joie. C'en est trop, je n'y tiens plus! Vous en avez menti! Il vous en cuira de ne pas obéir ! Il en est de cela comme de tout le reste. Il en va tout autrement. Vous en

70 Première Partie.

prenez bien à votre aise! Tenez- vous-en là, n'allez pas plus loin! Arrêtons-nous un instant, je n'en puis plus! Si vous êtes malheureux, ne vous en prenez qu'à vous-même. Inutile de le dissuader, il ne veut pas en démordre. Les deux armées en sont venues aux mains. Pour tout le reste je m^en remets à vous. Gela ne m'effraie pas; j'en ai vu bien d'autres ! Ah ! il a fallu travailler pour eu arriver ! Il s'en faut de beaucoup que vous soyez prêt. Ne vous en laissez pas conter par lui; c'est un filou. Au point en sont les choses, il n'y a pas à y revenir. C'en est fait de lui, c'est un homme perdu. Le sort en est jeté, il faut vaincre ou mourir. Je n'en reviens pas, qu'il ait eu cette audace! Avec cet homme-là, on ne sait jamais l'on en est. Je le croyais corrigé: hélas! il n'en est rien! Il a beau être lent à comprendre, il n'en est pas moins très intelligent. Je m'en tiens à ce que j'ai dit: n'attendez de moi aucune concession. Nous sommes renvoyés hors de cour: j'en appelle. Cf.: s'enfuir, s'envoler, s'ensuivre

(exerc. 49).

c.

Ceux qui s'y connaissent disent grand bien de cet

ouvrage. Vous ne savez pas vous y prendre. Il y a de

l'eau dans ce vin. Prenez garde: il y va de votre vie!

Que voulez-vous? Je n'y puis rien. On n'y voit goutte ici.

Oh, oh! comme vous y allez! Cette exphcation est si

embrouillée que je n'y suis plus du tout. C'est un homme

énergique: il n'y va pas par quatre chemins. Il tape bien:

il n'y va pas de main morte. C'est décidé, il n'y a pas à

y revenir. Regardez-y à deux fois avant de vous engager.

Ne vous y trompez pas, c'est quelqu'un, cet homme-là! Ah!

j'y suis! j'ai deviné, cette fois. Je n'y tiens plus^ il fait

trop chaud.

Pléonasme.

(SF. § 98) Exercice 68.

Les locutions suivantes renferment des pléonasmes qui ne sont plus compris comme tels. Identifîei' ces locutions.

Délimitation des faits d'expression. 71

Il est ici en lieu et place de son patron. Prendre fait et cause pour quelqu'un. Il ne peut jamais rester en place, il est toujours par voies et par chemins. Il faut travailler fort et ferme, l'examen est dans un mois. Vous pouvez le faire, mais à vos risques et périls. Ce contrat est nul et non avenu. Je ne juge pas, je fais une constatation pure et simple. Cet ouvrage manque d'unité, il est fart de pièces et de morceaux. Vous le croyez encore là: il est bel et bien parti. Il se surmena tant et si bien qu'il en mourut. Vous me donnez pleine et entière satisfaction.

Oubli des rapports syntaxiques.

(SF. § 97) Exercice 69. Expliquer les locutions en italique par des mots simples ou des périphrases, et constater que V analyse de leurs élém£nts est inconciliable avec la syntaxe usuelle.

On ne doit pas juger les gens sur des on dit. Je le sais par ouï-dire. Votre travail est fait à la diable ; vous montrez trop de laisser-aller; soignez les détails: pas d'à peu près! C'est une femme très comme il faut, mais un peu vieux jeu, très collet monté, très à cheval sur les principes. Il gagne deux mille francs bon an mal an. Faire un coq-à-Vâne. -— S'en- voler à tire d'aile. Coupe de barbe à la Henri IV. Notre bonheur tient dans pas grand chose. Ne vous inquiétez pas du qu'en dira-t-on. S'en donner à cœur joie,^ manger à bouche que veux-tu et boire à tire-larigot. Un tête-à-tête. Crier à tue-tête. Très bon enfant, le mari, mais un petit brin jaloux (familier). Avez-vous lu la «Revue des deux mondes» d'iZ y a quinze jours?

Clichés.

(SF. § 99) Exercice 70.

Expliquer le sens des expressions suivantes par des tournures plus simples, tirées de la langue courante. Dire à quelle forme de style (p. ex. langage des journaux) et à quel

72 Première Partie.

ge7ire littéraire (p. ex. la poésie) sont empruntés ces clichés: reclwrcher si tel ou tel cliché ri! est pas une citation textuelle de quelque auteur connu; voir enfin lesquelles de ces expressions prêtent le plus au ridicule par leur caractère prétentieux (on aura un indice de ce caractère du cliché si la langue familière remploie dans une intention plaisante).

L'astre du jour. La voûte étoilée. Les espaces célestes. Les feux de la nuit. Le flambeau des nuits. Le matin de la vie. L'hiver de nos ans. Il est aux portes de la mort. Il paie le tribut de la nature. La Parque a tranché le fil de ses jours. Nous Tavons conduit à sa dernière demeure. Dans un combat: mordre la poussière après avoir vendu chèrement sa vie. La fleur de la chevalerie a péri dans cette bataille. Boire l'onde amère. Secouer le joug de la tyrannie et lever l'étendard de la révolte. sont les neiges d'an tan? Triste retour des choses d'ici-bas! Il a trouvé le chemin de son cœur; elle a cessé d'être inhumaine; elle a couronné sa flamme. Le maquis de la procédure. Livrer un coupable à la vindicte publique. Un orateur cherche à passionner le débat. L'accusé est entré dans la voie dés aveux. Le roi est dans nos murs. Depuis ma dernière lettre les événements se sont précipités. Cet écrivain fait le plus grand honneur à la France, mais son dernier ouvrage n'ajoutera rien à sa gloire. Ce procédé se recommande par sa grande simplicité. L'homme de l'art. Les hommes de loi, les gens de palais. Le glaive des lois. Les arrêts de Thémis. Conduire au dernier supplice. Il est au-dessous de toute critique. Faire gémir les presses (= faire imprimer un ouvrage). Ce livre est un pur chef-d'œuvre. Ce tableau est une petite merveille. Ge roman est une pénétrante étude de psychologie amoureuse. On se perd en conjectures sur l'origine de cet incident. Cette symphonie est une œuvre d'une belle allure, d'une belle tenue artistique. La chaleur communicative du banquet l'avait inspiré. La plus franche gaieté n'a cessé de régner. Je ne résiste pas au plaisir de vous lire une page de cette œuvre exquise. Il est toujours dans les vignes du

Délimitation des faits d'expression. 73

Seigneur. Faire de trop copieuses libations. II s'est trop hâté de chanter victoire. II ri*a pas eu le temps de se reposer sur ses lauriers. Reprendre le chemin de la terre natale.

Exercices d'ensemble.

71.

Tous les exercices précédents sont destinés à préparer le véri- table travail de délimitation, tel qu'il se présente dans la réalité, c. à d. la découverte des groupes phraséologiques contenus dans un texte suivi. En voici un spécimen; le texte est tiré de Madame Bovary dd Flaubert.

Le soir, à l'éttide, il (Charles Bava?!/) tira ses bouts de man- ches de son 2>^ipitre, mit en ordre ses petites affaires, régla soi- gneusement son papier. Noies le vîmes qui travaillait en conscience^ cherchant tous les mots dans le dictionnaire et se donnant beaucoup de mal. Grâce, sans doute, à cette bonne volonté dont il fit preuve, il dut de ne pas descendre dans la classe inférieure.

1. On devra extraire de ce texte les groupes présentant une unité de sens relative ou absolue; la cohésion de ces groupes de mots est très variable, mais il vaut mieux trop rapprocher les mots que trop les séparer. Voici les groupes qui, dans le texte ci-dessus, ont un caractère nettement phraséologique :

Mettre en ordre. En conscience. Se donner du mal (SF. § 93,2). Grâce à (SF. ibid.), Sa^is doute. Bonne volonté, Faire preuve de.

2. On remplacera ensuite chaque locution composée par un mot unique, ou, à défaut de celui-ci, par une périphrase de sens analogue; c'est le seul vrai moyen de découvrir l'unité de sens de chaque locution; en outre, cet exercice, poursuivi méthodiquement, est la meilleure préparation à la recherche des termes d'identi- fication (P partie, chap. 3). Voici quelques exemples de ces subs- titutions.

Mettre en ordre: arranger. En conscience : consciencieusement, assidûment, soigneusement. Se donner du mal: se donner de la peine, faire des efforts, peiner, s^ efforcer. Grâce à: à cause de, par. Sans doute: probablement. Bonne volonté: zèle, assiduité, application. Faire preuve de: montrer, manifester. Je dois qch. à mon zèle: mon zèle est la cause d'une chose qui m' arrive (cf.: grâce à).

3. Mais ce n'est pas tout: ces mots simples et ces périphrases devront être introduits dans le texte, ils amèneront, naturelle- ment, certains changements de construction et de grammaire (cf. SF. § 130). C'est ainsi que le texte de Flaubert pourra être modifié

74 Première Partie.

de la façon suivante (il n'y gagnera assurément pas au point de vue littéraire; mais on n'oublie pas qu'il s'agit pour nous d'une simple expérience, et que nos exercices ne sont pas des exercices pratiques d'art d'écrire!):

Le soir, à l'étude, il arrangea ses petites affaires . . . Nous le vîmes qui travaillait assidûment . . . faisant de grands efforts . . . Le zèle qu'il montra fut probablement cause qu'il ne descendit lyas dans la classe inférieure. >

Jusqu'où aller dans ces substitutions ? C'est affaire de goût et d'à propos ; cela dépend beaucoup de la somme plus ou moins grande de mots dont on dispose. Cet exercice deviendra surtout fructueux quand on arrivera à le faire spontanément, automatiquement, au cours même de la lecture des textes. Ses conséquences sont très importantes: si l'on s'efforce de toujours remplacer les expressions du texte par des expressions plus simples, on acquerra peu à peu le sens de la langue usuelle, seule véritable norme de comparaison pour apprécier la valeur stylistique des faits de langage (SF. § 214); et, progressivement aussi, on arrivera à ne plus comparer entre eux seulement des faits de langage isolés, mais des modes d'expression, et c'est le but le plus élevé puisse tendre la stylistique.

75

DEUXIÈME PARTIE.

IDENTIFICATION DES FAITS D'EXPRESSION.

Chapitre 1.

L'entourage des faits d'expression.

Étude du vocabulaire par les contextes.

On peut tirer de l'étude des mots en contexte des enseignements de toute sorte, dont l'ensemble et le groupement constitueraient une véritable méthode d'observation et de recherche ; il s'agit d'ailleurs de procédés extrêmement simples et dont l'application peut se poursuivre indéfiniment; s'ils paraissent un peu élémentaires dans l'étude de la langue maternelle, ils sont particulièrement précieux appliqués à l'étude d'une langue étrangère.

Toutes les expériences de ce genre ont pour but de montrer dans quelle dépendance sont vis-à-vis de leur entourage les mots en apparence les moins équivoques.

Sans doute on trouverait une foule de vocables qui offrent un sens absolument clair, même quand on les prend isolément ; mais, une fois qu'on a mis de côté les termes scientifiques et techniques, qui sont pour ainsi dire en dehors de la langue vivante (je pense à des mots comme hypoténuse, idiopathie, hydratation^ etc.), peut-on citer beaucoup de mots qui, en dehors de tout contexte, offrent une signification absolument déterminée? Sait-on à coup sûr ce que veulent dire mçiison, pied, boti, mauvais, marcher, prendre, etc.?

76 Deuxième Partie.

Quand on observe la différence de conception entre un mot étudié isolément et ce même mot placé en contexte, on voit reparaître toutes les possibilités envisagées à propos de la délimitation des faits de langage. Certains mots, livrés à eux- mêmes, n'ont aucun sens, et n'en reçoivent un que par l'adjonction d'au moins un mot caractéristique. D'autres (et c'est la majorité) ont par eux-mêmes un sens «dominant» qui peut se trouver en contradiction avec l'acception que lui donne un texte déterniiné (cf. le pied et <fune longueur d'un pied»); on sait que ces différences de sens peuvent aller jusqu'à l'homonymie absolue (SF. § 50). Inversement, un mot peut avoir un sens quand on le prend isolément et perdre toute signification dans un contexte, parce qu'il fait partie d'une locution (SF. § 81); ex. pied: «un pied-k-teTTe-» ; et ainsi de suite. Partout il s'agit d'une différence de conception, sans changement aucun dans la forme des mots, et c'est ce qui fait l'importance de ces constatations.

1) Ces observations peuvent se faire d'une façon presque enfantine. On n'a qu'à utiliser un texte de manière que les mots apparaissent autant que possible isolément, par exemple en couvrant chaque ligne avec le doigt et lisant les mots un à un; on peut aussi, quelque bizarre que cela paraisse, lire le texte à rebours, pour être moins tenté d'expliquer les mots par leur entourage, ou recouvrir le texte d'une feuille de papier munie d'une petite ouverture allongée, de la grandeur d'un mot ordinaire, qu'on promène un peu au hasard sur la page, de manière à. lire les mots séparés de leur con- texte. Le mieux est, si cela est possible, de se faire dicter le texte assez lentement pour qu'on ait le temps de réfléchir sur chaque mot caractéristique de la façon qui va être expliquée.

Je prends au hasard une phrase quelconque, dans la première chrestomathie venue, et je la soumets à l'expérience décrite plus haut. Voici les constatations que je suis amené à faire sur chaque mot, et que je transcris sans y rien ajouter; ces constatations, qui figurent dans les parenthèses, paraîtront

Identification des faits d'expression. 77

un peu naïves à un Français ; nous rappelons que nous visons surtout les étrangers.

Rome Ga ville, sans doute?) entière (même conception) était accourue (on ne parle donc pas de la ville, mais des habitants!) au cirque pour boire (de l'eau, du vin?) le sang (drôle d'occupation!), des martyrs (je vois maintenant qu'il s'agit d'une image hardie si- gnifiant: «pour assister au supplice des martyrs»). Phrase reconstituée: ^Eopte entière était accourue au cirque pour boire le sang des mar- tyrs^ (Chateaubriand).

Voici un autre exemple, un peu plus délicat:

Avec (sens dominant, comme dans «venez avec moi»?) cette rage (sens dominant? «rage, maladie des chiens»; ou «rage, colère violente» ? cependant le pronom cette contredit déjà mon idée) d'aven- tures (ce mot me montre que rage veut dire «désir vilolent»), ce besoin d'émotions fortes (ce membre de phrase confirme le sens adopté pour rage), cette folie (sens dominant: «perte de la raison?») de voyages (ce mot fixe la signification de folie, soit «désir irrésistible et irraisonné»), de courses (mot fixé par le terme coordonné voyages, donc = «excursions»), comment diable (le contexte empêclie de donner à diable son sens dominant; sa présence dans une inter- rogation montre que c'est une exclamation exprimant l'embarras ou l'étonnement) se trouvait-il (qu^, il? Se trouver a-t-il le sens de «être», comme dans <ise trouver bien ou mal», «se trouver à un endroit?») que (ce mot suffit à lui seul pour montrer que il se trouve est une expression impersonnelle signifiant «il arrive que», «une chose se produit») Tartarin de Tarascon n'eût jamais quitté Taras- con? (Ici seulement on voit que le premier mot de la phrase, avec, n'a pas le sens supposé tout d'abord, mais signifie «étant donné, vu, si l'on pense à, etc.»). Reconstitution de la phrase:

^Avec cette rage d'aventures, ce besoin d'émotions fortes, cette folie de voyages, de courses, comment diable se trouvait-il que Tar- tarin de Tarascon n'eût jamais quitté Tarascon?» (A. Daudet).

2) On peut extraire d'un texte, par le procédé indiqué p. 76, des mots isolés qu'on transcrira sans aucun ordre; on lira ensuite le texte d'où ils ont été tirés, et l'on procédera comme plus haut, par comparaison. On notera à ce propos les points suivants:

a) si le mot était entièrement inconnu avant la lecture du texte, on cherchera à fixer son sens, au moins partiellement, au moyen de son entourage (ex.: soc, cf. «le soc d'une

78 Deuxième Partie.

charrue», d'où soc probablement «une des parties de la charrue») ;

b) si le mot était déjà connu, on comparera le sens qu'on lui attiibuait avec celui qu'il reçoit dans le texte;

c) on se rendra compte si le mot est indépendant dans le texte (comme il l'était forcément dans la première conception), ou bien s'il fait partie d'un groupe phraséologique;

d) on cherchera surtout quels sont les mots du contexte qui ont particulièrement contribué à fixer la signification, l'effet, la fonction de chaque mot étudié.

Voici, à titre d'exemple, une liste de mots sur lesquels on pourra opérer de la manière indiquée; le texte d'où ils sont extraits est transcrit ci-aprés.

A) Mots isolés de leur contexte : Caractère, dévorer, baigner, vague, chaume, possession, perdre, flotter, rayon, divin, servir, ormeau, heure, grive, haie, clarté, pipeau, surgir, ouvrage, couverture, poudreux, retracer, conseil, revers, pâlir, épuiser, bêler, bouquin, savourer, garder, jeune, travail, abriter, compagne, crépuscule, rap- peler, tomber.

B) Texte auquel ces mots sont empruntés:

Un livre a toujours été pour moi un ami, un conseil^ un con- solateur éloquent et calme, dont je ne pouvais pas épuiser vite les ressources, et que je gardais pour les grandes occasions. Oh ! quel est celui de nous qui ne se rappelle avec amour les premiers ouvrages qu'il a dévorés ou savourésl La couverture d'un bouquin poudreux que vous retrouvez sur les rayons d'une armoire oubliée ne vous a-t-elle jamais retra^^é les gracieux tableaux de vos jeunes années? N'avez- vous pas cru voir surgir devant vous la grande prairie baignée des rougis clartés du soir, lorsque vous le lûtes pour la première fois, le vieil ormeau et la haie qui vous abritèrent, et le fossé dont le revers vous servit de lit de repos et de table de travail, tandis que la grive chantait la retraite à ses compagnes, et que le pipeau du vacher se perdait dans l'éloignement? Oh! que la nuit tombait rite sur ces pages divinesl Que le crépuscule faisait cruellement flotter les caractères sur la page pâlissante] C'en est fait: les agneaux bêlent, les brebis sont arrivées à l'étable, le grillon prend possession du chaume de la plaine, les formes des arbres s'effacent dans le vague de l'air, comme tout à V heure les caractères sur le livre. 11 faut partir. (George Sand.)

3) Ce premier exercice d'observation peut être suivi d'un exercice de mémoire. Une fois les faits constatés, il faut

Identification des faits d'expression. 79

s'efforcer de retenir les mots étudiés avec leur contexte immédiat, avec les mots grâce auxquels leur sens a pu être fixé. En un mot, il faut chercher à reconstituer des fragments du texte primitif au moyen des associations d'idées suggérées par les mots isolés. P. ex., dans le morceau transcrit plus haut, je me rappellerais le mot flotter au moyen du contexte: «Les caractères flottent sur la page», revers par «le revers d'un fossé», rayon par «les rayons d'une armoire», etc. On peut même essayer, en se servant de ces modèles^ de former d'autres tournures analogues.

4) Voici un autre exercice à proposer à des élèves pour les habituer à tenir compte de l'entourage des mots. Un texte renferme des lacunes qui doivent être comblées au moyen du sens général de la phrase. Cet exercice n'a de valeur démons- trative que si les mots à suppléer sont vraiment caractéristiques et se déduisent logiquement du reste de la phrase. On peut aider la recherche en faisant suivre le texte d'une liste de mots, entre lesquels l'élève choisira. Il est bon de commencer par des cas extrêmement simples.

Voici quelques phrases très élémentaires montrant le but de ce travail (voir Carré, Vocabulaire français, Cours moyen, i"" leçon).

J'ai manqué le but, je suis un . . . J'ai couru, je suis tout ... Mon oncle part pour le Brésil, il . . . Il n'a plus guère de dents, il est . . . Dire du mal de quelqu'un, c'est en . , . Mettre un mort en terre, c'est 1' . . .

Supposons qu'une liste de mots, jointe à l'exercice, renferme les mots edenté, enterrer, maladroit, médire, s^ex- patrier : on complétera aisément chaque phrase par ce moyen: J'ai manqué le but, je suis un maladroit», etc. Sous cette forme élémentaire, l'exercice est enfantin ; mais, appliqué à des cas plus délicats, il peut affiner le sens d'observation et avoir une grande utilité.

5) L'exemple cité plus haut: «Mettre un mort en terre, c'est l'enterrer» montre quelle forme nouvelle et plus générale

80

Deuxième Partie.

l'exercice précédent peut recevoir: partir dhine définition et chercher le mot défini. Un bon dictionnaire permet de faire à l'infini des expériences de ce genre. Mais il faut commencer par les mots les plus simples et les plus clairs; on donnera tout d'abord la préférence à ceux qui désignent des choses concrètes très connues, et aussi à ceux dont la définition présente quelque contact étymologique avec le mot à définir (p. ex. dire du mal de quelqu'un, c'est en médire^ etc.).

Cette recherche des mots au moyen de leur définition présente de multiples avantages: d'abord il s'agit dans chaque cas d'un vrai problème à résoudre, et la curiosité de l'élève est tenue en éveil. Ensuite il se forme au cours de cette recherche des associations d'idées sans danger, parce qu'elles sont naturelles; les mots se gravent d'autant mieux dans la mémoire qu'ils sont nécessaires à la solution du problème, et ils sont d'autant plus nécessaires qu'ils expriment un rapport logique existant entre eux.

L'exercice peut être fait en sens inverse : au lieu de partir de la définition pour trouver un mot, c'est la définition d'un mot donné qu'il faut trouver. Gela n'est pas facile, loin de là; mais tous les matériaux sont sous la main, et les essais peuvent être sans cesse contrôlés à l'aide des bons dictionnaires. On peut toujours y recourir en cas d'insuccès, et Ton doit le faire, même lorsqu'on est arrivé soi-même à une définition; c'est une contre-épreuve nécessaire, surtout quand on étudie une langue étrangère; d'ailleurs rien de plus intéressant que ces comparaisons.

Les définitions donneront lieu à d'autres observations encore ; voir SF. § 135 et exercice 93.

6) Les dictionnaires idéologiques (voir SF. § 138 et suiv.) ne sont pas autre chose que des listes de synonymes; il est clair que les mots placés sous une même rubrique peuvent s'éclairer réciproquement, puisqu'ils expriment la même notion fondamentale; un article de dictionnaire idéologique est donc, théoriquement, un contexte chaque mot sert de point de repère pour découvrir les autres, et cela d'autant plus que les

Identification des faits d'expression. 81

mots comparés sont plus voisins les uns des autres. A ce point de vue, l'utilisation des dictionnaires idéologiques donne lieu aux remarques suivantes: 1) la détermination d'un mot ne peut être rigoureusement exacte par ce procédé (surtout dans l'état actuel des dictionnaires de ce genre); 2) les renseignements qu'on peut en attendre sont en raison directe des connaissances acquises antérieurement ; plus on connaît de mots, plus on aura de chance de déterminer le sens des mots inconnus d'une rubrique idéologique; 3) il ne suffit pas de constater que tel ou tel mot appartient à une rubrique générale, comme hauteur, chaleur, jnouvement, choix, activité, honte, justice, etc. (ce qui, du reste, est déjà fort utile), mais il faut voir dans quel entourage immédiat, à quelle place précise de la rubrique, dans quelle série spéciale de synonymes le mot se trouve. Voici comment Ton peut procéder si Ton consulte, par exemple, le dictionnaire Robertson:

Supposons qu'on rencontre dans une lecture la locution prendre ombrage d'une chose; l'index alphabétique du diction- naire renvoie à la rubr. 900 («ressentiment, colère*); le contexte fourni par la lecture et le titre de la rubrique suffiraient peut-être à fixer les idées, mais il faut aller plus loin: on constate que la locution se trouve à côté d'autres expressions qui sont: prendre en mauvaise part, s* offenser, se formaliser, prendre mal, se piquer, prendre au sérieux, etc.; si l'on connaît toutes ces expressions ou quelques-unes d'entre elles, celle que l'on cherche à définir en sera grandement éclairée, et (notons-le, cela est essentiel) cela s'est fait par des associations naturelles, un peu de la même façon que pour les sujets parlant leur langue maternelle (cf. SF. § 110).

Nous proposons, à titre d'exercice préparatoire, l'expérience suivante. L'exercice 78, qui est plutôt un répertoire, contient les séries synonymiques les plus importantes; on y relèvera quelques mots inconnus, et l'on cherchera à en découvrir le sens par les mots voisins; puis l'on comparera la définition donnée par le dictionnaire. On peut aussi apphquer à ces séries les procédés signalés plus haut page 76.

Toutes les remarques précédentes impliquent une méthode

Bail y. Traité de stylistique française. II. 6

82 Deuxième Partie.

de travail très simple et susceptible de donner une connaissance très étendue et très naturelle du vocabulaire d'une langue; mais il est impossible d'entrer ici dans de plus amples détails ; nous laissons au maître et à l'étudiant le soin de faire entrer dans la pratique ces directions générales.

Chapitre 2.

Pluralité des faits d'expression.

Variation des idées au moyen des synonymes et des périphrases.

(SF. § 112 et suiv.) Exercice 72. Uex&i'cice suivant renferme des phrases des synonymes placés côte à côte servent à Vexpression d^une même idée. Déterminer cette idée, dire lequel des synonymes Vexprime de la manière la plus simple et la plus générale, ou trouver soi- même cette désignation simple et générale si le texte ne la fournit pas.

NB. n aurait été très facile de composer de toutes pièces des phrases pour cet exercice; mais on a mieux aimé emprunter des exemples à des auteurs connus, pour montrer que cette tendance du langage spontané se reflète dans la langue littéraire et ne repose pas sur une simple paresse d'esprit. Chaque citation est donc ac- compagnée d'un nom d'aateur, même lorsque la phrase est de la dernière banalité.

Elle trouvait ce moyen de manifester et d'exprimer sa vie intérieure. (G. Sand). Tel est pourtant l'empire de l'hon- nêteté, l'ascendant des principes ! (Tœpffer). - La morale, c'est beau, mais c'est confus, c'est embrouillé. (V. Gherbuliez). Les deux hommes se saluèrent, l'un cérémonieux et grave, l'autre hautain et glacial. (E. Rod). C'était une ivresse immatérielle, légère, spirituelle, presque ailée, qui l'enlevait si doucement dans les bras de la folie et de la rêverie. (Goncourt). Ses pensées douloureuses s'effaçaient, s'éloignaient, comme si elles se fussent évaporées, (id.). Je suis un àne, il

Identification des faits d'expression. 83

est vrai, j'en conviens, je l'avoue. (Musset). Ils causent, ils jacassent, ils se racontent perpétuellement l'interminable histoire de leur vie terrestre. (G. Droz). Ah! qui n'a senti fiuelquefois le besoin de se régénérer, de se rajeunir aux eaux du torrent, de retremper son âme à la fontaine de la vie! (Ghaleaubriaîid).

Il y a bien peut-être à la vie un but, une lin, un objet moral? (J. J. Rousseau). L'amour coupable, l'amour criminel qui les poussait l'un vers l'autre ... (E. Rod). ~ J'ai été attendrie, émue, troublée. (Donnay). Qu'il attende un instant, une minute au salon! (Musset). Pourquoi cet attrait, ce charme invincible qui nous fait caresser nos idées? (id.). Je suis sûr qu'il l'aime. Non, mon enfant, c'est un caprice, une fantaisie (id.). Et ce portrait déjà pâlissait, s'effaçait. (Goncourt). A.: Je veux l'épouser! B. : Et moi, je veux en faire ma femme! (Labiche). Il n'y a pas d'idée à laquelle ne corresponde un mot elle s'incorpore et s'incarne. (Lanson). Je suis comme pénétré, imprégné du charme qu'elle répand autour d'elle. (Dumas fils). A (]uoi sert de s'abuser? Quel profit nous en revient-il? (Lamennais).

Toute cette foule se pressait, se bousculait à la porte de Tartarin. (Daudet). Eh bien! commencera-t-elle bientôt, cette ennuyeuse, cette plate comédie? (Dancourt). Ces légendes on été enflées, exagérées pai' la badauderie et la médisance. (Annales pol. et litt.). L'estime et le respect vont au labeur opiniâtre (ibid.). Sa parole chaleureuse, enthousiaste, ardente à exalter toutes les formes de la beauté et de l'art, est partout applaudie, (ibid,). Cet homme impétu- eux, ce néo-romantique, avait l'instinct de l'ordre, de la clarté; son allure échevelée dissimulait un remarquable équilibre d'esprit, (ibid.). Alors le romantisme n'est qu'un plagiat, un simulacre, une copie? (Musset). Je déteste toutes les simagrées, toutes les singeries. (V. Gherbuliez). Monsieur, je suis désolé, navré, désespéré, (id.). A votre âge, on est décisif, tranchant, absolu dans les jugements ; on dogmatise en vers et en prose, (id.). Son geste était endormi et mort, sa contenance inerte. (Th. Gautier). Il y a des sottises bien habillées, comme il y a des sots bien vêtus. (Ghamfort). Un

6*

84 Deuxième Partie.

à peu près que tout le monde entend vaut mieux qu'un terme exact que nul ne saisit. (Lanson).

Exercice 73.

Les exemples suivants sont de même nature que les précédents, mais les variations de chaque idée fondamentale s'étendent sur plusieurs phrases. Même recherche que pour Vexercice 72.

Il était aussi facile de lui donner la réplique que de l'écouter. La réponse venait aux lèvres d'elle-même dès qu'il avait fini de parler, et les phrases allaient vers lui comme si ce qu'il avait dit les faisait sortir de la bouche naturellement. (Maupassant). Les blancs sont de toutes les races de la terre la plus malléable, la plus flexible; c'est une argile plastique, capable de recevoir toutes les empreintes et de revêtir toutes les formes. (V. Gherbuliez). La vie ordinaire était pour lui un désenchantement insupportable. Les sensations communes lui devenaient insipides; la platitude et la banalité de la réalité le remplissaient d'un ennui sans bornes; il souffrait sous ce ciel bas et gris de l'existence humaine ce que souffrirait un homme enfermé dans une cave, sur le seuil de laquelle il verrait le soleil jouer. (Goncourt).

Variations successives d'un même thème.

(SF. § 114 et suiv.) Exercice 74.

Recueillir, dans le morceau suivant, les expressions em- ployées pour rendre les idées : ignorance, monde sensible, désir de connaître, l'inconnaissable.

0 hommes! vous ne connaissez pas les objets que vous avez sous l'œil, et vous voulez voir clair dans les profondeurs éternelles de la foi! La nature est pour vous un mystère, et vous voudriez une religion qui n'en eût point! Vous ignorez les secrets de l'homme, et vous voudriez connaître les secrets de Dieu! Vous ne vous con- naissez pas vous-mêmes, et vous voudriez approfondir ce qui est si fort au-dessus de vous ! L'univers, que Dieu a livré à votre curiosité et à vos disputes, est un abîme vous vous perdez, et vous voulez que les mystères de la foi, qu'il n'a exposés qu'à votre docilité et à votre respect, n'aient rien qui échappe à vos faibles lumières!

(Massillon).

if.

Identification des faits d'expression. 85

Exercice 76.

Trouver, dans chacun des morceaux suivants, une idée générale et les expressiofis par lesquelles elle est variée.

a) Il (Napoléon) n'avait pas le génie spéculatif . . . Nous possé- dons le recueil de ses écrits et de ses paroles. Le style a le mou- vement et l'image. Et dans cet amas de pensées, il ne se trouve pas une curiosité philosophique, pas un souci de l'inconnaissable, pas une inquiétude du mystère qui enveloppe la destinée. A Sainte- Hélène, quand il parle de Dieu et de l'âme, il semble un bon petit écolier de quatorze ans. Jetée dans le monde, son âme se trouva à la mesure du monde et l'embrassa tout entier. Rien de cette âme n'alla se perdre dans l'infini. Poète, il ne connut que la poésie de l'action. Il borna à la terre son rêve puissant de la vie.

(Anatole France).

Us (les hommes d'action) sont tout entiers dans le moment qu'ils vivent, et leur génie se ramasse sur un point. Ils se renou- vellent sans cesse et ne se prolongent pas. Les heures de leur existence ne sont point liées entre elles par une chaîne de médi- tations graves et désintéressées. Ils ne continuent pas de vivre, ifs se succèdent dans une suite d'actes. (Idem).

Substitution de synonymes en contexte.

(SF. § 115) Exercice 76.

Remplacer chaque expression en italique par un ou plusieurs synonymes.

J'apprends cette nouvelle avec étonnement. Il faut ^^ accoutumer à tout. J'ai aperçu votre ami tout à l'heure, Cette histoire a égayé toute Vassistance. On affirme que la guerre est imminente. Je ne me doutais pas que ma prédic- tion se réaliserait si tôt. Ils entretiennent les relations les plus cordiales. L'occasion paraît propice. Je suis certain d'avoir raison. Cette nouvelle le préoccupe beaucoup. Je me charge de tous les frais. Il faut beaucoup plus d'argent qu'on ne le croyait au début. Il faudrait sept ans pour achever cette oeuvre colossale. Il s^entend fort bien à gérer ses affaires. Mais c'est terrible, c'est à faire frémir! Permettez-moi de vous faire remarquer votre erreur. Il ne pouvait retenir ses larmes. Je suis dans une situation très déli-

86 Deuxième Partie.

cate vis-à-vis de lui. Cette armoire peut renfermer beaucoup de choses. Allez- vous souve^it en ville ? Mon directeur m'a autorisé à venir vous consulter. Je vous trouve toujours à Vouvrage. Le plus jeune de ses enfants n'a cjue deux ans.

Je ne conçois pas le plaisir que vous pouvez trouver à ce jeu. Vous ne voyez pas la chose précisément telle qu'elle est. Un sentier conduit de la maison au verger. On ne parvient pas à le distraire, ni à faire disparaître les fantômes de son imagination. Cet édifice se trouve au milieu de la ville. Les soldats piétinaient les corps de leurs compagnons morts. La victoire transforma ce champ de mort en un champ de triomphe. Pe7isez-\o\xs aux suites de votre décision? Napoléon savait récompenser la valeur de ses soldats. Une chaleur lourde nous accablait. Il a triomphé de toutes les diffiadtés. Je m^en rapporte à vous pour V appréciation de cette affaire. La concurrence a pour effet de diminuer les bénéfices. On ne peut agir de façon à contenter tout le monde. Il est inutile de prolonger le débat,

Le style de Rousseau n'est pas toujours dépourvu d'emphase.

Méditez ce que je viens de vous dire. Les poètes charmetit notre imagination. Chacun est en droit de demander ce qui lui est dû. La langue de cet auteur a quelque chose de factice. Ce fut à coup sûr le plus illustre écrivain de son temps. On prend souvent les mots anciens dans des acceptions nouvelles. Il ne sied pas à une jeune fille de parler librement de toutes choses. Les idées imprécises ne gagnent rien à être exprimées dans un beau langage. 11 a bien profité ^q la vie. Épargnez-moi ce luxe de paroles. Il est bon de se souvenir de la fragilité de la vie au milieu de la prospérité. Cette qualité le fait remarquer parmi tous ses contemporains. Ne vous affligez pas outre mesure. L'injustice révolte les âmes nobles. Vous iCarrlverez pas à me convaincre. Que signifie cet air contrlsté, sinon que vous reconnaissez vos torts? La raillerie n'est pas un argument.

Ces idées blessent le bmt sens. Le goût n'est que le bon sens agrandi. Celte tentative de conciliation n'a pas abouti. Il y a des défauts que l'hypocrisie ne réussit pas à

Identification des faits d'expression. 87

cacher. L'intervalle est grand entre l'espoir et la réalisation. Je ne dis pas que ces tentatives soient demeurées sans profit.

Substitution de synonymes dans des textes

suivis.

(SF. § 115)

Le procédé de la substitution ne devient vraiment utile que lorsqu'il est appliqué à des textes suivis et pratiqué d'une façon un eu continue. Mais les exercices précédents, ainsi que le suivant, ne doivent pas donner l'idée qu'il faut s'ingénier à trouver (ou à faire trouver à des élèves) dans un texte donné le plus de synonymes possible pour des mots déterminés d'avance; on doit au contraire se laisser aller à son instinct et n'admettre que les changements qui se présentent d'eux-mêmes, sans altérer l'idée fondamentale ni la coiTection du langage; naturellement, la facilité avec laquelle on fera ces substitutions augmentera dans la même mesure que la connais- sance du vocabulaire et la pratique de la langue.

Exercice 77. Remplacer les mots en italique par des synonymes.

Passage dn Mont Saint-Bernard.

Lannes passa le premier, à la tête de Pavant-garde, dans la nuit du 14 au 15 mai. Il commandait six régiments de troupes d'élite, parfaitement armées et qui, sùiis ce chef bouillant, quelquefois insubordonné, mais toujours si vaillant, allaic'nt tenter gaiement cette marche aventureuse. On se mit en route entre minuit et deux heures du matin, pour devance)' l'instant la chaleur du soleil, faisant fondre les neiges, préci])ite les montagnes de glace sur la tête des voyageurs téméraires qui s'engagent dans ces gorges affreuses. Il fallait huit heures pour parvenir au sommet du coly à l'hospice même du Saint-Bernard, et deux heures seulement pour descendre à Saint-Rémi. On avait donc le temps de passer arant le moment du plus grand danger. Les soldats surmonlèrant avec ardeur les diflBcultés de cette route. Ils étaient fort chargés, car on les avait obligés à pendre du biscuit pour plusieurs jours, et avec du biscuît une grande quantité de cartouches. Ils gravissaient ces sentiers escarpés, chan- tant au milieu des jjrécipiccs, rêvant la conquête de cette Italie ils avaient goûté tant de fois les Jouissances de la victoire, et ayant le tioble pressentiment de la gloire immortelle qu'ils allaient acquérir. Pour les fantassins, la peine était moins grande que pour les ca- vahers; ceux-ci faisaient la route à pied, conduisant leur monture par la bride. C'était sans danger à la montée: mais à la descente.

88 Deuxième Partie.

ils étaient exposés, si Vanimal faisait un faux pas, à être entraînés avec lui dans les précipices. Il arriva en effet quelques accidents de ce genre, mais en petit nombre, et il périt quelques chevaux, mais presque point de cavaliers. Vers le matin, on parvint à l'hospice, et là, une surprise ménagée par le premier consul ranima les forces et la bonne humeur de ces braves troupes.

(A. Thiers).

Chapitre 3.

Identification et classement des faits d'expression.

Le genre et Tespèce en synonymie.

(SF. § 119) Exercice 78. Trouver, dans chaque série de synonymes, le ou les tenues exprimant delà façon la plus simple, la plus usuelle et la plus abstraite, Vidée commune à tout le groupe.

NB. Cet exercice a le caractère d'un répertoire. Les mots sont disposés par ordre alphabétique, mais les groupes sont ordonnés suivant le plan du Tableau synoptique placé à la fin du volume ; les chiffres romains correspondent aux chapitres du Tableau-, on peut donc consulter ce dernier, à titre de contrôla, si l'on hésite sur le choix du terme d'identification.

I

Effectivement, en feit, en réalité, réellemcTit.

Ressemblant, semblable, similaire. Différent, disparate, dissemblable, distinct, hétérogène. Estimer, évaluer, exper- tiser, qualifier, taxer. Cuber, jauger, mesurer, peser. Défini, déterminé, net, précis.

Conséquence, contre -coup, effet, résultat. Action, ascendant, empire, influence, poids. Aléa, coïncidence, hasard.

Agencement, aménagement, arrangement, disposition, ordre. Anarchie, désarroi, désordre, gâchis. Commun, ordinaire, quelconque, trivial, vulgaire. Particulier, propre, singulier, spécial, spécifique. Commencement, début, entrée en matière, préambule. Bout, conclusion, dénouement, fin.

I

Identification des faits d'expression. 8*.^

D'hier, frais, inédit, nouveau, récent. Ajourner, différer, reculer, remettre, renvoyer, retarder.

Foule, infinité, masse, multitude, profusion, grande quantité. Augmenter, doubler, grossir, majorer, multiplier. Arré- rages, déchet, rebut, relief, rehquat, résidu, restant, reste, solde. Assez, passablement, raisonnablement, siiftisamment. Bondé, bourré, comble, plein.

Etablir, installer, loger, mettre, placer, poser, poster. Demeure, domicile, habitation, pénates, résidence. Distant, écarté, éloigné, lointain, reculé. Côte à côte, ensemble, de concert, de conserve. Debout, dressé, levé, sur pied, vertical. En pente, escarpé, incliné, obli(jue, penché. Culminant, dominant, sourcilleux, supérieur.

Amendement, changement, métamorphose, niodiiication, transformation.

Bouger, branler, ébranler, mouvoir, remuer. Agile, preste, prompt, rapide, vertigineux. Darder, décocher, jeter, lancer, précipiter, projeter. Empoigner, prendre, saisir. Arracher, détacher, enlever, ôter, tirer. Asséner un coup, battre, cogner (familier), frapper. Destination, direction, sens. Appeler, citer, faire venir, mander. Adresser, députer, envoyer, expédier. S'en aller, s'expatrier, partir, quitter, se séparer de. Asccnsionner, escalader, gravir, grimper, monter. Moissonner, récolter, vendanger.

II

Façonner, faire, former. Abattre, démolir, détruire, jeter bas, raser, renverser. Décès, dernière heure, fin, mort, trépas. Assassiner, assommer, détruire, égorger, tuer.

Exigu, menu, minime, minuscule, petit. Comprimer, contracter, étrangler, presser, serrer. Charnu, dodu, gras, grassouillet, potelé, replet. Décharné, efilauqué, étique, grêle, maigre.

Charge, faix, fardeau, lest, masse, poids. Asperger, humecter, mouiller. Aride, desséché, sec, tari. Bruit, fracas, rumeur, tapage, vacarme. Clameur, cri, criaillerie, iiuée. Arôme, bouquet, fumet, odeur, parfum, puanteur.

90 Deuxième Partie.

senteur. Clarté, jour, lueur, lumière. Briller, éclater, étinceler, flamber, luire, rayonner, reluire, resplendir. Coloris, couleur, nuance, teinte, ton. Frôler, manier, palper, tâter, toucher.

m

Distrait, étourdi, inattentif. Epier, guetter, lorgner, observer, regarder. Clairvoyance, intelligence, perspicacité, sagacité. Bête, borné, inintelligent, niais, simple, sot, stupide. Démence, égarement, déraison, folie, fureur. Méditer, penser, réfléchir, rêver, songer. Canevas, fond, matière, ordre du jour, point, question, sujet. Demander, s'enquérir, s'informer, interroger, questionner. Admettre, croire, se figurer, s'imaginer, supposer. Compter sur, rêver de, s'attendre à, se flatter de. Manière de voir, point de vue, opinion, sentiment. Bévue, bourde, erreur, impair, incorrection, lapsus, méprise. Affirmer, avancer, certifier, prétendre, soutenir. Docte, érudit, ferré sur, savant. Ignare, ignorant, illettré, inculte.

Air, frimousse, figure, mine, minois, physionomie. Attitude, maintien, posture, tenue. Effigie, image, portrait, représentation, tableau. Dire, énoncer, exprimer, exposer, raconter, relater. Rabâcher, redire, reparler de, repasser, répéter, ressasser, seriner. Relever, repartir, répliquer, répondre, rétorquer, riposter. Conférence, discours, oraison, plaidoyer, sermon. Causerie, colloque, conversation, dialogue, entretien. *

IV

Destin, destinée, étoile, fatalité, fortune, sort.

Balancer, flotter, barguigner, hésiter, louvoyer, tergi- verser, — Capricieux, changeant, fantasque, lunatique, ver- satile, volage.

Choisir, se décider pour, élire,, jeter sou dévola sui*, opter, préférer.

Commandement, empire, hégémonie, haute main, supré- matie. — Dépendant, mineur, subalterne, subordonné. Domestique, servitem', valet.

r

Identification des laits d'expression. 91

Austère, inflexible, rigide, sévère. Discipline, docilité, obéissance, soumission. Désobéissant, indiscipliné, indocile, insoumis, insubordonné, rebelle, rétif. Astreindre, contraindre, forcer, obliger.

Autoriser, permettre, souffrir, tolérer. Défendre, inter- dire, prohiber. Acquiescer, agréer, consentir, dire oui. Demande, pétition, prière, requête, sollicitation.

Alimenter, allaiter, nourrir, ravitailler, sustenter. Appli- quer, employer, exploiter, faire usage de, tirer parti de, user de, utiliser. Essentiel, grave, important, sérieux. Avantageux, efficace, fructueux, salutaire, utile. Délétère, funeste, néfaste, nuisible, pernicieux. Améliorer, corriger, perfectionner, retoucher. Abordable, aisé, commode, facile, faisable, praticable. Ferme, fort, résistant, robuste, solide, vigou- reux. — Chancelant, chétif, débile, faible, frêle. Impotent, malade, maladif, souffrant, souffreteux, valétudinaire. Astiquer, détacher, brosser, fourbir, nettoyer.

Activité, empressement, entrain, fougue, feu sacré, zèle. Désœuvré, fainéant, nonchalant, paresseux. Compétent, entendu^ exercé, expérimenté, habile, versé dans.

Considération, mobile, motif, sujet.

Apprêter, arranger, ménager, mitonner, préparer. Besogne, corvée, labeur, ouvrage. Accablé, à bout de forces, brisé, épuisé, exténué, fatigué, moulu, rompu. Coutume, mode, routine, us, usage. Fonction, gagne-pain, industrie, métier, occupation, profession.

Aider, appuyer, assister, seconder, secourir, soutenir. Assaillir, attaquer, charger, donner. Braver, tenir bon, tenir tète. Faire opposition, se gendarmer, s'opposer, mettre le hola, mettre son veto, se récrier. Chute, déconfiture, défaite, échec, fiasco, four, insuccès, revers. Adversité, calamité, malechance, mauvaise fortune.

VI

Acquérir, conquérir, gagner, obtenir. Bénéfice, gain, profit, rapport, recette, revenu. Avoir, bien, fortune, patri- moine, propriété. Aisance, opulence, richesse, fortune.

92 Deuxième Partie.

Dépenser, dilapider, dissiper, gaspiller. Avare, chiche, ladre, rapace. Besogneux, misérable, nécessiteux, pauvre. Conférer, décerner, donner, gratifier, octroyer, offrir, remettre. Débourser, payer, solder, verser. Dérober, escamoter, marauder, soustraire, usurper, voler.

VII

Chatouilleux, délicat, impressionnable, sensible, sensitif. Calme, pacifique, paisible, placide, serein. Apathique, fleg- matique, indifférent, insensible. Bouleversement, émoi, émotion, saisissement, trouble.

Bobo, souffrance, supplice, torture, tourment. Agrément, délice, jouissance, plaisir. Béatitude, bonheur, félicité. Content, joyeux, radieux, ravi, rayonnant, réjoui. Badin, boute-en-train, enjoué, folâtre, gai, jovial, plaisant. Atrabilaire, chagrin, maussade, morne, morose, sombre, triste.

Ahuri, ébahi, étonné, confondu, interdit, interloqué, stupé- fait. — Effroi, épouvante, frayeur, panique, peur, trac, transe, terreur. Frémir, frissonner, trembler. Bravoure, courage, héroïsme, intrépidité, vaillance, valeur. Ambition, aspiration, désir, envie. Juste milieu, mesure, modération, sobriété, tempérance. Affection, amour, sympathie, tendresse.

Fat, infatué, présomptueux. Déconfit, humilié, mortifié, penaud, piteux.

Beauté, charme, grâce, joHesse. Atour, enjolivement, décoration, ornement, parure. Affreux, hideux, horrible, laid, vilain.

Commisération, compassion, miséricorde, pitié.

. VIII

Discourtois, grossier, impoli, incivil, in sociable, rustre. Célébrité, éclat, gloire, illustration, nom, notoriété, renom.

Affront, injure, insulte, offense, outrage. Arbitraire, illégal, illicite.

Châtier, corriger, punir. Inique, injuste, impartial.

IX

Délicat, honnête, intègre, loyal, probe. Droit, franc, loyal, sincère. Déloyauté, félonie, fausseté, fourberie, perfidie,

Identification des faits d'expression. 93

tromperie. Dissimulé, en dessous, faux bonhomme, hypocrite, tartufe. Berner, duper, filouter, tromper.

Applaudir, exalter, louer, porter aux nues, prôner, vanter.

Blâmer, critiquer, dénigrer, désapprouver. Admonestation, algarade, mercuriale, remontrance, réprimande, reproche. Déférence, égards, hommages, respect, vénération.

Critique des dictionnaires de synonymes.

(SF. § 120) Les listes précédentes comprennent les principales notions simples auxquelles peuvent être ramenées les séries étudiées dans les dictionnaires de synonymes; on pourra donc, après les avoir soumises à l'opération décrite page 88, se livrer à un examen cri- tique de la méthode suivie habituellement par les manuels de synonymie. Consulter p. ex. le dictionnaire de Bourguignon et étudier quelques séries de ce manuel conformément aux explications four- nies SF. § 120. Dire si le terme d'identification figure ou non dans la série, si la notion fondamentale est fixée ou non' au début de chaque article, etc.

Exercice 79.

Les séries suivantes sont empruntées au dictionnaire de Bourguignon (les chiffres renvoient aux pages du livre) ; critiquer ces séries au point de vue décrit plus haut et dire quel terme plus général devrait être ajouté pour que la notion fondamentale fût déterminée.

Se libérer, s'acquitter (425). Lieu, occasion, sujet (428).

Littéralement, à la lettre (431). Luxe, faste, magnifii- cence, pompe (437). Macérer, mortifier, mater (438). Majesté, dignité (441). Paralogisme, sophisme (495). Patelin, papelard, chattemite (501). Point, article, chapitre (518). Positif, formel, authentique (521), etc., etc.

Contraires logiques.

(SF. § 127)

Exercice 80.

Trouver les contraires logiques des mots en italique.

NB. Ces exemples sont ordonnés suivant le plan du Tableau synoptique placé à la fin du volume ; les chiffres romains correspon-

04 Deuxième Partie.

dent aux chapitres du Tableau) on peut consulter ce dernier, gi titre de contrôle, pour la recherche des contraires logiques.

I. Des caractères innés. Un nombre pair. Vendrait d'une étoffe. Confondre deux cas différents.

La chaîne des causes et des ... Uaction est tou- jours suivie d'une . . .

Arrunger des livres en désordre. Les prédécesseurs d'Alexandre. V avant-garde de l'armée marxïhe en tête et r . . . Le point initial. L'homme souffre depuis le berceau ... h'exorde d'un discours. Un fait particulier. Comprendre une espèce dans un genre. C'est une rè^le sans ... Une vérité absolue.

Prolonger la vie. La veille de la bataille. L'histoire moderne. Je le vois rarement. Vous êtes ponctua aujourd'hui. Le hain a dix minutes d'avance. Vous arrivez à propos.

L'avis de la majorité. Une proportion croissante. Le froid diminue. Une bouteille pleine. Des infor- mations complètes. Le totct est plus grand que ... Des pouvoirs limités. Voir les choses en gros. Des ressources suffisantes.

Être partout, c'est n'être ... La présence d'un élève à la leçon. Dix degrés au-dessus de zéro. La surface de l'eau. Être mouillé de la tête ... Le sommet d'un triangle. La proue d'une galère. Le gaillard à'avant. Le devant d'un corsage. Le devant d'une maison. Tout l'équipage à tribord/ Se faire photographier de profil. Attaquer l'ennemi de front. L'hémisphère boréal. Le pôle sud. Le vent d'est. Les produits du nord. [Jn mot variable.

Être en mouveinent. S'arrêter dans sa marche. Avancer lentement. Pousser un char. Qui n'avance pas ... S'approcher de la ville. Atteindre un but. Levez la main. Mettre son chapeau, s'habiller, se ganter, se chausser. Les corps s'attirent et se . . . Attacher un chien. Notœr sa cravate. Atteler les chevaux. Boucher une bouteille.

Identification des faits d'expression. 95

II. Les êtres animés. Les caractères 2?hysiques. Le corps^ la vie matérielle. Vous engraissez. Allonger un habit. Sa taille s'épaissit. Une ligne courbe. Cmirher une barre de fer, puis la . . . Des verres concaves. Les creux et les . . . Un ai^le aigu. Une surface unie. Vhwnidité de la terre. Mouiller du linge. Du pain dur. Allumer le feu. Le miel est doux, le fiel est . . . Un corps opaque.

III. Être curieux, réfléchi, sensé, intelligent. Oublier ce qu'on a appris. Qui cherche ... Faire les questions et les . . . Un raisonnement 'logique. Croire à la réalité d'un fait. Répondre affirmativement. Le savoir de l'honnme oscille entre la vérité et . . . Un fait possible, vraisemblable, certain.

Une explication claire. Simplifier une question, -j- Des renseignements vagues. Montrer la vérité. Une nature expansive.

IV. Faire une chose de bon gré, de bonne grâce. Un caractère résolu, décidé. Un peuble libre. Un maître indulgent. Un élève docile. Observer une loi. On me permet de sortir. Accorder une faveur. Promettre et . , . sont deux.

V. Usez de tout, ne . . . de rien. Une raison sérieuse. Une considération accessoire. Les avantages d'une méthode. Une circonstance favorable. Un enfant bien portant. Un climat salubre. -— Salir une robe. Un projet réalisable. Être en danger. Être en état de travailler. Un caractère vif. Des mouvements gauches.

Conseiller, j}ersuader de faire une chose. Perdre une habitude. La concorde entre les citoyens. Faire la guerre. Résister à un assaut. Essuyer une défaite. Réussir dans une entreprise.

\T Faire le compte des gains et des . . ., des recettes et des ... Le travail enrichit, l'oisiveté ... Donner est souvent plus doux que ... Décidez- vous;

96 Deuxième Partie.

c'est à prendre ou à . . . Un débiteur solvàble. Vendre à crédit.

VII. Un tempérament m-dent. Agiter les esprits. Un sentiment de bien-être. Être gai et de bonne humeur. Un livre amusant. Plaisantez-vous ou ... ? Se défier de soi-même. Une démarche téméraire.

Une remarque bienveillante; avoir bon cœur. Être intéressé en affaires. Être reconnaissant, montrer de la gratitude.

VIII. La vie publique. Une action collective. Un peuple sauvage. Un homme poli, courtois, bien élevé, sociable. Des goûts aristocratiques.

Une prétention légitime. Donner raison à qn. Acquitter un accusé. Punir un innocent. Une procédure légale. Un gain illicite. Un juge impartial.

IX. Un homme honnête, scrupuleux, délicat, loyal, droit, franc, fidèle, véridique. Des manières inconvenantes. Un innocent et un juste Le vice puni et . . . Une conduite louable. Un air méprisant. Des circonstances atténuantes. Uhonneur d'une femme.

X. La justice divine. Le pouvoir temporel. Un croyant. Le costume ecclésiastique.

Exercice 81. Dans les séries de synonymes figurant exerc. 78, chercher les termes comportant des contraires logiques et trouver ces contraires. Ainsi dans la série: blâmer, censurer, critiquer, dénigrer, désapprouver, le premier et le dernier terme ont des contraires (blâmer: louer, désapprouver: approuver) et révèlent par une valeur plus ^intellectuelle» que les autres mots de la série, qui n'en comportent aucun. Fixer le sens de ces contraires par des contextes identificateurs ; p. ex. : «blâmer un élève»: «louer un élève»; «approuver sa conduite»: «dé- sapprouver sa conduite».

Exercice 82. Consulter, dans le Dictionnaire idéologique de Bobertson, les rubriques placées côte à côte, pour y chercher les termes qui

r

Identification des faits d'expression. 97

s^ opposent les uns axix autres ; ajouter à chaque terme un contexte qui fixe sa signification et son emploi.

Soient les rubriques 742 743 (désobéissance : obéissance): on relèvera, par exemple, les mots enfreindre, infraction, indocile, in- soumis, insubordonné; on formera des contextes comme «.enfreindre une loi», infraction à ime loi», «des élèves indociles, insoumis^ insubordonnés*; les contraires sont: * observer une loi», ^observation d'une loi», «des élèves dociles, soumis» (mais pas subordonnés/ Ce mot a un autre sens, cf. exerc. 22); le contraire de ^soumission à un supérieur» n'est pas de la même famille étymologique; il faut dire ^résistance à un supérieur». Ces constatations confirment ce qui est dit SF. § 47,

Étude des contraires par les textes.

L'observation des textes peut contribuer à la connaissance des contraires logiques. Les pensées générales, maximes, sentences mo- rales, etc., sont très instructives à cet égard; elles sont presque toujours à base ai' antithèse, et l'on sait que l'antithèse n'est que la forme littéraire du contraire logique dans son "sens le plus large (voir SF. § 1 75) ; on trouverait peu de phrases de La Rochefoucauld, Vauvenargues, Chamfort (pour ne citer que ces noms), qui ne ren- ferment une opposition de ce genre. Voici quelques exemples pris tout à fait au hasard; on n'a c|u'à feuilleter un recueil de pensées pour faire des obseiTations analogues.

Exercice 83.

/ Fixer le sens des mots en italique et noter dans chaque cas la caractère de Vantithèse en cherchant dans la phrase le ou les mots qui font pendant au mot étudié.

11 y a des méchants qui seraient moins dangereux s'ils n'avaient aucune bonté. L'esprit de la plupart des femmes sert plus à for- tifier leur folie que leur raison. La jalousie naît souvent avec Vamour, mais elle ne meurt pas toujours avec lui. Il est plus aisé de connaître Thomme en général qu'un homme en particulier.

(La Rochefoucauld.)

Les hommes prennent souvent leur imagination pour leur cœur, et ils croient être convertis dès qu'ils pensent à se convertir. Notre nature est dans le mouvement: le repos entier est la mort.

(Pascal.)

Les grandes 2^^'>^sées viennent du cœur. La haine est plus vive que V amitié, moins que Vamour. Il est bon d'être ferme par tempérament, et flexible par réflexion. Ceux qui se moquent des Bally, Traité de stylistique française. II, 7

98 Deuxième Partie.

goûts sérieux aiment sérieusement des bagatelles. Le peuple et les grands n'ont ni les mêmes vertus, ni les mêmes vices. La courte durée de la vie ne peut nous dissuader de ses plaisirs ni nous consoler de ses peines. Un prince est grand et aimable quand il a les vertus d'un roi et les faiblesses d'un particulier.

(Vauvenargues.)

Vivre est une maladie dont le sommeil nous soulage toutes les seize heures ; c'est un palliatif: la mort est le remède. Quiconque n'a pas de caractère n'est pas un ho?mnç: c'est une chose.

(Ghamfort.)

Note générale concernant la classification des faits d'expression.

Cette classification doit être faite à l'aide du Tableau synop- tique placé à la fin du volume; elle ne peut être absolument rigou- reuse, et il faut observer, à cet égard, les restrictions signalées SF. §§ 136 et 146; plusieurs des notions figurant à tel endroit du Tableau pourraient aussi occuper une autre place. En général cette recherche suppose une habitude qui ne s'acquerra qu'à la longue; il serait donc injuste de juger la méthode dans son ensemble d'après quelques essais de début, nécessairement déconcertants.

Il importe d'abord de posséder, aussi rapidement que possible, une vue d'ensemble du Tableau tout entier, de manière à prévoir approximativement dans quel groupe restreint de notions se trouve le terme d'identification cherché. A cet effet, il faut posséder les grandes divisions du répeiloire, telles qu'elles sont indiquées dans le plan d'ensemble placé en tête du Tableau. En outre, les exer- cices 78 et 80 peuvent être de quelque utilité; on sait que les exemples en sont ordonnés conformément au Tableau; on peut donc les reprendre au point de vue de la classification, en cherchant à rétablir, au moyen du Tableau, les chaînons intermédiaires propres à faire comprendre la place de chaque détail dans l'ensemble.

Exercice 84. Les mots en italique sont des termes dHdentification qui figurent, avec leurs contraires en regard, en première place dans divers paragraphes du Tableau synoptique. On cherchera le contraire de chaque mot, puis on déterminera le groupe de notions simples auquel il appartient et pour quelle raison il occupe une place dans ce groupe.

Pour ce travail, on peut s'aider des définitions données par les bons dictionnaires (voir à ce propos SF. § 141). Inversement, on

Identification des faits d'expression. 99

peut, à l'aide du Tableau, se faire à soi-même une définition mnémo- technique, qui enchaîne par des associations naturelles et logiques le plus de mots possible d'un même groupe (voir SF. ibid.).

Vessence de Dieu. Deux choses identiques. La science ignore le hasard. La fin du inonde. Une règle absolue. Deux événements simultanés. Deux quantités égales. Une ligne verticale. Suhstituer un nombre à un autre. La rapidité d'une course. Arriver au port. La concentration des troupes. Une longue perche. Un fardeau léger. La lumière. Entendre un bruit. Attention! Chercher un refuge. Affirmer une proposition. Être dans V erreur. Exprimer sa pensée. Enseigner la grammaire. La volonté de faire le bien. Choisir une épouse. Commander en maître. Vive la liberté! Promettre. Avoir le nécessaire. Rencontrer des difficultés. Être en danger de mort. Une tentative inutile. La raison du plus fort est toujours la meilleure. Déployer une grande activité. S'habituer au travail. L'action. La fatigue. Aider qn de ses conseils. Se défendre contre l'ennemi. La réussite d'une entreprise. De grandes richesses. Un emprunt d'État. Le paiement d'une dette. Le plaisir. La tristesse. L'espérance. La gourman- dise. L'amour du jeu. Admirer une œuvre d'art. La méchanceté. La pitié. La sociabilité. La célébrité. L'in- justice. La malhonnêteté. La vertu. Une accusation. La superstition.

Exercice 86. Chacune des expressions suivantes est accompagnée d'un renvoi à un groupe restreint de notions simples figurant dans le Tableau synoptique. En partant de cette indication initiale, on cherchej'a, dans les limites du groupe signalé, 1) sous quel numéro se range l'expression à identifier, 2) quel lien logique unit la notion particulière et Vidée plus générale du groupe tout entier.

Soit la phrase «Mon supérieur m\ obligé (IV G) à faire cela»: IV C désignant l'ensemble des notions qui présentent la volonté comme imposée à autrui ou subie de la part d 'autrui, on trouvera aisément qu'obliger appartient à la notion plus particulière de contrainte (165), et l'on se rendra compte que, si l'on est obligé à une chose, cela ne peut se faire que par l'action d'une volonté étrangère.

7*

100 Deuxième Partie.

Se délasser (VG) du travail (VG). Faire droit (lYD) à une réclamation (IVD). Être dans la dépendance de qn (IVGl). Dénigrer un ami (IXB). Les symptômes (IIIC) d'une maladie. Être abattu (VIIB) à la suite d'un échec (VH). Regimber contre l'aiguillon (IVGl). Avoir des vues (VE) sur une chose. Décerner (VIB) une récompense (VIIIG). Prendre (VH) une armée de flanc (IG). Une pente raide (IG). Deux quantités (IFl) équivalentes (IF2).

Élection (IVB) d'un député (IVG). Une femme élégante (VUE). Un enfant en bas âge (IE2). Les appréhensions (VIIC) d'une mère. Mettre qn au courant (IIIC) d'une situation. Voyager (III) de conserve (IG). Il se figure (IIIB) être très connu (VIIIB). Avoir des dispositions (VG) pour la musique. Êtes- vous disposé (IV A) à sortir (IÎ3)?

Ce livre est à votre disposition (IVD). Je suis stupéfait (VIIG) de tant d'impudence (VIID). Voilà un fâcheux (VUE) incident (IE2). Ge fait est du domaine (ID3) de la fable (lA). Un sol fertile (IIA). Murer (1 1 3) une porte. Un grave (VB) incendie (IIG2). Émerger (113) de l'eau. Vous perdez la raison (IIIA). Il a perdu (VIA) sa place (VG).

Les dehors (IIIG) d'une personne. Se mesurer (VH) avec un adversaire (VH). A quoi doit aboutir (IG) ce rai- sonnement (IIIB)? Se tracer une ligne de conduite (VF).

Exhorter (VE) à la vertu (IXA). Je soutiens (IIIB) le contraire (IBl). Braver (VIIC) le danger (VG). Suivre (113) un animal à la piste (IIIG). Il est trop ennuyeux (VIIB); je ne peux pas le souffrir (VIIG). User (VA) sage- ment (VIIG) des plaisirs (VIIB). L'organisation (IDl) d'un État (VIM). Gondamner (VIIIG) l'hérésie (X). Avouer (IIIB) une faute (IXA). Préserver (VG et G) d'un danger (VG). Répondre (IVD) à une proposition (IVD). Il n'est pas libre (IVG) de ses actions (VG); il a charge d'âme (c. à d. il est responsable: VIIIG). Il a de quoi (VIA). Un roman captivant (IIIA). Bureau (VG) de salubrité (VG) pu- bhque (VIIIA). Se glisser furtivement (IIIG) dans une chambre.

La hiérarchie (ID3) sociale (VIIIA). Je n'en peux plus (VG). Avoir le de^wfgnVRJ daps^sm différend (VH). Il a

Identification des faits d'expression. 101

fini (IIA) sur l'échafaud (VIIIG). Atermoyer (IE3) et ter- giverser (IVA). Traduire (IIIG) un roman. Avoir un ouvrage sur le chantier (VF). Il est en train (IE2b) de tra- vailler (VG). - Un froid (IIGS) excessif (IF3).

Classification des séries synonymiques. Exercice 86.

Reprendre les séries de synonymes données exerc, 78, et, après avoir trouvé dans chaque série le mot représentant le mieux la notion fondamentale, trouver la place quHl occupe dans le Tableau. Ex.: dans la série bravoure, courage, héroïsme, intrépidité, vaillance, valeur, on doit extraire courage, qui figure dans le Tableau sous VII C, au «•* 242.

Identification des homonymes sémantiques.

Exercice 87. L'identification des faits de langage est le meilleur moyen de découvrir les sens homonymiques d'une même expression (SF. § 50). Identifier les deux sens de chacune des ex- pressions suivantes.

Trouver de V agrément (VIIB) à un spectacle: donner son agrément (IVD) à une chose. Le cours d'un fleuve (113): le cours d'un professeur (IIIG): le cours d'une valeur de bourse (IB2). Acquitter une dette (VIB): acquitter un prévenu (VIIIG). Les objets qu'on voit autour de soi (IIB): les objets à l'ordre du jour (IIIB). Le bout d'un bâton (ID2): un bout de bois (IF4). Brûler du bois (IIG2)': brûler de revoir qn (VIIG). Problème facile (VG): caractère facile (IVGl, VIIIA). Limer une clef (IIGla): limer un sonnet (VD). Une échelle de corde (113): Véchelle (IB2) des traitements (VIIIG). Ma tête vacille (113): vaciller (lY A) dans ses résolutions (IVB). Faire le bien (IXBl): faire du bien aux pauvres (VIIF): faire du bien à l'estomac (VB). Porter un fardeau (IG): porter une lettre à son adresse (113). Annoncer une nouvelle (IIIG): l'hirondelle annonce le prin- temps (IIIG, autre paragraphe).— Appliqtier une éclielle contre

102 Deuxième Partie.

un mur (113): appliquer un procédé (VA). Ce livre m'appar- tient (VIA): le cheval appartient au règne animal (ID3): il ne m'appartient pas de trancher cette question (VIIIG). Une question délicate (VG): un mets délicat (VIIB): une santé délicate (VD). Délivrer un prisonnier (I VG) : délivrer un bor- dereau (VI B). Gage de paiement (VG) : gages d'un domes- tique (VIIIG). Ce compte n'est pas exact (IB2): vous n'êtes pas exact au rendez-vous (IE3). Il s'est retiré à cinq heures (113) : il s'est retiré après cinq ans d'activité (VG). Trop faible pour soulever un fardeau (VD): trop faible pour son enfant (IVA et G). Un mouvement vif (112): un esprit vif (VD). Un esprit religieux (X): une religieuse atten- tion (IFl, cf. SF. § 84). Le traitement d'un malade (VG): le traitement d'un fonctionnaire (VIIIG). V étiquette d'une bouteille (IIIG): V étiquette à la cour (VIIR). Une étoffe de laine: il a V étoffe d'un grand artiste (VG). Manquer d'argent (VA): manqtier le train (IE3).

HB, On peut aussi identifier les homonymes qui figurent exercices 25 et 26.

Identification des groupes phraséologiques.

Exercice 88. L'identification permet de distinguer nettement le caractère phraséologique d'un groupe de mots. Dans l'exercice suivant, deux contextes renferment un même mot employé, 1) comme unité lexlcologique indépendante, 2) comme élément d'un groupe phraséologique. Déterminer dans chaque cas, par Videntifi- cation, Vune et Vautre fonction du terme commun aux deux contextes.

Soient les contextes: «Les deux bras: Être le bras droit de qn»; dans le premier, bras est un mot indépendant; dans le second, il fait partie d'une locution. Gomme dans les exercices précédents, les indications placées entre parenthèses renvoient à des portions déter- minées du Tableau et sont destinées à faciliter la recherche. Soitj l'expression «Être le bras droit de qn»(VH): VH comprend les «ac- tions réciproques ou limitées extérieurement», et l'on voit aisément que être U bras droit de qn = aider, secouHr, seconder qn (n^ 206).

Identification des faits d'expression. 103

Une tumeur au sein (II Bg): donner le sein (VA) à un

enfant: être au sein (IG) de sa famille. Le hasard (ÏG)

nous est propice: aller au hasard (VF). Un lieiù (IG):

vous avez lieu (VE) de vous plaindre: un événement a lieu

(IE2).— Un gant: jeter le gant (VH). Porter un nom (IIIG) :

porter (IG) un fardeau. Vétat des affaires (lA): être en

état (VD) de faire une chose. Un titre de noblesse (VIIIB) :

avoir des titres (VIIIG) à la reconnaissance de qn. Être fort

(VD) : se faire fort (VIIG) de réussir. Vâme et le corps

(IIB): rendre Vâme (IIA). L'herbe (IIB) : un orateur en

herbe (ID2 et IE2b). Une table: faire table rase des

préjugés (IIA et VB). Un beau garçon (VUE): il a beau

se fatiguer (VB), il n'arrivera pas. Une solution fausse

(IIIB) : s'inscrire en faux (IIIB, autre n°) contre une idée.

Les pieds et la tête (IIBg): tenir tête à qn (VH). Un pied:

vivre avec qn sur tel ou tel pied (VIII A). Un doigt: savoir

sur le bout du doigt (IF3). La loi pénale (VIIIG): faire

la loi (IVGl). Une mt^îe joyeuse (IIIG): faire mitie de partir

(VF). Donner un coup (Il 2): donner un coup de main à

qn (VH). Les mains: en venir aux mains (VH). Merci!

(VIIF): être à la merci de qn (IVGl).

NB. Tous les exercices consacrés à la phraséologie (n® 41 69) peuvent être utilisés pour cette recherche.

Classification des termes concrets.

Exercice 89.

Les exercices suivants concernent V identification des termes concrets dans le sens large du mot, c. à d. des mots désignant soit des objets inanimes (chaîne, sceptre, etc.), soit des êtres vivants (renard, fourmi, etc.), soit enfin des actes, des états ou des phénomènes perceptibles par les sens (feu, fumée, chaleur, été, etc.). En utilisant les données fournies S F. § 139, on dira:

1) à quel groupe de représentations concrètes ces mots appartiennent, d'après Z^ordre de matières, quand ils sont pris dans leur sens propre;

104 Deuxième Partie.

2) à quelle notion abstraite î7s se rapportent en tant que sijmholeSj termes de comparaison, images, etc.

Ainsi, à propos de l'expression «cLes coulisses de l'affaire Drey- fus», on constatera que coulisse, envisagé comme objet concret, figu- rerait dans un vocabulaire sous la rubrique «Théâtre», mais que, dans l'expression citée plus haut, il désigne les côtés cachés, mysté- rieux d'une affaire, et, dans ce sens, se rattache à la notion «être caché», contraire de «apparaître» (T. syn. 122 et 146).

On ne doit pas classer les mots concrets en basant sur leur emploi en groupe phraséologique: en effet, quand ils font partie de groupes phraséologiques, ils perdent leur valeur démonstrative ; ainsi il serait absurde de dire que sang est symbolique du «calme de l'esprit», sous prétexte qu'il entre dans la locution sang-froid; bras appartient,